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Notes sur le Livre du Deutéronome

 

Cinquième livre de Moise

 

par Charles Henry Mackintosh

 

 

« Des choses nouvelles et des choses vieilles ».

 

Table des matières  :

 

1     Préface

2     Introduction

3     Chapitre 1

4     Chapitre 2

5     Chapitre 3

6     Chapitre 4

7     Chapitre 5

8     Chapitre 6

9     Chapitre 7

10      Chapitre 8

11      Chapitre 9

12      Chapitre 10

13      Chapitre 11

14      Chapitre 12

15      Chapitre 13

16      Chapitre 14

17      Chapitre 15

18      Chapitre 16

19      Chapitre 17

20      Chapitre 18

21      Chapitre 19

22      Chapitre 20

23      Chapitre 21

24      Chapitres 22-25

25      Chapitre 26

26      Chapitre 27

27      Chapitre 28

28      Chapitre 29

29      Chapitre 30

30      Chapitre 31

31      Chapitre 32

32      Chapitre 33

33      Chapitre 34

 

 

Éternel ! ta parole est établie à toujours dans les cieux (Ps. 119:89)

 

J’ai caché ta parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi (Ps. 119:11)

 

 

1                    Préface

On ne saurait donner trop de valeur et d’importance à la parole de Dieu dans le moment actuel. On en attaque l’autorité et l’intégrité de tous côtés et de toute espèce de manières. « Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? » (Psaume 11:3).

Les pensées et les principes de l’incrédulité ne sont plus limités à quelques esprits spéculateurs, comme c’était le cas il y a cinquante ans, mais ils sont maintenant adoptés par un grand nombre de ceux qui devraient être les fidèles gardiens du christianisme et les défenseurs de la Bible, en tant que révélée de Dieu.

De cette manière une multitude d’âmes simples sont induites en erreur. Si le discours que l’on vient d’entendre a été agréable à l’oreille, les auditeurs sont satisfaits, et la conscience n’étant pas mise en activité, peu de personnes songent à le juger d’après la parole de Dieu.

Mais quelle sera, en présence de l’éternité, la condition d’âmes immortelles, sous un tel ministère ? Sur qui repose le poids de la responsabilité ? De belles théories ne réveilleront jamais une âme endormie dans le péché. Il faut que le pécheur perdu soit mis en présence de la simple parole de Dieu et des réalités solennelles de l’éternité. Là tout est clair, positif et absolu : « La parole du Seigneur demeure éternellement » (1 Pierre 1:25).

Le livre du Deutéronome est bien propre à contre-balancer le relâchement et le vague de l’enseignement de nos jours. Le législateur juif y met avec instance les paroles de l’Éternel sur le cœur d’Israël. Ce n’est pas un livre de cérémonies, mais d’exhortations au peuple, à garder les commandements, les statuts et les jugements de l’Éternel.

Une obéissance et une soumission implicite à la volonté révélée de Dieu sont, en tout temps, le premier devoir de l’homme. Moïse parle aux enfants d’Israël comme un père ; il les exhorte de la manière la plus tendre et la plus touchante. « Et maintenant », leur dit-il, « écoutez les statuts et les ordonnances que je vous enseigne… Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien, afin de garder les commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous commande ». Et encore « Tu les lieras comme un signe sur ta main, et elles te seront pour fronteau entre les yeux, et tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes » (Deut. 4:1, 2 ; 6:8, 9).

La prospérité du peuple, individuellement et comme nation, dépendait de leur fidèle observance de ces lois si souvent répétées. Les négliger, c’était attirer sur eux le déplaisir et les châtiments du Dieu d’Israël.

Le lecteur trouvera dans ces pages l’ample développement et l’application pratique de ces diverses exhortations et de ces avertissements.

L’auteur ne s’est pas borné à ce qu’enseigne le Deutéronome, mais il a développé ce qu’il suggère. De cette manière, nous y rencontrerons toutes les grandes vérités du christianisme et y trouverons des applications au chrétien, à la famille et à l’Église de Dieu.

Veuille le Seigneur, dans sa bonté, se servir de ces pages pour la gloire de son nom, l’avancement de son peuple, et le salut éternel de beaucoup de précieuses âmes !

A. M.

 

2                    Introduction

Le caractère de ce Livre est tout aussi distinct que celui de chacune des quatre autres portions du Pentateuque. À juger d’après le titre du livre, nous pourrions supposer qu’il n’est qu’une répétition des précédents. Mais ce serait une erreur. Dieu ne se répète jamais, ni dans sa Parole, ni dans ses œuvres. Où que nous discernions notre Dieu, que ce soit dans les pages sacrées ou dans le vaste champ de la création, nous voyons une variété infinie, une plénitude divine, un plan arrêté ; et notre faculté de discerner et d’apprécier ces choses, sera en proportion de notre spiritualité. Le fait est que, du commencement à la fin du volume inspiré, il ne se trouve pas une phrase superflue, un mot de trop, ni un argument qui n’ait sa signification propre et son application directe. Si nous ne voyons pas cela, nous avons encore à apprendre quelle est la force, la profondeur et la signification de ces paroles : « Toute Écriture est inspirée de Dieu » (2 Tim. 3:16).

Paroles précieuses ! Plût à Dieu qu’elles fussent mieux comprises de nos jours. Le relâchement à cet égard se répand d’une manière effrayante dans l’église professante. En maints endroits, il est de bon ton de se moquer de la foi à une entière inspiration ; on considère cela comme un signe d’ignorance ou d’enfantillage. On pense faire preuve d’un grand savoir et d’un esprit très développé, en critiquant le précieux volume de Dieu et en y trouvant des imperfections. Les hommes se permettent de porter leur jugement sur la Bible, comme si elle n’était qu’une composition humaine. Au fond, c’est Dieu lui-même qu’ils jugent. Le résultat de tout cela est l’obscurité et la confusion les plus complètes, soit pour ces savants docteurs eux-mêmes, soit pour ceux qui les écoutent. Quelle sera la destinée éternelle de tous ceux qui auront à répondre devant le tribunal du Christ, pour avoir blasphémé la parole de Dieu et égaré un si grand nombre d’âmes par leur enseignement infidèle ?

Le livre du Deutéronome occupe une place tout à fait distincte dans le volume inspiré. Les paroles par lesquelles il s’ouvre suffisent pour le prouver : « Ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël, en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine, vis-à-vis de Suph, entre Paran et Thophel, Laban, Hatséroth, et Di-Zahab » (v. 1).

Les Israélites étaient arrivés sur la rive orientale du Jourdain ; ils allaient entrer dans le pays de la promesse. Leur pèlerinage dans le désert était près de finir, comme nous l’apprend le v. 3 : « Et il arriva, en la quarantième année, au onzième mois, le premier jour du mois, que Moïse parla aux fils d’Israël, selon tout ce que l’Éternel lui avait commandé pour eux ».

Ainsi, non seulement nous avons l’époque et le lieu indiqués avec une précision divine, mais nous apprenons encore, par les paroles que nous venons de citer, que les communications faites au peuple dans les plaines de Moab, étaient bien loin d’être une répétition de ce que nous avons trouvé dans nos études des livres de l’Exode, du Lévitique et des Nombres. Le vers. 69 du chap. 28 de notre livre nous en donne encore une preuve évidente : « Ce sont là les paroles de l’alliance que l’Éternel commanda à Moïse de faire avec les fils d’Israël dans le pays de Moab, outre l’alliance qu’il avait faite avec eux à Horeb ».

Le lecteur remarquera qu’il est question de deux alliances : l’une en Horeb, l’autre au pays de Moab ; or nous verrons que cette dernière, loin d’être une répétition de la précédente, en est aussi distincte que possible.

Le livre du Deutéronome a une place qui lui est propre. Le but qu’il se propose est aussi distinct que possible. Du commencement à la fin, il cherche à inculquer la grande leçon de l’obéissance. Et cela, non seulement quant à la lettre, mais dans un esprit d’amour et de crainte, — d’une obéissance fondée sur des relations d’intimité, — d’une obéissance stimulée par le sentiment d’obligations morales les plus positives.

Le vieux législateur, le fidèle et bien-aimé serviteur de l’Éternel, allait prendre congé de la congrégation. Il s’en allait au ciel, et les enfants d’Israël étaient sur le point de traverser le Jourdain ; — c’est ce qui rend ses dernières exhortations solennelles et touchantes au suprême degré. Il passe en revue toute leur vie dans le désert. Il rappelle les circonstances et les phases de leurs quarante années de pèlerinage, d’une manière bien propre à toucher le cœur. Ces précieux discours possèdent un charme incomparable, résultant autant des circonstances au milieu desquelles ils furent prononcés, que de l’importance de leurs divins sujets. Ils s’adressent à nous avec autant d’à-propos qu’à ceux auxquels ils étaient destinés.

N’en est-il pas ainsi de toute l’Écriture ? Ne sommes-nous pas sans cesse frappés de sa merveilleuse puissance d’adaptation à nos propres circonstances et à notre état d’âme ? Elle nous parle avec le même à propos et la même fraîcheur que si elle était dictée aujourd’hui même et exprès pour nous. Rien ne ressemble à l’Écriture. Prenez un écrit humain de la même date que le Deutéronome ; si vous pouviez trouver un volume quelconque écrit il y a trois mille ans, que verriez-vous ? Une relique curieuse de l’antiquité ; une chose digne d’être placée au Musée, à côté d’une momie égyptienne, mais n’ayant aucune application à nous ou à notre temps ; un document suranné sans utilité pour nous, ne traitant que d’un ordre de choses et d’un état de la société, depuis longtemps passés et tombés dans l’oubli.

La Bible, au contraire, est le Livre du jour présent. C’est le Livre même de Dieu, sa parfaite révélation. C’est sa propre voix, s’adressant à chacun de nous. C’est un livre pour tous les âges, pour toutes les classes, pour toutes les conditions. Elle parle un langage si simple qu’un enfant peut le comprendre, et en même temps si profond que la plus vaste intelligence ne peut l’épuiser. Avant tout, elle va droit au cœur ; elle touche les sources les plus cachées de notre être moral ; elle nous juge complètement. En un mot, comme nous le dit l’apôtre inspiré, elle est « vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur » (Héb. 4:12).

Remarquez encore l’ampleur merveilleuse de ses conceptions. Elle s’occupe aussi minutieusement des coutumes, des mœurs et des maximes du dix-neuvième siècle de l’ère chrétienne, que de celles des premiers âges de la vie humaine. Elle montre une connaissance parfaite de l’homme à tous les degrés de son histoire. La vie de l’homme, dans toutes les périodes de son développement, est décrite de main de maître dans ce volume admirable que notre Dieu a composé pour notre instruction.

Quel privilège de posséder un tel Livre ! d’avoir entre les mains une Révélation divine ! de posséder l’histoire, donnée par Dieu, du passé, du présent et de l’avenir !

Mais ce Livre juge l’homme, sa conduite, son cœur. Il lui dit la vérité sur tout ce qui le concerne. Pour cette raison, l’homme n’aime pas le Livre de Dieu. Un homme inconverti préférera de beaucoup un journal ou un roman à la Bible. Il aimera mieux le rapport d’un procès criminel qu’un chapitre du Nouveau Testament.

Pour cette raison aussi, les incrédules ont de tout temps travaillé fort et ferme pour découvrir des imperfections et des contradictions dans les Saintes Écritures. Les ennemis de la Bible ne se trouvent pas seulement dans les classes vulgaires et démoralisées, mais parmi les gens instruits, cultivés, de bonne société. Tout comme il en était du temps des apôtres : « de méchants hommes de la populace » et « des femmes de qualité qui servaient Dieu », trouvèrent un point sur lequel ils étaient d’accord, savoir le rejet de la parole de Dieu et de ceux qui la prêchaient fidèlement (comp. Actes 13:50, avec 17:5). De même, nous voyons des hommes qui diffèrent sur presque tous les autres sujets, être d’accord dans leur opposition positive à la Bible. On laisse les autres livres tranquilles. Les hommes ne se donnent pas la peine de chercher des défauts dans Virgile, Horace, Homère ou Hérodote, mais ils ne peuvent supporter la Bible, parce qu’elle les met à nu et leur dit la vérité sur eux-mêmes et sur le monde auquel ils appartiennent.

N’en fut-il pas exactement de même pour la Parole vivante, le Fils de Dieu, le Seigneur Jésus Christ, quand il était sur la terre ? Les hommes le haïssaient, parce qu’il leur disait la vérité. Son ministère, ses paroles, sa conduite, sa vie entière étaient un témoignage contre le monde ; de là son opposition amère et persistante. D’autres pouvaient passer tranquillement leur chemin, mais lui était surveillé, épié, persécuté à chaque pas qu’il faisait. Les conducteurs et les docteurs du peuple « cherchaient à l’enlacer dans ses paroles » (Matt. 22:15), afin d’avoir un prétexte pour le livrer au gouverneur. Ainsi en fut-il durant sa vie merveilleuse ; puis lorsque l’Être béni fut cloué à la croix entre deux malfaiteurs, on laissa ces derniers en paix ; on ne les accabla point d’injures, les principaux sacrificateurs et les gouverneurs ne hochaient pas la tête en se raillant d’eux. Non, toutes les insultes, toutes les moqueries, toutes les paroles cruelles et sans pitié étaient à l’adresse du divin crucifié.

Il est de toute importance que nous comprenions bien d’où provient réellement l’opposition à la parole de Dieu — que ce soit à la Parole vivante ou à la Parole écrite. Le diable hait la parole de Dieu d’une parfaite haine ; il se sert des savants incrédules pour écrire des livres destinés à prouver que la Bible n’est pas la parole de Dieu ; qu’elle ne saurait l’être, vu qu’il s’y trouve des erreurs et des contradictions, et qu’il y a dans l’Ancien Testament des lois, des institutions, des coutumes et des cérémonies indignes d’un Dieu bon et miséricordieux.

À cette catégorie d’arguments, nous n’avons qu’une courte réponse à faire ; de tous ces savants incrédules, nous disons simplement : « Ils n’entendent ni ce qu’ils disent, ni ce sur quoi ils insistent » (1 Tim. 1:7). Il se peut qu’ils soient très instruits, très savants, de profonds philosophes, versés dans la littérature, très compétents pour trancher une question difficile, pour discuter un sujet scientifique. Il se peut encore qu’ils soient très aimables, estimables dans leur vie privée, et respectés au dehors, mais en tant qu’inconvertis et ne possédant pas l’Esprit de Dieu, ils sont parfaitement incapables de porter un jugement à l’égard des Saintes Écritures. Si quelqu’un, ignorant l’astronomie, se permettait de juger les principes du système de Copernic, ces mêmes hommes dont nous parlons, le déclareraient totalement incompétent et dédaigneraient de l’écouter. En un mot, personne n’a le droit d’émettre une opinion sur un sujet qui lui est inconnu. C’est là un principe reconnu de chacun, et par conséquent son application au cas qui nous occupe ne peut pas être mise en question.

L’apôtre nous dit que : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Voilà qui est concluant. Il parle de l’homme dans son état naturel, quelque cultivé qu’il puisse être. Il ne parle pas d’une certaine classe d’hommes, mais simplement de l’homme inconverti, de l’homme ne possédant pas l’Esprit de Dieu, de l’homme naturel, que ce soit un savant philosophe ou un pauvre ignorant. « Il ne peut connaître les choses qui sont de l’Esprit de Dieu ». Comment donc peut-il porter un jugement sur la parole de Dieu ? Comment peut-il se permettre de décider de ce qui est digne de Dieu et de ce qui ne l’est pas ? Et s’il a l’audace de le faire, qui devrait l’écouter ? Personne. Ses arguments sont sans fondements, ses théories misérables, ses livres de la pauvre maculature. D’après le principe invoqué plus haut, nous écartons la totalité des écrivains rationalistes. Un aveugle, discutant sur l’ombre et la lumière, aurait plus de droit à être écouté, qu’un homme inconverti discutant sur l’inspiration des Écritures. Des savants peuvent, sans doute, être appelés à donner leur opinion sur le sens de tel ou tel passage, mais ceci est tout à fait différent du fait de prononcer un jugement sur la Révélation, que Dieu nous a donnée. Nous maintenons que nul homme ne peut le faire. Ce n’est que par l’Esprit qui a lui-même inspiré les Saintes Écritures, que celles-ci peuvent être comprises et appréciées. Il nous faut recevoir la parole de Dieu sur le pied de sa propre autorité. Si l’homme peut la juger et en raisonner, elle n’est plus du tout la parole de Dieu. Dieu nous a-t-il donné une Révélation, oui ou non ? S’il nous l’a donnée, elle doit être parfaite à tous égards et, comme telle, au-dessus de tout jugement humain. L’homme n’est pas plus capable de juger l’Écriture qu’il ne l’est de juger Dieu. C’est l’Écriture qui juge l’homme et non l’homme l’Écriture.

Rien n’est plus méprisable que les livres écrits par les incrédules contre la Bible. Chaque page, chaque ligne prouvent la vérité de ces paroles de l’apôtre : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Leur grossière ignorance du sujet qu’ils cherchent à traiter n’est égalée que par leur présomption et leur manque de respect. Les livres humains ont la chance d’un examen impartial ; mais quand on s’approche du précieux livre de Dieu avec la certitude préconçue qu’il n’est pas une Révélation divine, c’est parce que l’on a écouté les incrédules, qui nous disent que Dieu ne peut pas nous donner une révélation écrite de sa volonté.

Que c’est étrange : les hommes peuvent nous révéler leurs pensées (et les incrédules l’ont assez fait), mais Dieu ne le pourrait pas ! Pourquoi donc Dieu ne pourrait-il pas révéler sa volonté à ses créatures ? Pour la seule raison que les incrédules le veulent ainsi ! La question posée par le serpent ancien dans le jardin d’Éden, il y a près de six mille ans, a été répétée de siècle en siècle par toute espèce de sceptiques, de rationalistes et d’incrédules : « Quoi, Dieu a dit ? » Nous répondons avec bonheur : Oui, béni soit son saint Nom, il a parlé — il nous a parlé. Il a révélé sa volonté ; il nous a donné les Saintes Écritures. « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre ». Et encore : « Car toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance » (2 Tim. 3:16, 17 ; Rom. 15:4).

Le Seigneur soit béni pour de telles paroles ! Elles nous assurent que toute l’Écriture est donnée de Dieu, et que toute l’Écriture nous est donnée. Précieux lien entre l’âme et Dieu ! Dieu a parlé — a parlé à nous. Sa Parole est un rocher, contre lequel toutes les vagues de l’incrédulité se brisent dans leur misérable impuissance, le laissant debout dans sa puissance divine et éternelle. Rien ne peut ébranler la parole de Dieu. Toutes les puissances combinées de la terre et de l’enfer ne peuvent l’affaiblir. Elle reste immuable dans sa gloire morale, en dépit de tous les assauts de l’ennemi, siècle après siècle. « Éternel ta Parole est établie à toujours dans les cieux » (Ps. 119:89). Que nous reste-t-il à faire ? Simplement ceci : « J’ai caché ta Parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi » (Ps. 119:11). C’est là le secret de la paix. Le cœur est lié au cœur même de Dieu par le moyen de sa précieuse Parole. Pour celui qui a vraiment appris, par grâce, à croire à la parole de Dieu et à se reposer sur l’autorité de l’Écriture Sainte, tous les livres qui ont jamais été dictés par l’incrédulité sont sans aucune valeur. Ils montrent l’ignorance et la coupable présomption de leurs auteurs ; mais quant à l’Écriture ils la laissent ce qu’elle a toujours été et sera toujours : « fondée dans les cieux », aussi ferme que le trône de Dieu (*). Les assauts des incrédules ne peuvent ébranler ni le trône de Dieu, ni sa Parole. Béni soit son Nom, ils ne peuvent non plus ébranler la paix qui remplit le cœur de celui qui se repose sur ce fondement inattaquable. « Grande est la paix de ceux qui aiment ta loi, et pour eux il n’y a pas de chute » (Ps. 119:165). « La parole de notre Dieu demeure à toujours » (Ésaïe 40:8). « Or c’est cette parole qui vous a été annoncée » (1 Pierre 1:25).

 

(*) En faisant allusion aux écrivains incrédules, nous devons nous rappeler que les plus dangereux sont ceux qui s’appellent chrétiens. Autrefois, quand on prononçait le mot « incrédule », on pensait immédiatement à Voltaire ou à Paine ; maintenant, hélas ! ce mot peut s’appliquer à maints docteurs et ministres de l’église professante. Quelle chose effrayante !

 

Nous avons ici de nouveau le même précieux lien. La Parole qui nous a atteints sous forme de la bonne nouvelle, est la parole de l’Éternel qui subsiste à toujours et, par conséquent, notre paix et notre salut sont aussi stables que la Parole sur laquelle ils sont fondés. Si toute chair est comme l’herbe et toute la gloire de l’homme comme la fleur de l’herbe, alors de quelle valeur seront les arguments des incrédules ? Ils n’ont pas plus de valeur que l’herbe séchée ou la fleur fanée, et c’est ce qu’ils reconnaîtront tôt ou tard. Quelle coupable folie que de contester contre la parole de Dieu, contre la seule chose au monde qui puisse donner paix et consolation à de pauvres cœurs fatigués ; contre cette Parole qui apporte la bonne nouvelle du salut aux pauvres pécheurs perdus, et qui l’apporte de la part de Dieu !

On nous demandera peut-être : « Comment savons-nous que le livre que nous appelons la Bible est bien la parole de Dieu ? » question qui a troublé beaucoup d’âmes. Notre réponse est bien simple : Celui qui nous a donné ce livre précieux peut aussi nous donner la certitude qu’il est de Lui. Le même Esprit, qui a inspiré les divers écrivains des Saintes Écritures, peut nous faire comprendre que ces Écritures sont la voix même de Dieu s’adressant à nous. Mais il nous faut l’Esprit pour cela, car, comme nous l’avons déjà vu : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Si le Saint Esprit ne nous enseigne pas avec certitude que la Bible est la parole de Dieu, aucun homme ou assemblée d’hommes ne pourront le faire, et, d’un autre côté, si l’Esprit nous donne cette assurance bénie, nous n’avons besoin d’aucun témoignage humain.

L’ombre d’un doute sur cette si importante question serait un véritable tourment. Mais qui peut nous donner la certitude ? Dieu seul. Si tous les hommes sur la terre étaient d’accord pour reconnaître l’autorité des Saintes Écritures ; si tous les conciles qui se sont jamais assemblés, tous les docteurs et tous les pères qui ont enseigné ou écrit en faveur de l’inspiration plénière ; si l’Église universelle, c’est-à-dire chaque dénomination de la chrétienté, donnaient leur assentiment à cette vérité que la Bible est vraiment la parole de Dieu ; en un mot, si nous avions toute l’autorité humaine qu’il soit possible d’avoir par rapport à la divinité de cette Parole, tout cela serait insuffisant comme fondement de certitude, et si notre foi était basée sur une telle autorité, elle serait sans valeur aucune. Dieu seul peut nous donner la certitude qu’il a parlé dans sa Parole, et quand il la donne, tous les arguments, tous les raisonnements, toutes les chicanes des incrédules anciens et modernes ne sont que comme la fumée qui s’échappe d’un toit, ou la poussière soulevée par le vent. Le vrai croyant les repousse comme autant de choses sans valeur, et se repose en paix sur cette Révélation que notre Dieu a daigné nous donner.

Prenons un exemple. Un père écrit une lettre à son fils à Canton, lettre toute remplie de l’affection et de la tendresse de son cœur de père. Il lui parle de ses affaires et de ses projets, de tout ce qu’il pense pouvoir intéresser le cœur d’un fils — de tout ce que lui suggère son cœur de père. Le fils passe au bureau de poste à Canton pour demander s’il n’y a pas une lettre de son père. Un employé lui répond qu’il n’y a pas de lettre, que son père n’a pas écrit et ne saurait écrire, ne saurait communiquer ses pensées par ce moyen, que c’est folie à lui de le croire. Un autre employé s’avance et lui dit : « Oui, il y a bien ici une lettre pour vous, mais vous ne pourriez la comprendre ; elle vous est tout à fait inutile, et même elle ne vous ferait que du mal, car vous n’êtes pas capable de la lire convenablement. Laissez-la entre nos mains, et nous vous en expliquerons les portions que nous considérerons pouvoir vous être utiles ». Le premier de ces deux employés représente l’incrédulité, le second la superstition. L’un et l’autre voudraient priver le fils de la lettre si longtemps désirée, des précieuses communications venant du cœur de son père. Mais quelle serait sa réponse à ces indignes employés ? Une réponse très brève et allant droit au but, nous pouvons en être certains. Au premier, il dirait : « Je sais que mon père peut me communiquer ses pensées dans une lettre, et qu’il l’a fait ». Il dirait au second : « Je sais que mon père peut me faire comprendre sa lettre beaucoup mieux que vous ne le pouvez ». Et à tous deux il dirait d’un ton ferme et décidé : « Donnez-moi à l’instant la lettre de mon père ; elle m’est adressée et personne n’a le droit de me la refuser ».

C’est ainsi qu’un chrétien au cœur simple, devrait répondre à l’audacieuse incrédulité et à l’ignorante superstition, ces deux principaux agents du diable en nos jours : « Mon père m’a communiqué ses pensées, et il peut me faire comprendre ses communications ». « Toute Écriture est inspirée de Dieu », et « toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction ». Réponse admirable à tous les ennemis de la précieuse Révélation de Dieu, qu’ils soient rationalistes ou ritualistes !

Nous ne chercherons pas à nous excuser auprès du lecteur pour cette longue introduction au livre du Deutéronome. Nous sommes trop heureux de cette occasion d’apporter notre faible témoignage à la grande vérité de la divine inspiration des Saintes Écritures. Nous sentons que c’est notre devoir, comme aussi notre grand privilège, d’insister auprès de tous ceux qui nous liront sur l’immense importance, sur l’absolue nécessité d’une entière certitude à cet égard. Nous devons à tout prix maintenir fidèlement l’autorité divine, et par conséquent la suprématie absolue de la parole de Dieu en tous temps, en tous lieux et pour tous les besoins. Nous devons croire que l’Écriture ayant été donnée de Dieu est complète dans le sens le plus élevé et le plus large de ce mot ; qu’elle n’a pas besoin d’une autorité humaine pour l’accréditer, ni d’une voix humaine pour la vanter ; elle parle pour elle-même et se recommande elle-même. Tout ce que nous avons à faire c’est de croire et d’obéir, non de raisonner ou de discuter. Dieu a parlé ; notre devoir est d’écouter et de lui accorder une respectueuse et implicite obéissance.

C’est là le grand point fondamental du livre du Deutéronome, comme nous le verrons par la suite de notre étude ; et il n’y a jamais eu dans l’histoire de l’Église de Dieu, un moment où il fût plus urgent d’insister auprès de la conscience humaine sur la nécessité d’une obéissance implicite à la parole de Dieu. Hélas ! elle ne se fait que peu sentir. La plupart des chrétiens professants semblent croire qu’ils ont le droit de penser par eux-mêmes ; de suivre leur propre raison, leur propre jugement ou leur conscience. Ils ne croient pas que la Bible soit un livre-indicateur, divin et universel. Ils pensent que, dans beaucoup de choses, il nous est permis de choisir nous-mêmes. De là les innombrables partis, sectes, confessions et écoles théologiques. Si l’on accorde l’autorité aux opinions humaines, alors il va sans dire qu’un homme a autant de droit qu’un autre à penser ce qu’il veut ; et c’est ainsi que l’église professante est devenue un proverbe et un synonyme de division.

Quel est le souverain remède pour ce mal si largement répandu ? C’est une soumission absolue et complète à l’autorité de l’Écriture Sainte. Ce n’est pas l’homme allant à l’Écriture, afin de voir ses opinions et ses idées confirmées ; c’est l’homme allant à l’Écriture pour y trouver les pensées de Dieu sur toutes choses, et inclinant tout son être moral devant l’autorité divine. Tel est le besoin pressant de l’époque actuelle. Il y aura sans doute des divergences dans nos appréciations ou nos explications des Écritures ; mais ce sur quoi nous insistons tout particulièrement auprès de tous les chrétiens, c’est l’attitude du cœur, exprimée dans ces précieuses paroles du Psalmiste : « J’ai caché ta Parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi » (Ps. 119:11). Nous pouvons être sûrs que cela est agréable à Dieu, car il dit : « C’est à celui-ci que je regarderai : à l’affligé et à celui qui a l’esprit contrit et qui tremble à ma parole » (Ésaïe 66:2).

C’est là le secret de toute sécurité morale. Notre connaissance des Écritures peut être fort limitée, mais si notre respect pour elles est profond, nous serons préservés de mille erreurs et nous croîtrons dans la connaissance de Dieu, de Christ et de la Parole écrite. Nous puiserons avec bonheur à ces sources vives et inépuisables, et nous nous promènerons avec ravissement dans ces verts pâturages, que la grâce ouvre si généreusement au troupeau de Christ. C’est ainsi que la vie divine sera entretenue et fortifiée ; la parole de Dieu deviendra de plus en plus précieuse à nos âmes, et le puissant ministère du Saint Esprit nous en fera connaître toujours mieux la profondeur, la plénitude, la majesté et la gloire morale. Nous serons entièrement délivrés des influences desséchantes des systèmes théologiques quels qu’ils soient ! Nous pourrons dire aux promoteurs de toutes les écoles de théologie sous le soleil, que quels que soient les éléments de vérité qu’ils puissent trouver dans leurs systèmes, nous les possédons avec une perfection divine dans la parole de Dieu ; ni tordus, ni tourmentés, afin de les faire entrer dans un système, mais étant tous à leur vraie place dans le vaste cercle de la révélation divine, dont le centre éternel est la personne bénie de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

 

3                    Chapitre 1

« Ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël, en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine, vis-à-vis de Suph, entre Paran et Thophel, Laban, Hatséroth, et Di-Zahab. Il y a onze journées depuis Horeb, par le chemin de la montagne de Séhir, jusqu’à Kadès-Barnéa » (Deut. 1:1-2).

L’écrivain inspiré a soin de nous donner les renseignements les plus précis, quant à l’endroit où les paroles de ce Livre furent prononcées, aux oreilles du peuple. Israël n’avait pas encore traversé le Jourdain. Ils en étaient tout près. Toute la situation est décrite avec une minutie qui montre l’importance que Dieu mettait à tout ce qui concernait son peuple. Il veillait sur eux de jour et de nuit. Chaque étape de leur voyage était dirigée par Lui. Rien n’était trop petit pour qu’il s’en occupât ; rien n’était trop grand pour sa puissance.

S’il en était ainsi pour Israël dans le désert de jadis, il en est encore ainsi maintenant pour l’Église dans son ensemble et pour chaque membre en particulier. Les yeux d’un Père sont continuellement sur nous, ses bras éternels sont autour de nous de jour et de nuit. « Il ne retire pas ses yeux de dessus le juste » (Job 36:7). Il s’est chargé de tous nos besoins, de tous nos soucis. Il nous invite à nous décharger sur Lui de notre fardeau, qu’il soit gros ou petit, avec la douce conviction qu’il prend soin de nous.

Tout cela est merveilleux et rempli de consolation, bien propre à tranquilliser le cœur, quoi qu’il arrive. Mais le croyons-nous ? Croyons-nous réellement que le « possesseur des cieux et de la terre » (Gen. 14:19) est notre Père, et qu’il s’est chargé de pourvoir à tous nos besoins, du commencement à la fin ? Hélas ! il est à craindre que nous ne connaissions guère la puissance de ces grandes mais simples vérités. Nous en parlons, nous en faisons profession, mais avec tout cela, nous prouvons par notre vie de chaque jour, combien peu nous nous les approprions. Si nous étions bien convaincus que Dieu pourvoit à tous nos besoins, si « toutes nos sources étaient en Lui » (Ps. 87:7), pourrions-nous rechercher de pauvres sources terrestres, qui tarissent si promptement et désappointent nos cœurs ? Évidement non. Nous nous imaginons souvent que nous vivons de foi, tandis qu’en réalité nous nous reposons sur quelque appui humain, qui nous manquera tôt ou tard. N’en est-il pas ainsi, lecteur ? Ne sommes-nous pas constamment portés à abandonner la source d’eau vive, pour nous creuser des citernes crevassées qui ne peuvent contenir de l’eau ? Et cependant nous croyons vivre de foi ! Nous faisons profession de ne nous attendre qu’à Dieu seul pour suppléer à nos besoins, quels qu’ils soient, tandis qu’en réalité, nous nous arrêtons à quelque source terrestre et y cherchons quelque chose. Est-il surprenant que nous soyons désappointés ? Comment pourrait-il en être autrement ? Notre Dieu ne veut pas que nous comptions sur quelqu’un d’autre ou sur autre chose que sur Lui-même. En maint endroit de sa Parole, il nous a donné ses pensées quant au vrai caractère et au résultat certain de la confiance humaine. Prenons ce passage si solennel du prophète Jérémie : « Maudit l’homme qui se confie en l’homme, et qui fait de la chair son bras, et dont le cœur se retire de l’Éternel ! Et il sera comme un dénué dans le désert, et il ne verra pas quand le bien arrivera, mais il demeurera dans des lieux secs au désert, dans un pays de sel et inhabité ». Puis remarquez le contraste : « Béni l’homme qui se confie en l’Éternel, et de qui l’Éternel est la confiance ! Il sera comme un arbre planté près des eaux ; et il étendra ses racines vers le courant ; et il ne s’apercevra pas quand la chaleur viendra, et sa feuille sera toujours verte ; et dans l’année de la sécheresse il ne craindra pas, et il ne cessera de porter du fruit » (Jér. 17:5-8).

Nous avons ici, dans un langage divinement clair et éloquent, les deux côtés de cet important sujet. La confiance terrestre amène une malédiction certaine ; son résultat est la stérilité et la désolation. Dieu, dans sa fidélité même, fera tarir toutes les sources humaines, fera écrouler tous les appuis humains, afin que nous apprenions quelle est la folie de ceux qui se détournent de Lui. Quelles images frappantes que celles employées dans le passage cité : « les lieux secs du désert », — « une terre salée et inhabitée ». Telles sont les figures employées par le Saint Esprit pour représenter la confiance en l’homme.

D’un autre côté, quoi de plus beau, de plus rafraîchissant que les images adoptées pour représenter toutes les bénédictions de la confiance simple et entière en l’Éternel : un arbre planté près des eaux, qui étend ses racines le long d’une eau courante, — la feuille toujours verte, le fruit ne cessant jamais ! Il en est de même de l’homme qui se confie en l’Éternel et dont l’Éternel est l’espérance. Il est nourri par ces sources éternelles qui coulent du cœur de Dieu. Il boit gratuitement de la fontaine d’eau vive. Il trouve toutes ses sources dans le Dieu vivant. La chaleur peut survenir, mais il ne s’en aperçoit point. L’année de la sécheresse peut arriver, il ne s’en met point en peine. Des milliers de ruisseaux tributaires peuvent tarir, il ne s’en doute pas, parce qu’il ne dépend pas d’eux. Il habite à côté de la fontaine jaillissante. Il ne manquera jamais de rien. Il vit par la foi.

Et maintenant, puisque nous sommes sur ce sujet, tâchons de comprendre bien clairement ce que c’est que vivre de foi ; et demandons-nous si tel est notre cas. On parle souvent de la vie de foi d’une manière peu intelligente. On croit que c’est simplement se confier en Dieu pour la nourriture et le vêtement. On cite certaines personnes n’ayant ni fortune, ni revenu assuré, comme « vivant de foi », comme si la vie glorieuse et merveilleuse de la foi n’avait pas une sphère plus vaste, une portée plus haute que les choses temporelles et la satisfaction de nos besoins.

Nous ne saurions protester avec trop de force, contre cette misérable appréciation de la vie de la foi. Elle en limite la sphère, en abaisse la portée d’une manière intolérable pour quiconque en connaît quelque peu les saints et précieux mystères. Pouvons-nous admettre un instant qu’un chrétien qui se trouve avoir un revenu assuré, doive pour cela être privé du privilège de vivre de foi ? Cette vie bénie ne s’élève-t-elle pas plus haut que la confiance en Dieu pour nos besoins temporels ? Ne nous donne-t-elle pas de Dieu une idée plus élevée que celle-ci : il ne nous laissera pas mourir de faim ni privés de vêtements ?

Loin de nous une telle pensée ! La vie de la foi ne doit pas être comprise de la sorte. Ce serait la déprécier grandement et faire un tort grave à ceux qui sont appelés à vivre de cette vie. Quelle est la signification de ces quelques paroles : « Le juste vivra de foi » ? Nous les trouvons pour la première fois dans Habakuk 2:4. Elles sont citées par l’apôtre en Rom. 1:17, où il pose le solide fondement du christianisme. Il les cite encore en Gal. 3:11, où il cherche anxieusement à ramener ces églises ensorcelées au fondement solide qu’elles abandonnaient dans leur folie. Enfin ces paroles se trouvent une quatrième fois au chap. 10:38, de l’épître aux Hébreux, où l’apôtre avertit ses frères du danger de rejeter leur confiance et de renoncer à atteindre le but.

Tout cela nous montre l’immense importance et la valeur pratique de ces quelques mots : « Le juste vivra de foi ». À qui s’appliquent-ils ? À quelques serviteurs du Seigneur qui n’ont pas de revenu assuré ? Non ; ils s’adressent à chaque enfant de Dieu et sont l’heureux privilège de tous ceux à qui peut s’appliquer le titre de « juste ». C’est une funeste erreur de limiter ce privilège. C’est donner la prééminence à une portion de la vie de la foi qui devrait être à l’arrière-plan, si une classification était ici permise, car il ne doit pas y en avoir. La vie de la foi est une. La foi est le grand principe de la vie divine, du commencement à la fin. Nous sommes justifiés par la foi et nous vivons par la foi ; nous sommes debout par la foi, et nous marchons par la foi. Du début à l’issue de la course chrétienne, tout est par la foi.

C’est donc une funeste erreur que de distinguer certaines personnes, qui dépendent du Seigneur pour leurs besoins temporels, et de dire qu’elles vivent de foi, comme si elles étaient les seules à le faire. Souvent même, on les donne en exemple à l’Église de Dieu, comme quelque chose de merveilleux, et le reste des chrétiens est amené à croire que le privilège de vivre de foi est entièrement au-dessus de leur portée ; ils sont ainsi trompés quant au vrai caractère et à la sphère de la vie de foi, et leur vie morale en souffre matériellement.

Que le lecteur chrétien comprenne donc clairement que c’est son heureux privilège, quelle que soit sa position sociale, de vivre d’une vie de foi dans toute l’acception de ce mot. Il peut, selon sa mesure, prendre le langage de l’apôtre et dire : « Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2:20). Que personne ne lui ravisse ce précieux et saint privilège, qui appartient à tous les membres de la famille de la foi. Hélas ! trop souvent notre foi est faible, tandis qu’elle devrait toujours être forte, ferme et vigoureuse. Notre Dieu aime une foi ferme. Si nous étudions les évangiles, nous y verrons que rien ne réjouissait le cœur de Christ comme une foi qui Le comprenait, qui comptait largement sur Lui et qu’Il appelle « une grande foi ». Voyez, par exemple, la Syrophénicienne en Marc 7, et le centurion en Luc 7.

