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MÉDITATIONS SUR LE SECOND LIVRE DES ROIS
par Henri Rossier
Table des matières :
2 Chapitre 1 — Élie et Achazia
3.1 Chapitre 2:1-12 — Ascension d’Élie
3.2 Chapitre 2:13-25 — Élisée ou Christ en Esprit
4 Chapitres 3 à ch. 8:16 — Élisée
4.1 Chapitre 3 — Joram et la guerre contre Moab
4.2 Chapitre 4:1-7 — La veuve du prophète
4.3 Chapitre 4:8-37 — La Sunamite
4.4 Chapitre 4:38-11 — La mort dans la marmite
4.5 Chapitre 4:42-44 — L’homme de Baal-Shalisha
4.7 Chapitre 6:1-7 — Les fils des prophètes et le Jourdain
4.9 Chapitre 6:24 à ch. 7 — Le siège de Samarie
4.10 Chapitre 8:1-6 — Encore la Sunamite
4.11 Chapitre 8:7-15 — Ben-Hadad et Hazaël
5 Chapitres 8:16 à ch. 17 — Rois d’Israël et de Juda
5.1 Chapitre 8:16-29 — Joram, roi de Juda, et son fils Achazia
5.2 Chapitre 9 — Jéhu, roi d’Israël
5.3 Chapitre 10 — Jéhu (suite)
5.5 Chapitre 12 — Joas, roi de Juda
5.6 Chapitre 13:1-9 — Joakhaz, fils de Jéhu, roi d’Israël
5.7 Chapitre 13:10-25 — Joas, roi d’Israël, et Élisée
5.8 Chapitre 14:1-22 — Joas, roi d’Israël, Amatsia, roi de Juda
5.9 Chapitre 14:23-29 — Jéroboam II, roi d’Israël
5.10 Chapitre 15:1-7 — Azaria ou Ozias, roi de Juda
5.11 Chapitre 15:8-12 — Zacharie, roi d’Israël
5.12 Chapitre 15:13-22 — Shallum et Menahem, rois d’Israël
5.13 Chapitre 15:23-31 — Pekakhia et Pékakh, rois d’Israël
5.14 Chapitre 15:32-38 — Jotham, roi de Juda
5.15 Chapitre 16 — Achaz, roi de Juda
5.16 Chapitre 17:1-6 — Osée, roi d’Israël
5.17 Chapitre 17:7-41 — Récapitulation divine de l’histoire d’Israël
6 Chapitres 18 à 25 — Les derniers rois de Juda
6.1 Chapitres 18 à 20 — Ézéchias, roi de Juda
6.3 Chapitre 18:1-18 — Ézéchias et le premier réveil
6.4 Chapitre 18:19-37 — Le discours du Rab-Shaké
6.5 Chapitre 19 — Sankhérib et l’Éternel
6.6 Chapitre 20:1-11 — Maladie d’Ézéchias
6.7 Chapitre 20:12-19 — L’ambassade de Babylone (*)
6.8 Chapitre 21:1-18 — Manassé
6.9 Chapitre 21:19 à ch. 21 — Amon
7 Chapitres 22 à 23:30 — Josias
7.1 Chapitre 22 — Josias et le second réveil
7.2 Chapitre 23:1-20 — Le livre de l’alliance et la sanctification du peuple
7.3 Chapitre 23:21-27 — La Pâque
7.4 Chapitre 23:28-30 — Le Pharaon Neco
8 Chapitres 23:31 à ch. 25 — La ruine finale
8.1 Chapitre 23:31-35 — Joakhaz
8.2 Chapitres 23:36 à ch. 24:7 — Jéhoïakim
8.3 Chapitre 24:7-17 — Jehoïakin (ou Jéconias, ou Conia)
8.4 Chapitres 24:18 à ch. 25:21 — Sédécias
8.5 Chapitre 25:22-26 — Guedalia
8.6 Chapitre 25:27-30 — La fin
Le second livre des Rois fait suite au premier, sans aucune interruption. Il peut être utile de remarquer, afin d’éviter au lecteur une conclusion erronée, que cette division en deux livres ne fait pas partie du texte inspiré, qui ne formait à l’origine qu’un livre dans le canon hébraïque. Puisque nous touchons, en passant, à ce sujet, nous ajouterons, pour nos lecteurs, que l’une des grandes divisions de l’Ancien Testament, «les Prophètes», comprenait, outre les livres des prophètes proprement dits, sauf Daniel et les Lamentations, tous les livres historiques, depuis Josué jusqu’aux livres des Rois inclusivement, le livre de Ruth excepté (*).
(*) L’Ancien Testament comprenait trois grandes divisions : La loi, c’est-à-dire les cinq livres de Moïse. Les Prophètes dont nous venons de parler ; enfin les Hagiographes ou «écrits sacrés», connus aussi sous le titre de Psaumes (Luc 24:44), et contenant les Psaumes, les Proverbes, Job, le Cantique des Cantiques, Ruth, les Lamentations, l’Écclésiaste, Esther, Daniel, Esdras, Néhémie, les deux livres des Chroniques.
Ce titre seul, «les Prophètes», nous éclaire sur les auteurs des livres historiques qui nous occupent. Ils étaient dus aux prophètes et portaient leur marque. La soi-disant critique théologique moderne ne doit en rien influer les convictions du chrétien sur ce point. La parole de Dieu seule suffit pour s’expliquer elle-même, et nous apporter l’assurance de son contenu.
C’est ainsi que les actes de David sont écrits dans les paroles de Samuel le voyant, et dans les paroles de Nathan le prophète, et dans celles de Gad le voyant (comp. 1 Chron. 29:29, avec 1 et 2 Samuel) ; les actes de Salomon, dans les paroles de Nathan le prophète, dans la prophétie d’Akhija, et dans la vision de Jehdo le voyant, touchant Jéroboam, fils de Nebath (comp. 2 Chroniques 9:29, avec 1 Rois) ; les actes de Roboam, dans les paroles de Shemahia le prophète, et d’Iddo le voyant, dans les registres généalogiques (2 Chron. 12:15) ; les actes d’Abija, dans les commentaires d’Iddo le prophète (2 Chron. 13:22) ; ceux de Josaphat, dans les paroles de Jéhu, fils de Hanani, lesquelles sont insérées dans le livre des rois d’Israël (2 Chron. 20:34). Les actes d’Ozias ont été écrits par Ésaïe, fils d’Amots (2 Chron. 26:22) ; ceux d’Ézéchias, dans la vision d’Ésaïe le prophète (Comp. 2 Chroniques 32:32, avec 2 Rois 18-20, et Ésaïe 36-39). Enfin 2 Rois 24:18-25, correspond à Jérémie 52.
N’est-il pas remarquable que ce soient précisément les livres des Chroniques, si contestés, si attaqués par les rationalistes, qui affirment l’autorité prophétique de nos livres historiques ? Or, s’il est vrai que les livres des Rois sont l’oeuvre des prophètes, et cela nous suffit, puisque la parole de Dieu ne nous en dit pas davantage sur la manière dont ils ont été composés, nous pouvons nous attendre à y trouver, non pas le simple récit de faits historiques, et une relation parfaitement exacte de ces faits, puisqu’elle est d’origine divine, mais aussi les caractères qui forment la substance de tout écrit prophétique, des exemples des souffrances passées, et des gloires futures de Christ.
C’est ce que nous ont montré surabondamment les livres de Samuel et le premier livre des Rois, dans les personnes de David et de Salomon. Mais cela nous explique aussi pourquoi les prophètes eux-mêmes jouent un rôle prépondérant dans ces livres. Ce fait, comme nous l’avons déjà mentionné autre part, nous frappe dès que nous les abordons. Rien que l’activité d’Élie et d’Élisée, s’étend sur dix-neuf chapitres des Rois, qui en contiennent quarante-sept.
En manière de préface, il est utile d’ajouter encore ici, quelques remarques qui n’ont pas trouvé place dans l’Introduction du premier livre des Rois. Elles portent sur le caractère des prophètes d’Israël, en contraste avec ceux de Juda. En étudiant le premier livre des Rois, nous avons pu constater le caractère du ministère d’Élie, qui était avant tout un ministère de miracles. Nous aurons l’occasion de le remarquer, plus amplement encore, dans la carrière d’Élisée, le second grand prophète d’Israël. L’activité de ces hommes de Dieu consistait beaucoup plus en actes qu’en paroles. Au contraire, celle des prophètes de Juda en diffère du tout au tout. Ils parlent, et ne font que bien rarement un miracle, tel que celui du cadran d’Achaz (Ésaïe 38:8). Ce contraste provient de ce que la profession publique du culte de l’Éternel était encore reconnue en Juda, et subsistait malgré les mélanges idolâtres ; il n’était donc pas besoin de miracles pour l’accréditer.
Cela nous conduit à répondre à la question, souvent posée, pourquoi l’on ne voit plus aujourd’hui de miracles dans la chrétienté. La raison est la même. Tant qu’elle n’aura pas été vomie de la bouche du Seigneur, les miracles destinés à affermir le coeur des fidèles, aux prises avec l’apostasie, n’auront pas lieu, ni ceux destinés à revendiquer le caractère du vrai Dieu, devant les hommes qui l’ont abandonné.
Il en était autrement, au commencement de l’histoire de l’Église. De nombreux miracles avaient lieu, soit au milieu des Juifs qui avaient rejeté leur Messie, afin de leur prouver la divinité du Sauveur, soit au milieu des nations idolâtres, pour accréditer la prédication du Dieu qui leur était inconnu. Dieu rendait témoignage avec ses serviteurs, «par des signes et des prodiges, et par divers miracles et distributions de l’Esprit Saint, selon sa propre volonté» (Hébr. 2:4).
Le catholicisme prétend aux miracles, comme, dans une mesure aussi, le protestantisme de nos jours, aux dons miraculeux. De fait, ce que le premier nous présente, ce sont de faux miracles, destinés à aveugler les simples, tandis que le second cherche à s’accréditer, par l’apparence d’une puissance divine, quand déjà l’apostasie se fait reconnaître partout dans son sein.
Après l’enlèvement des saints, les miracles du siècle à venir se manifesteront largement, soit parmi les Juifs, soit devant les nations, par le moyen du résidu, comme nous le voyons en Apocalypse 11. L’histoire d’Élisée nous fournira l’occasion de considérer ce sujet en type. Mais, dans le même temps, le pays d’Israël, du peuple apostat sous l’Antichrist, et le monde entier, seront le théâtre de miracles de mensonges opérés par le faux prophète, dernier instrument de Satan, pour séduire les hommes qui habitent sur la terre (Apoc. 13:13-15).
Nous nous bornerons à ces quelques remarques préliminaires, qui trouveront une ample confirmation dans la partie des Écritures que nous désirons étudier sous le regard du Seigneur, et avec le secours de son Saint Esprit.
