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ÉTUDE  sur  les  PROVERBES

 

 

par Henri  Rossier

 

Table des matières

1     Introduction générale

2     Remarques préliminaires [définitions, glossaire]

3     Première partie : CHAPITRES 1 à 9

3.1      CHAPITRE 1:1-6 : Préface du Livre

3.2      CHAPITRE 1:7 à CHAPITRE 2 : Exposition générale du sujet des Proverbes

3.2.1             CHAPITRE 1:7-33

3.2.2             CHAPITRE 2

3.3      CHAPITRES 3 à ch. 9 : Exposition détaillée de la Sagesse et de ses voies

3.3.1             CHAPITRE 3

3.3.2             CHAPITRE 4

3.3.3             CHAPITRE 5

3.3.4             CHAPITRE 6

3.3.5             CHAPITRE 7

3.3.6             CHAPITRE 8

3.3.7             CHAPITRE 9

4     Deuxième partie : CHAPITRES 10 à 24

4.1      Remarques préliminaires

4.2      Première série — CHAPITRES 10 à 12

4.2.1             CHAPITRE 10

4.2.2             Résumé

4.2.3             CHAPITRE 11

4.2.4             Résumé

4.2.5             CHAPITRE 12

4.2.6             Résumé

4.3      Deuxième série — CHAPITRES 13 à 15

4.3.1             CHAPITRE 13

4.3.2             Résumé

4.3.3             CHAPITRE 14

4.3.4             Résumé

4.3.5             CHAPITRE 15

4.3.6             Résumé

4.4      Troisième série — CHAPITRES 16 à 22:16

4.4.1             CHAPITRE 16

4.4.2             Résumé

4.4.3             CHAPITRE 17

4.4.4             Résumé

4.4.5             CHAPITRE 18

4.4.6             Résumé

4.4.7             CHAPITRE 19

4.4.8             Résumé

4.4.9             CHAPITRE 20

4.4.10             Résumé

4.4.11             CHAPITRE 21

4.4.12             Résumé

4.4.13             CHAPITRE 22

4.4.14             Résumé

4.5      Quatrième série — CHAPITRES 22:17 à 24:22

4.5.1             CHAPITRE 22:17-29

4.5.2             CHAPITRE 23:1-25

4.5.3             CHAPITRES 23:26 à 24:22

4.5.4             CHAPITRE 24

4.5.5             Résumé

4.6      Appendice — Chapitre 24:23-24

5     Troisième partie  — CHAPITRES 25 à 29

5.1      CHAPITRE 25

5.2      CHAPITRE 26

5.3      CHAPITRE 27

5.4      CHAPITRE 28

5.5      CHAPITRE 29:3-27

6     Quatrième partie  — CHAPITRES 30 à 31

6.1      CHAPITRE 30  — Les paroles d’Agur

6.2      CHAPITRE 31:1-9 — Paroles du roi Lemuel

6.3      CHAPITRE 31:10-31 — La femme vertueuse.

 

1                    Introduction générale

Le livre des Proverbes nous parle de l’homme placé dans une relation spéciale avec Dieu, le Dieu de l’Alliance faite avec Israël. De là le nom de Jéhovah, l’Éternel, que Dieu prend toujours dans ce livre, à l’exception toutefois de six passages : 2:5, 17 ; 3:4 ; 25:2 ; 30:5, 9. En contraste avec le livre des Proverbes, celui de l’Écclésiaste, qui traite des rapports de l’homme avec son Créateur, emploie toujours le nom de Dieu (Elohim). Ce fait est important : Dieu, sous son nom d’Éternel, s’adresse ici à ceux qui sont en relation avec Lui, parce que sa Sagesse les a engendrés ; de là le nom de «fils» dont tout ce livre est rempli et particulièrement ses premiers chapitres. Mais ce nom de fils n’est pas uniquement un nom de relation ; il signifie aussi que celui qui le porte dépend d’une autorité instituée de Dieu. Cette autorité n’est pas une autorité légale qui menace et condamne ; elle est basée sur une relation d’affection et d’amour, fruit des entrailles mêmes du Père. Les parents, père et mère, sont les représentants de cette autorité ici-bas. Ils pourvoient à l’éducation du fils par l’instruction, la discipline, les châtiments même, si cela est nécessaire. Toutefois, outre les parents, il y a d’autres représentants de l’autorité auxquels il faut prêter l’oreille. Telle était l’autorité du roi Salomon. Dieu lui avait donné une sagesse telle, que personne ne fut sage comme lui (1 Rois 4:29-34). Cette sagesse et cette autorité du roi sont remplacées pour nous, chrétiens, par l’inspiration de la Parole divine que nous avons comme éducatrice.

Il va sans dire que la Sagesse s’adresse aussi directement à tous les hommes (voyez 8:1-9), mais en vue de faire d’eux ses fils. Elle n’est pas seulement la Sagesse, elle est aussi la grâce ; elle engage tout homme à avoir des oreilles pour entendre. Elle est à la fois une personne et la parole de Dieu. Elle appelle les hommes à revenir de leur mauvaise voie, à entrer en la présence de Dieu, à lui donner dans leur coeur la place qui Lui appartient, et c’est en cela que consiste la crainte de l’Éternel. Sous un certain rapport, la Sagesse, dans les Proverbes, est donc semblable à l’Évangile, en ce qu’elle s’adresse à tous et veut que tous les hommes soient sauvés pour devenir ses fils. Elle appelle à la repentance. Son rôle, dans les chap. 8 et 9, est fondé sur la grâce.

Cependant la Sagesse, dans les Proverbes, ne nous parle pas, comme l’Évangile dans le Nouveau Testament, d’une grâce fondée sur le sacrifice de Christ, et donnant, par la simple foi en son oeuvre, la relation d’enfant avec le Père, le ciel, les privilèges et la gloire célestes. Au contraire, le domaine des Proverbes est la terre, mais la terre devenue «le monde» par l’introduction du péché. Le monde est caractérisé par la violence, la malice et la corruption morale («la femme étrangère») et son caractère n’a pas changé depuis le déluge. Sur cette scène le mal règne sous toutes ses formes et a entièrement obstrué tout chemin qui aurait pu conduire à Dieu ; mais la Sagesse nous révèle un chemin selon Dieu au milieu de ces décombres accumulés, comme, plus tard, la seconde épître à Timothée nous en révélera un au milieu des ruines de l’Église. Ni l’oeil de l’aigle, ni l’oeil de l’homme ne peuvent apercevoir ce sentier, mais la Sagesse divine le manifeste et tout fils de la Sagesse peut le distinguer et le suivre (Job 28:7-28.). En outre, pour le croyant, le gouvernement de Dieu subsiste malgré tout, quoique Ses voies semblent entièrement obstruées par le mal, et nous sommes instruits par la Sagesse à nous conformer aux principes de ce gouvernement. Ce que nous venons de dire prouve que les Proverbes sont occupés avant tout de la marche des enfants de la Sagesse dans un milieu où le mal domine de toute part — car le mal est en nous, aussi bien que hors de nous — mais dans un milieu où l’Éternel révèle aux siens un chemin qui les met à l’abri du mal. Pour y marcher sans broncher, il faut avoir reçu l’instruction de la Sagesse. La connaissance, le discernement, ne s’acquièrent que par une longue expérience, car il est dit : «Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi» (4:18). En nous la Sagesse elle-même est un don de la grâce de Dieu, mais qui va croissant par l’instruction et l’expérience. Dans un sens on pourrait intituler les Proverbes : «le livre de l’Expérience». C’est en effet à quoi conduit la Sagesse, la parole de Dieu et la crainte de l’Éternel. Cependant, toute une longue vie humaine ne suffirait pas pour acquérir individuellement cette expérience. Il est remédié à cette lacune par l’enseignement des parents et des sages qui, de génération en génération, ont communiqué à leurs fils le fruit de leur expérience personnelle, basée sur la parole de Dieu. Mais, avant toute autre chose, nous ne pouvons croître réellement que par la connaissance d’une Personne, et cette Personne est la Sagesse que l’Éternel a «possédée avant ses oeuvres d’ancienneté», et «dès avant les origines de la terre» (8:22-23).

Demandons-nous maintenant ce qu’est, de fait, la Sagesse et comment elle doit être définie. On peut la considérer sous quatre points de vue :

l° En Dieu, elle est la connaissance absolue et parfaite de toutes choses, de leur état et de leurs relations réciproques. La parole de Dieu contient pour nous cette connaissance, autant que notre imperfection est capable de la saisir. Cette Sagesse, Dieu nous la communique par sa Parole, afin de nous mettre en relation avec Lui. Le premier pas dans cette relation est la crainte de l’Éternel. La crainte de l’Éternel nous apprend à haïr le mal et à aimer le bien, à l’exemple de Dieu lui-même. Cette même crainte de l’Éternel nous révèle le chemin que nous avons à suivre dans une vraie séparation du mal.

2° Mais en outre, la Sagesse est une Personne et cette personne est Christ. Elle était de toute éternité les délices de Dieu, son «nourrisson», le Fils unique dans le sein du Père. Elle a présidé à l’action créatrice. C’était une personne divine avec Dieu, mais elle était Dieu lui-même, distincte de Dieu, mais absolument de même nature que Lui. Elle était les délices de Dieu, mais trouvait elle-même ses délices dans les fils des hommes. Au temps voulu cette Sagesse est descendue ici-bas, est devenue homme, et Dieu a trouvé ses délices en cet homme, comme Lui trouvait ses délices en Dieu. Mais, en trouvant son plaisir en Christ homme, ce sont, chose merveilleuse, les hommes, que Dieu admet devant Lui, comme objets de ses délices. Il peut dire : «Bon plaisir dans les hommes», quand cet homme nouveau naît ici-bas, petit enfant dans une crèche, comme le Sauveur du monde.

3° Christ homme était non seulement la Sagesse de Dieu, comme nous venons de le voir, mais la Sagesse était en Lui. Il en était rempli ; il y avançait ; sa sagesse s’adaptait elle-même graduellement à sa stature ; il y avançait, de manière à frayer la voie à d’autres (Luc 2:40, 52). Il est devenu ainsi pour nous le modèle à suivre, le modèle de la sagesse parfaite. Nous ne pouvons être faits participants de celle-ci que par l’expérience, en suivant, pas à pas, l’exemple donné par ce modèle. Mais bien plus que cela, comme nous l’avons déjà dit, il est en personne, dès l’éternité, la Sagesse de Dieu. Le connaître personnellement, c’est boire à la source même de la Sagesse.

4° Enfin, dans le croyant, la sagesse est l’ensemble de tout ce que l’expérience des autres a pu recueillir et lui fournir, avec l’instruction donnée de Dieu par sa Parole, et en ayant sous les yeux l’exemple de la Sagesse parfaite dans un homme, de manière à juger par elle de toutes choses.

Notons, en terminant, que la Sagesse ne consiste pas à s’occuper du mal, dont le seul contact est capable d’exercer son influence sur des êtres faillibles comme nous, par les convoitises qu’il soulève dans nos propres coeurs. Non, la Sagesse consiste à s’occuper du bien pour éviter le mal en le haïssant. C’est pour s’être mise en rapport avec le serpent, au lieu de refuser de l’entendre, qu’Eve, innocente mais faillible, est tombée et a entraîné toute sa race dans sa chute.

2                    Remarques préliminaires [définitions, glossaire]

Il peut être utile, dès le début de cette étude, de définir en quelques mots, pour éviter des répétitions trop fréquentes, le sens de quelques-uns des termes dont se sert le livre des Proverbes. Les premiers versets du chap. 1 en contiennent, dès l’abord, un certain nombre. Sans revenir sur le mot «la Sagesse» qui forme la substance même du livre et que nous avons cherché à définir dans l’introduction générale, nous nous en tiendrons aux termes suivants que nous donnons ici par ordre alphabétique :

Avisé. Un homme réfléchi qui a l’esprit ouvert et qui, ayant profité de l’enseignement de la Sagesse, est habile à discerner entre deux partis : le bon parti pour le suivre, le mauvais pour l’éviter.

Connaissance. En vertu de l’instruction reçue, la connaissance remplace dans l’homme l’ignorance première. Elle est la connaissance des pensées de Dieu, le «savoir». Comme «l’Instruction» (voir ce mot plus loin), elle fait partie de la Sagesse. — En Dieu, la Connaissance est parfaite et forme le point de départ de toute son action (3:20).

Conseil. Mûre réflexion ; un esprit qui se rend compte des moyens à employer pour atteindre le but et en calcule les difficultés.

Crainte de l’Éternel. État de l’âme placée dans la pleine lumière de Sa présence et Lui donnant la place qui Lui appartient. L’âme y apprend à haïr le mal comme Dieu le hait et à aimer le bien comme Dieu l’aime.

Droit, intègre. Homme sans fraude dans le coeur, et dont le chemin correspond à cette droiture.

Fils. Ce terme n’est jamais appliqué qu’à ceux que la Sagesse a engendrés (or c’est la grâce) et qui sont sous son enseignement. Ils sont les justes. Ceux qui n’appartiennent pas à cette famille sont appelés : simples, sots, méchants, pervers, perfides, moqueurs.

Fou, Folie. La folie est l’état d’un coeur dont la sagesse est absente, d’un coeur conduit par sa propre volonté insoumise. Le fou a perdu la raison, il est livré à lui-même ; il va où son coeur le mène, sans aucune crainte, sans aucune idée de Dieu, sans aucun contrôle.

Instruction. Les principes inculqués au fils par l’autorité affectueuse de ses parents, mais comprenant aussi, comme faisant partie de l’instruction, la répréhension ou la correction nécessaires pour inculquer ces principes. Comme «la Connaissance», l’Instruction fait partie de la Sagesse.

Intelligence. Promptitude à discerner entre le bien et le mal, chose que d’autres ne connaissent, ni ne comprennent (1 Rois 3:9). Capacité de s’approprier les pensées de Dieu et d’en faire son profit.

Justice, juste. La justice, dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, a certainement toujours la foi pour point de départ (Gen. 15:6), mais le juste, dans l’Ancien Testament, est un homme dont l’état pratique signifie qu’il bannit le péché de sa conduite et de ses voies, ou qu’il l’empêche de s’y introduire.

Juste jugement. Juste appréciation de toutes choses selon le caractère d’un Dieu juste.

Méchant. Le méchant est toujours l’opposé du juste ; c’est un homme qui n’a que le péché dans le coeur, qui le pratique et se laisse diriger par lui.

Moqueur. Le moqueur n’est pas seulement un homme qui tourne la parole de Dieu en dérision, mais un homme qui la tient pour non avenue, pour une chose à laquelle il ne vaut pas la peine de prêter attention, qui est sans valeur et négligeable (2 Pierre 3:3, 4 ; Jude 18).

Prudence. Vertu qui nous fait peser, avec autant de circonspection que possible, les voies qui se présentent à nous, en vue d’éviter la mauvaise voie.

Réflexion. Faculté de peser, de coordonner et de fixer nos pensées, en vertu de l’éducation paternelle qui nous est imposée. Elle est en contraste avec l’inattention propre à l’enfant.

Science. Le savoir acquis graduellement par l’étude.

Simple. Un homme privé de sens, c’est-à-dire incapable, par nature, de discernement. Cet état peut être rencontré même chez un fils, et, pour être abandonné, nécessite la discipline du père.

Sot (hébreu : Kesil). Un homme ignorant, étranger à la connaissance des pensées de Dieu, obstiné dans son ignorance, et haïssant l’obligation d’avoir affaire à Dieu. Un sot est incapable de rien apprendre. Un fils peut être qualifié de sot (traduit, dans ce cas, pour marquer la différence, par insensé dans notre version) quand il ne répond pas à l’instruction de ses parents.

3                    Première partie : CHAPITRES 1 à 9

3.1   CHAPITRE 1:1-6 : Préface du Livre

Les versets que nous allons considérer servent de préface au livre des Proverbes. Ils ont une immense portée en ce sens qu’ils nous montrent le but de cet écrit, à quelles personnes il s’adresse, quel champ moral il embrasse, quel chemin y est tracé pour ceux qui sont appelés à traverser un terrain rempli d’embûches ; quelles qualités sont requises pour naviguer sur une mer toute parsemée d’écueils et où la barque de celui qui s’y aventure sans boussole, sera nécessairement brisée.

Proverbes de Salomon, fils de David, roi d’Israël, pour connaître la sagesse et l’instruction, pour discerner les paroles d’intelligence ; pour recevoir instruction dans la sagesse, la justice, le juste jugement, et la droiture ; pour donner aux simples de la prudence, au jeune homme de la connaissance et de la réflexion. Le sage écoutera, et croîtra en science (v. 1-5).

Le roi Salomon qui avait reçu de Dieu la Sagesse est bien placé pour nous dire qu’il s’agit, avant tout, de la connaître. Cette Sagesse consiste à avoir une juste appréciation de toutes choses ; elle contient tout ce que l’expérience nous apprend pour suivre ici-bas le chemin de Dieu. Cette Sagesse est divine et n’a rien à faire avec la sagesse humaine. En effet, la Sagesse, la connaissance de toutes choses selon leur vrai caractère, est en Dieu et Christ en est personnellement le représentant parfait. Il est «la Sagesse de Dieu» et «nous a été fait Sagesse de la part de Dieu» (1 Cor. 1:24, 30).

La seconde chose que ce livre est destiné à nous faire connaître, c’est l’instruction. En même temps que nous connaissons la Sagesse, le bien parfait, nous avons à être mis en garde contre le mal. L’instruction prend souvent la forme de discipline ou de châtiment, quand nos coeurs sont distraits ou légers.

Pour discerner les paroles d’intelligence. Les discerner, c’est savoir faire la différence entre ce qui est l’expression de la pensée de Dieu et ce qui ne l’est pas.

Les Proverbes ont encore un autre but que celui de nous faire connaître l’instruction, ils veulent nous la faire recevoir (v. 3). Nous sommes mis par eux à l’école, afin d’être informés des choses qui concernent la justice, c’est-à-dire la manière de marcher dans ce monde en évitant de laisser entrer le péché dans nos voies ; — le juste jugement, le jugement équitable de toutes choses selon les pensées de Dieu ; — enfin la droiture, cette forme de la justice qui caractérise l’homme intègre, marchant dans un droit chemin, sans s’en écarter, ni à droite, ni à gauche.

Pour donner aux simples de la prudence. Les simples sont ceux qui, par nature, sont privés de sens et, par conséquent, aptes à être conduits, sans s’en apercevoir, dans une mauvaise voie, par la ruse ou la méchanceté de ceux qui les entourent. La Sagesse leur enseigne la prudence, le discernement subtil qui nous met en garde, à temps, pour ne pas nous engager dans cette mauvaise voie.

Au jeune homme de la connaissance et de la réflexion. La Sagesse prend le jeune homme, pour faire son éducation, dès le début de sa carrière responsable, car c’est souvent l’ignorance et le manque d’expérience qui sont la cause de ses chutes au début de sa carrière, chutes dont l’effet retentit parfois sur sa vie tout entière. De la réflexion : un homme réfléchi est un homme qui ne se laisse pas entraîner par les circonstances et ne se livre pas aux impulsions qu’elles font naître. Il fera face aux difficultés, ayant pesé d’avance leur caractère et leurs conséquences.

Toutes ces choses s’adressent au sage : Le sage écoutera et croîtra en science. Non qu’il n’ait pas la chair en lui, car tout ce Livre nous montre que le sage a non seulement à combattre contre les impulsions du dehors, mais aussi contre celles de son propre coeur. Il ne s’agit pas ici d’instruire les gens dépourvus de sens qui appartiennent au monde ; nous avons vu, dans l’Introduction, que le rôle de la Sagesse est d’appeler ces derniers, non de les instruire ; mais le but du livre est de dépouiller le sage, le fils de la Sagesse, de tout ce qui, dans son coeur, pourrait être une entrave à la vie selon Dieu. À cette école, celui qui est déjà sage, qui a été enfanté par la Sagesse, commencera par écouter, comme un bon disciple, car la Sagesse commence à se produire chez le fils, par la dépendance de Celui qui l’enseigne. Telle était Marie aux pieds de Jésus. C’est le moyen de croître en science, et cette croissance étant entièrement le fruit de l’enseignement reçu, nous garde dans l’humilité au lieu de nous enfler.

 

v. 6. — L’intelligent acquerra du sens pour comprendre un proverbe et une allégorie, les paroles des sages et leurs énigmes. C’est ainsi que, par l’habitude, l’intelligent acquiert des sens exercés à discerner toutes les formes de l’enseignement, afin de les appliquer au bon moment à chacune des circonstances de sa carrière.

Tel est donc le but de l’enseignement de la sagesse. N’oublions pas, et nous l’avons déjà fait remarquer, qu’entre la Sagesse et la Parole il y a une grande analogie. Le chapitre 8 nous enseigne qu’au commencement était la Sagesse, la pensée de Dieu tout entière. L’évangile de Jean nous dit qu’au commencement était la Parole, l’expression parfaite de cette pensée.

3.2   CHAPITRE 1:7 à CHAPITRE 2 : Exposition générale du sujet des Proverbes

3.2.1       CHAPITRE 1:7-33

v. 7. — Tel est, disions-nous, le but du Livre : les Proverbes nous sont donnés pour connaître la Sagesse. Mais il est un principe qui se trouve à l’origine de cette connaissance, qui en est la base et le commencement : La crainte de l’Éternel est le commencement de la connaissance ; les fous méprisent la sagesse et l’instruction.

Craindre l’Éternel, c’est nous trouver en sa présence pour lui donner, dans nos coeurs, la place qui lui est due, étant convaincus, dès que nous entrons là, que rien d’impur ni de souillé ne peut entrer en contact avec Lui. Cette conviction est le commencement de la connaissance. On ne peut rester devant Lui qu’en haïssant le mal, mais en même temps, on se trouve devant la bonté suprême et l’on apprend à l’estimer bien haut. En un mot la crainte de l’Éternel c’est : «Retire-toi du mal, et fais le bien ; cherche la paix, et poursuis-la» (Ps. 34:14). On donne à Dieu la place qui lui appartient ; Il devient tout pour celui qui est en Sa présence. Son autorité, l’autorité du bien parfait, est reconnue, et aussitôt, de notre part, l’honneur, la déférence, la confiance, la soumission, l’obéissance, l’affection, l’amour, lui sont rendus. Les fous méprisent la Sagesse et l’instruction auxquelles cette crainte de Dieu nous amène.

 

v. 8-9. — Un second principe se trouve à la base de toute notre conduite : Ce principe est la soumission à l’autorité des parents, établie de Dieu ici-bas : «Écoute, mon fils, l’instruction de ton père, et n’abandonne pas l’enseignement de ta mère ; car ce sera une guirlande de grâce à ta tête, et des colliers à ton cou». Tout ordre moral ici-bas est fondé sur cette soumission. L’instruction des parents joue, comme nous l’avons vu dans l’Introduction, un très grand rôle dans ce livre, parce qu’ils sont établis comme les représentants visibles de l’autorité affectueuse et de la Sagesse divines, et qu’ils sont responsables de l’exercer pour le bien des enfants qui leur ont été confiés. Chaque fois que le fils est mentionné dans les Proverbes, il est considéré comme issu d’eux et, en même temps, comme le fils de la Sagesse, comme introduit dans une relation spirituelle et indissoluble avec l’Éternel, en un mot, comme son enfant, en contraste avec les insensés et les méchants qui sont les enfants du monde. C’est pourquoi nous entendrons dans ce livre tantôt les parents, tantôt la Sagesse elle-même, s’adresser à lui comme fils. Le fils, selon l’acception de ce terme qui court tout le long des Proverbes, se trouve dans ce monde en présence de deux influences : la bonne, celle du père et de la mère (c’est-à-dire l’autorité jointe à l’amour le plus tendre) représentants de la Sagesse divine ici-bas — et la mauvaise, celle de la femme étrangère, représentant l’esprit de la chair et du monde.

Les v. 10-19 nous présentent l’influence du mal après celle du bien, aux v. 8-9. Les pécheurs, en opposition avec le père et la mère entrent en scène pour séduire le fils de la Sagesse. Ils lui suggèrent la ruse et la violence en vue de satisfaire ses convoitises. Ils lui proposent l’association dans le mal pour faire réussir leurs desseins. Cette association est bien plus attrayante pour le coeur naturel que la soumission de la volonté, que le «joug aisé», qui nous est proposé dans le chemin solitaire du bien. Mais (v. 17) devant ceux qui sont avertis de l’embûche, ce sera en vain que l’oiseleur tendra ses filets. Ils ont désormais des yeux pour voir et des ailes pour échapper à leur ennemi. Ce seront les pieds du tentateur qui s’embarrasseront dans les mailles de son piège.

 

v. 20-23. — Ce n’est pas seulement à ses fils que la Sagesse s’adresse. Elle a une autre fonction qui sera développée plus explicitement dans les chapitres 8 et 9. Elle crie au dehors. Elle se fait entendre au milieu de l’activité, du bruit, de la vie publique dans ce monde. Elle veut être écoutée, là même où l’homme, dans son indépendance de Dieu, s’est organisé en société. Elle s’adresse aux simples, à ceux qui, étant privés de sens, deviennent si facilement la proie des tentations de la chair ; elle reprend les moqueurs et les sots, ces ignorants qui haïssent la connaissance. Elle les engage à revenir à sa répréhension qui, s’ils l’avaient écoutée, les aurait amenés en la présence de Dieu pour le connaître et se juger eux-mêmes. S’ils écoutent, ils seront abreuvés aux ruisseaux de l’Esprit et auront la connaissance des paroles de la Sagesse.

 

v. 24-33. — A l’origine donc, tous les hommes font partie de ceux auxquels la sagesse s’adresse. Un sort terrible attend ceux qui ont rejeté le dessein de Dieu à leur égard, qui ont «haï la connaissance et n’ont pas choisi la crainte de l’Éternel» : une subite destruction viendra sur eux (v. 27 ; 1 Thess. 5:3). Mais, grâce à Dieu, il y a, dans cette multitude, des oreilles pour entendre, des consciences atteintes par les appels de la Sagesse. «Celui qui m’écoute habitera en sécurité et sera tranquille, sans crainte du mal» ; il a trouvé un refuge assuré, le repos et la paix ; il est «délivré de la colère qui vient» (1 Thess. 1 :10).

3.2.2       CHAPITRE 2

v. 1-5. — Le fils de la Sagesse «comprend la crainte de l’Éternel» et «trouve la connaissance de Dieu» quand l’état de son âme correspond aux révélations qui lui sont faites (v. 1-5). Cet état d’âme consiste en ce que nous sommes disposés à recevoir les paroles que la Sagesse nous adresse ; à garder dans le secret de notre coeur et à écouter attentivement, pour nous y soumettre, ce que l’autorité divine nous impose ; disposés à adresser notre voix à l’intelligence pour lui demander de nous découvrir ce qui nous est obscur (on voit ici le bienfait de la prière pour découvrir la pensée de Dieu) ; à rechercher cette connaissance et à l’approfondir comme un trésor caché, comme une chose infiniment précieuse qu’on cherche à posséder. Ceci est une grande vérité pratique : La manifestation éclatante des pensées de Dieu à certains de ses serviteurs dépend de leur état moral et d’une communion habituelle avec le Seigneur. Ces instruments de Sa grâce ne se contentent pas d’une connaissance superficielle, facile à acquérir, des pensées de Dieu ; ils désirent les sonder, non pas afin de s’en faire valoir aux yeux des autres, mais afin de croître personnellement dans cette précieuse connaissance.

Les versets 6-9 appuient cette pensée. Après la description de l’état du coeur qui convient à la connaissance des pensées de Dieu, ils nous montrent ce que l’Éternel fait pour ceux qui sont dans cet état : L’Éternel donne la sagesse. Tel fut le don de la Sagesse à Salomon (1 Rois 3). Il réunissait les caractères sus-mentionnés et nous savons combien fut complète la Sagesse dont il fut revêtu. «De Sa bouche procèdent la connaissance et l’intelligence». La parole de Dieu communique l’intelligence de ce que la Sagesse met en lumière. «Il réserve de sains conseils pour les hommes droits» ; Dieu fait de ces derniers les dépositaires de sains conseils pour d’autres ; il prend la défense de ceux qui sont intègres dans leur conduite ; il protège les sentiers de ceux dont le jugement est conforme à Son caractère ; il garde la voie de ceux qui marchent selon la piété. Il y a de sa part une protection incessante sur ceux qui suivent, avec des coeurs non partagés, le chemin de la crainte de l’Éternel.

Cet état moral nous rend capables de discerner (v. 9) tout ce qui plaît à Dieu dans les saints : justice, juste jugement, droiture, toute bonne voie ; et attire sur nous toute la faveur de Dieu qui nous communique ses pensées secrètes et nous protège merveilleusement tout le long de notre marche à travers ce monde.

 

v. 10-12. — Lorsque la sagesse est reçue dans le coeur, au centre des affections, et que l’âme trouve son plaisir à l’instruction reçue, la réflexion et l’intelligence nous sont acquises pour nous sauver de deux dangers : 1° du mauvais chemin conseillé par les pervers pour nous séparer de Dieu (cf. 12-15 ; 1 : 10-19) ; 2° de la femme étrangère qui a abandonné ses relations avec son premier mari, le guide de sa jeunesse, pour lui devenir étrangère en se prostituant à d’autres (v. 16-22).

C’est l’image de l’abandon de relations selon Dieu pour entrer dans une alliance coupable avec le monde. Cette femme use de paroles flatteuses, car — notre homme naturel ne le sait que trop — il y a des attraits dans la corruption. Ah ! si le jeune homme insouciant avait réfléchi que ce chemin conduit à la mort et qu’il n’y a pas de retour possible aux sentiers de la vie pour celui qui est entré vers cette femme, comme il aurait reculé avec horreur de tout contact avec elle !

Si cet avertissement est reçu par le fils de la Sagesse et s’il s’éloigne de ces voies tortueuses, il y aura bénédiction sur la terre pour lui, selon le gouvernement de Dieu, tandis que les méchants seront retranchés du pays et arrachés.

3.3   CHAPITRES 3 à ch. 9 : Exposition détaillée de la Sagesse et de ses voies

3.3.1       CHAPITRE 3

Après l’exposition générale du sujet des Proverbes contenue dans les deux premiers chapitres, nous entrons ici dans le détail de ce qu’est la Sagesse et de ce qui caractérise son chemin. Remarquons d’abord que, depuis ce chapitre 3, jusqu’à la fin du chapitre 7, la Sagesse s’adresse à son fils. — Ce n’est qu’aux chapitres 8 et 9 qu’elle s’adresse à tous les hommes, en rapport avec ce qui nous est présenté au chapitre 1:20-23. — Elle parle donc ici à ceux qu’elle a engendrés et ce mot fils acquiert par là une valeur toute particulière, Comme nous l’avons vu, le fils est déjà mentionné dans les deux chapitres d’introduction, mais ici ce terme est constant (3:1, 11, 21 ; 4:1, 3, 10, 20 ; 5:1, 7 ; 6:1 ; 7:1, 20).

Le chapitre 3 contient trois divisions principales marquées chaque fois par le mot : «Mon fils».

Versets 1-10

Dans les v. 1-4 nous trouvons les caractères que doit avoir à son début le chemin d’un fils de la Sagesse. Il est responsable de l’enseignement qu’elle lui donne.

 

v. 1-2. — Ce qui doit caractériser le fils, c’est la sujétion aux commandements émanés de l’autorité divine à laquelle il est tenu de se soumettre, et une mémoire exercée à se rappeler les choses enseignées. Ces qualités ont pour conséquence «un prolongement de jours, et des années de vie, et la paix». Toutes ces bénédictions sont terrestres, car, on ne peut assez le répéter, les Proverbes nous placent sur le terrain du gouvernement actuel de Dieu sur la terre (Voyez aussi v. 10).

À ces caractères les v. 3-4 en ajoutent deux autres : la bonté et la vérité qui sont la parure de l’homme intérieur. Elles ont été apportées ici-bas par Jésus Christ homme. Quant à Christ, elles faisaient partie de lui-même, elles étaient Lui : «La grâce (qui est plus que la bonté) et la vérité sont venues par Jésus Christ». Quant au fils de la Sagesse, il est tenu de les porter comme un ornement (cf. 1:9), peut-être ici comme un joug doux et léger (cf. 6:21) et comme une parole précieuse que son coeur doit retenir pour trouver ce que Jésus a rencontré lui-même, la faveur auprès de Dieu et des hommes (Luc 2:52).

 

Aux v. 5-10 nous trouvons les principes d’après lesquels la Sagesse agit. Le fils doit l° se confier en l’Éternel et non dans son intelligence ; 2° le connaître dans toutes ses voies, c’est-à-dire y introduire le caractère de l’Éternel ; alors Il dirigera ses sentiers ; 3° n’avoir aucune haute pensée de sa propre sagesse (voyez Rom. 12:16) ; 4° craindre l’Éternel en lui donnant dans sa vie la place qui lui est due ; et s’éloigner du mal, ce qui est la conséquence immédiate de la crainte de Dieu. Ces choses sont la santé de l’enfant qui est séparé des liens naturels pour vivre ici-bas de sa vie propre et elles contribuent à la croissance de l’être tout entier (v. 8). Enfin, v. 9-10, le fils doit : 5° honorer l’Éternel en reconnaissant, par sa libéralité, que tout bien d’ici-bas vient de Lui et doit retourner à Lui. Dans ce cas, selon le gouvernement de Dieu, les biens terrestres seront multipliés à celui qui, reconnaissant devoir tout à l’Éternel, est un économe fidèle dans ce qu’Il lui a confié.

Versets 11-20

v. 11-12. — Il peut arriver que ces bénédictions temporelles fassent défaut au fils et qu’au lieu d’en jouir, il se trouve sous la discipline de Dieu. Doit-il, dans ce cas, mépriser la discipline ou perdre courage devant la réprimande ? (Voyez Hébr. 12:5-6 ; Apoc. 3:19). Bien au contraire, elle est une bénédiction toute spéciale qui confirme au fils de la Sagesse l’amour de Celui qui l’a engendré.

Les v. 13-18 contiennent la belle description du prix de la sagesse pour celui qui l’a trouvée, et de l’intelligence pour celui qui l’a obtenue, après avoir renoncé à sa propre sagesse et à sa propre intelligence (v. 5, 7). Elle est une double source de bonheur, et pour celui qui la possède (v. 13), et pour celui qui la maintient fermement (v. 18). «Tiens ferme ce que tu as», dit le Seigneur en Apoc. 3:11. La sagesse est «un arbre de vie pour ceux qui la saisissent». Elle entretient, par ses fruits, la vie chez ceux qui la possèdent. Pour nous cet arbre de vie est Christ (Apoc. 2:7), la Sagesse personnifiée, et la vie qu’il donne est la vie éternelle. Ici les bénédictions ne vont pas au delà des bénédictions terrestres millénaires selon le gouvernement de Dieu, tandis que pour nous la paix, le bonheur, la vie que le Seigneur procure ont un caractère céleste. Il faut trouver, saisir la Sagesse, car elle est en dehors de nous et ne se trouve qu’en Christ.

 

v. 19-20. — Après avoir montré les principes actifs de la Sagesse en nous, la Parole montre qu’elle se trouve dans sa plénitude, non pas en nous, mais dans l’Éternel, dans Celui qui nous a enfantés. Si je veux connaître ces trois choses, la sagesse, l’intelligence, la connaissance, je les trouve toutes en Christ. Il les a manifestées lors de la Création. C’est de Lui qu’il est dit : «Tu as jadis fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains».

Versets 21-35

v. 21-26. — Nous avons vu au v. 1 ce dont le fils doit se souvenir ; au v. 11 ce qu’il doit estimer ; ici nous trouvons ce qu’il lui faut garder ou observer : de saines pensées quant à lui-même (cf. Rom. 12:3) et la réflexion quant à l’objet que Dieu lui présente. L’âme vit par ces choses et elles sont comme un ornement pour ceux qui les possèdent. Si nous occupons la dernière place pour donner la première à Christ, notre chemin n’aura point d’incertitude ; nous marcherons comme de jour, sans broncher ; la nuit ne nous effrayera pas et ne sera pour nous que l’occasion du repos. Un autre moyen d’échapper à tous les pièges est la confiance en Lui. Ainsi l’état du coeur d’un côté, et de l’autre la confiance qui a marqué toute la vie du Seigneur, nous mettent parfaitement à l’abri du sort qui attend les méchants.

 

v. 27-30. — Si, dans les versets précédents l’état positif de nos coeurs nous met à l’abri des pièges de l’ennemi, nous trouvons ici un état pour ainsi dire négatif à l’égard du mal, dans nos relations avec notre prochain. Ne pas refuser de lui accorder son dû, ne pas attendre à demain pour lui donner ce que nous pourrions lui remettre aujourd’hui (il y aurait là quelque fausseté) ; ne pas machiner du mal contre lui ; ne pas contester contre lui, quand nous n’avons pas de plainte à formuler à son égard. L’absence de toute pensée égoïste est un fruit de la Sagesse chez celui qui possède celle-ci.

 

v. 31-35. — Quand il s’agit, non plus du prochain, mais des hommes violents, pervers, méchants, moqueurs et insensés, que doit faire le fils de la Sagesse ? Il doit rester entièrement en dehors de leurs voies, car toutes ses bénédictions sont du côté de l’Éternel. Le secret de l’Éternel est avec les hommes droits ; il bénit l’habitation des justes ; s’il résiste aux orgueilleux, il donne la grâce aux humbles (voyez Jacq. 4:6) ; il donne la gloire en héritage aux fils de la Sagesse. Ainsi toutes ces bénédictions appartiennent à ceux qui suivent ici-bas un chemin de vraie séparation du mal. Tel était le chemin de Christ.

3.3.2       CHAPITRE 4

Versets 1-9

Au chap. 4, la Sagesse n’est plus communiquée directement, mais apprise dans les relations naturelles établies selon le gouvernement de Dieu (Voyez 1:8). C’est le père qui enseigne (v. 1-9). Il a l’expérience et une bonne doctrine. Cette dernière lui a été transmise par ses parents et c’est par le coeur et la soumission qu’il se l’est appropriée. Cela rappelle 2 Tim 1:5. L’enseignement du père est identique à celui de la Sagesse elle-même (3:1-2) et apporte les mêmes choses qu’elle (3:34-35 ; 4:9). Il faut commencer par acquérir la Sagesse, car cette acquisition est le commencement même de la Sagesse (v. 7). Il faut que l’âme la convoite, y mette le prix, vende tout ce qu’elle a pour l’acquérir. On l’obtient en ne se détournant pas des paroles de Sa bouche. Remarquez en passant le rôle continuel que joue la Parole dans la conduite d’un fils de la Sagesse. Nous trouvons spécialement, dans ces quelques versets, ce que la Sagesse donne à ceux qui l’acquièrent. Elle garde, conserve, élève, honore ; elle met sur la tête une guirlande de grâce ; elle rend le Seigneur aimable dans la personne des siens ; elle donne pour l’avenir une couronne de gloire.

Versets 10-27

v. 10-13. — Depuis le chap. 4:10 jusqu’à la fin du chap. 5, les Proverbes nous entretiennent spécialement des voies des fils de la Sagesse. Dans les versets qui viennent de nous occuper le père dit à ses fils : «Que ton coeur retienne mes paroles, garde mes commandements et tu vivras» (v. 4). Ici les années de la vie sont multipliées en gardant ces choses (v. 10). Il est naturellement question, selon tous les enseignements de ce livre, des bénédictions terrestres sous le gouvernement de Dieu. Mais il ne s’agit pas seulement de connaître et d’acquérir ce que la Sagesse nous enseigne, d’en orner pour ainsi dire notre esprit. Le père enseigne la voie à ses fils et il s’agit, pour eux, d’y marcher. La Sagesse ne servirait de rien dans ce monde si elle ne nous conduisait dans un chemin de séparation du mal et de glorification du bien selon Dieu. Conduits ainsi, les «pas ne sont pas gênés». On ne sera pas en perplexité, ne sachant quel chemin suivre ; on ne bronchera pas, quand il s’agira de courir pour atteindre le but ; mais il faut tenir ferme l’instruction et ne pas la lâcher, car elle est notre vie (v. 13), et même «un arbre de vie pour ceux qui la saisissent» (3:18).

 

v. 14-17. — La voie de la Sagesse est le privilège d’un homme guidé par l’Éternel dans une marche qui découle de Lui et qui correspond à Sa pensée, au milieu d’un monde plongé dans le mal. Dans tout ce passage, il ne s’agit plus d’un fils «simple», c’est-à-dire privé d’intelligence mais d’un fils qui l’a acquise par l’enseignement de la Sagesse. L’Esprit nous présente deux chemins absolument opposés dans ce monde : le chemin des justes et celui des méchants. De fait, le monde ne contient que ces deux catégories de gens. Le méchant peut avoir un caractère plus ou moins accentué d’iniquité ou de perversité, mais aux yeux de Dieu il n’est pas autre chose qu’un méchant, et c’est ce que l’Évangile met tout particulièrement en lumière. Christ, dans sa personne, est la parfaite expression du juste dans le chemin de la Sagesse.

 

Les v. 18-19 nous présentent le contraste entre le sentier des justes et des méchants. Comme était le chemin de Christ, celui du juste est resplendissant de lumière, seulement il n’atteindra sa perfection, «la mesure de la stature de la plénitude du Christ», que lorsque le plein jour sera établi. Il y a progrès dans notre connaissance et dans notre jouissance jusqu’à ce que nous soyons parvenus à la pleine lumière.

Quant au chemin des méchants, prenons-y garde : si nous y mettons seulement le pied nous serons fatalement entraînés de chute en chute. Il n’y faut pas entrer, sinon l’on y marchera ; il n’y faut pas même passer, mais s’en éloigner, se tenir à distance, s’en détourner, passer outre. Aucune séparation du mal ne saurait être trop complète ou trop sévère. C’est le chemin du chapitre 2:12-15.

 

v. 20-27. — L’exhortation au fils de la Sagesse se fait toujours plus pressante, car on y trouve une gradation (Voyez v. 1 et 10). Il faut avoir ici continuellement devant les yeux les paroles de la Sagesse, mais il faut, avant tout, les «garder au dedans du coeur», car elles sont vie et santé de tout notre être. Mais, en outre (v. 23), nous avons à garder avec grand soin notre coeur lui-même, car les résultats extérieurs de la vie que nous possédons ont leur source dans le coeur. Quand le coeur n’est pas soigneusement gardé, il n’en sort que du mal, car (v. 24) nous avons continuellement affaire au mal en nous, à une volonté dont la langue est le premier et le plus dangereux instrument. Il nous faut en outre (v. 25) un oeil simple quant à l’objet que nous poursuivons, la droiture du regard qui ne fixe que ce seul objet : Christ, la Sagesse.

 

v. 26. — Dieu lui-même nous ayant fait connaître le chemin de la Sagesse, il faut que nous y marchions avec droiture, sans nous en écarter, ni à droite, ni à gauche, et nous serons ainsi mis à l’abri du mal dans notre conduite. Le coeur, la bouche, les yeux, les pieds, agiront de concert, pour nous garder dans un chemin qui sera en témoignage à Celui qui nous aime.

3.3.3       CHAPITRE 5

Ce chapitre continue le sujet de «nos voies» commencé au chapitre précédent. Il s’agit ici, avant tout, de la pureté de nos voies qui fait pendant aux v. 20-25 du chap. 4. Dans ces deux cas je serais tenté de supposer que c’est la Sagesse même (et non le père comme au chap. 4:1) qui parle à son fils. Quoi qu’il en soit, au chap. 4:20-25, il s’agit de droiture ; ici, de pureté dans la marche. Les convoitises de la chair souillent et détruisent l’âme, source des affections naturelles.

Versets 1-6

v. 1-2. — Il faut avoir une volonté soumise à l’intelligence divine, prête à recevoir ce que la Sagesse enseigne ; alors on «garde les pensées réfléchies», c’est-à-dire selon les paroles d’un frère : la promptitude de perception morale de la pensée du Seigneur. «Et pour que tes lèvres conservent la connaissance». Les lèvres sont l’expression du coeur. Si ce dernier est en règle, et si la volonté est soumise, notre parole exprimera la connaissance divine.

 

v. 3-6. — L’étrangère est toujours, dans la Parole, la femme qui est en dehors d’une relation divinement établie. Il ne peut y avoir là que corruption. Ce qui est étranger à nos relations avec Dieu nous attire naturellement, à cause de la chair qui est en nous, et c’est le «miel». L’apparence peut être belle ; la nature prête une grâce, même un extérieur spirituel (l’huile) à ce qui n’est au fond que l’appât de la chair, mais, quand l’âme s’y est laissé prendre, la fin n’est qu’amertume et destruction. Ses pieds descendent à la mort, ses voies sont errantes, n’ont aucun centre de direction, s’éloignent de plus en plus de Dieu. Il va sans dire que ces vérités s’appliquent aussi aux rapports avec la femme, en dehors des liens du mariage, mais il ne faut pas oublier que, d’une manière générale, «la femme étrangère» est l’emblème de la corruption charnelle, là où existent des liens selon la nature, et comme telle elle reparaît mainte fois dans les Proverbes.

Versets 7-14

Si l’on admet que la Sagesse elle-même a parlé depuis le chap. 4:10 au chap. 5:6, il semble qu’ici le père recommence à parler à ses fils comme au chap. 4:1 et cette communion du père selon la chair, avec les pensées et les exhortations de la Sagesse elle-même — laquelle, dès le commencement est Christ — cette communion, dis-je, est d’une grande beauté. La seule sauvegarde pour les fils est de tenir leur chemin résolument éloigné de l’étrangère, de fuir même l’endroit où elle habite. S’approcher de sa maison serait déjà le fruit d’une curiosité malsaine. L’imprudent, avant même qu’il s’en fût peut-être rendu compte, aurait perdu son honneur et l’aurait livré entre ces mains corrompues. Ses années seraient livrées au Malin, sans miséricorde pour la misère qu’il a fait naître. Tout le travail des jours, passés dans la sainteté, serait perdu à jamais, «donné à d’autres». Puis viendra la fin, les regrets cuisants, la chair et le corps consumés. Comment, dira celui qui est devenu la proie de l’étrangère, ai-je pu haïr l’instruction, mépriser la répréhension ? Comment ai-je été sourd à la voix du père qui m’instruisait, et à l’expérience de la Sagesse ? Mais, grâce à Dieu, avec l’amertume de la repentance et le jugement complet de soi-même, il y a un relèvement possible. «Peu s’en est fallu que je n’aie été dans toute sorte de mal, au milieu de la congrégation et de l’assemblée !» (v. 14). La communion de l’Assemblée peut être retrouvée ; l’âme est arrêtée à temps et restaurée pour ne pas «tomber dans toute sorte de mal», et subir une chute définitive dont elle ne pourrait plus se relever.

Versets 15-23

v. 15-20. — Il faut par contre que le fils de la Sagesse conserve soigneusement les relations naturelles établies et sanctionnées de Dieu. Il doit rester attaché à la femme de sa jeunesse qui fait partie du peuple de l’Éternel, car la qualité «d’étrangère» l’aurait absolument disqualifiée pour y appartenir. Combien cela est important aussi pour le mariage chrétien ! Impossible d’accepter, quant à cette relation, aucune alliance avec le monde. Il doit y avoir séparation complète. Nous avons à nous en tenir à la source de rafraîchissement que Dieu nous a donnée, au sein de Sa famille, dont nous faisons partie. S’il en est ainsi, nous serons bénis au dehors dans ce qui sera sorti de cette union, et la bénédiction sera éprouvée même «dans les places», dans les lieux où le monde se rassemble (v. 16), bénédiction qui rappelle un peu celle dont il est parlé en Jean 7:38. L’homme ne se multiplie pas par les unions illégitimes ; l’amour vrai, uni aux grâces de la jeunesse, se rencontre dans les relations sanctionnées et approuvées de Dieu.

 

v. 21-23. — Ce n’est pas seulement aux conséquences de nos voies que nous avons à prendre garde ; il nous faut penser bien davantage à la manière dont Dieu les considère et les juge. «Les voies de l’homme sont devant les yeux de l’Éternel, et il pèse tous ses chemins». Un fait est établi, c’est qu’Il fera porter aux méchants leurs fautes, tandis qu’il reste une discipline pour le juste, afin qu’il puisse être délivré des suites de son égarement.

3.3.4       CHAPITRE 6

Ce chapitre nous présente encore d’autres pièges dressés sur le chemin du fils de la Sagesse et dont il doit mettre tous ses soins à se garder. Ils comprennent ici quatre choses qui ruinent l’homme.

La première, v. 1-5, est le cautionnement. Combien de fois les Proverbes nous mettent en garde contre lui ! Lisez les chap. 11:15 ; 17:18 ; 20:16 ; 22:26 ; 27:13. Cet acte, commis généralement à la légère, trahit un coeur sans prudence et sans réflexion. Ce n’est, certes, pas une chose sans conséquence que la confiance en l’homme ! En cautionnant un homme, je déclare compter sur lui, comme si le meilleur homme ne pouvait pas me faire défaut. Me confier en l’homme, c’est, du même coup, ne pas tenir compte de Dieu, comme si l’avenir m’appartenait. Celui que j’ai cautionné peut me manquer de parole, ou bien il peut être enlevé par la mort et je tombe entre les mains de ses créanciers. Et moi, je montrais en le cautionnant que je comptais sur le jour de demain qui ne m’appartient pas. Cautionner est donc une chose très mauvaise. Cependant il y a deux ressources pour le sage. La première est l’humiliation (v. 3) ; la seconde, de se dégager à tout prix de la main de l’homme, des liens dans lesquels le sage était retenu, car il faut qu’il ait affaire à Dieu seul. C’est à Dieu qu’appartient l’avenir ; c’est sur Lui seul qu’on peut compter.

 

v. 6-11. — Le second piège est la paresse et l’indolence. Elle joue dans les Proverbes un rôle plus important encore que le cautionnement. (Voyez 10:26 ; 12:11, 24 ; 13:4 ; 15:19 ; 19:15, 24 ; 20:4 ; 21:25 ; 22:13 ; 24:30 ; 26:13-16 ; 31:27). Le manque d’activité dans les choses de cette vie n’implique nullement une plus grande activité dans les choses spirituelles. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire 2 Thess. 3:6-15, où les suites de la paresse chez les enfants de Dieu sont mises à nu. La paresse porte ses fruits dans le gouvernement de Dieu. S’il y a une ressource pour celui qui engage l’avenir, lequel ne lui appartient pas, il n’y en a guère pour le paresseux. Les habitudes d’indolence laissent peu d’espoir de relèvement. Cependant l’exhortation peut encore atteindre cet homme. Le «jusques à quand», si fréquent dans les Psaumes, est une parole de confiance indiquant qu’il y a une restauration possible.

Par contre, v. 12-15, «il n’y a pas de remède» pour la perversité. Le pervers appartient à Satan et est animé de son esprit. Ses actions sont mauvaises, parce que son coeur, source de toute sorte de mal, est corrompu. Or, v. 16-19, Dieu hait toutes ces choses, mais il y a une plénitude d’abomination devant Lui ; le mal décrit aux v. 12-15 est arrivé à son comble. Sept choses se succèdent ici comme les grains d’un chapelet du Malin : les yeux, la langue, les mains, le coeur, les pieds sont à l’oeuvre ; il y a faux témoignage, esprit de discorde, mais on ne trouve nulle part des oreilles pour entendre.

 

v. 20-26. — Ici le commandement du père et l’enseignement de la mère reviennent au premier plan (cf. 1:18). Ils ont l’expérience de la Sagesse.

Tous deux ont le droit vis-à-vis du fils, l’un d’être obéi, l’autre d’être écoutée ; le père représentant l’autorité, la mère, la persuasion de la tendresse. Le père et la mère sont toujours en communion l’un avec l’autre (et quel enseignement pour nous !), afin d’atteindre un même but, celui d’élever leur fils dans les voies de la Sagesse. Cette instruction nous conduit dans notre marche, objet principal des Proverbes, nous garde pendant le repos, s’entretient avec nous au milieu de l’activité de la journée. L’expérience des parents qui ont goûté eux-mêmes aux sources de la Sagesse sert de lampe et de lumière au fils. En outre, leur discipline l’amène à connaître et à goûter le chemin de la vie. Dans ce chemin, il faut une vigilance continuelle ; c’est ainsi que le fils est gardé avant tout de la mauvaise femme et des flatteries de l’étrangère qui cherche à le séduire.

Après la perversité, aux v. 12 à 19, nous trouvons donc ici le quatrième piège, la corruption, la prostitution. Combien cette forme du mal est fréquente dans le monde ! A peine, parmi les jeunes gens, l’un ou l’autre y échappe ! Le jeune croyant est gardé par l’enseignement divin, mais dès qu’il l’abandonne un instant pour écouter les «paroles flatteuses» (car chez lui, bien que fils, la chair n’est pas améliorée), il est enlacé et tombe. Sans doute la «femme étrangère» est plutôt d’une application morale, mais il est bon de considérer la chose dans son sens vulgaire. «On en vient à un morceau de pain» ; bien plus, «l’âme précieuse» a perdu toute sa fraîcheur, est desséchée, devient la proie du vice !

 

v. 27-35. — Une autre forme, plus terrible encore, de la corruption, c’est l’adultère. À peine, semble-t-il, un fils de la Sagesse oserait-il le commettre, aussi la Parole nous parle ici de l’homme, non du fils, et cependant un David, le roi bien-aimé, s’y laissa choir par la paresse et devint la proie de la convoitise d’un moment ! Même toucher la femme du prochain, nous dit ce passage, c’est n’être point innocent. L’adultère est le fait de l’insensé. Il n’y a pas plus de remède à l’adultère qu’à la perversité (v. 12-15). Destruction de l’âme, plaie, mépris, opprobre qui ne sera pas effacé, mort violente infligée par le mari offensé, voilà ce qui attend l’homme adultère, et Dieu le laisse là sous le coup d’un jugement dont la grâce seule est capable de le délivrer ! Moralement l’adultère s’applique à l’amitié du monde (Jacq. 4:4).

3.3.5       CHAPITRE 7

Il y a une différence dans les Proverbes entre la prostituée, la femme étrangère et l’adultère. La première vit dans la corruption, sans lien qui l’attache à la société ; la seconde ne tient pas compte de ses relations naturelles tout en en gardant l’apparence, comme nous en avons l’exemple dans la femme Samaritaine ; elle n’a du reste aucune relation avec le peuple de Dieu ; la troisième a rompu elle-même le lien ordonné de Dieu. C’est une révolte ouverte contre l’ordre établi et reconnu de l’Éternel pour son peuple.

Ce chapitre nous parle de la femme étrangère (le chap. 6, surtout de la mauvaise femme et de la femme adultère). Il nous présente le piège dans lequel peut tomber un fils de la Sagesse quand il est simple, c’est-à-dire qu’il manque de sens, et ne nous parle pas des habitudes corrompues d’un monde que ce même fils pourra, sous la direction de la Sagesse, traverser comme n’en étant pas.

 

v. 1-5. — Ici la Parole est le grand préservatif du mal, et nous ne pouvons assez y insister. «Comment un jeune homme rendra-t-il pure sa voie ? Ce sera en y prenant garde selon ta Parole» (Ps. 119:9). Par la Parole, la vérité et la volonté de Dieu sont infusées d’avance dans son coeur, en sorte qu’il soit sur ses gardes quand la tentation se présente. Il faut que la Parole soit associée à tous nos actes, liée sur nos doigts, mais il faut en outre que nous l’ayons écrite sur la tablette de nos coeurs, qu’elle fasse partie et soit inséparable de nos secrètes pensées et de nos affections. La réception de la Parole nous donne conscience de nouvelles relations et d’une nouvelle nature qui nous mettent en rapport d’intimité avec la Sagesse et l’Intelligence (v. 4). Nous sommes ainsi, par ces relations même, gardés de la femme étrangère, de chercher des rapports avec le monde corrompu, dont l’amitié ou les appâts nous privent de toute communion avec Dieu.

 

v. 8-10. — Et cependant, le jeune homme qui entre en scène ici est un fils ! (Voyez note à v. 7 dans la version Pau-Vevey [note Bibliquest : = version connue en 1999 sous le nom J. N. Darby]). Jamais, nous le répétons, ce nom n’est appliqué dans les Proverbes aux enfants du monde ; mais la nature charnelle de ce jeune homme fait de lui un «simple», un homme privé de sens, incapable de discernement, ne pouvant être distingué des hommes du monde, dépourvus eux-mêmes de sens, qui l’entourent.

Ce n’est pas délibérément qu’il agit ainsi, mais il est «oisif» et «simple», et il y a chez lui tous les éléments d’une chute. Il n’a pas cultivé l’amitié de l’intelligence et les saintes relations avec la Sagesse ; il n’a pas gardé les commandements et l’enseignement des parents et a laissé l’état naturel de son coeur monter du fond et s’étaler à la surface. Ah ! s’il avait pris garde à l’exhortation du chap. 6:6-11, au sujet de la paresse ! Mais non, une curiosité malsaine, conséquence du désoeuvrement, lui fait suivre ce chemin. Ce n’est pas que sa volonté l’y pousse, mais une vie non réglée, en vertu du manque d’activité, l’engage dans cette voie, presque à son insu. Cette inactivité laisse une certaine liberté aux mauvais désirs qui sommeillent. Il va, sans peut-être s’en rendre compte, chercher aventure... et c’est la nuit. Certes, ce n’est pas l’heure de la Sagesse qui vit en pleine lumière et la répand autour d’elle. Il y a oisiveté, curiosité des choses de la nuit, une conscience qui s’accommode aisément des ténèbres.

 

v. 10-23. — Qu’y peut-il ? Il ne cherchait pas l’occasion ; ce n’est pas sa faute si elle s’est présentée ! Sans doute, mais l’occasion saisit toujours les âmes non gardées, prêtes en conséquence à se laisser séduire, tandis que la sagesse n’est jamais dominée par l’occasion, mais la saisit pour le bien (Éph. 5:16). Que voulait-il donc ? Qu’attendait-il en se promenant au crépuscule, si ce n’est de convoiter, vaguement peut-être, ce qui se présenterait à lui, de considérer avec curiosité «le coin où demeurait cette femme» ?

La hardiesse, le bruit, l’agitation incessante, un esprit toujours sur le qui-vive, la ruse, l’effronterie, l’endurcissement, caractérisent l’étrangère. Elle s’empare de celui qui est sans volonté contre le mal, l’envahit. À tous ces caractères elle ajoute les douces paroles et les flatteries. Ah ! s’il avait joui de cette précieuse paix que la Sagesse apporte, s’il avait réalisé la crainte de l’Éternel qui est de haïr le mal et d’aimer le bien, il aurait eu horreur de tout ce bruit et de toutes ces paroles. Mais non ! Le voilà pris au piège ; il va tête baissée comme le boeuf à la boucherie ; comme un homme, les pieds garrottés, qui marche à petits pas jusqu’à ce que le trait mortel lui transperce le foie. Hélas ! ce n’est plus en vain que le filet est étendu devant l’oiseau (1:17) qui se hâte vers le piège !

 

v. 24-27. — Mais Dieu se sert de ces choses pour l’instruction de ses fils. «Il y va de leur vie» (v. 23). Il faut donc écouter, de peur de «descendre dans les chambres de la mort» !

3.3.6       CHAPITRE 8

Versets 1-21

Ces versets forment la première partie du chap. 8. En la comparant avec la Préface des Proverbes (1:1-7), nous trouvons que tout ce qui nous est donné dans cette préface comme étant le contenu du livre, nous est montré au chap. 8 comme le fruit de l’enseignement d’une personne, de la Sagesse elle-même.

Au chap. 7, la femme étrangère murmure dans la nuit ; ici, la Sagesse crie en plein jour, en plein public et s’adresse à tous.

Le monde est le domaine où ces deux femmes exercent leur activité. L’une se complaît aux ténèbres qui aveuglent les hommes, l’autre cherche par tous les moyens à ouvrir leurs yeux à la lumière. De quel côté sera la victoire ? Tout ce livre met en garde contre la femme corrompue et produit en public la Sagesse pour la faire triompher.

