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Le lieu du rassemblement pour les croyants

 

 

H. L. Heijkoop

Note : les sous-titres secondaires ont été ajoutés par Bibliquest

Table des matières

1     Introduction

2     Le peuple d’Israël dans le désert

2.1      Valeur des instructions de l’Ancien Testament

2.2      La Genèse : des allusions

2.3          L’Exode : Habitation de Dieu au milieu de son peuple et lieu de rencontre du peuple avec Dieu

2.4      Le coeur du peuple pour l’Éternel en relation avec le lieu de rassemblement

3     Le peuple d’Israël dans le pays de Canaan.

3.1      Le lieu choisi par l’Éternel pour que son peuple s’y rassemble

3.2      Unité du peuple de Dieu et service de Dieu

3.3          Rechercher le lieu où Dieu veut habiter

4     Après la captivité de Babylone

4.1      Exil et retour

4.2          Retrouver la présence de l’Éternel au milieu de son peuple — le chemin de la foi

4.3      Le lieu de rassemblement retrouvé selon la Parole

4.4      Ce qui manquait, ce qui restait

4.5      Un résidu misérable, mais reconnu de Dieu

5     Être assemblés au nom du Seigneur Jésus

5.1      Rejet du Roi — Introduction de l’Assemblée

5.2          L’Assemblée bâtie

5.3          Assemblée et présence du Seigneur

5.4          Conditions de la présence du Seigneur

5.5          Privilèges et responsabilités

6     Adorer en esprit et en vérité.

6.1          Différences d’avec l’Ancien Testament

6.2          Adoration en esprit

6.3          Adoration en vérité

6.4      Le culte nouveau selon l’épître aux Hébreux — La Table du Seigneur

6.5      Table du Seigneur et Cène du Seigneur

6.6          Sainteté de la Table du Seigneur

6.7          Assemblée selon Matt. 18:20 et Table du Seigneur

7     Le rassemblement dans des temps de ruine et d’apostasie.

7.1      Une construction imparfaite : 1 Cor. 3

7.2      Les épîtres à Timothée

7.2.1             Discerner qui sont les vrais croyants

7.2.2             Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur

7.2.3             Les vases à honneur sont purifiés

7.2.4      Ce qu’il faut poursuivre

7.3      Ce qui reste dans un temps de ruine

 

1                    Introduction

Nombreux sont les chrétiens qui manquent de discernement quant à l’appel des croyants sur la terre. Ils pensent que tout est en ordre une fois qu’un pécheur est venu à Dieu en confessant sa culpabilité, acquérant ainsi la certitude que ses péchés sont pardonnés en vertu de l’oeuvre expiatoire du Seigneur Jésus.

En ce qui concerne l’Évangile, ils s’en tiennent expressément à la Parole de Dieu. Toutefois le peu d’intérêt qu’ils attachent à la vie après la conversion ne leur permet pas de voir que pour cela aussi la Bible est notre seul guide.

Comme en toutes choses, les Saintes Écritures nous enseignent également à cet égard ce qui est juste, si nous les lisons avec soin.

En 1 Thess. 1:9, nous trouvons écrit : «Vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai». La conversion vient en premier, car un homme animal ne peut pas servir Dieu (Rom. 3:10-12). Mais ensuite, il y a le service pour Dieu ! La conversion n’est donc pas le but de Dieu pour l’homme, mais elle est le moyen indispensable pour atteindre ce but : «servir le Dieu vivant et vrai».

Dans l’épître aux Romains également, après les onze premiers chapitres qui nous donnent une description précise du chemin par lequel un pécheur peut s’approcher de Dieu, nous trouvons au chapitre 12:1, que notre service intelligent consiste à présenter nos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu. Et au v. 2, nous sommes exhortés à discerner quelle est la volonté de Dieu, bonne et agréable et parfaite.

Il ne devrait y avoir aucune divergence de pensées sur le fait que la volonté de Dieu ne peut être trouvée que dans Sa Parole ; qu’il nous faut donc sonder les Écritures, si nous voulons savoir comment nous avons à servir, selon sa volonté, «le Dieu vivant et vrai». Le psalmiste dit (Ps. 119:105, 99) : «Ta parole est une lampe à mon pied, et une lumière à mon sentier», et «J’ai plus d’intelligence que tous ceux qui m’enseignent, parce que je médite tes préceptes».

Lorsque nous parlons de servir Dieu, il nous faut d’abord nous occuper du rassemblement des croyants, car c’est là qu’ils se trouvent ensemble dans une relation directe avec Dieu. Dans le service de l’adoration, où ils Lui offrent des actions de grâces pour ce qu’il a fait ; dans les réunions de prières, où ils Lui présentent leurs besoins ; dans le service de la Parole, où il vient à eux pour les enseigner. Dans toutes ces rencontres, il veut être au milieu d’eux (1 Cor. 14:25 et Matt. 18:20).

Dans la Bible, nous voyons que les instructions quant au rassemblement occupent une place importante, tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament. Combien de fois, par exemple, est-il parlé dans les livres de l’Exode et du Lévitique, de la tente d’assignation et du service qui y a lieu ! Et dans le Nouveau Testament, après l’épître aux Romains qui développe la doctrine du salut, nous trouvons tout d’abord les épîtres aux Corinthiens, qui contiennent les principes divins du rassemblement des croyants.

Il est par conséquent étrange que sur ce point plus que sur tout autre, il y ait tant de divergences d’opinions. L’un croit ne devoir se rassembler qu’avec ceux qui ont exactement les mêmes pensées que lui sur une partie ou quelques parties de la vérité. Un deuxième, avec ceux qui constituent ensemble une église nationale. Un troisième, qu’il lui faut rester dans le milieu où il a été converti, tandis qu’un quatrième pense devoir aller là où selon lui il trouvera le plus de bénédiction. La Parole de Dieu est-elle si vague sur ce point ? Ou ne contient-elle aucune instruction précise ? Examinons cette question et souvenons-nous que «écouter est meilleur que sacrifice» (1 Sam. 15:22).

2                    Le peuple d’Israël dans le désert

2.1                   Valeur des instructions de lAncien Testament

Une remarque d’abord sur la valeur qu’ont pour nous les instructions de l’Ancien Testament. En 2 Tim. 3:16, nous lisons que toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice. En 1 Cor. 10:11, il nous est dit que toutes les choses qui sont arrivées à Israël dans le désert, leur sont arrivées comme types et pour nous servir d’avertissement. Enfin, Héb. 9:23 nous révèle que les choses visibles de l’Ancien Testament sont des images des choses célestes, spirituelles, dont nous parle le Nouveau Testament. Dans l’Ancien Testament, nous avons donc les pensées de Dieu sur les choses célestes exprimées dans des images visibles. Ainsi, les sacrifices de l’Ancien Testament sont des types de la Personne et de l’oeuvre du Seigneur Jésus ; et le tabernacle et le temple, la maison de Dieu sur la terre, sont pour l’oeil naturel des représentations visibles (Héb. 9:23, 24) de la maison spirituelle de Dieu, dont nous parle le Nouveau Testament (1 Pierre 2:5 ; Éph. 2:20-22 et 1 Cor. 3:16). Et en 1 Cor. 9:9, l’apôtre Paul nous montre que même les ordonnances matérielles les plus simples ont une signification spirituelle. Considérons donc l’Ancien Testament à cette lumière.

2.2                   La Genèse : des allusions

Dans la Genèse, il n’est pas parlé d’un rassemblement de croyants. Là, nous ne voyons qu’un individu, qui sert Dieu personnellement, et qui est entouré d’hommes impies. Mais il est remarquable que, dès le moment où Dieu commence à mettre un peuple à part pour Lui, il laisse entendre qu’il habitera au milieu de son peuple et que son peuple devra s’approcher de Lui à cet endroit. Aussitôt qu’Abraham arrive en Canaan, il invoque le nom de l’Éternel à Béthel («Maison de Dieu»). La Parole de Dieu emploie ici le nom de Béthel, bien que le lieu s’appelât alors encore Luz et ne fût nommé Béthel que cent soixante-deux ans plus tard, par Jacob. Lorsque Abraham s’éloigne de Béthel, il rencontre la famine et les peines ; celles-ci disparaissent dès qu’il revient à Béthel et à l’autel «qu’il y avait fait auparavant».

En Genèse 28, Dieu apparaît à Jacob à ce même endroit, lorsque celui-ci s’en va à Charan. Ses fils lui naîtront à Charan et nous avons là le début du peuple. Et Dieu lui promet à Béthel que ce sera un grand peuple. En Genèse 35, nous voyons Dieu ramener Jacob à Béthel et s’y révéler à lui.

