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Henri Rossier — Courtes méditations

 

 

La MONDANITÉ — Philippiens 3:17-21

H. Rossier — Courtes méditations — n°22

ME 1922 p. 225-228

Les deux grands écueils de la profession chrétienne sont le légalisme et la mondanité, deux choses par lesquelles Satan empêche les âmes non converties de trouver le salut par Christ, et détruit tout progrès spirituel chez les âmes qui le connaissent. Ces deux écueils sont d’autant plus dangereux qu’ils se lient à la profession du christianisme et ne sont pas le partage des incrédules. Ils n’est pas dit de ces derniers qu’ils marchent (v. 18), tandis que cela nous est dit des professants. Rencontrer Jésus sur le chemin de Damas avait mis fin à la religion légale de Saul de Tarse ; il avait trouvé que désormais il ne pouvait avoir aucune confiance dans la chair. Faire la connaissance de Christ dans la gloire avait coupé court chez lui à toute mondanité possible, car le Seigneur lui annonçait par Ananias «combien il devait souffrir pour son nom» (Actes 9:16).

Le commencement du chapitre dont nous avons lu quelques versets nous parle du légalisme par lequel les judaïsants cherchaient à remettre les chrétiens sur le pied d’hommes dans la chair vis-à-vis de Dieu. Ils insistaient auprès d’eux sur la circoncision. Ce piège a sans doute changé de forme, mais le légalisme n’en est pas moins la caractéristique de la chrétienté actuelle. À cette tendance le christianisme professant n’a pas de remède, mais l’apôtre met les vrais croyants en garde contre une telle religion. Nous sommes la circoncision, dit-il, nous qui avons trouvé dans la croix la fin du vieil homme, dans un Christ ressuscité le commencement de l’homme nouveau et, avec lui, le don du Saint Esprit par lequel nous pouvons rendre culte à Dieu.

Notre passage nous parle du second écueil : la mondanité. Le légalisme rattache l’homme à la chair, la mondanité le rattache à la terre. L’apôtre Paul était, devant les chrétiens, l’exemple d’un homme ayant un but glorieux et céleste, avec un seul objet, entièrement en dehors de ceux qui sont sur la terre. Les gens au sujet desquels il les mettait en garde étaient l’exemple du contraire : ils marchaient, mais sans but céleste ; ils avaient leurs pensées aux choses terrestres ; et cela les constituait ennemis de la croix du Christ. Il ne dit pas ici : «Plusieurs d’entre vous marchent», car ces gens ne sont pas présentés ici comme faisant partie de l’Assemblée, mais tel était, déjà alors, le commencement du mal qui plus tard a tout envahi dans la chrétienté : une profession chrétienne, entièrement étrangère à la vie de Dieu. Ces gens, portant le nom de Christ, étaient pour l’apôtre un sujet de déception et de larmes amères. Ils étaient ennemis de la croix du Christ dans leur marche, non pas peut-être dans la profession qu’ils faisaient du christianisme, mais ils marchaient de manière à montrer qu’ils n’avaient aucun intérêt céleste. C’est une chose à remarquer dans les jours que nous traversons. Le christianisme professant ignore Christ dans la gloire tout en parlant de la croix, tandis que, pour le chrétien, ces deux choses, la croix et la gloire, sont inséparables comme l’apôtre va le montrer. Si nous n’avons pas la croix, c’est-à-dire les souffrances pour Christ pendant notre vie sur la terre, nous serons privés de la gloire céleste, et cette absence de souffrances «a pour fin la perdition». Les souffrances, la mort journalière ici-bas, ne faisaient pas l’affaire des hommes dont parlait l’apôtre ; toute leur activité avait, au contraire, pour but de les éviter. Ils les haïssaient, quand l’apôtre, lui, recherchait «la communion des souffrances de Christ», parce qu’elles étaient le chemin de la gloire. Malgré leur profession ils n’avaient pas la croix pour point de départ ; ils lui avaient tourné le dos, puisque leur fin était la perdition, l’opposé de la gloire. Tout au contraire, le chrétien «attend du ciel le Seigneur Jésus Christ comme Sauveur» pour le libérer de ce qui est mortel en le revêtant d’un corps de gloire semblable au sien. L’attendons-nous ainsi ? Oui, si nous portons la croix. Sans elle, comment pourrions-nous parler de la délivrance de nos corps, du salut final ? Le Dieu de ces hommes était leur ventre, siège des jouissances matérielles, centre d’une vie facile et sans épreuves, dans laquelle la chair trouve à se satisfaire. Tel était «leur Dieu», celui dont ils professaient le culte. Ces hommes n’avaient aucun intérêt pour les choses divines et ne pouvaient les comprendre ; le Dieu du chrétien, le Seigneur Jésus-Christ, était un étranger pour eux, quand même ils portaient son nom.

«Leur gloire est dans leur honte» : ils se glorifient de ce qui est honteux aux yeux de Dieu, que ce soit la fortune, les ambitions, les passions ou les souillures de ce siècle mauvais, dont la croix de Christ nous a retirés. «Leurs pensées sont aux choses terrestres» : Toutes les relations du chrétien sont dans le ciel ; c’est là que sont établis et conservés ses droits de bourgeoisie ; c’est de là qu’il attend le Seigneur Jésus pour être retiré du milieu de ces choses auxquelles ils n’appartient plus et qu’il traverse comme un étranger. La gloire du chrétien n’est pas dans la satisfaction de son corps, qu’il considère comme un corps d’abaissement, jusqu’à ce qu’il soit transformé en la conformité du corps glorieux de son Sauveur. Il ne peut prétendre à la conformité avec le Seigneur ici-bas ; mais il l’atteindra à sa venue. En attendant, il peut être transformé moralement de gloire en gloire à son image et c’est le précieux privilège de ceux qui le contemplent maintenant à face découverte avant de lui être rendus semblables dans la gloire.

Certes l’apôtre était bien loin d’envier ces heureux du monde, car nous le voyons pleurer sur eux. Pour lui, le ciel possédait de telles attractions qu’il ne faisait qu’une chose : «courir droit au but». Et si l’attache du corps était une entrave, une charge, une source de gémissement souvent (2 Cor. 5:4), il était soutenu par une espérance que partage tout chrétien fidèle : la venue du Seigneur pour transformer notre corps vil en la conformité du corps de Sa gloire, selon l’opération de ce pouvoir qu’il a de s’assujettir même toutes choses !