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MÉDITATIONS sur le LIVRE DES JUGES
par Henri Rossier
Table des matières :
2 CHAPITRES 1 à 3:4 : INTRODUCTION
2.1 Condition d’Israël à la mort de Josué (1: 1-16)
2.2 Ce qui caractérise le déclin (1: 17-36)
2.3 L’origine du déclin et sa conséquence (2: 1-5)
2.4 La ruine dans les rapports d’Israël avec Dieu (2:6 à 3:4)
3 CHAPITRES 3 à 12 : LES RÉVEILS
3.4 Debora et Barak (Chapitre 4)
3.5 Le cantique de Debora (Chapitre 5)
3.6.1 La parole de Dieu frappant la conscience (6: 1-10)
3.6.2 Gédéon formé pour le service (6: 11-40)
3.6.3 Caractères des témoins de Dieu en un temps de ruine (7: 1-14)
3.6.4 En quoi consiste le témoignage (7: 15-25)
3.6.5 Difficultés et pièges dans le service (8: 1-23)
3.6.6 L’éphod de Gédéon (8: 24-35)
3.7 Abimélec, ou l’usurpation de l’autorité (Chapitre 9)
3.9 Nouveau réveil d’Israël (10: 6-18)
3.10 Jephthé et sa fille (Chapitre 11)
3.11 Lutte entre frères (12: 1-6)
3.12 Ibtsan, Élon et Abdon (12: 7-15)
4 CHAPITRES 13 à 16 : Le Nazaréat
4.2 Le serpent et le lion. Le festin (Chapitre 14)
4.3 Les victoires (Chapitre 15)
4.4 La défaite et la restauration (Chapitre 16)
5 CHAPITRES 17 à 21 : Manifestation de la ruine et restauration finale
5.1 Corruption religieuse et morale d’Israël (Chapitre 17-19)
5.1.1 Le Lévite de Juda (Chapitre 17)
5.1.2 Dan et le Lévite de Juda (Chapitre 18)
5.1.3 Le lévite d’Éphraïm (Chapitre 19)
5.2 Brèche et relèvement (Chapitre 20)
5.3 Fruits du relèvement (Chapitre 21)
Car toutes les choses qui ont été écrites auparavant ont été écrites pour notre instruction afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance (Rom. 15: 4).
Du livre de Josué à celui des Juges, le contraste est immense. Josué, type frappant de l’Esprit de Christ en puissance (*), conduit Israël à la conquête du pays de la promesse et l’y fait demeurer en paix. Le livre des Juges nous présente un ordre de choses tout différent. Prenant pour point de départ les bénédictions conférées par l’Éternel en Canaan et confiées à la responsabilité du peuple, il nous montre ce qu’Israël en a fait. A-t-il justifié la confiance que Dieu mettait en lui ? A-t-il vécu à la hauteur de ses privilèges ? Ce livre va nous donner la réponse.
(*) Voir : Méditations sur le livre de Josué, par H. R.
L’histoire d’Israël a sa contrepartie dans celle de l’Église. L’épître aux Éphésiens est comme le livre de Josué du Nouveau Testament, car elle nous présente l’Assemblée introduite dans le ciel, pour y jouir de toutes bénédictions spirituelles en Christ, et livrer le combat, non plus comme Israël «contre le sang et la chair, mais contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes» (Éph. 6: 12). Au livre des Juges correspond la seconde épître à Timothée. L’Église n’étant pas restée à sa hauteur primitive, a, comme Israël, des documents divins qui constatent son infidélité, et montrent le peuple de Dieu, ayant abandonné le premier amour, et descendant le chemin du déclin jusqu’à l’abîme d’une ruine complète et irrémédiable. Cette histoire d’Israël et de l’Église, l’homme, quel qu’il soit, la refait toujours. Oui, tel est le chemin de l’homme béni de Dieu, mais responsable. Depuis Adam jusqu’à Noé, de Noé jusqu’à Israël, d’Israël aux nations, des nations à l’Église, une même lamentable histoire se renouvelle. Ah ! comme nous voyons, dans cette Parole divine, le tableau de ce que nous sommes... mais, béni soit-il, comme nous apprenons aussi à connaître Dieu ! Il nous exhorte, nous conjure sans cesse : Prends garde, dit-il, de laisser échapper de tes mains les bénédictions dont je les ai remplies ! Reviens à moi quand tu t’es écarté ! Mais il ne se borne pas aux avertissements ; déployant devant nous les richesses de sa grâce, il nous montre que Lui a des ressources quand nous avons tout perdu, que sa voix est puissante pour réveiller l’homme endormi parmi les morts, son bras pour délivrer ceux que leur infidélité avait replacés sous l’esclavage ; qu’il y a un combat de la foi préparé pour les temps fâcheux ; qu’il existe, parmi les décombres amoncelés par l’homme, un chemin inconnu à l’oeil de l’aigle, familier à la foi, praticable au plus simple d’entre les simples ; il nous montre, en un mot, qu’en un temps de ruine Dieu peut être aussi pleinement glorifié qu’aux temps les plus prospères de l’Église.
Les v. 1 à 16 du chap. 1° servent de préface au livre des Juges. «Et il arriva, après la mort de Josué...» Ces paroles sont le point de départ du livre tout entier. Il n’est pas encore proprement question du déclin, mais de ce qui le précède. Le récit qui va suivre est dominé par le fait que Josué, type de l’Esprit de Christ en puissance, n’était plus au milieu d’Israël. De même aussi, le temps d’activité sans mélange de l’Esprit de Dieu dura peu dans l’histoire de l’Église. Sans doute, comme au temps des «anciens dont les jours se prolongèrent après Josué» (2: 7), la présence des apôtres mit une digue à l’invasion du mal, mais, dans l’un et l’autre cas, la présence et l’activité de certains principes délétères faisaient pressentir l’invasion prochaine du déclin, une fois l’obstacle enlevé.
En apparence, tout allait bien au milieu d’Israël. Les tribus prennent leurs positions en face d’un monde ennemi. Elles interrogent l’Éternel, pour savoir qui montera le premier contre le Cananéen. Dieu répond : «Juda montera ; voici, j’ai livré le pays en sa main» (v. 1-2). Cette parole était très claire ; Juda pouvait compter implicitement sur la fidélité de Dieu à sa promesse ; mais déjà nous voyons la simplicité de foi lui manquer, et sa dépendance de l’Éternel avoir plus d’apparence que de réalité. «Et Juda dit à Siméon, son frère : Monte avec moi dans mon lot, et faisons la guerre contre le Cananéen ; et moi aussi j’irai avec toi dans ton lot. Et Siméon alla avec lui» (v. 3). Juda semble se défier de ses forces, mais, au lieu de regarder au Dieu d’Israël pour trouver en lui sa ressource, il la cherche en Siméon, et manque en réalité de confiance en l’Éternel. Il est vrai qu’il ne s’allie pas aux ennemis de Dieu ; s’il manque de foi, il recourt à son frère Siméon, rien qu’à son frère ; et cependant, sous prétexte «d’avancer l’oeuvre de Dieu», nous voyons déjà poindre le principe des alliances ou associations humaines volontaires qui est devenu le principe dominant actuel de toute activité dans la chrétienté. Dieu avait-il besoin de Siméon pour donner à Juda la part de son héritage ?
Le résultat de cette action commune fut magnifique en apparence ; Josué 19: 9, nous apprend que «la part des fils de Juda était trop grande pour eux». Mais le lot des fils de Siméon ne fut pas le meilleur, car il fut pris de ce que Juda ne pouvait conserver ; ils reçurent ainsi leur héritage du superflu d’un autre, à la dernière limite méridionale du pays d’Israël, aux confins qui regardent le désert. Ce n’est pas que Dieu désavoue l’une ni l’autre tribu, car il est dit (v. 4) : «L’Éternel livra le Cananéen et le Phérésien en leur main» ; mais le combat entrepris sur le pied d’une alliance humaine, se ressent plus ou moins de son origine et en porte le caractère. Les alliés saisissent Adoni-Bézek, et lui coupent «les pouces des mains et des pieds» (v. 6). Était-ce donc ce que Dieu commanda jadis et ce que Josué fit aux rois de Jéricho, d’Aï, de Jérusalem, de Makkéda, et à tous les rois de la montagne et de la plaine ? Non certes ; cette mutilation de l’ennemi est simplement dans l’ordre des représailles humaines. C’était aussi la coutume d’Adoni-Bézek (v. 7), d’humilier ainsi son ennemi tout en le gardant à sa cour, car sa présence rehaussait la gloire du vainqueur. De pareils faits se reproduisent dans l’histoire de l’Église. Que de fois elle a fait montre de ses victoires passées pour s’exalter à ses propres yeux et se faire valoir aux yeux des autres ! L’ennemi humilié a souvent une conscience plus accessible que le peuple de Dieu prospère. Frappé par Juda, Adoni-Bézek reconnaît avoir mal agi envers les rois vaincus, et se courbe sous le jugement de Dieu.
«Et Juda s’en alla contre le Cananéen qui habitait à Hébron (or le nom de Hébron était auparavant Kiriath-Arba), et ils frappèrent Shéshaï, et Akhiman, et Thalmaï. Et de là, il s’en alla contre les habitants de Debir ; or le nom de Debir était auparavant Kiriath-Sépher» (v. 10-11). Josué 15: 14-15, rapporte à Caleb ce que notre chapitre attribue à Juda. C’est que, dans cette occasion, Caleb, par son énergie, sa persévérance et sa foi, imprima son cachet à toute sa tribu. Tel n’était pas le caractère des premiers jours de l’Église, où tous n’étaient qu’un coeur et qu’une âme et marchaient avec une même foi vers le but. La prépondérance de la foi individuelle ressortira d’une manière bien plus évidente au cours de l’histoire des juges, suscités pour délivrer Israël ; nous la retrouvons dans les réveils que Dieu produit de nos jours. Humiliante pour l’ensemble, elle est encourageante pour l’individu. Quel honneur pour Caleb, que Juda ait remporté la victoire ! N’oublions pas d’autre part, que chacun de nous peut aussi contribuer à donner un cachet de faiblesse à l’ensemble du peuple de Dieu. Ah ! qu’il y ait aujourd’hui beaucoup de Caleb au milieu de l’Église infidèle !
L’histoire de cet homme de Dieu nous offre un autre encouragement. La fidélité individuelle fait souche et éperonne toujours, même aux plus mauvais temps de l’Église, l’énergie spirituelle chez d’autres. Othniel, témoin de la foi de Caleb, est poussé à agir de même. Il fait sous lui ses premières armes, et s’acquiert un bon degré, car il devient le premier juge d’Israël. Mais il ne lui suffit pas d’être de la famille de Caleb ; il combat pour la jouissance d’une relation nouvelle, celle de l’époux avec son épouse, et reçoit Acsa pour femme. Le chap. 15 de Josué nous raconte ce fait dans les mêmes termes, car aux temps du déclin, comme aux jours les plus prospères de l’Église, la foi individuelle jouit des mêmes privilèges, aussi complets, aussi étendus dans un cas que dans l’autre. L’Église a été infidèle et a perdu le sentiment de sa relation avec Celui qui, par sa victoire, l’avait acquise pour lui-même, mais cette relation peut être connue et goûtée aujourd’hui dans sa plénitude par chaque fidèle.
Cette union apporte à Othniel une possession personnelle dans l’héritage de celui dont il est devenu le fils. Othniel a désormais un domaine à lui. Notre part ressemble à la sienne ; nous réalisons notre position céleste, lorsque nous avons pris position vis-à-vis du monde et que nos coeurs sont attachés à la personne de Christ. Toutefois ce précieux domaine ne suffit pas à Acsa. Le champ du midi serait pour elle un champ stérile, si son père ne lui donnait les fontaines qui le fructifient. Acsa obtient les sources d’en haut et celles d’en bas, comme en d’autres circonstances le fidèle, traversant la vallée de Baca, d’une part la réduit en fontaines et voit de l’autre les sources du ciel la combler de bénédictions. Acsa est une femme avide, mais avide des bénédictions de Canaan. C’est une condition affreuse que celle d’un chrétien avide du monde, mais Dieu approuve et scelle de tout son plaisir un chrétien avide du ciel. Il répond à cette avidité par des sources abondantes, par des bénédictions spirituelles qui découlent sur nous et qui coulent de nous ; il répond à l’avidité du monde par des châtiments, comme celui qui tomba sur Hacan quand il convoita l’interdit.
