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La marche au désert : le livre des Nombres

André Georges

 

Table des matières abrégée :

1     Introduction

2     Le peuple de Dieu

3     Les murmures et les pièges

4     Les ressources au désert

 

Table des matières détaillée :

1     Introduction

2     Le peuple de Dieu

2.1      Qui est apte au combat ? (Nombres 1:1-3, 17-19, 44-46)

2.2      Rassemblés (Nombres 2:1-2, 17, 34)

2.3      Le service (Nombres 3:1-3, 5-13, 39 ; 4:46-49)

2.4      La purification du camp (Nombres 5:1 à 8, 11 à 13, 16 à 18a, 22)

2.5      Le nazaréat (Nombres 6:1-8, 13-15)

2.6      L’offrande des biens (Nombres 7:1-17)

2.7      L’offrande des personnes (Nombres 8:1-14, 23-26)

2.8      La Pâque au désert (Nombres 9:1-14)

2.8.1       La pureté pratique

2.8.2       L’abstention

2.9      Le départ

2.9.1       La nuée (Nombres 9:15-23)

2.9.2       Les trompettes (Nombres 10:1-10)

2.9.3       L’ordre de marche — Hobab — L’arche (Nombres 10:11-13, 29-34)

3     Les murmures et les pièges

3.1      Les plaintes (Nombres 11:1-3)

3.2      La convoitise (Nombres 11:4-10, 13, 18-20, 30-34)

3.3      La jalousie et la médisance (Nombres 12)

3.4      L’incrédulité (Nombres 13:1-4, 27-34 ; 14:1-11, 22-25, 36-38)

3.4.1       L’influence de peu de personnes

3.4.2       Le gouvernement de Dieu

3.4.3       L’enseignement de Kadès

3.5      L’orgueil et la rébellion (Nombres 16:1-15, 27-35)

3.6      La soif (Nombres 20:2-5)

3.7      Le découragement (Nombres 21:4-7)

3.8      La fornication (Nombres 25:1-5 ; Apocalypse 2:14)

3.9      Les cœurs partagés (Nombres 32:1-8, 14-19, 23-27 ; Josué 1:12-16 ; 22:9, 19, 24)

4     Les ressources au désert

4.1      La prière

4.2      La foi

4.3      La sacrificature (Nombres 17:1-11)

4.4      Les sacrifices

4.4.1       La génisse rousse (Nombres 19)

4.4.1.1     L’offrande de la génisse

4.4.1.2     Comment cette purification s’opère-t-elle ?

4.4.1.3     L’homme pur

4.4.2       Le serpent d’airain (Nombres 21:7-9 ; Jean 3:14-15)

4.5      Le rocher et le puits (Nombres 20:7-11 ; 21:16-18)

4.5.1       Le Rocher

4.5.2       Le Puits

4.6      La nuée et la gloire de l’Éternel (Nombres 14:10 ; 16:19, 42 ; 20:6)

4.7      La grâce (Nombres 23:8-9, 20-23 ; 24:5-7)

4.8      La bénédiction (Nombres 6:22-27)

 

1                        Introduction

« Que celui qui croit être debout prenne garde qu’il ne tombe » (1 Cor. 10:12).

« Dieu est fidèle » (1 Cor. 10:13.)

 

Le livre des Nombres est celui du désert.

Dans l’Exode, Dieu délivre son peuple de l’esclavage de l’Égypte et de la puissance du Pharaon. Le sang de l’agneau de la Pâque le met à l’abri du jugement divin, et la mer Rouge le sépare à jamais de l’Égypte, pour nous le monde. Au désert, Israël fera l’expérience des soins de son Dieu, qui pourvoira à le nourrir, le désaltérer, le protéger. Comme sur des ailes d’aigle, il l’amènera à Lui. Toutes les instructions sont données pour la construction du tabernacle, afin que l’Éternel habite au milieu d’eux.

Dans le Lévitique, l’Éternel parle à Moïse « de la tente d’assignation », c’est-à-dire du sanctuaire, et lui donne toutes les instructions qui s’y rapportent, en particulier l’institution des divers sacrifices, types variés de l’œuvre de Christ. Le chapitre 16 de ce livre, chapitre central des livres de Moïse, montre comment Dieu pouvait demeurer au milieu de son peuple, sur la base du sacrifice de Christ, représenté par les offrandes du grand jour des propitiations.

Dans les Nombres, l’Éternel s’adresse à Moïse « au désert » (Nombres 1:1). Le peuple va quitter Sinaï, reprendre la marche à travers « ce désert grand et terrible » (Deut. 1:19), où il sera mis à l’épreuve. En effet, dans notre livre, l’accent est mis sur la responsabilité du peuple, en marche vers le pays promis. Onze journées suffiraient pour atteindre le but (Deut. 1:2) ; Dieu a pourvu à tout ; comment le peuple va-t-il se comporter ?

Remarquons d’emblée que la vie chrétienne peut s’écouler à la fois dans « le désert » et dans « le pays ». Deutéronome 8 nous aide à saisir cette différence. Les versets 2 à 6 et 14 à 16 soulignent le caractère du désert. Cette longue marche dans un milieu hostile, aride, a pour but d’humilier et d’éprouver, « pour connaître ce qui était dans ton cœur ». On y ressent la faim, la soif ; mais Dieu y pourvoit en donnant la manne — pour nous Christ, pain vivant descendu du ciel — et l’eau du rocher, source intarissable et rafraîchissante, qui nous parle à la fois de Christ, de l’Esprit et de la Parole. Au désert, on fait l’expérience aussi de la providence divine : « Ton vêtement ne s’est point usé sur toi, et ton pied ne s’est point enflé » ; mais aussi de la discipline du Père (v. 5), selon Hébreux 12. Cette mise à l’épreuve n’a pas seulement pour but de montrer ce qui est dans le cœur pour amener le jugement de soi-même et la conscience de la grâce, mais surtout « pour te faire du bien à la fin » (v. 16).

Les versets 7 à 10 soulignent par contraste ce qu’est le « pays » : un lieu de bénédiction, où l’eau abonde sous forme de ruisseaux, de sources, d’eaux profondes ; où la nourriture de tous genres ne manque pas : froment, orge, vigne, figuiers, grenadiers, huile, miel ; où toutes les ressources pour bâtir et pour combattre sont là : le fer, l’airain ; où enfin, rassasié, on adore. C’est la vie de résurrection avec Christ, telle que nous la présentent les Colossiens et les Éphésiens : « Si donc vous avez été ressuscités avec le Christ, cherchez les choses qui sont en haut... pensez aux choses qui sont en haut... » (Col. 3:2). C’est aussi un lieu de combat : on n’est pas encore dans le ciel et les ennemis spirituels subsistent : « Notre lutte est... contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes ». C’est pourquoi, même dans le pays, il faut revêtir l’armure complète de Dieu. Combat où la victoire est assurée à la foi. Le livre de Josué en développera le type.

Entre le désert et le pays, il fallait traverser le Jourdain. Dans le Jourdain restaient dressées douze pierres, figure de notre vieille nature, de notre mort avec Christ. Du Jourdain étaient tirées douze pierres, dressées à Guilgal, type de notre résurrection avec Christ, pour vivre cette vie « en abondance » (Jean 10:10), dont il désire que les siens jouissent.

Comme le dit l’apôtre, « toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints » (1 Cor. 10:11). Ces récits de l’Ancien Testament ne sont pas seulement intéressants en eux-mêmes, au point de vue historique, mais ils ont une signification spirituelle précise que nous ne saurions trop prendre à cœur. En effet l’apôtre en tire deux conclusions : « Que celui qui croit être debout prenne garde qu’il ne tombe » ; c’est le côté de la responsabilité. Mais aussi : « Dieu est fidèle, qui ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de ce que vous pouvez supporter, mais avec la tentation il fera aussi l’issue » (1 Cor. 10:12-13). D’un côté, que celui qui croit être debout prenne garde qu’il ne tombe, c’est l’avertissement à nos consciences ; d’un autre côté, Dieu est fidèle, c’est la consolation pour nos cœurs et la base de notre foi dans cette marche au désert.

Dans cette esquisse du livre des Nombres, nous ne considérerons pas les instructions relatives aux Lévites, qui ont fait l’objet d’entretiens précédents, ni ce qui concerne spécifiquement Moïse, que nous avons déjà considéré à une autre occasion. Afin d’approfondir le sujet, nous recommandons les commentaires de J.N.D. dans les Études sur la Parole : « Les Nombres » ; et ceux de C.H.M. : « Notes sur les Nombres ». À propos du chapitre 19, la brochure de H.R. : « La génisse rousse ».

 

2                        Le peuple de Dieu

Les dix premiers chapitres des Nombres placent devant nous le peuple de Dieu tel qu’Il le voit au désert, peuple composé de combattants, rassemblé autour d’un centre, au milieu duquel œuvrent des serviteurs, et dont le camp doit être maintenu pur, « parce que j’y habite », dit l’Éternel. Des cœurs désireront se séparer pour Dieu ; des offrandes seront apportées à l’autel, des personnes consacrées pour le service du sanctuaire ; la Pâque sera célébrée, et Dieu ordonnera tous les préparatifs du départ.

 

2.1   Qui est apte au combat ? (Nombres 1:1-3, 17-19, 44-46)

Le livre des Nombres parle de deux dénombrements : celui de notre chapitre à Sinaï, et celui du chapitre 26, dans les plaines de Moab, près du Jourdain et de Jéricho. Dans le premier, Dieu, pour ainsi dire, passe en revue son peuple, pour prendre connaissance de tous ceux qui sont aptes au combat. En comparant les chiffres du second avec ceux du premier, on verra les conséquences, souvent si graves, des fautes et des errements du désert ; certaines tribus sont décimées et de ce fait se voient réduire l’héritage en Canaan, puisque « à ceux qui sont nombreux tu augmenteras l’héritage ; et à ceux qui sont peu nombreux tu diminueras l’héritage : tu donneras à chacun son héritage en proportion de ses dénombrés » (Nomb. 26:54).

Au Sinaï, les mâles sont dénombrés, depuis l’âge de vingt ans et au-dessus, tous ceux qui sont propres au « service militaire ». Chacun doit déclarer sa filiation, sa famille, sa maison de père. Il en sera de même en Néhémie 7:64-65, où ne pourront manger des choses saintes que ceux qui peuvent prouver qu’ils sont nés en Israël, de la maison sacerdotale. Aujourd’hui, seuls font partie du peuple de Dieu, ceux qui sont nés de nouveau : « À tous ceux qui L’ont reçu, Il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en Son nom, lesquels sont nés... de Dieu » (Jean 1:12-13). Pour le « service militaire » — le témoignage extérieur, le combat pour la vérité — il faut en outre avoir le caractère de virile maturité : entrer, au moins dans une mesure, dans la connaissance des pensées de Dieu, et avoir grandi dans les choses d’en haut : avoir « vingt ans » !

La Parole nous présente aussi le peuple de Dieu comme un troupeau. Le Berger appelle chaque brebis par son nom ; il prend soin des faibles et des malades ; il porte les agneaux dans ses bras. Telle est la grâce prévenante de notre Sauveur. Mais ici, nous sommes au désert, sous l’angle de la responsabilité ; l’Esprit de Dieu veut nous faire sentir l’importance de répondre à la pensée divine pour fournir une marche, un témoignage, un combat, qui soient à la gloire du Seigneur.

Douze tribus sont dénombrées ; entre les fils de Jacob, Joseph reçoit deux parts : Éphraïm et Manassé (cf. Gen. 48:5). Une tribu n’est ainsi pas dénombrée, celle des Lévites, mise à part pour le service du tabernacle (v. 47 à 54), comme nous le verrons plus loin.

 

2.2   Rassemblés (Nombres 2:1-2, 17, 34)

Nous ne sommes pas appelés à traverser le désert seulement individuellement, chacun pour soi. Dieu veut rassembler les siens, leur faire sentir qu’ils appartiennent à un tout. Pour cela il leur faut un centre. En Israël, c’était l’arche, que contenait la tente d’assignation : « Les fils d’Israël camperont... autour de la tente d’assignation » (Nomb. 2:2), chacun à la place désignée par Dieu.

Le troupeau se rallie autour du Berger ; le corps de Christ est uni à sa Tête ; on ne peut se rassembler selon la pensée de Dieu qu’au nom du Seigneur Jésus, qui promet d’être au milieu des siens (Matt. 18:20).

La marche est liée au rassemblement : « Comme ils auront campé, ainsi ils partiront, chacun à sa place » (v. 17). Marche collective, responsabilité les uns des autres, témoignage commun, pour Dieu, devant le monde. Le peuple campait autour de l’arche, et lorsque les colonnes d’Israël s’ébranlaient pour traverser le désert, l’arche marchait au milieu d’eux (v. 17).

 

2.3   Le service (Nombres 3:1-3, 5-13, 39 ; 4:46-49)

La sacrificature était l’apanage de la famille d’Aaron (v. 1-3). Eux seuls pouvaient offrir les sacrifices tels que nous les trouvons dans le Lévitique. C’est pourquoi les Nombres ne font que les mentionner en passant, leur consécration et leur service faisant l’objet du troisième livre de Moïse. (Ne convenait-il pas que l’Esprit de Dieu présentât d’abord le culte et la communion dans le Lévitique, et ensuite la marche et le service dans les Nombres ?).

Les Lévites étaient mis à part pour Dieu, à la place de tous les premiers-nés d’Israël sur lesquels l’Éternel s’était acquis un droit particulier, le jour où il les avait épargnés, alors qu’il frappait tous les autres premiers-nés dans le pays d’Égypte (3:12 à 13). N’avons-nous pas nous-mêmes été « achetés à prix » (1 Cor. 6:20), de sorte que nous ne sommes « pas à nous-mêmes » ? « Il est mort pour tous afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui pour eux est mort et a été ressuscité » (2 Cor. 5:15).

Avant de s’engager dans l’œuvre, les Lévites devaient « s’approcher » d’Aaron et « se tenir » devant lui (v. 6 ; cf. Marc 3:14 !). « Absolument donnés » à Aaron et à ses fils, ils étaient destinés à son service (service de Christ), au service de toute l’assemblée, et à celui du tabernacle. Combien nous voyons dans ces traits ce qui doit caractériser tout serviteur du Seigneur : une communion constante avec Lui, un service dévoué à Sa personne, aux siens, et à son assemblée ; une mise à disposition complète de tout ce qu’on est, pour le Seigneur.

Notons en passant que les Lévites de trente à cinquante ans, c’est-à-dire aptes à leur tâche, furent 8580 (4:47). Il y avait abondance de serviteurs pour tous les besoins du tabernacle et de son transport, l’un pouvant relayer l’autre. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Personne ne choisissait son travail, mais l’accomplissait « selon le commandement de l’Éternel par Moïse, chacun selon son service et selon son fardeau ».

Pour plus de détails sur cet important sujet, comme sur le chapitre 8 de notre livre, nous renvoyons à nos entretiens sur « Le service des Lévites ».

 

2.4   La purification du camp (Nombres 5:1 à 8, 11 à 13, 16 à 18a, 22)

Les Israélites devaient veiller à ne pas « rendre impurs leurs camps ». Pourquoi cela ? — La Parole le souligne expressément : « Parce que l’Éternel habitait au milieu d’eux » (v. 3). S’en souvenir, nous sentir toujours « sous le regard de Dieu », dans le sentiment de sa sainteté, nous garderait de bien des chutes.

Divers cas sont présentés. Tout d’abord ceux qui nécessitaient la mise hors du camp : la lèpre, le flux, le contact avec un mort dont on ne s’était pas purifié.

La lèpre est la figure du péché, une maladie invétérée. Elle peut figurer même un croyant caractérisé par sa volonté propre, qui l’amène à des fautes graves, et lui donne le caractère de « méchant » (1 Cor. 5). Les travers auxquels on ne prend pas garde peuvent devenir lèpre ou flux !

Le flux nous parle de celui qui ne peut retenir les manifestations de sa chair, qui n’a pas de contrôle de soi, et exerce, de ce chef, une influence délétère sur autrui. Mais prenons-y garde : on peut facilement se fourvoyer dans un tel chemin parce qu’on a été soi-même sous une influence extérieure pernicieuse, qui nous a entraînés au mal. 1 Corinthiens 15:33, nous dit : « Ne soyez pas séduits : les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs ». Il importe de veiller à nos amitiés, à nos relations d’affaires même, et avoir l’énergie de rompre ce qui n’est pas compatible avec la marche chrétienne : « Réveillez-vous pour vivre justement, et ne péchez pas » (1 Cor. 15:34).

