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MÉDITATIONS SUR LE LIVRE DE RUTH

 

 

par Henri Rossier

 

Table des matières :

1     CHAPITRE 1

2     CHAPITRE 2

3     CHAPITRE 3

4     CHAPITRE 4

 

1                        CHAPITRE 1

Les événements du livre de Ruth se déroulent au milieu des tristes circonstances qui caractérisaient le gouvernement des Juges, et cependant il n’y a rien de commun entre le courant des pensées de ce récit et de celui qui le précède. Le livre des Juges nous décrit la ruine d’Israël livré à sa responsabilité, ruine irrémédiable, malgré les tendres soins de la miséricorde divine qui cherchait à restaurer le peuple et souvent même le restaura partiellement. En contraste avec la sécheresse et la stérilité des voies de l’homme infidèle dans le livre des Juges, celui de Ruth est plein de rafraîchissement. On y trouve les «ruisseaux, les sources et les eaux profondes», dont parle Moïse ; il est frais comme un lever d’aurore. Tout y respire la grâce, et nulle fausse note n’interrompt cette délicieuse harmonie. C’est une oasis verdoyante dans le désert, une idylle pure au milieu de la sombre histoire d’Israël. Quand nous méditons ce petit livre de quatre chapitres, il prend pour nos âmes des proportions infinies. La scène n’a pas changé, et pourtant on dirait que les sentiments et les affections du ciel sont venus élire domicile sur la terre. On a peine à comprendre que ce pays, témoin de tant de guerres, d’infamies et d’idolâtries abominables, fût à la même époque le théâtre d’événements dont la simplicité nous reporte aux temps bénis des patriarches.

Cela s’explique. Depuis la chute, deux histoires se côtoient, celle de la responsabilité de l’homme avec ses conséquences, et celle des conseils et des promesses de Dieu, avec la manière dont il les accomplira malgré tout. Or c’est la grâce. Il ne peut être question que d’elle, quand il s’agit de conseils et de promesses divines, car la responsabilité de l’homme ne peut les atteindre, sa culpabilité ne saurait les changer, une scène de ruine est incapable de les entraver, et Dieu tance Satan lui-même quand il cherche à s’opposer à leur cours (Zach. 3: 12). À mesure que le mal s’étend, l’histoire de la grâce se développe d’une manière grandissante et marche irrésistible, jusqu’à ce qu’elle ait atteint le but qu’elle s’est proposé. Elle a le coeur de Dieu pour point de départ, pour centre la personne du Seigneur Jésus. Elle aboutit enfin à la gloire excellente du second homme et aux bénédictions que nous partagerons avec lui. Voilà pourquoi le livre de Ruth se termine par la mention prophétique de Celui qui est la racine et la postérité de David, du Rédempteur glorieux, promis à Israël.

Mais si Ruth est un livre de grâce, il est nécessairement aussi un livre de foi. La grâce ne peut aller sans cette dernière, car c’est la foi qui la saisit et se l’approprie, qui s’attache aux promesses divines et au peuple des promesses, qui trouve enfin ses délices dans Celui qui en est le porteur et l’héritier. Tel est le caractère merveilleux des pages que nous allons considérer.

«Et il arriva, dans les jours où les juges jugeaient, qu’il y eut une famine dans le pays» (v. 1). Ces paroles marquent les circonstances spéciales de la scène. Nous sommes aux jours des juges, dans la terre d’Israël, mais c’est la famine, un temps où les voies providentielles de Dieu s’exercent en jugement contre son peuple. «Et un homme s’en alla de Bethléhem de Juda, pour séjourner aux champs de Moab, lui et sa femme et ses deux fils». Bethléhem, la ville qui sera le lieu d’origine terrestre du Messie (Michée 5: 2) et aura le privilège de voir resplendir, à son lever, l’astre attendu d’Israël, ne contemple aux jours de Naomi que l’indigence et le dénuement absolu de l’homme. La main qui avait soutenu le peuple s’était retirée, et tout lui manquait. Cette vérité, développée dans le livre des Juges, celui de Ruth ne fait que la constater, mais en y ajoutant, aux v. 2 à 5, certains faits importants.

Pendant ces jours de ruine, et sous les voies de Dieu en châtiment, Élimélec, nom caractéristique qui signifie «Dieu, le roi», s’expatrie avec Naomi, «Mes délices», et ses enfants. Sous le gouvernement divin, ils cherchent un refuge parmi les gentils. Au milieu de cette désolation, Naomi est encore, malgré tout, liée à son mari et à ses enfants. Son nom n’a pas changé et elle le porte encore, malgré la ruine. Mais Élimélec, Dieu le roi, meurt, et Naomi reste veuve. Par leur alliance avec la nation idolâtre de Moab, ses fils se profanent et meurent. En apparence, la race d’Élimélec est éteinte sans espoir de postérité, et «Mes délices» en deuil et désormais stérile, est plongée dans l’amertume.

