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Henri Rossier — Courtes méditations
Table des matières :
1 Juger ses frères — Matt. 7:1-5
2 Le Corps du Racheté — 1 Cor. 6:15-20
3 MAIS TOI... — 2 Tim. 3:10, 14 ; 4:5
4 La Nuit, l’Aube et le Jour — Psaume 22
6 Il faut qu’Il croisse — Jean 3:29-30
8 Seul avec LUI — Tous les Siens avec LUI
11 «Avoir de saines pensées» — Rom. 12:3
12 La Puissance et la Communion — Marc 9:1-8
13 La FOI de Jonathan et la RELIGION de Saül — 1 Samuel 14
14 La Connaissance — 1 Corinthiens 8:1
16 Nos Ennemis — Psaume 139:21-24
18 LE VOIR, LE CONSIDÉRER, FIXER les YEUX sur LUI — Héb. 2:9 ; 3:1 ; 12:2
19 Christ serviteur — Marc 1:14-45
22 La MONDANITÉ — Philippiens 3:17-21
25 Le Chrétien charnel — 1 Cor. 3:1-6
26 Ce qui nous SÉPARE du MONDE
27 Y a-t-il de la BONTÉ dans l’HOMME — Actes 28:1-10
28 Psaume 77 — Danger des comparaisons
30 Les révélations et la vie secrète… — Jean 20-21
31 L’Épée à deux Tranchants — Hébr. 4:12-13
32 Trois Demeures — Psaumes 71 * 84 * 27
33 Le Juge Inique — Luc 18:1-8
34 Le Pharisien et le Publicain — Luc 18:9-14
35 TRIOMPHE FINAL de la GRÂCE — Matth. 23:37-39
37 Le SUBSTITUT — Psaumes 51 * 22 * 32
39 La COMMUNION, BASE du TÉMOIGNAGE — Apoc. 3:20
H. Rossier — Courtes méditations — n°1
ME 1921 p. 193-194
J’ai pensé bien des fois à publier de «Courtes méditations» (c’est ainsi que j’en ai conçu le titre) soit sur les expériences journalières de nous-mêmes, que la parole de Dieu nous oblige à faire, soit sur les connaissances nouvelles que cette même Parole nous apporte chaque jour au sujet de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Ces lumières-là sont bonnes et utiles aux hommes et l’on n’a jamais lieu de s’en repentir. D’un côté, elles maintiennent nos âmes dans une humilité salutaire, de l’autre, elles les introduisent dans une sphère de paix et de bonheur à laquelle l’Ennemi des élus n’a pas d’accès, sphère de joies pures et sans mélange qui seront notre part éternelle.
Dans le passage que nous venons de lire, il s’agit d’un sujet presque journalier : de nos relations avec nos frères. En les jugeant, nous nous faisons juger nous-mêmes. Il nous est toujours défendu de juger des motifs de leurs actions, car nul ne les connaît qu’eux-mêmes et Dieu, mais bien plus, nous ne sommes nullement autorisés à supposer à leurs actes de mauvais motifs. Une fois ou l’autre le jugement dont nous avons jugé nos frères et la mesure dont nous les avons mesurés, nous seront appliqués, que cette sentence vienne de Dieu ou des hommes. Peut-être Dieu se servira-t-il pour cela, à notre confusion, des frères que nous avons jugés nous-mêmes. Nous n’avions pas usé de miséricorde envers eux et nous voilà étonnés, confus, accablés, de nous voir jugés par eux sans miséricorde. Cela même qui était juste dans nos appréciations nous est contesté par eux, et c’est justice. N’avions-nous pas agi de même à leur égard ?
Mais il y a pis que cela. Découvrir les défauts de nos frères est tout simplement de l’hypocrisie. Nous passons sous silence nos propres défauts que tout le monde voit sauf nous-mêmes ; une poutre dans notre oeil qui nous aveugle — et nous examinons à la loupe les manquements de nos frères ! Souvent cet acte se revêt des couleurs de la charité : «Permets, j’ôterai le fétu de ton oeil». Souvent aussi, nous cherchons, par cet esprit de jugement, à cacher notre «poutre» aux yeux des autres. C’est une manoeuvre, hélas ! trop connue, de stratégie : On attaque, pour ne pas être attaqué. Quel frère, appelé à diriger les autres, n’a pas dû apprendre toutes ces choses pour lui-même, étant atteint au centuple, et souvent d’une manière injuste, des jugements qu’il a portés sur ses frères ! Mais, grâce à Dieu, quand il a appris cette leçon, il la trouve profitable, et comprend cette parole sortie de la bouche du Maître : «Bienheureux les débonnaires». Le débonnaire est humble d’esprit, il ne s’enfle pas, il ne suppose pas le mal, il ne juge pas, il est plein de bonté. La débonnaireté a la plupart des caractères de l’amour. Jésus était débonnaire et humble de coeur. En lui l’amour de Dieu a été manifesté.
H. Rossier — Courtes méditations — n°2
ME 1921 p. 205-206
L’apôtre a soin de faire ressortir dans ce passage, en contraste avec les principes corrupteurs du paganisme, que ce n’est pas seulement l’esprit et l’âme du chrétien, mais son corps, qui est un membre de Christ. Irais-je donc prendre les membres de Christ pour en faire les membres d’une prostituée ? Quel saint respect le chrétien ne doit-il donc pas avoir pour son corps, le gardant de tout contact avec la souillure morale, puisque ce corps fait partie de Christ ! «Ne savez-vous pas ?» répète l’apôtre par trois fois. Un tel fait devrait toujours être présent à ma mémoire, pour me préserver, dans ma conduite, de tout rapport avec la corruption. Mon corps ne m’appartient pas plus que mon esprit et mon âme. Tous ensemble ont été achetés à prix — et à quel prix !
L’apôtre ajoute une parole qui me frappe beaucoup : «Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et que vous avez de Dieu ?» Je me demande si nous nous rendons compte de l’étendue d’une pareille bénédiction. Quoi ! le Saint Esprit, cette personne divine, est venu habiter en moi ! Je l’ai reçu de Dieu. Comme jadis l’Éternel est venu habiter dans son temple, à Jérusalem, il lui a plu — chaque chrétien peut le dire — de venir élire domicile ici-bas dans mon corps ! Ce n’est pas seulement que le peuple de Dieu comme ensemble, comme étant l’Église, est le temple du Dieu vivant (Éph. 2:21 ; 2 Cor. 6:16), mais l’Esprit l’a formé, en le sanctifiant par la vertu du sang de Christ, pour devenir son habitation, une habitation digne de cette Personne divine : le Saint Esprit. Remarquez que mon corps est le Naos, non pas le Hiéron, ou l’ensemble des bâtiments sacrés, mais le sanctuaire où, comme jadis l’Éternel à Jérusalem, la personne divine du Saint Esprit habite. Il n’est pas même besoin, comme jadis sous la loi, au jour des expiations, d’offrir un sacrifice pour purifier ce sanctuaire, car il l’a été une fois pour toutes aux yeux de Dieu, par le sacrifice de Christ.
Et moi, devrais-je le considérer autrement ? Est-ce que je ne sais pas que mon corps est le Naos du Saint Esprit qui est en moi et que j’ai de Dieu ? Il est en moi, mais mon corps est son sanctuaire comme le temple était le sanctuaire de l’Éternel qui trône entre les Chérubins. C’est de là que le Saint Esprit, cette Personne divine, déploie ses infinies ressources, toute son activité, toute sa puissance, pour me venir en aide, me diriger, m’instruire, me conduire dans toute la vérité, me mettre en rapport avec les objets célestes, et combien d’autres choses encore, car ses fonctions se diversifient à l’infini.
Qu’ai-je fait jusqu’ici de ce divin hôte ? L’ai-je traité avec la crainte et la vénération qui lui sont dues ? Quand l’Esprit m’a parlé de mon corps comme de son temple, l’ai-je écouté ? Ai-je réduit l’Esprit au seul rôle de convoiter contre la chair, afin de m’empêcher de pratiquer les choses que je voudrais ? Ou bien, le sachant dans ce temple, ai-je été attentif à éviter tout acte du corps qui le déshonorerait ? Quelle réponse ferai-je à ces questions ?
Dirige donc, ô Dieu, par ton Esprit, mes pensées, mes paroles et ma plume, afin que tu sois continuellement glorifié dans mon corps qui est Son temple !
H. Rossier — Courtes méditations — n°3
ME 1921 p. 217-218
Nous traversons les temps fâcheux que l’apôtre nous signale dans cette épître. Les hommes qui constituent la chrétienté ont entre leurs mains la Parole de Dieu, c’est-à-dire la vérité. Cette vérité qui est la forme, ou plutôt le pouvoir formatif de la piété, ils l’ont, mais n’en font aucun usage pour pousser les âmes, y compris les leurs, vers la piété, ils en ont renié la puissance, aussi ceux qu’ils enseignent apprennent-ils toujours sans parvenir à la connaissance de la vérité. La chrétienté actuelle est dominée par la corruption morale dont l’apôtre fait un triste tableau (3:6-7), et par la corruption spirituelle d’hommes qui résistent à la vérité, étant corrompus dans leur entendement (3:8).
Devant le tableau si sombre de la chrétienté, combien il est consolant de savoir que Dieu nous a tracé un chemin lumineux au milieu de ces ténèbres. Ce chemin, les enfants de Dieu sont appelés à le suivre individuellement, comme Timothée ; il est parfaitement selon le coeur de Dieu et Jésus Christ peut y être honoré et exalté comme aux plus beaux jours de l’histoire de son Assemblée.
Trois choses caractérisent le témoin actuel au milieu de la ruine. Elles sont marquées par le mot : «Mais toi…» adressé trois fois par l’apôtre à son fidèle disciple et compagnon d’œuvre :
1° «Mais toi (3:10), tu as pleinement compris ma doctrine» ; c’est-à-dire : tu ne t’es pas borné à la connaître ; tu te l’es appropriée comme faisant partie de toi-même ; tu l’as suivie et mise en pratique. L’apôtre avait toujours conformé sa conduite à son enseignement ; Timothée avait fait de même. Le but de l’apôtre était Christ dans la gloire, et il faisait une seule chose : oubliant ce qui est derrière, il courait en avant pour le saisir. Sa foi, son support, sa patience, marchaient de pair avec l’amour, avec cet amour qui supporte tout, croit tout, endure tout, même au prix des souffrances et des persécutions.
