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Méditations  sur  le  Premier  Livre  de  Samuel

 

par Henri  Rossier

 

TABLE DES MATIÈRES

1     INTRODUCTION

2     CHAPITRES 1 à 3 — Éli ou la ruine de la sacrificature

2.1      CHAPITRE 1

2.2      CHAPITRE 2:1-11

2.3      CHAPITRE 2:12-36

2.4      CHAPITRE 3

3     CHAPITRES 4 à 8 — Samuel, juge et prophète

3.1      CHAPITRE 4

3.2      CHAPITRES 5 à 6:13

3.3      CHAPITRES 6:13 à 7:1

3.4      CHAPITRE 7

3.5      CHAPITRE 8

4     CHAPITRES 9 à 15 — Saül ou le roi selon la chair

4.1      CHAPITRE 9

4.2      CHAPITRE 10

4.3      CHAPITRE 11

4.4      CHAPITRE 12

4.5      CHAPITRE 13

4.6      CHAPITRE 14

4.7      CHAPITRE 15

5     CHAPITRES 16 à 31 — David ou le roi selon la grâce

5.1      CHAPITRE 16

5.2      CHAPITRE 17

5.3      CHAPITRE 18

5.4      CHAPITRE 19

5.5      CHAPITRE 20

5.6      CHAPITRE 21

5.7      CHAPITRE 22

5.8      CHAPITRE 23

5.9      CHAPITRE 24

5.10      CHAPITRE 25

5.11      CHAPITRE 26

5.12      CHAPITRE 27

5.13      CHAPITRE 28

5.14      CHAPITRE 29

5.15      CHAPITRE 30

5.16      CHAPITRE 31

 

1                    INTRODUCTION

 

Le livre de Samuel fait suite au livre des Juges et à celui de Ruth. À son début, la période des Juges n’est pas encore close : Éli le sacrificateur était l’un d’entre eux (1 Sam. 4:18) ; Samuel le premier prophète (Actes 3:24 ; 13:20), fut aussi juge sur Israël (1 Sam. 7:6). Il crut pouvoir établir ses fils comme juges après lui (1 Sam. 8:1), mais leur infidélité mit fin à cette économie. Au reste, le temps des juges avait un caractère plutôt transitoire : ils apportaient un soulagement temporaire à la misère du peuple, coupable d’avoir laissé subsister les ennemis de l’Éternel, au lieu de les exterminer. Entraîné par ces nations dans l’iniquité et l’idolâtrie, Israël avait dû subir leur joug comme châtiment de sa désobéissance. Sous leur tyrannie le peuple gémissait et criait à l’Éternel. Celui-ci, plein de pitié pour eux, envoyait des libérateurs qui leur procuraient du répit en les délivrant de la main de ceux qui les pillaient. Hélas ! rien ne changeait leur coeur. «Lorsque le juge mourait, ils recommençaient à se corrompre plus que leurs pères, marchant après d’autres dieux pour les servir et pour se prosterner devant eux ; ils n’abandonnaient rien de leurs actions et de leur voie obstinée» (Juges 2:19).

Pendant la période des juges, la sacrificature reste le lien immédiat et reconnu, le point de contact entre le peuple et Dieu. Elle représente le peuple dans ses rapports avec Dieu qui est lui-même Roi d’Israël. À de certains moments, aux jours où «chacun faisait ce qui était bon à ses yeux» (Juges 21:25), le rôle de la sacrificature pouvait être comme éclipsé, mais le lien formé par elle n’en subsistait pas moins.

Le livre de Ruth s’intercale vers la fin de l’histoire des Juges, pour nous révéler la pensée secrète de Dieu au sujet d’une économie nouvelle, la royauté. On y voit Dieu préparant un roi selon son coeur ; comme le Shilo de la prophétie de Jacob, il devait sortir de Juda. Ce livre débute donc par Élimélec, homme de Juda, et proclame en terminant le nom du roi David, nous montrant ainsi d’avance quel sera l’oint de l’Éternel.

Notons ici que la relation avec l’Éternel diffère sous la sacrificature et sous la royauté. Sous la première, cette relation est immédiate, car le sacrificateur représente le peuple devant Dieu, tandis que la royauté est une autorité établie sur le peuple. Ce dernier était assujetti au roi qui devait le gouverner selon les pensées de Dieu. C’était du roi que Dieu attendait la fidélité ; c’était lui qui était responsable devant Dieu de l’infidélité d’Israël, et la destinée du peuple dépendait de sa conduite.

Jusqu’à l’établissement définitif du roi, nous avons, dans le 1° livre de Samuel, une période de transition. Le premier grand fait, constaté dans ce livre, c’est que la sacrificature est devenue infidèle et ne peut plus être le fondement des relations du peuple avec Dieu. Sans doute elle est toujours nécessaire et ne peut être abolie, mais elle cesse d’occuper la première place. Un nouveau fondement de relation est établi dans la royauté. Alors Dieu se suscitera un sacrificateur fidèle qui marchera toujours devant son oint, au lieu d’être, comme par le passé, le lien entre le peuple et Dieu (1 Sam. 2:35).

Tout cela explique pourquoi le 1° livre de Samuel débute par la tribu de Lévi et par la sacrificature, et non, comme le livre de Ruth, par Juda et la royauté.

Elkana est un lévite (*). Éli est le souverain sacrificateur  (**) ; nous sommes ainsi sur le terrain de la sacrificature. Restée fidèle elle n’aurait pas donné lieu à un changement d’économie ; il fallait donc en constater la ruine avant l’entrée en scène du vrai roi, car Dieu ne pouvait rester en relation avec le peuple par l’intermédiaire d’une sacrificature corrompue.

(*) Elkana (1:1) était Lévite, de la descendance de Kehath, de la tribu de Lévi (1 Chron. 6:27, 28). Les Lévites se rangeaient sous trois chefs : Guershom, Kehath et Mérari, formant ainsi trois familles distinctes auxquelles était confié «tout le service du tabernacle de la maison de Dieu» (1 Chron. 6:48). Chacune avait son office particulier : les Guershomites devaient porter tous les tapis du tabernacle, les Mérarites ses ais et ses piliers. Les Kehathites étaient favorisés, par conséquent responsables entre tous ; leur service était particulièrement intime ; ils portaient tous les ustensiles du tabernacle, y compris l’arche et le voile. Elkana était un Kehathite. De Kehath étaient sortis Moïse et Aaron. Les fils de Moïse, Guershom et Éliézer, avec leurs descendants, furent attribués à cette famille. Sous le règne de David, et quand il fut question de bâtir la maison de Dieu, le service des Lévites différa notablement de leur service pendant la marche du désert (1 Chron. 23:28-32).

(**) La souveraine sacrificature de ce temps-là était représentée par Éli. Outre Nadab et Abihu, morts sans postérité (1 Chron. 24:2), Aaron avait deux fils, Éléazar et Ithamar. De ces deux hommes devaient sortir tous ceux qui exerceraient la sacrificature. Leurs fonctions consistaient : 1° à «faire fumer ce qui brûlait sur l’autel de l’holocauste et sur l’autel de l’encens, pour tout le service du lieu très-saint», et 2° «à faire propitiation pour Israël» (1 Chron. 6:48, 49).

Éléazar, l’aîné des deux fils d’Aaron, était père de Phinées qui fut «jaloux de la jalousie de l’Éternel, au milieu des fils d’Israël», et c’est à cause de son zèle que Dieu lui donna «une alliance de sacrifice perpétuelle pour lui et pour sa semence après lui» (Nomb. 25:10-13). La descendance d’Éléazar est donc la lignée fidèle à laquelle appartient la promesse. Cette lignée se continue par Tsadok qui exerça la sacrificature sous David et sous Salomon (2 Sam. 8:17 ; 1 Rois 2:35), et par Azaria : «c’est lui qui exerça la sacrificature dans la maison que Salomon bâtit à Jérusalem» (1 Chron. 6:10).

Ithamar eut pour descendant Éli qui paraît au chapitre premier de notre livre. En ce temps-là la souveraine sacrificature appartenait à la famille d’Ithamar. Puis vint Akhimélec que Saül immola avec toute la sacrificature d’alors. Abiathar seul échappa et se réfugia auprès de David. Aussi la descendance d’Ithamar fut-elle bien moins nombreuse que celle de son frère aîné (1 Chron. 24:4). Abiathar exerça plus tard la sacrificature avec Tsadok au temps d’Absalom (2 Sam. 17:15), mais auparavant il avait été utile à David, «étant affligé dans tout ce en quoi le roi était affligé» (1 Rois 2:26). Plus tard ce même Abiathar, quand David fut devenu très vieux, se ligua avec Joab pour substituer à Salomon Adonija comme roi (1 Rois 1:7), tandis que Tsadok demeura fidèle (1:8). Enfin Salomon chassa Abiathar de la souveraine sacrificature, parce qu’il était digne de mort pour avoir conspiré contre lui, et aussi «pour accomplir la parole de l’Éternel, qu’il prononça au sujet d’Éli, en Silo» (1 Rois 2:27).

Mais, d’autre part, il était nécessaire de montrer que, Dieu introduisant son roi comme intermédiaire entre Israël et Lui, cette relation ne pouvait être établie sur le pied de la chair. De là toute l’histoire de Saül, depuis le chap. 9 à la fin du livre. Dieu pouvait, sans doute, employer un roi selon la chair comme libérateur de son peuple, mais cette fonction ne le qualifiait pas moralement pour être chef d’Israël. Le livre des Juges nous présente la même vérité dans l’histoire de Samson. Le don et l’état moral d’un homme, sont deux choses fort différentes. Saül, plus tard un réprouvé, peut être «parmi les prophètes» ; Balaam peut bénir Israël ; Judas, agir en puissance avec les disciples, tout en étant l’instrument de l’ennemi pour livrer le Seigneur, son Maître.

 

2                    CHAPITRES 1 à 3 — Éli ou la ruine de la sacrificature

2.1   CHAPITRE 1

Anne a ceci de remarquable, que son caractère est celui du croyant dans tous les âges. Son nom signifie «grâce» ; mais avant de répondre à ce nom, elle représente la chair incapable de porter du fruit pour Dieu. Il faut toujours commencer par là. La parole de Dieu nous enseigne que l’homme naturel a deux caractères : méchanceté et incapacité, et la loi n’a pas d’autre but que de nous en convaincre. Mais il nous est plus facile de nous confesser coupables que d’admettre notre incapacité, car avouer l’impuissance de notre chair est profondément humiliant pour nous. Anne sentait cela, mais ce n’était pas toute son épreuve. Comme jadis Sara, elle était en butte à la haine et au mépris de l’épouse selon la chair. Celle-ci était en pleine prospérité, car Peninna «avait des enfants» quand Anne n’en avait point ; mais la haine de la première était d’autant plus forte que l’amour de leur époux se reportait sur la femme misérable et stérile.

La pauvre Anne était pleine d’amertume et pleurait abondamment. Une ressource lui restait : porter son affliction devant l’Éternel. Le coeur de Dieu seul pouvait lui répondre en grâce ; elle se présente donc devant Lui à Silo. Une nouvelle épreuve l’y attend. Elle y rencontre le manque d’intelligence du chef spirituel de son peuple qui, confondant l’action de l’Esprit de Dieu avec celle de la chair, la croit ivre quand elle est angoissée. Quelle souffrance ! En elle-même toute ressource lui manque ; le coeur du monde lui est hostile ; ceux qui portent le nom de l’Éternel la jugent et ne la comprennent pas ! Comment manger et boire et se réjouir, quand l’unique désir de son âme n’a pas trouvé de réponse ? Elle ne tient pas d’avoir ce fils pour elle-même ; elle est toute disposée à le «donner à l’Éternel pour tous les jours de sa vie», à faire de lui un nazaréen pour Dieu ; mais ce qu’il lui faut, c’est une marque de la faveur de Dieu, c’est la «grâce !» Dieu lui a-t-il donné ce nom en vain, à elle, la femme stérile ? La grâce seule lui reste, et c’était le point auquel il lui fallait arriver.

Éli a assez de conscience, car il est après tout un vrai serviteur de Dieu, pour que le langage de la vérité s’impose à lui et le fasse revenir de son impression première. Il bénit Anne de la part de Dieu : «Va en paix ; et que le Dieu d’Israël t’accorde la demande que tu lui as faite !» (v. 17).

Immédiatement la foi d’Anne s’empare de la grâce avant d’en avoir reçu les effets. Elle «s’en alla son chemin ; et elle mangea, et elle n’eut plus le même visage» (v. 18). Cette assurance de la foi suffit à fortifier son coeur et à la combler d’une joie qui se manifeste aux yeux de tous.

Elle est maintenant remplie de reconnaissance. Il ne lui suffit pas d’avoir trouvé l’allégresse et le repos après l’angoisse. Que rendra-t-elle à Dieu pour un si grand bienfait ? Ce qu’elle Lui avait promis au v. 11 : une consécration complète de son fils, une vraie séparation pour Lui. Exaucée par le don de Samuel, elle ne retire pas son offre : «Qu’il paraisse devant l’Éternel et qu’il habite là pour toujours». Cette humble femme du Lévite apporte au Seigneur un sacrifice coûteux «trois jeunes taureaux, un épha de farine et une outre de vin» — mais qui n’est rien en regard du don de Samuel. Elle se sépare de son fils unique, donné par Dieu même, de celui qu’elle avait «demandé à Dieu», montrant ainsi que pour elle Dieu a plus de prix que ce fils tant désiré.

Puissions-nous avoir une telle foi ! En vue de la manifester, Dieu met nos coeurs à l’épreuve. Comme pour Anne, cette épreuve ne sera pas, tout d’abord, un sujet de joie, mais d’amertume et de tristesse, mais ensuite elle portera un fruit paisible de justice à ceux qui sont exercés par son moyen.

 

2.2   CHAPITRE 2:1-11

La conscience de son état irrémédiable, le brisement et l’humiliation, avaient préparé Anne à recevoir la grâce que Dieu lui accordait, en lui donnant Samuel. Mais à peine le tenait-elle entre ses bras maternels qu’elle avait dû se séparer de lui pour le consacrer à Dieu. Sa vie allait être plus solitaire que jamais, et dans un temps surtout où la condition du peuple accumulait les ruines autour d’elle. Anne cependant est remplie d’une joie qui déborde en un cantique de triomphe : «Mon coeur s’égaie en l’Éternel... car je me réjouis en ton salut» (v. 1). C’est que Dieu s’est révélé à elle en grâce ; c’est qu’Il se révèle encore à sa fidèle servante qui, ayant tout reçu de Lui, n’avait rien gardé pour elle et Lui avait tout rendu. S’étant privée de son fils, elle comprend mieux tout ce que Dieu est en Lui-même, elle apprécie davantage tout ce qu’Il est pour elle. Abraham, sacrifiant Isaac à la demande de l’Éternel, avait fait une expérience semblable. Ce fut alors que Dieu lui révéla toute l’étendue des promesses qu’il avait reçues, et que Dieu confirmait à sa semence (Gen. 22:15-18 ; Gal. 3:15-16).

Avec la joie, Anne a trouvé la force : «Ma corne est élevée en l’Éternel» (v. 1). Cette force «s’accomplit dans l’infirmité» (2 Cor. 12:9) ; ayant répudié tout ce qui était haut placé, tout ce qui avait un renom en Israël, Dieu la donne en partage à une faible femme, humiliée et méprisée. Ce beau cantique d’Anne a donc pour point de départ ses douloureuses expériences personnelles, quoiqu’il aille beaucoup plus loin. Nous verrons, dans le cours de ce livre, la même chose se produire chez David. Les Psaumes inspirés sont le fruit de ses expériences, mais la portée que l’Esprit leur donne va bien au-delà, et se concentre prophétiquement sur les souffrances et les gloires de Christ, sur la personne de Celui qui est l’accomplissement de toutes les promesses, de toutes les voies, de tous les conseils de Dieu.

C’est ainsi que nous devons interpréter le cantique d’Anne. Ses circonstances personnelles sont comme l’introduction à des choses non révélées, gardées jusqu’alors dans les conseils de Dieu.

Le sujet principal du cantique d’Anne, le grand principe qui y est présenté, c’est la grâce souveraine et la puissance de Dieu, qui abaisse l’orgueilleux et celui qui met sa confiance en la chair, et relève le faible et l’impuissant, «car les piliers de la terre sont à l’Éternel et sur eux il a posé le monde». C’est sur sa grâce et sur sa puissance qu’Il a établi tout l’ordre des choses créées. Israël, misérable et déchu, et un pauvre et faible résidu fidèle, avaient besoin de savoir ces choses, d’apprendre que tout dépendait de Lui seul, que Lui seul pouvait garder les pieds de ses saints, faire taire les méchants, réduire à néant toute la force de l’homme, briser tous ses adversaires, et enfin donner la force à son Roi et élever la corne de son Oint (*), car Il intervient en faveur d’Israël en donnant la force à son Christ. Il ne donne pas la force à son peuple, mais à son Oint. Il suscite le Roi de qui tout dépend, le pivot de tout, le seul moyen d’entretenir des relations entre son peuple et Lui.

(*) Le cantique de Marie (Luc 1:16-56) offre les mêmes caractères. Cette humble femme, cachée parmi les petits, quoique de la famille de David, célèbre la grâce et la puissance du Dieu Sauveur qui abaisse les orgueilleux, élève les petits et prend la cause d’Israël en main.

Reprenons un ou deux détails de ce cantique. Le v. 1 célèbre le salut de l’Éternel. Tout est pure grâce de sa part, car c’est «la grâce qui apporte le salut». Le v. 2 célèbre la sainteté de l’Éternel. Le croyant ne peut séparer ces deux caractères l’un de l’autre ; celui qui a trouvé Dieu comme Sauveur, comprend qu’Il est «le Saint et qu’il n’y en a point d’autre que Lui». Mais il faut être saint pour Lui appartenir ; c’est pourquoi Il nous a sanctifiés pour Lui-même. Toute notre conduite devra donc désormais montrer ce caractère.

Cette grande vérité fut mise en lumière à la Pâque. Les Israélites avaient été abrités par le sang de l’agneau, livré au jugement à leur place.

Le peuple s’appropriait ce sacrifice en mangeant l’agneau avec des pains sans levain qui représentaient en type la sainte humanité de Christ. Dès ce moment il lui était enjoint de faire pendant sept jours la fête des pains sans levain. Comme Celui qui les avait appelés était saint, eux aussi devaient être saints dans toute leur conduite (1 Pierre 1:15, 16).

Le v. 3 est un avertissement aux méchants dont Peninna est le type. Ils sont placés en présence de Dieu qui connaît tout, et qui pèse les actions des hommes.

Aux v. 4 à 8, nous trouvons la raison de la discipline qui avait atteint les fidèles. C’était afin que le caractère de la grâce fût mis en lumière en les élevant à la gloire, et le caractère de la justice en donnant leur rétribution aux méchants. Cette grâce va jusqu’à donner sept enfants à la femme stérile, nombre parfait que Anne n’a jamais atteint (v. 21), car elle n’eut que six enfants. Les bénédictions promises n’atteindront leur plénitude que dans la gloire réservée au résidu d’Israël restauré.

Le v. 10 prédit, comme nous l’avons vu, la venue du Messie, du vrai Roi. Dieu élèvera la corne de son Oint. Être associé directement avec Lui, telle est la puissance accordée à Anne au v. 1 : «Ma corne est élevée en l’Éternel».

 

2.3   CHAPITRE 2:12-36

La suite de ce chapitre nous fait assister à l’état de ruine dans lequel la sacrificature était tombée. «Les fils d’Éli étaient des fils de Bélial», terrible parole, quand il s’agit de ce qui, en Israël, était le plus près de Dieu. Le péché de ces hommes avait deux caractères : ils méconnaissaient les droits de ceux qui venaient adorer l’Éternel, en s’emparant de leur portion (v. 13, 14) ; ils méconnaissaient les droits de l’Éternel, portaient une main profane sur sa portion à Lui, se faisaient servir avant Lui, prenant ainsi le pas sur Dieu Lui-même (v. 15, 16). Ils s’engraissaient des offrandes de l’Éternel et les rendaient méprisables aux yeux des hommes.

Ne sont-ce pas les principes de tout clergé, qu’il soit païen, juif ou chrétien ; sans doute plus ou moins grossiers et haïssables suivant les cas, mais enfin les principes de toute classe d’hommes qui s’arroge autorité ou privilèges sur d’autres hommes en matière religieuse ! (Matt. 24:48, 49). Ils prétendent avoir des droits sur les simples fidèles, se font servir à leurs dépens, et même un esclave du sacrificateur a plus d’autorité à leurs yeux que les adorateurs eux-mêmes. Ils usurpent, dans une mesure, les prérogatives de Dieu et le font en somme mépriser pour être honorés à sa place (*). Les fils d’Éli ne connaissaient pas l’Éternel (v. 12) ; «la crainte de Dieu n’était pas devant leurs yeux». Sans cette crainte, on ne hait pas le mal. Est-il étonnant que la plus effroyable corruption se montrât chez eux (v. 22).

(*) Il en était ainsi au plus haut degré des méchants fils d’Éli.

Au milieu de ces ruines, la souveraine sacrificature s’était-elle au moins maintenue ? Hélas non ! Éli, le pieux Éli, manquait de discernement spirituel. Et cependant il se montrait capable d’enseigner les pensées et les voies de Dieu au jeune Samuel. Bien plus, il portait un jugement juste sur le mal, et son coeur saignait en voyant la vie dissolue de ses fils. Il ne le leur cachait pas. Personne, sans doute, ne leur avait exprimé sa réprobation aussi nettement que leur père : «Pourquoi faites-vous des actions comme celles-là ? Car, de tout le peuple, j’apprends vos méchantes actions. Non, mes fils ; car ce que j’entends dire n’est pas bon vous entraînez à la transgression le peuple de l’Éternel. Si un homme a péché contre un homme, Dieu le jugera ; mais si un homme pèche contre l’Éternel, qui priera pour lui ?» (v. 23-25).

Que manquait-il, direz-vous, à cet homme de Dieu ? Ceci : Il jugeait le mal, mais ne s’en séparait pas. Chose triste et humiliante à constater : c’est le cas de la majorité des enfants de Dieu dans la chrétienté. Leurs liens, leurs relations, leurs affections, des habitudes auxquelles ils tiennent plus qu’à la gloire du Seigneur, les empêchent de reconnaître qu’on est solidaire d’un mal qu’on juge sans s’en séparer.

C’est ce que l’homme de Dieu est chargé de déclarer à Éli. Ce dernier ne suivait personnellement en aucune façon la conduite impie et désordonnée de ses fils, et cependant c’est à lui que s’adressent ces solennelles paroles : «Pourquoi foulez-vous aux pieds mon sacrifice et mon offrande, que j’ai commandé de faire dans ma demeure ? Et tu honores tes fils plus que moi, pour vous engraisser des prémices de toutes les offrandes d’Israël, mon peuple» (v. 29). «Tu honores tes fils plus que moi !» Malheureux Éli ! malgré toute sa piété il y avait des hommes, ses fils — sa conduite le montrait — qu’il honorait plus que l’Éternel. Dieu avait patienté avec lui, mais maintenant il allait récolter les fruits amers de l’absence de sainteté dans sa marche, car la sainteté n’est pas autre chose que la séparation du mal en vue du service de Dieu. La maison d’Éli, descendant d’Ithamar, allait prendre fin ; elle ne pouvait, dans les conditions où elle était, «marcher devant Dieu à toujours». «Ceux qui m’honorent, dit l’Éternel, je les honorerai , et ceux qui me méprisent seront en petite estime» (v. 30). Cet homme juste, Éli, méprisait donc l’Éternel ? Oui, car «nul serviteur ne peut servir deux maîtres ; ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre» (Luc 16:13). Aussi un jugement terrible est-il prononcé sur la maison d’Éli (v. 31-34). Mais Dieu, le Dieu de grâce, ne s’en tient pas au jugement ; il s’en sert pour établir devant Lui une sacrificature définitive. Il confie la sacrificature à la descendance d’Éléazar : «Je me susciterai un sacrificateur fidèle : il fera selon ce qui est dans mon coeur et dans mon âme, et je lui bâtirai une maison stable, et il marchera toujours devant mon Oint» (v. 35). En même temps que l’établissement d’une sacrificature selon son coeur, l’Éternel fait connaître le changement d’économie qui va suivre, mais, prophétiquement, cela dépasse de beaucoup la sacrificature des fils d’Éléazar sous David et sous Salomon. L’Oint, c’est Christ, et, tandis qu’il sera en haut, roi et souverain sacrificateur selon l’ordre de Melchisédec, il y aura sur la terre, pendant le millénium, une sacrificature fidèle de la famille de Tsadok dont les fonctions tendront toutes à glorifier le roi élu, l’homme de la droite de Dieu (Éz. 44:13-15).

Que l’exemple d’Éli nous profite. Nous traversons des jours caractérisés par une certaine activité dans le service. Cette activité en impose souvent à nous-mêmes et à d’autres, car elle a l’apparence d’un grand zèle pour le Seigneur et son oeuvre. Elle peut même être accompagnée de dons éminents, mais les dons et l’activité sont peu de chose, si le caractère moral n’y correspond pas. Ce caractère moral faisait cruellement défaut à Éli ; or sans lui il n’y a pas de vrai service selon Dieu.

Samuel offre en tout un contraste frappant avec cet état de choses. Nous pouvons suivre chez lui le développement ininterrompu d’une vie de sainteté, malgré plus d’une faiblesse, car la perfection ne se trouve qu’en Christ.

Quand il n’était encore qu’un petit enfant, il est dit de lui, au chap. 1:28 : «Et il se prosterna là devant l’Éternel» (*). C’est ainsi qu’un «nouveau-né» en Christ doit prendre immédiatement devant Lui sa place d’adorateur. Au chap. 2:11, second acte : «Le jeune garçon servait l’Éternel en la présence d’Éli, le sacrificateur». Cette attitude caractérisera toute la vie de Samuel, mais il sert ici sous la direction d’Éli, car il avait besoin, étant très jeune encore, d’apprendre, avant de pouvoir enseigner les autres.

(*) Quelques-uns traduisent : «Ils se prosternèrent», peut-être sans motif suffisant.

Au troisième acte (v. 18), Samuel ne sert pas devant Éli, mais, plus directement, «devant l’Éternel, jeune garçon, ceint d’un éphod de lin», c’est-à-dire avec un caractère sacerdotal, l’éphod de lin étant par excellence le vêtement du sacrificateur (22:18). La sacrificature étant déchue, l’Éternel en revêtit, par intérim pour ainsi dire, ce jeune lévite. Il en fut de même plus tard pour David, portant l’éphod devant l’arche (2 Sam. 6:14). Il en est toutefois autrement des chrétiens qui sont, d’une manière définitive, rois et sacrificateurs devant Dieu le Père.

Au quatrième acte (v. 21), «le jeune garçon Samuel grandissait auprès de l’Éternel». Il s’agit ici de son intimité avec Dieu, sans laquelle le service ne peut être efficace.

Au cinquième acte (v. 26), «le jeune garçon Samuel allait grandissant, agréable à l’Éternel et aux hommes». J’appellerai cela, l’intimité de faveur. Les relations d’affection entre Samuel et Dieu, faisaient que sa voie forçait l’attention des hommes, comme une chose agréable. L’intimité avec Dieu se reflétait sur la face de ce jeune garçon. Cela nous est dit de Jean Baptiste (Luc 1:80) et à bien plus forte raison, de Jésus : «Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes» (Luc 2:52). Toute la puissance de notre témoignage chrétien dépend d’une vie secrète passée en la présence du Seigneur.

Que Dieu nous donne de ressembler, dans notre conduite, au jeune Samuel plus qu’à Éli, si versé qu’il fût, par son âge et ses fonctions publiques, dans la connaissance des pensées de l’Éternel !

 

2.4   CHAPITRE 3

Suivons encore, dans ce chapitre, le parallèle entre Éli et Samuel. Le premier continue dans le chemin du déclin, le second va grandissant, jusqu’à ce que tout Israël apprenne que l’Éternel l’a établi prophète.

Au v. 1, Samuel est caractérisé de la même manière qu’au commencement de sa carrière : «Le jeune garçon Samuel servait l’Éternel devant Éli» (Conf. 2:11). Il ne s’agit pas d’une gradation dans ce passage : l’Esprit de Dieu pose ici de nouveau la base de ce qui va suivre.

Le service de Samuel avait eu pour conséquence, au chap. 2, de lui confier certains attributs de la sacrificature qui allait être ôtée à Éli. En un temps de ruine, les fonctions de la maison de Dieu ne sont pas aussi définies qu’en des temps prospères. Il en est de même aujourd’hui des dons dans l’Église. Tous les membres de Christ ne remplissant plus les fonctions qui leur étaient assignées, le Seigneur confie souvent à un seul ce que, dans l’état normal, il aurait réparti entre plusieurs. Je ne parle nullement ici du principe clérical qui prétend accumuler sur la tête d’un homme des dons acquis par des études et confirmés par des examens.

Dans notre chapitre, le service de Samuel le conduit à la prophétie. C’est par le service qu’on s’acquiert un bon degré (1 Tim. 3:13). Si nous faisons comme Samuel qui ne sortait pour ainsi dire pas du sanctuaire, Dieu nous confiera d’autres services. Lorsque, comme Samuel, on sert l’Éternel dès sa jeunesse et que l’on grandit en sa présence, on peut être employé utilement ensuite en faveur de son peuple.

Cependant il manquait encore au développement spirituel de Samuel deux choses sans lesquelles il ne peut y avoir de témoignage public : «Samuel ne connaissait pas encore l’Éternel, et la parole de l’Éternel ne lui avait pas encore été révélée» (v. 7). Il s’agit ici de la connaissance personnelle du Seigneur, car Samuel lui appartenait, le servait et l’adorait dès son enfance, mais il n’avait pas encore rencontré l’Éternel face à face. Il peut arriver dans notre carrière chrétienne que nous jouissions de l’oeuvre accomplie à la croix pour nous, sans connaître le Seigneur personnellement. Connaître le salut et l’auteur du salut sont deux choses. Or il n’y a pas de témoignage puissant pour qui ne connaît pas la personne de Christ. Le secret par lequel les Corinthiens pouvaient être une lettre de Christ, connue et lue de tous les hommes, était la contemplation de la gloire du Seigneur à face découverte.

