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L’Apôtre Jean

 

Table des matières abrégée :

1     Préface

2     Avec Jésus

3     Jean avec Pierre et Jacques

4     Après la résurrection

5     L’Évangile de Jean

6     Les Épîtres de Jean

7     Le disciple que Jésus aimait

 

Table des matières détaillée :

1     Préface

2     Avec Jésus

2.1      Les premiers contacts — Jean 1:35-40

2.2      L’appel

2.3      Sur le chemin

2.4      Boanergès — Marc 3:17

2.4.1      « Qui serait le plus grand ? »

2.4.2      Intolérant — Marc 9:38-40 ; Luc 9:49-50

2.4.3      Le feu du ciel — Luc 9:52-56

3     Jean avec Pierre et Jacques

3.1      La résurrection de la fille de Jaïrus — Marc 5:22-24, 35-43

3.2      2. La transfiguration — Matt. 17:1 ; Marc 9:2-8 ; Luc 9:28-36

3.3      Le discours prophétique — Matt. 24 ; Marc 13:1 -5 ; Luc 21:5 et suiv.

3.4      La préparation de la Pâque — Luc 22:7-8

3.5      Gethsémané — Matt. 26:36-39 ; Marc 14:33

4     Après la résurrection

4.1      La résurrection du Seigneur Jésus

4.2      Le Saint Esprit

4.2.1      L’attente

4.2.2      La venue du Saint Esprit

4.3      Le service de Jean

4.3.1      Le témoignage et la persécution

4.3.2      Une colonne — Gal. 2:9

4.3.3      Patmos — Apoc. 1:9

4.4      Appendice

5     L’Évangile de Jean

5.1      Le cadre

5.1.1      analogie avec le tabernacle

5.1.2      subdivision selon les grands thèmes de cet évangile

5.2      Le but de l’Évangile

5.3      Les contacts avec une personne

5.4      Un miracle ou un incident conduisent à un enseignement

5.5      L’ombre de la croix

5.6      La famille de Dieu

5.7      Le Père

5.8      Le carré de l’amour divin

5.9      Le psaume 23

6     Les Épîtres de Jean

6.1      La première épître

6.1.1      Le prologue — 1 Jean 1:1-4

6.1.2      Cadre de l’épître

6.1.3      Dieu est lumière — 1 Jean 1:5 à 2:29

6.1.4      Les enfants de Dieu — 1 Jean 3:1-4:6

6.1.5      À la source de l’amour — 1 Jean 4:7-5:4

6.1.6      La foi — 1 Jean 5:4-13

6.2      La deuxième et la troisième épître

6.2.1      La deuxième épître — [Ne pas recevoir]

6.2.2      La troisième épître — « Ceux qu’il faut recevoir »

7     Le disciple que Jésus aimait

7.1      À la table de la Pâque — Jean 13:23-27

7.2      Chez Caïphe — Jean 18:15-16

7.3      À la croix — Jean 19:26-27

7.4      Au sépulcre — Jean 20:2-10

7.5      La deuxième pêche miraculeuse — Jean 21:2-7

7.6      Suivre Jésus — Jean 21:20-25

7.7      L’appellation « le disciple » que Jésus aimait

 

 

 

1                    Préface

L’amour de Jésus a transformé Jean, surnommé d’abord Boanergès, fils de tonnerre, dans « le disciple que Jésus aimait ».

À la fin de sa vie, l’apôtre écrit avec émotion : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché... nous vous l’annonçons » : la Parole éternelle, devenue chair (Jean 1:14), dont, avec les autres apôtres, Jean avait « vu la gloire, une gloire comme d’un Fils unique de la part du Père, pleine de grâce et de vérité ».

Dans son évangile et dans ses épîtres, il rend le témoignage : Jésus est le Fils de Dieu ; de plus il est « venu en chair », véritablement Dieu et véritablement homme en une même Personne. Après en avoir donné le tableau incomparable, il conclut : « Ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son Nom ». Dans son épître, il ajoute : « ...afin que vous aussi vous ayez communion avec nous... et que votre joie soit accomplie » (1 Jean 1:1-4).

Cette brochure présente Jean dans ses premiers contacts avec Jésus ; puis, dans les trois expériences extraordinaires vécues avec Pierre et Jacques ; enfin, dans le témoignage rendu après la résurrection. Durant toute cette période s’est opérée la transformation de Boanergès en l’apôtre de l’amour.

Ayant considéré divers points importants de son évangile et de ses épîtres, nous avons souligné encore une fois comment Jean est devenu ce « disciple que Jésus aimait ». Dans les divers chapitres, certaines scènes et épisodes se recouvrent, considérés toutefois sous un angle un peu différent ; mais ces répétitions, presque inévitables, nous rendent plus vivant l’apôtre lui-même, et plus précieux le Seigneur qui l’aimait.

 

 

Sur l’évangile de Jean, on lira avec profit l’Étude de J.N.D., les simples Entretiens de S.P., Les Notes de J.G.B.

 

2                    Avec Jésus

« Ésaïe... vit Sa gloire et il parla de Lui » (Jean 12:41). Sur le trône « haut et élevé » le jeune prophète (avait-il 18 à 20 ans ?) a vu la gloire du Seigneur (És. 6:1-8). Les séraphins proclamaient sa sainteté ; la maison était remplie de fumée ; les fondements des seuils étaient ébranlés. Le jeune homme s’écrie : « Malheur à moi ! car je suis perdu, car moi je suis un homme aux lèvres impures ». Un des séraphins vole vers lui avec un charbon ardent pris sur l’autel ; il en touche sa bouche et lui dit : « Voici, ceci a touché tes lèvres ; et ton iniquité est ôtée ». Ésaïe entend alors la voix du Seigneur : « Qui enverrai-je, et qui ira pour nous ? » et répond : « Me voici, envoie-moi ».

Mais plus que la gloire de l’Éternel dans le temple, le prophète n’a-t-il pas discerné la gloire morale plus excellente encore de « l’Homme de douleurs », du parfait Serviteur dont il a parlé tant de fois ? (És. 50:4-7 ; 53, etc.).

Jean l’apôtre, a vu bien plus encore (Jean 1:1-14). La Parole qui « était au commencement » (éternelle dans son existence) ; qui « était auprès de Dieu » (distincte dans sa personne) ; qui « était Dieu » (divine dans son essence), — cette Parole « devint chair et habita au milieu de nous ». Et, dit l’apôtre, « nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père, pleine de grâce et de vérité » (Jean 1:1, 14). Sans doute, sur la montagne de la transfiguration, a-t-il vu la gloire du Messie et du Fils bien-aimé du Père. Mais tout au long du ministère du Seigneur Jésus sur la terre, il a été spectateur de sa gloire morale (*).

 

(*) Voir J.G. Bellett « La gloire morale du Seigneur Jésus Christ »

 

Avec quelle émotion le vieil apôtre dira à la fin de sa vie : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de la vie... nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous... afin que votre joie soit accomplie » (1 Jean 1:1-4). La « vie » avait été manifestée ; elle était auprès du Père et elle nous a été manifestée, dit l’apôtre. Vie tout entière dans une Personne, le Fils, ayant la vie en lui-même, capable aussi de « vivifier ceux qu’il veut ». Cette vie éternelle il la donne à quiconque se repent et le reçoit par la foi : « Celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement ; mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5:24).

Tout en recherchant dans les Évangiles les passages qui nous parlent de l’apôtre lui-même, nous pourrons aussi et avant tout contempler quelque peu cette gloire morale du Seigneur Jésus qui brille dans toutes leurs pages.

 

2.1   Les premiers contacts — Jean 1:35-40

Jean l’apôtre ne se nomme jamais dans son Évangile. C’est tantôt « l’autre disciple » ou tout à la fin « le disciple que Jésus aimait ». La plupart sont d’accord pour voir Jean lui-même dans l’un des deux disciples qui suivaient Jésus. Lui et André étaient venus de loin parce que les besoins de leur cœur n’étaient pas satisfaits. Sans doute, avec ceux qui répondaient à l’appel de Jean-Baptiste, avaient-ils confessé leurs péchés et reçu le baptême de repentance.

Le Baptiseur se tenait là « et regardant Jésus qui marchait, il dit : Voilà l’Agneau de Dieu ! ». Regarder (d’un regard pénétrant qui suivait tous les détails) Jésus marcher, quel tableau ! À travers les évangiles, enseignés par l’Esprit de Dieu, nous pouvons faire de même. Que provoquera un tel regard ? Pierre l’a dit dans son épître : « Quoique vous ne l’ayez pas vu, vous l’aimez ; et croyant en lui, quoique maintenant vous ne le voyiez pas, vous vous réjouissez d’une joie ineffable et glorieuse » (1 Pierre 1:8). Le Baptiseur lui-même n’était pas « regardé » ; il n’était qu’une « voix » (v. 23). Mais de son cœur qui déborde surgit cette expression : « Voilà l’Agneau de Dieu » ! Il avait proclamé Son œuvre : Il ôte le péché du monde ; maintenant il souligne ce qu’Il est. Les deux disciples suivent Jésus. Celui-ci se retourne : il ne va pas les laisser sans s’occuper d’eux : « Que cherchez-vous ? ». Ici, l’Agneau est l’objet de leur contemplation. Au chapitre 10:40, au même endroit où Jean avait baptisé, le Berger est le centre de rassemblement (cf. 10:16).

La question de Jésus est bien propre à retenir notre attention : Que cherchons-nous dans la vie, quel est le désir de notre cœur, quel est le but de notre activité ? Interpellés, les deux répondent : « Où demeures-tu ? Il leur dit : Venez et voyez ». Premier contact avec le Seigneur : ils vont, ils voient où il demeure ; « et ils demeurèrent auprès de Lui ce jour-là : c’était environ la dixième heure ». Pourquoi l’apôtre a-t-il noté cette dixième heure ? II y a des conversions dont on peut rappeler et le jour, et l’heure où pour la première fois une âme a vraiment rencontré Jésus. D’autres sont progressives, s’étalent, si l’on peut dire, sur un certain espace de temps ; tel l’aveugle de Bethsaïda sur les yeux duquel Jésus a dû par deux fois poser la main pour qu’il voie clairement. Quel souvenir pour les deux d’être « demeurés auprès de Lui ce jour-là » ! Jésus avait dit : « Venez, voyez ». Les yeux s’ouvrent, première vision du Sauveur. Après la résurrection, il dira : « Venez, dînez » (21:12). Pour la dernière fois dans cet évangile, ils sont avec le Seigneur. Ils vont être nourris de ce que lui-même a préparé ; et Jean, sans même y être invité, suivra celui auquel son cœur s’est tellement attaché, parce qu’il jouissait de son amour à Lui.

Mais le disciple n’a pas suivi tout de suite. Sans doute est-il présent à Cana (2:2), où il est témoin de la puissance de Jésus qui transforme l’eau en vin, et peut aussi changer un cœur : « À Cana de Galilée, il manifesta sa gloire ; et ses disciples crurent en lui » (2:11 ).

Un peu plus tard, Jean est avec « l’Homme de Sichar » : il le voit, lassé du chemin, assis sur la fontaine. Avec ses compagnons il se rend à la ville pour acheter des vivres. Quand il revient, une femme de mauvaise vie, laissant sa cruche, s’en va justement à cette ville dire aux hommes : Venez, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! Et Jean avec ses compagnons s’étonne. Comment Jésus a-t-il osé parler avec une telle femme ? Ils le pressent de manger. Mais lui leur parle d’une moisson qui blanchit, et va être bientôt récoltée, afin d’assembler du fruit en vie éternelle. Jean lui-même, avec ses compagnons, sera envoyé moissonner, entrant ainsi dans le travail que d’autres ont préparé avant eux. Dans cette attente, « levez vos yeux », dit Jésus ; vous serez de ceux qui moissonnent et vous vous réjouirez avec ceux qui ont semé. Mais Jean, avec ses compagnons, retourne à ses filets ; il faudra que Jésus aille en Galilée les chercher et les appeler (Marc 1:14 et 19). Il sait qu’ils ont besoin de lui et qu’à son appel ils répondront sans hésiter.

 

2.2   L’appel

« Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée » (Marc 1:14). Seul Luc 5 nous rapporte la pêche miraculeuse qui a tellement impressionné Simon Pierre. Lui et ses associés avaient travaillé toute la nuit sans rien prendre ; maintenant, sur la parole de Jésus, Pierre lâche le filet ; ils enferment une grande quantité de poissons. Devant ce miracle qui révèle une présence divine, Simon prend conscience de ses péchés et se jette aux genoux de Jésus, disant : « Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur ». La frayeur l’a saisi, et tous ses compagnons, inclus Jacques et Jean. Celui-ci est frappé par cette scène ; elle le prépare à l’appel qui va suivre.

Marchant le long de la mer, Jésus voit Simon et André, puis un peu plus loin Jacques et Jean. Pierre jetait le filet dans la mer. Il sera particulièrement « pêcheur d’hommes ». Trois mille répondront à l’appel de l’évangile au premier jour de la descente du Saint Esprit ; un peu plus tard, cinq mille. Jean et son frère raccommodaient les filets. Le don de l’apôtre sera entre autres, de rapprocher les frères, de réparer ce qui a été gâté, d’insister sur l’amour entre eux, de venir lui-même, dans des temps difficiles, visiter un Gaïus, ou la dame élue (3 Jean 13 ; 2 Jean 12). À l’appel de Jésus, avec Jacques ils laissent leur père dans la nacelle, et « ils s’en allèrent après Lui » (Marc 1:20). De Zébédée, il ne sera plus parlé. Mais l’esprit de famille transparaît chez Salomé, sa mère ; elle souhaite, pour ses fils, la meilleure place, que Jacques et Jean eux-mêmes revendiquent. Il faudra toute l’opération de la grâce pour les transformer.

Désormais Jean accompagne Jésus pendant les quelque trois ans de son ministère et devient spectateur : il voit, il entend, il contemple, il touche. La main de Jésus prend celle de la belle-mère de Simon et la guérit ; la même étreinte saisira Simon lui-même lorsqu’il enfonce dans la mer, ou prendra la main de la fille de Jaïrus pour la ressusciter. Combien d’autres miracles cette main n’accomplira-t-elle pas, touchant le lépreux, l’aveugle, le sourd-muet (mais jamais un démoniaque)... jusqu’à ce qu’elle soit percée.

Un autre tableau s’offre aux yeux du jeune disciple. De grand matin Jésus est sorti de la maison pour aller seul prier dans un lieu désert ; Jean, avec les autres, le trouve dans cette attitude (Marc 1:37) ; il assistera plus tard à sa prière solitaire, —exemple pour les disciples qui demandent alors : « Seigneur, enseigne-nous à prier » (Luc 11:1).

Seul sur la montagne, Jésus « passe toute la nuit à prier Dieu » avant de choisir ses disciples (Luc 6:12). Le jour venu, « il appelle ceux qu’il voulait ; et ils vinrent à lui ; et il en établit douze pour être avec lui... ». Jusqu’à leur dernier moment, et Jean et Pierre se souviendront de l’exemple du Seigneur et insisteront auprès de leurs frères pour qu’ils persévèrent dans la prière avec vigilance.

Là-haut, à l’écart, Jésus a choisi, « pour être avec lui », ceux qui vont le suivre de plus près, les douze. Plus tard, il les enverra prêcher et guérir (Luc 9:2) ; mais il faut d’abord qu’ils soient « avec lui ». À quelques-uns il va donner des surnoms, et chose étrange, Jacques et Jean reçoivent celui de Boanergès : « fils de tonnerre ». Nous en verrons plus loin la portée.

