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MÉDITATIONS SUR
LE PREMIER LIVRE DES ROIS
par H. Rossier
2.1 Chapitre 1 — Révolte d’Adonija
2.2 Chapitre 2:1-12 — Dernières recommandations de David
2.3 Chapitre 2:13-46 — La justice et le jugement sont la base de son trône
2.4 Chapitre 3:1-3 — La fille du Pharaon
2.6 Chapitre 3:13-28 — Le juste jugement
2.7 Chapitre 4 — La gloire du royaume
2.8 Chapitre 5 — Hiram. Préparatifs pour le temple
2.10 Chapitre 7:1-12 — Les maisons de Salomon
2.11 Chapitre 7:13-51 — Hiram et le parvis
2.13 La mer d’airain (v. 23-26)
2.14 Les cuves et leurs bases (v. 27-40)
2.15 Les objets d’or (v. 48-51)
2.16 Chapitre 8 — Dédicace du temple
2.17 Chapitre 9:1-9 — L’Éternel parle
2.19 Chapitre 9:24-28 — La fille du Pharaon
2.20 Chapitre 10:1-13 — La reine de Sheba
2.21 Chapitre 10:14-29 — Le trône
2.22 Chapitre 11:1-13 — Cause de la ruine du royaume
2.23 Chapitre 11. 14-43 — Les ennemis
3 Chapitres 12 à 16 — DIVISION DU ROYAUME
3.2 Chapitre 12:25-33 — Jéroboam et sa politique
3.3 Chapitre 13 — L’homme de Dieu et le vieux prophète de Béthel
3.4 Chapitre 14 — Jéroboam et le prophète Akhija
3.5 Chapitre 15 — Nadab et Baësha, rois d’Israël — Abijam et Asa, rois de Juda
3.6 Chapitre 16 — En pleine déchéance
4.1 Chapitre 17:1-7 — Élie et le torrent du Kerith
4.2 Chapitre 17:8-24 — Élie et la veuve de Sarepta
4.3 Chapitre 18:1-16 — Élie et Abdias
4.4 Chapitre 18:17-46 — Élie devant les prêtres de Baal
4.5 Chapitre 19:1-9 — Élie devant Jézabel et devant lui-même
4.6 Chapitre 19:9-21 — Élie devant Dieu
4.7 Chapitre 20 — Achab et Ben-Hadad
4.8 Chapitre 21 — Achab et Naboth
4.9 Chapitre 22 — Achab et Josaphat
Le second livre de Samuel présente l’établissement, par David, du royaume d’Israël (*) ; le début du premier livre des Rois nous montre ce royaume, définitivement établi par Salomon. Il est à remarquer que le règne de Salomon forme un tout continu avec celui de David. La mort du vieux roi n’occasionne pas même une interruption momentanée, Salomon s’étant assis, du vivant de David, sur le trône de son père. C’est qu’il s’agit, en type, d’un règne continu, qui, tout en offrant des caractères très tranchés, suivant l’une ou l’autre de ses périodes, les réunit toutes deux, dans une unité indissoluble et absolue.
(*) Méditations sur le second livre de Samuel, par H. R.
À le considérer dans son unité, ce règne commence par la réjection du vrai roi d’Israël (1 Samuel), se consolide, après la victoire, au milieu des dissensions du peuple et des combats (2 Samuel), se trouve enfin établi en paix, en justice et en gloire, au commencement du livre qui nous occupe. Ce récit, comme du reste la Parole tout entière, porte nos regards sur Christ et nous présente son règne dans toutes ses phases diverses. Rejeté comme Messie, il entre de nouveau sur la scène au temps de la fin, rassemble graduellement Juda et les tribus d’Israël sous son sceptre, étend par des jugements, mais aussi en grâce, sa domination sur les peuples, jusqu’à l’établissement final de la royauté millénaire universelle. Il jouit alors, en paix et en justice, de son triomphe, et y associe son peuple terrestre.
Nous trouvons ainsi, dans ces livres, l’exposé de l’ensemble des conseils de Dieu quant à l’héritage terrestre du Messie, Oint de l’Éternel, vrai David et vrai Salomon. À part la période des afflictions de David, ces conseils n’ont pas encore trouvé leur plein accomplissement, mais se réaliseront dans le millénium, quand le Seigneur sera établi sur son trône, comme roi d’Israël et des nations, comme roi de justice et de paix, vrai Melchisédec, sacrificateur à perpétuité.
Ces livres présentent encore un autre caractère, très important à considérer, sans lequel on courrait continuellement le danger d’appliquer faussement les types qu’on y rencontre. Ce caractère, nous l’avons déjà fait ressortir au sujet du second livre de Samuel : Le roi établi de Dieu est un homme responsable. Cette responsabilité, qui reposera sur le Christ avec toutes ses conséquences glorieuses et bénies, mène nécessairement à la ruine des hommes faillibles et pécheurs, lorsqu’elle est placée entre leurs mains. Les deux livres des Rois nous présentent donc la ruine de la royauté entre les mains de l’homme, et son jugement définitif.
En maintenant la certitude de ses conseils de grâce, Dieu maintient tout aussi fermement la certitude de ses jugements au cas où le roi ne répondrait pas aux exigences de sa sainteté. Ces deux courants, la grâce et la responsabilité, marchent parallèlement, sans jamais se confondre. Au chap. 7 du second livre de Samuel, v. 13-16, les paroles de l’Éternel à David au sujet de Salomon, font ressortir cette vérité d’une manière très remarquable. C’est d’un côté l’élection de grâce, de l’autre la responsabilité du roi et ses conséquences, puis, après ces deux principes, l’assurance que les conseils de Dieu n’en auraient pas moins leur accomplissement.
Tout ceci est d’autant plus frappant que les deux livres des Chroniques nous présentent la royauté sous une autre face. Ils racontent l’histoire de la maison de David ou point de vue de la grâce, comme nous aurons amplement l’occasion de le constater, si le Seigneur nous permet d’arriver à l’étude de ces livres. Il suffit de mentionner ici que, selon ce principe, les Chroniques nous présentent, non l’histoire des rois d’Israël, mais celle des rois de Juda, demeurés plus longtemps fidèles que les premiers, et auxquels le témoignage de Dieu était confié. L’Esprit de Dieu met en évidence, chez eux, l’oeuvre de la grâce et tout ce que l’Éternel pouvait approuver, passant souvent leurs fautes sous silence, afin de faire ressortir son but, mais ne cherchant nullement à cacher leurs faiblesses. Au contraire, les deux livres des Rois nous retracent l’histoire des rois d’Israël et n’introduisent ceux de Juda que comme jalons du récit, ou pour faire ressortir les relations mutuelles des deux dynasties.
Établissons encore un fait important en rapport avec l’histoire qui va nous occuper. Dans ces livres, les principes selon lesquels Dieu gouverne son peuple, restent les mêmes que dans tout l’Ancien Testament. Israël, aussi bien que ses rois, est placé sous le régime de la loi. Il ne s’agit point ici de la loi, sous son premier caractère de justice absolue et sans mélange, telle que Moïse la reçut au début. Les tables sur lesquelles cette loi était écrite furent brisées par le législateur au pied de la montagne, et ne parvinrent jamais au peuple qui, avant de les recevoir, avait déjà fait le veau d’or. Dès sa promulgation, cette loi première aurait écrasé le peuple sous le jugement. Mais il s’agit, dans tout le récit que nous considérons, de la loi, telle que Dieu la donna une seconde fois à Moïse et que nous la trouvons au chap. 34 de l’Exode. C’était une loi mitigée, offerte à l’homme pour l’accomplir, si sa chair était capable, ne fût-ce que d’un bien relatif. Elle proclamait, en tout premier lieu, ce que la loi pure ne pouvait nullement manifester, la miséricorde et la grâce de l’Éternel. «L’Éternel, l’Éternel ! Dieu, miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère, et grand en bonté et en vérité, gardant la bonté envers des milliers de générations, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché». Elle proclamait, en second lieu, la justice : «Qui ne tient nullement celui qui en est coupable pour innocent». Elle annonçait, en dernier lieu, la rétribution selon le gouvernement de Dieu ici-bas : «Qui visite l’iniquité des pères sur les fils, et sur les fils des fils, sur la troisième et sur la quatrième génération» (v. 6-8). Au cours de l’histoire qui va nous occuper, nous aurons l’occasion de reconnaître l’application des principes dont nous venons de parler, soit à l’égard des rois, soit à l’égard du peuple.
Enfin ces livres mettent en lumière une dernière vérité générale. Depuis sa ruine, la sacrificature avait cessé d’être le moyen de relation publique entre le peuple et Dieu. Le roi, l’Oint de l’Éternel, avait été substitué au sacrificateur pour remplir cet office (voyez le commencement du premier livre de Samuel). Toute la bénédiction d’Israël, son jugement aussi, dépendaient désormais de la conduite du roi. Le roi manquant à sa responsabilité, c’en était fait, à proprement parler, des relations du peuple avec Dieu. Mais alors se produit un phénomène qui persiste pendant toute la durée de la royauté, et au-delà : le prophète entre en scène. Son apparition prouve que la grâce et la miséricorde de Dieu ne peuvent être anéanties, quand même tout est ruiné.
Sans doute, la prophétie existait avant le temps dont nous parlons. La chute de l’homme a donné lieu à la première parole prophétique. Abraham est prophète (Gen. 20:7) ; Jacob prophétise, Moïse est prophète (Deut. 18:15 ; 34:10) ; mais Samuel inaugure la série des prophètes que nous voyons à l’oeuvre dans les livres qui nous occupent (Actes 3:24). En ces jours sombres, le prophète devient, à défaut du roi, le lien entre le peuple et Dieu. Il est le porteur de la Parole ; c’est à lui qu’est confiée la révélation des pensées de Dieu. Immense grâce ! Sans doute, le prophète annonce les terribles jugements qui fondront sur le peuple et sur les nations, mais il présente en même temps à la foi la grâce comme le moyen d’y échapper. Il rend témoignage contre l’iniquité, délivre même le peuple, comme Élie, par l’exercice de la puissance, pour le faire recommencer, si possible, à marcher dans le chemin de Dieu, Il enseigne ; il donne au peuple, pour me servir des paroles d’un autre, «la clef des voies de Dieu, incompréhensibles sans lui». Il console aussi, en dirigeant les regards vers un avenir de bénédiction, «temps du rétablissement de toutes choses», «royaume qui ne sera pas ébranlé», et où la responsabilité de la maison de David sera portée par le Christ, fils de David, à la pleine satisfaction de Dieu lui-même. Attachant les yeux de la foi sur la personne glorieuse de l’Oint de l’Éternel, il annonce les souffrances du Messie et les gloires qui suivront. Il sent en même temps l’abîme qui sépare le temps actuel de cette «régénération» future. Il s’humilie pour le peuple quand ce dernier n’a pu, ni su le faire. Sans lui, dans les jours sombres de la royauté, il ne restait pas un rayon de lumière à ce pauvre peuple, coupable et châtié. Le prophète relève et fait renaître l’espoir.
Mais, en vertu des principes proclamés sous le régime de la loi, la miséricorde de Dieu reconnaît immédiatement le monarque, quand il agit par la foi et qu’il est fidèle. Quelque incomplète que soit cette fidélité, Dieu l’apprécie, et quand même le lien est ostensiblement brisé, la bénédiction du peuple en est la conséquence. De là, sous le régime du prophète, des jours lumineux succédant aux jours ténébreux, et des répits accordés, malgré le jugement annoncé, parce que le roi a regardé à l’Éternel. Cette fidélité du roi se rencontre généralement en Juda, où Dieu maintient encore pour quelque temps «une lampe à son Oint», tandis qu’Israël et ses rois, ayant commencé par l’idolâtrie, continuent dans cette voie, et deviennent bientôt la proie des démons qu’ils n’avaient pas voulu écarter de leur chemin.
