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Exposé sur le livre de NÉHÉMIE

 

Edward Dennett

 

Édition 1991 de la traduction française par « Bibles et Publications Chrétiennes »,
Valence, France. Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     Introduction

2     Chapitre 1 — Circonstances à l’origine de la mission de Néhémie

3     Chapitre 2 — Néhémie commence sa mission

4     Chapitre 3 — Reconstruction de la muraille

5     Chapitre 4 — Opposition de l’ennemi

6     Chapitre 5 — Difficultés internes

7     Chapitre 6 — Encore les difficultés de construction de la muraille

8     Chapitre 7 — Gouvernement de Jérusalem et dénombrement du peuple

9     Chapitre 8 — Lecture de la Parole de Dieu et fête des tabernacles

10      Chapitre 9 — 24 ème jour. Confession et humiliation

11      Chapitre 10 — L’alliance

12      Chapitre 11 — Répartition du peuple

13      Chapitres 12 et 13:1-3 — Généalogies et dédicace de la muraille

14      Chapitre 13:4-31 — Événements de la fin

 

 

Table des matières détaillée :

1     Introduction

2     Chapitre 1 — Circonstances à l’origine de la mission de Néhémie

2.1      Ch. 1:1 — Date et lieu des faits

2.2      Ch. 1:2, 3 — Situation de Néhémie et des Juifs de Jérusalem

2.3      Ch. 1:4 — Tristesse et détresse de Néhémie

2.4      Ch. 1:5-7 — La prière de Néhémie

2.5      Ch. 1:8, 9 — Néhémie s’en remet à la grâce et aux promesses de Dieu

2.6      Ch. 1:10 — Le peuple devant Dieu

2.7      Ch. 1:11 — Néhémie par rapport au roi

3     Chapitre 2 — Néhémie commence sa mission

3.1      Ch. 2:1a — Cadre du chapitre

3.1.1      Structure du chapitre

3.1.2      Date et situation de Néhémie

3.2      Ch. 2:1b-8 — Réponse de Dieu à la prière de Néhémie du ch. 1

3.3      Ch. 2:9-11 — Néhémie commence sa mission. L’ennemi se montre

3.4      Ch. 2:12-18 — Inspection nocturne de la cité

3.5      Ch. 2:19, 20 — Opposition des ennemis, réponse de Néhémie

4     Chapitre 3 — Reconstruction de la muraille

4.1      Le réveil et le but de la reconstruction de la muraille

4.2      Dieu prend note de ceux qui servent

4.3      Ch. 3:1-4 — Eliashib, Senaa

4.4      Ch. 3:5 — les Thekohites

4.5      Ch. 3:10, 23, 28, 29, etc… — Réparer vis-à-vis de sa maison

4.6      Ch. 3:1, 20-21 — Ne pas réparer vis-à-vis de sa maison

4.7      Ch. 3 — Le zèle des jeunes femmes

4.8      Ch. 3 — Meshullam (v. 30) et Shallun (v. 15)

4.9      Ch. 3 — Travail en compagnie d’autres, travail isolé

4.10    Ch. 3 — Diversité du service

5     Chapitre 4 — Opposition de l’ennemi

5.1      Ch. 4:1-3 — Colère des ennemis

5.2      Ch. 4:4, 5 — Prière de Néhémie

5.3      Ch. 4:6 — Le travail n’est pas ralenti

5.4      Ch. 4:7, 8 — Grande colère de l’ennemi

5.5      Ch. 4:9 — Ressources : encore la prière

5.6      Ch. 4:10 — Fatigue et relâchement

5.7      Ch. 4:11, 12 — Menaces stressantes

5.8      Ch. 4:13-18 — Surveillance et défense. Bâtisseurs et combattants

5.9      Ch. 4:19-20 — Comment donner l’alarme

5.10    Ch. 4:21-23 — Vigilance et dévouement

6     Chapitre 5 — Difficultés internes

6.1      Ch. 5:1-5 — État moral du peuple. Riches et pauvres

6.2      Ch. 5:6 — État moral de Néhémie

6.3      Ch. 5:7-12 — Remède. Répréhension. Appel

6.4      Ch. 5:14-19 — Conduite de Néhémie comme gouverneur

7     Chapitre 6 — Encore les difficultés de construction de la muraille

7.1      Ch. 6:1-4 — Ruses répétées de l’adversaire

7.2      Ch. 6:5-9 — Lettre de Sanballat

7.3      Ch. 6:10-14 — Conspiration contre Néhémie de l’intérieur

7.4      Ch. 6:15, 16 — Achèvement de la muraille

7.5      Ch. 6:17-19 — Le mal au milieu du peuple

8     Chapitre 7 — Gouvernement de Jérusalem et dénombrement du peuple

8.1      Ch. 7:1-4 — Gouvernement de Jérusalem et dispositions contre l’ennemi

8.1.1      Mise en place de fonctions diverses

8.1.2      Fidélité de ceux qui sont à la tête

8.1.3      Vigilance dans la garde de la ville

8.1.4      Peu d’habitants

8.2      Ch. 7:5-73 — Recensement du peuple et généalogies

9     Chapitre 8 — Lecture de la Parole de Dieu et fête des tabernacles

9.1      Place du chapitre 8

9.2      Ch. 8:1, 2 — Autorité de la Parole retrouvée

9.3      Ch. 8:2, 3 — Le peuple rassemblé pour écouter la Parole

9.3.1      Empressement à écouter

9.4      Ch. 8:4-8 — Détails de cette journée remarquable

9.4.1      Esdras. Conditions de la lecture de la Parole

9.4.2      Esdras bénit

9.4.3      Attitude du peuple

9.4.4      Lecture. On fait comprendre la Parole

9.5      Ch. 8:9-12 — Jour de joie et de communion avec Dieu

9.6      Ch. 8:13-18 — Fête des tabernacles

9.6.1      Comment la fête est célébrée

9.6.2      La fête selon Lév. 23

9.6.3      Comparaison avec la fête au temps d’Esdras

9.6.4      Ch. 8 — La fête solennelle du huitième jour

10      Chapitre 9 — 24 ème jour. Confession et humiliation

10.1    Ch. 9:1 — Le 24 ème jour : humiliation et contrition

10.2    Ch. 9:2 — Séparation et confession

10.3    Ch. 9:3 — État du cœur propre à un réveil

10.4    Ch. 9:4-38 — Contenu de la prière de confession

10.4.1     Reconnaissance du Créateur

10.4.2     Ch. 9:7-8 — Justice de Dieu

10.4.3     Ch. 9:9-15 — La rédemption, la loi, les soins de grâce de Dieu

10.4.4     Ch. 9:16-17a — Désobéissance

10.4.5     Ch. 9:17b-25 — Inépuisable bonté de Dieu

10.4.6     Ch. 9:26-30 — Rébellion

10.4.7     Ch. 9:31 — Les compassions de Dieu. Révélation du cœur de Dieu

10.4.8     Ch. 9:32 — Ce qui est demandé

10.4.9     Conclusion

10.5    Ch. 9:38 — Une nouvelle alliance conclue

11      Chapitre 10 — L’alliance

11.1    Ch. 10:1-27 — Ceux qui s’engagent dans cette alliance

11.2    Ch. 10:28-31 — Nature de l’alliance

11.2.1     Comparaison avec la loi de Sinaï

11.2.2     Comparaison avec l’alliance faite par Josias

11.2.3     Les trois clauses principales de l’alliance

11.3    Ch. 10:32-36 — Commandements pour assurer le service de la maison de Dieu

11.4    Ch. 10:37-39 — Les prémices et les dîmes

12      Chapitre 11 — Répartition du peuple

12.1    Rappel des ch. 1 à 10

12.2    Aperçu des ch. 11à 13

12.3    Ch. 11:1, 2 — Ceux qui habitent Jérusalem

12.4    Ch. 11:3-9 — Répartition du peuple dans ses villes

12.5    Ch. 11:10-14 — Relevé des sacrificateurs

12.6    Ch. 11:15-18 — Les lévites

12.7    Ch. 11:19-22 — Les portiers, les chantres, le reste du peuple

12.8    Ch. 11:25-36 — Différents lieux d’habitation

13      Chapitres 12 et 13:1-3 — Généalogies et dédicace de la muraille

13.1    Ch. 12:26 — Questions généalogiques

13.2    Ch. 12:12-43 — La dédicace de la muraille

13.2.1     Rassemblement des lévites et des chantres

13.2.2     Les moyens de purification

13.2.3     Formation des deux grands chœurs

13.2.4     Actions de grâces, trompettes, chants, sacrifices, joie

13.3    Ch. 12:44-47 — Entretien des sacrificateurs et des lévites

13.4    Ch. 13:1-3 — Séparation d’Israël du peuple mélangé

14      Chapitre 13:4-31 — Événements de la fin

14.1    Faillite de ce qui est confié à l’homme

14.2    Ch. 13:4-9 — L’ennemi dans la maison de Dieu

14.3    Ch. 13:10-13 — Oubli des serviteurs de Dieu

14.4    Ch. 13:14 — Prière de Néhémie pour lui-même

14.5    Ch. 13:15-22 — La violation du sabbat

14.6    Ch. 13:23-31 — Abandon de la séparation pour Dieu

14.6.1     Un nouveau mal

14.6.2     Néhémie intervient encore

14.6.3     Dernière prière de Néhémie

 

 

 

1                    Introduction

En commençant cet exposé sur le livre de Néhémie, l’on peut se permettre quelques brèves remarques en matière d’introduction à son étude. À peine treize années s’étaient écoulées depuis qu’Esdras était monté à Jérusalem, investi de l’autorité royale et poussé par son zèle pieux pour la gloire de l’Éternel en cherchant le bien-être de son peuple, « pour enseigner à Israël les statuts et le jugement », pour chercher, en un mot, à rétablir sur le peuple l’autorité de la Loi. Et maintenant dans sa grâce et sa tendre miséricorde, Dieu préparait un autre vase de bénédiction pour son peuple bien-aimé (*). Ce fait illustre d’une manière frappante un principe divin. On aurait pu penser qu’Esdras était suffisant pour ce travail ; mais comme on peut si souvent le voir dans l’histoire des voies de Dieu en gouvernement, un serviteur qui convient à un état du peuple peut être tout à fait impropre pour un autre état, et même être une entrave au travail de Dieu s’il continue à occuper sa position ou à revendiquer ses droits à la direction. Combien souvent ce fait a-t-il été vu même dans l’Assemblée ! On peut en dire davantage à ce sujet : Le cas peut quelquefois se présenter où un serviteur moins spirituel peut être employé là où quelqu’un de plus spirituel ne serait absolument pas à sa place. Ainsi, une comparaison est faite entre Esdras et Néhémie : même si ce dernier était très dévoué et se tournait habituellement vers Dieu (comme il le faisait) comme la source de toute son énergie, on percevra immédiatement qu’Esdras marchait à un plus haut niveau que son successeur (comparer Esd. 8:21-23 avec Néh. 2:7-9 ; Esd. 9:3 avec Néh. 13:25). Néanmoins, quoique Esdras fut encore à Jérusalem, c’est Néhémie qui fut envoyé dans cette occasion particulière. Heureux le serviteur qui reçoit son travail des mains du Seigneur et sait se retirer lorsqu’il discerne que sa mission, pour quelque raison que ce soit, est terminée.

 

(*) Nota : De fait, Dieu ne s’adresse jamais dans ce livre à Israël comme à son peuple. La sentence Lo-Ammi (Os. 1) n’était pas encore révoquée, quelles que soient son intervention miséricordieuse et ses activités en sa faveur.

Dans le livre de Néhémie, aussi bien que dans celui d’Esdras, nous pouvons observer que Dieu veille toujours sur son peuple et le soutient par les interventions successives de sa grâce. D’abord Il envoie Esdras et ensuite Néhémie pour faire revivre son travail et produire la restauration de son peuple. Mais il en va au temps d’Esdras et de Néhémie comme du temps des Juges, et comme il en a toujours été dans l’histoire de l’Église : chaque réveil successif, quand l’enseignement qui l’avait produit a disparu, laisse le peuple dans un état plus bas, plus mauvais qu’auparavant. La raison est évidente. Le besoin pour un réveil jaillit du fait d’une corruption et de la ruine qui augmentent. Par le réveil, le déclin est pour un temps freiné ou arrêté ; mais dès l’instant où la force qui est entrée en conflit avec le mal s’épuise, le torrent corrompu entraîne tout avec une puissance et un volume augmentés. Tel est l’homme ; et telle est la grâce patiente de Dieu en dépit de l’infidélité et même de l’apostasie de son peuple, qu’elle continue infatigablement à s’occuper de leurs intérêts et de leur bénédiction.

Quant au caractère du livre lui-même, nous pouvons citer les paroles d’un autre : « Dans Néhémie, nous assistons à la reconstruction des murs de Jérusalem et à la restauration de ce qui peut être appelé la condition civile du peuple ; mais dans des circonstances qui prouvent à l’évidence son asservissement aux Gentils ». Nous en verrons le détail en poursuivant notre examen de ce livre.

 

2                    Chapitre 1 — Circonstances à l’origine de la mission de Néhémie

Ce livre commence par le bref récit des circonstances dont Dieu se servit pour toucher le cœur de Néhémie au sujet de l’état de son peuple. Le résultat des exercices de son âme devant Dieu fut sa mission à Jérusalem.

 

2.1   Ch. 1:1 — Date et lieu des faits

Néhémie indique d’abord la date et le lieu des faits. « Et au mois de Kislev, la vingtième année, il arriva que, comme j’étais à Suse, la capitale », etc... Le premier verset du chapitre 2 montre que c’était la vingtième année d’Artaxerxès, c’est-à-dire, comme nous l’avons déjà remarqué, treize ans après qu’Esdras soit monté à Jérusalem. Il était monté de Babylone (Esd. 7) ; mais Néhémie était occupé à la cour, comme personne attachée au service du roi — l’échanson du roi — à Suse (*).

 

2.2   Ch. 1:2, 3 — Situation de Néhémie et des Juifs de Jérusalem

Alors qu’il remplissait ses fonctions, « Hanani, l’un de mes frères, lui et quelques hommes vinrent de Juda ; et je les interrogeai sur les Juifs, les réchappés qui étaient restés de la captivité, et au sujet de Jérusalem », écrit-il (v. 2). Néhémie lui-même était donc un exilé ; mais quoique faisant partie des captifs, il avait trouvé faveur aux yeux du roi et occupait une place élevée et lucrative. Placés dans de telles circonstances, quelques-uns auraient pu oublier le pays de leurs pères. Rien de tel avec Néhémie ; car il était évidemment connu comme quelqu’un qui ne cessait de se souvenir de Sion, comme le montre la visite, rapportée ici, de son frère Hanani et de certains hommes de Juda. Par les questions qu’il pose, nous comprenons que son cœur était occupé de tout le peuple du pays. Il s’enquiert touchant « les Juifs, les réchappés qui étaient restés de la captivité », c’est-à-dire ceux qui avaient été laissés en arrière au moment où tant de personnes avaient été emmenées captives à Babylone ; « et au sujet de Jérusalem » — le résidu qui était monté, avec la permission de Cyrus, pour bâtir la maison de Dieu (Esd. 1). Il était ainsi en communion avec le cœur de Dieu, occupé comme il l’était de son peuple et de ses intérêts. Certainement les chrétiens pourraient apprendre plus d’une leçon de ces Juifs pieux. Ils n’eurent jamais la pensée de s’isoler de la nation tout entière, ni de chercher la prospérité, par exemple, d’une seule tribu ; mais leurs affections, selon leur mesure, embrassaient tout le cercle des intérêts de Dieu sur la terre. Ils s’oubliaient eux-mêmes pour ainsi dire, pour rechercher le bien-être et la bénédiction de tout le peuple. Si les liens qui les unissaient étaient si intimes et impérissables, combien plus devrait-il en être ainsi de ceux qui ont été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps !

 

 

(*) Note : Shushan ou Suse était à l’origine la capitale d’Elam. Par la suite, elle fut réunie au royaume de Babylone et finalement, lors de la conquête de Babylone par Cyrus, elle devint la possession de la Perse dont elle semble avoir été, du temps de Néhémie, la capitale (Voir Smith — Bible Dictionary).

 

En réponse à sa demande, ses visiteurs lui dirent : « les restants qui sont demeurés de reste de la captivité, là, dans la province, sont dans une grande misère et dans l’opprobre, et la muraille de Jérusalem est en ruine et ses portes sont brûlées par le feu ». Triste exposé, à vrai dire, de la situation du peuple élu dans le pays de la promesse ! « Un pays » — ainsi que Moïse le décrivit — « de montagnes et de vallées ; il boit l’eau de la pluie des cieux, un pays dont l’Éternel, ton Dieu, a soin, sur lequel l’Éternel, ton Dieu, a continuellement les yeux, depuis le commencement de l’année jusqu’à la fin de l’année » (Deut. 11:11-12).

Ah ! quelle histoire révèlent les circonstances où se trouvent les enfants de la captivité — une histoire de péché, de rébellion et même d’apostasie. Et quelles étaient leurs circonstances ? Ils étaient dans une grande affliction provenant de leur propre état moral, de l’activité et de l’hostilité des ennemis qui les entouraient (voir ch. 4:1-2). Ils étaient aussi dans l’opprobre. C’est une bénédiction quand le peuple de Dieu est dans l’opprobre comme étant son peuple ou pour le nom de son Dieu (comp. 1 Pierre 4:14), mais rien n’est plus attristant que de voir le peuple de Dieu objet d’opprobre de la part du monde ou lui être en scandale du fait de sa marche et de ses voies inconséquentes. La fin du livre d’Esdras nous fait penser que l’opprobre dans leur cas avait ce dernier caractère. Professant être ce qu’ils étaient réellement — le peuple de Dieu — ils le reniaient par leurs alliances avec les païens et leur oubli des droits de leur Dieu.

Que telle soit la raison de leur affliction et de leur triste condition, cela semble découler des faits concernant Jérusalem : « la muraille de Jérusalem est en ruine et ses portes sont brûlées par le feu ». Tel était l’état de la ville et Nébucadnetsar avait été, par l’intermédiaire de son armée, l’instrument dont Dieu s’était servi (voir 2 Chr. 36). Il y a toutefois une autre signification. Un mur est le symbole de la séparation ; et comme nous l’avons vu, le mur de séparation entre Israël et les païens avait été détruit. La porte était le lieu, et, en même temps, l’emblème du jugement. Par la destruction des portes, nous apprenons que la justice n’était plus rendue avec équité (voir ch. 5) (*).

 

2.3   Ch. 1:4 — Tristesse et détresse de Néhémie

Que pouvait-il y avoir de plus lamentable que ce compte rendu fait à Néhémie touchant le résidu de Juda et de Jérusalem ? Et l’effet fut grand sur cet Israélite au cœur fidèle. « Et lorsque j’entendis ces paroles, je m’assis et je pleurai ; et je menai deuil plusieurs jours, et je jeûnai, et je priai le Dieu des cieux » (v. 4). Il fit sien l’état attristant du peuple. Il le ressentit selon Dieu. Dans leur détresse, il fut en détresse. Mais il savait vers qui se tourner. Il pleura, mena deuil, jeûna et pria. « Quelqu’un parmi vous est-il maltraité ? qu’il prie », dit Jacques. Et la tristesse et la détresse de Néhémie telles qu’elles s’exprimèrent dans ses larmes, son deuil et son jeûne, trouvèrent une issue dans la prière, ce qui était le signe assuré d’une puissante action de l’Esprit de Dieu sur son âme.

 

(*) Note : Le lecteur peut considérer en contraste, la description de la Jérusalem céleste, au chapitre 21 de l’Apocalypse, avec sa muraille « grande et haute », fermée à tout mal, et ses douze portes symbolisant la perfection dans l’administration du gouvernement en justice.

 

2.4   Ch. 1:5-7 — La prière de Néhémie

Examinons maintenant le caractère de ses supplications. « Je te supplie, ô Éternel, Dieu des cieux, le Dieu grand et terrible, qui gardes l’alliance et la bonté envers ceux qui t’aiment et qui gardent tes commandements ! Je te prie, que ton oreille soit attentive et que tes yeux soient ouverts, pour écouter la prière de ton serviteur que je fais aujourd’hui devant toi, jour et nuit, pour les fils d’Israël tes serviteurs et la confession que je fais touchant les péchés des fils d’Israël, que nous avons commis contre toi ; moi aussi et la maison de mon père, nous avons péché. Nous avons très-mal agi contre toi, et nous n’avons pas gardé les commandements et les statuts et les ordonnances que tu as commandés à ton serviteur Moïse » (v. 5-7).

Jusqu’ici, il y a essentiellement deux choses : la revendication des droits de Dieu et la confession des péchés. Néhémie reconnaît de la manière la plus nette la fidélité de Dieu, qu’il n’y a eu aucun manquement de Sa part ; tandis qu’en même temps, il reconnaît pleinement le caractère des relations de Dieu avec Israël — à savoir, en d’autres termes, que son attitude vis-à-vis d’eux dépendait de leur conduite. « Qui gardes l’alliance et la bonté envers ceux qui t’aiment et qui gardent tes commandements ». Ceci, joint à la prière qu’il adresse à Dieu, met en évidence d’une façon très nette le contraste entre la loi et la grâce. Quels que fussent le dévouement et la crainte de Dieu manifestés par Néhémie, on ne peut s’empêcher d’être sensible à la distance exprimée par les termes dont il use : « ô Éternel, Dieu des cieux, le Dieu grand et terrible » — distance rendue nécessaire par la dispensation sous laquelle il vivait. Combien différente est la position dans laquelle le Seigneur a amené ses disciples, conséquence de sa résurrection, comme l’expriment ses paroles : « Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu ».

Mais à la place qu’il occupait, Néhémie avait appris, ce qui est rarement réalisé dans une telle mesure même par des chrétiens, à être un intercesseur pour son peuple. « Jour et nuit » il priait pour eux et de là venait qu’il avait la capacité de confesser leurs péchés. Aucun privilège donné à un serviteur ne peut être plus élevé que celui qui fut accordé à Néhémie — le pouvoir de s’identifier avec Israël, de sorte qu’il fut rendu capable de prendre sur lui leurs péchés et de les confesser comme étant les siens. « Moi aussi », dit-il, « et la maison de mon père, nous avons péché ».

Beaucoup peuvent se lamenter sur l’état du peuple de Dieu, mais peu nombreux sont ceux qui savent s’identifier avec lui. Ce sont ceux-là seulement qui peuvent vraiment intercéder pour lui dans la présence de Dieu. Et remarquons-le, il ne pouvait jusqu’à présent que prendre le parti de Dieu contre lui-même et contre son peuple. Dieu est toujours fidèle envers ceux qui l’aiment et observent Ses commandements ; mais, hélas ! ils n’avaient pas gardé ses commandements, ni ses statuts, ni ses ordonnances. Tout ceci est entièrement confessé ; mais il se tourne maintenant vers une promesse sur laquelle il peut fonder sa prière et compter sur l’intervention de Dieu en sa faveur.

 

2.5   Ch. 1:8, 9 — Néhémie s’en remet à la grâce et aux promesses de Dieu

Il poursuit : « Souviens-toi, je te prie, de la parole que tu as commandée à ton serviteur Moïse, en disant : Si vous êtes infidèles, je vous disperserai parmi les peuples ; et si vous revenez à moi, et que vous gardiez mes commandements et que vous les pratiquiez, quand vos dispersés seraient au bout des cieux, je les rassemblerai de là et je les ramènerai au lieu que j’ai choisi pour y faire demeurer mon nom » (v. 8-9). Cela se rapporte incontestablement à Lévitique 26 et envisage la restauration finale d’Israël. Et c’est en cela que se montre l’intelligence spirituelle de Néhémie, conduit par l’Esprit ; car cette restauration, ainsi que le lecteur peut le comprendre s’il relit ce chapitre, sera un travail de pure grâce, fondé sur l’alliance absolue et inconditionnelle de Dieu avec Abraham, Isaac et Jacob (voir Lév. 26:42). Ainsi Néhémie, tout en confessant les péchés de son peuple, s’en remettait en fait à la grâce et aux promesses inconditionnelles de Dieu. De cette manière, il s’élevait au-dessus de la loi et atteignait, dans sa foi, la source de toute bénédiction, le cœur de Dieu lui-même.

 

2.6   Ch. 1:10 — Le peuple devant Dieu

Puis il ajoute, acquérant de la force en s’attendant à Dieu : « Et ils sont tes serviteurs et ton peuple, que tu as rachetés par ta grande puissance et ta main forte » (v. 10). Il présente ainsi de façon touchante Israël sur le terrain de la rédemption, tout pécheurs et transgresseurs qu’ils étaient devant Dieu ; il rappelle à Dieu, qui dans sa bonté permet à son peuple de le faire, quels étaient ses conseils de grâce envers eux.

 

2.7   Ch. 1:11 — Néhémie par rapport au roi

Ayant atteint le seul fondement sur lequel il pouvait se reposer, il présente la requête particulière qu’il avait sur son cœur : « Je te supplie, Seigneur, que ton oreille soit attentive à la prière de ton serviteur, et à la prière de tes serviteurs qui prennent plaisir à craindre ton nom ; et fais réussir aujourd’hui ton serviteur, je te prie, et donne-lui de trouver miséricorde devant cet homme. Or j’étais échanson du roi ». Il est à remarquer que Néhémie associe d’autres personnes à sa prière. Ainsi aussi faisait toujours l’apôtre Paul. C’est un fait que lorsque nous sommes conduits par l’Esprit de Dieu, nous nous identifions nécessairement avec tous ceux dans les cœurs desquels il travaille aussi, que ce soit dans le service, les actions de grâce ou la prière. Le peuple de Dieu est tellement un que l’isolement en esprit est impossible ; et de ce fait, quand Néhémie est courbé devant Dieu dans sa tristesse devant l’état d’Israël et dans ses vœux pour leur délivrance et leur bénédiction, il est assuré que chaque Israélite pieux est uni à lui dans ses supplications. Sa prière est très simple : c’est pour « trouver miséricorde devant cet homme ». Car il savait que c’était seulement avec la permission du roi que son désir pourrait s’accomplir. Le gouvernement de la terre ayant été transféré par Dieu lui-même aux Gentils, comme conséquence du péché et de la rébellion de son peuple élu, Dieu maintenant tenant compte de l’autorité qu’il avait lui-même ordonnée, travaillerait seulement à travers et par le moyen du roi des Gentils. Néhémie était donc en communion avec la pensée de Dieu en faisant cette prière. Mais on remarquera aussi que s’il comprenait la position dans laquelle lui-même et son peuple étaient placés, sous la sujétion à l’autorité Gentile, le roi n’était en la présence de Dieu rien que « cet homme ». Monarque exerçant une domination presque universelle, il était réduit à rien aux yeux de la foi, n’étant qu’un homme investi d’une brève autorité pour l’accomplissement des conseils de Dieu. La foi donc reconnaît que si le roi était le canal désigné par lequel la permission d’aller à Jérusalem devait être obtenue, tout dépendait non du roi mais de Dieu agissant sur son esprit pour que soit accordé ce que Néhémie désirait.

Puis Néhémie ajoute cette explication : « Car j’étais échanson du roi », pour montrer comment, humainement parlant, il était à la fois entièrement assujetti au roi et dépendant de lui. Ainsi s’achève le chapitre. Néhémie avait répandu son cœur devant le Seigneur, fait connaître sa requête et maintenant il devait attendre, et cela pendant bien des jours, une réponse à ses cris. Une prière peut être entièrement en accord avec la volonté de Dieu et le fruit de la communion avec sa pensée, et néanmoins ne pas recevoir de réponse immédiate. Il faut bien comprendre cela, sinon l’âme pourrait être plongée sans raison dans la détresse et le doute. Une prière est souvent entendue et exaucée, quoique Dieu attende, dans son infinie sagesse, le moment convenable pour donner la réponse. Tel fut le cas pour celle de Néhémie.

 

3                    Chapitre 2 — Néhémie commence sa mission

3.1   Ch. 2:1a — Cadre du chapitre

3.1.1       Structure du chapitre

Ce chapitre se divise en plusieurs parties. D’abord nous est relatée la manière dont Dieu répondit à la prière de son serviteur, et disposa le cœur du roi à accorder tout ce qui était nécessaire pour le voyage et la mission de Néhémie (v. 1-8). Puis il y a un bref compte rendu de son voyage à Jérusalem, ainsi que de l’effet qu’il produisit dans certains milieux (v. 9-11). Ensuite, Néhémie décrit son inspection nocturne de l’état des murs de la cité, ainsi que son entretien avec les chefs au sujet du but qu’il avait en vue (v. 12-18). Et enfin nous avons l’opposition des ennemis du peuple de Dieu et la réponse de Néhémie (v. 19-20).

 

3.1.2       Date et situation de Néhémie

Quatre mois ont passé depuis qu’il avait adressé la prière rapportée au chapitre 1. Il est attentif à nous donner les dates. Il avait prié au mois de Kislev (correspondant à notre mois de Novembre) et au mois de Nisan (qui correspond à notre mois de Mars) vint la réponse. Pendant cette période, homme de foi comme il l’était, il avait dû attendre en se tournant journellement vers Dieu. Il ne pouvait prévoir comment la réponse viendrait ; mais il savait que Dieu pouvait intervenir quand et comme il le voudrait ; dès lors, pour emprunter une expression hébraïque, « en attendant il attendait ». C’est de cette manière que Dieu à la fois éprouve et fortifie la foi de Son peuple. Il attend pendant qu’ils attendent. Mais s’il attend, c’est seulement pour amener son peuple à une plus entière dépendance de lui et ainsi préparer plus pleinement leurs cœurs à la bénédiction qu’il va leur accorder. Et quand il intervient, c’est souvent comme dans ce cas, d’une manière calme et invisible à tous, sauf à l’œil de la foi. L’exercice de la foi est nécessaire pour discerner sa présence. Combien paraît naturelle extérieurement la manière dont Artaxerxès est conduit à donner à Néhémie la permission de visiter Jérusalem, etc... seulement il faut se rappeler que Néhémie avait prié pour que Dieu lui donne de « trouver miséricorde devant cet homme ».

 

3.2   Ch. 2:1b-8 — Réponse de Dieu à la prière de Néhémie du ch. 1

Examinons la scène. Le début du chapitre nous montre Néhémie occupé aux devoirs de sa charge, comme échanson du roi. « Je pris le vin et le donnai au roi », mais son cœur était occupé d’autres choses, chargé comme il l’était par la tristesse indicible que lui causait la condition de son peuple. Mais le vin et la tristesse sont incompatibles, car le vin, ainsi que nous le dit l’Écriture, rend joyeux le cœur de l’homme. Et c’était une chose intolérable pour le roi que son échanson ait un visage triste en un tel moment. Cela lui ôtait son propre plaisir. Néhémie confesse « Je n’avais pas été triste en sa présence ». Le roi donc fut irrité et dit : « Pourquoi as-tu mauvais visage, et pourtant tu n’es pas malade ? Cela n’est rien que de la tristesse de cœur ». Alors, dit Néhémie, « j’eus extrêmement peur ». Il avait bien des raisons de l’être ; car dans une telle humeur, en vrai despote oriental, Artaxerxès aurait pu ordonner son exécution immédiate. Mais Dieu conserve à son serviteur effrayé son sang-froid et le conduit à dire, de l’abondance de son cœur, la raison de sa tristesse avec simplicité et vérité. Il répond au roi : « Que le roi vive à toujours ! Pourquoi mon visage ne serait-il pas triste, quand la ville, le lieu des sépulcres de mes pères, est dévastée, et que ses portes sont consumées par le feu ? » (v. 3). Le roi n’ignorait pas le motif de la tristesse de son échanson, car c’était lui qui avait donné la permission à Esdras de monter construire le Temple et lui avait lui-même donné de l’or et de l’argent pour l’aider dans ce but. Dieu se servit des simples mots de Néhémie pour attirer à nouveau l’attention du roi sur l’état de Jérusalem. Et il dit : « Que demandes-tu ? » Certainement, la plupart se seraient hâtés de répondre au roi, concluant assurément que le roi ne manquerait pas, puisqu’il avait daigné poser la question, d’accorder la faveur désirée. Il n’en fut pas ainsi de Néhémie (et cela fait ressortir un trait particulier de son caractère), car il dit : « Et je priai le Dieu des cieux » et ensuite il présente sa requête. Nous n’avons pas à conclure de ce fait qu’il fit attendre le roi. En aucune manière. Mais le point que nous devons noter, c’est qu’avant de répondre à son maître, il se confie en Dieu, il prie le Dieu des cieux. Il reconnaît ainsi qu’il dépend de la sagesse d’en-haut pour prononcer la parole convenable et révèle ainsi ce caractère particulier qu’un autre a appelé : « un cœur qui était habituellement tourné vers Dieu ». Nous pouvons bien rechercher la même grâce, car c’est certainement une bénédiction de marcher ainsi en tout temps dans la dépendance de Dieu, de sorte qu’en présence des difficultés, des perplexités et des dangers, nous regardions tout naturellement (si nous pouvons employer ce mot) vers le Seigneur pour la sagesse nécessaire, la direction et le secours. Si tel est le cas, la présence de Dieu nous sera plus réelle que la présence des hommes. Ayant ainsi prié, Néhémie fit sa requête : « Si le roi le trouve bon, et si ton serviteur est agréable devant toi, qu’il m’envoie en Juda, à la ville des sépulcres de mes pères, et je la bâtirai » (v. 5). Et le roi (la reine était alors assise à son côté) lui ayant demandé combien durerait son voyage, etc... lui accorda aussitôt sa requête.

Néhémie, réalisant l’occasion — que Dieu lui avait fournie — et fortifié par sa foi, devient plus hardi et s’aventure à demander des lettres royales « pour les gouverneurs de l’autre côté du fleuve, pour qu’ils me fassent passer jusqu’à ce que j’arrive en Juda, et une lettre pour Asaph, gardien de la forêt du roi, afin qu’il me donne du bois pour faire la charpente des portes du château fort attenant à la maison, et pour la muraille de la ville, et pour la maison dans laquelle je dois entrer » (v. 7-8). Tels étaient ses objectifs, précis et définis : la restauration de la forteresse, nécessaire pour la protection du temple, la réparation des murs de la cité, et la construction d’une maison qui convienne à l’exercice de ses fonctions. « Et », lisons-nous, « le roi me les donna, selon que la bonne main de mon Dieu était sur moi » (v. 8). Il avait répandu le désir de son cœur devant Dieu (désir que Dieu lui-même avait produit), il avait regardé vers lui pour recevoir la direction et l’énergie en présence du roi, et Dieu maintenant montrait qu’il était intervenu en faveur de son serviteur en inclinant le roi à accorder tout ce qui était nécessaire pour l’exécution du travail. Néhémie le reconnaît : « Selon que la bonne main de mon Dieu était sur moi ».

Il est bon pour nous de noter ce principe dans les voies de Dieu envers son peuple. S’il place dans nos cœurs un désir pour quelque service que ce soit — un service à sa gloire — il ouvrira certainement devant nous le chemin pour l’accomplir. Si c’est réellement de son œuvre que nos esprits sont occupés, il nous rendra capables de la faire, par le moyen et au moment de son choix. La porte peut paraître fermée et barrée ; mais si nous nous attendons à celui « qui ouvre et nul ne fermera », nous découvrirons qu’elle s’ouvrira à nous soudainement, de sorte que nous puissions entrer sans empêchement ni obstacle.