«Et Naomi se leva, elle et ses belles-filles, et s’en revint des champs de Moab ; car elle avait entendu dire, au pays de Moab, que l’Éternel avait visité son peuple pour leur donner du pain. Et elle partit du lieu où elle était, et ses deux belles-filles avec elle ; et elles se mirent en chemin pour retourner dans le pays de Juda» (v. 6, 7). À la nouvelle que l’Éternel usait de grâce envers son peuple, Naomi se lève et se met en route pour rentrer dans son pays. L’état d’Israël n’avait pas changé, mais Dieu lui-même avait mis fin à ces jours de jugement providentiel qui s’étaient abattus sur la nation, et cette pauvre veuve, courbée sous le fardeau de l’affliction, pouvait espérer des jours meilleurs. La grâce, telle est donc, nous l’avons dit, la note première et dominante du livre de Ruth. Toutes les bénédictions qu’il contient dépendent du fait que Dieu «avait visité son peuple pour leur donner du pain». Par cette expression bien connue, l’Ancien Testament caractérise les bienfaits apportés à Israël par le Messie. «Je bénirai abondamment ses vivres, je rassasierai de pain ses pauvres» (Ps. 132: 15). Ah ! si la nation l’eût voulu, ces biens eussent été sa portion permanente, quand le Christ fut venu au milieu d’elle, multipliant les pains aux 5000 et aux 4000 hommes !

Les belles-filles de Naomi l’accompagnent, mues par la pensée d’aller avec elle vers son peuple (v. 10). Mais cette bonne intention ne suffit pas, car pour se trouver en rapport avec la grâce, il ne faut rien moins que la foi. La conduite d’Orpa et de Ruth illustre ce principe. En apparence, elles ne diffèrent en rien l’une de l’autre. Toutes deux partent avec Naomi et marchent avec elle, lui prouvant ainsi leur attachement. L’affection d’Orpa ne manque point de réalité: elle pleure, rien qu’à la pensée de quitter sa belle-mère ; pleine de sympathie, elle verse encore beaucoup de larmes en la quittant. Orpa, la Moabite, aime aussi le peuple de Naomi: «Elles lui dirent: ... nous retournerons avec toi vers ton peuple». Mais on peut avoir un caractère très aimable sans la foi. C’est la foi qui creuse un abîme entre ces deux femmes si semblables sous tant de rapports. Le coeur naturel, aux prises avec des impossibilités, recule, tandis que la foi s’en nourrit et y accroît ses forces. Orpa renonce à un chemin sans issue. Que pouvait lui offrir Naomi ? Ruinée, frappée de Dieu et remplie d’amertume, avait-elle encore des fils dans son sein pour donner des maris à ses belles-filles ? Orpa baise sa belle-mère et retourne vers son peuple et vers ses dieux (v. 15). Voilà enfin le secret du coeur naturel dévoilé. Il peut s’attacher au peuple de Dieu sans lui appartenir. Une femme comme Naomi est bien digne d’éveiller des sympathies, mais ce n’est pas là le signe de la foi. Celle-ci, tout d’abord, nous sépare des idoles, nous fait quitter nos dieux, et nous tourne vers le vrai Dieu. Tel avait été le premier pas des Thessaloniciens dans le chemin de la foi (1 Thess. 1: 9). Orpa, au contraire, se détourne de Naomi et du Dieu d’Israël, pour retourner à son peuple et à ses dieux. Aux prises avec la difficulté, elle se montre incapable d’en soutenir l’épreuve. Elle s’en va pleurant, mais elle s’en va, pareille à ce jeune homme aimable qui partait tout triste, ne pouvant se résoudre à se séparer de ses biens pour suivre un Maître pauvre et méprisé.

Tout autre est le cas de Ruth. Précieuse foi, pleine de certitude, de résolution, de décision ! Comme elle voit clairement son but ! Aucune objection ne peut l’ébranler. Elle écoute Naomi, mais sa conviction est faite, car elle ne connaît qu’un chemin qui, pour elle, est le chemin nécessaire. Que deviennent les impossibilités de la nature, devant les nécessités de la foi ? Ruth ne se laisse arrêter ni par l’impossibilité d’un mari, ni même par la main de l’Éternel étendue contre sa belle-mère, et ne voit dans les obstacles qui s’accumulent que des raisons nouvelles pour ne pas abandonner son objet. Naomi est tout pour Ruth, et Ruth s’attache à Naomi. «Ne me prie pas de te laisser, pour que je m’en retourne d’avec toi ; car où tu iras, j’irai, et où tu demeureras, je demeurerai: ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. Là où tu mourras, je mourrai et j’y serai enterrée. Ainsi me fasse l’Éternel, et ainsi il y ajoute, si la mort seule ne me sépare de toi !» (v. 16, 17). Accompagner Naomi, marcher, demeurer, mourir avec celle qui, pour Ruth, est le seul lien possible avec Dieu et son peuple, tel est le désir de cette femme de foi. Mais ses pensées vont plus loin qu’une simple association: elle s’identifie avec le peuple, quel que soit son état, pour appartenir ainsi au Dieu d’Israël, au vrai Dieu qui ne change pas: «Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu». Ayant tourné le dos à Moab et à ses idoles, elle appartient désormais à de nouveaux objets. Sans possibilité de séparation, elle s’identifie avec eux ; que la mort survienne, elle est impuissante à briser de tels liens. Voyez ici Dieu et la foi qui se rencontrent, s’entendent et s’associent. Comme ce récit nous fait bien comprendre que la foi est l’unique moyen de mettre l’homme pécheur en rapport avec Dieu ! Semblable à Ruth s’attachant à Naomi, la foi s’attache au Médiateur, objet des conseils de Dieu, qui seul peut lui donner une relation assurée avec le vrai Dieu, une position inébranlable devant lui.