Au moment où commence notre récit, le roi David était âgé d’environ soixante-dix ans. Il était loin d’avoir atteint l’extrême vieillesse, mais une vie de souffrances, de combats et de chagrins, use les forces de l’homme le plus robuste, en sorte que le roi «était vieux, avancé en âge». À trente-trois ans, le Seigneur lui-même en paraissait cinquante (Jean 8:57), mais «sa force était en son entier». Il n’était pas, comme David, usé par les chagrins, mais, homme de douleurs, son visage était défait plus que celui d’aucun homme. L’amour imprimait ce caractère à ses traits, car il portait en sympathie toutes les langueurs que le péché avait amenées sur notre misérable race.
Les serviteurs du roi imaginent un moyen de le rappeler à la vie (v. 2-4) ; imitant en cela les souverains des nations environnantes. Il semble que David ait manqué de volonté pour s’opposer au plan de son entourage. La Sunamite (*) lui est amenée. Elle le soigne et le sert. Cette vierge d’Israël «extrêmement belle» sera considérée plus tard par Salomon comme un des plus précieux joyaux de sa couronne. Elle lui appartiendra, et quiconque osera lever les yeux sur elle pour la convoiter en portera le châtiment. Mais n’anticipons pas. Ce que la Parole nous apprend, c’est qu’elle ne devient pas l’épouse de David, roi de grâce. Il en est ainsi, actuellement, de Christ. Tout en ayant les yeux sur Israël, il a maintenant une autre épouse, prise d’entre les gentils. Il la conservera comme roi de gloire, mais, comme tel, il renouera aussi ses relations avec le résidu d’Israël, les excellents de son peuple.
(*) La Parole ne nous autorise pas à affirmer, comme on l’a prétendu, qu’elle est la Sulamithe célébrée au Cantique des Cantiques (6:13).
Avant l’entrée en scène de Salomon, Adonija, fils de Hagguith, cherche à s’emparer du trône de David son père (v. 5-8). Venu au monde immédiatement après Absalom (v. 6 ; 2 Sam. 3:3, 4), quoique d’une autre mère, il pensait, sans doute, avoir les mêmes droits que ce dernier au royaume. «Il s’éleva, disant : Moi, je serai roi». L’orgueil, une volonté sans frein qui n’avait jamais été réprimée, et sa haute opinion de lui-même, le dirigeaient. Il était «un très bel homme». Ces défauts avaient été nourris, chez lui, par la faiblesse paternelle dont le rôle avait été si grand, dans les désastres de la vie de David. Ce dernier n’était pas insensible à l’apparence de ses enfants, comme l’histoire d’Absalom le démontre, et peut-être avait-il, pour la même raison, ménagé la verge à Adonija. «Son père ne l’avait jamais chagriné, en disant : Pourquoi fais-tu ainsi ?» Les familles des croyants voient bien souvent leur témoignage ruiné par la faiblesse des parents. En épargnant la verge à leurs enfants, ils la préparent pour eux-mêmes, ainsi que du déshonneur pour Christ. Jamais Dieu n’agit ainsi. La preuve de son amour envers nous est fournie par sa discipline. La faiblesse des parents n’est pas une preuve de leur amour, mais de leur égoïsme qui s’épargne en épargnant leurs enfants (Prov. 13:24).
Adonija suit le même chemin qu’Absalom (2 Sam. 15:1), peut-être avec moins de fourberie, car il manifeste ouvertement ses prétentions et se procure, comme un souverain, des chars, des coureurs et des cavaliers. Joab et Abiathar le suivent. Joab, toujours le même, ne cherche que son propre intérêt, et sentant David près de sa fin, se tourne vers Adonija, comme jadis, à la toute première heure, vers Absalom. Comment aurait-il pu se déclarer pour le roi de justice ? Les méfaits de sa vie passée devaient lui faire craindre un contact trop intime avec Salomon. Et puis, il n’y a rien dans le vrai roi, qui soit un objet d’attraction pour la chair. L’homme naturel s’oriente et s’orientera sans hésitation vers l’usurpateur et le faux roi. C’est ainsi qu’on verra plus tard «la terre tout entière dans l’admiration de la Bête».
Adonija est le type de l’homme qui cherche à s’élever jusqu’au trône de Dieu (Daniel 11:36) : Joab et Abiathar sont ceux qui en tirent du profit (Dan. 11:39) ; l’entourage d’Adonija, ceux qui sont subjugués par son ascendant (Apoc. 13:4).
En ce qui concerne Joab, il faut tôt ou tard que la chair, quelque habile qu’elle soit, se produise à découvert et montre son vrai caractère. Joab avait pu longtemps se maintenir en compagnie de David, l’oint de l’Éternel, et donner le change sur les mobiles qui dirigeaient et dominaient son coeur, mais il arrive toujours une occasion où le coeur naturel se montre hostile et rebelle et manifeste qu’il ne se soumet, ni ne peut se soumettre à la loi de Dieu.
Abiathar, représentant de la religion, déjà condamné d’avance, lors du jugement prononcé sur Éli (*), est aussi du parti d’Adonija. Entouré de si belles apparences, il n’est pas étonnant que ce dernier devienne un centre de rassemblement pour le grand nombre. Il ne l’est pas pour la foi. Que peut trouver la foi, dans la compagnie de l’usurpateur ? Tsadok, Benaïa, Nathan et les hommes forts de David, ne sont pas avec Adonija. Le vrai sacrificateur, le prophète, porteur de la parole de Dieu, le vrai serviteur, Benaïa, qui marche sur les traces de son maître (**), qu’avaient-ils à faire avec lui ? Le sacrificateur regarde à Dieu, le prophète à l’Esprit de Dieu, le serviteur à David, à Christ. Ont-ils besoin d’autre chose ? Les hommes forts, eux qui ont trouvé leur force en David, iraient-ils après Adonija qui ne peut la leur communiquer ?
(*) Méditations sur 1 Samuel, par H. R., 2° note du livre (page 6).
(**) Méditations sur 2 Samuel, par H. R., 3° note du chapitre 23 (page 203).
Benaïa nous intéresse d’une manière particulière. Au temps de David, il occupait déjà une place prééminente de service (1 Chroniquies 27:5). N’était-il pas digne, lui qui avait suivi en tout, et comme pas à pas, les traces de son maître, d’être établi plus tard chef de toute l’armée ? Cependant cet homme n’a d’autre ambition que de rester fidèle à son roi et de l’imiter. Il n’est pas comme Joab qui prend la forteresse de Sion pour acquérir le premier rang ; non, il est humble, parce que son seul but est de reproduire David dans sa conduite.
Adonija (v. 9, 10) donne à la réunion d’En-Roguel une fausse apparence de sacrifice de prospérités. Il marche sur les traces de son frère Absalom qui disait vouloir offrir un voeu à l’Éternel. Il invite ses frères, fils du roi, et même les serviteurs du roi. Ces derniers vont à sa fête ; le rebelle n’est pas inquiet qu’ils lui fassent défaut. On sait ce que vaut le titre de serviteurs du roi, si le coeur n’est pas réellement attaché à David ; ou de serviteurs de Dieu, si Christ n’est pas l’objet des affections. Combien de ces «serviteurs du roi» ne voit-on pas courir de nos jours à ceux qui cachent, sous des apparences de piété, la guerre qu’ils font à Christ ? Mais Adonija est trop avisé pour inviter ceux que leur foi ou leur témoignage gardent dans l’intimité de David. Il invite tous ses frères, un seul excepté, le seul qui ait droit au trône de par la volonté de Dieu et de son père, Salomon, celui qui va devenir le roi de gloire. Il est évident qu’il doit exclure de sa fête celui dont la présence le jugerait, le condamnerait, réduirait à néant tous ses plans, toutes ses ambitions. Christ est le dernier que le monde invite ; bien plus, il a horreur de l’inviter. D’autre part, y avait-il rien à cette fête, à quoi Salomon pût s’associer ? Non, s’il y était apparu, ç’aurait été pour faire tomber ces rebelles sous un châtiment mérité.
Au jour où ce grand danger menaçait Israël, aucune mesure n’avait été prise pour le conjurer (v. 11-31). Le roi, affaibli par l’âge, retenu dans son palais, «ne savait pas» ce qui se passait. Heureusement, Dieu veillait pour lui. Dieu qui a en vue la gloire de son Fils et son royaume, ne permet pas la réussite des desseins de l’usurpateur. Dans ce but, il envoie le prophète pour apporter à Bath-Shéba une parole de sagesse. Soyons certains que nous trouverons toujours dans la parole de Dieu le moyen par lequel Christ peut être glorifié et nous-mêmes préservés des embûches de l’Ennemi. Quel contraste entre l’intervention de Nathan et celle de Joab auprès de David, par la femme thékohite ! (2 Sam. 14). Là tout était ruse et mensonge pour agir sur l’esprit du roi en flattant ses secrets penchants, et pour substituer finalement à David, un homme fourbe et violent, comme roi sur Israël. Ici la prudence enseigne ce qu’il y a à faire, mais ne se sépare en aucune manière de la vérité. Il fallait que le roi eût conscience d’un danger imminent ; il fallait le décider à agir résolument pour Dieu. La pensée de l’Éternel, en ce qui concernait Salomon, avait été révélée à David qui la connaissait fort bien. Ce n’était pas sans motif que le Seigneur avait donné au fils de David le nom de Jedidia, Bien-aimé de l’Éternel (2 Sam. 12:25). David connaissait si bien la pensée de Dieu à ce sujet qu’il avait «juré à Bath-Shéba, par l’Éternel, le Dieu d’Israël, disant : Salomon, ton fils, régnera après moi, et lui s’assiéra sur mon trône, à ma place» (v. 17 et 30). Il suffisait de rappeler son serment à cet homme de foi, pour qu’il vît le chemin à suivre.
Adonija avait sans doute compté sur l’affaiblissement des facultés de son père pour s’emparer du royaume, mais il avait compté sans Dieu, sans le prophète, sans la vérité dans le coeur du roi. Bath-Shéba parle avec respect et hardiesse. Elle montre à David qu’il ignore le danger (v. 18), que son dessein arrêté était d’avoir pour successeur un roi selon le coeur de Dieu (v. 17) ; elle lui montre aussi sa responsabilité vis-à-vis d’elle, de son fils et du peuple, car «les yeux de tout Israël étaient sur David, pour qu’il déclarât qui devait s’asseoir après lui sur son trône». La vérité est dans le coeur de cette femme, comme dans celui du prophète, bel exemple de l’esprit dans lequel nous devons agir les uns vis-à-vis des autres. Nathan paraît à son tour, et dans un entretien particulier avec le roi, fait ressortir que non seulement aucun des serviteurs fidèles de l’Éternel n’avait été invité, mais, par-dessus tout, que Salomon avait été mis volontairement de côté. Que faut-il attendre de celui qui n’accorde au Seigneur, au vrai roi, aucune place dans ses projets ou dans sa vie ?
Nathan fait encore ressortir que les vrais serviteurs du roi ignorent ses desseins (v. 27). Certes, il n’en est pas de même pour nous ! Dieu nous a fait «connaître le mystère de sa volonté» (Éph. 1) qui est de réunir toutes choses sous le Christ. Mais le vieux roi doit être exhorté à révéler son secret. Aussitôt sa décision est prise ; toute son énergie se réveille quand il s’agit du Bien-aimé. «Ainsi», dit-il, «je ferai ce jour-ci» (v. 30).
