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LE PAS QUE J’AI FRANCHI

 

Edward Dennett (Traduit librement de l’anglais)

 

 

Table des matières :

1     Préface

2     Première Lettre

3     Deuxième Lettre

4     Troisième Lettre

5     Quatrième Lettre

6     Cinquième Lettre

7     Sixième Lettre

8     Septième Lettre

9     Huitième Lettre

10      Neuvième Lettre

11      Ce que j’ai découvert

11.1      Élimination du « clergé » en tant que classe distincte de croyants

11.2      L’obéissance à l’enseignement biblique concernant le rôle des femmes dans l’assemblée

11.3      L’exaltation de la personne et de l’œuvre de Christ

11.4      Souvenir hebdomadaire du Seigneur par la fraction du pain

12      Conclusion

 

 

 

1                    Préface

Dès le début du réveil religieux qui a marqué les années 1828 et suivantes, nombreux sont les membres du clergé de diverses églises ou dénominations qui ont quitté celles-ci pour se joindre aux frères réunis au seul nom du Seigneur Jésus Christ.

Pour les suivre dans leur démarche et mesurer ce qu’elle leur a, d’abord coûté, ensuite apporté, il a semblé utile de réunir dans cette brochure deux témoignages séparés par près de 120 ans.

Le premier, qui a paru en anglais sous le titre « The step I have taken » est composé de neuf lettres écrites à un ami par Edward Dennett (1831 — 1914), frère anglais, auteur de nombreux ouvrages d’édification dont plusieurs traduits en français.

Le second texte relate l’expérience faite en 1990 par Mark A. Frees, un jeune pasteur des États-Unis. Il lui a été donné pour titre « Ce que j’ai découvert ».

Ces deux récits confirment qu’en tout temps l’Esprit de Dieu se plaît à conduire dans le chemin de l’obéissance à la Parole celui qui se laisse diriger par elle.

La publication de ces deux articles ne nous fait pas perdre de vue la faiblesse de ceux qui se réunissent au nom du Seigneur ni le manque de clarté de leur témoignage au milieu du monde chrétien.

 

 

2                    Première Lettre

Cher ami,

Je dois à notre amitié et à ta lettre si pleine de gentillesse et d’affectueuses remontrances, de t’expliquer avec plus de détails les raisons qui m’ont conduit à renoncer à ma charge de pasteur. En outre, beaucoup se demandent comment, après avoir, il y a quelques années, écrit une brochure contre ceux qu’on appelle « les frères », j’ai pu ainsi changer de vues pour en arriver à m’identifier à eux. Aussi, tu ne me refuseras pas, j’en suis certain, de m’adresser à eux par ton intermédiaire. En vérité, tant pour « les frères » que pour mes amis, c’est un devoir pour moi que de retracer le chemin par lequel Dieu m’a conduit.

En tout premier lieu, qu’il me soit permis de te rappeler notre communion passée. Il y a environ six ans que notre amitié a débuté, une amitié qui s’est développée sans la moindre ombre, et s’est accrue toujours plus à mesure que le temps s’écoulait. Sans aucun doute, la bénédiction du Seigneur reposait sur elle. Elle est née du fait que, dès le début, nous partagions les mêmes vues concernant la vérité et les systèmes religieux. Quelles étaient ces vues ? Officiellement nous étions pasteurs baptistes, mais nous refusions en général cette appellation tellement, en esprit et en pratique, nous nous sentions en dehors du système baptiste. Nous avions été en effet, toi et moi, affranchis des entraves de la théologie et conduits à estimer les Écritures comme la véritable Parole de Dieu. Bien des aspects de la vérité sont alors devenus clairs pour moi : les dispensations (*), la position distincte de l’Église de Dieu et celle du croyant devant Dieu, mort et ressuscité avec Christ, la nature céleste de notre appel, l’habitation personnelle de l’Esprit saint dans le croyant, le retour du Seigneur pour ses saints avant le millénium, le règne glorieux du Messie, etc. Nous nous sommes trouvés, toi et moi, en complet désaccord avec nos collègues, de telle sorte que nous évitions de leur demander de prêcher dans nos chaires, de peur qu’ils ne contredisent notre propre enseignement. En conscience, nous étions séparés de toute dénomination (**), car toute appartenance à une communauté portant un nom nous paraissait incompatible avec les vérités que nous professions. Nous étions dans la nécessité de nous tenir à l’écart des débats de tant de groupements ecclésiastiques, n’étant aucunement solidaires de ce qui faisait l’objet de leurs discussions. La conséquence fut que, toi et moi, lorsque nous étions présents, nous nous trouvions isolés dans ces réunions et étions fortement suspectés, comme beaucoup le disaient, d’avoir une préférence pour les vues des « frères ». Notre position était bien connue et notre isolement quasi complet.

 

(*) Dispensations : terme s’appliquant aux différentes périodes de l’histoire de l’homme, au cours desquelles Dieu agit en se révélant sous des noms différents : le Dieu tout-puissant, l’Éternel, le Père, le Dieu très-haut.

(**) Nous employons le terme dénomination dans son sens anglais d’ensemble religieux, secte ou groupe chrétien portant un nom qui le différencie des autres.

 

Cela a eu pour effet de nous mettre davantage à cœur le travail du Seigneur. Nous nous sommes efforcés autant que possible, de protéger nos paroissiens des influences des systèmes religieux pour les amener à étudier par eux-mêmes les Écritures et pour les édifier dans la vérité de Dieu. Le Seigneur, dans sa grâce, a béni nos travaux, nous encourageant par de nombreuses marques de sa faveur. Jusqu’à fin 1872, nous avions tous deux de nombreuses raisons de rendre grâces. Il se passait rarement un mois sans que nous ayons la joie de voir des âmes amenées à Christ par la prédication de l’Évangile. Combien de fois à cette époque avons-nous remercié le Seigneur d’avoir bien voulu nous employer pour sa gloire ? Tu peux confirmer que, dans toutes nos prières, notre seul désir était de devenir « des vases sanctifiés, utiles au Maître ». Et ces prières étaient entendues, car les expériences des deux dernières années ont été visiblement la réponse à nos supplications. Notre espoir était de continuer avec nos paroissiens et de voir s’accroître la bénédiction sur nous et nos travaux au milieu d’eux. Mais nous avions demandé au Seigneur une plus grande consécration tout en fermant les yeux sur la nécessité d’accorder notre position avec la pensée de Dieu. Dans mon enseignement du moins, plusieurs points n’étaient pas en accord avec les Écritures. Si nos prières devaient être exaucées, ce ne pouvait être qu’en nous séparant de tout ce qui, dans notre position et notre enseignement, n’était pas juste devant le Seigneur. Et c’est ainsi qu’il nous a répondu selon ses propres pensées d’amour et non selon nos désirs.

Sois assuré, mon cher, de toute mon affection dans le Seigneur.

 

 

3                    Deuxième Lettre

Cher ami,

Quelle grâce de la part du Seigneur de nous cacher ce qui nous attend sur la terre. Si nous avions pu discerner l’avenir et le caractère du chemin par lequel nous devions passer, nos prières se seraient probablement éteintes sur nos lèvres. Comment le Seigneur a-t-il répondu à nos prières ? Pour toi comme pour moi, ce fut par la maladie. Je fus le premier atteint en octobre 1872. Ma santé s’étant quelque peu améliorée je poursuivis avec peine mon ministère jusqu’en mars 1873 et je dois ajouter que cette période de faiblesse physique fut plus riche en bénédiction dams la conversion des âmes qu’aucune autre période précédente. Aussi mon désir le plus sincère était-il de rester à mon poste, mais les desseins du Seigneur étaient de m’éloigner « dans le désert » pour une longue période de réflexion et d’exercices dans sa présence.

Au moment où j’étais complètement affaibli, je fus envoyé sur le continent pour un séjour de six mois qui en fait se prolongea jusqu’à treize, avant que je retourne au pays. Quoique le Seigneur m’ait séparé de ceux que j’appelais « mes paroissiens », l’affection avec laquelle, pendant toute cette période, ils ont subvenu à mes besoins est inoubliable. Puisse le Seigneur les récompenser abondamment dans la mesure où ils ont agi comme pour Lui-même, dans la personne de son serviteur. « Il suppléera à tous leurs besoins selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus » (Phil. 4:1 9).

Peu de temps après mon départ, ta santé aussi commença à décliner. Finalement, tu fus obligé de t’arrêter et, suivant les conseils des médecins, tu fus toi aussi envoyé sur le continent. Je n’ai pas besoin de te rappeler comment, d’une façon imprévue, nous nous sommes rencontrés à Lausanne, et le plaisir que nous avons eu à passer une journée ensemble à Veytaux. Mais tu n’oublieras pas combien j’ai été impressionné par les similitudes des voies du Seigneur envers toi et envers moi. N’y avait-il pas quelque chose dans notre position et notre enseignement qui aurait amené sur nous un châtiment d’amour de la main du Seigneur ? Est-ce que ce n’était pas son désir de nous corriger sur ces points et de nous amener à une compréhension plus exacte de la vérité ainsi qu’à une position qui soit davantage en accord avec sa volonté ?

Cette remise en question était l’aboutissement d’une longue période d’examen et de jugement de moi-même. Il est tout naturel pour l’enfant de Dieu que le temps d’affliction soit un temps pour scruter son cœur. Ainsi, dès que je fus sur le continent, dans mes promenades journalières et durant mes nuits d’insomnie, la question qui se présentait continuellement à mon esprit était celle-ci : Quel est le but du Seigneur dans cette épreuve ? Que veut-il m’enseigner par elle ? Par sa grâce, je n’ai pas eu de cesse jusqu’à ce qu’il lui plaise de me révéler la signification de cette discipline. J’ai réexaminé mes anciens modes de travail, les vérités que j’avais enseignées, soit en chaire soit par la plume, et la position que j’avais occupée. Laisse-moi te détailler aussi brièvement que possible les résultats de ces recherches.

Tout d’abord, ma brochure contre « les frères » ne me laissait pas tranquille. Peu après sa parution j’avais déjà regretté sa publication. En effet même si j’étais convaincu de la justesse de tout ce que j’avais écrit, cela ne m’empêchait pas d’avoir la plus sincère estime pour ceux d’entre eux que je connaissais. Impossible de ne pas admirer leur marche séparée du monde, la simplicité de leur vie, leur amour pour la parole de Dieu et pour la personne de notre Seigneur bien-aimé. J’étais triste et confus d’avoir blessé de tels hommes, et de m’être exclu par mon livre de toute communion avec eux. En outre je me demandais parfois si j’avais vraiment agi loyalement envers eux en critiquant des citations détachées de leur contexte. Avais-je consciencieusement cherché leur réelle signification à la lumière des Écritures ? Ainsi, bien avant de quitter l’Angleterre, j’avais cessé de faire de la publicité pour cet écrit. Je n’avais jamais permis qu’on l’annonce dans un périodique local avec le reste de mes écrits. Plus récemment, j’avais même décidé que l’on devait en cesser la publication. Mais maintenant, après avoir obtenu de plus amples et authentiques informations sur beaucoup de points sur lesquels j’avais insisté, je fus amené, non seulement à réaliser que cette brochure devait être retirée, mais aussi à confesser qu’après de nouvelles recherches dans les Écritures je ne pouvais plus adhérer à toutes les affirmations qu’elle contenait. Je résolus qu’à la première occasion, je l’affirmerais publiquement et exprimerais mes regrets dès la reprise de mes activités.

Ensuite, j’examinai ma façon d’agir par rapport à mon enseignement. Avais-je été conséquent à cet égard ? Hélas ! il me fallait admettre certaines contradictions importantes. Depuis plusieurs années, ma conviction était que les croyants devaient être rassemblés le jour du Seigneur pour la fraction du pain, et je l’avais souvent exprimée en public. De même, j’étais opposé à la pratique de louer sa place sur les bancs de l’église car, en plus du caractère non scripturaire de cette pratique, j’avais souvent remarqué que des croyants pauvres étaient obligés de s’asseoir n’importe où, aussi inconfortable que cela puisse être, tandis que des incrédules qui avaient les moyens de payer choisissaient leur banc. J’avais fréquemment affirmé mes convictions sur ces points sans aller plus loin. Là était la faille. Étant responsable de la vérité que le Seigneur m’avait révélée, j’étais tenu, par fidélité envers lui, de m’efforcer de la mettre en pratique. Cela je l’avais négligé. Il m’accordait maintenant la grâce de confesser mon erreur et de me fortifier pour être fidèle lors de mon retour.

Après quoi j’examinai à la lumière des Écritures les doctrines que j’avais prêchées. Là aussi je découvris des motifs de regrets. J’avais affirmé dans la brochure comme je l’avais fait en chaire, le caractère mortel du corps du Seigneur Jésus — comme étant sous la nécessité de la mort. En toute droiture je puis dire qu’à cette époque, je ne réalisais pas la nature de l’erreur avec laquelle cette doctrine était associée, sinon je l’aurais rejetée avec horreur. Une étude plus approfondie de la Parole me montrait que j’avais été trop hâtif dans mes conclusions, qu’en vérité le corps du Seigneur était mortel, mais uniquement dans le sens d’être capable de mourir et en aucune manière d’être sous la nécessité de la mort. Maintenir une telle doctrine aurait, j’en suis convaincu, sapé les fondements mêmes du sacrifice expiatoire.

La venue du Seigneur Jésus pour enlever ses saints occupa aussi mon attention. En accord avec toi, j’avais soutenu que, tandis que sa venue aurait lieu avant le millénium, il interviendrait nécessairement des événements avant l’enlèvement des saints, que donc en fait l’Église devait passer par la tribulation finale et se trouver sur la terre durant la période de la domination de l’Antichrist. Je passai à peu près tout l’hiver à réexaminer ce sujet. Le Seigneur a permis que je sois mis en contact à Veytaux avec d’autres chrétiens. Ensemble nous avons scruté les Écritures sur cette question. Il n’est pas nécessaire que je te dise en détail ce qui m’a conduit finalement à la conclusion que l’Église ne passerait pas par la grande tribulation. Peut-être suffit-il de dire que, d’une part le fait de comprendre que Matthieu 24 ne s’applique pas à l’Église, et d’autre part l’étude plus attentive de l’Apocalypse, contribuèrent à cette conclusion. Quoi qu’il en soit, c’est avec bonheur que je découvrais l’heureux privilège du croyant de vivre chaque jour dans l’attente du retour du Seigneur. En effet j’étais depuis longtemps intimement persuadé que, sans cela, de nombreuses exhortations des Écritures à attendre et veiller avaient perdu leur force, alors qu’une telle espérance et une telle attente devaient exercer, dans la puissance du Saint Esprit, une influence bénie et sanctifiante sur l’âme du croyant (voir 1 Jean 3:2-3).

