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Encouragements
Foi et confiance en Dieu
Série jaune 299/1 à15
Table des matières :
1 Dieu en toutes choses (Jonas)
5 Le secours au moment opportun (Héb. 4:16) — Lazare et les sœurs de Béthanie (Jean 11)
6 Pour la gloire de Dieu — Jean 11:4. Lazare et les sœurs de Béthanie
7 L’épreuve nécessaire (exemple des fidèles de l’Ancien Testament)
8 Christ dans la nacelle — Marc 4:35-41
9 Les voies de Dieu envers les siens
10 C’est de par moi que cette chose a eu lieu — 1 Rois 12:24
11 La sympathie et la grâce de Jésus — Matthieu 14:1-21 et Marc 6:30-41
12 L’expérience chrétienne dans la tribulation
12.1 [Soutien du Seigneur dans la souffrance de la maladie]
12.2 [La tribulation qui libère des entraves]
14 Christ, l’eau qui désaltère et le pain qui nourrit — Jean 7:7 ; 1 Rois 19:1-9
Résumé :
1. Dieu en toutes choses (Jonas) : Apprendre à voir la main de Dieu intervenant en toutes circonstances. Il n’y a pas de hasard.
2. La Croix : L’abaissement qui fait disparaître le MOI pour que l’amour éclate. L’exemple de Jésus.
3. Service et attente : La mondanisation à l’origine de la cessation du témoignage d’évangélisation. Retrouver l’amour du Seigneur et des frères, et l’obéissance, étant prêts à souffrir pour Christ.
4. Appuyés sur les promesses : Voir toutes choses à la lumière de Christ et en rapport avec Lui ; Sa fidélité en tout ce qui nous arrive.
5. Le secours au moment opportun. Lazare et les sœurs de Béthanie (Jean 11) : La foi attend avec patience le moment de Dieu.
6. Pour la gloire de Dieu (Jean 11:4). Lazare et les sœurs de Béthanie : Dieu intervient de manière que les choses tournent pour Sa gloire.
7. L’épreuve nécessaire (exemple des fidèles de l’Ancien Testament) : La foi soutient le fidèle au travers des épreuves qui sont nécessaires.
8. Christ dans la nacelle (Marc 4:35-41) : Manque de confiance des disciples au milieu de la tempête. Foi ou incrédulité.
9. Les voies de Dieu envers les Siens : Fruits positifs de difficultés apparemment incompréhensibles.
10. C’est de par moi que cette chose a eu lieu (1 Rois 12:24) : Ne pas se lasser malgré les sujets de déceptions
11. La sympathie et la grâce de Jésus (Matt. 14:1-21 ; Marc 6:30-41) : Sympathie personnelle de Jésus dans nos douleurs, et son travail de grâce pour nous sortir de l’égoïsme et nous pousser à penser aux autres.
12. L’expérience chrétienne dans la tribulation (deux lettres) : a) Soutien du Seigneur dans la souffrance de la maladie ; b) la tribulation qui libère des entraves.
13. Tranquillité : Pourquoi et comment le croyant peut-il être tranquille en toute circonstance.
14. Christ, l’eau qui désaltère et le pain qui nourrit (Jean 7:7 ; 1 Rois 19:1-9) : On le trouve par la Parole de Dieu.
15. Christ est tout : Que toutes nos affections, tous nos désirs, toutes nos pensées, et tous nos buts, soient rassemblés et aient leur centre en Christ.
R. B. ME 1928 p. 11
Un œil simple et un cœur d’enfant sont un précieux don de Dieu. Tous les croyants pourraient et devraient les posséder, mais malheureusement on ne les rencontre que rarement chez les enfants de Dieu. La force, l’entendement et la volonté propres y jouent d’habitude un si grand rôle que l’œil de la foi est troublé, le regard obscurci et le cœur incapable de comprendre les voies de Dieu, et de saisir son action mystérieuse et cachée en toutes choses. C’est une grande perte pour nous, et un déshonneur pour notre Dieu.
Rien n’aide davantage le chrétien à poursuivre son chemin dans la paix et dans la consolation, à supporter les difficultés et les tentations du pèlerinage et à y glorifier Dieu, que l’habitude de le voir, Lui, en toutes choses. Il n’y a aucune situation, aucune circonstance, aucun événement dans la vie d’un croyant si peu importants ou si insignifiants qu’ils paraissent à l’œil naturel, qui ne puissent être considérés comme de muets messagers de Dieu. Si seulement notre œil est simple, notre oreille attentive, notre cœur comme celui d’un enfant et notre raison intelligente, nous ferons l’expérience bénie et précieuse de l’action divine ; nous éprouverons qu’Il met la main dans les choses les plus ordinaires de cette vie, et qu’Il prend son plaisir à nous conduire avec un simple signe de son œil. Ah ! si seulement nous nous laissions plus souvent diriger de cette manière, pour qu’Il n’ait pas besoin de nous mettre le mors et la bride !
Combien grand et digne d’adoration est notre Dieu, Créateur du ciel et de la terre, qui s’abaisse jusqu’à s’occuper des choses les plus petites et les moins importantes ! Celui qui a dit autrefois : « que cela soit », qui soutient et maintient toutes choses par la Parole de sa puissance, s’occupe aussi du passereau sur le toit, et compte les cheveux de notre tête ! À nous, les choses paraissent grandes ou petites parce que nous les mesurons d’après notre force et notre capacité. Mais pour Lui, le Tout-Puissant, il n’y a rien de grand et rien de petit. Il lui est aussi aisé d’appeler à l’existence des millions de mondes, que de nourrir les petits du corbeau. Sa merveilleuse grandeur ne se manifeste pas plus dans la tempête furieuse que dans le doux murmure de la brise, dans le cèdre majestueux du Liban que dans la petite violette qui fleurit le long du sentier.
Si seulement nous avions des yeux plus simples pour voir, des cœurs plus innocents pour comprendre ! Si, dans les circonstances journalières, nous ne voyions pas autre chose que ce que l’homme naturel y voit — des événements tout naturels, tels que la vie humaine en produit chaque jour, — la vie ne serait qu’uniformité ennuyeuse, et il ne vaudrait presque pas la peine de la vivre, ou bien elle deviendrait un fardeau pesant qui ferait désirer de la voir se terminer le plus vite possible. Mais si nous y distinguons Dieu en chaque chose, elle en acquiert un prix inestimable, une signification profonde pour un sens renouvelé, et un attrait merveilleux pour l’œil de la foi ; nous voyons alors en tout la main d’un père sage, tout puissant et aimant ; nous reconnaissons à chaque pas les traces bénies de sa présence et de son action. Nous avons à peine besoin de dire à quel point la vie de prière, les relations secrètes avec le Père sont encouragées par cela même. Combien il est doux et rafraîchissant d’entendre la simple prière d’un croyant qui a éprouvé pendant sa course la fidélité et la bonté de son Dieu, et qui en même temps a appris à connaître l’entière nullité de sa propre force et de sa propre sagesse ! Il expose en toutes choses ses requêtes, les grandes et les petites, au Père, avec des prières, des supplications et des actions de grâces ; il rejette tous ses soucis, les grands et les petits, sur Lui, qui est toujours prêt à s’en charger ; et la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence garde son cœur et ses pensées dans le Christ Jésus (Phil. 4). Bienheureux celui qui, en toutes choses, fait du Seigneur sa confiance et sa force ! Pour lui chaque jour a son importance, et il ne méprise pas le « jour des petites choses ». L’histoire de chaque journée éveille sa sympathie ; et comment pourrait-il en être autrement, puisqu’elle a de l’importance pour son Dieu et Père ?
Nous apprenons par toute l’Écriture qu’il n’y a, pour le croyant, aucun hasard, aucune chose fortuite. Et entre tous, le livre du prophète Jonas nous donne des preuves frappantes de cette vérité. Dans toute l’histoire du prophète, l’intervention de Dieu se montre partout, même dans les choses les plus ordinaires. Et n’en sera-t-il pas de même de nous au jour où nous verrons toute notre histoire dans la lumière de la présence divine ? Nous serons étonnés alors de notre courte vue, de la faiblesse de notre entendement, de notre petite foi, de notre folie. Et nous admirerons la bonté, la fidélité, la patience merveilleuses de notre Dieu, dont la main a dirigé toutes nos voies ici-bas, et nous a conduits jusqu’au bout avec une miséricorde infinie.
Je ne veux pas entrer dans une explication détaillée du livre en question, mais seulement attirer l’attention sur une expression qui s’y trouve plusieurs fois : « l’Éternel prépara ». Le Saint Esprit nous laisse jeter un regard derrière la scène, et nous montre l’action cachée de Dieu. C’est Lui qui a tout dans sa main : le vent et les vagues, la chaleur et le froid, l’homme et la bête, et Il conduit tout d’après le conseil de sa volonté.
Dans le premier chapitre, le Seigneur envoie une grande tempête pour parler au cœur et à la conscience de son serviteur désobéissant. Jonas voulait se dérober à l’ordre divin, en s’embarquant sur un navire qui allait à Tarsis. Ninive était à l’est de la Palestine, Tarsis à l’ouest. Dieu lui dit : « va à droite », mais Jonas s’en va à gauche. Tel est l’homme. « Et l’Éternel envoya un grand vent sur la mer ; et il y eut une grande tempête sur la mer, de sorte que le navire semblait vouloir se briser » (vers. 4). Cette tempête aurait parlé au prophète d’une manière pressante et sévère, si seulement son oreille avait été ouverte pour entendre la voix de Dieu. C’était un message solennel que Dieu lui adressait. C’est Jonas qui avait besoin d’être enseigné et d’être ramené dans le bon chemin, et non pas les pauvres matelots païens. Pour eux, une tempête n’était rien de nouveau ou d’extraordinaire, ce n’était que l’un des événements courants de la vie du marin. Mais il y avait dans le bateau un homme pour lequel elle était quelque chose de spécial. Et, chose merveilleuse, les matelots païens remarquent bien vite que Dieu est contre eux, pendant que Jonas, le prophète de Dieu, est couché à fond de cale, et dort si profondément que le chef des rameurs doit le réveiller en l’interpellant rudement. Quelle sérieuse leçon pour nous ! Comment se peut-il, nous pouvons bien nous le demander, qu’un croyant puisse être aussi insensible ? Notre propre histoire prouve que cela est possible.
Ce n’est que lorsque les matelots eurent jeté le sort pour savoir à cause de qui le malheur les atteignait, oui, ce n’est que lorsque le sort tombe sur le prophète et que les hommes lui demandent d’où il vient et quelle est son occupation, que Jonas revient à lui. Alors il entend la voix du messager de Dieu et reconnaît que c’est à cause de lui que le Seigneur parle si solennellement. Sur son propre avis, les matelots angoissés jettent le prophète à la mer. Pour eux, l’affaire était terminée, mais elle ne l’était pas pour Jonas et pour Dieu. Les marins ne voient plus Jonas, mais Dieu le voyait et pensait à lui.
Dieu en toutes choses ! Jonas se trouve dans une nouvelle position, dans de nouvelles circonstances, mais là encore le message de Dieu peut l’atteindre. Le croyant ne peut jamais se trouver dans une position dans laquelle le bras de son Père serait trop court et où sa voix ne pourrait atteindre son oreille. Lorsque Jonas fut jeté à la mer, « l’Éternel prépara un grand poisson pour engloutir Jonas ». L’Éternel prépara la tempête, c’est Lui qui prépara le poisson. Un grand poisson n’est rien d’extraordinaire. Il y en a beaucoup dans la mer. Mais le Seigneur en prépara un spécialement pour Jonas, afin qu’il fût un messager de Dieu pour son âme. Et voici, dans le ventre du poisson, Jonas réfléchit, et il devient dans ses circonstances et même dans ses paroles un type de Christ.
