[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

CINQ VILLAGES (ou villes)

 

BETHLÉHEM - NAZARETH - CAPERNAÜM

BÉTHANIE — EMMAÜS

 

Georges André

 

Table des matières abrégée :

1     Préface

2     BETHLÉHEM

3     NAZARETH — Le Méprisé

4     CAPERNAÜM

5     BÉTHANIE

6     EMMAÜS

7     Conclusion

 

 

Table des matières détaillée :

1     Préface

2     BETHLÉHEM

2.1      L’incarnation — Matt. 1:18-23 ; Luc 1:26-35

2.2      La naissance — Luc 2:1-7

2.3      Les bergers — Luc 2:8-20

2.4      La circoncision et la purification — Luc 2:21-38

2.5      Les Mages — Matt. 2:1-12

2.6      La fuite en Égypte

3     NAZARETH — Le Méprisé

3.1      Les années de silence — Luc 2:39-52

3.2      Le baptême — Matt. 3:13-17 ; Luc 3:21-22

3.3      Visites à Nazareth

3.4      « Jésus de Nazareth »

4     CAPERNAÜM

4.1      Appel des disciples

4.2      Les miracles

4.3      Ses enseignements

4.4      Le voir

5     BÉTHANIE

5.1      Le Fils de Dieu qui va mourir — Jean 11:51 ; 12:33

5.2      La première rencontre — Luc 10:38-42

5.3      Dans le deuil — Jean 11:1-44

5.4      Six jours avant la Pâque — Marc 11:11-12, 19-20 ; Jean 12:1-8

5.5      L’ascension — Luc 24:50-53

6     EMMAÜS

6.1      Les apparitions du Seigneur ressuscité

6.2      Emmaüs — Luc 24:50

7     Conclusion

 

 

 

1                    Préface

« Croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ » (2 Pierre 3:18)

 

Ces pages nous présentent la Personne du Seigneur Jésus lui-même ; un tel sujet est très vaste, il faut donc le délimiter. Nous l’avons divisé en cinq parties, considérant chacune une période différente de la vie de notre Sauveur, telle qu’elle s’est déroulée autour de cinq villages :

·       Bethléhem, où il est né ;

·       Nazareth, où il a été élevé ;

·       Capernaüm, centre de son ministère en Galilée ;

·       Béthanie, en Judée, le seul lieu peut-être où il a trouvé quelques cœurs qui le comprennent, et où, d’une façon particulière, il a manifesté sa gloire ;

·       Emmaüs, où l’Homme ressuscité ouvrait les Écritures à deux disciples dont le cœur brûlait.

 

Cinq villages, cinq étapes de la vie de Jésus sur la terre, où s’est manifestée cette gloire dont l’Apôtre pouvait dire : « La Parole devint chair et habita au milieu de nous (et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père), pleine de grâce et de vérité » (Jean 1:14).

 

« Qu’est-ce qui constituait aux yeux de Dieu la valeur du voyage que les Israélites poursuivaient d’Égypte en Canaan ? Non pas les fatigues et les difficultés qu’ils supportaient (plus ou moins bien !), mais le fait que l’arche était au milieu des pèlerins, portée par un peuple que le sang avait racheté d’Égypte et qui se dirigeait vers Canaan dans la foi en la promesse » (J. G. Bellett). Cette arche était un type de la personne de Christ lui-même, présent ici-bas. N’est-ce pas lui qui doit avoir la première place dans nos cœurs, étant le centre de nos affections et de nos pensées ?

En considérant une Personne aussi merveilleuse, deux écueils sont à éviter. En Matthieu 11:27, le Seigneur lui-même pouvait dire : « Personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ». Il y a le mystère insondable de sa Personne, dans lequel nous ne pouvons pas entrer : « Celui qui avait été de toute éternité un avec le Père, et qui était devenu homme, dépasse dans la profondeur du mystère de son être toute connaissance, sauf celle du Père lui-même » (J. N. Darby). Une sainte révérence s’imposait autrefois au sujet de l’arche ; seuls les sacrificateurs osaient la porter, et personne, sous peine de mort, n’était admis à regarder à l’intérieur. Ainsi en est-il de la Personne du Fils : « Le Fils unique, le Fils du Père, s’est anéanti lui-même, afin d’accomplir le bon plaisir de Dieu en servant de misérables pécheurs. Mais le Père souffrira-t-il que les pécheurs, pour qui toute cette humiliation a été endurée, en prennent occasion pour déprécier le Fils ? » (J. G. Bellett).

Inversement quelqu’un pourrait dire : ce mystère est si grand qu’il est trop haut pour moi. Mais la Parole nous invite précisément à considérer cette « gloire comme d’un fils unique de la part du Père », à « considérer Jésus » (Héb. 3:1), à « contempler à face découverte la gloire du Seigneur » (2 Cor. 3:18). Quel sujet merveilleux que cette gloire morale du Seigneur Jésus ! « Notre premier devoir à l’égard de cette lumière, est d’apprendre par elle ce que Christ est. Nous n’avons pas à commencer à nous mesurer nous-mêmes péniblement et anxieusement à sa clarté : mais à apprendre, avec calme et bonheur et action de grâces, Christ dans toute la perfection morale de son humanité. Cette gloire nous a quittés ! Son image vivante n’existe plus sur la terre. Les évangiles nous disent ce qu’elle a été... Les disciples connaissaient Christ personnellement : c’était sa Personne, sa présence, c’était lui-même qui les attirait, et c’est là ce dont il nous faut une plus grande mesure » (J. G. Bellett).

 

Nous recommandons à ce sujet les ouvrages suivants :

J. G. Bellett, La gloire morale du Seigneur Jésus Christ

J. G. Bellett, Le Fils de Dieu

H. Rossier, Le souper de Béthanie

G. André, Voir Jésus de lieu en lieu

G. André, Qui est Jésus ?

 

2                    BETHLÉHEM

« La Parole devint chair » (Jean 1:14)

« Il s’est anéanti lui-même » (Phil. 2:7)

 

2.1         L’incarnation — Matt. 1:18-23 ; Luc 1:26-35

« Le mystère de la piété est grand : Dieu a été manifesté en chair », nous rappelle 1 Timothée 3:16. Devant ce mystère de « Jésus Christ venu en chair », combien il nous convient d’user de la plus grande révérence. Avec quelle sobriété la Parole nous présente — dans Matthieu au point de vue de Joseph, dans Luc à celui de Marie — la conception de l’enfant divin : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu ». Joseph n’était pas réellement son père ; il le fut seulement légalement. Dans l’humble village de Nazareth, ignoré de tous, une simple jeune fille vierge reçut la révélation du mystère qui allait se passer en elle, et un pauvre charpentier eut ses craintes dissipées par l’assurance que l’enfant qui devait naître, conçu de l’Esprit Saint, serait Celui « qui sauvera son peuple de leurs péchés » (Matt. 1:21).

« Tu appelleras son nom Jésus », dit l’ange, tant à Marie qu’à Joseph, c’est-à-dire l’Éternel Sauveur. À Joseph, il ajoute : « On appellera son nom Emmanuel, ce qui interprété est : Dieu avec nous ».

À Marie, il précise : « Il sera appelé le Fils du Très-Haut », et « la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu ».

 

Nom merveilleux qui rend visible,

Sur la terre où règne la nuit,

Dans sa splendeur inaccessible,

Le Dieu que jamais œil ne vit !

 

Nom de Jésus que nul ne sonde,

Nom du Dieu fort d’éternité,

Et de l’Agneau, Sauveur du monde,

Et de l’Homme ressuscité.

 

2.2         La naissance — Luc 2:1-7

L’annonciation avait eu lieu à Nazareth, mais les prophètes avaient prédit qu’à Bethléhem naîtrait le Christ (Matt. 2:4-6 ; Michée 5:2). Dieu se sert de l’empereur lui-même, bien à son insu, pour que, par le décret du recensement, Joseph et Marie soient amenés à monter « de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, dans la ville de David qui est appelée Bethléhem » (Luc 2:4).

Que de souvenirs rappelait Bethléhem ! Épuisée par la route et par la naissance de Benjamin, Rachel s’y était éteinte auprès de Jacob ; son sépulcre y subsistait encore. Dans les champs de Bethléhem, Ruth avait glané, pauvre veuve venue des champs de Moab pour s’abriter sous les ailes du Dieu d’Israël. Là, le jeune David, méprisé par ses frères, avait gardé les troupeaux. Dans les mêmes champs, les plus humbles de la contrée, de simples bergers, devaient recevoir la glorieuse annonce de la naissance du Sauveur.

Près de six siècles auparavant, les débris de Juda laissés par Nebucadnetsar, avaient trouvé refuge à « l’hôtellerie qui est près de Bethléhem » lorsqu’ils fuyaient en Égypte à cause des Chaldéens (Jér. 41:17). Dans la même hôtellerie probablement, il n’y eut pas de place pour le Roi de gloire ; et Marie, pour y déposer l’enfant, dut se contenter de la crèche située sans doute dans la grotte où l’on abritait les animaux. Avec quelle sobriété la Parole nous décrit cette scène qui a donné lieu à tant de reproductions trop spectaculaires, entourées d’une vénération proche de l’idolâtrie : « Elle mit au monde son fils premier-né, et l’emmaillota, et le coucha dans la crèche parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie ». Le texte sacré ne contient rien de plus.

 

2.3         Les bergers — Luc 2:8-20

Ce ne fut ni aux habitants de Jérusalem, ni même aux personnages les plus importants de Bethléhem que fut annoncée par l’ange la naissance du Sauveur. Les premiers à en recevoir la nouvelle furent ces bergers qui gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit ; l’ange leur dit : « Aujourd’hui, dans la cité de David, vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur ». Sans doute le Sauveur était-il venu pour tous ceux qui mettraient leur confiance en lui, mais s’adressant aux bergers, l’ange souligne que pour eux il est né ; et chacun de nous peut dire : c’est pour moi qu’il vint sur la terre.

