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CONSIDÉRATIONS PRATIQUES SUR

 

 

LA VENUE DU SEIGNEUR

 

 

Henri Rossier

 

 

Table des matières

1     Avant-propos

2     La conduite chrétienne et le royaume    2 Pierre 1:3-18

3     Le royaume et l’Étoile du matin    2 Pierre 1:16-20 ; Apoc. 2:26-28 ; 22

4     «Je viens bientôt»    Apoc. 22

5     La conversion et la venue du Seigneur    1 Thess. 1 et 2:13

6     L’attente du Seigneur et la vie chrétienne    1 Thess. 3:10-13

7     La venue du Seigneur et la résurrection des saints    1 Thess. 4:13-18

8     La venue du Fils de l’homme    Matt. 24:32-44 ; 1 Thess. 5:1-11 ).

9     La venue du Maître de maison    Matt. 24:45-51

10     La venue de l’Époux    Matt. 25:1-13

11     La venue de notre Maître et les récompenses    Matt. 25:14-30

12     Le petit troupeau et le Seigneur revenant des noces    Luc 12:32-44

13     Le jour de Dieu    2 Pierre 3:11-14

 

 

 

1                    Avant-propos

On pourrait considérer la venue du Seigneur au point de vue doctrinal, mais ce n’est pas ce que je me propose de faire ici. Ce sujet est trop précieux pour le coeur, il a une portée trop pratique, il apporte trop de fraîcheur à l’âme, pour qu’on le fasse descendre sur le terrain plus ou moins desséchant d’un simple enseignement. La venue du Seigneur est une espérance, l’espérance chrétienne elle-même. Elle exerce une influence vivifiante sur l’âme qui la possède, et sanctifie toute notre conduite. La description de la venue du Seigneur n’occupera donc que peu de place dans ces pages. Les lignes qui suivent suffiront pour éviter les malentendus que la lecture de ces articles pourraient faire naître.

La venue ou Parousie (parousia) du Seigneur est sa seconde venue (Actes 1:11) (*), la première embrassant la vie de Jésus ici-bas. Cette seconde venue est un des grands sujets dont parle le Nouveau Testament. Elle se compose de deux actes, séparés par l’intervalle de temps plus ou moins long compris entre les chapitres 4 et 19 de l’Apocalypse.

(*) Je me borne à citer un très petit nombre de passages que le lecteur, familier avec ce sujet, pourra compléter aisément.

Le premier acte est la venue du Seigneur pour les siens. À ce moment, tous les saints endormis depuis Adam seront ressuscités (*), et les saints vivants appartenant à l’Église seront transmués, pour être enlevés tous ensemble à la rencontre du Seigneur dans les nuées, en l’air. C’est ainsi que le Seigneur les recevra pour les introduire avec lui dans sa gloire céleste (1 Thess. 1:10 ; 4:15-18 ; 1 Cor. 15:51-54 ; Jean 14:1-3 ; Héb. 9:28).

(*) C’est la résurrection d’entre les morts. La résurrection des morts pour le jugement n’aura lieu qu’après le règne de mille ans (Apoc. 20:7, 11-15).

Le second acte est la venue du Seigneur avec les siens. Ils seront alors manifestés avec lui en gloire devant le monde qui l’a rejeté. Il continuera à les manifester dans son royaume et durant l’éternité (Col. 3:4 ; 2 Thes. 1:10 ; 1 Jean 3:2 ; Apoc. 21).

Le premier acte n’a que les saints pour témoins et pour objets. C’est un acte de pure et entière grâce (Jean 14:1-3).

Le second acte, qui se lie à l’exécution du jugement contre le monde, a le monde pour témoin (Apoc. 1:7). Ce jugement est celui des vivants, qui précède le règne de mille ans. Il a un côté guerrier et un côté judiciaire (Apoc. 19:11-16 ; 2 Thess. 1:7-10 ; Apoc. 20:4 ; Matt. 25:31-46). Les saints y sont toujours associés (1 Cor. 6:2). Le jugement des morts n’a pas de relation directe (*) avec ce second acte ; il suit le règne de mille ans après la révolte finale de «Gog et Magog» et le jugement de Satan (Apoc. 20:7-15). C’est alors que seront introduits les nouveaux cieux et la nouvelle terre, en un mot les temps éternels (Apoc. 20:11 ; 21:1).

(*) Il en a une indirecte en tant que «le jour du Seigneur» ne se conclut qu’à l’établissement des temps éternels (2 Pierre 3:10).

La résurrection des méchants a lieu en vue du jugement des morts, tandis que la «première résurrection» commence à la résurrection de Christ, «les prémices», se continue par la résurrection et la transmutation de «ceux qui sont du Christ» à sa venue, et se termine par la résurrection des saints qui ont été mis à mort par la «Bête», dans la période qui précède le millénium (1 Cor. 15:20-23 ; Apoc. 11:11-12 ; 20:4-6).

C’est encore au second acte de la venue du Seigneur sans que le moment en soit spécifié, que se lie l’importante question de la responsabilité des saints dans leur conduite. Alors ils recevront la récompense de leur service ; alors ils éprouveront la perte résultant de leur infidélité. En un mot, c’est à ce second acte que se lie ce que j’appellerai, les promotions célestes (Matt. 25:14-30 ; 2 Cor. 5:9-10).

Le premier acte est appelé plus spécialement la venue, la Parousie (1 Thess. 4:15 ; Jacq. 5:7, 8 ; Apoc. 3:11 , 22:20), la bienheureuse espérance (Tite 2:13).

Le second acte est appelé son apparition, son Épiphanie (2 Tim. 4:1, 8), l’apparition de sa gloire (Tite 2:13), l’apparition de sa venue (2 Thess. 2:8), la révélation du Seigneur Jésus (1 Cor. 1:7 ; 2 Thess. 1:7), sa manifestation (Col. 3:4), la venue du Fils de l’homme (Marc 13:26), le jour de Christ (Phil. 1:10), enfin le jour du Seigneur (1 Thess. 5:2). Le jour du Seigneur qui commence par la venue du Fils de l’homme en jugement (Marc 13:26), et qui vient comme un voleur (2 Pierre 3:10), se termine après le règne de mille ans, quand Jésus aura remis le royaume à Dieu le Père, par la destruction des cieux et de la terre actuels (2 Pierre 3:10). Ce jour fera place au jour de Dieu avec de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habite (2 Pierre 3:12-13).

Ces quelques mots, bien incomplets, sans doute, suffiront pour donner un aperçu doctrinal de notre sujet.

2                    La conduite chrétienne et le royaume    2 Pierre 1:3-18

Au début de ce chapitre, l’apôtre nous montre que la «divine puissance nous a donné tout ce qui regarde la vie et la piété». L’activité de la vie chrétienne consiste à joindre les uns aux autres ces dons infiniment précieux que nous tenons de Dieu. Si nous désirons le glorifier, notre conduite doit être la manifestation non interrompue des choses qui regardent la vie et la piété. C’est une chaîne à laquelle aucun anneau ne peut manquer, sous peine de voir notre course brisée avant que le but soit atteint.

Hélas ! cela n’est arrivé que trop souvent dans la vie des hommes de Dieu. Plusieurs d’entre eux, s’étant arrêtés avant la fin, ont cessé de joindre ces choses l’une à l’autre, et, au lieu de fournir toute leur carrière, n’en ont couru qu’une partie. Un seul, «le Chef et le consommateur de la foi», l’a courue d’une manière parfaite ; mais nous, pourquoi ne le suivrions-nous pas «sans faillir jamais ?» N’avons-nous pas reçu «de sa divine puissance» la force nécessaire pour l’accomplir ?

«Y apportant tout empressement», nous avons à «joindre» ces choses : À la foi envers Dieu, la vertu, ou l’énergie spirituelle qui nous sépare du mal, pour atteindre le but coûte que coûte ; la connaissance, ou l’intelligence des pensées divines, quant au chemin à suivre ; la tempérance quant à nous-mêmes, la patience quant aux difficultés, la piété — qui vit dans la communion de Dieu et cherche en toutes choses sa gloire — quant à nos relations avec Dieu et à la vie de nos âmes ; l’affection fraternelle quant aux rapports avec la famille de Dieu, l’amour quant aux rapports d’intimité avec le Père et le Fils.

J’ai dit que les hommes de foi, et souvent les plus éminents, ont vu leur carrière brisée pour n’avoir pas «joint» ces choses. Ainsi, le juste Lot manqua de vertu dès le début de sa carrière ; Noé, David, de tempérance ; Moïse, Élie, de patience ; Salomon, de piété. On pourrait en multiplier les exemples. Quel fut pour ces croyants le résultat du manque d’empressement à «joindre» ces choses ? Lot fut sauvé comme à travers le feu, Noé perdit son titre de chef de la création renouvelée, l’épée ne s’éloigna plus de la maison de David, et ses dernières paroles furent : «Quoique ma maison ne soit pas ainsi avec Dieu» (2 Sam. 23:5). Moïse n’entra pas dans la terre promise, Élie dut oindre Élisée comme prophète à sa place, et pour Salomon, ce fut la cause de la division et de la ruine de son royaume.

Est-ce donc que ces hommes de Dieu ne furent pas sauvés ? Certes, ils le furent, car on voit apparaître Moïse et Élie sur la sainte montagne, dans la même gloire que le fils de l’homme, mais tous ont failli. Quelques-uns d’entre eux ont, sans doute, été restaurés par la discipline, mais l’infidélité des autres les a privés de leur couronne.

En «joignant» fidèlement ces choses, nous «affermissons notre vocation et notre élection», non pas dans le coeur de Dieu, cela va sans dire, mais d’abord dans notre propre coeur, puis aussi dans celui de nos frères, comme on le voit en 1 Thes. 1:3-4 : «Nous souvenant sans cesse de votre oeuvre de foi, de votre travail d’amour, et de votre patience d’espérance de notre Seigneur Jésus-Christ, devant notre Dieu et Père, sachant, frères aimés de Dieu, votre élection». Quiconque «joint» ces choses, marchera en avant avec la conscience bénie de la certitude de ses privilèges.

Ces réflexions nous amènent au sujet spécial sur lequel je désire insister aujourd’hui. Les chrétiens auxquels l’apôtre s’adresse, avaient à vivre en vue de l’entrée dans le royaume. Dieu leur avait donné une espérance qui devait puissamment influer sur leur marche et les remplir d’empressement à bien faire. «En faisant ces choses», dit l’apôtre, «vous ne faillirez jamais ; car ainsi l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera richement donnée». Le royaume éternel était la fin de leur course ; ils devaient le partager avec Christ. Lorsque le Nouveau Testament nous parle de responsabilité dans le service, il nous présente toujours comme but de notre course, la venue du Seigneur avec les siens dans son royaume, et non sa venue pour les saints.

Remarquons cette parole : «L’entrée vous sera richement donnée». Telle est la fin d’une marche fidèle. L’entrée est donnée à tous, mais non pas à tous «richement». Le chrétien peut avoir une riche ou une pauvre entrée. Cette dernière expression dépeint bien ce que notre infidélité nous fait perdre. Avons-nous l’espérance d’être sauvés comme à travers le feu, ou bien de trouver grande ouverte, au bout de notre course, la porte qui donne accès dans la gloire du royaume ?

Ces choses avaient une très grande importance aux yeux de l’apôtre ; car il dit : «C’est pourquoi je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours de ces choses, quoique vous les connaissiez, et que vous soyez affermis dans la vérité présente». Mais les chrétiens auxquels il s’adressait, comme nous hélas ! étaient en danger de les oublier et de se laisser aller à l’assoupissement spirituel. Leur activité avait perdu son premier élan et leur espérance sa saveur. Aussi ajoute-t-il : «J’estime qu’il est juste, tant que je suis dans cette tente, de vous réveiller en rappelant ces choses à votre mémoire». Et plus loin : «Je m’étudierai à ce qu’après mon départ vous puissiez aussi en tout temps vous rappeler ces choses». Puis il ajoute : Quant à moi, j’ai vu ce royaume de mes propres yeux. J’ai assisté sur la sainte montagne à la puissance et à la venue de notre Seigneur Jésus-Christ. J’ai contemplé d’avance sa majesté future. Eh bien ! le Seigneur lui-même l’a eue, cette riche entrée ! Il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, lorsqu’une telle voix lui fut adressée par la gloire magnifique : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir !» Dieu l’a salué, moi l’entendant, du nom de Bien-aimé, objet de ses délices.

