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Les trois Marie
Edward Dennett
Table des matières abrégée :
2 Marie la mère de notre Seigneur
Table des matières détaillée :
2 Marie la mère de notre Seigneur
2.1 Une place prééminente, mais le Seigneur est au-dessus
2.2 Luc 1:26-38 — La mission de Gabriel auprès de Marie
2.3 Luc 1:39-45 — La visite de Marie à Élisabeth
2.4 Luc 1:46-56 — Le Magnificat
2.5 Luc 2:1-7 — Marie à Bethléhem
2.6 Luc 2:8-20 — Marie et les bergers
2.7 Luc 2:21-39 — Marie au temple
2.8 Luc 2:40-52 — Marie et Joseph trouvent Jésus dans le temple
2.9 Jean 2:1-11 — À Cana de Galilée
2.10 Matt. 12:46-50, Marc 3:31-35, Luc 8:19-21 — La mère et les frères du Seigneur
2.11 Jean 19:25-27 — Marie près de la croix de Jésus
2.12 Actes 1 — La dernière mention de Marie
3.2.1 Le foyer de Béthanie et la différence entre les deux sœurs
3.2.2 Assise aux pieds du Seigneur
3.2.4 L’intervention de Marthe
3.3 Marie et la mort de Lazare — Jean 11
3.3.1 La maison de Béthanie — Jean 11:1
3.3.2 Lazare malade. L’intervention différée du Seigneur — Jean 11:2-19
3.3.3 Marthe et Marie : les exercices communs dans la douleur — Jean 11:20, 21
3.3.4 Comment le Seigneur s’occupe de Marthe — Jean 11:20-27
3.3.5 L’appel de Marie — Jean 11:28-31
3.3.6 Marie rencontrant le Seigneur — Jean 11:32
3.3.7 Souffrance et sympathie du Seigneur — Jean 11:33-38
3.3.7.1 Jésus frémit en Son esprit
3.3.8 Encore Marthe. Résurrection de Lazare — Jean 11:38-44
3.3.9 L’épreuve porte son fruit — Jean 11-12
3.4 Marie oignant les pieds de Jésus – Jean 12:1-8
3.4.1 Effets de la résurrection de Lazare sur le peuple — Jean 11:45-54
3.4.2 Le dernier souper — Jean 12:1-2a
3.4.3 Marthe et Lazare — Jean 12:2b
3.4.4 Avant l’onction. L’état de Marie — Jean 12:3a
3.4.5 Sens et valeur de l’onction — Jean 12:3b
3.4.6 La maison remplie de l’odeur du parfum — Jean 12:3c
3.4.8 Portée profonde de l’acte de Marie — Jean 12:7-8
3.5 Dernières pensées à propos de Marie de Béthanie
4.1 Qui était-elle ? — Différentes femmes à ne pas confondre
4.2.3 Son service en exemple pour nous
4.3 Marie de Magdala à la croix du Seigneur Jésus
4.3.1 Marie en premier — près de la croix. Jean 19:25
4.3.2 Ceux qui étaient présents à la croix
4.3.3 Le sens profond de la présence de Marie à la croix. La mort avec Christ
4.3.4 Ce qui occupait les cœurs à la croix. Psaume 22
4.3.5 Marie de Magdala à distance de la croix — Matt. 27:55-56
4.3.6 Sentiments du Seigneur à la croix
4.4 Marie de Magdala et l’ensevelissement du Seigneur
4.5 Marie de Magdala et son Seigneur ressuscité
4.5.1 Selon le récit de Matthieu, Marc et Luc
4.5.2 Selon le récit de Jean 20
4.6 Marie, messagère du Seigneur — Jean 20:17b-18
Ce titre « Les trois Marie » ne signifie pas qu’il n’y ait pas d’autres Marie dans le Nouveau Testament, mais il veut simplement dire que les trois choisies ici ― Marie la mère de notre Seigneur, Marie de Béthanie et Marie de Magdala ― occupent une place privilégiée. Il est en effet probablement évident pour tout lecteur des Écritures que ces trois Marie furent manifestement choisies par Dieu pour être associées à Son Fils bien-aimé pendant Son séjour ici-bas, afin d’être pour nous des modèles de grâce, de dévouement et d’amour, de communion et de fidélité dans le service. La prière de celui qui écrit ces lignes est que d’autres puissent partager avec lui les bienfaits et la bénédiction que lui-même a retirés de ses méditations sur ces exemples saints et bénis, afin que le Seigneur Lui-même en soit plus abondamment glorifié.
Si ce n’était que « toute écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner » (2 Tim. 3:16), on pourrait presque craindre d’aborder le sujet de cette femme tellement honorée et bénie entre toutes les femmes. Une autre raison a peut-être dissuadé bien des croyants de se pencher sur ses privilèges et sur sa personne : c’est le péché d’idolâtrie dont elle est l’objet pour tant de millions de chrétiens professants. L’antidote à cette tendance ― si attristante pour l’Esprit de Dieu et si déshonorante pour le Seigneur lui-même ― se trouve dans l’étude des passages relatifs à ce vase d’élection que nous ont conservés les évangiles. Telle est la tâche que nous avons été conduit à entreprendre, dans l’espoir de mieux comprendre, éclairés par le Saint Esprit, la grâce merveilleuse de Dieu qui a distingué cette pauvre femme par cet honneur inouï, ainsi que les fruits de cette grâce manifestés dans sa confiance simple et inébranlable dans le Seigneur, et dans sa vie humble et dévouée.
Remarquons que seuls les évangiles de Luc et de Jean rapportent les paroles et les actes de Marie. Matthieu fait mention d’elle, avec beaucoup de détails en rapport avec la naissance du Seigneur Jésus dans ce monde, mais rien de plus. En fait, dans cet évangile, c’est Joseph qui tient la première place, car c’est par lui, généalogiquement, que Jésus est déclaré fils de David (Matt. 1:16-20). Il n’en reste pas moins que c’est Marie qui avait été choisie et préparée par Dieu pour l’ineffable privilège de devenir le vase par lequel Jésus allait être introduit au milieu d’Israël, comme Celui qui sauverait Son peuple de leurs péchés ; car comme le dit l’évangéliste : « tout cela arriva afin que fût accompli ce que le Seigneur a dit par le prophète, disant : « Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel, ce qui, interprété, est : Dieu avec nous » (Matt. 1:22-23). Une fois cette prophétie accomplie et l’enfant né, la gloire rayonnante de Celui-ci ne pouvait que rejeter Marie dans l’ombre. C’est pourquoi dès le chapitre suivant, il est dit cinq fois : « le petit enfant et sa mère », et non pas « la mère et son Enfant ». Comment aurait-il pu en être autrement avec un enfant nouveau-né qui n’était rien moins qu’Emmanuel, Dieu avec Son peuple ? Une juste appréciation de ce fait aurait éteint pour toujours le désir d’exalter Marie au-dessus de son Fils, comme le Seigneur Lui-même l’a enseigné, d’une autre manière, lorsqu’un auditeur plein d’admiration s’écria : « bienheureux est le ventre qui t’a porté, et les mamelles que tu as tétées » (Luc 11:27), et que Lui répondit : « … mais plutôt, bienheureux sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent » (Luc 11:28). Ce n’était pas la femme si favorisée fût-elle, mais sa Semence qui devait briser la tête du serpent, Celui en qui tous les conseils de Dieu devaient être révélés et accomplis. C’est donc Lui, le Fils bien-aimé de Dieu, et non pas Marie, qui doit remplir de louange et d’adoration le cœur des enfants de Dieu.
Dans l’évangile de Luc, c’est Marie qui occupe la première place dans le récit de la nativité. Il n’est fait aucune allusion aux exercices de Joseph. Il est seulement dit que Marie était « une vierge fiancée à un homme dont le nom était Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie » (Luc 1:27). C’est à elle, dans sa demeure de Nazareth (*), que l’ange Gabriel fut envoyé de la part de Dieu. Assise dans sa maison ― comme il ressort de ces mots « l’ange étant entré auprès d’elle » ― Marie reçut cette salutation : « Je te salue, toi que Dieu fait jouir de Sa faveur ! Le Seigneur est avec toi ; tu es bénie entre les femmes » (1:28). Gabriel, qui se tenait devant Dieu (1:19), était dans le secret divin touchant cette vierge choisie ; et comme cela ressort du caractère de cette salutation, il appréciait l’immense faveur, ainsi que l’exaltation entre toutes les femmes dont Dieu l’avait comblée dans Sa grâce. Ses paroles, en fait, ne font qu’exprimer son propre ravissement en communion avec les pensées de Dieu.
(*) Il n’est pas dit dans Matthieu que Joseph et Marie habitaient Nazareth avant la naissance de Jésus. Le but de cet évangile est de montrer l’accomplissement de la prophétie dans la naissance du roi des Juifs à Bethléhem, et ce n’est qu’après qu’il nous est dit que Joseph, de retour d’Égypte, « alla et habita dans une ville appelée Nazareth » etc. Les deux récits sont complémentaires, chacun nous informant de ce qui était nécessaire en rapport avec son point de vue particulier.
Or lorsque Marie vit l’ange, apparu sans aucun doute sous une forme humaine (voir Luc 24:4), « elle fut troublée à sa parole ; et elle raisonnait en elle-même sur ce que pourrait être cette salutation » (1:29). Autrement dit, elle raisonnait en elle-même sur la portée et le sens des paroles de Gabriel. Cela se comprend aisément si l’on se souvient du caractère de sa personne et de sa position. C’était une femme pieuse, craignant Dieu, et malgré sa généalogie, il semble bien qu’elle était d’humble condition. La débonnaireté, l’humilité et la foi, voilà ce qui caractérisait manifestement sa vie spirituelle. Elle avait donc bien de quoi être troublée par ce qu’elle avait entendu, et de quoi raisonner, non pas selon les pensées naturelles qu’engendre le doute, mais dans la perplexité quant au sens des paroles de l’ange ! Avec une intelligence toute divine des sentiments de Marie, Gabriel commence par apaiser son esprit, puis, pour la préparer à la communication merveilleuse qu’il était chargé de lui faire, il l’assure qu’elle a trouvé faveur auprès de Dieu (*). Nous disons bien « pour la préparer » à recevoir son message, car tant que l’âme n’a pas trouvé la paix et la liberté, elle ne saurait recevoir de message divin (voir Dan. 9:19).
(*) À propos des versets 28 et 30, quelqu’un a fait remarquer que les expressions « toi que Dieu a fait jouir de Sa faveur » et « tu as trouvé grâce » ne sont pas du tout synonymes. Elle avait personnellement « trouvé grâce », si bien qu’elle n’avait rien à craindre. Mais Dieu, dans Sa souveraineté, lui avait prodigué cette grâce, cette immense faveur, d’être la mère du Seigneur. En cela, elle était l’objet de la faveur souveraine de Dieu. — On peut ajouter que l’expression « trouver grâce auprès de Dieu » fait allusion à l’état spirituel de Marie, tandis que « jouir de la faveur de Dieu » parle plutôt de ce que Dieu l’avait choisie pour être celle qui donnerait naissance à Jésus. Mais ces deux choses sont bien sûr liées entre elles.