La rébellion de Moab contre Israël est la première conséquence de l’infidélité d’Achazia (voy. 1 Rois 22:52-54). C’est un jugement sur le roi qui, par son idolâtrie, avait provoqué Dieu à la colère. Le changement de règne fournit à Moab une occasion propice pour secouer ce joug abhorré. N’avait-il pas, d’ancienneté, haï et voulu maudire le peuple de Dieu ? (Nomb. 22). En ce temps-là, les nations asservies étaient coutumières de ces révoltes, et n’attendaient que la mort de leurs tyrans pour secouer leur joug et s’affranchir des lourds impôts qu’ils faisaient peser sur elles. L’histoire des rois d’Assyrie, autrement puissants que ceux d’Israël, est remplie de révoltes semblables. Moab, châtié par Saül (1 Samuel 14:47), puis subjugué par David (2 Samuel 8:2, 12 ; 1 Chron. 18:2), avait été assujetti sous le règne glorieux de Salomon, comme tous les autres royaumes qui apportaient leur tribut au roi trônant à Jérusalem (1 Rois 4:21 ; 10:25). Depuis la division des douze tribus, Moab, par sa position géographique, était devenu tributaire d’Israël et non de Juda (3:5). Son tribut, énorme pour un pays restreint (100,000 agneaux et 100,000 béliers, avec leur laine), devait peser lourdement sur lui, outre l’humiliation, impatiemment subie par cette nation orgueilleuse et hautaine. Aussi, n’est-il pas étonnant que Moab saisît la première occasion pour s’en affranchir. Mais, au-dessus du fait extérieur qui frappe les regards de l’homme, le croyant voit la chose invisible, la seule importante pour lui, la main de Dieu, étendue pour juger le peuple et son impie conducteur.
Un second jugement atteint le roi lui-même. «Achazia tomba par le treillis de sa chambre haute qui était à Samarie, et en fut malade». Mais la repentance était étrangère au coeur du roi d’Israël, et l’Éternel n’avait place ni dans ses pensées, ni dans sa vie. Le jugement de Dieu le laissait indifférent ; il voyait un accident vulgaire dans le coup qui le frappait. «Il envoya des messagers, et leur dit : Allez, consultez Baal-Zebub, dieu d’Ékron, pour savoir si je relèverai de cette maladie». Son Baal, devant lequel il se prosternait (1 Rois 22:54), ne lui suffisait pas ; il envoie vers le Baal des Philistins pour connaître son sort. Le dieu qui avait, à ses yeux, beaucoup plus de valeur que l’Éternel, était Baal-Zebub, le seigneur des mouches, invoqué, sans doute, par cette nation idolâtre, pour se garantir de ce fléau des pays d’Orient, un dieu puissant pour ses sectateurs, car, en se prosternant devant lui, ils adoraient, ou suppliaient, dans leur aveuglement, Satan lui-même, le Beel-Zebub, souvent mentionné dans le Nouveau Testament.
Ce qui arrivait à Achazia, arrive encore aujourd’hui à tout sectateur d’une fausse religion. Elle ne peut pas plus satisfaire le coeur, calmer les frayeurs de l’âme, faire connaître l’avenir, que le Baal de Jézabel et d’Achab, adoré par Achazia, ne pouvait le satisfaire. Alors, toute superstition nouvelle est bienvenue, pourvu qu’elle nous fasse espérer d’échapper au sort dont nous nous sentons menacés.
Sur l’ordre de l’ange de l’Éternel, Élie le Thisbite paraît de nouveau sur la scène, et nous le retrouvons avec toute la hardiesse et l’énergie de la foi qu’il avait montrée depuis le torrent du Kerith jusqu’à la destruction des prophètes de Baal. Le genêt du désert et la leçon d’Horeb avaient porté leurs fruits pour le prophète. Ils avaient formé comme une parenthèse d’expériences de lui-même, après laquelle sa carrière de foi avait recommencé, lorsque, dans la vigne de Naboth, il s’était hardiment présenté devant Achab pour prononcer sur lui et sur Jézabel le terrible jugement de Dieu (1 Rois 21:17). Notre chapitre n’est que la suite de ce courageux témoignage. Élie monte à la rencontre des messagers du roi, et leur dit : «Est-ce parce qu’il n’y a point de Dieu en Israël que vous allez consulter Baal-Zebub, dieu d’Ékron ? Et c’est pourquoi, ainsi dit l’Éternel : Tu ne descendras pas du lit sur lequel tu es monté, car tu mourras certainement».
N’avait-il pas été prouvé, en effet, devant Achab et Jézabel, qu’il y avait un Dieu en Israël ? Où l’homme de Dieu se trouvait, l’on trouvait Dieu, témoignage bien important pour les jours périlleux que nous traversons. Pourquoi trouvait-on Dieu ? Parce que la parole de Dieu était confiée à Élie et que l’on pouvait venir à lui pour la consulter.
De plus, le caractère du prophète correspondait à sa mission et l’accréditait devant le monde, en sorte que ce dernier pouvait reconnaître en lui une autorité donnée de Dieu. Achazia, contre lequel la Parole était dirigée, ne peut s’y méprendre. «C’est Élie le Thisbite», s’écrie-t-il, quand ses serviteurs lui disent : «Un homme vêtu de poil, et ceint sur ses reins d’une ceinture de cuir». Son vêtement et sa ceinture suffisaient à le faire connaître. Son vêtement, comme la couverture de l’arche, représentait la sainteté qui repousse la corruption, en même temps que la simplicité qui se plaît avec les humbles ; sa ceinture empêchait, d’une part, le contact de ses vêtements avec la souillure, mais était aussi l’emblème de son dévouement absolu au service de l’Éternel, de la concentration de ses pensées sur ce seul objet. À ces signes, le méchant est obligé de reconnaître l’homme de Dieu ; il dit : «C’est Élie !» (*)
(*) Et, de fait, il est seul à le reconnaître. Personne autour de lui ne connaît le grand prophète d’Israël ; mais combien cela aggrave la culpabilité du roi ! En un temps où la parole de Dieu est ignorée par un peuple qui devait en avoir connaissance, le seul qui ne l’ignore pas, est celui qui la combat !
Ne doit-il pas en être de même pour nous aujourd’hui ? La parole de Dieu est confiée au fidèle, au milieu d’une chrétienté qui l’abandonne. Mais il ne peut avoir d’autorité pour accréditer le témoignage de Dieu devant le monde, qu’en montrant, par sa conduite, une vraie séparation du monde, l’humilité dans la marche, un dévouement réel de toute sa vie pour le Seigneur. Et c’est ainsi que nous avons le droit de parler de la part de Dieu. S’il en est ainsi, le monde sera obligé, bon gré mal gré, de nous entendre ; au cas contraire, il se détournera et prendra occasion de notre conduite, pour mépriser la parole de Dieu.
Le prophète prononce un troisième jugement sur Achazia. Le premier, Moab, le frappait dans la gloire de son royaume ; le second (sa chute), dans sa santé ; le troisième, dans sa vie. «Tu ne descendras pas du lit sur lequel tu es monté, car tu mourras certainement».
Mais ce n’est pas tout. Le roi se prépare à lui-même un quatrième jugement. Il ne craint pas d’envoyer contre le prophète un chef de cinquantaine avec ses hommes. Élie était «assis au sommet d’une montagne», dans un endroit inaccessible. Le capitaine s’adresse à lui : «Homme de Dieu, le roi dit : Descends». Quelle témérité de la part du roi ! À son manque de foi en ses propres idoles, à la superstition grossière, il ajoute l’orgueil qui s’élève contre Dieu, et prétend l’abaisser jusqu’à lui. Comme le premier Adam, il estime comme un objet à ravir d’être égal à Dieu !
Élie, homme de Dieu, est ici un représentant de Christ. Aura-t-il une moindre puissance, maintenant qu’il est assis dans les hauts lieux, que lorsqu’il marchait sur la terre, méprisé et haï de tous ? Aujourd’hui, le péché de l’homme est encore aggravé par sa haine contre le Christ, assis en haut, à la droite de Dieu. Si le monde est jugé pour avoir rejeté Jésus humilié, que lui adviendra-t-il, quand il fera la guerre à Celui qui est assis sur le trône ? «Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux», est-il dit au Ps. 2. Quand Élie marchait encore au milieu d’Israël, le feu du ciel, le jugement de Dieu, était à sa disposition, non pour détruire les pécheurs, mais pour consumer l’holocauste. Un sacrifice avait alors répondu pour le peuple, et le jugement de Dieu était tombé sur la victime pour opérer la délivrance d’Israël. Désormais, cette heure de grâce était passée. Élie, assis en haut, fait tomber le feu du ciel sur ses ennemis, sur ce roi qui, oubliant toute crainte, avait l’audace de donner des ordres à Dieu !
La différence entre les deux positions de Christ, sur la terre en grâce, ou assis, glorieux, dans le ciel, attendant que ses ennemis soient mis pour marchepied de ses pieds, ressort des paroles du Seigneur à ses disciples. Ils auraient voulu, comme Élie, faire descendre le feu du ciel sur les Samaritains, parce qu’ils ne recevaient pas leur Maître. «Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés», leur dit-il, en les censurant fortement (Luc 9:51-56). En effet, il était à ce moment le Christ rejeté, dressant sa face résolument pour aller à Jérusalem, être offert en holocauste. Était-ce le moment de juger, quand, en grâce, il allait être immolé lui-même, et subir, pour notre salut, le feu du jugement de Dieu ?
Mais, dans ce passage, Élie n’est pas seulement une figure de Christ ; il est aussi une image du résidu fidèle et souffrant de la fin. Élie «doit venir» dans la personne de ces témoins de l’Apocalypse, dont il est dit : «Si quelqu’un veut leur nuire, le feu sort de leur bouche et dévore leurs ennemis ; et si quelqu’un veut leur nuire, il faut qu’il soit ainsi mis à mort» (Apoc. 11:5). Ils viendront, dans la puissance d’Élie et de Moïse, car alors les jugements de Dieu feront leur oeuvre terrible sur la terre. Il faut que la mort et le jugement glorifient Dieu, quand toutes les ressources de la grâce sont épuisées et que l’apostasie est complète.
«Si je suis un homme de Dieu, que le feu descende», dit le prophète. Toute sa mission en Israël est concentrée dans ce seul mot : «Un homme de Dieu». «N’y a-t-il point de Dieu en Israël ?» avait-il dit à Achazia. Dieu revendiquait son caractère en présence de l’apostasie et avait choisi son prophète pour en être le puissant témoin.
Aveuglé de colère et d’orgueil, Achazia renouvelle sa sommation en l’aggravant encore : «Descends promptement !» Il s’obstine à commander à Dieu. Le jugement tombe sur les serviteurs de ce roi qui va mourir. Hélas ! ce qui l’attend encore, c’est, après la mort, le jugement final du Dieu vivant qu’il a offensé !
