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Henri Rossier — Courtes méditations

 

 

L’Épée à deux Tranchants — Hébr. 4:12-13

H. Rossier — Courtes méditations — n°31 [27 bis]

ME 1923 p. 65-68

Je désire insister sur un certain caractère de la Parole, en tant qu’arme de combat : l’épée à deux tranchants, caractère dont nous sommes loin de faire un usage constant. Sans doute la Parole est, pour nous, bien plus encore qu’une épée : elle est une lampe et une lumière, une eau rafraîchissante et une nourriture ; elle est une source de salut, de vie, de joie, de puissance et de connaissance ; la révélation de la grâce et de la gloire, la révélation de Christ à nos âmes. Mais, en outre, nous sommes appelés à manier cette Parole et à en faire divers usages, ou plutôt, à combattre par elle de diverses manières.

Pour apprendre à nous en servir, nous n’avons qu’à considérer la manière dont le Seigneur l’a employée, l’emploie et l’emploiera.

Dès qu’il entre dans son ministère (Matt. 4:1-10) il prend cette Parole, comme épée de l’Esprit, pour combattre Satan. Seul, au désert, sans appui, sans ressource aucune, sauf cette arme, il réduit l’Ennemi au silence et l’oblige à se retirer. Il nous laisse cette épée pour la manier après Lui contre ce même Adversaire. En Apoc. 2:12-16, c’est avec la Parole, épée aiguë à deux tranchants, sortant de sa bouche, que le Seigneur combat le mal dans l’Église responsable, dont Satan a réussi à faire le siège de son royaume en y introduisant des doctrines perverses, la souillure, et l’union sacrilège avec le monde. Nous aussi, nous avons à combattre le mal par le même moyen, comme Antipas, le fidèle témoin, et nous en recevrons la récompense. Nous avons, dans la chrétienté qui nous entoure, à combattre avec l’épée de l’Esprit qui est la parole de Dieu, contre les artifices du Diable qui y a son trône.

En Apoc. 19:15, c’est avec l’épée aiguë à deux tranchants, sortant de sa bouche, que le Seigneur exercera le jugement sur les nations et établira son règne. Comme il a été seul sur la croix pour établir le règne de la grâce, il sera seul pour établir le règne de la justice. Mais, nous le voyons dans ce passage, il associera tous les saints avec Lui pour partager les fruits de sa victoire, comme il les associe maintenant avec Lui-même dans la jouissance des résultats de son oeuvre rédemptrice.

Ceci m’amène au sujet proprement dit de ma méditation, au chap. 4 de l’épître aux Hébreux.

Nous trouvons dans ce passage (v. 12-16) deux choses indispensables pour arriver au bout de la traversée du désert. Ces deux choses sont la parole de Dieu et la sacrificature de Christ.

La Parole, dont le Seigneur est la souveraine expression est «vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants». Elle n’est pas dirigée contre les ennemis du dehors, mais contre nous-mêmes. Si elle pénètre, ce n’est pas pour une action momentanée ou superficielle. Cette épée est sortie de l’arsenal divin ; elle est souverainement intelligente ; rien ne lui échappe ; elle sait s’insinuer dans les parties les plus secrètes et les plus subtiles de notre être, à nous croyants. Tout ce qui est animal, — car elle «atteint la division de l’âme et de l’esprit», — alors même que ce serait revêtu des formes et des couleurs les plus captivantes, ne peut lui en imposer. La Parole fait une distinction des plus tranchées entre ce qui appartient à la chair et ce qui appartient à l’Esprit, distinction que nous sommes incapables de faire nous-mêmes, tant elle est subtile, pas plus que nous ne pouvons séparer nos jointures et nos moelles.

Notre désir est, par exemple, de faire le bien, de soutenir matériellement l’oeuvre de Dieu. Dans quelle mesure cherchons-nous à accroître par là notre influence. Nous pensons aider aux nécessiteux. Dans quelle mesure y poursuivons-nous la satisfaction de nous-mêmes et cherchons-nous l’approbation de nos frères ou du monde ? Nous voici engagés activement dans le ministère. Dans quelle mesure y donnons-nous une part à notre «moi», en faisant valoir notre éloquence, en essayant de paraître plus spirituels que nous ne le sommes réellement ? Laissons-nous à l’Esprit toute sa place en n’en gardant aucune pour nous-mêmes ? Si nous n’agissons pas ainsi, l’épée à deux tranchants, maniée d’une main sûre, nous pénétrera et nous atteindra. Ne l’évitons pas. Notre orgueil, notre vanité, notre suffisance, en souffriront. La blessure sera souvent cruelle. Parfois nous aurons de la peine à pardonner aux instruments que Dieu emploie pour manier l’épée... Le moyen d’éviter toute déconvenue, c’est de prendre nous-mêmes l’épée à deux tranchants et de nous en percer les entrailles : Nous l’avons entre nos mains ; si nous savons l’appliquer à d’autres, commençons par l’appliquer à nous-mêmes. Voyons en quoi elle nous condamne, pour savoir en quoi elle nous approuve. Ne cherchons pas à excuser notre froideur, notre préoccupation de nous-mêmes, notre mondanité, les apparences dont nous nous parons hypocritement, quand la vie intérieure n’y correspond plus.

Telle est donc la Parole, appliquée à l’enfant de Dieu qui porte et portera jusqu’au bout de la course la chair en lui. L’effet de cette Parole est de nous placer en présence de Christ devant lequel tout est découvert sans rien de caché. Lui disons-nous : «Sonde-moi et connais mon coeur ; éprouve-moi et connais mes pensées» (Psaume 139:23), ou cherchons-nous à éviter la Parole qui veut mettre à nu tout motif charnel dont notre marche serait entravée ? Laissons-la venir à nous sans lui faire obstacle.

Notre peu de succès réel dans la prédication de la Parole dépend souvent de ce que nous prétendons l’appliquer aux âmes des autres, avant de l’avoir laissée pénétrer en nous pour nous apprendre à faire la différence entre l’âme et l’Esprit. Soyons sincères, soyons vrais, soyons attentifs à ce côté du combat qui est le combat contre nous-mêmes, le jugement de nous-mêmes, et non pas seulement le combat contre les puissances de ténèbres en dehors de nous !