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La part de Christ

 

Les souffrances et les gloires de Christ

 

dans quelques Psaumes

 

(1 Pierre 1:11)

G.André — 1988

Table des matières abrégée :

1     Introduction

2     Les souffrances

3     Les gloires qui suivraient

 

Table des matières détaillée :

1     Introduction

2     Les souffrances

2.1      Psaume 40:6-13, 16-17, 1-3 — L’obéissance de Christ à la volonté du Père

2.1.1      « Avant la fondation du monde »

2.1.2      Dans le temps

2.1.3      Sur la terre

2.1.4      La réponse divine (v. 1-3)

2.2      Psaume 102 — L’abaissement suprême du Sauveur

2.2.1      La profondeur de son humiliation dans une tristesse sans égale (v. 1-11)

2.2.2      « À cause de la joie qui était devant lui, il a enduré la croix, ayant méprisé la honte, et est assis à la droite du trône de Dieu » (Héb. 12:2) (v. 13-22)

2.2.3      v. 23-24b

2.2.4      La réponse divine (v. 24b-28)

2.3      Psaume 69:1-21 ; 29-35 — L’Homme de douleurs

2.3.1      v 1-6

2.3.2      Ses afflictions durant sa vie — v. 7-12

2.3.3      Sa prière à Gethsémané — v. 13-20 (Héb. 5:7)

2.3.4      Les résultats — v. 30-36

2.4      Psaume 22

2.4.1      v. 1-21a — Sur la croix

2.4.2      Les résultats

3     Les gloires qui suivraient

3.1      Psaume 16

3.2      Psaume 45 — L’apparition glorieuse du Messie apportant la délivrance

3.3      Psaume 2 — « Tu es mon Fils »

3.4      Psaume 8 — La domination universelle du fils de l’homme

3.5      Psaume 110 — « Tu es sacrificateur pour toujours »

3.6      Psaume 72 — Le règne : « Son nom sera pour toujours »

3.7      Conclusion

 

 

1                    Introduction

Un certain nombre de psaumes nous présentent tout spécialement le Seigneur Jésus, quoique beaucoup d’autres parlent de lui sous divers aspects. Après l’entretien sur le chemin d’Emmaüs où il avait fait brûler deux cœurs, avant de quitter les siens Jésus a souligné « qu’il fallait que toutes les choses qui sont écrites de lui... dans les psaumes fussent accomplies » ; il leur a alors « ouvert l’intelligence pour entendre les Écritures » (Luc 24:32, 44-45). Quelqu’un a appelé de tels psaumes « le cœur du Saint Livre ».

En effet, les évangiles rappellent surtout les faits de la vie du Sauveur ; mais les psaumes, et particulièrement ceux que nous allons considérer, nous font entrer un peu plus dans les sentiments qu’a éprouvés dans l’intimité de son être, Jésus qui a tant souffert, généralement solitaire.

De tels psaumes sont très souvent cités à son sujet dans le Nouveau Testament, preuve qu’ils parlent bien de Christ ; soit dans les discours de Pierre puis de Paul dans les Actes, et surtout dans l’épître aux Hébreux.

Mais s’il fallait que le Christ souffre ces choses, il fallait aussi qu’il entre dans sa gloire (Luc 24:26) ; elle « suivait les souffrances » (1 Pierre 1:11). Certains psaumes se concentrent sur de telles gloires.

Si, dans ces portions de la Parole, l’Esprit de Dieu a voulu nous faire entrer en quelque mesure dans les profondeurs où l’amour du Sauveur l’a conduit, ne nous convient-il pas de les considérer avec toute révérence, sentant bien la distance qui nous sépare de ce qu’il a pu vivre lui-même. Le psaume 22 par exemple nous parle de ces heures de ténèbres, pendant lesquelles le petit groupe qui avait été précédemment au pied de la croix « se tenait loin regardant ces choses » (Luc 23:49). Il faut aussi veiller à ne pas dépasser ce que la Parole nous présente. D’aucuns ont voulu le faire, présumant, ou supposant tel ou tel aspect qui ne nous est pas clairement révélé ; ils se sont plus d’une fois fourvoyés, comme hélas, parfois, ceux qui ont cherché à les corriger. Nul ne devait regarder dans l’arche, type de Christ, même pas la toucher, sous peine de mort !

La moitié des psaumes, d’après leurs suscriptions, ont été composés par David, le doux psalmiste d’Israël ; avec bien d’autres, ils expriment les expériences qu’ont traversées de tels hommes de Dieu. Mais, chose remarquable, l’Esprit de Dieu qui les a inspirés, les a conduits souvent beaucoup plus loin que leurs propres sentiments, jusqu’à exprimer ceux du Sauveur lui-même ; aussi seul cet Esprit de vérité peut-il « prendre de ce qui est à Lui et nous l’annoncer » ; son but n’est-il pas de « Le glorifier » ? (Jean 16:14).

D’autres portions de la Parole nous présentent divers types de Christ. Lors de l’entretien du Ressuscité avec les deux disciples, il « commençait par Moïse et par tous les prophètes, et leur expliquait, dans toutes les Écritures, les choses qui le regardent » (Luc 24:27). Relevons en passant les cas de Joseph, Moïse et David. Chacun d’eux a connu un chemin de souffrances, qui les a fait descendre fort bas, puis ils ont été élevés à la gloire. Joseph a délivré son peuple de la famine ; Moïse, de l’esclavage ; David, de l’ennemi. La Parole de Dieu se plaît à relever divers incidents de leurs vies et de leurs expériences, qui, d’une façon voilée peut-être, mais claire pour le croyant, parlaient de Celui qui devait venir.

Nous considérerons d’abord quelques psaumes parlant des souffrances, puis d’autres des gloires : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ? » (Luc 24:26).