Il ne pouvait y avoir de position plus difficile que celle de Néhémie ; mais le Seigneur qui avait touché son cœur à cause de l’affliction de son peuple enleva tous les obstacles et le libéra pour son travail d’amour à Jérusalem. « Attends-toi à l’Éternel ; fortifie-toi, et que ton cœur soit ferme : oui, attends-toi à l’Éternel » (Ps. 27:14).

 

3.3   Ch. 2:9-11 — Néhémie commence sa mission. L’ennemi se montre

Néhémie ne perdit pas de temps pour l’exécution de son dessein. Il savait comment saisir l’occasion ; car il ajoute : « Je vins auprès des gouverneurs de l’autre côté du fleuve, et je leur donnai les lettres du roi » (v. 9). Mais il n’était pas parti seul, des chefs de l’armée et des cavaliers l’escortaient. Il y a par conséquent une grande différence entre son voyage à Jérusalem et celui d’Esdras. Esdras n’avait demandé au roi aucune escorte militaire, car il avait exprimé au roi sa confiance en Dieu (Esd. 8:22), et Dieu avait abondamment justifié sa confiance en le préservant, lui et ses compagnons, « de la main de l’ennemi et de toute embûche sur le chemin ». Néhémie n’était pas doué de la même foi simple, et quoiqu’il fût dévoué et pieux, il voyageait avec la pompe et l’apparat propres à l’un des gouverneurs du roi ; ce qui rendait plus assuré le respect du monde et des serviteurs du roi.

Mais dès son arrivée, les signes de l’opposition à sa mission se font sentir — opposition qui augmente et qu’il trouve devant lui à chaque pas ; car, de fait, c’était l’opposition de Satan au travail de Dieu. D’abord cela paraissait très peu de chose : Ainsi, « quand Sanballat, le Horonite, et Tobija, le serviteur ammonite, l’apprirent, ils furent très mécontents de ce qu’un homme fût venu pour chercher le bien des fils d’Israël » (v. 10). Et pourquoi étaient-ils mécontents ? La nationalité de Sanballat est incertaine, il était probablement un Moabite et son serviteur, un Ammonite, desquels il est écrit : « l’Ammonite et le Moabite n’entreront pas dans la congrégation de l’Éternel » (Deut. 23:3-6). Ils étaient par conséquent les ennemis implacables d’Israël et comme tels, pour Satan, des instruments appropriés et naturellement opposés à tout effort destiné à améliorer l’état du peuple qu’ils méprisaient. Et certes l’objectif de Satan est atteint dans la dépravation du peuple de Dieu. Aussi longtemps qu’il vit dans l’oubli de sa vraie position et de son caractère, s’associant au monde et adoptant ses manières et ses coutumes, Satan fera profession d’être un ami. Mais dès qu’un homme de Dieu paraît sur la scène et cherche à rappeler les droits de Dieu et sa vérité, Satan se réveille pour une opposition active, sans qu’elle soit d’ailleurs avouée. Dans le cas qui est placé devant nous, ses serviteurs sont seulement « mécontents », mécontents bien sûr, que la paix, la paix entre Israël et ses ennemis soit troublée. Car les fidèles, au milieu du peuple de Dieu, comme Elie autrefois, sont toujours considérés comme ceux qui troublent Israël, parce qu’ils se tiennent pour Dieu au milieu du mal. De là vient que Sanballat et Tobija étaient « très mécontents » de la venue de Néhémie ; et, comme nous le verrons, si violente était leur haine, qu’ils ne ménagèrent pas leur peine pour entraver Néhémie dans son travail et même pour comploter sa mort. Jusqu’ici toutefois, seul le fait de leur mécontentement est noté, mais l’Esprit de Dieu nous montre la ruse de Satan et sa méthode pour agir.

 

3.4   Ch. 2:12-18 — Inspection nocturne de la cité

Ensuite, nous trouvons dans le passage suivant le récit de l’inspection par Néhémie de l’état de Jérusalem. Trois jours s’étant écoulés : « Je me levai de nuit, moi et le peu d’hommes qui étaient avec moi — et je n’avais informé personne de ce que mon Dieu m’avait mis au cœur de faire pour Jérusalem » (v. 12). Le fardeau de sa mission pesait sur son cœur de sorte qu’il ne pouvait trouver de repos. Cette simple déclaration nous révèle les caractères d’un vrai serviteur. Il reconnaît la source de son inspiration pour son travail. C’est Dieu qui en avait placé la pensée dans son cœur. Une telle assurance est le secret de toute force et de toute persévérance dans le service. Ainsi l’Éternel dit à Josué : « Ne t’ai-je pas commandé : Fortifie-toi et sois ferme ? Ne te laisse point terrifier, et ne sois point effrayé ; car l’Éternel, ton Dieu, est avec toi partout où tu iras » (Jos. 1:9).

Puis, comme nous l’avons déjà remarqué, Néhémie ne put trouver de repos tant qu’il n’eut pas commencé ses travaux. Le travail de Dieu ne tolère aucun délai. Ce principe est impliqué dans le commandement du Seigneur à ses disciples : « Ne saluez personne en chemin » (Luc 10:4). Quand il les envoya, ils devaient exécuter leur mission sans retard. Il en fut ainsi pour Néhémie. Il sentit qu’il devait sortir et saisir la première occasion d’apprendre à connaître le caractère et l’étendue du travail que Dieu lui avait mis au cœur de faire à Jérusalem. De plus, il nous dit qu’il ne communiqua son secret à personne. S’il l’avait fait, il aurait pu y avoir des obstacles de toutes parts. Quand le Seigneur ordonne clairement un service à l’un de ses serviteurs, rien n’est plus dangereux que de consulter des tiers.

La foi repose sur Celui qui ordonne le travail et qui donnera la force et la sagesse pour l’accomplir.

Conférer avec d’autres amène souvent bien des questions, telles que : Est-ce possible ? Est-ce sage ? ou : est-ce le moment ? La foi est alors en danger de s’affaiblir ou même de s’éteindre sous l’influence de la prudence et du sens commun qui produisent des doutes. Quand le temps arrive pour exécuter la mission, des aides peuvent être bienvenues, mais, jusqu’à ce que tout soit bien disposé selon les directions de la foi, le secret doit être gardé entre l’âme et Dieu (*)

Dans les versets 13 à 15, la tournée d’inspection que fit Néhémie nous est décrite ainsi que l’état dans lequel il trouva les murs et les portes de la cité, état qui correspondait exactement avec ce qu’on lui avait rapporté à Suse (comparer v. 13 avec 1:3). Personne ne se doutait alors des intentions de Néhémie, car il ajoute : « Or les chefs ne savaient pas où j’étais allé, ni ce que je faisais ; et jusque-là, je n’avais rien communiqué aux Juifs, ni aux sacrificateurs, ni aux nobles, ni aux chefs, ni aux autres qui s’occupaient de l’œuvre » (v. 16). Il avait fait son inspection en silence — seul avec Dieu —(quoique accompagné de quelques hommes de sa suite) ; il trouvait des forces dans sa communion avec Dieu — pendant cette nuit solennelle et bien remplie — et si son cœur avait été touché par la désolation de la cité sainte, ce n’était qu’un faible reflet de la pitié et de la compassion de l’Éternel pour le lieu qu’il avait lui-même choisi et où, du temps des rois, il avait lui-même habité sur le propitiatoire entre les deux chérubins.

 

(*) Note de l’éditeur : Une exhortation à la prudence peut être ici opportune. S’il y a des cas où il n’y a pas lieu de prendre conseil « de la chair ni du sang » (Gal. 1:16), — l’apôtre Paul ne le fit pas lors de sa conversion — il y a aussi des cas où nous pouvons nous tromper en pensant avoir un appel du Seigneur pour quelque champ de travail ou quelque entreprise. S’engager dans un chemin d’indépendance est une erreur, et bien des chrétiens auraient été épargnés d’expériences pénibles et humiliantes s’ils avaient prêté l’oreille aux conseils de leurs frères.

 

Tout étant préparé, nous voyons maintenant que Néhémie met les chefs dans la confidence. Il ne pouvait permettre à personne de donner des conseils quant au travail car il avait reçu sa mission du Seigneur. Mais maintenant qu’il était seulement question de son exécution, l’aide et la communion avec d’autres étaient les bienvenues. Tel est toujours le chemin de l’homme de foi. Il ne peut pas changer ou modifier ce qui lui a été proposé, mais il se réjouit de ce que d’autres s’y associent s’ils sont d’accord pour aider, dans la dépendance du Seigneur, à l’œuvre qu’il a en vue.

C’est pourquoi Néhémie dit aux chefs et au reste du peuple : « Vous voyez la misère dans laquelle nous sommes, que Jérusalem est dévastée et que ses portes sont brûlées par le feu. Venez et bâtissons la muraille de Jérusalem, afin que nous ne soyons plus dans l’opprobre. Et je leur racontai comment la main de mon Dieu avait été bonne sur moi, et aussi les paroles du roi qu’il m’avait dites. Et ils dirent : Levons-nous et bâtissons. Et ils fortifièrent leurs mains pour bien faire » (v. 17-18).

De ces paroles adressées aux chefs, il ressort aussi que le cœur de Néhémie était profondément attristé et chargé à la vue de l’état de son peuple et de la cité. C’était la description d’un tel état qui l’avait, au départ, plongé dans le deuil, c’était en entendant ces nouvelles qu’il s’était prosterné en terre dans la présence de Dieu (1:3-4) ; et les paroles mêmes qu’avait employées Hanani semblent être restées gravées de façon indélébile sur son cœur, car il les emploie de nouveau, soit au v. 13, soit en parlant au peuple. Pour lui, dans son zèle pour le Seigneur et pour Jérusalem, il était intolérable que le peuple élu soit dans un tel état d’opprobre aux yeux des païens qui l’entouraient ; et son désir était de reconstruire le mur de séparation et de rétablir la justice et le juste jugement au milieu d’eux en relevant les portes. Pourquoi le sanglier de la forêt continuerait-il de dévaster la vigne que Dieu, dans sa miséricorde, avait une fois encore plantée, et pourquoi les bêtes sauvages des champs la dévoreraient-elles ? (Ps. 80).

Puis, après les avoir exhortés à construire, il leur raconte comment la main de Dieu avait été bonne sur lui, et comment le roi lui avait donné la permission (car par le décret de Dieu agissant en gouvernement judiciaire, ils étaient assujettis à l’autorité du roi) d’accomplir le travail que Dieu lui avait mis à cœur de faire. Dieu opéra par les paroles de son serviteur et produisit dans le cœur de Son peuple une réponse immédiate, et ils dirent : « Levons-nous et bâtissons ». Quand nous sommes dans la pensée de Dieu quant à notre service, il ne manque pas d’envoyer les aides nécessaires. « Ton peuple sera un peuple de franche volonté, au jour de ta puissance » (Ps. 110:3). Ces mots contiennent un principe valable pour toutes les dispensations, car il est toujours vrai que, quand Dieu agit en puissance pour l’accomplissement de quelque dessein que ce soit, il prépare des serviteurs bien disposés pour exécuter ses plans. Ainsi, dans l’occasion présente, « ils fortifièrent leurs mains pour bien faire », car ils avaient été amenés à sentir que ce travail était de Dieu.

 

3.5   Ch. 2:19, 20 — Opposition des ennemis, réponse de Néhémie

Cette action de l’Esprit de Dieu souleva à nouveau l’opposition de l’ennemi. Toutes les fois que Dieu travaille, Satan s’oppose à son travail. Il en est ainsi dans le cas présent : car « quand Sanballat, le Horonite, et Tobija, le serviteur ammonite, et Guéshem, l’Arabe, l’apprirent, ils se moquèrent de nous et nous méprisèrent, et ils dirent : Qu’est-ce que vous faites là ? Voulez-vous vous révolter contre le roi ? » En plus du Moabite et de l’Ammonite, il y avait maintenant un Arabe, toutes les formes de la chair, pour ainsi dire, convoitant contre l’Esprit, attisées par la force et les subtilités de Satan. On peut observer que l’opposition revêt maintenant un autre caractère. Au début, Sanballat et Tobija étaient très mécontents de l’intervention de Néhémie ; ils avaient l’air d’être tristes de ce que Néhémie vienne troubler la paix qui avait régné entre Israël et les païens, mais maintenant, ils se moquent et les méprisent. Une arme est aussi valable qu’une autre dans la main de l’ennemi. Voyant que leur mécontentement ne changeait pas les intentions de Néhémie, ils essaient alors la moquerie et le mépris. En même temps, ils tentent, si possible, de les effrayer en les accusant de rébellion contre le roi. Nous avons certainement besoin de connaître les artifices et les moyens de Satan, car il sait comment agir sur tous les ressorts possibles de la nature humaine. Néhémie, fortifié par le sentiment de la protection de Dieu et sachant qu’il était dans le chemin de l’obéissance, était à l’abri de tous ces artifices. « Le Dieu des cieux, lui, nous fera prospérer, et nous, ses serviteurs, nous nous lèverons et nous bâtirons ; mais vous, vous n’avez ni part, ni droit, ni souvenir à Jérusalem » (v. 20). « Résistez au diable, et il s’enfuira de vous » (Jacq. 4:7). Et Néhémie lui résista par une confession hardie du nom de son Dieu et par la confiance qu’il avait en ses soins protecteurs, par la reconnaissance des droits de Dieu sur ses serviteurs, et par le refus catégorique de la prétention de l’ennemi à avoir quelque droit ou intérêt que ce soit à la sainte ville. Il n’y a rien de tel que la hardiesse face à l’adversaire, mais cela ne peut venir que d’un courage donné de Dieu, produit par l’assurance que, si Dieu est pour nous, rien ne peut être contre nous (Rom. 8:31).

 

4                    Chapitre 3 — Reconstruction de la muraille

4.1   Le réveil et le but de la reconstruction de la muraille

Le Seigneur se servit du zèle de Néhémie pour réveiller presque tout le peuple. Il y avait des degrés divers d’énergie parmi eux, et peut-être de la tiédeur, si ce n’est de l’hostilité dans le cœur de quelques-uns ; mais extérieurement et par profession, presque tous vinrent et offrirent leurs services comme bâtisseurs. C’était, de fait, un vrai réveil, tel que seul l’Esprit de Dieu peut en produire. La valeur qu’il a eue aux yeux de Dieu se discerne dans le fait qu’il a veillé à ce que les noms de ceux qui ont été engagés dans le travail soient écrits et conservés. Ce seul fait montre qu’ils étaient en accord avec sa pensée en construisant la muraille. Il ne pouvait en être autrement, car quelle était la signification du travail qu’ils se proposaient ? Sous la conduite de Néhémie, ils exprimaient qu’ils ressentaient le besoin d’être séparés des nations d’alentour et qu’ils prenaient des mesures pour l’assurer. Bien des siècles auparavant, Moïse avait dit à l’Éternel : « car à quoi connaîtra-t-on que j’ai trouvé grâce à tes yeux, moi et ton peuple ? Ne sera-ce pas en ce que tu marcheras avec nous ? Ainsi, moi et ton peuple, nous serons séparés de tout peuple qui est sur la face de la terre » (Ex. 33:16).

Ils avaient oublié cette vérité, mais maintenant, sous l’effet de la grâce, ils allaient une fois encore prendre la place d’un peuple mis à part pour Dieu. Telle est la signification de l’activité relatée dans ce chapitre, quoique hélas ! il fût bientôt prouvé que leur énergie et leur fidélité ressemblaient à un nuage matinal éphémère.

 

4.2   Dieu prend note de ceux qui servent

Il y a beaucoup d’intérêt dans les détails de ce chapitre, qui ne peut guère manquer de rappeler au lecteur le chapitre 16 de l’épître aux Romains où l’apôtre Paul, dirigé par l’Esprit, cite tant de saints par leur nom et décrit, dans beaucoup de cas, ce qui a marqué diversement leur service. Par exemple, il dit : « Saluez Tryphène et Tryphose, lesquelles travaillent dans le Seigneur. Saluez Persis, la bien-aimée, qui a beaucoup travaillé dans le Seigneur » (v. 12). Ainsi, en ajoutant deux mots dans sa salutation à Persis, il lui donne une place particulière devant Dieu, aussi bien que dans ses affections et les affections des saints et une recommandation plus chaleureuse. Ainsi dans notre chapitre, nous lisons : « Après lui, Baruc, fils de Zabbaï, répara avec zèle une autre portion » (v. 20). Cela nous dit avec quelle minutie (si nous pouvons parler ainsi) Dieu observe son peuple, avec quel soin il prend note de l’état de leurs cœurs et du caractère de leur service, et combien il se plaît à reconnaître le zèle qu’ils montrent pour sa gloire. Si d’un côté de telles recommandations — qui ne sont pas celles de l’homme mais celles de Dieu et, de ce fait, infaillibles — anticipent le Tribunal de Christ, d’un autre côté celles-ci doivent nous inciter à rechercher le même zèle et la même diligence infatigable dans le service du Seigneur.

Tout en laissant le lecteur examiner pour lui-même cet intéressant récit, on peut indiquer avec profit quelques-uns de ses détails.

 

4.3   Ch. 3:1-4 — Eliashib, Senaa

Eliashib, le grand sacrificateur, et ses frères, les sacrificateurs, sont les premiers travailleurs mentionnés ; il ne faudrait pas en conclure que c’était parce qu’ils surpassaient les autres en énergie ou en dévouement, mais c’était plutôt à cause de la position qu’ils occupaient au milieu du peuple. C’est leur rang, comme nous le verrons par la suite, qui leur donne la préséance dans le récit. V. 1 : Ils « bâtirent la porte des brebis ; ils la sanctifièrent et en posèrent les battants ; et ils la sanctifièrent jusqu’à la tour de Méa, jusqu’à la tour de Hananeël ». En comparant ce compte rendu avec celui du v. 3, une différence significative sera notée : « Et les fils de Senaa bâtirent la porte des poissons, ils en firent la charpente, et en posèrent les battants, les verrous et les barres ». Le grand sacrificateur et ses frères ont bâti une porte et ont posé ses battants, mais ils n’y ont pas fait la charpente qui lui eût donné sa stabilité, et il n’est pas mentionné non plus qu’ils l’aient pourvue de verrous ou de barres. Le fait est qu’ils n’étaient pas aussi vigilants que les fils de Senaa et que Jéhoïada, le fils de Paséakh et son compagnon. Ils voulaient bien avoir la porte et les battants, mais ils ne prirent aucune mesure pour la rendre sûre, et en cas de besoin, interdire l’accès à l’ennemi. Ils n’avaient rien contre la commodité qu’offre une porte, mais ils n’étaient pas prêts à renoncer à tout commerce avec l’ennemi. Et ceci pour la raison suivante : Eliashib lui-même — dans la bouche duquel aurait dû se trouver la loi de la vérité, et qui aurait dû marcher avec Dieu dans la paix et la droiture, et détourner de l’iniquité beaucoup de gens (Mal. 2:6) — était allié avec Tobija l’Ammonite (voir 13:4) et son petit-fils était le gendre de Sanballat le Horonite (voir 13:28). Il n’avait de ce fait qu’un cœur lâche pour ce travail de séparation, lié comme il l’était par des liens si intimes avec les ennemis d’Israël, même si sous l’influence de l’énergique Néhémie, il avait donné l’apparence d’être d’accord avec ses frères dans leurs efforts pour reconstruire le mur et les portes de la ville. Une telle attitude était grave pour le grand sacrificateur, aussi bien qu’une source de danger pour le peuple.

 

4.4   Ch. 3:5 — les Thekohites

Au v. 5, une exception est notée : « Et à côté d’eux réparèrent les Thekohites ; mais les principaux d’entre eux ne plièrent pas leur cou au service de leur Seigneur ». Les Thékohites étaient des serviteurs bien disposés : au v. 27, il nous est dit qu’ils « réparèrent une seconde portion ». C’était, à l’évidence, des hommes zélés et ceci en dépit de l’indifférence et de l’opposition des « principaux d’entre eux ». C’est souvent le cas, quand Dieu travaille au milieu de son peuple ; les « principaux » se trouvent en dehors du cercle de la bénédiction. De même qu’il n’y a pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de nobles qui sont appelés de Dieu dans sa grâce, de même dans les réveils, quand l’Esprit de Dieu produit une ferveur nouvelle et marquée, les premiers à répondre à son énergie sont le plus souvent trouvés au milieu des pauvres et des méprisés. Les « nobles » peuvent, par l’effet de la tendre grâce de Dieu, être attirés ensuite, mais il commence plus souvent par les pauvres de ce monde, qu’il a choisis, riches en foi et héritiers du royaume qu’il a promis à ceux qui l’aiment. De plus, la raison du désaccord de ces nobles est évidente. Ils « ne plièrent pas leur cou au service de leur Seigneur ». L’orgueil gouvernait leurs cœurs. Ils ne pouvaient pas se courber assez bas. Ils n’étaient pas accoutumés au joug et ils préféraient leur propre importance et leurs aises au travail du Seigneur. Quel contraste avec celui qui, étant riche, a vécu dans la pauvreté pour nous, afin que par sa pauvreté nous fussions enrichis pour toujours. Il vint dans ce monde pour faire la volonté de Dieu et fut au milieu des siens comme « celui qui sert » ; ayant achevé l’œuvre que le Père lui avait donnée à faire, il est, dans son amour et dans sa grâce inexprimables, devenu pour toujours le serviteur de son peuple. Il est bon pour tout enfant de Dieu d’apprendre la leçon, savoir que c’est seulement en pliant nos cous sous le joug du Seigneur que nous trouverons le repos de nos âmes. Les principaux nobles de Thekoa ont choisi leur propre volonté et ont perdu par leur raideur la bénédiction du service qui leur était offerte. Ils se sont aussi exclus pour toujours de l’approbation donnée à leurs frères, tandis qu’une condamnation était prononcée sur leur orgueil.

 

4.5   Ch. 3:10, 23, 28, 29, etc… — Réparer vis-à-vis de sa maison

Dans plusieurs cas, il est spécifié que certains ont réparé vis-à-vis de leurs maisons (v. 10, 23, 28, 29, etc...). Dans ces points ainsi relevés, il faut distinguer deux choses : le fait lui-même et l’instruction à en tirer. Le fait tel qu’il est rapporté était que ces enfants d’Israël entreprirent la construction de la muraille vis-à-vis de leurs propres demeures ; mais au-delà et au-dessus de cela, l’Esprit de Dieu désire que nous en comprenions la signification. Nous n’avons pas à la chercher bien loin. Nous apprenons ainsi — nous souvenant que la muraille est l’emblème de la séparation — que ces serviteurs du Seigneur commencèrent en premier lieu par leurs propres maisons ; qu’ils cherchèrent à amener d’abord leurs propres familles à se soumettre à la Parole de Dieu et, par ce moyen, à produire la séparation d’avec le mal dans le cercle de leur propre responsabilité. Et tel a toujours été l’ordre divin. Ainsi, quand Dieu appelle Gédéon pour être le sauveur de son peuple, il lui commande de renverser l’autel de Baal dans la maison de son père avant d’aller combattre contre les Madianites. Comme un autre l’a remarqué : « la fidélité précède l’énergie extérieure ». Le mal doit être ôté d’Israël avant que l’ennemi soit mis en fuite. L’obéissance d’abord, la force ensuite. Tel est l’ordre de Dieu.

Donc, le récit relate que plusieurs personnes réparaient, chacune vis-à-vis de sa propre maison, réalisant que mettre sa maison en ordre était une qualification nécessaire pour quelque service public que ce fût. Ce principe a aussi sa valeur dans l’Église. Un surveillant, écrit l’apôtre, doit être quelqu’un conduisant bien sa propre maison, tenant ses enfants soumis en toute gravité. Et il est requis aussi des serviteurs de bien conduire leurs enfants et leurs propres maisons (1 Tim. 3). C’est au détriment de l’Église et de tous les saints, que ces principes sont négligés, comme c’est aussi un dommage pour les âmes de ceux qui prennent ainsi une place de conducteur dans l’assemblée. Il est vrai que l’Esprit de Dieu nous enjoint d’obéir à nos conducteurs, mais il est tout aussi important pour ceux qui sont à la tête, de posséder les qualifications scripturaires qui conviennent aux places qu’ils assument ou acceptent.

 

4.6   Ch. 3:1, 20-21 — Ne pas réparer vis-à-vis de sa maison

Un autre point intéressant peut être noté. Quelques-uns, qui avaient bâti des portes et aidé à la muraille, ne réparèrent pas vis-à-vis de leurs maisons, comme par exemple Eliashib, le grand sacrificateur (comp. v. 1 avec v. 20-21). Ceux qui réparèrent vis-à-vis de leurs maisons, ne sont pas nommés comme ayant aidé à la réfection des portes, etc... Deux classes de croyants sont ici désignées. La première classe est ce que nous pourrions appeler des saints ecclésiastiques, c’est-à-dire ceux qui ne transigent pas sur les vérités concernant l’Église et sur le maintien de la séparation du mal et qui, en même temps, se montrent négligents à l’égard de leurs propres maisons. On ne peut voir spectacle plus affligeant dans l’assemblée, et il n’est pourtant pas rare de voir quelqu’un qui se fait publiquement l’avocat des droits de Christ sur son peuple, du maintien de son autorité au milieu de ceux qui sont réunis en son nom, et qui laisse sa propre maison, par son désordre, attirer sur elle le blâme de la part de l’ennemi. Eliashib est un exemple de cette classe dans ce chapitre. Quelle que fût l’indifférence de son cœur, il était extérieurement engagé dans le maintien de la séparation, de la justice et du juste jugement en Israël par le fait qu’il bâtissait avec ses frères une porte et qu’il la sanctifiait ; mais en même temps, il laissait les autres prendre soin de la muraille vis-à-vis de sa propre maison (v. 20-21). S’occupant de la vigne des autres, il n’avait pas gardé la sienne propre (Cant. 1:6). Le fait déjà cité qu’il était allié à Tobija l’Ammonite et que son petit-fils avait épousé une fille de Sanballat le Horonite, en apporte la preuve. Eli, Samuel et David, dans des jours plus anciens, font aussi partie de cette classe nombreuse.

Puis il en est d’autres, ainsi que nous l’apprenons dans ce chapitre, qui, très zélés pour veiller sur leurs propres maisons, et les dirigeant selon Dieu, ne se soucient presque pas du bien-être de l’Église. De telles personnes ont compris cette vérité qu’ils sont eux-mêmes individuellement des témoins ; mais ils n’ont pas appris que l’Église doit être un porte-lumière au milieu du monde. En d’autres termes, ils n’ont pas réalisé l’unité du peuple de Dieu, le fait que les croyants sont le corps de Christ et ses membres chacun en particulier (1 Cor. 12:27). En conséquence, tandis qu’ils admettent pleinement que la Parole de Dieu est leur guide pour leur sentier individuel, ils ne reconnaissent pas son autorité sur les saints collectivement. Ils sont souvent, de par leurs rapports publics avec le peuple de Dieu, liés à de tels égarements quant à la vérité, à un tel oubli de la suprématie de Christ comme Chef de l’Église, qu’ils seraient remplis de crainte s’ils sentaient leur responsabilité dans l’Église aussi bien que dans leurs propres familles. Mais si nous comprenons la position dans laquelle la grâce nous a placés, ce sera notre désir sincère de nous joindre à ceux qui réparent devant leurs propres maisons tout en construisant le mur et les portes.

 

4.7   Ch. 3 — Le zèle des jeunes femmes

Rien dans le service du peuple de Dieu ne passe inaperçu ; et ainsi, au v. 12, nous lisons que « à côté d’eux réparèrent Shallum, fils d’Hallokhesh, chef de la moitié du district de Jérusalem, lui et ses filles ». Le zèle de ces jeunes femmes leur a ainsi donné le droit d’être mentionnées, et elles ont acquis une place dans ce palmarès de l’œuvre du Seigneur. Un tel récit, ainsi que des récits plus abondants dans le Nouveau Testament, montrent qu’il n’y a jamais aucune difficulté quant à la place des femmes dans le service quand elles sont remplies de l’énergie de l’Esprit de Dieu. Les récits qui nous ont été conservés concernant Jeanne la femme de Chuzas, Suzanne et beaucoup d’autres qui assistèrent le Seigneur de leurs biens, Marie et Marthe, Phœbé, servante de l’Assemblée, Priscilla, Persis et bien d’autres, sont certainement suffisants pour diriger quiconque désire s’asseoir aux pieds de Jésus et apprendre sa pensée. Ce passage ne nous donne pas nécessairement ce que l’homme a vu, mais ce que Dieu a vu. Le père et ses filles étaient engagés ensemble dans la réparation du mur, et le fait que ce soit mentionné est à leur louange. Ces exemples sont suffisants pour nous enseigner qu’il y a assez de place dans l’Église de Dieu et aussi dans le monde pour toute l’énergie et le dévouement de la femme, pourvu qu’ils se déploient dans la soumission à Christ et à sa Parole.

 

4.8   Ch. 3 — Meshullam (v. 30) et Shallun (v. 15)

Dans le cas de Meshullam, fils de Bérékia, il est dit qu’il répara vis-à-vis de sa demeure (v. 30). Il semble qu’il n’avait pas de maison, seulement un logement ; mais quoique le cercle de sa responsabilité soit étroit, il y fut trouvé fidèle. Quand l’apôtre parle de libéralité, il écrit : « car si la promptitude à donner existe, elle est agréable selon ce qu’on a, non selon ce qu’on n’a pas » (2 Cor. 8:12). Ceci doit être un réconfort pour ceux qui sont tentés de soupirer après des sphères de service plus grandes. C’est la fidélité à la place que le Seigneur nous a désignée qu’il apprécie et loue ; et ainsi le travail de Meshullam est signalé à notre attention de la même manière que celui de Shallun, fils de Col-Hozé, chef du district de Mitspa, duquel il est dit qu’il « répara la porte de la fontaine ; il la bâtit et la couvrit, et posa ses battants, ses verrous et ses barres ; il fit aussi la muraille de l’étang de Siloé, près du jardin du roi, et jusqu’aux degrés qui descendent de la ville de David » (v. 15).

 

4.9   Ch. 3 — Travail en compagnie d’autres, travail isolé

Lorsqu’on revoit tout le chapitre, deux autres points de grande importance peuvent être relevés. Le lecteur observera que quelques-uns travaillent en compagnie et d’autres seuls. Quelques-uns trouvaient toute leur joie à servir dans la jouissance de la communion fraternelle, et d’autres préféraient, quoiqu’en pleine communion avec leurs frères dans le but qu’ils avaient en vue, travailler seuls avec le Seigneur, dans sa dépendance réalisée avec un œil simple. Le même fait est observé à chaque période de l’Église. Il y a des vases qui sont propres à un service solitaire ; il en est d’autres qui sont pratiquement inutiles s’ils ne sont pas associés à d’autres. Il y a des dangers menaçant le chemin des uns et des autres. Les premiers sont parfois entraînés à oublier la dépendance individuelle, à sacrifier leurs propres convictions quant à la volonté du Seigneur, dans le but de préserver la paix et l’union. La chose importante est de recevoir son service du Seigneur, de travailler sous Sa direction, d’aller où il nous envoie, soit seul, soit en compagnie, et de maintenir toujours Sa gloire avec un œil simple. C’est la volonté de Dieu et non la nôtre qui doit diriger toute notre activité. Heureux celui qui a appris cette leçon !

 

4.10                   Ch. 3 — Diversité du service

La seconde chose à noter est la diversité du service de ces enfants d’Israël. L’un faisait une chose, l’autre une autre. Mais tous travaillaient pour le même but. Ce n’est pas une faible image des fonctions variées des membres du Corps de Christ. Paul en parlant de ce sujet, dit : « Or ayant des dons de grâce différents, selon la grâce qui nous a été donnée, soit la prophétie, prophétisons selon la proportion de la foi ; soit le service, soyons occupés du service ; soit celui qui enseigne, qu’il s’applique à l’enseignement... » (Rom. 12:6-7). On ne peut trop insister sur l’importance qu’il y a à se tenir à la place qui nous a été donnée, à faire valoir notre don particulier, à remplir la fonction qui nous a été confiée dans le corps. Chaque chrétien a sa propre place que personne d’autre ne peut occuper, et son propre travail que personne d’autre ne peut faire. La santé et la prospérité de l’assemblée dépendent de la reconnaissance de ce fait et de la mise en pratique de cette vérité.

 

5                    Chapitre 4 — Opposition de l’ennemi

5.1   Ch. 4:1-3 — Colère des ennemis

Au chapitre 3, l’énergie de l’Esprit de Dieu se manifeste merveilleusement dans le service dévoué du peuple de Dieu. Mais chaque fois que le peuple se montre actif, Satan se réveille et cherche par tous les moyens en son pouvoir à susciter des entraves et des obstacles. Ce fait est illustré une fois de plus au début de ce chapitre, où nous trouvons une troisième forme de l’opposition de Satan au travail des constructeurs. Au chapitre 2 v. 10, l’ennemi était « très mécontent ». Puis au v. 19, il essaie d’utiliser la moquerie et le mépris ; maintenant, il se sert des armes de la colère et de l’indignation. « Et il arriva que, lorsque Sanballat apprit que nous bâtissions la muraille, il se mit en colère et fut extrêmement irrité, et il se moqua des Juifs. Et il parla devant ses frères et devant l’armée de Samarie, et dit : Que font ces faibles Juifs ? Les laissera-t-on faire ? Offriront-ils des sacrifices ? Achèveront-ils en un jour ? Feront-ils revivre les pierres des monceaux de poussière, quand elles sont brûlées ? Et Tobija l’Ammonite, était à côté de lui, et il dit : Au reste, pour ce que ceux-ci bâtissent, si un renard y montait, il ferait crouler leur muraille de pierres » (v. 1-3). Ce langage de Sanballat et de Tobija ne traduisait pas leur vrai sentiment. C’est dans le verset 1 que l’on trouve leur véritable état d’esprit. La colère et l’indignation remplissaient leur cœur, car ils connaissaient très bien la signification de l’activité des enfants d’Israël. Mais, quand ils parlaient, ils cachaient leur colère et affectaient le mépris. Car si vraiment ces « faibles Juifs » travaillaient en vain, si la muraille qu’ils bâtissaient avait un caractère si misérable, pourquoi donc Sanballat et Tobija se mettaient-ils en colère ? Heureusement pour les constructeurs, leur chef était sur ses gardes et armé en tous points contre les stratagèmes et les ruses de Satan. Il savait utiliser le bouclier de la foi, pour « éteindre les dards enflammés du méchant ». Quelle était donc la ressource de Néhémie en présence de cette nouvelle forme d’hostilité ?