Nous avons dit qu’ici la Sagesse est une personne ; or cette personne est Christ. Il est digne de recevoir tout honneur,  mais lui-même donne la prudence aux simples, le sens aux sots ; toutes ses paroles sont justice, clarté pour l’intelligence, droiture, instruction, connaissance ; il donne le règne et la force et tous les vrais biens à ceux qui l’aiment.

Reprenons ce passage en détail :

 

v. 1. — La Sagesse applique la lumière divine au bien et au mal, et à tout ce sur quoi nous avons à former un jugement. Elle découvre tout. Elle est l’intelligence ; elle a, seule, la capacité de comprendre les pensées de Dieu et de se les approprier, mais aussi de les communiquer à d’autres. Quiconque écoute sa voix est mis en rapport avec Dieu lui-même, dans ce monde de ténèbres. Elle aurait pu laisser le monde aller son train jusqu’au jugement final, mais non : elle ne se donne pas de repos, elle travaille sans cesse, parce qu’elle est la grâce.

 

v. 2-3. — Description du lieu où la Sagesse rencontre l’homme, l’homme tombé qui a organisé son existence sans Dieu, qui s’est créé une activité où tout manque, parce que Christ, la Sagesse, y manque. La Sagesse se trouve seule vis-à-vis du monde. Elle va chercher l’homme partout où elle pense le trouver. Elle se montre en public, de manière que chacun puisse la voir. Elle se tient sur les hauteurs, descend dans les villes, accoste les passants, les voyageurs, les hommes réunis en communauté ; elle se tient aux portes où ils traitent de leurs affaires et rendent la justice.

 

v. 4. — «A vous hommes», crie-t-elle, et sa voix s’adresse «aux fils des hommes». Aucun n’est excepté. Elle s’adressera tout autrement aux fils, à ceux qui lui appartiennent. Nous voyons ici la grâce qui «veut que tous les hommes soient sauvés».

 

v. 5. — Elle n’est pas venue chercher la vérité chez les sages, car elle est elle-même la vérité, mais elle est venue l’apporter aux inintelligents, aux ignorants, aux insensés.

 

Les v. 6-11 nous disent ce que sont les paroles de la Sagesse. Elle dit des choses excellentes et des choses droites, tout ce qui a trait à la vérité, et elle a horreur du mal. Les paroles de la Sagesse font trouver un chemin selon Dieu au milieu d’un monde pervers et tortueux ; elles sont justes, claires et droites ; aussi les intelligents qui les ont reçues estiment qu’elles sont sans prix ; ils possèdent un bien qui dépasse toutes les richesses que le monde pourrait offrir.

 

v. 12-16. — Ici la Sagesse se décrit elle-même, comme seule la perfection divine a le droit de le faire. La Sagesse demeure avec la prudence. Elle a le discernement subtil, celui du serpent (Matt. 10:16), par lequel tous les pièges sont reconnus, pour les éviter. Cette prudence, le Seigneur la montrait dans l’histoire du tribut de César ou quand il répondait aux pharisiens : Le baptême de Jean était-il de Dieu ou des hommes ? — La Sagesse «trouve la connaissance qui vient de la réflexion». Cette connaissance sonde les difficultés, les ayant pesées soigneusement pour les affronter. C’est ainsi que le Seigneur dressait sa face pour monter à Jérusalem, ou qu’il embarquait ses disciples sur la mer agitée.

«La crainte de l’Éternel, c’est de haïr le mal», et cette crainte n’a-t-elle pas été réalisée dans toute la vie du Sauveur ? Aussi peut-il dire ici : «Je hais l’orgueil et la hauteur, et la voie d’iniquité, et la bouche perverse». «Je suis doux et humble de coeur», disait-il. Il faisait des traces droites à ses pieds ; Il était l’expression absolue de ce qu’Il disait. «A moi le conseil et le savoir-faire ; je suis l’intelligence ; à moi la force» (v. 14). Tout ce qui est bon pour la conduite de la vie, pour surmonter les difficultés, pour éviter les pièges, ne le trouvons-nous pas en Lui ? Il est la source intarissable de tout bien et se montre tel en toute occasion.

 

Enfin, aux v. 15-16, c’est Lui qui est à la tête du gouvernement de Dieu sur la terre ; Lui qui se sert des rois, des chefs, des nobles, des juges, pour conduire les choses comme sa sagesse l’entend, et amener ses instruments à accomplir Ses propres desseins, souvent contre leur volonté.

 

v. 17-19. — Ceux qui aiment la Sagesse pour elle-même, ceux qui la recherchent, sont aimés d’elle et la trouvent. «Si quelqu’un m’aime», dit le Seigneur, «il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles» (Jean 14:23-24).

 

v. 20-21. — La Sagesse n’est jamais trouvée hors des chemins de la justice et du «juste jugement» : de la juste appréciation des choses qui a caractérisé la voie de Christ homme ici-bas.

Ici se termine la première partie de ce chapitre.

Versets 22-36

De plus en plus se dessine ici la personne de Christ, de Celui qui nous a été fait Sagesse de la part de Dieu (1 Cor. 1:30). Nous venons de voir la Sagesse personnifiée, visitant ce monde et les hommes qui s’y trouvent, les appelant du sein de la foule pour qu’ils viennent à elle, et apprennent d’elle qui seule peut leur donner abondamment tout ce qui leur manque. Maintenant nous sommes transportés dans l’éternité pour voir que la Sagesse y existait en personne dans les Conseils de Dieu.

 

v. 22. — «L’Éternel m’a possédée au commencement de sa voie, avant ses oeuvres d’ancienneté». La pensée complète de Dieu en Christ existait dès l’éternité, avant que fût établi le premier commencement des origines de la création, avant même qu’il y eût un commencement.

 

v. 24-26. — Elle a été enfantée, mise au jour, prête à l’action, avant les origines de la terre. Le moment venu, lorsque Dieu n’avait pas encore fait «le commencement de la poussière du monde», c’est-à-dire n’avait pas fait sortir du néant les premiers éléments de la Création, la Sagesse est entrée en action. Elle était là, avant la première manifestation de la puissance créatrice. Nous avons à trouver le sentier de la Sagesse dans la création ruinée, mais le conseil de Dieu était avant la création, avant la ruine, avant le sentier pour la traverser.

 

v. 27-31. — La création a été le fruit de la Sagesse ; la terre est la sphère de son déploiement, mais la Sagesse elle-même est avant tout cela. Elle était une personne divine avec Dieu, mais elle était Dieu ; distincte de Lui, mais absolument de même nature ; «à côté de Lui, son nourrisson», figure qui exprime le caractère de cette intimité, et les délices de Dieu dans sa personne ; elle-même, toujours en joie devant Lui, en sorte que ces délices étaient mutuelles. De ce divin accord est sortie la création, mais c’était dans la création l’homme, que Dieu, que Christ avait en vue. «Ses délices étaient dans les fils des hommes». Les délices ont atteint pleinement leur but et leur résultat en vertu de l’oeuvre de Christ qui, devenu homme pour accomplir la Rédemption, a donné aux fils des hommes sa propre place, comme homme, dans la gloire.

Toute cette oeuvre est omise ici, pour être pleinement développée dans le Nouveau Testament ; car le sujet de ce chapitre est l’exaltation de la Sagesse dans une personne qui, en vue de l’accomplissement des desseins éternels de Dieu, trouvait ses délices dans les fils des hommes, et (comment exprimer mieux ses propres délices !) devenait homme, devenait comme homme les délices de Dieu («Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir»), et, dans sa propre personne, pouvait étendre les délices divines sur tous les rachetés !

 

v. 32-36. — «Maintenant donc, fils, écoutez-moi», dit la Sagesse, cette personne bénie. Elle s’adresse aux fils, comme, au v. 6, elle s’était adressée aux hommes. Écoutez-moi, car je suis la grâce qui trouve ses délices dans la jouissance de son oeuvre. «Bienheureux l’homme qui m’écoute», dit-elle, «car celui qui m’a trouvée a trouvé la vie» et la faveur de l’Éternel repose sur lui !

Hélas ! combien d’hommes ne l’écoutent pas, ne l’aiment pas, refusent ses dons, la haïssent ! Leur chemin est le chemin de la mort !

3.3.7       CHAPITRE 9

Au chap. 1, v. 20 des Proverbes, «la Sagesse crie au dehors, elle fait retentir sa voix sur les places ; elle crie à l’entrée des lieux bruyants, aux ouvertures des portes ; elle prononce ses paroles dans la ville». Elle s’adresse aux hommes dans leur état naturel : aux simples qui sont dépourvus de sens, aux moqueurs qui renient la parole de Dieu, aux sots qui haïssent la connaissance de la Sagesse et de l’instruction. Mais il arrivera un moment où la Sagesse abandonnera tout espoir de ramener les moqueurs et estimera bienheureux les fidèles qui refusent d’avoir des rapports avec eux !

Au chap. 8:1-11, la Sagesse se tient debout «au sommet des hauteurs, sur le chemin, aux carrefours, ... à côté des portes, à l’entrée de la ville, là où l’on passe pour entrer». C’est en un mot au milieu du bruit et du tumulte du monde qu’elle appelle «les hommes et les fils des hommes». Ici, comme au chap. 1, elle crie. Sa voix est assez élevée pour être entendue. Tout ce qu’elle propose, toutes les paroles de sa bouche, apportent aux hommes la justice, la lumière, la droiture, la connaissance (v. 8-9) et l’instruction (v. 10).

Au commencement du chap. 9:v. 1-6, nous avons un autre aspect de la Sagesse. «Elle a bâti sa maison». Il y a un lieu où elle habite et qui lui appartient, mais c’est là qu’elle convie ceux qui sont dépourvus de sens et d’intelligence à venir s’abriter, car elle leur offre un refuge. «Elle a taillé ses sept colonnes», les colonnes qui parent sa maison, une plénitude de force et de puissance fermement établies, et qui en font un asile qui ne peut être ébranlé. Mais elle ne se borne pas seulement à offrir chez elle un abri sûr à tous ceux qu’elle appelle. Elle a sacrifié ses bêtes, mixtionné son vin, dressé sa table. Cela ne rappelle-t-il pas le grand souper, le souper de la grâce en Luc 14 ? Dans ce dernier chapitre, le maître envoie ses esclaves ; ici la Sagesse invite au souper par ses servantes. Comme pour le grand souper, elle ne s’adresse pas aux sages, aux opulents, aux intelligents de ce monde, mais à ceux qui sont dépourvus de sens, qui suivent le chemin de la folie. Elle leur dit : Venez ! Elle crie. Comme aux chap. 1 et 8, elle cherche le monde là où il se trouve ; elle invite ici les hommes à entrer dans sa maison, à s’asseoir à sa table, à prendre leur part de la nourriture excellente qu’elle leur a préparée. Elle dit «mon pain» (v. 5) en contraste avec le pain de la folie (v. 17). Elle convie à la joie (son vin mixtionné) que donne un salut accompli, une table où «déjà tout est prêt».

 

v. 7-12. — Celui qui reçoit cet appel devient, par ce fait même, un fils de la sagesse, un sage. Mais c’en est fini des moqueurs auxquels la Sagesse s’adressait au chap. 1:22. Ils n’ont pas voulu recevoir l’instruction ; leur sort est désormais fixé ; ils n’ont aucune part avec les sages. Il faut être sage pour croître en science et pour aimer même la répréhension. Le sage n’estime pas être quelque chose ; il est humble, sachant d’où il a été tiré, et désire croître en science par l’instruction de la Sagesse. Or comment devient-on sage ? Le commencement, le principe même de la sagesse, est la crainte de l’Éternel (v. 10). Elle consiste à donner à Dieu la place qui lui appartient ; mais on n’entre pas en sa sainte présence sans haïr immédiatement le mal (8:13) et sans vouloir le bien que Dieu veut. Cela suppose une relation connue entre l’homme et Dieu : il hait ce que Dieu hait ; il aime ce que Dieu aime. Ce n’est pas que le sage, une fois entré dans la maison de la Sagesse et assis à son festin ait atteint la perfection. Il ne peut l’atteindre dans ce monde. S’il est sage et juste il a besoin d’être continuellement repris, instruit, enseigné — car «Dieu ne retire pas ses yeux de dessus le juste» (Job 36:7) — pour croître en sagesse et en science. L’intelligence lui vient par la connaissance du Saint, de Celui qui est personnellement la Sagesse même, mais il n’aura atteint cette pleine connaissance que lorsque, le voyant tel qu’Il est, il Lui sera semblable.

 

v. 13-18. — En contraste avec la Sagesse, nous avons la «femme folle». Combien de fois ne revient-elle pas dans ces premiers chapitres (2:16-19 ; 5:3-6, 20 ; 6:24-26, 27-35 ; 7:5 ; enfin ici 9:13-18) ! La femme folle est la chair corrompue qui attire les insensés, les hommes sans réflexion, sans connaissance, sans crainte de Dieu. Tout manque à cette femme : Elle est folle, sotte, ignorante et ne peut instruire personne. Elle entoure de bruit (v. 13) ceux qui s’égarent. C’est, en effet, dans le bruit continuel du monde que les hommes s’étourdissent et sont incapables d’entendre la voix de la Sagesse, quelque hautement que son cri retentisse. Tandis que la Sagesse se tient debout (8:2), toute à sa mission, la folie s’assied (v. 14). Elle cherche ses aises et simule le repos aux yeux de ceux qu’elle appelle. Ils se laissent prendre à ce mensonge. Elle se tient «à l’entrée de sa maison», cachant à tous que cette maison est vide, chancelante, sans colonnes et ne contient rien qui puisse nourrir ou donner une vraie joie. Elle est «sur un trône, dans les lieux élevés de la ville», elle parle à l’ambition des hommes, leur promet la domination qui répond à «l’orgueil de la vie», et leur donne la preuve que c’est elle (non la Sagesse) qui a atteint cette domination. Sa pensée est de détourner du «droit chemin» (v. 15), tandis que la Sagesse fait précisément le contraire. «Qui est simple, dit la femme folle, qu’il se retire ici» (v. 16). Elle prononce les mêmes paroles que la Sagesse au v. 4, afin de tromper ceux qui sont privés de sens, car elle ne leur ouvre pas la porte et n’a point de repas préparé pour eux. Chez la Sagesse tout est grâce, vérité, lumière ; chez la femme folle, tout est mensonge, mystère et ténèbres. Elle conseille aux fous de s’approprier en cachette ce qui ne leur appartient pas. Elle dit : «Les eaux dérobées sont douces, et le pain mangé en secret est agréable» (v. 17). La mauvaise foi sera toujours à la base de la recherche des choses du monde. C’est ce que les hommes appellent de l’habileté. La folie dit : Elles sont douces quand on les dérobe ; elles sont agréables quand on peut se les approprier sans que personne en sache rien. Toutes ces choses, la folie les murmure à l’oreille ; elle ne les crie pas ; car comment pourrait-elle produire en public ses mauvais conseils ? Au contraire la Sagesse crie ; elle veut être entendue (1:20 ; 8:4 ; 9:3). Comment la grâce et la vérité, adressées à tous, craindraient-elles d’élever la voix ? Voyez Jean-Baptiste, rendant témoignage à Celui qui vient après lui (Jean 1:15). Voyez le Seigneur rendant témoignage à sa propre mission (Jean 7:28 ; 12:44) !

Hélas ! la femme folle parle à l’homme selon le coeur de l’homme, coeur ténébreux qui le conduit aux ténèbres éternelles ! Quel contraste entre les profondeurs du shéol, où la folie précipite ses victimes, et la vie, la faveur de l’Éternel, les délices, que la Sagesse trouve dans les fils des hommes en les amenant à Dieu (8:31, 35) !

4                    Deuxième partie : CHAPITRES 10 à 24

4.1   Remarques préliminaires

La seconde partie du livre que nous étudions est composée de sentences, de maximes, d’allégories, d’énigmes. Ces Proverbes sont parfois isolés, mais forment souvent des groupes très marqués que nous nous appliquerons à faire ressortir au courant de cette étude. L’arrangement des Proverbes est d’origine divine, aussi bien que celui de l’Écclésiaste ou des Psaumes et fait appel à la «Réflexion» pour être compris. Ceux qui ne voient pas cet arrangement manquent des qualités, requises du «fils de la Sagesse», pour comprendre les pensées de Dieu, contenues dans les Proverbes.

Cependant l’étude de cette seconde partie présente deux écueils à éviter. l° Négliger la suite des pensées, si fréquente, comme nous l’avons dit, et sans laquelle une bonne partie du sens nous échapperait, mais aussi, 2° vouloir forcer la liaison entre une série de proverbes et introduire ainsi dans cette étude un élément dû à l’imagination humaine et non à l’Esprit de Dieu. Notre seule sauvegarde pour éviter ces écueils sera une dépendance constante de la direction et de l’enseignement du Saint Esprit.

Nous sommes aux prises dans cette étude avec une troisième difficulté : celle de la traduction. Plus que dans aucun autre livre de l’Ancien Testament, la traduction des Proverbes, en vertu de la condensation de la pensée et de sa brièveté voulue, a prêté à des versions diverses, et parfois diamétralement opposées. Parmi les plus récentes il en est à peine une qui mérite créance, les traducteurs ayant souvent rabaissé le texte au niveau des maximes non inspirées qu’on pourrait appeler la «sagesse proverbiale des nations». De cette manière, l’enseignement divin a été obscurci par les versions dont nous parlons. La plupart des anciens traducteurs qui étaient des hommes de foi ont été préservés de ce danger, mais souvent le manque d’intelligence des grandes vérités de l’Ancien Testament les a entravés quand il s’agissait de rendre le sens exact des Proverbes.

À part ces obstacles, le traducteur le plus enseigné de Dieu se trouve parfois dans l’embarras de choisir entre deux sens, quand le texte en offre une traduction également plausible. Une remarque faite à bien des reprises par des traducteurs intelligents (et par ce mot j’entends, non pas des hommes très savants dans la langue hébraïque, car ils sont souvent les pires traducteurs, mais des hommes qui, à la connaissance de la langue, joignent l’intelligence spirituelle des pensées de Dieu, opposée à tout rationalisme) ; cette remarque, dis-je, est qu’à choisir entre deux versions, celle des deux qui offre en apparence le sens le plus obscur, a souvent le plus de probabilité d’être la vraie. Combien cette constatation condamne le rôle de la raison humaine dans les choses de Dieu ! Mais, de plus, le même mot hébreu, et ce cas est assez fréquent, peut avoir deux sens différents. Lequel choisir ? Ici, l’intelligence spirituelle est de nouveau seule capable de nous fournir le sens divin. D’où cette conclusion que des chrétiens ignorants nous donneront parfois une mauvaise traduction, mais que des savants qui n’ont pas la vie de Dieu la donneront toujours mauvaise quand un passage fera appel à l’intelligence spirituelle.

Ajoutons encore que l’on peut rencontrer ici et là deux sens également précieux dans le même Proverbe (et ce livre est, en vertu de sa structure, à peu près le seul de la Parole où cette constatation soit fréquente), mais, dans ce cas, ces deux sens ne se contredisent jamais. Souvent enfin l’on trouve dans le même Proverbe une interprétation qui se rapporte à des circonstances terrestres, alternative la plus habituelle puisqu’elle correspond au but même du livre, et une interprétation spirituelle. Il va sans dire que toutes deux sont selon la vérité.

La conviction qu’une tradition rationnelle (nous ne disons pas «rationaliste») offre souvent un danger pour l’interprétation du texte, nous fait insister de la manière la plus sérieuse sur la Version intitulée «Paris-Pau-Vevey» [note Bibliquest : = version connue en 1999 sous le nom J. N. Darby], la seule vraiment intelligente de nos versions françaises, que de regrettables idées préconçues ont fait, à leur grand détriment, négliger par un grand nombre de lecteurs chrétiens. Cette même Version, publiée en allemand, sous le titre de «Version d’Elberfeld», jouit depuis un grand nombre d’années d’un accueil favorable dans les milieux chrétiens de ce pays, et y est ouvertement préférée aux autres versions allemandes.

Telle est donc la raison qui, dans cette étude, nous fait nous tenir, mais non pas aveuglément, à la version Paris-Pau-Vevey. Les lecteurs qui ne la consulteraient pas auraient souvent de la peine à se faire une juste idée de la portée de nos commentaires. Au reste, pour leur faciliter la tâche, nous reproduirons toujours dans notre texte chaque proverbe ne comprenant qu’un seul verset ; mais comme, dans la première partie, nous n’avons pu reproduire les paragraphes composés de plusieurs versets, nous ferons de même ici, pour ne pas grossir outre mesure notre volume.

Une ou deux autres remarques sont encore nécessaires. Chaque Proverbe est généralement composé de deux courtes sentences, balancées, sans rapport apparent avec le Proverbe qui précède ou qui suit. On se tromperait beaucoup si l’on s’en tenait à cette apparence. De fait, comme nous l’avons déjà mentionné, les Proverbes offrent beaucoup plus souvent qu’il n’y paraît à première vue un lien qui les unit l’un à l’autre, et cela est si évident que ce lien se fait parfois sentir sans interruption pendant des chapitres entiers, parfois dans une série assez longue de versets, ou enfin dans une série de deux ou trois. N’est-il pas dit, dans l’Écclésiaste, que Salomon a «pesé et sondé, et mis en ordre beaucoup de Proverbes» (Écclés. 12:9) ?

D’autres fois il n’existe aucune liaison quelconque entre les divers Proverbes, ou bien deux Proverbes qui se lient évidemment l’un à l’autre sont séparés, comme à dessein, par plusieurs versets. Le but de cet apparent désordre nous semble indiqué dans les premiers versets du premier chapitre de ce livre, lesquels en constituent la Préface. Le jeune homme est, par ce moyen, poussé à l’attention, à l’étude, à la connaissance, à la Réflexion, car les pensées de Dieu ne se laissent pas saisir à la légère et comme à première vue. Le lecteur est obligé de revenir en arrière pour s’approprier les divers aspects d’une vérité et en reconstituer lui-même l’ensemble. Souvent du reste, ces versets sans ordre apparent servent de complément à des pensées émises dans les chapitres précédents.

Les répétitions de Proverbes sont fréquentes et nous les signalons chaque fois (*). Il est cependant très rare qu’un Proverbe soit répété en termes absolument identiques. Même dans ce dernier cas la nécessité de la répétition saute aux yeux. La plupart du temps un seul des deux membres de la phrase est répété et obtient, par le membre nouveau, l’addition d’une précieuse vérité supplémentaire. Il est d’un intérêt tout particulier de comparer entre eux les Proverbes analogues et il y a toujours un grand profit à constater en quoi ils diffèrent. Nous avons été parfois obligés de nous abstenir de cette dissertation pour ne pas allonger outre mesure un travail qui dépassait déjà les limites habituelles.

(*) Voyez la note page 66 [= explication sur 10 :1].

Dans l’interprétation des Proverbes, l’on ferait fausse route si l’on ne comprenait pas que les bénédictions y sont terrestres et que le jugement consiste dans la privation de ces bénédictions, allant jusqu’à la mort corporelle, et jusqu’à être plongé dans le Shéol, lieu vague où vont les âmes après la mort.

Il nous arrive souvent d’illustrer par quelques-uns des faits innombrables de l’histoire d’Israël, ou par quelques sentences du Nouveau Testament les vérités contenues dans les Proverbes. Nous n’avons pu en indiquer qu’un nombre limité, laissant au lecteur la joie de découvrir des illustrations nouvelles qui lui rendront encore plus précieuse la lecture de ce Livre.

On ne peut assez recommander, dans l’étude des Proverbes, de prendre garde aux mots. Nous y avons pourvu, dans une certaine mesure, par les Remarques préliminaires de la première partie, qu’il sera utile d’avoir souvent sous les yeux. Les mots sont traduits avec la plus scrupuleuse exactitude dans la Version qui forme la base de cette étude. Chaque mot contient une grande richesse de pensées, et celui qui n’y prend pas garde éprouve une perte réelle.

Enfin, pour clore ces Remarques, nous sentons vivement notre insuffisance sur bien des points. Dieu veuille que nous ayons été placés de telle manière sous la dépendance du Saint Esprit que nous n’avancions rien qui soit en désaccord avec la pensée du Seigneur. Toutefois, conscients de notre infirmité, nous sommes consolés par la conviction que tout ce qui est juste et vrai dans ces pages vient directement de Lui.

4.2   Première série — CHAPITRES 10 à 12

4.2.1       CHAPITRE 10

Verset 1

Un fils sage réjouit son père, mais un fils insensé (sot) est le chagrin de sa mère.

Voyez 15:20 (*).

(*) Les passages désignés ainsi et cités immédiatement après la sentence indiquent les répétitions totales ou partielles du Proverbe.

Ce verset est initial et sert d’introduction, non seulement à ce chapitre, mais à tous les chapitres suivants. Nous y trouvons (voyez ce qui en est dit au début de cet ouvrage) les caractères du fils, placé sous l’enseignement des parents qui lui communiquent le fruit de leur expérience. Le fils est toujours considéré comme étant dans une relation connue avec l’Éternel, et jamais le méchant ne peut prétendre à cette relation.

Le fils peut être sage ou insensé (hébreu : Kesil) (ou sot, quand même ce terme «sot» (Kesil) est habituellement appliqué à ceux qui sont entièrement étrangers à toute relation avec l’Éternel, d’où notre traduction «insensé» quand il s’agit de cette relation). Notre relation avec Dieu comme fils, ou notre relation avec nos parents qui représentent Dieu dans son gouvernement, ne nous délivrent pas des pièges du monde ou des caractères de la chair dans nos propres coeurs. Or ces caractères sont naturels, constants et invariables chez tous ceux qui ne sont pas fils de la sagesse, car tous sont dans la chair, tandis que, pour le fils, la chair qui est en lui peut être domptée ou réduite au silence par l’instruction et la discipline. Il peut y avoir, selon le caractère que montre le fils, de la joie ou du chagrin dans la relation avec ses parents et le chagrin est d’autant plus profond que la sollicitude et l’amour (représentés ici par la mère) ont été plus prompts à se manifester. Quelle insensibilité a donc le coeur du fils, quand il chagrine l’amour.

Ces deux caractères, notés chez un fils, sont de toute importance, parce qu’ils posent, dès le début, d’un côté le principe de notre relation avec Dieu, de l’autre, le principe de la chair en nous, et de ses conséquences, si nous nous laissons guider par elle.

Versets 2-5

Les trésors de la méchanceté ne profitent de rien, mais la justice délivre de la mort (v. 2).

Ici la différence n’est plus, comme nous pourrons le voir, dans la suite de ce chapitre, entre un fils sage et un fils insensé (ou sot), tous deux placés dans la même relation, comme au v. 1 ; elle est entre le juste et le méchant. Jamais le méchant n’est appelé fils ; pour lui, cette relation n’existe pas. Dans le monde, la méchanceté et la justice sont entièrement opposées l’une à l’autre. La méchanceté est ce qui caractérise aux yeux de Dieu tout homme qui n’est pas juste ou bon. Il n’existe pour Lui que ces deux classes de personnes. On est juste par la foi, et capable de pratiquer la justice ; on est bon, quand, par l’Esprit, on est participant de la nature même de Dieu ; on est méchant dès qu’on n’accepte pas la grâce ou qu’on s’y oppose (Matth. 5:45). Par ses trésors, la méchanceté ne peut obtenir quoi que ce soit, ni vie, ni un pouce ajouté à sa taille ; à quoi ces trésors lui servent-ils pour vivre ? Chose importante à déclarer, dès le début, au milieu d’un peuple où la faveur divine se faisait connaître par les bénédictions terrestres.

«La justice délivre de la mort». Il s’agit ici de voir, sous le gouvernement de Dieu, ses jours prolongés sur la terre. Ces voies ne sont réalisées aujourd’hui que partiellement pour nous, chrétiens, parce que nous avons pour objectif une vie au delà de la mort ; mais elles le seront pleinement dans le Millénium où le méchant ne pourra se sauver de la mort, tandis qu’aucun juste ne mourra. Sous le régime de la loi, combien de justes n’ont-ils pas fait mainte fois l’expérience de cette vérité ? Tel le pieux Ézéchias (És. 38:16-17).

 

L’Éternel ne laisse pas l’âme du juste avoir faim, mais il repousse l’avidité des méchants (v. 3).

Ce verset se lie intimement au précédent : Il s’agit toujours du juste et du méchant sous le gouvernement de Dieu, quant à la vie présente. Le juste ne manquera jamais de nourriture, et même aujourd’hui cette promesse subsiste : «La piété est utile à toutes choses, ayant la promesse de la vie présente» (1 Tim. 4:8). Tel fut Élie au torrent de Kerith et plus tard dans le désert. L’avidité des méchants qui ne sont jamais rassasiés des biens matériels et qui se disent : «Mange, bois, et fais grande chère» rencontre, au moment même où ils pensent s’emparer de ces biens, la main de l’Éternel qui repousse leur désir : «Cette nuit même ton âme te sera redemandée !» (Luc 12).

 

Celui qui agit d’une main lâche devient pauvre, mais la main des diligents enrichit. Celui qui amasse en été est un fils sage ; celui qui dort durant la moisson est un fils qui fait honte (v. 4-5).

Ces deux versets mentionnent de nouveau le fils de la sagesse pour le mettre en garde contre un abus du v. 3. Il pourrait se livrer à l’oisiveté en invoquant cette parole, que l’Éternel ne le laissera pas avoir faim. Non, il faut de l’énergie à l’ouvrage et la diligence enrichit. Il y a aussi des saisons où un travail énergique et continu est requis pour récolter du fruit. Celui qui prend ses aises et se livre à la paresse, dans un temps où la moisson appelle tous les ouvriers, est un fils qui fait honte à Celui qui l’a engendré et à ses propres collaborateurs. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que l’application de cette sentence ne s’étend pas seulement au travail matériel. Le sujet de la paresse occupe une place importante dans les Proverbes. Outre les passages déjà cités, il suffira d’en mentionner quelques-uns sur lesquels nous aurons à revenir : 10:26 ; 13:4 ; 19:15, 24 ; 20:4, 13 ; 21:25.

Versets 6-7

Il y a des bénédictions sur la tête du juste, mais la bouche des méchants couvre la violence (v. 6).

Voyez v. 11.

Après l’exhortation adressée à ceux qui appartiennent à la Sagesse, l’Esprit reprend le sujet du juste et du méchant. Le juste est l’objet marqué des faveurs divines. Il en fut ainsi de Joseph, il en est ainsi de Christ. «Les bénédictions de ton père», est-il dit de lui, «seront sur la tête de Joseph, et sur le sommet de la tête de Celui qui a été mis à part de ses frères» (Gen. 49:26). Mais ces mêmes faveurs sont invoquées sur la tête du juste par ceux pour lesquels il a été en bénédiction. C’est une position précieuse pour les justes d’être placés dans ce monde comme témoins des bénédictions qui sont le partage de Christ. Seuls les méchants ne peuvent s’en réjouir. À l’occasion, leur haine se déchaînera avec violence contre les témoins de Christ, comme elle l’a fait envers leur Maître. Si peut-être ils se taisent maintenant, ou que «leur bouche couvre la violence», ces sentiments sont au fond de leur coeur et, à l’occasion, se frayeront une issue.

 

La mémoire du juste est en bénédiction, mais le nom des méchants tombe en pourriture (v. 7).

Ce verset se lie intimement à celui qui précède. Les bénédictions n’accompagnent pas seulement le juste pendant sa vie ; après sa mort, sa mémoire les apporte encore à d’autres ; tandis que le nom du méchant finit par disparaître comme un cadavre dans la corruption, rejeté comme tel de devant Dieu.

Versets 8-10

Celui qui est sage de coeur reçoit les commandements, mais l’insensé (hébreu : evil) de lèvres tombe (v. 8).

La sagesse et la justice vont dans ce chapitre la main dans la main (voyez 13, 14, 19, 23). La sagesse dans le coeur s’allie à la dépendance de la volonté de Dieu exprimée dans sa Parole. Elle s’occupe d’abord à recevoir, comme Marie aux pieds de Jésus, au lieu de songer d’abord à donner et à produire au dehors, ce qui est le contraire de la dépendance. Elle reçoit les commandements qui la lient à la volonté de Dieu. Ce qui caractérise l’insensé est exactement le contraire de cela. Il parle au lieu d’apprendre ; il est occupé de lui-même ; il n’y a rien de Dieu, ni pour Dieu dans son coeur ; aussi ne pourra-t-il subsister ; sa chute est certaine.

 

Celui qui marche dans l’intégrité marche en sûreté, mais celui qui pervertit ses voies sera connu (v. 9).

Ce verset se lie au précédent. Après l’obéissance et la dépendance, vient la marche. Le gouvernement de Dieu fera connaître ce qu’elle vaut. Cette maxime est générale et peut tout aussi bien s’appliquer au juste. Une marche de droiture est une marche sûre ; il ne faut jamais l’oublier. Elle conduit droit au but et nous préserve des pièges de l’Ennemi. Si, au lieu de continuer dans ce chemin, l’on pervertit ses voies, si l’on y introduit des éléments étrangers à l’intégrité, le moment arrivera où l’on sera connu comme un homme malhonnête. Et si c’est un juste qui est entré dans ce chemin, quelle honte pour lui, quel déshonneur sur le nom qu’il porte et sur l’ensemble du peuple de Dieu !

 

Celui qui cligne de l’oeil cause du chagrin, et l’insensé de lèvres tombe (v. 10).

Voyez v. 8 et 6:13.

Ce verset se relie directement à la «perversité des voies» au verset précédent, comme il ressort de la description du chap. 6:12-13. Tout ce qui est compris dans les vers. 8-10 est plutôt la caractéristique des méchants, mais, comme nous l’avons dit, ce sont des maximes générales et quel fils de la sagesse n’a pas eu à juger les tendances de son coeur charnel exposées ici. «Cligner de l’oeil» est la dissimulation et la malignité cachée qui cherche à faire remarquer les fautes des autres sans se compromettre. Combien de chagrins causés de cette manière ! chagrin pour celui qui, sans savoir d’où vient l’attaque, et sans pouvoir se défendre, se trouve compromis aux yeux du prochain, chagrin pour l’amour (voy. v. 1) qui a coutume de veiller tendrement sur lui.

Il en est autrement de celui qui parle inconsidérément, dont les lèvres ne sont pas l’expression de la vérité dans le coeur, et n’ont pas pour but le bien du prochain, ou la gloire de Dieu (voyez v. 8). Celui-là fait du tort à lui-même, sa chute est certaine.

Versets 11-12

La bouche du juste est une fontaine de vie, mais la bouche des méchants couvre la violence (v. 11).

Voyez v. 6.

Nous avons ici le contraste entre la bouche du juste et celle du méchant. Le coeur s’exprime par la bouche. Celui du juste a commencé par recevoir la vie en buvant lui-même à la source (Jean 7:37-38). Ayant reçu la vie, il ne peut la garder pour lui ; elle s’épanche au dehors par ses paroles en flots d’eau vive pour apporter la vie à d’autres. La bouche des méchants ne laisse rien passer pour d’autres, elle couvre ce qu’il y a au fond du coeur naturel (cf. v. 6). À l’occasion le coeur naturel se trahira par ses paroles et laissera paraître au dehors la haine au lieu de l’amour, la mort au lieu de la vie, la violence au lieu de la paix.

 

La haine excite les querelles, mais l’amour couvre toutes les transgressions (v. 12).

En effet, ce qu’il y a dans le coeur se montre tôt ou tard au dehors et se juge par ses fruits. Ainsi les oeuvres de la chair sont manifestes et les querelles en sont une partie (Gal. 5:19, 20). Mais si l’amour est dans le coeur, il «couvre toutes les transgressions». N’en a-t-il pas été ainsi de l’amour de Christ ? En vertu de son oeuvre d’amour, pas une seule de nos iniquités ne subsiste (Ps. 32:1), mais le juste, lui aussi, ayant cet amour versé par l’Esprit dans son coeur, peut le montrer à d’autres. «Ayant entre vous un amour fervent», dit Pierre, «car l’amour couvre une multitude de péchés», ou, selon Jacques : «Celui qui aura ramené un pécheur de l’égarement de son chemin, sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés» (1 Pierre 4:8 ; Jacq. 5:20). Nous avons ainsi, dans les v. 11 et 12, ce que la bouche du méchant couvre, et ce que couvre l’amour du juste.

Versets 13-14

Sur les lèvres de l’homme intelligent se trouve la sagesse, mais la verge est pour le dos de celui qui est dépourvu de sens (v. 13). Voyez 19:29 ; 26:3.

Ce verset oppose d’une manière générale l’intelligence à l’inintelligence. La première, la faculté chez l’homme de discerner les pensées de Dieu, a pour résultat qu’il exprimera par ses discours la sagesse, c’est-à-dire la pensée de Dieu sur toutes les choses qui se présentent et deviendra de cette manière un guide pour les autres. L’inintelligent, celui qui est dépourvu de sens, ne peut ni communiquer ni recevoir cette instruction, le châtiment seul est le moyen de lui faire comprendre la pensée de Dieu.

Les sages tiennent en réserve la connaissance, mais la ruine est près de la bouche du fou (hébreu : evil) (v. 14).

Ce verset oppose la sagesse à la folie. Les sages ont des trésors de connaissance acquise qu’ils gardent par devers eux pour s’en servir au temps convenable. Le fou parle ; ses paroles n’ont pas plus de valeur que lui-même, et s’il ouvre la bouche c’est la ruine ; il est condamné par ses paroles, ou plutôt : il a toujours à sa portée des éléments de destruction par ses paroles.

Versets 15-17

Les biens du riche sont sa ville forte ; la ruine des misérables, c’est leur pauvreté (v. 15).

Ce verset semblerait se relier au précédent. C’est ainsi que les hommes considèrent richesse et pauvreté. Ils se croient inattaquables avec la première, ils cherchent en elle refuge et sécurité, tandis que la pauvreté est considérée comme la ruine des misérables. La Sagesse nous enseigne le contraire : le riche se glorifie dans son abaissement et le frère de basse condition dans son élévation. Elle nous enseigne aussi que la vraie richesse est la connaissance tenue en réserve par le sage et que la vraie ruine est celle qui menace le fou. Il y a dans le verset que nous avons sous les yeux une ironie qui sert d’enseignement.

 

L’oeuvre du juste est pour la vie, le revenu du méchant est pour le péché (v. 16).

En contraste avec la position du riche au verset précédent, nous avons ici le travail du juste (de celui des voies duquel le péché est exclu). Ce travail tend à la vie ; il a pour but de la produire chez d’autres ; il a aussi pour but de «l’atteindre» et de la «saisir» pour soi-même. Il n’est pas parlé de l’oeuvre du méchant, mais de son revenu : c’est lui qui est ici dans la position du riche au v. 15 ; il ne travaille pas, mais jouit des intérêts de sa fortune, lesquels alimentent le péché. Il est d’expérience journalière que rien n’est plus corrompu et corrupteur que l’argent. Or le péché conduit à la mort et la mort au jugement, tandis que le juste, acceptant les conséquences de la chute, se contente de travailler à la sueur de son visage dans un monde ruiné par le péché, mais avec l’heureuse perspective que son travail est à l’abri de la puissance de la mort.

 

Garder l’instruction (ou la discipline), c’est le sentier qui mène à la vie ; mais celui qui abandonne la répréhension s’égare (v. 17).

La pensée de ce verset complète celle du précédent. Pour que le juste suive le chemin de la vie, la discipline ou la répréhension ne peuvent lui manquer. Il est engagé à y prendre garde et à ne pas la mépriser, car c’est par la discipline que Dieu nous instruit, nous purifie, et sans elle nous ne pourrions atteindre la vie ; tandis que celui qui se soustrait à la répréhension entre dans un sentier où il s’égare et qui ne l’amènera jamais au but. Il peut être utile de remarquer une fois pour toutes que le mot vie dans les Proverbes, comme du reste dans tout l’Ancien Testament, n’a pas la portée du mot la vie éternelle dans le Nouveau, même dans les très rares occasions où ce dernier terme est employé dans l’Ancien Testament. Il s’agit soit de la vie de l’âme, soit d’une prolongation de vie ici-bas, soit de la jouissance de la vie au milieu des bénédictions millénaires. Ce verset a trait d’une manière particulière à l’éducation du fils.

Versets 18-22

Celui qui couvre la haine a des lèvres menteuses, et celui qui propage les calomnies est un sot (v. 18).

Il a été question précédemment de «couvrir la violence» (v. 11) ; il est question ici de «couvrir la haine» nourrie dans le coeur, en la cachant sous des paroles menteuses. N’est-ce pas l’un des principaux caractères de la politesse du monde ? Mais il y a une autre forme de mal, c’est une langue sans retenue qui propage, toutefois sans les inventer, des accusations mensongères contre le prochain. Celui-là est un sot qui s’obstine dans son ignorance. Le mensonge est tout aussi coupable dans ce qu’on tait, que dans ce qu’on dit. Mais, en outre, on a beau couvrir la haine, le mensonge se montrera toujours une fois ou l’autre dans la calomnie qui en est l’accompagnement. On saisit une calomnie au passage et la haine du coeur fait qu’on la propage alors même qu’on sait qu’elle est mensongère.

 

Dans la multitude des paroles la transgression ne manque pas, mais celui qui retient ses lèvres est sage (v. 19).

Mais il pourrait arriver que le coeur fût en ordre, ne cachant ni haine, ni mensonge, et qu’il fût cependant coupable de transgression. C’est qu’on n’a pas su retenir sa langue. En parlant beaucoup on n’évitera pas les paroles inconsidérées, les jugements hâtifs et qui peuvent faire tort au prochain. Le fils de la sagesse tient sa langue en bride. Combien souvent même les justes ont à se juger sur ce point et à veiller sur eux-mêmes (Jacq. 3:2) !

 

La langue du juste est de l’argent choisi ; le coeur des méchants est peu de chose (v. 20).

Comme nous l’avons déjà vu, il y a une relation intime entre la bouche et le coeur. La langue du juste est une valeur de choix (*), l’alliage des mauvais ingrédients est déjà rejeté quand il parle, parce que le coeur, étant juste, a renié le péché. Il ne faut pas oublier que dans les Proverbes, comme dans tout l’Ancien Testament, il s’agit de justice pratique. Le juste est donc un homme des voies duquel le péché est banni. Le coeur des méchants, la source même où la langue vient s’alimenter, n’a pas de valeur ; il est étranger à la grâce, et comment leur parole en aurait-elle ?

 

(*) L’argent, comme type, étant le prix de la Rédemption, implique toujours la grâce.

Les lèvres du juste en repaissent plusieurs, mais les fous mourront faute de sens (v. 21).

Les paroles du juste sont une nourriture pour un grand nombre. Il en était ainsi de Christ et tout croyant peut suivre ses traces. Ce n’est pas seulement que ces paroles ont une vie intrinsèque comme au v. 20, mais elles apportent ou entretiennent la vie chez un grand nombre. Les insensés sont les seuls qui n’en profitent pas, qui n’en veulent pas, qui rejettent cette nourriture. Aussi la mort est leur part certaine.

 

La bénédiction de l’Éternel est ce qui enrichit, et il n’y ajoute aucune peine (v. 22).

Les versets précédents nous ont parlé de richesses, d’argent choisi, de nourriture apportée par les lèvres du juste, mais il ne faut pas oublier que toutes ces bénédictions viennent directement de l’Éternel et que les instruments qu’il emploie n’en sont point la source. Ces bénédictions sont gratuites et le Seigneur n’a statué ni peine, ni condition pour les acquérir.

Versets 23-25

C’est comme une plaisanterie pour le sot que de commettre un crime, mais la sagesse est pour l’homme intelligent (v. 23).

Commettre une action mauvaise est pour le sot, pour l’ignorant qui n’attribue aucune valeur à la connaissance des pensées de Dieu, une chose passagère et sans conséquence, comme une plaisanterie : mettre la sagesse en action ne coûte pas davantage à l’homme intelligent.

 

Ce que craint le méchant lui arrive, mais le désir des justes Dieu l’accorde (v. 24).

Le méchant est toujours hanté par la frayeur de quelque malheur. De là les superstitions dont le monde est rempli. Le malheur qu’il craint l’atteint. Quand les justes ont un désir, c’est en accord avec la volonté et les pensées de Dieu ; autrement ils ne seraient pas des justes. Le méchant craint le mal et il lui arrive ; le juste désire le bien et il lui est accordé.

 

Comme passe le tourbillon, ainsi le méchant n’est plus ; mais le juste est un fondement pour toujours (v. 25).

Pour terminer l’ordre de pensées présenté dans les versets précédents, ce verset met en regard la fin du méchant et la durée éternelle du juste. Le premier passe comme dans un tourbillon. «Comme ils sont détruits en un moment !» dit le Psalmiste. «Les cieux passeront avec un bruit sifflant de tempête» et comment subsisteront les méchants au milieu de l’embrasement universel ? Le juste est par contre un fondement établi pour toujours. Cela n’est-il pas vrai de Christ ? Il est la pierre de l’angle, et comme des pierres vivantes nous sommes édifiés pour toujours sur Lui.

Verset 26

Ce que le vinaigre est aux dents, et la fumée aux yeux, tel est le paresseux pour ceux qui l’envoient.

Ce verset reprend le sujet de la paresse déjà mentionné au commencement de ce chapitre (v. 4-5), mais ne semble pas être en liaison avec les versets qui le précèdent immédiatement. Il nous parle d’une activité à laquelle l’homme est destiné. Il a une mission, un travail à faire dans ce monde. Chacun doit s’y employer, les uns pour envoyer les ouvriers et ces derniers pour accomplir le travail. S’ils s’acquittent de leur tâche en paresseux, toute l’oeuvre est compromise. À quoi sert dès lors l’énergie de ceux qui la dirigent ? Quelle honte pour eux ! Quel agacement, quelle irritation la paresse de l’une des parties produit, compromettant tous les résultats de l’oeuvre ! N’en avons-nous pas un exemple dans le cas du serviteur auquel un talent avait été confié (Matth. 25:24-30) ?

Versets 27-30

La crainte de l’Éternel ajoute des jours, mais les années des méchants seront raccourcies (v. 27).

Jusqu’à la fin du chap. 9, nous avons vu ce qu’est la crainte de l’Éternel, en quoi elle consiste (1:7, 29 ; 2:5 ; 8:13 ; 9:10) ; nous voyons ici ce qu’elle fait «Elle ajoute des jours». Ne pas craindre l’Éternel, ne pas lui donner dans notre vie la place qui lui est due, nous expose à la discipline, au châtiment, à voir notre vie raccourcie, notre carrière interrompue avant la fin ; le craindre ajoute des jours. Cette vérité est en rapport avec le gouvernement de Dieu sur la terre, car notre caractère céleste nous introduit dans une tout autre sphère que celle-là. La «durée des jours» n’est pas pour le chrétien ici-bas, mais le gouvernement de Dieu demeure et la crainte de Dieu comporte cette prolongation pour le juste. Au contraire, les années des méchants sont raccourcies. Cela sera vu d’une manière éclatante dans le millénium. Ce verset nous ramène à l’opposition entre le juste et le méchant, sujet capital de ce chapitre.

 

L’attente des justes est une joie, mais l’espérance des méchants périra (v. 28).

Ce que les justes attendent est en contraste avec ce que les méchants craignent au v. 24. Ce n’est pas seulement que l’attente des justes ne sera pas trompée, mais elle est une joie actuelle, actualité pleine de bonheur pour leur âme. Les méchants espèrent que le bien leur arrivera une fois, mais ils n’ont que l’espérance stérile et qui périt comme leurs années (v. 27) comme eux-mêmes (v. 25).

 

La voie de l’Éternel est la force pour l’homme intègre, mais elle est la ruine pour les ouvriers d’iniquité (v. 29).

L’homme intègre, parfait, qui reproduit le caractère de l’Éternel, a en outre devant lui «la voie de l’Éternel» pour y marcher. Cette voie, Christ l’a suivie dans la perfection. Le caractère et le chemin de cet homme sont tous deux divins, tous deux d’accord. Quoi d’étonnant que ce soit le chemin de la force comme au Psaume 84 ? Mais c’est aussi le chemin de la sécurité. Mais que produira la voie de l’Éternel, si elle rencontre les ouvriers d’iniquité dont le caractère lui est entièrement opposé ? De cette opposition résultera leur ruine, car Dieu ne peut supporter l’iniquité.

 

Le juste ne sera jamais ébranlé, mais les méchants n’habiteront pas le pays (v. 30).

Le v. 25 a déjà montré le juste comme «un fondement pour toujours». Que c’est une chose bonne à répéter en présence des terreurs d’une ruine imminente (v. 29) ! Cette sécurité est celle du millénium, en contraste avec le sort des méchants qui ne pourront habiter dans la terre d’Israël.

Versets 31-32

La bouche du juste produit la sagesse, mais la langue perverse sera retranchée (v. 31).

Ce verset se relie au v. 21. Le juste (voilà l’état du coeur) produit (c’est l’activité) par sa bouche (la porte de sortie du coeur) la sagesse (l’expression de toutes les pensées de Dieu). Mais que restera-t-il de celui qui a exprimé la perversité ?

 

Les lèvres du juste savent ce qui est agréable, mais la bouche des méchants n’est que perversité (v. 32).

Le juste qui n’a que le Seigneur en vue et dont Il est le seul objet, connaît, pour les avoir savourés lui-même, quels sont les discours agréables à Dieu et aux hommes, et ces discours ont toujours Christ pour sujet. La bouche des méchants qui s’alimente à la source de leur coeur ne peut exprimer que la perversité.

4.2.2       Résumé

Il est remarquable de voir comment dans ce chapitre tout s’enchaîne, non pas selon la logique des hommes, mais selon les pensées de Dieu qui sont révélées aux sages et aux intelligents. Nous pourrons constater le même fait dans la suite. Le caractère du fils de la sagesse est établi en premier lieu et sert à l’intelligence de tout le chapitre ; il est du reste le sujet principal des Proverbes. Ensuite ce chapitre parle en particulier du juste opposé au méchant, de leurs voies respectives, de l’état de leur coeur qui se manifeste spécialement au dehors par leurs paroles, puis de la fin de l’un et de l’autre.

D’autre part, nous trouvons dans ce chapitre, en principes généraux, les caractères de la chair et ceux de la vie de Dieu, pouvant s’appliquer aussi bien au croyant lui-même, qu’aux deux familles, des justes et des méchants, opposées l’une à l’autre dans le monde.

4.2.3       CHAPITRE 11

Versets 1-2

La fausse balance est en abomination à l’Éternel, mais le poids juste lui est agréable (v. 1).

Voyez 20:23 ; 16:11.

Ce n’est pas avoir deux poids et deux mesures (20:10), mais user, pour peser, de fausseté, en trompant celui qui s’en remet à vous avec confiance et compte sur votre intégrité pour recevoir de vous ce qui est juste. L’Éternel a cela en abomination ; il aime l’intégrité quant à l’estimation du poids des choses. Il va sans dire que cela s’applique aussi aux choses morales.

 

Quand vient l’orgueil, la honte vient aussi ; mais la sagesse est avec les hommes modestes (v. 2).

L’orgueil est mentionné à la suite de la fausseté (v. 1) . Souvent ces choses s’accouplent dans le mal, mais il n’y a rien que Dieu ait autant en haine que l’orgueil, aussi la honte naît pour ainsi dire avec lui. Les orgueilleux sont châtiés par des choses qui jettent la honte sur eux et leurs familles. La connaissance des pensées de Dieu, ce qu’il y a de plus élevé, ne se sépare pas de la modestie qui n’a pas une haute opinion d’elle-même.

Versets 3-9

L’intégrité des hommes droits les guide, mais la perversité des perfides les détruit (v. 3).

Il s’agit ici, comme toujours dans les Proverbes, du chemin de la sagesse dans le monde. Les hommes droits sont nécessairement intègres et cette voie les empêchera de broncher et les conduira au but, tandis que les perfides sont conduits à leur destruction par leur perversité même. Ainsi la justice, la modestie et la droiture sont opposées, dans ces versets, à la fausseté, à l’orgueil et à la perfidie.

 

Les richesses ne profitent de rien au jour de la colère : mais la justice délivre de la mort (v. 4).

Voyez 10:2.

Ce verset et les suivants font, comme nous le verrons, suite au v. 3 ; il nous ramène en même temps à la pensée exprimée au chap. 10:2.

Les richesses peuvent servir à beaucoup de choses quand il s’agit de satisfaire ses convoitises, mais elles ne servent de rien quand la colère de Dieu se déchaîne. Seront-elles la rançon qui pourra sauver le misérable riche ? Mais la justice délivre de la mort comme jugement de Dieu. Tel fut le cas du juste Lot. Nous répétons ici qu’il est facile d’illustrer les Proverbes depuis le chap. 10 par des exemples tirés de l’histoire biblique. Nous en indiquerons quelques-uns. La première partie des Proverbes (1-9) serait plutôt illustrée par des vérités contenues dans le Nouveau Testament.

 

La justice de l’homme intègre rend droite sa voie, mais le méchant tombe par sa méchanceté (v. 5).

Si l’intégrité nous guide (v. 3), elle fait aussi que le chemin du juste n’a rien de tortueux, parce que le juste ne permet pas au péché de s’y introduire. De cette manière il va droit devant lui, sans s’égarer, ni broncher, mais la méchanceté du méchant se tourne contre lui pour le faire tomber.

 

La justice des hommes droits les délivre, mais les perfides sont pris dans leur avidité (v. 6).

Enfin, non seulement la justice guide le fidèle (v. 3), le préserve de la mort (v. 4), rend droit son chemin (v. 5), mais elle le délivre au milieu des pièges et des dangers. Tel fut le cas de Joseph, de David, de Daniel ; mais les perfides sont pris, comme dans un filet, par leurs avides convoitises ; misérables prisonniers, ils ne peuvent s’en délivrer et deviennent la proie de la calamité.

 

Quand l’homme méchant meurt, son espérance périt, et l’attente des iniques périt (v, 7).

L’espérance du méchant périt avec sa mort (10:28) ; il l’avait placée sur des choses périssables qui dureront plus que lui ; il en est de même de l’attente des iniques ; ils sont enlevés avant d’atteindre le but de leurs voeux. Ce qu’ils attendaient meurt avec eux.

 

Le juste est délivré de la détresse, et le méchant y entre à sa place (v. 8).

Voyez v. 6.

Quand la détresse, la tribulation, arrive, le juste en est délivré, tel le Résidu d’Israël dans les Psaumes. Le méchant qui suscitait et dirigeait la tribulation contre le juste en deviendra lui-même la proie (voyez Dan. 6:24).

 

Par sa bouche l’impie perd son prochain ; mais les justes sont délivrés par la connaissance (v. 9).

C’est ce qui arriva à Étienne (Act. 6:11), à Paul (Actes 24) et au témoin parfait lui-même : de faux témoignages étaient hypocritement prononcés contre eux pour les perdre, tandis que la connaissance que les justes ont du caractère et des ressources de leur Dieu les délivre quel que soit le mode de leur délivrance. «Tu m’as répondu d’entre les cornes des buffles» (Ps. 22). «J’ai été délivré de la gueule du lion» (2 Tim. 4:17).

Dans tous ces versets nous voyons, dans la justice pratique, un motif de délivrance pour les hommes droits.

Versets 10-17

La ville se réjouit du bien-être des justes ; et quand les méchants périssent il y a des cris de joie (v. 10).

Ce verset et le suivant sont importants, en ce qu’ils nous montrent que les bénédictions accordées aux justes (v. 8, 9) ont un retentissement dans la société organisée (la ville) qui les entoure. Sans que la conscience de cette dernière soit en jeu, elle a sa part des faveurs dispensées à ceux que le Seigneur aime et elle s’en réjouit. Il en fut ainsi à Suse, lors du triomphe de Mardochée (Esther 8:15-17). Une ère de repos s’ouvrait pour la capitale et les habitants s’en rendaient compte en dehors de toute question de foi. La même joie se produit quand les méchants périssent, les hommes sentent qu’ils sont délivrés d’un joug néfaste ou d’une menace pour l’avenir (comp. 29:2).

 

La ville s’élève par la bénédiction des hommes droits, mais elle est renversée par la bouche des méchants (v. 11).

Outre les sentiments produits dans le coeur des foules, on constate que, dans les limites qui la constituent, la société prospère par la présence des hommes droits ouvertement approuvés de Dieu. Toute l’histoire de Jérusalem en est l’exemple. Ici la ruine publique est produite par la bouche des méchants, par la même cause qui produit, au v. 9, la perte individuelle du prochain.

 

Qui méprise son prochain est dépourvu de sens, mais l’homme intelligent se tait (v. 12).

Les v. 10-11 traitant généralement des rapports du juste avec la société, je serais tenté de voir dans les rapports avec le prochain une suite à ces versets. Je dirais donc que celui qui est le moyen «d’élever la ville» ne peut être celui qui méprise individuellement son prochain. Le sage l’aime et l’honore au lieu de le mépriser. La bénédiction que nous apportons aux autres se lie à l’intérêt que nous avons pour eux et le moyen de les honorer n’est pas d’ouvrir la bouche contre eux. L’homme intelligent se tait quand il n’a pas de bien à dire de son prochain.

 

Celui qui va rapportant révèle le secret, mais celui qui est d’un esprit fidèle couvre la chose (v. 13).

Pour honorer son prochain, il faut savoir garder le secret qui le concerne, tandis que le rapporteur le révèle ; l’esprit fidèle, au contraire, le couvre, en sorte qu’il ne puisse être connu.

 

Quand il n’y a pas de direction le peuple tombe, mais il y a salut dans le grand nombre des conseillers (v. 14).

Voyez 15:22 ; 24:6.

Pour prospérer, il ne suffit pas que la société humaine soit constituée ou édifiée, il faut qu’elle soit dirigée. Un peuple sans direction va au devant de sa ruine, mais son salut est dans le grand nombre des hommes sages qui en font partie et sont capables de le conseiller.

 

On se trouve mal de cautionner un étranger, mais celui qui hait ceux qui frappent dans la main est en sûreté (v. 15).

La ville, le peuple, le prochain ont défilé devant nous ; maintenant vient l’étranger. On se trouve mal de porter caution pour un homme qu’on ne connaît pas, mais en général il faut haïr tout acte de cautionnement ; c’est ainsi seulement qu’on est à l’abri et en sûreté (comp. 17:18 ; 22:26 ; 6:1-5).

 

Une femme gracieuse obtient l’honneur, et les hommes forts obtiennent la richesse (v. 16).

Nous trouvons ici les caractères qui donnent des avantages dans la société humaine. La grâce, particulièrement requise chez la femme, la fait honorer. Cette grâce a donc de la valeur, mais combien la femme vertueuse, au chap. 31, la dépasse, aussi est-il dit d’elle au v. 30 de ce même chapitre : «La grâce est trompeuse, et la beauté est vanité ; la femme qui craint l’Éternel, c’est elle qui sera louée». Le second caractère a trait à l’homme : Les hommes forts obtiennent la richesse. D’autres traduisent : les hommes violents. Nous préférons la première version comme plus en rapport avec le sens général de tout ce passage. Il faut dans la société organisée, l’esprit d’entreprise, l’énergie, le contraire de la faiblesse pour se créer, comme on dit, une situation. Chez la femme la bonne grâce inspire le respect ; l’effort de l’homme lui acquiert le bien-être et l’influence.

 

L’homme bon (ou plutôt bienfaisant) fait du bien à son âme, mais le cruel trouble sa chair (v. 17).

La bienfaisance n’est pas seulement utile aux autres, mais l’âme de celui qui l’exerce en reçoit du bien. Cette sentence générale s’applique, comme nous l’avons vu, à ce qui se passe dans la société organisée des hommes en dehors de la vie de la foi. Tandis que le cruel n’est pas seulement un fléau pour ceux qui tombent entre ses mains ; la rétribution divine le fait être son propre fléau.

Versets 18-23

Ces versets reviennent au contraste entre le juste et le méchant (voyez v. 4-9).

 

Le méchant fait une oeuvre trompeuse, mais celui qui sème la justice a un vrai salaire (v. 18).

