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Henri Rossier — Courtes méditations

 

 

Psaume 77 — Danger des comparaisons

H. Rossier — Courtes méditations — n°28

ME 1922 p. 325-327

Si vous avez traversé les heures d’épreuve dont ce Psaume nous entretient ; si, au milieu des bouleversements actuels, vous avez ardemment désiré de voir de meilleurs jours ; si, perdant courage, vous désespérez, dans l’amertume de votre âme, lisez ce Psaume ; il vous instruira.

Asaph commence par nous décrire les circonstances qu’il traverse. La nuit l’environne ; son âme est pleine d’angoisse et ne trouve nulle part de la consolation dans sa détresse. Il lui semble que Dieu l’a rejeté pour toujours, qu’Il ne lui montrera plus jamais Sa faveur, que Sa bonté est tarie, qu’Il a oublié d’user de grâce. Alors il compare sa détresse actuelle avec «les années des siècles passés». Il est en danger d’en tirer la conclusion que Dieu a changé de caractère, qu’Il a «enfermé ses miséricordes dans Sa colère», c’est-à-dire que Sa grâce a pris fin et qu’il ne reste plus que la colère dans le coeur de Dieu.

Mais c’est précisément dans cette comparaison qu’est l’infirmité d’Asaph (v. 10). Du reste, cette infirmité lui est assez familière. Lisez le Psaume 73 où il compare le sort des méchants qui prospèrent avec son propre sort, à lui dont le châtiment revient chaque matin. En elle-même, il le sent dans ce Psaume, cette comparaison est un grand mal ; mais comparer le présent avec le passé, en concluant que Dieu n’est plus le même est un mal tout aussi, si ce n’est plus grand. Dans le premier cas, Asaph est profondément humilié et ses yeux sont ouverts quand il entre «dans les sanctuaires de Dieu». Alors il voit la fin des méchants et la destinée glorieuse du juste.

Dans notre Psaume, Asaph reconnaît son infirmité, mais il n’entre pas dans le sanctuaire. Il constate seulement que c’est là que se trouve la voie de l’Éternel. L’action divine reste un mystère pour le croyant, tant qu’il est encore en dehors du lieu saint. Il lui est donc impossible de juger du caractère de Dieu d’après ses voies secrètes qu’il ne connaît pas.

Cependant les traces des voies de Dieu sur la terre sont aussi mystérieuses qu’elles le sont dans le sanctuaire. Elles sont «dans la mer et dans les grandes eaux», c’est-à-dire dans la mer Rouge et dans le Jourdain, où il n’y a que des obstacles sans aucun chemin. Mais, au lieu que ce soit là que «ses miséricordes sont enfermées dans la colère», c’est de ce jugement même sur le Pharaon et toute son armée, qu’est sortie la délivrance d’Israël. C’est là qu’ont été manifestées les miséricordes de Dieu envers son peuple. C’est aussi à travers le Jourdain, barrière infranchissable à la limite du désert, que Dieu a frayé un chemin pour introduire Israël en Canaan et renverser les murailles de Jéricho. Dieu avait donc un double but : Manifester dans une même voie sa colère en jugement et sa miséricorde.

Son caractère est-il différent aujourd’hui ? Nullement. Pour être tranquilles quant au présent, nous n’avons qu’à «nous souvenir de ses merveilles d’autrefois». Nous avons, comme Israël, notre Mer Rouge et notre Jourdain. Le sang de Christ qui nous a rachetés du monde a vaincu Satan et toute son armée ; la mort de Christ, en dépit de tous les obstacles, nous a mis en possession de notre héritage céleste.

Ne fais donc aucune comparaison, pauvre être affligé. Souviens-toi des merveilles d’autrefois. Ce qui, sur la terre, semble faire obstacle au peuple de Dieu, a toujours été le moyen de sa délivrance. La justice et la sainteté de Dieu s’exercent dans «la mer» et dans «les grandes eaux», mais c’est là aussi que son amour se manifeste : son amour tout entier pour nous, son jugement inflexible contre ses ennemis.

Donc, comparer la prospérité des méchants avec les épreuves des justes ne vaut rien ; c’est porter envie au monde et douter de la bonté de Dieu. Comparer notre condition actuelle avec notre condition passée ne vaut rien ; c’est douter de la bonté de Dieu et l’accuser d’avoir changé, Lui qui est le Même, hier, aujourd’hui et éternellement. Ah ! maintenant ton âme éprouvée a compris cette énigme ! Elle n’est plus tentée d’opposer les caractères de Dieu l’un à l’autre, pour le trouver en faute ! Si elle ne voit pas la trace des voies de Dieu dans ce monde, elle sait que là où tout semble confus, Dieu montre ce qu’Il est : insondable, immuable, saint, juste, plein de grâce et d’amour ; et que, à travers tout, il conduira sûrement son peuple comme un troupeau, «par la main de Moïse et d’Aaron» (v. 20). Comment douterais-tu ? Comment te plaindrais-tu ? N’as-tu pas pour te conduire jusque dans la terre promise l’apôtre et le Souverain Sacrificateur de ta profession ?