De même l’ange ajoute : « Ceci en est le signe pour vous, c’est que vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche ». Quel signe étrange pour distinguer le Christ, le Seigneur, d’entre tous les enfants de Bethléhem : être couché dans une crèche ! On avait remarqué Saül, premier roi d’Israël, parce qu’il était « plus grand que tout le peuple depuis les épaules en haut ». Mais le signe distinctif de Jésus était l’extrême pauvreté ; et l’apôtre pourra dire : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, comment, étant riche, il a vécu dans la pauvreté pour vous, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2 Cor. 8:9). Proverbes 13:7 avait déjà dit : « Tel fait le riche et n’a rien du tout » : combien d’hommes, en effet, veulent paraître ce qu’ils ne sont pas, afficher une richesse de biens ou d’esprit qu’ils ne possèdent pas. Mais la Parole ajoute : « Tel se fait pauvre et a de grands biens ». Un avare fera le pauvre pour dissimuler ses biens, mais il ne s’agit pas de lui ici, sinon d’un Autre, de Celui qui s’est fait pauvre quoiqu’il eût de grands biens ! Tel il était dans la crèche de Bethléhem.

Les bergers s’en vont en hâte et trouvent « Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche » ; l’ayant vu, ils divulguent la parole qui leur avait été dite, et s’en retournant, ils glorifient et louent Dieu de toutes les choses qu’ils avaient entendues et vues. Ni Marie, ni Joseph, mais le petit enfant seul avait attiré leurs regards et gagné leurs cœurs.

 

2.4         La circoncision et la purification — Luc 2:21-38

« Né de femme, né sous la loi » (Gal. 4:4) ; on devait accomplir à propos de l’enfant Jésus tout ce qui était prescrit. C’est pourquoi au huitième jour il fut circoncis, soumis au signe de la mise à part du peuple de Dieu sur la terre. Puis au quarantième jour de sa naissance, les parents le portèrent à Jérusalem dans le double but de le présenter au Seigneur et d’offrir le sacrifice prescrit en Lévitique 12.

Y avait-il besoin d’un sacrifice pour « racheter » le jeune enfant ? Aucun sans doute, et la paire de tourterelles qui fut offerte selon Lévitique 12:8 était pour la mère et non pour l’enfant ! Elle avait besoin d’être purifiée par un sacrifice, mais lui était parfait dès sa naissance ! Normalement, Marie aurait dû offrir un agneau et non une tourterelle, et sans doute, sachant quel glorieux enfant elle avait mis au monde, l’aurait-elle ardemment désiré, mais Joseph et Marie étaient trop pauvres ! La Parole y avait pourvu d’avance : « Si ses moyens ne suffisent pas pour trouver un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l’un pour l’holocauste et l’autre pour le sacrifice pour le péché, et le sacrificateur fera propitiation pour elle, et elle sera pure ».

Marie savait, et Joseph aussi, que l’enfant qu’ils présentaient ce jour-là au Seigneur était le Fils du Très-Haut, le Fils de David, le Fils de Dieu. Ils auraient donc pu s’attendre à ce qu’au moins quelques personnes, sacrificateurs, anciens, gouverneur reconnussent l’enfant ; mais tous manifestèrent la plus parfaite indifférence. Pourtant Dieu a voulu qu’en ce jour de la présentation au temple — discrètement, mais nettement — la gloire de son Fils fût mise en évidence.

Averti par l’Esprit Saint, le vieillard Siméon savait « qu’il ne verrait pas la mort que premièrement il n’eût vu le Christ du Seigneur ». Par l’Esprit il vint dans le temple au moment où les parents apportaient le petit enfant Jésus pour faire à son égard selon l’usage de la loi. Scène touchante : ce vieillard prend entre ses bras l’enfant et bénit Dieu : « Mes yeux ont vu ton salut ! » Aux bergers il avait été dit : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur » ; et Anne parlera de lui « à tous ceux qui à Jérusalem attendaient la délivrance ».

« Son père et sa mère s’étonnaient de ces choses,... et Siméon les bénit ». Il aurait paru naturel de bénir aussi le petit enfant dans ses bras. Mais la bénédiction de ce vieillard vient reposer seulement sur les parents et non sur l’enfant. Car « sans contredit, le moindre est béni par celui qui est plus excellent », et d’aucune manière, même un vieillard ne pouvait bénir le Christ du Seigneur. Siméon lui-même avait besoin de sa bénédiction. Ne l’avait-il pas trouvée, puisqu’il pouvait dire : « Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton esclave en paix » ?

Au même moment survient Anne qui « louait le Seigneur et parlait de lui ». Malgré son âge, sa solitude, ses tristes circonstances, elle ne se plaignait pas : « Elle parlait de lui ». « Le Seigneur » qu’elle louait était le Dieu du ciel ; Celui dont elle parlait —d’après le texte, la même personne — n’était-ce pas le petit enfant que le vieillard Siméon avait tenu dans ses bras ? Là encore, discrètement, simplement, mais combien merveilleusement, brille sa gloire.

 

2.5         Les Mages — Matt. 2:1-12

Derniers visiteurs dont la Parole nous parle à Bethléhem, il n’est pas du tout certain que les mages étaient des rois, ni qu’il y en eût trois ! Quelque temps s’était écoulé depuis la naissance de Jésus, puisque Marie se trouvait avec lui dans une maison (Matt. 2:11), et qu’Hérode, s’étant informé très exactement du temps où l’étoile apparaissait, décida de faire mettre à mort les enfants jusqu’à l’âge de deux ans. Venus de loin, ces mages apportaient leurs trésors. « Entrés dans la maison, ils virent le petit enfant avec Marie sa mère ; et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ». D’aucune façon leur hommage ne va à la mère, mais seulement à l’enfant ; à lui ils offrent les richesses préparées. Beau type du culte que nous pouvons offrir à Dieu, si dans nos cœurs a été d’avance préparée la louange à lui présenter : l’or qui, comme au Tabernacle, parle de Celui qui est venu du ciel, de Celui qui est divin ; l’encens, parfum de bonne odeur qui monta vers Dieu de toute sa vie, de sa mort, de son obéissance, de son dévouement ; la myrrhe qui rappelle ses souffrances. Aujourd’hui comme alors, il importe de ne pas « paraître à vide devant sa face ».

 

2.6         La fuite en Égypte

Était-ce donc pour sauver sa vie que le petit enfant fut conduit en Égypte ? Tout le récit des évangiles nous prouve qu’il n’en est rien, car nul ne put porter la main sur lui avant que son heure fût venue ; personne ne pouvait le mettre à mort s’il ne se livrait lui-même. Mais plutôt que d’attirer l’attention, plutôt que de recevoir, comme celui qui viendra plus tard, « la plaie de l’épée et de reprendre vie » (Apoc. 13:14), « il fut ainsi, parmi d’autres humiliations, obéissant même jusqu’à fuir en Égypte, comme pour sauver sa vie de la colère du roi... Sous des formes méprisées, il cachait sa grandeur » (J. G. Bellett).

D’autre part, il est clair que la Providence divine, Dieu lui-même, veillait sur l’enfant qui, afin aussi que l’Écriture fût accomplie, fut « appelé hors d’Égypte », dans son association comme Messie à son peuple tiré de là.

Les enfants massacrés à Bethléhem par la jalousie et la colère d’Hérode, étaient autant de ces agneaux dont il pourra dire plus tard : « Le Fils de l’homme est venu pour sauver ce qui était perdu » (Matt. 18:11). Détresse et douleur sur la terre —conséquences du péché et de la haine amenés par l’ennemi — joie dans le ciel, où l’innombrable foule des petits enfants chantera ses louanges.

 

Le ciel a visité la terre,

Emmanuel vient jusqu’à nous,

Dieu se fait homme : ô saint mystère !

Que son peuple adore à genoux.

 

3                    NAZARETH — Le Méprisé

« Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » (Jean 1:47)

 

3.1         Les années de silence — Luc 2:39-52

Matthieu 2:23 et 4:13 encadrent le séjour de Jésus à Nazareth. Dans ce village, à l’écart des grandes routes, dans les collines à l’ouest de la mer de Galilée, il a passé la plus grande partie de son existence sur la terre. C’est là qu’il fut « élevé », nous rappellera Luc 4:16.

« Sa croissance était régulière et toujours ce qu’elle devait être ; son humanité était parfaitement naturelle dans son développement. Sa sagesse marchait de front avec sa stature et son âge ; il fut d’abord enfant, ensuite homme » (J. G. Bellett). Ainsi nous le montrent Luc 2:40 pour son enfance et le verset 52 pour sa jeunesse : parfait à tous les stades, n’accomplissant pas, étant enfant, ce qu’il fera devenu homme, mais se comportant en toutes choses comme il convenait à son âge et à la position qu’il avait prise.

Quel exemple pour nous qui, si facilement comme jeunes gens, voulons devancer le temps et entreprendre ce qui ne nous est pas encore confié ; mais qui aussi, comme hommes faits, nous comportons souvent comme des enfants, oubliant le service que le Seigneur a pu nous confier, négligeant d’employer « pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu », le trésor reçu de lui. Il ne conviendra pas, par exemple, qu’un jeune garçon agisse dans l’assemblée ; mais il sera à sa place qu’un jeune homme qui aime le Seigneur et se souvient de lui avec les siens, se mette à prier à la réunion de prière ; il ne conviendrait pas alors, qu’il enseigne l’assemblée ; mais quand il aura pu croître « dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ » (2 Pierre 3:18), combien une parole à propos sera la bienvenue, selon que le Seigneur l’y conduira.