Passons maintenant au dernier chapitre ; nous y retrouvons notre prophète à Ninive. Il avait annoncé le message de Dieu aux habitants de la ville ; à sa prédication, ils étaient revenus de leur mauvaise voie, de sorte que Dieu s’était repenti du mal qu’il avait parlé de leur faire à cause de leurs péchés. Jonas en est mécontent et conteste avec Dieu. Il aurait préféré assister à la destruction de cette grande ville, pleine d’habitants, plutôt que de voir la grâce et la miséricorde de Dieu. « Pauvre Jonas », ne pouvons-nous nous empêcher de dire ; mais ne pensons pas que nos cœurs eussent été différents du cœur du prophète. Nous sommes faits de la même chair et capables de la même folie.
Jonas semble avoir complètement oublié les vérités qu’il avait apprises pendant les trois jours passés dans le ventre du poisson, et il a besoin de recevoir un nouvel avis de la part de Dieu. Oh ! combien notre Dieu est plein de grâce et miséricordieux ! Il s’occupe de nous sans se lasser, et nous enseigne patiemment les mêmes leçons. « Et l’Éternel Dieu prépara un kikajon, et le fit monter au-dessus de Jonas, pour faire ombre sur sa tête, pour le délivrer de sa misère » (Chap. 4:6). Quelle grâce ! Le kikajon, comme le grand poisson, formait un anneau de la chaîne de circonstances à travers lesquelles le prophète devait passer suivant l’intention de Dieu. Quoique très différents, tous deux étaient des messagers de Dieu pour son âme. « Et Jonas se réjouit d’une grande joie à cause du kikajon ». Auparavant il avait demandé à mourir ; mais ce n’était pas là le résultat du saint désir de quitter cette pauvre terre et d’être pour toujours dans le repos, mais le résultat de son mécontentement et de sa déception. Ce n’était pas le bonheur de l’avenir, non, pas même les souffrances du présent qui éveillaient en lui le désir de mourir ; c’était l’orgueil blessé, le vain souci de son renom de prophète.
Souvent les souffrances du présent éveillent en nous le désir de déloger et d’être avec Christ. Nous désirons être délivrés de la difficulté présente ; aussi, lorsque le mauvais moment est passé, le désir cesse de même. Si, au contraire, c’est la personne du Seigneur qui est l’objet de notre désir, nous soupirons après sa venue, pour le voir face à face, « comme il est », et les circonstances extérieures ont peu d’influence sur nous. Ce désir est alors aussi grand pendant les jours de soleil et de tranquillité, que pendant ceux de tempête et d’oppression.
Quand Jonas se trouva assis à l’ombre du kikajon, il n’eut plus aucun désir de mourir. Sa joie, au sujet de la plante et de son ombre fraîche, lui fit oublier sa mauvaise humeur ; et précisément ce fait montre combien il avait besoin d’un message spécial du Seigneur. L’état de son âme devait être manifesté et il le fut à sa profonde honte. Le Seigneur peut tout employer pour dévoiler les secrets et les profondeurs du cœur humain, même une plante « née en une nuit » ; et il le fait pour notre bonheur éternel et pour la gloire de son nom. Véritablement le chrétien peut dire : « Dieu en toutes choses ». Il peut percevoir sa voix dans les grondements de la tempête comme dans la flétrissure d’une plante.
Nous ne sommes pourtant pas encore arrivés au bout des voies de Dieu envers Jonas. Le kikajon n’était, comme nous l’avons dit, qu’un anneau dans la chaîne des circonstances ; l’anneau suivant est un ver ! « Et Dieu prépara un ver, le lendemain, au lever de l’aurore, et il rongea le kikajon et il sécha ». Le ver, si insignifiant qu’il pût être, n’en était pas moins le messager de Dieu, tout comme la tempête et le gros poisson. Un ver peut faire des merveilles, lorsque c’est Dieu qui l’emploie. Le kikajon sécha.
« Et il arriva que, quand le soleil se leva, Dieu prépara un doux vent d’orient, et le soleil frappa la tête de Jonas ». Tout doit concourir à amener Jonas à reconnaître son tort. Un ver et une brise légère — moyens merveilleux dans la main de Dieu. Mais c’est justement dans leur apparente faiblesse que se révèle la grandeur de notre Père céleste ! La tempête, le gros poisson, le ver, le doux vent d’orient — tous sont dans sa main des instruments pour l’accomplissement de ses desseins d’amour. Le messager le plus insignifiant comme le plus puissant doivent seconder ses desseins. Qui aurait pu penser qu’une tempête et un ver ensemble pourraient être les moyens d’accomplir une œuvre de Dieu ? Il en était pourtant ainsi. Comme nous l’avons remarqué en commençant, grand et petit ne sont que des expressions en usage parmi les hommes. Auprès de Dieu, il n’y a rien de grand, rien de petit. Il compte la multitude des étoiles, il n’oublie pas le passereau sur le toit. Il fait des nuages son cortège, et d’un cœur humble sa demeure.
C’est pourquoi, encore une fois : Dieu en toutes choses. Pour le croyant, il n’y a pas de hasard, rien qui soit sans importance dans tout ce qu’il rencontre. Il peut avoir à passer par les mêmes circonstances que les autres hommes, et à faire face aux mêmes tentations ; mais il ne doit pas les interpréter suivant les mêmes principes. Elles parlent à son oreille ouverte un tout autre langage qu’à l’oreille de l’homme naturel. Il devrait distinguer la voix de Dieu et reconnaître ses messagers dans les choses les plus ordinaires comme dans les plus importantes de chaque jour. Il ferait ainsi de précieuses expériences.
Le soleil qui suit sa course majestueusement, et le ver qui rampe dans une plante, ont tous les deux été créés par Dieu, et tous deux peuvent concourir à l’exécution de ses desseins insondables. C’est le même Dieu qui a établi les bornes de la terre, qui a rassemblé le vent dans le creux de sa main et a serré les eaux dans un manteau, qui donne aussi sa nourriture au corbeau, et rafraîchit l’herbe par sa rosée. Et ce Dieu est notre Dieu d’éternité ! « Louez-le, jeunes hommes et les vierges aussi ; vous vieillards, avec les jeunes gens ».
ME 1867 p. 416
Je voudrais dire quelques mots sur la complète destruction du moi qui a lieu dans la croix. La croix réduit le moi à néant. Combien nous le réalisons faiblement quant à la pratique ! Regardons à Jésus, et nous apprendrons dans quelle petite mesure nous connaissons la puissance de la croix pour une entière abnégation de nous-mêmes.
En Jésus nous voyons un homme qui possédait une justice humaine parfaite ; un homme aussi en qui « toute la plénitude de la déité habitait corporellement » ; et quel fut, malgré cela, le chemin que Jésus prit ? Qu’est-ce que la croix a été pour lui ? à quoi le réduisit-elle ? À l’abandon complet de toute cette justice humaine, de tout ce pouvoir divin. La puissance parfaite de son amour fut constatée, non seulement en ce qu’il ne cherchait pas « sa propre satisfaction », et, bien « qu’étant en forme de Dieu et ne regardant pas comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, qu’il s’anéantit lui-même, et étant trouvé en figure comme un homme, qu’il s’abaissa lui-même » (Phil. 2), pour prendre la place où nous mettait notre désobéissance ; mais en ce que à cette place même prise par amour, il consentit à être entièrement rejeté — à être réduit à rien, afin que l’amour put briller de tout son éclat.
La chair en nous est profondément subtile ; quand nous montrons de l’amour, nous nous attendons à ce qu’il soit apprécié ; et si tel n’est pas le cas, si, lorsque nous avons donné une preuve d’affection, nous n’obtenons aucun retour, pas même une bonne parole, nos cœurs se découragent et se refroidissent dans l’exercice de l’amour. Quand nous nous sommes occupés des autres avec intérêt, nous avons peut-être expérimenté ce que c’est que de rencontrer ce dont il est parlé dans la deuxième épître aux Corinthiens : « Bien que vous aimant beaucoup plus je sois moins aimé » (12:15) ; et nous avons trouvé qu’en nous abaissant, l’unique résultat pour nous en était d’être moins considérés, d’être mis plus bas encore. Il en a été ainsi de Jésus. Plein de patience et de tendresse, il fut livré au pouvoir de la malice de Satan, et pendant qu’il accomplissait son œuvre d’amour, que trouvait-il en nous ? L’homme se servit de son abaissement pour le traiter avec le dernier mépris. Il était « l’opprobre des hommes et le méprisé du peuple » ; ils l’enserraient de toutes parts : « Des chiens m’ont environnés, une assemblée de méchants m’a entouré ; ils ont percé mes mains et mes pieds ; beaucoup de taureaux m’ont environné, des puissants de Basan m’ont entouré ; ils ouvrent leur gueule contre moi, comme un lion déchirant et rugissant » (Ps. 22). « J’ai attendu des consolateurs... mais je n’en ai pas trouvé » (Ps. 69). « Mon intime ami aussi, en qui je me confiais,... a levé le talon contre Moi » (Ps. 41) ; et le disciple qui s’était surtout mis en avant pour témoigner son attachement pour le Seigneur et qui avait dit : « Si même tous étaient scandalisés, je ne le serai pourtant pas, moi », renia Jésus avec des imprécations et des blasphèmes.
Jésus ne trouva aucun épanchement pour sa douleur, aucune consolation de la part des hommes ; et ici nous est dévoilée la portée de cette parole : « Et toi, Éternel ! ne te tiens pas loin ! » (Ps. 22). Repoussé par le mépris de ceux qu’il servait en amour, serré de près, cerné par ceux auxquels il apportait le salut, son âme se tourne vers Dieu : « Et toi, Éternel ! ne te tiens pas loin ». Mais Dieu lui a caché sa face : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est alors que Jésus se trouve aux prises avec les ténèbres et la colère dans toute leur intensité ; il n’y avait de sympathie d’aucun côté : autour de lui s’agitait la haine mortelle de l’homme, au-dessus de lui régnait une épaisse obscurité ; tout lui faisait défaut sauf la puissance de l’amour. « Je suis enfoncé dans une boue profonde, et il n’y a pas où prendre pied ; je suis entré dans la profondeur des eaux et le courant me submerge » (Ps. 69). Les vagues et les flots passaient sur lui ; tout était englouti par les eaux, tout excepté l’amour — c’était là ce qui le soutenait.
L’amour était plus fort que tout, et cet amour, c’était nous qui en étions les objets.
Lorsque nous voyons ce que Jésus était, ayant ainsi fait abnégation complète de lui-même, nous touchons à la profondeur de l’amour. S’il avait renoncé à tout quant à lui-même, la plénitude de l’amour était toujours là, car il est Dieu et Dieu est amour. Nous avons trouvé, chers frères, la plénitude de l’amour en Jésus, et c’est notre part éternelle ; nous connaîtrons, nous savourerons cet amour pendant l’éternité tout entière.
Quand « Jésus passait de lieu en lieu » ici-bas, c’était « en faisant du bien » (Actes 10:28) ; il ne pouvait pas, quelque humble et abaissé qu’il fut, ne pas user de sa puissance, quand il s’agissait de faire du bien ; il devait le manifester. Il y avait, par conséquent, dans la vie de Jésus, dans ses actes sur la terre, quelque chose que le cœur naturel devait reconnaître et goûter. Nous aimons à être délivrés de nos maladies ; quand Jésus ressuscitait les morts, les foules se réjouissaient de ce que leurs amis étaient rendus à la vie... Mais à la croix, il n’y avait aucune manifestation de cette puissance ; il n’y avait pas de miracles, il n’y avait que de la faiblesse et de l’abaissement. Jésus a été « crucifié en infirmité » (2 Cor. 13:4). Éprouvé de la part des hommes, tenté par Satan, abandonné de Dieu, la croix ne manifeste en Jésus que l’amour, la profondeur, la plénitude, la richesse de l’amour, cet amour qui est notre part heureuse et précieuse pour toujours.