Et quel message que celui que Gabriel avait pour mission de délivrer ! « Et voici, tu concevras dans ton ventre, et tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom JÉSUS ; Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (Luc 1:31-33).
Nous n’avons pas l’intention de nous étendre sur l’ineffable mystère de l’incarnation de notre adorable Seigneur et Sauveur, pas plus que sur les titres de gloire qui Lui sont attribués ici, puisque c’est la personne de Marie qui est le sujet de notre méditation. Remarquons seulement que la gloire de Sa personne est assurément contenue dans le nom de Jésus qui signifie en fait « l’Éternel Sauveur », et que tous les titres mentionnés ici sont en relation avec la terre, et avec Son exaltation sur la terre, comme le « Fils du Très-haut » et le « Fils de David » qui devait exercer pour toujours la souveraineté sur la maison de Jacob. C’est comme héritier des droits royaux de David, mais comme étant à la fois Seigneur de David et Fils de David, qu’Il est présenté ici. Que le lecteur n’oublie pas que toutes ces promesses ne sont pas encore accomplies, mais qu’elles le seront infailliblement par la puissance de Dieu selon Ses conseils éternels. Les rois et les chefs de ce monde peuvent bien se dresser et se liguer contre le Seigneur et Son Oint, mais malgré la fureur des nations et de leurs chefs, Dieu, dans Ses conseils éternels, a placé Son Roi sur Sa sainte montagne de Sion, et Il régnera « jusqu’à ce qu’Il ait mis tous les ennemis sous Ses pieds » (Actes 4:26 ; Ps. 2:2, 6 ; 1 Cor. 15:25).
Lorsque Dieu promit un fils à Abraham, Sara rit en elle-même, car elle doutait, ne connaissant pas la toute puissance de Celui qui faisait la promesse. Zacharie aussi eut de la difficulté à croire quand Gabriel lui annonça que sa femme Élisabeth lui enfanterait un fils. En ce qui concerne Marie, elle dit à l’ange : « Comment ceci arrivera-t-il… » ? (Luc 1:34). Bien que l’objet de cette promesse fût contraire à l’ordre de la nature, ce n’était pas, comme dans les cas précédents, de la méfiance qui lui inspirait cette question. La preuve en est qu’il fut permis à Gabriel de répondre à cette question d’une manière parfaite et sans réserve. Cette réponse révèle deux choses, d’une part la conception miraculeuse de notre Seigneur, et d’autre part le fait que l’Enfant qui naîtrait serait appelé Fils de Dieu, le Fils de Dieu né dans ce monde selon le psaume 2 (*). Pour fortifier sa foi qui lui était donnée d’en haut, et qui existait déjà, Gabriel reçut la mission de l’informer de la grâce que Dieu faisait aussi à sa cousine Élisabeth, — « car rien ne sera impossible à Dieu » (1:37), dit-il en exprimant ainsi le fondement immuable de toute foi. Dieu ne serait pas Dieu s’il en était autrement. C’est pourquoi notre Seigneur Lui-même a dit : « toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9:23). C’est cette leçon que Marie venait d’apprendre tout au fond de son âme, comme le prouve sa réponse : « Voici l’esclave du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1:38).
(*) Il est important de faire la distinction entre ce titre et celui de Fils éternel dont parle Jean, en particulier, dans son évangile.
Non seulement Marie venait d’apprendre que rien n’était ni ne serait impossible pour Dieu, mais aussi, rendue consentante par la grâce de Dieu, elle s’offrait, certainement par la seule puissance du Saint Esprit, à l’accomplissement de Sa volonté bénie, et cela sans aucune réserve. Dans toute l’Écriture, il n’y a pas d’exemple de foi plus admirable ni de plus parfaite soumission. Elle ne pouvait s’aveugler quant aux conséquences possibles qui en découleraient pour elle dans ce monde, et en effet, nous apprenons en Matthieu qu’elle éveilla même les soupçons de Joseph, et fut pour lui un sujet d’exercice. Mais la foi ne raisonne jamais, et n’est jamais troublée ; elle compte simplement sur Dieu, dans l’assurance que s’Il nous appelle à tel service ou à marcher dans tel chemin, Il nous guidera et nous soutiendra quelles que soient l’épreuve ou la persécution qui en découleront. La paix d’une âme qui se repose sur la volonté de Dieu est indicible ; telle était la part de Marie à ce moment-là. La faveur qui lui était accordée était infinie, tout autant que la grâce qui la rendait capable de l’accepter en toute humilité et toute tranquillité. À cet égard aussi, autant que parce qu’elle fut le vase choisi par Dieu pour la naissance de Jésus, toutes les générations la diront bienheureuse (Luc 1:45, 48).
Toutes les fois que la grâce agit dans des âmes, celles-ci sont attirées les unes vers les autres par les liens de l’amour divin. Il en fut ainsi pour Marie et Élisabeth. Gabriel avait révélé à Marie que Dieu avait aussi visité sa cousine Élisabeth, et, consciente de ce qui allait s’accomplir en elle (qu’elle comprît ou non la portée de la communication reçue), elle avait senti qu’il y avait une amie à qui elle pouvait ouvrir son cœur. C’est pourquoi « Marie, se levant en ces jours-là, s’en alla en hâte au pays des montagnes dans une ville de Juda. Et elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth » (Luc 1:39-40).
Le cœur plein de ce qui lui avait été annoncé ― qui était en outre une preuve de la fidélité de Dieu à Sa parole et de Son amour inépuisable pour Son peuple ― elle ne pouvait que s’en aller « en hâte ». Quelles pensées devaient remplir son cœur dans l’adoration tandis qu’elle se hâtait d’accomplir sa mission ! Comme toute sainte femme de Juda, elle connaissait bien les écritures annonçant la venue du Roi et la gloire de Son royaume, par exemple : « Combien sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui annonce la paix, qui apporte des nouvelles de bonheur, qui annonce le salut, qui dit à Sion : Ton Dieu règne ! La voix de tes sentinelles ! ― elles élèvent la voix, elles exultent ensemble avec chant de triomphe ; car elles verront face à face, quand l’Éternel restaurera Sion. Éclatez de joie, exultez ensemble, lieux déserts de Jérusalem ; car l’Éternel console son peuple ; il a racheté Jérusalem » (Ésaïe 52:7-9) ; ou encore : « Réjouis-toi avec transports, fille de Sion ; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi… » (Zach. 9:9). Les paroles mêmes de l’ange ne pouvaient manquer de lui rappeler ces glorieuses prophéties, et de faire déborder son cœur de louange, du fait qu’elle, une humble vierge, participait à leur accomplissement !
Que sa visite à Élisabeth fût de Dieu, on le voit dans la salutation qui l’accueillit ― salutation qui, en outre, dut confirmer sa foi d’une manière remarquable. Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de sa parente, elle se souvint de sa propre condition et, en même temps, remplie de l’Esprit Saint, elle fut inspirée par Lui pour proclamer la bénédiction de celle que le Seigneur, dans Sa grâce, avait tellement honorée entre toutes : « Elle s’écria à haute voix et dit : Tu es bénie entre les femmes, et béni est le fuit de ton ventre ! Et d’où me vient ceci, que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ? Car voici, dès que la voix de ta salutation est parvenue à mes oreilles, le petit enfant a tressailli de joie dans mon ventre. Et bienheureuse est celle qui a cru ; car il y aura un accomplissement des choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur » (Luc 1: 41-45).
Quelques réflexions sur ces paroles remarquables, avant de considérer la réponse de Marie à Élisabeth. On remarquera tout de suite qu’Élisabeth, « remplie du Saint Esprit », est dans une entière communion avec la pensée de Dieu quant à Marie. Gabriel avait dit à celle-ci : « Tu es bénie entre les femmes » (1:28), et Élisabeth dit maintenant : « Tu es bénie entre les femmes » (1:42) avant d’ajouter « … et béni est le fruit de ton ventre ». Ses yeux ayant été ouverts par la puissance de Dieu, elle voyait comme Dieu Lui-même voit, et prononce la même appréciation concernant celle qu’Il avait choisie pour être l’objet de cette faveur unique. Remplie de l’Esprit, Élisabeth reconnaît en outre en toute soumission et humilité, l’élévation de Marie par la grâce de Dieu : « Et d’où me vient ceci, que la mère de mon Seigneur vienne vers moi » ? (1:43). Bien qu’elle-même fût l’objet de la faveur divine, elle prenait pourtant la dernière place en face de celle qui allait devenir la mère de son Seigneur !
Puisse cet enseignement pénétrer nos cœurs, à savoir que, lorsque l’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans des âmes, toute envie, tout esprit de querelle et toute jalousie sont bannis. L’amour jaillit alors librement ; or l’humilité est le fruit de l’amour. Puis, après avoir décrit l’effet produit sur elle-même par la salutation de Marie (1:44), elle proclame une troisième caractéristique de cette bénédiction : Marie était bénie en tant qu’objet de la faveur souveraine de Dieu, et en tant que vase choisi pour l’incarnation de notre Seigneur, mais elle était aussi bénie à cause de sa foi (1:45), une foi victorieuse de tous les obstacles, fondée sur la toute-puissance de Dieu. Comme Abraham, elle « ne forma point de doute sur la promesse de Dieu par incrédulité, mais fut fortifiée dans la foi, donnant gloire à Dieu » (cf. Rom. 4:20-21). Elle s’était ainsi emparée résolument de la parole de Dieu, pleinement persuadée que ce qu’Il avait promis, Il l’accomplirait certainement. C’est ainsi qu’elle honorait Dieu, et voilà maintenant qu’elle recevait l’assurance divine par la bouche d’Élisabeth, que s’accompliraient les choses qui lui avaient été dites de la part du Seigneur (Luc 1:45).
« Magnificat » est le terme par lequel furent désignées ces paroles de Marie, dans les premiers temps de l’Église (du latin « magnificare » = exalter, glorifier)
Nous rapportons intégralement les paroles de Marie, afin que le lecteur en perçoive mieux le sens divin et la beauté :
« Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit s’est réjoui en Dieu mon sauveur, car Il a regardé l’humble état de son esclave ; car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse ; car le Puissant m’a fait de grandes choses, et son nom est saint ; et sa miséricorde est de génération en génération sur ceux qui le craignent. Il a agi puissamment par son bras ; il a dispersé les orgueilleux dans la pensée de leur cœur ; il a fait descendre les puissants de leurs trônes, et il a élevé les petits ; il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et il a renvoyé les riches à vide ; il a pris la cause d’Israël, son serviteur, pour se souvenir de sa miséricorde (selon qu’il avait parlé à nos pères) envers Abraham et envers sa semence, à jamais » (Luc 1:46-55).