Remarquons que le Seigneur Jésus a plus d’une fois prié en présence de ses disciples, leur donnant ainsi un modèle inoubliable. Mais jamais il n’a prié avec eux. D’ailleurs la Parole emploie deux verbes pour s’adresser à Dieu. Le premier d’égal à égal. C’est ainsi que Jésus priait son Père. L’autre pour exprimer les demandes d’un inférieur à un supérieur. Ainsi prieront les siens. Dans le message que Marie doit transmettre aux disciples, Jésus dit : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu », — non pas : Je monte vers notre Père et vers notre Dieu. Sans doute nous appelle-t-Il ses frères, mais il est « premier-né entre plusieurs frères » (Rom. 8:29), et jamais dans la Parole les siens ne l’appellent « notre Frère ».

 

2.3   Sur le chemin

Que d’expériences personnelles Jean a faites depuis le bord du Jourdain, où avec André il a été seul avec le Seigneur : Cana, Sichar, la pêche miraculeuse, et quelques jours plus tard, l’appel personnel « au bord de la mer », confirmé ensuite « sur la montagne ». Combien d’autres en fera-t-il le long de la route où Jésus allait « de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance ; car Dieu était avec lui » (*).

(*) Voir notre brochure « Voir Jésus de lieu en lieu »

Nous retiendrons les occasions où le Seigneur a cherché à faire comprendre à ses disciples les souffrances qui devaient être sa part.

Après la déclaration de Pierre : « Tu es le Christ », Jésus « commence à les enseigner : Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup et qu’il soit rejeté... et qu’il soit mis à mort, et qu’il ressuscite après trois jours » (Marc 8:31). Pas de réaction, même pas de Jean lui-même, sinon celle de Pierre qui veut détourner son Maître du chemin où il va résolument « dresser sa face pour aller à Jérusalem ». Mais Jésus se retourne et regarde ses disciples, petit troupeau qui devra lui aussi traverser la souffrance. Si Jésus écoutait Pierre, qu’adviendrait-il de ceux qui l’auront suivi ? Le Seigneur appelle la foule et leur précise : « Quiconque veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même et qu’il prenne sa croix et me suive ». Il parle même de « perdre sa vie pour l’amour de moi et de l’évangile ». Après six jours, resplendira la scène de la transfiguration : après les souffrances, la gloire.

Un peu plus loin, traversant la Galilée, ne voulant pas que personne le sache, dans l’intimité Jésus enseigne les siens : « Le Fils de l’homme est livré entre les mains des hommes, et ils le feront mourir ; ayant été mis à mort, il ressuscitera le troisième jour » (Marc 9:31). Les disciples, Jean inclus, ne comprennent pas ce discours. Mais entre eux, sur le chemin, ils se disputent pour savoir qui serait le plus grand !

Enfin, « en chemin, montant à Jérusalem, Jésus prend encore une fois les douze avec lui et leur dit les choses qui devaient lui arriver » (Marc 10:32-34). À cette occasion il donne beaucoup de détails et, pour la troisième fois, termine par la résurrection. Réaction de Jacques et Jean : avoir la meilleure place dans le royaume !

Comme ceux d’Emmaüs, n’étaient-ils pas « lents de cœur à croire » ? Le fils de Zébédée en particulier, aura encore beaucoup de choses à apprendre.

 

2.4   Boanergès — Marc 3:17

Les premiers contacts de Jean avec le Seigneur ont été heureux, mais la Parole ne cache pas que, comme chez tout croyant, la chair était encore en lui. La réalité du cœur est dévoilée ; il faut apprendre à se connaître pour que l’Esprit qu’il recevra avec les autres à la Pentecôte puisse opérer.

Il a sans doute été bien troublé lorsque Jésus lui a donné son surnom : fils de tonnerre. Certes, ce n’était pas la première fois qu’un nom était changé. Dieu avait donné le nouveau nom Abraham à Abram, et à Jacob celui d’Israël. C’était un acte très positif, une promesse divine. Pour de tels serviteurs il représentait la traduction d’un choix divin, d’une mission qui leur était confiée. Plus près de nous, de Simon s’appeler Céphas était un présage heureux ; le sens profond devait bientôt en apparaître. Mais « fils de tonnerre » ! Hélas, Jean a bien su montrer à travers l’évangile que ce surnom était justifié. Dans la marche avec le Seigneur, il a dû apprendre une très grande leçon d’humilité.

Des moments privilégiés avec Jésus, comme la résurrection de la fille de Jaïrus, celle du fils de la veuve de Naïn, la transfiguration, il n’en parlera pas, laissant aux autres évangélistes le soin de les présenter. Il devient simplement le disciple que Jésus aime ; de ce qui le concerne, il ne mentionne presque rien.

Jacob, brebis rétive, à la fin de sa vie, reconnaît qu’à travers tous ses errements il y avait un Berger qui prenait soin de lui : « Dieu a été mon berger depuis que je suis jusqu’à ce jour » (Gen. 48:15). Jean va plus loin. Il est conscient de l’amour du Sauveur qui, à travers toutes ses faiblesses, fidèlement l’aimait. Et c’est cela qu’il traduit dans son évangile.

 

2.4.1       « Qui serait le plus grand ? »

Comme nous l’avons vu, sur le chemin, traversant la Galilée, Jésus enseignait ses disciples et leur parlait de ses souffrances. Eux ne comprenaient pas ce discours et craignaient de l’interroger (Marc 9:30-37). Jésus allait devant eux. Derrière lui, juste après que le Sauveur ait parlé de la mort qui l’attendait, ils disputaient entre eux qui serait le plus grand.

Le Seigneur attend d’être dans la maison (mentionnée pour la dernière fois dans Marc) pour leur demander : « Sur quoi raisonniez-vous en chemin ? » Eux gardent le silence, confus d’une dispute si éloignée de la pensée du Maître. Jésus laisse les consciences parler. Puis il s’assied, les appelle et simplement leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous ». Il place un petit enfant au milieu d’eux et, avec tact, leur donne une leçon d’humilité.

Quelque temps après, Jacques et Jean viennent à lui pour demander la meilleure place dans la gloire à venir (Marc 10:35-41). En Matthieu 20:20-28, c’est leur mère qui présente la requête « avec ses fils » : « Ordonne que mes deux fils que voici s’asseyent l’un à ta droite et l’un à ta gauche dans ton royaume ». L’esprit de famille ressort : avoir la meilleure place, sans se préoccuper des autres, alors que la croix se dresse devant l’esprit du Sauveur. Aussi celui-ci de leur répondre : « Vous ne savez ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que moi je bois, ou être baptisé du baptême dont moi je serai baptisé ? » — Et ils lui disent : nous le pouvons !

Depuis près de trois ans ils marchent avec le Seigneur. Que de choses il leur a enseignées, et voilà le résultat ! Si les dix sont « indignés » à l’égard de Jacques et de Jean, n’est-ce pas que secrètement eux aussi convoitaient de bonnes places dans le royaume ? Et ces deux-là les devançaient ! Aussi Jésus ajoute-t-il : « Quiconque voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur et quiconque d’entre vous voudra devenir le premier sera l’esclave de tous ». Lui en avait donné l’exemple : il était devenu le fils de l’homme, non « pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs » (Marc 10:45).

La leçon n’a pas encore été apprise. En Luc 22:24-27 vient à nouveau une contestation pour savoir lequel d’entre eux serait estimé le plus grand. Jésus institue la Cène, parle de son corps « donné pour vous », de son sang « versé pour vous » ; et à nouveau on se dispute pour savoir qui aurait la prééminence. Aussi Jésus leur répond-il : « Que le plus grand parmi vous soit comme le plus jeune, et celui qui conduit comme celui qui sert ». — Peut-on rapprocher ce « Je suis » du « C’est Moi » (« Je suis » dans le texte original) de Gethsémané (18:5) qui met en relief la grandeur de sa Personne ? Dans sa grâce, Il s’était abaissé à être « au milieu de vous ». En quelle qualité l’était-il ? — « Comme celui qui sert ». Parfait serviteur jusqu’à ce que son oreille soit percée (Ex. 21:6), — serviteur à toujours.

 

2.4.2       Intolérant — Marc 9:38-40 ; Luc 9:49-50

À peine Jésus a-t-il donné l’exemple de l’humilité après que les disciples se soient disputés pour savoir qui serait le plus grand, que « Jean lui répond disant : Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait des démons en ton nom, qui ne nous suit pas ; et nous le lui avons défendu, parce qu’il ne nous suit pas ». Luc ajoute : « Il ne suit pas avec nous ». Seule parole de Jean dans l’Évangile de Marc ! Autrefois Josué, jaloux pour Moïse, lui demandait d’empêcher Eldad et Médad de prophétiser dans le camp, parce qu’ils n’étaient « pas sortis vers la tente » (Nomb. 11:26-29). À quoi Moïse répond : « Ah ! que plutôt tout le peuple de l’Éternel fût prophète ; que l’Éternel mît son Esprit sur eux ! ». Jean est animé du même esprit que Josué, et veut interdire à celui qui n’était pas « avec eux », de chasser les démons au nom de Jésus. Quelle est la réponse du Seigneur ? « Ne le lui défendez pas... car celui qui n’est pas contre nous est pour nous » (*). Jésus ne dit pas : Allez avec lui, — mais : Ne l’empêchez pas. Lorsque Paul en prison apprendra que quelques-uns prêchent le Christ par envie et par un esprit de parti, sa réaction sera : « Quoi donc ? — Toutefois, de toute manière, soit comme prétexte, soit en vérité, Christ est annoncé ; et en cela je me réjouis, et aussi je me réjouirai » (Phil. 1:15-18).

 

(*) Par contre lorsque la divinité de Christ est en question (Matt. 12:24), Jésus répond au verset 30 : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ».

 

La souveraineté de Dieu choisit et forme ses instruments. Dans la confusion actuelle, sa grâce opère malgré tout. On est reconnaissant de connaître le rassemblement au Nom du Seigneur, mais cela ne saurait amener à ignorer les besoins tout autour de nous, et à regarder quelque peu de haut ceux dont Dieu se sert pour, en annonçant Christ, amener des âmes à Lui.

 

2.4.3       Le feu du ciel — Luc 9:52-56

Jésus a dressé sa face résolument pour aller à Jérusalem. Luc nous présente ainsi ce voyage qui va s’étendre, non pas chronologiquement, mais moralement, dans tous les chapitres qui suivent. Il envoie des messagers pour lui préparer un logis dans un village de Samaritains ; ceux-ci ne le reçoivent pas « parce que sa face est tournée vers Jérusalem ». Jacques et Jean s’en indignent : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume, comme aussi fit Élie ? ». Quel zèle charnel pour le Maître ! À Sichar, ville des Samaritains, ils l’avaient vu user de grâce envers la femme pécheresse et tous les habitants du lieu. Pour la seconde fois, Jean arrive en Samarie ; parce qu’on refuse de loger son Maître, il veut, avec son frère, en imitant Élie, faire tomber sur eux le feu du ciel. N’avait-il rien appris de la grâce ? — « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés », dit Jésus en les censurant fortement. Le Sauveur est fatigué, mais aucun murmure ne sort de sa bouche ; simplement « ils s’en allèrent à un autre village », accomplissant la prophétie d’Ésaïe : « Voici mon serviteur... il ne criera pas, et il n’élèvera pas sa voix... il ne brisera pas le roseau froissé » (És. 42:1-3). Le village qui n’a pas voulu l’héberger a perdu l’occasion unique de recevoir le Sauveur du monde qui pour la dernière fois passait, montant à Jérusalem pour y donner sa vie.

Boanergès sera transformé en l’apôtre de l’amour, mais avant cela, comme les autres, il s’endormira puis s’enfuira à Gethsémané ! (Matt. 26:43, 52)

 

3                    Jean avec Pierre et Jacques

Dans la liste des apôtres, en Marc 3:17-19, Pierre, Jacques et Jean sont nommés les premiers. Au début de son ministère, le Seigneur avait appelé « ceux qu’il voulait », tout à la fin, avant de les quitter, il leur répète : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis » (Jean 15:16).

 

Pourquoi Jésus a-t-il mis ces trois à la tête du collège apostolique ? C’est sa liberté et son autorité. Toutefois il les a, comme les autres, préparés en vue du service qu’ils auraient à accomplir. Associés dans leur travail de pêcheurs, ils avaient une même expérience de vie. Les trois étaient des caractères forts : Pierre, un enthousiaste, un entraîneur ; Jean, plutôt sensible ; l’un et l’autre, avec Jacques, ont été transformés pour être en bénédiction dans la main de Dieu, tout en maintenant leurs qualités naturelles. Pierre sera le premier à annoncer l’Évangile ; Jacques sera fidèle jusqu’à la mort ; Jean défendra la vérité quant à la Personne de Christ.

 

Le Seigneur a voulu les faire passer par trois expériences toutes particulières ; sans même peut-être qu’ils s’en rendent compte, elles ont contribué à leur formation future. Ils ont ainsi appris ensemble à mieux le connaître, afin de mieux s’apprécier l’un l’autre tout en l’ayant lui-même comme Objet.

 

3.1   La résurrection de la fille de Jaïrus — Marc 5:22-24, 35-43

Dans sa détresse, le chef de synagogue s’était jeté aux pieds de Jésus, le suppliant d’imposer les mains à sa fille afin qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. Probablement avait-il déjà attendu longtemps l’arrivée du Maître. En route, nouveau retard, arrêt en faveur de la femme que Jésus guérit ; la compassion du Sauveur ne peut la laisser s’en aller sans qu’elle ait déclaré toute la vérité ; sa foi en est fortifiée.

 

Arrivent les messagers de chez le chef de synagogue, disant brutalement : « Ta fille est morte ; pourquoi tourmentes-tu encore le Maître ? » Quel coup pour Jaïrus ! Quels reproches devait-il se faire d’avoir laissé sa fille à l’extrémité, sans assister à ses derniers moments ! Jésus dit aussitôt : « Ne crains pas, crois seulement ». Tu as vu la guérison de cette femme, tu as vu ma puissance et ma compassion ; ne sont-elles pas là en faveur de ton enfant ?

 

Jésus prend avec lui Pierre, et Jacques, et Jean qui, avec eux, va être témoin du miracle du Seigneur en réponse à la foi du père.

 

Sachant la puissance déployée par Jésus, son autorité sur les démons, la foi aurait dû l’accueillir : il rencontre les cris de l’incrédulité ! Pour ceux qui pleuraient, elle était « morte » ; pour lui, elle « dormait ». La vie allait jaillir de la mort, la victoire serait la part de la foi. Avec les trois disciples, le père et la mère, Jésus entre dans le silence de cette chambre mortuaire où l’enfant est couchée ; Celui qui est la résurrection et la vie est en présence de la mort (*). De sa main il prend celle de la jeune fille et lui commande de se lever. Aussitôt elle obéit et marche. Quelle réponse à la foi de Jaïrus — si faible eût-elle été ! L’œuvre de Dieu se concrétise à travers la foi.

 

(*) Personne, dans les évangiles, n’est mort en présence de Jésus ; et s’il l’était déjà, il a été ressuscité.

 

À un jeune ressuscité il faut donner à « manger » : Attention du Seigneur aux besoins physiques, mais aussi preuve d’une résurrection bien réelle. Responsabilité surtout des parents de donner la nourriture spirituelle à leurs enfants pour que, dès leur jeune âge, ils fassent des progrès dans le chemin de la foi.

La jeune fille doit « manger » ; le fils de la veuve de Naïn commence à « parler » ; Lazare pourra « marcher », et à Béthanie sera « à table » avec Jésus.