Celui qui était impur pour un mort devait se purifier, comme nous le verrons au chapitre 19. S’il ne le faisait pas, il s’exposait à être retranché du milieu de la congrégation : il rendait impur le sanctuaire de l’Éternel (19:20). La mort est le salaire du péché sous son double aspect de violence et de corruption. Le contact avec un mort implique toute manifestation de la chair, entre autres la communion avec ceux qui n’ont pas la vie de Dieu et sont caractérisés par cette violence et cette souillure. Le « commerce » est inévitable (1 Cor. 5:9-10), mais veillons à ne pas nous lier avec ceux qui sont marqués par « la mort » (2 Cor. 6:4).

Les trois cas ci-dessus impliquaient l’exclusion du camp — au moins pour un temps — mesure exceptionnelle et très grave. Fallait-il par contre passer par-dessus « tous les péchés de l’homme » si facilement commis ? Les versets 5 à 10 indiquent comment se comporter si l’on avait fait tort à son frère. Quatre choses sont mises en évidence :

·        dès que le coupable s’était rendu compte de sa faute, il devait confesser le péché commis (v. 7), confession tout aussi indispensable au chrétien, et qui nous donne l’assurance du pardon et de la purification (1 Jean 1:9) ; confession toujours à Dieu, car toute infidélité est « envers l’Éternel » ; et confession à celui qui a pu être lésé par notre faute, afin que la communion avec lui aussi soit rétablie ;

·        venait ensuite la restitution. Si l’on avait dérobé quelque chose, il fallait le rendre. D’autres torts peuvent être réparés, réparation qui prouvera la réalité du repentir et de la confession ;

·        le coupable qui restituait l’objet dérobé ne se privait de rien, il ne faisait que rétablir ce qui était juste. Il devait donc « ajouter un cinquième » et le donner à celui à qui il avait fait tort. La conscience et le cœur du croyant montreront dans chaque cas ce que « le cinquième » signifie ;

·        enfin aucune restauration n’était possible sans l’offrande de « propitiation ». Le Lévitique met l’accent sur le sacrifice pour le péché et pour le délit ; les Nombres, livre de la responsabilité, soulignent avant tout la confession et la restitution. Mais aucune restauration ne pourrait avoir lieu sans revenir au sacrifice de Christ. Si Dieu est « juste » pour pardonner (1 Jean 1:9), ce n’est pas envers nous qu’Il l’est, mais envers Christ, dont la parfaite offrande a ôté nos péchés. Il importe, chaque fois que nous avons manqué, de ranimer en nous le souvenir profond de ce qu’il en a coûté au Seigneur Jésus pour ôter ce péché-là. Cela nous amènera aussi à rechercher, dans le jugement de nous-mêmes, pour quelles raisons nous l’avons commis, quel a été le mobile secret de cette offense à la sainteté de Dieu ?

 

Confesser l’acte, en juger les causes, restituer le principal, ajouter le cinquième, être pénétré comme tout à nouveau du prix payé par Christ pour effacer nos fautes, nous ramènera dans la pleine jouissance de la lumière divine.

 

La fin de notre chapitre parle de celui qui se détourne en secret. Le cœur a été attiré par l’objet interdit. Personne n’y a rien vu... sauf Dieu. La fin de la vie du roi Salomon a été assombrie, parce qu’ » il aima » beaucoup de femmes étrangères. Jacques qualifie d’adultère l’amitié du monde (Jacques 4:4).

La femme coupable devait se tenir « debout devant l’Éternel » (v. 18, 30). Seul un retour dans la présence divine met en lumière l’état du cœur et nous amène à le juger. Elle devait boire l’eau sainte dans laquelle était versée de la poussière du sol du tabernacle (v. 17). Cette eau ne nous parle-t-elle pas du Saint Esprit, qui applique à la conscience et au cœur le souvenir de la mort de Christ (« Tu m’as mis dans la poussière de la mort », Ps. 22:15). Il s’ensuit un exercice profond, produit par ces eaux amères, qui peut amener une pleine purification et restauration. Hélas, les avertissements de la Parole et de l’Esprit, même le souvenir des souffrances de Christ, restent parfois sans effet : la recherche de soi (« ventre enflé », Phil. 3:19, Rom. 16:18) et la marche chancelante (hanche desséchée, v. 27), deviennent manifestes.

 

« Garde ton cœur plus que tout ce que l’on garde, car de lui sont les issues de la vie » (Prov. 4:23).

 

2.5   Le nazaréat (Nombres 6:1-8, 13-15)

Il n’était pas nécessaire d’être de la tribu de Lévi pour se consacrer à l’Éternel. Tout homme ou femme en Israël pouvait faire un vœu de nazaréat. Aucune obligation à cela, mais une décision du cœur qui désirait être séparé pour son Dieu. Il ne s’agissait pas non plus d’un mouvement collectif, mais bien d’une attitude individuelle, personnelle, d’un « vœu » qui engage tout l’être. L’appel au service du Seigneur est autre chose ; il viendra en son temps. Mais en attendant, tout le désir de l’âme est d’être pour son Seigneur, à sa disposition (Rom. 12:1-2).

La Parole nous parle de nazaréens qui l’ont été toute leur vie : Samson, Samuel, Jean-Baptiste. Le verset 13 de notre chapitre montre cependant que le nazaréat pouvait être temporaire. Ne peut-il pas y avoir dans le cours de la vie du croyant une ou des périodes où il se sentira tout particulièrement mis à part pour Dieu ? Tel frère avait pendant deux ans concentré toutes ses lectures sur la Bible. Un autre, mis à l’écart, pour un temps, par une maladie, avait voulu exclure de ses occupations tout ce qui ne se rapportait pas au Seigneur, à la communion avec Lui : Parole de Dieu, prière, ouvrages bibliques, etc. Les progrès spirituels qui en résultèrent marquèrent leur vie, l’un engagé ensuite dans le service du Seigneur, l’autre élevant sa famille et vaquant à ses occupations.

Le modèle suprême du nazaréat n’est-il pas Christ lui-même, « saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs » (Héb. 7:26), dont tout le désir était « de faire la volonté de celui qui l’avait envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jean 4:34).

 

Le nazaréen était marqué par trois choses :

·        Il ne devait pas boire de vin ni de boissons fortes, ni rien de ce qui est fait de la vigne (v. 4). Le vin nous parle des joies du monde sous toutes leurs formes. Celui qui désire être mis à part pour Dieu, tout spécialement en vue de Son service, est amené à laisser bien des choses qui seraient normales pour un chrétien ordinaire. La séparation du mal, de la souillure, de la violence, est nécessaire pour tout croyant. Il ne s’agit pas de cela ici. Le nazaréen ne mettait pas seulement de côté le vin et les boissons fortes, mais aussi tout ce qui venait de la vigne « depuis les pépins jusqu’à la peau » : non seulement ce qu’il y a d’impur dans les joies du monde, mais toute jouissance purement terrestre qui pourrait le détourner de l’attachement et du dévouement à son Seigneur.

·        Pendant tous les jours de son vœu, le nazaréen devait laisser croître ses cheveux. C’était pour lui un déshonneur (1 Cor. 11:14). Chacun pouvait le remarquer : le vœu était un secret entre l’Israélite et son Dieu, les effets se manifestaient au-dehors, et le nazaréen en acceptait l’opprobre. Le chrétien est appelé à être une « lettre de Christ connue et lue de tous les hommes » (2 Cor. 3:2-3) ; témoignage visible à tous, résultant de la vie intérieure, mais aussi cause d’opprobre de la part de « ceux qui périssent » (2 Cor. 2:15). Pour cela, comme le dit l’apôtre, il faut qu’il y ait en nous « cette pensée qui a été aussi dans le Christ Jésus » : « Étant trouvé en figure comme un homme, il s’est abaissé lui-même, étant devenu obéissant » (Phil. 2:5-8). Il pouvait dire : « Je suis un ver et non point un homme ; l’opprobre des hommes, et le méprisé du peuple » (Ps. 22:6). Combien il l’a ressenti, quand il s’écrie : « L’opprobre m’a brisé le cœur » (Ps. 69:20).

·        Enfin le nazaréen ne devait avoir aucun contact avec une personne morte, même dans sa propre famille. Cela nous rappelle Luc 14:26 et 9:57-62. À combien de sacrifices, même dans le cadre de la famille, sont appelés les vrais serviteurs du Seigneur qui sont tout entiers à Son service ! De plus, celui qui désire être mis à part pour Lui, doit se garder de toutes les impuretés du péché, fruits de la chair ; il ne saurait y avoir, sans la sainteté pratique, de puissance dans le service de Dieu et dans la marche. Lamentations 4:7 rappelle cette pureté des nazaréens en Israël : « Ses nazaréens étaient plus purs que la neige, plus blancs que le lait ».

 

S’il y a dans notre entourage des croyants ainsi marqués par le « nazaréat », prenons garde de ne pas leur être un piège. Le prophète rappelle comment l’Éternel avait « suscité d’entre vos jeunes gens des nazaréens ». Et qu’avaient fait leurs proches : « Vous avez fait boire du vin aux nazaréens » ! (Amos 2:11-12). Quelle terrible responsabilité encourent ceux qui seraient ainsi en occasion de chute à leurs frères dans les cœurs desquels le Seigneur a mis tout particulièrement ce désir d’être mis à part pour Lui !

S’il arrivait au nazaréen de « rendre impure la tête de son nazaréat », les premiers jours étaient comptés pour rien (v. 9-12). Était-il pour cela exclu de toute occasion nouvelle d’être mis à part pour Dieu ? Après sept jours d’exercice, il devait raser sa tête, montrant ainsi que le témoignage antérieur avait été gâté. Mais il y avait un huitième jour. Il apportait au sacrificateur deux tourterelles, l’une en sacrifice pour le péché, l’autre en holocauste ; propitiation était faite pour lui ; il amenait un agneau âgé d’un an, en sacrifice pour le délit, et pouvait de nouveau « consacrer à l’Éternel les jours de son nazaréat ». Si une chute grave intervient dans la carrière d’un croyant qui avait pourtant eu à cœur d’être séparé pour Dieu, il en résulte toujours une perte ; mais la grâce connaît le « huitième jour » : il peut y avoir restauration, un renouvellement précieux de la communion avec le Seigneur et du service pour Lui, pourvu que le jugement de la faute et de soi-même ait été profond (sept jours !) et que l’âme ait repris tout particulièrement conscience de la valeur de l’œuvre de Christ.

Les jours de son nazaréat terminés, l’homme apportait à l’Éternel tous les sacrifices : en figure, il entrait beaucoup plus profondément qu’autrefois dans tous les aspects de l’œuvre de la croix. Sur les paumes de ses mains était placée l’offrande ; « et après cela le nazaréen boira du vin » (v. 20) : figure de la joie entière qui dans le ciel remplira le cœur de ceux qui auront désiré être mis à part pour Lui dans leur course terrestre.

 

2.6   L’offrande des biens (Nombres 7:1-17)

Les six premiers chapitres du livre des Nombres nous présentent le peuple de Dieu tel qu’il est constitué à Sinaï ; les chapitres 7 à 10 nous parlent plutôt de ses relations avec l’Éternel en vue de la traversée du désert, pour laquelle Dieu le prépare.

La « première année », l’Éternel avait délivré le peuple d’Égypte et l’avait amené à Lui. La loi avait été donnée ; le tabernacle construit ; le premier jour de la deuxième année, Moïse l’avait dressé (Ex. 40:2).

Cette première année est donc surtout marquée par la rédemption, par l’œuvre individuelle de l’Esprit de Dieu dans les cœurs. La seconde année parle davantage de rassemblement, de marche collective, de responsabilité.

Le premier jour, le tabernacle est dressé ; du deuxième au treizième jours, les princes apportent leur offrande pour la dédicace de l’autel (chap. 7) ; le quatorzième jour, le peuple célèbre la Pâque (chap. 9) ; le premier jour du deuxième mois, Moïse et Aaron effectuent le dénombrement (1:1) ; et le vingtième jour du même mois, a lieu le départ de Sinaï pour Canaan (10:1). Le séjour au pied de la montagne avait duré environ une année (Ex. 19:1).

Le tabernacle ayant été « oint » et « sanctifié » (7:1), les princes d’Israël apportent leur offrande pour la dédicace de l’autel. D’abord l’autel, ensuite l’offrande : il fallait d’abord la croix pour que Dieu puisse accepter de la part de son peuple n’importe quelle offrande ; dans la vie individuelle, il faut premièrement être venu au Sauveur, avoir trouvé le pardon de ses péchés et la vie éternelle, pour pouvoir apporter à Dieu un « sacrifice » qui lui soit agréable (Héb. 13:15-16). L’homme naturel fait le contraire, et pense, par ses offrandes, acquérir la faveur divine.

L’offrande des princes est double : d’une part, six chariots et douze bœufs pour faciliter le service des Lévites ; d’autre part, des vases d’argent et d’or pleins de farine et d’encens, et divers sacrifices, pour la dédicace de l’autel : l’une des offrandes pour les serviteurs de Dieu, l’autre pour Dieu lui- même (cf. les deux « sacrifices » d’Héb. 13:15-16).

Les chariots nous parlent de toute l’aide pratique que nous pouvons apporter aux serviteurs du Seigneur : hospitalité, transport, facilités de toute nature. Ils montrent aussi que, de leur côté, les ouvriers n’ont pas à se mettre en souci, mais peuvent avoir confiance que les moyens de réaliser le service que Dieu leur a confié sera mis à leur disposition, dans la mesure où Il le juge bon. Joseph avait envoyé à Jacob des chariots pour le transporter en Égypte avec ses enfants (Gen. 45:21), figure des soins de Dieu pour les siens. Lorsque Jacob voit « les chariots que Joseph avait envoyés », il reprend courage et se décide à aller retrouver son fils. Sachons apprécier les soins du Seigneur, même si nous ne sommes pas des serviteurs attitrés ! Et à notre tour, ayons à cœur d’être en aide autour de nous, d’encourager nos frères dans leur service.

L’offrande pour la dédicace de l’autel nous parle du culte : les coupes d’argent, pleines de fleur de farine, ne sont-elles pas un type des rachetés (l’argent), qui présentent à Dieu les perfections de la vie de Christ ? La coupe d’or fait penser aux enfants de Dieu « participants de la nature divine », qui font monter devant Lui le parfum de son Fils. L’holocauste est composé d’un taureau, le plus grand des sacrifices, d’un bélier, l’offrande de consécration, image du dévouement du Seigneur jusqu’à la mort, d’un agneau, type si souvent mentionné dans la Parole des souffrances de Christ ; un bouc est présenté en sacrifice pour le péché ; tandis que pour le sacrifice de prospérité il y a surabondance : deux taureaux, cinq béliers, cinq boucs, cinq agneaux : réunis dans la présence de Dieu, et dans la communion avec Lui, les adorateurs trouvent leur joie et la nourriture de leurs cœurs dans l’œuvre de Christ, qui nous a donné la paix.

Pourquoi la Parole répète-t-elle douze fois le détail des offrandes des princes ? Une seule mention n’aurait-elle pas suffi ? Dieu prend compte de tout ce qui est fait pour lui, de tout ce qui dans la vie des siens, dans leurs offrandes, parle de Christ. Dans son livre de souvenir, Il a tout consigné ; rien ne sera oublié de ce qui aura été fait pour le Seigneur.

 

D’aucuns trouvent que les mêmes pensées sont constamment répétées dans le culte. Serait-ce le cas, il y aurait seulement analogie avec notre chapitre ! Pour un cœur attentif et qui aime le Seigneur, n’y a-t-il pourtant pas une infinie variété dans le culte réalisé dans la dépendance de l’Esprit ? Celui-ci met sur les cœurs un thème de louanges, qui — contrairement à une lithurgie — peut se renouveler de dimanche en dimanche. La substance reste la même : l’œuvre de Christ ; dans le ciel, il n’y aura pas de plus grand sujet de louanges. Mais s’il n’y a qu’ » une seule offrande », elle nous est présentée sous l’aspect de « divers sacrifices ». L’encens (Ex. 30:34-38) était composé de plusieurs ingrédients, tous à parts égales, représentant les multiples perfections de Christ. Si nos « corbeilles » (Deut. 26:2) ont été remplies de Lui pendant la semaine, l’adoration apportée dans la présence de Dieu le dimanche matin sera toujours fraîche et nouvelle. Si le doigt de Dieu avait à relever aujourd’hui la liste des offrandes apportées par nos mains, qu’aurait-Il à écrire ?

