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MOÏSE, homme de Dieu

 

 

Georges ANDRÉ

 

Plan :

1     Enfance, jeunesse, appel

1.1      La foi des parents

1.2      Le choix à quarante ans

1.3      La vision à quatre-vingts ans

2     En Égypte — le libérateur

2.1      Echecs

2.2      Qui sont ceux qui iront ?

2.3      La Pâque

2.4      La nuit de la Pâque

3     Les premiers pas dans le désert — Le berger

3.1      La délivrance à la Mer Rouge

3.2      L’amertume de Mara

3.3      Les leçons de Rephidim

3.3.1       Le rocher (v. 1-7)

3.3.2       Amalek (v. 8-16)

4     Sinaï — Le médiateur — (La première année)

4.1      La réception de la loi — Le législateur

4.2      La crise du veau d’or

4.2.1       Sur le sommet de la montagne, l’Éternel l’avertit de ce qui est arrivé (v. 7-10).

4.2.2       Lorsque Moïse voit le veau et les danses (v. 19)

4.2.3       Le lendemain

4.3      La tente d’assignation

4.4      La vision de la grâce

5     Du Sinaï à Kadès — (La deuxième année)

5.1      Des yeux dans le désert

5.2      Le fardeau de tout ce peuple

5.3      L’amère déception de Kadès

5.3.1       a.

5.3.2       b.

5.3.3       c.

6     Encore trente-huit ans dans l’affliction avec le peuple de Dieu

6.1      La douceur et l’humilité devant la jalousie et la rébellion

6.1.1       La médisance de Marie

6.1.2       La rébellion de Coré

6.2      La tension de Mériba

6.3      Seul au Pisga

 

 

Les Études sur la Parole de J. N. D. et les commentaires de C. H. M., sur l’Exode et les Nombres, permettront d’approfondir cette esquisse de la vie de Moïse. Avant tout, on lira soigneusement au préalable les passages de la Parole indiqués en tête de chaque chapitre.

 

 

1                        Enfance, jeunesse, appel

1.1   La foi des parents

(Hébr. 11:23 ; Actes 7:20 à 22 ; Ex. 2:1 à 10)

Amram et Jokébed, les parents de Moïse, étaient, d’après Exode 6:18 à 20, de la tribu de Lévi, de la famille des Kehathites, famille qui, dans l’avenir, devait avoir une fonction si importante en rapport avec le tabernacle.

Trois enfants sont mentionnés dans la Parole : Marie, qui pouvait avoir dix à treize ans à la naissance de Moïse ; Aaron de trois ans son aîné (Ex. 7:7) ; Moïse.

Peu avant la naissance de ce nouvel enfant, avait paru l’édit du Pharaon : les Israélites devaient jeter au fleuve tout enfant mâle, les filles seules pourraient survivre. Combien Jokébed a dû être exercée, pendant les longs mois d’attente avant la naissance du bébé espéré ! Serait-ce une fille qu’elle pourrait conserver... ? L’enfant naquit : c’était un fils, mais pas un garçon comme les autres. La foi des parents discerne en lui une beauté particulière. Actes 7:20 relève qu’il était divinement beau (littéralement beau à Dieu) ; Hébreux 11:23 souligne expressément que, parce que l’enfant était beau, les parents le cachent.

Il n’y avait pas de place dans ce monde pour celui que Dieu avait marqué dès sa naissance comme lui appartenant d’une façon particulière. Il n’y aura pas de place à Bethléem pour l’enfant Jésus ; le roi Hérode cherchera à le massacrer, comme le Pharaon avait voulu détruire le petit Moïse. Aujourd’hui comme alors, la foi s’attache à Celui que le monde méprise, qui, pour elle, est « plus beau que les fils des hommes ».

Pendant trois mois, les parents, ne craignant pas l’ordonnance du roi, firent tout pour cacher l’enfant. Le moment vint où ce ne fut plus possible. Avec quels soins, la mère prépare le coffret, l’enduit de bitume et de poix, et le dépose parmi les roseaux du Nil, sous la surveillance de Marie.

Pendant quelques années, les enfants de parents chrétiens sont tout particulièrement sous l’influence de leur mère, qui les entoure de protection et de soins. Puis vient un moment où il faut « exposer » l’enfant au milieu extérieur. Il va à l’école, il a des contacts avec ses camarades et ses petits voisins. Sachant bien qu’elle ne peut garder toujours son trésor auprès d’elle, une mère chrétienne veillera pourtant que dans cette nouvelle période, toutes les précautions possibles soient prises, afin qu’il ne soit pas inutilement exposé à des influences mauvaises. Par-dessus tout, elle aura la foi de le remettre aux soins du Seigneur, qui est capable de le garder.

Comme il fut merveilleusement répondu à la confiance des parents de Moïse ! La main de Dieu se montre dans tous les détails : choix de l’endroit et de l’heure où la fille du Pharaon vient se baigner, compassion dont elle est émue, présence d’esprit de Marie, bienveillance de la princesse qui remet l’enfant à sa mère pour les premières années de sa vie.

Au foyer maternel, Moïse va rester sous l’éducation de ses parents. « L’enfant grandit ». Plus tard, il sera au palais royal : la fille du Pharaon l’élève pour elle (Actes 7:29). Moïse, instruit « dans toute la sagesse des Égyptiens » (Actes 7:22), devient puissant dans ses paroles et dans ses actions (Jésus était puissant en œuvre et en parole, en Luc 24:19 et Actes 1:1 !) ; il connaît les délices de l’Égypte.

Laquelle des deux éducations prévaudra ? Celle des quelques années passées à la maison paternelle, où sans doute Amram (« le Dieu de ton père », Ex. 3:6) et Jokébed, n’auront pas manqué de parler à Moïse de l’Éternel, et de ses promesses à son peuple ; ou bien celle de la cour, qui, pendant tant d’années, aurait pu effacer jusqu’au souvenir de ce que Moïse avait entendu à la maison ?

N’est-ce pas un problème terriblement actuel ? Les parents chrétiens cherchent à élever leurs enfants pour le Seigneur. Ils les instruisent dans la Parole de Dieu. Les jeunes en reçoivent l’enseignement aussi à l’école du dimanche, dans le rassemblement, et à des occasions particulières. D’autre part, l’influence des études, de l’apprentissage, de la formation professionnelle se fait sentir inévitablement. Cette dernière voilera dans le cœur d’un jeune ce qui a été reçu dans la maison paternelle, s’il n’y a pas une foi personnelle et vivante au Seigneur Jésus. Le cas de Joas montre bien que « la foi d’éducation » s’évanouit, lorsque les influences qui l’ont entretenue s’effacent.

 

1.2   Le choix à quarante ans

(Ex. 2:11 à 15 ; Actes 7:23-29 ; Hébr. 11:24 à 26)

Lorsqu’il fut parvenu à l’âge de quarante ans, il vint au cœur de Moïse de visiter ses frères. Il sortit vers eux, et vit leurs fardeaux. À la cour, il n’avait certes pas appris que ces Hébreux méprisés étaient ses frères, encore moins que des promesses avaient été faites à leur égard (Gen. 15:13). L’enseignement reçu de ses parents restait vivace dans son cœur.

Il semble bien qu’un jour de décision était arrivé. Il devait être officiellement appelé « fils de la fille du Pharaon ». À cette occasion, Moïse « refuse » (Hébr. 11:24). La Parole ne nous dit rien de la réaction de la princesse, mais nous pouvons bien penser qu’elle fut terrible, sans parler de tout ce à quoi Moïse renonçait en fait de position honorable, avantages matériels, richesses et « délices ».

Il y a des jours dans la vie où il faut savoir dire « non ». Joseph, en Genèse 39:10, en est un exemple, dans un cas où, par la grâce de Dieu, il faut toute la décision du cœur attaché au Seigneur pour refuser, s’en aller, rompre. Même si nous ne sommes jamais appelés à renoncer à tout ce que refusa Moïse, il y aura certainement des circonstances où des avantages matériels dans un monde souillé, devront être refusés, afin qu’ils ne fassent pas obstacle à la communion avec le peuple de Dieu, même si cela signifie quelque renoncement.

Le côté négatif ne saurait suffire. Moïse « choisit ». Que choisit-il ? — « D’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu ». Sans qu’elles revêtent l’ampleur de la décision de Moïse, bien des occasions nous seront offertes de choisir en faveur de ceux que le Seigneur aime. Comme la Parole le dit, les « délices du péché », si réelles qu’elles puissent paraître, ne sont que pour un temps, « mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2:17). D’avoir lui-même renoncé et choisi, donnerait plus tard à Moïse l’autorité nécessaire pour demander à d’autres, notamment à son peuple, de le faire aussi dans leur mesure. Hébreux 11 soulève le voile du cœur de Moïse et nous donne le secret qui animait sa foi. Il ne fit pas son choix par force de volonté ou par ascétisme, mais parce qu’il « estimait » l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte. Le musée du Caire et le tombeau de Toutankhamon prouvent que ces richesses n’étaient pas peu de chose. Mais ce qui (en figure, sans doute) se rattachait à Christ, avait, pour le cœur de Moïse, plus de valeur que tout le reste : c’était un plus grand trésor !

Ses frères allaient sûrement admirer l’abnégation de Moïse et son dévouement à leur cause : « Il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main » (Actes 7:25). Quelle déception terrible fut la sienne ! « Ils ne le comprirent point », et l’Israélite qu’il reprenait parce qu’il faisait tort à son frère « le repoussa ». À quoi bon avoir « refusé », avoir « choisi », avoir « estimé », pour en arriver là !

Craignant le Pharaon, Moïse s’enfuit à Madian. Il s’assied auprès d’un puits ; les réflexions les plus amères devaient envahir son esprit, mais il ne s’abandonne pas : témoin des vexations auxquelles sont en butte les filles de Rehuel, il ne se morfond pas sur sa propre douleur, mais leur vient en aide, et conserve son caractère de libérateur et de serviteur.

Comment tout cela fut-il possible ? Hébreux 11:26 nous en donne le secret : « Il regardait à la rémunération ». Ses regards n’étaient pas portés sur l’avenir immédiat, sur les avantages qu’il allait perdre, l’affliction qui serait son lot ; même au puits de Madian, au plus profond de la détresse, ses actes prouvent que dans son cœur, la foi subsistait. Il regardait plus loin, plus haut. De fait, le chemin où il s’était engagé allait le conduire au chant de triomphe de la Mer Rouge, aux révélations du Sinaï, à la gloire reflétée sur sa face, à l’intimité du Pisga, enfin à la glorieuse apparition sur la montagne de la transfiguration.

Il est un autre côté des choses. En allant vers ses frères, il n’avait pas consulté l’Éternel ; le moment de Dieu n’était pas encore venu, ni pour le peuple, ni pour lui-même. Il allait dans sa force personnelle, qui n’excluait pas — au contraire — la crainte des hommes (« il regardait çà et là » Ex. 2:12). Maintenant, dans le calme, à l’écart, seul avec Dieu, il serait formé comme berger ; ainsi avant lui l’avaient été Jacob et Joseph, ainsi plus tard le sera David. Sa foi était réelle et profonde, mais il lui fallait l’école de Dieu.

 

1.3   La vision à quatre-vingts ans

Ex. 3 et 4, Actes 7:30-35.

« Le temps de la promesse que Dieu avait promise à Abraham approchait » (Actes 7:17). Les années de formation silencieuse avaient forgé l’instrument ; le désert avait été pour Moïse ce que la prison avait été pour Joseph, ce que le Kérith et Sarepta seront pour Elie, ou l’Arabie pour Paul. Si Dieu permet dans notre vie de ces époques parfois incompréhensibles, où l’on est arrêté dans son travail par la maladie ou d’autres circonstances, et mis à l’écart, n’importe-t-il pas d’en profiter pour se nourrir particulièrement de la Parole, et apprendre à l’école de Dieu ce que l’on n’aurait jamais appris dans la vie active et turbulente qui est notre lot courant ? On peut perdre de telles périodes, s’y morfondre ou s’y disperser. Mises à profit, elles seront à la base d’un service béni pour le peuple de Dieu.

Dieu va maintenant se révéler à Moïse et l’appeler pour le service en vue duquel, depuis sa naissance, il le préparait. Moment extraordinaire, souvent unique dans la vie, où l’âme ressent d’une façon toute particulière la présence de son Dieu, la sainteté qui s’y rattache, et entend clairement Sa voix. Vision qui va marquer toute l’existence ultérieure, et la rendre ou fructueuse ou stérile, suivant que l’on obéira ou non.