Jean et ses compagnons, spectateurs d’une telle scène, se joignent aux transports d’admiration des parents. Ils avaient déjà vu bien des miracles ; ils avaient été « avec Lui » ; maintenant Jésus les envoie, deux à deux, pour apprendre à rendre témoignage, prêcher la repentance et guérir les infirmes (Marc 6:7 ; Luc 9:1-2). C’est bien d’être, comme Marie, assis aux pieds de Jésus quand il nous y invite ; mais s’il appelle à « sortir » et à faire connaître l’évangile de sa grâce, il importe aussi d’obéir.

Préparation — action — retour. En Marc 6:30, les apôtres se rassemblent auprès de Jésus et lui racontent « tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné ». Le Seigneur est le point de départ, mais aussi le point d’arrivée. Auprès de Jésus, revoir à sa lumière le service qui a pu nous être confié, les joies qu’il a apportées, peut-être aussi les déceptions. Non pour provoquer l’admiration, mais, seuls avec lui, dans sa communion, rendre grâces et, dit-il aussi, se réjouir non pas de ce que les démons vous sont assujettis, mais « parce que vos noms sont écrits dans les cieux » (Luc 10:20).

Il est bon aussi pour les serviteurs de raconter à ceux qui ont prié pour eux « toutes les choses que Dieu a faites avec eux » (Actes 14:27 ; 15:3, 12). C’est l’œuvre de Dieu, il importe de la présenter comme telle. Ces informations produiront des actions de grâces, de nouvelles intercessions, un éveil d’intérêt chez les auditeurs. Le serviteur demandera à son Maître de le garder dans l’humilité ; les auditeurs veilleront à éviter toute critique ; un encouragement sera peut-être donné à d’autres que Dieu appellera à leur tour à suivre et à servir Jésus.

Pour l’instant le Seigneur voulait ses disciples à l’écart dans un lieu désert, pour « se reposer un peu ». Moments précieux et bien nécessaires qu’il faut savoir prendre, aussi bien dans l’activité courante de la vie que dans le service pour Lui.

 

3.2   2. La transfiguration — Matt. 17:1 ; Marc 9:2-8 ; Luc 9:28-36

Chez Jaïrus, le Seigneur a montré sa compassion et sa puissance ; maintenant, sa gloire.

« Après six jours, Jésus », nous disent Matthieu et Marc ; Luc, lui, parle de huit jours, ce huitième jour, lendemain du sabbat, quand était offerte la gerbe des prémices, symbole de la résurrection : le premier jour de la semaine. Jésus « prend avec lui Pierre, Jean et Jacques, et les mène seuls, à l’écart sur une haute montagne ». Vers la fin de sa vie, Jean sera emporté en esprit « sur une grande et haute montagne » ; il y aura la vision de la sainte cité, Jérusalem, l’épouse de l’Agneau (Apoc. 21:9-11). Dans sa jeunesse, il avait vu la gloire du Messie et du Fils bien-aimé du Père. Pour cela il est nécessaire de « gravir la montagne », d’aller à l’écart, de se dérober aux sollicitations du monde. Jésus y va tout d’abord pour prier.

C’est probablement la nuit. Une grande lumière, émanant du visage et des vêtements de Jésus, resplendit autour d’eux. Moïse et Élie apparaissent et parlent avec lui de sa mort qu’il va accomplir à Jérusalem (*). Quand il leur en dira quelques mots, les disciples, à l’encontre de Moïse et d’Élie, ne comprendront pas (Marc 9:32). À la croix et au sépulcre, Jean commencera à en saisir un peu la portée. Les trois disciples sont accablés de sommeil ; « quand ils furent réveillés, ils virent sa gloire ». Moïse n’avait pu voir le pays promis, à cause d’une désobéissance ; le ministère d’Élie avait été amputé par une faute d’orgueil ; mais le parfait Serviteur, persévérant jusqu’au bout de sa course, pourra dire : « J’ai achevé l’œuvre que Tu m’as donnée à faire » (Jean 17:4). Les deux interlocuteurs disparaissent ; la nuée envahit la montagne, une Voix se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-Le ». Et Jésus se trouve seul avec les trois disciples. Ils ont contemplé la « gloire magnifique » du Messie ; dorénavant ils vont apprendre à mieux connaître le Fils bien-aimé du Père. Jean surtout en transmettra la révélation.

 

(*) Voir F.V.K. « Voici l’Homme »

 

Pour l’instant, ils descendent de la montagne, avec un secret dans leur cœur (Luc 9:36b). Ils ont vu le soleil, la lumière resplendissante ; elle brille encore dans leurs yeux, comme lorsque nous les fermons après avoir contemplé une vive clarté ; le visage du Bien-aimé en porte aussi le reflet : le voyant, la foule est saisie d’étonnement (Marc 9:15).

Ensemble ils vont bien vite rencontrer les conséquences du péché, la misère dans laquelle l’homme est plongé. Un père qui pleure vient supplier pour son fils possédé d’un esprit malin, que les autres disciples n’ont pu chasser. Et Jésus soupire : « Ô génération incrédule et perverse, jusques à quand serai-je avec vous ; jusques à quand vous supporterai-je ? ». Pourtant il guérit l’enfant et le « rend à son père », comme il avait « donné à sa mère » le jeune homme de Naïn.

Sur les trois résurrections rapportées dans l’ancien testament comme dans l’Évangile, deux concernent un enfant. Pourquoi ne pas plutôt ressusciter un père, ou une mère de famille, qui ont toute une tâche devant eux ? — Le Seigneur Jésus entrait dans la douleur profonde de parents qui ont perdu leur enfant. Lui-même, Fils bien-aimé du Père, savait ce qu’il en coûtait à Dieu de le donner. Quand s’éloignait du rivage le navire où avait pris place un missionnaire du siècle passé, celui-ci entendit un cri déchirant sur le quai : sa mère donnait son fils pour la Chine. « J’ai compris alors, dit-il, un peu mieux ce que signifie : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ».

 

3.3   Le discours prophétique — Matt. 24 ; Marc 13:1 -5 ; Luc 21:5 et suiv.

Pour la dernière fois dans Marc, Jésus « sortait du temple ». Quelques jours auparavant, il avait été accueilli avec enthousiasme (Marc 11:1-11). Entré dans Jérusalem et dans le temple « après avoir promené ses regards de tous côtés sur tout, comme le soir était déjà venu, il sortit ». Qu’avait-il vu dans le temple ? Pas un cœur pour le recevoir, mais bien plutôt une « caverne de voleurs » (v. 17). Voilà pour l’intérieur.

Un peu plus tard, un de ses disciples lui fait admirer les pierres et les bâtiments de l’édifice. Et Jésus de répondre : « Il ne sera point laissé ici pierre sur pierre qui ne soit jetée à bas ». L’extérieur était magnifique ; l’intérieur, corrompu. Dieu regarde au cœur. Seul celui de Jésus répondait au sien. Pas d’éclat extérieur ; point d’apparence en lui pour le faire désirer, méprisé et délaissé des hommes (És. 53:2) ; mais le Père trouvait en lui ses délices, et la foi fait écho : « Tu es plus beau que les fils des hommes » (Ps. 45:2).

Assis sur la montagne des Oliviers, vis-à-vis du temple, avec Pierre et Jacques, et Jean, et André, Jésus annonce l’avenir, la destruction de Jérusalem, la grande tribulation, et son retour en gloire.

Jean écoute ; il écrira l’Apocalypse. De mémoire, 50 ou 60 ans plus tard ? Sans doute pas. Mais il sera éclairé par l’Esprit de Dieu, ainsi que Jésus l’avait déclaré : « Le Consolateur vous annoncera les choses qui vont arriver ». Jean a écrit l’Évangile pas seulement de mémoire, mais selon la promesse du Maître : « L’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui vous rappellera toutes les choses que je vous ai dites » (Jean 14:26).

 

3.4   La préparation de la Pâque — Luc 22:7-8

« La fête des pains sans levain approchait... Le jour des pains sans levain arriva ». Jésus envoie Pierre et Jean pour apprêter la Pâque. Un homme portant une cruche d’eau (type du Saint Esprit qui révèle la Parole) viendra à leur rencontre et leur indiquera le logis où le Maître mangera la Pâque avec ses disciples. Les deux hommes trouvent tout comme Jésus avait dit et « quand l’heure fut venue », il se met pour la dernière fois à table avec les douze pour partager cette Pâque qu’« il fallait » (douze fois dans Luc) sacrifier. Cette fête, souvenir de la délivrance d’Égypte, portait de fait les regards de la foi en avant vers l’Agneau qui viendrait donner sa vie. Dans cette nuit où il fut livré, Jésus institue la Cène qui remplace la Pâque ; elle regarde en arrière vers une œuvre parfaitement accomplie par le sacrifice de l’Agneau de Dieu lui-même ; elle se prolonge aussi vers l’avenir : « ... jusqu’à ce qu’Il vienne » (1 Cor. 11:26).

Comme nous le verrons plus loin Jean était, à cette occasion, « à table dans le sein de Jésus ». Intimité particulière du disciple aimé du Seigneur qui, dans cette nuit mémorable, apprenait un peu à s’oublier lui-même devant le sacrifice suprême de son Maître.

 

3.5   Gethsémané — Matt. 26:36-39 ; Marc 14:33

Sur Gethsémané, voir R.B. « Gethsémané » (Messager évangélique 1942) et notre brochure « Entrer et Sortir » p. 37-44

 

En 1 Corinthiens 13:13 l’apôtre Paul nous dit : « Ces trois choses demeurent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la plus grande de ces choses, c’est l’amour ». Chez Jaïrus, les disciples avaient contemplé la puissance du Seigneur répondant à la foi. Sur la montagne de la transfiguration, ils avaient eu un échantillon de la gloire future du Messie. Maintenant ils vont voir l’amour.

Avec ses onze disciples, Jésus vient en un lieu appelé Gethsémané. À huit d’entre eux, il dit : asseyez-vous ici jusqu’à ce que j’aie prié . Trois l’accompagnent un peu plus loin : Pierre, Jacques et Jean ; puis, fort angoissé, il s’en va tout seul à un jet de pierre, tombe sur sa face et supplie son Père s’il était possible que la coupe passe loin de lui, tout en ajoutant : « Que ta volonté soit faite ».

L’un des disciples est bien éloigné du Seigneur : Judas, sorti dans la nuit ; il va bientôt revenir avec les huissiers et les soldats pour le leur livrer. Huit sont assis à une certaine distance ; les trois autres sont beaucoup plus près ; la pleine lune brille, sans doute peuvent-ils voir Jésus prosterné en terre. Ont-ils entendu sa voix ? Hébreux 5:7-8 nous dit quelques mots et des larmes et des grands cris proférés par le Sauveur en ces moments terribles. Les disciples les plus proches n’ont pu pénétrer dans l’angoisse de Jésus qui aurait tant voulu qu’au moins ces trois veillent une heure avec lui ; eux, Jean inclus, se sont endormis de tristesse ! Auraient-ils pu, même éveillés, entrer dans l’intimité des communications entre le Père et le Fils ? L’Esprit de Dieu a conduit les évangélistes et l’écrivain de l’épître aux Hébreux à en dire quelques mots ; mais, comme pour les heures de ténèbres à la croix, c’est « de loin » seulement que nous pouvons contempler de tels moments (Luc 23:49). À quelle distance sommes-nous des souffrances du Seigneur ? à celle des huit ? à celle des trois ? Éveillés ou endormis ?

Trois lieux, entre autres, marquent ces dernières heures de la vie du Sauveur : Gethsémané (pressoir à huile) — Gabbatha (le Pavé) — Golgotha (le lieu du crâne). Ces trois étapes finales ont été marquées par

·       la souffrance à laquelle le Sauveur a été soumis : il n’en est sorti que de « l’huile » pure ;

·       la dureté du cœur de l’homme : Crucifie-le ! Et Pilate le livre à ce terrible supplice ;

·       les horreurs de l’abandon et de la mort, au lieu du crâne.

 

À Gethsémané, Jean dormait. Luc atténue : ils étaient « endormis de tristesse ». Jésus précise : « C’est ici... le pouvoir des ténèbres ». — Apparemment Jean est entré dans le palais de Caïphe (Jean 18:15). Était-il à Gabbatha ? — À Golgotha, seul disciple présent au pied de la croix, il rend personnellement témoignage du sang qui a coulé du côté percé du Sauveur (19:26, 35). Tout à la fin de sa vie, il en soulignera encore la valeur (1 Jean 5:5).

 

4                    Après la résurrection

Lors de l’institution de la Cène on s’était de nouveau disputé pour savoir qui serait le plus grand (Luc 22:24). Boanergès semblait toujours le même. Pourtant, tout au fond de son âme, une transformation s’opérait. La profonde réflexion du Baptiseur : « Voilà l’Agneau de Dieu », l’avait attiré après Christ. Au cours de son ministère, Jésus avait parlé de la « vie abondante » promise à ses brebis (Jean 10:10). La préparation de la Pâque avait certainement ramené le cœur de Jean à la pensée de l’Agneau. On s’était mis à table pour célébrer cette Pâque ; tout l’amour de Jésus était là (« …les aima jusqu’à la fin » 13:1). Personne ne s’était lavé les pieds. Qui allait rendre ce service ? Aucun des disciples ne se lève. Jésus le fait lui-même. Sans que cela soit mentionné expressément, il lave aussi les pieds de Jean. Celui-ci a pris place dans le sein de Jésus. En tremblant, il demande, quand le Maître va démasquer le traître : « Seigneur, lequel est-ce ? ». L’amour de Jésus n’avait donc fait aucune différence entre ses disciples, quoiqu’il sût d’avance qui le livrerait, qui le renierait, et qui s’enfuirait ! Quelles pensées montent au cœur de Jean ? Il suit à Gethsémané ; il entrevoit dans la nuit son Seigneur dans l’angoisse du combat. Mais il dort. Il ne peut veiller une heure avec lui, pas plus que Pierre. Il suit jusque chez Caïphe. Apparemment il voit et entend le reniement.

Comment, et par quels chemins, va-t-il jusqu’à la croix ? De fait, il est là avec Marie la mère et les autres femmes ; il contemple son Seigneur en croix. Dans la « grande chambre » il est déjà appelé « le disciple que Jésus aimait », conscient de cet amour extraordinaire qui l’avait choisi, supporté et lui avait même lavé les pieds. Mais à la croix, une transformation plus intime se fait en lui. Il prend Marie, la mère, chez lui ; ensemble ils se sont sans doute entretenus, et de l’enfance, et de la vie du Sauveur. Le dimanche matin, il court au sépulcre, il voit les linges, « il vit et crut ». Il aura encore beaucoup de choses à apprendre. Sans la résurrection et l’ascension, puis la venue du Saint Esprit, jamais Boanergès ne serait devenu l’apôtre de l’amour.

Où en sommes-nous ? Le « moi » est-il toujours prépondérant ? ou, dans la conscience de l’amour du Seigneur Jésus, avons-nous un peu appris de lui « débonnaire et humble de cœur » ? Par sa mort, nous avons la vie, mais est-elle « abondante » ? Ces scènes nous donnent en quelque sorte « l’éclosion » de Jean, son épanouissement. Nous verrons ensuite son service. La croissance spirituelle est toujours progressive (Marc 4:28).

 

4.1   La résurrection du Seigneur Jésus

La Parole nous en donne « plusieurs preuves assurées » (Actes 1:3). Jean était présent à la plupart d’entre elles.

Reprenons le matin du premier des premiers jours de la semaine. La Pâque en Exode 12 instituait un nouveau commencement de l’année. La résurrection souligne un nouveau commencement de la semaine.

Avant Pierre et Jean, Marie de Magdala, puis les femmes sont venues au sépulcre. Elles ont eu une vision d’ange ; elles se sont enfuies. Jésus les a rencontrées.

Jean et Pierre, ayant trouvé le sépulcre vide, retournent chez eux.

