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Les trois Marie

 

Edward Dennett

 

Table des matières abrégée :

1     Préface

2     Marie la mère de notre Seigneur

3     Marie de Béthanie

4     Marie de Magdala

 

 

Table des matières détaillée :

1     Préface

2     Marie la mère de notre Seigneur

2.1      Une place prééminente, mais le Seigneur est au-dessus

2.2      Luc 1:26-38 — La mission de Gabriel auprès de Marie

2.3      Luc 1:39-45 — La visite de Marie à Élisabeth

2.4      Luc 1:46-56 — Le Magnificat

2.5      Luc 2:1-7 — Marie à Bethléhem

2.6      Luc 2:8-20 — Marie et les bergers

2.7      Luc 2:21-39 — Marie au temple

2.8      Luc 2:40-52 — Marie et Joseph trouvent Jésus dans le temple

2.9      Jean 2:1-11 — À Cana de Galilée

2.10     Matt. 12:46-50, Marc 3:31-35, Luc 8:19-21 — La mère et les frères du Seigneur

2.11     Jean 19:25-27 — Marie près de la croix de Jésus

2.12     Actes 1 — La dernière mention de Marie

3     Marie de Béthanie

3.1      Introduction

3.2      Luc 10:38-42

3.2.1       Le foyer de Béthanie et la différence entre les deux sœurs

3.2.2       Assise aux pieds du Seigneur

3.2.3       Pour écouter Sa Parole

3.2.4       L’intervention de Marthe

3.3      Marie et la mort de Lazare — Jean 11

3.3.1       La maison de Béthanie — Jean 11:1

3.3.2       Lazare malade. L’intervention différée du Seigneur — Jean 11:2-19

3.3.3       Marthe et Marie : les exercices communs dans la douleur — Jean 11:20, 21

3.3.4       Comment le Seigneur s’occupe de Marthe — Jean 11:20-27

3.3.5       L’appel de Marie — Jean 11:28-31

3.3.6       Marie rencontrant le Seigneur — Jean 11:32

3.3.7       Souffrance et sympathie du Seigneur — Jean 11:33-38

3.3.7.1     Jésus frémit en Son esprit

3.3.7.2     Jésus pleura

3.3.8       Encore Marthe. Résurrection de Lazare — Jean 11:38-44

3.3.9       L’épreuve porte son fruit — Jean 11-12

3.4      Marie oignant les pieds de Jésus – Jean 12:1-8

3.4.1       Effets de la résurrection de Lazare sur le peuple — Jean 11:45-54

3.4.2       Le dernier souper — Jean 12:1-2a

3.4.3       Marthe et Lazare — Jean 12:2b

3.4.4       Avant l’onction. L’état de Marie — Jean 12:3a

3.4.5       Sens et valeur de l’onction — Jean 12:3b

3.4.6       La maison remplie de l’odeur du parfum — Jean 12:3c

3.4.7       Judas — Jean 12:4-6

3.4.8       Portée profonde de l’acte de Marie — Jean 12:7-8

3.5      Dernières pensées à propos de Marie de Béthanie

4     Marie de Magdala

4.1      Qui était-elle ? — Différentes femmes à ne pas confondre

4.2      Luc 8:1-3

4.2.1       Son origine

4.2.2       Son affection intense

4.2.3       Son service en exemple pour nous

4.3      Marie de Magdala à la croix du Seigneur Jésus

4.3.1       Marie en premier — près de la croix. Jean 19:25

4.3.2       Ceux qui étaient présents à la croix

4.3.3       Le sens profond de la présence de Marie à la croix. La mort avec Christ

4.3.4       Ce qui occupait les cœurs à la croix. Psaume 22

4.3.5       Marie de Magdala à distance de la croix — Matt. 27:55-56

4.3.6       Sentiments du Seigneur à la croix

4.4      Marie de Magdala et l’ensevelissement du Seigneur

4.5      Marie de Magdala et son Seigneur ressuscité

4.5.1       Selon le récit de Matthieu, Marc et Luc

4.5.2       Selon le récit de Jean 20

4.5.2.1     Jean 20:1-10

4.5.2.2     Jean 20:11-13

4.5.2.3     Jean 20:14

4.5.2.4     Jean 20:15-17a

4.6      Marie, messagère du Seigneur — Jean 20:17b-18

 

 

 

1                        Préface

Ce titre « Les trois Marie » ne signifie pas qu’il n’y ait pas d’autres Marie dans le Nouveau Testament, mais il veut simplement dire que les trois choisies ici ― Marie la mère de notre Seigneur, Marie de Béthanie et Marie de Magdala ― occupent une place privilégiée. Il est en effet probablement évident pour tout lecteur des Écritures que ces trois Marie furent manifestement choisies par Dieu pour être associées à Son Fils bien-aimé pendant Son séjour ici-bas, afin d’être pour nous des modèles de grâce, de dévouement et d’amour, de communion et de fidélité dans le service. La prière de celui qui écrit ces lignes est que d’autres puissent partager avec lui les bienfaits et la bénédiction que lui-même a retirés de ses méditations sur ces exemples saints et bénis, afin que le Seigneur Lui-même en soit plus abondamment glorifié.

 

2                        Marie la mère de notre Seigneur

2.1   Une place prééminente, mais le Seigneur est au-dessus

Si ce n’était que « toute écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner » (2 Tim. 3:16), on pourrait presque craindre d’aborder le sujet de cette femme tellement honorée et bénie entre toutes les femmes. Une autre raison a peut-être dissuadé bien des croyants de se pencher sur ses privilèges et sur sa personne : c’est le péché d’idolâtrie dont elle est l’objet pour tant de millions de chrétiens professants. L’antidote à cette tendance ― si attristante pour l’Esprit de Dieu et si déshonorante pour le Seigneur lui-même ― se trouve dans l’étude des passages relatifs à ce vase d’élection que nous ont conservés les évangiles. Telle est la tâche que nous avons été conduit à entreprendre, dans l’espoir de mieux comprendre, éclairés par le Saint Esprit, la grâce merveilleuse de Dieu qui a distingué cette pauvre femme par cet honneur inouï, ainsi que les fruits de cette grâce manifestés dans sa confiance simple et inébranlable dans le Seigneur, et dans sa vie humble et dévouée.

Remarquons que seuls les évangiles de Luc et de Jean rapportent les paroles et les actes de Marie. Matthieu fait mention d’elle, avec beaucoup de détails en rapport avec la naissance du Seigneur Jésus dans ce monde, mais rien de plus. En fait, dans cet évangile, c’est Joseph qui tient la première place, car c’est par lui, généalogiquement, que Jésus est déclaré fils de David (Matt. 1:16-20). Il n’en reste pas moins que c’est Marie qui avait été choisie et préparée par Dieu pour l’ineffable privilège de devenir le vase par lequel Jésus allait être introduit au milieu d’Israël, comme Celui qui sauverait Son peuple de leurs péchés ; car comme le dit l’évangéliste : « tout cela arriva afin que fût accompli ce que le Seigneur a dit par le prophète, disant : « Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel, ce qui, interprété, est : Dieu avec nous » (Matt. 1:22-23). Une fois cette prophétie accomplie et l’enfant né, la gloire rayonnante de Celui-ci ne pouvait que rejeter Marie dans l’ombre. C’est pourquoi dès le chapitre suivant, il est dit cinq fois : « le petit enfant et sa mère », et non pas « la mère et son Enfant ». Comment aurait-il pu en être autrement avec un enfant nouveau-né qui n’était rien moins qu’Emmanuel, Dieu avec Son peuple ? Une juste appréciation de ce fait aurait éteint pour toujours le désir d’exalter Marie au-dessus de son Fils, comme le Seigneur Lui-même l’a enseigné, d’une autre manière, lorsqu’un auditeur plein d’admiration s’écria : « bienheureux est le ventre qui t’a porté, et les mamelles que tu as tétées » (Luc 11:27), et que Lui répondit : « … mais plutôt, bienheureux sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent » (Luc 11:28). Ce n’était pas la femme si favorisée fût-elle, mais sa Semence qui devait briser la tête du serpent, Celui en qui tous les conseils de Dieu devaient être révélés et accomplis. C’est donc Lui, le Fils bien-aimé de Dieu, et non pas Marie, qui doit remplir de louange et d’adoration le cœur des enfants de Dieu.

 

2.2   Luc 1:26-38 — La mission de Gabriel auprès de Marie

Dans l’évangile de Luc, c’est Marie qui occupe la première place dans le récit de la nativité. Il n’est fait aucune allusion aux exercices de Joseph. Il est seulement dit que Marie était « une vierge fiancée à un homme dont le nom était Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie » (Luc 1:27). C’est à elle, dans sa demeure de Nazareth (*), que l’ange Gabriel fut envoyé de la part de Dieu. Assise dans sa maison ― comme il ressort de ces mots « l’ange étant entré auprès d’elle » ― Marie reçut cette salutation : « Je te salue, toi que Dieu fait jouir de Sa faveur ! Le Seigneur est avec toi ; tu es bénie entre les femmes » (1:28). Gabriel, qui se tenait devant Dieu (1:19), était dans le secret divin touchant cette vierge choisie ; et comme cela ressort du caractère de cette salutation, il appréciait l’immense faveur, ainsi que l’exaltation entre toutes les femmes dont Dieu l’avait comblée dans Sa grâce. Ses paroles, en fait, ne font qu’exprimer son propre ravissement en communion avec les pensées de Dieu.

 

(*) Il n’est pas dit dans Matthieu que Joseph et Marie habitaient Nazareth avant la naissance de Jésus. Le but de cet évangile est de montrer l’accomplissement de la prophétie dans la naissance du roi des Juifs à Bethléhem, et ce n’est qu’après qu’il nous est dit que Joseph, de retour d’Égypte, « alla et habita dans une ville appelée Nazareth » etc. Les deux récits sont complémentaires, chacun nous informant de ce qui était nécessaire en rapport avec son point de vue particulier.

 

Or lorsque Marie vit l’ange, apparu sans aucun doute sous une forme humaine (voir Luc 24:4), « elle fut troublée à sa parole ; et elle raisonnait en elle-même sur ce que pourrait être cette salutation » (1:29). Autrement dit, elle raisonnait en elle-même sur la portée et le sens des paroles de Gabriel. Cela se comprend aisément si l’on se souvient du caractère de sa personne et de sa position. C’était une femme pieuse, craignant Dieu, et malgré sa généalogie, il semble bien qu’elle était d’humble condition. La débonnaireté, l’humilité et la foi, voilà ce qui caractérisait manifestement sa vie spirituelle. Elle avait donc bien de quoi être troublée par ce qu’elle avait entendu, et de quoi raisonner, non pas selon les pensées naturelles qu’engendre le doute, mais dans la perplexité quant au sens des paroles de l’ange ! Avec une intelligence toute divine des sentiments de Marie, Gabriel commence par apaiser son esprit, puis, pour la préparer à la communication merveilleuse qu’il était chargé de lui faire, il l’assure qu’elle a trouvé faveur auprès de Dieu (*). Nous disons bien « pour la préparer » à recevoir son message, car tant que l’âme n’a pas trouvé la paix et la liberté, elle ne saurait recevoir de message divin (voir Dan. 9:19).

 

(*) À propos des versets 28 et 30, quelqu’un a fait remarquer que les expressions « toi que Dieu a fait jouir de Sa faveur » et « tu as trouvé grâce » ne sont pas du tout synonymes. Elle avait personnellement « trouvé grâce », si bien qu’elle n’avait rien à craindre. Mais Dieu, dans Sa souveraineté, lui avait prodigué cette grâce, cette immense faveur, d’être la mère du Seigneur. En cela, elle était l’objet de la faveur souveraine de Dieu. — On peut ajouter que l’expression « trouver grâce auprès de Dieu » fait allusion à l’état spirituel de Marie, tandis que « jouir de la faveur de Dieu » parle plutôt de ce que Dieu l’avait choisie pour être celle qui donnerait naissance à Jésus. Mais ces deux choses sont bien sûr liées entre elles.

 

Et quel message que celui que Gabriel avait pour mission de délivrer ! « Et voici, tu concevras dans ton ventre, et tu enfanteras un fils, et tu appelleras son nom JÉSUS ; Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (Luc 1:31-33).

Nous n’avons pas l’intention de nous étendre sur l’ineffable mystère de l’incarnation de notre adorable Seigneur et Sauveur, pas plus que sur les titres de gloire qui Lui sont attribués ici, puisque c’est la personne de Marie qui est le sujet de notre méditation. Remarquons seulement que la gloire de Sa personne est assurément contenue dans le nom de Jésus qui signifie en fait « l’Éternel Sauveur », et que tous les titres mentionnés ici sont en relation avec la terre, et avec Son exaltation sur la terre, comme le « Fils du Très-haut » et le « Fils de David » qui devait exercer pour toujours la souveraineté sur la maison de Jacob. C’est comme héritier des droits royaux de David, mais comme étant à la fois Seigneur de David et Fils de David, qu’Il est présenté ici. Que le lecteur n’oublie pas que toutes ces promesses ne sont pas encore accomplies, mais qu’elles le seront infailliblement par la puissance de Dieu selon Ses conseils éternels. Les rois et les chefs de ce monde peuvent bien se dresser et se liguer contre le Seigneur et Son Oint, mais malgré la fureur des nations et de leurs chefs, Dieu, dans Ses conseils éternels, a placé Son Roi sur Sa sainte montagne de Sion, et Il régnera « jusqu’à ce qu’Il ait mis tous les ennemis sous Ses pieds » (Actes 4:26 ; Ps. 2:2, 6 ; 1 Cor. 15:25).

Lorsque Dieu promit un fils à Abraham, Sara rit en elle-même, car elle doutait, ne connaissant pas la toute puissance de Celui qui faisait la promesse. Zacharie aussi eut de la difficulté à croire quand Gabriel lui annonça que sa femme Élisabeth lui enfanterait un fils. En ce qui concerne Marie, elle dit à l’ange : « Comment ceci arrivera-t-il… » ? (Luc 1:34). Bien que l’objet de cette promesse fût contraire à l’ordre de la nature, ce n’était pas, comme dans les cas précédents, de la méfiance qui lui inspirait cette question. La preuve en est qu’il fut permis à Gabriel de répondre à cette question d’une manière parfaite et sans réserve. Cette réponse révèle deux choses, d’une part la conception miraculeuse de notre Seigneur, et d’autre part le fait que l’Enfant qui naîtrait serait appelé Fils de Dieu, le Fils de Dieu né dans ce monde selon le psaume 2 (*). Pour fortifier sa foi qui lui était donnée d’en haut, et qui existait déjà, Gabriel reçut la mission de l’informer de la grâce que Dieu faisait aussi à sa cousine Élisabeth, — « car rien ne sera impossible à Dieu » (1:37), dit-il en exprimant ainsi le fondement immuable de toute foi. Dieu ne serait pas Dieu s’il en était autrement. C’est pourquoi notre Seigneur Lui-même a dit : « toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9:23). C’est cette leçon que Marie venait d’apprendre tout au fond de son âme, comme le prouve sa réponse : « Voici l’esclave du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole » (Luc 1:38).

 

(*) Il est important de faire la distinction entre ce titre et celui de Fils éternel dont parle Jean, en particulier, dans son évangile.

 

Non seulement Marie venait d’apprendre que rien n’était ni ne serait impossible pour Dieu, mais aussi, rendue consentante par la grâce de Dieu, elle s’offrait, certainement par la seule puissance du Saint Esprit, à l’accomplissement de Sa volonté bénie, et cela sans aucune réserve. Dans toute l’Écriture, il n’y a pas d’exemple de foi plus admirable ni de plus parfaite soumission. Elle ne pouvait s’aveugler quant aux conséquences possibles qui en découleraient pour elle dans ce monde, et en effet, nous apprenons en Matthieu qu’elle éveilla même les soupçons de Joseph, et fut pour lui un sujet d’exercice. Mais la foi ne raisonne jamais, et n’est jamais troublée ; elle compte simplement sur Dieu, dans l’assurance que s’Il nous appelle à tel service ou à marcher dans tel chemin, Il nous guidera et nous soutiendra quelles que soient l’épreuve ou la persécution qui en découleront. La paix d’une âme qui se repose sur la volonté de Dieu est indicible ; telle était la part de Marie à ce moment-là. La faveur qui lui était accordée était infinie, tout autant que la grâce qui la rendait capable de l’accepter en toute humilité et toute tranquillité. À cet égard aussi, autant que parce qu’elle fut le vase choisi par Dieu pour la naissance de Jésus, toutes les générations la diront bienheureuse (Luc 1:45, 48).

 

2.3   Luc 1:39-45 — La visite de Marie à Élisabeth

Toutes les fois que la grâce agit dans des âmes, celles-ci sont attirées les unes vers les autres par les liens de l’amour divin. Il en fut ainsi pour Marie et Élisabeth. Gabriel avait révélé à Marie que Dieu avait aussi visité sa cousine Élisabeth, et, consciente de ce qui allait s’accomplir en elle (qu’elle comprît ou non la portée de la communication reçue), elle avait senti qu’il y avait une amie à qui elle pouvait ouvrir son cœur. C’est pourquoi « Marie, se levant en ces jours-là, s’en alla en hâte au pays des montagnes dans une ville de Juda. Et elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth » (Luc 1:39-40).

Le cœur plein de ce qui lui avait été annoncé ― qui était en outre une preuve de la fidélité de Dieu à Sa parole et de Son amour inépuisable pour Son peuple ― elle ne pouvait que s’en aller « en hâte ». Quelles pensées devaient remplir son cœur dans l’adoration tandis qu’elle se hâtait d’accomplir sa mission ! Comme toute sainte femme de Juda, elle connaissait bien les écritures annonçant la venue du Roi et la gloire de Son royaume, par exemple : « Combien sont beaux sur les montagnes les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui annonce la paix, qui apporte des nouvelles de bonheur, qui annonce le salut, qui dit à Sion : Ton Dieu règne ! La voix de tes sentinelles ! ― elles élèvent la voix, elles exultent ensemble avec chant de triomphe ; car elles verront face à face, quand l’Éternel restaurera Sion. Éclatez de joie, exultez ensemble, lieux déserts de Jérusalem ; car l’Éternel console son peuple ; il a racheté Jérusalem » (Ésaïe 52:7-9) ; ou encore : « Réjouis-toi avec transports, fille de Sion ; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi… » (Zach. 9:9). Les paroles mêmes de l’ange ne pouvaient manquer de lui rappeler ces glorieuses prophéties, et de faire déborder son cœur de louange, du fait qu’elle, une humble vierge, participait à leur accomplissement !

Que sa visite à Élisabeth fût de Dieu, on le voit dans la salutation qui l’accueillit ― salutation qui, en outre, dut confirmer sa foi d’une manière remarquable. Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de sa parente, elle se souvint de sa propre condition et, en même temps, remplie de l’Esprit Saint, elle fut inspirée par Lui pour proclamer la bénédiction de celle que le Seigneur, dans Sa grâce, avait tellement honorée entre toutes : « Elle s’écria à haute voix et dit : Tu es bénie entre les femmes, et béni est le fuit de ton ventre ! Et d’où me vient ceci, que la mère de mon Seigneur vienne vers moi ? Car voici, dès que la voix de ta salutation est parvenue à mes oreilles, le petit enfant a tressailli de joie dans mon ventre. Et bienheureuse est celle qui a cru ; car il y aura un accomplissement des choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur » (Luc 1: 41-45).

Quelques réflexions sur ces paroles remarquables, avant de considérer la réponse de Marie à Élisabeth. On remarquera tout de suite qu’Élisabeth, « remplie du Saint Esprit », est dans une entière communion avec la pensée de Dieu quant à Marie. Gabriel avait dit à celle-ci : « Tu es bénie entre les femmes » (1:28), et Élisabeth dit maintenant : « Tu es bénie entre les femmes » (1:42) avant d’ajouter « … et béni est le fruit de ton ventre ». Ses yeux ayant été ouverts par la puissance de Dieu, elle voyait comme Dieu Lui-même voit, et prononce la même appréciation concernant celle qu’Il avait choisie pour être l’objet de cette faveur unique. Remplie de l’Esprit, Élisabeth reconnaît en outre en toute soumission et humilité, l’élévation de Marie par la grâce de Dieu : « Et d’où me vient ceci, que la mère de mon Seigneur vienne vers moi » ? (1:43). Bien qu’elle-même fût l’objet de la faveur divine, elle prenait pourtant la dernière place en face de celle qui allait devenir la mère de son Seigneur !

Puisse cet enseignement pénétrer nos cœurs, à savoir que, lorsque l’Esprit de Dieu est à l’œuvre dans des âmes, toute envie, tout esprit de querelle et toute jalousie sont bannis. L’amour jaillit alors librement ; or l’humilité est le fruit de l’amour. Puis, après avoir décrit l’effet produit sur elle-même par la salutation de Marie (1:44), elle proclame une troisième caractéristique de cette bénédiction : Marie était bénie en tant qu’objet de la faveur souveraine de Dieu, et en tant que vase choisi pour l’incarnation de notre Seigneur, mais elle était aussi bénie à cause de sa foi (1:45), une foi victorieuse de tous les obstacles, fondée sur la toute-puissance de Dieu. Comme Abraham, elle « ne forma point de doute sur la promesse de Dieu par incrédulité, mais fut fortifiée dans la foi, donnant gloire à Dieu » (cf. Rom. 4:20-21). Elle s’était ainsi emparée résolument de la parole de Dieu, pleinement persuadée que ce qu’Il avait promis, Il l’accomplirait certainement. C’est ainsi qu’elle honorait Dieu, et voilà maintenant qu’elle recevait l’assurance divine par la bouche d’Élisabeth, que s’accompliraient les choses qui lui avaient été dites de la part du Seigneur (Luc 1:45).

 

2.4   Luc 1:46-56 — Le Magnificat

« Magnificat » est le terme par lequel furent désignées ces paroles de Marie, dans les premiers temps de l’Église (du latin « magnificare » = exalter, glorifier)

 

Nous rapportons intégralement les paroles de Marie, afin que le lecteur en perçoive mieux le sens divin et la beauté :

 

« Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit s’est réjoui en Dieu mon sauveur, car Il a regardé l’humble état de son esclave ; car voici, désormais toutes les générations me diront bienheureuse ; car le Puissant m’a fait de grandes choses, et son nom est saint ; et sa miséricorde est de génération en génération sur ceux qui le craignent. Il a agi puissamment par son bras ; il a dispersé les orgueilleux dans la pensée de leur cœur ; il a fait descendre les puissants de leurs trônes, et il a élevé les petits ; il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et il a renvoyé les riches à vide ; il a pris la cause d’Israël, son serviteur, pour se souvenir de sa miséricorde (selon qu’il avait parlé à nos pères) envers Abraham et envers sa semence, à jamais » (Luc 1:46-55).