Tout cela se résumait en un mot pour Timothée : Il réalisait son christianisme, exprimé dans la parole, les enseignements et la vie de l’apôtre.
2° «Mais toi (3:14), demeure dans les choses que tu as apprises». Timothée est exhorté à faire, pour ainsi dire, son domicile dans ces choses, à ne s’en écarter en aucune manière, tenant ferme l’absolue inspiration des Écritures, car c’est par ces dernières que l’homme de Dieu est accompli et parfaitement accompli pour toute bonne oeuvre.
3° «Mais toi (4:5), sois sobre en toutes choses, etc». Chacun de nous est exhorté à accomplir son service jusqu’au bout, sans défaillance, et c’est ce que Timothée avait sous les yeux dans le témoignage de l’apôtre qui approchait de sa fin.
Puissions-nous dire, comme lui et son cher Timothée : «J’ai accompli pleinement mon service !»
H. Rossier — Courtes méditations — n°4
ME 1921 p. 229-231
Le Psaume 22° décrit les trois phases d’une journée symbolique, remplie par la personne et l’oeuvre de notre bien-aimé Sauveur. La première phase est la nuit, vers. 1-21 ; la seconde est l’aurore, vers. 21-24 ; la troisième le plein midi, vers. 25-31.
Dans la première partie nous voyons le Christ, l’homme saint du Ps 16, l’homme juste du Ps. 17, abandonné de son Dieu, du Dieu saint (*) dans lequel il avait mis sa confiance. La nuit la plus épaisse s’est étendue sur le monde (Matt. 27:45) ; cet homme, l’homme parfait est comme rejeté dans les ténèbres du dehors. Devenu un pauvre être sans défense, il est accablé sous la souffrance la plus terrible, si aiguë que son coeur est comme de la cire, fondu au dedans de ses entrailles, et que son anéantissement ressemble à la poussière même de la mort. — Et cependant pas un instant sa confiance ne l’abandonne. Délivre-moi, s’écrie-t-il, au sein même de la détresse. «Délivre mon âme de l’épée», de l’épée du jugement brandie contre lui par la main de Dieu lui-même (Zach. 13:7). «Délivre mon unique de la patte du chien», de la troupe des hommes brutaux et violents, sans pitié, sans honte, sans pudeur, ameutés contre lui. «Sauve-moi de la gueule du lion», de Satan lui-même qui cherche à le dévorer. Tel est le tableau de l’expiation. Un seul Être pouvait comprendre et sonder cet abîme dans toute son horreur : Celui auquel s’adresse un de nos Cantiques en ces termes :
Tu souffris, ô Jésus, Sauveur, Agneau, Victime ;
Ton regard infini sonda l’immense abîme,
Et ton coeur infini, sous ce poids d’un moment,
Porta l’éternité de notre châtiment.
(*) Le mot El, le Dieu fort en sainteté (différent d’Élohim le Dieu créateur) qui revient continuellement dans les Psaumes, est fort souvent prononcé par Christ homme (voyez v. 1, 3, 10).
Il meurt, il a succombé entre les cornes des buffles. Mais son Dieu lui répond, non pour le sauver de la mort, mais du sein de la mort, pour le tirer, en résurrection, hors de la mort. La rédemption est accomplie, la nuit est terminée, l’aurore se lève à l’horizon (v. 21-24).
Quel contraste ! Devant nos yeux s’ouvre un paysage merveilleux ! Le ciel est sans nuages, d’une fraîcheur à nulle autre pareille, d’une pureté absolue ; la terre est éclairée par la splendeur de l’aurore. «J’annoncerai ton nom à mes frères». C’est le ciel ! Le premier-né d’une famille céleste se présente avec elle dans le ciel devant son Dieu qui est leur Dieu, devant son Père qui est leur Père. «Je te louerai au milieu de l’Assemblée» ; Il s’associe aussi avec cette famille sur la terre pour entonner le Cantique de délivrance que lui seul connaît en entier, lui, le Ressuscité d’entre les morts ! Sa voix trouve un écho dans le coeur et dans la bouche de tous ses bien-aimés.
Et voici maintenant le soleil qui se lève (v. 25-31), un jour sans nuages, le soleil de justice avec la santé dans ses ailes ! La terre est inondée de sa gloire comme le fond de la mer des eaux qui la recouvrent. Une fête nouvelle est célébrée. C’est la fête des tabernacles, la seule qui soit appelée l’assemblée solennelle, la fête du huitième jour, la grande congrégation (Lévit. 23:36 ; Ps. 40:9-10). Son peuple l’a reconnu, les familles des nations se prosternent devant lui. Sa louange s’élève de siècle en siècle de la terre jusqu’au ciel !
Cependant il y a mille fois plus de fraîcheur dans l’étoile brillante du matin, dans le lever du jour, dans le triomphe de la grâce pour introduire la gloire céleste, que dans le plein jour, dans le triomphe de la justice pour établir la gloire terrestre millénaire !
H. Rossier — Courtes méditations — n°5
ME 1921 p. 241-242
Quand on étudie les Psaumes on en découvre à tout moment qui, en quelques versets, embrassent des sujets immenses. Ces Psaumes ont généralement pour sujet la personne de Christ et les bénédictions que cette personne nous communique. Tel est, par exemple, le Ps. 16 où nous trouvons Jésus, comme parfait serviteur et modèle pour nous dans la carrière du service. Tel est le Ps. 22 qui nous présente Christ comme victime, accomplissant seul l’oeuvre du salut, puis comme Sauveur ressuscité, associant les siens, jusqu’aux extrêmes limites du siècle à venir à tous les résultats de son oeuvre. Tel est le Ps. 110 où Christ est assis à la droite de Dieu, faisant participer les siens à tous les résultats de la position qu’il a prise, vrai Melchisédec, Chef de l’Église laquelle est son corps, la plénitude de Celui qui remplit tout en tous.
Le Ps. 23 appartient aussi à cette catégorie de Psaumes. Nous y voyons le Seigneur parcourant personnellement toute la carrière des brebis, prenant connaissance de leurs besoins, évaluant leurs ressources, sondant les dangers de la route, l’explorant jusqu’au bout, surmontant lui-même tous les obstacles afin de pouvoir ensuite se mettre à leur tête. Comme le bon Berger il les désaltère, pourvoit à leur repos et à leur nourriture, les conduit, pour l’amour de son nom dans des sentiers que le péché ne peut aborder, les dirige et les console dans l’épreuve de la sombre vallée, leur dresse une table au milieu du désert, et leur fait part des dons de son Esprit.
Ce Psaume embrasse donc toute la marche du chrétien ici-bas, comme le Ps. 16 embrasse tout son service. Le Seigneur a passé dans ce chemin et le connaît bien ; il ne nous cache pas qu’il est hérissé de difficultés. «Vous avez de la tribulation dans le monde» , nous dit-il, mais il ajoute : «Ayez bon courage, moi j’ai vaincu le monde».
Au Ps. 24, nous trouvons la description de cette «maison de l’Éternel», dans laquelle la brebis «habitera pour de longs jours» (Ps. 23:6). Qui y entrera ? C’est le Seigneur lui-même, le fort et le puissant ; c’est lui, le Roi de gloire ! Les portes élèveront leurs linteaux à sa taille pour qu’il puisse passer à travers leur arche triomphale. L’Esprit de Dieu veut remplir nos yeux de la vision de cette gloire. Mais cette gloire, il nous la donne. Nous entrerons avec Lui dans «le lieu de sa sainteté» ; nous nous y tiendrons avec Lui.
Voyez comme ces trois Ps. 22, 23 et 24 se tiennent ! Ils nous conduisent après l’ignominie de la croix, dans les bénédictions de la résurrection, et à travers toute notre carrière terrestre, jusqu’au lieu où le chemin se termine dans la gloire du Fils de Dieu et de la maison du Père !
H. Rossier — Courtes méditations — n°6
ME 1921 p. 253-254
Peu d’hommes ont eu de Jésus une appréciation plus élevée, plus exempte de toute pensée personnelle, que Jean Baptiste. Il avait devant ses yeux l’Époux, sachant que l’Épouse avait avec lui une relation beaucoup plus intime que n’était la sienne. Mais sa position d’infériorité quant à la relation, était pour lui une occasion d’admirer encore davantage le caractère du Seigneur. Il partageait, comme un ami intime qui connaît à fond le coeur de son ami, tout ce qui faisait la joie de ce dernier : Avoir trouvé une compagne selon son coeur, dont il pût dire : «Cette fois, celle-ci est os de mes os et chair de ma chair !» II assistait en ami à ce triomphe d’un amour dont il n’était pas l’objet, mais dont son ami lui avait fait la confidence, car ce dernier n’avait pas de secrets pour lui et avait pleine confiance en sa discrétion. Lui, Jean, l’ami de l’époux est entièrement dominé par le mérite sans pareil de Celui qu’il connaît si bien. Son coeur déborde de joie à la pensée que son Ami a trouvé et possède une compagne digne de lui être associée. Que lui importe, devant un tel objet, sa valeur personnelle ? «Il faut, dit-il, que Lui croisse et que moi je diminue». Pour que Lui ait tout ce qui est dû à son infini mérite, aucun mérite, aucune dignité quelconque, ne doivent subsister à côté de Lui ; il doit occuper toute la place.