De son enfance et de sa jeunesse, la Parole ne nous rapporte aucun miracle du Seigneur Jésus, ni aucun enseignement : le temps n’en était pas encore venu. Mais quand le moment sera là, il ne manquera pas d’accomplir son service. Enfant et jeune homme, il était soumis à ses parents (Luc 2:51), mais lorsque plus tard sa mère et ses frères voudront l’arrêter dans son activité, il déclarera les ignorer.

En toutes choses il se comporta comme il convenait à un enfant, mais l’Esprit de Dieu a voulu nous conserver l’incident de la fête de Pâque à Jérusalem (Luc 2:41 à 50), afin de bien nous montrer qu’à douze ans, il avait conscience d’être l’Envoyé du Père (v. 49). Là encore combien son attitude convenait à son âge ! Tout naturellement, c’est au temple qu’il se trouvait ; non pas pour y enseigner, comme il le fera tant de fois plus tard et jusqu’au dernier jour de sa vie, ni pour en chasser les intrus ; mais, assis au milieu des docteurs, il « les écoutait et les interrogeait ». Il n’aurait pas convenu à un enfant de les enseigner ; mais ses questions et ses réponses étaient telles que « tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de son intelligence ». La Sagesse s’était faite enfant pour pouvoir devenir l’Homme parfait.

En considérant cette scène dans son application morale, une autre leçon pratique s’en dégage pour nous. Combien facilement nous perdons la communion avec le Seigneur, nous n’avons plus la conscience qu’il marche avec nous et cela souvent sans nous en rendre compte ! Pendant toute la journée (Luc 2:43), ses parents avaient fait route, et « ne savaient pas » que Jésus n’était pas avec eux. Lorsque ses cheveux furent coupés, Samson croyait posséder encore toute sa force ; or il ne « savait pas » que l’Éternel s’était retiré de lui (juges 16:20). Dans le Cantique des Cantiques, la fiancée ne veut pas se déranger pour ouvrir sa porte lorsque son bien-aimé heurte : « Je me suis dépouillée de ma tunique, comment la revêtirai-je ? J’ai lavé mes pieds, comment les salirai-je ? » Quand elle s’est enfin levée pour ouvrir, il « s’était retiré et avait passé plus loin ». De même un mal ou une négligence dont nous sommes conscients, mais que nous n’avons pas jugé, interrompt la communion et nous prive de la jouissance de l’amour du Seigneur.

Le relèvement peut être immédiat si, nous jugeant nous-mêmes, nous confessons sur-le-champ au Seigneur ce qui a amené l’interruption de la communion ; mais il peut aussi se faire attendre, et bien des exercices de cœur s’avéreront nécessaires ; c’est pendant trois jours que les parents ont cherché l’enfant à Jérusalem sans le trouver, parce qu’ils n’avaient pas même pensé aller le chercher dans le temple ! (Ps. 27:4).

 

3.2         Le baptême — Matt. 3:13-17 ; Luc 3:21-22

Matthieu nous rappelle qu’avant de quitter définitivement Nazareth pour aller demeurer à Capernaüm, « Jésus vint de Galilée au Jourdain auprès de Jean pour être baptisé ». Jean, le baptiseur, avait annoncé que le Royaume des cieux s’était approché. Il avait parlé de la puissance de Celui qui devait venir, dont il n’était pas digne de porter les sandales. Il avertissait du jugement qu’il accomplirait, en nettoyant entièrement son aire et brûlant la balle au feu inextinguible. On pouvait donc s’attendre à voir paraître dans sa puissance, un roi accompagné de tout son appareil judiciaire.

Mais lorsque Jésus s’est présenté au Jourdain, c’est de Galilée qu’il venait, de la partie méprisée du pays, et cela non pas pour se faire couronner, mais « pour être baptisé » ! Il venait recevoir pour lui-même le signe de la mort. Il prenait place avec ceux qui, en Israël, se repentaient, confessant leurs péchés pour que leurs cœurs fussent préparés à recevoir Celui qui devait venir. Non pas qu’il ait à se repentir lui-même, mais il convenait, il était même juste, qu’il s’associe à ceux qui ainsi recherchaient Dieu. « Il prend la place devant Dieu du plus petit de son peuple » (J. N. Darby) ; c’était en accord avec la position qu’il avait prise.

Mais le Père a voulu qu’il soit distingué de tout autre. Après tous ceux qui, dans les trois premiers chapitres de Luc, « parlaient de lui », c’est la voix du Père lui-même, qui se fait entendre : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, j’ai trouvé mon plaisir ».

 

3.3         Visites à Nazareth

Jésus fit-il plus d’une visite à Nazareth durant les années de son ministère ? Il est difficile de le dire. Luc 4:16 à 30 peut avoir groupé deux ou trois visites successives, dont l’une serait la même que celle de Marc 6:1-6, et Matthieu 13:54-58. Quoi qu’il en soit, la Parole nous présente les choses en Luc comme s’il s’agissait d’une seule visite où, accueilli d’abord, il est rejeté ensuite.

« Il entra dans la synagogue au jour du sabbat selon sa coutume ». Tout enfant, il avait fréquenté cette synagogue, nous laissant un exemple de ce qu’il convient de faire au jour de la semaine que Dieu a mis à part pour lui. À douze ans, ses parents avaient voulu qu’il les accompagne pour la fête de Pâque à Jérusalem, nous montrant que nous pouvons prendre avec nous nos enfants de bonne heure pour assister au mémorial de la mort du Seigneur.

Centre de tous les regards (Luc 4:20), le Seigneur venait de lire dans le prophète Ésaïe le passage qui parlait de grâce, s’arrêtant juste avant les mots qui annonçaient le jugement. « Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche ». Parmi ses gloires, l’une prédomine : « La grâce est répandue sur tes lèvres » (Ps. 45). Il était « oint pour annoncer de bonnes nouvelles, pour publier la délivrance et l’an agréable du Seigneur ». Ce temps agréable dure encore (2 Cor. 6:2), mais la scène changera !

Apocalypse 5 nous le montre, de nouveau centre de tous les regards, ayant un livre dans la main, alors non pas le livre de la grâce, mais le livre des jugements. Lorsqu’il l’ouvrira, ce n’est pas la colère des hommes qui se déversera contre lui parce que la grâce voulait s’étendre aussi aux nations (Luc 4:28), mais la colère de l’Agneau (Apoc. 6:16) atteindra ceux qui auront refusé son amour.

« S’étant levés, ils le chassèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’aux bords escarpés de la montagne, de manière à l’en précipiter ». Combien d’années pourtant n’avait-il pas vécues à Nazareth, toutes de douceur, de soumission, « en faveur auprès de Dieu et des hommes », et voilà le résultat : « Pour mon amour, ils ont été mes adversaires ». Il aurait pu se laisser précipiter de la montagne par cette foule en colère ; aucun mal ne lui serait arrivé, pas plus que s’il s’était jeté du faîte du temple, à l’instigation du diable (Luc 4:9 à 11) ; mais, « quand sa vie était menacée, il n’étonnait pas le monde par quelque acte qui commandât l’admiration ; au contraire : il s’était anéanti lui-même. Il serait arrivé sain et sauf au pied de la montagne comme au bas du temple. Mais comment aurait été accomplie l’écriture annonçant qu’il ne chercherait point sa gloire ? Lui donc « passant au milieu d’eux s’en alla ». Il se retira sans être remarqué, ni connu, restant sous sa forme de serviteur » (J. G. Bellett).

Quel rayon de la gloire divine brille dans cet homme qui, se retournant calmement face à une foule en délire, peut la traverser et s’en aller sans que personne ose mettre la main sur lui !

En Marc 6:1 à 6 (comme en Matt. 13:54-58), nous le voyons encore à Nazareth. Comme il y fut méprisé ! « Celui-ci n’est-il pas le charpentier, le fils de Marie ? Et ils étaient scandalisés en lui ». Une telle méconnaissance de sa Personne, dont la sagesse était depuis longtemps évidente, dont les miracles étaient nombreux, qui parmi eux avait vécu tant d’années, nous étonne-t-elle ? Et que dirons-nous de ces jeunes gens, de ces jeunes filles qui, venant d’un foyer chrétien, ont entendu parler de lui dès l’enfance, ont pu même un temps apprécier ses enseignements, ont été influencés par sa grâce et qui ensuite se détournent de lui et le méprisent ? (Héb. 10:29). « Et il ne put faire là aucun miracle... » Pas de salut pour ceux qui refusent le Sauveur. Pourtant la Parole ajoute : « ...sinon qu’il imposa les mains à un petit nombre d’infirmes et les guérit ». En dépit de l’incrédulité générale, la grâce pouvait s’étendre, encore et malgré tout, à quelques souffrants, là où une lueur de foi lui permettait d’agir.

 

3.4         « Jésus de Nazareth »

Le nom du Méprisé se retrouve quatorze fois dans les évangiles et sept fois dans les Actes, vingt et une fois dans le Nouveau Testament. « Dieu ne méprisait pas Nazareth ; mais l’homme méprise Jésus, parce qu’il vient de Nazareth » (J. N. Darby). Lorsque Philippe vient dire à Nathanaël : « Nous avons trouvé celui duquel Moïse a écrit... Jésus, le fils de Joseph, qui est de Nazareth », Nathanaël exprime son peu d’estime pour un tel village en disant : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ? » Et c’est bien un titre méprisant employé par la foule autour de Bartimée pour dire que « Jésus le Nazarénien » passait ; tandis que l’aveugle, enseigné de Dieu, s’adresse à lui en s’écriant : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ». Mépris encore des soldats à Gethsémané (Jean 18:5, 7) ou de la servante devant laquelle Pierre le renie (Marc 14:67), ou plus encore de Pilate, par l’écriteau sur la croix : « Jésus le Nazaréen, le Roi des Juifs » (Jean 19:19).