 

Un écrivain bien connu a dit : « Il est remarquable qu’il n’est pas dit que Marie était remplie de l’Esprit Saint. Il me semble que c’est tout à son honneur. Le Saint Esprit avait visité Élisabeth et Zacharie d’une manière exceptionnelle. Mais, bien que Marie fût indubitablement sous l’influence de l’Esprit de Dieu, l’effet produit sur elle était plutôt un effet intérieur, plutôt lié à sa foi personnelle, à sa piété, aux relations habituelles de son cœur avec Dieu (ces relations étaient le fruit de cette foi et cette piété), et cet effet sur Marie s’exprime plutôt sous la forme de ses sentiments personnels : reconnaissance pour la grâce dont elle, humble femme, était l’objet, en rapport avec l’espérance et la bénédiction d’Israël ». Ces remarques nous aideront à mieux comprendre ce cantique de louange extraordinaire dont on a dit fort justement qu’il célébrait la joie d’Israël dans le don de Christ. Car tout en étant l’expression des sentiments produits dans le cœur de Marie par le Saint Esprit ― sentiments qui convenaient et répondaient à cette grâce dont elle était l’objet exceptionnel, — Marie elle-même disparaissait pour ainsi dire, devant Israël dont elle était le type (cf. 1:54).

On voit tout de suite que ce cantique a un caractère typiquement juif, en ce qu’il ne va pas plus loin qu’Abraham et sa semence. À cet égard on l’a souvent comparé à celui d’Anne qui, elle aussi, sans remonter comme Marie jusqu’aux promesses faites à Abraham, évoque toutes les voies de Dieu envers Son peuple, et anticipe triomphalement sa délivrance complète grâce à l’intervention de l’Éternel, lorsqu’elle dit : « Ceux qui contestent contre l’Éternel seront brisés ; il tonnera sur eux dans les cieux. L’Éternel jugera les bouts de la terre, et il donnera la force à son roi, et élèvera la corne de son oint » (1 Sam. 2:10). Marie, de son côté, considère la délivrance comme ayant déjà eu lieu, opérée en Celui qui allait naître, et elle l’exprime en disant : « Il a pris la cause d’Israël, son serviteur, pour se souvenir de sa miséricorde (selon qu’il avait parlé à nos pères) envers Abraham et envers sa semence, à jamais » (Luc 1:54-55).

Deux choses ne manqueront pas d’attirer notre attention dans le cantique de Marie : D’abord elle attribue tout à Dieu ; et ensuite, faisant totalement abstraction d’elle-même, elle célèbre Sa grâce. À ce propos, nous ne pouvons nous empêcher de citer ce qui suit : « Marie reconnaît Dieu, son Sauveur, dans la grâce qui l’a remplie d’une telle joie, en même temps qu’elle confesse sa propre insignifiance. Car quelle que fût la sainteté de l’instrument choisi par Dieu ― sainteté qui caractérisait vraiment Marie ― Marie n’était cependant grande que dans la mesure où elle s’effaçait elle-même, car alors Dieu était tout. Si elle s’était fait valoir en quelque manière, Marie aurait perdu sa vraie place ; mais elle ne le fit pas. Dieu l’en garda afin que Sa grâce fût pleinement manifestée ». Puissions-nous être attentifs à cette leçon bénie, car il est impossible que la grâce agisse pleinement dans nos âmes si nous ne sommes pas à notre vraie place devant Dieu, une place de néant.

S’il est pénétré de ces pensées, le lecteur de ces lignes comprendra facilement le sens de ce cantique de louange. Toutes les fois qu’une véritable travail de l’Esprit de Dieu s’opère dans l’âme des Siens, leur cœur s’élève jusqu’à la source d’où vient leur bénédiction. Il en est ainsi pour Marie. Sa première pensée est pour le Seigneur qui l’avait visitée d’une grâce aussi ineffable : « Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit s’est réjoui en Dieu mon Sauveur ». Sous la puissante action du Saint Esprit, sa propre personne se confond momentanément avec le peuple d’Israël, et c’est pourquoi elle se réjouit dans le Dieu et Sauveur d’Israël. Il est vrai qu’elle parle d’elle-même au verset suivant, en disant que Dieu a regardé l’humble état de son esclave, et que désormais toutes les générations la diront bienheureuse. Cependant, même alors, elle n’est que l’instrument choisi de cette bénédiction destinée à Israël. C’était la pensée du salut d’Israël arraché à son bas état qui remplissait son cœur lorsqu’elle dit : « Le Puissant m’a fait de grandes choses, et son nom est saint » (1:49), car elle ajoute aussitôt : « et sa miséricorde est de génération en générations sur ceux qui le craignent » (Luc 1:50). Cela montre, en outre, que c’était l’Israël élu de Dieu qui remplissait ses pensées, l’Israël duquel Balaam avait été contraint de dire que Dieu n’avait pas aperçu d’iniquité en Jacob, ni d’injustice en Israël (cf. Nombres 23:21) — en un mot, c’était l’Israël selon les conseils et les pensées de Dieu qui remplissait le cœur de Marie.

Les trois versets suivants (1:51-53) exposent les principes des voies de Dieu en grâce, et l’état spirituel requis pour recevoir cette grâce. Les orgueilleux dans l’imagination de leur cœur, les puissants sur leurs trônes, les riches, ceux qui se suffisent à eux-mêmes, ne sauraient se tenir devant un Dieu saint en train de juger. C’est aux pauvres que s’adresse toujours l’évangile. Ce sont donc ceux de bas état que Dieu élève, et ceux qui ont faim qu’Il nourrit de ce qui est bon. Le Seigneur Lui-même l’avait déjà proclamé lorsqu’Il disait : « Bienheureux, vous pauvres, car à vous est le royaume de Dieu ; bienheureux, vous qui maintenant avez faim, car vous serez rassasiés ; bienheureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez… » (6:20-21), avant de s’adresser aux autres en ces termes : « Mais malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation ; malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim ; malheur à vous qui riez maintenant, car vous mènerez deuil et vous pleurerez » (6:24-25). Que ces paroles solennelles retentissent partout, paroles d’encouragement et de consolation pour les pauvres, pour les enfants de Dieu dans la souffrance et l’affliction, et paroles d’avertissement pour ceux qui cherchent leur propre satisfaction et l’élévation dans ce monde !

Marie termine son cantique sur ces paroles auxquelles nous avons déjà fait allusion : « Il a pris la cause d’Israël, son serviteur, pour se souvenir de sa miséricorde (selon qu’il avait parlé à nos pères) envers Abraham et envers sa semence, à jamais » (1:54-55). « La foi est l’assurance des choses qu’on espère », et Marie, en cet instant, aussi éprouvantes que fussent les étapes qu’Israël devrait encore franchir avant l’accomplissement de cette promesse, contemplait la réalisation de tous les desseins de grâce de Dieu envers Son peuple terrestre. En vérité, tout était assuré et établi dans la Personne de Celui qui allait naître dans ce monde, selon ce qu’annoncent les anges dans leur cantique de louange au chapitre suivant : « Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre, paix, et bon plaisir dans les hommes » (2:14).

Pendant trois mois, Marie demeura près de sa parente (« fort avancée en âge », comme son mari) avant de retourner chez elle. L’Écriture ne dit rien sur les instants de communion entre ces saintes femmes, mais nous pouvons être sûrs qu’elles s’enrichirent mutuellement dans leur foi et leur joie dans le Seigneur. La visite terminée, Marie s’en retourna chez elle, poursuivant son humble chemin jusqu’à l’accomplissement des propos divins. Et cette maison était le centre d’attrait de toute l’attention du ciel.

 

2.5   Luc 2:1-7 — Marie à Bethléhem

Si Dieu est souverain dans Ses plans, cette souveraineté ne se manifeste pas moins dans les instruments qu’Il choisit pour les accomplir. Plus de 700 ans avant la naissance de Christ, le prophète Michée avait dit, au nom de l’Éternel : « Et toi, Bethléhem Ephrata, bien que tu sois petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui doit dominer en Israël, et duquel les origines ont été d’ancienneté, dès les jours d’éternité » (Michée 5:2). On considérait cela comme une prédiction du lieu de naissance du Messie, comme le montre la citation qu’en firent les principaux sacrificateurs et les scribes en réponse à Hérode qui s’enquérait du lieu où devait naître le Christ. Mais Marie habitait à Nazareth de Galilée, et le temps de la naissance de l’enfant divin approchait. « Or il arriva, en ces jours-là qu’un décret fut rendu de la part de César Auguste, portant qu’il fût fait un recensement de toute la terre habitée » (c’est-à-dire l’empire romain ; Luc 2:1). Ce décret eut pour effet d’obliger Joseph (ainsi que Marie, la femme qui lui était fiancée, laquelle était enceinte) à monter « de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, dans la ville de David qui est appelée Bethléhem » (Luc 2:4-5). L’empereur romain était loin de se douter des conséquences de cette pensée qui lui était venue à l’esprit. Comme l’a fait remarquer quelqu’un : « Cet édit ne fait qu’accomplir le merveilleux propos de Dieu, en faisant naître le Roi Sauveur dans le village où, selon le témoignage de Dieu lui-même, devait avoir lieu cet évènement ». Il est aussi remarquable que, bien que ce décret eût été proclamé, et que Joseph et Marie, sans aucun doute avec beaucoup d’autres, se fussent déjà rendus à Bethléhem pour y être enregistrés, il semble que « le recensement lui-même se fit seulement lorsque Cyrénius fut gouverneur de Syrie » (2:2). Que la sagesse de Dieu et la perfection de Ses voies sont admirables ! Joseph doit emmener Marie, sa femme, à Bethléhem, et Dieu contraint l’empereur à déclencher cette migration générale pour obliger Joseph à partir ! Quelle preuve de ce que Dieu Lui-même tient encore les rênes du gouvernement, et de ce qu’Il incline le cœur des hommes là où Il veut ! Le chrétien le croit et le sait et demeure donc en paix au sein des activités fiévreuses des hommes, de la confusion, des turbulences et des luttes qui l’entourent de tout côté.

C’est pendant le séjour de Joseph et Marie à Bethléhem que cette dernière « …mit au monde son fils premier-né, et l’emmaillota, et le coucha dans la crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie » (2:7). Nous n’avons pas l’intention de considérer ici le mystère de l’incarnation, mais plutôt l’histoire personnelle de Marie. Nous nous permettons cependant de rapporter ces réflexions de quelqu’un d’autre sur cet événement prodigieux, ce mystère des mystères : « Le Fils de Dieu est né dans ce monde, mais n’y trouve pas de place. Le monde est chez lui, ou, tout au moins, grâce à sa richesse, il trouve une place à l’hôtellerie. C’est selon sa richesse que l’homme est reçu et trouve place dans le monde. Le Fils de Dieu, Lui, n’en trouve pas, sauf dans une crèche. Est-ce pour rien que le Saint Esprit nous rapporte cette circonstance ? Non ! Il n’y a pas de place pour Dieu, ni pour ce qui est de Dieu dans ce monde. Il en est donc d’autant plus merveilleux, l’amour qui L’a fait descendre ici-bas. Il a commencé dans une crèche, et a fini sur une croix, et le long de Son chemin, Il n’a pas eu de lieu pour y reposer Sa tête (9:58) ». Devant ces faits, nous, croyants, sommes contraints de nous courber, remplis de respect et d’adoration devant notre Dieu, en contemplant le manière dont Il s’est fait « Dieu manifesté en chair » (1 Tim. 3:16), et la grâce de notre Seigneur Jésus Christ qui, bien qu’Il fût riche, a vécu dans la pauvreté pour nous, afin que par Sa pauvreté nous fussions enrichis (2 Cor. 8:9). Prosternés ainsi devant Lui, rappelons-nous que, pour réaliser Ses desseins de grâce et d’amour, pour racheter Son peuple — que ce soit Israël ou l’Église — Il a dû vivre rejeté des hommes et mourir crucifié. Cet enfant couché dans la crèche était l’objet de tous les conseils de Dieu, le soutien et l’héritier de la création, le Seigneur de tous ceux qui hériteront de la gloire et de la vie éternelle. Il n’est donc pas étonnant qu’il ne soit nullement question de Marie pendant tout ce temps-là ; rien n’est dit de ses sentiments ni de ses pensées, car en vérité elle était cachée derrière la gloire de son Fils.

 

2.6   Luc 2:8-20 — Marie et les bergers

Si nous parlons de ces hommes pieux choisis par Dieu pour recevoir l’annonce d’un « Sauveur , qui est le Christ, le Seigneur » (2:11), ce n’est qu’en rapport avec leur rôle dans l’histoire de Marie. Ce n’était pas des grands de ce monde dont Dieu s’occupait à ce moment-là, mais des pauvres et des affligés de Son peuple, et ces bergers en faisaient partie. Les communications divines ne peuvent être reçues que par ceux dont les cœurs ont été divinement préparés. Nous pouvons donc être assurés que ces humbles bergers étaient de ceux qui attendaient la délivrance à Jérusalem (voir 2:38). C’est donc vers eux qui gardaient leurs troupeaux pendant la nuit, que l’ange fut envoyé pour leur annoncer ce grand sujet de joie qui serait pour tout le peuple ; et pour affermir leur foi, un signe leur fut donné : « …vous trouverez un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche » (2:12). À peine eut-il délivré son message que « soudain il y eut avec l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu, et disant : Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts ; et sur la terre, paix ; et bon plaisir dans les hommes » (2:13-14).

Laissons notre pieux lecteur méditer ces paroles (elles déclarent au moins que tous les desseins de Dieu en vue de la bénédiction de Son peuple Israël, étaient déjà réalisés dans la Personne de Son Fils bien-aimé), et suivons les bergers. Avec une foi simple, ne mettant point en doute la vérité de ce qu’ils avaient entendu, ils se dirent l’un à l’autre : « Allons donc jusqu’à Bethléhem, et voyons cette chose qui est arrivée que le Seigneur nous a fait connaître. Et ils allèrent en hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche » (2:15-16). Quel spectacle s’offrait à leurs yeux ! Peut-être ne saisirent-ils pas tout le sens de ce qu’ils voyaient, ni la gloire de l’Enfant. Toujours est-il qu’ils Le virent, sans aucun doute avec des cœurs remplis d’adoration ! Rien n’est rapporté de ce que purent dire les bergers, Marie ou Joseph. Peut-être ne pouvaient-ils s’arracher à la contemplation du Sauveur, Christ le Seigneur, couché là dans cette crèche ? Et pourtant ils durent parler, puisque, après la mention de ce qu’« ils divulguèrent la parole qui leur avait été dite », et l’indication de l’effet produit (« ceux qui l’ouïrent s’étonnèrent des choses qui leur étaient dites par les bergers »), il est dit que Marie gardait toutes ces choses par devers elle, les repassant dans son cœur » (2:17-19).

De ceci, combiné à la dernière phrase du v. 57, nous pouvons déduire que Marie était une âme calme, méditative, réfléchie. Choisie pour une telle mission, et chargée d’une telle responsabilité, il ne pouvait guère en être autrement. Même en ne réalisant que faiblement qui était son Enfant, elle devait être remplie de crainte dans la présence de Dieu, et parler aurait été déplacé. On voudrait plus en savoir sur ses pensées lorsqu’elle contemplait le visage de cet Enfant merveilleux, Celui dont Ésaïe avait prophétisé en disant : « … on appellera son nom : Merveilleux, Conseiller, Dieu fort, Père du siècle, Prince de paix » (És. 9:6). Mais si grande que fût la faveur faite à Marie, ce n’est pas elle, mais son Fils dont le ciel s’occupait, qui était l’Objet des conseils de Dieu, Celui en qui la gloire de Dieu serait magnifiée, proclamée, réalisée même ici-bas ! Nous pouvons toutefois admirer les beaux traits du caractère de Marie, qui ressortent si bien de sa vie de piété et de fidélité.

 

2.7   Luc 2:21-39 — Marie au temple

Il y a une preuve de la piété et de la fidélité de Marie et de Joseph dans l’attention qu’ils portaient à la Parole de Dieu dans ses moindres détails. Pour la circoncision du saint Enfant Jésus aussi bien que pour la purification de Marie, ils agirent en parfaite obéissance aux prescriptions de la loi (cf. Lév. 12), de même que lorsqu’ils présentèrent Jésus au Seigneur, « selon qu’il est écrit dans la loi du Seigneur, que tout mâle qui ouvre la matrice sera appelé saint au Seigneur » (Luc 2:23). Quarante jours devaient donc s’écouler avant que Marie pût paraître dans le temple de Jérusalem, et c’est pendant ce temps que dut avoir lieu la visite des mages de l’Orient selon le récit de Matthieu. Dans cette scène, comme dans la visite des bergers, Marie reste au second plan, et nous pouvons affirmer sûrement que c’était de son plein gré. En communion avec la pensée de Dieu ― au moins dans sa mesure — elle se réjouissait de reconnaître la gloire à venir de Celui qui était « né roi des Juifs » (Jean 18:37), et elle n’était nullement étonnée de voir les mages se prosterner, Lui rendre hommage, et ouvrir leurs trésors et Lui offrir des dons, « de l’or, et de l’encens, et de la myrrhe » (Matt. 2:11). Le fait d’avoir été le vase choisi pour Sa naissance était sa joie, mais elle devait dorénavant apprendre qu’avoir d’étroites relations avec l’Oint de Dieu — jusqu’à Lui être identifiée — attirerait sur elle la persécution du dieu de ce monde. Dès l’instant où l’enfant divin naquit, le dragon (Satan) qui guettait cet événement, chercha à Le dévorer (Apoc. 12). Marie, Joseph, ainsi que Jésus, devinrent l’objet de la haine du méchant roi. Mais divinement abrités, protégés et guidés lorsqu’ils durent fuir en Égypte comme lors de leur retour dans la terre d’Israël, en Galilée où ils demeuraient précédemment, Marie et Joseph jouirent de l’honneur et du privilège inestimables d’entourer de leurs soins Celui qui n’était rien moins que le Fils de Dieu.

Après avoir évoqué ces faits pour faire la relation entre les divers éléments dont on a le récit, considérons maintenant la scène du temple. Malachie avait écrit : « Le Seigneur que vous cherchez viendra soudain à son temple » (Mal. 3:1), et voici qu’Il était venu, lorsque Ses parents portèrent l’Enfant à Jérusalem, « pour le présenter au Seigneur, selon qu’il est écrit dans la loi du Seigneur » (Luc 2:22). Ce jour là, à Jérusalem, la vie poursuivait son cours ; ses habitants achetaient et vendaient, vaquaient à leurs devoirs domestiques et occupations quotidiennes ; leur roi iduméen, sanguinaire et cruel, misérable et malheureux, éblouissait ses sujets par sa munificence et la splendeur de ses édifices, et cherchait comme toujours à satisfaire ses mauvaises convoitises. Tous sans exception étaient dans l’ignorance du fait merveilleux que Dieu avait visité Son peuple, et que le Messie glorieux chanté par les prophètes et dont la domination devait s’étendre « jusqu’aux bouts de la terre » (Ps. 72:8) était déjà parmi eux, porté dans l’enceinte sacrée du temple.

Mais quelle que fût l’attitude ou l’incrédulité de la nation, Dieu veillait toujours à ce que Son Fils bien-aimé fût reconnu, de quelque manière qu’Il fût présenté. C’est ainsi qu’en cette circonstance, Il avait préparé pour accueillir Son Christ le cœur de quelques-uns qui attendaient la rédemption à Jérusalem ; et deux d’entre eux avaient été choisis pour Le contempler de leurs yeux à ce moment-là. Marie et Joseph avaient parcouru les rues de la ville avec leur précieux fardeau, comme n’importe quels humbles croyants Juifs l’auraient fait en pareille circonstance, et ils étaient arrivés dans l’enceinte sacrée en passant inaperçus, et sans rien savoir eux-mêmes de ce que Dieu venait de faire. Or comme l’écrit l’évangéliste : « …Il y avait à Jérusalem un homme dont le nom était Siméon ; et cet homme était juste et pieux, et il attendait la consolation d’Israël ; et l’Esprit Saint était sur lui. Et il avait été averti divinement par l’Esprit Saint qu’il ne verrait pas la mort, que premièrement il n’eût vu le Christ du Seigneur. Et il vint par l’Esprit dans le temple… » (Luc 2:25-27). Il se trouvait donc là quelqu’un entièrement conduit par l’Esprit Saint, que Dieu avait appelé et qualifié pour recevoir Son Fils, lorsque Marie et Joseph apportèrent le petit enfant Jésus pour faire à Son égard selon l’usage de la loi (cf. 2:27).

Attardons-nous quelques instants sur cette scène merveilleuse, avant de poursuivre notre sujet, cela nous sera profitable, mais n’oublions pas que nous sommes ici sur un terrain sacré. Nous lisons que Siméon « prit » Jésus entre ses bras (2:28) ; il faudrait traduire en réalité « Siméon Le reçut dans ses bras ». Tout lecteur respectueux sentira immédiatement que ce terme est d’autant plus approprié qu’il est plus juste. Nous pouvons être sûrs que Siméon « reçut » dans ses bras l’Enfant que lui tendait Marie. Quel spectacle que celui de cette mère pieuse et dévouée déposant son Enfant dans les bras du vieillard Siméon, et Siméon jouissant de l’inestimable privilège de recevoir dans ses bras cet Enfant en qui tous les conseils de Dieu devaient être établis et accomplis !

Et qui était cet Enfant ? Il était la Parole devenue chair, dont il est écrit : « Au commencement était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la PAROLE ÉTAIT DIEU » (Jean 1:1). Il était « l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création ; car par lui ont été créées toutes choses, les choses qui sont dans le cieux et les choses qui sont sur la terre, les visibles et les invisibles, soit trônes, ou seigneuries, ou principautés, ou autorités : toutes choses ont été créées par lui et pour lui ; et lui est avant toutes choses, et toutes choses subsistent par lui » (Col. 1:15-17). Cet enfant était Celui en qui « toute la plénitude s’est plu à habiter » (Col. 1:19), « le Fils que Dieu a établi héritier de toutes choses, par lequel aussi il a fait les mondes… le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa substance, et soutenant toutes choses par la parole de sa puissance… » (Héb. 1:2-3). Par ailleurs, du fait qu’Il était né dans ce monde, Il était la semence de la femme, la semence d’Abraham, et le Fils de David. Toutes ces gloires, et bien d’autres encore ― car Il était une Personne divine ayant daigné devenir chair ― enveloppaient ce saint Enfant et émanaient de Lui quand Marie Le déposait dans les bras de Siméon. Regardons ce divin mystère dans toute son étendue, avec révérence, car plus nous le contemplerons, plus nos cœurs se courberont dans l’adoration devant le don inexprimable de Dieu, devant cette grâce insondable et cet amour qui surpasse toute intelligence !

Siméon se tenait devant Dieu, avec CET ENFANT dans les bras. Le cœur débordant, il bénit Dieu disant : « Maintenant, Seigneur, tu laisses aller ton esclave en paix selon ta parole ; car mes yeux ont vu ton salut, lequel tu as préparé devant la face de tous les peuples : une lumière pour la révélation des nations, et la gloire de ton peuple Israël » (Luc 2:29-32). Tous ses désirs étaient satisfaits, tout lien avec la terre était brisé dès l’instant où il avait vu le salut de Dieu, et il était prêt à s’en aller en paix. Tel Moïse, et même plus encore que Moïse au sommet du Mont Pisga, regardant le pays que Dieu avait donné à Son peuple, Siméon avec le saint Enfant dans ses bras, était au centre des conseils de Dieu, contemplant les temps à venir où les nations seraient amenées à la lumière, et où Christ serait la gloire de Son peuple Israël.