Un écrivain bien connu a dit : « Il est remarquable qu’il n’est pas dit que Marie était remplie de l’Esprit Saint. Il me semble que c’est tout à son honneur. Le Saint Esprit avait visité Élisabeth et Zacharie d’une manière exceptionnelle. Mais, bien que Marie fût indubitablement sous l’influence de l’Esprit de Dieu, l’effet produit sur elle était plutôt un effet intérieur, plutôt lié à sa foi personnelle, à sa piété, aux relations habituelles de son cœur avec Dieu (ces relations étaient le fruit de cette foi et cette piété), et cet effet sur Marie s’exprime plutôt sous la forme de ses sentiments personnels : reconnaissance pour la grâce dont elle, humble femme, était l’objet, en rapport avec l’espérance et la bénédiction d’Israël ». Ces remarques nous aideront à mieux comprendre ce cantique de louange extraordinaire dont on a dit fort justement qu’il célébrait la joie d’Israël dans le don de Christ. Car tout en étant l’expression des sentiments produits dans le cœur de Marie par le Saint Esprit ― sentiments qui convenaient et répondaient à cette grâce dont elle était l’objet exceptionnel, — Marie elle-même disparaissait pour ainsi dire, devant Israël dont elle était le type (cf. 1:54).
On voit tout de suite que ce cantique a un caractère typiquement juif, en ce qu’il ne va pas plus loin qu’Abraham et sa semence. À cet égard on l’a souvent comparé à celui d’Anne qui, elle aussi, sans remonter comme Marie jusqu’aux promesses faites à Abraham, évoque toutes les voies de Dieu envers Son peuple, et anticipe triomphalement sa délivrance complète grâce à l’intervention de l’Éternel, lorsqu’elle dit : « Ceux qui contestent contre l’Éternel seront brisés ; il tonnera sur eux dans les cieux. L’Éternel jugera les bouts de la terre, et il donnera la force à son roi, et élèvera la corne de son oint » (1 Sam. 2:10). Marie, de son côté, considère la délivrance comme ayant déjà eu lieu, opérée en Celui qui allait naître, et elle l’exprime en disant : « Il a pris la cause d’Israël, son serviteur, pour se souvenir de sa miséricorde (selon qu’il avait parlé à nos pères) envers Abraham et envers sa semence, à jamais » (Luc 1:54-55).
Deux choses ne manqueront pas d’attirer notre attention dans le cantique de Marie : D’abord elle attribue tout à Dieu ; et ensuite, faisant totalement abstraction d’elle-même, elle célèbre Sa grâce. À ce propos, nous ne pouvons nous empêcher de citer ce qui suit : « Marie reconnaît Dieu, son Sauveur, dans la grâce qui l’a remplie d’une telle joie, en même temps qu’elle confesse sa propre insignifiance. Car quelle que fût la sainteté de l’instrument choisi par Dieu ― sainteté qui caractérisait vraiment Marie ― Marie n’était cependant grande que dans la mesure où elle s’effaçait elle-même, car alors Dieu était tout. Si elle s’était fait valoir en quelque manière, Marie aurait perdu sa vraie place ; mais elle ne le fit pas. Dieu l’en garda afin que Sa grâce fût pleinement manifestée ». Puissions-nous être attentifs à cette leçon bénie, car il est impossible que la grâce agisse pleinement dans nos âmes si nous ne sommes pas à notre vraie place devant Dieu, une place de néant.
S’il est pénétré de ces pensées, le lecteur de ces lignes comprendra facilement le sens de ce cantique de louange. Toutes les fois qu’une véritable travail de l’Esprit de Dieu s’opère dans l’âme des Siens, leur cœur s’élève jusqu’à la source d’où vient leur bénédiction. Il en est ainsi pour Marie. Sa première pensée est pour le Seigneur qui l’avait visitée d’une grâce aussi ineffable : « Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit s’est réjoui en Dieu mon Sauveur ». Sous la puissante action du Saint Esprit, sa propre personne se confond momentanément avec le peuple d’Israël, et c’est pourquoi elle se réjouit dans le Dieu et Sauveur d’Israël. Il est vrai qu’elle parle d’elle-même au verset suivant, en disant que Dieu a regardé l’humble état de son esclave, et que désormais toutes les générations la diront bienheureuse. Cependant, même alors, elle n’est que l’instrument choisi de cette bénédiction destinée à Israël. C’était la pensée du salut d’Israël arraché à son bas état qui remplissait son cœur lorsqu’elle dit : « Le Puissant m’a fait de grandes choses, et son nom est saint » (1:49), car elle ajoute aussitôt : « et sa miséricorde est de génération en générations sur ceux qui le craignent » (Luc 1:50). Cela montre, en outre, que c’était l’Israël élu de Dieu qui remplissait ses pensées, l’Israël duquel Balaam avait été contraint de dire que Dieu n’avait pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni d’injustice en Israël (cf. Nombres 23:21) — en un mot, c’était l’Israël selon les conseils et les pensées de Dieu qui remplissait le cœur de Marie.
Les trois versets suivants (1:51-53) exposent les principes des voies de Dieu en grâce, et l’état spirituel requis pour recevoir cette grâce. Les orgueilleux dans l’imagination de leur cœur, les puissants sur leurs trônes, les riches, ceux qui se suffisent à eux-mêmes, ne sauraient se tenir devant un Dieu saint en train de juger. C’est aux pauvres que s’adresse toujours l’évangile. Ce sont donc ceux de bas état que Dieu élève, et ceux qui ont faim qu’Il nourrit de ce qui est bon. Le Seigneur Lui-même l’avait déjà proclamé lorsqu’Il disait : « Bienheureux, vous pauvres, car à vous est le royaume de Dieu ; bienheureux, vous qui maintenant avez faim, car vous serez rassasiés ; bienheureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez… » (6:20-21), avant de s’adresser aux autres en ces termes : « Mais malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation ; malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim ; malheur à vous qui riez maintenant, car vous mènerez deuil et vous pleurerez » (6:24-25). Que ces paroles solennelles retentissent partout, paroles d’encouragement et de consolation pour les pauvres, pour les enfants de Dieu dans la souffrance et l’affliction, et paroles d’avertissement pour ceux qui cherchent leur propre satisfaction et l’élévation dans ce monde !
Marie termine son cantique sur ces paroles auxquelles nous avons déjà fait allusion : « Il a pris la cause d’Israël, son serviteur, pour se souvenir de sa miséricorde (selon qu’il avait parlé à nos pères) envers Abraham et envers sa semence, à jamais » (1:54-55). « La foi est l’assurance des choses qu’on espère », et Marie, en cet instant, aussi éprouvantes que fussent les étapes qu’Israël devrait encore franchir avant l’accomplissement de cette promesse, contemplait la réalisation de tous les desseins de grâce de Dieu envers Son peuple terrestre. En vérité, tout était assuré et établi dans la Personne de Celui qui allait naître dans ce monde, selon ce qu’annoncent les anges dans leur cantique de louange au chapitre suivant : « Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre, paix, et bon plaisir dans les hommes » (2:14).
Pendant trois mois, Marie demeura près de sa parente (« fort avancée en âge », comme son mari) avant de retourner chez elle. L’Écriture ne dit rien sur les instants de communion entre ces saintes femmes, mais nous pouvons être sûrs qu’elles s’enrichirent mutuellement dans leur foi et leur joie dans le Seigneur. La visite terminée, Marie s’en retourna chez elle, poursuivant son humble chemin jusqu’à l’accomplissement des propos divins. Et cette maison était le centre d’attrait de toute l’attention du ciel.
Si Dieu est souverain dans Ses plans, cette souveraineté ne se manifeste pas moins dans les instruments qu’Il choisit pour les accomplir. Plus de 700 ans avant la naissance de Christ, le prophète Michée avait dit, au nom de l’Éternel : « Et toi, Bethléhem Ephrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël, et duquel les origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité » (Michée 5:2). On considérait cela comme une prédiction du lieu de naissance du Messie, comme le montre la citation qu’en firent les principaux sacrificateurs et les scribes en réponse à Hérode qui s’enquérait du lieu où devait naître le Christ. Mais Marie habitait à Nazareth de Galilée, et le temps de la naissance de l’enfant divin approchait. « Or il arriva, en ces jours-là qu’un décret fut rendu de la part de César Auguste, portant qu’il fût fait un recensement de toute la terre habitée » (c’est-à-dire l’empire romain ; Luc 2:1). Ce décret eut pour effet d’obliger Joseph (ainsi que Marie, la femme qui lui était fiancée, laquelle était enceinte) à monter « de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, dans la ville de David qui est appelée Bethléhem » (Luc 2:4-5). L’empereur romain était loin de se douter des conséquences de cette pensée qui lui était venue à l’esprit. Comme l’a fait remarquer quelqu’un : « Cet édit ne fait qu’accomplir le merveilleux propos de Dieu, en faisant naître le Roi Sauveur dans le village où, selon le témoignage de Dieu lui-même, devait avoir lieu cet évènement ». Il est aussi remarquable que, bien que ce décret eût été proclamé, et que Joseph et Marie, sans aucun doute avec beaucoup d’autres, se fussent déjà rendus à Bethléhem pour y être enregistrés, il semble que « le recensement lui-même se fit seulement lorsque Cyrénius fut gouverneur de Syrie » (2:2). Que la sagesse de Dieu et la perfection de Ses voies sont admirables ! Joseph doit emmener Marie, sa femme, à Bethléhem, et Dieu contraint l’empereur à déclencher cette migration générale pour obliger Joseph à partir ! Quelle preuve de ce que Dieu Lui-même tient encore les rênes du gouvernement, et de ce qu’Il incline le cœur des hommes là où Il veut ! Le chrétien le croit et le sait et demeure donc en paix au sein des activités fiévreuses des hommes, de la confusion, des turbulences et des luttes qui l’entourent de tout côté.