Mon changement de vues sur ce point m’amena à en modifier plusieurs autres : la nature et l’appel de l’Église, le contraste entre l’espérance terrestre des Juifs et l’espérance céleste des croyants, le royaume et l’Église..., mais je n’allai pas plus loin à ce moment-là. Car, s’il est vrai que pendant l’hiver, au cours de réunions d’études et dans des conversations avec des amis chrétiens, j’ai eu beaucoup de discussions et ai souvent eu du mal à défendre les habitudes « ecclésiastiques » auxquelles j’étais associé, je n’en restais pas moins farouchement cramponné à ma position.

Je n’avais changé d’avis sur aucun principe fondamental, tout au moins aucun qui aurait pu m’empêcher de continuer à occuper le poste que j’avais tenu pendant tant d’années. Si j’avais entretenu quelques doutes de cette nature, la perspective que j’entrevoyais de revenir vers mes paroissiens bien-aimés les aurait chassés et aurait rétabli ma confiance. Quand finalement nous avons repris le chemin du retour, la seule crainte que j’avais était que ma santé, quoique bien meilleure, ne soit pas suffisamment rétablie pour être capable de reprendre mon travail abandonné depuis si longtemps. Je laisse le récit de mon retour pour ma prochaine lettre.

 

 

4                    Troisième Lettre

Cher ami,

Le 6 mai, nous débarquions une fois de plus sur les rivages de l’Angleterre. Il était convenu que je devais reprendre mon ministère à compter du 24. Comme je n’étais pas encore très solide, mes chers paroissiens consentirent affectueusement à ce que je ne prêche qu’une fois le dimanche. Il me fut possible d’assurer ce service limité avec assez de facilité et une grande joie grâce à la tendre miséricorde de notre Dieu et Père. Je n’avais peut-être jamais dans mon expérience passée réalisé autant la présence de Dieu et la puissance de l’Esprit en prêchant la Parole qu’après mon retour, sans doute parce que jamais il n’y eut tant de prières pour que la force du Seigneur s’accomplisse dans ma faiblesse et il est bien vrai que ces prières furent abondamment exaucées.

Mais malgré toutes ces expériences heureuses, nouvelles preuves de sa fidélité et de sa tendresse, le Seigneur allait paraître sur la scène et me contraindre à me retirer de mon service. En effet, à peine m’étais-je installé, que des indications commençaient à apparaître me montrant que ce n’était pas sa volonté que je reste à mon poste. Mon cher frère, tu connais le sentier particulier dans lequel j’ai été conduit, tu sais que rarement je crois, j’ai fait un pas de ma propre volonté. Quand j’agissais, c’était vraiment parce qu’il y avait des influences de l’extérieur qui m’obligeaient à le faire. C’est bien ce qui s’est passé. À la suite de circonstances indépendantes de ma volonté, je convoquai une réunion de croyants et leur lus un texte dans lequel j’avais consigné les vérités qui me dirigeaient à l’époque. Je t’ai lu ce texte avant de le présenter à cette réunion. Mais je vais en insérer un extrait ici, car il permettra de mieux expliquer la nature graduelle du changement auquel finalement je fus amené. Après quelques références personnelles, je lus ce qui suit :

« On dit que j’ai enseigné les doctrines de Plymouth (*), dimanche dernier. Or, à deux reprises auparavant, j’avais exprimé exactement les mêmes vues. Pour autant que je sache, aucune plainte n’avait été formulée. Quoi qu’il en soit, la question se pose simplement comme suit : ai-je proclamé la vérité ou l’erreur ? Car, parce que les catholiques affirment la divinité du Seigneur Jésus, faut-il rejeter cette doctrine si bénie et absolument vraie ? Mais je reconnais volontiers être largement d’accord avec les doctrines habituellement associées avec « les frères ».

 

(*) Celles des « frères » désignés sous ce nom

 

Quand j’ai commencé mon ministère ici, il y a treize ans et demi, j’étais un étudiant zélé ; je lisais beaucoup de livres. Peu à peu, le Seigneur m’a ouvert les yeux pour réaliser qu’avec le Saint Esprit pour nous guider et nous enseigner, la Bible était pleinement suffisante pour instruire l’homme de Dieu (Jean 14:16-17 ; 16:13). Dès lors je délaissai de plus en plus les autres lectures au point que depuis quelques années déjà les Écritures sont ma lecture principale, et mon seul recueil de textes pour mes prédications. De ce fait, j’ai dû rejeter la plupart, sinon toutes les vues, qui m’avaient été précédemment inculquées. J’ai été amené à reconnaître que beaucoup de doctrines des « frères » étaient selon la pensée de Dieu. Comment par exemple ne pas reconnaître qu’il est juste de se réunir comme chrétiens pour rompre le pain le jour du Seigneur ? D’autre part, concernant la vérité des « dispensations », quoique jusqu’ici j’aie eu des pensées différentes des leurs sur quelques points particuliers, j’étais parfaitement d’accord avec eux dans leur esquisse générale. Par exemple, la venue prémilléniale de Christ (je parle de la doctrine générale et non de ses détails), la première résurrection pour les croyants et l’enlèvement des saints, leur association avec Christ dans la gloire de son royaume millénaire, la restauration et la conversion du peuple juif, la conversion du monde — non par la prédication de l’Évangile avant la seconde venue — mais après le retour du Seigneur. « Alors, je changerai la langue des peuples en une langue purifiée, pour qu’ils invoquent tous le nom de l’Éternel pour le servir d’un seul cœur » (Soph. 3:9). J’étais aussi d’accord avec eux en ce qui concerne la position et la marche des croyants, la séparation du monde, l’habitation de l’Esprit, etc. À la même époque, je différais d’eux sur d’autres points, sinon j’aurais eu la grâce, je l’espère, de me joindre à eux. Je n’hésite pas à déclarer que si j’avais été pleinement convaincu des fondements sur lesquels ils s’appuient pour l’adoration et l’enseignement, cela aurait été ma joie de chercher à glorifier Dieu en obéissant à sa volonté.

J’irai plus loin. Lors de conversations avec des amis, j’ai souvent dit que, si les circonstances s’y prêtaient, je préférerais être avec les « frères » qu’avec d’autres chrétiens et que si j’étais dans un endroit où aucune vérité claire n’était enseignée, je chercherais même le privilège de la communion avec eux dans la fraction du pain.

Oui, j’ai souvent exprimé le regret d’avoir écrit ma brochure contre les « frères », un regret dû en partie au fait que, comme plusieurs l’ont remarqué, des ecclésiastiques et autres ministres de dénominations, pour lesquelles je n’avais pas la moindre sympathie, utilisaient mon écrit comme auxiliaire pour leur cause. Cela m’a aidé à prendre conscience du fait que j’étais dans le mauvais camp, en fait que j’étais incontestablement tombé dans l’erreur. Ma brochure fut aussi citée dans des journaux, des revues, pour soutenir des doctrines auxquelles j’étais totalement opposé.

Je ne puis donc qu’exprimer mes profonds regrets de l’avoir publiée même si, à l’époque, elle avait exprimé mes sincères convictions. Dans ces jours de mondanité et d’erreur, j’aimerais mieux voir des chrétiens chez les « frères » que dans l’Église officielle ou dans les milieux « dissidents » ou baptistes. Je saisis cette occasion pour déclarer que je ne pourrais plus maintenant, adhérer aux affirmations et aux vues que contenait cet écrit ».

Telle était, cher frère, la substance du texte que je lus à cette occasion. J’ajoutai à cette déclaration, que puisque mon enseignement avait été mis en cause, je démissionnerais de ma fonction de pasteur pour la fin de septembre, et je suis rentré ce soir-là à la maison avec plus de joie dans mon âme que je n’en avais éprouvé depuis longtemps. Je sentais que le Seigneur m’avait ouvert une porte pour proclamer toute la vérité que je défendais. J’étais certain que, quelles que puissent être les épreuves de foi, liées à la séparation d’avec mes paroissiens, Celui qui m’avait parlé si clairement me donnerait la grâce d’être fidèle, qu’il fortifierait son faible serviteur pour le témoignage qu’il pouvait être appelé à rendre et le rendrait capable de poursuivre, bien que le caractère du chemin sur lequel il s’engageait lui fût à ce moment-là entièrement caché.

Avec toute mon affection dans le Seigneur.

 

 

5                    Quatrième Lettre

Cher ami,

L’effet de la réunion décrite dans ma dernière lettre fut aussi inattendu que merveilleux. Je me sentais comme un oiseau qui venait de s’échapper du piège, tant étaient grandes la liberté et l’indépendance d’esprit que je connaissais désormais. Plus encore : des vérités qui jusqu’ici n’étaient que diffuses dans mon esprit, se cristallisèrent en quelque sorte, sous l’influence de cette réunion, et resplendirent à mes yeux comme un trésor fraîchement découvert. Aussi quand plusieurs amis me supplièrent, par des entretiens ou des lettres, de demeurer avec mes paroissiens en m’assurant que je pourrais prêcher tout ce que le Seigneur m’avait révélé, il me fut impossible d’avoir un seul instant une telle pensée. Mon cœur était étreint au sujet des âmes qui m’avaient été confiées dans 1’évangile. Les liens que la communion chrétienne avait formés me tenaient étroitement attaché à beaucoup de croyants parmi mes paroissiens. Mes ressources matérielles semblaient, humainement parlant, liées à la continuation de mon ministère officiel. Mais tous ces faits conjugués ne pouvaient me faire revenir en arrière ni retirer les paroles que j’avais prononcées. Ayant ainsi exposé les vérités exprimées dans mon texte, je sentais que je ne pourrais plus les tenir dans l’ombre. J’aspirais désormais à me trouver dans une position qui ait l’approbation de la parole de Dieu.

Une autre démarche suivit. J’avais exprimé publiquement mon regret d’avoir publié mon écrit. Sentant la nécessité de me rétracter auprès de ceux contre lesquels il était dirigé, j’adressai une brève lettre à M. William Kelly — quelqu’un de bien connu parmi les « frères » — pour exprimer mes regrets d’avoir écrit et publié cette brochure.

Ceci fait, je me sentis entièrement libre de toute entrave et décidai alors, avec l’aide de Dieu, de laisser la lumière des Écritures éclairer tout ce qui était lié à ma position, de manière à être guidé dans le chemin que j’aurais à suivre. Tout était encore incertain, à part les vérités dont j’ai parlé. Que faire après m’être séparé de mes paroissiens ? Divers chemins s’ouvraient devant moi, avec de nombreuses promesses de soutien — je tiens à le rappeler avec reconnaissance — mais mon seul désir était maintenant de connaître la volonté du Seigneur.

Ce qui en premier lieu attirait mon attention et nécessitait mon examen était le ministère tel qu’il est exercé parmi ceux qu’on appelle les « dissidents » (*). Ce sujet m’a rappelé un incident étrange. Il y a huit ou neuf ans, j’avais écrit un traité portant ce titre. Je l’avais apporté à l’éditeur, puis j’avais décidé qu’il ne devait pas être édité, car je craignais la controverse qui aurait pu être soulevée au sujet de nombreuses affirmations qu’il contenait. Ces affirmations ressemblaient fort à celles contenues dans cette lettre.

 

(*) « Dissidents » : Les chrétiens anglais protestants qui ne font pas partie de l’Église d’Angleterre (ou, en Écosse, les protestants qui ne sont pas des fidèles de l’Église nationale). Ce nom fut appliqué aux Congrégationalistes, Baptistes et Presbytériens, quand Guillaume III leur accorda la tolérance.

 

Cher frère, nous avons été, toi et moi, dans les années passées, considérés comme des ministres « dissidents » (bien que, je l’ai déjà dit, nous ayons tous deux refusé cette appellation). Comment étions-nous arrivés à occuper ce poste ? Pour qu’il n’y ait pas d’équivoque, je répondrai seulement pour moi-même. Après avoir accepté Christ, j’étais rempli d’un ardent désir d’entrer dans le ministère. J’étais jeune et ignorant. Selon l’usage de l’église à laquelle je me rattachais, je m’orientai naturellement vers une des universités pour y suivre la formation nécessaire. Recommandé par deux pasteurs, quoique je n’aie encore jamais prêché, sauf une seule fois et encore ils n’étaient même pas auditeurs, j’ai obtenu mon admission, et, après la période d’essai habituelle, j’ai été accepté pour le cycle normal de quatre ans. J’étudiais avec ardeur, mais non pas les Écritures qui n’avaient qu’une place secondaire par rapport aux autres sujets d’études. Je commençai d’étudier sous la direction d’un professeur dans le but d’obtenir une licence à l’Université de Londres. Je m’inscrivis à la fin de la première session et me préparai à la licence à la fin de la troisième année. Mais, au moment de passer les examens d’octobre, je contractai une fièvre typhoïde. De ce fait, il me fut impossible de me présenter pour l’obtention de la licence.

Après quelques mois, par la grâce de Dieu, je retrouvai la santé, mais il ne me restait que six mois pour terminer mes études. Trois mois plus tard je fus invité à prêcher, à titre d’examen, après quoi « l’Église » fut réunie pour discuter de mes mérites comme prédicateur. Je fus alors élu à l’unanimité pour être leur pasteur. De la même façon m’échut la charge pastorale à L.R.

Je ne veux pas ici critiquer la façon de préparer les jeunes gens au ministère, quoique, j’en suis certain, tu conviendras avec moi qu’elle est entachée des pires défauts, qu’elle n’a aucun fondement scripturaire, et qu’elle est singulièrement mal adaptée aux buts recherchés.

Y a-t-il un seul passage dans les Écritures qui autorise l’élection d’un pasteur ou d’un ministre (les deux termes sont en usage chez les « dissidents ») par un vote de l’Église ? C’est la question à laquelle je chercherai à répondre, Bible en main.

Le premier passage à considérer est Actes 6. Nous y trouvons ce qui pourrait ressembler à l’élection de serviteurs (ou diacres) par des croyants en communion (v. 5). Mais plusieurs remarques peuvent être faites :

·             Premièrement, bien qu’ils aient été choisis par la multitude, ils le furent sur les instructions des apôtres (v. 6). La décision fut confirmée, sinon effectivement prise par eux.

·             Deuxièmement, bien qu’ils aient été choisis par la multitude, le terme employé pour décrire la manière dont ils ont été désignés signifie simplement sélection.

·             Troisièmement, les serviteurs choisis n’étaient ni des anciens, ni des évêques. Leur service consistait à secourir les veuves et à servir aux tables (v. 1-2).