 

5.2   Ch. 4:4, 5 — Prière de Néhémie

Il dit : « Écoute, ô notre Dieu, car nous sommes méprisés » (v. 4). Il se tourne simplement vers son Dieu, dans l’assurance qu’il prendrait soin de son peuple, engagés qu’ils étaient à son service, et qu’il serait leur haute retraite et leur bouclier. Si nous apportons à Dieu et laissons entre ses mains toutes les insultes de l’ennemi, il en résulte toujours une bénédiction. Entraînés par l’énergie et l’impatience de notre nature, nous ne sommes que trop prompts à essayer de rencontrer l’ennemi avec nos propres forces et ainsi nous nous précipitons souvent dans la bataille, pour aboutir seulement à la défaite et au désastre. Mais la foi lève les yeux et remet tout au Seigneur. Ezéchias nous en fournit une belle illustration quand il monte à la maison de Dieu et déploie la lettre reçue du Rab-Shaké qui commandait l’armée de Sankhérib. De même, Néhémie s’écrie « Écoute, ô notre Dieu » et remarquez la raison qu’il invoque : « car nous sommes méprisés ». Le peuple de Dieu est précieux à ses yeux et le mépriser, c’est mépriser Dieu lui-même. Néhémie l’avait compris et il en appelle donc au cœur de Dieu. Ayant ainsi remis son sort entre ses mains, et s’étant placés, lui et le peuple, (car il s’identifiait avec eux) sous sa protection, il trouve la force de prier contre l’ennemi. « Fais retomber », dit-il, « leur outrage sur leurs propres têtes et livre-les au mépris dans un pays de captivité, et ne couvre pas leur iniquité, et que leur péché ne soit pas effacé de devant toi, car ils ont provoqué ceux qui bâtissent » (v. 4 et 5). De prime abord, un lecteur superficiel peut être surpris d’une telle prière, mais on peut rappeler deux choses : d’abord, la dispensation dans laquelle se trouvait le peuple, et puis le fait que les ennemis d’Israël étaient les ennemis de Dieu. Sanballat et Tobija s’opposaient délibérément au travail de l’Esprit de Dieu. Et par cette prière, tous peuvent apprendre, comme Saul dut l’apprendre plus tard, que c’est une chose solennelle de persécuter le peuple de Dieu et d’entraver son œuvre. Le motif qui pousse Néhémie à faire cette demande est donc celui-ci : « ils ont provoqué ceux qui bâtissent ». La cause des captifs méprisés était celle de Dieu. Et, comme tous les croyants qui travaillent en communion avec la pensée de Dieu, c’est dans cette confiance que Néhémie trouve de l’encouragement à invoquer son aide contre leurs ennemis.

 

5.3   Ch. 4:6 — Le travail n’est pas ralenti

Mais si Néhémie était en prière (et nous le reverrons dans cette attitude), ni son travail ni celui du peuple ne s’en trouvaient ralentis pour autant. Nous pourrions plutôt dire que sa persévérance dans le travail résultait de ses prières. Nous disons « ses prières » car ce sont des cris individuels et secrets vers Dieu. Il nous est permis ici d’observer la vie intérieure de cet homme de Dieu, de ce serviteur dévoué, au même titre que son activité publique. Aucune autre oreille que celle de Dieu n’entendait ses supplications, quoiqu’elles nous soient relatées pour nous enseigner que le secret de toute activité, aussi bien que celui du courage en présence du danger, découle de la dépendance du Seigneur. Aussi, après le rappel de sa prière, Néhémie ajoute : « Mais nous rebâtîmes la muraille, et toute la muraille fut reliée jusqu’à la moitié, et le peuple avait le cœur au travail » (v. 6). Voilà un beau témoignage ! Voilà qui révèle l’énergie de l’Esprit de Dieu agissant par Néhémie sur le peuple pour produire unanimité et persévérance. Quand il est dit : « Le peuple avait le cœur au travail », cela signifie qu’il entrait dans la pensée de Dieu. Quelquefois, on peut constater de l’unanimité dans le travail et en tirer gloire sans se demander si cette activité est en accord avec la pensée de Dieu. Si être parfaitement unis ensemble dans un même sentiment et d’un même avis (1 Cor. 1:10) est le résultat de la puissance d’En-Haut, cela assure l’heureux accomplissement de tout service auquel Dieu appelle son peuple. Son Esprit n’étant pas attristé, Il peut travailler sans relâche et sans empêchement au milieu de lui.

 

5.4   Ch. 4:7, 8 — Grande colère de l’ennemi

Le spectacle de cette persévérance collective dans le travail de Dieu provoque une opposition de l’ennemi plus déterminée encore. Ayant essayé sans succès plusieurs armes pour dissuader le peuple de bâtir le mur, l’ennemi en utilise une nouvelle. « Mais il arriva que, lorsque Sanballat et Tobija et les Arabes et les Ammonites et les Asdodiens apprirent que la réparation des murs de Jérusalem avançait, que les brèches commençaient à se fermer, ils se mirent dans une grande colère ; et ils se liguèrent tous ensemble pour venir faire la guerre contre Jérusalem et pour lui causer du dommage » (v. 7, 8). Au début, ce n’était que l’opposition de quelques-uns, maintenant c’est toute une coalition. Satan, voyant que Sanballat, Tobija et Guéshem ne pouvaient parvenir tout seuls à leurs fins, en appelle d’autres à leur aide, les Arabes, les Ammonites et les Asdodiens ; ces derniers étant de tout nouveaux alliés. En fait, il rassemble une armée. La force est l’arme qu’il essaie maintenant d’employer. Mais pourquoi l’ennemi voudrait-il essayer de nouveau d’empêcher le travail ? C’est parce qu’il a entendu que « la réparation des murailles de Jérusalem avançait et que les brèches commençaient à se fermer ». Il était maintenant évident que les enfants d’Israël revenus de la captivité travaillaient avec ardeur et que, sous la conduite de Néhémie, ils étaient déterminés à exclure le mal, en construisant la muraille et en fermant ses brèches. Cela ne plaît jamais à Satan qui a toujours le désir de supprimer toute séparation entre le peuple de Dieu et le monde, et c’est pour cette raison qu’il rassemble toutes ses forces pour empêcher « ces faibles Juifs » d’accomplir leur propos.

 

5.5   Ch. 4:9 — Ressources : encore la prière

Et quelles étaient les ressources des enfants d’Israël pour s’opposer à tout le déploiement de la puissance de l’adversaire ? Ils avaient un conducteur dont la confiance était en Dieu. Il avait appris la leçon qu’Elisée avait enseignée à son serviteur, quand le roi de Syrie avait envoyé une armée pour le prendre, savoir que « ceux qui sont avec nous sont en plus grand nombre que ceux qui sont avec eux » (2 Rois 6:16). C’est pourquoi il n’était nullement intimidé par le nombre et la rage grandissante des ennemis : « Et nous priâmes notre Dieu et nous établîmes une garde contre eux, jour et nuit, à cause d’eux » (v. 9). Il alliait ainsi la dépendance de Dieu, qu’il savait être sa force et sa haute retraite, avec une vigilance inlassable contre le lion rugissant. Ce sont ces deux armes invisibles que Dieu met dans les mains de son peuple en présence de l’ennemi, des armes qui suffisent à vaincre ses assauts les plus puissants. Ainsi le Seigneur, prévoyant que Satan viendrait avec toute sa force contre ses disciples, dit : « Veillez et priez, afin que vous n’entriez pas en tentation » (Matt. 26:41). L’apôtre écrit aussi : « priant par toutes sortes de prières et de supplications, en tout temps, par l’Esprit et veillant à cela avec toute persévérance » (Éph. 6:18) ; il sait que si cette vigilance n’est pas maintenue, Satan aura tôt fait d’endormir les âmes et d’amener relâchement et paresse. Néhémie, donc, était divinement instruit dans le choix de ses moyens de défense. Ceux-ci plaçaient entre lui et ses ennemis un rempart contre lequel leurs assauts ne pourraient que se briser. Et observons que la vigilance, de jour et de nuit, était aussi continuelle que la prière. Dans ce sens, il n’y a pas de repos pour le chrétien. Ayant tout surmonté, il doit encore tenir ferme, car de même que l’ennemi ne cesse de renouveler ses attaques, le croyant doit, lui aussi, user avec persévérance de ses armes défensives.

 

5.6   Ch. 4:10 — Fatigue et relâchement

Mais voici qu’apparaît maintenant une nouvelle source de danger : Au dehors des combats, et hélas ! au dedans des craintes. « Et Juda dit : Les forces des porteurs de fardeaux faiblissent, et il y a beaucoup de décombres : nous ne pouvons bâtir la muraille » (v. 10). Aussi longtemps que le peuple avait le cœur au travail, les dangers du dehors, affrontés comme ils l’étaient par la prière et la vigilance, n’importaient guère. Mais le péril est grand quand le peuple lui-même se fatigue et se relâche. Il y avait deux causes au découragement de Juda : premièrement la force des porteurs de fardeaux avait faibli. Juda avait oublié que l’Éternel était sa force et que s’il place la charge d’un service sur les épaules de quelqu’un des siens, il donne aussi la force nécessaire pour l’accomplir. En second lieu, ils disaient que vu la grande quantité de décombres, il était impossible de bâtir la muraille. Depuis les jours de Juda, beaucoup ont tenu ce même langage. Il y a eu tellement de corruption dans l’Église, tellement de décombres ont été introduits de toutes parts, que désespérant de mettre en pratique la séparation du mal, selon la Parole de Dieu, des âmes ont souvent été amenées à accepter les choses mêmes qu’elles déploraient. Il est impossible, disent-elles, de nous conformer maintenant à la Parole de Dieu, de rétablir l’autorité des Écritures sur la conduite et les activités dans l’Église, de donner au Seigneur sa place au milieu de son peuple réuni, d’établir une distinction nette entre ceux qui lui appartiennent et ceux qui ne lui appartiennent pas, et nous devons accepter les choses telles qu’elles sont. Certes, il y a beaucoup de décombres, mais il est clair toutefois que la Parole ne diminue jamais les droits de Dieu sur son peuple. La deuxième épître à Timothée nous enseigne de façon très claire que la responsabilité de construire la muraille est tout aussi impérative pour les saints quand la maison de Dieu est en ruine, qu’aux jours où il s’agissait d’entretenir la maison quand elle était en ordre. En fait, le déploiement de la puissance de l’ennemi et la perspective d’une guerre incessante, avaient découragé le cœur de Juda, et il cherchait une excuse pour justifier cet état d’âme, dans la fatigue des porteurs de fardeaux et les obstacles à leur travail. Plusieurs d’entre nous peuvent comprendre cette attitude, car travailler tout en ayant de constants sujets de découragement et en présence d’ennemis actifs, est de nature à mettre notre esprit à l’épreuve et à nous faire abandonner notre service, spécialement quand nous avons cessé de trouver notre force et la source de notre persévérance dans la communion avec le Seigneur.

 

5.7   Ch. 4:11, 12 — Menaces stressantes

Deux autres dangers sont indiqués aux v. 11 et 12. Les adversaires cherchaient à maintenir les bâtisseurs dans un état continuel d’alerte en les menaçant d’une attaque soudaine ; ils espéraient épuiser ainsi leur force, par la tension que suscite une continuelle appréhension.

En outre, les Juifs qui « habitaient près d’eux », c’est-à-dire ceux qui n’habitaient pas Jérusalem, mais qui, dispersés dans le pays, vivaient dans le voisinage des ennemis, ne cessaient de venir, « par dix fois » (v. 12) assurer les ouvriers que le danger était réellement imminent et que les adversaires exécuteraient certainement leurs menaces. À vue humaine donc, il n’y avait guère d’encouragement, mais si même il y en avait, des périls de toute nature les entouraient, menaçant la poursuite de leur travail et même leur propre vie.

 

5.8   Ch. 4:13-18 — Surveillance et défense. Bâtisseurs et combattants

Si l’ennemi était infatigable dans ses assauts, Néhémie ne l’était pas moins pour assurer la surveillance et la défense. Et le reste du chapitre 4 (v. 13-23) nous donne un rapport tout à fait intéressant et détaillé sur les mesures adoptées pour assurer la sécurité du peuple et l’avancement du travail, et sur la manière de construire. Néhémie organisa d’abord la défense en disposant le peuple par familles, avec leurs épées, leurs piques et leurs arcs, dans les endroits bas, dans l’espace derrière la muraille et en des lieux découverts (v. 13). Ils étaient à la fois placés aux postes stratégiques et pourvus d’armes diverses, car quand il s’agit de Satan, nous sommes sans force si nous ne sommes pas à la place convenable et revêtus de l’armure complète de Dieu (voir Éph. 6:10-17). Puis Néhémie encourage les nobles et les chefs et le reste du peuple et les exhorte : « Ne les craignez pas ; souvenez-vous du Seigneur, qui est grand et terrible, et combattez pour vos frères, pour vos fils et pour vos filles, pour vos femmes et pour vos maisons » (v. 14). L’exhortation à ne pas être effrayé est fréquemment adressée au peuple de Dieu dans les Écritures. Cela montre combien nous sommes enclins à céder à la crainte, dans les conflits que nous sommes appelés à soutenir. Si la peur continue à posséder nos âmes, c’est à la fois le symptôme d’un manque de confiance en Dieu et l’assurance de la défaite. Quand Israël sortait autrefois pour la bataille, comme aux jours de Gédéon, les magistrats devaient dire au peuple : « Qui est l’homme qui a peur et dont le cœur faiblit ? qu’il s’en aille et retourne dans sa maison, de peur que le cœur de ses frères ne se fonde comme le sien » (Deut. 20:8). En même temps que Néhémie les pressait à ne pas craindre, il les pourvoyait d’un antidote : « Souvenez-vous du Seigneur qui est grand et terrible », disait-il. Car il savait que si une fois ils comprenaient quel était le caractère de Dieu et la signification de sa présence, s’ils le faisaient entrer dans leurs circonstances par un exercice de foi, s’ils mesuraient l’ennemi d’après la puissance du Seigneur, ils seraient remplis de courage et capables de dire : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8:31). De cette manière, Néhémie cherchait à fortifier leurs bras pour la bataille. Il continue en leur disant : « Combattez pour vos frères... » Si cette bataille était celle du Seigneur, c’était aussi pour tous ceux qui leur étaient chers dans ce monde, qu’ils devaient combattre.

L’effet de l’activité vigilante et énergique de Néhémie et de ses préparatifs pour la défense, fut de décourager l’ennemi. « Résistez au diable, et il s’enfuira de vous » (Jacq. 4:7), ne serait-ce que « pour un temps ». Les ennemis apprirent que leurs plans étaient venus à la connaissance de Néhémie et que Dieu les avait ainsi déjoués. Il semble qu’ils se soient retirés pour un temps, car les Juifs purent tous retourner chacun à son travail sur la muraille. Leur Dieu répondit ainsi à la foi de son dévoué serviteur, en annulant les desseins de l’ennemi. Mais Néhémie n’ignorait pas les stratagèmes de Satan et ne crut pas un instant que le danger était écarté. Il connaissait trop bien son hostilité incessante pour penser qu’il avait renoncé à ses desseins contre le peuple de Dieu et le travail de Dieu. Tandis que les ouvriers se remettaient à la tâche, Néhémie prenait des dispositions efficaces pour assurer la défense en cas d’une attaque soudaine. Nous lisons qu’il divisa ses propres serviteurs en deux compagnies. Les uns bâtissaient, les autres tenaient « les piques, et les boucliers, et les arcs, et les cuirasses ». Puis il plaça les chefs derrière toute la maison de Juda, manifestement pour les encourager en cas d’attaque (v.16). On peut tirer quelque instruction fort intéressante en considérant tout à la fois ce qui est précisé dans la description de leur façon de travailler et les autres détails qui sont donnés. En premier lieu, les diverses sortes de travailleurs sont mentionnés. Certains étaient uniquement occupés à bâtir (v. 16). Pour d’autres, l’affaire était le combat. Il en est de même dans l’Église de Dieu. Certains serviteurs sont appelés et spécialement qualifiés pour l’édification. Ils sont donc occupés des âmes et de l’Assemblée ; ils travaillent à s’édifier eux-mêmes et les autres sur leur très-sainte foi, priant par le Saint Esprit, cherchant à maintenir la vérité de l’Église parmi les saints, veillant à la sainteté de la maison de Dieu. D’autres sont appelés au combat ; ils sont prompts à discerner les assauts de l’ennemi contre la vérité de Dieu. Ils sont rendus sages par le Saint Esprit pour faire face avec les armes de notre guerre, qui « ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée captive à l’obéissance du Christ » (2 Cor. 10:4-5). Les constructeurs, les porteurs de fardeaux et ceux qui les chargeaient sont distingués les uns des autres. Chacun avait son travail assigné et tous contribuaient au même but. C’est heureux pour le peuple de Dieu, comme nous le voyons une fois de plus, quand chacun distingue la place spéciale pour laquelle il est qualifié et l’occupe pour le Seigneur. C’est l’oubli de cette vérité qui a produit beaucoup de confusion dans l’Église au travers des âges. Aussi, on ne saurait exagérer l’importance qu’il y a à ce que chacun occupe la place pour laquelle il a été divinement préparé et qualifié, et en soit satisfait. Si c’est être porteur de fardeaux pour les autres, ne cherchons pas à être constructeurs, et si nous sommes constructeurs, occupons-nous de notre ouvrage. C’est le Seigneur, ce n’est pas le serviteur, qui désigne quelqu’un pour le travail et le qualifie.

Mais qu’il s’agisse de constructeurs, de porteurs de fardeaux ou de ceux qui les chargeaient, ils avaient tous un caractère en commun. Chacun faisait le travail d’une main et de l’autre tenait une arme : ce qui révèle le caractère des temps dans lesquels ils travaillaient. Comme nous l’avons vu, c’était, en fait, des temps périlleux, des temps dans lesquels la puissance de Satan se manifestait dans son opposition de plus en plus vive au peuple de Dieu. Ces temps étaient analogues à ceux dans lesquels Jude travaillait, en particulier quand il écrivait son épître. Nous trouvons chez lui les mêmes instruments : l’épée et la truelle. Il trouvait nécessaire de « combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints » (Jude v. 3) et il exhortait aussi ceux auxquels il écrivait, à s’édifier eux-mêmes sur leur très-sainte foi (v. 20). Et c’est aussi la caractéristique du jour présent, ces temps fâcheux qui sont les nôtres. Par conséquent, nous pouvons bien apprendre des constructeurs de Néhémie que la manière convenable selon Dieu de se préparer à rencontrer les assauts de l’ennemi, c’est d’avoir à la fois l’arme à la main ou l’épée sur la cuisse, et de s’occuper aussi à construire. Le danger, lorsque s’élèvent des controverses du fait des attaques de Satan contre la vérité, c’est d’oublier les besoins des âmes et de cesser de construire. On peut être si occupés de l’ennemi que l’on perd de vue la nécessité de présenter Christ avec diligence et persévérance, pour soutenir et nourrir les âmes et les rendre ainsi capables de résister aux attaques de l’ennemi. Le peuple de Dieu ne peut être nourri par des controverses. C’est une parole d’avertissement qu’on ne saurait trop répéter dans le temps présent. Notre responsabilité, même dans l’attente et la perspective d’une attaque de l’ennemi, c’est de continuer à construire. Et plus nous mettrons de zèle à construire, plus nous serons en sécurité au moment de l’attaque de l’ennemi. Les armes doivent être prêtes ; mais notre travail, c’est de poursuivre sans relâche l’édification de la muraille.

Il y avait aussi celui qui sonnait de la trompette. « Il était à côté de moi », dit Néhémie (v. 18). Le chapitre 10 des Nombres nous précise l’usage des trompettes. C’était « pour la convocation de l’assemblée, et pour le départ des camps ». En plus, en temps de guerre, la trompette devait sonner avec éclat, un signal d’alarme qui non seulement rassemblait le peuple mais qui surtout montait devant l’Éternel et le faisait intervenir pour la délivrance de son peuple. Suivant le commandement, seuls les sacrificateurs devaient sonner de la trompette. Eux seuls, vivant dans la proximité et la communion de l’Éternel, avaient l’intelligence de ses pensées. Ainsi ici, celui qui devait sonner de la trompette devait être avec Néhémie et sonner seulement au commandement de son maître. C’était à Néhémie de discerner le moment de sonner, et à l’homme qui avait la trompette de saisir immédiatement la pensée de Néhémie et de lui obéir. De même maintenant, seulement ceux qui vivent dans la jouissance de leurs privilèges de sacrificateurs, tout près de Christ et en communion avec sa pensée, savent quand il faut donner un signal d’alarme. Alerter au gré de sa propre volonté ou selon sa propre conscience du danger, produirait seulement de la confusion ; appeler à tort les constructeurs à cesser leur travail serait ainsi faire l’œuvre de l’ennemi. Pour savoir avertir et sonner au bon moment, on doit rester près du Seigneur et avoir les yeux sur lui.

 

5.9   Ch. 4:19-20 — Comment donner l’alarme

Puis Néhémie donna « aux nobles, et aux chefs et au reste du peuple », des instructions pour savoir ce qu’ils devraient faire quand ils entendraient le son de la trompette (v. 19-20). Éloignés par nécessité les uns des autres pour leurs travaux au moment où l’appel retentirait, ils devraient se rassembler autour de Néhémie et de son serviteur qui avait sonné l’alarme.

Si maintenant nous cherchons l’instruction spirituelle, l’Éternel était avec celui qui devait sonner l’alarme ; il avait donné l’ordre et la trompette avait sonné. Au témoignage ainsi rendu, le peuple devait se rassembler, les travaux devaient être momentanément suspendus et ils devaient se rassembler autour de l’Éternel, faisant cause commune contre l’ennemi. C’eût été de l’infidélité, quand la trompette se faisait entendre, de continuer son ouvrage. Dès ce moment, la pensée du Seigneur était la défense, le combat, ce n’était plus la construction. Certains, parmi les constructeurs, et cela arrive souvent, auraient pu penser qu’il était bien plus agréable de bâtir que de combattre, mais pour eux, la seule question devait être : La trompette a-t-elle retenti ? Si tel était le cas, ils devaient obéir à cette convocation urgente, ce qui fait ressortir un autre point important. Une seule pensée dirige tout dans toutes ces dispositions : Néhémie commande et le peuple, qu’il s’agisse des nobles, des chefs ou des autres, doit simplement obéir. Il doit toujours en être ainsi. Dieu, du fait même qu’il porte ce titre, demande à tous ses serviteurs la soumission à sa volonté, telle qu’elle est exprimée dans sa Parole écrite. Finalement Néhémie leur dit : « Notre Dieu combattra pour nous ». Il se rejette sans aucun doute, dans un exercice de foi, sur les promesses de la Parole de Dieu. Nous y avons déjà fait allusion en rapport avec le fait de sonner de la trompette en temps de guerre. Car si Dieu appelle son peuple à se rassembler pour la défense de sa cause, il les délivrera certainement de la puissance de l’ennemi. Une telle assurance devrait nous inspirer beaucoup de courage ; puisque par sa grâce nous sommes associés avec Dieu contre l’ennemi, nous pouvons avec confiance compter sur son secours. C’est un cri de guerre — « notre Dieu combattra pour nous » — qui, tout à la fois, encouragera ses serviteurs et remplira de crainte le cœur des adversaires.

 

5.10                   Ch. 4:21-23 — Vigilance et dévouement

Le chapitre se termine avec trois remarques supplémentaires. « Ainsi, nous faisions l’ouvrage ; et la moitié d’entre eux tenait les piques depuis le lever de l’aurore jusqu’à l’apparition des étoiles » (v. 21). Ils étaient donc toujours en alerte, prêts à combattre l’ennemi et infatigables dans leur service. Ils travaillaient tandis qu’il faisait jour, de l’aurore jusque tard le soir car, comme nous l’avons déjà vu, ils avaient le cœur au travail. En même temps, Néhémie disait aussi au peuple : « Que chacun, avec son serviteur, passe la nuit à l’intérieur de Jérusalem, afin que de nuit ils nous soient une garde, et que de jour ils fassent le travail » (v. 22). Le jour pour travailler, la nuit pour être vigilant. Satan aime les ténèbres : c’est l’élément dans lequel il vit et se déplace, et ceux qui le suivent aiment mieux les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres sont mauvaises (Éph. 6:12 — Jean 3:19). Les serviteurs du Seigneur ne doivent donc jamais cesser d’être vigilants et doivent prendre leurs précautions de nuit comme de jour. Nous lisons dans le Cantique des Cantiques, au sujet du lit de Salomon : « soixante hommes forts l’entourent... tous tiennent l’épée et sont exercés à la guerre, ayant chacun son épée sur sa cuisse à cause des frayeurs de la nuit » (3:7-8). Nous apprenons, par cette instruction de Néhémie, qu’on se trouvait en sûreté à l’intérieur de Jérusalem, derrière ces murs qui étaient en réfection et que ceux qui se trouvaient à l’intérieur auraient à travailler le jour et à veiller la nuit. Finalement Néhémie dit : « Ni moi, ni mes frères, ni mes jeunes hommes, ni les hommes de la garde qui me suivaient, nous n’ôtâmes nos vêtements ». Ce fait, notons-le, ne concerne pas tout le peuple, mais seulement Néhémie, ses frères et ses proches, les hommes de la garde. Il montrait ainsi dans le cercle de sa propre responsabilité, l’exemple du dévouement personnel. Il savait se renoncer lui-même, renoncer à ses aises et à son confort, dans le service du Seigneur, endurer des souffrances comme un bon soldat (2 Tim. 2:3).

 

6                    Chapitre 5 — Difficultés internes

6.1   Ch. 5:1-5 — État moral du peuple. Riches et pauvres

Au lieu de continuer son récit concernant la réfection de la muraille, Néhémie décrit maintenant l’état des cœurs parmi le peuple, ce qui est des plus instructifs. Si nous sommes occupés du mal extérieur, nous ne pouvons nous permettre de négliger notre propre condition morale ou celle de l’Assemblée. Il en a trop souvent été ainsi. On peut quelquefois observer que de zélés combattants pour la vérité négligent tout à fait le jugement d’eux-mêmes et la discipline dans la maison de Dieu. Il n’est pas de plus triste spectacle qu’une Assemblée qui se montre indifférente à son propre état et à son manque de soumission à la Parole de Dieu, tout en prônant le besoin de séparation des méchants et des mauvaises doctrines. Des vases à honneur, sanctifiés, utiles au Maître, se préparent pour toute bonne œuvre (2 Tim. 2:21), en se retirant de tout ce qui pourrait les contaminer et les souffler. C’est l’enseignement de ces chapitres. Le conflit caractérise le chapitre 4 ; au chapitre 5, la leçon à apprendre est que les bâtisseurs et les guerriers doivent revêtir la cuirasse de la justice, s’ils veulent résister avec succès aux attaques de l’Ennemi.

Le verset 1 parle de cette difficulté interne. « Il y eut un grand cri du peuple et de leurs femmes contre les Juifs, leurs frères » (comparez avec Actes 6). Le peuple et leurs femmes sont évidemment les pauvres et leurs frères, les Juifs, sont les riches. La discorde venait de ce que ces derniers opprimaient les pauvres. Ils profitaient de leur indigence pour s’enrichir à leurs dépens (comparez Jacq. 5 et 1 Cor. 11:17-22). Quelques-uns avaient vendu leurs fils et leurs filles à ceux qui étaient riches pour avoir du blé, pour pouvoir manger et vivre. D’autres, pressés par la disette, avaient hypothéqué leurs champs, leurs vignes et leurs maisons ; d’autres encore avaient emprunté de l’argent pour payer le tribut au roi, leurs biens servant de caution. Les riches avaient profité des besoins de leurs frères plus pauvres pour s’enrichir, pour les réduire à leur merci. Ces pauvres, courbés jusque dans la poussière, accablés par le lourd fardeau de leur joug et de leurs besoins, poussent « un grand cri ». Ils disent « pourtant notre chair est comme la chair de nos frères, nos fils comme leurs fils ; et voici, nous réduisons nos fils et nos filles à la servitude, et parmi nos filles, il y en a qui sont déjà asservies, et il n’est pas au pouvoir de nos mains de les racheter, car nos champs et nos vignes sont à d’autres » (v. 5).

Telle était la triste condition du résidu remonté de la captivité, alors même qu’ils étaient engagés à bâtir la muraille de la sainte cité, Jérusalem. Cherchons à découvrir la racine de cette plaie douloureuse. Elle tient à un mot — employé deux fois — « leurs frères », « nos frères ». Ils étaient frères comme étant tous des descendants d’Abraham, et même dans un sens plus profond, en tant que peuple choisi de Dieu, ils étaient tous semblables sur le terrain de la rédemption, tous sur un pied d’égalité devant lui, objets de sa grâce et héritiers des promesses faites aux pères. C’est dans ce sens que Malachie interpelle le peuple en lui posant cette question : « N’y a-t-il pas pour nous tous un seul père ? Un seul Dieu ne nous a-t-il pas créés ? Pourquoi agissons-nous perfidement chacun envers son frère, en profanant l’alliance de nos pères ? » (Mal. 2:10).

Ainsi, les « Juifs » agissaient alors avec le peuple comme s’ils n’étaient pas leurs frères, dans l’oubli complet de leurs relations communes devant Dieu, les traitant comme s’ils étaient des étrangers et des païens. Les mêmes maux apparaissent sous diverses formes dans tous les âges et sont particulièrement soulignés dans l’épître de Jacques (1:9, 10 ; 2 et 5).

Mais cette conduite des Juifs manifestait plus que l’oubli des relations, des liens qui les unissaient à leurs frères. C’était aussi une désobéissance positive (Ex. 22:25 et Deut. 15). Citons l’un de ces passages : « Quand il y aura au milieu de toi un pauvre, quelqu’un de tes frères, dans l’une de tes portes, dans ton pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’endurciras pas ton cœur, et tu ne fermeras pas ta main à ton frère pauvre ; mais tu lui ouvriras libéralement ta main, et tu lui prêteras sur gage, assez pour le besoin dans lequel il se trouve » (Deut. 15:7-8. Lire tout le chapitre). Étant eux-mêmes des objets de grâce, ils devaient montrer cette grâce envers leurs frères (comparez 2 Cor. 8:9). Mais au lieu de cela, comme nous l’avons fait remarquer, ils reniaient leur position de rachetés et manifestaient un esprit de rigueur et d’oppression par amour du gain, ils violaient les préceptes les plus clairs de la Parole de Dieu. Il n’est guère de gens qui, à cette lecture, ne condamneraient pas une si grossière désobéissance ; et pourtant, on peut se demander : À quoi cela se résume t-il ? simplement à adopter les pensées humaines au lieu de celles de Dieu, les pratiques et les usages mondains au lieu de ceux que la Parole de Dieu ordonne. En un mot, ces Juifs marchaient à la manière des hommes et comme des hommes qui se hâtent de devenir riches aux dépens de leurs frères. S’agit-il d’un péché inconnu dans l’Église de Dieu ? De fait, les usages de la société et les principes de ce monde ne s’introduisent-ils pas souvent au milieu des chrétiens et ne règlent-ils pas leurs relations mutuelles ? Laissons nos consciences répondre devant Dieu, et nous saurons bientôt si le péché de ces Juifs n’a pas sa contrepartie aujourd’hui au milieu du peuple de Dieu.

 

6.2   Ch. 5:6 — État moral de Néhémie

Tel était l’état de choses au milieu du résidu rentré de la captivité, et rétabli dans sa terre ; une condition morale qui paralysait nécessairement les efforts de Néhémie pour s’opposer avec succès à la marée montante du mal extérieur. Il nous dit : « Je fus très irrité lorsque j’entendis leur cri et ces paroles ». Son cœur fidèle sympathisait avec la triste condition de ses frères pauvres et il était justement indigné contre leurs oppresseurs. Ainsi l’apôtre Paul, plus tard, témoin fidèle dans une autre dispensation, s’écrie : « Qui est faible, que je ne sois faible aussi ? Qui est scandalisé, que moi aussi je ne brûle ? » (2 Cor. 11:29). Dans les deux cas, la colère de Néhémie et la sympathie de Paul, dans leur identification avec les misères du peuple de Dieu, reflètent, quoique faiblement, le cœur de Dieu lui-même (Ex. 3:7).

 

6.3   Ch. 5:7-12 — Remède. Répréhension. Appel

Mais pour Néhémie, la question se posait : Comment remédier à cet état de choses ? On trouve la réponse dans les versets 7 à 12. Notons cette expression remarquable : « Et mon cœur se consulta pour cela ». Elle renferme un principe de la plus haute importance. Les nobles et les chefs avec lesquels, dans des circonstances normales, il aurait pu tenir conseil, étaient les premiers coupables et il ne pouvait attendre d’eux aucune lumière ni aucune aide. Ainsi Néhémie en était réduit à ses propres ressources, ou plutôt il devait crier à Dieu pour être guidé dans cette affaire.

Quand tous se sont écartés du chemin, et que par conséquent l’autorité de la Parole de Dieu a été battue en brèche, l’homme de foi — celui qui désire marcher avec Dieu — ne peut se permettre de délibérer avec d’autres, sinon il pourrait être entravé par leur conseil. Il doit agir seul et pour lui-même, quel qu’en soit le prix, conformément à la Parole. Dans cette extrémité, il trouve et la force et le courage, parce que cela produit la confiance dans le Seigneur et donne l’assurance de sa présence. De là le pas suivant que fit Néhémie : « Je querellai les nobles et les chefs, et je leur dis : Vous exigez de l’intérêt, chacun de son frère ! et je leur opposai une grande congrégation » (v. 7). Il les convainquit de leur péché (Ex. 22:25) et selon l’injonction de l’apôtre, leur résista en face (Gal. 2:11), disant : « Nous avons racheté, selon notre pouvoir, nos frères, les Juifs, qui avaient été vendus aux nations ; et vous voulez vous-mêmes vendre vos frères ? Et c’est à nous qu’ils se vendraient ? Et ils se turent et ne trouvèrent rien à dire.. » (v. 8-14).

Il y a plusieurs points dans le discours de Néhémie qui sont spécialement dignes de remarque. Premièrement, observons qu’il est en mesure de réprimander les coupables en mettant leur conduite en contraste avec la sienne. Il avait, lui, racheté ses frères de la main des nations ; eux les avaient réduits en esclavage, dominant sur l’héritage de Dieu. C’est une bénédiction particulière quand un pasteur au milieu du peuple de Dieu peut donner sa propre conduite en exemple. C’était le cas de l’apôtre Paul. À plusieurs reprises, il est conduit par le Saint Esprit à se citer lui-même comme modèle (Act. 20:34-35 ; Phil. 3:17 ; 1 Thess. 1:5-6). Il en est de même pour Néhémie dans cette circonstance. Et à quelle lumière il expose ainsi la conduite des nobles et des chefs ! Néhémie, par amour pour ses frères et dans sa tristesse de voir le nom de l’Éternel déshonoré par leur condition misérable, avait dépensé ses biens pour les racheter. Mais les nobles et les chefs, dans leur égoïsme et le désir de s’enrichir, se servaient de l’indigence de leurs frères pour lier un joug d’esclavage sur leur cou. Néhémie montrait l’esprit de Christ (comparez 2 Cor. 8:9), eux, l’esprit de Satan.

Ayant ainsi mis en évidence le caractère de leur conduite, il s’adresse à eux sur un autre plan : « Ce que vous faites n’est pas bien. Ne devriez-vous pas marcher dans la crainte de notre Dieu, pour n’être pas dans l’opprobre parmi les nations qui nous sont ennemies ? » (v. 9). Cet appel montre combien l’honneur de Dieu était cher à Néhémie. Il était affligé de penser que la conduite d’Israël fournissait à l’ennemi une occasion de jeter un blâme mérité sur eux. Ils affirmaient, à bon droit, être le peuple élu de Dieu et être ainsi saints et séparés pour son service de tout le reste des nations. Mais si, dans leur marche, ils ressemblaient aux païens, que devenait leur profession ? Ils ne cessaient pas pour autant d’être le peuple de Dieu, mais par leur conduite, ils reniaient cette appartenance et profanaient publiquement le saint Nom qui était invoqué sur eux. C’est là le tort le plus grave que le peuple de Dieu puisse causer : prêter, par sa conduite, le flanc aux sarcasmes justifiés de l’ennemi (voir 1 Pierre 2:11-12 ; 3:15-16 ; 4:15-17). Néhémie base son exhortation sur cet appel. Il les invite premièrement à cesser de mal faire et à apprendre à bien faire. Il leur rappelle à nouveau que lui et ses frères et ses serviteurs auraient pu agir d’une manière semblable à la leur s’ils l’avaient voulu. Il dit : « Laissons, je vous prie, cette usure ». Remarquons qu’il dit : « Laissons », se mettant ainsi lui-même à leur niveau dans un esprit de grâce. Il se place à côté d’eux, dans leurs péchés, reconnaissant qu’il était uni avec eux devant Dieu et cherchant ainsi dans un esprit de douceur à amener leur restauration. De plus, il les presse de redonner à leurs frères, sans plus attendre, les champs, les biens, etc... qu’ils avaient exigés comme intérêt (v. 11).