Joseph et la mère de l’Enfant s’étonnaient des choses qui étaient dites de Lui, autant qu’il leur était possible de le faire, car ici-bas nous ne connaissons qu’en partie, et ce n’est que progressivement que nous acquérons et entrons dans la puissance de la vérité que nous professons reconnaître. Deux choses viennent ensuite. Être associé à Christ dans ce monde est source de bénédiction, mais aussi de souffrance, selon l’exemple de Marie ici. Siméon, après avoir « béni » Dieu, bénit maintenant Joseph et Marie ; puis, s’adressant à Marie, il dit : « …Voici, celui-ci est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et pour un signe que l’on contredira (et même une épée transpercera ta propre âme), en sorte que les pensées de plusieurs cœurs soient révélées » (Luc 2:34-35). C’est ainsi que Dieu dans Sa grâce et par le moyen de Son serviteur Siméon, préparait Marie au chemin de souffrance et de réjection qui serait celui de son Enfant. Et qui peut douter de ce que c’est surtout lorsqu’elle se tint près de la croix de Jésus, contemplant Sa douleur, que l’épée transperça sa propre âme ? Quelle grâce, dans les voies de Dieu, que nous n’entrions dans les douleurs de l’épreuve que graduellement, et que, quand elles arrivent, on découvre que la douleur est adoucie par Son amour ! Marie n’oublierait jamais ces paroles, mais les « repassant dans son cœur » (2:19), elle les exposerait constamment devant Dieu dans ses méditations et ses prières. Mais si durant toute sa vie, il allait lui falloir vivre à l’ombre de la croix, nous pouvons être sûrs qu’elle allait trouver amplement compensation et soutien dans la compagnie de son Fils. Il y avait certes beaucoup de choses qu’elle ne pourrait pas comprendre, mais elle se reposerait certainement dans l’assurance que Jésus, l’Éternel Sauveur, était avec elle, et que sur toute la terre il n’y avait personne jouissant d’un tel privilège inexprimable et d’une telle bénédiction ineffable ! À cause de Lui, et par amour pour Lui, la force lui serait donnée de faire face à l’avenir, le remettant entièrement entre les mains de Celui qui l’avait choisie pour marcher dans ce chemin-là.

On trouve incidemment une preuve de la pauvreté de Joseph et de Marie dans la nature du sacrifice qu’ils offrirent à l’occasion de la « présentation » de Jésus. En Lévitique 12, nous lisons, au sujet de la loi de la purification de celle qui a enfanté : « Si ses moyens ne suffisent pas pour trouver un agneau, elle prendra deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, l’un pour l’holocauste, et l’autre pour le sacrifice pour le péché ; et le sacrificateur fera propitiation pour elle, et elle sera pure » (Lév. 12:8). Marie n’était pas en mesure d’offrir un agneau, et l’Esprit de Dieu attire ainsi notre attention sur le fait que notre Seigneur est né dans d’humbles conditions de vie, et que « Sa pensée » (Phil. 2:5) était dès le commencement de s’humilier ; c’était même Sa pensée avant Sa venue sur la terre. Quelle mère, si elle en a les moyens, ne voudrait pas entourer son enfant de tout le confort, voire même de tout le luxe possible ? Mais tout était disposé par la sagesse divine, et en considérant non seulement les circonstances de la naissance de notre Seigneur, mais le chemin de Celui qui n’eut pas un lieu où reposer Sa tête, nous n’en sommes que plus impressionnés par Sa grâce ineffable.

Les rites du temple, ainsi que les paroles prophétiques de Siméon, étaient terminés, et lorsque Joseph et Marie « eurent tout accompli selon la loi du Seigneur », ils quittèrent le temple, en descendirent les marches et franchirent les portes, chargés de leur précieux fardeau, et « s’en retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville » (Luc 2:30). Là, ils reprirent leurs occupations journalières, riches d’un secret divin qu’ils étaient seuls à connaître à Nazareth.

 

2.8   Luc 2:40-52 — Marie et Joseph trouvent Jésus dans le temple

Douze années s’écoulèrent. De toute cette longue période, il ne nous est rapporté que deux choses : la première est que « l’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la faveur de Dieu était sur lui » (2:40) — la seconde est que « …ses parents allaient chaque année à Jérusalem, à la fête de Pâque » (2:41). Ceci est à nouveau un témoignage de la piété de Marie et de Joseph. Peut-être même est-ce dans ce but que ce fait est rapporté, car il n’est même pas dit si Marie emmenait l’enfant Jésus avec elle en ces occasions. Pas un mot n’est ajouté pour satisfaire la curiosité humaine ; on n’a que les indication de ce qui est nécessaire au but que l’Esprit de Dieu se propose. Tout est divinement parfait, car chaque mot de l’Écriture est l’expression de la sagesse divine. En fait, le verset 41 ne fait qu’introduire l’incident suivant, que nous allons maintenant considérer, dans la mesure, au moins, où il concerne Marie.

Les deux premiers versets nous ouvrent la voie : « Et quand il eut douze ans, comme ils étaient montés à Jérusalem, selon la coutume de la fête, et qu’ils avaient accompli les jours de la fête, comme ils s’en retournaient, l’enfant Jésus demeura dans Jérusalem ; et ses parents ne le savaient pas » (2:42-43). Il semble d’après les récits juifs, que l’âge de douze ans était celui où les jeunes Juifs étaient considérés comme assez mûrs pour assumer leurs responsabilités personnelles devant Dieu. Un jeune garçon atteignant cet âge était appelé « fils de la loi », et était désormais soumis aux obligations légales (*).

 

(*) Voir le Testament grec de Alford, vol. 1 p. 418

 

Quoi qu’il en soit, il est dit ici que Joseph et Marie emmenèrent Jésus à Jérusalem à l’âge de douze ans, ce qui est nécessairement important puisque cela nous est expressément rapporté. Il n’est rien dit de ce qui se passa à la fête. Notre attention est plutôt attirée sur le fait que, lorsque Joseph et Marie revinrent avec la troupe des voyageurs (*), Jésus s’attarda à Jérusalem. Il était tout naturel que ses parents aient supposé qu’Il était parmi les voyageurs, et qu’ils aient ainsi marché le chemin d’un jour sans s’inquiéter. C’est alors que, ne le trouvant pas parmi leurs parents et leurs connaissances, ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Trois jours durant, plongés dans l’inquiétude et l’angoisse, ils le cherchèrent. Tout était sans doute divinement programmé, car jusqu’à ce que « l’enfant Jésus » eût accompli la volonté de Son Père, il était impossible qu’Il fût interrompu. C’est au bout de ces trois jours qu’« ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant » (Luc 2:46). Que le lecteur remarque, ici, comment le Saint Esprit, avant de rapporter les paroles de Marie, attire l’attention sur la sagesse manifestée par ce saint Enfant, sagesse si frappante que « tous ceux qui l’entendaient s’étonnaient de son intelligence et de ses réponses » (2:47). N’est-il pas vrai que Dieu trouve Ses délices à nous occuper des perfections de Son Fils bien-aimé ? Marie et Joseph, humbles gens qu’ils étaient (bien que Joseph fût fils de David — cf. Matt. 1:21) furent « frappés d’étonnement » quand ils Le virent, et Marie, poussée par son cœur de mère, intervint tout de suite et dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi ? Voici, ton père et moi nous te cherchions, étant en grande peine » (Luc 2:48).

 

(*) On dit que tous ceux qui montaient à Jérusalem et venaient d’une même région, voyageaient ensemble, par souci de commodité et de sécurité (le verset 7 du Psaume 84 fait-il allusion à cette coutume ?)

 

Avant de considérer la réponse de Jésus, réfléchissons à ces paroles de Marie. Plus de douze ans s’étaient écoulés depuis l’annonce merveilleuse de Gabriel, et presque autant depuis le discours prophétique du vieillard Siméon. Ces années, entrecoupées seulement par les voyages annuels à Jérusalem à la fête de Pâque, s’étaient passées tranquillement à Nazareth, chacun vaquant aux occupations quotidiennes de la vie domestique. Il n’est pas impensable que, quelles que fussent les perfections de son Fils, toujours plus évidentes durant Sa croissance au fil des ans, le discernement de Marie ait été quelque peu obscurci par ce qu’avait de naturel la vie quotidienne de son Fils, ou au moins qu’elle oubliât parfois la destinée qui L’attendait. Nous n’avons pas le droit d’imaginer ni d’aller au-delà de ce qui est écrit, mais il y a deux choses dans ce que dit Marie à Jésus, qui semblent bien justifier ces suppositions. La première est le reproche sous-entendu dans ses paroles : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi » ? (2:48), et la seconde est l’expression « ton père » par laquelle elle joint Joseph à elle-même. Il n’est pas nécessaire de qualifier ces choses de manquements, bien qu’elles soient certainement le fruit de sentiments et de relations purement naturels. Il est d’ailleurs évident que cette manière de parler jaillissait de l’amour profond de Marie pour cet Enfant parfait.

Dans Sa réponse à Sa mère, Jésus non seulement déclare qu’Il est conscient de Sa filiation divine, mais annonce aussi qu’Il est venu pour faire la volonté de Son Père. Marie avait dit à Jésus « ton père » en parlant de Joseph. Jésus répond qu’Il était resté à Jérusalem parce qu’il Lui fallait être aux affaires de Son Père (2:49). La volonté de Son Père devait être la loi suprême de Sa vie, et c’était Sa joie de le reconnaître ; en le faisant, Il répondait pleinement à la question de Marie, tout en annulant son reproche ouvert. Nous ne saurions être surpris du fait qu’« ils ne comprirent pas la parole qu’Il leur disait » (2:42).

Nous lisons aussitôt après : « Et il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et leur était soumis » (2:51). Sa réponse à Marie au temple jette un flot de lumière sur toutes ces années entre Sa première pâque et Son baptême, car Il avait ainsi clairement défini Sa position : Il était ici-bas « aux affaires de Son Père », et par conséquent, en étant soumis à Joseph et à Marie, Il accomplissait la volonté de Son Père de la même manière que lorsqu’Il s’était attardé en restant en arrière à Jérusalem. Il n’y avait, ni ne pouvait y avoir, aucune discordance entre Sa vie quotidienne et ce que les gens appellent les « devoirs sacrés ». Chaque souffle, chaque sentiment, chaque pensée, chaque parole et chaque acte du Seigneur n’étaient que les fruits de Son entière consécration à la volonté de Son Père, car Il faisait toujours les choses qui Lui plaisent (Jean 8:29). Quel spectacle que celui offert chaque jour aux yeux de Marie et de Joseph dans l’humble demeure de Nazareth !

« Sa mère », nous est-il dit en conclusion, « conservait toutes ces paroles dans son cœur » (Luc 2:51), — celles prononcées à Jérusalem, et sûrement aussi celles prononcées à Nazareth. Tandis qu’elle les gardait et les méditait, nous pouvons être sûrs que l’Esprit de Dieu lui en faisait déjà quelque peu saisir le sens pour la soutenir, la guider et la réconforter dans les années à venir. Il est certain que, de toutes les femmes qui ont jamais vécu, aucune n’a jamais eu un privilège aussi béni que celui de Marie. Elle fut en vérité « bénie entre les femmes ». En écrivant ces mots, nous nous rappelons la réponse du Seigneur à cette femme qui s’écriait au milieu de la foule : « Bienheureux est le ventre qui t’a porté, et les mamelles que tu as tetées. Et il dit : Mais plutôt, bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Luc 11:27-28). Cette bénédiction est accessible à tout enfant de Dieu.

 

2.9   Jean 2:1-11 — À Cana de Galilée

Des années s’écoulèrent avant que Marie réapparaisse dans le récit sacré. On l’avait vue pour la dernière fois quand Jésus avait douze ans, à Jérusalem où elle et son mari étaient allés célébrer la fête de Pâque. De là, ils étaient retournés à Nazareth où pendant au moins dix-huit ans il n’est plus question de Jésus ni de Sa mère. Durant tout ce temps où Il demeura caché, elle le fut aussi. Il en est, ou il devrait en être de même pour le chrétien. Présentement, notre vie est cachée avec Christ en Dieu, mais lorsque Christ qui est notre vie paraîtra, alors nous aussi paraîtrons avec Lui en gloire (1 Jean 3:2). C’est ainsi que, dans l’évangile, dès que Jésus commence à être manifesté à Israël (Jean 1:31), Marie réapparaît. Mais afin de bien comprendre cette réapparition de Marie, et celles qui suivront, remarquons bien que son histoire personnelle est terminée. Si on la retrouve plus tard, ou s’il est question d’elle, c’est soit en type, soit pour nous donner quelque précieux enseignement touchant notre Seigneur. Aussi favorisée fût-elle, elle ne doit pas attirer notre attention lorsque son Fils, Jésus, est là : ce sont Ses perfections à Lui, Sa sagesse, Sa consécration à la volonté de Son Dieu, Sa gloire, qui doivent occuper le lecteur, même si celui-ci ne peut pas oublier le caractère unique de la relation existant entre Marie et son Enfant.

Le troisième jour, nous est-il dit : « il y eut une noce à Cana de Galilée, et la mère de Jésus était là. Et Jésus fut aussi convié à la noce, ainsi que ses disciples » (Jean 2:1-2). Comment douterions-nous, si du moins nous connaissons l’enseignement prophétique concernant la restauration future d’Israël ― du caractère symbolique de toute cette scène ? Le fait qu’il soit dit que la noce eut lieu le troisième jour, en est une preuve — soit que, par ce troisième jour, on entende la période de bénédiction (et de jugement, si l’on y ajoute la purification du temple) qui suit les deux jours de témoignage (celui de Jean le Baptiseur, et celui de Jésus Lui-même) rapportés au chapitre 1, — soit que, comme c’est si souvent le cas, ce troisième jour symbolise la résurrection, annonçant en type que la bénédiction du peuple terrestre, comme celle du peuple céleste, ne peut avoir lieu qu’en résurrection. La clef de ce récit passe par la compréhension du caractère symbolique de cette noce (qui eut lieu tout à fait réellement, mais elle fut choisie à dessein) : il est nécessaire de le dire, car des gens, et même des chrétiens, se sont laissés entraîner à discuter la conduite personnelle du Seigneur à l’égard de Marie dans cette circonstance, oubliant, dans leurs raisonnements humains, la gloire de Celui qui manifeste ici, comme partout, Sa perfection dans toutes les relations où Il se trouve (*).

 

(*) Une bible bien connue a réellement falsifié la traduction des paroles adressées par Jésus à Marie au v. 4 ; cette falsification est faite pour en cacher le sens réel, comme si Jésus lui avait dit : « Qu’est-ce que cela pour moi et toi ? » Quelqu’un a dit : « ce n’est pas là une erreur, mais une déformation volontaire » — accusation certes solennelle, mais exacte !

Note du Traducteur : l’auteur utilise, pour ce v. 4, le texte de la version autorisée (anglaise) du roi Jacques, à savoir « Femme, qu’ai-je à faire avec toi ? » La version française de JND traduit : « qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? »

 

Il est écrit : « Et le vin étant venu à manquer, la mère de Jésus lui dit : ils n’ont pas de vin. Jésus lui dit : Qu’ai-je à faire avec toi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue. Sa mère dit aux serviteurs : Faites tout ce qu’il vous dira » (2:3-5). Quelqu’un a fait la remarque suivante qui aidera à élucider le sens de ce passage : « À cette noce, Il ne voulait pas connaître Sa mère ; c’était le lien qui L’unissait naturellement à Israël qui lui tenait lieu de mère, si on Le considère comme né sous la loi ; Il se sépare d’elle afin d’apporter la bénédiction ». Cette remarque éclaire le caractère « typique » de cette scène auquel il a déjà été fait allusion. En vérité, il en était bien ainsi : si Jésus était né de femme, sous la loi, il fallait qu’Il mourût à toutes ces relations, après avoir parfaitement glorifié Dieu en elles, et racheté ceux qui étaient sous la loi en étant fait malédiction pour eux ; alors seulement, Il pourrait réaliser la bénédiction d’Israël. Il fallait que le grain de blé tombe en terre et meure pour pouvoir porter beaucoup de fruit.

Mais souvenons-nous d’autre chose. Jésus avait déjà dit à Sa mère, comme nous l’avons vu, qu’il Lui fallait être aux affaires de Son Père. Étant venu pour faire Sa volonté, Il la faisait à chaque pas en communion avec le Père, en tout temps et de toute manière. Comme Il l’a dit Lui-même, « le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père, car quelque chose que celui-ci fasse, le Fils aussi de même le fait » (Jean 5:19-20). Il Lui était donc impossible de recevoir une suggestion de Marie quant à ce qu’Il devait faire. Et même, en faisant une telle suggestion, Marie s’immisçait dans un domaine exclusivement réservé au Père et au Fils. On ne saurait nier que ses paroles étaient inspirées par l’affection, ainsi que par sa foi en la puissance de Jésus. Mais quant à l’entière et parfaite consécration de Christ, Il ne pouvait écouter aucune voix sinon celle de Dieu dont Il était venu faire la volonté. C’est ce qui explique ces paroles : « Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue » (*).

 

(*) Certains commentateurs se trouvent cruellement embarrassés pour savoir si ces paroles sont une répréhension. Ce qui vient d’être dit suffit pour répondre ; on peut quand même ajouter que, si c’est une répréhension, elle a été exprimée de la meilleure manière possible pour laisser l’impression désirée sur le cœur de Marie.

 

Il est clair que ces paroles de Jésus à Sa mère produisirent l’effet voulu : on le voit en ce qu’elle ne chercha pas à répondre, tout en ne cessant de compter sur Son intervention et sur le déploiement de Sa puissance ; en effet elle dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2:5). C’est de toute beauté, car si Marie avait été tentée de sortir de sa place à cause de sa profonde affection, et peut-être aussi à cause de son désir de voir son fils publiquement reconnu ― dès que le Seigneur eut parlé, elle reprit sa place d’effacement, tout en attendant que brille quelqu’éclat de Sa gloire divine (2:11), et tout en commandant aux serviteurs de Lui obéir sans discuter. Concilier son amour maternel et sa foi en Jésus comme Celui qui devait être appelé Fils du Très-Haut et Fils de Dieu, cela dut être une tâche toujours difficile dans la routine de la vie quotidienne, lorsqu’elle voyait Jésus manger, boire et dormir. Mais Dieu Lui-même veillait sur elle, ouvrant chaque jour son cœur à l’instruction nécessaire, comme on le voit à cette noce de Cana de Galilée. Son souci en rapport avec le manque de vin fut plus qu’apaisé tandis qu’elle assistait en silence à la suite des événements ; elle put donc jouir de l’inestimable privilège d’être témoin du commencement des miracles de Jésus, lorsqu’Il manifesta Sa gloire et que Ses disciples crurent en Lui (2:11). Toute manifestation de ce qui est divin, fait partie de la gloire de Dieu qui révèle ce qu’Il est, et ce fut le cas pour cette transformation d’eau en vin par Sa force toute-puissante ; un des effets en fut que Ses disciples crurent en Lui. Ils L’avaient déjà reçu précédemment, si faible que fût leur foi, mais celle-ci était désormais affermie, comme aussi celle de Marie, certainement.

Ayant accompli Sa mission à Cana de Galilée, Jésus descendit à Capernaüm, ainsi que Sa mère, Ses frères et Ses disciples. Ils y demeurèrent quelque temps (*).

 

(*) Il semble d’après ce passage, et surtout Marc 2:1, que Marie avait déménagé de Nazareth pour s’installer à Capernaüm. Il est aussi probable que Joseph était maintenant mort, car il n’en est plus fait mention après Luc 2:48 ; c’est peut-être la raison du déménagement. Ces suppositions n’ont pas de conséquences particulières, sauf qu’en ce qui concerne la mort de Joseph, on peut bien percevoir qu’il y avait une raison divine pour qu’elle ait lieu avant l’entrée de Jésus dans Son ministère public.

 

2.10                      Matt. 12:46-50, Marc 3:31-35, Luc 8:19-21 — La mère et les frères du Seigneur

Si l’on compare les deux premiers de ces passages, il semble que l’incident dont il est question et qui rappelle Marie à notre attention, ait eu lieu à Capernaüm. Le Seigneur y était alors pleinement occupé à Son ministère béni, et les foules étaient si fortement attirées à Lui que ni Lui ni Ses disciples « ne pouvaient même manger leur pain » (Marc 3:20). Alors Ses proches (Ses « amis » dit la version anglaise), soit par souci envers Lui, soit dérangés par ce qui se passait, « sortirent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il est hors de sens » (Marc 3:21). C’est cet incident qui explique ce qui suit immédiatement dans l’évangile de Marc, et que nous allons maintenant considérer. Nous Le retrouvons donc, poursuivant diligemment Sa mission divine, et « la foule était assise autour de lui » (Marc), et « comme il parlait encore aux foules » (Matthieu), « voici, sa mère et ses frères se tenaient dehors, cherchant à lui parler ». Mais selon Luc, « ils ne pouvaient l’aborder, à cause de la foule ». Alors, « se tenant dehors, ils l’envoyèrent appeler » (Marc). Ce message arriva donc jusqu’au cercle intérieur de Ses auditeurs les plus proches : « Voici, ta mère et tes frères se tiennent dehors, cherchant à te parler » (Matthieu).

À première vue, il peut paraître étrange qu’après la leçon reçue à Cana, Marie ait ainsi osé interrompre le Seigneur dans Son service. Nous ne pouvons le comprendre qu’à la lumière de l’incident déjà signalé en Marc 3:20-21. Bien qu’il eût déjà été révélé à Marie qui et quel était Jésus, elle ne pouvait qu’avoir de profondes affections naturelles, et ces sentiments ne pouvaient évidemment que s’approfondir et croître lorsqu’elle contemplait Sa vie pure et sainte, une vie toute d’amour parfait pour Dieu et pour les hommes, et d’équilibre entre les exigences d’en haut et celles de la terre (car en tant qu’Enfant, Il fut soumis à Joseph et à Marie). Que Marie n’ait pu apprécier tout le parfum et toute la beauté de la vie de son Fils, cela se conçoit aisément, mais ce qu’elle en saisit ne pouvait manquer d’absorber son cœur pour Le lui rendre de plus en plus cher. Quand donc elle Le vit se consacrer à Son service jour après jour, sans aucun souci de Lui-même ni de Ses aises, sans jamais se ménager le moins du monde, mais cherchant au contraire, inlassablement jour et nuit, à saisir toutes les occasions d’être aux affaires de Son Père, elle dut être fort inquiète à son sujet, dans la mesure où c’était son cœur naturel qui la guidait. C’est la seule manière d’expliquer et de comprendre pourquoi Marie « cherchait à Lui parler ».

Avant de considérer la réponse du Seigneur, il peut être utile d’attirer l’attention sur une caractéristique de la sagesse divine dont nous avons ici un exemple. Les évangiles nous rapportent souvent des défaillances des disciples du Seigneur, et des manifestations de l’inimitié de l’esprit charnel ; et pourtant Dieu tire immédiatement parti de toutes choses, soit pour attirer l’attention sur quelque aspect de la gloire de la Personne de Christ Lui-même, soit pour dispenser quelque enseignement précieux sur la vérité divine. Rien ne prouve plus clairement que Dieu est derrière tout, et qu’Il se sert de tout pour accomplir Ses propres desseins, soit en grâce soit en jugement. Il en est ainsi, comme nous le voyons ici, de Marie interrompant le Seigneur en train de parler. Les paraboles de Matthieu 13 montrent clairement que le ministère du Seigneur avait atteint un point critique. Il n’est pas exagéré de dire que ces paraboles ne pouvaient pas être prononcées avant que, par Son enseignement, Il ait rompu Ses relations avec la nation juive selon la chair. C’est justement ce que le Seigneur trouve l’occasion de faire à partir du message de Marie. Quelle perfection divine dans Sa sagesse, ainsi que dans la Parole qui la met en valeur ! Et qui d’autre qu’une Personne divine aurait pu tout prévoir et faire tout concourir à Ses propres desseins ?