Nous avons vu que, dans ce chapitre, l’intervention de Nathan était selon Dieu et selon le respect dû au roi. Il ne s’agit pas ici d’un conseil humain, comme lorsque ce même Nathan disait à David : «Va, fais tout ce qui est dans ton coeur» (2 Sam. 7:3) ; mais d’une sagesse divine qui a pour but de garder le roi-prophète de chute, et de revendiquer l’honneur de Salomon, l’oint de l’Éternel, après son père. Il s’agit avant tout de déployer la bannière de Dieu quand Satan a élevé la sienne. Deux camps se forment ; dans le premier, les masses qui sont pour l’usurpateur ; dans le second, et c’est le petit nombre, les adhérents de David et de Salomon. Sans doute, l’énergie de David comme porteur et représentant de l’autorité, s’était affaiblie. Il en a été de même de l’Église de Christ, mais la fidélité de Dieu demeure et restera toujours ; la Parole, dont Nathan est le représentant, demeure ; le Christ, dont Salomon est le type, demeure ; de ce côté-là, pas de faiblesse. On raisonne aujourd’hui comme si la parole de Dieu et le Christ de la Parole avaient fait leur temps. On parle beaucoup d’un développement subséquent de la vérité, qui n’est que relative, d’un christianisme qui a vieilli et tire à sa fin. En effet, le christianisme a vieilli ; l’Église, représentante de Dieu ici-bas, s’est affaiblie, mais la Parole qui est la vérité, est restée la même, mais Christ n’a pas changé, et c’est ce que les chrétiens oublient. Au lieu de s’attacher à Christ par le sentiment même de la ruine dont ils sont les auteurs, ils rejettent un Salomon, pour écouter des Adonija et leur entourage. Le faux roi attire leurs regards. Adonija était très beau. N’oublions pas que cette apparence sert de marque au séducteur qui entraîne les hommes après lui. Ils préfèrent à Christ le règne de l’homme dans la chair, et, pour la chrétienté, cette préférence finira par l’apostasie ouverte. Adonija, Joab, Abiathar, se doutaient peu qu’ils trouveraient dans le vieux roi un obstacle à l’accomplissement de leur complot si savamment ourdi. Cet obstacle était, malgré l’âge du roi, une autorité que Dieu avait établie entre ses mains et qu’il emploierait, malgré la faiblesse de David. Voilà ce qui retenait à ce moment-là le débordement du mal, et c’est aussi ce qui empêche aujourd’hui la manifestation prématurée de l’homme de péché (2 Thess. 2:6).
Après son entretien avec Nathan, le roi fait rappeler Bath-Shéba (v. 28-31). Il jure d’établir Salomon et en appelle au caractère de son Dieu qui «a racheté son âme de toute détresse». La grâce l’avait accompagné tous les jours de sa vie, rachetant son âme, même des conséquences de ses fautes. Mais toute cette grâce devait avoir son couronnement. Elle aboutit en effet toujours à la gloire. «L’Éternel donne la grâce et la gloire», deux choses inséparables, l’une suivant nécessairement l’autre.
Salomon se rend à Guihon, monté sur la mule de son père, et en revient consacré, pour s’asseoir sur le trône du roi. Comme nous l’avons vu dans l’introduction, son règne, identifié avec celui de David, le continue sans aucun interrègne : la même monture royale, la même onction, le même trône. Le trône de gloire de Salomon est, à ce moment, le même que le trône de grâce de David. Cela est encore bien plus vrai, si nous nous reportons du type à l’antitype, car on n’y trouve pas, comme ici, deux personnages successifs sur le même trône, mais un seul. Nos yeux verront, dans la personne du roi de gloire, Celui qui a traversé les souffrances, l’angoisse et la détresse, le Sauveur qui a souffert pour nous !
Tous ceux qui sont restés fidèles au roi de grâce concourent à la proclamation du roi de gloire et forment son cortège. Il en sera de même du résidu d’Israël au début du règne millénaire de Christ, mais, à bien plus forte raison, des croyants actuels qui ont suivi le Sauveur pendant sa réjection, Lui qui, chassé de ce monde par l’homme, s’est assis dans le ciel sur un trône de gloire. Ce trône, nous l’entourons déjà maintenant, mais il reste le trône de la grâce, aussi longtemps que notre Seigneur est rejeté. Quand il sera reconnu, nous serons assis avec Lui sur son trône, partageant avec Lui son règne et son gouvernement sur Israël et sur les nations.
En attendant que Salomon établisse, comme nous le verrons plus tard, son propre trône, son père dit : «Qu’il s’asseye sur mon trône ; et lui régnera à ma place». Benaïa, le fidèle serviteur, apprécie plus que tout autre ce changement (v. 36, 37) ; «Amen ! que l’Éternel, le Dieu du roi, mon seigneur, dise ainsi ! Comme l’Éternel a été avec le roi, mon seigneur, qu’il soit de même avec Salomon, et qu’il rende son trône plus grand que le trône du roi David, mon seigneur !»
Salomon reçoit l’onction royale (v. 38-40). La «corne d’huile» était «dans le tabernacle». C’était une onction privée et comme cachée, à laquelle n’assistait que la partie fidèle du peuple. Il en est de même aujourd’hui. Avant de régner en gloire sur toute la terre, le Seigneur a reçu l’onction du tabernacle. Il a la royauté céleste sur le trône du Père, il est haut élevé, avec un nom au-dessus de tout nom. L’huile de l’onction est une huile de joie qui l’élève au-dessus de ses compagnons. Mais c’est en même temps une onction sacerdotale, car l’Éternel l’a juré et ne s’en repentira pas : il est roi et sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec. Dès le début, le Seigneur était l’Oint de l’Éternel, comme David l’avait été dès sa première jeunesse. Il était «né pour cela». Au baptême de Jean, il avait été oint du Saint Esprit pour son ministère (Luc 3:21 ; 4:18 ; Actes 10:38 ; 4:27). Ressuscité, il est oint de l’huile du tabernacle, comme roi et sacrificateur, pour communiquer les dons spirituels à ceux qui Lui sont unis. Israël jouira de ces bénédictions au temps de la fin. En attendant, nous sommes les compagnons de Christ ; l’onction versée sur sa tête est aussi répandue sur la nôtre et nous permet de partager sa joie en attendant sa gloire.
D’En-Roguel, le parti d’Adonija pouvait entendre la joie de Jérusalem, mais ce qui se passait à Guihon ne pouvait atteindre les oreilles de l’usurpateur et de sa bande. La ville tout entière séparait ces deux localités en apparence assez semblables (*). Il en est de même aujourd’hui. Le monde suit ses plans pour usurper la dignité de Christ ; l’homme est en voie de se déifier, inconscient de ce qui se passe tout près de lui.
(*) À Guihon sortaient les sources d’eau qui, sous Ézéchias, alimentèrent Jérusalem ; il y avait aussi des sources à En-Roguel, comme ce nom l’indique.
Mais il y a des fidèles qui honorent le Fils et, en le faisant, honorent le Père qui l’a envoyé. Ils voient, couronné de gloire et d’honneur, ce Jésus que le monde n’a pas invité à sa fête. Entièrement étrangers au festin d’Adonija, ils sont en route pour assister à l’établissement du roi de gloire sur son trône. De tout cela, le monde ne voit et n’entend rien. Guihon, aux eaux rafraîchissantes, semble ignoré d’Adonija.
Mais quel réveil ! Quel trouble envahit le monde à son festin ! Tout à coup, au milieu de la fête, le faux roi, Joab et tous les invités, entendent le son de la trompette et de tels cris de joie, que la terre se fendait au bruit du cortège de Salomon. «Pourquoi, dit Joab, ce bruit de la ville en tumulte ?» C’est ainsi que l’établissement public du règne de Christ surprendra le monde et le troublera profondément. Alors «Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, le Seigneur s’en moquera... Et moi, j’ai oint mon roi sur Sion» (Ps. 2:4-6). N’entend-on pas le bruit de cette scène dans notre chapitre ?
De nos jours, nous sommes encore à Guihon. Notre roi a été oint, mais n’a pas encore pris les rênes de son gouvernement. Notre joie n’est pas encore publique, et celle de son peuple Israël attend un jour à venir. Mais quand ils entendront le bruit des acclamations, quelle terreur saisira les adversaires ! Ce sera l’avant-coureur du jugement qui les atteindra sans dévier ni à droite, ni à gauche !
Jonathan, fils d’Abiathar, paraît soudain au milieu des convives (v. 41-48). Jadis (2 Sam. 17:17), il était parti d’En-Roguel en compagnie d’Akhimaats, fils de Tsadok, pour aller, au péril de sa vie, avertir David de ce qui se tramait contre lui. Maintenant, il y revient pour avertir Adonija de l’insuccès de sa tentative, bien qu’il ne soit nullement associé aux révoltés. Il vient, plein de ce qui est pour lui une bonne nouvelle, car on voit à son langage que son coeur est resté fidèle à David. «Tu apportes de bonnes nouvelles ?» lui dit Adonija. «Oui», répond-il, mais elles ne l’étaient pas pour ses auditeurs. Elles sont un désastre pour Adonija. Cela n’exclut nullement les sentiments filiaux de Jonathan pour son père, engagé par sa propre faute dans ce chemin sans issue. Ces sentiments font que Jonathan rapporte avec vérité à cette assemblée, tout ce qui a eu lieu, ne leur cachant rien. Qu’ils prennent garde !... Quant à lui, sa joie, on le sent, est avec le successeur de David. Son service n’a pas changé de caractère depuis le temps des afflictions de son roi. Il est toujours prompt à donner des nouvelles, comme son compagnon Akhimaats était prompt à courir. Son caractère a une remarquable unité. Qu’il accomplisse son service envers David pendant sa réjection, ou envers le monde au jour du triomphe du fils de David, Jonathan reste le même messager fidèle. Le temps presse ; il faut se soumettre promptement en «baisant le Fils». Il en sera de même à la fin des jours, quand ceux que le roi appellera ses frères, iront annoncer au loin la nécessité de reconnaître le règne du vrai Salomon.
Comme autrefois Jacob, le vieux roi, voyant les désirs de son coeur accomplis, s’était «prosterné sur son lit» (v. 47). On trouve chez David la lenteur de l’âge à prendre une décision, mais dès que la parole de Dieu lui est adressée par Nathan, tout change. Il n’hésite pas, règle et ordonne tout, agit en tout point selon les pensées de Dieu que la Parole lui rappelle. D’abord il ignorait le complot, maintenant il sait tout ; il sait que l’heure du règne de son fils a sonné. Il n’a ni amertume, ni déplaisir, ni jalousie, en confiant à d’autres mains les rênes du gouvernement. Une seule pensée le remplit de bonheur et d’adoration : «Béni soit l’Éternel, le Dieu d’Israël, qui a donné aujourd’hui quelqu’un qui fût assis sur mon trône, et mes yeux le voient !»
David n’est plus ici le type de Christ, mais la figure du croyant qui s’oublie et se fond en actions de grâces, pour donner toute gloire au vrai roi, le type de ces saints qui, parés de leurs couronnes glorieuses, s’en dépouillent pour en orner les marches du trône du «lion de Juda, racine de David». Mais ce lion de Juda est l’Agneau qui a été immolé. La grâce de David et la gloire de Salomon se concentrent dans cette personne unique. La joie d’un Siméon, tenant dans ses bras la grâce et le salut de Dieu représentés par l’enfant Jésus, se confondra dans le ciel avec la joie d’un David qui voit resplendir la gloire de Dieu dans la personne du roi.