2.3                   L’Exode : Habitation de Dieu au milieu de son peuple et lieu de rencontre du peuple avec Dieu

Mais ce ne sont là que des allusions. Notre sujet ne se trouve vraiment traité qu’à partir d’Exode 19. Moïse parle bien au Pharaon de sacrifices offerts en commun par le peuple. Mais ils ne peuvent pas être offerts en Égypte. Il faut d’abord que l’agneau pascal soit égorgé (Ex. 12), que le peuple soit racheté hors d’Égypte et que tout lien avec l’Égypte soit rompu (Ex. 14). Mais une fois que Dieu a déclaré qu’Israël est son peuple, il peut habiter au milieu de lui et avoir là une place où le peuple se rencontre avec Lui (Ex. 25:8). Et dans les chapitres 25 à 40 de l’Exode, nous trouvons presque uniquement des instructions sur la tente et le service qui doit s’y dérouler. La tente est appelée

 

Tabernacle — (Ex. 25:9)

Tente d’assignation — (Ex. 29:42)

Tente du témoignage — (Nomb. 17:7).

 

Ces noms sont très significatifs. C’était la maison de Dieu — le tabernacle — (Ex. 25:8, 9), le lieu où Dieu habitait au milieu de son peuple. Mais, dans le tabernacle, le peuple rencontrait aussi Dieu. Et de plus, c’était le témoignage de Dieu sur la terre. C’est là que Dieu était vu dans sa sainteté, mais aussi dans son amour et dans sa grâce.

Tous les mâles devaient venir trois fois l’an à ce lieu, et c’est là que les prémices devaient être apportées (Ex. 34:23, 26). C’est là que les sacrifices étaient offerts (Lév. 1 à 7) et là que les sacrificateurs étaient consacrés (Lév. 8 et 9). Oui, même toutes les bêtes qui étaient égorgées pour être mangées, devaient d’abord être amenées à cette place (Lév. 17:4).

Pouvait-il y avoir un doute quelconque au sujet du lieu du rassemblement pour un Israélite qui connaissait la Parole de Dieu ?

2.4                   Le coeur du peuple pour l’Éternel en relation avec le lieu de rassemblement

Quelle joie cela a dû être pour Dieu d’avoir un peuple qui avait écouté ses ordonnances et qui s’approchait avec un coeur bien disposé et un esprit libéral pour suivre ces préceptes (Ex. 35). Dieu n’exigeait pas, mais attendait un sacrifice offert de bon gré. Et quelle réponse magnifique que celle du peuple ! Personne ne se déroba. Tous vinrent d’un coeur bien disposé, pour donner à Dieu le meilleur de ce qu’ils avaient. Les femmes donnèrent leurs bijoux et leurs miroirs (Ex. 38:8), les hommes, des matériaux précieux, de l’or et de l’argent. Aucun égoïsme, aucune crainte de mépris de la part des hommes, aucune envie de s’enrichir, rien ne put les empêcher, ne fût-ce qu’un instant, d’agir selon les pensées de Dieu. Ils ne pouvaient pas tous donner dans les mêmes proportions. Certaines femmes, qui avaient un coeur sage, pouvaient faire plus que d’autres. Cependant, tous vinrent, pour apporter de plein gré ce qu’ils avaient ! Cela ne nous fait-il pas penser aux premiers temps de l’assemblée, tels qu’ils nous sont décrits en Actes 2:42 et 47 ?

Et quelle réponse la bonté de Dieu a-t-elle donnée à cette disposition de coeur ? Aussitôt que la tente fut dressée selon les pensées de Dieu, Dieu vint au milieu de son peuple d’une manière visible pour chacun, afin d’habiter là (Ex. 40). Et de son habitation, il leur parlait et leur communiquait toutes ses pensées glorieuses.

Il leur enseigna comment ils pouvaient s’approcher de Lui et comment en mangeant du même sacrifice ils pouvaient avoir communion avec Lui (Lév. 3:11 ; 7:19) — comment les fils d’Aaron pouvaient exercer la surveillance sur ce que l’Éternel leur avait donné à garder, à l’entrée de la tente d’assignation (Lév. 8:35), et comment ils pouvaient aider dans l’oeuvre de l’expiation (Lév. 9:9) — comment chacun pouvait conserver sa pureté (Lév. 11) et comment celui qui s’était souillé, pouvait être purifié à nouveau (Lév. 12 à 15). Il leur indiqua les fêtes qu’ils avaient à célébrer (Lév. 23) et leur donna des ordonnances, selon lesquelles personne ne pouvait perdre de façon durable son héritage (Lév. 25). À chacun il donna sa place et son service parmi le peuple, afin qu’il forme un tout bien ordonné où tout était bien réglé (Nombres 1 à 4). Et quelles glorieuses révélations ne leur donna-t-il pas encore dans les sept semaines entre Exode 40:1 et Nombres 10:11.

Malheureusement, le peuple n’est pas resté longtemps dans ce bon état. En Amos 5:25 et 26, Dieu reproche aux Israélites de ne pas lui avoir offert des sacrifices dans le désert, mais d’avoir porté le tabernacle de Moloc. Ils oublièrent l’unique lieu de rassemblement et allèrent dans d’autres endroits, où Dieu n’était pas.

3                    Le peuple d’Israël dans le pays de Canaan.

3.1                   Le lieu choisi par l’Éternel pour que son peuple s’y rassemble

Dans le Deutéronome, nous avons de nouvelles instructions. Après avoir marché quarante ans dans le désert, le peuple est arrivé au Jourdain et va entrer dans le pays promis. Dieu donne des instructions pour sa conduite dans le pays.

La division de ce livre est claire pour tout lecteur. Les onze premiers chapitres donnent un coup d’oeil rétrospectif sur l’histoire du peuple et sur les voies de Dieu en grâce envers lui. Avec le chapitre 12 commencent «les statuts et les ordonnances» qu’ils auraient à observer dans le pays, tandis que les chapitres 30 et suivants forment la conclusion : le peuple y est vu prophétiquement, chassé à nouveau du pays à cause de sa désobéissance.

Comme cela vient d’être dit, dans les onze premiers chapitres nous avons un rappel de la traversée du désert. Mais il ne s’agit pas d’une simple répétition de ce que nous avons dans l’Exode et les Nombres. Avant tout il est rappelé aux Israélites que c’est l’amour et la fidélité de Dieu qui les ont préservés, et que toutes les peines — tout ce trajet de trente-neuf ans à travers «tout ce grand et terrible désert» — n’étaient que le résultat de leur désobéissance. S’ils avaient obéi aux commandements de l’Éternel, ils seraient arrivés dans le pays après un trajet de onze jours dans le désert (Deut. 1:2). Cette partie se termine avec le chapitre 11, dans lequel une fois encore il est fermement établi que seules une dépendance et une obéissance absolues à la Parole de Dieu peuvent les maintenir dans les bénédictions de l’héritage que Dieu voulait leur donner.

Une fois leur coeur ainsi bien disposé à écouter, Dieu leur donne ses statuts et ses ordonnances (Deut. 12 à 29). Et ici aussi, comme toujours, le rassemblement du peuple pour servir Dieu vient en premier. Le peuple devait entrer dans un pays où tout parlait d’idolâtrie, c’est-à-dire de culte des démons (voir 1 Cor. 10:20). Le coeur humain a tendance à se conformer à ce qui l’entoure ; nous le constatons dans la suite de l’histoire du peuple et malheureusement tout aussi distinctement dans l’histoire du christianisme. C’est pourquoi, dès le début, Dieu leur montre clairement que servir Dieu est incompatible avec le service des idoles, tant en ce qui concerne l’objet de ce service que la manière de l’exercer. Il y a beaucoup de démons, et c’est la raison pour laquelle les païens adorent plusieurs dieux en beaucoup de lieux, sur les hautes montagnes, sur les collines et sous tout arbre vert ! Mais la pensée principale de l’Ancien Testament est : L’ÉTERNEL (Jéhovah), notre Dieu, est un seul ÉTERNEL (Jéhovah) (Deut. 6:4). Ils le connaissaient comme le Dieu Créateur, le Tout-Puissant et comme Jéhovah (ou Jahvé ou Yahweh). Il ne peut par conséquent y avoir qu’un seul lieu pour adorer et qu’une seule manière de rendre culte à Dieu ; il ne peut y avoir aucun accord avec l’idolâtrie. L’accent est mis là-dessus d’une manière très particulière en Deut. 12:2-7, oui dans tout le chapitre 12 et dans plusieurs autres passages dans les chapitres suivants.

Le seul Dieu, le Créateur du ciel et de la terre, le Tout-Puissant, Jéhovah, le Dieu de l’alliance d’Israël, revendique pour Lui le droit de décider où et comment son peuple, qui habite son pays, peut s’approcher de Lui. Aussi dans ce chapitre 12, il est parlé six fois du lieu «que l’Éternel, votre Dieu, choisira» ; au chapitre 14, trois fois ; au chapitre 15, une fois ; au chapitre 16, de nouveau six fois et au chapitre 17, deux fois ; et encore en Deut. 18:26 et 31 trois fois ; donc vingt et une fois au total. Cela ne donne-t-il pas une idée saisissante de la souveraineté de Dieu, mais aussi de la valeur qu’il attribue au lieu où son peuple se rassemble ?