Le Seigneur était avec son serviteur, et ils consentirent à faire ce qu’il les pressait de faire. Mais Néhémie ne voulait rien laisser dans l’incertitude : il craignait qu’une fois de retour dans leurs foyers, ils ne soient tentés d’oublier leur promesse. Il appela les sacrificateurs et les fit jurer de tenir leur parole. De plus, pour donner plus de solennité à cette promesse : « Je secouai aussi le pan de ma robe, et je dis : Que Dieu secoue ainsi de sa maison et du fruit de son labeur quiconque n’accomplira pas cette parole, et qu’il soit ainsi secoué et à vide ! Et toute la congrégation dit : Amen ! Et ils louèrent l’Éternel. Et le peuple fit selon cette parole » (v. 13). De cette manière, Néhémie travailla pour le bien de son peuple et corrigea les abus qui avaient surgi parmi eux, et qui avaient pour résultat de détruire l’ordre, la sainteté et la communion.

 

6.4   Ch. 5:14-19 — Conduite de Néhémie comme gouverneur

Du verset 14 à la fin du chapitre 5, Néhémie est conduit à donner un compte rendu de sa propre conduite comme gouverneur. À vue humaine, cela peut sembler se recommander soi-même et s’élever, mais il ne faut jamais oublier que nous lisons la Parole de Dieu et que c’est sous la direction du Saint Esprit que cette description est rapportée pour notre instruction. Et, comme nous l’avons déjà observé, la leçon à retenir, est que les pasteurs suscités par le Seigneur pour paître son peuple devraient toujours être les « modèles du troupeau » (voir 1 Pierre 5:1-3). Retenant cette pensée, nous tirerons profit du récit de la conduite de Néhémie. Premièrement, il nous dit que depuis douze ans qu’il était gouverneur, ni lui ni ses frères n’avaient mangé le pain du gouverneur, comme ses prédécesseurs l’avaient fait, c’est-à-dire, comme il l’explique, qu’il n’avait pas été « à charge au peuple » (v. 14-15). Son service lui en donnait le droit, mais il n’avait pas usé de son autorité dans ce domaine-là. Nous nous souvenons de l’apôtre Paul qui écrivait aux Corinthiens (1 Cor. 9:11-13) « Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, est-ce beaucoup que nous moissonnions de vos biens charnels ? Si d’autres ont part à ce droit sur vous, ne l’avons-nous pas bien plus ? Mais nous n’avons pas usé de ce droit, mais nous supportons tout, afin de ne mettre aucun obstacle à l’évangile du Christ » (voir aussi Act. 20:33 ; 1 Thess. 2:9). Néhémie ne permit pas non plus à ses serviteurs de dominer sur le peuple, comme l’avaient fait les gouverneurs précédents. Aucun abus n’est plus courant que celui-ci, même dans l’Église de Dieu. Il arrive souvent, par exemple, et c’est une perversion de l’ordre divin et une cause de tristesse parmi les saints, que des parents de ceux qui occupent à bon droit une place d’autorité, s’arrogent cette place et cette autorité, et comptent être reconnus à cause de leurs liens de parenté. Dans l’assemblée comme dans le cas de Néhémie, le service est personnel ; c’est Dieu qui confère la qualification et le don. Ils ne peuvent être transmis à quelqu’un d’autre. Même Samuel faillit à cet égard en établissant ses fils comme juges. Et c’est leur mauvaise conduite qui incita le peuple à demander un roi (1 Sam. 8:1-5).

Néhémie fut délivré de ce piège en marchant et en agissant devant Dieu. « Mais moi, je n’ai pas fait ainsi, à cause de la crainte de Dieu », dit-il (v. 15). Cela nous révèle un homme dont la conscience était délicate, et sans cesse en exercice ; un homme qui veillait sur ses voies et sur sa conduite, de crainte d’être gouverné par sa propre volonté ou la recherche de son avantage personnel au lieu de l’être par la Parole de Dieu ; quelqu’un qui vivait dans le sentiment constant de la présence de Dieu et la reconnaissance de son autorité, et qui cherchait toujours, en gardant une sainte crainte dans son âme, à être agréable au Seigneur. C’était le secret à la fois de son intégrité et de son dévouement car il pouvait dire qu’il était désireux de dépenser et d’être dépensé au service du Seigneur (2 Cor. 12:15).

« Et j’ai aussi tenu ferme, dans ce travail de la muraille, et nous n’avons acheté aucun champ, et tous mes jeunes hommes étaient rassemblés là pour l’ouvrage » (v. 16). Il payait de sa personne et ne recherchait aucune possession terrestre pour lui-même. Ses serviteurs, comme lui, se dévouaient à construire la muraille. Voilà certainement un bel exemple d’abnégation et de consécration, un fruit de la grâce de Dieu propre à encourager les hommes pieux à suivre ses traces. Exemple propre aussi à censurer l’avarice et la convoitise de ceux qui s’enrichissaient aux dépens de leurs frères dans le besoin.

Et ce n’était pas tout. « J’avais aussi à ma table cent cinquante Juifs et chefs, outre ceux qui nous venaient du milieu des nations qui nous entouraient » (v. 17). Il s’agissait de Juifs dispersés parmi les autres peuples qui, à ce moment-là, habitaient la Palestine. Le verset suivant (v. 18) nous entretient des provisions journalières apprêtées pour sa table, et des diverses sortes de vins qui lui étaient fournis tous les dix jours. Nous apprenons ainsi que Néhémie n’oubliait pas l’hospitalité. Il avait ainsi une des qualités que l’apôtre déclare indispensables pour un surveillant dans l’Assemblée de Dieu (1 Tim. 3:2). C’est une qualification qui, de nos jours, n’est plus peut-être aussi estimée qu’autrefois. On peut pourtant se demander s’il y a quelque chose qui tend à unir davantage les cœurs des saints et à favoriser la communion fraternelle que l’exercice de l’hospitalité selon Dieu. La Parole de Dieu abonde en exemples et aussi en recommandations à ce sujet. C’était le service spécial d’un frère bien-aimé que l’apôtre décrit ainsi : « Gaïus, mon hôte et celui de toute l’Assemblée, vous salue » (Rom. 16:23 ; 3 Jean 1). La source de cet exercice, c’est l’activité de la grâce dans le cœur, qui trouve ses délices à donner, qui trouve son bonheur dans celui des autres. Ainsi, il y a là un trait qui n’est pas sans rappeler avec force le cœur de Dieu. Puis Néhémie ajoute : « Avec cela, je n’ai point réclamé le pain du gouverneur, parce que le service pesait lourdement sur ce peuple ». Son cœur était touché par leur triste condition et il avait appris cette leçon, savoir qu’« il est plus heureux de donner que de recevoir ». Il distribuait ainsi avec largesse ses biens à ceux qui venaient vers lui, et il semble qu’il accueillait tout le monde.

Il ne cherchait pas non plus de récompense des hommes mais, se tournant vers Dieu dans la présence duquel il marchait et travaillait, il dit : « Souviens-toi en bien pour moi, ô mon Dieu, de tout ce que j’ai fait pour ce peuple ! ». On a souvent dit que cette prière, comme d’autres qu’il rapporte, montre qu’il se mouvait dans une sphère spirituelle peu élevée. Il eût été bien plus noble de ne pas penser à une quelconque récompense. Peut-être en était-il ainsi. Comme nous l’avons relevé, Néhémie n’avait pas la foi simple d’Esdras. D’un autre côté, nous ne pouvons manquer de voir dans ce récit qu’il s’est distingué, dans un jour de confusion et de ruine, par un dévouement rare au service de son Dieu, par une conscience droite et un oubli complet de lui-même, dans son désir ardent de chercher la gloire de Dieu en travaillant pour le bien de son peuple. Tout ce qu’il était et tout ce qu’il avait était mis sur l’autel, livré à Dieu pour son usage et son service. Et quoique l’on puisse admettre qu’il y ait des prières plus élevées que celle qui est rapportée là, nous préférons voir dans cette requête l’expression d’un désir sincère de la bénédiction divine en relation avec les travaux accomplis en faveur de son peuple. Le Seigneur lui-même a dit : « Quiconque aura donné à boire seulement une coupe d’eau froide à l’un de ces petits, en qualité de disciple, en vérité je vous dis, il ne perdra point sa récompense » (Matt. 10:42). C’est dans un tel esprit, et connaissant la fidélité de l’Éternel à qui il avait affaire, que Néhémie se détournait de toute recherche d’avantages personnels égoïstes pour s’en remettre à Dieu. Il avait confiance que celui qui avait mis dans son cœur cet amour pour son peuple ne permettrait pas qu’il perde sa récompense. Comme Moïse, « il regardait à la rémunération », qui n’était pas celle des hommes, mais celle qui vient de Dieu.

 

7                    Chapitre 6 — Encore les difficultés de construction de la muraille

Dans ce chapitre, Néhémie revient à ses conflits avec l’ennemi, conflits liés à la construction de la muraille de la cité. Le chapitre 5 est, par conséquent, plutôt une parenthèse, bien que, comme nous l’avons vu, il présente en relation avec le chapitre 6, une vérité importante. Au chapitre 5, Néhémie s’attache à corriger les abus intérieurs : il lui a été accordé de rétablir les relations fraternelles selon la pensée de Dieu. Maintenant, il reprend son récit concernant l’activité de l’adversaire. Mais quoique le sujet soit le même, il y a une grande différence entre les chapitres 4 et 6. Dans le chapitre 4, l’ennemi montre son opposition et dans le chapitre 6, il use de subtilité et cherche à attirer dans un piège sous un masque d’amitié plutôt que de décourager par un déploiement de force. De ce fait, nous trouverons des traces de sa présence à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur. Si, dans le chapitre 4, il se présente comme un lion rugissant, dans le chapitre 6 il cherche à séduire par ses artifices. Ce sont les deux formes constantes de son opposition au peuple de Dieu (Éph. 6:11 ; 1 Pierre 5:8).

 

7.1   Ch. 6:1-4 — Ruses répétées de l’adversaire

Les deux premiers versets nous dévoilent la première ruse de l’adversaire. « Et il arriva que, lorsque Sanballat et Tobija et Guéshem l’Arabe, et le reste de nos ennemis, apprirent que j’avais bâti la muraille et qu’il n’y restait aucune brèche, quoique jusqu’à ce temps-là je n’eusse pas posé les battants aux portes, Sanballat et Guéshem m’envoyèrent dire : Viens et rencontrons-nous ensemble dans les villages de la vallée d’Ono ». Sous la bonne main de Dieu, la diligence et la persévérance de Néhémie avaient surmonté tous les obstacles, et le travail avait été amené presqu’à son terme. Il n’y avait plus de brèches dans le mur et, par conséquent maintenant, plus de chemin secret pour entrer. Les portes n’étaient pas encore posées mais ces entrées étaient bien surveillées et les ennemis du peuple de Dieu ne pouvaient s’introduire que par là. C’est pourquoi le moment était venu pour eux de tenter un dernier effort, et, en conséquence, ils proposèrent une conférence, comme si eux aussi prenaient à cœur le bien-être d’Israël ! Mais quand le serviteur du Seigneur marche dans sa présence, avec l’intention arrêtée de chercher le chemin de la volonté de Dieu, il n’est jamais trompé par les artifices de Satan. C’était le cas de Néhémie. C’est pourquoi il ajoute : « Mais ils pensaient à me faire du mal ». Il savait que les ténèbres ne peuvent avoir communion avec la lumière, que Satan ne peut regarder avec plaisir l’œuvre de Dieu et ses progrès ; que, haïssant le Maître, il doit aussi haïr son serviteur. De ce fait, il comprit tout de suite quels étaient les buts de Sanballat et de ses compagnons. Il dit : « Je leur envoyai des messagers, disant : Je fais un grand travail et je ne puis descendre. Pourquoi le travail cesserait-il pendant que je le quitterais et que je descendrais vers vous ? » (v. 3) Quand le Seigneur envoya ses disciples, il leur commanda : « Ne saluez personne en chemin » (Luc 10:4), pour leur montrer par là que ses droits étaient exclusifs, que, une fois engagés dans son service, ils n’avaient plus le loisir de se détourner pour des salutations amicales, mais devaient sans relâche poursuivre leur mission. Néhémie avait donc la pensée du Seigneur en envoyant cette réponse, sans parler de la connaissance qu’il avait aussi de la méchanceté de leurs desseins. Il faisait un grand travail et c’était son affaire de persévérer, même si des amis l’avaient prié de l’abandonner. Le quitter, ne serait-ce qu’un instant, ce serait l’arrêter. Il était impossible pour lui de « descendre » : telles étaient les exigences de son service. Plusieurs d’entre nous auraient intérêt à tirer instruction de l’exemple de ce fidèle serviteur ; nous éviterions ainsi bien des pièges. Le travail du Seigneur, si du moins c’est son travail, ne peut pas être entrepris, puis laissé de côté à volonté. Mais quand le Seigneur met quelque ouvrage entre nos mains, cela requiert nos soins constants, la primeur de notre attention, et mérite que toute notre énergie soit mise en œuvre. « Tout ce que ta main trouve à faire, fais-le selon ton pouvoir », si du moins cela vient du Seigneur (Écc. 9:10).

L’ennemi ne pouvait se contenter d’en rester là. « Ils m’envoyèrent dire la même chose quatre fois ; et je leur répondis de la même manière » (v. 4). Si la fidélité caractérisait Néhémie dans son refus d’aller, la sagesse de Dieu apparaît pareillement dans sa façon de répondre. C’était « de la même manière ». Les circonstances n’avaient pas changé, et par conséquent sa première réponse était suffisante. Mais Satan jouait sur la faiblesse du cœur humain. Il savait que les âmes se laissent souvent entraîner sous des sollicitations répétées. Ce fut le cas pour Samson. Il avait autant de raisons de refuser de dire son secret à la fin qu’au début. Mais il arriva, comme Delila le tourmentait par ses paroles tous les jours et le pressait, que son âme en fut ennuyée jusqu’à la mort, et il lui déclara tout ce qui était dans son cœur (Jug. 16:16). Il en va souvent ainsi de nous-mêmes, ignorants que nous sommes, à notre honte, des ruses de Satan.

 

7.2   Ch. 6:5-9 — Lettre de Sanballat

N’ayant pas réussi à séduire Néhémie par ce moyen, Satan essaie alors un autre artifice. « Et Sanballat m’envoya son serviteur, une cinquième fois, de la même manière, une lettre ouverte à la main. Il y était écrit : On entend dire parmi les nations, et Gashmu le dit, que toi et les Juifs vous pensez à vous révolter ; c’est pour cela que tu bâtis la muraille ; et, d’après ces dires, c’est toi qui deviendras leur roi » (v. 5-7). Sanballat affecte de s’inquiéter de la réputation de Néhémie et de craindre que sa manière d’agir soit mal interprétée. C’est un masque très subtil qu’il revêt, car il insinue dans sa lettre trois accusations distinctes qui, si elles étaient rapportées au roi, pourraient fort bien mettre la réputation et même la vie de Néhémie en danger. Premièrement, il parle de rébellion et cite même un témoin à l’appui de ses dires, Gashmu l’Arabe. Puis il suggère ce qui, si cette accusation était vraie, pourrait bien l’étayer, savoir que son but en rebâtissant la muraille était de se proclamer roi. Enfin, Sanballat affirmait qu’on rapportait que Néhémie avait établi des prophètes pour prêcher à son sujet dans Jérusalem et dire : « Il y a un roi en Juda » ! C’est plus que probable qu’il y avait une apparence de vérité dans ce rapport. Tout homme qui, comme Néhémie, portait un tel intérêt au peuple, n’aurait su oublier que tous leurs espoirs étaient centrés sur le Messie promis ; il se peut donc qu’il ait cherché, par le ministère des prophètes, à raviver les énergies faiblissantes du peuple en rappelant à leur esprit les brillantes descriptions du règne futur sous la domination du vrai David, telles qu’elles sont rapportées par exemple au livre d’Ésaïe. Un étranger ne pouvait pas entrer dans ces pensées ni les comprendre, et pouvait bien en conclure que Néhémie semait la sédition et la rébellion. La ruse de Satan se montre ainsi clairement dans cette lettre de Sanballat. Mais il avait à faire avec quelqu’un dont la confiance était en Dieu pour recevoir sagesse et force. Ainsi, cette attaque contre Néhémie, comme la précédente, échoua complètement. La réponse à cette lettre est la simplicité même, un démenti catégorique de ces insinuations, exprimé en quelques mots. En même temps, il fait remonter la source des accusations au méchant cœur de Sanballat : « Aucune des choses dont tu parles n’a eu lieu ; mais tu les inventes dans ton propre cœur » (v. 8). Cette réponse nous enseigne qu’il ne faut jamais argumenter avec le tentateur ; repousser ses accusations, nous le pouvons, mais si nous commençons à raisonner avec lui ou même à donner des explications, nous serons certainement vaincus. Si Néhémie seul avait été concerné, tout se serait bien passé ; mais quoique conducteur et agissant en faveur du peuple, il ne pouvait pas leur infuser sa confiance en Dieu et son courage. C’est ce qui explique ces paroles : « Car ils voulaient tous nous (*) effrayer, disant : leurs mains se lasseront du travail, et il ne se fera pas ».

 

(*) Le « nous » ici représente réellement le peuple. Néhémie s’identifie avec eux.

 

C’était le but de Satan d’épuiser le peuple en le harcelant par des assauts continuels. Il les poursuivait sans cesse de dards enflammés, que seul le bouclier de la foi pouvait arrêter et éteindre. Sans ce bouclier, ces attaques ne pouvaient qu’amener le découragement, la crainte et même la ruine. Personne ne savait cela mieux que ce fidèle et dévoué serviteur. Il savait se servir de ces armes défensives contre son rusé adversaire. C’est pourquoi, tandis qu’il maintenait une infatigable vigilance contre l’ennemi, il priait sans cesse. L’ennemi avait dit : « Leurs mains se lasseront du travail », Néhémie priait : « Maintenant donc, fortifie mes mains » (v. 9). Rien n’est plus beau que le spectacle de cet homme de Dieu, pressé de toutes parts, se tournant vers Dieu pour recevoir les forces nécessaires. Que pouvait faire l’ennemi contre un tel homme, un homme qui s’appuyait sur le Dieu tout-puissant et trouvait en lui sa protection et son abri. L’ennemi était sans force aucune. Il reconnait sa défaite en changeant de front d’attaque et en se servant d’une autre ruse.

 

7.3   Ch. 6:10-14 — Conspiration contre Néhémie de l’intérieur

Sanballat, réalisant l’inutilité des attaques dirigées de l’extérieur, cherche ensuite à conspirer contre Néhémie depuis l’intérieur. « Et moi, » dit Néhémie, » je vins à la maison de Shemahia, fils de Delaïa, fils de Méhétabéél, (et il s’était enfermé) ; et il dit : Rencontrons-nous dans la maison de Dieu, à l’intérieur du temple, et fermons les portes du temple, car ils vont venir pour te tuer » (v. 10). Néhémie, comme le lecteur le remarquera, était le seul obstacle au succès de l’ennemi et, de ce fait, l’objet de toute sa haine. Car bien qu’environné de l’infidélité générale, il était fidèle, soutenu dans son sentier par la grâce de Dieu, et pour cette raison, il trouvait le chemin bien solitaire. Des ennemis à l’extérieur, il savait qu’il y en avait, mais maintenant il devait découvrir que certains de ses prétendus amis faisaient partie de ses ennemis. Néhémie suivait ainsi, quoique à distance, le chemin tracé par notre bien-aimé Seigneur. La plus grande tristesse qu’il ait connue de la part des hommes a été d’être trahi par l’un de ses propres disciples.

Et remarquez la subtilité de cette dernière tentation. Évidemment, Néhémie avait rendu visite, une visite de sympathie et d’amitié à Shemahia, qui se trouvait enfermé. Et cet ami, paraissant très en souci de la vie de Néhémie, lui propose une rencontre dans le temple pour être à l’abri, affirmant que ses ennemis allaient venir pendant la nuit pour le tuer. Il invoquait ses craintes, il agissait apparemment par amour et bienveillance, et le lieu sacré où il le pressait de se cacher semblait sanctifier sa proposition. Mais le tentateur à nouveau va manquer son but, ou plutôt ses dards ne réussiront pas à pénétrer l’invincible foi de ce serviteur droit et fidèle. Il répond : « Un homme comme moi fuirait-il ? Et quel homme comme moi entrerait dans le temple et vivrait ? Je n’entrerai pas ». Qu’importe la vie pour un soldat fidèle ? C’est à son poste qu’un soldat doit mourir. Fuir aurait été renier son vrai caractère et exposer ses compagnons à la puissance victorieuse de l’ennemi. Par grâce, Néhémie n’était pas de ceux qui tournent le dos à l’ennemi au jour de la bataille. Ainsi, il put faire face aux sollicitations de son « ami » en déclinant résolument la proposition qui lui était faite (comparer Ps. 55:12-14).

Il est remarquable de voir que, dès que Néhémie eut résisté à la tentation, il comprit tout le caractère des desseins de l’ennemi et, perçant ses déguisements, il découvrit le mal et l’hypocrisie qui étaient à l’œuvre pour le prendre au piège. Il en est toujours ainsi. Nous ne sommes aveugles qu’aussi longtemps que nous prêtons l’oreille à la tentation. Mais devant notre résistance, tout vient au jour, et Satan se trouve entièrement démasqué. « Et je reconnus que, voici, ce n’était pas Dieu qui l’avait envoyé, car il prononçait cette prophétie contre moi, et Tobija et Sanballat le soudoyaient. C’est pour cela qu’il était payé, pour que j’eusse peur et que je fisse ainsi et péchasse, et qu’ils eussent de quoi me faire un mauvais renom, afin de me couvrir d’opprobre » (v. 12-13). Voici donc quel était le secret. L’or de l’ennemi avait corrompu les prophètes de Dieu qui avertissaient Néhémie au nom du Seigneur, alors qu’Il ne les avait pas envoyés. Les prophètes ne pouvaient servir Dieu et Mammon. Du moment qu’ils prenaient un présent de Mammon, ils lui étaient assujettis, pieds et poings liés, et se trouvaient en outre disqualifiés en tant que messagers du Seigneur. Quelle douleur ce devait être pour le fidèle Néhémie, de découvrir les influences corruptrices de l’adversaire dans le cercle du peuple de Dieu, parmi ceux qui auraient dû être l’oracle de Dieu pour parler à ses serviteurs. Quel contraste avec ce que nous lisons dans Esdras : Et avec eux, (Zorobabel et Jéshua) étaient les prophètes qui les assistaient (Esd. 5:2). Les prophètes du temps de Néhémie collaboraient avec l’ennemi, au lieu d’aider au travail de Dieu. Hélas ! que de fois le cas s’est présenté depuis ce jour ! Ceux qui ont occupé la place de prophètes, prétendant communiquer la pensée de Dieu à leurs contemporains, ont plutôt été à la solde et au service de Satan. Encore aujourd’hui, les plus subtils opposants à la vérité de Dieu et à la construction de la muraille de séparation, sous prétexte que tous les hommes sont frères, se trouvent dans les chaires de la chrétienté.

Et quel était le but de Shemahia, de la prophétesse Noadia, et du reste des prophètes ? Ils cherchaient à détruire la réputation du conducteur du peuple de Dieu. Ils désiraient l’effrayer, détruire sa confiance en Dieu, et ainsi l’amener à pécher, pourvu « qu’ils eussent de quoi me faire un mauvais renom, afin de me couvrir d’opprobre » (v. 13). Cet homme fidèle, comme nous l’avons déjà remarqué, était l’objet de tous les assauts et des artifices de Satan. Les pièges les plus subtils étaient tendus devant ses pas. Car si l’ennemi réussissait à l’abattre et à le vaincre, il avait la victoire. À ce moment, pour autant que cela nous est révélé, la cause de Dieu à Jérusalem dépendait du courage et de la fidélité de Néhémie. C’est pourquoi Satan cherchait par tous les moyens à le circonvenir. Mais quoique vagues après vagues se jettent contre lui, par la grâce de Dieu, il resta ferme comme le roc, sans se laisser ébranler par cette opposition manifeste ; ses pieds aussi étaient gardés des fosses creusées de toutes parts pour le faire tomber. Dieu soutenait son serviteur, dans ce chemin de justice, d’intégrité, de persévérance qu’on ne peut suivre que par l’effet d’un œil simple et d’une dépendance constante de la puissance divine. C’est pourquoi, une fois encore, le complot échoua.

On trouve le secret de la force de Néhémie au verset 14. Ayant démasqué les visées des prophètes qui avaient été soudoyés par l’ennemi, il regarde en haut et dit : « Souviens-toi, ô Dieu, de Tobija et de Sanballat selon ces œuvres qu’ils ont faites ; et aussi de Noadia, la prophétesse, et du reste des prophètes qui voulaient m’effrayer ! ». Évitant tout conflit ouvert comme étant inutile, il remet l’affaire à Dieu, comme Paul qui écrit : « Alexandre, l’ouvrier en cuivre, a montré envers moi beaucoup de méchanceté ; le Seigneur lui rendra selon ses œuvres » (2 Tim. 4:14). Il vaudrait la peine que nous soyons attentifs à ces exemples. Il y a bien des formes de mal qui ne peuvent être ouvertement attaquées sans qu’il en résulte du dommage pour nous-mêmes et pour les autres, et bien des mauvais ouvriers doivent être simplement laissés de côté.

Les attaquer en face servirait seulement la cause de l’ennemi, mais notre ressource dans de telles circonstances est de crier à Dieu contre eux. Ainsi, nous lisons dans Jude : « Michel l’Archange, quand, discutant avec le diable, il contestait touchant le corps de Moïse, n’osa pas proférer de jugement injurieux contre lui ; mais il dit : Que le Seigneur te censure ! » (v. 9). Que le Seigneur nous donne plus de discernement, pour que nous puissions savoir comment nous conduire avec sagesse dans nos combats spirituels.

 

7.4   Ch. 6:15, 16 — Achèvement de la muraille

Le lecteur remarquera que quoique ce chapitre nous expose tous les stratagèmes de l’ennemi, le travail de la construction de la muraille n’était aucunement retardé. La foi et le courage de Néhémie ne vacillèrent jamais, et bien qu’il soit conduit à nous donner, pour notre instruction, un récit détaillé des ruses de Satan, nous trouvons maintenant que la construction avait dû avancer, soutenue par un zèle qui n’avait pas diminué. Car Néhémie dit : « Et la muraille fut achevée le vingt-cinquième jour du mois d’Elul, en cinquante-deux jours ». Le mot « et » à cette place est remarquable et pourrait signifier : « de cette manière » ou « malgré tout » ou « en dépit de » suivant que l’on s’attache au sens littéral ou spirituel. La rapidité de l’exécution de ce travail témoigne de l’énergie des travailleurs sous la conduite de Néhémie, car « la ville était spacieuse et grande » (7:4), et l’entourer d’une muraille en cinquante-deux jours n’était pas une petite réussite. On peut le comprendre aisément si l’on se rappelle que l’œuvre était de Dieu et pour Dieu, et qu’il travaillait avec les constructeurs. Même les adversaires d’Israël furent forcés de se l’avouer, car Néhémie nous dit : « Et il arriva que, lorsque tous nos ennemis l’apprirent, toutes les nations qui nous environnaient craignirent et furent fort abaissées à leurs propres yeux, et elles reconnurent que cette œuvre avait été faite de par notre Dieu » (v. 16). Jusque là, ils avaient été fort contrariés ; mais maintenant, quand ils entendirent et virent que la muraille était achevée, leurs espoirs furent anéantis. Car cette muraille, la protection et la sécurité du peuple de Dieu, aussi longtemps qu’ils la maintiendraient dans la sainteté, était une barrière infranchissable pour l’ennemi. Les nations le savaient et elles « furent fort abaissées à leurs propres yeux » (v. 16). Sûrement, cette description est une figure du temps dont parle le Psalmiste dans le Ps. 48:2-6 : « Belle dans son élévation, la joie de toute la terre, est la montagne de Sion, aux côtés du nord, la ville du grand roi ; Dieu est connu dans ses palais pour une haute retraite. Car voici, les rois se sont assemblés, ils ont passé outre ensemble. Ils ont vu, — ils ont été étonnés ; ils ont été troublés, ils se sont enfuis consternés. Là, le tremblement les a saisis, une angoisse comme celle de la femme qui enfante ».

 

7.5   Ch. 6:17-19 — Le mal au milieu du peuple

Les trois derniers versets du chapitre traitent d’un autre sujet : la description d’une autre forme de mal contre laquelle Néhémie dut lutter, au milieu du peuple de Dieu. L’affaire maintenant ne provenait pas de Tobija mais des nobles de Juda. Le mal, exclu par l’achèvement de la muraille, s’élève maintenant au milieu du peuple et cherche à s’allier avec le mal qui est dehors. Les nobles de Juda étaient entrés en correspondance avec Tobija et même, ils lui « avaient prêté serment », car il leur était doublement lié. « Il était gendre de Shecania, fils d’Arakh, et Jokhanan, son fils avait pris la fille de Meshullam, fils de Berekia » (6:17-18). Ils s’étaient donc alliés avec un Ammonite, sur qui pesait la malédiction de Dieu, en désobéissance directe à la Parole de Dieu (Néh. 13:1 et Deut. 7:3). Ils reniaient ainsi la place spéciale qu’ils occupaient, en tant que peuple que Dieu avait choisi et séparé pour lui-même. Telle a été la source continuelle de faiblesse et de corruption parmi le peuple de Dieu ; car du moment où certains, comme ces nobles, entrent en relation avec le monde, ils ne peuvent qu’être opposés au terrain de la séparation, sur lequel ils avaient été établis. Plus encore : Jacques (4:4) dit : « Adultères, ne savez-vous pas que l’amitié du monde est inimitié contre Dieu ? Quiconque donc voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu ». Paroles solennelles mais vraies. Ces nobles de Juda étaient ainsi ennemis de Dieu, aussi bien que tous ceux qui désirent être les amis du monde. Et remarquons comment ils perdirent rapidement tout sentiment de la distinction entre le peuple de Dieu et ses ennemis. Car nous lisons : « Ils disaient aussi devant moi ses bonnes actions, (celles de Tobija) et ils lui rapportaient mes paroles ». Comme si un ennemi du peuple de Dieu pouvait accomplir de bonnes actions ! Ils cherchaient à prouver, comme beaucoup le font aujourd’hui, qu’il n’y a pas, après tout, de différence entre les saints et les hommes du monde, que les actions des uns comme des autres sont également bonnes. Mais que prouvaient-ils ainsi ? Qu’eux-mêmes n’avaient aucune idée de ce qui convient à un Dieu saint et qu’ils étaient, dans leurs propres âmes, sur le terrain de ceux qui ne le connaissaient pas. Rien d’étonnant qu’avec de tels complices à l’intérieur de la cité, Tobija renouvelle ses attaques contre Néhémie et envoie « des lettres pour l’effrayer » (v. 19).

Nous voyons donc que Néhémie, cet homme de Dieu dévoué, n’avait pas de repos, qu’il menait un perpétuel combat contre les ennemis à l’intérieur et à l’extérieur. Mais, bien que solitaire comme il l’était, fortifié par sa foi en Dieu, il était supérieur à toute la puissance de l’ennemi. C’est un merveilleux récit, qui nous prouve abondamment la toute-suffisance de Dieu pour soutenir ses serviteurs dans leurs difficultés ou dans les périls, quel que soit le service auquel il les appelle. À lui seul soit la gloire !

 

8                    Chapitre 7 — Gouvernement de Jérusalem et dénombrement du peuple

Deux sujets sont considérés dans ce chapitre. D’abord le gouvernement de Jérusalem, la cité de Dieu, ainsi que les dispositions prises en vue d’une vigilance continuelle contre les machinations de l’ennemi (v. 1-4). Ensuite, le dénombrement du peuple par généalogies (v. 5-73).

 

8.1   Ch. 7:1-4 — Gouvernement de Jérusalem et dispositions contre l’ennemi

8.1.1       Mise en place de fonctions diverses

Nous apprenons par le verset 1 que les battants étaient maintenant posés aux portes et que tout ce qui était en relation avec l’enceinte de Jérusalem était terminé (6:15). Le moment était venu d’établir « dans leurs emplois les portiers, et les chantres, et les lévites ». Ce fait, des plus intéressants, est brièvement mentionné. Les portiers, il est à peine besoin de le dire, étaient les gardiens des portes. C’est à eux qu’incombait la responsabilité d’admettre seulement ceux qui avaient légitimement le droit d’entrer dans la ville et d’en interdire l’accès à ceux qui n’avaient pas les qualifications nécessaires. En un mot, ils avaient la haute main sur l’ouverture et sur la fermeture des portes. Ils occupaient un poste très important ainsi que le font aussi de nos jours les portiers. Car s’il est vrai, l’on ne saurait jamais trop insister sur ce point, que chaque croyant, chaque membre du corps de Christ, a sa place à la Table du Seigneur, les « portiers » de l’Assemblée ont la responsabilité de demander qu’ils produisent les preuves évidentes qu’ils sont ce qu’ils se disent être (voir Act. 9:26-27 et 1 Pierre 3:15). Le relâchement ou la négligence dans ce domaine a produit de bien fâcheuses conséquences dans plus d’une assemblée, au point de détruire dans certains cas tout témoignage pour Christ, et d’amener un déshonneur flagrant sur son saint Nom. Il est donc de la plus haute importance que seuls des hommes fidèles et de confiance occupent cette fonction de portiers, spécialement en ces jours de profession générale, quand tous se disent pareillement chrétiens.

Il y avait aussi des chantres. Leur fonction nous est décrite dans une autre portion de la Parole : dans 1 Chroniques 6:31-32, nous lisons : « Et ce sont ici ceux que David établit pour la direction du chant dans la maison de l’Éternel, depuis que l’arche fut en repos. Et ils faisaient le service devant le tabernacle de la tente d’assignation, pour le chant, jusqu’à ce que Salomon eût bâti la maison de l’Éternel à Jérusalem, et ils se tinrent là selon l’ordre établi pour leur service ». Le Psalmiste y fait allusion quand il dit : « Bienheureux ceux qui habitent dans ta maison ; ils te loueront sans cesse ! » (Ps. 84:4). Telle était l’occupation des chantres, louant le Seigneur « jour et nuit » (1 Chr. 9:33), figure de l’activité perpétuelle des rachetés dans le ciel (Apoc. 5). C’est un service béni si on peut lui donner ce nom de « service ». C’est le privilège de l’Église de l’anticiper sur la terre, en attendant le retour de notre bien-aimé Seigneur (voir Luc 24:52-53). Enfin, il y avait les Lévites. Leur travail est ainsi décrit : « Et leurs frères, les Lévites, furent donnés pour tout le service du tabernacle de la maison de Dieu » (1 Chr. 6:48). Les battants des portes ayant été posés et les portiers placés aux postes qui leur étaient assignés, on pense d’abord, avec les chantres, à la part du Seigneur ; puis viennent les Lévites pour accomplir le travail nécessaire en relation avec sa maison. L’ordre même dans lequel ces trois classes de personnes sont mentionnées est très instructif. Il montre à la fois combien Néhémie était jaloux des droits du Seigneur sur son peuple et avec quel soin il cherchait, dans son dévouement au service du Maître, à faire reconnaître sa primauté et à lui rendre l’honneur dû à son nom.