Aux v. 49-53, tous les convives d’Adonija, saisis de peur, s’enfuient de côté et d’autre. Ils n’essaient pas plus de résister que ne le feront les hommes devant la proclamation de la royauté de Christ, car ils seraient immédiatement brisés. Adonija implore la bonté du roi et cherche à obtenir de lui la promesse solennelle d’épargner sa vie. Salomon consent à oublier, à faire grâce encore une fois, mais il place Adonija sous la responsabilité devant la gloire de son règne : «S’il est un homme fidèle, pas un de ses cheveux ne tombera en terre ; mais si du mal est trouvé en lui, il mourra» (v. 52).
Il en sera de même sous le règne futur du Messie. Il épargnera beaucoup de rebelles qui s’approcheront de lui avec des signes de repentir, mais dès que le mal sera trouvé en eux, il les retranchera du pays (2 Sam. 22:45 ; Ps. 101:8). Quand la justice règne, elle ne supporte plus le méchant. Salomon, figure du roi millénaire, connaît Adonija et ne modifie pas son jugement quand il le voit prosterné devant lui. Il sait ce qui se passe dans ce coeur orgueilleux qui n’a que les dehors de la soumission et du repentir. «Va dans ta maison», lui dit-il. Paroles brèves et sévères. Adonija devait y prendre garde. Désormais son rôle était de se taire, comme un homme trouvé coupable et qui reste sous surveillance. Il bénéficie de ce support, aussi longtemps que le mal ne vient pas se manifester chez lui.
David mourant laisse un commandement à Salomon, son fils, et insiste sur sa responsabilité. C’est, pour ainsi dire, le testament du vieux roi et le fruit de sa longue expérience. Nous ne trouvons pas ici «les dernières paroles de David», que 2 Sam. 23 nous fait connaître. Le discours contenu dans notre passage précède historiquement ces «dernières paroles» qui pourraient s’intercaler entre les v. 9 et 10. Il n’est pas ici question d’un David, jugeant toute sa conduite en regard de celle du vrai roi, «juste dominateur des hommes», et proclamant l’infaillibilité des conseils de la grâce de Dieu (2 Sam. 23:4, 5). Non ; il fallait, en premier lieu, prémunir Salomon, à l’aurore de son règne, contre ce qui pourrait l’entraver ou en amener la ruine.
Il y a beaucoup d’analogie entre les paroles de David à son fils et celles de l’Éternel à Josué (Josué 1). Le roi doit avant tout «se fortifier et être un homme». L’obéissance à l’Éternel et la dépendance de Lui, sont les preuves de cette force qui sera employée à «marcher dans ses voies». La marche elle-même est dirigée par la parole de Dieu, comme nous le voyons ici et au Ps. 119. Cette Parole a différents caractères, et il est nécessaire d’être attentif à tous. Il est dit ici : «En gardant ses statuts, et ses commandements, et ses ordonnances, et ses témoignages» (v. 3). Tel est l’ensemble de la Parole. Ses statuts sont les choses qu’il a établies et auxquelles son autorité est attachée ; ses commandements, l’expression de sa volonté à laquelle nous sommes tenus de nous soumettre ; ses ordonnances (ou jugements), les principes qu’il exprime et selon lesquels il agit ; enfin ses témoignages sont les pensées qu’il nous a communiquées et que la foi doit recevoir. Tout cela constituait pour l’Israélite «la loi de Moïse», et devait être la règle divine de la marche du fidèle. Une vie réglée de cette manière devait être prospère, sous quelque face qu’on l’envisageât : «Afin que tu réussisses dans tout ce que tu fais, et où que tu te tournes». Tel devait être le secret du règne de Salomon et de ses successeurs. Jamais avec ces principes il «n’aurait manqué d’un homme sur le trône d’Israël».
Il en est de même pour nous. Notre vie trouve son aliment et sa force dans la parole de Dieu, et ce n’est qu’en la gardant que nous pouvons traverser sans crainte un monde ennemi et voir prospérer tout ce que nous faisons (Ps. 1:2, 3). Elle nous enseigne à marcher dans le chemin de Dieu. Peut-il y avoir un bonheur plus grand que de trouver ici-bas un sentier parfait, le sentier de Christ sur lequel les yeux de Dieu reposent avec complaisance ? Voilà donc quelle était la tâche de Salomon et de ses successeurs. S’ils marchaient dans le chemin de Dieu et sous son regard, leur domination resterait établie à perpétuité (Ps. 132:11, 12).
La seconde recommandation de David (v. 5-9) à son fils, avait trait aux jugements que ce dernier devait exécuter. David, représentant de la grâce, a l’intelligence de ce qui convient au règne de justice. S’il n’y avait pas de justice, la grâce elle-même ne serait qu’une coupable faiblesse. Comme homme, David s’était montré bien peu capable pendant sa vie de donner à chacune de ces choses la place qui lui revenait. C’est ainsi que nous le trouvons à mainte reprise trop faible pour exercer la justice, comme dans le cas de Joab, ou faisant grâce avec injustice, comme dans le cas d’Absalom. Dieu seul fait régner la grâce par la justice. Lui seul a trouvé, en Christ, le moyen de concilier ces deux choses : sa haine parfaite pour le péché et son amour parfait pour le pécheur.
Mais cette absence de jugement n’était pas rien que faiblesse chez David. Il arrivera un temps où les actions des hommes seront appréciées selon la règle de la justice, longtemps suspendue, mais qui n’aura son cours qu’alors. Lorsque la justice régnera, pourra-t-elle paraître ignorer le péché ? On ne viole pas impunément les lois du royaume et lorsque celui-ci s’établit en puissance, il faut que ceux qui ont foulé aux pieds ces lois sous le règne de la grâce, subissent les amères conséquences de leur révolte. Il n’y a pas prescription pour la loi de Dieu comme pour celle des hommes. L’acte inique du pécheur se retrouvera, peut-être, «aux cheveux blancs», mais à coup sûr il sera rappelé en mémoire.
Joab vient en premier lieu (v. 5, 6). Nous avons suffisamment apprécié sa carrière (*) pour n’y pas revenir ici. La faiblesse de David (2 Sam. 3:39) avait empêché le roi de tirer une vengeance immédiate du meurtre d’Abner et, plus tard, de celui d’Amasa, mais il ne les avait pas oubliés. Ce que Joab avait fait à ces hommes, il l’avait fait à David. «Tu sais ce que m’a fait Joab» (**). Peut-être cet homme sanguinaire pensait-il servir son roi, tout en servant ses propres intérêts. Impossible ! Ce que l’on fait pour soi-même, on le fait contre Dieu. En temps de paix, «la ceinture et les sandales» de Joab, son service et sa marche, avaient été tachés par le sang de la guerre. C’était une souillure. La guerre devait l’atteindre aussi ; il lui faudrait apprendre qu’il n’y avait pas de paix pour lui, car elle n’est que pour ceux qui procurent la paix (Jacq. 3:18). Ni le règne de paix de Salomon, ni son règne de justice ne pouvaient admettre de tels éléments. Joab devait être sacrifié sans sursis et sans miséricorde. «Fais selon ta sagesse», dit David (v. 6). Oui, il y a une rétribution selon la sagesse de Christ (Apoc. 5:12). Sans elle, sa gloire ne serait pas complètement mise en évidence.
(*) Méditations sur le second livre de Samuel, par H. R.
(**) Nous ne pensons pas que le roi fasse mention ici du meurtre d’Absalom par Joab.
Mais les pensées de David aiment à se reposer, par contraste, sur ce que Barzillaï a fait pour lui (2 Sam. 19:31-40). Il rend à ce dévoué vieillard bien au-delà de ses désirs, dans la personne de ses fils. À l’origine, il s’agissait de Kimham seul ; maintenant, tous les fils de Barzillaï ont droit à la table du roi en récompense de la fidélité de leur père. Ils jouissent de la gloire du royaume dans une position d’honneur et d’intimité particulière. Souvenons-nous-en, dans nos familles. Le dévouement des parents à Christ est récompensé dans leurs enfants. «Me rappelant, dit l’apôtre, la foi sincère qui est en toi, et qui a d’abord habité dans ta grand-mère Loïs et dans ta mère Eunice» (2 Tim. 1:5).
Un troisième personnage est Shimhi, le Benjaminite, qui avait maudit David, puis, lors de son retour, avait montré des signes de repentance en confessant son péché. Ce même Shimhi n’avait pas suivi le parti d’Adonija (*) ; il était resté en compagnie des hommes forts de David, et avait suivi Salomon. David dit de lui : «Voici, il y a avec toi, Shimhi, fils de Guéra». Il était donc, en apparence, restauré, mais si David, en grâce, l’avait épargné, il ne le tenait pas pour innocent. Tout allait dépendre de sa conduite sous le roi de justice. Elle montrerait si sa repentance était réelle. Comme le cas de Joab, celui de Shimhi est remis à la sagesse de Salomon (v. 9).
(*) Malgré plusieurs opinions contraires, nous ne voyons pas de raison à ce que le Shimhi du chapitre 7:8, soit un autre personnage que le fils de Guéra.
David meurt (v. 10-12), et la Parole note ici, non pas le premier début du règne de Salomon, mais ce qui le caractérise d’une manière générale et dans son ensemble : «Son royaume fut très affermi». C’est le caractère du royaume de la justice, en contraste avec celui de la grâce, plein de troubles et de séditions.
À peine le trône est-il inauguré que les éléments hostiles ou étrangers au royaume se manifestent ; mais le caractère du règne de justice est de réprimer tout ce qui n’est pas d’accord avec lui. En présence de Salomon, la chair ne peut plus se faire valoir, ni suivre librement sa pente.
Adonija s’adresse à Bath-Shéba pour qu’elle présente son désir au roi, son fils. «Est-ce en paix que tu viens ?» dit cette femme pieuse qui se défie du fils de Hagguith. Elle savait en effet que s’il avait réussi dans ses projets, «elle et son fils Salomon auraient été trouvés coupables» (1:21). Cet homme, extérieurement brisé, est toutefois bien loin de l’être dans son coeur. «Tu sais, dit-il, que le royaume était à moi, et que tout Israël avait porté ses yeux sur moi pour que je fusse roi» (v. 15). Comment une telle prétention ne soulèverait-elle pas l’indignation du vrai roi ? Lui, Adonija, avoir tous les droits à la succession, à la couronne et au peuple de David ! Ses paroles seules dénotent un coeur ulcéré, une amertume longtemps comprimée se faisant jour, parce qu’il n’y a chez lui aucun jugement de lui-même. Sans doute il dit aussi : «Le royaume a tourné et est passé à mon frère, car il était à lui de par l’Éternel», mais est-ce une vraie reconnaissance de la volonté de Dieu, une vraie soumission au trône de justice ? Adonija l’accepte, parce qu’il ne peut faire autrement. Certes, il ne fait pas partie du «peuple de franche volonté», au jour de la puissance du fils de David. À son sens, Salomon est un intrus et, dans ce cas, qu’est-ce donc, pour le coeur d’Adonija, que l’Éternel qui a établi Salomon ?
