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Livre des Juges, chapitres 20 et 21

 

(Extrait de l’Étude de Henri  Rossier sur Josué 7 et 8)

 

par Henri Rossier

 

 

Un rapprochement entre les chapitres 7 et 8 de Josué et les chapitres 20 et 21 des Juges

 

 

La défaite d’Aï eut pour résultat d’apprendre aux Israélites à mieux connaître à la fois leurs propres coeurs et le caractère du Dieu qui les conduisait. Avant de considérer les résultats pratiques de cette leçon que Dieu avait donnée à son peuple en le disciplinant, je désire faire un rapprochement entre les chap. 7 et 8 de Josué et les chap. 20 et 21 des Juges. C’est un fait connu que la fin du livre des Juges, depuis le chap. 17, ne suit pas l’ordre chronologique (cf. 20:28), mais nous offre un tableau de ce qui s’est passé avant que Dieu suscitât des juges, un tableau de l’histoire d’Israël immédiatement après la mort de Josué. Le déclin avait été rapide et complet ; l’idolâtrie et la corruption morale régnaient partout. Au commencement et à la fin de ces chapitres, nous trouvons cette formule : «Chacun faisait ce qui était bon à ses yeux». Plus de dépendance de Dieu, de sa Parole : la mesure du bien et du mal, c’était la conscience de l’homme. Chacun se dirigeait d’après sa propre conscience ; la conscience était la mesure de la marche.

Ce tableau diffère-t-il beaucoup de celui de la chrétienté ? Que s’est-il passé après le départ des apôtres ? Le déclin a-t-il été moins subit, moins complet ? Sans parler des principes corrompus du papisme, la chrétienté protestante éclairée, met-elle en avant la Parole, ou bien la conscience comme règle de conduite ? Prêche-t-elle la soumission à la parole de Dieu, ou bien la liberté de conscience est-elle son mot d’ordre ? Et quel est le résultat, lorsque l’on prend sa conscience pour guide ? La confusion la plus absolue. Chacun ne tarde pas à se conduire d’après son propre jugement. Mais un péché horrible avait eu lieu à Guibha. Ce n’est pas l’interdit, la faute cachée, comme en Josué 7 ; c’est un péché commis à la face de Dieu et des hommes. Le misérable Lévite publie lui-même sa honte, il n’est pas une des tribus d’Israël qui n’en soit instruite (Juges 19: 29). Qu’est-ce que le peuple va faire ? Eh bien ! comme pour le péché d’Acan, Dieu se servira du péché de Guibha pour mettre à nu l’état moral d’Israël, pour l’humilier et réveiller chez lui la conscience de ce qui est dû à Dieu. Seulement ici, l’état moral des tribus est beaucoup plus bas et plus grave qu’il ne l’était devant Aï. Ils sont indignés, mais du tort qui leur a été fait ; la pensée du tort fait à Dieu est absolument absente de leur esprit. Ils parlent de «l’infamie que Guibha a commise en Israël», de la «méchante action que l’on a commise parmi ceux» de la tribu de Benjamin ; mais pas le moindre mot de la honte jetée sur le nom de l’Éternel. Comme cela prouve le déclin, et qu’elle est différente la parole de Phinées aux deux tribus et demie (Josué 22: 16) : «Quel est ce crime que vous avez commis contre le Dieu d’Israël ?»

À ce premier symptôme du déclin s’en lie un second ; ils avaient abandonné ce qu’on pourrait appeler le premier amour. Le Seigneur n’était plus devant les yeux, l’affection pour lui avait diminué, et par conséquent aussi l’affection pour ce qui était né de lui. Ils oublient que Benjamin est leur frère. «Qui de nous montera le premier pour livrer bataille aux fils de Benjamin ?» (Juges 20: 18). Ces derniers, de leur côté, «ne voulurent pas écouter la voix de leurs frères, les fils d’Israël» (v. 13).

Un troisième symptôme, c’est l’oubli de l’unité du peuple. Remarquez que les onze tribus formaient en apparence une unité magnifique ; elle était presque aussi belle que lorsque Israël se purifia d’Acan et fut restauré devant Aï. Ah ! cependant ce n’était plus l’unité de Dieu ! Le peuple avait beau être «réuni, comme un seul homme» (v. 1), ou «se lever, comme un seul homme» (v. 8), ou s’unir contre Guibha, «comme un seul homme» (v. 11), Benjamin manquait à l’unité d’Israël, et Dieu n’en reconnaît qu’une. Bien-aimés, ces anneaux du déclin se rivent l’un à l’autre ; oubli de la présence de Dieu, abandon du premier amour, mépris de l’unité, malgré les meilleures apparences.