 

Sur l’interprétation prophétique des psaumes :

Nous disposons des ouvrages suivants :

·       J.N.D. — Études sur la Parole

·       H. RossierHistoire prophétique des derniers jours et Cantiques des Degrés

·       H. RossierAide-mémoire pour l’étude des psaumes

 

Pour l’édification nous recommandons :

·       J.N.D.Réflexions pratiques sur les psaumes

·       H. RossierCommunion et psaumes de communion

·       « C’est accompli », pensées sur le psaume 22

 

Les souffrances

·       Psaume 40 : L’obéissance de Christ à la volonté du Père : « Voici je viens »

·       Psaume 102:1-11 ; 23-28 : L’abaissement suprême du Sauveur

·       Psaume 69:1-21 : L’Homme de douleurs ; Ses afflictions dans sa vie et devant la mort

·       Psaume 22:1-21a : Ses souffrances sous le jugement et l’abandon de Dieu

·       Psaume 22:21b-31 : Les résultats

 

Les gloires

·       Psaume 16 : Après la perfection de sa vie, la résurrection et la gloire

·       Psaume 45:1-11 : L’apparition glorieuse du Messie apportant la délivrance

·       Psaume 2:7-9, 12 : « Tu es mon Fils)

·       Psaume 8:3-6 : Le fils de l’homme couronné de gloire (Héb. 2)

·       Psaume 110:4 : «Sacrificateur pour l’éternité »

·       Psaume 72:1-17 : Le Règne : « Son Nom sera pour toujours »

 

2                    Les souffrances

 

2.1   Psaume 40:6-13, 16-17, 1-3 — L’obéissance de Christ à la volonté du Père

« Voici, je viens » Ps. 40:7 ; Héb. 10:9

 

2 Corinthiens 3:18 nous dit : « Nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit ». Le voile qui, pour les Juifs, demeurait sans être levé dans la lecture de l’Ancien Testament et qui jusqu’à aujourd’hui demeure, est levé pour le croyant. Nous tous pouvons contempler à face découverte, sans voile, les gloires variées du Seigneur : gloires personnelles, éternelles ; gloires officielles que nous partagerons avec Lui dans le Règne ; gloire morale tout le long de sa vie ici-bas. Et l’Esprit de Dieu agit dans nos cœurs, pour qu’en Le contemplant, nous soyons « transformés ».

Ce psaume 40 nous présente le Seigneur Jésus venant dans ce monde dans un chemin d’obéissance et de dévouement total, dans une parfaite soumission à la volonté de Dieu. « Affligé et pauvre », il s’attendait à son Dieu. Le psaume est pour ainsi dire encadré par cette attente patiente. Nous avons besoin de le voir dans ce chemin de pleine consécration.

 

2.1.1       « Avant la fondation du monde »

« Il est écrit de moi dans le rouleau du livre », livre des conseils éternels de Dieu, il contient le mystère de ce qui s’est passé dans le secret du ciel entre le Père et le Fils : « Père... tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24) ; « Au commencement était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu ; et la Parole était Dieu » : éternel dans son existence, distinct dans sa personne, divin dans son essence.

« Avant la fondation du monde », l’Agneau a été « préconnu » (1 Pierre 1:20). Et ceux que Dieu a « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ », il les a « élus en lui avant la fondation du monde » (Éph. 1:3-4), « élus selon la préconnaissance de Dieu le Père » (1 Pierre 1:2)... N’allons pas plus loin dans ce mystère qui nous est révélé dans la mesure où notre intelligence limitée peut le saisir.

 

2.1.2       Dans le temps

« En entrant dans le monde, il dit...» rappelle Hébreux 10:5.

Notre psaume précise : « Tu m’as creusé des oreilles... Voici, je viens ;... c’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir » (Ps. 40:6-8)

Jean 1:14 nous dit : « La Parole devint chair ». Jésus lui-même déclare : « Moi, je procède de Dieu et je viens de lui ; car je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé» (Jean 8:42). Et plus tard : « Je suis sorti d’auprès du Père, et je suis venu dans le monde » (Jean 16:28). En Luc 1:35, l’ange révèle à Marie : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu ». Aux bergers il est annoncé : « Aujourd’hui... vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur ». Quel en était le signe ? — « Un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche » (Luc 2:12) ! Philippiens 2:6-7 complétera le mystère : « Étant (subsistant) en forme de Dieu,... Il s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes ».

« Sans contredit, le mystère de la piété est grand : — Dieu a été manifesté en chair » (1 Tim. 3:16). Fils de Dieu, il l’était avant la fondation du monde. Comme on l’a dit, sa naissance sur la terre a correspondu à ce qu’il était auprès de Dieu toujours. Devenu véritablement homme, il est resté aussi véritablement Dieu, en une seule Personne, malgré son abaissement.

Ne scrutons pas plus loin le mystère : « Personne ne connaît (à fond) le Fils, si ce n’est le Père » (Mat. 11:27).

 

2.1.3       Sur la terre

«Tu m’as creusé des oreilles... c’est mes délices ô mon Dieu de faire ce qui est ton bon plaisir » (v. 6 et 8). De même que les tables de la loi étaient dans l’arche, « ta loi est au-dedans de mes entrailles ». Que comportait cette obéissance et cette soumission parfaites ?

Annoncer la justice de Dieu ; ne pas retenir ses lèvres ; ne point cacher sa justice au-dedans de son cœur ; parler de sa fidélité et de son salut ; ne pas celer sa bonté et sa vérité. Nous pouvons dans l’Évangile suivre de lieu en lieu Celui qui présentait la grâce, qui usait de bonté et de compassion envers les malades, les pauvres, tous ceux qui venaient à lui. Mais aussi, ne craignant pas de parler ouvertement à ceux qui rejetaient cette grâce, en particulier aux pharisiens et aux scribes (Luc 20:3). Au début de son ministère, Jésus avait répété : Bienheureux... bienheureux (Mat. 5:3-12). À la fin de sa course, pourquoi doit-il redire tant de fois : Malheur... malheur... malheur (Mat. 23:13-29) ?