Il est vrai qu’il venait aussi au-devant d’une petite foi — de la foi la plus faible. Il pouvait répondre à un : « Si tu veux », par un miséricordieux : « Je veux », à un « Si tu peux », par un : « Le « Si tu peux », c’est : Crois ! toutes choses sont possibles à celui qui croit ». Le cœur du Sauveur était réjoui et son âme rafraîchie, lorsqu’il pouvait dire « Ô femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux » (Matt. 15:28).

Nous pouvons être assurés qu’il en est de même aujourd’hui que lorsque notre bien-aimé Seigneur était sur la terre. Il aime qu’on se confie en Lui, qu’on se serve de Lui, qu’on compte sur Lui en toute occasion et pour toutes choses. Nous ne saurions aller trop loin en comptant sur son amour ou sur sa force. Il n’y a rien de trop petit, rien de trop grand, pour Lui. Il a toute puissance dans le ciel et sur la terre. Il est chef sur toutes choses à l’Assemblée. Il soutient l’univers et tout ce qu’il renferme par la parole de sa puissance. Les philosophes parlent des forces et des lois de la nature. Le chrétien pense avec délices à Christ, à sa Parole, à sa toute-science, à sa toute-puissance. Toutes choses ont été créées ou subsistent par Lui.

Son amour ! Quel repos de savoir que le Tout-Puissant créateur et conservateur de l’univers est l’ami éternel de nos âmes ; qu’il nous aime parfaitement ; que ses yeux sont toujours sur nous ; qu’il s’est chargé de pourvoir à tous nos besoins physiques, intellectuels ou spirituels. Il a des provisions pour toutes nos nécessités. Il est le trésor de Dieu pour nous.

Pourquoi chercherions-nous ailleurs ? Pourquoi faisons-nous, directement ou indirectement, connaître nos besoins à nos semblables et n’irions-nous pas tout droit à Jésus ? Nous faut-il de la sympathie ? Qui peut sympathiser avec nous comme notre miséricordieux Souverain Sacrificateur, touché par nos infirmités ? Avons-nous besoin de secours ? Qui pourrait nous secourir comme notre puissant ami, le possesseur de richesses incalculables ? Nous faut-il des conseils et des directions ? Qui peut nous en donner comme Celui qui est la sagesse même de Dieu, et qui nous a été fait sagesse de sa part ? N’affligeons pas son cœur aimant, ne déshonorons pas son nom glorieux en nous détournant de Lui. Luttons avec soin contre la tendance, qui nous est si naturelle, d’attendre des secours humains. Si nous nous tenons tout près de la Source, nous n’aurons jamais à nous plaindre de voir tarir les ruisseaux. En un mot, cherchons à vivre de foi, et par là à glorifier Dieu dans notre vie.

Revenons maintenant à notre chapitre, et tout d’abord, nous attirerons l’attention du lecteur sur le verset 2. C’est certainement une parenthèse bien remarquable : « Il y a onze journées depuis Horeb, par le chemin de la montagne de Séhir, jusqu’à Kadès-Barnéa ». Onze journées ! Et cependant ce trajet leur prit quarante années ! D’où cela vint-il ? Nous n’avons pas besoin d’aller loin pour trouver la réponse. N’en est-il pas de même pour nous ? Comme nous avançons lentement ! Que de tours et de détours ! Que de fois nous devons retourner en arrière et refaire le même chemin ! Nous avançons lentement, parce que nous apprenons lentement. Nous nous étonnons de ce qu’Israël ait mis quarante années à accomplir un voyage de onze jours ; nous aurions bien plus de raisons de nous en étonner pour nous-mêmes. Comme Israël, nous sommes retardés par notre incrédulité, par notre lenteur de cœur à croire ; mais nous sommes bien moins excusables, vu que nos privilèges sont bien plus élevés que les siens.

Les paroles de l’apôtre peuvent sûrement s’appliquer à beaucoup d’entre nous : « Car lorsque vous devriez être des docteurs, vu le temps, vous avez de nouveau besoin qu’on vous enseigne quels sont les premiers rudiments des oracles de Dieu, et vous êtes devenus tels, que vous avez besoin de lait et non de nourriture solide » (Héb. 5:12). Notre Dieu est un maître fidèle et sage, aussi bien que clément et patient. Il ne nous permet pas d’apprendre superficiellement nos leçons. Quelquefois nous croyons en avoir bien appris une, et nous essayons de passer à une autre, mais notre sage instituteur sait ce qu’il en est ; il voit la nécessité d’une étude plus approfondie. Il ne veut pas que nous nous en tenions à la théorie ou à la surface. Il nous gardera, s’il le faut, des années aux éléments jusqu’à ce que nous puissions aller plus loin.

Si cela est humiliant pour nous et prouve notre lenteur à apprendre, quelle bonté du Seigneur de se donner tant de peine pour nous instruire (*).

 

(*) Le voyage d’Israël de Horeb à Kadès-Barnéa représente l’histoire de beaucoup d’âmes cherchant la paix. Plusieurs des bien-aimés du Seigneur s’en vont, année après année, doutant, craignant, ne connaissant jamais le bonheur de la liberté par laquelle Christ affranchit son peuple. Il est triste de voir dans quel déplorable état beaucoup d’âmes sont retenues par le légalisme, par un faux enseignement, etc. Il est rare, de nos jours, de trouver une âme fermement établie dans la paix de l’Évangile. On considère comme une bonne chose, comme une marque d’humilité, d’être toujours dans le doute. On traite la confiance de présomption. En un mot, tout est renversé ; l’Évangile n’est pas connu ; les âmes sont sous la loi au lieu d’être sous la grâce ; on les tient à distance au lieu de leur apprendre à s’approcher de Dieu. La religion du temps actuel est un mélange déplorable de Christ et du moi ; de la loi et de la grâce ; de la foi et des œuvres ; et les âmes sont laissées dans une complète confusion. Sûrement cet état de choses demande l’attention la plus grande de tous ceux qui occupent la place si sérieuse de docteurs et de prédicateurs dans l’église professante. Un jour solennel s’approche où ils auront tous à rendre compte de leur ministère.

 

« Et il arriva, en la quarantième année, au onzième mois, le premier jour du mois, que Moïse parla aux fils d’Israël, selon tout ce que l’Éternel lui avait commandé pour eux » (vers. 3). Ces quelques mots renferment un volume d’instructions pour tous ceux qui sont appelés à expliquer la Parole. Moïse donnait au peuple ce qu’il avait lui-même reçu de Dieu ; rien de plus, rien de moins. Il le mettait en contact immédiat avec la parole vivante de l’Éternel. C’est là, en tout temps, le grand principe du ministère. La parole de Dieu seule subsistera, car elle possède une puissance et une autorité divines.

Tous ceux donc qui enseignent dans l’Assemblée de Dieu devraient mettre un soin jaloux à prêcher la Parole dans toute sa pureté, dans toute sa simplicité ; à la donner à leurs auditeurs comme ils la reçoivent de Dieu ; à les mettre en face du vrai langage de la Sainte Écriture. Ainsi seulement leur ministère s’adressera réellement aux cœurs et aux consciences de ceux qui les écoutent. Il liera l’âme à Dieu lui-même par le moyen de sa Parole, et produira une assurance et une fermeté qu’aucun enseignement humain ne donnera jamais.

Voyez l’apôtre Paul : ce fidèle serviteur de Christ cherchait à amener les âmes de ses auditeurs en contact direct et personnel avec Dieu lui-même. Il ne cherchait pas à les attacher à Paul. « Qui donc est Apollos, et qui Paul ? des serviteurs par lesquels vous avez cru » (1 Cor. 3:5). Le but de tout faux ministère est de s’attacher les âmes. Ainsi le ministre est élevé ; Dieu est mis de côté ; et l’âme est laissée sans base divine sur laquelle se reposer.

Voyons ce que dit encore notre apôtre sur cet important sujet : « Car je vous ai communiqué avant toutes choses ce que j’ai aussi reçu », rien de plus, rien de moins, « que Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, et qu’il a été ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » (1 Cor. 15:1-4).

C’est de toute beauté et bien propre à attirer l’attention sérieuse de tous ceux qui désirent être de vrais ministres de Christ. L’apôtre avait soin de laisser le fleuve divin couler directement de sa source jaillissante, du cœur de Dieu, dans les âmes des Corinthiens. Il sentait que cela seul avait de la valeur. S’il avait cherché à se les attacher, il aurait déshonoré son Maître, leur aurait fait un grand tort, et lui-même en aurait assurément subi une perte en la journée de Christ.

Mais Paul était bien loin de chercher à se faire un parti. Notez ce qu’il dit à ses bien-aimés Thessaloniciens : « C’est pourquoi aussi nous, nous rendons sans cesse grâces à Dieu de ce que, ayant reçu de nous la parole de la prédication qui est de Dieu, vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la parole de Dieu, laquelle aussi opère en vous qui croyez » (1 Thes. 2:13).

Nous nous sentons pressés de recommander ce sujet si important à l’examen sérieux de l’Église. Si tous les soi-disant ministères de Christ suivaient l’exemple de Moïse et de Paul, nous verrions un état de choses bien différent dans l’Église professante. Mais, hélas ! il est de fait que l’Église de Christ, comme autrefois Israël, s’est complètement éloignée de l’autorité de sa Parole. Où que l’on aille, on voit pratiquer et enseigner des choses qui n’ont pas de fondement dans l’Écriture. Non seulement, on tolère, mais on sanctionne et on défend à outrance des choses qui sont en opposition directe avec l’Esprit de Christ. Si l’on demande où est l’autorité divine pour telle ou telle pratique, on nous répond que Christ ne nous a pas donné de directions pour ce qui concerne les affaires d’église, qu’il nous a laissés libres d’agir d’après nos consciences, notre jugement ou nos sentiments religieux ; qu’il est absurde d’exiger un : « ainsi a dit l’Éternel », pour tous les détails en rapport avec nos institutions religieuses ; qu’une large marge nous est laissée pour y faire entrer nos coutumes nationales et nos diverses manières de penser. On prétend que les chrétiens de profession sont libres de se former en soi-disant églises, de choisir la forme particulière de gouvernement de celles-ci, de faire leurs propres arrangements et de nommer leurs propres officiants.

En est-il ainsi ? se demandera le lecteur chrétien. Se peut-il que le Seigneur ait laissé son Église sans directions sur des points aussi importants ? Se peut-il que l’Église de Dieu soit plus mal partagée à cet égard que le peuple d’Israël ? Dans nos études des livres de l’Exode, du Lévitique et des Nombres, nous avons vu quels soins admirables l’Éternel prenait pour instruire son peuple des plus minutieux détails en rapport avec leur culte public et leur vie privée. Tout ce qui concernait le tabernacle, le temple, la sacrificature, les ordonnances, les fêtes et les sacrifices, les solennités périodiques, les années, les mois, les jours, les heures même, tout était prescrit et arrangé avec une précision divine. Rien n’était laissé au jugement de l’homme, à sa sagesse, à sa raison ; sa conscience n’avait absolument rien à voir dans tout cela. S’il en eût été autrement, nous n’aurions jamais eu cet admirable et profond système typique, que la plume inspirée de Moïse nous a présenté. Si Israël avait eu la liberté d’agir comme on voudrait nous faire croire que l’Église en a la liberté, quelle confusion, combien de querelles, de divisions, de partis en auraient été l’inévitable résultat !

Il n’en était point ainsi. La parole de Dieu elle-même décidait de tout. « Selon tout ce que l’Éternel avait commandé à Moïse ». Cette phrase si significative précédait tout ce qui était prescrit et tout ce qui était défendu à Israël. Leurs institutions nationales, leurs habitudes domestiques, leur vie publique et privée, tout dépendait de ce commandement : « Ainsi a dit l’Éternel ». Il n’y avait pas lieu à ce qu’un membre de la congrégation pût dire : « Je ne puis voir ceci » ; ou « je ne puis comprendre ou approuver cela ». Un tel langage aurait été considéré comme un fruit de la volonté propre. Tout aussi bien aurait-il pu dire : « Je ne puis être d’accord avec l’Éternel ». Dieu lui-même avait donné pour toutes choses des directions si claires et si simples, qu’il n’y avait plus de place pour des discussions humaines. Dans toute l’économie mosaïque, il n’y avait pas la largeur d’un cheveu où l’homme pût faire entrer son opinion ou son jugement. L’homme ne pouvait rien ajouter à ce vaste système d’ombres et de types divins, exposés dans un langage si simple et si compréhensible, que tout ce qu’Israël avait à faire c’était d’obéir — non pas raisonner, discuter, argumenter, mais obéir.

Hélas ! ils faillirent, nous le savons. Ils firent leur propre volonté ; ils suivirent leur propre chemin, ils firent « chacun ce qui était bon à ses yeux » (Juges 21:25). Ils s’écartèrent de la parole de Dieu, pour suivre l’imagination et les conseils de leurs méchants cœurs ; ils s’attirèrent ainsi la colère et l’indignation dont ils souffrent encore aujourd’hui.

Mais tout cela n’a rien à faire avec le point qui nous occupe maintenant. Israël avait les oracles de Dieu, et ces oracles étaient divinement suffisants pour le guider en toutes choses. Il n’y avait aucune place laissée pour les commandements et les doctrines des hommes. La parole de l’Éternel prévoyait chaque circonstance, répondait à toutes les exigences, et cette parole était si claire qu’un commentaire humain était inutile.

L’Église de Dieu est-elle plus mal partagée que l’Israël de jadis, sous le rapport de la direction et de l’autorité ? Les chrétiens sont-ils chargés de choisir et d’organiser eux-mêmes ce qui concerne le culte et le service de Dieu ? Y a-t-il là matière à discussions humaines ? La parole de Dieu est-elle suffisante ou ne l’est-elle pas ? A-t-elle laissé quelque chose sans y pourvoir ? Écoutons le témoignage suivant : « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 3:16, 17).

Voilà qui est concluant. L’Écriture Sainte renferme tout ce qu’il faut à l’homme de Dieu pour le rendre accompli, et propre à tout ce qui peut être appelé une « bonne œuvre ». Or, si cela est vrai quant à l’homme de Dieu individuellement, cela est vrai aussi quant à l’Église de Dieu collectivement. L’Écriture est pleinement suffisante pour l’un et pour l’autre, elle l’est pour tous. Dieu soit béni de ce qu’il en est ainsi ! Quelle grâce immense d’avoir un guide écrit ! Sans cela que ferions-nous ? Que deviendrions-nous ? De quel côté nous tournerions-nous ? Si nous étions laissés à la merci des traditions et des arrangements humains pour les choses de Dieu, quelle confusion désespérante ! Quel conflit d’opinions !

On nous dira peut-être que bien que nous soyons en possession des Saintes Écritures, nous avons néanmoins des sectes, des partis, des confessions, des écoles théologiques innombrables. D’où cela vient-il ? Simplement de ce que nous refusons de nous soumettre moralement à l’autorité de l’Écriture Sainte. C’est le secret du mal, la vraie cause de toutes les sectes et de tous les partis, qui sont la honte et l’opprobre de l’Église de Dieu.

C’est en vain que l’on prendra la défense de cet état de choses, en disant qu’il est le résultat naturel du libre examen et du jugement personnel dont se vante et se glorifie la chrétienté protestante. Nous ne saurions croire un instant qu’une raison semblable subsistera devant le tribunal du Christ. Nous croyons au contraire que cette liberté de pensée, que cette indépendance de jugement si vantées, sont en opposition directe avec l’esprit d’obéissance implicite et respectueuse qui est due à notre adorable Seigneur et Maître. De quel droit un serviteur exercerait-il son jugement personnel, lorsque son maître lui a clairement exprimé sa volonté ? Son devoir est simplement d’obéir, non de raisonner ou de questionner. Il manque à ce devoir en exerçant son jugement particulier.

On convient de tout cela lorsqu’il s’agit des choses terrestres, mais dans les choses de Dieu, les hommes se croient libres de juger par eux-mêmes. C’est une fatale erreur. Dieu nous a donné sa Parole, et cette Parole est si claire que nul ne saurait s’y tromper. Si donc nous nous laissions tous guider par elle, si nous nous inclinions tous, dans un esprit d’implicite obéissance, devant sa divine autorité, il ne saurait y avoir ni opinions contradictoires, ni sectes diverses. Il est impossible que l’Écriture Sainte puisse enseigner des doctrines contradictoires. Elle ne saurait prêcher à l’un l’anglicanisme, à l’autre le presbytérianisme, à un troisième le méthodisme. Elle ne saurait absolument pas donner des bases opposées à diverses écoles de la pensée. Ce serait faire insulte au volume divin, que de lui attribuer toutes les tristes divisions de l’église professante ; une pensée aussi impie fera frissonner une âme pieuse. L’Écriture ne peut se contredire ; par conséquent si deux hommes ou si dix milliers d’hommes sont enseignés exclusivement par l’Écriture, ils penseront tous de même.

Voyez ce que l’apôtre dit à l’église de Corinthe et à nous aussi : « Or je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ », — remarquez la force de cet appel, — « à parler tous un même langage, et à ce qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais que vous soyez parfaitement unis, dans un même sentiment et dans un même avis » (1 Cor. 1:10).

Que fallait-il faire pour obtenir ce résultat béni ? Fallait-il que chacun se permît de juger par soi-même ? Hélas ! ce fut précisément cela qui donna naissance à toutes les divisions, à toutes les disputes de l’assemblée de Corinthe, et lui attira la sévère remontrance du Saint Esprit. Ces pauvres Corinthiens croyaient qu’ils avaient le droit de penser, de juger, de choisir par eux-mêmes, et quel en fut le résultat ? « Car, mes frères, il m’a été dit de vous, par ceux qui sont de chez Chloé, qu’il y a des dissensions parmi vous. Or voici ce que je dis, c’est que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ; et moi, d’Apollos ; et moi, de Céphas ; et moi, de Christ. Le Christ est-il divisé ? » (1 Cor. 1:11: 12).

Nous avons ici le jugement particulier et ses tristes et immanquables fruits. Un homme a tout autant de droit qu’un autre à juger par lui-même, et aucun n’a le droit d’imposer ses opinions à ses semblables. Que faut-il donc faire ? Jeter aux quatre vents nos pensées particulières, et nous soumettre avec révérence à l’autorité suprême et absolue de l’Écriture. Sinon, comment l’apôtre pouvait-il supplier les Corinthiens de « parler tous le même langage et d’être parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis ? » Qui est-ce qui devait prescrire le « langage » qu’ils devaient tous « parler » ? Dans le « sentiment » ou dans « l’avis » de qui, devaient-ils « être parfaitement unis » ? Est-ce que tel membre de l’Assemblée, quelque doué qu’il pût être, avait le moindre droit de prescrire ce que ses frères devaient dire, penser ou croire ? Certainement non. Il n’y avait qu’une autorité absolue, parce qu’elle était divine, à laquelle tous étaient tenus, ou plutôt avaient le privilège de se soumettre. Les opinions humaines, la conscience, la raison, le jugement, sont sans aucune valeur en matière d’autorité. La parole de Dieu est la seule autorité, et si nous sommes tous gouvernés par elle, nous « parlerons tous le même langage », et il n’y aura pas de divisions parmi nous, car « nous serons parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis ».

Condition admirable mais qui, hélas ! n’est pas actuellement celle de l’Église de Dieu ; c’est pourquoi il est parfaitement évident que nous ne sommes pas tous gouvernés par une seule et même autorité suprême, absolue et suffisante, — la voix de l’Écriture Sainte — cette voix bénie qui n’a jamais de note discordante, qui a toujours une harmonie divine pour l’oreille sanctifiée.

Voilà la racine de tout le mal. L’Église s’est éloignée de l’autorité de Christ, telle qu’elle est démontrée dans sa Parole. Tant que cela n’est pas reconnu, il est inutile de discuter les droits des divers systèmes ecclésiastiques ou théologiques. Si un homme ne reconnaît pas que c’est son devoir sacré d’éprouver tout système, quel qu’il soit, au creuset de la parole de Dieu, c’est en vain qu’on discutera avec lui. Si nous n’avons pas une autorité divine, un guide infaillible, comment est-il possible à qui que ce soit d’être certain qu’il marche dans le bon chemin ? S’il est vrai que nous avons la liberté de choisir nous-mêmes parmi les innombrables chemins qui nous entourent, alors, adieu à toute certitude, à la paix de l’âme, au repos du cœur, à toute sainte stabilité. Si nous ne pouvons pas dire de la place que nous occupons, du chemin que nous suivons, et du travail dans lequel nous sommes engagés : « C’est là ce que le Seigneur a commandé », nous pouvons être sûrs que nous sommes dans une fausse position, et plus tôt nous la quitterons mieux ce sera.

Grâce à Dieu, son enfant ou son serviteur n’est pas obligé de demeurer un instant en contact avec ce qui est mal. « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (2 Tim. 2:19). Mais comment saurons-nous ce qui est iniquité ? Par la parole de Dieu. Tout ce qui est contraire à l’Écriture dans la doctrine ou dans la morale est iniquité, et je dois m’en retirer, coûte que coûte. C’est une question individuelle : « Quiconque ». « Celui qui a des oreilles » (Matt. 11:15). « Celui qui vaincra ». « Si quelqu’un entend ma voix » (Apoc. 3:20, 21).

Voilà le grand point : c’est la voix de Christ, non celle de cet excellent homme-ci ou de cet excellent homme-là ; ce n’est pas la voix de l’Église, celle des pères ou celle des conciles, mais la voix de notre bien-aimé Seigneur et Maître. C’est la conscience individuelle mise en contact direct avec la voix de Christ, la parole de Dieu vivante et éternelle, l’Écriture Sainte. Pour être au clair et à l’abri de toute incertitude, il nous fallait une autorité suprême et inattaquable, un fanal immuable, et, grâce à Dieu, nous l’avons. Dieu a parlé, il nous a donné sa Parole, et c’est, à la fois, notre devoir, notre privilège, notre sécurité morale et notre bonheur que de lui obéir.

Il est de toute importance que rien ne vienne se placer entre la conscience et la révélation divine. On parle de l’autorité de la voix de l’Église ; de quelle Église ? Est-ce l’église grecque, latine, protestante, presbytérienne ? Toutes diffèrent entre elles, et il y a même des partis, des sectes, des dissensions dans chacune d’elles. Les conciles ont différé ; les pères se sont disputés ; les papes se sont excommuniés l’un l’autre. Dans l’église anglicane, nous avons la haute église, la basse et la large, chacune différant des autres. Dans l’église d’Écosse ou presbytérienne, il y a aussi trois grandes divisions. Et si, dans sa perplexité, une pauvre âme angoissée se détourne de ces grands systèmes, pour chercher la lumière parmi les dissidents, s’en trouvera-t-elle mieux ?

Cher lecteur, le cas est sans espoir. L’église professante tout entière s’est révoltée contre l’autorité de Christ, et ne saurait être un guide ou une autorité pour personne. Dans les chap. 2 et 3 de l’Apocalypse, nous voyons l’Église sous le jugement, et l’appel sept fois répété est : « Que celui qui a des oreilles écoute ». Écoute quoi ? La voix de l’Église ? Impossible ! Le Seigneur ne saurait nous dire d’écouter la voix de ce qui est soi-même sous le jugement. Qui doit-on donc écouter ? « Qu’il écoute ce que l’Esprit dit aux assemblées ».

Mais où cette voix se fait-elle entendre ? Seulement dans les Saintes Écritures données de Dieu, dans sa grâce infinie, pour guider nos âmes dans le chemin de la paix et de la vérité, malgré la ruine totale de l’Église et les ténèbres et la confusion dans la chrétienté baptisée. Le langage humain ne saurait trouver de termes pour exprimer le bonheur de posséder une autorité et un guide divin et infaillible pour notre route ici-bas. Mais rappelons-nous, que nous sommes responsables de la manière dont nous suivons ce guide et nous soumettons à cette autorité. Il est vain et même dangereux moralement de faire profession d’avoir un guide et une autorité divine, si nous ne nous y soumettons pas entièrement. C’est là ce qui caractérisait les Juifs, aux jours de notre Seigneur. Ils avaient les Écritures, mais ils ne leur obéissaient pas. Et l’un des plus tristes caractères de la chrétienté de notre temps, c’est qu’elle se vante de posséder la Bible, tout en mettant hardiment de côté son autorité.

Nous sentons profondément le sérieux de tout ceci, et nous le mettons sur la conscience du lecteur chrétien. La parole de Dieu est virtuellement mise de côté parmi nous. De toutes parts, on pratique et on sanctionne des choses qui, non seulement ne sont pas fondées sur l’Écriture, mais qui lui sont diamétralement opposées.

Nous sommes persuadés que ce qui caractérisera tous ceux qui veulent marcher fidèlement dans ces dernières heures de l’histoire terrestre de l’Église, c’est un profond respect pour la parole de Dieu, et un attachement sincère à la personne de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Ces deux choses sont liées ensemble par un anneau sacré et indestructible.

« L’Éternel, notre Dieu, nous parla en Horeb, disant : Vous avez assez demeuré dans cette montagne. Tournez-vous, et partez, et allez à la montagne des Amoréens et dans tous les lieux voisins, dans la plaine, dans la montagne, et dans le pays plat, et dans le midi, et sur le rivage de la mer, au pays des Cananéens et au Liban, jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate » (vers. 6, 7).

Nous verrons, en parcourant ce Livre, que l’Éternel s’y adresse à son peuple, d’une manière beaucoup plus directe et plus simple, que dans les trois livres précédents. Nous savons, par le livre des Nombres, que les mouvements du camp étaient dirigés par la nuée, et annoncés par le son de la trompette. Mais, dans ce cinquième livre, il n’est fait allusion ni à l’un ni à l’autre ; c’est beaucoup plus simple et familier : « L’Éternel, notre Dieu, nous parla en Horeb, disant : Vous avez assez demeuré dans cette montagne ».

C’est de toute beauté, et cela nous rappelle l’admirable simplicité des temps des patriarches, lorsque l’Éternel leur parlait comme un homme parle à son ami.

Mais dans l’Exode, le Lévitique et les Nombres, nous avons quelque chose de tout à fait différent. Nous y voyons se déployer un vaste système de types et d’images, de rites, d’ordonnances et de cérémonies, qui étaient imposés au peuple pour un temps, et dont la signification nous est donnée dans l’épître aux Hébreux (Héb. 9:8-10).

Sous ce système, les enfants d’Israël étaient tenus à distance de Dieu. Il n’en était pas pour eux comme du temps de leurs pères, dans le livre de la Genèse. Dieu était comme voilé. Les traits principaux des cérémonies lévitiques étaient, quant à ce qui concernait le peuple, servitude, obscurité, éloignement. Mais, d’un autre côté, leurs types et leurs images représentaient le grand sacrifice, qui est le fondement de tous les conseils merveilleux de Dieu, et par le moyen duquel il peut, en toute justice et d’accord avec l’amour de son cœur, s’acquérir un peuple qui lui est cher, à la louange de la gloire de sa grâce.

Nous l’avons déjà dit, nous trouverons comparativement, peu de rites et de cérémonies dans le livre du Deutéronome. L’Éternel communique plus directement avec le peuple ; les sacrificateurs même se présentent rarement à nous, et quand il est fait allusion à eux, c’est au point de vue moral plutôt que cérémoniel. Nous en aurons la preuve en avançant dans notre étude.

« L’Éternel, notre Dieu, nous parla en Horeb, disant : Vous avez assez demeuré dans cette montagne. Tournez-vous et partez, et allez à la montagne des Amoréens ». Quel privilège d’avoir l’Éternel si près d’eux, s’intéressant à tous leurs mouvements et à tout ce qui les concernait ! Il savait combien de temps ils devaient rester dans un endroit, et de quel côté se diriger ensuite.

Que leur restait-il donc à faire ? Quel était leur devoir pur et simple ? Obéir. Là se trouvait le secret de leur paix, de leur bonheur, de leur sécurité morale. Ils n’avaient pas à s’inquiéter de leurs mouvements ; tout leur voyage était arrangé pour eux par Celui qui connaissait chaque pas du chemin depuis Horeb à Kadès-Barnéa ; ils n’avaient qu’à vivre au jour le jour, dans une heureuse dépendance de Lui.

Position bénie et privilégiée ! Mais elle demandait une volonté brisée. Si, lorsque l’Éternel avait dit : « Vous avez assez demeuré en cette montagne », ils avaient, au contraire, décidé d’y rester un peu plus longtemps, ils y seraient restés sans Lui ; sa compagnie, ses conseils et son secours ne leur étaient assurés que sur le chemin de l’obéissance.

Il en est de même de nous. Nous avons le précieux privilège de pouvoir remettre tout ce qui nous concerne entre les mains, non seulement du Dieu de l’alliance, mais d’un Père qui nous aime. Sa bonne Parole nous dit : « Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ». C’est alors que « la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4:6, 7).

Mais on demandera peut-être : « Comment Dieu dirige-t-il son peuple maintenant ? Nous ne pouvons espérer d’entendre sa voix, nous disant ce que nous avons à faire ».

Nous pouvons être guidés de deux manières : par la Parole et par le Saint Esprit ; et nous devons nous rappeler que ces deux choses seront toujours d’accord. Une personne peut se croire amenée par le Saint Esprit à suivre une certaine ligne de conduite, dont les conséquences sont en opposition avec la parole de Dieu. Son erreur sera mise en évidence. Il est très dangereux de se fier à ses impressions ou d’agir par impulsion ; les conséquences les plus fatales peuvent en résulter. Mais nous pouvons nous fier à l’Écriture sans aucune hésitation, et nous verrons toujours que l’homme conduit par le Saint Esprit n’agira jamais en contradiction avec la parole de Dieu. C’est ce que nous pouvons appeler un axiome de la vie divine ; une règle immuable du christianisme pratique. Que n’y a-t-on prêté plus d’attention dans toutes les périodes de l’histoire de l’Église !

Un autre côté de cette question demande encore notre sérieuse considération. On entend souvent parler « de la divine Providence », comme d’un guide auquel on peut se fier. Il se peut que ce ne soit là qu’une manière d’exprimer l’idée d’être guidé par les circonstances, ce qui est loin d’être une direction convenable pour un chrétien. Sans doute, le Seigneur nous fait connaître quelquefois sa volonté, et nous montre notre chemin d’une manière que nous appelons providentielle ; mais nous devons vivre bien près de Lui pour pouvoir discerner convenablement ce fait ; sans cela, il se peut que ce que nous appelons « circonstances providentielles », ne soient que des pierres d’achoppement sur le sentier de l’obéissance. Les circonstances extérieures doivent être pesées en la présence de Dieu et jugées à la lumière de sa Parole, sans quoi elles peuvent nous conduire aux plus graves erreurs. Bref, la parole de Dieu est la pierre de touche parfaite pour toutes choses ; les circonstances extérieures, les impressions intimes et les sentiments, — tout doit être placé dans la lumière de l’Écriture Sainte, et jugé là calmement et sérieusement. C’est le vrai chemin de la paix, de la sûreté et de la bénédiction pour tout enfant de Dieu.

On peut répondre à tout ceci, que nous ne saurions nous attendre à trouver un passage de la Bible pour nous guider dans les mille détails de notre vie journalière. En effet ; mais il y a dans l’Écriture certains grands principes qui, appliqués à propos, seront une direction divine, même dans les cas où nous ne pourrions trouver un texte formel. En outre, nous avons l’assurance certaine, que notre Dieu peut guider ses enfants en toutes choses, et qu’il le fait. « Par l’Éternel les pas de l’homme sont affermis » (Ps. 37:23). « Il fera marcher dans le droit chemin les débonnaires, et il enseignera sa voie aux débonnaires » (Ps. 25:9). « Je te conseillerai ayant mon œil sur toi » (Ps. 32:8). Il peut nous montrer sa volonté à l’égard de telle ou de telle chose ; sans cela où en serions-nous ? Dans quelque cas que ce soit, il peut nous donner, d’une manière parfaite, la certitude que nous faisons sa volonté ; et, sans cette certitude, nous ne devrions jamais faire un pas. Si nous sommes indécis, restons tranquilles et attendons.

Souvent il arrive que nous nous tourmentons pour des choses que Dieu ne nous demande pas du tout. Quelqu’un disait un jour à un ami : « Je ne sais de quel côté me tourner ». « Eh bien ! ne vous tournez d’aucun côté », fut la sage réponse.

Mais ici se place un point moral de toute importance : c’est notre état d’âme, qui joue ici un grand rôle. Ce sont « les débonnaires qu’il fera marcher dans la justice et auxquels il enseignera sa voie ». Si nous sommes humbles et méfiants de nous-mêmes, si nous comptons sur Dieu en simplicité de cœur, il nous dirigera sûrement. Mais c’est un fatal manque de droiture que de demander conseil à Dieu, lorsque nous avons un parti pris et que notre volonté est en jeu.

Prenez l’exemple de Josaphat, dans 1 Rois 22: « Et il arriva, en la troisième année, que Josaphat, roi de Juda, descendit vers le roi d’Israël », — faute grave, pour commencer, — « Et le roi d’Israël dit à ses serviteurs : savez-vous que Ramoth de Galaad est à nous ? Et nous nous taisons sans la reprendre de la main du roi de Syrie ! Et il dit à Josaphat : Viendras-tu avec moi à la guerre à Ramoth de Galaad ? Et Josaphat dit au roi d’Israël : Moi, je suis comme toi, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme tes chevaux » et, comme nous le lisons en 2 Chroniques 18:3: « je serai avec toi dans la guerre ».

Nous voyons ici que son parti était pris avant qu’il ne pensât à consulter Dieu dans cette affaire. Il était dans une fausse position. Il était tombé dans le piège de l’ennemi, faute de posséder un œil simple ; il n’était donc pas en état de recevoir la direction divine. Il était décidé à faire sa propre volonté, et le Seigneur lui en laisse recueillir les fruits. Sans la miséricorde infinie de Dieu, il serait tombé sous les coups des Syriens, et on l’aurait emporté mort du champ de bataille.

Il est vrai qu’il avait dit au roi d’Israël : « Enquiers-toi aujourd’hui, je te prie, de la parole de l’Éternel ». Mais à quoi cela servait-il après qu’il s’était engagé à faire cette guerre ? S’il eût été dans un bon état d’âme, il n’aurait jamais demandé conseil pour un cas pareil. Son état d’âme étant mauvais, sa position était fausse, et ses intentions en opposition directe avec les pensées et la volonté de Dieu. Par conséquent, quoiqu’il entendît le messager de l’Éternel prononcer un jugement solennel sur toute cette expédition, il n’en suivit pas moins son propre chemin et fut bien près d’y perdre la vie.

Nous voyons la même chose au chap. 42 de Jérémie. Les Israélites s’adressent au prophète pour savoir s’ils doivent descendre en Égypte. Mais ils étaient déjà tout décidés. Ils voulaient faire leur propre volonté. S’ils avaient été humbles, ils n’auraient pas eu besoin de demander conseil à cet égard. « Et ils dirent à Jérémie : L’Éternel soit entre nous un témoin véritable et fidèle, si nous ne faisons selon toute la parole pour laquelle l’Éternel, ton Dieu, t’enverra vers nous ! Soit bien, soit mal, nous écouterons la voix de l’Éternel, notre Dieu, vers qui nous t’envoyons, afin qu’il nous arrive du bien, quand nous écouterons la voix de l’Éternel, notre Dieu ».

Tout cela paraît très bon et rempli de promesses. Mais remarquez la suite. Lorsqu’ils virent que le jugement et le conseil de Dieu ne s’accordaient pas avec leur volonté, « tous ces hommes orgueilleux parlèrent à Jérémie, disant : C’est un mensonge que tu dis ; l’Éternel, notre Dieu, ne t’a pas envoyé pour nous dire : N’allez point en Égypte pour y séjourner » (chap. 43:2).

L’orgueil et la volonté propre étaient à l’œuvre. Tous ces vœux et toutes ces promesses étaient illusoires : « Vous vous êtes séduits vous-mêmes dans vos âmes, dit Jérémie, quand vous m’avez envoyé vers l’Éternel, votre Dieu, disant : Prie l’Éternel, notre Dieu, pour nous, et selon tout ce que l’Éternel, notre Dieu, dira, ainsi déclare-nous, et nous le ferons ». Tout aurait bien été, si la réponse divine se fût accordée avec leur volonté dans cette affaire, mais comme elle lui était en opposition, ils la repoussent entièrement.

Combien souvent n’en est-il pas ainsi ? La parole de Dieu ne convient pas à l’homme ; elle le juge ; elle est en directe opposition à sa volonté ; elle dérange ses plans ; c’est pourquoi il la rejette. La volonté et la raison humaines sont toujours en antagonisme avec la Parole. Le chrétien doit donc mettre de côté l’une et l’autre, s’il désire réellement être conduit par Dieu. Une volonté non brisée et l’aveugle raison, ne nous mèneront que dans les ténèbres, la misère et la désolation. Jonas voulut aller à Tarsis, quand il aurait dû aller à Ninive, et la conséquence fut qu’il se trouva « dans le sein du sépulcre », avec « les algues enveloppant sa tête » (Jonas 2:6). Ainsi aussi Josaphat voulut monter à Ramoth de Galaad, quand il aurait dû être à Jérusalem ; la conséquence fut qu’il se trouva environné par les épées des Syriens. Le reste du peuple, aux jours de Jérémie, voulut descendre en Égypte, au lieu de rester à Jérusalem ; la conséquence fut qu’ils moururent par l’épée, par la famine et la peste, dans ce pays d’Égypte, « où ils désiraient aller pour y séjourner ».

Il en sera toujours ainsi. Le chemin de la propre volonté est un chemin de ténèbres et de misère. Le chemin de l’obéissance est un sentier de lumière et de bénédiction, un sentier sur lequel les rayons de la faveur divine brillent toujours avec éclat. Ce chemin peut paraître étroit, rude et solitaire, à l’œil humain ; mais, pour l’âme obéissante, c’est un sentier de vie, de paix et de sécurité morale. « Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi » (Prov. 4:18). Sentier précieux ! Puissions-nous tous être trouvés y marchant d’un pas résolu !

Avant de quitter ce sujet si pratique de l’obéissance et de la direction divine, nous prierons nos lecteurs de s’arrêter avec nous quelques instants sur un beau passage du chapitre 11 de Luc ; ils le trouveront rempli d’instructions précieuses.

« La lampe du corps, c’est ton œil ; lorsque ton œil est simple, ton corps tout entier aussi est plein de lumière ; mais lorsqu’il est méchant, ton corps aussi est ténébreux. Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres. Si donc ton corps tout entier est plein de lumière, n’ayant aucune partie ténébreuse, il sera tout plein de lumière, comme quand la lampe t’éclaire de son éclat » (vers. 34-36).