 

Il est vrai que nous trouvons ensuite Étienne prêchant la Parole, dans la puissance du Saint Esprit. Mais personne ne prétend que c’était la conséquence de sa désignation pour servir aux tables. Dans ce chapitre, on ne trouve donc rien qui justifie l’élection de pasteurs ou de ministres.

Actes 14:23 est certainement davantage en rapport avec la question. Nous y lisons que Paul et Barnabas leur avaient choisi des anciens dans chaque assemblée. Or il est bien connu qu’anciens et évêques sont à peu près synonymes dans les Écritures.

La preuve que ces deux termes correspondent au même office nous est donnée par Actes 20. Au verset 17. Paul appelle auprès de lui les anciens de l’assemblée et il s’adresse ainsi à eux au verset 28 : « Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau au milieu duquel l’Esprit Saint vous a établis surveillants pour paître l’Assemblée de Dieu ». Si ceux-ci avaient été désignés par un vote de l’assemblée, ce pourrait être une apparente justification de la pratique en usage dans une partie de la chrétienté. Mais revenons à Actes 14:23 et considérons le terme exact qui est employé. C’est littéralement « leur ayant choisi des anciens ». Le participe traduit par « ayant choisi » se réfère seulement à l’action des apôtres et le pronom rendu par « leur » se réfère aux disciples « dans chaque assemblée ». Il est donc tout à fait évident que nous avons, dans ce passage, ce que les apôtres ont fait pour l’assemblée. Il s’ensuit que si l’Église votait, aucune nomination ne pourrait être validée en dehors de la présence des apôtres.

Mais est-ce bien la signification du terme traduit par choisir ? Autant que je le sache, on le retrouve dans deux autres passages du Nouveau Testament : une fois sous la même forme et une fois complété par un adverbe qui ne change rien à la signification du terme. Le premier passage est : 2 Cor. 8:19, où l’apôtre parle du « frère dont la louange... est répandue dans toutes les assemblées »... « choisi par les assemblées pour notre compagnon de voyage, avec cette grâce qui est administrée par nous à la gloire du Seigneur lui-même ». Là, c’est l’action des assemblées dans la nomination de quelqu’un. Mais nous n’avons, à part ce terme, rien qui indique le mode de nomination. Tu conviendras qu’il ne s’agit pas de la nomination d’un ancien, mais simplement du choix de quelqu’un qui a été envoyé par les assemblées pour œuvrer avec l’apôtre dans l’administration de leurs bonnes œuvres. C’est une chose totalement différente.

Considérons l’autre passage en Actes 10:40-41. Nous y lisons que : « Dieu a ressuscité Jésus le troisième jour et l’a donné pour être manifesté, non à tout le peuple, mais à des témoins qui avaient été auparavant choisis de Dieu ». L’emploi de ce terme ici n’est-il pas décisif quant à sa signification ? Car ce mot étant employé en relation avec Dieu, il est impossible d’y rattacher autre chose que l’idée de choix ou de désignation ; de sorte que ce passage, au sujet duquel aucun doute n’est possible quant au sens du terme employé, doit guider l’interprétation que nous faisons de l’autre passage.

Un esprit impartial est obligé d’admettre que les Écritures n’offrent aucune preuve quelconque qui justifie l’élection de ministres ou d’anciens par les suffrages de l’assemblée. Ce terme « choisi » confirme que les anciens, dans les passages cités, étaient simplement désignés par les apôtres. Quant à moi, c’est la conclusion que la parole de Dieu me força à admettre et cela contre mon gré. Et je ne pouvais guère trouver de réconfort en lisant les instructions de l’apôtre Paul à Tite, le chargeant d’établir des anciens dans chaque ville. D’abord parce que le mot traduit par établir n’est pas le même que celui dont nous avons discuté. Ensuite parce que Tite agissait ici sous la direction et l’autorité de l’apôtre.

Tu as ainsi, mon cher frère, les résultats de mes recherches. Ma conclusion est la suivante : la manière dont nos nominations sont décidées n’a absolument pas l’autorité des Écritures. Si tu désires poursuivre ce sujet plus minutieusement, je pourrais te citer divers traités. Mais tu trouveras, je n’en doute pas, que la Parole suffit amplement pour démontrer la justesse des conclusions auxquelles je suis arrivé. Il reste d’autres aspects du sujet qui seront traités, Dieu voulant, dans ma prochaine lettre.

Entre temps, crois, mon cher frère, à toute mon affection dans le Seigneur.

 

 

6                    Cinquième Lettre

Cher ami,

Avant de poursuivre mon sujet, il me semble utile de résumer les conclusions de ma dernière lettre, en changeant seulement l’ordre de l’exposé, pour que l’enseignement de l’Écriture nous apparaisse plus clairement.

Nous voyons donc :

·             1. Qu’il y a bien un exemple dans l’Écriture d’une nomination par l’assemblée, mais dans ce cas, il s’agissait non d’un ancien, mais simplement d’un frère délégué par plusieurs assemblées pour accompagner l’apôtre et l’assister dans l’administration de la bienfaisance (2 Cor. 8:18-19).

·             2. Qu’il y a bien un seul exemple d’un choix par l’assemblée de diacres (serviteurs) dont la tâche était de servir aux tables. Mais quoiqu’ils aient été choisis par l’assemblée, c’est par les apôtres qu’ils furent réellement mis à part pour le service (Actes 6).

·             3. Qu’il n’y a aucun exemple d’un choix ou d’une élection d’anciens par l’assemblée, soit par vote soit par une autre manière. Dans tous les cas rapportés, les anciens étaient nommés soit par les apôtres soit sous la direction et avec l’autorité des apôtres (Actes 14:23 ; Tite 1:5 etc.).

·             4. Il s’ensuit qu’en l’absence d’apôtres ou d’autorité apostolique, l’Écriture ne nous autorise nullement à nommer des anciens ou des évêques.

Telle est la conclusion qui s’est imposée à moi après un examen scrupuleux des Écritures. Certaines communautés tournent la difficulté en s’abritant derrière une succession apostolique imaginaire. Je n’ai pas besoin de te souligner le caractère entièrement antiscripturaire de ce dogme.

Tu me répondras peut-être qu’en 1 Timothée 3 et Tite 1, nous avons précisément cette autorité apostolique que l’on recherche. Mais n’oublions pas que ces directives étaient envoyées non à des assemblées, mais à des individus, à Timothée et à Tite, qui agissaient sous les ordres de l’apôtre, et qui avaient donc besoin d’instructions comme celles qui leur sont données dans ces passages. Il est très significatif, en effet, que dans l’épître à Tite les qualités requises de l’ancien soient précédées par l’ordre d’établir des anciens dans chaque ville. Ainsi la place même de ces instructions, loin de nous autoriser à nommer des anciens ou des évêques dans l’assemblée, nous montre que l’Église, en le faisant, s’arroge une fonction qui était strictement liée au ministère apostolique. On ne peut donc imaginer preuve plus décisive du caractère antiscripturaire de ce mode de désignation des membres du clergé.

Je suis convaincu qu’il existe de nombreux hommes pieux, chez les « dissidents », qui seraient très reconnaissants de connaître cette conclusion. Car, tout en acceptant les traditions de cette église, ils ont trouvé difficile de les concilier avec leur foi dans la sagesse divine. Suppose maintenant une communauté sans pasteur ; quelle va être sa démarche ?

En tout premier lieu, on s’informera auprès d’hommes considérés comme « éminents » pour trouver qui pourrait convenir pour remplir cet office. Il y aura également des candidatures émanant de pasteurs susceptibles d’être « mutés ». On choisira ensuite un ou plusieurs candidats éligibles à qui l’on demandera de venir prêcher pendant trois ou quatre dimanches, à titre d’essai. À la fin de cette période d’examen, on convoquera une réunion d’église. Les mérites du ou des candidats seront comparés. Finalement, tous les paroissiens, du plus instruit au plus ignorant, étant supposés capables de formuler un jugement sur les qualifications spirituelles du candidat, vont donner leur avis. Après beaucoup de discours pour ou contre, on procédera à un vote. S’il y a une majorité en faveur d’un des candidats, l’invitation au pastorat (quoique le candidat ait été seulement examiné comme prédicateur) sera communiquée en temps voulu. Le candidat accepte alors ou n’accepte pas l’invitation, suivant ses propres exigences ou appréciations.

Tout cela était présent à mon esprit et m’a sans doute aidé à aboutir à la conclusion impartiale — je dis impartiale puisque ma position personnelle dépendait du résultat de ma recherche — à savoir que la charge de pasteur, telle qu’elle est dévolue parmi les « dissidents », n’a en aucune façon l’autorité de l’Écriture.

Jusqu’ici, j’ai admis l’hypothèse d’une concordance entre la charge d’un prédicateur et celle d’un ancien dans les Écritures. Or il n’est jamais dit que le Seigneur a donné des anciens, alors qu’apôtres, prophètes, ainsi qu’évangélistes, pasteurs et docteurs sont tous cités dans l’énumération des dons. En effet, les anciens étaient désignés pour exercer une autorité, et de ce fait avaient une charge ; alors que ceux qui possédaient un don tel que prophètes, pasteurs, docteurs,... le recevaient pour l’édification des saints ; ils étaient responsables d’obéir à Celui dont les dons émanent pour les exercer dans ce but.

Or comme tu le sais, cher frère, les « dissidents » ne font pas la distinction entre la charge et le don. Chez eux l’exercice du don est lié à l’élection à une charge. Ainsi, un ministre dissident est considéré comme un ancien. Il est aussi appelé pasteur, en même temps qu’il est considéré comme docteur et évangéliste. Il est censé en fait réunir tous les dons et charges mentionnés dans l’Écriture, excepté celle de diacre. N’est-il pas étrange que nous nous soyons si longtemps contentés d’un tel système ?

En poursuivant ce sujet sous ses divers aspects, j’ai trouvé qu’il y avait encore une difficulté, celle liée au ministère d’un seul homme de telle sorte que si tout le reste avait été évident, celle-ci aurait été insurmontable. Je n’ai découvert aucun passage qui parle d’un ancien unique ou d’un évêque unique pour une église. Je n’ai jamais rencontré ces termes, au singulier, sauf dans les épîtres à Timothée et à Tite où, comme nous l’avons vu, les qualités requises pour cette charge sont données en détail.

Prends successivement Actes 20:17 déjà cité : « Or Paul envoya de Milet à Éphèse et appela auprès de lui les anciens de l’assemblée », Actes 14:23 : « Et leur ayant choisi des anciens dans chaque assemblée », Philippiens 1:1 : « À tous les saints dans le Christ Jésus qui sont à Philippes, avec les surveillants », Tite 1:5 : « Que dans chaque ville tu établisses des anciens », 1 Pierre 5:1 : « J’exhorte les anciens qui sont parmi vous ».

Si donc toute autre difficulté était écartée, il serait impossible de tirer des Écritures la moindre justification pour nommer un ancien ou un évêque à la direction d’une église. Je ne pense pas d’ailleurs que cette pratique soit jamais valablement défendue. Je me souviens qu’il y a quelques années, lors d’un dîner avec plusieurs pasteurs, 1’un deux crut bon de condamner les usages des « frères ». Je m’interposai en demandant : « Êtes-vous sûr de votre position ? Montrez-moi dans l’Écriture la justification du ministère d’un seul homme ». Il répondit : « C’est très facile », mais, sur mon insistance, le seul passage qu’il put alléguer était : « Les sept étoiles sont les anges de sept assemblées ». Les autres personnes présentes furent également incapables de répondre.

Cela suffira à montrer non seulement à quel point cet usage est indéfendable, mais aussi combien facilement nous assumons de sérieuses responsabilités sans nous poser la question : Avons-nous pour cela l’autorité de la parole de Dieu ? Il est certain que si nous avons un œil simple, si nous désirons marcher à la gloire de Dieu, nous chercherons à être séparés de tout mal, quant à notre position, pour faire de la parole de Dieu la lampe à nos pieds, la lumière à notre sentier, soit pour notre vie et notre marche journalière, soit pour toutes nos activités et nos associations dans l’Église. Bien plus, le fait d’établir dans la Maison de Dieu quoi que ce soit qui n’a pas l’autorité des Écritures est une désobéissance effective au Seigneur comme Chef de l’Église.

Tu ne peux qu’être d’accord, n’est ce pas, avec ces conclusions fondées sur la Parole. N’avions-nous pas ensemble autrefois soupiré après des changements ? Nous caressions le rêve de nous associer tous les deux dans le ministère, afin que, étant unis, nous soyons plus forts pour mener à bien nos plans, étant soumis à la seule autorité de la Parole. Nous nous sommes souvent dit que si nous étions obligés de quitter nos paroissiens, nous ne pourrions certainement pas, en toute conscience, offrir nos services pour le pastorat dans une église de n’importe quelle dénomination. Le fait était que nous avions appris des Écritures beaucoup plus que nous n’étions prêts à le reconnaître. Nous étions insatisfaits et dans une position inconfortable au milieu des différentes églises. En esprit nous en étions déjà sortis. La seule chose qui nous manquait pour être effectivement dehors était de sentir que nous étions maintenant responsables devant Dieu de nous conformer à ce qu’il nous avait enseigné.

Crois, mon cher, à toute mon affection dans le Seigneur.

 

 

7                    Sixième Lettre

Les préoccupations dont je viens de parler remontent à la période qui s’est écoulée entre l’annonce de ma démission et mon retrait effectif du ministère à L.R. Leur conclusion s’imposait : pour être fidèle au Seigneur dans cette affaire, je n’avais pas le choix, sinon celui de faire la sourde oreille à tout ce qu’on ne manquait pas de me dire pour m’engager affectueusement à ne pas abandonner mes paroissiens. Tous mes intérêts temporels étaient liés à la poursuite d’un ministère, que ce soit là ou ailleurs. Mais je n’ai pas osé placer de telles considérations dans la balance en regard des indications évidentes de la parole de Dieu.

Le jour vint (le 27 septembre) où je prêchai pour la dernière fois à mes bien-aimés paroissiens. À la fin du sermon du matin, je leur déclarai qu’il ne me serait plus possible de continuer mon ministère sans avoir la conscience d’offenser Dieu. Car depuis le soir où j’avais annoncé ma démission après avoir sondé encore une fois la parole de Dieu, je sentais la nécessité d’expliquer que je ne pouvais plus justifier nos pratiques quant au ministère et au culte.