Quand il doit adresser des reproches aux villes dans lesquelles le plus grand nombre de ses miracles avait été fait, avec quelle tristesse il doit redire : Malheur... Et pourtant « en ce temps-là, Jésus répondit et dit » : « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi ». Il se soumet à l’opprobre, au rejet. Ses bras restent quand même ouverts : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos » (Mat. 11:28).

Qu’a-t-il devant lui ? — « Des maux sans nombre m’ont entouré ; mes iniquités m’ont atteint et je ne puis les regarder ; elles sont plus nombreuses que les cheveux de ma tête, et mon cœur m’a abandonné » (v. 12). « Mes iniquités m’ont atteint » (v. 12). Voilà la perspective qui l’attend, sans être encore la croix. C’est en quelque sorte le bouc Azazel (Lév. 16:8, 21, 22) qui s’en va seul dans une terre inhabitée, chargé des péchés d’Israël.

« Ceux qui prennent plaisir à mon malheur » (v. 14). Que de fois il a rencontré « la contradiction des pécheurs contre lui-même» (Héb. 12:3). Un refrain jalonne les évangiles : « contre ». Les pharisiens tinrent conseil « contre » lui (Mat. 12:14 ; 27:1). Ils cherchaient « quelques faux témoignages contre Jésus » (Marc 14:55, 60) ; « contre lui toute la cohorte » (Mat. 27:27) ; cracher « contre lui » (Marc 14:65 ; 15:19).

À son Dieu il demande la délivrance, le secours : « Maintenant mon âme est troublée ; et que dirai-je ? Père, délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cela que je suis venu à cette heure. Père, glorifie ton nom » (Jean 12:27-28).

Quelques-uns pourtant répondront à son amour et rechercheront le Dieu Sauveur : « Que tous ceux qui te cherchent s’égayent et se réjouissent en toi ; que ceux qui aiment ton salut disent continuellement : Magnifié soit l’Éternel ! » (v. 16).

«Tu m’as creusé des oreilles ». Hébreux 10:5 dira : «Tu m’as formé un corps ». Corps formé par Dieu lui-même, naissance virginale, corps humain, parfait comme tel, ayant eu faim, ayant eu soif, ayant été lassé du chemin. Mais corps qu’il a voulu prendre pour pouvoir (non devoir) mourir (Héb. 2:14). À la veille du sacrifice suprême, quand il institue la Cène, il dira à chacun des siens : « Ceci est mon corps, donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi ». Il avait tout donné : sa gloire, son amour, sa compassion, ses forces, sa réputation, son honneur, et tant d’autres choses encore ; que pouvait-il donner de plus ? — Son corps ! Il a, comme la brebis muette, subi les coups, les crachats, le fouet, la honte, et pour finir l’horrible supplice de la croix, sur laquelle il a traversé les heures de ténèbres alors qu’il était fait péché pour nous.

Deux hommes, qui n’avaient pas osé le suivre, se sont rencontrés au pied de la croix, où pendait ce corps inanimé : « Ils prirent le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de linges, avec les aromates... Il y avait... dans le jardin un sépulcre neuf... Ils mirent donc Jésus là » (Jean 19:38-42).

À la fin du psaume, le Christ rappelle ce qu’il a été : «Affligé et pauvre ». Deux expressions que nous sommes appelés à sonder dans la mesure où nous le pouvons, ayant peu connu d’affliction et de réelle pauvreté : « Bienheureux celui qui comprend le pauvre ! Au mauvais jour l’Éternel le délivrera, l’Éternel le gardera... il sera rendu heureux sur la terre » (Ps. 41:1-2).

Jérémie exprimait dans ses Lamentations : « Je suis l’homme qui ai vu l’affliction par la verge de sa fureur » (3:1). « Mon œil se consume d’affliction » (Ps. 88:9). « Souviens-toi de David et de toutes ses afflictions » (Ps. 132:1). « Souviens-toi de mon affliction » (Lament. 3:19).

Il a été « le pauvre », parce que volontairement il s’est « fait pauvre », quoiqu’il eût « de grands biens » (Prov. 13:7). Il a connu la pauvreté au point d’être secouru par les femmes fidèles qui le suivaient (Luc 8:3). Et lorsque les pharisiens et les Hérodiens lui demandent s’il faut payer le tribut à César, il doit les prier d’apporter un denier, n’en ayant pas lui-même (Marc 12:15). « Étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2 Cor. 8:9).

Dernières paroles du psaume 40 : « Tu es mon secours et celui qui me délivre. Mon Dieu ! ne tarde pas ». Il n’a pas été exaucé en ayant été sauvé de la mort, mais à travers la mort. « Durant les jours de sa chair, ayant offert, avec de grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, ayant été exaucé à cause de sa piété, quoiqu’il fût Fils il a appris l’obéissance par les choses qu’il a souffertes » (Héb. 5:7-8). Les trois premiers versets de notre psaume vont donner la réponse.

 

2.1.4       La réponse divine (v. 1-3)

« J’ai attendu patiemment l’Éternel ; et il s’est penché vers moi et a entendu mon cri. Il m’a fait monter hors du puits de la destruction (la mort), hors d’un bourbier fangeux (le péché) ; et il a mis mes pieds sur un roc », ce roc glorieux de la résurrection. « Il s’est penché vers moi » (v. 1). Dieu pour ainsi dire voit son Fils remonter du puits ; il « a entendu son cri » ; ce Fils qui a tant souffert « est salué par Dieu » (Héb. 5:10) : « Assieds-toi à ma droite » (Ps. 110:1). La mort ne lui a pas été épargnée, mais, étant ressuscité, « il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur du salut éternel » (Héb. 5:9).