Mais au jour de la résurrection, le même titre méprisant est relevé par les anges, comme faisant partie de sa gloire : « Jésus le Nazaréen, le crucifié : il est ressuscité ». Les disciples d’Emmaüs, parlant de « Jésus le Nazaréen », le qualifieront de « prophète puissant en œuvre et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple ». Et dans les Actes le nom porté par l’Homme méprisé, mais repris pour désigner le Ressuscité, sera mis en évidence comme le seul « nom sous le ciel par lequel il nous faille être sauvés » (Actes 4:10, 12). Il sera enfin employé par le Seigneur lui-même qui, depuis la gloire, s’adresse à Saul de Tarse en lui disant : « Je suis Jésus le Nazaréen que tu persécutes ! » (Actes 22:8).

« Ainsi dit l’Éternel... à Celui que l’homme méprise, à Celui que la nation abhorre, au serviteur de ceux qui dominent : Des rois verront et se lèveront, — des princes, et ils se prosterneront ! » (És. 49:7).

 

4                    CAPERNAÜM

« Voici mon serviteur » (Matt. 12:18)

 

« Ayant quitté Nazareth, il alla demeurer à Capernaüm qui est au bord de la mer ». Matthieu 4:13 précise ainsi l’entrée du Seigneur Jésus dans la vie publique. Il quittait le village à l’écart où il avait passé tant d’années, pour venir dans cette ville active et commerçante, au bord du lac de Génésareth où il allait accomplir beaucoup de miracles et donner la plupart de ses enseignements. « Il commençait d’avoir environ trente ans », indique Luc 3:23.

C’était un grand privilège pour cette ville de voir le Fils de Dieu y habiter un certain temps : « Le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière ; et sur ceux qui sont assis dans la région et dans l’ombre de la mort, la lumière s’est levée » (Matt. 4:16).

Mais quelle responsabilité aussi, « car à quiconque il aura été beaucoup donné, il sera beaucoup redemandé » (Luc 12:48). Capernaüm n’a pas reçu le Messie. Il y a été, comme ailleurs, rejeté et méprisé. « Alors il commença à adresser des reproches aux villes dans lesquelles le plus grand nombre de ses miracles avaient été faits, parce qu’elles ne s’étaient pas repenties : « Malheur à toi Chorazin ! malheur à toi Bethsaïda ! ...et toi Capernaüm qui as été élevée jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusque dans le hadés ; car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi eussent été faits dans Sodome, elle serait demeurée jusqu’à aujourd’hui » (Matt. 11:20-23).

Ni Sodome, ni Capernaüm ne sont demeurées jusqu’à aujourd’hui. De Capernaüm, il reste quelques ruines.

Mais combien plus terrible encore est le sort de ceux qui, l’ayant entendu, l’ayant vu, ayant contemplé ses miracles, ont « foulé aux pieds le Fils de Dieu » ! Et quel sera le sort des incrédules qui, aujourd’hui, refusent cet évangile de la grâce et se détournent de Celui qui leur est présenté, peut-être déjà dès l’enfance ? Ils résistent à l’opération du Saint Esprit qui pourtant opérait dans leurs cœurs. « C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant ! » (Héb. 10:28-31).

Centre de son ministère en Galilée, Capernaüm est appelée « sa propre ville » (Matt. 9:1) ; nous le voyons à maintes occasions revenir à la maison où il habitait.

 

4.1         Appel des disciples

À Capernaüm et dans ses alentours le Seigneur Jésus a voulu s’adjoindre, dès le début de son ministère, des disciples appelés par lui-même et qui ont tout laissé pour le suivre. Simon et André, « aussitôt, ayant quitté leurs filets, le suivirent ». « Jacques et Jean, son frère... laissant leur père Zébédée dans la nacelle, s’en allèrent après lui ». « Lévi... se levant, le suivit ». Quelle obéissance à l’appel du Maître ! Comme ils suivaient les traces de Celui qui « aussitôt » et « encore » — ces mots si caractéristiques de l’évangile de Marc — pouvait répondre aux appels et besoins divers se présentant à lui.

Près de Capernaüm encore, Jésus « monte sur une montagne et appelle ceux qu’il voulait ; et ils vinrent à lui ; et il en établit douze pour être avec lui, et pour les envoyer prêcher et pour avoir autorité de guérir » (Marc 3:13-14). Remarquons ces mots. Les disciples ne décident pas eux-mêmes de suivre le Maître ; c’est lui qui les appelle ; il choisit ceux qu’il voulait ; et quand ils sont venus à lui, il les établit ; non pas pour aller tout de suite prêcher, mais d’abord « pour être avec lui ». Aucun service fructueux, si l’on ne s’est premièrement assis aux pieds du Seigneur, si l’on n’a appris de lui, si l’on n’a vécu et ne vit dans sa communion.

En Luc 14:25-35, Jésus souligne trois conditions pour être son disciple ; conditions qui renferment tout le secret d’une vie victorieuse et bénie.

L’heure sonne pour quiconque a répondu à l’appel de Jésus « Toi, suis-moi », de délibérément « prendre sa croix » (Marc 8:34). Une chose est de connaître doctrinalement notre identification avec Christ dans sa mort, autre chose est la connaissance expérimentale de la croix.

« Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs... » (Luc 14:26). Le Seigneur doit passer avant les liens les plus forts. C’est le sens du verbe employé. Matthieu 10:37 le précise : « Celui qui aime père et mère... fils ou fille plus que moi, n’est pas digne de moi ». Dans le domaine des affections les plus légitimes, Jésus revendique la première place.

« ...et même aussi sa propre vie... » (Luc 14:26). Mourir pour Christ est une grâce réservée à quelques-uns, mais, pour Christ, renoncer à sa vie (Rom. 12:1-2) est une des conditions essentielles pour quiconque veut être son disciple. « Je ne fais aucun cas de ma vie ni ne la tiens pour précieuse à moi-même », dira l’apôtre Paul (Actes 20:24).

« Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il a, ne peut être mon disciple » (Luc 14:33). Cette troisième condition englobe d’un seul coup tous les domaines du renoncement pour Christ. C’est la croix dans toute son implication. Elle est proposée à « quiconque ». Aucun n’est exclu, il n’y a pas d’échappatoire. C’est tout... ou rien.

Avons-nous décidé, après le calcul de la dépense (v. 28), de connaître Christ aussi intimement que possible, et avec le secours de sa grâce, d’être son disciple ?

Ces versets ne s’adressent pas seulement à des missionnaires, mais à quiconque désire suivre le Seigneur. Le test de leur mise en pratique ne sera pas en première ligne les grands renoncements et les grands départs, mais d’abord la manière selon laquelle, dans la vie journalière, nous saurons lui donner à lui, en toutes choses, la première place. Chercher premièrement le Royaume de Dieu ; puis s’abandonner avec confiance aux soins du Père. Par exemple, savons-nous vraiment mettre à part chaque jour, en plus de la lecture matinale, — même aux dépens de nos études ou de nos distractions — vingt ou trente minutes pour étudier sa Parole ? (À cet égard, mieux vaut consacrer vingt minutes chaque jour à lire la Bible et trois pages des écrits qui nous la font mieux connaître, que de réserver à cela une heure... quand on en aura le temps !) Savons-nous accepter de sa main les contrariétés de nos journées ? Renoncer à quelque avantage ou facilité pour accomplir une bonne œuvre qu’il aura préparée d’avance et mise sur notre chemin ?

Être disciple du Seigneur, comme on l’a dit, c’est changer de centre : autrefois le moi était centre, maintenant c’est lui. Cela veut dire beaucoup !

 

4.2         Les miracles

Voir notre brochure « Les miracles du Seigneur Jésus »

 

Les évangiles nous rapportent environ trente-quatre miracles du Seigneur. Jean précise : « Jésus fit aussi devant ses disciples beaucoup d’autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre » (Jean 20:30, cf. 21:25). Un grand nombre de ces miracles furent accomplis à Capernaüm et dans les alentours : Par « une parole », Jésus guérit l’esclave du centurion (Matt. 8:5-13). En prenant sa main, il délivre de sa fièvre la belle-mère de Pierre : « Et elle se leva et le servit » (8:15). (Marc dira : « Elle les servit » ; comment servirions-nous le Seigneur si ce n’était dans les siens ?)

À Capernaüm encore, le soir étant venu, on lui apporte beaucoup de démoniaques, tous ceux qui se portaient mal, « la ville tout entière était rassemblée à la porte : et il en guérit plusieurs ». Ayant « ouï dire qu’il était à la maison », des gens viennent à lui, amenant un paralytique qu’à cause de la foule il faut descendre par le toit. « Voyant leur foi », Jésus pardonne les péchés du malade et le guérit.

À Capernaüm aussi se passe l’incident des didrachmes (Matt. 17:24-27) qui met en évidence, d’une part, l’humilité de Jésus, qui accepte de payer cet impôt, lui le Seigneur du temple, s’associant à Pierre dans cette redevance, et, d’autre part, la gloire du Créateur qui peut commander à un poisson de lui apporter le statère requis pour le donner au receveur. « Tout ce que la terre contient lui était tributaire, au moment même où il consentait à être tributaire des hommes » (J. G. Bellett). Puis avec quel tact il reprend Pierre (qui l’avait mis sur le même niveau que lui-même) en disant : « Donne-le pour moi et pour toi », non pas : « pour nous » !

 

4.3         Ses enseignements

Aux foules, il parlait en paraboles : « Il leur annonçait la parole selon qu’ils pouvaient l’entendre ». Plusieurs, telles celles de Matthieu 13, furent prononcées à Capernaüm. Comme il s’adaptait à son auditoire, choisissant ses exemples dans leur vie de tous les jours, ne parlant pas en Galilée comme il parlera en Judée, ne s’adressant pas aux foules dans les mêmes termes qu’à ses disciples ! Exemple encore pour nous, qui devrions présenter la Parole d’une manière qui soit à la portée de l’auditoire, ne parlant pas à des enfants comme à des adultes, ni à des ignorants comme à des enfants de Dieu. Dans les Actes, Paul suivra avec soin l’exemple du Maître, ne s’adressant pas aux Athéniens comme il parlera aux Juifs.