« Maintenant, viens, et je t’enverrai » (Ex. 3:10). Le moment de Dieu est arrivé. Autrefois, Moïse voulait partir sans attendre l’heure divine. Maintenant, il va hésiter. Dieu ne dit pas « va », mais « viens ». C’est avec lui, en sa compagnie, dans sa communion que Moïse est envoyé. Mais Moïse n’est pas disposé à répondre. Il élève devant Dieu quatre objections successives.

« Qui suis-je, moi ? » (v. 11) Je ne suis pas capable, je ne suis pas préparé, je ne saurai pas comment faire... Que d’excuses semblables sont montées, à travers les âges, au cœur de ceux que Dieu appelait ! — « Parce que je serai avec toi » est la réponse péremptoire et claire, qui devrait suffire à tous les serviteurs. Un Gédéon, un Jérémie, les apôtres aux pieds de leur Seigneur ressuscité, Paul en prison, et combien d’autres, l’ont entendue, et ont fait l’expérience heureuse de la valeur de la présence divine dans le chemin.

Mais pour Moïse cette promesse ne suffisait pas. Une autre objection s’élève : les fils d’Israël me diront : « Quel est son nom ? » Que leur dirai-je ? Dieu, plein de condescendance, se révèle alors comme Celui qui est : « Je suis celui qui suis ». Celui qui, avant le temps, dans le temps, et après le temps, demeure, la Parole qui « au commencement était auprès de Dieu », Jésus Christ le même, hier et aujourd’hui et éternellement.

Toutes les instructions nécessaires sont données à Moïse ; cela ne suffit pas encore. Il allègue : « Mais voici, ils ne me croiront pas » (Ex. 4:1). Dieu lui donne alors trois signes qui devront accréditer sa mission : la verge transformée en serpent, que Moïse peut saisir par la queue pour illustrer le pouvoir que Dieu est capable de donner à son instrument, face à la puissance de l’ennemi ; la main devenue lépreuse une fois mise dans le sein, ensuite purifiée, montrant que Dieu seul peut guérir le lépreux et purifier le pécheur, l’eau du Nil — source de vie pour les Égyptiens — changée en sang, preuve que le jugement va atteindre ce peuple rebelle.

Mais Moïse n’est pas encore disposé à partir : « Ah, Seigneur ! Je ne suis pas un homme éloquent, ni d’hier, ni d’avant-hier, ni depuis que tu parles à ton serviteur ». (Ex. 4:10) Au sortir de la cour du Pharaon, Moïse était puissant en parole ; les années du désert lui avaient appris le peu de valeur de cette facilité naturelle d’éloquence. L’Éternel lui dit : « Va et je serai avec ta bouche, et je t’enseignerai ce que tu diras ».

Encore une fois, Moïse objecte, quoique moins vivement (v. 13). Contraint par la colère de l’Éternel, pour finir, il cède, s’en va, demande à son beau-père la permission de retourner en Égypte, et se prépare pour le voyage.

Il semble pourtant qu’en Madian, il traîne. Il faut une fois de plus que l’Éternel le rappelle à l’ordre (Ex. 4:19) et lui dise : « Va, retourne en Égypte ». En chemin encore, des instructions sont données. Il restait un obstacle, secret, profond, un péché véniel peut-être, mais Dieu ne peut rien laisser passer chez son serviteur quand sa Parole est claire. Par concession aux Madianites, à Séphora probablement, Moïse n’avait pas circoncis son fils. Dans la poussière et le brouhaha du caravansérail grouillant d’animaux, Moïse tombe gravement malade, et s’en va mourir. Séphora y voit avec raison le jugement de Dieu, et s’empresse d’accomplir le rite de la circoncision, négligé jusque-là. Moïse est restauré dans son âme et dans sa santé. Il s’en va à la rencontre d’Aaron pour ensemble accomplir l’œuvre pour laquelle l’Éternel les envoie. Selon toutes probabilités, Séphora se retire chez son père et rejoindra Moïse à la montagne de Dieu (Ex. 18:5).

Que serait-il advenu de Moïse s’il n’avait pas obéi au jour suprême de sa vie ? Il serait sans doute resté en Madian, berger obscur dont nous n’aurions jamais entendu parler. Le peuple serait demeuré esclave en Égypte, ou plutôt, Dieu se serait servi d’un autre instrument pour le délivrer.

Contraint par le fidèle appel divin, Moïse a répondu. À travers les années, il a grandi dans l’intimité de Celui qu’il avait appris à connaître comme le Dieu de grâce, lorsqu’il lui était apparu « dans le buisson » (Deut. 33:16).

 

2                        En Égypte — le libérateur

(Ex. 5-12 ; Actes 7:35-36 ; Hébr. 11:27-28)

2.1   Echecs

Au buisson, Moïse avait d’emblée reçu une mission parfaitement claire : « Tu feras sortir hors d’Égypte mon peuple » (Ex. 3:10). Dans la suite de l’entretien, l’Éternel ne lui avait pas caché les obstacles qu’il rencontrerait : « Je sais que le roi d’Égypte ne vous permettra pas de vous en aller, pas même contraint par main forte. Et j’étendrai ma main, et je frapperai l’Égypte par toutes mes merveilles que je ferai au milieu d’elle ; et après cela il vous renverra » (Ex. 3:19-20). En Madian, Dieu avait même fait comprendre à Moïse que la résistance du Pharaon serait terrible, obligeant l’Éternel à recourir à cette extrémité : « Voici je tuerai ton fils, ton premier-né ».

Arrivés en Égypte, Moïse et Aaron réunissent les anciens d’Israël ; ceux-ci accueillent favorablement le message, s’inclinent et se prosternent (Ex. 4:29-31).

Tout encouragés, Moïse et Aaron vont se présenter au Pharaon, et lui demandent de laisser aller le peuple pour célébrer une fête à l’Éternel, dans le désert. L’insolence du Pharaon rabat bien vite leur courage. Ils essayent d’insinuer encore : « Le Dieu des Hébreux s’est rencontré avec nous. Nous te prions, laisse-nous aller le chemin de trois jours dans le désert… » (Ex. 5:3). La rebuffade royale est catégorique : « Pourquoi détournez-vous le peuple de son ouvrage ? Allez à vos corvées ».

Au lieu d’alléger le fardeau du peuple, cette première entrevue n’a fait que l’aggraver. Une partie des Israélites doit se répandre dans le pays pour chercher la paille nécessaire à la confection des briques, et, comme la même quantité de briques est requise chaque jour, un nombre moindre de personnes doivent travailler d’autant plus pour y parvenir.Les commissaires du peuple essayent de se plaindre directement au Pharaon, passant par-dessus la tête de Moïse et d’Aaron, mais sans autre résultat que de faire empirer la situation.

On comprend la détresse de Moïse à cette heure, une des plus sombres de sa vie. L’Éternel n’a pas du tout délivré son peuple par son moyen ; au contraire, ce peuple est plus opprimé que jamais ; et ceux que Moïse désirait tant servir l’accablent de reproches. Que faire ? Renoncer encore une fois, retourner en Madian, en abandonnant ses frères à leur sort ? Moïse est au bout de ses ressources. Malgré tout, sa foi tient ferme (Hébr. 11:27). Dans sa profonde détresse, il « retourne vers l’Éternel » (v. 22) et répand devant lui son malheur. Comme tant de fois dans la suite, il va faire l’expérience de la grâce de son Seigneur, qui ne lui fait aucun reproche, mais, au contraire, se révèle davantage à lui.

N’y a-t-il pas là, pour chacun de nous, une grande leçon dans les malheurs, les déceptions, les épreuves de la vie ? On avait beaucoup travaillé pour réussir un examen... voilà l’échec. On a soigné avec amour une personne aimée... le Seigneur la reprend quand même. On a cherché à être utile à une âme pour l’amener à Christ et, semble-t-il, Satan la retient d’autant plus fermement dans ses chaînes. Que faire ? Non pas céder à la dépression, non pas renoncer à tout, mais répandre devant Dieu sa plainte, comme le psalmiste, et compter sur Sa grâce. Il ne manquera pas de se révéler davantage à l’âme qui le cherche, et à faire l’issue.

Au début de la Genèse, Dieu se fait connaître comme le Créateur, Elohim, la déité dans le sens absolu. Avec les patriarches, il prend essentiellement le nom de Tout-Puissant, celui qui répond à tous les besoins des pèlerins de la foi, étrangers sur la terre. À Moïse, à cette heure décisive, il se révèle comme l’Éternel (Jéhovah, ou Jahveh), le Dieu de l’alliance, dont tout l’intérêt se porte sur son peuple, le Dieu qui ne change pas et agit dans le temps selon ce qu’il est lui-même, et non selon les mérites de ceux en faveur desquels il opère (Ex. 6:2-8).

Ayant retrouvé l’assurance de sa mission, Moïse retourne vers les fils d’Israël, mais ils ne l’écoutent pas, à cause de leur dure servitude. L’Éternel n’attend pas une nouvelle supplication de son serviteur ; d’emblée il fortifie sa foi, en lui enjoignant d’entrer et de parler au roi. Moïse objecte à nouveau : les fils d’Israël ne m’ont point écouté, comment le Pharaon m’écoutera-t-il ? Alors l’Éternel donne à Moïse et Aaron des ordres pour les fils d’Israël, et pour le Pharaon, de faire sortir le peuple du pays d’Égypte (Ex. 6:10-13 ; 7:1-5).

Pleinement confiants dans les promesses de Dieu, « tenant ferme comme voyant Celui qui est invisible », Moïse et Aaron se présentent alors devant le monarque. Tout au long des récits des plaies qui s’abattent sur l’Égypte, nous les voyons croître en hardiesse et en autorité, fortifiés dans la foi par tout le déploiement de puissance de leur Dieu. De plus en plus, Moïse prend de l’ascendant, conscient de parler au nom de l’Éternel, qui déploie « sa main forte et son bras étendu » en faveur de son peuple.

 

2.2   Qui sont ceux qui iront ?

Ex. 8:25-28 ; 10:8-11 ; 24-26.

Signes pour le peuple de Dieu, plaies pour les Égyptiens, les jugements de l’Éternel s’abattent sur le pays. Sept fois le Pharaon endurcit son cœur (nous vous laissons le soin de chercher les passages !), et sept fois l’Éternel endurcit le cœur du Pharaon.

Lorsque celui-ci commence à céder un peu, il propose à Moïse, afin que l’Éternel retire les mouches venimeuses du pays, d’aller et sacrifier à leur Dieu « dans le pays ». Immédiatement Moïse répond : « Il n’est pas convenable de faire ainsi ; car nous sacrifierions à l’Éternel notre Dieu, l’abomination des Égyptiens... Nous irons le chemin de trois jours dans le désert, et nous sacrifierons à l’Éternel » (Ex. 8:26-27). Premier piège de Satan : il voudrait que le culte à l’Éternel se célèbre dans le monde, mêlé au monde. Comme il a bien su depuis lors réaliser un tel état de choses : dans maintes congrégations chrétiennes, dans les plus importantes peut-être, ne voit-on pas croyants et incrédules se mélanger dans le même « service divin », sans parler des conducteurs dont certains n’ont plus foi en la Parole de Dieu, ni en l’œuvre rédemptrice de la croix. Pour adorer vraiment le Seigneur, il faut une nette séparation du monde, « le chemin de trois jours dans le désert », allusion à la mort et à la résurrection du Seigneur Jésus.

Harassé par les jugements successifs qui dévastent son pays, le Pharaon est un peu plus tard prêt à céder davantage. Il fait revenir Moïse et Aaron, et leur pose la question précise : « Qui sont ceux qui iront ? » Moïse déclare : « Nous irons avec nos jeunes gens et avec nos vieillards, nous irons avec nos fils et avec nos filles, avec notre menu bétail et avec notre gros bétail ». (Ex. 10:8-9)

Mais le Pharaon ne l’entend pas de cette oreille et propose un nouveau piège aux serviteurs de Dieu : « Allez donc, vous les hommes faits, et servez l’Éternel ». Dans certains pays, aujourd’hui, il n’est permis aux jeunes d’assister à un culte chrétien qu’à partir de dix-huit ans ; dans d’autres on ne peut parler de l’Évangile qu’à ceux qui ont dépassé vingt ans. Que d’efforts l’ennemi ne fait-il pas, même parmi nous, pour induire des parents à ne pas prendre leurs enfants avec eux au culte, ou trouver trop fatigant qu’ils fréquentent l’école du dimanche, ou les rencontres qui leur sont spécialement destinées. La tactique de l’ennemi n’a pas changé : il sait très bien que la jeunesse est l’âge favorable pour se tourner vers le Seigneur, et que toute la vie peut être ainsi orientée vers Lui et vécue pour Lui.