«Et la parole de l’Éternel ne lui avait pas encore été révélée». Souvent, aux temps de ruine, la révélation des pensées de Dieu est entravée par l’ennemi. Aussi est-il dit, au v. 1 : «La parole de l’Éternel était rare en ces jours-là : la vision n’était pas répandue». Mais pour être entravée, la Parole n’était pas arrêtée, car la grâce pourvoit aux besoins de chaque époque, et, chose très consolante, c’est souvent aux jours les plus sombres du déclin, que Dieu donne le plus de lumières nouvelles pour guider et encourager les siens. En un temps où la vision n’était pas répandue, Dieu suscite le premier prophète proprement dit en Israël. Par l’infidélité de la sacrificature, les moyens ordinaires établis de Dieu pour s’approcher de Lui, allaient être perdus, mais la grâce de Dieu ne peut laisser son peuple sans secours et sans moyen de communiquer avec Lui. Il donne Samuel, c’est-à-dire la prophétie par laquelle, en grâce souveraine, il s’approche de l’homme et lui fait connaître sa pensée. Samuel est le premier de cette longue lignée de prophètes qui transmettent la parole de Dieu à un peuple que son infidélité aurait, sans cela, laissé sans ressources (Actes 3:24 ; 2 Chron. 35:18 ; Jér. 15:1).

Dieu se révèle donc personnellement à Samuel et fait de lui le dépositaire de sa parole. Ce jeune garçon est élevé à la dignité d’ami de Dieu et, comme il le fit pour l’homme d’expérience et de foi qu’était Abraham, Dieu ne lui cache rien de ce qu’il allait faire. Jusque-là l’enseignement d’Éli éclairait Samuel sur la manière d’entrer en communication avec Dieu (v. 9) , maintenant il est en rapport direct avec l’Éternel qui lui confie ses secrets. Samuel se montre fidèle à l’égard de ce dépôt et, comme Paul jadis aux Éphésiens (Actes 20:20), il ne cache rien à Éli des choses qui lui sont profitables. Pauvre Éli ! mis de côté et obligé de recevoir les pensées de Dieu par la bouche d’un jeune garçon ! Quelle humiliation pour ce vieillard, dont le chemin va descendant, tandis que celui de son élève atteint en montant des régions que les pas du souverain sacrificateur n’ont jamais abordées !

Au chap. 1, ce dernier manquait de discernement spirituel ; au chap. 2, de courage moral pour se séparer du mal ; ici, ses yeux sont troublés et il ne peut voir, et cependant la lumière de Dieu «n’était pas éteinte», image frappante de son état moral. Et de plus, ce conducteur des simples, se montre paresseux à comprendre. Ce n’est qu’au troisième appel qu’«il s’aperçut que l’Éternel avait appelé le jeune garçon». Oui, «paresseux à écouter», voilà ce qu’il était devenu. Samuel était simplement ignorant, ce qui valait mille fois mieux. Quand il y a de la piété, Dieu remédie à l’ignorance. Si l’enfant nouveau-né «désire ardemment le pur lait intellectuel», il ne lui est pas refusé. Ici-bas nous connaissons et ne connaîtrons jamais qu’en partie. Cela ne constitue pas notre responsabilité ; mais il s’agit de croître : «Afin que vous croissiez par lui» (1 Pierre 2:3), et ce dont nous sommes responsables, c’est de rechercher, dans ce but, la nourriture spirituelle.

Nous trouvons ici un caractère de l’affaiblissement spirituel d’Éli, qui n’est pas mentionné dans les deux premiers chapitres : «À cause de l’iniquité qu’il connaît, parce que ses fils se sont avilis et qu’il ne les a pas retenus» (v. 13). Éli connaissait le mal, mais il avait l’autorité pour le réprimer chez ses fils, et il n’en avait pas usé (*). À quoi servait-il qu’elle lui eût été confiée de Dieu ? Combien de fois l’affaiblissement spirituel du chef de famille ne provient-il pas de sa lâcheté quand il fallait maintenir l’ordre et la discipline dans le milieu où son autorité devait s’exercer ? C’est une grande source de ruine que celle-là. Sans doute, comme Lot, Éli «affligeait son âme juste à cause de la conduite de ces misérables», mais, comme lui, il montrait un triste oubli de ce qui était dû à la sainteté de l’Éternel.

(*) Comparez à ce sujet, Deut. 21:18, etc.

Samuel était saint dans toute sa conduite. Dieu lui confie une révélation ; il en administre fidèlement le dépôt ; c’est le moyen d’en recevoir une nouvelle. Aussi nous est-il dit : Samuel grandissait ; grandissait toujours (2:21, 26 ; 3:19). Son développement spirituel suivait une marche graduellement ascendante. «Et l’Éternel était avec lui, et il ne laissa tomber à terre aucune de ses paroles». Ainsi toutes les paroles de Samuel étaient gardées par Celui qui l’assistait. Samuel était ainsi l’organe de Dieu pour exprimer sa pensée et parlait «comme ses oracles», parce que Dieu était avec lui pour le garder. Il acquiert ainsi la renommée de prophète en présence de tout Israël. Une révélation en attire une autre : l’Éternel continua de lui apparaître à Silo et de se révéler à lui par sa parole (v. 21). C’est ainsi que Samuel grandissait à la fois dans la connaissance personnelle du Seigneur et dans celle de sa parole révélée.

En ce qui concerne Éli, combien il est consolant de voir, à la fin de notre chapitre, l’humble soumission de ce vieillard au jugement qu’il avait mérité. «C’est l’Éternel ; qu’il fasse ce qui est bon à ses yeux» (v. 18). La volonté de Dieu est bonne et son âme s’incline. Que Dieu nous donne l’esprit d’Éli en présence de Sa discipline, l’humiliation qui précède le relèvement, un coeur brisé qui ne se dresse pas en face de la volonté de Dieu pour Lui résister, mais l’accepte avec toutes ses conséquences, parce qu’elle est «la volonté de Dieu, bonne, agréable et parfaite».

 

3                    CHAPITRES 4 à 8 — Samuel, juge et prophète

3.1   CHAPITRE 4

Ce chapitre nous présente non seulement la ruine de la sacrificature, mais celle du peuple tout entier ; aussi le jugement les atteint-il l’un et l’autre. «Ce que Samuel avait dit arriva à tout Israël» (v. 1). Ce que Samuel avait dit, la parole prophétique, a un caractère infaillible. Le jugement prononcé par elle aura lieu certainement.

«Israël sortit en bataille à la rencontre des Philistins, et ils campèrent près d’Ében-Ézer» (v. 2). Ében-Ézer n’est mentionné ici que pour nous indiquer l’emplacement du camp d’Israël, car il ne reçut ce nom que plus tard (7:12). Or cet endroit se trouvait à Mitspa (7:6), fait d’une haute importance pour apprécier l’état moral du peuple. Guilgal sous Josué, Mitspa sous les juges, étaient pour Israël le lieu de rassemblement devant Dieu. Aujourd’hui le nom de Mitspa ne disait plus rien au coeur du peuple et n’était pas même prononcé (conf. Juges 11:11 ; 20:1 ; 21:1, 5). L’oubli de la présence de Dieu a pour conséquence naturelle que le peuple ne le consulte pas. Le résultat immédiat est «qu’Israël fut battu devant les Philistins» (v. 2).

Ils disent : «Pourquoi l’Éternel nous a-t-il battus aujourd’hui devant les Philistins ?» Ils ne comprennent pas la cause de leur défaite, n’ayant aucune conscience de leur condition. Pour se relever du coup qui les atteint, ils cherchent à associer l’arche, le trône de Dieu, à leur état de ruine, comme elle s’était associée avec eux au début de leur histoire. Ils ne songent pas à se présenter devant Dieu, afin d’apprendre de Lui pourquoi il abandonnait son peuple. Ils tirent Dieu à eux, pour ainsi dire. Le même fait se constate aujourd’hui. Deux nations chrétiennes se combattent et disent des deux parts : Dieu doit être avec nous.

Il se laisse amener par Israël, ce Dieu qui siège entre les chérubins, mais c’est comme juge et non pas comme libérateur. Il juge tout ; la sacrificature d’abord, puis le peuple, enfin leurs adversaires après que sa gloire s’en est allée d’Israël.

Le peuple semble reconnaître hautement la puissance de Dieu ; à l’arrivée de l’arche il pousse de si grands cris «que la terre en frémit». De même la chrétienté se sert du nom de Christ pour s’exalter au milieu d’une iniquité non jugée. Le signe extérieur de la présence de Dieu lui suffit ; elle dit : Nous avons l’arche. Israël pense que Dieu ne peut l’abandonner sans se livrer Lui-même à l’opprobre. Or voici Dieu qui se livre à l’opprobre ; il permet que le monde devienne en apparence son vainqueur. En réalité, c’est l’accomplissement de la parole de l’Éternel par Samuel, mais Dieu, livré aux mains des ennemis, est Celui qui juge. Il en est de Christ comme de l’arche. Celui qui est rejeté, méprisé, auquel les hommes ont fait tout ce qu’ils ont voulu, est établi de Dieu juge des vivants et des morts.

Que sont devenus les cris de triomphe du v. 5 ? Un «bruit de tumulte» les remplace. Israël battu, la sacrificature détruite, la honte et l’impuissance, la gloire de Dieu livrée aux mains de l’ennemi !

La piété du pauvre, du coupable Éli, brille dans ce désastre. La fin de sa carrière nous parle d’autre chose que du jugement de Dieu, quelque réel et terrible que fût ce dernier. Coeur jugé, il avait accepté humblement ce jugement sur lui et ses fils (3:18) ; maintenant il n’a de pensée que pour l’arche de l’Éternel. «Son coeur tremblait pour l’arche de Dieu» (v. 13). Quand le messager la mentionne, Éli tombe de son siège et meurt (v. 18). Ce n’est pas le jugement de sa famille qui le tue, mais le déshonneur infligé à l’Éternel et son départ du milieu de son peuple.

De quelle lumière consolante brillent aussi les derniers moments de la femme de Phinées ! La catastrophe amène prématurément le terme de sa grossesse et cause sa mort, mais en mourant elle appelle son fils I-Cabod : «la gloire s’en est allée». Dans la personne de son propre enfant, elle proclame la ruine d’Israël et ses conséquences. Les témoins de la fin se reconnaissent à cela. Le déshonneur fait à Dieu par notre infidélité, nous humilie, et, au lieu de chercher à remédier à l’état de choses qu’elle a provoqué, nous courbons la tête sous le jugement, car nous y reconnaissons la sainteté de l’Éternel.

 

3.2   CHAPITRES 5 à 6:13

Voici donc l’arche, «la gloire de Dieu», captive aux mains des ennemis de son peuple ; mais ils ne pourront pas s’en glorifier. Dieu va leur prouver que rien n’est plus glorieux que sa gloire humiliée et captive. C’est ainsi que l’humiliation de la croix a glorifié le fils de l’homme et Dieu en Lui (Jean 13:31).

Entre les mains des gentils, Dieu va revendiquer sa sainteté en jugement. Ce jugement sera complet, tombant sur les faux dieux, sur les hommes, et sur le pays des Philistins.

L’arche, le témoignage de Dieu, qui ne peut s’associer à l’infidélité du peuple, ne peut davantage se soumettre aux idoles. De fait, elle ne peut s’arrêter nulle part que là où il lui plaît de venir habiter en grâce. Dieu quitte Israël en jugement mais c’est, nous le verrons dans la suite, pour retourner auprès d’Israël sur le pied tout nouveau de la grâce. Ce n’est pas encore le «repos», car «l’arche de sa force» n’y entrera que sous le règne de Salomon, type du règne de Christ.

Nous avons dit que la gloire de Dieu ne peut se soumettre aux idoles. Placez, en effet, comme le firent les gens d’Asdod, cette gloire humiliée à côté de Dagon, l’idole du monde sera renversée et brisée. Mais cela ne change rien au culte que le monde lui rend. À la gloire de Dieu qui le gêne, il préfère ses faux dieux mutilés, objets de mépris et de dérision. «Les sacrificateurs de Dagon, et tous ceux qui entrent dans la maison de Dagon, ne marchent pas sur le seuil de Dagon, à Asdod, jusqu’à ce jour» (v. 5). Leur pratique superstitieuse elle-même, reste comme un témoignage permanent de l’avilissement de leur idole, et prouve aussi que son jugement n’a pas été capable de les amener à Dieu.

La présence de l’arche attire aussi, comme nous l’avons dit, le jugement sur les hommes qui croyaient prévaloir contre Dieu. C’est pour les Philistins la misère et la mort. Des angoisses, la douleur secrète, une plaie honteuse, suite du courroux divin (conf. Deut. 28:27), tombent sur eux ; «leur cri monte aux cieux». Aux cieux vides pour eux, tandis que Dieu se trouvait au milieu d’eux sans qu’ils le sussent, les jugeant sur la terre ! Le résultat est, non pas qu’ils se tournent vers Dieu, mais qu’ils le renvoient, espérant se débarrasser de Lui. On voit en même temps ici l’égoïsme qui caractérise le monde. Pourvu qu’Asdod soit tranquille, qu’importe le tourment de Gath ! Pourvu que Gath soit tranquille, qu’importe celui d’Ékron ! Eux ne veulent pas mourir, mais cela n’empêche pas la mort de venir, accompagnée d’une consternation mortelle (v. 11, 12).

Le conseil des princes des Philistins à la demande «Que ferons-nous !» du peuple (v. 8) est donc sans résultat. Ce dernier interroge alors les sacrificateurs et les devins (6:2). «Que ferons-nous de l’arche de l’Éternel ?» Ils ne savent que faire du trône de Dieu, du propitiatoire, de ce qui renfermait les pensées de Dieu ! Animés du même esprit, les Gadaréniens priaient le Seigneur de se retirer de leurs confins. Cela les gêne, parce que cela les juge. La question pour eux est comment ils renverront cet hôte gênant, non pas s’ils doivent le renvoyer. Il ne leur vient pas à la pensée de s’adresser à Lui, mais leur clergé doit connaître le moyen de se débarrasser de Dieu. Celui-ci, du moins, est de bonne foi, malgré son extrême ignorance. Reconnaissant la main de Dieu dans ces plaies, il cherche comment on pourrait «donner gloire au Dieu d’Israël». Il dit au peuple qu’il ne faut pas endurcir son coeur contre Lui et rappelle ses exploits en Égypte ; il suggère enfin un moyen de connaître si c’est réellement Lui qui a fait ce grand mal, ou si la chose n’était qu’accidentelle. Tout cela dénote de la conscience lorsque manque la lumière apportée par la vérité révélée. Or Dieu tient toujours compte de la conscience, même obscurcie, et donne une réponse claire.

Les hommes étaient frappés d’hémorroïdes, le pays lui-même dévasté par les souris (v. 5). C’était, nous l’avons vu, un jugement complet. Sur le conseil des sacrificateurs et des devins, ils offrent des hémorroïdes d’or et des souris d’or, comme sacrifice pour le délit. Pour le délit ! quand ils avaient fait la guerre au peuple de Dieu, quand ils avaient estimé Dagon maître du Dieu souverain Créateur du ciel et de la terre ! Un sacrifice sans effusion de sang, quand il fallait une expiation pour le péché ! — Mais Dieu tient compte du moindre cri de la conscience. Il donne une réponse claire, avons-nous dit. «Les vaches allèrent tout droit par le chemin, du côté de Beth-Shémesh ; elles marchèrent par une seule route, allant et mugissant, et elles ne se détournèrent ni à droite ni à gauche» (v. 12). Telles sont les voies de l’Éternel, toujours droites ! (Osée 14:9).

Le Dieu juge remonte maintenant en grâce auprès de son peuple. Il ne tiendra qu’à celui-ci de le reconnaître avec humiliation.

 

3.3   CHAPITRES 6:13 à 7:1

Les voies publiques de Dieu peuvent être en jugement, comme nous venons de le voir, mais ses voies secrètes le ramènent toujours en grâce au milieu de son peuple. L’arche est remontée à Beth-Shémesh sans qu’Israël en ait senti le besoin ou exprimé le désir.

Chose merveilleuse que cette arche de l’Éternel ! L’arche est d’abord le trône de Dieu, sa présence en gouvernement au milieu de son peuple. Elle est ensuite caractérisée par le propitiatoire, symbole de l’oeuvre de Christ, lieu d’approche pour un pécheur reçu en grâce et justifié. Elle est enfin, dans son ensemble et ses détails, l’image de la personne de Christ lui-même. De même que l’arche renfermait les tables de la loi, de même Christ dit : «Ta loi est au dedans de mes entrailles». Comme l’arche du témoignage, le Seigneur était, ici-bas, le témoin et l’expression de toutes les pensées de Dieu. Comme dans la cruche d’or qui contenait la manne, on trouve en Lui l’union de l’humanité parfaite, du pain descendu du ciel dans le désert, avec la gloire divine. Il était le propitiatoire vers lequel se tournaient pour le contempler les faces des chérubins de gloire, l’ombrageant de leurs ailes. L’arche était donc avant tout, l’image de Christ lui-même, Fils de Dieu et fils de l’homme en une seule personne.

Les gens de Beth-Shémesh «se réjouirent en voyant l’arche» (v. 13). Comment n’y aurait-il pas de la joie, quand, après avoir longtemps perdu de vue ses perfections, on se trouve de nouveau en contact avec Celui dont la présence apporte la sécurité, le salut, le sentiment de la présence de Dieu, une beauté morale devant laquelle s’agenouillent les anges pour l’admirer ! Aussi l’arche à peine arrivée, l’holocauste recommence, les Lévites reprennent leur service. Les princes des Philistins assistent à cette scène et s’en retournent ; un tel spectacle les intéresse, sans cependant toucher leur coeur et leur conscience.

Mais la joie provoquée par la contemplation de la grâce n’est pas tout. Elle s’allie au respect et à la crainte, si l’on a la conscience de se trouver en présence de Dieu. Le Dieu de grâce juge selon l’oeuvre de chacun ; le Dieu de grâce est saint. C’est ce que les gens de Beth-Shémesh avaient oublié. «Ils regardèrent dans l’arche de l’Éternel» (v. 19). Ils abusent de l’intimité dans laquelle Dieu veut bien, en grâce, se présenter à eux. Cela est important à noter. Parce que Jésus est descendu jusqu’à nous, notre esprit charnel est tenté de le traiter en compagnon dont nous disposons à notre gré. On se vante aujourd’hui de la familiarité avec Jésus, et l’on écrit des livres pour montrer que la spiritualité consiste en cela. Nous n’avons pas le droit de l’appeler notre frère, mais Lui, n’a pas honte de nous appeler ses frères. Cela marque bien la différence. Quels seront mes sentiments, si un personnage haut placé condescend à m’associer à Lui, moi, homme de rien, et n’a pas honte de moi en public quand il serait en droit de me mépriser ! Si je comprends cette condescendance, mes sentiments seront ceux d’une profonde et humble reconnaissance, d’un attachement, d’un dévouement sans bornes, d’un respect infini pour Celui qui n’a pas craint de compromettre sa dignité en m’élevant à son niveau.

Cette absence de respect et de crainte induisit les gens de Beth-Shémesh à regarder dans l’arche. Peu de choses caractérisent davantage le temps actuel que cet esprit profane. On se croit en mesure de distinguer ce qui appartient à la nature humaine et à la nature divine du Sauveur et d’en sonder le mystère. C’est regarder dans l’arche qui renferme un secret connu de Dieu seul, car «personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père». Cela conduit fatalement à rabaisser son humanité au niveau de l’humanité pécheresse. On discute sur l’éducation de Jésus enfant, sur les écoles qui étaient à sa portée pour apprendre les Écritures, sur son éducation scientifique et ses opinions plus ou moins conformes à celles de son temps, sur la réalité de sa tentation et sa capacité de pécher, etc. Souvenez-vous, chrétiens profanes, que l’Éternel frappa le peuple de Beth-Shémesh. Si vous n’avez pas souci de la gloire du Seigneur, Dieu en aura soin et ne permettra pas qu’on touche impunément à son arche. Bientôt, au lieu des bénédictions de sa présence, vous devrez apprendre, sous le coup de ses jugements, qu’il ne peut tolérer quiconque ne se déchausse pas pour s’approcher de Lui.

Les hommes de Beth-Shémesh dirent : «Qui peut tenir, devant l’Éternel, ce Dieu saint !» (v. 20). Ils connurent à leurs dépens cette sainteté qu’ils avaient méprisée. Hélas ! au lieu de s’humilier, ils n’eurent que la pensée, formulée précédemment par les Philistins, d’éloigner cet hôte gênant : «Vers qui montera-t-il de chez nous ?» «Descendez», dirent-ils aux habitants de Kiriath-Jéarim, «faites-la monter vers vous» (v. 21) ; ils perdirent ainsi toutes les bénédictions attachées à la présence du Seigneur. D’autres en profitèrent et comprirent qu’il fallait se sanctifier pour veiller sur l’arche : «Les hommes de Kiriath-Jéarim... sanctifièrent Éléazar, fils d’Abinadab, pour garder l’arche de l’Éternel» (7:1). Ce dépôt fut fidèlement conservé aux «champs de Jaar» (Ps. 132:6). Puissions-nous être tous les fidèles gardiens de l’arche de notre Dieu !

 

3.4   CHAPITRE 7

S’il plaît à l’Éternel que son arche remonte en grâce au milieu d’Israël, il faut que l’état moral de celui-ci se mette d’accord avec une telle faveur. «Depuis le jour où l’arche demeura à Kiriath-Jéarim, il se passa un long temps, vingt années». L’arche était donc, sur le territoire d’Israël, en un lieu sanctifié, sans que les communications de Dieu avec son peuple fussent rétablies. Vingt ans s’écoulent dans cette attente, alors que le jugement n’avait duré que sept mois (6:1). L’état qui devait rétablir la communion du peuple avec Dieu, ne pouvait être produit que par la repentance. Cette repentance elle-même, combien lui faut-il de temps pour se manifester ? Les dieux étrangers et les Ashtoreths demeuraient encore au milieu d’Israël, alors que l’arche séjournait à Kiriath-Jéarim. Cette dernière pouvait-elle s’associer aux idoles en Israël, quand elle ne le faisait pas en Philistie ? Il faudra trente-quatre fois le temps qu’a duré le jugement pour amener le peuple à rejeter un mal aussi grossier. À la grâce doit correspondre un travail de conscience, comme nous le voyons dans l’histoire du fils prodigue. C’est une chose solennelle, et d’observation journalière, que le croyant a besoin d’un temps beaucoup plus long pour être relevé que pour s’abandonner au mal.

Israël commence à «se lamenter après l’Éternel» (v. 2), et c’est déjà un signe favorable. Quelque chose lui manquait donc ; la présence de l’Éternel lui était devenue nécessaire : premier symptôme d’une oeuvre de Dieu dans l’âme du peuple. Samuel est comme la bouche de l’Éternel (v. 3) pour appeler le peuple à la repentance : «Samuel parla à toute la maison d’Israël». C’est toujours la parole de Dieu qui nous apporte la conscience de notre état ; sans elle aucune oeuvre réelle de l’Esprit n’a lieu dans le coeur.

«Si de tout votre coeur vous retournez à l’Éternel, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers, et les Ashtoreths, et attachez fermement votre coeur à l’Éternel, et servez-le lui seul ; et il vous délivrera de la main des Philistins» (v. 3). Il en est du retour du croyant à l’Éternel comme de sa conversion première. L’âme commence par se séparer des idoles ou du mal : «Vous vous êtes convertis des idoles à Dieu», est-il dit aux Thessaloniciens (1 Thess. 1) ; puis elle s’attache à l’Éternel pour le servir, «pour servir le Dieu vivant et vrai». Le résultat, c’est la délivrance ; Dieu n’est plus obligé de discipliner le croyant.

Dans cette oeuvre, l’activité de Samuel, ce fidèle serviteur de Dieu, est particulièrement remarquable et bénie. Après avoir parlé au peuple, il ajoute (v. 5) : «Assemblez tout Israël à Mitspa, et je prierai l’Éternel pour vous». Rassembler le peuple de Dieu est la fonction de tout serviteur de l’Éternel qui comprend son ministère. Mais en outre Samuel est intercesseur ; la prière, fruit de son intimité avec Dieu, le caractérise. N’est-il pas dit de lui : «Moïse et Aaron, parmi ses sacrificateurs, et Samuel, parmi ceux qui invoquent son nom, crièrent à l’Éternel, et il leur a répondu» ! (Ps. 99:6).

Il fallait rassembler Israël à Mitspa. Comme Guilgal était le lieu de rassemblement sous Josué, le lieu de la circoncision, du jugement de la chair, pour obtenir la victoire, Mitspa est, sous les juges, le lieu habituel de rassemblement, après que l’ange fut monté de Guilgal à Bokim, lieu des pleurs, où la ruine définitive était constatée. Mitspa est le lieu de la repentance sans laquelle il n’y a pas non plus de victoire. À Mitspa (4:1) Israël, sous Éli, n’avait trouvé que la défaite, car il s’y rendait sans un travail de conscience qui pût le relever. Dans la ruine, Mitspa, il faut nous en souvenir, est tout aussi précieux, quoique bien plus humiliant, que Guilgal ; on y apprend tout de nouveau à ne mettre sa confiance en rien qui soit de l’homme, mais uniquement dans la force de l’Éternel.

«Ils s’assemblèrent à Mitspa, et ils puisèrent de l’eau et la répandirent devant l’Éternel ; et ils jeûnèrent ce jour-là, et dirent là : Nous avons péché contre l’Éternel». Ces choses ne purent avoir lieu qu’à la suite de ce qui nous est rapporté au v. 4 : «Les fils d’Israël ôtèrent les Baals et les Ashtoreths, et servirent l’Éternel seul». Les fruits de la repentance sont autres que ceux de la conversion ; ici, nous en avons trois : l’eau répandue, c’est-à-dire l’affliction jointe au sentiment de leur irrémédiable faiblesse devant Dieu (2 Sam. 14:14 ; Ps. 22:14) ; le jeûne, car dans le deuil on ne nourrit pas la chair ; enfin une véritable confession du mal : «Nous avons péché contre l’Éternel».

Ces fruits sont le résultat de l’intercession de Samuel pour le peuple. Il en fut de même pour l’apôtre Pierre lors de sa chute : «J’ai prié pour toi», lui dit Jésus. Sur cette base, le peuple peut être restauré : «Samuel jugea les fils d’Israël à Mitspa».

«Et les Philistins apprirent que les fils d’Israël s’étaient assemblés à Mitspa, et les princes des Philistins montèrent contre Israël» (v. 7). Le rassemblement du peuple de Dieu ne peut convenir à l’ennemi. Sans doute, il ne connaît point le travail de conscience qui l’a produit, et ne voit, dans ce rassemblement, que le danger d’une force opposée à la sienne et dont il faut empêcher l’essor à tout prix. «Les fils d’Israël l’apprirent, et eurent peur des Philistins». Au chap. 4:7, quand sa conscience n’était pas atteinte, Israël n’avait aucune peur, et c’étaient les Philistins qui étaient remplis de crainte. Aujourd’hui, ayant fait l’expérience de sa faiblesse, le peuple s’effraie, car il n’a pas encore la certitude que Dieu est pour lui. En un sens, cette crainte est misérable sans doute, mais on aime à la constater sur le chemin du relèvement. N’est-elle pas meilleure que les «grands cris» poussés jadis par Israël et dont la terre frémissait ! (4:5).

«Et les fils d’Israël dirent à Samuel : Ne cesse pas de crier pour nous à l’Éternel, notre Dieu, afin qu’il nous sauve de la main des Philistins» (v. 8). Ils sentent que leur avenir, leur salut, dépendent de l’intercession de Samuel. Celui-ci, leur médiateur, «prit un agneau de lait, et l’offrit tout entier à l’Éternel en holocauste», car son office ne pouvait être efficace qu’en vertu de l’acceptation du sacrifice. Sur cette base, il pouvait être l’avocat du peuple de Dieu. Nous aussi, nous avons un Avocat auprès du Père, et il est la propitiation pour nos péchés (1 Jean 2:1, 2). «Samuel cria à l’Éternel pour Israël, et l’Éternel l’exauça» (v. 9). Dieu écoute la demande de Samuel, laquelle a l’holocauste pour point de départ. Dieu est pour nous et nous accorde toutes choses, Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous. Aux v. 10-11, l’Éternel frappe et met en déroute les ennemis de son peuple qui n’a pas autre chose à faire qu’à poursuivre un adversaire battu. S’il est vrai que le secours tout entier vient de Dieu, la victoire ne pourrait être complète sans le déploiement de l’énergie de la foi.

Samuel constate cette intervention divine. «Il prit une pierre et la plaça entre Mitspa et le rocher, et il appela son nom Ében-Ézer (pierre de secours) et dit : L’Éternel nous a secourus jusqu’ici» (v. 12). Ében-Ézer, déjà mentionné au chap. 4:1, ne reçoit son nom qu’à la suite de cette victoire. «Jusqu’ici» : cette base étant posée, l’ennemi ne cherche plus à lever la tête (vers. 13). La restauration, pour le moment du moins, est complète.

Nous avons vu Samuel prophète, sacrificateur, intercesseur et juge ; précieux caractères chez cet homme de Dieu. Son activité pour le Seigneur et pour son peuple ne se ralentit pas : «Samuel jugea Israël tous les jours de sa vie. Et il allait d’année en année, et faisait le tour, à Béthel, et à Guilgal, et à Mitspa» (lieux qui caractérisaient son activité selon Dieu), «et jugeait Israël dans tous ces lieux-là». Même à Rama, où était sa maison, il n’était occupé que du bien-être du peuple de l’Éternel. La Parole ajoute : «Et il bâtit là un autel à l’Éternel» (v. 17). Se prosterner devant l’Éternel avait été la première expression de son service (1:28) ; l’autel de l’adorateur en est la dernière. Cette vie de foi n’est-elle pas bien encadrée par ces deux actes !