Quatre jours après la séparation d’avec mes paroissiens, marqués par beaucoup de tristesse, j’eus l’occasion de me rendre en Écosse pour essayer de mettre de l’ordre dans mes pensées. Que de coïncidences, n’est-ce pas, dans nos chemins respectifs pour nous inciter à scruter nos cœurs devant le Seigneur en rapport avec notre ministère. Malades au même moment, en convalescence sur le continent, nous sommes revenus le printemps dernier, avec l’idée de rester avec nos paroissiens. Mais à la suite de raisons différentes, nous avons été amenés tous deux à résilier notre charge ; et sans nous être concertés nous avons, toi et moi, prêché notre « sermon d’adieu » le même jour. Et voilà que dans la même semaine, nous nous sommes retrouvés dans une ville étrangère. Le Seigneur ne nous parlait-il pas ? Encore fallait-il qu’il donne la grâce et la force d’être obéissants à sa volonté si clairement manifestée.

Voyant que je ne pourrais plus accepter un ministère parmi les « dissidents », je me posais la question : Avec quels chrétiens devais-je être identifié ? Tu t’en souviendras, j’avais déjà affirmé que les croyants devaient être rassemblés le premier jour de la semaine pour rompre le pain. Aussi mon attention a-t-elle été une fois de plus dirigée vers « les frères ». Bien que cette pratique soit reconnue comme scripturaire par la plupart des croyants, ils étaient à peu près les seuls à se rassembler de cette manière.

Comme première démarche, je résolus d’examiner à fond et de vérifier d’après les Écritures leur doctrine concernant l’adoration. Tu es bien placé pour savoir qu’elle présente un contraste total avec celle des « dissidents ». Chez nous, à L.R., ce que nous appelions l’adoration, était entièrement sous ma direction. Comme dans la plupart des chapelles dissidentes, nous commencions par la prière, puis nous chantions. Ensuite il y avait deux lectures de la Parole séparées par des cantiques et des prières, après quoi venait le sermon. Nous terminions par un cantique et une prière. En fait jamais je n’ai considéré qu’il s’agissait d’un culte. Des croyants individuellement peuvent, en vérité, réaliser la présence du Seigneur, car la foi peut toujours compter sur son secours. Mais la plupart d’entre nous ne considéraient pas cela comme un culte collectif ; en effet nous savions bien que la congrégation n’était pas uniquement composée d’enfants de Dieu. De plus, la quasi-totalité de ceux qui se réunissent selon ce principe, ne s’attendent aucunement à l’action du Saint Esprit lors des réunions excepté par le canal du pasteur attitré ; de sorte que, si ce dernier est rempli du Saint Esprit, il lui est effectivement donné de communiquer des « fleuves d’eau vive », aux autres enfants de Dieu. Mais si ce n’est pas le cas, il s’ensuivra un manque presque total de bénédiction. On a souvent remarqué que l’état spirituel d’une telle communauté est largement déterminé par celui de son pasteur. La raison, j’en suis convaincu, c’est que ce système fait tout dépendre d’un seul homme.

Considérons maintenant le principe ou le fondement du culte que j’ai trouvé chez les « frères ». Tout d’abord, ils sont assemblés au nom du Christ, autour de sa Table, pour rompre le pain le premier jour de la semaine, comme il nous a demandé de le faire (Matt. 18:20 ; 1 Cor. 11:23-26 ; Actes 20:7, etc.). Autrement dit, ils sont rassemblés autour du Seigneur lui-même, dans la dépendance et dans la soumission à sa personne comme Seigneur, sachant qu’il est fidèle à sa promesse et qu’il est présent au milieu d’eux lorsqu’ils sont réunis pour annoncer sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. En second lieu, ils tiennent des Écritures que le Saint Esprit, envoyé d’en haut après l’ascension du Seigneur Jésus, habite maintenant dans l’Église de Dieu ; en conséquence, il est la puissance pour l’adoration et le ministère. Beaucoup de chrétiens reconnaissent le fait que le Saint Esprit habite dans le croyant individuellement (quoique cela soit quelquefois contredit dans les hymnes qu’ils chantent). C’est une vérité des plus bénies. Mais la vérité que les « frères » mettent en évidence est celle-ci : ce n’est pas seulement en nous individuellement que le Saint Esprit habite, il habite aussi dans l’Église. Les passages suivants peuvent être cités en rapport avec cette affirmation ; « en qui vous aussi, vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (Éph. 2:22). Il est clair que l’apôtre ne parle pas ici de l’Esprit comme l’Esprit d’adoption dans les croyants ; car il dit : « vous êtes édifiés ensemble » : c’est-à-dire qu’ensemble ils forment l’habitation de Dieu. Ailleurs le même apôtre emploie ces termes : « la maison de Dieu, qui est l’Assemblée du Dieu vivant » (1 Tim. 3:15) et écrivant aux Corinthiens : « Vous (le pronom est au pluriel) êtes le temple du Dieu vivant » (2 Cor. 6:16). Dans la première épître, nous trouvons l’autre vérité déjà mentionnée que notre corps — le corps du croyant — constitue le temple du Saint Esprit.

Ainsi, est enseignée cette vérité solennelle, que le Saint Esprit est maintenant sur la terre habitant dans l’Assemblée de Dieu. Selon la promesse du Seigneur, l’autre Consolateur est venu pour être avec nous éternellement, selon Jean 14:16-17. Chaque fois donc que des croyants sont assemblés au nom de Christ, réalisant que Dieu considère un tel rassemblement comme une expression de l’Église, ils savent d’après le témoignage des Écritures que le Saint Esprit est au milieu d’eux, dirigeant et contrôlant tout pour la gloire de Dieu, par Jésus Christ.

Enfin « les frères » retiennent une autre vérité reconnue, espérons-le, par tous les chrétiens, mais pas toujours mise en pratique, c’est que le voile étant maintenant déchiré, nous avons « une pleine liberté » pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus. Ainsi notre place pour l’adoration est dans les lieux célestes, à l’intérieur du voile, (Héb. 9:11-12 et 10:1-22), là où Christ comme notre souverain sacrificateur est entré pour paraître devant la face de Dieu pour nous (Héb. 9:24), ministre des lieux saints, du vrai tabernacle que le Seigneur a dressé, non pas l’homme (Héb. 8:2).

Plusieurs conséquences découlent pour nous de ces principes fondamentaux.

Premièrement : Les croyants se réunissent, non comme étant d’accord sur une ou plusieurs doctrines, ou comme appartenant à une même dénomination, mais comme membres du corps de Christ. À cette condition, ils constituent l’expression de l’Église de Dieu ; car il y a certainement une place à la table du Seigneur pour tout croyant qui n’est pas sous la discipline, selon la Parole. En principe c’est ce que nous reconnaissions aussi, toi et moi. Mais, en ce qui me concerne, je n’ai jamais réussi à atteindre cet objectif, car quelques-uns de ceux auxquels j’étais associé s’opposaient fortement à rompre le pain avec des membres d’autres églises. Ils ne reconnaissaient pas que être un membre du corps de Christ était en soi le seul titre pour être à la table du Seigneur.

Deuxièmement : La sacrificature de tous les croyants rassemblés comme membres du corps de Christ est reconnue par le fait que le Seigneur lui-même est le centre du rassemblement. J’avais souvent lu le passage de l’épître de Pierre qui dit : « vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ » (1 Pierre 2:5). Bien évidemment, l’apôtre avait en vue l’exercice collectif de la sacrificature quand les croyants sont assemblés. Je savais que chaque croyant pouvait agir comme un sacrificateur en privé, mais il m’était clair que si un homme était désigné pour représenter ceux qui étaient assemblés, c’était pratiquement la négation de notre commune sacrificature, rien de moins qu’une forme subtile de cléricalisme.

Combien de pasteurs « dissidents », si on les interrogeait, confesseraient que, dans des périodes de sécheresse spirituelle et de découragement, ils ont senti qu’être obligés d’être la bouche de la congrégation devenait un fardeau intolérable. J’en connais un, en particulier, qui reculait tellement devant cette tâche que, faute de mieux, il se réfugia dans l’Église anglicane pour y trouver dans les textes imprimés d’un livre de prières le soulagement à l’incapacité et l’incompétence qui l’oppressaient.

Inversement, lorsque dans la puissance de l’Esprit, les croyants sont rassemblés autour du Seigneur dans une adoration commune, le Saint Esprit ouvre comme il le veut les lèvres de l’un ou de l’autre pour répandre devant le trône de la grâce les sentiments que Lui-même a produits dans les cœurs. Ainsi ayant un souverain sacrificateur — qui n’est pas l’un d’entre nous — sur la maison de Dieu et sachant que le Saint Esprit est en nous et au milieu de nous comme puissance pour adorer, nous nous approchons « avec un cœur vrai, en pleine assurance de foi » (Héb. 10:19-25).

Troisièmement : Quand nous sommes rassemblés sur ce fondement, non pour écouter un sermon ou suivre un service arrangé par l’homme, mais pour l’adoration, le seul Pasteur reconnu est le Seigneur Jésus lui-même au-delà du voile. C’est par lui seul que notre adoration et notre louange s’élèvent à Dieu le Père.

En conséquence, nos yeux sont dirigés sur lui ; chacun réalise qu’Il est le centre du rassemblement, le seul médiateur pour l’adoration rendue en esprit et en vérité. Les rachetés se réjouissent ensemble devant Dieu dans le salut parfait accompli pour eux par le don et l’œuvre de son Fils bien-aimé.

La différence entre les deux principes pourrait être résumée ainsi ; « les frères » sont rassemblés comme membres du corps de Christ à son nom. Ils reconnaissent la présence et la puissance de l’Esprit de Dieu. Les « dissidents », eux, se réunissent comme étant d’accord sur certains points de la vérité ou sur telles formes liturgiques, dans la négation inconsciente de la présence et de la puissance de l’Esprit. En effet leurs arrangements humains empêchent nécessairement l’action de l’Esprit, selon sa volonté souveraine. Toutefois il peut arriver, selon sa tendre patience et son support, que l’Esprit se plaise à agir au milieu de tels arrangements pour le bien des âmes. En d’autres termes, les Écritures enseignent que les croyants doivent être rassemblés comme membres du corps de Christ, sous la dépendance et la puissance du Saint Esprit présent au milieu d’eux. Les « dissidents » se réunissent comme tels. Ils recherchent la bénédiction par le canal du pasteur qu’ils ont nommé. Soulignons la contradiction qu’il y a d’un côté à se prévaloir de la présence et de l’action du Saint Esprit, et de l’autre à nier pratiquement et inconsciemment cette vérité bénie.

Je ne m’attends guère, mon cher frère, à ce que tu sois préparé à accepter ces faits. Je t’assure que je les trouve en plein accord avec les Écritures. Si cependant j’avais omis de considérer un passage ayant trait à cette question, aie pleine liberté pour me le signaler. Car je désire une chose, c’est d’être certain que telle est la pensée de Dieu révélée quant à ce sujet. C’est pourquoi ma prière, qui j’en suis sûr est aussi la tienne, est celle-ci : « Rends-moi intelligent, selon ta Parole ! » (Psaume 119:169).

Crois à toute mon affection dans le Seigneur.

 

 

8                    Septième Lettre

Cher ami,

La question du ministère telle que les « frères » la défendent a retenu ensuite mon attention. Elle est liée à la présence du Saint Esprit dans l’assemblée et lorsqu’elle est pleinement saisie, une masse de difficultés se trouve écartée du chemin du croyant. Celui-ci accède alors à une connaissance scripturaire de toutes les questions liées à la position de l’Église de Dieu.

Ce que les « frères » maintiennent comme étant la vérité, c’est que l’Esprit Saint doit avoir la liberté d’enseigner par qui il veut dans l’assemblée et, secondement, que quiconque possède un don, quelle qu’en soit la mesure, est responsable de son exercice vis-à-vis du Seigneur. En conséquence, j’ai commencé à chercher dans les Écritures pour voir si ces deux principes exprimaient la pensée du Seigneur.

En étudiant la première question, quoique les deux soient intimement liées, je commençai à examiner 1 Corinthiens 12 et 14 et me souvins aussitôt que jamais, au cours de mon ministère, il ne m’était arrivé d’expliquer ni même de lire publiquement ces chapitres. J’avais l’intuition qu’ils n’étaient pas du tout en accord avec les habitudes existantes et m’efforçais de croire que ces vérités s’appliquaient à un état de choses périmé. C’est peut-être la croyance générale parmi les « dissidents ». J’ai souvent entendu et fait moi-même le raisonnement suivant : le Nouveau Testament n’existait pas encore ; aussi les divers dons étaient-ils donnés pour l’édification temporaire de l’Église, jusqu’à ce qu’elle reçût la pensée de l’Esprit par les Écritures du Nouveau Testament. Mais en est-il ainsi ? Tu sais que, dans l’exposé et l’application de la vérité, nous avons toujours attaché une grande importance à la question suivante : À qui était-elle originellement destinée ? Car une directive donnée par exemple à un Juif n’est pas ipso facto applicable à un chrétien. En me souvenant de cela, j’ai vérifié au début de l’épître à qui elle était adressée. Or l’apôtre s’exprime ainsi : « ... à l’assemblée de Dieu qui est à Corinthe... avec tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom du Seigneur Jésus Christ et leur Seigneur et le nôtre » (1 Cor. 1:2).

Cette adresse montre clairement que les instructions de cette épître n’étaient nullement limitées à l’assemblée locale de Corinthe, mais bel et bien destinées à tous les croyants. En pensant au caractère permanent des Écritures, il m’a fallu reconnaître que ces instructions sont pour tous les croyants, en tous lieux et pour tous les temps.

Cette conviction s’affirma par la lecture du passage des Éphésiens où nous trouvons l’énumération des dons (les prophètes qui figurent si largement en 1 Cor. 14 sont inclus dans le nombre) : ils sont explicitement donnés « en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour 1’édification du corps de Christ jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ » (Éph. 4:12-13). N’est-il pas tout à fait clair que nous ne sommes pas encore parvenus à l’unité de la foi ? Autrement dit, la permanence des dons, et par conséquent l’application perpétuelle des instructions contenues en 1 Cor. 12 et 14 s’imposent absolument.

Est-il besoin d’ajouter que la liberté du Saint Esprit d’enseigner par qui il veut est une vérité scripturaire ? Sinon comment comprendre une affirmation comme celle-ci : « que les prophètes parlent, deux ou trois, et que les autres jugent ; et s’il y a eu une révélation faite à un autre qui est assis, que le premier se taise. Car vous pouvez tous prophétiser un à un, afin que tous apprennent et que tous soient exhortés » (1 Cor. 14:29-31).