Le v. 16, qui clôt cette première division du livre, nous parle des «fils du Kénien, beau-père de Moïse». L’histoire de cette famille sortie de Madian et alliée de Moise, est pleine d’intérêt. Lorsque Jéthro, après avoir visité Israël au désert, s’en fut retourné dans son pays (Ex. 18: 27), Moïse demanda à son fils Hobab de «servir d’yeux» au peuple d’Israël, pour le conduire dans les campements du désert (Nomb. 10: 29-32), et, malgré son refus, ses fils firent comme Caleb, et suivirent fidèlement les marches du peuple de Dieu (Jug, 4: 11 ; 1 Sam. 15: 6). Semblables à Rahab, ces enfants d’un étranger d’entre les nations, montèrent de Jéricho, la ville des palmiers (1: 16 ; cf. Deut. 34: 3), pour être associés au sort d’Israël. Ils firent comme Ruth, en s’attachant à Juda pour ne plus le quitter. Comme Othniel, ils s’allièrent à la famille de Caleb, et dans cette famille ils eurent plus spécialement pour chef le fidèle Jahbets, le fils de douleur, qui fit des demandes intelligentes au Dieu d’Israël, et à qui l’Éternel accorda ce qu’il avait demandé. (1 Chron. 2: 50-55 ; 4: 9-10). C’est des Kéniens que descendirent les Récabites (1 Chr. 3: 55 ; 2 Rois 10: 15 ; Jér. 35), et quand la Parole clôt leur histoire, elle les loue comme de vrais Nazaréens au milieu de la ruine d’Israël. Mais, hélas ! ce résidu fidèle, sorti d’entre les nations, joue aussi son rôle dans le livre du déclin. Nous le constaterons au chap. 4, par l’exemple d’Héber, le Kénien. Je ne puis me défendre d’appliquer cette histoire des Kéniens à l’Église sortie d’entre les nations. Elle aussi a perdu son témoignage, mais, comme les fils de Récab parmi les Israélites, un résidu fidèle au milieu de la ruine peut marcher jusqu’au bout dans une sainte séparation du mal, en obéissant à la parole que son Chef lui a transmise.
Les versets que nous avons passés en revue signalent quelques rares symptômes de décadence au milieu d’un état encore florissant du peuple ; ici nous voyons en quoi le déclin proprement dit consiste. Le déclin diffère de la ruine ; cette dernière est la pleine maturité du déclin, telle que le chap. 2 nous la présente. L’une et l’autre reparaissent dans l’histoire de l’Église ; il suffit, pour s’en convaincre, de lire les sept épîtres de l’Apocalypse. Éphèse abandonnant son premier amour, c’est le déclin ; la ruine, c’est Laodicée, obligeant le Seigneur à la vomir de sa bouche.
En quoi donc consiste le déclin ? Un mot, un seul mot le caractérise : la mondanité. Ce mot signifie la communauté de coeur, de principes ou de marche avec le monde. Pour découvrir l’origine de la décadence, il faut toujours remonter là. Certes ce «garde à vous» est intelligible. Qu’il serait facile à éviter, ce piège, si le coeur des enfants de Dieu était intègre devant Lui ! Mais Israël, au lieu de déposséder les Cananéens, les craint, les supporte, s’établit avec eux ; l’Église, vue dans son ensemble, s’allie avec le monde. Nous verrons plus tard les résultats désastreux de cette alliance ; pour le moment, la parole de Dieu se borne à établir cette vérité, qu’Israël ne se sépara pas des nations en Canaan.
Un second principe ressort de notre passage. Le déclin est un fait graduel. D’une étape à l’autre, Israël en descend la pente jusqu’au moment solennel où l’ange du Seigneur quitte sans retour Guilgal pour Bokim. Ce qui est vrai d’Israël l’est aussi de l’Église (Apoc. 2-3), l’est encore des individus. Un chrétien, après avoir marché dans la puissance du Saint Esprit, s’il donne au monde une petite place dans son coeur, sera peu à peu envahi, subjugué par cet ennemi qu’il a cessé de combattre, et finira peut-être sa carrière dans l’humiliation cuisante de la défaite.
Les chap. 19-21 de notre livre, sont la narration d’événements qui précèdent historiquement le premier chapitre. Nous reviendrons à l’occasion sur ce détail, mais je le mentionne ici pour faire ressortir un troisième principe, en apparence contradictoire du second, c’est que l’état moral du peuple était dès l’origine entièrement perdu, avant que Dieu l’eût livré à ses ennemis. De même, dans l’histoire de l’Église, à peine le dernier apôtre eut-il quitté la scène, qu’un abîme effrayant se creusa entre les principes de l’Assemblée primitive et ceux des temps immédiats qui suivirent. Les chrétiens perdirent subitement jusqu’aux notions élémentaires du salut par grâce, de l’oeuvre de la croix, de la justification par la foi (*).
(*) Voyez à ce sujet l’important traité: Christianisme et non Chrétienté, par J. N. D.
Ces deux principes, le déclin graduel et la déchéance subite, ont pour nous une grande portée pratique. Le premier nous met en garde contre la moindre tendance mondaine : le second nous montre que, ne pouvant rien fonder sur nous-mêmes et sur le vieil homme perdu, nous n’avons qu’à le tenir pour mort sur la croix, où le jugement de Dieu l’a placé en Christ, afin que nous dépendions entièrement de Dieu et de sa grâce.
Entrons maintenant dans le détail de notre passage.
«Juda s’en alla avec Siméon, son frère, et ils frappèrent le Cananéen qui habitait à Tsephath, et détruisirent entièrement la ville ; et on appela la ville du nom de Horma», qui signifie: «entière destruction». Ce fait est remarquable et rappelle le livre de Josué. Juda rejette toute alliance, toute communion avec le Cananéen. Les villes fortes des Philistins sont conquises. «Et l’Éternel fut avec Juda». Mais pourquoi ce dernier ne prit-il possession que de la montagne ? Pourquoi ne pas déposséder les habitants de la vallée ? Hélas ! il craint leurs «chars de fer». En apparence, défiant de ses forces, Juda s’était allié avec Siméon, et c’était, nous l’avons vu, se défier de Dieu en une mesure. La crainte de la puissance du monde suit le manque de confiance en la puissance de Dieu. N’avaient-ils pas jadis, en un jour de victoire, brûlé au feu les chars de Jabin ? (Jos. 11 :4, 6, 9). Dieu n’avait-il pas promis à la maison de Joseph, qu’elle déposséderait le Cananéen, quoiqu’il eût des chars de fer et qu’il fût fort ? (Jos. 17 :18). Qu’était-ce donc pour l’Éternel que des chars de fer ? Lorsque notre confiance en Lui et en ses promesses est ébranlée, nous disons comme les espions envoyés par Moïse pour reconnaître le pays : «Nous y avons vu les géants, fils d’Anak ... ; et nous étions à nos yeux comme des sauterelles, et nous étions de même à leurs yeux» (Nomb. 13: 34).
Quel contraste chez Caleb ! (v. 20). Ce dernier dépossède l’ennemi, et même les trois fils d’Anak, de tout son héritage. En un temps de déclin, la foi individuelle peut réaliser ce dont l’action collective est incapable.
Au v. 21, les fils de Benjamin ne dépossèdent pas le Jébusien, habitant de Jérusalem. Juda, en des jours prospères (v. 8), avait frappé cette ville au tranchant de l’épée et l’avait livrée au feu. Mais les troupes de l’ennemi vaincu sont habiles à se reformer et ne se tiennent jamais pour battues. Le relâchement d’Israël leur offre une occasion favorable, et c’est ainsi que «le Jébusien a habité avec les fils de Benjamin à Jérusalem jusqu’à ce jour».
L’histoire de la maison de Joseph (v. 22-26), rappelle celle de Rahab, au chap. 2 de Josué, mais avec une différence capitale : l’oeuvre de foi est absente. L’acte de l’homme de Luz, livrant sa ville aux fils d’Israël, est d’un traître, non d’un croyant. Joseph l’amorce en lui promettant la vie sauve. Aussi retourne-t-il au monde, après sa délivrance, au lieu de s’associer, comme Rahab, au peuple de Dieu, et rebâtit-il, dans le pays des Héthiens, ce Luz que l’Éternel venait de détruire.
Nombreuses, hélas ! sont les villes que Manassé ne dépossède pas. Remarquons ce mot : «Le Cananéen voulut habiter dans ce pays-là». Pour le croyant affaibli, la volonté du monde a plus de force que la parole et les promesses de Dieu. Lorsque Israël «fut devenu fort», il rendit, à la vérité, le Cananéen tributaire, mais c’était le dominer, non pas le déposséder. La chrétienté, devenue puissante et riche, fit de même envers le paganisme. Il pouvait convenir aux voies providentielles de Dieu envers le monde qu’il en fût ainsi, mais la foi n’y était pour rien.
Éphraïm et Zabulon laissent le Cananéen s’établir au milieu d’eux (v. 29, 30). Désormais, le monde fait partie du peuple de Dieu. Aser et Nephthali (v. 31-33), font un pas de plus ; ils habitent au milieu des Cananéens. Israël est submergé par eux.
Un trait encore, et le tableau sera complet : «Les Amoréens repoussèrent dans la montagne les fils de Dan, car ils ne leur permirent pas de descendre dans la vallée» (v. 34). Le monde obtient enfin ce qu’il cherchait ; il dépouille les enfants de Dieu de leur héritage. Satan a toujours pour but de nous priver des biens qui font notre joie et notre force, et n’y réussit que trop.
Souvenons-nous de cette gradation dans le déclin. Pauvre Israël ! nous le verrons bientôt abandonnant le Dieu qui l’avait tiré du pays d’Égypte, se prosterner devant les faux dieux, et, comme conséquence de son idolâtrie, opprimé et mis au pillage par ses ennemis.
Mes frères ! nous appartenons tous à la période du déclin. Il est trop tard pour le retour collectif de l’Église ; remontons, du moins, individuellement ce chemin glissant. Prenons garde au monde ; défions-nous de ses appâts les plus inoffensifs. Soyons, en ces temps de la fin, des fidèles à qui le Seigneur peut dire : «J’entrerai chez lui et je souperai avec lui, et lui avec moi» (Apoc. 3: 20). Distinguons-nous par une sainte séparation du monde et une communion grandissante avec le Seigneur jusqu’au bout de notre carrière.
Un fait caractérisait le déclin : Israël n’était pas resté séparé du monde. Or ce fait même dénotait qu’il n’avait plus de force pour se débarrasser de l’ennemi. Pourquoi donc une telle absence de force ? Les versets que nous venons de lire, répondent à cette question. «Et l’Ange de l’Éternel monta de Guilgal à Bokim» (v. 1). Le livre de Josué, ce registre des victoires d’Israël, est caractérisé par Guilgal, endroit merveilleusement béni, où le peuple trouvait le secret de sa force. C’était le lieu de la circoncision, c’est-à-dire, en type, du dépouillement de la chair. Il nous est dit : «En qui aussi vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’a pas été faite de main, dans le dépouillement du corps de la chair, par la circoncision du Christ». À la croix de Christ, dans sa mort, le croyant a trouvé la condamnation absolue et la fin de la chair. À Guilgal, l’Éternel avait roulé l’opprobre d’Égypte de dessus son peuple. Délivré (en figure) de la domination de la chair qui le rattachait au monde, à l’Égypte, il pouvait enfin appartenir à Dieu seul. Ce grand fait de la circoncision est un privilège du chrétien. Mais il fallait constamment revenir à Guilgal ; la mortification de la chair, opérée en Christ, doit être réalisée par le croyant. Il nous faut appliquer cette mort de Christ à nos membres dans notre marche journalière, et n’épargner aucun des fruits qui croissent sur l’arbre de la chair. (Col. 3: 5). Le secret de notre force spirituelle se trouve dans le jugement ininterrompu de ce que nous sommes et de ce que nous produisons par nature. C’est ce qui explique les victoires du livre de Josué ; les Israélites retournent toujours à Guilgal, sauf en un seul cas (Jos. 7: 2), où ils subissent une défaite.
Or Guilgal avait été négligé, oublié même depuis les jours de Josué. C’est ainsi que, par le manque de jugement journalier d’eux-mêmes, les coeurs se mondanisent. L’ange de l’Éternel, représentant la puissance divine au milieu du peuple, y était resté seul et, pour ainsi dire, sans emploi, attendant qu’Israël revînt à lui ; il avait attendu longtemps ; Israël n’était point revenu. Il ne restait à l’ange qu’à quitter ce lieu béni pour monter à Bokim, le lieu des pleurs. Qu’étaient-ils devenus ces jours de force et de joie, où Jéricho tombait au son des trompettes de Dieu ? Et les jours de Gabaon et ceux de Hatsor ? Évanouis à jamais ! Les bénédictions fondées sur Guilgal, ne pouvaient renaître pour Israël ; la puissance de l’Éternel n’était plus à la disposition du peuple, envisagé comme un tout. Ils étaient loin, ces temps heureux où Israël montait volontairement à Guilgal, en type jugeant la chair, afin de ne pas pécher et de vaincre ; loin même, le jour humiliant, mais béni, d’Hacor, où le peuple jugea son péché pour y mettre fin, et fut restauré. À Bokim, Israël pleure, obligé de porter le châtiment et son irrémédiable conséquence ; la restauration actuelle n’est plus possible ; Dieu ne rétablit pas ce que l’homme a ruiné. L’Église a suivi le même chemin. Sa ruine durera jusqu’au bout de son histoire, comme corps responsable, comme Église visible ici-bas. Elle aussi, devenue infidèle, a fini par s’établir au milieu du monde et n’est plus qu’un mélange corrompu de toute sorte d’iniquités qui durera jusqu’à la fin. Dieu la compare à une grande maison contenant des vases à honneur et d’autres à déshonneur. Et toutefois le moment viendra où, l’histoire de la responsabilité de l’homme étant close, le Seigneur se présentera son Église, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, parée d’une éternelle jeunesse. En ce temps, il sera dit d’elle comme de Jacob, non pas : Qu’est-ce que l’homme a fait, mais : «Qu’est-ce que Dieu a fait ?» (Nomb. 23: 23).