Rien ne peut égaler la beauté et la force morales de ce passage. Tout d’abord, nous avons « l’œil simple ». Il est essentiel pour la jouissance de la direction divine. Il indique une volonté brisée, un cœur honnêtement résolu à faire la volonté de Dieu, sans prétextes personnels ou autres, et quelle que puisse être cette volonté.

Quand l’âme est dans cette situation, la lumière divine y resplendit et le corps en est rempli. D’où il suit que, si le corps n’est pas plein de lumière, c’est que l’œil n’est pas simple ; la volonté propre, des motifs divers, des intérêts personnels sont en jeu ; nous ne sommes pas droits devant Dieu. Dans ce cas, la lumière que nous faisons profession d’avoir est ténèbres ; et il n’y a pas de ténèbres plus profondes et plus terribles, que ces ténèbres judiciaires, qui s’étendent sur un cœur gouverné par la propre volonté, tout en professant d’avoir la lumière de Dieu. Cela se verra avec toute son horreur dans la chrétienté, lorsque « sera révélé l’inique, que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue » (2 Thes. 2:8).

Combien cela est terrible ! et avec quelle solennité cela s’adresse à l’église professante tout entière ; à vous et à moi aussi, cher lecteur ! La lumière non utilisée devient ténèbres. « Si la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres » (Matt. 6:23). D’autre part, une faible lumière, sincèrement suivie, augmentera sûrement, car « à celui qui a, il sera donné davantage ».

Ce progrès moral est admirablement exposé au verset 36 de Luc 11: « Si donc ton corps tout entier est plein de lumière, n’ayant aucune partie ténébreuse », — pas de coin fermé aux rayons célestes, — pas de réserve déloyale, — tout ton être moral sera exposé à l’action de la lumière divine. De plus, l’âme obéissante a non seulement une lumière pour son propre sentier, mais cette lumière brille au dehors, de sorte que d’autres la voient, comme l’éclat brillant d’une lampe. « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, en sorte qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matt. 5:16).

Le sentier du juste est celui de la sagesse céleste, de la paix parfaite. N’oublions jamais que c’est notre grand privilège d’être dirigés par Dieu dans les plus petits détails de notre vie de chaque jour. Celui qui n’est pas ainsi guidé bronchera souvent ; il fera plus d’une chute, plus d’une triste expérience. Quel privilège béni que de marcher, jour après jour, dans le sentier tracé pour nous par notre Père ; sentier que l’œil de l’aigle n’a point vu, que le lionceau n’a point foulé ; sentier d’une sainte obéissance, dans lequel les humbles et les petits se trouveront toujours, à la louange et à la gloire de Celui qui le leur a ouvert.

Dans la suite de notre chapitre, Moïse répète au peuple, dans un langage d’une touchante simplicité, les faits relatifs à la nomination des juges et à la mission des espions. Ici, Moïse attribue l’établissement des juges à sa propre suggestion. La mission des espions fut proposée par le peuple. Ce cher serviteur de Dieu trouvait le poids de la congrégation trop lourd pour lui ; il était lourd en effet, bien que nous sachions que la grâce de Dieu était amplement suffisante pour tous les besoins, et de plus, que cette grâce pouvait agir tout aussi bien avec un seul homme qu’avec soixante et dix.

Nous pouvons néanmoins comprendre la crainte qu’éprouvait « l’homme le plus doux de la terre », relativement à la responsabilité d’une charge aussi importante ; le langage qu’il emploie pour exprimer cette crainte est touchant au plus haut degré : « Et je vous parlai, en ce temps-là, disant : Je ne puis, moi seul, vous porter ». Non, assurément, nul homme ne l’aurait pu ; mais Dieu était là pour répondre aux besoins de tous les moments. « L’Éternel, votre Dieu, vous a multipliés, et vous voici aujourd’hui, en multitude, comme les étoiles des cieux. Que l’Éternel, le Dieu de vos pères, ajoute à votre nombre mille fois ce que vous êtes, et vous bénisse, comme il vous l’a dit ! » (vers. 10-12). Belle parenthèse ! Souhaits d’un cœur généreux ! — « Comment porterais-je, moi seul, votre charge, et votre fardeau, et vos contestations ? »

Le secret de beaucoup de leurs « charges et de leurs fardeaux » c’est qu’ils n’étaient pas d’accord entre eux ; il y avait des différends, des controverses et des procès ; et qui aurait pu porter un tel poids ? N’en aurait-il pas dû être autrement ? S’ils eussent marché d’accord, il n’y aurait pas eu de procès à juger, et par conséquent nul besoin de juges pour les juger. Si chaque membre de la congrégation eût cherché l’intérêt, l’avantage, le bonheur de ses frères, il n’y aurait pas eu de querelles.

Il n’en était point ainsi d’Israël dans le désert et, ce qui est bien plus humiliant, il n’en est pas ainsi de l’Église de Dieu, quoique nos privilèges soient bien plus grands.

À peine l’assemblée eut-elle été formée, par la présence du Saint Esprit, que des accents de murmure et de mécontentement s’y firent entendre. Et pourquoi ? À propos d’une « négligence » réelle ou imaginaire (Actes 6). Quoi qu’il en soit, le moi était à l’œuvre. Si la négligence était imaginaire, les Grecs étaient blâmables ; si elle était réelle, alors les Hébreux étaient blâmables. Il arrive ordinairement en pareils cas, qu’il se trouve des fautes des deux côtés ; mais le seul moyen d’éviter les disputes, les dissensions et les murmures, c’est de fouler aux pieds le moi et de rechercher sincèrement le bien des autres. Si cela eût été compris et pratiqué dès le commencement, combien la tâche de l’historien sacré eût été différente ! Mais, hélas ! l’histoire de l’église professante n’est, dès son début, qu’un récit déplorable et humiliant de divisions et de divergences. En présence du Seigneur lui-même, dont la vie tout entière était une vie d’abnégation complète, les disciples se disputent, pour savoir lequel d’entre eux sera le plus grand. Quiconque connaît la vraie grandeur morale, qui consiste à dépouiller le moi, ne recherchera pas la meilleure place. Être près de Christ, satisfait tellement un cœur humble, qu’il ne fait aucun cas des honneurs ou des distinctions. Mais quand le moi domine, on voit paraître l’envie et la jalousie, les dissensions, les querelles, et tout ce qui est mauvais.

Voyez la scène entre les deux fils de Zébédée et leurs dix frères, au chapitre 10 de Marc.

Le moi en était la cause. Les deux premiers pensaient à se procurer une bonne place dans le royaume, et les dix autres en « conçurent de l’indignation contre eux ». Si chacun avait mis de côté le moi et recherché le bien des autres, cette scène n’aurait jamais eu lieu.

Il est superflu de multiplier les exemples. Chaque siècle de l’histoire de l’Église prouve la vérité de notre assertion : que l’égoïsme et ses viles menées sont les causes qui produisent la division, depuis les temps des apôtres jusqu’à nos jours. En revanche, on verra que l’oubli de soi et de ses intérêts est le secret de la paix, de la concorde et de l’amour fraternel. Si nous apprenons à mettre le moi de côté, pour rechercher sincèrement la gloire de Christ et le bien de son peuple bien-aimé, alors nous n’aurons guère de « procès » à juger.

Mais revenons à notre chapitre.

« Donnez-vous des hommes sages, et intelligents, et connus, selon vos tribus, et je les établirai chefs sur vous. Et vous me répondîtes et dîtes : La chose que tu as dit de faire est bonne. Et je pris les chefs de vos tribus, des hommes sages et connus », — des hommes préparés par Dieu, et possédant, parce qu’ils la méritaient, la confiance de la congrégation, — « et je les établis chefs sur vous, chefs de milliers, et chefs de centaines, et chefs de cinquantaines, et chefs de dizaines, et officiers sur vos tribus » (vers. 13-15).

Admirable arrangement ! Puisqu’il y avait lieu de le faire, rien n’était mieux adapté au maintien de l’ordre, que ces degrés d’autorité allant du gouverneur de dizaines au gouverneur de milliers, — le législateur étant à la tête de tous, et lui-même en communication directe avec le Dieu d’Israël.

Il n’est pas fait allusion ici au fait rapporté au chap. 17 de l’Exode, savoir que l’établissement de ces juges se fit à la suggestion de Jéthro, le beau-père de Moïse. Il n’est non plus pas fait mention de la scène du chap. 11 des Nombres. Nous ferons remarquer au lecteur, que c’est là une des nombreuses preuves que ce livre est loin d’être une pure répétition des autres sections du Pentateuque. Ce livre a un caractère qui lui est particulier, et la manière dont les faits y sont présentés est en parfait accord avec le but du Saint Esprit, qui était de parler au cœur des enfants d’Israël, afin d’obtenir ce grand résultat, objet tout spécial du livre, savoir une obéissance filiale à toutes les ordonnances de l’Éternel, leur Dieu.

Les incrédules et les rationalistes voudraient nous faire voir des contradictions dans les divers récits donnés par les différents livres, mais le lecteur pieux rejettera avec une sainte indignation une telle suggestion, qui procède directement du père du mensonge, cet Ennemi déclaré de la Révélation. Si nous consentons à être aussi simples qu’un petit enfant, nous jouirons de la révélation de l’amour du Père, telle qu’elle nous est donnée par le Saint Esprit dans l’Écriture. D’un autre côté, ceux qui se croient sages et comptent sur leur savoir, leur philosophie et leur raison, qui se croient compétents pour juger la parole de Dieu et, par conséquent, Dieu lui-même, ceux-là seront laissés à leur aveuglement et à leur endurcissement de cœur. « Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? » (1 Cor. 1:20).

« Si quelqu’un veut être sage, qu’il devienne fou ». Tel est le secret de toute l’affaire.

Continuons maintenant notre étude.

« Et je commandai à vos juges, en ce temps-là, disant : Écoutez les différends entre vos frères, et jugez avec justice entre un homme et son frère, et l’étranger qui est avec lui. Vous ne ferez point acception des personnes dans le jugement ; vous entendrez aussi bien le petit que le grand ; vous n’aurez peur d’aucun homme, car le jugement est de Dieu ; et l’affaire qui sera trop difficile pour vous, vous me la présenterez, et je l’entendrai » (vers. 16, 17).

Quelle sainte et juste impartialité ! Dans tous les cas de divergences, on devait entendre les deux parties, sans aucune acception de personnes. Le jugement devait se baser, non sur les impressions personnelles, mais sur les faits clairement établis. La position et les circonstances des plaignants n’étaient point prises en considération. La justice seule devait décider la question. « Vous entendrez aussi bien le petit que le grand ». Le pauvre devait avoir la même mesure que le riche, l’étranger que celui qui était né au pays.

Combien tout cela est rempli d’instruction pour nous tous ! Il est vrai que nous ne sommes pas tous appelés à être des juges, des chefs ou des gouverneurs, mais les grands principes moraux posés dans le passage cité plus haut, sont de toute importance pour chacun de nous, car il se présente constamment des cas qui en demandent l’application directe. Dans quelque position que nous soyons, nous pouvons être appelés à voir des divergences entre nos frères, des cas de torts réels ou imaginaires, et il nous est nécessaire d’être divinement instruits sur ce que nous avons à faire dans de semblables occasions.

Dans les cas de cette nature, nous ne saurions trop nous rappeler que notre jugement doit être basé sur tous les faits de l’un et de l’autre côté. Nous ne nous laisserons pas influencer par nos impressions, car nous savons qu’elles peuvent nous tromper. Il nous faut des faits réels et irrécusables — des faits établis par deux ou trois témoins, comme l’Écriture le dit si clairement (Deut. 17:6 ; Matt. 18:16 ; 2 Cor. 13:1 ; 1 Tim. 5:19).

En outre, nous ne devons jamais nous borner, dans une affaire à juger, à une affirmation ex parte (*). Chacun est sujet, même avec les meilleures intentions, à colorer ses assertions de telle ou telle manière, sans avoir la moindre idée de mentir ou de porter un faux témoignage. Le manque de mémoire ou telle autre cause, peut faire omettre un point important, ou, au contraire, lui donner trop d’importance, ou en altérer la signification. « Audi alteram partem » (écoute l’autre partie) est une maxime à suivre. Écoutons donc les deux parties, et nous pourrons porter un jugement juste et équitable. En règle générale, tout jugement formé sans une exacte connaissance de tous les faits, n’a aucune valeur. « Écoutez les différends entre vos frères, et jugez avec justice entre un homme et son frère, et l’étranger qui est avec lui ». Paroles utiles en tout temps.

 

(*) terme juridique indiquant que le juge juge une affaire en n’ayant à faire qu’à une seule partie, et non pas deux parties pouvant apporter des arguments contradictoires.

 

Quelle injonction importante aussi au verset 17: Comme ces paroles dévoilent le pauvre cœur humain ! Ne sommes-nous pas portés à avoir égard à l’apparence, à être influencés par les personnes, à mettre de l’importance à la position, à la fortune ; à craindre l’homme ?

L’antidote divin à tous ces maux est la crainte de Dieu. Si nous avons le Seigneur devant nos yeux en tout temps, cela nous délivrera de la pernicieuse influence de la partialité, des préventions et de la crainte des hommes, sources de tant de mal parmi les enfants de Dieu.

Voyons maintenant le récit fait par Moïse de la mission des espions, de son origine et de ses résultats.

« Et je vous commandai, en ce temps-là, toutes les choses que vous devez faire » (vers. 18). Le sentier de l’obéissance était mis devant eux, ils n’avaient qu’à y marcher d’un pas ferme et avec un cœur soumis. Ils n’avaient pas à raisonner ou à peser les conséquences. Ils devaient laisser tout cela entre les mains de Dieu et avancer résolument dans ce sentier béni.

« Et nous partîmes d’Horeb, et nous traversâmes tout ce grand et terrible désert que vous avez vu, le chemin de la montagne des Amoréens, comme l’Éternel, notre Dieu, nous l’avait commandé, et nous vînmes jusqu’à Kadès-Barnéa. Et je vous dis : Vous êtes arrivés jusqu’à la montagne des Amoréens, laquelle l’Éternel, notre Dieu, nous donne. Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit ; ne crains point et ne t’effraye point » (v. 19-21).

Tel était leur mandat pour entrer en possession immédiate. L’Éternel, leur Dieu, leur avait donné le pays et l’avait mis devant eux. Il leur appartenait, c’était le don gratuit de sa grâce souveraine en suite de l’alliance qu’il avait faite avec leurs pères, son dessein, de toute éternité. Cela aurait dû suffire pour mettre leur cœur en repos, non seulement quant à la nature du pays, mais encore quant à la manière dont ils y entreraient. Il n’y avait nul besoin d’espions. La foi ne demande pas à examiner ce que Dieu a donné, elle conclut que ce qu’il a donné doit être bon à avoir, et qu’Il est capable de nous faire entrer en pleine possession de tout ce que sa grâce nous a accordé. Israël aurait pu conclure que la même main qui les avait guidés « dans tout ce grand et terrible désert », pouvait les faire entrer et les affermir dans leur héritage.

C’est ainsi que la foi aurait raisonné, car elle va de Dieu aux circonstances, jamais des circonstances à Dieu. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8:31). C’est l’argument de la foi, grand dans sa simplicité, et simple dans sa grandeur morale. Lorsque Dieu remplit tout l’horizon de la vision de l’âme, les difficultés sont de peu d’importance. Ou bien elles passent inaperçues, ou bien elles sont considérées comme des occasions pour le déploiement de la puissance divine. La foi aime à voir Dieu triompher des difficultés.

Mais, hélas ! le peuple n’était pas gouverné par la foi dans cette circonstance, c’est pourquoi il eut recours aux espions. C’est ce que Moïse leur rappelle dans un langage à la fois tendre et fidèle. « Et vous vous approchâtes tous de moi, et vous dîtes : Envoyons des hommes devant nous, et ils examineront le pays pour nous, et ils nous rapporteront des nouvelles du chemin par lequel nous pourrons monter et des villes auxquelles nous viendrons » (vers. 22).

Ils auraient dû se reposer sur Dieu pour tout cela. Celui qui les avait fait sortir du pays d’Égypte, qui leur avait frayé un passage à travers la mer, qui les avait guidés dans le désert, était bien capable de les faire entrer dans le pays. Mais non, ils veulent envoyer des espions, parce que leurs cœurs n’avaient pas confiance dans le Dieu Tout-Puissant.

C’était là le secret de l’affaire, soyons-en bien persuadés. S’il nous est dit dans les Nombres que l’Éternel commanda à Moïse d’envoyer les espions, c’est à cause de la condition morale du peuple. Nous voyons là la différence caractéristique, et, en même temps, la belle harmonie des deux livres. Les Nombres nous donnent l’histoire publique, le Deutéronome nous montre la raison secrète de la mission des espions. L’une est le complément de l’autre, et chacune en parfait accord avec le caractère du livre. Nous ne comprendrions pas le sujet à fond, si nous n’avions que le récit donné dans les Nombres. Le commentaire fourni par le Deutéronome complète le tableau.

Il se peut cependant que le lecteur demande comment ce pouvait être mal de les envoyer, puisque l’Éternel leur avait dit de le faire ? Nous répondrons : le mal n’était pas dans le fait qu’on les envoyait, mais dans leur désir de les envoyer. Ce désir était le fruit de l’incrédulité ; l’ordre de les envoyer fut donné à cause de cette incrédulité.

Nous voyons quelque chose de semblable en Matt. 19, touchant le divorce : « Moïse, à cause de votre dureté de cœur, vous a permis de répudier vos femmes ; mais, au commencement, il n’en était pas ainsi ».

Tout s’explique aussi dans l’affaire des espions. Israël n’aurait pas dû en avoir besoin ; une foi simple n’y aurait jamais pensé. Mais l’Éternel vit l’état des choses, et donna un ordre en accord avec cet état. De même, plusieurs siècles plus tard, il vit que le cœur du peuple désirait un roi, et il commanda à Samuel de leur en donner un (lisez 2 Sam. 8:7-9).

Nous voyons que, lorsque Dieu satisfait un désir, ce n’est nullement une preuve que ce désir soit selon Lui. Israël n’aurait pas dû demander un roi, l’Éternel ne leur suffisait-il pas ? N’était-il pas leur roi ? Ne pouvait-il pas, comme toujours, les conduire à la bataille et combattre pour eux ? Pourquoi rechercher le bras de la chair ? Tout pouvoir, toute sagesse, toute vraie bonté, se trouvaient en l’Éternel, leur Dieu, et ils pouvaient y avoir recours en tout temps et dans toutes leurs nécessités.

Et lorsqu’ils possédèrent le roi que leur cœur désirait, que fit ce roi pour eux ? « Tout le peuple le suivait en tremblant » (1 Sam. 13:7). Plus nous étudions la triste histoire du règne de Saül, plus nous voyons que, du commencement à la fin, il fut un obstacle plutôt qu’une aide. Son règne fut un lamentable fiasco, exprimé par ces paroles du prophète Osée (13:11) : « Je t’ai donné un roi dans ma colère, et je l’ai ôté dans ma fureur ». En un mot, Saül fut la réponse à l’incrédulité et à la volonté propre du peuple, c’est pourquoi toutes leurs brillantes espérances à son sujet furent bientôt totalement détruites. Il ne répondait point au cœur de Dieu, et, par conséquent, il ne répondit point aux besoins du peuple. Il se montra tout à fait indigne de la couronne, et sa mort ignominieuse sur la montagne de Guilboa fut en accord avec toute sa carrière.

Maintenant, si nous considérons la mission des espions, nous voyons qu’elle se termine aussi par un désappointement complet. Il n’en pouvait être autrement, puisqu’elle était le fruit de l’incrédulité. Il est vrai que Dieu leur donna des espions ; aussi Moïse dit-il, avec une grâce touchante : « Et la chose fut bonne à mes yeux, et je pris d’entre vous douze hommes, un homme par tribu ». C’était la grâce s’abaissant à l’état du peuple, et consentant à un projet qui convenait à cet état. Mais cela ne prouve nullement que, soit le projet, soit l’état du peuple, fussent selon Dieu. Béni soit son Nom, il peut nous venir en aide dans notre incrédulité, quoiqu’il soit affligé et déshonoré par elle.

Il aime une foi ferme et franche, la seule chose au monde qui lui donne sa vraie place. C’est pourquoi, lorsque Moïse dit au peuple : « Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit ; ne crains point, et ne t’effraye point », quelle aurait dû être leur réponse ? « Nous voici, ô Éternel, conduis-nous à la victoire. Tu nous suffis. Avec toi pour chef, nous avancerons avec confiance. Pour toi les difficultés ne sont rien. Peu nous importe ce qui nous attend : les géants, les hautes murailles, les tours menaçantes, ne sont devant Toi, ô Éternel, Dieu d’Israël, que comme des feuilles sèches devant l’orage. Conduis-nous donc, ô Éternel ! »

Tel ne fut pas le langage d’Israël. Dieu ne leur suffisait pas. Ils ne se fiaient pas à ce qu’il leur avait dit du pays. Le pauvre cœur humain veut tout essayer plutôt que de dépendre simplement de Dieu. L’homme naturel ne peut se confier en Dieu, parce qu’il ne le connaît point. Il n’y a rien au monde de plus béni qu’une vie de foi simple et réelle. Mais on se fait illusion si l’on croit vivre de foi, tandis que le cœur s’appuie sur quelque soutien humain. Le vrai croyant n’a affaire qu’à Dieu. Toutes ses ressources sont en Lui. Ce n’est pas qu’il n’apprécie les instruments que Dieu veut bien employer ; au contraire, il les apprécie hautement, précisément parce qu’ils sont les moyens dont Dieu se sert pour venir en aide et bénir. Mais il ne leur donne pas la place de Dieu. Il dit : « Mais toi, mon âme, repose-toi paisiblement sur Dieu ; car mon attente est en lui. Lui seul est mon rocher » (Ps. 62:5, 6).

Il y a une force toute particulière dans ce mot « seul ». Il sonde le cœur. S’attendre à l’homme, soit directement, soit indirectement, pour suppléer à un besoin quelconque, c’est, en principe, s’écarter de la vie de foi. Et quelle triste chose que de compter sur les moyens humains ! C’est, au point de vue moral, aussi dégradant que la vie de foi est ennoblissante, — et c’est aussi illusoire que dégradant. Israël voulut envoyer des espions, et toute l’affaire tourna à sa confusion.

« Et ils se tournèrent, et montèrent dans la montagne, et vinrent jusqu’au torrent d’Eshcol, et explorèrent le pays. Et ils prirent dans leurs mains du fruit du pays et nous l’apportèrent, et ils nous rendirent compte et dirent : Le pays, que l’Éternel, notre Dieu, nous donne, est bon » (vers. 24, 25). Puisque Dieu le donnait, il ne pouvait être que bon. Avaient-ils besoin d’espions pour leur dire que le don de Dieu était bon ? Assurément non. Une foi simple aurait raisonné ainsi : « Tout ce que Dieu donne doit être digne de Lui ; nous n’avons pas besoin d’espions pour nous en assurer ». Mais hélas ! cette foi simple est un joyau extrêmement rare, et ceux-là même qui le possèdent n’en connaissent que bien peu la valeur et ne savent guère s’en servir. Parler de la vie de foi et vivre de cette vie, c’est deux choses, comme le sont la théorie et la pratique. N’oublions jamais que c’est le privilège de tout enfant de Dieu de vivre de foi, et que cette vie embrasse tout ce qui est nécessaire au chrétien du commencement à la fin de sa carrière terrestre.

Le lecteur remarquera de quelle manière Moïse fait allusion à la mission des espions. Il se borne à cette portion de leur témoignage qui était selon la vérité. Il ne dit rien des dix espions infidèles. Ceci est en parfait accord avec le caractère et l’objet du livre. Tout s’y adresse à la conscience de l’assemblée. Il leur rappelle qu’ils avaient eux-mêmes proposé d’envoyer les espions, et que, quoique ces derniers eussent placé devant eux du fruit du pays, et témoigné de son excellence, ils ne voulurent pas y monter : « Mais vous ne voulûtes pas monter, et vous fûtes rebelles au commandement de l’Éternel, votre Dieu » (vers. 26). Ils étaient sans excuse. Leur cœur était évidemment dans un état d’incrédulité et de rébellion, et la mission des espions, du commencement à la fin, ne fit que le manifester pleinement.

« Et vous murmurâtes dans vos tentes, et vous dites : C’est parce que l’Éternel nous hait », — terrible mensonge ! — « qu’il nous a fait sortir du pays d’Égypte, afin de nous livrer aux mains des Amoréens, pour nous détruire ». Combien les arguments de l’incrédulité sont absurdes ! Sûrement, si l’Éternel les eût haïs, rien ne lui eût été plus facile que de les laisser mourir parmi les fours à briques des Égyptiens, sous le fouet cruel des exacteurs du Pharaon. Pourquoi s’était-il donné tant de peine à leur sujet ? Pourquoi ces dix plaies envoyées sur le pays de leurs oppresseurs ?

S’il les haïssait, pourquoi n’avait-il pas laissé les eaux de la Mer Rouge les engloutir, comme elles avaient englouti leurs ennemis ? Pourquoi les avait-il délivrés de l’épée d’Amalek ? Ah ! s’ils n’eussent pas été gouvernés par un esprit d’aveugle incrédulité, tant de preuves magnifiques de son amour les auraient amenés à une conclusion tout opposée à celle qu’ils osèrent exprimer. Il n’y a rien sous le ciel de plus irrationnel que l’incrédulité ; il n’y a rien de plus logique que la simple confiance d’une foi enfantine. Puisse le lecteur faire toujours l’expérience de cette vérité !

« Et vous murmurâtes dans vos tentes ». L’incrédulité non seulement raisonne, mais elle murmure. Elle ne voit ni le bon, ni le beau côté des choses. Elle n’est jamais au clair, parce qu’elle met Dieu de côté et ne regarde qu’aux circonstances. Ils dirent : « Où monterions-nous ? Nos frères nous ont fait fondre le cœur, en disant : C’est un peuple plus grand et de plus haute taille que nous » ; — mais ils n’étaient pas plus grands que Jéhovah ; — « les villes sont grandes, et murées jusqu’aux cieux » ; — grossière exagération de l’incrédulité ! — « et de plus nous avons vu là des fils des Anakim ».

La foi aurait répondu : Eh bien ! si les villes sont murées jusqu’au ciel, notre Dieu est au-dessus d’elles, car il est dans le ciel. Que sont les grandes cités et les hautes murailles pour Celui qui créa l’univers, et le soutient par la parole de sa puissance ? Que sont les Anakim en présence du Dieu Tout-Puissant ? Si le pays était couvert de villes murées, de Dan à Beër-Shéba, et si les géants étaient aussi nombreux que les feuilles d’une forêt, tout cela serait comme de la balle pour Celui qui avait promis de donner à toujours la propriété du pays de Canaan à la postérité d’Abraham, son ami.

Mais Israël n’avait pas la foi, comme l’apôtre nous le dit au chapitre 3 des Hébreux : « Ils n’y purent entrer à cause de l’incrédulité ». Là était la difficulté. Les villes à hautes murailles et les terribles Anakim n’auraient pas été des obstacles, si Israël ne s’était confié qu’en Dieu, qui en aurait promptement eu raison. L’incrédulité nous prive toujours de la bénédiction. Elle s’oppose au rayonnement de la gloire de Dieu ; elle jette une ombre sur nos âmes, et nous ôte le privilège de faire l’expérience de la toute-suffisance de notre Dieu, pour suppléer à tous nos besoins et pour écarter toutes nos difficultés.

Béni soit-il de ce qu’il ne fait jamais défaut au cœur qui se confie en Lui, et plus on Lui demande, plus il aime à donner. Ne nous dit-il pas : « Ne crains pas, crois seulement » (Marc 5:36), ou encore : « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Matt. 9:19). Précieuses paroles ! Puissions-nous tous en réaliser pleinement la douceur et la force ! Nous pouvons être certains que nous ne saurions jamais aller trop loin en comptant sur Dieu. Nous manquons toujours en ne puisant pas assez dans ses trésors infinis : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jean 11:40).

L’envoi des espions finit comme il avait commencé par l’incrédulité la plus déplorable. Dieu étant mis de côté, ils ne voyaient que les difficultés.

« Ils n’y purent entrer ». Ils ne purent voir la gloire de Dieu. Écoutons les paroles de Moïse ; elles font du bien au cœur ; elles en touchent les cordes les plus sensibles ; « Et je vous dis : Ne vous épouvantez pas, et ne les craignez point ; L’Éternel, votre Dieu, qui marche devant vous combattra lui-même pour vous ». — Dieu combattant pour le peuple ! l’Éternel, un homme de guerre ! — « Il combattra pour vous, selon tout ce qu’il a fait pour vous sous vos yeux, en Égypte, et dans le désert, où tu as vu que l’Éternel, ton Dieu, t’a porté comme un homme porte son fils, dans tout le chemin où vous avez marché, jusqu’à ce que vous soyez arrivés en ce lieu-ci. Mais, dans cette circonstance, vous ne crûtes point l’Éternel, votre Dieu, qui, afin de reconnaître pour vous un lieu pour que vous y campiez, allait devant vous dans le chemin, la nuit, dans le feu, pour vous faire voir le chemin où vous deviez marcher, et le jour, dans la nuée ».

Quelle force morale, quelle touchante douceur dans cet appel ! Comme nous voyons clairement ici, ainsi qu’à chaque page du livre, que le Deutéronome n’est pas une simple répétition de faits, mais un puissant commentaire de ces faits qui touche tout à fait le cœur. La manière d’agir si tendre de l’Éternel est indiquée ici avec une délicatesse inimitable. Qui ne serait frappé par cette douce image : « Comme un homme porte son fils ? » Si la force de la main de l’Éternel, ou la supériorité de son intelligence, se voient dans la nature de son action, l’amour de son cœur se montre dans la manière, dont il l’accomplit.

Les Israélites, néanmoins, ne pouvaient croire que Dieu les ferait entrer au pays. Malgré les merveilleuses preuves qu’il leur avait données de sa puissance, de sa fidélité, de sa bonté, depuis les fours à briques d’Égypte, jusqu’aux confins du pays de Canaan, ils restaient incrédules. « Et l’Éternel entendit la voix de vos paroles et fut courroucé, et jura, disant : Si aucun de ces hommes, de cette génération méchante, voit ce bon pays que j’ai juré de donner à vos pères ! excepté Caleb, fils de Jephunné : lui, le verra, et je lui donnerai, et à ses fils, le pays où il a marché, parce qu’il a pleinement suivi l’Éternel » (v. 35-36).

« Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jean 11:40). Tel est l’ordre divin. Les hommes disent que voir c’est croire, mais dans le royaume de Dieu, croire c’est voir.

Pourquoi aucun des hommes de cette méchante génération ne put-il voir ce bon pays ? Simplement, parce qu’ils n’avaient pas cru l’Éternel, leur Dieu. Et pourquoi Caleb eut-il la permission de le voir et d’en prendre possession ? Simplement, parce qu’il avait cru. L’incrédulité est toujours ce qui nous empêche de voir la gloire de Dieu. « Il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité » (Matt. 13:58). Si Israël eût cru, Il l’aurait amené et établi sur la montagne de son héritage.

Il en est de même des chrétiens maintenant. Il n’y a pas de limites aux bénédictions dont nous pourrions jouir, si nous comptions davantage sur Dieu. « Toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9:23). Dieu ne nous dira jamais : « Tu as assez reçu ; tu attends trop ». Impossible, car c’est sa joie de répondre aux espérances les plus vastes de la foi.

Tirons donc largement sur Lui : « Ouvre ta bouche toute grande, et je la remplirai » (Ps. 81:10). Les trésors inépuisables du ciel sont ouverts à la foi. « Quoi que vous demandiez en priant, si vous croyez, vous le recevrez » (Matt. 21:22). « Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné ; mais qu’il demande avec foi, ne doutant nullement » (Jac. 1:5). La foi n’hésite ni ne doute ; l’incrédulité est toujours hésitante et chancelante, c’est pourquoi elle ne voit jamais la gloire de Dieu, ni sa puissance. Elle est sourde à sa voix, et aveugle pour voir ses actes. Elle affaiblit le cœur et les mains ; elle assombrit la route et empêche tout progrès. Elle retint Israël quarante ans loin du pays de Canaan ; et nous n’avons aucune idée de combien de bénédictions elle nous prive. Combien tout irait mieux parmi nous, si la foi était plus vivante dans nos cœurs ! Quelle est la cause de la déplorable stérilité de la chrétienté professante ? Comment expliquerons-nous notre pauvreté morale, notre peu de croissance ? Pourquoi voyons-nous de si faibles résultats de toutes les œuvres chrétiennes ? Pourquoi y a-t-il si peu de véritables conversions ? Pourquoi nos évangélistes sont-ils si souvent découragés à cause du petit nombre de leurs gerbes ? Nous répondrons à toutes ces questions : La cause de tout ce mal est notre incrédulité.

Sans doute que nos divisions y ont aussi leur part, de même que notre mondanité, l’état charnel de nos cœurs, notre égoïsme, notre amour de nos aises. Quel est le remède à tout cela ? Comment nos cœurs seront-ils attirés vers tous nos frères, dans un amour sincère ? « Par la foi » — ce principe précieux — « opérant par l’amour » (Gal. 5:6). Ainsi l’apôtre peut dire aux chers nouveaux convertis de Thessalonique : « Votre foi augmente beaucoup », et puis encore (2 Thes. 1:3) : « Et l’amour de chacun de vous tous, l’un pour l’autre, abonde ». Il en est toujours ainsi. La foi nous met en contact immédiat avec la source éternelle de l’amour en Dieu lui-même, et la conséquence naturelle en est que nos cœurs sont attirés vers tous ceux qui Lui appartiennent, vers tous ceux dans lesquels nous retrouvons, quelque peu que ce soit, son image bénie. Nous ne pouvons être près du Seigneur, et ne pas aimer tous ceux qui, en tous lieux, invoquent son Nom d’un cœur pur. Plus nous sommes près de Christ, plus nous serons intimement unis, dans l’amour fraternel, à chaque membre de son corps.

Quant à la mondanité, sous toutes ses formes, comment la combattrons-nous ? Voici la réponse d’un autre apôtre : « Parce que tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde ; et c’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi. Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » (1 Jean 5:4, 5). Le nouvel homme marchant dans la puissance de la foi, vit au-dessus du monde, au-dessus de ses intérêts, de ses motifs, de ses usages. Il n’a rien de commun avec lui. Quoique dans le monde, il n’est pas du monde. Il se meut en sens contraire. Toutes ses sources viennent du ciel. Sa vie, ses espérances, son tout est là, et il lui tarde d’y être aussi, quand son œuvre sur la terre sera terminée.

La foi est donc un principe puissant. Elle purifie le cœur, elle opère par l’amour, elle est victorieuse du monde. Il n’est donc pas étonnant que Pierre l’appelle une « foi précieuse » ; elle l’est vraiment au-delà de toute expression.

Voyez comment ce principe agissait en Caleb, et quels fruits bénis il produisit. Caleb put réaliser la vérité de ces paroles, prononcées des centaines d’années plus tard : « Il vous sera fait selon votre foi ». Il crut que Dieu était capable de les faire entrer dans le pays, et que tous les obstacles et toutes les difficultés n’étaient là que pour exercer leur foi ; puis Dieu, comme il le fait toujours, répondit à sa foi (voyez Josué 14:6-14). Qu’elle est édifiante l’expression d’une foi candide ! Quel contraste avec les accents de la sombre incrédulité qui déshonore Dieu ! — « Et Josué le bénit, et donna Hébron en héritage à Caleb, fils de Jephunné. C’est pourquoi Hébron appartient en héritage, jusqu’à ce jour, à Caleb, fils de Jephunné, le Kenizien, parce qu’il avait pleinement suivi l’Éternel, le Dieu d’Israël ».

Caleb, comme son père Abraham, était fort dans la foi, donnant gloire à Dieu. Nous pouvons dire, avec une entière certitude, que comme la foi honore toujours Dieu, Dieu à son tour aime à honorer la foi ; et que si les chrétiens dépendaient plus entièrement de Dieu seul, s’ils puisaient davantage aux sources éternelles, nous verrions un état de choses bien différent autour de nous : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » Oh ! si nous avions une foi plus vivante ! Si nous saisissions plus fermement les promesses de Dieu ! alors nous pourrions attendre des résultats plus glorieux de l’évangélisation ; nous verrions plus de zèle, plus d’énergie, et plus de dévouement dans l’Église, et plus de fruits de justice dans la vie de chaque croyant individuellement.

Au verset 37, Moïse rappelle d’une manière touchante le fait de son exclusion de la terre promise. « Contre moi aussi l’Éternel s’irrita, à cause de vous, disant : Toi non plus, tu n’y entreras pas ». Remarquez ces mots : « à cause de vous ». Il était nécessaire de rappeler à l’assemblée que c’était à cause d’eux que Moïse, ce bien-aimé et honoré serviteur de l’Éternel était empêché de traverser le Jourdain et de poser son pied dans le pays de Canaan. Il est vrai « qu’il avait parlé légèrement de ses lèvres », mais ils l’avaient provoqué en « chagrinant son esprit » (Ps. 106:33). Combien cela aurait dû les toucher ! Non seulement ils ne purent entrer eux-mêmes à cause de leur incrédulité, mais encore ils furent la cause de l’exclusion de Moïse, qui désirait si ardemment « voir cette bonne montagne et le Liban » (Deut. 3:25).

Le gouvernement de Dieu est une solennelle réalité. Le cœur humain s’étonnera peut-être que quelques paroles, prononcées à la légère, aient été une cause suffisante pour empêcher un bien-aimé serviteur d’atteindre l’objet de ses vœux. Nous n’avons qu’à courber la tête ; il ne nous appartient pas de juger ou de raisonner. « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Gen. 18:25). Assurément. Il ne peut se tromper. « Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Tout-puissant ! Justes et véritables sont tes voies, ô Roi des nations ! » (Apoc. 15:3). « Dieu est extrêmement redoutable dans l’assemblée des saints, et terrible au milieu de tous ceux qui l’entourent » (Ps. 89:7). « Notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12:29), et : « C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant » (Héb. 10:31).

La portée et l’action du gouvernement de Dieu seront-elles différentes, parce que nous, chrétiens, sommes sous la dispensation de la grâce ? Nullement. Il est aussi vrai aujourd’hui que jamais que « ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6:7). Il ne s’agit donc pas de spéculer sur la liberté de la grâce divine, pour être à l’abri des actes du gouvernement divin. Ces deux choses sont parfaitement distinctes ; on ne devrait jamais les confondre. La grâce peut pardonner gratuitement et pour toujours ; mais les roues du gouvernement de l’Éternel continuent à tourner avec une puissance écrasante. La grâce pardonna le péché d’Adam, mais sa justice le chassa d’Éden pour gagner son pain à la sueur de son front, parmi les épines et les ronces d’un sol maudit. La grâce pardonna le péché de David, mais l’épée du gouvernement resta sur sa maison jusqu’à la fin ; Bath-Shéba fut la mère de Salomon, mais Absalom fomenta une rébellion.