Le cœur naturel, en chacun de nous, hait la puissance de la croix. Nous aimons ce qui plaît aux yeux ; nous cherchons ici-bas un peu d’honneur. La croix flétrit tout l’orgueil de la gloire de l’homme, c’est pourquoi nous ne l’aimons pas. Examinons-nous nous-mêmes à cet égard, mes bien-aimés, sommes-nous vraiment disposés à accepter la croix dans toute cette signification qui est la sienne et à dire : « Il ne me faut rien de plus » ? « Qu’il ne m’arrive pas à moi, de me glorifier, sinon en la croix de notre Seigneur Jésus Christ, par laquelle le monde m’est crucifié et moi au monde » (Gal. 6:14). Puissent nos cœurs se reposer dans cette confiance vivante que Jésus est notre part éternelle, qu’en demeurant en Lui nous demeurons en Dieu, en « Dieu qui est amour ». Bien des chrétiens recherchent les choses mêmes qui les rendent incapables de connaître la puissance de cet amour dans leur cœur. Nous ne pouvons jouir à la fois de l’amour et de l’orgueil. Tout ce qui nourrit le moi, quoi que ce puisse être — les honneurs, les talents, le savoir, l’opulence, les amis, la considération publique, tout ce en quoi l’homme naturel se complaît, — nourrit en nous l’orgueil, rend Christ moins précieux et la jouissance de son amour moins complète.
Que le Seigneur nous donne de savoir ce que c’est que d’être « crucifiés au monde » ; et rendons grâces à Dieu, mes frères, de tout ce qui abaisse notre moi.
La nécessité des persécutions et des tribulations pour garder l’Église pendant qu’elle est dans le monde, nous démontre la sagesse miséricordieuse de notre Dieu. Les temps de persécution sont ceux de sa prospérité. Satan ne dort pas ; il est plus à redouter quand il mine sourdement, que quand il détruit ouvertement ; son but est de séduire même les élus, s’il était possible, en les engageant par des motifs spécieux à faire son œuvre, en dépit de la sincérité de leur cœur. Dans son désir de rectifier l’idée fausse que la religion consiste tout entière à vivre différemment des autres, l’Église a fini par vivre dans une étroite conformité au monde. Elle a voulu prévenir une méprise, mais elle est devenue infidèle à sa mission, en présentant le christianisme sous un faux jour, et en donnant une fausse ressemblance de son Seigneur. Il est vrai que par là le monde a été réconcilié, en grande partie, avec des choses qui, si elles étaient fidèlement représentées, n’obtiendraient jamais son approbation ; mais l’Église, en atteignant ce but, a rendu contre elle-même un bien triste témoignage. N’est-ce pas là la raison pour laquelle le christianisme est beaucoup plus une profession qu’une confession ? — Quoique nous soyons errants et dispersés, nous n’allons pas çà et là « annonçant la bonne nouvelle de la Parole ». Nous sommes entrés dans le monde ; nous avons marché au milieu de ses enfants ; nous nous sommes arrêtés, nous nous sommes assis auprès d’eux ; nous leur avons présenté notre main ; ils nous ont présenté la leur, et maintenant nous marchons agréablement ensemble. Si nous ne les imitions pas dans le luxe et la vanité, ils ne viendraient pas au-devant de nous. Si notre conduite et notre conversation étaient en témoignage de la vérité et de la justice, ils auraient bientôt pris congé de nous. Les temps sont dangereux, lorsque les chrétiens ont le loisir de jouer avec les idoles.
Un ami, qui m’est cher, disait que l’Église est maintenant si satisfaite de son veuvage qu’elle a cessé d’attendre le retour du Seigneur. Telle est notre position. Les temps de persécution ont l’avantage de faire converger toutes les facultés de l’âme vers un seul point. Combien la grâce de l’attente patiente est magnifique chez Rutherford et chez d’autres croyants persécutés ! L’amour appellerait presque des temps difficiles, dans la crainte que la cause de CELUI que NOUS AIMONS ne soit déshonorée ; et plus nous nous réjouissons dans le Seigneur, plus cette crainte nous afflige. En mener deuil est de peu d’utilité ; la grande question pour nous est de savoir comment nous pourrons rendre témoignage contre ce mal, tout en cherchant le bien de notre génération. Et puisque dans tous les âges il doit y avoir un certain nombre de personnes qui rendent à Dieu un fidèle témoignage, comment nous conduirons-nous au milieu de ces êtres privilégiés ? Il se confie à notre amour ; nous sommes comme des volumes de sa bibliothèque destinés à être lus par le monde ; par quels moyens remplirons-nous fidèlement notre mission ? Ne sera-ce pas en obéissant au commandement, si souvent répété et si souvent foulé aux pieds de nous aimer les uns les autres ; en contribuant à une heureuse communion entre membres du corps ; en répandant davantage autour de nous l’atmosphère céleste de l’amour, et en en démontrant davantage l’existence par toute notre conduite ? Avec quelle instance Il nous excite à cette grâce, et cela sans y apporter aucune limite : « Je vous donne un commandement nouveau que... comme je vous ai aimés, vous aussi vous vous aimiez l’un l’autre ! » Cet amour porte au renoncement à soi-même ; « Étant riche, Il a vécu dans la pauvreté pour vous ». C’est un amour dévoué ; « Il s’est donné lui-même pour nous » ; — « étant attachés les uns aux autres par affection fraternelle » ; — « étant obligeants et compatissants » ; — « pleurant avec ceux qui pleurent, étant dans la joie avec ceux qui sont dans la joie » ; — « si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » ; — « chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres » ; — « marchant dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés » ; — « nous associant aux humbles » ; — « prenons garde l’un à l’autre, pour nous exciter à l’amour et aux bonnes œuvres ; n’abandonnant pas le rassemblement de nous-mêmes,... et cela d’autant plus que nous voyons le jour approcher » ; montrant en toute chose débonnaireté, douceur, fidélité, pardon et support. Je pense que si chaque corps de chrétiens visait davantage à cela, en action, en parole et en esprit dans les diverses localités où ils sont placés, le monde serait beaucoup plus convaincu par cette unité-là que par tous les autres moyens qu’on cherche à employer. Les hypocrites auraient honte de se couvrir de Christ comme d’un vêtement honorable, tandis que les croyants se revêtiraient bien plus complètement de lui, et pourraient le supporter étroitement lié à eux par le lien de la perfection, qui est le signe auquel on reconnaît ses disciples.
Il me semble que les ministres fidèles se bornent trop à l’évangélisation, et qu’ils négligent la partie la plus difficile de leur œuvre, qui consiste à sonder les cœurs. Ils devraient veiller sur les âmes, les avertir, les exhorter ; montrer, d’après les Écritures, les erreurs de l’intelligence et celles de la vie ; de cette manière, les membres du corps entreraient mieux dans les circonstances les uns des autres, et s’identifieraient mieux aussi aux intérêts de l’Église ; les actions de grâces seraient multipliées, et un plus grand nombre de personnes rendraient gloire à Dieu. Il est plus facile de faire des démonstrations extérieures d’amour qu’il ne l’est d’avoir l’Esprit de Dieu ; et cependant, sans l’Esprit, tous nos efforts pour aimer, pour montrer de l’humilité et de la spiritualité, seraient une parodie de Christ, une carcasse sans âme. Rien ne me paraît plus propre à nous placer dans un état d’attente et à nous séparer du monde, que de fixer sans cesse nos yeux sur le second avènement du Seigneur. C’est alors que notre âme s’élance en avant, joyeuse d’être délivrée de tous les efforts de Satan pour la maintenir dans de fausses vues sur ce sujet. J’aimerais aussi sentir davantage que le don de notre argent est le plus faible de tous les témoignages de notre amour. Tout en produisant le renoncement à soi-même, l’amour produit aussi la générosité sous toutes les formes possibles. Contemplons donc chaque jour davantage, comme dans un miroir, la gloire de Dieu, jusqu’à ce que nous ayons été transformés à son image. Réchauffons-nous en nous tenant plus près de la fournaise de l’amour. Qu’Il veuille amollir nos cœurs en les imprégnant de son Esprit ; qu’Il fasse déborder ses sources tout autour de nous ! N’avons-nous pas été aimés ? N’aimons-nous pas à notre tour ? Ne sommes-nous pas dans la lumière ? N’avons-nous pas été les objets de cette prière : « Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ? » Il est possible que ma pauvreté dans l’amour me fasse sentir plus vivement les besoins de l’Église à cet égard. Il faut que je prie avec plus d’ardeur pour avoir « une affection fraternelle sans hypocrisie », pour « aimer ardemment, d’un cœur pur », en œuvre et en vérité, comme je m’aime moi-même, non de cet amour qui provient du devoir, mais de l’amour qui engendre le devoir ; pour aimer comme des frères les enfants de Dieu avec lesquels je dois vivre, aussi bien que ceux que je rencontre occasionnellement. Cette grâce divine n’est-elle pas rehaussée encore à nos yeux, si nous pensons qu’elle est le commandement de Christ, son dernier, je dirai même son seul commandement, lequel Il donna à ses disciples, lorsque, oubliant ses propres sentiments et ses propres angoisses, Il ne s’occupait qu’à les consoler ? Je pense souvent que nous n’apprécions pas assez la grâce qui a déjà été accordée. Il y a tant de mal au dedans de nous, que nous craignons d’y regarder pour y voir cette grâce ; et souvent nous la voyons tellement mélangée chez les autres, que nous ne pouvons la séparer de la créature ; mais encore un peu de temps, et toute l’œuvre de Dieu en nous sera manifestée à sa louange et à sa gloire. Tous ceux qui auront reçu un seul verre d’eau froide seront là pour en rendre témoignage, alors même que nous en aurons perdu le souvenir (Matt. 25:37).
Nous avons tous l’occasion de souffrir pour le nom de Christ, et ce qui me paraît distinguer nos souffrances d’avec celles que nous avons en commun avec le monde, c’est qu’elles proviennent d’un principe, d’une épreuve de la foi, d’un choix volontaire de souffrir en la chair, afin de ne renier Christ en aucune manière. Elles consistent à renoncer à soi-même, à se charger de sa croix chaque jour, à se couper la main droite, à s’arracher l’œil droit, plutôt que de pécher. Oh ! combien il y a de ces martyres secrets, inconnus aux hommes, mais précieux devant Dieu ! Je crois qu’il n’y eut jamais un temps où l’union qui existe entre le règne et la souffrance dût être mise en avant avec plus de force, car la vie de beaucoup de chrétiens est comme un refus du martyre, elle dit hautement qu’ils ne veulent pas du bûcher. C’est par expérience que je parle. Le Seigneur veut bien plutôt des preuves que des paroles. Après que Pierre, dans sa grande détresse, eut répondu : « Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime » ; Jésus, en lui disant : « Pais mes brebis », lui en demanda la preuve. Les chrétiens sont quelquefois si subjugués, si captivés par ce qui tombe sous les sens, qu’ils ne font que peu de cas de cette parole sérieuse : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements » ; et, dans la conviction que leur âme ne peut être perdue, ils vivent en s’accordant des jouissances illégitimes, plutôt que de passer par la torture d’un cœur entièrement déchiré et brisé. Mais assurément, si le règne de Christ pendant mille ans doit être pour lui une récompense particulière à cause de ses souffrances, comme « Fils de l’homme, Fils de David », récompense distincte de la gloire éternelle, ceux-là seulement qui auront participé avec lui aux souffrances, régneront avec lui. Il me semble que, quoiqu’il y ait maintenant beaucoup de chrétiens sauvés, il n’y en a que peu qui soient prêts pour ce règne. « En tant que vous avez part aux souffrances de Christ, réjouissez-vous, afin qu’aussi, à la révélation de sa gloire, vous vous réjouissiez avec transport. Si vous êtes insultés pour le nom de Christ, vous êtes bienheureux, car l’Esprit de gloire et de Dieu repose sur vous ». — « Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui ». — « Si nous souffrons, nous régnerons aussi avec lui ». — « Nous-mêmes nous nous glorifions de vous dans les assemblées de Dieu, au sujet de votre patience et de votre foi dans toutes vos persécutions, et dans les tribulations que vous supportez, lesquelles sont une démonstration du juste jugement de Dieu, pour que vous soyez estimés dignes du royaume de Dieu, pour lequel aussi vous souffrez ». « Celui qui vaincra,... je lui donnerai autorité sur les nations ; et il les paîtra avec une verge de fer, comme sont brisés les vases de poterie, selon que moi aussi j’ai reçu de mon Père ; et je lui donnerai l’étoile du matin ». « Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne ». « J’écrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la cité de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel d’auprès de mon Dieu, et mon nouveau nom » ; « Je lui donnerai de s’asseoir avec moi sur mon trône, etc. ». « Si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ ; si du moins nous souffrons avec lui, afin que nous soyons aussi glorifiés avec lui ». « Pour le connaître, Lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, étant rendu conforme à sa mort, si en quelque manière que ce soit, je puis parvenir à la résurrection d’entre les morts ». « D’autres furent torturés, n’acceptant pas la délivrance, afin d’obtenir une meilleure résurrection ». Lorsque la mère des fils de Zébédée demanda à Jésus que ses fils eussent les premières places dans son royaume, Il répondit : « Vous ne savez ce que vous demandez ; pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, et être baptisés du baptême dont je suis baptisé ? » Les disciples se réjouissaient d’avoir été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus, et de ce qu’il leur avait été donné, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui.