Ce n’est pas un sentiment d’humiliation qui remplit, à Bokim, le coeur de ce pauvre peuple ; il est là, versant des larmes à l’annonce du jugement et ne trouvant pas d’issue, car il n’y en a pas. Nous rencontrons dans le courant du livre des temps de délivrances partielles et même un commencement d’humiliation véritable (10: 15-16). Mais la restauration d’Israël est réservée à un jour futur. On en a comme un avant-goût sous Samuel juge et prophète, type du Christ, vrai prophète et vrai juge. C’est comme l’aurore d’un temps nouveau, image d’une aurore future où Israël retrouvera par l’humiliation sa place de bénédiction comme peuple de Dieu. Samuel convoque le peuple à Mitspa (1 Sam. 7). Mitspa est le lieu de l’humiliation et non pas seulement le lieu des pleurs. Là, «ils puisèrent de l’eau et la répandirent devant l’Éternel, et jeûnèrent ce jour-là, et dirent : Nous avons péché contre l’Éternel». Là, ils abandonnèrent leurs faux dieux, et ce fut le premier début d’une ère de bénédictions qui brilla de tout son éclat sous les règnes de David et de Salomon.
Bokim caractérise le livre des Juges, comme Guilgal le livre de Josué. Le lieu des pleurs caractérise aussi la période actuelle de l’histoire de l’Église. Il n’est plus question pour elle de retourner en arrière ; l’édifice est ruiné ; le recrépir ne fait qu’orner sa ruine, chose plus fatale que la ruine elle-même.
Il n’est plus question de retrouver la force perdue ; l’ange de l’Éternel est monté de Guilgal à Bokim. Le Seigneur hait les prétentions à la force en un jour tel que le nôtre ; l’activité de l’homme et de la chair que l’on voit s’étaler de tous côtés, n’a rien à faire avec la puissance de l’Esprit. Ceux qui crient bien haut : La puissance de Dieu avec nous, me font penser aux foules qui entouraient Simon, le magicien, disant . «Celui-ci est la puissance de Dieu, appelée la grande» (Actes 8: 10), et à Laodicée qui dit : «Je suis riche», et qui ne connaît pas qu’elle est malheureuse, et misérable, et pauvre, et aveugle, et nue. Cependant, ne l’oublions pas, si l’Église, comme témoin collectif, a manqué, le Seigneur conserve un témoignage à Christ au milieu de la ruine. Ce témoignage reconnaît la déchéance et pleure sur elle en la présence de Dieu. Nous trouvons quelque chose de semblable en Ézéch. 9: 4. Les hommes de Jérusalem qui gémissent et soupirent, sont marqués au front par l’ange de l’Éternel ; ils sont un peuple humilié, comme en Malachie 3 (v. 13-18). On trouve deux partis dans ce chapitre de Malachie : ceux qui disent (v. 14) : «Quel profit y a-t-il à ce... que nous marchions dans le deuil devant l’Éternel des armées ?» et les fidèles, un résidu faible et abaissé, qui vont se parlant l’un à l’autre, reconnaissant la ruine, mais attendant le Messie qui seul peut leur apporter la délivrance. Ceux-là ne disent pas : «Quel profit y a-t-il ?» Leur abaissement est profitable, car il les fait regarder vers Celui qui «de la poussière fait lever le misérable, de dessus le fumier élève le pauvre, pour les faire asseoir avec les nobles». (1 Sam. 2: 8). Croyants, prenons cette place, nous aussi ; ne soyons point indifférents à l’état de l’Église de Dieu dans ce monde ; pleurons, car nous y avons tous contribué. Contentons-nous, comme Philadelphie, d’avoir peu de force, et nous entendrons le Seigneur nous dire de sa voix consolante: Moi, j’ai la clef de David, la puissance est à moi, ne crains pas ; je la mets tout entière à ton service !
Aux v. 1-3, l’ange de l’Éternel parle au peuple. Dieu avait-il manqué à son alliance ? N’avait-il pas accompli tout ce dont sa bouche avait parlé ? C’était Israël qui avait rompu l’alliance. «Pourquoi avez-vous fait cela ?» Comme cette question cherche la conscience et la sonde ! Pourquoi ? Parce que j’ai préféré le monde et ses convoitises à la puissance de l’Esprit de Dieu, les idoles, au regard ineffable de la face de l’Éternel ! Qu’était-ce donc que le coeur naturel de ce peuple, qu’est-ce que le nôtre ? Israël pleure, et il sacrifie (v. 5). Combien touchante est la grâce qui pourvoit au culte au milieu de la ruine ! Le lieu des pleurs est un endroit de sacrifice, et Dieu accepte les oblations faites à Bokim.
Les v. 6 à 9 du chap. 2 sont la répétition de Josué 24: 26-31, et rattachent immédiatement l’histoire du déclin à celle du peuple avant sa chute. Il y eut encore des anciens après Josué pour aider et encourager le peuple, comme il y eut des apôtres pour l’Église. Mais, du temps des apôtres comme aux jours des anciens, les principes destructeurs de l’assemblée étaient déjà à l’oeuvre. Le judaïsme, la mondanité, la corruption, autant de choses auxquelles Paul s’opposait par la puissance de l’Esprit de Dieu, mais avec la certitude qu’après son départ entreraient des loups dévorants qui n’épargneraient pas le troupeau. La fin du chap. 1° nous a montré le déclin d’Israël dans ses rapports avec le monde, les versets que nous venons de lire nous présentent sa ruine dans ses rapports avec Dieu. Ce passage nous donne un résumé de tout le livre des Juges. La mondanité et l’idolâtrie se suivent. Dans la mesure où nos coeurs se portent vers le monde, ils se détournent de Dieu ; de là, à abandonner l’Éternel et à le remplacer par des idoles, il n’y a qu’un pas. Cela se rencontre aussi dans la vie individuelle des chrétiens. Ce n’est pas sans dessein que l’Esprit nous adresse l’exhortation solennelle : «Enfants, gardez-vous des idoles» (1 Jean 5: 21). Quand nous nous associons au monde, les objets qu’il adore viennent s’établir en maîtres dans nos coeurs et y prendre la place de Christ.
Deux choses dénotent l’abaissement de la génération qui suivit Josué. Elle «ne connaissait pas l’Éternel, ni l’oeuvre qu’il avait faite pour Israël» (v. 10). La connaissance personnelle de Christ, et celle de la valeur de son oeuvre faisant défaut, l’écluse est ouverte au débordement du mal. C’est ce qui arriva à Israël : «Ils abandonnèrent l’Éternel, et servirent Baal et Ashtaroth» (v. 13). Alors la colère de l’Éternel s’embrasa contre le peuple ; il les livra aux ennemis du dehors qui les pillèrent (2: 14), et laissa l’ennemi du dedans à leurs côtés (3: 3). L’ennemi dans la maison de Dieu, c’est le symptôme caractéristique des derniers temps. Les nations, dont le chap. 1er de l’épître aux Romains décrit le terrible état moral, sont de nos jours établies avec tous leurs principes de corruption (2 Tim. 3: 1-5), au milieu de cet édifice, si beau jadis, quand il sortait des mains du divin architecte, mais confié par lui aux mains humaines, et qui contint dès lors au milieu de matériaux propres à être brûlés, le triste mélange des vases à honneur et à déshonneur.
En cela consiste le jugement de Dieu sur sa maison, qu’il y laisse subsister ces choses. Combien les chrétiens s’en rendent peu compte ! Mais le Dieu qui juge est aussi le Dieu qui a pitié (v. 18). Israël gémit sous l’oppresseur ; alors l’Éternel arrête ses yeux sur ce peuple, en faveur duquel il avait fait de si grandes choses, et lui suscite des libérateurs. Telle est l’histoire que nous allons voir se dérouler dans le livre des Juges. Le résumé nous en est ici donné d’avance. Il y a des réveils, puis un moment de repos et de bénédiction. Les chaînes rompues pour un temps, l’ennemi réduit au silence, Dieu laisse le peuple à lui-même ; alors il retombe dans l’idolâtrie comme auparavant. «Ils n’abandonnaient rien de leurs actions et de leur voie obstinée» (v. 19).
Que restait-il à faire encore ? Une chose digne de Dieu ! Dans sa grâce, il se sert de l’infidélité et de ses conséquences pour bénir son peuple. En laissant subsister les nations, Dieu n’a pas seulement en vue le châtiment ; il veut aussi «éprouver par elles Israël, s’ils garderont la voie de l’Éternel pour y marcher, comme leurs pères l’ont gardée» (2: 22) ; en un mot, s’ils se sépareront du mal. De même, dans la 2° épître à Timothée, Dieu se sert du mélange des vases à honneur et à déshonneur pour éprouver les coeurs des fidèles et les bénir. «Si donc quelqu’un se purifie de ceux-ci, il sera un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne oeuvre». (2 Tim. 2: 21). Quelle heureuse description des caractères d’un fidèle en des temps fâcheux ! C’est que, même au plus fort de la ruine, Dieu nous montre un chemin qui le glorifie autant qu’aux plus beaux jours de l’Église.
En laissant subsister ces nations pour éprouver Israël, l’Éternel avait encore un autre but (3: 4): «Pour savoir», dit-il, «s’ils écouteraient les commandements de l’Éternel, qu’il avait commandés à leurs pères par Moïse». La bénédiction que Dieu avait en vue était de ramener le coeur d’Israël à cette Parole qu’il avait donnée au commencement et qui était leur seule sauvegarde. Il en est de même aujourd’hui. «Mais toi», dit l’apôtre à Timothée, dans l’épître du déclin, «demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu, sachant de qui tu les as apprises, et que, dès l’enfance, tu connais les saintes lettres, qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus» (2 Tim. 3: 14-15). L’état de la chrétienté nous a-t-il poussés à prendre ici-bas une position de séparation pour Dieu et à nous tenir collés à sa Parole ? À moins que nous ne possédions ces caractères, nous ne pouvons être le témoignage de Dieu pour un temps de ruine. Les fidèles de Philadelphie étaient marqués de ce sceau, car Celui qui leur parle est lui-même le saint et le véritable, et eux, marchant dans sa communion, avaient gardé sa Parole et n’avaient pas renié son nom. Ce sont aussi les caractères des futurs enfants du royaume. Au Ps. 1er, ils se séparent des voies des méchants et ont leur plaisir en la loi de l’Éternel, méditant dans sa loi jour et nuit.
Il était un troisième but, que la grâce avait en vue en laissant subsister les ennemis au milieu d’Israël : «Afin que les générations des fils d’Israël connussent, en l’apprenant, ce que c’est que la guerre» (v. 2). Quand on se laisse abattre par l’état de l’Église et le mal qui y domine, il semble parfois que le combat n’ait plus de raison d’être, et que notre rôle soit exclusivement celui des 7000 hommes cachés, qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal. C’est une grave erreur. En un temps de ruine, il y a des Élie ; la lutte est plus que jamais nécessaire. Le combat chrétien n’est pas, il est vrai, contre le sang et la chair, comme celui d’Israël, mais contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes. Ce pouvoir satanique est toujours à l’oeuvre pour nous empêcher de prendre possession des choses célestes, et pour réduire le peuple de Dieu en esclavage. Notre lutte sera donc soit une guerre de conquête, soit une guerre de délivrance. Le livre de Josué, comme l’épître aux Éphésiens, nous présente le combat qui doit nous mettre en possession de nos privilèges ; le livre des Juges, comme la 2° épître à Timothée, a plus spécialement en vue le combat pour la délivrance du peuple de Dieu. «Prends ta part des souffrances comme un bon soldat de Jésus Christ», dit l’apôtre à son fidèle disciple (2 Tim. 2: 3). «Endure les souffrances, fais l’oeuvre d’un évangéliste», dit-il plus loin, et il ajoute : «J’ai combattu le bon combat» (2 Tim. 4: 5, 7).
Quelle bonté de Dieu, dans ce temps d’affaissement général, d’avoir laissé subsister l’ennemi, afin que nous apprenions ce que c’est que la guerre. Le combat chrétien ne cessera jamais ici-bas, mais le Seigneur dit : Aie confiance en moi, j’ai mis devant toi une porte ouverte et j’ai des récompenses pour celui qui vaincra. Que Dieu nous donne d’avoir à coeur la délivrance de son peuple, soit pour atteindre des âmes par l’Évangile, soit pour les affranchir en les délivrant de leurs liens au moyen de l’épée à deux tranchants de l’Éternel.