«Et maintenant, dit-il, je te fais une seule requête ; ne me repousse pas... Qu’il me donne la Sunamite, Abishag, pour femme» (v. 16, 17). Abishag ! cette jeune vierge, qui avait servi David et lui avait prodigué ses soins, qui avait vécu dans l’intimité du roi de grâce, à cet homme révolté que la patience seule de Salomon avait épargné jusqu’ici ! Comme il connaît peu David et Salomon (*) ! Lui donner Abishag, c’était lui reconnaître quelque droit à la succession de son père, quelque contact avec le royaume qu’il pourrait revendiquer en une occasion favorable ; c’était accepter la légitimité de ses prétentions et de la révolte conduite par Joab et Abiathar (v. 22). La femme qui avait servi David comme une vierge chaste, serait donnée à ce profane ?
(*) Rien ne nous autorise positivement, comme nous l’avons dit au chapitre 1, à voir dans Abishag, la Sunamite la Sulamithe du Cantique des Cantiques, aimée de Salomon ; aussi est-il prudent, dans l’application de ces types, de ne pas dépasser ce que la Parole nous enseigne clairement.
Il en sera de même de l’Église. Le roi de gloire consentira-t-il jamais à céder à un autre, l’Épouse qu’il s’est choisie comme roi de grâce ? L’Antichrist, l’homme de péché, croira peut-être enlever l’Épouse à Christ, en s’emparant de la chrétienté apostate, devenue la grande Babylone de la fin, mais ses efforts pour se substituer à Christ, pour posséder son Épouse et s’emparer du royaume, aboutiront, pour la prostituée et pour lui-même, à l’étang de feu et de soufre. Ici, le jugement ne se fait pas attendre : le jour même Adonija est mis à mort.
Le chef de la conspiration, le faux roi, ayant été livré à son sort, la justice de Salomon atteint le sacrificateur (v. 26, 27), longtemps supporté par David, mais dont l’Éternel avait déjà prononcé la sentence aux oreilles d’Éli (1 Sam. 2:35). On retrouve ici le principe exprimé dans les paroles : «J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü» (Mal. 1:2), prononcées treize siècles après qu’il avait été dit : «Le plus grand sera asservi au plus petit» (Gen. 25:23). C’était le libre choix de l’Éternel, mais la sentence n’est prononcée que lorsque Ésaü s’est montré l’ennemi irréconciliable de Dieu et de son peuple. Il en est ainsi d’Abiathar. Cent trente-cinq ans après le jugement annoncé, il est retranché de la sacrificature, après avoir fourni un motif au jugement, par son alliance avec le rebelle.
Le règne de justice s’inaugure ainsi par le jugement de tous ceux qui, placés sous la grâce et la longue patience de Dieu, n’en avaient pas profité pour mettre leur coeur et leurs actes en accord avec ce règne. Abiathar était d’autant plus coupable qu’il avait «porté l’arche du Seigneur Éternel devant David», qu’il avait aussi partagé ses afflictions dès le commencement (1 Sam. 22:20). Il avait donc eu part au témoignage de l’Oint de l’Éternel et avait souffert pour lui. Salomon reconnaît cela, mais dans le seul cas où la fidélité d’Abiathar est mise à l’épreuve et où il s’agit de la gloire du fils de David, il fait naufrage et abandonne son maître. La parole de l’Éternel, longtemps suspendue, s’accomplit ; Abiathar est rejeté.
Joab vient ensuite. Il est dit expressément de lui qu’il ne s’était pas détourné après Absalom (v. 28), quelque velléité qu’il en eût eue, comme nous l’avons vu au second livre de Samuel, mais il était bien plus grave de se détourner du règne de justice au début, car cela dénotait un manque absolu de crainte en présence de celui qui était destiné à s’asseoir comme roi glorieux sur son trône.
Joab s’enfuit dans le tabernacle et saisit les cornes de l’autel. Cela ne peut le sauver. La parole de Dieu est contre lui : «Si un homme s’élève de propos délibéré contre son prochain, pour le tuer par ruse, tu l’arracheras de mon autel, pour qu’il meure» (Ex. 21:14). Salomon s’en souvient. Quand le jugement de Joab est décrété, il est trop tard pour que l’autel le mette à l’abri. Il faut que la vengeance soit exécutée sur lui, afin que «la paix soit de par l’Éternel sur David et sur sa semence, et sur sa maison, et sur son trône, à toujours» (v. 33), car sans cela, le sang serait resté sur la maison de David. Le jugement était nécessaire à sa gloire.
En dernier lieu, vient Shimhi (v. 36-46). Il est placé par Salomon sur le pied de sa responsabilité et l’accepte. Il dénote par là une pure ignorance de son état de péché et, par suite, de son incapacité d’obéir. Israël n’avait-il pas dit les mêmes paroles, lorsque la loi lui fut proposée ? «Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons» (Ex. 19:8). Et Shimhi : «La parole est bonne ; selon que le roi, mon seigneur, a parlé, ainsi fera son serviteur» (v. 38). Il sait, le malheureux, que désobéir est pour lui la mort, et que son sang sera sur sa tête — et cependant il est incapable de ne pas désobéir. Il ne peut renoncer à deux esclaves fugitifs, et pour recouvrer ce bien d’un jour, sacrifie sa propre vie ! Quelle image du monde qui connaît la loi de Dieu et qui ne veut ni ne peut s’y soumettre, dès qu’un intérêt passager vient se placer entre la volonté de Dieu et lui. Il est jugé sur sa propre parole : «La parole que j’ai entendue est bonne» (v. 42). L’homme placé sous sa responsabilité, qui l’accepte et y manque, ne peut être supporté sous le règne de justice.
«Et Salomon s’allia par mariage avec le Pharaon, roi d’Égypte, et prit pour femme la fille du Pharaon ; et il l’amena dans la ville de David, jusqu’à ce qu’il eût achevé de bâtir sa maison, et la maison de l’Éternel, et la muraille de Jérusalem, tout à l’entour» (v. 1).
La mention de l’affermissement du royaume dans la main de Salomon (2:12), est suivie, au chap. 2, du jugement qui purifie le royaume de tout ce qui s’était élevé contre David. Le renouvellement de cette même mention (2:46) est suivi, au chap. 3, de l’alliance, par mariage, avec le roi d’Égypte. Salomon introduit dans son alliance la nation même qui avait autrefois asservi son peuple, union des plus intimes, car il prend son épouse en Égypte.
Cette union rappelle celle de Joseph avec une Égyptienne, fille du sacrificateur d’On, mais leur signification typique diffère. Joseph, rejeté de ses frères, avant de s’être fait reconnaître à eux, trouve en Égypte, parmi les nations, une épouse et des fils, selon ce qui est dit de Christ, en Ésaïe 49:5, 6 : «Quoique Israël ne soit pas rassemblé... je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre». Le mariage de Joseph serait plutôt le type des relations du Christ rejeté avec l’Église, et de la postérité qu’il s’est acquise hors du pays de la promesse, avant de reprendre ses relations avec son peuple.
Celui de Salomon avec la fille du Pharaon, contracté en d’autres circonstances, n’a pas la même signification. Le royaume est affermi en la main du roi ; le temps de la réjection de l’Oint de l’Éternel dans la personne de David est passé ; Salomon est établi comme roi de justice (il vient de le prouver par le jugement) sur Israël, son peuple. Alors, et seulement alors, il établit une alliance avec le Pharaon, et prend sa fille pour femme, selon ce qui est dit en És. 19:21-25 : «Et l’Éternel se fera connaître des Égyptiens, et les Égyptiens connaîtront l’Éternel en ce jour-là ; et ils serviront avec un sacrifice et une offrande, et ils voueront un voeu à l’Éternel et l’accompliront... En ce jour-là, Israël sera le troisième, avec l’Égypte et avec l’Assyrie, une bénédiction au milieu de la terre ; car l’Éternel des armées le bénira, disant : Béni soit l’Égypte, mon peuple, et l’Assyrie, l’ouvrage de mes mains, et Israël, mon héritage».
Salomon amène sa femme égyptienne dans la ville de David. C’est ainsi qu’au début du règne millénaire, les nations seront mises d’abord sous la sauvegarde de l’alliance faite avec Israël et représentée par l’arche établie en la montagne de Sion (2 Sam. 6:12). Elles auront ensuite leur place distincte de bénédiction, comme plus tard Salomon édifia une maison à son épouse gentile hors de la ville de David, «car il dit : Ma femme n’habitera pas dans la maison de David, roi d’Israël, car les lieux où est entrée l’arche de l’Éternel sont saints» (2 Chron. 8:11 ; 1 Rois 9:24).
Jusqu’à ce moment, la fille du Pharaon est établie dans les bénédictions — non pas dans la relation — dont l’arche de l’alliance est le type. Partout où cette arche se trouvait, que ce fût dans la maison d’Obed-Édom (2 Sam. 6:11, 18, 20), ou dans la cité de Sion, elle apportait la bénédiction avec elle. Pendant le millénium, les nations se rendront compte de ce privilège : «Beaucoup de peuples, et des nations puissantes, iront pour rechercher l’Éternel des armées à Jérusalem, et pour implorer l’Éternel... En ces jours-là, dix hommes de toutes les langues des nations saisiront, oui, saisiront le pan de la robe d’un homme juif, disant : Nous irons avec vous, car nous avons ouï dire que Dieu est avec vous» (Zach. 8:22, 23).
On voit clairement, aux v. 2 et 3, qu’au premier début du règne de Salomon, l’ordre de choses n’était pas définitif. L’arche de l’Éternel demeurait sous des tapis ; il restait encore au fils de David à bâtir la maison de l’Éternel. En ce temps-là le tabernacle et l’autel se trouvaient sur le haut lieu de Gabaon et l’arche, ramenée par David, était à Jérusalem. Cette arche de l’alliance, trône de l’Éternel, signe de sa présence personnelle au milieu de son peuple, combien David l’avait à coeur (Ps. 132). On ne voit pas, dans son histoire, que depuis le moment où il la ramena à Sion il ait personnellement cherché un autre lieu de culte, bien que Gabaon ne lui fût pas indifférent. Lors du transport de l’arche à Jérusalem, il avait eu soin de relier le culte devant l’arche avec les sacrifices sur l’autel de Gabaon (1 Chron. 16:37-43), en maintenant, de cette manière, l’unité du culte. Le service devant l’arche se faisait chaque jour, et aussi le service devant l’autel de Gabaon, en sorte qu’au même moment, et «continuellement», ces deux parties du culte, quoique localement séparées, s’accomplissaient ensemble.
Plus tard David bâtit, sur l’ordre de l’Éternel, un autel dans l’aire d’Arauna, Jébusien, et c’est là qu’il offrit des holocaustes et des sacrifices de prospérités. Son Dieu ne le priva pas longtemps d’un autel en rapport avec l’arche. Gabaon perdait, par là même, sa valeur et sa signification.
La pensée de cette unité ne semble pas être venue à Salomon au début de son règne. Sans doute, Dieu lui rend un beau témoignage : «Salomon aimait l’Éternel, marchant dans les statuts de David son père» (v. 3), mais ce témoignage n’est pas sans restriction : «Seulement, est-il dit, il offrait des sacrifices et faisait fumer de l’encens sur les hauts lieux». Il s’accommodait en cela aux pratiques religieuses de son peuple, dont il est dit au v. 2 : «Seulement le peuple sacrifiait sur les hauts lieux».