S’il enseignait les foules par des paraboles (*) (Matt. 13:10-15), « dans le particulier il interprétait tout à ses disciples ». De plus, il instruisait ses disciples directement selon la mesure de leur foi. C’est à Capernaüm qu’il leur montre l’importance de l’humilité (Matt. 18:1-14) ; à Capernaüm encore, il parlera du pain vivant descendu du ciel (Jean 6:24-59).

 

(*) Voir notre brochure « L’enseignement pratique des paraboles »

 

4.4         Le voir

Mais ce ne sont pas seulement ses miracles et ses enseignements qui nous attirent, c’est avant tout sa Personne. Il est dit en Jean 12:41 qu’« Ésaïe vit sa gloire et il parla de lui ». Mais « si, dans la vision, Ésaïe avait pu suivre le sentier de Jésus parcourant les villes et les villages de son pays natal, dans quelle adoration n’aurait-il pas été ? Il avait vu sa gloire. Il l’avait contemplé sur son trône haut et élevé, les pans de sa robe remplissant le temple et les séraphins se voilant la face en reconnaissant en Jésus la gloire de la déité. Nous avons besoin de le voir ainsi par la foi — nous avons besoin de saisir sa personne, d’avoir le sentiment de sa gloire, cachée derrière un voile plus épais que l’aile d’un séraphin, le voile d’un Galiléen humble et rejeté du monde » (J. G. Bellett).

Avec quelle émotion le vieil apôtre, celui que Jésus aimait, écrira au soir de sa vie : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de la vie... ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons... afin que votre joie soit accomplie » (1 Jean 1:1-4). Nous ne pouvons pas le voir, le contempler, le toucher, comme l’avait fait l’apôtre, mais à travers les pages des évangiles, par la foi, les yeux de nos cœurs peuvent se fixer sur lui et discerner sa gloire. Quel autre sujet pourrait nous remplir d’une joie plus grande ?

En quelques mots, Pierre décrit son ministère : « Jésus de Nazareth... oint de l’Esprit Saint et de puissance... a passé de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux que le diable avait asservis à sa puissance ; car Dieu était avec lui » (Actes 10:38). Considérons-le allant ainsi de lieu en lieu. Lorsque les disciples lui disent : « Tous te cherchent », il leur répond : « Allons ailleurs dans les bourgades voisines afin que j’y prêche aussi ; car c’est pour cela que je suis venu. Et il prêchait dans leurs synagogues par toute la Galilée, et chassait les démons » (Marc 1:38-39). Quand, après avoir passé à Nazareth, « il s’étonnait de leur incrédulité », il ne se lasse pas de continuer son ministère : « il visitait l’un après l’autre les villages à la ronde en enseignant » (Marc 6:6). Luc aussi nous le présente « passant par les villes et les villages, prêchant et annonçant le royaume de Dieu » (Luc 8:1). Malgré l’opposition qu’il rencontrait, il pouvait dire aux Pharisiens : « Il faut que je marche aujourd’hui et demain et le jour suivant » (Luc 13:33).

Le voir non seulement allant de lieu en lieu mais aussi dans les divers endroits où se passaient ses journées. Lorsque, fatigué, il était « à la maison », « aussitôt beaucoup de gens s’y assemblèrent, de sorte qu’il ne se trouva plus de place même auprès de la porte ; et il leur annonçait la parole ». Un peu plus tard, « ils viennent à la maison ; et la foule s’assemble de nouveau, en sorte qu’ils ne pouvaient pas même manger leur pain ». Pourtant dans la maison il aimait à se retrouver avec les disciples. Après la guérison de l’enfant épileptique en Marc 9, c’est « lorsqu’il fut entré dans la maison que ses disciples lui demandèrent en particulier : Pourquoi n’avons-nous pu le chasser ? »

En traversant la Galilée, il enseignait ses disciples quant aux souffrances qui l’attendaient ; eux, au lieu de comprendre quelle serait la part du Maître, se disputaient pour savoir qui serait le plus grand. Jésus réagit seulement « quand il fut dans la maison », il leur demanda : Sur quoi raisonniez-vous en chemin ? Et ils gardaient le silence... Et lorsqu’il se fut assis, il appela les douze », et leur parla sur l’humilité. Le voyons-nous ainsi marcher, entrer dans la maison, poser sa question, attendre avec patience que la conscience des disciples leur parle, puis s’asseoir et les appeler auprès de lui pour les reprendre et les exhorter avec douceur et fermeté ?

En Matthieu 13:36, il attend d’être « dans la maison » pour exposer à ses disciples la signification des paraboles qu’il venait de prononcer.

Mais « au bord de la mer » surtout, s’exerçait son ministère public. « Comme il marchait le long de la mer de Galilée », il appelle Simon, André, Jacques, Jean ; un peu plus tard, nous lisons : « Il sortit encore et longea la mer... et en passant, il vit Lévi le fils d’Alphée assis au bureau de recette, et il lui dit : Suis-moi ».

Alors que les Pharisiens et les Hérodiens tenaient conseil pour le faire périr, il « se retire avec ses disciples vers la mer ; et une grande multitude le suivit... et il dit à ses disciples qu’une petite nacelle fût là à sa disposition, à cause de la foule, afin qu’elle ne le pressât pas ; car il en guérit beaucoup, de sorte que tous ceux qui étaient affligés de quelque fléau se jetaient sur lui afin de le toucher. Et les esprits immondes, quand ils le voyaient, se jetaient devant lui. » Quel tableau ! C’est la grâce, active, inlassable, pleine de miséricorde.

En Matthieu 13, nous le voyons « sortir de la maison, s’asseoir près de la mer », et assis sur une nacelle, dire par des paraboles beaucoup de choses à la foule qui se tenait sur le rivage. Au bord de la mer encore, Jaïrus vient, se jette à ses pieds et le supplie instamment pour sa fille.

Mais si le Seigneur aimait à parler à la foule au bord de la mer, il ne craignait pas, quand il le fallait, d’entrer dans la synagogue. Il y guérit un homme possédé d’un esprit immonde (Marc 1:23) et sans se laisser arrêter par l’opposition rencontrée, il y entre « encore » pour guérir celui dont la main était desséchée, malgré le silence hostile de ceux qui l’entouraient (3:1-5).

Lorsqu’il voulait être seul avec ses disciples, il s’en allait sur la montagne. C’est là qu’il appelle les douze (Marc 3:13) ; il y prononce les béatitudes (Matt. 5:1) ; là encore, au soir d’une journée de labeur, seul, il s’en va pour prier, après avoir nourri les foules et contraint les disciples de monter dans la barque et d’aller devant lui à l’autre rive (Marc 6:46). « Sur une haute montagne », « après six jours Jésus prend avec lui Pierre et Jacques et Jean, seuls à l’écart, et il fut transfiguré devant eux » (Marc 9:2-8).

N’y a-t-il pas une bénédiction particulière à se retirer ainsi seul à l’écart, « ne voir plus personne, sinon Jésus seul » (v. 8) et dans le silence à ses pieds, laisser passer les heures pour l’écouter et pour voir sa gloire ? Sans doute convient-il chaque jour de s’asseoir à ses pieds, si possible à la première heure, pour quelques instants ; mais il importe, de temps à autre, de prendre, s’il est possible, plusieurs heures, voire un ou deux jours, pour être seul avec lui, se taire et l’écouter. Lui-même exhortait ses disciples : « Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert et reposez-vous » (6:31). C’est aussi « dans un lieu désert » que le matin, longtemps avant le jour, il sortait et s’en allait seul pour prier (Marc 1:35).

S’il savait se retirer à l’écart quand il convenait, son activité inlassable transparaît dans les pages des évangiles, tout particulièrement en Galilée. En Marc 1:33 « la ville tout entière était rassemblée à la porte ». Comme nous venons de le voir, lorsqu’il vient à la maison à Capernaüm, « aussitôt beaucoup de gens s’y assemblèrent, de sorte qu’il ne se trouva plus de place ». Au bord de la mer « toute la foule venait à lui ». De nouveau à la maison « la foule s’assemblait », en sorte qu’ils ne pouvaient pas même manger leur pain. Un autre jour, « comme il y avait là une fort grande foule et qu’ils n’avaient rien à manger, Jésus dit : Je suis ému de compassion envers la foule ».

Descendant de la montagne de la transfiguration, il trouve autour des disciples « une grande foule et des scribes qui disputaient avec eux », et doit leur dire : « Ô génération incrédule... jusques à quand vous supporterai-je ? » — Pourtant il guérit l’enfant malade et le rend à son père.

Tout cela n’allait sans doute pas sans une fatigue extrême. Nous en avons un exemple en Marc 4:36 lorsque, après qu’il eut renvoyé la foule, ses disciples « le prennent dans une nacelle comme il était » : malgré le grand tourbillon de vent et les vagues qui se jetaient dans la barque, « il était lui, à la poupe, dormant sur un oreiller ». « Il était là comme un travailleur fatigué auquel le sommeil est doux. Telle était la forme dans laquelle il se manifestait. Mais sous ce voile était « la forme de Dieu ». Il se lève et comme Celui qui a rassemblé le vent dans le creux de ses mains et qui a serré les eaux dans un manteau (Prov. 30:4), il reprend le vent et dit à la mer : Fais silence, tais-toi ! » (J. G. Bellett).