Il faut souvent aux chrétiens une longue vie d’expériences humiliantes, pour être amenés à s’exprimer comme Jean Baptiste. Notre homme naturel a toujours la tendance de s’élever, jamais le désir de s’abaisser. II n’aime pas à dire comme Jean : «Il faut que je diminue». Sous ce rapport le plus grand des apôtres parlait de Christ comme Jean Baptiste le plus grand des prophètes, et plus fortement encore que lui. Quant à nous, Dieu nous apprend à parler ainsi, en nous plaçant sous une discipline salutaire. Si nous avons eu la folie de nous croire quelque chose, le blâme de nos proches, la critique de nos frères, les remarques d’un monde perspicace pour nous trouver en faute, nous ont bientôt appris le néant de nos prétentions. Alors nous comprenons que ces coups de verge nous étaient nécessaires pour nous faire consentir à donner toute la place au Seigneur. Dieu nous dépouille contre notre gré pour que ce résultat : «Il faut que Lui croisse», soit obtenu : Jean n’avait pas besoin de cette discipline : il disait : «Il faut». C’était un besoin de son coeur, fruit de son amour pour le Seigneur. Nous ne pouvons éprouver de joie quand la discipline nous force à reconnaître notre néant et nous prouve qu’en nous estimant nous-mêmes, en cherchant à croître, nous avons diminué notre Sauveur. Jean Baptiste n’avait qu’un objet, le Seigneur, et, quoiqu’il sût qu’il était lui-même, par position, le plus grand des prophètes, il savait aussi que, personnellement, il n’était pas digne de délier la courroie de la sandale de Christ, de remplir vis-à-vis de lui l’office du dernier des esclaves.
H. Rossier — Courtes méditations — n°7
ME 1921 p. 265-268
Si la dispensation actuelle est l’économie de la grâce, elle peut tout aussi bien être appelée l’économie de l’Esprit. En effet, cette grande vérité, que le Saint Esprit a été envoyé du ciel par un Christ assis à la droite de Dieu, domine toutes les autres depuis que l’oeuvre de la croix a été accomplie. Cependant, chose profondément humiliante, il n’y a pas de vérité qui soit plus méconnue, en théorie et en pratique, parmi les enfants de Dieu ! Ils demandent une nouvelle effusion du Saint Esprit, en contradiction formelle avec le fait que l’Esprit de vérité nous a été donné, depuis l’ascension du Seigneur à la droite de Dieu, pour être avec nous éternellement. Ils demandent le Saint Esprit pour chaque acte de leur vie chrétienne, oubliant que leur corps en est le temple et niant virtuellement qu’il est en nous pour nous diriger dans toute la vérité. Ils remplacent la direction du Saint Esprit dans l’assemblée par des institutions humaines qui en sont la négation, et, chose plus grave encore, ils ignorent la présence du Saint Esprit pour former en Unité tous les membres du corps de Christ ici-bas, en sorte qu’il y ait un seul corps et un seul Esprit. Que dirai-je ? Cette immense lacune se fait sentir partout dans la chrétienté d’aujourd’hui. La présence du Saint Esprit est cependant la partie dominante du témoignage de nos jours que tant de chrétiens ignorent ou méconnaissent, comme la justification par la foi était la partie dominante du témoignage de la Réformation.
Je n’essayerai pas de traiter cette vérité autrement que d’une manière fragmentaire et suivant que Dieu m’en fournira l’occasion. Ce n’est qu’en l’envisageant sous toutes ses faces diverses que l’âme du chrétien arrive à se convaincre de son importance. Aujourd’hui je suis attiré par le passage qui se trouve en tête de cette méditation. Je me bornerai comme d’habitude aux quelques points que l’Esprit recommande à mon attention dans cette lecture.
Quelle puissance la possession du Saint Esprit nous donne ! Quels fruits elle porte en nous ! Dans quelle liberté elle nous introduit !... Et cela en contraste avec ce que la chair peut nous offrir. Cette dernière a un terrible antagoniste dans la loi et cependant la loi n’a jamais pu la maîtriser en quoi que ce soit. Il en est comme du démoniaque qui, lié aux pieds de fers et de chaînes, rompait les chaînes et mettait les fers en pièces, et que personne ne pouvait dompter (Marc 5). Ainsi la chair n’a jamais pu s’améliorer, ni se soumettre ; toutes ses oeuvres sont et resteront mauvaises. La chair n’arrive jamais à d’autre fin que d’être «bannie du royaume de Dieu». Elle n’a pour provisions que les passions qui nous placent sous la domination du mal et les convoitises qui sont l’amorce des passions. Quand la chair entre en contact avec l’Esprit, elle n’a jamais d’autre activité que de convoiter contre lui et de lui refuser absolument toute soumission : Tel est le tableau de la chair, donné par l’Esprit saint ! Toute la corruption, toute la violence, toutes les basses et ignobles passions, tous les sentiments inavouables appartiennent à son domaine. Et, ce qui prouve l’état désespéré de l’homme, c’est que du côté de cette sentine (*) s’orientent ses pensées et ses désirs. Alors l’homme ayant parfois la nausée de sa vie passée, l’Esprit de Dieu en profite (quelle grâce !) pour le faire soupirer après une délivrance.
(*) note Bibliquest : sentine = partie de la cale d’un navire où s’amassent les eaux
Et quand, par la puissance de cette grâce, le changement, le don d’une vie nouvelle, par la foi au sang de Christ, a eu lieu, quels merveilleux horizons s’ouvrent devant l’âme délivrée ! Certes, elle a enfin renoncé et une fois pour toutes à améliorer sa chair, mais elle a trouvé la puissance divine, non pas pour la modifier, mais pour la laisser où elle est, dans une impuissance permanente et définitive, en sorte que ce chrétien qui a et aura jusqu’au bout la chair en lui, ne puisse plus pratiquer les choses qu’il voudrait, que sa chair voudrait, mais qu’il puisse agir dans la puissance de l’Esprit. Mais, direz-vous, comment se fait-il que tout de même il pratique ces choses ? Je réponds : S’il les fait il signe son malheur. Un jour, longtemps après peut-être, l’Esprit l’amène à dire, comme David : «J’ai péché contre l’Éternel». Alors Dieu dit : «L’Éternel a fait passer ton péché». David put être ainsi purifié de toute iniquité. Mais les conséquences terribles de son péché restèrent pendant toute sa vie selon les voies du gouvernement de Dieu envers lui. «L’épée ne s’éloigna plus de sa maison à jamais». Dès lors cette discipline, quelque amère qu’elle fût, put porter des fruits bénis pendant la longue carrière du roi. Heureux sommes-nous quand ils sont portés spontanément (v. 22), heureux aussi quand ils sont produits grâce aux soins journaliers du Père qui émonde les sarments pour qu’ils portent plus de fruit. «Le fruit de l’Esprit» est un fruit merveilleux, car l’Esprit n’en produit jamais que d’excellents ! Le premier : l’amour. Tous les autres en dépendent : «L’amour de Dieu est versé dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous a été donné». Combien il y aurait lieu de s’étendre sur ces fruits de l’Esprit ; mais ne faisons-nous pas mieux de les méditer chacun pour soi, dans un esprit de vraie humiliation ? Il me suffit de dire ici que trois de ces fruits : l’amour, la joie, la paix, sont relatifs à Dieu ; cinq : la longanimité, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, relatifs aux hommes ; enfin un seul : la tempérance, relatif à nous-mêmes.
Et maintenant, dans quelle liberté l’Esprit saint nous place (2 Cor. 3:17) pour notre marche (v. 16) et la vie qui la dirige (v. 25) ; enfin pour notre conduite ! (v. 18). Aucune loi ne se met en travers de la marche de l’Esprit pour s’y opposer, car «contre de telles choses il n’y a pas de loi» (v. 23).
Telle est la loi de l’Esprit, la loi parfaite de la liberté ! Tout y est bon, beau, digne de Christ ! Ah ! croyons seulement que cette puissance de l’Esprit est nôtre ! Peut-il y avoir plus triste incrédulité que de douter du don de Dieu ?
H. Rossier — Courtes méditations — n°8
ME 1922 p. 13-16
Je suis toujours plus persuadé que la source de toute bénédiction pour l’âme est d’avoir affaire individuellement et personnellement avec Jésus. C’est ainsi que la Samaritaine est placée en présence de Dieu et trouve la vie éternelle — que la femme adultère apprend à connaître Celui qui ne la condamne pas, dans le seul qui ait le droit de la condamner — que Marie de Magdala reçoit le message céleste d’un Christ ressuscité pour le communiquer aux disciples — que Pierre retrouve la communion perdue — que Paul, sur le chemin de Damas, reçoit la révélation de sa mission — qu’il réalise plus tard la puissance de Christ dans son infirmité...
Et que dirai-je davantage ? Car le temps me manquerait si je parlais d’Abraham conversant sur la montagne, seul avec Dieu — de Jacob resté seul pour lutter avec l’ange — de Moïse parlant seul avec l’Éternel au buisson ou dans la solitude du Sinaï, — de Josué rencontrant seul le chef de l’armée de l’Éternel — de Samuel s’entretenant avec Dieu dans la solitude du tabernacle — de David et des prophètes qui, trouvés seuls avec Lui, furent consolés dans leurs afflictions, réconfortés dans leurs angoisses et reçurent des révélations merveilleuses qu’ils purent communiquer à d’autres ! En vérité, où que ce soit, la foi nous sépare toujours de ce qui nous environne pour nous mettre en contact direct avec Lui seul !
Mais, quel que soit le prix des bénédictions individuelles que les relations de notre âme avec Dieu nous procurent, il en est de plus hautes, de plus complètes, de plus célestes pour ainsi dire, qui se rattachent à la louange et au culte. Ces bénédictions sont collectives. Or s’il est vrai qu’il n’est pas un seul chrétien qui ne cultive ses rapports individuels avec Dieu, y en a-t-il beaucoup qui connaissent le culte et la louange ?
S’il nous est dit que les premiers disciples se réunissaient dans la chambre haute pour persévérer unanimement dans la prière, entièrement séparés du monde qui les entourait, à combien plus forte raison cela nous-est-il dit du culte ! Nous rendons culte par l’Esprit de Dieu qui unit en un seul corps tous les adorateurs. Ceux qui ne connaissent pas cette bénédiction ignorent la chose la plus élevée qui soit la part des enfants de Dieu sur la terre, l’avant-goût de l’adoration céleste. Et ne dût-il rester, au milieu des ruines actuelles de la chrétienté, que deux ou trois enfants de Dieu réunis pour la réaliser, cela ne change rien au caractère de cette bénédiction.