La réponse du Seigneur à Sa mère et à Ses frères est digne de toute notre attention : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Et étendant sa main vers ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères ; car quiconque fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » (Matt. 12:48-50).

Bien que le sujet principal de nos méditations soit l’histoire personnelle de Marie, il n’est guère possible de négliger ce dont cet incident nous instruit. En ce qui concerne Marie elle-même, la leçon est à peu près identique à celle qu’elle avait reçue à Cana de Galilée. Occupé comme Il l’était à accomplir la volonté de Dieu dans Son précieux service, le Seigneur ne pouvait accepter d’être interrompu, même par Sa mère selon la chair. Dans Sa consécration aux « affaires » de Son Père, Il n’avait rien à faire avec elle (cf. Jean 2:4). En cela, nous pouvons Le considérer comme le vrai et parfait Lévite. Lorsque Moïse, avant son départ, bénit les tribus d’Israël, Il dit au sujet de Lévi : « …Qui dit de son père et de sa mère : Je ne l’ai point vu ; et qui n’a pas reconnu ses frères, et n’a pas connu ses fils. Car ils ont gardé tes paroles et observé ton alliance … » (Deut. 33:9, cf. Ps. 69:8). Quel exemple merveilleux nous avons de tout cela en Christ dans la scène que nous considérons ! Il était entièrement et totalement pour Dieu, et ainsi en dehors de toutes les exigences des relations naturelles. Il fut véritablement le Conducteur de Son peuple dans tous les chemins où Il l’appelait à marcher (cf. 1 Jean 2:6). De la même manière, Il a accompli la pensée de Dieu touchant le Nazaréen, car pendant tout le temps de sa séparation, Il fut saint envers l’Éternel. Et tandis que Son nazaréat se poursuit désormais maintenant d’une autre manière et dans une autre condition (car en ce qu’Il vit, Il vit pour Dieu ; Rom. 6:10), au cours de Sa carrière terrestre, Il a été pour Dieu d’une manière absolue.

Mais, comme cela a déjà été dit, il y avait un autre sens. La fin du chapitre 11 de Matthieu montre qu’Il était désormais rejeté, et que l’élu de Dieu avait mis de côté la nation qui ne voulait pas recevoir son Messie. Si les bénédictions de la grâce étaient désormais cachées aux sages et aux intelligents, Dieu avait révélé « ces choses aux petits enfants », et Jésus pouvait louer le « Père, Seigneur du ciel et de la terre » pour l’exercice de Sa souveraineté selon Ses conseils éternels. Désormais donc, comme cela était maintenant révélé : « toutes choses m’ont été livrées par mon Père : et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; ni personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler » (Matt. 11:27). Lorsque le Seigneur répondit à celui qui Lui disait que Sa mère et Ses frères cherchaient à Lui parler : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? », Il déclarait en fait que ses liens naturels avec le peuple juif n’étaient plus reconnus. D’où le fait, comme on pouvait s’y attendre, qu’on Le voit au chapitre suivant aller comme un semeur, cherchant à produire du fruit ; car, en effet, Il était bien venu chercher du fruit, mais Il n’en avait pas trouvé.

Nous apprenons en même temps qu’Il avait créé des liens très intimes avec Ses disciples, car « étendant sa main vers ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères ; car quiconque fera la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère » (Matt. 12:49-50). Quelle grâce précieuse ainsi manifestée, quand Il déclare devant tous Son entière identification avec ce résidu pauvre et faible qui Le suivait d’un pas si hésitant, et qui pourtant, grâce à Ses soins et à Son soutien, persévérait avec Lui dans ses tentations (Luc 22:28) ! En accomplissant la volonté de Son Père — ce qu’ils faisaient en écoutant Son appel — ils étaient introduits dans le cercle béni dont Il était à la fois le centre et le Chef, et où Il trouvait Son plaisir (Ps. 16:3). Nous voyons pourtant de quels tendres soins Il entoura Sa mère une fois Son service achevé ; et cela aussi faisait partie de Sa perfection comme homme sur la terre ; il n’en est pas moins vrai que les liens qu’Il reconnaissait comme étant les plus étroits étaient ceux qui L’unissaient aux enfants que Dieu Lui avait donnés (És. 8:18).

Remarquons qu’en cela aussi Il est notre parfait Modèle. Combien d’entre nous n’arrivent pas à trouver le juste équilibre entre les droits de Dieu et des Siens, et ceux des liens familiaux ! Être dépourvu d’affections naturelles est un signe certain des temps fâcheux de la fin (2 Tim. 3:3). Mais si ces affections nous absorbent, ou si elles sont placées au-dessus de l’amour de nos frères, et qu’elles deviennent le motif suprême gouvernant nos vies, alors nous ne pouvons pas être dans l’esprit de ces paroles de notre bien-aimé Seigneur. Mais si Christ Lui-même possède nos cœurs, nous considérerons les Siens à la lumière de Ses propres affections, et, réalisant ainsi la vérité de l’Assemblée, nos maisons et nos familles occuperont leur vraie place. Puissent nos cœurs être éclairées par ces paroles de grâce prononcées par notre Seigneur à cette occasion !

 

2.11                      Jean 19:25-27 — Marie près de la croix de Jésus

Le vieillard Siméon, tenant l’enfant Jésus dans ses bras, avait dit à Marie : « Voici, celui-ci est mis pour la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et pour un signe que l’on contredira (et même une épée transpercera ta propre âme), en sorte que les pensées de plusieurs cœurs soient révélées » (Luc 2:34-35). Ce qui est entre parenthèse vise spécialement Marie, et trouve sûrement son accomplissement dans la scène de Jean 19:25-27. Il n’est pas dit si Marie avait suivi Jésus allant à la croix, ni si elle avait assisté aux insultes, aux moqueries et aux coups dont Il avait été l’objet devant Ses juges. Un voile recouvre les sentiments de Marie, son attente et son angoisse, pendant cette sombre nuit où Il fut trahi. Bien que l’épée dût la transpercer au plus profond de son cœur durant la nuit et le jour qui suivirent la Pâque, c’est du Seigneur Lui-même, et non de Marie, que l’Esprit de Dieu nous entretient. C’est Son attitude, Son comportement, Sa douceur, Sa patience, Son humilité et Ses paroles à Lui que nous sommes appelés à contempler. Mais maintenant que Ses douleurs et Ses souffrances tirent à leur fin, le voile est soulevé un bref instant pour que nous puissions contempler Marie à la croix, ou plutôt pour que nous puissions contempler la perfection de Jésus dans le soin qu’Il prend de Marie, maintenant qu’Il a accompli la volonté de Dieu dans Son service terrestre. D’autres sont avec elle : sa sœur Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala, mais c’est à Marie Sa mère et au disciple bien-aimé qui « se tenait là » que le Seigneur s’adresse. Nous n’avons pas d’hypothèses à faire là où la Parole de Dieu ne dit rien, mais nous pouvons cependant affirmer que Marie ne put pas assister à la crucifixion de son saint Fils sans une souffrance indicible, ni sans que son cœur fût déchiré par ce spectacle atroce. Depuis plus de trente ans, elle L’observait et n’avait pu qu’être touchée par la beauté morale qui se dégageait comme un parfum de Sa vie de consécration, et elle avait dû saisir au moins quelques aperçus de la gloire de Sa Personne. Et voilà qu’elle devait maintenant Le voir rejeté, insulté, outragé et crucifié ! Nous ne pouvons assurément pas douter de ce qu’elle fût divinement soutenue dans une épreuve aussi terrible. Néanmoins, ce dut être avec un cœur brisé qu’elle Le contemplait sur la croix et qu’elle voyait le plaisir diabolique de Ses ennemis parvenant à réaliser leurs abominables desseins.

Nous ne pouvons cependant nous attarder sur ces réflexions, que nous ne nous sommes permis de faire que pour mieux apprécier les tendres soins dont le Seigneur entoura Marie dans sa douleur. Pour Lui, la coupe était désormais bue jusqu’au bout, car nous lisons presque aussitôt : « Jésus, sachant que toutes choses étaient accomplies… ». Sachant donc aussi ce qui se passait dans le cœur de Marie, Il était disponible pour se tourner vers elle et lui adresser des paroles de consolation et de réconfort. Se trouvait-elle dans un abîme de chagrin en ces moments d’épreuve suprême ? La lumière était là pour dissiper les ténèbres et l’assurer que Celui qu’elle avait contemplé avec une douleur indicible comprenait sa peine, car, lorsqu’Il voit Sa mère et le disciple qu’Il aimait, Il dit : « Femme, voilà ton fils ! Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jean 19:26).

En méditant ces paroles, on remarquera que l’évangéliste a été conduit à utiliser le terme « mère » (19:25-26), tandis que Jésus s’adresse à elle en tant que « femme ». Marie était bien la mère de Jésus, et cette faveur de Dieu avait conduit Gabriel à la saluer en lui disant : « tu est bénie entre les femmes ». Mais comme nous l’avons vu, les liens naturels ne pouvaient être reconnus comme ayant un droit quelconque sur la vie d’un pieux et parfait Nazaréen. Et maintenant que la mort du Seigneur était proche, ce lien de tendresse et d’intimité allait lui-même être rompu du fait de Son départ de cette scène où, par Son incarnation, Il avait été fait un peu moindre que les anges à cause de la passion de la mort. C’est pourtant à ce moment précis que le Saint Esprit nous rappelle qu’elle était la mère de Jésus. Cela nous apprend de manière incontestable que l’honneur que Dieu accorda à Marie, ne lui sera jamais ôté, dans la sphère qui lui est propre. L’erreur, et l’erreur fatale qu’on a faite, c’est de transférer cet honneur de la terre au ciel, et d’exalter ainsi Marie au-dessus même du Fils bien-aimé de Dieu.

Dans ces paroles de notre Seigneur, il y a deux choses faciles à comprendre. La première, c’est que, dans le deuil de Marie, Il lui donne une consolation et un objet pour sa vie. Le disciple bien-aimé, qui connaissait la pensée de son Seigneur mieux qu’aucun autre (car il avait « penché sa tête sur la poitrine de Jésus » ; Jean 13:25), devait être désormais comme un fils pour Marie, et Marie pouvait le prendre à cœur d’une manière nouvelle, comme lui étant donné par le Seigneur Lui-même. C’était un précieux legs (don) des affections de Son cœur, la plus grande consolation qu’Il pouvait lui dispenser dans ces circonstances.

La seconde chose, c’est que le Seigneur transfert sur Jean sa propre relation terrestre lorsqu’Il lui dit : « Voilà ta mère », distinguant ainsi le disciples qu’Il aimait pour avoir la charge de toutes les responsabilités d’amour qu’impliquait une telle relation. En un mot, le Seigneur confiait Marie aux soins de Jean qui, désormais, devrait s’occuper d’elle et répondre à ses besoins avec une affection toute filiale. Le Seigneur savait ce qui était dans le cœur de chacun d’eux, et c’est selon cette connaissance, et selon l’amour qu’Il leur portait, qu’Il les confiait ainsi l’un à l’autre, unissant leurs cœurs pour le reste de leur pèlerinage ici-bas.

 

2.12                      Actes 1 — La dernière mention de Marie

Le disciple bien-aimé, obéissant au désir exprimé par le Seigneur avant de baisser la tête et de remettre Son esprit (*), avait pris Marie chez lui. Dès lors, hormis une brève allusion, nous n’entendons plus parler d’elle. On ne la voit ni à l’ensevelissement du corps du Seigneur, ni au jardin le matin de la résurrection. Mais après l’ascension du Seigneur à laquelle les apôtres avaient assisté (voir Actes 1:1-11), ceux-ci étaient revenus de la montagne des oliviers, et arrivés à Jérusalem, ils montèrent dans une chambre haute où ils demeuraient. C’est alors qu’apparaît Marie pour la dernière fois dans le récit divin. À propos des onze, il est dit : « tous ceux-ci persévéraient d’un commun accord dans la prière, avec les femmes, et avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères » (Act. 1:14) (**).

 

(*) Le lecteur se rappellera qu’en Jean 10:18 Jésus avait dit qu’Il avait le pouvoir de laisser Sa vie ; c’est en accord avec Ses paroles, qu’il est écrit qu’Il « remit Son esprit », comme quelqu’un qui en disposait pleinement. Il nous est ainsi permis de Le contempler dans cet acte, en train de parachever Sa sainte vie d’obéissance, glorifiant le Père et achevant l’œuvre qu’Il Lui avait donnée à faire.

(**) Le verset suivant montre qu’ils étaient 120 à être assemblés ; mais jusqu’au v. 13, seuls les apôtres apparaissent, car ils étaient les seuls témoins désignés par le Seigneur.

 

Le fait que la présence de « Marie, la mère de Jésus » parmi les disciples soit spécifiquement mentionnée, est d’une grande importance.

Sans aucun doute, le but de cette mention est d’attirer notre attention sur le nom de Marie, et de nous enseigner par là que Marie avait maintenant compris QUI était Celui qui avait daigné devenir son Fils selon la chair ; et qu’en même temps que la lumière s’était faite dans son âme au sujet de Sa mort et Sa résurrection, et au sujet de Sa gloire à la droite de Dieu, elle avait maintenant pris sa place parmi Ses disciples sur la terre, et s’identifiait à eux. Elle n’en appréciait pas moins l’ineffable privilège qui lui avait été accordé d’avoir été la mère de Jésus, et elle n’allait jamais cesser d’être celle qui avait joui de la faveur de Dieu, et qui était bénie entre les femmes. Mais, désormais, ayant mis sa foi dans son Seigneur glorifié, et comptée parmi les excellents de la terre en qui Il avait trouvé tout Son plaisir (Ps. 16), ses sentiments et ses affections naturels se fondaient en adoration et en louange. Elle avait été le vase choisi pour mettre Christ au monde, et elle était désormais comptée parmi Ses humbles disciples, un simple membre de cette assemblée bénie qui devait bientôt devenir l’habitation de Dieu par l’Esprit. Comme le Seigneur l’enseignait aux soixante-dix, il était de beaucoup meilleur d’avoir son nom écrit dans les cieux que d’être un instrument de Sa puissance contre l’ennemi (Luc 10:20). De même, il était meilleur pour Marie d’être une pierre vivante dans la maison spirituelle de Dieu (ce qu’elle devint au jour de Pentecôte) édifiée sur Celui qui est la Pierre Vivante, choisie par Dieu et précieuse (1 Pierre 2:4), plutôt que d’avoir été la mère de son Seigneur sur la terre.

Ajoutons seulement que tous les enfants de Marie crurent en Jésus (Actes 1:14). Eux aussi furent au nombre des élus de Dieu, et reçurent la grâce de confesser Son nom et de faire partie des Siens dans cette nouvelle famille céleste. Tout comme Marie leur mère, ils avaient été élus en Christ avant la fondation du monde, et furent ainsi manifestés au temps propre comme Lui appartenant. Comme Marie elle-même, ils comprenaient désormais qu’il était meilleur d’entendre et de garder la Parole de Dieu, que d’avoir été associé à Jésus durant Sa vie terrestre, par des liens naturels intimes. Exalter Marie aux dépens de son Seigneur glorifié, c’est être aveugle à ce que l’Écriture enseigne de plus clair, et c’est pervertir tout le caractère du christianisme.

 

 

3                        Marie de Béthanie

3.1   Introduction

Si Marie, la mère de notre Seigneur, fut bénie entre les femmes en ce qu’elle fut le « vase d’élection » choisi pour introduire Christ dans le monde, Marie de Béthanie fut l’objet d’une faveur presque égale. Elle était membre de ce foyer bien connu, de trois personnes, dont il est dit : « Or, Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare » (Jean 11:5). Il semblerait que le Seigneur se soit parfois retiré, et certainement rafraîchi, chez ces disciples qui Lui étaient attachés, et qui L’aimaient parce que Lui les avait aimés le premier. Cette affection simple et dévouée réjouissait Son cœur dans la nuit toujours plus épaisse de Sa réjection. Parmi ces trois personnes, Marie était celle qui a le mieux répondu aux désirs de Son cœur, et qui était le plus en communion avec Ses pensées. Ceci est particulièrement vrai par comparaison avec Marthe ; par rapport à Lazare, bien qu’il n’en soit que peu parlé, on ne peut guère douter qu’elle le surpassait, lui aussi, par son dévouement absolu envers son Seigneur. Mais qu’il s’agisse de Marie, de Marthe ou de Lazare, tout était grâce, et les faiblesses de Marthe, tout autant que les qualités excellentes de Marie, se rajoutent les unes aux autres pour nous donner de précieuses leçons et des avertissements, et pour guider les enfants de Dieu de tous les temps. Mais c’est tout particulièrement Marie qui sera le sujet de ces méditations, même si nous devons la considérer en rapport avec sa sœur et son frère, afin d’apprécier plus justement ses qualités spirituelles. Elle n’apparaît sous son nom qu’en Luc 10, Jean 11 et 12, mais Matthieu et Marc font tous les deux le récit de l’onction des pieds du Seigneur par Marie avec un parfum de grand prix, la veille de son arrestation et de sa mort.

 

3.2   Luc 10:38-42

3.2.1        Le foyer de Béthanie et la différence entre les deux sœurs

En Luc 10, Marie est pour la première fois signalée à notre attention, d’une manière toute simple. Aussitôt après la parabole du bon Samaritain, nous lisons :

 

« Et il arriva, comme ils étaient en chemin qu’il entra dans un village. Et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Et elle avait une sœur appelée Marie, qui aussi, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole » (Luc 10:38-39).

 

Avant de considérer ce que signifie cette attitude de Marie, voyons brièvement le rapport entre ces deux récits. Le bon Samaritain avait bandé les plaies de l’homme trouvé à demi-mort, en y versant dessus de l’huile et du vin. Il l’avait chargé sur sa propre bête, installé dans l’hôtellerie, puis il avait pourvu à toutes les dépenses jusqu’à son propre retour par une provision. Et maintenant, en considérant ce que faisait Marie, nous apprenons ce que doit être le service diligent de ceux qui sont sauvés, en attendant le retour du Seigneur : écouter la parole de Jésus est en vérité la bonne part qui ne leur sera pas ôtée.

Il y a un contraste évident, et voulu, dans la manière dont les deux sœurs nous sont présentées. Marthe reçut Jésus dans sa maison (Luc 10:38), et il est ajouté qu’« elle avait une sœur appelée Marie, qui aussi, s’étant assise aux pieds de Jésus, écoutait sa parole » (10:38, 39). Le mot « aussi » fait ressortir ce contraste. Il se peut fort bien que Marthe fût l’aînée, comme il est dit que la maison était à elle, mais il n’y a cependant pas l’ombre d’un doute que Marie s’était jointe à sa sœur pour recevoir le Seigneur. Si cette supposition est exacte, le mot « aussi » prend un sens tout particulier : il signifie que Marie non seulement Le reçut, mais qu’en outre elle s’assit à ses pieds pour écouter Sa parole. Deux sortes d’âmes nous sont ainsi présentées : d’une part celles qui « reçoivent » le Seigneur comme leur Sauveur et en restent là, même si elles rendent un service quelconque qu’elles croient être le meilleur ; et d’autre part celles qui, après L’avoir reçu, ont à cœur d’aller plus loin, avec le désir de cœur d’apprendre Ses pensées et de Le connaître de près. Comme David, tout leur désir, tout ce qu’elles recherchent, c’est de contempler la beauté du Seigneur et d’apprendre de Lui dans son temple (Ps. 27:4). Et parce qu’elles trouvent ainsi leur joie dans le Seigneur, Il leur accorde les désirs de leur cœur. Il nous sera donc profitable de faire un effort pour fouiller l’action de Marie décrite ici.

 

3.2.2        Assise aux pieds du Seigneur

Il nous est dit, tout d’abord, que Marie était assise aux pieds de Jésus. Le récit insiste sur ce fait (le mot utilisé est un terme fort) et semble impliquer que telle était son habitude lorsqu’elle en avait l’occasion. Mais c’est au fait d’être assise que nous devons avant tout être attentifs. À propos du démoniaque, il est dit qu’on le trouva aux pieds de Jésus « assis, vêtu et dans son bon sens » (Marc 5:15). Cette attitude même est une indication que tout était réglé dans l’âme de Marie, et que, selon toute l’interprétation chrétienne que nous pouvons en donner, elle avait la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, et était délivrée du pouvoir de Satan et de tout ce dont Satan se sert pour garder les âmes en esclavage ; et ainsi, délivrée d’elle-même, dans la liberté de l’âme, et par la puissance du Saint Esprit, elle était libre d’être occupée du Seigneur seul. Non pas que Marie fût déjà entrée dans la jouissance de ces bénédictions, au sens pleinement chrétien du terme, mais elle avait Christ Lui-même, et l’ayant Lui elle avait tout. Son cœur était donc au repos, elle était richement satisfaite, et Celui aux pieds duquel elle était assise était tout pour elle. Le cœur débordant, elle aurait pu s’écrier « Je suis à mon bien-aimé, et son désir se porte vers moi » (Cant. 7:10)

Son attitude disait encore autre chose. Le fait d’être assise à ses pieds proclamait qu’elle était devenue Son disciple. Ainsi, Paul, s’adressant aux Juifs à Jérusalem, leur rappelle qu’il avait été élevé dans cette ville-ci et avait été instruit « aux pieds de Gamaliel », « selon l’exactitude de la loi de nos pères »… (Act. 22:3). Comme nous l’avons déjà dit, tous les chrétiens ne deviennent pas des disciples, c’est pourquoi cette attitude de Marie mérite d’être notée ; son sens est encore plus profond si nous adoptons la variante de traduction préférée par le plus grand nombre : « aux pieds DU SEIGNEUR ». Il est remarquable de voir l’Esprit de Dieu attirer notre attention, dans ce récit, sur les droits de Jésus en tant que Seigneur, en nous donnant l’exemple d’une personne dont l’âme toute entière reconnaissait ces droits, et qui, en demeurant assise à Ses pieds, confessait Sa suprématie absolue. Quel moment béni pour toute âme qui en arrive là, quand Il occupe cette place suprême dans le cœur, et que Sa volonté devient la loi unique qui gouverne la vie quotidienne, parce qu’on comprend Sa parole : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements » (Jean 14:15).

 

3.2.3        Pour écouter Sa Parole

Mais Marie était assise aux pieds du Seigneur pour écouter Sa parole, ce qui réjouissait tout spécialement le cœur du Seigneur. À maintes reprises, Il s’était écrié : « qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (Matt. 11:15 ; voir aussi Apoc. 2 et 3), et voilà qu’Il avait trouvé quelqu’un qui avait reçu la grâce de vouloir écouter, et dont le cœur avait été préparé à recevoir les communications divines qu’Il avait à faire. À ses disciples, Il disait : « Je ne vous appelle plus esclaves, car l’esclave ne sait pas ce que son maître fait ; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai ouï de mon Père » (Jean 15:15). Cela nous aidera à comprendre la nature des paroles qu’Il adressait à Marie. Quelle joie pour le Seigneur d’annoncer ces choses célestes à une âme toute prête, par grâce, à se laisser instruire. Au milieu de cœurs engraissés et d’oreilles pesantes et de regards obscurcis qui L’entouraient de tout côté (És. 6:10), quel rafraîchissement extraordinaire pour Son âme de rencontrer cette âme tellement avide d’écouter Ses paroles ! Et avec quelle sainte crainte, et avec quelle joie répondant à Son cœur, elle écoutait, tandis qu’Il lui parlait de Ses affaires et de celles de Son Père ! Le Père qui L’avait envoyé Lui avait Lui-même commandé ce qu’Il devait dire, et ce dont Il devait parler (Jean 12:49). Et c’était l’ineffable privilège de Marie d’écouter le message que le Père avait donné au Fils pour le proclamer (cf. És. 1:4).