En Néhémie 12:43, dans un jour d’adoration et de joie, le peuple était heureux de se trouver devant l’Éternel, non seulement les hommes faits, aussi les femmes et les enfants. Lorsqu’il s’agissait d’entendre lire et expliquer la loi, Esdras parlait « devant la congrégation des hommes et des femmes, et devant tous ceux qui avaient de l’intelligence pour entendre ». (Néh. 8:2) N’en faut-il pas tirer l’enseignement qu’il convient de venir tous en famille au culte d’adoration, inclus les enfants dès qu’ils sont en âge de se tenir tranquilles ( !), sans que les préoccupations du ménage ou la fatigue scolaire, trop souvent invoquée, empêchent l’un ou l’autre d’y assister ? Et pour les réunions où la Parole de Dieu est exposée ou étudiée, n’est-il pas indiqué d’amener avec soi « ceux qui ont l’intelligence pour entendre » ? (par intelligence nous comprenons bien l’intelligence naturelle, non l’intelligence renouvelée, qui ne peut l’être que par la conversion).

Devant le refus catégorique de Moïse, et pour échapper aux trois jours de ténèbres, le Pharaon a encore une autre « solution » de son imagination : « Allez, servez l’Éternel ; seulement que votre menu et votre gros bétail restent ; vos petits enfants aussi iront avec vous » (Ex. 10:24). Moïse sait très bien que, si les troupeaux restent en arrière, le cœur du peuple sera attiré de nouveau en Égypte. « Tu nous donneras aussi dans nos mains des sacrifices et des holocaustes, et nous les offrirons à l’Éternel notre Dieu ; nos troupeaux aussi iront avec nous ; il n’en restera pas un ongle ». Veillons à ne pas mettre notre cœur aux biens matériels que Dieu a pu nous confier : ils deviendraient une entrave au culte que le Seigneur attend de nous. Comme nous le voyons en Luc 16, les « richesses injustes » sont une administration qui nous est confiée, et non un trésor auquel notre cœur s’attacherait. Il convient qu’elles soient, en tout temps, à la disposition du Seigneur, pour en user selon qu’Il le montrera.

Moïse avait d’autant plus d’autorité pour engager le peuple à mettre à la disposition de l’Éternel tout ce qu’ils avaient, que lui-même avait, en son temps, refusé les richesses de l’Égypte et choisi l’opprobre du Christ.

 

2.3   La Pâque

(Ex. 12:1-28 ; Hébr. 11:28)

L’épître aux Hébreux souligne que « par la foi » Moïse a fait la Pâque. La foi des parents avait été nécessaire pour cacher l’enfant, puis l’exposer sur le fleuve. À quarante ans, la foi de Moïse avait été mise en évidence, par le choix qu’il avait fait. Elle venait de se déployer pour « tenir ferme » en Égypte, malgré la colère du roi. Pourquoi fallait-il la foi pour la Pâque ? Le Pharaon n’avait rien à y voir ; il ne s’agissait pas d’une foi vis-à-vis de l’adversaire, ou dans des circonstances difficiles ; c’était pourtant toujours la même foi. Il n’était pas question de rencontrer l’ennemi, mais Dieu en jugement. Pendant les neuf plaies précédentes, le peuple restait spectateur, préservé dès la quatrième, dans le pays de Goshen. Maintenant, il doit agir, et agir selon la Parole de l’Éternel à Moïse, avec la foi nécessaire en ce que Dieu a dit.

Le peuple était tout aussi coupable, même plus coupable, que les Égyptiens, parce que sa responsabilité était plus grande. Quoique connaissant un peu l’Éternel, il se livrait à l’idolâtrie, comme nous le voyons ailleurs, et avait largement abandonné son Dieu. Si l’ange destructeur passait dans le pays pour y mettre à mort tout premier-né, pourquoi épargnerait-il les Israélites ? La justice de Dieu ne fait pas acception de personnes.

Seul le sang d’une victime sans défaut, type d’un Autre qui viendrait plus tard, pouvait mettre le peuple à l’abri du jugement. L’Éternel en fait la révélation à Moïse et à Aaron (v. 1-20), qui à leur tour instruisent les anciens d’Israël. La foi de Moïse est communicative, « le peuple s’incline et se prosterne, et fait comme l’Éternel l’avait commandé » (v. 27-28).

Le sacrifice d’Abel montrait la nécessité du sang, de l’expiation, pour s’approcher de Dieu. Genèse 22 nous présente la substitution : Abraham offrit le bélier en sacrifice à la place de son fils. Les offrandes du Lévitique, par le geste de poser la main sur la tête de la victime, mettent en évidence l’identification de celui qui s’approche avec le sacrifice : dans le sacrifice pour le péché, les fautes du coupable passent sur la victime, tandis que dans l’holocauste les mérites de la victime sont imputés à l’adorateur. Dans la Pâque l’appropriation individuelle du sacrifice est particulièrement soulignée. Il fallait prendre « chacun un agneau par maison de père, un agneau par maison » (Ex. 12:3). Moïse n’offrait pas un agneau pour tout le peuple, mais chaque famille devait égorger une victime, dont le sang mettrait l’aîné à l’abri.

 

Ainsi en est-il dans l’Évangile. Jésus est « la propitiation pour nos péchés, et non pas seulement pour les nôtres, mais aussi pour le monde entier » (1 Jean 2:2) : la valeur de son œuvre devant Dieu permet à celui-ci d’étendre son pardon au monde entier. Mais d’autres passages montrent tout aussi clairement que, si la valeur du sacrifice de Christ est suffisante pour tout le monde, seuls ceux qui l’acceptent par la foi sont mis au bénéfice de cette œuvre. En Romains 3, la justice de Dieu est manifestée... envers tous, et sur tous ceux qui croient ; on est justifié « par la foi en son sang ». Dans Jean 3:16, Dieu a aimé le monde, mais quiconque croit au Seigneur Jésus a la vie éternelle. En Jean 1, à ceux qui L’ont reçu, est donné le droit d’être appelés enfants de Dieu. « Si tu confesses de ta bouche Jésus comme Seigneur et que tu croies dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé ». (Rom. 10:9) Acceptation et confession personnelles, individuelles, de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus.

Le sang est mis à l’extérieur des portes, sur les poteaux et le linteau. La famille, réunie à l’intérieur de la maison, mange l’agneau de Pâque, avec les pains sans levain et les herbes amères. Ce n’est pas elle qui voit le sang et en apprécie la valeur. L’Éternel déclare catégoriquement : « Je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n’y aura point de plaie à destruction au milieu de vous ». (Ex. 12:13) Le pécheur repentant qui vient au Seigneur Jésus ne peut apprécier la valeur de Son sang ; Dieu seul le fait ; à cause de ce sang, Il pardonne et reçoit. L’âme reçoit pour vraie la Parole de Dieu, et fonde sa certitude sur ses déclarations. Elle ne peut pas expliquer, mais elle sait, que « le sang de Jésus Christ, son Fils, nous purifie de tout péché » (1 Jean 1:7).

 

2.4   La nuit de la Pâque

Ex. 12:42.

Les mois en Israël étaient lunaires et commençaient à chaque nouvelle lune. La Pâque ayant lieu le quatorzième jour du mois, les Israélites sont donc sortis d’Égypte par la pleine lune. Le soir, ils ont mangé l’agneau, les reins ceints, prêts à partir. « Au milieu de la nuit, l’Éternel frappa tout premier-né dans le pays d’Égypte... Et le Pharaon se leva de nuit, lui et tous ses serviteurs, et toute l’Égypte ; et il y eut un grand cri en Égypte, car il n’y avait pas de maison où il n’y eût un mort » (Ex. 12:29-30). On comprend le désarroi des Égyptiens, chacun se précipitant hors de sa demeure pour annoncer la triste nouvelle à son voisin, et en apprendre le même malheur. Le Pharaon en tête, les Égyptiens chassent Israël du pays. Le peuple, selon les instructions de l’Éternel à Moïse, dépouille les Égyptiens de leurs objets d’argent et d’or, salaire bien mérité pour toutes leurs années de labeur servile.

À travers la nuit, les colonnes s’ébranlent des diverses parties du pays de Goshen « selon leurs armées », pour se rallier à Ramsès et à Succoth. Six cent mille hommes de pied avec leurs familles, plus un amas de gens qui montent avec eux représentent un peuple de deux à trois millions d’âmes, sans parler de tout le bétail qui les accompagne. Quel moment pour Moïse ! À quarante ans, il avait souhaité donner à ses frères « la délivrance par sa main ». Après toute la tension des plaies successives, le drame de cette nuit mémorable, une nouvelle vie allait commencer. L’Éternel avait déployé sa puissance, il avait accompli sa promesse, et dans l’âme de son serviteur montait sans doute une reconnaissance profonde. Face aux problèmes qui l’attendaient, quelle responsabilité aussi pesait sur lui : conduire cette foule nombreuse, à travers un désert qu’il connaissait d’expérience, jusqu’au pays promis. La tâche immense que Dieu lui avait confiée ne faisait que commencer.

 

3                        Les premiers pas dans le désert — Le berger

(Ps. 77:20)

Le dernier verset du Psaume 77 nous dit : « Tu as conduit ton peuple comme un troupeau, par la main de Moïse et d’Aaron ». Moïse prend bien, lors de la traversée de la Mer Rouge et du désert, ce caractère de berger.

Le Psaume souligne : « Ta voie est dans la mer, et tes sentiers dans les grandes eaux » (v. 19). Telle fut l’expérience du peuple ; pour eux la voie de Dieu était incompréhensible, elle passait à travers les grandes eaux, non seulement de la Mer Rouge, mais de tribulations successives qui devaient éprouver leur foi. Mais le psalmiste ajoute : « O Dieu ! Ta voie est dans le lieu saint » (v. 13). En effet ce que Dieu a en vue pour les siens est toujours devant lui, parfaitement connu de sa sagesse et de son amour, même lorsque, pour nous, sa voie paraît être dans les eaux profondes.

 

3.1   La délivrance à la Mer Rouge

(Hébr. 11:29 ; Ex. 13:17-22 ; 14)

Des points de rassemblement de Ramsès et de Succoth, le peuple avait gagné Etham, à l’extrémité du désert. Le chemin normal aurait passé vers le nord, par la route du pays des Philistins, la plus courte. Mais Dieu ne voulait pas que, dès les premiers pas de son peuple au désert, il rencontre la guerre ; Il les mène par un sentier à lui, jusqu’au Sinaï.

Pour l’instant, la nuée les conduit à se détourner, et à camper en un lieu aussi mal choisi que possible du point de vue de la sécurité : entre la montagne et la mer, sans autre issue que le chemin par lequel ils venaient de pénétrer dans cette sorte de cul-de-sac.

Peu d’heures s’écoulent, et cette unique issue est occupée par le Pharaon et ses troupes : « Les fils d’Israël levèrent les yeux, et voici, les Égyptiens marchaient après eux » (Ex. 14:10).

La merveilleuse délivrance que Dieu a opérée par sa main, Moïse va-t-il la perdre maintenant ? Rien ne semble l’émouvoir, sa foi est sûre : il tient ferme une fois de plus, comme voyant Celui qui est invisible.

Il n’en est pas de même du peuple. Pleins d’une grande peur, ils crient à l’Éternel ; ils font des reproches à Moïse et se rebellent (Ps. 106:7). La panique s’empare d’eux ; mieux vaudrait servir les Égyptiens que périr dans le désert. Première crise dans les relations de Moïse et d’Israël, prélude de tant d’autres.

Moïse, certain de la délivrance de l’Éternel, insuffle en quelque sorte sa foi au peuple : « L’Éternel combattra pour vous, et vous, vous demeurerez tranquilles ».