Le troisième capitaine (v. 13-14), craint Dieu et prend l’attitude qui convient à un homme pécheur devant Lui. Il s’approche en suppliant, s’agenouille, reconnaît Dieu dans Élie, en lui disant : «Homme de Dieu», dans un tout autre esprit que les deux premiers. Il sait que Dieu peut faire grâce : «Je te prie, que ma vie et les vies de ces cinquante hommes, tes serviteurs, soient précieuses à tes yeux». Il n’a pas encore reçu l’assurance que ce que Dieu peut faire, il veut le faire, mais il est convaincu que le Dieu de jugement peut être un Dieu de grâce pour quiconque se soumet à lui, qu’il ne désire pas la mort du pécheur, que sa vie peut lui être précieuse. Ces pensées trouvent leur expression dans les paroles de cet homme : «Voici, le feu est descendu des cieux et a dévoré les deux premiers... mais maintenant, que ma vie soit précieuse à tes yeux». Une telle foi est agréable au Seigneur. Ce troisième «croit que Dieu est», selon l’expression de l’épître aux Hébreux ; il reconnaît tous ses caractères de majesté, de sainteté, de justice et de bonté, conviction nécessaire pour s’approcher de Lui, mais il croit aussi que Dieu est «le rémunérateur de ceux qui le recherchent» (Héb. 11:6). Aussi, trouve-t-il la récompense de sa foi.
«Descends avec lui ; ne le crains pas». Élie peut avoir confiance en un tel homme, et Dieu compte sur ce dernier en lui confiant son serviteur, car il peut toujours se reposer sur la foi que lui-même a donnée. Le prophète n’avait rien à craindre ; il n’était, du reste, pas plus en danger à la visite du premier capitaine qu’à celle du troisième ; il était tout aussi en sûreté devant le roi qui avait soif de son sang, qu’au sommet de la montagne, mais Dieu prend soin de le rassurer, car il connaît nos faibles coeurs. Élie reçoit cet encouragement ; n’avait-il pas autrefois, sous le genêt, éprouvé combien sa faiblesse en avait besoin ? Il se présente hardiment devant Achazia, avec la force que Dieu fournit, comme si souvent autrefois devant Achab. Cette hardiesse est une des qualités éminentes d’Élie.
Arrivé devant le roi, le prophète lui répète, mot pour mot, les paroles qu’il avait dites à ses messagers. Il y a un temps, dans les voies de Dieu envers les hommes, où de nouvelles explications sont inutiles, parce qu’ils ont endurci leurs coeurs. Il en fut ainsi des apôtres devant le sanhédrin (comp. Actes 4:19 avec 5:29). Le prophète insiste toutefois sur une chose : «Est-ce parce qu’il n’y avait point de Dieu en Israël, pour consulter sa Parole ?» Ainsi les hommes, en présence de questions où s’agite leur avenir, ne doivent avoir de recours qu’à la Parole de Dieu et le mépris qu’ils en font portera pour eux ses terribles conséquences. Un jour, cette même Parole les jugera. «Il mourut, selon la parole de l’Éternel qu’Élie avait prononcée» (v. 17).
L’histoire d’Élie, comme prophète de jugement, se termine au chapitre 1°. Le chapitre 2 nous présente la fin de sa carrière et les faits mystérieux qui accompagnèrent ce grand événement.
Nous rencontrons dans la Parole beaucoup de mystères, des secrets cachés de toute éternité dans le coeur de Dieu, des choses que l’oeil n’avait pas vues, ni l’oreille entendues et qui n’étaient pas montées au coeur de l’homme. Ces mystères restaient inconnus dans l’ancienne alliance, mais il n’en est pas un seul qui ne nous soit révélé par l’Esprit de Dieu dans le Nouveau Testament. Et cependant, malgré cette révélation, la Parole est pleine de choses mystérieuses que l’intelligence spirituelle seule découvre. Le Seigneur pourrait, en peu de mots, nous les rendre claires, mais il nous en laisse faire la découverte pour le plus grand profit et la plus grande joie de nos âmes.
Ce n’est que par une étude faite sous la dépendance du Saint Esprit, avec prière, et par une application sérieuse aux choses de Dieu, que nous trouvons la clef de ces énigmes. C’est ainsi que nous apprenons à connaître, sous un fait simple en apparence, un sens caché, semblable au diamant que l’ignorant tient pour une pierre ordinaire, mais qui éblouira par son éclat celui qui s’applique à le tailler. La seconde partie du chap. 1° de l’évangile de Jean, le chap. 21 du même évangile, sont remplis de ces trésors cachés. Il en est de même de notre chapitre ; nul autre ne peut guère le surpasser en intérêt, en expériences intimes, en révélations prophétiques, en majestueuse grandeur. C’est qu’en nous présentant Élie et Élisée, il nous parle de Christ et de son Esprit. C’est qu’il est avant tout un chapitre typique.
À plus d’une reprise, comme, par exemple, dans l’histoire de la veuve de Sarepta (comp. Luc 26), Dieu honora le prophète Élie, en se servant de lui pour nous représenter certains caractères isolés de son Bien-aimé, mais le dernier jour de sa carrière prophétique est employé à illustrer la vie, la mort, l’ascension du Messie, et les bénédictions qui devaient en découler pour son peuple. Ce privilège d’Élie est, dans une mesure, celui de tout croyant, car chacun de nous est appelé à reproduire les caractères de Christ dans le monde. S’il est vrai que nous sommes «en Lui» devant Dieu, il est aussi vrai qu’il est «en nous» devant le monde, et que nous sommes appelés à le manifester aux yeux de tous. Si le chrétien est fidèle, il sera une copie qui fera d’emblée reconnaître son modèle. Celui qui ne voit pas dans ce chapitre la vérité dont nous parlons, n’y a, de fait, rien vu. Seulement, nous l’avons dit, tout nous y est présenté sous un jour mystérieux. Ce qui ajoute au mystère, c’est qu’Élie n’y est pas seul. Élisée, son compagnon prophète et son serviteur, ne l’abandonne pas un seul instant, et le voit monter au ciel, puis revient visiter les «fils des prophètes», dont les circonstances remplissent toute la suite de notre histoire.
«Et il arriva que, lorsque l’Éternel fit monter Élie aux cieux dans un tourbillon, Élie et Élisée partirent de Guilgal». Le prophète a quatre étapes à faire avant d’être enlevé au ciel : Guilgal, Béthel, Jéricho et le Jourdain. Au commencement de sa carrière, il avait été envoyé pour ramener à l’Éternel le coeur du peuple. Sa mission, accomplie fidèlement, avait, en fin de compte, totalement échoué. Israël, après un retour momentané, lors de la destruction des prêtres de Baal, ne s’était pas réellement repenti, et les rois avaient persisté dans leur idolâtrie. Jésus, dans sa mission, échoua de la même manière auprès du peuple remonté de la captivité. Le prophète est maintenant envoyé de Dieu, comme Christ dans les évangiles, pour retracer, par la puissance du Saint Esprit, le chemin qu’Israël aurait dû suivre, mais qu’il avait semé d’infidélités et de ruines, en manquant à sa responsabilité. «L’Éternel m’envoie», telles sont, à chaque étape, les paroles d’Élie à son fidèle compagnon (v. 2, 4, 6). Telles sont aussi les paroles du Seigneur dans les évangiles, et surtout dans celui de Jean où il se présente constamment comme envoyé du Père.
Mais, examinons d’abord quel avait été ce chemin pour Israël.
L’Éternel, après avoir fait traverser le Jourdain à son peuple, avait roulé de dessus lui l’opprobre d’Égypte par la circoncision de Guilgal, car aucun des fils de ceux qui étaient sortis d’Égypte n’avait été circoncis dans le désert (Jos. 5:5-9). Puis il avait fait tomber devant Israël, Jéricho, forteresse de l’ennemi, condamnant cette ville à l’interdit et à la malédiction, pour introduire à la fin son peuple dans la jouissance des bénédictions promises autrefois à Jacob en Béthel (Gen. 35:9). Israël s’était-il maintenu dans ces bénédictions ? En aucune manière. «Toute leur méchanceté», lui dit plus tard le prophète Osée, «est à Guilgal, car là, je les ai haïs ; à cause de la méchanceté de leurs actions, je les chasserai de ma maison (Béthel). Je ne les aimerai plus» (Os. 9:15). Et encore : «Venez à Béthel, et péchez !
À Guilgal, multipliez la transgression !» (Amos 4:4). Jéricho, lieu de la malédiction, avait été rebâtie contre l’ordre exprès de l’Éternel, par Hiel de Béthel (1 Rois 16:34). Béthel, lui-même, était devenu, sous Jéroboam, le premier centre de l’idolâtrie (1 Rois 12:29), où les péchés d’Israël s’étaient accumulés.
Élie est appelé à refaire ce chemin, semé de tant de souillures ; seulement, sa foi, tout en constatant, à chaque pas, la ruine du peuple, revoit, retrouve les bénédictions premières, instituées de Dieu, et dont il n’a pas abandonné la réalisation. Élie reconnaît Guilgal et Béthel, selon les pensées de Dieu, dans le même esprit qui lui avait fait construire son autel de douze pierres, en face des prophètes de Baal. Il s’y rend comme envoyé, dans la puissance du Saint Esprit, sans être aucunement contaminé par leurs souillures. Il suit fidèlement le chemin qu’Israël aurait dû suivre, et dans lequel il avait misérablement failli, car, s’il avait répondu au dessein de Dieu par un vrai jugement de la chair à Guilgal, il aurait habité avec l’Éternel à Béthel, jouissant de toutes ses promesses. Élie, conduit par la volonté de Dieu, marche seul dans ce chemin, où il n’est que le type d’un plus grand que lui.
En effet, ce que le prophète ne pouvait accomplir qu’en figure, s’est réalisé à la venue du Seigneur. Lorsqu’il entrait en scène, une occasion était encore offerte au peuple juif de retrouver sous Emmanuel les bénédictions perdues. Le baptême de repentance, administré par Jean-Baptiste, cet Élie qui devait venir, devenait alors le Guilgal d’Israël. Il fallait y venir repentant, reconnaissant ses péchés, pour retrouver les bénédictions sous le règne du Messie. Jésus, assimilant, dans son baptême, le Jourdain à Guilgal, vint s’associer aux quelques excellents de la terre qui, par la repentance, devenaient enfants du royaume et héritiers des promesses dont ils avaient perdu l’accès. De cette manière, l’opprobre d’Égypte était comme de nouveau roulé de dessus eux ; la chair devait subir la mort, car il était prouvé qu’elle n’avait pu entrer en possession des promesses. L’histoire du peuple dans la chair était terminée, mais un nouvel Israël, le vrai, commençait en Christ. Lui, personnellement, n’avait nul besoin de ce chemin. Il était le Saint, et l’a toujours été, mais il manifestait publiquement au Jourdain, dès le début de son ministère, aussi bien qu’à sa naissance, ou lorsque, comme le vrai Israël, il fut «appelé hors d’Égypte», que la séparation du mal, la sainteté, la justice, étaient son caractère ; seulement il s’associait au premier mouvement de l’Esprit, en ceux qui venaient à Jean-Baptiste, reconnaissant leurs péchés.