La parole qu’Il disait était en outre la révélation de Lui-même, car lorsque les Juifs dirent : « Toi, qui es-tu » ? » Il répondit : « Absolument ce qu’aussi je vous dis » (Jean 8:25), c’est-à-dire que Ses paroles L’exprimaient Lui, parfaitement. Mais nous devons aussi nous rappeler que le Père était révélé dans et par Lui-même, Ses paroles et Ses œuvres. Comme Il le disait à Philippe : « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14:9). Ne pensons pas que Marie comprenait tout ceci, car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’était pas encore glorifié (Jean 7:39). Cependant, en considérant le contenu de Ses paroles, nous comprenons d’autant mieux l’immense bénédiction pour Marie d’avoir pu s’asseoir aux pieds de son Seigneur. Et, pour nous-mêmes, quel encouragement à suivre son exemple ! En le faisant, non seulement nous réjouirons Son cœur, mais nous serons nous-mêmes dans une position de bénédiction ineffable, insondable. Tel est le secret de toute croissance spirituelle, et du bonheur qu’une âme peut trouver dans le Seigneur Lui-même et dans les choses d’en haut.

 

3.2.4        L’intervention de Marthe

Et maintenant, considérons un instant l’intervention de Marthe ; elle nous fera d’autant mieux comprendre combien le Seigneur a apprécié que Marie se soit occupée de Lui. Marthe était distraite par beaucoup de service, d’un service à sa manière, qui convenait, pensait-elle, à quelqu’un qui recevait un tel invité ! Elle désirait Lui DONNER, plutôt que de RECEVOIR de Lui ! Elle voulait Le traiter selon sa propre conception de l’hospitalité, et il lui déplaisait de voir Marie ne pas se joindre à elle dans ce service. Elle s’approcha donc et Lui dit : « Seigneur, ne te soucies-tu pas de ce que ma sœur me laisse toute seule à servir ? Dis-lui donc qu’elle m’aide » (Luc 10:40). Le Seigneur aimait Marthe, comme nous le savons, et nous pouvons être sûrs que Marthe aimait le Seigneur, sinon elle n’aurait pas osé Lui parler sur ce ton abrupt, voire de commandement. Cher lecteur, réalisez-vous que le Seigneur de vie et de gloire s’est assis dans cette demeure de Béthanie comme un humble invité, et que dans Sa condescendance et Sa grâce infinies, Il a permis à Marthe de Lui parler en ces termes et qu’elle s’attende à ce qu’Il demeurât tranquillement assis dans la maison à sa convenance ? Bien plus, Il la laissa Lui reprocher implicitement que ce n’était pas bien de Sa part de laisser Marie demeurer si longtemps à Ses pieds ! Mais Sa réponse, débordante d’une grâce et d’une tendresse infinies, ne pouvait qu’ouvrir les yeux de Marthe sur le caractère inconvenant de son intervention. « Marthe, Marthe, tu es en souci et tu te tourmentes de beaucoup de choses, mais il n’est besoin que d’une seule ; et Marie a choisi la bonne part lui ne lui sera pas ôtée » (Luc 10:41, 42).

Il n’y a pas grand chose de plus à dire à propos de cette scène, étant donné que les paroles du Seigneur sont parfaitement explicites. Il se peut que ce « beaucoup de service » dût être accompli à sa place et en son temps ; cependant, même dans ce cas, si nous sommes dans la présence du Seigneur et que ce service soit pour Lui, il ne doit pas être une source de souci ou de trouble. Mais l’important ici, c’est que Marie avait choisi « la bonne part » qui consistait à s’asseoir aux pieds du Seigneur et à écouter Sa parole. Ce qu’elle reçut ce jour-là était d’un caractère éternel, et ne pouvait lui donc être ôté. Le lendemain, au lever du soleil, les soucis domestiques de Marthe recommenceraient étant donné son état d’esprit, tandis que Marie s’éveillerait avec le ciel dans son âme, parce que Christ remplissait son cœur. Tout son chemin à venir serait illuminé par Sa présence et par la jouissance de Son amour, et elle ferait d’autant mieux face à ses responsabilités quotidiennes, et d’autant plus selon Dieu, que, les recevant des mains de son Seigneur, elle s’en acquitterait en Son Nom, avec un cœur débordant de reconnaissance envers Dieu. Il y a sans doute beaucoup d’âmes représentées par Marthe, mais n’oublions jamais que le Seigneur a scellé de Son approbation éternelle la bonne part choisie par Marie, de même que par tous ceux qui marchent sur ses traces.

 

3.3    Marie et la mort de Lazare — Jean 11

3.3.1        La maison de Béthanie — Jean 11:1

Dans l’évangile de Luc, il n’est plus question de Marie ni de Marthe ; ce n’est que dans l’évangile de Jean que nous apprenons qu’elles avaient un frère et que celui-ci, semble-t-il, faisait partie de ce foyer de Béthanie si favorisé. Cela nous paraît ressortir du verset 4 où il est dit : « Or Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare ». Le verset 1 nous dit seulement : « Or il y avait un certain homme malade, Lazare, de Béthanie, du village de Marie et de Marthe sa sœur ». Tous les trois semblent tellement, au verset 5, n’avoir fait qu’un comme objets de l’amour du Seigneur, de même que par les liens étroits qui les unissaient comme le prouve la douleur des deux sœurs dans leur deuil, que nous ne pouvons qu’en conclure qu’ils formaient une seule famille et un seul foyer. Remarquons aussi que l’intérêt proprement « typique » de ce chapitre se concentre sur Lazare ; celui-ci représente Israël dans un temps encore à venir où, comme l’enseigne Daniel, « plusieurs qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront » (Dan. 12:2), faisant sans doute allusion à la résurrection morale du résidu d’Israël dans un jour à venir, dont la résurrection physique de Lazare dans notre chapitre est un type, c’est-à-dire une figure. Mais nous ne nous étendrons pas plus sur cette question, notre sujet principal étant Marie, la sœur de Lazare. Cependant, Marthe, Marie et Lazare sont si étroitement liés dans ce récit, que nous ne pouvons faire autrement que de considérer Marie dans ces relations familiales, car c’est dans ce contexte même et dans les circonstances du moment que se révèle son caractère.

 

3.3.2        Lazare malade. L’intervention différée du Seigneur — Jean 11:2-19

La pensée de l’Esprit accorde une place prééminente à Marie avant même le début de ce récit, comme on le voit au verset 2 : « C’était la Marie qui oignit le Seigneur d’un parfum et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux, de laquelle Lazare, le malade, était le frère ». Quelle touchante allusion à cet acte de Marie, qui nous montre combien il fut agréable à Dieu, au point que son parfum montait encore, soixante ans plus tard (*), jusqu’à Son trône ! Après cette précieuse et touchante parenthèse, le récit commence par l’information que les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade » (11:3). Il est clair qu’il ne s’agissait pas d’une maladie ordinaire, mais d’une maladie qui éveillait dans le cœur de Marie et de sa sœur les plus sombres pressentiments. Elles n’étaient toutefois pas sans ressource, car elles connaissaient Celui qui chassait les mauvais esprits par Sa parole, et guérissait tous ceux qui étaient malades ; c’est donc vers Lui qu’elles se tournèrent dans leur extrémité. Une souffrance commune les poussa à faire appel au Seigneur ensemble. Il en est souvent ainsi chez les enfants de Dieu, y compris dans les familles ; une supplication commune est toujours la source de riches bénédictions, au travers de la réalisation d’une dépendance commune et d’une attente pleine d’espoir devant Dieu. Dans le cas qui nous occupe, la réponse à la prière se fit attendre ; elle fut différée en vue d’une bénédiction plus grande, comme le Seigneur le laissa très clairement entendre lorsqu’Il dit : « Cette maladie n’est pas à la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle » (11:4). Ces paroles nous aident à comprendre ce verset qui resterait mystérieux autrement : « Après donc qu’il eut entendu que Lazare était malade, il demeura encore deux jours au lieu où il était » (11:6).

 

(*) On pense généralement que l’évangile de Jean n’a pas été écrit avant l’an 90, soit 60 ans après l’ascension du Seigneur.

 

Peut-être pouvons-nous dire que le Seigneur avait trois raisons de ne pas répondre immédiatement à l’appel des deux sœurs.

La première découle du verset 4 déjà cité. Si le Seigneur était allé tout de suite guérir Lazare, la gloire aurait pu encore en être attribuée à Dieu, mais Dieu était sur le point de rendre un témoignage frappant à la Personne de Son Fils bien-aimé par la résurrection, et c’est pourquoi Il n’intervint pas avant que Lazare fût mort. Ordonner à Lazare de sortir du tombeau, tout en étant par excellence pour la gloire de Dieu, était le témoignage manifeste que Jésus était le Fils de Dieu en puissance, selon l’Esprit de sainteté, par la résurrection des morts (Rom. 1:4) (*).

 

(*) La phrase est mieux rendue par « par résurrection des morts » : elle est construite de telle manière à inclure aussi bien les résurrections opérées par le Seigneur que Sa propre résurrection.

 

La seconde raison est la position que le Seigneur, bien que Fils de Dieu, occupe dans cet évangile où Il ne parle ni n’agit que selon la volonté du Père (Jean 5:19 ; 12:49 ; 14:10). C’est ainsi qu’Il resta où Il était jusqu’à ce que ce fût la volonté du Père qu’Il allât à Béthanie. Aussi grand que fût Son amour pour ces sœurs dans l’affliction, ce ne sont pas Ses sentiments qu’Il écouta, mais la volonté de Son Père à laquelle, dans Sa perfection, Il obéissait toujours et sans réserve.

Finalement, il ne fait aucun doute que ce délai eut pour effet d’exercer le cœur des deux sœurs, et de les préparer, chacune dans sa mesure, à l’éclat resplendissant de la gloire de Dieu (11:40) qu’elles allaient contempler lors de la résurrection de leur frère. C’est là l’un des secrets des voies du Seigneur envers les Siens. Ils crient à Lui, et apparemment Il n’entend pas. Mais, en vérité, Il entend, et si le secours désiré n’est pas immédiatement accordé, c’est seulement parce qu’Il veut, par cet exercice, préparer l’âme à être dans l’état convenable pour recevoir la bénédiction qu’Il va accorder. Ses voies, comme nous le confessons certainement tous, sont toujours parfaites, et exigent seulement de nous qui connaissons Son amour, de nous reposer sur Lui avec une confiance inébranlable en toute circonstance.

Passons rapidement sur l’enseignement que le Seigneur dispense à Ses disciples à propos de la mort de Lazare, et le soin qu’Il prend d’eux pour affermir leur foi (11:7-16). Nous lisons ensuite que lorsque Jésus arriva à Béthanie, Il trouva que Lazare était déjà depuis quatre jours dans le sépulcre (11:17). Lorsqu’Il avait ressuscité la fille de Jaïrus, elle venait juste de mourir. Quant au fils de la veuve de Naïn, on était en train de le transporter vers sa tombe lorsque le Seigneur le rencontra et le rendit à la vie. Mais pour Lazare, la mort avait fait de lui sa proie depuis déjà quatre jours, afin que la puissance divine pût se déployer d’une manière encore plus significative dans sa résurrection. Par ailleurs « plusieurs d’entre les Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie, pour les consoler au sujet de leur frère » (11:19), si bien qu’ils étaient prêts à être les témoins oculaires de la puissance de Jésus pour ressusciter les morts.

 

3.3.3        Marthe et Marie : les exercices communs dans la douleur — Jean 11:20, 21

Aussitôt après, nous sommes frappés une fois de plus par le contraste entre Marthe et Marie. Marthe, dès qu’elle entend que Jésus venait, elle va à Sa rencontre, mais Marie reste assise à la maison (11:20). Les exercices qu’elles avaient traversés en attendant la réponse du Seigneur à leur message, ne sont pas décrits par des paroles, mais nous discernons sûrement leur effet dans le contraste de leur conduite. Marthe avait certainement été autant éprouvée que Marie, car le fait qu’elles emploient les mêmes termes en arrivant devant le Seigneur (11:21, 32) révèle que Son retard les avait rendues perplexes et qu’elles en avaient parlé ensemble, courbées dans l’attente et le chagrin. Mais Marthe n’en était pas encore au point béni recherché par l’épreuve, car elle manifeste encore des signes de précipitation, et on peut dire d’impatience. Marie, de son côté, avait appris sa leçon, et pouvait ainsi attendre calmement que son Seigneur l’appelât. Sa douleur était toujours là, car son lien terrestre le plus cher avait été brisé, et il était normal qu’elle souffrît dans son deuil. Mais sa douleur était illuminée par sa confiance et son assurance dans le Seigneur ; elle pouvait donc demeurer tranquillement assise à la maison, tandis que Marthe, dans sa hâte et son impatience, alla au-devant de Lui. Sans aucun doute, elles avaient des caractères très différents, et demeureraient jusqu’au bout des « vases » très différents. Cependant, cela n’explique pas tout. Ce contraste réside plutôt dans le fait que Marie étant restée assise aux pieds de Jésus à écouter Sa parole tandis que Marthe avait été distraite par beaucoup de service ; la première avait beaucoup plus appris que sa sœur du cœur de son Seigneur.

 

3.3.4        Comment le Seigneur s’occupe de Marthe — Jean 11:20-27

Il est bon de ne pas passer trop vite sur la grâce du Seigneur à l’égard de Marthe. Marthe alla à Sa rencontre (11:20) et, apparemment sans attendre une minute, elle laissa éclater l’impatience de son cœur et ses reproches à peine voilés, disant : « Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort » (11:21). Cela était vrai, car la mort n’aurait pas pu se produire en présence du Seigneur. Cependant dans la bouche de Marthe, cette vérité était l’expression d’une plainte, de ce que le Seigneur n’avait pas été là avant la mort de son frère. En outre, ce qui trahit clairement son état d’âme, elle alla jusqu’à dire, dans son ignorance du vrai caractère de la Personne de Celui auquel elle s’adressait, et comme pour Lui suggérer ce qu’elle-même pensait qu’Il pouvait faire : « Mais même maintenant je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera » (11:22). Elle avait donc la foi, tout au moins la foi dans le Seigneur comme détenteur de la puissance de Dieu comme un prophète Élie par exemple. Mais il est clair que, bien que L’ayant accepté comme le Christ de Dieu, elle ne réalisait absolument pas qu’elle se tenait devant le Fils de Dieu. Avec quelle tendresse, cependant, le Seigneur agit avec elle, malgré sa faiblesse et l’insuffisance de sa foi ! Et avec quelle douceur, s’abaissant jusqu’à elle dans l’état où Il la trouvait, Il l’amena à la vérité de ce qu’Il était, Lui, dans Sa propre Personne : à la fois la résurrection et la vie ! « Ton frère ressuscitera » dit-Il. « Oui » dit Marthe, « je sais qu’il ressuscitera en la résurrection, au dernier jour », car elle croyait, comme tout Juif pieux, qu’au « dernier jour » il y aurait une résurrection des justes. Alors, saisissant l’occasion que Lui offrait l’incrédulité même de Sa servante, le Seigneur proclama, à l’intention de Marthe, et de tout Son peuple à travers elle : « Moi, je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, encore qu’il soit mort, vivra ; et quiconque vit, et croit en moi, ne mourra point, à jamais » (11:25-26). Révélation bénie de ce que bientôt le jugement de mort qui pesait sur Son peuple serait ôté, et révélation aussi bénie d’une vie de résurrection en Celui qui subirait le jugement à notre place, et qui, en tant que Ressuscité, serait la vie de tous les croyants ! « Crois-tu cela » ? demanda-t-Il encore à Marthe. Elle Lui dit : « Oui, Seigneur, moi je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde » (11:27), c’est-à-dire le Messie, selon l’enseignement du Psaume 2.

 

3.3.5        L’appel de Marie — Jean 11:28-31

Après avoir prononcé sa confession de foi car c’était vraiment de la foi, quoique bien en deçà du témoignage qu’elle venait d’entendre Marthe s’en alla, comme consciente de ne pas avoir compris les paroles du Seigneur, mais de ce que Marie, pourrait en saisir le sens : « Elle appela secrètement Marie, sa sœur, disant : Le Maître est venu, et il t’appelle » (11:28). C’est ainsi que Marie réapparaît devant nous. On ne saurait douter de ce que, même si Marthe n’avait pas directement reçu pareil message de la part du Seigneur, c’était pourtant la pensée du Seigneur qu’elle appelât sa sœur. L’état d’âme de Marie est immédiatement révélé par sa réaction aux paroles de sa sœur : « Celle-ci aussitôt qu’elle l’eut entendu, se lève promptement et s’en vient à lui » (11:29). C’est l’amour qui la contraignait à obéir si rapidement. Elle était tranquillement assise chez elle, en attendant qu’Il l’appelât, et lorsque Son appel lui parvint, elle se hâta d’y répondre. Attendre devant le Seigneur est le sûr moyen d’être rendu capable d’obéir à Son commandement. Quel soulagement ce dut être, pour son cœur si lourd, de venir à LUI ! Mais avant de révéler le caractère de cette rencontre, l’Esprit de Dieu s’arrête pour signaler deux détails : 1) « Jésus n’était pas encore arrivé dans le village ; mais il était au lieu où Marthe l’avait rencontré » (11:30), et 2) « Les Juifs donc qui étaient avec Marie dans la maison…, ayant vu que Marie s’était levée promptement et était sortie, la suivirent, disant : Elle s’en va au sépulcre pour y pleurer » (11:31). Tout était divinement arrangé, et les témoins oculaires de la puissance de Jésus divinement mis en place, car le propos de Dieu était de rendre un témoignage frappant à Son Fils bien-aimé.

 

3.3.6        Marie rencontrant le Seigneur — Jean 11:32

Considérons maintenant la manière dont Marie s’approcha de son Seigneur, et avec quelles paroles tendres et touchantes cela est rapporté : « Marie donc, quand elle fut venue là où était Jésus, et qu’elle l’eut vu, se jeta à ses pieds, lui disant : Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort » (11:32). Chaque mot de cette description est important. Lorsque Marthe alla à la rencontre du Seigneur, elle se mit tout de suite à parler, alors que Marie fit deux choses avant d’exprimer le chagrin de son cœur : c’est une fois qu’elle L’eut vu, et qu’elle se fut jetée à Ses pieds, qu’elle put donner libre cours à sa douleur. Bien plus, le fait que Marie se soit jetée à Ses pieds semble être une conséquence directe de ce qu’elle avait contemplé Sa face. Elle connaissait mieux le Seigneur que sa sœur, et son amour vif et sensible lui faisait lire sur Lui ce que sa sœur n’avait pas pu percevoir. Et que voyait-elle ? L’expression d’un cœur courbé sous la douleur qui accablait son esprit à elle, courbé sous la douleur causée par le jugement de mort pesant à ce moment-là sur tous ceux qui L’entouraient ; elle y voyait encore l’expression de Sa profonde sympathie envers ceux qu’Il aimait, en cette circonstance si douloureuse ! Voyait-elle encore autre chose ? Nous ne saurions le dire, mais sûrement, au moment où Il allait « manifester Sa gloire » (Jean 2:26), il y en avait quelques signes visibles pour celle qui avait tellement appris à Le connaître… Nous ne le savons pas, mais nous pouvons être sûrs que c’est ce que Marie vit dans ce visage tendresse, douleur et amour qui la fit se jeter à Ses pieds. Alors que les mêmes paroles ont jailli de la bouche des deux sœurs, c’est l’attitude de Marie qui confère aux siennes un sens tout différent. Peut-être y avait-il, dans son cas, de la perplexité, mais certainement aucune plainte ni aucun reproche sous-entendu. C’était plutôt la confession de son cœur que, s’Il avait été à Béthanie, son frère ne serait pas mort ! Elle n’en a pas dit plus, car aussi grande que fût sa peine, elle se confiait à Lui sans réserve . Quelle bénédiction d’être aux pieds de Jésus dans nos peines, car là, la lumière divine les éclaire, et, même si nous souffrons, accablés peut-être par l’épreuve, nous ne douterons pas de Son amour tant que nous serons à Ses pieds.

 

3.3.7        Souffrance et sympathie du Seigneur — Jean 11:33-38

3.3.7.1                 Jésus frémit en Son esprit

Suivent deux choses absolument merveilleuses, se rapportant au Seigneur, qui ne sauraient être passées sous silence, même si elles dépassent notre compréhension ; car ce sont les larmes de Marie, et celles des Juifs qui l’accompagnaient, qui en sont la cause. Il est dit explicitement « Jésus donc, quant Il la vit pleurer, et les Juifs qui étaient venus avec elle, pleurer, frémit en son esprit, et se troubla » (11:33-34). C’est la première de ces choses. Il nous est sûrement permis de nous demander ce qui fit frémir ainsi le Seigneur en Son esprit, Le troublant jusqu’au plus profond de Lui-même. Quelle que soit la force exacte de l’expression traduite ici par « frémit en son esprit », nous pouvons au moins affirmer que cette émotion si profonde, ce « frémissement » intérieur, était le résultat de Son propre accablement sous le fardeau de la douleur qui pesait sur le cœur de Marie ainsi que de tous ceux qui l’entouraient. Par sympathie, Il partageait leur peine, s’identifiait à elle, et la portait Lui-même, pour ainsi dire, sur Ses propres épaules. Il en sentait tellement le poids du fait qu’Il en connaissait parfaitement la cause, et en appréciait le véritable caractère devant Dieu qu’Il en « frémit en Son esprit », comme cela est écrit. Et n’oublions pas que l’essence même de cet accablement était la mort, car la mort, à ce moment-là, pesait sur les cœurs de ceux qui menaient deuil ainsi que sur toute cette scène.

Mais la mort est le jugement de Dieu sur l’homme. Nous pouvons donc dire que, dans cette scène, le Seigneur anticipait Sa propre mort sur la croix. Seulement ici, Il prenait et portait ce jugement dans Sa compassion et Sa sympathie, tandis que sur la croix, Il le subit pour la gloire de Dieu en faisant propitiation pour le péché. Combien le Seigneur en est rendu précieux à nos propres cœurs, lorsque nous contemplons une telle manifestation de Son amour et de Sa sympathie pour les Siens dans leurs peines, et que nous constatons une nouvelle fois que « dans toutes leurs détresses, il a été en détresse » (És. 63:9).