Le travail du méchant, destiné à nuire aux autres, en profitant à lui-même, est une oeuvre qui le trompe. C’est, en fin de compte, à lui-même qu’il aura nui, tandis que les justes tirent, de ses efforts contre eux, de la bénédiction pour leurs âmes. Mais celui qui, dans ses rapports avec les hommes, sème la justice pratique, qui suit des voies dont le péché est exclu, celui-là a un vrai salaire. Il est écrit en Jacq. 3:18 : «Le fruit de la justice, dans la paix, se sème pour ceux qui procurent la paix».

 

Comme la justice tend à la vie, celui qui poursuit le mal tend à sa mort (v. 19).

Le chemin de la justice pratique a la vie comme but auquel il aboutira, une vie de bénédiction dans la terre des vivants ; tandis que celui qui poursuit le mal et cherche à l’atteindre, a devant lui sa propre mort comme conséquence du péché.

 

Ceux qui sont pervers de coeur sont en abomination à l’Éternel, mais ceux qui sont intègres dans leurs voies lui sont agréables (v. 20).

Ce verset nous décrit ce que Dieu pense des pervers et des justes. Il dit : les pervers «de coeur», alors même qu’ils n’auraient pas montré leur perversité par leurs actes, parce que Dieu sonde les coeurs et les juge — mais il ajoute : «intègres dans leurs voies», parce que c’est de cette manière que l’intégrité se montre, et, comme nous l’avons dit souvent, les Proverbes ont pour sujet les voies de la Sagesse.

 

Certainement l’inique ne sera point tenu pour innocent, mais la semence des justes sera délivrée (v. 21).

Ce n’est pas tout d’être en abomination aux yeux de Dieu ; il arrivera un jour de jugement pour l’inique et ce jugement ne pourra plus être détourné comme il l’est aujourd’hui où le juste a été mis au rang des iniques pour pouvoir les délivrer ; mais il y aura délivrance future pour la race des justes sur la terre ; elle trouvera un Libérateur. Cela sera pleinement réalisé au temps de la fin.

 

Une femme belle et dépourvue de sens (qui manque de jugement), c’est un anneau d’or au nez d’un pourceau (v. 22).

Nous revenons pour la seconde fois dans ce chapitre (cf. 16) au caractère de la femme qui, soit en bien, soit en mal, joue un rôle si important dans les Proverbes. Dans la première partie de ce livre nous avons déjà considéré, d’une part la Sagesse dans la mère, d’autre part la femme étrangère, la prostituée et la femme adultère. Ici nous voyons plutôt les caractères de la compagne de l’homme et les grâces ou les défauts qui la distinguent ; car il s’agit dans ce chapitre de la société humaine considérée dans son ensemble et ses éléments.

La beauté est un signe distinctif de la femme comme plus haut, au v. 16, la grâce. Ce qui est remarqué ici est d’autant plus de saison que le jugement manque si souvent chez ce sexe. Combien de femmes dans ce cas, mais préoccupées de paraître, se font illusion sur la valeur de leur beauté. Elle est comme un anneau d’or, l’ornement du nez (Gen. 24:22, 47) de la vierge belle, modeste et pleine de grâce et d’attrait, mis au nez d’un pourceau au lieu de l’anneau de fer dont son groin est muni : un ornement incongru et prétentieux faisant ressortir l’impureté de ce qu’il croit recommander.

 

Le désir des justes n’est que le bien ; l’attente des méchants, c’est la fureur (v. 23).

Nous avons vu au v. 19 ce à quoi tendent le juste et le méchant, au v. 20 ce qu’ils sont aux yeux de Dieu, au v. 21 quel sera leur avenir ; ici, au v. 23, nous voyons le désir des justes. Sous ce titre de juste, l’homme est toujours considéré comme possédant une nature nouvelle dont le péché est pratiquement exclu, alors même que les Proverbes considèrent chez le fils la chair, la vieille nature, comme faisant partie de son être. C’est à cause de cette nature nouvelle qu’il nous est parlé du désir des justes qui n’est que le bien. Quelle différence d’avec les méchants ! Il ne nous est pas parlé du désir de ces derniers, mais de ce qui les attend : «Une certaine attente terrible de jugement et l’ardeur d’un feu qui va dévorer les adversaires» (Hébr. 10:27).

Versets 24-31

Tel disperse et augmente encore ; et tel retient plus qu’il ne faut, mais n’en a que disette (v. 24).

Tous ces versets traitent de l’égoïsme et de ses conséquences. Ce sont des maximes générales et qui, comme nous l’avons vu plus d’une fois dans ce chapitre, s’appliquent à tous les hommes, à leurs tendances, à leurs occupations, et deviennent sujet de réflexion pour les fils de la sagesse.

Les hommes condamneront facilement une prévoyance qui semble disperser ses ressources et qui, de fait, par là les augmente. Ce n’est pas le chemin de l’égoïsme. Au lieu d’en faire profiter les autres, ce dernier économise ses biens outre mesure, mais, bien loin d’en profiter, il souffre de la gêne. Il ne s’agit pas proprement ici d’avarice, mais d’un égoïsme mesquin qui porte ses conséquences.

 

L’âme qui bénit sera engraissée et celui qui arrose sera lui-même arrosé (v. 25).

Il en est toujours ainsi. Donnez au dehors, le contraire de l’égoïsme, de quelque nature que soit le don, mais en vue de la bénédiction de celui à qui il s’adresse ; cherchez la prospérité et le bien des autres ; vous recevrez l’accroissement pour vous-même et vous serez rafraîchi par le rafraîchissement que vous leur apportez. «Donnez», dit l’Évangile, «et il vous sera donné : on vous donnera dans le sein bonne mesure, pressée et secouée, et qui débordera ; car de la même mesure dont vous mesurerez, il vous sera mesuré en retour» (Luc 6:38).

 

Celui qui retient le blé, le peuple le maudit ; mais la bénédiction sera sur la tête de celui qui le vend (v. 26).

Il s’agit ici du trafic en accaparant les denrées de première nécessité qui constituent la nourriture du peuple. C’est toujours l’avarice, l’égoïsme qui ne tiennent compte ni des besoins, ni de la misère des autres, aussi la malédiction du peuple accompagne cet homme. Celui au contraire qui, renonçant au gain, vend le blé dans les temps de disette, pour en faire profiter d’autres, recevra la bénédiction d’en haut et la bénédiction de ceux auxquels il vient en aide. Sérieuse leçon pour nous, chrétiens.

 

Qui recherche le bien cherche la faveur, mais le mal arrive à qui le recherche (v. 27).

Quel est le but de notre activité ? Si c’est le bien, la faveur de Dieu et des hommes sera sur nous (Luc 2:52) ; si c’est le mal, il arrivera sur ceux qui le recherchent, témoins Mardochée d’une part et Haman de l’autre, dans le livre d’Esther.

 

Celui-là tombe qui se confie en ses richesses ; mais les justes verdissent comme la feuille (v. 28).

«Celui-là tombe». Nous trouvons cette même expression au chap. 10:8, 10. Ses richesses s’envolent et lui tombe, (peut-être) comme la feuille sèche tombe de l’arbre. Le juste est comme l’arbre planté près des ruisseaux d’eau dont la feuille ne se flétrit point, car il est toujours en contact avec la source : Christ et son Esprit (Ps. 1:3 ; Nombr. 24:6 ; Jér. 17:7 ; Ézéch. 47:12).

 

Celui qui trouble sa maison héritera le vent, et le fou deviendra serviteur de celui qui est sage de coeur (v. 29).

Celui qui trouble (peut-être par les fautes citées précédemment) l’ordre que Dieu a remis à son autorité et à sa responsabilité, celui qui n’a pas tenu sa maison selon l’administration que Dieu lui a confiée, celui-là trouvera le néant comme héritage ou résultat de sa conduite insensée, et, au lieu de garder sa place d’autorité, deviendra le serviteur humilié du sage qui a pour guide les pensées de Dieu.

 

Le fruit du juste est un arbre de vie et le sage gagne les âmes (v. 30).

Le résultat du travail du juste, de celui qui sème la justice (v. 18) est le fruit de l’arbre de vie pour d’autres. Il en est de même de la sagesse (3:18). D’autres en profitent, en mangent, s’en nourrissent. Il ne s’agit pas ici de discours ou de paroles, quoique celles-ci apportent aussi la vie, il s’agit d’un témoignage rendu par la conduite du juste. Ce dernier est pour d’autres une reproduction de Christ, de l’arbre de vie dont il s’est nourri. Le sage gagne les âmes ; c’est là son trésor. La Sagesse dans sa conduite engendre des enfants à la Sagesse.

 

Voici, le juste est rétribué sur la terre, combien plus le méchant et le pécheur (v. 31) !

Cette maxime est en accord avec tout le contenu des Proverbes. Il s’agit du gouvernement de Dieu ici-bas, envers ceux qui l’honorent ou le déshonorent. Chacun récolte dans ce monde les fruits de sa conduite (voyez 1 Pierre 4:18).

4.2.4       Résumé

Dans ce chapitre il s’agit, d’une manière générale, des rapports du juste avec la société humaine considérée dans son ensemble et dans ses éléments, et de l’influence qu’il peut exercer sur elle. On retrouve toujours, en fin de compte, un contraste absolu entre le caractère du monde et celui du juste. La justice pratique est à la base de la délivrance de ce dernier. L’égoïsme et ses conséquences occupent les derniers versets du chapitre. La justice a plutôt ici le caractère d’intégrité et de droiture. Le fruit de la bouche et des lèvres y est moins souvent mentionné qu’au chap. 10.

4.2.5       CHAPITRE 12

Versets 1-3

Qui aime l’instruction aime la connaissance et qui hait la répréhension est stupide (v. 1).

Le chap. 1 nous a parlé de connaître, de recevoir, d’écouter l’instruction. Ici il est question de l’aimer, d’aimer cette éducation de la Sagesse, soit directe, soit provenant des parents, car elle nous fait reconnaître le mal et le haïr, chercher le bien et le suivre, et n’épargne ni discipline, ni exhortation, ni répréhension, ni même sévérité, pour nous y amener. L’aimer, c’est reconnaître que l’éducation donnée par la Sagesse provient de l’amour ; or c’est par cette éducation qu’on arrive à la connaissance, à une connaissance qui s’approprie la pensée de Dieu sur toutes choses. Celui qui hait la répréhension, la partie pénible et parfois douloureuse de l’instruction, est stupide, et n’arrivera jamais à la connaissance.

 

L’homme de bien obtient la faveur de par l’Éternel, mais l’homme qui fait des machinations, il le condamne (v. 2).

L’homme de bien est le fils de la Sagesse qui a la bonté dans le coeur (14:14) et qui l’exerce. Il reçoit la faveur de l’Éternel dans les choses terrestres selon le gouvernement de Dieu (13:22). La faveur publique de Dieu répond à la bonté de l’homme. Mais Dieu tient pour coupable celui qui travaille en secret pour nuire et il tombe sous le jugement.

 

L’homme n’est point affermi par la méchanceté, mais la racine des justes n’est pas ébranlée (v. 3).

Voyez v. 12.

La position d’un homme n’est point consolidée par la méchanceté, mais la racine, le fondement sur lequel les justes sont établis, et qui est à la base de leur croissance, ne peut être ébranlé. Pour nous, cette racine est Christ et sa parole.

Versets 4-12

Ces versets, sauf les v. 5 et 6, prennent l’homme dans ses relations domestiques comme le chap. 11 l’avait considéré dans ses rapports sociaux.

 

Une femme vertueuse est la couronne de son mari, mais celle qui fait honte est comme de la pourriture dans ses os (v. 4).

Voyez 14:30.

Nous trouvons ici en premier lieu le lien qui constitue la maison, les rapports entre la femme et son mari. Nous verrons dans les versets suivants ce qui caractérise l’homme ; ici, le caractère de la femme approuvée de Dieu est la vertu. Dans le dernier chapitre des Proverbes nous trouvons le magnifique portrait de la femme vertueuse . elle associe la vaillance et l’honnêteté à l’activité dans son domaine qui est la maison, et ajoute l’honneur rendu à son mari aux soins donnés à ses enfants. Nous aurons à revenir sur tous ces traits. Ici, le caractère d’une femme selon le coeur de Dieu est décrit par ce seul mot «vertueuse». Ni la grâce, ni la beauté ne sont mentionnées, comme au chap. 11, v. 16 et 22. Le caractère de cette femme a pour but de reporter la considération, l’honneur et la gloire sur la tête de son époux. La femme qui fait honte, qui manque absolument de toutes ces qualités essentielles (car elle n’est ici ni la femme étrangère, ni l’adultère) est comme un mal rongeant qu’on est obligé de subir sans pouvoir s’en défaire.

 

Les pensées des justes sont juste jugement, les desseins des méchants sont fraude (v. 5).

Nous sommes ramenés ici au caractère de l’homme selon Dieu : la justice pratique. Ce caractère n’est pas attribué à la femme, placée dans une position de dépendance, sous la direction du mari qui fraye le chemin devant elle. Le juste, dans ses pensées, apprécie toutes choses selon le caractère d’un Dieu juste. Les méchants réfléchissent aussi, mais leurs desseins cachés n’ont en vue que la fausseté et la tromperie.

 

Les paroles des méchants sont des embûches pour verser le sang, mais la bouche des hommes droits les délivrera (v. 6).

Le v. 5 nous a parlé de la fraude dans le coeur, ici elle se montre par les paroles, car un des grands sujets des Proverbes est que la langue est l’expression du coeur. Les paroles des méchants ont pour but de dresser des embûches : la ruse — pour répandre le sang : la violence. Tel est le caractère de Satan dont ils ne sont que les instruments, mais la vérité dans la bouche des hommes droits les empêche de tomber dans les pièges qui leur sont dressés par les paroles des méchants.

 

Renversez les méchants, et ils ne sont plus ; mais la maison des justes demeure (v. 7).

Après avoir considéré (v. 5-6) les pensées et les paroles des justes et des méchants, nous rentrons ici dans les voies gouvernementales de Dieu. Les méchants renversés disparaissent de la scène, même de la mémoire des hommes. «Comme un songe quand on s’éveille, tu mépriseras, Seigneur, leur image, lorsque tu t’éveilleras» (Ps. 73:20).

Mais la maison des justes, car il s’agit ici non du bâtiment, mais de la famille, établie, fondée par le juste, d’une descendance élevée sur un pied de justice, cette maison demeure et ainsi se perpétue (Ps. 102:28). Ces choses seront pleinement établies et manifestées sous le règne du Messie.

 

Un homme est loué d’après sa prudence, mais le coeur perverti est en butte au mépris (v. 8).

Ceci est une maxime générale. C’est la prudence qui nous fait peser posément les voies qui se présentent à nous et ne pas prendre une décision en vue d’un avantage immédiat. Cette prudence nous attire la louange. Il n’est pas question de savoir ici si la prudence est de l’honnêteté ou de la ruse. Nous en avons un exemple en Luc 16:8 : le Maître louant l’économe injuste parce qu’il avait agi prudemment. Il en est de même, comme maxime générale, du mépris qui s’attache au coeur perverti. Le monde éloigné de Dieu peut élire de tels hommes, les proclamer, leur faire bonne mine, mais, au fond, il les méprise.

 

Mieux vaut celui qui est d’humble condition, et qui a un serviteur, que celui qui fait l’important et qui manque de pain (v. 9).

Nouvelle maxime générale sur la condition des hommes dans les relations domestiques. Le modeste, qui a un intérieur humble et respectable et qui, sans éclat, trouve quelqu’un qui se dévoue à lui comme serviteur, a plus de valeur morale que le vantard, qui vit pour l’apparence et qui manque du nécessaire.

 

Le juste regarde à la vie de sa bête, mais les entrailles des méchants sont cruelles (v. 10).

De nouveau nous voyons ici le juste dans la vie domestique. Sa justice qui écarte tout mal de sa conduite lui fait soigner jusqu’aux animaux domestiques et leur épargner les souffrances. C’est en même temps de la pitié pour ces êtres sans défense qui ne peuvent se plaindre. Les mauvais traitements, la cruauté qui les inflige, sont le fait des méchants. Balaam, tout prophète qu’il fût, était un méchant (Nomb. 22:27-30).

 

Qui laboure sa terre sera rassasié de pain, mais celui qui court après les fainéants est dépourvu de sens (v. 11).

Quoique issue de notre état de chute, l’activité pour rendre le sol productif à la sueur de notre visage, aura sa récompense selon le gouvernement de Dieu, en ce que la vie de la famille sera largement entretenue ; tandis que c’est folie de se ranger avec ceux qui passent leur vie à ne pas travailler.

 

Le méchant désire la proie des mauvaises gens, mais la racine des justes est productive (v. 12).

Le méchant ne peut s’astreindre à cette vie de travail régulière (v. 11). Il désire s’approprier ce dont les mauvaises gens se sont emparés par leur malhonnêteté ; mais un juste qui cherche sa nourriture dans le bon terrain, produit du fruit par ce fait même (Luc 8:13 et ici v. 3).

Versets 13-22

Il y a un mauvais piège dans la transgression des lèvres, mais le juste sort de la détresse (v. 13).

La transgression, la révolte contre la volonté connue de Dieu, quand cette transgression ne s’exprimerait que par des paroles, est un mauvais piège pour ceux qui transgressent ainsi. C’est particulièrement l’effort de l’Ennemi dans un temps de persécution. Il cherche à faire transgresser, par des paroles, la volonté de Dieu reçue dans le coeur. Mais le juste peut compter sur la puissance qui, répondant à sa fidélité, ne le laissera pas dans la détresse et l’en fera sortir. C’est ce qui arrivera au Résidu de la fin, tandis que les fidèles, sous l’économie de la grâce, ont souvent scellé de leur sang le refus de transgresser de leurs lèvres.

 

Du fruit de sa bouche un homme est rassasié de biens, et on rendra à l’homme l’oeuvre de ses mains (v. 14).

Ce n’est pas seulement l’activité manuelle qui «rassasie de pain» (v. 11). Il y a encore une activité par la parole, par le fruit de la bouche ; si cette parole apporte de la bénédiction aux autres, elle est aussi une source abondante de bénédictions pour celui qui la prononce. Tel est pour nous l’Évangile annoncé. Et si l’homme agit (ce ne sont plus des paroles) en faveur des autres il recevra d’eux selon ce qu’il aura fait pour eux.

 

La voie du fou est droite à ses yeux, mais celui qui écoute le conseil est sage (v. 15).

Un fou est un homme adonné à son propre sens, ne tenant aucun compte des pensées de Dieu. Le monde en est rempli. Le fou pense que sa pensée à lui est la bonne. Quand il s’engage dans un mauvais chemin, il le défend comme le seul valable, parce que, lui l’ayant choisi, il doit être bon ; mais celui qui, avant de s’engager dans un chemin, se défie de lui-même et écoute le conseil de la Sagesse, est un fils de la Sagesse.

 

L’irritation du fou se connaît le jour même, mais l’homme avisé couvre sa honte (v. 16).

Quand il a quelque sujet d’irritation, le fou le met immédiatement au dehors et le fait connaître : l’homme avisé, réfléchi, se tait, couvre sa honte, c’est-à-dire l’outrage qui lui fait honte, et ne le fait pas connaître. Ce mot «couvrir» revient souvent soit comme louange, soit comme blâme (voyez 10:6, 11, 12, 18 ; 11:13), mais plus souvent comme une qualité de l’homme sage. Peut-être le silence du sage donnera-t-il à celui qui a outragé l’occasion de se repentir.

 

Celui qui dit la vérité annonce la justice, mais le faux témoin, la fraude (v. 17).

La vérité et la justice s’allient. La bouche véritable annonce et fait connaître au dehors ce qu’il y a au fond du coeur, la justice qui repousse le mal. Dire la vérité c’est être, comme Noé, un «prédicateur de justice» (2 Pierre 2:5). Rendre un faux témoignage, mentir sur ce qu’on a vu, c’est mettre au jour ce qu’il y a au fond du coeur, la fraude.

 

Il y a tel homme qui dit légèrement ce qui perce comme une épée, mais la langue des sages est santé (v. 18).

Il y a des hommes qui font à la légère, sans mauvaise intention, des blessures avec leurs paroles. Ce sont peut-être des choses vraies, mais dites par des gens qui par manque de réflexion ne reculent pas devant la crainte de blesser, et quelles blessures mortelles, hélas ! une parole inconsidérée n’a-t-elle pas produites ! La langue des sages, par contre, est santé ; elle apporte le bien-être spirituel à l’âme. Peut-être sera-t-elle obligée d’user de remontrances, d’exhortations, car, si elle ne le faisait pas, elle ne serait pas la Sagesse ; mais la Sagesse, comme nous l’avons vu tant de fois, ne va pas sans l’amour et si l’amour blesse, ce n’est que pour restaurer et guérir.

 

La lèvre véridique est ferme pour toujours, mais la langue fausse n’est que pour un instant (v. 19).

La parole qui exprime la vérité est ferme à toujours. Avant tout n’en est-il pas ainsi de la parole de Dieu qui demeure éternellement ? Mais nous aussi, nous pouvons parler comme elle, comme «les oracles de Dieu». La parole fausse a la vie courte : en un instant elle aura disparu avec celui qui la porte.

 

La fraude est dans le coeur de ceux qui machinent le mal, mais il y a de la joie pour ceux qui conseillent la paix (v. 20).

Dans tous ces passages les paroles montrent ce qu’il y a dans le coeur. Ici les machinations qui ont le mal pour but prouvent que le coeur est rempli de fraude — seule chose, et combien rebutante, dont un coeur pareil puisse être occupé !

Mais, selon le gouvernement de Dieu, les conseillers de paix récoltent de leur fonction de la joie pour eux-mêmes. «Bienheureux», dit le Seigneur, «ceux qui procurent la paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu». «Celui qui veut voir d’heureux jours... qu’il cherche la paix et qu’il la poursuive».

 

Aucun malheur n’arrive au juste, mais les méchants seront comblés de maux (v. 21).

Ce verset nous parle des principes du gouvernement de Dieu. C’est le : «Tout ce qu’il fait prospère. Il n’en est pas ainsi des méchants, mais ils sont comme la balle que le vent chasse» (Ps. 1:3, 4). Le présent semble démentir constamment ces principes ; l’avenir en montrera la parfaite vérité. Cependant la vérité chrétienne est bien autrement précieuse. Elle parle de ce que les hommes appellent malheur comme d’une victoire remportée par l’amour. Qui nous séparera de l’amour de Christ ? Tribulation, ou détresse, ou persécution, ou famine, ou nudité, ou péril, ou épée ? «Au contraire, dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés !» (Rom. 8).

 

Les lèvres menteuses sont en abomination à l’Éternel, mais ceux qui pratiquent la fidélité lui sont agréables (v. 22).

Avant Jésus Christ la vérité n’était pas encore venue, toutefois, dans l’Ancien Testament, un mensonge, plus d’une fois toléré de Dieu chez les saints, n’en était pas moins coupable, comme nous aurons l’occasion de le voir dans ce livre ; mais ici, il s’agit de ce qui, constamment, caractérise les lèvres, elles sont pour ainsi dire adonnées au mensonge et le distillent. Le Dieu vrai a cela en abomination. N’est-ce pas le caractère de Satan lui-même et de ses esclaves ? Il n’est pas dit que ceux qui disent la vérité, mais que ceux qui pratiquent la fidélité lui sont agréables. La pratique a une source bien plus profonde que les lèvres. La fidélité vient d’un coeur vrai.

Versets 23-28

L’homme avisé couvre la connaissance, mais le coeur des sots proclame la folie (v. 23).

Couvrir la connaissance, ce n’est pas la cacher, car Dieu la donne pour la communiquer à d’autres, mais c’est éviter de la mettre au dehors pour s’en faire valoir. L’homme enseigné de Dieu la gardera dans son coeur jusqu’au moment propice où il n’y aura pas inconvénient à s’en servir. Les ignorants qui ne se laissent pas instruire proclament ce qu’ils ont dans le coeur, le mettent sans hésitation et publiquement au dehors et les pensées de leur coeur se trouvent n’être que folie, chose dont on ne peut faire aucun usage.

 

La main des diligents dominera, mais la main paresseuse sera tributaire (v. 24).

L’activité, comme nous l’avons vu mainte fois, est un des grands principes de la sagesse. Il ne s’agit pas d’une activité, si commune dans le monde, par laquelle on remplit le vide de sa vie et le vide de son coeur. Cette activité-là, Dieu la désapprouve. Le résultat de l’activité selon Dieu est de donner à celui qui la déploie un rôle dominant dans l’oeuvre. On n’est pas actif dans le but de jouer ce rôle, mais on reçoit de Dieu une place prépondérante comme conséquence du travail dans le Seigneur (voyez Rom. 16). On obtient ainsi le privilège d’être un «conducteur». Par contre le manque d’activité, la paresse qui cherche ses aises, mène à l’asservissement. On devient tributaire au lieu d’être un conducteur dans l’oeuvre. On reçoit continuellement au lieu de donner. N’est-ce pas une des causes de la pauvreté dans les assemblées chrétiennes ?

 

L’inquiétude dans le coeur d’un homme l’abat, mais une bonne parole le réjouit (v. 25).

Ce n’est pas sans raison que la Parole nous dit : «Ne vous inquiétez de rien» et nous indique le moyen d’éviter les conséquences de l’inquiétude par des prières et des supplications en rejetant tout fardeau sur le Seigneur, afin que la paix de Dieu garde nos coeurs. Ici l’abattement est remplacé par la joie apportée à l’âme par «une bonne parole». Cela peut être la parole consolante d’un ami — et qui ne l’a pas éprouvé dans sa vie ? — mais c’est avant tout la bonne parole de notre Dieu. En elle nous trouvons une source de joie toujours nouvelle, une parole appropriée à tous les besoins du coeur, combattant, par sa présence, toutes les causes de dépression, apportant une joie que rien ne pourra détruire.

 

Le juste montre le chemin à son compagnon, mais la voie des méchants les fourvoie (v. 26).

Après ces pensées générales nous retrouvons le contraste entre le juste et le méchant qui est si caractéristique de ces chapitres. Le juste ne connaît pas seulement le chemin pour lui-même, un chemin dont le péché est exclu ; il a le bonheur de pouvoir, en vertu de sa propre expérience, enseigner le chemin de la justice à celui qui marche avec lui. À bien plus forte raison, n’est-ce pas, quand c’est le Juste par excellence qui nous guide et dont nous pouvons dire : «Il me conduit dans des sentiers de justice, à cause de son nom». Le méchant n’a que son chemin à lui, ne pense pas aux autres, et son chemin le conduit d’étape en étape à sa perte.

 

Le paresseux ne rôtit pas sa chasse ; mais les biens précieux de l’homme sont au diligent (v. 27).

Le paresseux ne prend de son travail que ce qui lui plaît, sa chasse, et n’achève pas son ouvrage parce qu’il lui donnerait de la peine, perdant ainsi tout le profit, même de ce qu’il a entrepris. Pour le diligent, le but à atteindre à une tout autre portée que celui du paresseux. Tandis que ce dernier ne pense qu’à la satisfaction de ce qui lui plaît et de son acquisition immédiate, le diligent a pour but d’acquérir les choses qui ont le plus de valeur pour l’homme ; et quelles choses ont de la valeur, sinon les biens spirituels que «Dieu a préparés pour ceux qui l’aiment» ?

 

La vie est dans le sentier de la justice, et il n’y a pas de mort dans le chemin qu’elle trace (v. 28).

Cette sentence ne rappelle-t-elle pas la parole du Psaume 16 : «Tu me feras connaître le chemin de la vie ?» Christ, le parfait Serviteur, a suivi d’un bout à l’autre le sentier de la justice, un chemin dont la plus légère ombre de péché était exclue. La mort, gage du péché, en était donc exclue à toujours. Cependant il a rencontré la mort, fruit de son amour pour nous. Il l’a subie dans une parfaite obéissance à la volonté de son Père, mais elle ne pouvait le retenir ; la voie de son chemin n’avait rien à faire avec la mort, aussi peut-il dire, en face du sépulcre, que Lui, le Saint, ne verrait pas la corruption et que son âme ne serait pas abandonnée au Shéol. Mais son amour l’a fait descendre dans la mort afin d’y connaître «le chemin de la vie», de la vie dont, comme homme, il jouit auprès de Dieu, de la vie éternelle qu’il nous a acquise par son sacrifice. Non, désormais il n’y a pas de mort dans la voie de notre chemin. Même la mort du corps n’est plus qu’un accident incertain sur le chemin de ceux qui ont été justifiés par la foi, puisqu’ils attendent d’être enlevés à la venue du Seigneur, sans passer par la mort. La mort a été vaincue, ses portes ont été brisées et le croyant peut dire : Il n’y a pas de mort dans la voie du chemin de la justice ! Magnifique parole par laquelle se terminent ces trois premiers chapitres.

4.2.6       Résumé

De nombreux passages, dans ce chapitre et dans les deux précédents, nous montrent l’immense importance que Dieu attache aux paroles, à l’encontre de ce que les hommes pensent et proclament. Ces passages nous montrent aussi les suites heureuses ou fâcheuses du fruit des lèvres. Les intentions et les tendances du coeur exprimées par la parole sont dévoilées, leur expression approuvée ou jugée, leurs conséquences énumérées.

«Si quelqu’un ne faillit pas en paroles, celui-là est un homme parfait, capable de tenir aussi tout le corps en bride».

Nous trouvons aussi continuellement dans ces chapitres l’activité du juste et combien Dieu réprouve l’indolence et la paresse.

Nous voyons dans notre chapitre ces principes en action dans la vie domestique (v. 4-14).

Le contraste entre le juste et le méchant est peut-être moins accentué dans le chap. 12 que dans les précédents. Par contre les principes généraux y sont plus fréquents.

Les v. 13-22 présentent le contraste entre la vérité et le mensonge. Dans les v. 23-28, nous trouvons les avantages de la justice et de l’activité pour conduire, enseigner et soutenir les autres.

4.3   Deuxième série — CHAPITRES 13 à 15

4.3.1       CHAPITRE 13

Versets 1-6

Un fils sage écoute l’instruction du père, mais le moqueur n’écoute pas la répréhension (v. 1).

Le v. 28 du chap. 12 terminait victorieusement toute la série de pensées présentées du chap. 10 au chap. 12 au sujet du caractère et du chemin de la justice. Nous entrons ici dans une nouvelle subdivision du livre inaugurée par le v. 1 comme la première subdivision l’avait été par le v. 1 du chap. 10 : «Un fils sage réjouit son père».

Ce passage nous ramène au fils, à celui qui, étant engendré par la sagesse, est soumis à l’instruction du père et en est pour ainsi dire le fruit. Cette relation de fils est la clef de tous les Proverbes et sans elle leur but nous échapperait entièrement. Il n’est pas question ici, comme au chap. 10:1, de la différence chez le fils, entre ce qui est de Dieu et ce qui est de la chair, mais de l’opposition formelle entre le caractère du fils et celui du moqueur. Ce sont deux familles entièrement distinctes. Jamais le fils n’a une relation quelconque avec cette autre famille. Son chemin est l’opposé de celui des méchants, comme les chapitres que nous venons d’étudier nous l’ont montré à chaque pas, mais en outre «il ne s’assied pas au siège des moqueurs» (Ps. 1). Le moqueur n’a aucune part à l’instruction qui est le privilège du fils, car il rejette tout particulièrement la répréhension qui en fait partie. Le moqueur marche selon ses propres convoitises, se rit des promesses de Dieu, méprise ses jugements et les tient pour non avenus (2 Pierre 3:3). Il n’y a rien de Dieu dans son coeur.

 

Du fruit de sa bouche l’homme mange du bien, mais l’âme des perfides mange la violence (v. 2).

Nous avons déjà trouvé cette pensée exprimée au chap. 12:14, mais là, en regard de l’activité manuelle. Ici l’homme est nourri par les paroles qu’il prononce pour d’autres. Il est l’intermédiaire des paroles de Dieu, selon Deut. 6:6 : «Ces paroles, que je te commande aujourd’hui, seront sur ton coeur. Tu les inculqueras à tes fils, et tu en parleras... et tu les lieras comme un signe sur ta main, et elles te seront pour fronteau entre les yeux, et tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes» et elles deviennent sa nourriture au moment où il les inculque à d’autres. Par contre l’âme des perfides se nourrit de violence et leurs propres discours le prouvent. C’est l’un des caractères sataniques de ces hommes : perfidie et violence. Il n’y a aucun trait d’union entre eux et les justes.

 

Qui surveille sa bouche garde son âme ; la ruine est pour celui qui ouvre ses lèvres toutes grandes (v. 3).

Cette pensée se lie à la précédente. Tout en nourrissant d’autres et soi-même du fruit de sa bouche, il y a une surveillance à exercer sur elle. Si je veille sur la porte de ma maison je veille sur ma maison elle-même. Par la présence en moi des deux natures, je puis mettre au jour des choses qui tendent à la ruine. «Ouvrir ses lèvres toutes grandes», c’est donner issue à des choses qui seront la ruine des autres, et donner entrée aux choses qui sont ma propre ruine (cf. Ps. 81:10).

 

L’âme des paresseux désire, et il n’y a rien ; mais l’âme des diligents sera engraissée (v. 4).

Les paresseux désirent acquérir ce qui peut les édifier ou les faire croître en connaissance, mais ne se donnent aucune peine pour arriver à ce résultat. Quelle en est la conséquence ? Il n’y a rien : terrible parole pour ceux qui «apprennent toujours et qui ne peuvent jamais parvenir à la connaissance de la vérité». Pour être enrichi des pensées de Dieu et croître dans la connaissance de la vérité, il faut le travail, l’effort, mais cet effort, souvenons-nous-en, n’a rien à faire avec l’énergie de la chair qui ne récoltera jamais ni édification, ni fruits pour Dieu.

 

Le juste hait la parole mensongère, mais le méchant se rend odieux et se couvre de honte (v. 5).

Nous sommes toujours ici dans le domaine des paroles. Le caractère du méchant n’est pas seulement la violence, c’est aussi le mensonge. Or le juste hait le mensonge, même en paroles. Il ne peut l’entendre, encore moins le prononcer, lui qui a été «engendré par la parole de la vérité». Le caractère du méchant qui est «menteur dès le commencement» est odieux au juste et particulièrement quand il s’exerce sur les choses de Dieu et cherche à altérer la vérité par ses mensonges. Mais la vérité triomphera et le couvrira de honte.

 

La justice garde celui qui est intègre dans sa voie, mais la méchanceté renverse le pécheur (v. 6).

Voyez 11:5.

L’homme intègre est mis ici sous la sauvegarde de la justice qui veille sur lui. Il répond dans sa voie au caractère de Dieu tel que Celui-ci le lui a révélé (voyez Gen. 17:1), aussi Dieu le préserve pratiquement du mal dont chaque fils de la sagesse est en danger de devenir la proie. La méchanceté, caractère du monde, de l’homme éloigné de Dieu (car, nous ne pouvons assez le répéter, il n’y a que deux familles dans ce monde, les justes et les méchants), la méchanceté ne peut exercer aucun contrôle sur le pécheur ; l’esprit du monde ne peut le conduire qu’à sa ruine.

Versets 7-8

Tel fait le riche et n’a rien du tout ; et tel se fait pauvre et a de grands biens (v. 7),

Les uns «font» les riches, se glorifient dans l’apparence de la richesse et s’en contentent ; ils n’ont rien. Si cela se rencontre dans les choses de la terre, combien plus encore dans les choses spirituelles. Laodicée dit : «Je suis riche, et je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien», mais, dit le Seigneur, «tu ne connais pas que, toi, tu es le malheureux et le misérable, et pauvre, et aveugle, et nu».

Tel, est-il ajouté, «se fait pauvre» (non pas «fait le pauvre»), mais se dépouille de ses richesses «et a de grands biens». Cette condition a été réalisée par le Seigneur, comme lui seul pouvait le faire. «Etant riche, il a vécu dans la pauvreté pour nous, afin que par sa pauvreté nous fussions enrichis». Mais bien plus encore ces grands biens il les a tous en les communiquant aux siens dans leur plénitude : «Je vous donne ma paix ; je ne vous donne pas, moi, comme le monde donne».

 

La rançon pour la vie d’un homme, c’est sa richesse ; mais le pauvre n’entend pas la réprimande (v. 8).

Ce passage est interprété de manière très différente. Il me semble simple si l’on admet l’interprétation donnée au v. 7. La vraie richesse d’un homme est la rançon payée par un autre pour sa vie ; par contre, le pauvre, s’il est repris, ne comprend pas que cette rançon est aussi pour lui. Voyez encore v. 18.

Versets 9-12

Les quatre versets qui suivent ne semblent pas avoir de liaison entre eux. Ce sont des maximes générales et morales.

 

La lumière des justes est joyeuse, mais la lampe des méchants s’éteindra (v. 9).

La lumière qui éclaire les justes ne leur apporte ni confusion, ni appréhension ; il n’y a que joie pour eux en présence de Celui qui est Lumière. À combien plus forte raison pour nous, chrétiens, qui sommes «tous des fils de la lumière et des fils du jour» et dont «le fruit consiste en toute bonté, justice et vérité». Un juste, se trouvant en pleine lumière, n’a pas à se juger, mais se réjouit de ne rencontrer que la perfection divine. Le méchant a une lampe, la Parole de Dieu, mais à laquelle il n’est pas attentif ; aussi un jour arrivera où cette lampe lui sera retirée et où il sera plongé dans les ténèbres profondes.

 

Ce n’est que de l’orgueil que vient la querelle, mais la sagesse est avec ceux qui se laissent conseiller (v. 10).

D’où viennent les querelles parmi nous, dit Jacques. N’est-ce pas de ce qui est au fond du coeur de l’homme, des convoitises ? De l’orgueil, dit Salomon. L’homme naturel ne veut pas avoir tort, encore moins s’humilier et estimer les autres supérieurs à lui-même. C’est ainsi que se déchaînent les querelles et les guerres. Tout autres sont les fils de la sagesse ; ils recherchent conseil et direction, estiment d’autres supérieurs à eux-mêmes, gardent une position de dépendance qui convient à l’humilité (cf. 12:15 ; 11:2).

 

Les biens qui viennent de la vanité diminuent, mais celui qui amasse à la main les accroîtra (v. 11).

La vanité peut donner des biens, la vanité en faire hériter. Venus de cette source, ils ne peuvent être en bénédiction : ils diminuent. Celui qui amasse à la main, comme un humble glaneur, sa poignée d’épis, celui pour qui rien n’est trop insignifiant ni trop petit, celui qui n’a aucune prétention à être quelque chose, accroîtra des biens. Il va sans dire que, dans ces maximes, le côté moral est aussi en vue.

 

L’attente différée rend le coeur malade, mais le désir qui arrive est un arbre de vie (v. 12).

Nous sommes souvent mis à l’épreuve par l’attente prolongée de voir se réaliser un désir qui nous tient au coeur. Il va sans dire qu’il s’agit ici d’un désir légitime, comme celui d’Anne en 1 Sam. 1, bien que la convoitise non satisfaite produise les mêmes effets, comme dans le cas d’Achab (1 Rois 21:4). Cette attente est une cause de souffrance, une maladie pour le coeur qui est empêché de trouver sa joie en d’autres objets. Mais Dieu choisit son moment et s’il le diffère, il nous fait sonder par ce moyen l’état de notre coeur. Quand enfin le désir est réalisé au moment voulu de Dieu, il est un arbre de vie. On y trouve des fruits abondants et divers ; l’âme est nourrie de la bonté de Dieu, de sa sagesse, de la surabondance de sa grâce ; nous apprenons à le connaître et à l’apprécier beaucoup mieux que s’il nous avait accordé d’emblée l’objet de notre attente (voyez pour «l’arbre de vie» : 3:18 ; 11:30 et 15:4 auquel nous reviendrons plus tard).

Versets 13-20

Qui méprise la parole sera lié par elle ; mais qui craint le commandement sera récompensé (v. 13).

Celui qui méprise la Parole aura plus tard affaire à elle ; ce sera elle qui vous liera, qui vous demandera compte, qui sera votre juge. Celui qui donne à la Parole sa vraie place et se tient pour obligé vis-à-vis d’elle avec un coeur soumis et obéissant, celui-là en aura la récompense (*).

(*) Ce verset est traduit et interprété de plusieurs manières,

 

L’enseignement du sage est une fontaine de vie pour faire éviter les pièges de la mort (v. 14).

Le sage enseigne ; il a reçu son caractère et son enseignement de la Sagesse même qui est la source de la vie. Il en est de même de nos relations avec Christ. Celui qui a bu à la source de vie devient un intermédiaire, pour communiquer par son enseignement la vie à d’autres. Il leur est alors facile d’éviter les pièges que Satan met sur leur chemin pour leur ravir la vie qu’ils ont reçue et les précipiter dans la mort. Nous avons rencontré cette même vérité au chap. 10:11.

 

Le bon sens procure la faveur, mais la voie des perfides est dure (v. 15).

Ceci est une maxime générale comme nous en rencontrons un si grand nombre dans ces chapitres. Nous trouvons au chap. 3:3-4 comment le fils de la Sagesse trouve cette faveur aux yeux de Dieu et des hommes. Ici le monde reconnaît lui-même et approuve un sens droit et honnête, ce que la Parole appelle «l’esprit de conseil» ou de sobre bon sens (2 Tim. 1:7). Les perfides par contre ne rencontreront point de douceur dans la voie de leur perfidie. Même s’ils atteignent leur but, ils ne trouveront ni reconnaissance de la part des hommes, ni support du côté de Dieu.

 

Tout homme avisé agit avec connaissance, mais le sot fait étalage de sa folie (v. 16).

Cette pensée générale fait suite à la précédente. L’homme avisé est un homme réfléchi qui sait se conduire. Il agit avec connaissance. Son action montre qu’il sait ce qu’il fait. Le sot, c’est-à-dire l’ignorant, qui a même souvent le mépris de la connaissance, a si peu conscience de son état qu’il ne craint pas d’en faire étalage. Remarque souvent applicable à ceux qui, dans les choses spirituelles, font montre d’une soi-disant connaissance qui n’est au fond que l’entêtement de l’ignorance.

 

Un messager méchant tombe dans le mal, mais un ambassadeur fidèle est santé (v. 17).

N’oublions pas que la méchanceté est toujours dans les Proverbes le caractère de l’homme dans la chair, de l’homme sans relation avec Dieu. Employer cet homme pour porter un message aux hommes ne fait que hâter sa ruine, à lui qui ne connaît pas le bien. Il en est tout autrement d’un ambassadeur fidèle. Un ambassadeur est envoyé pour apporter des propositions de paix. S’il s’acquitte fidèlement de sa mission, il a apporté la santé, le bien-être spirituel à ceux qui ont reçu son message. Souvenons-nous que les Proverbes ne sont pas comme on l’a prétendu, la sagesse des nations, mais la Sagesse divine s’appliquant d’un côté aux circonstances les plus ordinaires de la vie, de l’autre conduisant l’homme aux considérations les plus élevées, souvent les plus spirituelles, sous forme d’énigmes et de paraboles, afin de lui apprendre à marcher au milieu des écueils de ce monde comme un fils de la Sagesse.

 

La pauvreté et la honte arrivent à qui rejette l’instruction, mais celui qui a égard à la répréhension sera honoré (v. 18) !

Avec le verset précédent nous sommes rentrés sur le terrain de l’instruction dispensée par la Sagesse (v. 14). Celui qui rejette la discipline et l’enseignement qui doivent le mettre en garde contre le mal, finit par la pauvreté comme signe de défaveur sous le gouvernement de Dieu et par la honte. Ce passage pourrait peut-être se rapprocher de celui du v. : «Le pauvre n’entend pas la réprimande». Celui qui prend garde à la discipline de la Sagesse, étant lui-même un fils de celle-ci, en aura de l’honneur. Ce dernier terme est général comme en Rom. 2:10.

 

Le désir accompli est agréable à l’âme, mais se détourner du mal est une abomination pour les sots (v. 19).

Voyez v. 12.

C’est une chose agréable à l’âme d’avoir obtenu l’accomplissement de ce qu’elle désire et cela peut s’appliquer à toutes les circonstances de la vie du croyant qui dépend de Dieu seul pour la réalisation de ce qu’il souhaite. Ce qui augmente sa joie, c’est de voir dans cet exaucement la preuve que son désir était selon les pensées de Dieu, et que son coeur suit un chemin approuvé du Seigneur. Jamais ce chemin ne sera celui des sots, des ignorants qui ne veulent pas de la crainte de Dieu. Ils ont eu horreur de se détourner du mal, acte qui est le commencement de la sagesse. Cela nous fait dire qu’un sot n’est pas seulement un ignorant, mais un ignorant qui hait la pensée d’avoir affaire à Dieu.

 

Qui marche avec les sages devient sage, mais le compagnon des sots s’en trouvera mal (v. 20).

L’ensemble de pensées qui commence au v. 12 se termine ici par la question des associations, si importantes pour le juste, fils de la Sagesse. On peut s’associer avec les sages ou avec les sots. Chacune de ces associations portera ses fruits pour l’âme. La compagnie des sages produit la sagesse dans le coeur. Combien cela est important pour le jeune homme qui a été élevé sous la discipline de ses parents ! Il est ajouté que le compagnon des sots se dépravera, car «les mauvaises compagnies corrompent les bonnes moeurs» (voyez la note de notre Version). Il n’y a pas seulement impossibilité d’acquérir de la sagesse, une vraie expérience, dans la compagnie des sots, mais elle influe en mal sur celui qui avait été élevé dans le bien. De plus, le caractère de celui qui marche avec les sots est nécessairement mal interprété. Il n’a ni la confiance des sages, ni au fond l’amitié des sots qui ne le considèrent pas entièrement comme un des leurs.

Versets 21-25

Le mal poursuit les pécheurs ; mais le bien est la récompense des justes (v. 21).

Les pécheurs sont représentés ici comme des criminels en fuite, poursuivis par le vengeur et qui n’arrivent pas à trouver un refuge. Ils n’ont ni repos, ni sécurité, tandis que les justes poursuivent, eux, paisiblement leur chemin vers la récompense, vers le bien, vers ce qui est parfait et rassasiera leur coeur.

 

L’homme de bien laisse un héritage aux fils de ses fils, mais la richesse du pécheur est réservée pour le juste (v. 22).

Ce verset se lie au précédent. Quand il a atteint le bien (les Proverbes ne nous introduisent pas dans les biens célestes), le sage a conquis un héritage, mais il en fait profiter les fils de ses fils après lui. Nous sommes reportés ainsi aux bénédictions terrestres millénaires. Aucun égoïsme dans ce cas. Pour le sage, le bien de l’homme de bien n’existe qu’en tant que communiqué à d’autres et partagé par eux. Ce que le pécheur a accumulé pour lui-même est réservé pour le juste qui en profitera sous le paisible gouvernement du Messie.

 

Il y a beaucoup à manger dans le défrichement des pauvres, mais il y a ce qui se perd faute de règle (v. 23).

Il y a beaucoup à manger dans le défrichement du terrain non cultivé et partant improductif qui échoit au pauvre. Ce dernier met beaucoup de soin à le faire produire, car il s’agit de la vie de sa famille. Ainsi son travail laborieux, fruit de la nécessité, est abondamment béni pour d’autres. En outre le pauvre, tout en travaillant, est obligé de regarder à Dieu, plus que celui qui a des champs en abondance. Si la récolte de son défrichement était mauvaise, tout serait perdu pour lui et il ne pourrait rien fournir aux siens. «Mais il y a ce qui se perd, faute de règle». Si l’activité ne vise pas à un but, ne s’astreint pas à une règle, s’éparpille sur divers objets au lieu de s’occuper d’un seul, de «faire une chose», le fruit n’est pas produit et se perd. Personne n’en profite. Comme cela est vrai au sens spirituel !

 

Celui qui épargne la verge hait son fils, mais celui qui l’aime met de la diligence à le discipliner (v. 24 ).

Voyez 3:12 ; 23:13.

Ce passage rejoint le premier verset de notre chapitre. C’est la discipline. Ne pas châtier son fils, et lui épargner la correction, c’est manquer d’amour envers lui ; bien plus, c’est le haïr. Comme les parents s’en doutent peu, et cependant la discipline est la manière d’agir de Dieu envers nous comme notre Père. Il met de la diligence à nous discipliner. «Il ne retire pas ses yeux de dessus le juste» (Job 36:7).

 

Le juste mange pour le rassasiement de son âme, mais le ventre des méchants aura disette (v. 25).

Voyez 10:3.

Se lie de loin au v. 23. Quand le juste mange, ce n’est pas seulement son corps qu’il nourrit, mais il rassasie son âme. «Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez faites tout pour la gloire de Dieu». En contraste avec l’âme du juste nous voyons le ventre des méchants. Ceux dont «le dieu est leur ventre» ne trouveront que disette dans les choses dont ils cherchent à rassasier leur corps.

4.3.2       Résumé

Une nouvelle division des Proverbes est marquée par le v. 1 du chap. 13 auquel se rejoint le v. 24 tout à la fin du même chapitre. Les versets 2-6 nous présentent les conséquences des paroles. Les v. 7-8 font la différence entre les vrais riches et les vrais pauvres.

Les v. 9-12 sont des maximes générales sans liaison entre elles. Les v. 13-20 nous montrent l’avantage qu’on retire de l’instruction de la sagesse. Les v. 21-25 la nourriture que l’on obtient, pour soi-même et pour les autres, de la discipline exercée par la Sagesse.

4.3.3       CHAPITRE 14

Versets 1-8

La sagesse des femmes bâtit leur maison, mais la folie la détruit de ses propres mains (v. 1).

Le mot sagesse semble être ici la souveraine Sagesse inspirée d’en haut. Il est particulièrement précieux de la voir accordée aux femmes pour s’acquitter des humbles, mais si importantes fonctions par lesquelles la maison est édifiée. On retrouvera cette pensée dans l’exemple de la femme vertueuse au chap. 31. Nous avons un exemple de cette sagesse dans Naomi édifiant par Ruth la maison de David (Ruth 4:11). C’est la fonction de la femme de travailler selon Dieu à l’érection et à la consolidation de cet édifice, «mais la folie le détruit de ses propres mains». Le coeur de l’homme sans Dieu, sans expérience gagnée à Son école, est incapable d’édifier quelque chose. Toujours il détruit ce que la Sagesse avait édifié, témoin toute l’histoire de l’homme et particulièrement, dans ces temps de la fin, l’histoire de l’Église, maison de Dieu.

 

Celui qui marche dans sa droiture craint l’Éternel, mais celui qui est pervers dans ses voies le méprise (v. 2).

Suivre une marche droite, une marche dirigée par l’état du coeur : «sa droiture», éviter toute voie tortueuse, est la preuve et le témoignage qu’on craint l’Éternel ; être pervers dans ses voies montre, non seulement qu’on ne le craint pas, mais qu’on ne tient aucun compte de lui, qu’on le rejette comme un Être méprisable ! Pour le juste, craindre l’Éternel, c’est l’honorer, et comment l’honorerions -nous, si ce n’était par notre conduite ?

 

Dans la bouche du fou est la verge d’orgueil, mais les lèvres des sages les gardent (v. 3).

Les paroles sorties de la bouche du fou sont l’expression de son orgueil et seront sa condamnation quand il sera châtié, mais les lèvres des sages, leurs paroles, au lieu de les condamner, les préservent de tout châtiment.

 

Où il n’y a point de boeufs la crèche est vide ; et l’abondance du revenu est dans la force du boeuf (v. 4).

Où il n’y a point de boeufs, symboles, dans l’Écriture, de la force et de la patience dans le travail, la crèche est vide. La nourriture, conséquence du travail et source de la force, manque. Comment cette nourriture pourrait-elle être obtenue sans travail, et à quoi servirait-elle ? C’est un cercle vicieux. Or l’abondance du revenu se trouve dans cette patience à user de l’énergie que Dieu nous a donnée. Ne voir dans cette maxime, comme en tant d’autres, que ce qu’on appelle la sagesse des nations, c’est méconnaître entièrement le but de la parole divine. Combien de telles paroles s’adaptent à ceux qui travaillent à l’oeuvre du Seigneur ! «Dieu s’occupe-t-il des boeufs ?» dit l’apôtre, «ou parle-t-il entièrement pour nous ?» (1 Cor. 9 :9).

 

Le témoin fidèle ne ment pas, mais le faux témoin profère des mensonges (v. 5).

Voyez 6:19 ; 12:17.

Du moment qu’il y a mensonge, il ne peut y avoir fidélité dans le témoignage ; du moment qu’il y a fausseté dans le témoignage, il y a nécessairement des mensonges. Combien cela est important pour nous faire reconnaître dans ce monde le témoignage de Dieu !

 

Le moqueur cherche la sagesse et il n’y en a pas ; mais la connaissance est aisée pour l’homme intelligent (v. 6).

Comment trouverait-on la connaissance des pensées de Dieu — et il n’existe pas d’autre sagesse que celle-là, malgré toutes les prétentions de l’homme à atteindre la sagesse sans Dieu — si l’on est un moqueur, c’est-à-dire si l’on tient pour non avenue la vérité de ce que Dieu a dit. Le moqueur aura beau chercher la sagesse, il se trouvera devant le vide. N’est-ce pas là l’un des traits principaux de la philosophie humaine de tous les temps ? L’homme dont Dieu a ouvert l’intelligence (Luc 24:45) trouve facilement la connaissance de Ses pensées.

 

Éloigne-toi de la présence de l’homme insensé, (hébreu : Kesil), chez qui tu n’as pas aperçu des lèvres de connaissance (v. 7).

Ce verset se lie au précédent. Le moqueur a beau se donner l’apparence de chercher la sagesse. Comme elle n’existera jamais pour lui, il est et reste un sot, un ignorant volontaire et cette ignorance se trahit par ses discours. Quand, en l’écoutant, tu n’as pu constater autre chose chez lui que cette ignorance, évite tout contact avec lui.

 

La sagesse de l’homme avisé est de discerner sa voie, mais la folie des sots (hébreu : Kesil) est tromperie (v. 8).

Le discernement du chemin à suivre est la sagesse de l’homme clairvoyant et réfléchi quand il lui faut prendre une décision. Ces choses sont produites chez lui par l’instruction reçue et sont d’origine divine ; mais le sot, l’ignorant, est trompé quant à sa voie, parce qu’au lieu de la sagesse il n’a que sa folie comme directeur.

Tous les passages que nous venons de passer en revue mettent en regard la sagesse et la folie ceux qui suivent, la folie et la droiture.

Versets 9-12

Les fous se moquent du péché (*), mais pour les hommes droits il y a faveur (v. 9).

Les fous traitent le péché légèrement, en font un sujet de plaisanterie, n’y mettent aucune importance, et le péché amènera leur jugement et sera la cause de leur ruine. Quelle différence d’avec les hommes droits ! La faveur de Dieu repose sur eux. On peut traduire aussi justement «parmi les hommes droits». Ils cherchent la faveur de Dieu pour les autres.

(*) Traduit parfois tout autrement.

Le coeur connaît sa propre amertume, et un étranger ne se mêle pas à sa joie (v. 10).

L’amertume du coeur ne peut être ni connue, ni sondée, ni partagée par les assistants. Dieu seul la sonde, Lui qui connaît les coeurs. Tel était le cas d’Anne vis-à-vis d’Éli, quand elle «répandait son âme devant l’Éternel». Il en est de même de la joie ; un étranger ne peut s’y mêler. Mais Dieu a part à l’une et à l’autre. Lui seul en Christ peut sympathiser d’une manière parfaite ; lui seul peut dire : «Il fallait se réjouir» (Luc 15:32).

 

La maison des méchants sera détruite, mais la tente des hommes droits fleurira (v. 11).

Les méchants ont beau se bâtir une maison, établir en apparence leur prospérité sur un fondement solide, il arrivera un moment où cette maison sera détruite. Il est parlé ici non des temps de la fin, mais du gouvernement de Dieu (cf. v. 1) : Les hommes droits n’ont que leur tente, car ils réalisent leur condition d’étrangers et de pèlerins, mais cette tente fleurit. Considérée avec les yeux de Dieu, elle est comme un jardin «auprès d’un fleuve» (Nomb. 24:6) ; la faveur de Dieu repose sur eux.

 

Il y a telle voie qui semble droite à un homme, mais des voies de mort en sont la fin (v. 12).

Voyez 16:25.

La conscience de l’homme n’est pas un guide. L’homme a beau faire ce qui lui semble droit ; un chemin pareil, malgré la conviction que je pourrais avoir qu’il est bon, conduit finalement à des voies de mort. Au début, il a l’apparence d’une voie unie et droite, mais voici qu’elle se complique, se sépare en plusieurs chemins et quel que soit celui que je choisis, il conduit à la mort.

Versets 13-25

Même dans le rire le coeur est triste ; et la fin de la joie, c’est le chagrin (v. 13).

Le rire est dans le monde l’expression de la joie, mais il n’est jamais l’expression de la «joie dans le Seigneur». «Si quelqu’un est joyeux, qu’il chante des Cantiques» (Jacq. 5:13). Le rire humain peut faire oublier un moment les peines et les soucis de la vie ; il est, pour le monde, une distraction et rien de plus. Mais, au fond, le coeur est triste et quand, après cet amusement, l’homme se retrouve en présence de ses soucis, l’état de son âme a été encore aggravé par cette gaieté temporaire ; le chagrin succède à la tristesse.

 

Le coeur qui s’éloigne de Dieu sera rassasié de ses propres voies, mais l’homme de bien le sera de ce qui est en lui (v. 14).

Se lie au v. 13. Il ne s’agit pas seulement ici du coeur naturel retombant dans sa propre tristesse, mais du coeur qui s’éloigne de Dieu. Il sera rassasié, jusqu’au dégoût le plus profond, de ce qu’il a voulu chercher en abandonnant Dieu, mais l’homme de Dieu produit, pour s’en rassasier, «de bonnes choses» du bon trésor de son coeur (Matt. 12 :35).

 

Le simple croit toute parole, mais l’homme avisé discerne ses pas (v. 15).

Celui qui est incapable de discernement ne connaît pas ce qui est dans le coeur de l’homme et prête créance à toutes ses paroles. Il est ainsi mené sans s’en douter dans de mauvais chemins. L’homme avisé, au lieu de se confier dans les conseils d’autrui, s’occupe de chacun de ses pas pour s’en rendre compte et ne pas broncher ou faire fausse route.

 

Le sage craint et se retire du mal ; mais le sot est arrogant (ou passe outre) et a de l’assurance (v. 16).

Se lie au v. 15. Le sage craint, se défie de ce qu’on lui présente et de lui-même. Sa défiance est de l’humilité ; elle le fait se tenir éloigné du mal pour ne pas déplaire à Dieu. L’ignorant est, par la même raison, l’opposé du sage ; il ne réfléchit pas, a une confiance arrogante en lui-même et se livre ainsi, pieds et poings liés, au mal qu’on lui présente.

 

L’homme prompt à la colère agit follement, et l’homme qui fait des machinations est haï (v. 17).

Être prompt à la colère, c’est «ne pas accomplir la justice de Dieu». Nous pouvons remarquer en passant combien souvent l’enseignement de Jacques coïncide avec le livre des Proverbes (Jacq. 1:19, 20). Cette promptitude a pour résultat une action directement opposée à la sagesse. Il y a toutefois une chose plus haïssable que la promptitude qui fait perdre tout contrôle sur soi-même et sur ses actions, c’est le dessein caché, la fraude du coeur (12:20) qui machine en secret les moyens de nuire.

 

Les simples héritent la folie, mais les avisés sont couronnés de connaissance (v. 18).

Les simples, ceux qui sont dépourvus de sens et dont le caractère n’a pas été changé par l’enseignement de la sagesse, n’ont finalement d’autre héritage que la folie, l’ignorance complète des pensées de Dieu ; mais les avisés, ceux dont l’intelligence est prompte à discerner et à se décider pour le bien, sont couronnés, reçoivent comme récompense finale, la connaissance. Pour nous, chrétiens, elle consistera à connaître comme nous avons été connus (1 Cor. 13:12).