Mais la nation, dans son ensemble, l’a rejeté.
Élie monte de Guilgal à Béthel. Ce fut aussi le chemin de Christ. Ayant, pour point de départ, une entière consécration à Dieu, il aboutissait, nécessairement, à la possession des promesses que le Dieu de Jacob avait faites à Israël (Genèse 28:13-15). Lui seul, Christ, en vertu de sa perfection, était digne d’acquérir toutes les promesses de Dieu. Pendant toute sa vie, il a choisi Béthel, la maison de Dieu, il a pris l’Éternel lui-même, qui cachait sa face au peuple rebelle, pour refuge et pour demeure (Ps. 92). Israël n’aurait jamais dû quitter cet asile. Christ, seul, y est resté. Comme nous l’avons vu, Béthel était devenu, pour Israël, la maison des idoles. Que devait sentir Élie, mais, surtout, qu’a dû sentir le Seigneur en voyant cette demeure sainte, avec les bénédictions qu’elle promettait, souillée par le péché de son peuple ?
À Christ seul, à l’homme obéissant, appartenaient donc désormais les promesses. Mais allait-il en jouir ? Non. Interrogeons Élie ; il n’est pas appelé à rester à Béthel ; l’Éternel l’envoie plus loin. Il lui faut abandonner le lieu des promesses pour descendre à Jéricho. C’est là que l’Éternel l’envoie.
Israël avait jadis rencontré cet obstacle en montant de Guilgal. Il y avait éprouvé la puissance divine, renversant les murailles dressées par l’ennemi. Dieu avait alors prononcé l’anathème sur cette ville ; elle ne devait jamais être rebâtie (Jos. 6:26). Mais, qu’est-ce qu’Israël avait fait de Jéricho ? Un homme de Béthel avait réédifié la ville maudite !
Élie y descend sur l’ordre de Dieu. Il faut qu’il suive le chemin d’Israël infidèle et qu’il le constate. Le peuple n’était-il pas comme cet homme de la parabole qui était descendu de Jérusalem à Jéricho pour tomber entre les mains de ces voleurs, les nations, qui le réduisaient au pillage ? Christ y descend aussi, mais ce n’est pas, comme Élie, pour en prendre simplement connaissance ; c’est pour éprouver, dans son âme, la malédiction prononcée sur le peuple, pour prendre et porter, à sa place, la colère du gouvernement de Dieu contre cette nation infidèle.
De Jéricho, Élie est envoyé au Jourdain ; il abandonne Israël et Canaan en traversant ce fleuve, type si précieux de la mort. Cette mort, Élie la traverse à pied sec, en vertu de son manteau de prophète et dans la puissance de l’Esprit qu’il possède. Il en fut de même de Christ ; mais, ce qu’Élie ne fit pas, Christ goûta la réalité terrible de la mort avant de la vaincre et de sortir en résurrection à l’autre bord. Élie ne la traversait qu’en figure, et sans qu’elle pût l’atteindre ; le Seigneur, seul, l’a réalisée, comme terme de sa carrière ; il s’est anéanti jusque dans la mort, mais elle n’a pu le retenir. Elle s’est divisée devant la puissance de la vie éternelle qui y était descendue. Ayant vaincu la mort, il a été déclaré Fils de Dieu en puissance, selon l’Esprit de sainteté, par la résurrection des morts (Rom. 1:4).
Élie sort de Canaan, terre de la promesse et héritage d’Israël, sans autre chose que son manteau de prophète. S’il a visité Béthel, il ne s’y est pas arrêté ; il n’emporte rien de ce qui pourrait lui appartenir comme homme de Dieu. Il en est de même de Christ, car il fut dit de lui : «Il n’aura rien» (Dan. 9:26). Mais c’est là que commence pour Christ une ère nouvelle. Dieu l’avait envoyé à la mort. Pouvait-il ne pas obéir ? Bien au contraire, il dresse résolument sa face pour s’y rendre. Il abandonne Canaan, son héritage et ses droits, mais il sait d’avance que c’est pour monter au ciel, après avoir passé par la mort. Élie le sait aussi, mais il y monte vivant, n’ayant passé que par le simulacre du sépulcre.
La pensée de l’Éternel, qui envoyait son serviteur d’étape en étape, était de l’introduire dans un autre monde. Élie recevait ainsi la récompense d’une vie de dévouement — mêlée, sans doute, de quelque faiblesse humaine — à Celui qui l’avait envoyé ; mais Christ reçoit celle d’un dévouement ininterrompu jusqu’au sacrifice de lui-même. C’était aussi, comme nous le verrons en parlant d’Élisée, le point de départ d’une double puissance spirituelle pour le compagnon du prophète.
Hâtons-nous de le faire remarquer. Il ne s’agit pas de trouver, dans toute cette histoire, un type du Sauveur et de son oeuvre rédemptrice accomplie à la croix. Le récit typique n’a pas cette oeuvre en vue ; cela deviendra plus clair, quand, à l’histoire d’Élie, nous aurons ajouté celle d’Élisée. Notre sujet ici, c’est Christ homme de Dieu (quoiqu’il fût bien plus que cela) envoyé de Dieu, prophète, venant à Israël pour rendre témoignage à sa ruine et au jugement qui en est la conséquence (témoignage qui avait commencé par Jean le Baptiseur, cet Élie qui devait venir), mais en même temps aux promesses immuables de Dieu, qui ne pouvaient être acquises que par Christ, un homme sans péché, pour en faire part à son peuple d’Israël restauré.
Il ressort de tout cela que, comme du reste dans tout l’Ancien Testament, il ne faut pas chercher ici la bénédiction proprement dite de l’Église. L’histoire d’Élie et d’Élisée se rapporte uniquement à Israël. Et cependant, l’enlèvement d’Élie, comme celui d’Énoch, nous parlent en type de l’enlèvement des saints, dont l’Église fait partie. On pourrait dire que cet enlèvement est caché mystérieusement dans l’ascension d’Élie (*), tandis qu’il est représenté dans celui d’Énoch. Dans le premier cas, Christ est en vue ; dans le second, ceux «qui sont de Christ».
(*) Apocalypse 12:5 nous présente un exemple analogue.
Faisons remarquer, à ce propos, que deux hommes, Énoch et Élie, sont montés au ciel sans passer par la mort, tandis qu’un seul, Christ, est ressuscité d’entre les morts pour monter au ciel (*) ; c’est pourquoi il est appelé «le premier-né d’entre les morts», précédant les saints dont il est les prémices en résurrection. D’autres morts furent ressuscités avant Christ, mais pour la terre, jamais pour le ciel. Ils étaient sujets à mourir de nouveau, tandis que Christ, ayant été ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus ; la mort ne domine plus sur lui.
(**) Énoch a plus d’un trait de ressemblance avec Élie. Tous deux sont des prophètes de jugement. Énoch marche avec Dieu ; Élie se tient devant l’Éternel. Tous deux sont enlevés avant le jugement final dont ils ont rendu témoignage.
Nous avons vu, précédemment, que le personnage d’Élie pouvait être considéré sous plus d’un aspect : comme prophète, comme type du précurseur, comme type de Christ. Pour Élisée, il en est de même. Il est d’abord l’image du parfait serviteur.
Dès le jour où, rencontrant Élisée, Élie jeta sur lui son manteau de prophète, le nouveau venu avait suivi et servi fidèlement son maître ; aussi, n’était-il connu que pour avoir «versé l’eau sur les mains d’Élie» (1 Rois 19:21 ; 2 Rois 3:11). Comme il convient au vrai serviteur, jusqu’à son entrée dans le ministère public, il s’efface, et l’on n’entend plus parler de lui. Il possède, cependant, le manteau prophétique qui lui avait été conféré par Élie pour exercer à sa place le jugement sur la terre d’Israël, mais il n’en fera usage qu’après l’enlèvement de son maître, quand il aura reçu, avec une double mesure de l’esprit d’Élie, un second manteau prophétique tombé du ciel, qui le rendra capable d’exercer un ministère de grâce.
Élisée est un bel exemple de chrétien, serviteur de Christ. Là où est son maître, là il sera (Jean 12:26). À Béthel, à Jéricho, les fils des prophètes lui disent : «Sais-tu qu’aujourd’hui l’Éternel va enlever ton maître d’au-dessus de ta tête ?» Il répond : «Je le sais, moi aussi, taisez-vous». Sa connaissance ne peut lui être communiquée par les fils des prophètes, car il est prophète lui-même en vertu d’un ordre divin spécial. Mais ce qui le distingue avant tout, c’est qu’il a tout quitté pour suivre son maître, son seul objet, la seule source de bénédiction pour son âme. Sans Élie, Élisée n’est rien, ne veut rien être ; Élie est celui sur lequel ses affections se concentrent : «L’Éternel est vivant, et ton âme est vivante, que je ne te laisserai point». Élie lui avait dit : «Reste ici, je te prie, car l’Éternel m’envoie à Béthel», puis «à Jéricho», puis «au Jourdain». «L’Éternel m’envoie» ; c’est l’obéissance d’Élie ; mais si Élie obéit, Élisée ne doit-il pas le suivre ?
Il en est de même pour nous ; nous pouvons être certains de suivre le chemin de Dieu en suivant celui de Christ. Élisée n’avait pas reçu d’ordre spécial quant à sa conduite, mais il s’attache à Élie qui l’avait reçu, et qui est pour lui l’homme de Dieu, son représentant.
La foi d’Élisée est éprouvée tout du long. «Reste ici, je te prie», lui dit le prophète. Reste à Guilgal, au lieu du jugement de toi-même, de la chair, où l’opprobre d’Égypte a été roulé de dessus le peuple. Recommence une fois encore l’histoire d’Israël. Non, ce serait recommencer une épreuve irréalisable. Seul, l’envoyé de Dieu peut suivre ce chemin ; l’Éternel est vivant, que je m’attacherai à lui. Élisée traverse Guilgal avec Élie, comme nous avec Christ. «Je ne te laisserai point». Le recommencer pour nous-mêmes ? Jamais ! Notre Guilgal, c’est la croix, la circoncision du Christ. Comme nous, Élisée a trouvé auprès d’Élie tout ce que Guilgal peut lui offrir, et de fait, quand, plus tard, il repasse le Jourdain, Guilgal ne fait plus partie de son itinéraire.
À Béthel, lieu des promesses assurées faites aux pères... reste ici, dit Élie. Tu ne manqueras pas de les obtenir d’un Dieu qui ne peut mentir, puisque tu as passé à Guilgal avec moi. Non, je ne te laisserai point. Si tu ne les reçois pas maintenant, comment les atteindrai-je sans toi ? Quand tu les auras obtenues, il sera temps que je demeure à Béthel.