Précieux, touchant voyage que celui de ces deux femmes affligées remontant à Bethléhem ! Naomi s’en était allée riche et comblée, et s’en revenait à vide. Y avait-il une désolation comparable à la sienne ? Privée de son mari et de ses deux fils, trop vieille pour être à un mari, sans espoir humain d’héritier, vraie image d’Israël, tout était fini pour elle du côté de la nature et de la loi. Bien plus, la main de l’Éternel était étendue contre elle, et le Tout-Puissant lui-même, qui paraissait devoir être le soutien de sa foi, la remplissait d’amertume sous le poids de son châtiment. Elle avait échangé son nom «Mes délices», contre celui de «Mara», parce que le Dieu d’Israël l’avait abattue et que le Dieu d’Abraham l’avait affligée. Ruth, sa compagne, comme elle veuve et sans enfants, mais qui n’avait jamais enfanté, et de plus une étrangère, fille d’un peuple maudit, n’avait point connu les bénédictions passées d’Israël et ne possédait aucun droit à ses promesses. Elles vont ensemble, l’une reconnaissant pleinement son état et la main qui s’appesantit sur elle, l’autre n’ayant d’autres liens avec Dieu que sa foi et Naomi. Leur chemin est hérissé de difficultés, mais elles voient resplendir une étoile qui les guide. La grâce a lui ; Dieu a visité son peuple pour leur donner du pain. Elles rentrent ensemble à Bethléhem au commencement de la moisson des orges, arrivant ainsi sur le lieu de la bénédiction au moment même où elle est dispensée. C’est là qu’elles vont trouver Boaz !

Les lecteurs, quelque peu familiers avec la prophétie, ne peuvent manquer de voir dans toute cette scène un tableau de l’histoire passée d’Israël et des voies futures de l’Éternel envers lui. Bien qu’il eût été chassé parmi les gentils pour son infidélité, certains liens pouvaient subsister encore entre le peuple et Dieu. L’Éternel n’avait-il pas dit par leur prophète: «Bien que je les aie éloignés parmi les nations, et bien que je les aie dispersés par les pays, toutefois je leur serai comme un petit sanctuaire dans les pays où ils sont venus» (Ézéch. 11: 16). Mais leur Élimélec est mort ; le seul chef de la famille d’Israël, Christ, le Messie, a été retranché ; alors la nation est devenue comme une veuve privée d’enfants et stérile au milieu des gentils. Mais quand il reconnaît et accepte le jugement de Dieu sur lui et boit dans l’humiliation cette coupe d’amertume, voici que l’aube d’un jour nouveau se lève pour ce pauvre peuple. L’ancien Israël de Dieu, objet, dans sa «vieillesse toute blanche», des voies de l’Éternel à l’étranger, se met en route dans l’amertume de son âme pour retrouver les bénédictions de la grâce. Avec lui se lève un Israël nouveau, un Lo-Ammi qui n’était «pas son peuple», mais qui, trouvant son germe en Ruth, revient, pauvre résidu, des champs de Moab pour redevenir le «peuple de Dieu». Il nous est montré sous la figure d’une étrangère, parce que, sur le pied de la loi, il n’a aucun droit aux promesses, et que de nouveaux principes, la grâce et la foi, le mettent en rapport avec l’Éternel. Sur ce pied-là, Dieu le reconnaît comme son peuple et lui donne une place d’honneur suprême en l’associant à la gloire de David et du Messie. Du terrain stérile est sortie une source rafraîchissante qui n’attendait, pour se montrer, que le moment où tout espoir humain était perdu. Cette fontaine devient une eau courante, un fleuve large et profond, le fleuve de la grâce divine, qui porte Israël jusqu’à l’Océan des bénédictions messianiques et millénaires !

2                        CHAPITRE 2

Nous avons vu, dans le premier chapitre, l’admirable expression de la foi de Ruth. Admirable, en effet, car tel est le caractère de tout ce qui vient de Dieu. Jésus lui-même n’admira-t-il pas le centurion de Capernaüm qui, par la foi, reconnaissait son indignité et la toute-puissance de la parole du Seigneur pour guérir ? Le chapitre 2 nous présente les divers caractères de cette foi et les bénédictions que la grâce lui apporte.

La foi de Ruth s’appuyait jusqu’alors sur l’oeuvre de grâce que Dieu avait opérée en faveur de son peuple ; mais il faut un objet à la foi, un objet personnel, et il est impossible qu’elle ne le rencontre pas. Ruth ne connaît pas encore cet homme puissant, dont il nous est parlé au v. 1 ; mais elle espère le rencontrer sur le pied de la grâce. Écoutez-la parler à Naomi: «Je te prie, j’irai aux champs, et je glanerai parmi les épis, à la suite de celui aux yeux duquel je trouverai grâce». Cette terre d’Israël où Dieu a visité son peuple pour leur donner du pain, aura bien aussi quelques épis pour elle. Quoique pauvre et sans droits, elle sait qu’elle peut compter sur les ressources de l’Éternel. Son chemin est clair, car le chemin de la foi l’est toujours, mais elle ne le choisit pas de sa propre volonté. Souvent nous appelons chemin de foi, ce qui est le fruit de nos propres pensées ou des désirs de nos coeurs naturels, tandis que la foi n’agit jamais que sous la dépendance de la Parole. Ruth consulte Naomi, et Naomi lui dit: «Va, ma fille». Certainement Dieu la guiderait dans ce chemin. Sa grâce providentielle la fait entrer dans le champ de Boaz.