 

8.1.2       Fidélité de ceux qui sont à la tête

Ces choses ayant été réglées, il dit : « Et je chargeai du gouvernement de Jérusalem Hanani, mon frère, et Hanania, chef du château fort, car c’était un homme fidèle, et il craignait Dieu, plus que beaucoup d’autres » (v. 2). Il n’est pas clairement dit si cette qualification de « fidèle » doit s’appliquer à Hanani ou à Hanania. Mais nous pensons qu’elle s’applique à Hanani. Car on se rappelle que c’est ce même Hanani dont Dieu s’est servi, parmi d’autres, pour rapporter à Néhémie quel était l’état du résidu et de Jérusalem, rapport qui devint, dans la main de Dieu, le moyen de provoquer la mission de Néhémie (ch. 1). Si nous le comprenons ainsi, rien ne montre plus clairement combien Néhémie avait un œil simple au service de son maître. Hanani était bien son frère, mais il ne l’a pas nommé parce qu’il était son frère ou qu’il possédait de l’influence, mais parce qu’il « était un homme fidèle et craignait Dieu plus que beaucoup d’autres ». De cette façon, aussi bien que par les directions divines données par l’apôtre Paul, le Seigneur nous enseigne ce qui doit caractériser ceux qui sont à la tête au milieu du peuple de Dieu. C’est spécialement vrai de ceux qui occupent une place de prééminence ou de responsabilité. Il ne suffit pas qu’ils soient des hommes doués, qu’ils occupent une position influente, mais il faut qu’ils soient fidèles — fidèles envers Dieu et à l’égard de sa vérité. Ils doivent être reconnus comme craignant non les hommes, mais Dieu, et qu’ils agissent sous son regard, en maintenant l’autorité de Sa Parole.

 

8.1.3       Vigilance dans la garde de la ville

Néhémie lui-même donna ses instructions pour que s’exercent la vigilance et la garde de la ville. En premier lieu, « les portes de Jérusalem ne devaient pas être ouvertes avant que le soleil ne fût chaud ». Aussi longtemps que durait la nuit et ce qui pouvait y ressembler, les portes devaient être fermées contre « les dominateurs de ces ténèbres » (Éph. 6:2), car la nuit est toujours le moment de leur plus intense activité. En contraste, nous lisons de la Jérusalem céleste que « ses portes ne seront point fermées de jour ; car il n’y aura pas de nuit là » (Apoc. 21:25). Elles resteront toujours ouvertes parce que le mal et les puissances de méchanceté auront disparu pour toujours. « On devait fermer les battants des portes, pendant qu’ils étaient là, et mettre les barres » (v. 3). Les portiers ne devaient pas abandonner leur poste ou déléguer leurs responsabilités à d’autres, mais les gouverneurs devaient se tenir là et surveiller que les portes soient fermées et munies de leurs barres. Plus d’une maison a été dévalisée parce que la porte fermée n’a pas été munie de barres ; et plus d’une âme a laissé l’ennemi entrer parce que ses diverses portes n’ont pas été rendues sûres. Il ne suffisait pas, dès lors qu’il était question de l’ennemi, que les portes des entrées de Jérusalem soient fermées, il fallait que les barres soient mises, pour que tout accès soit interdit à l’ennemi. Nous apprenons ainsi l’impérieuse nécessité de garder les portes, qu’il s’agisse de celles de l’âme ou de celles de l’Assemblée. Enfin, « on devait placer des gardes d’entre les habitants de Jérusalem, chacun à son poste et chacun devant sa maison » (v. 3). Deux choses des plus importantes sont indiquées ici. D’abord, pas un seul habitant de Jérusalem n’était exempté de la responsabilité de monter la garde sur la ville. Chacun devait être à son poste. Le tour de garde devait être bien ordonné et tous devaient servir à leur tour. En second lieu, chacun devait assurer la garde devant sa propre maison. En résumé, c’était l’affaire de tous de veiller sur la ville tout entière, mais la sécurité de la ville était assurée si chacun veillait sur sa propre maison. C’est évident, car si le chef de chaque famille tenait l’ennemi — le mal — hors de sa maison, Jérusalem serait préservée et vivrait dans la séparation du mal pour Dieu. La ville tout entière était forcément ce que ses différents habitants en faisaient. Si seulement cette vérité était comprise dans l’Église de Dieu ! L’Assemblée, comme Jérusalem, est composée d’individus et de plusieurs chefs de famille, quels que soient les liens d’intimité qui existent entre les différents membres du corps de Christ ; et son état, son état extérieur et public (si l’on ose employer ce terme) dépend de l’état de tous. Par conséquent, si la discipline selon Dieu n’est pas maintenue dans les foyers, elle ne peut l’être dans l’Assemblée de Dieu ! Le relâchement dans les familles en produit aussi dans l’Assemblée. La mondanité dans le foyer produira la mondanité dans l’Assemblée. C’est pourquoi l’apôtre écrit qu’un surveillant doit savoir bien conduire « sa propre maison, tenant ses enfants soumis en toute gravité. (Mais si quelqu’un ne sait pas conduire sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l’Assemblée de Dieu ?) » (1 Tim. 3:4-5). Ce serait donc de la plus audacieuse présomption, pour quelqu’un qui aurait sa propre maison déréglée, de s’arroger une place de conducteur dans l’Assemblée, et en même temps ce serait y introduire les mêmes maux dont sa propre maison est le théâtre. Si d’autre part l’injonction de Néhémie est écoutée, et que chacun veille sur sa propre famille pour en écarter les dangers, l’Assemblée sera la manifestation de l’ordre, de la sécurité, et de la sainteté de Dieu.

 

8.1.4       Peu d’habitants

Puis suit une indication concernant la ville elle-même. « Or la ville était spacieuse et grande, mais le peuple peu nombreux au milieu d’elle, et il n’y avait point de maisons bâties ». C’était incontestablement un signe de faiblesse. Le travail de Dieu, en ce temps-là, c’était de bâtir l’enceinte de la ville. Ce travail avait été accompli par la foi et la persévérance de Néhémie, en dépit de difficultés de tout genre. La vérité de Dieu se lierait, maintenant, à l’entretien de cette muraille et les trois premiers versets de ce chapitre nous montrent les instructions données à cet égard. Mais Néhémie nous informe que, quoique la cité fût spacieuse et grande, le peuple qui y habitait était peu nombreux. Or le témoignage de Dieu dans tous les temps, le vrai témoignage, rassemble autour de Christ ; il vient de lui et il en est le centre. Mais bien peu de personnes s’étaient rassemblées et avaient répondu à l’appel de Néhémie. La trompette avait sonné pour convoquer l’assemblée (Nomb. 10), et par grâce quelques-uns avaient répondu, mais la masse du peuple, comme au commencement du ministère d’Aggée le prophète, cherchait ses propres intérêts plutôt que ceux de l’Éternel (Phil. 2:21). En outre, les maisons de ceux qui s’étaient rassemblés là n’étaient pas bâties. Cette première responsabilité avait été négligée et serait de ce fait une source perpétuelle de trouble. Au début, quand les enfants d’Israël étaient revenus de captivité, ils avaient commencé par bâtir leurs propres maisons, négligeant la maison de Dieu. Et maintenant que le temps était venu de bâtir leurs demeures, ils négligeaient ce travail. Tel est l’homme et ainsi aussi se comporte le peuple de Dieu ; s’ils marchent à la manière des hommes, ils ne sont jamais en communion avec Dieu. Ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu et ce principe s’applique au chrétien, s’il se laisse gouverner par la chair. Si quelqu’un s’enquiert comment sa maison doit être bâtie dans les jours actuels, les passages suivants : Éph. 2:22 ; 6:1-9, Col. 3:18 ; 4:1 répondront à cette question.

Il faut que chaque membre de la famille soit soumis à l’autorité du Seigneur, et en particulier que les enfants soient élevés dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur.

 

8.2   Ch. 7:5-73 — Recensement du peuple et généalogies

Après avoir donné les instructions nécessaires pour que la ville soit gardée de l’intrusion du mal, Néhémie procède au recensement du peuple. Mais il prend soin de dire que ce n’était pas de sa propre initiative : « Et mon Dieu me mit au cœur de rassembler les nobles et les chefs, et le peuple, pour les enregistrer par généalogies ». Cela nous fait entrevoir l’intimité de sa marche avec Dieu. Il dit « Mon Dieu », celui qu’il connaissait comme tel, dans une relation que seules la foi et l’expérience peuvent connaître ; Comparez avec 1 Chr. 28:20 et 29:2 et 3, Phil. 4:19. C’est parce que Néhémie habitait constamment dans Sa présence qu’il pouvait immédiatement discerner la pensée que Dieu avait mise dans son cœur. Il s’agissait d’examiner le droit que chacun avait d’être compté parmi le peuple de Dieu. Avec les relations constantes qu’il y avait entre eux et les ennemis, et les alliances qu’ils avaient contractées, oubliant que le Seigneur avait choisi Israël, d’entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre pour qu’il soit un peuple qui lui appartienne en propre (Deut. 7:6), il y en avait sans doute plusieurs qui ne pouvaient pas montrer leur généalogie ; ils n’avaient de ce fait aucun droit à être dénombrés avec Israël. Maintenant que la muraille était construite et la vérité de la séparation proclamée par ce moyen, un pareil mélange ne pouvait plus être toléré. Ceux qui occupaient ce terrain de sainteté et revendiquaient les privilèges précieux qui s’attachent à la maison de Dieu, devaient avoir un titre inaliénable, et c’est la signification de cette manière d’agir de Néhémie. Dans son cas, la tâche n’était pas difficile, car il trouva « le registre généalogique de ceux qui étaient montés au commencement » et en se servant de ce registre, il était facile de s’assurer que ceux qui se trouvaient dans l’enceinte sacrée des murs de Jérusalem, et ceux qui pouvaient désirer y être admis, faisaient bien tous partie d’Israël (*).

 

(*) Note du traducteur : Il est bien connu que le texte de Néhémie 7:6-73 est sensiblement identique à celui de Esdras 2:1-70. Les enseignements qu’on peut tirer de l’étude du registre généalogique ont été donnés dans l’ » Exposé sur le livre d’Esdras », du même auteur, dans l’examen du chapitre 2. Il n’est donc pas nécessaire de les reproduire ici. Le lecteur est prié de s’y reporter pour la compréhension du reste du chapitre 7.

 

9                    Chapitre 8 — Lecture de la Parole de Dieu et fête des tabernacles

9.1   Place du chapitre 8

Avant d’entrer dans le sujet de cet intéressant chapitre, il vaut la peine de signaler la place qu’il occupe. Le chapitre 6 traite de l’achèvement de la muraille, le chapitre 7 nous parle des précautions et des moyens mis en œuvre en vue de la sécurité de la ville et du dénombrement du peuple par généalogies. Le chapitre 8 établit l’autorité de la Parole de Dieu. Cet ordre est des plus instructifs ; les murs peuvent être bâtis, le peuple rassemblé et bien en ordre, mais rien ne pourrait le maintenir dans la position où il a été établi, si ce n’est l’obéissance à la Parole de Dieu ; car l’obéissance donne au Seigneur sa place et au peuple la sienne. Au Seigneur la prééminence, au peuple la soumission. L’obéissance est par conséquent le chemin de la sainteté, puisqu’elle exclut tout ce qui est incompatible avec les droits suprêmes du Seigneur. C’est une leçon pratique de grande importance pour l’Église. Le témoignage du Seigneur rassemble les âmes autour de Christ, sur le terrain de l’unité du corps ; mais dès qu’elles sont rassemblées, c’est alors la responsabilité des docteurs et des pasteurs de faire valoir la suprématie du Seigneur, par l’autorité de la Parole écrite, de nourrir le troupeau de Dieu avec une nourriture appropriée, de les édifier sur leur très sainte foi, et de les fortifier ainsi contre les artifices et les ruses de l’ennemi.

 

9.2   Ch. 8:1, 2 — Autorité de la Parole retrouvée

Nous avons vu que le livre de Néhémie reproduit, au chapitre 7, le chapitre 2 d’Esdras ; et le premier verset de ce chapitre 8 correspond exactement à Esdras 3:1 où nous lisons : « Et quand arriva le septième mois, les fils d’Israël étant dans leurs villes, le peuple s’assembla comme un seul homme à Jérusalem ». Dans Néhémie, il est dit : « Alors tout le peuple s’assembla comme un seul homme sur la place qui est devant la porte des eaux ». Et au verset 2, nous trouvons que ce rassemblement avait lieu « le premier jour du septième mois ». C’est la date qui, dans les deux cas, explique le pourquoi de ce rassemblement. Le premier jour du septième mois, c’était la fête des trompettes (Lév. 23:24 — Nomb. 29:1). C’est une figure de la restauration d’Israël dans les derniers jours. Cette fête était un appel puissant pour le cœur de tout vrai Israélite qui avait quelque intelligence de sa portée et de sa valeur. Il ne nous est pas dit si dans ce cas l’on a sonné des trompettes. Et le fait même que cela ne nous soit pas rapporté est significatif. « Et ils dirent à Esdras, le scribe, d’apporter le livre de la loi de Moïse, que l’Éternel avait commandée à Israël » (v. 1). Quand tout est confusion, parce que la Parole de Dieu a été négligée, la première chose à faire c’est de rétablir, non les fêtes, mais l’autorité de la Parole sur la conscience. Au lieu donc de faire retentir les trompettes, il y eut une assemblée solennelle réunie pour lire la loi. Le peuple semblait en avoir oublié même le souvenir. Pour citer les paroles d’un autre : « c’était réellement de la trompette de Dieu qu’il s’agissait, quoique le peuple en fût inconscient, qui les réunissait a la nouvelle lune, qui brillait à nouveau en grâce, quels que puissent être les nuages qui voilaient sa faible lumière ». Et c’est très beau de noter qu’Esdras, dont il n’a pas été fait mention auparavant dans ce livre, est celui auquel ils ont recours pour le besoin présent. Esdras était « un scribe versé dans la loi de Moïse qu’avait donnée l’Éternel, le Dieu d’Israël » (Esd. 7:6). Il faisait ses délices et sa nourriture, de cette Parole, qu’il communiquait ensuite aux autres. Mais, dans un temps de relâchement quasi-général, de confusion et de ruine, on ne recherchait pas le docteur de la loi ; aussi bien, on ne prit plus garde à Esdras, si même il ne tomba pas dans l’oubli. Cependant, maintenant qu’il y avait en quelque sorte un réveil, produisant le désir d’entendre la Parole de Dieu, on se souvint d’Esdras et on rechercha son service. Heureux le serviteur qui, s’estimant sans valeur, peut se retirer quand on n’a pas besoin de lui et reparaître quand on le recherche à nouveau, désireux d’être n’importe quoi, ou même rien du tout, connu ou inconnu, pourvu qu’il puisse servir le peuple bien-aimé de Dieu !

 

9.3   Ch. 8:2, 3 — Le peuple rassemblé pour écouter la Parole

9.3.1       Empressement à écouter

Dans les versets 2 et 3, nous avons le récit de ce rassemblement de tout le peuple pour écouter la Parole de Dieu. La congrégation était composée d’hommes, de femmes et de ceux « qui avaient de l’intelligence pour entendre », ce qui veut dire, pensons-nous : tous les enfants en âge de comprendre ce qui était lu. Il n’y avait donc pas de groupes séparés, pas d’enseignement séparé pour les hommes, les femmes et les enfants, mais tous étaient ensemble comme formant la congrégation du Seigneur. Devant ce rassemblement, Esdras lut le livre de la loi « depuis l’aube jusqu’à midi », probablement pas moins de six heures, et « tout le peuple prêtait l’oreille au livre de la loi » (v. 3). En temps ordinaire, autrefois comme de nos jours, il serait impossible de tenir le peuple en éveil si longtemps, à écouter la simple lecture des Écritures ; mais quand il y a un vrai travail de l’Esprit de Dieu après un temps de relâchement général, les saints retournent toujours à nouveau, avec avidité, à la Bible et ne sont jamais fatigués de lire ou d’écouter les vérités qui ont été le moyen de réveiller leurs âmes. L’amour pour la Parole de Dieu, avec le désir intense de rechercher ses trésors cachés est toujours la caractéristique d’un vrai réveil. C’est ce fait qui explique l’empressement du peuple dans ce chapitre, le premier jour du septième mois, à écouter la lecture du livre de la loi.

 

9.4   Ch. 8:4-8 — Détails de cette journée remarquable

9.4.1       Esdras. Conditions de la lecture de la Parole

Les versets 2 et 3 nous donnent un exposé général. Dans les versets suivants 4-8, nous avons les détails de cette remarquable journée. D’abord, nous apprenons qu’« Esdras, le scribe se tenait sur une estrade de bois qu’on avait faite pour l’occasion » (v. 4). L’objectif était, comme aux jours actuels, qu’il puisse être vu et entendu par toute la congrégation. Six hommes se tenaient à sa droite et sept à sa gauche et l’Esprit de Dieu a permis que leurs noms soient mentionnés, car c’était un jour mémorable et le privilège qui leur était accordé de se tenir aux côtés d’Esdras était grand. Puis « Esdras ouvrit le livre aux yeux de tout le peuple, car il était élevé au-dessus de tout le peuple ; et quand il l’ouvrit, tout le peuple se tint debout » (v. 5). Ce n’était pas une simple forme, car le livre qu’Esdras ouvrait était la voix du Dieu Vivant s’adressant au peuple ; ils en étaient conscients et le reconnaissaient en se tenant debout avec révérence. Les paroles qu’il contenait avaient été prononcées premièrement par le Seigneur au Sinaï « du milieu du feu » (Deut. 5:5). Israël avait tremblé devant le Dieu Saint qui leur parlait, et « ceux qui l’entendaient prièrent que la Parole ne leur fût plus adressée » (Héb. 12:19). Ceux qui se tenaient maintenant devant Esdras ne pouvaient manquer de se rappeler tout cela. Ils se tinrent donc debout dans la présence de leur Dieu.

 

9.4.2       Esdras bénit

« Et Esdras bénit l’Éternel, le grand Dieu », c’est-à-dire qu’il rendit grâces (ou : sa prière fut une action de grâces) à l’Éternel. Nous trouvons l’emploi de ce mot « bénir » dans le Nouveau Testament en particulier en rapport avec la fête de Pâque et avec la Cène du Seigneur. Ainsi dans l’évangile de Matthieu, il est écrit : « Jésus ayant pris le pain et ayant béni » (Matt. 26:26), tandis que dans Luc nous lisons : « ayant pris un pain, et ayant rendu grâces » (Luc 22:19). Ainsi il est clair que le mot « bénir » employé dans ce sens a la signification de « rendre grâces » (voir aussi 1 Cor. 14:16). Il est nécessaire de souligner ceci et d’y insister, car plus d’une des prétentions du clergé est fondée sur une mauvaise interprétation du mot « bénir ». Ils essaient ainsi de prouver que le pain et le vin dans la Cène du Seigneur doivent premièrement recevoir la bénédiction du prêtre, être consacrés. On maintient par exemple que ce que Paul a dit : « la coupe de bénédiction que nous bénissons » (1 Cor. 10:16) signifie : « la coupe que nous, les prêtres, bénissons ». À la lumière des Écritures, le caractère profane d’une telle assertion se révèle rapidement. Le clergé tord avec légèreté le simple enseignement de la Parole de Dieu. Et les saints sont ainsi privés de leurs privilèges, et privés également de la proximité et de la bénédiction dans lesquelles ils ont été amenés sur le terrain de la rédemption (voir Jean 20:17 ; Héb. 10:19-22).

 

9.4.3       Attitude du peuple

À la fin de la prière ou de l’action de grâce d’Esdras, « tout le peuple répondit Amen, amen ! en élevant les mains, et ils s’inclinèrent et se prosternèrent devant l’Éternel, le visage contre terre ». C’est une scène saisissante car le Seigneur travaillait dans les cœurs de son peuple avec puissance ; ainsi leur attitude même exprimait leur sainte révérence. Ils se tenaient debout tandis qu’Esdras priait, ils répondaient « Amen, amen », ils élevaient les mains et se prosternaient, le visage contre terre. Dans un état de pauvreté, de déclin spirituels, on peut souvent remarquer que le peuple de Dieu prend des attitudes de relâchement corporel pendant l’adoration ou la prière ; mais dès qu il y a une manifestation de la puissance de l’Esprit de Dieu, tout change ; et ceux qui sont le plus sous son influence adoptent immédiatement une attitude qui montre la conscience qu’ils ont de ce qui convient devant Dieu — à genoux ou debout.

 

9.4.4       Lecture. On fait comprendre la Parole

Tout ce que nous venons de voir préparait le peuple à l’activité prévue pour ce jour : la lecture de la loi, dont nous parlent les deux versets suivants : « Et Jéshua et Bani... et les lévites faisaient comprendre la loi au peuple ; et le peuple se tenait à sa place. Et ils lisaient distinctement dans le livre de la loi de Dieu, et ils en donnaient le sens et le faisaient comprendre lorqu’on lisait » (v. 7-8). Il faut se souvenir que le peuple avait séjourné longtemps à Babylone et que plusieurs d’entre eux, sous l’influence de leur entourage, avaient adopté les habitudes, la façon de vivre et même la langue des Babyloniens. Le langage sacré, celui de leurs pères, était ainsi tombé en désuétude, et il avait été, dans bien des cas, oublié. En outre, il y avait une autre source de confusion. Quelques Juifs avaient épousé « des femmes asdodiennes, ammonites et moabites ; et leurs fils parlaient à moitié l’asdodien et ne savaient pas parler le juif, mais selon la langue de l’un ou de l’autre peuple » (Néh. 13:23-24). Il était donc devenu nécessaire de bien faire comprendre la loi au peuple, de la lire distinctement ou avec une interprétation, d’en donner le sens et de leur faire saisir ce qui était lu. Tout cela est très instructif et de deux manières : premièrement, nous apprenons que la conformité au monde conduit à l’oubli et à l’ignorance de la Parole de Dieu ; en second lieu, la vraie fonction de celui qui enseigne est de donner le sens des Écritures, d’expliquer leur signification et d’en faire comprendre la portée aux auditeurs. Il faut que la Parole soit aussi appliquée à l’état et aux besoins du peuple, mais même sur ce point, comme dans le cas qui nous occupe ici, c’est l’Esprit Saint qui dirigera pour le choix des portions convenables.

 

9.5   Ch. 8:9-12 — Jour de joie et de communion avec Dieu

La Parole de Dieu fut « vivante et opérante » dans le cœur du peuple, car elle est « plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur » (Héb. 4:12). Ils pleurèrent quand ils entendirent les paroles de la loi. Mais « Néhémie, qui était le Thirshatha, et Esdras, le sacrificateur, le scribe, et les lévites qui faisaient comprendre au peuple ce qu’on lisait, dirent à tout le peuple : Ce jour est saint à l’Éternel, votre Dieu ; ne menez pas deuil et ne pleurez pas ! » (v. 9).

La fête des trompettes devait être une sainte convocation et du fait de sa signification symbolique, la tristesse ne convenait pas à sa célébration. De fait, nous lisons au Psaume 81:1-4 : « Chantez joyeusement à Dieu, notre force ; poussez des cris de joie vers le Dieu de Jacob. Entonnez le cantique, et faites résonner le tambourin, la harpe agréable, avec le luth. Sonnez de la trompette à la nouvelle lune, au temps fixé, au jour de notre fête ; car c’est un statut pour Israël, une ordonnance du Dieu de Jacob ». Ils devaient donc être joyeux en ce jour, en communion avec la pensée de leur Dieu ; mais la joie ne peut être contenue, elle doit nécessairement déborder et ainsi ils devaient la communiquer à d’autres. « Allez, mangez de ce qui est gras et buvez de ce qui est doux, et envoyez des portions à ceux qui n’ont rien de préparé, car ce jour est saint, consacré à notre Seigneur. Et ne vous affligez pas, car la joie de l’Éternel est votre force » (v. 10). Cet ordre est instructif : il faut d’abord être en communion avec le cœur de Dieu et puis en communion avec nos frères. Il fallait tout d’abord que leurs propres cœurs soient remplis de la joie du Seigneur, pour que cette joie puisse ensuite jaillir en bénédiction pour les pauvres et les nécessiteux : ainsi ils éprouveraient que la joie du Seigneur était leur force.

« Et les lévites tranquillisèrent tout le peuple, en disant : Taisez-vous, car ce jour est saint, et ne vous affligez pas ». Le temps viendrait bientôt pour exprimer leur tristesse (ch. 9). Mais maintenant, ils devaient se réjouir selon les pensées du cœur de Dieu concernant leur bénédiction future. Ils avaient certes besoin du jugement d’eux-mêmes et de contrition ; mais le point important était que ce jour saint n’était pas consacré à l’humiliation ; le Seigneur voulait qu’ils s’élèvent au-dessus de leur état et de leur condition propres et qu’ils trouvent pour le moment leur joie dans sa joie — et sa joie deviendrait leur force. Il y a bien des saints qui peuvent comprendre cela ; quand ils sont réunis, par exemple, autour du Seigneur, à sa Table, pour se souvenir de sa mort, il peut y avoir bien des sujets de tristesse et d’humiliation, du fait de notre état ; mais ce serait perdre de vue la pensée du Seigneur que de confesser nos péchés à de tels moments. C’est la mort du Seigneur que nous rappelons et que nous annonçons ! Ce n’est pas de nous-mêmes et de nos misères que nous sommes occupés ; et c’est dans la mesure où nous avons ses intérêts devant nos âmes, quand nous sommes réunis, que nous entrons dans sa Présence et avons communion avec son propre cœur. Il en fut ainsi au premier jour du septième mois, ce qui explique l’action de Néhémie, d’Esdras et des lévites pour retenir le peuple d’exprimer sa tristesse.

Le peuple répondit aux exhortations de ses conducteurs et « s’en alla pour manger et pour boire, et pour envoyer des portions, et pour faire de grandes réjouissances ; car ils avaient compris les paroles qu’on leur avait fait connaître » (v. 12), et, de cette manière, ils célébrèrent la fête en accord avec la pensée de Dieu, si pourtant il n’y eut pas le son des trompettes. Ils n’étaient pas dans un état convenable au témoignage ; ainsi la première chose à faire c’était de retrouver un bon état par l’application de la Parole.

 

9.6   Ch. 8:13-18 — Fête des tabernacles

9.6.1       Comment la fête est célébrée

Le jour suivant, il y eut un autre rassemblement : « les chefs des pères de tout le peuple, les sacrificateurs et les lévites, s’assemblèrent auprès d’Esdras, le scribe, et cela pour devenir intelligents dans les paroles de la loi » (v. 13). Il est beau de remarquer ce désir croissant de connaître la Parole de Dieu, un signe certain que Dieu travaillait dans les cœurs, vu que l’obéissance à la Parole est l’expression manifeste de la vie divine. Quand ils furent ainsi réunis : « ils trouvèrent écrit dans la loi que l’Éternel avait commandée par Moïse, que les fils d’Israël devaient habiter dans des tabernacles pendant la fête du septième mois, et qu’ils devaient faire entendre et faire passer une proclamation dans toutes leurs villes et à Jérusalem, disant : Sortez dans la montagne, et apportez des branches d’olivier, et des branches olivier sauvage, et des branches de myrte, et des branches de palmier, et des branches d’arbres touffus, pour faire des tabernacles, comme il est écrit » (v. 14 et 15). Et il nous est rapporté que « le peuple sortit » etc... mais nous voyons d’après le chapitre 23 du Lévitique, que le jour fixé pour cette fête des tabernacles était le quinzième jour du septième mois, si bien qu’il faut placer treize jours d’intervalle entre le verset 15 et le verset 16, puisque c’est le second jour du mois qu’ils trouvèrent l’enseignement concernant cette fête (v. 13-14). Cet intervalle devait servir à proclamer que l’on allait bientôt observer la fête. Le peuple dispersé dans ses différentes villes avait ainsi le temps nécessaire pour se rassembler à Jérusalem. Et là, ils observèrent la fête, comme l’enjoignait la loi. Ils cherchèrent des branches dans la montagne et « se firent des tabernacles, chacun sur son toit, et dans leurs cours, et dans les parvis de la maison de Dieu, et sur la place de la porte des eaux et sur la place de la porte d’Éphraïm » (v. 16). Dans le verset suivant, nous lisons que « les fils d’Israël n’avaient pas fait cela depuis les jours de Josué, fils de Nun, jusqu’à ce jour-là ». De fait, ils avaient observé la fête des tabernacles après leur retour de captivité (Esd. 3:4) mais ils ne s’étaient pas conformés à l’ordre d’habiter dans des tabernacles pendant les jours de la fête. C’était la première fois depuis le temps de Josué qu’ils s’étaient construit de cette manière des tentes avec des branches de myrte, d’arbres touffus, et de palmiers : autre preuve de l’action puissante de l’Esprit de Dieu à ce moment-là, conduisant le peuple à l’obéissance stricte à la Parole de leur Dieu. Puis il est ajouté : « Et il y eut une très-grande joie ». De fait, la joie était le caractère de cette fête, la joie millénaire ; car après les directives concernant les tabernacles, il est écrit : « et vous vous réjouirez devant l’Éternel, votre Dieu, pendant sept jours... Vous habiterez sept jours dans des tabernacles... afin que vos générations sachent que j’ai fait habiter les fils d’Israël dans des tabernacles, lorsque je les fis sortir du pays d’Égypte. Moi, je suis l’Éternel, votre Dieu » (Lév. 23:40-43).

 

9.6.2       La fête selon Lév. 23

En consultant le chapitre 23 du Lévitique, le lecteur verra que la fête des tabernacles complète le cycle des fêtes et marque la fin et le résultat des voies de Dieu envers son peuple terrestre. Selon ces voies, quand le peuple aura tout perdu sur le terrain de sa responsabilité, Dieu, dans sa grâce, en vertu de l’œuvre de Christ, fera reposer sur lui sa pleine bénédiction dans son propre pays, « après la moisson et la vendange ». La joie, manifestée pendant toute cette période de sept jours, sera l’expression appropriée de leurs sentiments de reconnaissance envers la bonté et la grâce de l’Éternel. Mais tandis que la joie devait caractériser cette fête, ils devaient se souvenir du passé, de leur délivrance de l’Égypte et de leur errance dans le désert ; ils devaient se souvenir ainsi que la rédemption opérée par le sang de l’agneau pascal — fondement de toutes les voies de Dieu en faveur de son peuple —et que toutes les relations avec Lui dans lesquelles ils étaient par là amenés — « Moi, je suis l’Éternel, votre Dieu » (Lév. 23:43) — étaient la source de toutes les bénédictions et de la joie dans laquelle ils étaient entrés. Dans le cas qui nous occupe, la joie n’était que passagère, car en vérité la fête n’avait encore qu’une portée prophétique ; mais ayant ce caractère, elle aurait pu leur enseigner le caractère immuable de la vérité de Dieu, quant à ses promesses à leur égard. Et dans la mesure où ils apprenaient cela, ils pouvaient se réjouir par anticipation de cet heureux temps de bénédiction qui leur était assuré par la permanente Parole de leur Dieu (*).

 

9.6.3       Comparaison avec la fête au temps d’Esdras

Toute la fête semble avoir été occupée, « du premier au dernier jour », par la lecture « du livre de la loi de Dieu ». C’était le besoin ressenti à ce moment-là. « Et au huitième jour, il y eut une assemblée solennelle, selon l’ordonnance » (voir Lév. 23. 36). Aux jours précédents d’Esdras (chapitre 3), le rétablissement des sacrifices montrait que la fête était observée. Ici, c’est l’autorité de la loi qui est à nouveau reconnue. Dans les deux cas, la fête n’était pas complètement observée, quoique en accord avec la pensée de Dieu, dans la mesure où elle l’était. Au livre d’Esdras, il n’y avait pas de tabernacles et en Néhémie, il semble qu’il n’y avait pas de sacrifices. Ceci nous enseigne l’une des voies dé Dieu dans tous les réveils. Une vérité oubliée est retrouvée et appliquée avec puissance sur les cœurs et les consciences de son peuple, vérité nécessaire pour qu’il soit restauré et gardé dans les circonstances particulières du moment. Ainsi l’accent est mis sur l’efficacité des sacrifices dans le livre d’Esdras, et ici dans Néhémie, sur l’autorité de la Parole. La même chose a été remarquée maintes fois dans l’histoire de l’Église. Dans le remarquable travail de l’Esprit de Dieu par le moyen de Luther et des autres réformateurs, la doctrine de la justification par la foi seule occupait la première place. Dans un autre mouvement, de peu antérieur à nos jours, c’est la vérité de la présence du Saint Esprit sur la terre, et de la seconde venue de Christ qui a été remise en lumière. Dieu a travaillé de cette manière à chaque époque, pour sa gloire et le bien de son peuple. Mais telle est la faiblesse et la folie des cœurs qu’ils ont souvent tourné la miséricorde de Dieu envers eux en une occasion pour s’enorgueillir. Comme si les hommes étaient incapables de retenir la vérité dans son ensemble et ne comprenaient pas la pensée de Dieu qui leur faisait retrouver certaines vérités partielles, des sectes se sont formées pour les retenir. Il y a trop peu d’Épaphras pour combattre avec ferveur par des prières pour les saints, pour qu’ils demeurent « parfaits et bien assurés dans toute la volonté de Dieu » (Col. 4:12).

 

(*) Note : il a souvent été remarqué que tandis que la Pâque avait son antitype à la croix, et la Pentecôte à la descente du Saint Esprit, la fête des tabernacles n’a pas encore eu d’accomplissement. La raison en est, comme il est indiqué ci-dessus, qu’elle annonce la fin des voies de Dieu envers Israël, et ce temps n’est pas encore venu. De plus, Christ est présentement caché. Quand l’accomplissement de la fête des tabernacles sera venu, il se montrera lui-même au monde (voir Jean 7).

 

9.6.4       Ch. 8 — La fête solennelle du huitième jour

Au terme des sept jours de la fête, il y avait encore, le huitième jour « une assemblée solennelle selon l’ordonnance » (*). C’est ce jour-là, « la dernière journée, la grande journée de la fête, que Jésus se tint là et cria, disant : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre. Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7:37-39). Le moment n’était pas encore venu pour Jésus de se montrer au monde comme il le fera quand la fête des tabernacles sera pleinement accomplie, mais en attendant, ayant pris sa place dans les cieux, il est prêt à étancher la soif de toute âme qui vient à lui. De plus, pour cette âme, il fera que par l’action du Saint Esprit demeurant en elle, un fleuve d’eau vive débordera pour le rafraîchissement de ceux qui l’entourent. Quelqu’un a dit : « Observez qu’Israël buvait de l’eau dans le désert, avant de garder la fête des tabernacles. Ils pouvaient boire mais il n’y avait point de fleuve d’eau vive en eux. L’eau sortait du rocher ». Le Seigneur voulait ainsi enseigner aux Juifs que leur fête des tabernacles n’était qu’un rite vide aussi longtemps que le Messie n’était pas venu, ou plutôt aussi longtemps qu’il était rejeté (Jean 1:11). Il est remarquable de voir que, pas plus dans Esdras que dans Néhémie, s’ils ont gardé la fête des trompettes et celle des tabernacles, il n’est fait mention de la fête des propitiations qui devait être célébrée le dixième jour du septième mois, c’est-à-dire entre les deux fêtes mentionnées plus haut.