 

2.7   L’offrande des personnes (Nombres 8:1-14, 23-26)

Au début de notre chapitre, les sept lampes projettent leur lumière sur le chandelier lui-même, et, pour ainsi dire, sur les offrandes qui précèdent et qui suivent. L’Esprit de Dieu met en évidence les perfections de Christ (le chandelier), et le mouvement des cœurs qui ont été portés à présenter quelque chose à Dieu, plus encore, « à se donner premièrement eux-mêmes au Seigneur » (2 Cor. 8:5).

Les Lévites ont été dénombrés dès l’âge d’un mois (3:39, cf. Gal. 1:15). À vingt-cinq ans ils vont entrer en service (8:24) et à trente ans s’employer à l’œuvre (4:47). Mais avant tout service, ils devaient être « offerts en offrande tournoyée » à l’Éternel (8:13).

Un exercice spirituel profond doit précéder toute activité. Au verset 7, Moïse fait aspersion sur eux de l’eau de purification du péché. Nous retrouvons cette eau au chapitre 19, contenant les cendres de la génisse : type du souvenir de l’œuvre accomplie par le Seigneur Jésus, que l’Esprit Saint rend tout particulièrement présente à la conscience et au cœur de celui qui est appelé à servir. Puis les Lévites doivent eux-mêmes faire passer le rasoir sur toute leur chair, laver leurs vêtements et se purifier (8:7). Bien des choses sont à mettre de côté ; les manifestations charnelles doivent être abandonnées (Col. 3:5, 8), et la Parole avoir toute son action sur le témoignage extérieur (vêtements).

En présence de toute l’assemblée d’Israël, des sacrifices sont offerts ; le peuple pose ses mains sur les Lévites ; à leur tour, ceux-ci les posent sur la tête des taureaux ; les sacrifices sont alors offerts sur l’autel. « Après cela, les Lévites vinrent pour faire leur service à la tente d’assignation » (8:22) : une plus profonde appréciation de l’œuvre de Christ doit précéder tout service.

 

Seigneur, toi qui pour nous t’offris en sacrifice,

Remplis-nous de ferveur pour mettre à ton service

Nos jours, nos biens, nos corps, nos cœurs.

 

2.8   La Pâque au désert (Nombres 9:1-14)

Une année s’était écoulée depuis la nuit terrible où l’ange du jugement avait passé par l’Égypte, mettant à mort tous les premiers-nés. Les Israélites, à l’abri du sang de l’agneau, avaient en hâte quitté le pays et fait l’expérience de la grâce et de la puissance de l’Éternel. Dans le désert, ils vont maintenant se souvenir de cette nuit de la délivrance, point de départ de la marche en avant. L’Éternel lui-même demande au peuple (v. 2) de faire la Pâque, « au temps fixé, le quatorzième jour du mois, entre les deux soirs », selon tous ses statuts et selon toutes ses ordonnances. Rien n’était laissé au bon vouloir de chacun. On n’allait pas « simplifier » les choses parce qu’on était au désert.

La Pâque est appelée dans notre chapitre l’ » offrande » de l’Éternel (v. 7, 13). En Égypte, elle avait été instituée ; au désert, elle devenait le mémorial qui engageait le peuple à apporter quelque chose à Dieu. La fête était célébrée avant tout pour Lui. Les épreuves du désert n’atténuaient pas la jouissance du privilège de la rappeler. Moïse l’avait dit au Pharaon : « Laisse aller mon peuple pour qu’il me serve... nous irons avec nos jeunes gens et avec nos vieillards, nous irons avec nos fils et avec nos filles, avec notre menu bétail et avec notre gros bétail ; car nous avons à célébrer une fête à l’Éternel » (Ex. 10:3, 9). Pour la première fois ils allaient l’accomplir. Des siècles plus tard, sous Esdras (6:19-22), le même soin sera apporté à respecter les ordonnances de l’Éternel à se purifier, à se séparer de l’impureté des nations pour rechercher l’Éternel ; quoi d’étonnant à ce que la joie remplisse les cœurs « car l’Éternel les avait rendus joyeux ».

La Pâque était le type d’une œuvre future, du sacrifice de l’Agneau de Dieu. Pour nous, la cène, qui y correspond, est le mémorial d’une œuvre accomplie. Sans qu’il s’agisse d’obéissance à un commandement, mais bien plutôt de la réponse du cœur au dernier désir du Seigneur qu’il aime, il n’en reste pas moins que la célébration de la cène n’est pas laissée à notre propre volonté (« comme je pense... il me semble... j’estime que »), mais que nous sommes appelés à nous conformer aux enseignements du Nouveau Testament à cet égard.

Le désert, en rapport avec notre responsabilité, soulève deux points : la pureté pratique afin de participer à la Pâque, pour nous à la cène (v. 6 à 12) ; l’abstention (v. 13).

 

2.8.1        La pureté pratique

Au premier mois, le quatorzième jour du mois, des hommes étaient impurs à cause d’un corps mort et ne pouvaient célébrer la Pâque. Ils n’ont pas celé leur impureté en se disant : c’est le désert, participons quand même. Ils n’étaient pas indifférents à leur faute, tout en désirant d’un cœur sincère avoir part à la fête du mémorial. Que faire ? Ils confessent leur état à Moïse, sans rien cacher (v. 7), et placent devant lui leur exercice. Moïse ne fait pas parade de tout savoir ; il n’a pas honte de reconnaître son ignorance et de consulter l’Éternel. La réponse de grâce est claire : « Si un homme d’entre vous... est impur... il fera la Pâque à l’Éternel » (v. 10). Un tel homme devrait passer par les exercices du chapitre 19 : la purification par l’eau contenant les cendres ; le second mois, le quatorzième jour du mois, il pourrait célébrer la Pâque. Il ne la ferait pas à moitié, mais complète, avec les pains sans levain, les herbes amères, selon tous ses statuts.

Cet enseignement correspond pour nous, en rapport avec la cène, à 1 Corinthiens 11:28. Si nous avons manqué, il ne s’agit pas de nous abstenir, mais de reconnaître notre faute, de la confesser, et dans l’assurance de la grâce qui y répond à cause du sacrifice de Christ, de participer au pain et à la coupe (« ... et qu’ainsi il mange »). Prenons garde de ne pas laisser s’accumuler des fautes non confessées, qui interrompent la communion et entravent toute joie et croissance chrétiennes. Dans ce travail intérieur, on aura particulièrement présent à l’esprit et au cœur les souffrances de Christ pour ce péché que l’on vient de confesser. Ainsi on ne s’abstiendra pas de la cène, mais on y participera avec un sentiment d’autant plus profond de la grâce.

L’apôtre avertit les Corinthiens qu’ils seraient coupables s’ils participaient à la cène du Seigneur « indignement » (1 Cor. 1:27). Que faut-il entendre par là ? Deux choses différentes, semble-t-il. Le verset 29 complète le 27 en disant : « Car celui qui mange et qui boit, mange et boit un jugement contre lui-même, ne distinguant pas le corps ». Prendre la cène sans réaliser les paroles du Seigneur : « Ceci est mon corps... ceci est mon sang », y participer comme à un rite, par habitude, superficiellement, nous expose au châtiment du Seigneur. Par contraste, le verset 28 commence par un « mais ». En s’éprouvant soi-même, on sera appelé à reconnaître ses fautes et leur cause. Cela nous amènera au sentiment profond de la grâce de Dieu. On participera donc, non « parce qu’on se sent digne », mais parce que Lui a tout fait pour nous purifier, et nous amener dans Sa présence.

 

2.8.2        L’abstention

« L’homme qui est pur et qui n’est pas en voyage, qui s’abstient de faire la Pâque... cet homme portera son péché » (v. 13). Tout enfant de Dieu est appelé à participer à la cène du Seigneur, s’il n’y a pas toutefois un obstacle majeur dans sa marche défaillante ou dans son éloignement (voyage) de Dieu. Il importe de comprendre ce que l’on fait (« je parle comme à des personnes intelligentes » (1 Cor. 10:15), et l’on ne saurait donner la cène à de jeunes enfants. Dans les autres cas, la Parole souligne la gravité pour un enfant de Dieu de rester indifférent au mémorial institué, Pâque ou cène du Seigneur. Celui-ci n’a-t-il pas droit à nos affections, quand il nous demande de « faire ceci en mémoire de Lui » ? On respecte le vœu sacré d’un mourant ; combien plus le dernier désir du Seigneur. Pourquoi ne pas participer ? Par indifférence peut-être ; par crainte de n’être pas assez pur (seule l’œuvre de Christ nous rend tels) ; par peur de Le déshonorer dans notre marche (la grâce répondra à toute faute reconnue et confessée devant Lui). En prenant la cène, on rappelle la défaite de Satan, on annonce la mort du Seigneur, on relie la croix à Son prochain retour. L’ennemi ne peut supporter cela, et suscite tous les obstacles imaginables pour empêcher les croyants de « se souvenir » de leur Sauveur.

Il est donc bien sérieux de s’abstenir du mémorial du Seigneur par indifférence, ou légèreté, ou sous prétexte que d’autres ne marchent pas comme ils devraient, ou encore par crainte de s’exposer à la discipline de l’assemblée. Toutefois, Dieu connaît les circonstances de chacun des siens. Il apprécie à sa mesure et dans une parfaite grâce et miséricorde, tout ce qui peut peser sur le cœur ou sur l’esprit ; chaque chose demande un exercice confiant devant Lui. Rien ne doit être accompli à la légère et moins que tout, la participation à la cène du Seigneur ; mais à travers les âges résonne encore la voix qui, la nuit où Il fut livré, disait : « Prenez, mangez ; buvez-en tous ».

Même « l’étranger » (v. 14) qui désirait s’approcher, le pouvait. Ailleurs on voit qu’il devait être circoncis (Ex. 12:48) : accepter le signe de la séparation pour Dieu ; en faisant la Pâque, il reconnaissait qui était l’Éternel. Rien n’était retranché de la règle divine : il y avait « un même statut tant pour l’étranger que pour l’Israélite de naissance ». Les ressources de la grâce sont infinies, mais jamais elles n’affaibliront la pensée de Dieu révélée dans sa Parole. Ses bras pourtant s’ouvrent pour accueillir quiconque veut venir, même au milieu d’un peuple qui était si fermé, si peu enclin à accueillir l’étranger qui s’approche.

Sous Ézéchias « beaucoup de ceux d’Éphraïm et de Manassé et d’Issacar et de Zabulon », qui avaient répondu à l’invitation de participer à la Pâque, « ne s’étaient pas purifiés » (2 Chron. 30:18). Une maladie s’ensuivit, car Dieu reste saint ; mais « Ézéchias pria pour eux... et l’Éternel écouta Ézéchias et guérit le peuple ». L’intercession de Christ répond à notre ignorance, à nos faiblesses, à nos fautes.

 

2.9   Le départ

2.9.1        La nuée (Nombres 9:15-23)

La nuée était le signe visible de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Elle le protégeait (v. 15 ; Ex. 14:20) ; le guidait (v. 17 ; Ex. 13:21) ; remplissait le sanctuaire (Ex. 40:34) ; la gloire de l’Éternel s’y est manifestée en sept occasions différentes.

Quelle assurance pour Israël de savoir que Dieu allait à eux, campait avec eux, combattait avec eux. Partir, ou camper, sans la nuée, c’était perdre la présence divine. On n’était pas seulement conduit par un feu rouge ou un feu vert, comme dans nos rues, mais par une Présence, connue, aimée. Pas besoin de se soucier du lendemain, de la longueur ou des dangers de l’étape. Savoir aussi attendre le signal de la nuée, tant qu’elle ne s’était pas encore levée. Quelle joie lorsqu’à la fin d’une course, ou d’une étape de la route, en regardant en arrière, on peut dire : « L’Éternel seul l’a conduit » (Deut. 32:12).

Ésaïe 52:12 nous dit : « Vous ne sortirez pas avec précipitation et vous n’irez pas comme des fugitifs ; car l’Éternel ira devant vous, et le Dieu d’Israël sera votre arrière-garde ». Pas de hâte inutile pour ceux qui s’attendent à Lui.

Cela impliquait une dépendance continuelle, bien peu du goût de la chair ; il fallait constamment regarder en haut. Jonas, parfaitement au clair sur le chemin où Dieu voulait le conduire, s’enfuit loin de sa face, et n’en récolte que misères. En Nombres 14:40, le peuple veut monter sans l’Éternel et rencontre la défaite. En Deutéronome 25:17, plusieurs se fatiguent, se traînent, et deviennent la proie de l’ennemi.

Pourtant la grâce demeure. Néhémie 9:18-19 le rappelle : « Même quand ils se firent un veau de fonte... tu ne les abandonnas point dans le désert ; la colonne de nuée ne se retira point de dessus eux ». « Dieu est fidèle ! »

Il est intéressant de remarquer les diverses positions que prend la nuée. Habituellement elle « couvrait » le tabernacle (9:15 ; même 16:42). Une seule fois nous la voyons « sur le propitiatoire » (Lév. 16:2), lieu où Aaron une fois l’an, et Moïse aussi souvent qu’il le désirait, se rencontraient face à face avec l’Éternel. À trois reprises, nous la trouvons « à l’entrée » de la tente d’assignation : lors du veau d’or (Exode 33:9), comme si l’Éternel allait s’en aller et quitter son peuple ; l’intercession de Moïse Le retient au milieu d’eux. En Nombres 12:5, l’Éternel comme juge vient châtier Marie à l’entrée de la tente, et va même jusqu’à se retirer ; l’intercession de Moïse assure la guérison de sa sœur. En Deutéronome 31:15, nous avons la dernière occasion où Moïse entre dans le tabernacle : « Tu vas dormir avec tes pères », dit la voix connue ; en ce même jour, l’Éternel ajoute : « Monte sur le mont Nébo » (32:49) ; la nuée semble venir à l’entrée de la tente comme pour accompagner Moïse dans ce dernier voyage. Inspiré par l’Esprit de Dieu, il compose le cantique qui retentira en témoignage aux oreilles d’Israël à travers les âges. Puis seul, il gravit la montagne ; et là s’approche l’Ami fidèle qui a été avec lui depuis les jours du buisson ardent, pour lui faire éprouver, une dernière fois ici-bas, Sa grâce et Sa communion.

 

2.9.2        Les trompettes (Nombres 10:1-10)

Les trompettes d’argent, sonnées par les sacrificateurs, guidaient directement les mouvements du peuple : pour le rassemblement (v. 3-4), la marche (v. 5-6), le combat (v. 9), dans les jours de joie et d’adoration (v. 10).

N’est-ce pas un type de la Parole de Dieu telle que le ministère la présente aux siens, afin qu’ils sachent comment se comporter, tout spécialement dans leurs mouvements collectifs à travers le désert : rassemblement, adoration, marche ou combat ?

 

2.9.3        L’ordre de marche — Hobab — L’arche (Nombres 10:11-13, 29-34)

La seconde année, au second mois, le vingtième jour du mois, la nuée se lève. Pour la première fois, les fils d’Israël partent selon le commandement de l’Éternel par Moïse. Tout le camp s’ébranle, et, sous la conduite de la nuée, marche en avant.

Il n’est pas facile, à première vue, de discerner les vrais motifs qui poussèrent à ce moment-là Moïse à proposer à son beau-frère, Hobab, de les accompagner. D’un côté, il dit : « Viens avec nous et nous te ferons du bien... le bien que l’Éternel veut nous faire, nous te le ferons », invitation qu’il est bon d’adresser à tous ceux auxquels nous pouvons le dire dans la conscience de partager avec eux ce que le Seigneur nous donne. Pourquoi Moïse ajoute-t-il : « Tu nous serviras d’yeux dans le désert » ? Était-ce une expression encourageante pour amener Hobab à se décider à se joindre au peuple ? (cf. Juges 4:11). Était-ce au contraire le motif profond qui faisait désirer à Moïse que ce connaisseur du désert les accompagne ? Dans le paragraphe suivant, l’arche va devant le peuple pour leur chercher un lieu de repos ; par ce fait, l’Esprit de Dieu ne veut-il pas signifier que Moïse a risqué de mettre indûment sa confiance en son beau-frère plutôt qu’en l’Éternel ?