Telle est l’entrée du Seigneur Jésus dans son royaume. Toute puissance lui est donnée, dans le ciel et sur la terre, en vertu de son obéissance. Le témoin fidèle, le Chef et le consommateur de la foi, a «joint ces choses» d’une manière parfaite, et jusqu’au bout ; il sera acclamé avec les paroles du Psaume 24 : «Portes, élevez vos têtes ! et élevez-vous, portails éternels, et le roi de gloire entrera. Qui est ce roi de gloire ? L’Éternel fort et puissant, l’Éternel puissant dans la bataille. Portes, élevez vos têtes ! et élevez-vous, portails éternels, et le roi de gloire entrera. Qui est-il, ce roi de gloire ? L’Éternel des armées, lui, est le roi de gloire». C’est à lui que s’adressent encore les paroles du Psaume 45 : «Ceins ton épée sur ton côté, homme vaillant, dans ta majesté et ta magnificence ; et, prospérant dans ta magnificence, mène en avant ton char, à cause de la vérité et de la débonnaireté et de la justice ; et ta droite t’enseignera des choses terribles... Ton trône, ô Dieu, est pour toujours et à perpétuité ; c’est un sceptre de droiture que le sceptre de ton règne. Tu as aimé la justice et tu as haï la méchanceté ; c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons».

Quant à nous, bien-aimés, nous ne pouvons entrer dans son royaume comme lui, mais nous pouvons y entrer avec lui. Il n’y entrera pas seul. Pierre l’avait vu sur la sainte montagne tel qu’il reviendra. Il l’avait vu avec Moïse et Élie pour compagnons, types des saints ressuscités et des saints transmués, qui formeront son cortège au jour de son royaume éternel. Si nous sommes fidèles, si nous «joignons ces choses» en vue de son apparition, les portails éternels qui s’élèveront pour lui ne s’abaisseront pas pour nous, et nous serons salués à notre arrivée par ces mots : «Bien, bon et fidèle esclave,... entre dans la joie de ton maître !»

 

3                    Le royaume et l’Étoile du matin    2 Pierre 1:16-20 ; Apoc. 2:26-28 ; 22:16

Sur la sainte montagne, Pierre avait eu la merveilleuse vision du «fils de l’homme venant dans son royaume» (Matt. 16:28). C’est là que les gloires qui devaient accompagner cette venue, lui avaient été révélées ; elles étaient restées gravées dans son coeur jusqu’au moment de déposer sa tente. D’abord il avait contemplé la majesté du fils de l’homme, déclaré Fils de Dieu par la «gloire magnifique». Il avait vu son visage resplendissant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière. Ses regards s’étaient arrêtés ensuite sur les saints célestes qui l’accompagnaient. Il avait été témoin des entretiens que l’on a dans la gloire et s’était familiarisé avec eux. De ses propres oreilles il avait entendu la voix du Père lui parler du Fils de son amour. Ses compagnons et lui, représentant pour ainsi dire la scène inférieure et terrestre du royaume, avaient été illuminés des rayons du soleil de justice qui se levait sur la montagne.

Cette vision confirmait la prophétie tout entière, car le sujet auquel aboutit toute prophétie c’est le royaume du Christ et surtout dans sa partie terrestre. En mentionnant la parole prophétique, l’apôtre ajoute : «À laquelle vous faites bien d’être attentifs, comme à une lampe qui brille dans un lieu obscur». La prophétie, dans sa portée pour nos consciences, est une chose bien importante et trop négligée. Tout en nous parlant du royaume, elle nous renseigne sur la manière dont il sera établi. Il ne pourra l’être que par le jugement. Pourquoi ? Parce que le monde est entièrement corrompu, et que ce n’est pas la corruption que le Seigneur prendra comme sphère de son royaume dans ce monde. Le monde est un «lieu obscur» et ténébreux ; la prophétie est une lampe qui nous permet de constater son état actuel et qui projette sa lumière sur la condition finale des hommes, quand le Seigneur viendra «et tous les saints avec lui».

Les fidèles étaient en danger de se laisser gagner par le sommeil au milieu de ces ténèbres. La lampe prophétique leur en faisait voir l’horreur, et discerner les pièges cachés ; elle les séparait du monde par la crainte. Comment s’associer à ce qui allait être balayé par le jugement ? Comment faire des plans d’avenir dans un monde qui n’a pas d’avenir ? Comment s’établir dans un lieu où tout allait être ébranlé et détruit ? Oui, nous faisons bien d’y être attentifs, et je crois que la négligence actuelle des chrétiens au sujet de la prophétie, a porté ses tristes fruits en abaissant les barrières qui les séparaient autrefois du monde.

Mais déjà maintenant nous avons mieux que la lampe. L’apôtre ajoute : «Jusqu’à ce que le jour ait commencé à luire». Nous sommes fils de la lumière, et fils du jour. Enfants du royaume, nous sommes rendus capables d’avoir part au lot des saints dans la lumière. En attendant, nous sommes déjà délivrés du pouvoir des ténèbres et, si nous n’avons pas encore été transportés dans le royaume du roi de justice, de paix et de gloire sur la terre, nous l’avons été dans un royaume infiniment plus grand et plus glorieux, dans le royaume céleste du Fils de son amour. Déjà nous jouissons en Christ des relations de fils et de tout l’amour du Père qui repose sur lui. Le jour se lèvera bientôt ; puissions-nous marcher comme des fils du jour !

La prophétie éclaire la terre ruinée ; le soleil de justice éclairera la terre renouvelée. Il n’a pas encore paru ; cependant nous en déjà connaissons la splendeur, comme Pierre qui la contempla sur la sainte montagne. Mais l’apôtre mentionne encore une autre lumière, celle de l’étoile du matin : «Et que l’étoile du matin se soit levée dans vos coeurs». Si le soleil éclaire la terre, l’étoile du matin a le ciel pour domaine. Elle attire les yeux vers elle-même et vers ces espaces infinis où brille sa pure lumière. L’étoile du matin est un astre gracieux et plein d’une fraîcheur merveilleuse. Il est levé bien avant l’aube, et celui qui veille toute la nuit a seul le privilège de le voir. L’étoile du matin, c’est le Christ céleste quand il apparaîtra aux yeux des siens. Nous ne le voyons pas encore, mais nous sommes au moment précis où il va paraître ; car «la nuit est fort avancée, et le jour s’est approché» (Rom. 13:12). Déjà cette étoile s’est levée dans nos coeurs, déjà l’espérance céleste occupe nos pensées et remplit nos affections, et cette espérance c’est notre Sauveur en personne.

Au chap. 2, v. 26-28 de l’Apocalypse, nous trouvons de nouveau le royaume et l’étoile du matin réunis. Dans ce passage, le Saint-Esprit n’indique pas, comme en 2 Pierre 1, à ceux qui réalisent pratiquement ici-bas la vie qu’ils ont reçue de Dieu, la porte d’entrée du royaume. Mais Jésus lui-même offre à celui qui vaincra, une même part avec lui dans le gouvernement de son royaume. «Et celui qui vaincra, et celui qui gardera mes oeuvres jusqu’à la fin — je lui donnerai autorité sur les nations ; et il les paîtra avec une verge de fer, comme sont brisés les vases de poterie, selon que moi aussi j’ai reçu de mon Père». C’est au Seigneur Jésus-Christ, au fils de l’homme, déclaré Fils de Dieu, que ces choses sont données au Ps. 2 : «Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et, pour ta possession, les bouts de la terre ; tu les briseras avec un sceptre de fer ; comme un vase de potier, tu les mettras en pièces» (voyez Apoc. 19:15). Nous partagerons son gouvernement ; nous paîtrons les nations avec lui. Pas un homme n’osera s’élever contre le Christ, sans être immédiatement brisé par lui.

Le Seigneur ajoute : «Et je lui donnerai l’étoile du matin». C’est là bien plus que le royaume et le gouvernement ; bien plus même qu’une espérance céleste, que l’étoile «dans le coeur» : c’est l’astre, c’est l’étoile du matin, la personne elle-même, qu’on possède ; comme si nous l’entendions nous dire : Je me donnerai moi-même à vous dans le ciel, avec le même caractère dans lequel je suis venu, pour vous revêtir de ma grâce et de ma beauté célestes ; je serai votre part précieuse en haut, avant que je sois manifesté au monde !

Pour obtenir une telle part, ne vaut-il pas la peine de lutter sans cesse et de vaincre ; de contredire, sans nous lasser, par toute notre vie, les principes sataniques qui régissent le monde ? Cette part nous est présentée ici comme récompense. À ceux qui vaincront il donnera le royaume, mais ils l’auront Lui, lui-même, comme leur part spéciale dans le repos et dans la béatitude des lieux célestes !

Nous retrouvons une troisième fois le royaume et l’étoile du matin en Apoc. 22:16. Ici, nous voyons les bénédictions s’étendre et s’élever encore, acquérir enfin une intimité qui n’est pas atteinte dans les passages qui précèdent. Un cri se fait entendre tout du long de ce chapitre : «Je viens bientôt». Dans le passage qui nous occupe, le Seigneur se présente d’abord comme venant en sa dignité de roi. Il est «la racine et la postérité de David». Il est la source, aussi bien que l’héritier de toutes les grâces assurées à l’Oint de l’Éternel ; ces grâces du royaume, il veut les donner aux siens comme récompense. Il déclare bienheureux ceux qui gardent les paroles de la prophétie de ce livre (v. 7). Il déclare encore bienheureux ceux qui lavent leurs robes, ceux qui ont eu recours au sang de l’Agneau, comme à l’unique source de leur purification (v. 14). Mais dans ce chapitre, il ne leur donne pas seulement, comme au chap. 2, le gouvernement de la terre et des nations ; il les introduit dans la région la plus élevée du royaume, il leur octroie la sphère céleste. Entrer dans la cité, avoir droit à l’arbre de vie du Paradis de Dieu, se nourrir de ses fruits, telle est leur part ; le fleuve d’eau vive sortant du trône de Dieu et de l’Agneau, les rafraîchit éternellement ; leur privilège est de servir le Seigneur dans sa gloire, de voir sa face ; de manifester publiquement et pleinement ses perfections, en portant son nom sur leurs fronts. Ils sont dans la pleine lumière du soleil d’éternité ; ils règnent aux siècles des siècles ! (22:1-5).

Cet avenir glorieux, nous allons l’atteindre ! Serions-nous donc tentés de suivre d’autres chemins que le seul chemin qui y conduit ? Comptons sur la grâce, soyons fidèles, combattons le bon combat, achevons la course, gardons la foi, et ces choses seront à nous pour toujours !

Jésus ajoute : «Je suis l’étoile brillante du matin». Par ce seul mot, il se dépeint lui-même à nous, comme lui seul peut se dépeindre. Au chap. 2 de l’Apocalypse, il est notre part dans le ciel avant d’être manifesté au monde. Ici, il se présente devant nos yeux, dans sa splendeur personnelle, comme celui qui vient. Comme jadis Isaac va au-devant de Rebecca, il vient au-devant de son Épouse. Il n’envoie pas de messager pour nous chercher, non, pas même le chef des anges ; il vient lui-même. Peut-il nous donner une plus grande preuve de son amour ? Il n’est pas encore présent, mais il vient. Et nous, disons-nous comme Rebecca : «J’irai» ? Sommes-nous partis à sa rencontre ? Le Saint-Esprit, notre Éliézer, nous parle de lui tout le long de la route, faisant appel à nos affections pour notre Époux. Prêtons-nous une oreille attentive à tout ce qu’il nous rapporte de lui ? S’il en est ainsi, nous répondrons de tout notre coeur à ce cri, lointain d’abord, qui de plus en plus se rapproche : Je viens bientôt, oui, je viens bientôt. Viens, dit l’épouse, d’accord avec son Éliézer qui le connaît, lui, si bien. Amen ; viens, Seigneur Jésus !