 

(*) Note : les détails de cette ordonnance, et de fait de toute la fête, nous sont donnés dans Nombres 29:2-39.

 

 

10               Chapitre 9 — 24 ème jour. Confession et humiliation

10.1                   Ch. 9:1 — Le 24 ème jour : humiliation et contrition

La fête des tabernacles avait été observée, et il y avait eu « une très grande joie » (8:17). Le dernier jour, le huitième, tombait sur le vingt-troisième jour du mois et ainsi le chapitre 9 du livre de Néhémie commence le jour suivant, le vingt-quatrième. Sous l’effet de la puissance pénétrante des paroles de la loi, le peuple avait pleuré, mais on leur avait dit : « Ce jour est saint à l’Éternel, votre Dieu ; ne menez pas deuil et ne pleurez pas ! » (8:9). Toutefois, maintenant que les jours de fête étaient passés, le temps était venu d’exprimer leur tristesse, une tristesse selon Dieu qui opère la repentance. Ainsi, « le vingt-quatrième jour de ce mois, les fils d’Israël s’assemblèrent avec jeûne et vêtus de sacs, et avec de la terre sur eux » (v. 1). La Parole de Dieu entrant dans leur cœur les avait éclairés et leur avait montré le caractère de leur conduite passée. Leurs péchés les plus secrets étaient mis à découvert dans la lumière de la Présence de Dieu ; et, frappés dans leur cœur et leur conscience à cause de leurs transgressions, ils s’étaient rassemblés avec toutes ces marques extérieures de contrition et d’humiliation. C’est l’effet béni de la Parole de Dieu et le commencement de toute vraie restauration et de toute bénédiction !

La réalité de leur repentance et de leur tristesse à cause de leurs péchés était prouvée par leurs actes : « Et la race d’Israël se sépara de tous les fils de l’étranger ». Il y a une raison à l’introduction ici du mot « race » (semence) ; c’est pour faire ressortir qu’ils étaient un peuple saint, séparé pour Dieu, issu du peuple d’Israël qui avait été racheté pour Dieu par le sang de l’agneau pascal. Ils étaient donc une « semence sainte » (Esd. 9:2 — comparer 1 Jean 3:9). Comme tels, ils devaient maintenir leur caractère de sainteté. C’est pourquoi, c’était renier la place dans laquelle ils avaient été amenés, que de s’allier par le mariage (Esd. 9:14) avec les étrangers et démolir ainsi les barrières que Dieu lui-même avait élevées entre eux et les autres peuples. Voilà ce dont ils prenaient maintenant conscience et, en conséquence, ils se séparèrent « de tous les fils de l’étranger ». Aux yeux des hommes, c’était sans doute faire preuve d’étroitesse d’esprit ; en agissant ainsi, ils seraient certainement accusés de manquer de charité. Mais quelle importance pouvaient avoir ces critiques, du moment qu’ils agissaient selon la pensée de Dieu ? Si Dieu place les pieds des siens dans un sentier étroit, il leur appartient d’y marcher s’ils veulent rester dans le chemin de la bénédiction.

 

10.2                   Ch. 9:2 — Séparation et confession

Ensuite « ils se tinrent là et confessèrent leurs péchés et les iniquités de leurs pères » (v. 2). Remarquons que la séparation a précédé la confession. La Parole leur avait montré qu’ils avaient péché en s’associant à des étrangers. Ils agirent selon ce qu’ils avaient compris et ensuite se reconnurent coupables devant Dieu. C’est toujours l’ordre divin. Au moment où nous voyons que ce que nous nous sommes autorisés à faire, ou ce à quoi nous nous sommes associés, est condamné par la Parole, il nous convient d’y mettre un terme et de nous séparer. Aucune circonstance dans ce cas ne justifie un délai. Comme le Psalmiste, nous devons nous hâter et ne pas différer de garder ses commandements (Ps. 119:60). Confesser nos péchés tout en y restant attachés, c’est se moquer de Dieu. Ils confessèrent aussi les iniquités de leurs pères et ils firent ainsi parce que, pour ce motif même, la main de Dieu avait été sur eux. C’était à cause des péchés de leurs pères qu’ils avaient été captifs à Babylone et que maintenant, quoique ramenés dans leur propre pays par la grande miséricorde de Dieu, ils étaient encore asservis à un monarque des nations. C’est pourquoi ils allèrent jusqu’à la racine de tout ce mal et confessèrent devant Dieu les péchés de leurs pères aussi bien que les leurs. Leur humiliation en ce jour n’était donc pas superficielle ; mais se tenant devant l’Éternel, dans la lumière de sa présence, ils désiraient mettre à nu tout le péché et toute l’iniquité à cause desquels ils avaient été châtiés.

 

10.3                   Ch. 9:3 — État du cœur propre à un réveil

Au verset 3, nous avons le détail de leurs occupations pendant cette assemblée solennelle. « Ils se levèrent à leurs places, et lurent dans le livre de la loi de l’Éternel, leur Dieu, pendant un quart de la journée ; et pendant un quart, ils firent confession et se prosternèrent devant l’Éternel leur Dieu ». La journée juive se divisait en quatre périodes de trois heures, commençant à six heures du matin. Ainsi ils lurent les Écritures pendant trois heures, et firent confession et adorèrent pendant trois heures. Dans quelle occupation plus bénie auraient-ils pu être engagés ? Ils étaient certainement divinement instruits et conduits dans cette affaire, et le fait même que cela nous soit rapporté est là pour nous montrer la vraie manière d’être rétabli et restauré dans des temps de déclin et d’apostasie. Si seulement le peuple de Dieu, en tous lieux, savait se rassembler d’une telle manière, recherchant la grâce de se séparer de toute iniquité connue, de confesser ses péchés et de sonder les Écritures pour trouver lumière et direction en s’humiliant devant Dieu ! On déplore de toutes parts la froideur et l’indifférence, on se plaint que l’on reste insensible à son état réel, et en même temps se manifestent partout des débordements d’impureté, effet du pouvoir de Satan. Voyez donc, d’après l’exemple de ces enfants d’Israël revenus de captivité, le remède divin, le vrai chemin pour un réveil réel. Il pourrait n’y avoir, dans un endroit, que deux ou trois personnes qui sentent les maux actuels, mais si ces deux ou trois se retrouvent pour se laisser sonder eux-mêmes et tout ce qui les entoure par la Parole, et pour confesser leurs péchés et ceux de leurs pères et de leurs frères, ils pourront bientôt se réjouir en voyant l’intervention de Dieu et sa délivrance. Notre manque de puissance à cet égard montre à l’évidence la gravité de nos manquements ; car même si nous ne faisions que confesser notre manque de puissance pour prier, un espoir naîtrait dans plus d’une assemblée. Que le Seigneur réveille les consciences de son peuple bien-aimé, et qu’Il permette que bientôt on puisse rendre témoignage qu’en plusieurs endroits, des saints se réunissent avec une réelle contrition de cœur, tremblant devant la Parole de Dieu, dans un esprit d’humiliation et de confession.

 

10.4                   Ch. 9:4-38 — Contenu de la prière de confession

Le reste de ce chapitre, du verset 4 au verset 38, contient la confession ou au moins une partie de la confession faite au nom du peuple. Premièrement, les lévites Jéshua, Bani... « se levèrent sur l’estrade et crièrent à haute voix à l’Éternel, leur Dieu » (v. 4). Puis les lévites, Jéshua, Kadmiel,... dirent au peuple « Levez-vous, bénissez l’Éternel votre Dieu, d’éternité en éternité ! » (v. 5) ; puis, se tournant du peuple vers Dieu, ils commencèrent leur louange et leur confession. Cet épanchement de leurs cœurs devant Dieu, est tout à la fois le rappel des voies de Dieu en grâce à leur égard et la confession de leur péché continuel et de la dureté de leur propre cœur. De la part de Dieu, il n’y a eu que grâce, miséricorde et support ; et de leur côté, rien d’autre qu’ingratitude et rébellion coupable. Ainsi ils justifiaient l’Éternel et se condamnaient eux-mêmes ; ce qui est la marque assurée d’une repentance opérée par la grâce, que ce soit dans le cœur des saints ou dans celui des pécheurs.

 

10.4.1    Reconnaissance du Créateur

Il est instructif d’examiner cette prière remarquable. Tout d’abord, ils bénissent et louent le nom glorieux de leur Dieu et reconnaissent en même temps qu’il est exalté « au-dessus de toute bénédiction et de toute louange ». Ils reconnaissent sa suprême grandeur (v. 5). Ensuite, ils l’adorent comme créateur, reconnaissant non seulement son activité créatrice, mais que l’Éternel est le Créateur « Tu es le Même, toi seul, ô Éternel ; tu as fait les cieux, les cieux des cieux et toute leur armée, la terre et tout ce qui est sur elle, les mers et tout ce qui est en elles. Et c’est toi qui fais vivre toutes ces choses, et l’armée des cieux t’adore ». La différence est importante. Il y a beaucoup de personnes qui acceptent que Dieu soit le créateur, mais qui hésiteraient à confesser, au sujet du Seigneur Jésus Christ, que toutes choses ont été faites par lui et que sans lui pas une chose n’a été faite de ce qui a été fait (Jean 1). L’homme naturel peut reconnaître Dieu comme créateur, mais seulement un vrai croyant peut confesser le Seigneur Jésus comme étant le Créateur.

 

10.4.2    Ch. 9:7-8 — Justice de Dieu

Ils parlent ensuite de Dieu opérant en grâce en appelant Abram à sortir de son pays et en faisant « avec lui une alliance pour donner le pays du Cananéen... à sa semence ». Et ils ajoutent : « Et tu as accompli tes paroles, car tu es juste » (v. 7 et 8). Quel repos ils avaient trouvé pour leurs âmes dans la fidélité et dans la justice de leur Dieu ! Ils avaient appris que s’ils étaient incrédules, Dieu demeurait fidèle, « car Il ne peut se renier lui-même » (2 Tim. 2:13). Pierre, dans sa seconde épître, célèbre aussi ce même caractère en écrivant « à ceux qui ont reçu en partage une foi de pareil prix avec nous, par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ » (2 Pierre 1:1). Il n’y a rien qui effraie autant un pécheur que la justice de Dieu, mais pour le saint, c’est le fondement immuable sur lequel sa foi repose en parfaite paix, maintenant que, par la mort et la résurrection de Christ, la grâce règne par la justice ; ainsi il peut se réjouir aussi dans la fidélité de Dieu, sachant que ce qu’Il a promis, Il est fidèle aussi pour l’accomplir. Ces mots : « Tu as accompli tes paroles, car tu es juste » (v. 8) sont donc très significatifs (comparer avec Deut. 26:3).

 

10.4.3    Ch. 9:9-15 — La rédemption, la loi, les soins de grâce de Dieu

La rédemption est leur thème suivant (v. 9-11). Remarquez comment ils la font remonter directement jusqu’au cœur de Dieu. Car où la font-ils commencer ? En disant : « Tu vis l’affliction de nos pères en Égypte » (v. 9). Ce sont à peu près les mêmes termes que Dieu lui-même emploie, quand il envoie Moïse pour la première fois (Ex. 3:7) : « J’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Égypte ». Par ces mots, ils atteignent ainsi la source d’où les fleuves bénis de la grâce avaient coulé. Et ils poursuivent en ajoutant : « Et tu entendis leur cri vers la mer Rouge » — autre manifestation du cœur de Dieu — pour raconter sa puissance et les signes qu’elle opéra en jugement « sur le Pharaon, et sur tous ses serviteurs, et sur tout le peuple de son pays, car tu savais qu’ils avaient agi avec fierté contre eux, et tu t’acquis un nom, comme il paraît aujourd’hui » (v. 10). Puis ils parlent du passage à travers la mer Rouge où Dieu jeta leurs persécuteurs « dans les abîmes, comme une pierre dans les eaux puissantes » (v. 11). Ils rappellent ainsi la rédemption par puissance hors du pays d’Égypte et parlent ensuite de la colonne de nuée et de la colonne de feu, par laquelle l’Éternel les avait conduits à travers le désert ; car, en vérité, celui qui avait racheté son peuple de la main du Pharaon les avait conduits par sa miséricorde et guidés par sa force jusqu’à la demeure de sa sainteté (voir Ex. 15:13). Puis ils rappellent devant Dieu comment il descendit sur le Sinaï, pour leur donner la loi. Il leur fit connaître son saint sabbat, ses commandements, ses statuts et ses lois, par son serviteur Moïse (v. 14). Ils se souviennent ensuite aussi du pain du ciel, qu’il leur a donné pour leur faim, de l’eau qu’il a fait jaillir du rocher pour leur soif, et du pays qu’il avait promis de leur donner en possession (v. 15).

 

10.4.4    Ch. 9:16-17a — Désobéissance

Jusqu’ici, c’est le récit de la grâce du Dieu qui donne. Il avait choisi Abraham, il a racheté, guidé, enseigné et soutenu son peuple. Dieu, dans sa grâce pure et souveraine, leur a donné tout cela selon les pensées de son cœur. Ils en viennent ensuite à leur part dans ce tableau. Quel contraste ! Il en est toujours ainsi quand le cœur de l’homme est mis à côté du cœur de Dieu ! Que devaient-ils dire d’eux-mêmes en présence de tant de miséricorde et de grâce ? Pas une seule bonne chose ! Car ils disent : « Mais eux, savoir nos pères, agirent avec fierté, et roidirent leur cou »... (v. 16 et 17). Bref, ils confessent l’orgueil, l’obstination, la désobéissance volontaire, l’oubli des voies de Dieu en puissance au milieu d’eux et l’apostasie. Du côté de Dieu, il y avait eu miséricorde, support, tendres soins ; de leur côté, ingratitude et presque toutes les formes du mal et de la corruption.

 

10.4.5    Ch. 9:17b-25 — Inépuisable bonté de Dieu

Et pourtant, ils n’ont pas fini de parler de l’inépuisable bonté du Dieu qui les a rachetés, portés sur des ailes d’aigle et amenés jusqu’à lui. « Mais toi » disent-ils, « tu es un Dieu de pardons, faisant grâce, et miséricordieux, lent à la colère, et grand en bonté, et tu ne les as point abandonnés » (v. 17). Et plus encore, ils magnifient la grâce de Dieu. Ils confessent que leurs pères se sont fait comme dieu un veau de fonte, lui attribuant même leur délivrance de l’Égypte. « Ils te firent de grands outrages » disent-ils, et « toi, dans tes grandes compassions, tu ne les abandonnas point dans le désert » (v. 18 et 19). Non, Dieu avait continué à les guider par sa colonne de nuée le jour, et par sa colonne de feu la nuit. Il leur donna son bon Esprit et ne leur refusa pas sa manne, ni l’eau du rocher ; mais pendant quarante ans, il les entretint dans le désert, si bien qu’ils ne manquèrent de rien. « Leurs vêtements ne s’usèrent point, et leurs pieds n’enflèrent point » (v. 21). De plus, il subjugua des royaumes devant eux, multiplia leurs fils, les introduisit dans le pays qu’il avait promis à leurs pères, leur donna la victoire sur toute la puissance de l’ennemi et les rendit capables de prendre des villes fortifiées et un pays gras. Ils possédèrent « des maisons pleines de tout bien, des puits creusés, des vignes et des oliviers, et des arbres fruitiers en abondance ; et ils mangèrent, et furent rassasiés, et s’engraissèrent ; et ils vécurent dans les délices par ta grande bonté » (v. 19-25). Les lévites célèbrent de cette manière la bonté immuable de leur Dieu fidèle, et jugent par contraste leur conduite et celle de leurs pères.

 

10.4.6    Ch. 9:26-30 — Rébellion

Quelle fut leur réponse à toute cette grâce ? « Mais », disent-ils, « ils se rebellèrent et se révoltèrent contre toi, et jetèrent ta loi derrière leur dos, et tuèrent tes prophètes qui rendaient témoignage contre eux pour les ramener à toi, et ils te firent de grands outrages » (v. 26). Le lecteur remarquera la répétition de ce dernier membre de phrase : « Ils te firent de grands outrages ». Ils ont agi ainsi, aussi bien dans le désert que dans le pays.

Voilà ce que Dieu trouva dans le peuple qu’il avait racheté, en réponse à sa bonté et à sa grâce patientes. Désormais, on remarque un changement dans la manière d’agir de Dieu envers eux ; car ils continuent en rappelant ses jugements sur son peuple, tout en confessant qu’il était toujours prêt à intervenir pour les secourir et les délivrer. « Tu les livras en la main de leurs adversaires qui les opprimèrent. Et au temps de leur détresse, ils crièrent à toi, et toi, tu entendis des cieux, et selon tes grandes compassions, tu leur accordas des sauveurs qui les sauvèrent de la main de leurs oppresseurs » (v. 27). Puis à nouveau ils parlent de péché et de mal : « Ils recommençaient à faire le mal devant toi et tu les abandonnais en la main de leurs ennemis... Et de nouveau ils criaient à toi, et toi, tu entendais des cieux, et tu les délivras maintes fois selon tes compassions » (v. 28). À ces interventions en grâce, en réponse au cri de son peuple, s’ajoutent des témoignages contre eux, la patience et les avertissements des prophètes. « Mais ils agirent avec fierté, et n’écoutèrent pas tes commandements »... « Ils opposèrent une épaule revêche, et roidirent leur cou, et ils n’écoutèrent pas » (v. 29). « Et tu les livras en la main des peuples du pays » (v. 30).

 

10.4.7    Ch. 9:31 — Les compassions de Dieu. Révélation du cœur de Dieu

Telles étaient les raisons de leur condition présente ; mais ils ajoutent à la louange de leur Dieu : « Toutefois, dans tes grandes compassions, tu n’en finis pas avec eux, et tu ne les abandonnas pas ; car tu es un Dieu faisant grâce, et miséricordieux » (v. 31). À nouveau nous disons : quel tableau ! Comme déjà relevé, c’est la révélation du cœur de Dieu et de celui de l’homme mais hélas ! c’est la révélation du cœur de l’homme placé pourtant sous l’influence divine, objet de la miséricorde et de l’amour souverains de Dieu. Pendant tous ces siècles, l’Éternel avait recherché du fruit sur son figuier, et de l’aveu même de son peuple, il n’en avait point trouvé ; néanmoins, dans sa grâce infatigable il les avait supportés avec une patience et une longanimité infinies. Le siècle à venir dira avec plus de plénitude encore l’étendue de sa miséricorde envers son peuple bien-aimé. En dépit de tout ce qu’ils ont été et sont, et bien qu’ils soient entièrement déchus à cause de leur péché et de leur apostasie, Dieu les restaurera une fois encore dans leur pays et les y maintiendra dans une parfaite bénédiction, sous le règne de leur Messie. Tels sont les conseils de sa grâce, déjà révélés dans la mort de Christ et par elle. Christ lui-même accomplira ces conseils en puissance quand il apparaîtra en gloire, pour recevoir le royaume de David son père, et dominer depuis le fleuve jusqu’aux bouts de la terre.

Ayant passé en revue l’histoire des voies de Dieu envers son peuple depuis l’appel d’Abram, les lévites présentent maintenant leur prière. On peut dire que le rappel du passé est le fondement de leur requête particulière, car ils s’appuient sur le caractère immuable de leur Dieu « plein de grâce et miséricordieux » en accord avec la révélation qu’il avait faite de lui-même après le péché du veau d’or —Exode 34:6. Ils ont reconnu qu’ils ne méritaient rien d’autre que le jugement, mais ils ont de ce fait confessé qu’ils n’avaient espoir qu’en Dieu lui-même. Ils ont atteint ainsi un fondement immuable sur lequel ils font reposer leur requête : le cœur de leur Dieu.

 

10.4.8    Ch. 9:32 — Ce qui est demandé

Et quelle est leur demande ? : « Et maintenant, notre Dieu, le Dieu grand, puissant et terrible, qui gardes l’alliance et la bonté, que ce ne soit pas peu de chose devant toi que toutes les peines qui nous ont atteints, nous, nos rois,... et tout ton peuple, depuis les jours des rois d’Assyrie jusqu’à ce jour-ci » (v. 32). Telle est leur prière. C’est la présentation de leur triste condition sous la main de leur Dieu en châtiment, le laissant pour ainsi dire agir envers eux selon son propre caractère, « Dieu plein de grâce et miséricordieux », car ils savent qu’ils ne méritent que le jugement. Ils continuent en disant : « Mais tu es juste dans tout ce qui nous est survenu, car tu as agi avec vérité, et nous, nous avons agi méchamment » (v. 33). Et à nouveau, dans leur profonde humiliation devant Dieu, à ce moment-là, ils confessent les péchés de leurs rois, de leurs princes, de leurs sacrificateurs et de leurs pères, reconnaissent qu’ils n’ont pas gardé la loi, qu’ils n’ont pas écouté ses commandements et ses témoignages et que même dans le royaume qu’il leur a donné, aussi bien que dans le pays spacieux et gras, ils ne l’ont pas servi et ne sont pas revenus de leurs mauvaises actions (v. 35). En outre, ils décrivent leur situation présente dans le pays ; et assurément, en contraste avec le passé, c’est un tableau touchant. Brossé ainsi par le Saint Esprit, il ne peut manquer d’éveiller une réponse dans le cœur de celui à qui il est présenté. Ils sont serviteurs, disent-ils, et au lieu de manger le fruit et les bons produits ,du pays que Dieu avait donné à leurs pères, ils y sont serviteurs et le revenu va aux rois que Dieu a placés au-dessus d’eux, à cause de leurs péchés ; et ils dominent à leur gré même sur leurs corps et leur bétail. « Nous sommes dans une grande détresse », ajoutent-ils (v. 37).

 

10.4.9    Conclusion

C’est ainsi que les enfants d’Israël revenus de captivité, répandent leur tristesse devant l’Éternel. Ils justifient Dieu dans toutes ses voies et magnifient sa grâce, sa miséricorde, son long support envers eux. Ils manifestent aussi un vrai jugement d’eux-mêmes et justifient Dieu contre eux-mêmes, ne cherchant en rien à excuser leur propre conduite. Non, il était juste dans tout ce mal qui leur était arrivé. Il avait agi avec droiture et eux, ils avaient agi méchamment. Dans une telle attitude, qui convient toujours aux pécheurs — et aussi aux saints quand ils ont péché — et dans une telle détresse, leur seul refuge était dans la miséricorde de Dieu. C’est à elle qu’ils s’abandonnent sans réserve, en reconnaissant encore et encore qu’ils n’ont aucun droit, excepté, il est vrai, ce que Dieu est envers eux. Tout aurait bien été s’ils en étaient restés là, s’ils s’étaient seulement reposés sur leur Dieu miséricordieux et plein de grâce.

 

10.5                   Ch. 9:38 — Une nouvelle alliance conclue

Mais ils vont plus loin et disent : « Et pour tout cela, nous faisons une ferme alliance, et nous l’écrivons. Et à l’apposition des sceaux se trouvèrent nos princes, nos lévites, et nos sacrificateurs » (v. 38). La question de l’alliance qu’ils firent est développée dans le chapitre suivant ; c’est là que nous en trouvons les termes et ce que le peuple, avec ses conducteurs, s’engagea solennellement à accomplir.

 

11               Chapitre 10 — L’alliance

 

11.1                   Ch. 10:1-27 — Ceux qui s’engagent dans cette alliance

À la fin du chapitre précédent, une alliance est conclue, et au commencement de celui-ci, sont mentionnés les noms de ceux qui apposèrent leur sceau à cette alliance, c’est à dire ceux qui s’engageaient par leur signature à en observer les clauses, mais il semble que, ce faisant, ils s’engageaient non seulement eux-mêmes mais aussi le peuple. Néhémie en tant que gouverneur, fut le premier à mettre son nom à ce document solennel. Vingt-deux sacrificateurs (v. 1-8) et dix-sept lévites (v.9-13) s’y associèrent et avec eux quarante-quatre chefs du peuple, probablement les chefs des familles.

 

11.2                   Ch. 10:28-31 — Nature de l’alliance

La nature de l’alliance se voit dans ce qui suit : « Et le reste du peuple, les sacrificateurs, les lévites, les portiers, les chantres, les Néthiniens, et tous ceux qui s’étaient séparés des peuples des pays pour s’attacher à la loi de Dieu, leurs femmes, leurs fils et leurs filles, tous ceux qui avaient de la connaissance et de l’intelligence, se joignirent à leurs frères, les principaux d’entre eux, et s’engagèrent par exécration et par serment de marcher selon la loi de Dieu qui avait été donnée par Moïse, serviteur de Dieu, et d’observer et de pratiquer tous les commandements de l’Éternel, notre Seigneur, et ses ordonnances et ses statuts » (v. 28 et 29). Sans aucun doute, il y avait dans le cœur du peuple un élan unanime, et cette alliance était autre chose qu’un engagement superficiel. Car si d’un côté les nobles avaient signé au nom de tous, il y avait un assentiment évident de tous dans cette action, toutes les classes étant venues spontanément ratifier ce qui était conclu. Même les femmes et les enfants, du moins ceux qui avaient de la connaissance et de l’intelligence, participaient à cet acte.

 

11.2.1    Comparaison avec la loi de Sinaï

Et si nous y regardons de plus près, à quoi donc s’engageaient-ils ? Exactement à ce à quoi Israël s’était engagé en Sinaï quand, sous la sanction du sang répandu, ils avaient solennellement dit : « Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons, et nous écouterons » (Ex. 24:7). Jusqu’alors, depuis leur rachat du pays d’Égypte, ils avaient été sous la grâce. Dieu les avait portés sur des ailes d’aigle et amenés à lui. La grâce les avait rendus libres, ils n’avaient qu’à se tenir tranquilles et voir la délivrance que Dieu opérait pour eux. La grâce les avait soutenus, entretenus, supportés et guidés jusqu’à ce moment-là. Mais quand ils arrivèrent à Sinaï, le Seigneur envoya par Moïse un message à son peuple pour montrer ce qui était dans leurs cœurs : « Et maintenant, si vous écoutez attentivement ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez en propre d’entre tous les peuples » (Ex. 19:5). Ils acceptèrent les conditions proposées, et la peine de mort qui punissait la transgression, comme le proclamait le sang répandu sur eux (Ex. 19 et 24). Dès ce moment-là, ils furent sur un terrain nouveau et dans une relation nouvelle avec Dieu.

Ils étaient déjà, en vertu de la rédemption, le peuple de Dieu ; et maintenant, oubliant complètement l’histoire des trois mois qui s’étaient écoulés depuis leur traversée de la mer Rouge, et leurs péchés continuels, ils se montraient prêts à abandonner le terrain de la grâce et à accepter celui de la responsabilité. Ils avaient péché à Mara, dans le désert de Sin, et à Rephidim ; et Dieu les avait supportés dans sa grande patience, sans s’écarter du terrain sur lequel il les avait placés. Il avait répondu à leurs murmures par de nouveaux déploiements de sa grâce et il avait toujours répandu sur leur chemin des bienfaits nouveaux. Quelle folie donc d’entrer dans l’alliance légale qui leur était proposée en Sinaï ! S’ils avaient connu leur cœur, s’ils avaient tiré instruction de leur passé, s’ils avaient seulement réfléchi, ils auraient dit : « Seigneur, dans ta miséricorde, tu as racheté et conduit ton peuple ; tu as jusqu’à présent pris tout en mains pour nous, tandis que de notre côté nous avons été continuellement coupables de péché et de dureté de cœur. Nous sommes à toi et il faut que tu nous gardes, car si nous sommes laissés à nous-mêmes, ou si quoi que ce soit dépend de nous et de nos œuvres, nous perdrons tout. Seigneur, nous sommes entièrement débiteurs de ta grâce et nous voulons le rester ».

Mais dans l’ignorance de leur propre cœur et dans leur folie charnelle, ils acceptèrent l’alliance avec ses sanctions solennelles, et ses châtiments. Et qu’arriva-t-il ? Avant même que les tables de la loi aient pénétré dans le camp, ils avaient renié l’Éternel en érigeant le veau d’or. Ils s’inclinaient devant lui, en disant : « C’est ici ton dieu, ô Israël ! qui t’a fait monter du pays d’Égypte » (Ex. 32:1-4). Ayant ainsi reçu tout sous la grâce, laissés à leur responsabilité, ils perdirent tout.

 

11.2.2    Comparaison avec l’alliance faite par Josias

Prenons un autre exemple. Après le règne du méchant Manassé, qui avait rempli Jérusalem de sang innocent, « d’un bout à l’autre bout » et qui avait fait errer le peuple « en les induisant à faire le mal plus que les nations que l’Éternel avait détruites devant les fils d’Israël » (2 Rois 21:16 et 9), Josias lui succéda sur le trône. Il était caractérisé par l’obéissance à la Parole et, dans son désir de faire revenir le peuple de leurs mauvaises voies, il fit « alliance devant l’Éternel, de marcher après l’Éternel, et de garder ses commandements, et ses témoignages, et ses statuts, de tout son cœur et de toute son âme, pour accomplir les paroles de cette alliance, écrites dans le livre ; et tout le peuple entra dans l’alliance » (2 Rois 23:3). Mais alors même que, de leurs lèvres, ils entraient dans l’alliance, ils le faisaient « avec mensonge » (Jér. 3:10) et bientôt, même ouvertement, ils étaient pires que jamais.

Ces exemples nous permettront de juger de la valeur de l’alliance que Néhémie et le peuple firent à ce moment-là. Ils n’ignoraient pas le passé (ch. 9:13-14), ils avaient même confessé les transgressions anciennes de leur peuple, et pourtant maintenant, ils font une autre alliance. Ils sont, par l’enthousiasme du moment, rendus aveugles au fait que tels étaient leurs pères, tels ils étaient, et qu’on ne pouvait pas s’attendre à les voir observer ces solennelles obligations mieux que ne l’avaient fait leurs pères. Pourtant, ils étaient sans aucun doute sincères, vraiment décidés à être fidèles aux engagements qu’ils prenaient. Peu nombreux en vérité sont ceux qui ne sauraient comprendre une telle façon d’agir, tant la chair est naturellement légale, et il peut sembler que c’est une méthode propre à prémunir contre les chutes que de faire un pacte. Le peuple de Dieu a souvent eu recours à cet expédient pour découvrir ensuite sa totale incapacité ; ainsi, il a, dans bien des cas, appris à regarder à un Autre pour recevoir la force dont il avait besoin, plutôt que de compter sur lui-même. C’est facile de prononcer une condamnation sur Néhémie ou sur d’autres, mais il vaut mieux apprendre par leur exemple, car c’est une étape nécessaire dans l’histoire des âmes, et heureux sont ceux qui, soit par ce moyen, soit par tout autre, en ont fini avec eux-mêmes, ont cessé d’attendre quoi que ce soit de leurs résolutions ou de leurs efforts, et ont appris que, dans leur chair, n’habite aucun bien. Le vouloir est avec eux, mais accomplir le bien, cela ils ne le trouvent pas.

 

11.2.3    Les trois clauses principales de l’alliance

Il y avait trois clauses principales dans cette alliance à laquelle ils s’obligèrent par exécration et par serment. Premièrement, ils s’engagèrent à observer toute la loi, telle qu’elle avait été donnée à leurs pères au Sinaï, de même que tous les commandements de l’Éternel, ses ordonnances et ses statuts. En second lieu, ils déclarèrent qu’ils ne contracteraient plus de mariages avec les païens, et enfin qu’ils observeraient fidèlement le sabbat, les jours de fêtes solennelles, l’année de relâche tous les sept ans (voir Deut. 15), toutes ces fêtes avec leurs ordonnances respectives (voir Ex. 21 et 23).

 

11.3                   Ch. 10:32-36 — Commandements pour assurer le service de la maison de Dieu

De plus, ils s’établirent des commandements pour assurer le service de la maison de Dieu, pour les sacrifices et pour tout ce qui appartenait à leurs pratiques religieuses. Quoique dans la faiblesse et asservis aux nations, ils désiraient ordonner toutes les choses relatives au service de l’Éternel et à ses droits sur eux selon ce qui leur avait été enjoint par la loi de Moïse. Chacun devait d’abord apporter un tiers de sicle pour le service de la maison de Dieu. Autant qu’on puisse s’en rendre compte dans les Écritures, il n’y avait pas de précédent légal pour cette contribution volontaire. En rapport avec la construction du Tabernacle, il était ordonné que chaque fois qu’il y aurait un dénombrement, tous ceux qui passeraient par le dénombrement donneraient l’offrande de l’Éternel, savoir un demi-sicle pour faire propitiation pour leurs âmes. Et cet argent était destiné au « service de la tente d’assignation ». Ce devait être un « mémorial devant l’Éternel afin de faire propitiation pour vos âmes » (Ex. 30:11-16).

C’est sans doute ce qui suggéra la contribution annuelle mentionnée ici, abaissée au tiers d’un sicle, probablement à cause de leur pauvreté (voir ch. 10:32). Dans les années ultérieures, cette contribution fut relevée à un demi-sicle et devint une taxe due par chaque juif. C’est à ce sujet que les collecteurs d’impôt demandèrent à Pierre : « Votre maître ne paie-t-il pas les didrachmes ? » (Matt. 17:24-27).

Quel qu’ait été ensuite le déclin, il est beau de voir ceux qui étaient revenus de captivité si remplis d’amour pour la maison de Dieu. Ils désiraient qu’il soit honoré et que, selon ses propres ordonnances, ils puissent se tenir devant lui dans le sanctuaire. Cet argent devait ainsi contribuer à fournir les pains de proposition qui, au nombre de douze, représentaient les douze tribus d’Israël, en association avec Christ et devant Dieu. Dieu lui-même était ainsi révélé en Christ en association avec Israël, dans la perfection de l’administration gouvernementale (voir, pour un exposé détaillé sur la table des pains de proposition, l’étude sur l’Exode et ses enseignements typiques). Ce fonds servait à couvrir aussi les frais des offrandes de gâteau, des holocaustes continuels au temps fixé. Il servait également « pour les sacrifices pour le péché, afin de faire propitiation pour Israël, et pour toute l’œuvre de la maison de notre Dieu » (v. 33). Ces divers sacrifices, représentant Christ dans sa vie de consécration, dans sa parfaite humanité, dans son dévouement jusqu’à la mort pour la gloire de Dieu, et comme propitiation pour le péché, devaient être fournis et offerts pour Israël. Les Israélites revenus de la captivité étaient peu nombreux mais, aux yeux de Dieu, ils étaient sur le terrain de la nation tout entière et ainsi, ils embrassaient dans leurs pensées tout Israël. Ils démontraient, en continuant à offrir ces sacrifices, que c’était dans et par leur efficace seulement que ce terrain pouvait être assuré et maintenu. Cela montrait à l’évidence de l’intelligence spirituelle, témoignant d’une vraie appréciation des droits de l’Éternel ; c’était aussi le seul terrain sur lequel ils pouvaient se tenir eux-mêmes devant lui.