3.2                   Unité du peuple de Dieu et service de Dieu

Dieu veut que son peuple soit un, pratiquement, tel que Lui le voit en tout temps, comme un tout, dans les douze pains de proposition dans le lieu saint (Lév. 24:5) ; dans les deux pierres d’onyx sur les épaulières et les douze pierres sur le pectoral des vêtements du souverain sacrificateur (Exode 28).

Cette unité pratique est formée par un but commun, un objet commun dans le service de Dieu et une unité de pensées (voir 1 Cor. 1:10). Le nom de notre Dieu a une merveilleuse puissance unificatrice. Satan le sait, et il ne redoute rien davantage que cette puissance. Aussi s’efforce-t-il toujours de troubler cette unité. Beaucoup de croyants ne voient pas la chose. L’impie Jéroboam l’avait très bien compris. Il savait que le service de Dieu en commun, lié au «nom de l’Éternel» annulerait irrévocablement la division. C’est pourquoi il introduisit un culte, rendu loin du lieu que l’Éternel avait choisi pour y faire habiter son nom (1 Rois 12).

En Deut. 12, tout tend à fortifier et à réaliser l’unité pratique du peuple. Dieu connaissait les richesses de l’héritage qu’il voulait donner à son peuple. Et il attendait et désirait que le peuple, d’un coeur reconnaissant, rende quelque chose de ces richesses à Celui qui les lui dispensait. C’est la raison pour laquelle nous trouvons tant d’offrandes volontaires ici. Seules les dîmes et l’offrande des premiers-nés du bétail étaient des sacrifices obligatoires. Dieu veut que tout ce qui Lui est consacré par un coeur libéral, reconnaissant et obéissant, soit apporté au lieu où il est Lui. Il veut le recevoir de la main même du donateur et en jouir dans la communion avec lui. Une partie des offrandes était comme son «pain» (cf. Lév. 3:11 et 16), et le reste était pour son peuple, avec leurs fils et leurs filles, leurs serviteurs et leurs servantes et le Lévite, avec un coeur joyeux, dans sa présence (Deut. 12:7, 12:18).

Pouvait-il y avoir un service plus glorieux, pour un peuple terrestre, que celui qui nous est présenté ici ? Mais cela ne pouvait appartenir qu’à un coeur pénétré de l’amour de Dieu et goûtant, par conséquent, la communion avec Dieu. Le fils aîné, en Luc 15 n’attachait aucune valeur à la joie dans la communion avec son père. Il voulait se réjouir avec ses amis, loin de la présence de son père. Pratiquement, c’était de l’idolâtrie. Quel contraste avec Ésaïe 26:8, où nous lisons : «Le désir de notre âme est après ton nom et après ton souvenir» et avec Deut. 18:6, où il est parlé d’un Lévite qui vient «selon tout le désir de son âme, au lieu que l’Éternel aura choisi».

Dans les chapitres suivants du Deutéronome, nous voyons la place importante qu’occupe le lieu choisi de Dieu dans la vie du peuple. Il ne peut en être autrement. La vie du peuple de Dieu doit être dominée par le fait que Dieu habite au milieu de son peuple. Dans les chapitres 14 et 15 nous voyons que les dîmes et les premiers-nés du bétail devaient être mangés là. Au chapitre 16, le sacrifice de la Pâque, la fête des semaines et la fête des tabernacles sont célébrés là. Au chapitre 17, toutes les affaires difficiles à juger sont réglées là et au chapitre 18, le service des Lévites se déroule dans ce lieu. Au chapitre 26, la corbeille des fruits du pays est présentée là devant Dieu et enfin au chapitre 31:11, il est ordonné que, l’année du jubilé (année de relâche), la loi soit lue dans ce lieu aux oreilles de tout Israël.

D’après 1 Rois 11:36 nous savons que le lieu dont il est parlé dans le Deutéronome était Jérusalem. Le Psaume 78:68 nous montre que Dieu a choisi la montagne de Sion qu’il aima, pour y bâtir son sanctuaire. Nous voyons encore (v. 70) que Dieu met ce lieu en relation avec David, son serviteur, type du Fils de David, qui en Matt. 18 parle du lieu lié à son nom, là où Il est au milieu des siens.

3.3                   Rechercher le lieu où Dieu veut habiter

Le Ps. 132:6 nous montre que David, dans sa jeunesse déjà, a recherché le lieu où Dieu voulait habiter. Il le trouva d’abord là où Caleb eut son héritage et où les fils de Coré trouvèrent dans le désert des chemins frayés (Ps. 84:5), dans son propre coeur. Et si nous ne le trouvons pas là pour commencer, c’est-à-dire, si nous ne recevons pas avec foi et dans une pleine dépendance la Parole de Dieu au sujet de ce lieu et si notre coeur ne connaît pas ainsi cette place, nous ne la trouverons jamais. C’est par une expérience humiliante que David apprit premièrement à reconnaître la montagne de Sion comme le lieu que Dieu avait choisi. En 1 Chron. 21 et 22 nous voyons que Dieu dut d’abord agir en jugement contre l’orgueil de David, et ce n’est qu’après que celui-ci eut payé le plein prix que Dieu lui révéla le lieu pour la maison de l’Éternel. Cela exige toujours un sacrifice de se détourner de toutes les choses naturelles et d’agir seulement selon les pensées de Dieu.

Malheureusement, Israël n’a pas non plus obéi à ces instructions de l’Éternel. Lorsque les témoins oculaires des grands actes de Dieu eurent disparu, le peuple se détourna rapidement et servit les idoles (Juges 2:7-13). Et en Osée 4:13 Dieu reproche au peuple d’avoir offert des sacrifices sur les sommets des montagnes, d’avoir fait fumer de l’encens sur les collines, sous le chêne et le peuplier et le térébinthe ; ils firent précisément ce que Dieu avait expressément interdit en Deut. 12. Même un homme pieux comme Salomon fit fumer de l’encens sur les hauts lieux, jusqu’au moment où Dieu lui donna une sagesse particulière (1 Rois 3). Et Dieu doit répéter ce reproche à l’égard de presque tous les rois, quelque pieux qu’ils furent par ailleurs. Là aussi, comme toujours, l’homme a gâté tout ce que Dieu lui a confié.

4                    Après la captivité de Babylone

4.1                   Exil et retour

En Esdras et en Néhémie, nous trouvons une nouvelle période dans l’histoire d’Israël. À la suite de l’infidélité du peuple, infidélité dont Ézéchiel 8 nous dépeint toute l’horreur, la gloire du Dieu d’Israël avait quitté Jérusalem. Jérusalem était le lieu que l’Éternel a choisi pour y faire habiter son nom. Là se trouvait le «trône de l’Éternel» (1 Chron. 29:23). Et maintenant Dieu la qualifie de femme rebelle et de prostituée (Ézéch. 16:32, 35). Les dix tribus avaient été transportées en Assyrie par Shalmanéser et, cent trente-quatre ans plus tard, le royaume de Juda est détruit par Nébucadnetsar, et les habitants de Judée transportés, à Babylone pour la plupart.

Mais Dieu se souvint en grâce du résidu fidèle et inclina le coeur de Cyrus, roi de Perse, à autoriser le retour du peuple des Juifs à Jérusalem, après une captivité de soixante-dix ans, comme Ésaïe l’avait annoncé prophétiquement, cent cinquante à deux cents ans auparavant (Ésaïe 45). Seule une petite partie de Juda et de Benjamin profita de cette occasion. Selon Esdras 2:64, quelque quarante-deux mille personnes remontèrent de la captivité avec Zorobabel. Si nous pensons qu’il y eut un temps où Juda et Israël avaient ensemble une armée de un million deux cent mille hommes (2 Chron. 13:3), nous voyons combien le nombre de ceux qui revinrent fut petit. La plupart n’éprouvaient plus aucun désir pour le pays que Dieu leur avait donné et pour Jérusalem, où le temple avait été construit. D’autres (tel Daniel) ne purent pas retourner, en raison de leur position, ou peut-être aussi à cause de leur âge.

Mais Dieu était avec le petit résidu. Il l’encourageait, le fortifiait, le protégeait contre ses ennemis et lui faisait éprouver son aide et sa faveur. Non pas que Dieu les rétablît dans la position qu’Israël avait eue auparavant. Dieu ne passe par-dessus aucune infidélité et n’opère pas un rétablissement de l’état que l’homme a perdu par son péché et son infidélité. Dieu n’a pas rétabli Adam dans le paradis d’Éden. Et même les chrétiens, auxquels est imputée la valeur de l’oeuvre de Christ — oeuvre par laquelle Dieu est glorifié infiniment plus qu’il n’a été déshonoré par Adam et tous ses descendants — même les chrétiens ne retrouveront jamais le paradis d’Éden, bien que leur place soit beaucoup plus glorieuse et élevée.