Voici, maintenant, que les fils des prophètes éprouvent sa foi. Irais-tu plus loin, puisque ton maître va t’être enlevé ? «Je le sais aussi, taisez-vous». Vous ne pouvez comprendre le ressort qui me fait agir. C’est lui, lui-même. Sa personne est ce qui m’attire et résume tout pour moi. Me séparer un instant de lui, ce serait perdre une bénédiction que je connais faiblement encore, que je pressens avec mon coeur, plus qu’avec mon intelligence, mais que j’aurai sûrement, si je ne l’abandonne pas, car je sais que lui l’atteindra.
Reste à Jéricho, Élisée, dit Élie ; moi, je suis envoyé plus loin. Non ; pourrai-je jamais ressentir, plus que toi, la malédiction qui plane sur cette cité ? Puisque toi, mon seigneur et mon maître, tu n’y remédies pas en ce jour, pourrais-je y remédier moi-même ? Il me faudrait, pour cela, une puissance personnelle, et je ne la possède qu’en toi. Tant que je ne l’aurai pas, pourquoi m’arrêterais-je ? Taisez-vous, prophètes !
«L’Éternel m’envoie au Jourdain». Ici, plus de mise en demeure de rester. Élie prend Élisée avec lui, le conduit à travers le fleuve de la mort, dans la puissance de l’Esprit auquel elle ne peut résister, dans la puissance triomphante d’une vie qu’elle ne peut engloutir. Un manteau qui appartient à Élie est capable de faire ces choses. Oh ! quelle association bénie pour Élisée ! «Ils s’en allèrent tous deux». «Eux deux se tinrent auprès du Jourdain». «Ils passèrent eux deux à sec». Élie n’y passe pas pour lui seul, mais pour y faire passer Élisée avec lui. Élisée, cet autre moi d’Élie, va sortir de la mort avec lui puis il reviendra en délivrance pour Israël !
Les fils des prophètes qui avaient annoncé l’enlèvement d’Élie ne jouent pas ici un rôle inutile. En eux, la prophétie est le témoin à distance de la victoire sur la mort, comme elle est aussi, peu après, celui de retour, en grâce pour Israël, d’une double mesure de l’esprit d’Élie qu’Élisée va recevoir. Ils disent : «L’esprit d’Élie repose sur Élisée» (v. 15).
Maintenant, quand eux deux ont passé le Jourdain, Élie dit à Élisée : «Demande ce que je ferai pour toi avant que je sois enlevé d’avec toi». Élisée répond : «Qu’il y ait, je te prie, une double mesure de ton esprit sur moi. Et il dit : Tu as demandé une chose difficile ; si tu me vois, quand je serai enlevé d’avec toi, il en sera ainsi pour toi : sinon, cela ne sera pas» (v. 9-10).
Pour qu’Élisée obtînt cette double mesure, il ne suffisait pas que sa foi et son affection pour son maître eussent été mises à l’épreuve ; il fallait encore de la vigilance, afin de ne pas perdre de vue le prophète au moment de son départ. «Ils allaient marchant et parlant» (v. 11), en apparence occupés de divers sujets, mais l’oeil d’Élisée ne gardait qu’un seul objet dans le champ de sa vision. Il pouvait s’intéresser à toutes les choses que lui communiquait le riche coeur de son maître, mais son oeil était simple. Il ne voulait point manquer l’instant solennel. Nous ne sommes pas appelés, comme Élisée, ou comme les premiers disciples, à voir Jésus montant au ciel dans la nuée, mais ne devons-nous pas avoir la même attitude au sujet de sa venue, qu’eux au sujet de son départ ? Ne devons-nous pas, si nous l’aimons véritablement, marchant et parlant, dans l’accomplissement de nos devoirs journaliers, l’attendre sans distraction ? Car il s’agit de le voir «en un clin d’oeil». Oh ! que notre attente soit continuelle et vigilante comme celle du serviteur d’Élie !
«Et il arriva, comme ils allaient, marchant et parlant, que voici un char de feu et des chevaux de feu ; et ils les séparèrent l’un de l’autre ; et Élie monta aux cieux dans un tourbillon. Et Élisée le vit, et s’écria : Mon père ! mon père ! Char d’Israël et sa cavalerie ! Et il ne le vit plus».
Ce char et ces chevaux de feu, ce sont des anges (2 Rois 6:17), répondant, par leur apparence, au caractère d’Élie qui, prophète de la loi, avait agi par le feu du jugement au milieu d’Israël. Il n’en fut point ainsi lors de l’ascension du Sauveur. Un cortège angélique, envoyé pour le servir ou le convoyer dans le ciel, ne lui était point nécessaire. Il y est monté par le pouvoir qui lui était propre, ayant été déclaré Fils de Dieu en puissance par la résurrection. Une nuée, habitation de la gloire divine, le reçut immédiatement et l’emporta de devant les yeux des disciples (Actes 1:9), et notre ascension sera semblable à la sienne (1 Thess. 4:17) ; mais quand il reviendra, comme Fils de l’homme, pour juger le monde, il sera révélé du ciel «avec les anges de sa puissance en flammes de feu» (2 Thess. 1:7), et, nous-mêmes et tous les saints, les armées du ciel, nous serons accompagnés de myriades d’anges (Apoc. 19:14 ; Hébr. 12:22 ; Jude 14 ; Deut. 33:2 ; Zach. 14:5). Et lorsqu’il reviendra comme Messie, l’Éternel commandera à ses anges qui le porteront sur leurs mains, de peur que son pied ne heurte contre une pierre (Ps. 91:11-12).
Élisée s’écrie : «Mon père !» marquant ainsi qu’il a vu, selon la parole d’Élie, son protecteur monter au ciel, mais il reconnaît aussi en lui le vrai Israël : «Char d’Israël !» Cette exclamation prouve encore une fois combien toute cette scène nous présente en type le Christ, le grand prophète d’Israël et non pas le Sauveur en rapport avec l’Église. C’est comme prophète, vrai Envoyé, vrai Messie, vrai Israël, qu’il est envoyé dans les cieux ici ; c’est comme Fils de l’homme et Fils de Dieu, comme Seigneur et Sauveur, qu’il y a été transporté et qu’il en reviendra, pour nous.
Le manteau d’Élie tombe de dessus lui, parce que son serviteur l’a vu montant au ciel. Ce manteau appartient maintenant à Élisée. De même, nous aurons toujours avec nous la puissance de l’Esprit, si nous sommes attachés à Christ et si nos yeux le suivent là-haut.
Élisée déchire ses vêtements en deux pièces. Ils ne lui serviront plus désormais, car, il possède le manteau d’Élie, la double mesure de son esprit. C’est dans cette puissance qu’il va marcher au milieu d’Israël. Puisse-t-il en être de même pour nous ! Puissions-nous déchirer notre ancien vêtement après avoir revêtu Christ, pour le présenter, Lui, au monde en témoignage !
C’est ici que nous voyons se dessiner, d’une manière bien nette, la figure, comme type, du prophète Élisée, car nous avons déjà mentionné, au commencement de ce chapitre, son caractère essentiellement typique. Si Élie, au dernier jour de sa carrière ici-bas, représente Christ comme témoin prophétique en Israël, que représente donc cet Élisée qui lui est si intimement associé, accompagnant son témoignage, passant le fleuve de la mort avec lui, recevant, lors de son ascension, une double mesure de son esprit ? Pour être bien compris, commençons par un petit aperçu prophétique.
Pendant la carrière du Messie ici-bas, quelques disciples, constituant un faible résidu juif fidèle, séparé moralement de la nation, persévérèrent jusqu’au bout à suivre Jésus, l’Oint de l’Éternel et l’Envoyé de Dieu, le grand prophète d’Israël. Celui-ci, rejeté par la nation, les associa avec Lui dans les résultats de sa mort et de sa résurrection. Nous ne parlons pas de la place qu’ils occupèrent dans l’Église. Cette dernière n’entre pas en scène dans les récits de l’Ancien Testament, et pourrait, tout au plus, comme nous l’avons dit plus haut, être considérée ici comme cachée mystérieusement dans la personne d’Élie-Christ, montant au ciel. Nous parlons, ici, des disciples juifs, à la tête desquels étaient les douze, constituant alors le vrai résidu d’Israël. Comme tels, ils reçurent de Lui une double mesure de son Esprit, sous forme de miracles et d’actes de puissance, et furent capables d’accomplir, au milieu du peuple, «de plus grandes oeuvres» que lui. On vit, à la Pentecôte, se réaliser, au point de vue juif, les choses annoncées par le prophète Joël : Je répandrai de mon Esprit sur mes serviteurs et mes servantes, et ils prophétiseront... Vos fils et vos filles prophétiseront... Sans doute, même à ce moment-là, la puissance d’en haut n’était pas limitée, selon Joël, aux enfants d’Israël, car Dieu dit : «Je répandrai de mon Esprit sur toute chair» (Actes 2:17-19). Quand la prophétie de Joël sera accomplie dans l’avenir, les nations auront part à ce don. Seulement cette prophétie, indiquant la participation des nations au don du Saint Esprit, permettait, le jour de la Pentecôte, d’ouvrir la porte à l’Église de Christ, à l’Église, parenthèse merveilleuse dans l’histoire des voies de Dieu, intervalle pendant lequel une Assemblée céleste se forme ici-bas, corps composé de Juifs et de gentils, et uni avec son Chef ressuscité dans la gloire. Il n’en était pas moins vrai qu’un résidu juif, puissamment doté de l’Esprit prophétique, était révélé à la Pentecôte aux yeux de tout le peuple. Pour en faire partie, il fallait avoir suivi le Messie pendant toute sa carrière sur la terre et l’avoir vu monter au ciel (Actes 1:21, 22). «Si tu vois», dit Élie, «quand je serai enlevé d’avec toi…» Ce résidu, selon la prophétie de Joël, citée en Actes 2, n’avait pas, à ce moment-là, atteint ses destinées finales et son plein développement. Il était, au sens le plus strict du mot, représenté par les douze apôtres. Les Juifs ont rejeté leur témoignage, se privant ainsi des temps de rafraîchissement prédits par le prophète, et Dieu s’est servi de l’incrédulité de la nation et de sa révolte contre le Saint Esprit, pour former l’Église, épouse du second Adam, os de ses os, et chair de sa chair.
Mais la parenthèse de l’Église se fermera, et les temps prophétiques se rouvriront. Le résidu d’Israël, dont les prophètes et les Psaumes nous entretiennent constamment, rentrera sur la scène avec le double de l’esprit prophétique d’Élie, se soudant pour ainsi dire aux disciples juifs qui avaient accompagné le Seigneur dans sa carrière. Notez bien qu’il ne s’agira, pour eux, comme pour Élisée, que de l’esprit d’Élie sur eux, soit en puissance miraculeuse, soit en intelligence prophétique, et non pas en eux, comme pour le chrétien.