Un Christ venant dans son royaume fait appel à notre conscience ; l’Étoile du matin s’adresse à notre coeur. Ne négligeons ni l’un, ni l’autre. Dans les deux cas, il s’agit de lui. Aimons à la fois, son apparition et sa venue ; il nous trouvera quand il viendra, tels qu’il désire nous avoir, et son coeur en sera satisfait !

4                    «Je viens bientôt»    Apoc. 22

Si l’Apocalypse est un livre de jugements, la venue du Seigneur qui doit les exécuter, en est proprement le sujet principal. Une des premières paroles du chapitre 1 est : «voici, il vient avec les nuées». À divers titres, les chapitres 2 et 3 sont remplis de sa venue. «Je viens à toi et j’ôterai ta lampe de son lieu», dit-il à Éphèse. Et à Pergame : «Je viens à toi promptement, et je combattrai contre eux par l’épée de ma bouche» (*). Il dit aux fidèles à Thyatire : «Ce que vous avez, tenez-le ferme jusqu’à ce que je vienne». À Sardes . «Je viendrai sur toi comme un voleur, et tu ne sauras point à quelle heure je viendrai sur toi». À Philadelphie enfin : «Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne».

(*) Les deux citations qui précèdent ont, il est vrai, un caractère très général.

Les chap. 4 à 11, nous décrivent les préparatifs de sa venue, jusqu’à ce que ces mots retentissent : «Le royaume du monde de notre Seigneur et de son Christ est venu», et : «Nous te rendons grâces, Seigneur.... de ce que tu as pris ta grande puissance et de ce que tu es entré dans ton règne». Au chap. 19, nous le voyons sortir du ciel, monté sur un cheval blanc, et venant pour juger et combattre en justice. Enfin, au chap. 22, nous entendons le cri qui va nous occuper : «Je viens bientôt».

La lecture de ces nombreux passages nous prouve que le Seigneur vient de deux manières absolument distinctes : en grâce ou en jugement ; or l’Apocalypse nous entretient avant tout de la dernière. Pourquoi vient-il comme juge ? Parce que l’Église responsable (ou la chrétienté), le monde (ou ceux qui «habitent sur la terre»), et le peuple juif, sont dans une telle condition, qu’il ne reste au Seigneur, après tant de longue patience, qu’à les frapper dans sa colère. Nous trouvons donc dans le livre de l’Apocalypse, la ruine complète de l’homme amenant le jugement de Dieu par la venue de Christ, tandis que sa venue en grâce n’y comprend qu’un petit nombre de passages. Le livre tout entier se résume, au chap. 22, par ce cri pressant répété trois fois : «Je viens bientôt».

Il vient, avons-nous dit, en grâce ou en jugement, pour le bonheur ou pour le malheur.

C’est pour le bonheur, au v. 7 : «Voici, je viens bientôt. Bienheureux celui qui garde les paroles de la prophétie de ce livre».

Que signifient ces mots : «Garder les paroles de la prophétie» ? C’est mettre en pratique, c’est réaliser les deux grandes vérités dont nous venons de parler, la ruine de l’homme et le jugement de Dieu, les réaliser par une sainte séparation de ce qui doit être jugé. C’est aussi vivre en vue de la prochaine apparition de Celui auquel nous appartenons. Le premier cri : «Je viens bientôt», s’adresse proprement aux croyants qui traverseront les événements de l’Apocalypse, aux 144000 scellés d’entre les Juifs et à l’immense multitude sauvée d’entre les nations (chap. 7). Il vient bientôt pour eux, afin de les introduire dans la béatitude de son royaume. Mais l’Église aussi, peut s’appliquer cette promesse de Christ, elle aussi doit garder les paroles de la prophétie de ce livre ; elle aussi doit aimer l’apparition du Seigneur.

Au v. 10, l’ange parle au prophète : «Ne scelle point les paroles de la prophétie de ce livre ; le temps est proche». Il n’en est plus aujourd’hui, il n’en sera plus désormais, comme au temps de Daniel auquel il fut dit : «Et toi, Daniel, cache les paroles et scelle le livre jusqu’au temps de la fin» (Dan. 12:4). Ici, le livre n’est point scellé, car le temps est proche. Dieu veut que l’écrit prophétique soit grand ouvert, que chacun puisse en prendre connaissance. Sans doute, le monde ne peut le comprendre, et quand on le lui présente en disant comme Ésaïe : «Lis ceci, je te prie», il répond : «Je ne puis, car il est scellé», ou bien : «Je ne sais pas lire». Mais comment les chrétiens mêmes, disent-ils : «Ce livre est obscur, et je n’y comprends rien ?» Cependant ce livre n’est pas scellé. Pourquoi donc ne le comprennent-ils pas ? Cela vient de ce que nous ne gardons pas la prophétie, et c’est notre mondanité qui nous en empêche ; cela vient encore de ce que la venue du Seigneur n’occupe pas de place dans nos coeurs, et n’a que peu d’intérêt pour nous.

Frères, le temps est proche, si proche que le moment vient où il ne sera plus possible de rien changer à l’état moral et à la destinée des hommes. Ils sont déjà comme sur la plate-forme de l’échafaud ; un instant encore, et leur tête sera placée sous le couteau, attendant le coup fatal. Alors il sera trop tard pour s’amender. «Que celui qui est injuste, commette encore l’injustice ; et que celui qui est souillé, se souille encore ; et que celui qui est juste, pratique encore la justice ; et que celui qui est saint, soit sanctifié encore».

Le Seigneur vient : il est si proche, qu’il trouvera chacun de nous dans sa condition actuelle et définitive. Alors pour les injustes et les souillés retentira cette parole : «Il est trop tard !» — Ah ! pour ceux-là, qu’il est terrible ce mot : «Je viens bientôt, et ma récompense est avec moi, pour rendre à chacun selon que sera son oeuvre» (v. 12). Ce second : «Je viens bientôt», sonne comme le glas de l’agonie des pécheurs !

Le troisième : «Je viens bientôt» (v. 20), s’adresse à l’Épouse qui veille en attendant son Époux. Elle est comme une sentinelle, les yeux fixés, non pas sur la terre encore ensevelie dans les ténèbres, mais sur le ciel, pour y voir paraître l’astre avant-coureur du jour.

Comment l’Épouse ne tressaillerait-elle pas à ce cri ? Hélas ! combien de chrétiens n’y ont pas même répondu ! Combien d’entre eux répondent à tout ce qui les sollicite sur la terre, tandis que la venue du Seigneur les laisse indifférents. Frères, entendez-vous ce cri : «Je viens bientôt» ? Que celui qui entend, dise : «Viens». Âmes travaillées, âmes malheureuses, avez-vous soif de choses meilleures ? «Que celui qui a soif, vienne». Vous tous auxquels s’adresse la Parole aujourd’hui, venez, achetez sans aucun prix : «Que celui qui veut, prenne gratuitement de l’eau de la vie !»

À la voix de Jésus se déploie dans le coeur de l’Épouse, le cycle entier des saintes affections celles qui naissent de la conscience du lien qui l’unit à l’Epoux ; le besoin d’attirer à Christ le coeur de tous les saints ; enfin ses désirs pour les âmes altérées qui ne sont pas encore venues à la source rafraîchissante.

Bien-aimés, que ce soient aussi nos désirs et nos joies jusqu’à ce qu’il vienne !

 

5                    La conversion et la venue du Seigneur    1 Thess. 1 et 2:13

On est bien embarrassé de nos jours, lorsqu’on cherche à se rendre compte de l’état réel des âmes. La chrétienté professante est remplie de personnes qui n’approuvent pas le rationalisme et l’incrédulité modernes, qui disent accepter comme étant la parole de Dieu, l’Écriture et les vérités qu’elle contient, qui professent avoir reçu Christ et connaître la croix. Ces personnes vont chaque dimanche écouter un prédicateur plus ou moins fidèle, plus ou moins persuasif et éloquent, puis sortent de là plus ou moins édifiées ou satisfaites, habiles à comparer les mérites respectifs de ceux qui leur ont parlé... Tout cela ne fait pas que l’on soit un chrétien. Il y a une différence fondamentale entre l’état de ces âmes et celui des Thessaloniciens. L’apôtre Paul dit à ceux-ci : «Nous rendons sans cesse grâces à Dieu de ce que, ayant reçu de nous la parole de la prédication qui est de Dieu, vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la parole de Dieu». La puissante parole de l’apôtre, l’excellence de sa prédication, le mérite de celui qui leur parlait, et certes Paul avait à un haut degré toutes ces qualités, n’était pas ce qui les avait attirés. En l’entendant ils avaient, par la foi, reçu sa parole, comme la véritable parole de Dieu. D’emblée, ils avaient affaire d’une manière vivante avec Dieu et non avec l’homme.

L’évangile avait sans doute été accompagné au milieu d’eux d’actes de puissance (1:5), de signes qui caractérisaient alors l’action apostolique, mais l’autorité divine de cette Parole avait été démontrée d’une tout autre et bien plus merveilleuse manière, car l’apôtre ajoute : «Laquelle aussi opère en vous qui croyez». Cette autorité avait été démontrée par les fruits que la Parole avait produits dans leur coeur. Or cela manque et manquera toujours à un simple professant.

Le premier de ces fruits, c’est que la Parole les avait remplis de joie (*), non pas de la satisfaction passagère d’avoir entendu un discours édifiant, mais de la joie de l’Esprit Saint (1:6). Ainsi pour eux, la Parole était de Dieu, leur foi l’avait saisie comme telle, et l’Esprit Saint qui la leur apportait, les avait remplis de joie en l’entendant.

(*) Nous ne parlons ici que des vérités présentées dans ce chapitre, car l’Esprit de Dieu agissant dans le coeur des pécheurs y produit toujours la repentance.

Les saints de Thessalonique n’en étaient pas restés là. Immédiatement cette Parole avait opéré en eux un autre fruit, la conversion. Ils s’étaient «tournés des idoles vers Dieu» ; ils avaient abandonné leur religion, pour servir Celui qu’ils avaient appris à connaître par sa Parole, le Dieu vivant et vrai (en contraste avec des idoles qui n’étaient que mensonge), «et pour attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient».

Ainsi, le but de leur conversion était atteint. Serviteurs du vrai Dieu, ils s’étaient immédiatement mis à attendre des cieux le Seigneur Jésus ; non pas comme juge, remarquez-le bien, mais comme Sauveur, comme Celui dont le caractère est de nous délivrer de la colère à venir. Dès leur conversion, ces chrétiens, tout ignorants qu’ils fussent encore, avaient une espérance, celle de la venue prochaine de Christ. Ce qui était futur, c’était la colère qui ne pouvait nullement les atteindre, puisque la venue du Seigneur devait les en abriter.

Cher lecteur chrétien, le but de ta conversion, de ce qui constitue le premier pas de ta carrière chrétienne, ce but est-il atteint ? As-tu abandonné tes idoles d’autrefois, quand tu étais dans la chair, pour servir le vrai Dieu et pour attendre du ciel son Fils ressuscité ? Et si tu ne l’as pas fait, si tu n’attends pas Jésus du ciel, quel nom faut-il donner à ton christianisme ?

Remarque bien, lecteur, que ces Thessaloniciens n’étaient pas des chrétiens avancés, très versés dans la doctrine. C’étaient de petits enfants en Christ, fort ignorants même quant aux détails de la venue du Seigneur. Cette épître nous le prouve, car l’apôtre leur écrit pour les éclairer à ce sujet. Ils en savaient beaucoup moins que nous, qui avons sur la venue de Christ l’enseignement complet de la Parole. Ils n’auraient pu dire comment Il viendrait, comment nous serions enlevés à sa rencontre, ce qui arriverait à leurs frères endormis dans le Seigneur. Mais nous qui savons toutes ces choses, attendons-nous Jésus comme eux ? Remarquons encore que leur espérance n’avait pas été un enthousiasme de la première heure. À travers mille difficultés, ils avaient persévéré dans cette attente. Le monde haïssait, méprisait, persécutait ces chrétiens, mais leur rendait témoignage. Le monde disait qu’ils avaient abandonné leur ancienne religion pour en suivre une nouvelle, dont le trait principal était d’attendre du ciel celui qu’ils appelaient leur Sauveur. Leur marque distinctive dans le monde entier était cette espérance, cette chose folle et ridicule aux yeux des hommes. Et comment le monde savait-il que les Thessaloniciens servaient Dieu et attendaient le Seigneur ? Non par ce qu’ils disaient, mais par ce qu’ils faisaient. Leur vie était caractérisée par un ensemble d’actes qui provenaient manifestement de la foi, par un travail incessant qui avait l’amour pour motif, et par une patience remarquable au milieu de dures persécutions, patience qui avait pour cause cette bienheureuse espérance de notre Seigneur Jésus-Christ (1:3).