L’ennemi ne laisse pas facilement échapper une âme. Même lorsqu’elle a mis sa confiance dans le sang de Christ pour ôter ses péchés, Satan cherche à produire en elle le doute, l’incertitude, des hauts et des bas quant au salut ; au lieu de se réjouir dans une délivrance accomplie, elle est remplie de doutes et de craintes. Seule la Parole de Dieu peut donner la certitude du salut. La rédemption est assurée par l’œuvre de Christ. Ce n’est pas notre affaire. Lui l’a opérée. La certitude de notre salut découle, par la foi, des déclarations de la Parole de Dieu. Nous sommes appelés à contempler « la délivrance de l’Éternel » et à nous tenir tranquilles, nous reposant pleinement sur tant de passages de la Parole comme : « Il n’y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus » (Rom. 8:1) ; ou : « Qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3:36).

Dans un autre sens, les efforts de l’ennemi visent à retenir les âmes sauvées dans le monde, et sous son emprise. Combien de vrais chrétiens, lavés dans le sang de Christ, restent moralement enveloppés dans le monde, en Égypte. De fait, ils répondent à l’injonction du Pharaon : « Sacrifiez à l’Éternel, votre Dieu, dans le pays ».

Mais Dieu veut avoir les siens vraiment pour lui. Dans la nuit et la tempête, un chemin s’ouvre à travers la mer, dans lequel le peuple s’engage. Hébreux 11:29 précise bien : Par la foi, ils traversèrent : la foi a marqué l’ensemble du peuple, tandis que dans les passages précédents de ce chapitre aux Hébreux, la foi de Moïse seul est mise en évidence. Ce n’était pas peu de chose de s’engager, en se fiant à la parole de l’Éternel par Moïse, entre ces deux murs liquides, qui, à tout instant, pouvaient les recouvrir.

« Sur la veille du matin » l’Éternel met en désordre l’armée des Égyptiens ; quand le matin luit, la mer reprend sa force ; les ennemis au milieu d’elle, sont engloutis. « Israël vit les Égyptiens morts sur le rivage de la mer. Et Israël vit la grande puissance que l’Éternel avait déployée... et ils crurent à l’Éternel, et à Moïse son serviteur ». Sur la rive de la Mer Rouge un chant de louange s’élève de toutes les bouches, premier cantique de la Bible, car seuls les rachetés conscients de leur délivrance peuvent chanter. Le psalmiste et les prophètes ne cesseront de célébrer cet événement mémorable ; et le cantique des rachetés, qui a jailli de milliers de bouches dans l’Exode, résonnera jusque dans l’Apocalypse, à l’adresse de l’Agneau immolé, centre éternel de la louange de tous les siens.

 

3.2   L’amertume de Mara

Ex. 15:22-26.

Moïse connaissait le désert (Ex. 3:1), son aridité, sa chaleur, son étendue. Quelle responsabilité d’y conduire tout un peuple et ses troupeaux !

D’emblée la foi nouvelle va être mise à l’épreuve. Ainsi souvent dans la vie du jeune converti, Dieu permet qu’au bout de peu de temps, il soit mis en évidence si sa foi est réelle, s’il va se confier en Dieu ou pas.

Un jour, deux jours, trois jours, se passent dans le désert, sans trouver d’eau. Enfin on arrive à Mara, « mais ils ne pouvaient boire des eaux de Mara, car elles étaient amères ». Le peuple murmure contre Moïse ; celui-ci crie à l’Éternel. « Et l’Éternel lui enseigna un bois, et il le jeta dans les eaux, et les eaux devinrent douces ». Dans les types des livres de Moïse, le bois nous parle généralement de l’humanité du Seigneur Jésus, de cette humanité parfaite dans laquelle il a toujours fait la volonté de Dieu, jusqu’au moment suprême de Gethsémané où il pouvait dire : « Ta volonté, et non la mienne ».

Si l’épreuve surgit sur la route, la première leçon à apprendre dans le chemin de la foi, est de l’accepter comme venant de Dieu. Se soumettre à la volonté de Dieu qui veut notre bien ; chercher quelle leçon les difficultés rencontrées nous enseignent. On a postulé une place et l’on est éconduit ; un jeune père de famille consacre tous ses efforts à nourrir et à équiper son nouveau foyer... la maladie l’arrête ; l’invitation tant attendue ne vient pas ; l’ami sur qui l’on comptait vous déçoit. La foi s’élève alors au-dessus de l’amertume de la déception ; elle trouve dans la parfaite sympathie du Seigneur Jésus, la possibilité d’accepter comme de la main de Dieu ce qui est si amer sur son chemin.

À Mara, l’Éternel se révèle sous un nom nouveau : « l’Éternel qui te guérit » ; les eaux deviennent douces, la guérison de l’Éternel restaure. Puis à Elim, on trouve le rafraîchissement et la nourriture dont l’âme a besoin. Enfin, chaque matin, expérience merveilleuse, la manne viendra pourvoir aux besoins du peuple.

 

3.3   Les leçons de Rephidim

Ex. 17.

Comme nous cherchons à saisir ce que la Parole nous dit de la personnalité de Moïse, de la manière dont Dieu l’a formé et enseigné le long de sa course, nous ne pouvons entrer dans tous les détails du désert, et nous laissons notamment de côté le chapitre concernant la manne.

Jusqu’ici tout avait réussi à Moïse. Le Pharaon insolent et hautain avait été abattu, la Mer Rouge ouverte, la manne avait répondu aux besoins du peuple. Mais il fallait que le serviteur de Dieu apprenne toujours à nouveau son impuissance.

 

3.3.1        Le rocher (v. 1-7)

À Rephidim, l’eau manquait. Le peuple conteste avec Moïse, et parle même de le lapider. « Pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte, pour nous faire mourir de soif, moi et mes enfants et mon bétail ? » Le Pharaon voulait retenir les enfants et le bétail en Égypte, et voici maintenant que le peuple reproche à Moïse de les en avoir fait sortir !

Complètement impuissant devant cette injuste contestation, Moïse s’écrie devant l’Éternel : « Que ferai-je à ce peuple ? »

Il va apprendre une leçon nouvelle : la présence même de Dieu suffit à tous les besoins des siens « Voici je me tiens là devant toi sur le rocher ». « Le rocher était le Christ », nous dit 1 Corinthiens 10:4. Il doit être frappé par la verge de Moïse, la verge de l’autorité et du jugement, pour que les eaux, le Saint Esprit, en coulent en abondance (Jean 7:39).

Moïse, personnellement attaqué, doit être personnellement honoré. Dans toute sa dignité, il passe devant le peuple ; aux yeux des anciens d’Israël, l’eau jaillit du rocher, et tous peuvent boire (v. 6).

 

3.3.2        Amalek (v. 8-16)

Un autre obstacle surgit pendant la marche au désert : Amalek, que l’on considère être un type de la chair en nous. Amalek s’attaquait particulièrement aux traînards, aux faibles, pour les harceler dans le désert. Il faut donc combattre, mais comment ?

Moïse apprend une nouvelle leçon. Josué, type du Seigneur ressuscité et du Saint Esprit, prend la tête du peuple pour le combat (la chair convoite contre l’Esprit et l’Esprit contre la chair, nous dit Galates 5:17). Mais il ne suffisait pas du combat de Josué. Moïse monte sur le sommet de la colline, la verge de Dieu dans sa main, et intercède pour le peuple. Il n’est pas là précisément un type de Christ, mais plutôt de ceux qui s’approchent de Dieu par Lui, afin d’intercéder, soit pour eux-mêmes, soit pour ses rachetés. Moïse est conscient de sa faiblesse. Quand il levait la main, Israël avait le dessus ; quand il reposait sa main, Amalek avait le dessus. Les mains de Moïse étaient pesantes. N’en est-il pas ainsi de nous, même si nous avons compris que le seul remède à notre infirmité est de persévérer dans la prière ? Que de faiblesses, que de relâchements, que de manque de constance souvent ! Aaron s’approche, et Hur ; ils soutiennent les mains de Moïse. Ici, Aaron est le type de Christ, Sacrificateur « toujours vivant pour intercéder » pour les siens.

Dans sa jeunesse, Moïse voulait combattre : il tue l’Égyptien. Maintenant, avancé en âge, avec son frère et son compagnon, pour le peuple de Dieu, il prie.

La présence de Dieu, et la prière d’intercession, telles furent pour Moïse les grandes leçons de Rephidim.

 

4                        Sinaï — Le médiateur — (La première année)

Au troisième mois après leur sortie d’Égypte, les fils d’Israël arrivent au désert de Sinaï (Ex. 19:1). L’Éternel leur fait dire par Moïse ces paroles remarquables : « Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, et comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle, et vous ai amenés à moi » (v. 4). La troupe indisciplinée, sortie de Goshen, devait être formée en une nation (v. 6), avec ses lois, son culte et son centre, son armée bien ordonnée.

La première année de l’exode s’ouvre par la Pâque et la Mer Rouge, pour se continuer avec les soins du désert : la manne, l’eau du rocher, la victoire sur Amalek, et recevoir au Sinaï la loi, et les ordonnances qui s’y rattachent. Cette première année, dans sa signification pour nous, concerne surtout la vie individuelle : rémission des péchés, rédemption, nourriture personnelle de l’âme, marche avec le Seigneur.

La deuxième année (Ex. 40:1, 17) s’ouvre avec l’érection du tabernacle, puis la consécration des sacrificateurs, les offrandes des princes, l’institution du service, l’ordre de campement et de marche. Elle concerne plutôt la vie collective. Le croyant n’a pas été racheté pour vivre et marcher seul, mais pour se retrouver avec ses frères : Christ est mort « pour rassembler en un les enfants de Dieu dispersés ».

Déjà durant la deuxième année, le peuple aurait pu entreprendre la conquête de Canaan, n’eût été leur manque de foi à Kadès-Barnéa, à la suite du rapport des espions. Les trente-huit ans passés encore au désert n’étaient nullement nécessaires à cet égard ; ils l’étaient pour qu’Israël apprenne à se connaître, et à connaître Dieu (Deut. 8).

 

4.1    La réception de la loi — Le législateur

Placé devant tout l’appareil de la majesté et de la sainteté divines, le peuple tremble (Ex. 19:16). Moïse lui-même était, nous rappelle Hébreux 12:21, « si terrible était ce qui paraissait, ... épouvanté et tout tremblant ». Dieu prononce les dix paroles, base de la loi morale.

Le peuple effrayé se tient loin. Ils disent à Moïse : « Toi, parle avec nous, et nous écouterons ; mais que Dieu ne parle point avec nous, de peur que nous ne mourions ». L’assemblée d’Israël reste à distance, mais Moïse s’approche de l’obscurité profonde où Dieu était.

À une autre occasion, soixante-dix des anciens d’Israël l’accompagnent sur la montagne avec Aaron, Nadab et Abihu ; mais Moïse seul s’approche de l’Éternel. Eux ne vont pas plus loin ; quant au peuple, ils ne doivent même pas toucher la montagne, encore moins y monter. De la vision du Dieu d’Israël de la part des anciens, tout ce qui nous est rapporté est : « Sous ses pieds, comme un ouvrage de saphir transparent et comme le ciel même en pureté ».

Moïse enfin gravit la montagne pour y entendre les communications divines. Six jours se passent sur le Sinaï, en compagnie de Josué. Le septième jour, Moïse tout seul pénètre au milieu de la nuée, et reste dans la présence de Dieu quarante jours et quarante nuits ; il y reçoit les deux tables, les ordonnances, et les instructions relatives au tabernacle.

À trois reprises, lorsque Moïse rapporte au peuple les paroles de Dieu, ils répondent : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons » (Ex. 19:8 ; 24:3, 7). Pourtant, d’aucune façon, ils ne pouvaient accomplir la loi. « Car s’il avait été donné une loi qui eût le pouvoir de faire vivre, la justice serait en réalité sur le principe de la loi » (Gal. 3:23). En s’engageant ainsi à la légère à accomplir Ses commandements, le peuple ne connaissait vraiment ni Dieu, ni lui-même. Alors, dira-t-on, à quoi bon la loi ? Question à laquelle répond l’apôtre dans les Galates et dans les Romains : par la loi est la connaissance du péché (Rom. 7:7).