Marie de Magdala, troublée par l’absence du corps de Jésus, veut à tout prix son cadavre. Sa foi ne la fait pas espérer qu’il est vivant. Mais Jésus se montre à elle, l’appelle par son propre nom : Marie. « Il apparut premièrement à Marie de Magdala » (Marc 16:10-11). Elle porte le message aux disciples : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ».

Pendant la journée, Jésus a une entrevue seul à seul avec Pierre (Luc 24:34 ; 1 Cor. 15:5). Il a aussi été vu — est-ce ce jour-là ou plus tard — par Jacques.

Les deux disciples d’Emmaüs, persuadés d’avoir vu Jésus ressuscité, rentrent à Jérusalem pour être accueillis par les autres qui proclament : Le Seigneur est réellement ressuscité.

Lui-même apparaît au milieu d’eux, les portes étant fermées. Il apporte la paix ; il montre ses mains et son côté, et les disciples se réjouissent quand ils voient le Seigneur. En Luc il mange devant eux un peu de poisson, un peu de miel ; il demande qu’on le touche. Il n’est pas un esprit, il est réellement ressuscité.

Huit jours après, Thomas est invité à mettre sa main dans son côté.

Puis sur la montagne, en Galilée (Matt. 28:16-17), est-ce là qu’il est vu de plus de 500 frères à la fois ? (1 Cor. 15:6).

Pour la troisième fois collectivement, il se manifeste aux disciples près de la mer de Tibérias (Jean 21:1-3, 7) ; il faut répondre : Non, à sa question : Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? La pêche miraculeuse rappelle tant de souvenirs. Et Jean le reconnaît ; Pierre va au-devant de lui ; les disciples savaient que c’était le Seigneur, mais n’osaient le lui demander.

Le Ressuscité est apparu à des personnes différentes, dans des endroits différents, par des actions différentes. Toutes les « preuves assurées » ont été données durant quarante jours. N’est-ce pas remarquable que ceux qui d’abord ont douté, et même n’ont pas voulu croire, ont progressivement été persuadés ? Dans les Actes, ils rendront un témoignage sans équivoque.

Plus tard, à Corinthe, quelques-uns mettent en doute la résurrection ; et Paul de leur écrire, après en avoir énuméré les preuves (1 Cor. 15) : « Si Christ n’a pas été ressuscité, notre prédication donc est vaine, et votre foi aussi est vaine... Vous êtes encore dans vos péchés » (v. 13-19). Mais, proclame l’apôtre : « Maintenant, Christ a été ressuscité d’entre les morts, prémices de ceux qui sont endormis » (v. 24). Tous les chefs de religion sont morts. À la base du christianisme, demeure cet événement extraordinaire : Christ est ressuscité.

 

4.2   Le Saint Esprit

Le Seigneur Jésus en avait promis l’envoi de la part du Père. Il fallait pourtant sa résurrection et son ascension avant que l’Esprit soit donné (Jean 7:39).

 

4.2.1       L’attente

En Luc 24:49, Jésus ressuscité renouvelle la promesse faite avant sa mort dans les chapitres 14 à 16 de Jean. Les disciples sont invités à demeurer dans la ville « jusqu’à ce qu’ils soient revêtus de puissance d’en-haut ». Il leur ouvre l’intelligence pour entendre les Écritures (v. 45) et l’Esprit les conduira dans toute la vérité. En Actes 1:5 il réitère : « Vous serez baptisés de l’Esprit Saint dans peu de jours ».

Il fallait donc attendre ; c’est toujours difficile. Une chose est de connaître la volonté de Dieu, la perspective ou le service qu’il place devant nous ; autre chose est d’attendre le moment de Dieu, sans lequel aucun résultat ne peut être atteint.

Que faire pendant ce temps ? Rentrés à Jérusalem, les apôtres, et leurs compagnons, montent dans la chambre haute et « persévèrent d’un commun accord dans la prière » (Actes 1:14). Deux choses indispensables, persévérance et commun accord ! Qu’en est-il de nos réunions de prières ? Savons-nous nous appuyer sur les promesses de Dieu, sur le caractère de Dieu, et surtout réaliser la promesse du Seigneur Jésus : « Si deux d’entre vous sont d’accord sur la terre pour une chose quelconque, quelle que soit la chose qu’ils demanderont, elle sera faite pour eux par mon Père » (Matt. 18:19). Cet accord peut être produit seulement par le Saint Esprit. Il ne s’agit pas d’opinions, mais d’un accord profond dans le respect de la diversité des uns et des autres, de sorte que tous ensemble peuvent dire : Amen.

 

4.2.2       La venue du Saint Esprit

En Lévitique 23, à la troisième des sept fêtes de l’Éternel (*), le lendemain du sabbat après la Pâque, donc le premier jour d’une nouvelle semaine, il fallait offrir la gerbe des prémices (v. 10), la première gerbe de la moisson : Christ ressuscité d’entre les morts. Cinquante jours après, à nouveau le premier jour de la semaine, était la Pentecôte où l’on apportait deux pains, figures des Juifs et des Gentils qui vont constituer l’Église (v. 15-21).

 

(*) Voir notre brochure sous ce titre

 

Ce jour de la Pentecôte, tous les disciples étaient ensemble dans un même lieu, environ cent-vingt, assis dans la maison. Il leur apparaît des langues divisées comme de feu ; et (le texte original dit : Il se posa, et non) elles se posèrent sur chacun d’eux ! Tous, remplis de l’Esprit Saint, commencent à parler d’autres langues, c’est-à-dire annoncent les choses magnifiques de Dieu dans les diverses langues que parlaient ceux qui, de tout l’empire, étaient venus à Jérusalem pour la fête (v. 11).

Jean a vécu cette scène. Avec Pierre et les apôtres, il se lève et l’évangile est présenté. Plusieurs auditeurs troublés, demandent : Que faire ? — Pierre leur dit : « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés » (v. 38).

Les disciples étaient maintenant « équipés » pour être des témoins, selon la dernière exhortation du Seigneur Jésus avant de les quitter : En Matthieu 28:19 : « Allez donc, et faites disciples toutes les nations » ; dans Marc 16:15, « Allez dans tout le monde, et prêchez l’Évangile à toute la création » ; en Luc 24:48 : « Vous êtes témoins... » ; en Jean 20:21 : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » ; enfin en Actes 1:8 : « Le Saint Esprit viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée, et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre ». Ces hommes, désemparés après la mort de Jésus, si difficiles à convaincre après sa résurrection quoique si heureux de le revoir, — ces hommes sont transformés pour rendre progressivement dans tout le monde connu, le témoignage du salut par la repentance pour la rémission des péchés et par la foi dans l’œuvre accomplie de Jésus Christ.

À peine a-t-il été enlevé au ciel qu’est confirmée la promesse de sa venue en gloire : « Ce Jésus qui a été élevé d’avec vous dans le ciel, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en allant au ciel » (Actes 1:11). Pour les siens, le Seigneur Jésus avait promis : « Je m’en vais vous préparer une place. Et si je m’en vais et que je vous prépare une place, je reviendrai, et je vous prendrai auprès de moi » (Jean 14:3). Qui donc va rappeler cette assurance, sinon l’apôtre Jean, en nous transmettant, avant de clore le saint Livre, les paroles du Seigneur Jésus lui-même : « Oui, je viens bientôt », et la réponse : « Amen ; viens, Seigneur Jésus ! (Apoc. 22:20).

 

4.3   Le service de Jean

4.3.1       Le témoignage et la persécution

Les premiers chapitres des Actes mentionnent cinq fois le nom de Jean, accompagné de Pierre.

Les deux amis montaient au temple à l’heure de la prière (Act. 3:1). Bien différents l’un de l’autre, l’un impulsif, l’autre sensible, ensemble ils allaient à la prière. Quel exemple pour nous ! On peut différer de bien des manières, mais venir ensemble devant le Seigneur, devant le Père, exposer les problèmes et les requêtes, rapprochent deux amis, deux époux, deux frères, plus que toute autre chose.

Le boiteux assis à la porte du temple voit Pierre et Jean, et leur demande l’aumône. Ensemble ils arrêtent leurs yeux sur lui : Pierre lui donne l’ordre, au nom de Jésus Christ le Nazaréen, de se lever et de marcher. À l’instant, faisant un saut, il se tient debout et entre avec eux au temple. Son attitude n’est peut-être pas très correcte : il marche et saute en louant Dieu. Mais Pierre et Jean le tiennent par la main. Bel exemple de l’attitude à prendre envers de jeunes convertis. Ils sont peut-être pleins d’enthousiasme de cette vie nouvelle que le Seigneur leur a donnée. Combien ils ont besoin de la main des plus âgés pour les aider, les guider, les entourer, afin que l’assemblée les accueille, partageant leur joie dans le Seigneur, et soutenant leurs premiers pas dans le chemin de la foi.

Pierre « lance le filet », et cinq mille hommes qui avaient entendu la Parole crurent (Act. 4:4). Le lendemain, les deux sont arrêtés et doivent comparaître devant le sanhédrin. Avec Jean, Pierre est plein de hardiesse (v. 13) ; tous deux sont reconnus pour avoir été avec Jésus (le serions-nous ?) ; devant l’injonction de ne plus parler d’aucune manière au nom de Jésus, ils répondent ensemble : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous écouter plutôt que Dieu ». Relâchés, les deux apôtres viennent « vers les leurs », expression de la réalité de la famille de la foi. Tous ensemble prient Dieu de donner la hardiesse (v. 29).

Autrefois les deux amis avaient perdu ensemble bien des occasions. Ils avaient dormi à la transfiguration et à Gethsémané. L’un n’avait pas averti l’autre. Jean, selon toute apparence, avait introduit Pierre chez Caïphe, occasion de chute. Mais tout a changé avec la résurrection et la venue de l’Esprit. Jean encourage Pierre au sépulcre et lors de la pêche. Ensemble ils rendent témoignage et souffrent pour le Seigneur. Ensemble en Samarie ils évangéliseront (Act. 8:25).

On peut être ensemble sans communion en Christ, frères, époux, famille. Mais si le Seigneur a dans chaque cœur sa place, tout change.

Avec d’autres apôtres, Jean est de nouveau arrêté (Act. 5:17-18). Un ange ouvre de nuit les portes de la prison et les apôtres, pleins de hardiesse, entrent dans le temple vers le point du jour et enseignent. Devant l’injonction du souverain sacrificateur de ne pas enseigner au nom de Jésus, ils répondent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » et rendent à nouveau le témoignage de la résurrection et de l’exaltation de Jésus comme prince et sauveur à la droite de Dieu (Act. 5:31).

Les admonestations ne suffisent plus. Les chefs du peuple font battre les apôtres et leur interdisent de parler au nom de Jésus. Mais eux se réjouissent d’avoir été estimés dignes de souffrir des opprobres pour le Nom. Ils ne cessent tous les jours d’enseigner et d’annoncer Jésus comme le Christ, dans le temple et de maison en maison (Act. 5:40-42).

Après la mort d’Etienne, les croyants sont dispersés, sauf les apôtres ; Saul apparaît, ravageant l’assemblée. Philippe, le diacre, descend en Samarie, prêche le Christ. Plusieurs sont amenés au Seigneur ; une grande joie se répand dans cette ville.

Les apôtres à Jérusalem, apprenant que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, y envoient Pierre et Jean. Une dernière fois dans les Actes les deux amis sont mentionnés ensemble. Ils imposent les mains aux croyants, qui reçoivent l’Esprit Saint.

Dieu n’avait pas permis qu’il fût donné avant, afin que la communion soit maintenue entre la Samarie et Jérusalem, et avec les apôtres. D’autre part, Pierre avait reçu les « clés du Royaume » (Matt. 16:19) et en ouvrait la porte pour les Samaritains et plus tard pour les nations (Actes 10:44 ; 11:15- 17) (*). Éphésiens 1, par contre, nous présente la norme : « Ayant entendu la parole de la vérité, l’évangile de votre salut ; auquel aussi ayant cru, vous avez été scellés du Saint Esprit de la promesse » (Éph. 1:13). Galates 3:2-5 confirme cette vérité. Le verset 14 souligne que nous recevons l’Esprit par la foi.

 

(*) Voir H. Rossier : « Simon Pierre » et notre brochure : « Pierre et son Maître »

 

Après avoir rendu témoignage et annoncé la parole du Seigneur, Pierre et Jean retournent à Jérusalem ; ils évangélisent plusieurs villages des Samaritains (Actes 8:25). Que de souvenirs rappelait ce pays où, avec Jésus, ils avaient passé plus d’une fois. L’accueil avait été remarquable à Sichar ; dans un autre village, on n’avait pas voulu les recevoir ; maintenant, dans plusieurs villages des Samaritains, ils apportent l’évangile.

En Actes 12 un drame éclate. Hérode met les mains sur quelques-uns de ceux de l’assemblée pour les maltraiter. Il fait mourir par l’épée Jacques, le frère de Jean, et emprisonner Pierre. Jean reste seul du trio si uni du temps de Jésus. Son ami Pierre est en prison, son frère Jacques n’est plus ; il est profondément meurtri dans ses affections.

L’assemblée fait d’instantes prières à Dieu pour Pierre ; puis, dans la maison de Marie quelques-uns se retrouvent pour continuer à prier. À la fin du chapitre, quel changement ! Pierre apparaît, libéré de la prison ; la puissance et l’orgueil d’Hérode trouvent leur fin quand le roi, rongé par les vers, expire (Act. 12:23) ; la Parole de Dieu continue à croître et à se multiplier (v. 24).

Il ne sera dorénavant plus parlé de Pierre, ni de Jean dans les Actes (sauf au chapitre 15). L’Esprit de Dieu se servira d’eux pour écrire évangile et épîtres. Mais il ne sera pas question de leur martyre ou de leur mort : pas de tombeau, pas de reliques. Dans le Nouveau Testament, la mort et le sépulcre de Jésus sont uniques, à part le cas particulier de la lapidation d’Etienne et de la décapitation de Jacques.

 

4.3.2       Une colonne — Gal. 2:9

En Actes 15, Paul et Barnabas montent à Jérusalem à la suite d’une contestation et d’un grand débat à Antioche sur la circoncision selon l’usage de Moïse, sans laquelle, disaient certains « vous ne pouvez être sauvés ». Les frères décident que Paul et Barnabas, et quelques autres, iront vers les apôtres et les anciens pour cette question. Ainsi la communion est maintenue entre Antioche, assemblée des gentils, et Jérusalem, assemblée-mère, composée essentiellement de Juifs. Arrivés à Jérusalem (Gal. 2:2-5), Paul et Barnabas ne vont pas « exposer l’évangile qu’ils prêchent parmi les nations » à tout le monde, mais seulement « dans le particulier à ceux qui étaient considérés ». Il faut éviter les dissensions survenues à Antioche « à cause des faux frères furtivement introduits... afin de nous réduire à la servitude, dit l’apôtre ; auxquels nous n’avons pas cédé par soumission, non pas même un moment, afin que la vérité de l’évangile demeure avec vous ». Jacques et Céphas (Pierre), et Jean, ayant vu que l’évangile de l’incirconcision a été confié à Paul, comme celui de la circoncision l’a été à Pierre, et ayant reconnu la grâce qui a été donnée à Paul, donnent à l’apôtre et à Barnabas la main d’association, afin qu’ils aillent vers les nations. Actes 15 nous relate le résultat de la réunion des apôtres et des anciens (Actes 15:6) ; ensuite, « avec toute l’assemblée » (v. 22) est communiquée à Antioche et aux assemblées des nations, la conclusion à laquelle les apôtres et les anciens sont arrivés : « Nous croyons être sauvés par la grâce du Seigneur Jésus de la même manière qu’eux aussi » (v. 11).