« Dieu sort de la place qu’Il avait prise au milieu des tribus pour qu’elles prennent soin de lui et veillent à son honneur, et se fait en quelque sorte leur serviteur, cherchant un lieu où elles puissent se reposer dans ce chemin qui leur était inconnu... Beau tableau de la grâce tendre et précieuse du Seigneur, qui ne manque pas, s’Il nous fait traverser le désert pour notre bien, de s’y trouver avec nous, et qui a soin, en menant ses brebis dehors, de marcher devant elles et de les soulager par Son amour » (JND).

Ainsi, l’arche quittant en grâce sa place normale au centre du peuple, va en avant sur la route, le chemin de trois jours. Ces trois jours nous parlent de la mort et de la résurrection du Seigneur Jésus. Matthieu 28:7 nous dit : « Ressuscité... il s’en va devant vous... vous le verrez ». Suivre Jésus dans la conscience qu’il est mort et ressuscité pour nous, que, Berger fidèle, « il va devant » (Jean 10:4), n’est-ce pas trouver le repos au désert, en attendant le repos de la gloire ?

À chaque nouvelle étape, Moïse prie (v. 35-36), dans l’assurance que la présence de l’Éternel les accompagne.

 

3                        Les murmures et les pièges

Deutéronome 8:2 explique le pourquoi du désert : « L’Éternel ton Dieu, t’a fait marcher ces quarante ans, dans le désert, afin de t’humilier, et de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur ». Le peuple va ainsi être mis à l’épreuve, afin de se connaître lui-même et d’en venir à l’inéluctable conclusion qu’il ne pourra entrer dans le pays promis que sur le pied de la grâce. En effet, comme nous l’avons vu, le but suprême du désert, s’il est « afin de t’humilier et afin de t’éprouver », est surtout « pour te faire du bien à la fin » (Deut. 8:16).

Dieu avait pourvu à tout : le peuple était rassemblé autour d’un centre, l’arche, qui marchait devant eux dans le désert ; la nuée était là pour les conduire, les trompettes pour les avertir (cf. Ps. 32:8) ; chaque jour la providence divine leur envoyait la manne ; ils buvaient d’un « rocher spirituel » qui les suivait. Onze journées (Deut. 1:2) auraient suffi pour les amener à la frontière du pays.

Pourquoi tant d’années perdues dont Nombres 33 nous donne les innombrables étapes ? De celles-ci, la Parole ne retient que le nom : il n’en restait rien pour Dieu ; elles n’étaient que le châtiment de leur incrédulité.

Les chapitres qui suivent vont nous donner les motifs de cette tragédie.

 

3.1   Les plaintes (Nombres 11:1-3)

« Le peuple se plaignait ». Aucune raison ne nous en est donnée, aucun détail, mais ne reconnaissons- nous pas là un fait si fréquent parmi nous ? Après avoir tant reçu, y a-t-il même raison de se plaindre ? « Un homme se plaindrait-il à cause de la peine de ses péchés ? » (Lament. 3:39). Si la difficulté rencontrée n’est que la conséquence de nos fautes, ne convient-il pas de l’accepter avec humilité ? Mais il y a plus encore : « Qui est-ce qui dit une chose et elle arrive, quand le Seigneur ne l’a point commandée ? » (Lament. 3:37). Notre Dieu ne dirige-t-il pas chaque événement de la vie des siens, ayant en vue leur vrai bien ? « Nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom. 8:38).

Pourquoi si souvent ces plaintes, ces murmures ? C’est le temps qui ne nous plaît pas, ou la nourriture, ou les circonstances ! On prend l’habitude de se plaindre de tout, et la vie s’assombrit. Cet esprit de plaintes détruit le témoignage et déshonore le Seigneur. « Réjouissez-vous toujours », dit l’apôtre, mais il ajoute immédiatement : « Priez sans cesse. En toutes choses rendez grâces » (1 Thess. 5:16-18). Ces trois attitudes sont liées : sans la prière, sans l’action de grâces, pas de joie. Dans le secret du cœur, la source de la joie est dans le Seigneur : « Le cœur heureux est un festin continuel » (Prov. 15:15).

Mais cela demande tout un exercice. Même l’apôtre Paul pouvait écrire : « J’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve » (Phil. 4:11). À Timothée il dira : « La piété avec le contentement est un grand gain » (1 Tim. 6:6). L’épître aux Hébreux le souligne : « Étant contents de ce que vous avez présentement ; car lui-même a dit : « Je ne te laisserai point, et je ne t’abandonnerai point » (Héb. 13:5).

« L’Éternel l’entendit » (Nomb. 11:1, cf. 12:2). Nous n’avions attaché que peu d’importance à ces récriminations, mais le Seigneur l’entend et sa colère s’embrase ; dans son gouvernement, son jugement atteint le peuple : le feu de l’Éternel brûla parmi eux. Le peuple crie ; Moïse intercède pour lui ; l’incendie s’arrête ; mais il n’y a aucun jugement de soi, pas de regrets, pas de repentir. Faut- il s’étonner que dans les versets suivants les murmures reprennent et s’accentuent ?

 

3.2   La convoitise (Nombres 11:4-10, 13, 18-20, 30-34)

« Un grand amas de gens » (Ex. 12:38) était monté d’Égypte avec Israël. Comme toujours en pareil cas, lorsque au sein du peuple de Dieu se trouvent mélangés des éléments hétéroclites, leur influence ne manque pas de se faire sentir. « Le ramassis de peuple qui était au milieu d’eux s’éprit de convoitise ». Les Israélites n’avaient rien affaire avec de telles gens et n’auraient pas dû les accueillir ; de fait, ils en subissent l’influence et se mettent eux- mêmes encore à pleurer, et disent : « Qui nous fera manger de la chair ? Il nous souvient de ce que nous mangions en Égypte pour rien... » (v. 2-3). Pas des plaintes seulement cette fois, mais des pleurs (v. 10, 13, 18). Était-on donc si bien en Égypte ? (Ex. 5:13 !) On y trouvait — du moins le peuple le prétend — six nourritures (v. 5), comme en Assyrie (2 Rois 18:32), tandis que dans « le pays » il y en a sept (Deut. 8:8), chiffre de la plénitude divine par opposition à l’insuffisance de l’homme (six). Mais il faut des arguments pour justifier ses murmures, même s’ils sont sans valeur ou erronés. Combien facilement, lorsque le goût de la Parole de Dieu se perd (« Il n’y a rien, si ce n’est cette manne devant nos yeux »), on cherche des prétextes pour justifier son absence des réunions et le trop peu de temps dont on dispose pour écouter la voix du Seigneur. Le désir du cœur s’en retourne au monde, aux choses du monde : « Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui » (1 Jean 2:15).

La convoitise amène à désirer ce que l’on n’a pas, ce que Dieu n’a pas donné dans les circonstances où l’on se trouve. Elle conduit aussi à mépriser ce que Dieu donne : la manne, qui avait un goût de miel, n’a plus que la saveur d’un gâteau à l’huile, et plus tard elle ne sera qu’un pain misérable (Ex. 16:31, Nomb. 11:8 ; 21:5). Prenons garde. Pour nous, il ne s’agit pas seulement de mépriser une nourriture terrestre — encore que souvent on le fasse ! — mais de tenir pour peu de chose la manne céleste, Christ, le pain vivant descendu du ciel (Jean 6). Pensons à ceux, trop nombreux de nos jours, qui sont privés de bibles, et s’efforcent d’en copier quelques pages empruntées ici ou là, ou écoutées à une lointaine radio. C’est l’une des détresses annoncées par le prophète : « Voici des jours viennent, dit le Seigneur, où j’enverrai une famine dans le pays ; non une famine de pain, ni une soif d’eau, mais d’entendre les paroles de l’Éternel. Ils erreront d’une mer à l’autre, et du nord au levant ; ils courront çà et là pour chercher la parole de l’Éternel, et ils ne la trouveront pas » (Amos 8:11-12).

Si nous constatons que notre intérêt pour la Parole a baissé, ne laissons pas les choses ainsi.

Notre communion avec le Seigneur est en cause ; elle a été peut-être interrompue. Recherchons-Le. Prenons le temps — à l’écart s’il le faut, quelques heures ou quelques jours — de prier et d’examiner nos voies devant lui, afin qu’il nous restaure, et nous fasse retrouver à sa Parole cette saveur qu’elle a perdue.

 

Veillons aussi à tout ce dont nous nourrissons notre esprit. Sans doute bien des choses sont-elles utiles et profitables à leur place ; mais si nous remarquons, dans ce que nous lisons, entendons ou voyons, des choses qui gagnent le cœur et prennent la place du Seigneur et de sa Parole, ayons l’énergie d’y renoncer. « Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie... selon l’enseignement des hommes, selon les éléments du monde » (Col. 2:8). Que de jeunes gens et de jeunes filles, qui paraissaient pourtant zélés pour le Seigneur, se sont laissés détourner des choses de Dieu, soit par le doute intellectuel qu’ont insinué petit à petit en eux lectures et autres enseignements des hommes, soit par les convoitises de la chair qui ont été développées par tout ce que l’on a vu et entendu, et que l’on aurait dû « fuir » (2 Tim. 2:22). Tout cela n’a pas procuré au cœur la satisfaction profonde que seule peut donner la communion avec le Seigneur qui a dit : « Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif ».

 

Malgré les murmures et le mépris de son peuple, Dieu restait fidèle : « Quand la rosée descendait la nuit sur le camp, la manne descendait dessus » (v. 9). Moralement c’était la nuit, mais la rosée descendait quand même et la manne aussi. Chaque jour de cette longue pérégrination, chaque matin, elle était là à disposition ; elle n’a cessé que le lendemain de leur entrée au pays de Canaan (Josué 5:12), pour être remplacée par le blé du pays.

Finalement Dieu donne à son peuple ce que la chair exige, et manifeste ainsi Sa puissance, mais le résultat n’en est que dégoût : « Il leur donna ce qu’ils avaient demandé, mais il envoya la consomption dans leurs âmes » (Ps. 106:15). Avec quel zèle farouche, ces gens amoncèlent des cailles : « Le peuple se leva tout ce jour-là, et toute la nuit, et tout le jour du lendemain, et amassa des cailles : celui qui en avait amassé le moins, en avait amassé dix khomers (environ deux tonnes !) ». « Celui qui sème pour sa propre chair moissonnera de la chair la corruption » (Gal. 6:8). Que devint-il au bout de peu de jours de ces amas de cailles sous la chaleur brûlante du désert ? « Et on appela le nom de ce lieu-là Kibroth-Hattaava : les sépulcres de la convoitise ».

 

« Si tu voulais remercier Dieu pour

toutes les joies qu’Il te donne,

tu n’aurais plus le temps de te plaindre ».

 

3.3   La jalousie et la médisance (Nombres 12)

Du trio des frères et sœur, Marie était l’aînée. Jeune fille, elle avait veillé sur le petit Moïse (Ex. 2:4, 7). Elle était prophétesse (Ex. 15:20). Se crut-elle évincée de son influence par le retour de Séphora ? (cf. Ex. 18:5 et Nomb. 12 :, 1). Quoi qu’il en soit, elle gagne Aaron à son mécontentement et tous deux parlent contre Moïse : « L’Éternel n’a-t-il parlé que par Moïse seulement ? N’a-t-il pas parlé aussi par nous ? » (v. 2). La « femme éthiopienne » formait prétexte, le motif profond n’était-il pas la jalousie ? Finalement, Moïse était seulement le cadet ; ses frère et sœur voulaient bien croire que Dieu avait parlé par lui, mais aussi par eux. Ils avaient peine à accepter l’influence grandissante que Dieu conférait à son serviteur, alors qu’ils auraient dû reconnaître la place d’autorité qu’il lui avait confiée.

N’en est-il pas ainsi souvent parmi nous ? Par jalousie, par dépit, on se met à parler en mal de tel ou tel frère, même d’un serviteur du Seigneur. Sans aller si loin, on se complaît à la médisance, à rapporter un mal réel, dans le but de déprécier aux yeux de son interlocuteur celui qui l’a commis. On va même jusqu’à la calomnie, en racontant ce qui est faux, ou fortement exagéré. Le mal fait est irréparable. Après s’être humilié devant le Seigneur, on pourra bien s’excuser auprès de son interlocuteur (bien sûr, à moins qu’il le sache, pas auprès de celui dont on a médit ou qu’on a calomnié, ce qui le peinerait encore plus) et le prier d’oublier, mais entre-temps le mal se sera sans doute déjà répandu et aura fait son œuvre. Trois choses dit le proverbe arabe, ne peuvent être retenues : la flèche qui vole, la parole dite, le temps passé. Jacques avertit : « Si quelqu’un... ne tient pas sa langue en bride... le service religieux de cet homme est vain ! » (1:26). Pensons aussi à l’effet produit sur nos enfants, qui trop souvent entendent au foyer médisances et critiques.

Lévitique 19:16 l’avait précisé : « Tu n’iras point çà et là, médisant parmi ton peuple ». L’apôtre Pierre en souligne toute la gravité : « Rejetant... toutes médisances, désirez ardemment... le pur lait intellectuel... si toutefois vous avez goûté que le Seigneur est bon » (1 Pierre 2:1-3). Ce « si toutefois » ne semble-t-il pas mettre en doute que l’on ait pu goûter la bonté du Seigneur si on se livre à la médisance ? Elle est d’abord conçue dans le cœur, dans ces griefs que l’on nourrit contre tel ou tel, ou dans cette importance que l’on s’attribue à soi-même ; puis l’ennemi sait si bien susciter l’occasion propice où la parole mauvaise sera prononcée. On voudra faire parade de « savoir ce qui en est ». Trop souvent, parce qu’on manque de sujets de conversation, on médit d’autrui. Et de telles « révélations » sont comme des « friandises » (Prov. 26:22) pour ceux qui les écoutent ! « La langue est un petit membre, dit Jacques... un petit feu, quelle grande forêt allume-t-il ! » (Jacq. 3:5). Une promesse est faite au Psaume 15 à celui qui ne médit pas de sa langue : il « séjournera dans la tente » de l’Éternel : communion bénie avec son Seigneur de celui qui a veillé sur ses lèvres. David suppliait : « Que les paroles de ma bouche et la méditation de mon cœur soient agréables devant toi » (Ps. 19:14). Les résolutions et les contraintes extérieures ne seront pas un secours suffisant : la langue ne peut se dompter. C’est l’être intérieur qui doit être changé, renouvelé, transformé. Il faut juger les pensées mauvaises qui nous poussent à médire de notre frère ou même à le calomnier, quand elles sont encore en nous.

Objet de la médisance de ses frère et sœur, Moïse se tait ! Mais « l’Éternel l’entendit ». Il les convoque, les trois, à la tente d’assignation ; puis il fait se tenir devant lui, tout seuls, Aaron et Marie. Il prend la défense de son serviteur, fidèle dans toute Sa maison, avec lequel il parle bouche à bouche, et qui voit la ressemblance de l’Éternel : « Pourquoi n’avez-vous pas craint de parler contre mon serviteur ? Et la colère de l’Éternel s’embrasa contre eux... et voici Marie était lépreuse comme la neige ; et Aaron se tourna vers Marie, et voici, elle était lépreuse ». La prophétesse, qui avait chanté les louanges de l’Éternel, devrait être dorénavant exclue hors du camp, et consumer sa vie jusqu’à ce que la mort la délivre de son affreuse maladie.

Quelle tragédie ! Dieu ne prend pas ces choses à la légère. La conscience d’Aaron et de Marie parle. Ils se repentent. Ils reconnaissent leur péché, par lequel ils ont agi follement. Aaron, quoique sacrificateur, n’est plus à même de prier pour sa sœur. À sa demande instante, Moïse, qui pour la première fois, dans notre texte, ouvre la bouche, sans aucun ressentiment, crie à l’Éternel : O Dieu ! Je te prie, guéris-la, je te prie. Mais la discipline doit suivre son cours. Marie sera restaurée, quoique d’abord, elle demeure « sept jours dans la honte », exclue, hors du camp. Tout le peuple en souffre avec elle : il ne part pas jusqu’à ce que Marie soit recueillie.