Ce n’était pas un péché positif contre l’Éternel, comme ce fut le cas plus tard pour certains rois pieux de Juda, lorsque l’édification du temple eut ôté tout prétexte à ces pratiques. Si elles continuèrent alors, ce fut au grand déplaisir de l’Éternel, parce qu’elles conduisirent nécessairement à des pratiques idolâtres (*). En ces jours de bénédiction et de force sous le sceptre du jeune roi Salomon, il n’en était point ainsi, mais «il offrait des sacrifices et faisait fumer de l’encens sur les hauts lieux», et non pas seulement «à Gabaon qui était le principal haut lieu» (v. 3, 4), où se trouvaient encore l’autel d’airain, le tabernacle et tous ses ustensiles. Cette pratique était en tout cas la dispersion du culte en Israël. Il perdait par là son unité, car l’autel était, entre autres attributs, l’expression de cette unité, comme la table du Seigneur l’est aujourd’hui pour les chrétiens.
(*) Voyez 1 Rois 14:23 ; 15:14 ; 22:44 ; 2 Rois 12:3 ; 2 Chron. 20:33 ; où le peuple semble n’avoir pas fait autre chose que ce qui se faisait au début du règne de Salomon. Mais que l’idolâtrie fût alliée aux hauts lieux, nous le voyons sous Ézéchias (2 Rois 18:4 ; 2 Chron. 31:1). L’impie Manassé les rebâtit et élève des autels à Baal (2 Rois 21:3). Quand il vient à repentance, «le peuple sacrifiait encore sur les hauts lieux, mais seulement à l’Éternel leur Dieu (2 Chron. 33:17). Cela prouve ce que nous avançons, c’est que les hauts lieux, à certaines périodes de l’histoire d’Israël, ne sont pas nécessairement liés au culte des idoles, quoiqu’ils y conduisent. Du moment que le culte n’a plus Christ pour centre, comme l’arche en Sion, et qu’il n’a plus lieu que pour des bénédictions reçues, fût-ce même celles du salut, il dévie et devient un instrument entre les mains de Satan, pour remplacer finalement Christ par les faux dieux. Josias abolit entièrement les hauts lieux avec toute l’idolâtrie en Juda et en Israël (2 Rois 23:8).
Autrefois, sous Josué, au sujet de l’autel de Hed (Josué 22), Israël comprenant cela s’était élevé, avec une énergie pleine de zèle, contre les sacrifices offerts sur un autre autel que celui du tabernacle.
Dieu supporte cet état de choses, aussi longtemps que la pleine manifestation de sa volonté quant au culte, n’est pas donnée par la consécration du temple. Cependant c’était une faiblesse chez le grand roi. Combien le culte de David, même avant Morija, était plus intelligent que le sien ! Pour David l’arche était tout ; elle était pour lui l’Éternel, le Puissant de Jacob (Psaume 132:5), dont le culte était là où se trouvait l’arche. Salomon n’était pas à la hauteur de ces bénédictions et ne possédait pas l’intimité de ces relations avec Dieu. Il ne dépassait pas le niveau de la religion courante de son peuple.
Ne trouvons-nous pas de nos jours la même faiblesse, la même inintelligence, là où le désir de rendre culte n’est cependant point absent ? Chacun se choisit son haut lieu, sans se soucier autrement de la présence de l’arche — de Christ. Chacun érige son autel, sans songer que depuis la croix, comme jadis depuis Morija, il ne peut y avoir qu’un seul symbole d’unité pour le peuple de Dieu.
Salomon se rend à Gabaon, mais il aimait l’Éternel, et l’Éternel tient toujours compte de l’affection que nous avons pour Lui. C’est là qu’il lui apparaît dans un songe (v. 5). Ce fait, comme d’autres l’ont remarqué, a son importance. Dans un songe, on n’est pas en mesure de déguiser l’état réel de son coeur ; on n’est pas non plus sous le contrôle de la raison ou de la volonté, pour réprimer la manifestation de ce qui s’y trouve. Dans un songe, l’âme est comme à nu devant Dieu. Quelles étaient donc les pensées contenues dans le coeur de ce jeune roi quand Dieu lui dit : «Demande ce que tu veux que je te donne ?» (v. 5). Ce que la parole divine rencontre en tout premier lieu dans ce coeur, c’est la reconnaissance pour la grande bonté de l’Éternel envers David : «Tu as usé d’une grande bonté envers ton serviteur, David, mon père», en même temps que la haute estime qu’il a pour ce dernier (v. 6), à cause de sa marche de vérité, de justice et de droiture, preuve que David craignait l’Éternel (Proverbes 14:2). C’est ensuite la reconnaissance pour la bonté de Dieu envers lui, le fils de David : «Tu lui as gardé cette grande bonté, et tu lui as donné un fils qui est assis sur son trône, comme il en est aujourd’hui» (v. 6). C’est enfin le sentiment de sa jeunesse, de son ignorance, de son incapacité. «Et moi, je suis un jeune garçon ; je ne sais pas sortir et entrer». Un tel état d’âme présage d’abondantes bénédictions ; il se résume en ceci : craindre l’Éternel, avoir le sentiment de sa grâce, estimer les autres supérieurs à soi-même et se compter pour rien (*).
(*) Tout cela se reflète plus tard dans les Proverbes, conseils de la sagesse du roi. Voyez, par exemple, 3:7 ; 4:7, etc.
Salomon était devant Dieu, avec un coeur non partagé, aussi ne désirait-il qu’une chose : servir le Seigneur dans les circonstances où il l’avait placé comme conducteur du peuple. Il demande à l’Éternel «un coeur qui écoute», car écouter est la porte du discernement et de l’intelligence. Pour être sage soi-même, il faut commencer par écouter la sagesse : «Bienheureux l’homme qui m’écoute» (Prov. 8:34). C’est par là que commence tout vrai service. Salomon ne savait pas «sortir et entrer» ; il ne pouvait l’apprendre qu’en écoutant. Celui qui ne commence pas par se mettre à l’école de la sagesse, ne sera jamais un vrai serviteur. Tel fut le chemin de service du Christ lui-même comme homme. «Il me réveille chaque matin, il réveille mon oreille, pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne» (És. 50:4).
Remarquons que Salomon demande à l’Éternel «un coeur qui écoute». On n’apprend réellement à connaître les pensées de Dieu qu’avec le coeur et non avec l’intelligence. La vraie intelligence est produite par l’affection pour Christ. Le coeur écoute, et quand il a reçu les leçons dont il a besoin, il est devenu sage, capable de discerner entre le bien et le mal et de gouverner le peuple de Dieu. Ce qui rend si important le rôle du coeur dans le service, c’est qu’aucun jugement ne peut être selon Dieu, s’il n’a pas l’amour pour point de départ. Nous faisons cette expérience dans les cas de discipline, de conduite des âmes, de gouvernement des saints et des assemblées.
La parole de Salomon «fut bonne aux yeux du Seigneur» (v. 10). Quelle grâce que d’avoir son approbation dans tout ce que nous Lui demandons et de recevoir le témoignage que nous lui avons été agréables ! Aussi l’Éternel accorde-t-il à Salomon ce qu’il demande, et il Lui plaît d’y ajouter tout ce que Salomon ne demandait pas. Il lui accorde le premier rang pour la sagesse : «En sorte qu’il n’y aura eu personne comme toi avant toi, et qu’après toi il ne se lèvera personne comme toi». Il lui donne aussi «tant les richesses que la gloire... Il n’y aura personne comme toi» (v. 12, 13). L’humble dépendance de Salomon l’a mis au premier rang, selon qu’il est écrit : «Quiconque voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et quiconque d’entre vous voudra être le premier, sera l’esclave de tous». Il en fut de même de Christ : «Le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs» (Marc 10:43-45). En toutes choses, il n’y a personne qui l’égale. Aussi la sagesse, la puissance, les richesses, la couronne de gloire et d’honneur, toutes choses seront à Lui «dans le jour que Dieu fera», et les choses les plus grandes et les plus magnifiques ne formeront que le marchepied de ses pieds !
Au v. 14, comme dans tous les livres que nous étudions, se pose la question de la responsabilité du roi. «Si tu marches dans mes voies, gardant mes statuts et mes commandements, comme David, ton père, a marché, alors je prolongerai tes jours». C’est le si auquel Salomon lui-même n’a pu répondre et qui l’a conduit à la ruine et à la division de son royaume.
Ayant reçu ces bénédictions, Salomon quitte Gabaon pour venir à Jérusalem «se tenir devant l’arche de l’alliance de l’Éternel» ; acte d’un coeur soumis qui a l’intelligence de la pensée de Dieu ; première manifestation de la sagesse qu’il vient de recevoir. Il quitte les formes pour saisir la réalité ; il laisse l’appareil extérieur de sa religion, pour venir chercher la présence de Dieu (Christ en figure) représentée par l’arche. L’autel de Gabaon ne lui suffit plus ; ce lieu est abandonné et ne joue plus de rôle dans la vie religieuse de Salomon. Plus tard, le Seigneur se révèle encore à lui (9:2), mais ce n’est plus à Gabaon.
Salomon offre devant l’arche «des holocaustes et des sacrifices de prospérités, et fait un festin à tous ses serviteurs» (v. 15).
Il y a plus de joie devant l’arche qu’à Gabaon, bien que le roi ait probablement offert beaucoup plus de sacrifices dans ce dernier lieu (2 Chron. 1:6) que dans le premier ; mais devant l’arche nous trouvons des sacrifices de prospérités, les vrais sacrifices de communion, et en même temps un festin pour tous les serviteurs du roi.
Après l’intelligence pour rendre culte devant l’arche, première manifestation de la sagesse, nous trouvons en Salomon «la sagesse de Dieu pour faire justice» (v. 28). Salomon connaît le juste jugement. Qu’il s’agisse de prostituées, cela ne change rien à cette justice. Les hommes se laissent continuellement influencer dans leurs jugements par le caractère de ceux qui leur parlent ; il n’en est point ainsi de Dieu. Ce qui Lui importe, c’est le coeur et non le caractère extérieur. Le jugement de Salomon est basé sur les affections que le coeur manifeste. Affirmations ou dénégations étaient, dans ce cas, de même valeur, et le jugement ne pouvait se baser sur elles (v. 22). Ce qui pouvait l’établir, c’était la manifestation du coeur. La question n’était pas non plus, laquelle de ces deux femmes était la plus méritante — toutes deux étaient des prostituées — ni si l’action reprochée était probable ou avait eu lieu — elle n’avait eu aucun témoin ; — ni si la vraie mère pouvait reconnaître son enfant à certains signes extérieurs — il n’y en avait pas. Le seul témoignage était qu’une de ces femmes disait ne pas reconnaître son fils dans l’enfant mort. Il s’agissait donc de juger de l’état de son coeur, et l’on ne peut en juger que par les affections. L’une de ces femmes avait un objet qu’elle aimait. Laquelle des deux avait cet objet ? Or là où des liens réels existent, nous voudrons conserver à tout prix ce qui nous est cher, au risque de le perdre pour nous-mêmes. C’est là l’amour. L’amour n’est pas égoïste ; il se sacrifie pour l’objet aimé. L’amour de Christ a fait cela pour nous et nous pouvons en retour le faire pour Lui : «Pour l’amour de toi, nous sommes livrés à la mort tout le jour» (Rom. 8:36).