 

3.3.7.2                 Jésus pleura

Lorsqu’Il « frémit dans son esprit et se troubla » (11:33), c’est à Lazare dans le sépulcre qu’Il pensait, car aussitôt Il dit : « Où l’avez-vous mis ? Ils lui disent : Seigneur, viens et vois » (11:34). Vient ensuite ce court verset, que nous devons prononcer avec révérence : « JÉSUS PLEURA ». Il n’existe point de mot pour exprimer notre émerveillement devant un tel verset ! C’est un verset qu’il convient de relire et de méditer dans la présence de Dieu, le cœur débordant d’actions de grâce de ce qu’il nous soit permis d’être pour ainsi dire témoins de cette précieuse preuve de l’ineffable sympathie de notre précieux Seigneur ! Nous savons tous que les versets de notre Bible ne sont qu’un simple arrangement humain ; et pourtant, qui douterait de ce que l’Esprit de Dieu ait conduit celui qui, de ces deux mots, a fait ce seul verset ? Ces deux mots, en effet, forment un tout à eux seuls, en ce qu’ils nous offrent un tel aperçu des profondeurs les plus cachées du cœur du Seigneur. Ils ont réconforté des générations d’âmes endeuillées, et continueront à consoler les Siens jusqu’à ce que Dieu Lui-même essuie toutes larmes de leurs yeux. Ajoutons que les larmes du Seigneur exprimaient Sa sympathie, mais que cette sympathie elle-même débordait de Son cœur plein d’amour insondable et intarissable.

Ce qui est remarquable, c’est que Marie n’apparaît plus dans ce récit. Après avoir répandu l’accablement et la douleur de son cœur aux pieds de Jésus, elle disparaît à nos yeux. Elle était pourtant là, et fut certainement témoin de Ses larmes (*). En outre, lorsque Jésus, « frémissant encore en lui-même » vint au sépulcre, Marie devait être avec Lui.

 

(*) Il n’est pas dit que le frémissement ait été audible. Nous lisons que le frémissement était dans Son esprit (11:33), puis une nouvelle fois qu’il était en Lui-même (11:38), en sorte qu’on ne l’a pas nécessairement entendu. Ses larmes, par contre, n’étaient pas cachées. Le frémissement était devant Dieu ; Ses larmes étaient l’expression de Sa sympathie avec les Siens.

 

Nous nous permettons quelques réflexions à ce sujet. Étant donné qu’il n’est plus question d’elle dans le reste du chapitre, on peut en conclure que les exercices par lesquels elle était passée aux pieds du Seigneur avaient déjà atteint leur but à ce moment-là. S’il en est bien ainsi, ce sont Ses larmes qui lui ont apporté la consolation de Sa sympathie. Puis, marchant avec Lui jusqu’au sépulcre, elle fit l’expérience du soutien de Sa présence. Désormais, tout ce qui concernait Lazare était entre Ses mains, et nous pouvons dire assurément qu’elle se reposait dans Son amour, sans l’ombre d’une crainte. Elle savait désormais, qu’Il agirait de la manière la plus excellente, même si sa foi n’avait pas encore saisi (mais nous pensons qu’elle l’avait saisi) que la délivrance était proche. Les nuages qui s’étaient amoncelés sur son âme s’étaient donc déjà dissipés, comme la brume au soleil levant, et elle se dirigeait vers la tombe en compagnie de son Seigneur, à l’abri (au-dessus et au-delà) du pouvoir de la mort, la seule âme paisible au milieu de cette foule plongée dans la douleur. De plus, à partir de ce moment-là, l’objet principal de l’Esprit de Dieu n’était plus ni Marthe ni Marie, mais la gloire de Dieu Lui-même, et le témoignage rendu à la gloire de la Personne de Jésus comme Fils de Dieu.

 

3.3.8        Encore Marthe. Résurrection de Lazare — Jean 11:38-44

Marthe réapparaît une fois sur la scène ; Quand Jésus, frémissant encore dans Son esprit, fut arrivé au sépulcre (« or c’était une grotte, et il y avait une pierre dessus »), Il dit : « ôtez la pierre » (11:38-39). Aussitôt Marthe, loin d’être remplie de crainte, muette et dans l’expectative, s’écria : « Seigneur, il sent déjà, car il est là depuis quatre jours ». Pauvre Marthe ! Ainsi, elle osait même corriger son Seigneur, en jugeant, comme ici, d’après ce quelle voyait ! Avec quel calme, mais aussi quelle solennité, le Seigneur la reprend dans sa folie, en lui répondant : « Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu » ? (11:40). La pierre fut donc ôtée. Tout était prêt désormais pour que se manifestât cette gloire éclatante. Mais d’abord, comme toujours glorifiant le Père dans tout ce qu’Il faisait, Jésus leva les yeux en haut et dit : « Père, je te rends grâce de ce que tu m’as entendu. Or moi je savais que tu m’entends toujours ; mais je l’ai dit à cause de la foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé » (Jean 11:41-42). Tout en rendant gloire à Dieu, Son cœur brûlait pour les âmes de ceux qui l’entouraient, afin qu’ils Le reçoivent comme l’Envoyé du Père ce dont ils allaient avoir tout de suite le témoignage frappant : « Et ayant dit ces choses, il cria à haute voix : Lazare, sors dehors ! Et le mort sorti, ayant les pieds et les mains liés de bandes ; et son visage était enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : Déliez-le, et laissez-le aller » (Jean 11:43-44).

 

3.3.9        L’épreuve porte son fruit — Jean 11-12

Il fut ainsi démontré que Jésus, envoyé dans ce monde de la part du Père, était le Fils de Dieu. De Marie et de Marthe, il n’est plus rien dit dans ce chapitre, mais nous pouvons déduire du chapitre suivant que le but du Seigneur, en les éprouvant, était pleinement atteint, et que les deux sœurs avaient été divinement enseignées par leurs expériences et par ce dont elles avaient été témoins : — Le Seigneur était plus que jamais la portion bénie du cœur de Marie parce qu’elle avait plus pleinement saisi les gloires de Sa Personne — Quant à Marthe, son anxiété naturelle et ses soucis ayant été chassés par cette nouvelle révélation faite à son âme, elle était désormais une servante paisible et dévouée.

 

3.4   Marie oignant les pieds de Jésus – Jean 12:1-8

3.4.1        Effets de la résurrection de Lazare sur le peuple — Jean 11:45-54

Peu de temps s’était écoulé depuis la résurrection de Lazare, lorsque Jésus se trouva de nouveau à Béthanie. Le miracle remarquable qu’Il y avait accompli, attesté par un si grand nombre de témoins même d’entre ceux qui rejetaient encore Christ (11:46) — fit tellement sensation à Jérusalem qu’un conseil spécial fut convoqué par les autorités juives afin de décider ce qu’il fallait faire. Chose remarquable, personne n’essaya de nier le fait que Lazare avait été ressuscité des morts. Le fait était reconnu tacitement, car certains disaient : « Que faisons-nous ? car cet homme fait beaucoup de miracles. Si nous le laissons ainsi faire, tous croiront en lui, et les Romains viendront, et ôteront et notre lieu et notre nation » (Jean 11:47-48). Dieu agissait par eux à leur insu, et se servit de Caïphe, comme autrefois de Balaam, pour prophétiser que Jésus devait mourir pour cette nation. Et « depuis ce jour-là donc, ils consultèrent ensemble pour le faire mourir » (11:53). Jésus se retira avec Ses disciples de devant l’hostilité des Juifs (car Son heure n’était pas encore venue) et attendit dans une ville appelée Éphraïm.

 

3.4.2        Le dernier souper — Jean 12:1-2a

Mais le temps approchait où le véritable agneau pascal devait être immolé, bien que nous ne devions jamais oublier que personne ne Lui prit Sa vie, mais qu’Il l’a laissé de Lui-même : « Jésus donc, six jours avant la Pâque, vint à Béthanie où était Lazare, le mort, que Jésus avait ressuscité d’entre les morts » (Jean 12:1). Là, dans la maison de Simon le lépreux, comme le précisent Matthieu et Marc, « on lui fit donc un souper » (12:2). Jean ne précise pas où ce souper fut servi. Il ne fait aucun doute que cette imprécision est voulue, son but étant plutôt d’attirer l’attention sur ce que Marthe, Marie et Lazare étaient tous présents, jouissant du fruit de leurs exercices et de l’enseignement divin touchant la maladie, la mort et la résurrection de Lazare. Quelle bénédiction pour l’âme quand le but des exercices par lesquels Dieu l’a faite passer est atteint !

 

3.4.3        Marthe et Lazare — Jean 12:2b

La première chose que nous dit l’Esprit de Dieu est que « Marthe servait ». Elle avait déjà servi auparavant, mais elle avait été « distraite » par son service, et elle l’avait exercé à sa manière, le ressentant comme une charge. Maintenant son cœur était en repos, et elle jouissait, dans une véritable liberté de l’âme, de l’heureux privilège de servir son Seigneur, de pourvoir à Ses besoins. Quoique très différente de Marie, elle occupe la place qui lui convient, pour laquelle elle avait été préparée, et cela pour la joie de son Maître.

« Et Lazare était un de ceux qui étaient à table avec lui » (12:2). Il était passé par la mort et avait été ressuscité (quoique toujours dans sa condition humaine) par Celui qui était et qui est toujours la Résurrection et la Vie. Ainsi était-il assis avec le Seigneur, partageant avec Lui un même repas. De la même manière, vivifiés ensemble avec Christ, et ressuscités ensemble, nous sommes assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus. Mais Lazare, tel que nous le voyons ici, est plutôt une figure de ceux avec qui le Seigneur, dans un jour à venir, boira le « vin nouveau » dans le royaume de Son Père. Remarquons au passage que le souper était préparé pour Jésus, dont ils réjouissaient le cœur, de même que Lévi, en une autre occasion, Lui avait préparé chez lui un grand festin auquel il avait convié un grand nombre de publicains et de pécheurs ceux que le Seigneur venait appeler à la repentance.

 

3.4.4        Avant l’onction. L’état de Marie — Jean 12:3a

Tout cela ne sert que d’introduction à notre sujet principal, l’onction par Marie des pieds du Seigneur. L’importance et même la valeur de cet acte, selon l’estimation de Dieu, ressort de ce que son récit se trouve non seulement dans l’évangile de Jean, mais dans ceux de Matthieu et de Marc, avec des différences caractéristiques dans les détails.

Si ces trois âmes pieuses, dévouées au Seigneur et attachées à Lui par les liens impérissables de cet amour divin que Lui-même avait engendré dans leurs cœurs au temps de Sa réjection si ces trois âmes pieuses, dis-je, représentent ce résidu dont elles faisaient réellement parti, et que Dieu avait préparé à recevoir Son Fils bien-aimé (cf. Jean 1:12-13), Marie, elle, dépasse de beaucoup ce rôle, car elle avait cette foi qui l’attachait à Christ Lui-même comme à son unique Objet (un Objet qui l’absorbait) ; elle devient ainsi un modèle pour tous les chrétiens de tous les temps. Comme Marie de Magdala, à cet égard, elle était morte au monde et le monde était mort pour elle. Christ seul remplissait son cœur. Elle offre un exemple parfait de ce que l’on appelle le « premier amour », d’où l’éloge sans aucune réserve qu’elle reçut de la bouche du Seigneur Lui-même.

Rien ne laissait prévoir le geste de Marie, mais à peine venons-nous de lire qu’« on lui fit donc là un souper », qu’il est ajouté : « Marie, donc, ayant pris une livre de parfum de nard pur… ». En fait, le prélude à cet acte de Marie se trouve dans les chapitres précédents. Les âmes n’atteignent pas une telle élévation spirituelle en un instant, Marie pas plus que les autres. Mais le dévouement de Marie venait de ce qu’elle était restée assise aux pieds de Jésus à écouter Sa parole, ainsi que de ses expériences bénies en rapport avec la mort de son frère. Dans sa douleur, après des profonds exercices, elle avait réalisé la sympathie de son Seigneur, puis de Sa forte main, Il la soutint, et en outre l’attira tout près de Lui. Ainsi l’avait-elle rejoint (en utilisant le langage décrivant le vrai sens de son état) au-delà de la mort. Elle le connaissait comme la Résurrection et la Vie, et dans cette sphère-là, Sa gloire, la gloire de Sa Personne en tant que Fils de Dieu, inondait son âme. C’est ainsi que Christ était devenu tout pour elle, et, en outre, elle-même faisait les délices du cœur de Christ.

 

3.4.5        Sens et valeur de l’onction — Jean 12:3b

C’est de cette seule manière que l’on peut apprécier l’acte que nous allons maintenant considérer. Mais peut-être pouvons nous auparavant ajouter encore une chose : ce n’est pas seulement l’acte lui-même, mais aussi le sentiment qui en fut la cause, qui nous instruisent d’une manière aussi bénie. Comme quelqu’un l’a dit fort justement : « c’était l’instinct de l’amour qui pressentait que la mort profilait son ombre sur Celui qui était la Vie, comme Jésus Lui-même le sentait — le seul cas où Jésus a trouvé de la sympathie sur la terre ! ». Voici donc le secret de l’onction de Marie : un cœur si plein d’amour qu’il entrait dans la position de Jésus, et s’identifiait avec elle, et non seulement avec la position de Jésus, mais aussi avec Ses sentiments, puis répandait sur Lui ce qu’elle avait de plus précieux ! Sans doute n’y a-t-il que l’amour qui puisse comprendre l’amour et pénétrer dans les secrets du cœur du Bien-Aimé. Notre attention est attirée sur le fait que ce parfum de nard pur était « de grand prix », assurément pour nous apprendre que, selon l’estimation de l’amour, rien n’est trop précieux pour Celui qui remplissait le cœur de Marie. Par son geste, elle exprimait encore deux autres choses, nous semble-t-il : premièrement son sentiment de la valeur sans prix de Christ, secondement son adoration. Ces deux choses n’en font qu’une en Apocalypse 5, et sont toujours intimement mêlées dans les cœurs qui jouissent véritablement de l’amour de Christ, et selon lesquels rien n’est trop élevé pour Lui, sur la terre comme au ciel.

Marie était sur la terre, et Christ allait être offert comme le véritable Agneau pascal, mais Marie avait le sentiment inébranlable qu’aucune place, sur la terre comme au ciel, n’était trop élevée pour Celui qui était assis à table avec les Siens, ce soir-là, à Béthanie. D’où le fait, que pour exprimer ce sentiment, elle oignit les pieds de Jésus et les Lui essuya avec ses cheveux, cependant que toute son âme s’inclinait devant Lui en reconnaissance et en adoration ! Nous ne saurions dire si toute la vérité de Sa glorieuse Personne s’était déjà révélée à elle, mais l’instinct de l’amour qui l’avait amenée à comprendre que Sa mort était proche, avait aussi pour effet d’élargir ses pensées quant à Celui qui était assis à table devant elle. Marie était en fait une vraie adoratrice, et son cœur débordant déversait son tribut d’hommage de la manière qui convenait le mieux à cette circonstance, sous la conduite, croyons-nous, de l’Esprit de Dieu. Confondue devant cette vision de Sa grâce et de Sa beauté, le cœur débordant d’adoration et en pleine communion d’esprit avec Lui quant à Sa réjection et à Sa mort, elle trouvait un moyen d’épancher les émotions dont son cœur était plein en brisant ce vase d’albâtre rempli de parfum de nard pur et de grand prix, en le répandant sur Sa tête (Marc 14:3) et sur Ses pieds (Jean 12:3). Ce faisant, elle proclamait que Christ était tout pour elle, et qu’Il était digne de ce que le cœur d’un racheté avait de plus précieux à donner.

 

3.4.6        La maison remplie de l’odeur du parfum — Jean 12:3c

Ces considérations nous préparent à mieux comprendre comment « la maison fut remplie de l’odeur du parfum ». C’était un fait matériel, mais derrière lui se cache cet enseignement que rien n’est plus précieux au cœur de Dieu ou au cœur des saints s’ils sont en communion avec Lui qu’un acte de parfaite dévotion à Christ. Le parfum s’en répand alentour, telle la lueur de l’aube, jusqu’à ce qu’il parvienne à tous ceux qui sont dans la maison, l’habitation de Dieu par l’Esprit. Qui donc, en effet, ne l’a pas senti, même dans une faible mesure, lors d’une réunion de saints autour du Seigneur ? Une note de louange a jailli de l’âme d’un adorateur, et elle s’est élevée jusqu’au Père en reconnaissance, et en même temps elle a rempli également tous les cœurs de l’assemblée de son parfum béni ! Il est donc vrai, dans tous les temps, que lorsqu’une « Marie » oint les pieds de son Seigneur avec un parfum de grand prix, la maison toute entière est remplie de l’odeur de ce parfum.

 

3.4.7        Judas — Jean 12:4-6

« Un peu de levain fait lever la pâte toute entière » (1 Cor. 5). Jean nous dit que Judas trouva à redire à cet acte de Marie, et Matthieu que « les disciples, le voyant, en furent indignés, disant : À quoi bon cette perte » ? (Matt. 26:8). Jean découvre la racine de cette défection générale dans la convoitise du cœur de Judas dont il semble que l’affectation de piété et d’intérêt pour les pauvres ait influencé tous les disciples. Quel contraste ! Tandis que l’odeur du parfum de Marie remplissait toute la maison, la méchante pensée de Judas répandait son influence maligne dans les cœurs de tous les disciples ! C’est ainsi que nous sommes encouragés d’un côté et mis en garde de l’autre. Cependant, la méchanceté de Judas ne fut que l’occasion, pour le Seigneur, d’exprimer Son appréciation de ce qu’avait fait Marie. Pour arriver à ses fins ou peut-être par dépit de ne pouvoir y parvenir il se donnait faussement une allure de philanthrope, et aurait voulu faire croire que le bien des pauvres devait être le souci majeur des cœurs des disciples du Seigneur. C’était de la pure hypocrisie, comme Jean nous le dit : « non pas qu’il se souciât des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et qu’il avait la bourse et portait ce qu’on y mettait ». Quel avertissement solennel ! Une tendance mauvaise, si nous la cultivons, peut en arriver à nous dominer complètement et à nous faire commettre les péchés les plus affreux, comme ce fut le cas pour Judas ! La convoitise, l’amour de l’argent qui est la racine de tous les maux, conduisirent progressivement Judas, en aveuglant son âme, jusqu’à commettre l’iniquité effrayante de trahir son Seigneur pour trente pièces d’argent. Par cette transgression, il fut déchu pour s’en aller en son propre lieu (Actes 1:25).

 

3.4.8        Portée profonde de l’acte de Marie — Jean 12:7-8

Au verset 6, le cœur de Judas est entièrement dévoilé, afin que nous puissions comprendre les démarches secrètes de son esprit inique. Au verset suivant, le Seigneur répond à la question posée par Judas au verset 5 : « Permets-lui d’avoir gardé ceci pour le jour de ma sépulture. Car vous avez les pauvres toujours avec vous ; mais moi, vous ne m’avez pas toujours » (Jean 12:7-8). C’est ainsi que le Seigneur mit tendrement Marie à l’abri de tout reproche, en proclamant à tous ceux qui avaient des oreilles pour entendre que, d’une manière ou d’une autre, elle avait saisi le secret de Sa mort, et que, en communion avec Ses pensées sur cette mort, elle s’y était identifiée. C’était donc pour elle un moment suprême, et elle saisit cette occasion unique, qui ne se reproduirait plus, d’oindre ce Corps saint pour Sa sépulture. Nous ne savons si elle comprenait tout cela, mais c’est la portée que le Seigneur attribua à son acte. Elle n’aurait pas toujours le Seigneur avec elle de cette manière, et c’est pourquoi, de tout son cœur, elle répandit à Ses pieds ce tribut d’affection profonde, tandis qu’Il était assis à table six jours avant la Pâque. Le Seigneur ajouta autre chose, comme le rapportent Matthieu et Marc : « En vérité, je vous dis : En quelque lieu que cet évangile soit prêché dans le monde entier, on parlera aussi de ce que cette femme a fait, en mémoire d’elle » (Matt. 26:13). Cela nous apprend combien cet acte de Marie avait réjoui le cœur du Seigneur, et quelle récompense inexprimable allait en découler pour Marie. Aussi longtemps que seront lus les évangiles, l’acte de Marie sera célébré, et son souvenir en sera gravé dans le cœur des enfants de Dieu. En ce sens également, la maison sera à toujours remplie de l’odeur du parfum.

 

3.5   Dernières pensées à propos de Marie de Béthanie

Après cet incident, il ne sera plus jamais question de Marie. En particulier, remarquons ce fait souvent noté, qu’à la différence de Marie de Magdala et des autres femmes, Marie n’apparaît pas au sépulcre. Si l’interprétation suivante est juste, comme nous n’en doutons pas, de même qu’elle avait été d’une certaine façon en communion avec Lui dans Sa mort, elle avait aussi appris l’inutilité de chercher le Vivant parmi les morts. Par Sa mort, une espérance au-delà de la mort, concernant son Bien-Aimé Seigneur, dut poindre dans son âme, la détachant de la terre pour lier son cœur au Sien, dans ce lieu nouveau et cette scène nouvelle où Il était sur le point d’entrer. N’oublions pas, en effet, que Marie avait eu le privilège d’être assise à Ses pieds et d’écouter Sa parole, d’être l’objet de Sa sympathie, de Son soutien et de Son secours à la mort de Lazare ; elle avait vu la gloire de Dieu lorsqu’Il avait ressuscité Lazare, et Jésus Lui-même glorifié alors comme Fils de Dieu. Il lui était donc quasiment impossible de penser qu’Il pût être retenu dans la mort, ou que le Saint de Dieu vît la corruption (Ps. 16). Elle n’alla donc pas au sépulcre, car c’eût été démentir sa foi.

Il nous est profitable, à coup sûr, de méditer sur cette âme admirable, préparée par l’enseignement et la puissance de Dieu pour rafraîchir le cœur de Christ à l’heure de Sa réjection, ainsi qu’à nous encourager à marcher dans le même chemin d’amour profond et d’entier dévouement. Tout bien considéré, il n’y a pas, dans toute la Bible, de plus bel exemple de profonde spiritualité que celui de Marie de Béthanie, la sœur de Marthe et de Lazare.

 

 

4                        Marie de Magdala

4.1   Qui était-elle ? — Différentes femmes à ne pas confondre

S’il est juste de supposer que « Marie Magdeleine » signifie tout simplement que Marie était originaire de la ville de Magdala, elle était donc galiléenne et avait été élevée près des rives de la mer de Galilée. Les indications données en Luc 23:49, 55 qui s’appliquent certainement à Marie (voir Luc 8:2, 3), montrent clairement qu’elle venait de Galilée, et confirment donc l’exactitude de ce que nous venons de dire. Ceci étant, la confusion qui, autrefois, a été souvent faite en l’identifiant à Marie de Béthanie, est absolument sans fondement. De même, il est faux, croyons-nous, de vouloir l’assimiler à la femme pécheresse qui arrosa de ses larmes les pieds du Seigneur, et les Lui essuya avec les cheveux de sa tête, les couvrant de baisers et les oignant de parfum, selon Luc 7. Rien n’est plus évident, pour quiconque examine soigneusement ce récit, que cette pécheresse, Marie de Béthanie et Marie de Magdala, sont trois personnes distinctes, et que l’onction de notre Seigneur en Luc 7 est distincte de celle dont il est question dans les évangiles de Matthieu, de Marc et de Jean. Il y a inévitablement des similitudes, mais moralement, et dans leur sens profond, ce sont deux circonstances totalement différentes. Si l’on s’attache à saisir l’esprit plutôt que la lettre de ces récits, on s’aperçoit aussitôt qu’ils nous décrivent et nous présentent des âmes dans deux états spirituels, et parvenues à deux niveaux d’expérience spirituelle fort différents.