Un enfant promettra facilement d’être sage, d’obéir toujours à ses parents. Mais Dieu permettra des cas précis, où le jeune constatera sa faute ; sa conscience sera touchée. Y aurait-il de vraie conversion sans conviction de péché, au moins dans une mesure ? Ne faut-il pas être amené au sentiment de la sainteté de Dieu et de son propre péché pour sentir que l’on est perdu ? Quand le jeune Ésaïe entre au temple, en Ésaïe 6, et voit le Seigneur dans sa gloire, il s’écrie : « Malheur à moi ! car je suis perdu ; car moi, je suis un homme aux lèvres impures, et je demeure au milieu d’un peuple aux lèvres impures » (Ésaïe 6:5). Pierre a pris Jésus dans sa nacelle, sensible à l’honneur qui lui est fait. Mais lorsque, ayant mené la barque en pleine eau, il constate la pêche miraculeuse et saisit que son passager n’est autre que Dieu lui-même, il se jette aux genoux de Jésus, disant : « Seigneur, retire-toi de moi, car je suis un homme pécheur » (Luc 5:8).

Il faut se placer devant les dix commandements et se demander, sérieusement, loyalement, si on les a, l’un après l’autre, observés. Il ne suffit pas de n’avoir pas dérobé, le seul désir de le faire viole le dixième commandement. Quel jeune homme pourra dire que le désir de Matthieu 5:28 n’est jamais monté en lui ? Y a-t-il beaucoup de garçons qui n’aient à aucune occasion traité leur frère ou leur ami de « fou » ? (Matt. 5:22). Un de nos jeunes amis, soudain frappé par la Parole, constatait qu’ayant ainsi qualifié plus d’une fois son frère, il méritait l’enfer ! Que fallait-il lui répondre ? — Ce n’est pas si grave, tu étais un peu en colère, ton frère t’avait énervé ? Mais non, c’est grave, selon la Parole de Dieu ; le Seigneur Jésus condamne le fait de s’être mis en colère légèrement contre son frère. — Alors je mérite l’enfer ? — Certainement. Et notre jeune ami de trembler à cette pensée. Combien il est alors merveilleux de pouvoir présenter l’œuvre du Seigneur Jésus, qui, lui, a payé pour nos fautes, a porté nos péchés en son corps sur le bois, a été atteint par le châtiment que nous méritions : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous » (Gal. 3:13).

 

4.2   La crise du veau d’or

Ex. 32.

En faisant le veau d’or, Aaron et le peuple ne voulaient pas à proprement parler abandonner l’Éternel ; ils violaient plutôt le deuxième commandement : « Tu ne te feras point d’image taillée, ni aucune ressemblance... de ce qui est sur la terre... tu ne t’inclineras point devant elles et tu ne les serviras point ». L’esprit de l’homme tend toujours à la matérialisation du spirituel. Il lui faut une forme visible, un objet à pouvoir, sinon adorer, au moins vénérer. « Aaron vit le veau, et bâtit un autel devant lui ; et Aaron cria et dit : Demain, une fête à l’Éternel ! » (Ex. 32:5). Ils rabaissaient l’Éternel au rang des dieux de l’Égypte : « voilà ton Dieu ».

L’idolâtrie dégrade l’homme, elle le conduit au désordre (v. 25), aux orgies et à la licence (v. 6). Il suffit de lire Romains 1 pour s’en convaincre. Et rien n’est plus grave que d’associer le nom de Dieu à l’idolâtrie.

Quelle va être l’attitude de Moïse devant une telle situation ?

4.2.1        Sur le sommet de la montagne, l’Éternel l’avertit de ce qui est arrivé (v. 7-10).

Moïse, contre lequel le peuple a déjà si souvent murmuré, pourrait saisir l’occasion et accepter la proposition divine qui le met à l’épreuve, en laissant Sa colère s’embraser contre eux et les consumer, pour devenir lui-même une grande nation. Mais le législateur a trop à cœur les intérêts de son Dieu pour agir ainsi. Aussitôt il implore l’Éternel et invoque deux raisons péremptoires pour épargner Israël. Tout d’abord, que diraient les Égyptiens si le peuple était consumé de dessus la face de la terre ? Ils se glorifieraient de l’impuissance du Dieu d’Israël. D’autre part l’Éternel a fait des promesses positives aux patriarches de multiplier leur semence et de lui donner le pays de Canaan. Que deviendrait l’accomplissement de cette promesse solennelle ?

Dans l’intercession que nous pouvons exercer pour nos frères, n’en est-il pas de même ? Se rappeler la fidélité de Dieu, ses promesses, sa justice envers Christ (« il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés ») ; d’autre part, penser au témoignage que les chrétiens ont à rendre devant le monde : « Si quelqu’un voit son frère pécher... il demandera pour lui ; et il lui donnera la vie » (1 Jean 5:16).

4.2.2        Lorsque Moïse voit le veau et les danses (v. 19)

Lorsque Moïse voit le veau et les danses (v. 19), sa colère s’embrase, une juste colère et non l’explosion de sentiments charnels. II brise les tables de la loi : à peine promulguée, elle était déjà violée. Il prend le veau, le réduit en poudre et fait boire l’eau qui la contient aux fils d’Israël : il faut qu’ils sentent intérieurement la gravité de leur péché. Si nous avons lourdement manqué, il faut le reconnaître et le confesser devant Dieu ; mais aussi sentir au profond de notre âme le sérieux du péché et l’horreur que Dieu en a.

Moïse charge les lévites de la terrible mission d’exterminer ceux qui apparemment s’étaient plus spécialement voués à l’idolâtrie, même s’ils étaient leurs frères, leurs compagnons, leurs intimes amis. Trois mille hommes tombent ainsi frappés, contraste avec le premier jour où l’Évangile sera annoncé, quand trois mille âmes seront amenées au Seigneur (Actes 2).

4.2.3        Le lendemain

Le lendemain, l’excitation et la colère se sont calmées. Moïse va-t-il dire : hier je me suis fâché, mais le mal n’était pas si grave ? Tout au contraire ; avec une peine profonde, il réaffirme : « Vous avez commis un grand péché ». Dans son for intérieur, il a médité ; il va monter vers l’Éternel, et déclare : « Peut-être ferai-je propitiation pour votre péché » (v. 30). Il ne révèle pas quel moyen il va employer ; il n’est pas même sûr que ce moyen réussira.

Devant l’Éternel, Moïse, accablé de douleur, reconnaît que le peuple a commis une grande faute. Il ajoute : « Et maintenant, si tu pardonnes leur péché... », sans pouvoir terminer sa phrase ; car il sait bien que Dieu ne peut pardonner sans que propitiation soit faite. Aussi va-t-il ajouter ce qu’il a conçu en secret : « Efface-moi, je te prie, de ton livre que tu as écrit ». Il s’offre lui-même en propitiation pour le peuple. Mais il n’a pas appris ce que le psalmiste déclarera plus tard : « Un homme ne pourra en aucune manière racheter son frère, ni donner à Dieu sa rançon » (Ps. 49:7).

Pourtant l’Éternel pardonne quand même ! Il ne peut accepter que Moïse paie pour le peuple : « Celui qui aura péché contre moi, je l’effacerai de mon livre ». S’il supporte le péché, c’est parce qu’il a en vue la venue d’un Autre, qui s’offrira lui-même en sacrifice ; Il sera présenté comme propitiatoire, afin que Dieu soit juste et justifie celui qui est de la foi de Jésus (Rom. 3:24-26). Les « péchés précédents », ceux du peuple, ceux commis durant tout le cours de l’Ancien Testament, ont pu être « supportés » en toute justice, en vue de la Victime parfaite qui serait manifestée au temps propre.

Ainsi Dieu sera juste en pardonnant. Il sera fidèle à ses promesses (Ex. 33:1) ; sa gloire sera maintenue vis-à-vis des Égyptiens ; mais dans son gouvernement, il devra quand même châtier les siens ; il retire du milieu d’eux sa présence (Ex. 33:3).

 

4.3   La tente d’assignation

Ex. 33:7-11.

À la suite du péché du peuple, Dieu s’éloigne : « J’enverrai un ange devant toi... Je ne monterai pas au milieu de toi » (Ex. 33:2-3). Le peuple entend cette parole fâcheuse, mène deuil, et se dépouille de ses ornements.

Que faire dans une telle situation ? Le camp avait été livré au désordre. La présence de Dieu s’en retirait. Pourtant Moïse venait de recevoir sur la montagne, les instructions pour construire le tabernacle ; la demeure de Dieu occuperait la place centrale, et tout autour camperaient les tribus.

Moïse sent bien que ce n’est plus possible, vu le désordre dans lequel le peuple se trouve. Faudra-t-il renoncer à toute manifestation de la présence divine pour ceux qui craignent l’Éternel ? Moïse prend alors une tente et la tend pour lui hors du camp, loin du camp, et l’appelle la tente d’assignation. Tous ceux qui cherchaient l’Éternel, sortent vers la tente. Lorsque Moïse lui-même s’y rendait, le peuple se tenait chacun à l’entrée de sa tente, et suivait des yeux Moïse jusqu’à ce qu’il y pénètre (v. 7-8). Il y avait donc deux catégories de personnes : Ceux qui cherchaient l’Éternel et sortaient vers la tente ; les autres qui, simplement depuis l’entrée de leur propre tente, regardaient de loin.

N’avons-nous pas une instruction similaire en Hébreux 13 : « Sortons vers Lui, hors du camp, portant son opprobre ». La chrétienté ressemble à maints égards au camp d’Israël, à cause de tous les mélanges et les erreurs qui l’ont envahie ; il est possible, aujourd’hui aussi, de sortir hors du camp, et, réalisant 2 Timothée 2:19-22, de se réunir simplement au nom du Seigneur Jésus, comptant sur sa promesse que « là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Comme alors, tous ne suivent pas ; seul un « résidu » se retrouve autour du Seigneur, mais il peut compter sur la promesse de Sa présence.

« Il arriva que, comme Moïse entrait dans la tente, la colonne de nuée descendit, et se tint à l’entrée de la tente, et l’Éternel parla avec Moïse ». Tout le peuple peut reconnaître que la présence de Dieu se manifeste là, et non plus au milieu du camp. Le fidèle serviteur trouve lui-même une communion comme il n’en avait jamais connu : l’Éternel parle avec lui « face à face, comme un homme parle avec son ami ».

Moïse intercède alors sur un nouveau principe, celui de la grâce. Conscient qu’il est lui-même l’objet de la faveur de Dieu, il supplie l’Éternel d’étendre cette grâce à tout le peuple. Il reçoit la merveilleuse réponse : « Ma face ira, et je te donnerai du repos ». Mais cela ne saurait suffire. Si Moïse a trouvé grâce aux yeux de l’Éternel, il insiste pour que Dieu marche avec lui et avec son peuple. Enfin l’Éternel se rend à sa prière : « Je ferai cela aussi dont tu as parlé ; car tu as trouvé grâce à mes yeux » (v. 17).

 

4.4   La vision de la grâce

Profondément réchauffé par cette intimité avec son Dieu, Moïse exprime alors le désir ardent de voir la gloire de Sa face. Mais le moment n’était pas déjà arrivé où la connaissance de la gloire de Dieu luirait dans la face de Christ (2 Cor. 4:6). L’Éternel doit dire à son serviteur : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre ». Si la gloire ne peut encore être révélée, l’Éternel déclare : « Je ferai passer toute ma bonté devant toi ».

Placé dans la fente du rocher, seul dans le sanctuaire de la présence divine, Moïse a une révélation nouvelle du Dieu qu’il a si fidèlement suivi jusque-là. Au buisson, il a appris à le connaître comme celui qui est et ne change pas : Je suis celui qui suis. En Égypte, Dieu s’est révélé à lui comme l’Éternel Jéhovah, le Dieu de l’alliance. Au Sinaï, il a reçu la loi du Dieu juste et saint. Mais dans la fente du rocher, il apprend à connaître la nature même de Celui qui est amour : « L’Éternel, l’Éternel ! Dieu, miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère, et grand en bonté et en vérité, gardant la bonté envers des milliers de générations, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché » (Ex. 34:6-7). Dans le secret du temple, le jeune Ésaïe apprendra à connaître la grâce qui ôte son iniquité et fait propitiation pour son péché. Dans la vision à Horeb, Elie entendra la Voix douce et subtile qui touchera son cœur. Dans le temple de Jérusalem, Paul verra Celui qui l’envoie au loin vers les nations. Et dans la lumière du matin de la résurrection, seule dans le jardin de Joseph d’Arimathée, Marie de Magdala se trouvera aux pieds de son Seigneur ressuscité.