Boaz, de la famille de cet Élimélec qui était mort, le remplace pour ainsi dire. Naomi a en Israël un protecteur, un riche et puissant chef de sa famille. «En lui est la force» pour restaurer cette pauvre maison entièrement ruinée. Son nom est celui d’une des deux colonnes du temple futur de Salomon (1 Rois 7: 21) érigées par ce roi comme témoins de l’établissement de son royaume, de cette période glorieuse qui suivit les afflictions du règne de David. Boaz vient de Bethléhem, apportant à ses serviteurs la bénédiction du jour de la moisson (Ps. 129: 8), et distingue aussitôt Ruth au milieu des moissonneurs. C’est ainsi que la grâce devance la foi. Le serviteur, établi sur les ouvriers, rend témoignage à la Moabite. Elle est venue, dit-il, humble et pauvre et suppliante ; immédiatement elle s’est mise à l’oeuvre, s’accordant à peine quelque repos. Pareil à ce serviteur, l’Esprit de Dieu rend témoignage aujourd’hui du caractère et de l’activité de notre foi. Me «souvenant sans cesse de votre oeuvre de foi», dit l’apôtre aux Thessaloniciens. La foi prend de la peine et ne se repose pas, qu’elle n’ait récolté les bénédictions dont Dieu a semé son chemin.

Touchante entrevue que cette première rencontre entre Boaz et Ruth ! Les paroles qui tombent de la bouche de l’homme puissant, résonnent comme une musique céleste aux oreilles de la pauvre étrangère. Va-t-il lui reprocher son intrusion ? Qui lui ferai l’injure de le supposer ? «Tu entends, n’est-ce pas, ma fille ?» C’est bien dans mon champ et dans aucun autre que je te voulais et que je te veux. Rien ne doit t’engager à le quitter. Il l’associe à ses servantes. Qu’elle ne craigne rien des hommes ; n’a-t-il pas donné des ordres à son sujet ? Si le domaine de Boaz lui offre de la nourriture, elle y trouve aussi de quoi se désaltérer. Combien de grâces s’accumulent ainsi sur Ruth ! Attendez: ce chapitre lui en réserve de nouvelles, les chapitres suivants de nouvelles encore. Elles se multiplient et grandissent jusqu’au bout des collines éternelles ! Ah ! c’est qu’elle a affaire à Boaz ! Si la foi est une chose admirable, combien plus admirable encore Celui qui en est l’objet. Quelle majesté, unie à quelle condescendance, à quelle presque maternelle tendresse ! Il s’élève comme la colonne d’airain du temple de Salomon, il s’abaisse jusqu’aux soins minutieux et délicats de l’amour, d’un amour qui n’a rien de commun avec la passion humaine, plein de majesté sainte et miséricordieuse, élevant à lui l’objet aimé, après avoir consenti à s’abaisser à son niveau. Tel est Boaz, tel est notre Jésus !

La connaissance des ressources de la grâce ne nous vient pas en un moment. Elles sont notre part selon la mesure de l’activité de notre foi. Christ nous ouvre graduellement la jouissance des trésors infinis de son coeur.

Le premier mouvement de Ruth est de tomber sur sa face et de se prosterner contre terre. Comment n’être pas reconnaissante, quand Boaz s’exprime de la sorte ? Vous qui dites le connaître, vous n’avez jamais cru, si les paroles de la bouche de Christ ne vous ont prosternés à ses pieds. Ô coeurs secs, âmes arides, rationalistes de nos jours qui osez porter le nom de chrétiens, en jugeant la parole de notre Seigneur, au lieu de la recevoir ; insensés qui vous dressez en sa présence et lui jetez vos critiques et vos dissections, plus outrageuses au fond que les crachats de soldats grossiers, lorsque vous devriez vous jeter vous-mêmes, anéantis, à ses pieds... allez, retirez-vous, demeurez dans votre orgueil, jusqu’à ce que le jugement vous atteigne ; les champs de Boaz, et ses promesses, et sa personne, ne vous appartiendront jamais !

Ruth ouvre la bouche à son tour. «Pourquoi», dit-elle, «ai-je trouvé grâce à tes yeux, que tu me reconnaisses, et je suis une étrangère ?» J’aime ce pourquoi qui dénote une profonde humilité chez cette jeune femme: «Je n’ai aucun droit», dit-elle, «à une telle faveur». Elle ne s’occupe d’elle-même que pour confesser son indignité, mais, comme elle l’apprécie, lui ! «Tu m’as donc reconnue, quand je n’étais rien pour toi !»

Le serviteur avait rendu témoignage à la pauvre Moabite ; c’est maintenant le maître lui-même qui va déclarer ce qu’il trouve en elle. Elle ne s’était pas tenue devant lui avec sa justice, comme autrefois Job devant Dieu. Elle avait commencé ses expériences là où Job avait fini les siennes, et c’est Celui devant lequel elle est prosternée qui se charge de mettre son caractère en lumière, car il savait tout. «Tout ce que tu as fait pour ta belle-mère après la mort de ton mari, m’a été rapporté, et comment tu as quitté ton père et ta mère, et le pays de ta naissance, et tu es venue vers un peuple que tu ne connaissais pas auparavant». Boaz constate chez Ruth le travail d’amour, fruit de la foi ; ses soins pour Naomi, type du peuple affligé, n’avaient pas échappé au maître. Oui, cette pauvre fille de Moab était une vraie Israélite en qui il n’y avait pas de fraude. Mais aussi, en vraie fille d’Abraham, elle avait quitté son pays et sa parenté, et s’était mise en marche vers un peuple à elle inconnu. Boaz met le sceau de son approbation sur tant d’amour et de foi, puis il lui promet une récompense: «Que l’Éternel récompense ton oeuvre, et que ton salaire soit entier de la part de l’Éternel, le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es venue t’abriter !» La récompense n’est pas le but, mais l’encouragement de la foi.