« Pourquoi n’avez-vous pas craint de parler contre mon serviteur ? » : cette parole ne résonne-t-elle pas aussi aux oreilles de notre conscience ? Sans doute, chaque serviteur du Seigneur a-t-il ses manquements et ses déficiences (Jacq. 3:1) ; ce n’est pas une raison pour les relever, les « monter en épingle » et s’en servir contre eux. Au contraire, l’amour couvre les fautes d’autrui ; il en parle au Seigneur pour que Lui corrige et guérisse ; et, directement à l’intéressé, si, dans des cas particuliers, il y est conduit. Médire des serviteurs de Dieu ou de nos frères, quels qu’ils soient, ne peut qu’attirer la discipline du Seigneur sur nous-mêmes, entravant la communion avec lui, rendant « vain » notre service, produisant le desséchement dans l’âme, et des fruits souvent bien amers.

Ne devrions-nous pas prendre beaucoup plus à cœur ce péché de médisance que nous commettons si légèrement ? Ne pas accueillir non plus les commentaires défavorables qu’autrui nous fait, ou répondre comme tel frère devant qui on en critiquait un autre : « Je vais lui en parler ». Et l’interlocuteur aussitôt de le prier de n’en rien faire ! Dans le jugement de nous-mêmes, chercher les causes qui nous ont amenés à médire, les juger vraiment devant Dieu, et en accepter, s’il le faut, la honte et la correction nécessaire.

 

3.4   L’incrédulité (Nombres 13:1-4, 27-34 ; 14:1-11, 22-25, 36-38)

Israël est arrivé à la frontière de Canaan. L’Éternel lui a promis un pays ruisselant de lait et de miel. « Regarde, dit Moïse, l’Éternel ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession, comme l’Éternel le Dieu de tes pères te l’a dit ; ne crains point et ne t’effraie point » (Deut. 1:21).

Mais le peuple ne l’entend pas de cette oreille. Il désire que des hommes soient envoyés afin d’examiner « pour nous » le pays, « s’il est bon ou mauvais », et si le peuple qui l’habite est « fort ou faible ».

Pourquoi douter de la promesse divine ? Dieu pouvait-il donner aux siens un mauvais pays ? N’avait-il pas la puissance de combattre des ennemis forts, aussi bien que des ennemis faibles ? Le manque de foi dans la promesse divine conduit le peuple à désirer l’envoi des espions ; Dieu leur donne ce qu’ils ont voulu (Nomb. 13:3).

Le rapport des espions confirme ce que l’Éternel avait dit : Vraiment le pays est ruisselant de lait et de miel. Ils en montrent le fruit magnifique. « Seulement, ajoutent-ils, le peuple qui habite dans le pays est fort... Nous ne sommes pas capables de monter contre ce peuple » (Nomb. 13:32). Le doute fait place à l’incrédulité. On manquait de foi dans la promesse de Dieu ; maintenant on manque de foi pour la conquête. L’incrédulité conduira à la révolte (14:4), à vouloir même lapider ceux qui insistent avec foi que l’Éternel a bien la puissance de les faire entrer dans le pays (14:10).

Hébreux 3:19 met le doigt sur la plaie : « Nous voyons qu’ils ne purent entrer dans le repos à cause de l’incrédulité. Craignons donc que quelqu’un d’entre vous paraisse ne pas l’atteindre ; ... la parole qu’ils entendirent ne leur servit de rien, n’étant pas mêlée avec de la foi dans ceux qui l’entendirent ».

Il peut malheureusement en être ainsi aux moments décisifs de la vie. Si la foi n’est pas en activité, si la confiance en Dieu n’est pas réelle, on choisira le chemin qui nous éloigne de lui. De fait le peuple avait « méprisé » l’Éternel (14:29), « méprisé » le pays (v. 31). Que faisait la hauteur des murs, s’ils devaient tomber au son d’une trompette ! Au moment crucial on n’a pas compté sur Dieu, on a redouté l’obstacle, on n’a pas surmonté la difficulté, on a cédé à l’ennemi. Et la vie appauvrie s’écoulera sous les conséquences de l’incrédulité... jusqu’à ce que par la grâce nous revenions à Lui, et que, la discipline ayant porté son fruit, Il opère une restauration.

 

3.4.1        L’influence de peu de personnes

Il a suffi de dix espions pour faire « fondre le cœur » du peuple. Toute l’assemblée se met à jeter des cris, à pleurer toute la nuit, à murmurer contre Moïse et Aaron, et propose enfin de s’établir un chef et de retourner en Égypte. Si ces dix hommes avaient fait un rapport de foi et de confiance en Dieu, le peuple ne se serait-il pas comporté tout autrement ?

Deux hommes qui connaissaient leur Dieu, Caleb, puis Josué, insistent : « Montons hardiment... Si l’Éternel prend plaisir en nous, il nous fera entrer dans ce pays-là et nous le donnera ». Pour l’instant ils ne recueillent que la menace de lapidation. Bien des années après, Josué deviendra le conducteur du peuple à la conquête du pays, et Caleb pourra lui-même s’emparer de l’héritage que Dieu lui accorde (Josué 14).

Dans une assemblée, dans une région, l’influence de deux ou trois hommes de foi peut être décisive en bénédiction, comme parfois il suffit de peu pour qu’une influence pernicieuse amène beaucoup de ruines. Il est facile de « décrier le pays », de décourager les chrétiens vivants, de parler des difficultés, des renoncements, de l’opposition, plus que des secours divins et des joies ; l’incrédulité de quelques-uns contamine les autres.

Caleb était « animé d’un autre esprit ». Il appréciait le don de Dieu, il engageait ses frères à se l’approprier. Ne voulons-nous pas montrer par notre vie, par toute notre attitude, le prix qu’a pour nous l’héritage céleste qui seul demeure ?

 

3.4.2        Le gouvernement de Dieu

Après les plaintes du peuple, l’incendie ravage le camp. Après la convoitise, la corruption se répand et aboutit aux sépulcres. Marie devient lépreuse. Les dix hommes qui ont fait murmurer toute l’assemblée, en décriant le pays, meurent de plaie devant l’Éternel (14:37) ; et tout le peuple qui s’est lamenté et rebellé, devra se consumer dans le désert : « Vos cadavres tomberont dans ce désert, tous ceux d’entre vous qui ont été dénombrés, vous qui avez murmuré contre moi ». Pendant quarante ans, il faudra errer dans ces solitudes désolées ; l’une après l’autre, les tombes des hommes de l’exode en jalonneront les étapes.

Répétons-le : « On ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6:7).

Le peuple veut se soustraire aux conséquences de sa faute. Légèrement ils disent : « Nous voici ; nous monterons au lieu dont l’Éternel a parlé ; car nous avons péché » (14:40). Moïse cherche à les dissuader, leur montrant qu’ils transgressent le commandement de l’Éternel, qu’il fallait se soumettre et humblement accepter les conséquences de ses inconséquences. Ils ne veulent rien entendre, et s’obstinent à monter... « les Amalékites et les Cananéens les taillèrent en pièces jusqu’à Horma » (v. 45).

Il est difficile de se courber sous la discipline divine, mais n’est-ce pas la vraie preuve d’une réelle humiliation ?

 

3.4.3        L’enseignement de Kadès

Cette étape décisive du désert n’a-t-elle pas un profond enseignement pour nous, croyants ? La Pâque et la traversée de la mer Rouge correspondent à l’expiation de nos péchés et à la délivrance de la puissance de Satan par la rédemption. La conversion, par la foi au Seigneur Jésus, nous libère de la domination de l’ennemi et du monde, et nous amène au désert dans le chemin de Dieu. L’âme y fait l’expérience de ses soins, de sa bonté et de sa puissance, mais apprend aussi à se connaître. Toutefois la vie chrétienne ne doit pas se passer continuellement avec des hauts et des bas, des chutes et des regrets ; elle se passe aussi en Canaan, de l’autre côté du Jourdain (notre mort avec Christ), sur le terrain de la résurrection avec Lui, dans la conscience de notre pleine acceptation en Lui devant Dieu, et du fait, merveilleux mais réel pour la foi, qu’Il est en nous (Jean 14:20 ; Gal. 2:20). C’est l’expérience de Romains 6 à 8 ; elle nous amène à « marcher par l’Esprit », « affranchis du péché et asservis à Dieu », « mis à mort à la loi pour être un autre, à Celui qui est ressuscité d’entre les morts, afin que nous portions du fruit pour Dieu ». Cette vie de foi demande le renoncement à soi- même, le « livrez-vous vous-mêmes à Dieu comme d’entre les morts étant faits vivants » (Rom. 6:13), la mise à disposition de l’être tout entier entre les mains du Seigneur. Et là, souvent, on recule, on redoute les sacrifices, et... tournant le dos au « pays », on s’en retourne au désert, perdant la bénédiction qui était à notre portée. Serons-nous des sarments qui portent beaucoup de fruit, ou de ceux qui n’en portent pas ou peu, selon que pratiquement nous réaliserons ou non ce qu’implique « demeurer en Lui » ? (Jean 15).

 

3.5   L’orgueil et la rébellion (Nombres 16:1-15, 27-35)

L’orgueil est « la faute du diable » (1 Tim. 3:6). « Toi, tu as dit dans ton cœur : je monterai aux cieux, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu... je monterai sur les hauteurs des nues, je serai semblable au Très-Haut » (Ésaïe 14:13-14). L’ennemi savait très bien d’avance qu’en insufflant l’orgueil dans le cœur de Coré, il allait semer des ravages parmi le peuple.

Coré, Lévite, Kehathite « s’éleva dans son esprit » (Nomb. 16:1) ; non content d’être Lévite et de faire le service du tabernacle, il recherche aussi la sacrificature (v. 10). Il veut une place que Dieu ne lui a pas donnée. Dans notre chapitre, Aaron représente Christ comme sacrificateur ; en type, désirer une telle fonction, c’était vouloir prendre la place de Christ.

Dans le christianisme, tous les croyants sont sacrificateurs, mais un seul est notre souverain sacrificateur, médiateur entre les hommes et Dieu, l’homme Christ Jésus. Aucun croyant ne doit s’élever au-dessus de ses frères et prétendre être l’intermédiaire entre le peuple de Dieu et Dieu lui- même. La gravité de la faute de Coré se mesure à la rigueur du châtiment qui s’en est suivi.

Il entraîne à sa suite deux cent cinquante hommes, princes, hommes de renom. Moïse fait tous ses efforts pour lui montrer son erreur ; il parle à ceux qui s’attroupent contre lui et contre Aaron ; il va s’entretenir personnellement avec Coré (v. 8), mais rien ne sert. Moïse reçoit la grâce de remettre les choses entre les mains de Dieu et de le laisser décider, par l’épreuve de l’encens (v. 7), quel est l’homme qu’Il a choisi.

Simultanément à la révolte de Coré, révolte religieuse, se produit une rébellion « civile » de la part de Dathan, Abiram et On, Rubénites, qui s’élèvent contre l’autorité de Moïse : « Tu te fais absolument dominateur sur nous ». Moïse est ici un type de Christ, non comme sacrificateur, mais comme Seigneur. Plus hautains encore que Coré, Dathan et Abiram refusent même tout entretien avec Moïse (v. 12). Ils lui imputent l’échec de l’entrée en Canaan (v. 14), et, rejetant toute obéissance, en viennent jusqu’à narguer le peuple, installés avec leurs enfants et leurs femmes à l’entrée de leurs tentes (v. 27).

Il n’y avait plus d’autre remède que le châtiment de Dieu ; combien il fut terrible !

Coré avait réuni contre Moïse et Aaron toute l’assemblée à la tente d’assignation ; à cet instant décisif, apparaît la gloire de l’Éternel. Celui-ci engage Moïse et Aaron à se séparer de toute l’assemblée qu’il va consumer ; les deux frères intercèdent avec intelligence pour le peuple : « Un seul homme péchera et tu seras courroucé contre toute l’assemblée ? », principe solennel, car si l’assemblée couvrait la rébellion de Coré, elle serait tout entière entraînée dans le jugement. À la parole de l’Éternel : « Retirez-vous d’autour de la demeure de Coré, de Dathan et d’Abiram », les Israélites obéissent. Moïse, tentant un dernier effort, se lève et va vers ces hommes rebelles. Tandis que le peuple fait un grand cercle autour de leurs demeures, soudain le « sol ouvre sa bouche et les engloutit avec tout ce qui est à eux ». Dans le sanctuaire « il sortit du feu de la part de l’Éternel et il consuma les deux cent cinquante hommes qui présentaient l’encens ».

Israël, au lieu de recevoir instruction par un tel châtiment, pas plus tard que le lendemain, se rebelle à nouveau et murmure contre Moïse et Aaron, les accusant d’avoir mis à mort le peuple de l’Éternel (v. 41). Une plaie s’ensuit. Seule l’intervention d’Aaron, sacrificateur portant l’encens, se tenant debout entre les morts et les vivants, magnifique type de Christ, arrête la plaie et épargne le reste des rebelles. Encore une fois la grâce brille, non sans que la sainteté de Dieu ait été revendiquée.

« L’orgueil va devant la ruine et l’esprit hautain devant la chute » (Prov. 16:18).

Pourtant, au milieu de cette scène terrible, un rayon de grâce l’éclaire : « Les fils de Coré ne moururent pas » (26:12). Pourquoi furent-ils épargnés ? Nous l’ignorons, et ne pouvons que répéter la parole d’Abraham : « Le Juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » Plus tard, les fils de Coré pourront composer des psaumes, qui restent à travers les âges pour la consolation et l’édification des croyants et pour la gloire de Celui dont ils peuvent dire : « Tu es plus beau que les fils des hommes, la grâce est répandue sur tes lèvres ; c’est pourquoi Dieu t’a béni à toujours » (Ps. 45:2). Objets d’une grâce particulière, ils ont appris à connaître Celui qui en est la seule source.

 

3.6   La soif (Nombres 20:2-5)

Nous arrivons à la fin des quarante années dans le désert. Les tribus ont erré pendant quelque trente-huit ans pour revenir enfin à Kadès (v. 1). La plupart de ceux qui sont sortis d’Égypte à l’âge de vingt ans sont morts ; une nouvelle génération les a remplacés ; sera-t-elle meilleure que ses pères ? En Égypte, ceux-ci avaient vécu sous l’oppression et dans l’ignorance ; leurs fils, au désert, ont été instruits par Moïse, ils ont reçu la loi, ils ont vu les merveilles que l’Éternel a accomplies en leur faveur ; ils ont été aussi avertis par sa discipline.

Dieu va les mettre à l’épreuve par la soif. Épreuve dure s’il en fut, qu’elle soit physique ou spirituelle. La « chair », chez les fils comme chez les pères, n’a pas changé. Le peuple conteste avec Moïse, répète : pourquoi ? pourquoi ? et souhaite même avoir péri quand leurs frères sont morts devant l’Éternel.

Dans maintes portions de la Parole, Dieu permet la soif. Agar, en Genèse 21:15-16, a vite épuisé l’eau de son outre, symbole des ressources humaines, si précaires dans le chemin de la vie. Elle pleure, l’enfant crie ; Dieu ouvre ses yeux ; au puits d’eau qu’Il lui révèle, elle se désaltère, comme auparavant à Beër-Lakhaï-Roï : le puits du Vivant qui se révèle (Gen. 16:14).

Épuisé par sa lutte contre l’ennemi, Samson crie à Dieu dans sa très grande soif (Juges 15:18). L’Éternel répond en fendant le rocher creux dont sort de l’eau ; Samson peut boire à En-Hakkoré : la source de celui qui crie.

Le Seigneur Jésus lui-même a connu la soif. Au puits de Sichar, lassé de la route, il demandait à boire à la femme samaritaine, lui, le créateur de toutes choses. Par-dessus tout, sur la croix, lorsque sa langue s’attachait à son palais (Ps. 22:15), il a dû dire : « J’ai soif ».

Maintenant, à cause de l’œuvre de la rédemption, il répète à toute âme : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jean 7:37). « Celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jean 6:35).