On comprend que, descendu de la montagne, Moïse n’est plus le même. Les nouvelles tables de la loi sont dans sa main. Elles ne sont pas brisées, mais placées dans l’arche, type de Christ. Il ne vient plus châtier les coupables et répandre la terreur dans le camp. La peau de son visage rayonne, reflet de la bonté et de la grâce entrevues : il avait « parlé avec Lui ». Aaron et le peuple, tout d’abord effrayés, s’approchent de lui, mais Moïse met un voile sur son visage : le temps n’était pas encore venu où la gloire de la grâce pourrait être pleinement révélée. Même aujourd’hui, pour Israël, le voile demeure sur leur cœur.

Dieu a fait luire la connaissance de sa gloire dans la face de Christ. Nous tous qui connaissons le Seigneur Jésus, pouvons contempler à face découverte cette gloire du Seigneur, être transformés en la même image de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit (2 Cor. 3:18). Avons-nous remarqué les détails de ce magnifique verset : nous tous… sommes tranformés ? Non le privilège d’un homme particulier comme l’était Moïse, ni l’apanage d’un serviteur éminent, mais pour tous la vision merveilleuse est là : il n’y a plus de voile... Encore, faut-il avoir le temps et le cœur pour contempler !

 

5                        Du Sinaï à Kadès — (La deuxième année)

Le premier jour du premier mois de la seconde année après la sortie d’Égypte, le tabernacle avait été dressé (Ex. 40:1). Divers événements se succèdent : la consécration des sacrificateurs, l’offrande des princes, la Pâque ; le premier jour du deuxième mois, Moïse procède au dénombrement des hommes « propres au service militaire » (Nomb. 1:3). Enfin le vingtième jour du second mois de cette seconde année, la nuée se lève de dessus le tabernacle ; les fils d’Israël quittent le désert de Sinaï, « pour la première fois » selon l’ordre de marche que l’Éternel avait prescrit. Six tribus précèdent l’arche et le sanctuaire ; six tribus forment l’arrière-garde.

 

5.1   Des yeux dans le désert

Nomb. 10:29-36.

La nuée dirigeait fondamentalement les mouvements du peuple (Nomb. 9:15-23). Pour le départ des camps, les sacrificateurs sonnaient des trompettes (Nomb. 10:1-8). L’Éternel avait pourvu à tout, et sa présence accompagnait Israël.

Pourquoi Moïse souhaite-t-il un secours humain en la personne de son beau-frère Hobab ? — Le Madianite connaît bien le désert, et les lieux où il faudra camper ! Il est vrai que Moïse insiste pour lui faire partager « le bien que l’Éternel veut nous faire ». De fait Hobab ne précédera pas le peuple pour découvrir un campement ; l’arche elle-même, sortant de sa place naturelle au milieu des tribus, va les précéder « le chemin de trois jours », et lui chercher un lieu de repos ! La nuée met sa sanction sur ce déplacement, manifestant la présence divine, suite à l’intercession persévérante de Moïse, et malgré le manque de confiance dont il avait témoigné dans son recours à Hobab.

N’en est-il pas ainsi pour nous ? En Jean 10, le bon Berger mène dehors ses propres brebis, « il va devant elles » ; les brebis le suivent, parce qu’elles connaissent sa voix. Expérience précieuse que l’on peut faire à tout âge : Il va devant. Une étape inconnue de la carrière s’ouvre-t-elle, un nouveau temps d’étude, un séjour à l’étranger, un autre stage professionnel... « Il va devant ». Sachons nous confier en lui et nous attendre à lui. L’arche part trois jours en avant du peuple. Aucune nécessité de se presser, mais tranquillement suivre le chemin ainsi tracé. « Qui se fie à Lui, ne se hâtera pas » (Ésaïe 28:16). Puissions-nous saisir pour nous-mêmes la promesse faite au psalmiste : « Je t’instruirai et je t’enseignerai le chemin où tu dois marcher ; je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » (Ps. 32:8). Enseignement puisé dans la Parole de Dieu, appliqué pratiquement dans la communion avec le Seigneur.

 

5.2   Le fardeau de tout ce peuple

Nombres 11:10-17, 24-29.

Livre du désert, les Nombres sont aussi le livre des murmures ! Que de fois les Israélites se plaignent, pleurent, se lamentent. Dans notre chapitre, « le peuple se plaignait... le peuple cria à Moïse... le ramassis du peuple qui était au milieu d’eux s’éprit de convoitise, et les fils d’Israël aussi se mirent encore à pleurer... Moïse entendit le peuple pleurant, chacun à l’entrée de sa tente... »

On comprend que le conducteur pût être excédé de ces lamentations continuelles, qui attiraient d’ailleurs sur Israël le châtiment de l’Éternel. Il répand devant Lui sa plainte : « Pourquoi ? Pourquoi ? ...Ils pleurent après moi... Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi ».

En Exode 18, Jéthro, le beau-père de Moïse, lui avait donné le conseil de se faire aider, pour rendre la justice, par des chefs de milliers, de centaines, de cinquantaines, de dizaines. Ces hommes avaient à juger le peuple en tout temps, et à porter devant leur chef les grandes affaires. Moïse devait être pour eux auprès de Dieu et rapporter les affaires à Dieu ; d’autre part, enseigner les statuts et les lois au peuple. Il avait suivi ce conseil, soumis, du reste, à l’approbation divine (Ex. 18:23), et rappelle, semble-t-il, la chose en Deutéronome 1:9-18, sans y ajouter de commentaires défavorables. On en aurait peut-être quelque contrepartie en 1 Corinthiens 6:4.

Dans notre chapitre, il ne s’agissait pas de rendre la justice et d’entendre les causes de contestations, mais plutôt de porter le fardeau de la responsabilité. Il est certain que Dieu avait la puissance de donner à Moïse les ressources nécessaires pour le faire, et qu’il l’avait chargé, lui, de conduire Israël.

Aujourd’hui, à la lumière du Nouveau Testament, on doit reconnaître que parmi le peuple de Dieu, il n’est pas selon la pensée divine qu’un seul homme ait toute la charge de la responsabilité ou du service dans une assemblée. La décision d’Actes 15 n’a pas été prise par un apôtre, si éminent fût-il, mais par « les apôtres et les anciens, avec toute l’assemblée » (v. 22). Nous voyons aussi que Paul avait plusieurs « compagnons d’œuvre » (Phil. 4:3 ; Col. 4:11 ; etc.), qu’il déléguait çà et là, ou qui l’accompagnaient dans ses voyages. Surtout, 1 Corinthiens 12, Romains 12, Éphésiens 4 nous montrent que dans le corps de Christ, chaque membre, chaque jointure, a son service particulier, et que tous fonctionnent de concert pour le bien de tout le corps. Le Seigneur seul confère, par l’Esprit, des dons variés ; non seulement les dons fondamentaux de pasteur, docteur, évangéliste ou prophète, mais toutes sortes de fonctions à remplir dans le corps et dans l’œuvre. Tous n’ont pas la même qualification, mais tous les membres doivent avoir un égal soin les uns des autres : « Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu » (1 Pierre 4:10).

Aussi, même s’il n’était pas approprié de la part de Moïse de se plaindre ainsi devant Dieu, nous pouvons penser que c’était une réponse de la grâce de Dieu que de lui adjoindre les soixante-dix anciens, pour porter avec lui le fardeau du peuple. En tout cas Moïse ne l’a pas pris de mauvaise part, au contraire. Lorsque Josué veut empêcher Eldad et Médad de prophétiser dans le camp, Moïse de répondre : « Es-tu jaloux pour moi ? Ah ! que plutôt tout le peuple de l’Éternel fût prophète ; que l’Éternel mît son Esprit sur eux ! » (Nomb. 11:29). Il ne désirait nullement être le seul canal de l’Esprit de Dieu. 1 Corinthiens 12:21, nous rappelle : « L’œil ne peut pas dire à la main : je n’ai pas besoin de toi ; ou bien encore la tête aux pieds : je n’ai pas besoin de vous ! » Chacun a reçu du Seigneur un service à accomplir et ne peut ni s’en décharger sur autrui, ni estimer de peu de valeur la fonction que Dieu a pu confier à d’autres, ou encore vouloir l’imiter. Mais tous sont appelés dans la dépendance du Seigneur, à « coopérer à l’œuvre et à travailler » (1 Cor. 16:16), dans la soumission et l’estime mutuelles (Phil. 2:4 ; Rom. 12:3) ! Il ne s’agit pas d’une collaboration comme on l’entend dans une organisation humaine, mais — aujourd’hui dans le cadre tracé par 2 Timothée 2:19-26 — d’une coopération dans un organisme vivant, chacun œuvrant à la place assignée par le Maître (Éph. 4:16).

 

5.3   L’amère déception de Kadès

Deut. 1:19-46 ; Nomb. 13 et 14.

« Il y a onze journées depuis Horeb jusqu’à Kadès-Barnéa » (Deut. 1:2) : peu de jours suffisaient à gagner la frontière du pays ; pourtant, plus de trente-huit ans après le départ de Sinaï, nous retrouvons le peuple à Kadès (Nomb. 20:1) ! Les progrès spirituels d’une âme peuvent être rapides ; mais souvent, des années et des années sont perdues par manque de foi, manque de vigilance, manque d’amour pour le Seigneur.

Point de départ pour la conquête, Kadès-Barnéa se trouvait à la frontière de Canaan. Moïse le rappelle en Deutéronome 1. Après le « grand et terrible désert » qu’ils avaient traversé, les Israélites n’avaient plus qu’à s’emparer hardiment de la Palestine : « Et je vous dis : Vous êtes arrivés... Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession, comme l’Éternel le Dieu de tes pères te l’a dit ; ne crains point et ne t’effraye point » (Deut. 1:20-21). On sent, dans ces paroles, tout le soulagement que Moïse éprouvait d’avoir amené le peuple, à travers les étapes difficiles du désert, jusqu’à la frontière de Canaan. Encore quelques efforts, et par la bonté de Dieu, il pourrait bientôt déposer le lourd fardeau, et jouir du repos.

Pourquoi donc en fut-il autrement ?

 

5.3.1        a.

Le peuple commet la faute de désirer envoyer des espions pour reconnaître le pays (Deut. 1:22). Ne leur suffisait-il donc pas que Dieu leur assure qu’il était ruisselant de lait et de miel, et qu’il allait les accompagner dans sa conquête ? Non, ils veulent que des hommes examinent « pour nous » le pays, leur en rapportent des nouvelles. En Nombres 13, puisque le peuple veut des espions, l’Éternel accède à leur demande et dit à Moïse d’en envoyer. Il va mettre leur cœur à l’épreuve, s’ils sont disposés à se confier en lui ou pas.

 

5.3.2        b.

La seconde faute fut d’accepter le rapport des princes. Ceux-ci constatent que Canaan correspond à la promesse de Dieu : « Nous sommes allés dans le pays... et vraiment il est ruisselant de lait et de miel » (Nomb. 13:28). Ils s’empressent d’ajouter que le peuple qui l’habite est très fort ; les villes sont fortifiées, très grandes. Ils décrient le pays, et découragent complètement les fils d’Israël d’en faire la conquête.

Caleb proteste hardiment : Prenons possession, nous sommes bien capables de le faire. Le lendemain, Josué se joint à lui et insiste : Ne craignez pas le peuple du pays, l’Éternel est avec nous.

Israël va-t-il écouter les dix qui les découragent, ou les deux hommes de foi qui, se confiant en l’Éternel, les assurent de la victoire ?

Qu’en est-il parmi nous ? Sommes-nous de ceux qui recommandent « le pays », ou de ceux qui retiennent les âmes de suivre le Seigneur ? Les critiques, les médisances, la dépréciation du ministère de la Parole, l’exemple de relâchement dans la fréquentation du rassemblement, et tant d’autres insinuations, ne sont-elles pas autant d’éléments qui découragent nos frères de « faire la conquête » des bénédictions spirituelles que Dieu nous a données ? Ayons le désir d’être des Josué et des Caleb, qui comptent sur Dieu pour prendre possession de ce qu’il a donné, et stimulent les autres à s’en emparer.

 

5.3.3        c.