Quand la vraie mère voit l’épée levée sur son enfant, «ses entrailles sont tout émues pour son fils». L’objet aimé est plus pour nous que notre amour pour lui. C’est à cela qu’on distingue la réalité, la vraie mère. Dans la profession chrétienne, celui qui n’a pas trouvé un objet pour son coeur et ses entrailles, se trahit bien vite. «Coupez-le en deux», dit celle qui n’est pas la mère, obéissant à son ressentiment. On a vite sacrifié Christ quand il s’agit de satisfaire ses passions. La sagesse divine est seule capable de discerner la réalité de la profession au moyen de l’état du coeur. Combien est fréquente cette profession sans réalité ! Où sont les entrailles pour Christ, où le dévouement qui sacrifie pour Lui, même ses avantages les plus légitimes, ses droits les plus réels ? Il n’est pas question dans ce passage de bonté naturelle, ni de noblesse de coeur, car, nous le répétons, nous avons affaire à des prostituées. Il s’agit de liens créés par Dieu, d’un objet donné de Lui, et que l’âme apprécie. Jamais Dieu ne nous l’ôtera ; au contraire, dans l’épreuve, nous le recevrons comme tout de nouveau de sa propre main. «Donnez à celle-là l’enfant qui vit, et ne le tuez point ; c’est elle qui est sa mère !»
Ce chapitre nous parle de l’ordre intérieur et de l’éclat du royaume de Salomon, mais aussi de sa gloire morale caractérisée par la sagesse du roi.
Tout Israël était rassemblé sous son sceptre (v. 1), formant ainsi une paisible unité, inconnue au règne de son père. Les sept années d’Hébron, la révolte d’Absalom, celle de Shéba, fils de Bicri, celle d’Adonija, en étaient la preuve. Maintenant tout est en ordre et digne de ce règne glorieux, mais on ne trouve que onze princes (v. 2-6). L’ordre parfait, en rapport avec le gouvernement de la terre, représenté par le nombre douze, n’était pas encore arrivé et ne devait l’être qu’à l’apparition d’un plus grand que Salomon.
Azaria, fils de Tsadok, est placé à la tête des princes. «C’est lui qui exerça la sacrificature dans la maison que Salomon bâtit à Jérusalem» (*) (1 Chron. 6:10). La plus haute fonction lui est dévolue. Le temple va devenir le centre de tout l’ordre du royaume salomonique, comme il le sera sur la terre, lors de l’établissement du royaume millénaire de Christ (Ézéch. 40-48). Abiathar lui-même (v. 4), qui avait été chassé de la sacrificature, est compté parmi les princes aux côtés de Tsadok. Il avait porté l’arche et partagé toutes les afflictions de David, et, quoique sa charge lui soit enlevée, son seigneur ne veut pas le priver de la dignité qu’il confère à tous ceux qui ont souffert avec le roi rejeté.
(*) Il est probable que cet Azaria était le fils d’Akhimaats et le petit-fils de Tsadok. Le terme fils pour un descendant quelconque se retrouve continuellement dans les généalogies juives. Un passage d’une certaine obscurité, en 1 Chron. 6:9, semblerait rapporter la sacrificature à Azaria, arrière-petit-fils d’Akhimaats.
Parmi les douze intendants de Salomon (v. 7-19), nous en trouvons deux qui avaient épousé des filles du roi, honneur singulier accordé au fils de cet Abinadab qui avait recueilli l’arche et l’avait gardée pendant vingt ans dans la maison du coteau. C’était un titre de noblesse aux yeux du roi, d’être de la famille qui avait religieusement veillé autour de l’arche de l’Éternel.
Un honneur égal est accordé à Akhimaats, fils de Tsadok (*), fidèle à David au péril de sa vie, et auquel le vieux roi rendait ce témoignage : «C’est un homme de bien, il vient avec de bonnes nouvelles». Le premier, il avait annoncé à David la victoire qui lui rendait son trône et l’assurait à l’héritier selon Dieu.
(*) Les critiques, sans raison apparente, font de cet Akhimaats un autre personnage.
Les v. 20 à 28 nous décrivent la condition du peuple sous le règne de Salomon et le caractère de ce règne. «Juda et Israël étaient nombreux comme le sable qui est près de la mer, en multitude» (v. 20). La promesse faite à Abraham après qu’il eut offert son fils sur l’autel, se réalisait maintenant (Gen. 22:17), partiellement toutefois, car sa semence devait être «comme les étoiles des cieux et comme le sable qui est sur le bord de la mer». La promesse ne sera pleinement réalisée que lors du règne millénaire de Christ, où, pour ce qui concerne Israël, les deux parties du royaume, la céleste et la terrestre, seront, dans un parfait accord, établies à perpétuité. Ici, le peuple est en nombre comme le sable de la mer. Il contient en même temps et garde dans leurs limites les peuples qui l’entourent. Les sujets de Salomon «mangent, boivent et se réjouissent» (v. 20). Ils ont l’abondance matérielle ; les besoins non satisfaits n’existent plus. La joie remplit les coeurs ; la sécurité règne partout (v. 25). Chacun a sa possession et habite sous sa vigne et sous son figuier. Ce que les hommes cherchent vainement dans ce monde d’iniquité dont Christ a été chassé, se trouvera pleinement réalisé, quand le Seigneur, reconnu de tous, dominera sur tous les royaumes de la terre (v. 21, 24). Bien plus, ce règne puissant sera un règne de paix universelle : «Il était en paix avec tous ses alentours, de tous côtés» (v. 24). Toute la prospérité, toutes les ressources du royaume, servaient à exalter le roi, concouraient à faire ressortir sa gloire (v. 22, 23 ; 26-28).
Mais ce qui caractérisait avant tout cette domination universelle, c’était son aspect moral, bien plus glorieux encore que son côté matériel (v. 29-34). «Dieu donna à Salomon de la sagesse et une très grande intelligence, et un coeur large comme le sable qui est sur le bord de la mer» (v. 29). Dieu avait donné à Salomon la sagesse, le discernement moral qui s’applique à toutes choses, au bien, au mal, aux circonstances diverses de l’homme, et la connaissance de la conduite à tenir à l’égard de ces choses. Ce discernement moral ne se trouve que là où il y a la crainte de l’Éternel qui, nous l’avons vu, caractérise Salomon au début de sa carrière. La parole de Dieu est le moyen de nous communiquer cette sagesse ; c’est pourquoi Salomon demandait à Dieu «un coeur qui écoute». Cette sagesse a trouvé son expression dans les Proverbes de Salomon, devenus eux-mêmes la parole de Dieu.
«Et une très grande intelligence». L’intelligence de Salomon était aussi grande que sa sagesse, à laquelle elle était intimement liée. L’intelligence est la capacité de comprendre et de s’approprier les pensées de Dieu, en sorte que l’on peut les communiquer à d’autres. Outre cela, «un coeur large comme le sable qui est au bord de la mer», un coeur capable d’embrasser tout son peuple (cf. v. 20), identifiant Israël avec lui-même, pourvoyant selon son amour à tous leurs besoins, répondant à tous leurs intérêts en les faisant siens. Cela ne nous parle-t-il pas de Christ, de ce qu’il manifestera pleinement, quand il nous aura introduits dans le repos glorieux de sa présence, quand son coeur, divinement large, nous embrassera tous ; quand «il se reposera dans son amour» ? (Soph. 3:17).
La largeur de l’intelligence de Salomon nous est décrite aux v. 33, 34. Il y avait dans son règne bien plus qu’une domination matérielle. Son intelligence dominait tout. «Et il parla sur les arbres, depuis le cèdre qui est sur le Liban, jusqu’à l’hysope qui sort du mur ; et il parla sur les bêtes, et sur les oiseaux, et sur les reptiles, et sur les poissons» (v. 33). Adam avait dominé matériellement «sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur le bétail, et sur toute la terre, et sur tout animal rampant qui rampe sur la terre» (Gen. 1:26). Dieu avait livré entre les mains de Noé «tout animal de la terre, et tout oiseau des cieux, et tout ce qui se meut sur la terre, aussi bien que tous les poissons de la mer» (Gen. 9:2). Plus tard, le Dieu des cieux avait mis «les bêtes des champs et les oiseaux des cieux entre les mains» du roi des gentils, et l’avait fait dominer sur eux et sur les hommes. Tout cela n’est pas dit de Salomon, mais sa sagesse dominait toutes ces choses, du cèdre à l’hysope, des bêtes aux poissons. Il connaissait leur vie, leur raison d’être, leurs rapports entre eux et avec l’ensemble de la création, les exemples que Dieu fournissait par eux à la vie morale des hommes, et il parlait de tout cela. La science moderne avec ses hautes prétentions n’est qu’un amas de ténèbres vis-à-vis de ces certitudes. Mais Salomon ne possédait pas la domination universelle sous ses deux aspects. Elle est réservée à un plus grand que Salomon, au second Adam : «Tu l’as couronné de gloire et d’honneur ; tu l’as fait dominer sur les oeuvres de tes mains ; tu as mis toutes choses sous ses pieds : les brebis et les boeufs, tous ensemble, et aussi les bêtes des champs, l’oiseau des cieux, et les poissons de la mer, ce qui passe par les sentiers des mers». C’est de Lui qu’il est dit aussi : «Digne est l’Agneau qui a été immolé de recevoir la puissance, et richesse, et sagesse, et force, et honneur, et gloire, et bénédiction» (Apoc. 5:12).
La domination de Salomon n’était qu’un faible type de celle de Christ qui aura «pour sa possession les bouts de la terre» (Ps. 2:8). Le roi d’Israël dominait «sur tout ce qui était en deçà du fleuve», «jusqu’au pays des Philistins et jusqu’à la frontière d’Égypte» (v. 24 et 21). C’étaient en somme les limites que l’Éternel assignait à Israël, en Josué 1:4 ; mais quand il s’agissait de la sagesse de Salomon, ces limites étaient bien dépassées : Tous les peuples venaient pour l’entendre ; tous les rois de la terre venaient s’en enquérir (v. 34), et l’on voyait se réaliser en type ce qui est dit de Christ : «Voici, je t’ai donné pour être une lumière des nations et pour être mon salut jusqu’au bout de la terre».
«La sagesse de Salomon était plus grande que la sagesse de tous les fils de l’Orient et toute la sagesse de l’Égypte. Et il était plus sage qu’aucun homme, plus qu’Ethan, l’Ézrakhite, et qu’Héman, et Calcol et Darda, les fils de Makhol» (v. 30, 31). Nous n’avons pas d’autre mention des deux derniers de ces hommes, sinon en 1 Chron. 2:6, mais nous avons dans la Parole une indication de la sagesse d’Ethan et d’Héman. Héman, l’Ézrakhite, est l’auteur inspiré du Psaume 88, Ethan, l’Ézrakhite, celui du Psaume 89. Or quelle est la sagesse contenue dans ces deux Psaumes ? Le Psaume 88 a un caractère absolument spécial, qu’aucun autre Psaume ne reproduit à ce degré. Il nous montre Israël, convaincu d’avoir violé la loi et sous les conséquences de cette désobéissance. Rien de plus terrible ! La mort, le sépulcre, le retranchement et les ténèbres sont sa part. Bien plus, la fureur de l’Éternel s’est appesantie sur lui et il l’a accablé de toutes ses vagues. Il est abandonné des hommes et n’a aucune issue. Il crie, il crie en vain (v. 1, 9, 13). Il est rejeté ; Dieu lui cache sa face. Les ardeurs de la colère de l’Éternel ont passé sur lui ; il est anéanti par ses frayeurs. Dieu a éloigné de lui tous ceux qui auraient pu sympathiser avec lui. Et la conclusion de tout cela ? Aucune ! Pas un rayon d’espérance. Une âme qui crie, et Dieu qui ne répond pas ! (*)
(*) Nous trouvons ces mêmes sentiments exprimés dans la prière de Moïse, au Ps. 90 ; versets 1-6, au sujet du péché, versets 7-12, au sujet de la violation de la loi, mais non sans espoir.