4.2                   Retrouver la présence de l’Éternel au milieu de son peuple — le chemin de la foi

Ce résidu est privé de la présence visible de l’Éternel. Le trône de l’Éternel n’est plus à Jérusalem. Un Zorobabel, prince de la lignée royale de David, ne monte pas sur le trône de David, mais est seulement gouverneur sous le puissant monarque perse. Dieu a retiré sa gloire de Jérusalem et a confié la domination directe de la terre aux nations (voir Jos. 3:11 ; 1 Chron. 29:23 ; Dan. 2:38 ; És. 45:1). Dieu reconnaît les droits de souveraineté des empires païens. Les indications de temps dans les prophéties d’Aggée et de Zacharie sont données d’après les années de règne de rois païens. Et Dieu agit en faveur des siens, non pas en détruisant ceux qui dominent sur eux, mais en produisant dans le coeur de ces rois de bonnes dispositions à l’égard des Juifs.

Si le résidu avait raisonné comme tant de personnes aujourd’hui, il ne serait certes pas retourné en Judée. Plus de mille ans s’étaient écoulés depuis que Moïse avait donné à connaître «les statuts et les ordonnances», par lesquels Dieu prescrivait un lieu de culte pour toutes les douze tribus et dans lesquels le service sacerdotal était prescrit exactement. Cinq cents ans s’étaient écoulés depuis que Salomon avait bâti le temple de gloire et avait tout établi selon les pensées de Dieu, comme cela avait été montré à David. Jamais l’incrédulité n’eut plus de prétextes pour justifier la désobéissance à la Parole de Dieu. Fallait-il maintenant, après mille ans, alors que les circonstances avaient si complètement changé, agir encore selon ce que Dieu avait ordonné dans les Livres de Moïse ?

Dieu Lui-même avait pourtant abandonné Jérusalem, et avait permis que la ville et le temple fussent brûlés ! Il avait béni les Juifs qui demeuraient à Babylone et dans d’autres pays. Pensons en particulier à Daniel et à ses amis ; à Esther et à Mardochée. N’était-ce pas une preuve que ceux qui restaient à Babylone étaient dans le bon chemin ? Et maintenant, il leur fallait retourner dans le désert de Palestine, occupé en grande partie par des ennemis ! À Jérusalem, où il ne restait pas une maison habitable, pas d’autel pour offrir des sacrifices, pas de temple pour y servir, et où il n’y avait pas de muraille pour mettre à l’abri des ennemis et protéger contre le mal. Il était pourtant impossible de rétablir l’ancien état.

Ne fallait-il pas tenir compte des enseignements de l’histoire ? Pendant des siècles, seules deux tribus avaient en fait servi Dieu à Jérusalem. Dans les soixante-dix dernières années, tout avait changé, et Dieu avait permis qu’un état tout nouveau survienne. Et maintenant quelques personnes de Juda et de Benjamin revenaient, avec un petit nombre de sacrificateurs et de Lévites. Est-ce que seul ce petit groupe voyait juste ? Est-ce que les quatre-vingt-dix pour cent et plus qui ne retournaient pas et parmi lesquels il y avait des hommes tels que Daniel, étaient tous dans l’erreur ?

Sans doute, plusieurs ont raisonné ainsi. Sinon comment expliquer que l’Écriture nous dise que seulement quarante-deux mille hommes, à peine cinq pour cent de l’ensemble, soient revenus ?

Mais la foi ne se laisse pas diriger par des considérations, si raisonnables et justes qu’elles puissent paraître. Elle ne regarde pas aux circonstances. Elle ne juge pas de la justesse d’un chemin sur lequel elle s’est engagée, d’après les conséquences extérieures. Elle ne compte pas avec le nombre de personnes qui s’unissent à elle. Elle ne permet pas de juger des ordonnances divines par l’histoire, mais juge l’histoire selon l’obéissance aux commandements de Dieu. Elle ne recherche que ce que la Parole de Dieu dit, sans compter avec d’autres choses.

La Parole de Dieu avait dit que la Palestine était le pays promis et que Jérusalem était le lieu que l’Éternel avait choisi pour y faire habiter son nom ; qu’il y avait là sa maison, où son peuple pouvait s’approcher de Lui. Et ainsi, aussitôt qu’il entendit le message de Dieu, le résidu croyant monta à Jérusalem. Certes il y avait de nombreux dangers en chemin. L’hostilité des peuples qui demeuraient autour de Jérusalem était sans aucun doute grande. Mais ils ne sont pas mentionnés une seule fois. Et de quel zèle firent preuve ceux qui rentrèrent, dès leur arrivée !

D’abord on vérifia si tous pouvaient prouver leur descendance comme Israélites ou éventuellement comme sacrificateurs. En temps normal ce n’était pas nécessaire. On savait alors qui était Israélite, sacrificateur ou étranger. Il n’y avait pas besoin de faire des recherches sur la descendance. Mais dans des temps de confusion et de ruine, cela est nécessaire. À Babylone, un étranger pouvait facilement s’introduire. À cause de leur dispersion au milieu des peuples, malheureusement aussi de leur mélange avec eux, ainsi que du fait que des étrangers habitaient le pays, il était possible qu’un étranger se fît passer pour Israélite et qu’un sacrificateur ne fût pas de descendance pure. Une simple confession de la part de la personne en question ne suffisait pas. Dans un temps de ruine tous ceux qui se réclament d’un titre doivent le justifier. Non pas que Zorobabel contestât leurs prétentions. Cela il le laissait à Dieu. «Le Seigneur connaît ceux qui sont siens» (2 Tim. 2:19). Mais il ne pouvait décider que sur la base de preuves certaines. Lorsque, plus tard, un souverain sacrificateur avec les urim et les thummim serait suscité, alors il statuerait définitivement sur leurs prétentions, selon la connaissance du Dieu Tout-Puissant (Esdras 2:63).

4.3                   Le lieu de rassemblement retrouvé selon la Parole

Mais aussitôt qu’il fut établi qui appartenait au peuple de Dieu et qui pouvait exercer la sacrificature, la première chose fut de se rassembler pour rendre culte. Il n’y avait aucun doute quant au lieu où ils devaient se rassembler. Ils se réunirent comme un seul homme à Jérusalem (Esdras 3:1). Il n’y avait aucune divergence de pensées à l’égard de ce qu’il y avait à faire. Certes les instructions de la Parole de Dieu sont d’une valeur inestimable, et en Néhémie 8:13 nous voyons quelle place de choix elles occupent parmi le résidu. Mais la première chose que fait un peuple racheté et restauré par Dieu c’est : sacrifier à Dieu, louer Dieu, rendre culte.

Il n’y avait pas non plus le moindre doute pour le peuple quant au lieu où ce culte devait être rendu. Il n’y avait qu’un seul lieu que l’Éternel avait choisi pour y faire habiter son nom ; c’était Jérusalem. Qu’un seul autel sur lequel, selon la volonté de Dieu, les sacrifices pouvaient être offerts : l’autel de l’aire d’Ornan, dans le parvis de la maison de Dieu, du temple.

Certes, il n’y avait plus de temple, mais les ruines étaient toujours là. L’autel n’était plus, mais la place où l’autel avait été, subsistait. Ils bâtirent l’autel sur son emplacement. Cet autel, à sa place primitive, sur son ancien emplacement est appelé par Malachie : «la table de l’Éternel». Là, sur l’autel de l’Éternel, dans le parvis du temple en ruine, ils offrirent des holocaustes «selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse, homme de Dieu». Là ils firent la fête des tabernacles «selon ce qui est écrit» et amenèrent les sacrifices prescrits pour cette fête «selon l’ordonnance». Pouvait-il y avoir quelque chose de plus propre à incliner les coeurs à agir seulement selon la Parole de Dieu, que le culte rendu au lieu où le nom de l’Éternel habite, dans sa maison ?

Et après qu’ils ont obéi en tout, Dieu leur donne plus de lumière et une plus grande consécration. Ils ne peuvent plus regarder les ruines du temple sans se sentir poussés à bâtir. Certes le temple est ruiné et ne peut être rétabli dans sa gloire première. Ceux qui avaient vu la première maison pleurèrent lorsque les fondations de la nouvelle furent posées.

4.4                   Ce qui manquait, ce qui restait

Pouvaient-ils oublier que l’arche contenant les tables de la loi et la cruche avec la manne n’existait plus ? Que le propitiatoire, sur lequel année après année au grand jour des propitiations, le souverain sacrificateur devait faire aspersion du sang, n’était plus là ? Qu’il n’y avait plus les chérubins, entre lesquels la gloire de l’Éternel demeurait ? Plus d’urim et de thummim ? Et dans leur petit nombre et leur pauvreté, ils ne pouvaient certes pas construire le temple dans la glorieuse magnificence dans laquelle Salomon l’avait érigé.