Dieu peut permettre la soif, afin de nous amener à boire, non une fois, mais tous les jours de notre vie. Non seulement nous serons désaltérés, mais « l’eau que je lui donnerai, sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean 4:14) ; « des fleuves d’eau vive couleront de son ventre » (Jean 7:38). Ainsi jaillira vers Dieu l’adoration de nos cœurs, et coulera vers nos frères la bénédiction que produit l’Esprit.

 

3.7   Le découragement (Nombres 21:4-7)

Rappelant le début de la marche au désert, Jérémie dit de la part de l’Éternel : « Je me souviens de toi, de la grâce de ta jeunesse, de l’amour de tes fiançailles, quand tu marchais après moi dans le désert, dans un pays non semé. Israël était saint à l’Éternel, les prémices de ses fruits » (Jér. 2:2). Les années avaient passé ; l’attachement du début avait fait place aux murmures, aux plaintes, à la révolte même : « Mon peuple n’a pas écouté ma voix, et Israël n’a pas voulu de moi... Oh ! si mon peuple m’avait écouté !... Il les aurait nourris de la moelle du froment, et je t’aurais rassasié du miel du rocher » (Ps. 81:11-16).

La route est longue. Il faut encore faire le « tour du pays d’Édom ». Est-il étonnant que le cœur du peuple s’impatiente en chemin ? Ce découragement l’amène à parler contre Dieu et contre Moïse, à dire à nouveau : pourquoi ? Et d’ajouter, parlant de la manne : « Notre âme est dégoûtée de ce pain misérable ». Le « pain misérable » représentait pourtant Christ, pain vivant descendu du ciel ; si le cœur n’a plus d’intérêt pour Lui, il se vide, et Satan s’apprête à le remplir.

L’Éternel va les châtier et leur faire sentir la méchanceté de l’ennemi agissant par la chair : des serpents brûlants les mordent et les tourmentent. Il veut les amener à dire, pour la première fois en toute sincérité : « Nous avons péché ».

Peut-être y a-t-il des chrétiens qui ne se sont jamais découragés ? Dans l’Ancien Testament, Caleb en est un exemple ; au cours d’une longue carrière, il a « pleinement suivi l’Éternel ». On peut être lassé de la route, le Seigneur Jésus l’a été. On peut être abattu, l’apôtre Paul le relève (2 Cor. 4:9). Mais le découragement va plus loin : la cause en est surtout le manque de foi, qui est un péché ; il répond à un état intérieur qui a perdu de vue « Celui qui est invisible ». On est prêt à abandonner, à dire : à quoi bon ? devant la contradiction extérieure, les déceptions, la monotonie du chemin.

Que faire ? « Si tu perds courage au jour de la détresse, ta force est mince » (Prov. 24:10). Même sous la discipline du Père, selon Hébreux 12:5, on peut perdre courage. On sait que la « joie de l’Éternel est votre force » (Néh. 8:10), mais cette joie on l’a comme perdue. Il reste un seul, un grand, un merveilleux remède : « Considérez Celui qui a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre lui-même, afin que vous ne soyez pas las, étant découragés dans vos âmes » (Héb. 12:3). De Moïse il pouvait être dit : « Il tint ferme, comme voyant celui qui est invisible » (Héb. 11:27). « Considérer Celui qui a enduré »... pas n’est besoin de commentaires, mais d’un long regard, d’une profonde méditation.

Alors on pourra juger le péché d’avoir manqué de foi et de confiance, de s’être laissé abattre par les circonstances ou l’opposition ; on apprendra à voir la main du Père dans l’adversité qui nous a oppressés, et s’abandonnant « aux bras éternels » on recevra la grâce d’une foi fortifiée. Celui qui a passé par de telles expériences peut alors « redresser les mains lassées et les genoux défaillants » (Héb. 12:12), comme Paul le faisait sur le navire en détresse (Actes 27) ; ou les frères de Rome à l’égard de Paul lui-même, lorsque prisonnier fatigué et las de la route, il approchait de cette ville qu’il avait tant désiré voir : « Les frères... vinrent au-devant de nous... et Paul, les voyant, rendit grâces à Dieu et prit courage ».

 

3.8   La fornication (Nombres 25:1-5 ; Apocalypse 2:14)

Sombre page de la Parole de Dieu, écrite pourtant pour nous servir d’avertissement ; dans ce domaine plus que dans tout autre, importe l’exhortation : « Que celui qui croit être debout, prenne garde qu’il ne tombe ». Ne disons jamais : « Cela ne m’arrivera pas ». Il y faut toute la puissance de Dieu, et aussi la vigilance, pour ne pas s’engager légèrement dans des circonstances sans issue.

Israël était arrivé à l’ultime étape du voyage ; il habitait en Sittim, d’où, avec Josué, il allait s’ébranler pour traverser le Jourdain. Malgré toutes les chutes et les errements de la route, Satan n’avait pu le détruire, ni amener Dieu à devoir le juger entièrement. La malédiction que Balaam voulait proférer pour une récompense, avait été changée en bénédiction. Que pouvait, à l’instigation de l’ennemi, imaginer ce méchant homme pour perdre le peuple de Dieu et mériter le salaire convoité ? « Balaam enseignait à Balak à jeter une pierre d’achoppement devant les fils d’Israël, pour qu’ils mangeassent des choses sacrifiées aux idoles et qu’ils commissent la fornication » (Apoc. 2:14). Nombres 25 ne mentionne même pas le prophète, mais dans l’ombre il machinait son piège. N’oublions pas qu’aujourd’hui l’ennemi n’a pas changé.

« Le peuple commença... » Quel fut ce début ? Ils acceptèrent l’invitation des jeunes filles de Moab à participer à leurs festins, à sortir avec elles ; « et le peuple mangea, et se prosterna devant leurs dieux. Et Israël s’attacha à Baal-Peor ». L’invitation initiale paraissait bien agréable, mais le chemin est vite descendu vers l’abîme.

Prenons garde aux invitations du monde. Dina, fille de Jacob, croyait ne faire qu’une visite de politesse aux filles de Sichem (Gen. 34) ; bien vite elle a entraîné dans le malheur, et celui aux yeux duquel elle avait plu, toute sa ville, et sa propre famille.

La colère de l’Éternel s’embrase contre Israël. Les chefs du peuple doivent être pendus devant Lui. Les juges doivent tuer leurs hommes qui se sont attachés à Baal-Peor. Phinées transperce la femme impure et le prince de Siméon qui avait outragé le peuple. Ceux qui moururent de la plaie furent vingt-quatre mille. Plus d’alliance avec Madian, mais la guerre (v. 17 et chap. 31).

La tribu de Siméon (25:14), décimée, se verra réduite, au deuxième dénombrement (26:14), à vingt-deux mille deux cents hommes contre cinquante-neuf mille trois cents à Sinaï, avec la lourde conséquence que « à ceux qui sont peu nombreux tu diminueras l’héritage » (26:54). Si nous pensons à la « couronne », à la récompense promise dans le ciel à ceux qui sont fidèles, un tel exemple garde toute sa solennité.

Dirons-nous qu’aujourd’hui les choses ont changé, que les relations entre jeunes gens et jeunes filles ne sont plus les mêmes, qu’il faut bien faire comme les autres ? Éphésiens 5:5-6 est catégorique à ce sujet : « Que personne ne vous séduise par de vaines paroles (en vous faisant croire que ces procédés ne sont pas si graves) ; car à cause de ces choses, la colère de Dieu vient sur les fils de la désobéissance ». Même sous la grâce, la sainteté de Dieu n’a pas varié ; ce qui touche à la transmission de la vie, tout en étant parfaitement naturel à sa place, garde son caractère sacré.

Proverbes 5:3-14 ; 6:24-35 et 7, nous donnent dans ce domaine des avertissements qu’il importe de retenir. Ce n’est pas en vain que la Parole met en garde le jeune homme contre « l’étrangère ». Pour commencer, tout est miel, tout est doux, mais « la fin est amère comme l’absinthe ». L’ennemi est habile ; là où il n’a pas réussi à détourner le cœur du Seigneur par l’orgueil ou le découragement, là où l’on a veillé aux murmures, aux plaintes ou à la médisance, il sait encore quel moyen employer. C’est pourquoi : « Éloigne ta voie d’auprès d’elle, ne t’approche point de l’entrée de sa maison ». L’ » expérience » qui a paru si anodine un soir de désœuvrement, peut entraîner bien plus loin qu’on ne le croyait à première vue. Ensuite c’est l’esclavage ! On l’a vu souvent : les biens servent à rassasier des étrangers (5:10) ; le corps atteint par la maladie « se consume » (v. 11) ; que de regrets amers de n’avoir « pas écouté la voix de ceux qui instruisaient », et d’être entré « dans toutes sortes de mal au milieu de l’assemblée » (v. 12-14).

Quel beau contraste nous offrent les versets 15 à 19 de Proverbes 5 ! Car Dieu veut la joie des siens. Heureux celui qui peut fonder un foyer avec celle qu’il a reçue de la main du Seigneur et pour laquelle il a été gardé pur.

 

3.9   Les cœurs partagés (Nombres 32:1-8, 14-19, 23-27 ; Josué 1:12-16 ; 22:9, 19, 24)

Le récit que la Parole a voulu nous conserver des fils de Ruben et de Gad est un tableau d’un des dangers les plus actuels qui menacent nos familles.

Ces tribus possédaient des troupeaux en grandes quantités ; ils constatent que le pays de Galaad est favorable pour les troupeaux ; pourquoi ne pas s’y installer ? D’ailleurs l’Éternel n’avait-il pas frappé ce pays devant l’assemblée d’Israël ? Et de conclure, sans Le consulter : « Que ce pays soit donné en possession à tes serviteurs ; ne nous fais pas passer le Jourdain » (32:5).

Quelles furent les conséquences d’un tel choix ? Gad et Ruben risquaient de décourager les fils d’Israël de passer dans le pays que l’Éternel leur avait donné (v. 7). Cela devenait un danger pour tout le peuple (v. 15). Ils entraînent la demi-tribu de Manassé. Lorsque les hommes des deux tribus et demie, en âge de porter les armes, s’engagent à participer à la conquête, ils doivent installer leurs familles en Galaad et en rester séparés pendant des années : « Nos petits-enfants, nos femmes, nos troupeaux et toutes nos bêtes seront là dans les villes de Galaad ; et tes serviteurs, tous équipés pour l’armée, passeront devant l’Éternel pour aller à la guerre ».

Ainsi seuls les pères traversent le Jourdain et vivent la conquête. Ils combattent aux côtés de leurs frères et vont jusqu’au bout de ce qui leur incombe (Jos. 22:3). Mais l’ennemi a réussi à séparer les familles ! Les femmes, les enfants, les jeunes, restés en Galaad, n’ont jamais traversé le Jourdain avec l’arche, et n’ont pas vécu les péripéties de la victoire. Bien installés en deçà de la frontière, ils jouissent des bénédictions de la providence divine et c’est tout.

Qu’en est-il aujourd’hui ? N’y a-t-il pas deux sortes de christianisme ? L’un « partiel » apprécie les soins de Dieu, son support, son secours, sa bénédiction terrestre, correspondant à la vie au désert, ou même en Galaad. On est heureux d’être sauvé, d’éprouver les bienfaits d’en haut, mais on ne s’est jamais livré à Dieu « comme d’entre les morts étant faits vivants » (Rom. 6 et 12) ; on ignore la portée de l’exhortation de Jésus : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu ».

La vraie vie chrétienne implique ce que figurent le Jourdain et le pays. Saisir par la foi notre mort et notre résurrection avec Christ, cette vie nouvelle, vie en abondance, qui ne peut être vécue que par la foi, en s’emparant des bénédictions spirituelles données de Dieu. Il y aura combats, exercices, mais l’on apprendra, étant ressuscité avec Christ, à chercher les choses qui sont en haut, à penser aux choses qui sont en haut. On saura qu’on a dans les cieux un héritage incorruptible, immarcescible, conservé pour nous. On pourra aller au sanctuaire, là où est l’arche, et adorer.

En Josué 22, vient le moment tragique et décisif. Les pères ont combattu et conquis aux côtés de leurs frères. Vont-ils maintenant rejoindre leurs familles en Galaad, « d’auprès des fils d’Israël, de Silo, qui est dans le pays de Canaan, pour aller dans le pays de leur possession » ? (Josué 22:9). Ou bien feront-ils venir en Canaan leurs familles jusqu’ici installées en Galaad, selon l’exhortation de Phinées : « Passez dans le pays qui est la possession de l’Éternel, où est le tabernacle de l’Éternel, et ayez votre possession au milieu de nous » (v. 19) ? Comme cela arrive trop souvent, ce ne sont pas les pères, pourtant plus « spirituels », qui ont prévalu sur la famille ; la famille a prévalu sur les pères !

Ceux-ci retournent en Galaad. Mais ils sentent très bien le danger qui menace leurs enfants. Ils dressent au bord du Jourdain un autel de grande apparence, non pour offrir des sacrifices, mais pour montrer qu’ils conservent les formes du culte de l’Éternel (v. 26-27). On n’abandonne pas complètement la Parole ; on la lit encore, on rend grâces à table, on fréquentera occasionnellement le culte ; mais le cœur n’y est plus ; la vitalité s’affaiblit. Une ou deux générations passent, et que reste-t-il ?

Il nous est impossible de donner la vie éternelle à nos enfants, c’est l’œuvre de Dieu ; mais nous pouvons être des obstacles à ce travail divin, par notre attitude, par notre recherche des choses du monde, par notre manque de cœur pour le Seigneur. Les enfants savent très bien voir si les parents « apprécient le pays ».

Quant aux jeunes, qu’ils s’en souviennent : ce n’est pas d’avoir été élevés dans un foyer chrétien qui les fera « traverser le Jourdain ». Chacun doit en prendre la décision pour lui-même, sous le regard du Seigneur, en suivant l’arche à travers le fleuve de la mort. S’il n’y a pas un renouveau spirituel pour chaque membre de chaque génération, il ne reste bientôt plus que tradition et formes qui s’effacent.

 

4                        Les ressources au désert

La grande ressource au désert — comme partout d’ailleurs — n’est-elle pas de s’approcher de Dieu ? « Pour moi, m’approcher de Dieu est mon bien » (Ps. 73:28), disait Asaph, après la terrible épreuve qu’il avait traversée. Cette pensée nous amènera à considérer successivement la prière, la foi, la sacrificature, et les sacrifices au désert.

Mais, ressource suprême, Dieu vient aussi à nous, avec ses bénédictions, ses interventions, sa grâce. Ceci formera la fin de nos entretiens.

 

4.1   La prière

En Hébreux 4, la prière est, après la Parole et la sacrificature de Christ, la troisième ressource donnée à celui qui est en route vers le repos : « Approchons-nous avec confiance du trône de la grâce, afin que nous recevions miséricorde, et que nous trouvions grâce pour avoir du secours au moment opportun » (v. 16).

Dans les Nombres, elle est essentiellement le fait de Moïse. Il avait avec Dieu une communion merveilleuse ; l’Éternel pouvait dire : « Je parle avec lui, bouche à bouche » (Nombres 12:8) ; Il s’entretenait avec lui « comme un homme parle avec son ami ».

Un verset nous donne le secret de cette intimité : « Quand Moïse entrait dans la tente d’assignation pour parler avec Lui, il entendait la voix qui lui parlait de dessus le propitiatoire, qui était sur l’arche du témoignage, d’entre les deux chérubins ; et il Lui parlait » (7:89). Pensons à Moïse dans la tension continuelle que lui causaient les murmures et les récriminations du peuple, sans parler des devoirs de sa charge, sous lesquels, plus d’une fois, il a soupiré. Voilà que, laissant tout ce qui pesait sur lui, le brouhaha qui l’entourait, la poussière du désert, il pénétrait dans l’ombre du sanctuaire pour parler avec son Dieu. Il « entrait dans le silence », et premièrement écoutait la Voix qui lui parlait de dessus le propitiatoire ; ensuite, mais seulement ensuite, il Lui parlait. Communion bienheureuse de l’âme avec son Dieu, dont le Seigneur Jésus nous a donné le parfait modèle, lorsque se levant longtemps avant le jour, il s’en allait seul à l’écart, ou le soir, solitaire, montait sur la montagne pour prier.