C’est pendant le séjour de Joseph et Marie à Bethléhem que cette dernière « …mit au monde son fils premier-né, et l’emmaillota, et le coucha dans la crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie » (2:7). Nous n’avons pas l’intention de considérer ici le mystère de l’incarnation, mais plutôt l’histoire personnelle de Marie. Nous nous permettons cependant de rapporter ces réflexions de quelqu’un d’autre sur cet événement prodigieux, ce mystère des mystères : « Le Fils de Dieu est né dans ce monde, mais n’y trouve pas de place. Le monde est chez lui, ou, tout au moins, grâce à sa richesse, il trouve une place à l’hôtellerie. C’est selon sa richesse que l’homme est reçu et trouve place dans le monde. Le Fils de Dieu, Lui, n’en trouve pas, sauf dans une crèche. Est-ce pour rien que le Saint Esprit nous rapporte cette circonstance ? Non ! Il n’y a pas de place pour Dieu, ni pour ce qui est de Dieu dans ce monde. Il en est donc d’autant plus merveilleux, l’amour qui L’a fait descendre ici-bas. Il a commencé dans une crèche, et a fini sur une croix, et le long de Son chemin, Il n’a pas eu de lieu pour y reposer Sa tête (9:58) ». Devant ces faits, nous, croyants, sommes contraints de nous courber, remplis de respect et d’adoration devant notre Dieu, en contemplant le manière dont Il s’est fait « Dieu manifesté en chair » (1 Tim. 3:16), et la grâce de notre Seigneur Jésus Christ qui, bien qu’Il fût riche, a vécu dans la pauvreté pour nous, afin que par Sa pauvreté nous fussions enrichis (2 Cor. 8:9). Prosternés ainsi devant Lui, rappelons-nous que, pour réaliser Ses desseins de grâce et d’amour, pour racheter Son peuple — que ce soit Israël ou l’Église — Il a dû vivre rejeté des hommes et mourir crucifié. Cet enfant couché dans la crèche était l’objet de tous les conseils de Dieu, le soutien et l’héritier de la création, le Seigneur de tous ceux qui hériteront de la gloire et de la vie éternelle. Il n’est donc pas étonnant qu’il ne soit nullement question de Marie pendant tout ce temps-là ; rien n’est dit de ses sentiments ni de ses pensées, car en vérité elle était cachée derrière la gloire de son Fils.
Si nous parlons de ces hommes pieux choisis par Dieu pour recevoir l’annonce d’un « Sauveur , qui est le Christ, le Seigneur » (2:11), ce n’est qu’en rapport avec leur rôle dans l’histoire de Marie. Ce n’était pas des grands de ce monde dont Dieu s’occupait à ce moment-là, mais des pauvres et des affligés de Son peuple, et ces bergers en faisaient partie. Les communications divines ne peuvent être reçues que par ceux dont les cœurs ont été divinement préparés. Nous pouvons donc être assurés que ces humbles bergers étaient de ceux qui attendaient la délivrance à Jérusalem (voir 2:38). C’est donc vers eux qui gardaient leurs troupeaux pendant la nuit, que l’ange fut envoyé pour leur annoncer ce grand sujet de joie qui serait pour tout le peuple ; et pour affermir leur foi, un signe leur fut donné : « …vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche » (2:12). À peine eut-il délivré son message que « soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu, et disant : Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes » (2:13-14).
Laissons notre pieux lecteur méditer ces paroles (elles déclarent au moins que tous les desseins de Dieu en vue de la bénédiction de Son peuple Israël, étaient déjà réalisés dans la Personne de Son Fils bien-aimé), et suivons les bergers. Avec une foi simple, ne mettant point en doute la vérité de ce qu’ils avaient entendu, ils se dirent l’un à l’autre : « Allons donc jusqu’à Bethléhem, et voyons cette chose qui est arrivée que le Seigneur nous a fait connaître. Et ils allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche » (2:15-16). Quel spectacle s’offrait à leurs yeux ! Peut-être ne saisirent-ils pas tout le sens de ce qu’ils voyaient, ni la gloire de l’Enfant. Toujours est-il qu’ils Le virent, sans aucun doute avec des cœurs remplis d’adoration ! Rien n’est rapporté de ce que purent dire les bergers, Marie ou Joseph. Peut-être ne pouvaient-ils s’arracher à la contemplation du Sauveur, Christ le Seigneur, couché là dans cette crèche ? Et pourtant ils durent parler, puisque, après la mention de ce qu’« ils divulguèrent la parole qui leur avait été dite », et l’indication de l’effet produit (« ceux qui l’ouïrent s’étonnèrent des choses qui leur étaient dites par les bergers »), il est dit que Marie gardait toutes ces choses par devers elle, les repassant dans son cœur » (2:17-19).
De ceci, combiné à la dernière phrase du v. 57, nous pouvons déduire que Marie était une âme calme, méditative, réfléchie. Choisie pour une telle mission, et chargée d’une telle responsabilité, il ne pouvait guère en être autrement. Même en ne réalisant que faiblement qui était son Enfant, elle devait être remplie de crainte dans la présence de Dieu, et parler aurait été déplacé. On voudrait plus en savoir sur ses pensées lorsqu’elle contemplait le visage de cet Enfant merveilleux, Celui dont Ésaïe avait prophétisé en disant : « … on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix » (És. 9:6). Mais si grande que fût la faveur faite à Marie, ce n’est pas elle, mais son Fils dont le ciel s’occupait, qui était l’Objet des conseils de Dieu, Celui en qui la gloire de Dieu serait magnifiée, proclamée, réalisée même ici-bas ! Nous pouvons toutefois admirer les beaux traits du caractère de Marie, qui ressortent si bien de sa vie de piété et de fidélité.
Il y a une preuve de la piété et de la fidélité de Marie et de Joseph dans l’attention qu’ils portaient à la Parole de Dieu dans ses moindres détails. Pour la circoncision du saint Enfant Jésus aussi bien que pour la purification de Marie, ils agirent en parfaite obéissance aux prescriptions de la loi (cf. Lév. 12), de même que lorsqu’ils présentèrent Jésus au Seigneur, « selon qu’il est écrit dans la loi du Seigneur, que tout mâle qui ouvre la matrice sera appelé saint au Seigneur » (Luc 2:23). Quarante jours devaient donc s’écouler avant que Marie pût paraître dans le temple de Jérusalem, et c’est pendant ce temps que dut avoir lieu la visite des mages de l’Orient selon le récit de Matthieu. Dans cette scène, comme dans la visite des bergers, Marie reste au second plan, et nous pouvons affirmer sûrement que c’était de son plein gré. En communion avec la pensée de Dieu ― au moins dans sa mesure — elle se réjouissait de reconnaître la gloire à venir de Celui qui était « né roi des Juifs » (Jean 18:37), et elle n’était nullement étonnée de voir les mages se prosterner, Lui rendre hommage, et ouvrir leurs trésors et Lui offrir des dons, « de l’or, et de l’encens, et de la myrrhe » (Matt. 2:11). Le fait d’avoir été le vase choisi pour Sa naissance était sa joie, mais elle devait dorénavant apprendre qu’avoir d’étroites relations avec l’Oint de Dieu — jusqu’à Lui être identifiée — attirerait sur elle la persécution du dieu de ce monde. Dès l’instant où l’enfant divin naquit, le dragon (Satan) qui guettait cet événement, chercha à Le dévorer (Apoc. 12). Marie, Joseph, ainsi que Jésus, devinrent l’objet de la haine du méchant roi. Mais divinement abrités, protégés et guidés lorsqu’ils durent fuir en Égypte comme lors de leur retour dans la terre d’Israël, en Galilée où ils demeuraient précédemment, Marie et Joseph jouirent de l’honneur et du privilège inestimables d’entourer de leurs soins Celui qui n’était rien moins que le Fils de Dieu.
Après avoir évoqué ces faits pour faire la relation entre les divers éléments dont on a le récit, considérons maintenant la scène du temple. Malachie avait écrit : « Le Seigneur que vous cherchez viendra soudain à son temple » (Mal. 3:1), et voici qu’Il était venu, lorsque Ses parents portèrent l’Enfant à Jérusalem, « pour le présenter au Seigneur, selon qu’il est écrit dans la loi du Seigneur » (Luc 2:22). Ce jour là, à Jérusalem, la vie poursuivait son cours ; ses habitants achetaient et vendaient, vaquaient à leurs devoirs domestiques et occupations quotidiennes ; leur roi iduméen, sanguinaire et cruel, misérable et malheureux, éblouissait ses sujets par sa munificence et la splendeur de ses édifices, et cherchait comme toujours à satisfaire ses mauvaises convoitises. Tous sans exception étaient dans l’ignorance du fait merveilleux que Dieu avait visité Son peuple, et que le Messie glorieux chanté par les prophètes et dont la domination devait s’étendre « jusqu’aux bouts de la terre » (Ps. 72:8) était déjà parmi eux, porté dans l’enceinte sacrée du temple.
Mais quelle que fût l’attitude ou l’incrédulité de la nation, Dieu veillait toujours à ce que Son Fils bien-aimé fût reconnu, de quelque manière qu’Il fût présenté. C’est ainsi qu’en cette circonstance, Il avait préparé pour accueillir Son Christ le cœur de quelques-uns qui attendaient la rédemption à Jérusalem ; et deux d’entre eux avaient été choisis pour Le contempler de leurs yeux à ce moment-là. Marie et Joseph avaient parcouru les rues de la ville avec leur précieux fardeau, comme n’importe quels humbles croyants Juifs l’auraient fait en pareille circonstance, et ils étaient arrivés dans l’enceinte sacrée en passant inaperçus, et sans rien savoir eux-mêmes de ce que Dieu venait de faire. Or comme l’écrit l’évangéliste : « …Il y avait à Jérusalem un homme dont le nom était Siméon ; et cet homme était juste et pieux, et il attendait la consolation d’Israël ; et l’Esprit Saint était sur lui. Et il avait été averti divinement par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort, que premièrement il n’eût vu le Christ du Seigneur. Et il vint par l’Esprit dans le temple… » (Luc 2:25-27). Il se trouvait donc là quelqu’un entièrement conduit par l’Esprit Saint, que Dieu avait appelé et qualifié pour recevoir Son Fils, lorsque Marie et Joseph apportèrent le petit enfant Jésus pour faire à Son égard selon l’usage de la loi (cf. 2:27).
Attardons-nous quelques instants sur cette scène merveilleuse, avant de poursuivre notre sujet, cela nous sera profitable, mais n’oublions pas que nous sommes ici sur un terrain sacré. Nous lisons que Siméon « prit » Jésus entre ses bras (2:28) ; il faudrait traduire en réalité « Siméon Le reçut dans ses bras ». Tout lecteur respectueux sentira immédiatement que ce terme est d’autant plus approprié qu’il est plus juste. Nous pouvons être sûrs que Siméon « reçut » dans ses bras l’Enfant que lui tendait Marie. Quel spectacle que celui de cette mère pieuse et dévouée déposant son Enfant dans les bras du vieillard Siméon, et Siméon jouissant de l’inestimable privilège de recevoir dans ses bras cet Enfant en qui tous les conseils de Dieu devaient être établis et accomplis !