Mais si faibles que fussent leurs efforts et si misérable et différente par rapport au premier temple que pût être leur construction aux yeux des hommes, elle était glorieuse pour Dieu. Il lisait dans les coeurs. Il voyait l’obéissance à sa Parole dans leur coeur, et cela Lui était agréable. Aussi les encouragea-t-il en leur laissant entendre qu’à ses yeux, ce temple était le même que celui qu’avait bâti Salomon, et que la dernière gloire de cette maison serait plus grande que la première. Le temple de Salomon, celui de Zorobabel, le temple d’Hérode et le temple dans le millénium (Ézéch. 40-43) sont à ses yeux un seul et même temple. Il n’y a qu’une seule Maison de Dieu (Aggée 2:9).

4.5                   Un résidu misérable, mais reconnu de Dieu

Non pas que le résidu en lui-même fût meilleur que ses frères restés à Babylone. Ils appartenaient au même peuple, qui avait mérité la colère de Dieu. En Esdras et en Néhémie il est parlé de tant de faiblesse et de tant de péché que nous ne pouvons que nous étonner que Dieu n’ait pas anéanti le peuple dans le jugement. Par le prophète Aggée, Dieu doit leur reprocher d’habiter dans des maisons lambrissées et de ne pas penser à la construction du temple. Dans non moins de quatre chapitres, nous voyons que, contrairement à la Parole de Dieu, ils s’étaient mélangés avec les peuples (Esdras 9 et 10 ; Néhémie 9 ; 13:3, 23), oui, et même Éliashib le grand sacrificateur avait donné un triste exemple en cela. Nous voyons que les nobles opprimaient les pauvres, et les vendaient même comme esclaves. Peut-être même qu’à bien des égards leur conduite pratique a été plus mauvaise que celle de plusieurs à Babylone (pensons seulement au fidèle Mardochée) ; pourtant Dieu les reconnaît eux seuls comme les représentants de son peuple. Il fait écrire leur histoire et suscite des rois pour les aider. Il leur envoie des prophètes et leur donne ses promesses. Des autres, il n’est parlé que dans la mesure où leurs circonstances sont en rapport avec le résidu, comme par exemple dans le livre d’Esther, où il s’agit d’empêcher l’anéantissement de tout le peuple, et donc celui du résidu aussi. Dieu trouve en eux malgré toute leur faiblesse et leurs infirmités, un principe d’obéissance. Même si quelquefois ils l’omettent, ils recherchent habituellement les pensées de Dieu, pour agir et pour servir Dieu selon ses pensées. Voilà le principe selon lequel ils agissaient. Et ainsi ils en vinrent au seul lieu de rassemblement selon ses pensées, au lieu «que l’Éternel avait choisi pour y faire habiter son nom». Ces paroles gardent leur valeur dans tous les temps : «Écouter est meilleur que sacrifice, prêter l’oreille, meilleur que la graisse des béliers» (1 Sam. 15:22).

5                    Être assemblés au nom du Seigneur Jésus

5.1                   Rejet du Roi — Introduction de l’Assemblée

Comme tout lecteur attentif peut le constater, dans l’évangile selon Matthieu le Seigneur Jésus nous est présenté comme le roi qui vient parmi son peuple Israël pour établir son règne. Dans la généalogie, l’accent est mis sur la descendance de David, le roi, et en Matt. 2 nous trouvons les hommages rendus au roi par les mages venus d’Orient.

Ici, le royaume est appelé le royaume des cieux, parce que, bien que sur la terre, il devait être dirigé par des principes célestes.

En Matt. 4:17-25 nous trouvons la puissante prédication du Seigneur. Lorsque, à la suite de ses miracles, de grandes foules le suivent, le Seigneur donne dans le Sermon sur la montagne (chap. 5, 6 et 7) la loi fondamentale, les principes du royaume, ou, plus exactement, le caractère de ceux qui doivent y avoir part. Ces principes étaient cependant opposés aux pensées orgueilleuses des Juifs et en Matt. 8 à 12 nous voyons le Seigneur rejeté par le peuple. Alors, au chap. 13, nous avons le nouveau caractère du royaume : un royaume dont le roi est absent, où de l’ivraie a été semée parmi le froment et où la pâte a été pénétrée par le levain (comp. 1 Cor. 5:6-8) ; mais un royaume qui n’est pas limité aux Juifs : le champ, c’est le monde. Nous avons ensuite, en Matt. 16, la chose nouvelle qui doit paraître : l’Assemblée, qui sera bâtie par Christ.

5.2                   L’Assemblée bâtie

C’est là un point important. Pierre confesse le Seigneur non pas seulement comme le Fils de Dieu, mais comme le Fils du Dieu vivant, du Dieu en qui est la vie et la puissance vivifiante. Christ, qui par sa résurrection a forcé les portes du hadès, et par là a été déterminé Fils de Dieu, en puissance (Rom. 1:4), bâtit l’Assemblée du Dieu vivant (1 Tim. 3:15) ; et il la bâtit sur Lui-même, comme Fils du Dieu vivant. Un état tout à fait nouveau est ainsi introduit. Non pas qu’Israël soit définitivement rejeté. Matt. 17 nous montre qu’un jour le Fils de l’homme établira son royaume en gloire. Mais auparavant, l’Assemblée a pris la place d’Israël comme témoignage de Dieu sur la terre.

En Matt. 18, ce point est développé avec plus de précision. La décision dans les questions de discipline n’appartient plus à la synagogue (Jean 9:22, 34), mais à l’Assemblée. Et l’autorité de l’Assemblée repose sur le fait que celle-ci est réunie au nom du Seigneur Jésus et que Lui-même est au milieu d’elle. Il est clair que le Seigneur parle ici du temps qui suit son ascension. Lorsqu’il était sur la terre, il réglait toutes les questions. En Matt. 16 nous avons également vu que l’Assemblée n’existait pas encore, mais qu’elle devait seulement être bâtie. 1 Cor. 12:13 et d’autres passages nous enseignent que le Seigneur a commencé, à la Pentecôte (Actes 2), à bâtir son Assemblée.

5.3                   Assemblée et présence du Seigneur

Matt. 18:20 est le seul passage du Nouveau Testament où le Seigneur promet sa présence au milieu des siens. Certes à plusieurs reprises il a promis d’être avec chaque croyant. Mais c’est quelque chose de tout différent. Ici il veut être au milieu d’eux, comme l’un d’eux, comme il l’a dit prophétiquement au Ps. 22:22 : «Je te louerai au milieu de la congrégation». Aussi est-il donné ici comme condition à sa présence qu’ils soient assemblés en son nom. Il promet à ses disciples, qui se réunissent en assemblée, d’être au milieu d’eux, s’ils sont assemblés en son nom.

Ce verset étant parfois mal employé, il peut être bon d’insister sur la vérité qui y est présentée. Il nous faut garder en vue que nous ne pouvons comprendre la signification juste d’un passage que si nous le lisons en relation avec son contexte. Un verset sorti de son contexte ne prouve rien. Car de cette manière on pourrait «prouver» tout ce qu’on veut, et malheureusement cela se produit souvent.

Dans tout ce chapitre, le Seigneur donne des instructions, nous montrant qu’il faut agir dans un esprit d’humilité et de grâce. Dès le v. 15, il en fait l’application au cas où un frère pèche contre moi. Que dois-je faire, lorsque ma façon d’agir en grâce reste sans succès ? Il y a une instance à laquelle je puis m’adresser. L’Assemblée, que le Seigneur Jésus Lui-même a bâtie sur Lui, a la compétence de trancher dans toutes questions entre frères. Lorsqu’elle prend une décision sur la terre, lorsqu’elle lie ou délie, son action est reconnue par le ciel. Et lorsque, sur la terre elle agit dans la dépendance, en grâce, le Père dans le ciel lui donnera ce qu’elle demande. Pour rendre clair et compréhensible aux disciples le fondement de cette déclaration, le Seigneur ajoute : «Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux». Lorsque l’Assemblée est réunie au nom du Seigneur Jésus, il est au milieu d’elle et les décisions qu’elle prend sont revêtues de son autorité (voir 1 Cor. 5:4, 5). Le v. 19 ne trouve pas son application lorsque deux croyants ou davantage, habitant dans des lieux différents, conviennent de prier à une certaine heure et dans un certain but. Certes Dieu, qui entend la prière de chaque croyant, les entendra aussi. Mais cela n’a rien à voir avec notre verset. Et lorsque deux croyants ou plus se réunissent dans un but spirituel, que ce soit pour l’adoration, la prédication de la Parole, la prière ou quelque autre caractère que cette réunion puisse avoir, ce n’est pas pour autant un rassemblement au milieu duquel le Seigneur Jésus est. Il faut beaucoup plus pour cela : il faut que l’Assemblée soit réunie au nom du Seigneur Jésus. Là seulement le Seigneur promet sa présence.