Serviteur parfait, serviteur inlassable, mais, plus remarquable encore, serviteur volontaire. Un homme en tant que créature, un croyant en tant que racheté du Seigneur, est serviteur. Mais lui, il avait voulu devenir serviteur. « Sa personne prêtait à tout son service et à son obéissance, une gloire qui leur donnait une valeur infinie » (J. G. Bellett).

Aussi n’est-il pas poignant de l’entendre dire par la voix du prophète, à la fin de sa carrière terrestre, alors que tous l’avaient abandonné, qu’un des siens l’avait trahi, l’un renié, et que les autres avaient fui : « J’ai travaillé en vain, j’ai consumé ma force pour le néant et en vain » (És. 49:4) ? Mais que lui dit la réponse divine : « C’est peu de chose que tu me sois serviteur pour rétablir les tribus de Jacob... je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre ». Et lui-même pouvait dire : « À moins que le grain de blé tombant en terre ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12:24).

Cela ne nous rappelle-t-il pas le Psaume 126:6, où après avoir parlé des serviteurs « qui sèment avec larmes et moissonneront avec chants de joie », le psalmiste parle du Serviteur qui « va en pleurant portant la semence qu’il répand ; il revient avec chant de joie », comme les serviteurs ; mais plus encore — ce qui n’est réservé qu’à lui — : « portant ses gerbes ».

 

Dans l’humilité profonde,

Suivant ton obscur chemin,

Tu fus méprisé du monde,

Toi qui lui tendais la main ;

Toi, dont l’amour secourable,

Compatissant et parfait,

Sur l’humanité coupable

Versa bienfait sur bienfait.

 

Oh ! quels trésors il nous ouvre,

Ton cœur plein de charité !

Dieu lui-même n’y découvre

Que lumière et sainteté ;

Et nous, comblés de tes grâces,

Enfants de Dieu par la foi,

Nous pouvons suivre tes traces

Dans le même amour que toi.

 

5                    BÉTHANIE

« Il est tel Ami plus attaché qu’un frère » (Prov. 18:24)

 

5.1         Le Fils de Dieu qui va mourir — Jean 11:51 ; 12:33

Pourquoi parmi les innombrables villes et villages où a passé le Seigneur Jésus, le nom de Béthanie est-il si connu ? Ce n’est pourtant pas là qu’il est né comme à Bethléhem, ou qu’il fut élevé comme à Nazareth, ou qu’il a servi comme à Capernaüm. Mais il y avait là une famille qui l’aimait, qu’il aimait. Il n’y a peut-être pas d’autre endroit sur la terre où aient été manifestées d’une façon plus évidente à la fois la perfection de son humanité et la gloire de sa divinité.

En Samarie (Luc 9:51), les disciples, entrant dans un village pour lui préparer un logis, ne sont pas reçus « parce que sa face était tournée vers Jérusalem ». Et dans combien d’endroits devait-il être ce « Fils de l’homme qui n’a pas un lieu où reposer sa tête ». Mais « il arriva, comme ils étaient en chemin, qu’il entra dans un village. Et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison » (Luc 10:38). Cette première visite où il fut reçu en amena d’autres ; Jésus eut sur la terre un lieu qui était comme son « home », où il trouvait sympathie et affection, « Béthanie, le village de Marie et de Marthe sa sœur ».

Que de conséquences ont découlé de ce premier accueil ! Au jour de l’épreuve, il sera là, plus que pour guérir : pour redonner la vie. À la veille de sa mort, il y viendra et Marie l’oindra du parfum de grand prix ; et le Seigneur d’ajouter : « En vérité, je vous le dis : En quelque lieu que cet évangile soit prêché dans le monde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait en mémoire d’elle ». Combien de croyants, à travers les âges, ont été encouragés, réchauffés, fortifiés par les divers récits concernant Béthanie. Ne valait-il pas la peine de l’avoir reçu lorsqu’il s’est présenté ?

Aujourd’hui le Sauveur passe...

 

5.2         La première rencontre — Luc 10:38-42

Capernaüm nous a laissé l’impression de l’activité inlassable du Sauveur, mais à Béthanie domine le calme. Que de fois il est répété qu’on y est « assis ». Aux pieds de Jésus, Marie écoutait sa parole. Combien le Seigneur devait apprécier d’être écouté dans la paix et la tranquillité. N’aurions-nous pas besoin davantage — en dehors de la lecture matinale, indispensable comme la manne pour Israël au désert — de prendre plus souvent quelques moments pour être seul à ses pieds,

 

Laissant les heures s’écouler,

Dans un silence qui s’oublie,

Jésus, pour te laisser parler.

 

Lors de sa première invitation, « Marthe était distraite par beaucoup de service ». Le Seigneur ne lui en fait aucun reproche. C’est seulement lorsque, sortant de sa place, elle interviendra pour l’inviter à reprendre sa sœur, que Jésus, avec le plus grand calme, l’amènera à réfléchir sur l’activité de son « moi » : « Marthe, Marthe, tu es en souci, et tu te tourmentes de beaucoup de choses, mais il n’est besoin que d’une seule ». Paroles qui ont retenti bien souvent à nos oreilles, mais dans quelle mesure les avons-nous prises à cœur ?

 

5.3         Dans le deuil — Jean 11:1-44

« Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare ». « Il était à Béthanie comme un ami de la famille trouvant dans le cercle qui l’entoure ce que nous trouvons encore aujourd’hui parmi nous : « un chez soi ». L’affection de Jésus pour la famille de Béthanie n’était pas celle d’un Sauveur, ni d’un Berger, bien que nous sachions qu’il était pour elle l’un et l’autre : c’était l’affection d’un ami de la famille » (J. G. Bellett). Affection touchante et pure de celui qui a voulu participer au sang et à la chair (Héb. 2:14) et est ainsi entré en perfection dans tous les sentiments que, sous le regard de Dieu, peuvent éprouver les cœurs des hommes.

Aussi lorsque Lazare est malade, les sœurs envoient-elles dire à Jésus : « Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade ». Expression qui a déjà consolé bien des cœurs dans la souffrance qu’apporte la maladie : « celui que tu aimes... »

Mais, toujours attentif à discerner la pensée de son Père, Jésus « demeure encore deux jours au lieu où il était ». Il aurait pu s’élancer au secours de celui qu’il appelle « notre ami » ; mais il devait accomplir mieux qu’une guérison : « Cette maladie, dit-il, n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle ». Homme dépendant, il attendait que le moment fût venu ; Fils de Dieu, il connaissait parfaitement l’état de Lazare, et pouvait dire à ses disciples : « Lazare, notre ami, s’est endormi, mais je vais pour l’éveiller ».

Les sœurs avaient attendu longtemps. S’il fallut, semble-t-il, quatre jours de marche à Jésus depuis le lieu où il était jusqu’à Béthanie, il en avait fallu à peu près autant pour les messagers des deux sœurs ; et comme Jésus avait laissé s’écouler deux jours entre le message et son départ, les sœurs auront attendu environ dix jours la réponse à leur demande pressante. On comprend qu’elles disent toutes deux : « Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort », expression de leur douleur, supportée sans la présence de l’Ami qui avait tant tardé à venir. Mais il avait quelque chose de meilleur en réserve pour elles. N’en est-il pas ainsi souvent quand il nous paraît tarder à répondre à nos prières, ou que l’épreuve se prolonge au-delà du terme que nous aurions voulu lui mettre ?

Avec quelle calme assurance le Seigneur se présente à Marthe en lui disant : « Moi, je suis la résurrection et la vie ». Il affirmait sa gloire, sa puissance divine, sa propre grandeur ; mais l’instant d’après, lorsqu’à ses pieds où elle était venue se jeter, Jésus vit pleurer Marie, et les Juifs qui étaient venus avec elle pleurer, il « frémit en son esprit et se troubla » ; puis à l’approche du sépulcre, l’intensité de son humaine sympathie jaillit dans ces simples mots : « Jésus pleura ».

Si nous avions voulu choisir dans toute la Bible un verset, aurions-nous pu trouver paroles plus remarquables ? Jésus, l’Éternel Sauveur, la Parole faite chair, celui qui venait déclarer être la résurrection et la vie, Jésus... pleura. Quand il vint au sépulcre, il frémissait encore en lui-même, « expression de la peine profonde, mêlée d’indignation, produite dans l’âme du Seigneur à la vue du pouvoir de la mort sur l’esprit de l’homme » (J. N. Darby).

Il faut tâcher de nous représenter cette scène. Un grand nombre de personnes entourent le Seigneur, des habitants de Béthanie, des Juifs venus de Jérusalem pour consoler les deux sœurs, les disciples, Marthe, Marie. Ils allaient être témoins du plus extraordinaire miracle du Sauveur. La fille de Jaïrus avait été ressuscitée, étendue encore sur son lit, où elle avait depuis peu expiré. Le fils de la veuve de Nain était sur le chemin du cimetière ; mais de Lazare, Marthe dit : « Il sent déjà, car il est là depuis quatre jours ». La corruption avait commencé son œuvre. La pierre est ôtée et devant tous, Jésus lève les yeux en haut, prie et rend grâces « à cause de la foule » qui est autour de lui afin que, dit-il à son Père, « ils croient que toi tu m’as envoyé ». Tous les yeux sont fixés sur lui, puis sur l’ouverture du sépulcre lorsqu’il « crie à haute voix : Lazare, sors dehors ! Et le mort sortit ». Moment indescriptible où par cette victoire sur la mort, toute la gloire du Fils de Dieu est mise en évidence. Quelqu’un pourrait-il dès lors nier qui il était ?

On comprend l’inquiétude des principaux sacrificateurs et des pharisiens devant un tel miracle. « Depuis ce jour-là, ils consultèrent ensemble pour le faire mourir... Et ils voulaient faire mourir aussi Lazare ; car à cause de lui, plusieurs des Juifs s’en allaient et croyaient en Jésus ».