Ruth répond comme Moïse, en Ex. 33: 13 ; la louange de Boaz ne l’élève pas ; elle sent bien que tout est grâce et désire trouver grâce encore. Elle reconnaît son autorité sur elle et se déclare sa servante indigne. Alors il la distingue en l’invitant à son festin. Ruth à la table de Boaz ! Quelle faveur pour la pauvre étrangère ! «Elle mangea, et fut rassasiée, et en laissa de reste». N’est-ce pas comme si nous assistions à la multiplication des pains par Jésus ?

La communion que Ruth vient de trouver à la table de Boaz, ne lui fait pas oublier sa tâche. Elle y puise au contraire une force et une activité nouvelles, avec des résultats plus abondants et plus bénis encore qu’auparavant. Notre oeuvre, pour être efficace, doit découler de ce que nous avons reçu pour nous-mêmes et sera d’autant plus riche en résultats que, personnellement, nous avons joui davantage de la présence du Seigneur.

Jamais le coeur nourri et désaltéré par Christ ne peut être égoïste. N’est-il pas dit: «Des fleuves d’eau vive couleront de son ventre ?» Ruth pense à Naomi, et revient lui apporter les restes de son repas et ce qu’elle a glané, désirant que sa mère soit rassasiée comme elle. Ainsi le fidèle rapporte son travail au peuple de Dieu et cherche sa prospérité. Combien peu les chrétiens réalisent ces choses ! Quelle importance a la prospérité de l’Église de Christ pour ceux qui lui préfèrent leur église et leur peuple avec ses dieux ? Le pauvre peuple de l’Éternel, affligé, ne paraît pas digne de soins à ces coeurs indifférents. Ils insisteront peut-être sur le travail de l’évangile envers le monde, mais un coeur en communion avec le Seigneur ne sacrifie pas l’un à l’autre. L’apôtre Paul était aussi bien serviteur de l’Assemblée que serviteur de l’Evangile. Il aimait cette Église que Christ, dans son amour, avait acquise par son propre sang. Loin de lui, d’aimer une secte ou une église de son invention ; il ne connaissait que l’Assemblée de Christ, et était jaloux à son égard d’une jalousie de Dieu, pour la présenter au Seigneur comme une vierge chaste.

Le coeur de Naomi est rempli de reconnaissance envers l’homme qui a reconnu Ruth, quand il aurait pu la rejeter comme une étrangère. Quel doux entretien entre ces deux femmes de Dieu ! Ruth prononce ce beau nom de Boaz, Naomi répond par des actions de grâces à Celui qui n’a pas discontinué sa bonté envers les vivants et envers les morts.

Caractère touchant que celui de Naomi ! Ruth a davantage le premier élan d’une jeune foi, Naomi l’expérience d’une foi mûrie à l’école de l’épreuve. Ne vous passez pas, jeunes âmes chrétiennes, de l’expérience de ceux qui ont connu le Seigneur longtemps avant vous. Naomi aide sa belle-fille à le mieux connaître: «L’homme nous est proche parent, il est de ceux qui ont sur nous le droit de rachat». L’expérience est toujours unie à l’intelligence. Naomi a le sentiment de ce qui convient en Israël, de l’ordre qui doit parer la maison de Dieu. Les conseils de l’expérience chrétienne attachent toujours les âmes à la famille de Dieu et à Christ, comme ceux de Naomi attachent Ruth à l’entourage de Boaz. Mais aussi ils la séparent de tout autre champ (v. 22). Peut-être ces derniers offriraient-ils autant d’épis aux glaneurs, mais il leur manquerait la présence de celui auquel désormais le coeur de Ruth était lié indissolublement, ainsi que la paix, la joie et la communion qu’il dispense. Précieuse expérience de ceux qui ont vieilli dans le chemin de la foi, car elle contribue à faire marcher les jeunes dans la sainteté ! C’est aussi la bouche de l’expérience qui bénit toujours le mieux, car elle connaît la grâce et la bonté de l’Éternel dans le passé comme dans le présent. Ruth s’attache à Boaz et habite avec sa belle-mère.

3                        CHAPITRE 3

Naomi, disions-nous, n’offre pas seulement un exemple d’expérience, mais d’intelligence. Il est heureux que Ruth ait trouvé un tel guide. Naomi commande, mais ses ordres n’ont rien de pénible, car ce sont des commandements d’amour. «Ma fille, ne te chercherai-je pas du repos, afin que tu sois heureuse ?» Ce qu’elle ordonne, elle le fait en vue du bonheur de Ruth qu’elle aime ; mais aussi, parce qu’elle connaît le coeur de Boaz: «N’est-il pas de nos amis ?» Ruth, la femme de foi, obéit: Elle fit «selon tout ce que sa belle-mère lui avait commandé» (v. 6). Puissions-nous obéir de la même manière. L’obéissance est facile à ceux qui savent que Dieu les aime et ne veut que leur repos et leur bonheur, que Christ les aime et les porte continuellement sur son coeur ; elle est difficile quand l’âme a pour but de se satisfaire elle-même et de trouver bonheur et repos en dehors de Christ.