Et qui était cet Enfant ? Il était la Parole devenue chair, dont il est écrit : « Au commencement était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la PAROLE ÉTAIT DIEU » (Jean 1:1). Il était « l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création ; car par lui ont été créées toutes choses, les choses qui sont dans le cieux et les choses qui sont sur la terre, les visibles et les invisibles, soit trônes, ou seigneuries, ou principautés, ou autorités : toutes choses ont été créées par lui et pour lui ; et lui est avant toutes choses, et toutes choses subsistent par lui » (Col. 1:15-17). Cet enfant était Celui en qui « toute la plénitude s’est plu à habiter » (Col. 1:19), « le Fils que Dieu a établi héritier de toutes choses, par lequel aussi il a fait les mondes… le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa substance, et soutenant toutes choses par la parole de sa puissance… » (Héb. 1:2-3). Par ailleurs, du fait qu’Il était né dans ce monde, Il était la semence de la femme, la semence d’Abraham, et le Fils de David. Toutes ces gloires, et bien d’autres encore ― car Il était une Personne divine ayant daigné devenir chair ― enveloppaient ce saint Enfant et émanaient de Lui quand Marie Le déposait dans les bras de Siméon. Regardons ce divin mystère dans toute son étendue, avec révérence, car plus nous le contemplerons, plus nos cœurs se courberont dans l’adoration devant le don inexprimable de Dieu, devant cette grâce insondable et cet amour qui surpasse toute intelligence !
Siméon se tenait devant Dieu, avec CET ENFANT dans les bras. Le cœur débordant, il bénit Dieu disant : « Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton esclave en paix selon ta parole ; car mes yeux ont vu ton salut, lequel tu as préparé devant la face de tous les peuples : une lumière pour la révélation des nations, et la gloire de ton peuple Israël » (Luc 2:29-32). Tous ses désirs étaient satisfaits, tout lien avec la terre était brisé dès l’instant où il avait vu le salut de Dieu, et il était prêt à s’en aller en paix. Tel Moïse, et même plus encore que Moïse au sommet du Mont Pisga, regardant le pays que Dieu avait donné à Son peuple, Siméon avec le saint Enfant dans ses bras, était au centre des conseils de Dieu, contemplant les temps à venir où les nations seraient amenées à la lumière, et où Christ serait la gloire de Son peuple Israël.
Joseph et la mère de l’Enfant s’étonnaient des choses qui étaient dites de Lui, autant qu’il leur était possible de le faire, car ici-bas nous ne connaissons qu’en partie, et ce n’est que progressivement que nous acquérons et entrons dans la puissance de la vérité que nous professons reconnaître. Deux choses viennent ensuite. Être associé à Christ dans ce monde est source de bénédiction, mais aussi de souffrance, selon l’exemple de Marie ici. Siméon, après avoir « béni » Dieu, bénit maintenant Joseph et Marie ; puis, s’adressant à Marie, il dit : « …Voici, celui-ci est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et pour un signe que l’on contredira (et même une épée transpercera ta propre âme), en sorte que les pensées de plusieurs cœurs soient révélées » (Luc 2:34-35). C’est ainsi que Dieu dans Sa grâce et par le moyen de Son serviteur Siméon, préparait Marie au chemin de souffrance et de réjection qui serait celui de son Enfant. Et qui peut douter de ce que c’est surtout lorsqu’elle se tint près de la croix de Jésus, contemplant Sa douleur, que l’épée transperça sa propre âme ? Quelle grâce, dans les voies de Dieu, que nous n’entrions dans les douleurs de l’épreuve que graduellement, et que, quand elles arrivent, on découvre que la douleur est adoucie par Son amour ! Marie n’oublierait jamais ces paroles, mais les « repassant dans son cœur » (2:19), elle les exposerait constamment devant Dieu dans ses méditations et ses prières. Mais si durant toute sa vie, il allait lui falloir vivre à l’ombre de la croix, nous pouvons être sûrs qu’elle allait trouver amplement compensation et soutien dans la compagnie de son Fils. Il y avait certes beaucoup de choses qu’elle ne pourrait pas comprendre, mais elle se reposerait certainement dans l’assurance que Jésus, l’Éternel Sauveur, était avec elle, et que sur toute la terre il n’y avait personne jouissant d’un tel privilège inexprimable et d’une telle bénédiction ineffable ! À cause de Lui, et par amour pour Lui, la force lui serait donnée de faire face à l’avenir, le remettant entièrement entre les mains de Celui qui l’avait choisie pour marcher dans ce chemin-là.
On trouve incidemment une preuve de la pauvreté de Joseph et de Marie dans la nature du sacrifice qu’ils offrirent à l’occasion de la « présentation » de Jésus. En Lévitique 12, nous lisons, au sujet de la loi de la purification de celle qui a enfanté : « Si ses moyens ne suffisent pas pour trouver un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l’un pour l’holocauste, et l’autre pour le sacrifice pour le péché ; et le sacrificateur fera propitiation pour elle, et elle sera pure » (Lév. 12:8). Marie n’était pas en mesure d’offrir un agneau, et l’Esprit de Dieu attire ainsi notre attention sur le fait que notre Seigneur est né dans d’humbles conditions de vie, et que « Sa pensée » (Phil. 2:5) était dès le commencement de s’humilier ; c’était même Sa pensée avant Sa venue sur la terre. Quelle mère, si elle en a les moyens, ne voudrait pas entourer son enfant de tout le confort, voire même de tout le luxe possible ? Mais tout était disposé par la sagesse divine, et en considérant non seulement les circonstances de la naissance de notre Seigneur, mais le chemin de Celui qui n’eut pas un lieu où reposer Sa tête, nous n’en sommes que plus impressionnés par Sa grâce ineffable.
Les rites du temple, ainsi que les paroles prophétiques de Siméon, étaient terminés, et lorsque Joseph et Marie « eurent tout accompli selon la loi du Seigneur », ils quittèrent le temple, en descendirent les marches et franchirent les portes, chargés de leur précieux fardeau, et « s’en retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville » (Luc 2:30). Là, ils reprirent leurs occupations journalières, riches d’un secret divin qu’ils étaient seuls à connaître à Nazareth.
Douze années s’écoulèrent. De toute cette longue période, il ne nous est rapporté que deux choses : la première est que « l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui » (2:40) — la seconde est que « …ses parents allaient chaque année à Jérusalem, à la fête de Pâque » (2:41). Ceci est à nouveau un témoignage de la piété de Marie et de Joseph. Peut-être même est-ce dans ce but que ce fait est rapporté, car il n’est même pas dit si Marie emmenait l’enfant Jésus avec elle en ces occasions. Pas un mot n’est ajouté pour satisfaire la curiosité humaine ; on n’a que les indication de ce qui est nécessaire au but que l’Esprit de Dieu se propose. Tout est divinement parfait, car chaque mot de l’Écriture est l’expression de la sagesse divine. En fait, le verset 41 ne fait qu’introduire l’incident suivant, que nous allons maintenant considérer, dans la mesure, au moins, où il concerne Marie.
Les deux premiers versets nous ouvrent la voie : « Et quand il eut douze ans, comme ils étaient montés à Jérusalem, selon la coutume de la fête, et qu’ils avaient accompli les jours de la fête, comme ils s’en retournaient, l’enfant Jésus demeura dans Jérusalem ; et ses parents ne le savaient pas » (2:42-43). Il semble d’après les récits juifs, que l’âge de douze ans était celui où les jeunes Juifs étaient considérés comme assez mûrs pour assumer leurs responsabilités personnelles devant Dieu. Un jeune garçon atteignant cet âge était appelé « fils de la loi », et était désormais soumis aux obligations légales (*).
(*) Voir le Testament grec de Alford, vol. 1 p. 418
Quoi qu’il en soit, il est dit ici que Joseph et Marie emmenèrent Jésus à Jérusalem à l’âge de douze ans, ce qui est nécessairement important puisque cela nous est expressément rapporté. Il n’est rien dit de ce qui se passa à la fête. Notre attention est plutôt attirée sur le fait que, lorsque Joseph et Marie revinrent avec la troupe des voyageurs (*), Jésus s’attarda à Jérusalem. Il était tout naturel que ses parents aient supposé qu’Il était parmi les voyageurs, et qu’ils aient ainsi marché le chemin d’un jour sans s’inquiéter. C’est alors que, ne le trouvant pas parmi leurs parents et leurs connaissances, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Trois jours durant, plongés dans l’inquiétude et l’angoisse, ils le cherchèrent. Tout était sans doute divinement programmé, car jusqu’à ce que « l’enfant Jésus » eût accompli la volonté de Son Père, il était impossible qu’Il fût interrompu. C’est au bout de ces trois jours qu’« ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant » (Luc 2:46). Que le lecteur remarque, ici, comment le Saint Esprit, avant de rapporter les paroles de Marie, attire l’attention sur la sagesse manifestée par ce saint Enfant, sagesse si frappante que « tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de son intelligence et de ses réponses » (2:47). N’est-il pas vrai que Dieu trouve Ses délices à nous occuper des perfections de Son Fils bien-aimé ? Marie et Joseph, humbles gens qu’ils étaient (bien que Joseph fût fils de David — cf. Matt. 1:21) furent « frappés d’étonnement » quand ils Le virent, et Marie, poussée par son cœur de mère, intervint tout de suite et dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi ? Voici, ton père et moi nous te cherchions, étant en grande peine » (Luc 2:48).
(*) On dit que tous ceux qui montaient à Jérusalem et venaient d’une même région, voyageaient ensemble, par souci de commodité et de sécurité (le verset 7 du Psaume 84 fait-il allusion à cette coutume ?)
Avant de considérer la réponse de Jésus, réfléchissons à ces paroles de Marie. Plus de douze ans s’étaient écoulés depuis l’annonce merveilleuse de Gabriel, et presque autant depuis le discours prophétique du vieillard Siméon. Ces années, entrecoupées seulement par les voyages annuels à Jérusalem à la fête de Pâque, s’étaient passées tranquillement à Nazareth, chacun vaquant aux occupations quotidiennes de la vie domestique. Il n’est pas impensable que, quelles que fussent les perfections de son Fils, toujours plus évidentes durant Sa croissance au fil des ans, le discernement de Marie ait été quelque peu obscurci par ce qu’avait de naturel la vie quotidienne de son Fils, ou au moins qu’elle oubliât parfois la destinée qui L’attendait. Nous n’avons pas le droit d’imaginer ni d’aller au-delà de ce qui est écrit, mais il y a deux choses dans ce que dit Marie à Jésus, qui semblent bien justifier ces suppositions. La première est le reproche sous-entendu dans ses paroles : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi » ? (2:48), et la seconde est l’expression « ton père » par laquelle elle joint Joseph à elle-même. Il n’est pas nécessaire de qualifier ces choses de manquements, bien qu’elles soient certainement le fruit de sentiments et de relations purement naturels. Il est d’ailleurs évident que cette manière de parler jaillissait de l’amour profond de Marie pour cet Enfant parfait.
Dans Sa réponse à Sa mère, Jésus non seulement déclare qu’Il est conscient de Sa filiation divine, mais annonce aussi qu’Il est venu pour faire la volonté de Son Père. Marie avait dit à Jésus « ton père » en parlant de Joseph. Jésus répond qu’Il était resté à Jérusalem parce qu’il Lui fallait être aux affaires de Son Père (2:49). La volonté de Son Père devait être la loi suprême de Sa vie, et c’était Sa joie de le reconnaître ; en le faisant, Il répondait pleinement à la question de Marie, tout en annulant son reproche ouvert. Nous ne saurions être surpris du fait qu’« ils ne comprirent pas la parole qu’Il leur disait » (2:42).