Puis ensuite : « nous jetâmes le sort, sacrificateurs, lévites, et peuple, au sujet de l’offrande du bois à amener à la maison de notre Dieu, selon nos maisons de pères, à des époques fixes, chaque année, pour le brûler sur l’autel de l’Éternel, notre Dieu, comme il est écrit dans la loi » (v. 34). Il fallait faire cette provision de bois, car le feu sur l’autel ne devait jamais s’éteindre (Lév. 6. 5-13). Pour cette raison, ils choisirent des sacrificateurs pour s’occuper de l’autel, des lévites pour aider les sacrificateurs dans ce service et quelques personnes du peuple pour apporter la provision de bois nécessaire au maintien du feu sacré. Tout devait être arrangé soigneusement « comme il est écrit dans la loi ». Ils avaient commencé à comprendre que les pensées de Dieu doivent gouverner dans les choses de Dieu. Les prémices de leur terre, et les premiers fruits de tous les arbres fruitiers devaient aussi être apportés annuellement à la maison de Dieu. Ils désiraient donc, en obéissant aux préceptes de la loi, honorer l’Éternel de leur avoir, et des prémices de tout leur revenu, en reconnaissant que de lui provient tout le produit des champs et que tout lui appartient. Ils ne pouvaient pas entrer comme nous le pouvons dans le précieux enseignement typique des prémices. Mais Christ, comme les prémices (1 Cor. 15:23), était sous le regard de Dieu et revêtait de toute sa valeur et toute son excellence les offrandes de son peuple (Lév. 23:9-21. Voir aussi Jacq. 1:18).

De plus, ils promirent d’apporter les premiers-nés de leurs fils, de leurs bêtes, de leur gros et de leur menu bétail, à la maison de leur Dieu, aux sacrificateurs qui faisaient le service dans la maison de leur Dieu (voir Ex. 13 et Luc 2:22-24). En cela, ils se reconnaissaient eux-mêmes comme un peuple racheté. En effet, quand l’Éternel frappa tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte, « le premier-né des hommes et le premier-né des bêtes », il commanda à son peuple de lui sacrifier « tous les mâles qui ouvrent la matrice », mais leur permit de racheter tout premier-né de leurs fils. Nous lisons ainsi : « Car tout premier-né parmi les fils d’Israël est à moi, tant les hommes que les bêtes ; je me les suis sanctifiés le jour où je frappai tout premier-né dans le pays d’Égypte » (Nomb. 8:17). Le résidu d’Israël remonté de captivité revenait à cette ordonnance, se souvenant avec gratitude qu’il avait été racheté du pays d’Égypte et reconnaissant ce qui était dû à l’Éternel son Rédempteur.

 

11.4                   Ch. 10:37-39 — Les prémices et les dîmes

Les trois derniers versets concernent les prémices et les dîmes. Les lévites étaient donnés à Aaron à la place des premiers-nés pour être offerts « en offrande tournoyée devant l’Éternel, de la part des fils d’Israël » (Nomb. 8:11). Tout le travail de la maison de Dieu, excepté ce qui était à la charge exclusive des sacrificateurs, leur incombait et les dîmes imposées au peuple pourvoyaient à leur entretien. Les sacrificateurs, ainsi que les lévites, devaient être soutenus par les offrandes du peuple dont la nature avait été dûment précisée (Nomb. 18). Tout ceci est rappelé, et le peuple dans son zèle pour remettre la loi en honneur, s’impose l’observance de ses responsabilités à cet égard, pour que le service de la maison de son Dieu soit dûment assuré. Les prémices pour les sacrificateurs et les dîmes pour les lévites devaient être entreposées dans les chambres de la maison de Dieu (1 Chr. 9:26-33).

On remarquera ainsi que l’alliance, qui renfermait tout ce que le peuple, ce jour-là, s’engageait à faire, incluait ce qui était dû à Dieu et à sa maison. Ils s’obligeaient solennellement à faire face à tous les droits de Dieu sur chacun personnellement, à maintenir une sainte séparation d’avec les nations environnantes, à observer le sabbat (signe de l’alliance de Dieu avec eux...) et de plus, ils se chargeaient de prendre soin de tout ce qui concernait les besoins du service dans la maison de Dieu. Ils conclurent l’alliance par ces mots : « Nous n’abandonnerons pas la maison de notre Dieu » (v. 39). Nous ne pouvons douter de la sincérité de leurs intentions. Réunis tous ensemble, ils étaient pour le moment d’un seul cœur, et avaient un même but, et leur désir et leur dessein communs s’exprimèrent dans l’alliance conclue. Mais, comme chacun le sait, c’est une chose de faire un vœu, et une autre de l’accomplir. Sous l’effet de quelque puissante influence qui ne nous laisse considérer que l’objet présenté à l’âme, il est facile de s’engager à poursuivre cet objet envers et contre tout, mais si l’influence disparaît et même si l’objet qui nous a été proposé nous semble toujours aussi désirable, l’élan nécessaire pour l’atteindre n’est plus ressenti. Parallèlement à cette perte de puissance, la chair reprend ses droits et finalement, « l’alliance » qui au temps où nous l’avons faite, nous semblait si facile à garder, devient impossible à observer et cela ajoute un fardeau supplémentaire à une conscience déjà mauvaise. Tout ceci, les Juifs le découvriront plus tard. En attendant, ils rédigent une magnifique alliance, qui, si elle était observée à la lettre, ne pourrait manquer de produire un état de choses sans défaut. Ils y ajoutent l’engagement honorable de ne pas abandonner la maison de leur Dieu.

 

12               Chapitre 11 — Répartition du peuple

12.1                   Rappel des ch. 1 à 10

Avant d’entrer dans le sujet de ce chapitre, il peut être utile d’indiquer la structure du livre de Néhémie : jusqu’au chapitre 7 verset 5, nous avons le récit personnel de Néhémie, depuis le moment où il entendit parler pour la première fois de l’affliction et de l’opprobre du résidu de Juda et de l’état de désolation de Jérusalem, jusqu’à l’achèvement de la muraille. Le reste du chapitre 7 contient le « registre généalogique de ceux qui étaient montés, au commencement ». La portion comprenant les chapitres 8 à 10 nous donne la lecture de la loi par Esdras et l’effet produit par cette lecture, savoir la confession des péchés et l’alliance faite en vue d’observer la loi et le service dans la maison de Dieu ; cette partie du livre, de la plume de Néhémie, n’est pas écrite à la première personne du singulier, mais c’est « nous » qui avons fait ceci et cela (voir ch. 10:30, 32, 34, etc.).

 

12.2                   Aperçu des ch. 11à 13

En arrivant maintenant au chapitre 11, nous trouvons un compte rendu de la manière dont le peuple était réparti et à Jérusalem, et dans les cités de Juda, avec leurs généalogies ; puis, au chapitre 12 (v. 1-26), une liste des sacrificateurs qui montèrent avec Zorobabel et Jéshua, et aussi des lévites qui étaient enregistrés comme chefs de pères à certaines périodes. Au chapitre 12 (v. 27-43), nous avons la dédicace de la muraille et le chapitre se termine par la désignation de certains hommes « sur les chambres des trésors », et un compte rendu des charges des chantres et des portiers, et de leur entretien par Israël. Le dernier chapitre parle des abus que Néhémie trouva en rentrant à Jérusalem après une visite au roi de Babylone, et des efforts énergiques qu’il fit pour y porter remède. Ici, comme pour le récit de la cérémonie de la dédicace de la muraille, c’est Néhémie lui-même qui parle, faisant le récit de ce qu’il a vu et fait.

 

12.3                   Ch. 11:1, 2 — Ceux qui habitent Jérusalem

Revenant aux deux premiers versets du chapitre 11, on remarquera qu’ils sont distincts et complets en eux-mêmes. « Et les chefs du peuple habitaient à Jérusalem ». Nous avons vu précédemment que « la ville était spacieuse et grande, mais le peuple peu nombreux au milieu d’elle, et il n’y avait point de maisons bâties » (ch. 7:4). En vérité, à ce moment-là, elle n’était guère autre chose qu’un amas de ruines et pour le peuple en général, il n’y avait pas de moyens de subsistance. Jérusalem ayant toujours été le siège de l’autorité et étant encore « la sainte ville », les chefs, qui étaient probablement aussi gens aisés, s’établirent tout naturellement à l’intérieur de ses murailles sacrées ; car, s’ils étaient des hommes de foi, ils la voyaient, non comme elle se montrait extérieurement à leurs yeux, mais telle qu’elle serait en un jour futur, — « la ville du grand roi » — et, comme telle, « la perfection de la beauté », « la joie de toute la terre ». Cependant, il était besoin d’habitants autres que les chefs ; et ainsi, « le reste du peuple jeta le sort pour qu’un sur dix vînt habiter à Jérusalem, la ville sainte, et que les neuf autres parties demeurassent dans les villes » (11:1). Outre ceux-ci, il y en eut qui « s’offrirent volontairement pour habiter à Jérusalem », et de ceux-là, il est dit que « le peuple les bénit ». Ceux désignés par le sort étaient tenus d’aller, mais ceux qui s’offrirent volontairement le faisaient pour Jérusalem, de leur plein gré et portés par leur cœur. Cette offrande spontanée d’eux-mêmes ne pouvait provenir que de leur amour pour le lieu que Dieu avait désiré et choisi pour son habitation ; cela était donc la preuve évidente qu’ils entraient en quelque mesure dans la pensée et le cœur de Dieu. Ceux qui aiment Jérusalem prospéreront, disait le Psalmiste (Ps. 122:6). Cette affection montrait en effet un cœur en communion avec le cœur de Dieu. C’était le cas de ceux qui « s’offrirent volontairement ». Jérusalem était précieuse aux yeux de l’Éternel, bien qu’il ait envoyé Nébucadnetsar pour la détruire entièrement. Elle lui était précieuse aux jours de sa ruine comme aux jours de sa prospérité et de sa splendeur. C’était vrai au temps de Néhémie comme au temps de Salomon, « l’Éternel aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob » (Ps. 87:2). Ainsi, il plaisait au Seigneur que ces hommes expriment leur désir d’habiter à Jérusalem. Le peuple sembla l’avoir compris, car ils bénirent ceux qui s’étaient avancés pour y habiter. Si eux-mêmes n’avaient pas eu l’énergie pour faire ce pas, ils ne purent s’empêcher d’admirer ceux qui l’avaient fait ; comprenant le privilège qui serait le leur, ils étaient contraints de les bénir. Ils pouvaient se souvenir d’un de leurs psaumes qui dit : « Bienheureux l’homme dont la force est en toi, et ceux dans le cœur desquels sont les chemins frayés ! Passant par la vallée de Baca, ils en font une fontaine ; la pluie aussi la couvre de bénédictions. Ils marchent de force en force, ils paraissent devant Dieu en Sion » (Ps. 84:5-7). Combien souvent voit-on, même aujourd’hui, que des croyants peuvent apprécier la part bénie de ceux qui sont dévoués à Christ et à ses intérêts, sans avoir eux-mêmes le cœur ou le courage de suivre le même sentier.

 

12.4                   Ch. 11:3-9 — Répartition du peuple dans ses villes

Nous avons ensuite la répartition du peuple dans ses villes (voir aussi 1 Chr. 9:2-16). À Jérusalem, il y avait, outre les sacrificateurs et les lévites, des fils de Juda et des fils de Benjamin (v. 4-9) tandis que, « dans les villes de Juda, habitèrent, chacun dans sa possession, dans leurs villes, Israël, les sacrificateurs et les lévites, et les Néthiniens, et les fils des serviteurs de Salomon » (v. 3). Voyons rapidement les détails. De Juda, il y avait, habitant dans la sainte ville, « quatre cent soixante-huit hommes vaillants », tous fils de Pérets ; on voit par là qu’ils pouvaient montrer leur inscription généalogique, qui les faisait remonter au fils de Juda.

Il y avait neuf cent vingt-huit hommes de Benjamin. Joël, fils de Zicri, était préposé sur eux ; et Juda, fils d’Hassenua, était second sur la ville. Nous trouvons ici la confirmation claire du fait qu’à part les sacrificateurs et les lévites, seules les deux tribus de Juda et Benjamin, ou des ressortissants de ces tribus étaient remontés de Babylone. Qu’il ait pu y avoir des membres d’autres tribus, comme par exemple Anne, qui était de la tribu d’Aser (Luc 2:36), n’affecte en aucune manière ce fait. Seuls Juda et Benjamin furent restaurés en tant que tribus, et ainsi les dix tribus restantes sont perdues jusqu’à nos jours, cachées, selon les voies de Dieu, parmi les peuples de la terre. Mais le temps approche rapidement, quoique cela puisse n’arriver qu’après l’apparition de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ, où elles seront ramenées de leur retraite cachée, établies en sécurité et bénies dans leur propre pays, sous le sceptre de paix de leur Messie glorieux (voir Jér. 29:14 ; 31 ; Ez. 20:33-44).

Soulignons aussi le soin avec lequel la généalogie du peuple est établie. C’est un fait de toute importance pour les enfants de Dieu, et, d’une façon particulière, pour le peuple de Dieu d’autrefois. Ils étaient à Babylone depuis soixante-dix ans ; et, connaissant nous-mêmes l’influence d’un tel environnement, nous n’aurions pas lieu de nous étonner s’ils s’étaient installés dans le pays où ils avaient été exilés ; si, dans les travaux et les circonstances de la vie quotidienne, eux — ou au moins leurs enfants nés à Babylone — avaient oublié leur terre natale, avaient cessé d’élever Jérusalem au-dessus de la première de leurs joies, et avaient perdu leur nationalité en se mêlant aux nations. Leur registre généalogique montre qu’ils n’avaient pas agi ainsi, qu’ils avaient continué à considérer comme leur héritage le plus précieux, le fait qu’ils descendaient d’Abraham, parce que cela faisait d’eux un peuple béni de l’Éternel, au milieu duquel lui-même habitait. Au contraire d’Ésaü, ils ne méprisaient pas leur droit d’aînesse, ils y attachaient du prix, au milieu de leur tribulation et de leur opprobre ; c’était là leur titre, reçu de Dieu, à leurs espérances nationales.

C’est une chose importante pour les saints de toutes les économies de conserver précieusement leur registre généalogique. Le Juif le faisait en gardant les documents écrits qui attestaient sa filiation ; le chrétien, lui, ne peut le faire qu’en marchant dans l’obéissance et la puissance de l’Esprit Saint non contristé. Lui seul nous rend capable de nous écrier : « Abba, Père ». Il rend lui-même témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

En outre, ils devaient produire leur titre (Néh. 7:61, 64) pour que leur soit reconnu le droit d’habiter dans la sainte ville ; ici comme dans Esdras, (nous voudrions insister sur ce fait), la responsabilité de produire leur titre reposait sur ceux qui faisaient cette demande. Il convient de rappeler ce point dans un temps où l’on fait profession de christianisme, un temps où tous avancent pareillement cette profession pour affirmer leurs droits aux privilèges les plus bénis de la foi chrétienne. Ils regardent comme une preuve d’étroitesse et de manque d’amour le fait que leurs prétentions ne sont pas instantanément reconnues. Beaucoup d’entre eux sont peut-être bien des enfants de Dieu ; seulement il faut bien se souvenir qu’il leur incombe d’en faire la preuve, et qu’ils ne peuvent être reconnus comme tels qu’à cette condition.

 

12.5                   Ch. 11:10-14 — Relevé des sacrificateurs

Du verset 10 au verset 14, nous avons le relevé des sacrificateurs. La généalogie de leurs chefs est aussi soigneusement établie. En tout, ils étaient mille cent quatre-vingt-douze. Parmi eux, Seraïa était « prince de la maison de Dieu » et ils n’étaient pas moins de huit cent vingt-deux à être occupés aux travaux de la maison de Dieu. C’était là un privilège précieux, pour ceux-là comme pour ceux-ci, quelles que soient les responsabilités, liées aux services respectifs qui leur avaient été assignés par la grâce de Dieu. Il y a encore aujourd’hui « des princes » dans la maison de Dieu, mais nul ne peut occuper ce poste s’il n’a les qualifications nécessaires (voir par ex. 1 Tim. 3:1-7) Tous peuvent maintenant participer au travail de la maison de Dieu, s’ils vivent en accord avec leur place de sacrificateur dans le lieu saint. Car le travail dans ce cas était celui qui leur appartenait en tant que sacrificateurs ; et ceux-là seuls qui remplissent leur office de sacrificateur peuvent convenablement être occupés dans le service sacerdotal. Le lecteur peut lire, en rapport avec ce sujet, Rom. 12:1 ; 15:16 (exerçant la sacrificature dans l’évangile de Dieu), Héb. 13:15, 16 ; 1 Pierre 2:5-9.

 

12.6                   Ch. 11:15-18 — Les lévites

Après les sacrificateurs viennent les lévites (v. 15-18) qui, tous ensemble, n’étaient que deux cent quatre-vingt-quatre. Parmi eux, il y en avait qui étaient « préposés sur l’ouvrage extérieur de la maison de Dieu » (v. 16). Les sacrificateurs seuls pouvaient servir à l’autel et dans les lieux saints. Néanmoins, les lévites avaient une place précieuse de serviteurs. À l’origine, ils avaient été donnés à Aaron (figure de Christ) pour le service du tabernacle (Nomb. 3), pour tout le travail de la maison de Dieu, à l’exception de la sacrificature. Dans le temps présent, les croyants sont à la fois lévites et sacrificateurs. Quand ils sont dans le lieu très-saint, offrant par Christ des sacrifices de louange à Dieu ou qu’« ils n’oublient pas la bienfaisance et de faire part de leurs biens », ils agissent comme sacrificateurs (Héb. 13:15-16). Quand, par contre, ils s’occupent pour le Seigneur à d’autres sortes de service, ils montrent plutôt leur caractère de lévites.

Dans l’Église de Dieu, il y a la même distinction : les surveillants, ceux qui répondent aux caractères décrits dans les épîtres (1 Tim. 3 et Tite 1), sont des princes dans la maison de Dieu, correspondant à Seraïa (v. 11), tandis que les diacres (Act. 6, etc.) sont comme les lévites, engagés dans les services extérieurs de l’Assemblée.

Puis il y a un homme spécialement désigné, quoique d’autres lui soient associés, qui « entonnait la louange à la prière » (v. 17). Il n’y a rien de similaire dans le service des lévites au désert ; car en effet le désert n’était pas le lieu pour chanter des cantiques ou exprimer des louanges ; ce service date du temps de David, qui avait établi « des lévites devant l’arche de l’Éternel, pour faire le service, et pour rappeler et célébrer et louer l’Éternel, le Dieu d’Israël » (1 Chr. 16:4). Puis nous lisons : « Alors, en ce jour, David remit entre les mains d’Asaph et de ses frères ce psaume, le premier, pour célébrer l’Éternel » (1 Chr. 16:4-7 ; voir aussi 25:17). Ceci explique pourquoi la généalogie de Matthania (v.17) est retracée jusqu’à Asaph, et démontre en même temps le soin porté à restaurer le service de la louange « selon les directions de David, roi d’Israël » (Esd. 3:10 et Néh. 12:24). Tout ceci est en accord avec la dispensation d’alors. Mais maintenant, l’heure est venue « où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jean 4:23). Ceux-là seuls qui sont conduits par le Saint Esprit peuvent entonner la louange et la prière (Éph. 5:18-20).

 

12.7                   Ch. 11:19-22 — Les portiers, les chantres, le reste du peuple

À côté des lévites, sont mentionnés les portiers... et leurs frères « qui étaient de garde aux portes ». Ils étaient au nombre de cent soixante-douze, et les chantres des fils d’Asaph étaient préposés « pour l’œuvre de la maison de Dieu » (11:19-22). En passant, on peut noter que le « reste d’Israël, les sacrificateurs et les lévites, habitèrent dans toutes les villes de Juda, chacun dans son héritage ». Mais les Néthiniens habitèrent Ophel ; et Tsikha et Guishpa étaient préposés sur ces Néthiniens. Sans entrer dans les détails, on peut remarquer que ces précisions sont données pour montrer à quel point était complète, à ce moment-là, la restauration de l’ordre divin dans les choses saintes de la maison de l’Éternel, chez ces Israélites revenus de captivité. La volonté de l’homme avait agi trop longtemps et maintenant qu’ils étaient revenus dans le pays de leurs pères, le pays de la promesse et de l’espérance, leur seul désir était que l’Éternel seul gouverne, que tout soit en accord avec sa Parole. Mais au milieu de ce merveilleux réveil, il y a des rappels de leur triste état en contraste avec le passé. L’autorité des Gentils est relevée même en rapport avec la maison de Dieu. Ainsi, après l’introduction des chantres descendants des fils d’Asaph qui s’occupaient de l’œuvre de la maison de Dieu, il est ajouté : « Car c’était le commandement du roi à leur égard, et il y avait un fixe pour les chantres, pour chaque jour ce qu’il fallait. Et Pethakhia, fils de Meshézabeël, des fils de Zérakh, fils de Juda, était auprès du roi pour toutes les affaires du peuple » (v. 23-24). Il était triste au-delà de toute expression que les chantres dussent dépendre d’un monarque des Gentils, pour leur entretien. C’étaient des lévites ; l’ordonnance était qu’ils soient soutenus par les contributions volontaires du peuple (voir Deut. 12:11-12 et 26:12-13) puisqu’ils n’avaient pas reçu d’héritage avec leurs frères, les enfants d’Israël. Mais le peuple revenu de Babylone était en petit nombre, des chefs étrangers dominaient à leur gré sur leurs corps et sur leur bétail ; ils étaient serviteurs dans le pays que Dieu avait donné à leurs pères, et ils étaient dans une grande détresse (9:36-37). Il n’était pas possible pour eux de pourvoir à l’entretien des chantres — voir cependant aux chapitres 10:37 et 12:44-47. Mais les remarques ci-dessus demeurent vraies, puisqu’il est formellement fait mention du commandement du roi. Probablement, le peuple a-t-il manqué sur ce point comme sur tant d’autres. Bien que Dieu, dans sa grâce, leur ait donné un renouveau de vie au sein de leur servitude, il voulait qu’ils se souviennent que leur condition présente était le fruit de leurs voies passées, et que, puisque leur assujettissement à l’autorité des Gentils était un châtiment de sa main, ils devaient montrer leur obéissance à sa volonté en reconnaissant cette autorité.

Hélas, la sentence de Lo-Ammi était écrite sur eux (Osée 1:9), quoique Dieu, étant ce qu’il est, ne pouvait que rester fidèle à l’alliance qu’il avait faite avec Abraham, Isaac et Jacob. C’est pourquoi il aimait encore son peuple et veillait sur lui, car ses dons de grâce et son appel sont sans repentir. Mais, comme il avait transféré, à cause de leurs nombreuses transgressions, la domination terrestre aux Gentils, le peuple devait rendre à César ce qui est à César et à Dieu les choses qui sont à Dieu.

Telle était la position du peuple : restauré par la miséricorde de Dieu, avec la permission de l’autorité Gentile, et toujours assujetti, ce qui rendait nécessaire que le roi soit mis au courant de toutes les affaires le concernant. Pethakhia était à sa disposition pour donner les informations requises, il était, en quelque sorte, le représentant de son peuple. C’est un type, quoique bien faible, de Celui qui est à la droite de Dieu, qui est allé au ciel pour paraître pour nous devant Dieu. Qu’il est précieux pour nous de nous souvenir qu’il y a quelqu’un qui est à la droite de Dieu, qui s’occupe de tout ce qui concerne le peuple qu’il a racheté ; quelqu’un qui s’est chargé de tout ce qui nous concerne et qui est capable de nous sauver à travers toutes les difficultés et les périls du désert, étant toujours vivant pour intercéder pour nous !

 

12.8                   Ch. 11:25-36 — Différents lieux d’habitation

Le reste du chapitre donne les différents lieux, villes ou villages, où habitaient les fils de Juda et de Benjamin. Ceux-là demeuraient depuis Bëer-Shéba jusqu’à la vallée de Hinnom (v. 30) ; ceux-ci dans les différents endroits mentionnés. Et d’entre les Lévites, il y eut des divisions de Juda qui s’établirent en Benjamin. Ces détails, de peu d’importance pour nous, seront sûrement consultés avec un grand intérêt par les Juifs dans un jour à venir.

 

13               Chapitres 12 et 13:1-3 — Généalogies et dédicace de la muraille

Le chapitre 12 est divisé en deux parties : la première va jusqu’au verset 26 et traite des questions généalogiques ; la seconde va en fait jusqu’au verset 3 du chapitre 13 et donne le compte rendu de la dédicace de la muraille, avec certains changements qui, semble-t-il, s’y rapportent, ou l’ont suivie.

 

13.1                   Ch. 12:26 — Questions généalogiques

Le chapitre commence avec les noms des sacrificateurs et des lévites qui remontèrent de la captivité avec Zorobabel et Jéshua, c’est-à-dire (le lecteur s’en souviendra), la première année de Cyrus roi de Perse (Esd. 1 et 2). Seuls les noms des « chefs des sacrificateurs et de leurs frères aux jours de Jéshua » sont mentionnés. Puis nous trouvons les chefs des lévites, avec Matthania qui avait « la direction des louanges », lui et ses frères ; et aussi Bakbukiah et Unni, leurs frères qui étaient « vis à vis d’eux dans leurs fonctions » (v. 8 et 9). Il convient de noter en passant la place prééminente qu’occupaient la louange et les actions de grâces dans le culte juif. Les Psaumes en témoignent abondamment ; beaucoup d’entre eux sont remplis de notes d’adoration et quelques-uns commencent et finissent par Alléluia — « Louez Jah ! » (Ps. 148-150). Il est enjoint au croyant de rendre grâce : en toutes choses ! et cependant c’est à se demander si la louange, (qui ne peut être connue dans sa plénitude que par la rédemption) si cette louange marque les assemblées des saints aussi clairement qu’elle le devrait. Toutefois il ne faudrait pas supposer un seul instant que les notes de louange puissent s’élever par obligation. La louange ne peut jaillir que d’un cœur rendu heureux par la jouissance de l’amour manifesté dans la rédemption et par la puissance du Saint Esprit.

Dans les versets 12 à 21, on trouve les noms des sacrificateurs chefs des pères aux jours de Joïakim. Joïakim était le fils de Jéshua (v. 10). Au verset 22, il est dit : « Quant aux lévites, les chefs des pères furent inscrits aux jours d’Eliashib, de Joïada, de Jokhanan et de Jaddua, et les sacrificateurs, jusqu’au règne de Darius le Perse ». Comparant cette liste avec les v. 10 et 11, nous trouvons qu’il s’agit de cinq générations depuis Jéshua ; en d’autres termes, les noms cités plus haut sont ceux de la lignée des grands sacrificateurs, jusqu’à la cinquième génération depuis Jéshua. « Les fils de Lévi, chefs des pères furent inscrits dans le livre des chroniques, jusqu’aux jours de Jokhanan, fils d’Eliashib » (v. 23), c’est-à-dire seulement jusqu’à l’arrière-petit-fils de Jéshua. Puis les activités de certains de ces lévites sont spécifiées : savoir, la louange et les actions de grâces, « selon le commandement de David, homme de Dieu, les uns en fonction à côté des autres » (v. 24), d’autres « faisaient la garde comme portiers aux magasins des portes » (v. 25). Certains noms correspondent à ceux des versets 8 et 9. Nous en trouvons la raison dans le verset suivant : « Ceux-ci vivaient aux jours de Joïakim, fils de Jéshua, fils de Jotsadak, et aux jours de Néhémie le gouverneur, et d’Esdras le sacrificateur, le scribe ». Il semblerait que Dieu ait trouvé un plaisir tout particulier en ceux qui étaient occupés au service de sa maison, dans ce temps de tristesse, alors qu’il fallait plus de foi et d’énergie spirituelle pour se dévouer aux intérêts de son peuple. Il a désiré que ces noms soient inscrits et rappelés —principalement pour Israël sans doute, mais ils contiennent néanmoins aussi des leçons pour nous qui vivons dans un temps de déclin semblable au leur. Il est vrai que certains nommés ici ont manqué, et gravement manqué. Mais aux yeux de Dieu, quoiqu’il ne soit jamais insensible aux manquements de son peuple, ils étaient revêtus de la beauté que, dans sa grâce, il avait mise sur eux. En conservant leurs noms, il ne veut se souvenir que du fait qu’ils ont accompli leur service au milieu de son peuple au cours de ces sombres jours de leur bas état.

 

13.2                   Ch. 12:12-43 — La dédicace de la muraille

Passant à la seconde partie du chapitre, nous avons la dédicace de la muraille. Par la place qu’elle occupe, on peut immédiatement voir que les sujets de la dernière partie du livre sont donnés dans leur ordre moral, plutôt que dans un ordre historique. Nous avons déjà fait remarquer que du chapitre 8 jusqu’au chapitre 12:31, Néhémie, s’il est bien l’écrivain, ne décrit plus ses propres actions. Dans cette portion du livre, nous avons : « nous » ou « ils » ; ce n’est pas « je ». Il semblerait donc, que la dédicace de la muraille appartienne historiquement à la première section du livre, au chapitre 6, où nous trouvons le récit de l’achèvement de la construction de la muraille. Mais si l’on considère la place et l’ordre des chapitres intermédiaires : la restauration de l’autorité de la loi, la confession des péchés du peuple et de leurs pères, l’engagement pris de marcher selon la loi et de pourvoir aux services du temple, etc..., la répartition du peuple dans Jérusalem et aux alentours, les instructions concernant tout le service dans la maison de Dieu sous la direction des sacrificateurs et des lévites, selon le commandement de David, homme de Dieu, on comprendra que la dédicace de la muraille est moralement située ici à la seule place qui lui convienne. Si nous considérons l’ensemble de tous ces sujets, nous avons un modèle de toute réforme de caractère divin. Le commencement concernait le peuple lui-même, puis ils en vinrent à s’occuper de la maison de Dieu, et finalement des murs de la cité. Ils travaillaient du dedans vers le dehors. Commençant par eux-mêmes, ils poursuivirent leur travail vers l’extérieur, jusqu’aux limites de tout ce qui leur incombait. Et agir ainsi, c’est toujours la vraie méthode. Paul écrit : « Ne vous conformez pas à ce siècle ; mais soyez transformés par le renouvellement de votre entendement, pour que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, bonne et agréable et parfaite » (Rom. 12:2). Nous trouverons cet ordre illustré dans la marche suivie pour la dédicace elle-même.

 

13.2.1    Rassemblement des lévites et des chantres

Premièrement, « on envoya quérir les lévites de tous leurs lieux d’habitation, pour les amener à Jérusalem, pour faire la dédicace avec joie, avec des louanges et des chants, avec des cymbales, des luths et des harpes ». Et les fils des chantres furent aussi assemblés de leurs différents lieux d’habitation, (car ils s’étaient bâti des hameaux dans les environs de Jérusalem) pour aider à célébrer ce jour mémorable de la dédicace (v. 27-29). Nous lisons ensuite : « Et les sacrificateurs et les lévites se purifièrent, et ils purifièrent le peuple, et les portes, et la muraille » (v. 30). Comme il y a déjà été fait allusion, l’ordre est, ici encore, des plus instructifs. Nous pouvons ainsi apprendre qu’à moins de nous être purifiés nous-mêmes, il est vain pour nous d’essayer de purifier les autres ! Cette vérité est partout affirmée dans l’Écriture. Par exemple, il est impossible à celui dont les pieds n’auraient pas été lavés, de chercher à laver ceux de ses frères dans la foi (voir Jean 13). Le Seigneur lui-même enseigne qu’avant d’être en mesure d’enlever le fétu de l’œil de son frère, il faut enlever la poutre de son propre œil. Il est donc très intéressant d’observer que les sacrificateurs et les lévites se purifièrent eux-mêmes, comme préparation nécessaire pour purifier le peuple, les portes et la muraille (voir 2 Chr. 29:5 et 35:6).

 

13.2.2    Les moyens de purification

Les moyens pour se purifier doivent être cherchés dans d’autres portions des Écritures. Dans le désert, les sacrificateurs devaient laver leurs mains et leurs pieds à la cuve d’airain chaque fois qu’ils entraient dans le tabernacle pour accomplir leur service (Ex. 30:17-21). Ils avaient aussi les cendres de la génisse rousse (Nomb. 19) pour toutes les sortes de souillures qui pouvaient être contractées dans leur vie journalière et leur marche au sein du peuple. Maintenant, comme déjà indiqué, nous avons une provision différente et beaucoup plus efficace : « Si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste » (1 Jean 2:1). C’est pourquoi, quand, par inattention ou pour avoir laissé agir la chair, nous tombons dans le péché et sommes souillés, Jésus Christ dans son amour et dans sa miséricorde intercède pour nous auprès du Père sur le terrain de ce qu’il est Lui, le Juste, et en vertu de la perfection de son œuvre. En réponse à son plaidoyer, le Saint Esprit travaille, par la Parole, dans la conscience du croyant souillé. Il produit le jugement de soi-même et la contrition qui conduit à la confession. Après quoi, Dieu est fidèle et juste pour pardonner le péché et purifier de toute iniquité. Ainsi, le croyant est purifié, restauré dans la communion, et de la sorte, divinement qualifié pour être envoyé pour servir les autres. On ne saurait trop insister là-dessus : pour être employé d’une manière quelconque, nous devons nous-mêmes être purifiés de toute souillure.

 

13.2.3    Formation des deux grands chœurs

La purification était donc la première chose à laquelle ils devaient s’appliquer, en ce jour de la dédicace de la muraille. Ensuite, deux grands chœurs furent formés par Néhémie — le lecteur remarquera sa réapparition — pour faire, semble-t-il, le tour de la muraille. Le premier était composé de Hoshahia, et la moitié des chefs de Juda, et Azaria, Esdras et Meshullam et d’autres, dont les noms sont donnés (v. 32-34) ; ensuite, certains desfils des sacrificateurs avec des trompettes, dont Zacharie était le chef (ses origines sont retracées jusqu’à Asaph) ; lui et ses frères avaient la charge des instruments de musique de David, homme de Dieu (voir 1 Chr. 15:16-17 et 25:6). Esdras, le scribe, était le chef de ce chœur, il était devant eux. La composition de l’autre chœur n’est pas donnée avec autant de détails. Néhémie dit : « Le second chœur marcha à l’opposite sur la muraille (c’est-à-dire, pensons-nous, sur le mur en face du premier chœur), et moi après lui, ainsi que la moitié du peuple, depuis la tour des fours jusqu’à la muraille large » ; puis après avoir décrit l’itinéraire de la procession, il dit : « et ils s’arrêtèrent à la porte de la prison » (v. 39). La topographie n’est pas certaine. Une étude sur ce sujet aboutirait-elle d’ailleurs à une réelle édification ? Il semble que ces deux chœurs, partant de points opposés, devaient faire le tour de la muraille jusqu’à ce qu’ils se rencontrent, comme Néhémie le déclare après avoir indiqué le parcours de chacun d’eux : « Et les deux chœurs s’arrêtèrent dans la maison de Dieu » (v. 40), (ce qui pourrait indiquer que ceux qui avaient pour service de rendre grâces dans la maison de Dieu étaient, à cette occasion, divisés en deux chœurs en relation avec le cérémonial observé pour la dédicace). « Et moi et la moitié des chefs avec moi, et les sacrificateurs Eliakim et Maascéïa etc... avec des trompettes » (v. 40-42). S’il en fut bien ainsi, le service journalier eut lieu après que la procession soit achevée, ce qui est exposé comme suit : « Et les chantres firent entendre leur voix, et Jizrakhia les dirigeait. Et ils offrirent ce jour-là de grands sacrifices, et se réjouirent, car Dieu les avait réjouis d’une grande joie ; et les femmes aussi et les enfants se réjouirent ; et la joie de Jérusalem s’entendait au loin » (v. 42-43).