Remarquons que, quand il s’agit du service, Paul et Barnabas ont eu affaire à ceux qui étaient considérés, qui leur donnent alors la main d’association. Lorsqu’il s’agit de la doctrine, et les apôtres, et les anciens, avec toute l’assemblée, communiquent ce que le Saint Esprit leur a fait comprendre (v. 28).

 

4.3.3       Patmos — Apoc. 1:9

« Pour la parole de Dieu et pour le témoignage de Jésus Christ », Jean était exilé à Patmos, île de la mer Égée : un temps de tribulation, de patience à l’écart. Mais le Seigneur se sert de cette occasion pour communiquer à l’apôtre solitaire (qui s’intitule lui-même « son esclave Jean ») la révélation de Jésus Christ, « pour montrer à ses esclaves les choses qui doivent arriver bientôt » (Apoc. 1:1).

Eloigné de ses frères, dans la journée dominicale (Apoc. 1:10), Jean reçoit pour ainsi dire la visite du Seigneur lui-même. Quelqu’un est là derrière lui, une voix. Il est semblable au fils de l’homme ; Jean le connaissait bien, il l’avait vu crucifié entre deux brigands ; il l’avait vu, les mains et le côté percés au milieu des disciples réunis ; il l’avait vu élevé dans la gloire. Pourtant, « lorsque je le vis, je tombai à ses pieds comme mort ». Devant le Seigneur apparaissant comme juge, le visage resplendissant comme le soleil dans sa force, Jean ne peut que s’effacer. Mais la main qui s’est posée en son temps sur tant de malades, se pose sur l’apôtre : « Ne crains point ; moi, je suis... le vivant, et j’ai été mort ; et voici je suis vivant au siècle des siècles ».

Et Jean écrira « les choses qu’il a vues », cette vision extraordinaire de Celui dont les yeux sont comme une flamme de feu ; il écrira « les choses qui sont » : les lettres aux sept assemblées, esquisse prophétique de l’histoire de l’Église sur la terre ; enfin, « les choses qui doivent arriver après celle-ci » (4:1), qui rempliront toute la suite de l’Apocalypse.

L’apôtre, inspiré par l’Esprit, composera l’évangile, fondement de la foi ; il sera conduit à envoyer ses épîtres, fondements de l’amour ; il nous donnera, de la part de Jésus Christ, la révélation de l’espérance.

Jean a été transformé par le Seigneur pour l’œuvre qu’il avait à accomplir. Ne serons-nous pas disponibles pour qu’Il fasse « en nous » ce qui est agréable devant lui (Héb. 13:21) ?

Jésus avait dit à ses disciples : « Réjouissez-vous parce que vos noms sont écrits dans les cieux » ; c’est la part de tout croyant. L’apôtre en a une toute particulière : dans la vision de la muraille de la cité, il a distingué son nom écrit parmi ceux des douze apôtres de l’Agneau (Apoc. 21:14) !

 

4.4   Appendice

Quelques mots sur les souvenirs que la tradition rapporte de la fin de la vie de l’apôtre. Après la mort de Paul et de Pierre, et avant la destruction de Jérusalem, Jean aurait été à Éphèse (Irénée — Polycarpe). L’empereur Domitien l’aurait exilé à Patmos, d’où Nerva (96) l’aurait libéré (Clément d’Alexandrie — Jérôme).

Jean est revenu à Éphèse. Très âgé, porté aux assemblées, il aimait à répéter : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. C’est le précepte du Seigneur ; bien gardé, il suffit » (Jérôme).

Il serait mort environ 70 ans après la crucifixion de Jésus (sous Trajan, vers 98 ou 100), et a été enseveli à Éphèse. Il ne s’était pas marié (Polycrate, évêque d’Éphèse).

 

5                    L’Évangile de Jean

5.1   Le cadre

Deux cadres, entre autres, ont été proposés :

·       une analogie avec le tabernacle, qui comportait le parvis, le lieu saint et le lieu très saint ;

·       une autre subdivision selon les grands thèmes de l’évangile et sa structure.

 

5.1.1       analogie avec le tabernacle

Moise avait été appelé à construire le tabernacle en toutes choses « selon le modèle qui lui avait été montré sur la montagne ». Il était la figure et l’ombre des choses célestes (Héb. 8:5).

L’Évangile de Matthieu présente Jésus avant tout comme Messie : la croix nous parle du sacrifice pour le péché. Dans l’Évangile de Marc, Jésus est plutôt le Serviteur parfait, obéissant jusqu’à la mort de la croix. En Luc, le Fils de l’homme est placé devant nos yeux. Il n’est pas question de sang ; son sacrifice correspond plutôt à l’offrande de gâteau. En Jean, l’Évangile du Fils de Dieu, le sacrifice de Christ est de toute évidence l’holocauste .

Tout à la fin de l’Exode, la gloire de la nuée remplissait le tabernacle ; la présence de Dieu était là. Dans Jean, dès le premier chapitre, la nuée descend : le ciel s’ouvre, la Parole éternelle devient chair et habite au milieu de nous. Sa gloire est présente, comme d’un Fils unique de la part du Père.

Dans le tabernacle, les tentures et les voiles étaient tissés de quatre couleurs. Dans les voiles, qui parlent avant tout de Christ, le bleu vient d’abord ; dans les tapis, où le fin coton est présenté d’emblée, les croyants sont vus en Christ, constituant la maison de Dieu. Que nous disent ces couleurs ? Nous en trouvons toute la signification dans ce premier chapitre de l’Évangile de Jean. Le Fils unique qui est dans le sein du Père et l’a fait connaître, c’est le bleu : il vient du ciel. L’œuvre de la croix, le sang versé, que représente l’écarlate, apparaît dans l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Jean voit Jésus « venir » à lui ; il le regarde qui « marchait » : Voilà l’humanité parfaite dont nous parle le fin coton. Quand enfin Nathanaël se trouve devant lui, il s’écrie : « Tu es le Fils de Dieu ; tu es le Roi d’Israël ». C’est la pourpre, symbole aussi de sa future royauté universelle. Ainsi dès le premier chapitre toutes ses gloires resplendissent.

 

Dans l’ancienne alliance Dieu demandait des offrandes ; dans notre évangile, Dieu donne. Nicodème vient l’apprendre de la bouche même de Celui qui s’offre en sacrifice : « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi il faut que le fils de l’homme soit élevé... car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (3:14-16). L’autel d’airain est là.

Nicodème aurait voulu, seul à seul avec Jésus, parler d’égal à égal de choses profondes. Mais le Seigneur l’arrête : Tu n’es pas à même d’entrer dans le sanctuaire ; il te faut d’abord naître de nouveau. Le docteur d’Israël reste sans comprendre. Il sera semble-t-il dans la même attitude jusqu’à la croix.Alors il saisira ce que signifiait « le fils de l’homme élevé comme le serpent dans le désert ».

Dans ces chapitres, l’un après l’autre, tel le sacrificateur, le Seigneur accueille sur le parvis ceux qui s’approchent de Lui : un Nicodème, la femme de Sichar, le paralytique de Béthesda, la femme adultère, l’aveugle-né.

Dans le chapitre 13, Jésus lave les pieds des disciples, comme autrefois les sacrificateurs devaient se laver à la cuve d’airain avant d’entrer dans le sanctuaire. Seul ce lavage permet « d’avoir une part avec lui », c’est-à-dire de goûter sa communion.

Les pieds lavés, ils vont ensemble pénétrer dans le lieu saint : les chapitres 14 à 16. Qu’y avait-il dans ce lieu saint ? — La table des pains, le chandelier, l’autel de l’encens recouvert d’or.

 

Judas étant sorti, Jésus est encore à table avec les siens ; ils jouissent là de sa présence, de sa communion. Le Seigneur les nourrit par sa Parole de sa Personne même. Dans le lieu saint, un chandelier donnait sa lumière, type du Saint Esprit. Dans ces chapitres, Jésus va pour ainsi dire en allumer une à une les lampes. Le Consolateur sera l’Esprit de vérité. Il leur fera connaître « que moi je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous ». Il leur enseignera toutes choses, et leur rappellera toutes les choses que Jésus avait dites. On se lève et se met en route vers Gethsémané, mais le Seigneur continue à parler de ce parfait Consolateur qui rendra témoignage de lui ; les disciples eux-mêmes rendront témoignage. L’Esprit les conduira dans toute la vérité ; il annoncera les choses qui vont arriver ; par-dessus tout « il me glorifiera, dit le Seigneur, il prendra de ce qui est à moi, et vous l’annoncera ».

La lumière brille dans le sanctuaire, les disciples discernent les pains posés sur la table d’or : les croyants en Christ présentés par Lui devant le Père. De l’autel montent les parfums de l’adoration, l’intercession, la prière : « Demandez et vous recevrez, afin que votre joie soit accomplie... Vous demanderez en mon nom au Père qui « lui-même vous aime ».

Une autre était entrée avant eux dans le sanctuaire, avec son parfum qu’elle avait répandu sur les pieds de Celui qui allait mourir (12:3) (*). Les disciples discutaient du prix du parfum ; elle, le versait comme une louange muette ; et le Seigneur était là écoutant ce premier cantique de la première adoratrice. N’était-elle pas déjà devant l’autel d’or ?

 

(*) Voir H. Rossier : « Le souper de Béthanie »

 

Dans le chapitre 17, Jésus entre seul dans le lieu très saint. Les disciples ne l’accompagnent pas. Le voile de l’entrée est toujours là, quoique un peu soulevé : ils entendent la voix du Dieu fait chair s’adressant au Dieu invisible qui va se révéler comme le Père. Au chapitre 20, le voile est déchiré : Jésus montre ses mains et son côté. Ils entrevoient le propitiatoire sur le couvercle duquel on faisait aspersion du sang du sacrifice (*).

 

(*) Sur ces chapitres 14 - 17, voir Hamilton Smith « Les dernières paroles »

 

5.1.2       subdivision selon les grands thèmes de cet évangile

L’Évangile de Jean peut aussi être structuré selon ses grands thèmes. Dans les chapitres 3 à 17, nous avons trois groupes de cinq chapitres, dans chacun desquels un des grands thèmes de l’Évangile est abordé. Du 3 au 7, c’est la vie ; du 8 au 12, essentiellement la lumière ; du 13 au 17, l’amour. Ces grands thèmes ont un cadre. Nous le trouvons au départ dans les deux premiers chapitres, et d’autre part dans les deux derniers chapitres de l’évangile. Dans les deux premiers chapitres, nous avons trois lendemains, et comme leur faisant pendant, dans les deux derniers, trois apparitions du Seigneur aux siens.

Le premier lendemain (1:29) le Baptiseur voit Jésus venir à lui. Dans la même journée, « le lendemain encore », Jean se tient là et deux de ses disciples qui suivent alors Jésus. Ce premier lendemain va du verset 29 au 43. C’est le temps d’après Jean le Baptiseur, l’époque où l’Agneau de Dieu est révélé comme celui qui ôte le péché du monde et baptise de l’Esprit Saint, — en quelque sorte la période de l’Église. La contrepartie, nous l’avons au chapitre 20, dans cette première apparition du Seigneur dans la chambre haute, où, à la vue de sa personne, de ses mains et de son côté, les disciples se réjouissent quand ils voient le Seigneur.

Le deuxième lendemain (1:44) nous parle, sous la figure de Nathanaël, du retour d’Israël qui reconnaît Jésus comme le Fils de Dieu. Au chapitre 20, nous avons la contrepartie en la personne de Thomas, qui lors de la deuxième apparition du Seigneur aux siens le reconnaît comme « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Ce sera plus tard le cas du résidu d’Israël.

Le troisième lendemain présente les noces de Cana, la fête millénaire, où Jésus apporte la joie. Il en est de même au chapitre 21, où le Seigneur lui-même a préparé un repas où l’on va jouir de sa communion (v. 9 et 13).

Ce cadre entoure donc la succession de trois fois cinq chapitres. Du 3 au 7, on trouve quarante fois environ les expressions « nouvelle naissance, vie, vivifier », etc. Dans la deuxième section, la lumière est présentée plus de dix fois. La troisième section sera remplie de l’amour, le chapitre 13 étant inauguré par ce verset merveilleux : « Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (13:1). Et à la fin du chapitre 17 : « Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux » (17:26).

Restent les chapitres 18 et 19 qui relatent historiquement la crucifixion.

 

5.2   Le but de l’Évangile

Un verset capital nous le donne : « Ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom » (20:31). Croire que « Jésus est le Christ » s’adresse avant tout aux Juifs. Ils croyaient bien en un Messie, mais ils ne voulaient pas admettre que Jésus était ce Messie. Le leur prouver par les Écritures sera la première préoccupation des apôtres dans les Actes. D’autre part, tous ceux des nations sont appelés à croire qu’il « est le Fils de Dieu ».

Jean n’a pas été conduit à écrire simplement pour ajouter un évangile aux trois autres ; le but de l’Esprit, en l’inspirant, n’était-il pas avant tout de donner à tant d’âmes cette certitude que l’apôtre lui-même avait acquise au pied de la croix et devant le sépulcre vide : « Il vit, et crut » (20:8). Il confirmera ce but dans sa première épître : « Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » (1 Jean 5:13).

 

5.3   Les contacts avec une personne

L’évangile de Jean est plus que tous les autres l’évangile des contacts. Lors des premières occasions avec un Simon, un Nathanaël et d’autres, le regard de Jésus qui sonde est mis en évidence. Simon, tu seras Pierre, une pierre de l’édifice que je vais construire. Nathanaël, quand tu étais sous le figuier, je te voyais ; j’ai compris tes doutes ; j’ai su ce que tu disais de moi, que rien de bon ne peut venir de Nazareth. Pourtant je veux faire de toi un de mes disciples. Et les contacts vont se succéder dans les chapitres suivants où Jésus est toujours disponible pour celui qui vient à lui : Ni la nuit ou la fatigue, ni le péché grave ou la cécité, rien n’arrête le Sauveur. Une grande leçon pour nous : la disponibilité.

Disponible, Jésus l’est pour la femme solitaire qui vient en plein midi rencontrer un autre Solitaire, lassé du chemin et pourtant tout à sa disposition. Isolé par sa perfection, Jésus est tout disposé à rencontrer cette femme isolée par son péché. Combien merveilleux en est le résultat !

Quand la femme adultère est laissée seule en sa présence (8:10-11), il a la parole à propos. Un jet de sa lumière touche la conscience des accusateurs ; un à un ils sortent. La même lumière brille en faveur de la femme. Hélas, elle ne réagit pas.

L’aveugle-né, dont la foi simple a rendu témoignage au « prophète » qui l’a guéri, est finalement chassé dehors. Il est tout seul. Jésus l’ayant trouvé, se révèle à lui comme le Fils de Dieu. Et l’aveugle guéri lui rend hommage. Le Sauveur était toujours disponible au lieu et au moment voulus.

Arrivé à la fin de sa carrière, Jean rappelle — il est le seul à le faire — les contacts qu’ont eus avec Jésus certains de ses disciples. André mène à lui, d’abord son frère Pierre, puis le petit garçon avec les cinq pains, enfin les Grecs auxquels Philippe ne savait pas être en aide (12:22).

Thomas, lorsque les autres craignaient de monter en Judée avec Jésus, dit : « Allons-y nous aussi, afin que nous mourions avec lui » (11:16). En sincérité, en simplicité, devant la perplexité de ses compagnons, Thomas dit tout haut ce que les autres pensent : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas, et comment pouvons-nous en savoir le chemin ? » (14:5). Après la résurrection, son incrédulité l’entrave, mais à l’invitation de Jésus d’avancer son doigt et de toucher ses plaies, il s’écrie : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (20:28).