Le dernier acte du travail de Boaz allait s’accomplir ; la moisson terminée, il devait vanner sa récolte dans l’aire, après quoi il l’assemblerait dans ses greniers. Son coeur était satisfait ; repousserait-il la pauvre Moabite ? Naomi est pleine de confiance et sait indiquer à Ruth le chemin de la bénédiction. «Lave-toi... et oins-toi, et mets sur toi tes habits, et descends dans l’aire ; ne te fais pas connaître à l’homme, jusqu’à ce qu’il ait achevé de manger et de boire. Et lorsqu’il se couchera, alors tu remarqueras le lieu où il se couche, et tu entreras, et tu découvriras ses pieds, et tu te coucheras ; et lui, te fera connaître ce que tu auras à faire». Ruth doit se préparer pour cette rencontre, se coucher à ses pieds, et s’attendre à sa parole. Ce sera le caractère du pauvre résidu d’Israël, trouvé fidèle au moment où le Messie se réveillera, après la longue nuit de leur attente. Mais ce caractère ne devrait-il pas, à bien plus forte raison, être le nôtre ? Nous avons entendu la voix qui nous dit de nous laver, de nous oindre et de nous parer pour lui seul. L’avons-nous oubliée ? Où nous trouvons-nous maintenant ? Sommes-nous entrés pour y passer la nuit, dans son aire ou dans l’aire des étrangers ? Avons-nous répondu, comme Ruth, du fond de nos coeurs: «Tout ce que tu as dit, je le ferai» ? Oui, il veut que nous soyons pratiquement dignes de lui, que, couchés à ses pieds, reconnaissant ses droits sur nous, nous nous attendions paisiblement à sa parole pendant les heures de la nuit. Bientôt notre Boaz va rompre le silence. Sera-ce pour nous reprendre sévèrement, ou pour nous exprimer son approbation de notre conduite ?

Au milieu de la nuit, Boaz reconnaît celle qui est venue se placer sous sa protection, et la bénit. Le livre de Ruth, cette histoire de la grâce, est plein des bénédictions de celui qui donne et de ceux qui reçoivent. Tous les coeurs y sont joyeux, du moment que Boaz entre en scène. Sa présence fait naître la louange, car il sème autour de lui tous les biens de la grâce. Quel bonheur infini de le louer ! Mais n’est-ce pas un bonheur aussi de recevoir, comme Ruth, le témoignage de sa satisfaction à notre sujet ? Soyons avides de l’approbation de Christ. Cela nous humilie, de penser que nous la cherchons si peu. La louange des hommes nous enfle, la sienne jamais. Il nous approuve pour ce que sa grâce infinie voit en nous, il voit en nous ce que sa grâce a produit et ce qui répond à ses pensées.

Boaz loue Ruth de ce qu’elle a «montré plus de bonté à la fin qu’au commencement». D’abord elle avait exercé son amour envers sa belle-mère qui représentait pour elle le peuple de Dieu, maintenant elle agissait par amour pour Boaz. Elle n’était pas allée après les jeunes hommes, pauvres ou riches, n’avait pas cherché de compagnons selon les affections naturelles, mais était venue à celui dont elle reconnaissait les droits. Il la rassure et lui promet de lui accorder toutes ses demandes (v. 11). Quel encouragement pour les fidèles ! Nous recevons tout de sa grâce, mais il nous donne aussi selon la mesure de notre obéissance et de notre esprit de sacrifice pour lui. «Donnez, et il vous sera donné: on vous donnera dans le sein bonne mesure, pressée et secouée, et qui débordera !» (Luc 6: 38). À peine avait-elle connu Boaz, que Ruth fit tout en vue de lui ; et maintenant, il fait tout pour elle. Il ne lui suffit pas de ne pas rester notre débiteur ; il veut donner au coeur fidèle selon toutes ses demandes.

«Toute la porte de mon peuple sait que tu es une femme vertueuse». Ruth joint l’une à l’autre ces qualités dont parle l’apôtre Pierre, qui font qu’on n’est pas oisif, ni stérile dans la connaissance du Seigneur. Elle ajoute à sa foi la vertu ; et à la vertu la connaissance ; et à la connaissance la tempérance ; et à la tempérance la patience ; et à la patience la piété. À l’amour pour les siens, elle ajoute l’amour et montre plus de bonté à la fin qu’au commencement. Aussi reçoit-elle une riche entrée dans le royaume. Cette fidélité touche le coeur de Boaz: «Tout ce que tu me dis, je le ferai pour toi !» Quel exemple pour nous ! Ambitionnons de recevoir une telle réponse. L’église de Philadelphie la reçoit. Elle a gardé la parole de Jésus, marché dans sa patience, et dans la sainteté pratique, comme Ruth, et Jésus lui dit: Je ferai tout pour toi ! Le Seigneur bénira aussi le pauvre résidu juif de la fin, selon la vertu, la sainteté et la justice pratique qu’il montrera dans ses voies. Il nous bénit aujourd’hui de la même manière: «Quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui» (1 Jean 3: 21,22).