De même pour Moïse : la grâce le fait monter au sommet de Pisga et lui montre le pays, mais le gouvernement lui défend positivement d’y entrer. On objectera que Moïse, dans sa capacité officielle, en tant que représentant le système légal, ne pouvait amener le peuple dans le pays. Cela est vrai, mais ne touche en rien la solennelle vérité qui nous occupe. Ni dans le chapitre 20 des Nombres, ni dans le premier chapitre du Deutéronome, nous ne voyons un mot de Moïse dans sa position officielle. C’est lui-même en personne qui est devant nous, et s’il ne peut entrer dans le pays de la promesse, c’est parce qu’il a parlé légèrement de ses lèvres.

Il sera bon pour nous de bien peser, devant Dieu, cette grande vérité pratique. Soyons certains que plus nous connaîtrons vraiment la grâce, plus nous sentirons la solennité du gouvernement, et plus nous en approuverons les arrêts. Il y a du danger à recevoir avec insouciance et légèreté la doctrine de la grâce, lorsque le cœur et la vie n’en subissent pas la sanctifiante influence. Il n’y a rien de plus terrible qu’une légèreté charnelle relativement à la vérité du salut par grâce. Elle ouvre la porte à toute espèce de licence. C’est pourquoi nous voudrions mettre sur la conscience du lecteur la vérité pratique du gouvernement de Dieu. Elle est utile en tout temps, mais surtout de nos jours, où règne la fatale tendance de « changer la grâce de notre Dieu en dissolution » (Jude 4). Nous verrons toujours que ceux qui sentent le plus profondément l’immense bénédiction d’être sous la dispensation de la grâce, seront aussi ceux qui accepteront le plus entièrement les arrêts du gouvernement de Dieu.

Nous apprenons, par la fin de notre chapitre, que le peuple n’était nullement disposé à se soumettre à ce gouvernement. Il ne voulait ni grâce, ni gouvernement. Quand on l’invite à monter pour aller prendre possession du pays avec l’aide de l’Éternel, il hésite, refuse, et se laisse aller à un esprit d’incrédulité. En vain, Josué et Caleb lui font entendre les paroles les plus encourageantes en vain, étalent-ils devant ses yeux les beaux fruits du bon pays ; en vain, Moïse cherche à l’émouvoir par les motifs les plus touchants ; Israël ne veut pas monter lorsqu’on lui dit de le faire. Qu’arrive-t-il alors ? Il est pris au mot. Il lui est fait selon son incrédulité. « Et vos petits enfants, dont vous avez dit qu’ils seraient une proie, et vos fils qui aujourd’hui ne connaissent pas le bien et le mal, ceux-là y entreront, et c’est à eux que je le donnerai, et ils le posséderont. Et vous, tournez-vous, et partez pour le désert, par le chemin de la mer Rouge » (v. 39-40).

Il n’y avait pas d’alternative. S’ils ne voulaient pas monter au pays avec une foi simple, ils devaient retourner dans le désert. C’est à quoi ils ne veulent pas se soumettre. Ils ne voulaient ni profiter des provisions de la grâce, ni s’incliner sous la sentence du jugement : « Et vous répondîtes et me dîtes : Nous avons péché contre l’Éternel ; nous monterons, et nous combattrons, selon tout ce que l’Éternel, notre Dieu, nous a commandé. Et vous ceignîtes chacun ses armes de guerre, et légèrement vous entreprîtes de monter dans la montagne » (vers. 41).

Cela ressemble à la contrition et au jugement de soi-même, mais il n’y en avait que l’apparence. Il est très facile de dire : « Nous avons péché ». Saül aussi l’a dit plus tard, mais sans avoir le sentiment de la signification de ces mots : « J’ai péché », comme on le voit par ce qui suit immédiatement : « Honore-moi maintenant, je te prie, en la présence des anciens de mon peuple » (1 Sam. 15:30). Quelle étrange contradiction : « J’ai péché » ; mais pourtant, « honore-moi ». S’il eût réellement senti son péché, combien son langage aurait été différent, ainsi que toute sa conduite. Rempli de lui-même, se servant d’une formule, sans un atome de sentiment réel, Saül faisait montre d’adorer Dieu, afin de s’attirer de l’honneur ! Combien de telles choses doivent offenser Celui qui exige la vérité dans le cœur, et qui veut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité ! Les plus faibles soupirs d’un cœur brisé et contrit sont précieux au Seigneur ; mais il abhorre les vaines formes de la religiosité, dont le but est d’exalter l’homme à ses propres yeux et aux yeux de ses semblables. La confession des lèvres n’a aucune valeur, si le cœur ne sent pas le péché. Un auteur moderne l’a dit avec beaucoup de justesse : « C’est une chose facile de dire « nous avons péché », mais que de fois il nous faut apprendre qu’une prompte et brusque confession du péché n’est pas ce qui prouve que le péché est senti ! Elle est plutôt une preuve de la dureté de cœur. La conscience sent qu’un certain acte de confession est nécessaire, mais il n’y a peut-être rien qui endurcisse autant le cœur que l’habitude de confesser le péché sans le sentir. Un des grands pièges de la chrétienté est l’habitude de répéter au moyen d’une formule, une confession stéréotypée des péchés. Nous l’avons probablement tous fait d’une manière ou d’une autre ; car, sans posséder une formule écrite, le cœur naturel peut toujours s’en composer quelqu’une à son usage ».

Ainsi en fut-il pour Israël à Kadès : leur confession de péché était sans aucune valeur ; elle n’avait pas le cachet de la vérité. S’ils eussent senti ce qu’ils disaient, ils se seraient inclinés sous le jugement de Dieu et auraient accepté humblement la conséquence de leur péché. Voyez le cas de Moïse. Il courbe sa tête sous la discipline divine. « L’Éternel », dit-il, « s’irrita contre moi à cause de vous, disant : Toi non plus, tu n’y entreras pas. Josué, fils de Nun, qui se tient devant toi, lui, y entrera ; fortifie-le, car c’est lui qui le fera hériter à Israël » (vers. 37, 38).

Moïse leur montre qu’ils sont la cause de son exclusion du pays, et cependant pas une parole de murmure ne lui échappe ; il se soumet à la décision divine, non seulement résigné à être remplacé par un autre, mais prêt à nommer et à encourager son successeur. Il n’y a pas trace de jalousie ou d’envie en lui. Il n’était pas occupé de lui-même ou de ses intérêts, mais de la gloire de Dieu et du bien de son peuple.

Ce dernier montrait un esprit bien différent. « Nous monterons et nous combattrons ». Quelle folie ! Lorsque Dieu leur avait commandé de monter, et que ses fidèles serviteurs les avaient encouragés à aller prendre possession du pays, ils avaient répondu : « Où monterions-nous ? » Puis, lorsqu’il leur est ordonné de retourner dans le désert, ils disent : « Nous monterons et nous combattrons ».

« Et l’Éternel me dit : Dis-leur : ne montez pas, et ne combattez pas, car je ne suis point au milieu de vous, afin que vous ne soyez pas battus par vos ennemis. Et je vous parlai ; mais vous n’écoutâtes point, et vous fûtes rebelles au commandement de l’Éternel, et vous fûtes présomptueux, et montâtes dans la montagne. Et l’Amoréen, qui habitait cette montagne, sortit à votre rencontre, et vous poursuivit, comme font les abeilles, et il vous tailla en pièces en Séhir, jusqu’à Horma » (vers. 42-44).

Il n’était pas possible que l’Éternel les accompagnât sur le chemin de la volonté propre et de la rébellion, et sans la présence divine, Israël ne pouvait résister aux Amoréens. Si Dieu est pour nous et avec nous, nous devons être victorieux. Mais nous ne pouvons pas compter sur Dieu, si nous ne sommes pas dans le chemin de l’obéissance. C’est folie de s’imaginer que nous pouvons avoir Dieu avec nous si notre conduite n’est pas fidèle. « Le nom de l’Éternel est une forte tour le juste y court, et s’y trouve en une haute retraite » (Prov. 18:10). Si nous ne marchons pas dans la justice pratique, c’est une coupable présomption que de parler d’avoir le Seigneur pour notre forte tour.

Béni soit-il de ce qu’il peut nous agréer malgré toutes nos faiblesses et toutes nos misères, pourvu qu’il voie en nous un sentiment sincère de notre vraie condition. « Confie-toi en l’Éternel, et pratique le bien » (Ps. 37:3), tel est l’ordre divin.

Prétendre s’assurer en l’Éternel, tandis qu’on fait le mal, c’est changer la grâce de notre Dieu en dissolution, et nous mettre entre les mains du diable qui ne cherche que notre ruine morale. « Car les yeux de l’Éternel parcourent toute la terre, afin qu’il se montre fort en faveur de ceux qui sont d’un cœur parfait envers lui » (2 Chr. 16:9). Quand nous avons une bonne conscience, nous pouvons lever la tête, et cheminer à travers toute espèce de difficultés ; mais vouloir marcher sur le sentier de la foi avec une mauvaise conscience est une chose des plus dangereuses. Ce n’est que lorsque nos reins sont ceints de vérité et que nous avons revêtu la cuirasse de la justice, que nous pouvons prendre le bouclier de la foi.

Il est de toute importance que les chrétiens recherchent la justice pratique dans tous ses détails. Ces paroles de l’apôtre Paul sont d’une grande valeur morale pour nous : « Moi aussi je m’exerce à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ». Nous devrions faire de même. Notre saint privilège est de fouler, jour après jour, d’un pas ferme, le sentier du devoir, de l’obéissance, celui sur lequel luit constamment la lumière de l’approbation de Dieu. Alors sûrement, nous pourrons compter sur Dieu, et ainsi avancer, en paix, vers notre patrie céleste.

Nous le répétons, ce n’est pas que nous ne puissions regarder à Dieu dans notre faiblesse, nos manquements, et même lorsque nous avons péché. Nous le pouvons et nous le devons ; son oreille est toujours attentive à notre cri. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9). « Je t’ai invoqué des lieux profonds, ô Éternel ! Seigneur ! écoute ma voix ; que tes oreilles soient attentives à la voix de mes supplications. Ô Jah ! si tu prends garde aux iniquités, Seigneur, qui subsistera ? Mais il y a pardon auprès de toi, afin que tu sois craint » (Psaume 130:1-4). Il n’y a aucune limite au pardon divin, par le fait qu’il n’y en a aucune à l’étendue de l’expiation, aucune à la vertu et à l’efficace du sang de Jésus Christ, le Fils de Dieu, qui purifie de tout péché ; aucune à la valeur de l’intercession de notre grand Souverain Sacrificateur, qui peut sauver jusqu’au bout tous ceux qui s’approchent de Dieu par lui.

Toutes ces vérités sont largement exposées et illustrées de diverses manières dans le volume inspiré. Mais la confession du péché et le pardon ne doivent pas être confondus avec la justice pratique. Ce sont deux conditions très distinctes dans lesquelles nous pouvons nous adresser à Dieu ; nous pouvons l’invoquer avec une profonde contrition, et être exaucés, ou bien nous pouvons le prier avec une bonne conscience et être exaucés aussi. Néanmoins, les deux choses sont essentiellement distinctes et forment toutes deux un contraste marqué avec l’indifférence et la dureté de cœur, qui prétendent compter sur Dieu dans une marche de désobéissance positive. C’est là ce qui est si choquant aux yeux du Seigneur et qui attire son juste jugement. Il reconnaît et il approuve la justice pratique ; il pardonne gratuitement et entièrement le péché confessé ; mais nous imaginer que nous pouvons nous confier en Dieu, tandis que nos pieds sont sur le chemin de l’iniquité, ce n’est rien moins que la plus épouvantable impiété. « Ne mettez pas votre confiance en des paroles de mensonge, disant : C’est ici le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel Mais si vous amendez réellement vos voies et vos actions, si vous faites réellement la justice entre un homme et son prochain, si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin et la veuve, et que vous ne versiez pas le sang innocent dans ce lieu, et que vous ne marchiez pas après d’autres dieux pour votre dommage, je vous ferai demeurer dans ce lieu, dans le pays que j’ai donné à vos pères, de siècle en siècle. Voici, vous vous confiez en des paroles de mensonge, qui ne profitent pas. Quoi ? voler, tuer, commettre adultère, jurer faussement, brûler de l’encens à Baal, marcher après d’autres dieux que vous ne connaissez pas !… et vous venez, et vous vous tenez devant moi dans cette maison qui est appelée de mon nom, et vous dites : Nous sommes délivrés pour faire toutes ces abominations » (Jér. 7:4-10).

Dieu veut la réalité. Il désire la vérité dans le cœur, et si les hommes prétendent l’avoir et marchent dans l’impiété, il faut qu’ils s’attendent à son juste jugement. Cette pensée nous fait trembler pour l’église professante. Le passage si solennel, que nous avons tiré du prophète Jérémie, quoique s’appliquant tout d’abord aux enfants de Juda et aux habitants de Jérusalem, a aussi une application très positive à la chrétienté. Nous voyons au chapitre 3 de la seconde épître à Timothée, que toutes les abominations du paganisme, énumérées à la fin du chap. 1 des Romains, seront reproduites aux derniers jours couvertes du manteau de la profession chrétienne, et en relation immédiate avec « une forme de piété ». Quelle doit être la fin d’un semblable état de choses ? La colère sans rémission. Les plus sévères jugements de Dieu en destruction sont réservés aux masses baptisées de cette profession, que nous appelons la chrétienté. Le moment approche rapidement où tous les bien-aimés enfants de Dieu, rachetés par le sang de Christ, seront enlevés de ce monde coupable et pécheur, bien que soi-disant « chrétien », pour être à toujours avec le Seigneur dans ces demeures divines préparées dans la maison du Père. Alors « l’énergie d’erreur » (2 Thes. 2:11) sera envoyée sur la chrétienté, sur ces mêmes pays où la lumière du christianisme a brillé avec éclat ; où l’évangile du salut gratuit a été prêché ; où la Bible a circulé par millions d’exemplaires, et où tous, plus ou moins, professent le nom de Christ et s’appellent chrétiens.

Qu’est-ce qui doit succéder à cette « énergie d’erreur » ? Un nouveau témoignage ? de nouvelles offres de grâce ? d’autres tentatives de la miséricorde divine ? Non ; pas pour la chrétienté Non ; pas pour ceux qui professent, sans Dieu et sans Christ, les formes creuses et vaines du christianisme. Les païens entendront « l’Évangile éternel » (Apoc. 14:6) ; « l’Évangile du royaume » ; mais quant à cette chose terrible, quant à cette épouvantable anomalie qui s’appelle la chrétienté, rien ne reste pour elle que les ténèbres du dehors à jamais.

Lecteur, ce sont les paroles véritables de Dieu. Rien ne serait plus facile que de mettre sous vos yeux une foule de preuves convaincantes, tirées de l’Écriture ; mais cela nous écarterait de notre but actuel. Le Nouveau Testament, du commencement à la fin, enseigne la solennelle vérité énoncée ci-dessus, et tout système de théologie qui enseigne différemment, sera sur ce point du moins, reconnu complètement faux.

 

4                    Chapitre 2

Les dernières lignes du chapitre 1 nous montrent le peuple pleurant devant l’Éternel. Il n’y avait pas plus de réalité dans leurs larmes que dans leurs paroles. On ne pouvait pas plus s’y fier qu’à leur confession. Il est possible de verser des larmes et de se confesser devant Dieu sans avoir un véritable sentiment de son péché. C’est se moquer de Dieu. Nous savons qu’un cœur vraiment contrit le réjouit et qu’il y fait sa demeure. « Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé. ô Dieu tu ne mépriseras pas un cœur brisé et humilié » (Ps. 51:17). Les larmes d’un cœur pénitent sont mille fois plus précieuses au Seigneur que toutes les « bêtes sur mille montagnes » (Ps. 50:10), parce qu’elles lui prouvent qu’il y a une place dans ce cœur pour lui, et c’est ce qu’il recherche dans sa grâce infinie. Le plus faible cri d’un tel cœur monte immédiatement jusqu’au trône de Dieu, qui y répond à l’instant par le sentiment du pardon accordé par son amour.

Les Israélites durent donc retourner en arrière, au désert, et y errer pendant quarante ans. Il n’y avait pas d’autre alternative. Ils n’avaient pas voulu monter au pays en se confiant en Dieu seul, et Dieu ne voulut pas les y accompagner dans leur confiance en eux-mêmes ; ils n’avaient donc qu’à accepter la conséquence de leur désobéissance. Puisqu’ils n’avaient pas voulu entrer au pays de la promesse, ils devaient tomber dans le désert.

Quel sérieux commentaire l’Esprit en fait au chapitre 3 de l’épître aux Hébreux, v. 7-19, et comme il s’applique à nous !

Ici, comme dans toutes les pages du volume inspiré, nous voyons que l’incrédulité est la chose qui afflige le cœur de Dieu et déshonore son Nom. Et, en outre, elle nous prive des bénédictions et des privilèges que la grâce confère. Nous n’avons aucune idée de tout ce que nous perdons, de toutes manières, par l’incrédulité de nos cœurs. Israël avait le pays devant lui dans toute sa fertilité et sa beauté ; l’ordre d’aller en prendre possession lui avait été donné, mais « ils n’y purent entrer à cause de l’incrédulité » ; de même nous ne savons souvent pas nous approprier la plénitude des bénédictions que la grâce souveraine met à notre portée. Les trésors mêmes du ciel nous sont ouverts, mais nous n’en profitons pas. Nous sommes pauvres, faibles, vides et stériles, tandis que nous pourrions être riches, vigoureux, comblés et prospères. Nous sommes bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ (Éph. 1:3), mais combien nous les saisissons peu !

Combien aussi nous perdons par notre incrédulité, en ce qui concerne l’œuvre du Seigneur au milieu de nous ! Nous lisons dans l’Évangile, que notre Seigneur ne put pas faire beaucoup de miracles en un certain endroit, à cause de leur incrédulité. Lui sommes-nous aussi en obstacle par notre incrédulité ? On nous dira peut-être que le Seigneur fera son œuvre, malgré notre manque de foi ; qu’il rassemblera les siens et complétera le nombre de ses élus, malgré notre incrédulité ; que toutes les puissances de la terre et de l’enfer ne peuvent empêcher l’accomplissement de ses conseils et de ses desseins ; et, quant à son œuvre, qu’elle n’est « point par force, ni par puissance, mais par son Esprit » (Zac. 4:6).

Tout cela est parfaitement vrai, mais n’ôte rien à l’importance du passage cité plus haut : « Il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité » (Matt. 13:58). Ces gens ne perdirent-ils pas des bénédictions par leur incrédulité ? N’empêchèrent-ils pas que beaucoup de bien ne se fît ? Prenons garde de nous laisser aller à l’influence desséchante d’un fatalisme pernicieux qui, avec un certain air de vérité, est complètement faux, en tant qu’il renie la responsabilité de l’homme, et paralyse toute énergie divine pour la cause de Christ. Nous devons nous rappeler que Celui qui, dans ses conseils éternels, a décrété la fin, est aussi Celui qui a déterminé les moyens ; et si, par incrédulité, ou si, influencés par une vérité partielle, nous nous croisons les bras et négligeons les moyens, il nous mettra de côté et fera accomplir son œuvre par d’autres. Il agira, mais nous perdrons l’honneur, le privilège et la bénédiction d’être ses instruments.

Voyez la scène du chapitre 2 de Marc. Elle est un exemple frappant du grand principe que nous cherchons à inculquer au lecteur. Elle montre la puissance de la foi liée à l’accomplissement de l’œuvre du Seigneur. Si les quatre hommes, dont il est ici question, s’étaient laissé influencer par un sot fatalisme, ils auraient prétendu que c’était inutile de rien faire pour guérir le paralytique — que s’il devait être guéri, il le serait sans leurs efforts. Pourquoi devraient-ils se donner la peine de monter sur la maison, d’en découvrir le toit, et de faire descendre le malade devant Jésus ? Heureusement pour le paralytique, et heureusement pour eux-mêmes, ils ne raisonnèrent pas de la sorte, et quels beaux résultats de leur foi ! Elle réjouit le cœur du Seigneur Jésus ; elle amena le malade au lieu de la guérison, du pardon et de la bénédiction ; elle fut l’occasion d’un déploiement de puissance divine, qui attira l’attention de tous ceux qui étaient présents, et manifesta cette grande vérité que Dieu était sur la terre en la personne de Jésus de Nazareth, guérissant les malades et pardonnant les péchés.

Il n’est pas nécessaire de multiplier les exemples. Toute l’Écriture proclame ce fait, que l’incrédulité met obstacle à notre bénédiction, à notre service ; qu’elle nous prive du rare privilège d’être des instruments honorés de Dieu, et de voir sa main et son Esprit agir au milieu de nous. D’un autre côté, la foi attire la bénédiction, non seulement sur nous-mêmes, mais sur d’autres ; elle glorifie Dieu et lui plaît en ce qu’elle met de côté tout ce qui est de l’homme, pour faire place au déploiement de la puissance divine. Bref, il n’y a aucune limite aux bénédictions dont nous pourrions jouir de la part de notre Dieu, si nos cœurs étaient davantage gouvernés par cette foi simple qui s’attend toujours à Lui, et qu’il aime à honorer. « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Matt. 9:19). Précieuses et encourageantes paroles ! Puissent-elles nous exciter à puiser plus largement dans les ressources inépuisables que nous avons en Dieu ! Il aime à ce qu’on se serve de Lui. Il nous dit : « Ouvre ta bouche toute grande, et je la remplirai » (Ps. 81:10). Nous ne pouvons jamais trop demander au Dieu de toute grâce, qui nous a donné son Fils unique, et qui, avec Lui, nous donnera toutes choses gratuitement.

Mais les enfants d’Israël ne purent croire que Dieu voulût les faire entrer dans le pays ; ils prétendirent monter par leur propre force et, en conséquence, ils furent mis en fuite par leurs ennemis. La présomption et la foi sont deux choses totalement différentes ; la première se termine par la défaite, la seconde obtient une victoire certaine.

« Et nous nous tournâmes, et nous partîmes pour le désert, par le chemin de la Mer Rouge, comme l’Éternel m’avait dit, et nous tournâmes autour de la montagne de Séhir, plusieurs jours ». Il y a une grande beauté morale dans ce petit mot « nous ». Moïse s’unit complètement avec le peuple : Lui, ainsi que Josué et Caleb durent retourner en arrière dans le désert avec l’assemblée incrédule. À vue humaine, cela pouvait sembler dur ; mais il y a toujours bénédiction à se soumettre à la volonté de Dieu, bien que nous ne puissions pas toujours comprendre le pourquoi des choses. Nous n’entendons pas un seul murmure dans la bouche de ces serviteurs de Dieu, lorsqu’ils doivent retourner en arrière dans le désert pour quarante années, quoiqu’ils fussent prêts à entrer au pays. Et comment auraient-ils pu penser à se plaindre, puisque l’Éternel faisait de même, et qu’ils voyaient la nuée du Dieu d’Israël se tourner du côté du désert ? Ainsi la patiente grâce de Dieu leur faisait accepter sans murmure un séjour prolongé dans le désert, et attendre patiemment le moment fixé pour leur entrée dans la terre promise.

Nous recueillons toujours de riches bénédictions lorsque nous nous soumettons humblement à la volonté de Dieu. Nous prenons alors réellement sur nous le joug de Christ, ce qui, comme il nous l’assure lui-même, est le vrai secret du repos (Matt. 11:28, 29).

En quoi consiste ce joug ? En une soumission absolue à la volonté du Père. C’est ce que nous trouvons d’une manière parfaite dans notre adorable Sauveur. Il pouvait dire : « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (Luc 10:21). C’était là pour Lui la chose principale. Cela arrangeait tout. Son témoignage était-il rejeté ? Semblait-il qu’il eût travaillé en vain et dépensé sa force pour le néant ? « Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre ». Tout était bien. Ce qui plaisait au Père lui plaisait. Il n’avait jamais une pensée ou un désir, qui ne fussent en parfait accord avec la volonté de Dieu. C’est pourquoi, comme homme, il jouit toujours d’un repos parfait. Il s’associait aux conseils divins, aussi sa paix coula, du commencement à la fin, sans jamais se troubler.

C’était là le joug de Christ, et c’est ce même joug qu’il nous invite à prendre sur nous, afin que, nous aussi, nous trouvions le repos de nos âmes. Remarquons ces mots : « Vous trouverez le repos ». Nous ne devons pas confondre le repos qu’Il donne avec le repos que nous trouvons.

Quand une âme fatiguée et chargée vient à Jésus avec une foi simple, il lui donne le repos, un repos complet, qui découle de la ferme assurance que tout est fait ; que les péchés sont ôtés à toujours ; qu’une justice parfaite a été accomplie, révélée et accordée ; que toute question a été divinement tranchée et cela pour l’éternité. Dieu est glorifié. Satan est réduit au silence. La conscience est tranquillisée. Tel est le repos que Jésus donne, lorsque nous venons à Lui. Mais ensuite, nous avons à traverser les circonstances de la vie journalière. Il s’y rencontre des épreuves, des difficultés, des luttes, des désappointements de toute espèce. Rien de tout cela ne peut affecter le repos que Jésus donne, mais oui bien, et gravement peut-être, celui que nous devons poursuivre. Les difficultés de la route ne troublent pas la conscience, mais elles peuvent troubler le cœur, elles peuvent nous donner de l’irritation et de l’impatience. Par exemple, je désire aller prêcher à tel endroit, et j’y suis attendu ; mais soudain me voilà retenu chez moi par la maladie ! Cela ne trouble pas ma conscience, mais peut me mettre dans une grande agitation, et me faire m’écrier : « Que c’est ennuyeux ! que c’est désappointant ! Que faut-il faire ? »

Comment le cœur angoissé peut-il être tranquillisé et l’esprit inquiet calmé ? Que me faut-il ? Il me faut du repos. Comment le trouverai-je ? En m’inclinant, et en prenant sur moi le joug précieux de Christ qu’il porta lui-même dans les jours de sa chair ; joug d’une entière soumission à la volonté de Dieu. Il faut que je puisse dire, sans la moindre restriction, et du plus profond de mon cœur : « Ta volonté soit faite, ô Dieu ! » Il faut que j’aie un sentiment si réel de son amour parfait envers moi et de son infinie sagesse dans toutes ses voies à mon égard, que je n’y voudrais rien changer, lors même que je le pourrais, persuadé qu’il vaut mieux pour moi être couché sur un lit de maladie, que prêchant là où j’étais attendu.

Le repos du cœur se trouve en contraste avec l’agitation, dans le simple fait de pouvoir remercier Dieu pour toute chose, quelque contraire qu’elle soit à notre propre volonté et aux plans que nous avions formés. Ce n’est pas le simple assentiment à cette vérité, que « toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (Romains 8:28) ; c’est la réalisation positive du fait divin, qu’une chose, quelle qu’elle soit, que Dieu nous envoie, est certainement la meilleure pour nous. C’est une confiance parfaite dans l’amour, la sagesse, la puissance et la fidélité de Celui qui a bien voulu se charger de tout ce qui nous concerne, pour le temps et pour l’éternité. Nous savons que l’amour fait toujours tout pour le mieux de l’objet aimé. Quel est donc notre bonheur, d’avoir Dieu faisant tout au mieux pour nous ! Quel cœur n’en serait pas satisfait, pour peu qu’il connaisse Dieu !

Mais il faut le connaître, avant que le cœur puisse être satisfait de sa volonté. Ève, dans le jardin d’Éden, tentée par le serpent, devint mécontente de la volonté de Dieu. Elle désira quelque chose qu’il avait défendu, et le diable promit de le lui procurer. Elle pensait que Satan la traiterait mieux que Dieu. Elle crut gagner au change, en se sortant des mains de Dieu pour se placer dans celles de Satan. Il est donc impossible qu’un cœur non renouvelé se soumette à la volonté de Dieu. Si nous sondons le cœur humain, nous n’y trouverons pas une seule pensée qui soit à l’unisson avec la volonté de Dieu. Et même pour l’enfant de Dieu, ce n’est qu’autant qu’il lui est donné, par la grâce de Dieu, de mortifier sa propre volonté, de se compter pour mort, et de marcher par l’Esprit, qu’il peut prendre son plaisir en la volonté de Dieu et rendre grâces pour toutes choses. C’est une des meilleures preuves de la nouvelle naissance, que de pouvoir dire sans la moindre restriction, touchant tous les arrêts de la main de Dieu : « Ta volonté soit faite » (Matt. 26:42). « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (Luc 10:21). Quand le cœur a pris cette attitude, Satan ne peut l’ébranler. C’est une grande chose de pouvoir dire au diable et au monde, — non des lèvres seulement, mais en vérité, et par toute notre vie : « Je suis parfaitement satisfait de la volonté de Dieu ».

Tel est le moyen de trouver le repos, le remède divin contre cet esprit d’ambition inquiète, d’agitation, de mécontentement, qui est si général dans le monde.

Puissions-nous, cher lecteur, rechercher diligemment cet esprit doux et tranquille, qui est d’un grand prix devant Dieu, qui s’incline devant sa volonté et approuve toutes ses voies, quoiqu’il arrive. Alors notre paix coulera comme un fleuve, et le Nom de notre Seigneur Jésus Christ sera glorifié par notre vie et notre conduite.

Avant de quitter ce sujet si éminemment pratique, nous remarquerons encore qu’il y a trois attitudes dans lesquelles l’âme peut être trouvée par rapport aux voies de Dieu : la soumission ; l’acquiescement ; la joie. Si la volonté est brisée, il y a soumission ; lorsque l’intelligence spirituelle est au clair quant au but de Dieu, il y a acquiescement ; et lorsque les affections sont attachées à Dieu lui-même, il y a joie positive. C’est pourquoi nous lisons au chapitre 10 de Luc : « En cette même heure, Jésus se réjouit en esprit et dit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants. Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (vers. 21). Jésus trouvait ses délices à toute la volonté de Dieu. Sa nourriture et son breuvage étaient d’accomplir cette volonté, à tout prix. Dans le service ou dans la souffrance, dans la vie ou dans la mort, il n’eut jamais d’autre motif que la volonté du Père. Il pouvait dire : « Je fais toujours ce qui lui plaît ».

Revenons maintenant à notre chapitre.

« Et l’Éternel me parla, disant : Vous avez assez tourné autour de cette montagne ; dirigez-vous vers le nord ».

La parole de l’Éternel réglait tout. Le peuple n’avait pas à décider ou à combiner ses mouvements. C’était l’affaire de l’Éternel et sa prérogative de tout arranger pour eux ; leur affaire était d’obéir. Il n’est point fait mention ici de la nuée ni de la trompette, — il n’y a que la parole de Dieu et l’obéissance d’Israël.

Rien ne saurait être plus précieux pour un enfant de Dieu, si son cœur est en bon état, que d’être guidé, dans tous ses mouvements, par la volonté de Dieu. Cela lui évite un monde de perplexités. Dans le cas des Israélites, appelés comme ils l’étaient à voyager dans un grand et affreux désert, où il n’y avait pas de routes, c’était une grâce inexprimable d’avoir chacun de leurs mouvements, chacun de leurs pas, chacune de leurs haltes ordonnés par un Guide infaillible. Ils n’avaient pas à s’inquiéter de quoi que ce fût ; l’Éternel dirigeait tout ce qui les concernait ; ils n’avaient qu’à s’attendre à Lui, et à faire ce qu’il leur commandait.

Oui, cher lecteur, un cœur confiant et obéissant est la grande chose. Là où il fait défaut, les raisonnements et la rébellion surgissent immanquablement. Si, lorsque Dieu avait dit : « Vous avez assez tourné autour de cette montagne », Israël eût répondu : « Non, nous voulons y rester encore quelque temps ; nous nous trouvons bien ici, et nous ne désirons pas changer », ou encore, si lorsque Dieu avait dit : « Dirigez-vous vers le nord », ils eussent répondu : « Non, nous préférons aller à l’orient », qu’en serait-il résulté ? ils auraient perdu la présence de Dieu. Qui, dès lors, les aurait guidés, aidés et nourris ? Ils ne pouvaient compter sur Dieu, présent au milieu d’eux, que lorsqu’ils marchaient sur le chemin indiqué par le commandement divin. S’ils préféraient aller où bon leur semblait, ils n’avaient que des désastres à attendre. L’eau découlant du rocher et la manne céleste ne se trouvaient que sur le sentier de l’obéissance.

Nous avons, nous chrétiens, une importante leçon à apprendre de cela. Notre sentier est tracé, jour après jour, par Dieu ; ne nous laissons pas enlever cette assurance bénie par les raisonnements de l’incrédulité. Dieu a promis de nous guider ; ses promesses sont Oui et Amen. À nous de nous approprier cette promesse en toute simplicité de foi. Elle est aussi sûre que possible. Nous ne saurions admettre que les Israélites dans le désert, fussent mieux partagés que le peuple céleste de Dieu, dans son passage à travers ce monde. Comment Israël savait-il de quel côté il devait se diriger ? Par la parole de Dieu. Or nous avons mieux qu’eux ; nous avons à la fois la Parole et l’Esprit de Dieu pour nous guider. À nous appartient le précieux privilège de pouvoir suivre les traces du Fils de Dieu.

N’est-ce point une direction parfaite ? Écoutons ce que nous dit le Seigneur : « Moi, je suis la lumière du monde ; celui qui me suit, ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8:12). Remarquons ces mots : « celui qui me suit ». Il nous a « laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces » (1 Pierre 2:21). Telle est la direction divine. Comment Jésus marchait-il ? Toujours et uniquement d’après le commandement de son Père. C’était ce qui le faisait agir et parler.

Nous sommes appelés à le suivre, et sa propre parole nous assure qu’en le faisant, nous ne marcherons pas dans les ténèbres, mais que nous aurons la lumière de la vie. Précieuse parole, « la lumière de la vie ! » « Les ténèbres s’en vont et la vraie lumière luit déjà » (1 Jean 2:8), et nous avons le privilège de pouvoir marcher dans la lumière resplendissante qui luit sur le sentier du Fils de Dieu. Se trouve-t-il là matière à hésitation, à incertitude, à perplexité ? Comment cela se pourrait-il, si nous le suivons ? Ces deux choses ne vont pas ensemble.

Cela ne veut pas dire, remarquons-le bien, que nous ayons une parole spéciale de l’Écriture pour diriger chaque détail de notre conduite. Je ne puis, par exemple, espérer trouver un passage de la Bible, ou entendre une voix du ciel, me disant d’aller dans telle ou telle ville et d’y rester plus ou moins longtemps. Comment donc puis-je être au clair à cet égard ? La réponse est : Attends-toi à Dieu en toute sincérité de cœur, et il rendra ton sentier lumineux. C’était ce que faisait Jésus, et si nous le suivons, nous ne marcherons pas dans les ténèbres : « Je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » (Ps. 32:8), est une promesse des plus précieuses, mais pour en profiter il faut que nous soyons assez près du Seigneur, pour apercevoir les mouvements de son œil ; assez intimes avec Lui pour en comprendre la signification.

Combien de difficultés disparaîtraient dans les détails de notre vie journalière, que de doutes seraient éclaircis, si nous attendions la direction divine au lieu d’essayer d’agir sans elle. Si je n’ai pas de lumière pour avancer, mon devoir est de rester tranquille. Nous ne devrions jamais nous mouvoir dans l’incertitude. Souvent nous nous tourmentons, pour savoir si nous devons aller ou agir, quand Dieu veut que nous restions tranquilles et ne fassions rien. Nous consultons Dieu, mais nous ne recevons pas de réponse ; nous demandons conseil à nos amis ; ils ne peuvent nous aider, car c’est une question entre notre âme et le Seigneur. Nous voilà donc plongés dans le doute et l’anxiété, simplement parce que l’œil n’est pas simple, parce que nous ne suivons pas Jésus, « la lumière du monde ». C’est un principe certain dans la vie divine, que si nous suivons Jésus, nous aurons la lumière de la vie. Il l’a dit, et, pour la foi, cela suffit.

Nous sommes donc parfaitement en droit de conclure que Celui qui guida son peuple terrestre dans ses courses à travers le désert, peut et veut guider maintenant son peuple céleste en tout et partout. Prenons donc garde de ne pas vouloir faire notre propre volonté ou suivre nos propres plans. « Ne soyez pas comme le cheval, comme le mulet, qui n’ont pas d’intelligence, dont l’ornement est la bride et le mors pour les refréner quand ils ne veulent pas s’approcher de toi » (Ps. 32:9). Que ce soit notre plus cher désir de marcher sur les traces de Celui qui ne se complaisait pas à lui-même, mais se mouvait toujours dans le courant de la volonté divine et n’agissait jamais sans cette autorité ; qui, bien que Lui-même Dieu béni éternellement, abdiqua complètement sa volonté comme homme, et trouva sa nourriture à faire celle de son Père. C’est ainsi que nos cœurs et nos esprits seront gardés dans une paix parfaite, et que nous pourrons avancer, jour après jour, d’un pas ferme, sur le sentier tracé pour nous par notre Guide divin qui, non seulement, comme Dieu, en connaît chaque pas, mais qui, comme homme, l’a foulé avant nous, et nous a laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces. Puissions-nous le suivre plus fidèlement en toutes choses, avec l’aide du Saint Esprit, qui habite en nous !

 

Nous attirerons maintenant l’attention du lecteur sur un sujet d’un profond intérêt, qui occupe une grande place dans l’Ancien Testament, et qui figure tout particulièrement dans ce chapitre ; — c’est le sujet du gouvernement de Dieu sur le monde et sur les nations de la terre. Il est de toute importance de nous rappeler, que Celui que nous connaissons comme notre Dieu et notre Père, prend un intérêt réel et personnel dans les affaires des nations et prend connaissance de leurs actes et de leurs procédés les unes envers les autres.

Il est vrai que tout cela est en rapport immédiat avec Israël et la Palestine, comme nous le voyons au chap. 32, vers. 8 de notre livre : « Quand le Très-haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël ». Israël était et sera encore le centre terrestre pour Dieu ; c’est un fait des plus intéressants, que, dès le commencement, comme nous le voyons au chapitre 10 de la Genèse, le Créateur et Gouverneur du monde forma les nations et établit leurs bornes, en rapport direct avec la postérité d’Abraham, et l’étroite bande de pays qu’ils doivent posséder en vertu de l’alliance éternelle faite avec leurs pères.

Mais dans notre chapitre, nous voyons l’Éternel, dans sa justice et sa fidélité, s’interposant pour protéger trois nations distinctes contre les empiétements de son peuple élu. Il dit à Moïse : « Commande au peuple, disant : Vous allez passer par les confins de vos frères, les fils d’Ésaü, qui habitent en Séhir, et ils auront peur de vous ; et soyez bien sur vos gardes ; vous n’engagerez pas de lutte avec eux, car je ne vous donnerai rien de leur pays, pas même de quoi poser la plante du pied, car j’ai donné la montagne de Séhir en possession à Ésaü. Vous achèterez d’eux la nourriture à prix d’argent, et vous la mangerez ; et l’eau aussi, vous l’achèterez d’eux à prix d’argent, et vous la boirez ».