Tout était réalité dans la vie des Thessaloniciens. Ils ne pouvaient rencontrer que souffrance, dans un monde dont tout ce qu’ils possédaient par la grâce les avait séparés désormais, mais ils le traversaient pleins de joie, servant Dieu, attendant à chaque instant des cieux leur Sauveur, remplis de foi, d’amour, de patience ; glorifiant ainsi chaque jour le Dieu et Père auquel le Sauveur les avait amenés. Et maintenant, je le demande encore, ce tableau est-il un portrait ressemblant de ce que nous sommes ?

 

6                    L’attente du Seigneur et la vie chrétienne    1 Thess. 3:10-13

Nous avons déjà montré que l’attente du Seigneur ne caractérisait pas les Thessaloniciens seulement à leur conversion. La persécution qui suivit leur fournit l’occasion de manifester la patience de leur espérance. Paul lui-même, quoique vieilli dans la carrière, et bien qu’il fût un père, et non pas un petit enfant dans la foi, avait toujours marché, comme eux, dans l’activité du «premier amour», et les années n’avaient pas affaibli la fraîcheur de sa vie chrétienne. Le chap. 2 nous présente l’apôtre dans son «oeuvre de foi», dans son «travail d’amour» (nous y reviendrons), enfin dans sa «patience d’espérance», car lorsque Satan cherchait à entraver son ministère (v. 17-20), il avait devant les yeux la venue du Seigneur et savait qu’il trouverait alors, et alors seulement, la rémunération de son service. «Quelle est», leur dit-il, «notre espérance, ou notre joie, ou la couronne dont nous nous glorifions ? N’est-ce pas bien vous, devant notre Seigneur Jésus, à sa venue ?» (2:19). Ainsi la venue du Seigneur, qui réglait toute la conduite de ces petits enfants dans la foi, exerçait de même son influence bénie sur tout le ministère du grand apôtre des gentils. Étant ensemble de la même famille, et en ayant les caractères, ils possédaient, malgré des mesures de connaissance bien diverses, le même secret de la vie chrétienne. Leur christianisme était fort simple : connaissant et aimant personnellement le Seigneur, ils vivaient dans son attente journalière.

Le passage qui fait le sujet principal de cette méditation (3:10-13), nous montre que la foi des Thessaloniciens courait quelques dangers. Ici, «la foi» n’est pas seulement l’acceptation du témoignage de Dieu quant à l’oeuvre de Christ, car reçue dans le coeur, cette foi est complète ; mais la foi est aussi l’ensemble de la doctrine chrétienne reçue par la foi, et à ce point de vue, il y manquait quelque chose (voyez v. 10). Toute l’instruction de cette épître prouve que les détails de leur espérance leur faisaient encore défaut. Satan cherchait à mettre cette lacune à profit. On voit, au chap. 4, qu’ils étaient en danger d’être «affligés comme les autres qui n’ont pas d’espérance» et, dans la 2° épître, que l’Ennemi avait réussi en quelque mesure à leur enlever leur attente. Il leur insinuait que «le jour du Seigneur était là» (2:2) (c’est-à-dire le jour du jugement), puisqu’ils traversaient des tribulations ; qu’ils pouvaient donc s’être trompés en attendant Jésus, venant du ciel pour les délivrer de la colère à venir.

Le fait est que les chrétiens qui ne sont pas familiers avec la venue du Seigneur, courent le risque de tomber dans les pièges du tentateur, et ainsi de rendre vain tout le travail de l’Esprit de Dieu pour eux (1 Thess. 3:5). Si nous perdons la connaissance de l’espérance chrétienne, notre âme est en danger de perdre aussi d’autres vérités élémentaires qui sont à la base de la foi. La question : «Où est la promesse de sa venue ?» sert de fondement au matérialisme des moqueurs de la fin (2 Pierre 3:4). Mais cette attente de Christ qui influe sur notre service et importe à notre foi, agit encore sur d’autres éléments de notre vie chrétienne. On peut même affirmer qu’elle n’est étrangère à aucun des éléments de cette vie. C’est ainsi qu’au chap. 3 de notre épître, l’apôtre ne peut parler de la sainteté sans introduire la venue du Seigneur :

«Quant à vous, que le Seigneur vous fasse abonder et surabonder en amour les uns envers les autres et envers tous, comme nous aussi envers vous, pour affermir vos coeurs sans reproche en sainteté devant notre Dieu et Père en la venue de notre Seigneur Jésus avec tous ses saints».

Arrêtons un peu notre attention sur ce passage. Nous y voyons que Paul désirait pour les saints de Thessalonique un exercice surabondant de l’amour fraternel et cela, non seulement dans le cercle restreint de leurs relations chrétiennes, mais «envers tous» (*). Que ne rencontre-t-on aujourd’hui cet amour qui déborde envers tous les membres de Christ ! Combien souvent l’on traite en étrangers (comme s’ils n’étaient pas des frères), les enfants de Dieu avec lesquels on ne marche pas ! Combien souvent l’amour est remplacé par une sorte de camaraderie, joignant ensemble les membres de chacune des sectes diverses qui divisent la pauvre Église du Seigneur !

(*) Il n’est pas dit ici : «Envers tous les hommes», quoique cela aussi soit vrai (voir 5:15).

L’apôtre avait été, sous les yeux des Thessaloniciens, un modèle de cet amour dont il parle. Il pouvait leur dire en toute vérité : «Comme nous aussi envers vous», car il le leur avait prouvé. «Comme une nourrice chérit ses propres enfants, ainsi, vous étant tendrement affectionnés, nous aurions été tout disposés à vous communiquer non seulement l’évangile de Dieu, mais aussi nos propres vies, parce que vous nous étiez devenus fort chers». Son travail au milieu d’eux avait été le vrai «travail d’amour» : «Car vous vous souvenez, frères, de notre peine et de notre labeur ; c’est en travaillant nuit et jour pour n’être à charge à aucun de vous, que nous vous avons prêché l’évangile de Dieu» (2:7-9).

L’exercice de l’amour fraternel a des conséquences infiniment précieuses pour l’état de nos âmes ; on le voit dans ces paroles de l’apôtre : «Pour affermir vos coeurs sans reproche en sainteté, devant notre Dieu et Père». Ces deux choses, avec l’amour qui en est la source, caractérisent la personne de Christ : Il est amour ; il est le Saint ; il est irréprochable, lui qui n’a jamais «rien fait qui ne se dût faire».

Ces choses dépeignent aussi notre position actuelle en Christ. Dieu qui nous voit en lui, nous voit nécessairement tels que lui : «Il nous a élus en lui avant la fondation du monde, pour que nous fussions saints et irréprochables devant lui en amour» (Éph. 1:4).

Elles dépeignent encore notre condition future : «Pour vous présenter saints et irréprochables et irrépréhensibles devant lui» (Col. 1:22). «Le Christ a aimé l’assemblée.... afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle fût sainte et irréprochable» (Éph. 5:27).

Mais un chrétien ne peut se borner à savoir qu’il est parfait en Christ, et qu’il sera parfait dans la gloire. Ayant la vie divine, il cherchera à réaliser ici-bas les caractères qu’il possède. C’est pourquoi, nous retrouvons encore ces mots, quand il est question de notre marche ici-bas. Telle fut avant tout la marche de l’apôtre : «Vous-mêmes, vous êtes témoins, et Dieu aussi, combien nous nous sommes conduits saintement, et justement, et irréprochablement envers vous qui croyez, ainsi que vous savez comment nous avons exhorté chacun de vous, comme un père ses propres enfants» (1 Thess. 2:10). Son amour pour eux avait été la source de sa conduite envers eux. Telle devait être aussi la marche des Philippiens. L’apôtre leur écrit : «Je demande ceci dans mes prières, que votre amour abonde encore de plus en plus... afin que vous soyez purs et que vous ne bronchiez pas jusqu’au jour de Christ» (Phil. 1:9, 10).

Cette vérité quant à notre marche chrétienne est de toute importance. Souvenons-nous que notre sainteté pratique découle de notre amour, et que la première n’existe pas où le second est absent. L’amour fraternel nous lie à la famille de Dieu et nous sanctifie, en nous séparant moralement de ce qui n’est pas né de lui. Dés lors nous ne pourrons aimer ou cultiver ce que le monde recherche, et nous trouverons notre plaisir aux choses célestes avec ceux qui les connaissent et les aiment. Lorsque l’amour fraternel s’affaiblit et que le chrétien n’y abonde plus, un certain vide se produit dans le cœur : le monde y trouvant une place à occuper, se hâte d’en profiter ; il s’introduit d’abord tout doucement, secrètement pour ainsi dire, mais bientôt il règne en maître, et la sainteté, la séparation pratique pour Dieu, finit par n’être plus qu’un mot vide de sens.

Revenons maintenant à notre passage : «Pour affermir vos coeurs sans reproche en sainteté devant notre Dieu et Père». Ici, il ne s’agit pas proprement de notre marche, comme en Phil. 1:9, 10, mais de l’état de nos coeurs. L’exercice de l’amour fraternel affermit les coeurs des fidèles dans un état irréprochable et dans la sainteté devant Dieu, en leur donnant l’heureuse conscience de ces choses. Mais comment pourraient-ils se contenter de la manière dont ils représentent Christ ici-bas ? Ce serait arriver en fin de compte à être satisfaits d’eux-mêmes, et se livrer à la dangereuse illusion qu’il est possible d’atteindre la perfection pratique dans ce monde. C’est pourquoi l’apôtre ajoute : «en la venue de notre Seigneur, Jésus avec tous ses saints». Nous ne trouverons la perfection de ces choses qu’à la venue du Seigneur, mais soutenus par cette espérance, nous les réalisons plus complètement en attendant d’un moment à l’autre leur pleine réalité. Les yeux fixés sur Jésus, nous nous efforçons d’être déjà trouvés par lui tels que nous serons quand il viendra avec tous ses saints.

Je ne puis, je ne dois pas avoir une mesure de sainteté inférieure à celle-ci. Comment ne pas marcher dans l’amour, quand je pense que le Seigneur Jésus va nous introduire tous ensemble avec lui devant Dieu le Père ? Alors l’échange d’amour entre Christ et nous, entre nous et Dieu, sera complet et remplira éternellement la maison du Père de son parfum ! Comment ne pas vivre dans la sainteté, si nous attendons d’un moment à l’autre sa venue, où le caractère de «tous les saints» répondra parfaitement au sien !

Je ne pense pas que la venue du Seigneur soit ici la manifestation de Jésus-Christ avec tous ses saints devant le monde. Ce passage nous les présente dans l’acte de venir, mais comme manifestés «devant notre Dieu et Père». La première étape de notre voyage céleste est notre rencontre avec lui, «sur les nuées en l’air» ; la seconde, son arrivée avec nous dans la maison du Père et en sa présence. C’est là que nous serons ce que nous resterons toujours, saints, irréprochables en amour, comme lui ; que nous serons non plus seulement en Christ, mais avec Christ et semblables à lui. C’est dans ce caractère qu’il présentera l’assemblée à son Père, comme il se la présentera à lui-même. C’est de là que nous sortirons avec lui pour être manifestés devant le monde.

L’attente du Seigneur est donc le ressort, la force, l’encouragement de la sainteté quant à l’état de nos coeurs et à notre marche. Aussi, pouvons-nous répéter avec l’apôtre les précieuses paroles qui terminent cette épître : «Or le Dieu de paix lui-même vous sanctifie entièrement ; et que votre esprit, et votre âme, et votre corps tout entiers, soient conservés sans reproche en la venue de notre Seigneur Jésus-Christ. Celui qui vous appelle est fidèle, qui aussi le fera». Amen.