N’allez pas croire, d’après ce que je dis, que je fasse peu de cas du principe de l’amour, et que je veuille retourner à celui des récompenses. Non ; gagnez le cœur et vous avez gagné l’homme. L’amour élève les choses les plus basses. L’amour ne peut s’arrêter ; il dépasse la loi, et la laisse à grande distance derrière lui. La question n’est pas : Que dois-je faire ? mais : Que puis-je faire ? En attristant l’objet qu’il aime, l’amour s’attriste lui-même. C’est là ce ressort secret des actions du chrétien, qui le fait souvent passer dans le monde pour un enthousiaste. Rien ne peut arrêter l’amour ; il se charge de sa croix et poursuit son objet à travers des montagnes de difficultés. C’était l’amour qui fortifiait le cœur de Marie lorsque les soldats tremblaient de peur. C’était l’amour qui la retenait près du sépulcre, lorsque tous les disciples s’en étaient allés. L’amour voudrait que tous fussent participants de son bonheur ; il passe par-dessus les opinions humaines ; il ne cesse de s’écrier : « Que rendrai-je à l’Éternel ? tous ses bienfaits sont sur moi ». « Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute ». Cependant l’amour lui-même a besoin d’être sans cesse ranimé et réveillé, car souvent il est comme mort, la chair l’endort par ses douces chansons, et le démon l’engourdit en lui donnant son opium.
Quelles pauvres créatures nous sommes, avec nos continuelles oscillations ! Tantôt élevés jusqu’aux cieux, tantôt abaissés jusqu’au fond des abîmes, par la force de l’angoisse ! Satan est si vigilant, qu’il sait fort bien quand et comment il pourra assaillir notre âme de la manière la plus efficace. Il se réjouit quand il peut nous plonger dans l’abattement par des tentations multipliées, et, bien que nous sachions que chaque vague nous rapproche davantage du pays de notre héritage, souvent la foi chancelle, lorsque, pendant plusieurs jours, il ne parait ni soleil, ni étoiles, et qu’une grande tempête nous presse. Ordinairement ces choses nous arrivent, ou pour que le bâtiment soit déchargé, ou pour que notre foi soit éprouvée, ou pour que nous voyions combien elle est petite. Mais quelque excellent qu’en soit le résultat, l’exercice n’en est pas moins pénible ; et il est humiliant d’entendre le Seigneur nous dire : « Où est votre foi ? » Néanmoins, c’est dans de tels moments que nous sommes excités à la reconnaissance envers Celui dont l’amour et la fidélité ne manquent jamais, alors même que notre foi et notre espérance ont manqué ; et si sous sommes obligés de dire : « Mon pied a glissé », nous pouvons aussi ajouter : « Ta bonté, ô Éternel ! m’a soutenu ». L’or du sanctuaire est éprouvé avant d’être accepté, et il passe par le creuset, non pas parce qu’il est sans valeur, mais parce qu’il est très précieux.
Theodosia Anne Powerscourt (Lettres)
Que Dieu est bon d’éprouver notre foi ! Nous parlons facilement des promesses, mais savoir en faire usage c’est tout autre chose. Il nous est difficile de prendre le Seigneur au mot, sans aucune preuve extérieure ; mais combien Lui est miséricordieux en nous introduisant dans les secrets de son amour, ne nous laissant pas voguer tout doucement le long du cours du temps, mais nous envoyant de temps en temps de grandes et rudes vagues qui nous lancent sur les promesses ! Il adoucit nos amertumes ; Il rend amer ce qui nous est doux. Ce qu’il y a de plus relevé pour le chrétien, c’est d’aller en avant appuyé sur les promesses. Plus nous sommes obligés d’en éprouver la valeur, plus nous sommes privilégiés, parce que nos pensées ne sont plus selon le monde. C’est en vérité une grande chose que de se confier en Dieu, quelles que soient nos circonstances, de regarder nos afflictions comme nos véritables joies, et nos souffrances comme notre vrai bonheur. Il nous prive des objets terrestres de nos affections, afin que nos cœurs s’élevant jusqu’à l’objet qu’ils doivent aimer, s’attachent fortement à lui qui est la source de tout bien. Tout autre amour n’est que le ruisseau comparé à l’océan ; l’un est limité par les bornes étroites du cœur humain ; l’autre est immense comme la pensée infinie de Jéhovah. Profitons de nos privilèges et nourrissons nos âmes des promesses de Celui qui sait ce qu’Il dit.
Dieu permet que ce monde soit tribulation pour nous, et comme Il ne veut pas nous tromper, Il nous dit que nous ne devons pas y attendre autre chose ; mais aussi Il nous indique deux grands moyens de patience, savoir, « de nous réjouir dans l’espérance, et d’être persévérants dans la prière ».
Si nous demandons quelque chose selon sa volonté, nous pouvons croire que nous avons une réponse. Il ne veut pas la mort du pécheur, mais bien plutôt que tous soient sauvés. Nous n’avons pas, parce que nous ne demandons pas. Croyons-nous réellement au prochain avènement de Jésus ? Cela peut-il se voir dans toute notre conduite ? Notre vie est-elle tellement une vie d’obéissance qu’elle réfléchisse l’image de Christ, et que plusieurs soient comme forcés de dire : « J’aimerais voir Jésus ? » Il ne se méprend ni à l’égard de ce qui est pour notre bien, ni à l’égard de ce qui tend à sa gloire. J’ai découvert qu’Il a renfermé mon bonheur dans le creux de son bouclier, pour qu’il soit à l’abri de l’influence de toute créature. Pourquoi mèneraient-ils deuil sur quelqu’une des choses d’ici-bas, ceux qui sont réconciliés avec le juge de toute la terre, qui ont accès en tout temps auprès de lui, et qui peuvent s’entretenir avec lui dans l’intimité ; ceux dont l’espérance repose sur son amour et qui le voient toujours comme un ami éprouvé dès longtemps ; ceux dont les tribulations mêmes sont changées en bénédictions, et qui ont pour leur Dieu, ce Dieu qui veut les bénir comme Dieu ? Tout ce qui lui appartient est à nous. Sa puissance est à nous ; — personne ne nous ravira de sa main. Sa sagesse est à nous, — car toutes choses travaillent ensemble pour notre bien. Sa sainteté est à nous, — car le péché n’aura pas domination sur nous. Sa justice est à nous, — car Il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés. Sa fidélité est à nous, — en ce qu’elle nous assure de l’accomplissement de toutes ses promesses. Son éternité est à nous ; — « parce qu’Il vit, nous aussi nous vivrons » ; « ainsi nous serons toujours avec le Seigneur » ; « mon Seigneur et mon Dieu ! » Chaque péché devrait augmenter notre confiance, en nous faisant voir de la manière la plus convaincante combien Jésus nous est nécessaire. Notre faiblesse même nous force à vivre, par la foi, de Celui qui est puissant pour sauver. Lorsque le courant des eaux terrestres est à sec, nous sommes obligés de nous attacher à Celui qui est tout en tous, et ainsi nous pouvons trouver le bonheur dans sa plénitude. Tout ce qui nous entoure semble nous crier : Va à Jésus. Notre grand privilège, dans un monde tel que celui-ci, c’est de pouvoir discerner que tout vient directement de lui. S’il en était autrement, nous ne pourrions posséder notre âme par la patience, nous ne pourrions comprendre qu’Il se propose un but dans tout ce qu’Il fait. Plus ce qu’Il nous dispense est pénible, plus nous devons le croire nécessaire ; nous ne savons pas encore ce qu’Il fait, mais nous le comprendrons dans la suite. Ses desseins demeurent fermes, et chaque heure les déroule à nos regards. Il est écrit, non pas que l’enfant qu’eut David de la femme d’Urie tomba malade, mais que l’Éternel frappa l’enfant. C’était l’enfant de l’homme selon le cœur de Dieu ! Il pria, il jeûna, et il ne fut point exaucé ; cependant il dit : « Invoque-moi au jour de la détresse ; je te délivrerai et tu me glorifieras ». Oui, Il nous délivrera selon sa propre voie et, quelle qu’elle soit, nous le glorifierons ; « Je blesse et je guéris ». Les mains qui ont été percées pour nous, peuvent seules nous blesser avec tendresse, et nous guérir parfaitement. Il vaut presque la peine d’avoir une blessure pour expérimenter avec quelle tendresse Il guérit. Oh ! comme Il nous épargne, lorsqu’à tant d’égards nous aurions mérité ses châtiments ! Avec quelle douceur Il nous traite ! S’il agite sa verge au-dessus de nous, c’est afin de nous ramener à nous-mêmes. Souvent Il se sert du péché même qu’Il veut nous faire haïr, comme d’un dard dont Il blesse, afin de se verser lui-même dans la plaie, tandis que sa douce voix nous dit : Revenez à moi, car je suis plein de compassion, lent à la colère, me repentant du mal dont j’ai menacé. Notre place c’est encore l’école ; pour moi, je dois y apprendre mon entière dépendance par rapport à chaque consolation et à chaque pensée ; je n’ai point de provision ; je ne sais rien ; il faut que Dieu me dise ce qu’Il approuve et ce qu’Il blâme, ce qui chez moi est vanité, ce qui en lui est sagesse.
Travaillons diligemment jusqu’à ce qu’Il vienne, dans la position dans laquelle Il nous a placés. Quand nous livrerions nos corps pour être brûlés, quand nous donnerions tous nos biens pour la nourriture des pauvres, quand nous parlerions sur toutes choses comme des anges, tout cela ne servirait qu’à notre condamnation, si nous n’avions pas compris cette parole : « donne-moi ton cœur ». Douce consolation ! jamais Il ne sera fatigué de nos plaintes ! Il nous aime lorsque nous pleurons, autant que lorsque nous avons le cœur joyeux. Il aimait les larmes de Marie ; c’était pour lui le plus éloquent des langages. Bientôt toutes ces bagatelles seront mises de côté comme des jouets d’enfants. Dieu voit nos folies du même œil qu’un homme sage regarde son enfant, avec amour et compassion. Bientôt notre histoire sera finie et elle sera placée dans la bibliothèque de Dieu, comme un ancien volume de sa fidélité. Bientôt nous le verrons face à face ; nous connaîtrons comme aussi nous avons été connus. Bientôt la prophétie sera toute accomplie ! « Toute plante que mon Père céleste n’a pas plantée sera déracinée », mais la petite semence d’amour, répandue par sa propre main dans nos cœurs, fleurira dans les parvis de la maison de notre Dieu, d’éternité en éternité.