Les Israélites auraient pu s’imaginer qu’ils n’avaient qu’à s’emparer du pays des Édomites, mais ils doivent apprendre que le Dieu souverain est le Gouverneur des nations, que toute la terre lui appartient, et qu’il la partage selon son bon plaisir.

C’est là un fait magnifique, mais dont, en général, les empereurs, les rois, les princes, les gouverneurs, les hommes d’état ne s’inquiètent guère. Ils oublient que Dieu s’intéresse aux affaires des nations ; qu’il distribue les royaumes, les provinces et les pays, comme il le juge bon. Il leur semble qu’il ne s’agit que de leurs conquêtes militaires, comme si Dieu n’avait rien à faire avec la question des frontières des nations et des possessions territoriales. C’est en quoi ils se trompent gravement. Ils ne comprennent pas la signification et la force de cette simple sentence : « J’ai donné la montagne de Séhir en possession à Ésaü ». Dieu ne renoncera jamais à ses droits à cet égard. Il ne permit pas à Israël de toucher à quoi que ce fût qui appartînt à Ésaü. Ils devaient payer comptant tout ce dont ils avaient besoin, et passer outre. Le carnage et le pillage ne devaient pas être pratiqués sans autorisation par le peuple de Dieu.

Remarquez la touchante raison de tout cela : « Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni dans toute l’œuvre de ta main ; il a connu ta marche par ce grand désert ; pendant ces quarante ans l’Éternel, ton Dieu, a été avec toi ; tu n’as manqué de rien » (vers. 7). Ils pouvaient donc bien laisser Ésaü en paix, ainsi que ses possessions. Ils étaient les objets des plus tendres soins de l’Éternel qui s’enquérait de chacun de leurs pas dans ce pénible désert. Il s’était chargé de tous leurs besoins. Il allait leur donner le pays de Canaan, selon sa promesse à Abraham ; mais la même main, qui leur donnait Canaan, avait donné la montagne de Séhir à Ésaü.

Nous voyons exactement la même chose par rapport à Moab et aux fils d’Ammon. « Et l’Éternel me dit : Tu n’attaqueras pas Moab, et tu ne te mettras pas en guerre avec eux ; car je ne te donnerai rien de leur pays en possession, car j’ai donné Ar en possession aux fils de Lot » (vers. 9). Et de nouveau : « Et tu t’approcheras vis-à-vis des fils d’Ammon ; tu ne les attaqueras pas, et tu n’engageras pas de lutte avec eux, car je ne te donnerai rien du pays des fils d’Ammon en possession, parce que je l’ai donné en possession aux fils de Lot » (vers. 19).

Les possessions dont il est fait mention ici avaient été autrefois entre les mains des géants, mais Dieu avait trouvé bon de donner ces territoires aux enfants d’Ésaü et de Lot ; c’est pourquoi il avait exterminé ces géants, car rien ne saurait s’opposer aux conseils divins. « Ce pays est aussi réputé pays des Rephaïm ; les Rephaïm y habitaient auparavant… peuple grand et nombreux, et de haute stature comme les Anakim ; mais l’Éternel les détruisit devant eux, et ils les dépossédèrent et habitèrent à leur place ; comme il fit pour les fils d’Ésaü, qui habitent en Séhir, lorsqu’il détruisit les Horiens devant eux, et qu’ils les dépossédèrent ; et ils ont habité à leur place jusqu’à ce jour » (vers. 20-22).

Ainsi donc Israël n’osa pas toucher aux possessions de ces trois nations, les Édomites, les Ammonites et les Moabites. Mais, au verset 24, nous voyons une chose toute différente pour le cas des Amoréens. « Levez-vous, partez, et passez le torrent de l’Arnon. Regarde, j’ai livré en ta main Sihon, roi de Hesbon, l’Amoréen, et son pays : commence, prends possession, et fais-lui la guerre ».

Le grand principe de ces diverses instructions à Israël, c’est que la Parole de Dieu doit tout diriger pour son peuple. Israël n’avait pas à demander pourquoi il devait respecter les possessions d’Ésaü et de Lot, et s’emparer de celles de Sihon ; il n’avait qu’à obéir. Dieu peut agir comme il lui plaît. Son œil plane sur l’univers et l’embrasse dans son entier, et il n’a point abandonné la terre. Ainsi que nous le dit l’apôtre, dans son discours à Athènes : « Il est Seigneur du ciel et de la terre », et « il a fait d’un seul sang toutes les races des hommes pour habiter sur toute la face de la terre, ayant déterminé les temps ordonnés et les bornes de leur habitation ». Et plus loin : « Il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Actes 17:26, 31).

Nous avons ici une vérité importante, que les hommes de tout rang et de toute condition devraient prendre en considération : Dieu est le Gouverneur de toute la terre. Il ne rend pas compte de ses affaires. Il abaisse l’un et élève l’autre. Les royaumes, les trônes, les gouvernements sont tous entre ses mains. Il agit comme il lui plaît dans l’organisation des affaires humaines. Mais, en même temps, il veut que les hommes soient responsables de leurs actes dans les diverses positions où sa providence les a placés. Celui qui gouverne et celui qui est gouverné, les rois, les magistrats, les juges, toutes les classes et tous les degrés des hommes auront, tôt ou tard, à rendre compte à Dieu. Chacun, comme s’il était seul, aura à paraître devant le tribunal de Dieu, pour y passer en revue toute sa vie, du commencement à la fin. Chaque acte, chaque parole, chaque secrète pensée s’y verra avec une pleine clarté. On ne pourra échapper en se cachant dans la foule. La Parole déclare que « chacun sera jugé selon sa conduite ». Ce sera un jugement individuel, impartial et scrutateur, en un mot, divin et, par conséquent, parfait. Rien ne sera oublié. « De toute parole oiseuse qu’ils auront dite, les hommes rendront compte au jour du jugement » (Matt. 12:36). Les rois, les gouverneurs et les magistrats devront rendre compte de la manière dont ils auront fait usage de l’autorité qui leur a été confiée, et des trésors qui ont passé entre leurs mains. Les nobles et les riches de ce monde, qui ont dépensé leur temps et leur argent en folies, en conforts et en vanités, auront à en rendre compte devant le trône du Fils de l’homme, dont les yeux sont comme une flamme de feu pour lire jusqu’au fond des cœurs, et les pieds comme de l’airain pour écraser sans miséricorde tout ce qui est opposé à Dieu.

L’incrédulité moqueuse demandera peut-être : « Comment est-il possible que les millions incalculables des êtres de la race humaine trouvent place devant le tribunal de Dieu ? Et comment aurait-on le temps nécessaire pour entrer si minutieusement dans tous les détails de l’histoire de chaque homme ? » La foi répond : « Dieu dit qu’il en sera ainsi, et cela suffit », et quant au « Comment ? » la réponse est : « Dieu ! l’infini, l’éternité ! » Faites paraître Dieu, toutes les questions cessent et toutes les difficultés disparaissent en un instant. De fait, la réponse par excellence à toutes les objections des incrédules, des sceptiques, des rationalistes et des matérialistes, est ce seul mot : « Dieu ! »

Nous insistons sur ce point auprès du lecteur, non pas certes pour qu’il soit capable de répondre aux incrédules, mais pour le repos et la joie de son propre cœur. Pour ce qui concerne les incrédules, nous sommes toujours plus persuadés que ce que nous avons de mieux à faire à leur égard est, selon le conseil de notre Seigneur en Matt. 15:14, de les « laisser ». Il est parfaitement inutile de discuter avec des hommes qui méprisent la parole de Dieu, et qui n’ont pas d’autre base pour s’appuyer que leurs raisonnements charnels. En revanche, nous croyons qu’il est de la plus grande importance que le cœur se repose avec la simplicité d’un enfant, sur la vérité de la parole de Dieu. « Aura-t-il dit, et ne le fera-t-il pas ? aura-t-il parlé, et ne l’accomplira-t-il pas ? » (Nomb. 23:19).

Tel est le précieux refuge de la foi, le port paisible où l’âme peut s’abriter contre tous les courants tumultueux des pensées humaines. « La parole du Seigneur demeure éternellement. Or c’est cette parole qui vous a été annoncée » (1 Pierre 1:25). Rien ne peut atteindre la parole de notre Dieu. Elle est établie à toujours dans les cieux, et tout ce qu’il nous faut, c’est de la tenir serrée dans nos cœurs comme le trésor que nous avons reçu de Dieu.

Qu’il en soit ainsi, Seigneur, afin que ton Nom soit glorifié en toutes choses par notre moyen !

 

5                    Chapitre 3

« Et nous nous tournâmes, et nous montâmes par le chemin de Basan ; et Og, le roi de Basan, sortit à notre rencontre, lui et tout son peuple, à Édréhi, pour livrer bataille. Et l’Éternel me dit : Ne le crains pas, car je l’ai livré en ta main, lui et tout son peuple, et son pays ; et tu lui feras comme tu as fait à Sihon, roi des Amoréens, qui habitait à Hesbon. Et l’Éternel, notre Dieu, livra aussi en notre main Og, le roi de Basan, et tout son peuple ; et nous le battîmes jusqu’à ne pas lui laisser un réchappé. Et nous prîmes toutes ses villes, en ce temps-là ; il n’y eut point de ville que nous ne leur prissions : soixante villes, toute la région d’Argob, le royaume d’Og, en Basan ; toutes ces villes-là étaient fortifiées avec de hautes murailles, des portes et des barres, outre les villes ouvertes, en fort grand nombre ; et nous les détruisîmes entièrement, comme nous avions fait à Sihon, roi de Hesbon, détruisant toutes les villes, hommes, femmes, et enfants. Et nous pillâmes pour nous toutes les bêtes, et le butin des villes » (vers. 1-7).

Les ordres divins concernant Og, roi de Basan, étaient précisément les mêmes que ceux donnés au chapitre précédent au sujet de Sihon, roi des Amoréens. Pour comprendre ces ordres, nous devons les considérer à la lumière du gouvernement de Dieu, — sujet peu compris, quoique d’une haute importance pratique. Il faut savoir distinguer la grâce, du gouvernement. Lorsque nous contemplons Dieu en gouvernement, nous le voyons déployant sa puissance en justice, punissant les méchants, se vengeant de ses ennemis, renversant les empires et les trônes, détruisant les cités, balayant les nations, les tribus et les peuples. Nous le voyons commander à son peuple de passer au fil de l’épée les hommes, les femmes et les enfants, de mettre le feu à leurs maisons, et de réduire en cendres leurs villes.

Nous l’entendons aussi adresser au prophète Ézéchiel ces remarquables paroles : « Fils d’homme, Nebucadretsar, roi de Babylone, a fait travailler son armée à un grand travail contre Tyr : toute tête en est devenue chauve, et toute épaule en a été écorchée ; et il n’a eu de Tyr aucun salaire, ni pour lui, ni pour son armée, pour le travail qu’il a fait contre elle. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je donne à Nebucadretsar, roi de Babylone, le pays d’Égypte ; et il en enlèvera la multitude, il en emportera le butin, et en fera le pillage ; et ce sera le salaire de son armée. En récompense de son travail contre Tyr, je lui ai donné le pays d’Égypte, parce qu’ils ont travaillé pour moi, dit le Seigneur, l’Éternel » (Ézé. 29:18-20).

Ce passage remarquable place devant nous un sujet qui se retrouve dans tout l’Ancien Testament, et qui exige toute notre attention. Dans les cinq livres de Moïse, les livres historiques, les Psaumes et les Prophètes, nous voyons l’Esprit nous donner les détails les plus précis sur les actes de Dieu en gouvernement. Nous avons le déluge aux jours de Noé, où toute la terre, à l’exception de huit personnes, fut détruite par un acte du gouvernement divin. Les hommes, les femmes, les enfants, les animaux à quatre pieds, les oiseaux et les reptiles furent tous entraînés et engloutis sous les flots du juste jugement de Dieu.

Puis, aux jours de Lot, nous voyons les villes de la plaine, avec tous leurs habitants, hommes, femmes et enfants, détruites en quelques heures par la main du Tout-Puissant, et ensevelies sous les eaux de la Mer Morte ; ces villes coupables, « Sodome et Gomorrhe, et les villes d’alentour, s’étant abandonnées à la fornication de la même manière que ceux-là, et étant allées après une autre chair, sont là comme exemple, subissant la peine d’un feu éternel » (Jude 7).

Ensuite, les pages inspirées nous montrent les sept nations de Canaan, hommes, femmes et enfants, livrées entre les mains d’Israël pour être exterminées sans miséricorde, et sans qu’une seule personne échappât.

Le temps nous manquerait pour la simple indication de tous les passages des Écritures, qui mettent devant nos yeux les actes solennels du gouvernement divin. Nous les retrouvons de la Genèse à l’Apocalypse, — du déluge à la destruction finale du monde actuel.

Sommes-nous capables de comprendre ces voies de Dieu en gouvernement ? Avons-nous le droit de les juger ? Sommes-nous à même de sonder les profonds et terribles mystères de la Providence ? Pouvons-nous — devons-nous expliquer pourquoi des enfants innocents sont enveloppés dans le jugement de leurs parents coupables ? L’incrédulité impie peut se moquer de ces choses ; la sentimentalité peut s’y achopper, mais le vrai croyant, le lecteur respectueux de la Sainte Écriture, résoudra toutes ces questions par cette autre question si simple et si sûre : « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Gen. 18:25).

C’est la seule manière de répondre à de telles questions. Si nous admettons que l’homme peut juger les voies de Dieu, qu’il peut se permettre de décider de ce qui est digne de Dieu et de ce qui ne l’est pas, alors vraiment nous avons perdu le sentiment de ce qu’est Dieu. Or c’est précisément là le but de Satan. Pour éloigner nos cœurs de Dieu, il pousse les hommes à raisonner, à questionner et à spéculer sur des choses qui sont aussi au-dessus de leur portée que les cieux sont au-dessus de la terre. Pouvons-nous comprendre Dieu ? Si nous le pouvions, nous serions nous-mêmes Dieu.

Il est absurde et impie, tout à la fois, que de pauvres mortels osent discuter les conseils, les actes et les voies du tout puissant Créateur, du sage Gouverneur de l’univers. Tôt ou tard, ils reconnaîtront leur fatale erreur. Il serait bon que tous les sophistes prissent garde à cette grave question de l’apôtre : « Mais plutôt, toi, ô homme, qui es-tu, qui contestes contre Dieu ? La chose formée dira-t-elle à celui qui l’a formée : Pourquoi m’as-tu ainsi faite ? Le potier n’a-t-il pas pouvoir sur l’argile pour faire de la même masse un vase à honneur et un autre à déshonneur ? » (Rom. 9:20-21).

Telle est la méthode divine de répondre à tous les « comment » et « pourquoi » du raisonnement incrédule. Si le potier a pouvoir sur le morceau d’argile qu’il tient dans sa main, — fait que personne ne songerait à nier, — combien plus le Créateur de toutes choses a-t-il pouvoir sur les créatures que sa main a formées. Les hommes peuvent spéculer indéfiniment sur les raisons pour lesquelles Dieu a permis au péché d’entrer dans le monde, et au serpent de tenter Ève, au lieu de le détruire lui et ses anges, ou de préserver Ève de manger le fruit défendu, etc. En un mot, les « pourquoi » et les « comment » sont sans fin, mais la réponse est une : « Qui es-tu, ô homme, qui contestes contre Dieu ? » Quelle monstruosité ! un pauvre ver de terre ose porter un jugement sur les conseils et sur les voies de l’Éternel Dieu ! Quelle présomptueuse folie ! une créature, dont l’intelligence est aveuglée par le péché, et par conséquent totalement incapable de juger sainement les choses divines, prétend savoir comment Dieu aurait dû agir, dans tel ou tel cas ! Il est à craindre que des milliers qui raisonnent maintenant avec une habileté apparente contre la vérité de Dieu, ne reconnaissent leur fatale erreur, lorsqu’il sera trop tard pour la réparer.

Quant à ceux qui, loin de faire cause commune avec les incrédules, sont néanmoins tourmentés de doutes et de craintes au sujet de quelques-unes des voies de Dieu en gouvernement et sur la solennelle question des peines éternelles (*), nous leur recommandons la lecture et l’étude attentive du Psaume 131. « Éternel ! mon cœur n’est pas hautain, et mes yeux ne s’élèvent pas, et je n’ai pas marché en des choses trop grandes et trop merveilleuses pour moi. N’ai-je pas soumis et fait taire mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère ? Mon âme est en moi comme l’enfant sevré ».

 

(*) Nous nous permettons ici quelques remarques sur le sujet si solennel des peines éternelles, vu que tant de chrétiens, en tous lieux, ne sont pas au clair sur ce sujet. Il y a, nous le croyons, trois considérations qui, dûment pesées, fixeront le chrétien quant à cette doctrine.

1. On trouve dans le Nouveau testament 70 passages avec le mot « éternel » (aiônios). Ce mot est appliqué à la vie que les croyants possèdent ; aux demeures dans lesquelles ils seront reçus ; à la gloire dont ils jouiront ; il s’applique à Dieu (Rom. 16:26) ; au salut, dont le Seigneur Jésus est l’auteur ; à la rédemption qu’il a obtenue pour nous ; et à l’Esprit

Parmi ces 70 passages, que le lecteur peut vérifier au moyen d’une concordance grecque, il y en a sept où ce même mot est appliqué aux châtiments des méchants ; aux jugements qui les atteindront ; au feu qui les consumera.

Or il s’agit de savoir d’après quels principes ou quelle autorité l’on peut dire que dans ces sept passages-là le mot aiônos ne signifie pas éternel, mais bien dans les 63 autres ? Cette assertion est sans fondement aucun, et indigne de l’attention d’un esprit sérieux. Nous admettons que si le Saint Esprit eût jugé convenable d’employer un autre mot pour parler du jugement des méchants, la raison demanderait que nous prenions ce fait en considération. Mais non, il emploie le même mot invariablement, de sorte que si nous nions les peines éternelles, nous devons nier la vie éternelle, la gloire éternelle, un Esprit éternel, un Dieu éternel, en un mot tout ce qui est éternel. Si le châtiment n’est pas éternel, rien ne sera éternel selon cet argument. Toucher à cette pierre de voûte de la Révélation divine, c’est faire crouler le tout. C’est justement ce que Satan cherche à faire. Nous sommes convaincus que nier la vérité des peines éternelles, c’est faire le premier pas sur la pente qui conduit au scepticisme universel.

2. Notre seconde considération est dérivée de la grande vérité de l’immortalité de l’âme. Nous lisons au chapitre second de la Genèse que l’Éternel Dieu forma l’homme poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie, et l’homme devint une âme vivante (vers. 7). Ce passage fût-il le seul, c’est sur lui comme sur un rocher inébranlable que nous basons la grande vérité de l’immortalité de l’âme humaine. La chute de l’homme ne changea rien à cela. Innocente ou coupable, convertie ou non convertie, l’âme doit vivre à toujours.

La question solennelle est celle-ci : Où doit-elle vivre ? Dieu ne peut tolérer le péché en sa présence. Il a les yeux trop purs pour voir le mal (Habakuk 1:13). Par conséquent, si un homme meurt dans ses péchés, sans s’être repenti, sans avoir été lavé, et pardonné, il ne peut venir là où Dieu se trouve ; ce serait même le dernier endroit où il désirerait aller. Il ne reste rien pour lui qu’une éternité sans fin, dans l’étang ardent de feu et de soufre.

3. Enfin, nous croyons que la doctrine des peines éternelles est liée étroitement au caractère infini de la rédemption. Si rien moins qu’un sacrifice infini ne pouvait nous délivrer des conséquences du péché, ces conséquences doivent être éternelles. Cette considération n’aura peut-être pas grand poids auprès de certaines personnes, mais, pour nous, la force en est irrésistible. Nous devons mesurer le péché et ses conséquences, de la même manière que l’amour divin et ses résultats ; non à la mesure des sentiments humains ou de la raison humaine, mais uniquement à celle de la croix de Christ.

 

Lorsque le cœur a savouré, en quelque mesure, ces touchantes expressions, il peut retirer un vrai profit des paroles de l’apôtre en 2 Cor. 10:4 « Car les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée captive à l’obéissance du Christ ».

Les philosophes et les libres-penseurs souriraient de mépris, sans doute, à l’idée de traiter aussi simplement une question aussi grave. Mais cela importe peu au jugement du disciple de Christ. Le même apôtre inspiré dispose en fort peu de mots, de toute la sagesse et de toute la science de ce monde. Il dit : « Que personne ne s’abuse soi-même : si quelqu’un parmi vous a l’air d’être sage dans ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » ; car il est écrit : « Celui qui prend les sages dans leurs ruses », et encore : « Le Seigneur connaît les raisonnements des sages, qu’ils sont vains » (1 Cor. 3:18-20). Et encore : « Il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’annulerai l’intelligence des intelligents ». Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? Car, puisque dans la sagesse de Dieu, le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu, il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient (1 Cor. 1:19-21).

Il faut donc que l’homme reconnaisse qu’il n’est qu’un fou, et que toute la sagesse du monde est folie. Vérité humiliante, mais salutaire ! Humiliante, parce qu’elle met l’homme à sa vraie place salutaire, précieuse même, parce qu’elle met en scène la sagesse de Dieu. On parle beaucoup de nos jours de science, de philosophie et d’érudition. « Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? »

Saisissons-nous bien le sens de ces mots ? Il est à craindre qu’ils ne soient que peu compris. Il ne manque pas d’hommes qui voudraient nous persuader que la science a de beaucoup dépassé la Bible. Malheur à cette science et à ceux qui l’écoutent ! Si elle est allée plus loin que la Bible, où est-elle allée ? Du côté de Dieu, de Christ, du ciel, de la sainteté, de la paix, ou dans une direction tout à fait opposée ? Et où tout cela finira-t-il ? (*)

 

(*) Il faut distinguer entre la véritable science et la « science faussement ainsi nommée ». En outre, nous devons faire la différence entre les faits de la science et les conclusions des savants. Les faits sont ce que Dieu a fait et fait encore ; mais, lorsque les hommes se mettent à tirer leurs conclusions de ces faits, ils commettent les plus graves erreurs.

Toutefois, c’est un soulagement pour le cœur de penser qu’il y a un grand nombre de savants, qui donnent à Dieu sa vraie place et qui aiment notre Seigneur Jésus Christ en sincérité.

 

« Le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu ». Qu’est-ce que la philosophie de la Grèce faisait pour ses disciples ? Elle en faisait d’ignorants adorateurs d’« UN DIEU INCONNU ». L’inscription même qui était sur leur autel proclamait à tout l’univers leur ignorance et leur honte.

Revenons à notre chapitre. Depuis le verset 7 à 20, Moïse rappelle aux enfants d’Israël l’histoire de leurs conquêtes sur les deux rois des Amoréens, et les faits concernant l’héritage des deux tribus et demie en deçà du Jourdain. À cet égard, il est intéressant de remarquer qu’il ne dit nullement si ces tribus eurent tort ou raison en choisissant leurs possessions en dehors du pays de la promesse. D’après le récit qui en est fait ici, on ne peut même pas savoir si les deux tribus et demie exprimèrent un désir dans cette affaire. Nouvelle preuve que notre Livre n’est pas une répétition des précédents.

Voici ces paroles : « Et nous prîmes possession de ce pays-là, en ce même temps. Depuis Aroër, qui est sur le torrent de l’Arnon, la moitié de la montagne de Galaad, et ses villes, je les donnai aux Rubénites et aux Gadites ; et le reste de Galaad, et tout Basan, le royaume d’Og, je le donnai à la demi-tribu de Manassé Et je donnai Galaad à Makir. Et aux Rubénites et aux Gadites je donnai depuis Galaad jusqu’au torrent de l’Arnon, le milieu du torrent et ce qui y confine, et jusqu’au torrent du Jabbok, frontière des fils d’Ammon… Et, en ce temps-là, je vous commandai, disant : L’Éternel, votre Dieu, vous a donné ce pays pour le posséder ; vous passerez équipés devant vos frères, les fils d’Israël, vous tous, les hommes valides. Seulement, vos femmes, et vos enfants, et vos troupeaux — je sais que vos troupeaux sont nombreux — demeureront dans vos villes que je vous ai données, jusqu’à ce que l’Éternel ait donné du repos à vos frères comme à vous, et qu’eux aussi possèdent le pays que l’Éternel, votre Dieu, leur donne au-delà du Jourdain ; alors vous retournerez chacun dans sa possession, que je vous ai donnée » (vers. 12-20).

Dans notre étude du livre des Nombres, nous nous sommes arrêtés sur certains faits en rapport avec l’établissement des deux tribus et demie, prouvant qu’elles n’étaient pas à la hauteur de la pensée de Dieu en choisissant leur héritage en deçà du Jourdain. Mais, dans le passage que nous venons de citer, il n’est pas fait allusion à ce côté de la question, parce que le but de Moïse est de placer devant la congrégation l’excessive bonté, la sollicitude et la fidélité de Dieu en leur accordant de si éclatantes victoires sur les Amoréens, et en les mettant en possession de belles contrées qui leur convenaient si bien. Par là il posait la base des droits qu’avait l’Éternel à leur obéissance, et nous pouvons sans peine apprécier la beauté morale du fait que, dans ce résumé, la question de savoir si les tribus de Ruben et de Gad et la demi-tribu de Manassé eurent tort dans leur choix, est mise de côté.

Grâces à Dieu, sa Parole n’a pas besoin d’apologistes humains. Elle parle pour elle-même et porte avec elle ses preuves, de sorte que nous pouvons dire d’elle ce que l’apôtre disait de son évangile, que « s’il est voilé, il est voilé en ceux qui périssent, en lesquels le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules, pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ, qui est l’image de Dieu, ne resplendît pas pour eux » (2 Cor. 4:3-4). Nous sommes toujours plus convaincus que la meilleure manière de répondre aux attaques des incrédules contre la Bible, est d’avoir nous-mêmes une foi plus entière en son autorité et en sa puissance divine, et de nous en servir comme étant parfaitement assurés de sa vérité et de sa valeur.

Arrêtons-nous maintenant quelque peu sur les derniers versets de notre chapitre : « Et je commandai à Josué en ce temps-là, disant : Tes yeux ont vu tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait à ces deux rois ; l’Éternel fera ainsi à tous les royaumes où tu vas passer. Ne les craignez pas ; car l’Éternel, votre Dieu, est celui qui combat pour vous » (vers. 21, 22).

Le souvenir des dispensations du Seigneur envers nous dans le passé devrait fortifier notre confiance pour l’avenir. Celui qui avait accordé à son peuple une si éclatante victoire sur les Amoréens, qui avait détruit un ennemi aussi formidable que Og, roi de Basan, qui avait mis entre leurs mains tout le pays des géants, que ne pouvait-il faire pour eux ? Il était peu probable qu’ils rencontrassent au pays de Canaan un ennemi plus redoutable que cet homme, dont le lit de fer était de si énormes dimensions que Moïse en fait la remarque (vers. 11). Mais qu’était-il en la présence de son Créateur ? Les géants et les nains sont égaux devant Lui. Le grand point est d’avoir Dieu lui-même devant nos yeux ; alors les difficultés disparaissent. C’est là le vrai secret de la paix et du progrès. « Tes yeux ont vu tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait ». Or ce qu’il a fait, il le fera encore. Il a délivré, il délivre et il délivrera. Le passé, le présent et l’avenir sont tous marqués par des délivrances divines.

Lecteur, es-tu dans les difficultés ? T’attends-tu, le cœur tremblant, à quelque terrible malheur ? Es-tu peut-être comme l’apôtre Paul, en Asie : « excessivement chargé, au-delà de notre force, de sorte que nous avons désespéré même de vivre ? » (2 Cor. 1:8). S’il en est ainsi, accepte une parole d’encouragement : « Ne crains point, crois seulement ». Il ne fait jamais défaut au cœur qui se confie en Lui. Fais usage des ressources qui sont en Lui pour toi. Place-toi, avec tes craintes, tes anxiétés, ta famille, entre ses mains ; en un mot, remets-lui tout.

À quoi sert de mettre vos difficultés, entre Ses mains, si, l’instant d’après, vous les reprenez dans les vôtres ? C’est ce que nous faisons souvent. Quand nous sommes dans une épreuve quelconque, nous allons à Dieu par la prière ; nous jetons sur Lui notre fardeau et paraissons soulagés. Mais, hélas pas plus tôt avons-nous fini de prier, que nous recommençons à voir les difficultés, à mesurer l’épreuve, à nous arrêter à toutes les circonstances pénibles, jusqu’à ce que tout soit de nouveau confus à nos yeux.

Cela déshonore Dieu, et nous laisse naturellement malheureux et non soulagés. Dieu veut que nos cœurs soient aussi libres de soucis que nos consciences de péché. Il nous dit : « Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ». Et qu’arrivera-t-il alors ? « La paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4:6, 7).

De cette manière Moïse cherchait à encourager son compagnon et son successeur, Josué, dans toute l’œuvre qu’il plaçait devant lui. De même aussi, l’apôtre Paul encourageait son cher fils et frère Timothée à se fortifier dans la grâce qui est en Jésus Christ, à s’en remettre en toute assurance à l’autorité, à l’enseignement, à la direction des Saintes Écritures ; puis, armé et équipé de la sorte, à se mettre à l’œuvre à laquelle il était appelé. De même aussi, l’écrivain et le lecteur de ces lignes peuvent s’encourager mutuellement, dans nos jours de difficultés croissantes, à s’attacher avec une foi simple à cette Parole qui subsiste à toujours.

Les versets qui terminent notre chapitre nous racontent un épisode touchant entre Moïse et son Seigneur. Le récit que nous en trouvons ici, est en accord parfait avec le caractère du Livre. « Et en ce temps-là, je suppliai l’Éternel, disant : Seigneur Éternel ! tu as commencé à faire voir à ton serviteur ta grandeur et ta main forte, car quel est le Dieu, dans les cieux et sur la terre, qui fasse des œuvres comme tes œuvres et selon ta force ? Que je passe, je te prie, et que je voie ce bon pays qui est au-delà du Jourdain, cette bonne montagne, et le Liban. — Et l’Éternel fut irrité contre moi à cause de vous, et il ne m’écouta point ; et l’Éternel me dit : C’est assez, ne me parle plus de cette affaire. Monte au sommet du Pisga, et élève tes yeux vers l’occident, et vers le nord, et vers le midi, et vers le levant, et regarde de tes yeux ; car tu ne passeras pas ce Jourdain. Mais commande à Josué, et fortifie-le et affermis-le car lui, passera devant ce peuple, et lui, les mettra en possession du pays que tu verras » (vers. 23-28).

Il est bien émouvant d’entendre ici cet éminent serviteur de Dieu faire une requête qui ne pouvait lui être accordée. Il désirait voir ce bon pays au-delà du Jourdain. La portion choisie par les deux tribus et demie ne pouvait satisfaire son cœur. Il souhaitait poser son pied sur l’héritage même d’Israël. Mais cela ne devait pas être. Il avait parlé légèrement de ses lèvres en Meriba et, par une dispensation solennelle et irrévocable du gouvernement divin, il lui fut interdit de traverser le Jourdain.

Ce fidèle serviteur de Dieu répète tout cela au peuple. Il ne leur cache pas le fait que l’Éternel avait refusé de lui accorder sa requête. Il est vrai qu’il leur rappelle que c’était à cause d’eux ; il fallait, moralement, qu’ils l’entendissent. Mais il leur dit, sans la moindre réserve, que l’Éternel était fort irrité contre lui, refusait de l’écouter et de lui permettre de traverser le Jourdain, et lui ordonnait même de résigner sa charge et de nommer son successeur.

Rien n’est plus édifiant que d’entendre cela de la bouche de Moïse lui-même ; et une précieuse leçon pour nous. Nous trouvons souvent très difficile d’avouer que nous avons fait ou dit quelque chose de mal et de reconnaître devant nos frères que, dans un cas donné, nous n’avons pas compris la volonté du Seigneur. Nous sommes soucieux de notre réputation, susceptibles et obstinés. Et cependant, avec une étrange inconsistance, nous admettons, ou paraissons admettre, en termes généraux, que nous sommes de pauvres créatures faibles et faillibles ; et que, laissés à nous-mêmes, il n’y aurait rien de mauvais que nous ne puissions dire ou faire. Il est réellement bien différent de faire une confession générale, quelque humble qu’elle soit, ou de reconnaître franchement que, dans telle ou telle circonstance, nous nous sommes grandement trompés. C’est là ce que très peu de personnes savent faire ; en général, on ne veut pas admettre qu’on a eu tort.

Moïse, malgré sa haute position de chef du peuple, dont la verge avait fait trembler le pays d’Égypte, n’eut pas honte de confesser sa faute devant toute l’assemblée de ses frères, de reconnaître qu’il avait dit ce qu’il n’aurait pas dû dire, et qu’il avait désiré une chose que l’Éternel ne pouvait pas lui accorder.

Cela rabaisse-t-il Moïse dans notre estime ? Bien au contraire ; — il est aussi touchant qu’édifiant d’entendre sa confession, de voir avec quelle humilité il courbe sa tête sous les dispensations de Dieu en gouvernement ; d’admirer l’absence totale d’égoïsme dans sa conduite envers celui qui devait lui succéder dans sa charge éminente. Il n’y a pas trace de jalousie, d’envie, ni d’orgueil froissé. Dans son abnégation, Moïse descend de sa position élevée, jette son manteau sur les épaules de son successeur, et l’encourage à remplir, avec une sainte fidélité, les devoirs de cet office, que lui-même devait résigner.

Moïse s’humilia sous la puissante main de Dieu. Il accepta la discipline qui lui fut imposée par le gouvernement divin, et ne prononça pas un murmure lorsque sa requête lui fut refusée. Il se soumit à tout, c’est pourquoi il fut élevé au temps convenable (Luc 14:11). Si le gouvernement de Dieu l’empêcha d’entrer en Canaan, la grâce le conduisit au sommet du Pisga, d’où, dans la communion de son Seigneur, il lui fut permis de voir le bon pays dans toute son étendue — de le voir non pas comme hérité par Israël, mais comme donné de Dieu.

 

Le lecteur fera bien d’étudier sérieusement le sujet de la grâce et du gouvernement. Ce thème important et pratique qui revient constamment dans les Écritures, est peu compris parmi nous. Il peut nous sembler étrange qu’un homme aussi aimé que l’était Moïse, n’ait point obtenu la permission d’entrer dans la terre promise. La raison n’en était pas seulement que Moïse, dans sa capacité officielle et comme représentant du système légal, ne pouvait introduire Israël dans le pays. Cela est vrai, mais il y a plus : Moïse avait parlé légèrement de ses lèvres. Lui et Aaron, son frère, n’avaient pas glorifié Dieu en présence de l’Assemblée ; c’est pourquoi l’Éternel leur parla comme nous le voyons en Nomb. 20:12, 23-26.

Nous voyons ici les deux chefs de l’assemblée, les mêmes hommes dont Dieu s’était servi pour faire sortir son peuple du pays d’Égypte, avec des signes puissants et des miracles, — « ce Moïse et cet Aaron », — ces hommes grandement honorés de Dieu, à qui l’entrée en Canaan n’est pas accordée. Et pourquoi ? « Parce que vous vous êtes rebelles contre mon commandement ».

C’est une chose terrible que d’être rebelle au commandement de Dieu ; et, plus la position de ceux qui sont rebelles est élevée, plus la chose est grave, plus aussi le jugement divin sera prompt et solennel.

Des paroles semblables furent adressées à Saül, après qu’il eut refusé d’obéir à la parole de l’Éternel (1 Sam. 15:23) ; ainsi nous avons l’exemple d’un prophète, d’un sacrificateur et d’un roi, qui sont jugés, sous le gouvernement de Dieu, pour un seul acte de désobéissance. Le prophète et le sacrificateur ne purent entrer au pays de Canaan ; le roi fut privé de son trône.

Dans notre prétendue sagesse, nous trouvons peut-être ces châtiments bien sévères. Sommes-nous des juges compétents ? Prenons garde de nous permettre de juger les dispensations du gouvernement divin. Adam fut chassé du paradis ; Aaron fut dépouillé de ses vêtements sacerdotaux ; Moïse ne put entrer en Canaan ; Saül fut privé de son royaume, et pourquoi tout cela ? Était-ce pour quelque péché scandaleux ? Non, dans chacun de ces cas, c’était pour avoir négligé le commandement de l’Éternel. C’est ce que nous devrions toujours avoir devant nos yeux, dans ces temps de volonté propre où les hommes se permettent d’émettre leurs propres opinions, de penser, de juger et d’agir par eux-mêmes. Ils demandent si « chacun n’a pas le droit de penser comme bon lui semble ? » Nous répondons : Certainement pas. Nous avons le droit d’obéir. D’obéir à quoi ? Non pas aux commandements des hommes, à l’autorité de la soi-disant église, aux décrets des conciles généraux, non pas, en un mot à aucune autorité purement humaine, mais simplement à la parole du Dieu vivant, au témoignage du Saint Esprit. C’est là ce qui exige à juste titre notre implicite obéissance ; sans hésiter et sans questionner, nous devons nous incliner, et obéir. Un serviteur a-t-il à s’inquiéter des conséquences, ou à se préoccuper des résultats ? C’est le type d’un bon serviteur de faire ce qu’on lui dit, indépendamment de toute autre considération. Si Adam se fût souvenu de cela, il n’aurait pas été chassé du jardin d’Éden. Si Moïse et Aaron s’en fussent souvenus, ils auraient traversé le Jourdain ; si Saül s’en fût souvenu, il n’aurait pas été privé de son royaume. En descendant le cours de l’histoire humaine, nous voyons cet important principe illustré mainte et mainte fois, et nous pouvons être certains qu’il est d’une importance constante et universelle.

L’homme est-il responsable ou non ? Voilà la question. S’il l’est, comme nous en sommes certains, alors rien ne peut diminuer cette responsabilité. L’homme est appelé à obéir au simple commandement de Dieu ; il n’est nullement responsable de savoir quoi que ce soit de ses desseins et de ses conseils. La responsabilité de l’homme repose sur ce qui est révélé et non sur ce qui est caché. Qu’est-ce qu’Adam, par exemple, savait des plans et des desseins de Dieu, lorsqu’il fut placé dans le jardin d’Éden et qu’il lui fut défendu de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ? Sa transgression fut-elle modifiée en quoi que ce soit, par le fait merveilleux que Dieu a pris occasion de cette transgression même pour déployer, aux yeux de tous les êtres créés, son glorieux plan de la rédemption par le sang de l’Agneau ? Évidemment non. Adam avait reçu un simple commandement ; sa conduite aurait dû être entièrement gouvernée par ce commandement. Il désobéit et fut chassé du paradis dans un monde où, depuis près de six mille ans, ont été manifestés les terribles résultats d’un seul acte de désobéissance.