Je n’ai pas besoin de te rappeler, quoiqu’il puisse être nécessaire de le faire pour d’autres, la véritable signification du terme « prophète ». Bien des gens pensent que le don du prophète se limite à annoncer des événements futurs. Ainsi ils se demandent : Quelle place peut-il y avoir pour des prophètes dans 1’Assemblée de Dieu, puisque les révélations de sa volonté, de même que ses plans, sont complets dans les Écritures ? En fait le prophète est celui qui communique la pensée et la volonté de Dieu à ceux auxquels il est envoyé. Samuel et Élie étaient tous deux prophètes. Chacun sait qu’il ne s’agissait guère pour eux de prédire des événements futurs. Leur principal service était de faire en sorte que la volonté de Dieu, telle qu’elle était déjà révélée dans la loi, agisse sur les cœurs et les consciences des Israélites. Il en est de même avec les prophètes du Nouveau Testament. Leur ministère consiste à appliquer la vérité connue au cœur des saints ; donc son exercice est toujours nécessaire. Avec cette explication, le passage cité plus haut est tout à fait concluant.

On trouve le même enseignement dans une autre épître : « Or ayant des dons de grâce différents, selon la grâce qui nous a été donnée, soit la prophétie, prophétisons selon la proportion de la foi soit le service, soyons occupés du service ; soit celui qui enseigne, qu’il s’applique à l’enseignement », etc. (Rom. 12:6-8). Ces exhortations étaient adressées à une assemblée locale. Si l’Église de Rome avait été l’objet des soins pastoraux d’un seul homme, aurait-il été besoin d’exhortation concernant l’exercice des différents dons mentionnés ? N’est-il pas évident que l’apôtre avait en vue la liberté la plus complète pour l’Esprit d’enseigner par qui il veut ? C’est bien ce que déclare une autre épître : « Car à l’un est donnée, par l’Esprit, la parole de sagesse et à un autre la parole de connaissance, selon le même Esprit... et à un autre la prophétie, etc. Mais le seul et même Esprit opère toutes ces choses, distribuant à chacun en particulier comme il lui plaît » (1 Cor. 12:8-11).

Incontestablement tel était l’ordre dans l’Église primitive. Mais tu connais l’argument classique j’en ai fait usage moi-même pour me tirer d’embarras, et si tu t’en souviens, toi aussi y as eu recours lors de notre dernière conversation sur ce sujet. C’est le suivant : tous les dons ont cessé avec la période apostolique et donc les directives quant aux dons sont caduques pour le temps actuel. J’ai déjà en partie répondu à cette objection en citant 1 Corinthiens qui montre que l’application des Écritures est perpétuelle. Mais je voudrais compléter ma réponse par deux considérations. La première est que, même si l’on pouvait démontrer la véracité de cette objection, elle n’affecterait en rien le principe du rassemblement. Il serait en effet toujours de notre devoir d’être rassemblés sur un fondement scripturaire et de laisser la place à l’exercice des dons lorsque la puissance de l’Esprit dans la manifestation de ces dons nous serait à nouveau donnée. Et si elle devait ne jamais nous être renouvelée, notre devoir serait pourtant de nous réunir autour du Seigneur pour l’adoration et la louange, étant soumis à sa volonté dans cette privation même. La deuxième considération est celle-ci : ce n’est pas parce que tous les dons ont été retirés, comme on le prétend, que nous sommes autorisés à cacher notre condition réelle de faiblesse en y substituant un arrangement humain ; ce n’est pas parce que le Seigneur nous a ainsi châtiés que nous avons la liberté de faire ce qui est bon à nos yeux, en consacrant des serviteurs de l’Assemblée suivant le désir de nos propres cœurs. Si nous agissions ainsi, le parallèle entre l’Église et Israël à la fin des Juges s’imposerait. Cette affirmation même est la preuve d’un déclin et d’une corruption semblables. Non, mon cher frère, nous ne pouvons supposer un instant que cette liberté est la nôtre. Le fait qu’elle est affirmée révèle seulement que la foi en la présence et la puissance du Saint Esprit dans l’assemblée sur la terre est près de s’éteindre dans l’esprit des croyants, si même elle n’est pas déjà éteinte dans beaucoup de cas.

La responsabilité de celui qui a reçu le don peut être traitée plus brièvement. Je parle bien d’un don et non d’une charge. Car le possesseur du don est responsable vis-à-vis du Seigneur de son exercice dans l’intérêt des saints. Si vous avez le don d’exhortation, vous êtes tenu de l’exercer sans attendre que le bon vouloir et le vote d’une église vous investissent de la fonction dans laquelle, avec sa permission, vous pourriez exercer ce don.

Romains 12 cité plus haut le démontre d’une façon péremptoire. L’apôtre y invite ceux qui ont des dons, non des charges, à les exercer (ch. 12:6-8). En 1 Corinthiens 12 et 14 comme en Éphésiens 4:8-15, il nous est expressément dit que le Seigneur a donné des dons aux hommes et que c’est à eux qu’il redemandera les fruits. En 1 Pierre, le même principe est bien établi : « Suivant que chacun de vous a reçu quelque don de grâce, employez-le les uns pour les autres, comme bons dispensateurs de la grâce variée de Dieu » (1 Pierre 4:10-11) .

Est-il nécessaire d’insister sur la force de cette citation ? Le Seigneur tient tous ses serviteurs pour responsables de l’exercice de leurs dons pour l’édification des saints. C’est, je le répète, totalement impossible quand une église a des dirigeants. Une organisation ecclésiastique quelle qu’elle soit méprise systématiquement les prophéties et éteint l’Esprit (voir 1 Thess. 5:19-20).

Comment dès lors ne pas reconnaître le caractère scripturaire du ministère chez les « frères » ? Mais je me suis heurté à l’objection suivante : bien que ce principe soit scripturaire, dans la pratique il conduit chez eux à une pénurie de docteurs et il faut bien y remédier autrement. Mon expérience au contraire, c’est que les croyants qui se réunissent avec les « frères » sont de loin mieux instruits que ceux qui sont chez les « dissidents ». Je suis assuré, cher frère, que tu seras d’accord avec moi en cela aussi. Une des plus grandes difficultés que nous avons connues jadis quand nous étions chargés d’instruire les chrétiens placés sous nos soins pastoraux, était leur manque de connaissance de la parole de Dieu. Cela venait largement, je n’en doute pas, de l’habitude chez les « dissidents » d’accepter passivement les vues de leurs prédicateurs favoris.

Quoi qu’il en soit, il me suffit de fonder les conclusions auxquelles je suis parvenu sur les Écritures seules. Nous n’avons pas d’autre guide. Si nous nous permettons d’y ajouter tant soit peu de ce qui vient de la sagesse humaine, nous ouvrons immédiatement la porte à toutes les déviations qui, au cours des siècles, ont affecté et affaibli l’Église de Dieu. Dans sa Parole, j’ai un guide sûr et infaillible et en même temps une épée, oui, l’épée de l’Esprit avec laquelle je puis combattre les combats du Seigneur dans ces jours de ténèbres et d’éloignement de la vérité.

Crois, mon cher, à toute mon affection dans le Seigneur.

 

 

9                    Huitième Lettre

Cher ami,

Ce qui touche au ministère et au culte tels qu’ils sont maintenus par les « frères » étant clair pour moi, il m’apparut qu’il ne restait plus qu’un seul problème à régler avant de prendre la décision de faire un pas de plus. Ce problème, c’est celui de la discipline. Beaucoup de chrétiens (nous étions du nombre) affirment que la Table du Seigneur est ouverte à tous les croyants. C’est naturellement vrai fondamentalement, sinon ce ne serait pas la Table du Seigneur. Cependant, cela soulève un point qui doit être examiné. Y a-t-il dans la Parole des restrictions imposées par le Seigneur lui-même ? Diverses réponses sont faites à cette question. Dans l’Église anglicane, l’exercice de la discipline est pratiquement inexistant. Selon le règlement de l’Église, tout paroissien, excepté dans un ou deux cas de péché grossier, a le droit, converti ou non, de prendre la communion. Chez d’autres la pratique varie : tous ceux qui se considèrent eux-mêmes comme croyants sont généralement invités au « service de communion ». C’est aussi le cas chez quelques Baptistes, quoique ce ne soit pas la règle commune. En fait, comme tu le sais, ils sont divisés en plusieurs groupes. Les questions de doctrine ne sont jamais, autant que je le sache, vraiment prises en considération. Considère l’association à laquelle nous appartenions. Un de ses membres éminents a nié, dans un article imprimé dans un journal de grande diffusion, la dépravation totale de la nature humaine ! Un autre a affirmé la « non éternité » des peines, etc. Cela n’a affecté en aucune manière leur qualité de membres. Tu te souviens que tous deux nous l’avons déploré. Une fois même, nous nous sommes abstenus de participer à une réunion, de peur qu’au regard de Dieu, nous paraissions soutenir, en ayant communion avec lui, les « vues » personnelles du frère dans la chapelle duquel la réunion avait été convoquée.

Qu’en est-il chez les « frères » ? J’ai trouvé qu’il y avait eu des divisions chez eux sur cette question. Il m’a donc fallu examiner très sérieusement ce sujet à la lumière des Écritures. Ma question était la suivante : Est-ce que la parole de Dieu enseigne que des fausses doctrines, touchant en particulier à la personne et à l’œuvre du Seigneur, doivent interdire de participer à la table du Seigneur ? En d’autres termes, pouvons-nous avoir communion avec ceux qui enseignent ou soutiennent une fausse doctrine ? En répondant à cette question, je ne citerai pas l’Ancien Testament de peur que l’application de ces textes au sujet qui nous occupe soit contestée (bien que le principe de la séparation d’avec tout faux enseignement y soit partout affirmé). Je passe immédiatement aux épîtres, qui traitent plus spécialement de l’Église. Prenons d’abord celle aux Galates et étudions le chapitre 1, versets 8 et 9. Il est vrai que là il s’agit d’évangélistes qui voulaient prêcher un « autre » évangile. Mais je te demande : Quel était cet « autre » évangile qu’ils prêchaient ? Il s’agissait simplement d’ajouter à la foi en Christ l’observance de rites comme moyen de salut. C’est une sorte d’évangile assez répandu actuellement et s’il ne devait y avoir aucune discipline pour raison de doctrine, ces prédicateurs « Galates » devraient recevoir, comme c’est le cas presque partout maintenant, la main d’association. Que dit l’apôtre ? : « Je voudrais que ceux qui vous bouleversent se retranchent même » (Galates 5:12). Et la fin de l’épître affirme solennellement : « À l’égard de tous ceux qui marcheront selon cette règle (c’est-à-dire selon la vraie doctrine de la croix de notre Seigneur Jésus Christ) paix et miséricorde sur eux et sur l’Israël de Dieu ! » (Galates 6:16). Cela signifie sans aucun doute que nous ne devons pas avoir de communion avec ceux qui ne marchent pas suivant cette règle.

Dans une autre épître, l’apôtre enjoint : « Si quelqu’un enseigne autrement et ne se range pas à de saines paroles, savoir à celles de notre Seigneur Jésus Christ et à la doctrine qui est selon la piété, il est enflé d’orgueil » (1 Tim. 6:3). Relis aussi les déclarations encore plus fortes en 2 Tim. 2:15-21, et celles de 2 Jean 9-11. Les épîtres aux sept églises sont remplies d’enseignements similaires. Prends celle adressée à Éphèse. Notre Seigneur dit en l’approuvant : « ...tu ne peux supporter les méchants et tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs » (Apoc. 2:2). En revanche, il condamne Pergame et Thyatire qui toléraient de fausses doctrines.

La pensée du Seigneur est donc bien qu’il doit y avoir une discipline pour la fausse doctrine. En effet, si quelqu’un qui marche dans le désordre doit être exclu de la communion des saints, combien plus ceux qui enseignent une fausse doctrine. « Un peu de levain fait lever la pâte tout entière » (1 Cor. 5:6). Cela est dit de la tolérance du péché. Si une marche dans le désordre est un « levain », combien plus une fausse doctrine. Si un croyant tombe dans l’ivrognerie ou tout autre péché déclaré, il jette du déshonneur sur le Seigneur, mais les croyants avec qui il est associé ne risquent guère d’être tentés de suivre son exemple. En revanche si un chrétien est entraîné dans une fausse doctrine, il commence aussitôt à la propager et d’autres seront contaminés.

La condition de l’Église aujourd’hui est la conséquence d’un laxisme pernicieux. Les croyants, au lieu d’être bien affermis, demandent partout : Qu’est-ce que la vérité ? Car dans beaucoup de cas, ils n’ont aucun autre critère que l’opinion humaine.

Mon esprit étant ainsi satisfait quant au principe, j’étais très anxieux d’aborder la question controversée de Bethesda. Il y avait déjà quelques années que je l’avais examinée, mais d’un seul point de vue. À présent, j’examinai le point de vue opposé, et m’entretins avec des personnes qui dès le début avaient été au courant ; j’en vins donc à conclure que toute la difficulté était née de la question suivante : doit-on agir en discipline pour une fausse doctrine ? Et si oui, l’action d’une assemblée doit-elle être respectée et maintenue par les autres assemblées ? Supposons que quelqu’un qui enseignait une fausse doctrine soit mis hors de communion dans une localité ; serait-il juste de le recevoir dans une autre ? Sûrement pas ! Il est évident à tout croyant doué d’un peu d’intelligence spirituelle que si par exemple l’assemblée à Liverpool refusait la décision de celle de Manchester dans une question de discipline, cela reviendrait à nier la vérité de l’unité du corps et à déclarer que ce qui a été justement décidé dans une localité peut être annulé dans une autre.

Si tu veux bien le permettre, j’aimerais en quelques mots ôter une difficulté de devant les pas de ceux qui recherchent la vérité. On est souvent confronté, au début, à des questions comme celles-ci : Est-il juste d’exclure de la communion telle personne qui se recommande pourtant par sa piété et son dévouement ? De quel droit la privez-vous de sa participation à la cène du Seigneur ? La seule question que nous avons à considérer est la suivante : Une telle discipline est-elle en accord avec la parole de Dieu ? Si oui, il s’agit simplement pour nous d’obéir au Seigneur, et non pas d’exercer un jugement contre d’autres croyants.

« Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements » (1 Jean 5:2). Autrement dit, l’amour pour les saints est exprimé, non par leur admission à la table du Seigneur, mais en gardant Ses commandements. Cher frère, à travers toi, mon conseil s’adresse à tous ; détournez les yeux des hommes et dirigez-les sur le Seigneur ; vous verrez alors que le sentier de la discipline pour des questions de doctrine, quoique parfois très étroit, est malgré tout celui de l’obéissance.