Combien nous serions heureux si nous pouvions voir toute chose à la lumière de Christ et en rapport avec lui ! De même que Joseph et Benjamin étaient plus aimés de Jacob que tous ses autres enfants, parce qu’ils étaient enfants de Rachel ; de même l’Église devrait nous être plus chère que tout au monde, parce qu’elle est chère à Christ. Je pense que nous retirerions un grand avantage de l’étude de la prophétie, si nous savions y voir chaque chose en rapport avec Christ, au lieu d’y voir Christ en rapport avec nous-mêmes. S’il nous est utile de nous reposer sur un Sauveur crucifié, en ce que par là nous nous élevons du moi jusqu’à lui, assurément il doit nous être plus avantageux encore de nous reposer sur un Sauveur glorifié, puisque nous en retirons une bien plus grande lumière. La vue de Jésus souffrant, quelque consolante qu’elle soit, quelque nécessaire qu’elle soit pour le salut de notre âme, nous reporte au temps où nous étions sous la malédiction et dans les douleurs d’une vie sans espérance et sans Dieu, tandis que la vue de Jésus glorifié nous pousse en avant jusqu’au temps où toutes nos peines auront fini pour jamais.
Je sais qu’il nous est toujours bon d’entendre répéter que « celui qui a promis est fidèle ». Je puis affirmer par ma propre expérience qu’Il dit vrai, quand Il annonce que c’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu. Le temps de notre extrême misère est pour lui le temps d’agir ; Il connaît notre affliction ; Il nous soutient dans nos détresses ; Il est une haute retraite dans le temps de l’angoisse ; et c’est lorsque notre âme est comme perdue, sans consolateur et sans libérateur, que Jésus s’approche, pour étendre sur elle les bras de ses consolations et pour l’entourer de toutes parts. Quelques jours encore, et ses messagers auront fini leur œuvre, la foi aura été rendue parfaite, et à son commandement les soupirs et les larmes s’enfuiront pour jamais. « Hâte-toi, mon bien-aimé ! ». « L’espoir différé fait languir le cœur ». L’absence est toujours l’absence, et nous ne jouirons du repos que lorsque nous serons unis à lui pour toujours. Ce n’est pas assez que nous soyons sûrs de lui, sûrs qu’Il nous aime et qu’Il nous aimera jusqu’à la fin. Nous savons tout cela. Nous sentons le prix des témoignages de son amour ; nous nous reposons sur lui-même, sur sa fidélité. Cependant nous ne pouvons nous passer de lui ; c’est sa présence dont nous avons besoin, et quoique la foi soit notre vie, il faut que nous soyons dans ses bras pour dire : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à mon bien-aimé ».
C.H. Mackintosh
« Or il y avait un certain homme malade, Lazare, de Béthanie, du village de Marie et de Marthe, sa sœur (et c’était la Marie qui oignit le Seigneur d’un parfum et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux, de laquelle Lazare, le malade, était le frère). Les sœurs donc envoyèrent vers lui, disant : Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade. Jésus, l’ayant entendu, dit : Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle » (Jean 11:1-4).
Au temps de leur épreuve, ces deux sœurs se tournèrent vers la vraie Source — leur divin Ami : Jésus était pour elles un vrai Refuge, ainsi qu’Il l’est pour tous les siens dans l’épreuve, où, et quels qu’ils soient. « Invoque-moi au jour de la détresse, et je te délivrerai, et tu me glorifieras ». Nous sommes le plus souvent déçus lorsque, dans le besoin ou la difficulté nous nous tournons vers la créature pour obtenir aide ou sympathie. Les sources de la créature sont souvent taries. Les soutiens de la créature cèdent. Notre Dieu nous fera éprouver la vanité et la folie de notre confiance dans la créature ; la folie aussi de toutes les espérances humaines et terrestres. Et d’autre part, Il nous prouvera, de la manière la plus touchante et la plus évidente, la vérité de sa parole : « Ceux qui s’attendent à moi ne seront pas confus ».
Non, jamais, que son nom soit béni, Il ne manque à un cœur qui se confie en Lui. Il ne peut se renier Lui-même. Il aime à prendre occasion de nos besoins, de nos maux et de nos faiblesses, pour illustrer ses tendres soins et sa sollicitude à l’égard des siens. Il nous enseignera en même temps la stérilité des ressources humaines. « Ainsi dit l’Éternel : Maudit l’homme qui se confie en l’homme, et qui fait de la chair son bras, et dont le cœur se retire de l’Éternel ! Et il sera comme un dénué dans le désert, et il ne verra pas quand le bien arrivera, mais il demeurera dans des lieux secs au désert, dans un pays de sel et inhabité » (Jér. 17:5-6).
Il en sera toujours ainsi. Déception, stérilité, désolation, voilà les résultats certains de la confiance dans l’homme. Mais d’autre part — et le contraste est à remarquer — « Béni l’homme qui se confie en l’Éternel, et de qui l’Éternel est la confiance ! Il sera comme un arbre planté près des eaux ; et il étendra ses racines vers le courant ; et il ne s’apercevra pas quand la chaleur viendra, et sa feuille sera toujours verte ; et dans l’année de la sécheresse il ne craindra pas, et il ne cessera pas de porter du fruit » (Jér. 17:7-8).
Tel est le constant enseignement de l’Écriture quant aux deux côtés de cette grande question pratique. C’est une erreur fatale de regarder à l’homme, fût-il même le meilleur des hommes ; c’est toujours s’attacher, directement ou indirectement, à des citernes crevassées, qui ne retiennent pas l’eau. Mais le vrai secret de la bénédiction, de la force et de la consolation, c’est de regarder à Jésus, de recourir avec une foi simple, au Dieu vivant, qui prend son plaisir en ceux qui le craignent, et qui s’attendent à sa bonté ? Il secourt celui qui est dans le besoin.
Les sœurs de Béthanie firent donc ce qui est juste en adressant à Jésus ce message touchant : « Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade ». Et cependant Jésus, après qu’Il eût entendu que Lazare était malade demeura encore deux jours au lieu où Il était. « Or Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare ». Quand l’homme finit, Dieu commence ; il fallait non guérir un malade, mais ressusciter un mort, et un mort qui sentait déjà, pour que la gloire de Dieu fût manifestée. Il considéra et mesura tout cela parfaitement. Il était de cœur avec elles dans leur détresse. Aucun manque de sympathie n’était en Lui, ainsi que nous le verrons dans la suite. Malgré tout cela, Il ne vint pas ; Il pouvait leur sembler que le Maître les avait oubliées. Peut-être leur Seigneur et ami bien-aimé avait-il changé de sentiment à leur égard ? Quelque chose devait être arrivé pour élever un nuage entre elles et Lui. Nous savons bien comment notre pauvre cœur raisonne et se torture dans de pareils cas. Mais il y a un divin remède pour tous les raisonnements du cœur, et une réponse triomphante à toutes les sombres et horribles suggestions de l’ennemi. Quel est ce remède ? Une confiance inébranlable dans l’éternelle stabilité de l’amour de Christ.
Lecteur chrétien, ici gît le vrai secret de toute la force chrétienne. Ne permettez pas que rien n’ébranle votre confiance dans l’amour inaltérable de votre Seigneur. Quoiqu’il arrive : que la fournaise soit chauffée sept fois, les eaux très profondes, les ténèbres épaisses, le sentier raboteux ou la détresse sans nom, retenez toujours votre confiance dans l’amour parfait et la sympathie divine de Celui qui a prouvé son amour en descendant dans la poussière de la mort, en traversant les vagues effroyables de la colère de Dieu, afin de vous sauver de la mort éternelle. Ne craignez pas de vous fier à Lui pleinement, de vous abandonner à Lui sans réserve. Ne mesurez pas son amour à vos circonstances. Si vous le faites, i1 n’en résultera qu’une fausse conclusion. Ne jugez pas selon les apparences extérieures. Ne raisonnez pas d’après votre entourage. Allez au cœur de Christ et alors vous n’interpréterez plus son amour d’après vos circonstances, mais toujours vos circonstances d’après son amour. Laissez les rayons de sa faveur éternelle illuminer votre sentier. C’est alors que vous serez capables de répondre à toute pensée incrédule, d’où qu’elle vienne.
C’est une grande chose que d’être toujours capable de revendiquer ce qui est dû à Dieu ; même si nous étions capables de ne rien faire de plus, il est bon de se tenir comme un monument de son infaillible fidélité envers tous ceux qui mettent leur confiance en Lui. Qu’importe si l’horizon autour de nous est sombre et déprimant — si les nuages épais s’accumulent et si l’orage sévit. « Dieu est fidèle, qui ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de ce que vous pouvez supporter, mais avec la tentation, il fera aussi l’issue, afin que vous puissiez la supporter ».
En outre, nous ne devons pas mesurer l’amour divin par la manière dont il se manifeste. Nous sommes tous enclins à le faire, mais cela est une grande erreur. L’amour de Dieu se revêt de formes variées, et assez souvent la forme nous paraît, d’après notre vue superficielle et limitée, mystérieuse et incompréhensible ; mais si nous attendons avec patience et simple confiance, la lumière divine brillera sur ce que dispense la divine Providence, et nos cœurs seront remplis d’étonnement, de reconnaissance et d’adoration. Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées ; ni ses voies semblables à nos voies ; ni son amour semblable à notre amour. Si nous entendons parler d’un ami dans la détresse ou la difficulté, notre première impulsion est de courir à son aide et de l’aider dans son malheur, autant que cela nous est possible. Mais en ceci nous pouvons inconsciemment commettre une grande erreur. En lui venant en aide dans ce qui nous semble naturel au point de vue humain, nous pourrions agir en opposition au propos de Dieu, qui avait sans doute permis l’exercice pour son bien présent et éternel. L’amour de Dieu est un amour sage et fidèle. Il abonde à notre égard en toute sagesse et prudence. Nous, au contraire, nous commettons de graves erreurs, même quand nous croyons sincèrement faire ce qui est juste et bon. Nous ne sommes pas compétents pour comprendre toute la portée des choses, pour sonder les sinuosités et les opérations de la Providence, ni encore pour peser le résultat final de ce que Dieu nous dispense. À cause de cela il y a un besoin urgent de s’attendre à Dieu ; et surtout de garder fermement la confiance dans son amour immuable, inaltérable, et qui ne se trompe pas. Il manifestera tout. Il fera sortir la lumière du sein des ténèbres, la vie de la mort, la victoire d’une apparente défaite. Il fera résulter, d’une noire et profonde détresse, une riche moisson de bénédictions. Il fera coopérer toutes choses pour le bien. Mais Il n’agit jamais à la hâte. Il a ses desseins en vue, et Il les atteindra en son temps et à sa manière ; bien plus, de ce qui nous semble être un sombre et inextricable labyrinthe, Il fera sortir la clarté, et remplira nos âmes de louange et d’adoration.
Les pensées ci-dessus exprimées nous aideront à comprendre et à apprécier la conduite de notre Seigneur à l’égard des sœurs de Béthanie. C’était la gloire de Dieu qui était en jeu dans cette circonstance. Il dit : « Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle ». C’était une occasion pour le Seigneur de manifester la gloire de Dieu, et cela à l’égard de celles qu’il aimait d’une affection réelle et profonde, car nous disons, « Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare ».
Mais selon le jugement de notre Seigneur adorable, la gloire, de Dieu prenait le pas sur toute autre considération. Ni l’affection personnelle, ni la crainte de ceux qui voulaient le tuer n’avaient aucune influence sur ses mouvements. En toutes choses son mobile était la gloire de Dieu. De la crèche à la croix, dans toutes ses paroles et dans toutes ses œuvres, dans la vie et dans la mort il n’y eut devant Lui que la gloire de son Dieu et Père. C’est pourquoi, quoique ce pût être une bonne chose de soulager un ami en détresse, il en était une plus grande et beaucoup plus excellente : celle de glorifier Dieu ; et nous pouvons être assurés, que la chère famille de Béthanie ne souffrit aucune perte par un retard qui rendit plus éclatante encore la manifestation de la gloire de Dieu.
Souvenons-nous de ce fait dans nos jours d’épreuve et d’angoisse ! Si nous avons vraiment compris la pensée du Seigneur, même lorsqu’il semble être sourd à nos requêtes, ce sera pour nous une source de bénédictions au sein de la tribulation, quelque forme qu’elle puisse revêtir : que ce soit la maladie, les privations, la mort, le dépouillement, la pauvreté. « Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu ». Voilà le privilège de la foi. Et c’est non seulement près du lit d’un malade, mais même devant un tombeau, que le vrai croyant peut voir briller la lumière de la gloire divine.