Nous lisons aussitôt après : « Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et leur était soumis » (2:51). Sa réponse à Marie au temple jette un flot de lumière sur toutes ces années entre Sa première pâque et Son baptême, car Il avait ainsi clairement défini Sa position : Il était ici-bas « aux affaires de Son Père », et par conséquent, en étant soumis à Joseph et à Marie, Il accomplissait la volonté de Son Père de la même manière que lorsqu’Il s’était attardé en restant en arrière à Jérusalem. Il n’y avait, ni ne pouvait y avoir, aucune discordance entre Sa vie quotidienne et ce que les gens appellent les « devoirs sacrés ». Chaque souffle, chaque sentiment, chaque pensée, chaque parole et chaque acte du Seigneur n’étaient que les fruits de Son entière consécration à la volonté de Son Père, car Il faisait toujours les choses qui Lui plaisent (Jean 8:29). Quel spectacle que celui offert chaque jour aux yeux de Marie et de Joseph dans l’humble demeure de Nazareth !
« Sa mère », nous est-il dit en conclusion, « conservait toutes ces paroles dans son cœur » (Luc 2:51), — celles prononcées à Jérusalem, et sûrement aussi celles prononcées à Nazareth. Tandis qu’elle les gardait et les méditait, nous pouvons être sûrs que l’Esprit de Dieu lui en faisait déjà quelque peu saisir le sens pour la soutenir, la guider et la réconforter dans les années à venir. Il est certain que, de toutes les femmes qui ont jamais vécu, aucune n’a jamais eu un privilège aussi béni que celui de Marie. Elle fut en vérité « bénie entre les femmes ». En écrivant ces mots, nous nous rappelons la réponse du Seigneur à cette femme qui s’écriait au milieu de la foule : « Bienheureux est le ventre qui t’a porté, et les mamelles que tu as tetées. Et il dit : Mais plutôt, bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Luc 11:27-28). Cette bénédiction est accessible à tout enfant de Dieu.
Des années s’écoulèrent avant que Marie réapparaisse dans le récit sacré. On l’avait vue pour la dernière fois quand Jésus avait douze ans, à Jérusalem où elle et son mari étaient allés célébrer la fête de Pâque. De là, ils étaient retournés à Nazareth où pendant au moins dix-huit ans il n’est plus question de Jésus ni de Sa mère. Durant tout ce temps où Il demeura caché, elle le fut aussi. Il en est, ou il devrait en être de même pour le chrétien. Présentement, notre vie est cachée avec Christ en Dieu, mais lorsque Christ qui est notre vie paraîtra, alors nous aussi paraîtrons avec Lui en gloire (1 Jean 3:2). C’est ainsi que, dans l’évangile, dès que Jésus commence à être manifesté à Israël (Jean 1:31), Marie réapparaît. Mais afin de bien comprendre cette réapparition de Marie, et celles qui suivront, remarquons bien que son histoire personnelle est terminée. Si on la retrouve plus tard, ou s’il est question d’elle, c’est soit en type, soit pour nous donner quelque précieux enseignement touchant notre Seigneur. Aussi favorisée fût-elle, elle ne doit pas attirer notre attention lorsque son Fils, Jésus, est là : ce sont Ses perfections à Lui, Sa sagesse, Sa consécration à la volonté de Son Dieu, Sa gloire, qui doivent occuper le lecteur, même si celui-ci ne peut pas oublier le caractère unique de la relation existant entre Marie et son Enfant.
Le troisième jour, nous est-il dit : « il y eut une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus était là. Et Jésus fut aussi convié à la noce, ainsi que ses disciples » (Jean 2:1-2). Comment douterions-nous, si du moins nous connaissons l’enseignement prophétique concernant la restauration future d’Israël ― du caractère symbolique de toute cette scène ? Le fait qu’il soit dit que la noce eut lieu le troisième jour, en est une preuve — soit que, par ce troisième jour, on entende la période de bénédiction (et de jugement, si l’on y ajoute la purification du temple) qui suit les deux jours de témoignage (celui de Jean le Baptiseur, et celui de Jésus Lui-même) rapportés au chapitre 1, — soit que, comme c’est si souvent le cas, ce troisième jour symbolise la résurrection, annonçant en type que la bénédiction du peuple terrestre, comme celle du peuple céleste, ne peut avoir lieu qu’en résurrection. La clef de ce récit passe par la compréhension du caractère symbolique de cette noce (qui eut lieu tout à fait réellement, mais elle fut choisie à dessein) : il est nécessaire de le dire, car des gens, et même des chrétiens, se sont laissés entraîner à discuter la conduite personnelle du Seigneur à l’égard de Marie dans cette circonstance, oubliant, dans leurs raisonnements humains, la gloire de Celui qui manifeste ici, comme partout, Sa perfection dans toutes les relations où Il se trouve (*).
(*) Une bible bien connue a réellement falsifié la traduction des paroles adressées par Jésus à Marie au v. 4 ; cette falsification est faite pour en cacher le sens réel, comme si Jésus lui avait dit : « Qu’est-ce que cela pour moi et toi ? » Quelqu’un a dit : « ce n’est pas là une erreur, mais une déformation volontaire » — accusation certes solennelle, mais exacte !
Note du Traducteur : l’auteur utilise, pour ce v. 4, le texte de la version autorisée (anglaise) du roi Jacques, à savoir « Femme, qu’ai-je à faire avec toi ? » La version française de JND traduit : « qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? »
Il est écrit : « Et le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : ils n’ont pas de vin. Jésus lui dit : Qu’ai-je à faire avec toi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue. Sa mère dit aux serviteurs : Faites tout ce qu’il vous dira » (2:3-5). Quelqu’un a fait la remarque suivante qui aidera à élucider le sens de ce passage : « À cette noce, Il ne voulait pas connaître Sa mère ; c’était le lien qui L’unissait naturellement à Israël qui lui tenait lieu de mère, si on Le considère comme né sous la loi ; Il se sépare d’elle afin d’apporter la bénédiction ». Cette remarque éclaire le caractère « typique » de cette scène auquel il a déjà été fait allusion. En vérité, il en était bien ainsi : si Jésus était né de femme, sous la loi, il fallait qu’Il mourût à toutes ces relations, après avoir parfaitement glorifié Dieu en elles, et racheté ceux qui étaient sous la loi en étant fait malédiction pour eux ; alors seulement, Il pourrait réaliser la bénédiction d’Israël. Il fallait que le grain de blé tombe en terre et meure pour pouvoir porter beaucoup de fruit.
Mais souvenons-nous d’autre chose. Jésus avait déjà dit à Sa mère, comme nous l’avons vu, qu’il Lui fallait être aux affaires de Son Père. Étant venu pour faire Sa volonté, Il la faisait à chaque pas en communion avec le Père, en tout temps et de toute manière. Comme Il l’a dit Lui-même, « le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père, car quelque chose que celui-ci fasse, le Fils aussi de même le fait » (Jean 5:19-20). Il Lui était donc impossible de recevoir une suggestion de Marie quant à ce qu’Il devait faire. Et même, en faisant une telle suggestion, Marie s’immisçait dans un domaine exclusivement réservé au Père et au Fils. On ne saurait nier que ses paroles étaient inspirées par l’affection, ainsi que par sa foi en la puissance de Jésus. Mais quant à l’entière et parfaite consécration de Christ, Il ne pouvait écouter aucune voix sinon celle de Dieu dont Il était venu faire la volonté. C’est ce qui explique ces paroles : « Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue » (*).
(*) Certains commentateurs se trouvent cruellement embarrassés pour savoir si ces paroles sont une répréhension. Ce qui vient d’être dit suffit pour répondre ; on peut quand même ajouter que, si c’est une répréhension, elle a été exprimée de la meilleure manière possible pour laisser l’impression désirée sur le cœur de Marie.
Il est clair que ces paroles de Jésus à Sa mère produisirent l’effet voulu : on le voit en ce qu’elle ne chercha pas à répondre, tout en ne cessant de compter sur Son intervention et sur le déploiement de Sa puissance ; en effet elle dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2:5). C’est de toute beauté, car si Marie avait été tentée de sortir de sa place à cause de sa profonde affection, et peut-être aussi à cause de son désir de voir son fils publiquement reconnu ― dès que le Seigneur eut parlé, elle reprit sa place d’effacement, tout en attendant que brille quelqu’éclat de Sa gloire divine (2:11), et tout en commandant aux serviteurs de Lui obéir sans discuter. Concilier son amour maternel et sa foi en Jésus comme Celui qui devait être appelé Fils du Très-Haut et Fils de Dieu, cela dut être une tâche toujours difficile dans la routine de la vie quotidienne, lorsqu’elle voyait Jésus manger, boire et dormir. Mais Dieu Lui-même veillait sur elle, ouvrant chaque jour son cœur à l’instruction nécessaire, comme on le voit à cette noce de Cana de Galilée. Son souci en rapport avec le manque de vin fut plus qu’apaisé tandis qu’elle assistait en silence à la suite des événements ; elle put donc jouir de l’inestimable privilège d’être témoin du commencement des miracles de Jésus, lorsqu’Il manifesta Sa gloire et que Ses disciples crurent en Lui (2:11). Toute manifestation de ce qui est divin, fait partie de la gloire de Dieu qui révèle ce qu’Il est, et ce fut le cas pour cette transformation d’eau en vin par Sa force toute-puissante ; un des effets en fut que Ses disciples crurent en Lui. Ils L’avaient déjà reçu précédemment, si faible que fût leur foi, mais celle-ci était désormais affermie, comme aussi celle de Marie, certainement.
Ayant accompli Sa mission à Cana de Galilée, Jésus descendit à Capernaüm, ainsi que Sa mère, Ses frères et Ses disciples. Ils y demeurèrent quelque temps (*).
(*) Il semble d’après ce passage, et surtout Marc 2:1, que Marie avait déménagé de Nazareth pour s’installer à Capernaüm. Il est aussi probable que Joseph était maintenant mort, car il n’en est plus fait mention après Luc 2:48 ; c’est peut-être la raison du déménagement. Ces suppositions n’ont pas de conséquences particulières, sauf qu’en ce qui concerne la mort de Joseph, on peut bien percevoir qu’il y avait une raison divine pour qu’elle ait lieu avant l’entrée de Jésus dans Son ministère public.