Bien-aimés frères et soeurs en Christ, savez-vous, appréciez-vous, réalisez-vous ce qu’est le culte ? Pour mieux cacher aux enfants de Dieu qu’il ne peut être réalisé que dans une vraie séparation du monde, l’Ennemi de nos âmes multiplie toujours plus, sous ce nom, des représentations trompeuses de ce que le culte n’est pas. Ainsi l’on vous parlera d’un culte pour les enfants, d’un culte de la jeunesse, d’un culte en musique, d’un culte de Cène, d’un culte présidé par un tel, d’une allocution, d’un discours, d’un sermon qui sont le culte de tel ou tel, etc. Je m’arrête, n’ayant d’autre désir que de montrer l’ignorance absolue de la plupart des enfants de Dieu au sujet du culte, c’est-à-dire de l’adoration en commun des rachetés, unis et dirigés par un seul Esprit, autour d’un Christ vivant au milieu des siens, et autour du mémorial de sa mort. Ce que nous venons de dire prouve que l’expression du culte aura lieu le plus souvent le premier jour de la semaine, autour de cette table du Seigneur où est placé, sous les yeux des fidèles, le mémorial de ses souffrances et de la parfaite délivrance qui leur est acquise par elles.
Frères et soeurs bien-aimés, cherchons et cultivons ce rassemblement des enfants de Dieu, par l’Esprit, pour Lui rendre culte, rassemblement que la plupart des membres de sa chère famille ignorent ! Oh ! comme, en réalisant ces choses, nos âmes, ayant soif de réalités, seront vite lassées de ce qui n’en a que l’apparence !
Il est encore un autre point, très actuel, sur lequel je désire insister : Jamais l’attente du Seigneur n’aura toute sa réalité et tout son caractère si elle n’est pas collective. Dans ces dernières années le Seigneur a réveillé, chez un très grand nombre des siens, l’espérance de sa Venue, mais ceux que Dieu avait suscités comme les agents de cette prédication, ne voulant pas sacrifier ce qu’ils appelaient «leurs églises» à la seule Église de Christ selon la Parole, se sont bornés à prêcher aux chrétiens l’attente individuelle du Seigneur. Cet élan n’a pas duré. Les âmes sont retombées dans leur indifférence. Il leur aurait fallu l’élan collectif du coeur de l’Épouse, de l’Église, au devant de son Époux, selon cette parole : «L’Esprit et l’Épouse disent : Viens !»
Tel est le cri que nous avons à faire retentir actuellement dans le monde. Unie par un même Esprit, parlant par un même Esprit ; que la famille de Dieu, elle seule, tout entière, que l’Église, que l’Épouse de Christ, dise : Viens ! Nous laisserons-nous arrêter par toutes les sectes, tristes témoins de la ruine de l’Église responsable dans ce monde ? Avons-nous jamais pu croire que Christ les approuve ? Faisons comme Lui : aimons l’Église ; Il l’a aimée et s’est donné lui-même pour elle. Délivre-nous, Seigneur, de toutes ces entraves, afin que, lorsque tu répèteras : «Je suis l’Étoile brillante du matin», notre coeur tout entier, ton Épouse bien-aimée ici-bas, sous l’ardent désir du Saint Esprit qui l’anime, s’écrie : «Amen, viens Seigneur Jésus !»
Hosanna ! L’Époux vient ! l’Église est transmuée !
Pour les saints endormis c’est le jour du réveil !
Nous montons, emportés vers Lui sur la nuée,
Comme une goutte d’eau qui retourne au Soleil !
«Ne murmurez pas non plus, comme quelques-uns ont murmuré et ont péri par le destructeur»
H. Rossier — Courtes méditations — n°9
ME 1922 p. 25-29
Les murmures sont toujours blâmables ; ils sont parfois odieux et attirent sur ceux qui les font entendre les plus terribles jugements de Dieu.
1° Un des cas, en apparence les plus inoffensifs, est mentionné au chap. 7 de l’évangile de Jean. Plusieurs avaient cru en Lui et disaient entre eux : «Le Christ, quand il sera venu, fera-t-il plus de miracles que celui-ci n’en a faits ?» Les pharisiens entendirent la foule murmurant ces choses de Lui. Il n’y avait pas de mal, direz-vous, à ce que les foules se communiquassent à voix basse l’impression favorable qu’elles avaient reçue de la personne de Christ. C’est vrai, mais la crainte que ces hommes avaient des principaux les empêchait de rendre à haute voix témoignage à Christ et de réduire l’Ennemi au silence. Les pharisiens profitèrent de ce manque de courage moral chez le peuple pour se montrer ouvertement hostiles à Jésus.
2° Un cas fréquent de murmure est celui qui est mentionné dans la parabole des ouvriers de la vigne au chap. 20 de Matthieu (v. 11). Ceux d’entre eux qui s’étaient engagés d’après un principe légal : «tant d’heures d’ouvrage, tant de salaire», sont mécontents de voir ceux de la onzième heure récompensés comme eux, parce qu’ils étaient rétribués, non sur le principe de la loi, mais sur celui de la grâce souveraine du maître de maison. Est-ce donc des Juifs, seuls propres justes, asservis à la loi, que ce passage nous parle ? Beaucoup de chrétiens, envoyés dans la vigne, travaillent sur le principe d’un salaire convenu et ont de la jalousie contre ceux qui sont rétribués sur le principe de la grâce. Tous ceux qui ont été recrutés sur ce dernier principe reçoivent ce qui est juste, (v. 7), non pas à leurs yeux, mais à ceux du Maître. Ils acceptent leur salaire avec reconnaissance. Les seuls qui murmurent sont ceux qui, engagés sur un pied légal, sont remplis de jalousie envers ceux que la grâce favorise. Leur mécontentement va jusqu’à accuser le Maître lui-même. Celui-ci répond avec calme à cette accusation, au lieu de punir l’insolent : 1° Je ne te fais pas tort ; 2° Il y a eu accord entre toi et moi (non pas vice-versa) pour un denier, journée légale de l’ouvrier ; puis, 3° Il le renvoie avec ces paroles : «Prends ce qui est à toi» et dit : 4° : Je veux donner au dernier autant qu’à toi. C’est la volonté de la grâce ; qu’as-tu à dire ? 5° Dieu n’est-il pas libre de faire de ce qui lui appartient l’usage qu’il veut ? 6° Oses-tu voir du mal et murmurer quand tu te trouves devant ma bonté ?
Ainsi le chrétien légal, sans s’en rendre compte, accuse Dieu, et murmure contre lui, parce qu’il se croit supérieur aux autres. Il ne peut souffrir que ces derniers soient employés par la grâce, sans aucun mérite de leur part. Il blâme la bonté chez Dieu et loue ses propres mérites. Quelle aberration ! Mais ce murmure n’attire pas encore sur lui la colère du Maître qui lui dit simplement ; Va-t’en. Toute relation avec ce propre juste est interrompue pour laisser le champ libre à la grâce.
3° En Luc 5:30, les scribes et les pharisiens murmurent contre les disciples de ce qu’ils mangent et boivent avec les publicains et les pécheurs. Le Seigneur prend leur défense et répond pour eux. Quel privilège ! Laissons dire le monde, nous Ses disciples ; le Seigneur répondra pour nous. Ces adversaires, en s’adressant aux pauvres disciples, s’adressent aux faibles, mais les voilà qui, au lieu de rencontrer ces derniers, rencontrent inopinément le Fort, du moment qu’ils attaquent ses bien-aimés. Aucune indignation chez le Seigneur ; il se borne à couvrir les siens et la confusion est pour leurs adversaires.
En Jean 6:61, les disciples murmurent à leur tour, mais non pas contre leur Maître. Leur ignorance ne comprend ni la valeur de la mort de leur Sauveur, ni la vie éternelle que cette mort leur apporte, ni, à bien plus forte raison, la valeur de sa résurrection. Remarquez avec quelle grâce le Seigneur les instruit ! C’est avec la même grâce qu’il supporte l’ignorance des Juifs murmurant contre lui parce qu’il se faisait supérieur à Moise.
4° Phil. 2:14 ; 1 Pierre 4:9. Une certaine catégorie de murmures, chez les chrétiens, est tout simplement l’expression de leur mécontentement d’avoir à subir certaines obligations, ne fut-ce que l’exercice de l’hospitalité, ou certaines règles morales qui s’imposent à leur volonté. Ces murmures sont le résultat de l’indépendance, qui est le péché. On oublie que ces entraves que nous avons à subir sont ordonnées de Dieu et ne fut-ce que pour mettre à l’épreuve notre confiance en Lui. Le murmure est, dans ce cas, le mécontentement des voies de Dieu à notre égard et le désir de nous en affranchir. Cela aussi est une chose que nous devrions juger sévèrement.