Jésus avait trouvé Philippe et lui avait dit : Suis-moi. Lorsqu’il l’invite à acheter des pains pour nourrir la foule incrédule, il répond : Pour deux cents deniers cela ne suffirait pas (6:7). À Philippe le Seigneur reproche de ne pas l’avoir connu, malgré les trois ans passés ensemble : « Ne crois-tu pas que moi je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? » (14:10). D’aucune manière il ne sait aider les Grecs qui désirent voir Jésus. Sa foi est bien faible ; pourtant le Sauveur s’occupe de lui.

 

5.4   Un miracle ou un incident conduisent à un enseignement

L’évangile nous parle de huit miracles et de quatre paraboles. Combien de fois, à l’occasion d’un miracle ou d’une parabole, un enseignement beaucoup plus profond nous est-il donné !

Au chapitre 5, le paralytique de Béthesda nous parle pour ainsi dire d’une mort physique apparente. C’est l’occasion pour le Seigneur de présenter la vie et le Fils qui donne la vie.

Au chapitre 6, la multiplication des pains rappelle la manne que les pères ont mangée au désert ; maintenant « le pain vivant » est descendu du ciel : Jésus lui-même. « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Vient ensuite un enseignement beaucoup plus profond : « Le pain aussi que moi je donnerai, c’est ma chair, laquelle moi je donnerai pour la vie du monde » (6:51). La chair séparée du sang, c’est la mort. Si l’on n’a pas, une fois pour toutes, « mangé (aoriste) la chair du fils de l’homme et bu son sang », on n’a pas la vie (6:53). « Celui qui mange (présent) ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui ». Il ne s’agit pas ici de la cène du Seigneur, ni d’une transformation matérielle quelconque : « Les paroles que moi je vous dis sont esprit et sont vie » (v. 63). « Manger » c’est spirituellement, dans notre âme, saisir profondément par la foi que Christ a dû mourir afin que celui qui croit en lui ait la vie et puisse en conséquence se nourrir aussi du pain vivant descendu du ciel, Christ lui-même dans sa vie sur la terre.

Au chapitre 7, la fête des tabernacles est devenue « la fête des Juifs ». Elle n’est plus en l’honneur de l’Éternel, qui est pourtant présent en la personne de Jésus. Lui n’y monte pas. Il attend le dernier jour de la fête, la grande journée, le huitième jour, le premier d’une nouvelle semaine. Alors « Jésus se tint là et cria disant : Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi et qu’il boive » (7:37). À quoi aboutissaient, du temps de Jésus, les huit jours de la fête ? —À avoir soif ! Les cérémonies mortes ne peuvent satisfaire le cœur. Lui seul est à même de donner « l’eau vive ».

 

5.5   L’ombre de la croix

Dès le début de l’évangile (2:19) plane l’ombre de la croix ; elle ira s’assombrissant jusqu’au calvaire. « Détruisez ce temple », dit le Seigneur aux Juifs, parlant du temple de son corps (2:19-21). Comment le corps de Jésus était-il un temple ? — « En lui, toute la plénitude s’est plu à habiter » (Col. 1:19).

 

Une pensée revient à maintes reprises : « l’heure... ». Trois fois dans les huit premiers chapitres, « l’heure n’est pas encore venue ». Mais dès le 12, Jésus dit : « L’heure est venue... » (12:23). Dans la perspective de cette « heure », son âme est troublée ; c’est cependant pour cela qu’il est venu. Au chapitre 13:1, son heure est venue pour passer de ce monde au Père : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin ». Enfin au chapitre 17, levant ses yeux au ciel, il dit : « Père, l’heure est venue ».

À travers l’évangile, des expressions se succèdent : « Il faut que le fils de l’homme soit élevé » (3:14) ; « Je donnerai ma chair pour la vie du monde » (6:51) ; « Quand vous aurez élevé le fils de l’homme » (8:28) ; « Je laisse ma vie de moi-même » (10:17-18). Jésus allait mourir (11:51). Il parle de sa sépulture en 12:7 ; du grain de blé qui meurt (12:24) ; de quelle mort il allait mourir (12:33) ; et dans ses dernières paroles aux disciples : « Je laisse le monde et je m’en vais au Père » (16:28). En 18:4-9 il s’offre volontairement. Au 19:17, « il sortit, portant sa croix ».

« Élevé », terme particulier à Jean, se retrouve trois fois dans ces chapitres. « Il faut que le fils de l’homme soit élevé » (3:14) : Dieu donne son Fils. Au 8:28, « quand vous aurez élevé le fils de l’homme... » : la haine des hommes l’a rejeté et mis en croix. Enfin au 12:32 : « Si je suis élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi-même » : ici nous sommes hors du sanctuaire, à l’autel du sacrifice : Christ s’offre lui-même.

Seul Jean nous le présente quand, l’œuvre accomplie, il « baisse » la tête (19:30). Dans son chemin, jusqu’au bout, il n’avait pas où « reposer » sa tête (même verbe dans l’original, Luc 9:53). Maintenant, devant ses bourreaux, qui croient que tout est fini, volontairement il a baissé la tête ; devant les quelques croyants qui l’ont suivi jusque-là, enfin il a trouvé le repos ; devant son Père, dont il a accompli toute la volonté, il peut enfin « reposer » sa tête : l’œuvre est parfaite.

 

5.6   La famille de Dieu

Sur le chemin de Damas, Paul a compris qu’en persécutant les croyants, les membres du corps de Christ, c’est Jésus qu’il persécute (Actes 9:5). Cette grande vérité sera développée plus tard dans les épîtres (Éph. 4:15-16 ; Col. 3:19 ; 1 Cor. 12:12-13, etc.).

Pierre parlera des « pierres vivantes » qui constituent l’édifice de la maison de Dieu.

Jean, déjà dans l’évangile, nous présente la famille de Dieu. D’emblée il parle des enfants : « À tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu » (1:12). Au 11:52, Jésus allait mourir... « pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés ». Après la résurrection, d’amis ils sont devenus « frères » (20:17). Dans sa prière (17:11), nous avons l’unité des disciples : « Un comme nous ». Un peu plus loin (17:20-21), l’unité de ceux qui croiront en Jésus par leurs paroles : « Un en nous ». Dans la gloire (17:23), tous les croyants seront « consommés en un ».

Dans ses épîtres, l’apôtre ne cessera de parler des enfants de Dieu : « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu » (1 Jean 3:1).

 

5.7   Le Père

S’il y a une famille de Dieu, elle a un Père : « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître » (1:18). Relation toute nouvelle, inconnue de l’Ancien Testament : « Le Père lui-même vous aime » (16:26). Terminant sa prière du chapitre 17, Jésus ajoute : « Tu les as aimés comme tu m’as aimé » (v. 23).

 

Amour pur, insondable, être du Dieu suprême,

Qui pour se révéler donna le Fils lui-même,

Dans ce monde envahi par la nuit du péché,

Nos yeux ont pu te voir, et nos mains t’ont touché.

 

L’amour va souder la famille de Dieu : l’amour du Père, l’amour du Fils ; l’amour des enfants les uns pour les autres.

Reste un mystère plus profond encore. Jésus avait dit : « Moi et le Père nous sommes un » (10:3). Dans ses dernières paroles aux disciples avant la croix, il dira : « Je suis sorti d’auprès du Père » (16:28). Auparavant il avait dit que le Père l’avait envoyé (6:36). Il était venu au nom de son Père (5:43) ; et maintenant « Je m’en vais au Père » (16:28). Unité de la divinité, mystère qui nous dépasse et devant lequel nous adorons. « Ils allaient les deux ensemble » (Gen. 22).

 

5.8   Le carré de l’amour divin

Au-dessus de nous, en dehors de nous, de toute éternité, « le Père aime le Fils ». Sept fois dans l’Évangile, Jésus le répète, entre autres : avant la fondation du monde (17:24) ; dans son obéissance sur la terre (5:20) ; parce qu’il laisse sa vie (10:17) ; il a mis toutes choses entre ses mains (3:35).

Mais l’amour descend : l’amour du Père pour les rachetés : « Tu les as aimés comme tu m’as aimé » (17:23). L’amour du Fils pour les siens : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés » (15:9). Et pour clore le carré, la barre horizontale : « Comme je vous ai aimés, que vous aussi vous vous aimiez l’un l’autre » (13:34). S’aimer les uns les autres est relativement facile, c’est collectif. S’aimer l’un l’autre, c’est bien plus : tel frère, telle sœur, celui-là, celle-là, je l’aime quel qu’il soit, où qu’elle soit. Si la base manque, on ne peut jouir vraiment de l’amour qui descend.

 

5.9   Le psaume 23

Nous avons considéré la structure de l’évangile et quelques-uns de ses enseignements principaux. Mais on peut le lire aussi très paisiblement, sans jamais en sonder toute la profondeur. Il est pourtant une façon très heureuse d’en faire un certain parallèle avec le psaume 23.

Au verset 1, l’Éternel est mon Berger : Je ne manquerai de rien. Telle est l’expérience de l’aveugle-né (9). Il était dénué de tout, mais à la fin chassé dehors, il a été trouvé par le Seigneur, qui est devenu son tout.

Le verset 2 nous parle du Berger, qui fait reposer, qui mène, qui nourrit. Voilà le chapitre 10 de l’évangile de Jean, où Jésus conduit ses brebis dehors, rassemble le troupeau autour de lui comme centre, donne la pâture et la vie en abondance.

Le verset 4 nous parle de la vallée de l’ombre de la mort. En Jean 11, va-t-il laisser les sœurs seules à Béthanie ? Il tarde. Leur foi est éprouvée. Mais il sera avec elles pour parler de résurrection et de vie, pour pleurer avec Marie, pour consoler : « Tu es avec moi ».

Au verset suivant, une table est dressée : Table de Jean 12. Les ennemis sont dehors, complotent la mort de Lazare avec celle de Jésus. À l’intérieur Lui est avec les siens. Marie vient oindre ses pieds, met du parfum sur sa tête (Matt. 26:7). L’approbation du Seigneur sur son acte, dont on parlera partout où l’évangile sera prêché, est comme une onction sur sa servante.

Au chapitre 13, l’ennemi est dedans : C’est Judas ; il sortira dans la nuit.

Le verset 6 nous parle de la maison de l’Éternel, pour nous la maison du Père de Jean 14. Le Seigneur y conduit les siens tout doucement à la fin de l’Évangile : Jésus se lève et va partir. Jean le suit. Pierre le suivra. Il les amène au seuil de la « maison ». En Luc 24, nous avons le début du voyage : Il les bénit, et est élevé dans le ciel. En Marc le Serviteur, son service accompli, est assis à la droite de Dieu. Dans Jean il n’y a ni ascension, ni élévation à la droite de la Majesté, mais l’apôtre et son compagnon s’éloignent : « Là où je suis, moi, là aussi sera mon serviteur » (12:26).

 

6                    Les Épîtres de Jean

6.1   La première épître

Dans ses écrits, l’apôtre Paul montre les croyants devant Dieu, en Christ, formant son « corps », uni à la Tête. Pierre considère les rachetés comme des pierres vivantes, formant la « maison de Dieu ». Dans son Évangile, Jean présente la vie divine dans le Fils sur la terre. Dans ses épîtres, surtout la première, cette vie est vécue ici-bas dans les enfants de Dieu ; c’est la « famille de Dieu », les enfants du Père.

Quelles circonstances ont-elles amené Jean à écrire cette première épître ? Entre autres l’invasion de fausses doctrines. Dans son dernier passage à Éphèse (Actes 20), l’apôtre Paul avait averti les anciens : « Après mon départ, il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour attirer les disciples après eux » (Act. 20:29-30). Trente ans environ ont passé, les erreurs se sont multipliées. On niait en particulier l’incarnation du Fils de Dieu, « sa venue en chair » ; d’aucuns ne reconnaissaient pas sa divinité.

Jean devait avoir passé quatre-vingt-dix ans lorsqu’il a écrit l’épître. Il représente pour nous un de nos grands-pères écrivant aux jeunes d’aujourd’hui pour les mettre en garde. L’épître est sérieuse. Actuellement encore combien nient la divinité du Seigneur et répandent toutes sortes d’erreurs à son sujet et à propos de l’Évangile. Le profond amour de l’apôtre pour les enfants de Dieu marque ses épîtres ; combien il se réjouit lorsqu’il trouve des jeunes « marchant dans la vérité » (2 Jean 4) !

 

6.1.1       Le prologue — 1 Jean 1:1-4

Depuis plus de soixante ans Jésus est mort sur la croix. « Le commencement » de l’Évangile a été marqué par sa venue sur la terre, son ministère, son œuvre, sa résurrection. Et l’apôtre se souvient : C’était bien une Personne, une Personne divine, que nous avons entendue, vue de nos yeux, contemplée et touchée de nos mains. On se rappelle l’émotion de Marie de Magdala devant le tombeau vide : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis ». N’est-ce pas un peu la même émotion que ressent l’apôtre : Qu’a-t-on fait de mon Seigneur ? Quelles sont ces doctrines qui nient son humanité ou sa divinité ? Avec force, avec conviction, le vieillard souligne avoir vu et entendu Celui qu’il annonce : « La vie a été manifestée ; et nous avons vu, et nous déclarons, et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée » (v. 2).

 

6.1.2       Cadre de l’épître

Six fois cette vie éternelle est mentionnée : elle forme comme le cadre de la lettre. La vie était déjà le thème des chapitres 3 à 7 de l’évangile. Au premier chapitre de l’épître, la vie éternelle était auprès du Père ; au dernier chapitre, Dieu nous a donné la vie éternelle. « Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu ». Au verset 20, l’apôtre conclut : « Son Fils, Jésus Christ : lui est le Dieu véritable et la vie éternelle ».

En Tite 1:2, la vie éternelle a été promise ; en 1 Jean 1:2, elle est manifestée dans une Personne. Il ne s’agit pas seulement d’une vie qui n’a pas de fin ; c’est vrai, mais essentiellement elle est la vie divine, la nature même de Dieu. « C’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17:3). « C’est ici le témoignage : que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils : Celui qui a le Fils, a la vie, celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie » (1 Jean 5:11-12). (Remarquons en passant que l’expression « c’est ici » revient huit fois dans l’épître, la septième fois dans ce verset 11. Elle introduit chaque fois une vérité essentielle.)

 

6.1.3       Dieu est lumière — 1 Jean 1:5 à 2:29

La « vie » forme le cadre de l’épître ; la lumière et l’amour, auxquels répond la foi, en marquent le contenu. À l’inverse de la deuxième et de la troisième épître, la nôtre ne contient pas d’adresse, pas d’écrivain, Jean ne s’y nomme même pas. Dans les deuxième et troisième, il sera simplement « l’ancien » ; dans l’Apocalypse il s’intitule « l’esclave ». Aucun correspondant n’est nommé dans cette première épître, seulement : « mes enfants — bien-aimés ».

Au verset 5 nous avons le premier « c’est ici » : « Dieu est lumière, et il n’y a en lui aucunes ténèbres ». Vérité essentielle d’où découlent toute la suite de ce chapitre et le début du suivant ; quelles sont les conséquences de ce fait que Dieu est lumière ? À ce sujet il importe de bien distinguer la relation que nous avons avec Dieu de la jouissance de cette relation. Nous avons la vie éternelle ; c’est une réalité inébranlable, définitive. Les enfants sont nés de nouveau, nés de Dieu. Mais pour jouir de cette relation, les versets suivants vont nous montrer les conditions à remplir, comment la communion peut être maintenue. Pas seulement : « Si nous disons... », répété bien des fois, mais la réalité vécue.