 

Les iniques se courbent devant les bons, et les méchants aux portes du juste (v. 19).

C’est ce qui arrivera à la fin dans le gouvernement de Dieu, quoique l’histoire du monde présente des conclusions absolument contraires. Mais en un temps où le mal règne, Dieu peut permettre pour faire connaître ses voies, encore cachées, que cette sentence se réalise. C’est Haman devant Mardochée qui s’était tenu si longtemps à la porte du roi.

 

Le pauvre est haï, même de son compagnon, mais les amis du riche sont en grand nombre (v. 20).

Le pauvre est haï, même de son compagnon. Combien cela était vrai de Christ ! Sauf ceux que sa grâce avait touchés, a-t-il trouvé, lui, «le pauvre» par excellence, autre chose que cela dans le monde ? «Ils m’ont haï sans cause». «Mon intime ami... a levé le talon contre moi». Jetez les yeux sur le riche, vous trouverez que ses amis sont en grand nombre. C’est l’intérêt qui dirige le coeur des hommes et leurs préférences ; ils profitent de la richesse qui les attire et la grâce la plus merveilleuse excite leur haine (cf. 19:4, 7).

 

Qui méprise son prochain pèche, mais bienheureux celui qui use de grâce envers les malheureux (v. 21).

Ce verset fait suite au v. 20. Comparez avec Luc 16:13. La haine, le mépris, voilà ce que l’homme témoigne à celui qui représente Dieu dans ce monde : le pauvre et le prochain. Ce mépris du prochain est considéré ici comme un acte positif de péché ; mais il y a non seulement un bonheur actuel à user de grâce envers les malheureux ; un tel acte attire une récompense future à celui qui l’accomplit. «Bienheureux les miséricordieux, car c’est à eux que miséricorde sera faite» (Matt. 5 :7).

 

Ceux qui machinent du mal ne s’égarent-ils pas ? Mais la bonté et la vérité sont pour ceux qui méditent (ou machinent) le bien (v. 22).

L’interrogation équivaut ici à une affirmation absolue. Egarement définitif pour ceux dont le coeur plein de fraude médite le mal pour le faire venir sur d’autres ; mais ceux dont le but est d’amener le bien et de le répandre autour d’eux participent au caractère de Celui par lequel «la grâce et la vérité sont venues».

 

En tout travail il y a profit, mais la parole des lèvres ne mène qu’à la disette (v. 23).

Quelque travail que ce soit apporte du profit aux autres et à nous-mêmes. (N’oublions jamais que le sens ordinaire des Proverbes recouvre toujours le sens spirituel et que ce n’est pas sans motif que ce livre s’intitule le livre de la Sagesse). Mais la parole des lèvres, sans l’activité qui la corrobore chez celui qui parle, non seulement n’est que du vent, mais laisse les âmes en proie à la famine. Combien cela est vrai ! Si le travail de celui qui parle ne va pas de pair avec ses paroles, le résultat de ces dernières laissera celui auquel elles s’adressent dans la disette spirituelle la plus absolue.

 

Les richesses des sages sont leur couronne ; la folie des sots est folie (v. 24).

Les richesses des sages sont leur récompense. Ce ne sont pas seulement les bénédictions terrestres rémunératrices de la sagesse, selon le gouvernement de Dieu, mais c’est la sagesse, employant pour Dieu ce qu’elle possède, et recevant davantage pour sa fidélité. Les ignorants volontaires n’ont pour fortune que leur folie. Ce n’est pas que leur maison ne puisse regorger de biens, mais c’est à eux que cette parole est adressée : «Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée». Il est alors prouvé que leur folie est folie, tandis qu’il est dit du juste qui «abonde pour toute bonne oeuvre» : «Il a répandu, il a donné aux pauvres, sa justice demeure éternellement» (2 Cor. 9:9 ; Ps. 112:4-9).

 

Un témoin fidèle délivre les âmes, mais la tromperie profère des mensonges (v. 25).

Au v. 5 «le témoin fidèle ne ment pas», dit la vérité. C’est là son caractère. Nous avons ici sa fonction : «Il délivre les âmes». Quelle heureuse mission ! La présentation de la vérité et la fidélité dans le témoignage ont pour effet de délivrer les âmes du joug de l’ennemi, ou de les affranchir. «Mais la tromperie profère des mensonges». C’est le cas du faux témoin (v. 5). Elle n’a pour effet que de placer les âmes sous l’esclavage du père du mensonge. Tous ces versets, depuis le v. 13, nous ont fait le tableau du bien et du mal dans le coeur et dans les voies et de leurs conséquences respectives.

 

Versets 26-27

Dans la crainte de l’Éternel il y a la sécurité de la force et il y a un refuge pour ses fils (v. 26).

La deuxième partie des Proverbes revient ici, pour la seconde fois (voyez 10:27), à la «crainte de l’Éternel», sujet si fréquent dans les premiers chapitres (1-9) du livre. Craindre l’Éternel, c’est se trouver dans la lumière de la présence de Dieu et lui donner la place qui lui est due, en reconnaissant son autorité et ses droits sur nous, dans une humble dépendance de Lui. La première partie des Proverbes nous a montré les conséquences de cette crainte. Nous trouvons ici ce qu’elle nous apporte : «la sécurité de la force». Celui qui craint l’Éternel se trouve en rapport avec la source même de la puissance. Quels que soient les dangers qui l’entourent, ayant avec lui cette force divine qui s’est mise à son service, qu’aurait-il à craindre ? Sécurité absolue ! Toute crainte des hommes, du monde, et de Satan a disparu pour celui qui craint l’Éternel. Bien plus, «il y a un refuge pour ses fils». Sans doute pour les fils de celui qui craint l’Éternel, mais la relation reste, je pense, vague à dessein, parce que dans les Proverbes le mot fils implique toujours le fait d’être un fils de la sagesse, d’avoir une relation vitale avec Dieu. Ces fils-là ont un refuge assuré au siège même de la puissance. Quelle grâce ! La sécurité, la force et le refuge sont aux humbles dont la force est en Lui.

 

La crainte de l’Éternel est une fontaine de vie, pour faire éviter les pièges de la mort (v. 27).

Au chap. 10:11 ce sont les paroles du juste, au chap. 13:14, l’enseignement du sage, qui sont une fontaine de vie. Cette fontaine est directement alimentée par la source. Ici c’est la crainte de l’Éternel qui est cette fontaine. Elle place mon âme dans une dépendance directe de Lui, elle entretient continuellement la vie en moi ; elle me préserve des pièges de la mort. Comment me détournerai-je de cette fontaine qui a le don de me rafraîchir et de me désaltérer continuellement ?

Versets 28-35

La gloire d’un roi, c’est la multitude du peuple, mais dans le manque du peuple est la ruine d’un prince (v. 28).

Ces quelques versets qui terminent notre chapitre contiennent des maximes quant au gouvernement des nations et au gouvernement de soi-même. Rien ne prouve mieux le bon gouvernement du roi, que l’augmentation de la population de son royaume. Cela sera pleinement réalisé sous le sceptre millénaire de Christ. C’est Dieu qui donne l’accroissement et qui glorifie ainsi le roi de son choix. Quand David voulut se glorifier lui-même par le dénombrement de son peuple et se rendre indépendant de Dieu en s’appuyant sur ses forces, il tomba sous le jugement de l’Éternel. Souvent, après une période de prospérité dont il est dit : «Il les bénit et ils se multiplient beaucoup», Dieu envoie un temps, dont il est dit : «Ils diminuent et sont accablés par l’oppression, le malheur et le chagrin. Il verse le mépris sur les nobles». Comment résisteront-ils à l’ennemi ? (Ps. 107:38-39). Mais alors, il relève le pauvre de l’affliction...

 

La lenteur à la colère est grande intelligence, mais celui qui est d’un esprit impatient exalte la folie (v. 29).

Nous trouvons ici la domination de soi-même. La lenteur à la colère est signe que l’on connaît les pensées de Dieu et les mouvements du coeur des hommes. «La colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu». Celui qui est impatient d’esprit exalte, non pas Dieu, ni Son caractère, car Dieu est «lent à la colère» ; il s’exalte lui-même, c’est-à-dire la folie d’un coeur adonné à sa propre volonté.

 

Un coeur sain est la vie de la chair, mais l’envie est la pourriture des os (v. 30).

Si la santé du coeur est la source de la vie du corps, il en est de même spirituellement : Un coeur alimenté par la source de la vie communique cette vie à l’être tout entier, dont le fonctionnement normal ne laisse alors rien à désirer. L’envie, le mécontentement de ne pas posséder les avantages des autres et le désir haineux d’occuper leur place, provient du mauvais état du coeur et de la corruption introduite par cette voie dans les fondements même de l’être.

Voyez 12:4 pour la «pourriture dans les os».

 

Qui opprime le pauvre, outrage Celui qui l’a fait, mais celui qui l’honore use de grâce envers l’indigent (v. 31).

Au v. 20 et 21 nous voyons le pauvre haï et méprisé, ici, opprimé. Celui qui l’opprime outrage le Dieu qui l’a fait pauvre, comme si Dieu avait voulu fournir une occasion au méchant de peser sur l’indigent. Non, si Dieu l’a fait pauvre, c’est afin de lui faire éprouver toute sa bonté. Il déclare les pauvres bienheureux, c’est à eux qu’il annonce la bonne nouvelle ; c’est eux qu’il convie au grand souper de la grâce ; c’est eux qu’il a choisis pour en faire les héritiers du royaume. Si j’honore Dieu, j’agirai comme Lui envers les indigents.

 

Le méchant est chassé par son iniquité, mais le juste est plein de confiance (ou : «a un refuge») dans sa mort même (v. 32).

Il me semble voir ici une allusion au meurtrier poursuivi par son iniquité qui l’atteindra en jugement, comme le vengeur du sang, et le fera mourir ; mais le juste a un refuge assuré, alors même que la mort l’atteindrait. Il a atteint le refuge avant la mort. D’autres explications sont tout aussi plausibles.

 

La sagesse demeure dans le coeur de celui qui a du discernement, mais ce qui est au dedans des sots est connu (v. 33).

Celui qui a du discernement est habile à faire la différence entre le bien et le mal. La Sagesse, la connaissance complète des pensées de Dieu, aime à habiter dans le coeur d’un tel homme ; car la conséquence de son discernement lui fait aimer le bien et haïr le mal. Cette demeure est secrète, intime et ne cherche pas à se produire. Les hommes obstinés dans leur ignorance étalent au dehors le vide de leur coeur insensé.

 

La justice élève une nation, mais le péché est la honte des peuples (v. 34).

Comme nous avons vu le roi au v. 18, nous avons ici la nation. C’est la justice : de la droiture dans les principes de son gouvernement, qui l’élève, qui lui donne une place proéminente parmi les peuples, et non pas le mensonge et la fourberie de sa politique. D’autre part le péché, la corruption acceptée, érigée en principe, et non réprimée, couvre telles autres nations de honte.

 

La faveur du roi est pour le serviteur intelligent, mais sa colère est sur celui qui fait honte (v. 35).

Cette sentence se lie immédiatement à la précédente. Il s’agit du roi, du chef responsable d’un gouvernement établi de Dieu. Le serviteur intelligent, prompt à se rendre compte des pensées et des plans de son maître, s’acquiert ainsi la faveur de ce dernier. Cela suppose toujours, en même temps que la connaissance des pensées du Maître, du Roi selon le coeur de Dieu, la sujétion, l’absence de volonté, l’activité, propres au bon serviteur. Il en est de même pour nous vis-à-vis de Christ. Quant au serviteur qui fait honte à celui qui l’a établi, la colère du Maître tombera et demeurera sur lui. S’il bat ceux qui servent avec lui, s’il mange et boit avec les ivrognes, le Seigneur lui donnera sa part là où sont les pleurs et les grincements de dents (Matt. 24:45-51).

4.3.4       Résumé

Les versets 1-8 mettent en regard la sagesse et la folie ; les vers. 9-12 la folie et la droiture ; les vers. 13-25 font le tableau du bien et du mal dans le coeur et dans les voies et de leurs conséquences respectives ; les vers. 26-27 nous disent ce que la crainte de l’Éternel apporte à l’âme. Les vers. 28-35 traitent du gouvernement des nations et du gouvernement de soi-même.

4.3.5       CHAPITRE 15

Versets 1-15

Une réponse douce détourne la fureur, mais la parole blessante excite la colère (v. 1).

Une réponse douce a bien plus d’effet, en sens inverse, qu’une parole blessante. Elle désarme la fureur, et celle-ci, ne sachant à qui s’en prendre, se détourne de son objet. La parole blessante excite la colère qui, si elle n’existait déjà dans le coeur, y sommeillait du moins.

Il semblerait, en rapprochant ce passage du chap. 25:15, qu’il devrait se relier au v. 35 du chap. 14.

 

La langue des sages fait valoir la connaissance, mais la bouche des sots fait jaillir la folie (v. 2).

Les discours des sages apportent la connaissance des pensées de Dieu et les font valoir, ont soin de faire ressortir leur valeur ; ceux qui ignorent ces pensées et ne s’en soucient pas, ont une bouche d’où sort sans que rien l’arrête, comme une eau jaillissante, la folie, l’abondance mauvaise des pensées de coeurs dont Dieu est absent.

 

Les yeux de l’Éternel sont en tout lieu, regardant les méchants et les bons (v. 3).

Dieu voit, connaît, apprécie tout et partout. Il connaît l’état des méchants et des bons, mais aussi il fait lever son soleil sur eux tous (Matt. 5:45).

 

La bénignité de la langue est un arbre de vie, mais la perversité en elle est un brisement d’esprit (v. 4).

Les paroles saines (*) et paisibles que la bouche profère sont un fruit de vie qui nourrit ceux qui les reçoivent. Au chap. 13:12, on s’en nourrit soi-même. Voyez encore 11:30 et 3:18. La perversité, quand on la trouve dans les discours, détruit au lieu d’édifier, mais elle est aussi un brisement d’esprit pour ceux qui en avaient reçu leur nourriture ; car d’une même langue peut «procéder la bénédiction et la malédiction» (Jacq. 3 :10).

(*) Voyez le même mot en 14:30.

Le fou méprise l’instruction de son père, mais celui qui a égard à la répréhension devient avisé (v. 5).

Le fou, celui qui est étranger à la Sagesse, méprise l’enseignement, la discipline, et les avertissements de l’expérience donnée de Dieu, à laquelle il devrait se soumettre ; mais celui qui prend garde à la répréhension, laquelle fait partie de son éducation comme fils, devient avisé, habile à choisir la bonne voie.

 

Dans la maison du juste il y a un grand trésor, mais dans le revenu du méchant il y a du trouble (v. 6).

Il ne s’agit pas ici de l’abondance dans les biens de la terre, souvent accordée en Israël à ceux qui marchent droitement, mais d’un «grand trésor». Entrez dans la maison du juste, demeurez avec lui, vous ne manquerez de rien. La bénédiction divine repose sur cette maison dont le méchant est banni. C’est la justice pratique qui est la source de cette prospérité. Le méchant, lui, peut avoir un revenu, jamais le grand trésor. Rien d’assuré pour lui ; son revenu lui procure du trouble de toute manière. S’augmente-t-il, il craint de le perdre ; diminue-t-il, il craint de ne pas le retrouver.

 

Les lèvres des sages répandent la connaissance, mais le coeur des sots ne fait pas ainsi (v. 7).

Ce n’est pas, comme au v. 2, «faire valoir la connaissance», mais la répandre. Dans le premier cas la Parole gagne en profondeur, dans le second elle s’étend en surface ; elle atteint un plus grand nombre d’âmes. Mais le coeur des sots est stérile ; il ne peut rien donner, rien répandre.

 

Le sacrifice des méchants est en abomination à l’Éternel, mais la prière des hommes droits lui est agréable (v. 8).

Dieu hait ce que les méchants viennent lui offrir, il détourne avec dégoût ses yeux de leurs sacrifices. «Ne continuez pas», dit l’Éternel, «d’apporter de vaines offrandes : l’encens m’est une abomination» (És. 1:13). Mais il lui est agréable d’entendre la prière des hommes droits : «Je te prie, ô Éternel ! car je suis ton serviteur... Je te sacrifierai des sacrifices d’actions de grâces, et j’invoquerai le nom de l’Éternel !» (Ps. 116:16-17).

 

La voie du méchant est en abomination à l’Éternel, mais il aime celui qui poursuit la justice (v. 9).

Ce verset se lie au précédent. Ici il ne s’agit pas seulement du service religieux selon la loi que les méchants pensent offrir pour être agréés de l’Éternel, mais de toute leur conduite, du chemin qu’ils suivent dans ce monde. Elle est en abomination à Dieu comme leur religion. Mais Dieu aime celui qui poursuit la justice. C’est bien plus qu’aimer «les sentiers de justice» dans lesquels il marche comme une brebis de l’Éternel (Ps. 23). Dieu l’aime lui-même. S’il garde mes commandements je l’aimerai, dit le Seigneur, et il sera aimé de mon Père (Jean 14:21, 23). Il introduit dans Sa communion l’âme de celui qui marche dans Ses voies.

 

Une discipline fâcheuse attend celui qui abandonne le droit sentier ; celui qui hait la correction mourra (v. 10).

Ce verset se lie au v. 9. Il s’agit ici de ne pas abandonner le droit sentier. Le juste qui y est entré est responsable de poursuivre. S’il ne le fait pas, il s’expose à une sévère discipline, et s’il se détourne de la correction, c’est la mort : Passage solennel au sujet du «péché à la mort».

 

Le shéol et l’abîme sont devant l’Éternel, combien plus les coeurs des fils des hommes (v. 11) !

Le lieu invisible où vont les âmes des trépassés, et l’abîme, lieu de la perdition finale, sont entièrement à nu devant l’Éternel ; combien plus les coeurs de tous les hommes. Mais quelle différence entre l’incrédule et le croyant ! L’un ne pense qu’à fuir et à se cacher sans jamais y réussir ; l’autre dit : «Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur ; éprouve-moi et connais mes pensées !» sachant que ce regard scrutateur est sa seule sauvegarde pour être conduit dans la voie éternelle (Ps. 139:23,24).

 

Le moqueur n’aime pas celui qui le reprend ; il ne va pas vers les sages (v. 12).

De fait le moqueur est entièrement étranger à l’éducation de la Sagesse, à ce que les Proverbes appellent «l’instruction», et dont la «répréhension» fait partie. Mais il y a plus que cela, il n’aime pas Dieu et montre cette animadversion envers ceux dont Dieu se sert pour le ramener dans le droit chemin (9:8 ; 13:1). Il fuit ainsi le seul moyen d’acquérir la sagesse en évitant de se mettre en relation avec ceux qui l’enseignent.

 

Le coeur joyeux égaie le visage, mais, par le chagrin du coeur, l’esprit est abattu (v. 13).

Nous avons vu, au v. 11, le coeur de l’homme mis à nu devant Dieu. Les v. 13, 14 et 15 nous décrivent l’état du coeur qui jouit de la présence de Dieu. Un coeur joyeux se manifeste au dehors sur le visage. On reconnaîtra souvent un chrétien heureux à l’expression de ses traits. Le chagrin du coeur a, par contre, sa répercussion sur l’esprit de l’homme qui se replie sur lui-même et perd toute son énergie. «Soyez toujours joyeux». «Que votre coeur ne soit pas troublé, ni craintif».

 

Le coeur de l’homme intelligent cherche la connaissance, mais la bouche des sots se repaît de folie (v. 14).

Il y a liaison directe entre le coeur et la bouche. Le coeur de l’homme intelligent cherche la connaissance et, au v. 2, la langue des sages la fait valoir. Au v. 7 le coeur des sots ne répand pas la connaissance, tandis que les lèvres des sages la répandent. Ici la bouche des sots se repaît de folie, comme elle la fait jaillir au v. 2. Elle en est pleine, parce que leur coeur en est plein.

 

Tous les jours du malheureux sont mauvais, mais le coeur heureux est un festin continuel (v. 15).

Le malheureux est sous une discipline directe et continuelle de l’Éternel. «Mes jours», dit Jacob, «ont été courts et mauvais» ; mais un coeur heureux est un festin continuel. Il a plus que le coeur joyeux du v. 13. Il a trouvé le bonheur vrai, un objet dont il peut se repaître et se nourrir sans fin. «Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement».

Versets 16-19

Mieux vaut peu avec la crainte de l’Éternel qu’un grand trésor avec du trouble (v. 16).

«La piété avec le contentement d’esprit est un grand gain» (1 Tim. 6:6). Le «grand trésor» n’est pas celui de la maison du juste au v. 6.

 

Mieux vaut un repas d’herbes, et de l’amour, qu’un boeuf engraissé et de la haine (v. 17).

Ce verset fait pendant au précédent. Dans le v. 16, la crainte de l’Éternel — une âme placée dans la lumière de la présence de Dieu, haïssant le mal et aimant le bien comme Lui — remplace ce qui nous manque du côté des jouissances terrestres. Au v. 17, il est question de l’amour, de la nature de Dieu lui-même, dont l’âme est rendue capable de jouir et qu’elle goûte dans la communion des frères. Echangerait-on cet amour pour les jouissances de l’opulence ? Le repas d’herbes, la pénurie, nous suffit. Le corps peut vivre d’un repas d’herbes, l’âme vit de l’amour. La haine, par contre, caractérise l’homme éloigné de Dieu : «haïssables, nous haïssant l’un l’autre». (Tite 3:3). Toute la prospérité mondaine de ceux dont «le Dieu est le ventre» peut-elle compenser le mal qui habite dans le coeur de l’homme ?

 

L’homme violent excite la querelle, mais celui qui est lent à la colère apaise la dispute (v. 18).

Voyez 28:25 ; 29:22.

Le caractère de l’homme violent suscite l’explosion querelleuse chez d’autres. L’état opposé du coeur, caractère même de Dieu (Ex. 34:6 ; Néhém. 9:17), caractère reproduit par celui qui connaît Dieu et possède Sa nature, apaise la dispute quand elle s’est déjà manifestée.

 

La voie du paresseux est comme une haie d’épines, mais le sentier des hommes droits est aplani (v. 19).

Le paresseux soulève devant ses pas des difficultés inextricables afin d’y trouver un prétexte à ne pas agir, mais sa voie devient aussi une haie d’épines pour les autres, leur faisant obstacle et les empêchant d’arriver au but en leur fermant le passage. Il n’y a pas d’obstacle, ni pour lui-même, ni pour les autres, sur le sentier de l’homme droit. Son coeur est à nu devant Dieu ; il marche dans le chemin de la volonté de Celui qui ne connaît pas d’obstacles.

Versets 20-24

Un fils sage réjouit son père, mais l’homme insensé méprise sa mère (v. 20).

Il semble que, avec cette pensée, commence, comme aux chap. 10:1 et 13:1, une nouvelle série de sentences. Le fils, comme nous l’avons déjà remarqué, est toujours considéré dans les Proverbes comme étant en rapport avec la Sagesse par l’instruction de ceux qui l’ont engendré. S’il écoute l’instruction, il mérite d’être appelé un «fils sage» et réjouit le coeur de son père. Cette même vérité s’applique à nos relations chrétiennes. L’homme insensé méprise sa mère. Ici il n’est plus appelé le fils, mais «l’homme». Comment prétendre à une relation divinement établie quand on la méprise dans ce qui la rend à tout jamais précieuse, dans son caractère d’amour. N’est-ce pas folie ? Et cependant tel est le caractère de l’homme vis-à-vis de Dieu !

 

La folie est la joie de celui qui est dépourvu de sens, mais l’homme intelligent règle ses pas (v. 21).

Les versets précédents nous ont entretenus de la vraie joie et du vrai bonheur (v. 13, 15) ; celui-ci nous présente la joie de l’homme qui n’a pas de relation avec Dieu. Le monde parle de «dire ou de faire mille folies» pour exprimer sa gaieté. À quoi et à qui profite celle-ci ? C’est ainsi que l’insensé gambade au bord d’un précipice. L’homme intelligent, prompt à discerner les pensées de la sagesse, prend garde à son chemin, au lieu de se livrer à une gaieté stérile, et règle ses pas, sachant qu’un faux pas attristerait le coeur de son père dont sa joie est la joie (v. 20).

 

Les projets échouent là où il n’y a point de conseil, mais, par la multitude des conseillers, ils réussissent (v. 22).

Voyez 11:14.

Ce passage est parallèle à celui de 11:14 et se lie en même temps au v. 21. L’homme intelligent qui règle ses pas ne pourrait arriver au but sans chercher les conseils de la sagesse. En outre, former des projets sans se rendre compte des difficultés pour les faire aboutir, c’est les voir échouer d’avance. «Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne s’asseye premièrement et ne calcule la dépense, pour voir s’il a de quoi l’achever ; de peur que, en ayant jeté le fondement et n’ayant pu l’achever, tous ceux qui le voient ne se mettent à se moquer de lui, disant : Cet homme a commencé à bâtir et il n’a pu achever ?» (Luc 14:28-30). Dans ce dernier passage le projet et le conseil (la mûre réflexion, l’esprit qui se rend compte des moyens et calcule les difficultés) se trouvent réunis chez le même individu. Mais notre Proverbe insiste sur le fait qu’on ne peut assez s’entourer d’informations et de conseils quand il s’agit de l’exécution d’un projet formé à l’avance. Agir autrement serait avoir confiance en son intelligence. Nous pouvons appliquer ce principe à tout ce qui concerne notre conduite dans ce monde.

 

Il y a de la joie pour un homme dans la réponse de sa bouche ; et une parole dite en son temps, combien elle est bonne (v. 23) !

Voici maintenant la joie du sage. C’est de pouvoir répondre quand il est interrogé. L’intelligence procure de la joie ; elle ne rend pas seulement sérieux comme au v. 21. Outre cela, il y a de l’excellence dans une parole opportune dite à celui qui en a besoin, qu’il s’agisse de consolation, d’encouragement, d’avertissement, etc.

 

Le sentier de la vie est en haut pour les intelligents, afin qu’ils se détournent du shéol, en bas (v. 24).

Tous ces passages, depuis le v. 20, traitent de l’intelligence, l’un des sujets importants des Proverbes. Pour l’intelligent qui a réglé ses pas dans le sentier de la vie, ce sentier monte toujours ; il «est en haut». Il est placé de Dieu devant les pas de l’intelligent comme un chemin montant. S’il est pénible, c’est une grâce, car le but de Dieu est de nous faire éviter le chemin par lequel on descend dans le lieu invisible. De cette manière, l’impossibilité est créée de se trouver sur les deux chemins à la fois.

Versets 25-27

L’Éternel démolit la maison des orgueilleux, mais il rend ferme la borne de la veuve (v. 25).

L’orgueil se bâtit une maison et pense à établir quelque chose de stable, vis-à-vis de l’Éternel ! Celui-ci la démolit, tous ses beaux moellons sont jetés à terre. C’est l’écrasement de l’orgueil. Voyez pour «la maison des insensés» 14:1. La pauvre veuve qui n’a qu’une humble borne à son petit champ est sous la sauvegarde de l’Éternel. Personne ne pourra arracher ce qui limite le champ de la veuve. L’Éternel se fait son garant.

 

Les machinations de l’inique sont en abomination à l’Éternel, mais les paroles pures lui sont agréables (v. 26).

Ceci est la troisième «abomination» de ce chapitre (voyez v. 8, 9). L’Éternel sonde le coeur de l’inique et connaît ce qu’il médite. C’est une abomination pour Lui ; mais il trouve son plaisir dans l’expression des pensées sortant d’un cceur pur, d’un coeur purifié du mal.

 

Celui qui cherche le gain déshonnête trouble sa maison, mais celui qui hait les dons vivra (v. 27).

Après l’orgueil au v. 25, l’iniquité au v. 26, nous avons ici une troisième catégorie de mal : «le gain déshonnête», et, en contraste avec celui qui recherche ce gain, celui qui hait les dons. On «cherche le gain» ; c’est la première chose ; on pense accroître ainsi sa maison ; mais le gain poursuivi comme tel conduit au mal, s’il n’est pas déjà le mal lui-même, car sur ce chemin la passion s’empare du coeur et on ne recule plus devant le gain déshonnête. Le résultat n’est pas ce que l’on en attendait. Le trouble, les difficultés, le désordre en sont la suite. Celui qui, avec l’intelligence que donne la sagesse, hait les dons par lesquels il pourrait s’accroître, en voyant les embûches dont ce chemin est semé, et désire voir son accroissement dépendre entièrement du Seigneur, celui-là vivra, sera maintenu ici-bas.

Versets 28-33

Le coeur du juste réfléchit pour répondre, mais la bouche des méchants fait jaillir les choses mauvaises (v. 28).

La réflexion (1:4) est une des grandes qualités que la Sagesse nous enseigne. Le premier mouvement du coeur se trahissant par la réponse, il faut s’en défier. La réflexion nous calme et la réponse devient ainsi le reflet du coeur de celui qui se garde du mal. La bouche des méchants fait jaillir, soudain sans que rien l’arrête, ce qu’il y a dans le cœur : les choses mauvaises (voyez v. 2).

 

L’Éternel est loin des méchants, mais il écoute la prière des justes (v. 29).

Non seulement l’Éternel se tient loin, mais il est loin des méchants ; il y a un abîme, sans aucune communication, sans aucune relation entre lui et eux ; aucune proximité n’est possible ! Mais il fait plus que d’être près des justes : il les écoute, il prend garde à leurs demandes, à la prière par laquelle ils sont en communication habituelle et intime avec Lui (cf. v. 8).

 

Ce qui éclaire les yeux réjouit le coeur ; une bonne nouvelle engraisse les os (v. 30).

Ce passage est comme le contraire du v. 13. Quand les yeux sont ouverts à la lumière, ils reconnaissent l’objet qui est devant eux, comme cela arriva aux disciples d’Emmaüs (Luc 24:31). Il est dit aussi : «La lampe du corps, c’est l’oeil ; si donc ton oeil est simple, ton corps tout entier sera plein de lumière» (Matt. 6:22). Un oeil simple ne voit qu’un seul objet, Christ, et communique à l’être tout entier la lumière de cet objet. Comment le coeur ne serait-il pas réjoui en le contemplant ? Il est beaucoup parlé dans ce chapitre du coeur ou des affections et de la joie (voyez v. 13, 15, 20, 21, 23, 30). Toujours, en effet, l’une dépend des autres.

Il en est de même de ce qui pénètre en nous par l’oreille : d’une bonne nouvelle qui vient du dehors. Telle est, pour nous chrétiens, la bonne nouvelle du salut. Elle ne réjouit pas seulement le coeur ; elle est aussi la nourriture excellente de ce qui est l’être intime de l’homme.

 

L’oreille qui écoute la répréhension de vie logera au milieu des sages (v. 31).

Ce verset se lie au v. 30. Il n’y a pas rien que la bonne nouvelle apportée par la Parole. Cette dernière apporte aussi la «répréhension», inséparable de «l’instruction» de la Sagesse, une discipline nécessaire pour notre vie ici-bas, car c’est toujours de celle-ci que les Proverbes nous entretiennent. C’est ainsi que nous logeons, que nous avons une part à demeure au milieu des fils de la Sagesse.

 

Celui qui rejette l’instruction méprise sa vie ; mais celui qui écoute la répréhension acquiert du sens (v. 32).

Ce verset se lie au v. 31. Rejeter l’instruction c’est rejeter tout ce que la Sagesse nous enseigne dans ce livre, c’est aller au devant de la mort qui est la fin des insensés. Écouter la répréhension vivre sous la discipline de la Parole, c’est acquérir une perception toujours grandissante des choses qu’elle nous présente.

 

La crainte de l’Éternel est la discipline de la sagesse, et l’abaissement va devant la gloire (v. 33).

C’est par cette admirable sentence que cette série de chapitres se termine. Comme la crainte de l’Éternel est le commencement de la Sagesse (9:10), c’est elle aussi qui nous enseigne à la connaître toujours davantage. Rester devant Dieu dans la pleine lumière de sa présence est le moyen de croître dans la connaissance de ses pensées. Cela demande des coeurs humbles, abaissés et se complaisant dans une entière dépendance de Lui. Ce fut le cas de Christ homme. Seulement il s’abaissa lui-même, tandis qu’il nous faut apprendre à être abaissés. Bien plus il s’anéantit jusqu’à la mort de la croix. Sauf en ce qui concerne l’expiation, ce chemin est le nôtre. Comme Pierre, nous avons pu le «suivre plus tard». Mais ce chemin nous conduit à la gloire, comme il y a conduit notre Seigneur et Maître. «L’abaissement va devant la gloire !»

Suivons donc le chemin de la Sagesse sans jeter un seul regard en arrière ! Pour nous cette gloire est la gloire céleste, pour le sage de l’Ancien Testament, la gloire du Royaume.

4.3.6       Résumé

Dans ce chapitre, les pensées offrent plus souvent une liaison entre elles que dans les chapitres précédents. Il y est beaucoup question, v. 1-15, de l’état du coeur, de la joie qui en est la conséquence, de l’influence que cet état exerce sur les pensées, les paroles et les actes. Les vers. 16-19 nous parlent du bonheur d’être étranger à ce que le monde recherche, et à son caractère moral. Les vers. 20-24 du bonheur de l’intelligence. Les vers. 25-27 nous montrent les conséquences, pour la maison, de l’orgueil, de l’iniquité et du gain déshonnête. Les vers. 28-33 traitent de l’instruction et de la répréhension de la sagesse, à laquelle le vers. 20 nous avait ramenés, et se terminent par la vision de la gloire, conséquence de la crainte de Dieu et de notre abaissement.

4.4   Troisième série — CHAPITRES 16 à 22:16

4.4.1       CHAPITRE 16

Versets 1-9

La préparation du coeur est à l’homme, mais de l’Éternel est la réponse de la langue (v. 1)

Profonde pensée susceptible de bien des interprétations.

La préparation du coeur, ses premiers projets sont le fait de l’homme. Il se décide à parler, à répondre pour arriver à son but. Mais de l’Éternel est la réponse de la langue. Elle provient de Lui, il la dirige comme il veut, contre tous les projets du coeur, si cela lui convient. Elle concourt ainsi, même contre notre volonté, à l’accomplissement des desseins de Dieu. En réalité, Dieu se sert de ce qui semble le plus au pouvoir de l’homme, de la parole de ce dernier, pour faire ce qu’Il veut. Le cas de Balaam en est un exemple frappant.

Mais aussi : La part de l’homme, quand il s’agit du croyant, c’est la préparation du coeur. Sa responsabilité est de se rendre compte de son but et de diriger ses pensées de ce côté-là. Il peut laisser la réponse à l’Éternel. Elle est de Lui : «Ne soyez pas en souci comment, ou quelle chose vous répondrez, ou de ce que vous direz ; car le Saint Esprit vous enseignera à l’heure même ce qu’il faudra dire». (Luc 12:11 12).

 

Toutes les voies d’un homme sont pures à ses propres yeux, mais l’Éternel pèse les esprits (v. 2).

La maxime précédente nous a montré l’intérieur, le coeur, comme le côté de l’homme, l’extérieur, la parole, comme celui de Dieu. Cette maxime-ci nous parle des voies de l’homme, de la chose extérieure, considérée comme étant sa part, et de l’état du coeur dont Dieu seul est juge. Comment l’homme juge-t-il ses voies ? Il ne connaît pas son coeur. Si ses voies sont correctes, n’en voyant pas le mobile caché, il les approuve. Si elles sont mauvaises, il les excuse et les blanchit. Mais l’Éternel pèse les esprits. Il y découvre la racine même de nos voies.

 

Remets tes affaires à l’Éternel, et tes pensées seront accomplies (v. 3).

Ce verset suit admirablement les deux versets précédents. Remettre ses circonstances extérieures à l’Éternel, c’est abdiquer toute prétention à les diriger, toute volonté propre, entre les mains de Celui dans la direction duquel on a toute confiance ; c’est le choisir pour gérant de nos affaires. Nos désirs il les connaît, il ne fera que ce qui est bon pour nous : nos pensées ne pourront donc être en désaccord avec les siennes, et ces pensées seront accomplies. Ainsi la vie intérieure sera pleinement d’accord avec les circonstances extérieures.

 

L’Éternel a tout fait pour lui-même, et même le méchant pour le jour du malheur (v. 4).

Tout ce que l’Éternel a fait, il l’a fait pour sa propre gloire. Il n’a pas créé le méchant, selon la doctrine calviniste, mais l’a laissé subsister pour le jour du malheur qui l’atteindra ; car ce jour fera éclater Sa justice en jugement. Il en fut ainsi du Pharaon.

 

Tout coeur orgueilleux est en abomination à l’Éternel ; certes, il ne sera pas tenu pour innocent (v. 5).

Au chap. 15:v. 8, 9, nous avons vu ce qui, dans les actes des méchants, est en abomination à l’Éternel ; nous voyons ici ce qui dans le coeur lui est en abomination : l’orgueil d’où qu’il provienne, quelque forme qu’il revête ; aucun de ceux qui le nourrissent ne sera tenu pour innocent. L’homme peut n’y pas prendre garde, mais l’Éternel pèse les esprits (v. 2). Il s’agit ici des voies de Dieu en gouvernement et non de l’oeuvre du salut ; aussi cette sentence atteint-elle tous les hommes.

Il est très intéressant de la rapprocher du chap. 11, v. 20 et 21. Là, le gouvernement de Dieu n’épargne pas l’inique et le pervers qu’il a en abomination et ne modifie pas son jugement, tandis qu’il trouve son plaisir en ceux qui sont intègres, et délivre la postérité des justes ; ici, il hait l’orgueil dans quelque coeur qu’il le rencontre et lui donne une juste rétribution. Comme cela parle à la conscience du croyant lui-même !

 

Par la bonté et par la vérité, propitiation est faite pour l’iniquité, et par la crainte de l’Éternel on se détourne du mal (v. 6).

Il ne s’agit pas ici du grand jour des propitiations, au chap. 16 du Lévitique, c’est-à-dire d’un sacrifice offert donnant au pécheur le droit de s’approcher de Dieu. Ce qui est placé devant nos yeux, c’est que la bonté et la vérité portées devant Dieu obtiennent le pardon (*) de l’iniquité, c’est-à-dire détournent le jugement dont le gouvernement de Dieu doit atteindre l’inique. «Père, pardonne-leur», dit Jésus sur la croix, «car ils ne savent ce qu’ils font». Dans un sens plus restreint, le juste a, par son intercession en bonté et en vérité, le privilège d’éloigner le jugement que l’inique attire sur sa tête — tandis que lui-même se détourne du mal par la crainte de l’Éternel. En effet, le premier caractère de celui qui se trouve placé dans la lumière et la présence de Dieu, est de haïr le mal, incompatible avec cette présence, et de s’en détourner.

(*) Le mot hébreu : Kaphar (couvrir), «faire expiation» a très souvent le sens de pardonner.

Quand les voies d’un homme plaisent à l’Éternel, il met ses ennemis même en paix avec lui (v. 7).

Les voies d’un homme plaisent à l’Éternel, quand, dans la crainte de Dieu, il se détourne du mal. S’il en est ainsi, Dieu qui dirige les coeurs des hommes comme Il l’entend, mettra même les ennemis du juste en paix avec lui et le préservera de leur haine.

 

Mieux vaut peu avec justice, que beaucoup de revenu sans ce qui est juste (v. 8).

Ce verset se relie aux v. 16 et 17 du chap. 15. La justice est le caractère de l’homme qui plaît à l’Éternel (v. 7). S’il a peu, quant aux biens terrestres, la justice qui caractérise celui qui craint l’Éternel (v. 6) est un trésor pour lui. Comment pourrait-on la mettre en parallèle avec un revenu abondant dont la justice serait absente ?

 

Le coeur de l’homme se propose sa voie, mais l’Éternel dispose ses pas (v. 9).

Ce verset a quelque liaison avec le verset 1. L’homme n’a pas seulement des projets, mais une voie que son coeur se propose de suivre ; mais voici que l’Éternel intervient et conduit ses pas dans un tout autre chemin que celui qu’il s’était tracé.

Ces 9 premiers versets forment un tout où sont mis en contraste l’état du coeur et la manière dont Dieu y répond.

Versets 10-15

Un oracle est sur les lèvres du roi ; sa bouche n’erre pas dans le jugement (v. 10).

Nous voyons ici la place du Roi dans les conseils et selon les pensées de Dieu. Il s’agit avant tout de ses paroles. Sur ses lèvres est l’expression de la pensée divine. Sa bouche est inspirée pour prononcer l’appréciation de Dieu sur toutes choses. Tel fut Salomon s’il n’avait pas plus tard entièrement failli à sa tâche. Tel sera le vrai Roi, le Messie, seul Roi infaillible.

 

La balance et les plateaux justes sont de l’Éternel tous les poids du sac sont son ouvrage (v. 11).

Ce verset qui a de l’analogie avec le v. 1 du chap. 11 se lie ici à ce qui précède, aussi n’est-il pas parlé de fausse balance. La juste appréciation des choses ne vient nullement de l’homme ; cette équité parfaite est de Dieu. Les poids pour peser justement n’ont rien à faire avec le jugement des hommes ; ils sont l’ouvrage de Dieu. Ce sont les poids du sanctuaire (Lévit. 27:25). Aussi peut-on être certain que le jugement de l’Éternel est prononcé par le Roi. Ce qui n’a été réalisé qu’un moment par Salomon, le sera en perfection et à perpétuité par le Messie.

 

C’est une abomination pour les rois de faire l’iniquité ; car, par la justice, le trône est rendu ferme (v. 12).

Ce verset passe du Roi à la royauté en général telle qu’elle a été instituée. L’iniquité dans la conduite des rois est aussi abominable pour eux, que l’est pour Dieu, l’orgueil dans le coeur des hommes (cf. v. 5). Nous remontons ici à l’origine de la royauté. Si elle est d’institution divine, elle doit être juste. Si elle est juste, le trône sera affermi (Ps. 132:11-12). Celui de Salomon est tombé ; le seul trône juste, celui du Messie, fils de David, sera établi à toujours.

 

Les lèvres justes sont le plaisir des rois, et le (Roi) aime celui qui parle droitement (v. 13).

Par leur position, les rois sont environnés de mensonges et de flatteries, aussi ont-ils plaisir à des paroles d’où le mal est banni. Le Proverbe continue à parler ici des rois considérés en principe, aussi le roi selon Dieu aimera-t-il personnellement l’homme qui lui parle avec droiture.

 

La fureur du roi, ce sont des messagers de mort ; mais l’homme sage l’apaisera (v. 14).

Si le roi selon Dieu est un roi de paix, il y a aussi place dans son règne pour la colère. Quand elle s’embrase, elle annonce la mort aux coupables. L’homme sage peut l’apaiser et la détourner de dessus lui. «Baisez le Fils, de peur qu’il ne s’irrite et que vous ne périssiez dans le chemin, quand sa colère s’embrasera tant soit peu» (Ps. 2:12). Cela est vrai aussi d’un roi selon le coeur de Dieu, quoique faillible. La présence d’un homme sage peut préserver le roi, par ses conseils, de se livrer aux excès de sa colère.

 

Dans la lumière de la face du roi est la vie, et sa faveur est comme un nuage de pluie dans la dernière saison (v. 15).

Nous sommes toujours ramenés à Christ quand il s’agit du roi selon le coeur de Dieu, parce que, en Lui seul, ces caractères seront parfaitement réalisés. C’est ce qu’annonçait David dans ses dernières paroles, quand il confessait que sa maison n’avait pas été ainsi avec Dieu. Il disait : «Celui qui domine parmi les hommes sera... comme la lumière du matin... par sa clarté l’herbe tendre germe de la terre, après la pluie» (2 Samuel 23:4). Ce qui appartient à la lumière de sa face c’est la vie et non la mort (v. 14). S’il faut «retrancher le méchant du pays», ce n’est ni son but, ni sa joie. Mais quelle image, depuis le v. 10 de la domination du Roi selon Dieu ! Sa faveur est comme un nuage de pluie qui fait mûrir le blé pour la moisson.

Versets 16-24

Combien acquérir la sagesse est meilleur que l’or fin, et acquérir l’intelligence préférable à l’argent ! (v. 16).

Cette sentence nous reporte au chap. 4:7. Le commencement de la sagesse est le prix que l’on met à son acquisition. Tel avait été le cas de Salomon (1 Rois 3). Aussi ce proverbe est-il comme le couronnement de tout ce qui est dit du Roi dans les versets précédents. Voyez encore 3:13-14 et 8:10,19. Cette intelligence est une chose à acquérir en même temps que la Sagesse et n’a aucun rapport avec les dons naturels. La crainte de Dieu est à sa base et en est le commencement.

 

Le chemin des hommes droits, c’est de se détourner du mal ; celui-là garde son âme qui veille sur sa voie (v. 17).

Ce passage découle du verset précédent et nous reporte à la seconde partie du v. 6. «Par la crainte de l’Éternel on se détourne du mal». L’intelligence, fruit de cette crainte, nous rend propres à discerner le bien et le mal. La droiture fait que nous nous détournons du mal dans notre chemin. La vigilance nous garde de laisser le mal s’y introduire. Le chemin est donc inséparable de l’état du coeur, mais, d’autre part, c’est la grâce seule qui peut nous y maintenir : «L’Éternel te gardera de tout mal ; il gardera ton âme. L’Éternel gardera ta sortie et ton entrée, dès maintenant et à toujours». (Ps. 121:7-8).

 

L’orgueil va devant la ruine, et l’esprit hautain devant la chute (v. 18).

Ce verset est la contrepartie du précédent. Si le chemin selon Dieu est caractérisé par la crainte, l’intelligence, la droiture, la vigilance, celui du méchant est caractérisé par l’orgueil. Or aucun vice n’est plus puni que celui-là : l’orgueil va devant «la ruine», un mot généralement traduit par : «l’écrasement». Par l’orgueil Satan a réussi à perdre l’homme. «L’esprit hautain» est une part de l’orgueil ; il s’expose à la chute, même dans le chemin de Dieu. C’est dire qu’il peut caractériser un croyant. On ne peut être délivré de cet esprit que par une constante et habituelle confiance dans la grâce : «Tu as délivré mes yeux de larmes, mes pieds de chute». (Ps. 116:8). Après la chute,, la restauration est possible, tandis que l’écrasement ne comporte pas la réédification. Satan, l’originateur de l’orgueil, sera bientôt brisé sous nos pieds. (Voyez encore 11:2 ; 15:25 ; 16 :5).

 

Mieux vaut être humble d’esprit avec les débonnaires, que de partager le butin avec les orgueilleux (v. 19).

Se lie aux v. 17 et 18. Entre ces deux versets le sage a vite choisi. Préférera-t-il être hautain ou humble d’esprit ? Sans doute l’humilité d’esprit avec les débonnaires ne nous acquiert aucun avantage temporel, mais c’est aux «pauvres d’esprit» qu’est le royaume des cieux, et ce sont les «débonnaires» qui hériteront de la terre. (Matt. 5:3, 5). Cela ne vaut-il pas mieux que des avantages matériels obtenus par l’association avec les orgueilleux du monde ? (1:10-16).

 

Celui qui prend garde à la parole trouvera le bien, et qui se confie en l’Éternel est bienheureux (v. 20).

Se lie au v. 19. Tel est le caractère des humbles et des débonnaires. Il y a béatitude sur eux si, au lieu de mépriser la parole (13:13), ils s’appliquent à la connaître. Ces humbles qui ne sont pas sages à leurs propres yeux, mais dépendent de la parole divine pour le devenir, ceux-là sont les vrais sages et trouvent le vrai bien. Se confier en l’Éternel est la source du bonheur. Ce seul mot : «Je me confierai en Lui» (Hébr. 2:13) résume toute la vie de la foi. Ce mot était la devise de Christ homme ici-bas.

 

L’homme sage de coeur sera appelé intelligent, et la douceur des lèvres accroît la science (v. 21).

Les v. 21 à 24 se lient tous au contenu des versets qui précèdent. Le «sage de coeur» est celui qui a été instruit par la Parole. Celui-là est appelé intelligent. Etant nourri de la Parole, il est rendu capable de s’approprier les pensées de Dieu, d’en faire son profit et de les communiquer à d’autres. Mais pour les communiquer, il faut aussi le don, «la douceur des lèvres», cette persuasion du discours, qui rend la vérité attractive et accroît la science chez ceux qui déjà la possèdent. Cette science que le don possède, par la Parole, n’aurait pas toute sa valeur si elle n’était pas communiquée à d’autres.

 

L’intelligence est une fontaine de vie pour ceux qui la possèdent, mais l’instruction des fous est folie (v. 22).

La «fontaine de vie» s’est déjà souvent présentée à nous dans les Proverbes. Nous l’avons trouvée dans «la crainte de l’Éternel» qui fait «éviter les pièges de la mort» (14:27) ; dans «l’enseignement : du sage» qui a le même résultat (13:14) . dans «le discours du juste» qui, nous préservant du mal, nous conduit dans le chemin de la vie (10:11). Ici l’intelligence qui s’approprie les pensées de Dieu est une fontaine de vie pour celui même qui la possède, non pas seulement pour d’autres. Il y boit toujours davantage et y revient toujours. Elle entretient la vie. Toute «l’instruction» donnée, tous les principes de la Sagesse inculqués aux fous (c’est du moins ainsi que je comprends ce passage), ne changent rien à leur caractère, qui est la folie. Il faut, comme nous l’avons vu tant de fois, être fils de la Sagesse pour les recevoir.

 

Le coeur du sage rend sa bouche sensée, et sur ses lèvres accroît la science (v. 23).

Ce n’est pas seulement l’intelligence (v. 22), mais le coeur (v. 21) qui donne du sens au discours du sage ; chose bien importante à noter. C’est le coeur qui accroît encore dans les discours la science qui est le fruit de la sagesse.

 

Les paroles agréables sont un rayon de miel, douceur pour l’âme et santé pour les os (v. 24).

Les paroles agréables sont celles du sage (v. 23) et nullement des paroles agréables selon la chair. Elles se font agréer parce qu’elles ne contiennent ni dureté, ni sécheresse de jugement. Elles apportent à l’âme une grande douceur, et maintiennent contre toute atteinte la santé morale de celui qui les reçoit (15:30).

Versets 25-30

Ces versets sont en contraste direct avec les v. 16-24. Ils nous entretiennent du caractère, des actes et des voies du méchant.

 

Il y a telle voie qui semble droite à un homme, mais des voies de mort en sont la fin (v. 25).

Voyez 14:12.

Cette sentence est la seconde, à notre connaissance (voyez encore 21:9 et 25:24) qui soit répétée mot pour mot dans les Proverbes (chap. 14:12). D’autres sentences, en assez grand nombre, peuvent trouver leur analogue en d’autres passages de ce livre, mais leurs différences les rendent très instructives. Nous en avons déjà mentionné quelques-unes au cours de cette étude. La répétition littérale de ce verset est très précieuse, en ce qu’elle introduit toutes les pensées qui en sont la suite. L’homme peut se croire dans la bonne voie, s’en remettre à sa conscience pour se diriger ; suivre un chemin qui lui semble droit. C’est le chemin de l’homme, et nullement celui de la sagesse, dont les versets précédents nous ont entretenus. Les meilleures intentions conduisent à la mort. Quelle fin !

 

L’âme (ou l’appétit) de celui qui travaille, travaille pour lui, car sa bouche l’y contraint (v. 26).

Le travail, nécessaire à l’homme depuis la chute, ne constitue pas la sagesse, ni l’intelligence. De fait, comme travail de l’homme, il n’est que l’égoïsme. Son appétit travaille pour lui ; ce sont ses besoins qui l’y contraignent et sont le ressort de son travail. Description frappante de l’activité de l’homme !

 

L’homme de Bélial creuse (à la recherche) du mal et sur ses lèvres il y a comme un feu brûlant (v. 27).

Nous avons vu, au v. 25, l’homme consciencieux, au v. 26 l’homme travailleur, l’un et l’autre représentant l’homme selon la nature. Nous voyons ici l’homme réprouvé qui travaille aussi, mais à la recherche du mal. Il a, non pas ses besoins matériels, mais le mal pour but. Ses lèvres sont en contraste avec celles du sage (v. 23 et 24). Au lieu d’apporter la santé aux âmes, elles sont comme un feu qui dévore ceux qu’il atteint.

 

L’homme pervers sème les querelles et le rapporteur divise les intimes amis (v. 28).

Après le caractère satanique de l’homme qui travaille pour le mal, nous trouvons l’homme pervers qui suscite les querelles et celui qui, par ses rapports, divise là où existent des liens d’amitié et d’intimité. Ces caractères du mal sont plus fréquents que celui du v. 27 et n’en sont pas moins pernicieux pour la famille de Dieu.

 

L’homme violent entraîne son compagnon et le fait marcher dans une voie qui n’est pas bonne (v. 29).

Dans tous ces passages nous avons les effets néfastes qu’exercent les méchants, en quelque caractère qu’ils se révèlent, sur les membres de la famille de Dieu. Ici, nous voyons l’influence de l’homme violent, n’acceptant pas qu’on lui résiste, sur l’homme qui a le malheur d’être son compagnon. Il le fait «marcher dans une voie qui n’est pas bonne» ; il l’égare loin du chemin de la sagesse.

 

Celui qui ferme ses yeux pour machiner la perversité, celui qui pince ses lèvres, accomplit le mal (v. 30).

Ce verset termine l’exposé complet des caractères du méchant. Il y a d’abord celui qui ferme les yeux afin de n’être distrait par rien dans la machination de ses coupables desseins. Il peut dire : «Je n’ai rien vu» quand ces desseins arrivent à exécution. Celui qui pince ses lèvres se met en garde de prononcer aucune parole compromettante ; il peut dire : «Je n’ai rien dit», et cependant, quand aucune apparence ne peut le prouver, Dieu qui voit tout, le compte comme accomplissant le mal.

Versets 31-33

Ces versets reviennent sur le caractère des sages mûris par l’expérience :

 

Les cheveux blancs sont une couronne de gloire s’ils se trouvent dans la voie de la justice (v. 31).

Les cheveux blancs, la gloire des vieillards (20:29) que l’on est tenu d’honorer (Lév. 19:32) sont en réalité une récompense glorieuse quand celui qui les porte marche dans un chemin où le péché n’entre pas. Ce signe extérieur de l’âge et de l’expérience n’est glorieux qu’autant que la marche et la conduite y correspondent. Il est question ici des voies de Dieu en gouvernement.

 

Qui est lent à la colère vaut mieux que l’homme fort, et qui gouverne son esprit vaut mieux que celui qui prend une ville (v. 32).

Nous trouvons ici deux nouveaux caractères du sage : Il est paisible, lent à la colère, car «la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu» (Jacq. 1:20). Il a plus de valeur (non pas ici que Satan, celui dont Jésus pille les biens), mais que l’homme distingué par des actions d’éclat. Tel Joseph et d’autres dans l’histoire passée d’Israël. Le second caractère a trait à celui qui gouverne son esprit, qui garde en mains la direction de sa volonté et de ses décisions, et remporte par là des victoires plus décisives sur lui-même que celles d’un chef d’armée ou d’un conquérant.

 

On jette le sort dans le giron, mais toute décision est de par l’Éternel (v. 33).

Jusqu’à la venue du Saint Esprit, les Juifs avaient recours au sort, mais ce n’est pas le hasard qui dirige les décisions du sort. Dieu a la haute main sur les événements et les amène comme il veut (Voyez 1 Sam. 14:41). Ce chapitre se termine par une pensée qui a quelque analogie avec le premier verset de notre chapitre.

4.4.2       Résumé

Ce chapitre présente des séries de pensées qui se lient les unes aux autres d’une manière très remarquable. D’abord, v. 1-9, l’état du coeur de l’homme et les pensées de Dieu. Ensuite, v. 10-15, les rois selon le coeur de Dieu. Aux v. 16-24, l’état du coeur des sages. Aux v. 25-30, l’état du coeur des méchants. Aux v. 31-33 le coeur des sages mûri par l’expérience.

4.4.3       CHAPITRE 17

Versets 1-6

Mieux vaut un morceau sec et la paix, qu’une maison pleine de viandes de sacrifices et des querelles (v. 1).

Ce verset est comme un complément de 16:8 et de 15:17, mais il traite spécialement de la paix dans la maison. Elle vaut mieux avec le strict nécessaire pour la vie que les repas abondants des sacrifices de prospérité, donnant aux invités l’impression de l’union familiale, tandis que cette apparence recouvre les querelles intestines.

 

Un serviteur sage gouvernera le fils qui fait honte, et il aura part à l’héritage au milieu des frères (v. 2).

Ce passage traite encore de la vie de famille. On peut être infiniment plus sage, dans une position d’humble dépendance, que celui qui possède, de naissance, les privilèges et l’autorité, et dont la conduite est l’opprobre de sa famille. À ce serviteur sage le gouvernement, donc l’autorité sur celui qui ne la possède qu’extérieurement, sera confiée. Bien plus, sans aucun droit apparent, il aura part à l’héritage et sera mis sur un pied d’égalité avec les frères. Comme cette pensée s’applique aux relations entre Gentils et Juifs, puis aux relations des vrais serviteurs avec ceux qui ont le nom de diriger la maison de Dieu !

 

Le creuset est pour l’argent, et le fourneau pour l’or ; mais l’Éternel éprouve les coeurs (v. 3).

L’argent et l’or, ces matières précieuses, ont besoin du creuset pour être mises en valeur ; les coeurs des saints, des membres de Sa famille, sont pour Dieu cette chose précieuse. Il est nécessaire que leur foi, bien plus précieuse que l’or qui périt, soit éprouvée pour être délivrée de tout alliage (1 Pierre 1:6-7).

 

Celui qui fait le mal est attentif à la lèvre d’iniquité ; le menteur prête l’oreille à la langue pernicieuse (v. 4).

La vérité présentée dans ce passage n’est pas que les mauvais conseils poussent au mal, mais que le méchant et le menteur sont amis des mauvais propos et des paroles pernicieuses et sont attirés de ce côté-là. Qui se ressemble s’assemble.

 

Qui se moque du pauvre outrage celui qui l’a fait ; qui se réjouit de la calamité ne sera pas tenu pour innocent (v. 5).

Voyez 14:31.

Cette sentence sert de complément à celle de 14:31. Se moquer du pauvre n’est pas seulement, comme nous l’avons remarqué plus haut, faire de sa pauvreté un sujet de plaisanterie, mais le traiter avec mépris comme un être sans valeur. C’est un outrage envers le Dieu qui l’a fait, et qui s’identifie avec le pauvre ; l’honorer est un acte d’obéissance envers Christ. N’est-il pas dit au sujet de Celui-ci : «Bienheureux celui qui comprend le pauvre ?» (Ps. 41:1). Si cette pauvreté est la calamité — le mal tombant inopinément sur celui qui était prospère, — s’en réjouir c’est être tenu pour coupable. On n’a peut-être rien fait contre le malheureux, mais les pensées du coeur à son égard, sont venues au jour. Combien ces sentiments se sont donné libre carrière chez les ennemis de Juda, et, bien plus, autour de la croix de Christ ! Dieu les a-t-il oubliés ?

 

La couronne des vieillards, ce sont les fils des fils, et la gloire des fils ce sont leurs pères (v. 6).

Ce passage est un complément de 16:31. Il y a non seulement une bénédiction personnelle pour le vieillard qui suit la voie de la justice, mais, selon le gouvernement de Dieu cette bénédiction s’étend à toute sa postérité et ses enfants s’honorent d’appartenir à un tel père. Cette bénédiction gouvernementale se réalisera pleinement dans le millénium, comme nous le montrent tant de passages des Psaumes et des prophètes (voyez Ps. 127, 128). Cette première division du chapitre s’occupe, quoique d’une manière assez peu évidente, de la maison et de la famille.

Versets 7-26

La parole excellente ne convient point à un homme vil ; combien moins sied à un prince la lèvre menteuse (v. 7).