Que l’affirmation de ce principe suscite l’opposition, c’est ce à quoi nous devons nous attendre. Tout ce qui tend à maintenir l’Assemblée de Dieu comme la colonne et le soutien de la vérité conformément au propos divin excite inévitablement l’adversaire, lequel n’a pas de plus sûr moyen d’accomplir ses desseins que d’abolir les différences entre la vérité et l’erreur. Cher frère, tu connais bien l’histoire de l’Église. N’est-il pas vrai que la source à la fois de sa faiblesse et de sa corruption, depuis le 2e siècle, a toujours été cette fatale indifférence au maintien de la sûre vérité et la tolérance pernicieuse du levain dans l’enseignement aussi bien que dans la vie. Il est certain que si on cesse d’exercer la discipline qui est conforme à la Parole, toute certitude quant à la vérité est aussitôt noyée dans le conflit des opinions humaines. Des âmes simples deviennent la proie de doutes, sinon des artifices de Satan.

Mais quelle que soit l’opposition que ce principe puisse soulever, personne n’a le droit d’accuser de sectarisme ceux qui le maintiennent. Une secte est composée de ceux qui se réunissent ou s’associent sur le fondement d’un accord sur certaines vérités ou doctrines, ou encore comme tenant une forme particulière d’organisation ecclésiastique ; tandis que, partout où les croyants sont réunis comme membres du corps de Christ, en lui obéissant comme Seigneur, et cherchent dans la dépendance de l’Esprit à régler toutes choses dans la soumission à la parole de Dieu en maintenant la discipline qu’elle ordonne, ils ne sont en aucune manière une secte. Tout croyant qui n’est pas disqualifié par le Seigneur pour une question de marche ou de doctrine, a place à la Table. Cela, je pense, sera clair pour tout esprit qui n’a pas d’idée préconçue.

Sois assuré, cher ami, de toute mon affection dans le Seigneur.

 

 

10               Neuvième Lettre

Cher ami,

Tu ne seras guère surpris d’apprendre que, arrivé aux conclusions des lettres précédentes, si je voulais être conséquent, honnête devant le Seigneur, je devais prendre ma place avec les « frères ». Cependant, je ne trouvais pas si facile d’agir selon mes convictions. J’avoue avoir reculé devant le fait d’abandonner ma position et davantage encore devant le fait de couper les liens qui, pendant tant d’années, m’avaient heureusement uni à tant de chers amis chrétiens. Je ne pouvais supporter la pensée d’en blesser plusieurs, en particulier toi-même avec qui j’avais joui d’une si étroite communion. J’étais parfois effrayé à l’idée de la tempête qui, je le savais, éclaterait dans certains milieux, d’autant plus que je me rappelais l’opposition résolue et sévère que j’avais moi-même nourrie dans le passé envers les « frères ». Ce n’était pas chose facile de reconnaître publiquement mon erreur. Ajoute à cela que je recevais lettres sur lettres pleines d’affectueuses injonctions. D’autres m’avertissaient que si je me joignais aux « frères » je perdrais aussitôt toute indépendance de pensée et d’action ; je deviendrais participant des mauvaises œuvres de ceux dont l’enseignement renversait les fondements mêmes de l’évangile. Tu comprends ainsi quelque peu les difficultés qui empêchaient le pas final. Mais, par la grâce de notre Dieu, je fus rendu capable de détourner les yeux des difficultés. Sous la douce contrainte de l’amour du Seigneur, je me suis enfin approché et ai demandé qu’il me soit permis de rompre le pain avec les frères et sœurs à Blackheath.

Cette permission me fut aussitôt accordée et, en tant que croyant, membre du corps de Christ, sur ce seul fondement et non sur celui d’une quelconque doctrine, je pris ma place à la table du Seigneur avec ceux qui étaient réunis dans l’obéissance au Seigneur.

Je n’ai pas le désir de me plaindre des réactions affligeantes qui ont suivi le pas que j’ai fait. Pour dire la vérité, je m’y attendais. Elles m’ont aidé à comprendre beaucoup de passages de l’Écriture (ceux par exemple qui parlent de porter sa croix en suivant Christ, de subir des tribulations, etc) bien mieux que je n’aurais pu le faire auparavant quand ma fonction et ma profession de foi en Christ rencontraient plutôt la faveur que l’opposition. En outre, je me souvenais de l’attitude que j’avais prise moi-même précédemment, ainsi je me taisais dans l’espoir que mes adversaires pourraient bientôt avoir les yeux ouverts et se trouver assis avec moi à la table du Seigneur.

Qu’il me soit permis d’ajouter quelques mots sur les résultats de ma démarche. Dès le premier dimanche, j’ai pu apprécier la distinction que les « frères » ont toujours maintenue entre l’adoration et les réunions convoquées pour entendre des sermons. Ce fut une expérience bénie de réaliser par la puissance du Saint Esprit que, selon sa promesse, le Seigneur était au milieu de nous, et de participer à la fraction du pain. Nos cœurs étaient nécessairement occupés de lui, de ce qu’il avait été sur la terre, de ce qu’il avait accompli sur la croix, de ce qu’il est maintenant à la droite de Dieu, de tout ce qu’il a été et ce qu’il est pour Dieu le Père. Ainsi, nous étions comme prosternés en adoration au-delà du voile et notre communion était véritablement avec le Père et avec son Fils Jésus Christ.

En disant ce qui, je l’avoue, est en contraste avec les expériences passées, je ne nie en aucune manière que des croyants individuellement puissent réaliser la présence du Seigneur dans des assemblées mélangées ; car le Seigneur est toujours présent pour la foi. Ce que je soutiens c’est que si nous ne sommes pas rassemblés à son nom, nous n’avons aucun titre pour compter sur la présence du Seigneur au milieu de l’assemblée. Ses propres paroles sont : « Là où deux ou trois sont assemblés à mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt. 18:20). Ainsi la condition de sa présence au milieu du rassemblement est que l’on soit réunis à (ou en) son Nom, ce qui est seulement possible pour des croyants. Oh, mon frère ! je désirerais que non seulement toi, mais tous les croyants vous puissiez réaliser ce privilège d’être ainsi rassemblés et de connaître l’heureuse liberté de l’âme liée à cette présence du Seigneur au milieu de nous. Je suis convaincu que, si tu faisais une fois cette expérience, tu t’étonnerais de t’être si longtemps contenté d’être dans une assemblée mélangée.

Un autre fait attira aussitôt mon attention, à savoir la place laissée à la Parole dont l’autorité était, avec bonheur, maintenue comme absolue. L’une de nos grandes difficultés chez les « dissidents » a toujours été d’obtenir la reconnaissance de ce principe, car des vues laxistes prévalent souvent sur l’inspiration de la Parole. En réalité, à part toi, je n’ai jamais rencontré de membre du clergé « dissident » qui reconnaisse l’inspiration verbale des Écritures. Il s’ensuit que chacun se sent libre de porter un jugement sur la révélation que Dieu a faite à l’homme. En fait ils jugent la Parole au lieu de se laisser juger par elle. Ainsi il ne peut y avoir aucune certitude concernant telle ou telle vérité et on reçoit sans hésitation dans les communautés, des pasteurs qui se succèdent en présentant des vues diverses et opposées.

Je pourrais même citer une chapelle dans laquelle, durant les douze dernières années, trois pasteurs se sont succédé. Le premier enseignait que la mort de Christ n’était rien d’autre qu’un exemple remarquable de renoncement. Le deuxième enseignait la vue orthodoxe de l’expiation mais niait la dépravation totale de l’homme. Le troisième mélangeait les dispensations. Et malgré cela, avec toutes ces diversités, personne n’avait jamais émis la pensée qu’aucun des trois était dans l’erreur. Les auditeurs exprimaient simplement lequel ils préféraient et c’est tout. Un état de choses aussi triste traduit une méconnaissance complète du vrai caractère de la parole de Dieu. C’est donc avec un réel plaisir que j’ai trouvé que les « frères » insistaient continuellement sur l’autorité de la Parole et sur la nécessité de lui être complètement soumis.

En ce qui concerne les doctrines des « frères », j’ai déjà appris une leçon : celle de ne pas prendre les déclarations des opposants ni des phrases détachées du contexte comme représentant correctement leurs enseignements. L’idée habituelle que l’on se fait des doctrines des « frères » est complètement faussée par des malentendus. La pensée générale d’un auteur devrait nous guider dans l’interprétation d’un passage, même quand un style défectueux ou une expression maladroite peut faire admettre un autre sens.

Comprends-moi bien ! Je suis loin de prétendre que les « frères » n’ont jamais enseigné d’erreur, car ils sont susceptibles de se tromper comme les autres. Mais je maintiens que même si une erreur était enseignée, je n’en serais responsable que si elle était de nature à tomber sous le coup de la discipline. Comme je l’ai dit plus haut, nous ne sommes pas rassemblés sur le fondement de doctrines, mais comme membres du corps de Christ, à son nom, en lui obéissant comme Seigneur, comme ceux qui ont été rendus parfaits à perpétuité par la seule offrande qu’il a faite sur la croix (lire Héb. 10:14). Ce fondement implique la nécessité de juger toutes choses — soit enseignement, soit actes — selon la parole de Dieu.

Dois-je en dire plus ? Il y a encore une question que j’aimerais poser. Y a-t-il ou n’y a-t-il pas dans les Écritures de direction précise quant à l’Assemblée de Dieu ? Sommes-nous ou ne sommes-nous pas enseignés quant à la pensée et à la volonté de Dieu concernant le fondement sur lequel les membres du corps de Christ doivent se réunir pour l’adoration, le maintien de l’unité de l’Esprit, le ministère, etc. ? Si nous ne le sommes pas, alors libre à chacun de faire ce qui est bon à ses yeux. Mais si nous le sommes, il incombe à chaque croyant d’être soumis à la parole de Dieu. « Si vous m’aimez, gardez mes commandements » (Jean 14:15). C’est une déclaration qui s’applique toujours à tous.

Ni la grande confusion, ni la ruine dans laquelle nous sommes, n’excuse le plus faible croyant de ne pas chercher à se conformer entièrement à toute la volonté de Dieu. J’admets tout à fait que le sentier est étroit et difficile. Mais si quelqu’un, ayant à cœur la gloire de Dieu et désirant rendre un témoignage fidèle dans ces jours d’obscurité morale, acceptait ne serait-ce que de commencer à abandonner tout ce qui n’est pas approuvé ou qui est condamné par la Parole, il réaliserait bientôt que « la lumière se lève dans les ténèbres pour les hommes droits » (Psaume 112:4). En cherchant à faire la volonté du Seigneur, il connaîtrait la doctrine si elle est de Dieu et il serait guidé par la puissance de l’Esprit, dans toute la vérité (Jean 7:17). Cher frère, qui sait mieux que toi combien il est nécessaire de se reposer pleinement sur la parole de Dieu ?

Alors que le mal s’accroît de tous côtés, que les assauts menés contre la citadelle de notre foi deviennent de plus en plus hardis, que le scepticisme pénètre toutes les classes de la société et empoisonne la littérature actuelle, pourquoi des hommes pieux hésitent-ils à se séparer entièrement du mal ? Pourquoi ne se confient-ils pas tout simplement quant à leur association ecclésiastique et pour leur marche individuelle aux directives de la Parole infaillible de Dieu ? L’Église est le corps de Christ et comme telle notre Seigneur « a aimé l’Assemblée... en la purifiant par le lavage d’eau par la Parole afin que lui se présentât l’Assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle fût sainte et irréprochable » (Éph. 5:25-27).

Ne devrions-nous pas alors chercher à avoir communion avec la pensée de notre bien-aimé Seigneur à l’égard de son propre corps, l’Église de laquelle, par grâce, nous sommes membres ? Ma prière est qu’il puisse ouvrir les yeux des siens de sorte que, se séparant de tout ce qui est contraire à sa volonté, ils puissent être trouvés unis avec les quelques-uns qui, malgré beaucoup de difficultés et d’opposition, défendent l’honneur de son Nom en portant, en ces jours mauvais, témoignage à l’autorité de sa Parole.

Crois-moi, bien-aimé frère, ton affectionné en Christ.

E.D.

Blackheath, janvier 1875.

 

 

11               Ce que j’ai découvert

Mark A. Frees (Traduit librement de l’anglais)

 

C’est mon privilège de faire connaître au lecteur les assemblées de chrétiens, parfois désignés comme « frères exclusifs ». J’écris ce qui suit avec quelque hésitation, car je n’ai nullement envie d’exalter des hommes. Néanmoins, je me sens obligé de partager avec d’autres les bénédictions que moi-même j’ai reçues par leur moyen.

Pendant six années, j’ai exercé la fonction de pasteur au sein d’une dénomination importante, dans laquelle j’avais été élevé et amené à Christ — une dénomination en principe soumise à la Bible et où l’on prêche l’évangile. Cependant, l’étude personnelle des passages du Nouveau Testament qui concerne l’Église et le ministère, m’a amené à remettre profondément en question le caractère biblique de plusieurs des traditions et des méthodes de nos églises. En même temps, je prenais de plus en plus conscience de l’existence de ces simples assemblées de croyants, dont les principes et les pratiques correspondaient d’une manière surprenante aux convictions qui grandissaient en moi par l’étude approfondie des Écritures. Après beaucoup de prières et d’angoisses, je me suis senti dirigé par l’Esprit, au grand désarroi de certains, à démissionner de mon poste de pasteur, et à quitter ma dénomination, pour commencer à me joindre à un petit groupe de ces frères et sœurs. Jamais je n’ai regretté d’avoir fait ce pas, ni ne pourrai exprimer suffisamment combien ma famille et moi-même en avons été bénis. J’estime qu’il serait à la fois ingrat et égoïste de garder cette découverte pour moi-même, puisque bon nombre de chrétiens, quoique insatisfaits dans leur église, sont complètement inconscients de l’existence même de ces assemblées qui se réunissent d’une manière biblique.

Les noms sous lesquels sont désignés ces frères n’ont jamais été adoptés ni reconnus par eux-mêmes. En effet, ils se considèrent tout simplement comme des croyants qui s’assemblent au seul nom du Seigneur Jésus Christ. Si l’utilisation d’une étiquette est nécessaire, le simple terme de « frères » est préféré, puisque celui-ci n’est pas un nom exclusif, mais peut s’appliquer également à tous les vrais croyants. Par souci de commodité, nous utiliserons donc le terme d’assemblées de « frères ». Les « frères » dont nous parlons sont des chrétiens qui se rencontrent dans la simplicité du Nouveau Testament, en reconnaissant leur unité essentielle avec tous les autres croyants en Christ.