Quand le sacrifice est consommé, il peut entonner « un cantique nouveau, la louange de notre Dieu ». Il n’est plus seul : « Plusieurs le verront et craindront et se confieront en l’Éternel » (cf. Jean 12:24).

En cette journée de la résurrection, premier jour de la semaine, jour de lumière, il s’emploiera à ramener, afin de les avoir autour de lui le soir même, ceux qui s’éloignaient : un Pierre qui l’avait renié ; deux qui s’en allaient à Emmaüs ; et d’autres encore. Quand il est apparu au milieu d’eux, « les disciples se réjouirent quand ils virent le Seigneur ».

Aujourd’hui encore, au premier jour de la semaine, c’est notre privilège de nous réunir autour de lui, le Centre, comme membres de son corps ; et, en participant au pain de la Cène, de réaliser « la communion du corps du Christ », ce corps dans lequel il a tant souffert, mais aussi ce corps spirituel composé de tous ses rachetés, dont il est lui-même la Tête (1 Cor. 10:16-17).

Encore une fois : « Bienheureux celui qui comprend le pauvre ». Ce fut le privilège d’une Marie de Béthanie (Jean 12:7) ; de Marie de Magdala qui l’avait suivi et servi et fut la première à le voir ressuscité ; même des disciples, au soir de la résurrection, eux qui n’avaient pas compris qu’il leur avait parlé d’avance de ses souffrances, et cherchaient pour eux-mêmes la première place (Luc 22:19-24).

Sommes-nous meilleurs qu’eux lorsque nous participons au pain, « ne distinguant pas le corps » (1 Cor. 11:29) ou en ayant négligé de « nous éprouver nous-mêmes » ? « Se juger » n’éloigne pas de la Cène, mais amène à manger (v. 28) dans le sentiment de la grâce qui, à cause de l’œuvre de la croix que nous rappelons en un tel moment, peut tout pardonner à ceux qui confessent leurs fautes (1 Jean 1:9).

 

2.2   Psaume 102 — L’abaissement suprême du Sauveur

Prière de l’affligé, quand il est accablé et répand sa plainte devant l’Éternel

 

Une première question se pose : Aimons-nous vraiment le Seigneur Jésus ? Comment l’aimons-nous ? Si la méditation de ce psaume nous amène à mieux le connaître, à mieux l’aimer, il y aura de la gloire pour lui.

 

les versets 1-11, 23-24a

soulignent son abaissement, sa solitude. Cinq fois il y est question de « jour ». Ils nous révèlent les pensées intimes que le Seigneur Jésus a eues dans son cheminement de souffrances tout le long de sa vie et devant la perspective de la croix.

 

les versets 12-22

expriment « la joie qui était devant lui » (Héb. 12:2), un tissu de bénédictions autant pour les Juifs que pour les nations.

 

les versets 24b-28

apportent la réponse divine : il y est question d’« années ». Reprise presque textuellement en Hébreux 1:10-12, comme s’appliquant au Fils, elle nous donne bien la certitude que dans ce psaume, c’est essentiellement Lui que nous contemplons.

 

2.2.1       La profondeur de son humiliation dans une tristesse sans égale (v. 1-11)

Remarquons que dans l’en-tête, contrairement à bien d’autres psaumes, il n’y a ni nom d’auteur, ni indication de musique sur laquelle il doit être chanté.

Les versets 1-2 sont un cri de détresse quand les paroles manquent pour l’exprimer : « Au jour que je crie, hâte-toi, réponds-moi ». C’est la prière non d’un affligé, mais de l’affligé. Très probablement l’écrivain du psaume n’a pas compris de qui il s’agissait. Était-ce de lui-même, ou d’un affligé de sa connaissance ? Mais l’Esprit de Dieu sans aucun doute avait en vue, comme Hébreux 1 le confirme et Ésaïe 53 le présente en détail, Celui qui a été opprimé et affligé,... qu’il plut à l’Éternel de meurtrir et de soumettre à la souffrance.

L’affligé « répand sa plainte devant l’Éternel », non pas devant les hommes. Quel modèle pour nous qui si facilement nous plaignons auprès de l’un ou de l’autre, trouvant peut-être quelque consolation auprès d’un frère, d’une sœur, d’un parent, mais restant surtout occupés de nous-mêmes. Pire encore, selon le psaume 42:4, on peut « répandre son âme au-dedans de soi », se morfondre, tourner et retourner dans son esprit tout ce qui nous abat. Au psaume 62:8, le psalmiste invite le peuple à se confier en Dieu en tout temps, à « répandre votre cœur devant lui : Dieu est notre refuge ». Dans 1 Samuel 1:15, Anne, dont l’esprit était accablé, « répandait son âme devant l’Éternel ».

Savons-nous en faire autant plutôt que de répandre nos plaintes dans notre entourage ?

Dans notre psaume, c’est la plainte intime du Fils devant le Père. La réponse viendra dès le verset 25. Mais ce dialogue n’est pas à notre portée. Il est placé devant nos cœurs pour que nous entrions un peu dans la profondeur des souffrances du Sauveur, avec toute révérence et distance. Il n’y a ici ni murmure, ni révolte ; la souffrance est douloureusement éprouvée, mais acceptée.

Les versets 3 à 5 semblent marquer des souffrances dans son corps : « mes os sont brûlés... mon cœur est frappé et est desséché... mes os s’attachent à ma chair ».