Benjamin n’était-il donc pas coupable ? Oui, infiniment coupable. On voit chez lui, dès le début, le parti pris de ne pas juger le mal. Averti d’un crime patent, aussi bien que les autres tribus (19: 29), ayant connaissance que l’assemblée des fils d’Israël était en voie de juger le mal, averti enfin, bien que ce fût dans un esprit charnel, qu’il eût à s’en purifier, il se refuse à tout devoir. Il renie l’unité d’Israël en établissant le principe de l’indépendance, et loin de se purifier du crime de Guibha, il s’y associe avec l’inutile et misérable semblant de faire une différence (20: 15). Benjamin devait être jugé, mais l’état du peuple tout entier était si mauvais, qu’il rendait le jugement impossible selon Dieu et qu’il lui fallait passer lui-même par le crible, avant de pouvoir réellement se purifier du crime de Guibha. Qu’aurait dû faire Israël, s’il avait eu un sens droit des choses ? S’humilier d’abord en présence de l’Éternel, consulter l’Éternel, et puis agir. Au lieu de cela, que font-ils ? Ils commencent par se consulter, pauvre résultat de l’oubli de la présence de Dieu ; ils prennent des mesures ; ils décident très scripturairement «d’ôter le mal du milieu d’Israël», mais en oubliant complètement qu’eux-mêmes sont atteints par le mal, que Benjamin, c’est eux-mêmes. Après avoir pris tous leurs arrangements, et dénombré leurs guerriers, «ils montèrent à Béthel et interrogèrent Dieu» (v. 18). C’est, hélas ! l’esprit du déclin ; c’est ce que l’on trouve partout dans la chrétienté, et souvent chez de chers enfants de Dieu, ce que, même généralement, on érige en principe. Nous nous proposons quelque chose qui semble bon, puis au moment de l’exécution de nos plans, souvent après avoir tout arrangé, nous demandons à Dieu de nous bénir.

Le résultat de cet oubli complet des principes divins, c’est que, dans la première journée, vingt-deux mille hommes d’Israël sont mis par terre. Alors les enfants d’Israël remontent vers l’Éternel en pleurant ; c’est la douleur, et non plus l’indignation charnelle, qui remplit leurs coeurs. Ils appellent Benjamin leur frère. L’amour perdu, l’esprit de solidarité, se réveillent. Puis ils se rangent encore en bataille et perdent dix-huit mille hommes. Pourquoi cette seconde défaite ? Dieu, dans sa bonté, voulait produire un résultat complet. La douleur n’était pas tout, ni la proclamation des liens qui les unissaient ; il fallait un jugement complet de soi-même, la repentance devant Dieu ; il fallait remonter le chemin du déclin jusqu’à retrouver la présence de l’Éternel et sa communion perdue. Aussi est-il dit : «Et tous les fils d’Israël, et tout le peuple, montèrent et vinrent à Béthel, et pleurèrent, et demeurèrent là devant l’Éternel et jeûnèrent ce jour-là jusqu’au soir, et ils offrirent des holocaustes et des sacrifices de prospérités devant l’Éternel» (v. 26). Désormais, nous voyons se dérouler une scène qui offre une très grande analogie avec celle de Aï. Il faut qu’Israël mette une embuscade (v. 29), fuie devant Benjamin (v. 32), que trente hommes encore, après toutes leurs pertes, soient blessés à mort, que le feu soit mis dans la ville pour servir de signal. Israël, entièrement jugé, et rentré en communion avec Dieu, peut désormais rencontrer le pénible devoir de juger le profane Benjamin ; mais alors que de sanglots, que de larmes, à la suite de la victoire ! (21: 2). Comme elle était différente cette scène, de celle de Jéricho, où «le peuple jetant un grand cri, la muraille tomba sous elle-même» ! (Jos. 6: 20). C’est qu’il s’agissait ici de leurs frères, d’une tribu presque retranchée par le jugement. Après cela Dieu, dans sa grâce, et au milieu de bien des complications amenées par la hâte charnelle des décisions premières d’Israël, Dieu, dis-je, rétablit le grappillage de Benjamin.

Mais il est un parti dans l’assemblée d’Israël, qui est traité plus sévèrement par le peuple restauré que ne le fut Benjamin lui-même. Jabès de Galaad n’était pas venu au camp, à l’assemblée (21: 8). C’était une indifférence hautement proclamée, une neutralité qui ne tenait aucun compte du mal, bien pire encore que la colère charnelle avec laquelle Benjamin s’était révolté, en méprisant une décision de l’assemblée, et qui lui avait fait prendre les armes contre ses frères, en s’associant au mal. Jabès dut être exterminé à la façon de l’interdit.