Le peuple écoute les dix espions. Toute la nuit, ils élèvent la voix, jettent des cris, pleurent, et au matin rejettent Moïse pour s’établir un chef et retourner en Égypte. Quant à Josué et Caleb, ils parlent de les lapider avec des pierres.

Quelle heure terrible pour Moïse ! Peut-être la plus sombre de sa vie. Combien de fois n’avait-il pas intercédé pour ce peuple. Il s’était même offert pour eux, afin de faire propitiation pour leur péché, si cela eût été possible. Avec fidélité et constance, il les avait conduits jusqu’à la frontière du pays promis. Maintenant, ils le rejettent et veulent retourner en Égypte. Il tombe sur sa face devant toute l’assemblée, douloureusement pénétré du sentiment que le repos promis va échapper.

L’Éternel met son serviteur à l’épreuve en lui proposant de détruire le peuple et de faire de lui-même une nation plus grande. Mais Moïse ne saurait entrer seul au pays, et sacrifier et ses frères et la gloire de Dieu (v. 16). Il supplie l’Éternel de pardonner encore une fois, « selon la grandeur de ta bonté, et comme tu as pardonné à ce peuple depuis l’Égypte jusqu’ici » (v. 19). — « Et l’Éternel dit : J’ai pardonné selon ta parole ».

Mais il faudra que Moïse se soumette à la discipline qui va atteindre Israël à cause de son incrédulité.

Toute la génération sortie d’Égypte périra dans le désert. Le fidèle serviteur accepte d’être plutôt trente-huit ans dans l’affliction avec le peuple de Dieu que de le voir détruit et d’être lui-même à l’honneur. Il se courbe pour subir avec eux le châtiment qu’il n’a pas mérité. Les uns après les autres, il verra les cadavres de ses compagnons de l’exode tomber dans ces arides solitudes. Dans son esprit, seuls d’entre eux, quatre survivants : Moïse, Aaron, Josué et Caleb, entreront, après trente-huit années harassantes, dans le pays promis.

Même quand plusieurs regimbent et s’obstinent à monter avec leurs propres forces sur le sommet de la montagne, Moïse se soumet à la discipline divine et reste dans le camp. Puis, comme il le rappelle avec une mélancolie profonde : « Nous nous tournâmes, et nous partîmes pour le désert, par le chemin de la Mer Rouge, comme l’Éternel l’avait dit » (Deut. 2:1).

Toutes proportions gardées, n’en est-il pas parfois de même aujourd’hui ? N’avons-nous pas à nous humilier et à nous courber sous la main de Dieu qui atteint son peuple en discipline, même si personnellement nous n’avons pas participé directement à la faute qui attire le châtiment divin ?

 

6                        Encore trente-huit ans dans l’affliction avec le peuple de Dieu

Deutéronome 2:14-15 nous dit : « Nous avons marché depuis Kadès-Barnéa... trente-huit ans, jusqu’à ce que toute la génération des hommes de guerre ait péri du milieu du camp ». Un choix avait été fait à Kadès par ces hommes : ils n’avaient pas eu la foi de monter à la conquête du pays de Canaan à laquelle Caleb et Josué les invitaient ; effrayés par les ennemis, ils y avaient renoncé. Soit pour le salut, soit quant à la marche, il y a des jours décisifs dans la vie, où l’on se trouve devant une bifurcation. Se décidera-t-on vraiment pour le Seigneur, pour s’attacher à lui, et lui donner la première place ? Ou voudra-t-on jouir, pour un peu de temps encore, pense-t-on, des choses du monde... et le chemin large entraînera loin de la communion avec le Seigneur. Il n’y a pas eu de retour pour les Israélites, pas de restauration. Sous le gouvernement de Dieu, leurs tombes ont jalonné les routes du désert.

Nous ne relèverons pas les divers incidents que la Parole nous rapporte de ces longues années, sauf trois qui marquent plus particulièrement le caractère de Moïse : la médisance de Marie, la rébellion de Coré, la tension de Mériba.

 

6.1   La douceur et l’humilité devant la jalousie et la rébellion

6.1.1        La médisance de Marie

Nomb. 12.

Cet incident a sans doute pris place avant l’arrivée à Kadès-Barnéa ; nous le considérons ici pour l’unité du sujet.

Marie, sœur aînée de Moïse, était sortie avec lui d’Égypte, avait conduit les femmes en chœurs lors du chant de triomphe de la Mer Rouge, et sans doute acquis une position d’importance, soit au sein de la famille de par son âge, soit parmi le peuple (Michée 6:4).

Mais voilà que Séphora (*), qui avait quitté Moïse pour un temps, réapparaît (Ex. 18:2). Moïse étant maintenant accompagné d’une épouse, Marie ne pouvait plus avoir tout à fait la même place qu’auparavant ! Comme il arrive facilement en pareil cas, elle se met à critiquer son frère, à parler contre lui, à médire. Elle gagne Aaron à sa cause, et, tous deux insinuent : « L’Éternel n’a-t-il parlé que par Moïse seulement ? N’a-t-il pas parlé aussi par nous ? » (Nomb. 12:2). Que de fois, même parmi nous, l’envie et la jalousie ne conduisent-elles pas à la médisance, sinon à la calomnie. 1 Pierre 2:1 nous montre que l’envie et toutes médisances sont à rejeter, si l’on veut être nourri du pur lait intellectuel, s’approcher du Seigneur, et pouvoir rendre culte. Notre chapitre souligne la gravité de ces défauts. De plus, aveuglés par leur propre importance, Marie et Aaron ne reconnaissaient pas à Moïse la place que Dieu lui avait donnée.

 

(*) La « femme éthiopienne » de Nombres 12 était-elle Séphora ? C’est probable, mais non certain. Si c’est une autre — ce que l’Esprit de Dieu n’a pas jugé bon de nous préciser — cela ne change rien à la portée du récit.

« L’Éternel l’entendit » (Nomb. 12:2). On croit n’avoir fait que chuchoter une médisance à l’oreille de son frère ou de sa sœur, en lui recommandant bien de n’en pas parler plus loin ! Souvenons-nous que le Seigneur l’a entendu, et en tirera les conséquences qui s’imposent. Moïse avait probablement connaissance des critiques que Marie répandait contre lui. Mais la Parole précise qu’il était très doux, plus que tous les hommes qui étaient sur la face de la terre. Humble, Moïse se tait, comme son Maître le fera après lui. Ne convient-il pas, lorsqu’on est l’objet de médisances, voire de calomnies, de s’en remettre à Dieu, qui fera la lumière au moment opportun, et n’en permettra pas plus de mauvaises conséquences qu’il ne le juge bon pour son serviteur ?

« Soudain » l’Éternel intervient. Il convoque vers la tente d’assignation Moïse, Aaron et Marie. Ceuxci s’imaginent-ils peut-être qu’il va se passer avec eux ce qui venait d’arriver aux soixante-dix anciens : l’Éternel va prendre de l’Esprit qui est sur leur cadet et le mettre sur eux ! Si tel est le cas, ils sont vite détrompés ! L’Éternel cite Marie et Aaron à comparaître eux seuls devant lui et à écouter ses paroles. Il prend la défense de Moïse et ajoute :

« Pourquoi n’avez-vous pas craint de parler contre mon serviteur ? » Verset que nous pouvons bien souligner dans nos Bibles, afin d’être gardés d’en faire autant. On critique si facilement les serviteurs de Dieu, leur ministère et leur conduite !

La colère de l’Éternel s’embrase, la nuée se retire de dessus la tente : « Voici, Marie était lépreuse, comme la neige ». Elle doit porter les conséquences de sa faute. Moïse intercède pour elle, nouvelle preuve de son amour et de son humilité ; mais tout le peuple saura quel châtiment a atteint la prophétesse qui n’avait pas craint de médire de son frère. Pendant sept jours, elle sera exclue du camp. Israël est arrêté dans son voyage, jusqu’à ce que Marie soit recueillie. Il ne suffit pas de regretter une faute ; il faut sentir au profond de soi-même quelle en a été aux yeux de Dieu, sinon des hommes, toute la gravité.

Soulignons l’attitude de Moïse qui prie et intercède pour sa sœur, comme Job l’a fait pour ses amis, et Jean nous y invite, si l’on voit son frère pécher. Matthieu 18 nous enseigne à aller voir un tel frère, et à chercher à le gagner ; si une telle démarche est sans résultat, bien qu’effectuée dans l’esprit de Jean 13 (le lavage des pieds), il faut s’adjoindre deux ou trois frères, pour tâcher de restaurer le fautif. C’est seulement après l’échec de cette seconde visite, qu’il convient d’en parler à l’assemblée, si le cas est suffisamment grave. D’aucune manière il ne faut répandre le mal à gauche et à droite. N’oublions pas ce qu’il en coûta à Marie !

 

6.1.2        La rébellion de Coré

Nomb. 16.

Ce chapitre relate la difficulté la plus grave que Moïse ait rencontrée au long des quarante années du désert. Coré, lévite, Kehathite, s’élève dans son esprit, rallie à lui deux cent cinquante hommes, des princes de l’assemblée, et voudrait s’emparer du pouvoir religieux : Pourquoi la sacrificature est-elle réservée à la famille d’Aaron ? Pourquoi les lévites n’y auraient-ils pas accès ? D’ailleurs toute l’assemblée d’Israël, eux tous sont saints, et l’Éternel est au milieu d’eux ; pourquoi Moïse et Aaron s’élèvent-ils au-dessus de la congrégation de l’Éternel ? Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’un prétendu zèle pour la sainteté de l’assemblée, n’est qu’un paravent pour se mettre soi-même en évidence, et se rendre important.

Dathan, Abiram et On, Rubénites, s’en prennent à l’autorité civile, dirions-nous, de Moïse : « Est-ce peu de chose que tu te fasses absolument dominateur sur nous ? » (v. 13).

La double rébellion prend des proportions toujours plus grandes, et entraîne toute l’assemblée (v. 19).

Que va faire Moïse ? Comme tant d’autres fois, il tombe sur sa face (alors que Coré s’élève dans son esprit !) et laisse la décision à Dieu : « Demain, l’Éternel fera connaître... celui qu’il a choisi » (v. 5). D’une part, Moïse s’en remet à Dieu pour décider, et confirmer la position qu’il a donnée à chacun ; d’autre part, il attend à « demain », ne voulant rien précipiter, mais offrir encore à Coré et aux siens, malgré la gravité de la situation, du temps pour se repentir.

Devant une telle ingratitude, une telle rébellion, le conducteur aurait pu renoncer, s’en aller, abandonner le peuple à son sort. Il reste, conscient de la responsabilité qu’impliquait la position que Dieu lui avait donnée ; il en conserve toute l’autorité, demeurant lui-même empreint d’humilité et de grâce.

N’est-ce pas la leçon première qui découle de ce chapitre : reconnaître la position que Dieu a donnée à chacun, au milieu de son peuple ? Dans le corps de Christ, les membres n’ont pas tous la même fonction ; Dieu a placé dans le corps chacun d’eux comme il a voulu. Les uns ne peuvent pas dire aux autres : Nous n’avons pas besoin de vous ; ni des membres, apparemment moins importants, penser que, parce qu’ils n’ont pas tout le relief d’un autre, ils ne sont pas du corps. Les lévites, souligne Moïse, ont une position privilégiée. Ils peuvent s’approcher de l’Éternel pour faire le service du tabernacle (v. 9). Pourquoi rechercher aussi la sacrificature ? Si Dieu a voulu la confier à la famille d’Aaron, ne faut-il pas reconnaître cette position ? De même, si Dieu a revêtu Moïse d’autorité, ne faut-il pas obéir et se soumettre ?

Il n’en est pas tout à fait de même aujourd’hui, puisque tous les croyants sont sacrificateurs ; mais la Parole reconnaît des anciens ; des conducteurs auxquels il faut être soumis ; ceux qui travaillent dans la Parole, qu’il faut estimer très haut en amour. N’importe-t-il pas avant tout de discerner la place, le service que le Seigneur nous a personnellement confiés ; puis chercher, par la grâce qu’il donne, et dans sa dépendance, à les remplir fidèlement, sans vouloir empiéter sur le domaine que le Seigneur a pu confier à d’autres ?