Nous avons montré que la sainteté ne peut être séparée de l’amour qui en est le point de départ ; ni de la venue du Seigneur qui en est le point d’arrivée. Cette venue influe de même sur toutes les autres qualités chrétiennes, la pureté, la sobriété, la justice, la piété (1 Jean 3:3 ; Tite 2:11-13). Telle sera notre conduite, si nous attendons «la bienheureuse espérance».

Disons encore quelques mots de l’influence que la venue du Seigneur exerce sur nos sentiments. Je ne parle pas de nos affections et de notre joie, qui sont pour ainsi dire inhérentes à l’attente du Sauveur. Le connaître, c’est l’aimer ; l’aimer, c’est le désirer et se réjouir de sa venue. Mais je fais allusion à ce qui nous est dit en Phil. 4:5 : «Que votre douceur soit connue de tous les hommes ; le Seigneur est proche». Ici, la douceur est «le caractère d’un homme qui n’insiste pas sur ses droits». Moralement, nul n’est autorisé à violer mes droits, à s’emparer, par exemple, de ce qui est mien, à me chasser de chez moi, à me priver de ma famille, de ma liberté, etc. Le Seigneur lui-même avait des droits ici-bas ; il était roi et né pour cela ; il pouvait réclamer comme étant à lui le pouvoir, la possession de toutes choses, les plus hautes dignités, l’hommage de tous. Mais a-t-il revendiqué ses droits ? Non ! il s’est laissé accuser à tort, juger d’une manière inique, et il n’a pas protesté. Il s’est vu ravir sa royauté, son héritage, sa dignité, sa liberté, sa vie — et il n’a pas ouvert la bouche. Il a été comme une brebis muette devant celui qui la tond.

Et nous, chrétiens, agissons-nous de même ? La moindre atteinte à nos droits nous exaspère. On nous fait tort, et cela nous parait si peu supportable que nous en appelons au monde lui-même pour nous venger de notre adversaire. Nous oublions ce précepte : «Que votre douceur soit connue de tous les hommes». Ou plutôt, nous oublions le moyen de le réaliser. «Le Seigneur est proche !» Comment insister sur mes droits, lorsque j’attends la venue prochaine, immédiate, du Seigneur ? Je puis les abandonner aux mains des hommes qui me les arrachent ; j’ai mieux à attendre, car je vais partager sa gloire céleste avec lui. Quelle folie ce serait, de vouloir établir mes droits et les faire reconnaître au milieu d’un monde que je vais quitter dans un instant ! Le Seigneur revendiquera plus tard mes droits dans son royaume terrestre, comme les siens propres ; mais en attendant je les abandonne ; l’Ennemi ne me les aura pas ravis pour longtemps.

L’apôtre ajoute : «Ne vous inquiétez de rien». C’est comme si les mots : «le Seigneur est proche», reliaient ce qui précède à ce qui suit. L’attente du Seigneur me fait aussi bien abandonner mes droits, que déposer tout souci. M’inquiéterai-je d’aujourd’hui, de demain, des circonstances difficiles, des obstacles suscités par Satan, de l’état de l’Église, de la ruine du témoignage ? L’Esprit répond : «De rien». À quoi bon s’inquiéter ? le Seigneur vient mettre fin à toutes ces difficultés. N’allez pas croire que ce soit de l’indifférence ; le chrétien ne peut être indifférent au mal : «mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu, par des prières et des supplications avec des actions de grâces». Les difficultés, les soucis, les angoisses poussent l’âme à la dépendance, à la prière, à la confiance ; elle remet tout à Dieu dont la paix garde notre coeur.

D’autres passages nous montrent la consolation que la venue du Seigneur apporte aux âmes en deuil (1 Thess. 4:13-18), l’encouragement dont elle comble les coeurs troublés et craintifs (Jean 14:1-3), la patience qu’elle communique dans les difficultés : Et nous aussi, usons de patience, affermissons nos coeurs, car la venue du Seigneur est proche ! (Jacq. 5:7, 8).

 

7                    La venue du Seigneur et la résurrection des saints    1 Thess. 4:13-18

Les Thessaloniciens, bien qu’ils fussent de petits enfants dans la foi, avaient néanmoins reçu dès l’origine un grand nombre de vérités importantes. Cette première épître fait continuellement allusion aux choses qu’ils connaissaient déjà. «Vous savez», ce mot typique de toutes les lettres apostoliques pour désigner la connaissance chrétienne, revient souvent dans ces chapitres. Ainsi, pour ne pas sortir de notre sujet, les Thessaloniciens savaient eux-mêmes «parfaitement que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit» (5:2). Très au fait des temps et des saisons dont la prophétie nous entretient, ils n’avaient pas besoin qu’on leur écrivit ces choses, mais sur un point particulier, ils étaient «dans l’ignorance» ; ils ne savaient pas ce que deviendraient, à la venue du Seigneur, ceux des leurs qui s’étaient endormis. Quand un de leurs frères était enlevé par la mort, ils étaient profondément affligés et semblaient ne pas conserver pour les saints endormis, l’espérance qu’ils avaient pour eux-mêmes (5:13).

Nous n’avons pas lieu de supposer qu’ils eussent le moindre doute sur le bonheur des âmes de ceux qui s’étaient endormis au Seigneur. Certes, ils n’auraient pas été chrétiens s’ils avaient mis ce bonheur en question ; mais eux, qui se réjouissaient à chaque instant d’être enlevés auprès du Seigneur sans passer par la mort, estimaient que les saints endormis éprouvaient une perte du fait de leur départ. Ils pouvaient penser, qu’eux Thessaloniciens, qui allaient être enlevés auprès du Seigneur, à sa venue, devanceraient avec des corps transmués et incorruptibles, ceux qui étaient morts en Christ, et que ces derniers ne les rejoindraient peut-être que plus lard, à la résurrection des justes. L’état de l’âme après la mort n’étant pas dans leur pensée l’état définitif, ils estimaient que leurs frères endormis seraient privés d’un avantage, alors qu’eux auraient, depuis longtemps peut-être, atteint la perfection (*). Au reste, leurs craintes, fruit de leur ignorance, montraient combien le premier amour était vivant dans leur coeur, car ils étaient plus affectés de la prétendue perte éprouvée par leurs frères, qu’occupés de leur propre gain.

(*)  Ce sont du moins les conclusions que l’on peut tirer de la lecture attentive de ce passage.

Sur tous ces points, l’apôtre leur donne l’enseignement clair et précis de la parole de Dieu. Il commence par leur montrer que le sort des saints endormis ne peut se séparer de celui de Christ. «Si nous croyons que Jésus mourut et qu’il est ressuscité, de même aussi, avec lui, Dieu amènera ceux qui se sont endormis par Jésus» (v. 14). Jésus-Christ est entré dans le domaine de la mort, mais pour la vaincre ; il est sorti en résurrection de ce lieu dont il a brisé les portes. Il a fait cela pour nous, et l’a fait si complètement, que désormais notre passé, notre présent et notre avenir sont liés aux siens. Nous sommes morts avec lui, ressuscités avec lui, quant à l’état de nos âmes ; il reste encore, si nous nous endormons, la résurrection de nos corps. À quel moment aura-t-elle lieu ? C’est ce que les Thessaloniciens devaient apprendre. L’apôtre leur montre d’abord que les saints endormis, Dieu les amènerait avec Christ, qu’ils ne pouvaient pas plus être séparés de lui à sa venue qu’ils ne l’étaient dans sa mort et sa résurrection. Ensuite, par la parole du Seigneur, il leur dévoile un mystère qui ne leur avait pas encore été révélé, c’est qu’à la venue du Seigneur, eux les vivants ne devanceraient aucunement ceux qui s’étaient endormis. La résurrection de ces derniers prendrait place alors, et aurait lieu premièrement, puis viendrait la transmutation des saints vivants. La première résurrection se lie donc à la venue du Seigneur pour enlever les saints. C’est à ce moment-là que la victoire de Christ sur la mort est confirmée, et qu’il en récolte pleinement les fruits. Par la résurrection de Christ, la mort était vaincue et annulée (2 Tim. 1:10). Par la résurrection de «ceux qui sont du Christ, à sa venue», la mort sera «engloutie en victoire». Il sera prouvé, d’une manière éclatante, qu’en vertu de l’oeuvre du Sauveur elle n’a conservé aucun pouvoir, même sur le moindre atome de la poussière des saints. Sa proie lui échappe, sans qu’elle en puisse rien retenir. Toutefois la mort elle-même, ce dernier ennemi, ne sera abolie (1 Cor. 15:26) qu’au moment où toutes choses ayant été assujetties sous ses pieds, Christ remettra le royaume à Dieu le Père. Alors, au seuil des temps éternels, la mort et le hadès seront jetés dans l’étang de feu (Apoc. 20:14).

L’apôtre leur révèle ensuite, que le Seigneur lui-même, descendant du ciel, donnerait le signal du rassemblement des siens et de leur départ, signal transmis par l’archange, et proclamé par la trompette. Le départ s’effectuerait quand tous seraient réunis, les morts en Christ ressuscités étant les premiers au rendez-vous ; alors, tous ensemble partiraient à la rencontre du Seigneur sur les nuées, et «ainsi», dit l’apôtre, «nous serons toujours avec le Seigneur». Quelle consolation dut remplir le coeur des Thessaloniciens à l’ouïe de ces choses !

Ce qu’ils avaient jadis encore à apprendre, nous le savons maintenant par la parole de Dieu. Il pourrait sembler que, devant une révélation aussi claire, les chrétiens de nos jours devraient attendre journellement le Seigneur. Hélas ! il n’en est rien. L’attente du Seigneur ne peut être une chose actuelle, si sa personne elle-même n’a pas de réalité pour l’âme. Les chrétiens pourraient-ils dire aujourd’hui comme l’apôtre : «Nous, les vivants, qui demeurons jusqu’à la venue du Seigneur» (4:15, 17). Il ne dit pas «demeurerons», car cette venue est pour lui une chose présente, dont le moment peut n’être pas retardé au delà d’une vie humaine. Le chrétien qui réalise son espérance ne s’attend pas à mourir : «Non pas», dit-il, «que nous désirions d’être dépouillés, mais… d’être revêtus» (2 Cor. 5:4). Il fallait à Pierre une révélation spéciale pour savoir qu’il mourrait (2 Pierre 1:14).

Ayant oublié la venue actuelle du Seigneur, on perd aussi de vue l’immense importance de la résurrection. On s’habitue, sinon doctrinalement, du moins (ce qui est plus grave) en pensée, à considérer l’état de l’âme après la mort, comme l’état de perfection définitive pour les chrétiens. On dit d’une âme délogée : «Elle nous a devancés auprès du Seigneur», et l’on n’a pas d’autre espérance que celle d’aller la rejoindre après la mort.

Les Thessaloniciens n’étaient pas proprement affligés de la perte qu’ils éprouvaient par le départ des leurs ; ils croyaient que ceux qui s’étaient endormis avaient fait eux-mêmes une perte, puisqu’ils ne se trouveraient pas avec eux quand le Seigneur viendrait. Ils étaient affligés à la pensée qu’eux devanceraient les saints endormis et seraient, avant eux, rendus semblables à Christ. Ils apprennent ici, non pas que leurs frères les avaient devancés, mais les devanceraient à la venue du Seigneur. La mort n’était pas pour eux la fin de la vie chrétienne, et le seul chemin pour entrer dans la béatitude céleste, tandis que, pour beaucoup de chrétiens qui placent la perfection dans l’état de l’âme séparée du corps, la venue du Seigneur c’est la mort, et le : «Viens, Seigneur», signifie : être sur le point de mourir. «Ils nous ont devancés dans le ciel nous les rejoindrons...», pensée dans le fond étrangère à la révélation chrétienne, quoique bien appropriée à la connaissance d’un saint de l’Ancien Testament (2 Sam. 12:23). Or l’Écriture nous montre ici que nous ne nous rejoindrons pas dans le ciel, mais que nous, qui demeurons en vie ici-bas, serons enlevés avec les saints premièrement ressuscités, pour nous rendre ensemble auprès du Seigneur. Que, dans cet heureux moment, nous nous reconnaissions les uns les autres, je n’en doute pas (les disciples reconnurent bien sur la sainte montagne, Moïse et Élie qu’ils n’avaient jamais vus) ; mais la «consolation» n’est nullement dans ce fait qui préoccupe si souvent les chrétiens. Elle est dans le fait que nous irons ensemble à la rencontre du Seigneur, et que nous serons ainsi toujours avec le Seigneur. Perdre la venue du Seigneur comme espérance de l’âme, c’est donc perdre beaucoup plus qu’on ne pense. C’est perdre de vue sa personne ; c’est envisager la mort comme fin du croyant ; c’est considérer l’état de l’âme après la mort comme l’état définitif du chrétien ; c’est oublier la résurrection d’entre les morts, ou plutôt la renvoyer au jour de la résurrection des morts et du jugement dernier ! Que de trésors perdus ! Et quand on cherche à réveiller les chrétiens à ce sujet, il ne manque pas d’âmes qui traitent la venue du Seigneur de chose secondaire. Secondaire ! quand c’est une vérité à laquelle tout se rattache, et sans laquelle il n’y a ni espérance, ni consolation véritable, ni assurance, tandis que, pour qui attend le Seigneur, sa venue est le signal de la résurrection, du rassemblement des saints, d’une victoire entière sur la mort, d’une conformité éternelle avec lui !