Par ce court exposé, nous ne prétendons nullement présenter Élisée le prophète comme un type du résidu. Ce serait comprendre bien imparfaitement l’importance de son rôle. Sans doute, l’Esprit peut se servir de vases, appropriés à son usage comme il se servait d’Élisée après l’ascension d’Élie, mais quel que puisse être le vase, la chose importante est ce qu’il contient. Élisée, c’est l’esprit d’Élie, revenant en double puissance et en grâce pour bénir les fidèles du résidu et pour les rassembler. C’est Christ en Esprit, l’Esprit prophétique de Christ se servant d’instruments, sans doute, mais revenant à la fin des temps vers les fils des prophètes d’abord, c’est-à-dire vers le résidu proprement dit, puis vers ce qui a la foi en Israël quand l’apostasie est à son comble. C’est en faveur de ce résidu qu’Élisée fait des miracles, mais au milieu du peuple, aveuglé par la révolte finale. C’est ainsi que les enfants du royaume que Christ établira sur la terre seront séparés par Lui. Quant aux instruments humains dont l’Esprit prophétique se servira à cet effet, nous ne sommes pas en mesure de les désigner spécialement. Qu’il suffise de dire que si Jean-Baptiste avait été reçu, il aurait été l’Élie qui devait venir ; que, dans l’avenir, Élie reviendra et rétablira toutes choses, qu’il y aura deux témoins (symboles de deux corps de témoins) à Jérusalem, agissant dans l’esprit prophétique et dans la puissance d’Élie et de Moïse.
Le témoignage confié à Élisée a, comme nous l’avons déjà fait pressentir, un double caractère, correspondant au double don du manteau d’Élie (1 Rois 19:19 ; 2 Rois 2:13), un caractère de jugement, semblable à celui que son maître, prophète de la loi, avait exercé ici-bas, jugement que Christ lui-même n’exécutera qu’à l’issue des temps de la grâce de l’Évangile — un caractère de grâce à l’égard de tout ce qui sera fidèle en Israël, pour ramener à ces témoins ceux que touchera leur témoignage, et pour la conversion des gentils.
Élisée avait, une première fois, passé le Jourdain à pied sec, en compagnie de son maître, quand celui-ci, frappant les eaux de son manteau, obligea le fleuve de la mort à céder devant sa puissance. Resté seul, Élisée fait de même. «Il se tint sur le bord du Jourdain ; et il prit le manteau d’Élie qui était tombé de dessus lui, et frappa les eaux, et dit : où est l’Éternel, le Dieu d’Élie ? — Lui aussi frappa les eaux, et elles se divisèrent deçà et delà ; et Élisée passa» (v. 13-14). C’est toujours à Christ que l’Esprit rend témoignage. Élisée fait l’expérience du pouvoir du nom d’Élie sur la mort ; non pas du sien propre. Il recommence l’histoire d’Israël au lieu où Élie avait passé, non pas au commencement (Guilgal), mais à la fin de sa carrière. Israël avait traversé autrefois le Jourdain, dans la chair, pour aller au devant d’une ruine certaine. Élie l’a traversé, pour monter au ciel, et renvoyer ensuite Élisée dans le pays de la promesse avec son manteau de prophète et une double mesure de son esprit. Élisée traverse le fleuve en vertu du passage d’Élie, au nom d’Élie, avec le manteau d’Élie. «Lui aussi», son représentant par l’Esprit, «frappa les eaux». La mort est impuissante devant la puissance de l’Esprit de vie en Élisée. Par l’Esprit, vainqueur de la mort, ce dernier recommence l’histoire du nouvel Israël. Ce n’est plus un peuple dans la chair qui entre en Canaan pour être finalement rejeté ; c’est un homme nouveau, revenant au peuple dans la puissance de l’Esprit de Christ vainqueur de la mort, un homme nouveau venant apporter aux fils des prophètes, puis à la nation, et plus tard aux gentils (Naaman), les fruits de cette victoire en délivrance. Les fils des prophètes reconnaissent ce pouvoir.
Il en sera de même à la fin des temps. L’esprit prophétique reviendra à Israël avec une force toute nouvelle. Il exécutera, sans doute, dans la puissance d’Élie, la vengeance contre les ennemis du peuple, comme les deux témoins de l’Apocalypse. Mais il s’agit ici de grâce bien plus que de jugement ; le témoignage sera en grâce pour la bénédiction des fidèles et le rassemblement du résidu tout entier. Les fils des prophètes, éclairés graduellement, reconnaîtront cette puissance et se rassembleront autour d’elle. L’histoire du vrai Israël, ayant son point de départ en Christ, pourra recommencer à la gloire de Dieu.
Les fils des prophètes voient Élisée (v. 15). Ils étaient à Jéricho, le lieu de la malédiction. Ils ne connaissent pas encore l’ascension d’Élie, comme le résidu prophétique de la fin ne connaîtra pas, tout d’abord, la résurrection et l’ascension de Christ. Thomas, dans l’évangile de Jean, représente, en figure, ce résidu. Il a besoin de se convaincre, par la vue, de la résurrection de son Seigneur. Ainsi, les fils des prophètes, d’abord incrédules comme Thomas, vont chercher Élie. Ils voudraient trouver sur la terre celui qui a été enlevé au ciel. C’était peut-être un bon sentiment ; en tout cas, cette recherche prouve à la fois leur attachement à Élie et leur ignorance. Le Christ reviendra pour son peuple, mais c’est le diable qui dit : «Voici, il est ici, ou voici, il est là», quand il est encore dans le ciel. Aussi, Élisée, l’esprit prophétique envoyé par Christ, dit : «N’y allez pas», mais il a beaucoup de condescendance pour leur ignorance, car, une seconde fois, Élisée dit : «Envoyez» (v. 16-17). Il faut qu’ils soient convaincus que leurs espérances, en tant que liées à l’ancien ordre de choses en Israël, sont vaines. Les cinquante hommes cherchent trois jours et ne trouvent rien. On ne peut plus trouver le Messie ici-bas. Il est vivant, après avoir, à l’encontre d’Élie, passé en réalité par la mort, pour être le premier-né des morts, ce qu’Élie ne pouvait être. Ces hommes reviennent vers Élisée. Ce n’était pas aux anciens prophètes, ni au résidu prophétique de la fin, mais aux premiers disciples, de voir Christ monter au ciel. Il y aura un témoignage se rattachant au leur, comme ayant reçu la double mesure de son Esprit. Les fils des prophètes, malgré les bonnes intentions de leur coeur, n’agissaient pas selon l’Esprit.
Pendant ce temps de recherches, où la conviction se fait dans l’esprit des fils des prophètes, Élisée habite à Jéricho, dans le lieu de la malédiction (v. 18), mais il est en bénédiction aux hommes de la ville, car il n’a pas uniquement les prophètes en vue. Tandis que le travail a lieu dans le coeur de ces derniers, il y a place pour la bénédiction sur une plus vaste échelle. Le peuple s’adresse à Élisée. Jéricho rebâti sur le lieu du jugement et contre les pensées de Dieu, était bon par son emplacement. Ce n’était pas le choix de Jéricho qui était mauvais, car, à l’entrée du peuple en Canaan, cette cité de l’ennemi était devenue le lieu de la puissance divine et de la victoire. Ce qui était mauvais, c’était ce que les hommes en avaient fait, une cité contraire aux pensées de Dieu, vraie offense à sa volonté. Aussi, le résultat de la désobéissance d’Hiel était que la source alimentant la ville était corrompue et qu’on devait y mourir. En outre, la terre était stérile ; aucun fruit n’en pouvait sortir.
Pour qu’une source de vie pût y jaillir, il fallait du sel dans un vase neuf ; une vraie mise à part pour Dieu, contenue dans une nouvelle nature. Elle seule pouvait remédier aux conséquences de la corruption amenée par le péché et par la désobéissance du peuple, car la Parole ne parle de ces eaux corrompues qu’après la désobéissance d’Hiel (1 Rois 16:34). Le résidu prophétique seul (le sel dans le vase neuf) pourra remplir cet office, car, comme les douze qui entouraient le Seigneur, il portera, à la fin des temps, ce vrai caractère des enfants du royaume (Matt. 5:13).
Tels sont donc les deux premiers fruits du retour d’une double mesure de l’Esprit prophétique : ceux du peuple qui étaient prophètes deviennent les témoins du fait que le Messie n’est pas dans ce monde et qu’il a été enlevé au ciel. Le peuple s’adresse au représentant de Christ ici-bas, et retrouve la bénédiction par un vrai esprit de sainteté caractérisant le nouvel homme (voyez le caractère du résidu de la fin, dans les Psaumes) et versé où était auparavant une source de mort et de stérilité.
La Parole aura son rôle dans cette oeuvre, car la bénédiction est répandue par la parole prophétique : «la parole qu’Élisée avait prononcée» (v. 22). Élisée dit, — quelle grâce pour ces hommes accablés sous les conséquences de la malédiction divine : «J’ai assaini ces eaux ; il ne proviendra plus d’ici ni mort ni stérilité» (v. 21). Tel est le résultat définitif du témoignage du Saint Esprit en Israël à la fin des temps. La bénédiction spirituelle remplace toute la misère sous le poids de laquelle une partie de ce pauvre peuple, livré à l’Apostat, était courbée. C’est le grand fait capital représenté en type par l’habitation d’Élisée à Jéricho.
Mais un autre fait ne doit pas être passé sous silence (v. 23-24). Élisée monte à Béthel. De petits garçons, représentant le peuple inintelligent, moqueur et incrédule, sortent de Béthel au moment où le prophète va rencontrer Dieu dans sa maison, dans le lieu de ses immuables promesses. Quelle anomalie ! des enfants, créés pour la louange, se moquent de l’homme de Dieu ; un âge, caractérisé selon les pensées de Dieu, par la confiance et le respect pour ce qui est au-dessus de lui, outrage le prophète ! Au lieu de reconnaître le Dieu des promesses, ils se moquent de son serviteur et le méprisent. «Monte, chauve !» lui crient-ils, parce qu’il porte sur lui les signes de la décrépitude et de la vieillesse (tel le résidu dans les Psaumes) (Ps. 71:9, 18, etc.) et de l’opprobre. Et cependant la loi déclare un tel homme pur et non souillé (Lév. 13:40-41). Ceux dont Dieu devait attendre la simplicité de foi, rejettent le représentant et le témoin du Messie, identifié avec le résidu faible et courbé, et plaisantent sur son apparence. Il semblerait aussi qu’ils se moquent d’Élie, son maître. «Monte, chauve !» disent-ils. Ils ne croient pas à l’enlèvement d’Élie. Une pareille folie n’est pas même bonne pour des enfants ! Où est la promesse de son avènement ? Le monde n’est-il pas le même, dès aujourd’hui ? Ces outrages sont d’autant plus odieux qu’ils s’adressent à l’Esprit de Christ, revenant en grâce, et non pas en jugement, comme Élie. Élisée se tourne en arrière, car il a devant lui les promesses et non le jugement, «et il les maudit au nom de l’Éternel». Ils deviennent la proie d’une puissance inexorable et cruelle qui les saisit et les déchire.