Ce passage est un complément de 16:13. Pourrait-on comprendre une parole excellente dans la bouche d’un homme vil ? Ces deux choses ne peuvent s’accorder. Le caractère de cet homme enlèverait toute édification à son discours et personne n’en tirerait profit. À bien plus forte raison des paroles mensongères sont-elles incompatibles avec le caractère de ceux que Dieu a établis en dignité, comme conducteurs. Cette sentence, comme tant d’autres, trouve son application dans l’état actuel de la chrétienté.

 

Le présent est une pierre précieuse aux yeux de celui qui le possède ; de quelque côté qu’il se tourne, il réussit (v. 8).

On donne un présent (hébreu : Shochad) pour apaiser la personne qu’on a offensée, mais aussi pour décider le juge en notre faveur. La loi le défend dans ce dernier cas, parce que c’est un moyen de corrompre le juge et de faire fléchir son jugement. On voit au v. 23 l’emploi que le méchant en fait. Ce verset 8 nous parle simplement de la valeur du présent pour celui qui le possède. De quelque manière qu’il l’applique, il réussit toujours.

 

Qui couvre une transgression cherche l’amour, mais celui qui répète une chose divise les intimes amis (v. 9).

Il pourrait y avoir un lien entre ce verset et le précédent. Quoi qu’il en soit, ce passage nous reporte au chap. 10:12 d’une part, et de l’autre au chap. 16:28. Qui couvre une transgression cherche l’amour. L’amour est son but dans l’acte de couvrir le péché, de ne pas le divulguer ; il ne désire pas cacher le péché, mais il veut relever le transgresseur. Parler de la transgression, en répéter le récit, la divulguer, détruit les liens les plus intimes entre des amis.

 

La répréhension fait plus d’impression sur l’homme intelligent que cent coups sur le sot (v. 10).

La répréhension fait partie comme nous l’avons vu souvent de l’instruction donnée par la sagesse, l’intelligence fait partie de la sagesse même. Ainsi la discipline, même pénible, trouve un terrain préparé pour la recevoir ; elle fait l’impression voulue sur celui qui est si souvent appelé fils ; tandis que le jugement le plus douloureux laisse insensible l’ignorant obstiné. Il ne comprend pas que c’est Dieu qui lui parle (voyez 10:13 ; 26:3).

 

L’inique ne cherche que rébellion ; mais un messager cruel sera envoyé contre lui (v. 11).

Complément de 16:14. C’est le caractère de l’inique, de l’homme auquel sa propre volonté fait loi, de se rebeller continuellement contre la volonté de Dieu, mais un messager cruel sera envoyé contre lui, c’est-à-dire qu’il n’échappera pas au jugement que l’autorité divine exercera à son égard.

 

Qu’un homme rencontre une ourse privée de ses petits, plutôt qu’un sot dans sa folie (v. 12).

Le sot, la foule ignorante, livrée à sa folie, n’entendant rien, abandonnée à l’impulsion satanique, emportée par ses passions, cruelle sans réflexion, ayant soif de sang, est pire qu’une bête féroce au moment le plus dangereux pour la rencontrer. Telle était la foule ameutée contre Paul à Éphèse (cf. Os. 13:8).

 

Le mal ne quittera point la maison de celui qui rend le mal pour le bien (v. 13).

Une maxime du gouvernement de Dieu. Telle fut la maison de Saül auquel David n’avait fait que du bien, tel Judas, tels les adversaires du Messie (Ps. 69:25 ; 109:8 ; Actes 1:20).

 

Le commencement d’une querelle, c’est comme quand on laisse couler des eaux ; avant que la dispute s’échauffe, va-t’en (v. 14).

Quand un réservoir commence à s’effondrer, les eaux, dans les premiers instants, coulent doucement, puis deviennent un torrent qui renverse tout sur son passage. Le sage se retire au début de la querelle et n’en est pas atteint.

 

Celui qui justifie le méchant et celui qui condamne le juste sont tous deux en abomination à l’Éternel (v. 15).

Les Proverbes nous présentent beaucoup de choses qui sont en abomination à l’Éternel. Il faut que nous appréciions ces choses comme Lui. Nous en avons vu un résumé au chap. 6:16. L’iniquité, quelque forme qu’elle revête, doit être une abomination pour le juste (29:7) comme elle l’est pour Dieu lui-même. Combien nous avons à prendre garde à cette sentence du v. 15 quand la nécessité de prononcer un jugement se présente à nous. L’exemple le plus solennel de cette abomination a été fourni quand les hommes ont condamné Jésus Christ, le juste, et ont justifié le méchant à commencer par Barrabas. Mais rappelons-nous que lorsque surgissent des contestations entre frères, il arrive rarement que nous prenions parti pour le méchant sans condamner le juste.

 

Pourquoi donc le prix dans la main d’un sot pour acheter la sagesse, alors qu’il n’a point de sens ? (v. 16).

La sagesse doit être acquise et c’en est le commencement (4:7). Il faut sacrifier tout ce qu’on a pour l’obtenir, mais elle ne se communique qu’à celui qui a été engendré par elle et qui craint l’Éternel. Le sot n’a pas le désir de connaître la sagesse, il ignore cette crainte. Comment lui proposerais-je de l’acheter s’il ne la connaît pas ? Le prix lui-même pour l’acquérir, la crainte de Dieu, la haine du mal, l’amour du bien, placé dans sa main, n’a aucune valeur pour lui. Sa folie ne connaît pas ce prix.

 

L’ami aime en tout temps et un frère est né pour la détresse (v. 17).

L’ami aime en tout temps ! Quelle vérité appliquée à Celui qui s’appelle notre ami ! Jamais son amour n’a fait, ni ne fera défaut un seul instant et dans quelque circonstance que ce soit. Mais il nous est aussi donné de réaliser entre nous ce caractère d’amis. «Les amis te saluent. Salue les amis, chacun par son nom», dit l’apôtre Jean (3 Jean 14). «Un frère est né pour la détresse». C’est dans les difficultés, que nous éprouvons ce qu’est un frère. De même nature, de même origine, ayant les mêmes intérêts que nous, partageant nos peines, nous aidant de ses ressources, qui pourrait le remplacer ? Ne semble-t-il pas comme né pour ce moment-là ?

 

L’homme dépourvu de sens frappe dans la main, s’engageant comme caution vis-à-vis de son prochain (v. 18).

Ce verset se relie au précédent par contraste (voyez 6:1-5 ; 11:15). Cautionner c’est être dépourvu de sens. Peut-on disposer de soi-même et de ses biens et mettre sa confiance dans un autre homme ? Peut-on compter sur le jour de demain ? La caution est un acte de camaraderie selon le monde, le contraire de l’ami et du frère au v. 17. Un seul a pu cautionner pour nous et en a porté toutes les conséquences ; un seul a pu dire «J’ai trouvé une rançon», et c’est sa prérogative divine et sa gloire.

 

Qui aime les contestations aime la transgression ; qui hausse son portrait cherche la ruine (v. 19).

Sert de complément à 16:18. Il y a des âmes qui ne reculent pas devant les discussions et les controverses, mais bien plutôt qui les aiment. Il n’est guère possible, quand on conteste, de ne pas manquer de support, de douceur, de patience, d’amour. On est facilement entraîné à s’estimer supérieur aux autres, sans parler des paroles blessantes qui nous échappent dans la discussion. On se grandit à ses propres yeux. Cela va de pair avec l’orgueil qui cherche à s’agrandir. Hausser son portail, c’est s’agrandir aux yeux du public. Pour un Seul les portails éternels seront trop petits : «Portes, élevez vos têtes ! et élevez-vous, portails éternels, et le roi de gloire entrera !» (Ps. 24). Quand l’homme aspire à l’élévation, il cherche sa ruine et la trouvera certainement.

 

Celui qui est pervers de coeur ne trouve pas le bien ; et celui qui use de détours avec sa langue tombe dans le mal (v. 20).

Le coeur pervers vient après le coeur hautain du v. 19. Ce verset sert de complément à 16:28, 30. Le coeur pervers aime le mal et ne trouvera jamais le bien qu’il a méprisé ; et celui qui manque de droiture dans ses discours, afin d’éviter les inconvénients que sa franchise pourrait lui susciter, tombe dans le mal qu’il voulait éviter. Cela appartient au gouvernement de Dieu dans ce monde.

 

Celui qui engendre un sot l’engendre pour son chagrin ; et le père d’un homme vil ne se réjouira pas (v. 21).

Ce passage me semble parler d’abord de la responsabilité de l’homme. Le père, quand il engendre un fils, doit le mettre immédiatement à l’école de la sagesse, comme ce livre nous l’enseigne. Mais ici l’homme engendre à son image, et ce qu’il engendre participe de sa nature. Il ne peut en sortir que du chagrin. Au chap. 10:1, nous voyons, cas très exceptionnel, qu’on peut être fils et être sot, ce qui cause du chagrin à la mère. Ici, il n’est pas question de telles relations, mais du simple fait d’avoir été engendré selon la nature. On ne peut trouver ni satisfaction, ni joie dans une descendance qui est celle de l’homme naturel (cf. 25).

 

Le coeur joyeux fait du bien à la santé, mais un esprit abattu dessèche les os (v. 22).

«Le coeur joyeux», un coeur qui peut se réjouir dans le bien produit, profite au corps. L’abattement d’esprit, provenant de ce qu’on se trouve sous le poids du mal, dessèche les fondements de notre être physique. Ceci est une maxime générale comme la précédente. Comparez ce passage avec 15:13.

 

Le méchant prend de son sein un présent pour faire dévier les sentiers du jugement (v. 23).

Complément du v. 8. Là, nous avions la valeur du présent pour celui qui le possède ; ici, l’usage que le méchant en fait. Il l’emploie pour corrompre le juge et pour faire aboutir le jugement à un résultat inique.

 

La sagesse est en face de l’homme intelligent, mais les yeux du sot sont au bout de la terre (v. 24).

L’homme intelligent selon Dieu a la sagesse en face de lui, comme son objet immédiat. Il ne se contente pas de la chercher, il la voit, l’associe à toute son existence, comme en faisant partie. Les yeux de l’insensé ne voient rien devant lui, ils sont attirés par des convoitises stériles qu’il ne pourra jamais atteindre. La sagesse était tout près de lui : Près de toi est la parole (Rom. 10:8) ; il l’ignore et poursuit ses chimères.

 

Un fils insensé (hébreu : Kesil) est un chagrin pour son père et une amertume pour celle qui l’a enfanté (v. 25).

Ce verset est la contrepartie de 15:20 et en même temps un complément du v. 21. Il ne s’agit plus ici des rapports selon la chair, mais du fils vis-à-vis de son père et de sa mère. Nous avons déjà fait ressortir ces relations aux chap. 10:1 ; 13:1 ; 15:20. On peut être né d’un père et d’une mère, possédant une autorité selon Dieu pour instruire leur fils dans les voies de la sagesse, et cependant être assimilé dans sa conduite et ses pensées au monde, volontairement éloigné des pensées de Dieu. On introduit ainsi le chagrin et l’amertume dans le coeur de ceux qui nous enseignent et nous aiment selon Dieu. Quel brisement de coeur pour ce fils insensé, lorsque, comme le fils prodigue, il revient à lui-même !

 

Il n’est pas bon de punir le juste et de frapper les nobles à cause de leur droiture (v. 26).

«Il n’est pas bon» : Prenez garde aux conséquences ! Punir le juste, c’est l’histoire d’Israël à l’égard de Christ. «Frapper les nobles» : exemple : la conduite des principaux à l’égard des disciples qui parlaient avec droiture (Actes 10:29-32).

Versets 27-28

Celui qui a de la connaissance retient ses paroles, et un homme qui a de l’intelligence est d’un esprit froid (v. 27).

Ce verset et le suivant se lient. La connaissance et l’intelligence appartiennent à la sagesse, comme nous l’avons vu souvent. Celui qui a de la connaissance retient ses paroles, sachant que dans leur «multitude la transgression ne manque pas» (comp. 10:19) ; celui qui est capable par l’intelligence de s’approprier les pensées de Dieu, ne s’échauffe ni sur ses propres pensées, ni sur celles des autres (Jacq. 1:19).

 

Même le fou qui se tait est réputé sage, — celui qui ferme ses lèvres un homme intelligent (v. 28).

Se taire donne même au fou l’apparence de la sagesse et de l’intelligence, faisant honte ainsi au grand nombre. Le sage est mis en garde ici contre l’apparence.

4.4.4       Résumé

Ce chapitre est composé de pensées détachées qui n’offrent que deux fois une liaison entre elles. Par contre, un grand nombre de ces pensées sont comme le complément de pensées exprimées au chap. 16, et de maximes contenues dans d’autres chapitres, ce qui en rend le Résumé impossible. Nous avons fait remarquer à la page 63 [note Bibliquest : 9° paragraphe des remarques préliminaires sur la deuxième partie de cette étude, chapitres 10-24] le but de ce désordre apparent.

4.4.5       CHAPITRE 18

Versets 1-5

Celui qui se tient à l’écart recherche ce qui lui plaît ; il conteste contre toute sagesse (v. 1).

Se tenir à l’écart, c’est se mettre, en vivant pour soi, à l’abri des difficultés, de la peine, de la nécessité d’un travail autre que celui qu’on a choisi ; c’est se séparer du commerce des hommes, au lieu de marcher, non pas avec, mais au milieu d’eux ; c’est rechercher ce qui nous plaît. On s’affranchit ainsi de devoirs et d’obligations. De fait, c’est l’égoïsme et l’indépendance, le principe même du péché. On conteste ainsi contre toute sagesse (ou plutôt «sain conseil», 2:7 ; 3:21), contre la dépendance, l’obéissance, le jugement de soi-même.

 

Le sot ne prend pas plaisir à l’intelligence, mais à ce que son coeur soit manifesté (v. 2).

Ce verset se lie au v. 1. Chercher ce qui nous plaît, c’est faire preuve d’ignorance, de non-compréhension des pensées de Dieu, que les Proverbes appellent «sottise». Aussi le sot ne peut-il prendre plaisir à l’intelligence qui est exactement le contraire des pensées de l’homme. Il ne peut que mettre au jour ce qu’il y a dans son coeur, égoïsme, propre volonté, indépendance.

 

Quand vient le méchant, le mépris vient aussi, et avec l’ignominie, l’opprobre (v. 3).

Quand le méchant entre en scène, il apporte avec lui le mépris des autres et l’opprobre qui s’attache à ceux qui reçoivent sa personne ignominieuse.

 

Les paroles de la bouche d’un homme sont des eaux profondes, et la fontaine de la sagesse est un torrent qui coule (v. 4).

Prenez garde aux paroles qui sortent de la bouche d’un homme ! Elles proviennent du coeur et dans le coeur se trouvent des eaux profondes où l’on peut puiser soit du mal, soit du bien (20:5). Au contraire, la fontaine de la sagesse coule à ciel ouvert ; la source s’élargit en torrent ; c’est un fleuve d’eau vive ; plus il coule, plus il s’élargit et s’approfondit, comme le fleuve d’Ézéchiel 47.

 

Ce n’est pas bien d’avoir acception de la personne du méchant pour faire frustrer le juste dans le jugement (v. 5).

«N’avoir pas acception de personnes» : combien souvent cela nous est dit de Dieu ! et combien le contraire, dit des hommes, est mauvais et blâmable — bien plus mauvais encore, quand l’on fait acception de la personne du méchant pour faire tort au juste dans le jugement et le priver de ses droits. Dieu saura les revendiquer et punir une telle iniquité.

Versets 6-12

Les lèvres du sot entrent en dispute, et sa bouche appelle les coups (v. 6).

Les lèvres sont toujours l’expression du coeur, ici l’expression de la folie du sot. Son manque de sagesse le fait entrer en dispute par les paroles qu’il prononce, et ces paroles ont pour suite la rixe et les coups qui n’épargnent pas celui qui a provoqué la querelle (19:29).

 

La bouche du sot est sa ruine, et ses lèvres sont un piège pour son âme (v. 7).

Se lie au v. 6. Le sot est condamné par ses paroles témoins de son ignorance et de son obstination ; il se ruine lui-même, car ses paroles le font tomber dans le piège.

 

Les paroles du rapporteur sont comme des friandises, et elles descendent jusqu’au dedans des entrailles (v. 8).

Se lie au v. 7. Comp. avec 16:28.

Il y a aussi les paroles malveillantes du rapporteur ; on aime à les entendre, on les accueille et on les goûte parce qu’elles conviennent à l’état du coeur naturel qui aime le mal. Ces rapports pénètrent celui qui les reçoit si profondément, qu’ils sont désormais bien difficiles à déloger.

 

Celui-là aussi qui est lâche dans son ouvrage est frère du destructeur (v. 9).

Se lie au v. 8. Ce ne sont pas les paroles et les rapports seuls qui détruisent, mais aussi la fainéantise, le laisser-aller quant à l’activité. Quel résultat peuvent-ils produire, si ce n’est la ruine ?

 

Le nom de l’Éternel est une forte tour ; le juste y court et s’y trouve en une haute retraite (v. 10).

Se lie au v. 9. Si les destructeurs accumulent des ruines sur leur chemin, il y a pour le juste une forte tour et une haute retraite où il se réfugie : le nom de l’Éternel, du Dieu qui nous a mis en relation avec Lui et nous protège contre tout danger... (voyez Ps. 71:3).

 

Les biens du riche sont sa ville forte, et comme une haute muraille dans son imagination (v. 11).

Se lie au v. 10... tandis que le riche s’imagine être, par ses biens, mis à l’abri de tout danger. Quelle illusion ! (voyez 10:15).

 

Avant la ruine le coeur de l’homme s’élève, et la débonnaireté va devant la gloire (v. 12).

Se lie au v. 11 (voyez 16:18 ; 15:33). On peut voir d’après ces citations la place que certains proverbes ou certaines de leurs parties occupent quand on a devant soi une suite de sentences qui forment un ensemble. Ici, malgré ses illusions (v. 11), la ruine arrivera sur cet homme, mais avant cela il s’était enorgueilli, et, nous le savons, l’orgueil va devant la ruine. Par contre, la débonnaireté — la douceur jointe à la bonté et à l’humilité — précède la gloire. Le moment est proche où le Seigneur Jésus Christ «transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire».

Versets 13-16

Répondre avant d’avoir entendu, c’est une folie et une confusion pour qui le fait (v. 13).

Suivre sa propre pensée, en ne tenant pas compte de celle des autres, faire par cela preuve de légèreté, de manque de réflexion, de confiance en soi, c’est bien le contraire de la sagesse : une folie, et cela tourne à confusion pour qui le fait, parce que ce que nous n’avons pas voulu entendre aurait réduit à néant notre opinion prématurée.

 

L’esprit d’un homme soutient son infirmité : mais l’esprit abattu, qui le supportera (ou le relèvera) ? (v. 14).

C’est l’esprit de l’homme qui soutient l’infirmité de son corps. Pour nous, chrétiens, «l’Esprit Saint nous est en aide dans notre infirmité», car nous attendons l’adoption, la délivrance de notre corps (Rom. 8:26). Si l’esprit de l’homme est abattu qui sera capable de le relever ? Pour nous, chrétiens, «Dieu console ceux qui sont abattus», et l’Esprit lui-même intercède par des soupirs inexprimables. Telle est la différence entre l’homme naturel et l’homme spirituel ou le chrétien.

 

Le coeur de l’homme intelligent acquiert la connaissance, et l’oreille des sages cherche la connaissance (v. 15).

Ce verset offre un contraste complet avec le précédent. Il s’agit ici non de l’esprit de l’homme naturel, mais de ce qui est propre à la sagesse et à l’intelligence, dons de Dieu à l’homme. C’est par le coeur que l’homme intelligent, qui s’approprie les pensées de Dieu, acquiert la connaissance. Cette connaissance ne peut être acquise par l’étude ou le raisonnement humain. Si l’affection pour le Seigneur n’est pas en jeu, toute connaissance sera stérile. En outre, pour acquérir la connaissance, il faut que le sage soit toujours prêt à entendre, à écouter la Parole, car la connaissance nous vient toujours des enseignements de la Sagesse. Les sages cherchent la connaissance et la reçoivent de ceux qui l’ont acquise, sans se fier à leur propre sagesse.

 

Le don d’un homme lui fait faire place et l’introduit devant les grands (v. 16).

Quand l’homme a quelque chose à donner, il trouve entrée auprès des autres : il est même introduit devant les grands. On ne fait pas cet honneur à celui qui demande. Cet homme pourrait être sans valeur, mais quand il apporte son don, les palais lui sont ouverts. Il ne faut pas dépendre des hommes ; il faut leur apporter pour être reçu (voyez encore 17:8, 23). Combien les hommes sont différents quand il s’agit de Dieu ! Dieu leur apporte sans rien leur demander ; ils le chassent, mais Lui ne se lasse pas de dire : «Demandez et il vous sera donné».

Versets 17-19

Celui qui est le premier dans son procès est juste ; son prochain vient, et l’examine (v. 17).

Le premier dans son procès est celui qui porte plainte. Il a donc raison ; c’est lui qui est le juste et il se fait rendre justice. Mais tout n’est pas fini. Il y a son prochain qui le connaît, mais ne peut être partial vu que le procès ne le concerne pas. Celui-là vient et en examine les pièces. C’est lui qui apprécie en dernier ressort si cet homme est réellement juste. Le caractère que les circonstances donnent à un homme n’a pas d’influence sur Celui qui scrute les coeurs et auquel rien n’échappe.

 

Le sort fait cesser les querelles et sépare les puissants (v. 18).

Voyez 16:33. Il y a dans le sort une puissance supérieure entièrement indépendante des hommes, à laquelle il faut qu’ils se soumettent. Dieu est dans le sort. Cette puissance est utile dans le gouvernement des hommes pour faire cesser les disputes et empêcher les grands d’en venir aux mains.

 

Un frère offensé est plus difficile à gagner qu’une ville forte, et les querelles sont comme les verrous d’un palais (v. 19).

Les v. 17-19 ne semblent guère se relier que par la pensée des procès et des querelles. Nous avons ici les querelles entre frères. L’affection blessée se replie sur elle-même et élève entre l’offensé et l’offenseur un rempart que l’on fait rarement tomber ; il faut un long siège d’amour pour vaincre le coeur blessé et le convaincre. Les querelles ferment comme des verrous l’accès, aux délices royales de l’intimité fraternelle.

Versets 20-21

Le ventre d’un homme est rassasié du fruit de sa bouche ; du revenu de ses lèvres il est rassasié (v. 20).

Voyez 12:14 ; 13:2.

L’activité dans la parole rassasie celui même qui la déploie. Il ne peut la présenter aux autres sans en être nourri lui-même. La parole est un revenu par lequel la vie est abondamment entretenue chez celui qui la présente. Appliquez cela au mal, vous pourrez en tirer des conséquences semblables.

 

La mort et la vie sont au pouvoir de la langue, et celui qui l’aime mangera de son fruit (v. 21).

Ce verset se lie au v. 20. La parole a le pouvoir de dispenser la mort ou la vie. Celui qui aime la parole mangera du fruit qu’elle apporte, car elle est un arbre de vie pour celui qui la reçoit (15:4). Pour celui qui méprise son témoignage elle est une odeur de mort pour la mort.

Versets 22-24

Celui qui a trouvé une femme a trouvé une bonne chose, et il a obtenu faveur de la part de l’Éternel (v. 22).

Voyez 19:14.

Il est douteux que ce verset ait quelque liaison avec le précédent. Dans ce cas, ce ne serait pas tout d’avoir trouvé la vie par la parole. L’homme a besoin d’une aide, d’une compagne dans le chemin de la vie. En la trouvant il a obtenu une faveur de l’Éternel.

 

Le pauvre parle en supplications, mais le riche répond des choses dures (v. 23).

Encore une sentence, mais combien triste, sur la parole. Au moins le pauvre parle en supplications. Dieu les trouve agréables et y répond, mais que le pauvre n’espère pas dépendre du riche. Ce n’est pas de ce côté-là qu’il trouvera pitié, aide et secours. Y perdra-t-il ? La sentence ne va pas plus loin, mais d’autres paroles nous montrent ce que Dieu pense de celui «qui a méprisé le pauvre» et que Dieu lui-même s’est fait pauvre pour nous enrichir.

 

L’homme qui a beaucoup de compagnons va se ruinant, mais il est tel ami plus attaché qu’un frère (v. 24).

Voyez 17:17.

Le verset précédent nous a montré le pauvre isolé. Dieu est sa seule ressource. Celui-ci nous montre le riche entouré de compagnons avides qui mangent son bien. Heureux celui qui possède un ami ! Chose précieuse entre toutes. Il est plus attaché qu’un frère. Tel fut Jonathan pour David. Nous chrétiens, nous connaissons cet ami, et bien plus, il n’a pas pris à honte de nous appeler ses frères !

4.4.6       Résumé

À côté de proverbes isolés, ce chapitre offre quelques suites importantes de sentences : versets 6-12 : Les avantages et les désavantages des paroles et le moyen d’échapper au destructeur. Versets 17-19 : Les procès et les querelles. Versets 20-21 : Le pouvoir de la parole. Comme toujours, les sentences détachées ne comportent pas un résumé.

4.4.7       CHAPITRE 19

Versets 1-29

Mieux vaut le pauvre qui marche dans son intégrité, que celui qui est pervers de lèvres et qui est un sot (v. 1).

Le v. 23 du chap. 18 introduit la question du pauvre traitée plus spécialement dans ce chapitre. Avantage du pauvre quand il marche dans son intégrité, sur celui dont les discours sont pervers et qui est étranger aux pensées de Dieu. L’intégrité se trouve toujours dans le chemin de la Sagesse. Le pauvre ne possède rien extérieurement, mais son coeur a l’entière approbation de Dieu ; c’est la vraie sagesse, en contraste avec la folie qui dévoile par ses discours ce qui est dans le coeur.

 

De même, le manque de connaissance dans une âme n’est pas une bonne chose, et celui qui se hâte de ses pieds bronche (v. 2).

Le manque de connaissance chez le sot (voyez v. 1) n’est pas une bonne chose, tandis que le pauvre a la bonne part en marchant dans le chemin de la sagesse. Ce manque de connaissance conduit à une marche marquée par des chutes ; la connaissance, au contraire, a une marche réfléchie qui évite le péché.

 

La folie de l’homme pervertit sa voie, et son coeur s’irrite contre l’Éternel (v. 3).

Ce verset continue à s’occuper de la marche. Dieu place un chemin devant l’homme, sa folie le change en un mauvais chemin. C’est le contraire d’une marche intègre, mais au lieu de se juger, l’homme accuse Dieu de l’y avoir conduit.

 

Les richesses font beaucoup d’amis, mais le pauvre est séparé de son ami (v. 4).

Voyez 14:20.

Les riches ont beaucoup d’amis ; on voit, 18 : 24, où cela mène, mais le chemin du pauvre le sépare de celui même sur lequel il croyait pouvoir le plus compter. On voit dans ce même v. 24 du chap. 18 l’ami qui lui reste, et que nous trouvons en Christ.

 

Le faux témoin ne sera pas tenu pour innocent et celui qui profère des mensonges n’échappera point (v. 5).

Voyez v. 9.

Voyez 14:5, 25. Je serais disposé à voir dans ce verset un lien avec les précédents. Le pauvre a aussi affaire aux faux témoins et aux mensonges. Il en fut ainsi de Christ. Le jour arrivera où ils seront reconnus coupables et n’échapperont pas. Remarquez la répétition de ce même passage au v. 9.

 

Beaucoup de gens recherchent la faveur d’un noble, et chacun est ami d’un homme qui donne (v. 6).

Voyez 18:16.

Ceci est toujours en contraste avec le pauvre comme on le voit au verset suivant. On recherche, pour les avantages matériels qu’ils procurent, la faveur de ceux qui sont haut placés et généreux.

 

Tous les frères du pauvre le haïssent ; combien plus ses amis s’éloigneront-ils de lui ! Il les poursuit de ses paroles... ils n’y sont plus ! (v. 7).

Quel contraste ! Haï de ses frères, abandonné de ses amis (cf. v. 4), le pauvre reste seul. Il fait appel, à leur pitié ; pas de réponse ; ils sont évanouis ! Lui, reste dans un isolement absolu ! N’est-ce pas le : «Il n’y a eu personne» du Ps. 69 ?

 

Celui qui acquiert du sens aime son âme ; celui qui garde l’intelligence, c’est pour trouver le bonheur (v. 8).

Cette sentence est remarquable entre le v. 7 et le v. 9. Il s’agit ici d’acquérir du sens et de garder l’intelligence, deux choses que seule la sagesse peut donner, pour trouver le bonheur et le bien de son âme. Dans ce monde tout tend à nous faire perdre ces choses, car ce que nous y rencontrons (v. 1-7) les contredit. Aussi la Parole nous enseigne : «Bienheureux celui qui comprend le pauvre ! Au mauvais jour, l’Éternel le délivrera» (Ps. 41:1).

 

Le faux témoin ne sera pas tenu pour innocent, et celui qui profère des mensonges périra (v. 9).

Cette répétition du v. 5 acquiert ici tout son sens. Au v. 8 le pauvre a les intelligents, les fils de la sagesse, avec lui ; ils sont bienheureux. Ceux qui se sont élevés contre lui en faux témoignage périront.

 

Une vie de délices ne sied pas à un sot ; combien moins sied-il à un serviteur de gouverner des princes ? (v. 10) 

Le v. 1 nous a parlé du sot, pervers dans ses discours : il nous est présenté ici entouré du raffinement de la vie, prospère dans ses circonstances extérieures. Ces délices forment un piteux contraste avec l’ignorance qui caractérise cet homme. Ne pas oublier que nous ne sortons jamais dans ce livre des circonstances et des bénédictions terrestres. Elles appartiennent à la sagesse (8:18). Il est encore moins convenable de voir celui qui occupe la position abjecte d’un serviteur s’élever et prendre une place orgueilleuse au-dessus de ceux qui sont élevés en dignité. Notre seule place à nous, est celle du renoncement et de l’humilité.

 

La sagesse de l’homme le rend lent à la colère ; et sa gloire c’est de passer par-dessus la transgression (v. 11).

Nous trouvons ici un contraste avec le v. 10. La sagesse consiste non à vivre dans les délices, mais à réprimer les mouvements naturels du coeur et à imiter le caractère de l’Éternel lui-même. (Ex. 34:6). Sa gloire est, non de dominer, mais de faire grâce, de passer par-dessus la transgression. Ainsi le sage se domine lui-même, est plein de grâce envers les autres (14:29 ; 10:12).

 

La colère d’un roi est comme le rugissement d’un jeune lion, mais sa faveur, comme la rosée sur l’herbe (v. 12).

Cependant il y a une colère devant laquelle il faut trembler (comp. 20:2), celle du roi, de Salomon, de Christ. Telle la colère de Salomon sur Adonija et sur Joab (1 Rois 2). Telle la colère de Christ (Ps. 2:12). Mais sa faveur a un caractère céleste, elle est comme la rosée sur l’herbe, que le soleil fera grandir ensuite (Comp. 16:15 2 Sam. 23:4).

 

Un fils insensé (sot, hébreu : Kesil) est un malheur pour son père, et les querelles d’une femme sont une gouttière continuelle (v. 13).

Voyez 27:15 ; 17:25.

Nous trouvons ici pour la seconde fois les conséquences de l’ignorance et de l’obstination du fils pour le coeur du père (17:21), dont toute la joie est d’élever ce fils dans le chemin de la sagesse (10:1). Par le fils insensé le malheur entre dans la famille. Il en est de même de l’esprit de querelle chez la femme (elle n’est pas appelée ici «la mère») placée dans la maison comme l’aide de son mari et devant y donner l’exemple de la soumission, et de la dépendance qui s’oublie pour faire ressortir l’autorité du père. Cet esprit de querelle gâte tout, introduit le désordre dans l’organisation de la maison et ne laisse aucun repos à celui qui la dirige.

Cette sentence se meut dans l’ordre de pensées qui caractérise ce chapitre. Cependant, comme au chap. 17:25, elle introduit un paragraphe nouveau dans la suite des idées.

 

Maison et richesse sont l’héritage des pères, mais une femme sage vient de l’Éternel (v. 14).

Cette sentence se lie à celle du v. 13. Il y a des bénédictions terrestres, honneurs et richesse qui, dans les Proverbes, sont la récompense de la sagesse des pères. Ces choses peuvent être héritées par le sot et l’insensé, comme nous l’avons vu dans ce chapitre. La sagesse ne s’hérite pas, elle est un don de l’Éternel. La femme sage gouverne son domaine, la maison.

 

La paresse fait tomber dans un profond sommeil, et l’âme négligente aura faim (v. 15).

Il faut de l’activité et de la vigilance pour conserver l’héritage du père. La paresse fait tomber dans un état de torpeur ; on néglige ses intérêts ; le bien acquis disparaît et l’on est la proie de la famine. Sentence bien applicable à la conservation des biens spirituels. La diligence les augmente ; la paresse nous fait perdre même ceux dont nous avions hérité.

 

Celui qui garde le commandement garde son âme ; celui qui ne veille pas sur (ou qui méprise) ses voies mourra (v. 16).

Voyez 16:17.

La sagesse consiste dans l’obéissance au commandement divin et dans ce chemin notre vie est conservée ; mais si nous ne veillons pas sur nos voies, si nous les tenons comme chose sans importance, la mort sera la suite de cette négligence. Cela est tout aussi vrai de l’obéissance et de la vigilance chrétiennes.

 

Qui use de grâce envers le pauvre prête à l’Éternel, et il lui rendra son bienfait (v. 17).

Comme dans tout ce qui précède, nous avons ici les voies du fils de la Sagesse. Il ne s’agit pas seulement pour lui de veiller sur lui-même, mais d’user de grâce envers le pauvre, le nécessiteux, que le monde méprise ; de montrer de l’amour à ceux que Dieu aime. Agir ainsi c’est «prêter à l’Éternel». Il nous le rendra avec les intérêts.

 

Corrige ton fils tandis qu’il y a de l’espoir, mais ne te laisse pas aller au désir de le faire mourir (v. 18).

Nous rentrons ici dans la question de la discipline du père envers le fils. Il peut arriver un moment où l’obstination du fils fait perdre tout espoir ; dans ce cas le père doit être gardé de dépasser les dernières limites, de se laisser aller à des pensées de mort et de vengeance. La discipline étant inefficace, le reste doit être laissé à Dieu. Toute l’histoire d’Absalom est très instructive sous ce rapport.

 

Celui qui est très colère en portera la peine car si tu le délivres tu devras recommencer (v. 19).

Chez le père qui est mis en garde au v. 18, la colère peut provenir d’un caractère qui ne sait pas se maîtriser. Il y a, aussi envers le père, une discipline dont il aura à porter la peine. Un autre peut intervenir pour le délivrer des suites de sa colère, mais étant porté à se laisser aller d’habitude à tous les mouvements de la passion, les mêmes faits se reproduiront et toute la peine sera perdue (v. 11).

 

Écoute le conseil et reçois l’instruction, afin que tu sois sage, à ta fin (v. 20).

Voyez 12:15.

Toutes les choses qui sont recommandées dans ces versets sont le conseil et l’instruction qui font partie de la sagesse. Elles seront pleinement acquises au fils de la sagesse, quand, à sa fin, il sera arrivé au bout de ses expériences.

 

Il y a beaucoup de pensées dans le coeur d’un homme ; mais le conseil de l’Éternel, c’est là ce qui s’accomplit (v. 21).

Quelle vanité que celle des pensées de l’homme le plus capable, le plus intelligent ! La seule chose qui s’accomplira, c’est ce que Dieu s’est proposé ; tout le reste n’aboutit à rien. Le seul homme qui réussisse dans ses voies est celui qui marche dans une humble dépendance de la volonté de Dieu, n’ayant d’autre volonté que la Sienne. Voyez 16:9, une pensée analogue.

 

Ce qui attire dans un homme, c’est sa bonté ; et le pauvre vaut mieux que l’homme menteur (v. 22).

Voyez v. 1.

Cette pensée reste dans le sens général de ce chapitre déjà indiqué au v. 1. Comme on peut trouver chez le pauvre l’intégrité, on peut trouver chez lui la bonté, car la bonté ne va pas sans la droiture. Le juste a beau être pauvre ; on trouvera plus de ressources chez lui que chez l’homme menteur. Devons-nous ajouter que tout homme est menteur, sauf le juste ?

 

La crainte de l’Éternel mène à la vie, et on reposera rassasié sans être visité par le mal (v. 23).

Il est à peine nécessaire de noter le rôle de la crainte de l’Éternel dans tous ces derniers chapitres. Voyez 14:26, 27 ; 15:16, 33 ; 16:6. Tout ce dont ce chapitre nous parle a cette crainte pour origine. Cette dernière provient du fait que l’homme se trouve dans la lumière de Sa présence. Alors il a horreur du mal et a trouvé en Dieu le bien parfait. C’est le chemin de la vie. L’âme a trouvé le repos, elle est rassasiée, et le mal ne peut entrer là où elle se trouve, si du moins elle n’abandonne pas le chemin que lui trace la sagesse.

 

Le paresseux enfonce sa main dans le plat, et il ne la ramène pas à sa bouche (v. 24).

Voyez 26:15.

Le v. 15, après avoir parlé d’activité, nous met en garde contre la paresse. Notre verset la mentionne de nouveau après avoir présenté au v. 23 le repos et le rassasiement que la crainte de l’Éternel nous procure. Mais il ne s’agit nullement d’inactivité. Jamais la paresse ne rassasiera. Elle ne sait pas même ramener la nourriture à sa bouche quand elle a enfoncé la main dans le plat. Nous en reparlerons au chap. 26:15.

 

Frappe le moqueur, et le simple deviendra avisé ; corrige l’homme intelligent, et il comprendra la connaissance (v. 25).

Le moqueur tient la parole de Dieu comme nulle et non avenue. Il ne nous est jamais présenté comme susceptible de devenir un enfant de la sagesse. Dieu se moque de celui qui se moque de Lui. Par contre le simple auquel les pensées de Dieu sont inconnues, amené en contact avec la vérité, peut devenir un fils de la Sagesse et être avisé, c’est-à-dire choisir le chemin de la vie pour le suivre. Le jugement tombé sur les impies est un puissant moyen de lui ouvrir les yeux. Par contre l’homme intelligent, capable comme fils de la Sagesse, de comprendre les pensées de Dieu, quand il passe sous la correction et la discipline, les appréciera de plus en plus.

 

Celui qui ruine son père et chasse sa mère est un fils qui fait honte et apporte l’opprobre (v. 26).

Ceci est la forme la plus terrible du mal parmi celles qui sont énumérées depuis le v. 24 et le seront encore jusqu’au v. 28. Il ne reste plus ici que la forme des relations de famille, mais les «temps fâcheux» sont arrivés. Celui qui porte encore le nom de fils, mais n’en a plus que l’apparence, n’est pas seulement désobéissant, mais ingrat, sans piété, sans affection naturelle, implacable (2 Tim. 3:2-3). Quelle honte ! Quel opprobre ! «Détourne-toi,» est-il dit, «de telles gens !»

 

Mon fils, cesse d’écouter l’instruction qui fait errer loin des paroles de la connaissance (v. 27).

Par contre, cette parole est adressée au fils de la Sagesse, mais il y a une instruction à laquelle il semble prêter l’oreille et qui tout en ayant le nom d’instruction de la sagesse, a pour but d’égarer ceux qui l’écoutent et de les éloigner des paroles qui nous apportent les pensées de Dieu. Combien cet avertissement est de saison dans les jours que nous traversons !

 

Un témoin de Bélial se moque du juste jugement et la bouche des méchants avale l’iniquité (v. 28).

Après les doctrines d’erreur au v. 27, nous avons ici le témoin satanique qui vient déclarer qu’il n’y a pas d’appréciation divine de ce qui se passe. Cette iniquité convient au méchant qui l’avale comme on avale de l’eau (Job 15:16).

 

Les jugements sont préparés pour les moqueurs, et les coups pour le dos des sots (v. 29).

Voyez 10:13 ; 26:3.

Telle est la fin de toutes les iniquités qui sont énumérées ici. Il n’y a aucune rémission pour les moqueurs dont nous avons déjà défini le caractère. Le jugement est préparé pour eux, comme «Topheth est préparé depuis longtemps» (És. 30:33). Les sots, les ignorants obstinés, recevront un châtiment moins sévère. Y aurait-il encore quelque espoir pour eux ?

4.4.8       Résumé

Toutes les pensées se lient dans ce chapitre d’une manière encore beaucoup plus remarquable qu’au chap. 16. Notez surtout la place qu’occupe le pauvre, le rôle de la crainte de l’Éternel, l’instruction de la sagesse qui met le fils à l’abri des dangers, enfin, dans les derniers versets le développement de toutes les formes du mal qui se terminent par un jugement sans rémission.

4.4.9       CHAPITRE 20

Versets 1-30

Le vin est moqueur, la boisson forte est tumultueuse, et quiconque s’y égare n’est pas sage (v. 1).

Ce verset peut être joint au v. 29 du chap. 19. C’est pour les moqueurs que le jugement est préparé. Or le vin enfante précisément ce moqueur que le jugement détruira. S’y égarer est folie, puisque c’est là que le vin aboutit. La moquerie et le tumulte sont le contraire de la Sagesse dont les Proverbes sont le code.

 

La terreur du roi est comme le rugissement d’un jeune lion : qui l’irrite pèche contre sa propre âme (v. 2).

Voyez 19:12.

Il est plusieurs fois question du Roi dans ce chapitre et au v. 1 du chapitre suivant, et cela à des points de vue divers. Ce verset est comme un corollaire et une répétition de la première partie de 19:12. La terreur que le roi inspire est ici seule mise en question. Il est nécessaire de montrer le danger que court celui qui irrite le roi, car il pèche contre sa propre vie. Cela nous reporte au règne de Christ (Ps. 2:12), comme tous ces passages qui ont un rapport prochain et typique avec le règne de Salomon.

Notons en passant l’immense erreur des Commentateurs qui voient dans les Proverbes un recueil de sentences détachées, mélangées au hasard et assimilables à des maximes ordinaires et n’y reconnaissent ni le chemin de la Sagesse divine qu’elle trace à ses fils au milieu d’un monde méchant, ni les caractères de la Royauté future de Christ dont Salomon n’est que le type. Le chemin dont nous parlons ne dépasse pas, il est vrai, les bénédictions terrestres promises au peuple juif et ne porte pas les regards de la foi plus loin que les privilèges du Royaume de Dieu sur la terre ; mais il n’en exige pas moins une vie nouvelle (Jean 3:5) communiquée à ceux qui sont engendrés par la Sagesse et ont acquis par là le droit d’être appelés ses fils.

 

C’est la gloire d’un homme de s’abstenir des contestations, mais chaque fou s’y engage (v. 3).

Il y a quelque liaison entre ce verset et le verset 1. Le moyen de s’abstenir des contestations est d’être sobre quant aux choses qui enivrent, pensée profonde qui s’applique pour nous à toutes les choses par lesquelles le monde cherche à nous attirer pour nous enlever la jouissance de la communion avec le Seigneur. Les contestations, quelles qu’elles soient, sont toujours le fruit de la chair qui a abandonné le chemin de la sagesse et par conséquent la jouissance de la présence de Dieu. En effet, «chaque fou s’y engage».

 

À cause de l’hiver, le paresseux ne laboure pas : lors de la moisson il mendiera et n’aura rien (v. 4).

Au début de l’hiver quand, après les récoltes faites, vient le temps du labour, le paresseux invoque la mauvaise saison pour s’abstenir du travail ; à la moisson suivante il sera réduit à la pénurie et son champ ne lui fournira rien. Quel contraste avec l’épître de Jacques (5:7) à laquelle les Proverbes nous ramènent si souvent !

 

Le conseil dans le coeur d’un homme est une eau profonde, et l’homme intelligent y puise (v. 5).

Voyez 18:4.

Le conseil dans le coeur, c’est un coeur réfléchi, pesant ce qui convient à Dieu et aux hommes. Il ne l’a pas sur la langue, mais l’intelligent y puise et, dans les Proverbes, l’intelligent est toujours le fils de la Sagesse. En y pensant, il trouve que ces eaux font partie des «eaux profondes» du pays de la promesse (Deut. 8:7). Il y puise les décisions, les directions pour la marche et pour la manière de se conduire d’une manière digne de Dieu. Ce conseil est aussi ce que le fils trouve dans l’instruction du père et dans celle de la Sagesse (8:14).

 

Nombre d’hommes proclament chacun sa bonté ; mais un homme fidèle, qui le trouvera ? (v. 6) 

«Nul n’est bon que Dieu seul», mais qu’il est grand le nombre de ceux qui proclament leur bonté ! Ils affichent extérieurement ce titre au moyen de ce que le monde appelle de «bonnes oeuvres», mais Dieu sonde leurs coeurs et sait ce qu’ils contiennent. Quelle est donc leur ignorance de ce qu’est l’homme ! — «Mais un homme fidèle, qui le trouvera ?» La fidélité pas plus que la bonté n’est trouvée dans le coeur de l’homme. Celui qui est né de Dieu est appelé fidèle, car il a part au caractère du Dieu fidèle. Il est appelé à déployer cette fidélité en gardant le dépôt que Dieu lui a confié.

 

Le juste marche dans son intégrité ; heureux ses fils après lui ! (v. 7)

Contrepartie du verset précédent. On trouve ici l’homme juste par l’oeuvre de Dieu ; il se sépare du mal. Son intégrité est sa force. Il est l’homme heureux et sa récompense est le bonheur des fils qui lui succèdent.

 

Le roi siège sur le trône du jugement ; il dissipe tout mal par son regard (v. 8).

Ce n’est plus la colère du roi comme au v. 2, mais le roi, présidant sur son trône au gouvernement de son royaume. Un regard de lui suffit, car il discerne tout, pour que tout mal soit dissipé. Aucun mal ne peut se tenir devant lui. C’est la bénédiction millénaire sous le règne de Christ.

 

Qui dira : J’ai purifié mon coeur, je suis net de mon péché ? (v. 9) 

Voyez 1 Jean 1:8. Il n’est aucunement au pouvoir de l’homme de purifier son coeur. Il devra dire : «Purifie-moi du péché avec de l’hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai plus blanc que la neige». Il pourra dire : «Je t’ai fait connaître mon péché... et toi, tu as pardonné l’iniquité de mon péché». (Ps. 51 ; Ps. 32).

Les v. 6 à 9 ont ensemble quelque lien.

 

Poids et poids, épha et épha, sont tous deux en abomination à l’Éternel (v. 10).

Voyez v. 23.

Ce qui est en abomination à l’Éternel n’est pas ici la fausse balance, mais d’avoir deux poids et deux mesures d’estimation ; et, au moral, quand il s’agit de juger soit les autres, soit nous-mêmes. «Tu n’auras pas dans ton sac deux poids différents, un grand et un petit ; tu n’auras pas dans ta maison deux éphas différents, un grand et un petit. Tu auras un poids exact et juste, tu auras un épha exact et juste, afin que tes jours soient prolongés sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne. Car quiconque fait ces choses, quiconque pratique l’iniquité, est en abomination à l’Éternel, ton Dieu». (Deut. 25:13-16). Or voici ce qui arrive dans le monde ; on juge selon ses intérêts, on a un poids léger pour ses propres fautes et lourd pour les fautes d’autrui ; on ne donne pas en proportion de ce qu’on a reçu et autres choses semblables (Voyez encore 11:1 ; 16:11).

 

Même un jeune garçon se fait connaître par ses actions, si sa conduite est pure et si elle est droite (v. 11).

La pureté et la droiture dans la conduite n’ont rien à faire avec l’amélioration ou le développement graduel de la nature humaine. Elles sont le fruit de la nature divine communiquée à l’homme. Dès la tendre enfance cette nature, si elle existe, se manifestera par des actes. Tel Joas au commencement de son règne (2 Rois 12:2) ; tel aussi Samuel enfant.

 

Et l’oreille qui entend, et l’oeil qui voit, l’Éternel les a faits tous les deux (v. 12).

Les hommes peuvent avoir des oreilles pour ne pas entendre et des yeux pour ne pas voir — c’est la suite du péché. Mais Dieu ouvre les oreilles et les yeux qu’il a créés lui-même ; c’est comme une seconde création. Cette pensée est en rapport avec celle du verset précédent.

 

N’aime pas le sommeil, de peur que tu ne deviennes pauvre, ouvre tes yeux et rassasie-toi de pain (v. 13).

Cette pensée se lie à celle du v. 12. On peut aimer à tenir fermés pour le sommeil les yeux que Dieu a ouverts. La vigilance manque, et que ce soit au physique ou au moral, l’homme s’appauvrit. Veiller est le moyen de s’enrichir et d’être rassasié. Tout enfant de Dieu est responsable de ce côté-là. «Réveille-toi, toi qui dors, et relève-toi d’entre les morts, et le Christ luira sur toi».

 

Mauvais, mauvais ! dit l’acheteur ; puis il s’en va et se vante (v. 14).

On trouve aussi dans le monde ceux qui sont actifs pour acquérir. En vue de faire une bonne affaire, ils déprécient ce qu’on leur offre, puis s’en vont et se vantent de l’avoir eu pour rien. Ils se vantent de leur honte, car ils ont menti.

 

Il y a de l’or et beaucoup de rubis ; mais les lèvres de la connaissance sont un vase précieux (v. 15.).

Cette pensée se lie à la précédente. Il y a beaucoup de richesses à acquérir, mais la bouche de la sagesse qui profère les paroles de la connaissance, de la pleine révélation des pensées de Dieu, cette bouche contient toutes les richesses, richesses qui se donnent et ne s’achètent pas (voyez 3:14 ; 8 :11).

 

Prends son vêtement, car il a cautionné autrui ; et prends de lui un gage, à cause des étrangers (v. 16).

Voyez 27:13, Voyez encore 6:1-5 ; 11:15 ; 17:18 ; 22:26.

L’arbitre juge cet homme sans miséricorde. Il a compté sur l’avenir qui ne lui appartient pas, sur l’homme qui ne mérite aucune confiance. S’il ne peut s’acquitter, qu’on prenne de lui un gage. Les étrangers (terme douteux) verront qu’il n’y a pas deux mesures quand il s’agit du peuple de Dieu.

 

Le pain du mensonge est agréable à l’homme, mais ensuite sa bouche est pleine de gravier (v. 17).

Nous avons ici le jugement de la fausseté dont la conséquence ne nous était pas apparue au v. 14. Il peut sembler agréable à l’homme de se procurer par le mensonge ce qu’il lui faut ou ce qu’il désire. Ce qu’il aura acquis ainsi ne lui profitera de rien, mais, bien plus, deviendra plus tard un obstacle à la jouissance des biens ordinaires de la vie (Lament. 3:16).

 

Les plans s’affermissent par le conseil ; et fais la guerre avec prudence (v. 18).

Le conseil est une eau profonde (voyez v. 5). Pour nous ce conseil est la parole de Dieu. C’est là qu’il nous faut aller puiser pour affermir nos desseins. Ces plans peuvent être selon Dieu, mais contenir des éléments humains qui les feraient échouer, s’ils ne passaient d’abord au crible du «conseil». Il s’agit ici de plans de guerre, car nous avons continuellement à tenir tête à l’ennemi. La témérité dans la lutte est un signe de confiance en soi. La Parole nous enseigne à la fois le courage et la prudence qui ne donnent pas prise à l’adversaire.

 

Qui va rapportant révèle le secret ; aussi ne te mêle pas avec le bavard (v. 19).

Voyez 11:13.

Un des caractères du manque de prudence est de rapporter, de babiller, de révéler ainsi des secrets qui ne devraient pas être divulgués. Rien n’est plus pernicieux et ne ruine davantage la meilleure cause. Veillons donc soigneusement à nous tenir à l’écart du bavard.

 

Qui maudit son père et sa mère, sa lampe s’éteindra dans le sein des ténèbres (v. 20).

Voyez Matt. 15:4 ; Marc 7:10.

Ceci est la plus flagrante opposition au premier commandement avec promesse (Éph. 6:2). Il y a malédiction prononcée sur celui qui méprise son père et sa mère (Deut. 27:16), mais celui qui les maudit est condamné à mort (Ex. 21:17 ; Lévit. 20:9). Rien n’est plus affreux qu’un tel état d’âme. Quel endurcissement, quelle méchanceté, quelle folie, quel éloignement de Dieu ! Maudire ceux qui nous ont engendrés et qui sont ordonnés de Dieu pour conduire par leur expérience leur fils dans le chemin de la Sagesse, dans le seul chemin du bonheur ! Ce n’est pas seulement mépriser les liens naturels institués de Dieu, c’est rejeter la Sagesse, rejeter Dieu lui-même ! La fin d’un tel homme est terrible. Ce n’est pas seulement qu’il tombera sous le coup de la loi et sera jugé et condamné à mort par elle. Toute lumière s’éteindra pour lui ; il sera condamné aux ténèbres de dehors et y sera plongé à toujours.

 

L’héritage acquis avec hâte au commencement, ne sera pas béni à la fin (v. 21).

Il semble qu’il s’agisse moins ici d’un héritage mal acquis, que de la hâte mis à s’emparer de son héritage légitime, d’une avidité qui est toujours au détriment de quelqu’un. Les jalousies, les animosités naissent, par cette hâte, dans le coeur de ceux qui s’estiment lésés et laissent souvent leurs traces pour la vie, en sorte que cet homme ne trouve aucune bénédiction à la fin.

 

Ne dis point : Je rendrai le mal. Attends-toi à l’Éternel et il te sauvera (v. 22).

Il semble que l’on entend encore ici le «conseil» du v. 5. Interrogé, il répond. Celui qui est sage devra souffrir dans ce monde. Doit-il s’opposer à ceux qui lui font du mal ? Quand même il s’agirait de tout perdre, s’attendre à l’Éternel est la seule chose à faire. Le salut est entre ses mains et Il le donnera à ceux qui lui appartiennent. Ce principe se retrouve à chaque page des Psaumes, où les croyants de la grande tribulation remettent la vengeance à l’Éternel et sont eux-mêmes délivrés. Le principe chrétien est bien supérieur à celui-là, car le croyant y fait appel à la grâce. Cependant la grâce est loin d’être absente, dans les Proverbes, des voies d’un «fils de la sagesse» (25:21-22).

 

Poids et poids est en abomination à l’Éternel, et la fausse balance n’est pas une chose bonne (v. 23).

Voyez v. 10 ; 16:11 ; 11:1 ; Lévit. 19:36.

Dieu lui-même n’a pas deux mesures pour juger. Tu fais le mal, tu es condamné. Tu rends le mal, tu es condamné. Tu n’as pas plus que ton ennemi le droit de laisser la chair agir. Dans ce cas, tu en porteras les conséquences. L’Éternel hait le double poids et déclare la fausse balance mauvaise. La seule bénédiction possible est pour toi dans la dépendance. Ainsi s’explique la répétition de ce passage.

 

Les pas de l’homme viennent de l’Éternel ; et comment un homme comprendrait-il sa propre voie ? (v. 24) 

Voyez 16:9.

Toutes les voies de l’homme, les plus hostiles à Dieu, aboutissent à ce que chacun de ses pas concourt, sans qu’il le sache, à l’accomplissement de la volonté de Dieu, et conduit à un but voulu de Lui. L’homme, lui, ne peut comprendre où mène sa propre voie. Celle de Dieu est dans le sanctuaire où l’homme ne peut pénétrer ; elle est dans la mer, où l’homme n’a pas de chemin (Psaume 77:13, 19).

 

C’est un piège pour l’homme que de dire précipitamment : Chose sainte ! — et, après des voeux, d’examiner (v. 25).

Dire : «Chose sainte !» c’est mettre à part quelque chose pour l’Éternel. Le dire précipitamment, c’est parler ainsi sans avoir calculé les conséquences. Ce fut, hélas ! le cas du voeu de Jephthé (Juges 11:30). Au lieu de s’humilier, il se sentit lié par ce voeu téméraire. Un second piège, c’est, après le voeu, d’examiner. On revient sur ce dont on s’était séparé, sans avoir calculé, comme celui qui bâtit sa tour, si l’on avait assez de ressources pour faire face à la dépense. On reprend possession de ce à quoi l’on avait renoncé, et l’on montre ainsi, à sa confusion, que ces choses avaient plus de poids pour le coeur que le service du Seigneur.

 

Un roi sage disperse les méchants et ramène sur eux la roue (v. 26).

Le moi «disperser» (Zarah) est le même que «vanner», És. 41:16 ; Jér. 4:11 ; 15:7. Le mot «roue» signifie la roue du chariot par laquelle le blé est broyé (És. 28:27-28). Ces deux termes ont rapport au travail agricole sur l’aire.

Nous avons vu au v. 2 la colère du roi, au v. 8 sa justice, ici sa sagesse et nous verrons encore sa bonté au v. 28. Sa sagesse consiste à disperser les méchants comme la balle séparée du blé, afin qu’ils n’habitent pas avec les justes. Elle consiste aussi à ramener sur eux la roue du chariot pour écraser la paille et en délivrer le bon grain. Tel sera le gouvernement du vrai Roi quand il établira son règne ; tel était dans une faible mesure le règne de Salomon.

 

L’esprit de l’homme est une lampe de l’Éternel ; il sonde toutes les profondeurs du coeur (v. 27).

L’esprit de l’homme est différent de celui de «la bête qui descend en bas dans la terre» (Éccl. 3:21). Il est une lampe allumée par l’Éternel pour sonder les profondeurs de l’être intime de l’homme. L’homme, tel qu’il est depuis la chute, a une conscience et cette conscience est une lumière que Dieu promène dans son intérieur. Il ne s’agit pas ici de ce que l’homme en fait, mais de ce qu’elle fait dans l’homme ; car l’homme peut chercher à se la cacher, à l’endurcir, à l’éteindre même. Toute autre est la vraie lumière, Christ, qui venant au monde éclaire tout homme, qui dévoile tout, car il est la vérité (ce que n’est ni l’esprit de l’homme, ni sa conscience) et la grâce qui apporte le salut.

 

La bonté et la vérité préservent le roi, et il soutient son trône par la bonté (v. 28).

Ce qui a caractérisé le Seigneur venant ici-bas comme homme, le caractérisera aussi comme roi. Il est dit de Lui : «La grâce est répandue sur tes lèvres», et encore : «Mène en avant ton char, à cause de la vérité et de la débonnaireté et de la justice ; et ta droite t’enseignera des choses terribles» ; et encore : «Tu as aimé la justice et... haï la méchanceté». (Ps. 45). Toutes ces choses, les Proverbes nous les disent du Roi selon le coeur de Dieu (16:12, 14, ainsi que tous les passages de notre chapitre, voyez v. 26), mais ce que nous trouvons ici c’est que ce sera par la bonté qu’il soutiendra son trône.

 

L’ornement des jeunes gens c’est leur force ; et la gloire des vieillards ce sont les cheveux blancs (v. 29).

Voyez 16:31.

Il y a différentes qualités qui se lient aux différents degrés de développement physique et spirituel de l’homme. Jean écrit aux jeunes gens parce qu’ils sont forts. Cette force est leur ornement et les rend vainqueurs dans le combat. Les cheveux blancs sont de fait un signe de faiblesse, mais ils sont en réalité la gloire des vieillards parce qu’ils représentent la sagesse. Au moral la sagesse croîtra toujours en proportion du sentiment vrai de notre faiblesse.

 

Les meurtrissures et les plaies nettoient le mal, et les coups, les profondeurs de l’âme (v. 30).

Il est important de rapprocher ce passage du v. 27 où il est également parlé des «profondeurs du coeur». Ce n’est pas d’avoir un esprit capable de les sonder, qui juge le moins du monde ces profondeurs. L’homme naturel peut connaître l’homme et être un profond moraliste, cela ne le change nullement. Pour nettoyer le coeur il faut les meurtrissures, les plaies et les coups ; pour rendre le terrain bon, il faut la charrue. C’est là que commence l’histoire du fils de la Sagesse (cf. v. 9).

