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Henri Rossier — Courtes méditations

 

 

Le Juge Inique — Luc 18:1-8

H. Rossier — Courtes méditations — n°33 [29]

ME 1923 p. 117-119

La parabole du Juge inique, bien qu’elle présente, comme au chap. 17, la condition du Résidu juif de la fin, est pleine d’instruction pour nous, chrétiens. Le juge inique ne possède pas les premiers éléments de la connaissance de Dieu, semblable en cela à beaucoup de dignitaires dans la chrétienté actuelle : «Il ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes». Pour celui qui n’a pas cette crainte de Dieu, la Sagesse divine est lettre morte ; sans cette crainte, le caractère d’un Dieu qui a en horreur le mal, sous toutes ses formes, n’est pas même soupçonné. L’âme est sans Dieu. Le résultat, pour cet homme, est qu’ayant, non pas Dieu, mais lui-même pour point de comparaison, il se constitue juge de tous les hommes, sauf de lui-même, car, sans Dieu, l’homme naturel est incapable de se juger : il se fait centre, à la place de Dieu, et, ne se jugeant pas, il juge les autres. Ce jugement le portera toujours à ne pas respecter les hommes, à les mépriser. Il se dresse une statue, au milieu de la faillite et de la ruine morale de l’humanité, et reste seul, à son sens, intact sur ces débris.

Le caractère de la pauvre veuve qui, comme nous le verrons, est le tableau fidèle du Résidu juif de la fin, offre cependant un important point de contact avec le nôtre. Hâtons-nous de le constater, car il sert de thème à l’exhortation du Seigneur à ses disciples. «Ils devaient», comme cette veuve, «toujours prier et ne pas se lasser». Il y a devant nous une infinité de besoins, soit en ce qui nous concerne, soit en ce qui a rapport au peuple de Dieu, soit en ce qui a trait au monde : Sujets de prières, d’intercessions, de supplications continuelles auprès du Dieu de grâce. Voilà ce que nous avons à faire, mais dans de tout autres circonstances que la veuve. Elle invoque le juge ; nous, chrétiens, nous ne le pouvons jamais, car nous invoquons le Père. «Père, pardonne-leur», dit le Seigneur entre les mains de ses bourreaux. Elle dit : «Venge-moi de mon adversaire» et nous ne pouvons qu’implorer la pitié de Dieu à leur égard. Cependant, au milieu de l’épreuve, suscitée par le monde contre les saints, nous savons que Dieu «use de patience avant d’intervenir pour nous». Nous savons que Dieu jugera, mais que sa promesse est certaine, et que s’il use de patience, c’est qu’il «ne veut pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance».

Le Seigneur fait allusion ici aux «élus qui crient à lui jour et nuit» pour que «justice leur soit faite» comme au Psaume 81:1. Cette pauvre veuve est donc l’image du Résidu juif, traversant la tribulation à la fin des jours, et pouvant invoquer instamment la vengeance du Juge, parce que cette vengeance sera pour ces croyants-là, le seul moyen de délivrance. Toute cette scène n’a donc pas trait à nous directement, mais outre qu’elle nous engage à toujours prier et à ne pas nous lasser, elle veut nous convaincre que Dieu use de patience avant d’intervenir pour les siens en jugement. De son côté, rien ne manquera : «Je vous dis que bientôt il leur fera justice». Ces mots sont prophétiques, mais ont pu, par anticipation, se réaliser historiquement et partiellement pour les disciples du Seigneur lors de la destruction de Jérusalem.

Jésus ajoute : «Mais, quand le fils de l’homme viendra, trouvera-t-il de la foi sur la terre ?» De fait, le Résidu juif qui «crie à Lui nuit et jour», ne sera convaincu de l’intervention en délivrance du «fils de l’homme» que lorsqu’il le verra. Il faudra donc qu’Il paraisse aux yeux de ces fidèles pour qu’ils croient. Ce fut le cas de Thomas. Le Seigneur lui dit : «Parce que tu m’as vu, tu as cru. Bienheureux ceux qui n’ont point vu et qui ont cru». «Ne sois pas incrédule, mais croyant» (Jean 20:27-29). Donc, sous ce rapport seul, le Résidu sera incrédule et ne croira à la réalité de la délivrance par le fils de l’homme en personne, par Celui que le peuple avait jadis crucifié, que quand ils l’auront vu de leurs yeux. Ce n’est donc pas de cette foi-là, de la foi qui accompagne la vue, que le Seigneur parle ici, quand il dit : «Le fils de l’homme trouvera-t-il de la foi sur la terre ?» mais de la foi de ceux qui ont cru à l’intervention du fils de l’homme sans le voir. La rencontrera-t-on peut-être chez l’un ou l’autre du Résidu qui, sous l’influence de réminiscences chrétiennes, aura attendu le Christ, comme fils de l’homme, au lieu d’espérer seulement dans l’intervention céleste de l’Éternel ? C’est la question que le Seigneur laisse ouverte ici et à laquelle il ne nous est pas donné de répondre. Mais il est de fait que, jusqu’à ce qu’ils le voient, ceux du Résidu seront incrédules par rapport à cette intervention personelle. Jusque-là leur foi sera en Dieu (v. 7) à qui, dans leur détresse, ils crient nuit et jour. De plus, ils savent, par cette même foi en Dieu, qu’il interviendra un jour, puisqu’ils disent : «Jusques à quand ?» Mais la foi, notre foi au Fils de l’homme maintenant invisible, et venant personnellement se manifester, par le jugement, pour établir son règne, leur manquera. Ils seront incrédules jusqu’à ce que l’Homme crucifié leur montre ses blessures.