Nous l’avons vu, il est très important de comprendre que, l’Église ayant été infidèle à l’appel de Dieu, la possibilité d’une restauration d’ensemble n’existe pas pour elle ici-bas. Les réveils mêmes que Dieu produit, faussent parfois, à cet égard, les pensées des chrétiens, surtout quand ils appartiennent à l’une de ces restaurations partielles créées par l’Esprit de Dieu. Des regards bornés, un coeur souvent étroit, habitués à n’embrasser et à n’aimer de l’Église que ce qui nous concerne immédiatement — un esprit sectaire qui nous fait appeler Église les misérables systèmes que les hommes ont substitués à l’édifice de Dieu, sont autant de raisons qui nous empêchent de nous rendre compte de l’état réel de l’Assemblée dans ce monde. Or pour tout chrétien habitué à dépendre de la parole de Dieu, c’est un fait indiscutable que nos jours sont des jours mauvais, dans lesquels le mystère d’iniquité agit déjà, car il y a déjà plusieurs antichrists, et l’apostasie finale se prépare. Mais un autre fait tout aussi absolu, c’est que Dieu est fidèle et qu’il ne se laissera jamais sans témoignage. Il se sert même du mal, comme nous l’avons vu au chap. 2, pour apporter aux siens des bénédictions nouvelles. N’est-il pas toujours le Dieu qui employa Satan comme un instrument, pour amener Job dans la lumière de sa présence ?
De même, dans ce livre des Juges, Dieu emploie l’oppression méritée de l’ennemi pour produire des réveils en Israël. Un mot les introduit tous : «Ils crièrent à l’Éternel». La chrétienté de nos jours discute sur les «moyens à employer pour produire des réveils». Il n’en existe qu’un seul : — le sentiment de la misère du monde, du pécheur ou de l’Église, qui porte l’âme travaillée à s’adresser à Dieu. «Et ils crièrent à l’Éternel». Alors l’Éternel leur envoie des libérateurs. Du chap. 3° au 16°, le livre des Juges va nous présenter ces réveils et leurs divers caractères.
Commençons par une remarque générale. En des temps d’abaissement moral, Dieu agit par des instruments qui, tous, ont quelque chose d’incomplet et portent le cachet de la faiblesse : Othniel descend d’un cadet de famille ; il est «fils de Kenaz, frère puîné de Caleb» ; Éhud est faible par son infirmité, Shamgar par l’instrument qu’il emploie, Debora par son sexe, Barak par son caractère naturel, Gédéon par ses relations, Jephthé par sa naissance. D’autres juges, cités en passant, sont riches, influents ou prospères (10: 1-4 ; 12: 8-15). Ceux-là, Dieu les emploie, sans doute, mais moins en délivrance que pour maintenir les résultats obtenus. — Nous ne sommes plus au temps de Josué ni des apôtres, au temps d’une force développée dans l’homme, qui empêchait l’infirmité de la chair de se produire, et cependant l’infirmité même des témoins actuels, marque de la période que nous traversons, glorifie encore la puissance de Celui qui les emploie.
Nous avons déjà parlé d’Othniel ; le chap. 1er contenait l’histoire de sa vie privée et domestique. C’était ainsi que Dieu l’avait formé pour devenir le premier juge d’Israël. Après avoir combattu en vue d’acquérir une épouse, il était entré en possession d’un héritage individuel et des sources qui le fructifient. Ici, Dieu l’emploie à combattre pour les autres. Il en est toujours ainsi. Le chrétien, pour devenir un instrument public, doit avoir fait des progrès individuels dans la connaissance du Seigneur et dans la puissance de ses privilèges. Au peu d’ampleur et d’étendue de notre service, il n’y a généralement pas d’autre raison ; nos coeurs ne sont pas assez occupés des choses célestes. Les richesses morales qu’Othniel a acquises en son particulier, se manifestent bientôt dans sa marche. Ce court verset (v. 10) mentionne de lui six choses : l° L’Esprit de l’Éternel, la puissance de Dieu pour délivrer Israël, fut sur lui. 2° Il jugea Israël : le gouvernement lui fut confié. 3° Il sortit pour la guerre : voilà le combat. 4° L’Éternel livra en sa main Cushan-Rishhathaïm, roi d’Aram: c’est la victoire. 5° Sa main fut forte contre Cushan-Rishhathaïm : l’ennemi est définitivement subjugué. 6° Le pays fut en repos quarante ans : Israël jouit en paix des fruits de la victoire d’Othniel. — Le but de Dieu est atteint ; cet homme qui n’était que de la liguée indirecte du noble Caleb, fut un instrument complet, préparé d’avance pour ce service et qui, mis à l’essai, se montra d’un métal éprouvé dans la main du divin ouvrier.
Demandons à Dieu des Othniel pour le temps où nous vivons, mais plutôt soyons nous-mêmes des Othniel, par une consécration véritable au Seigneur dans notre vie privée, par un désir croissant de nous approprier les choses célestes, par la réalisation de ces choses, et nous serons des instruments bien utiles au Maître et préparés pour toute bonne oeuvre.
Othniel meurt ; Israël retourne au mal et oublie l’Éternel. Le Dieu qui avait fortifié Othniel contre l’ennemi, fortifie maintenant Églon, roi de Moab, en jugement contre Israël. Églon et ses alliés s’emparent de la ville des palmiers (cf. 1: 16 ; Deut. 34: 3), de Jéricho, non pas sous les traits de la ville maudite, mais dans son caractère de bénédiction pour Israël. De son côté, Israël déchu se sert de l’instrument libérateur que Dieu allait employer, pour envoyer par lui un présent à Églon, scellant ainsi son asservissement au monde, qu’il cherche à se rendre propice. Combien de dons qui, de nos jours, sont des instruments dociles pour garder les enfants de Dieu sous la domination du monde ! Mais Éhud est fidèle ; il se fait faire une épée à deux tranchants. C’est son premier acte et sa seule ressource. Il en est de même du chrétien en un temps de ruine ; son épée à deux tranchants, sa première, sa seule arme offensive, est la parole de Dieu (Hébr. 4: 12 ; Apoc. 1: 16 ; 19: 15 ; Éph. 6: 17). Cette épée était longue d’une petite coudée ; oui, l’arme d’Éhud était courte, mais proportionnée à son office. C’était une épée éprouvée pour pénétrer dans les entrailles de l’ennemi de Dieu et lui donner la mort.
Avant d’employer son arme, Éhud la ceint «par-dessous ses vêtements sur la hanche droite». Il la porte sur lui jusqu’au moment de s’en servir, et, tout en la sentant avec lui, ne la met pas en vue. On porte souvent la Parole au-dehors et on la cite beaucoup, sans s’en servir. Or la Parole a un but. Éhud infirme commence par adapter son épée à son infirmité : il la porte du côté droit. S’il la portait comme tout le monde, elle ne lui servirait de rien. Son arme doit répondre tout d’abord à son état personnel. On ne peut s’en servir en imitant les autres, pas plus que David ne pouvait se servir de l’épée de Saül. Ce qu’il fallait à David, c’était la fronde et le caillou, instruments familiers au berger.
Après avoir offert le présent à Églon, Éhud s’en revient des images taillées près de Guilgal. Il avait, comme il le dit, «une parole secrète» pour le roi. Il ne remporte pas une victoire publique, comme tant d’autres ; ici, c’est un combat secret entre le libérateur et l’ennemi, un combat solitaire, mais dont les effets publics ne tardent pas à paraître. Ce fut le cas de celui de Christ avec Satan dans le désert. Ici, tout se passe dans le silence, sans lutte apparente et sans cri ; l’ennemi est trouvé mort par ses serviteurs qui le croyaient en repos. La puissance qui asservissait Israël est anéantie par une victoire sans bruit et sans gloire due à la courte épée d’un homme gaucher. C’était une parole secrète, mais c’était «une parole de Dieu» pour Églon (v. 20). Notre arme est divine, et voilà ce qui fait toute sa force. Comme pour Gédéon, l’épée d’Éhud était l’épée de l’Éternel. Le roi est mort, mais l’arme n’est pas retirée de son ventre. Éhud parti, les serviteurs ont sous les yeux l’instrument de la victoire ; Dieu prouve, à leur confusion, que c’était cette courte épée qui avait abattu par terre l’homme orgueilleux, dont les yeux sortaient à force de graisse.
Il s’agit ensuite pour Éhud de récolter les fruits de la victoire. Il sonne de la trompette dans la montagne d’Éphraïm et rassemble le peuple de Dieu. Ils enlèvent à Moab les gués du Jourdain et ne laissent passer personne. Le peuple revendique son territoire usurpé. Toute communication de l’ennemi avec lui est résolument interrompue, grâce à la vigilance des fils d’Israël. L’usurpateur est chassé et détruit, Moab ne peut plus se rejoindre des deux côtés du Jourdain. Tel doit être le résultat du combat pour le temps actuel. S’il n’a pas pour effet de nous faire rompre ouvertement avec le monde, il reste stérile et ne répond pas à l’intention de Dieu. Plus la séparation est complète, plus la paix est durable. Le pays, nous est-il dit, fut en repos quatre-vingts ans.
Après Éhud, il y eut Shamgar, fils d’Anath, qui remporta une victoire signalée sur les Philistins. Et lui aussi sauva Israël. L’épée d’Éhud était puissante, mais courte ; Shamgar délivre au moyen d’une arme qui ne semble nullement appropriée à cet office, instrument méprisable qui ne peut servir, en apparence, qu’à aiguillonner des êtres sans intelligence ! Sans prétendre découvrir ici des types ou des allégories, tendance qui offre plus d’un danger dans l’enseignement, j’aime à rapprocher l’aiguillon de Shamgar de l’épée d’Éhud. Nous avons une arme, la Parole ; elle est la seule, sous des aspects divers, dont l’homme de foi se serve pour le combat. Pour le monde intelligent et incrédule elle est comme un aiguillon à boeufs, bonne, tout au plus, pour les femmes et les enfants, et les gens sans éducation, car elle est remplie de contes et de contradictions. Eh bien ! sous cette forme qu’on méprise, Dieu l’emploie à gagner la bataille. Quand la foi s’en sert, elle trouve une arme où le monde ne voit que folie, car la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. Oui, sans doute, elle est faite pour les inintelligents et s’applique à leurs besoins et à leur marche, mais ce même aiguillon peut tuer six cents Philistins.
Usons donc de la Parole telle que Dieu nous la confie, mais souvenons-nous qu’elle n’a d’effet qu’entre les mains de la foi, et quand l’âme y a trouvé pour elle-même la communion avec Dieu, la connaissance de Christ, et, avec elle, la bénédiction, la joie et la force.
Jusqu’ici le jugement de Dieu avait livré les Israélites infidèles entre les mains des ennemis du dehors (*) ; une nouvelle infidélité porte pour le peuple des conséquences plus graves encore. Un terrible adversaire, Jabin, roi de Canaan, qui régnait à Hatsor (v. 2), asservit Israël et l’opprime avec neuf cents chars de fer. Au chap. 11 de Josué, nous trouvons un ancêtre de ce Jabin avec des chars de guerre et la même capitale. En ce temps-là, Israël, sous l’action puissante de l’Esprit de Dieu, comprit qu’il ne pouvait y avoir aucun rapport quelconque entre lui et Jabin. Il l’anéantit, après avoir brûlé ses chars au feu et détruit sa capitale. En effet, quelle relation le peuple de Dieu pouvait-il avoir avec le monde politique et militaire, dont le domaine devait être rayé de la carte de Canaan ? Hélas ! tout est changé maintenant ; Israël infidèle est tombé sous le gouvernement du monde. On voit l’ennemi d’autrefois ressuscité de ses cendres, Hatsor réédifié dans les limites de Canaan, l’héritage du peuple devenu le royaume de Jabin ! L’histoire de l’Église nous offre un fait semblable : d’abord, une position d’entière séparation du monde et, par conséquent, nulle pensée de souffrir que ce dernier prît une part dans le gouvernement de l’Assemblée. Un jour, l’état charnel de l’assemblée de Corinthe l’avait conduite sur cette pente. Quelqu’un d’entre eux, lorsqu’il avait une affaire avec un autre, était entré en procès devant les incrédules et non devant les saints (1 Cor. 6). «Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ?» dit l’apôtre ; et, les reprenant, il ajoute : «Je parle pour vous faire honte !» Mais quel chemin l’Église a-t-elle suivi dès lors ? Actuellement, c’est le monde qui la gouverne. «Je sais», dit le Seigneur à Pergame, «où tu habites, là où est le trône de Satan» (Apoc. 2: 13). Même aux jours du grand réveil de la Réformation, on vit les saints recourir aux gouvernements du monde et s’appuyer sur eux. Aujourd’hui, les chrétiens persécutés, au lieu de se réjouir dans les souffrances pour Christ, revendiquent la protection des chefs et des puissants d’ici-bas. Le jugement sur le Hatsor de Josué, n’est plus qu’un souvenir. Israël a servi les dieux des Cananéens, après avoir pris leurs filles pour femmes, et donné ses filles à leurs fils (3: 5-6). Cette alliance a porté ses fruits : Jabin opprime le peuple, forcé, bon gré mal gré, de souffrir son gouvernement.