Le mouvement a débuté dans les années 1830 en Grande-Bretagne et simultanément dans plusieurs autres pays. Beaucoup de croyants se sont alors retirés des systèmes religieux et des traditions d’hommes qui dominaient la chrétienté. En dépit de leurs débuts comme un petit troupeau quelque peu méprisé, les « frères » ont rapidement marqué de manière inoubliable la chrétienté évangélique. Plusieurs des vérités bibliques telles que l’espérance bénie du retour imminent de Christ, la nette distinction entre la loi et la grâce, la position unique de l’Église dans les desseins de Dieu, la bénédiction future d’Israël, etc, sont des vérités qui ont été remises en lumière et propagées par des frères comme J.N. DARBY, F.W. GRANT, H.A. IRONSIDE, William KELLY, C.H. MACKINTOSH, Samuel RIDOUT, W.E. VINE et plusieurs autres. Il est impossible de sous-estimer l’impact que ces hommes pieux et doués ont eu sur la pensée évangélique au fil des années. Je mentionne ceci, non pas pour vanter ces hommes ou le mouvement des « frères », mais parce que celui qui entend parler pour la première fois de ces assemblées peut par erreur penser que celles-ci constituent simplement une secte parmi les autres. Il n’en est pas ainsi ; on peut dire que le mouvement a plutôt joué un rôle clé dans l’histoire du christianisme biblique contemporain tout en continuant de rester attaché aux doctrines fondamentales de la foi : la divinité de Christ, son sacrifice, sa résurrection corporelle et son retour annoncé, le salut par la foi seule, l’inspiration verbale des Écritures, etc.

Les assemblées ne sont nullement des représentations parfaites du christianisme selon le Nouveau Testament et leur histoire n’est pas non plus exempte de faiblesses humaines, car les rassemblements locaux, après tout, sont composés de croyants imparfaits, et le mouvement a connu sa part de dissensions et de divisions regrettables. Personne n’est aussi profondément conscient de cela que les « frères » eux-mêmes. Mais en tant que nouveau venu dans les assemblées, je crois que je suis bien placé pour parler librement de ce que j’y ai trouvé.

Ceci étant un témoignage personnel, je ne me sens pas obligé de traiter d’une façon systématique la doctrine et les pratiques des assemblées, mais je m’en tiendrai plutôt à quatre caractéristiques spécifiques qui m’ont personnellement impressionné et convaincu.

 

11.1                   Élimination du « clergé » en tant que classe distincte de croyants

L’Église primitive dans sa simplicité, comme tout lecteur sincère du Nouveau Testament peut le vérifier, ne connaissait rien de tel qu’un « clergé » professionnel. L’idée d’une assemblée de croyants qui serait dirigée par un homme possédant des « références », une formation professionnelle, et travaillant pour un salaire convenu, est totalement absente du Nouveau Testament. Celui-ci nous enseigne au contraire que l’assemblée ne doit pas être conduite par un pasteur unique, mais qu’il y a au milieu d’elle quelques anciens ou surveillants, assumant des charges locales outre les dons de l’Esprit s’exerçant pour son édification. Dans le Nouveau Testament, ces termes désignent des frères reconnus et qualifiés pour un service dans une assemblée et non pas engagés ni désignés par une autorité humaine.

C’est ce modèle que les assemblées tentent de maintenir et c’est surtout cela qui m’a première ment attiré vers elles. Tandis que j’exerçais le rôle traditionnel de « pasteur » d’une certaine Église, mon étude du Nouveau Testament m’a amené à comprendre que j’occupais un poste non biblique. À la lumière de la Parole j’ai commencé à considérer d’un œil nouveau certains résultats tragiques apparus dans la chrétienté du fait que des églises ont embrassé en bloc un modèle non biblique pour la direction de l’église. En dépit du fait que de nombreux pasteurs d’églises locales sont des modèles de piété et de consécration, il n’en reste pas moins que le système clérical, cette division déplorable des croyants en laïques et membres du clergé, a causé à l’Église de Dieu un dommage incalculable.

Le faux principe qu’une personne doit posséder de bonnes références professionnelles pour prêcher publiquement et enseigner la Parole de Dieu ou pour paître le troupeau de Dieu, a pour conséquence que « l’armée de Dieu » est nettement divisée en une poignée de soldats actifs dans le service et une vaste compagnie de spectateurs « profanes » qui encouragent les soldats par leur présence aux réunions et leur soutien financier.

Pour être juste, il faut dire qu’un certain nombre de pasteurs déplorent cette situation tout autant que n’importe qui. Ils perçoivent leur fonction non pas comme un monopole de l’œuvre du ministère, mais comme une préparation des autres croyants pour partager le travail dans le ministère. Malheureusement ce résultat souhaité se réalise rarement, car la distinction entre membres du clergé et laïques a un grand effet démobilisateur sur ces derniers. L’idée que certaines activités chrétiennes sont réservées à quelques spécialistes est trop profondément enracinée.

Alors que je commençais à découvrir ce que le Nouveau Testament enseigne sur ces sujets, j’ai partagé mes préoccupations avec certains croyants de l’église en leur suggérant que d’autres personnes, en plus du « pasteur » devaient être impliquées, par exemple dans la prédication et l’enseignement de la Parole lors des réunions publiques de l’église. Tout ce que j’ai obtenu se résume dans la réponse d’un de ces chers paroissiens, faite en toute sincérité : « Mais M. le pasteur, nous n’avons pas étudié comme vous ». Ma première réaction fut de lui demander : « Et pourquoi ? » Car je peux dire sans hésitation que 99 % de ce que je connais de la Bible (et combien c’est encore pitoyablement peu), je l’ai appris non pas au séminaire théologique, mais grâce à une étude personnelle des Écritures et aux écrits d’hommes pieux, ressources dont chaque croyant devrait normalement tirer profit. En fait, beaucoup de ceux qui ont été formés au séminaire seraient d’accord avec moi pour admettre que leur formation, loin de les qualifier pour expliquer les richesses spirituelles de la Parole de Dieu, a été une expérience accablante dont ils devaient commencer par se remettre spirituellement avant d’être efficaces dans le ministère de la Parole.

Dans les assemblées, la surveillance spirituelle du troupeau est exercée par des frères d’une certaine maturité spirituelle et le ministère public de la Parole est partagé par les hommes de l’assemblée qui ont reçu un don pour le faire. Un homme n’a pas besoin d’être un ancien pour prêcher ou enseigner, et inversement, il y a des anciens qui ne prennent pas part à la prédication ni à l’enseignement public (quoiqu’ils soient « propres à enseigner » dans d’autres cas, dans le particulier par exemple). De plus, comme nous le verrons, tout frère a l’occasion, à la réunion hebdomadaire consacrée à la fraction du pain (y compris ceux qui ne prennent pas la parole régulièrement en public) de présenter une courte pensée biblique. Bien qu’il existe des serviteurs à plein temps parmi les assemblées, tels les missionnaires, les évangélistes, et certains de ceux qui enseignent la Parole, la plus grosse part du ministère public dans les assemblées est assumée le dimanche par des hommes qui consacrent le reste de leur semaine à l’exercice de leurs occupations séculières.

Quelle est donc la qualité du ministère public dans les assemblées, si celui-ci est principalement entre les mains d’hommes qui n’ont jamais reçu de formation et qui n’ont jamais été consacrés par une « autorité ecclésiastique » ? Voici mon opinion : l’enseignement de la Bible parmi les assemblées, bien que rarement caractérisé par l’éloquence propre au ministère professionnel et salarié, est dans l’ensemble notablement supérieur sur le plan du contenu. Après tout, comme quelqu’un l’a formulé, il existe une immense différence entre être « savant dans les Écritures » et être intelligent dans ces mêmes Écritures par la puissance du Saint Esprit. Il est à craindre qu’une importance particulière soit accordée à cette érudition dans bon nombre de classes au séminaire et dans la chaire de beaucoup de pasteurs, lesquels doivent préparer deux ou trois « sermons » par semaine pour une assistance qui est généralement peu intéressée par les vérités profondes de la parole de Dieu. Par contraste, celui qui prend la parole dans une assemblée de « frères » ne se préoccupe pas de commencer tous les points de son plan par la même lettre de l’alphabet, ni même d’avoir un plan préparé. On ne lui a jamais enseigné qu’il devait avoir un titre accrocheur, une introduction attrayante, et une conclusion puissante. Mais il est simplement conduit à se lever et à expliquer la Parole de Dieu, verset par verset ou peut-être tout en survolant un chapitre. Ses auditeurs sont saisis par la vérité des Écritures, et non par l’emballage qui l’entoure.

Avant de terminer ce sujet, je voudrais mentionner l’effet positif produit dans les familles de l’assemblée par la participation active des chefs de famille aux réunions de l’assemblée. Le besoin primordial de la famille, aujourd’hui plus que jamais, n’est-il pas celui d’avoir des pères et des maris qui sondent les Écritures à la maison et sont capables d’édifier ensuite non seulement leurs familles, mais aussi l’Assemblée ?

Une chose affligeante qui nous concerne, nous les hommes, c’est que ayant été créés pour prendre la direction spirituelle de nos maisons, nous sommes de nature négligents à l’assumer. Si les femmes devaient prendre l’initiative spirituelle, la plupart des hommes s’en accommoderaient sans doute fort bien. Si un pasteur professionnel est disponible pour faire le travail de prédication, d’enseignement, de « cure d’âme », etc, la plupart des hommes adopteront très confortablement le rôle de spectateurs. Dans les assemblées de « frères » au contraire, les hommes sont encouragés à exercer leurs dons ; on s’attend à ce qu’ils le fassent et on leur en donne l’occasion, d’autant plus qu’il n’y a personne d’autre pour le faire ! Ces hommes peuvent voir cela pratiqué devant eux par d’autres hommes, en sachant que ces derniers ne sont ni formés au séminaire, ni ordonnés, ni payés pour apporter la Parole ou pour paître le troupeau. Il est merveilleux de constater comment, dans de telles circonstances, ces frères saisissent l’occasion, contribuant ainsi à l’avancement spirituel de l’assemblée locale et cette bénédiction a son prolongement dans leur foyer.

 

11.2                   L’obéissance à l’enseignement biblique concernant le rôle des femmes dans l’assemblée

Ce point nous amène à une autre caractéristique des assemblées, que certains trouvent particulièrement inadmissible : à savoir 1’obéissance littérale à l’enseignement des Écritures au sujet de la place des femmes dans l’assemblée. Cet enseignement, que l’on trouve dans des passages comme 1 Corinthiens 11 et 14 et 1 Timothée 2, est diamétralement opposé à l’esprit de notre époque. C’est peut-être la raison pour laquelle il est si attaqué, ignoré, ou dénaturé, même par ceux qui professent aimer la parole de Dieu.

En effet, pour bien des personnes, la constatation que les femmes se couvrent la tête dans les assemblées, provoque une réaction de choc et d’offense personnelle. Quant à nous, ma femme et moi, nous avons trouvé dans cette pratique la confirmation que nous devions nous joindre à ces frères et sœurs. Pendant des années, nous avions entendu différentes explications concernant l’enseignement du Nouveau Testament sur le rôle des femmes. On invoquait des situations culturelles locales qui ont, disait-on, donné lieu aux enseignements. C’est ainsi qu’on a prétendu que c’est la présence de prostituées dans le temple à Corinthe qui explique l’insistance de Paul sur le port du voile et le silence des femmes dans les réunions. Ces explications ne nous ont jamais convaincus. D’abord, il n’a jamais semblé juste qu’une connaissance de l’histoire sociale ancienne gréco-romaine soit une condition préalable à une bonne interprétation des Écritures, surtout lorsqu’une interprétation fondée sur la culture semblait contredire l’enseignement pur et simple du passage. En tout cas, chaque fois qu’une sœur se levait pour intervenir dans notre église, et lorsqu’une fois, une femme a été choisie pour enseigner une classe biblique mixte d’hommes et de femmes, nous étions mal à l’aise, tourmentés par le sentiment que tout cela n’était pas selon la parole de Dieu. Une chère sœur de notre église est venue me voir un jour, toute troublée parce qu’elle avait lu certains des enseignements bibliques à ce sujet. Elle voulait savoir pourquoi notre église n’obéissait pas à ceux-ci ! Je lui ai dit que ce fait me dérangeait aussi, et que, bien que n’étant pas certain de la bonne interprétation de ces passages, j’étudierais la question plus à fond. C’est ce que j’ai fait, pour en arriver à la conclusion que tous ces passages des Écritures signifiaient bien ce qu’ils disaient, et que seule une approche de la Parole corrompue par la tradition et l’esprit de notre époque a empêché l’Église de prendre ces passages au pied de la lettre.

Si quelqu’un affirme qu’il faut prendre littéralement les passages bibliques qui se rapportent aux femmes dans les églises ou qu’il suggère que les femmes doivent effectivement « se taire » dans les assemblées et ne pas enseigner, il risque d’entendre la réplique : « Bien, alors je suppose que tu crois que les femmes doivent aussi se couvrir la tête ! » comme si, bien entendu, c’était une pensée ridicule, et que la simple mention de celle-ci devait faire fuir le coupable tout confus, afin qu’il trouve une interprétation plus éclairée. Dans un sens, il y a du vrai dans cette réplique, car adopter littéralement un enseignement clair pour l’Église et en refuser un autre, est de l’inconséquence évidente. Mais est-ce la bonne solution que de n’adopter sérieusement ni l’un ni l’autre ? La bonne solution n’est-elle pas plutôt de se soumettre aux deux, en fait à tous les enseignements de la Parole ? Maintenant, vous comprendrez peut-être pourquoi nous étions ravis d’entendre parler de la pratique de la tête couverte par les femmes dans les assemblées. Elle était pour nous la preuve qu’ici, enfin, il existait des croyants qui essayaient de se conformer à l’ensemble des enseignements bibliques concernant l’Église. Voilà des assemblées qui n’avaient pas peur d’obéir à la parole de Dieu, même si leur obéissance devait les mettre carrément en désaccord avec l’état d’esprit actuel du monde et même de la chrétienté.

La pratique de la tête couverte n’est pas imposée sévèrement dans un esprit légaliste. En effet, dans la plupart des assemblées, elle est pratiquée dans un esprit de soumission volontaire par les femmes. Les visiteurs ne sont pas non plus contraints de se conformer à cette ordonnance. La plupart des sœurs prennent plaisir à pouvoir, de cette manière, manifester devant l’assemblée leur soumission à leur « chef » (l’homme — 1 Cor. 11:3) et ainsi la soumission de l’Église à Christ. Par leur obéissance dans ce domaine restreint, Christ est honoré, les familles sont fortifiées, les jeunes filles apprennent à maintenir leur féminité, et les hommes sont invités à relever le défi de la direction spirituelle.