Les versets 6 à 7 soulignent sa solitude : « Je suis devenu semblable au pélican du désert », animal impur des ruines accumulées par le jugement, passant la nuit sur les chapiteaux de Ninive aride comme un désert (Soph. 2:13-14). De Babylone, Jérémie prophétise : « Elle ne sera jamais habitée... les bêtes du désert y auront leur gîte et les hiboux rempliront ses maisons, le hibou des lieux désolés » (Ps. 102:6).

Les passereaux sortent généralement en bandes, un oiseau sociable fréquentant les toits plats de l’Orient, où les habitants conversent dans la fraîcheur du soir. Mais ici « l’affligé » est solitaire sur le toit ; il veille. Il faut avoir vécu soi-même une solitude prolongée pour entrer un peu dans ce qu’elle a signifié pour notre Seigneur.

Dans la solitude, quelle qu’en soit la cause, se tourner vers Dieu, chercher en Lui son secours, mais aussi s’effacer soi-même et penser au peuple de Dieu ! Combien y en a-t-il autour de nous qui souffrent de cette solitude, à cause du deuil, de la maladie, de l’âge, de l’incompréhension de ceux avec lesquels on vit s’ils ne sont pas au Seigneur. Penser aux autres, penser aux besoins des enfants de Dieu qui nous entourent, apportera le soulagement que le repli sur soi-même ignore. Et par-dessus tout, la Parole de Dieu elle-même, lue et méditée, reçue dans le cœur, apportera cette « consolation des Écritures » (Rom. 15:4) qui vient à nous comme la Voix même d’En-haut. Le Seigneur Jésus ne dit-il pas par le prophète (És. 50:4) : « Le Seigneur l’Éternel m’a donné la langue des savants, pour que je sache soutenir par une parole celui qui est las » ? On connaîtra alors dans une mesure cette communion dans le Seigneur dont lui-même pouvait dire : « Je ne suis pas seul, car le Père est avec moi ». Mais pour Lui seul il y a eu les heures de l’expiation sous le jugement de Dieu, parce qu’il était fait péché pour nous. L’exclamation du prophète est devenue réalité : « Même quand je crie et que j’élève ma voix, il ferme l’accès à ma prière » (Lament. 3:8).

« Mes jours s’évanouissent comme la fumée... mes jours sont comme l’ombre qui s’allonge » (v. 3 et 11) Dans l’évangile de Jean, depuis le chapitre 10, de chapitre en chapitre, l’ombre de la croix s’accentue sur son chemin : « Je mets ma vie pour les brebis » (10:15) ; « Jésus allait mourir... pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés » (11:51-52). «À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul) (12:24). « Mon âme est troublée ; et que dirai-je ? Père délivre-moi de cette heure ; mais c’est pour cela que je suis venu... ». « Il disait cela pour indiquer de quelle mort il allait mourir » (12:27, 33). « Son heure était venue pour passer de ce monde au Père » (13:1).

« Tout le jour mes ennemis m’outragent » (v. 8). Que d’outrages à travers les évangiles : « Tu as un démon (4 fois)... tu es un Samaritain... ils prirent des pierres pour les jeter contre lui... nous savons que cet homme est un pécheur... nous te lapidons pour blasphème... ». Tout cela dans le seul évangile de Jean, celui du Fils de Dieu, dont les anges avaient proclamé la sainteté et la gloire !

La perspective de l’abandon de Dieu (lorsqu’il sera fait péché) est devant lui comme anticipée : « J’ai mangé la cendre comme du pain, et j’ai mêlé de pleurs mon breuvage, à cause de ton indignation et de ta colère » (v. 9-10). Le Fils s’adresse au Père : «Tu m’as élevé haut » ; c’est Proverbes 8:22-30 : « J’étais ses délices tous les jours, toujours en joie devant lui... ». Et il faudra qu’il soit « jeté en bas » : « Il est descendu dans les parties inférieures de la terre » (Éph. 4:9).

 

2.2.2       « À cause de la joie qui était devant lui, il a enduré la croix, ayant méprisé la honte, et est assis à la droite du trône de Dieu » (Héb. 12:2) (v. 13-22)

« Le temps d’user de grâce... le temps assigné est venu ». Cette grâce est d’abord pour Sion, Israël restauré (v. 13), mais aussi pour les nations (v. 15) et tous les rois de la terre. Quand l’Éternel bâtira Sion, il paraîtra dans sa gloire (v. 16) ; qu’on annonce dans Sion le nom de l’Éternel (v. 21) ; mais aussi « les peuples seront rassemblés, et les royaumes, pour servir l’Éternel » : la bénédiction du Règne (v. 22).

Au milieu de sa souffrance, le Seigneur lève pour ainsi dire les yeux vers un avenir qui sera le résultat de l’œuvre de la croix. Toutes ces joies sont devant lui : le repos d’être assis à la droite de Dieu lui-même ; la bénédiction pour la terre, avec Sion pour centre ; la bénédiction des nations ; la louange dans Jérusalem et le rassemblement des peuples pour servir l’Éternel. Le peuple qui sera créé louera Jah ; car il a regardé des lieux hauts de sa sainteté... pour entendre le gémissement du prisonnier et pour délier ceux qui étaient voués à la mort. Ésaïe 53 ajoute : « Il verra du fruit du travail de son âme et sera satisfait ».

Dans la sainte cité il n’y aura pas « besoin du soleil ni de la lune, pour l’éclairer ; car la gloire de Dieu l’a illuminée, et l’Agneau est sa lampe. Et les nations marcheront par sa lumière ; et les rois de la terre lui apporteront leur gloire » (Apoc. 21:23 et 24).