Or, remarquons-le, ce Psaume est le seul témoignage qui nous soit donné de la sagesse d’Héman. Grande, immense sagesse, en effet, que celle qui, considérant la responsabilité de l’hotnme vis-à-vis des exigences de la justice et de la sainteté divines, constate que la position est sans issue, et que la loi, mesure de cette responsabilité, doit jeter l’homme dans les ténèbres de la mort, à jamais loin de la face de Dieu.
Héman arrivait, par la sagesse, au bout de ce que Dieu voulait enseigner à l’homme par la loi de Moïse. L’expérience à laquelle devaient aboutir les longs siècles de l’histoire de l’homme et qui devait former la base de l’Évangile, l’esprit de cet homme de Dieu n’en était-il pas déjà convaincu ? En lisant ce Psaume, ne croirait-on pas lire dans l’épître aux Romains la description de la loi qui tue le pécheur ?
Au Psaume 89, c’est la sagesse d’Ethan qui nous instruit. De quoi parle-t-il, cet autre sage ? De la grâce ! Ce Psaume est celui des immuables promesses de Dieu et des grâces assurées de David. Les relations du peuple avec Dieu, sur le pied de la loi, ne peuvent aboutir qu’aux ténèbres du jugement et de la mort ; ces relations, sur le pied de l’alliance de grâce faite avec David, aboutissent à ceci : «La bonté sera édifiée pour toujours ; dans les cieux mêmes tu établiras ta fidélité» (v. 2) — dans les cieux, où jamais rien ne pourra l’atteindre. Ce magnifique Psaume est l’hymne de la grâce et de toute la gloire de Dieu que cette grâce a établie et mise en lumière. La justice, le jugement, la bonté, la vérité, la fidélité, la puissance de Dieu sont célébrés, comme manifestés dans une personne, elle-même centre et clef du Psaume, le vrai David, haut élevé comme un élu d’entre le peuple, l’Oint de l’Elernel (v. 19, 20), celui qui sera fait le premier-né, le plus élevé des rois de la terre (v. 27), celui dont il ne retirera pas sa bonté, auquel il ne démentira pas sa fidélité (v. 33), celui dont la semence sera à toujours, dont le trône sera comme le soleil devant l’Éternel ! (v. 36).
Sans doute, dans ce merveilleux tableau de la grâce, vue dans le vrai David et dans son trône glorieux, la question de la responsabilité des fils de David (v. 30-32) ne peut manquer, ni les conséquences qui en sont résultées pour le peuple qui a failli (v. 38-51), mais cette scène sombre elle-même se termine par la bénédiction : «Béni soit l’Éternel pour toujours ! Amen, oui, amen» (v. 52).
Tels sont les enseignements de la sagesse, par la bouche de ces deux hommes de Dieu, l’un montrant le régime de la loi qui aboutit à la malédiction et aux ténèbres de la mort, l’autre le régime de la grâce basée sur la personne du vrai David et aboutissant à la gloire éternelle. Le premier proclame la fin du vieil homme, le second le règne sans fin de l’homme nouveau.
Quelle devait donc être la sagesse de Salomon, pour surpasser celle de ces deux sages !
Après avoir décrit l’ordre intérieur du royaume de Salomon et toute la sagesse qui y présidait, le Saint Esprit nous amène à ce qui, par excellence, devait caractériser ce règne : au temple de l’Éternel. David n’avait pu bâtir cette maison, car la paix devait être établie (v. 3) pour que l’Éternel pût faire sa demeure définitive au milieu de son peuple. Tant que ce dernier avait erré dans le désert, l’Éternel s’était associé par le tabernacle à sa condition de pèlerin et de voyageur. Puis étaient venues les guerres de Canaan sous Josué et les Juges ; elles n’avaient cessé qu’avec le règne de David. Dieu ne peut habiter en repos là où est la guerre. La première condition de sa demeure définitive (*) avec son peuple en Canaan, c’est que la paix soit faite. Il en est de même, spirituellement, pour l’Église. Lorsque la «bonne nouvelle de la paix» est annoncée, la maison de Dieu, le temple saint dans le Seigneur, s’édifie et cette oeuvre se continue jusqu’au plein repos de la gloire.
(*) Nous disons «définitive», parce que la condition première pour l’habitation de Dieu avec son peuple est la rédemption, typifiée par la pâque et la mer Rouge.
Sous Salomon, cette paix était extérieure, matérielle, pour ainsi dire. L’Éternel lui avait donné de la tranquillité de tous les côtés (v. 4). Les bénédictions dont son règne était rempli avaient le même caractère matériel. Toutes les choses désirables de la terre lui étaient apportées, et il les faisait contribuer à la gloire de l’Éternel qui l’avait établi sur son trône.
Le roi de Tyr est mentionné le premier comme venant apporter ses services au royaume naissant. Tyr est, dans la Parole, une image du monde avec toutes ses richesses et ses choses désirables. On voit, en Ézéch. 27, ce qu’était, dans l’antiquité, Tyr, dont le commerce s’étendait sur toute la terre et vers laquelle affluaient de toutes parts les ressources du monde entier. Bois précieux que les Sidoniens excellaient à travailler, ivoire et ébène, fin lin, laine blanche, broderies, bleu et pourpre ; argent, fer, étain, plomb, airain ; escarboucles, corail, rubis et toute pierre précieuse, or en immense quantité ; aromates, huile et blé ; troupeaux innombrables ; sans compter les guerriers pour la défendre, les matelots pour conduire ses flottes, les sages pour diriger et utiliser ses ressources ; telle était, en quelques mots la richesse de Tyr. Tout ce que le coeur humain pouvait désirer sur la terre, il se le procurait là.
Au temps de Salomon, Tyr n’avait pas encore revêtu le caractère d’orgueil, jugé par Ésaïe et surtout par Ézéchiel, et qui allait jusqu’à déifier l’intelligence de l’homme. Hiram, ami de David, régnait encore sur ce peuple. Il était venu, de son plein gré, offrir ses services au père de Salomon et ses ouvriers lui avaient bâti une maison (2 Sam. 5:11). Cette même libre volonté lui fait envoyer ses serviteurs au fils de David, parce qu’il avait toujours aimé le père (v. 1). Comment ne pas être accueilli du roi de gloire, quand on a toujours aimé le roi de grâce ?
Salomon fait part à Hiram de ses desseins qui n’étaient nullement le fruit de sa propre volonté. Il avait résolu de bâtir la maison de l’Éternel, parce que Dieu l’avait ainsi décrété, communiquant d’avance sa volonté à David (v. 5). Tel est le vrai caractère de la décision de la foi. La foi décide, parce que Dieu a résolu. Ce point est important. Souvent nous connaissons d’avance la volonté de Dieu, et au lieu de dire : «J’ai résolu» de la faire, nous cherchons des prétextes et de bonnes raisons pour l’éviter, ou du moins pour ne pas y mettre tout notre coeur. D’autres fois, nos résolutions n’ont pour motif que notre propre volonté et nous conduisent à d’amères déceptions.
Le règne de Salomon est caractérisé, comme nous l’avons dit, par une gloire terrestre à laquelle viennent concourir toutes les ressources naturelles que le monde entier peut fournir. Mais cette gloire devait être à la gloire de Dieu et lui donner, au milieu de son peuple, un temple qui exaltât sa sainteté et sa grandeur. Il en sera de même lors du règne glorieux du Messie.
Nous verrons plus loin que Salomon, roi responsable, ne s’est pas contenté de ce qui lui avait été départi par l’Éternel, mais a cherché plus tard à s’agrandir par et pour lui-même et en a porté les conséquences.
Hiram se réjouit beaucoup quand il entendit les paroles de Salomon. Il se trouvait honoré de pouvoir contribuer par son service à la gloire du Dieu d’Israël. Ce roi des nations dit : «Béni soit aujourd’hui l’Éternel» (v. 7). Il tient l’Éternel, le Dieu de Salomon, pour son Dieu, et lui rend grâces de ce qu’il a donné à David un fils pour régner sur son peuple. L’affection pour David, le roi rejeté, conduit l’âme à l’appréciation du roi de gloire, à celle de Dieu lui-même, à l’affection pour le peuple de Dieu.
Le fruit d’un coeur heureux, c’est un dévouement entier pour le service de Christ. «Je ferai tout ce que tu désires» (v. 8). Et après tout, qu’est-ce que le service d’Hiram en comparaison de ce que Salomon fait pour lui ? Parfois ce que nous faisons pour le Seigneur a quelque apparence. Ce n’est pas peu de chose que les cèdres du Liban et toute la peine de leur transport, seulement Salomon emploie de bien autres éléments pour la construction du temple que les cèdres et les cyprès d’Hiram ; les grandes pierres de prix, l’or qui recouvre tout, sont plus importants pour la fondation et la gloire de l’édifice que les produits du Liban. Néanmoins Salomon accomplit le désir d’Hiram, parce que ce dernier accomplit celui de Salomon (v. 9, 10), et le désir d’Hiram c’est la nourriture de sa maison. Le Seigneur pourrait se passer de nous, il ne le veut pas ; il sait que c’est réjouir nos coeurs et leur apporter la bénédiction que de les employer à son service — mais nous ne pouvons nous passer de Lui. C’est Lui qui nous donne la vie, la nourriture, les forces et l’accroissement. La nourriture du pays d’Hiram, le blé dont ses marchands trafiquaient, leur venait de la Palestine (Ézéch. 27:17). C’est le pays de l’Éternel qui fournit les éléments nécessaires à notre existence. Aussi Hiram dépend-il de Salomon pour cela : «Tu donneras du pain à ma maison» (v. 9). Et quelle abondance règne désormais parmi les serviteurs du roi de Tyr ! Quatre millions huit cent mille litres de froment par année ! On pouvait posséder des cèdres et des cyprès et mourir de faim. Certes, on ne mourait pas de faim quand on les mettait au service de Salomon !
La paix caractérise toute cette scène. Hiram et Salomon firent une alliance de paix (v. 12).
«Et l’Éternel donna de la sagesse à Salomon, comme il le lui avait dit» (v. 12). Il l’avait reçue (2:6) pour la purification de son royaume par le jugement : puis (3:12) pour le discernement, en vue du gouvernement de son peuple ; puis (4:29) en vue de la conduite et de l’instruction des nations, des peuples et des rois de la terre ; il la reçoit enfin en vue de l’édification du temple, du grand oeuvre qui devait caractériser son règne glorieux.
Aux v. 13-18, nous assistons à l’organisation du travail préparatoire du temple. Chacun y est employé selon sa propre capacité. La sagesse de Salomon ordonne tout. Ses ouvriers viennent en aide à ceux d’Hiram pour le bois de construction, portent des fardeaux, taillent la pierre dans la montagne. Les Guibliens y ont leur part. Ils sont mentionnés par Ézéchiel (27:9), comme habiles à réparer les fissures de Tyr représentée sous forme d’un vaisseau magnifique naviguant sur les mers (*).
(*) Les Guibliens sont mentionnés dans Josué, en rapport avec le Liban et comme devant être conquis par Israël (Jos. 13:5). Le Guebal d’Ézéch. 27:9, port de mer au pied des pentes nord du Liban, était probablement leur ville. Dans ce règne glorieux de Salomon, ils devaient être tributaires, comme appartenant à la race conquise de Canaan.
Le premier acte de Salomon, c’est de transporter «de grandes pierres, des pierres de prix, pour faire les fondements de la maison, des pierres de taille». Il s’agit avant tout de poser un fondement de grand prix et d’une solidité à toute épreuve comme base du temple de Dieu. C’est ce que Dieu a fait aussi pour sa maison spirituelle. Le fondement, c’est Christ, principale pierre de l’angle : les fondem