5.4                   Conditions de la présence du Seigneur

Nous trouvons donc deux conditions :

 

a) Que l’Assemblée se réunisse comme telle. Au v. 17 il n’est pas dit «une», mais «l’»Assemblée. Et le chap. 16 parle aussi de l’Assemblée. Il n’y a qu’une seule Assemblée, l’Assemblée du Dieu vivant (1 Tim. 3:15). Les croyants qui habitent dans un certain lieu sont l’expression de cette seule Assemblée, oui, pour moi, ils sont l’Assemblée. C’est pourquoi l’apôtre Paul écrit à «l’assemblée des Thessaloniciens», à «l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe», etc.

L’Écriture ne connaît pas deux ou plusieurs assemblées. Il n’y a qu’un seul corps de Christ. Aussi est-ce une condition absolue de la présence du Seigneur au milieu des deux ou trois, qu’ils se réunissent sur le terrain de la seule Assemblée. Peut-être que tous ceux qui appartiennent à l’Assemblée ne sont pas présents. Certains peuvent être malades ou faibles, ou retenus pour d’autres motifs. Plusieurs peuvent s’abstenir pour se rassembler sur un autre principe que celui de la seule Assemblée. Ils trouvent ce principe trop général et placent, à côté de l’appartenance à la seule Assemblée, d’autres conditions. En revanche les deux ou trois sont assemblés à la place à laquelle appartiennent tous les croyants, et si même leur coeur est affligé par le petit nombre présent, l’oeil de leur foi les voit tous comme membres du seul corps de Christ. Ils sont réunis comme l’Assemblée.

 

b) La seconde condition, c’est qu’ils soient assemblés au nom du Seigneur Jésus. Son nom doit être le seul centre, l’unique chose qui les caractérise. Ils sont assemblés à ce nom. C’est le nom qui rassemble. Cela signifie que tout est réglé par ce nom de Jésus et que ce n’est pas à ceux qui sont assemblés de décider comment se déroulera la réunion, quelles réunions doivent avoir lieu, comment le service sera exercé, en un mot comment ce qui est en relation avec le rassemblement doit être réglé. Le Seigneur Jésus doit tout régler et les deux ou trois, qui sont assemblés au nom du Seigneur Jésus, n’ont rien d’autre à faire que de demander : «Que veux-tu que je fasse, Seigneur ?» Ils doivent étudier avec soin sa Parole et chercher à réaliser ses «statuts et ordonnances» (Deut. 12) sans pensées propres et sans critiques.

5.5                   Privilèges et responsabilités

Lorsque les croyants sont ainsi réunis, et même s’ils ne sont que deux ou trois, ils sont assemblés au nom du Seigneur Jésus et il est au milieu d’eux. Quelle place bénie et quel privilège d’être ainsi les hôtes du Seigneur Jésus ! Mais aussi quelle responsabilité pour tout croyant selon ce qu’il fait : prendre cette place près du Seigneur Jésus, ou bien une autre place, qu’il peut se choisir lui-même, mais où le Seigneur Jésus n’est pas au milieu des siens.

Est-ce que Matt. 18:20 ne nous fait pas tout de suite penser au lieu que l’Éternel a choisi pour y faire habiter son nom ? (Deut. 12). Là aussi nous avons «le nom» comme lieu de rassemblement. Le Fils du Dieu vivant, qui fait de pécheurs morts des pierres vivantes, et qui bâtit son Assemblée avec celles-ci (Matt. 16:18 ; 1 Pierre 2:4, 5), veut que son Assemblée se réunisse en (ou mieux : «à») son nom et il lie à cela sa présence. Et nous avons là de nouveau le seul lieu de rassemblement pour tous ceux qui appartiennent au Seigneur Jésus.

6                    Adorer en esprit et en vérité.

6.1                   Différences d’avec l’Ancien Testament

En comparant Matt. 18:20 avec Deut. 12, on peut se demander s’il s’agit dans les deux cas de la même place. Dans le Deutéronome il est question d’un lieu géographique précis, de Jérusalem. En est-il ainsi en Matthieu 18:20 ? Jean 4:20-26 nous donne la réponse.

La femme samaritaine a discerné dans la parole par laquelle le Seigneur Jésus manifeste son état moral, qu’il était un prophète. Elle lui demande alors son jugement dans la grande dispute entre Juifs et Samaritains : Le lieu où il faut adorer Dieu, est-il la montagne de Sion ou la montagne de Garizim ? Naturellement le Seigneur répond à cette question dans le sens de la Parole de Dieu : Jérusalem est le lieu. Mais revenant au culte de l’Ancien Testament, il montre ensuite que par sa venue sur la terre, tout est changé. Israël l’ayant rejeté et ayant ainsi perdu la réalisation immédiate des bénédictions terrestres promises, le Seigneur étend son champ de travail à tout le monde (Matt. 13:38) et en tire son Assemblée (Matt. 16:18). Celle-ci n’a pas des bénédictions terrestres, mais spirituelles ; oui, elle est elle-même un corps céleste et spirituel, puisqu’elle est fondée sur un Jésus mort sur la terre, mais ensuite ressuscité et glorifié, tandis que Dieu, le Saint Esprit, habite en elle (1 Cor 3:16). Les croyants qui appartiennent à l’Assemblée ne connaissent plus Dieu seulement comme l’Éternel (Jéhovah), mais ils le connaissent comme le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, celui qui est aussi devenu leur Dieu et leur Père ; ils ont reçu un esprit d’adoption, par lequel ils crient : Abba, Père (Éph. 1:17 ; 3:14 ; Jean 21:17 ; Rom. 8:15) !

De ce fait, leur adoration aura un caractère tout différent. Ils adoreront le Père en esprit et en vérité.

6.2                   Adoration en esprit

«En esprit» indique la différence dans le caractère de cette adoration. Ce n’est plus d’une manière terrestre, adaptée aux pensées terrestres d’un homme sur la terre : une place précise, bien définie, un temple bâti avec les matériaux les plus précieux qu’on peut trouver sur la terre ; des sacrifices de ce que la terre produit ; un service dans lequel l’homme peut donner le meilleur, le plus élevé de ce qu’il possède, une musique magnifique, des vêtements précieux, bref : un service dans lequel l’homme terrestre s’approche de Dieu, comme si les pensées de Dieu étaient aussi terrestres.

Désormais les vrais adorateurs doivent s’approcher de Dieu dans la pleine conscience de ce qu’il est. Dieu est esprit, et la nouvelle vie, que le vrai adorateur a reçue à la nouvelle naissance (Jean 3:5-8) le rend capable de s’approcher de Dieu en plein accord avec cela, non plus avec des choses extérieures, qui tout au plus sont une image des choses célestes (Héb. 9:23), mais d’une manière spirituelle.

6.3                   Adoration en vérité

«En vérité» signifie en accord avec ce que Dieu leur a révélé de Lui. Ce n’est donc plus dans les relations de l’Israélite avec l’Éternel, le Dieu de l’alliance : À la montagne qui peut être touchée, au feu brûlant, à l’obscurité, aux ténèbres, à la tempête, au son de la trompette, à la voix de paroles, voix telle que ceux qui l’entendaient prièrent que la parole ne leur fût plus adressée, etc. (Héb. 12:18-21), mais dans l’intimité d’un enfant avec son Père : «Le Père en cherche de tels» (Jean 4:23 ; Rom. 8:15 ; 1 Jean 3:1).

6.4                   Le culte nouveau selon l’épître aux Hébreux — La Table du Seigneur

Ce changement est aussi relevé en Héb. 13:10-16. Toute l’épître traite de la différence et du rapport entre la loi et le culte qui s’y rattache et la Personne du Seigneur Jésus comme objet et centre du culte chrétien. Et le résultat en est que dans chaque chapitre, les choses vieilles, qui tout au plus sont un type terrestre du Seigneur céleste et de son service, disparaissent et que le Seigneur Jésus reste seul : «Jésus Christ est le même, hier, et aujourd’hui, et éternellement» comme le conclut Hébreux 13:8.

Il s’ensuit au v. 10 que : Ceux qui servent le tabernacle — un service, dans lequel l’accès à Dieu n’était pas manifesté (9:8) — n’ont pas le droit de manger de l’autel chrétien. Seuls peuvent en manger ceux qui ont «une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus» (10:19). Celui qui veut être auprès du Seigneur Jésus (et le Saint Esprit considère cela comme allant de soi de chaque croyant) doit soit être au ciel (9:12) soit sortir hors du camp (13:13), c’est-à-dire hors du système d’un culte terrestre. Le chap. 13:12 ne laisse aucun doute quant au fait que pour les croyants juifs auxquels l’épître était adressée, Jérusalem était le camp, la ville qui sous l’ancien ordre de choses avait été le lieu que l’Éternel avait choisi pour y faire habiter son nom. Le Seigneur Jésus est maintenant le centre autour duquel doivent se rassembler tous les siens, dans la séparation de tout service qui serait exercé dans l’esprit de l’Ancien Testament.