 

13.2.4    Actions de grâces, trompettes, chants, sacrifices, joie

En examinant un peu les détails donnés, nous trouvons qu’il y avait ceux qui rendaient grâces, ceux qui avaient des trompettes et ceux qui chantaient ; à côté de cela, des sacrifices étaient offerts et tous se réjouissaient. Les actions de grâces semblent avoir eu la prééminence et on peut aisément le comprendre quand on se souvient de ce qu’avait représenté la remise en état de la muraille pour ce pauvre résidu. Elle avait vraiment été bâtie en des temps troublés, au milieu de l’opposition et de difficultés de tous genres, animés comme l’avaient été les ennemis du peuple par la malice de Satan. Mais, encouragés par l’énergie indomptable de leur chef, ils avaient persévéré, et maintenant leur travail était terminé. Les murs de la cité étaient une fois de plus relevés pour assurer la sécurité de ceux qui habitaient à l’intérieur et pour interdire l’entrée du mal manifesté chez leurs ennemis tout autour. La reconnaissance était, par conséquent, le sentiment naturel et approprié pour ce jour de la dédicace. Observons aussi qu’il y avait des trompettes (v. 35, 41). Elles étaient portées par les sacrificateurs, car eux seuls, ayant accès dans l’intimité de la présence de Dieu et pouvant ainsi être en communion avec sa pensée, avaient le privilège de faire retentir les notes du témoignage par le moyen des trompettes sacrées (Nomb. 10).

Ce jour de la Dédicace était pour Dieu, mais toutes les fois qu’il est répondu aux droits de Dieu avec l’énergie de l’Esprit, un témoignage en découle aussi pour lui de la part de son peuple. Par exemple, quand les saints se rassemblent le premier jour de la semaine pour rompre le pain (Act. 20), c’est en réponse au désir du Seigneur, car il a dit : « Faites ceci en mémoire de moi ». C’est donc pour lui qu’ils se rassemblent, et leurs pensées ne vont pas vers d’autres. Et pourtant, chaque fois qu’ils mangent le pain et boivent à la coupe, ils annoncent la mort du Seigneur, « jusqu’à ce qu’il vienne » ; c’est-à-dire que, bien qu’ils se rassemblent en souvenir du Seigneur, et que, ainsi occupés, leurs cœurs soient conduits à la reconnaissance et à l’adoration, par le sujet même qui les occupe, ils annoncent à tous la mort du Seigneur. Les trompettes sont, de cette manière, associées aux chants de louange. Il y avait aussi des instruments de musique et des chants. Et les chantres faisaient entendre leur voix (v. 42).

Ainsi, par leurs instruments de musique et par leurs chants, ils exprimaient leur joie devant le Seigneur. Le caractère de cette joie est donné dans le verset suivant en rapport avec les sacrifices (v. 43). Car, à nouveau, à l’occasion de cette fête, ils se souvenaient que le seul terrain sur lequel ils pouvaient se tenir devant Dieu, c’était l’efficacité du sacrifice. Ils pouvaient laisser leur joie déborder, et ce n’était pas une joie de qualité ordinaire, car « Dieu les avait réjouis d’une grande joie » (v. 43). Rien ne pouvait être plus béni. Nos pauvres cœurs soupirent après la joie et sont toujours tentés de la chercher dans des sources humaines pour trouver, finalement, qu’elle est à la fois décevante et éphémère.

C’est pourquoi l’apôtre écrit : « Ne vous enivrez pas de vin », (type des joies de la terre), « en quoi il y a de la dissolution ; mais soyez remplis de l’Esprit, vous entretenant par des psaumes et des hymnes et des cantiques spirituels, chantant et psalmodiant de votre cœur au Seigneur » (Éph. 5:18-19). Telle était, en ce jour, la joie des enfants d’Israël, car elle avait sa source en Dieu et c’était lui qui avait rempli leurs cœurs d’actions de grâces et leurs lèvres de louange. Nous pouvons dire qu’ils avaient semé avec larmes et maintenant, ils moissonnaient avec chant de joie (Ps. 126:5).

Remarquez aussi que toutes les classes du peuple y participaient. Il est dit expressément : « Les femmes aussi et les enfants se réjouirent ». C’était précieux au cœur de Dieu ; car les femmes et les enfants étaient comptés parmi son peuple (comparer avec Éph. 5 et 6). Pourquoi auraient-ils été privés de l’allégresse de ce jour ? Eux aussi avaient été assemblés avec le reste de la congrégation pour la lecture de la loi (ch. 8) et, en effet, c’est une caractéristique de ce livre et du livre d’Esdras (voir ch. 10) que les femmes et les enfants soient présents dans toutes les grandes assemblées du peuple. Les effets de leur joie en étaient d’autant plus grands, car nous lisons : « La joie de Jérusalem s’entendait au loin » (v. 43). Elle pénétrait jusqu’au milieu de leurs ennemis, comme un puissant témoignage à celui dont la grâce les avait délivrés de Babylone, et dont la protection leur avait maintenant permis de rebâtir les murs de la sainte ville. Ils éprouvaient à nouveau que la joie du Seigneur était leur force, à la fois pour la louange et pour le témoignage. Et il est ajouté que « Juda se réjouissait à cause des sacrificateurs et des lévites qui se tenaient là » (v. 44), faisant leur service dans le temple. C’était une joie pour Juda de voir les charges rétablies dans la maison de Dieu, et les sacrificateurs et les lévites occupés à leur service.

 

13.3                   Ch. 12:44-47 — Entretien des sacrificateurs et des lévites

En relation avec les cérémonies de la dédicace, il fallait s’occuper de certaines choses dans la maison de Dieu. Il est dit : « en ce jour-là » ; peut-être pas le même jour, mais en ce temps-là, le temps qui a suivi la dédicace de la muraille. Ce qu’ils firent, ce fut de nommer certains hommes « sur les chambres des trésors pour les offrandes élevées, pour les prémices et pour les dîmes, afin d’y recueillir, des champs des villes, les portions assignées par la loi aux sacrificateurs et aux lévites ; car Juda se réjouissait à cause des sacrificateurs et des lévites qui se tenaient là » (v. 44). Il y avait évidemment une tendance continuelle à négliger les intérêts de la maison de Dieu, et avec cela les sacrificateurs et les lévites étaient oubliés. Il en fut ainsi lors du premier retour des captifs (Agg. 1), il en est ainsi chaque fois que le déclin se manifeste et il en a été ainsi aussi tout au long de l’histoire de l’Église. Cesser de s’occuper de la maison de Dieu entraîne la négligence de l’entretien des sacrificateurs et des lévites, prescrit par la loi. Chacun ne s’occupait que de ses propres affaires et plus des intérêts du Seigneur. Mais quand leurs cœurs furent touchés par la bonté de Dieu qui leur avait permis de rebâtir la muraille, ils se souvinrent aussitôt des serviteurs de leur Dieu et pourvurent à nouveau à leur entretien (voir chapitre 10:37-39). C’est ainsi que Dieu travaille au sein du bas état de son peuple. Il lui accorde un réveil peut-être sous l’effet puissant d’une vérité particulière. Et eux, sous l’influence de cette impulsion nouvelle reçue, se mettent à corriger d’après la Parole de Dieu les dérèglements qui étaient apparus de tous côtés. Il en fut ainsi dans le cas présent et nous voyons que les chantres et les portiers étaient également disposés à garder « ce que leur Dieu leur avait donné à garder, et ce qu’ils avaient à garder pour la purification, selon le commandement de David et de Salomon, son fils. Car autrefois, aux jours de David et d’Asaph, il y avait des chefs pour diriger les chantres, et les chants de louange et les cantiques d’actions de grâces à Dieu » (v. 45-46). Ils se rappelaient comment étaient les choses au commencement du service dans le temple et désiraient maintenant se conformer au modèle original. C’est un principe constant. C’est seulement en comparant toutes choses avec ce qui était au commencement que nous pouvons découvrir l’étendue de nos égarements et ce n’est qu’en y revenant que nous pouvons être en harmonie avec la pensée de Dieu.

De plus, nous lisons : « Et aux jours de Zorobabel, et aux jours de Néhémie, tout Israël donnait les portions des chantres et des portiers, chaque jour ce qu’il fallait, et on mettait à part pour les lévites, et les lévites mettaient à part pour les fils d’Aaron » (v. 47). Ceci ne peut être guère plus qu’un exposé général des faits (voir ch. 10:37-39 et ch. 13:10). De fait, il y avait des temps pendant les périodes considérées où tout Israël reconnaissait ses obligations envers les serviteurs de la maison de leur Dieu et s’en acquittait. Leurs manquements à cet égard ne sont pas mentionnés ici. Nous devons les glaner dans d’autres parties du livre. Ici, il est seulement rappelé que tout Israël prenait soin des serviteurs de Dieu dans son sanctuaire.

 

13.4                   Ch. 13:1-3 — Séparation d’Israël du peuple mélangé

Enfin, nous apprenons que « ce jour-là, on lut dans le livre de Moïse, aux oreilles du peuple, et il s’y trouva écrit que l’Ammonite et le Moabite n’entreraient pas dans la congrégation de Dieu, à jamais » (Néh. 13:1 et Deut. 23:3-4). Alors, « ils séparèrent d’Israël tout le peuple mélangé » (13:3). Maintes fois, ils s’étaient ainsi séparés (Esd. 10 —Néh. 9:2) mais chaque fois « la semence sainte » se mélangeait à nouveau « avec les peuples des pays » (Esd. 9:2). En vérité, alors comme maintenant, l’alliance avec le monde est le piège le plus redoutable de Satan. D’où la nécessité de veiller toujours et d’appliquer la vérité de la séparation pour Dieu. Mais il y avait une raison spéciale pour introduire ce sujet en relation avec ce que nous trouvons ici. La signification de la muraille, comme cela a été rappelé plus d’une fois, c’est l’exclusion du mal et la séparation du peuple de Dieu d’avec les autres nations, (pour nous la séparation du mal, qu’il soit dans le monde ou dans l’Église) afin d’être mis à part pour Dieu. Ainsi, quand nous lisons que les fils d’Israël s’étaient purifiés du peuple mélangé, nous voyons qu’ils maintenaient simplement la vérité de la muraille : ils se sentaient tenus, en même temps qu’ils en célébraient la dédicace, de mettre en pratique tout ce que son achèvement comportait. Le lecteur ne manquera pas de relever la force du terme « le peuple mélangé ». C’était le peuple mélangé qui était tombé dans la convoitise au désert, et était devenu ainsi une entrave et une malédiction pour Israël ; et depuis ce jour, soit en Israël soit dans l’Église, de telles personnes ont été la source de la plupart des maux qui ont affligé les saints. C’est parmi le peuple mélangé que Satan a toujours trouvé des instruments prêts pour accomplir son mauvais travail, pour troubler, pour harceler et séduire le peuple de Dieu. Le seul sentier de sûreté est de suivre l’exemple d’Israël qui est devant nous et de nous séparer de ce peuple mélangé.

 

14               Chapitre 13:4-31 — Événements de la fin

Il est impossible maintenant de fixer chronologiquement la place des événements décrits dans ce chapitre. Il est seulement dit : « Avant cela », Eliashib était allié à Tobija et il avait une grande intimité avec lui. Cela se passait pendant que Néhémie n’était pas à Jérusalem (v. 6). « Avant cela », pourrait signifier, avant que l’on se sépare du peuple mélangé (v. 3). Il est probable que la dédicace de la muraille ait été retardée du fait de l’absence du gouverneur ; s’il en est ainsi, les événements décrits ici se sont déroulés avant les activités liées à la dédicace de la muraille. Ceci cependant est sans conséquence, car, comme nous l’avons souligné auparavant, ce que nous avons à rechercher c’est l’ordre moral plutôt que l’ordre historique. Si c’est sous cet aspect que ce récit est rapporté, il n’offre pas de difficultés ; quel était en effet l’objectif de la mission de Néhémie à Jérusalem ? C’était de reconstruire les murs de la sainte cité (ch. 3 et 6). Et grâce à la bonne main de Dieu qui était sur lui, il fut rendu capable d’achever le travail pour lequel il avait été appelé. La muraille avait été bâtie et ensemble, lui et le peuple avaient célébré cet événement avec une grande joie ; sous l’influence du moment, ils avaient remis en ordre la maison de Dieu et reconnu qu’ils étaient un peuple mis à part pour l’Éternel.

 

14.1                   Faillite de ce qui est confié à l’homme

Et qu’arriva-t-il après ? La faillite dans tout ce qu’ils avaient entrepris de faire après s’être engagés par une alliance solennelle sous peine de malédiction (voir ch. 10). C’est pourquoi, la leçon que nous enseigne le récit de Néhémie se reflète dans toutes les dispensations : tout ce que Dieu confie à l’homme sur le principe de la responsabilité aboutit à la faillite. Et même, il y a plus affligeant que cela ; car nous apprenons que la faillite est amenée par l’homme dans le moment même où la grâce de Dieu apporte la bénédiction. Et ce n’est pas seulement la fin de chaque dispensation successive qui est marquée par la faillite, c’est aussi le commencement. Adam, par exemple, désobéit aussitôt qu’il est placé dans sa position de domination et de bénédiction. De même, Noé pèche dès qu’il peut récolter les fruits de sa première vigne sur la terre renouvelée. Israël apostasie avant même que les tables de la loi ne pénètrent dans le camp, et David encourt le blâme d’avoir versé le sang innocent peu après l’établissement du royaume. Il n’en va pas autrement dans l’histoire de l’Église. À la fin du chapitre 4 des Actes, nous voyons la parfaite réponse à la prière du Seigneur, « afin que tous soient un » (Jean 17:21), car « la multitude de ceux qui avaient cru était un cœur et une âme » (v. 32). Puis, au chapitre 5, nous avons le péché d’Ananias et de Sapphira et au chapitre 6, les murmures d’une classe de disciples contre une autre. Il en va de même des différents services individuels. Prenons par exemple le cas de l’apôtre Paul. Longtemps avant d’avoir fini sa course, il est témoin de la chute publique de l’Église. « Tous ceux qui sont en Asie... se sont détournés de moi » (2 Tim. 1:15).

Ces exemples donnent l’explication de l’ordre moral significatif que l’on trouve dans le récit de Néhémie. À peine les échos de la joie exprimée par Jérusalem d’être à nouveau entourée de murailles se sont-ils éteints (12:43), que déjà réapparaissent tous les maux qui avaient jusqu’alors affligé le peuple et qui avaient été la cause de leurs longues années de bannissement. Le livre se termine par le récit de la lutte de Néhémie contre les transgresseurs en Israël et de ses efforts énergiques pour maintenir la souveraineté de l’Éternel dans la sainte ville.

 

14.2                   Ch. 13:4-9 — L’ennemi dans la maison de Dieu

La première chose mentionnée ici, c’est le péché d’Eliashib. Il était le petit-fils de Jéshua, qui était revenu de la captivité avec Zorobabel. Il remplissait les fonctions de sacrificateur, et il était « établi sur les chambres de la maison de Dieu » ; pourtant, en désobéissance à la parole de Dieu, il était l’allié de Tobija l’Ammonite, et même il « lui avait préparé une grande chambre » où, précédemment, on mettait « les offrandes de gâteau, l’encens, et les ustensiles, et les dîmes du blé, du moût et de l’huile, ce qui était ordonné pour les lévites ». Cette chambre était « dans les parvis de la maison de Dieu » (v. 5, 7). C’était la corruption chez celui qui était le chef et le représentant du peuple devant Dieu. Avec un tel exemple devant lui, est-il étonnant que ce peuple ait suivi aussi ses voies coupables ? C’est un cas terrible d’endurcissement par le contact habituel avec les choses saintes. Il se produit chaque fois que le cœur n’est pas droit devant Dieu. Eliashib était constamment occupé à son service de grand sacrificateur dans le lieu saint, et pourtant il était devenu insensible et indifférent au caractère du Dieu devant lequel il paraissait, ainsi qu’à la sainteté de Sa maison. Son office, à ses yeux, était un office et rien de plus, et c’est ainsi qu’il l’employait pour ses propres intérêts et pour venir en aide à ses amis ; modèle qui, hélas ! s’est fréquemment reproduit dans l’Église de Dieu.

« Pendant tout cela », Néhémie, comme il nous en informe, n’était pas à Jérusalem. Il était allé rendre visite au roi de Babylone (v. 6) mais à son retour, il prend connaissance du mal qu’Eliashib avait fait en faveur de Tobija et il dit : « Je trouvai cela fort mauvais » (v. 7). Certains peuvent comprendre la peine de cet homme dévoué. C’était une tristesse selon Dieu ; car elle provenait du sentiment du déshonneur jeté sur le Nom de l’Éternel. C’était un chagrin apparenté à celui de Jérémie, quand il s’écriait : « Oh ! ma tête, que n’est-elle des eaux, et mes yeux, une fontaine de larmes ! et je pleurerais jour et nuit les blessés à mort de la fille de mon peuple ! » (Jér. 9:1) ou à celui de l’apôtre Paul quand il multipliait ses mises en garde, ses supplications et ses remontrances aux assemblées de Galatie. Si seulement il y avait plus de fidèles remplis d’un tel zèle pour la maison de Dieu ! Mais Néhémie ne s’arrêta pas à la tristesse qu’il ressentait ; ce chagrin le conduisit à purifier cette chambre du temple de ses souillures. Il jeta dehors tous les effets de Tobija : « Et je commandai qu’on purifiât les chambres, et j’y fis rapporter les ustensiles de la maison de Dieu, l’offrande de gâteau et l’encens » (v. 8 et 9). Il restaure ainsi les chambres et, en les purifiant, les rend à l’usage auquel elles étaient destinées.

 

14.3                   Ch. 13:10-13 — Oubli des serviteurs de Dieu

En relation avec cela, il fit une autre découverte : « Et j’appris que les portions des lévites ne leur avaient pas été données, et que les lévites et les chantres qui faisaient le service avaient fui chacun à son champ » (v. 10). En même temps que l’ennemi était introduit dans les lieux sacrés du temple, les serviteurs de Dieu avaient été négligés. Les lévites et les chantres avaient été entièrement mis à part pour le service sacré de la maison ; la charge de leur entretien, selon l’ordre divin, incombait au peuple et celui-ci l’avait reconnu. Mais dès que, sous l’influence d’Eliashib, ils eurent perdu tout sens de la sainteté de la maison, ils oublièrent leurs responsabilités et les serviteurs du Seigneur dans la maison furent obligés d’avoir recours aux ressources ordinaires : Ils fuirent « chacun à son champ ». La même chose est souvent constatée dans l’Église. Dans des temps de dévouement au Seigneur, fruit de l’action de l’Esprit de Dieu, il y a ceux qui renoncent à tout pour aller proclamer l’évangile et présenter la Parole ; et quand les saints marchent avec Dieu, ils accueillent ces serviteurs et ont communion avec eux, se réjouissant de ce que le Seigneur envoie des ouvriers plus nombreux dans sa moisson, pour prendre soin des âmes de son peuple. Mais chaque fois que le déclin survient et que les saints deviennent mondains, les serviteurs sont oubliés, de sorte que ceux qui n’ont pas appris qu’ils dépendent de Dieu seul, et qu’Il est entièrement suffisant pour subvenir à leurs besoins, sont obligés de courir à leurs champs pour leur entretien.

Une différence, cependant, doit être relevée : Il n’y a pas maintenant d’obligation, comme c’était le cas pour les Juifs, d’entretenir les lévites, mais actuellement c’est un privilège de le faire ; quand cela est fait, comme pour le Seigneur, les choses offertes, comme celles qui le furent à Paul, sont « un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu » (Phil. 4:18). Néhémie se met immédiatement en devoir de porter remède à ce mal ! Il querelle les chefs, leur disant : « Pourquoi la maison de Dieu est-elle abandonnée ? » Puis il rassemble les lévites et les chantres et les rétablit une fois de plus dans leur charge. Il va ainsi jusqu’à la racine du mal, l’abandon de la maison de Dieu (comparer avec Héb. 10:25). En même temps, il a affaire aux chefs qui étaient responsables de cette négligence, car si eux-mêmes étaient indifférents, le peuple imiterait bientôt leur exemple. En fait, c’était le résultat du mal qui a affligé le peuple de Dieu dans tous les âges : chercher ses propres intérêts au lieu d’être occupé du Seigneur et de ses droits.

L’influence de l’action énergique de Néhémie est instantanément ressentie, car nous lisons : « Et tout Juda apporta dans les magasins la dîme du blé, et du moût, et de l’huile » (v. 12). Le peuple était d’un seul cœur, et ses affections pour la maison de Dieu et ses serviteurs étaient prêtes à s’exprimer dès que Néhémie les y entraînait. C’est encore une preuve que l’état extérieur du peuple de Dieu dépend en grande partie du caractère de ses conducteurs. Si ceux-ci sont graves et dévoués, ainsi aussi sera le peuple, tandis que si ceux qui prennent la tête sont négligents et mondains, ces traits seront aussi manifestés au milieu du peuple. Il en est de même maintenant dans les diverses assemblées. L’état de ceux qui ont une place de prééminence se reflète dans les saints réunis collectivement. Les conducteurs impriment leur propre caractère sur toute l’assemblée. Il peut y avoir des personnes d’un caractère tout différent, mais nous parlons de l’assemblée en tant que corps. Et tout ceci fait ressortir la responsabilité solennelle qui repose sur les conducteurs, et explique en même temps le caractère des lettres écrites aux « anges » des sept assemblées, car les anges représentent la responsabilité collective qui repose sur une ou deux, voire un plus grand nombre de personnes dans les différentes assemblées ; leur état est celui de l’ensemble, et ils en sont tenus pour responsables.

Alors, pour prévenir la réapparition du mal, Néhémie établit sur les magasins des hommes qu’il choisit ; la base de ce choix était la fidélité. « Car ils étaient estimés fidèles, et c’était à eux de faire les répartitions à leurs frères » (v. 13). Étant droit lui-même devant Dieu, il n’était influencé par aucune considération personnelle. Et, gouverné par un œil simple, il n’avait égard qu’à la qualité requise pour occuper ce poste. Ces hommes devaient être fidèles, car ils avaient un poste de confiance, requérant la fidélité vis-à-vis de Dieu et aussi envers leurs frères. C’est pourquoi il ne choisit que ceux qui possédaient la qualification nécessaire. La composition même de ce groupe de trésoriers, un sacrificateur, un scribe, un lévite et un autre, montre avec quel soin Néhémie veillait « à ce qui est honnête, non seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les hommes » (2 Cor. 8:21).

 

14.4                   Ch. 13:14 — Prière de Néhémie pour lui-même

Cela fait, il s’adresse à Dieu par la prière et dit : « Souviens-toi de moi, ô mon Dieu, à cause de ceci, et n’efface pas les bonnes actions que j’ai faites à l’égard de la maison de mon Dieu, et de ce qu’il y avait à y observer » (v. 14). On a souvent relevé que Néhémie, dans ses prières, était trop occupé de lui-même et de ses propres bonnes œuvres. Nous ne disons pas qu’il aurait pu ne pas en être ainsi, mais une autre interprétation est possible. Il était à peu près seul à lutter au milieu de la corruption générale et ce n’est qu’en Dieu qu’il trouvait la force et les encouragements. Ainsi, au sein des difficultés, nous trouvons continuellement ces prières soudaines. En tout cas, il est clair qu’il ne recherchait pas de récompense de la part de l’homme et qu’il se contentait de s’en remettre à Dieu, et de laisser l’appréciation de sa conduite entre ses mains, qu’il était assuré que c’était dans l’œuvre de Dieu qu’il était engagé, comptant sur lui seul pour la récompense.

 

14.5                   Ch. 13:15-22 — La violation du sabbat

L’abandon de la maison de Dieu n’était pas le seul mal contre lequel Néhémie avait à lutter ; le suivant était la violation du sabbat : « Dans ces jours-là, je vis en Juda des gens qui foulaient aux pressoirs, le jour du sabbat, et qui rentraient des gerbes et les chargeaient sur des ânes, et aussi du vin, des raisins et des figues, et toutes sortes de fardeaux, et qui les amenaient à Jérusalem le jour du sabbat » etc...(v. 15) et « les Tyriens y demeuraient, et ils apportaient du poisson et toutes sortes de marchandises, et les vendaient le jour du sabbat aux fils de Juda » (v. 16). Ayant perdu tout sens des droits de Dieu sur sa maison, ils en arrivaient tout naturellement à négliger aussi de sanctifier le septième jour. Dieu leur avait enjoint d’observer ce jour-là, en souvenir de leur rédemption hors d’Égypte (Ex. 16 ; Deut. 5:14-15). La même injonction d’observer le sabbat avait été faite dans toutes les alliances que Dieu s’était plu à faire avec son peuple Israël. C’est pourquoi la profanation du sabbat était le signe qu’ils s’étaient laissés entraîner loin dans leur infidélité et qu’en fait, ils étaient à deux doigts de l’apostasie ; en cela, ils péchaient à la fois contre la lumière reçue et contre la connaissance de la pensée de Dieu. Néhémie, dans son zèle pour le Seigneur, se mit en colère et « querella les nobles de Juda » et leur dit : « Qu’est-ce que cette chose mauvaise que vous faites, profanant le jour du sabbat ? N’est-ce pas ainsi qu’ont fait vos pères, de sorte que notre Dieu a fait venir tout ce malheur sur nous et sur cette ville ? Et vous voulez ajouter à la colère contre Israël en profanant le sabbat ! » (v. 17 et 18). On observera que, de même qu’il est question des chefs lors de l’abandon de la maison de Dieu, pareillement les nobles sont à l’origine de l’offense relative au sabbat. Dans les deux cas, la source du mal était chez ceux qui auraient dû être des exemples pour le peuple. Il en est toujours ainsi dans les temps de déclin général, vu que seuls les chefs peuvent entraîner les masses après eux dans le péché. Mais ce fait même rendait la tâche de Néhémie d’autant plus ardue. Étant seul, il avait à lutter contre ceux sur lesquels il avait le droit de compter pour soutenir son autorité et son influence. C’était vraiment un homme fidèle et parce qu’il était tel, Dieu était avec lui dans son combat contre les transgresseurs au milieu d’Israël. Ayant convaincu devant tous, ceux qui avaient péché (voir 1 Tim. 5:20), il usa de son autorité de gouverneur pour prévenir le retour de ce mal. Premièrement, il commanda que les portes de Jérusalem soient fermées avant la nuit la veille du sabbat, et qu’elles restent fermées jusqu’à ce qu’il soit passé. Pour veiller à cela, « afin qu’aucun fardeau ne fût introduit le jour du sabbat », il prit de ses propres jeunes hommes pour les placer aux portes, et ceci montre combien peu nombreux étaient ceux sur lesquels il pouvait compter pour ce service. De plus, il veilla lui-même avec une attention infatigable à cette affaire et quand les marchands de Tyr et les vendeurs s’installèrent une et deux fois pour passer la nuit hors des murs de Jérusalem, leur présence seule étant une tentation pour le peuple, il les admonesta et les menaça de mettre la main sur eux. De cette façon, ils furent repoussés.

Finalement, il commanda aux lévites de se purifier et de venir garder les portes pour sanctifier le jour du sabbat (v. 22). C’est une magnifique image d’un homme dévoué, cherchant de toutes ses forces à enrayer la marée montante du mal. À vue humaine, cela peut sembler être une lutte sans espoir, et même, quant aux résultats visibles, une défaite. Mais c’était le combat de Dieu que Néhémie menait et il le savait ; pourvu qu’il soit fidèle envers Dieu, il ne pouvait être question de défaite. Dieu est celui qui juge le conflit, et compte pour une victoire ce que l’œil humain regarde comme un désastre (voir És. 49:4-6). Néhémie avait en quelque mesure appris cette leçon, et il se tourne à nouveau vers Dieu avec cette prière : « Souviens-toi de cela aussi en ma faveur, ô mon Dieu, et aie compassion de moi selon la grandeur de ta bonté ». Il ne regarde pas à l’homme, mais à Dieu et désire que Dieu se souvienne de lui pour « cela aussi ». Avec une vraie humilité, conscient de sa propre faiblesse et de ses défaillances, il prie pour être épargné selon la grandeur de la miséricorde de Dieu. Heureux état d’âme, quand le serviteur ressent, quel que soit son service, qu’il ne peut s’appuyer sur rien d’autre que sur la miséricorde de Dieu ! Christ lui-même en étant le canal et l’expression, le serviteur peut se reposer sur le fondement de cette bonté, quels que soient les épreuves et les conflits, dans une paix et une sécurité parfaites.

 

14.6                   Ch. 13:23-31 — Abandon de la séparation pour Dieu

14.6.1    Un nouveau mal

Mais il y avait encore une autre épreuve : « En ces jours-là aussi, je vis des Juifs qui avaient pris des femmes asdodiennes, ammonites et moabites : et leurs fils parlaient à moitié l’asdodien et ne savaient pas parler le juif, mais selon la langue de l’un ou l’autre peuple » (v. 23-24). C’était ce mal qui avait si profondément affligé le cœur d’Esdras (ch. 9:13) et qu’il avait sérieusement cherché à extirper ; mais il avait resurgi et Néhémie est confronté aussi, au milieu de ses travaux, à ce triste et visible témoignage de l’état du peuple (ch. 9:2 ; 10:30 etc...). Que montrait en effet cet état ? Qu’Israël abandonnait le terrain de la séparation pour Dieu et abattait la sainte muraille qui fermait l’enceinte, « le mur mitoyen de clôture », par lequel Dieu les avait mis à part de tous les peuples qui étaient sur la face de la terre. Ce n’était en vérité rien de moins que renier ce qu’ils étaient, la nation choisie de Dieu, un peuple saint à l’Éternel, et ainsi, c’était l’abandon de tous les privilèges, bénédictions et espérances de leur appel. C’est pourquoi il n’était pas étonnant que Néhémie soit rempli d’une sainte indignation : il les querella, les maudit, et battit quelques hommes d’entre eux et leur arracha les cheveux et les fit jurer par Dieu, en disant : « Vous ne donnerez pas vos filles à leurs fils, et vous ne prendrez pas de leurs filles pour vos fils, ni pour vous-mêmes ! » De plus il leur rappela le triste exemple de Salomon : « Il n’y avait point de roi comme lui, et il était aimé de son Dieu, et Dieu le fit roi sur tout Israël : lui aussi, les femmes étrangères l’ont fait pécher ! » Néhémie ajoute : « Et vous écouterions-nous pour faire tout ce grand mal, pour être infidèles à notre Dieu en prenant des femmes étrangères ? » (v. 25-27). Cela dut être une épreuve amère pour le cœur de Néhémie.

C’était le récit de la misère et du grand opprobre du résidu dans la province, ainsi que le fait que les murs de Jérusalem avaient été détruits et ses portes brûlées par le feu (ch. 1:3), qui avaient produit dans le cœur de Néhémie le désir de porter remède à tous ces maux. Le souhait de son cœur lui avait été accordé, il était monté à Jérusalem et y avait travaillé pendant des années ; et enfin, par la bonté de Dieu, il avait vu son désir accompli. Mais maintenant, alors même qu’il arrivait à la fin de son labeur, il devait mener deuil sur le refus persistant du peuple de rester dans une sainte sécurité à l’intérieur des murs de séparation. Leur trésor était dans le monde, leurs cœurs y étaient aussi, et ils tournaient ainsi constamment le dos à toutes les bénédictions du lieu saint dans lesquelles ils avaient été amenés. Pourtant Néhémie n’était aucunement ébranlé et, avec une infatigable énergie, il persévérait dans ses travaux pour le bien de son peuple, cherchant seulement à se dépenser et à être entièrement consacré à leur service pour la gloire de Dieu. Il chassa d’abord d’auprès de lui l’un des fils de Joïada, fils d’Eliashib, le grand sacrificateur, qui était gendre de Sanballat, le Horonite. Eliashib lui-même, comme nous l’avons vu, était allié à Tobija ; ainsi, lui et sa famille étaient alliés avec les deux grands ennemis d’Israël. Donc, dans la famille du grand sacrificateur se trouvait la source de la corruption, d’où les ruisseaux amers et sombres du péché se répandaient au milieu du peuple. Chasser le pécheur, c’était tout ce que Néhémie lui-même pouvait faire, mais il avait une autre ressource dont il usa : il remit cette affaire à Dieu : « Souviens-toi d’eux, ô mon Dieu, car ce sont des profanateurs de la sacrificature, et de l’alliance de la sacrificature et des lévites » (Lév. 21 et Mal. 2:4-7). Il peut paraître étrange que Néhémie, armé comme il l’était de l’autorité de gouverneur, ne se mette pas en devoir de punir ce sacrificateur coupable. Le fait est que dans les cas de discipline, il est impossible d’aller au-delà de l’état moral du peuple. Le faire serait seulement faire le jeu de l’ennemi. Pour cette raison, plus d’un homme pieux a dû rester inactif en présence d’abandons patents et flagrants de la Parole de Dieu et se contenter, comme Néhémie, de crier au Seigneur contre les offenseurs. Là où il n’y a pas conscience du péché, le Seigneur seul peut s’occuper du coupable, quoiqu’il soit souvent nécessaire, comme dans le cas qui est devant nous, de chasser le pécheur. Mais au sein de toute cette confusion, c’est une ressource bénie de tout remettre au Seigneur qui, en son propre temps, revendiquera la gloire du Nom que nous pouvons avoir déshonoré.

 

14.6.2    Néhémie intervient encore

Néhémie néanmoins continuait son travail de réformation. Il dit : « Et je les purifiai de tout étranger, et je fixai les fonctions des sacrificateurs et des lévites, chacun dans son service et ce qui concernait l’offrande du bois à des époques fixes, et les premiers fruits » (v. 30-31). Pour le moment, tout est ordonné selon Dieu et, de cette manière, Néhémie devient une ombre, sinon un type bien net, de Celui qui « s’assiéra comme celui qui affine et purifie l’argent ; et il purifiera les fils de Lévi, et les affinera comme l’or et comme l’argent, et ils apporteront à l’Éternel une offrande en justice » (Mal. 3:3).

 

14.6.3    Dernière prière de Néhémie

Ainsi se termine le récit des travaux de Néhémie. Il s’était pleinement identifié avec les intérêts de l’Éternel et avec Israël ; il avait persévéré dans ses labeurs au milieu de l’opposition et de l’opprobre et maintenant qu’il arrive au bout de ses peines, il se contente de laisser tous les résultats entre les mains de Dieu. Ainsi, ne regardant ni à son travail ni à lui-même, il s’écrie « Souviens-toi de moi en bien, ô mon Dieu » (v. 31). Cette prière a déjà été exaucée, car c’est Dieu qui a permis que ce compte rendu des travaux de Néhémie soit conservé, et il l’exaucera plus abondamment encore, car le temps viendra où il fera connaître publiquement le service fidèle de Néhémie, selon sa propre et parfaite appréciation du travail de son serviteur. Car même s’il est vrai, et toujours à rappeler, que la grâce seule produit l’énergie et la persévérance dans le service de qui que ce soit, il est vrai aussi que cette même grâce met les fruits de ce travail au crédit de ceux dans le cœur desquels ils ont été produits. Dieu est la source de tout. Il appelle et qualifie ses serviteurs, il les soutient et les dirige dans leurs travaux, et pourtant, il dit : « Bien, bon et fidèle esclave, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître » (Matt. 25:21). À Lui seul soit toute la gloire !