 

4.2   Luc 8:1-3

4.2.1        Son origine

Marie de Magdala apparaît pour la première fois en Luc 8:1-3. Nous citerons intégralement ce passage, afin d’en saisir correctement la vraie portée. « Et il arriva après cela, qu’il passait par les villes et les villages, prêchant et annonçant [litt : évangélisant] le royaume de Dieu ; et les douze étaient avec lui, et des femmes aussi qui avaient été guéries d’esprits malins et d’infirmités, Marie, qu’on appelait Magdeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, et Jeanne, femme de Chuzas intendant d’Hérode, et Suzanne, et plusieurs autres, qui l’assistaient de leurs biens ». Dans ce bref exposé, nous trouvons l’essentiel du sujet de ce chapitre, c’est-à-dire le ministère de la Parole, la bonne nouvelle du Royaume de Dieu et ses effets produits dans les âmes par la puissance divine. Marie de Magdala est citée en premier après les douze à titre d’exemple. Son état antérieur avait été choquant au plus haut point, puisque sept démons étaient sortis d’elle (Luc 8:2) et qu’elle avait été ainsi assujettie à leur direction diabolique. Il ne nous est pas dit de quelle manière cela s’était produit, ni sous quelle forme cette puissance satanique s’était manifestée, mais on ne peut guère concevoir que Satan ait pu exercer sa puissance sur une âme à un tel degré sans la livrer à une coupable vie de péché. L’exemple du démoniaque, dans ce même chapitre, montre bien les terribles conséquences encourues par ceux qui vivent sous l’empire de Satan. Mais il nous suffit de savoir que sept démons s’étaient installés dans l’âme de Marie de Magdala, et en avaient fait le vase de leur puissance maudite. Les hommes avaient pu la considérer comme une aliénée dangereuse, et la fuir pour cette raison. Elle était en tout cas un objet de répulsion, jouet de ses propres passions incontrôlables, indiciblement pitoyable et malheureuse.

Mais le regard de Dieu, poursuivant Ses desseins éternels de grâce en Christ, était posé sur cette pauvre âme déchue et souillée. Son chemin croisa celui du Seigneur Jésus en son temps à Lui, car elle était une de ces âmes perdues qu’Il était venu chercher et sauver. Il ne nous est pas révélé où Il la trouva, mais ce que nous savons, c’est que notre Sauveur béni parcourait alors les rivages de la mer de Galilée ; or Magdala n’était pas très loin de Capernaüm où le Seigneur habita plusieurs fois au cours de son ministère (cf Marc 2:1). Il rencontra donc cette malheureuse femme rejetée de tous, et par la parole de Sa puissance, Il chassa d’elle les sept démons, la délivrant ainsi du pouvoir des ténèbres et la transportant dans le royaume de Dieu qu’Il était venu proclamer. Quel changement béni ! Celle qui avait été l’esclave de Satan, contrainte d’obéir à ses ordres même les plus horribles et les plus iniques, dominée par lui corps et âme, — celle-là même était maintenant introduite dans le cercle béni où régnait une grâce suprême, où Dieu était exalté et où elle était assise aux pieds du Seigneur Jésus, vêtue et dans son bon sens. En vérité, elle était passée des ténèbres à la lumière, de l’esclavage à la liberté, et nous pouvons être sûrs que de son cœur montait un chant de joie et de reconnaissance vers son Libérateur ! Quel changement béni, on peut bien le répéter ! Jadis, les sept démons la retenaient captive, mais désormais le Seigneur Jésus possédait son cœur, y faisant Sa demeure, et l’entraînait à Sa suite sur le chemin du dévouement et de l’amour.

 

4.2.2        Son affection intense

La parole du Seigneur eut donc d’abord pour effet de la délivrer, puis ensuite de l’attirer. Nous lisons que « les douze étaient avec lui [Jésus], et des femmes aussi qui avaient été guéries d’esprits malins et d’infirmités, Marie, qu’on appelait Magdeleine… ». Marie était donc de ceux qui eurent l’ineffable privilège d’être avec le Seigneur dans certaines de Ses tournées d’évangélisation. Comment était-elle ainsi arrivée à faire partie de ceux qui l’accompagnaient, et presque d’anticiper la bénédiction de ceux qui, dans la gloire du Royaume, suivront l’Agneau où qu’Il aille (Apoc. 14:4) ? La réponse à cette question est simple : Marie fut tirée et attirée par la grâce de son Libérateur. L’une des caractéristiques de cet évangile, c’est que la grâce jaillissait si puissamment de notre Seigneur et Sauveur, que ceux qui en avaient été les objets, dans leurs besoins et leurs souffrances, en demeuraient subjugués. Détachés de tout ce qui aurait pu les entraver, ils étaient comme Lévi, attirés vers Lui et conduits à marcher à Sa suite comme des disciples dévoués. Ils ne pouvaient désormais se passer de Lui, car Il était devenu l’objet qui absorbait toutes leurs affections. Il en était ainsi de Marie. Ce qui la caractérisait avant tout, depuis le jour de sa délivrance, c’était une affection intense : elle aimait Celui qui l’avait aimée le premier, et, comme on l’a souvent remarqué, rien ne satisfait celui qui aime sinon la présence de l’être aimé. C’est ainsi qu’il arriva à Marie de se trouver avec Jésus, avec Lui dans sa joie débordante d’avoir été arrachée au pouvoir de Satan, avec Lui dans les souffrances de Son pèlerinage, avec Lui au jour de Sa réjection, et avec Lui dans l’adoration parce que, dans une certaine mesure, ses yeux avaient été ouverts pour discerner la gloire de Sa Personne. Sans aucun doute, elle avait encore beaucoup à apprendre (la suite de son histoire le montre bien), mais elle était désormais dans la compagnie du Fils bien-aimé de Dieu, de Celui qui était au centre de toutes les pensées et de tous les conseils de Dieu ; elle se réjouissait en Celui qui faisait les délices du cœur de Dieu ; et Celui en compagnie duquel elle se trouvait était le seul canal par lequel elle pût recevoir quelque bénédiction. Il n’y avait donc aucun endroit sur terre, pour Marie et ses compagnes ou compagnons, comparable à celui où ils se trouvaient avec Christ.

 

4.2.3        Son service en exemple pour nous

La révélation de Christ au cœur de Marie, par Sa parole, eut encore un autre effet. Après l’énumération détaillée de « Marie, Jeanne, femme de Chuzas, intendant d’Hérode, et Suzanne… », il est ajouté « et beaucoup d’autres qui l’assistaient de leurs biens » (Luc 8:3), ce qui englobe, pensons-nous, toutes les femmes ci-dessus mentionnées. Si cela est juste, Marie de Magdala est l’une de celles qui eurent le privilège de jouir de la faveur d’exercer ce ministère béni. D’où il découle 1) la reconnaissance de ce qu’elle appartenait entièrement au Seigneur, et 2) que tout ce qu’elle possédait était à Sa disposition, pour Son service. Ces deux choses montrent bien que Marie avait été complètement rachetée de l’emprise de l’ennemi, et qu’elle reconnaissait parfaitement les droits de Son rédempteur. Une autre belle illustration de ce fait est le cas de la belle-mère de Simon, qui était en proie à une forte fièvre. En réponse à la fervente supplication de ceux qui l’entouraient, le Seigneur s’étant penché sur elle « tança la fièvre, et la fièvre la quitta ; et à l’instant s’étant levée, elle les servit » (Luc 4:38-39). Nous ferons bien de nous demander si nous-mêmes avons suivi ces exemples, celui de Marie, et celui de la belle-mère de Pierre. Tel devrait être le point de départ de toute âme convertie, et non pas le but atteint après de longues années d’indifférence et d’expériences douloureuses. Nos vies chrétiennes en seraient beaucoup plus heureuses, et notre témoignage rendu à Christ brillerait avec éclat au milieu des ténèbres qui nous entourent. Si le fait d’avoir considéré l’exemple de Marie Magdeleine nous aidait dans ce sens, quelle bénédiction ! Mais pour que cet exemple agisse puissamment et positivement dans nos cœurs, nous devons laisser la lumière y pénétrer et en révéler tout ce qui les entrave. Il faut ensuite implorer la grâce de juger ces entraves, afin que nos âmes, dans une heureuse liberté, puissent être avec le Seigneur dans l’intimité de Ses affections, Le suivant partout où Il voudra nous conduire, et étant occupés à Le servir selon le privilège et les occasions qu’Il nous donnera de pouvoir le faire.

 

4.3   Marie de Magdala à la croix du Seigneur Jésus

4.3.1        Marie en premier — près de la croix. Jean 19:25

Depuis le moment où il est fait mention d’elle en Luc 9, jusqu’à la crucifixion de notre bien-aimé Seigneur, il n’est plus question de Marie. Tous les évangélistes (même Luc, sans la nommer) font allusion au fait qu’elle fut témoin de la mort du Seigneur, ou tout au moins des circonstances de Sa mort, et partout où nous la voyons, pendant ces derniers jours, en compagnie des autres femmes, elle est citée en premier, sauf une fois : en effet, dans l’évangile de Jean (19:25), c’est la mère de Jésus qui est citée en premier : « Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère, et la sœur de sa mère, Marie [femme] de Clopas, et Marie de Magdala ». Ici, la pensée première du Seigneur (comme cela est beau de le constater !) était pour Sa mère, au moment où, ayant accompli l’œuvre que Dieu Lui avait donnée à faire, Il allait la confier aux soins du disciple bien-aimé. En Matthieu et Marc, Marie de Magdala qui est en compagnie d’autres femmes, est au premier plan, ce qui montre certainement que le Seigneur avait reconnu la profonde affection de son cœur. Luc dit seulement, et cela à deux reprises : « Et des femmes qui l’avaient accompagné depuis la Galilée… » (23:49, 55), mais Matthieu 27:55 précise bien que Marie de Magdala était l’une d’elles. Il ne nous est rien dit de ces voyages au cours desquels Marie et ces autres femmes galiléennes accompagnèrent Jésus, mais il est certain qu’elles étaient avec Lui lors de Sa dernière visite à Jérusalem, où Il allait s’offrir Lui-même à Dieu, par l’Esprit éternel, comme un Agneau sans tache. Quelle immense faveur, accordée à ces âmes pieuses, que d’entendre Ses paroles et de voir Sa face pendant les dernières semaines de Sa vie sur la terre ! Mais elles demeurèrent cachées jusqu’à la fin, car ce n’est ni d’elles-mêmes ni de leurs privilèges qu’était occupé l’Esprit de Dieu. Le ciel tout entier, pourrions-nous dire en vérité, fixait son attention sur l’Agneau qui ôte le péché du monde. Cependant, lorsque l’œuvre merveilleuse de l’expiation eut été accomplie, le Saint Esprit put remarquer la fidélité de Marie de Magdala et de ses compagnes, et faire en sorte qu’en soit transmise la mémoire.

 

4.3.2        Ceux qui étaient présents à la croix

Pourquoi donc Marie se trouvait-elle à la croix, si ce n’est par amour pour Celui qui l’avait rachetée de l’esclavage de Satan ? Jésus possédait son cœur, et c’est ce qui l’attirait partout où Il allait. De même qu’elle avait été avec Lui, identifiée à Lui pendant Sa vie, elle voulut l’être aussi dans Sa mort. Nous l’apercevons deux fois à la croix : une fois avant Sa mort, et une fois après. Jean seul fait allusion à la première fois : « Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère, et la sœur de sa mère, Marie [femme] de Clopas, et Marie de Magdala » (Jean 19:25). Le disciple bien-aimé faisait également partie de ce petit groupe. Au début, dans la terreur de l’heure de Ses ennemis et de la puissance des ténèbres (Luc 22:53), tous les disciples s’étaient enfuis, abandonnant leur Maître. Jean était revenu de sa frayeur, ainsi que, dans une certaine mesure, Simon Pierre qui « …le suivit de loin, jusqu’au palais du souverain sacrificateur, et qui, étant entré, s’assit avec les huissiers pour voir la fin » (Matt. 26:58). Mais, hélas, Pierre y entra en se fiant à sa propre force et malgré les avertissements reçus, si bien qu’il tomba dans l’horrible péché de renier son Seigneur ! Des autres disciples, il n’est pas dit un seul mot. Quelle douceur ce dut être pour le cœur du Seigneur, de voir ces quatre fidèles disciples à Ses côtés, au pied de la croix ! Il avait souffert profondément, à Gethsémané, de ce que les trois disciples choisis n’aient pu veiller une heure avec Lui. Mais maintenant, Il était réconforté de ce qu’il s’en trouvait quatre ayant reçu la force de tenir en face de la puissance du mal et de son triomphe implacable en ce moment-là, au moins en apparence ; quatre qui surmontaient leur inexprimable douleur de contempler Ses souffrances et Sa douleur, et qui étaient prêts à affronter tous les dangers dans leur profonde affection pour Celui qui était devenu leur tout à chacun !

 

4.3.3        Le sens profond de la présence de Marie à la croix. La mort avec Christ

Mais c’est Marie de Magdala qui est le sujet de cette méditation. C’est pourquoi nous ne nous attarderons pas ici sur la grâce exquise du Sauveur mourant, recommandant Marie, Sa mère, aux soins du disciple bien-aimé d’autant plus que cela a déjà retenu notre attention précédemment. Nous nous occuperons maintenant de Marie de Magdala, de laquelle Jésus avait chassé sept démons. Et ce dont nous désirons faire le constat, c’est la portée morale de cette place qu’elle choisit d’occuper près de la croix. On a déjà dit, et le plus jeune croyant pourra le comprendre, qu’elle y fut poussée par amour pour son Seigneur. C’était donc l’expression de son entier dévouement. Elle aurait pu, en vérité, s’écrier comme Itthaï : « L’Éternel est vivant, et le roi, mon seigneur, est vivant, que dans le lieu où sera le roi, mon seigneur, soit pour la mort, soit pour la vie, là aussi sera ton serviteur » (2 Sam. 15:21). Tel était le cri du cœur de Marie, tandis qu’elle assistait à la crucifixion de son Seigneur. Cependant, si nous voulons en saisir le sens en l’appliquant à nous-mêmes, il y a quelque chose de plus. La mort de Christ présente deux aspects. Dans Sa mort, Il a glorifié Dieu dans tout ce qu’Il est ; c’est l’expiation, le juste fondement du salut accordé à tous Ses rachetés. D’un autre côté, cette mort peut être considérée en rapport avec nous dans ce monde. C’est ce dont parle l’apôtre Paul lorsqu’il dit : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés pour le Christ Jésus, nous avons été baptisés pour sa mort ? » (Rom. 6:3). Et il nous montre que lui-même avait saisi cette vérité, lorsqu’il dit : « Je suis crucifié avec Christ » (Gal. 2:20). De la même manière, Marie de Magdala (comme ceux qui l’accompagnaient), en se plaçant auprès de la croix, s’était identifiée à la mort de Christ. Elle ignorait ce sens profond de son acte, et pourtant il en était bien ainsi ; car elle était morte au monde, et le monde était mort pour elle, tandis que Celui qui était cloué sur la croix, devant ses yeux, était toute sa vie. C’était un parfait exemple de l’état normal du chrétien, et nous pouvons bien nous demander dans quelle mesure nous sommes, nous aussi, de tels exemples !

 

4.3.4        Ce qui occupait les cœurs à la croix. Psaume 22

Après avoir considéré le sens profond de la présence de Marie à la croix, nous n’essayerons pas d’imaginer les diverses émotions en conflit dans son cœur et dans celui de ses compagnes ou compagnons. Une chose restait certaine, c’est que, quelles que fussent les ténèbres qui les environnaient, le Seigneur était bien tout ce qu’ils avaient cru qu’Il était. Pas le moindre doute ne venait troubler leurs âmes. Les circonstances mêmes de Sa mort Le rendaient plus cher que jamais à leurs cœurs ! On pourrait aller jusqu’à dire que leur sentiment dominant, tandis qu’ils se tenaient là, était un sentiment de communion avec Lui dans Ses souffrances. Peut-être était-ce Ses souffrances physiques qu’ils ressentaient le plus, mais nous pouvons être sûrs que leur immense amour pour le Bien-aimé en train de souffrir les amenait à sympathiser et à s’identifier pleinement à Lui et à Son état, dans la mesure où ils le comprenaient. La lecture du Psaume 22 à la lumière de ces réflexions, fait d’autant mieux comprendre ce que ces âmes pieuses percevaient en écoutant, dans le recueillement, les paroles qui sortaient de Ses lèvres saintes. Les puissants taureaux de Basan étaient là, L’assaillant de tous côtés, ouvrant leurs gueules contre Lui, tels des lions affamés et rugissants. Et Lui ? Il était répandu comme de l’eau, et tous Ses os se déjoignaient ; Son cœur était fondu comme de la cire au-dedans de Ses entrailles ; Sa vigueur était desséchée comme un têt, et Sa langue attachée à Son palais. Puis se tournant vers Dieu, Il disait : « Tu m’as mis dans la poussière de la mort ». Bien pis que cela, des chiens L’environnaient, une assemblée de méchants L’entourait, Lui perçant les mains et les pieds — nous n’allons pas plus loin, et laissons au lecteur le soin d’apprécier personnellement ce psaume dans son ensemble et dans chacun de ses détails. C’est ainsi qu’à sa mesure, il pourra comprendre le caractère de cette scène du Calvaire qui se déroulait alors devant les yeux et le cœur de Marie de Magdala. Sainte Victime ! Tous les espoirs de ces quatre âmes, comme tous nos espoirs à nous, découlent de ce que Tu es, et de ce que Tu as enduré sur la croix. Nous te bénissons, notre Dieu et notre Père, non seulement parce que nous le savons, mais parce que tu nous as aussi fermement établis sur ce Rocher des siècles, et c’est par Ta grâce que nous avons l’assurance et le joie de n’avoir d’autre fondement que Christ, et son œuvre accomplie, pour avoir du repos devant Toi. À cause de ceci, nous te louons, dès maintenant et pour l’éternité. Amen.

 

4.3.5        Marie de Magdala à distance de la croix — Matt. 27:55-56

Le second aperçu de Marie de Magdala en rapport avec la mort de Christ, mais postérieurement à celle-ci, se trouve dans les trois premiers évangiles. C’est une simple constatation générale : « Et il y avait plusieurs femmes qui regardaient de loin, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, en le servant, entre lesquelles étaient Marie de Magdala, et Marie, la mère de Jacques et de Joses, et la mère des fils de Zébédée » (Matt. 27:55-56). Il est donc évident que Marie avait maintenant quitté la place qu’elle avait occupée auprès de la croix, et s’était jointe aux autres femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée. Lorsque le Seigneur confia Sa mère au disciple bien-aimé, « dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui », lisons-nous (Jean 19:27). Si cela signifie qu’il le fit aussitôt, c’est probablement à ce moment-là que ce petit groupe dévoué au Seigneur se dispersa, — peut-être sur l’ordre du Seigneur Lui-même et que Marie de Magdala se retira avec Marie, femme de Clopas, là où se trouvaient leurs compagnes venus de Galilée. C’était un endroit nettement éloigné, toutefois assez proche pour qu’elles pussent voir ce qui se passait. Luc dit que « des femmes qui l’avaient accompagné depuis la Galilée, se tenaient loin, regardant ces choses » (Luc 23:49). Ce qu’étaient ces choses, nous pouvons le savoir en comparant les évangiles. Il y avait les insultes des passants qui hochaient la tête en disant « Hé ! toi qui détruis le temple et qui le bâtis en trois jours, sauve toi toi-même ; si tu es Fils de Dieu, descends de la croix » (Matt. 27:40) ; il y avait aussi les moqueries des principaux sacrificateurs, des scribes et des anciens, qui, accomplissant les Écritures à leur insu, allaient jusqu’à l’injurier en reprenant les termes du psaume 22 ! Les brigands crucifiés à Ses côtés faisaient chorus avec tous ceux qui l’insultaient ; les soldats se partagèrent Ses vêtements en tirant au sort, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure ; et surtout, il y eut les cris de notre bien-aimé Seigneur Lui-même : d’abord, lors de Son abandon par Dieu, et ensuite, lorsqu’Il remit Son esprit. Puis la terre trembla, et les rochers se fendirent (*). Voilà les choses, ou une partie des choses auxquelles Marie de Magdala et ses compagnes assistèrent de loin, assurément avec larmes et déchirements de cœur.

 

(*) En Matthieu ceci est relaté en rapport avec les saints qui sortirent des tombeaux après la résurrection du Seigneur ; mais il est formellement dit que le centurion, et ceux qui étaient avec lui en train de veiller sur Jésus, virent le tremblement de terre.

 

4.3.6        Sentiments du Seigneur à la croix

Et que dut éprouver notre Sauveur bien-aimé, cloué sur cette croix ? La réponse à cette question, en rapport avec les souffrances infligées par l’homme, se trouve dans ces supplications : « Approche-toi de mon âme, sois son rédempteur ; rachète-moi à cause de mes ennemis. Toi, tu connais mon opprobre, et ma honte, et ma confusion : tous mes adversaires sont devant toi. L’opprobre m’a brisé le cœur, et je suis accablé ; et j’ai attendu que quelqu’un eût compassion de moi, mais il n’y a eu personne,… et des consolateurs, mais je n’en ai pas trouvé… » (Ps. 69:18-20). Cher Sauveur ! Tes ennemis avaient endurci leurs cœurs contre toute pitié, et il n’y en avait pas un seul, si ce n’est le brigand crucifié à tes côtés, qui discernât à ce moment-là qui Tu étais, et ta gloire à venir dans le Royaume. Non ! Pas même ces femmes qui Te suivaient depuis la Galilée, ni même Marie de Magdala ! Elles T’aimaient de toute leur âme et T’étaient dévouées, mais elles n’avaient pas encore été éclairées touchant Ta résurrection. C’est pourquoi la plus grande des souffrances pour ceux qui Le suivaient fidèlement dut être d’entendre ce cri (audible pour ceux qui se tenaient près de la croix) : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné » ? Telle fut l’expression de Sa souffrance infinie, tandis qu’Il buvait la coupe amère du jugement divin, par laquelle Il glorifia pleinement Dieu et fit propitiation pour les péchés de Son peuple ainsi que pour le monde entier.

 

4.4   Marie de Magdala et l’ensevelissement du Seigneur

La mort étant accomplie, il ne restait plus qu’à ensevelir le Seigneur. Le prophète avait dit : « Et on lui donna son sépulcre avec les méchants » (c’est ce qui aurait eu lieu si Ses ennemis avaient eu la charge de l’ensevelissement)… « mais il a été avec le riche dans sa mort » (És. 53:9), car Dieu en avait ainsi décidé. Joseph d’Arimathée, disciple du Seigneur en secret, fut l’instrument choisi pour accomplir la volonté de Dieu à cet égard. Ayant obtenu de Pilate la permission de disposer du corps de Son Seigneur, il s’en chargea pieusement et respectueusement pour « le mettre dans son sépulcre neuf qu’il avait taillé dans le roc ; et ayant roulé une grande pierre contre la porte du sépulcre, il s’en alla. Et Marie de Magdala et l’autre Marie étaient là, assises vis à vis du sépulcre » (Matt. 27:60). Marc ajoute que « Marie de Magdala, et Marie, la mère de Joses, regardaient où on le mettait » (Marc 15:47). Marie demeura ainsi fidèle dans son dévouement à Christ : pendant Sa vie, pendant les souffrances de la croix, et après Sa mort. Il fut véritablement sa vie, et quand la grosse pierre eut été roulée devant la porte du sépulcre, ce fut comme si le Soleil de son âme s’était couché. Il était l’unique et seul trésor de son cœur, et même si elle ne L’avait jamais revu, le monde serait devenu pour elle comme un désert aride sous le jugement de Dieu, tant il est vrai qu’Il était tout pour son âme. Ainsi, lorsque la tombe se fut refermée sur Son corps, ce fut comme si elle avait tout perdu pour ce qui est d’ici-bas. Les ténèbres ont pu envahir son esprit, et ses espérances ont pu s’évanouir, mais rien n’a jamais pu éteindre les affections de son cœur produites par Celui-là même qui en était l’Objet. Ces affections allaient adoucir sa douleur et, par la grâce de Dieu, elles allaient encore être pour elle source de lumière et d’espérance. Elle ignorait comment la délivrance pourrait venir, et peut-être ne l’espérait-elle même pas. Mais elle aimait Celui qui était toujours Son Seigneur, c’est tout ce qui comptait pour Dieu et pour elle-même. Ce n’est pas la lumière qui nourrit l’âme, mais l’amour. Or Marie aimait beaucoup, parce qu’il lui avait été beaucoup pardonné. Il en est toujours ainsi : plus nous réalisons l’état dont nous avons été délivrés, plus intense et plus profonde est notre affection pour notre Libérateur.