 

8                    La venue du Fils de l’homme    Matt. 24:32-44 ; 1 Thess. 5:1-11 ).

Ces passages nous présentent un aspect nouveau de la venue du Seigneur : son apparition comme «fils de l’homme», pour juger les vivants sur la terre. Apparu autrefois en grâce, pour souffrir, pour être rejeté des Juifs et des nations, puis crucifié, le fils de l’homme, auquel Dieu a «donné tout le jugement», reviendra, et la vengeance qu’il tirera de ses ennemis sera terrible. Matt. 24:1-31, décrit les signes prophétiques qui précéderont et accompagneront la venue du Messie, en rapport avec le peuple juif qui l’a rejeté. Ayant déjà montré dans un article précédent l’application pratique de la prophétie à nos consciences, je puis me dispenser d’aborder de nouveau ce sujet. Qu’il suffise de mentionner ici que les «signes» de Matt. 24 n’ont aucun rapport avec le lever de l’étoile du matin, c’est-à-dire avec la venue du Seigneur en grâce, mais qu’ils précèdent l’apparition du Soleil de justice. Il y aura sur la terre, au temps de la fin, un corps de témoins juifs, le vrai Israël, le «résidu» de la prophétie, qui sera averti par des signes du jugement imminent de ses persécuteurs, et de sa prochaine délivrance. En ce même temps, une innombrable multitude d’entre les nations (non pas hélas ! de la chrétienté apostate), sera convertie par «l’Évangile du règne». Ces croyants accepteront pour Seigneur celui qui sera sur le point de paraître comme fils de l’homme, juge et roi, et se soumettront à lui. Ils seront bénis pour avoir écouté et secouru le résidu d’Israël, au temps de sa tribulation (Matt. 25:31-46).

Les v. 32-34 du chap. 24, se rapportent aux disciples juifs de la fin. Le Seigneur leur dit : «Quand vous verrez toutes ces choses, sachez que cela est proche, à la porte» (v. 33) et : «Cette génération (juive) ne passera point que toutes ces choses ne soient arrivées» (v. 34). Cependant les vérités contenues dans ces versets dépassent de beaucoup la sphère du peuple d’Israël. Quand le fils de l’homme viendra, il ne trouvera le monde changé ni dans son caractère, ni dans ses occupations. Les hommes seront les mêmes qu’aux jours de Noé. «Dans les jours avant le déluge, on mangeait et on buvait, on se mariait et on donnait en mariage,... et ils ne connurent rien, jusqu’à ce que le déluge vint et les emporta tous». Un seul, Noé, le huitième homme de foi, entra dans l’arche avec sa maison et fut «laissé», pour devenir la souche d’une race nouvelle dans un monde purifié par le jugement. Il en sera de même à la fin des temps. Le jugement, distinguera les justes des méchants. Ces derniers seront «pris», comme autrefois les hommes iniques, tandis que, pareils au juste Noé, les autres seront laissés.

Mais il importait tout particulièrement au Seigneur, de faire connaître aux disciples qui l’entouraient, l’attitude qu’ils avaient à prendre à l’égard du retour du «fils de l’homme». Ce serait un retour inopiné. Nul ne pouvait en savoir, ni le jour ni l’heure, pas même le anges des cieux. Cette connaissance était réservée au Père seul (v. 36). La proximité de ce jour se révélerait par des signes (v. 33), mais tous en ignoraient la date. Ce qu’ils devaient savoir, c’est que le fils de l’homme viendrait subitement comme un voleur (v. 43). Vous avez donc à veiller, dit le Seigneur, car le voleur vient dans la nuit, et «vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur vient». Le fils de l’homme, dont la venue allait surprendre les hommes comme un voleur, n’a pas ce caractère pour les disciples : il est leur Seigneur, et c’est lui qu’ils doivent attendre dans une continuelle vigilance.

Ces choses n’intéressent-elles que les disciples juifs ? 1 Thess. 5, nous montre qu’elles s’appliquent aussi aux chrétiens. «Mais pour ce qui est des temps et des saisons, frères, vous n’avez pas besoin qu’on vous en écrive». Les Thessaloniciens connaissaient par la prophétie les signes de la venue du Fils de l’homme, en opposition avec la bienheureuse venue du Fils de Dieu, dont le chap. 4 les avait entretenus. «Car vous savez vous-mêmes, parfaitement que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit». Les hommes seront atteints par une subite destruction. «Mais vous, frères, vous n’êtes pas dans les ténèbres, en sorte que le jour vous surprenne comme un voleur ; car vous êtes tous des fils de la lumière et des fils du jour ; nous ne sommes pas de la nuit ni des ténèbres».

La raison pour laquelle le jugement ne peut nous atteindre, c’est que nous appartenons déjà à ce jour qui est encore à venir, ayant été délivrés du pouvoir des ténèbres et engendrés pour être des fils de lumière. En quoi donc le jour du Seigneur touche-t-il nos consciences ? L’Esprit Saint ajoute : «Ainsi donc ne dormons pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres ; car ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui s’enivrent, s’enivrent la nuit ; mais nous qui sommes du jour, soyons sobres». Dormir et nous enivrer serait renier notre caractère de fils du jour. Nous n’avons que ce motif, mais combien puissant pour veiller et pour refuser toutes les boissons capiteuses par lesquelles le monde et Satan cherchent à endormir nos âmes. Nous appartenons à une autre sphère, à celle de la lumière éternelle !

Nos veilles seront-elles remplies de la crainte que la colère ne nous atteigne nous-mêmes ? Nullement, car nous n’avons pas à nous défendre du jugement, mais du monde qui sera jugé : «Revêtant la cuirasse de la foi et de l’amour, et, pour casque, l’espérance du salut ; car Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à l’acquisition du salut par notre Seigneur Jésus-Christ».

La foi et l’amour nous rendent invulnérables aux coups de Satan et du monde, en nous attachant à Dieu, à Christ, à tout ce qui est né de lui. Quand je jouis de ces choses excellentes, celles d’ici-bas ont perdu le pouvoir de m’atteindre. L’espérance du salut nous remplit d’assurance en face de cette colère future qui ne nous est pas destinée. C’est ainsi que le chrétien fidèle attend le jour du Seigneur. Ce jour ne le touche pas personnellement ; mais il atteint sa conscience, et c’est une chose infiniment salutaire au milieu des dangers de toute sorte qui menacent notre vie chrétienne.

Mais peut-être la chrétienté professante se croira-t-elle à l’abri de ce jour ? Elle s’en crée l’illusion, car elle se vante de porter le nom de Christ. Qu’elle se détrompe. Sardes, qui représente la chrétienté sous sa forme la plus éclairée, le protestantisme, reçoit cet avertissement du Seigneur : «Souviens-toi comment tu as reçu et entendu, et garde, et repens-toi. Si donc tu ne veilles pas, je viendrai sur toi comme un voleur, et tu ne sauras point à quelle heure je viendrai sur toi» (Apoc. 3:3). La religion la plus orthodoxe, ne sauve pas ceux qui la professent du terrible jour du Fils de l’homme. Ils seront complètement assimilés au monde. Étant sans la repentance qui accompagne la foi, leur sort ne différera pas de celui des impies. Mais quant à nous, «exhortons-nous l’un l’autre» à veiller et à être sobres !

 

9                    La venue du Maître de maison    Matt. 24:45-51

Après la venue du Fils de l’homme, voici celle du Maître de maison. Ce passage ne nous parle ni du monde proprement dit, ni d’Israël, mais de la maison de Dieu, comme elle fut établie et organisée après le départ du Seigneur. Composée de tous ceux qui lui appartenaient par la foi, elle aurait dû être le modèle de «l’administration de Dieu» (1 Tim. 1:4) dans ce monde. Cette maison devait contenir la profession chrétienne dans sa réalité, et non la profession sans vie, fruit de l’infidélité de l’Église. Cependant, telle qu’elle est aujourd’hui, la chrétienté reconnaît encore le Seigneur pour son Maître, aussi la traite-t-il selon sa profession.

La maison de Dieu abrite des esclaves responsables, établis par le Maître lui-même pour y accomplir leur ministère. Comment ont-ils répondu à la confiance que le Maître avait mise en eux ? La parole de Dieu nous l’apprend : «Le méchant esclave (*) dit en son coeur : Mon maître tarde à venir». Il commence par abandonner l’attente du Maître. Son intelligence accepte peut-être encore la vérité de sa prochaine venue, tandis que son coeur la renie. Combien cela est sérieux à considérer ! Le premier pas du déclin est l’abandon de la venue actuelle du Seigneur. L’esclave ne dit point : Mon maître ne viendra pas, mais simplement : Il tarde à venir, ce qui prouve que la venue du Seigneur n’a plus de réalité pour ses affections.

(*) Il est utile de remarquer que, dans cette parabole, l’esclave est un être collectif.

La conséquence de son infidélité est qu’il «se met à battre ceux qui sont esclaves avec lui», usurpant dans la maison du Maître des fonctions que ce dernier ne lui a nullement conférées. Il domine sur ses compagnons de service et les traite durement selon sa fantaisie, comme s’il était d’une autre classe qu’eux. N’est-ce pas l’image de ceux qui s’arrogent une autorité dans la maison de Dieu où le Seigneur seul a le droit de dominer ? — Ensuite, il se met «à manger et à boire avec les ivrognes», c’est-à-dire qu’il s’allie avec un monde enivré des convoitises que Satan lui présente (1 Thess. 5:7). Il n’est pas dit, comme en Luc 12:45, que cet homme s’enivre, bien que ce relâchement y conduise tôt ou tard ; mais il s’associe à ce que Dieu hait et perd son caractère de serviteur, alors même qu’il le maintiendrait peut-être encore extérieurement.

Mais il y a dans la maison du Maître un esclave fidèle et prudent. Il sait que son Seigneur l’a établi sur les domestiques de sa maison, non pour qu’il s’élève, mais afin de servir les autres, et de leur donner «leur nourriture au temps convenable». Cet esclave a un but en s’acquittant de sa mission, c’est que «le maître, lorsqu’il viendra, le trouve faisant ainsi». Heureuse espérance qui lui suffit, car ce qui importe au Seigneur, c’est la manière dont ses esclaves se conduisent dans sa maison en rapport avec sa venue. Oui, bienheureux l’esclave fidèle : sa constance à servir les autres, tout en servant son Maître et en l’attendant, lui fait obtenir une rémunération à laquelle sans doute il ne songeait pas : le Maître l’établit sur tous ses biens. Le serviteur infidèle verra paraître son Seigneur «en un jour qu’il n’attend pas, et à une heure qu’il ne sait pas». Son manque de vigilance et son oubli de la venue du Maître seront la cause même de son jugement. Il sera détruit, coupé en deux, lui qui avait estimé qu’on pouvait séparer la profession de la vie. Il aura «sa part avec les hypocrites», car un hypocrite est, comme lui, un homme qui se pare d’un caractère religieux dont il n’a pas la réalité. «Là seront les pleurs», les signes d’une douleur sans fin, «et les grincements de dents», une éternelle et impuissante rage d’avoir perdu l’occasion, rage qui ne sera tempérée par aucun sentiment de tendresse, car, ayant méprisé l’amour, les réprouvés ne le comprendront jamais !