 

3.5   CHAPITRE 8

«Et il arriva que, lorsque Samuel fut vieux, il établit ses fils juges sur Israël... Et ses fils ne marchaient pas dans ses voies ; mais ils se détournaient après le gain déshonnête, et prenaient des présents, et faisaient fléchir le jugement». v. 1-3).

L’histoire des juges, comme celle de la sacrificature, se termine par une ruine complète. Samuel lui-même manque ici de discernement spirituel. Il établit ses fils sans une direction de l’Éternel, comme si la fonction que Dieu lui avait confiée pouvait être transmise à d’autres, car il n’y a pas de transmission de dons ou même de charges par succession.

Les anciens d’Israël (v. 4) désapprouvent avec raison la conduite des fils de Samuel, mais en prennent occasion pour demander un roi (v. 5) : «Établis sur nous un roi pour nous juger, comme toutes les nations». Le mal dont ils se plaignent ne les pousse pas vers l’Éternel, mais vers les gentils ; ils cherchent un secours humain pour remédier à la ruine de l’homme, croyant échapper ainsi à leur propre misère comme peuple de Dieu.

Vouloir un roi, c’était au fond abandonner l’Éternel et renier son gouvernement immédiat par les juges, mais le péché capital était de demander un roi comme les nations. Le conseil de Dieu n’était-il pas de leur en donner un selon son coeur, un oint qu’il leur aurait choisi Lui-même ! (1 Sam. 2:35 ; 13:14). Vouloir un roi comme toutes les nations, c’était abandonner leur titre de peuple de Dieu et s’assimiler au monde, lorsque, grâce à leur infidélité, un système, établi de Dieu, avait périclité entre leurs mains. La chrétienté, en voie d’apostasie, n’a pas agi autrement, quand, au lieu de s’humilier et de mener deuil, elle a cherché l’appui du monde pour se maintenir.

Samuel, tout répréhensible qu’il eût été à l’occasion de ses fils, ne les avait pas, comme Éli, honorés plus que l’Éternel. La demande des anciens : «Donne-nous un roi pour nous juger» (v. 6), fut mauvaise à ses yeux. C’est le mépris du gouvernement direct et de la gloire de Dieu qui le touche. Dans son affliction il a recours à la prière (v. 6) ; Que ne suivons-nous, en toutes circonstances et journellement, cet exemple !

Et l’Éternel dit à Samuel : «Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te disent ; car ce n’est pas toi qu’ils ont rejeté, mais c’est moi qu’ils ont rejeté, afin que je ne règne pas sur eux. Selon toutes les actions qu’ils ont commises depuis le jour où je les ai fait monter d’Égypte, jusqu’à ce jour, en ce qu’ils m’ont abandonné et ont servi d’autres dieux : ainsi ils font aussi à ton égard» (v. 7, 8). Encouragement précieux, donné par Dieu à son serviteur, au moment où il subissait personnellement une discipline dont les anciens d’Israël étaient devenus les instruments. Rien de plus consolant pour son coeur, que l’assurance d’être, après tout, du côté de l’Éternel et, ce dernier étant rejeté, de devoir l’être aussi. N’est-ce pas un honneur de partager l’opprobre que le monde jette sur notre Seigneur en le repoussant ! Est-il étonnant qu’il en agisse de même à notre égard ! Tout en le disciplinant, Dieu identifie Samuel avec Lui, alors que son peuple, ayant l’apparence de juger le mal, s’identifiait avec les nations. Il vaut mieux être un Samuel humilié, méconnu, seul avec un Dieu rejeté, qu’un Israël, muni d’une puissante organisation extérieure qui lui donne l’illusion de pouvoir se passer de Dieu et agir à sa guise, tandis qu’il est au fond l’esclave du monde et de Satan.

«Et maintenant, écoute leur voix ; seulement tu leur rendras clairement témoignage, et tu leur annonceras le régime du roi qui régnera sur eux» (v. 9). Le rejet de Samuel le qualifie pour un office nouveau : il rend un témoignage très clair de ce qui devait arriver au peuple. Le roi, selon le coeur des hommes, allait faire d’eux ses instruments pour accomplir ses desseins, joug intolérable, mais qu’ils ne pourraient secouer (v. 10-18). De même le monde dépossède entièrement les chrétiens qui cherchent son appui et ne leur donne en échange que le sentiment de leur misère sans aucune compensation. Il n’accorde son appui que si l’on consent à le servir. Ce n’est pas le joug aisé et le fardeau léger de l’esclave de Christ, mais l’angoisse d’une cruelle servitude.

Le peuple averti refuse d’écouter la voix de Samuel et préfère suivre son propre chemin ; Samuel n’a que l’Éternel pour ressource, et rapporte toutes les paroles du peuple à Ses oreilles (v. 21).

Ainsi Dieu se sert de la discipline pour affermir son serviteur dont il veut faire, dans la suite, un instrument de bénédictions nouvelles. Ayant reçu l’enseignement divin, lui qui avait établi ses fils sans consulter l’Éternel, il attend que Dieu lui ait dit : «Écoute leur voix, et établis sur eux un roi» (v. 22).

 

4                    CHAPITRES 9 à 15 — Saül ou le roi selon la chair

4.1   CHAPITRE 9

Saül entre en scène. Dans ces circonstances nouvelles, le caractère de Samuel brille d’un éclat incomparable. Dieu lui avait dit : «Établis sur eux un roi» ; Samuel attend encore pour l’établir que Dieu le désigne. C’est là le vrai caractère d’un serviteur, la dépendance dans l’obéissance, le même caractère qui paraît dans le Seigneur à la mort de Lazare (Jean 11:6). Cela est d’autant plus frappant que Samuel sert au sujet d’une chose qui répugne à son coeur, mais si Dieu agit de même, comment Samuel ferait-il autrement ! Dieu se met au service de son peuple pour lui choisir un roi selon les principes de l’homme. Il dit bien, en Osée 13:11 : «Je t’ai donné un roi dans ma colère, et je l’ai ôté dans ma fureur», mais si Dieu exerce ainsi un jugement sur son peuple, il n’en est pas moins vrai qu’il a aussi un but de grâce. «Il sauvera», dit l’Éternel, «mon peuple de la main des Philistins ; car j’ai regardé mon peuple, car son cri est parvenu jusqu’à moi» (v. 16).

D’autre part, ce choix était l’épreuve d’Israël. Dans la chair, il demande un roi selon la chair ; ni Dieu, ni Samuel, n’y mettent obstacle ; au contraire, Dieu fait choix du plus excellent sujet que la chair puisse désirer, et Samuel le reconnaît comme tel : «Vers qui est tourné tout le désir d’Israël ? N’est-ce pas vers toi !» (v. 20).

Saül possède toutes les qualités naturelles d’un conducteur de peuple. Il est fort et vaillant, beau, grand, homme d’élite (v. 1, 2). Ses qualités morales ne sont pas moins remarquables : il est soumis, affectueux envers son père (v. 5), disposé à écouter les conseils de ses inférieurs (v. 10), petit à ses propres yeux, soit dans sa tribu, soit dans sa famille (v. 21). Si, avec un tel homme, l’essai que Dieu va faire ne réussit pas, c’est, bien décidément, que l’état de l’homme en général ne laisse pas d’espoir.

Ajoutons encore que, sans cette épreuve du roi selon la chair, les voies de Dieu envers David, son oint, n’auraient pas été complètes. Où auraient été les souffrances et toute l’affliction de David, prélude nécessaire de sa gloire, si Saül n’avait pas été suscité ?

Revenons maintenant au beau caractère de Samuel. Dans les chapitres précédents, il prie, il intercède, il consulte l’Éternel ; nous le voyons ici dans une relation d’intimité plus grande encore avec Dieu. En lui, Dieu réalise ce que nous trouvons au Ps. 32:8 : «Je t’instruirai, et je t’enseignerai le chemin où tu dois marcher ; je te conseillerai, ayant mon oeil sur toi». Tandis que Saül n’est qu’un instrument aveugle des desseins de Dieu, Samuel en a la conscience, et est le confident de Son secret. «Un jour avant que Saül vînt, l’Éternel avait averti Samuel, disant : Demain, à cette heure, je t’enverrai un homme du pays de Benjamin, et tu l’oindras pour être prince sur mon peuple Israël» (v. 15). La communication lui en est faite sans qu’il la demande. Rien ne vient de lui ; il reçoit directement, sans aucun intermédiaire, les pensées de Dieu : «Voilà l’homme dont je t’ai parlé ; c’est lui qui dominera sur mon peuple» (v. 17). Samuel a conscience de son don (v. 19), mais c’est pour communiquer la pensée de Dieu à Saül. Avant que ce dernier l’ait rencontré, il a déjà ordonné d’avance sa portion (v. 23). Aucune jalousie, quand il aurait pu en ressentir, lui, mis de côté par les anciens ; la volonté de Dieu lui suffit, et il s’en réjouit. L’établissement d’un roi selon la chair est un mal, mais Samuel, chose assurément difficile, a appris dans la communion avec le Seigneur, à ne pas s’opposer au mal lorsque Dieu ne s’y oppose pas.

Remarquez encore dans ce chapitre, comment tous les événements les plus insignifiants concourent à l’accomplissement des desseins de Dieu, du but qu’il s’est proposé : la perte des ânesses, les démarches inutiles de Saül dans la terre d’Israël, la pensée qui vient au serviteur, les jeunes filles allant à la fontaine, la présence de Samuel ce jour-là dans la ville, le sacrifice de prospérités, enfin chaque pas, chaque décision, chaque parole du prophète, agissant en communion avec son Dieu.

 

4.2   CHAPITRE 10

Samuel oint Saül pour prince sur l’héritage de Dieu et lui prédit les signes qui lui arriveront en chemin, en rapport avec son onction comme roi. Ces signes avaient une grande importance : tout l’avenir de Saül dépendait de la manière dont il les comprendrait. Il ne tenait qu’à lui de les méditer ; leur sens échappe à un coeur sans intelligence ni discernement spirituel et, sous ce rapport, ce passage est souvent une pierre de touche de notre état. Remarquez que, dans cette scène, Saül n’est pas laissé à lui-même, ce qui lui ôte toute excuse. Samuel lui dit : «Dieu est avec toi» (v. 7), et plus lard : «L’Esprit de Dieu le saisit» (v. 10).

Les signes donnés à Saül sont au nombre de trois ; ils se suivent dans un ordre voulu de Dieu.

C’est d’abord le sépulcre de Rachel, sur la frontière de Benjamin. Benjamin, chef de la tribu de Saül, avait reçu le jour à la mort de sa mère. L’histoire de Saül, pour correspondre aux pensées de Dieu, devait commencer là. Il ne tenait qu’à lui de devenir le fils de la droite de Jacob, le Benjamin de Dieu, si l’homme dans la chair pouvait obtenir cette place. Le sépulcre de Rachel pouvait être le début de sa royauté. La mort le séparant de tout son passé, ce pouvait être pour lui une vie nouvelle, issue de la mort, et dans laquelle il marcherait librement comme l’oint de l’Éternel.

Saül, passant plus avant, devait rencontrer trois hommes, montant vers Dieu à Béthel. Béthel était la première étape du voyage de Jacob, le lieu où Dieu avait promis au patriarche proscrit de ne jamais l’abandonner. Au milieu de la ruine d’Israël, la fidélité de Dieu à ses promesses était ainsi manifestée au roi futur, afin qu’il réglât sa conduite sur elle. Saül aurait dû voir que Béthel lui était assuré, et qu’il pouvait compter sur la protection divine. Dans les tristes circonstances où se trouvait le peuple, Saül rencontre, ne fût-ce que trois adorateurs de Dieu, montant où Jacob l’adora, où il veut être adoré à toujours.

Béthel était en ce temps le lieu de la grâce où Dieu s’était révélé, le centre de la vie religieuse d’Israël, le commencement et la fin des pérégrinations de son fondateur. Saül pouvait et devait entrer en relation avec ceux qui se rendaient en ce lieu de bénédiction, et, quoique en si petit nombre, rendaient un témoignage complet (indiqué par le nombre trois) à la réalité de la foi qui restait en Israël. Ils s’enquerraient de Saül ; c’est d’eux qu’il devait recevoir la nourriture nécessaire, lui qui n’avait rien eu à donner au prophète. Ayant trouvé grâce à leurs yeux, il devait se joindre à ces hommes de foi.

Saül arriverait enfin au coteau de Dieu, au siège de sa puissance, actuellement entre les mains des Philistins, c’est-à-dire envahi et dominé par l’ennemi. Ayant rencontré à Béthel ce qui, en Israël, restait fidèle à Dieu, Saül ici, devait prendre connaissance de l’état réel du peuple, et cela devait parler à sa conscience. Mais, en ce lieu même, Dieu se mettait en relation avec Israël par les prophètes. Les ressources divines ne faisaient pas défaut, et, malgré les Philistins, l’Esprit pouvait agir en puissance et en grâce. La troupe des prophètes et le petit résidu adorant Dieu à Béthel, devaient ouvrir les yeux et indiquer le chemin à l’oint de l’Éternel, qui pouvait devenir ainsi le conducteur et le libérateur du peuple. Il dépendait de l’Esprit de Dieu que Saül, se joignant à ces hommes, devînt son instrument pour Israël, et que son coeur fût changé «en un autre» (v. 6-9).

Le signe a lieu ; l’Esprit de Dieu saisit Saül (v. 10). Par lui, Dieu aurait pu reprendre le cours de ses relations avec Israël, mais la foi n’était pas en jeu, et les témoins de cette scène ne s’y trompent pas. Quoique Saül, changé en un autre homme, prophétise, ceux qui l’avaient connu auparavant n’ont pas confiance en lui. «Saül aussi est-il parmi les prophètes ?» Et quelqu’un de là répond : «Qui est leur père ?» Y a-t-il un même père pour Saül et pour les serviteurs de Dieu ?

Les signes accomplis, Saül reçoit une direction nouvelle pour agir, car les signes ne sont pas tout ; il faut encore la Parole. Il lui est enjoint de descendre à Guilgal et d’attendre sept jours, jusqu’à ce que Samuel vienne vers lui pour lui apprendre ce qu’il aurait à faire. Nous verrons plus lard le résultat de cet ordre quand, après deux ans, le roi se décide à descendre à Guilgal (13:1).

Samuel convoque le peuple devant l’Éternel à Mitspa, mais déjà les beaux jours du chap. 7 n’étaient plus, car depuis la nouvelle infidélité du peuple, ses relations avec l’Éternel s’étaient de nouveau gâtées. En demandant un roi, ils avaient rejeté leur Dieu (v. 19). Hélas ! cela semble peser moins sur leurs consciences que lorsqu’ils se trouvaient sous le joug des Philistins. Aujourd’hui leurs circonstances étaient extérieurement heureuses et faciles, mais Dieu était rejeté. Le peuple avait réclamé un roi ; loin de l’entraver, Dieu l’avait aidé de toute manière, en faisant pour lui le meilleur choix possible selon l’homme. Qu’allait-il en résulter ?

Lors de l’institution de la royauté (v. 20-27), Saül montre son humilité et sa modestie (v. 23) ; il sait oublier une injure (v. 27), qualités naturelles aimables qu’il faut reconnaître, mais qui ne sauraient en rien accomplir l’oeuvre de Dieu. La cérémonie achevée, Saül se rend à Guibha. «Et la troupe de ceux dont Dieu avait touché le coeur alla avec lui» mais «des fils de Bélial... le méprisèrent et ne lui apportèrent point de présent». C’est bien l’image du monde : les fils de Bélial qui avaient rejeté Dieu pour demander un roi, le méprisent quand Dieu le leur envoie ; mais les vrais croyants, en compagnie de Samuel et, plus tard, de David, connaissant les pensées de Dieu, acceptent comme venant de Lui, l’autorité d’un homme qui se montrera l’ennemi le plus acharné de l’oint de l’Éternel. Telle est encore aujourd’hui notre place dans le monde ; nous reconnaissons les autorités les plus impies pour leur obéir (à part l’obéissance due à Dieu), parce que nous acceptons l’autorité de Dieu qui les a instituées.

 

4.3   CHAPITRE 11

À peine la royauté est-elle établie que Nakhash l’Ammonite entre en scène, l’ennemi redouté d’Israël, mais non pas son grand ennemi intérieur, comme le Philistin, établi au coteau de Dieu, dont l’Éternel avait dit : «Saül sauvera mon peuple de la main des Philistins» (9:16). Pour éviter le combat, les gens de Jabès de Galaad proposent une alliance à l’ennemi en échange de leur asservissement. Nakhash ne répond à cette proposition que par le mépris ; c’est tout ce que nous pouvons retirer de nos lâches concessions au monde et de notre manque de foi ! Les gens de Jabès ne pensent pas même au libérateur que Dieu vient de leur donner, car le peuple n’avait reconnu Saül qu’en des choses que la chair accepte : la beauté extérieure et les qualités naturelles.

Les messagers de Jabès annoncent aux tribus l’extrémité à laquelle leur ville est réduite ; Saül, d’occasion, se trouve sur les lieux. «L’Esprit de Dieu le saisit lorsqu’il entendit ces paroles, et sa colère s’embrasa fortement» (v. 6). Chose très sérieuse à considérer : sans un travail de conscience, l’Esprit de Dieu, agissant en puissance, ne sauve pas l’homme. Saül, sous l’influence de l’Esprit, avait «le coeur changé en un autre», était «changé en un autre homme» (*), et se trouve être plus tard réprouvé, quand il manifeste le vrai fond de son coeur naturel. Toutes les qualités de la nature, et même un don de prophétie conféré par l’Esprit, n’ont pas fait de lui un homme de Dieu ! Balaam et Judas en sont d’effrayants exemples ; Samson, quoique son état prête à quelques doutes, donne lieu aux mêmes remarques ; et de même le serviteur inutile de la parabole (Matt. 25:30).

(*) Ce n’est pas, remarquons-le, le nouvel homme du Nouveau Testament.

Saül est donc saisi par l’Esprit de Dieu, mais je suis porté à croire que la colère ardente de la chair décèle son état personnel ; il menace, au lieu de gagner la confiance et de faire appel à la foi : «Celui qui ne sortira pas après Saül et après Samuel, on fera ainsi à ses boeufs» (v. 7).

Quoi qu’il en soit, «la frayeur de l’Éternel tombe sur le peuple». Jabès est délivré ; Samuel renouvelle la royauté déjà établie au chap 10, mais qui maintenant a donné ses preuves. Ce renouvellement doit se faire à Guilgal (v. 14), lieu de la circoncision, où la chair fut retranchée. Moralement, Saül n’était pour rien dans cet acte. D’après l’injonction de Samuel, au chap. 10:8, la foi chez lui devra plus tard être mise à l’épreuve à Guilgal. Saül fait montre de générosité, reconnaît même la main de l’Éternel dans la délivrance accordée au peuple (v. 13). Ainsi Dieu, dans sa condescendance envers l’homme naturel, est avec lui et accorde à la chair les moyens et les secours nécessaires pour marcher en sa présence.

Dans ce chapitre, nous trouvons le peuple (11:11, 12) distingué des vrais croyants dont Dieu a touché le coeur (10:26) et des fils de Bélial (10:27). «Le peuple» n’appartient ni aux uns, ni aux autres. Il disparaît au jour où le coeur est mis à l’épreuve, mais parle hautement pour Saül et contre les fils de Bélial (v. 12), quand il trouve du profit à s’associer au roi. L’ensemble de la nation n’est jamais du côté d’un Saül méprisé (10:27), ou d’un David rejeté, comme nous le verrons plus tard. Aujourd’hui il n’en est pas autrement, et même dans le millénium, les nations inconverties ne se soumettront à Christ que pour y trouver du profit.

 

4.4   CHAPITRE 12

Par le renouvellement de la royauté, la carrière de Samuel comme juge, a naturellement atteint son terme. Ce chap. 12 est pour ainsi dire le testament de toute l’activité déployée par lui comme conducteur d’Israël. «J’ai écouté», dit-il, «votre voix en tout ce que vous m’avez dit, et j’ai établi un roi sur vous. Et maintenant, voici, le roi marche devant vous ; et moi, je suis vieux et j’ai blanchi ; et voici, mes fils sont avec vous ; et moi, j’ai marché devant vous depuis ma jeunesse jusqu’à ce jour» (v. 1, 2). Samuel n’avait point été double dans ses voies ; en écoutant le peuple, il avait tout simplement suivi l’ordre de l’Éternel ; il peut donc dire un peu plus loin : «L’Éternel a mis un roi sur vous» (v. 13). En cela nous voyons aussi le beau désintéressement d’un homme qui est en communion avec Dieu ; il avait oublié les torts et l’injustice du peuple et des anciens à son égard et s’était désisté sans murmure de ses fonctions officielles pour les reporter sur un roi qui, certes, moralement valait bien moins que lui. Il dit : «Mes fils sont avec vous», remettant ainsi à leur place ceux que lui-même avait autrefois établis à tort. Cet acte, en apparence si naturel, mais qui lui avait amené quelque discipline de la part de son Dieu, il le juge bien, me semble-t-il, par ce petit mot «avec vous». Ses fils étaient de faux juges, tandis que lui, le vrai juge, avait marché «devant» le peuple. Et maintenant, c’était le roi qui marchait devant eux.

Le dernier des juges va donner son appréciation sur la conduite du peuple et sur les voies de l’Éternel envers lui. «Et maintenant, présentez-vous, et je vous jugerai devant l’Éternel au sujet de tous les actes justes de l’Éternel, qu’il a opérés envers vous et envers vos pères» (v. 7). Mais pour parler ainsi, il faut un homme irréprochable et ce fait est pratiquement de toute importance pour nous. Nous ne pouvons avoir aucune autorité vis-à-vis du peuple de Dieu, si nos actes ne répondent pas à notre don et à nos paroles. Mais ce n’est pas seulement d’autorité conférée qu’il s’agit ; on ne peut atteindre les consciences sans autorité morale.

Le peuple est obligé de rendre témoignage à Samuel que sa vie n’a pas donné prise aux reproches et à la critique. Comme plus tard l’apôtre Paul, il était manifesté aux consciences du peuple de Dieu. Son autorité morale était mille fois plus importante que son autorité officielle. Saül possède cette dernière et elle ne l’empêche pas d’être réprouvé, quoiqu’elle soit établie de Dieu.

«C’est l’Éternel qui a établi Moïse et Aaron (v. 6). À ses dépens, Samuel l’avait oublié un moment en établissant ses fils lui-même. Actuellement dans l’Église, et certes il est à propos de le remarquer, il n’y a pas d’établissement officiel, mais les dons nécessaires restent malgré la ruine, ainsi qu’une autorité morale reposant sur la sainteté pratique de celui qui l’exerce.

Le discours de Samuel (v. 6-17) remonte à la délivrance d’Égypte qui avait fait entrer le peuple en Canaan, car c’était là le but de cette puissante intervention de Dieu à leur égard. Mais en Canaan ils avaient oublié Dieu et, au lieu de le servir, s’étaient prosternés devant des idoles. Sous l’oppression de l’ennemi, ils avaient crié à l’Éteruel qui les avait délivrés par ses juges, depuis Jerubbaal à Samuel et les avait fait «habiter en sécurité» (v. 11).

Mais voici que Nakhash, roi des fils d’Ammon, les menaçant, ils avaient dit à Samuel : «Non, mais un roi régnera sur nous — et l’Éternel, votre Dieu, était votre roi» (v. 12).

L’Esprit leur dévoile ici leurs motifs cachés pour demander un roi. Ce n’étaient point, au fond, ceux qu’ils avaient donnés à Samuel, au chap. 8:5 : «Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent pas dans tes voies». Souvent l’homme colore ainsi ses motifs aux yeux des hommes, mais il ne peut les cacher à Dieu et à son prophète. Au fond du coeur d’Israël régnait tout simplement la peur de Nakhash, avec un absolu manque de foi et de confiance en Dieu. L’Éternel était leur roi, mais ils aimaient mieux les secours d’un roi selon les nations et la sécurité dont il pouvait les couvrir, que les «ailes de l’Éternel», à l’ombre desquelles ils auraient dû se réfugier en poussant des cris de joie.

Malgré tout, Dieu condescend à leur demande et l’histoire de leur responsabilité continue ainsi sous un autre régime : «L’Éternel a mis un roi sur vous» (v. 13). Le coeur d’Israël changera-t-il sous cette nouvelle économie ! La suite le montrera. Pour le moment, il s’agissait de les convaincre que «le mal qu’ils avaient fait était grand aux yeux de l’Éternel, d’avoir demandé un roi pour eux» (v. 17). Samuel leur en donne le signe par les tonnerres et la pluie tombant du ciel hors de saison ; mais il crie et intercède en même temps pour eux. Jamais, pendant toute sa carrière, cet homme de prière ne s’est ralenti dans ses supplications.

La conscience du peuple est de nouveau atteinte, mais combien de fois déjà ne l’avait-elle pas été ! témoin le beau mouvement de Mitspa, au chap. 7. Ils disent ici à Samuel : «Prie l’Éternel, ton Dieu, pour tes serviteurs, afin que nous ne mourions point ; car, à tous nos péchés, nous avons ajouté ce mal d’avoir demandé un roi pour nous» (v. 19). L’intercession de l’homme de Dieu est leur seule ressource ; c’est vrai, mais le mal est fait et subsiste ; il n’est pas dans les voies divines de recrépir un mur crevassé, de donner une belle apparence à une maison en ruines. Une chose leur restait, notre ressource aussi, dans les circonstances où nous vivons : il y a possibilité de marcher au milieu des ruines d’une manière qui glorifie Dieu. «Ne craignez pas», dit Samuel au peuple, «vous avez fait tout ce mal, seulement ne vous détournez pas de l’Éternel, et servez l’Éternel de tout votre coeur» (v. 20). S’il se trouve des âmes qui, dans le jour actuel, n’aient pour but que d’honorer Dieu et de le servir, leur voie sera réellement lumière au milieu des ténèbres qui les entourent. Ces âmes trouveront d’autre part, en s’appuyant sur trois choses qui restent debout pour tous les temps, des ressources que la ruine ne peut tarir ni diminuer : «Car l’Éternel, à cause de son grand nom, n’abandonnera point son peuple, parce que l’Éternel s’est plu à faire de vous son peuple. Quant à moi aussi, loin de moi que je pèche contre l’Éternel, que je cesse de prier pour vous ; mais je vous enseignerai le bon et le droit chemin» (v. 22, 23).

Ces choses sont les trois piliers de la vie chrétienne. La ruine ne change rien à la grâce de Dieu qui reste notre assurance à toujours. L’intercession de Christ, dont celle de Samuel n’est qu’un faible type, est capable de nous conduire à travers toutes les difficultés. La Parole enfin, dont le prophète était le porteur pour le peuple, «nous enseigne que, reniant l’impiété et les convoitises mondaines, nous vivions dans le présent siècle sobrement, et justement, et pieusement» (Tite 2:12).

En terminant, Samuel dit au peuple : «Seulement, craignez l’Éternel et servez-le en vérité, de tout votre coeur ; car voyez quelles grandes choses il a faites pour vous» (v. 24). N’oublions pas que la connaissance de son «grand salut» est le vrai moyen de le craindre comme il veut être craint, de le servir comme il veut être servi. Souvenons-nous aussi que la connaissance de la grâce de Dieu n’affaiblit en aucune manière la responsabilité de son peuple. «Si vous vous adonnez au mal, vous périrez, vous et votre roi».

 

4.5   CHAPITRE 13

L’activité de Samuel comme juge étant close, le premier verset de ce chapitre introduit un sujet nouveau.

Il est important de remarquer, au début de cette nouvelle division du livre, que Saiil ne représente pas l’opposition préméditée de la chair à l’oeuvre de Dieu, mais, bien plutôt, la chair s’employant à accomplir cette oeuvre, la chair introduite dans une position de témoignage. Cela rend Saül infiniment plus responsable et son activité plus coupable, que s’il entrait en scène comme un ennemi de Dieu et de son oint. La chrétienté dont nous faisons partie occupe la même position, en sorte que les enseignements de ces chapitres sont d’une solennelle actualité.

Ce chapitre pourrait être intitulé : La folie et la faiblesse de la chair. Après une première victoire de Jonathan (v. 3), sur laquelle nous reviendrons dans le chapitre suivant pour présenter dans son ensemble le caractère de cet homme de Dieu, les Philistins furent émus. «Saül sonna de la trompette par tout le pays, disant : Que les Hébreux l’entendent ! Et tout Israël ouït dire : Saül a frappé le poste des Philistins, et aussi Israël est détesté par les Philistins. Et le peuple se rassembla auprès de Saül à Guilgal».

En s’adressant au peuple de l’Éternel, le roi parle des Hébreux. Les Philistins ou les nations ennemies qui environnaient Israël, ne parlaient pas autrement (conf. 14:11), et ce titre prouve que Saül s’appuyait sur le rassemblement de la nation, comme constituée à l’égal des gentils, et ne comprenait guère mieux que ces derniers la relation du peuple avec son Dieu. Il en est plus ou moins de même de nos jours, où les hommes méconnaissent la relation véritable du peuple de Dieu, de l’Église avec Christ. Comment pourrait-il en être autrement ? La chair peut-elle comprendre les rapports d’intimité et d’affection que l’Esprit établit entre l’Époux et l’épouse ? De cette ignorance sont sortis tous les systèmes soi-disant religieux qui constituent la chrétienté et remplacent des relations vitales que la chair ne peut connaître.

Saül s’attribue la victoire de Jonathan, la victoire de la foi (v. 4). Lorsque Dieu agit par ses instruments au début d’un réveil, comme cela s’est vu lors de la Réformation, et remporte la victoire sur l’ennemi, tous ceux qui en profitent et qui n’appartiennent pas à la famille de la foi, ne manquent pas de revendiquer cette victoire comme leur mérite et de se faire valoir par elle.