«Et, de là, il se rendit à la montagne de Carmel, d’où il s’en retourna à Samarie» (v. 25). Le peuple apostat n’a pas voulu de Béthel, mais le résidu prophétique, après avoir recouvré les promesses faites à Christ, se retire au Carmel. Il arrive dans «un champ fertile» pour y jouir de la paix et de la communion avec son Dieu. C’est là qu’Élie était monté après le jugement des prêtres de Baal, là qu’Élisée monte après la malédiction des moqueurs. Carmel était pour Élie le lieu de l’intercession ; de là, une pluie bienfaisante de bénédictions était descendue sur Israël. «L’Esprit», dit Ésaïe, sera «répandu d’en haut sur nous», et le désert deviendra un champ fertile (un Carmel)... «et la justice habitera le champ fertile ; et l’oeuvre de la justice sera la paix, et le travail de la justice, repos et sécurité à toujours. Et mon peuple habitera une demeure de paix et des habitations sûres, et des lieux de repos tranquilles» (Ésaïe 32:15-19). Nous arrivons donc ici à la fin du cycle typique, à la bénédiction millénaire.
Le retour d’Élisée à Samarie ramène, dans une mesure, le prophète au milieu des événements de l’histoire.
En terminant ce chapitre important, résumons en quelques mots la carrière, close maintenant, d’Élie, et celle d’Élisée dans ce passage.
Élie, le grand prophète de la loi, a rapporté à Dieu cette loi violée, en Horeb. Il juge les prophètes de Baal, il juge Achab et Jézabel, il juge Achazia et ses satellites par le feu du ciel ; il désigne Hazaël et Jéhu comme exécuteurs du jugement. Il n’est en cela type de Christ que parce que ce dernier exécutera le jugement, mais après le temps de la grâce. Il est, par contre, le type du précurseur Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes de l’ancienne alliance (Mal. 4:5 ; Matt. 11:14 ; Luc 1:17 ; Matt. 17:10-12).
Élie, prophète rejeté, se tourne vers les nations (veuve de Sarepta), ressuscite leurs morts, envoie la pluie de bénédictions sur Israël. Il représente, en cette qualité, le ministère de grâce apporté par le Seigneur.
Élie refait le chemin d’Israël, comme étant lui-même le vrai Israël, acquiert les promesses, prend en grâce la place que le peuple s’est attirée par son infidélité (Jéricho), passe victorieusement le fleuve de la mort, est enlevé au ciel. C’est le chemin de Christ, serviteur et prophète en Israël.
Élisée, d’abord type du résidu, serviteur de Christ prophète, tel qu’il a marché sur la terre, le suit jusqu’au bout, dans toute sa marche de sainteté et le voit monter au ciel.
Élisée, l’Esprit prophétique de Christ avec le résidu, reçoit la double mesure de l’Esprit de Christ monté au ciel, retrace le chemin de Christ, sauf Guilgal, la circoncision du Christ ayant eu lieu au Jourdain, dans la mort. Son chemin est avant tout un chemin de grâce et de restauration pour les habitants de la cité maudite, sauf le jugement sur les moqueurs de la fin qui font partie du peuple apostat. Les fils des prophètes sont le résidu prophétique, l’élément sain, mais ignorant, du peuple, avant qu’Élisée revienne à eux avec le double de l’esprit d’Élie. Enfin, Élisée habite en paix dans le champ fertile des bénédictions millénaires.
«Et Joram, fils d’Achab, commença de régner sur Israël à Samarie la dix-huitième année de Josaphat, roi de Juda ; et il régna douze ans» (v. 1).
Notre but n’est pas d’expliquer toutes les difficultés chronologiques soulevées par le règne de Joram, fils de Josaphat, roi de Juda (Comparez 1:17 ; 3:1 ; 8:16 ; 1 Rois 22:52 ; 2 Chron. 20:31). Nous reviendrons, au chapitre 8, sur les plus importantes. L’incrédulité, prompte à trouver la parole de Dieu en défaut, n’a pas manqué de relever ici d’apparentes erreurs. Admettre une faute de copiste (chose toujours possible) au chapitre 1:17, ne lèverait la difficulté qu’à demi. Le croyant, sans vouloir tout expliquer, s’attend à Dieu et reçoit de la lumière en temps et lieu, comme prix de sa confiance.
Dans ce chapitre, nous trouvons le prophète aux prises avec les circonstances du monde qui l’entoure. Quels troubles va rencontrer celui qui descend du mont Carmel pour visiter Samarie ! Moab s’était rebellé contre Israël ; c’était la suite de l’infidélité d’Achab (1:1), mais elle pesait, comme jugement de Dieu, sur Achazia, son indigne successeur. La coutume des rois asservis, dès qu’il y avait un changement de règne, était de secouer le joug de leurs oppresseurs (v. 4, 5). L’homme politique ne voit pas autre chose dans cette révolte de Moab, tandis que le croyant y reconnaît la main de Dieu en châtiment ou en jugement.
Joram, fils d’Achab, s’était montré en un sens moins irréligieux que son père. Il avait enlevé l’idole de Baal érigée par Achab, toutefois sans en détruire les prophètes, comme on peut l’inférer de la réponse d’Élisée, au v. 13. Il abandonnait extérieurement ce culte abominable, mais se préoccupait bien peu d’en laisser subsister l’esprit. Ce qu’il n’abandonnait nullement, c’était le culte national institué par Jéroboam, fils de Nebath, et qui cachait une grossière idolâtrie sous les apparences de la religion du vrai Dieu.
Élisée est témoin de l’alliance entre Joram d’Israël et Josaphat contre Moab. Joram suit ici la tradition du règne de son père qui s’était allié avec ce même Josaphat contre les Syriens, mais il va plus loin que lui dans le mal. Comme il a besoin de passer par le territoire d’Édom pour atteindre Moab (v. 8), il comprend dans son alliance cette nation, idolâtre, bien connue par son inimitié acharnée contre le peuple de l’Éternel. Quel tableau du monde, dont la politique ne tient aucun compte de Dieu !
Selon l’homme, tout est calculé pour une réussite certaine ; la petite nation guerrière de Moab ne pourra, malgré sa vaillance, résister à cette puissante confédération ; mais Dieu est là, le seul dont Joram aurait dû tenir compte et qu’il laissait outrageusement de côté.
Et que penser de l’intègre Josaphat, déjà instruit des pensées de Dieu par une expérience précédente (1 Rois 22), et retombant, peu d’années après, dans les errements qui l’avaient amené à deux doigts de sa perte ? «J’y monterai», dit-il, «moi je suis comme toi, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme tes chevaux» ; exactement les mêmes paroles qu’il avait dites autrefois à Achab. La bienveillance et l’amabilité selon le monde, le désir de lui plaire, l’alliance avec lui pour la promotion d’intérêts communs, sont de terribles obstacles à une marche fidèle, et lorsque ces sentiments ne sont pas appelés par le chrétien de leur vrai nom, qui est le péché, ils ruinent son témoignage, contribuent à maintenir le monde dans une fausse sécurité, puisqu’il s’illusionne et croit marcher dans le chemin chrétien, parce que des enfants de Dieu marchent avec lui, tandis que c’est, de fait, le chrétien qui marche dans le chemin du monde. Cette marche, enfin, si elle n’entraîne pas un jugement immédiat sur le croyant, est du moins stérile pour lui, comme le montre l’histoire de Josaphat et, si elle profite à quelqu’un, c’est au roi apostat, Joram, dont cette alliance accroîtra la puissance et la prospérité. Josaphat était ce qu’on appelle un esprit large, tolérant. La division d’Israël était pour lui un fait accompli qu’il ne ressentait plus, s’il l’avait jamais ressenti. Il ne heurtait pas les opinions ni la religion de Joram. Il s’associait volontiers avec lui, sous prétexte de lui être utile, mais il oubliait une chose autrement importante, c’est qu’il se solidarisait avec un homme qui déshonorait Dieu, outrageait sa sainteté et ne tenait aucun compte de sa Parole. Naturellement, le monde approuve bien haut une telle alliance, et donne de tels croyants en exemple à ceux qui se séparent du mal pour être de vrais témoins de Christ. «Moi je suis comme toi, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme tes chevaux». Et pourquoi pas ? dit le monde. Parce que j’abandonne mon témoignage, si ce n’est Dieu lui-même, du moment que j’accepte une alliance avec le monde ennemi de Dieu.
Cette marche a encore un autre inconvénient, et des plus graves. On peut, comme Josaphat, s’allier avec un Joram, représentant le monde qui garde encore l’apparence extérieure de la religion divine. Aux yeux de Josaphat, cela semblait, sans doute, valoir mieux que son alliance avec Achab. Il caressait peut-être l’illusion que Joram, ayant jeté bas la stèle de Baal, l’alliance avec lui était permise. De fait, elle était pire que la première, car elle conduisait à une alliance avec Édom, chose que le pauvre Josaphat n’avait guère soupçonnée, ou dont peut-être il ne s’estimait pas solidaire.
Achab, avant d’aller à la guerre, avait rassemblé les prophètes pour s’enquérir s’il devait l’entreprendre (1 Rois 22:6). Joram ne semble pas même y songer ; Josaphat, hélas ! pas davantage. Il avait été plus fidèle vis-à-vis d’Achab (1 Rois 22:5). Quand le croyant récidive dans le mal, au lieu de s’en abstenir, sa conscience s’émousse, et il finit par ne plus éprouver le besoin des directions de la Parole dont il avait auparavant senti la nécessité.
Ces trois rois, si tristement associés, partent donc et, au lieu de rencontrer l’ennemi, ont affaire à des circonstances qui leur prouvent qu’on ne peut pas oublier Dieu sans danger. L’eau manque ; le roi d’Israël dit : «Hélas ! l’Éternel a appelé ces trois rois pour les livrer en la main de Moab !» Il n’avait suivi jusqu’ici que sa propre volonté ; quand il se souvient de l’Éternel, il l’accuse de l’avoir conduit à la ruine avec ses deux compagnons. L’homme se révolte contre son sort, c’est-à-dire contre Dieu qui le dirige, au lieu de reconnaître que c’est lui qui se l’est attiré. Le pieux Josaphat, quoique manquant de discernement pour apprécier le mal et lui-même, a toutefois cette pensée juste quoique tardive, qu’on ne peut sortir de difficulté qu’en consultant l’Éternel. Joram, lui, ignorait l’existence d’Élisée, prophète en Israël, et ne sentait pas plus le besoin, en présence du désastre, d’interroger un porteur de la parole de Dieu, que lorsqu’il se mettait en campagne. Heureusement que l’un de ses serviteurs connaît Élisée. Les petits sont au fait des ressources divines, alors que les grands de la terre ne s’en enquièrent pas. Ils sont aussi plus à même d’apprécier le caractère du prophète qui, dans l’oubli de lui-même, avait été un si parfait serviteur d’Élie, que son nom, comme nous l’avons vu, n’avait pas été prononcé depuis son premier appel, jusqu’au jour où il fut appelé à remplacer son maître dans sa mission. Souvenir odieux, sans doute, à Joram, car il lui rappelle Élie et ses jugements sur son père, sa mère et son frère.