4.4.10    Résumé

Il y a, dans tout ce chapitre, une espèce de liaison qui ne s’impose pas, comme au chapitre précédent, mais accompagne néanmoins de verset en verset celui qui médite ces sentences. Par places on peut à peine l’indiquer, mais l’homme intelligent selon les Proverbes la comprend et se livre à la direction du Saint Esprit pour la découvrir à chaque pas. Nous signalerons entre autres les v. 1-3 ; v. 6-9 ; v. 14-19 ; v. 24-30 et les passages disséminés sur le roi, qui, quand on les joint ensemble, forment un tout si remarquable.

4.4.11    CHAPITRE 21

Versets 1-8

Le coeur d’un roi, dans la main de l’Éternel, est des ruisseaux d’eau ; il l’incline à tout ce qui lui plaît (v. 1).

Ce passage complète la série de sentences qui concernent le roi dans le chapitre précédent. Il semble s’appliquer plus directement à Salomon. Il parle d’un roi dont le coeur est dans la main de l’Éternel qui le dirige à son gré pour porter la bénédiction partout où cette main l’incline. Dieu a confié la puissance au roi. Quel usage en fera-t-il si cette puissance n’est pas jointe à la dépendance ? Toute bénédiction vient de cette attitude. Cela n’exclut pas la pensée que le plus mauvais roi puisse devenir, contre son gré, une source de rafraîchissement pour son peuple, Dieu inclinant son coeur comme il lui plaît.

 

Toute voie de l’homme est droite à ses yeux, mais l’Éternel pèse les coeurs (v. 2).

Voyez 16:2.

Dieu n’est pas influencé par ce que l’homme pense de lui-même, car ce dernier porte toujours un jugement favorable sur ses propres voies ; Celui qui pèse les coeurs connaît bien mieux que l’homme les motifs secrets qui le font agir.

 

Pratiquer ce qui est juste et droit, est une chose plus agréable à l’Éternel qu’un sacrifice (v. 3).

Nous trouvons en d’autres passages que l’obéissance (1 Sam. 15:22), la droiture, la bonté, l’humilité (Michée 6:8), un esprit brisé (Ps. 51:17), c’est-à-dire l’état du coeur, valent plus aux yeux de Dieu que les sacrifices. Ici c’est la droiture et la justice dans la marche, sujet caractéristique des Proverbes.

 

L’élévation des yeux, et un coeur qui s’enfle, la lampe des méchants, c’est péché (v. 4).

L’orgueil et le désir de s’élever, telle est la lampe qui dirige la voie des méchants. Cela s’appelle le péché. Le péché, vu à son origine, est précisément avec l’indépendance le désir de s’élever ; c’est, comme Adam, estimer «comme un objet à ravir d’être égal à Dieu» (Phil. 2:6).

 

Les pensées d’un homme diligent ne mènent qu’à l’abondance ; mais tout étourdi ne court qu’à la disette (v. 5).

Si les versets précédents nous ont parlé de dépendance, de justice pratique et d’humilité, nous trouvons ici la diligence qui, conduite par la réflexion, mène à l’abondance. Elle est temporellement et moralement le contraire de la paresse, dont ces chapitres nous ont amplement entretenus ; mais ici elle est mise en contraste avec l’étourderie qui peut avoir un air de diligence, mais manque de réflexion et n’aboutit qu’à manquer de tout. Appliquez cette vérité aux circonstances spirituelles et à l’activité dans le service, vous arriverez à la même conclusion.

 

Acquérir des trésors par une langue fausse, c’est une vanité fugitive de ceux qui cherchent la mort (v. 6).

Les hommes pécheurs pensent arriver à cette abondance (v. 5) par le mensonge. Ils ne se doutent pas qu’en cherchant à acquérir des trésors par ce moyen, ils cherchent la mort, gage de leur fausseté, en sorte que toute leur richesse convoitée ou acquise ne sera finalement qu’un souffle, qu’une vapeur qui passe.

 

La dévastation des méchants les emporte, car ils refusent de pratiquer ce qui est droit (v. 7).

Toute voie violente disparaîtra avec les méchants qui la pratiquent ; il n’y a que la voie droite qui demeure et que le jugement n’atteint pas.

 

La voie d’un homme coupable est détournée, mais l’oeuvre de celui qui est pur est droite (v. 8).

Le coeur de l’homme se manifeste dans ses voies. Toujours le coupable a une voie tortueuse ; toujours il y aura de la droiture dans l’activité de celui qui est pur de coeur. Remarquons, en passant, que la Parole nous présente toujours la pureté comme le résultat de la purification.

Versets 9-18

Mieux vaut habiter sur le coin d’un toit, qu’une femme querelleuse et une maison en commun (v. 9).

Voyez v. 19 ; 19:13 ; 27:15.

Nous retrouverons cette sentence avec des applications nouvelles en d’autres passages. La question de ses associations est de toute importance pour le fils de la Sagesse. Mieux vaut rester solitaire, dans une demeure de rencontre qui ne vous appartient pas, que de contracter une union, offrant des avantages matériels, avec une femme qui cherche des querelles et détruit ainsi la paix de la maison. Jamais les croyants ne trouveront la paix dans les avantages que le monde leur offre par le mariage.

 

L’âme du méchant désire le mal ; son prochain ne trouve pas grâce à ses yeux (v. 10).

Nous revenons ici à ce qui se trouve au fond du coeur. Si l’homme est méchant — et, comme nous l’avons remarqué précédemment, le monde est composé de deux classes de gens, les méchants et les justes — comment son coeur désirerait-il le bien ? Comment aimerait-il son prochain ? La parabole du bon Samaritain lui répond.

 

Quand on punit le moqueur, le simple devient sage ; et quand on instruit le sage il reçoit de la connaissance (v. 11).

Voyez 19:25.

Nous avons déjà noté qu’il n’y a pas de salut pour le moqueur qui tient Dieu et sa parole pour non avenus. La punition l’atteint, non pas pour le discipliner, mais pour le juger. Devant ce jugement, «le simple», l’homme naturel, privé de sens, est averti, convaincu, et fait désormais partie des fils de la sagesse. Alors, devenu sage, il reçoit, par l’enseignement divin, la connaissance des pensées de Dieu.

 

Il y a un juste qui considère attentivement la maison du méchant, il renverse les méchants dans le malheur (v. 12).

Mais ce n’est pas au sage avec sa connaissance imparfaite qu’est dévolue la tâche d’exercer le jugement. Il y a un juste, un seul, le Juste par excellence, le Tout-juste (Job 34:17) qui considère attentivement le lieu où le méchant habite, et précipitera les méchants dans le malheur, terme qui ne dépasse pas ici le jugement des vivants avant le règne de Christ.

 

Celui qui ferme son oreille au cri du pauvre, criera, lui aussi, et on ne lui répondra pas (v. 13).

Toujours le caractère du méchant. S’il n’a pas l’amour pour le prochain (v. 10), il n’a pas davantage la pitié pour le pauvre. Le temps arrivera aussi pour lui où il criera sans trouver de réponse, où il heurtera et trouvera la porte fermée.

 

Un don fait en secret apaise la colère, et un présent mis dans le sein calme une violente fureur (v. 14).

Nous avons vu, au chap. 17:8, la valeur du présent pour celui qui le possède ; nous voyons ici son effet sur celui qui le reçoit. S’il est fait sans ostentation, autrement il pourrait être considéré comme une injure par celui auquel il est offert, il apaise même une violente colère. Tel fut le cas d’Abigaïl quand la colère de David s’était enflammée contre Nabal (1 Sam. 25).

 

C’est une joie pour le juste de pratiquer ce qui est droit, mais c’est la ruine pour les ouvriers d’iniquité (v. 15).

La pratique de la droiture ne coûte rien au juste, mais au contraire elle lui rapporte de la joie ; tandis que, pour les méchants que l’iniquité fait prospérer, la pratique de la justice serait leur ruine. Commettre un crime ne leur coûte rien (10 :23).

 

L’homme qui s’égare du chemin de la sagesse demeurera dans l’assemblée des trépassés (v. 16).

Remarquez qu’il n’est pas dit ici : «le fils», mais «l’homme». La sagesse convie les hommes à entrer dans son chemin ; elle leur en fait connaître les bénédictions et les y attire ; ils ont pu «goûter du don céleste» (Hébr. 6:5). S’ils s’en égarent, s’ils tombent, il n’y a plus pour eux qu’un au delà de misère (9:18) et la perte des bénédictions millénaires.

 

Celui qui aime la joie sera dans l’indigence ; celui qui aime le vin et l’huile ne s’enrichira pas (v. 17).

Contraste avec la joie du juste au v. 15. Celle-là est un trésor ; celle-ci laisse celui qui l’aime, qui a donné son coeur aux plaisirs que le monde procure, dépouillé de tout ce qu’il a recherché. Le vin et l’huile représentent les plaisirs de la société dans les repas goûtés en commun, bien différents, malgré l’apparence, de la table dressée pour la brebis (Ps. 23:5). Ces plaisirs laisseront-ils quelque profit à ceux qui les aiment ? Car le mal consiste à aimer ces choses et non à en jouir quand Dieu nous les offre.

 

Le méchant est une rançon pour le juste, et le perfide est à la place des hommes intègres (v. 18).

Voyez 11:8 ; És. 43:3.

Il s’agit ici d’un jugement actuel dans ce monde. La justice de Dieu se manifeste ici-bas envers les méchants, en épargnant les justes. Ainsi ces deux choses se tiennent : jugement des méchants, délivrance des justes. C’est comme si la vie des méchants était la rançon par laquelle celle des justes est mise à l’abri. «L’un est pris et l’autre laissé». Combien de fois cela se vérifie dans les luttes qui ensanglantent le monde !

Versets 19-31

Mieux vaut habiter dans une terre déserte qu’avec une femme querelleuse et irritable (v. 19).

Voyez v. 9.

Cette sentence va plus loin que celle du v. 9.

Quelle que soit la bénédiction d’un lien institué de Dieu, il vaut mieux habiter le désert, privé de toute association semblable, que d’avoir la paix de son âme troublée par des luttes continuelles et stériles. Dans le désert l’âme trouve le Seigneur dont l’amour la rassasie et la remplit de joie (voyez Ps. 63).

 

Il y a un trésor désirable et de l’huile dans la demeure du sage ; mais l’homme insensé les engloutit (v. 20).

La femme de Sarepta, instruite par Élie, n’était-elle pas sage ? Sa demeure ne contint-elle pas un trésor désirable ? «Le pot de farine ne s’épuisa pas et la cruche d’huile ne manqua pas, selon la parole de l’Éternel» (1 Rois 17:16). Les sots, les ignorants obstinés ne voient pas la source de ces bénédictions et le caractère qui les procure ; ils en abusent. Quand elles se présentent et quand la source en est tarie, que leur reste-t-il ?

 

Qui poursuit la justice et la bonté, trouvera la vie, la justice et la gloire (v. 21).

Nous venons de voir la demeure du sage. Ce verset décrit son sentier. Il poursuit la justice ; il s’efforce de bannir le péché de ses voies ; il poursuit la bonté, il imite le caractère du Dieu auquel il appartient. Dans ce chemin il trouve la vie comme nourriture de son âme, la justice : une séparation toujours croissante du mal, et enfin la gloire à laquelle ce chemin aboutit.

 

Le sage monte dans la ville des hommes forts, et abat la force de ce qui en faisait la sécurité (v. 22).

Après la demeure et le sentier du sage nous avons ici son combat. C’est ce que Christ a fait. Il a non seulement lié l’homme fort pendant sa vie, mais, par sa mort, il est entré dans sa forteresse, et a réduit toute sa puissance à néant.

Mais tout sage est appelé à combattre comme son Chef. L’humilité, la dépendance et l’obéissance sont ses armes. Telle était la sagesse d’Israël à Jéricho. Elle abattit la force des murailles qui en faisaient la sécurité, ôta tout abri à l’ennemi et le livra sans défense entre les mains de son vainqueur.

 

Qui garde sa bouche et sa langue garde son âme de détresses (v. 23).

Voyez 12:13.

Les hommes auront à rendre compte au jour du jugement de toute parole oiseuse qu’ils auront dite (Matt. 12:36). Actuellement ils sont souillés par ce qui sort de leur bouche (Matt. 15:11) ; mais il y a des difficultés sans nombre que des paroles inconsidérées attirent à celui qui les prononce. Le sage les évite en veillant sur sa bouche et sa langue.

 

Orgueilleux, arrogant, moqueur est le nom de celui qui agit avec colère et orgueil (v. 24).

L’homme est caractérisé par ce qu’il aime et par ce qu’il fait. Un homme qui aime la chasse est un chasseur, un homme qui aime l’argent, un avare ; un homme qui agit avec colère et orgueil, un orgueilleux et un arrogant ; mais, outre cela, moqueur est son nom. Il ne tient aucun compte de Dieu. Il n’y a qu’à remonter à la source de l’orgueil pour s’en convaincre. Nous avons souvent fait ressortir le sens du mot moqueur dans les Proverbes. Un tel caractère est étranger et diamétralement opposé à celui du sage.

 

Le désir du paresseux le tue, car ses mains refusent de travailler (v. 25).

Voyez pour les passages 6:6. Les passages sur la paresse sont très fréquents dans les Proverbes, parce que c’est un des graves dangers que le fils de la Sagesse rencontre sur son chemin, aussi toutes les conséquences de ce vice sont-elles continuellement mises sous nos yeux. Il nous assimile au monde et à ses voies. Le paresseux est nécessairement jaloux et la jalousie le ronge, car, s’il ne veut pas le travail, son coeur voudrait avoir les choses que le travail procure.

 

Tout le jour il désire avidement ; mais le juste donne et ne retient pas (v. 26).

Ce verset n’est que la suite du précédent. La vie du paresseux se consume en vains désirs ; il voudrait posséder pour lui-même les choses, objets de ses convoitises. Quelle différence d’avec le juste ! Celui-ci acquiert pour donner ; il n’est pas avare, ne retient pas pour lui ce qu’il gagne par son travail.

 

Le sacrifice des méchants est une abomination ; combien plus, s’ils l’apportent avec une pensée mauvaise (v. 27).

Par contre, ce que les méchants offrent à Dieu, leur sacrifice, est une abomination, c’est-à-dire ne vaut pas mieux que des idoles et des théraphim. Combien plus si, comme Saül à Guilgal, ils l’apportent avec une pensée mauvaise, quand Dieu avait ordonné l’entière destruction d’Amalek (1 Sam. 15).

 

Le témoin menteur périra ; mais l’homme qui écoute parlera à toujours (v. 28).

Dieu ne laisse pas subsister celui qui, appelé comme témoin, profère le mensonge (Deut. 19:18). Mais ceux qui écoutent et dont le témoignage est celui des paroles entendues, parlent à toujours. Leur témoignage venant de Dieu demeure éternellement. Telle était Marie de Magdala, tels furent les disciples, ou Jean, rendant témoignage de ce qu’il a entendu (Apoc. 1:2 ; 1 Jean 1:3).

 

L’homme méchant enhardit son visage, mais celui qui est droit règle sa voie (v. 29).

L’homme méchant, pour en imposer à d’autres, se donne l’expression de la hardiesse ; le juste pense à sa marche, avec le sentiment que Dieu la voit ; il veut que Dieu la trouve réglée.

 

Il n’y a point de sagesse, et il n’y a point d’intelligence, et il n’y a point de conseil, en présence de l’Éternel (v. 30).

Cette maxime est la ruine totale de toutes les prétentions de l’homme à la sagesse et à tout ce qui en dépend. «Il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’annulerai l’intelligence des intelligents» (1 Cor. 1:19). La sagesse, la force, le conseil, l’intelligence sont avec l’Éternel seul (Job 12:13). La croix, folie pour le sage et l’intelligent du monde, est la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu. Les enfants de la sagesse eux-mêmes ne la possèdent que parce qu’ils ont été enfantés par elle, mais, tout ce livre le démontre, ils ne peuvent la réaliser qu’en étant constamment sous son enseignement.

 

Le cheval est préparé pour le jour de la bataille, mais la délivrance est à l’Éternel (v. 31).

Voyez Ps. 33:17.

Ce n’est ni le conseil, ni la prudence de l’homme qui délivrent. La force réglée par la prévoyance de l’homme peut être préparée d’avance. Rien n’est laissé au hasard, la bataille étant prévue. À quoi tout cela servira-t-il pour délivrer l’homme, si Dieu n’intervient pas ?

4.4.12    Résumé

Il y a beaucoup de suite dans ce chapitre.

Les v. 1-8 nous entretiennent de l’état du coeur et de ses résultats, en bien ou en mal, dans les voies de l’homme. Les v. 9-18 nous présentent le contraste entre le juste et le méchant et les voies de Dieu envers ce dernier. Les v. 19-31 plutôt le contraste entre la sagesse avec les vertus qui en découlent, et les plans du méchant. Ces divisions sont du reste un peu factices. Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont les pensées s’enchaînent.

4.4.13    CHAPITRE 22

Versets 1-16

Une bonne renommée est préférable à de grandes richesses, et la bonne grâce à l’argent et à l’or (v. 1).

Il y a des bénédictions terrestres dues à des qualités morales. Les richesses donnent de la considération, une bonne renommée inspire le respect. L’argent et l’or procurent beaucoup de choses, mais pas l’amour et l’affection qu’inspire la bonne grâce.

 

Le riche et le pauvre se rencontrent : l’Éternel les a tous faits (v. 2).

Comme la différence entre le riche et le pauvre est insignifiante ! Tous deux sont formés de la même manière, tous deux se rencontrent aussi dans la mort. En ces points ils sont parfaitement égaux. Et comme ils sont égaux à leur naissance et à leur fin, ils le sont aujourd’hui devant Celui auquel ils doivent leur origine. Job dit : «Celui qui m’a fait dans le sein de ma mère», n’a-t-il pas fait mon serviteur et ma servante, eux aussi, «et un seul et même Dieu ne nous a-t-il pas formés dans la matrice ?» (Job 31:15).

 

L’homme avisé voit le mal et se cache ; mais les simples passent outre et en portent la peine (v. 3).

L’homme avisé a les yeux ouverts pour voir venir le mal et se cacher avant d’en être atteint. L’homme privé de sens est incapable de discerner le danger. Il ne soupçonne pas les embûches, n’ayant pas les sens exercés à discerner le bien et le mal. Il y a toujours chez «le simple», du fait de son ignorance, une certaine confiance en lui-même, aussi il passe outre, et en porte la peine.

 

La fin de la débonnaireté, de la crainte de l’Éternel, c’est la richesse, et la gloire, et la vie (v. 4).

Nous avons vu au v. 1 ce que les hommes désirent et ce que le fils de la sagesse possède. Au v. 2 un homme n’est pas supérieur à l’autre aux yeux de Celui qui les a faits. Le v. 3 parle du chemin de la ruine. Le v. 4 nous montre à quoi aboutit la débonnaireté et la crainte de l’Éternel. Un débonnaire est un homme qui est humble et n’a aucune confiance en lui-même. Il est le contraire du simple au v. 3 ; mais il est simple de coeur. Il donne à l’Éternel la place qui lui appartient et garde celle que Dieu lui donne ; il aime ce que l’Éternel aime et hait ce que Dieu hait, car c’est en cela que consiste la crainte de l’Éternel. La débonnaireté s’identifie dans ce passage avec la crainte et en est inséparable. Au chap. 21:21 : «Qui poursuit la justice et la bonté trouvera la vie, la justice et la gloire». Ici le débonnaire trouve la richesse, et la gloire, et la vie. La richesse, parce que les débonnaires hériteront de la terre (Matt. 5:5 ; Ps. 37:11). La gloire et la vie sont aussi des promesses en rapport avec le royaume.

 

Il y a des épines, des pièges, sur la voie du pervers ; celui qui garde son âme s’en éloigne (v. 5).

La voie du pervers porte son châtiment avec elle ; le méchant y trouve des épines qui le déchirent, des pièges qu’il ne peut éviter. Celui qui veille sur son âme s’éloigne de cette voie, sachant qu’il y trouvera, non la paix, mais douleur et tourment.

 

Elève le jeune garçon selon la règle de sa voie ; même lorsqu’il vieillira, il ne s’en détournera point (v. 6).

Il faut au jeune garçon cette discipline dès le début de sa vie, elle comporte une règle et il doit être élevé à la suivre. Lorsque vient la maturité le pli est pris et se conservera même dans la vieillesse. Sous cette direction les habitudes prises sont donc dignes d’une grande estime.

 

Le riche gouverne les pauvres et celui qui emprunte est serviteur de l’homme qui prête (v. 7).

Le riche use de ses avantages matériels sur les pauvres pendant la durée de la vie, car, v. 2, au début et à la fin ils se rencontrent. On s’asservit au riche quand on lui emprunte. C’est le contraire de la débonnaireté et de la crainte de Dieu qui donnent la richesse au v. 4.

 

Qui sème l’injustice moissonnera le malheur, et la verge de son courroux prendra fin (v. 8).

On récolte cependant toujours ce qu’on a semé (Job 4:8). Les richesses ne font pas le riche prospère ; c’est la justice qui moissonne le bien. Dieu peut employer l’injuste comme verge de son courroux ; elle prendra fin et «le bâton de la méchanceté ne reposera pas sur le lot des justes» (Ps. 125:3).

 

L’oeil bienveillant sera béni, car il donne de son pain au pauvre (v. 9).

Autres sont les principes divins. L’esprit de bienveillance en fait partie et sera béni. Dieu tient compte de ce qui est fait pour le pauvre. Il ne s’agit pas ici de richesses à administrer, mais de partager avec le pauvre ce qui nous fait vivre, notre subsistance. Dieu regarde au coeur.

 

Chasse le moqueur, et la querelle s’en ira, et les disputes et la honte cesseront (v. 10).

Le moqueur, cet élément qui est complètement étranger à Dieu, qui dit dans son coeur : «Il n’y a point de Dieu» et qui sera à jamais banni de Sa présence, est le ferment qui entretient querelles et disputes, plus qu’il ne les fait naître. Il faut agir résolument à son égard, car il souffle sur le feu. Comment le fils de la sagesse pourrait-il admettre l’immixtion de l’incrédulité dans ses difficultés ? Ne sont-elles pas, par là même, une honte ? Disputes et honte cesseront dès que l’élément divin seul prévaudra.

 

Celui qui aime la pureté de coeur a la grâce sur les lèvres et le roi est son ami (v. 11).

Le caractère du juste est en opposition avec celui du moqueur au v. 10. Il aime la pureté de coeur et elle l’attire. Ses discours s’en ressentent ; ils apportent la grâce et l’expriment. C’est un caractère que le roi apprécie ; il est l’ami de tels hommes. Ils sont honorés par l’affection de Celui qui a la puissance et les récompenses en sa main, mais ce ne sont pas les récompenses qu’ils attendent ; une telle amitié leur suffit. Combien tout cela nous parle de Christ (cf. 14:35) !

 

Les yeux de l’Éternel gardent la connaissance, mais il renverse les paroles du perfide (v. 12).

La connaissance est ici la personnification de la connaissance des pensées de Dieu chez ceux qui lui appartiennent. Comment l’Éternel ne les protègerait-il pas, puisque leur connaissance, tout incomplète qu’elle soit, correspond à la sienne ? Par contre, les paroles du perfide, en contraste avec les paroles de la grâce au v. 11, seront renversées et n’auront aucun effet.

 

Le paresseux dit : Il y a un lion là dehors, je serai tué au milieu des rues (v. 13).

Voyez 26:13.

Après les paroles du perfide nous trouvons celles du paresseux. Combien ce caractère est contraire à l’Éternel ! Lâche et pusillanime, il invente des obstacles impossibles pour se dispenser d’agir et de remplir ses devoirs. Lui seul peut imaginer de voir un danger dans les lieux où passe journellement toute l’activité banale des hommes.

 

La bouche des étrangères est une fosse profonde ; celui contre qui l’Éternel est irrité y tombera... (v. 14).

Nous avons ici les paroles des femmes étrangères. La femme étrangère ne fait pas partie du peuple de Dieu, mais viole son union habituelle pour induire le peuple à la fornication. Ce fut le cas dans l’affaire de Baal-Péor. Le fils de la Sagesse est mis en garde contre elle et a besoin d’une continuelle vigilance pour échapper à ses pièges ; mais malheur à celui qui a encouru le déplaisir de l’Éternel ; il tombera dans la fosse profonde que la corruption du monde lui a préparée (voyez 5:1-11).

 

La folie est liée au coeur du jeune enfant ; la verge de la correction l’éloignera de lui (v. 15).

Chez l’enfant qui n’a pas de réflexion, la folie est pour ainsi dire naturelle. Il ne s’agit nullement ici du péché originel, mais de ce qui, dès le jeune âge, doit être corrigé par l’instruction de la sagesse. Or dans ce cas l’enseignement ne conduit pas seul au but ; il faut la verge de la correction pour que ce manque de réflexion soit éloigné et prépare les voies de la sagesse.

 

Celui qui opprime le pauvre, ce sera pour l’enrichir ; et celui qui donne au riche, ce sera pour le faire tomber dans l’indigence (v. 16).

Il y a un grand profit pour le pauvre dans l’oppression qu’on fait peser sur lui ; elle le forcera d’autant plus à déployer de l’énergie pour réparer ses pertes. Faire des dons au riche, c’est favoriser sa nonchalance et le pousser à sa ruine.

Il a été donné de ce passage plusieurs traductions et interprétations.

4.4.14    Résumé

Toutes les précieuses maximes contenues dans les v. 1-16 sont sans lien très apparent et semblent préparer le changement de structure que nous avons déjà rencontré dans la première partie des Proverbes et que nous allons retrouver ici.

4.5   Quatrième série — CHAPITRES 22:17 à 24:22

Nous avons ici un changement important dans la disposition des maximes. Elles ne consistent plus, comme depuis le chap. 10, en versets balancés, composés chacun de deux parties (disposition que nous retrouverons plus tard), mais elles consistent, pour la plupart, en une série de versets, moins nombreux toutefois que ceux qui forment les neuf premiers chapitres.

4.5.1       CHAPITRE 22:17-29

Versets 17-21

Ces versets servent d’introduction à cette division des Proverbes, tout en contenant l’exhortation qui découle de tout ce qui précède.

 

Incline ton oreille et écoute les paroles des sages, et applique ton coeur à ma science ; car c’est une chose agréable si tu les gardes au dedans de toi : elles seront disposées ensemble sur tes lèvres. Afin que ta confiance soit en l’Éternel, je te les ai fait connaître à toi, aujourd’hui. Ne t’ai-je pas écrit des choses excellentes en conseils et en connaissance, pour te faire connaître la sûre norme des paroles de vérité, afin que tu répondes des paroles de vérité à ceux qui t’envoient ?

Voir dans cette nouvelle division des Proverbes un recueil séparé qui ne soit pas de Salomon, ne nous semble nullement appuyé par ce seul mot «les paroles des sages» et par le v. 23 du chap. 24. Combien de fois nous est-il parlé des sages dans les chapitres qui précèdent ? (Exemples : 12:18 ; 15:2). Salomon était plus sage qu’eux tous, mais ses pensées ne se séparaient pas des leurs.

Le fait est que dans ces chapitres c’est de nouveau la Sagesse qui parle à son fils (23:15, 19, 26 ; 24:13), qui le place sous l’instruction et lui fournit la connaissance (23:12), qui donne la première place chez lui à la crainte de l’Éternel (23:17 ; 24:21), qui enfin l’engage à se soumettre à la discipline du père et de la mère (23:22, 24,25).

Les versets 17-21 que nous avons cités en entier réveillent l’attention du fils après l’avoir occupée de beaucoup de questions de détail. Il est tenu non seulement d’écouter soigneusement, mais de laisser pénétrer dans son coeur la science que la Sagesse lui inculque par les paroles des sages. S’il fait cela, quel bonheur pour lui de les garder comme un vrai trésor ! Alors, de l’abondance du coeur sa bouche parlera ; les paroles «seront disposées ensemble sur ses lèvres», de manière à former un tout bien cohérent que les auditeurs pourront saisir. Mais une chose plus précieuse encore, c’est que ces paroles auront pour résultat d’ôter à celui qui les reçoit toute confiance en lui-même et de lui faire mettre toute sa confiance en l’Éternel. C’est en effet le résultat final des Proverbes où la Sagesse nous fraie un chemin dans ce monde, que seule une confiance incessante en notre Dieu pourra suivre. — Ces choses excellentes, Salomon nous les a écrites (v. 20). Elles sont sous nos yeux comme Parole inspirée, afin que nous puissions constamment y revenir. Elles ne sont pas des discours confiés à notre mémoire, mais nous pouvons y trouver chaque jour «la sûre norme des paroles de vérité», c’est-à-dire la loi certaine d’après laquelle nous avons à nous diriger pour marcher dans la vérité et avoir l’approbation de ceux qui nous l’ont confiée.

Versets 22-23 (*)

(*) Depuis ici, sauf pour les versets isolés, le lecteur est prié de suivre le texte sur sa bible.

C’est une chose qui attire le jugement de Dieu de profiter du pauvre parce qu’il est pauvre, et de le piller, parce qu’étant dans le besoin il est obligé de passer par où veut celui qui l’opprime. Le pauvre, comme nous l’avons vu tant de fois, est l’objet spécial des soins de Dieu. Bienheureux celui qui le comprend (Ps. 41:1) !

Versets 24-25

Toute relation d’amitié avec l’homme colère ou violent est une association avec le monde, caractérisé par ce trait principal de sa nature. (Gen. 6:13). Si l’on a habituellement cet exemple sous les yeux, on ne tarde pas à l’imiter ; l’âme est prise au piège et les pieds sortent du chemin de la sagesse.

Versets 26-27

Que le sage se garde de cautionner autrui (voyez 6:1-5 et autres). Celui qui se confie à l’homme et ne tient pas compte de Dieu attire le jugement de Dieu sur lui. Il sera dépouillé même du strict nécessaire (20:16 ; 27:13).

 

Ne recule pas l’ancienne borne que tes pères ont faite (v. 28).

Que le sage soit satisfait des limites marquées par ses pères sans se laisser aller à l’ambition et à la convoitise de les étendre ; il sera ainsi porté à des actes déshonnêtes (voyez 23:10-11 ; Deut. 19:14 ; 27:17 ; Job 24:2).

 

As-tu vu un homme diligent dans son travail ? Il se tiendra devant les rois, il ne se tiendra pas devant les gens obscurs (v. 29).

Qu’il soit, à l’inverse du paresseux, diligent dans son travail. Cela implique de la conscience. Les rois estiment cette activité et cette industrie et accordent à celui qui les manifeste une place dans le royaume, position terrestre qui caractérise l’Ancien Testament. Un tel homme prospère et ne reste pas en compagnie des gens obscurs avec lesquels il avait commencé sa carrière.

4.5.2       CHAPITRE 23:1-25

Il n’y a aucune raison de séparer ce chapitre des versets qui le précèdent depuis le chap. 22:17.

Versets 1-8

Les trois pensées exprimées dans ces versets se lient intimement l’une à l’autre. Elles traitent des convoitises et du désir de les satisfaire.

 

v. 1-3. Il faut s’observer quand on a affaire à plus haut que soi qui vous fait la faveur de vous inviter à sa table. Désirer ses mets recherchés pour satisfaire sa gourmandise est un appât trompeur. En considérant bien celui qui est devant nous, nous apprendrons que tel n’est pas son but en nous invitant. Son but est de se faire connaître.

 

v. 4-5 parlent de la convoitise des richesses. On déploie de l’activité, jusqu’à la fatigue pour les acquérir, on exerce dans ce but toute sa sagacité et sa prudence. N’est-ce pas une folie ? On a à peine jeté les yeux sur elles qu’elles s’envolent et sont hors de vue comme un aigle montant dans le ciel.

 

v. 6-8 sont en quelque mesure le pendant des v. 1-3. Il faut s’enquérir du caractère de celui qui nous invite à sa table et, reconnaissant qu’il a l’oeil mauvais, qu’il est envieux et jaloux, et qu’il est un fils des ténèbres (Luc 11:34), on ne doit point manger son pain, encore moins convoiter les délicatesses de son festin. Sous les dehors de la cordialité son coeur est étranger à tout sentiment généreux. En apprenant, mais trop tard, à le connaître, on prend en profond dégoût cette apparence à laquelle on s’est laissé tromper et l’on considère comme une perte les paroles de remerciements qu’on avait adressées à cet homme.

Le fils de la sagesse est ainsi mis en garde contre tous ces dangers.

Ce qui suit : v. 23:9 - 24:22 est une série de préceptes de toute importance adressées, pour sa conduite, au fils de la sagesse.

Versets 9-14

Ne parle pas aux oreilles du sot, car il méprisera la sagesse de ton discours (v. 9).

Confier les pensées de Dieu et les choses de Christ — car Christ est la sagesse de Dieu — à ceux qui, par l’obstination de l’ignorance, sont incapables de les comprendre, c’est exposer à leur mépris le dépôt que Dieu nous a confié, et Celui dont nous sommes les témoins. La sagesse vaut mieux que les perles (Job 28:18) et nous ne devons pas jeter nos perles devant les pourceaux (Matt. 7:6).

 

v. 10-11. Ici le sage n’est pas simplement exhorté, comme en 22:28, à ne pas reculer les anciennes bornes établies par ses pères, mais à ne pas les reculer au détriment des orphelins, pour entrer dans leurs champs et les dépouiller d’une partie de leur héritage. Il y a là ruse, et, chose honteuse, avidité de possession, en dépouillant ceux qui sont sans appui dans ce monde. Dieu rappelle à ceux qui seraient en danger d’agir de la sorte qu’il est le Père des orphelins ; leur Avocat ; Celui qui a le droit de rachat et qui prendra en main leur cause (Lévit. 25:25 ; Ruth 3:12).

 

Applique ton coeur à l’instruction et tes oreilles aux paroles de la connaissance (v. 12).

Ce verset montre clairement à qui toute cette série de maximes est adressée. L’instruction et la connaissance sont la part des fils de la Sagesse (1:1-6). Ni les sots, ni les simples ne les connaissent ou ne peuvent y appliquer leur coeur. Ils mépriseront ces préceptes comme nous le voyons au v. 9.

 

v. 13-14. Voyez 13:24 ; 19:18 ; 22:15. Ayant mentionné l’éducation du fils, la Parole s’adresse maintenant au père, responsable de surveiller cette éducation dès les premiers pas de l’enfant. Elle doit dès l’origine être basée sur la discipline qui peut aller jusqu’au châtiment. Le père affirme par là son autorité sur l’enfant, mais, bien plus que cela, il montre les soins de sa tendresse. «Qui est le fils que le père ne discipline pas ? Il fouette tout fils qu’il agrée». Au chap. 3:11-12, l’exhortation est adressée au fils, ici au père. — Cette discipline du père envers le fils doit être exercée en vue de son âme qui est ainsi délivrée de la mort pour avoir part aux bénédictions sur la terre des vivants (comme c’est toujours le cas dans les Proverbes, cf. És. 38:11) ; tandis que l’enfant ne meurt pas des coups de verge, comme cela peut arriver sous le jugement des hommes (Deut. 25:3).

Versets 15-25

v. 15-16. C’est maintenant le père qui parle au fils. La discipline ou la correction sont bien loin d’être l’ensemble de l’instruction. Ce qui réjouit le coeur du père c’est de voir le développement de la sagesse dans le coeur de son fils et de constater la droiture dans ses discours. Combien donc le fils doit-il être encouragé à persévérer par la pensée de la joie qu’il procure à son père.

 

v. 17-18. Malgré cela tu trouveras, dit le père, des difficultés sur ton chemin. Le méchant prospère. Ne lui porte pas envie (Ps. 73:3). Tu n’auras pas dit en vain : «Jusques à quand ?» Tu verras la fin de ton épreuve. Ne te laisse donc pas enlever ton espérance. Ce qui te gardera de te tourner du côté des méchants, c’est d’être tout le jour dans la crainte de l’Éternel qui se traduit par l’amour du bien et la haine du mal. C’est à l’Éternel que tu dois tout, à Lui qui t’aime.

 

v. 19-21. Les exhortations du père continuent. Le moyen d’être sage, c’est d’écouter. Il faut, en outre, diriger son coeur dans le chemin de la sagesse ; il faut, non seulement être dirigé, mais s’appliquer la bride à soi-même ; être étranger aux satisfactions de la chair. Ces dernières conduisent à la pauvreté par le sommeil spirituel qu’elles engendrent. «Veillons et soyons sobres ; car ceux qui dorment, dorment la nuit, et ceux qui s’enivrent, s’enivrent la nuit». (1 Thess. 5 :6-7).

 

Écoute ton père qui t’a engendré, et ne méprise pas ta mère quand elle aura vieilli (v. 22).

Il y a un danger pour le jeune homme, arrivé à maturité sous l’instruction des parents, et capable de voler de ses propres ailes : c’est de ne plus tenir compte de leurs avis. Mais un fils affectueux est tenu d’écouter son père, malgré l’instruction terminée, parce que son père l’a engendré. Cela crée des liens d’affection, et dans ces liens il y a toujours motif à développement. La mère, quand elle a vieilli, n’est plus à même de représenter l’autorité aux yeux de son fils, mais ne doit-il pas l’honorer, d’autant plus qu’elle a dépensé pour lui toute une vie de dévouement et d’amour ?

 

Achète la vérité et ne la vends point, — la sagesse, et l’instruction, et l’intelligence (v. 23).

La vérité est la pensée de Dieu sur toutes choses ; nous la possédons en Christ. Il est la vérité. Nous sommes appelés à l’acheter, mais comment ? Elle ne «s’échange pas contre l’or pur» ; elle s’achète «sans argent et sans aucun prix» ; elle est donnée au désir du coeur et à la demande de la foi, et «Dieu donne à tous libéralement et ne fait pas de reproches». C’est par l’Esprit qu’elle nous est communiquée.

De la connaissance de la vérité découlent la sagesse, l’instruction et l’intelligence, qui en sont les conséquences pratiques et remplissent le livre des Proverbes.

Et maintenant, la vendrions-nous ? Pourrions-nous l’échanger contre de l’argent ou quoi que ce soit que le monde pourrait nous offrir ? Il ne peut nous donner en échange que des convoitises qui nous asservissent, tandis que la vérité nous affranchit ; — ou bien la folie qui conduit à la mort, tandis que la sagesse est le chemin de la vie ; — ou enfin l’ignorance et le manque de sens, au lieu de l’instruction et de l’intelligence.

 

v. 24-25 (voyez 15-16). Le résultat final de la justice réalisée pratiquement en suivant un chemin dont le mal est exclu, — de la sagesse, réalisée pratiquement dans un chemin de bien qui correspond aux pensées de Dieu — ce résultat, dis-je, est la joie, et rien que la joie. C’est une universalité de joie (le mot joie revient quatre fois dans ces versets) en rapport avec la scène terrestre. Nous trouvons d’abord la joie du père au sujet de la justice du fils, puis la joie au sujet de la sagesse ; ensuite la joie du père et de la mère, la joie de famille dont le fils fait partie, enfin la mère, représentant l’amour qui trouve sa joie dans un objet qui le satisfait et lui fait honneur.

4.5.3       CHAPITRES 23:26 à 24:22

Versets 26-35

v. 26-28. Le v. 26 introduit plus directement l’Éternel : «Mon fils, donne-moi ton coeur» (voyez chap. 1-7). Si Dieu nous a donné un coeur pour le connaître (Jér. 24:7), il nous invite aussi à lui donner notre coeur. Il veut que le plaisir de nos yeux soit dans ses voies et, qu’étant ses fils nous nous gardions des souillures du monde, de la prostituée et de l’étrangère qui nous guettent continuellement pour nous précipiter dans la fosse. Nous avons besoin de cet avertissement solennel, si important pour le jeune homme, encore novice dans la voie de la sagesse. Mais notre coeur naturel à tous — notre vieil homme, notre chair — nous porte vers les souillures du péché (voyez 22:14).

 

v. 29-35. Ici, une description frappante de tous les maux qu’engendre l’ivresse : v. 29-30, mais surtout, v. 31-35, de la manière insidieuse dont le vin attire, puis pousse à la souillure inconsciente, à des paroles perverses et stupéfie. Hélas ! le malheureux, devenu sa proie, dit : «Quand me réveillerai-je ? J’y reviendrai, je le rechercherai encore». Quel avertissement solennel pour le fils de la Sagesse !

4.5.4       CHAPITRE 24

Versets 1-10

v. 1-2. Ces versets continuent le sujet du chapitre précédent. L’Éternel lui-même donne des conseils à son fils. Celui-ci, lui ayant donné son coeur, sera attentif à Ses paroles. Le premier conseil est de ne pas envier les méchants ; le sage est en danger de le faire quand les circonstances deviennent de plus en plus pénibles. C’est ce qu’Asaph exprime au Ps. 73:3. On les voit réussir, et l’on désirerait s’associer avec eux, sans penser à l’état de leur coeur. Sous des dehors corrects, leurs pensées sont destruction, leurs paroles tourment. Quelque attirants que soient ces dehors, le coeur médite le mal et les lèvres en parlent. La paix est loin de leur coeur.

 

v. 3-4. — Tandis que le méchant médite la destruction, la sagesse pense à construire, à bâtir.

Elle a en vue une maison où elle veut établir sa famille. L’intelligence lui est nécessaire pour qu’elle soit consolidée, car bien des éléments doivent en être exclus ; enfin, la connaissance de tout ce qui est précieux, pourvoit la maison des richesses, des ornements, de tout ce qui peut la rendre agréable. Notez que l’intelligence et la connaissance sont des éléments inséparables de la sagesse. C’est de cette manière que le Seigneur a bâti sa maison ; c’est de la même manière que nous sommes appelés à continuer à bâtir sur le seul fondement posé par un sage architecte (1 Cor. 3:10). Ce qui est vrai de la maison de Dieu est vrai aussi de la maison de chaque fils de la Sagesse.

 

v. 5-6. Ce n’est pas seulement l’intelligence pour édifier, la connaissance pour enrichir, qui caractérisent la sagesse. En elle est aussi la force, car elle a des ennemis à combattre. La même connaissance par laquelle elle a enrichi sa maison, l’affermit pour la lutte, et la prudence la dirige pour remporter la victoire (20:18). Mais, dans la lutte, s’il faut une direction unique, le sage se défiera de lui-même et pèsera l’avis de tous les conseillers, car la sagesse n’est pas départie à un seul. Cela ne veut pas dire un esprit indécis et changeant, mais un esprit qui résout toute question après avoir pesé la pensée de chacun. Le salut, c’est-à-dire la délivrance, est à ce prix (voyez 11:14 ; 15:22).

 

La sagesse est trop haute pour le fou ; il n’ouvrira pas la bouche dans la porte (v. 7).

Ce ne sont certes pas les fous dont le sage sollicitera les conseils ; la sagesse est trop haute pour eux ; ils n’y sauraient atteindre ; ils sont incapables du jugement que prononcent les sages, réunis à la porte de la ville dans ce but (Ruth 4:1-6).

 

Celui qui pense à mal faire, on l’appellera intrigant (v. 8).

Mais il y a un homme plus à craindre que le fou, celui qui forme de mauvais desseins ; on l’appellera intrigant et cela suffira pour que le sage se détourne de lui. Son caractère le fait reconnaître, comme en 16:21, l’intelligence de l’homme sage de coeur, attire à lui les sages.

 

Le plan de la folie est péché et le moqueur est en abomination aux hommes (v. 9).

Le fou est capable de faire des plans et de former des projets, ils sont péché et ne peuvent être que cela ; le sage n’en tiendra pas compte ; le moqueur qui tient Dieu pour rien et affiche son incrédulité n’est pas seulement en abomination au sage, mais aux hommes en général. Les hommes n’aiment pas voir afficher l’absence de toute religion, ils tiennent à la leur, quelque non-valeur qu’elle ait aux yeux de Dieu.

 

Si tu perds courage au jour de la détresse, ta force est mince (v. 10).

Les v. 5-6 nous ont parlé de la force de l’homme sage, mais qu’est-ce donc que cette force s’il perd courage quand les difficultés surviennent ? Il a compté, comme Pierre, sur quelque force en lui, et devant le vent et les vagues il enfonce. Jamais le courage ne manquera à ceux qui disent : Heureux celui «dont la force est en toi !» Ps. 84 :5).

 

Versets 11-22

v. 11-12. La force que nous avons reçue doit être employée non seulement pour combattre ou pour marcher en avant, mais aussi pour secourir les autres. Il ne s’agit pas ici de faire la distinction entre ceux qui sont conduits injustement ou justement à la mort, mais du secours que nous pouvons donner aux uns et aux autres. Le chrétien appliquera cela à l’Évangile annoncé à ceux qui courent au devant de la mort. Les enfants de Dieu s’excuseront-ils de leur inaction vis-à-vis de ces condamnés ? Diront-ils : «Nous n’en savions rien ?» Celui qui garde notre âme en vue de cela, Lui le sait, et cela suffit. Ne t’a-t-il pas donné la force dans ce but ? Tu es responsable d’en user, car Dieu rend à l’homme selon son oeuvre.

 

v. 13-14. Le miel représente beaucoup de choses. Ici, la sagesse est le miel, comme au Ps. 19:10, toutes les paroles sorties de la bouche de Dieu. Mais ces choses, la sagesse et la Parole sont étroitement liées. Il faut s’approprier la sagesse. Si l’on s’en nourrit, on trouve la force comme nous l’avons vu plus haut, mais, en même temps, pour l’avenir une attente qui ne sera point trompée. Il en est de même (23:18) pour la crainte de l’Éternel.

 

v. 15-16. À vous maintenant, méchants qui cherchez à ruiner l’habitation du juste et à lui ôter tout ce qui semble lui donner de la sécurité dans ce monde. Au Ps. 4, devant tout l’effort des méchants, la foi répond : «Toi seul, ô Éternel ! tu me fais habiter en sécurité» ; ici, Dieu permet que le juste tombe sept fois (chiffre complet) devant l’assaut de l’ennemi, mais toujours il se relève. C’est la discipline et le châtiment des saints dans ce monde. Dieu permet ces chutes que Satan provoque. Il les permet pour punir l’orgueil, la confiance en soi, le manque de vigilance, le coeur qui ouvre la porte aux convoitises. Le seul sujet dont il soit parlé ici, c’est que le juste se relève, mais que la chute des méchants est définitive. Voyez l’exemple de David. Un juste peut-il être relevé de plus bas ? Prenez l’exemple de Joab, d’Absalom, d’Akhitophel et de tant d’autres méchants ; une ruine subite est venue sur eux ; ils ont été précipités dans le malheur.

 

v. 17-18. L’exhortation s’adresse maintenant aux justes. Qu’ils se gardent de se réjouir en voyant tomber ou trébucher leurs ennemis. Le châtiment dont ils sont accablés pourrait être détourné de leur tête, et sur qui tomberait-il ? Une telle question, laissée dans le vague, doit parler à la conscience du juste.

 

v. 19-20. Cette exhortation nous reporte au premier verset de ce chapitre d’un côté et au Ps. 73:3, de l’autre. Le juste peut envier les méchants, il est vite détrompé lorsque, comme Asaph, il est entré dans les sanctuaires de Dieu. Mais il peut aussi s’irriter au lieu de s’attendre patiemment à l’Éternel. L’irritation n’est ni la soumission, ni la dépendance, ni l’acceptation de la volonté bonne, agréable et parfaite de Dieu. Envie et irritation tombent quand on considère le sort des méchants dont la lampe s’éteint dans les ténèbres (voyez 13:9) et pour lesquels il n’y a pas d’avenir (cela, comme toujours, en vue des bénédictions millénaires).

 

v. 21-22. Toute cette division du livre se termine par la crainte de l’Éternel. Comme elle est le commencement, elle est la fin de la sagesse. Crains aussi le roi (1 Pierre 2:17). Le roi c’est Salomon, mais, comme nous l’avons vu si souvent dans les Proverbes, c’est bien plus que Salomon, c’est Christ. Ne te mêle pas à ceux qui s’élèvent contre l’Éternel et contre son Oint, car une calamité subite viendra sur eux, et «qui sait la ruine des uns et des autres ?» Voudrais-tu être enveloppé dans leur calamité ? Comme cela arrive si souvent dans l’Écriture, les conséquences de la responsabilité du croyant, car c’est au fils que cette exhortation est adressée, sont montrées dans toute leur ampleur et ne sont nullement atténuées. Devant ces conséquences il ne reste au juste qu’une seule ressource, mais toute-puissante et parfaite : la grâce.

4.5.5       Résumé

Dans l’admirable série qui s’étend de 22:17 à 24:22, nous trouvons l’enseignement de la Sagesse elle-même, s’adressant au fils, puis au père ; puis l’enseignement du père au fils ; enfin celui de l’Éternel : «Mon fils, donne-moi ton coeur» — le mettant avec une tendre sollicitude en garde contre tous les dangers du chemin. La joie de la mère en voyant le fils marcher dans ces voies est profondément touchante. Le chap. 24:1-22 nous ramène à des maximes générales.

4.6   Appendice — Chapitre 24:23-24

Dans un court Appendice, de même forme que celui qui commence au v. 17 du chap. 22, les exhortations des sages continuent. L’Écriture n’en nomme pas les auteurs et par conséquent ne nous autorise pas à tirer des conclusions à cet égard, sauf le soin que prend l’Esprit de Dieu de répéter aux v. 33-34 les paroles de Salomon lui-même (voyez 6:10-11).

Versets 23-26

Voyez 18:5 ; 28:21.

Ces quatre versets prononcent, sur le sujet de l’acception de personnes, soit en général, soit dans le jugement, un blâme d’autant plus sensible à ceux qui l’encouragent qu’il est simple et sans aucune atténuation : Ce n’est pas bien. Si l’on dit au méchant : Tu es juste, on soulèvera contre soi l’indignation et les malédictions des peuples qu’il opprime. Si on le reprend publiquement, on sera agréable aux hommes en leur faisant apprécier la vérité, et agréable à Dieu qui pour le prouver versera sa bénédiction sur les siens. Des paroles justes sont une preuve d’affection pour ceux devant lesquels on les prononce. Le monde croit se rendre agréable aux hommes en mentant et en jugeant faussement.

 

Prépare ton ouvrage au dehors, et mets en état ton champ, et après, bâtis ta maison (v. 27).

La prévoyance est une des qualités qui appartiennent au fils de la Sagesse. Il y a à s’assurer d’avoir du travail au dehors et à préparer son domaine (quelque petit qu’il soit) en vue du rapport, avant de songer à se créer une famille.

 

Ne sois pas témoin sans motif contre ton prochain ; voudrais-tu donc tromper de tes lèvres ? (v. 28) 

Si tu as un prochain, tu es tenu de l’aimer comme toi-même. Ce prochain a un procès et il se peut que tu sois appelé à témoigner contre lui. Si ce motif n’existe pas, ne te présente pas comme témoin. Ou tu l’accuseras, ou bien tu le disculperas parce qu’il est ton prochain. Mais alors tu auras trompé de tes lèvres.

 

Ne dis pas : Comme il m’a fait, je lui ferai ; je rendrai à l’homme selon son oeuvre (v. 29).

Voyez 20:22 ; 24:12.

«Ne vous vengeant pas vous-mêmes, bien-aimés ; mais laissez agir la colère» (Rom. 12:19) ; ce principe est aussi vrai sous la loi que sous la grâce. Jamais nous ne sommes appelés à rendre le mal pour le mal. Cela appartient à la justice de Dieu qui «rend à l’homme selon son oeuvre». Quelle présomption de vouloir usurper Sa place !

Versets 30-34

Voyez 6:10-11.

Il y a instruction pour le sage à considérer toujours de nouveau et à apprendre par coeur quels sont les fruits de la paresse. La folie et la paresse vont de pair. Celle-ci conduit à la négligence des biens que Dieu nous a confiés et qui Lui appartiennent, à la négligence aussi des intérêts de Dieu dans ce monde. N’oublions jamais l’activité dans tous les domaines, mais surtout l’activité pour Lui. Elle nous garde dans sa communion. Elle délivre le sage de penser à lui-même. Combien est à plaindre et à blâmer «l’homme paresseux !»

5                    Troisième partie  — CHAPITRES 25 à 29

Dans tous ces chapitres nous pouvons nous dispenser d’un Résumé, les divers sujets étant assez caractérisés pour nous permettre de placer un titre à la tête de chaque subdivision.

5.1   CHAPITRE 25

Ce sont ici aussi des Proverbes de Salomon, que les gens d’Ézéchias, roi de Juda, ont transcrits (v. 1).

C’est ici que commence la troisième partie des Proverbes. Chaque partie a pour titre : «Proverbes de Salomon». 1:1 ; 10:1 ; 25:1. Nous nous sommes déjà expliqués sur l’appendice que nous limitons aux v. 23-34 du chap. 24.

Les chapitres dont nous allons nous occuper sont remarquables par l’ordre des sujets, par la simplicité et la concision des sentences. Ils font moins appel à la réflexion par la richesse de chaque maxime, comme aussi à la recherche individuelle par le désordre apparent que nous avons constaté dans certaines séries des Proverbes précédents. Déjà les gens d’Ézéchias ont sondé ensemble ce qu’ils nous transcrivent et ont profité pour eux-mêmes de ces découvertes nouvelles ; ils deviennent les intermédiaires pour transmettre ces vérités à d’autres selon l’ordre voulu de Dieu. Ils sont «comme un maître de maison qui produit de son trésor des choses nouvelles et des choses vieilles». (Matt. 13:52).

Versets 2-7 — Le Roi.

La gloire de Dieu est de cacher une chose, et la gloire des rois est de sonder une chose (v. 2).

La gloire de Dieu est de cacher. C’est «la sagesse de Dieu en mystère, la sagesse cachée, laquelle Dieu avait préordonnée avant les siècles pour notre gloire» (1 Cor. 2:7). Lorsque Christ descend ici-bas, la gloire de Dieu, si l’on ose parler ainsi, est de cacher sa gloire. Quand l’oeuvre de la rédemption est accomplie, la gloire de Dieu est de faire asseoir Christ à sa droite dans le lieu caché de son sanctuaire et de cacher notre vie avec Christ en Lui. Le moment est encore à venir où la gloire de Christ sera publiquement manifestée.

La gloire des rois, auxquels Dieu a confié le gouvernement, est au contraire de sonder les choses, de s’appliquer à les connaître afin de récompenser les bons et de juger les méchants. Ce fut la gloire de Salomon dès le début de sa carrière.

 

Les cieux en hauteur, et la terre en profondeur, et le coeur des rois, on ne peut les sonder (v. 3).

Les merveilles de la Création sont insondables, mais qui peut sonder le coeur d’un roi enrichi par Dieu en toute sagesse comme Salomon ? Mais qu’est-ce que le coeur de Salomon vis-à-vis de celui du Roi des siècles qui est Lui-même le Créateur ?

 

Ôte de l’argent les scories, et il en sortira un vase pour l’orfèvre ; ôte le méchant de devant le roi, et son trône sera affermi par la justice (v. 4-5).

Voyez 29:14.

Le méchant doit être retranché pour que le trône du roi soit affermi en justice (1 Rois 2:46). C’est ce qu’a prouvé le début du règne de Salomon par le jugement d’Adonija, de Joab et de Shimhi. Combien plus le règne de Christ sera-t-il établi sur le jugement et affermi par la justice quand il retranchera chaque matin le méchant du pays (Ps. 101:8).

 

Ne fais pas le magnifique devant le roi, et ne te tiens pas à la place des grands ; car il vaut mieux qu’on te dise : Monte ici, que si l’on t’abaissait devant le prince que tes yeux voient (v. 6-7).

Voyez Luc 14:8-11.

Ce passage complète la série des pensées présentées dans ces versets, en parlant de l’humilité qui convient en présence du roi, quand même ce roi serait humilié comme Ézéchias ou volontairement abaissé comme Christ. Le moment venu, il dira aux humbles : «monte ici» et ils auront de la gloire devant tous ceux qui seront à table avec eux, «car quiconque s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé» (Luc 14:10-11).

Versets 8-10 — Le prochain.

Ne sors pas en hâte pour contester, de peur que tu ne saches que faire à la fin, lorsque ton prochain t’aura rendu confus (v. 8).

La hâte de contester provient de la bonne opinion qu’on a de soi ; on est certain qu’on aura le dessus dans la discussion. Or «qui méprise son prochain pèche» (14:21). Et Dieu permet que nous ne sachions que faire ou que répondre à la fin, lorsque le prochain que nous estimions si peu nous aura rendu confus par ses réponses.

 

Plaide ta cause avec ton prochain, et ne révèle pas le secret d’autrui, de peur que celui qui l’écoute ne te fasse honte, et que ton opprobre ne se retire pas (v. 9-10).

Mais si tu es appelé à plaider ta cause avec ton prochain, ne révèle pas pour ta défense ce que tu peux avoir appris de défavorable sur son compte, ou sur celui d’autrui, choses que personne ne connaît que toi. Celui qui t’écoute s’indignera et te fera honte de cet acte et il en restera sur toi une tache indélébile.

Versets 11-15 — Les paroles.

Des pommes d’or incrustées (ou : dans des corbeilles) d’argent, c’est la parole dite à propos (v. 11).

On voit, d’après les métaux qui la représentent, ce qu’est cette parole dite à propos. Elle est comme un fruit de justice divine, l’or, présenté dans l’argent qui signifie la grâce de Dieu déployée dans l’homme. Elle apporte à l’homme, par Christ, la justice et la grâce pour le moment opportun.

 

Un anneau d’or et un joyau d’or fin, tel est pour l’oreille qui écoute, celui qui reprend sagement (v. 12).

Un coeur docile est prêt à écouter. Même la répréhension du sage est à son oreille comme un anneau d’or, comme un ornement de justice divine dont il est enrichi et qu’il lui est précieux de porter.

 

La fraîcheur de la neige au temps de la moisson, tel est le messager fidèle pour ceux qui l’envoient : il restaure l’âme de son maître (v. 13).

S’acquitter fidèlement du message que Dieu nous a confié est non seulement un rafraîchissement pour ceux qui le reçoivent, mais une satisfaction pour le coeur de Celui qui nous envoie. Y pensons-nous assez ?

 

Les nuages et le vent, et point de pluie, tel est celui qui se glorifie faussement d’un présent (v. 14).

En contraste avec le v. 13, il en est tout autrement de celui qui se fait faussement passer pour avoir apporté un présent à d’autres ; avant tout, je n’en doute pas, au sens spirituel. Il n’a rien apporté qu’une apparence mensongère. Les âmes n’ont reçu aucun rafraîchissement et il ne reste à cet homme que sa réputation de fausseté.

 

Par la lenteur à la colère un prince est gagné, et la langue douce brise les os (v. 15).

Nous trouvons ici l’effet des paroles sur celui même qui est établi en autorité. Il peut avoir pris telle ou telle décision dont, à cause de son caractère, il sera difficile de le faire revenir, mais il est gagné par un esprit paisible qui se garde de se laisser emporter, et la douceur des paroles brise la plus ferme volonté.

Versets 16-17 — Les affections naturelles.

As-tu trouvé du miel, manges-en ce qu’il t’en faut, de peur que tu n’en sois repu et que tu ne le vomisses (v. 16).

Le miel est souvent présenté dans la Parole comme une chose excellente. Ainsi la Sagesse, 24:13 ; les paroles agréables, 16:24 ; les sentences divines et la Parole de Dieu, Ps. 19:10 ; 119:103.

Mais, en général, il représente la douceur des affections naturelles, seulement, comme tel, il était défendu de l’offrir avec les sacrifices. (Lév. 2:11). Ces affections, ordonnées de Dieu, sont précieuses quand elles restent dans certaines limites, mais quand elles les dépassent, l’âme en est repue et cet aliment devient un objet de dégoût. La passion humaine s’en mêle et la lassitude ne tarde pas à se faire sentir. Le miel peut même être employé pour plonger dans le vice un fils de la Sagesse (5:3) !

 

Mets rarement ton pied dans la maison de ton prochain, de peur qu’il ne soit rassasié de toi et qu’il ne te haïsse (v. 17).

Il y a aussi une retenue à observer dans les relations d’amitié. Quoi de plus précieux que cette dernière ? Mais l’intimité peut engendrer la tentation de s’occuper des détails du ménage de l’ami. Alors ce dernier passera de la satiété à la haine, et ces précieux liens se trouveront définitivement rompus.