Si l’on compare les deux premiers de ces passages, il semble que l’incident dont il est question et qui rappelle Marie à notre attention, ait eu lieu à Capernaüm. Le Seigneur y était alors pleinement occupé à Son ministère béni, et les foules étaient si fortement attirées à Lui que ni Lui ni Ses disciples « ne pouvaient même manger leur pain » (Marc 3:20). Alors Ses proches (Ses « amis » dit la version anglaise), soit par souci envers Lui, soit dérangés par ce qui se passait, « sortirent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il est hors de sens » (Marc 3:21). C’est cet incident qui explique ce qui suit immédiatement dans l’évangile de Marc, et que nous allons maintenant considérer. Nous Le retrouvons donc, poursuivant diligemment Sa mission divine, et « la foule était assise autour de lui » (Marc), et « comme il parlait encore aux foules » (Matthieu), « voici, sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler ». Mais selon Luc, « ils ne pouvaient l’aborder, à cause de la foule ». Alors, « se tenant dehors, ils l’envoyèrent appeler » (Marc). Ce message arriva donc jusqu’au cercle intérieur de Ses auditeurs les plus proches : « Voici, ta mère et tes frères se tiennent dehors, cherchant à te parler » (Matthieu).
À première vue, il peut paraître étrange qu’après la leçon reçue à Cana, Marie ait ainsi osé interrompre le Seigneur dans Son service. Nous ne pouvons le comprendre qu’à la lumière de l’incident déjà signalé en Marc 3:20-21. Bien qu’il eût déjà été révélé à Marie qui et quel était Jésus, elle ne pouvait qu’avoir de profondes affections naturelles, et ces sentiments ne pouvaient évidemment que s’approfondir et croître lorsqu’elle contemplait Sa vie pure et sainte, une vie toute d’amour parfait pour Dieu et pour les hommes, et d’équilibre entre les exigences d’en haut et celles de la terre (car en tant qu’Enfant, Il fut soumis à Joseph et à Marie). Que Marie n’ait pu apprécier tout le parfum et toute la beauté de la vie de son Fils, cela se conçoit aisément, mais ce qu’elle en saisit ne pouvait manquer d’absorber son cœur pour Le lui rendre de plus en plus cher. Quand donc elle Le vit se consacrer à Son service jour après jour, sans aucun souci de Lui-même ni de Ses aises, sans jamais se ménager le moins du monde, mais cherchant au contraire, inlassablement jour et nuit, à saisir toutes les occasions d’être aux affaires de Son Père, elle dut être fort inquiète à son sujet, dans la mesure où c’était son cœur naturel qui la guidait. C’est la seule manière d’expliquer et de comprendre pourquoi Marie « cherchait à Lui parler ».
Avant de considérer la réponse du Seigneur, il peut être utile d’attirer l’attention sur une caractéristique de la sagesse divine dont nous avons ici un exemple. Les évangiles nous rapportent souvent des défaillances des disciples du Seigneur, et des manifestations de l’inimitié de l’esprit charnel ; et pourtant Dieu tire immédiatement parti de toutes choses, soit pour attirer l’attention sur quelque aspect de la gloire de la Personne de Christ Lui-même, soit pour dispenser quelque enseignement précieux sur la vérité divine. Rien ne prouve plus clairement que Dieu est derrière tout, et qu’Il se sert de tout pour accomplir Ses propres desseins, soit en grâce soit en jugement. Il en est ainsi, comme nous le voyons ici, de Marie interrompant le Seigneur en train de parler. Les paraboles de Matthieu 13 montrent clairement que le ministère du Seigneur avait atteint un point critique. Il n’est pas exagéré de dire que ces paraboles ne pouvaient pas être prononcées avant que, par Son enseignement, Il ait rompu Ses relations avec la nation juive selon la chair. C’est justement ce que le Seigneur trouve l’occasion de faire à partir du message de Marie. Quelle perfection divine dans Sa sagesse, ainsi que dans la Parole qui la met en valeur ! Et qui d’autre qu’une Personne divine aurait pu tout prévoir et faire tout concourir à Ses propres desseins ?
La réponse du Seigneur à Sa mère et à Ses frères est digne de toute notre attention : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Et étendant sa main vers ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères ; car quiconque fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » (Matt. 12:48-50).
Bien que le sujet principal de nos méditations soit l’histoire personnelle de Marie, il n’est guère possible de négliger ce dont cet incident nous instruit. En ce qui concerne Marie elle-même, la leçon est à peu près identique à celle qu’elle avait reçue à Cana de Galilée. Occupé comme Il l’était à accomplir la volonté de Dieu dans Son précieux service, le Seigneur ne pouvait accepter d’être interrompu, même par Sa mère selon la chair. Dans Sa consécration aux « affaires » de Son Père, Il n’avait rien à faire avec elle (cf. Jean 2:4). En cela, nous pouvons Le considérer comme le vrai et parfait Lévite. Lorsque Moïse, avant son départ, bénit les tribus d’Israël, Il dit au sujet de Lévi : « …Qui dit de son père et de sa mère : Je ne l’ai point vu ; et qui n’a pas reconnu ses frères, et n’a pas connu ses fils. Car ils ont gardé tes paroles et observé ton alliance … » (Deut. 33:9, cf. Ps. 69:8). Quel exemple merveilleux nous avons de tout cela en Christ dans la scène que nous considérons ! Il était entièrement et totalement pour Dieu, et ainsi en dehors de toutes les exigences des relations naturelles. Il fut véritablement le Conducteur de Son peuple dans tous les chemins où Il l’appelait à marcher (cf. 1 Jean 2:6). De la même manière, Il a accompli la pensée de Dieu touchant le Nazaréen, car pendant tout le temps de sa séparation, Il fut saint envers l’Éternel. Et tandis que Son nazaréat se poursuit désormais maintenant d’une autre manière et dans une autre condition (car en ce qu’Il vit, Il vit pour Dieu ; Rom. 6:10), au cours de Sa carrière terrestre, Il a été pour Dieu d’une manière absolue.
Mais, comme cela a déjà été dit, il y avait un autre sens. La fin du chapitre 11 de Matthieu montre qu’Il était désormais rejeté, et que l’élu de Dieu avait mis de côté la nation qui ne voulait pas recevoir son Messie. Si les bénédictions de la grâce étaient désormais cachées aux sages et aux intelligents, Dieu avait révélé « ces choses aux petits enfants », et Jésus pouvait louer le « Père, Seigneur du ciel et de la terre » pour l’exercice de Sa souveraineté selon Ses conseils éternels. Désormais donc, comme cela était maintenant révélé : « toutes choses m’ont été livrées par mon Père : et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; ni personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler » (Matt. 11:27). Lorsque le Seigneur répondit à celui qui Lui disait que Sa mère et Ses frères cherchaient à Lui parler : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? », Il déclarait en fait que ses liens naturels avec le peuple juif n’étaient plus reconnus. D’où le fait, comme on pouvait s’y attendre, qu’on Le voit au chapitre suivant aller comme un semeur, cherchant à produire du fruit ; car, en effet, Il était bien venu chercher du fruit, mais Il n’en avait pas trouvé.
Nous apprenons en même temps qu’Il avait créé des liens très intimes avec Ses disciples, car « étendant sa main vers ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères ; car quiconque fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » (Matt. 12:49-50). Quelle grâce précieuse ainsi manifestée, quand Il déclare devant tous Son entière identification avec ce résidu pauvre et faible qui Le suivait d’un pas si hésitant, et qui pourtant, grâce à Ses soins et à Son soutien, persévérait avec Lui dans ses tentations (Luc 22:28) ! En accomplissant la volonté de Son Père — ce qu’ils faisaient en écoutant Son appel — ils étaient introduits dans le cercle béni dont Il était à la fois le centre et le Chef, et où Il trouvait Son plaisir (Ps. 16:3). Nous voyons pourtant de quels tendres soins Il entoura Sa mère une fois Son service achevé ; et cela aussi faisait partie de Sa perfection comme homme sur la terre ; il n’en est pas moins vrai que les liens qu’Il reconnaissait comme étant les plus étroits étaient ceux qui L’unissaient aux enfants que Dieu Lui avait donnés (És. 8:18).
Remarquons qu’en cela aussi Il est notre parfait Modèle. Combien d’entre nous n’arrivent pas à trouver le juste équilibre entre les droits de Dieu et des Siens, et ceux des liens familiaux ! Être dépourvu d’affections naturelles est un signe certain des temps fâcheux de la fin (2 Tim. 3:3). Mais si ces affections nous absorbent, ou si elles sont placées au-dessus de l’amour de nos frères, et qu’elles deviennent le motif suprême gouvernant nos vies, alors nous ne pouvons pas être dans l’esprit de ces paroles de notre bien-aimé Seigneur. Mais si Christ Lui-même possède nos cœurs, nous considérerons les Siens à la lumière de Ses propres affections, et, réalisant ainsi la vérité de l’Assemblée, nos maisons et nos familles occuperont leur vraie place. Puissent nos cœurs être éclairées par ces paroles de grâce prononcées par notre Seigneur à cette occasion !
Le vieillard Siméon, tenant l’enfant Jésus dans ses bras, avait dit à Marie : « Voici, celui-ci est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et pour un signe que l’on contredira (et même une épée transpercera ta propre âme), en sorte que les pensées de plusieurs cœurs soient révélées » (Luc 2:34-35). Ce qui est entre parenthèse vise spécialement Marie, et trouve sûrement son accomplissement dans la scène de Jean 19:25-27. Il n’est pas dit si Marie avait suivi Jésus allant à la croix, ni si elle avait assisté aux insultes, aux moqueries et aux coups dont Il avait été l’objet devant Ses juges. Un voile recouvre les sentiments de Marie, son attente et son angoisse, pendant cette sombre nuit où Il fut trahi. Bien que l’épée dût la transpercer au plus profond de son cœur durant la nuit et le jour qui suivirent la Pâque, c’est du Seigneur Lui-même, et non de Marie, que l’Esprit de Dieu nous entretient. C’est Son attitude, Son comportement, Sa douceur, Sa patience, Son humilité et Ses paroles à Lui que nous sommes appelés à contempler. Mais maintenant que Ses douleurs et Ses souffrances tirent à leur fin, le voile est soulevé un bref instant pour que nous puissions contempler Marie à la croix, ou plutôt pour que nous puissions contempler la perfection de Jésus dans le soin qu’Il prend de Marie, maintenant qu’Il a accompli la volonté de Dieu dans Son service terrestre. D’autres sont avec elle : sa sœur Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala, mais c’est à Marie Sa mère et au disciple bien-aimé qui « se tenait là » que le Seigneur s’adresse. Nous n’avons pas d’hypothèses à faire là où la Parole de Dieu ne dit rien, mais nous pouvons cependant affirmer que Marie ne put pas assister à la crucifixion de son saint Fils sans une souffrance indicible, ni sans que son cœur fût déchiré par ce spectacle atroce. Depuis plus de trente ans, elle L’observait et n’avait pu qu’être touchée par la beauté morale qui se dégageait comme un parfum de Sa vie de consécration, et elle avait dû saisir au moins quelques aperçus de la gloire de Sa Personne. Et voilà qu’elle devait maintenant Le voir rejeté, insulté, outragé et crucifié ! Nous ne pouvons assurément pas douter de ce qu’elle fût divinement soutenue dans une épreuve aussi terrible. Néanmoins, ce dut être avec un cœur brisé qu’elle Le contemplait sur la croix et qu’elle voyait le plaisir diabolique de Ses ennemis parvenant à réaliser leurs abominables desseins.