(*) J’en excepte les Philistins sous Shamgar, le court récit de la fin du chap. 3 n’étant qu’un épisode, comme le prouve le verset 1 de notre chapitre, où l’histoire générale est reprise, non pas à la mort de Shamgar, mais à celle d’Éhud.
Or ce n’est pas le seul caractère du pauvre état d’Israël en ces jours néfastes. Si le gouvernement extérieur du peuple était tombé entre les mains de son ennemi, qu’était devenu le gouvernement intérieur ? Confié aux mains d’une femme ! La parole de Dieu nous enseigne qu’au début, le gouvernement de l’Église fut remis à des anciens établis à cet effet par les apôtres ou leurs délégués, sous la conduite du Saint Esprit. L’ordre de l’assemblée et tout ce qui s’y rapportait tombait à leur charge et à celle des serviteurs. Aujourd’hui, sans parler de la pauvre imitation que les hommes ont faite de cette institution divine, quand l’infidélité de l’Église l’en avait privée, y aurait-il de l’exagération à dire qu’une tendance à placer tout ou partie du gouvernement entre les mains des femmes, semble s’accentuer de plus en plus parmi les sectes de la chrétienté ? Et l’on s’en vante ! Et des chrétiens osent écrire et chercher à prouver qu’il en doit être ainsi, que la chose est selon Dieu et prouve un état florissant de l’Église ! Ils citent Debora à l’appui de leur dire. Voyons ce qu’était Debora.
Debora était une femme remarquable, une femme de foi, ayant le sentiment profond de l’état humiliant du peuple de Dieu. Elle voit une honte pour les conducteurs d’Israël, dans le fait que Dieu confie une position d’activité publique à une femme au milieu du peuple. Elle dit à Barak : J’irai bien avec toi ; seulement ce ne sera pas à ton honneur dans le chemin où tu vas, car l’Éternel vendra Sisera en la main d’une femme» (v. 9).
Mais tout en ayant et en exerçant une autorité de la part de Dieu, à la confusion de ce peuple efféminé par le péché, Debora conserve dans ces circonstances, qui pourraient devenir pour elle un grand piège, la position divinement assignée par la Parole à la femme. Elle ne serait pas une femme de foi sans cela. Ce chapitre nous relate l’histoire de deux femmes de foi, Debora et Jaël. Or chacune garde le caractère donné de Dieu à la femme. Où est-ce que Debora exerce ses fonctions ? La voit-on, comme d’autres juges, parcourir le territoire d’Israël ou se mettre à la tête des armées ? Rien de semblable et ce n’est pas sans raison, me paraît-il, que la Parole nous dit : «Elle habitait sous le palmier de Debora...» «et les fils d’Israël montaient vers elle pour être jugés» (v. 5). Toute prophétesse et juge qu’elle était en Israël, elle ne quitte pas le domaine que Dieu lui assigne. C’est là où elle habite qu’elle fait appeler Barak, au lieu d’aller à lui.
Barak est un homme de Dieu et compté par la Parole parmi les juges d’Israël. «Le temps me manquera si je discours de Gédéon, de Barak et de Samson et de Jephté» (Hébr. 11: 32). Mais Barak est un homme sans caractère, sans énergie morale, sans confiance en Dieu. Ne vous attendez pas à voir, en un temps de ruine, les instruments que Dieu emploie posséder en leurs mains l’ensemble des ressources divines. Ce n’est pas seulement que le nombre des ouvriers est petit, mais combien les dons de l’Esprit sont peu accentués aujourd’hui, comme leur absence même est cruellement ressentie parmi les chrétiens ! Son manque de caractère fait désirer à Barak d’être l’aide de la femme, alors que la femme, selon Gen. 2: 18, était l’aide de l’homme. Il rabaisse le ministère que Dieu lui a confié, et ce qui est pire, il cherche à faire sortir Debora de sa position de dépendance comme femme. «Si tu vas avec moi, j’irai ; mais si tu ne vas pas avec moi, je n’irai pas» (v. 8). «J’irai bien avec toi», répond-elle. Elle peut le faire, sans sortir de sa position scripturaire. En d’autres temps, les saintes femmes allaient avec le Seigneur Jésus, cheminaient avec lui, se faisant ses servantes pour pourvoir à ses besoins. L’acte de Debora était bon, mais le motif de Barak était mauvais, et Debora le reprend sévèrement (v. 9). Quel était au fond le motif de Barak ? Il voulait bien dépendre de Dieu, mais non pas sans appui humain et visible. Le monde chrétien est rempli de telles âmes. La réalisation de la présence de Dieu est si misérable, la connaissance de sa volonté si faible, la marche si peu assurée, que, pour marcher dans le chemin de Dieu, on préfère se confier en cet intermédiaire plutôt que de dépendre uniquement et directement de Dieu. On a des «directeurs de conscience», dont on suit les avis, au lieu d’avoir le Seigneur, son Esprit et sa Parole pour guides. Que devient-on si le conducteur se trompe ? tandis que Dieu, le Seigneur, son Esprit, sa Parole, sont infaillibles ! La fidèle Debora n’engage pas Barak dans ce faux chemin ; Barak porte les conséquences de son manque de foi.
Il monte avec son armée, et Debora avec lui. Héber, un de ces Kéniens dont nous avons parlé au chap. 1, avait trouvé bon de se séparer de sa tribu en ces temps troublés et était allé dresser sa tente ailleurs (v. 11). Or «il y avait paix entre Jabin, roi de Hatsor et la maison de Héber, le Kénien» (v. 17).
L’acte de Héber pouvait-il être un acte de foi ? Je ne le pense pas. Il se séparait du peuple humilié, agissait comme s’il secouait de ses épaules la responsabilité du triste état d’Israël (*). Bien plus, il était en paix avec l’ennemi avoué de son peuple, et il avait fait en sorte de ne pas être inquiété par Jabin. Mais une faible femme demeurait sous la tente de Héber. Celle-là ne voulait pas d’une sécurité achetée à ce prix et ne reconnaissait pas l’alliance avec l’ennemi de sa nation. Son coeur était sans partage avec Israël. Barak remporte la victoire, et Debora, la femme de foi, cette mère en Israël, n’y joue aucun rôle. L’armée de Sisera est défaite ; le chef lui-même, obligé de s’enfuir à pied, arrive à la tente de Jaël, croyant y trouver une demeure hospitalière. Jaël le cache ; il demande à boire de l’eau, elle lui donne du lait, une meilleure boisson. Elle ne le traite pas, dès le début, comme un ennemi et use de grâce envers lui, mais en présence de l’ennemi de son peuple, elle est impitoyable. Son instrument pour délivrer Israël ne vaut pas même celui de Shamgar, car elle n’a d’autres armes que les outils d’une femme qui garde la tente. C’est avec eux qu’elle porte le coup fatal à la tête de l’ennemi. Comme Debora, comme toute femme de foi, Jaël ne s’écarte en rien des limites de son domaine. Elle exerce son ministère vengeur dans l’intérieur de sa demeure avec les armes que la tente peut lui fournir et remporte la victoire dans cette étroite enceinte ; car la femme aussi doit combattre l’ennemi, mais à la place et avec les armes spéciales que Dieu lui désigne. La foi brille ici chez les femmes. Jaël ne cherche pas un aide comme le fit Barak, elle ne dépend que de l’Éternel. Le secret de son action est entre elle et Dieu. Elle se sert de ses propres armes aussi bien qu’un homme saurait s’en servir ; un seul tremblement de sa main aurait pu tout compromettre. Seule, car son mari, son protecteur naturel, est absent ; seule, mais avec l’Éternel, elle combat sous sa tente, unie de coeur aux troupes rangées d’Israël. Aussi Debora, dans son cantique, dira d’elle : «Bénie soit, au-dessus des femmes, Jaël, femme de Héber, le Kénien ! Qu’elle soit bénie au-dessus des femmes qui se tiennent dans les tentes !» (v. 24). Barak arrive, entre et voit la victoire de Jaël. Quel sentiment d’humiliation n’a pas dû éprouver ce capitaine, en voyant l’honneur rendu par Dieu à une femme dans un chemin où lui, chef et juge, n’avait pas voulu marcher !
(*) C’est plus ou moins l’histoire de toutes les sectes de la chrétienté
Oui, honneur à ces femmes ! Dieu se servit d’elles pour réveiller les fils de son peuple au sentiment de leur responsabilité, car une fois réveillés, «ils retranchèrent Jabin, roi de Canaan». (v. 24).
L’Éternel vient d’opérer une délivrance merveilleuse par la main de deux faibles femmes et d’un homme sans caractère, exaltant sa grâce et sa puissance par l’infirmité de ses instruments. Cette victoire, nous l’avons dit, est le signal du réveil du peuple. L’Esprit de Dieu donne une expression à ce réveil par la bouche de la prophétesse. Debora et Barak décrivent et célèbrent les bénédictions retrouvées par la délivrance d’Israël.
(v. 1). «Et Debora chanta, en ce jour-là, avec Barak, fils d’Abinoam, en disant :»
La première chose qui suit la délivrance, c’est la louange, bien différente, sans doute, en un temps de ruine, de ce qu’elle était au commencement. Jadis, quand ils sortirent d’Égypte, «Moïse et les enfants d’Israël, chantèrent un cantique à l’Éternel» (Ex. 15: 1) ; le peuple tout entier entonna avec son conducteur le chant de la délivrance. Pas une voix n’y manquait. Représentons-nous l’harmonie de ces 600000 voix, fondues en une, pour célébrer sur le rivage de la mer, la victoire remportée par l’Éternel : «Je chanterai à l’Éternel, car il s’est hautement élevé». Toutes les femmes, Marie à leur tête, s’associant à ces louanges, répétaient les mêmes paroles . «Chantez à l’Éternel, car il s’est hautement élevé». Au chap. 5 des Juges, quel contraste ! «Debora chante avec Barak». Une femme et un homme, deux êtres seuls, deux témoins d’un temps de ruine ; mais le Seigneur est présent, l’Esprit de Dieu s’y trouve, et si ces deux sont les témoins de la ruine, ils ont cependant de quoi se réjouir et célébrer la grandeur de l’oeuvre de l’Éternel. La louange retrouvée est la marque d’un vrai réveil, le premier besoin des enfants de Dieu qui se reconnaissent. Debora et Barak ne font pas bande à part, alors même que tout le peuple ne s’est pas joint à eux, ils reconnaissent l’unité du peuple et leur louange est l’expression de ce qu’Israël tout entier aurait dû dire.
(v. 2). «Parce que des chefs se sont mis en avant en Israël, parce que le peuple a été porté de bonne volonté, bénissez l’Éternel !»
Le motif de la louange, c’est ce que la grâce de Dieu a produit dans les conducteurs et chez le peuple. Dieu reconnaît cela et encourage ainsi les siens si chancelants et si faibles.
(v. 3). «Rois, écoutez ! princes, prêtez l’oreille ! Moi, moi, je chanterai à l’Éternel ; je chanterai un hymne à l’Éternel, le Dieu d’Israël».
La louange appartient exclusivement aux fidèles. «Moi, moi», disent-ils. Les rois et les princes des nations sont invités à écouter ; mais ils n’ont aucune part à ce cantique, car la délivrance d’Israël est leur ruine.
(v. 4-5). «Éternel ! quand tu sortis de Séhir, quand tu t’avanças des champs d’Édom, la terre trembla, et les cieux distillèrent, et les nuées distillèrent des eaux. Les montagnes se fondirent devant l’Éternel, ce Sinaï, devant l’Éternel, le Dieu d’Israël».
Ces paroles rappellent le début du cantique de Moïse, en Deut. 33, auquel le Ps. 68: 7-8, fait aussi allusion. Nous y trouvons un autre principe important du réveil. Les âmes sont poussées à remonter aux bénédictions premières, recherchant ce que Dieu fit au début, ne se dirigeant pas d’après ce qu’elles ont sous les yeux, mais se demandant : «Qu’est-ce que Dieu a fait ?» C’est notre sauvegarde en un temps de ruine. Ne disons pas, comme les chrétiens infidèles : Accommodons-nous aux jours où nous vivons. En un temps dont l’apôtre Jean disait : «C’est la dernière heure», les saints avaient pour ressource «ce qui était dès le commencement» (1 Jean 1: 1).
(v. 6-8). «Aux jours de Shamgar, fils d’Anath, aux jours de Jaël, les chemins étaient délaissés, etc».