5° Nous trouvons enfin le murmure mentionné par notre titre, en 1 Cor. 10:10. Ce murmure, chose affreuse, est la révolte contre Dieu. Est-il possible qu’une telle chose puisse se produire chez un enfant de Dieu ? Nous dirions : Non. Et cependant, au jour actuel, combien de paroles sorties de la bouche des chrétiens ou de gens réputés tels, qui, si elles ne sont pas une révolte ouverte, frisent du moins la révolte ! «Si Dieu existe, disent-ils, peut-il supporter que de telles atrocités se commettent ?» «Pourquoi Dieu qui aurait pu empêcher le mal, ne l’empêche-t-il pas ?» Paroles blasphématoires, dont ne se doutent même pas ceux qui les prononcent ! Je réponds : Oui, Dieu existe et supporte vos blasphèmes ! Veuillez m’expliquer pourquoi il ne vous a pas pulvérisé, ici même, quand vous les profériez. Je dis que Dieu existe et la preuve, c’est qu’il est patient envers vous, comme envers tous les hommes, ne voulant pas que vous périssiez ! Murmurer contre Dieu ! C’est ce que fit Israël. Devant les obstacles qu’il va rencontrer au pays de Canaan, le peuple accuse Dieu qui l’a comblé de tant de grâces, de l’avoir conduit au désert pour l’y tuer, et veut retourner en Égypte ! Ces murmures, hâtons-nous de le répéter, ne peuvent être ceux des rachetés, des vrais enfants de Dieu, des élus, mais ne pensez pas que ce soient uniquement ceux de ce peuple de cou roide, d’Israël, que Dieu dut finalement rejeter de devant sa face ; l’apôtre a soin de nous avertir du contraire en 1 Cor. 10. Ce sont les murmures de ceux qui font profession de christianisme. Si tout le peuple qui avait murmuré contre Dieu a dû tomber dans le désert, banni à tout jamais de la terre promise (à l’exception de Josué et de Caleb), à combien plus forte raison devront tomber ceux qui portent le nom de chrétiens et qui murmurent aujourd’hui : «Dieu est un Dieu qui aime à faire le mal, qui aime à détruire les hommes. Il aurait pu empêcher tout ce mal ; pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?» Quelques-uns d’entre eux vont jusqu’à rendre Dieu responsable de la chute du premier homme ! Or que nous dit la Parole ? «La face de l’Éternel est contre ceux qui font le mal», et «ses yeux sont trop purs pour voir le mal» (Ps. 34:17 ; Hab. 1:13).
Ces hommes ont jadis péri par le destructeur. Aujourd’hui ces hommes, à moins qu’ils ne se repentent, périront de la même manière et l’accès au ciel leur sera fermé (Nomb. 14:2, 27, 29). Leur seule et unique ressource est en Celui qui peut se tenir avec l’encensoir entre les morts et les vivants (Nombr. 16:41) ; en Celui qui peut exercer la grâce sacerdotale d’Aaron en intercession pour le peuple coupable (Nomb. 17:10).
Repentez-vous donc. Aujourd’hui Dieu vous convie à la repentance !
H. Rossier — Courtes méditations — n°10
ME 1922 p. 37-39
Nous ne serons jamais conformes à Jésus ici-bas. Il nous faut attendre sa venue pour que «le corps de notre abaissement soit transformé en la conformité du corps de sa gloire». Alors, par la transformation de nos corps, nous aurons atteint cette conformité (Phil. 3:21). Et ce ne sont pas seulement nos corps qui seront conformes à son corps glorieux, mais nous sommes prédestinés à être conformes à l’image du Fils de Dieu, comme faisant partie d’une famille qu’il appelle ses frères, et dont il est le premier-né (Rom. 8:29).
Il est cependant une chose qui peut être toujours réalisée pour nous, dans ce monde : c’est d’être rendus conformes à sa mort. Nous pouvons être appelés à mourir comme Lui et dans ce cas ce sera le moyen de parvenir comme Lui à la résurrection d’entre les morts (Phil. 3:10).
Il y a d’autre part un objet auquel il nous est, hélas ! toujours facile de nous conformer, parce que nous avons la chair en nous : cet objet est le monde, aussi sommes-nous exhortés, par le passage qui est en tête de cette méditation, à ne pas nous conformer à ce siècle (Rom. 12:2), ni non plus, comme il est dit autre part, «à nos convoitises d’autrefois pendant notre ignorance» (1 Pierre 1:14). Avec quelle facilité nous glissons sur cette pente !
Répétons-le donc : Il n’y a pas pour nous de conformité possible avec Christ ici-bas. Cela réduit à néant les prétentions qu’ont certains chrétiens d’atteindre la perfection dans ce monde, doctrine insensée qui suppose la perfection dans la chair ! La parole de Dieu ne nous dit-elle pas : «Quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est en partie aura sa fin» ? Et encore : «Maintenant je connais en partie, alors je connaîtrai à fond comme aussi j’ai été connu» (1 Cor. 13:10, 12).
Mais s’il n’y a pas pour nous de conformité morale ou corporelle avec Christ ici-bas, il peut y avoir, grâce à Dieu, une transformation morale. Cette transformation est graduelle, comme nous le voyons en 2 Cor. 3:18, où il est dit que «nous sommes transformés à la même image de gloire en gloire» ; mais elle ne se produit jamais que lorsque l’âme du chrétien, sous l’influence puissante du Saint Esprit, contemple «à face découverte, la gloire du Seigneur». Cette transformation est produite par «le renouvellement de l’entendement» (Rom. 12:2), renouvellement qui a lieu par l’Esprit (Tite 3:5). C’est par lui que nous éprouvons ou discernons la volonté de Dieu.
Ayant été délivrés, par le fait que nous sommes morts avec Christ, de la volonté de la chair qui n’est autre chose que «le péché», nous pouvons maintenant présenter nos corps, dépouillés de cette volonté, en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, et nous en disposons dans ce but. Par le renouvellement de notre entendement, nous apprenons à goûter et à apprécier une toute autre volonté que la nôtre, celle de Dieu.
Dans ces conditions nous ne serons jamais en danger de prendre notre volonté pour celle de Dieu. Un homme d’état renommé, croyant, mais absolument aveuglé sur le jugement que Dieu portait sur lui, disait : «La volonté de Dieu est la grandeur de mon pays et toute mon activité consiste à accomplir cette volonté». Le malheureux produisit la ruine complète de sa patrie, parce qu’il décorait sa propre volonté du nom de volonté de Dieu.
Tout autre est le discernement de la volonté de Dieu ; il n’a lieu que lorsque la question de notre volonté a été définitivement réglée et jugée, aussi pouvons-nous dire que le discernement de la volonté de Dieu a lieu dans la mesure où nous nous tenons pour morts au péché. Au reste, cette volonté de Dieu, discernée et éprouvée dans le coeur, fait notre joie et notre force. Tout ce que Dieu fait est désormais bon pour nous, parce que Dieu le veut ; et si Dieu le veut, celui qui a été transformé, trouve cette volonté agréable. Il ne pense pas à ce dont cette volonté le prive, mais il sait qu’elle est agréable à l’Amour divin dont il est lui-même l’objet. Alors il peut dire : En vérité, cette volonté est parfaite. Bien-aimés ! n’ayons affaire qu’à la volonté de Dieu seule et nos coeurs seront toujours remplis de bonheur et de paix !
La transformation dont nous parlons peut encore dépasser les limites d’une transformation morale. Sous la puissante efficace du Saint Esprit, un Étienne est transformé en la similitude des pensées de Christ ici-bas, tandis que son visage porte déjà les traits d’un ange qui voit la face de Dieu. De même les disciples, ces gens «illettrés et du commun», portaient sur leurs traits et dans leur langage une ressemblance avec Jésus parce qu’ils avaient été avec Lui (Actes 4:13).
H. Rossier — Courtes méditations — n°11
ME 1922 p. 49-52
D’où vient que l’apôtre employait le don de grâce qu’il avait reçu à exhorter chacun de ceux qui étaient parmi les chrétiens de Rome à n’avoir pas «une haute pensée de lui-même» ? C’est qu’il réalisait pleinement de son côté les deux premiers versets de ce chapitre. Il se considérait comme mort avec Christ et comme ayant été mis par là en pleine liberté de l’esclavage de la chair. Il considérait la volonté de la chair qui ne se soumet jamais à celle de Dieu, comme absolument jugée et condamnée sur la croix, dans la personne de notre Substitut. Cette question de la chair était liquidée pour lui de manière à ce qu’il ne fût jamais obligé d’y revenir. Il avait cru ce que Dieu lui disait. Il se tenait lui-même pour mort au péché ; mais maintenant il vivait à Dieu, comme Christ vit à Dieu après «être mort une fois pour toutes au péché». Il pouvait se tenir devant Dieu, considérant sa volonté propre comme définitivement jugée et condamnée ; mais son corps, assujetti jadis aux convoitises de la chair, en était maintenant délivré : c’était un corps, sans volonté pour ainsi dire, mais qui pouvait s’offrir en toute liberté, en vertu de la nouvelle vie qu’il possédait en Christ, comme instrument de justice à Dieu. Il présentait donc son corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu et exhortait ses frères à faire de même.
Désormais, vivant à Dieu de la même vie que Christ, il était capable d’apprécier la volonté de Dieu et d’en jouir.
Mais n’oublions pas que, malgré cette vie nouvelle, la chair est toujours en nous et y sera tant que nous vivrons dans ce monde, quoique nous ne soyons plus dans la chair. Aussi avons-nous besoin d’être continuellement exhortés à marcher comme étant libérés du vieil homme pour être asservis à Dieu. Si nous donnons la moindre prise à la volonté de la chair, nous allons au devant d’une défaite certaine. L’apôtre, évitant ce danger pour lui-même, était capable d’exhorter les autres à suivre le même chemin. Notre défaite consiste à donner de l’importance au moi, à penser du bien de notre vieil homme dans la chair. Ce vieil homme en nous est si haïssable qu’il peut lui arriver de se parer des libres dons de la grâce de Dieu pour se mettre en relief et s’enorgueillir. Ce n’était pas ce que faisait l’apôtre : il était si affranchi du vieil homme qu’il employait «la grâce qui lui était donnée» à exhorter ses frères pour qu’ils demeurassent dans l’humilité. La jouissance de la volonté de Dieu nous empêche de mettre le moi en avant, car elle condamne absolument la volonté du vieil homme. Si je l’ai jugé, comment pourrais-je avoir «une haute pensée de moi-même» ? Or ces chrétiens de Rome avaient besoin d’une exhortation continuelle à ce sujet, parce qu’ils ne pouvaient pas dire comme l’apôtre : «Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus moi, mais Christ vit en moi», et que chez eux, le vieil homme était toujours prêt à relever la tête. Ils étaient en danger de se servir des grâces accordées au nouvel homme pour en orner le vieil homme et s’estimer supérieur à d’autres qui avaient aussi reçu des dons de grâce pour l’édification du corps de Christ. L’apôtre, lui, avait réalisé la mort avec Christ dans toute son étendue, aussi pouvait-il exhorter les autres sur ce pied-là. Demandons-nous si cette exhortation ne nous atteint pas bien plus encore que les chrétiens de Rome, et si nous ne ménageons pas d’habitude à la volonté du vieil homme une porte de derrière par laquelle il peut s’échapper et se faire valoir.