Nous ne pouvons cependant nous attarder sur ces réflexions, que nous ne nous sommes permis de faire que pour mieux apprécier les tendres soins dont le Seigneur entoura Marie dans sa douleur. Pour Lui, la coupe était désormais bue jusqu’au bout, car nous lisons presque aussitôt : « Jésus, sachant que toutes choses étaient accomplies… ». Sachant donc aussi ce qui se passait dans le cœur de Marie, Il était disponible pour se tourner vers elle et lui adresser des paroles de consolation et de réconfort. Se trouvait-elle dans un abîme de chagrin en ces moments d’épreuve suprême ? La lumière était là pour dissiper les ténèbres et l’assurer que Celui qu’elle avait contemplé avec une douleur indicible comprenait sa peine, car, lorsqu’Il voit Sa mère et le disciple qu’Il aimait, Il dit : « Femme, voilà ton fils ! Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jean 19:26).
En méditant ces paroles, on remarquera que l’évangéliste a été conduit à utiliser le terme « mère » (19:25-26), tandis que Jésus s’adresse à elle en tant que « femme ». Marie était bien la mère de Jésus, et cette faveur de Dieu avait conduit Gabriel à la saluer en lui disant : « tu est bénie entre les femmes ». Mais comme nous l’avons vu, les liens naturels ne pouvaient être reconnus comme ayant un droit quelconque sur la vie d’un pieux et parfait Nazaréen. Et maintenant que la mort du Seigneur était proche, ce lien de tendresse et d’intimité allait lui-même être rompu du fait de Son départ de cette scène où, par Son incarnation, Il avait été fait un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort. C’est pourtant à ce moment précis que le Saint Esprit nous rappelle qu’elle était la mère de Jésus. Cela nous apprend de manière incontestable que l’honneur que Dieu accorda à Marie, ne lui sera jamais ôté, dans la sphère qui lui est propre. L’erreur, et l’erreur fatale qu’on a faite, c’est de transférer cet honneur de la terre au ciel, et d’exalter ainsi Marie au-dessus même du Fils bien-aimé de Dieu.
Dans ces paroles de notre Seigneur, il y a deux choses faciles à comprendre. La première, c’est que, dans le deuil de Marie, Il lui donne une consolation et un objet pour sa vie. Le disciple bien-aimé, qui connaissait la pensée de son Seigneur mieux qu’aucun autre (car il avait « penché sa tête sur la poitrine de Jésus » ; Jean 13:25), devait être désormais comme un fils pour Marie, et Marie pouvait le prendre à cœur d’une manière nouvelle, comme lui étant donné par le Seigneur Lui-même. C’était un précieux legs (don) des affections de Son cœur, la plus grande consolation qu’Il pouvait lui dispenser dans ces circonstances.
La seconde chose, c’est que le Seigneur transfert sur Jean sa propre relation terrestre lorsqu’Il lui dit : « Voilà ta mère », distinguant ainsi le disciples qu’Il aimait pour avoir la charge de toutes les responsabilités d’amour qu’impliquait une telle relation. En un mot, le Seigneur confiait Marie aux soins de Jean qui, désormais, devrait s’occuper d’elle et répondre à ses besoins avec une affection toute filiale. Le Seigneur savait ce qui était dans le cœur de chacun d’eux, et c’est selon cette connaissance, et selon l’amour qu’Il leur portait, qu’Il les confiait ainsi l’un à l’autre, unissant leurs cœurs pour le reste de leur pèlerinage ici-bas.
Le disciple bien-aimé, obéissant au désir exprimé par le Seigneur avant de baisser la tête et de remettre Son esprit (*), avait pris Marie chez lui. Dès lors, hormis une brève allusion, nous n’entendons plus parler d’elle. On ne la voit ni à l’ensevelissement du corps du Seigneur, ni au jardin le matin de la résurrection. Mais après l’ascension du Seigneur à laquelle les apôtres avaient assisté (voir Actes 1:1-11), ceux-ci étaient revenus de la montagne des oliviers, et arrivés à Jérusalem, ils montèrent dans une chambre haute où ils demeuraient. C’est alors qu’apparaît Marie pour la dernière fois dans le récit divin. À propos des onze, il est dit : « tous ceux-ci persévéraient d’un commun accord dans la prière, avec les femmes, et avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères » (Act. 1:14) (**).
(*) Le lecteur se rappellera qu’en Jean 10:18 Jésus avait dit qu’Il avait le pouvoir de laisser Sa vie ; c’est en accord avec Ses paroles, qu’il est écrit qu’Il « remit Son esprit », comme quelqu’un qui en disposait pleinement. Il nous est ainsi permis de Le contempler dans cet acte, en train de parachever Sa sainte vie d’obéissance, glorifiant le Père et achevant l’œuvre qu’Il Lui avait donnée à faire.
(**) Le verset suivant montre qu’ils étaient 120 à être assemblés ; mais jusqu’au v. 13, seuls les apôtres apparaissent, car ils étaient les seuls témoins désignés par le Seigneur.
Le fait que la présence de « Marie, la mère de Jésus » parmi les disciples soit spécifiquement mentionnée, est d’une grande importance.
Sans aucun doute, le but de cette mention est d’attirer notre attention sur le nom de Marie, et de nous enseigner par là que Marie avait maintenant compris QUI était Celui qui avait daigné devenir son Fils selon la chair ; et qu’en même temps que la lumière s’était faite dans son âme au sujet de Sa mort et Sa résurrection, et au sujet de Sa gloire à la droite de Dieu, elle avait maintenant pris sa place parmi Ses disciples sur la terre, et s’identifiait à eux. Elle n’en appréciait pas moins l’ineffable privilège qui lui avait été accordé d’avoir été la mère de Jésus, et elle n’allait jamais cesser d’être celle qui avait joui de la faveur de Dieu, et qui était bénie entre les femmes. Mais, désormais, ayant mis sa foi dans son Seigneur glorifié, et comptée parmi les excellents de la terre en qui Il avait trouvé tout Son plaisir (Ps. 16), ses sentiments et ses affections naturels se fondaient en adoration et en louange. Elle avait été le vase choisi pour mettre Christ au monde, et elle était désormais comptée parmi Ses humbles disciples, un simple membre de cette assemblée bénie qui devait bientôt devenir l’habitation de Dieu par l’Esprit. Comme le Seigneur l’enseignait aux soixante-dix, il était de beaucoup meilleur d’avoir son nom écrit dans les cieux que d’être un instrument de Sa puissance contre l’ennemi (Luc 10:20). De même, il était meilleur pour Marie d’être une pierre vivante dans la maison spirituelle de Dieu (ce qu’elle devint au jour de Pentecôte) édifiée sur Celui qui est la Pierre Vivante, choisie par Dieu et précieuse (1 Pierre 2:4), plutôt que d’avoir été la mère de son Seigneur sur la terre.
Ajoutons seulement que tous les enfants de Marie crurent en Jésus (Actes 1:14). Eux aussi furent au nombre des élus de Dieu, et reçurent la grâce de confesser Son nom et de faire partie des Siens dans cette nouvelle famille céleste. Tout comme Marie leur mère, ils avaient été élus en Christ avant la fondation du monde, et furent ainsi manifestés au temps propre comme Lui appartenant. Comme Marie elle-même, ils comprenaient désormais qu’il était meilleur d’entendre et de garder la Parole de Dieu, que d’avoir été associé à Jésus durant Sa vie terrestre, par des liens naturels intimes. Exalter Marie aux dépens de son Seigneur glorifié, c’est être aveugle à ce que l’Écriture enseigne de plus clair, et c’est pervertir tout le caractère du christianisme.
Si Marie, la mère de notre Seigneur, fut bénie entre les femmes en ce qu’elle fut le « vase d’élection » choisi pour introduire Christ dans le monde, Marie de Béthanie fut l’objet d’une faveur presque égale. Elle était membre de ce foyer bien connu, de trois personnes, dont il est dit : « Or, Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare » (Jean 11:5). Il semblerait que le Seigneur se soit parfois retiré, et certainement rafraîchi, chez ces disciples qui Lui étaient attachés, et qui L’aimaient parce que Lui les avait aimés le premier. Cette affection simple et dévouée réjouissait Son cœur dans la nuit toujours plus épaisse de Sa réjection. Parmi ces trois personnes, Marie était celle qui a le mieux répondu aux désirs de Son cœur, et qui était le plus en communion avec Ses pensées. Ceci est particulièrement vrai par comparaison avec Marthe ; par rapport à Lazare, bien qu’il n’en soit que peu parlé, on ne peut guère douter qu’elle le surpassait, lui aussi, par son dévouement absolu envers son Seigneur. Mais qu’il s’agisse de Marie, de Marthe ou de Lazare, tout était grâce, et les faiblesses de Marthe, tout autant que les qualités excellentes de Marie, se rajoutent les unes aux autres pour nous donner de précieuses leçons et des avertissements, et pour guider les enfants de Dieu de tous les temps. Mais c’est tout particulièrement Marie qui sera le sujet de ces méditations, même si nous devons la considérer en rapport avec sa sœur et son frère, afin d’apprécier plus justement ses qualités spirituelles. Elle n’apparaît sous son nom qu’en Luc 10, Jean 11 et 12, mais Matthieu et Marc font tous les deux le récit de l’onction des pieds du Seigneur par Marie avec un parfum de grand prix, la veille de son arrestation et de sa mort.
En Luc 10, Marie est pour la première fois signalée à notre attention, d’une manière toute simple. Aussitôt après la parabole du bon Samaritain, nous lisons :
« Et il arriva, comme ils étaient en chemin qu’il entra dans un village. Et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Et elle avait une sœur appelée Marie, qui aussi, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole » (Luc 10:38-39).
Avant de considérer ce que signifie cette attitude de Marie, voyons brièvement le rapport entre ces deux récits. Le bon Samaritain avait bandé les plaies de l’homme trouvé à demi-mort, en y versant dessus de l’huile et du vin. Il l’avait chargé sur sa propre bête, installé dans l’hôtellerie, puis il avait pourvu à toutes les dépenses jusqu’à son propre retour par une provision. Et maintenant, en considérant ce que faisait Marie, nous apprenons ce que doit être le service diligent de ceux qui sont sauvés, en attendant le retour du Seigneur : écouter la parole de Jésus est en vérité la bonne part qui ne leur sera pas ôtée.
Il y a un contraste évident, et voulu, dans la manière dont les deux sœurs nous sont présentées. Marthe reçut Jésus dans sa maison (Luc 10:38), et il est ajouté qu’« elle avait une sœur appelée Marie, qui aussi, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole » (10:38, 39). Le