Jamais la chair ne cherche à rassembler les âmes autour de Christ ; elle se fait centre elle-même. C’est ainsi qu’agit Saül en cherchant à effrayer le peuple par ces mots : «Israël est détesté par les Philistins». Au chap. 11:7, il avait contraint par des menaces les tribus à le suivre, ici par la peur. Cette manière d’agir a pour résultat de rassembler Israël auprès de lui (v. 4), mais les conséquences morales ne se font pas attendre. Ceux qui se placent sous la conduite de la chair pour trouver quelque sécurité, sentent bien vite qu’ils n’en ont aucune. Leur détresse n’en est pas diminuée ; ils suivent Saül «en tremblant» (v. 7). Pour se mettre à l’abri, ils passent le Jourdain et vont au pays de Gad et de Galaad (v. 7), abandonnant le terrain proprement dit de Canaan, pour mettre autant d’espace que possible entre eux et l’ennemi. Ce manque de foi leur fait oublier la seule chose importante, c’est que ce n’était pas Saül qui habitait au milieu de son peuple, et que leur cause n’était pas entre ses mains.

Saül était enfin descendu à Guilgal, où Samuel lui avait jadis donné rendez-vous en ces termes : «Tu descendras devant moi à Guilgal ; et voici, je descendrai vers toi pour offrir des holocaustes et sacrifier des sacrifices de prospérités ; tu attendras sept jours, jusqu’à ce que je vienne vers toi, et je te ferai savoir ce que tu devras faire» (10:8).

Les circonstances difficiles qu’il traverse, rappellent à Saül la nécessité des directions de Samuel. Au bout de deux ans, il se souvient de l’injonction du prophète. Saül, est-il dit, «attendit sept jours jusqu’au temps assigné par Samuel». La chair peut imiter la foi jusqu’à un certain point, pas au delà ; elle recule devant les conséquences de son inactivité ; rien ne lui est plus difficile, plus impossible même, que de se tenir tranquille et de voir le salut de l’Éternel. Sa patience en impose souvent, même aux chrétiens, mais elle cesse au moment de devenir la foi, la foi qui ne compte pas avec les difficultés et les impossibilités, car elle s’attache à Dieu qui est au-dessus de ces choses. L’homme naturel peut marcher longtemps dans un chemin de patience et agir en apparence d’après ce principe, mais n’a pas le sentiment de sa faiblesse et de son incapacité et, manquant de lien avec Dieu, ne peut chercher ses ressources qu’en lui-même quand il est réellement mis à l’épreuve.

Les sept jours étaient passés, Samuel ne venait pas à Guilgal, et le peuple se dispersait d’auprès de Saül (v. 8). Le peuple ne trouvait pas en celui qui l’avait rassemblé par la peur, l’autorité suffisante pour le maintenir et le défendre. Alors Saül perd patience ; il ignore cette patience de la foi qui «est fortifiée en toute force, selon la puissance de la gloire de Dieu». Sa patience s’arrête où la foi devrait commencer. Quand le peuple se disperse, quand l’appui des hommes lui manque, tout manque au pauvre roi. Sa chair, poussée à l’action, prend aussitôt la place qui appartient au prophète, renversant et foulant aux pieds l’ordre établi de Dieu. Saül dit : «Amenez-moi l’holocauste et les sacrifices de prospérités. Et il offrit l’holocauste. Et comme il achevait d’offrir l’holocauste, voici que Samuel vint» (v. 9, 10).

Le secours de Dieu arrive au moment où la chair vient de s’aider elle-même. À quoi ce secours peut-il donc lui servir ? Saül n’est pas un incrédule et ne méprise pas ouvertement le Dieu d’Israël ; il sait qu’il faut un sacrifice pour s’approcher de Lui ; loin de mépriser le prophète, il sort «à sa rencontre pour le saluer» (v. 10). Mais, homme dans la chair, il était absolument incapable d’agir autrement qu’il ne le fait. Cependant il est responsable à l’extrême. «Qu’as-tu fait ?» lui dit Samuel — la parole que Dieu avait adressée à Caïn ! Comme toujours, la chair a d’excellentes raisons pour agir et par conséquent pour désobéir : «Parce que je voyais que le peuple se dispersait d’auprès de moi, et que tu ne venais pas au jour assigné, et que les Philistins étaient assemblés à Micmash» (v. 11). Elle a une excuse même pieuse à sa désobéissance : «Maintenant les Philistins descendront contre moi à Guilgal, et je n’ai pas supplié l’Éternel» (v. 12).

Et Samuel dit à Saül : «Tu as agi follement». La sagesse, les raisonnements, les conseils, les décisions de l’homme sont folie pour Dieu, parce qu’elles sont désobéissance. «Tu n’as pas gardé le commandement de l’Éternel, ton Dieu, qu’il t’avait ordonné» (v. 13). L’obéissance est le premier, le seul caractère de la foi. Sans elle la foi n’existe pas. Elle s’allie à la dépendance. Qui pouvait offrir un sacrifice agréé de Dieu, sinon Samuel, type ici de Christ !

C’est pourquoi Dieu répond au sacrifice de Saül en le rejetant comme roi ! La royauté selon la chair, responsable quoique établie de Dieu, vient de fournir la preuve, non seulement qu’elle est incapable de se maintenir, mais que l’homme n’a de ressource que la grâce. C’est ce que Dieu voulait démontrer. Alors, il établit la royauté selon la grâce, selon son propre coeur. «L’Éternel s’est cherché un homme selon son coeur, et l’Éternel l’a établi prince sur son peuple» (v. 14).

Guilgal, lieu du jugement de la chair, était devenu, par l’infidélité de Saül, le lieu où la chair s’était affirmée. Samuel le quitte pour Guibha de Benjamin, seul lieu (conf. v. 2) où la foi se maintienne encore en Israël, dans la personne de Jonathan.

Saül paraît insensible à la gravité de son acte ; il continue dans la même voie en dénombrant le peuple qui se trouvait avec lui (v. 15). Les ravageurs d’entre les Philistins envahissent tout le pays d’Israël, et le peuple était sans armes : «Les Philistins avaient dit : Que les Hébreux ne puissent faire ni épée ni lance». Et tout Israël descendait vers les Philistins pour aiguiser ses instruments aratoires ou pour redresser un aiguillon. Si nous dépendons du monde pour fourbir nos armes, nous nous trouverons sans ressource pour le combattre. Notre arme, c’est la Parole. Comment en user contre le monde, si nous consentons à lui donner le droit de nous l’enseigner et de nous la dispenser ! Il a ainsi entre ses mains le moyen de nous asservir, et il ne nous laissera de cette Parole que ce qui ne peut lui nuire. Et c’est ainsi que les enfants de Dieu sont trop souvent sans armes devant les ennemis qui combattent leur foi.

 

4.6   CHAPITRE 14

Ce chapitre forme un contraste absolu avec le précédent. Nous avons vu chez Saül la folie et la faiblesse de la chair : nous trouvons chez Jonathan la sagesse et la puissance de la foi.

La carrière de Jonathan (13:2, 3) avait commencé par une victoire, alors qu’il était encore associé au système militaire de Saül ; mille hommes étaient avec lui et deux mille avec son père. Jonathan avait été vainqueur, mais, au lieu d’être pour la gloire de l’Éternel, sa victoire avait profité à Saül. Il en est toujours ainsi de notre association avec le monde religieux ; il s’en sert pour s’attribuer les résultats de notre lutte ; ainsi la victoire de la foi est annulée et le combat est à recommencer.

Il recommence, en effet, au chap. 14, mais la première expérience n’a pas été perdue pour Jonathan. Il dit au jeune homme qui portait ses armes : «Viens, et passons jusqu’au poste des Philistins qui est là, de l’autre côté ; mais il n’en dit rien à son père», car la foi n’attend aucun secours du monde. Il se sépare, par son action individuelle, du monde politique et religieux ; religieux, car le sacrificateur, l’arche. l’éphod, l’autel, étaient avec Saül. Mais la foi a le secret de Dieu, que n’ont ni Saül, ni sacrificateur, ni peuple. Jonathan garde son secret pour lui, ne pouvant dépendre de l’homme, quel qu’il soit. D’autre part, il s’associe en pensée et dans toute son action, avec Israël. Saül faisait appel aux «Hébreux» (13:3) ; Jonathan dit : «L’Éternel les a livrés en la main d’Israël» (v. 12). Jonathan est en grand progrès dans ce chapitre. Sa confiance est en Dieu seul, nullement en lui-même. C’est une grande foi, mais il faut chercher le secret de sa force dans sa séparation individuelle.

Les rochers de Botsets et de Séné, dressant leurs sommets infranchissables vis-à-vis de Micmash et de Guéba, ne sont rien pour la foi. Elle a, en outre, une vue claire et nette du caractère de ce monde : «Viens, et passons jusqu’au poste de ces incirconcis» (v. 6) ; elle a une vue tout aussi claire de ce qu’est Dieu, c’est-à-dire un Sauveur : «Rien n’empêche l’Éternel de sauver, avec beaucoup ou avec peu de gens».

Jonathan agit contrairement à toute la sagesse du monde ; il attend la direction du Seigneur ; il n’est nullement incertain ; il sait que, dans le chemin de la foi, nous pouvons être appelés à nous porter en avant ou à nous tenir tranquilles : «S’ils nous disent ainsi : Tenez-vous là, jusqu’à ce que nous vous joignions, alors nous nous tiendrons à notre place, et nous ne monterons pas vers eux ; et s’ils disent ainsi : Montez vers nous, alors nous monterons, car l’Éternel les aura livrés en notre main ; et ce sera pour nous le signe» (v. 9, 10).

Jonathan combat sans les armes humaines, obligé qu’il est, pour monter au-devant des Philistins, de se servir des mains et des pieds (v. 13), et c’est ainsi qu’il remporte la victoire de Dieu.

Quant à Saül, rien ne lui manquait en apparence, mais tout lui faisait défaut en réalité. Dieu n’était pas avec lui. La sacrificature qui semblait le soutenir était jugée d’avance (2:31 ; 3:13) ; lui-même rejeté comme roi (13:14). Il avait avec lui l’armée, c’est-à-dire la force, mais une force qui se fondait à l’approche des Philistins (13:8), et prouvait ainsi sa faiblesse.

Jonathan avait conscience du jugement que le peuple avait mérité. «Peut-être», dit-il à son jeune homme, «que l’Éternel opérera pour nous» ; mais quand il ajoute : «Rien n’empêche l’Éternel de sauver», il montre, en regard de ce jugement, qu’il connaît la puissance et la bonté de Dieu.

N’oublions pas le compagnon de Jonathan. Sa foi se joint à celle du chef dont il connaît l’affection pour l’Éternel et pour son peuple. Le dévouement de son maître suffit à cet homme simple de coeur et remplace pour lui tout raisonnement. Ne sont-elles pas belles, ces paroles : «Fais tout ce qui est dans ton coeur ; va où tu voudras, voici, je suis avec toi selon ton coeur» ! (v. 7).

La foi n’use pas de dissimulation, ne craint pas de se montrer, de mettre au jour ses desseins . «Voici, nous allons passer vers ces hommes et nous nous montrerons à eux». Tout en étant d’une hardiesse qui, aux yeux du monde, est de la pure témérité, Jonathan se défie d’un chemin de propre volonté et cherche un signe de la volonté de Dieu. «Ce sera pour nous le signe» (v. 10).

Comment les Philistins pourraient-ils ne pas être aveugles quant au vrai caractère des hommes de foi ! «Voici», disent-ils, «les Hébreux qui sortent des trous» où ils s’étaient cachés». Les croyants sont pour le monde un sujet de mépris et de moquerie.

Jonathan monte donc sans armes ; il n’est, dans sa pensée, que le représentant du vrai Israël vis-à-vis du monde (v. 12). Les armes que son jeune homme porte derrière lui ne servent qu’à affirmer la victoire de l’Éternel. L’épouvante dont les ennemis sont saisis est le résultat de cette victoire, en apparence sur une vingtaine d’hommes, en réalité sur tout un peuple. Il en est souvent ainsi ; nous n’avons qu’à livrer le combat qui est devant nous, que ce soit contre un ou mille ennemis, peu importe ; les résultats, c’est Dieu qui les dirige ; ils dépasseront l’attente et toutes les pensées de l’homme. «Les sentinelles de Saül, qui étaient à Guibha de Benjamin, regardèrent, et voici, la multitude s’écoulait, et s’en allait, et ils s’entre-tuaient» (v. 16).

En présence de ce phénomène extraordinaire, Saül (v. 17-19), sans aucune foi, a cependant la pensée de consulter l’Éternel, mais y renonce devant le tumulte qui grandit. Pauvre Saül ! Il sacrifiait à l’Éternel quand il aurait dû attendre le prophète pour le faire (13:9), et maintenant il estime inutile de le consulter ou de le chercher, quand la victoire est à la porte. En vérité, malgré toutes les apparences, il n’y a pas chez lui une étincelle de foi. Et tandis que la victoire de Jonathan rassemble les transfuges d’Israël (v. 21), les séparant du monde auquel ils étaient asservis, pour en faire des soldats dans la cause de Dieu, tandis qu’elle encourage à la poursuite de l’ennemi les timides dont les coeurs ont été rassurés (v. 22), leur roi, auquel manquent les éléments même de la religion, ne sait faire autre chose que d’établir une ordonnance charnelle qui prive le peuple de Dieu d’une bonne part de sa force. Les ordonnances établies par le monde affaiblissent nécessairement ceux qui s’y soumettent, car elles ont toujours un caractère légal : «Maudit soit l’homme qui mangera du pain, jusqu’au soir, et jusqu’à ce que je me sois vengé de mes ennemis» (v. 24). «Maudit», n’est-ce pas la loi ! «Que je me sois vengé», n’est-ce pas la chair et l’homme ! Quel contraste avec Jonathan qui ne voit dans la victoire que le salut de l’Éternel pour son peuple !

Le résultat de la foi de Jonathan est que l’Éternel sauve et opère une grande délivrance en Israël (v. 45) ; le résultat de l’ordonnance de Saül est que le peuple fut accablé et très fatigué (v. 24, 28:31). L’ordonnance charnelle ne tarde pas à porter ses conséquences : le jeûne et la fatigue imposés au peuple l’amènent à transgresser les premiers principes de la parole de Dieu ; il égorge sur le sol le menu et le gros bétail et les mange avec le sang (v. 32). Saül voudrait bien que les choses n’allassent pas si loin et qu’Israël ne se mît pas en contradiction avec l’ordonnance divine. «Vous avez agi infidèlement», dit-il (v. 33) ; «ne péchez pas contre l’Éternel en mangeant avec le sang» (v. 34). Mais peut-il, en cherchant à l’atténuer, remédier au mal qu’il a provoqué ? Puis, sur le lieu même de cette profanation, Saül bâtit son premier autel à l’Éternel (v. 35), choisissant pour y rendre culte l’endroit où le Seigneur a été déshonoré !

Jonathan n’avait pas entendu le serment que Saül avait fait prêter au peuple ; la foi est aussi étrangère aux ordonnances charnelles, qu’à tout le système religieux du monde, aussi continue-t-elle son oeuvre dans la liberté de l’Esprit, et, profitant des encouragements que Dieu lui donne, elle boit du torrent par le chemin (Ps. 110).

Comment Jonathan qui reçoit les secours préparés de Dieu pour la fatigue de la lutte et s’en prévaut, ne blâmerait-il pas ce qui paralyse le peuple, cette ordonnance néfaste, même sortie de la bouche de son père ! «Mon père a troublé le pays». Oui, l’intervention de la chair n’est qu’un trouble et une entrave à la victoire.

Saül commence par décréter de poursuivre les Philistins de nuit, afin de les détruire entièrement. Le sacrificateur qui précédemment avait retiré sa main (v. 19), a cependant le courage de dire : «Approchons-nous ici de Dieu» (v. 36). Saül interroge l’Éternel qui ne lui répond pas. Dieu permet que tout, dans cette aventure, porte ses conséquences extrêmes et soit conduit pour l’humiliation de Saül. Il demande «un sort parfait» (v. 41) ; il le reçoit enfin, mais la réponse condamne toute l’action du roi. Saül, lui, n’y voit autre chose que la condamnation de Jonathan ! C’est ainsi que la chair interprète la parole de Dieu. L’Éternel garde son serviteur fidèle, tandis que le roi selon la chair est jugé. Le peuple délivre Jonathan, parce qu’il reconnaît qu’il a opéré avec Dieu (v. 44-46).

L’homme charnel est capable d’un certain héroïsme pour maintenir sa religion et les ordonnances qu’il a établies. On le verra peut-être, comme ici, ne pas épargner ses plus proches, mais au fond ce n’est qu’un effort de Satan pour anéantir les serviteurs de Dieu. Dieu veille sur les siens et les sauve, en leur faisant rendre témoignage par la bouche même de l’assemblée d’Israël, dont l’autorité s’affirme ainsi contre les prétentions de la chair.

Malgré tout cela, Dieu agit sans se lasser par le moyen de Saül, selon la promesse qu’il avait faite (9:16), et cela n’empêche pas Saül de continuer à compter sur la chair pour battre les Philistins : «Quand il voyait quelque homme fort et quelque homme vaillant, il le prenait auprès de lui».

Tout ce chapitre nous a donc enseigné que la chair et la foi, loin de se prêter mutuellement aide et secours, ne peuvent qu’entrer en conflit et en opposition l’une avec l’autre.

 

4.7   CHAPITRE 15

Le tableau succinct du règne de Saül se termine avec le dernier verset du chap. 14. Le chapitre dont nous allons parler nous est donné comme un récit à part, à cause de l’importance de son contenu. Nous y trouvons la raison du rejet définitif de Saül, rejet qui nécessite l’introduction de David, le roi selon Dieu.

Nous avons vu que Saül représente la chair faisant profession de servir Dieu, et, comme telle, engagée dans Son oeuvre. Pour en prouver l’incapacité dans ces conditions-là, Dieu, depuis le chap. 9, l’a mise à l’épreuve de beaucoup de manières. Il reste une épreuve dernière. Qu’est-ce que la chair, qui prétend agir pour Dieu, fera dans le conflit avec Amalek !

Il était écrit (Deut. 25:17-19) : «Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek, en chemin, quand vous sortiez d’Égypte : comment il te rencontra dans le chemin, et tomba en queue sur toi, sur tous les faibles qui se traînaient après toi, lorsque tu étais las et harassé, et ne craignit pas Dieu. Et quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura donné du repos de tous tes ennemis à l’entour, dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage pour le posséder, il arrivera que tu effaceras la mémoire d’Amalek de dessous les cieux : tu ne l’oublieras pas».

Maintenant Dieu avait pourvu, malgré toutes les fautes de Saül, à ce qu’Israël eût «du repos tout à l’entour». L’heure d’Amalek, de l’ennemi cruel et lâche qui massacrait les traînards d’Israël, avait sonné. L’Éternel avait juré que la guerre durerait entre lui et Amalek de génération en génération (Ex. 17:16). Quiconque donc avait à coeur la gloire de Dieu et de son peuple Israël, devait, le moment venu, sans aucune autre considération, détruire entièrement et ne pas épargner celui qui s’était placé contre le peuple, sur le chemin, quand il montait d’Égypte (v. 2, 3). «Sa fin», selon la prophétie que Balaam avait été forcé de prononcer, devait être «la destruction» (Nomb. 24:20). Sans doute Dieu avait pu se servir de lui comme d’une verge sur son peuple désobéissant (Nomb. 14:39-45), mais il n’en restait pas moins l’adversaire par excellence, type de Satan qui, dès le début de la marche du désert, cherche à s’opposer au peuple de Dieu. C’est avec lui qu’est engagée sans trêve la lutte du chrétien, appelé à tenir ferme contre les artifices du diable et à combattre contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes (Éph. 6:11, 12). Dans cette lutte, Israël avait jadis été vainqueur, au moment où, abreuvé de l’eau du rocher, c’est-à-dire goûtant en figure la présence du Saint Esprit consécutive à la mort de Christ, conduit par Josué qui représente Christ, dans la puissance de l’Esprit, il avait été appelé à faire face à ce grand ennemi. La chair allait-elle de nouveau pouvoir remplir ce rôle, ou allait-il être démontré qu’elle en était incapable ?

Dès l’abord elle s’en montre capable en apparence. Saül se lève sur l’ordre de Dieu, se met à la tête du peuple, sépare les Kéniens qui s’étaient montrés amis du peuple de Dieu (Juges 4:11), et frappe Amalek et tout son peuple. Seulement il n’exécute pas jusqu’au bout l’ordre de l’Éternel. C’est ce que la chair ne fera jamais. Elle ne sait pas être inactive jusqu’au bout quand Dieu l’y convie, témoin les sept jours de Guilgal (13:8) ; elle ne peut, être active jusqu’au bout, témoin notre récit. Pour l’Éternel, ne pas exécuter entièrement son ordre, c’est ne pas l’exécuter du tout. Dieu déclare : «Je me repens d’avoir établi Saül pour roi ; car il s’est détourné de moi et n’a point exécuté mes paroles» (v. 11).

Chagrin profond pour Samuel ! Tout en sachant cet homme rejeté, il intercède pour lui toute la nuit. Samuel, comme nous l’avons souvent remarqué, prie, intercède toujours, et pour les désobéissants, et pour les méchants, et pour chacun. Il mène deuil, il prie, mais il obéit ; c’est le propre de la foi, le contraste le plus absolu avec la conduite de Saül. Il est dit : «Samuel... cria à l’Éternel toute la nuit. Et Samuel se leva de bonne heure pour aller à la rencontre de Saül». Ce dernier s’était érigé un trophée, s’attribuant sa victoire, car la chair, même engagée dans l’oeuvre de Dieu, ne peut faire cette oeuvre pour Lui.

Saül dit à Samuel qui vient à sa rencontre : «Béni sois-tu de l’Éternel ! j’ai exécuté la parole de l’Éternel». Comme il est prompt à se vanter ! Au v. 20, nous le verrons s’excuser, au v. 24, s’accuser avec la même promptitude. Cette promptitude porte bien sa marque. Mais Dieu ne se paie pas de paroles : «Quel est donc», dit Samuel, «ce bêlement de brebis à mes oreilles, et ce beuglement de boeufs que j’entends !» (v. 14).

Saül qui venait de dire : «J’ai exécuté la parole de l’Éternel», se décharge maintenant de la faute pour la rejeter sur le peuple, quoique lui et le peuple (v. 9) eussent agi de concert. «Ils les ont amenés des Amalékites, car le peuple a épargné le meilleur du menu et du gros bétail, pour sacrifier à l’Éternel, ton Dieu ; et le reste, nous l’avons détruit entièrement» (v. 15). Dans ce peu de paroles, nous voyons Saül se vanter, accuser ses complices, colorer sa désobéissance du nom de service à l’Éternel. Quel aveuglement ! Samuel va l’en convaincre ; mais auparavant il lui rappelle qu’au commencement il était modeste, petit à ses propres yeux ; c’était son caractère naturel, et Dieu l’avait béni. Pourquoi maintenant s’était-il rebellé contre le commandement de l’Éternel ? Saül répond : «J’ai écouté la voix de l’Éternel, et je suis allé par le chemin par lequel l’Éternel m’a envoyé ; et j’ai amené Agag, roi d’Amalek, et j’ai entièrement détruit Amalek. Et le peuple a pris, dans le butin, du menu et du gros bétail, comme prémices de ce qui était voué à l’exécration, pour sacrifier à l’Éternel, ton Dieu, à Guilgal» (vers. 20, 21).

Le sacrifice est pour lui plus que l’obéissance , mais «l’Éternel prend-il plaisir aux holocaustes et aux sacrifices, comme à ce qu’on écoute la voix de l’Éternel ? Voici, écouter est meilleur que sacrifice, prêter l’oreille, meilleur que la graisse des béliers ; car la rébellion est comme le péché de divination, et l’obstination comme une idolâtrie et des théraphim» (v. 22, 23). Le sacrifice sans obéissance, vérité solennelle, ne vaut pas mieux que de se prosterner devant des idoles. Le premier attribut de la foi, c’est l’obéissance. Paul avait reçu son apostolat «pour l’obéissance de la foi parmi toutes les nations» (Rom. 1:5). Il y a du reste bien des choses que Dieu préfère au sacrifice. «J’ai aimé», dit-il, «la bonté, et non le sacrifice, et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes» (Osée 6:6). «Allez et apprenez», dit le Seigneur aux pharisiens, «que je veux miséricorde et non pas sacrifice» (Matth. 9:13).

L’obéissance est ce qui caractérise tous les hommes de foi, depuis Abraham, le père des croyants qui «obéit, ne sachant où il allait».

Or voici, pour Saül, le résultat de sa désobéissance : «Parce que tu as rejeté la parole de l’Éternel, il t’a aussi rejeté comme roi» (v. 23). Autrefois, à Guilgal, l’Éternel lui avait dit par Samuel : «Ton règne ne subsistera pas» (13:14). Maintenant le coup final est porté : «Dieu t’a rejeté».

Comment Saül reçoit-il cette sentence ? Il confesse son péché, mais sans humiliation, sans contrition, espérant encore pouvoir en éviter les conséquences. «J’ai péché, car j’ai transgressé le commandement de l’Éternel et tes paroles, car j’ai craint le peuple et j’ai écouté leur voix». Quelques excuses toujours, mais une promptitude bien étonnante à confesser le mal, nié quelques instants auparavant. Il n’y a, en tout cela, aucun exercice de conscience. Saül préfère alléguer sa lâcheté devant le peuple, comme circonstance atténuante, que de prendre entièrement le péché sur lui. Quelle différence avec cet autre : «J’ai péché contre l’Éternel», sorti de la conscience atteinte de David après sa chute ! Saül espère obtenir ainsi le pardon et être restauré. Il est trop tard ; la sentence est définitive, car Dieu est Dieu, et «la sûre Confiance d’Israël ne ment point et ne se repent point». «J’ai péché», dit le malheureux roi une seconde fois ; «honore-moi maintenant, je le prie, en la présence des anciens de mon peuple et en la présence d’Israël» (v. 30). Jusqu’au bout, c’est lui-même et sa propre réputation qu’il a en vue. Samuel l’honore en effet, mais l’abandonne ensuite. Tant que Dieu n’a pas exécuté la sentence sur les pouvoirs établis par lui, nous avons à les reconnaître.

«Saül se prosterna devant l’Éternel», sans profit pour Dieu et pour lui. Dès lors la sentence de Dieu contre Amalek est confiée aux mains de Samuel ; c’est lui qui met Agag en pièces à Guilgal ; puis il se rend à Rama, maison de son père, mais pour lui le lieu des pleurs et du deuil. Saül se rend dans sa maison, et il y a désormais séparation complète entre lui et le prophète.

 

5                    CHAPITRES 16 à 31 — David ou le roi selon la grâce

5.1   CHAPITRE 16

Ici commence l’histoire du vrai roi selon Dieu, celle du roi selon la chair étant virtuellement terminée par son rejet définitif.

Ce chapitre, comme nous allons le voir, nous donne une idée générale de la position de David avant de s’asseoir sur le trône. Mais auparavant nous considérerons certains détails, très importants pour nous, du caractère de Samuel.

Quand il s’agit des pensées humaines même d’un juge et prophète, nous trouvons qu’elles ne sont pas meilleures que chez tout autre homme, et la Parole nous en offre bien des exemples. Ce n’est pas qu’il s’agisse ici de manquements positifs, mais Samuel trahit, par sa manière de penser, un état qui n’est pas celui d’une vraie communion avec Dieu. Saül ayant été rejeté, Samuel continue à mener deuil sur lui, au point que Dieu doit le reprendre : «Jusques à quand mèneras-tu deuil sur Saül ?» (v. 1). Puis, au lieu de se réjouir de ce que Dieu a trouvé «un roi pour Lui», il répond : «Comment irai-je ? Dès que Saül l’entendra, il me tuera» (v. 2). Comment irai-je ? quand Dieu lui dit d’aller ! N’en avait-il pas été de même pour son serviteur Moïse (Ex. 4) qui, devant les ordres de l’Éternel, soulevait des objections basées en apparence sur l’humilité (Ex. 3:11), sur la défiance des hommes (4:1) et de soi-même (4:10), mais qui, sous des dehors estimables, cachaient en somme l’incrédulité et la défiance du coeur naturel !

Enfin, au v. 6, voyant Éliab, le premier-né d’Isaï, il dit : «Certainement l’oint de l’Éternel est devant lui» (v. 6). Même cet homme de Dieu juge selon l’apparence, et Dieu est obligé de le reprendre en disant : «L’Éternel ne regarde pas à ce à quoi l’homme regarde, car l’homme regarde à l’apparence extérieure, et l’Éternel regarde au coeur» (v. 7). Samuel jugeait donc ici comme un homme, et son discernement s’arrêtait aux mêmes qualités extérieures que Saül avait possédées. Dieu condescend, avec une grâce touchante, à reprendre et a instruire son serviteur sur tous ces points.

Aussi la foi finit-elle par avoir le dessus : «Samuel fit ce que l’Éternel avait dit», et s’en vint comptant sur la parole de Dieu pour le diriger. Dès qu’il eut appris que l’Éternel regarde au coeur, il se montra fidèle et sa communion avec Dieu se fit jour, car il jugea immédiatement que «l’Éternel n’avait pas choisi» les autres fils qu’Isaï, leur père, fit passer devant le prophète. Enfin il oignit le seul d’entre eux que l’Éternel eût choisi. Une fois dans le chemin de Dieu, Samuel ne craint plus. Tandis que les anciens de Bethléhem viennent «tremblants à sa rencontre», lui, qui tremblait auparavant, les rassure.