Ce n’est que dans la mesure où je me tiens pour mort que je perds toute haute pensée de mon importance. Non que je ne doive pas me rendre compte de la valeur du don que Dieu m’a confié. L’apôtre recommande à ces chrétiens de Rome de «penser de manière à avoir de saines pensées, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun». Si Dieu m’a donné un «don de grâce», je dois l’estimer parce qu’il vient de lui et le «ranimer» au besoin, mais non pas m’en parer ou m’en faire valoir. C’est ce dont l’apôtre donnait l’exemple quand il disait : «Je n’ai été en rien moindre que les plus excellents apôtres, quoique je ne sois rien» (2 Cor. 12:11).
On pourrait conclure de notre passage que si nous employons nos dons à recommander l’humilité aux autres, c’est que nous n’avons pas la pensée de nous en attribuer quelque mérite. Il peut cependant arriver, tant le coeur naturel est rusé, que tel chrétien doué recommande aux autres l’humilité, tandis qu’il est dominé par l’orgueil — souvent soigneusement dissimulé — de sa propre importance. On peut voir des chrétiens offensés dès que d’autres mettent en question la valeur de leur ministère. Il n’en était pas ainsi de l’apôtre ; attaqué de toutes parts, il remettait au Seigneur le soin de le justifier et, s’il avait à se défendre, il ne le faisait qu’en vue de l’édification de l’assemblée (2 Cor. 12-13).
Faisons comme lui ; employons d’une manière intelligente ce que Dieu nous a donné, pour l’édification du corps de Christ. Gardons chacun la place que le Seigneur nous a assignée, afin que tous les organes de son corps étant en exercice, et chacun à sa place, il y ait dans le corps un fonctionnement selon Dieu et pour le bien de tous. Ne cherchons pas à nous attribuer ce que Dieu a donné à d’autres, qu’il s’agisse de prophétie, de service, d’enseignement ou d’exhortation, mais avant tout, en un temps où les fondements sont ébranlés, «que l’amour fraternel demeure !» (Rom. 12:9-10 ; Hébr. 13:1).
H. Rossier — Courtes méditations — n°12
ME 1922 p. 77-80
Par un privilège spécial trois disciples furent conviés dans ce passage à «voir le royaume de Dieu venu avec puissance». Ce n’est certes pas une petite chose que la «puissance». Cette vision s’était tellement imposée à Pierre qu’il y revient dans sa seconde épître pour la décrire, comme «la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ». Quand il dit : «sa venue», c’est celle par laquelle il établira le royaume de Dieu en gloire ; et il ajoute que les chrétiens «font bien d’être attentifs» à ces choses, choses dont la prophétie nous entretient, comme étant de son domaine et qu’il ne nous est pas permis de négliger. En effet, la venue en puissance du Seigneur anéantira tout ce qui s’oppose à lui et établira sur la terre son règne millénaire. Mais qu’est-ce que, de fait, la vue anticipée de cette puissance glorieuse a produit sur le coeur des trois disciples ? Ils étaient épouvantés. Il n’en sera point ainsi pour nous, quand nous assisterons à son déploiement, car nous y aurons personnellement part quand le ciel sera ouvert et que nous en sortirons comme formant le cortège du roi. Par la même raison, cette puissance n’épouvantait pas non plus Moïse et Élie qui apparaissaient en gloire avec Lui ; plus tard elle n’épouvantait plus Jean, l’un des trois disciples, quand en esprit, et non plus en chair, il pouvait contempler dans le ciel et sur la terre toute cette puissance glorieuse à laquelle il devait avoir part.
Nous de même, nous aurons part à cette puissance et cela bannit toute crainte de nos coeurs quand nous pensons au jour futur de sa manifestation. En attendant ce moment, une autre puissance que celle du royaume nous a été donnée : la puissance du Saint Esprit, la «puissance d’en haut» dont les disciples devaient être revêtus selon la promesse du Seigneur et qui, dès ce moment, est devenue la part de tous les rachetés. Ce don du Saint Esprit fut introduit avec des signes solennels et impressionnants de puissance, avec un souffle violent et impétueux et des langues de feu divisées. Loin d’être épouvantés devant ces manifestations, les disciples qui y avaient tous part furent remplis de joie pour rendre témoignage à la toute-puissance de la grâce.
Nous possédons aujourd’hui le Saint Esprit, aussi bien que les premiers disciples, mais pourquoi n’avons-nous plus part à sa puissance comme eux ? En réalité, si elle nous fait entièrement défaut, c’est à cause de la ruine complète du témoignage de l’Église, à laquelle dans une si grande mesure nous avons tous participé. Ce manque de puissance est, en effet, pour nous un sujet d’humiliation continuelle, mais il est selon Dieu que nous gardions cette attitude d’humiliation sans essayer de nous y soustraire. C’est la seule attitude d’un Résidu fidèle qui ait aujourd’hui la pleine approbation du Seigneur. Ne dit-il pas à Philadelphie : «Tu as peu de force et tu as gardé ma parole, et tu n’as pas renié mon nom ?»
Devant cet état de choses dont nous sommes responsables, gardons-nous d’oublier qu’il nous reste une chose infiniment supérieure à tout déploiement de puissance : Cette chose est la communion. Moïse et Élie, tout en faisant partie de la scène où la puissance du royaume était révélée, n’étaient pas occupés de cette dernière, ni de leur place dans le règne glorieux de Christ. Leur jouissance était tout autre : «ils parlaient avec Jésus». Ils s’entretenaient avec lui de sa mort, des résultats du sacrifice que son amour allait accomplir. Les disciples qui venaient d’être les témoins oculaires de sa Majesté furent enseignés à rechercher les mêmes choses dont Moïse et Élie venaient de leur fournir l’exemple. La nuée, demeure de l’Éternel, descend sur eux et les enveloppe comme elle avait jadis enveloppé le tabernacle. Sont-ils appelés maintenant à voir quelque chose ? Toute la vision de la puissance glorieuse de Christ a disparu. Ils ne voient rien, mais ils entendent. Qui donc entendent-ils ? Le Père, qui leur parle de ce qui remplit son propre coeur, afin qu’ils aient communion avec lui au sujet de son Fils. Il ne dit pas : «Voyez» , mais «Écoutez», et il ajoute : «Écoutez-le». Mais de quoi le Fils va-t-il nous parler ? Du Père ! Tout l’évangile de Jean en rend témoignage. Ainsi, en dehors de tout l’appareil de la puissance, notre communion est avec le Père et avec le Fils. Il n’y a de «joie accomplie» que là : le plus merveilleux déploiement de puissance ne peut donner cette joie. Nous avons part à l’amour du Père que le Fils nous révèle, à l’amour du Fils que le Père nous révèle ; nous avons la communication des pensées les plus intimes de la déité dans le Père et dans le Fils !
Cela nous suffit-il ? Quand aucune puissance n’existe plus, nous contentons-nous de ne voir plus personne, sinon Jésus, seul avec nous ? Immense bénédiction, car aucun autre objet n’est capable désormais de nous distraire. Quel bonheur ! dirons-nous : Si la puissance a disparu par notre faute, Dieu en tire avantage pour que désormais nous n’ayons pas d’autre ressource que Lui !
Marie jouissait de cette communion quand elle était à ses pieds, écoutant sa parole ; elle en jouissait encore quand elle répandait son encens sur les pieds du Sauveur. Jean en jouissait aussi quand il reposait sa tête sur le sein de Jésus. Il n’avait sans doute pas beaucoup de choses à communiquer à son Maître, mais, en vertu de cette proximité, il était capable de recevoir ses confidences intimes, même prononcées à voix basse. Ce n’est pas en présence de la gloire, ni de la puissance que la joie est accomplie, mais en présence de l’amour du Père et du Fils.
H. Rossier — Courtes méditations — n°13
ME 1922 p. 89-92
Ce chapitre nous présente le contraste entre la foi de Jonathan et la religion de Saül et nous montre la valeur qu’il faut attribuer à l’une et à l’autre. Le sujet ayant été traité autrefois dans les «Méditations sur le premier livre de Samuel», nous le reprenons ici sous forme d’aphorismes, en vue de le compléter.
La foi agit sans prendre conseil des hommes charnels, entièrement en dehors d’eux et à leur insu. Elle ne confie ses desseins qu’à ceux qui possèdent la même foi (v. 1-3).
La foi cherche l’occasion de servir le peuple de Dieu ; elle tient le monde pour ennemi de Dieu et entièrement séparé, par son incirconcision, du peuple de l’Éternel (v. 4).
La foi est humble. Elle a conscience de l’indignité et de la culpabilité de l’homme, conscience de la ruine du peuple de Dieu. L’homme de foi se sent indigne d’être secouru autrement que par la grâce ; il dit : «Peut-être» ; mais, d’autre part, il s’appuie sur la puissance de Dieu pour sauver «avec peu ou beaucoup de gens», c’est-à-dire par les moyens qui conviennent à Celui-ci. Dans le sentiment de sa petitesse, l’homme de foi désire être un instrument de bénédiction et s’offre à Dieu pour cela (v. 6).
La foi de Jonathan trouve un écho dans le coeur du jeune homme qui porte ses armes, homme de foi lui-même, humble et inconnu, car nous ignorons jusqu’à son nom. Ce jeune homme s’associe à la foi de son maître, comme Timothée à celle de Paul, car dès l’enfance, par la connaissance des saintes lettres, Timothée «portait les armes» de l’apôtre. Ce «jeune homme» de Jonathan estime hautement celui qui possède de telles armes, et il en connaît l’usage. Sa foi s’associe à l’homme qui n’a pas d’autre but que la gloire de l’Eternel et le salut du peuple (v. 7).
La foi ne se cache pas ; elle ne craint pas le témoignage de Dieu, mais se montre en public aux adversaires (v. 8).