 

10               La venue de l’Époux    Matt. 25:1-13

Ces versets nous présentent le Seigneur sous l’aspect d’un Époux qui vient. Les dix vierges sortent à sa rencontre ; elles ne forment en apparence qu’une troupe homogène, mais composée, en réalité, de deux partis, avec des caractères moraux entièrement opposés. «Cinq d’entre elles étaient prudentes, et cinq folles». Ces vierges sortent. Dans cet acte, il n’est pas proprement question de sa venue pour nous prendre auprès de lui, mais de notre responsabilité, car notre devoir est d’aller à sa rencontre. Pour sortir, il faut quitter comme Abraham l’endroit que l’on habite, son pays et sa parenté ; oublier, comme l’épouse du Ps. 45, son peuple et la maison de son père ; mais ce que nous quittons aurait-il quelque valeur, quelque pouvoir de nous retenir, quand il s’agit d’aller au-devant de l’Époux ?

Les vierges sont appelées à former son cortège quand il entrera aux noces. Aussi se munissent-elles de lampes, ou plus exactement de flambeaux (voir Jean 18:3) qui doivent être alimentés d’huile, et portent-elles dans des vases cette indispensable provision. À quoi servirait, en effet, un cortège de nuit sans flambeaux ? Ferait-il honneur à Celui qu’on escorte ? La personne de l’Époux ne doit-elle pas être mise en lumière aux yeux de la foule, par ceux qui l’accompagnent ?

Les vierges folles, en prenant leurs lampes, avaient oublié de se munir d’huile. Personne ne s’en serait douté jusqu’à l’heure de la formation du cortège. Au moment de les allumer, leurs lampes pouvaient même donner un semblant de lumière ; car on les entend dire aux prudentes : «Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent», mais cette lumière ne pouvait durer que le temps de consumer la mèche de leurs flambeaux.

Ce récit nous présente une grande vérité : c’est que, si la profession chrétienne appartient à tous, car les vierges folles ont les mêmes lampes que les prudentes, la profession ne suffit nullement pour mettre en lumière la personne de l’Époux. Sa venue démontrera que la profession seule ne vaut pas mieux que les ténèbres les plus profondes. Ce qui donne sa valeur à la profession, c’est la vie qui l’accompagne. L’huile est ordinairement dans la Parole l’emblème du Saint-Esprit, et l’Esprit et la vie sont inséparables l’un de l’autre. La profession et la vie forment ensemble le témoignage. Nous avons à rendre témoignage à l’Époux au-devant duquel nous sommes sortis. Les vierges qui ne le font pas sont «folles». Funeste pensée, folie insigne, en effet, que de s’imaginer pouvoir escorter l’Époux, au jour des noces, avec des apparences et sans la réalité du témoignage ! La seule chose qui donne à l’escorte le droit d’entrer aux noces, c’est la lampe avec son huile.

Cette parabole constate encore un fait affligeant : «Comme l’Époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent». Leur sommeil dura longtemps.... il a duré des siècles. Les vierges entrèrent, sans doute, en quelque endroit pareil à celui dont elles étaient sorties au commencement, car «au milieu de la nuit il se fit un cri : Voici l’époux ; sortez à sa rencontre». Elles avaient retrouvé un lieu favorable à leur sommeil. Au début, le peuple chrétien avait brisé tout ce qui tendait à l’enchaîner, pour aller à la rencontre de Jésus ; mais le monde, l’amour du bien-être, les mille attractions du «lieu obscur», eurent bientôt amorti ce premier zèle. Or à un moment donné, dans les siècles passés, ce cri : «Voici l’Époux», a retenti au milieu du christianisme professant. Cependant l’Époux n’a pas encore paru. Il s’écoule un certain temps entre le cri et sa venue. Cet intervalle, ne l’oublions pas, suffit pour éprouver la condition morale de chacun de nous. Les lampes des vierges folles ont le temps de s’éteindre et de prouver, hélas ! qu’elles sont inutiles au cortège ; les vierges prudentes ont le temps de «se préparer» et d’être à leurs places quand l’Époux viendra. Souvenons-nous que si nos lampes ne brillent pas avant qu’il vienne, nous ne pourrons pas entrer aux noces avec lui.

Je désire être bref, mais les questions se pressent sous ma plume. Nous avons tous entendu le cri de minuit. Nous a-t-il laissés indifférents ? Avons-nous mis à profit l’intervalle qui nous sépare du moment de sa venue ? Serions-nous tentés peut-être de nous assoupir et de nous endormir une seconde fois ? Souvenons-nous bien qu’il n’y aura pas de nouveau cri. Le temps est court, l’instant arrive. L’Époux va-t-il nous trouver veillant ? Serons-nous surpris par son arrivée ? Que de questions sérieuses ! Puissions-nous y répondre par les faits, ou plutôt par le seul fait d’être trouvés par lui comme ses témoins. «Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces».

Et les autres ? «Allez plutôt vers ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous-mêmes !» Il est trop tard ; elles ont manqué l’occasion offerte à toutes de s’en procurer sans aucun prix. «Comme elles s’en allaient pour en acheter, l’Époux vint». Elles se hâtent maintenant, elles arrivent avec leurs flambeaux éteints ; la porte est fermée. Elles heurtent : «Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !» Il est trop tard ! Elles sont laissées dans les ténèbres du dehors, avec leurs lampes inutiles, séparées à toujours de Celui qui leur a dit : «Je ne vous connais pas !»

Veillons donc ! car nous ne savons ni le jour, ni l’heure.

 

11               La venue de notre Maître et les récompenses    Matt. 25:14-30

Toutes les paraboles que nous venons de méditer s’occupent de l’attitude des fidèles et des simples professants, en l’absence du Seigneur. Celle-ci insiste d’une manière encore plus particulière sur son absence : «C’est comme un homme qui, s’en allant hors du pays.... Et aussitôt il s’en alla hors du pays». Le Maître s’en étant allé, qu’avons-nous à faire jusqu’à son retour ? Telle est la question qui se pose ici. Il ne s’agit pas, comme dans la parabole du maître de maison, d’un ministère à l’intérieur et de «donner aux esclaves leur nourriture au temps convenable» ; mais de trafiquer au dehors avec les talents qu’il confie à chacun. C’est le service individuel au milieu de ce monde. Un serviteur est autre chose qu’un témoin. Les dix vierges devaient être les témoins de l’Époux à sa venue, mais notre service consiste à administrer ce qu’il nous a confié, en le faisant fructifier pour lui pendant son absence. Le Maître remet ses biens à chacun de ceux qui ont la prétention vraie ou fausse de le servir. Ce que sont les talents, je ne saurais l’énumérer, car c’est tout ce qui est à lui, tout ce qu’il nous confie, tout ce que nous pouvons employer à son service, dons, facultés, fortune, choses matérielles ou spirituelles, peu importe leur caractère ou leur qualité. Il remet donc les talents «à chacun selon sa propre capacité». Lui seul en est juge et nous mesure selon cette dernière ; c’est son affaire et non pas la nôtre. Notre affaire est de trafiquer fidèlement de ce qu’il nous confie.

Remarquez que le Maître ne donne à ses esclaves aucun commandement, aucune direction spéciale sur la manière dont ils devront agir. Quand il leur remet les talents, il ne leur dit pas ce qu’ils doivent en faire, mais, les ayant donnés, il s’en va aussitôt hors du pays. Il en est encore de même aujourd’hui ; le Seigneur est absent dans le ciel, nous laissant ici-bas avec la responsabilité de le servir.

L’état des coeurs se manifeste bientôt. Les esclaves fidèles connaissent leur Seigneur et lui sont soumis. S’il ne les aimait pas, pourrait-il leur montrer une telle confiance en leur remettant ses biens ? Comment, après cela, douter un instant de son amour ? Aussi font-ils tout pour y répondre. Il ne leur vient point à la pensée de considérer les talents comme leur appartenant, car ils savent qu’ils ont en mains les biens de leur Maître. Pourquoi donc les leur remettre, sinon pour les faire fructifier ? Aussi désirent-ils que, lorsqu’il viendra, il soit satisfait du résultat de leur activité. Cette dernière découle évidemment pour les serviteurs fidèles, de ces quatre faits : le Seigneur est notre Maître ; il nous aime ; nous avons confiance en lui, et nous l’attendons. Son absence se prolongera «longtemps» peut-être (v. 19), mais ses esclaves l’attendent en le servant.

Ayons de tels motifs pour le servir, et nous travaillerons pour lui ; et quand il viendra régler compte avec nous, nous en aurons la récompense. Toutefois les esclaves fidèles ne travaillent nullement en vue de cette récompense ; ils ne désirent qu’une chose : c’est que le Maître reçoive l’intérêt de ses talents et qu’il en soit satisfait.

Le méchant esclave dit : «Maître, je te connaissais», lui qui, avec la prétention de le connaître, est le seul auquel le Maître soit complètement étranger ! Il le juge «un homme dur, moissonnant où il n’a pas semé et recueillant où il n’a pas répandu», un Maître exigeant. Certes il a le droit d’exiger, mais est-ce là son caractère ? Ah ! comme les autres esclaves étaient mieux instruits ! Ne le connaissant pas, celui-ci ne peut avoir ni confiance en lui, ni intelligence de son but et de ses pensées. Il est complètement étranger à la grâce. Sa vie étant restée stérile pour celui qu’il a si outrageusement méconnu, il est jeté dans les ténèbres du dehors où seront les pleurs et les grincements de dents.

Voyons maintenant quelle est la récompense des bons serviteurs ? D’abord, ayant été fidèles en ce qui leur avait été confié, ils reçoivent davantage. «Ôtez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents ; car à chacun qui a, il sera donné, et il sera dans l’abondance». Résultat immédiat de notre fidélité, nos richesses spirituelles s’accroissent par l’usage. Dieu veuille que chacun de nous en fasse l’expérience !

Ensuite, le Maître adresse ces paroles à ses serviteurs : «Bien, bon et fidèle esclave ; tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup : entre dans la joie de ton maître». Il nous donne la précieuse assurance de cette approbation pour laquelle nous avons travaillé ; mais il ne veut pas rester notre débiteur. C’est «peu de chose» que notre service, il le sait bien, et nous aussi, mais il nous offre en échange une part dans son glorieux royaume. À nous pauvres esclaves, il veut octroyer encore de plus grandes bénédictions, en nous faisant partager sa propre joie. Ce qui fait ses délices à lui, deviendra nos délices pour l’éternité !

 

12               Le petit troupeau et le Seigneur revenant des noces    Luc 12:32-44

Le Seigneur allait quitter les siens ; car définitivement le monde le rejetait. Un complot qui devait aboutir à la croix, s’était déjà formé contre lui (11:53-54). Sans doute les apparences contredisaient encore ce que Satan tramait dans les ténèbres, car jamais sa «popularité» n’avait brillé d’un tel lustre : Les foules se rassemblaient par milliers autour de Jésus, de sorte qu’ils se foulaient les uns les autres (12:1). Mais lui voyait et connaissait ce que recouvrait l’hypocrisie du coeur humain. C’est à ce moment, qu’en présence de la multitude, il se met à parler à ses disciples. Il s’isole avec ce pauvre résidu angoissé, sur lequel son départ projette déjà son ombre, et, ouvrant tout son cœur à ses bien-aimés, les exhorte, les encourage, leur adresse consolation sur consolation. Un volume ne suffirait pas pour méditer ce chapitre divin ; mais une parole y domine : «Ne craignez pas». Devant tout ce qui pourrait abattre ce faible troupeau, que son Berger allait laisser comme à la merci des loups, il leur répète : «Ne craignez pas». La puissance et la haine des hommes qui va jusqu’à tuer le corps, votre propre insignifiance, ne doivent pas vous inquiéter ; Dieu a soin de vous et vous aime. Vous courrez des dangers en me confessant, mais je vous confesserai devant les anges de Dieu. On vous traînera devant les synagogues et devant les juges ; ne craignez pas, car la puissance du Saint-Esprit vous enseignera. Les hommes sont contre vous : Dieu lui-même, et le Fils, et le Saint-Esprit sont pour vous. Ne soyez pas en souci pour la vie, ne soyez pas en peine de ce que vous mangerez et de ce que vous boirez et comment vous serez vêtus ; vous avez un Père qui sait que vous avez besoin de ces choses !