Sans doute, le sceptique peut-être sourira à ces paroles : « Cette maladie n’est pas à la mort ». Il objectera que Lazare mourut quand même. Mais ces faits, pour la foi, n’étaient que des apparences ; elle y introduit Dieu et sa puissance, et trouve par ce moyen divin une solution à toutes les difficultés. Telle est l’élévation morale — la réalité d’une vie de foi. Elle voit Dieu au-dessus et au delà des circonstances. Elle raisonne, mais son raisonnement prend Dieu comme point de départ pour descendre aux circonstances humaines, au lieu de se baser sur les circonstances pour regarder à Dieu. La maladie et la mort ne sont plus rien en présence de la puissance de Dieu. La foi ne se laisse pas arrêter sur son chemin par ces difficultés. Celles-ci sont, ainsi que le disait Caleb à ses frères incrédules, simplement « le pain » pour le vrai croyant.
Mais ce n’est pas tout. La foi sait attendre le moment de Dieu, sachant que ce moment est le seul convenable. Elle se repose, en attendant, sur son amour immuable et sur son infaillible sagesse. Cela remplit le cœur de la plus douce confiance, et même, s’il y a du retard, — si le secours n’est pas envoyé de suite, — tout est pour le mieux, « en tant que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu », et tout doit par la suite concourir à la gloire de Dieu. La foi permet, à celui qui la possède, de revendiquer Dieu au milieu de la plus grande détresse, et de savoir confesser que l’amour de Dieu agit toujours pour le bien de ceux qui se confient en Lui.
C.H. Mackintosh
C’est un vrai repos pour le cœur de savoir que Celui qui a entrepris d’accomplir l’œuvre de notre salut au sein de notre faiblesse, de nos besoins et de toutes les exigences de notre chemin, du commencement à la fin, avait devant lui la gloire de Dieu. Dans l’œuvre de la rédemption, comme dans toute notre histoire, la gloire de Dieu occupe le premier rang dans le cœur de Celui avec qui nous avons à faire. À tout prix Il revendiqua et maintint la gloire divine. Il sacrifia toutes choses. Il déposa sa propre gloire, s’abaissa et se dépouilla Lui-même. Il offrit et laissa sa vie afin de poser le fondement impérissable de cette gloire qui remplit maintenant le ciel, — qui remplira bientôt la terre et brillera à travers tout l’univers pendant toute l’éternité.
La connaissance et le constant sentiment de ce fait doivent donner un profond repos à l’esprit, qu’il s’agisse du salut de l’âme ou du pardon des péchés ou encore des nécessités de notre marche journalière. Tout ce qui pourrait être un sujet d’anxiété pour nous pour le temps et l’éternité, Christ y a pourvu de la même manière qu’Il a pourvu à la manifestation de la gloire divine.
À cela, nous pouvons ajouter que dans toutes nos épreuves, nos difficultés, nos exercices, si un prompt secours ne nous est pas accordé, nous devons nous rappeler qu’il doit exister quelque motif caché en rapport avec la gloire de Dieu et avec notre bien final. Au temps de l’épreuve nous ne pouvons penser qu’à une chose, savoir à en être délivrés. Mais il y a beaucoup plus que cela à considérer. Nous devrions penser à la gloire de Dieu. Nous devrions nous efforcer de connaître son but en nous plaçant dans l’épreuve, et désirer ardemment que ce but soit atteint et que sa gloire soit en cela établie. Ceci serait pour notre pleine bénédiction, tandis que le soulagement que nous désirons si ardemment pourrait être la pire des solutions pour nous. Nous devons toujours nous rappeler que, par la grâce merveilleuse de Dieu, sa gloire et notre bénédiction sont si étroitement liées l’une à l’autre, que quand l’une est maintenue, l’autre est aussi parfaitement assurée.
Cette considération est très précieuse pour le cœur du chrétien. Toutes choses doivent concourir à la gloire de Dieu, de même que « toutes choses concourent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (Rom. 8:28). Il n’est peut-être pas facile de se rendre compte de cela quand on est dans l’épreuve. Quand nous veillons anxieusement au chevet d’un de nos bien-aimés, ou que nous nous trouvons dans une maison où le deuil est entré, ou que nous sommes nous-mêmes sur un lit de souffrance, ou lorsque nous sommes accablés par la perte de ce qui est tout pour nous sur la terre, dans de telles circonstances il n’est pas facile de penser à la gloire de Dieu et à notre bénédiction ; mais la foi peut néanmoins voir tout cela, et quant à l’incrédulité, qui est aveugle, elle est toujours sûre de se tromper.
Si les chères sœurs de Béthanie avaient jugé seulement par ce qu’elles voyaient de leurs yeux, elles eussent été terriblement éprouvées durant ces jours et ces nuits pénibles passés au chevet de leur frère bien-aimé. Et non seulement cela, mais quand le moment terrible arriva et qu’elles durent voir l’issue immédiate de l’épreuve, que de sombres raisonnements se fussent élevés dans leurs cœurs brisés et abattus !
Mais Jésus avait l’œil sur elles. Son cœur était avec elles, Il avait l’œil à tout et en cela aussi, au point de vue de la gloire de Dieu.
La scène entière, dans toute sa portée, son influence et son issue, était présente à son esprit. Il sentait pour et avec ces sœurs affligées comme un parfait cœur humain pouvait sentir. Quoique absent de corps, Il était avec elles en esprit, pendant qu’elles traversaient les eaux profondes de l’affliction. Son cœur humain entrait parfaitement, c’est-à-dire d’une manière divine, dans toutes leurs douleurs, et Il attendait seulement le « temps convenable » de Dieu pour leur venir en aide, et pour éclairer les ténèbres de la mort et du tombeau des rayons brillants de la gloire de la résurrection. « Après donc qu’il eut entendu que Lazare était malade, il demeura encore deux jours où Il était ». Il permit que les choses suivissent leur cours, que la mort entrât dans cette demeure aimée : tout cela en vue de la gloire de Dieu. L’ennemi pouvait croire que tout allait selon son désir, mais cela n’était qu’en apparence : en réalité la mort elle-même ne faisait que préparer la plateforme sur laquelle la gloire de Dieu allait apparaître : « Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle ».
Tel fut alors le sentier parcouru par notre Seigneur bien-aimé, un sentier en communion avec le Père. Chaque pas, chaque action, chaque parole avait chez Lui un rapport direct avec la gloire du Père. Malgré toute l’affection qu’il portait à la famille de Béthanie, son intérêt personnel ne l’amena sur la scène de leur douleur qu’au moment voulu pour la manifestation de la gloire divine, et alors rien ne put le retenir de s’y rendre. « Puis après cela, il dit à ses disciples : Retournons en Judée. Les disciples lui disent : Rabbi, les Juifs cherchaient tout à l’heure à te lapider, et tu y vas encore ! Jésus répondit : N’y a-t-il pas douze heures au jour ? Si quelqu’un marche de jour, il ne bronche pas, car il voit la lumière de ce monde ; mais si quelqu’un marche de nuit, il bronche, car la lumière n’est pas en lui » (v. 7 à 11).
Quant à Lui, Il marchait dans la pleine lumière de la gloire de Dieu. Les mobiles de ses actions étaient tous divins, tous du ciel. Il était parfaitement étranger à tous les motifs des hommes de ce monde, lesquels s’en vont en bronchant dans les épaisses ténèbres morales qui les entourent, — leurs motifs sont égoïstes, leurs buts sont de la terre et sensuels. Lui ne faisait jamais rien pour se plaire à Lui-même. La volonté et la gloire de son Père le gouvernaient en toutes choses. Les sollicitations de sa profonde affection naturelle ne pouvaient l’amener à Béthanie, ni la crainte des Juifs le retenir pour y aller. En tout ce qu’Il faisait, et en tout ce qu’il ne faisait pas, Il trouvait ses motifs dans la gloire de Dieu.
Précieux Sauveur ! enseigne-nous à marcher dans les divines empreintes de tes pas ! Accorde-nous de nous abreuver davantage à ta Parole ! Cela est vraiment ce dont nous avons besoin. Nous sommes si enclins à nous rechercher nous-mêmes, lors même qu’apparemment nous faisons ce qui est bien et que nous sommes visiblement engagés dans l’œuvre du Seigneur. Nous courons ci et là, faisons ceci ou cela, voyageons, prêchons, écrivons, et en même temps nous pouvons très bien le faire pour nous plaire à nous-mêmes et ne pas chercher réellement la volonté de Dieu. Puissions-nous étudier davantage notre divin Modèle ! Puisse-t-Il être toujours devant nos cœurs comme Celui à qui nous sommes appelés à être conformes ! Dieu en soit béni, nous avons la douce et réconfortante assurance que nous serons semblables à Lui, car nous le verrons tel qu’Il est ! Encore bien peu de temps, et nous en aurons fini avec tout ce qui entrave nos progrès et interrompt notre communion. Jusqu’alors, puisse le Saint Esprit opérer dans nos cœurs, et nous tenir occupés de Christ, nous nourrissant par la foi de ses perfections, afin que nos voies soient une plus vive expression de Lui, et que nous puissions porter davantage les fruits de la justice qui sont par Jésus Christ à la gloire et à la louange de Dieu !