David paraît sur la scène. Son caractère est remarquable dès le début de sa carrière. Oublié de son père, qui ne se souvient de lui qu’à la demande pressante de Samuel, méprisé de ses frères, dont l’aîné le taxe même «d’orgueil et de méchanceté de coeur» lorsque l’Esprit de Dieu le fait agir (17:28) ; enfin, inconnu de Saül, auquel ses qualités ont été révélées (v. 18), qui l’aime beaucoup (v. 21) pour sa bonté et les soins dont il l’entoure, mais oublie si bien son origine, qu’il demandera plus tard à Abner de qui ce jeune homme est fils (17:55) ; tel est le caractère de David quant à ses relations. Voici maintenant son apparence extérieure : «Or il avait le teint rosé, avec de beaux yeux, et était beau de visage» (v. 12).

Ce monde présente différents genres de beauté. Saül était «homme d’élite et beau, et il n’y avait aucun des fils d’Israël qui fût plus beau que lui» (*). Éliab aussi, avait une belle apparence qui captivait les regards, de Samuel, mais cette beauté seule n’a de valeur qu’aux yeux des hommes. Il est un autre genre de beauté qui peut s’allier chez les hommes de foi avec la beauté extérieure, mais que Dieu estime comme étant le reflet de son caractère, la beauté d’une âme pure ou d’une foi simple, le rayonnement d’un coeur dont le mal et le péché sont exclus, d’un coeur qui n’a pas de fraude. C’est la beauté du petit enfant Moïse, dont la Parole dit : «Il était divinement beau», c’est-à-dire «beau pour Dieu» (Actes 7:20). C’est la beauté de Joseph, «beau de taille et beau de visage», mais nazaréen entre ses frères (Gen. 39:6) ; c’est la beauté de Daniel (Dan. 1:4), humblement attaché à Dieu pour se garder des souillures du monde ; c’est enfin la beauté de David se développant dans le désert, auprès des parcs de brebis où il faisait en secret l’expérience de la force et de la gloire de son Dieu.

(*) Absalom était beau et «dans tout Israël il n’y avait pas d’homme beau comme lui, et si fort à louer pour sa beauté» (2 Sam. 14:25).

Mais cette beauté morale ajoutée à la beauté physique et cependant toujours incomplète, qu’est-elle en présence de la beauté de Christ ? Il était sans apparence extérieure, plus défait de visage qu’aucun fils des hommes, mais toute la gloire morale qui le remplissait, rayonnait sur sa face et faisait la lumière tout autour de Lui. La grâce était répandue sur ses lèvres, aussi est-il dit de Lui : «Tu es plus beau que les fils des hommes ;... c’est pourquoi Dieu t’a béni à toujours» (Ps. 45:2).

Dans tous ces hommes de foi, comme dans leur parfait modèle, la vraie beauté n’est en effet pas autre chose que le resplendissement de la grâce. David est le roi selon la grâce et son nom signifie «Bien-aimé». Ce caractère fait nécessairement de lui l’homme souffrant, l’homme affligé ici-bas, vrai type du Sauveur.

Mais celui qui connaît Jésus trouve en Lui, non seulement la perfection de l’homme humble et de l’homme de douleurs, mais aussi d’autres caractères, et tout d’abord la beauté de la force. Comme David, «homme fort et vaillant» pour ses amis (16:18), le Seigneur est pour les siens Celui qui calme la mer et la tempête, devant la majesté duquel ses ennemis reculent et tombent en arrière, qui dit : «Je veux» et la chose est faite, qui lie l’homme fort et par ses miracles le dépouille de ses biens.

Comme David, il est «un homme de guerre» et s’il est vrai qu’il viendra à Sion, humble comme jadis et monté sur un âne et sur un poulain, le petit d’une ânesse (Zach. 9:9), il est tout aussi vrai qu’il ceindra son épée sur son côté, homme vaillant, dans sa majesté et sa magnificence, et que sa droite lui enseignera des choses terribles (Ps. 45:3, 4), qu’il sera assis en vainqueur sur le cheval blanc, suivi des armées du ciel et frappant les nations avec l’épée à deux tranchants qui sort de sa bouche (Apoc. 19:11-16).

Comme David encore, il a «l’intelligence des choses» (v. 18), car «Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance» (Actes 10:38), et «l’Esprit de l’Éternel repose sur lui, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel» (És. 11:2).

Enfin, comme «l’Éternel était avec David», à bien plus forte raison est-il avec Christ. Oui, «Dieu était avec lui» (Actes 10:38).

La providence de Dieu amène David à la cour du roi, mais il faudra, avant qu’il règne, que sa foi soit mise à l’épreuve par toutes sortes de souffrances. Il lui faudra être l’homme dépendant, l’homme humilié, méprisé, haï, persécuté ; il fera au milieu de cette vie de renoncements et de combats, l’expérience que son Dieu suffit à tout. L’oint de l’Éternel sera ainsi éprouvé pendant de longues années, pour manifester aux yeux du peuple toutes les qualités de la grâce qui constituent, selon Dieu, les droits de David au trône d’Israël et à la gloire. Cette grâce triomphe dans ses sentiments à l’égard de Saül, son ennemi acharné.

À peine David est-il appelé au trône que l’état moral de Saül change entièrement. Jusqu’à ce jour, l’Esprit de Dieu était avec le roi selon la chair et cela explique chacun des succès de Saül contre les ennemis d’Israël. Maintenant l’Esprit de l’Éternel saisit David (v. 13) et se retire d’avec Saül, laissé en la puissance d’un «mauvais esprit envoyé par l’Éternel» (v. 14). C’est un jugement de Dieu, un châtiment sur le roi qui devient dès lors dans cette histoire, ce qu’il n’était pas auparavant, le type de l’Antichrist. Dieu montre en même temps, que son Esprit seul est capable de conjurer et de chasser le mauvais esprit, lorsque David prend la harpe pour jouer de sa main devant Saül.

 

5.2   CHAPITRE 17

Le chap. 16 nous a présenté le tableau général du caractère de David dans sa position comme oint de l’Éternel et, d’une manière particulière, dans ses rapports avec Saül. Le chap. 17 recommence, pour ainsi dire, le tableau de son histoire à un autre point de vue. De là cette répétition, en apparence superflue, de ses relations de famille que nous trouvons aux vers. 12 et 13.

Ce qui nous est présenté maintenant, ce n’est plus le caractère, mais la carrière et l’activité de David, type de Christ, dès son début jusqu’à son résultat final et définitif, la victoire complète sur Goliath. En un mot, toute l’histoire de Christ, vainqueur de Satan, est résumée dans cette période de l’activité de David. Les Philistins avaient été déjà vaincus maintes fois, mais non leur chef, le géant Goliath. Il se présente, sûr de sa force, devant le peuple assemblé et le met au défi ; et quand il a réussi à inspirer la terreur à ceux qu’il veut asservir, il s’écrie : «Moi, j’ai outragé aujourd’hui les troupes rangées d’Israël !» Il ne sait pas que ce n’est pas avec Israël, mais avec Dieu qu’il a à compter, et qu’il outrage Celui-ci en outrageant son peuple. C’est ce qui le perd.

Quant à David, il se présente ici (v. 17) comme l’envoyé de son père auprès de ses frères ; c’est par eux que commence son service. Mais le but de Dieu est une délivrance qui s’étend bien au delà de ce cercle restreint. Joseph avait fait de même (Gen. 37:14) et était devenu non seulement sauveur de ses frères, mais aussi sauveur et maître de l’Égypte.

David part pour sa mission, ayant déjà exercé un ministère secret dans le désert où il gardait les brebis. C’est là qu’il avait frappé et le lion et l’ours, comme type de Christ quand il liait l’homme fort. Avant d’entrer en lutte avec le Philistin, il avait opéré la délivrance des brebis de son père quand l’ennemi cherchait à les ravir et à les dévorer (*). Christ a fait de même pendant sa vie ; aucune des brebis que le Père lui avait données, n’a été perdue. Il a lié l’homme fort pour mettre en liberté ceux qui étaient foulés et pour publier l’an agréable du Seigneur (Luc 4:18, 19). Il s’est mis seul à la brèche, en disant : «Laissez aller ceux-ci». Mais il avait bien plus à faire que cela, car il fallait anéantir la puissance de l’ennemi lui-même.

(*) Voyez pour le lion et l’ours : Prov. 28:15 ; Lam. 3:10 ; Amos 5:19.

Comme Christ, David est ici un vrai serviteur. Il «se lève de bonne heure le matin» (v. 20) et prend sa charge, pour accomplir la volonté de son père. Déjà oint, il est pour ce service l’homme de l’Esprit, tout en gardant son caractère d’humilité auprès des parcs de brebis.

Il arrive au camp, où sa confiance en Dieu et sa foi sont taxées par ses frères d’orgueil et de méchanceté de coeur (v. 28). C’est ce que nous aussi nous rencontrerons toujours en suivant la simple marche de la foi. Nos proches ne peuvent pas mieux comprendre nos mobiles que les frères du Seigneur ne comprenaient les siens. David répond à Éliab : «Qu’ai-je fait maintenant ? N’y a-t-il pas de quoi ?» (v. 29). Qu’avait-il donc fait pour que l’outrage tombât sur lui ? N’y avait-il pas de quoi descendre vers ses frères, quand le Dieu d’Israël était journellement outragé par l’ennemi ?

David s’enquiert de ce qui sera fait à l’homme qui aura frappé le Philistin et enlevé l’opprobre de dessus Israël (v. 26). Il apprend que le roi enrichira l’homme de grandes richesses, lui donnera sa fille, et affranchira la maison de son père. Mais ce n’est pas pour obtenir cette récompense qu’il se met en campagne ; c’est pour Dieu, pour la délivrance d’Israël, pour faire connaître l’Éternel à toute la terre, et à toute la congrégation comment s’opère le salut de Dieu (v. 46, 47). Sans doute sa victoire lui donne, comme à Christ, de grandes richesses, une épouse et l’affranchissement de la maison de son père, mais c’est le résultat plus que le but de son oeuvre.

David annonce à Saül l’acte qu’il va accomplir (v. 32). Le roi qui ne songe qu’à des moyens humains veut lui offrir ses armes ; mais David ne peut marcher avec des armes appartenant à la chair, et même ne l’a jamais essayé. Il ne veut pas d’autres instruments de combat que ceux avec lesquels le berger défend ou ramène ses brebis. Pour nous, la Parole est cette arme dont la foi seule peut se servir ; elle renverse Satan. Le travail de l’homme ne peut avoir aucune part dans un combat pareil.

Quand il se présente devant le Philistin, quoique «homme fort et vaillant et homme de guerre» (16:18), David n’a rien de l’apparence d’un guerrier. Sa beauté même, reflet de la grâce de l’Éternel, est un objet de mépris pour Goliath (v. 42). Mais il est ici le représentant de Dieu que le Philistin a outragé. Glorifier ce Dieu que Satan avait déshonoré, tel était le but de David, tel a été le but de Christ. Leur force consistait à combattre en son nom : «Je viens à toi au nom de l’Éternel des armées,... que tu as outragé» (v. 45). Dans l’esprit de David, pas un doute sur le résultat de la lutte. «En ce jour, l’Éternel te livrera en ma main» (v. 46). Souvent, engagés dans le combat, nous doutons ; même un Jonathan n’est pas certain du résultat et dit : «Peut-être» (14:6) ; ici, rien de semblable ; foi absolue ayant le secret de l’Éternel et comptant sur de grandes choses. David est ici le vrai type de Christ, car il représente Dieu devant l’ennemi.

Du premier coup, sa fronde atteint Goliath au front ; tombé, il le tue avec ses propres armes (v. 51). C’est par la mort que Christ a vaincu celui qui avait la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable. Ensuite le vainqueur se retire dans sa propre tente (v. 54), emportant les trophées de sa victoire, comme Christ est monté dans sa demeure, emmenant «la captivité captive».

La défaite de Goliath est celle des Philistins ; le monde, comme son chef, est maintenant un ennemi vaincu, devant lequel nous avons bon courage, bien que, d’autre part, l’angoisse ou les tribulations doivent nous accompagner.

Quoiqu’il eût obtenu du soulagement par le fils d’Isaï, Saül ne connaissait pas l’origine de David. «De qui», dit-il à Abner, «ce jeune homme est-il fils ?» Cela ne rappelle-t-il pas l’ignorance des Juifs, en Jean 7, au sujet de l’origine de Christ et de l’endroit d’où il venait ? Saül ne le connaît pas davantage quand il se présente, portant en ses mains le gage assuré de la victoire.

 

5.3   CHAPITRE 18

Nous entrons ici dans une troisième période de l’histoire de Jonathan.

Au chap. 13, il avait remporté une victoire sans profit pour le peuple de Dieu. Au chap. 14, une grande délivrance avait été opérée par l’énergie de sa foi, déployée dans le combat contre l’ennemi. Ici, Jonathan entre en relation personnelle avec David, le vainqueur de Goliath. En type, il est celui qui connaît un Christ ayant vaincu Satan par la mort, et cependant rejeté du monde. Cette connaissance correspond à celle que les chrétiens ont aujourd’hui, bien que Jonathan soit proprement le type du résidu d’Israël, auquel le Seigneur se fera connaître avant de prendre le royaume, et qui aime Christ, quoiqu’il soit encore le rejeté du peuple.

Jonathan avait jusqu’ici le caractère du jeune homme fort dans la foi qui avait livré combat à l’ennemi ; il va maintenant plus loin ; son âme se lie à l’âme de David en l’entendant parler. Il apprécie bien moins ses avantages extérieurs que la beauté morale dont ses paroles sont empreintes ; il trouve en David une âme à laquelle répond la sienne ; entre eux se forme soudain un lien spécial d’amour et de communion, produit par le charme de la parole de David.

La puissance de Dieu ayant aidé Jonathan, il aurait pu être induit à s’attribuer quelque force ; il voit et entend David, et réalise aussitôt qu’il n’est rien. Ce qu’il possède n’est bon qu’à être présenté en hommage au vainqueur ; il se dépouille de ce qui lui appartient pour en parer David qui seul en est digne à ses yeux ; à lui, la robe et les vêtements de Jonathan, signes de sa dignité royale ; à lui, son épée, agent de ses victoires ; à lui, l’arc et la ceinture de sa force, car toute force appartient au fils d’Isaï ! (v. 4).

Non seulement il lui donne tout, mais «il l’aime comme son âme» (v. 1). Ce ne sont plus la force et l’énergie qui sont en jeu chez lui, mais des affections attirées par cet aimant tout puissant, le caractère parfait de l’oint de l’Éternel. À cet amour de Jonathan répond celui de son ami. «Tu étais pour moi plein de charmes», s’écriera David, dans le deuil de son coeur, au jour sombre où son frère lui sera enlevé (2 Sam. 1:26).

Saül croit avoir des droits sur David ; il «ne lui permit pas de retourner à la maison de son père» (v. 2), tandis que Jonathan qui a l’intelligence de la foi, fait alliance avec David (v. 3), cherche sa protection, reconnaît qu’il n’y a de sécurité qu’auprès de lui. La foi est à la base de l’amour de Jonathan ; il le montre bien, en saluant David comme le vrai roi.

La suite de ce chapitre nous présente les progrès de David et de Saül, progrès de l’un en bien, de l’autre en mal. Un sentiment d’animosité produit par Satan, conduit nécessairement à d’autres ; il suffit que l’ivraie soit semée par l’ennemi dans le mauvais coeur de l’homme, pour qu’elle croisse ensuite d’elle-même et finisse par envahir tout l’être. «Saül fut très irrité... et il dit : On en a donné à David dix mille, et à moi, on m’a donné les mille : il n’y a plus pour lui que la royauté» (v. 8). Ce n’est pas encore l’irritation contre David, mais contre l’opinion des hommes qui élèvent celui-ci en rabaissant le roi, au moment même où la foi de Jonathan sacrifiait tout pour le bien-aimé. C’est que la chair ne supportera jamais de n’être rien en la présence de Christ.

Dès lors Saül eut l’oeil sur David (v. 9). Le lendemain le fond de son coeur se montre ; le mauvais esprit le saisit. Quand il était parmi les prophètes, il avait pu en imposer comme étant sous la dépendance de l’Esprit de Dieu ; livré à Satan, les fruits de son mauvais coeur se montrent instantanément, et cet homme qui «prophétise dans l’intérieur de la maison», jette sa lance pour «frapper David et la paroi» (v. 10, 11).

Au v. 12, Saül a peur de David et, ne pouvant supporter sa présence, «l’éloigne de lui», tout en lui donnant un honneur apparent, car il l’établit «chef de millier». Cet honneur, et c’est ce qu’il désire, ôte David de devant ses yeux, mais livre le pauvre roi à toutes les suggestions de l’orgueil et de la haine, quand il n’a plus en sa présence son serviteur, modèle d’humilité et de grâce. Malheureux Saül ! il se prive volontairement de la seule personne qui puisse le soulager et lui être un rempart contre les assauts de Satan.

Bientôt le roi, déjà meurtrier dans son coeur, l’est en réalité (v. 11) et cherche, d’une manière insidieuse, à se débarrasser de l’objet de sa haine. Il promet sa fille Mérab à David, mais cela n’est qu’apparence. «Combats les combats de l’Éternel», lui dit-il, plein de respect extérieur, tandis qu’au fond bouillonne la haine et le désir que «la main des Philistins soit sur lui» (v. 17-19).

Mical, seconde fille de Saül, aime David. Saül se dit : «Je la lui donnerai, et elle lui sera en piège, et la main des Philistins sera sur lui» (v. 21). Dans sa pensée, cette union est un nouveau moyen de perdre son futur gendre. Il use de dissimulation et commande à ses serviteurs de parler secrètement à David, en disant : «Voici, le roi prend plaisir en toi, et tous ses serviteurs t’aiment» (v. 22). Il s’attribue des sentiments d’affection, afin de pousser plus sûrement le fils d’Isaï à sa perte.

La grande humilité de David, devant les offres du roi, ne fait qu’engager ce dernier plus avant dans son mauvais dessein. Jamais la haine et l’orgueil de l’homme ne pourront comprendre l’humilité et l’amour de Christ.

David ayant remporté la victoire et acceptant pour femme la fille du roi, parce qu’on lui demande en échange la destruction des ennemis de l’Éternel, les ruses de l’adversaire sont définitivement déjouées.

Le résultat pour Saül, c’est que sa peur grandit et que sa haine devient une inimitié constante : «Saül eut encore plus peur de David ; et Saül fut ennemi de David tous ses jours» (v. 29).

Durant cette période, nous constatons les progrès de David en toutes choses et dans toutes les directions : «David allait partout où Saül l’envoyait, et il prospérait... et il était agréable aux yeux de tout le peuple, et même aux yeux des serviteurs de Saül» (v. 5). «L’Éternel était avec lui... Et David sortait et entrait devant le peuple. Et David était sage dans toutes ses voies ; et l’Éternel était avec lui... Et tout Israël et Juda aimaient David, car il sortait et entrait devant eux» (v. 12-16). Toutes ces qualités rendent nécessairement David estimable ; mais il ne faut pas oublier que l’amour des hommes a beaucoup de caractères divers, et qu’un seul de ces caractères a quelque valeur aux yeux de Dieu.

Les filles d’Israël, le peuple, les serviteurs de Saül, aiment David pour ses délivrances. Saül même, à un moment donné (16:21), «aime beaucoup» David, à cause du soulagement qu’il apportait à ses maux. Mical aime David selon la nature, ce qui ne l’empêche pas de le mépriser dans la suite (2 Sam. 6:16). Jonathan l’aime enfin de l’amour seul vrai, seul bon, seul durable ; il l’aime comme son âme ; il le chérit pour ce que David est en lui-même.

David prospérait donc, plus que tous les serviteurs de Saül, et son nom fut en grande estime (v. 30) belle image du Seigneur au début de sa carrière (Luc 4:15).

 

5.4   CHAPITRE 19

Au chapitre précédent, Saül avait usé de voies détournées pour se débarrasser de l’oint de l’Éternel il ourdit ici une véritable conspiration contre lui «Saül parla à Jonathan, son fils, et à tous ses serviteurs, de faire mourir David» (v. 1). Jonathan prêche la grâce à son père, en lui représentant ce que David était, ce qu’il avait fait pour lui, au prix de sa propre vie, et en lui rappelant que lui-même, Saül, s’en était réjoui d’abord, après avoir été témoin de ces choses : «Tu l’as vu et tu t’en es réjoui» (v. 5). Comme l’activité de David était supérieure à tout ce que Jonathan avait pu faire pour lui (et il en avait conscience), quoiqu’il aimât David comme son âme !

Saül écouta la voix de Jonathan et jura : «L’Éternel est vivant, si on le fait mourir» (verset 6). En présentant la grâce au coeur de l’homme naturel, Dieu permet que le mal y subisse un arrêt de développement momentané ; mais ce n’est point la conversion. La pensée meurtrière de Saül est changée, et cependant il ne se repent pas. Il revient de sa décision, prend une résolution nouvelle devant les exhortations d’un homme de foi, mais à peine est-elle prise qu’il ne se montre en aucune manière libre de ses mouvements, et prouve par sa conduite qu’il est un pauvre esclave de Satan.

David, lui, ne change pas. «Il fut devant Saül comme auparavant» (v. 7). La grâce qui l’a conduit jusqu’ici reste empreinte sur lui et sur sa conduite.

Un nouveau triomphe de David réveille le mauvais esprit qui s’est emparé de Saül. Tant que le croyant ne trouble pas Satan par des victoires remportées sur ses créatures, son hostilité reste comme endormie, mais sa haine mortelle se réveille bientôt. On le voit pour David au moment même où le mauvais esprit semble dompté par les secours de grâce que David procure au roi. Il arrive alors un moment où tout ce que le croyant peut faire, c’est de fuir, et d’échapper comme l’oiseau du filet de l’oiseleur. Maintenant la mort de David est décrétée irrévocablement. Mical ayant pour motif l’affection naturelle qu’elle porte à David, lui vient en aide à sa manière, Dieu se servant ici des sentiments humains qui la faisaient agir (v. 11-17).

Ce passage nous apprend aussi qu’il y avait un théraphim dans la maison de David. Certes, il ne lui rendait pas culte, mais sa présence nous permet de conclure qu’il le supportait. Le théraphim n’était pas proprement une idole, et la Parole a soin de les distinguer l’un de l’autre (voyez Os. 3:4 ; Zach. 10:2 ; 1 Sam. 15:22, 23 ; 2 Rois 23:24 ; Ézéch. 21:26 ; Gen. 31:19, 30, 32-35 ; Jug. 17:3-5 ; 18:17, 18, 20). Le théraphim est quelque chose d’inférieur à l’idole, une espèce de demi-dieu, ayant pour domaine la maison, revêtu d’une certaine importance, et qu’on consulte même à l’occasion. De telles superstitions conduisent vite aux vraies idoles ; c’est bien ainsi que Jacob en avait jugé, quand il disait à Laban de reprendre «ses dieux» (Gen. 31:32). Souvent le croyant manque d’énergie pour bannir de sa famille ces occasions de chute, et chacun de nous doit y prendre sérieusement garde, alors même que, semblables à Jacob et David, nous ne leur attribuerions personnellement aucune influence sur notre vie. Évidemment le théraphim avait été introduit dans la maison de David par Mical, cette fille de Saül, qui était ainsi en piège à l’homme de Dieu.

Mical évite la colère de son père en se donnant, vis-à-vis de lui, l’apparence d’être une ennemie de David, contrainte par ses menaces à le laisser échapper : «Laisse-moi aller, pourquoi te tuerais-je ?» (v. 17). Combien son coeur diffère de celui de Jonathan, qui prenait ouvertement, à ses propres risques et périls, la défense de celui qu’il aimait tendrement.

«David s’enfuit, et il échappa ; et il vint vers Samuel à Rama, et lui rapporta tout ce que Saül lui avait fait : et ils s’en allèrent, lui et Samuel, et ils habitèrent à Naïoth» (v. 18). David va tout dire à Samuel, représentant de Dieu et prophète. Il devient son compagnon, et tous deux habitent ensemble. Tel est, pour David, le résultat de l’épreuve.

Ceci nous amène à considérer les Psaumes qui nous parlent des afflictions de David. Nous supposons qu’aucun de nos lecteurs n’ignore que les Psaumes sont des chants prophétiques, décrivant les circonstances morales que traversera le résidu croyant d’Israël aux derniers jours. Ce résidu sera soutenu dans la tribulation par l’Esprit de Christ, de Celui qui a passé en grâce par des circonstances analogues, mais bien plus terribles, puisque Sa marche d’obéissance, de dépendance, d’intégrité, de sainteté et d’amour, n’a eu d’autre résultat que la mort, et qu’il n’a été délivré que «d’entre les cornes des buffles». Il est donc naturel de voir David employé comme organe principal pour exprimer prophétiquement les sentiments du résidu et ceux de Christ. Sa vie n’est-elle pas, comme nous l’avons déjà constaté tant de fois, un type frappant de celle du Messie qui devait venir, et n’a-t-il pas passé comme tel, à travers toutes les phases d’un rejet, d’humiliations et de persécutions qui, sauf la mort, représentent les souffrances du Sauveur ! Nous ne disons pas ces mots avec le dessein d’entrer plus longuement dans ce sujet, si souvent traité en détail par d’autres, mais afin de faire ressortir que les Psaumes de David, qui nous portent si haut et si loin dans l’avenir prophétique, sont, en tout premier lieu, sortis de ses expériences personnelles, et qu’on peut y trouver une expression fidèle de l’état de son coeur dans l’épreuve, des résultats produits par la discipline de Dieu à son égard, et des ressources qui furent sa part quand la tribulation s’abattait sur lui. C’est uniquement à ce point de vue restreint que nous considérerons, au fur et à mesure des événements, les Psaumes qui s’y rapportent.

Le récit de ce chapitre a sa contre-partie au Ps. 59, inspiré «quand Saül envoya et qu’on surveilla la maison de David, afin de le faire mourir». Tandis que les envoyés de Saül, hommes de sang, assemblés contre lui, faisaient la nuit le tour de la ville, le coeur de David s’adressait en supplications à l’Éternel, attendant de Lui la délivrance (v. 1, 2), certain qu’il userait de grâce envers lui (v. 10), car ce n’était ni pour «sa transgression, ni pour son péché» qu’on cherchait sa vie, mais parce qu’il appartenait à l’Éternel. Il ne demande pas, pour le moment, que Dieu extermine ses ennemis (v. 11), qu’il tue Saül, afin que le peuple de David n’oublie pas ces choses. Il faut que le roi profane reste debout, jusqu’à ce que la patience de l’oint de l’Éternel ait eu son oeuvre parfaite. Plus tard, Dieu consumera l’ennemi, afin d’établir son règne.

N’est-il pas touchant de voir cet homme de Dieu, au moment même où il est serré de si près, et où sa vie peut être tranchée, tout occupé du Seigneur, de ses desseins et de ses délivrances ? En effet, il ne met en question ni l’amour de Dieu, ni sa volonté de le délivrer. «Et moi je chanterai ta force, et, dès le matin, je célébrerai avec joie ta bonté» (v. 16). Dès le matin ! alors que les ennemis «hurlaient comme des chiens», dans cette angoissante nuit, en surveillant sa maison et en faisant le tour de la ville ! Il était donc sûr de la délivrance, parce qu’il comptait sur Dieu, et il peut ajouter, dans ce péril extrême, anticipant cette délivrance : «Tu m’as été une haute retraite et un refuge au jour où j’étais dans la détresse !» (v. 16).

Revenons à notre chapitre. Aux v. 19-24, tout l’effort de Saül contre David échoue, et cependant il le fait poursuivre par ses messagers sous l’égide même de Samuel. Ces instruments de l’ennemi subissent, contre leur gré, l’influence de l’Esprit de Dieu par lequel ils prophétisent, sérieux avertissement qui ne les convertit ni ne les sauve. Saül même, et non pour la première fois de sa vie, est obligé ici de prophétiser par l’Esprit de Dieu. Au chap. 18:10, il l’avait fait par le mauvais esprit qui s’était emparé de lui. Dieu peut parler par la bouche d’un Saül qui, à d’autres moments, est le porte-voix de Satan ; il peut le faire aussi par la bouche d’un Balaam ou d’un Caïphe. Cela prouve seulement que Dieu se sert de tous les hommes comme d’instruments, si cela lui convient ; mais il faut distinguer entre l’action vivifiante du Saint Esprit et ses diverses opérations en puissance. La puissance peut communiquer une grande connaissance de la Parole, peut-être aussi l’énergie qui utilise cette connaissance pour d’autres ; la puissance peut opérer des miracles, mais jamais elle ne nous amène à nous juger nous-mêmes et à saisir Christ comme répondant à nos besoins. Elle ne donne ni la repentance, ni la foi ; il faut une oeuvre de l’Esprit dans le coeur pour atteindre la conscience, pour donner le sentiment du péché, pour amener l’âme à Dieu. Sans cela il n’y a pas de vie nouvelle. Le coeur de Saül et de ses messagers n’était pas changé, mais Dieu s’était emparé de leurs esprits par la prophétie, afin de mettre à nu leur folie et de sauver David, son bien-aimé.

 

5.5   CHAPITRE 20

«David s’enfuit de Naïoth, en Rama, et vint, et dit devant Jonathan : Qu’ai-je fait ? Quelle est mon iniquité, et quel est mon péché devant ton père, qu’il cherche ma vie ?» (v. 1). Tandis que l’homme naturel reste sous le terrible : «Qu’as-tu fait ?» adressé jadis à Caïn (Gen. 4:10), le juste par la foi, persécuté sans cause, peut dire comme David : «Qu’ai-je fait ?» Mais David ne pouvait parler ainsi que dans ce moment de sa carrière. Plus tard, sous la persécution de son fils Absalom, il ne pouvait plus dire : «Qu’ai-je fait ?» Plus tard encore, quand il avait commis le grave péché de dénombrer le peuple, il est obligé de confesser à Dieu sous le jugement : «J’ai grandement péché dans ce que j’ai fait» (2 Samuel 24:10). Et cependant, au moment même où il était discipliné, il nous est présenté comme un type de Christ, se mettant à la brèche pour sauver son peuple, quand il dit : «Voici, moi j’ai péché, et moi j’ai commis l’iniquité ; mais ces brebis, qu’ont-elles fait !» (v. 17).