La foi ne retourne jamais en arrière, mais il y a des occasions où il lui faut savoir attendre et rester sur place. C’est la patience de la foi. Le signe pour agir provient d’un appel direct de Dieu, par quelque canal qu’il nous parvienne (v. 9-10).
La foi s’associe toujours avec le peuple de Dieu, tout entier ; elle n’accepte pas d’être appelée d’un autre nom que celui d’Israël, ni par le monde religieux, ni par le monde ennemi (voyez 13:3 ; 14:11-12). Les ennemis de Dieu tombent devant la foi, toujours associée à la parole de Dieu (les armes de Jonathan) qui les juge (v. 13).
Un homme de foi seul a plus de force que toutes les organisations dans lesquelles le monde croit concentrer sa force pour servir Dieu. Jamais ces organisations n’acquerront le salut au peuple de Dieu.
Les armes du monde ne servent à ceux qui les possèdent qu’à s’entretuer (v. 16). Les armes d’une profession sans vie ne lui servent de rien ; les armes de la foi sont seules efficaces.
Ce que le monde appelle sa religion n’a rien de commun avec la foi. Une telle assertion peut paraître téméraire, mais ce chapitre de Samuel, comme tant d’autres, vient la confirmer d’une manière absolue.
Extérieurement, tout l’avantage religieux est non pas du côté de Jonathan, mais du côté de Saül. Sans doute, l’Ennemi a privé tous ces Hébreux de leurs armes, comme il réussit de plus en plus à priver la chrétienté de la parole de Dieu ; cependant, pour sauver les apparences, elles existent encore, aussi bien entre les mains de Saül, qu’entre celles de Jonathan. La différence entre le professant, Saül, et l’homme de foi, Jonathan, c’est que le premier ne fait pas usage de ses armes et que le second a un compagnon de sa foi pour les porter. Il en est ainsi de la chrétienté.
La parole de Dieu n’est donc pas absente de ce que nous appelons la religion, mais elle est inefficace. La masse du peuple, ne la connaissant pas, ne peut en faire usage.
Saül a la masse du peuple et tout le reste de l’armée avec lui. Jonathan a un seul homme. Saül a le sacrificateur avec lui, mais ce dernier n’est pas l’objet du choix de l’Éternel (voyez 2:34-35). Le sacrificateur est ici l’homme officiel. Il porte l’éphod ; il est censé être le seul qui puisse connaître la pensée de Dieu et l’interroger pour le peuple ; le seul qui puisse faire approcher l’arche, signe de la présence de Dieu et de son habitation au milieu d’Israël ; le seul qui, par le sacrifice sur l’autel, permette au peuple de s’approcher de Dieu — mais Dieu ne répond pas. Celui qui siège entre les Chérubins est avec Jonathan. Sans la foi, la possession des signes extérieurs de la présence de Dieu avec son peuple ne donne aucune confiance à l’âme quand le danger se présente. Le tumulte va croissant, les formes religieuses ne servent plus de rien, Saül dit : «Retire ta main», et se passe de ces vaines formalités : La victoire est attribuée à celui qui n’a pas perdu son temps à ces choses. Mais, de fait, il n’y a pas de victoire, quoique l’homme puisse affirmer le contraire : Le monde ne le voit pas, mais Dieu voit et sait que, dans le combat dont il est ici question, il a donné la victoire à la foi de deux faibles hommes.
Le monde religieux s’attribue toujours le succès comme le démontre une occasion précédente où Jonathan avait eu le seul rôle (13:3-4). Il invoque le même Dieu que l’homme de foi, mais, quand il s’agit de victoire, au lieu d’attribuer le succès à la foi, il ne l’attribue qu’à lui-même et ne cherche que son propre avantage. Il dit : «Jusqu’à ce que je me sois vengé de mes ennemis» (14:24).
Saül croit remédier à son incrédulité par le serment téméraire qu’il fait prêter au peuple. Vaine formalité qui n’a pour résultat que de rendre Saül responsable de la violation de ce serment et met en danger la vie de l’homme de foi qui seul avait remporté la victoire.
En résumé, tout l’imposant appareil religieux qui est avec Saül est frappé de la stérilité la plus complète. Saül ne se sert pas de ses armes ; son armée n’en a pas ; l’arche n’est pas même utilisée ; le sacrifice n’est pas offert ; la sacrificature n’est d’aucun profit ; le serment ôte au peuple toute sa force ; l’autel, par lequel on s’approche de Dieu, n’a d’autre réponse que le jugement. Cette religion, au lieu d’exalter Jonathan, le sauveur d’Israël, prononce son arrêt de mort !
H. Rossier — Courtes méditations — n°14
ME 1922 p. 101-105
Le chapitre placé en tête de cette méditation nous apprend que certains chrétiens possèdent une connaissance qui les distingue d’autres chrétiens, ignorants et plus faibles qu’eux. Cette connaissance affranchit ceux qui la possèdent de certains scrupules de conscience auxquels leurs frères sont sujets ; mais, en usant de leur liberté, ils pèchent contre les faibles, et, en péchant contre eux, ils pèchent contre Christ (v. 12). Voilà où une certaine connaissance peut faire tomber un chrétien dans ses rapports avec ses frères ; mais, en outre, elle lui fait courir, quant à lui-même, un danger tout aussi positif : «La connaissance enfle». Elle nous donne de l’orgueil et nous remplit de notre importance. Elle met en relief, elle fait revivre et exalte, pour ainsi dire, le vieil homme dont la croix de Christ nous avait délivrés ! Ne courons-nous pas, aujourd’hui comme jadis, pareil danger ? Nous pouvons avoir une appréciation exacte de la non-valeur de ce que le monde appelle «sa religion», et n’en tenir aucun compte, mais nous pouvons, par là, blesser la conscience de nos frères faibles qui en sont sortis, mais attachent encore quelque importance aux choses dont ils se sont séparés.
Il est encore une autre forme de connaissance. Celle-ci nous met en rapport avec les choses saintes et provient directement de l’action du Saint Esprit en nous. C’est ainsi que nous lisons en 1 Cor. 12:8-10 : «À l’un est donnée, par l’Esprit, la parole de sagesse ; et à un autre la parole de connaissance, selon le même Esprit... et à un autre des dons de grâce de guérison, par le même Esprit, et à un autre des opérations de miracles…» Or, que faisaient les Corinthiens de tous ces dons, car il ne leur en manquait aucun, «ayant été enrichis en Christ en toute parole et toute connaissance ?» (1 Cor. 1:5, 7). Ils s’en servaient pour se faire valoir, ou, ce qui revient au même, ils «s’enflaient d’orgueil» (1 Cor. 4:6, 19 ; 5:2 ; 13:4), quand ils auraient dû les employer en vue de l’utilité du corps de Christ (12:7) et pour l’édification (14:3, 5). De là venait aussi que, dans leur esprit charnel, ils préféraient faire montre de dons miraculeux au milieu de l’assemblée, que de s’employer à un service plus humble où le vieil homme ne pouvait prendre l’occasion de s’enorgueillir.
Aujourd’hui que, par suite de la ruine de l’Église professante, ces manifestations miraculeuses ont disparu, le même esprit peut se faire jour dans l’exercice des dons que la grâce nous a laissés, et nous laissera jusqu’à la fin, pour l’édification du corps de Christ (Éph. 4:11-13). Cet esprit se montre surtout en ce qui concerne la connaissance, c’est-à-dire l’enseignement. On verra l’évangéliste, ou celui qui édifie, aspirer à être docteurs, alors que leurs dons sont infiniment supérieurs à celui-ci pour la conversion des âmes ou leur avancement dans la piété. Quelle est donc la cause de cette singulière aberration, si ce n’est, qu’enseigner les autres semble donner plus de relief, selon la chair, à celui qui enseigne, comme un professeur occupe une position supérieure à celle de ses élèves ? L’enseignement est nécessaire, mais nous avons à «désirer avec ardeur les dons spirituels, surtout de prophétiser» (14:1), non pas d’enseigner, parce que la prophétie, dans le sens de cette épître, met les âmes directement en rapport avec Dieu et que notre moi n’y trouve pas son compte, n’ayant là ni place, ni importance.
Nous venons de toucher ici au second danger de la connaissance, même en tant que don spécial de l’Esprit. Aussi Jacques peut-il nous dire : «Ne soyez pas beaucoup de docteurs, mes frères, sachant que nous en recevrons un jugement plus sévère» (Jacq. 3:1). Le jugement de ce «docteur» est d’autant plus sévère qu’enseignant les autres, sa place spéciale le charge d’une responsabilité supérieure à la leur.
Que faut-il donc penser de notre chair, si la connaissance, comme don de l’Esprit, peut être employée pour parer ou faire valoir le vieil homme ?
Mais il est une connaissance qui ne s’accompagne jamais d’aucun danger et qui est, au contraire, une source de bénédictions infinies pour celui qui la possède et pour ceux auxquels il la communique. Elle diffère entièrement des deux précédentes par son objet. L’objet de ces dernières était le moi. On y pense, a dit un frère, «comme à une chose qu’on possède, qui est en nous, qui est notre connaissance».
La connaissance dont nous parlons a Christ pour objet ; c’est ce qui lui enlève tout danger pour l’âme et devient, au contraire, une source de jouissance toujours renouvelée.
Cette connaissance n’enfle jamais : elle nous humilie profondément, tout en nous remplissant de joie. Elle nous met en contact habituel avec la Parole, mais pour y chercher Celui qui y est révélé, Jésus-Christ. Jamais nous ne pourrons atteindre la plénitude de cette connaissance, tant que nous serons ici-bas où nous ne «connaissons qu’en partie» ; il nous faudra être introduits dans la perfection de la gloire pour connaître à fond comme nous avons été connus (1 Cor. 13:12). Dans notre état d’imperfection, nous ne pouvons qu’y croître, selon qu’il est dit : «Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ».