Un nouveau principe apparaît ici. Les fidèles reconnaissent la ruine d’Israël. Ils ne cherchent ni à pallier, ni à excuser le mal, mais en jugent selon Dieu. Quatre faits caractérisent cette ruine : l° «Les chemins étaient délaissés, et ceux qui allaient par les grands chemins allaient par des sentiers détournés». Voilà ce que le joug de l’ennemi avait produit. Il n’y avait plus aucune sécurité pour le peuple sur les grands chemins, sur les chemins où tous avaient marché ensemble, car c’était là qu’on rencontrait l’ennemi, et la foule choisissait des chemins détournés, chacun selon ce que son coeur lui disait. N’est-ce pas ce qui caractérise aussi de nos jours l’Église de Dieu ? — 2° «Les villes ouvertes étaient délaissées en Israël». Les lieux où le peuple habitait en famille et en paix, étaient abandonnés. Cette union visible du peuple avait disparu jusqu’au jour où Debora fût suscitée pour la restauration partielle d’Israël. Aperçoit-on davantage aujourd’hui l’unité de la famille de Dieu ? Hélas ! si un certain nombre de fidèles la manifestent, elle n’existe plus, comme ensemble, que pour la foi et dans les conseils de Dieu. — 3° «On choisissait de nouveaux dieux ; alors la guerre était aux portes». Oui, l’idolâtrie était devenue la religion du peuple, qui avait abandonné Dieu, le Dieu d’éternité. Israël ayant offensé l’Éternel, était châtié par la guerre et par un ennemi qui le pressait sans relâche. — 4° «On ne voyait ni bouclier ni pique chez quarante milliers d’Israël». Il n’y avait plus d’armes contre le mal. Où sont-elles maintenant les armes ? Qu’a-t-on fait de l’épée de l’Esprit ? Où est la puissance de la Parole, pour résister aux fausses doctrines pullulant au milieu de la chrétienté, rongeant comme une gangrène, jetant dans la poussière le nom merveilleux de Christ ? Pourquoi, dit le psalmiste, jetez-vous ma gloire dans l’opprobre ? Même le bouclier de la foi a été jeté par terre, le mal domine, et le peuple de Dieu ne peut s’en garder.
Au milieu du désordre, la part du fidèle est d’apprécier la grandeur du mal en baissant la tête avec humiliation. Ce n’est pas tout de connaître nos bénédictions célestes, Dieu veut que nous reconnaissions pleinement, pour nous en séparer, l’état de choses par lequel nous avons déshonoré Dieu, nous son peuple. Si nous appartenons au témoignage de Dieu, retirons-nous du mal. Le caractère le plus affreux des temps de la fin, ce n’est pas l’immoralité ouverte, quoique les moeurs soient aujourd’hui profondément corrompues, ce sont spécialement les fausses doctrines. La 2° épître à Timothée nous exhorte, surtout au sujet de ces dernières, à nous retirer de l’iniquité, à nous séparer des vases à déshonneur. Mais cela ne suffit pas. La prophétesse ajoute :
(v 9). «Mon coeur est aux gouverneurs d’Israël qui ont été portés de bonne volonté parmi le peuple». C’est un autre principe. L’âme voit le bien là où l’Esprit de Dieu le produit, et s’y associe. Le coeur de Debora est avec les fidèles en Israël. Elle prend ouvertement position avec ceux qui étaient portés de bonne volonté, et reconnaissant ce que Dieu a fait au milieu de la ruine, elle dit : «Bénissez l’Éternel !» heureuse de voir ici-bas ce petit témoignage parmi les gouverneurs. Que tous nos coeurs l’apprécient et puissions-nous répéter avec elle : «Bénissez l’Éternel !»
(v. 10,11). Ensuite la prophétesse, se tournant vers ceux qui jouissent en paix des bénédictions reconquises, leur dit : «Vous qui montez sur des ânesses blanches» un signe de richesse et de prospérité : les fils des familles nobles et des juges possédaient ce privilège (Conf. 10: 4 ; 12: 14). C’est comme un appel à ceux qui jouissent sans combat du fruit de la victoire. «Vous qui êtes assis sur des tapis» ; ceux qui profitent d’un repos rempli de bien-être. «Vous qui allez par les chemins» ; ceux qui jouissent de la sécurité acquise. Debora, dis-je, s’adresse à eux et les engage à «méditer». Ils ne sont pour rien dans cette victoire, sinon pour en goûter les fruits, car quelques-uns seulement avaient combattu, dont ils pouvaient entendre les voix au partage du butin, au milieu des lieux où l’on puise l’eau. Ce temps, il ne fallait pas l’oublier, quelque béni qu’il fût, n’était pas plus la restauration d’Israël, que les réveils de nos jours ne sont un rétablissement de l’Église. Si les vainqueurs pouvaient raconter les justes actes de l’Éternel envers ses villes ouvertes d’Israël, si le peuple s’était levé pour descendre aux portes et faire face à l’ennemi, ce n’en était pas moins un temps de ruine et une restauration partielle. Ah ! qu’il sied bien au peuple de Dieu de nos jours, de ne pas oublier ces choses !
Mais il est pour nous des bénédictions plus grandes encore. Le ton du cantique s’exalte, les paroles s’envolent pressées de la bouche de Debora.
(v. 12). «Réveille-toi, réveille-toi, Debora ! Réveille-toi, réveille-toi, dis un cantique ! Lève-toi, Barak, et emmène captifs tes captifs, fils d’Abinoam !» Le Ps. 68, cet hymne magnifique dont tant de passages rappellent le cantique de Debora (conf. v. 8, 9, 13, 18), célèbre la pleine restauration milléniale d’Israël, à la suite de l’exaltation du Seigneur. L’Éternel, y est-il dit, demeurera au milieu de son peuple : «L’Éternel y demeurera pour toujours... le Seigneur est au milieu d’eux». D’où peut venir cette bénédiction ? Le prophète répond : «Tu es monté en haut, tu as emmené captive la captivité ; tu as reçu des dons dans l’homme, et même pour les rebelles, afin que l’Éternel, Dieu, ait une demeure». Or les mots de ce cantique qui célèbre la plénitude des bénédictions futures, nous les entendons sortir ici de la bouche d’une faible femme en un temps de ruine, où l’Éternel a marqué le front d’Israël du signe des bénédictions perdues ! «Lève-toi, Barak, et emmène captive ta captivité, fils d’Abinoam !» Quel encouragement pour nous ! Il est des vérités élevées entre toutes qui sont le partage spécial de la foi aux temps abaissés des juges, comme aux temps fâcheux que nous traversons. Le cantique de Moïse débordant de la joie du peuple racheté, après la traversée de la Mer Rouge, célébrait la délivrance par la mort, pour amener le peuple à la demeure de Dieu et plus tard au sanctuaire que ses mains avaient établi. Merveilleux cantique, hymne de l’âme à son début, contemplant la victoire dont l’antitype est à la croix, hymne où le coeur exhale, comme un parfum répandu, les louanges de la délivrance, cantique toutefois qui ne l’exprime pas tout entière.
C’est une femme qui, dans un temps d’obscurité et de ruine, entonne un cantique s’élevant au-delà de la mort, l’hymne de la délivrance par la résurrection. En effet, de qui s’agit-il ici ? «Lève-toi, Barak !» Est-il question seulement du fils d’Abinoam ? Nous n’hésitons pas, pour notre part, à voir en Barak un type encore mystérieux du Christ monté à la droite de Dieu, emmenant captive la captivité (cf. Éph. 4: 8).
Les temps s’étaient bien assombris depuis le cantique de l’Exode, et voici que l’intelligence prophétique d’une femme nous fait monter en haut avec le type d’un Christ ressuscité. Elle se réveille ; ses yeux sont ouverts pour contempler une scène glorieuse, Barak se levant pour emmener la captivité vaincue, faible image de cette liberté dans laquelle Christ vainqueur nous introduit pour en jouir éternellement avec lui. Si les choses énumérées au commencement de ce chapitre caractérisent le réveil d’aujourd’hui, il en est une qui doit le caractériser entre toutes, la connaissance d’un homme glorieux monté à la droite de Dieu, d’un homme que nos yeux et nos coeurs vont chercher dans cette scène céleste où lui, le vainqueur, est entré, après nous avoir délivrés par sa mort et par sa résurrection. — Encore une fois, bien-aimés, loin de nous décourager, n’avons-nous pas lieu de répéter avec Debora : «Bénissez l’Éternel !»
(v. 13). «Alors descends, toi, le résidu des nobles, comme son peuple ; Éternel descends avec moi au milieu des hommes forts»
Maintenant Israël est appelé à descendre de ce qui est devenu son lieu d’origine, pour combattre et rendre témoignage au milieu de la scène où Dieu le laisse encore. Nous ne pouvons nous attendre, même en un temps de réveil, à voir descendre le peuple tout entier. Ce ne sera jamais que «le résidu des nobles», mais, privilège immense, Dieu le compte «comme son peuple», car il en est à ses yeux le représentant béni. Quelle joie le coeur des fidèles ne devrait-il pas éprouver de voir, ne fût-ce qu’un témoin, se détacher pour Dieu du troupeau qui, comme Ruben, est «resté entre les barres des étables !» Nous pouvons désirer, mais non pas attendre davantage ; s’il en était autrement, nous ne serions pas en un temps de ruine. Et pourtant, quelle part est la nôtre ! «Éternel ! descends avec moi au milieu des hommes forts». Mes frères, cela ne nous suffit-il pas ? Celui qui est monté en haut est le même qui descend avec nous pour nous donner la victoire dans de nouveaux combats.
(v. 14-18). Dieu enregistre ceux qui ont été pour lui et ceux qui, pour un motif ou l’autre, sont restés en arrière. Éphraïm, Benjamin, Zabulon, Issacar, sont descendus avec des coeurs non partagés, dans le chemin de l’Éternel. Mais voici que Ruben s’arrête à ses frontières et délibère indécis. Pourquoi donc ? «Pourquoi es-tu resté entre les barres des étables, à écouter le bêlement des troupeaux ?» La trompette de rassemblement n’avait pas de voix pour le coeur de Ruben. Ruben, trop prospère, voulait jouir tranquillement des richesses qu’il s’était acquises ; son repos à lui était entre les barres des étables. Alors il s’arrête aux ruisseaux qui forment ses frontières. Chrétiens d’aujourd’hui, est-ce là notre position ? Avons-nous suivi les nobles qui nous ont montré le chemin ? En sommes-nous restés aux «grandes délibérations de coeur ?» Manquons-nous de décision dans le témoignage pour Christ ?
«Galaad est demeuré au-delà du Jourdain». Ils n’étaient plus, ces jours où Galaad en armes accompagnait ses frères dans les victoires de Canaan. Maintenant, satisfait de sa position terrestre, — dirai-je, de sa religion terrestre ? — en dehors des limites proprement dites du pays, au-delà du Jourdain, il n’éprouve pas d’autre besoin et demeure où il est. «Aser est resté au bord de la mer, et il est demeuré dans ses ports». Quand il s’agissait de combattre, où trouver Aser ? À ses affaires, à son commerce. Il n’en avait pas sacrifié la moindre part pour livrer la bataille de l’Éternel. Toutefois, Debora ne s’attarde pas à la constatation du mal. Pleine de joie, elle se plaît à relater chaque trait de dévouement pour l’Éternel (v. 18). «Zabulon est un peuple qui a exposé son âme à la mort, Nephthali aussi, sur les hauteurs des champs».
Puis vient (v, 19-22) un autre caractère des fidèles. Ils ne se glorifient pas, ne pensent pas à eux-mêmes et, n’attribuant la victoire qu’à Dieu seul, en proclament le caractère céleste.
«On a combattu des cieux ; du chemin qu’elles parcourent, les étoiles ont combattu contre Sisera». Cette partie du cantique se termine par une malédiction sans réserve sur Méroz : «Maudissez Méroz, dit l’Ange de l’Éternel ; maudissez, maudissez ses habitants ! car ils ne sont pas venus au secours de l’Éternel, au secours de l’Éternel, avec les hommes forts». Ceux qui, dans ces temps troublés, ne prennent pas parti pour Christ, ceux qui, tout en se réclamant de son nom et de celui du peuple de Dieu, n’ont que des coeurs indifférents pour lui, qu’ils soient maudits ! «Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur Jésus Christ, qu’il soit anathème, Maran-atha !» (1 Cor. 16: 22).
Maintenant (v. 24-27) Jaël est honorée, celle qui a peu de force est bénie. «Il a demandé de l’eau, elle lui a donné du lait ; dans la coupe des nobles elle lui a présenté du caillé». Quand l’ennemi du peuple de Dieu vient à elle, cette femme use de grâce. Allant chercher ce qu’il y a de meilleur dans sa tente et honorant la dignité de Sisera, elle lui présente le lait dans la coupe des nobles. N’est-ce pas le contraire du mépris ? N’est-ce pas ainsi que nous avons à traiter les ennemis de Dieu, leur donnant pour les désaltérer et les nourrir, bien plus même qu’ils ne désirent ? Les témoins de Dieu s’avancent avec la grâce au-devant des pires ennemis de Christ. Jaël est célébrée, parce qu’elle a fait cela ; mais lisons la suite : «Elle a étendu sa main vers le pieu, et sa droite vers le marteau des ouvriers ; elle a frappé Sisera, elle lui a brisé la tête, elle lui a fracassé et transpercé la tempe». Ah ! le coeur de Jaël était néanmoins sans réserve avec le Dieu d’Israël, avec l’Israël de Dieu : quand il s’agissait de la vérité, qu’il fallait traiter l’ennemi comme tel, elle use de la plus grande énergie. Cette femme est à ce moment, dans l’enceinte étroite de la maison, le vrai conducteur des armées de l’Éternel. Elle est au premier rang, honorée de Dieu pour remporter la victoire, car elle a un coeur non partagé pour son peuple. Maudissez Méroz, mais que Jaël soit bénie !