Mais un seul pouvait dire : «Je fais toujours les choses qui plaisent à Celui qui m’a envoyé» ; un seul pouvait recevoir, au dernier moment de sa carrière, le témoignage sorti de la bouche du brigand converti : «Celui-ci n’a rien fait qui ne se dût faire» (Luc 23:41).

David, type si précieux de Christ, reçoit aussi ce témoignage public devant Saül, par la bouche de Jonathan : «Pourquoi serait-il mis à mort ? Qu’a-t-il fait ?» (v. 32). Quel privilège pour le croyant d’avoir, par le Saint Esprit, la possibilité d’imiter le Seigneur en cela, comme en toute autre chose. Seulement, pour produire ce fruit de justice, jamais le Seigneur n’eut besoin de discipline comme David ou nous-mêmes. Toutes ses afflictions étaient, d’une part, le fruit et le témoignage de sa grâce envers nous, et faisaient ressortir, d’autre part, la perfection absolue qui était en Lui, soit dans sa vie, soit dans sa mort. En Lui, l’offrande du gâteau, comme l’holocauste, faisait monter «une odeur agréable à l’Éternel» sans aucun mélange.

Nous verrons plus d’une fois, même dans cette période de sa vie, où David pouvait dire : Qu’ai-je fait ? certains détails de sa conduite nécessiter l’intervention de Dieu en discipline. C’est ainsi que nous trouvons ici même, au v. 6, un manque de vérité qui, pour être compréhensible, n’en est pas moins condamnable. La vérité en David était au-dessous de la grâce : il était réservé à la Parole faite chair d’apporter dans ce monde la grâce sans mélange unie à la vérité parfaite (Jean 1).

Tandis que David, homme de foi, connaît parfaitement le danger que sa fidélité lui attire et, ne voyant qu’un pas entre lui et la mort (v. 3), sait que son unique ressource est en Dieu, Jonathan compte encore sur l’aide qu’il croit pouvoir procurer à son ami (v. 2). Il a quelque confiance dans le caractère de son père ; il souhaite que l’Éternel soit avec David comme il a été avec Saül (v. 13). En réalité, il n’atteint pas un niveau élevé d’intelligence spirituelle, ni d’appréciation du coeur humain. Il en est toujours ainsi pour le croyant quand, par des liens quelconques, il est associé au monde. Jonathan n’a pas encore compris que Dieu a rejeté Saül, alors même que, d’autre part, toute sa confiance soit en David. N’est-il pas assuré de sa puissance future et de sa bienveillance ? «Tu ne retireras point ta bonté de ma maison, à jamais, non pas même lorsque l’Éternel retranchera chacun des ennemis de David de dessus la face de la terre» (v. 15). Il continue ici à s’oublier lui-même, en proclamant que la royauté appartient à son ami. Et quel moment choisit-il pour se recommander ? Celui où David est en fuite, sa vie exposée à chaque instant ! N’en est-il pas de même pour nous ? N’avons-nous pas trouvé dans un Christ rejeté notre protecteur, notre refuge et toute notre espérance ?

Il est beau de voir chez Jonathan cette absence d’égoïsme, en face de celui qui allait hériter de tous les droits que la naissance semblait conférer au fils de Saül. Ah ! c’est qu’il aimait David comme son âme ; c’est que, dès le commencement, il avait donné force, autorité, royaume, en un mot toutes choses, au fils d’Isaï. Saül s’écriait : «Tous les jours que le fils d’Isaï sera vivant sur la terre, tu ne seras pas établi, ni toi ni ton règne» (v. 31), car pour lui, établir son fils était plus que toutes les gloires de David. Pour lui, c’était une honte d’être avec le vrai roi : «Tu as choisi le fils d’Isaï à ta honte et à la honte de la nudité de ta mère»  v. 30). De telles paroles blessent Jonathan au coeur ; il bondit sous l’outrage, mais il était affligé, non pas pour l’injure faite à lui et à sa mère, mais «à cause de David, parce que son père l’avait outragé» (v. 34). Il aime David, déshonoré et maudit par Saül, avec la même ardeur dont il l’avait aimé jadis dans la splendeur de sa jeunesse et de sa victoire.

Jonathan vient au secours de David en cette extrémité. Dans une dernière entrevue, des plus touchantes, «ils se baisèrent l’un l’autre et pleurèrent l’un avec l’autre, jusqu’à ce que les pleurs de David devinrent excessifs» (v. 41). Combien le caractère aimable et sympathique de Jonathan nous attache ; et cependant une chose lui manquait, une seule ; il n’avait pas assez de foi pour suivre un roi rejeté. Sa position, il est vrai, rendait un tel pas bien difficile, mais, pour la foi, les difficultés ne devraient pas compter. Jonathan aurait dû partager les afflictions de David autrement que par le coeur, et parce qu’il ne le fit pas, il dut partager plus tard la défaite et la ruine de son père.

 

5.6   CHAPITRE 21

Au chapitre précédent, David s’était montré quelque peu inférieur à son caractère. Il en est de même ici, car il ment à Akhimélec et se sert auprès d’Akish d’une ruse qui ne lui fait pas honneur. Et cependant à Nob (v. 1-6), il nous offre l’un des traits les plus importants du Messie rejeté. Cet incident est noté en Matt. 12:1-8 ; Marc 2:23-28 ; Luc 6:1-5.

Dans le premier de ces passages, le Seigneur ayant proclamé (11:28-30) que le vrai repos se trouvait en Lui, laisse ses disciples libres d’accomplir un acte permis par la loi (Deut. 23:25), mais qui, aux yeux des pharisiens, violait et profanait le sabbat. Il en avait été de même de David à Nob, car c’était un jour de sabbat, le jour où l’on changeait les pains de proposition (conf. Lév. 24:8), qu’il s’était présenté devant le sacrificateur. Or pourquoi le Seigneur en agissait-il ainsi ? C’est que, comme David, Lui, le Bien-aimé, avait été rejeté par ce peuple que le système légal, ordonné de Dieu, n’avait pu amener à reconnaître son Messie. Le sabbat, signe de l’alliance entre Dieu et son peuple, était donc violé par le fait que le peuple rejetait son Dieu. Il n’y avait plus de repos sous l’ancien système légal. Le Père était obligé désormais de travailler de nouveau, et le Fils lui-même travaillait avec Lui. Le sabbat de l’homme avait pris fin, et le rejet de Dieu, dans la personne de son Fils, avait pour conséquence l’abandon du système légal des Juifs, le droit du fils de l’homme d’user du sabbat comme il l’entendait, et l’introduction d’un nouveau système dans lequel il associait avec Lui ses disciples et ses compagnons. Christ étant rejeté, comme David l’avait été, il n’y avait plus pour la créature de repos dans ce monde, plus de sabbat, mais un repos hors du monde, fondé sur l’oeuvre de la rédemption et que l’on pouvait posséder par la connaissance du Seigneur Jésus.

Un second fait accompagnait le rejet de David. Il s’était fait donner par Akhimélec les pains de proposition que les sacrificateurs seuls pouvaient manger, une fois ôtés de la table. Le pain sorti de devant Dieu était «en quelque sorte commun» (v. 5). En présence du rejet de son roi, quelle valeur pouvaient avoir aux yeux de Dieu les pains de proposition qui présentaient à Dieu le vrai Israël en Christ ! Aussi ces pains devaient-ils être remplacés devant Dieu par des pains nouveaux, un nouvel Israël fondé sur Christ, selon le coeur de Dieu. David pouvait donc considérer ce pain comme profane. La grâce souveraine s’élevait au-dessus des ordonnances légales, car il était plus important de nourrir David et les siens que de garder ce qui était vieilli.

David demande une arme. Akhimélec n’en a pas d’autre que l’épée de Goliath. Cet instrument de la victoire de David était gardé derrière l’éphod enveloppé dans un manteau, soigné et mis à une place d’honneur, sous les yeux mêmes de Dieu. C’est ainsi que le témoin de la victoire de Christ, la mort, par laquelle il a vaincu le prince de la mort, a été porté comme mémorial dans le lieu très saint où Jésus est entré avec son propre sang.

David dit : «Il n’y a pas d’arme pareille» (v. 9). N’oublions pas que, si David est le type de Christ, il est souvent aussi, dans la même occasion, le type des croyants. Comme David, nous partons sans armes contre l’ennemi, mais une seule nous suffit, la mort de Christ et notre mort avec Lui. Nous la trouvons dans le sanctuaire. Il n’y en a point de pareille, et Satan ne peut rien contre l’arme qui l’a vaincu.

Armé de cette manière, David se rend chez Akish, roi de Gath (v. 10-15). Pourquoi donc est-il saisi de frayeur en se présentant devant lui ? C’est qu’il y était conduit par sa sagesse naturelle et non par l’Éternel. Pas plus que l’Égypte pour Abraham, la Philistie ne devait être un refuge pour David. Pensant échapper de cette manière à Saül, il échange un ennemi contre un autre, et ne trouve que le déshonneur et le mépris.

Mais il est très consolant de considérer, dans les deux Psaumes qui se rapportent à ce moment de son histoire, les expériences que David a faites et dont le récit historique ne nous parle pas.

Le Ps. 56 fut composé «quand les Philistins prirent David dans Gath» (*). La défaillance de sa foi l’avait fait chercher un refuge chez ces ennemis d’Israël. Qu’y trouve-t-il ? L’homme qui, au lieu de l’aider, l’opprime et voudrait l’engloutir (v. 1). Lui, qu’une crainte charnelle avait amené à fuir Saül, apprend maintenant ce qu’est la chair ; lui, que la confiance en l’homme avait fait descendre chez Akish, apprend maintenant ce que c’est que l’homme. Il n’a trouvé chez lui que dangers et menaces. Ses ennemis s’assemblent, se cachent, observent ses pas et guettent son âme, tordant ses paroles tout le jour, ayant leurs pensées contre lui en mal ; mais Dieu lui reste. Il a appris à se confier entièrement en Dieu : «Au jour où je craindrai, je me confierai en toi» (v. 3). C’est la grande leçon que Dieu lui a enseignée. Si Dieu est pour lui, que lui ferait la chair ? «En Dieu je me confie : je ne craindrai pas ; que me fera la chair ?» (v. 4). Que lui ferait l’homme ? «En Dieu je me confie : je ne craindrai pas ; que me fera l’homme ?» (v. 11). Maintenant, délivré de la mort, il désire être gardé de broncher à l’avenir. Rien n’assure notre marche comme l’épreuve, la discipline, et les expériences qui y sont attachées : «Car tu as délivré mon âme de la mort : ne garderais-tu pas mes pieds de broncher, pour que je marche devant Dieu dans la lumière des vivants !» (v. 13).

(*) Il ne faudrait pas penser que seuls les Psaumes de David qui ont une suscription, soient sortis des expériences du roi-prophète lors des divers événements de sa vie. Loin de là ; mais nous nous en tiendrons aux faits que la Parole inspirée nous signale d’une manière particulière. Bien souvent, en d’autres Psaumes, on peut distinguer certaines circonstances de la vie de David, comme ayant été le point de départ du chant inspiré.

Le Ps. 34 a été composé «quand David dissimula sa raison devant Abimélec (*), qui le chassa, et il s’en alla». Ce Psaume célèbre les tendres soins de l’Éternel envers le croyant dans l’épreuve, et exprime la confiance de David, découlant du fait que Dieu a pris en main sa cause dans son affliction. Cet homme de Dieu, en cherchant du secours auprès d’Akish, n’avait tenu dans sa main qu’un roseau brisé. Maintenant, instruit par Dieu, il peut dire : «J’ai cherché l’Éternel ; et il m’a répondu, et m’a délivré de toutes mes frayeurs» (v. 4). «Cet affligé a crié ; et l’Éternel l’a entendu, et l’a sauvé de toutes ses détresses» (v. 6). Il a appris la leçon que Dieu lui enseignait par sa discipline. L’expérience qu’il vient de faire le rend propre à encourager les autres : «Goûtez et voyez que l’Éternel est bon ! Bienheureux l’homme qui se confie en Lui !» (v. 8).

(*) Titre du roi des Philistins (Conf. Gen. 20:2)

Bien plus, il a appris par expérience que la ruse, ni le mensonge, ne pouvaient procurer du bien : «Qui est l’homme qui prenne plaisir à la vie et qui aime les jours pour voir du bien ? Garde ta langue du mal, et tes lèvres de proférer la tromperie» (v. 12, 13).

L’expérience de David à la cour d’Akish avait été profondément humiliante, car la dignité que Dieu lui avait conférée avait été compromise par sa conduite. Il en avait le coeur brisé et l’esprit abattu, mais dans cette discipline il avait appris à se connaître, à connaître l’Éternel d’une manière plus intime, et que pouvait-il désirer de plus ? «L’Éternel est près de ceux qui ont le coeur brisé, et il sauve ceux qui ont l’esprit abattu» (v. 18).

C’est ainsi que l’âme de cet homme de Dieu exprime, dans ses cantiques prophétiques, ce dont elle a fait l’expérience pour elle-même, à travers les afflictions et la discipline qui lui étaient nécessaires.

 

5.7   CHAPITRE 22

«David partit de là, et se sauva dans la caverne d’Adullam» (v. 1). C’est là qu’il composa ce beau Ps. 142, qui exprime les sentiments dont son âme était remplie dans sa solitude. «Il n’y a personne qui me reconnaisse ; tout refuge est perdu pour moi ; il n’y a personne qui s’enquière de mon âme» (v. 4). «Sur le chemin par lequel je marchais, ils m’ont caché un piège» (v. 3), quand, ô dérision ! c’était Saül qui audacieusement osait l’accuser, en disant : «Mon fils a soulevé contre moi mon serviteur pour me dresser des embûches» (22:8). Mais David a trouvé, précisément parce que tout refuge humain lui manquait, un refuge assuré pour son âme : «J’ai crié vers toi, Éternel ! j’ai dit : Tu es mon refuge» (v. 5). Il peut compter sur le Dieu d’Israël pour être délivré de ses persécuteurs, car ils sont plus forts que lui (v. 6). David pourra-t-il jamais regretter de s’être trouvé dans une extrémité pareille, abandonné de tous, puisque c’est là que son âme a connu et apprécié le souverain refuge que l’on trouve en Dieu. Aussi le Psaume se termine par l’assurance dont son âme est remplie, que le temps de son abandon et de sa solitude prendra fin. «Les justes», dit-il, «m’environneront» (v. 7).

Après cette effusion de son âme, David reçoit, dans la caverne même d’Adullam, la réponse de l’Éternel comme prémices de sa confiance. Il ne se trouve plus seul. «Ses frères et toute la maison de son père l’apprirent, et descendirent là vers lui» (v. 1). David, type de Christ rejeté, devient un centre d’attraction pour ses frères. Sa famille, tous ceux qui étaient de sa race, se groupe autour de lui. C’étaient pour David, comme pour Christ, les «excellents de la terre». Ils reconnaissaient en lui l’oint de l’Éternel, celui par qui le Seigneur voulait sauver son peuple, l’instrument de la grâce en Israël. Ils savaient ne pouvoir rien attendre du monde que mépris et persécution, ainsi que leur chef de famille ; aussi leur seule ressource était de se réfugier auprès de celui qui, à vue humaine, était lui-même sans ressource.

Mais une autre classe de personnes se réfugie auprès de David dans la caverne d’Adullam : «Et tout homme qui était dans la détresse, et tout homme qui était dans les dettes, et tout homme qui avait de l’amertume dans l’âme, s’assembla vers lui, et il fut leur chef» (v. 2). Ce n’étaient pas seulement ceux qu’une même origine avait déjà mis en relation avec lui, mais ceux qu’aucun lien n’unissait à David. Leur caractère commun, c’est qu’ils avaient tout perdu. Les uns étaient «dans la détresse», ne sachant de quel côté se tourner, d’autres «dans les dettes», sans pouvoir s’acquitter, d’autres enfin avaient «de l’amertume dans l’âme», des chagrins auxquels il n’y avait pas de remède, créés par l’état de choses en Israël.

Ceux-là trouvent auprès de David un refuge assuré, comme ils le rencontrent aujourd’hui auprès d’un Christ rejeté. Mais ils trouvent bien plus encore. David est capable de créer, de former à son image les plus misérables. Le reflet de sa beauté morale tombe sur ceux qui n’ont rien à lui apporter que leur misère. Dans la sombre caverne d’Adullam, la lumière qui rayonne de David resplendit sur ces quatre cents hommes qui l’entourent, et ce que la grâce a fait d’eux au jour des tribulations, sera reconnu par tous les yeux, acclamé de toutes les bouches, au jour, prochain déjà, de la gloire. Tous ces gens hors la loi, entoureront le trône du roi et seront appelés «les hommes forts de David» (2 Sam. 23:8).

Mais ce n’étaient pas là toutes les ressources que la caverne d’Adullam renfermait pour les compagnons du fils d’Isaï : Gad, le prophète (v. 5), le porteur de la parole et du témoignage de Dieu, était auprès de lui. La révélation des pensées de Dieu, absente de la cour et du peuple de Saül, s’était réfugiée là. Enfin, l’acte meurtrier du roi envers Nob, pousse Abiathar, le sacrificateur, vers David (22:20). Il se rend plus tard vers lui avec l’éphod en sa main (23:6). Le moyen de s’approcher de Dieu, de le consulter en tout temps, d’entrer en communion avec Lui, est l’heureux privilège de ces gens sans aveu que le monde honnit et méprise.

Cher lecteur, vous êtes-vous réfugié auprès d’un Christ rejeté ? On ne le fait que lorsqu’on est à l’extrémité et qu’on a perdu tout espoir de se secourir soi-même. Le monde, en ce cas, vous méprisera, mais pas autant que vous vous méprisez vous-même. Et néanmoins rien ne vous manquera. La présence du Seigneur Jésus sentie, éprouvée par l’âme, les trésors de sa Parole mis à votre disposition et connus, comme même un Jonathan, retenu à la cour de Saül, n’a jamais pu les connaître, enfin le moyen de s’approcher de Dieu, fourni par la sacrificature de Christ qui nous met en communion avec Lui, tels sont les bienfaits que dispense notre David au temps où il est rejeté.

Il ne lui manque plus que d’être manifesté en gloire aux yeux de tous, car il l’est déjà comme centre de son Assemblée, alors même qu’elle ne comprendrait, comme ici, que quatre cents fidèles réunis autour de Lui.

Au v. 5, David obéit à la parole que Gad lui apporte : «Ne demeure pas dans ce lieu fort ; va, et entre dans le pays de Juda». Le voici donc sur le territoire même de l’ennemi, mais qu’a-t-il à craindre et que lui peut Saül ? L’Éternel est avec lui. Qu’importe, s’il agit contre toute prudence humaine ! Dieu a des vues de grâce et de bénédiction dans ce qu’il commande ; notre affaire, c’est d’obéir.

Saül convoque Akhimélec et accuse David de «conspirer contre lui» et de lui «dresser des embûches» (v. 7, 8, 13). Akhimélec, plein de noble franchise, dit ouvertement la vérité et rend témoignage à David, à l’homme incomparable, «fidèle, gendre du roi, ayant accès à ses audiences privées, et honoré dans sa maison». Certes, ce n’est pas une parole d’outrage, mais c’est une sévère leçon donnée à Saül. La délicatesse de ses sentiments empêche Akhimélec de mentionner le mensonge par lequel David s’était fait donner le pain et l’épée, mensonge qui l’aurait compromis aux yeux de Saül. Mais c’est en somme ce mensonge qui entraîne dans la ruine le sacrificateur et toute sa maison. David le sent bien, quand il dit à Abiathar : «Moi je suis cause de la mort de tous ceux de la maison de ton père» (v. 22). Il se juge ainsi lui-même. Mais le voici, en même temps, de la part de Dieu, le type de Celui qui est la sauvegarde des fidèles : «Demeure avec moi, ne crains point ; car celui qui cherche ma vie, cherche ta vie, et près de moi tu seras bien gardé» (v. 23). C’est une compensation parfaite à ce qu’Abiathar et la maison de son père ont eu à souffrir pour l’oint de l’Éternel.

C’est ici que se place le Ps. 52. David avait appris que «Doëg l’Édomite, avait rapporté à Saül : David est venu dans la maison d’Akhimélec». Aussi annonce-t-il le jugement sans merci de l’Édomite, ennemi juré d’Israël. Mais cela ne détruit en rien la confiance et l’assurance de l’homme de Dieu. Bien au contraire, sur le fond noir de cette méchanceté, ressort dans tout son éclat, l’heureuse part du croyant : «Mais moi, je suis dans la maison de Dieu comme un olivier vert. Je me confierai en la bonté de Dieu, pour toujours et à perpétuité. Je te célébrerai à jamais, parce que tu l’as fait ; et je m’attendrai à ton nom, car il est bon devant tes saints» (v. 8, 9).

 

5.8   CHAPITRE 23

Les Philistins font la guerre à Kéhila. David aurait pu ne pas intervenir et laisser à Saül le soin de les secourir, mais une telle abstention est loin des pensées de l’homme de foi. David rejeté devient ici un Sauveur pour Israël. Il se met à la brèche, mais non sans avoir consulté l’Éternel. Abiathar n’étant pas encore descendu avec l’éphod, ce moyen ordonné de Dieu pour le consulter manquait encore à David. Les ressources extérieures peuvent être hors de portée, mais jamais l’accès vers Dieu ne le sera, car il est libre et largement ouvert pour tous. David parle avec Dieu comme avec un ami. Plein de condescendance, l’Éternel répond et, chose frappante, d’une manière plus intime et plus détaillée que lorsque David le consulte avec l’éphod. Il remplit de confiance et d’assurance le coeur de son bien-aimé. Quoi que disent ses compagnons (v. 3), David, fondé sur la parole de Dieu, ne s’arrête pas à leurs craintes et combat pour le peuple d’Israël, bien que ce dernier soit l’instrument de son pire ennemi. Il en est ainsi du salut par Christ, accompli pour nous, dans notre condition d’inimitié contre Lui.

Nous trouvons encore ici cette vérité, déjà aperçue dans l’histoire de Jonathan, que le combat de la foi se livre en dehors du système religieux des hommes, qui ne pourrait que l’entraver. Saül, dans les rares occasions où il consulte l’Éternel, ne reçoit pas de réponse ou en reçoit une par le sort qui prononce un jugement sur toute sa conduite (14:40). David, sans le secours extérieur des ordonnances divines, s’entretient directement avec son Dieu.

Dès lors nous voyons David traqué, poursuivi, trahi, se cachant dans les cavernes, dans les forêts, en danger dans les villes, se réfugiant dans les lieux forts, errant sur les montagnes, sur les collines, habitant les déserts de Juda, de Ziph, de Maon, de Paran, n’ayant pas un lieu où reposer sa tête.

Il entre à Kéhila. Saül, dans son atroce aveuglement, peut dire : «Dieu l’a rejeté et livré en ma main», lui qui avait entendu la solennelle parole de Samuel : «L’Éternel t’a rejeté comme roi !» (15:23). Quel endurcissement de coeur ! Le persécuteur du «Bien-Aimé» croit connaître Dieu et l’avoir de son côté, et il ne connaît pas mieux le Dieu d’Israël qu’il ne se connaît lui-même. Aussi, comme il est dit au Ps. 2:4 . «Celui qui habite dans les cieux» s’est ri de lui, le Seigneur s’en est moqué ; la Parole répond ici avec une ironie méritée : «Dieu ne le livra pas en sa main» (v. 14).

Quand l’éphod est apporté (v. 6), Dieu répond par l’éphod et David reçoit une direction suffisante. Il est beau de lui voir prendre ici le caractère de serviteur. Lui, auquel la royauté appartient, revendique devant Dieu la condition la plus humble. «Éternel, Dieu d’Israël ! ton serviteur a appris…» «Saül descendra-t-il comme ton serviteur l’a entendu dire !» «Éternel, Dieu d’Israël ! déclare-le, je te prie, à ton serviteur» (v. 10, 11). N’est-il pas en cela un beau type de Christ qui, sachant que le Père lui avait mis toutes choses entre les mains, est venu, non pour être servi, mais pour servir Dieu et les siens !

Au désert de Ziph, David reçoit la visite de Jonathan (v. 16-18). En mainte occasion ce dernier avait prouvé, comme nous l’avons vu, combien David lui était cher. Il l’avait averti du danger qu’il courait (19:2), avait parlé de lui en bien à Saül (19:4), avait fait alliance avec lui, reconnaissant ses droits au royaume (20:12-17), avait porté ses outrages et souffert pour lui (20:34) ; que lui restait-il donc à faire ? Une visite à David, pour lui renouveler l’assurance de son affection ? Non. Il arrive toujours dans la vie d’un homme de foi un moment critique, où il est obligé de rompre ses liens avec l’ancien système selon la chair qui, de fait, est entre les mains de l’ennemi de Dieu. Dieu va juger ce système politique et religieux, et il en est aujourd’hui de la chrétienté comme jadis du monde de Saül. Ce qui est allié avec le système tombera avec lui et sera impliqué, ne fût-ce qu’extérieurement, dans sa perte. Bien qu’aimant David, Jonathan marchait dans cet ordre de choses vieilli, établi autour du roi selon la chair et qui allait disparaître. Qu’y avait-il à faire, sinon de le quitter, quand il faisait une opposition haineuse et directe à l’oint de l’Éternel ! Il lui fallait rompre avec la cour de son père, prendre place auprès de David, avec les banqueroutiers d’Adullam, position humiliante pour un fils de roi ; il lui fallait rester à Ziph avec David, prenant en pensée, non pas la seconde place après lui (v. 17), mais, comme Abigaïl, celle de serviteur des serviteurs de son seigneur. Hélas ! Jonathan avait une position à garder et, tandis que David retourne dans les bois, Jonathan s’en va à sa maison ! (v. 18).

Et cependant Dieu lui accorde le beau privilège d’encourager David dans son chemin. Jonathan, est-il dit, «fortifia sa main en Dieu» (v. 16). Et de plus, il est pour David un porteur de la parole prophétique : «Ne crains pas, car la main de Saül, mon père, ne te trouvera pas ; et tu régneras sur Israël...», mais il ajoute : «Et moi, je serai le second après toi». Quand il s’agit de lui-même, il perd complètement la vue prophétique et cela correspond bien à la condition mixte de son âme.

Kéhila aurait trahi David ; Ziph le trahit positivement et fait part à Saül de ses mauvais desseins. Même endurcissement chez le roi, se servant du nom de l’Éternel pour couvrir son iniquité. «Bénis soyez-vous de par l’Éternel, de ce que vous avez eu pitié de moi !» (v. 21). Et, parlant de David : «On m’a dit qu’il est très rusé» (v. 22). Rusé ! quand l’Éternel qu’il consultait le mettait en garde contre les embûches de son ennemi ! Ce mot «très rusé» était un outrage direct à l’Éternel, sans que Saül s’en rendît compte !

C’est ici que se place le Ps. 54, composé «lorsque les Ziphiens vinrent, et dirent à Saül : David ne se tient-il pas caché auprès de nous ?» En contraste avec Saül qui invoque le nom de l’Éternel, David rejeté du sein du peuple, sans lien apparent avec Jéhovah, fait appel au nom de Dieu : «Ô Dieu ! sauve-moi par ton nom, et fais-moi justice par ta puissance» (v. 1). Ce que Dieu est comme tel est la ressource de son âme. «Des étrangers», les Ziphiens, s’étaient élevés contre lui, «des hommes violents», Saül et ses bandes, cherchaient sa vie ; et tout en invoquant le nom de l’Éternel, n’avaient «pas mis Dieu devant eux» (v. 3). Mais ce Dieu qu’ils ne connaissaient pas était le secours de David (v. 4), et quand ses ennemis seront détruits et que lui sera délivré de toute détresse, ce sera lui qui pourra célébrer le nom de l’Éternel, du Dieu d’Israël dont les relations avec son peuple seront ainsi rétablies.

Au désert de Maon, David est à l’extrémité, mais l’extrémité de l’homme est l’opportunité de Dieu. Il dirige les événements et compte les heures, les minutes, les secondes. Tous nos temps sont en Sa main. Au dernier moment un messager vient annoncer à Saül l’attaque des Philistins (v. 27), et le roi abandonne sa poursuite. C’est ainsi que notre Dieu se montre supérieur aux difficultés qui semblent devoir nous engloutir.

Le Ps. 63 est un magnifique exemple des expériences intimes que fait l’âme de David «quand il était dans le désert de Juda». Il l’estime un lieu désolé, parce qu’il se souvient du sanctuaire où il a contemplé Dieu ; mais s’il y a soif, c’est de Dieu, et il désire que la force et la gloire du lieu saint l’accompagnent dans le désert et se manifestent dans sa vie ici-bas. Le désert le pousse vers Dieu et lui fait désirer que Dieu montre Son caractère dans les circonstances difficiles qu’il traverse. Dieu répond à sa demande en lui montrant sa bonté. Sa bonté, c’est sa gloire, David la trouve plus précieuse que sa vie, préservée par la puissance de Dieu des embûches de Saül. Mais cette puissance le soutiendra encore : «Ta droite me soutient».

Le résultat de cette connaissance de Dieu dans le désert, c’est que l’âme de David «s’attache à Lui pour le suivre». Ainsi son coeur est lié plus intimement, plus pratiquement à son Dieu, par les expériences du lieu désolé. Quant à Saül, il sera «livré à la puissance de l’épée», tandis que le roi, l’oint de l’Éternel, a devant lui la joie en Dieu au jour où toute bouche sera fermée, joie qu’il goûte déjà dans le désert (v. 5, 7), en sorte que son âme est rassasiée.

 

5.9   CHAPITRE 24

Saül, revenu de sa campagne contre les Philistins, rassemble 3000 hommes d’élite pour s’emparer de David. Il embrasse ainsi, dans une même poursuite, les ennemis d’Israël et le sauveur d’Israël. Un zèle extérieur pour la sauvegarde du peuple de Dieu, peut fort bien s’allier avec une véritable haine pour Christ.