Theodosia Anne Powerscourt (lettres)
Nous ne communiquons pas beaucoup ensemble pendant le chemin, mais nous aurons d’autant plus à nous dire à la fin du voyage. Notre histoire sera merveilleuse, telle que les anges aiment à l’entendre. Alors toutes les épreuves de notre foi seront à la louange et à la gloire de Jésus ! Nous exprimons notre amour pour Dieu de beaucoup de manières, et son cœur en est réjoui ; mais Il est un Dieu jaloux, à qui les paroles ne suffisent pas. La question si sérieuse : « M’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? » revient sans cesse. Il faut que nous soyons éprouvés pour connaître combien notre foi est petite. La fournaise doit être chauffée en proportion de d’augmentation de notre foi. Est-ce parce que Dieu prend plaisir à affliger ? Oh ! non ; mais l’épreuve fortifie la foi, et le feu en consume l’écume ; l’épreuve est plus précieuse à Dieu que l’or, parce que la foi la supporte. Il aime à voir des preuves de l’amour de son enfant, et à l’entendre dire : « Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime ». Chaque chose que Dieu nous dispense et qui est douloureuse n’est-elle pas un messager qui vient directement de son trône à notre cœur ? Si alors il nous semble que nous aurions supporté toute autre chose mieux que cela, souvenons-nous que le plus grand honneur que Dieu puisse nous faire, c’est de chauffer la fournaise autant que possible, parce que c’est alors qu’Il peut nous dire : « Ta foi est grande ». Les petites fournaises sont pour la petite foi. Oh ! calculons bien la dépense, lorsque nous disons : Je crois. Le sens de ce mot, dans le dictionnaire de Dieu, est d’une grande profondeur. La foi de Paul était prête à agir, mais que fut-il révélé à son sujet : « Je lui montrerai combien il faut qu’il souffre pour mon nom ». Il en a été ainsi dès le commencement. Nous ne voudrions pas ne pas avoir notre part des épreuves qui ont été dans tous les temps la portion de l’Église. Nous ne voudrions pas que Jésus attachât si peu de prix à notre amour, que de ne nous adresser jamais une question sur ce sujet, ou de n’en désirer jamais des preuves. Tout a été bien calculé. Il faut que chaque chrétien sente son épreuve spéciale, mais en même temps Dieu nous assure, dans sa fidélité, qu’avec chaque tentation Il donnera aussi l’issue, pour que nous puissions tout supporter, et que jamais nous ne serons éprouvés au delà de ce que nous pouvons. Lors même qu’il nous semble que toutes les issues sont fermées, Il sait comment nous délivrer. Quelle épreuve ce dut être pour Ésaïe, que d’être chargé pour Israël de ce terrible message : « Engraisse le cœur de ce peuple, rends ses oreilles pesantes et bouche ses yeux, de peur qu’il... ne se convertisse et qu’il ne soit guéri ! » Quelle épreuve ce dut être pour Abraham, que de quitter son pays et sa parenté, et de se rendre dans une terre étrangère sans savoir où il allait ! Quelle épreuve pour Noé, que d’être en butte aux moqueries et d’être regardé comme un insensé pendant qu’il construisait l’arche, selon le commandement de l’Éternel ! Combien la foi d’Isaac fut éprouvée au sujet de Jacob ! Combien celle de Jacob fut éprouvée au sujet de Joseph ! Combien celle de Moïse le fut aussi, lorsqu’il préféra d’être maltraité avec le peuple de Dieu, ayant estimé l’opprobre de Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte ! Quelle épreuve ce dut être pour lui que de quitter l’Égypte, en s’attirant tout le courroux du roi ! C’est lorsque nous cherchons à nous mettre à la place de ces hommes qui ont souffert, et à réaliser leurs circonstances, que nous comprenons cette parole : « Oh ! gens de petite foi ! » Considérons Gédéon, Barac, Samson, Jephté, David, Samuel. Quelles souffrances ont été les leurs ! « D’autres furent éprouvés par des moqueries et par des coups, et encore par des liens et par la prison ; ils furent lapidés, sciés, tentés ; ils moururent égorgés par l’épée ; ils errèrent çà et là, vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dans le besoin, affligés, maltraités ! » Et le Saint Esprit ajoute : « Desquels le monde n’était pas digne ». Quels pauvres chrétiens nous sommes ! Ne nous retirerions-nous pas en arrière, si nous avions au-devant de nous une semblable perspective ? Ne pourrait-Il pas nous dire : « Où est votre foi ? »
Ne craignons pas cette perspective, serrons-la sur notre cœur comme une marque de son amour. Lorsque nous serons, selon notre attente, au milieu de la grande multitude, qui sera venue de la grande tribulation, nous n’aurons pas seuls ce caractère particulier à toute la famille de Dieu, qui se lie étroitement au titre d’enfants et à toutes les bénédictions qui en découlent. Lorsque Abraham parlera de son Isaac, Isaac de son Jacob, Jacob de son Joseph, David de son Absalom, Jérémie de sa prison, Pierre de ses coups, Jean de son bannissement, Paul de ses périls, de ses fatigues, de ses veilles, de ses jeûnes, de son écharde en la chair, de l’ange de Satan qui le souffletait, n’aurons-nous rien à dire de semblable à la louange, à l’honneur et à la gloire de Jésus ? Car Dieu n’est pas injuste pour oublier le travail d’amour que nous aurons fait pour son nom. Dieu abandonna Ézéchias pour l’éprouver, afin de connaître tout ce qui était en son cœur. Dieu laissa les nations déchaînées contre les Israélites pour les éprouver. Il permit qu’il y eût au milieu d’eux de faux prophètes pour les éprouver. Il leur envoya la manne pour les éprouver. Il les conduisit aux eaux de Mara pour les éprouver. Il les fit voyager pendant quarante ans dans le désert pour les éprouver, pour connaître ce qui était en leur cœur. « Le creuset est pour l’argent, et le fourneau pour l’or ; mais l’Éternel éprouve les cœurs ». « Bienheureux est l’homme qui endure la tentation ! »
Recevons donc chaque épreuve avec amour ! C’est ainsi que nous verrons ce que Dieu est pour nous, combien Il est rempli de compassion même dans ses reproches, et avec quelle tendresse Il blesse le cœur qu’Il aime. Avez-vous jamais remarqué avec quelle douceur Il apporte un message pénible ? Il appelle ordinairement par leur nom ceux auxquels Il s’adresse : Abraham, Abraham ! Moïse, Moïse ! Il semble leur dire : « Je t’ai appelé par ton nom, parce que tu es à moi ». Il appelle ses brebis, nom par nom. Tous ceux qu’Il aime, Il les reprend ; mais Il voudrait que nous comprissions bien qu’Il ne nous reprend que dans l’amour. Maintenant que nous sommes « en spectacle pour le monde, et pour les anges, et pour les hommes », ne déshonorons pas notre Dieu. Qu’on voie en nous que « la tribulation produit la patience, et la patience l’expérience, et l’expérience l’espérance » ; et que nous pouvons nous glorifier dans les tribulations, parce que nous avons « vu la fin du Seigneur, savoir que le Seigneur est plein de compassions et miséricordieux ». Quand nous lisons le livre de Job, nous éprouvons un vif désir que Satan soit déjoué. Eh bien ! glorifions Dieu dans nos afflictions diverses, et nous déjouerons ainsi les machinations de Satan, car Job n’était pas du tout plus aimé que nous ne le sommes nous-mêmes ! Que la puissance de Jésus soit rendue parfaite dans l’infirmité, c’est la gloire de la dispensation actuelle ! La foi d’Abraham fut à la gloire de Dieu ; il crut, et il offrit son fils Isaac sur l’autel (Héb. 11:17 ; Jacq. 2:21). Soyons certains que le temps viendra où les œuvres les plus pénibles nous serons les plus douces. C’est par l’affliction que Dieu éprouve notre foi, aussi devons-nous recevoir chaque tribulation comme une faveur dont nous sommes indignes. « Si vous êtes sans la discipline, à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils ». Oh ! bénissons-le de ce qu’Il n’a pas dit : Laissez-les, comme nous l’aurions si justement mérité ! Mais j’espère que vous n’êtes pas dans l’affliction, quoique je vous parle ainsi. J’ai demandé au Seigneur de me donner pour vous les paroles les plus utiles, et je vous ai écrit tout cela. Vous n’en n’avez peut-être pas besoin maintenant, mais vous en avez eu besoin précédemment et vous en aurez encore besoin, si votre séjour dans ce monde de péché se prolonge.
La foi d’Abraham doit être pour nous un important sujet de méditation, puisqu’elle nous est proposée comme un modèle de foi jusqu’à la fin des temps ; aussi Dieu l’a-t-il éprouvée au plus haut degré, et par elle, il semble nous dire : contemplez mon amour. « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné son Fils unique ». Quand nous lisons : « En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde », ne nous semble-t-il pas qu’un tel sacrifice ait été, pour parler selon l’homme, la plus poignante douleur que la pensée divine pût imaginer ? Pour nous soutenir dans nos épreuves ordinaires, Dieu a voulu nous faire comprendre son amour, en lui donnant pour ainsi dire un corps en celui d’Abraham, et en plaçant devant nous ce père d’Israël comme le père des fidèles et comme exemple de foi. En n’épargnant point son propre Fils, comme Abraham n’avait point épargné son Isaac, Il a voulu nous prouver qu’avec son Fils unique Il nous donnera aussi toutes choses. Il a voulu de plus exciter notre amour et notre reconnaissance, en nous montrant que nos iniquités nous ont été remises au prix de l’amour manifesté d’avance en Abraham ; aussi requiert-Il de nous « que nous aimions la bonté, et que nous marchions humblement avec notre Dieu ».
Le Père avait en sa main le feu et le couteau, lorsqu’Ils montaient ensemble sur le calvaire. C’était entre eux seulement que tout se passait ; les actes les plus étonnants s’accomplissaient, et l’homme insensé les suivait sans intelligence. Que nous sommes heureux d’avoir pour garant un Dieu si sage et si rempli d’amour ! Déchargeons-nous de tous nos fardeaux, sans faire aucune question, sans nous arrêter à aucune conséquence ; que l’incrédulité ne dise point : comment supporterai-je le jour de l’épreuve ? « Courons avec patience la course qui est devant nous, fixant les yeux sur Jésus ». Si tes difficultés abondent, abondons en courage ; si nous sommes fatigués, jetons sur son épaule toute puissante tout ce qui nous empêche d’avancer. Nous oublions souvent que c’est une course de foi que nous poursuivons. Ne craignons pas de paraître insensés à ceux qui nous regardent, car la croix est « folie » pour ceux qui ne font que regarder.
Pour demeurer fermes, il nous faut une décision sainte et assurée. Fréquemment nous voyons un filet tendu sous nos pas, et quoiqu’il soit écrit que c’est « en vain que le filet est étendu devant les yeux de tout ce qui a des ailes », cependant notre folie surpasse tellement celle des bêtes des champs et des oiseaux de l’air, que nous nous précipitons, les yeux ouverts, au-devant des pièges qui nous sont agréables. Nous sommes décidés peut-être à ne point nous y laisser prendre et à faire tous nos efforts pour nous en retirer ; mais notre faiblesse actuelle ne suffit pas pour détruire notre confiance en notre force présumée pour l’avenir ; nos pieds finissent par être embarrassés, notre course se trouve arrêtée, et nous découvrons, mais trop tard, que le Dieu qui fortifie n’a point voulu nous accompagner dans le piège, et que nous sommes seuls en face de l’ennemi. Oh ! si nous étions sages ! Si nous étions bien décidés à nous détourner de l’abîme dans lequel notre faiblesse nous a précipités fréquemment, et où notre foi a été si près de faire naufrage ! Le Sage, parlant de la tentation, dit : « Éloigne-t’en, n’y passe point ; détourne-t’en, et passe outre ». Il ne faut point entrer en pourparler avec l’ancien serpent, car ses raisonnements sont des plus ingénieux ; il faut lui résister ou s’enfuir. Que rien n’entrave notre course ou n’affaiblisse notre foi, ou ne nous détourne de l’obéissance ! Nous avons devant les yeux l’immensité de cet amour qui porta Jésus à dresser résolument sa face pour aller à Jérusalem, afin d’obéir parfaitement à toute la volonté du Père. Soyons de bonne foi avec nous-mêmes, et ayons du zèle pour Dieu ! Ne faisons provision d’aucun des vêtements de Babylone, quelque beaux qu’ils paraissent ! Sanctifions-nous, car s’il y a quelque interdit dans notre cœur, nous ne pourrons demeurer debout au jour de l’épreuve. Nous perdons beaucoup de temps et nous faisons peu de progrès, parce que nous avons besoin de leçons réitérées pour chaque vérité. Il a dit : « Quiconque ne porte pas sa croix, et ne vient pas après moi, ne peut être mon disciple ». C’est un crucifié que nous suivons ! Oh ! qu’Il nous donne la simplicité pour connaître sa volonté, et la soumission pour l’accomplir ! C’est une leçon que quelques-uns ont beaucoup de peine à apprendre ; j’ai passé ma vie à en parler, tout en suivant ma volonté propre, à moins que la sienne ne fût en rapport avec la mienne.
C.H. Mackintosh
Il y a un proverbe anglais qui dit : « Un besoin extrême chez l’homme est une opportunité pour Dieu ». Nous aimons à le répéter, car nous le croyons ; et pourtant lorsque nous nous trouvons réduits à l’extrémité, nous sommes très souvent peu préparés à compter sur l’opportunité de Dieu. C’est une chose d’affirmer ou d’écouter une vérité, et une autre chose de réaliser la puissance de cette vérité ; une chose, en naviguant sur une mer calme, de parler de la puissance de Dieu pour nous garder de la tempête, et une autre chose de mettre cette puissance à l’épreuve lorsque la tempête sévit autour de nous. Et cependant Dieu est toujours le même. Dans la tempête comme dans le calme, dans la maladie comme dans la santé, dans l’épreuve comme dans la prospérité, dans la pauvreté comme dans l’abondance, « le même hier, et aujourd’hui, et éternellement », — la même précieuse Vérité, à laquelle la foi peut s’attacher pour en faire usage, en tout temps et en toutes circonstances.