Il est vrai, et Dieu en soit béni, que la grâce est venue dans ce pauvre monde pécheur, et y a récolté une moisson qui n’aurait jamais pu être récoltée dans les champs d’une création non coupable. Mais l’homme fut jugé pour sa transgression. Il fut chassé par la main de Dieu en gouvernement ; par une dispensation de ce gouvernement, il a été obligé de manger son pain à la sueur de son front. « Ce qu’un homme » — n’importe qui — « sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6:7).

La grâce est une chose, le gouvernement une autre. On ne devrait jamais les confondre, et nous ne saurions trop répéter que le déploiement le plus magnifique de la grâce souveraine de Dieu, ne peut jamais empêcher les actes solennels de son gouvernement.

 

6                    Chapitre 4

« Et maintenant, Israël, écoute les statuts et les ordonnances que je vous enseigne, pour les pratiquer : afin que vous viviez, et que vous entriez dans le pays que l’Éternel, le Dieu de vos pères, vous donne, et que vous le possédiez » (chap. 4:1).

Ici nous est présenté d’une manière très frappante le caractère particulier de tout le livre du Deutéronome. « Écoute », et « pratique », afin que vous « viviez » et que vous « possédiez ». — Ceci est un principe général et qui demeure. C’était vrai pour Israël, et cela est vrai pour nous. Le sentier de la vie et le secret pour posséder sont la simple obéissance aux saints commandements de Dieu. C’est ce que nous voyons à chaque page du volume inspiré. Dieu ne nous a pas donné sa Parole pour l’examiner ou la discuter, mais afin que nous y obéissions. Il faut que, par l’effet de la grâce, nos cœurs soient soumis avec joie aux statuts de notre Père céleste, pour que nous puissions marcher dans le sentier de la vie, et jouir réellement de toutes les richesses que nous possédons en Christ. « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime, sera aimé de mon Père ; et moi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui » (Jean 14:21).

Quel privilège ! Chaque croyant n’en jouit pas, mais ceux-là seuls qui, soumis de cœur à notre Seigneur Jésus Christ, gardent ses commandements. Être enfant ou enfant obéissant sont deux choses ; comme aussi être racheté, ou aimer le Sauveur et prendre plaisir à garder ses paroles. Ainsi, dans une de nos familles, voici deux fils, dont l’un ne pense qu’à faire sa volonté et à satisfaire ses goûts ; il ne trouve pas de plaisir dans la société de son père ; connaissant à peine sa volonté et ses désirs, il ne cherche point à s’y conformer, tout en sachant bien profiter des avantages de sa relation de fils. Il accepte volontiers de son père vêtements, nourriture, etc., mais ne cherche jamais à réjouir son cœur par quelque aimable attention. L’autre fils, au contraire, aime la société de son père ; il en jouit, saisissant chaque occasion de prévenir ses désirs. Aimant son père, non à cause de ses dons, mais pour lui-même, sa plus grande jouissance est d’être auprès de lui et de faire sa volonté. Il n’est pas difficile de concevoir quelle sera la différence des sentiments du père à l’égard de ces deux fils, quoique tous deux soient ses enfants, aimés du même amour. Tous deux y ont également droit, au point de vue de la relation ; cependant le père éprouvera, sans doute, un sentiment particulier pour le fils obéissant, tandis que le fils égoïste, ne possédant pas sa confiance, sera pour lui un sujet d’angoisse, d’inquiétude et de prières.

Soyons assurés de ceci, que l’obéissance est agréable à Dieu, et « ses commandements ne sont pas pénibles », puisqu’ils sont la précieuse expression de son amour, le résultat de la relation dans laquelle nous sommes avec Lui. En outre, Dieu, dans sa grâce infinie, rémunère notre obéissance, en se manifestant plus pleinement à nos âmes, et en demeurant avec nous. C’est ce qui ressort d’une manière si frappante de la réponse de notre Seigneur à la question de Jude : « Seigneur, comment se fait-il que tu vas te manifester à nous et non pas au monde ? Jésus répondit, et lui dit : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (Jean 14:22, 23). Il ne s’agit pas ici de la différence entre « le monde » et « nous », le monde ne connaissant ni relation, ni obéissance envers Dieu. Le monde hait Christ, parce qu’il ne le connaît pas. Son langage est : « Retire-toi de nous ; nous ne prenons pas plaisir à la connaissance de tes voies » (Job 21:14). « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous » (Luc 19:14). Avec sa civilisation et sa profession de christianisme, tel est le monde. Sous ces brillantes apparences, sous ce vernis, on ne trouve qu’une haine profonde pour la personne et l’autorité de Christ. Son nom sacré est attaché à la religion du monde, — c’est-à-dire à la chrétienté, — et ce manteau de profession religieuse recouvre des cœurs pleins d’inimitié contre Dieu et contre son Christ.

Notre Seigneur ne parle donc pas du monde dans le chap. 14 de l’évangile de Jean. Il est entouré des « siens », et c’est d’eux dont il parle. S’il se manifestait lui-même au monde, ce ne pourrait être qu’en jugement et pour une destruction éternelle. Mais, béni soit son Nom, il se manifeste lui-même à ses rachetés obéissants ; à ceux qui ont ses commandements et qui les observent ; à ceux qui l’aiment et qui gardent ses paroles.

Il est important pour le lecteur de bien comprendre que lorsque notre Seigneur parle de ses commandements, de ses paroles et de ses préceptes, il n’entend pas les dix commandements ou la loi de Moïse. Sans doute, ces dix commandements font partie du canon des Écritures, de la parole inspirée de Dieu ; mais, confondre la loi de Moïse avec les commandements de Christ, serait tout renverser et confondre le judaïsme avec la chrétienté, la loi avec la grâce.

L’enseignement du Nouveau Testament tout entier, tend à établir indubitablement que le chrétien n’est pas sous la loi ; qu’il n’est pas du monde, ni dans la chair ou dans ses péchés. Le solide fondement de tout ceci est la rédemption accomplie que nous possédons dans le Christ Jésus, en vertu de laquelle nous sommes scellés du Saint Esprit et, ainsi, inséparablement unis et identifiés à un Christ ressuscité et glorifié ; en sorte que l’apôtre Jean peut dire, en parlant de tous les croyants, de tous les chers enfants de Dieu : « Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4:17). Ceci résout toute la question pour ceux qui ne veulent être guidés que par les Saintes Écritures.

Le lecteur ne saurait se tenir assez en garde contre la tendance à confondre les commandements, dont il est parlé dans le chapitre 14 de Jean, avec les commandements de Moïse, prescrits en Exode 20. Et cependant, l’un de ces chapitres est aussi réellement inspiré que l’autre.

La différence entre le système légal et le christianisme est la même qu’entre la mort et la vie ; l’esclavage et la liberté ; la condamnation et la justice ; l’éloignement et la proximité ; le doute et la certitude. Quelle chose monstrueuse, que la tentative d’unir ces deux principes, d’en faire un seul système, comme si c’étaient deux branches issues du même tronc ; il n’en peut résulter qu’une confusion désespérante. En cherchant à placer ainsi les âmes à la fois sous l’influence de la loi et de la grâce, on ne peut obtenir que le plus triste résultat. Autant vaudrait l’essai de joindre les rayons du soleil de midi à la profonde obscurité de minuit.

Plusieurs âmes pieuses de l’église professante, croient sincèrement que le seul moyen possible de parvenir à l’obéissance, à la sainteté pratique, d’affermir sa marche, et de tenir la vieille nature en bride, est de se placer sous la loi. À leur point de vue, cesser d’avoir les dix commandements comme règle de conduite, c’est enlever ces grandes écluses morales placées par la main de Dieu pour arrêter le cours des dérèglements de l’humanité.

Mais que dit l’Écriture ? Nous fait-elle retourner à Moïse pour apprendre de lui comment nous devons vivre ? Nous renvoie-t-elle à « la montagne qui peut être touchée » (Héb. 12:18), pour produire une vie sainte ? Nous place-t-elle sous la loi, pour tenir la chair en bride ? Lisez les paroles suivantes de l’épître aux Romains, chap. 6:14: « Car le péché ne dominera pas sur vous, parce que vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce ».

Le Saint Esprit déclare de la manière la plus simple et la plus emphatique, que les chrétiens ne sont pas sous la loi. Si nous étions sous la loi, le péché dominerait sur nous. En effet, nous trouvons dans l’Écriture, que les mots « péché », « loi » et « chair », sont invariablement liés. Il est impossible qu’une âme sous la loi, jouisse d’une entière délivrance de la domination du péché ; c’est ce qui nous fait voir d’un coup d’œil, la tromperie de tout système légal, et sa complète incapacité pour amener les âmes à une marche de sainteté. Placer les âmes sous la loi est le sûr moyen de les assujettir au péché, et de les tenir sous sa puissance absolue. Il est donc complètement impossible de produire la sainteté par la loi.

Prenons encore, à l’appui de cette vérité, le verset 4 du chap. 7 de l’épître aux Romains : « C’est pourquoi, mes frères, vous aussi », — ainsi que tous les vrais croyants, tout le peuple de Dieu, — « vous avez été mis à mort à la loi par le corps du Christ, pour être à un autre, à celui qui est ressuscité d’entre les morts, afin que nous portions du fruit pour Dieu ».

Remarquons que l’apôtre ne dit pas ici que la loi est morte. En effet, la loi n’est pas morte, mais nous sommes morts à la loi. Par la mort de Christ, nous sommes sortis de la sphère à laquelle la loi s’appliquait. Christ a pris notre place ; il fut placé sous la loi ; et, sur la croix, il fut fait péché pour nous. Mais il est mort pour nous, et nous sommes morts en Lui ; il nous a sortis de la position dans laquelle nous étions assujettis au péché, et sous la loi, pour nous introduire dans une position entièrement nouvelle, dans une alliance et une union vivante avec lui-même ressuscité ; en sorte que nous pouvons dire : « Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4:17). Christ dans la gloire est-il sous la loi ? Assurément non. Eh bien ! nous non plus. Le péché a-t-il quelque droit sur Lui ? Aucun droit quelconque ; ainsi donc, sur nous pas davantage. Comme Christ se tient en présence de Dieu, nous y sommes aussi quant à notre position ; c’est pourquoi nous replacer sous la loi, serait le bouleversement complet de notre position chrétienne ; une contradiction flagrante de la doctrine, si précise et si positive, que l’Écriture Sainte nous donne sur ce sujet.

Nous demanderons encore en toute simplicité, comment, en renversant le fondement même du christianisme, on pourrait progresser dans la sainteté pratique ? comment le péché qui habite en nous, pourrait être subjugué en adoptant le système même qui a donné au péché tout pouvoir sur nous ? comment la vraie obéissance chrétienne pourrait jamais être produite en se détournant de l’Écriture Sainte ? Ce serait impossible ; un but divin ne peut être atteint que par des moyens divins. Eh bien ! le moyen de Dieu pour nous soustraire à la domination du péché, a été de nous délivrer de la loi ; ainsi donc ceux qui enseignent que les chrétiens sont sous la loi, sont simplement en contradiction avec Dieu.

Placer les croyants dans une telle position est autant que saper à leur base les fondements du christianisme, — abandonner la grâce, — renoncer à Christ, — revenir à la chair, dans laquelle nous ne pouvons plaire à Dieu, enfin nous placer sous la malédiction. En un mot, je le répète, le légalisme des hommes est diamétralement opposé à l’enseignement du Nouveau Testament.

Il se peut que, malgré toutes les preuves si largement fournies par l’Écriture, tel chrétien en soit encore à demander : « Cette puissance de la loi étant ôtée, n’y a-t-il pas danger de relâchement et de légèreté profanes ? » À ceci nous répliquerons que Dieu est plus sage que nous. Il sait mieux comment remédier au relâchement et à la légèreté, et comment produire la vraie obéissance. Il a essayé de la loi, qu’en est-il résulté ? Elle produisit la colère ; elle fit abonder l’offense et développa les mouvements du péché ; elle fit régner la mort. Elle était la puissance du péché, privant le pécheur de tout pouvoir ; elle le tua et fut sa condamnation, maudissant tous ceux qui avaient affaire avec elle. « Car tous ceux qui sont sous le principe des œuvres de loi sont sous malédiction ». Il en fut ainsi, non à cause de quelque défectuosité de la loi, mais à cause de la complète incapacité de l’homme à l’observer.

Il est donc nécessaire de placer sur sa vraie base pour le chrétien la doctrine présentée au premier verset de ce chapitre : si Israël était appelé « à écouter » et « à pratiquer », combien plus nous, qui sommes si richement « bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 1:3). Nous sommes appelés à l’obéissance de Jésus Christ (1 Pierre 1:2), à la même obéissance que celle qui a caractérisé la vie de notre bien-aimé Seigneur Jésus Christ. En Lui, cela va sans dire, il n’y avait point d’influence contraire, comme, hélas ! c’est le cas pour nous. ; mais quant au caractère de l’obéissance, il est le même. Nous devons marcher sur les traces de Jésus : « Celui qui dit demeurer en lui, doit lui-même aussi marcher comme lui a marché » (1 Jean 2:6). En considérant cette marche, nous trouvons un fait qui se lie d’une manière remarquable au livre du Deutéronome : c’est la place que Jésus a donnée constamment à la parole de Dieu. Ce fait tient une place capitale dans tout le livre que nous étudions et le distingue des trois livres précédents. La parole de Dieu y est partout signalée comme seule règle, seul modèle et seule autorité pour l’homme ; elle s’y applique à ses besoins, en toute position, en toute sphère d’activité, et à chaque phase de son histoire morale et spirituelle. Cette parole lui dit ce qu’il devrait faire, et ce qu’il ne doit pas faire ; elle lui donne des directions pour chaque difficulté, s’occupant même des moindres détails. Le Créateur et le conservateur du vaste univers condescend à donner une loi, même en faveur d’un nid d’oiseaux (chap. 22:6).

Ce qui donne au Deutéronome un charme particulier, c’est la manière dont la parole de Dieu y est exaltée, et dont le saint devoir de l’obéissance y est présenté. Quelle importance n’a pas cette exhortation à une obéissance implicite, de nos jours surtout, que l’apôtre appelle « les jours de l’homme », jours si tristement marqués par la tendance des chrétiens professants à faire prévaloir la raison, le jugement et la volonté de l’homme. N’entend-on pas de toute part prononcer des paroles hautaines sur la raison humaine, sur le droit qu’a tout homme de juger, de raisonner et de penser librement ? Quiconque confesse une humble croyance dans la divine inspiration, dans la pleine suffisance et l’autorité absolue de l’Écriture, et se laisse entièrement guider par elle, est méprisé, traité d’ignorant, d’esprit borné, sinon de fou, par des milliers d’hommes qui prétendent être des guides et des docteurs de l’église professante. Dans nos universités et nos écoles, la gloire morale du Volume divin tend à s’effacer de plus en plus. Au lieu de s’en servir pour guider notre jeunesse, on lui enseigne à marcher d’après la lumière de la science et de la raison humaine. La parole de Dieu citée à la barre du jugement de l’homme est abaissée au niveau de l’intelligence humaine.

De cette manière, la parole de Dieu est mise de côté ; car si elle doit être soumise au jugement humain, elle cesse d’être la parole de Dieu. Soumettre une révélation divine, et par conséquent parfaite, à un tribunal quelconque, est une folie. Ou Dieu ne nous a pas donné de révélation, ou bien s’il nous en a donné une, elle est supérieure, parfaite, suprême, au-dessus et au-delà de toute question ; absolument incontestable, infaillible et divine. Tout homme doit s’incliner et avoir la bouche fermée devant cette autorité. Supposer, pour un instant, que l’homme soit compétent pour juger la parole de Dieu, ou capable de prononcer sur ce qui est ou n’est pas digne de Dieu, c’est simplement mettre l’homme à la place de Dieu ; or, c’est précisément ce à quoi Satan vise, quoique plusieurs des instruments dont il se sert, ne se doutent pas qu’ils travaillent à l’accomplissement de ses desseins.

À la question qui nous est continuellement présentée : « Comment pouvons-nous être assurés que notre Bible contient la vraie révélation de Dieu ? » — nous répondrons que Dieu seul peut nous en donner la certitude. Si Lui ne le peut pas, nul ne le peut ; et s’il le fait, personne n’a à le faire.

Tel est notre terrain ; il est inattaquable. Sans cette certitude que donne la foi, de quel côté nous tournerions-nous ? Le moindre doute est une torture ; si je n’ai pas la certitude de posséder une révélation de la part de Dieu, me voilà plongé dans les ténèbres morales sans le moindre rayon de lumière pour éclairer mon sentier. Qu’ai-je à faire ? L’homme peut-il m’aider de sa sagesse, de sa science ou de sa raison ? Peut-il, par ses arguments, satisfaire mon âme, résoudre mes difficultés, dissiper mes doutes ? L’homme est-il plus capable que Dieu lui-même de me donner la certitude que Dieu a parlé ? L’idée seule est monstrueuse.

Si Dieu ne peut nous donner la certitude qu’il a parlé, nous sommes sans parole de Lui. S’il nous faut avoir recours à l’autorité humaine, quel que soit le nom qu’elle porte, comme garantie de la parole de Dieu pour nos âmes, nous accordons plus de confiance à cette autorité qu’à la parole qu’elle cautionne. Béni soit Dieu de ce qu’il n’en est pas ainsi ; il a parlé à nos cœurs, il nous a donné sa Parole, et cette Parole porte en elle-même ses propres lettres de crédit ; elle n’a pas besoin de lettre de recommandation, écrite par une main d’homme. Quoi ? avoir recours à l’homme pour accréditer la parole du Dieu vivant ! En appeler à un ver de terre pour nous donner la certitude que notre Dieu nous a parlé ! Loin de nous cette pensée blasphématoire, et que toute la puissance de notre âme rachetée s’élève en louanges à Dieu, pour cette grâce qui ne nous a pas laissé errer dans les ténèbres de nos pensées, ni nous égarer par les opinions diverses des hommes, mais qui nous a donné sa divine lumière pour guider nos pas, éclairer notre intelligence, consoler nos cœurs, et nous garder de toute erreur de doctrine, de toute corruption morale ; pour nous introduire enfin dans le repos de son royaume céleste !

Pénétrons aussi nos âmes de ce fait que le privilège dont nous venons de parler comporte une solennelle responsabilité. S’il est vrai que Dieu nous a donné une parfaite révélation de ses pensées, quelle doit être notre attitude vis-à-vis de Lui ? Avons-nous à juger ses pensées ? La seule attitude, vraie, convenable à l’homme en présence de cette révélation de Dieu, est une entière et joyeuse obéissance ; c’est aussi la seule chose agréable à Dieu.

Si la parole de Dieu est gravée profondément dans nos cœurs, il y aura des progrès marqués dans notre carrière chrétienne, qui présentera de cette manière aux contradicteurs le témoignage le plus efficace à la vérité de Dieu.

Le chapitre placé devant nous abonde en exhortations, fondées sur le fait qu’Israël avait entendu la parole de Dieu ; il y en a une surtout, qui devrait être profondément gravée dans le cœur de chaque chrétien : « Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien » (v. 2).

Ce verset renferme deux vérités importantes, savoir qu’il ne faut rien ajouter à cette Parole, par la simple raison qu’il n’y manque rien ; et rien y retrancher parce qu’elle ne contient rien de superflu. Tout ce dont nous avons besoin s’y trouve, et l’on ne saurait se passer de rien de ce qu’elle contient. Supposer que quoi que ce soit puisse y être ajouté, c’est nier qu’elle soit vraiment la parole de Dieu. D’un autre côté, si nous admettons la divine inspiration de cette Parole, tout nous est nécessaire, rien n’y est de trop.

« Entendez-vous donc que chaque ligne, du commencement de la Genèse à la fin de l’Apocalypse, est divinement inspirée ? » C’est, en effet, le terrain sur lequel nous nous plaçons avec l’apôtre Paul : « Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 3:16-17).

Si la parole de Dieu n’était pas parfaite, si cette révélation qu’il nous a donnée n’était pas complète, où serait le fondement divin de notre foi ? Nous serions comme un vaisseau sans boussole et sans gouvernail, abandonné et jeté çà et là sur l’océan agité de l’incrédulité.

On pourrait encore nous demander : « Croyez-vous vraiment que la longue suite de généalogies, contenue dans les premiers chapitres du premier livre des Chroniques, soit divinement inspirée ? Ont-elles été écrites pour notre instruction ? Que peuvent-elles nous apprendre ? » Nous ne doutons pas que la valeur, l’intérêt et l’importance de cette généalogie seront pleinement prouvées par la suite dans l’histoire du peuple auquel elle se rapporte spécialement. Quant au profit à en retirer, pour nous, nous croyons qu’elle contient une leçon des plus précieuses concernant les soins fidèles de l’Éternel envers son peuple d’Israël, et l’intérêt plein d’amour qu’il porte à tout ce qui le concerne. Bien qu’à vue humaine, ce peuple soit déchu et dispersé, Dieu continue à veiller sur lui de génération en génération. Il connaît tout ce qui concerne les douze tribus ; il les manifestera au temps convenable, et les établira dans l’héritage qui leur est destiné au pays de Canaan, selon sa promesse à Abraham, Isaac et Jacob. N’est-ce pas une précieuse instruction et une consolation pour nos âmes, de voir la vigilance et les soins de notre Père envers son peuple terrestre ?

Malgré cette précieuse instruction, nous n’entendons pas que ces chapitres des Chroniques offrent autant d’intérêt que, par exemple, le chapitre 17 de Jean ou le chapitre 8 aux Romains, mais nous pensons que chaque portion de la Parole étant divinement inspirée, a son utilité et qu’un chapitre ne peut remplir le but d’un autre.

Il est important par-dessus tout de se rappeler que nous ne sommes pas aptes à juger de ce qui est ou n’est pas digne d’avoir place dans le canon inspiré. Nous sommes ignorants et bornés, et la portion même qui pourrait nous sembler au-dessous de la dignité de l’inspiration, peut avoir une portée très importante dans l’histoire des voies de Dieu envers le monde en général, ou envers son peuple en particulier.

Ce que nous venons de dire se résume en ceci : c’est que nous croyons en la divine inspiration de chaque ligne de l’Écriture, du commencement à la fin. Cette foi n’est basée sur aucune autorité humaine quelconque, car ce serait placer cette autorité au-dessus de la Bible, en tant que ce qui garantit a plus de valeur que la chose garantie. Nous ne devrions pas davantage recourir à l’autorité humaine pour confirmer la parole de Dieu, qu’à la faible flamme d’un lumignon pour prouver que le soleil brille.

L’inspiration plénière des Saintes Écritures doit être, pour ce qui concerne nos âmes, une vérité cardinale à laquelle nous tenions plus qu’à la vie même. De cette manière, nous aurons de quoi répondre à la froide audace du scepticisme moderne, du rationalisme et de l’incrédulité. Nous ne prétendons pas dire que nous convaincrons les incrédules ; Dieu agira à leur égard selon ses propres voies, et les convaincra en son propre temps. Discuter avec de tels hommes, c’est un temps et un travail perdus ; la réponse la plus digne et la plus effective à l’incrédule, se trouvera dans le calme d’un cœur qui se repose sur la certitude que « Toute Écriture est inspirée de Dieu ». Il est encore écrit : « Toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance » (Rom. 15:4). Le premier de ces textes prouve que l’Écriture procède de Dieu ; le dernier, qu’elle est venue à nous. Les deux ensemble mettent en évidence que nous ne devons ni ajouter à la parole de Dieu, ni en retrancher ; rien n’y manque, et rien n’y est superflu.

 

Nous allons maintenant citer au lecteur quelques-uns des passages de ce chapitre 4 du Deutéronome, qui font ressortir d’une manière si remarquable la valeur, l’importance et l’autorité de la parole de Dieu. Nous y verrons, comme dans ce Livre tout entier, — qu’il n’est pas tant question d’ordonnances particulières, de rites ou de cérémonies, que du poids et de la dignité de la parole de Dieu elle-même, quoi que ce soit que cette Parole place devant nous.

« Regarde, je vous ai enseigné les statuts et les ordonnances, comme l’Éternel, mon Dieu, me l’a commandé, afin que vous fassiez ainsi au milieu du pays où vous allez entrer pour le posséder ». Leur conduite devait se régler en toutes choses d’après les commandements divins. Principe d’une immense portée pour eux, pour nous, et pour tous. « Et vous les garderez et les pratiquerez ; car ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples qui entendront tous ces statuts et diront : Quel peuple sage et intelligent que cette grande nation ! » (vers. 5-6).

Leur sagesse et leur intelligence devaient consister à garder et à pratiquer les statuts et les ordonnances divines. Ce n’était point par des discussions savantes ou des arguments, qu’elles devaient se montrer, mais par une obéissance enfantine et implicite. Toute la sagesse était renfermée dans ces statuts à leur sujet, non pas dans leurs pensées et leurs raisonnements. La sagesse merveilleuse de Dieu ressortait de sa Parole, et était ce que les nations devaient voir et admirer dans la conduite de son peuple.

Mais, hélas combien les actions d’Israël apprirent peu aux nations de la terre à connaître Dieu et sa Parole ! Combien son beau Nom fut souvent blasphémé par leurs voies, lorsque, au lieu de demeurer sur le terrain de l’obéissance aux commandements divins, ce peuple si privilégié, s’abaissant au niveau des nations qui l’entouraient, adopta leurs habitudes, et adora leurs dieux. Comment, en ne voyant que dégradation morale dans leurs voies, les nations auraient-elles pu reconnaître la sagesse et la gloire morale des statuts divins, dont Israël se vantait être le dépositaire, et qui le condamnaient ? (Rom. 2:3).

Cependant, quoi qu’il en soit des manquements de son peuple, la parole de l’Éternel subsistera à jamais, et si la puissance de cette Parole n’a pas été démontrée par la conduite d’Israël, elle a brillé par le jugement de son infidélité et continuera à être, d’âge en âge, la bénédiction de chaque âme individuellement, qui désire marcher dans le chemin de l’obéissance.

Tout en montrant les vrais effets de l’obéissance, Moïse avertit le peuple du danger de se détourner des saints commandements de Dieu : « Quelle est, dit-il, la grande nation, qui ait Dieu près d’elle, comme l’Éternel, notre Dieu, est près de nous dans tout ce pour quoi nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation qui ait des statuts et des ordonnances justes, comme toute cette loi que je mets aujourd’hui devant vous ? » (vers. 7-8). C’est la vraie grandeur morale, s’appliquant à tous les âges et en tous lieux à une nation, à un peuple, à la famille, à l’individu. Avoir le Dieu vivant près de soi, avec le précieux privilège de pouvoir l’invoquer en toutes choses, sachant que sa puissance et sa grâce s’exercent sans cesse en notre faveur ; avoir la lumière de sa face brillant avec son approbation sur nous et sur nos voies ; constater journellement l’effet moral de ses saints commandements, dans notre carrière pratique ; avoir la manifestation de Lui-même, et sa demeure en nous par l’Esprit ; quel langage humain est capable de démontrer, même en quelque mesure, la bénédiction de tels privilèges ? Et cependant, ils sont placés à la portée de tout enfant de Dieu sur la terre.

Nous n’entendons pas que chaque enfant de Dieu en puisse jouir ; loin de là. Comme nous l’avons déjà vu, ils sont réservés pour ceux qui, par grâce, sont rendus capables d’obéir à la parole divine. Il était vrai pour Israël, il est vrai pour l’Église et pour tout croyant, que la faveur divine est la récompense inestimable de l’obéissance.

Nous savons cependant que le pauvre cœur humain est sujet à errer et à subir les influences diverses qui travaillent autour de nous pour nous éloigner du sentier étroit de l’obéissance. Nous n’avons donc pas à nous étonner des exhortations si solennelles et si souvent répétées que Moïse adresse au cœur et à la conscience de ses auditeurs. Devant cette congrégation qui lui était si chère, il épanche son cœur en accents pleins d’ardeur, et bien propres à réveiller leurs âmes. « Seulement, dit-il, prends garde à toi et garde soigneusement ton âme, de peur que tu n’oublies les choses que tes yeux ont vues, et afin que tous les jours de ta vie, elles ne s’éloignent pas de ton cœur, mais que tu les fasses connaître à tes fils et aux fils de tes fils » (vers. 9).

Ces paroles placent devant nous deux choses d’une très grande importance, la responsabilité individuelle et le témoignage personnel, avec celui de la famille. Le peuple de Dieu était responsable de garder diligemment son cœur, de peur qu’il ne laissât échapper la précieuse parole de Dieu ; et, de plus, ils étaient responsables d’instruire leurs enfants et leurs petits-enfants. Et nous, avec toute la lumière et les privilèges que nous possédons, serions-nous moins responsables qu’Israël ? Nous sommes impérieusement appelés à étudier avec soin la parole de Dieu, à y appliquer nos cœurs. Il ne suffit pas de lire à la hâte chaque jour quelques versets ou un chapitre entier, comme par une espèce de routine religieuse, mais nous devons faire de la Bible une étude sérieuse et approfondie, pour y trouver notre plaisir et notre édification.

Il est à craindre que quelques-uns d’entre nous ne lisent la Bible que par devoir, trouvant plus de plaisir à un journal ou à un livre quelconque. Faut-il alors s’étonner de notre connaissance superficielle de l’Écriture ? Comment la profondeur de ce Livre divin et sa gloire morale, nous seront-elles révélées si, ne l’ouvrant que par devoir, nous en lisons avec indifférence quelques versets seulement ? On me dira peut-être : « Nous ne pouvons pas toujours lire la Bible ». La même personne dira-t-elle : « On ne peut pas toujours lire le journal ou un roman ? » Quel serait l’état d’âme d’une personne tenant ce langage ? Aime-t-elle réellement la parole de Dieu ? A-t-elle une vraie intelligence du prix de cette Parole, de son excellence, de sa gloire morale ? Impossible.

Que signifient les paroles suivantes, adressées à Israël ? « Mettez ces miennes paroles dans votre cœur et dans votre âme, et liez-les pour signes sur vos mains, et qu’elles soient comme des fronteaux entre vos yeux » (chap. 11:18). Le « cœur », « l’âme », « la main », « les yeux », tout est engagé au sujet de la précieuse parole de Dieu ; il s’agissait de réalité, non de formes vides, ni d’arides routines. L’homme devait se donner tout entier dans un saint dévouement aux statuts et aux ordonnances de Dieu.

« Et vous les enseignerez à vos fils, en leur en parlant, quand tu seras assis dans ta maison, et quand tu marcheras par le chemin, et quand tu te coucheras, et quand tu te lèveras ; et tu les écriras sur les poteaux de ta maison, et sur tes portes ». Sommes-nous, comme chrétiens, liés par ces paroles ? La parole de Dieu a-t-elle une telle place dans nos cœurs, nos maisons et nos habitudes ? Quiconque entre chez nous, ou se trouve en contact avec nous dans la vie journalière, peut-il voir la parole de Dieu tenue ainsi en honneur ? Ceux avec lesquels nous avons affaire voient-ils que nous sommes guidés par les préceptes des Saintes Écritures ? Nos serviteurs et nos enfants voient-ils que nous vivons dans l’atmosphère même de l’Écriture, et que notre caractère et notre conduite sont gouvernés par elle ?

C’est ici une pierre de touche pour nos cœurs, bien-aimé lecteur chrétien ; ne laissons pas écouler ces paroles, mais soyons assurés qu’il ne peut y avoir d’indicateur plus exact de notre état moral et spirituel que la manière dont nous traitons la parole de Dieu. Si nous ne l’aimons pas, soupirant après l’heure tranquille que nous pouvons consacrer à lire ses pages sacrées dans le secret du cabinet, en famille et hors de la maison ; en un mot, si nous ne respirons pas habituellement sa sainte atmosphère, — si jamais il nous arrivait d’exprimer un sentiment comme celui mentionné plus haut : « On ne peut pas continuellement lire la Bible », alors, en vérité, notre état spirituel serait tout à fait mauvais. La nouvelle nature aime la parole de Dieu, la désire avec ardeur ; comme nous lisons dans 1 Pierre 2:2: « Désirez ardemment, comme des enfants nouveau-nés, le pur lait intellectuel, afin que vous croissiez par lui ». En effet, si nous ne désirons pas ce lait pur, l’état de notre âme sera en déclin. Il se peut qu’il n’y ait encore rien d’extérieurement répréhensible dans notre conduite ; mais nous attristons son cœur par notre négligence de sa Parole, ce qui est autant que négliger sa personne. C’est une vraie folie de parler de notre amour pour Christ, si nous n’aimons pas sa Parole et n’en vivons pas ; c’est une illusion de s’imaginer être dans un état prospère, lorsque la lecture de la Bible est négligée, en particulier ou en famille.

Il va sans dire que nous n’entendons pas qu’aucun autre livre que la Bible ne doive être lu, car nous n’écririons pas ces « Notes », mais rien ne demande plus de vigilance que le choix de nos lectures. Toutes choses doivent être faites au nom de Jésus, et à la gloire de Dieu ; or la lecture est du nombre de ce : « toutes choses ». Nous ne devrions lire aucun livre, dont la lecture ne tournerait pas à la gloire de Dieu.

Si la Parole a sa vraie place dans le cœur, elle l’aura aussi dans la maison. Les chefs de famille devraient y réfléchir sérieusement ; nous sommes persuadés que, dans chaque famille chrétienne, il devrait y avoir un témoignage journalier rendu à Dieu et à sa Parole. Quelqu’un considérera peut-être une lecture régulière en famille comme une routine religieuse, un esclavage, du légalisme. À de telles objections nous répliquerons à notre tour : Est-ce un esclavage pour la famille de se réunir pour les repas ? Cette réunion de tous les membres autour de la table de famille, a-t-elle jamais été considérée comme une triste routine ? Certainement non, si la famille est heureuse et qu’une bonne intelligence règne entre tous ses membres. Pourquoi alors serait-ce une chose pénible pour un chef de famille chrétien de réunir ses enfants et ses domestiques autour de lui chaque jour, pour lire quelques versets de l’Écriture, et pour faire monter quelques paroles de prière et d’actions de grâces devant le trône de la grâce ? Cette habitude est en parfait accord avec l’Ancien et le Nouveau Testament, elle est sainte, édifiante et agréable au cœur de Dieu.

Que penserions-nous d’un chrétien professant qui ne prierait jamais, qui ne lirait jamais la parole de Dieu en particulier ? Serait-il possible de le considérer comme un vrai chrétien, heureux et vivant ? Ne mettrions-nous pas en doute l’existence de la vie de Dieu dans cette âme ? La prière et la parole de Dieu sont absolument essentielles à la prospérité de la vie chrétienne, en sorte que l’état spirituel d’un homme qui néglige habituellement ces deux choses doit être un état de mort.

Eh bien ! s’il résulte de cela de telles conséquences pour l’individu, qu’en sera-t-il d’une famille où il n’y a ni lecture, ni prière en commun, aucun témoignage rendu à Dieu ou à sa Parole ? Pouvons-nous imaginer une famille craignant Dieu, vivant du dimanche matin au samedi soir, sans se souvenir collectivement de Celui à qui nous devons toutes choses ? Quelle est la différence, demanderons-nous, entre une telle famille et quelque pauvre ménage païen ? N’est-il pas profondément triste de voir ceux qui font une profession publique de christianisme, qui prennent la Cène dans leurs églises, vivre dans une aussi grossière négligence de ce devoir et de ce privilège ?

Lecteur, chef de famille, quelles sont vos habitudes à ce sujet ? Faites-vous une lecture journalière de la Bible avec votre famille ? Si tel n’est pas le cas, voyez et recherchez quelle en est la cause réelle. Si vous lisez et priez en particulier, comment le négligez-vous dans votre cercle de famille ? Peut-être donnerez-vous comme excuse votre état nerveux, votre timidité ? Si c’est le cas, demandez au Seigneur de vous rendre capable de surmonter cette faiblesse. Comptez sur sa grâce ; réunissez votre famille autour de vous à une certaine heure, chaque jour ; lisez quelques versets de l’Écriture et adressez vos demandes à Dieu en commun ; ou bien, si vous ne pouvez le faire tout d’abord, faites agenouiller votre famille quelques moments en silence devant Dieu.

N’y eût-il que la plus faible confession, le plus petit témoignage rendu en famille, cela vaudrait cent fois mieux qu’une maison sans Dieu et sans prière. Commencez tout de suite, vous attendant à Dieu pour le secours nécessaire. Il vous l’accordera sûrement, car il ne fait jamais défaut à un cœur réellement confiant et dépendant.

Il n’est cependant pas nécessaire de prolonger ce service, de manière à le rendre fatigant ; soit à la maison, soit dans nos assemblées publiques, un exercice court, mais fervent, sera toujours le plus édifiant.

Ce n’est pas, assurément, que nous entendions qu’une simple lecture en famille réponde à tout ce que comprend cette importante parole : « Nous servirons l’Éternel ». Loin de là. Le service de Dieu en famille comprend tout ce qui est du domaine de notre vie privée, jusque dans ses plus petits détails, mais nous sommes certains que rien ne peut bien aller dans une famille où la lecture de la Bible et la prière sont négligées.

On pourrait objecter que, dans nombre de maisons où ce devoir est très régulièrement observé matin et soir, la vie intérieure, en famille, est en contradiction flagrante avec ce service soi-disant religieux. Le chef de famille, par exemple, au lieu d’être un modèle et une lumière pour tous, est, au contraire, d’une humeur morose, dur et impoli dans ses manières, rude et contrariant avec sa femme, sévère et arbitraire avec ses enfants, déraisonnable et exigeant avec les domestiques. Après avoir demandé la bénédiction de Dieu sur sa table, il paraît mécontent de ce qui y est placé, — en un mot, il fait le contraire de ce qu’enseigne la Parole qu’il a lue avec sa famille. Il en est souvent de même avec la femme, les enfants et les serviteurs ; il n’y a que désarroi dans toute l’administration domestique ; les repas sont irréguliers ; les rapports peu aimables entre tous : les enfants sont grossiers, égoïstes, volontaires ; les domestiques négligents, prodigues et insubordonnés. Le ton et l’atmosphère morale de cet intérieur, sont, en un mot, antichrétiens.

Écoutez encore, en dehors du cercle domestique, le témoignage de ceux qui ont affaire avec le chef de famille, pour son commerce, pour sa manière de traiter les affaires ; on se plaint de ses marchandises ; il y a de l’avarice, de l’ambition et des artifices ; rien de Dieu, rien de Christ, rien qui le distingue d’avec les plus mondains. La conduite de ceux qui ignorent ce que c’est qu’un culte en famille devrait souvent le rendre confus.

Dans ces circonstances, ce service en famille n’est qu’une forme vide, une insulte à Dieu. Il semble que nous oubliions ces paroles si sérieuses de l’apôtre inspiré, en Rom. 14:17: « Le royaume de Dieu n’est pas manger et boire, mais justice, et paix, et joie dans l’Esprit Saint ». C’est de justice pratique qu’il s’agit ici. À quoi sert de terminer par un soi-disant culte de famille une journée qui a été du matin au soir marquée par toute sorte d’actes d’injustice et de vanité ?