J’ajoute que si l’enseignement du Nouveau Testament adressé aux femmes dans les assemblées s’appliquait, dans son sens littéral, uniquement aux destinataires d’autrefois, en raison de certaines exigences culturelles historiques, où donc les sœurs pourraient-elles trouver aujourd’hui l’enseignement qui correspond à notre propre exigence culturelle ? Le besoin à Corinthe au premier siècle était-il plus grand que celui d’aujourd’hui, où les rôles respectifs des hommes et des femmes sont si irrémédiablement confus et où la féminité pieuse fait face à une attaque concertée et méchante, comme le monde n’en a jamais connue avant ? Si une parole claire du Seigneur était nécessaire alors, ne l’est-elle pas davantage pour maintenant ? Bien sûr que si ! Et ceux qui se soumettent avec joie à l’enseignement des Écritures dans ce domaine brillent comme des luminaires dans le monde au milieu d’une génération tortueuse et perverse.

 

11.3                   L’exaltation de la personne et de l’œuvre de Christ

Je puis dire avec reconnaissance que, même avant que je quitte l’église, ce sont les écrits des « frères » qui m’ont enseigné à trouver mon bonheur dans la personne et l’œuvre de Jésus Christ. Des livres comme « Notes sur le Lévitique » écrit par C.H. MACKINTOSH, « Exposés sur l’épître aux Hébreux et sur le tabernacle » par Samuel RIDOUT, ont commencé à faire naître en moi une profonde attirance vers sa personne et une solide appréciation doctrinale, plutôt que sentimentale, de son œuvre ; bref, un intérêt pour Christ dans sa beauté variée, intérêt que je n’avais jamais connu auparavant. Depuis que ma vie est liée à celle des « frères », j’ai eu souvent l’occasion de remercier Dieu pour le sentiment constant des gloires de Christ dans ces humbles assemblées du peuple de Dieu, et de me demander pourquoi j’ai été pendant si longtemps satisfait d’une crainte superficielle, vague et sentimentale de Lui.

Cette méconnaissance de Christ résulte, j’en suis convaincu, de la manière dont il est habituellement présenté dans la littérature, l’enseignement et la prédication évangéliques actuels. Est-il fréquent que la présentation de Christ sur la croix aille au delà de ses souffrances physiques et de l’affirmation qu’il est « mort pour nos péchés » ? Ce dernier point est une magnifique vérité, sans doute, et constitue en effet la mesure dans laquelle les pécheurs peuvent comprendre l’œuvre de Christ, mais elle parle à peine de la gloire de la croix pour les saints. Pour utiliser les images des sacrifices lévitiques, devrions-nous nous contenter du sacrifice pour le délit, quoiqu’il représente un aspect véritable et béni de l’œuvre de Christ, et négliger les autres aspects de son puissant sacrifice qui sont dévoilés dans le sacrifice pour le péché, le sacrifice de prospérités et le sacrifice de l’holocauste ?

Ah ! l’holocauste, le plus beau et le plus élevé de tous les sacrifices typiques ! Ce sacrifice nous présente l’œuvre de Christ, non vis-à-vis de l’homme, mais vis-à-vis de Dieu ; il nous présente Christ, non comme celui qui porte nos péchés, mais comme celui qui s’est consacré, qui s’est plu à faire la volonté de Dieu, même jusqu’à la mort, et qui en retour était la joie du cœur de son Père, même — oui surtout — dans sa mort. Voilà le Christ qui, par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu sans tache (Hébreux 9:14). Qui peut sonder la bonne odeur de ce sacrifice pour Dieu ? Cependant — que le lecteur en juge — combien de fois la plupart des croyants entendent-ils parler de ces choses ?

Si l’enseignement donné dans les églises sur l’œuvre de Christ est superficiel et insatisfaisant, l’enseignement sur sa glorieuse Personne est pratiquement inexistant, bien que la plupart des croyants évangéliques (mais pas tous) croient que Christ est à la fois Dieu et Homme. Que dire de l’impossibilité pour Christ de pécher ? Est-ce que son humanité a lutté contre la tentation comme nous le faisons ? A-t-il mis de côté certains attributs de sa divinité quand Il « est devenu homme » ? Qu’en est-il de sa nature humaine incorruptible ? Était-elle exposée à la maladie et à la mort ? Comment sa Personne merveilleuse est-elle illustrée dans le Tabernacle, les sacrifices du Lévitique, et les autres types de l’Ancien Testament ? Pourquoi avons-nous quatre évangiles ? Quel aspect de Christ est spécialement présenté dans chacun ? Même là où on peut donner réponse à de telles questions avec une exactitude théologique, existe-t-il un véritable amour pour Christ et une faim quotidienne pour Celui qui est le « Pain qui est descendu du ciel » ?

Je désire avancer avec précaution ici, car les généralités sont toujours dangereuses, et rien ne saurait être aussi déplacé que de vanter la crainte de Christ, que ce soit chez un individu ou dans un groupe d’assemblées. Ainsi, j’espère que le lecteur comprendra dans quel esprit j’écris ceci, et qu’il me pardonnera si, ayant reçu un enseignement d’une telle richesse, je désire partager cette bénédiction avec d’autres. Car j’ai observé personnellement que, quelles que soient les faiblesses qui certainement peuvent être relevées dans les assemblées de « frères », il existe généralement une admiration et un respect de la personne et de l’œuvre de Christ plus intenses que ce que nous trouvons normalement ailleurs. Je comprendrais si le lecteur devait ne pas partager mon avis sur cette déclaration, et je n’ai jamais entendu quiconque dans les assemblées le prétendre pour lui-même, mais je ne peux m’empêcher de parler de ce que j’ai vu et entendu.

Une de mes premières surprises, lorsque j’ai commencé à me joindre à une petite assemblée de ces frères a été la préparation d’une série de rencontres spéciales avec un conférencier visiteur. Mon expérience antérieure m’avait enseigné que de tels événements devaient être précédés par beaucoup de battage et de publicité, lesquels étaient couronnés par l’arrivée du prédicateur vedette en tournée, qui, s’il n’était pas un ancien athlète professionnel ou un ex-détenu, serait au moins un orateur fascinant, bien préparé pour prononcer une série de sermons dynamiques sur une variété de sujets. Si telle avait été mon attente, j’aurais été bien déçu, car ce que j’ai vu était un groupe de croyants qui se rassemblait paisiblement pour entendre un serviteur de Christ sans prétention donner quelques messages allant droit au cœur sur la vie de notre Seigneur, à partir de 1’évangile de Marc.

Depuis cette rencontre étonnante, j’ai noté que ce même esprit s’exprimait de diverses façons. Par exemple, à une époque où les librairies chrétiennes sont remplies d’études d’actualité avant-gardistes, de romans chrétiens, et de livres de psychologie séculière (axés sur les efforts personnels) couverts d’un mince vernis chrétien, dans quel autre cercle de chrétiens, un livre, écrit il y a un siècle et demi et intitulé « Courtes méditations sur la gloire morale du Seigneur Jésus », pourrait-il avoir encore un important tirage ? Ce simple attrait pour Christ est en étroite relation, je crois, avec ce qui sera mentionné plus loin, à savoir la fraction du pain telle qu’elle est pratiquée régulièrement par les assemblées. C’est le fait de s’assembler chaque semaine, sous la seule direction du Saint Esprit, dans le but de se souvenir du Seigneur de la manière qu’il a demandée, qui, plus que tout autre chose, je crois, les a amenés à donner la place centrale à Christ et à son œuvre.

Je dis à mes frères et sœurs dans les assemblées de prendre garde, de peur que l’on ne s’écarte de la simplicité de l’amour pour Christ. Et, tandis que nous rendons grâces à Dieu pour notre riche héritage, confessons ensuite que nous aussi avons trop peu puisé dans ce vaste réservoir. La gloire de Christ comporte des aspects qui demeurent inexplorés et non appréciés à cause de notre relâchement et de notre négligence. Combien nous connaissons réellement peu de chose de Lui ! Confessons donc notre manquement, et puis croissons dans la connaissance du Seigneur.

 

11.4                   Souvenir hebdomadaire du Seigneur par la fraction du pain

Quoique les Écritures ne nous donnent pas d’exigences absolues concernant la fréquence de la cène du Seigneur, il est clair que l’Église du Nouveau Testament observait cette pratique chaque premier jour de la semaine (Actes 20:7 ; 1 Cor. 11:20 ; 16:2) et que ce repas était le centre d’attraction principal de leur rassemblement. Voilà un autre domaine où j’avais commencé à être préoccupé dans ma conscience, en étudiant le modèle du Nouveau Testament pour l’Église. La fraction du pain était l’une des quatre choses dans lesquelles l’Église primitive persévérait, les autres étant la doctrine des apôtres, la communion et les prières (Actes 2:42). Combien d’églises aujourd’hui peuvent être qualifiées de persévérantes dans la fraction du pain ? Dans l’église où j’ai été pasteur, de même que dans la plupart des autres églises que je connaissais, l’expression biblique : « toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe », était devenue « les rares fois où vous mangez ce pain et où vous buvez la coupe ».

La réaction habituelle de ceux qui n’ont jamais été témoins de l’observance de cette pratique dans sa simplicité et sa beauté bibliques est celle-ci : «Je ne voudrais pas avoir le repas du Seigneur chaque semaine ! » Moi non plus, si celui-ci était observé de la manière qui est commune à la plupart des églises évangéliques aujourd’hui. En revenant sur mes années de pastorat, je me souviens combien je redoutais d’avoir à annoncer trois ou quatre fois par année, ce que nous appelions un culte de Sainte Cène. Mais maintenant le repas du Seigneur est devenu un délice intense, au point que je me sens grandement privé si par les circonstances je suis contraint de le manquer.

Permettez-moi de tenter de décrire, pour ceux qui n’en ont jamais été témoins, la réunion prévue pour la fraction du pain parmi les assemblées. L’heure de cette réunion varie : pour certaines, elle a lieu le dimanche matin, pour d’autres, on préfère l’heure du soir. Les croyants se rassemblent devant la table portant le mémorial. Parfois ils sont assis en cercle, la table étant au milieu d’eux ; dans d’autres cas, cette table se situe à l’avant du lieu de rassemblement. Une des premières choses que remarque le visiteur est la simplicité de la salle de réunion. Mais la caractéristique la plus frappante de ce rassemblement pour celui qui n’est pas habitué à de telles réunions, est l’absence d’une chaire qui domine l’assistance, avec quelqu’un pour y officier, présider ou diriger la réunion ; ces fonctions ne sont remplies par personne d’autre que par le Saint Esprit.

Bientôt, un des frères qui s’y sentira conduit proposera un cantique, un autre se lèvera pour rendre grâces ou pour lire un texte des Écritures : tout étant centré sur la personne et sur l’œuvre rédemptrice du Sauveur. C’est ainsi que la réunion se poursuivra, différents frères y prenant part, qui ne sont pas des pasteurs professionnels, mais des ouvriers, des ingénieurs, des fermiers, des menuisiers et d’autres, de toute profession et situation sociale. Les sœurs jouent également un rôle important ; elles joignent leurs voix pour chanter les hymnes et s’associent par leur « amen » aux prières d’adoration ; elles contribuent dans une grande mesure au ton spirituel de la réunion. Rien de tout cela n’est orchestré ni planifié à l’avance ; pourtant, des visiteurs ont été tellement impressionnés, qu’ils pouvaient à peine croire que cette réunion n’ait pas été organisée à l’avance. Non, les seuls arrangements pour cette réunion sont la préparation des cœurs des frères et des sœurs, qui s’examinent eux-mêmes selon 1 Corinthiens 11:28 et méditent les Écritures.

Après un certain temps, un des frères se lèvera et rendra grâces pour le pain. Ensuite, il le fait circuler de l’un à l’autre. Puis il rend grâces pour la coupe, qui passe entre les participants. Encore une fois, les frères qui prennent l’initiative ici ne sont pas choisis à l’avance, ni n’ont besoin d’être des anciens ou des diacres, ou des membres de toute autre classe approuvée. Réellement, nous avons là la sacrificature des croyants, non en parole, mais en action.

 

Peu de temps après la cène, la réunion s’achève par une hymne. Une collecte se fait généralement à la fin du culte. Parmi les assemblées, on a le sentiment profond qu’aucune offrande ne doit être acceptée de la part d’un inconverti parce qu’il n’est pas convenable que l’œuvre de Dieu soit financée par les dons des incroyants. C’est pourquoi la collecte est prélevée lors du culte pour les croyants seulement, plutôt que pendant la prédication publique ou les réunions pour l’enseignement.

Certains visiteurs peuvent trouver l’atmosphère plutôt solennelle, s’étonner de longs silences, mais ceux-ci ne sont pas « l’attente gênante que quelqu’un dise quelque chose » ; ils sont l’occasion de réflexion et de méditation profondes. C’est à un rythme plutôt lent, afin qu’on en apprécie pleinement les paroles, que sont chantés des cantiques comme celui-ci :

 

Gloire à Jésus dans l’Église

Pour son ineffable amour !

Lui-même il se l’est acquise,

Elle est à lui sans retour.

Dans la maison de son Père

Bientôt il l’introduira,

Brillante de sa lumière

Il se la présentera.

 

Qui, sinon celui qui l’a connue, peut décrire la joie d’un cœur qui se détourne complètement de lui-même et fixe son regard sur Celui en qui tout le ciel trouve son délice, et sur son œuvre incompréhensible si parfaitement accomplie ? Ici réellement se trouvent le repos pour la conscience, l’abondance pour le cœur, et la joie, pas une joie qui peut facilement s’exprimer, mais une « joie ineffable et glorieuse ».

Oui, que ce soit pour le modèle biblique de la conduite, l’importance du repas du Seigneur, ou pour tout autre domaine de la vie de l’Église, nous allons immanquablement constater que suivre le modèle établi par le Saint Esprit dans les Écritures engendrera des résultats bénis. Penser autrement est de l’inconscience. Car les directives du Nouveau Testament adressées aux églises ou aux assemblées ne sont ni irréalistes ni démodées. Elles sont plutôt des instructions précieuses qui éclairent le chemin de l’Église à travers cette sombre période, et ceux qui cherchent à obéir à la Parole de Dieu trouveront certainement une indication plus exacte en elle que dans les opinions et les traditions des hommes.

 

12               Conclusion

Je demande à Dieu que, dans mon désir de partager les bénédictions reçues, je n’aie pas involontairement dépeint les assemblées de « frères » comme étant plus fidèles que dans la réalité. Sans aucun doute, il pourrait être beaucoup écrit sur les faiblesses, les défauts et les erreurs de celles-ci. Toute personne qui recherche la perfection, ou quelque chose ressemblant à celle-ci, dans un groupe de croyants sur cette terre, ne peut manquer d’être déçu. Ces quelques pages ne sont rien de plus ni de moins que le témoignage personnel de quelqu’un qui, comme les lépreux à l’époque d’Élisée, a trouvé un grand butin, et qui, en bonne conscience, ne peut le garder pour lui. Puisse Dieu les bénir et les utiliser pour sa propre gloire !