La première condition est de « marcher dans la lumière ». Ainsi nous avons communion avec lui, et les uns avec les autres. Cette communion, dont l’apôtre avait dit dans le prologue : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous : or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ, et nous vous écrivons ces choses afin que votre joie soit accomplie » (1 Jean 1:3-4). Mais la vieille nature est toujours en nous, et si nous disons que nous n’avons pas de péché, c’est-à-dire pas de « chair » (*) en nous, nous nous séduisons nous-mêmes. Et si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur (1:8 et 10).

 

(*) Le mot « chair » est employé dans deux sens différents : le corps humain : Christ est venu « en chair », il a été fait « à la ressemblance des hommes » (Phil. 2:7). D’autre part, la nature pécheresse, le péché en nous : « la convoitise de la chair » (1 Jean 2,16 ; Gal. 5:16, etc.)

 

Mais il y a une ressource : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (v. 9). « Le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché » (v. 7). Cette confession est essentielle. Dieu est « fidèle » à sa Parole pour pardonner et purifier, mais il est aussi « juste » envers Christ qui a « porté nos péchés en son corps sur le bois », et dont le sang nous purifie (c’est un présent continuel). Ainsi la communion peut être restaurée et maintenue.

Autre condition (2:4), garder les commandements. Une troisième au verset 10 : « Celui qui aime son frère demeure dans la lumière ». L’exhortation d’aimer son frère reviendra tout le long de l’épître. Bien faire donc la différence entre la relation qui ne se perd pas et la jouissance de cette relation, si fragile. Surtout ne pas prétendre être dans la lumière quand on marche dans les ténèbres, ou que l’on hait son frère.

Du verset 12 au verset 27, nous avons comme une parenthèse concernant divers états spirituels correspondant à la croissance. Proverbes 4:18 disait déjà : « Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi ».

Tout d’abord les petits enfants (2:13 et 18 suiv.), qui sont dans la lumière parce qu’ils ont le Saint Esprit, l’onction qui les enseigne. Quel est le premier balbutiement d’un petit enfant, sinon papa : l’Esprit leur fait connaître le Père : « Je vous écris, petits enfants, parce que vous connaissez le Père ».

Viennent ensuite les jeunes gens. La jeunesse est l’âge des combats, où l’on peut remporter des victoires ou subir des échecs, qui auront des conséquences parfois prolongées. Dans l’épître, les jeunes ont combattu le méchant. Quel est l’enjeu du combat ? — Leur propre cœur. Sera-t-il au Père, ou sera-t-il au monde ? Le méchant qui gouverne le monde dispose de trois clés pour ouvrir les portes de ce cœur et y pénétrer : la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie (2:16). Tout l’effort de l’ennemi est de s’en servir pour faire aimer le monde et éclipser l’amour du Père.

À mesure que la lumière va croissant, les pères connaissent Celui qui est dès le commencement, le Seigneur Jésus lui-même.

 

6.1.4       Les enfants de Dieu — 1 Jean 3:1-4:6

D’emblée nous sommes placés devant l’amour du Père. Être appelés enfants de Dieu est un don de sa part ; nous le sommes maintenant, pas seulement plus tard. Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Alors nous lui serons semblables, car nous le verrons comme il est (non pas comme il a été) (3:1-2). Cette espérance est « purifiante » ; elle nous amène à veiller à ne pas être contaminés par le mal qui nous entoure et à ressembler quelque peu à Celui qui est pur, pur en lui-même.

Il a été manifesté afin qu’il ôte nos péchés. Pratiquerions-nous le péché ? Celui qui demeure en lui ne pèche pas, ce qui est impossible à la nature divine que nous possédons (3:4-6, 9).

Au verset 11 nous avons le troisième « c’est ici ». Puisque nous sommes enfants de Dieu, nous possédons la nature divine, ayant l’espérance de lui être semblables.

Quel est « le message entendu dès le commencement » ? (3:11) — « Que nous nous aimions l’un l’autre ». Le verset 23 le confirme comme commandement : « Que nous croyions au nom de son Fils Jésus Christ, et que nous nous aimions l’un l’autre, selon qu’il (le Fils) nous en a donné le commandement ». Quatrième « c’est ici » ! Il est une nécessité pour les enfants de Dieu : S’aimer l’un l’autre est un témoignage essentiel devant le monde (Jean 13:35).

Jusqu’à la venue du Seigneur Jésus sur la terre, l’amour était inconnu ; c’est le cas parmi tous les peuples païens et dans l’Islam. Le mot n’existe même pas dans diverses langues. La loi avait bien dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur... et ton prochain comme toi même ». Elle le prescrivait, mais n’en donnait pas la possibilité. Ce commandement d’amour n’est pas pénible, parce que Dieu nous en a donné les moyens : l’exemple de Jésus lui-même ; la nature divine en nous ; enfin l’Esprit qu’il nous a donné (3:24). Si nous disons que nous avons la vie éternelle en nous, nous sommes conduits à aimer, aimer Dieu, aimer nos frères jusqu’à laisser nos vies (non pas mourir) pour eux !

 

6.1.5       À la source de l’amour — 1 Jean 4:7-5:4

Le fleuve de l’amour coulait depuis le début du chapitre 3 ; avec notre verset 4:7 on remonte à sa source : l’amour de Dieu... « Dieu est amour ». Si l’amour a été manifesté sur la terre, si nous pouvons aimer, c’est que l’amour est la nature même de Dieu. C’est un texte central : Dieu est amour. Dans les versets suivants, trois choses sont présentées au sujet de cet amour.

Au verset 9 : « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils ». Cet amour est venu à nous alors que nous étions encore pécheurs (Rom. 5), avec deux conséquences : Nous étions morts et Dieu a envoyé son Fils « afin que nous vivions ». Et deuxièmement : Il a envoyé son Fils « pour être la propitiation pour nos péchés » (v. 10). Dieu est juste en pardonnant, notre dette est payée, l’amour et la justice de Dieu y ont pourvu. De morts, nous sommes faits vivants ; de coupables, nous sommes justifiés. Tel est l’amour de Dieu pour nous.

Au verset 12 nous avons l’amour de Dieu en nous : « Si nous nous aimons l’un l’autre, Dieu demeure en nous, et son amour est consommé en nous. Par ceci nous savons que nous demeurons en Lui, et Lui en nous, c’est qu’il nous a donné de son Esprit » (v. 12-13).

En troisième lieu, nous avons l’amour avec nous. Au verset 17 : « En ceci est consommé l’amour avec nous, afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement, c’est que comme il est lui, nous sommes nous aussi dans ce monde »..., pas seulement dans l’éternité. Nous avons donc une pleine confiance pour paraître devant Dieu : « Il n’y a pas de crainte dans l’amour, mais l’amour parfait chasse la crainte » (v. 18). Cet amour nous suit durant toute notre course ici-bas, il est parfait et enlève toute anxiété.

 

6.1.6       La foi — 1 Jean 5:4-13

Un sixième « c’est ici » vient au cours du verset 4 : « C’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi. Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? ». La foi chez l’apôtre Jean a été lente à se développer. Il a vu le côté percé de Jésus, le sang et l’eau qui en ont jailli ; devant le tombeau vide, enfin « il vit, et crut ». Vers la fin de son Évangile, il donne par l’Esprit l’assurance de la vie éternelle à celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu.

Écrivant à ses petits enfants, il vient leur dire : C’est ici la victoire : la foi. Un autre Objet est placé devant le croyant, il perd tout intérêt pour les vanités terrestres :

 

Vers Jésus lève les yeux,

Contemple son visage merveilleux,

Et les choses de la terre pâliront peu à peu,

Si tu lèves vers Jésus les yeux.

 

À trois reprises dans cette section est soulignée cette foi au Fils de Dieu, v. 5, 10, 13. Celui que j’ai vu, que j’ai entendu, que j’ai contemplé, que j’ai touché de mes mains, il est le Fils de Dieu. Il importe de croire en lui sous trois aspects : Jésus Christ venu en chair, son humanité (4:2) ; Jésus le Fils de Dieu, sa divinité (4:15) ; Jésus le Christ, le Messie (5:1). Trois aspects de la même Personne. L’ennemi suscitait des adversaires, des antichrists, qui voulaient nier l’un ou l’autre aspect. Les évangiles présentent Jésus de divers côtés, mais toujours la même Personne, véritablement Dieu et véritablement homme, et véritablement le Messie pour son peuple Israël.

Avant de conclure l’épître, un huitième « c’est ici » vient nous donner la confiance dans la prière : « Si nous demandons quelque chose selon sa volonté (« Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous... » —Jean 15:7), il nous écoute ; et si nous savons qu’il nous écoute, quoi que ce soit que nous demandions, nous savons que nous avons les choses que nous lui avons demandées » (5:14). Puisse-t-il y avoir cette simple prière dans nos cœurs : « Seigneur, augmente-nous la foi ». Si elle est augmentée, nous pourrons mieux à notre tour voir, contempler, toucher Celui que, quoique ne l’ayant pas vu, nous aimons.

L’épître se termine sur trois « nous savons », dont le dernier précise : « Nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné une intelligence, afin que nous connaissions le Véritable, et nous sommes dans le Véritable, savoir dans son Fils Jésus Christ : lui est le Dieu véritable et la vie éternelle » (5:20). Que peut être en comparaison une « idole » — quelque chose qui, dans le cœur, prend la place de Christ ? (v. 21).

 

6.2   La deuxième et la troisième épître

Dans la deuxième épître, l’injonction de l’apôtre est : « Ne recevez pas » (10). Dans la troisième, au contraire, parlant des serviteurs sortis pour le nom du Seigneur : « Nous devons recevoir » (8).

 

6.2.1       La deuxième épître — [Ne pas recevoir]

Dans la deuxième lettre, l’ancien écrit à la dame élue et à ses enfants « que j’aime dans la vérité ». L’apôtre s’est fort réjoui d’avoir trouvé de tes enfants marchant dans la vérité (v. 4). Apparemment ce n’était pas le cas de tous. Dans ses déplacements, il avait rencontré l’un ou l’autre des enfants de la dame ; quelle joie de les voir marcher dans la vérité quant à la personne du Seigneur !

En effet, « plusieurs séducteurs sont sortis dans le monde, ceux qui ne confessent pas Jésus Christ venant en chair ». De tout temps il y a eu de « faux monnayeurs » de l’Évangile. Prenons garde aux pièces que nous recevons. Sont-elles authentiques ? Est-ce bien Jésus, Fils de Dieu et fils de l’homme, qui est présenté ? Est-ce bien son œuvre de salut par la grâce ? « Prenez garde... », dit l’apôtre (v. 8). Si quelqu’un vous « mène en avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ et vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison ». L’injonction est sérieuse. Il ne s’agit pas de quelqu’un qui discute de telle ou telle opinion, mais il « mène en avant ». Surtout il ne demeure pas dans la doctrine du Christ. Combien de tels foisonnent aujourd’hui. Demeurer dans la doctrine, c’est avoir et le Père, et le Fils. « Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antichrist qui nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père » (1 Jean 2:22-23). Si un tel vient à vous, donc un contact direct, ne le recevez pas dans votre maison : ses enseignements portent atteinte à la Personne de Christ, à son œuvre, au mystère de la relation du Père et du Fils. Et l’apôtre ajoute : « Ne le saluez pas, car celui qui le salue participe à ses mauvaises œuvres ». Il faut prendre garde. Saluer au verset 10 n’est pas le même mot qu’au verset 13 (les enfants de ta sœur élue te saluent). Au verset 10, il implique qu’on se réjouit (même mot au verset 4, et au verset 3 de la troisième épître, en Philippiens 4:4 et en 2 Cor. 13:11). On accueille avec joie. Agir ainsi, c’est participer à ses mauvaises œuvres. La communion avec le mal déclaré est claire : elle souille celui qui s’y laisse aller. Quant au verset 13, « les enfants de ta sœur élue te saluent », il s’agit de la salutation habituelle, par exemple Actes 18:22.

Remarquons encore qu’au verset 12, l’apôtre ne veut pas écrire en détail, ni non plus à Gaïus, dans la troisième épître (v. 14). Dans les temps de difficultés, ou de dissensions, ne pas tellement écrire, mais se parler bouche à bouche, et prier avant et après l’entretien sous le regard du Seigneur.

La lettre est écrite à une sœur. Avec beaucoup de délicatesse, l’apôtre l’appelle la dame élue ; elle doit veiller à ne pas recevoir des séducteurs. Telle n’est pas seulement la responsabilité des frères, mais aussi celle d’une mère de famille et d’une sœur en général, et même de ses enfants. Le Seigneur peut donner suffisamment de discernement à un jeune dans la foi, à une sœur dans la foi, pour distinguer le vrai du faux. Nous sommes tous concernés afin de nous attacher à ce qui est vrai, à une Personne toujours la même dès le commencement.

 

6.2.2       La troisième épître« Ceux qu’il faut recevoir »

L’apôtre s’adressait à Gaïus, un bien-aimé qu’il aimait dans la vérité. C’était sa joie d’entendre dire que ses enfants marchaient dans la vérité. Gaïus agissait fidèlement dans son attitude envers les frères, même ceux qui étaient étrangers, qu’il convenait de recevoir, parce qu’ils étaient « sortis pour le Nom ». En les accueillant, « nous coopérons avec la vérité » (v. 8). Ces frères, revenus sans doute à Éphèse, rendaient témoignage devant l’assemblée de l’accueil reçu.

Trois noms sont mentionnés. Gaïus le bien-aimé, et Démétrius qui a un bon témoignage (v. 12). Tout aurait pu être en paix dans cette assemblée. Mais il y avait un trouble-fête : Diotrèphe, qui « aimait être le premier ». Il ne recevait pas l’apôtre, il ne recevait pas les frères, il empêchait ceux qui voulaient les recevoir et les chassait de l’assemblée. Alors, dit Jean : « Bien-aimé, n’imite pas le mal, mais le bien ». Reçois ceux qui ont un bon passeport : la vérité (dans les écrits de Jean, essentiellement quant à la Personne et à l’œuvre de Christ).

Recevoir les frères, spécialement les ouvriers du Seigneur, était nécessaire à une époque où les facilités d’hébergement étaient rares. Mais le principe demeure. Non seulement recevoir, mais « faire la conduite d’une manière digne de Dieu » : accompagner ici ou là, selon les besoins ; les suivre aussi de notre affection, de notre aide, par correspondance, par contacts éventuels. Les communications sont bien plus faciles aujourd’hui, mais les exhortations toutes pratiques de cette épître restent les mêmes.

 

Rappelons encore que l’Esprit est la vérité (v. 6), comme Christ est la vérité. L’Esprit rend témoignage à Christ. Combien il importe de garder cette vérité quant à la personne de Christ, telle que ces trois épîtres nous l’ont présentée. Mais on peut défendre la vérité sans amour, tandis que l’amour, pour le Seigneur et pour les frères, défend la vérité. Rappelons-nous aussi que l’on peut pratiquement chasser « de jeunes plantes » encore mal affermies, en ne leur parlant pas avec affection, en les plaçant sous un joug trop dur, en ne les invitant pas à s’exprimer pour pouvoir ensuite les corriger avec amour.

 

7                    Le disciple que Jésus aimait

Comme nous l’avons vu, Jean ne se nomme jamais dans son évangile. Mais il est clair que « l’autre disciple » est la même personne (20:2) que « le disciple que Jésus aimait », celui qui a écrit l’évangile (21:24).

Jésus a-t-il aimé Jean plus que les autres ? Aucun d’eux ne l’a ressenti. Tous étaient aimés du même amour. Mais Jean était pénétré de l’amour du Seigneur pour lui : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Comment a-t-il pu m’aimer, moi, Boanergès, l’intolérant, qu’il a dû maintes fois reprendre ? Jean est confondu de ce que Jésus l’aimait. Marie de Béthanie aussi avait été pénétrée de cet amour. Paul à son tour parle du « Fils de Dieu qui m’a aimé » (Gal. 2:20).