Cela ne peut être en rapport avec le saint nom de Christ. Tout dans notre vie privée, l’économie de nos maisons, nos travaux journaliers, nos communications, toutes nos transactions quelles qu’elles soient, doit être mesuré à cette seule mesure : la gloire de Christ. À l’égard de tout ce qui se présente à nous, ou qui sollicite notre attention, la seule question devrait être : « Ceci est-il digne du saint Nom qui est invoqué sur moi ? » Si telle chose n’est pas digne de Dieu, ne la touchons pas. Ne prononçons pas cette question : « Quel mal y a-t-il à cela ? » Rien que du mal, si Christ n’y est pas.

Rappeler au cœur et à la conscience ces vérités pratiques est une chose essentielle dans nos jours de profession prétentieuse. Chacun de nous a besoin d’examiner l’état réel de son cœur quant à Christ ; car c’est là le secret de toute l’affaire. Si le cœur n’est pas vrai devant Lui, rien ne peut aller bien, ni dans la vie privée, ni dans la famille, ni en affaires, ni dans l’assemblée, ni où que ce soit.

Ne nous étonnons donc pas, si l’apôtre, en terminant la première épître aux Corinthiens, la résume par cette solennelle déclaration : « Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur Jésus Christ, qu’il soit anathème ! Maranatha ! » (1 Cor. 16:22). Dans le cours de l’épître, il avait combattu contre diverses formes d’erreurs de doctrine, ou de dépravation morale ; mais quand il en vient à la conclusion, au lieu de prononcer sa sentence sur quelque erreur ou quelque mal particulier, il la prononce contre quiconque n’aime pas le Seigneur Jésus Christ. L’amour pour Christ est la meilleure sauvegarde contre toute forme d’erreur et de mal.

 

Revenons à notre chapitre.

L’attention du peuple est appelée d’une manière spéciale sur les scènes solennelles du mont Horeb, scènes qui auraient dû faire sur leurs cœurs une impression profonde et durable. « Le jour où tu te tins devant l’Éternel, ton Dieu, à Horeb, quand l’Éternel me dit : Assemble-moi le peuple, et je leur ferai entendre mes paroles ». Le grand point est d’être mis en contact direct et vivant avec la parole du Dieu vivant : « mes paroles, qu’ils apprendront pour me craindre tous les jours qu’ils seront vivants sur la terre, et qu’ils enseigneront à leurs fils » (vers. 10).

Il est très beau de remarquer le rapport intime qui existe entre écouter la parole de Dieu, et craindre son Nom. Le cœur qui aime la Parole, révérera le Nom, et s’inclinera devant sa sainte autorité en toutes choses. « Celui qui ne m’aime pas, ne garde pas mes paroles » (Jean 14:24). « Celui qui dit : Je le connais, et qui ne garde pas ses commandements, est menteur, et la vérité n’est pas en lui. Mais quiconque garde sa parole, — en lui l’amour de Dieu est véritablement consommé » (1 Jean 2:4-5). Toute personne qui aime vraiment Dieu, gardera sa Parole dans son cœur et alors l’influence bénie de cette Parole se fera sentir dans toute sa vie, son caractère et sa conduite. Le but de Dieu en nous donnant sa Parole, est qu’elle serve à gouverner notre conduite. Si sa Parole n’a pas cet effet pratique, c’est en vain que nous parlons de notre amour pour Lui, ce n’est qu’une raillerie positive, qui attirera tôt ou tard son déplaisir.

Prêtons aussi une attention particulière à la solennelle responsabilité d’Israël à l’égard de leurs enfants. Ils ne devaient pas seulement « écouter » et « apprendre » eux-mêmes ; mais ils devaient aussi « enseigner leurs fils ». Ce devoir ne peut être négligé impunément. Dieu attache une très grande importance à cette question ; nous l’entendons dire d’Abraham : « Car je le connais, et je sais qu’il commandera à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l’Éternel, pour pratiquer ce qui est juste et droit, afin que l’Éternel fasse venir sur Abraham ce qu’il a dit à son égard » (Gen. 18:19).

Ces paroles nous montrent le cas que Dieu fait de la vie domestique et de la piété exercée dans la famille. Sous toutes les dispensations, Dieu a donné son approbation à une éducation fidèle des enfants de son peuple, selon sa sainte Parole.

Il est vrai que nous ne pouvons faire des chrétiens de nos enfants, et que nous ne devons pas en faire des formalistes. Mais nous ne sommes pas appelés à faire d’eux quelque chose ; nous avons simplement à remplir nos devoirs envers eux et à en laisser les résultats à Dieu. Nous avons reçu le commandement d’élever nos enfants « dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » (Éph. 6:4). Quand cette « éducation » doit-elle commencer ? Au commencement, assurément. Du moment où nous entrons dans une relation quelconque, nous sommes introduits dans la responsabilité que cette relation comporte. Il se peut que nous la négligions ; alors nous aurons à moissonner les tristes conséquences de notre négligence. Il est vrai, Dieu en soit béni, que sa grâce est suffisante pour nous, dans cette position comme dans toute autre : « Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu, qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches ; et il lui sera donné » (Jac. 1:5). Non que nous soyons capables par nous-mêmes, en matière si importante, de penser ou de faire quelque chose comme de nous-mêmes, mais notre capacité vient de Dieu, et il répondra à tous nos besoins. Nous n’avons qu’à regarder à Lui, pour les besoins de chaque moment.

Nous avons chacun nos devoirs respectifs à remplir ; tous n’aiment pas ce simple mot « devoir » ; il leur paraît légal. Nous considérons comme moralement sain ce mot, que tout vrai chrétien doit aimer. Une chose en tout cas est certaine, c’est que nous ne pouvons compter sur Dieu que dans le sentier du devoir. Parler de se confier en Dieu, hors du chemin du devoir, est une illusion ; et quant à notre relation de parents, en négliger les devoirs, c’est attirer sur nous les plus désastreuses conséquences.

Nous croyons que toute la question de l’éducation chrétienne se résume dans ces deux choses, savoir « compter sur Dieu pour nos enfants, et les élever pour Dieu ». Adopter le premier de ces principes sans le second, est de l’antinomianisme ; adopter le second sans le premier, est du légalisme, tandis que les deux réunis forment un christianisme sain et pratique — la vraie religion aux yeux de Dieu et des hommes.

Relativement aux difficultés, nous n’avons qu’à recourir, d’heure en heure, au trésor inépuisable de notre Père céleste pour obtenir ce dont nous avons besoin : grâce, sagesse, puissance morale, tout ce qui nous rendra capables de bien remplir les devoirs sacrés de notre relation. « Il donne une plus grande grâce » (Jac. 4:6). Ceci est toujours vrai. Mais si, au lieu de recourir à cette force que Dieu donne, pour remplir nos devoirs, nous recherchons nos aises en les négligeant, un grand nombre de peines fondront sur nous tôt ou tard. « Ne soyez pas séduits ; on ne se moque pas de Dieu ; car ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera. Car celui qui sème pour sa propre chair moissonnera de la chair la corruption ; mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera de l’Esprit la vie éternelle » (Gal. 6:7-8).

Ce passage est l’exposé d’un grand principe du gouvernement moral de Dieu qui s’applique d’une manière frappante à notre sujet : comme nous semons, en matière d’éducation pour nos enfants, ainsi, assurément, nous moissonnerons.

Que les chers parents chrétiens qui parcourent ces lignes, ne se laissent cependant pas décourager ; ils ont toute raison pour se confier joyeusement en Dieu. Qu’ils marchent d’un pas ferme dans le sentier du devoir ; là ils peuvent compter sur Dieu pour les besoins de chaque jour et, au temps convenable, ils moissonneront les fruits de leur travail.

Nous n’essayerons pas de donner des règles, ou une méthode d’éducation, car nous ne croyons pas qu’il y en ait ; les enfants ne peuvent être élevés au moyen de règles uniformes. Qui donc pourrait établir des règles au sujet de tout ce que renferme cette seule exhortation : « Élevez-les dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » ?

Dans ce commandement par excellence, est compris tout ce qui concerne l’éducation, dès le berceau à l’âge mûr. Oui, « dès le berceau » ; car toute vraie éducation chrétienne commence dès l’âge le plus tendre. Peu de personnes se doutent combien vite les plus petits enfants commencent à observer et à tout comprendre ; combien vite aussi ils subissent l’influence morale qui les entoure ! Cette atmosphère même constitue le grand secret d’une bonne éducation. Nous ne devrions tolérer pour nos enfants qu’une atmosphère d’amour, de paix, de pureté, de sainteté et de justice pratique dans la vie journalière ; cela aurait une grande influence sur leur moral. Quelle chose importante, en effet, pour nos enfants de voir marcher leurs parents dans l’amour, en harmonie, pleins de sollicitude l’un pour l’autre, ayant des égards pour leurs serviteurs, de la charité envers les pauvres. On ne saurait croire, par exemple, le mauvais effet que peut produire sur un enfant, un regard courroucé ou une parole désobligeante échangés entre son père et sa mère. Dans les cas, trop fréquents, hélas ! où la vie journalière d’un ménage se passe en querelles, comment les enfants peuvent-ils se former avec un pareil exemple sous leurs yeux ?

Avant de laisser ce sujet d’administration domestique, nous désirons attirer l’attention des parents chrétiens sur un point d’une extrême importance, celui d’inculquer aux enfants le principe d’une obéissance implicite. L’ordre et le bien-être de l’intérieur d’une famille en dépendent, mais, ce qui est infiniment plus important, cela touche à la gloire de Dieu et à la manifestation de sa vérité. « Enfants, obéissez à vos parents en toutes choses, car cela est agréable dans le Seigneur » (Éph. 6:1 ; Col. 3:20).

L’enfant doit obéir dès sa plus tendre enfance ; il lui faut apprendre la soumission à une autorité établie de Dieu, et, comme l’apôtre le dit, « en toutes choses ». Si l’on n’y prend pas garde dès le commencement, cela devient plus tard presque impossible. Lorsqu’on laisse agir la volonté, elle se renforce rapidement, et chaque année il est plus difficile de la gouverner. C’est pourquoi le père devrait tout d’abord établir son autorité sur une base de fermeté et de force morale : une fois sur ce pied, il peut être aussi doux et affectueux que le cœur d’un enfant aimant le demande. User de dureté, ou d’austérité, n’est pas chose nécessaire à l’éducation. Dieu a mis entre les mains du père les rênes du gouvernement, la verge de l’autorité ; mais en tirant continuellement les rênes, et se servant trop de la verge, il donnera une preuve certaine de faiblesse morale. Lorsque vous entendez un homme parler beaucoup de son autorité, vous pouvez être sûr que cette autorité n’est pas établie comme elle devrait l’être ; la vraie puissance morale donne une dignité calme, à laquelle il est impossible de se méprendre.

De plus, nous croyons que le père qui contrarie perpétuellement la volonté de son enfant, en des choses de peu d’importance, a tort ; ce procédé tend plutôt à briser l’énergie de l’enfant, tandis que briser la volonté est la base de toute bonne éducation. L’enfant devrait toujours se persuader que son père cherche uniquement son bien, et que s’il lui refuse quoi que ce soit, c’est par un vrai intérêt pour lui, et non pour lui retrancher des jouissances. Un point important aussi dans le gouvernement de la famille est de veiller à ce que chaque membre remplisse avec exactitude ses devoirs respectifs, et puisse aussi jouir de ses privilèges. Ainsi, le commandement de Dieu donné à l’enfant, étant d’obéir, les parents sont responsables de veiller à l’accomplissement de ce devoir, car, s’il est négligé, quelque autre membre de la famille en souffrira.

Que peut-il y avoir de plus nuisible à la paix d’un intérieur de famille, que la présence d’un enfant méchant et obstiné, et ne le sera-t-il pas, le plus souvent, par suite d’une mauvaise éducation ? Les enfants diffèrent, il est vrai, de caractère et de dispositions ; les uns ont une volonté particulièrement forte, un caractère raide et obstiné, qui rendra beaucoup plus difficile la tâche de les diriger ; mais cela ne change rien à la responsabilité que le père a d’exiger l’obéissance. Il peut compter sur Dieu pour la grâce et les facultés nécessaires. Une mère, laissée veuve, par exemple, comptant sur le Seigneur, sera rendue capable de diriger aussi bien ses enfants et sa maison, que le chef de famille l’aurait fait.

Il arrive aussi que, par une tendresse peu judicieuse, les parents sont tentés de céder à la volonté de l’enfant ; c’est, hélas ! semer à la chair, pour produire la corruption. Ce n’est pas du tout la vraie affection, que celle qui cède à la volonté de l’enfant. Témoignée de cette manière, il est impossible qu’elle contribue à son vrai bonheur ou même à des jouissances légitimes. Un enfant gâté, obstiné, est lui-même malheureux ; il sera une pénible charge pour ceux qui ont affaire à lui ; on devrait lui apprendre à penser aux autres, à chercher à contribuer de son mieux au bonheur et à l’agrément de chacun. — Qu’il est fréquent et peu convenable, par exemple, de voir un enfant rentrer bruyamment à la maison, monter l’escalier en sifflant, chantant, criant, sans aucun égard pour les autres membres de la famille, qu’il peut ainsi déranger ou inquiéter. Aucun enfant bien élevé n’aurait l’idée d’agir de cette manière ; en sorte que, là où une conduite pareille est tolérée, il doit y avoir de graves défectuosités dans l’administration de la maison.

Il est essentiel à la paix, à l’harmonie et au bien-être de la famille, que tous les membres aient des égards les uns pour les autres. Nous sommes responsables de chercher le bien et le bonheur de ceux qui nous entourent, et non pas seulement le nôtre propre. Si chacun s’appliquait à cela, quels intérieurs différents nous aurions, et quel meilleur témoignage serait rendu par chaque famille ! Chaque ménage chrétien devrait être un reflet du caractère divin ; l’atmosphère devrait en être celle du ciel. Comment cela peut-il se faire ? Simplement par l’effort de chacun, père, mère, enfant, maître et serviteur, pour marcher sur les traces de Jésus, et pour manifester son esprit. Lui, ne cherchait ni à se plaire à lui-même, ni ses propres intérêts en quoi que ce soit. Il faisait toujours les choses qui plaisaient à son Père ; il vint pour servir et pour donner. Il allait de lieu en lieu, faisant du bien, et guérissant tous ceux qui étaient sous le pouvoir de Satan. Lui, l’ami suprême, exerçait sa grâce, son amour et sa sympathie envers les faibles, les nécessiteux et les affligés. Si seulement les divers membres de chaque famille chrétienne se conformaient à ce parfait modèle, nous réaliserions, au moins en quelque mesure, l’efficacité du christianisme individuel et domestique qui, béni soit Dieu ! peut toujours être maintenu et manifesté, malgré la ruine désespérée de l’église professante. « Toi et ta maison » est un principe de toute beauté, qui se retrouve à travers le volume de Dieu, du commencement à la fin. À toute époque, sous chaque dispensation, aux jours des patriarches, comme aux jours de la loi et au temps du christianisme, nous trouvons, à notre grand encouragement, que la piété individuelle et domestique a sa place comme quelque chose d’agréable au cœur de Dieu et contribuant à la gloire de son saint Nom.

Ceci est, à notre avis, des plus consolants en tout temps, mais particulièrement dans le moment actuel où l’église professante semble s’enfoncer si rapidement dans une grossière mondanité et dans une incrédulité manifeste, et où ceux même qui désirent marcher dans l’obéissance à la parole de Dieu et agir d’après la grande vérité fondamentale de l’unité du corps, rencontrent tant de difficultés pour maintenir un témoignage collectif. En considérant tout ceci, nous pouvons bénir Dieu de tout notre cœur, de ce que la piété individuelle et dans la famille peut, malgré et à travers tout, être maintenue, et de ce que des accents de louanges peuvent monter constamment au trône de Dieu, ainsi que les supplications de chaque chrétien, en faveur d’un monde plongé dans le péché, la douleur et la misère. Puisse-t-il en être ainsi de plus en plus par la puissante intervention du Saint Esprit, afin qu’en toutes choses notre Dieu soit glorifié par chacun de ses enfants bien-aimés, individuellement et dans sa famille.

Considérons maintenant l’avertissement adressé à la congrégation d’Israël contre le terrible péché de l’idolâtrie, péché auquel, hélas ! le pauvre cœur humain est toujours enclin d’une manière ou d’une autre. Il est très possible de se rendre coupable de ce péché, sans fléchir le genou devant une image taillée ; c’est pourquoi il importe que nous pesions les paroles d’avertissement sortant de la bouche du législateur d’Israël ; elles aussi ont assurément été écrites pour notre instruction.

« Alors vous vous approchâtes et vous vous tîntes au bas de la montagne (et la montagne était brûlante de feu jusqu’au cœur des cieux… ténèbres, nuées, et profonde obscurité), et l’Éternel vous parla du milieu du feu ; vous entendiez la voix de ses paroles, mais vous ne vîtes aucune forme, seulement vous entendiez une voix. Et il vous déclara son alliance, qu’il vous commanda de pratiquer, les dix paroles ; et il les écrivit sur deux tables de pierre. Et l’Éternel me commanda en ce temps-là, de vous enseigner des statuts et des ordonnances, pour que vous les pratiquiez dans le pays dans lequel vous allez passer pour le posséder » (vers. 11-14).

Nous avons ici la base réelle de l’appel contre l’idolâtrie. Les enfants d’Israël ne voyaient rien, Dieu ne se montrait pas lui-même à eux, il ne revêtait aucune forme corporelle dont ils pussent se faire une image. Il leur donnait sa Parole, ses commandements d’une manière si claire, qu’un enfant aurait pu les comprendre ; les Israélites, quelque bornés qu’ils pussent être, ne pouvaient s’y tromper. Il n’était donc pas nécessaire pour eux de s’imaginer à quoi Dieu était semblable, cette tentation eût été le péché même, contre lequel Moïse les avertissait. Ils étaient appelés à écouter la voix de Dieu, non à voir sa forme ; à obéir à ses commandements, et non à se créer de Lui une image. C’est en vain que la superstition cherche à honorer Dieu en faisant et en adorant des images ; la foi reçoit et garde ses saints commandements : « Si quelqu’un m’aime », dit notre Seigneur, « il gardera ma parole ». « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18). « Car c’est le Dieu qui a dit que du sein des ténèbres la lumière resplendît, qui a relui dans nos cœurs pour faire luire la connaissance de la gloire de Dieu dans la face de Christ » (2 Cor. 4:6).

Jésus est déclaré être le resplendissement de la gloire de Dieu, et l’empreinte de sa substance (Hébreux 1:3). Il pouvait dire : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » (Jean 14:9). De cette manière, le Fils révèle le Père, et c’est par la Parole, par la puissance du Saint Esprit, que nous connaissons quelque chose du Fils ; c’est pourquoi la tentative, par quelque effort que ce soit de l’esprit ou de l’imagination, de concevoir une image de Dieu ou de Christ autrement que par les Écritures n’est que mysticisme ou idolâtrie ; plus que cela même, car c’est se mettre entre les mains de Satan, et nous laisser envelopper par lui d’illusions funestes et trompeuses.

C’est pourquoi, comme Israël, au mont Horeb devait s’en tenir à la « voix » de Dieu, et qu’il était exhorté à s’abstenir de toute ressemblance, nous, de même, devons nous en tenir à sa Sainte Écriture, et nous mettre en garde contre tout ce qui pourrait nous éloigner, ne fût-ce que de l’épaisseur d’un cheveu, de ce modèle divin et parfait, n’écoutant ni les suggestions de notre propre esprit, ni aucune opinion humaine.

« Et vous prendrez bien garde à vos âmes (car vous n’avez vu aucune forme au jour où l’Éternel vous parla du milieu du feu à Horeb), de peur que vous ne vous corrompiez, et que vous ne vous fassiez quelque image taillée, la forme d’une image quelconque, la figure d’un mâle ou d’une femelle, la figure de quelque bête qui soit sur la terre, la figure de quelque oiseau ailé qui vole dans les cieux, la figure de quelque reptile du sol, la figure de quelque poisson qui soit dans les eaux, au-dessous de la terre ; et de peur que tu ne lèves tes yeux vers les cieux, et que tu ne voies le soleil, et la lune et les étoiles, toute l’armée des cieux, et que tu ne te laisses séduire et ne te prosternes devant eux, et ne les serves lesquels l’Éternel, ton Dieu, a donnés en partage à tous les peuples, sous tous les cieux. Mais vous, l’Éternel vous a pris, et vous a fait sortir d’Égypte, de la fournaise de fer, afin que vous soyez le peuple de sa possession, comme vous l’êtes aujourd’hui » (v. 15-20).

Ces passages contiennent une vérité d’une grande importance pour nous aussi, montrant au peuple de Dieu que se faire une image quelconque et se prosterner devant elle, c’était, de fait, s’abaisser et se corrompre soi-même. Lorsque les enfants d’Israël firent le veau d’or, l’Éternel dit à Moïse : « Va, descends ; car ton peuple que tu as fait monter du pays d’Égypte, s’est corrompu » (Ex. 32:7). Il ne pouvait en être autrement. L’adorateur doit être inférieur à l’objet de son adoration ; donc, en se prosternant devant un veau, ils s’abaissaient au-dessous encore du niveau de la bête qui périt.

Quel spectacle ! Toute une congrégation conduite par Aaron, le souverain sacrificateur, se prosternant devant une image taillée. Peut-on se représenter un nombre pareil d’êtres intelligents, un peuple doué de raison, de conscience, disant d’un veau de fonte : « C’est ici ton dieu, ô Israël, qui t’a fait monter du pays d’Égypte ! » C’était, à la lettre, destituer Dieu, le remplacer par une image taillée d’après l’invention de l’homme. Et ceux qui le firent étaient ce peuple, témoin des œuvres merveilleuses de l’Éternel au pays d’Égypte !

Toutes ces choses s’étaient passées sous leurs yeux, et, néanmoins, ils purent si vite tout oublier et dire d’un veau de fonte : « C’est ici ton dieu, ô Israël, qui t’a fait monter du pays d’Égypte ». Croyaient-ils réellement qu’une image taillée pouvait avoir humilié, fait trembler un fier monarque, et les avoir fait sortir victorieusement d’Égypte ? Un veau d’or avait-il pu partager les eaux et les conduire à travers ses profondeurs ? Eh bien ! Israël le disait, car que n’est-on capable de dire lorsque l’œil et le cœur se sont détournés de Dieu et de sa Parole !

« Mais », nous demandera-t-on peut-être, « tout ceci s’adresse-t-il à nous aussi ? Les chrétiens peuvent-ils retirer quelque instruction de cette histoire du veau d’or ? Ces exhortations adressées à Israël contre l’idolâtrie, trouvent-elles de l’écho aux oreilles de l’Église ? Court-elle quelque danger de se prosterner devant une image taillée ? Serait-il possible que, possédant le privilège de pouvoir marcher à la pleine lumière du christianisme révélé dans le Nouveau Testament, nous puissions jamais adorer un veau d’or ? »

Nous répondrons d’abord à ces objections, en citant les paroles de l’apôtre Paul aux Romains (15:4) : « Toutes les choses qui ont été écrites auparavant », — y compris Ex. 32 et Deut. 4, — « ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance ». Ce court passage démontre nos justes droits à user du privilège de parcourir le vaste champ de l’Ancien Testament pour y recueillir les précieuses leçons qu’il renferme, pour profiter de ses solennels avertissements, et y puiser les encouragements et les consolations dont nos cœurs ont besoin pendant notre course ici-bas. La question de savoir si nous serions capables de commettre le péché grossier d’idolâtrie, trouve une solution frappante dans 1 Cor. 10:1-13 où l’apôtre cite cette scène même du mont Horeb, comme avertissement à l’Église de Dieu ; nous ne saurions donc mieux faire que d’engager le lecteur à lire soigneusement le passage en entier.

Nous apprenons ici qu’il n’y a aucun péché, aucune folie, aucune forme de dépravation morale, dans laquelle nous ne serions sujets à nous plonger d’un moment à l’autre, si nous n’étions gardés par la toute puissance de Dieu ; il n’y a de vraie sécurité pour nous qu’à l’abri moral de la présence divine. Nous savons que l’Esprit de Dieu ne nous met pas en garde contre des choses auxquelles nous ne sommes pas enclins. Il ne nous dirait pas : « Ne soyez pas non plus idolâtres », si nous n’étions pas capables de le devenir. Ce n’est, par conséquent, pas de la forme extérieure de la chose dont il est question, mais de la chose elle-même, de sa racine ou de son principe. Nous lisons que « l’avarice est une idolâtrie », c’est-à-dire que l’homme désireux de posséder lui-même plus que ce que Dieu lui a donné, est coupable en réalité du péché d’Israël, lorsqu’il fit le veau d’or et l’adora. L’apôtre pouvait, avec raison, dire aux Corinthiens — nous dire : « C’est pourquoi, mes bien-aimés, fuyez l’idolâtrie » (1 Cor. 10:14). Pourquoi être exhortés à fuir une chose à laquelle nous ne serions pas sujets ? Que signifient les paroles qui terminent la première épître de Jean : « Enfants, gardez-vous des idoles ? » Ne nous disent-elles pas que nous sommes en danger d’adorer des idoles ? Assurément. Nos cœurs perfides sont capables de se détourner du Dieu vivant, et de s’attacher à quelque autre objet en dehors de Lui ; et qu’est cela sinon de l’idolâtrie ? Tout ce qui gouverne le cœur, est l’idole du cœur : argent, plaisir, pouvoir, ou autre chose ; nous pouvons donc facilement saisir la nécessité des nombreuses exhortations que l’Esprit Saint nous adresse contre le péché d’idolâtrie.

Nous avons encore, au chapitre 4 des Galates, des paroles très remarquables, des accents propres à faire impression sur l’église professante. Les Galates, ainsi que tous les autres gentils, avaient adoré des idoles ; mais, après avoir reçu l’Évangile, ils s’étaient tournés des idoles vers Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai. Cependant, des docteurs judaïsants étaient survenus, leur enseignant qu’à moins d’être circoncis et de garder la loi, ils ne pouvaient être sauvés.

C’est ceci justement que l’apôtre déclare sans hésitation être un retour à la grossière dégradation morale de leurs jours précédents, après avoir fait profession de recevoir l’évangile de Christ ; de là cette insistance de l’apôtre : « Mais alors, ne connaissant pas Dieu, vous étiez asservis à ceux qui, par leur nature, ne sont pas dieux : mais maintenant, ayant connu Dieu, mais plutôt ayant été connus de Dieu, comment retournez-vous de nouveau aux faibles et misérables éléments auxquels vous voulez encore derechef être asservis ? Vous observez des jours, et des mois, et des temps, et des années. Je crains quant à vous que peut-être je n’aie travaillé en vain pour vous » (Gal. 4:8-11).

Les Galates ne retournaient pas extérieurement au culte des idoles ; il est même probable qu’ils auraient rejeté avec indignation une telle idée ; malgré cela, l’apôtre leur demande : « Comment retournez-vous ? » Qu’est-ce que cette question signifie, s’ils n’étaient pas retournés à l’idolâtrie ? et qu’avons-nous à apprendre du passage entier ? Simplement ceci, que la circoncision, le retour à la loi, l’observation des jours, des mois et des années, — que tout ceci, en apparence si différent de leur ancienne idolâtrie, n’était ni plus ni moins qu’y retourner. Observer les jours et rendre culte aux faux dieux, était autant que se détourner du Dieu vivant et vrai, de son Fils Jésus Christ, du Saint Esprit, — de ce groupe brillant de dignités et de gloires appartenant au christianisme.

C’est un fait des plus solennels pour les chrétiens professants, et nous nous demandons si le sens et l’importance de Gal. 4:8-10, est réellement saisi par la grande majorité de ceux qui professent croire à la Bible. Que chacun examine sa position, ses habitudes, ses voies et ses relations, pour voir si, de fait, il ne suit pas l’exemple des assemblées de Galatie, dans l’observance des jours fériés, ou en d’autres choses semblables, qui ne sont propres qu’à détourner les âmes de Christ et de son glorieux salut. Un jour vient où les yeux de milliers d’âmes s’ouvriront à la réalité de ces choses ; ils verront alors ce qu’ils refusent de voir, c’est que les erreurs les plus grossières et les plus sombres du paganisme peuvent se reproduire sous le nom du christianisme, et en rapport avec les plus belles vérités qui aient jamais brillé aux yeux de l’intelligence humaine.

Prêtons maintenant notre attention au fait présenté au verset 21 de notre chapitre, savoir que Moïse, pour la troisième fois, rappelle à la congrégation les dispensations judiciaires de Dieu envers lui-même. Il en avait parlé, comme nous l’avons vu, au chap. 1:37 ; et encore au chap. 3:26 ; ici, de nouveau, il leur dit : « Et l’Éternel s’irrita contre moi, à cause de vous, et il jura que je ne passerais pas le Jourdain et que je n’entrerais pas dans le bon pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage ; car, pour moi, je mourrai dans ce pays, je ne passerai pas le Jourdain ; mais vous allez le passer, et vous posséderez ce bon pays ».

Pourquoi répéter trois fois cette allusion au même fait ? — Et pourquoi, chaque fois, la mention spéciale de cette circonstance que l’Éternel a été irrité contre lui, à cause d’eux ? Une chose est certaine : il n’était nullement dans l’intention de Moïse de jeter du blâme sur le peuple, ou de se disculper ; un incrédule seul pourrait le supposer. Ce à quoi il visait, était de donner le plus possible de force morale et de solennité à son exhortation. Si l’Éternel était irrité contre un homme tel que Moïse ; si, à cause de sa parole imprudente aux eaux de Meriba, il ne lui fut pas permis d’entrer au pays de la promesse, — quoiqu’il le désirât si vivement, — combien plus, eux, devaient-ils prendre garde ? C’est une chose sérieuse d’avoir affaire avec Dieu, une chose bénie, sans doute, mais des plus sérieuses, comme le législateur lui-même fut appelé à le prouver en sa personne. Les paroles suivantes viennent à l’appui de cette vérité : « Prenez garde à vous, de peur que vous n’oubliiez l’alliance de l’Éternel, votre Dieu, qu’il a traitée avec vous, et que vous ne vous fassiez une image taillée, la forme d’une chose quelconque, ce que l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de ne pas faire. Car l’Éternel, ton Dieu, est un feu consumant, un Dieu jaloux » (vers. 23-24). Il nous faut laisser à cette vérité tout son poids moral sur nos âmes. On entend dire parfois : « Dieu est un feu consumant pour le monde ». Il le sera, dans la suite, sans doute, mais, maintenant, il agit en grâce, en patience et en longanimité envers le monde. N’oublions pas que l’apôtre Pierre nous dit : « Car le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu ; mais, s’il commence premièrement par nous, quelle sera la fin de ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de Dieu ? » (1 Pierre 4:17). Nous lisons aussi dans Héb. 12:29 : « Car aussi, notre Dieu est un feu consumant ». Il ne parle pas de ce que Dieu sera pour le monde, mais de ce qu’il est pour nous. L’Écriture ne peut être ainsi tordue ; il faut la prendre comme elle est : claire et distincte ; tout ce que nous ayons à faire est d’écouter et d’obéir. « Notre Dieu est un feu consumant », un Dieu jaloux, non pas de nous consumer, béni soit son saint Nom ! mais de consumer le mal en nous et dans nos voies. Il ne peut tolérer en nous quoi que ce soit de contraire à sa sainteté, et, par conséquent, à notre vrai bonheur, à notre bénédiction réelle. Comme « Père Saint », il nous maintient dans une voie digne de lui-même ; s’il nous châtie, c’est afin de nous rendre participants de sa sainteté. Il laisse le monde suivre ses voies, n’intervenant pas publiquement ; mais il juge sa maison, et il châtie ses enfants, afin qu’ils répondent mieux à ses pensées, et qu’ils soient l’expression de son image morale.

En vérité, c’est un immense privilège, découlant de la grâce infinie de notre Dieu qui condescend à s’intéresser lui-même à nous ; à s’occuper de nos infirmités, de nos manquements et de nos péchés, afin de nous en délivrer et de nous rendre participants de sa sainteté.

Il y a encore un passage remarquable relatif à ce sujet : « Mon fils, ne méprise pas la discipline du Seigneur, et ne perds pas courage quand tu es repris par lui ; car celui que le Seigneur aime, il le discipline, et il fouette tout fils qu’il agrée. Vous endurez des peines comme discipline : Dieu agit envers vous comme envers des fils, car qui est le fils que le père ne discipline pas ? Mais si vous êtes sans la discipline à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils. De plus, nous avons eu les pères de notre chair pour nous discipliner, et nous les avons respectés ; ne serons-nous pas beaucoup plutôt soumis au Père des esprits, et nous vivrons ? Car ceux-là disciplinaient pendant peu de jours, selon qu’ils le trouvaient bon ; mais celui-ci nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté. Or aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle. C’est pourquoi, redressez les mains lassées et les genoux défaillants » (Héb. 12:5-12).

Il y a trois manières de recevoir la discipline divine : nous pouvons la « mépriser », comme une chose ordinaire qui peut arriver à chacun ; nous n’y voyons pas la main de Dieu. Il peut nous arriver aussi de « perdre courage » sous son poids, comme trop lourd à porter. Nous ne reconnaissons pas le cœur du Père dans cette dispensation, ni son but miséricordieux, savoir de nous rendre participants de sa sainteté. En dernier lieu, nous pouvons être « exercés par elle », et c’est le moyen de recueillir ensuite « le fruit paisible de la justice ». Nous n’osons pas « mépriser » une chose dans laquelle nous reconnaissons la main de Dieu. Nous ne devons pas « perdre courage » sous une dispensation, dans laquelle nous discernons clairement le cœur du Père qui nous aime, et qui ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces, mais qui donnera une issue à l’épreuve, afin que nous puissions la supporter ; il nous explique aussi son but dans la discipline, et nous assure que chaque coup de sa verge est une preuve de son amour, et une réponse directe à la prière de Christ, dans Jean 17:11, où il nous recommande aux soins du « Père Saint », pour qu’il nous garde en ce nom et en tout ce que ce nom implique.

Il y a, de plus, trois attitudes distinctes du cœur en rapport avec la discipline divine, savoir la sujétion, la soumission, et la joie. Quand la volonté est brisée, il y a sujétion. Lorsque l’intelligence est éclairée quant au but du châtiment, il en résulte une soumission calme. Et quand les affections sont engagées quant au cœur du Père, il y a joie, et nous pouvons aller en avant d’un cœur content, recueillant en abondance des fruits paisibles de justice à la louange de Celui qui, dans son amour diligent, s’occupe de ce qui nous concerne, et agit envers nous selon son saint gouvernement, concentrant ses soins sur chacun, comme s’il n’y en avait qu’un seul à soigner.

Combien cette pensée devrait nous aider dans toutes nos épreuves ! Nous sommes entre les mains de Celui dont l’amour est infini, la sagesse infaillible, dont le pouvoir est tout puissant, et les ressources inépuisables. Pourquoi alors serions-nous rejetés ? S’il nous châtie, c’est parce qu’il nous aime et cherche notre bien réel. Nous pouvons trouver le châtiment pénible, nous sentir portés à nous demander parfois comment l’amour peut nous infliger la souffrance et la maladie ; mais souvenons-nous que l’amour divin est sage et fidèle, et ne dispense les peines, la maladie ou le deuil, que pour notre profit et notre bénédiction. Nous ne devons pas toujours juger de l’amour par la forme qu’il revêt. Regardez une bonne et tendre mère appliquant un vésicatoire à son enfant qu’elle aime comme son âme. Elle sait parfaitement que ce remède le fera souffrir ; pourtant elle l’applique sans hésiter, sans écouter son cœur sensible, sachant que la chose est absolument nécessaire, et que, humainement parlant, la vie de son enfant en dépend. Elle sent, qu’avec la bénédiction de Dieu, quelques moments de souffrance rendront la santé à son enfant bien-aimé. Ainsi, tandis que l’enfant n’est occupé que de la douleur passagère, la mère pense au bien permanent ; et si l’enfant pouvait être en communion de pensées avec la mère, le remède ne lui semblerait pas si dur à supporter.

Ceci est une image de la manière dont notre Père agit dans ses dispensations disciplinaires envers nous, et si nous savions nous le rappeler, ce serait d’un grand secours pour supporter tout ce que sa main trouve bon de nous infliger. — On pourrait objecter qu’il n’y a pas de comparaison entre un remède appliqué pour quelques minutes, et des années de souffrances et de peines corporelles intenses. Sans doute, mais quelle différence entre le résultat obtenu dans chaque cas ! Ce n’est qu’avec le principe de la chose que nous avons affaire. Lorsque nous voyons un cher enfant de Dieu appelé à traverser des années de vives souffrances, nous sommes tentés de nous demander pourquoi ; lui-même peut aussi se faire la même question, et être parfois sur le point de perdre courage, d’être accablé sous le poids de sa longue épreuve. Il se peut même qu’il en vienne à s’écrier : « Pourquoi en est-il ainsi ? Cette épreuve peut-elle m’avoir été dispensée par amour, et être l’expression de la sollicitude d’un Père ? » — « Oui, certes », est la réponse claire et décidée de la foi. « C’est tout amour, et divinement juste. Je ne voudrais pas pour rien au monde qu’il en fût autrement. Je sais que cette souffrance passagère opère une bénédiction éternelle, je sais que le Père qui m’aime m’a mis dans ce creuset pour me purifier des impuretés de la chair, et reproduire en moi sa propre image ; donc cette souffrance est la meilleure chose pour moi. Naturellement, je la sens, mais c’est l’intention de mon Père céleste que je la sente, comme la mère avec son remède, sans cela, il ne ferait aucun bien ».

Telle est, lecteur chrétien, la disposition convenable pour traverser quelque épreuve que ce soit.

Reprenons maintenant les derniers versets de notre chapitre, qui renferment des appels si touchants au cœur et à la conscience de la congrégation au sujet de l’obéissance. Si Moïse leur parle de la fournaise de fer d’Égypte, de laquelle l’Éternel, dans sa souveraine grâce, les a délivrés ; s’il insiste sur les signes puissants et les miracles opérés en leur faveur ; s’il leur représente les gloires de ce pays où ils allaient entrer ; ou s’il raconte les voies merveilleuses de Dieu envers eux dans le désert ; — le tout a pour but d’affermir la base morale des droits de l’Éternel à leur obéissance. Le passé, le présent et l’avenir, tout est exposé, comme pour faire peser sur eux la responsabilité, pour fournir des arguments puissants en faveur de leur consécration entière au service de leur Libérateur.

En un mot, ils avaient toute raison pour obéir ; et pas une excuse possible pour la désobéissance. Tous les faits de leur histoire, du premier au dernier, étaient calculés pour donner de la force morale à l’exhortation et à l’avertissement du passage suivant : « Prenez garde que vous n’oubliiez l’alliance de l’Éternel, votre Dieu, qu’il a traitée avec vous, et que vous ne vous fassiez une image taillée, la forme d’une chose quelconque, ce que l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de ne pas faire. Car l’Éternel, ton Dieu, est un feu consumant, un Dieu jaloux ».