Devant l’insolence de Dathan et d’Abiram, Moïse, une fois de plus, s’en remet à l’Éternel (v. 15). Le lendemain, Coré rassemble ses deux cent cinquante hommes ; tous ensemble présentent l’encens à l’entrée de la tente d’assignation, faisant ainsi fonction de sacrificateurs.

À nouveau, l’Éternel menace de détruire tout le peuple (v. 21) ; toutefois, par suite de l’intercession de Moïse, il l’épargne, à la condition que l’assemblée se retire et se sépare des demeures de Coré, de Dathan et d’Abiram. Le cas est trop grave pour que Dieu use de miséricorde, ou que ces hommes soient simplement exclus de l’assemblée. Il faut s’éloigner d’eux, et les laisser à leur sort.

Eux-mêmes n’en tirent aucune leçon ; au contraire, installés à l’entrée de leurs tentes, avec leurs femmes, et leurs fils, et leurs petits-enfants, ils narguent toute l’assemblée. Soudain, le sol ouvre sa bouche et les engloutit ; le feu sort de la part de l’Éternel, et consume les deux cent cinquante hommes qui présentaient l’encens. Tout le peuple doit ainsi apprendre que seule l’intercession de Moïse, type de Christ, pouvait les préserver de la perdition, mais aussi que le jugement de Dieu n’épargne pas les coupables sans repentance.

Pourtant le lendemain, le calme ne se rétablit pas comme après l’affaire du veau d’or. Toute l’assemblée murmure de nouveau contre Moïse et contre Aaron, et les accuse d’avoir mis à mort le peuple de l’Éternel. Une plaie se déclare, qui les aurait anéantis, si Aaron, prenant l’encensoir à l’invitation de Moïse, ne s’était tenu entre les morts et les vivants, pour que la plaie s’arrête. L’encens parlait d’une offrande dont la bonne odeur montait devant Dieu, figure de la parfaite Victime qui seule peut sauver de la mort éternelle ceux qui se confient en lui. Cette fois, quatorze mille sept cents personnes sont frappées, montrant combien il est grave de se rebeller encore quand le jugement de Dieu s’est clairement manifesté.

Dieu voulait pourtant confirmer ouvertement la sacrificature d’Aaron. Il va donner un signe pour désigner clairement celui qu’il a choisi. Non le signe de la mort, tel le feu qui a consumé les deux cent cinquante hommes, mais le signe de la vie : la verge d’Aaron, placée ensemble, dans le sanctuaire, avec les verges des princes des douze tribus, seule bourgeonnera, portera des fleurs et des fruits. Aaron n’est-il pas ainsi le type de cet autre Sacrificateur, qui n’a pas été établi selon la loi d’un commandement charnel, mais selon la puissance d’une vie impérissable ? (Hébr. 7:16).

 

6.2   La tension de Mériba

Nomb. 20:1-13.

Nous voici arrivés à la quarantième année au désert. Depuis l’affaire des espions, la seconde année, le peuple a erré à gauche et à droite, et finalement se rallie à Kadès.

Marie meurt là, et y est enterrée. Le trio des frères et sœur se dénoue.

Encore une fois, l’eau manque. Comment va réagir la nouvelle génération élevée au désert, qui connaît la loi et ses ordonnances, qui a célébré le mémorial de la Pâque, au milieu de laquelle demeure le tabernacle ? On peut comprendre que ceux qui avaient été élevés en Égypte aient murmuré ; mais les jeunes qui ont bénéficié de l’enseignement de Moïse, de ses soins, qui ont vu la gloire de l’Éternel tant de fois apparaître au désert, ne vont-ils pas mieux se comporter ? Il n’en est rien. Le cœur humain reste le même. Ce sont de nouveau les murmures, les reproches, les pourquoi.

Moïse et Aaron tombent sur leur face, non devant la congrégation, comme à d’autres occasions, mais « de devant la congrégation à l’entrée de la tente d’assignation » (Nomb. 20:6). La gloire de l’Éternel leur apparaît, cette fois-ci non pas pour consumer le peuple, mais pour user de grâce, sur base de la sacrificature confirmée par la vie manifestée dans la verge d’Aaron. L’Éternel donne à Moïse des instructions précises : prendre « la verge de devant l’Éternel », celle qui avait bourgeonné, réunir l’assemblée, et parler devant leurs yeux au rocher. Moïse prend la verge, comme l’Éternel l’a commandé ; les deux frères rassemblent la congrégation devant le rocher. Moment de tension, d’irritation, d’indignation de la part de Moïse, dont l’acte inconsidéré va briser la carrière : « Ecoutez, rebelles ! Vous ferons-nous sortir de l’eau de ce rocher ? Et Moïse leva sa main et frappa le rocher de sa verge deux fois ».

La foi de Moïse avait-elle baissé ? S’était-il quelque peu lassé de la longue ingratitude du peuple ? Quoi qu’il en soit, il manque de foi pour simplement parler au rocher ; il veut faire acte d’autorité en le frappant de sa verge, désobéissant en cela à la parole précise de l’Éternel, qui lui demandait simplement de parler au rocher, ayant en main la verge de la grâce, liée à la sacrificature. En effet, seule la grâce pouvait introduire le peuple dans le pays. Jamais l’autorité, ni la verge du jugement. D’autre part, Christ ne devait être frappé qu’une fois ; si même Moïse ne pouvait saisir toute la portée de son geste, il était grave de frapper le rocher une seconde fois.

« Parce que vous ne m’avez pas cru, pour me sanctifier aux yeux des fils d’Israël, à cause de cela vous n’introduirez pas cette congrégation dans le pays » (v. 12). La sentence divine paraît, à nos yeux, disproportionnée à la faute. Mais l’Éternel tient pour plus responsables ceux qui ont beaucoup reçu, notamment ses serviteurs.

Moïse supplie son Dieu à plus d’une reprise de révoquer sa sentence ; la décision divine est inexorable (Deut. 3:25-26). Le vieillard retrouve la communion et l’intimité avec le Seigneur, mais, sous le gouvernement divin, les conséquences subsistent : « Tu ne passeras pas le Jourdain ». Il en fut de même pour David avec l’enfant de Bath-Shéba.

 

6.3   Seul au Pisga

Deut. 34.

Peu de temps après la contestation de Mériba, Aaron, accompagné de Moïse et d’Eléazar, doit gravir la montagne de Hor. Là, Moïse dépouille son frère de ses vêtements sacerdotaux, et les fait revêtir à son neveu Eléazar. « Aaron mourut là, au sommet de la montagne ; puis Moïse et Eléazar descendirent de la montagne » (Nomb. 20:28). Après le veau d’or, Aaron avait été épargné. Lorsque le feu de l’Éternel anéantit Nadab et Elihu, qui avaient offert un feu étranger, Aaron se tait, conscient que la faute de ses fils était moindre que la sienne n’avait été. Une fois de plus il est épargné. Maintenant, au soir de la vie, il doit s’éteindre, dépouillé des ornements qui marquaient la haute position à laquelle il avait été appelé, parce que sa foi, comme celle de son frère, avait manqué au moment critique.

Quelques mois encore, Moïse restera seul à la tête du peuple. Cette dernière année de sa vie est bien remplie. Tout le Deutéronome est plein de ses souvenirs. Le législateur récapitule les ordonnances, donne de nouvelles instructions en vue du pays et fait ses dernières recommandations au peuple. Aux yeux de tous, il investit Josué de l’autorité nécessaire pour lui succéder. Il prononce le cantique qui rappellera à Israël les avertissements de l’Éternel. Avant de mourir, il bénit les tribus, l’une après l’autre, montrant qu’il est à la fois conscient de la ruine future du peuple, et des ressources de Dieu à son égard.

Avant de quitter ceux qu’il a si fidèlement servis et conduits, il prononce ces dernières paroles : « Le Dieu d’ancienneté est ta demeure, et au-dessous de toi sont les bras éternels » (Deut. 33:27). Dans la prière qui nous a été conservée au psaume 90, Moïse peut dire : « Seigneur, tu as été notre demeure de génération en génération ». Cette communion, cette intimité avec Dieu, n’avaient-elles pas marqué sa longue carrière, depuis le buisson jusqu’aux plaines de Moab ? Union vitale dont le Seigneur Jésus dira : Demeurez en moi et moi en vous (Jean 15). Le Dieu que les pères avaient connu, le Dieu qui s’était révélé à lui dans sa jeunesse, restait le même ; Ses bras éternels l’avaient porté lui-même, comme Il avait porté son peuple, toutes ces années.

Le dernier jour arrive. Moïse quitte les plaines de Moab, où se répandent les tentes du peuple, et, lentement, gravit le mont Nebo, le sommet du Pisga. Son œuvre est achevée. Jusqu’à la frontière du pays, à travers tant de difficultés et d’obstacles, il a conduit cette nation à laquelle il avait communiqué les pensées de Dieu. Sa tâche est terminée, mais pas de la façon qu’il aurait tant souhaitée, puisqu’il ne peut introduire Israël dans le pays. Il n’a pas auprès de lui, comme Aaron, un frère, un fils, pour l’assister dans ses derniers moments ; même son fidèle Josué, qui l’accompagnait au Sinaï, est resté dans la plaine. Mais Quelqu’un de plus grand s’approche, et lui fait éprouver Sa présence, Son intimité : « L’Éternel lui fit voir tout le pays... : C’est ici le pays au sujet duquel j’ai juré à Abraham, à Isaac et à Jacob, disant : Je le donnerai à ta semence. Je te l’ai fait voir de tes yeux ». Abraham autrefois, parcourait ce pays en long et en large, sachant que Dieu le donnerait à ses descendants (Genèse 13:17). Les hommes de foi d’Hébreux 11 ont vu de loin les choses promises, la patrie céleste, et les ont saluées. Jean à Patmos, conscient de la ruine des assemblées (Apoc. 2 et 3) voit la cité, l’épouse de l’Agneau (Apoc 21).

Au buisson, Moïse avait été seul avec Dieu. Terre sainte, où Celui qui est se révélait, et contraignait son serviteur à la mission qu’il lui confiait. Au Sinaï, le législateur avait été seul avec l’Éternel, deux fois quarante jours ; puis, dans la fente du rocher, il avait appris à connaître Ses pensées de grâce. Dans le lieu très saint, que de fois le conducteur, lassé de l’ingratitude du peuple, avait pénétré pour écouter, dans le silence du sanctuaire, la Voix qui lui parlait de dessus le propitiatoire (Nomb. 7:89), « et il Lui parlait ». Sur le Pisga dénudé, à ce moment suprême de la vie, l’Ami fidèle et bien connu est là, présent aux côtés de son serviteur.

Après avoir contemplé le bon pays que Dieu donnera à son peuple, Moïse, solitaire, s’endort. L’Éternel lui-même l’enterre dans la vallée ; personne ne connaît son sépulcre, jusqu’à aujourd’hui ; Dieu a pris soin du corps de son serviteur, comme plus tard il voudra que celui de son Fils reçoive la sépulture qui convenait. Dans l’épître de Jude, nous voyons qu’il y eut contestation entre l’archange Michel et Satan au sujet du corps de Moïse : Dieu a veillé de peur que l’adversaire n’en fasse un objet de vénération et d’idolâtrie, comme le fut le simple serpent d’airain.

Un jour Moïse est entré dans le pays. Sur la montagne de la transfiguration (Luc 9:28-31), il a vu, dans son humanité glorieuse, la Face qui lui restait cachée au Sinaï. Non pour parler du passé, et de tout ce qu’avait comporté la traversée du désert ; non pour envisager l’avenir lointain, où la gloire du Fils de Dieu brillera dans son royaume ; mais pour parler de Sa mort qu’il devait accomplir à Jérusalem. Dans l’agneau de Pâque, dans les sacrifices lévitiques, Moïse en avait présenté le type. Maintenant, la réalité était là : Jésus allait être présenté comme propitiatoire « en sorte que Dieu fût juste et justifiant celui qui est de la foi de Jésus ». La vision merveilleuse s’efface ; la nuée emporte Moïse et Elie, jusqu’au jour de la résurrection ; les disciples ne voient plus personne, sinon « Jésus seul avec eux ».

Homme de Dieu, homme de foi, libérateur, conducteur et berger, législateur, médiateur et intercesseur, prophète, type lui-même tant de fois de Christ, la grande figure de Moïse demeure devant nous, unique et solitaire, pour que, considérant l’issue de sa conduite, nous imitions sa foi (Héb. 13:7).