Saül entre dans la caverne située auprès des parcs des brebis, pour s’y reposer en se déchaussant. Au fond de la caverne, avec sa petite troupe, se tient celui que Saül estime à tort son ennemi. C’est le moment où la providence de Dieu livre Saül sans défense entre les mains de David. Les compagnons de celui-ci concluent, dans leur ignorance, que Dieu lui-même fournit à leur maître l’occasion de se venger, mais l’intelligence spirituelle de David ne s’y trompe pas. Son caractère, comme roi rejeté, c’est la grâce et non le jugement (il en est de même de Christ), et la providence divine offre ici à la grâce une admirable occasion de se manifester.

Il y a encore pour David une autre raison de ne pas tirer l’épée. Tant que Dieu lui-même n’a pas exécuté la sentence prononcée contre Saül, celui-ci porte encore le nom «d’oint de l’Éternel». Quel que soit le mal, nous n’avons pas le droit d’anéantir ce que Dieu laisse subsister. Sans doute, il doit y avoir séparation complète entre nous et le mal, mais nous ne sommes pas appelés à mettre un terme à la longue patience de Dieu. Un chrétien spirituel reconnaît, même ennemie et apostate, l’autorité que Dieu a établie et laisse à Dieu le soin et le moment d’exécuter la sentence contre elle. Les circonstances providentielles ne sont pas ordonnées pour régler notre conduite on la diriger, mais pour mettre notre foi à l’épreuve. Il en fut ainsi de Moïse à la cour du Pharaon où la providence de Dieu l’avait placé. Le moment venu, il refusa d’en faire partie et quitta l’Égypte, ne craignant pas la colère du roi (Héb. 11). C’était la foi qui le dirigeait et non les voies providentielles de Dieu.

Cependant David coupe le pan de la robe de Saül. C’est un gage destiné à mettre en évidence devant l’ennemi la grâce qui l’a épargné. Le coeur (non pas la conscience) de David le reprend même de cet acte, car extérieurement il avait manqué au respect et à la déférence dus à l’oint de l’Éternel, tout en étant au fond plein de grâce envers son persécuteur.

«Et David retint ses hommes par ses paroles, et ne leur permit pas de s’élever contre Saül» (v. 8) Ses compagnons sont formés par lui et par son exemple, et c’est ainsi que le caractère de David se reflète sur tous ceux qui l’entourent et qui l’ont reconnu pour chef.

Ce pan de manteau coupé sert à revendiquer aux yeux de Saül, le caractère du serviteur qu’il a méconnu et à lui ouvrir les yeux sur son propre état : «Car en ce que j’ai coupé le pan de ta robe et ne t’ai point tué, sache et vois qu’il n’y a pas de mal en ma main, ni de transgression, et que je n’ai pas péché contre toi ; et toi, tu fais la chasse à mon âme pour la prendre» (v. 12). C’est ainsi que Dieu appelle souvent les pécheurs par des circonstances où sa grâce les a préservés, en faisant ressortir à leurs yeux que leur état méritait le jugement. Cependant, si le coeur s’endurcit après cela, il faut qu’il sache que le jugement ne se fera pas attendre. «L’Éternel jugera entre moi et toi, et l’Éternel me vengera de toi» (v. 13).

Un beau caractère de l’homme de Dieu ressort ici. À ses yeux il est moins que Saül, moins que rien : «Après qui est sorti le roi d’Israël ? Qui poursuis-tu ? Un chien mort, une puce !» C’est ainsi que Paul disait de ses chers Corinthiens : «Les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas» (1 Cor. 1:28), et de lui-même : «Celui qui plante n’est rien» (1 Cor. 3:7). Mais ces êtres qui ne sont rien à leurs yeux, sont quelque chose aux yeux de Dieu, et cela l’exalte, Lui, et le glorifie : «Il jugera entre moi et toi ; et il verra et plaidera ma cause, et me fera droit en me délivrant de ta main» (v. 16). «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?» L’amour de Dieu pour nous, voilà ce qui le glorifie !

«Saül éleva sa voix et pleura» (v. 17). En se voyant si miraculeusement préservé, il reconnaît (pour combien de temps ?) la grâce et la justice qui sont en David : «Tu es plus juste que moi, car toi tu m’as rendu le bien, et moi je t’ai rendu le mal» (v. 18). Il reconnaît même que le royaume revient à David : «Et maintenant, voici, je sais que certainement tu régneras, et que le royaume d’Israël sera établi en ta main» (v. 21). Un coeur réprouvé, chose très sérieuse à constater, peut être attendri devant la grâce, sans être changé. Dieu ne nous demande pas des sentiments, quelque justes qu’ils soient ; c’est de foi qu’il s’agit, car elle seule est capable de régénérer et de sauver un pécheur.

«Tu as fait connaître aujourd’hui que tu agissais en bien envers moi !» (v. 19). Combien cet «aujourd’hui» est différent des paroles d’une Abigaïl qui dit par la foi, avant même que David le lui ait prouvé : «La méchanceté n’a jamais été trouvée en toi !» (25:28).

Saül va jusqu’à compter sur David pour maintenir sa semence. David, bel exemple de la grâce, «le jura à Saül» (v. 23), car la grâce ne souffre pas d’être limitée. Saül saura-t-il s’en prévaloir ? Non : «Il s’en alla dans sa maison». Hélas ! le pieux Jonathan, son fils, avait fait de même (23:18). Quelque pas qu’elle ait fait, quelque vérité qu’elle ait reconnue, il y a toujours un point où la chair s’arrête, le point où la foi seule pourrait agir. Devant le : «Viens, suis-moi», la chair la plus aimable tourne le dos, peut-être avec tristesse, mais elle préfère les «grands biens» de sa maison à l’opprobre de Celui qui n’a pas un lieu dans ce monde où reposer sa tête ! (Matt. 19:22).

Qu’il est doux d’assister, au Ps. 57, aux sentiments de David, «quand il fuyait devant Saül, dans la caverne». Il sait que «Dieu mène tout à bonne fin» pour lui (v. 2). Sa foi saisit d’avance la délivrance imminente : «Il a envoyé des cieux, et m’a sauvé ; il a couvert de honte celui qui veut m’engloutir» (v. 3). «Ils ont creusé devant moi une fosse, ils sont tombés dedans» (v. 6). Cela affermit son coeur (v. 7) et le fait se remettre entièrement aux mains de Celui qui «a envoyé sa bonté et sa vérité» pour le sauver. Préparé ainsi, il ne cherche pas à se venger lui-même, mais s’en remet à Celui qui a dit : «À moi appartient la vengeance, dit le Seigneur». C’est ainsi qu’en toute occasion David est préparé par l’Esprit de Dieu à remettre sa cause entre Ses mains, libre ainsi de ne s’occuper que du Seigneur et de sa louange. «Mon cœur est affermi ; je chanterai et je psalmodierai». «Car ta bonté est grande jusqu’aux cieux, et ta vérité jusqu’aux nues !» (v. 7, 10).

 

5.10                   CHAPITRE 25

Samuel meurt (v. 1), et sa mort est comme le prélude de la dernière période de l’histoire de Saül. Le fidèle serviteur qui avait jugé Israël en des temps difficiles et avait exercé en sa faveur l’office de la sacrificature au milieu de l’affaissement qui avait suivi la ruine de celle-ci ; l’homme que Dieu avait choisi pour oindre la royauté selon la chair, puis la royauté selon la grâce ; le prophète avant tout, le premier des prophètes, n’était plus. Au milieu de ces temps sombres, la grâce de Dieu maintenait une communication avec le peuple par la parole prophétique. Dans tous les actes importants de sa vie, Saül avait rencontré le prophète qui venait lui faire connaître les pensées, les ordres, les conseils et les jugements de Dieu. Sans doute il ne les avait pas écoutés, mais il avait pu les entendre. C’est un privilège immense, aussi bien qu’une immense responsabilité, d’avoir la parole divine à sa portée, et Saül avait joui de ce privilège. Samuel lui-même avait transmis de son vivant la Parole à des prophètes suscités de Dieu pour l’enseigner à d’autres. Maintenant ces prophètes eux-mêmes ne répondaient plus (28:6, 15). Toute cette dispensation avait pris fin pour Saül et pour son peuple. La sacrificature, détruite par lui, s’était réfugiée auprès du vrai roi. Gad, le prophète, accompagnait David au désert et dans les cavernes. Israël et son roi étaient laissés comme un vaisseau désemparé, sans pilote et sans boussole, poussé dans les ténèbres vers les abîmes, tandis qu’une aube nouvelle allait se lever pour les fidèles.

Quoi d’étonnant qu’Israël s’assemble et se lamente sur Samuel ! Celui aussi qui intercédait pour eux et même pour le roi, ardemment, sans relâche, n’était plus. Que leur restait-il ? Terrible jugement quand Dieu retire ses grâces, résolument méprisées ! Il ne restera à Saül d’autre ressource que de retourner aux choses qu’il avait vomies (28:7). Ne trouvons-nous pas en lui une image de cette chrétienté apostate, retournant à l’idolâtrie quand Dieu lui retire l’Esprit de vérité et la laisse en proie à l’esprit de mensonge ?

Mais avant de nous entretenir des derniers jours de Saül, Dieu déroule dans notre chapitre une scène nouvelle. Nabal, un homme violent et sans frein, méprise et outrage l’oint de l’Éternel. C’est un des caractères de l’homme de péché à la fin des temps.

Nabal, nous est-il dit (v. 3), «était de la race de Caleb». Il y avait entre ces deux hommes, comme trait de famille, l’énergie de la nature, mais qui, au service de la chair, produit un Nabal, au service de la foi, un Caleb, car on peut livrer ses membres au péché comme instruments d’iniquité, ou à Dieu comme instruments de justice (Rom. 6:13).

La grâce n’a pour effet sur un tel homme que de l’exciter au mal et à la révolte. Un Saül se laisse parfois attendrir (24:17), un Nabal, jamais.

David et ses compagnons continuent à habiter le désert de Juda, attendant de Dieu seul l’heure et le signal de leur délivrance, mais là David a l’occasion de se montrer le protecteur des faibles, exposés a mille dangers pendant les veilles de la nuit. Rien ne manque «du leur», tant qu’ils sont avec lui (v. 7).

À cela ne se borne pas l’activité de David en grâce. Si, comme le Seigneur ici-bas, il dépend de l’homme pour quelque rafraîchissement, lui, auquel de droit tout appartient, il apporte en échange au pécheur, à Nabal, la paix par ses messagers. «Paix te soit, et paix à ta maison, et paix à tout ce qui t’appartient» (v. 6). Nabal voudra-t-il de cette paix, après la protection si manifeste de ses gens et de ses troupeaux ? Pour tant de grâce et de courtoisie, David n’était-il pas en droit de lui demander quelque preuve de reconnaissance ? Que répond Nabal ? «Qui est David ? Et qui est le fils d’Isaï ? Aujourd’hui ils sont nombreux les serviteurs qui se sauvent chacun de son maître. Et je prendrais mon pain et mon eau, et ma viande que j’ai tuée pour mes tondeurs, et je les donnerais à des hommes dont je ne sais d’où ils sont ?» (v. 10, 11). Cette même parole sortit plus tard de la bouche des principaux en présence de l’oeuvre du Seigneur. «Pour celui-ci, nous ne savons d’où il est» (Jean 9:29). C’est ainsi que l’homme a traité Jésus rejeté ; il méprise sa grâce souveraine sans appréhender sa puissance en jugement et sans penser que ce jugement est à la porte. Nabal parle de son pain, de son eau, de ses viandes et de ses biens, comme s’ils étaient à lui, dans le moment où la calamité va l’atteindre lui-même, avec tout ce qui lui appartient. Quand il aurait dû se jeter à genoux devant celui qui volontairement s’était fait son serviteur, il le traite avec mépris de «serviteur échappé à son maître !» Sans scrupule, et sans penser que c’est le rejeter lui-même, il rejette ses messagers. «Celui qui vous rejette», dit le Seigneur à ses disciples, «me rejette ; et celui qui me rejette, rejette Celui qui m’a envoyé» (Luc 10:16). Leur maître les envoyait pour bénir, et Nabal s’emporte contre eux (v. 14).

David est en danger de laisser libre cours à son indignation et «de se faire justice» par sa main (v. 26, 34). C’est ici que se place, me semble-t-il, l’expérience du Ps. 35 : «Ils m’ont rendu le mal pour le bien» (v. 12 ; conf. 25:21). «Ils ne parlent pas de paix» (v. 20 ; conf. 25:6). «J’ai marché comme si c’eût été mon compagnon, mon frère» (v. 14). «Ceux qui sont à tort mes ennemis» (v. 19 ; conf. 25:26). Mais David a appris ce que Dieu voulait lui enseigner. Au lieu de se faire droit lui-même, il a remis sa cause à l’Éternel : «Éveille-toi, réveille-toi, pour me faire droit, mon Dieu et Seigneur, pour soutenir ma cause» (v. 23). «Que ceux qui s’élèvent orgueilleusement contre moi soient couverts de honte et de confusion» (v. 26), et il Lui remet le jugement : «Qu’une ruine qu’il n’a pas connue vienne sur lui !» (v. 8).

Avant d’avoir reçu cet enseignement par la bouche de la pieuse Abigaïl, David avait ceint son épée et ordonné à ses compagnons de faire de même. Il devançait le moment ; l’heure du jugement n’avait pas sonné ; elle arrivera par le moyen d’un plus grand que David. Il est dit de lui : «Ceins ton épée sur ton côté, homme vaillant, dans ta majesté et ta magnificence» (Ps. 45:3) ; mais le temps de la grâce durait encore, tant que David était un étranger dans son héritage.

La foi d’Abigaïl a compris cela. Cette faible femme, connaissant ce qui convient à la grâce, devient un instrument de Dieu pour garder du mal le plus grand de ses serviteurs, l’oint de l’Éternel lui-même. Un seul homme, la Grâce en personne, la grâce de Dieu qui est apparue à tous les hommes, n’étant pas faillible, n’a jamais eu besoin d’être rappelé au sentiment de ce qui convenait à la position qu’il avait prise ici-bas.

Nous pouvons tous apprendre à l’école d’Abigaïl. On rencontre rarement , une affection plus désintéressée, basée sur les perfections que sa foi discernait en David.

Lorsqu’elle apprend que «le mal est décidé» contre Nabal et contre toute sa maison, elle se hâte de préparer tout ce que cet homme avait refusé à David, et bien au-delà encore, sans compter, et d’aller à sa rencontre. Ah ! puissent les âmes qui ont entendu dire que le mal est décidé contre elles, faire de même. Il s’agit de ne pas perdre de temps, de se hâter ; le vengeur est déjà en marche. Quand l’annonce du jugement est reçue comme un témoignage divin, on se hâte pour y échapper. C’est la foi. Il n’y a pas d’autre ressource que d’aller au-devant de Celui qui va juger. Abigaïl n’avait qu’une crainte, c’était de ne pas rencontrer David avant que son épée fût tirée. Elle savait qu’alors il serait trop tard. Mais elle était sans crainte quant au résultat de la rencontre, car elle connaissait le caractère de celui auquel elle allait s’adresser.

«Et Abigaïl vit David, et elle se hâta et descendit de dessus son âne ; et elle tomba sur sa face devant David et se prosterna contre terre. Et elle tomba à ses pieds, et dit : À moi l’iniquité, mon seigneur !» (v. 23, 24). Ici encore Abigaïl se hâte ; elle se hâte de reconnaître la seigneurie de David, ses droits sur elle et sa propre indignité. Elle s’adresse à lui en suppliante et reconnaît ainsi qu’elle dépend de son bon plaisir. Bien plus, en prenant cette attitude, elle, la femme de foi, se reconnaît coupable, prend sur elle toutes les conséquences de son association avec Nabal. Elle ne vient pas plaider son innocence, quoiqu’elle n’ait point eu connaissance de ce qui était arrivé (v. 25). Devant David elle ne veut se trouver que coupable et se hâte de le proclamer, car elle connaît la grâce de David.

Une fois encore elle se hâte, vers la fin du chapitre (v. 42). C’est quand elle est appelée par David à devenir la compagne de ses souffrances (conf. 27:3), et plus tard à partager son règne. «Et David envoya parler à Abigaïl, afin de la prendre pour femme... Et Abigaïl se leva en hâte... et elle s’en alla après les messagers de David, et fut sa femme» (v. 39-42). Point de temporisation ; elle se hâte d’aller au-devant de celui qui l’aime, du roi de grâce ; elle ne remet pas son départ à des temps meilleurs où le trône de David serait consolidé. Elle quitte tout, sans penser un instant à ce qu’elle laisse en arrière. Et même elle se déclare indigne d’un tel honneur ; car la plus humble condition lui appartient. Une telle destinée ne peut, d’autre part, l’enorgueillir, car elle comprend que, si la faveur du roi l’appelle à partager ses souffrances pour l’élever ensuite à la première place, le service du roi doit l’abaisser à la dernière. «Voici, ta servante sera une esclave pour laver les pieds des serviteurs de mon seigneur». Quelle humilité chez cette épouse du roi ! Seule, la communion avec la grâce, avec Jésus, nous rend capables de nous abaisser ainsi dans la poussière, mais par là même qu’Abigaïl s’abaisse, le roi grandit en dignité et en majesté, et c’est ce que le coeur de l’épouse désire.

N’oublions donc pas, chers lecteurs chrétiens, que l’un des caractères de la foi est de se hâter. Abraham se hâtait quand il était question du service de l’Éternel (Gen. 18:6-8) ; Zachée, quand le Sauveur l’invitait à le recevoir dans sa maison (Luc 19:6) ; Marie, quand le Seigneur l’appelait à Lui (Jean 11:29). S’il s’agit de Lui et de sa personne, pouvons-nous jamais nous hâter assez ! Mais d’autre part, n’avons-nous pas à nous garder de la hâte qui si souvent caractérise la chair et le vieil homme ! «Leurs pieds courent au mal, et ils se hâtent pour verser le sang» (Prov. 1:16 ; 6:18), «pour contester» (25:8), «pour s’enrichir» (28:20, 22). Dès qu’il s’agit de nous-mêmes, ne faisons pas comme le monde dont il est parlé ici, car il est dit d’autre part : «Celui qui croit en Lui ne se hâtera pas» (És. 28:16 ; Rom. 9:33).

Elle est admirable, cette Abigaïl, par son appréciation de David. On trouve tout chez elle, depuis le sentiment de la dignité de son seigneur, qui la fait se prosterner devant lui, jusqu’au ravissement que produit la beauté de son caractère. «Mon seigneur combat les combats de l’Éternel, et la méchanceté n’a jamais été trouvée en toi» (v. 28). Comment son coeur ne serait-il pas attiré par la vue de la perfection dans un homme ? Et cependant David, type de Christ, n’est en lui-même qu’un homme imparfait. Jamais Jésus n’aurait été en danger de se faire justice à lui-même. La grâce de Dieu seule en préserve David, quand déjà sa résolution était prise de ne laisser de reste aucun de ses ennemis. Abigaïl est l’instrument employé de Dieu pour le faire revenir de sa décision et l’aider à ne pas perdre le caractère de grâce qui convient à l’oint de l’Éternel.

Tout ce que dit Abigaïl est le fruit de sa communion avec les pensées de Dieu. Ce n’est pas de la prophétie, mais elle sait ce qui arrivera à David, parce qu’elle sait ce que Dieu pense de lui. «La vie de mon seigneur est liée dans le faisceau des vivants par devers l’Éternel, ton Dieu ; et l’âme de tes ennemis, il la lancera du creux de la fronde» (v. 29), et Dieu t’établira «prince sur Israël» (v. 30). Saül, le roi d’Israël, n’est pour Abigaïl qu’«un homme qui s’est levé pour te poursuivre et pour chercher ta vie». Dans son antagonisme au fils d’Isaï, il ne mérite pas même la mention de son nom.

On voit bien que le discours d’Abigaïl n’est pas inspiré par la crainte de ce qui pourrait arriver à sa maison, mais elle est indignée du mal qu’on osait souhaiter à un tel homme ; elle désire que son caractère ne soit pas déshonoré ; elle admire sans réserve le futur roi d’Israël.

Aussi David la bénit. Il se souviendra d’elle selon sa demande. Le «souviens-toi de ta servante» trouve une oreille aussi attentive que, plus tard, le «souviens-toi de moi» du brigand converti. Il la renvoie dans sa maison avec cette paix dont Nabal n’avait pas voulu, et avec l’assurance de sa faveur (v. 6, 35). C’est là qu’elle attendra patiemment le message du bien-aimé l’appelant à lui.

Mais pendant ce temps le jugement atteint Nabal. «Il faisait dans sa maison un festin comme un festin de roi». Voilà l’homme ! Nabal se substitue à David et ne pense qu’à se faire du bien. Il s’enivre et ne peut rien connaître de ce qui l’attend. Son sort est fixé. Quand il l’apprit, «son coeur mourut au dedans de lui, et il devint comme une pierre». Il est mort d’avance, avant d’être frappé dix jours plus tard.

Le sort des hommes dépend de cette alternative : qu’ils méprisent Christ aujourd’hui pendant sa réjection, ou qu’ils l’estiment comme Dieu l’estime et s’adressent à sa grâce qui seule peut les «accueillir avec faveur».

Heureux David ! Il a trouvé une femme selon son coeur, une femme qu’il bénit et dont il bénit la sagesse (v. 33), une aide véritable dans les difficultés de sa carrière. Il la bénit de ce qu’elle l’a empêché de faire le mal qui aurait déshonoré son Dieu, tandis que Saül avait béni les Ziphiens qui s’offraient pour accomplir ses mauvais desseins contre David, et avait salué comme libérateurs au nom de l’Éternel, ceux qui l’aidaient à faire la guerre à son oint !

 

5.11                   CHAPITRE 26

Les Ziphiens reparaissent avec leurs offres de trahison. Sans souci de l’injustice du roi, de la grâce déployée par David à son égard, ils se tournent vers celui dont ils espèrent obtenir des avantages ou dont le déplaisir pourrait leur nuire. Un tel mépris de la personne et du caractère de David est peut-être plus effrayant que la violence grossière de Nabal. Les Ziphiens sont une image fidèle du monde chrétien d’aujourd’hui. Il accueille Christ en apparence et le trahit en réalité. Les avantages qu’il convoite, Jésus ne peut les lui donner ; il se tourne alors vers l’ennemi pour les obtenir, «reniant aussi le maître qui les a achetés «(2 Pierre 2:1).

Saül a tout oublié, la grâce qui l’a épargné dans la caverne d’En-Guédi, ses propres paroles de repentance, le serment généreux que lui a fait David d’épargner sa semence. Sa haine ancienne renaît ; une proposition des Ziphiens suffit pour attiser le feu qui couve au dedans de lui. L’animosité contre Christ peut dormir dans l’homme naturel ; l’occasion la ranime ; on voit alors que rien n’est changé dans le coeur du pécheur et qu’il est, comme toujours, désespérément malin.

David envoie des espions, est averti de tout, tandis que Saül le cherche encore. Il vient un temps, pour le croyant, où une certaine confiance vis-à-vis de ses ennemis n’a plus de raison d’être, où nous avons à nous mettre en garde et à ne pas leur livrer nos secrets, dont ils se feraient des armes contre nous. Nous n’ignorons pas leurs desseins et, si la Parole nous recommande d’être simples comme des colombes, elle nous exhorte en même temps à être prudents comme des serpents. C’est ce qui caractérise David ici, et ce qui caractérisait le Seigneur lui-même quand on lui demandait s’il fallait payer le tribut à César.

Mais, quand il s’agit de confiance en Dieu, toute la prudence de David disparaît. Il s’avance hardiment, le monde dirait témérairement, seul avec Abishaï au milieu de trois mille adversaires et va sans crainte chercher son ennemi. La foi qui se nourrit de difficultés grandit avec elles. La colline de Hakila, où David marche au-devant de Saül, est témoin d’une plus grande foi que la caverne d’En-Guédi où Saül, par mégarde, tombe entre les mains de David. Mais quelque diverses que soient les circonstances où la foi est engagée, les principes qui la dirigent sont invariables. Saül, quoiqu’à la veille du jugement, restera pour David l’oint de l’Éternel aussi longtemps que Dieu n’a pas donné le dernier signal. Agir autrement envers lui qu’en grâce, serait pour David renier d’autant plus gravement son caractère, qu’il a reçu la sanction de l’Éternel dans la caverne d’En-Guédi. Abishaï, le compagnon de David, lui tend ici un piège sans s’en douter, et probablement à cause même de l’affection qu’il porte à son maître. Sachant que David ne se vengera pas lui-même, Abishaï s’offre pour le venger (v. 8). Si cela eût eu lieu, le caractère de grâce du roi rejeté aurait été de nouveau entièrement compromis. C’est un des principaux buts de Satan à l’égard des croyants. S’il peut nous amener à prendre en main nos propres intérêts, à nous venger nous-mêmes, à revendiquer nos droits dans ce monde, il nous fait déchoir de la foi, puisque, en même temps que nous nous assimilons au monde, nous renions notre confiance en Dieu seul. David avait été en danger d’abandonner ce principe dans l’affaire de Nabal, mais il a appris sa leçon ; Dieu l’a affermi et même son coeur n’a pas à le reprendre comme aux «rochers des bouquetins». «Ne le détruis pas», dit-il à Abishaï, «car qui étendra sa main sur l’oint de l’Éternel, et sera innocent ?» (v. 9). Ce principe invariable le suit jusqu’après la mort de Saül, quand il fait frapper le prétendu meurtrier du roi : «Comment n’as-tu pas craint d’étendre ta main pour tuer l’oint de l’Éternel ?» (2 Sam. 1:14). Ainsi, jusqu’à son dernier souffle, Saül restera inviolable pour David, comme étant l’oint de l’Éternel.

Souvent nous manquons où David a triomphé. Devant l’injustice persistante des hommes, après avoir fait grâce une et deux fois, il nous semble que c’est assez, et que nous sommes en droit de résister et de protester contre l’iniquité. Si nous sommes avec Dieu, nous apprendrons bien vite qu’en protestant nous sortons de son chemin, et si nous agissons autrement, Satan aura vite fait de nous sa proie.

Le profond sommeil envoyé par l’Éternel sur Saül et sur tout le camp pouvait faire naître la pensée de profiter d’un tel moment. Il n’en était rien. Dieu avait envoyé ce sommeil pour préserver son bien-aimé et non pour lui donner l’occasion de se venger — pour le sauver en vue de l’oeuvre de grâce qu’il l’appelait à accomplir envers Saül. La grâce est réservée à David, le jugement à l’Éternel. Mais David prend un gage, comme il en avait pris un dans la caverne. La lance et la cruche à eau sont deux témoins par lesquels est confirmé ce qui s’est passé. L’arme dont Saül a cherché plus d’une fois à se servir contre David, se trouve maintenant entre les mains de celui-ci. S’en servira-t-il contre l’oint de l’Éternel, comme il se servit jadis de l’épée de Goliath contre cet ennemi d’Israël ? Nullement. Il suffit à David d’ôter à Saül ce dont il s’était servi en vue de lui nuire, de montrer au roi qu’il connaît bien ses armes et qu’elles sont impuissantes contre lui.

David s’éloigne maintenant de Saül endormi et met «un grand espace entre eux» (v. 13). Agir autrement aurait été une confiance aveugle en l’homme. Il faut à certains moments que le monde voie la distance qui le sépare des enfants de Dieu. Ceux-ci, s’ils ne s’éloignent pas de lui, l’entretiennent souvent dans l’illusion sur son état.

En s’adressant à Abner (v. 13-16), non sans ironie, David lui montre qu’il y a plus d’intérêt et de sollicitude pour le monde chez un enfant de Dieu, que chez ceux qui prétendent le soutenir, l’aider ou le défendre.

Et maintenant (v. 17-20), Saül est sommé de répondre à celui qu’il poursuit comme une perdrix dans les montagnes. «Pourquoi ?» «Qu’a-t-il fait ?» Ces questions n’obtiennent que le silence. Devant elles toute bouche sera fermée à jamais. Si c’est l’Éternel qui a incité Saül contre David, pourquoi délivre-t-il David de sa main ? Si ce sont les hommes, qu’ils soient maudits, eux qui ont chassé David de son héritage et l’assimilent, lui, l’oint de l’Éternel, aux idolâtres, comme plus tard ils ont assimilé Jésus aux démons. Ce péché ne leur sera pas pardonné.

Mais tout ce que David demande, c’est que «son sang ne tombe point en terre loin de la face de l’Éternel» (v. 20), c’est qu’il Lui serve, et que sa mort soit approuvée de Lui, dans le lieu même dont le roi d’Israël cherche à le chasser. Comme Jésus plus tard, il fallait que David souffrit en Juda ; c’est pourquoi la parole de l’Éternel l’y avait envoyé (22:5), et, s’il devait mourir pour glorifier le Seigneur, c’est là qu’il devait mourir.

Saül dit : «J’ai péché... je ne te ferai plus de mal... j’ai agi follement et j’ai commis une très grande erreur» (v. 21). Combien de fois déjà ne l’a-t-il pas dit ou reconnu ! Cela a-t-il rien changé à ses voies ! Nous nous laissons souvent tromper à ces apparences quand il s’agit d’apprécier l’état des âmes. David ne s’y trompe pas. Il ne se confie qu’en Dieu, et nullement dans les sentiments de Saül. Il lui rend ses armes, sachant que Saül n’en peut rien faire sans la volonté de Dieu. La vie du roi a été précieuse à David, mais ce dernier ne compte pas que sa vie soit précieuse à Saül. «Et voici, comme ton âme a été aujourd’hui précieuse à mes yeux, que de même aussi mon âme soit précieuse aux yeux de l’Éternel» (v. 24). C’est sur l’Éternel qu’il compte. La vie de David, une puce, une perdrix sur les montagnes, est d’un grand prix aux yeux de Celui qui l’a choisi, appelé et gardé comme la prunelle de son oeil. Dieu se glorifie ainsi dans les faibles et dans les petits.