Il les exhorte aussi : «Tenez-vous en garde, dit-il, contre le levain des pharisiens qui est l’hypocrisie». «Voyez, et gardez-vous de toute avarice» ; et certes, nous avons besoin de ces tendres exhortations, mais il veut avant tout remplir de confiance ces coeurs troublés et craintifs : «Ne craignez pas ; ne craignez pas !»

Puis il introduit le passage de ce chapitre que nous désirons méditer : «Recherchez son royaume» (v. 31 ). Le royaume de qui ? Du Père ! Ce royaume du Père n’est pas celui du fils de l’homme. Il n’a pas, comme ce dernier, une sphère terrestre où resplendira sa gloire. C’est le royaume céleste où le Père a son domicile. Ce nom de Père, comme il parle au coeur d’êtres craintifs, faibles, sans défense et sans connaissance ! Ne renferme-t-il pas sa protection, ses soins journaliers, son amour, tout son amour pour ceux qu’il a engendrés, qu’il appelle ses enfants ? — C’est aux lieux où ces choses se trouvent, que le Seigneur veut élever l’âme de ses disciples.

Oh ! comme nous serons portés au-dessus des craintes, des soucis desséchants de cette vie, si nous cherchons le royaume du Père ! Toutes les choses terrestres dont nous avons besoin «nous seront données par-dessus», car nous aurons le Père ; elles nous seront données à titre de supplément, pour parfaire le poids des choses éternelles que nous trouverons dans son royaume !

Le Seigneur résume encore une fois toutes les exhortations qui précèdent, par un mot : «Ne crains pas, petit troupeau». Après avoir détaillé tous nos sujets de crainte, il dit : «Ne crains pas !» Vous êtes le petit troupeau au milieu de cette multitude hostile. Cela convient bien à son amour que les enfants de Dieu ne soient que cela. Nous ne pouvons nous confier dans notre nombre, dans notre force ou notre intelligence, mais nous pouvons nous confier en lui. Et voyez quelles grandes choses le Père a faites pour le petit troupeau ! «Il a plu» — entièrement en dehors de nous, qui sommes sans mérite pour l’obtenir — il a plu «au Père» — qui nous a mis en relation avec lui-même comme ses bien-aimés — «de nous donner» — non pas de nous prêter pour un temps, en nous accordant une jouissance passagère, mais — «de nous donner», de nous donner en propre «le royaume», — le royaume du Père, le ciel ! Comme cette libre et pure grâce de Dieu, comme cet intérêt et cet amour du Père, sont faits pour remplir de confiance les coeurs du petit troupeau !

Le royaume est à nous, nous le possédons, nous pouvons y entrer aujourd’hui et demain et chaque jour.

Mais, pour en jouir, j’ai quelque chose à faire. Pour entrer dans ma maison, il me faut en avoir la clef. Le Seigneur place cette clef dans la main de ses disciples ; il leur révèle le secret par lequel ils peuvent prendre aujourd’hui possession de ce qu’ils auront à jamais.

«Vendez ce que vous avez, et donnez l’aumône ; faites-vous des bourses qui ne vieillissent pas, un trésor qui ne défaille pas, dans les cieux, d’où le voleur n’approche pas, et où la teigne ne détruit pas ; car là où est votre trésor, là aussi sera votre coeur». Le secret qu’il me confie est de n’avoir ici-bas rien que je possède en propre, de rompre tous les liens qui me rattachent aux choses terrestres en les considérant comme des entraves, et d’employer ces choses, dont il laisse l’administration entre mes mains, à donner l’aumône, — à faire du bien aux pauvres et aux déshérités, devenant ainsi comme la main du Père qui sait qu’ils ont besoin de ces choses. Alors nous nous faisons un trésor dans les cieux ; nous montrons par nos actes que les biens incorruptibles ont seuls de la valeur, et quand nous avons, pour ainsi dire, constitué notre trésor, nos coeurs le suivent. Ces trois choses se lient : le renoncement, l’acquisition du trésor, et le coeur suivant le trésor. Si je me fais «des bourses qui vieillissent», mon coeur s’y attachera nécessairement. Un beau jour, elles périssent et me sont dérobées. Alors, pauvre coeur misérable, que deviens-tu, quand ton trésor a disparu ?

Mais, notre coeur ayant suivi notre trésor, nous avons encore une chose à faire. «Que vos reins soient ceints, et vos lampes allumées ; et soyez vous-mêmes semblables à des hommes qui attendent leur maître, à quelque moment qu’il revienne des noces, afin que, quand il viendra, et qu’il heurtera, ils lui ouvrent aussitôt». Nous avons à prendre ici-bas une certaine attitude en attendant celui qui nous a quittés, mais qui est sur le point de revenir. On peut avoir les reins ceints pour le service, pour la marche, pour le combat et pour le culte. Dans ce passage, ils doivent être ceints pour l’attente. Nous avons à veiller sur nos pensées, sur nos affections, sur tout ce qui pourrait nous distraire et nous empêcher d’entendre les pas de l’époux qui s’approche. C’est bien l’attitude d’un serviteur, mais d’un serviteur qui se tient près de la porte, attentif au moindre bruit, pour ouvrir aussitôt que la main du maître heurtera. Les lampes allumées ne sont pas ici le témoignage, mais la vigilance qui combat contre le sommeil. Que nos reins soient donc ceints et nos lampes allumées, en sorte qu’il nous trouve veillant, car avec ces deux choses nous attendrons le Seigneur.

Cette expression est bien frappante : «À quelque moment qu’il revienne des noces». Sans doute, la relation de l’Époux avec son Église ne fut révélée qu’à la suite de l’exaltation du Seigneur et de la descente du Saint-Esprit, et cela peut en quelque mesure expliquer le vague intentionnel de cette parole. Mais ne pouvons-nous pas y voir encore autre chose ?

L’événement capital de la maison, c’est le mariage du maître et le moment où il vient, ramenant son épouse. Cela introduit et établit un tout nouvel état de choses, en contraste avec ce qui a précédé. Le gouvernement et l’ordre de la maison sont désormais complets et définitifs. C’est aussi le moment de la joie du maître, son coeur satisfait ayant obtenu ce qu’il désire et se reposant enfin sur celle qu’il possède comme l’objet de ses affections. Il amène son épouse dans le lieu où elle habitera désormais, lieu orné par lui et préparé pour elle. Ce jour est aussi celui de la joie des serviteurs qui voient leur maître répandant sur tous ceux qui lui appartiennent l’expression de son bonheur et de sa satisfaction.

Voilà ce qui occupe le coeur d’un esclave fidèle. Comment penser à autre chose ? Fera-t-il attendre à la porte ce maître chéri et respecté ? Il tient à lui prouver que tout est prêt pour le recevoir en ce jour de fête joyeuse et solennelle. Aussi espère-t-il son arrivée de moment en moment. Le temps s’écoule et ne lui paraît pas long ; son affection donne des ailes à la marche des heures. Que son Seigneur vienne à la seconde ou à la troisième veille, «bienheureux sont ces esclaves, que le maître, quand il viendra, trouvera veillant. En vérité, je vous dis qu’il se ceindra et les fera mettre à table, et s’avançant, il les servira». Il leur donne plus que le royaume, plus que ses biens, plus même que la joie de leur Seigneur. Ce qu’il fait pour eux dépasserait la mesure, s’il y avait une mesure à l’amour. Nous le verrons, revêtant, lui, le Maître, les insignes du serviteur, de ce qu’il a toujours été, de ce qu’il veut toujours rester pour nous ; nous le verrons s’abaissant, aimant à s’abaisser dans la gloire ! Pourquoi ? Pour servir lui-même ses esclaves. Et comment nous servira-t-il ? Comme lui, le serviteur par excellence, sait servir. Ce ne sera plus la rédemption, ni le lavage de nos pieds (Marc 10:45 ; Jean 13:4) ; il nous aura devant lui, parfaits nous-mêmes dans l’amour. Nous comprendrons cet amour sans limite et nous le laisserons faire. Nous ne dirons pas comme Pierre : Tu ne t’abaisseras jamais à de telles fonctions. Nous ne nous étonnerons pas de l’entendre nous dire : Mon service est la réponse au tien : La réponse à mon service !... Une telle parole ne peut que m’humilier profondément aujourd’hui, mais dans la gloire je comprendrai, en l’adorant, que son service glorifie éternellement son amour, et je le laisserai m’aimer avec délices, lui donnant en échange tous les mouvements d’un coeur capable de sonder l’amour parfait de mon Seigneur et de mon Sauveur.

 

13               Le jour de Dieu    2 Pierre 3:11-14

Cette dernière parole sert d’épilogue à nos méditations. Elle nous parle de l’établissement des temps éternels. Nous en avons besoin au milieu de ce monde révolté contre Dieu, et qui court à sa dissolution. L’apôtre Pierre saisit la lampe prophétique pour nous éclairer sur l’état moral des hommes de la fin, en nous rappelant «les paroles dites à l’avance à leur sujet par les saints prophètes», qui nous ont annoncé que les impies se moqueraient de «la promesse de sa venue». Cette venue est pour eux une fable de vieilles femmes. Ils disent que «toutes choses demeurent dans le même état depuis le commencement de la création». Ils professent l’immutabilité de la matière, et ignorent volontairement que l’existence et la destruction du monde dépendent d’une parole de Dieu. Le monde fut créé (Hébr. 11:3), subsiste et sera détruit par cette parole (2 Pierre 3:5-7). Déjà le déluge l’a submergé une fois. Ces hommes ne veulent pas le croire, et ne voient pas que «les cieux et la terre de maintenant sont réservés par sa parole pour le feu, gardés pour le jour du jugement et de la destruction des hommes impies». «Or le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; et, dans ce jour-là, les cieux passeront avec un bruit sifflant, et les éléments embrasés seront dissous, et la terre et les oeuvres qui sont en elles seront brûlées entièrement».

Cette vérité est un motif puissant pour notre conduite chrétienne : «Toutes ces choses devant donc se dissoudre, quelles gens devriez-vous être en sainte conduite et en piété ?» Attachés à cette parole, nous ne pourrons vivre avec le monde et comme lui, ni conserver des liens avec ce que nous savons devoir être entièrement brûlé.

Mais la crainte de nous trouver liés à cet état de choses ne peut être notre seul, ni même notre principal motif. Le jour du Seigneur sera suivi d’un autre jour, le jour de Dieu. C’est à cause de lui que «les cieux en feu seront dissous et que les éléments embrasés se fondront». Ce sera le jour de la pleine et définitive stabilité de toutes choses. Nous l’attendons, car le jour du jugement ne peut être l’objet de notre espérance. Le jour du Seigneur introduira le règne de la justice sur la terre purifiée par le jugement ; après ce règne, quand il aura détruit «le premier ciel et la première terre», il introduira le jour de Dieu, qui resplendira dans de nouveaux cieux et sur une nouvelle terre dans lesquels la justice habite.

Nous attendons ce jour, mais nous sommes exhortés à hâter sa venue.

Comment donc pouvons-nous le hâter ? En manifestant dès maintenant dans toute notre conduite les caractères stables de justice et de sainteté qui appartiennent à ce jour. Quelles gens devrions-nous donc être ? «C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, étudiez-vous à être trouvés sans tache et irréprochables devant lui, en paix ; et estimez que la patience de notre Seigneur est salut».

 

Frères bien-aimés ! le Seigneur vient. Nous allons le voir comme Étoile du matin, comme Sauveur, comme Maître, comme Seigneur, comme Époux ; nous reviendrons avec lui en gloire pour régner avec lui comme Roi, puis le jour de Dieu apparaîtra. En attendant, le mal règne dans le monde et nous en souffrons, si nous ne souffrons aussi de nos propres et humiliantes expériences. Ne craignons pas et ne perdons pas courage. Estimons que la patience de notre Dieu est salut : que cette pensée nous soutienne. N’avons-nous pas, au milieu du bouleversement de toutes choses, les plus puissants motifs pour «renier l’impiété et les convoitises mondaines, et vivre dans le présent siècle, sobrement, et justement, et pieusement, attendant la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ» ?