(v. 28-30). Une autre scène se passe dans le palais de la mère de Sisera, dont l’orgueil est abaissé jusqu’en terre (*).
(*) Remarquez en passant que, malgré la position éminente que Dieu lui a donnée, Debora garde son caractère de femme en Israël, et montre une intelligence spéciale de ce qui touche le domaine de son sexe, célébrant ce qui honore Jaël, la femme croyante, et proclamant ce qui attire le jugement sur la femme hautaine. Plus tard, une autre femme, la reine de Séba, accueillie par Salomon, ne passait pas en revue les armées de ce roi, mais considérait «la maison qu’il avait bâtie, et les mets de sa table, et la tenue de ses serviteurs, et l’ordre de service de ses officiers, et leurs vêtements, et ses échansons, et la rampe par laquelle il montait dans la maison de l’Éternel» (1. Rois 10: 4-5), avec une intelligence capable d’apprécier ce qui appartenait à ce domaine.
Le cantique de Debora se termine par ces mots «Qu’ainsi périssent tous tes ennemis, ô Éternel ! mais que ceux qui t’aiment soient comme le soleil quand il sort dans sa force !» (v. 31). Encore une bénédiction retrouvée qui caractérise le réveil. Debora proclame son espérance. Elle regarde en avant vers le jour glorieux où, le Seigneur ayant exécuté le jugement, les saints d’Israël resplendiront comme le soleil lui-même, semblables à Celui dont le visage était, aux yeux du prophète, «comme le soleil quand il luit dans sa force» (Apoc. 1: 16 ; cf. Matth. 13: 43).
Au milieu de la nuit de ce monde, nous avons aussi, frères, mais bien mieux que Debora, cette espérance tout près de nous. Déjà l’étoile du matin s’est levée dans nos coeurs, déjà les yeux de la foi, perçant le voile, se réjouissent de la scène merveilleuse qu’il cache encore et qui se résume en une parole ineffable : Être toujours avec le Seigneur !
Et l’Épouse qui veille aux heures ténébreuses
Et qui pressent déjà ton lever matinal,
Tressaille, et saluant tes clartés glorieuses,
Jette au-devant de Toi son appel virginal.
Et voici qu’un vent frais, précurseur de l’aurore,
Soufflant des mots sacrés, annonce Ton retour.
Écoutez ! des sommets descend un cri sonore...
Il éclate soudain. — Hosanna ! C’est le jour !
Hosanna ! l’Époux vient ! l’Église est transmuée !
Pour les saints endormis, c’est le jour du réveil !
Nous montons, emportés vers Toi sur la nuée,
Comme une goutte d’eau qui retourne au soleil !
En dépit de toutes les bénédictions énumérées au chap. 5, Israël ne tarde pas à retomber dans le mal et à abandonner l’Éternel. Comme châtiment de cette infidélité, Dieu le livre entre les mains des Madianites. Le peuple passe à travers toutes les phases des misères matérielles (morales pour l’Église) qui suivent la recherche du monde et l’abandon de Dieu. Sous Jabin, Israël manquait d’armes (5: 8), sous le joug de Madian, il est affamé ; deux conséquences de notre infidélité que nous subissons toujours, quand nous cherchons notre part avec le monde. Il s’empare de nous et nous enlève nos armes ; notre force nous abandonne et nous perdons tout moyen de combattre ; mais les vivres aussi nous manquent, car le monde n’a jamais nourri personne, et nous le sentons à la sécheresse qui envahit nos âmes quand, dans notre folie, nous avons abandonné la moelle et la graisse de la maison de Dieu pour des moissons qui sont un pur mirage du désert. Ce fut l’expérience d’Israël ; Madian ne lui «laissait point de vivres».
Alors, dans sa misère, il crie à l’Éternel. Celui-ci répond et produit un nouveau réveil, dans lequel il cherche à atteindre, plus profondément que par le passé, la conscience de ce pauvre peuple. Il est intéressant de voir comment le Seigneur s’y prend pour amener ce résultat. «L’Éternel envoya aux fils d’Israël un prophète». Son nom n’est pas mentionné et n’importe point, car cet homme est simplement le porteur de la parole de Dieu pour placer le peuple en Sa présence. Dieu a un moyen de nous bénir: sa Parole qui répond à tout et doit nous suffire parfaitement. Le Ps. 119 nous présente le rôle merveilleux que la Parole joue dans la vie du fidèle. Ce Psaume dépasse en longueur tous les autres. La parole de Dieu devrait occuper la même place dans notre vie. Avons-nous le sentiment de sa valeur ? Remplit-elle nos jours et nos nuits, nos pensées tout au moins, quand le temps nous manque pour nous asseoir et la méditer ?
Dieu applique d’une manière pleine de grâce (v. 8-10) cette Parole à la conscience des Israélites, leur disant tout ce qu’il a fait pour eux, comment il leur donna la sortie, la délivrance, la victoire et l’entrée, et après avoir déployé devant eux toute sa bonté, il ajoute une seule parole : «Et vous n’avez pas écouté ma voix». Pas un mot du «comment» ils peuvent être délivrés ; il ne leur ouvre pas encore le chemin pour revenir à lui. Le prophète disparaît, les laissant sous le poids de leur responsabilité en présence de la grâce. Dieu les avait portés dans ses bras et sur son coeur ; il avait été leur nuée de feu et d’obscurité ; il avait combattu pour eux. Ai-je manqué, dit-il, à votre égard ? Qu’avez-vous fait ? Bien plus que tous les reproches, ce silence est calculé pour atteindre la conscience ! Elle est frappée, sinon atteinte ; mais la parole de grâce ne donne pas encore au peuple infidèle ce dont il a besoin. Israël reste sans force en présence de l’ennemi.
Tout le reste de ce chapitre nous montre comment Dieu opère pour susciter un serviteur en ces temps de ruine, et façonner un instrument puissant qui accomplisse son oeuvre de délivrance.
Avant d’aborder ce sujet, insistons sur une vérité générale. Lorsque le peuple de Dieu, comme tel, a perdu toute force, l’âme peut trouver individuellement une force aussi grande, aussi merveilleuse, qu’aux temps les plus prospères d’Israël. Si cela est vrai, combien nos coeurs devraient désirer ardemment de posséder cette force ! Sommes-nous de ceux qui s’établissent dans leur faiblesse, se mettant au niveau de ce qui les entoure, acceptant la mondanité de la famille de Dieu comme une chose inévitable ou nécessaire ? Ou bien, avons-nous les oreilles de Gédéon, lorsque Dieu nous dit : J’ai à la disposition une force sans limites ?
Passons à l’histoire de cet homme de Dieu. Il était personnellement plus faible encore que son peuple : sans assurance devant l’ennemi, car il se cachait pour battre son blé dans le pressoir (v. 11) ; sans ressources dans ses relations, car son millier était le plus pauvre en Manassé ; sans force en lui-même, car il était le plus petit dans la maison de son père (v. 15) ; c’est un tel homme que Dieu visite et se choisit pour serviteur, un homme ayant la conscience de son manque absolu de force et qui dit : Je n’ai rien, Seigneur Éternel ! «Avec quoi sauverai-je Israël ?» Quand il s’agit de l’oeuvre de Dieu dans ce monde, nous trouvons donc un premier grand principe, c’est que Dieu ne demande pas ce que l’homme pourrait lui offrir et n’en fait aucun cas. Il prend pour se glorifier des instruments faibles, ayant conscience de leur infirmité.
Mais il est un autre principe de la dernière importance : cette oeuvre exige que tout soit de Dieu. Avant que l’ange de l’Éternel s’assît sous le térébinthe, Gédéon avait déjà la foi. Quelque vérité qu’il eût encore à apprendre, il croyait à la parole de Dieu qui lui avait été transmise par ses pères (v. 13) ; de plus, il prenait parti avec le peuple de Dieu : «Si l’Éternel est avec nous» ; «l’Éternel nous a abandonnés», dit-il. Il ne suivait pas le chemin de Héber, et portait avec les Israélites les conséquences de leur culpabilité. Le respect pour Sa parole et l’affection pour Son peuple sont deux marques de la vie de Dieu en tout temps et chez tous les fidèles. Cependant Gédéon a beaucoup à apprendre. Sa foi est très faible, car il ignore la bonté de Dieu. Humble, sans doute, mais regardant à lui-même, il conclut de ce qu’il est à ce que Dieu doit être pour lui. «Maintenant», dit-il, «l’Éternel nous a abandonnés». La conséquence de notre infidélité, c’est qu’il n’y a plus d’espoir. Ainsi raisonne Gédéon, mais Dieu raisonne-t-il ainsi ? «L’Éternel est avec toi, fort et vaillant homme !» Ah ! qu’il connaît encore peu ce qu’il y a dans le coeur de Dieu, et combien d’âmes raisonnent comme lui ! De plus, malgré son humilité, Gédéon n’a pas encore passé condamnation sur lui-même. Il désire offrir quelque chose, «apporter son présent» à l’Éternel (v. 18). Ce n’est sans doute pas avec la pensée de faire quelque grande chose pour Dieu, mais tout ira bien, pense-t-il, si Dieu accepte mon présent. Nous verrons la réponse de l’Éternel, mais revenons d’abord au principe énoncé plus haut, que Dieu seul entre en scène dans l’oeuvre de délivrance de son peuple. En premier lieu, «l’Ange de l’Éternel lui apparut». Comme à Saul sur le chemin de Damas, c’est Dieu qui commence par se révéler lui-même à l’âme de tous ses serviteurs dans la personne de Jésus. En second lieu, l’Éternel se révèle à Gédéon, comme s’associant à lui : «L’Éternel est avec toi» ; en troisième lieu, c’est Lui qui donne un caractère à Gédéon, — «fort et vaillant homme», — caractère que Gédéon lui-même, faible et se cachant dans son pressoir, n’eût jamais rêvé d’obtenir. Quatrièmement, l’Éternel le regarde «en grâce» pour se révéler, non plus à lui, mais en lui, comme le Dieu de puissance. Si Gédéon n’a pas de force, l’Éternel en a pour lui ; c’est le secret qu’il lui fait connaître, car il lui dit : «Cette force que tu as». Cinquièmement, c’est Lui qui l’envoie : «Va avec cette force», comme Paul, serviteur de Dieu, fut envoyé «non de la part des hommes, ni par l’homme».
Enfin, Dieu lui donne la preuve de l’intérêt qu’il lui porte. Gédéon, nous l’avons vu, voudrait offrir quelque chose à l’Éternel, mais celui-ci ne peut rien accepter de l’homme comme tel. «Prends», dit-il, «la chair et les pains sans levain, et pose-les sur ce rocher-là, et verse le bouillon» (v. 20). La seule offrande que Dieu puisse accepter, c’est Christ. S’il ne reçoit pas telle quelle l’offrande de Gédéon, il accepte ce qui représente Christ dans cette offrande. Cet homme de Dieu a une intelligence bien incomplète de la valeur des sacrifices que l’Éternel avait ordonnés aux fils d’Israël ; «la chair bouillie», «le bouillon dans le pot», étaient des témoins de son ignorance, mais Dieu distingue la réalité que cette faible foi recouvre et accepte l’offrande, quand Gédéon la pose «sur le rocher». Le feu du jugement monte du rocher, consumant la chair et les pains sans levain. La preuve de l’intérêt que Dieu lui porte, est en figure le jugement tombé sur Christ !
Il faut encore que le serviteur apprenne à connaître la valeur de cette oeuvre pour lui-même. D’abord il est rempli de frayeur : «Ah ! Seigneur Éternel, si c’est pour cela que j’ai vu l’Ange de l’Éternel face à face», mais «l’Éternel lui dit : Paix te soit ; ne crains point, tu ne mourras pas !». La conséquence du jugement de l’offrande consumée, c’est la paix pour Gédéon. Pour être un serviteur de Dieu, il faut avoir reçu pour soi-même la connaissance de l’oeuvre de Christ et la paix qui en résulte, l’assurance d’une paix accomplie en vertu de ce qui s’est passé entre Dieu et Christ, la certitude de ce que Dieu, et non pas Gédéon, pense du sacrifice. Telle est la base de tout service chrétien, (hélas ! comme les hommes l’ont oublié !) car, ne possédant pas la paix pour nous-mêmes, comment pourrions-nous aller la proclamer à d’autres ?
Le premier résultat de ce que Gédéon vient d’apprendre, n’est pas de le pousser dans le service (encore un fait complètement oublié des chrétiens de nos jours), mais d’en faire un adorateur. «Et Gédéon bâtit là un autel à l’Éternel, et l’appela Jéhovah-shalom (l’Éternel de paix)». Il faut, avant de servir, que le croyant soit entré comme adorateur en la présence de Dieu. La Parole illustre ce fait dans une multitude de cas, celui d’Abraham et de l’aveugle-né, entre autres. Gédéon loue le Dieu de paix et peut désormais offrir sur l’autel de l’adorateur un sacrifice que l’Éternel accepte.