 

2.2.3       v. 23-24b

La vision de l’avenir s’efface, la perspective de la mort est là : « Il a abattu ma force dans le chemin, il a abrégé mes jours. J’ai dit : Mon Dieu, ne m’enlève pas à la moitié de mes jours ! » (v. 23-24a) — « La moitié de mes jours » : Dans sa parfaite humanité, « en toutes choses rendu semblable à ses frères », il ressent douloureusement ce que signifie être enlevé par une mort atroce à quelque 33 ans. C’était le sort prévu pour « les hommes de sang et de fourbe qui n’atteindraient pas la moitié de leurs jours » (Ps. 55:23). Et Lui a dû passer par là.

 

2.2.4       La réponse divine (v. 24b-28)

La voix de l’affligé est comme coupée au verset 24 et Dieu lui-même parle à son Fils.

L’affligé a ressenti la brièveté de ses « jours ». La réponse d’en-haut parle d’années : « Tes années sont de génération en génération ! ». Il est le Créateur qui a jadis fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de ses mains ; et pourtant « ils périront, mais toi, tu subsisteras... toi tu es le Même et tes années ne finiront pas ».

« Tu es le Même », celui qui existe, immuable en lui-même. Notre vie n’est « qu’une vapeur paraissant pour un peu de temps et puis disparaissant » (Jacq. 4:14) ; même la terre et les cieux, ouvrages de ses mains, périront et seront changés, mais « Toi, tu demeures » (Héb. 1:11).

Dans une révolte en Chine, tous les bâtiments de la Mission à l’Intérieur de la Chine avaient été détruits par les insurgés. Une de nos sœurs, épargnée, visitait les lieux avec une amie, reconnaissant telle salle, tel endroit où elles avaient passé, un pan de mur ici, les restes d’une porte là. À travers l’ouverture, elles voient, subsistant encore sur le mur opposé, ces mots « Toi, tu demeures » !

Peu après la dernière guerre, visitant avec un ami les ruines de la Cité de Londres, nous nous trouvons devant une maison détruite jusqu’au rez-de-chaussée. Subsistaient une porte d’entrée et son linteau sur lequel les propriétaires d’autrefois avaient gravé le verset de 2 Corinthiens 5:1 : « Si notre maison terrestre qui n’est qu’une tente est détruite, nous avons un édifice de la part de Dieu, une maison qui n’est pas faite de main, éternelle, dans les cieux » !

« Jésus Christ est le même, hier, et aujourd’hui, et éternellement » (Héb. 13:8). Mais il ne sera pas seul « Si le grain de blé tombant en terre... meurt, il porte beaucoup de fruit ». C’est le dernier verset de notre psaume : « Les fils de tes serviteurs demeureront, et leur semence sera établie devant toi » (v. 28). Qui sont-ils ces serviteurs, ce peuple qui sera créé (v. 18), ces prisonniers déliés (v. 20), sinon ceux, Juifs et nations, qui ont été sauvés par la grâce, par le moyen de la foi en Celui qui pour eux a tant souffert jusqu’à donner sa vie à la croix.

 

2.3   Psaume 69:1-21 ; 29-35 — L’Homme de douleurs

Ses afflictions dans sa vie et devant la mort

 

2.3.1       v 1-6

Christ n’est pas ici sous la colère de Dieu et son abandon, mais il a en vue les douleurs de la mort (v. 14-15), et dans la détresse de son âme il crie à Dieu pour en être épargné. Il est délicat de dire si c’est à Gethsémané qu’il supplie avec prières et avec larmes (Héb. 5:7), ou s’il est déjà sur la croix pendant les trois premières heures, anticipant les heures de ténèbres.

Il ne revendique toutefois pas les droits qu’il n’avait pas ravis (v. 4) (Phil. 2:6). Contraste avec celui qui préfigure Satan en Ésaïe 14:12-14 : « Tu as dit dans ton cœur : Je monterai aux cieux, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu... je monterai sur les hauteurs des nues, je serai semblable au Très-haut ». Contraste aussi avec Adam qui mange le fruit donné par sa femme, écoutant la promesse du serpent : « Vous serez comme Dieu » (Gen. 3:5). « Le Christ Jésus, étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, mais s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave ». Comme le prophète l’avait annoncé, « le Messie sera retranché et n’aura rien » (Daniel 9:26). La gloire, il l’avait de toute éternité auprès du Père, mais il s’est « dépouillé des insignes de la Majesté ». Une fois l’œuvre accomplie : « Glorifie-moi, toi, Père, auprès de toi-même, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût » (Jean 17:5).

Le verset 5 fait un peu penser au bouc « Azazel » (Lév. 16:21-22), qui, vivant, s’en allait seul mourir dans une terre inhabitée. C’est peut-être l’horreur de la perspective d’être fait péché, comme en Jean 12:27 aussi, pourrait-on penser, des heures sur la croix avant les ténèbres.

v. 6. Les disciples s’étaient attendus à Lui, « espérant qu’il était celui qui doit délivrer Israël » (Luc 24:21). Quelle déception, quelle confusion, quand pour eux sa mort a mis fin à toutes leurs espérances. Au milieu de sa propre détresse, l’Homme de douleurs pense à eux. Au jour de la résurrection, combien il se hâte de se révéler à eux comme le Vivant.

 

2.3.2       Ses afflictions durant sa vie — v. 7-12

Les outrages sont tombés sur Lui à cause de son témoignage. Il a profondément ressenti « l’opprobre », le déshonneur public, la honte. Ce mot revient quatre fois dans ce psaume. À notre verset 7 : « J’ai porté l’opprobre » ; au verset 10, l’âme dans le deuil, « cela m’a été en opprobre » ; au verset 19, « Toi tu connais mon opprobre, et ma honte, et ma confusion ». Enfin au verset 20, « L’opprobre m’a brisé le cœur et je suis accablé ». Toute sa vie, par amour pour son Dieu, il devait connaître l’opprobre. Moïse avait « estimé l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte » (Héb. 11:26). Mais qu’était-ce en regard de l’opprobre qu’a subi notre Seigneur, toute sa vie portant la honte publique par amour pour son Dieu.