Qu’importe la bénédiction de Saül ! Celui qui avait dit aux Ziphiens : «Bénis soyez-vous de par l’Éternel», peut dire à David : «Béni sois-tu, mon fils David» (v. 25) ; celui qui avait dit : «Tu as choisi le fils d’Isaï à ta honte» (20:30), peut bien dire : «Certainement tu feras de grandes choses et tu en viendras à bout» (v. 25). Saül aussi est-il parmi les prophètes ? Tout cela n’a pas plus de valeur aux yeux de David qu’aux yeux de l’Éternel. David se contente de l’approbation et des promesses de son Dieu, et cela lui suffit parfaitement.

 

5.12                   CHAPITRE 27

«Et David dit en son coeur : Maintenant, je périrai un jour par la main de Saül ; il n’y a rien de bon pour moi que de me sauver en hâte dans le pays des Philistins et Saül renoncera à me chercher encore dans tous les confins d’Israël, et j’échapperai à sa main» (v. 1).

N’est-il pas étonnant de voir cette défaillance de David, après tant de marques éclatantes de la protection divine ! Hier encore il disait, plein d’assurance : «Que... mon âme (ma vie) soit précieuse aux yeux de l’Éternel, et qu’il me délivre de toute détresse !» (26:24). Aujourd’hui il a perdu courage et dit : «Je périrai un jour par la main de Saül». Il nous faut souvent faire l’expérience qu’une grande victoire est suivie d’un grand abattement. Quand Dieu était avec nous, ne nous arrivait-il pas de nous en attribuer quelque chose ? Lorsque David disait à Saül : «L’Éternel rendra à chacun sa justice et sa fidélité» (26:23), Dieu seul sait s’il n’y avait pas quelque satisfaction de soi dans ces paroles. Alors Dieu nous laisse à nous-mêmes (certes, je ne dis pas qu’il nous abandonne), afin de nous montrer que nous ne pouvons avoir aucune confiance en la chair. Nous apprenons ainsi à sonder «la division de l’âme et de l’esprit», si subtile que, dans le combat de la foi, on ne s’aperçoit souvent pas du mélange et que l’or affiné, ou paraissant tel, a encore besoin du creuset pour être délivré de tout alliage. Cela explique bien des défaillances chez les croyants, au moment où leur foi vient de briller d’un grand éclat.

Élie en est un exemple frappant (1 Rois 19). Le ciel s’était fermé à sa demande, il avait échappé à la colère d’Achab, fait des miracles, vaincu les prêtres de Baal, tenu tête à tout un peuple, et voici le grand prophète d’Israël qui tremble et s’enfuit devant une femme. Souvenons-nous, qu’avoir été employés de Dieu ne signifie pas encore nous connaître, et que la connaissance de nous-mêmes est indispensable pour nous faire apprécier la grâce. Cette expérience, nous la faisons souvent après des temps de bénédiction spéciale. L’ennemi en profite pour nous faire tomber, quand, armés de la puissance de Dieu, nous nous faisions illusion sur nos propres forces, nous estimant nous-mêmes inattaquables. Donc, un temps de faveur et de puissance spéciale est souvent une occasion pour la chair. Être introduits dans le troisième ciel ne nous en préserve pas et la discipline de Dieu a pour but, comme nous le verrons, de nous faire sonder tout cela et bien d’autres choses encore.

Est-ce Dieu qui ordonne à David de se sauver au pays des Philistins ? Les expériences «faites à la cour d’Akish n’étaient-elles pas suffisantes ? (21:11-15). Était-ce Dieu qui l’y avait jadis envoyé ? Non, Dieu, par la bouche de Gad, lui avait jadis donné l’ordre positif d’entrer dans le pays de Juda (22:5). Cet ordre était-il révoqué ? Et pourquoi ne consulte-t-il pas l’Éternel, comme il l’avait fait à Kéhila ? (23:1-13). Précipitation, découragement, oubli de la parole de Dieu, aide cherchée auprès des ennemis d’Israël, confiance dans ses propres inspirations, en négligeant de rechercher la direction divine, toutes ces faiblesses se concentrent ici en David.

La belle marche de foi qui le caractérisait semble annulée par un seul faux pas. Mais il est bon que nos âmes aient sondé ces précipices. Nous ne pouvons être les compagnons du Christ que si nous retenons ferme jusqu’au bout le commencement de notre assurance (Héb. 3:14). David se sauvant chez Akish ne pouvait en aucune manière être un type de Christ. Il n’y avait pas pour Abraham d’autel en Égypte ; un second séjour de David parmi les Philistins ne lui inspire pas de psaume.

C’est une chose infiniment sérieuse à considérer, que souvent un faux pas nous fait perdre tout le bénéfice d’une longue vie de foi. Un jour mes pieds glissèrent sur un abîme ; c’en était fait de moi, quand la forte main de mon guide réussit à me retenir, emporté déjà sur la pente. Sans lui j’étais perdu, sa main m’avait sauvé (c’est la grâce), mais en un instant j’avais mesuré et réalisé la conséquence terrible d’un écart.

La grâce seule est capable de prévenir notre perte, mais souvent il nous faudra éprouver pendant longtemps les conséquences d’une marche qui n’avait pas l’approbation du Seigneur. Cette marche délivre David de la poursuite de Saül : «Et on rapporta à Saül que David s’était enfui à Gath ; et il ne le chercha plus» (v. 4) ; à quel prix ! Les chapitres suivants nous l’apprennent, mais déjà celui-ci nous renseigne.

Le séjour à Gath engendre la fausseté. Sous peine de leur paraître un ennemi, on ne peut dire aux Philistins qu’on est du parti d’Israël. On a quelque succès contre les Gueshuriens, les Guirziens et les Amalékites, mais se dire ouvertement leur adversaire, serait s’exposer à bien des dangers. David est l’hôte du Philistin qui de ce fait estime l’avoir asservi : «Il sera mon serviteur à toujours» (v. 12) et comment ferait-on la guerre à leur race ? On use de paroles à double entente pour cacher ses vraies sympathies (28:2). Voyez donc combien de conséquences graves entraîne la recherche de l’appui du monde ! Le chrétien, submergé par les «convenances sociales» auxquelles il s’est assujetti, y perd son vrai caractère et n’a plus aucune action sur les consciences de ceux qui l’entourent. Il vit dans la crainte de déplaire au monde qui le protège ; il cherche, comme David, à anéantir tous les témoins qui viendraient déposer de son hostilité contre les ennemis du peuple de Dieu ; il n’a plus bonne conscience. Quoique enfant de Dieu, il suit un chemin d’hypocrisie.

«Akish crut David». Le monde nous croit et se flatte d’avoir rompu les liens qui nous unissent au peuple de Dieu (v. 12). David, par la grâce de Dieu, sera restauré et, dans la suite, sa conduite détrompera Akish ; mais combien de chrétiens, enlacés dans ce filet, ne détrompent jamais le monde, y perdent leur force, leur repos et leur joie, y sacrifient leur témoignage et quittent enfin la scène pour aller vers le Seigneur avec le sentiment de n’avoir rien été pour Lui, pendant leur vie, pour Lui qui cependant a tout fait pour eux !

 

5.13                   CHAPITRE 28

Le jour arrive — David ne peut échapper à cette conjoncture — où les Philistins rassemblent de nouveau leurs armées pour faire la guerre à Israël. La fausse position de David au milieu d’eux est mise ainsi en évidence. Pauvre David ! Que faire ? Comment reculer après avoir trompé l’ennemi sur ses entreprises et ses sympathies ? Souvenons-nous qu’il est plus aisé de s’engager dans une mauvaise voie que d’en sortir. Nous verrons que Dieu n’abandonne pas David et le sauve malgré lui du danger de combattre le peuple de Dieu, mais nous verrons aussi combien sera sévère la discipline qu’il devra endurer.

Est-il étonnant qu’Akish, trompé par David, compte sur lui ? Cette preuve de confiance devrait couvrir de honte l’homme de Dieu : «Sache bien que tu sortiras avec moi pour aller au camp, toi et tes hommes» (v. 1). Une mauvaise marche n’est pas seulement déplorable pour nous-mêmes, elle entraîne encore dans le mal, à notre suite, ceux que nous sommes appelés à guider. La réponse de David est ambiguë, comme toute sa conduite : «Aussi tu sauras ce que ton serviteur fera» (v. 2). Plus tard elle sera, hélas ! trop claire, quand il s’agira de se disculper devant le roi et les principaux (29:8). Akish, trompé, répond : «Aussi je t’établirai, pour toujours, gardien de ma personne» (v. 2). Voici donc le «bien-aimé» appelé à soutenir l’ennemi héréditaire d’Israël ! C’est sa récompense ; il avance en dignité. Lui, le vrai roi d’Israël, devient garde du corps d’Akish. Quel avancement, quel honneur ! S’il n’est rien à ses propres yeux, un chrétien est un roi aux yeux de Dieu ; il est appelé à marcher dans cette dignité. S’il reçoit les honneurs du monde, il perd sa royauté, car il devient esclave et n’a part aux bienfaits de son maître que dans la mesure de son asservissement.

Au v. 3, la parole de Dieu revient sur la mort de Samuel. Comme nous l’avons vu, cette mort laissait désemparés Saül et son peuple. Mais la présence de Samuel et la profession que faisait Saül de servir l’Éternel, avaient eu pour conséquence un acte de purification accompli par Saül lui-même : «Saül avait ôté du pays les évocateurs d’esprits et les diseurs de bonne aventure».

L’ennemi s’assemble : «Saül... eut peur, et son coeur trembla très fort. Et Saül interrogea l’Éternel, et l’Éternel ne lui répondit pas, ni par les songes, ni par l’urim, ni par les prophètes» (v. 5, 6). Position plus misérable que lorsque Israël suivait les enchantements et les dieux étrangers ! Au moins ceux-ci lui donnaient-ils une apparence de réponse, illusion sans doute, mais qui, pour un moment, relevait son courage défaillant. Maintenant, rien que le silence. La maison balayée est sans statue, et sans éphod ni théraphim (Osée 3:4). Que faire ? Qui consulter ? Sur qui s’appuyer ? Voyez quelle incertitude pour Saül ! Le jugement est à la porte, comment l’éviter ! Ah ! dans ces ténèbres où il se débat, si même un faible rayon de lumière pouvait lui faire découvrir une issue ! Rien de plus misérable que son état. Il a conscience d’un sort inévitable et, dans sa grande angoisse, cherche un moyen de lui échapper. C’est maintenant que Saül se rend compte de l’horreur de sa condition. Mieux vaudrait la mort, mais la mort ne met pas à l’abri du jugement qu’il voit de loin s’avancer d’un pas sûr et qu’il sait impitoyable.

«Cherchez-moi une femme qui évoque les esprits, et j’irai vers elle, et je la consulterai» (v. 7). Il n’en est pas autrement de la chrétienté de nos jours, à la veille d’être «vomie de la bouche» du Seigneur. Elle évoque les esprits, se repaît d’illusions sataniques, car il y a à la fois une effrayante réalité et une honteuse illusion dans ces pratiques. La réalité, c’est qu’un démon se met à la disposition de la pythonisse, l’illusion, c’est que les morts puissent être évoqués par elle. Le démon n’en revêt que la vaine apparence, car Jésus tient les clefs de la mort et du hadès, et aucune puissance que la sienne n’a le pouvoir d’en ouvrir les portes. Satan même ne peut évoquer les morts. Ceux qui n’ont pas cru et qui meurent, sont et restent «les esprits en prison». Il n’y a que Dieu qui puisse, en faisant une exception, permettre que Samuel sorte du lieu invisible pour apparaître.

«La femme vit Samuel, et elle poussa un grand cri» (v. 12). Ce n’était point ce qu’elle attendait par ses sortilèges. L’esprit qu’elle connaissait n’était pas là pour revêtir une forme illusoire comme celles dont elle rendait témoins ses sectateurs. Avant même qu’elle puisse faire son évocation, soudain surgit devant elle un personnage qui l’effraye extrêmement. Ce n’est plus une apparence, c’est une réalité divine, «un dieu qui monte de la terre» (v. 13), un personnage sur lequel ses enchantements n’ont aucune prise. C’est Samuel lui-même, reconnu par le roi devant lequel il a marché si longtemps. La femme, elle, reconnaît non pas Samuel, mais Saül. Lui seul, le chef d’Israël, pouvait avoir assez d’importance pour recevoir une aussi extraordinaire vision. Quant à Saül, il ne peut se méprendre sur la personne, encore moins sur les paroles de Samuel. Dieu, qui ne répondait plus par les prophètes, répond une dernière fois d’outre-tombe par Samuel, mais uniquement pour ratifier le jugement déjà prononcé.

Saül met à nu sa détresse, son abandon, son isolement, l’angoisse de son âme (v. 15). Il est trop tard ; la mesure est comble ; Dieu n’a rien oublié, il est devenu l’ennemi de Saül (v. 16), qui a maintenant contre lui Dieu et les Philistins. Et pourquoi ? Saül n’avait «pas écouté la voix de l’Éternel» et n’avait pas «exécuté l’ardeur de sa colère contre Amalek» (v. 18). Et puis, outre qu’il n’avait pas «gardé la parole de l’Éternel», il avait «interrogé une femme qui évoquait les esprits pour les consulter ; et il ne consulta point l’Éternel» (1 Chron. 10:13). La désobéissance et l’indépendance caractérisent l’homme sans Dieu, et malgré toutes les apparences, Saül était de ceux-là. À cause de ces choses, la mort de Saül et de ses fils était décrétée, ainsi que la défaite d’Israël (v. 19).

Mais une autre décision est annoncée à Saül, et cela pour la troisième fois : «L’Éternel a déchiré le royaume d’entre tes mains et l’a donné à ton prochain, à David» (v. 17). Il l’avait déjà entendu deux fois de la bouche de Samuel (13:14 ; 15:28), mais sans que le nom de David eût été prononcé. Il apprend aujourd’hui de la bouche de Dieu, ce que sa haine avait deviné depuis longtemps (24:21), c’est que «son prochain» était ce David méprisé, haï, rejeté, poursuivi par lui, et que ce David est l’élu, l’oint, le bien-aimé, qui aura la place d’honneur et auquel appartient la royauté ! Tout ce que Saül avait craint se lève maintenant contre lui. Plus de pitié, plus de pardon. David, le roi de grâce lui-même, qui tant de fois l’avait épargné, soulagé tant de fois, qui lui avait rendu, sans se lasser, le bien pour le mal, ne pouvait plus désormais se montrer à lui que comme un juge.

Saül «tomba à terre de toute sa hauteur, et il fut extrêmement effrayé des paroles de Samuel» (v. 20). Ce n’est que quand l’homme se trouve devant son sort inévitable qu’il en apprécie réellement toute la portée. Jusque-là, il y a toujours place pour quelque illusion qui nous cache l’horreur de notre avenir. Le roi n’a aucune force ; il meurt de faim et ne veut pas manger ; il reçoit enfin quelque secours matériel de la main d’une réprouvée comme lui (v. 20-25).

Quel tableau solennel de la fin de l’homme et du roi selon la chair ! Tous les principes de son activité sont remis en mémoire devant lui et, pesés à la balance du sanctuaire, sont trouvés n’être que désobéissance, indépendance, inimitié contre Dieu et contre son oint. Rien, absolument rien de ce qui a dirigé Saül ne subsiste devant Dieu. Tous ses motifs, toutes ses voies, deviennent autant d’objets de jugement.

 

5.14                   CHAPITRE 29

Les armées des Philistins et d’Israël gagnent le lieu de leur rassemblement ; «David et ses hommes passèrent à l’arrière-garde avec Akish», car ils étaient devenus ses gardes du corps, selon la promesse du roi. Les chefs des Philistins se défient : «Que sont ces Hébreux ?» C’est ce qui arrive toujours quand le croyant se place dans une fausse position en recherchant la protection du monde. Il ne peut gagner sa confiance, à moins peut-être que le monde ne se fie comme Akish à lui, parce qu’il s’est mis en mauvaise odeur auprès du peuple de Dieu et s’est prêté à l’asservissement. Cependant Akish, il faut le constater, a encore d’autres motifs de confiance, et l’on ne peut s’empêcher de reconnaître en lui une certaine noblesse naturelle, gagnée par la droiture apparente (hélas ! pas même apparente aux yeux de Dieu) du caractère de David. Akish prend sa défense vis-à-vis des princes : «Je n’ai rien trouvé en lui, depuis le jour qu’il est tombé chez moi jusqu’à ce jour» (v. 3). Akish lui rend témoignage : «L’Éternel est vivant, que tu es un homme droit, et ta sortie et ton entrée avec moi à l’armée ont été bonnes à mes yeux, car je n’ai pas trouvé de mal en toi depuis le jour de ton entrée auprès de moi jusqu’à ce jour» (v. 6). Témoignage des plus favorables, mais basé sur le fait que «David, serviteur de Saül, roi d’Israël» (v. 3), est devenu et restera serviteur d’Akish.

David avait-il bien conscience d’avoir mérité ces louanges ? Son coeur était-il réellement à l’aise devant la haute opinion du roi incirconcis, qui se montrait plus noble et plus honnête que l’oint de l’Éternel ? Pouvait-il recevoir cette louange, comme il l’avait reçue jadis d’Abigaïl ? (25:28).

Quoi qu’il en soit, la confiance d’Akish ne réussit pas à vaincre la défiance des principaux, car c’était précisément le caractère de fidélité de David qui pouvait le faire retourner à son ancien maître. Dans un temps qui n’était pas si éloigné, il avait frappé ses dix mille Philistins, d’accord en cela avec Saül qui avait frappé ses mille. Pourquoi serait-il aujourd’hui pour Akish, plutôt que pour Saül ? Le manque d’une position tranchée vis-à-vis du monde, ne peut que produire de telles conclusions. Notre fidélité passée se tourne elle-même contre nous. Akish est obligé de compter avec l’opinion des principaux, politique inconnue à un croyant fidèle, car la pensée, l’opinion, la volonté de Dieu le dirigent. Mais Dieu se sert de la défiance des hommes pour sauver son bien-aimé d’une chute bien plus sérieuse que lorsqu’il montait contre Nabal pour se venger lui-même. «Maintenant», dit Akish, «retourne-t’en et va en paix, afin que tu ne fasses rien qui soit mauvais aux yeux des princes des Philistins» (v. 7).

Devant cette animosité, David, et c’est un des points les plus humiliants de son histoire, David renie sa foi et son caractère : «Mais qu’ai-je fait ? et qu’as-tu trouvé en ton serviteur, depuis le jour que j’ai été devant toi jusqu’à ce jour, pour que je ne puisse pas aller et combattre contre les ennemis du roi, mon seigneur !» (v. 8). Qu’ai-je fait ! David pouvait le dire en vérité, à Jonathan (20:1) et à Saül lui-même (26:18), mais il ne pouvait en bonne conscience le dire à Akish. Ne connaissant rien des entreprises secrètes de David contre les ennemis d’Israël, le roi des Philistins ne pouvait le trouver en faute. Mais c’est son propre peuple que David demande à combattre, son peuple qu’il appelle «les ennemis du roi !»

Akish reconnaît encore plus expressément la pureté des intentions de David : «Je sais que tu es agréable à mes yeux comme un ange de Dieu» (v. 9), mais comme conclusion il faut partir. «Allez-vous-en», lui dit-il (v. 10). En somme, en les pesant à la même balance, l’opinion du monde qui l’entoure a plus de poids pour Akish que l’intégrité supposée de David.

Tout cela nous montre l’abîme qui sépare la famille de Dieu du monde, puisque, même vis-à-vis d’un enfant de Dieu infidèle à sa vocation, le monde se méfie et repousse sa coopération.

C’est justice. Dieu nous fait sentir, et c’est une grâce de sa part, que dans cette position tout nous manque, l’approbation de Dieu et la faveur du monde.

David s’en retourne. Quelle main secourable l’Éternel lui a tendue, contre son gré, au moment jusqu’ici le plus critique de sa vie ! Dieu ne l’a pas abandonné un instant. Quelle grâce ! Mais qu’est devenue l’heureuse communion du coeur avec l’Éternel qui s’exprimait dans les chants du doux psalmiste d’Israël ?

 

5.15                   CHAPITRE 30

Une marche selon les pensées de son coeur naturel avait privé David de la communion avec son Dieu. Il ne pouvait pas, dans le chemin qu’il suivait, recevoir comme Énoch «le témoignage d’avoir plu à Dieu». Livré à lui-même, lui, un des excellents de la terre, il avait été en danger de faire naufrage quant à la foi, tout comme un autre, et d’embrasser la cause des pires ennemis de son peuple. Leur chef reconnaissait en lui un caractère intègre et irréprochable, mais c’était un danger de plus pour son âme. Au milieu de ces écueils, alors qu’abandonné à ses propres forces il aurait certainement sombré, Dieu, ne pouvant le guider de son oeil, avait employé «la bride et le mors» (Ps. 32:9), c’est-à-dire un concours de circonstances contraires à la volonté de son serviteur, pour le garder d’une chute irrémédiable.

Dans notre chapitre, nous voyons comment Dieu restaure David en se servant de la discipline que son manque de sainteté avait rendu nécessaire. Mais là, en pleine discipline, Dieu, chose infiniment précieuse, peut être avec lui. Dieu, qui était absent au jour de la faveur d’Akish, est présent maintenant au milieu du désastre. David est frappé dans ce qu’il a de plus cher et c’est une cause de grande tristesse, mais le fruit paisible de justice est produit. Comment regretter alors, que la main de Dieu se soit appesantie sur son serviteur ? Le caractère de cet homme de Dieu, formé par la discipline, est d’une grande beauté et plein d’instruction pour nos âmes.

En l’absence de David, Amalek, pour se venger sans doute (conf. 27:8), s’était emparé de Tsiklag, ville de David (27:6), et après l’avoir incendiée, avait emmené toute la population captive, avec le butin, mais «ils n’avaient fait mourir personne». Quelle grâce de Dieu ! Dans ce cruel assaut d’un ennemi sans pitié, tous les captifs avaient été épargnés. C’est ainsi que Dieu jugeait son serviteur avec mesure et d’un jugement qui avait sa restauration pour but. Cependant il faut que la discipline soit sentie profondément, pour porter ses fruits : «David et le peuple qui était avec lui élevèrent leurs voix et pleurèrent, jusqu’à ce qu’il n’y eut plus en eux de force pour pleurer» (v. 4). Les êtres les plus chers à David sont parmi les captifs : la noble Abigaïl, associée par la foi à la vie errante et aux souffrances de son époux, innocente de sa conduite à la cour d’Akish, est emmenée en captivité. Et, pour que la coupe d’amertume déborde, les compagnons qu’il a dirigés jusqu’ici, pleins d’irritation à cause de leurs fils et de leurs filles, le rendent responsable de cette calamité, se tournent contre lui, et parlent de le lapider (v. 6).

Mais la discipline est, pour l’homme de Dieu, un cordial amer qui fortifie l’âme au lieu de l’affaiblir. Quand tout vient à lui manquer, David retrouve Dieu comme ressource. Il «se fortifia en l’Éternel, son Dieu» (v. 6). Ce Dieu fidèle, connu de lui, qui l’avait jadis aidé dans toutes ses angoisses, n’avait pas changé, et il le retrouve aujourd’hui le même qu’hier et pour l’éternité.

Et voici David qui retrouve aussi ce qui l’avait caractérisé jadis. «Il dit à Abiathar... Je te prie, apporte-moi l’éphod. Et Abiathar apporta l’éphod à David. Et David interrogea l’Éternel» (v. 7). Comme Samuel était l’homme de prière et d’intercession, David, au temps de sa force, était l’homme dépendant qui consulte et interroge l’Éternel. Il y revient. L’Éternel qui avait refusé de répondre à Saül, répond à David. «Poursuivrai-je cette troupe ? l’atteindrai-je ?» Et l’Éternel lui dit : «Poursuis, car tu l’atteindras certainement, et tu recouvreras tout» (v. 8).

Fort de cette réponse, David se met en campagne sans hésiter. Au torrent de Besçor deux cents hommes, trop fatigués pour suivre la troupe, s’arrêtent et sont laissés à la garde du bagage. La force leur manquait ; cependant leur fonction était utile à David et à leurs frères, et ne devait pas être méprisée. Celle de combattants actifs nous met en vue et nous expose bien davantage à l’orgueil spirituel qu’une position plus humble. Les compagnons de David nous le prouvent dans la suite de ce récit en s’attribuant la victoire qui leur a été préparée, puis donnée par Dieu seul (v. 22).

Un esclave égyptien, abandonné comme expirant, fait trouver à David la piste de l’ennemi. On voit la main de Dieu dans cette circonstance. Sans ce pauvre homme, mourant de faim, l’expédition échouait misérablement. Quand nous sommes fortifiés en l’Éternel, notre Dieu, quel puissant secours il nous accorde, et combien inattendu ! (v. 11-15).

Tandis que l’ennemi mange, boit et danse, «une ruine subite vient sur eux». «David recouvra tout ce qu’Amalek avait pris, et David recouvra ses deux femmes. Et il n’y eut rien qui leur manquât, petits ou grands, fils ou filles, butin, ou quoi que ce fût qu’on leur avait pris : David ramena tout» (v. 18, 19) avec une abondance de dépouilles (v. 20).

L’épreuve est terminée ; la discipline a porté ses fruits ; mais, par la grâce de Dieu, elle continue à en porter. Voyez avec quelle sagesse David restauré tient tête aux hommes méchants et iniques d’entre ceux qui étaient allés avec lui (v. 22), comme il les reprend, en donnant à l’Éternel toute la place, tout le mérite : «Vous ne ferez pas ainsi mes frères, avec ce que nous a donné l’Éternel, qui nous a gardés et a livré entre nos mains la troupe qui était venue contre nous» (v. 23). Dieu répartit les divers services entre les siens ; il est seul juge de l’activité qu’ils y déploient ; il ne mesure pas la récompense à la valeur du don, mais à la fidélité dans l’administration de ce qu’il nous confie. Voilà pourquoi la part de celui qui demeure auprès du bagage est telle qu’est la part de celui qui descend à la bataille (v. 24). Ce principe, établi par David, est devenu un statut et une «ordonnance en Israël jusqu’à ce jour» (v. 25). C’était le principe de la grâce alliée à la justice, que proclamait David restauré, et comment s’étonner qu’il ait eu des conséquences durables !

Dans sa prospérité (v. 26-31), David n’oublie aucun de ceux qui l’ont aidé au temps de son adversité. Il les comble, et je ne vois guère que les Ziphiens qui soient exclus et n’aient aucune part à ses largesses, eux les délateurs, qui avaient voulu livrer le roi d’Israël. La libéralité de David apporte à tous les fidèles une preuve palpable que l’Éternel est avec lui et qu’il est bon de l’accepter comme maître et de se ranger sous sa loi — tandis que l’infidélité à l’égard de Christ porte un jour, longtemps après, peut-être, ses inévitables conséquences. Et par contre, un verre d’eau, donné à David dans le désert, est enregistré dans le livre de Celui qui apprécie tous nos actes selon le plus ou moins d’utilité qu’ils ont pour Christ.

 

5.16                   CHAPITRE 31

Selon la parole de Dieu annoncée par Samuel (28:19), Israël tombe devant les Philistins, sur la montagne de Guilboa. Les trois fils de Saül — Jonathan est l’un d’eux — périssent. Saül reste le dernier. Il avait été extrêmement effrayé à l’annonce du jugement par Samuel (28:20), il avait eu peur, et son coeur avait tremblé très fort devant le camp des Philistins, devant les simples préparatifs du jugement (28:5) ; combien plus, quand le jugement s’exécute : «Il eut une très grande peur des archers» (v. 3). Ainsi, du moment que le pécheur se trouve devant le jugement de Dieu, toute sa force l’abandonne pour faire place à la terreur. «C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant» (Héb. 10:31), quand, ayant professé la foi, on l’a abandonnée. Saül veut mourir pour échapper à cette angoisse sans nom, et il ne fait que se précipiter dans une bien autre angoisse, dans les tourments du lieu invisible, où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas.

«Tire ton épée et perce-m’en, de peur que ces incirconcis ne viennent et ne me percent, et ne m’outragent» (v. 4). «Ces incirconcis» exprime jusque dans la mort sa religion extérieure basée sur son mépris pour ce qui n’est pas hébreu (*). Et sa circoncision à lui, pouvait-elle le sauver ? N’est-ce pas à la circoncision du coeur que Dieu regarde ?

(*) Jonathan leur donnait le même nom (14:6), les jugeant au point de vue de Dieu, et sachant que la puissance de Dieu était avec lui, pour les vaincre. Saül les compare avec lui-même et en parle avec mépris et la colère de ne pouvoir leur échapper.

Saül et son page s’ôtent la vie pour échapper aux outrages de l’ennemi. La crainte de Dieu les en aurait empêchés s’ils l’avaient eue devant leurs yeux. Saül ne sent plus l’outrage, mais le subit. Les Philistins décapitent le roi, et peuvent penser avoir pris leur revanche de la mort de Goliath. Ses armes sont placées dans la maison d’Ashtaroth (v. 10) et proclament en apparence la victoire de leurs idoles sur le vrai Dieu. Pareille chose était arrivée lors de la prise de l’arche. Israël s’enfuit, l’ennemi s’empare de ses villes et s’y établit. Jabès de Galaad, sauvé jadis par Saül (v. 11), use de piété envers les morts, mais Dieu reste muet, comme indifférent à toute cette ruine ; on pourrait le croire vaincu par l’homme.

Ce livre est comme la fin de tout. Nous y assistons à la fin de la sacrificature, à celle des juges, à celle de la royauté selon l’homme. Tout croule ; Dieu laisse faire, car c’est précisément ce qu’il lui faut. Tout doit tomber devant David. Que lui demeure, cela suffit. Cette défaite, ce jugement, cette ruine de l’homme sont pour Dieu l’aube du règne de son Bien-aimé !