Privilège qui est nôtre aujourd’hui, car nous pouvons chaque jour, en particulier chaque matin, rechercher la présence du Seigneur, écouter sa voix dans sa Parole, et lui dire tout ce que nous avons sur le cœur. La lecture en famille est une chose précieuse et nécessaire, mais rien ne peut remplacer la communion individuelle, journalière, aux pieds de Jésus ; le croyant qui la néglige ne prospérera pas dans sa vie spirituelle et offrira d’autant plus le flanc à l’ennemi.

Tout le long de la course au désert, nous voyons Moïse prier. À Tabhéra, il prie, et l’incendie s’arrête. Pour sa sœur Marie, qui l’a si gravement offensé, il supplie : O Dieu, je te prie, guéris-la, je te prie ; après sept jours de discipline, Marie est recueillie. À Kadès, il intercède pour Israël et obtient le pardon de l’Éternel (14:13-20). Lors de la rébellion de Coré, il intercède à nouveau — non pour Coré, Dathan et Abiram — mais pour le peuple de l’Éternel qui lui tient si à cœur (16:22). Quand les serpents brûlants mordaient le peuple, à nouveau Moïse prie pour eux (21:7).

Plus d’une fois il tombe sur sa face (14:5 ; 16:4, 46 ; 20:6), exprimant par là qu’il se rejetait entièrement sur Dieu. Il demande Sa pensée lorsqu’il l’ignore, à propos des personnes impures pour la Pâque (9:28), ou quant aux filles de Tselophkad (27:5). Enfin, quand l’âge est là, et le moment venu de déposer la charge, il prie l’Éternel d’établir sur son peuple « un homme qui sorte devant eux et entre devant eux... et que l’assemblée de l’Éternel ne soit pas comme un troupeau qui n’a pas de berger » (27:16-17).

S’il est le seul dans les Nombres à prier, combien son intercession fidèle a été en bénédiction à son peuple. Nous ne voyons pas Aaron prier (sauf avec Moïse 16:22), malgré la charge importante dont il était revêtu.

Ne voulons-nous pas entrer plus souvent dans le sanctuaire, écouter la Voix, et Lui parler ?

 

4.2   La foi

Sans la foi, il était impossible de se rendre d’Égypte en Canaan. Nous l’avons vu au chapitre de l’incrédulité, c’est elle qui a tant manqué au peuple.

Deux hommes s’en détachent, Josué et Caleb (13:31 ; 14:6-9), dont la foi, et l’énergie qui en découle, les amènera à tenir ferme au long de ces années errantes, les soutiendra au Jourdain et devant Jéricho, et durant toute la conquête. De Caleb il sera dit et répété : « Il suivit pleinement l’Éternel » (14:24 ; Josué 14:8, 9, 14). Pour ces hommes, une seule chose comptait : « L’Éternel est avec nous ».

La foi quant au salut n’est pas en question ici, mais celle qui nous fait marcher dans le chemin et doit chaque jour être en activité : « Nous marchons par la foi, non par la vue » (2 Cor. 5:7). La « houppe de bleu » devait constamment le rappeler aux fils d’Israël (15:37-41). Au coin de leurs vêtements, ces franges bordées d’un cordon de bleu, comme une fleur attirant l’attention, devaient leur remettre en mémoire de ne pas rechercher les pensées de leur cœur, ni les désirs de leurs yeux, mais ce qui plaisait au Seigneur. Une difficulté, un problème, se présentent : la foi regarde en haut et ne recherche pas ses propres pensées. Une tentation survient-elle, le regard de la foi se dirige vers le Seigneur et ne suit pas les désirs de nos yeux.

Aujourd’hui, Colossiens 3:1-2 nous dit : « Si donc vous avez été ressuscités avec le Christ, cherchez les choses qui sont en haut où le Christ est assis à la droite de Dieu ; pensez aux choses qui sont en haut et non pas à celles qui sont sur la terre ». « Le principe céleste doit pénétrer dans les plus petits détails de notre vie, dans ceux qui sont même le plus près de la terre, si nous voulons éviter des maux sérieux qui attirent le jugement de Dieu » (JND).

 

4.3   La sacrificature (Nombres 17:1-11)

Le chapitre central, au cœur de la Genèse, nous parle du Père et du Fils à Morija (22). Au centre de l’Exode nous retrouvons le serviteur hébreu qui déclare : « J’aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas sortir libre » (21). Au milieu du Lévitique et partant des livres de Moïse, le grand jour des propitiations forme la base selon laquelle Dieu pouvait demeurer au milieu de son peuple (16). Notre chapitre, au cœur des Nombres, montre le seul fondement sur lequel Dieu pourra introduire Israël dans le pays : la sacrificature, confirmée, comme à nouveau, sur base de la vie.

Lors de la révolte de Coré, de Dathan et d’Abiram, l’autorité de Moïse et la place d’Aaron avaient été rétablies par le châtiment et la mort, mais le peuple avait perdu tout droit au pays. Si les choses continuaient ainsi, il serait bientôt consumé sous le jugement de Dieu. Seule la grâce pouvait le faire entrer en Canaan, la grâce fondée sur la sacrificature, telle que notre chapitre la présente. La verge de Moïse, pourtant si souvent utilisée, n’était pas suffisante. Symbole de l’autorité et de la puissance, elle n’était pas à même d’amener au but des tribus si pleines de faiblesses et de misères. Elle pouvait frapper les murmurateurs, mais non mettre fin aux murmures. Dans la marche au désert, la sacrificature ne pouvait être efficace qu’accompagnée de la pure grâce de Dieu.

Il en est de même en Hébreux 4 : Personne, aucun croyant, n’arriverait au bout de la course sans l’intercession du Seigneur Jésus « toujours vivant pour intercéder pour ceux qui s’approchent de Dieu par lui » (7:25).

Dans l’affaire de Coré, pour désigner « l’homme que l’Éternel aura choisi », Moïse avait été contraint de proposer le test des encensoirs. Qu’en était-il résulté, sinon la mort des deux cent cinquante hommes qui présentaient l’encens. Mais Dieu avait en réserve un autre test que la mort, celui de la vie. Chaque chef de tribu doit apporter sa verge, son sceptre, au sanctuaire, douze verges « et la verge d’Aaron au milieu de ces verges ». Pour désigner l’homme qu’Il avait choisi, l’Éternel ferait bourgeonner sa verge. Autrement dit, la vie qu’allait manifester ce bâton de bois mort désignerait le sacrificateur selon le cœur de Dieu. « Et il arriva le lendemain, que Moïse entra dans la tente du témoignage, et voici la verge d’Aaron avait bourgeonné, et avait poussé des boutons, et avait produit des fleurs, et avait mûri des amandes » (17:8). Type remarquable du Seigneur Jésus, sacrificateur « qui n’a pas été établi selon la loi d’un commandement charnel, mais selon la puissance d’une vie impérissable » (Héb. 7:16). « S’il était sur la terre, il ne serait pas sacrificateur, puisqu’il y a ceux qui offrent des dons selon la loi » (8:4). Mort, ressuscité et élevé dans la gloire, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent, l’auteur du salut éternel, étant salué par Dieu souverain sacrificateur, selon l’ordre de Melchisédec (5:10).

Ainsi reste devant nos yeux et devant nos cœurs aujourd’hui, non un Sauveur mort, mais une Personne vivante qui intercède pour nous. « J’ai été mort, dit-il à Jean, et voici je suis vivant au siècle des siècles » (Apoc. 1:18). La verge d’Aaron demeurait devant le témoignage, dans l’arche, garant que la grâce de Dieu ne manquerait jamais.

 

4.4   Les sacrifices

L’institution des sacrifices se trouve fondamentalement dans les premiers chapitres du Lévitique. Dans les Nombres nous en trouvons deux, caractéristiques du désert, que l’on ne trouve nulle part ailleurs : la génisse rousse (19) et le serpent d’airain (21).

 

4.4.1        La génisse rousse (Nombres 19)

Le péché nous est présenté dans la Parole sous un double aspect : celui de la culpabilité, de la dette, au regard de la justice de Dieu, auquel répond le pardon (Lév. 4 à 5) ; d’autre part, au regard de la sainteté de Dieu, celui de la souillure, qui nécessite une purification. C’est ce dernier cas que présente notre chapitre, comme dans Jean 13. À relever que sous la grâce, et quant à la marche du croyant, « si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9).

Il ne s’agit pas ici de la base fondamentale des relations avec Dieu comme en Lévitique 16, afin que le Seigneur puisse demeurer au milieu de son peuple, mais des fautes, hélas ! si fréquentes dans la marche au désert, représentées ici par le contact avec la mort. La pensée de la chair est la mort ; le salaire du péché, c’est la mort ; si vous vivez selon la chair vous mourrez : toute manifestation de la chair, au lieu de celle de la vie de Christ en nous, est pour ainsi dire un contact avec la mort. Les péchés ne nous sont plus imputés, à nous croyants dont Dieu peut dire, à cause de « l’offrande du corps de Jésus Christ faite une fois pour toutes » : « Je ne me souviendrai plus jamais de leurs péchés » (Héb. 10:10, 17) ; mais la communion avec le Seigneur en est interrompue ; et, si nous ne les jugeons pas, nous nous exposons, par nos manquements, au gouvernement de Dieu en discipline (1 Cor. 11:31-32).

La chair se manifeste dans notre comportement personnel (v. 11) ; dans la famille, « la tente » (v. 14) ; dans notre travail et nos relations au dehors, « aux champs » (v. 16). Elle garde toujours son caractère de violence, plus ou moins marqué (amertume, courroux, colère, crierie, injures (Éph. 4:31), ou de souillure, de corruption (fornication, impureté, affections déréglées, mauvaise convoitise... (Col. 3:5). La faute ne sera peut-être qu’un simple « ossement » (v. 16) : ces petites choses auxquelles on ne prend pas assez garde, manque de droiture, d’honnêteté, paroles déplacées ; elle peut prendre l’allure du sépulcre : l’hypocrisie qui revêt le péché d’une sorte de manteau honorable. Rappelons au sujet de « la tente » que l’impureté entachait tout ce qui s’y trouvait, en particulier « tout vase découvert ». Sérieuse leçon pour nous, parents, ou frères ou sœurs plus âgés ! Si nous nous disputons, si nous médisons et parlons mal de nos proches ou de l’assemblée, d’autres plus jeunes, les enfants, les jeunes croyants dans la famille, nous entendent, et eux aussi — vases découverts — sont contaminés.

Toutes ces choses souillent, interrompent la communion avec le Seigneur, et demandent que l’âme soit purifiée et restaurée sans retard. C’est à cela que pourvoient, en type, les cendres de la victime : le souvenir des souffrances expiatoires de Christ.

 

4.4.1.1                 L’offrande de la génisse

Elle nous est présentée comme ayant été faite « une fois pour toutes », expression que nous retrouvons sept fois dans les épîtres en rapport avec la mort de Christ. Les cendres formaient ensuite le témoignage d’une œuvre accomplie, dont l’application à la conscience et au cœur était nécessaire et suffisante pour la purification. La génisse elle-même devait être sans tare, n’avoir aucun défaut corporel et n’avoir pas porté le joug : type évident de Christ qui n’a pas commis de péché, en qui il n’y a point de péché, qui n’a pas connu le péché. Elle était menée hors du camp, comme Jésus sortira, portant sa croix, pour être crucifié hors de la porte. Son sang était aspergé sept fois droit devant la tente d’assignation, c’est-à-dire en témoignage pour l’homme qui s’approche, et non devant Dieu dans le saint des saints, comme au jour des propitiations.

Le sacrificateur, Éléazar, n’offre pas lui-même l’offrande : « On l’égorgera devant lui.. on brûlera la génisse devant ses yeux ». Le feu du jugement consume tout : la peau, la chair, le sang, la fiente. Le sacrificateur prend du bois de cèdre, de l’hysope et de l’écarlate, et les jette au milieu du feu où brûle la victime : le croyant est amené à considérer comme placé sous la mort de Christ tout ce que le monde peut offrir de plus grand ou de plus humble, toute la gloire humaine, tout ce que l’homme naturel pourrait désirer sur cette terre de péché (Gal. 6:14). La gloire de ce monde disparaît, pour la foi, dans le jugement de la croix.

La cendre est alors ramassée et déposée hors du camp en un lieu pur, pour être gardée comme eau de séparation, une purification pour le péché. Le sacrifice de la génisse ne sera pas renouvelé, mais l’eau vive — le Saint Esprit — appliquera les cendres — le souvenir des souffrances de Christ et le témoignage d’une œuvre efficace — sur celui qui sera impur.

 

4.4.1.2                 Comment cette purification s’opère-t-elle ?

Le coupable, une fois conscient de sa faute, avait recours à un homme pur qui, le troisième jour (pas tout de suite : le sentiment de la faute devait être approfondi), faisait aspersion sur lui, impur, avec l’eau contenant les cendres. Comme nous l’avons vu, l’impureté dans ce chapitre, tout en s’appliquant à tout péché, a en vue les souillures du désert, en pratique pour nous, avant tout, les défauts de caractère et de comportement, ces manifestations si fréquentes de la chair dans notre marche, sur lesquelles nous passons souvent trop facilement, sans même les remarquer. Pourtant il importe de s’en rendre compte, de s’en repentir et de les confesser, exercice de conscience qui aboutit au troisième jour, où le Saint Esprit fait comme revivre pour l’âme le souvenir des souffrances de Christ, afin de lui faire saisir comme tout à nouveau que pour ce péché-là aussi, Jésus a dû mourir.

L’exercice doit aller plus loin. L’homme impur en Israël devait attendre jusqu’au septième jour pour qu’une seconde fois l’homme pur fasse sur lui aspersion des cendres. Puis il lavait ses vêtements et se lavait dans l’eau, « et le soir il sera pur ». Ce travail de conscience du troisième au septième jours correspond au jugement de soi-même, à cette recherche dans la lumière divine des causes profondes de nos manquements. Le souvenir de l’œuvre parfaite de Christ s’applique alors non seulement à une faute spécifique, mais à la racine même du mal, qui a rendu nécessaire qu’Il fût fait péché pour nous. Si, par exemple, j’ai mal parlé à quelqu’un, dès que je m’en rends compte, il convient de confesser la chose au Seigneur. Puis, dans le particulier, seul avec Dieu, il importe de juger vraiment la faute commise, d’être exercé devant Lui non seulement quant aux paroles prononcées, mais à ce qui y a donné occasion : les pensées que j’ai longtemps peut-être entretenues dans mon cœur contre la personne en question. On sera ainsi amené — dans le sentiment de ce qu’il en a coûté au Seigneur de souffrir à notre place — à juger non seulement les paroles, mais l’état d’esprit et de cœur qui y a conduit. On pourra alors reconnaître envers le lésé son manquement et tâcher de le réparer.

La Parole doit mettre ensuite en ordre le témoignage extérieur (vêtements), et la personne même (se laver dans l’eau). Il nous est dit dans les Proverbes : celui qui confesse ses transgressions et les abandonne, obtiendra miséricorde (28:13). Il y faut vigilance et sobriété (litt. contrôle de soi), sans parler de la main ou du pied qu’il peut être nécessaire de « couper », selon Matthieu 18:8.

Un homme de la famille sacerdotale, une fois impur, le restait « jusqu’au soir ». Pendant tout ce temps il ne devait pas manger des choses saintes, jusqu’à ce que le soleil soit couché. Alors seulement il pouvait cesser son jeûne (Lév. 22:6-7). N’y a-t-il pas là aussi un enseignement pour nous, soit dans le domaine spirituel, soit quant à la vie courante ? La communion avec le Seigneur ne peut être rétablie, on ne peut vraiment se nourrir des « choses saintes », sans que la purification soit accomplie ; et le jeûne que devait observer le fautif, ne nous parle-t-il pas, dans le domaine tout pratique, d’une certaine discipline personnelle, allant de pair avec une vraie restauration ?

 

4.4.1.3                 L’homme pur

« L’homme pur » qui fait aspersion de l’eau vive contenant les cendres, rappelle celui qui, à l’exemple du Maître, lave les pieds de ses frères (Jean 13:14). Il en était lui-même impur jusqu’au soir (v. 21). Un homme, si pieux soit-il, ne saurait s’occuper du mal, même chez autrui, sans en subir quelque conséquence.