Portant l’opprobre, il devient pour sa famille un étranger à ses frères, inconnu aux fils de sa mère. « Il vint chez soi ; et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1:11).

Par amour pour son Dieu, il a été outragé. Il chassait de la maison de son Père les trafiquants qui s’y étaient installés. Ses disciples se sont souvenus qu’il était écrit : « Le zèle de ta maison me dévore» (v. 9) ; mais les Juifs n’ont fait que le mépriser et se moquer de lui.

Il a pris les marques du deuil : les pleurs, le jeûne, le sac, « et je leur suis devenu un proverbe » (v. 11) — « Je sers de chanson aux buveurs » (v. 12).

 

2.3.3       Sa prière à Gethsémané — v. 13-20 (Héb. 5:7)

Marc 14:33 nous dit du Seigneur lui-même : « Il commença à être saisi d’effroi et fort angoissé ». Cela nous étonne de sa part. Lui n’a jamais eu peur, ni de ses ennemis, ni de Hérode le renard, ni de Pilate, ni de ceux qui, armés, allaient le prendre à Gethsémané. Il a fait la belle confession devant Ponce Pilate. Mais à Gethsémané, il a été « fort angoissé », à cause de nos péchés qu’il allait prendre sur lui-même. La peur est entrée dans le monde avec le péché, Adam a eu peur, parce qu’il avait péché, peur de Dieu (Gen. 3:10). Dès lors les hommes ont toujours eu peur. Mais à la pensée d’être fait péché pour nous, notre Sauveur a été saisi d’effroi. On peut bien appliquer à Jésus lui-même les paroles de Jonas : « Tu m’as jeté dans l’abîme, dans le cœur des mers, et le courant m’a entouré ; toutes tes vagues et tes flots ont passé sur moi ».

Dans cette vie faite de larmes et d’opprobre, que restait-il « pour Lui » ? — La prière. Trois fois de suite, il insiste : Réponds-moi, réponds-moi, réponds-moi ! Il n’y a pas eu de réponse.

Il supplie d’être « délivré du bourbier », figure de la souillure du péché, cette boue dans laquelle on enfonce et qui vous pénètre de partout. Il demande d’être délivré des profondeurs des eaux, de la culpabilité du péché : « Que le courant des eaux ne me submerge pas et que la profondeur ne m’engloutisse pas » (v. 14-15). Ces eaux puissantes du jugement vont fondre sur lui profondeurs insondables pour nous : dans les heures de ténèbres il sera abandonné de son Dieu. Pour le moment il anticipe, il supplie d’en être délivré.

Il nous faut penser à ce que signifierait concrètement pour nous la boue profonde et le courant qui submerge (v. 2). Nous avons lu sans doute des descriptions de malheureux pris dans des sables mouvants, qui s’enfoncent lentement dans la boue, se démènent, font des efforts, pleins d’angoisse et de détresse. Petit à petit le corps disparaît, les épaules, la tête, une main s’agite, et c’est fini. Ou peut-être nous sommes-nous baignés dans la mer et avons-nous été pris par la marée descendante, et le courant nous a entraînés loin de la plage. Tous nos efforts de bon nageur pour regagner le bord étaient vains, le courant nous entraînait toujours plus loin. Quelle angoisse, quelle détresse ! Ce ne sont que des figures pour nous faire entrer dans une mesure dans ce qu’ont signifié cette boue et ce courant des eaux pour notre Sauveur : « Étant dans l’angoisse du combat, il priait plus instamment ; et sa sueur devint comme des grumeaux de sang découlant sur la terre » (Luc 22:44).

« Que le puits ne ferme pas sa gueule sur moi », ce puits de la mort où il a dû descendre, cette profondeur qui éloigne de Dieu et fait que toute communion avec Lui disparaît. Dieu n’est plus là. Et le puits risquerait de fermer sa gueule, cette communion pourrait être perdue à tout jamais.

Que de souffrances tout cela signifiait pour lui, parfaitement pur, innocent, sans souillure, ayant toujours joui d’une pleine communion avec son Dieu... et vient la supplication : « Ne cache pas ta face de ton serviteur, car je suis en détresse. Hâte-toi et pour une dernière fois réponds-moi ». Il invoque les compassions de l’Éternel ; qu’il s’approche de son âme et soit son rédempteur. Mais dans le psaume il n’y a pas de réponse.

Il y avait pourtant quelques raisons d’espérer : « Ma prière s’adresse à toi en un temps agréé... la grandeur de ta bonté... ton salut... la grandeur de tes compassions ».

Mais la conclusion reste : « L’opprobre m’a brisé le cœur, et je suis accablé ; j’ai attendu que quelqu’un eût compassion de moi, mais il n’y a eu personne... et des consolateurs, mais je n’en ai pas trouvé » (v. 20).

C’est l’atmosphère du jardin de l’agonie, « les grands cris et les larmes, les prières et les supplications à Celui qui pouvait le sauver de la mort » (Héb. 5:7). Dans l’Évangile, c’est aussi l’acceptation de la coupe que le Père lui avait donnée à boire : «Que ta volonté soit faite ».

Du côté des hommes, un étranger, un inconnu, un proverbe pour « ceux qui me haïssent, mes adversaires ». À ses disciples, il avait déclaré, étant attristé et fort angoissé : « Mon âme est saisie de tristesse jusqu’à la mort ; demeurez ici et veillez avec moi ». Mais eux se sont endormis. Du côté de Dieu, dans ces heures d’agonie... le silence : « Pour moi, je suis affligé et dans la douleur : que ton salut, ô Dieu, m’élève en un lieu de sûreté ! ».