Josaphat, à l’ouïe du nom d’Élisée, retrouve une juste appréciation de la Parole de Dieu : «La parole de l’Éternel est avec lui» (v. 12). Les trois rois descendent vers le prophète qui ne prend pas même garde au roi d’Édom, renvoie le roi d’Israël aux prophètes de Baal et ne tient compte que du faible Josaphat, représentant unique, quoique en si mauvaise compagnie, du témoignage de Dieu en Israël. Quelque pauvres et inconséquents qu’ils soient, le Seigneur n’oublie pas les siens et tient compte de la plus faible marque de fidélité à son égard. Quant aux dix tribus, elles sont définitivement rejetées dans la personne de leur roi responsable. Comme toujours, la patience inépuisable de Dieu suspend encore le coup qui va le frapper et tiendra compte jusqu’au bout du moindre retour vers Lui, mais cette parole terrible retentit : «Qu’y a-t-il entre moi et toi ?» N’est-ce pas le : «En vérité, je vous dis : je ne vous connais pas», de Matthieu 25:12, pire encore que la sentence prononcée sur Achazia : «Tu mourras certainement».
Cependant, Élisée est un prophète de grâce. Il n’ignore pas le mal, mais, au lieu de prononcer le jugement, il indique une ressource miraculeuse pour ces trois rois dans leur calamité. Il a besoin, pour parler de délivrance, de s’abstraire de ce qu’il a sous les yeux et qui pourrait l’exciter à prononcer un jugement sans merci. «Amenez-moi», dit-il, «un joueur de harpe». Comment s’abstraire mieux qu’en élevant son âme vers Dieu, car c’était avec des instruments à cordes que le coeur des fidèles exhalait vers l’Éternel sa louange, ses désirs, ses besoins ou ses plaintes. Le remède agit : «La main de l’Éternel fut sur Élisée». Alors il peut révéler par quelle intervention miraculeuse (v. 16-19) l’Éternel opérera la délivrance. Il faut préparer les fosses destinées à recevoir l’eau, et le Seigneur les remplira. Il ne fait pas de miracle de grâce qui n’ait en même temps pour but de mettre la foi en action. Nous en verrons plus d’un exemple dans l’histoire du prophète Élisée. Ici, l’Éternel n’intervient pas, ce qu’il fit en d’autres occasions, par des moyens naturels, vent ou pluie. Il coupe court à tous les raisonnements incrédules des rois confédérés.
La délivrance a lieu le matin, à l’heure même où l’on offre le sacrifice sur l’autel. Le culte national idolâtre de Jéroboam n’a rien à faire avec cette heure, et Dieu ne le reconnaît en aucune manière ; son intervention est en rapport avec l’autel du temple de Jérusalem. C’est ce dernier qui, pour ainsi dire, ouvre les écluses miraculeuses par lesquelles toute une armée va être abreuvée. Il en est de même de la croix de Christ. Quelque éloignée qu’elle soit en apparence, c’est à l’heure de cette offrande que Dieu regarde pour sauver tous ceux qui se confient en sa Parole. L’eau de la vie a pour origine la mort de la victime. Mais ce qui est vie pour les uns est mort pour les autres. Moab, trompé par l’apparence, se précipite, tête baissée, dans son propre jugement, au moment même où l’Éternel délivre ceux qui ont accepté son message. Pour n’avoir pas distingué et reconnu la délivrance envoyée de Dieu, Moab est détruit et la victoire est du côté de ceux qui ont bu les eaux préparées par la grâce. N’était-ce pas comme un accomplissement partiel de la prophétie de Balaam : «L’eau coulera de ses seaux... et son roi sera élevé au-dessus d’Agag» ? (Nombres 24:7).
Israël seul est mentionné comme frappant l’ennemi et accomplissant sa destruction, selon la prédiction d’Élisée. Le roi de Moab essaie de pénétrer avec sept cents hommes jusqu’au roi d’Édom, sans doute pour se réfugier auprès de lui, mais il n’y peut réussir. Alors il offre son premier-né en holocauste sur la muraille. Cela ne rappelle-t-il pas ce que plus tard dira l’Éternel, à propos de ce même Moab : «Donnerai-je mon premier-né pour ma transgression, le fruit de mon ventre pour le péché de mon âme ?» (Michée 6:7).
Cet horrible sacrifice provoque l’indignation des alliés d’Israël, dont la vengeance a poussé Moab à cette extrémité (*), ils se retirèrent du vainqueur pour rentrer chez eux. Victoire inutile. Moab peut se croire délivré par cette épouvantable offrande à son dieu et reste invaincu au milieu de ses ruines, prêt aux pires représailles. Tel sera toujours le résultat des victoires humaines, quand ce n’est pas Dieu qui conduit son peuple à la victoire. Édom, allié d’un jour, sur lequel Israël avait compté, l’abandonne et s’indigne contre lui, du moment qu’il livre combat avec le nom de l’Éternel pour bannière. Josaphat le quitte aussi et retourne dans son pays avec les mêmes sentiments, quoique provenant d’autres motifs. Joram doit apprendre qu’une religion n’ayant que l’apparence de la vraie, ne trouve un appui durable, ni chez les incrédules avoués, ni chez ceux qui gardent le témoignage de Dieu.
(*) C’est du moins le sens que je crois devoir attribuer à cette parole.
À mesure que ces chapitres se déroulent devant nos yeux, nous pouvons y remarquer le contraste entre les jours d’Élie et ceux d’Élisée. Élie reconnaît encore Israël et son roi, bien que ce soit pour prononcer le jugement sur eux. Pour Élisée, le roi n’existe plus : «Je ne te regarderais pas, et je ne te verrais pas» (3:14) ; le peuple est rejeté, et Juda seul compte encore pour quelque chose aux yeux du prophète. Mais, tandis qu’aux jours d’Élie, le résidu fidèle était caché et que l’Éternel seul pouvait distinguer les 7000 hommes qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal, aux jours d’Élisée ce résidu vient en pleine lumière. C’est à lui que le prophète s’adresse ; les fils des prophètes sont l’objet particulier de sa mission. Ce ministère s’étend sans doute, comme nous le verrons, au delà d’eux, mais leur rôle est tout à fait prépondérant, et cela donne un cachet particulier au caractère typique de cet homme de Dieu.
Quel milieu que celui dans lequel il exerce son action ! Les fils des prophètes sont sans ressources en Israël ; ils ont faim, ils ont soif ; leur dénuement est absolu. Les sept premiers versets de notre chapitre font ressortir cette condition d’une manière particulière. La femme du prophète est sans aucun soutien extérieur ; le chef de famille lui a été enlevé par la mort ; un créancier sans coeur veut s’emparer de ses fils pour en faire ses esclaves. La veuve n’a rien pour les racheter de sa main, rien qu’un peu d’huile à la maison et l’huile, emblème de la puissance spirituelle, est bien près de manquer. Cette faible ressource peut-elle suffire ? Il en sera de même aux derniers jours avant la délivrance du résidu. Un peuple apostat l’entoure ; l’antichrist lui fait sentir son joug cruel et prétend l’asservir, mais l’Éternel a pour lui des ressources divines ; il apprend à crier à Lui : «Tu sais que ton serviteur craignait l’Éternel». N’entend-on pas ici le langage de l’intégrité si souvent exprimé dans les Psaumes ? Le Christ est absent ; Johovah ne demeure plus au milieu du peuple, mais son Esprit est présent dans une double mesure avec le prophète. Élisée dit à la veuve : «Que ferai-je pour toi ?» Cette pauvre femme, dont le cri est arrivé à son adresse, devient l’objet d’une tendre sollicitude. Mais il faut d’abord qu’elle avoue au prophète les ressources dont elle dispose : «Ta servante n’a rien du tout dans la maison qu’un pot d’huile». Le mot signifie : Juste la quantité d’huile nécessaire pour s’oindre. Rien pour s’acquitter, rien pour se libérer, rien qu’une toute petite mesure de puissance spirituelle. «Va», dit le prophète, «demande pour toi, du dehors, des vases à tous tes voisins, des vases vides (n’en demande pas peu) ; et rentre, et ferme la porte sur toi et sur tes fils, et verse dans tous ces vases, et ôte ceux qui seront remplis». La plénitude des ressources spirituelles est en Élisée, mais il lui faut des vases vides ; la pauvre veuve n’en peut trop rassembler. Elle doit en demander à tous ses voisins, en apporter du dehors dans la maison, puis, les ayant réunis, fermer la porte sur soi. C’est une scène intime, à laquelle la nation apostate n’est nullement appelée à participer. Trois fois dans ce chapitre (v. 4, 21, 33) la porte est fermée, indiquant clairement que ces scènes n’ont rien à faire avec un témoignage public, comme celui du grand prédécesseur d’Élisée. Il faut des vases vides ; pour être rempli de l’huile de l’onction, il faut être vidé de soi-même. Les gens de Jéricho avaient besoin d’un vase neuf et de sel ; il leur fallait une nouvelle nature, sanctifiée pour Dieu, afin que la malédiction pût être détournée de leur ville ; la fille des prophètes et ses enfants, déjà en possession d’un peu d’huile, n’avaient pas à procurer des vases neufs pour obtenir une pleine mesure. Dieu se sert des ressources spirituelles qu’il trouve chez les siens, quelque petites qu’elles soient. Il en fut de même des disciples, lors de la multiplication des pains. Ils disent au Seigneur : «Nous n’avons que cinq pains et deux poissons». Jésus leur dit : «Apportez-les-moi» ; puis, ayant béni et rompu les pains, il les donne aux disciples qui les distribuent aux foules, se servant ainsi de ce qu’ils avaient pour bénir les 5000 hommes par leur moyen.
Ici, la bénédiction ne s’arrête que lorsqu’il n’y a plus de vases à remplir. Un nombre déterminé de vases la reçoit, comme plus tard, à la fin des temps, 144000 seront scellés en Israël, mais pour chacun la mesure est comble. Comme les premiers disciples, à la Pentecôte, «furent tous remplis de l’Esprit Saint» (Actes 2:4), ainsi en sera-t-il pour le résidu, lors de la pluie de la dernière saison, selon la prophétie de Joël.
Les vases remplis, il faut vendre l’huile ; la bénédiction communiquée circule. Tel sera le témoignage du résidu aux derniers jours. Plusieurs participeront aux bienfaits spiri