Au v. 10, le Saint Esprit fait allusion à la participation aux sacrifices qui, pour autant qu’il s’agissait de sacrifices pour le péché et d’offrandes de gâteau, ne pouvaient être mangés que par les sacrificateurs, avec parfois leur famille, mais qui pour ce qui en était des sacrifices d’action de grâces, pouvaient être mangés par tout Israélite pur (Lév. 6:9 à 7:38). Une partie de ce sacrifice d’action de grâces était pour Dieu ; elle est appelée «un pain de sacrifice... à l’Éternel» (3:11). Le reste était pour celui qui apportait le sacrifice et pour le sacrificateur, oui pour tout Israélite qui était pur. Et l’autel sur lequel l’offrande était présentée, est appelé «la table de l’Éternel» (Malachie 1:7-14).

6.5                   Table du Seigneur et Cène du Seigneur

L’autel chrétien est également nommé «la Table du Seigneur» (1 Cor. 10:21). Ce n’est pas une appellation arbitraire. Il n’y a aucun type dans l’Ancien Testament qui corresponde davantage à la Cène du Seigneur telle qu’elle est présentée en 1 Cor. 10, que le sacrifice d’action de grâces et le sacrifice de consécration qui y est lié (Ex. 29:19-33 ; Lév. 8:31).

En 1 Cor 11, la Cène est considérée dans sa signification première, telle que le Seigneur l’a donnée, c’est-à-dire un simple repas en mémoire d’un Sauveur mort : «Faites ceci en mémoire de moi». Aussi tout est personnel ici, et l’accent est mis sur l’état personnel et sur la responsabilité individuelle.

En revanche, en 1 Cor. 10:16-22, un côté tout différent de la Cène est présenté. Nous y voyons Christ, comme un Sauveur mort sur l’autel, et celui qui offre le sacrifice, se nourrissant de Lui, a par là communion avec tous les croyants, et avec Dieu aussi. Le sang, ici, et ici seulement, est nommé en premier, pour montrer que l’oeuvre accomplie de la rédemption est l’unique fondement sur lequel cette communion pouvait être établie. Mais alors cette communion est aussi mise au premier plan ; tout ce qui est personnel disparaît.

Au v. 16 nous voyons que lorsque nous buvons à la coupe, nous avons communion avec le sang de Christ. Non pas moi seulement, mais «nous», tous les croyants. Il en est de même pour le pain. Tous les croyants qui participent à la Cène, ont communion avec le sang et avec le corps du Seigneur et, puisqu’il en est ainsi, ils ont aussi communion entre eux. Au v. 17, cela est une fois encore dit expressément : «Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps». Lorsque nous participons ensemble à la Cène, nous manifestons publiquement que nous avons communion avec le sang et avec le corps du Seigneur et que, avec tous les croyants. nous formons un seul pain, le seul corps de Christ.

6.6                   Sainteté de la Table du Seigneur

Dans les versets suivants, nous voyons qu’il est possible de mettre cette chose sainte en relation avec des choses souillées. Parlant de l’autel juif et des autels païens, l’apôtre montre que ceux qui mangent des sacrifices ont communion avec l’autel, oui, avec Dieu, à qui les sacrifices sont offerts. Et il ajoute la sérieuse exhortation : «Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la Table du Seigneur et à la table des démons. Provoquons-nous le Seigneur à la jalousie ? Sommes-nous plus forts que lui ?» Paroles sérieuses qui doivent nous remplir d’un saint respect et nous amener à reconnaître combien la sainteté de la Table du Seigneur est importante pour Dieu.

6.7                   Assemblée selon Matt. 18:20 et Table du Seigneur

Nous avons vu, dans cette partie, que la Cène doit être célébrée dans la conscience que nous sommes un avec tous les croyants, oui, que, en participant à la coupe et au pain, nous exprimons publiquement que nous formons tous ensemble le corps de Christ, et que la Cène doit être célébrée à la Table du Seigneur dans la séparation de tout ce qui n’est pas en accord avec elle. C’est l’Assemblée dans son unité qui est réunie à la Table du Seigneur. N’est-ce pas la même chose qu’en Matt. 18:20 ? Là aussi les croyants se réunissent, en rapport avec l’unité de l’Assemblée, à la Table du Seigneur, là où le Seigneur est l’hôte et où il décide qui peut y prendre place et comment les choses doivent se dérouler, où Lui-même est le centre et l’objet du coeur de ceux qui sont réunis. Un seul lieu de rassemblement pour l’Assemblée, et cela non seulement pour la célébration de la Cène (1 Cor. 10:16-22 et 11:18, 20), mais aussi lorsque l’Assemblée est réunie pour le service de la Parole (14:23).

7                    Le rassemblement dans des temps de ruine et d’apostasie.

7.1                   Une construction imparfaite : 1 Cor. 3

L’Assemblée, la maison de Dieu, qui est bâtie par le Seigneur Jésus avec des pierres vivantes (Matt. 16:18 ; 1 Pierre 2:4-7) est sans aucun défaut. Comment est-ce qu’une construction imparfaite pourrait sortir des mains du divin Architecte ?

En 1 Cor. 3:9-17 cependant, où il est aussi parlé de la maison de Dieu, nous ne trouvons pas le Seigneur comme Architecte, mais Paul. Il a posé le fondement, et c’est un bon fondement. Mais d’autres édifient après lui sur ce fondement et doivent considérer comment ils édifient dessus. C’est la maison de Dieu confiée aux hommes qui devront rendre compte de leur travail et dont l’oeuvre sera éprouvée par le feu, moyen d’épreuve divin. Nous voyons le résultat de cette construction dans la chrétienté : une bâtisse, composée non pas de pierres vivantes, mais en grande partie de matériaux sans vie. De nombreux ouvriers ont porté atteinte au fondement et l’ont gâté. L’homme, comme toujours, a ici aussi manqué, et a gâté ce que Dieu lui avait confié.

Déjà alors Paul avertissait : «Que chacun considère comment il édifie dessus». Comme un sage architecte, il a posé le bon fondement : Jésus Christ. Mais d’autres viennent ensuite pour édifier sur ce fondement, et cela peut se faire de trois manières : il peut y avoir de bons matériaux : de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, matériaux qui supportent l’épreuve du feu. L’architecte qui se sert de tels matériaux recevra une récompense. Il peut aussi y avoir des matériaux sans valeur : du bois, du foin, du chaume ; ceux-ci seront consumés par le feu, lors de l’épreuve, et ce qui a été bâti sera anéanti. L’ouvrier ne recevra pas de récompense et lui-même sera sauvé «comme à travers le feu». Son service a été sans valeur, et il paraîtra les mains vides devant Dieu. Mais la troisième manière de construire est beaucoup plus mauvaise. Elle porte atteinte au fondement ; par elle la construction dans son ensemble est compromise et ce qui avait déjà été bien édifié est gâté. Un jugement terrible de la part de Dieu s’abattra sur ces ouvriers-là. « Si quelqu’un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est saint, et tels vous êtes.»

7.2                   Les épîtres à Timothée

Dans la première épître à Timothée, nous voyons encore la maison de Dieu dans sa gloire première, telle qu’elle avait été bâtie par Paul et d’autres ouvriers fidèles. Bien que le danger menace et que prophétiquement l’apostasie soit déjà annoncée (1 Tim. 4:1), cette maison est encore nommée la colonne et le soutien de la vérité et nous trouvons des instructions quant à la manière dont un croyant doit s’y conduire (3:15).

Dans la seconde épître à Timothée, la dernière épître que Paul ait écrite, l’état est profondément modifié. Dieu a permis que le mal se soit déjà développé à un point tel que des instructions durent être données quant à la façon dont le croyant, individuellement, devait se comporter dans ces circonstances. Les mauvais ouvriers corrupteurs de 1 Cor. 3 apparaissent déjà ici (2 Tim. 2:16-18) ; des chrétiens de nom se sont introduits (3:5). Tous ceux qui sont en Asie se sont détournés de Paul (1:15), et lors de sa première défense, comme prisonnier, tous l’ont abandonné (4:16).

7.2.1       Discerner qui sont les vrais croyants

En Actes, 2:42-47, tous les croyants étaient ensemble, et d’après le chap. 5:13 personne n’osait se joindre à eux. On savait de chacun s’il était un croyant ou non. Tous ceux qui confessaient la foi, étaient chrétiens. Il n’en était déjà alors plus ainsi. Comment le croyant, qui habite au milieu de cet état de ruine, peut-il discerner qui appartient véritablement au Seigneur ?