Versets 18-24 — Conduite envers les hommes.

L’homme qui rend un faux témoignage contre son prochain est un marteau et une épée et une flèche aiguë (v. 18).

Être un faux témoin contre quelqu’un, c’est posséder contre lui toutes les armes d’attaque, tandis qu’il n’a rien pour se défendre.

 

La confiance en un perfide, au jour de la détresse, est une dent cassée et un pied chancelant (v. 19).

Se confier en un perfide au jour de la détresse, c’est se priver de ressources, soit pour vivre, soit pour échapper à la calamité. Ce sera, d’une manière particulière, l’expérience des fidèles dans la grande tribulation (voyez Ps. 109).

 

Celui qui ôte son vêtement en un jour de froid, — du vinaigre sur le nitre, tel est celui qui chante des chansons à un coeur affligé (v. 20).

Apporter le bruit de sa gaieté à celui qui est accablé de chagrin, c’est dépouiller encore de son habit celui qui est déjà envahi par le froid, c’est augmenter le mal en l’irritant comme lorsqu’on verse du vinaigre sur du nitre ; en un mot, c’est ajouter au deuil et à la douleur du malheureux. Cela prouve la sécheresse d’un coeur qui ne sait pas pleurer avec ceux qui pleurent.

 

Si celui qui te hait a faim, donne-lui du pain à manger, et, s’il a soif, donne-lui de l’eau à boire, car tu entasseras des charbons ardents sur sa tête, et l’Éternel te le rendra (v. 21-22).

Voyez Rom. 12:20.

Nous avons ici la contrepartie des v. 18-20. Surmonter le mal par le bien, tel est le caractère de l’amour vis-à-vis du monde, en contraste absolu avec le caractère d’un monde ennemi vis-à-vis du croyant. Au lieu du mensonge, de la perfidie, de la dureté de coeur, de l’insensibilité à la souffrance d’autrui, le chrétien voit son ennemi souffrir et lui vient en aide : C’est l’amour. En outre il regarde à la rémunération : c’est la confiance dans le Dieu qu’il sert. Il entasse des charbons de feu sur la tête de son ennemi : c’est un appel à la conscience de celui-ci et au jugement de lui-même. L’amour pourvoit non seulement à la misère de l’ennemi, mais s’intéresse à son âme. Cette maxime dépasse de beaucoup les limites morales d’Israël, de l’homme sous la loi. Cependant elle est appliquée merveilleusement dans le cas d’Élisée, le prophète de la grâce, en 2 Rois 6:21-23.

 

Le vent du nord enfante les averses, et les visages indignés, une langue qui médit en secret (v. 23).

Ce verset a été interprété de diverses manières. Notre version préfère le sens en apparence le moins clair, mais qui semble concorder davantage avec l’esprit de tout ce morceau.

Les visages indignés sont comparés au vent du nord. Comme ce dernier provoque des averses, l’indignation que l’on ne cache pas, puisqu’elle se montre sur le visage, a pour effet, chez l’objet de cette indignation, des paroles médisantes murmurées en secret, car il ne tient pas à tenir tête à la colère. Ainsi il se venge par derrière et a le dessus en ajoutant la médisance à ses paroles de blâme. Par cette sentence, le fils sage est exhorté à tenir en bride ses passions. Rien qu’à les montrer, il s’attirera les calomnies haineuses et cachées du monde. Dans les versets précédents le sage souffrait sans cause en faisant le bien, ici, il donne occasion, par la colère, aux mauvais propos.

 

Mieux vaut habiter sur le coin d’un toit, qu’une femme querelleuse et une maison en commun (v. 24).

Voyez 21:9 ; voyez aussi 21:19 ; 27:15.

Ce passage déjà cité mot pour mot plus haut, est bien à sa place ici pour compléter le sujet des pièges tendus au sage, des dangers qui le menacent dans ses relations avec le monde, soit hommes soit femmes, et des choses qu’il doit éviter.

Versets 25-28 — Conduite envers soi-même.

Les bonnes nouvelles d’un pays éloigné sont de l’eau fraîche pour une âme altérée (v. 25).

Cette sentence s’appliquera facilement aux circonstances du Résidu juif des derniers jours, mais comme elle s’applique bien aussi à nos circonstances chrétiennes ! Une âme qui a soif, qui n’a rien trouvé autour d’elle qu’une terre déserte, altérée, sans eau, est rafraîchie par une parole du ciel. Son état la dispose à recevoir ce qui vient de loin, l’Évangile.

 

Le juste qui chancelle devant le méchant est une fontaine trouble et une source corrompue (v. 26).

En contraste avec l’eau fraîche du v. 25 où l’âme est rafraîchie par les bonnes nouvelles, nous avons ici le juste se laissant influencer par le méchant et perdant son équilibre moral devant lui, au lieu de tenir ferme après avoir tout surmonté. Il devient, par cette lâcheté, une fontaine trouble et une source corrompue, objet de répulsion pour ceux qui ont soif.

 

Manger beaucoup de miel n’est pas bon, et s’occuper de sa propre gloire n’est pas la gloire (v. 27).

Voyez 24:13 ; 25:16.

Ce passage ayant été diversement interprété, peut-être par erreur de copiste, nous nous en tiendrons à notre texte, en apparence le plus difficile. La pensée exprimée dans la première moitié du verset a déjà paru ailleurs. Il n’est pas bon de se nourrir trop des affections naturelles. Quelque précieuses qu’elles soient, elles ont leurs dangers, car il y a des affections plus élevées dont elles pourraient nous détourner : elles peuvent conduire à la satiété et au dégoût, ce que ne font jamais les affections spirituelles. Outre cela, les affections naturelles sont facilement égoïstes. Il en est de même si nous nous occupons de notre propre gloire, des privilèges dont nous sommes parés ou entourés. Être occupés de nos privilèges, même au point de vue spirituel, n’est pas la gloire. La gloire est celle du roi ; pour nous, chrétiens, celle de Christ. Rien ne nous détache plus de nous-mêmes que d’être occupés de Lui.

 

L’homme qui ne gouverne pas son esprit est une ville en ruines, sans murailles (v. 28).

Cet avertissement se lie à la maxime précédente. Il faut que le sage exerce un contrôle habituel sur lui-même, ne se nourrisse pas beaucoup des affections naturelles et légitimes, ne fasse pas, même de ses bénédictions personnelles, le centre de ses pensées ; agir ainsi c’est se livrer, comme une ville sans murailles, aux assauts victorieux de l’ennemi.

5.2   CHAPITRE 26

Comme le chapitre précédent, celui-ci présente une suite logique et ininterrompue de Proverbes.

Versets 1-12 — Le sot.

Comme la neige en été, et comme la pluie dans la moisson, ainsi la gloire ne sied pas à un sot (v. 1).

Voyez v. 8 ; 19:10 ; Éccl. 10:6.

Quelle calamité quand il tomberait de la neige en été, ou de la pluie empêchant le travail de la moisson ! Il en est de même de la gloire conférée à un sot, incapable lui-même de l’apprécier ou de s’en servir. Il ne saura qu’entraver les bénédictions dont cette gloire, en d’autres mains, aurait été la source.

 

Comme le moineau qui va çà et là et l’hirondelle qui vole, ainsi la malédiction sans cause n’arrivera point (v. 2).

Comme ces passereaux qui changent continuellement de place, la malédiction prononcée sans cause n’atteint pas celui qu’elle maudit. C’est bien ici la description de l’acte d’un insensé.

 

Le fouet est pour le cheval, la bride pour l’âne, et la verge pour le dos des sots (v. 3).

Voyez 10:13 ; 19:29 ; Ps. 32:9.

Le fouet punit le cheval et le force à obéir, la bride force l’âne à prendre la direction que veut son maître — le sot est mis au niveau d’animaux sans intelligence. Il lui faut la même correction qu’à eux. L’instruction, l’exhortation, tout ce qui fait appel à la conscience et à l’intelligence, lui est inconnu et ne peut l’atteindre.

 

Ne réponds pas au sot selon sa folie, de peur que toi aussi tu ne lui ressembles (v. 4). Réponds au sot selon sa folie, de peur qu’il ne soit sage à ses propres yeux (v. 5).

Ne pas répondre au sot selon sa folie, c’est refuser de s’associer à ses pensées de peur d’être tenu soi-même pour un insensé. C’est en un mot veiller sur soi-même et sur le caractère de Celui qu’on représente. — Lui répondre selon sa folie, c’est chercher, même en vain, à atteindre sa conscience qui lui dit que la réponse ne sera pas selon ses désirs. C’est en un mot lui prouver la différence entre ses pensées et celles de Dieu. La réponse du prophète Michée à Achab, roi d’Israël (1 Rois 22:13-18), illustre ces deux versets.

 

Celui qui envoie des messages par la main d’un sot se coupe les pieds et boit l’injustice (v. 6).

Faire d’un sot, c’est-à-dire d’un homme ignorant et incapable de rien apprendre, le porteur d’un message que j’envoie, c’est me rendre coupable de ne pas l’avoir porté moi-même et me mettre dans l’impossibilité de le porter jamais ; c’est en même temps m’approprier, aux yeux de ceux auxquels le message est adressé, l’injustice de celui que j’ai envoyé.

 

Les jambes du boiteux sont sans force : tel est un proverbe dans la bouche des sots (v. 7).

Une maxime sage dans la bouche d’un sot manquera toujours entièrement de puissance et n’atteindra pas le but.

 

Celui qui donne de la gloire à un sot, c’est comme un sachet de pierres précieuses dans un tas de pierres (v. 8).

Notre texte, controversé, correspond à celui de la Vulgate.

Dispenser des honneurs à un homme sans intelligence et incapable de comprendre ce qu’il a reçu, c’est ajouter des pierres précieuses au tas de pierres inutiles qu’on accumule sur les routes au pied des bornes, ne sachant qu’en faire. Elles y sont perdues et sans aucun profit pour qui que ce soit.

 

Une épine qui entre dans la main d’un homme ivre, tel est un proverbe dans la bouche des sots (v. 9).

Comp. v. 7 et 23:35.

Une maxime sage dans la bouche d’un sot est sans profit pour les auditeurs, mais elle se retourne contre celui qui la prononce et l’atteint, sans même qu’il en ait conscience, comme l’homme ivre qu’on blesse sans qu’il le sente.

 

Le puissant use de violence envers tout le monde ; il prend à gages le sot et il prend à gages les passants (v. 10).

Texte très différemment traduit et interprété.

Le puissant a pour but de dominer et d’asservir indifféremment tout le monde. Il prend à gages des gens inutiles comme le sot ou les passants. Le premier ne vaut pas mieux à ses yeux que les inconnus qui passent et des capacités desquels ni lui, ni d’autres ne se soucient. Le tyran n’a pour but que d’asservir tout le monde et la seule chose à laquelle le sot soit bon, c’est à être dominé et asservi.

 

Comme le chien retourne à son vomissement, le sot répète sa folie (v. 11).

Voyez 2 Pierre 2:22.

Ce passage de Pierre nous présente d’une manière frappante tous les caractères de celui que les Proverbes appellent le sot. Un sot peut avoir connu «la voie de la justice», mais elle n’a produit aucun effet sur sa conscience. Il n’y a pas d’espoir pour lui : il retourne fatalement aux choses qu’il avait rejetées, comme le chien, être impur, à ce qu’il a vomi.

 

As-tu vu un homme sage à ses propres yeux ? Il y a plus d’espoir pour un sot que pour lui (v. 12).

Voyez 29:20.

Être sage à ses propres yeux, c’est de l’orgueil, de la suffisance. Cet homme a uniquement son moi devant lui. Le sot, sans connaissance de Dieu et de lui-même, sans capacité pour comprendre, sans intelligence, est dans une condition moins désespérée que le présomptueux. Il n’existe pas de jugement plus implacable que celui de l’orgueil.

Versets 13-16 — Le paresseux.

Le paresseux dit : Il y a un (lion) rugissant sur le chemin, un lion dans les rues (v. 13).

Voyez 22:13.

Le paresseux se crée des obstacles et voit ou prétend voir des dangers où il n’y en a pas, pour se dispenser d’agir.

 

La porte tourne sur ses gonds, et le paresseux sur son lit (v. 14).

Voyez 6:9.

La porte tourne sur ses gonds, se meut de çà, de là, sans jamais avancer, s’ouvre et se ferme, sans jamais changer de place. Tel est le paresseux sur son lit. Il se tourne à gauche ou à droite. À qui cette apparence d’activité profite-t-elle ? Elle n’avance à rien et ne procure de changement qu’à la paresse.

 

Le paresseux enfonce sa main dans le plat, il est las de la ramener à sa bouche (v. 15).

Voyez 19:24.

La répétition de ce passage, avec une légère variante, est nécessaire ici pour compléter le portrait du paresseux. Il est déjà fatigué de plonger sa main dans le plat ; sa lassitude l’empêche d’apporter à sa bouche les aliments dont il a besoin. Il ne remplit pas même les fonctions les plus ordinaires de la vie, celles sans lesquelles on ne peut pas vivre. De cette manière, il n’est pas nourri ; il est inutile à lui-même, combien plus aux autres !

 

Le paresseux est plus sage à ses yeux que sept hommes qui répondent avec bon sens (v. 16).

N’est-il pas frappant que le contentement de soi-même qui nous est présenté comme sans espoir au v. 12 aille de pair avec la paresse ? Le paresseux se croit plus sage qu’un nombre complet de sages. Il se vante de son propre bon sens qui est de ne rien faire. Ainsi ce vice confine à l’orgueil et subira le même jugement.

Versets 17-22 — Le querelleur et le rapporteur.

Il saisit un chien par les oreilles, celui qui, en passant, s’emporte pour une dispute qui n’est pas la sienne (v. 17).

Le sage se laissera-t-il entraîner par l’occasion fortuite de prendre parti dans une dispute qui lui est étrangère ? Cela le conduira à être mordu, c’est-à-dire à des conséquences douloureuses qui seront entièrement de sa faute et le fruit de son imprudence.

 

Comme un fou qui jette des brandons, des flèches et la mort, ainsi est l’homme qui trompe son prochain, et qui dit : N’était-ce pas pour plaisanter ? (v. 18-19) 

L’acte malveillant par lequel un homme trompe son prochain en lui persuadant qu’il a devant lui une affaire sérieuse et, une fois découvert, prétend que cela n’était qu’une plaisanterie, cet acte peut tout à la fois comme celui d’un fou, brûler de près, percer de loin, entraîner même la mort du prochain. Quelle responsabilité, quelle mise en garde !

 

Faute de bois, le feu s’éteint ; et, quand il n’y a plus de rapporteurs, la querelle s’apaise (v. 20).

Les rapporteurs — non pas seulement ceux qui sèment de faux rapports — viennent mettre du bois sur le feu dans les querelles, en sorte que ces dernières renaissent toujours ; sinon la querelle, faute d’aliments, s’apaiserait d’elle-même.

 

Du charbon sur le brasier et du bois sur le feu, ainsi est l’homme querelleur pour échauffer les disputes (v. 21).

L’homme querelleur est mis sur le même pied que le rapporteur (v. 20). Sa présence échauffe les disputes. Il est pris à parti d’un côté et de l’autre et, loin de calmer, son intervention échauffe, comme le charbon ou le bois sur le brasier déjà allumé.

 

Les paroles du rapporteur sont comme des friandises et elles descendent jusqu’au dedans des entrailles (v. 22).

Voyez 18:8.

Cette sentence est répétée ici pour compléter le tableau des v. 17-21.

Versets 23-28 — La fausseté.

Les lèvres brûlantes et le coeur mauvais sont comme de la litharge d’argent appliquée sur un vase de terre (v. 23).

Défiez-vous des brûlantes protestations d’amitié qui recouvrent un coeur mauvais. C’est comme la litharge, agréable à l’oeil, dont le vase est vernissé ; un enduit sans aucune valeur en lui-même, mais trompant sur la nature grossière de ce qu’il recouvre.

 

Celui qui hait se déguise par ses lèvres ; mais au dedans de lui il nourrit la fraude. Quand il rend sa voix gracieuse, ne le crois point, car il y a sept abominations dans son coeur (v. 24-25).

Ce verset présente un état pire que celui du verset précédent. Il montre la haine logée dans le coeur. Cet homme la déguise par ses discours ; il nourrit dans son coeur une fraude consciente ; il use de paroles gracieuses et son âme est pleine à en déborder de pensées abominables.

 

La haine se cache-t-elle sous la dissimulation, sa méchanceté sera découverte dans la congrégation (v. 26).

Cette haine peut être si bien cachée sous de faux semblants que les yeux des hommes ne peuvent la découvrir ; mais, dans la congrégation d’Israël (pour nous, dans l’Assemblée chrétienne), il ne peut plus en être ainsi. Christ étant là, au milieu des siens, le mal est manifesté, car il ne peut subsister en Sa sainte présence.

 

Qui creuse une fosse y tombera et la pierre retournera sur celui qui la roule (v. 27).

Ce verset continue à traiter des mauvaises intentions, mais le but de nuire au prochain et même de le détruire n’est plus caché. Le méchant creuse la fosse pour que l’objet de sa haine y tombe, il roule la pierre pour qu’elle tombe sur lui et l’écrase. Dans les deux cas, Dieu qui voit et sonde tout, permet que ces mauvais desseins tournent au détriment du méchant. La potence destinée à Mardochée devient l’instrument de mort pour Haman.

 

La langue fausse hait ceux qu’elle a écrasés et la bouche flatteuse amène la ruine (v. 28).

La fausseté en paroles est toujours haineuse même après avoir écrasé sa victime, elle la hait encore. La flatterie est un moyen de ruine plus dangereux encore, elle conduit à sa perte celui qu’elle encense.

5.3   CHAPITRE 27

Ce chapitre offre un peu moins de suite dans l’ordre des Proverbes que les deux chapitres précédents ; on peut cependant lui appliquer la remarque qui est en tête du chap. 25.

Versets 1-2 — La vanterie.

Ne te glorifie pas du jour de demain, car tu ne sais pas ce qu’un jour enfantera (v. 1).

Voyez Jacq. 4:13-16.

Se vanter de ce que demain nous apportera, c’est mettre Dieu de côté dans notre vie. Nous ne savons pas même quelles seront pour demain les conséquences du jour dans lequel nous nous trouvons ; à bien plus forte raison ignorons-nous la tournure du jour qui va suivre.

 

Qu’un autre te loue, et non ta bouche — un étranger et non tes lèvres (v. 2).

Ne nous vantons pas nous-mêmes ; laissons la louange aux étrangers ; ne la laissons pas même à nos amis (voyez v. 14). Il faut que notre conduite soit pour tous un motif de louange (3 Jean 3:12).

Versets 3-4 — Les passions mauvaises.

La pierre est pesante et le sable est lourd ; mais l’humeur d’un fou est plus pesante que tous les deux (v. 3).

Il ne s’agit pas ici du sot, mais du fou, de celui qui a perdu la raison, de l’insensé dont l’humeur ne peut être modifiée par aucun raisonnement (*). Sa compagnie est une charge accablante, plus pesante que la pierre, plus lourde que le sable dont il nous est impossible de nous dégager, quand il est tombé sur nous.

(*) Nous profitons de ce chapitre où le mot fou arrivera pour la dernière fois au v. 22 pour faire ressortir la différence entre le sot (hébreu : Kesil) et le fou (hébreu Evil). Pour le sot, voyez notre définition page 14 de cette Etude. Une définition plus complète du fou s’y trouve aussi page 12 [note Bibliquest : les pages 12 et 14 sont dans les «Remarques préliminaires» (série de définitions) précédent la première partie ou Chapitres 1-9]. Passages où se trouve le mot fou ; 1:7 ; 7:22 ; 10:8, 21 ; 11:29 ; 12:15, 16 ; 14:9 ; 15:5 ; 16:22 ; 17:28 ; 20:3 ; 24:7 ; 27:3,22.

La fureur est cruelle et la colère déborde, mais qui subsistera devant la jalousie ? (v. 4) 

Maxime très importante pour l’exercice du ministère. Il ne s’agit pas ici de la jalousie d’un époux outragé (6:34), mais de la jalousie en général. Celui qui est offusqué par la supériorité d’un autre (et combien de fois une haute pensée de nous-même a provoqué ces sentiments !) ne sera satisfait qu’en ayant ruiné moralement celui qu’il estime être son rival. La cruauté de la fureur et le débordement de la colère sont mille fois préférables.

Versets 5-17 — Les affections naturelles. L’amitié et la famille.

Mieux vaut une réprimande ouverte qu’un amour caché (v. 5).

Voyez Gal. 2:14.

Une réprimande publique est souvent la preuve d’un amour plus profond et plus vrai, qu’un amour qui, par crainte de blesser, se tait, se garde de reprendre et se prive de voir, à l’occasion, des progrès spirituels chez son ami. Telle fut la réprimande, devant tous, de Paul, adressée à Pierre (Gal. 2:14).

 

Les blessures faites par un ami sont fidèles, mais les baisers de celui qui hait sont fréquents (v. 6).

Voyez 26:24-25.

Il y a des blessures que le sage sera heureux d’avoir reçues et qui lui démontrent la fidélité de son ami. Qu’il se défie des nombreuses flatteries de ses ennemis. Elles lui manqueront d’autant moins, qu’ils cachent leur haine sous leurs baisers.

 

L’âme rassasiée foule aux pieds les rayons de miel, mais pour l’âme qui a faim tout ce qui est amer est doux (v. 7).

Voyez 25:16.

Les affections naturelles les plus légitimes ne suffisent pas pour combler le vide d’un coeur travaillé. Il arrive un moment où l’âme, rassasiée de ces douceurs les foule aux pieds pour satisfaire sa faim. Cette faim trouvera même dans ce qui est amer plus de douceur que dans les relations de famille. Il en est ainsi de l’âme dans ses relations avec Dieu. Le jugement prononcé, le mot «perdu» inscrit sur le pécheur, la ruine de toute prétention à obtenir une justice devant Dieu, sont les herbes amères de la Pâque. L’âme doit s’en nourrir, mais elle y trouve le salut, l’Agneau pascal ayant porté et ôté pour toujours ces jugements de devant Dieu.

 

Comme un oiseau erre çà et là loin de son nid, ainsi est l’homme qui erre loin de son lieu (v. 8).

La liaison de cette pensée avec celle du verset précédent frappera l’esprit réfléchi. On pourrait croire que les douces affections naturelles qui nous lient à la famille doivent être foulées aux pieds. Bien loin de là. Celui qui abandonne le lieu où il trouve ses affections est comme l’oiseau sans nid, et par conséquent sans famille, errant çà et là. C’est dans la famille que les affections se réchauffent et que l’égoïsme est tenu en bride — et cela s’accorde parfaitement avec la vie spirituelle.

 

L’huile et le parfum réjouissent le coeur, et la douceur d’un ami est le fruit d’un conseil qui vient du coeur (v. 9).

L’huile et le parfum avec lesquels on reçoit les convives de marque réjouissent le coeur de celui qui se sent apprécié de cette manière (Luc 7:46). De même la douceur dont un ami nous entoure est le fruit d’une pensée profonde qui a sa source dans ses affections. Ce proverbe n’est-il pas applicable à Christ et à nos relations avec Lui ?

 

N’abandonne point ton ami, ni l’ami de ton père, et n’entre pas dans la maison de ton frère au jour de la calamité. Mieux vaut un voisin proche qu’un frère éloigné (v. 10).

Voyez 18:24.

L’ami est celui dans la compagnie duquel je passe ma vie ; à l’ami de mon père se rattachent mes souvenirs et mes affections de famille. Dans mes difficultés je le trouve près de moi, remplaçant ma famille absente. Ferai-je au jour de ma calamité un long voyage pour chercher auprès de mon frère les consolations dont j’ai besoin ? Non, je n’entrerai pas dans sa maison en ce jour-là. Cette maxime touche à la question des affections naturelles, qui est en vue dans tout ce passage. Jonathan, l’ami de David, était pour lui un meilleur conseiller que ses propres frères. Ce passage reporte nos pensées vers l’Ami par excellence.

 

Mon fils, sois sage et réjouis mon coeur, afin que j’aie de quoi répondre à celui qui m’outrage (v. 11).

Il y a des gens qui outragent la Sagesse divine (Christ) en invoquant les fautes de ceux qui sont nés d’elle. Le moyen de réduire ces ennemis au silence n’est pas que le fils de la Sagesse se lance témérairement dans la lutte, mais qu’il reproduise les traits de la Sagesse qui l’a engendré, et qu’il réjouisse Son coeur par son obéissance. «Ils n’auront pas honte», est-il dit, «quand ils parleront avec des ennemis dans la porte». (Ps. 127:5).

 

L’homme avisé voit le mal et se cache ; les simples passent outre et en portent la peine (v. 12).

Voyez 22:3.

Ce passage est répété ici comme enseignement supplémentaire du v. 11. Quand le mal se présente, l’homme qui a profité des enseignements de la sagesse ne cherche pas à tenir tête aux attaques, ce qui serait de la présomption, mais se cache, et laisse agir Celui qui seul peut résister au mal ; tandis que les «simples» ne voient pas le danger, passent outre dans leur aveuglement et leur suffisance, et deviennent la proie de l’Ennemi.

 

Prends son vêtement, car il a cautionné autrui et prends de lui un gage, à cause de l’étrangère (v. 13).

Voyez 20:16.

La répétition de ce passage ici semble avoir le même but que celle du v. 12. Compter sur l’avenir, sur soi-même, et laisser Dieu de côté, c’est la ruine, mais en outre on est ruiné par l’alliance avec le monde corrompu.

 

À celui qui bénit son ami à haute voix, se levant le matin de bonne heure, on le lui comptera comme une malédiction (v. 14).

Les rapports avec l’ami ont une pudeur d’intimité qui ne comporte pas une publicité tapageuse. S’il me communique tous ses secrets et me montre une si touchante confiance, les louanges qu’il me prodiguerait criées à haute voix, en public, à des heures inusitées, seraient le contraire de la communion avec lui. Cela rebute les assistants et leur produit l’effet d’une malédiction et non d’une louange. N’en est-il pas de même de certaines manifestations publiques d’admiration pour le Seigneur qui affligent ses vrais amis et leur donnent la pénible impression d’un manque de vérité dans le coeur ?

 

Une gouttière continuelle en un jour de pluie, et une femme querelleuse, cela se ressemble. Qui l’arrête arrête le vent, et sa droite trouve de l’huile (v. 15-16).

Voyez 19:13.

Ces versets continuent à parler des relations de famille. On arrête moins facilement les querelles dans les rapports intimes avec la famille que dans les rapports avec le public. La femme est le grand obstacle au rétablissement de la paix. Ce serait merveille d’y réussir, mais on ne le peut pas davantage que de retenir le vent ou l’huile avec la main.

 

Le fer s’aiguise par le fer et un homme ranime (aiguise) le visage de son ami (v. 17).

Immense avantage de l’amitié selon les pensées de Dieu. Etant de même nature (comme le fer et le fer), deux amis s’encouragent, s’aident, se fortifient, se raniment l’un l’autre pour un même dessein.

Versets 18-22 — L’homme selon Dieu et l’homme naturel.

Celui qui soigne le figuier mange de son fruit et celui qui veille sur son Maître sera honoré (v. 18).

Voyez 1 Cor. 9:7.

Nous avons ici l’image de celui qui soigne Israël, le peuple de Dieu. Il a le droit de manger du fruit du figuier ou de la vigne, et de boire du lait du troupeau. Ce droit, l’apôtre Paul seul n’en faisait pas usage. De tels soins sont donnés, pour ainsi dire, de haut en bas, mais il en est qui sont donnés de bas en haut, tels ceux de Mardochée veillant sur Assuérus, son maître. Celui-là fut honoré. Il en est de même des serviteurs qui veillent aujourd’hui à ce que le nom de leur Seigneur ne soit pas déshonoré dans ce monde.

 

Comme dans l’eau le visage répond au visage, ainsi le coeur de l’homme répond à l’homme (v. 19).

Il y a des affinités, des ressemblances d’homme à homme, au moral comme au physique. On se reconnaît aux mêmes traits, et l’on se recherche. Ainsi, quant au bien, le Seigneur aime à voir ses traits reproduits dans les siens ; mais ceux-ci ne reproduisent son image qu’en le contemplant. (2 Cor. 3:18 ; Actes 7:59-60).

 

Le shéol et l’abîme sont insatiables et les yeux de l’homme sont insatiables (v. 20).

Voyez 30:16 ; Habak. 2:5.

Le lieu invisible est insatiable pour engloutir les âmes, l’abîme, pour engloutir l’homme tout entier ; les yeux de l’homme pécheur ne se rassasient jamais de contempler les objets de leurs convoitises et du désir d’en prendre possession. C’est le regard de l’homme qui le fait ressembler à l’abîme. Nous trouvons ici un contraste absolu avec le verset précédent.

 

Le creuset est pour l’argent, et le fourneau pour l’or, ainsi l’homme pour la bouche qui le loue (v. 21).

Voyez 17:3.

Du creuset et du fourneau sortent l’argent et l’or dépouillés de leur alliage. Les louanges sont le creuset de l’homme. Qu’en sortira-t-il ? L’argent de la grâce, l’or de la justice divine, ou les scories du vieil homme, son orgueil et sa satisfaction de lui-même, sa chair en un mot, dans laquelle n’habite aucun bien ?

 

Quand tu broierais le fou dans un mortier, au milieu du grain, avec un pilon, sa folie ne se retirerait pas de lui (v. 22).

Le plus grand broiement ne peut changer l’homme naturel, celui dont le caractère est la folie, état qu’aucune ressource humaine ne peut modifier (Rom. 1:22). Pour y échapper il faut naître de nouveau.

Versets 23-27 —  Prévoyance.

Connais bien la face de ton menu bétail, veille sur tes troupeaux ; car l’abondance n’est pas pour toujours, et une couronne dure-t-elle de génération en génération ? Le foin disparaît, et l’herbe tendre se montre, et on ramasse les herbes des montagnes. Les agneaux sont pour ton vêtement, et les boucs pour le prix d’un champ, et l’abondance du lait de tes chèvres pour ta nourriture, pour la nourriture de ta maison, et pour la vie de tes servantes.

Le menu bétail et les troupeaux représentent toujours dans l’Écriture la richesse donnée de Dieu aux hommes. La couronne est toujours dans les Proverbes l’emblème de ce qui est donné à la Sagesse ou dispensé par elle : bénédictions terrestres, prolongement de vie, nombreuse postérité. Mais tout cela ne dure pas de génération en génération. La nourriture du bétail, par lequel notre vie est entretenue ici-bas, soit comme vêtement, soit comme alimentation, soit comme échange, peut disparaître. Il faut une surveillance continuelle pour la renouveler quand le foin est consommé ; il faut surveiller l’herbe nouvelle, récolter les herbes sur les montagnes. Ainsi la maison, la famille, la domesticité, sont entretenues.

Ce passage qui peut être intitulé : Prévoyance, clôture dignement un chapitre qui traite avant tout de la vie et des relations domestiques.

5.4   CHAPITRE 28

Ce chapitre ne se termine proprement qu’au v. 2 du chap. 29. On y trouve, assemblés en un sujet continu, les caractères des méchants et des justes, depuis les pauvres jusqu’à ceux qui dominent.

Versets 28:1 à 29:2 — Voies du gouvernement de Dieu envers les justes et les méchants, envers les rois et les peuples, envers les individus.

 

Le méchant se sauve quand personne ne le poursuit, mais les justes sont pleins d’assurance comme un jeune lion (v. 1).

Ce chapitre commence par l’image frappante du peuple coupable, sous le jugement de Dieu que nous voyons actuellement exécuté sur lui (voyez Lévit. 26:36-39). Caïn en est le type comme meurtrier de son frère (Gen. 4:12-16). Nous trouvons aussi dans ce verset l’image d’une mauvaise conscience qui ne laisse pas de repos à l’homme livré à lui-même. Le juste, «ayant le coeur, par aspersion, purifié d’une mauvaise conscience» (Hébr. 10:22), tient tête à l’adversaire et le regarde en face, sans le craindre.

 

À cause de l’iniquité d’un pays, ses princes sont nombreux ; mais par un homme intelligent qui a de la connaissance, la stabilité se prolonge (v. 2).

Ceci est vérifié par l’histoire d’Israël. L’iniquité du peuple a pour résultat la succession rapide de ses rois et de ses conducteurs. S’il survient un fils de la Sagesse comme roi (car l’intelligence et la connaissance sont, comme nous l’avons vu si souvent, les attributs de la Sagesse), c’est à cause de lui que la stabilité de son règne se prolonge. En effet, nous constatons dans toute l’histoire d’Israël que l’état moral du peuple n’a pas changé sous un règne fidèle et juste, mais que le roi fidèle est souvent favorisé d’un long règne ; témoins Josaphat, Joas, Ézéchias, en contraste avec les rois d’Israël et les derniers rois de Juda.

 

L’homme pauvre qui opprime les misérables est une pluie violente qui ne laisse point de pain (v. 3).

On en peut trouver l’exemple dans l’histoire d’Abimélec, fils de la servante de Gédéon (Juges 9) dont la terrible domination fut une pluie violente qui dévasta tout sur son passage et appauvrit Israël.

 

Ceux qui abandonnent la loi louent les méchants, mais ceux qui gardent la loi leur font la guerre (v. 4).

Il s’agit toujours ici du gouvernement du peuple. Si l’on abandonne la parole de Dieu qui peut seule montrer le droit chemin, on se tourne nécessairement vers les méchants et on les loue pour se faire bien voir d’eux. Tel se conduisit le roi Achaz envers le roi d’Assyrie (2 Rois 16). Ceux qui se laissent diriger par la loi ne peuvent supporter le mal, s’opposent résolument aux méchants et ne les laissent pas prendre la direction des affaires.

 

Les hommes adonnés au mal ne comprennent pas le juste jugement, mais ceux qui cherchent l’Éternel comprennent tout (v. 5).

Voyez Éccl. 8:5-6.

Les hommes adonnés au mal ont perdu la connaissance d’une appréciation des choses selon Dieu ; les sages, ceux qui cherchent l’Éternel et le craignent, ont, par là même, la connaissance et l’intelligence de tout, parce qu’ils possèdent la vérité. Ces principes sont particulièrement en rapport, comme tout ce passage, avec le gouvernement de Dieu au v. 2.

 

Mieux vaut le pauvre qui marche dans son intégrité, que l’homme pervers dans ses doubles voies, bien qu’il soit riche (v. 6).

Correctif du v. 3. On pourrait faire objection à la pauvreté pour la gestion des affaires, mais combien cela est préférable, quand l’homme est intègre, parfait dans ses voies, à l’homme riche qui manque de droiture et use de fausseté dans sa conduite.

 

Qui garde la loi est un fils intelligent ; mais le compagnon des débauchés fait honte à son père (v. 7).

L’obéissance à la loi, à la Parole écrite, est la preuve de l’intelligence dans les relations établies de Dieu ; l’association avec la corruption morale est un opprobre jeté sur le chef de la famille.

 

Celui qui augmente son bien par l’intérêt et l’usure, l’amasse pour celui qui est bon pour les misérables (v. 8).

Dans le gouvernement de Dieu les biens accumulés par l’avare et l’usurier reviendront à l’homme miséricordieux qui les emploiera pour secourir les misérables.

 

Qui détourne son oreille pour ne pas écouter la loi, sa prière même est une abomination (v. 9).

Cf. 15:8.

La désobéissance volontaire à l’enseignement de la loi, la décision de ne pas en tenir compte, est une insulte à l’Éternel. La prière de telles gens, leur prétention à rester en relation avec Dieu et à être entendus de lui, est pour Dieu une abomination, aussi haïssable que l’idolâtrie.

 

Celui qui égare les hommes droits sur un mauvais chemin tombera lui-même dans la fosse qu’il aura creusée ; mais les hommes intègres hériteront le bien (v. 10).

Voyez 26:27.

Le moyen employé par un conducteur qui se sert de son influence pour égarer les hommes droits, se retournera contre lui. Le mal qu’il avait prémédité l’atteindra. Les justes seront secourus à temps et cet effort de l’ennemi ne servira qu’à les faire entrer en possession de choses excellentes.

 

L’homme riche est sage à ses yeux, mais le pauvre qui est intelligent le sonde (v. 11).

La richesse qui donne de l’importance est la source de la satisfaction de soi. Cet homme se croit sage et ignore la vraie sagesse. Le pauvre qui est intelligent — or on n’est pas intelligent sans être un fils de la Sagesse — sonde le riche et juge de ses prétentions. Le juge est supérieur à celui qui est jugé.

 

Quand les justes se réjouissent, il y a beaucoup de gloire ; mais quand les méchants se lèvent, les hommes se cachent (v. 12).

Voyez v. 28 ; 11:10 ; 29:2.

La joie des justes et la gloire vont de pair. Il en sera ainsi dans le royaume terrestre et céleste. Quand les méchants entrent en jeu et dominent, il n’y a de ressource pour les hommes que de se cacher (És. 26:20).

 

Celui qui cache ses transgressions ne prospère point, mais celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde (v. 13).

Ce verset correspond au Ps. 32 et envisage les mêmes circonstances qui accompagneront la restauration du Résidu d’Israël, lors de l’établissement du Royaume.

 

Bienheureux l’homme qui craint continuellement ; mais celui qui endurcit son coeur tombera dans le malheur (v. 14).

Ce verset proclame le bonheur qui s’allie à une crainte continuelle — crainte, pour le sage, de laisser le mal s’introduire dans ses voies, conséquence de la crainte de l’Éternel. La crainte est un des grands principes de la Sagesse dans les Proverbes, comme le bonheur est un des grands résultats de la fidélité dans les Psaumes. L’endurcissement de coeur, partage de l’insensé, a le malheur pour conséquence (voyez 14:16).

 

Un lion rugissant et un ours à la poursuite de sa proie, c’est le dominateur méchant d’un peuple pauvre (v. 15).

Tout ce qui précède traite des règles générales du gouvernement de Dieu. Les maximes suivantes nous ramènent au prince (voyez v. 2 et 3). Quelle règle importante pour Ézéchias, ce vrai fils de Salomon ! Il trouvait son peuple abaissé et dans la pauvreté. Il avait à le garder du méchant et de l’oppresseur.

 

Le prince privé d’intelligence opprime beaucoup, mais celui qui hait le gain déshonnête prolongera ses jours (v. 16).

Ici encore le pieux Ézéchias peut servir d’exemple. Ses jours furent prolongés, car il était un fils de la Sagesse qui haïssait le mal ; et il fut enrichi en haïssant le gain déshonnête.

 

L’homme chargé du sang d’une âme fuira jusqu’à la fosse... qu’on ne le retienne pas ! (v. 17).

Cette sentence se vérifie, comme nous l’avons déjà vu, dans l’histoire de Caïn et dans celle du peuple juif. Ce sont les voies gouvernementales de Dieu envers ce peuple, meurtrier de son Messie ; elles ne peuvent être ni changées, ni arrêtées.

 

Qui marche dans l’intégrité sera sauvé, mais qui suit tortueusement deux voies, tombera une fois pour toutes (v. 18).

Voyez v. 6.

La ruine est aussi certaine, aussi irrémédiable pour l’homme faux et pervers que pour le meurtrier (v. 17). C’est l’image de l’inique de la fin, tandis que le Résidu intègre trouvera la délivrance.

 

Qui laboure sa terre sera rassasié de pain, mais celui qui court après les fainéants sera rassasié de pauvreté (v. 19).

Voyez 12:11.

Le travail dans ce que Dieu nous a confié porte un fruit abondant pour nous-mêmes ; celui qui recherche les fainéants et les prend pour modèles sera saturé de pauvreté. Ce verset est répété ici afin de compléter le sujet des voies de Dieu envers les individus. La paresse, si souvent mentionnée dans ce livre, doit y trouver sa place.

 

L’homme fidèle abonde en bénédictions, mais celui qui a hâte de s’enrichir ne demeurera pas innocent (v. 20).

La fidélité dans la conduite envers Dieu est mise en regard de l’activité au v. 19, ce qui explique aussi la répétition de 12:11 signalée au verset précédent. La fidélité donne des bénédictions bien autrement nombreuses que le fruit de la terre, mais l’avidité des richesses et la hâte de les acquérir n’est pas seulement le chemin de la ruine, elle est celui de la perdition (1 Tim. 6:9).

 

Faire acception des personnes n’est pas bien ; même pour un morceau de pain un homme commettra une transgression (v. 21).

Voyez 24:23.

Faire acception de personnes découle de la même source : on y trouve son avantage. Mais, à quelque degré qu’on montre cette préférence, ce n’est pas bien. Le proverbe ne dit pas : C’est mal, afin d’atteindre les plus légères nuances de ce péché si fréquent parmi les hommes. Le moindre avantage à acquérir pousse un homme à commettre une transgression. Quel jugement du coeur de l’homme !

 

L’homme qui a l’oeil mauvais se hâte pour avoir des richesses, et il ne sait pas que la disette viendra sur lui (v. 22).

Voyez 23:6.

Celui qui est envieux et jaloux se hâte de s’enrichir pour dépasser les autres (voyez v. 20). Il y aura dans ce monde un jugement sur lui, il sera privé des choses même, par lesquelles il pensait avoir le pas sur son prochain.

 

Celui qui reprend un homme trouvera la faveur dans la suite, plutôt que celui qui flatte de la langue (v. 23).

Voyez 27:5.

Reprendre un homme est un acte de fidélité et d’intérêt véritable pour lui. Au premier moment cela peut être mal reçu, mais est reconnu plus tard par celui qui a été réprimandé et qui d’abord se tenait pour offensé, et nous attire sa faveur. Le flatteur est par contre jugé par lui comme malfaisant.

 

Qui dépouille son père et sa mère, et dit : Ce n’est point une transgression, celui-là est compagnon du destructeur (v. 24).

Voyez 19:26.

Dépouiller son père et sa mère n’est pas les honorer. Celui qui agit ainsi cherche par des subtilités à nier que ce soit une transgression (voyez Matt. 15:5). Il s’associe à celui qui détruit ce que Dieu a fermement établi (*).

(*) Proprement : l’homme destructeur. Pour le sens, voyez Jér. 5:7 ;22:7.

Celui qui a l’âme altière excite la querelle ; mais qui se confie en l’Éternel sera engraissé (v. 25).

Voyez 13:10.

L’orgueil quand il se manifeste excite l’opposition de ceux qu’il a blessés, et par conséquent la querelle avec eux. Placez en regard de l’orgueil la confiance en l’Éternel, faite d’humilité et de dépendance, et qui ne se tourne pas du côté des hommes, mais de Dieu seul : l’âme qui se confie en Lui sera rassasiée et prospère.

 

Qui se confie en son propre coeur est un sot ; mais qui marche dans la sagesse, celui-là sera délivré (v. 26).

En opposition avec la confiance en l’Éternel du v. 25, un sot se confie en son propre coeur ; car il est incapable de connaître les pensées de Dieu. Il n’y a qu’à suivre le chemin de la sagesse qui est précisément cette connaissance, pour trouver, au bout, la délivrance.

 

Qui donne au pauvre ne manquera de rien, mais qui détourne les yeux sera comblé de malédictions (v. 27).

Voyez 19:17 ; 22:9.

La générosité envers le pauvre est, dans les voies de Dieu, une source de prospérité pour celui qui donne ; mais celui qui se détourne du pauvre est comblé de malédictions, comme, au v. 10, l’homme fidèle l’était de bénédictions.

 

Quand les méchants se lèvent, les hommes se cachent ; mais quand ils périssent, les justes se multiplient (v. 28).

Voyez v. 12 ; 11 : 10 ; 29:2.

Ce verset d’une portée générale, comme nous l’avons vu précédemment, nous reporte aussi au temps de la fin. Il y aura une saison où l’inique dominera sur le peuple et où il n’y aura pour les fidèles que la ressource de se cacher dans la retraite préparée de Dieu pour les siens. Quand enfin l’oppresseur aura disparu, un peuple juste, immense en nombre, le nouvel Israël, reparaîtra dans le pays et y prospérera.

 

(Chapitre 29:1-2 ; Note Bibliquest : rattachés au Ch. 28).

 

L’homme qui, étant souvent repris, roidit son cou sera brisé subitement, et il n’y a pas de remède (v. 1).

Voyez 6:15.

Cette maxime, d’une portée générale, nous fait aussi penser au peuple d’Israël. Souvent, repris de Dieu (et avec quelle patience !), il a malgré tout roidi son cou. Il sera brisé subitement, détruit en un montent (Ps. 73:19), sans remède.

 

Quand les justes se multiplient, le peuple se réjouit ; mais quand le méchant gouverne, le peuple gémit (v. 2).

Voyez 28:28.

Ce verset commence par la multiplication des justes et finit par l’oppression du méchant. Au chap. 28, v. 28, c’était le contraire. Ces deux choses arriveront à la fin des jours. L’Antichrist gouvernera, les justes se cacheront ; puis, quand l’Inique sera brisé, les justes se multiplieront. Rentrés dans leur pays, ils auront affaire à l’invasion d’un nouvel ennemi, l’Assyrien, jusqu’à ce qu’il soit brisé par l’Éternel lui-même sur les montagnes d’Israël. C’est ce que l’on trouve au Ps. 107 : «Il les bénit et ils se multiplient beaucoup ; et il ne laisse pas diminuer leur bétail ;... Et ils diminuent, et sont accablés par l’oppression, le malheur, et le chagrin».

5.5   CHAPITRE 29:3-27

Versets 3-7 — Le juste.

L’homme qui aime la sagesse est la joie de son père, mais le compagnon des prostituées dissipera son bien (v. 3).

Voyez 10:1.

Comme nous l’avons déjà remarqué plus d’une fois dans cette étude, il y a, depuis le chapitre 10, une espèce de recommencement ou d’ordre nouveau quand les Proverbes reviennent à la pensée initiale de la Sagesse, aux relations du fils avec ses parents (voyez 10:1 ; 17:25 ; 19:13, 27 ; 22:17). Tout ce livre, n’a-t-il pas pour but de faire aimer la Sagesse et d’en faire suivre la voie au fils qui est en relation d’affection et d’obéissance avec le père qui l’a engendré ?

Ici, le caractère du fils est d’aimer la Sagesse. Ce n’est pas seulement de la suivre, de lui obéir, de lui être soumis. À mesure qu’on avance dans la connaissance de la Sagesse on lui est attaché comme à quelque chose d’infiniment précieux. Or, comme nous l’avons vu, la Sagesse, dans sa suprême expression, c’est Christ. La connaissance de cette personne grandit à mesure que l’on avance ; on l’aime. On est attaché, obéissant, fidèle à des principes ; on aime une personne, on aime aussi la Parole, parce qu’elle est la révélation de cette personne.

Cet amour est la joie du père. Il est parlé ici de celui qui, sur la terre, a engendré un tel fils et que nous retrouvons tout du long dans les Proverbes, mais pour nous chrétiens, nous savons que c’est la joie de notre Père céleste de nous voir aimer son Fils. «Si quelqu’un m’aime... mon Père l’aimera». C’est bien plus que la joie du peuple de Dieu (v. 2) quand les justes se multiplient.

En contraste avec celui qui aime la sagesse, nous trouvons le compagnon des prostituées, l’homme qui a choisi le monde corrompu pour en faire sa compagnie. Cet homme a reçu des bénédictions extérieures en partage, comme tous les hommes. Même celles-là il les perdra, car il aura «mangé son bien avec des prostituées». Mais il peut retrouver la joie du Père sur le chemin de la repentance quand, étant mort, il est revenu à la vie, quand, étant perdu, il a été retrouvé (Luc 15).

 

Un roi, par le juste jugement, affermit le pays, mais l’homme qui accepte des présents le ruine (v. 4).

Voyez v. 14 ; 16:12 ; 25:5.

Après la Sagesse, nous trouvons le roi comme représentant, ici-bas, de l’autorité divine. Chez lui le jugement de toutes choses selon le caractère de Dieu donne la stabilité au pays qu’il gouverne ; tandis que, si le juge accepte des présents, il s’associe au méchant qui a pour but, en les donnant, de faire «dévier les sentiers du jugement» (17:23). Il ruine, par ce fait, le pays qu’il aurait dû gouverner et affermir.

 

L’homme qui flatte son prochain étend un filet devant ses pas (v. 5).

Voyez 26:28 ; 28:23.

Il y a un moyen autre que les présents pour faire tomber son prochain, c’est la flatterie. L’homme tient compte de celui qui le flatte, le juste jugement est faussé et ainsi les voies de l’Éternel sont perverties. «Voix d’un Dieu et non pas d’un homme !» disaient les Tyriens à Hérode (Actes 12:22-23).

 

Dans la transgression de l’homme mauvais, il y a un piège, mais le juste chantera et se réjouira (v. 6).

Cette pensée continue celles des versets précédents. Il y a un troisième piège qui consiste à s’écarter de la règle divine et à lui désobéir. Cette transgression est le piège qui sera la ruine du méchant. Le juste, précisément parce qu’il est juste, échappe à la transgression. La louange et la joie en sont la conséquence. Il est beaucoup parlé de joie dans ces versets.

 

Le juste prend connaissance de la cause des pauvres ; le méchant ne comprend aucune connaissance (v. 7).

La connaissance, comme nous l’avons vu souvent, est l’un des caractères de la sagesse. Le juste possède ce caractère. Il prend connaissance de la cause des pauvres. Il les comprend et prend leur défense quand ils sont attaqués ou tirés en jugement. Il s’identifie avec le pauvre ; il embrasse la cause de Christ et de tous ceux qui lui appartiennent. Le méchant est ignorant ; c’est le sot des Proverbes. Il n’a pas plus de connaissance de lui même que de Christ, le pauvre par excellence.

Versets 8-11 — Le sage.

Les hommes moqueurs mettent en feu une ville, mais les sages détournent la colère (v. 8).

Cf. 22:10.

Nous avons déjà vu que le caractère des moqueurs est de ne tenir aucun compte de Dieu, de considérer sa parole comme non existante. On en voit la conséquence sur les hommes réunis en société. Toutes les mauvaises passions et l’anarchie en sont la suite. Seule l’intercession des sages détourne la colère de Dieu, prête à fondre sur cette société.

 

Un homme sage qui plaide avec un homme insensé, qu’il s’irrite ou qu’il rie, n’a point de repos (v. 9).

Quand un sage entre en procès ou en contestation avec un homme insensé, qu’il s’irrite et se croie offensé, ou qu’il prenne le parti d’en rire, de traiter légèrement cette opposition, il trouble le repos de son âme et n’en retire qu’agitation pour lui-même.

 

Les hommes de sang haïssent l’homme intègre, mais les hommes droits tiennent à sa vie (v. 10).

L’homme intègre sera toujours un objet de haine pour ceux auxquels un meurtre ne coûte rien. Il en a été de même pour Élie, pour Étienne et pour tous les témoins fidèles ; mais les hommes droits tiennent à préserver la vie du juste, tel Abdias préservant les cent fidèles de la colère de Jésabel.

 

Le sot met dehors tout son esprit, mais le sage le calme et le retient (v. 11).

Mettre dehors tout ce qu’il pense, mettre de même au jour ses passions, c’est le propre de l’homme dépourvu d’intelligence — le sage est calme, domine les mouvements de son coeur et sait en retenir l’expression.

Versets 12-27 — Principes divers.

Qu’un gouverneur prête attention à la parole de mensonge, tous ses serviteurs seront méchants (v. 12).

Responsabilité de celui qui est appelé à conduire les autres, et son influence sur eux. Il est de toute importance qu’il soit vrai. Dès qu’il prête l’oreille à la parole de mensonge et la laisse entrer dans sa conduite, l’effet s’en fera sentir sur tous les serviteurs qui l’entourent : ils seront méchants et c’est le gouverneur qui en sera responsable.

 

Le pauvre et l’oppresseur se rencontrent, l’Éternel éclaire les yeux de tous deux (v. 13).

Voyez 22:2.

Comme le riche et le pauvre se rencontrent dans leur naissance et dans leur mort, le pauvre et celui qui opprime le pauvre se rencontrent aussi quand il s’agit de la grâce de Dieu qui ouvre les yeux à l’un comme à l’autre.

 

Le roi qui juge les pauvres selon la vérité... son trône sera affermi pour toujours (v. 14).

Dans ce chapitre et dans le chapitre précédent il est souvent parlé du pauvre comme objet de sympathie, souvent aussi du dominateur, du prince, du gouverneur, du roi, qui peuvent être selon le coeur de Dieu, ou agir en oppresseurs. Mais que le roi soit le roi d’un peuple pauvre ne change rien, ni à sa prospérité, ni à sa stabilité, pourvu qu’il gouverne en vérité. Tel fut Ézéchias. On n’a pas affaire ici à la gloire du règne de Salomon, mais à un temps de déclin. Le temps réapparaîtra où le peuple du roi sera «un peuple de franche volonté au jour de sa puissance, en sainte magnificence» (Ps. 110).

 

La verge et la répréhension donnent la sagesse, mais le jeune garçon abandonné à lui-même fait honte à sa mère (v. 15).

La sagesse n’est pas seulement le produit de l’instruction ; elle s’acquiert par les châtiments et la discipline. C’est pourquoi celui qui, jeune encore, est abandonné à sa propre volonté est un sujet d’humiliation pour sa mère qui, dans les Proverbes, représente toujours le principe de l’amour dans l’éducation de l’enfant.

 

Quand les méchants se multiplient, la transgression se multiplie ; mais les justes verront leur chute (v. 16).

Cf. v. 2. Voyez Ps. 37:34.

Influence de la multiplication des méchants sur l’accroissement de la violation des lois que Dieu a établies. Mais cela aura une fin : les justes verront la chute des méchants quand Dieu se lèvera pour le jugement final.

 

Corrige ton fils et il te donnera du repos et procurera des délices à ton âme (v. 17).

Cf. v. 15.

La correction de l’enfant est attribuée au père, non à la mère. Le coeur du père ne pourra jouir d’aucun repos s’il n’est pas fait usage de la verge ; il sera dans une agitation continuelle par le fait que l’enfant, se sachant impuni, multipliera ses désobéissances ; mais, comme résultat de la correction, le fils de la Sagesse procurera des jouissances exquises au père qui l’a instruit.

 

Quand il n’y a point de vision, le peuple est sans frein ; mais bienheureux celui qui garde la loi (v. 18).

Il arrive un moment où, par suite de l’infidélité du peuple, la vision, la révélation directe de la pensée de Dieu à des hommes fidèles, non seulement n’est pas répandue, comme en 1 Sam. 3:1, mais a complètement cessé. Cependant le bonheur n’a point disparu ; il appartient à tous ceux qui gardent la loi, la parole inspirée de Dieu.

 

Un serviteur n’est pas corrigé par des paroles ; car il comprend, mais il ne répond pas (v. 19).

Ce ne sont pas des paroles qu’il faut au serviteur pour le corriger, car tout en comprenant, il ne lui est pas permis de répondre. C’est par l’exemple qu’il peut apprendre sa leçon.

 

As-tu vu un homme précipité dans ses paroles ? Il y a plus d’espoir pour un sot que pour lui (v. 20).

Voyez 26:12.

Un homme qui se hâte de parler et le fait, par conséquent, inconsidérément, est sur le même niveau que celui qui est sage à ses propres yeux, car il s’empresse de mettre au dehors ses propres pensées comme si, venant de lui, elles avaient une valeur spéciale. Or il y a plus d’espoir pour un homme dépourvu d’intelligence que pour lui.

 

Celui qui gâte son serviteur dès sa jeunesse, le verra fils à la fin (v. 21).

Gâter son serviteur dès sa jeunesse c’est lui donner une opinion exagérée de lui-même et l’inciter à usurper peu à peu la place du fils qu’il finira par occuper tout entière.

 

L’homme colère excite les querelles, et l’homme qui se met en fureur abonde en transgressions (v. 22).

Voyez 15:18.

Influence de l’homme colérique sur l’esprit des autres ; il excite les querelles. Influence de la violence d’un homme qui ne sait pas se dominer, sur son propre état moral ; il transgresse de cette manière à chaque instant la volonté de Dieu.

 

L’orgueil d’un homme l’abaisse, mais celui qui est humble d’esprit acquiert la gloire (v. 23).

Voyez 16:18, 19.

L’orgueil abaisse l’homme aux yeux de Dieu et aux yeux des sages. Nous savons que le résultat en sera la ruine. L’homme humble d’esprit est élevé aux yeux de Dieu et le résultat sera la gloire du royaume.

 

Qui partage avec un voleur hait son âme ; il entend l’adjuration et ne déclare pas la chose (v. 24).

Celui qui partage avec un voleur le produit du vol, croit être moins coupable que lui, puisqu’il n’a pas volé lui-même. Cité devant le juge et astreint au serment requis par le magistrat, il ne déclare pas la chose, afin d’éviter la condamnation pour lui-même. C’est haïr sa propre vie, car la loi dit qu’il portera son iniquité, étant condamné à mort sans appel (Lévit. 5:1).

 

La crainte des hommes tend un piège, mais qui se confie en l’Éternel est élevé dans une haute retraite (v. 25).

Craindre les hommes est un piège. Il y a danger de renier même son Seigneur, comme fit Pierre, pour échapper à un péril qu’il aurait évité par la simple confiance en Lui. Cette confiance nous délivre, nous met à l’abri et élève notre tête au-dessus de tous nos ennemis (Ps. 27:1-6).

 

Plusieurs cherchent la face du gouverneur, mais le juste jugement d’un homme vient de l’Éternel (v. 26).

Un grand nombre d’hommes a recours au gouverneur, à l’homme haut placé, au représentant de la justice, pensant que sa position le rend capable de juger équitablement des difficultés qu’ils traversent, et ainsi de leur donner une aide efficace. Cette appréciation est fausse. Le juste jugement d’un homme ne vient pas de sa position, mais est donné par l’Éternel. Tel était le fruit de la Sagesse donnée de Dieu à Salomon.

 

L’homme inique est l’abomination des justes, et celui qui est droit dans sa voie, l’abomination du méchant (v. 27).

Il y a antagonisme complet entre l’inique et le juste. Aucun rapprochement quelconque n’est possible. Des deux côtés l’un est en abomination à l’autre. «Quelle participation y a-t-il entre la justice et l’iniquité, ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres, ou quel accord de Christ avec Bélial ?» (2 Cor. 6:14-15). Si celui qui est droit dans sa voie est l’abomination du méchant, quel jour ce fait jette sur le coeur de l’homme ! Quelle condamnation absolue ! C’est ainsi que se terminent les Proverbes de Salomon. Seuls sont exceptés les fils de la Sagesse, ceux qui ont été engendrés par elle et que ce livre tout entier a pour mission d’instruire dans la justice pratique et de former à la droiture dans leur voie !

 

6                    Quatrième partie  — CHAPITRES 30 à 31

6.1   CHAPITRE 30  — Les paroles d’Agur

Les idées les plus étranges ont été émises au sujet de la personne d’Agur. Pour les uns, Agur serait Salomon ; pour d’autres, le frère de Lemuel qui, lui-même, serait Salomon. Cela nous prouve que l’intelligence de l’homme, appliquée aux choses de Dieu, même les plus simples, ne peut faire que fausse route. La parole de Dieu nous est donnée, non pour que nous lui apportions nos pensées (conf. v. 6), mais pour que nous nous laissions instruire par elle.

Le fait est que, sauf dans ce passage, l’Écriture ne nous donne aucune indication sur Agur, Jaké, Ithiel ou Ucal. Ces hommes sont autant d’inconnus, mais notre chapitre nous apprend sur Agur deux choses de toute importance. La première est contenue au v. 1. Paroles d’Agar, fils de Jaké, l’oracle prononcé par cet homme à Ithiel, à Ithiel et à Ucal. Agur a «prononcé un oracle», il a parlé de la part de Dieu, comme étant la bouche de Dieu (conf. 1 Pierre 4:11). La seconde chose, c’est que, tout en étant le porte-voix de l’Éternel pour Ithiel et pour Ucal, il ne songeait pas à s’en attribuer aucun mérite : «Certes, moi je suis plus stupide que personne, et je n’ai pas l’intelligence d’un homme ; et je n’ai pas appris la sagesse, ni ne possède la connaissance du Saint» (v. 2-3).