Mais, hélas, nous sommes incrédules ! et cette incrédulité est la source de faiblesses et de chutes. Nous sommes perplexes et agités, lorsque nous devrions être calmes et confiants ; nous travaillons toute la nuit à jeter le filet de côté et d’autre, lorsque nous devrions demander la direction d’en haut ; nous cherchons du secours autour de nous, lorsque nous devrions regarder à Jésus. Et de cette manière nous faisons une grande perte et nous déshonorons le Seigneur dans nos voies. Il y a, sans doute, peu de manquements pour lesquels nous avons à nous humilier plus que pour notre tendance à manquer de confiance dans le Seigneur quand les difficultés et des épreuves se présentent ; et certainement nous affligeons le cœur de Jésus en manquant de confiance en Lui, car la méfiance blesse toujours un cœur qui aime. Considérez, regardez, par exemple, la scène entre Joseph et ses frères, en Gen. 50 : « Et les frères de Joseph virent que leur père était mort, et ils dirent : Peut-être Joseph nous haïra-t-il, et ne manquera-t-il pas de nous rendre tout le mal que nous lui avons fait. Et ils mandèrent à Joseph disant : Ton père a commandé avant sa mort, disant : vous direz ainsi à Joseph : Pardonne, je te prie, la transgression de tes frères, et leur péché ; car ils t’ont fait du mal. Et maintenant pardonne, nous te prions, la transgression des serviteurs du Dieu de ton père. Et Joseph pleura quand ils lui parlèrent » (Gen. 50:15-18).
C’était bien peu en retour de tout l’amour et des soins que Joseph avait témoignés à ses frères. Comment pouvaient-ils supposer que lui, qui les avait si librement et si pleinement pardonnés, et qui avait sauvé leurs vies quand elles étaient entièrement en son pouvoir, voudrait, après tant d’années de bonté, tourner contre eux sa colère et sa vengeance ? C’était un tort grave, et il n’y a pas à s’étonner si « Joseph pleura quand ils lui parlèrent ». Quelle fut la réponse à leur indigne crainte et leur noir soupçon ? Un torrent de larmes ! Tel est l’amour ! « Et Joseph leur dit : Ne craignez point ; car suis-je à la place de Dieu ? Vous aviez pensé du mal contre moi ; Dieu l’a pensé en bien, pour faire comme il en est aujourd’hui, afin de conserver la vie à un grand peuple. Et maintenant ne craignez point ; moi je vous entretiendrai, vous et vos petits enfants. Et il les consola, et parla à leur cœur » (Gen. 50:19-21).
Il en fut de même pour les disciples dans la circonstance qui fait le sujet de cette étude. Méditons un peu les passages.
« En ce jour-là, le soir étant venu, il leur dit : Passons à l’autre rive. Et ayant renvoyé la foule, ils le prennent dans une nacelle comme il était ; et d’autres nacelles aussi étaient avec lui. Et il se lève un grand tourbillon de vent, et les vagues se jetaient dans la nacelle, de sorte qu’elle s’emplissait déjà. Et il était, lui, à la poupe, dormant sur un oreiller ».
Nous avons ici une scène intéressante et instructive. Les pauvres disciples sont réduits à l’extrémité : ils sont à bout de ressources. Une violente tempête — la nacelle remplie d’eau, — le Maître endormi. C’était vraiment un moment d’épreuve, et certainement, si nous nous considérons nous-mêmes, nous ne nous étonnerons pas de la crainte et de l’agitation des disciples. Il est bien probable que nous n’eussions pas agi autrement qu’eux si nous avions été à leur place. Néanmoins, le récit ayant été écrit pour notre enseignement, nous sommes tenus de l’étudier et de chercher à apprendre la leçon qu’il contient pour nous.
Si, en dehors de toute agitation, nous considérons les faits, rien ne nous paraît plus absurde et plus irrationnel que l’incrédulité. Dans la scène placée devant nous, l’incrédulité des disciples semble déraisonnable. En effet, était-il possible que la barque pût être submergée puisqu’elle portait le fils de Dieu lui-même ? Et pourtant c’était ce qu’ils craignaient. Sans doute qu’en ce moment-là ils ne pensaient pas qu’Il était le Fils de Dieu. Leur cœur était rempli d’effroi : les vagues menaçaient d’engloutir la frêle embarcation. Au point de vue humain, ils étaient perdus ; c’était un cas désespéré. Un cœur incrédule raisonne toujours ainsi. Il regarde aux circonstances en laissant Dieu de côté. La foi, au contraire, regarde à Dieu en considérant les circonstances à la lumière de la Parole.
Quelle différence ! La foi trouve sa jouissance dans l’extrémité de l’homme, simplement parce qu’elle est une opportunité pour Dieu. La foi se plaît à se concentrer en Dieu, — à se trouver, pour ainsi dire, sur ce terrain vide de la créature, pour laisser Dieu déployer sa gloire : et c’est alors le moment de multiplier les « vases vides » afin que Dieu les remplisse. Telle est la foi. Nous pouvons affirmer qu’elle aurait permis aux disciples de s’endormir à côté de leur divin Maître au milieu de la tempête. C’était, d’autre part, l’incrédulité qui les tenait en émoi ; ils ne pouvaient eux-mêmes trouver du repos, et ils troublèrent effectivement le sommeil du Seigneur à cause de leurs appréhensions incrédules, lorsque, fatigué par un travail accablant, il aurait voulu profiter de cette traversée pour se reposer quelques instants. Il savait ce qu’était la fatigue. En entrant dans nos circonstances, Il eut l’occasion de prendre connaissance de nos sentiments et de nos infirmités, ayant été tenté en toutes choses, à part le péché.
Il a été trouvé comme un homme sous tous les rapports, et comme tel Il dormait sur un oreiller, bercé par les vagues de la mer. Les vents et les flots heurtaient la nacelle, quoique le Créateur fût à bord dans la personne de ce Serviteur accablé et endormi.
Mystère profond ! Celui qui avait fait la mer, et qui pouvait tenir les vents dans sa main puissante, dormait là, au fond de la barque, et permettait au vent de le traiter sans plus égards que s’Il eût été un homme quelconque. Telle était réellement la nature humaine de notre précieux Seigneur. Il était fatigué, Il dormait, Il se laissait ballotter au sein de cette mer que ses mains avaient faite. Ô lecteur, arrête-toi, et médite sur cette scène merveilleuse. Considère-la et penses-y. Nous ne pouvons pas nous y attarder davantage, mais nous l’admirons en adorant.
Comme nous l’avons dit, ce fut l’incrédulité qui fit sortir notre Seigneur béni de son sommeil. « Ils le réveillèrent et lui dirent : Maître, ne te mets-tu pas en peine que nous périssions ? » Quelle question ! « Ne te mets-tu pas en peine ? » Comme elle doit avoir blessé le cœur sensible du Seigneur ! Pouvaient-ils penser qu’Il fût indifférent à leur angoisse dans le danger ? Ils devaient avoir perdu complètement de vue son amour, pour ne rien dire de sa puissance, puisqu’ils osaient lui adresser ces paroles : « Ne te mets-tu pas en peine ? »
Et cependant, cher lecteur chrétien, n’avons-nous pas ici un miroir qui reflète notre propre misère ? Certainement. Combien souvent dans des moments d’épreuve et d’angoisse, nos cœurs conçoivent, si nos lèvres ne l’expriment pas, la question « ne te soucies-tu pas ? » Il se peut que nous soyons sur un lit de maladie et de souffrance ; nous savons qu’une seule parole de Dieu de toute-puissance pourrait chasser le mal et nous relever : et cependant, cette parole, Il la retient. Ou bien nous sommes dans des difficultés pécuniaires ; nous savons que l’or, l’argent, le bétail, sur mille collines, appartiennent à Dieu, — que les trésors mêmes de tout l’univers sont sous sa main : — cependant un jour succède à l’autre jour, et nos soucis ne sont pas allégés. En un mot, nous passons par des eaux profondes d’une façon ou de l’autre ; la tempête se déchaîne, vague sur vague menacent notre frêle esquif, nous sommes amenés à l’extrémité, nous sommes à bout de ressources, et nos cœurs sont prêts à s’écrier : « Ne te soucies-tu pas ? » Hélas ! en y songeant on se sent profondément humilié. La pensée d’attrister le cœur plein d’amour de Jésus par notre incrédulité et notre manque de confiance devrait nous remplir d’une profonde contrition.
Et encore, quelle folie, celle de l’incrédulité ! Comment peut-Il, Celui qui a donné sa vie pour nous, — qui laissa sa gloire et descendit dans ce monde de labeur et de misère et mourut d’une mort ignominieuse pour nous délivrer d’une mort éternelle, — comment peut-Il ne pas avoir soin de nous ? Nous sommes cependant prêts à douter, ou bien nous devenons impatients sous l’épreuve de notre foi, oubliant que cette épreuve même que nous appréhendons et que nous voudrions éviter est plus précieuse que celle de l’or, qui est sujet à se consumer par l’usure, tandis que l’autre demeure pour Dieu une impérissable réalité. La foi vraie, plus elle est éprouvée, plus elle devient brillante ; de là le pourquoi de l’épreuve ; plus elle est pénible, plus sûrement elle donnera louange, honneur et gloire à Celui qui, non seulement a implanté la foi dans le cœur, mais qui sait l’épurer par le feu de l’épreuve avec soin et persévérance.
Mais les pauvres disciples faillirent à l’heure de l’épreuve. La confiance leur fit défaut ; ils tirèrent leur Maître de son sommeil par cette indigne question : « Ne te mets-tu pas en peine que nous périssions ? » Hélas ! quelles créatures nous sommes ! Nous sommes prêts à oublier dix mille bontés en présence d’une seule difficulté. David put dire : « Maintenant, je périrai un jour par la main de Saül » ; et quelle fut l’issue pour lui ? Saül tomba sur la montagne de Guilboa, et David fut établi sur le trône d’Israël. Élie s’enfuit pour sa vie à la menace de Jésabel, et qu’arriva-t-il ? Jésabel fut jetée par la fenêtre de sa chambre et les chiens léchèrent son sang et Élie fut enlevé par un chariot de feu et porté au ciel. Il en fut de même avec les disciples : ils pensaient qu’ils étaient perdus, tout en ayant à bord le Fils de Dieu ; et quel fut le résultat ? La tempête fut réduite au silence, la mer redevint calme au son de la voix qui, anciennement, appela les mondes à l’existence. « Et s’étant réveillé, Il reprit le vent, et dit à la mer : Fais silence, tais-toi ! Et le vent tomba, et il se fit un grand calme ».
Quelle combinaison de grâce et de majesté y a-t-il ici ! Au lieu de reprocher aux disciples d’avoir troublé son sommeil, Il tance les éléments qui les avaient terrifiés. Ce fut ainsi qu’Il répondit à leur question : « Ne te mets-tu pas en peine que nous périssions ? » Maître béni ! Qui ne se confierait pas en toi ? Qui ne t’adorerait pas pour ta grâce patiente et pour ton infatigable amour ?
Il y a quelque chose de parfaitement beau dans la manière dont notre précieux Sauveur se lève, sans aucun effort, du repos de sa parfaite humanité pour entrer dans l’activité de sa divinité. Comme homme, fatigué de son travail, Il dormait sur un oreiller ; comme Dieu, Il se lève et, de sa voix puissante, fait taire le vent impétueux et calme la mer.
Tel était Jésus — vrai Dieu et vrai homme, — et tel Il est maintenant, toujours prêt à répondre aux besoins des siens, à faire taire leurs anxiétés et éloigner leurs craintes. Oh ! puissions-nous nous confier davantage en Lui ! Nous n’avons qu’une faible idée de ce que nous perdons en ne nous appuyant pas davantage sur les bras de Jésus jour après jour. Nous sommes si facilement terrifiés. Chaque bouffée de vent, chaque vague, chaque nuage nous agite et nous déprime. Au lieu de demeurer calmes et en repos auprès de notre Seigneur, nous sommes remplis de perplexité et de terreur. Au lieu de nous servir de la tempête pour nous confier en Lui, nous en faisons une occasion pour douter de Lui. Aussitôt que le moindre trouble surgit, nous pensons que nous allons succomber, quoiqu’Il nous assure que pour Lui les cheveux même de notre tête sont comptés. Il pourrait bien nous dire