La réponse divine est : «Le Seigneur connaît ceux qui sont siens». L’homme ne les connaît pas. Il n’est pas capable de discerner, parmi tous les professants, qui est véritablement né de nouveau. Mais ce n’est pas non plus nécessaire. Il peut abandonner cela à Celui qui sonde les reins et les coeurs. Quelle pensée apaisante et consolante ! Si moi je ne sais pas si ceux qui se nomment chrétiens le sont vraiment, pour le Seigneur il n’y a aucune incertitude. Il n’en oublie aucun.

7.2.2       Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur

Mais cela ne veut pas dire que maintenant il me faille agir comme si rien n’était changé. La ruine est là, et dans ma conduite je dois en tenir compte. Même si je peux et dois laisser à Dieu le soin de déterminer parmi tous les professants ceux qui Lui appartiennent, le Saint Esprit me dit : «Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur» (v. 19).

Les versets suivants nous disent ce que cela comporte. La maison de Dieu, en ruine, sur la terre est comparée à une grande maison, dans laquelle il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent, mais aussi de bois et de terre. Les uns sont à honneur, les autres à déshonneur. Je ne puis pas sortir de la maison. Il me faudrait alors apostasier du christianisme et devenir païen ou juif. Dans la maison, je dois me purifier de ces vases à déshonneur, afin d’être un vase à honneur, sanctifié, utile au maître, préparé pour toute bonne oeuvre. La purification extérieure de toute souillure, suivie de la purification intérieure : «Fuis les convoitises de la jeunesse», et ensuite l’union «avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur».

Il faut bien prendre garde qu’il n’est pas dit ici : les chrétiens de nom sont les vases à déshonneur et les croyants les vases à honneur ! Certes, il y a des vases d’or et des vases de terre, mais le critère pour juger si je suis un vase à honneur est seulement : «Si quelqu’un se purifie de ceux-ci».

En 2 Tim. 2:2, il ne s’agit pas de l’opposition entre croyants et incrédules, mais entre serviteurs fidèles et serviteurs infidèles. Voyez les versets 2 (des hommes fidèles), 3 (bon soldat), 4-6, 11-13, 15-18, etc. Dans tout le chapitre, il n’est parlé que deux fois de croyants ; du moins est-il laissé entendre que ce sont des croyants (naturellement, Paul, Timothée et tous ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur, sont des croyants, mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici). Une première fois au v. 10, il est parlé d’élus, et là il n’est question que du fait que l’oeuvre de l’apôtre est pour leur profit, oui, comme si c’est par elle qu’ils obtiennent le salut. Les croyants ne sont donc mentionnés là que pour encourager à un service fidèle. Et puis au v. 19 : «Le Seigneur connaît ceux qui sont siens», pour montrer que nous ne le savons pas, et que nous n’avons pas à juger si ceux qui se disent chrétiens sont véritablement des croyants, car nous ne pouvons pas tous les juger, et n’avons pas non plus besoin de le faire. Pour nous le critère, c’est qu’ils se retirent de toute iniquité ; voilà la preuve pour nous qu’il s’agit d’un croyant, car seuls les croyants peuvent agir ainsi.

Dans les v. 16-18, il n’est pas non plus dit d’Hyménée et de Philète, ou de ceux qui furent induits en erreur par eux, qu’ils sont des incrédules, mais que leur service est pernicieux, qu’ils sont donc des serviteurs infidèles, et que la foi des autres a été renversée, c’est-à-dire qu’ils ont abandonné la vérité du christianisme. Il n’est pas davantage question de croyants ou d’incrédules dans les v. 20-26, mais de professants fidèles ou infidèles, de vases à honneur et de vases à déshonneur.

7.2.3       Les vases à honneur sont purifiés

Il ne s’agit pas de la matière dont un vase est fait, mais de savoir s’il est à honneur. Et un vase qui n’est pas purifié n’est pas à honneur. Un vase d’or ou d’argent qui est souillé ou qui a traîné dans le fumier, n’est pas à votre honneur, si vous le placez, non purifié, dans votre maison. Il est à déshonneur dans votre maison et vous ne le mettriez pas dans votre plus belle pièce. Un vase à honneur est un vase qui est purifié. Il ne s’agit pas de ce que le Saint Esprit produit dans un pécheur perdu, mais uniquement de ce qu’est la responsabilité d’un homme qui se dit chrétien. Celui qui «se purifie de ceux-ci» sera un serviteur fidèle ; le nom de son Seigneur est glorifié ; il est un vase à honneur.

Que parmi les vases qui ne se purifient pas, il y ait ou non des croyants, c’est une affaire qui ne me concerne pas. Le Seigneur est juge de cela ; car «le Seigneur connaît ceux qui sont siens». Notre foi peut être convaincue qu’il y a beaucoup de croyants parmi eux, et elle peut rendre grâces au Seigneur de ce qu’ils le sont, mais aussi mener deuil de ce qu’ils restent en rapport avec des vases à déshonneur, et sont par là des vases à déshonneur. Dieu pourra aussi se servir d’eux pour beaucoup de bonnes oeuvres, mais d’après le v. 21, seuls ceux qui se sont purifiés des vases à déshonneur sont préparés pour toute bonne oeuvre.

Il faut aussi remarquer que la purification extérieure est nommée d’abord, et ensuite seulement la purification intérieure. Nous sommes enclins à dire : Si nous sommes séparés du mal intérieurement, la séparation extérieure n’est pas tellement importante. Dieu donne cependant à la purification extérieure la première place. Si nous réfléchissons, la justesse de cet ordre nous apparaîtra clairement. Si nous n’obéissons pas en rapport avec la purification extérieure, comment pouvons-nous nous purifier intérieurement ? Et combien il est difficile de rester intérieurement pur, plus encore de se purifier, dans un entourage impur ! «Mais fuis les convoitises de la jeunesse !» C’est terrible d’être purifié extérieurement et d’être impur intérieurement. C’est de la fausseté.

7.2.4       Ce qu’il faut poursuivre

Après la purification, il y a le côté positif : «Poursuis la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur» (v. 22). Ce sont des choses magnifiques, que nous devons poursuivre, des fruits de l’Esprit Saint. Mais nous n’avons pas à le faire seuls. Nous devons le faire avec tous ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur. Qui sont-ils ? Cela apparaît clairement dans ce qui précède. Des vases à honneur, qui se sont purifiés extérieurement des vases à déshonneur et qui se sont aussi purifiés intérieurement. Ici, nous sommes appelés à juger. Comment quelqu’un qui n’a pas la vie de Dieu peut-il être «préparé pour toute bonne oeuvre» ? Et un incrédule ne peut pas davantage être purifié extérieurement et intérieurement. C’est d’après cela que nous devons juger si quelqu’un a la vie de Dieu ou non. On nie parfois que nous ayons la capacité de le voir. Mais Dieu aurait-il prescrit à ses enfants quelque chose qu’ils ne peuvent pas accomplir’ ? Osons-nous le dire ? Il n’en est cependant pas ainsi. La nouvelle vie en nous et notre entendement éclairé par le Saint Esprit peuvent discerner avec certitude où il y a la vie et où il y a mort. Non par la confession seulement. Elle n’est pas une preuve dans des temps de ruine. Dans de tels temps il faut prouver toute prétention à un titre (Esdras 2:62). « Montre-moi ta foi sans oeuvres, et moi, par mes oeuvres, je te montrerai ma foi» (Jacq. 2:18). C’est par la confession, liée à une marche de foi et à des oeuvres de foi, qu’il peut être déterminé avec certitude, après examen par des croyants expérimentés, s’il y a la vie. Et si nous ne la discernions pas à cause de la faiblesse, nous sommes néanmoins assurés que «le Seigneur connaît ceux qui sont siens». Nous n’avons ainsi pas à décider si une telle personne est sauvée ou non, mais nous ne pouvons pas la considérer comme un vase à honneur (Esdras 2:59-63).

7.3                   Ce qui reste dans un temps de ruine

Ainsi, séparés de tout ce qui est impur, et unis à ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur, nous pouvons suivre les instructions du Seigneur. Nous sommes sortis vers Lui hors du camp (Héb. 13:13). Nous pouvons revenir à «ce qui était dès le commencement» (1 Jean 1:1 ; 2:7, 24 ; 2 Jean 5 et 6). Nous pouvons être assemblés par le Saint Esprit au nom du Seigneur Jésus et jouir ainsi de sa glorieuse présence au milieu de nous, même si nous ne sommes que deux ou trois (Matt. 18:20). Nous pouvons annoncer sa mort jusqu’à ce qu’il vienne (1 Cor. 11:26), garder sa Parole, ne pas renier son nom, et garder la parole de sa patience (Apoc. 3:8-11). Sa glorieuse promesse se fait entendre : «Je viens bientôt ; tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne» (Apoc. 3:11).

Même dans un temps de ruine, il reste vrai qu’il y a encore un lieu de rassemblement pour les enfants de Dieu : le lieu où ils se réunissent «avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur», sur le terrain de l’unité de la seule Assemblée, hors du camp, à la Table du Seigneur, là où le Seigneur est au milieu des siens.