Cependant un proche parent ayant le droit de rachat, avait le pas sur Boaz. Peut-être voudrait-il, pourrait-il user de ce droit ? Nous y reviendrons. En attendant, Ruth a le privilège de rester couchée aux pieds de Boaz jusqu’au matin. Ce sera la part du résidu, et c’est aussi la nôtre. Nous pouvons, pendant qu’il est encore nuit, nous reposer à ses pieds. N’est-ce pas une place bienheureuse ? Etre à ses pieds, possédant son approbation sur notre marche, dépositaires de ses promesses, remplis de la certitude qu’il nous a écoutés, assurés que tout le travail de cette vie misérable va prendre fin et faire place à la manifestation publique de nos relations avec lui, à la possession des fruits glorieux de son œuvre !

Maintenant c’est lui (v. 14), qui a soin de la réputation de Ruth et justifie la sainteté de celle dont il veut faire sa compagne. Mais, avant de prendre ouvertement sa cause, il remplit son manteau, lui donnant en secret des gages de ce qu’il veut faire pour elle (v. 15). Il en agit de même envers nous. L’aube est près de luire, mais avant que nous puissions le voir et «le reconnaître», il nous a déjà donné le Saint Esprit de la promesse, comme gages de notre futur héritage.

Ruth retourne comblée vers sa belle-mère et lui raconte, non pas ce qu’elle a fait pour Boaz, mais «tout ce que l’homme avait fait pour elle». Son coeur est plein de lui, mais elle a besoin que sa belle-mère l’exhorte à la patience. Elle n’aura plus longtemps à attendre, car celui qui a pris sa cause en main, ne peut tarder à la faire triompher. Il n’aura «pas de repos», dit Naomi, «qu’il n’ait terminé l’affaire aujourd’hui». Pourquoi ? Parce qu’il l’aime. Voilà la grande et l’unique raison de son travail en notre faveur. Nous-mêmes, frères, parlons-nous comme Naomi ? Avons-nous l’heureuse conscience de l’amour de Jésus pour nous ? L’attendons-nous, comme Celui qui ne se donnera pas de repos qu’il n’ait terminé l’affaire aujourd’hui ? Cet aujourd’hui est l’attente journalière de notre Sauveur. Il veut nous avoir avec lui. Encore un peu de patience, car il vient et ne tardera pas !

4                        CHAPITRE 4

Naomi disait vrai. Boaz ne devait pas se donner de repos, qu’il n’eût accompli l’oeuvre que sa bonté et son énergie avaient entreprise. Il voulait que celle qu’il aimait trouvât du repos et fût heureuse (3: 1), et il savait qu’elle ne pouvait l’être qu’avec lui. Il en est de même du Seigneur à notre égard. Sa vie ici-bas fut une vie de travail pour nous, couronnée par l’indicible travail de son âme sur la croix. Il a ainsi accompli sa promesse: «Je vous donnerai du repos». Nous possédons déjà un repos de conscience dans la connaissance de son oeuvre, un repos du coeur, dans la connaissance de son adorable personne. Mais le Seigneur travaille encore aujourd’hui, pour nous faire entrer dans un repos futur qui «reste... pour le peuple de Dieu», le repos de l’amour satisfait où tout correspondra éternellement aux pensées de son propre coeur.

Boaz tenait aussi à donner le repos à sa bien-aimée, parce qu’elle avait travaillé et souffert avec le peuple de Dieu. De même, l’Esprit Saint nous dit: «C’est une chose juste devant Dieu... que de vous donner, à vous qui subissez la tribulation, du repos avec nous dans la révélation du Seigneur Jésus du ciel» (2 Thess. 1: 6, 7). «Dieu n’est pas injuste pour oublier votre oeuvre et l’amour que vous avez montré pour son nom, ayant servi les saints et les servant encore» (Héb. 6: 10).

Ce livre de Ruth est plein de travail et de repos: travail et repos du service, travail et repos de la foi, travail et repos de la grâce. Les moissonneurs travaillent et se reposent ; ainsi fait le maître de la moisson ; ainsi fait Ruth, l’épouse de son choix. Oh ! comme elle se repose aux pieds de Boaz, pendant les heures de la nuit ! Comme elle se repose encore, en attendant que le travail de son rédempteur lui prépare le repos dont notre chapitre nous entretient !

Selon la coutume d’Israël, il s’agissait de faire revivre le nom du mort et de le rétablir dans son héritage. Cette tâche incombait au plus proche parent. Or un homme possédait, avant Boaz, des droits sur l’héritage d’Élimélec. Boaz s’adresse à lui en présence de nombreux témoins. Cet homme voudrait bien de l’héritage, mais, sachant «que la semence ne serait pas à lui», il ne consent pas à prendre Ruth à sa charge. S’il le faisait, il s’appauvrissait et ruinait son propre patrimoine, car le bien des enfants de Ruth ne reviendrait ni à lui, ni à sa famille.

Ce proche parent est un type frappant de la loi. En effet, comme cet homme, la loi qui avait des droits antérieurs sur Israël, exige, prend et ne donne rien. Elle ne serait plus la loi, si elle pouvait entreprendre l’oeuvre de la grâce. Toutefois son impuissance ne vient pas d’elle-même, mais de ceux auxquels elle s’adresse. La loi attend quelque chose de l’homme ; il se montre incapable de plaire à Dieu. Elle promet la vie sous condition d’obéissance, mais l’homme étant pécheur et désobéissant, elle ne peut que le condamner. Elle est un ministère de mort et ne peut donner la vie aux morts. Stérile, elle n’aura jamais de postérité et ne peut enfanter des fils à la lignée divine du Messie.