 

4.5   Marie de Magdala et son Seigneur ressuscité

4.5.1        Selon le récit de Matthieu, Marc et Luc

Après l’ensevelissement d’honneur du corps du Seigneur, Marie de Magdala et ses compagnes qui avaient suivi le Seigneur depuis la Galilée et avaient assisté à la mise au tombeau (comparer Luc 23:55-56 avec Marc 15:47 et 16:1) « s’en étant retournées, préparèrent des aromates et des parfums ; et, le sabbat, elles se tinrent au repos, selon le commandement ». Trois choses sont ici clairement indiquées : 1) leur affection pour Christ ; 2) leur absence d’espoir de Sa résurrection ; 3) leur piété profonde, comme le prouve leur soumission à la Parole de Dieu. Elles avaient hâte de répandre les preuves de leur profond amour sur le corps mort de leur Seigneur, mais, comme le sabbat était imminent (*), ces saintes femmes — parmi lesquelles Marie de Magdala est spécialement mise en avant — attendirent tranquillement, se reposant selon le commandement, avant de mettre à exécution leur projet d’oindre le corps sacré de notre Seigneur de gloire. Mais, « le sabbat étant passé, Marie de Magdala, et Marie, la mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates pour venir l’embaumer. Et de fort grand matin, le premier jour de la semaine, elles viennent au sépulcre, comme le soleil se levait » (Marc 16:1-3) ; ou selon Matthieu « sur le tard, le jour du sabbat, au crépuscule du premier jour de la semaine » (Matt. 28:1), ou encore selon Jean (20:1) « comme il faisait encore nuit ».

 

(*) Il faut se rappeler que notre précieux Seigneur a été crucifié le vendredi, et que le sabbat commençait au coucher du soleil au soir de ce même jour. Si la neuvième correspondait à trois heures de l’après-midi, Joseph a dû agir très vite pour obtenir de Pilate la permission de descendre le corps de Jésus de la croix, et pour préparer le corps puis l’ensevelir avant le commencement du sabbat. Luc en fait l’observation en disant « c’était… le crépuscule du sabbat ».

 

Tous ces récits nous montrent unanimement combien les cœurs de ces femmes étaient absorbés par leur affection pour Celui qu’elles avaient connu et suivi, unies à Lui par des liens indestructibles par la grâce dont elles avaient été directement les objets. Rien n’était donc trop précieux à leurs yeux pour en oindre Son corps, et c’est le même zèle qui les fit se hâter, de fort grand matin, le premier jour de la semaine, pour venir au sépulcre, sans penser aucunement à la surprise qui les y attendait. « Qui nous roulera la pierre de devant la porte du sépulcre ? » demandèrent-elles tout d’abord, dans leur perplexité (Marc 16:3). « Et ayant regardé, elles voient que la pierre était roulée ; car elle était fort grande » (Marc 16:4). Avant de poursuivre le récit dans Jean, considérons un fait qui n’y est pas mentionné : Marc nous dit clairement qu’en découvrant que la pierre avait été roulée, Marie de Magdala ainsi que l’autre Marie et Salomé entrèrent dans le sépulcre et y virent « un jeune homme assis du côté droit, vêtu d’une robe blanche », et qu’elles en furent épouvantées. Le « jeune homme », voyant leur peur, dit aussitôt : « Ne vous épouvantez point » (Marc 16:6), et leur annonçant que le Seigneur était ressuscité, il leur enjoignit d’aller vers Ses disciples et vers Pierre, pour leur annoncer cette bonne nouvelle et leur dire que le Seigneur irait devant eux en Galilée, en ajoutant : « Là vous Le verrez, comme il vous l’a dit » (Marc 16:7). Il ne nous est pas dit dans quelle mesure elles s’acquittèrent de leur mission. Nous savons seulement (*) qu’elles s’enfuirent du sépulcre, épouvantées, et qu’« elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » (Marc 16:8).

 

(*) voir quand même Marc 16:9-10, même si cela se réfère à quelque chose de postérieur, le même jour.

 

4.5.2        Selon le récit de Jean 20

4.5.2.1                 Jean 20:1-10

Étant donné que c’est à Marie de Magdala que nous nous intéressons plus particulièrement, nous nous proposons maintenant de considérer les évènements que nous rapporte le beau récit de Jean, où Marie est l’objet principal que l’Esprit a en vue, de même que l’enseignement qui découle des expériences qu’elle fit en ce jour mémorable. La première chose qui retient notre attention, c’est que lorsque Marie vit que la pierre avait été roulée du sépulcre, elle courut dire à Simon Pierre et à l’autre disciple que Jésus aimait : « On a enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où on l’a mis » (Jean 20:2). Elle n’avait pas encore été éclairée, mais son cœur n’avait qu’un seul Objet, et, l’ayant momentanément perdu, elle en éprouvait une douleur indicible, qu’elle exprimait avec des accents touchants révélant sa profonde désolation : on a pris le Seigneur, et nous ne savons pas où on l’a mis ! Pierre, donc, et cet autre disciple coururent en toute hâte au sépulcre pour vérifier par eux-mêmes l’information ainsi reçue. Pierre arriva le dernier au sépulcre, l’autre disciple ayant couru plus vite que lui, mais avec la vivacité qui le caractérisait, il entra immédiatement dans le sépulcre, et vit « les linges à terre, et le suaire qui avait été sur sa tête, lequel n’était pas avec les linges, mais plié en un lieu à part » (Jean 20:6-7). Tout était paisible et en ordre. Ce que pensait Pierre ne nous est pas révélé, bien que, d’après le contraste entre lui et son compagnon, il soit clair qu’il ne croyait pas encore. Cependant l’autre disciple, arrivé le premier au sépulcre, entra alors, « et il vit, et crut ; car ils ne connaissaient pas encore l’écriture, qu’il devait ressusciter d’entre les morts ». Autrement dit, cet autre disciple crut sur la base de ce qu’il vit, sur la base du témoignage de ses yeux selon lequel le sépulcre était vide. Cette foi était totalement inopérante, car ayant appris que le tombeau était vide, et l’un d’entre eux en acceptant la preuve, ils s’en retournèrent chez eux (Jean 20:10). Eux aussi aimaient le Seigneur, mais ils avaient envie d’être chez eux, ou de s’y réfugier, en ce moment suprême de l’histoire de la rédemption. À propos de cet « autre disciple », la vue seule, ou la simple conviction purement intellectuelle, n’a jamais aucune puissance : elle s’occupe de la vérité sans jamais conduire à Christ Lui-même.

 

4.5.2.2                 Jean 20:11-13

L’expérience de ces deux disciples est rapportée ici afin de mieux faire ressortir l’attachement plus grand de Marie de Magdala. Le contraste est voulu, comme il ressort du verset 11 : « Mais Marie se tenait près du sépulcre, dehors, et pleurait ». Elle ne pouvait rentrer chez elle, comme les deux disciples. Son cœur, si désolé qu’il fût, la contraignait à rester là où elle avait vu pour la dernière fois le corps précieux de son Seigneur. « Pour elle », comme un autre l’a dit, « sans Jésus, le monde entier n’était rien qu’un sépulcre vide ; son cœur était plus vide encore. Elle demeure au sépulcre, là où avait été le Seigneur qu’elle aimait. Rien ne pouvait la consoler, puisqu’Il n’était plus ». C’était en effet un moment bien sombre dans l’histoire de son âme : elle apprenait ce que c’était moralement d’être mort avec Christ. Mais Lui, ressuscité d’entre les morts comme Il l’était, ne la perdait pas de vue, attendant seulement le moment opportun pour essuyer ses larmes en se révélant Lui-même. Il y avait encore un pas à faire avant qu’elle fût bénie : « Comme elle pleurait donc, elle se baissa dans le sépulcre ; et elle voit deux anges vêtus de blanc, assis, un à la tête et un aux pieds, là où le corps de Jésus avait été couché. Et ils lui disent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur dit : Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis » (Jean 20:11-13). Voyez comme son cœur est absorbé par son Seigneur ! Son âme n’était occupée que d’une et une seule pensée, celle d’avoir perdu son Seigneur. Elle ne voyait ni n’entendait rien d’autre, car sans Lui, elle ne possédait rien du tout. En outre son attachement à Christ était si fort que, comme si personne d’autre ne L’aimait sur la terre, elle se L’appropriait totalement. Aux disciples, elle dit « le Seigneur », mais aux anges elle dit : « mon Seigneur ». Tel est l’amour, car s’il est fort comme la mort, sa jalousie est cruelle comme la tombe qui, en se refermant sur celui qu’elle possède, en exclut tout autre. Et un tel amour ne peut être éteint par beaucoup d’eau, ni même par des fleuves (cf. Cant. 8:7).

 

4.5.2.3                 Jean 20:14

Combien durent être douces au cœur du Seigneur ces preuves de l’amour impérissable de Marie ! Soyons bien sûrs qu’elles touchèrent Son propre cœur d’une manière irrésistible. Oui, Il souffrait pour elle et sympathisait avec elle dans la désolation de son cœur. Mais déjà, Il se préparait à changer son deuil en allégresse, et sa détresse en chant de louange. C’est ainsi qu’après avoir répondu à la question de l’ange « elle se tourna en arrière, et elle voit Jésus qui était là ; et elle ne savait pas que ce fût Jésus » (Jean 20:14). L’Objet de tout son désir était là devant ses yeux, mais elle était si préoccupée par sa propre douleur et ses propres pensées qu’elle ne reconnaissait pas son Seigneur. Ce n’était pas, comme pour les deux disciples sur le chemin d’Emmaüs, que ses yeux fussent retenus, mais comme à ce moment-là, elle ne pensait à Jésus que comme ayant été enseveli puis enlevé du sépulcre, elle était trop absorbée par ses propres sentiments pour penser à quoi que ce soit d’autre. Jésus était là devant ses yeux, et elle ne le reconnaissait pas ! Ah ! cher lecteur, combien de fois n’en a-t-il pas été de même pour nous ! Dans nos grandes déceptions ou nos grandes souffrances, le Seigneur s’est approché de notre âme, et nous ne L’avons pas reconnu. Au lieu de L’accueillir, nous avons plutôt réagi comme les disciples qui, lorsqu’ils virent Jésus marcher sur la mer, pensèrent voir un esprit et crièrent de peur. Nous comprenons donc aisément que Marie n’ait pas reconnu le Seigneur. En fait, c’était Lui-même qui l’avait ainsi voulu, car Il cherchait Sa brebis, et Il allait l’appeler par son nom, et par grâce, elle était prête à entendre et à répondre à Sa voix bien connue.

 

4.5.2.4                 Jean 20:15-17a

C’est alors que Jésus intervint et dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu » ? (Jean 20:15). Les anges avaient dit seulement « pourquoi pleures-tu » ? À cette question, le Seigneur ajoute : « Qui cherches-tu ? », car Il pouvait ainsi répondre à l’ardent désir du cœur de Marie, alors que les anges étaient incapables de lui montrer Celui qu’elle cherchait. Le Seigneur Lui-même était là devant Marie, et elle ne le reconnaissait pas ! Le fait d’être préoccupés par nos propres pensées nous aveugle toujours, et nous retient dans l’incrédulité ; c’était le cas de Marie de Magdala : Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : « Si toi tu l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi je l’ôterai » (Jean 20:15). On a souvent fait remarquer que Marie était tellement obsédée par sa propre pensée qu’elle n’imaginait même pas que quelqu’un pût ignorer qui elle cherchait ! Que cela est merveilleux ! Personne d’autre au monde ne comptait pour son cœur. Inutile, donc de préciser de Qui elle parlait ! Remarquons, en outre, que rien n’est impossible à l’amour. Marie n’était qu’une faible femme, et pourtant elle affirme : « et moi je l’ôterai » (Jean 20:20) ! Puissions-nous tous connaître davantage cet amour invincible qui attache une âme à Jésus par des liens indestructibles, lui faisant accepter, et cela même avec joie, de porter n’importe quel fardeau qu’Il pourra lui confier.

Quelle plus grande preuve de l’amour de Sa servante le Seigneur aurait Il pu avoir ? Certes, Il connaissait son cœur, mais Sa joie est dans l’expression de ce qu’y avait produit Son amour à Lui. Il avait donc attendu que Marie exprimât absolument tout son amour, avant de Se révéler Lui-même, et de transformer ainsi sa douleur en joie. Ce moment était arrivé ! En prononçant un seul mot, celui de Marie, Il fait jaillir la lumière de Sa présence à Lui dans les ténèbres de cette âme en détresse. Il était le Bon Berger, le Bon Berger qui avait donné Sa vie pour Ses brebis. En outre, tel le Bon Berger, Il appelle Ses brebis par leur nom et les mène dehors. C’est ainsi qu’Il appela Marie par son nom : « Jésus lui dit, Marie ». Ce seul mot, prononcé comme Lui seul pouvait le faire, lui alla droit au cœur, dissipa le brouillard d’incrédulité qui s’y était accumulé, la délivra de ses propres pensées et lui révéla Christ ressuscité d’entre les morts. Quel changement puissant s’opérait ainsi dans son âme ! L’instant d’avant, elle était remplie d’une peine inconsolable, une peine à la mesure de la profondeur de son amour, et maintenant, en un instant, ses larmes sont essuyées par la révélation de son Seigneur ! Cette parole qu’Il lui adressait produisit une réaction immédiate car « s’étant retournée, elle lui dit… Rabboni (ce qui veut dire, maître) ». Il en est toujours ainsi lorsqu’on reconnaît l’appel divin, parce qu’il apporte la révélation de la Personne de qui il émane, et son autorité divine. C’est ainsi que lorsque Jésus vit Simon, appelé Pierre, et André son frère, jeter leur filet dans la mer, et qu’Il les eut appelés, ils laissèrent aussitôt leurs filets et Le suivirent. Car, comme pour Marie de Magdala, Celui qui les appelait les contraignait par Son amour, un amour qui les environnait, et ils ne pouvaient rien faire d’autre que Le suivre. Quel moment béni que celui où l’appel de Jésus atteint le cœur !

 

4.6   Marie, messagère du Seigneur — Jean 20:17b-18

Avant d’aborder ce sujet, il est nécessaire de définir en quelques mots la position de Marie. Pour cela, nous nous permettons de rapporter quelques pensées frappantes, fort bien exprimées par quelqu’un d’autre : « avant que le Seigneur ressuscité se fût révélé à elle, Marie de Magdala représente sans aucun doute le résidu juif de cette époque, attaché personnellement au Seigneur, mais ignorant la puissance de Sa résurrection. Elle est seule dans son amour, dont la profondeur même l’isole. Elle n’était pas la seule à être sauvée, mais elle seule, à cause de l’amour dont elle L’aimait, vient chercher Jésus — même si elle se trompe avant que le témoignage de Sa gloire ne brille dans un monde de ténèbres… C’est un cœur aimant… occupé de Jésus, alors que le témoignage public de l’homme fait encore totalement défaut. Et c’est à ce cœur que Jésus se manifeste en premier après Sa résurrection ». Cela explique parfaitement la parole que Jésus lui adresse : « Ne me touche pas ». Marie avait dû faire un geste, comme de tendre la main, pour exprimer l’ardeur de son amour, comme si Jésus ressuscité devait être désormais le Messie sur la terre (*).

 

(*) Cela annule entière l’apparente contradiction entre ce récit et celui de Matthieu (28:9) selon lequel la femme saisit les pieds de Jésus et Lui rendit hommage, parce qu’en Matthieu, Il est présenté comme le Messie.

 

Mais Il n’était pas revenu alors pour établir Son royaume sur la terre, car comme Il le dit à Marie, Il n’était pas encore monté vers Son Père. Avant que soit manifestée Sa gloire dans ce monde, Il allait associer Ses rachetés à Lui-même, dans Sa propre relation céleste. Il avait dit auparavant : « À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12:24). Il était mort, le fruit avait été produit, et Il place maintenant les Siens dans Sa propre relation céleste, sur le terrain de la rédemption ; si bien que nous avons ici un aperçu du but des conseils de Dieu, qui était de rendre les Siens conformes à l’image de Son propre Fils, qui, ayant glorifié Dieu sur la terre et achevé l’œuvre qui Lui avait été donnée à faire, allait être glorifié comme Homme comme l’Homme des conseils de Dieu à la droite de Dieu.

C’est de ces glorieuses vérités que Marie a reçu mission d’être la messagère. Le Seigneur lui dit : « Va vers mes frères, et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Avant de pouvoir délivrer un tel message (dont elle devait, à sa mesure, avoir sondé la vérité), Marie devait apprendre que désormais elle ne pourrait plus jamais connaître Christ selon la chair, et que, bien qu’elle l’eût ainsi connu, il n’en serait plus jamais de même, car les choses vieilles étaient passées et toutes choses étaient faites nouvelles (cf. 2 Cor. 5:17). Jamais plus elle ne suivrait son Seigneur sur la terre, mais son immense privilège serait de pouvoir Le suivre là où Il allait demeurer. En un mot, elle ne devait plus jamais Le connaître dans Sa condition humaine, de chair et de sang, mais comme l’Homme céleste, glorifié à la droite de Dieu. Non pas que Marie eût déjà compris toutes ces choses, car le Saint Esprit n’était pas encore venu, mais nous pouvons être sûrs que son cœur avait été préparé à recevoir beaucoup d’un tel entretien. Toujours est-il qu’ayant reçu sa mission, elle se hâta de la remplir. « Va vers mes frères », avait dit le Seigneur ; « Marie de Magdala vient rapporter aux disciples qu’elle a vu le Seigneur, et qu’il lui a dit ces choses » (Jean 20:18). C’était bien un privilège d’être le porteur de telles nouvelles, et Marie montra combien elle l’appréciait en obéissant promptement et fidèlement à l’ordre reçu. Ce qui la qualifiait avant tout pour ce service, c’était son affection pour Christ ; elle L’aimait d’un amour suprême, et cet amour la contraignait d’accomplir sa mission immédiatement. Elle possédait également les qualités requises pour être un témoin véridique, du fait qu’elle avait « vu » et « entendu » (cf. Jean 3:11 et 1 Jean 1:3). Elle pouvait donc rendre témoignage auprès des disciples.

Quelques mots encore sur l’importance du message. Jamais encore le Seigneur n’avait appelé les disciples Ses « frères », mais seulement Ses « serviteurs » et Ses « amis ». Mais maintenant, en vertu de Sa mort et de Sa résurrection, Il pouvait les mettre sur le même plan que le Sien, celui de la résurrection. Ce qui suit explique ce qu’Il veut dire : « Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). « Je monte vers mon Père » : Son but était de leur apprendre que la scène de la nouvelle relation dans laquelle Il les plaçait était le ciel. Ils L’avaient connu, aimé et suivi sur la terre ; mais pendant tout ce temps-là, quels que fussent les conseils de Dieu à leur égard, ils avaient partagé la condition du peuple terrestre, tandis que désormais, ils devaient entrer dans le lieu et la relation réservés aux saints célestes, par association avec le Ressuscité. Ne manquons surtout pas de remarquer car cela explique le sens du message que l’endroit et la relation dans lesquels Christ Lui-même est entré comme Ressuscité et monté au ciel, déterminent ceux des Siens. Autrement dit, ce n’est qu’en Christ ressuscité et glorifié que nous pouvons discerner ce que sont les conseils de Dieu concernant Ses rachetés : « …tel qu’est le céleste, tels sont aussi les célestes. Et comme nous avons porté l’image de celui qui est poussière, nous porterons aussi l’image du céleste » (1 Cor. 15:48-49). C’est selon ces vérités bénies que l’apôtre Paul dit : « Béni soit le Dieu et Père de notre seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 1:3) ; et il continue en nous expliquant que toutes les bénédictions spirituelles dans lesquelles nous avons été introduits découlent pour nous de ces deux titres — « le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ », — et que, comme conséquence de ces conseils divins, nous sommes introduits dans le même lieu et dans la même relation que Christ Lui-même. Quelle grâce indicible ! Et combien cela nous unit intimement au cœur de Dieu, comme à celui de notre bien-aimé Seigneur !

Il n’est rien dit de plus de Marie de Magdala, mais il y a encore deux choses à remarquer : 1) L’effet produit par son message, 2) Ce qu’il advint d’elle.

Le message de Marie de Magdala eut pour effet de rassembler les disciples tous ensemble. À vrai dire, ce fut en faiblesse, et par crainte des Juifs, mais ils n’en furent pas moins rassemblés, et les portes furent fermées, fermées à l’inimitié des hommes et au monde. Ce devait être un cercle nouveau et céleste l’assemblée et ainsi constitué, cette nuit-là, au soir de ce jour excellent entre tous les jours, le nouveau premier jour de la semaine, « Jésus vint et se tint au milieu d’eux. Et il leur dit : Paix vous soit ! Et ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples se réjouirent donc quand ils virent le Seigneur » (Jean 20:19-20). Cette petite compagnie fut donc remplie de paix (cette paix que Christ leur avait acquise par Sa mort, ayant glorifié Dieu) et de Sa propre présence bénie. Ils avaient souvent joui de Sa compagnie auparavant, mais maintenant ils Le connaissaient, si faiblement que ce fût, d’une manière nouvelle, comme le Ressuscité. La réalité de Sa résurrection leur était confirmée par le Seigneur, à cause de leur faiblesse, en leur montrant Ses mains et Son côté, dans la condescendance de Sa grâce. Cet amour, ils l’avaient déjà connu dans une certaine mesure auparavant, mais maintenant, ils le connaissaient comme l’amour qui est plus fort que la mort, et qui les attachait à Son cœur pour l’éternité. Voilà pourquoi « les disciples se réjouirent donc quand ils virent le Seigneur » (Jean 20:20).

Qu’advint-il alors de Marie ? La réponse, c’est qu’elle disparut, « perdue » dans l’assemblée. Elle faisait partie de ce petit groupe béni au milieu duquel se tenait le Seigneur, où tout ce qui est de l’homme disparaît, où chacun perd son individualité pour se fondre dans le groupe des sanctifiés parmi lesquels il n’y a ni Grec ni Juif, circoncision ou incirconcision, barbare, scythe, esclave, homme libre ; mais où Christ est TOUT et en TOUS (Col. 3:11). Heureux tout croyant ainsi « perdu » là où Christ, et Christ seul, est l’Objet suprême, et où Sa gloire inonde l’âme !