C’est seulement après l’autel du culte que Dieu appelle Gédéon comme serviteur à rendre un témoignage public. Ce dernier commence par la maison paternelle. Il consiste à détruire «l’autel de Baal et l’idole qui est auprès», et à leur substituer l’autel du témoignage, l’autel du Dieu connu de Gédéon. Le devoir positif du témoin de Dieu est avant tout de jeter bas ses idoles. Pourquoi trouve-t-on parmi les chrétiens si peu de serviteurs véritables, marchant dans la puissance du témoignage pour Christ ? C’est qu’ils n’ont pas les deux autels. Et pourquoi n’ont-ils pas le second ? C’est qu’ils ne se sont pas munis de bois pour le sacrifice. Ce bois, ce sont les idoles (v. 26). Renversons-les, n’en laissons rien subsister ; commençons dans le cercle étroit de la famille. Si nous ne le faisons pas, où sera notre témoignage ? Le renversement des idoles est le secret de la puissance ; l’Esprit de l’Éternel ne revêt Gédéon que lorsqu’il a accompli cet acte. Nous n’avons plus comme lui des Baals de pierre et des ashères de bois, mais nous avons bien d’autres idoles et, peu semblables à lui, nous les préférons souvent à la puissance d’une marche fidèle avec Dieu. Gédéon obéit sans hésiter, sans compromis ni restriction. Pour lui, les idoles ne sont rien, comparées à ce Dieu qu’il connaît. Ce «fort et vaillant homme» n’avait aucun courage naturel. La peur de l’ennemi (v. 11), la frayeur de Dieu (v. 23), la crainte de la maison de son père (v. 27), le caractérisent. Il fait son oeuvre de nuit, craignant de la faire le jour ; il la fait, néanmoins, car Dieu le lui a commandé. Ce n’est qu’au matin que les gens de la ville s’en aperçoivent. Mais celui qui connaissait le caractère de Gédéon, ne lui avait pas dit : Fais cette oeuvre de jour. Nous aussi, faibles que nous sommes, ah ! détruisons nos idoles en silence, quand nul oeil ne nous observe. Ne proclamons pas la chose très haut ; accomplissons ce travail difficile avec crainte et tremblement, regardant à Dieu seul dans le silence de la nuit. Le monde s’apercevra bientôt que nous avons un nouvel autel qu’il ne connaît pas, et que l’ashère n’a de valeur pour nous que comme bois à brûler. Alors le monde qui nous avait supportés jusque-là, nous haïra. C’est l’autel du témoignage qui attire sur Gédéon l’animosité de tous. Haï, mais qu’importe ? car il reçoit le nom de Jerubbaal (que Baal plaide), et devient, en présence de tous, le représentant personnel de l’inanité des choses qu’il adorait autrefois.
Le témoignage de Gédéon a pour effet de convaincre son père du néant de Baal. La foi du père est moindre que celle du fils. Gédéon détruit Baal, parce qu’il a connu Dieu ; Joas reçoit Dieu, parce qu’il ne reconnaît plus Baal. C’est bien peu, mais c’est quelque chose.
Mes frères, sommes-nous, devant le monde, les témoins de la folie de tout ce qui l’intéresse ? Si nous n’avons pas gardé l’autel de Baal, peut-être avons-nous négligé de détruire «l’ashère qui est à côté ?» Le chemin de la puissance est celui d’une obéissance sans restriction à la parole de Dieu. À certains moments de nos vies, la puissance a caractérisé notre service, à d’autres elle nous a manqué. Demandons-nous alors si nous n’avons pas réédifié quelque idole détruite. Il n’est pas d’action publique qui ne commence, pour le chrétien, par la fidélité dans le petit cercle où il est appelé à vivre.
Gédéon éprouve d’abord l’inimitié de ceux qui portent le nom de peuple de Dieu, contenue toutefois pour le moment par la sincérité de son témoignage. Madian et Amalek (v. 33) ne l’entendent pas ainsi. Si, dans leur folie, les gens de la ville cherchent à faire obstacle à leur propre délivrance, le monde s’efforce d’étouffer ce réveil qui sortirait Israël de l’esclavage.
Jusqu’ici, Gédéon ne faisait qu’acte d’obéissance ; maintenant, l’Esprit de l’Éternel le revêt. Son premier acte de puissance est de sonner de la trompette pour réunir les tribus à sa suite. La force d’Israël est dans son rassemblement ; c’est ce que Satan et le monde craignent le plus.
Toutefois, Gédéon, malgré sa force, ne montre pas beaucoup de confiance en Dieu. Il demande des signes pour connaître si l’Éternel veut sauver le peuple de sa main. Tous les ordres de Dieu à Gédéon sont simples et clairs, mais lorsque Gédéon demande des signes à Dieu, tout devient obscur et compliqué. Nous avons de la peine à comprendre sa pensée. Je suppose que la toison représente Israël béni de Dieu, quand la sécheresse reste sur les nations, et vice versa, car, ayant éprouvé Dieu, Gédéon le soumet à une contre-épreuve. Pauvre foi, faible confiance en Lui ! Mais le Dieu de grâce, sans se rebuter, fait ce que son serviteur demande. Il veut délivrer son peuple, il veut, par tous les moyens, soutenir le faible coeur de son témoin, afin de l’engager dans son service et d’en faire un instrument à sa gloire.
Nous avons vu, au chap. 6, le serviteur préparé pour l’oeuvre à laquelle Dieu le destine ; les versets que nous venons de lire nous montrent les caractères des témoins de Dieu en ces temps de ruine.
Aux jours de sa prospérité morale sous Josué, quand il s’agissait de combattre, tout Israël montait à la bataille et l’unité du peuple se manifestait ainsi d’une manière frappante. Le premier combat d’Aï (Jos. 7: 1-5), seule exception à cette règle, eut pour résultat la défaite de ceux qui y prirent part. Au temps du déclin, il en est autrement. Quand tout le peuple monte avec Gédéon, l’Éternel dit à ce dernier : «Le peuple qui est avec toi est trop nombreux, pour que je livre Madian en leur main», car le danger était qu’Israël se glorifiât contre l’Éternel, disant : «Ma main m’a sauvé». Dans la période du déclin, Dieu réprime tout particulièrement l’orgueil qui voudrait faire jouer à l’homme un rôle dans l’oeuvre qui n’appartient qu’à Lui. La chrétienté actuelle se vante du nombre de ses adhérents, et croit y voir un facteur dans l’oeuvre de Dieu. Si Dieu produit quelque bien, elle se l’attribue et, comme Laodicée, se glorifie de ses moyens : «Je suis riche, et je me suis enrichie, et je n’ai besoin de rien».
Voici donc le premier caractère du témoignage de Dieu au milieu de la ruine : il est peu nombreux et sans apparence.
Second caractère : «Quiconque est peureux et tremble, qu’il s’en retourne et s’éloigne de la montagne de Galaad». Moïse avait déjà fait ce commandement aux fils d’Israël : «Qui est l’homme qui a peur et dont le coeur faiblit ? qu’il s’en aille et retourne en sa maison, de peur que le coeur de ses frères ne se fonde comme le sien». (Deut. 20: 8). Les peureux et les craintifs, ce même passage nous l’enseigne (v. 5-7), sont ceux qui ont quelque chose à perdre. Un serviteur de Dieu n’ayant rien à perdre dans ce monde, parce que l’excellence de Christ lui en fait mépriser les biens, est plein de courage pour son oeuvre. Hélas ! le nombre des peureux est fort grand de nos jours, comme jadis où «22000 hommes du peuple s’en retournèrent, et il en resta 10000». Pour accomplir son oeuvre, Dieu veut des coeurs non partagés, n’ayant rien à perdre, ne s’effrayant de rien, et qui ne puissent exercer une influence délétère sur ceux qui se sont mis en marche sans s’embarrasser des affaires de cette vie. Les 22000 se trouvent au butin, mais sont incapables de l’effort. Les peureux profiteront du témoignage, mais n’ont pas qualité pour le porter.
Les témoins ont un troisième caractère. Dieu les met à l’épreuve pour manifester s’ils comprennent que tout est perte pour ceux qui ont à gagner la bataille. «Il fit descendre le peuple vers l’eau». Se mettront-ils à genoux pour boire, ou laperont-ils avec la langue, comme lape le chien ? Les uns cherchent leur aise pour jouir abondamment des bénédictions que la Providence a placées sur leur chemin, les autres, n’ayant d’autre but que de remporter la victoire, ne s’en laissent pas détourner, mais, goûtant l’eau en passant, n’y trouvent qu’un encouragement pour leur service. Il est dit du Seigneur : «Il boira du torrent dans le chemin» (Ps. 110). Quand il buvait ainsi, sa face était résolument tournée vers Jérusalem, lieu de son agonie et de sa mort (Luc 9: 51). Rien n’entrave l’action du chrétien dans le témoignage comme de jouir de ses aises, en s’arrêtant sur les bénédictions terrestres que la providence de Dieu lui accorde, au lieu d’y goûter en passant. Notre christianisme actuel se courbe sur ses genoux pour boire ; il rend peut-être grâces à Dieu, mais voit dans les bénédictions terrestres l’objet et le but de sa piété, alors que les témoins de Dieu en prennent la quantité suffisante pour continuer leur chemin. Ces trois cents qui lapaient l’eau comme le chien et buvaient dans leur main en la portant à leur bouche, étaient non seulement les dévoués, mais les humbles. Ils avaient quelque similitude avec cette pauvre Syrophénicienne, comparée à un chien, et répondant : «Oui, Seigneur», heureuse de ne dépendre que de la grâce (Marc 7: 28). Dieu veut des témoins dévoués, mais humbles.
Ces hommes prennent en mains les trompettes du peuple, symboles du témoignage, mais ils prennent aussi les vivres (v. 8). Nous ne pouvons vaincre sans être nourris. Le peuple en était la preuve, sous le joug terrible de Madian qui ne laissait point de vivres en Israël.
Avant le combat, Gédéon lui-même est appelé à faire deux expériences personnelles qui le fortifient pour la victoire (v. 9-14). La première, c’est qu’en lui-même il ne vaut pas mieux que les 22000 craintifs. «Si tu crains d’y descendre», lui dit l’Éternel. Va-t-il répondre : Je suis courageux, j’ai déjà sonné la trompette aux quatre vents, pour rassembler Israël à la bataille ? Non, il accepte cette humiliante vérité. Alors Dieu le place en présence des ennemis, nombreux comme des sauterelles dans la vallée, et lui trace son portrait par la bouche de l’un deux. Ce fort et vaillant homme est comparé à un pain d’orge, nourriture pauvre et grossière, et c’est «l’épée de Gédéon !» Belle épée, pour frapper cette multitude ! En effet, mais l’épée de Gédéon est «l’épée de l’Éternel» (v. 20), et c’est en cela que réside sa puissance.
Gédéon apprend à se connaître, mais Dieu lui révèle aussi l’état moral de l’ennemi qu’il est appelé à combattre. C’est un ennemi vaincu. «Dieu», dit le Madianite à son compagnon, «a livré Madian et tout le camp en sa main» (v. 14). Puissions-nous la comprendre davantage, cette vérité, en rapport avec nos trois ennemis, la chair, le monde et Satan. La chair est crucifiée, le monde est vaincu, Satan est jugé. Cela nous remplit de courage en leur présence. Gédéon réalise toutes ces choses et se prosterne.
Le passage que nous venons de lire répond à cette question : En quoi consiste le témoignage de Dieu et que fait-il en un temps de ruine ? Plein de joie et de confiance, Gédéon retourne au camp d’Israël. «Levez-vous», dit-il, «car l’Éternel a livré le camp de Madian en votre main». Alors, divisant les 300 hommes en trois corps, il leur met à la main «des trompettes, des cruches vides et des torches dans les cruches». Ces trois objets sont les éléments du témoignage de Dieu dans la lutte avec Satan et le monde.
Nous trouvons en détail le rôle des trompettes, au chap. 10 des Nombres (v. 1-10). Elles étaient la voix de Dieu pour communiquer au peuple sa pensée en quatre occasions importantes : elles donnaient le signal du rassemblement, le signal du départ pendant les marches, le signal du combat, celui des fêtes solennelles ou du culte. Ce que représentait autrefois pour Israël le son des trompettes, nous le trouvons aujourd’hui d’une manière bien autrement précieuse dans la parole de Dieu. C’est par elle que Dieu nous parle ; c’est elle qui règle et dirige le rassemblement, la marche, le combat, le culte des enfants de Dieu. Combien ces choses sont oubliées aujourd’hui ! Il semble à la majorité des enfants de Dieu, que tout le christianisme consiste à porter l’évangile aux inconvertis. Gédéon entendait autrement le témoignage de la foi. Il commence où Dieu commence. (Nomb. 10). Il sonne de la trompette, et les Abiézérites sont assemblés à sa suite (6: 34). Il e