Cette connaissance nous libère de nos attaches aux choses de la terre : «Et je regarde aussi», dit l’apôtre, «toutes choses comme étant une perte à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur» (Phil. 3:8). L’apôtre avait un sentiment si profond que cette connaissance était incomplète, que, bien loin de «s’enfler», plein d’une humilité profonde, il s’exprimait au bout de sa carrière comme s’il était au début de cette connaissance (Phil. 3:10). Comment aurait-il pu songer à s’enorgueillir de sa connaissance quand toute sa vie de fidélité chrétienne n’aboutissait qu’à la conviction qu’il en était encore aux éléments de la connaissance de Christ.
Connaître Christ, n’est pas autre chose que connaître l’amour, cet amour de Christ qui surpasse toute connaissance (Éph. 3:19). La connaissance de l’amour de Christ a pour conséquence que nous nous attachons aux objets auxquels cet amour s’attache, comme il est dit : «Comme je vous ai aimés, que vous aussi, vous vous aimiez l’un l’autre» (Jean 13:34). Cette connaissance n’enorgueillit jamais, car «l’amour ne s’enfle pas» (1 Cor. 13:4), mais notre passage du chap. 8:1 le définit ainsi : «L’amour édifie». Connaître Jésus, c’est connaître l’amour. L’amour de Christ édifie notre propre âme au lieu de lui nuire ; l’amour édifie l’âme de nos frères en contribuant à les faire croître dans la connaissance de Christ ; l’amour attire les âmes à Christ au lieu de les attirer à l’homme. Toute autre chose, même «la connaissance, aura sa fin» ; tandis que l’amour ne périt jamais. «Or maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance et l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour» (1 Cor. 13:13).
H. Rossier — Courtes méditations — n°15
ME 1922 p. 113-116
Il arrive souvent, chez le chrétien qui possède quelque énergie naturelle, que, en face d’une difficulté, le besoin d’agir se fasse immédiatement sentir. On se lance dans l’action pour conjurer le mal qu’on prévoit, ou pour remédier à celui dont on sent la menace pour soi et les autres. Cette énergie entraîne souvent une série de maux incalculable. La Parole nous présente plus d’un fait de ce genre. L’énergie intempestive de l’apôtre Pierre l’aurait conduit à sa perte éternelle si la grâce ne s’était occupée d’avance de sa chute et n’avait opéré sa restauration. L’énergie charnelle de Saül a le dessus quand sa patience est mise à l’épreuve. Il offre l’holocauste au lieu d’attendre l’arrivée de Samuel, et, comme conséquence de ce manque de patience, l’Éternel met fin à son règne (1 Sam. 13:8-14). Repassons devant Dieu notre propre histoire et nous y découvrirons aisément des cas semblables. Un danger menaçant pour nos frères (je ne parle pas ici de choses qui pourraient nous menacer personnellement) se présente ; nous courons à la brèche et engageons le combat. Si nous avions consulté l’Éternel, il nous aurait dit peut-être : «L’Éternel combattra pour vous, et vous, vous demeurerez tranquilles», (Ex. 14:14) ou bien : «Ce n’est point à vous de combattre dans cette affaire ; présentez-vous et tenez-vous là, et voyez la délivrance de l’Éternel qui est avec vous» (2 Chron. 20:17).
Le fait est qu’il faut au chrétien beaucoup plus de force pour l’attente patiente, que le monde appellerait inaction ou paresse, que pour le déploiement de l’activité. L’apôtre dit : «Étant fortifiés en toute force, selon la puissance de sa gloire pour toute patience» (Col. 1:11). Peut-on imaginer une force et une source de force plus grandes, pour aboutir à ce que les hommes appelleraient un si mince résultat ? Si nous voulons connaître la patience et la réaliser en la puisant à sa source, nous n’avons qu’à considérer le Seigneur Jésus, soit dans sa carrière terrestre, soit dans sa séance actuelle à la droite de Dieu. Si Jésus n’avait pas attendu patiemment deux jours là où il était, le miracle de Béthanie n’aurait pas eu lieu ; un mort n’aurait pas été ressuscité du sein de la corruption ; le Seigneur n’aurait pas été «déclaré Fils de Dieu en puissance», avant qu’il fut proclamé tel dans sa propre résurrection ; et la gloire de Dieu n’aurait pas été manifestée à la foi de Marthe !
La cause secrète pour laquelle la patience nous est si peu sympathique c’est que de fait elle ne se développe jamais sans plus ou moins de souffrance ; or l’homme naturel n’aime pas la souffrance. Était-ce une chose indifférente au coeur du Sauveur, sachant que sa présence empêcherait son ami Lazare de mourir, d’être éloigné de lui alors qu’Il eût pu être avec lui ? Or pas une fois, dans les circonstances les plus douloureuses de sa vie, sa patience ne lui a fait défaut un seul instant : il était parfait en cela comme en toutes choses.
Il est si vrai que la patience et la souffrance sont inséparables, dans la carrière chrétienne, que le verbe correspondant en grec au substantif patience ne peut être autrement traduit que par le mot endurer (1 Cor. 13:7 ; 2 Tim. 2:10 ; Hébr. 10:32 ; 12:2, 3, 7, etc.). Notre mot «patience» est dérivé lui-même du mot souffrir.
Mais revenons à la patience de Christ. Il dit au Psaume 40 : «J’ai attendu patiemment l’Éternel». En effet, Il l’a attendu jusqu’aux dernières limites de la patience. Quand il était plongé «dans le puits de destruction et dans le bourbier fangeux» sa patience attendait encore la réponse de Dieu. Aussi sa propre résurrection et notre salut éternel en ont été le fruit et les conséquences de la part de Dieu. Nous pouvons suivre à chaque pas cette patience merveilleuse à travers toutes les péripéties des heures qui précèdent la croix. «Il est opprimé et affligé, il est conduit à la boucherie, et il n’ouvre pas sa bouche» ; «il donne son dos à ceux qui le frappent et ses joues à ceux qui arrachent le poil ; il ne cache pas sa face à l’opprobre et aux crachats. Rien ne le fait sortir du chemin de la patience. Qu’est-ce donc qui le soutient ainsi ? L’amour, cet amour qui «supporte tout, croit tout, espère tout, endure tout» (1 Cor. 13:7) ; merveilleuse description de la patience de Celui qui est l’amour parfait ! Sa patience a tout supporté afin d’atteindre le but proposé qui était de nous acquérir pour Dieu et pour Lui. Il a enduré la croix, ayant méprisé la honte, à cause de la joie qui était devant lui. Maintenant encore, assis à la droite de Dieu, il s’offre à nous comme le modèle de la patience ; seulement nous ne trouvons plus chez un Christ glorifié la patience dans la souffrance, mais la patience dans le désir. Il dit : «Tu as gardé la parole de ma patience» (Apoc. 3:10) ; il encourage ses bien-aimés à l’attendre continuellement et à désirer Sa venue, comme Lui attend et désire que le Père lui donne le signal de se lever du trône pour venir prendre son Épouse auprès de Lui.
Si la patience est une des perfections inhérentes à la nature même de l’homme parfait, il n’en est pas ainsi de nous, chrétiens. Ayant la chair en nous, il nous faut apprendre la patience, contraire à toutes les aspirations du vieil homme. C’est pourquoi il est dit, ce qui ne pouvait être dit de Christ, que «la tribulation produit la patience». Celle-ci nous conduit elle-même à l’espérance (Rom. 5:3) et nous en fait apprécier toute la valeur (1 Thess. 1:3). Aussi ces résultats bénis de la tribulation ne font pas désirer à notre homme nouveau de s’y soustraire quoique nous puissions être ébranlés par elle (1 Thess. 3:3). Mais, dans ce dernier cas, notre châtiment reviendra chaque matin jusqu’à ce que nous ayons accepté la tribulation pour apprendre à goûter les fruits bénis de la patience. Plus nous avançons dans le chemin de la foi, plus notre patience revêtira les traits de celle de Christ. C’était ce que l’apôtre désirait pour ses chers Thessaloniciens : «Que le Seigneur» leur disait-il, «incline vos coeurs à l’amour de Dieu et à la patience du Christ !»
Combien nous devons désirer, à mesure que nous faisons des progrès dans la carrière chrétienne, de réaliser davantage cette patience du Christ, fruit de l’amour ! L’épître à Tite la fait ressortir comme étant l’ornement des vieillards dans la famille de Dieu ! (Tite 2:2).
H. Rossier — Courtes méditations — n°16
ME 1922 p. 125-129
Ce Psaume nous offre de telles richesses qu’il serait impossible, même avec une simple énumération de son contenu, de n’en pas faire un volumineux traité. Telle n’est pas mon intention dans ces Courtes méditations où je voudrais plutôt consigner les vérités qui atteignent journellement mon coeur et ma conscience. Ces vérités nous portent à nous connaître davantage nous-mêmes, pour nous juger davantage, et à connaître davantage le coeur de Christ pour l’aimer davantage.
Je rappellerai seulement ce qui constitue pour moi les trois divisions de ce Psaume. La première, v. 1-13, nous présente les sentiments d’un coeur qui, avant de connaître la grâce, fait continuellement, sans pouvoir l’éviter, la rencontre de Dieu sur la terre. Dans la seconde division, v. 14-18, l’âme a fait, non pas la rencontre angoissante d’un Dieu qui la sonde, mais la connaissance d’un Dieu qui l’aime. Aussitôt tout change pour elle. Elle éclate en louanges, car elle connaît maintenant ses oeuvres ; elle connaît ses pensées ; mais, bien plus encore, elle le connaît lui-même, lui-même en résurrection, lui-même au delà de la mort ! Le croyant et Lui sont désormais inséparables : «Si je me réveille, je suis encore avec toi !». La troisième division v. 19-24, a trait à la conduite du croyant. Il ne peut se contenter de connaître les richesses insondables de Christ et d’en jouir ; il sent que sa conduite doit être mise d’accord avec la connaissance qu’il a de lui. C’est sur ce côté pratique du Psaume que s’arrête aujourd’hui ma méditation.
Connaissant Dieu, tel qu’Il s’est révélé à nous en Jésus, nous sommes appelés, pour lui être agréables, à haïr tout ce qu’Il hait