Il  lui faudra boire la coupe !

Mais à travers l’abandon et la mort, il sera « exaucé, à cause de sa piété » ; « consommé, il est devenu, pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur du salut éternel » (Héb. 5:8-9).

 

2.3.4       Les résultats — v. 30-36

Dans sa détresse il avait dit : « Ne me cache pas ta face » (v. 17). Il avait traversé l’obscurité profonde, abandonné même de son Dieu. Mais dans la résurrection il peut s’écrier : « Ta face est un rassasiement de joie. Il y a des plaisirs à ta droite pour toujours » (Ps. 16:11).

Alors la louange éclate : « Je louerai le nom de Dieu dans un cantique, et je le magnifierai par ma louange ». Plus besoin de sacrifices de taureaux ou de bœufs (v. 31). Et les cercles de l’adoration vont s’étendant : « Les cieux et la terre te loueront, les mers et tout ce qui se meut en elles ».

Ceux qui cherchent Dieu, leur cœur vivra. Les débonnaires se réjouiront, les pauvres et les prisonniers seront délivrés, « Dieu sauvera Sion et bâtira les villes de Juda... La semence de ses serviteurs... et ceux qui aiment son nom, y demeureront ».

En contraste avec ce que le Seigneur Jésus a enduré dans les grandes eaux, nous avons la promesse d’Ésaïe 43:2 : « Quand tu passeras par les eaux, je serai avec toi, et par les rivières, elles ne te submergeront pas ». La Parole de Dieu ne nous dit pas que nous ne passerons pas par les eaux, mais donne la promesse : « Je serai avec toi ».Il y aura le courant des rivières qui cherchent à entraîner, « mais elles ne te submergeront pas ».

 

2.4   Psaume 22

Les psaumes précédents nous ont parlé des souffrances du Seigneur dans les diverses étapes de son cheminement jusqu’à Gethsémané, et même, semble-t-il, pendant les heures de lumière de la croix. Mais ce psaume va jusqu’à l’abîme des trois heures sombres, lorsqu’Il était suspendu entre le ciel et la terre. Dans ces heures-là, le petit groupe qui avait été au pied de la croix, regardait « de loin » (Marc 15:40). Et nous-mêmes avons besoin de toute retenue et sobriété pour, par le cœur, entrer un peu dans les sentiments qui animaient Jésus dans ces heures terribles. Moïse avait dû déchausser ses pieds au buisson ardent (Ex. 3:5) ; Josué de même lorsque se présentait à lui le chef de l’armée de l’Éternel (Josué 5:15). Combien plus nous convient-il d’avoir toute réserve et révérence et adoration devant le trouble de l’âme du Sauveur, l’angoisse et l’effroi qu’il a ressentis devant la cruauté des hommes, et surtout devant l’inflexibilité d’un Dieu saint et juste lorsqu’Il était fait péché pour nous.

D’un œil discret nous pouvons, dans un tel psaume, regarder de loin la tragédie de la croix. Les femmes qui s’étaient un peu retirées ne pouvaient connaître les pensées mêmes du Seigneur lorsqu’il était ainsi sur la croix, quel était l’objet de son regard, enfin ses souffrances sous l’abandon de Dieu.

Nous avons ici une œuvre accomplie dans le passé il y a bientôt deux mille ans. Le Seigneur dépouillé de tout, même de ses vêtements, peut dire du haut de la croix : « Je suis un ver, et non point un homme » (v. 6) un ver, animal que l’on écrase facilement, qui rampe sur la terre, dénué de tout ; tel a été notre Sauveur. Par contraste, le psaume 23 nous dit ce qu’il est pour le présent ; avec le psalmiste nous pouvons répéter : « Je ne manquerai de rien ». Le psaume 24 nous parle de l’avenir : la gloire qu’il aura sur la terre, acclamé, publiquement reconnu. Il peut alors être dit : «À lui est la terre et tout ce qu’elle contient, le monde et ceux qui l’habitent » (Ps. 24:1).

Dans ce psaume 22 « le grand pasteur des brebis » a été « ramené d’entre les morts par la puissance du sang de l’alliance éternelle » (Héb. 13:20). Le psaume 23 le présente comme le berger de son troupeau qu’il conduit et qu’il aime. Dans le psaume 24, il est le souverain pasteur, le roi de gloire. « Quand le souverain pasteur sera manifesté », dit 1 Pierre 5:4, ceux qui se seront fidèlement appliqués à paître le troupeau de Dieu recevront la couronne inflétrissable de gloire.

 

2.4.1       v. 1-21a — Sur la croix

Du premier verset au 21a, nous avons la croix, un sujet que nous craignons même d’aborder. La croix a été de toute éternité l’objet des pensées divines. Elle seule a permis le rétablissement de la gloire et des droits de Dieu ; elle a répondu à sa propre justice et lui a permis de faire descendre vers nous, pécheurs, tout son amour. « Il a fait la paix par le sang de sa croix ». Un jour toutes choses seront « réconciliées » avec Dieu, grâce à la croix (Col. 1:20). Elle a divisé l’histoire de l’humanité. Le jour où le Seigneur Jésus a été crucifié était un jour unique dans le temps et dans l’éternité.

Les versets 1 à 6 soulèvent un peu le voile des trois heures de ténèbres : l’abandon de Dieu sur la croix. C’est l’heure de la colère de Dieu où « l’épée s’est réveillée contre mon berger, contre l’homme qui est mon compagnon, dit l’Éternel des armées ; frappe le berger »