Il était un homme plus stupide qu’aucun autre ; l’intelligence même d’un homme ordinaire lui faisait défaut ; il n’avait été à aucune école de sagesse ; il n’avait pas reçu, comme d’autres, un ensemble de connaissances communiqué directement par le Très-Saint ; bien différent en cela, comme en toutes choses, du glorieux prédicateur et roi Salomon, auquel l’Éternel était apparu, lui disant : «Je t’ai donné un coeur sage et intelligent, en sorte qu’il n’y aura eu personne comme toi avant toi, et qu’après toi il ne se lèvera personne comme toi» (1 Rois 3:12).

Ce qui caractérisait donc Agur, l’homme inspiré, c’est qu’en lui-même il était le contraire d’un sage, qu’il en avait conscience et se plaisait à le proclamer hautement. Se condamner ainsi n’est pas chose commune, même chez des hommes enseignés de Dieu. Un autre prophète, Asaph, n’y était pas arrivé de prime abord, et nous apprend par quel chemin il dut passer pour se juger ainsi. Après maint combat il était entré «dans les sanctuaires de Dieu» et, placé dans la lumière de Sa présence, il avait dit comme Agur : «J’étais stupide et je n’avais pas de connaissance ; j’étais avec toi comme une brute» (Ps. 73:17, 22).

Ce jugement, remarquons-le, est à la base même de la prophétie d’Agur, car on ne peut être la bouche de Dieu, tout en gardant une haute opinion de soi-même. De plus, il met à nu la folie des hommes. Ceux-ci pensent rehausser la valeur des révélations divines et les rendre plus efficaces par les études scientifiques ou littéraires qui font appel à l’intelligence naturelle, par l’éloquence, en un mot, par la sagesse humaine. Ils ont oublié ce que dit la Parole, que cette sagesse rend vaine la croix de Christ, lui enlève son efficace et la prive de ses résultats (1 Cor. 1:17).

Agur se trouvait en présence de Dieu. Le v. 4 nous le montre : Qui est monté dans les cieux, et qui en est descendu ? Qui a rassemblé le vent dans le creux de ses mains ? Qui a serré les eaux dans un manteau ? Qui a établi toutes les bornes de la terre ? Quel est son nom, et quel est le nom de son fils, si tu le sais ? Agur nous rappelle Job devant le Dieu créateur (Job 38). Mais Job, après une longue expérience de lui-même, s’aperçoit là qu’il ne sait rien, et a la bouche fermée, tandis qu’Agur, cet homme stupide, s’en est aperçu d’emblée, et c’est pourquoi sa bouche est ouverte. Il peut dire à Ithiel et à Ucal : Pas plus que moi, vous n’avez la connaissance des choses visibles de cette création inférieure. L’homme ne peut les comprendre, les saisir, les contenir ou les diriger avec les moyens limités dont il dispose. Est-il monté aux cieux pour en voir les secrets ? En est-il descendu pour les révéler ? Ce que sont les choses créées et ce dont elles se composent, notre observation peut, jusqu’à un certain point, nous en rendre compte, mais la manière dont elles ont été faites, établies et mises en ordre, nous échappe complètement. «Où étais-tu, quand j’ai fondé la terre ?» (Job 38:4). Même les origines de la création visible ne peuvent être connues que par la foi (Hébr. 11:3). Combien moins pouvons-nous connaître les choses invisibles et Dieu lui-même ?

Or toutes ces choses ont été faites, sont maintenues et nous sont révélées par la parole de Dieu (Hébr. 11:3 ; 2:3 ; Rom. 10:17). C’était aussi cette parole qu’Agur prononçait en oracles : Toute parole de Dieu est affinée, sans aucun alliage ; c’est par elle que nous connaissons Dieu : Il est un bouclier pour ceux qui s’attendent à Lui (v. 5). Ce Dieu est la part de ceux qui se confient en Lui ; il se révèle à, nous pour se donner à nous, comme il le dit à Abram : «Ne crains point ; moi, je suis ton bouclier et ta très grande récompense». (Gen. 15:1). Quel privilège ! Il est pour nous, il est à nous ; il se place entre le danger et nous, pour nous protéger toujours, pauvres êtres que nous sommes !

Celui qui, comme Agur, prononce les oracles de Dieu, doit se garder d’une chose : N’ajoute pas à ses paroles, de peur qu’il ne te reprenne, et que tu ne sois trouvé menteur (v. 6). Il est très grave, comme nous l’avons dit plus haut, «d’ajouter à ses paroles», au lieu de se laisser instruire par elles, pour les rendre à d’autres dans leur intégrité. On n’est gardé de ce piège que par le jugement absolu prononcé par Agur sur lui-même.

1 L’homme qui parle pour Dieu, avant d’exposer en détail ce qui lui a été révélé, a deux choses à demander à l’Éternel : Je te demanderai deux choses ; ne me les refuse pas, avant que je meure : Eloigne de moi la vanité et la parole de mensonge ; ne me donne ni pauvreté ni richesse ; nourris-moi du pain qui m’est nécessaire, de peur que je sois rassasié, et que je ne te renie et ne dise : Qui est l’Éternel ? et de peur que je ne sois appauvri, et que je ne dérobe, et que je ne parjure le nom de mon Dieu (v. 7-9).

Ces choses, il désire les recevoir avant de mourir, afin d’avoir le temps de glorifier par elles, dans ce monde, le Dieu qui s’est révélé à lui.

La première de ces choses a trait à sa condition morale. Elle comprend deux objets qu’il demande à Dieu d’éloigner de lui : «la vanité», la bonne opinion de nous-mêmes que nous voudrions inspirer à d’autres ; et «la parole de mensonge», ce qui est opposé à la parole de vérité. Dans les v. 4 à 6, Agur indiquait à ses auditeurs le moyen d’échapper à ces deux dangers : c’est le jugement de soi et l’appréciation de la parole de Dieu. Mais tout en connaissant ces choses, en les prêchant peut-être, le coeur naturel est si rusé, que nous avons besoin continuellement d’avoir recours à Dieu pour être gardés d’y contrevenir.

La seconde de ces choses a trait à la position de l’homme de Dieu dans ce monde. On peut la résumer par une parole : s’attendre à Lui. C’est ce qu’Agur avait déjà proclamé à d’autres, au v. 5, mais ce qu’il entend réaliser pour lui-même : «Ne me donne ni pauvreté ni richesse». Je désire n’être matériellement ni indépendant, ni dépendant des circonstances qui m’entourent. Dans le premier cas, l’homme, trouvant dans les choses terrestres de quoi se rassasier et se satisfaire, oublie Dieu ; dans le second cas, il cherche à s’approprier ces choses en violant le commandement de l’Éternel au déshonneur de son saint nom. L’un, comme l’autre cas, est l’indépendance de Dieu. Il n’y a qu’une ressource pour être gardé de ces deux écueils : «Nourris-moi du pain qui m’est nécessaire». Que je dépende entièrement de toi pour mes besoins que tu connais ! — Que cela nous suffise à nous aussi. S’il en est ainsi, nous aurons trouvé le rare secret de n’avoir ni pauvreté, ni richesse dans ce monde.

Mais n’oublions pas que, dans la pratique de ces choses, il ne nous appartient pas de juger les autres : N’accuse pas un serviteur auprès de son maître, de peur qu’il ne te maudisse et que tu n’en portes la peine (v. 10). «Qui es-tu», dit la Parole, «toi qui juges le domestique d’autrui ? Il se tient debout ou il tombe pour son propre maître» (Rom. 14:4). Cet esprit de dénigrement vient la plupart du temps de notre tendance à excuser notre mondanité en accusant d’autres serviteurs du Seigneur d’être plus mondains que nous. Or c’est le maître qui juge son serviteur et non pas nous. C’est Lui seul qui apprécie la réalité des désirs de son esclave et qui le récompense ou non selon la fidélité de son service. Et de plus, la Parole ne dit-elle pas : «Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés» (Matth. 7:1) ? Nous ne sommes jamais en droit d’imputer à nos frères des motifs à leurs actions. C’est le maître seul qui les connaît et les sonde. En agissant autrement, nous nous exposons nous-mêmes à être jugés et à «en porter la peine», car «de la mesure dont nous mesurons, il nous sera mesuré».

 

À la suite des expériences dont nous venons de parler, Agur peut maintenant développer librement la pensée de Dieu sur les divers principes qu’on rencontre dans le monde, principes à suivre ou à éviter.

Qu’est-ce d’abord qui caractérise aux yeux de Dieu la «génération» qui nous entoure ? Il est une génération qui maudit son père et qui ne bénit pas sa mère, une génération pure à ses propres yeux et qui n’est pas lavée de son ordure, une génération... que ses yeux sont hautains et ses paupières élevées ! — une génération dont les dents sont des épées et les molaires des couteaux, pour dévorer les affligés de dessus la terre, et les nécessiteux d’entre les hommes (v. 11-14).

Quatre choses, affreuses devant Dieu, la caractérisent : 1° la révolte contre l’autorité et le mépris des liens que Dieu a établis dès le commencement pour les hommes ; 2° la propre justice étalant son manteau sur le péché et sur la souillure ; 3° l’orgueil, ou la haute opinion que les hommes ont d’eux-mêmes ; 4° enfin la méchanceté qui opprime les faibles et les misérables.

Tels sont les caractères généraux du coeur de l’homme, ses caractères publics, pour ainsi dire. En voici un autre : La sangsue a deux filles : Donne ! donne ! Il y a trois choses qui sont insatiables, quatre qui ne disent pas : C’est assez !... le shéol, et la matrice stérile, la terre qui n’est pas rassasiée d’eau, et le feu, qui ne dit pas : C’est assez ! (v. 15-16).  Cet autre caractère se loge au plus profond du coeur : c’est la «convoitise», le désir insatiable d’acquérir, n’importe quoi, aux dépens du prochain. Les deux filles de la sangsue n’ont qu’un nom. Elles peuvent avoir des traits, une apparence, des recherches et un but divers.

Quand on sonde leur caractère intime, on trouve chez elles un principe unique : Donne ! donne ! Cette soif de jouissance égoïste qui régit le monde est comparable 1° au sépulcre qui engloutit sans rien rendre à jamais ; 2° à la femme stérile qui reçoit sans produire jamais de fruit ; 3° à la terre aride qui boit toujours de l’eau sans être jamais rassasiée ; 4° au feu qui dévore sans jamais s’éteindre, tant qu’il a un aliment à engloutir.

Quel tableau effrayant des principes du monde et de l’état de l’homme ! Et n’est-il pas naturel qu’il soit suivi de cette sentence : L’oeil qui se moque d’un père et qui méprise l’obéissance envers la mère, les corbeaux du torrent le crèveront et les petits du vautour le dévoreront» (v. 17) ? Le mépris de l’autorité et la désobéissance, déjà mentionnés au v. 11, se résument en un seul mot, l’indépendance qui est à la base de tout mal chez l’homme. C’est elle que la parole de Dieu qualifie du nom d’iniquité, quand elle nous dit : «Le péché est l’iniquité» (1 Jean 3:4). Or ces choses attireront sur les hommes le terrible jugement de Dieu qui suit la mort.

Le développement effrayant du mal et les caractères de l’homme sans frein ne sont que trop visibles sur la terre, mais s’il s’agit des «voies de Dieu», l’esprit de l’homme est incapable de les reconnaître ; elles sont trop merveilleuses pour lui. Trois choses sont trop merveilleuses pour moi, et il en est quatre que je ne puis connaître : le chemin de l’aigle dans les cieux, le chemin du serpent sur le rocher, le chemin d’un navire au coeur de la mer, et le chemin de l’homme vers la jeune fille (v. 18-19).

Il y a :

1° La voie du «jugement de Dieu». Ce n’est pas que le jugement lui-même ne puisse être distingué au moment où il s’abat sur son objet, mais ce qui l’a préparé, ce qui l’a longtemps suspendu, ce qui l’amène, ce qui le décide, est aussi invisible à l’homme que les traces des ailes de l’aigle (*) dans le ciel.

(*) Voyez Matth. 24:28 ; Job 39:33.

2° La voie de «la sagesse et de la prudence» qui pareille au serpent (*), se sert du dur rocher comme du chemin qui la conduit à son but. Nul ne peut le voir, ce chemin. L’incrédulité, l’endurcissement de l’homme, l’empire de Satan sur son coeur, sa haine contre Dieu, la Sagesse les fait servir à l’accomplissement de ses desseins. «Ô profondeur des richesses, et de la sagesse, et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont insondables, et ses voies introuvables ! Car qui a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller ?... À lui soit la gloire éternellement ! Amen» (Rom. 11:33-36). Tout la proclamera cette sagesse et cette connaissance, mais maintenant il faut nous contenter de savoir qu’elle atteindra son but, sans que l’oeil humain puisse suivre sa trace.

(*) Voyez Matth. 10:16.

3° La voie du «gouvernement de Dieu». Il y a un gouvernement divin ; l’homme en sent chaque jour les effets quand il lui faut subir les conséquences de ses actes. Certains faits entraînent fatalement certains résultats ; ainsi «celui qui sème pour la chair moissonnera la corruption» ; «celui qui garde sa langue de mal verra d’heureux jours» ici-bas. Mais, comment le gouvernement de Dieu arrive à ses fins et nous fait atteindre au port désiré, tandis qu’en apparence le mal triomphe et que le bien est méconnu et opprimé, cela est aussi obscur aux yeux de l’homme que le chemin du navire au coeur de la mer. On croit un instant en suivre le sillage et voici qu’il a déjà disparu (Ps. 77:19).

4° La voie merveilleuse de «l’amour», celle «de l’homme vers la jeune fille». Par quel chemin l’amour arrive-t-il à conquérir, à posséder l’objet de son désir ? Qu’est-ce qui l’a donc attiré vers nous ? Qu’a-t-il vu en nous qui ait éveillé ses sympathies ? Par quels moyens a-t-il réussi à se révéler et à faire naître une affection réciproque ? Autant d’énigmes que l’esprit de l’homme ne pourra jamais sonder.

Il en est de toutes ces choses comme d’un dessin très simple sur lequel la main d’un enfant a entrecroisé une infinité de lignes sans motif et sans ordre, en sorte qu’il est impossible à l’oeil de retrouver le trait primitif. L’auteur du dessin saura seul ce que recouvre l’inextricable dédale des voies de l’homme. Il en est ainsi de l’oeil de Dieu ; il discerne Ses voies, et celles de l’homme ne peuvent les entraver. Toutes les voies de Dieu aboutissent. Et cependant le croyant peut les connaître, mais non pas d’après ce qu’il en voit sur la terre. Il lui faut entrer pour cela dans le sanctuaire : «Ta voie est dans le lieu saint» (Ps. 77:13). C’est ainsi que Dieu a fait connaître ses voies à Moîse, tandis que les fils d’Israël ne connaissaient que ses actes (Ps. 103:7).

 

Tel est le chemin de la femme adultère : elle mange et s’essuie la bouche, et dit : Je n’ai point commis d’iniquité (v. 20). Hélas ! le chemin de celui (*) qui a rompu par le péché ses relations avec Dieu, est tout aussi incompréhensible. Il se repaît, satisfait ses convoitises, en efface la trace visible de manière à la cacher aux yeux des hommes, se fait illusion sur son propre état et ne tient nul compte de Dieu qui a tout vu !

(*) Voyez pour la femme adultère, Jacques 4:4.

Après les choses incompréhensibles viennent «les choses odieuses». Elles font trembler le monde qui en est témoin. Sous trois choses la terre tremble, et sous quatre elle n’en peut plus : sous le serviteur quand il règne, et l’homme vil quand il est rassasié de pain ; sous la femme odieuse quand elle se marie, et la servante quand elle hérite de sa maîtresse (v. 21-23). C’est «le renversement complet de l’ordre public ou privé établi de Dieu» ; et nous savons que cet état de choses ira, s’accentuant de plus en plus, jusqu’à la fin. Le serviteur règne au lieu d’obéir ; — l’homme vil est celui qu’on voit jouir de la prospérité ; — la femme odieuse trouve son mari ; — la servante s’empare de l’affection de sa maîtresse et supplante les enfants qui y ont naturellement droit. Ainsi, dans ce monde, c’est le mal qui réussit et qui remplace l’ordre divin. Un pareil fait n’est-il pas un lourd fardeau pour le coeur de celui qui s’est abreuvé à la source du bien, du vrai et du juste ? Quoi d’étonnant qu’il ne sache pas «ce qu’il faut demander comme il convient» ? Toutefois l’Esprit intercède par des soupirs inexprimables (Rom. 8 :26).

 

Au milieu du chaos moral dont le monde nous offre le spectacle, trouverons-nous ici-bas «la sagesse» dont nous avons besoin ? Il y a quatre choses petites sur la terre, qui sont sages entre les sages : les fourmis, peuple sans force, et qui préparent en été leurs vivres ; les damans, peuple sans puissance, et qui ont placé leurs maisons dans le rocher ; les sauterelles n’ont point de roi, mais elles sortent toutes par bandes ; tu saisis le lézard avec les mains, et il est dans les palais des rois (v. 24-28).

La sagesse ne se fait connaître que dans les choses petites sur la terre. «Considérez votre appel, frères,... qu’il n’y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles... Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour couvrir de honte les hommes sages ; et Dieu a choisi les choses faibles du monde pour couvrir de honte les choses fortes : et Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu» (1 Cor. 1:26-29). Oui, la sagesse selon Dieu va toujours de concert avec la petitesse.

Les fourmis font leurs provisions pour le mauvais jour ; elles sont prévoyantes ; leur sagesse consiste à se pourvoir de ce qui entretiendra leur force, car elles n’en ont aucune en elles-mêmes. Tel le croyant, faisant sa provision de la parole de Dieu.

Les blaireaux des rochers sont sages aussi ; la «puissance» leur manque, comme aux fourmis la force ; ils montrent en plaçant leur maison dans le rocher qu’ils cherchent «en dehors d’eux» puissance et sécurité. Tel le croyant qui se fonde sur Christ.

Les sauterelles n’ont pas de roi ; «l’autorité» leur manque ; mais leur force est dans leur «rassemblement». Telle la force de l’Assemblée, chose sage entre les sages, en des jours où toute autorité visible a disparu.

Le lézard est un être «sans défense» contre la main qui le saisit. Peut-on voir quelque chose de plus craintif et de plus misérable ? Et cependant, tu ne l’empêcheras pas de loger dans la demeure de la magnificence royale. Tel le croyant, dont la sagesse consiste à n’être rien et auquel son insignifiance même ouvre un libre accès dans la gloire !

Voici donc nos coeurs restaurés au milieu du spectacle du mal et devant l’impossibilité de connaître les voies cachées de Dieu. La sagesse s’est révélée à nous dans les choses humbles et petites, mais ce ne sont pas seulement d’infimes créatures qui nous en donnent l’exemple ; nous avons appris à la connaître en Celui qui, étant Dieu d’éternité, s’est abaissé jusqu’à nous et s’est anéanti jusqu’à la mort de la croix.

S’il y a dans ce monde des choses sages auxquelles nous devons être attentifs, il y a aussi des choses «belles» au milieu de toutes les choses repoussantes produites par le péché : Il y a trois choses qui ont une belle allure, et quatre qui ont une belle démarche : le lion, le fort parmi les bêtes, et qui ne se détourne devant qui que ce soit ; le coursier qui a les reins ceints ; ou le bouc ; et le roi, contre qui personne ne peut se lever (v. 29-31).

Si nous ne trouvons la sagesse que dans la petitesse, nous ne trouvons la «beauté» que dans la «marche». Oui, elle est belle l’allure du lion, la force dans la marche, qui va droit son chemin, «dédaignant les obstacles». — Elle est belle, l’allure du coursier, aux reins ceints à la fois pour «servir autrui» et pour «fournir une course rapide». — Elle est belle, l’allure du bouc (*) qui va devant le troupeau, «lui donnant l’exemple» de la marche, amenant toutes les brebis au bercail. — Elle est belle enfin, l’allure du roi, une marche «d’autorité divine», à laquelle aucune puissance ne peut résister.

(*) Voyez Jér. 50:8.

Ah ! qu’il nous soit donné, les yeux fixés sur Christ, parfait modèle de toutes ces allures, d’en reproduire la beauté dans notre marche ici-bas ! Donne-nous, ô Dieu, de connaître la sagesse dans l’humilité, de réaliser la puissance dans la marche !

Mais si tu as agi follement en t’élevant, et si tu as pensé à mal, mets la main sur ta bouche (v. 32). Au cas où la folie de notre coeur naturel, nous élevant à nos propres yeux, nous ait fait sortir du chemin de l’humilité et de la puissance, pour nous exposer aux mauvais principes qui agissent dans le monde, que nous reste-t-il à faire, sinon à nous humilier, à dire comme Job : «Voici, je suis une créature de rien... Je mettrai ma main sur ma bouche... J’ai horreur de moi et je me repens dans la poussière et dans la cendre» (Job 39:37 ; 42:6).

Car la pression du lait produit le beurre, et la pression du nez fait sortir le sang, et la pression de la colère excite la querelle (v. 33).

N’oublions pas que ce qui est bon devient «excellent» sous la pression de la main de Dieu. Si l’humiliation n’est pas produite par les voies naturelles, ce sera le «châtiment» qui la produira ; tandis que toute pression exercée sur la chair ne peut produire que des résultats «en rapport avec la chair».

Telles sont les paroles d’Agur.

6.2   CHAPITRE 31:1-9 — Paroles du roi Lemuel

En contraste avec les paroles d’Agur, homme stupide, sans intelligence et sans sagesse, mais inspiré de Dieu qui lui communiquait Sa sagesse (Prov. 30), nous trouvons, au chap. 31, les paroles d’un roi. Tout roi qu’il fût, Lemuel n’était pas inspiré, ce qui empêche de le confondre avec Salomon, comme le voudraient les rabbins juifs. Sa mère était inspirée ; elle avait reçu l’oracle de Dieu et l’avait enseigné à son fils, car Dieu ne lie l’inspiration ni au sexe, ni à l’instruction, ni aux dons naturels, ni à la position ou à l’autorité sociales.

Le fait que cette mère avait enseigné l’oracle à son fils est très caractéristique. La femme n’est pas appelée à enseigner l’homme et la Parole le lui défend, mais elle peut, comme mère, enseigner ses enfants. Lemuel devait donc être un enfant quand sa mère l’enseigna.

Le nom de Lemuel, qui ne se rencontre nulle part dans la Parole, signifie : «Voué à Dieu». Ce nom a beaucoup exercé la sagacité humaine. Outre les commentateurs rabbiniques, dont nous avons parlé, plusieurs pensent qu’il désigne Ézéchias. D’autres font de lui un frère d’Agur, d’autres encore considèrent ce nom comme une personnification poétique de la royauté, etc., etc. Peut-être la parole de Dieu nous fournit-elle quelque indication sur ce sujet.

Trois rois sont nommés dans les Proverbes. En tout premier lieu, Salomon, roi d’Israël (1:1), l’auteur inspiré de la plus grande partie du livre, le roi par excellence. Il est toujours nommé le roi dans les Proverbes. Il y est, comme du reste dans toute son histoire, le type de Christ pendant son règne millénaire. En second lieu, Ézéchias, roi de Juda (25:1), l’instrument du premier réveil, dont les gens transcrivirent un bon nombre des Proverbes de Salomon. On voit par là le prix que ce roi pieux attachait aux paroles données de Dieu. Enfin le roi Lemuel, qui nous occupe. À son sujet je ferai remarquer, sans y attacher une grande importance, que 57 ans après Ézéchias, son arrière-petit-fils Josias, instrument du second réveil de Juda, monta sur le trône. Il succédait aux mauvais règnes de Manassé et d’Amon. Josias était un enfant de huit ans quand il commença à régner. Dès son enfance, c’est-à-dire dès le début de son règne, il commença de rechercher le Dieu de David, son père. Il était donc réellement voué à Dieu. En outre, sa mère était une fille de Juda, où le culte de l’Éternel se maintenait encore. Elle se nommait Jedida, fille d’Adaïa, de Botskath. À elle était confié le soin d’enseigner son fils, jeune garçon. On pourrait donc supposer, sans l’affirmer, que Lemuel et Josias ne forment qu’un personnage.

Lemuel reçut dans son coeur l’enseignement inspiré de sa mère, accompagné selon l’esprit du livre des Proverbes (1:8, etc.), de l’autorité maternelle qui veillait sur lui, s’occupant à le redresser et à le conformer aux pensées de Dieu. Cet oracle, prononcé par la mère, reçu dans le coeur du fils, et transmis par lui, fait maintenant partie des Saintes Écritures.

C’était un ardent amour, l’amour d’une mère, qui parlait à Lemuel : Quoi, mon fils ? et quoi, fils de mon ventre ? et quoi, fils de mes voeux (v. 2) ? Les entrailles de sa mère étaient émues à son égard, ses voeux à l’Éternel avaient été exaucés par le don d’un fils, et, pleine de reconnaissance, elle les avait rendus à Dieu en lui consacrant Lemuel. Ces exclamations, Lemuel les répète ; elles ont touché son coeur en le convainquant de l’amour de sa mère, et en lui faisant désirer de ne pas être infidèle à l’enseignement donné avec tant d’affection. Il en est de même pour nous. Notre service ne peut être efficace, notre marche agréable au Seigneur, si l’amour de Dieu, si l’amour de Christ n’en sont pas le point de départ.

 

La première recommandation de la mère de Lemuel à son fils est celle-ci : Ne donne point ta force aux femmes, ni tes voies à celles qui perdent les rois (v. 3). Elle désire que la force de celui qui a été consacré à Dieu reste en son entier, afin que son service n’en soit aucunement affaibli. Les femmes jouent un grand rôle dans les Proverbes. Comme images, elles sont d’un côté la Sagesse, de l’autre la «femme étrangère», la «prostituée», la «femme adultère» ; en un mot la corruption. Lemuel devait éviter cette dernière. Toute convoitise, par laquelle nous nous laissons séduire, tend à nous dérober l’énergie nécessaire pour le service de Dieu. Du moment que notre coeur est gagné par elle, notre caractère et notre autorité sont affaiblis. Il n’est pas besoin de beaucoup de convoitises pour produire ce résultat. Si notre coeur s’y attache, alors que nul que nous-mêmes, peut-être, ne s’en est aperçu, nous perdons une bonne conscience devant Dieu et devant les hommes, et nous n’exerçons plus notre mission avec un coeur droit, car nous avons laissé la fraude s’y introduire. Nous devenons faibles ; les âmes que nous sommes appelés à gouverner, le sentent, sans peut-être s’en rendre compte, et nous perdons toute influence sur elles. Mais quand nous donnons nos voies aux convoitises corruptrices, quand notre conduite a pour but de les satisfaire, alors elles sont notre perte. La dignité que Dieu nous a confiée est jetée à terre et ne se retrouve pas. Ces voies aboutissent à la ruine morale.

N’en fut-il pas ainsi de Salomon ? Ce roi auquel Dieu avait tout confié pour rendre son règne glorieux sur la terre, ce roi qui réunissait à l’inspiration (Prov. 16:10) la sagesse, le juste jugement (20:8), dont la présence apportait la lumière, la justice (16:15) et la paix, ce roi qui était appelé à dispenser sa faveur aux purs et aux droits de coeur (22:11), et qui se faisait craindre comme représentant de Dieu ici-bas, selon cette parole : «Mon fils, crains l’Éternel et le roi» (24:21) — ce roi donna sa force aux femmes et ses voies à celles qui perdent les rois. Lui, le type du Seigneur dans son règne millénaire, finit lamentablement sa carrière, entraîné par les femmes à l’idolâtrie, comme jadis Israël à Baal-Péor, et fut la cause de la ruine de son peuple. Et c’est par les paroles du roi Lemuel qui, lui, n’est nullement un type de Christ, mais simplement un roi voué à Dieu pour le servir, que le grand roi Salomon est jugé ! Celui qui remplit les pages des Proverbes de ses sentences inspirées, reçoit, à la fin de son livre, pour les générations futures, sa condamnation par un enfant, simplement attentif à l’avertissement inspiré, dicté par l’amour de sa mère !

 

Voici la seconde recommandation de la mère de Lemuel : Ce n’est point aux rois, Lemuel, ce n’est point aux rois de boire du vin, ni aux grands de dire : Où sont les boissons fortes ? de peur qu’ils ne boivent, et n’oublient le statut, et ne fassent fléchir le jugement de tous les fils de l’affliction (v. 4-5).

La première parole était de garder sa force en son entier et de n’en rien livrer aux femmes, pour soutenir le caractère et la dignité que Dieu lui avait confiés. La seconde est de s’abstenir de ce qui enivre. Sans doute, l’ivresse n’est pas amenée uniquement par le vin. Au sens spirituel, il y a d’autres choses qui produisent moralement le même résultat. De là cette recommandation d’être sobres, souvent répétée dans le Nouveau Testament. Mais ici, la chose est plus simple et plus directe. Il s’agit de vin et de boissons fortes au sens littéral du mot, ce qui, du reste, n’empêche pas une application plus étendue.

Je crois qu’il est de toute importance d’attirer l’attention des enfants de Dieu sur ce sens restreint. Les chrétiens sont rois, bien plus que Lemuel, car ils le sont par la dignité céleste qui leur a été confiée. N’ont-ils pas aussi besoin de ces exhortations ? N’est-il pas attristant de voir des enfants de Dieu, sous prétexte de liberté chrétienne, se laisser entraîner à l’abus du vin ou des boissons fortes ? Mieux vaut mille fois l’abstinence complète, dès qu’ils se rendent compte de l’esclavage auquel les livre leur secret penchant, que des demi-mesures qui les exposent toujours à de nouveaux périls. «Où sont les boissons fortes ?» Voilà ce qui hante leur esprit, et plusieurs ne rougissent pas d’aller s’asseoir dans les débits de boissons ! Quelle honte pour la dignité de leur caractère et pour le Nom qu’ils portent !

Mais ce n’est pas seulement ce Nom qu’ils déshonorent. Il est dit : «Ne vous enivrez pas de vin, en quoi il y a de la dissolution» (Éph. 5:18), parole qui correspond à ce qui est dit ici : De peur qu’ils ne boivent et n’oublient le statut. Il y a de l’oubli dans le vin. Nous verrons plus bas pour qui l’oubli est un gain, mais il est présenté ici comme une perte immense. La mémoire du statut, c’est-à-dire des choses que Dieu a établies, qui ont de l’autorité et lient le coeur de l’homme, cette mémoire est perdue. La dissolution est survenue. On ne se trouve plus lié par des principes divins. Le vin livre le chrétien, sans qu’il s’en doute, à des principes terrestres ou sataniques qui le conduisent, sans qu’il puisse leur résister. Le sens moral fait défaut, dès que les liens avec Dieu sont relâchés.

Et ne fassent fléchir le jugement de tous les fils de l’affliction. Cet oubli du statut rend l’âme indifférente à ce qui est juste et injuste. Quand il s’agit de faire droit aux affligés, pour lesquels le roi et les grands sont établis, on viole ce droit, parce qu’on n’a plus de règle morale basée sur la connaissance des pensées de Dieu. Ainsi la vie a perdu sa rectitude ; le monde qui surveille les chrétiens peut se moquer de leur dignité, puisqu’elle ne les empêche pas de se conduire d’une manière que les incrédules même condamnent.

 

Donnez de la boisson forte à celui qui va périr, et du vin à ceux qui ont l’amertume dans le coeur : qu’il boive et qu’il oublie sa pauvreté, et ne se souvienne plus de ses peines (v. 6-7).

Ce passage n’est en aucune manière une autorisation donnée à ceux qui ont des chagrins de les noyer dans l’ivresse. Il nous est dit : «Donnez». Le souci pour les mourants, les pauvres, ceux qui traversent l’amertume du deuil, m’engage à leur donner ce qui peut leur faire oublier ces peines. C’est une allusion à la coutume juive dont parle Jérémie (16:7) : «On ne rompra pas pour eux le pain dans le deuil, en consolation au sujet d’un mort, et on ne leur donnera pas à boire la coupe des consolations pour leur père ou leur mère». La pauvreté, la maladie, la perte de ceux qui nous sont chers, peuvent avoir pour effet d’abattre le courage et de détruire toute énergie en ramenant continuellement nos pensées sur notre épreuve. Tel n’est pas le but de Dieu en l’envoyant. Il est bon que l’âme compatissante du serviteur de Dieu vienne nous offrir le «vin d’oubli», en nous prouvant sa sympathie et en s’ingéniant à détourner notre coeur de ses peines et à lui apporter la joie qui les bannit. De même, en Néh. 8:9-10, le peuple qui pleurait en entendant la loi, est engagé à ne pas pleurer ni mener deuil. Néhémie leur dit : «Allez, mangez de ce qui est gras et buvez de ce qui est doux... et ne vous affligez pas, car la joie de l’Éternel est votre force».

Telle est l’occupation humble et modeste, non seulement du roi, mais aussi de tous, car «Donnez» s’adresse à tous. Mais pour cela, il faut avoir réalisé ce précepte : S’abstenir soi-même de ce qui affaiblit et de tout ce qui enivre.

Nous trouvons, dans la Parole, trois classes de personnes qui ont à s’abstenir de vin : les rois, afin que, se souvenant toujours des principes divins, ils embrassent la cause des affligés et bien plus, qu’ils sympathisent avec eux et les secourent en leur prodiguant les consolations que le vin représente. Les sacrificateurs (Lév. 10:9), de peur qu’ils offrent un feu étranger dans le culte et ne soient consumés comme Nadab et Abihu. Aaron et ses fils durent, à la suite de cet événement (Lév. 10:8), s’abstenir de vin et de boisson forte avant d’entrer dans la tente d’assignation. C’était le moyen pour eux de discerner entre ce qui était impur et ce qui était pur, car la boisson faisait perdre ce discernement.

N’en est-il pas de même pour les chrétiens ? Comme ils sont rois, ils sont aussi sacrificateurs. Un chrétien qui s’abstient de vin et de boissons fortes est souvent péniblement impressionné par le sens spirituel émoussé d’enfants de Dieu qui ne sont plus capables de juger, dans les assemblées, de la sainteté qui convient à la maison de Dieu. Dans un bon nombre de cas, le vin, au sens littéral du mot, en est la cause. Ces chrétiens sauront très bien condamner l’ignorance d’une société d’abstinence, basée sur le faux principe de l’amélioration de l’homme pécheur, mais cette ignorance n’est-elle pas infiniment moins coupable que l’abus de la liberté chrétienne dont on se sert comme prétexte pour se livrer à ses propres convoitises ?

Les nazaréens composaient la troisième classe de personnes qui devaient s’abstenir du vin. Un nazaréen se vouait entièrement à Dieu et se séparait afin d’être à l’Éternel, séparation complète des joies du coeur naturel et des plaisirs de l’homme dans la société de ses semblables. Le nazaréen avait ses joies autre part, et elles ne pouvaient s’accorder avec celles que la terre pouvait lui fournir. Les Récabites étaient des nazaréens perpétuels. Ils avaient cette ordonnance de leur ancêtre Récab et la gardaient fidèlement. Il n’était pas commandé à tous les nazaréens de s’abstenir pour toujours de boissons capables d’enivrer à l’occasion, mais Dieu approuvait hautement les Récabites et avait des promesses spéciales et précieuses pour toute cette famille (Jérémie 35).

 

Ouvre ta bouche pour le muet, pour la cause de tous les délaissés. Ouvre ta bouche, juge avec justice, et fais droit à l’affligé et au pauvre (v. 8-9).

Telles sont les fonctions du roi voué à Dieu. Combien elles paraissent modestes ! Ne se serait-on pas attendu pour Lemuel à un cercle d’action moins restreint ? Et cependant, pour les remplir, il fallait que le roi eût toute sa force et s’abstînt de tout ce qui pouvait lui faire oublier les pensées de Dieu !

«Ouvre ta bouche», lui est-il dit deux fois. D’abord, il est capable de devenir la bouche de celui qui ne peut parler et de plaider pour les délaissés, pour ceux qui n’ont aucun appui humain dans ce monde. Ils trouvent en haut lieu leur appui, auprès du roi lui-même, dont le coeur est rempli de compassion pour leur misère. Ensuite, il ouvre sa bouche pour juger justement, n’ayant d’autre considération que l’équité ; et pour faire droit à ceux qu’on opprime, et dont il est dit (v. 6-7) qu’ils ont besoin d’être encouragés et de retrouver l’espoir qui les a abandonnés en présence de leur malheur.

Ces paroles ne sont-elles pas comme une image de ce qui doit se passer au milieu du peuple de Dieu ? Le chrétien, placé dans une position privilégiée, comme Lemuel, a une immense responsabilité. Quand il se «voue à Dieu», au service du Seigneur, il faut qu’il sache éviter les deux dangers que le monde place devant lui, les deux pièges par lesquels l’ennemi cherchera à détruire l’oeuvre que Dieu lui a confiée. Eviter la corruption, «hair même le vêtement souillé par la chair» ; se garder soigneusement de ce qui enivre. Alors il sera capable de parler, au milieu du peuple de Dieu, pour le muet qui ne peut exprimer ce qu’il porte dans son coeur, et il deviendra sa bouche. Son action produira de la joie chez le moindre des membres de l’Assemblée de Dieu. Il saura mettre en lumière la cause des délaissés qui, au lieu de se sentir abandonnés, éprouveront les chaudes sympathies du Seigneur par la bouche de celui qui est le canal de son amour pour les siens. «Ouvre ta bouche», lui est-il dit une seconde fois. Personne n’a le droit de la fermer à celui qui n’est responsable de sa liberté qu’à Dieu. Il a à juger, comme le Dieu qu’il représente, sans faire acception de personnes, avec discernement, avec justice, car il est le porteur de la gloire de Christ. On trouve l’amour au v. 8, la justice pratique au v. 9, les deux grands traits auxquels on reconnaît celui qui est voué à Dieu. Et ce qui attire l’exercice de cette justice secourable, c’est l’affligé et le pauvre. Des trésors de consolations leur sont offerts par les vrais Lemuel. Le coeur de Dieu se porte vers les malheureux et les déshérités. Leur venir en aide, c’est être un vrai disciple de Christ, mais cela ne va pas sans la consécration à Dieu, sans une vraie séparation du monde et de ses joies. «Le service religieux pur et sans tache devant Dieu le Père, est celui-ci : de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, de se conserver pur du monde» (Jacq. 1:27).

6.3   CHAPITRE 31:10-31 — La femme vertueuse.

Cette admirable fin des Proverbes ne fait pas partie des «Paroles du roi Lemuel». La structure même des versets qui est ici selon «l’ordre alphabétique» de plusieurs Psaumes et des Lamentations de Jérémie, exclut une telle supposition. Ce qui nous frappe, en outre, dans ces versets, c’est que, loin de faire suite aux paroles de Lemuel, ils en forment le pendant. Ils placent, en regard du Roi, le tableau de la «femme vertueuse» qui, par sa conduite noble et sage, serait bien digne d’être appelée sa compagne. De plus, nous trouvons dans le tableau de la femme vertueuse une digne terminaison de tout le livre des Proverbes. Elle représente la Sagesse, reproduite en pratique dans les mille détails des occupations de la vie journalière et surtout dans les relations de la vie familiale. Cette Sagesse se traduit par des vertus diverses, dont tour à tour, chaque verset nous déroule la nomenclature. Le portrait de la femme vertueuse nous offre en même temps le type de l’Israël restauré de la fin, rendu digne du mari, Christ, auquel il sera associé.

L’étude des Proverbes nous a fait voir quel rôle les femmes y jouent, soit en bien, soit en mal. En contraste avec la Sagesse qui, sous une forme féminine, inaugure et domine ce livre tout entier, nous avons rencontré la corruption du monde, représentée par trois femmes, la prostituée, la femme étrangère et la femme adultère, qui dressent leurs pièges sur le chemin des fils de la Sagesse. Ce sont la corruption initiale dans laquelle le monde est plongé ; la corruption introduite par l’union coupable du peuple de Dieu avec le monde idolâtre étranger à l’Éternel ; enfin la corruption par la rupture volontaire des liens du mariage reconnus par l’Éternel pour son peuple.

Nous trouvons en outre, dans ce livre, les causes de trouble et de confusion, et les causes de bonheur et de joie que le mariage établi de Dieu peut renfermer pour les fils de la sagesse. La femme querelleuse et irritable est un sujet de trouble (21:9, 19 ; 25:24). La femme belle et dépourvue de sens est un ornement hors de place quand il pare la souillure (11:22). Telle était la beauté de Jérusalem dont la renommée s’était répandue parmi les nations. Elle s’était confiée en sa beauté et s’en était servie pour se prostituer à tout venant par ses idoles abominables (Ézéch. 16:14, 15,25).

La beauté de la femme n’a donc pas de valeur en elle-même. «La grâce est trompeuse et la beauté est vanité», est-il dit au v. 30 de ce chapitre. Et cependant la beauté est appréciée dans le livre de Dieu, comme un moyen de mettre en relief et en lumière les qualités excellentes par lesquelles la Sagesse divine s’honore et se glorifie.

Telle fut la beauté de Rebecca (Gen. 24:16) qui faisait ressortir sa promptitude à servir les autres, à se dévouer, à faire pour eux au delà même de ce qu’ils auraient osé demander, comme cela fut montré dans sa rencontre avec Éliézer. Rebecca est un bel exemple du service, mais aussi d’un coeur volant tout entier au devant de l’époux de son choix.

Telle fut aussi la beauté de Rachel (Gen. 29:17). Rachel était belle, mais sa beauté la rendait d’autant plus attractive comme mère de Joseph et de Benjamin. Aussi est-elle devenue dans la Parole le type de l’amour maternel : «Rachel pleurant ses fils, refusant d’être consolée au sujet de ses fils» (Jér. 31:15).

Telle fut encore la beauté d’Abigaîl (1 Sam. 25:3). Elle avait le sentiment profond de la dignité de David et de la perfection de son caractère. Sa beauté ajoutait un grand prix à son humilité, quand elle disait : «Voici, ta servante sera une esclave pour laver les pieds des serviteurs de mon Seigneur» (1 Sam. 25:41).

Telle fut la beauté d’Esther (2:7). Elle s’en servit pour la mettre tout entière au service du peuple de Dieu opprimé.

Telle est enfin la beauté de l’épouse du Messie au Ps. 45:11. Le Roi, capable d’apprécier sa beauté, ne désire cette dernière qu’en tant qu’elle s’allie à la sainteté pratique, à l’oubli de son peuple et de la maison de son père, afin d’appartenir à son époux seul et de l’adorer !

Mais le caractère par excellence de la femme des Proverbes est la vertu ; et c’est elle dont notre passage célèbre les divers caractères.

 

Une femme vertueuse ! Qui la trouvera ? Car son prix est bien au delà des rubis (v. 10).

La Parole va nous décrire en quoi sa vertu consiste, mais en 12:4 nous avons déjà trouvé ce qu’elle est : «Une femme vertueuse est la couronne de son mari». Tout chez elle se rapporte à lui. Son mari est sa raison d’être. Elle est un ornement qui met en lumière celui auquel elle est associée. Toutes ses vertus seraient sans valeur si elles n’avaient pas la gloire de son mari pour objet. Comme cela nous parle de ce que l’Église doit être pour Christ ! Hélas ! qu’est devenue, quand il s’agit d’elle, «la femme vertueuse» ? Ne doit-elle pas dire en parlant d’elle-même :

 

En te déshonorant, j’ai perdu ma couronne ;

J’ai péché contre toi ?

 

Ici nous apprenons ce que la femme vertueuse est aux yeux de son mari. «Qui la trouvera ?» dit-il, «car son prix est bien au delà des rubis». N’est-il pas tout à fait remarquable que les trois autres passages des Proverbes qui nous parlent des rubis aient trait à la Sagesse (3:15 ; 8:11 ; 20:15) ? La femme vertueuse a donc le même prix que la Sagesse, et, remarquez-le, au chap. 8:11, le même prix que la Sagesse personnifiée en Christ. Qui a trouvé Christ, a trouvé cette femme. Il dit : C’est moi-même. Elle est os de mes os et chair de ma chair. Elle a à ses yeux le prix qu’il a payé pour son acquisition : son propre sang, car toujours, dans la Parole, le rubis (*) est le type du sang de Christ. Nous sommes donc amenés ici en type sur le terrain de l’Église, Épouse de Christ, lors même, nous le savons, qu’il ne peut être question dans l’Ancien Testament que d’Israël et des bénédictions terrestres.

(*) Ce mot peut être traduit par corail, ce qui n’en changerait pas le sens typique.

Le coeur de son mari se confie en elle, et il ne manquera point de butin (v. 11).

Le premier trait qui résume tout le reste c’est que «le coeur de son mari se confie en elle». En face de ce tableau, ce n’est pas sans raison que l’on peut demander : «Qui la trouvera ?» Mais ici, la femme vertueuse est telle qu’elle paraît aux yeux du mari qui l’aime, et nous avons son portrait comme il le porte dans son coeur. Quand il fait d’elle un tel tableau, quel encouragement pour elle à ce qu’il soit ressemblant ! Il la veut «sans tache ni ride» et il la décrit telle qu’il la désire.

Il ajoute que, dans ces conditions, il ne manquera point de butin. Ce mot signifie invariablement le butin pris sur les ennemis, parole qui élargit le sens de tout ce passage. C’est à l’épouse qu’est confiée la garde des dépouilles, produit de la victoire remportée sur l’ennemi (voyez Juges 5:30). À elle de conserver précieusement ces trésors. Cela est aussi vrai de l’Église que de l’Israël millénaire.

 

Elle lui fait du bien et non du mal tous les jours de sa vie (v. 12).

Le but qu’elle se propose, c’est le bien de son époux. Elle est tout entière à ses intérêts. À l’opposé de la femme querelleuse qui fait le malheur de son mari, tout est paix dans son action. Elle n’a pas de haut et de bas dans sa conduite. Un jour ressemble à l’autre jour, chacun d’eux occupé des intérêts de l’être qu’elle chérit. Elle est constante dans son affection.

 

Elle cherche de la laine et du lin, et travaille de ses mains avec joie (v. 13).

À bien des reprises nous avons vu dans ce livre la condamnation de la paresse et de l’oisiveté qui entraînent la misère personnelle et la ruine de la maison. Nous trouvons ici le travail manuel. Il y a toujours de la joie dans cette activité, car elle est déployée par la femme vertueuse pour répondre au coeur de son mari qui se confie en elle. La laine et le lin servent à vêtir et à réchauffer. Il ne s’agit pas encore ici des personnes auxquelles cet ouvrage profitera, mais des provisions à faire, du bonheur de n’être pas inactive dans la préparation d’un travail utile.

 

Elle est comme les navires d’un marchand, elle amène son pain de loin (v. 14).

Remarquez que, depuis le v. 13, on voit se dessiner de plus en plus le domaine confié à la femme : la maison. Ce domaine est à la base de toute organisation selon Dieu. Si le lien de la famille n’est pas surveillé et cultivé, la maison de Dieu ne peut prospérer, comme cela nous est enseigné dans les épîtres à Timothée et à Tite. Le v. 13 nous parle de provisions, celui-ci, de prévoyance. La prévoyance amène de loin la nourriture de la maison. Elle sait à quelles régions elle doit s’adresser pour réaliser une sage économie et pour obtenir les produits les plus avantageux pour les intérêts de son mari. La femme vaillante a le don d’organisation qui certes n’est pas chose indifférente dans la maison de Dieu.

 

Elle se lève quand il est encore nuit, et elle donne la nourriture à sa maison, et la tâche à ses servantes (v. 15).

Elle ne cherche pas ses aises, ni ne pense à elle-même ; elle est prompte à son devoir : distribuer la nourriture à tous, assigner à chaque servante la tâche du jour, et en donner l’exemple.

Tout cela n’est pas seulement la fonction d’une bonne maîtresse de maison, mais constitue, selon Matt. 24:45 et Luc 12:42, la responsabilité chrétienne en l’absence du maître.

 

Elle pense à un champ, et elle l’acquiert ; du fruit de ses mains elle plante une vigne (v. 16).

À mesure que nous avançons le côté typique de ce tableau se dessine. Sans doute, comme nous l’avons dit, le portrait d’une femme vertueuse est à la base même de cette description, mais tout l’Ancien Testament contient aussi pour nous des types. Nous venons de voir, chez la femme vertueuse la préparation des provisions, la prévoyance, l’accomplissement du devoir et l’oubli de ses aises pour assigner sa tâche à chacun ; mais là ne se borne pas son activité : Elle veut augmenter les biens de son mari — car, ne l’oublions pas, les intérêts du mari sont le motif dominant de tout ce travail et l’inspirent. Il faut acquérir pour lui, il faut planter pour lui, afin que, la saison de la récolte venue, il trouve du fruit dans sa vigne. Cela ne nous parle-t-il pas de notre responsabilité dans l’oeuvre ?

 

Elle ceint ses reins de force, et fortifie ses bras (v. 17).

La femme vertueuse est une femme énergique.

Ainsi, nous aussi, nous devons être «puissamment fortifiés par son Esprit quant à l’homme intérieur, de sorte que le Christ habite par la foi dans nos coeurs» et c’est là le vrai secret de la «force de nos bras», de notre puissance dans l’action.

 

Elle éprouve que son trafic est bon ; de nuit sa lampe ne s’éteint pas (v. 18).

Ce n’est pas tout d’avoir entre les mains de quoi trafiquer pour le compte du maître de la maison ; il faut encore éprouver l’ouvrage qu’il nous a confié ; nous rendre compte s’il est de rapport et si, soumis à l’épreuve, il est reconnu comme bon et utile. En outre, une vigilance continuelle est nécessaire. Si nos reins doivent être ceints (v. 17), nos lampes doivent être allumées tant que la nuit dure, afin que nous ne partagions pas le sommeil du monde.

 

Elle met la main à la quenouille, et ses doigts tiennent le fuseau (v. 19).

Elle ne dédaigne pas les occupations les plus humbles et ne les abandonne pas aux servantes seules, mais étant elle-même servante de son mari, elle prend l’attitude du service. Or c’est là son vrai caractère : «Ne pensant pas aux choses élevées, mais vous associant aux humbles» (Rom. 12 :16).

 

Elle étend sa main vers l’affligé et tend ses mains au nécessiteux (v. 20).

Nous avons vu, au v. 13, la femme vertueuse préparant ses provisions et y travaillant elle-même avec joie. Ici le moment est venu pour en faire usage, mais elle ne se borne pas à fournir largement, des deux mains, aux besoins matériels des nécessiteux, sa main est largement ouverte pour consoler l’affliction. Il y a chez elle des ressources morales à fournir et qui vont de pair avec les secours matériels. Elle représente au complet ce qu’est la charité.

 

Elle ne craint pas la neige pour sa maison, car toute sa maison est vêtue d’écarlate (v. 21).

Elle ne se borne pas à faire du bien à tous (v. 20) ; sa sollicitude s’étend surtout à ses propres gens, à ceux dont il est dit en Gal. 6:10 qu’ils sont «de la maison de la foi». Toute sa maison est ainsi garantie contre les mauvais jours et fait honneur, par ses habits somptueux, au maître dont la dignité est glorieuse, car l’écarlate est partout, dans l’Écriture, le symbole de la gloire terrestre. Le chrétien ne doit pas oublier que, quoique esclave de Christ, il est revêtu ici-bas de dignité, comme enfant de Dieu, comme membre de Christ, comme ayant à réaliser dans ce monde la puissance de la résurrection de son Sauveur, comme luminaire céleste, dignité qui donne au caractère chrétien une grandeur et une majesté particulières. C’est dans ce caractère qu’il a à marcher dans ce monde ; ce qui n’exclut nullement pour lui le fait d’y prendre la dernière place.

 

Elle se fait des tapis ; le fin coton et la pourpre sont ses vêtements (v. 22).

Nous voyons ici la femme vertueuse revêtue de pourpre : la gloire royale ; de fin lin : la justice pratique. Sa maison est garnie de tapis : le luxe princier. Elle-même et tous ceux qui l’entourent ont conscience de la gloire royale dont elle sent que son mari est digne.

 

Son mari est connu dans les portes quand il s’assied avec les anciens du pays (v. 23).

Tout l’honneur qui lui est rendu par la conduite de son épouse et le bel ordre de son entourage le font respecter au dehors. C’est ainsi que le nom de Christ doit être honoré au dehors par la conduite du chrétien dans la maison de Dieu qui est l’Assemblée du Dieu vivant, la colonne et le soutien de la vérité (1 Tim. 3:15). Et si Israël, si l’Église, ont entièrement manqué à cette responsabilité, du moins chaque membre de Christ est tenu de rendre, par sa conduite, son Seigneur honorable.

 

Elle fait des chemises, et les vend ; et elle livre des ceintures au marchand (v. 24).

C’est l’humble travail de chaque jour avec son rapport. Quoiqu’il fasse contraste avec celui du v. 22, il n’est nullement à dédaigner. Celui du v. 22 procurait de l’honneur au mari ; celui du v. 24 est pour lui un bénéfice. La conscience avec laquelle la femme vertueuse s’est acquittée de sa tâche fait que son ouvrage est désiré et apprécié au dehors. Ne devrait-il pas en être ainsi de tout le travail journalier du chrétien ?

 

Elle est vêtue de force et de dignité, et elle se rit du jour à venir (v. 25).

Ce verset nous présente les caractères publics de la femme vertueuse. Nous l’avons vue au v. 17, ceinte de force et déployant sa force dans l’action. Ici elle est «revêtue de force» ; son apparence extérieure donne l’impression de la force. Elle est aussi revêtue de dignité ; elle en impose à ceux qui l’abordent par une supériorité qu’ils sont obligés de reconnaître. Le jour à venir n’est pas pour elle un sujet de crainte ou de frayeur ; elle peut l’affronter avec la force qu’elle possède, car elle peut dire : «Bienheureuse celle dont la force est en toi». «Tu n’auras pas peur des frayeurs de la nuit, ni de la flèche qui vole de jour», est-il dit à Celui qui la soutient et dont elle est la compagne (Ps. 91:5).

 

Elle ouvre sa bouche avec sagesse, et la loi de bonté est sur sa langue (v. 26).

Ce n’est pas seulement son apparence en public, ce sont aussi ses paroles, qui caractérisent la femme vertueuse. Nous avons vu dans ce livre le rôle immense que jouent les paroles, soit en bien, soit en mal. Or ici, la femme vertueuse se montre comme une vraie fille de la Sagesse (voyez 8:8). Celle-ci préside à l’ouverture de ses lèvres en sorte qu’aucune parole n’est en désaccord avec la Sagesse. Mais quel est le sujet par excellence dont elle entretient ceux qui l’écoutent ? «La loi de bonté» ; non pas, comme quelques-uns traduisent : «un enseignement aimable», mais la loi (Torah), la règle invariable, seulement avec un tout autre caractère que celle de Sinaï, la loi qui attire au lieu de repousser, comme il est dit : «Ce qui attire dans un homme, c’est sa bonté». (19, 22).

 

Elle surveille les voies de sa maison, et ne mange pas le pain de paresse (v. 27).

La conduite de ceux qui sont sous sa garde lui importe. Elle en a la surveillance et ne permet pas que rien se produise qui soit en désaccord avec sa propre dignité, avec celle de sa maison et avec celle du Maître. Cette vigilance continuelle exige aussi une activité continuelle et c’est ce qui caractérisera toujours ceux qui ont vraiment à coeur le bien de la maison de Dieu et la gloire de Celui qui l’habite.

 

Ses fils se lèvent et la disent bienheureuse, son mari aussi, et il la loue : Plusieurs filles ont agi vertueusement ; mais toi, tu les surpasses toutes ! (v. 28-29)

Ces deux versets ramènent nos pensées vers la louange de Sion dans les Cantiques des degrés. Comme la femme vertueuse, Jérusalem a des fils (Ps. 127:3). Comme elle, Jérusalem est au dedans de sa maison, comme une vigne féconde (Ps. 128:3). Comme elle, son mari la loue (Ps. 122:7-9). Parmi toutes les filles vertueuses, il trouve qu’elle les surpasse toutes (Ps. 132:13-14 ; voyez aussi Ps. 45:13-15). Comme on a pu s’en apercevoir dans les pages où nous venons de présenter la femme vertueuse, elle n’est pas seulement une femme distinguée, ce que le rationalisme ose affirmer — elle est un type, un type de la sagesse en action. En second lieu, au point de vue de l’Ancien Testament, nous voyons, dans la femme vertueuse, Jérusalem selon les conseils de Dieu, digne, par conséquent, d’être l’épouse du Roi. Les pensées des chrétiens pourront appliquer ce type à l’Église, Épouse de Christ selon les pensées de Dieu, mais, pas plus que Jérusalem, à son état actuel. En tenant compte de l’état de ruine, soit de Jérusalem, soit de l’Église, ce qui est dit de la femme vertueuse peut s’appliquer actuellement à la conduite individuelle des vrais croyants qui composent la maison de Dieu, à ceux qui ont la responsabilité de son bon ordre, quelles que soient les phases que cette maison traverse actuellement. La femme vertueuse représente son mari absent, par sa propre conduite, par celle de ses fils, de ses serviteurs et de ses servantes. Quand il entre en scène, il la loue. Il en sera ainsi de Christ, quand il verra Jérusalem, ou l’Église, telles que, selon ses conseils de grâce, il veut les avoir et les aura. Il les parera de toutes les perfections dont son amour a voulu les orner. Mais souvenons-nous que tout ce tableau est en même temps une sérieuse et pressante exhortation à nous conduire, dans la maison de Dieu, d’une manière digne de Celui qui nous appelle à son propre royaume et à sa propre gloire !

 

La grâce est trompeuse, et la beauté est vanité ; la femme qui craint l’Éternel, c’est elle qui sera louée (v. 30).

Voyez 11:16, 22.

La crainte de l’Éternel ! Tel est le mobile secret de toute la conduite de la femme vertueuse. Les Proverbes se terminent par cette crainte, comme ils ont commencé par elle (1:7). Être devant Dieu, dans la lumière de sa présence, y apprendre à haïr le mal qu’Il hait, à aimer le bien qu’Il aime ; chercher en toutes choses à lui plaire, et craindre de lui déplaire ; telle est la crainte de l’Éternel. Elle est le couronnement de toute bénédiction, la source de la connaissance, et celle de la Sagesse. Cette crainte est ici le seul motif de la louange de la femme vertueuse, car c’est de la crainte que dépendent toutes les autres vertus et, sans elle, les plus grands dons ne sont que vanité. C’est le dernier mot des Proverbes, comme aussi de l’Écclésiaste (12:13) ; mais ce sujet revient constamment dans le livre qui nous occupe où il est mentionné seize fois.

 

Donnez-lui du fruit de ses mains, et qu’aux portes ses oeuvres la louent (v. 31).

Le «fruit de ses mains» me semble être la vigne qu’elle a plantée du fruit de ses mains au v. 16. La maison d’Israël est la vigne de l’Éternel (És. 5:7). Quant à sa responsabilité, Israël n’avait pas su garder la vigne qui était à lui. C’est ce que dit la Sulamite (Cant. 1:6) ; mais, au moment de la produire en triomphe, l’époux lui attribue tout ce que Sa grâce a fait pour elle et par elle. Elle mange du fruit de la vigne qu’elle a plantée (I Cor. 9:7). Nous sommes donc ramenés, en type, au vrai Israël selon les pensées de Dieu ; il est vu comme parfait selon ses conseils et obtient, comme l’ayant méritée, la récompense qui lui est acquise par la grâce.

«Et qu’aux portes ses oeuvres la louent» ; c’est-à-dire là où son mari est honoré (v. 23), où Sa dignité est reconnue de tous. C’est alors que toute l’activité de la femme vertueuse sera reconnue comme ayant eu pour but la glorification de son époux.

Appliquons-nous donc sans cesse à nous conduire de telle manière qu’il soit prouvé, au jour de la gloire, que notre vie tout entière n’a eu pour but que de donner au Seigneur la place qui lui est due !