La confession réciproque de Jacques 5:16, afin de prier l’un pour l’autre, s’en rapproche. À noter qu’une telle confession implique une discrétion totale : celui qui a ramené un pécheur de son égarement « couvre une multitude de péchés », c’est-à-dire conserve à leur égard un silence complet (Jacq. 5:20).

Rappelons encore Galates 6:1 : « Quand même un homme s’est laissé surprendre par quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez un tel homme dans un esprit de douceur, prenant garde à toi-même de peur que toi aussi tu ne sois tenté ». Celui qui est spirituel, appelé à redresser son frère dans un esprit de douceur, doit pourtant prendre garde à lui-même, de peur de tomber à son tour. Cela ne fait-il pas partie de l’exercice de l’homme qui a fait aspersion des cendres sur son frère impur ?

Soulignons cependant que dans le Nouveau Testament tout croyant a l’accès direct à Dieu et ne saurait avoir besoin d’un intermédiaire sur la terre, ni pour Lui confesser ses péchés, ni pour Le prier ou L’adorer. Mais cette vérité fondamentale n’exclut pas cette assistance fraternelle selon la grâce que, dans la crainte du Seigneur et dans la douceur de l’amour, des frères peuvent se prêter les uns aux autres.

Remarquons finalement la solennité du verset 20 : « L’homme qui sera impur, et qui ne se sera pas purifié, cet homme-là sera retranché du milieu de la congrégation — car il a rendu impur le sanctuaire de l’Éternel ». Accumuler sur sa conscience des fautes non jugées, non confessées, voile la communion avec le Seigneur, fait baisser la tonalité de la vie spirituelle, et, de chute en chute, peut conduire le coupable jusqu’au « retranchement », rendu indispensable parce que le Seigneur habite au milieu de son peuple (cf. Nomb. 5:2 ; 1 Cor. 5:11, 13).

 

4.4.2        Le serpent d’airain (Nombres 21:7-9 ; Jean 3:14-15)

Pour la première fois dans la sombre histoire des Nombres, le peuple dit avec sincérité : « Nous avons péché, car nous avons parlé contre l’Éternel et contre toi » (21:7). Il a fallu la morsure du serpent, la réalisation de toute la méchanceté de l’ennemi, du poison qu’est la chair en nous, avec son origine satanique, pour que le peuple en soit amené là.

Moïse prie pour le peuple ; l’Éternel lui ordonne de mettre sur une perche un serpent d’airain que quiconque regarderait, vivrait.

« Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi il faut que le fils de l’homme soit élevé... » (Jean 3:14), disait le Seigneur Jésus dans la nuit mémorable où Nicodème était venu à lui. De la bouche même du Sauveur nous avons l’assurance que c’est bien Lui que le serpent désigne. Comment cela est-il possible qu’un serpent, et non un agneau, soit ici une figure du Seigneur Jésus ? Dans toute l’Écriture le serpent représente le diable (Apoc. 20:2). Le taureau, le bélier, la tourterelle, animaux purs, sont une figure de la Victime sans tache offerte pour nos péchés. Il est un abîme où le Seigneur de gloire a dû descendre, plus profond que ses souffrances physiques ou l’humiliation éprouvée dans sa vie : « Celui qui n’a pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous » (2 Cor. 5:21) ; « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous » (Gal. 3:13). Dans les trois heures de ténèbres, inscrutable mystère, le Fils de Dieu, l’Homme parfait, la victime sans tache, était faite comme un « serpent », traité comme le péché même, sous le poids infini de la malédiction divine. C’est à un tel Christ qu’il faut regarder pour être sauvé. Non seulement au modèle qu’il fut, dans sa vie ou même dans son dévouement jusqu’à la mort : « ... ainsi il faut que le fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle ».

 

4.5   Le rocher et le puits (Nombres 20:7-11 ; 21:16-18)

4.5.1        Le Rocher

1 Corinthiens 10:4 nous dit : « Ils buvaient d’un rocher spirituel qui les suivait : et le rocher était le Christ ». Au début de la traversée du désert, le rocher avait été frappé, figure de Christ à la croix, d’où découle toute bénédiction pour son peuple (Exode 17:6). Dans notre chapitre, il suffisait, selon les instructions de l’Éternel, de parler au rocher en prenant en main la verge d’Aaron, celle qui avait bourgeonné. Quelle merveille ! L’accès nous est toujours ouvert, pour parler à Celui qui a été frappé, dans une prière sentie, courte, précise. La verge rappelle la sacrificature fondée sur la vie et la grâce, la seule base sur laquelle Dieu pouvait encore introduire le peuple en Canaan. La verge de l’autorité, celle du conducteur, en raison de l’infirmité du peuple et de son incrédulité, ne conduisait finalement qu’au châtiment. Il fallait que la nouvelle génération saisisse qu’elle n’entrerait dans le pays que par la grâce.

Malgré la faute de Moïse, qui frappe le rocher de sa propre verge deux fois, « il en sortit des eaux en abondance » (v. 11). Ces eaux nous parlent de la grâce qui vient « gratuitement » vers celui qui a soif (Rom. 3:24 ; Apoc. 22:17) ; grâce qui « surabonde » (Rom. 5:20 ; És. 44:3-4), qui est toujours à disposition, « près » de nous (Rom. 10:8), pour celui qui a « soif » (Jean 7:37 ; Ésaïe 55:1). La rivière d’Ézéchiel 47 allait s’approfondissant à mesure que l’on avançait sur ses bords. Ce sont les eaux du sanctuaire, la grâce que l’on connaît toujours mieux dans le cours de la vie, cette « vraie grâce de Dieu dans laquelle vous êtes » (1 Pierre 5:12). Cette grâce dans le chemin, nous « enseigne » à renier l’impiété, à vivre sobrement, et justement, et pieusement, à attendre la bienheureuse espérance (Tite 2:12-13).

 

4.5.2        Le Puits

Le peuple, abreuvé des eaux du rocher, peut dire au roi d’Édom : « Nous ne boirons pas de l’eau des puits », figure des ressources humaines, mises à notre disposition par le monde (20:17). Après avoir été désaltéré au « puits » de Beër, il pourra de même refuser l’eau de Sihon, roi des Amoréens (21:22).

À propos du puits, l’Éternel dit à Moïse : « Assemble le peuple, et je leur donnerai de l’eau » (21:16). Ce n’est plus seulement l’eau que chacun boit pour lui-même à la Source, mais ce rafraîchissement collectif que l’on trouve dans la communion autour du Seigneur. Dieu lui-même en prend l’initiative ; il ne répond pas ici à une prière ou à des murmures, mais dit : « Je donnerai ». C’est, tout à la fin du désert, le dernier don de Dieu avant Canaan, l’eau qui jaillit en vie éternelle.

Les « princes » ont creusé le puits (v. 18). Pensons à tous ceux dont Dieu s’est servi à travers les âges pour libérer l’eau de la Parole divine, parfois au péril de leur vie. De nos jours, les « nobles » peuvent représenter les éléments spirituels d’une assemblée, comme aussi les conducteurs dont le ministère écrit reste à notre disposition pour nous faire mieux saisir les richesses de la Parole. Les princes, les hommes nobles du peuple ont creusé ; ils l’ont fait « avec le législateur », c’est-à-dire avec Christ. Le peuple bénéficie du ministère ainsi mis à sa disposition et l’apprécie comme un don divin ; pour la seconde fois il va, dans sa joie, chanter un cantique, le deuxième de la Bible (cf. Exode 15 et relire Jacques 5:13). L’eau jaillit, et l’adoration s’élève vers le Dieu de grâce (Jean 4:14 et 23).

Au « puits du Vivant qui se révèle », Isaac méditait avant son mariage (Gen. 24:63) ; après avoir épousé Rebecca, il y « habitait » (Gen. 25:11) : bel exemple pour nous, encouragement, une fois le foyer fondé, à y demeurer comme étant « ensemble héritiers de la grâce de la vie ».

Après l’expérience du serpent d’airain, le peuple s’est tourné « vers le soleil levant » (21:11), vers Christ la vraie lumière. Après le rafraîchissement spirituel goûté au puits, ils ont la puissance de combattre, et obtiennent la victoire sur les Amoréens.

 

4.6   La nuée et la gloire de l’Éternel (Nombres 14:10 ; 16:19, 42 ; 20:6)

Toute la valeur de la nuée provenait de l’assurance que Dieu y donnait de sa présence : « L’Éternel descendit dans la nuée » (Nomb. 11:25 ; 12:5).

À sept occasions particulières, dont quatre dans les Nombres, l’Éternel y manifeste sa gloire.

En Exode 16:10, toute l’assemblée d’Israël, le dos tourné à l’Égypte, contemple le désert qu’ils vont avoir à traverser : « Et voici la gloire de l’Éternel parut dans la nuée ». Jusqu’ici la nuée les avait guidés, les avait protégés, maintenant la gloire leur est révélée en relation avec la marche au désert.

La même gloire va remplir le tabernacle (Exode 40:34), comme elle paraîtra à tout le peuple lors de la consécration des sacrificateurs (Lév. 9:23). C’est la gloire en rapport avec le rassemblement, le sanctuaire et le culte, la preuve merveilleuse que Dieu est au milieu des siens.

Dans les Nombres, l’apparition de la gloire prend un autre caractère. Lorsque tout semble perdu, qu’il n’y a, ni pour Moïse, ni pour Aaron, plus aucune ressource devant ce peuple rebelle, qui veut même lapider Josué et Caleb, « la gloire de l’Éternel apparut à tous les fils d’Israël à la tente d’assignation » (14:10). De même, quand Coré a réuni toute son assemblée pour imposer à Moïse sa volonté et celle de ses comparses, « la gloire de l’Éternel apparut à toute l’assemblée » (16:19). Le lendemain le peuple se rebelle de nouveau ; Moïse et Aaron, au bout de leurs ressources, regardent vers la tente d’assignation, « et voici, la nuée la couvrit, et la gloire de l’Éternel apparut » (16:42). Enfin, devant les murmures de la génération élevée au désert, ses protestations et ses pourquoi, Moïse et Aaron vinrent de devant la congrégation à l’entrée de la tente d’assignation et tombèrent sur leurs faces, « et la gloire de l’Éternel leur apparut » (20:6). Dans tous ces cas, quand tout semblait définitivement compromis, la manifestation de la présence de Dieu a préservé Israël de la ruine totale. Il se montrait dans sa lumière, mais aussi dans sa sainteté : Il délivrait ses serviteurs ; mais le jugement, qui, sans la triple intercession de Moïse, serait tombé sur tout le peuple, châtiait les coupables.

En Jean 18:6, la même gloire brille en Jésus lui- même : les hommes venus pour le prendre reculent lorsqu’il se déclare ; ensuite, intercédant pour les siens, il se place entre eux et les ennemis.

Pensons aussi aux sept apparitions du Seigneur à Paul au long de sa carrière agitée, et gardons l’assurance que dans les diverses situations, même les plus désespérées de la vie, il est encore puissant pour se manifester en grâce et en gloire en faveur des siens.

 

4.7   La grâce (Nombres 23:8-9, 20-23 ; 24:5-7)

Arrivé à la fin de la traversée du désert, Israël rebelle ne méritait certes que la malédiction de Dieu et son châtiment. En ayant recours au prophète Balaam pour le maudire, le roi Balak, à l’instigation de l’ennemi, ne paraissait que souhaiter au peuple ce qu’il s’était attiré.

Pourquoi Dieu changea-t-il la malédiction en bénédiction ? Une seule réponse est possible : à cause de sa grâce, grâce souveraine, imméritée, inexplicable.

La grâce nous sauve ; et durant toute notre course chrétienne, elle est là pour nous enseigner, nous restaurer, nous amener au but.

Balaam doit s’écrier : « Comment maudirai-je ce que Dieu n’a pas maudit ?... Car du sommet des rochers je le vois... voici, c’est un peuple qui habitera seul » (23:8-9). Apprenons, nous aussi, à voir les bien-aimés du Seigneur « du sommet des rochers », tels que Dieu les voit en Christ, séparés du monde, mis à part pour Lui et non pour Satan.

« Il n’a pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni vu d’injustice en Israël » (v. 21). En Christ nous sommes lavés, purifiés, justifiés ; Dieu ne se souviendra plus jamais de nos péchés, ni de nos iniquités ; nous pouvons entrer dans le sanctuaire « sans conscience de péché ». Seule la grâce peut s’exprimer en de telles paroles. « Il n’y a pas d’enchantement contre Jacob, ni de divination contre Israël » (v. 23) : « Qui est-ce qui nous séparera de l’amour du Christ ?... Aucune créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rom. 8:35, 39).

« Que tes tentes sont belles, ô Jacob ! Et tes demeures, ô Israël ! » (24:5). En Christ, toutes choses sont faites nouvelles, c’est une nouvelle création : Dieu voit dans les siens un reflet de la beauté de Christ (Ps. 45:11). Il nous a rendus « agréables dans le Bien-Aimé » (Éph. 1).

Un esprit légal ne saisit pas la grâce. D’autre part, on peut, hélas ! changer la grâce de Dieu en dissolution. « Ceux qui regardent aux vanités mensongères, abandonnent la grâce qui est à eux » (Jonas 2:9). Pour garder l’équilibre, il importe que la grâce ne soit pas une théorie, ni un enseignement intéressant, mais que les yeux de nos cœurs considèrent toujours devant nous Celui qui est la grâce. La grâce de Dieu n’est pas seulement une faveur, mais « de sa plénitude, nous tous nous avons reçu, et grâce sur grâce » (Jean 1). Il s’agit de « croître dans la grâce et dans la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus Christ ». L’apôtre pouvait écrire : « Par la grâce de Dieu, je suis ce que je suis ; et sa grâce envers moi n’a pas été vaine » (1 Cor. 15:10).

Considérant le peuple à la fin de la traversée du désert, le prophète déclare : « Selon ce temps, il sera dit de Jacob et d’Israël : qu’est-ce que Dieu a fait ? » (23:23). Nous aurions dit : qu’est-ce que le peuple a fait ? Pourtant le souvenir qui subsiste à la fin d’une longue carrière, n’est-il pas celui de la grâce et de la miséricorde de Dieu ? Que cela soit dit d’Israël (le nouveau nom du vainqueur (Gen. 32:28), peut encore se comprendre ; mais que la Parole souligne qu’il est dit de Jacob (le trompeur) : qu’est-ce que Dieu a fait ? nous fait toucher du doigt l’immensité de la grâce qui couvre notre misère.

Malgré toutes ses fautes et ses défaillances, « il reste un repos pour le peuple de Dieu » (Héb. 4:9). « Celui qui a commencé en vous une bonne œuvre, l’achèvera jusqu’au jour de Jésus Christ » (Phil. 1:6).

 

Là-haut, joyeux, dans l’immense avenir,

J’exalterai ton amour qui déborde,

Car, dans le ciel, il n’est qu’un souvenir,

Le souvenir de ta miséricorde !

(H. et C. 209/3)

 

4.8   La bénédiction (Nombres 6:22-27)

Y aurait-il clôture plus belle à nos entretiens que la bénédiction dont Aaron le sacrificateur devait bénir le peuple :

« L’Éternel te bénisse, et te garde ! L’Éternel fasse lever la lumière de sa face sur toi et use de grâce envers toi ! L’Éternel lève sa face sur toi et te donne la paix ! »

La triple répétition du nom de l’Éternel ne serait-elle pas une allusion voilée à la trinité ? Le cœur du Père s’ouvre pour bénir ; Lui seul peut « garder » ceux que le Fils lui confie (Jean 17:11). Christ, dans la face duquel a lui la connaissance de la gloire de Dieu, fait lever sa lumière sur nous ; chacun peut recevoir de lui cette grâce qu’il a apportée dans sa plénitude. Le Saint Esprit révèle « les choses profondes de Dieu » (1 Cor. 2:10) ; il glorifie Christ, et prend de ce qui est à Lui pour nous l’annoncer (Jean 16:14) ; par lui, nous avons l’assurance du salut, la paix, fruit qu’il produit.

« Et ils mettront mon nom sur les fils d’Israël » : ils sont marqués pour Lui ; « et moi, je les bénirai ».

 

« Il est le Rocher,

Son œuvre est parfaite.

C’est un Dieu fidèle » (Deut. 32:4).