De chapitre en chapitre, depuis le 10, l’ombre de la mort qui l’attend, va aller s’accentuant toujours sur son chemin jusqu’à Golgotha.

 

5.4         Six jours avant la Pâque — Marc 11:11-12, 19-20 ; Jean 12:1-8

Acclamé par la foule qui criait : « Hosanna ! béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », Jésus était entré à Jérusalem. Mais si, à ce moment, le peuple dut ainsi le recevoir, pas une maison ne s’ouvrit dans la ville sainte pour l’accueillir. Aussi « après avoir promené ses regards de tous côtés sur tout, comme le soir était déjà venu, il sortit et s’en alla à Béthanie avec les douze » (Marc 11:11). Il y avait là pour lui un refuge (v. 19-20) où, loin de la haine qui l’entourait, il pouvait passer quelques heures encore.

Là, à Béthanie, six jours avant la Pâque, on lui fait un souper (*). « Six jours avant la Pâque », c’est-à-dire, cette année-là, le premier jour de la semaine, ce jour qui allait être mis à part, marqué par sa résurrection et par sa venue au milieu des siens rassemblés. « On lui fit là un souper ». « Quelque intéressante que fût aux yeux de tous la personne de Lazare, ce n’était pas en son honneur que le souper était convoqué ; mais en l’honneur de Celui qui l’avait ressuscité. Ceux qui s’occupèrent du souper de Jésus disparaissent ici et sont remplacés par ce petit mot : « On ». L’activité humaine qui prépare est supprimée, pour accentuer le grand fait qu’il y a un souper préparé pour lui et pour lui seul » (H. Rossier).

 

(*) Voir H. Rossier, « Le souper de Béthanie »

 

La Pâque avait été préparée par les disciples : « Où veux-tu », disent-ils à Jésus, « que nous allions préparer ce qu’il faut afin que tu manges la Pâque ? (Marc 14:12). Mais le souper de Béthanie qui rappelle la table du Seigneur, de fait n’est-ce pas lui qui l’a préparé ?

Lazare, Marthe et Marie « nous présentent dans trois personnages, les trois principes qui constituent l’ensemble de la vie chrétienne dans la Maison de Dieu. Ces trois principes sont la communion, le service et le culte. » (H. Rossier)

« Lazare, le mort... était un de ceux qui étaient à table avec lui ». « Quoiqu’ayant acquis une vie nouvelle par la résurrection d’entre les morts, il reste quant à toute sa vie passée, le mort. Son existence antérieure s’était terminée dans la mort, il vit maintenant d’une vie nouvelle qui n’a plus de lien avec l’ancienne » (H. Rossier). Il était à table avec lui. Sans lui, il n’aurait eu aucun droit de s’asseoir à son souper. Communion précieuse de l’âme avec son Sauveur, réalisée à sa table. Sans doute jouit-on là aussi de la communion des saints, ce lien merveilleux qui unit tous les enfants de Dieu ; mais ici, avant tout, la communion avec lui est mise en évidence. Quelle part bénie : être à table avec lui sans rien dire peut-être, mais jouissant de sa Personne, de sa présence, de la communion avec lui-même.

« Marthe servait ». Autrefois son service prenait la première place ; elle n’avait pas appris qu’avant de donner au Seigneur, il faut recevoir de lui, mais maintenant elle était à la place qui convenait. Il n’est pas dit qu’elle le servait ou les servait comme la belle-mère de Pierre (Matt. 8:15 ; Marc 1:31) ; sans qu’il soit nécessaire de le préciser, son service s’étendait tant au Seigneur qu’aux siens, et de fait ici-bas, comment pourrions-nous le servir si ce n’est dans les siens et auprès des âmes encore loin de lui qui ont besoin d’un Sauveur ?

Sans dire un mot non plus, mais remplie d’amour pour lui, Marie prend son bien le plus précieux, « une livre de parfum de nard pur de grand prix » et le verse sur les pieds de Jésus. « Trois cents deniers » représentaient le salaire de toute une année ; mais pour elle, rien n’était trop précieux pour Jésus. Dans les autres évangiles, nous la voyons verser le parfum sur la tête du Roi dans Matthieu, du Serviteur dans Marc ; mais ici, dans Jean, c’est sur les pieds du Fils de Dieu qu’elle répand son parfum dont l’odeur remplit la maison. « Il allait mourir », elle le pressentait de la prescience de l’amour.

Des femmes viendront au matin de la résurrection apporter « les aromates qu’elles avaient préparés » (Luc 24:1). Mais ce sera trop tard : il sera déjà ressuscité ! Marie était venue à temps. Comme dit Jésus : « Elle a anticipé le moment d’oindre mon corps pour ma sépulture ». Au jour de sa gloire, tous les rachetés entoureront l’Agneau immolé, chanteront le cantique nouveau, ayant chacun une harpe et des coupes d’or pleines de parfum. Pas une voix ne manquera dans ce chœur universel. Mais aujourd’hui — alors qu’il est rejeté, que plusieurs des siens, tels les neuf lépreux de Luc 17, s’en vont, seulement heureux d’être sauvés, mais oubliant de revenir à ses pieds lui rendre grâces, — n’apprécie-t-il pas particulièrement cette louange, cette adoration qui jaillit de cœurs reconnaissants et peut, tel le parfum de Marie, remplir de son odeur toute la Maison ?

C’est maintenant, sur la terre, que nous pouvons « annoncer sa mort » et nous souvenir de lui comme il l’a demandé. Au ciel ce sera trop tard pour répondre à ce désir de son cœur.

Quel baume pour le cœur du Seigneur de trouver à Béthanie, une fois de plus, et dans quelle mesure, la sympathie et la compréhension qui si rarement s’étaient trouvées sur sa route ! (Ps. 69:20).

 

5.5         L’ascension — Luc 24:50-53

Pourquoi Jésus fit-il choix de Béthanie pour y passer les derniers instants des quarante jours où, visible au moins par intervalles, il fut au milieu de ses disciples sur la terre ? Il ne va pas s’en aller au ciel depuis Jérusalem — la ville du grand Roi, mais la ville qui l’avait rejeté — ni non plus de Galilée — témoin de son ministère et point de rendez-vous fixé aux siens pour leur donner les marques assurées de sa résurrection — mais de Béthanie, où avait si remarquablement brillé sa gloire. « Levant ses mains en haut, il les bénit ». Dernière et sublime vision que les disciples garderont de leur Maître bien-aimé, car « il arriva qu’en les bénissant, il fut séparé d’eux et fut élevé dans le ciel ».

Que leur reste-t-il à faire sinon rendre hommage, s’en retourner avec une grande joie et, dans le temple, continuellement louer et bénir Dieu.

Ajoutons que c’est sur cette montagne des Oliviers, non loin de Béthanie, qu’au jour de son triomphe, il apparaîtra et que « ses pieds se tiendront » (Zach. 14:4). Là où il a pleuré ; là où il a souffert ; là où, au milieu de la haine et de l’opposition, a brillé sa gloire, c’est là qu’il reviendra.

 

6                    EMMAÜS

« Le Seigneur est réellement ressuscité » (Luc 24:34)

 

La fin des quatre évangiles, le premier chapitre des Actes et le quinzième de 1 Corinthiens nous renseignent sur la résurrection du Seigneur Jésus. Une dizaine d’occasions nous sont rapportées où il est apparu tantôt à l’un, tantôt à plusieurs de ses disciples ; et nous voyons dans les premiers chapitres des Actes combien le témoignage de cette résurrection remplit leurs prédications.

 

6.1         Les apparitions du Seigneur ressuscité

« Étant ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, il est apparu premièrement à Marie de Magdala. » Pourquoi est-ce à une femme, et à cette femme, que le Seigneur Jésus voulut apparaître en premier lieu ? N’était-ce pas à cause de son affection profonde pour lui, et aussi parce qu’elle était un objet particulier de sa grâce ? Lorsque son nom est mentionné, il est spécifié qu’il avait chassé d’elle sept démons. Au pied de la croix, au sépulcre lorsque Joseph l’y déposait, et plus tard au crépuscule du premier jour de la semaine, puis au matin de la résurrection, nous retrouvons Marie de Magdala. Jean 20:11-18 nous la montre pleurant, mais toute transformée lorsqu’elle a reconnu Jésus et entendu sa voix qui simplement l’appelle : « Marie ! »

Ensuite il est apparu aux femmes revenant du sépulcre (Matt. 28:9), puis à Simon seul (Luc 24:34 ; 1 Cor. 15:5). Rien ne nous est dit de cette entrevue du disciple repentant et du Seigneur ressuscité. Il y a, tant lors de la conversion que dans le relèvement, des « sanctuaires » où l’âme est seule avec son Dieu.

Dans l’après-midi de ce même premier jour de la semaine, le Seigneur apparaît aux deux disciples allant à Emmaüs (Luc 24), puis, le soir, aux apôtres réunis avec « ceux qui étaient avec eux » (Luc 24:36 ; Jean 20:19). Il leur apporte sa paix ; il leur montre ses mains et son côté, et « les disciples se réjouirent quand ils virent le Seigneur ». Huit jours après, de nouveau le premier jour de la semaine, le Seigneur apparaît aux siens, réunis cette fois avec Thomas (Jean 20:26-29).

Jean 21 nous rapporte comment il apparut à sept de ses disciples qui, à l’invitation de Simon Pierre, s’en étaient allés pêcher dans la Mer de Tibériade. Pêche bien infructueuse puisque « cette nuit-là ils ne prirent rien » ; au matin, quand Jésus leur demande : « Enfants, avez-vous quelque chose à manger ? » ils doivent lui répondre : « non ». Quel moment inoubliable quand, considérant cet homme qui se tenait sur le rivage et le filet rempli de poissons, Jean, le disciple que Jésus aimait, dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Pierre s’élance à sa rencontre, non sans avoir ceint sa robe de dessus (on ne peut pas se présenter n’importe comment devant le Seigneur !) ; les autres disciples suivent et tous ensemble ils dînent avec lui. « Ce fut la troisième fois que Jésus fut manifesté aux disciples après qu’il fut ressuscité d’entre les morts », c’est-à-dire la troisième fois aux disciples réunis, les autres apparitions antérieures ayant été faites à des personnes individuellement.