La grâce seule a pu entreprendre ces choses. Déclarant l’homme perdu, et n’attendant rien de lui, elle ne lui pose aucune condition, ne lui fait aucune promesse, mais lui donne librement, sans cesse, éternellement. Elle engendre par une semence incorruptible et communique la vie, met l’homme en rapport avec Dieu, produit en lui du fruit que Dieu peut reconnaître, et l’introduit dans la gloire.

Ainsi la loi se déclare impuissante en présence du «second mari» qui vient après elle, de notre Boaz, en qui est la puissance. Celui-là ressuscitera son peuple d’Israël et «verra une semence», comme dit Ésaïe, mais seulement, nous le savons, après avoir livré son âme à la mort (Ésaïe 53). Dans l’intervalle, tout le résultat de son oeuvre à la croix s’applique à nous, chrétiens. Quant à nos âmes, nous sommes déjà ressuscités avec lui, quant à nos corps, nous le serons aussi certainement qu’il l’est lui-même. Boaz est, pour nous, le type d’un Christ ressuscité.

Le proche parent ôte sa sandale, — la loi cède ses droits à Christ, droits reconnus par les témoins dont il s’est entouré dans ce but. Boaz rachète l’héritage pour posséder Ruth, car il a plus d’intérêt au bonheur de cette étrangère, qu’à tout ce qui lui appartient. Pour l’Église, Christ a fait bien davantage. Il a abandonné tout ce qui était à lui, pour nous acquérir. Le pauvre résidu d’Israël le reconnaîtra aussi avec joie, quand il verra son Messie, autrefois rejeté, revenir en gloire.

Témoins de cette scène, le peuple et les anciens acclament et bénissent le puissant Boaz, car une telle bonté est digne de toutes les louanges. Le Saint Esprit met dans leur bouche des paroles prophétiques: «Fasse l’Éternel que la femme qui entre dans ta maison soit comme Rachel, et comme Léa, qui toutes deux ont bâti la maison d’Israël !» L’histoire du peuple recommencera, pour ainsi dire, avec la pauvre Moabite. Elle recommencera sur le pied de la grâce. Ce n’est pas Léa, c’est Rachel, la femme aimée, la femme du libre choix de Jacob, celle en vue de laquelle il avait servi si longtemps, qui vient en premier lieu. En toute chose, le livre de Ruth donne le pas à la grâce. «Et deviens puissant dans Éphrata, et fais-toi un nom dans Bethléhem !» Ces villes, témoins de la grâce, le seront de la puissance de Boaz: «Et que, de la postérité que l’Eternel te donnera de cette jeune femme, ta maison soit comme la maison de Pérets, que Tamar enfanta à Juda !» Que sa postérité soit établie, comme Pérets, selon l’élection de la grâce !

«Et l’Éternel lui donna (à Ruth) de concevoir». Devant cet héritier que la grâce a donné, les femmes reprennent le cours des pensées prophétiques du peuple: Elles «dirent à Naomi : Béni soit l’Éternel, qui ne t’a pas laissé manquer aujourd’hui d’un homme qui ait le droit de rachat !» Elles reportent sur la tête du fils de Boaz le droit de rachat que Boaz a exercé, et prévoient un rachat futur, accompli par cet homme qui est né de Ruth. En lui, ajoutent-elles, la vieillesse du peuple trouvera un soutien, sa faiblesse un restaurateur, et son nom sera associé à celui de Ruth, de ce pauvre résidu, ayant son coeur affectionné à Naomi, au peuple de Dieu affligé, et qui lui vaut plus qu’un nombre parfait de fils (v. 15).

Naomi nourrit Obed dans son sein ; il sort, comme le Messie, de ce peuple stérile. Les voisines alors entonnent aussi leur louange prophétique: «Un fils est né à Naomi !» Le cercle devient plus intime, et avec lui, la mesure de l’intelligence. Plus on est près du peuple de Dieu, plus on apprécie Christ et sa grâce. Se contente-t-on de la proximité que possèdent le «peuple et les anciens», on ne dépassera pas leur niveau d’intelligence spirituelle ; tandis que le coeur lié à l’Église aura une connaissance plus intime et plus personnelle du Seigneur. «Un fils est né à Naomi !» C’est ainsi que l’Israël futur se réjouira devant lui, comme la joie à la moisson, comme on est transporté de joie, quand on partage le butin, et ils diront: «Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, et le gouvernement sera sur son épaule ; et on appellera son nom: Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix...»

«Et elles l’appelèrent du nom d’Obed». Obed, Celui qui sert, avant tous ses titres merveilleux, voilà son titre de gloire ! C’est le Serviteur qui est l’héritier et dont va sortir David, le porteur de la grâce royale. Tous nos coeurs ne palpitent-ils pas de joie, quand nous l’appelons de ce nom, car lui, le Conseiller, le Dieu fort, a servi, sert et demeure un Serviteur éternel en faveur de ceux qu’il aime ! Nos plus grandes bénédictions sont comprises dans ce titre de Serviteur: son dévouement à Dieu et son amour pour nous, son oeuvre entière jusqu’à l’abandon de sa propre vie, sa grâce actuelle qui s’abaisse jusqu’à nous laver les pieds, son service éternel d’amour quand nous serons avec lui dans la gloire de la maison du Père !

 

Fruits de ta victoire,

Sauvés par la foi,

Quand les tiens en gloire

Seront avec toi,

Au parvis céleste,

Sous l’œil paternel,

Ton amour nous reste:

Service éternel !