N’avons-nous pas encore compris qu’aujourd’hui Jésus nous aime du même amour, malgré nos faiblesses, nos caractères, nos inconséquences, nos manquements ? Et cet amour ne change jamais.

L’amour véritable, l’amour du Seigneur ne cherche pas son propre intérêt, comme l’amour d’Isaac pour Ésaü parce que le gibier était sa viande, ou de Rebecca pour Jacob parce qu’il aimait habiter les tentes.

« Nous, nous aimons parce que Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19). La louange s’élève vers « Celui qui nous aime... à lui la gloire » (Apoc. 1:5-6).

 

7.1   À la table de la Pâque — Jean 13:23-27

Les douze étaient là. Jean tout près. Judas aussi (puisque Jésus lui a tendu le morceau). D’un côté l’amour, de l’autre la haine. Pierre est plus éloigné. Déjà, dans son cœur, il pense beaucoup plus à son amour pour son Seigneur, qu’à l’amour du Seigneur pour lui (13:37). Sa confiance en lui-même le conduira au reniement.

Jean dit : Seigneur, lequel est-ce ? Dans un autre évangile (Matt. 26:25) Judas dit : Est-ce moi, Rabbi ? « Nul ne peut dire Seigneur Jésus, si ce n’est par l’Esprit Saint » (1 Cor. 12:3).

Le traître avait marché trois ans avec le Fils de Dieu sur la terre. Quelqu’un parmi nous a-t-il seulement l’apparence d’être à Lui ? Jésus en est profondément troublé dans son esprit (v. 21). Et, chose terrible, « après le morceau, alors Satan entra en lui ». Le Seigneur Jésus l’avait dit : Il eût mieux valu pour cet homme qu’il ne fût pas né. Judas sort aussitôt dans la nuit profonde, dans la nuit éternelle.

Quel soulagement lorsqu’il est parti (v. 31) ! « Maintenant le fils de l’homme est glorifié ». Sa gloire morale va briller tout spécialement à la croix :

 

Dans la honte a brillé ta gloire

Sur la croix.

À toi, Jésus, fut la victoire

Sur la croix.

 

Dans les autres évangiles, Jésus institue alors un nouveau mémorial. Il avait « fort désiré » de manger la Pâque avec ses disciples, mais ce désir allait certainement au-delà, vers le repas qui pendant les siècles de son absence parlerait de tout son amour : « Ceci est mon corps... donné pour vous... Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang... versé pour vous » (Luc 22:19-20). Répondrons-nous : « Le désir de notre âme est après ton Nom et après ton souvenir » ? (És. 26:8)

Dans l’intimité où il se trouve avec Jésus, sur la poitrine duquel il s’est même penché, quels sentiments profonds remuent le cœur de Jean ! L’amour de Jésus va-t-il vraiment jusqu’à donner son corps, jusqu’à verser son sang ? Dans quel but ? Soixante ans plus tard, l’apôtre écrira : « Le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jean 1:7).

 

7.2   Chez Caïphe — Jean 18:15-16

Simon Pierre et « l’autre disciple » ont suivi Jésus jusqu’au palais de Caïphe. Jean, qui se dit connu du souverain sacrificateur, entre avec Jésus dans la cour. Pourquoi n’est-il pas appelé ici le disciple que Jésus aimait, mais simplement « autre disciple » ? (dans l’original, sans article au v. 15 ; pourtant on a tout lieu de penser que c’était bien Jean, au v. 16 avec article). Lui entre ; Pierre se trouve devant une porte fermée (18:16). Jésus l’avait averti qu’il allait le renier. Dieu plaçait cet obstacle sur le chemin de la chair. Fallait-il forcer cette porte ? On peut avoir de bons désirs, et Dieu permet qu’une porte, une perspective, une possibilité se ferme. Ne faut-il pas l’accepter de sa main jusqu’à ce qu’il en ouvre une autre, ou l’ouvre quand même ?

Jean croit être obligeant envers son ami en utilisant ses relations pour lui faire ouvrir la porte ; sans le vouloir (il avait pourtant entendu Jésus avertir Pierre), il lui rend un mauvais service en l’exposant à une occasion de chute. Simon a négligé l’obstacle que la providence divine avait placé sur son chemin ; sûr de lui, il entre, et devra apprendre amèrement à ne plus se confier dans la chair.

Jean semble bien être resté dans la cour et avoir assisté au reniement. Il n’en dit rien et décrit le malheur de son compagnon dans des termes aussi brefs et simples que possible (18:25-27), au contraire de Marc qui en souligne la gravité (on a tout lieu de penser que Marc a écrit l’évangile, sous l’inspiration du Saint Esprit certainement, mais aussi renseigné par Pierre — d’après Papias).

 

7.3   À la croix — Jean 19:26-27

« Près de la croix de Jésus se tenait sa mère ». Dans ce lieu, où de tous côtés règne la haine, l’amour ne manque pas : l’amour du Rédempteur qui donne sa vie ; l’amour aussi de l’Homme parfait qui pense à sa mère ; l’amour de la mère pour son fils qui va mourir. Lors de sa naissance, elle l’avait déposé dans la crèche ; maintenant, avec tout son cœur maternel, sans peur, elle est venue et se tient debout devant la croix. Siméon avait dit : « Une épée transpercera ta propre âme » (Luc 2:35) ; l’épée est là ! Sa sœur l’accompagne, puis Marie de Magdala, si attachée à son Seigneur que, ressuscité, il apparaîtra à elle premièrement. D’après Marc, Salomé, la mère de Jean, est présente : l’heure de la gloire du royaume n’est pas venue, mais celle de la honte, de l’opprobre, de cette mort horrible entre deux brigands. D’autres femmes les accompagnent ; elles avaient suivi Jésus et l’avaient servi lorsqu’il était encore en Galilée ; aussi longtemps qu’elles l’avaient pu, elles avaient eu à cœur d’être avec lui, de l’assister de leurs biens. Mais maintenant... Seul des disciples, Jean s’est joint au petit groupe. Jésus, qui a déjà promis le paradis au brigand repenti, se met de nouveau à parler : « Femme, voilà ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voilà ta mère ». Les liens terrestres vont se dénouer par la mort. « Si même nous avons connu Christ selon la chair, toutefois maintenant nous ne le connaissons plus ainsi » (2 Cor. 5:16). La mère de Jésus va-t-elle rester seule ? La tendresse du Seigneur la confie au disciple qu’il aimait, qui la prend chez lui (selon toute apparence il n’était pas marié). Un nouveau lien se forme entre ceux qu’Il aime : c’est la famille de Dieu, qui sera tout particulièrement le sujet du ministère de Jean. Dans cette relation nouvelle, un fils est confié à une mère, quand l’Autre s’en va.

De qui les deux vont-ils parler, sinon de Celui que leur cœur aime ? Marie peut rappeler tant de choses depuis l’apparition de l’ange : « Tu appelleras son nom Jésus... l’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (Luc 1:31, 35) ; tout le déroulement de la naissance, la fuite en Égypte, le retour à Nazareth, la Pâque à Jérusalem, l’humble atelier du charpentier. Et Jean sans doute peut relater tant de souvenirs des trois années passées avec son Maître et de la transformation que Son amour a opérée en lui.

Le petit groupe se retire en arrière pendant les heures de ténèbres et « se tient loin, regardant ces choses » (Luc 23:49). Ils auront pourtant entendu Jésus dire, avec quel soulagement : « C’est accompli » (*), et, l’œuvre achevée, remettre son esprit à son Père.

 

(*) Voir la brochure « C’est accompli »

 

Que ta mort, ô sainte Victime,

Soit toujours présente à nos yeux !

Ton sang a lavé notre crime,

Seul, ton sang nous ouvrit les cieux.

 

7.4   Au sépulcre — Jean 20:2-10

Il fait encore nuit quand Marie de Magdala vient au sépulcre, voit la pierre ôtée, et tout effrayée court vers Pierre et vers l’autre disciple que Jésus aimait : « On a enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où on l’a mis ». C’est le premier jour d’une nouvelle semaine, le premier jour d’une nouvelle ère, celle de la grâce. Le sabbat de la loi fait place au dimanche, la journée « dominicale » (Apoc. 1:10) : qui appartient au Seigneur.

Malgré le reniement de Pierre qu’il connaît, Jean ne va pas seul au sépulcre ; il ne laisse pas de côté son frère coupable. Ils courent les deux ensemble. Il va plus vite que Pierre, et le premier, s’étant baissé, voit les linges à terre. Ici voir c’est simplement regarder. Au verset 6, Pierre considère de près ces linges et le suaire. Au verset 8, Jean regarde attentivement. Les linges sont intacts, ce ne sont pas les bandes de Lazare qu’il faut « délier » (11:14). Comme Jésus est sorti du tombeau sans que la pierre soit roulée (l’ange l’a fait pour démontrer que le sépulcre était vide), il est sans doute aussi sorti des linges, même si le suaire est plié en un lieu à part. Jean a vu et suivi l’Agneau de Dieu. Pendant des années il a entendu et contemplé et touché... Il a vu son Maître sur la croix. Mais quand il voit de près le tombeau vide et les linges, il croit. Jusque-là il ne connaissait pas l’Écriture qu’il devait ressusciter d’entre les morts. L’absence du corps est une révélation. Ce n’est plus un cadavre que l’on va chercher, comme Marie de Magdala ; mais dans son cœur, profondément, sa foi saisit qu’il est ressuscité. « L’épanouissement » se poursuit... jusqu’à ce que la venue du Saint Esprit l’achève.

Marie de Magdala reste au sépulcre, dans le deuil et les pleurs ; tout va changer quand, dans la gloire de ce matin, une Voix dit : Marie ! Elle se retourne, elle Le reconnaît, elle reçoit le message : Va vers mes frères et dis-leur... Mais Marie, avant de transmettre aux disciples les paroles de Jésus, laisse éclater la joie qui remplit son cœur : « Elle a vu le Seigneur » (v. 18).

Et le même soir, portes fermées, Lui-même vient et se tient au milieu d’eux. Jean, avec les autres, se réjouit quand il vit le Seigneur.

 

7.5   La deuxième pêche miraculeuse — Jean 21:2-7

Les disciples ont passé de Jérusalem à la mer de Tibérias en Galilée. Ils sont sept, cinq sont nommés, deux autres les accompagnent. « Je m’en vais pêcher », dit Pierre. Eux de répondre : « Nous allons aussi avec toi ». On va reprendre l’ancien métier, cela nous donnera la nourriture dont nous avons besoin. Ces pêcheurs expérimentés, cette nuit-là, ne prirent rien !

Dans l’aube du matin, Jésus se tient sur le rivage et les interpelle : « Petits enfants... » (cf. 1 Jean 2:18) : ils ont encore beaucoup de progrès à faire ! Toute l’affection du Sauveur émane de cette interpellation. « Avez-vous quelque chose à manger ? » Il faut confesser : Non. On était parti à la pêche sans lui, même en l’oubliant, et l’on n’avait rien pris !

À sa parole, comme autrefois (Luc 5), ils jettent le filet, qui s’emplit d’une quantité de poissons. L’amour de Jean reconnaît alors son Seigneur, non d’après son aspect physique, la couleur de ses cheveux ou de ses yeux, mais parce qu’Il a parlé à son cœur. C’est « le même Jésus » qui autrefois a fait déborder leur filet, et maintenant va les nourrir : « Venez, dînez » (v. 11). Au bord du Jourdain, Il avait dit, dans une toute première étape : « Venez, voyez » (1:40). Et ils avaient « vu ».

À quelque distance du petit groupe, Jésus opère la restauration publique de Simon (le vieux nom !).

 

7.6   Suivre Jésus — Jean 21:20-25

En l’avertissant au soir de la nuit fatale, Jésus avait dit à Simon : « Tu ne peux pas me suivre maintenant ». Depuis lors, Pierre a appris à juger sa confiance en lui-même, il a pleuré, Jésus l’a restauré, d’abord seul à seul, puis publiquement. Il conclut l’entretien en lui disant : « Suis-moi » (21:19). Maintenant Pierre peut suivre : c’est la grâce ! Quand le Saint Esprit sera descendu sur lui, avec puissance il présentera l’évangile.

Mais voilà, le vieux Pierre « se retourne ». Il voit suivre, sans en avoir été même sollicité, le disciple que Jésus aimait, mentionné pour la cinquième fois. « Seigneur, et celui-ci que lui arrivera-t-il ? » Au lieu de « suivre », Pierre se préoccupe des autres. Et celui-ci ? Et celle-là ? N’est-ce pas souvent notre attitude ? Au lieu d’avoir « les yeux fixés sur Jésus », on regarde à droite et à gauche, on se préoccupe de la manière dont son frère ou sa sœur marche, si même on ne critique pas. Une dernière leçon est donnée à Pierre : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi ». « Sois attentif à toi-même », dira Paul à Timothée (1 Tim. 4:16). Maintenant Pierre ne suivra plus dans la conscience de ses capacités propres, mais par amour pour le Sauveur qui lui a pardonné et l’a restauré.

 

7.7   L’appellation « le disciple » que Jésus aimait

En considérant les cinq occasions où Jean est appelé « le disciple que Jésus aimait », demandons-nous quel réconfort elles ont représenté pour le cœur du Seigneur lui-même. La première mention est à la table de la Pâque : « L’un d’entre ses disciples, que Jésus aimait, était à table dans le sein de Jésus » (13:23). Jésus connaissait bien le cœur des autres, en particulier de Pierre et de Judas ; quel baume pour le sien d’avoir ainsi tout près de lui « l’un d’entre ses disciples », tandis qu’il va ajouter : « L’un d’entre vous me livrera ».

La seconde occasion est « près de la croix de Jésus... Le disciple qu’il aimait se tient là » (19:25-26). Où se trouvent les autres ? — Quelle consolation pour le cœur du Crucifié dans ces heures terribles de pouvoir confier sa mère à un tel ami.

Marie de Magdala vient tout éplorée « vers l’autre disciple que Jésus aimait » et parle du sépulcre vide. Jean a sous les yeux la preuve de la résurrection. Pourtant il rentre « chez lui ». Il a « vu et cru ». Mais il faudra le rassemblement de la soirée, et Jésus au milieu, pour qu’avec les autres, il puisse se réjouir en voyant le Seigneur, et certainement réjouir Son cœur.

Jésus ressuscité se « manifeste » aux disciples (21:1). Ressuscité, il ne se « présente » pas. Normalement invisible, ici et là, il se « manifeste ». Qui va le reconnaître ? Quelle joie pour Lui d’entendre le disciple qu’il aimait dire : « C’est le Seigneur ».

Quand enfin l’évangile va se clore, de lui-même, sans y être appelé, « le disciple que Jésus aimait » se met à Le suivre. Quelle joie pour Son cœur !

Nous aimons à penser, et c’est très bien, aux soins du Seigneur pour nous. Pensons-nous assez à ce qui dans notre vie peut réjouir son cœur à lui ? La fiancée du Cantique des Cantiques dit d’abord : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lu», pensant d’abord à son amour à elle pour lui, et ensuite au sien pour elle (2:16). Plus tard elle inversera les termes : « Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi », pensant d’abord à son amour pour elle (6:3). Enfin elle dira : « Je suis à mon bien-aimé, et son désir se porte vers moi » : Elle est toute à lui et ne pense qu’à son amour pour Elle.

Et Jésus s’éloigne. Jean le suit. Pierre le suit (l’ascension n’est pas mentionnée dans ce livre). « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive ; et, où je suis, moi, là aussi sera mon serviteur » (12:26). Ainsi l’évangile se clôture au seuil du ciel.