Les onze, selon l’ordre reçu de Jésus, « s’en allèrent en Galilée sur la montagne, où il leur avait ordonné de se rendre. Et l’ayant vu, ils lui rendirent hommage » (Matt. 28:16-17). Serait-ce à cette occasion qu’il fut vu des cinq cents frères à la fois dont 1 Corinthiens 15:6 nous parle ? Cela semble probable.

« Ensuite il a été vu de Jacques » (1 Cor. 15:7), les évangiles ne nous disent rien de cette rencontre. Enfin il était avec les disciples le jour de l’Ascension quand « il les mena dehors jusqu’à Béthanie et, levant les mains en haut, il les bénit ».

 

6.2         Emmaüs — Luc 24:50

En apparaissant à Simon, à Thomas, aux sept disciples au bord de la Mer de Tibériade, le Seigneur avait en vue le relèvement de ces âmes plus ou moins éloignées de lui. Ainsi en fut-il des deux disciples qui, tristes et les yeux retenus, quittaient Jérusalem pour Emmaüs. Par leur faute, ils allaient manquer la rencontre que le Seigneur avait en vue pour le soir même avec les siens rassemblés ; ils n’auraient à s’en prendre qu’à eux-mêmes ! Mais combien les pensées du Seigneur sont différentes des nôtres ! « Et il arriva, comme ils s’entretenaient et raisonnaient ensemble, que Jésus lui-même, s’étant approché, se mit à marcher avec eux ». Eux s’éloignaient, lui s’approchait d’eux. Ils étaient tristes, il va les réjouir et faire brûler leurs cœurs. Comment y parviendra-t-il ?

Par une ou deux questions, il les amène à s’ouvrir de leur chagrin. Puis son tour vient de parler ; de quel sujet va-t-il les entretenir ? Quels reproches va-t-il leur faire ? Il leur parle de lui-même ! « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu’il entrât dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait dans toutes les écritures les choses qui le regardent. » Il ne serait plus avec eux que peu de temps, mais quand il les aurait quittés, les écritures leur resteraient. Jusqu’alors, en lisant ou en entendant lire l’Ancien Testament, ils avaient pensé à l’histoire de leur peuple, à ses gloires passées, à sa misère, à la délivrance qu’apporterait le Messie. Mais dorénavant, c’est lui, celui qu’ils avaient connu vivant sur la terre, celui qu’ils allaient voir ressuscité, c’est Christ lui-même qu’ils chercheraient dans toutes les pages de l’Ancien Testament, sous les types et les figures qui sans cesse tournent nos regards vers sa Personne (cf. Lév. 23:11, 14). On comprend que leurs cœurs brûlaient au-dedans d’eux-mêmes lorsqu’il leur « parlait par le chemin et leur ouvrait les écritures ».

Arrivés au village, « lui, il fit comme s’il allait plus loin. Et ils le forcèrent, disant : Demeure avec nous, car le soir approche et le jour a baissé. Et il entra pour rester avec eux ». Jamais le Seigneur ne s’impose ; il veut être désiré, invité. Quelle leçon pour notre vie pratique ! « Mon cœur a dit pour toi : Cherchez ma face. Je chercherai ta face, ô Éternel ! » (Ps. 27:8). Lorsqu’un nouveau foyer se fonde, y aurait-il désir meilleur : « Demeure avec nous », et réponse plus appréciée : « Et il entra pour rester avec eux » ?

Au lieu de s’asseoir à table comme un invité, il prend la place de l’hôte. C’est lui qui bénit, c’est lui qui rompt le pain et le leur distribue. Attitude qui surprend peut-être, mais lorsque, comme nous pouvons le penser, les mains percées se tendent vers eux, « leurs yeux furent ouverts et ils le reconnurent ». Instant inoubliable pour ces deux disciples, dont le cœur avait déjà brûlé le long du chemin, quand, les yeux ouverts, ils considèrent la face de leur Sauveur bien-aimé. « Mais lui devint invisible et disparut de devant eux. » Il n’est pas dit qu’il les quitta, sa présence était toujours avec eux ; mais ils devaient apprendre à marcher avec lui devenu invisible, comme ils avaient appris à marcher en sa compagnie durant les jours de sa chair (Héb. 11:27).

D’autre part, manger le pain avec eux après l’avoir rompu, demeurer là à table, c’eût été mettre quelque sanction à leur égarement momentané. Sa place n’était pas là, si même il était venu les y chercher pour les ramener au vrai lieu de rassemblement.

Le Seigneur ne leur ordonne pas de retourner à Jérusalem, mais quand leur cœur est réveillé, que leurs yeux sont ouverts, que leurs pensées sont remplies de lui, pourraient-ils faire autre chose, sinon se retrouver avec ceux que le Seigneur aime, pour ensemble jouir de sa présence ?

Ils arrivent ; vont-ils étonner les autres par leur glorieux message ? Mais ce sont les onze, et ceux qui étaient avec eux, qui les accueillent en disant : « Le Seigneur est réellement ressuscité et il est apparu à Simon ». Tous ensemble s’entretiennent des choses merveilleuses qui étaient arrivées. « Et comme ils disaient ces choses, il se trouva lui-même là au milieu d’eux et leur dit : Paix vous soit ! » Ceux qui ont vécu cette scène ne l’auront sans doute jamais oubliée durant les années difficiles qui suivirent. Celui qui a vraiment goûté la présence du Seigneur au milieu des saints réunis, ne peut plus se satisfaire d’autre chose.

Dans le rassemblement, une fois encore, « il leur ouvre l’intelligence pour entendre les écritures ». Il va les quitter, que leur restera-t-il ? Sa présence sera éprouvée quand lui-même, quoiqu’invisible, sera au milieu d’eux réunis à son nom ; et, comme pour la vie et la marche individuelle des deux disciples, les écritures seront la ressource des croyants rassemblés. L’Esprit, « promesse du Père » (v. 49) sera là pour les leur appliquer, prenant de ce qui est à lui et le leur communiquant (Jean 16:14).

Tout est « ouvert » dans ce chapitre : le sépulcre dont la pierre a été roulée ; les yeux, d’abord retenus, mais qui maintenant peuvent le voir ; les écritures, autrefois voilées (2 Cor. 3:14), mais maintenant ouvertes pour qu’à toutes les pages les siens l’y trouvent ; l’intelligence, renouvelée et éclairée comme elle le sera bientôt par le Saint Esprit pour qu’elle puisse pénétrer dans « toutes les choses qui sont écrites de lui dans la loi de Moïse et dans les prophètes et dans les psaumes » ; enfin les cœurs pour la louange qui glorifie Dieu.

Mais par-dessus tout, lui-même est au milieu d’eux : « Voyez mes mains et mes pieds ; que c’est moi-même : touchez-moi, et voyez ». C’était le même Jésus qu’ils avaient connu précédemment. « Jésus, qui avait mangé avec eux dans les jours où il était ici-bas au milieu d’eux, mangeait avec eux dans les jours de sa résurrection ; Jésus, qui avait autrefois amené des multitudes de poissons dans leurs filets, allait le faire aussi après sa résurrection ; Jésus qui dans le lieu désert avait béni les pains et les leur avait donnés, venait de le faire de la même manière. C’est toujours la même personne bénie que nous avons devant nos yeux à Bethléhem, au soir de la résurrection et sur la montagne de l’ascension. Ressuscité d’entre les morts avec ses mains et son côté gardant l’empreinte des blessures qui lui avaient été faites sur la croix, il se fait voir à ses disciples durant quarante jours » (J. G. Bellett).

Et c’est aussi « avec les mêmes mains et le même côté percés qu’il est monté au ciel... Dieu a été ici-bas, l’Homme est là-haut ».

C’est ce que nous avons besoin de réaliser par-dessus tout : que le Seigneur Jésus ne soit pas pour nous seulement une personne lointaine, quelqu’un dont on a entendu parler et que l’on connaît plus ou moins, mais une personne vivante, le même que nous avons vu à Bethléhem, à Nazareth, à Capernaüm, à Béthanie, à Emmaüs et qui est maintenant dans la gloire. « Notre bonheur, c’est que nos trésors sont renfermés dans une Personne qui n’est pas pour une génération un docteur présent et un Seigneur vivant, et après, pour toutes les générations subséquentes, un docteur passé et un Seigneur mort, —mais un Maître et Seigneur présent et vivant à jamais » (J. G. Bellett).

 

7                    Conclusion

Encore une fois nous répétons : « Sans contredit, le mystère de la piété est grand : Dieu a été manifesté en chair, a été justifié en Esprit, a été vu des anges, a été prêché parmi les nations, a été cru au monde, a été élevé dans la gloire. » C’est ainsi que bientôt nos yeux le verront face à face, car « celui qui est descendu est le même que celui qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’il remplît toutes choses » (Éph. 4:10), toutes choses... et nos cœurs !

 

Nous te contemplons dans la gloire,

Ô cher Sauveur !

Goûtant les fruits de ta victoire,

Puissant Sauveur !

Pour toujours dans le sanctuaire,

À la droite de Dieu ton Père,

Toi qui descendis sur la terre,

Humble Sauveur !

 

Des cieux nous aimons à t’attendre,

Ô cher Sauveur !

N’as-tu pas dit : Je viens vous prendre,

Puissant Sauveur ?

Oh ! félicités ineffables !

Voir de près tes traits adorables

Et t’être enfin rendus semblables,

Divin Sauveur !