« Quand tu auras engendré des fils et des petits-fils, et que vous aurez vécu longtemps dans le pays, et que vous vous serez corrompus, et que vous aurez fait une image taillée, la forme d’une chose quelconque, et que vous aurez fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, ton Dieu, pour le provoquer à colère, j’appelle aujourd’hui à témoin contre vous les cieux et la terre, que vous périrez bientôt entièrement de dessus le pays où, en passant le Jourdain, vous entrez afin de le posséder ; vous n’y prolongerez pas vos jours, car vous serez entièrement détruits. Et l’Éternel vous dispersera parmi les peuples ; et vous resterez en petit nombre parmi les nations où l’Éternel vous mènera. Et vous servirez là des dieux, ouvrage de mains d’homme, du bois et de la pierre, qui ne voient, ni n’entendent, ni ne mangent, ni ne flairent » (vers. 23-28).

Le ciel et la terre sont appelés à témoigner de ces choses. Hélas ! comme tout ceci fut vite et complètement oublié ! Et comme toutes ces terribles prophéties ont été littéralement accomplies dans l’histoire de la nation !

Mais, béni soit Dieu, il y a miséricorde aussi bien que jugement ; notre Dieu est quelque chose de plus qu’un « feu consumant et qu’un Dieu jaloux ». Il est en vérité un feu consumant, parce qu’il est saint. De plus, il est jaloux, parce qu’il ne peut supporter un rival quelconque dans le cœur de ceux qu’il aime. Il lui faut avoir le cœur tout entier, parce que Lui seul en est digne, et peut le remplir et le satisfaire à jamais. Si ses enfants se détournent de Lui, et vont après des idoles de leur propre imagination, ils devront moissonner les fruits amers de leurs propres œuvres, et prouveront par une triste et terrible expérience, la vérité de ces paroles : « les misères de ceux qui courent après un autre seront multipliées ».

(vers. 29). Remarquez de quelle manière touchante Moïse présente au peuple le côté brillant des choses — brillant d’une lumière provenant de la stabilité éternelle de sa grâce et de la pleine suffisance de cette grâce à tous les besoins de son peuple : « Et de là vous chercherez l’Éternel, ton Dieu ; et tu le trouveras, si tu le cherches de tout ton cœur et de toute ton âme. Dans ta détresse », — moment propice pour découvrir ce qu’est notre Dieu, — « et lorsque toutes ces choses t’auront atteint, à la fin des jours, tu retourneras à l’Éternel, ton Dieu, et tu écouteras sa voix ». — Sera-t-il alors un « feu consumant » ? Non : « L’Éternel, ton Dieu est un Dieu miséricordieux, il ne t’abandonnera pas et ne te détruira pas, et il n’oubliera pas l’alliance de tes pères, qu’il leur a jurée » (vers. 30-31).

Nous avons ici un remarquable coup d’œil dans l’avenir d’Israël, leur séparation de Dieu, et leur dispersion parmi les nations ; la rupture complète de leur forme de gouvernement, et la perte de leur gloire nationale. Mais, béni soit le Dieu de toute grâce, il y a quelque chose au-delà de tous ces manquements, de cette ruine et de ce jugement. En considérant la dernière phase de la triste histoire d’Israël, — histoire qui peut réellement se résumer dans cette courte phrase : « C’est ta destruction, Israël, que tu aies été contre moi, contre ton secours » (Osée 13:9), nous voyons le déploiement de la grâce du Dieu de leurs pères quand il se révèle comme étant le secours d’Israël. Dans la première partie de cette phrase, nous avons la flèche aiguisée pour la conscience du peuple ; dans la dernière, le baume qui peut calmer son cœur brisé.

Il y a deux côtés de l’histoire d’Israël, la partie historique et la partie prophétique. La première rapporte leur complète ruine. L’autre révèle le remède de Dieu. Le passé d’Israël a été sombre et triste ; son avenir sera brillant et glorieux. Dans le premier, nous voyons les misérables actions des hommes ; dans le dernier, les voies bénies de Dieu. — Le passé nous donne l’illustration de ce qu’est l’homme ; l’avenir la brillante démonstration de ce que Dieu est. Il faut considérer les deux côtés, si nous voulons avoir une vraie intelligence de l’histoire de ce peuple remarquable. « Un peuple merveilleux dès ce temps » — et, nous pouvons ajouter, un peuple admirable jusqu’à la fin des temps.

Nous sentons l’obligation d’attirer l’attention du lecteur sur les précieux enseignements contenus dans le dernier passage cité. En peu de mots, il réunit toutes les vérités relatives au passé, au présent et à l’avenir d’Israël. Leur passé, par exemple, est vivement dépeint dans ces quelques mots : « Quand tu auras engendré des fils et des petits-fils, et que vous aurez vécu longtemps dans le pays, et que vous vous serez corrompus, et que vous aurez fait une image taillée, la forme d’une chose quelconque, et que vous aurez fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, ton Dieu, pour le provoquer à colère… »

N’est-ce pas là précisément ce qu’ils ont fait ? Ils ont fait ce qui déplaît à l’Éternel, leur Dieu, afin de l’irriter. Ce seul mot : « ce qui est mauvais », comprend tout, depuis le veau en Horeb jusqu’à la croix du Calvaire. Tel est le passé d’Israël.

Quant à leur état présent, ne sont-ils pas un monument stable de la vérité impérissable de Dieu ? Est-il tombé un seul iota ou un trait de lettre de tout ce que Dieu a prononcé ? Écoutez ces paroles : « J’appelle aujourd’hui à témoin contre vous les cieux et la terre, que vous périrez bientôt entièrement de dessus le pays où, en passant le Jourdain, vous entrez afin de le posséder ; vous n’y prolongerez pas vos jours, car vous serez entièrement détruits. Et l’Éternel vous dispersera parmi les peuples ; et vous resterez en petit nombre parmi les nations où l’Éternel vous mènera ».

Tout ceci n’a-t-il pas été accompli à la lettre ? Qui pourrait mettre la chose en question ? Le passé et le présent d’Israël attestent tous deux la vérité de la parole de Dieu. Nous pouvons donc, en toute justice, déclarer que, comme le passé et le présent sont un accomplissement littéral de la vérité de Dieu, l’avenir le sera aussi assurément. Le même Esprit a dicté les pages de l’histoire, et celles de la prophétie ; c’est pourquoi elles sont aussi vraies l’une que l’autre, et de même que l’histoire nous rapporte le péché et la dispersion d’Israël, la prophétie nous prédit le repentir du peuple et son relèvement. Pour la foi, l’un est aussi vrai que l’autre. Aussi sûrement qu’Israël a péché dans le passé, et qu’il est dispersé actuellement, aussi sûrement se repentira-t-il et sera-t-il relevé dans l’avenir.

Tout ceci est au-dessus de tout raisonnement. Il n’y a pas un des prophètes, depuis Ésaïe jusqu’à Malachie, qui ne publie en accents pleins de grâce les bénédictions futures, la prééminence et la gloire de la semence d’Abraham (*). Nous aimerions pouvoir citer quelques-uns des sublimes passages se rapportant à ce sujet si intéressant ; mais il nous faut laisser ce soin au lecteur, recommandant tout spécialement à son attention la précieuse portion de l’Écriture contenue dans les derniers chapitres d’Ésaïe, dans laquelle il trouvera une pleine confirmation de cette vérité exprimée par l’apôtre : « Tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:26). Tous les prophètes, « depuis Samuel et ceux qui l’ont suivi » (Actes 3:24), sont d’accord en ceci. Les enseignements du Nouveau Testament sont en harmonie avec la voix des prophètes ; ainsi, mettre en question la vérité concernant la restauration d’Israël dans son propre pays, et les bénédictions finales qui y seront leur partage, sous le règne de leur propre Messie, serait ignorer ou nier le témoignage des prophètes et des apôtres, parlant et écrivant sous l’inspiration directe de Dieu.

 

(*) Il est entendu que Jonas fait exception, sa mission était à Ninive. Il est le seul prophète, dont la mission fut exclusivement relative aux Gentils.

 

Il peut paraître étrange que ceux qui aiment Christ puissent ignorer ou nier ces témoignages ; cependant ils le font et l’ont fait, soit par suite de préjugés religieux, soit en vertu de certaines tendances théologiques. Mais, malgré tout, la vérité glorieuse du rétablissement d’Israël, et de sa prééminence sur la terre, brille avec une vive clarté dans les pages prophétiques, et tous ceux qui cherchent à la rejeter, ou à l’interpréter de quelque autre manière, se voient dans le cas, non seulement d’éviter la clarté des Saintes Écritures, et de contredire la voix unanime des apôtres et des prophètes, mais encore de s’ingérer dans les conseils et les promesses du Seigneur, Dieu d’Israël, pour aboutir finalement à annuler son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob.

C’est une chose bien sérieuse de s’engager dans cette voie, et plusieurs, nous le croyons, l’ont fait sans le savoir, car il faut comprendre que quiconque applique à l’Église les promesses faites aux pères dans l’Ancien Testament, commet la faute grave dont nous parlons. Nous maintenons que personne n’a le moindre droit d’aliéner les promesses faites aux pères. Nous pouvons y prendre plaisir, retirer du bien et de l’encouragement de leur éternelle stabilité et de leur application directe et littérale ; mais lorsque, sous l’influence d’un système d’interprétation appelé « spiritualiste », on applique à l’Église, ou aux croyants du Nouveau Testament, des prophéties qui s’appliquent à Israël, nous considérons cela comme une chose très sérieuse et contraire à la pensée et au cœur de Dieu. Il aime Israël ; il l’aime à cause des pères, et nous pouvons être assurés qu’il n’approuve pas notre intervention dans leur position, leur lot, ou leurs espérances. Les paroles de Paul aux Romains, chap. 11, nous sont familières, mais il se peut que nous en ayons ignoré ou oublié le vrai sens et la force morale.

Parlant d’Israël, en rapport avec l’olivier de la promesse, l’apôtre dit : « Et eux aussi, s’ils ne persévèrent pas dans l’incrédulité, ils seront entés, car » — raison des plus simples et précieuse — « Dieu est puissant pour les enter de nouveau. Car si toi, tu as été coupé de l’olivier qui selon la nature, était sauvage, et as été enté contre nature sur l’olivier franc, combien plus ceux qui en sont selon la nature seront-ils entés sur leur propre olivier ? Car je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère-ci, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux : c’est qu’un endurcissement partiel est arrivé à Israël jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée (*) ; et ainsi tout Israël sera sauvé, selon qu’il est écrit : Le libérateur viendra de Sion ; il détournera de Jacob l’impiété. Et c’est là l’alliance de ma part pour eux, lorsque j’ôterai leurs péchés. En ce qui concerne l’Évangile, ils sont ennemis à cause de vous ; mais en ce qui concerne l’élection, ils sont bien-aimés à cause des pères. Car les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir. Car comme vous aussi vous avez été autrefois désobéissants à Dieu et que maintenant vous êtes devenus des objets de miséricorde par la désobéissance de ceux-ci, de même ceux-ci aussi ont été maintenant désobéissants à votre miséricorde, afin qu’eux aussi deviennent des objets de miséricorde ». C’est-à-dire qu’au lieu d’entrer sur le terrain de la loi, ou de leur descendance selon la chair, ils viendront simplement, tout comme les gentils, sur le terrain de l’élection selon la grâce souveraine. « Car Dieu a renfermé tous, Juifs et nations, dans la désobéissance, afin de faire miséricorde à tous » (Rom. 11:23-32).

 

(*) Le lecteur doit saisir la différence entre « la plénitude des gentils », dans Rom. 11, et « le temps des nations », dans Luc 21. Le premier passage se rapporte à ceux qui forment maintenant l’Église. Le second, au contraire, a rapport au temps de la suprématie des nations, commençant avec Nebucadnetsar, et continuant jusqu’au temps où « la pierre coupée sans main » tombera avec puissance et écrasera la grande statue de Daniel 2.

 

Nous ne pouvons nous empêcher de citer la doxologie, par laquelle l’apôtre termine la grande exposition des dispensations ou des économies selon le plan de Dieu : « Ô profondeur des richesses et de la sagesse et de la connaissance de Dieu Que ses jugements sont insondables, et ses voies introuvables ! Car qui a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller ? ou qui lui a donné le premier, et il lui sera rendu ? Car de lui », — comme la source, — « et par lui », — comme canal, — « et pour lui », — comme objet, — « sont toutes choses ! À lui soit la gloire éternellement ! Amen » (vers. 33-36).

Cette magnifique partie de l’épître aux Romains est en parfait accord avec l’enseignement du chapitre 4 de notre livre. La condition présente d’Israël est le fruit de sa désobéissance ; sa gloire future sera le fruit de la riche et souveraine miséricorde de Dieu. « Car l’Éternel, ton Dieu, est un Dieu miséricordieux, il ne t’abandonnera pas et ne te détruira pas ; et il n’oubliera pas l’alliance de tes pères qu’il leur a jurée. Car, enquiers-toi donc des premiers jours qui ont été avant toi, depuis le jour où Dieu a créé l’homme sur la terre, et d’un bout des cieux jusqu’à l’autre bout des cieux », — Dieu en appelait aux limites extrêmes du temps et de l’espace, pour voir — « si jamais il est rien arrivé comme cette grande chose, et s’il a été rien entendu de semblable. Est-ce qu’un peuple a entendu la voix de Dieu parlant du milieu du feu, comme toi tu l’as entendue, et est demeuré en vie ? Ou Dieu a-t-il essayé de venir prendre pour lui une nation du milieu d’une nation, par des épreuves, par des signes, et par des prodiges, et par la guerre, et à main forte, et à bras étendu, et par de grandes terreurs, selon tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait pour vous en Égypte, sous tes yeux. Cela t’a été montré, afin que tu connusses que l’Éternel est Dieu, et qu’il n’y en a point d’autre que lui. Des cieux, Il t’a fait entendre sa voix pour t’instruire, et, sur la terre, il t’a fait voir son grand feu, et tu as entendu ses paroles du milieu du feu » (vers. 31-36).

Le grand objet de toutes les voies divines relativement à Israël ressort de ces paroles avec une singulière puissance morale. C’était afin qu’ils pussent connaître que l’Éternel était le seul Dieu vivant et vrai, et qu’il n’y en avait, et ne pouvait y en avoir aucun autre, en dehors de Lui. En un mot, le dessein de Dieu était qu’Israël fût un témoin pour Lui sur la terre ; et, c’est assurément ce qu’il sera, quoiqu’il ait failli jusqu’à être la cause que son saint Nom a été blasphémé parmi les nations. Mais l’alliance de l’Éternel existera à toujours. Israël sera un témoin vivant de Dieu sur la terre, et le canal de riches bénédictions pour toutes les nations. L’Éternel a juré qu’il en serait ainsi ; et toutes les puissances réunies, de l’enfer, de l’homme et de Satan, ne pourront empêcher le plein accomplissement de tout ce qu’il a prononcé. Sa gloire est intéressée à l’avenir d’Israël, et si un seul iota de sa parole devait tomber, ce serait un déshonneur jeté sur son grand Nom, et un triomphe de l’ennemi, chose complètement impossible. L’anneau qui relie les futures bénédictions d’Israël, et la gloire de l’Éternel ne peut être brisé. Tant que ce fait n’a pas été pleinement saisi, on ne peut avoir l’intelligence du passé, ni de l’avenir d’Israël, et tout système d’interprétation prophétique est frappé de fausseté.

Une autre vérité est mise en avant dans notre chapitre : savoir, que non seulement la gloire de l’Éternel est intéressée au relèvement et aux bénédictions futures d’Israël, mais que son cœur y est engagé. C’est ce qui est révélé d’une manière touchante, dans les paroles suivantes : « Et parce qu’il a aimé tes pères, et qu’il a choisi leur semence après eux, il t’a fait sortir d’Égypte par sa face, par sa grande puissance, pour déposséder devant toi des nations plus grandes et plus fortes que toi, pour t’introduire dans leur pays, afin de te le donner en héritage, comme il paraît aujourd’hui » (vers. 37-38).

De cette manière, la vérité de la parole de Dieu, la gloire de son Nom, et l’amour de son cœur, sont compris dans ses dispensations envers la postérité d’Abraham, son ami ; aussi, bien que les Juifs aient transgressé la loi, déshonoré son Nom, méprisé sa grâce, rejeté ses prophètes, crucifié son Fils, et résisté à son Esprit, et soient en conséquence dispersés, et destinés à passer par une tribulation future sans exemple, — cependant le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, glorifiera son Nom, ratifiera sa parole, et manifestera l’amour immuable de son cœur, dans l’histoire à venir de son peuple terrestre. Rien ne change l’amour de Dieu ; qui que ce soit qu’il aime, il l’aime jusqu’à la fin.

Si nous nions cette vérité quant à Israël, nous n’avons pas un pouce de terrain solide sur lequel nous appuyer nous-mêmes : « Car autant il y a de promesses de Dieu, en lui est le oui et en lui l’amen, à la gloire de Dieu par nous » (2 Cor. 1:20). Dieu s’est engagé en faveur de la postérité d’Abraham. Il a promis de lui donner le pays de Canaan, à toujours. Ses dons de grâce et son appel sont sans repentir » (Rom. 11:29). C’est pourquoi toute tentative d’infirmer ses promesses et ses dons, ou d’intervenir d’une manière quelconque dans leur application à leur vrai objet, doit être une offense pour Lui. Cela entache l’intégrité de la vérité de Dieu, nous dépouille de toute certitude quant à l’interprétation des Saintes Écritures, et plonge l’âme dans les ténèbres du doute.

L’enseignement de l’Écriture est clair. Le Saint Esprit qui a dicté le Volume sacré, entend ce qu’il dit, et dit ce qu’il entend. S’il parle d’Israël, il entend Israël, — de Sion, il entend Sion, — de Jérusalem, Jérusalem. Appliquer quelqu’un de ces noms à l’Église du Nouveau Testament, c’est confondre des choses qui diffèrent, et introduire une méthode d’interpréter l’Écriture qui, par son inconsistance, ne peut conduire qu’aux plus désastreuses conséquences. Si nous manions la parole de Dieu de cette manière irrespectueuse, nous ne pourrons en réaliser la divine autorité sur notre conscience, ou en manifester la puissance dans notre marche.

 

Considérons maintenant l’appel par lequel Moïse résume son discours dans notre chapitre : « Sache donc aujourd’hui, et médite en ton cœur, que l’Éternel est Dieu dans les cieux en haut, et sur la terre en bas : il n’y en a point d’autre. Et garde ses statuts et ses commandements que je te commande aujourd’hui, afin que tu prospères, toi et tes fils après toi, et que tu prolonges tes jours sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne, pour toujours » (vers. 39-40).

Nous voyons ici que le droit moral à leur obéissance est fondé sur le caractère révélé de Dieu, et sur ses voies merveilleuses à leur égard. En un mot, ils étaient tenus d’obéir, par tous les arguments susceptibles d’agir sur leur cœur, leur conscience et leur intelligence. Celui qui les avait retirés du pays d’Égypte à main forte et à bras étendu ; qui avait fait trembler ce pays par les coups redoublés de sa verge judiciaire ; celui qui avait fendu les eaux pour leur frayer un passage à travers la mer ; qui leur avait envoyé du pain du ciel, et leur avait fait sortir de l’eau du rocher, — le tout, pour la gloire de son grand Nom, et parce qu’il aimait leurs pères, — avait sûrement droit à leur entière obéissance.

Si les fils d’Israël étaient moralement tenus d’obéir, combien plus le sommes-nous ! Si leurs motifs et leur objet étaient puissants, combien plus le sont les nôtres ! En sentons-nous la puissance ? Les droits de Christ sur nous sont-ils le sujet de nos méditations ? Nous rappelons-nous que nous ne sommes plus à nous-mêmes, mais rachetés au prix infiniment précieux du sang de Christ ? Cherchons-nous à vivre pour Lui ? Sa gloire est-elle notre objet, son amour, notre mobile ? Ou bien, vivons-nous pour nous-mêmes ? Cherchons-nous nos aises dans le monde qui a crucifié notre Seigneur et Sauveur ? Cherchons-nous à amasser de l’argent ? L’aimons-nous soit pour lui-même, soit pour ce qu’il peut nous procurer ? L’argent nous gouverne-t-il ? Sommes-nous à la recherche d’une position dans ce monde, pour nous-mêmes, ou pour nos enfants ? Sondons notre cœur en toute honnêteté, à la lumière de sa présence, et recherchons quel est l’objet qui gouverne ou que chérit notre cœur.

Pesons ces questions à la lumière même du tribunal de Christ. Le temps où nous vivons est très solennel. On voit de tous côtés une fausseté effrayante, et nulle part elle n’est plus apparente que dans la soi-disant religion. Le temps même où nous sommes parvenus, a été décrit par une plume qui n’exagère jamais : « Or sache ceci, que dans les derniers jours il surviendra des temps fâcheux ; car les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents, ingrats, sans piété, sans affection naturelle, implacables, calomniateurs, incontinents, cruels, n’aimant pas le bien, traîtres, téméraires, enflés d’orgueil, amis des voluptés plutôt qu’amis de Dieu », — et l’apôtre couronne cet effrayant tableau par ces mots « ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance » (2 Tim. 3:1-5).

Ces quelques phrases nous dépeignent la chrétienté infidèle ; comme 1 Tim. 4 avait peint la chrétienté superstitieuse. Dans ce dernier passage, nous voyons le papisme ; dans le premier, l’incrédulité, deux éléments qui sont à l’œuvre autour de nous, et dont le dernier aura bientôt la suprématie, vers laquelle il s’avance à grands pas. Les conducteurs mêmes et les docteurs de la chrétienté n’ont pas honte d’attaquer les fondements du christianisme. Un évêque soi-disant chrétien n’a pas honte, et ne craint pas de mettre en question l’authenticité des cinq livres de Moïse, et même celle de la Bible entière ; puisque, si Moïse n’est pas l’écrivain inspiré du Pentateuque, l’édifice entier de l’Écriture Sainte croule sous nos pieds. Les écrits de Moïse se lient si intimement avec toutes les autres grandes divisions du volume divin que, si on y touche, tout croule. Les colonnes mêmes du christianisme disparaîtraient, et nous aurions à chercher notre chemin en tâtonnant au milieu du conflit des opinions et des théories de docteurs infidèles, sans aucun rayon de la lampe divine de l’inspiration.

Ceci paraît-il trop fort à notre lecteur ? Croit-il qu’il soit possible d’accepter le désaveu de l’inspiration de Moïse, et puis de croire à l’inspiration des Psaumes, des Prophètes et du Nouveau Testament ? Celui qui croit cela est le jouet d’une fatale illusion. Qu’il lise avec attention le passage suivant, et qu’il se demande quelle en est la signification et la portée ? Notre Seigneur, en parlant aux Juifs, — qui n’auraient été d’accord avec aucun évêque chrétien pour nier l’authenticité de Moïse, — dit : « Ne pensez pas que moi, je vous accuserai devant le Père ; il y en a un qui vous accuse, Moïse en qui vous espérez. Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi ; car lui a écrit de moi. Mais si vous ne croyez pas ses écrits, comment croirez-vous mes paroles ? » (Jean 5:45-47).

Un homme qui ne croit pas aux écrits de Moïse et ne les reçoit pas comme divinement inspirés, ne croit pas aux paroles de Christ, et, par conséquent, ne peut avoir une foi d’origine divine, en Christ lui-même ; il ne peut donc pas être un chrétien. C’est donc une chose bien sérieuse pour l’homme de nier la divine inspiration du Pentateuque. Il est tout aussi sérieux d’écouter un tel homme, ou de sympathiser avec lui. C’est très bien de parler de charité chrétienne et de libéralité d’esprit, mais nous avons à considérer si c’est avoir de la charité ou être libéral que de paraître approuver, en quelque manière que ce soit, un homme qui a l’audace de faire crouler sous nos pieds les fondements mêmes de notre foi. Qu’un tel homme soit un évêque ou un ministre de quelque dénomination que ce soit rend la chose mille fois pire. Nous pouvons comprendre un Voltaire ou un Paine attaquant la Bible ; on ne s’attend pas à autre chose de leur part ; mais, quand ceux qui prétendent être des ministres de la religion, gardiens reconnus et établis de la foi des élus de Dieu, se considérant comme ayant seuls le droit d’enseigner et de prêcher Jésus Christ, de garder et de paître l’Église de Dieu, — quand ceux-là mettent en question l’inspiration des cinq livres de Moïse, nous sommes forcés de demander : Jusqu’où l’église professante est-elle descendue ? Prenons encore un autre passage relatif à notre sujet ; le reproche du Sauveur ressuscité aux deux disciples d’Emmaüs : « Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, les choses qui le regardent ». Puis encore, aux onze et aux autres avec eux, il dit : « Ce sont ici les paroles que je vous disais quand j’étais encore avec vous, qu’il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les psaumes, fussent accomplies » (Luc 24:25-27, 44).

Ici nous trouvons que notre Seigneur reconnaît de la manière la plus positive, la loi de Moïse, comme faisant partie intégrante du canon inspiré, et qu’il la lie à toutes les divisions principales du volume divin, de telle sorte qu’il est complètement impossible de toucher à une seule, sans détruire l’intégralité du tout. Si on n’a pas confiance en Moïse, on ne peut pas davantage se fier aux Prophètes ou aux Psaumes ; ils se maintiennent ou tombent ensemble. Non seulement cela, mais nier la divine authenticité du Pentateuque, c’est comme si l’on affirmait que notre adorable Seigneur et Sauveur a donné la sanction de son autorité à une série de documents faux, en les citant comme des écrits de Moïse, tandis que Moïse ne les aurait pas écrits.

Prenez encore le passage qui termine la parabole de l’homme riche et de Lazare : « Mais Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Mais il dit : Non, père Abraham mais si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront. Et il lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts » (Luc 16:29-31).

Si, en dernier lieu, nous ajoutons à tout ceci, le fait que notre Seigneur, dans sa lutte avec Satan au désert, ne lui cite que les écrits de Moïse, nous aurons un nombre suffisant de preuves, non seulement pour établir, péremptoirement, la divine inspiration de Moïse, mais aussi pour prouver que l’homme qui met en question l’authenticité des cinq premiers livres de la Bible, ne possède, au fait, ni Bible, ni révélation divine, ni fondement solide pour sa foi. Il peut s’appeler, ou être appelé par d’autres un évêque ou un ministre chrétien ; mais en réalité, il est un sceptique, et devrait être traité comme tel par tous ceux qui croient et connaissent la vérité. Nous ne saurions concevoir comment quiconque possède la moindre étincelle de vie divine dans son âme, puisse se rendre coupable du péché odieux de nier l’inspiration d’une grande partie de la parole de Dieu, ou maintenir que notre Seigneur Jésus Christ a pu citer de faux documents.

Nous pouvons avoir paru sévère dans ce qu’on vient de lire. De nos jours, il semble que ce soit chose reçue de reconnaître comme chrétiens, ceux qui nient les fondements mêmes du christianisme. C’est une opinion assez populaire que, pourvu qu’on soit moral, aimable, bienveillant, charitable et philanthrope, peu importent les croyances. On nous dit que la vie vaut mieux que des dogmes ou un credo ; le tout paraît plausible, mais le lecteur peut être assuré que cette manière de parler et de raisonner tend directement à se débarrasser de la Bible, — du Saint Esprit, — de Christ, — de Dieu, — enfin de tout ce que la Bible révèle à nos âmes. Qu’il serre donc cette parole dans son cœur, et l’étudie toujours davantage, avec prière ; il sera ainsi gardé de l’influence délétère du scepticisme et de l’incrédulité ; son âme sera nourrie du lait pur de la Parole et tout son être moral sera à l’abri dans la présence divine.

 

Terminons maintenant notre méditation sur le chapitre qui vient d’attirer notre attention ; mais auparavant, prenons encore connaissance du remarquable passage concernant les trois villes de refuge. Cela peut paraître un peu abrupt à un lecteur superficiel ; mais cela relie notre sujet avec le parfait ordre moral qui règne dans l’Écriture, où tout est divinement parfait.

« Alors Moïse sépara trois villes, en deçà du Jourdain, vers le soleil levant, afin que l’homicide qui aurait tué son prochain sans le savoir, et qui ne l’aurait pas haï auparavant, s’y enfuît, et que, s’enfuyant dans l’une de ces villes-là, il vécût : Bétser, dans le désert, sur le plateau, qui est aux Rubénites ; et Ramoth, en Galaad, qui est aux Gadites ; et Golan, en Basan, qui est aux Manassites » (vers. 41-43).

Ici nous avons un remarquable déploiement de la grâce de Dieu qui s’élève, comme toujours, au-dessus des faiblesses et des manquements humains. Les deux tribus et demie, en choisissant leur héritage en deçà du Jourdain, restaient séparées de la portion propre à Israël, au-delà du fleuve de la mort. Mais, malgré leur manquement, Dieu ne voulait pas laisser le pauvre meurtrier, sans lieu de refuge, au jour de sa détresse. Si l’homme ne peut s’élever à la hauteur des pensées de Dieu, Lui peut descendre dans les profondeurs des besoins de l’homme, et dans ce cas, il le fait avec tant d’amour, que les deux tribus et demie devaient avoir autant de villes de refuge, en deçà du Jourdain, que les neuf tribus et demie, au pays de Canaan.

C’était une abondance de grâce ; une manière d’agir bien différente de celle de l’homme ! Quelle supériorité sur la loi ou sur la justice légale qui, dans ce cas, aurait pu dire aux deux tribus et demie : « Si vous choisissez votre héritage en dehors des limites divines, si vous vous contentez de moins que Canaan, le pays de la promesse, il ne faut pas vous attendre à jouir des privilèges et des bénédictions du pays. Les institutions de Canaan sont exclusives à Canaan et, par conséquent, chez vous, le meurtrier doit essayer de traverser le Jourdain pour trouver un refuge ».

La loi peut tenir ce langage, mais la grâce parle différemment. Les pensées de Dieu ne sont pas les nôtres, ni ses voies nos voies. À notre point de vue, c’eût été déjà une grâce merveilleuse d’accorder une ville aux deux tribus et demie. Mais notre Dieu fait infiniment au-delà de ce que nous savons demander ou penser ; c’est pourquoi le district comparativement petit en deçà du Jourdain était pourvu d’une aussi abondante provision de grâce que le pays tout entier de Canaan.

Cela prouve-t-il que les deux tribus et demie avaient raison ? Non, mais cela prouve que Dieu est bon, et qu’il agit toujours selon ce qu’il est, en dépit de toute notre faiblesse. Pouvait-il laisser un pauvre meurtrier sans lieu de refuge, au pays de Galaad, parce que Galaad n’était pas Canaan ? Sûrement non. Cela n’aurait pas été digne de Celui qui dit : « Ma justice est proche » (Ésa. 51:5). Il a pris soin de rapprocher la ville de refuge du meurtrier. Il voulait que sa grâce pût venir au-devant de celui qui en avait besoin. Telle est la manière d’agir de notre Dieu.

« Et c’est ici la loi que Moïse plaça devant les fils d’Israël ; ce sont ici les témoignages, et les statuts, et les ordonnances que Moïse exposa aux fils d’Israël, à leur sortie d’Égypte, en deçà du Jourdain, dans la vallée vis-à-vis de Beth-Péor, dans le pays de Sihon, roi des Amoréens, qui habitait à Hesbon, que Moïse et les fils d’Israël frappèrent à leur sortie d’Égypte ; et ils possédèrent son pays, et le pays d’Og, roi de Basan, deux rois des Amoréens, qui étaient en deçà du Jourdain, vers le soleil levant, depuis Aroër qui est sur le bord du torrent de l’Arnon, jusqu’à la montagne de Scion qui est l’Hermon, et toute la plaine en deçà du Jourdain, vers le levant et jusqu’à la mer de la plaine, sous les pentes du Pisga » (vers. 44-49).

Ici se termine ce merveilleux discours. L’Esprit de Dieu prend plaisir à tracer les limites du peuple, et à citer les plus petits détails, concernant son histoire. Il prend un vif intérêt à tout ce qui les concerne, à leurs luttes, à leurs victoires, à leurs possessions, à leurs frontières, et tout cela avec une grâce et une condescendance touchantes, qui remplissent le cœur d’admiration. L’homme, dans son orgueilleuse suffisance, trouve au-dessous de sa dignité d’entrer dans des détails minutieux ; mais notre Dieu compte les cheveux de nos têtes ; recueille nos larmes dans ses vaisseaux ; prend connaissance de tous nos besoins. Il n’y a rien de trop petit pour son amour, comme aussi rien de trop grand pour sa puissance. Il concentre ses soins d’amour sur chacun de ses enfants ; et il n’y a aucune des moindres circonstances journalières de notre histoire particulière à laquelle il ne prenne intérêt.

Souvenons-nous de ceci pour notre sûreté, et puissions-nous apprendre à nous confier mieux en Lui, et à recevoir avec une foi simple, les soins paternels de son amour. Il nous dit de Lui remettre tous nos soucis, car il prend soin de nous. Il voudrait que nos cœurs fussent aussi libres de soucis, que notre conscience de culpabilité. « Ne vous inquiétez de rien ; mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ; et la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4:6, 7).

Il est à craindre que la grande majorité d’entre nous ne connaissent que bien peu la profondeur réelle de ces paroles. Nous les lisons et les entendons ; mais nous n’en jouissons pas comme étant pour nous. Nous ne les repassons pas dans nos cœurs pour les mettre en pratique. Combien peu nous réalisons cette vérité bénie, que nous pouvons Lui présenter toutes nos difficultés. Il ne faut pas nous imaginer que de telles choses soient indignes de l’attention du Tout-Puissant qui a son trône au-dessus de la terre ; cette idée nous priverait d’incalculables bénédictions journalières. Rien n’est trop grand ou trop petit pour notre Dieu, qui soutient le vaste univers par la parole de sa puissance, et prend garde à un passereau. Il est tout aussi facile pour lui de créer un monde, que de donner un repas à une pauvre veuve. Que la grandeur de sa puissance, comme les soins minutieux de sa grâce, excitent également l’adoration de nos cœurs !

Lecteur chrétien ! Appropriez-vous toutes ces choses. Cherchez à vivre plus près de Dieu dans votre vie journalière ; appuyez-vous sur Lui. Profitez davantage de sa grâce. Allez constamment à Lui, et confiez à Lui seul tous vos besoins : « Mon Dieu suppléera à tous vos besoins, selon ses richesses en gloire, par le Christ Jésus » (Phil. 4:19). Quel privilège de pouvoir placer tous nos besoins devant ses richesses, et de perdre de vue les premiers en présence des dernières. Le trésor inépuisable de la grâce de Dieu vous est ouvert avec tout l’amour dont son cœur est rempli. Allez-y puiser, en toute simplicité de foi, et vous n’aurez pas besoin de recourir aux faibles ressources de la créature.

 

7                    Chapitre 5

« Et Moïse appela tout Israël, et leur dit : Écoute, Israël, les statuts et les ordonnances que je prononce aujourd’hui à vos oreilles : vous les apprendrez, et vous les garderez pour les pratiquer ».

Observons avec soin ces quatre mots, si caractéristiques du livre du Deutéronome, et si importants pour le peuple de Dieu, en tous temps et en tous lieux : « Écouter », — « apprendre », — « garder », — « pratiquer ». Ces paroles sont d’une valeur inexprimable pour toute âme pieuse, pour tout homme qui désire réellement marcher dans le sentier étroit de la justice pratique, si agréable à Dieu, si sûr et si heureux pour nous.

Le premier de ces mots place l’âme dans l’attitude la plus bénie où elle puisse se trouver, celle d’écouter. « La foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (Rom. 10:17). « J’écouterai ce que dira Dieu, l’Éternel » (Ps. 85:8). « Écoutez et votre âme vivra » (Ésa. 55:3). L’oreille attentive est à la base de toute vie chrétienne réelle et pratique. Elle place l’âme dans la seule attitude qui convienne à la créature. C’est le secret de toute paix et de toute bénédiction.

Il est à peine nécessaire de rappeler au lecteur que, lorsque nous parlons de l’âme dans l’attitude d’écouter, nous supposons que ce qui est écouté est uniquement la parole de Dieu. Israël devait écouter « les statuts et les ordonnances » de l’Éternel, et pas autre chose. Ce n’était point aux commandements, aux traditions et aux doctrines des hommes qu’ils devaient prêter l’oreille, mais aux paroles mêmes du Dieu vivant qui les avait sauvés et délivrés du pays d’Égypte, pays de servitude, de ténèbres et de mort.

Il est bon de se souvenir de ceci, et l’âme sera préservée de bien des pièges, de bien des difficultés. De nos jours, on parle beaucoup d’obéissance et du devoir moral de se soumettre à l’autorité ecclésiastique. Un grand nombre de personnes excellentes et vraiment pieuses se laissent prendre à ces belles paroles. Mais lorsqu’on nous parle d’obéissance, demandons « à quoi il faut obéir » ? Quand on nous exhorte à soumettre notre volonté propre, informons-nous « à qui nous devons la soumettre » ? Si nous devons nous soumettre à l’autorité, nous devons connaître la source ou la base de cette autorité.

Ce point est de toute importance pour chacun des membres de la famille de la foi. Nombre d’âmes vraiment sincères et pieuses sont bien aises de n’avoir pas la peine de penser pour elles-mêmes, et d’avoir leur sphère d’action et leur ligne de conduite toute tracée par des personnes plus compétentes. On trouve agréable et reposant d’avoir sa tâche de chaque jour indiquée par d’autres. Le cœur est soulagé d’une grande responsabilité, et on a l’apparence de faire preuve d’humilité et de défiance de soi-même en se soumettant à quelque autorité.

Mais qu’on examine soigneusement, en présence de Dieu, quelle est la base de l’autorité à laquelle on se soumet, sans cela on court le risque de se trouver dans une position tout à fait fausse. Prenons l’exemple d’un moine ou d’une religieuse. Le moine obéit à son abbé, la nonne à sa mère abbesse, la religieuse à sa supérieure, mais la position et les relations de chacune de ces personnes sont complètement fausses. Il n’y a pas dans tout le Nouveau Testament un seul mot en faveur des monastères ou des couvents ; au contraire, l’enseignement de la Sainte Écriture, tout comme la voix de la nature, s’oppose à cet ordre de choses, qui sort les hommes et les femmes de la sphère et des relations où Dieu les a placés, pour les former en sociétés qui suppriment les affections naturelles et excluent toute vraie obéissance chrétienne.

Nous nous sentons poussés à attirer l’attention du lecteur chrétien sur ce sujet, vu que l’ennemi fait actuellement de vigoureux efforts pour raviver le système monastique au milieu de nous, sous mille formes diverses. On va même jusqu’à dire que la vie du cloître est la seule vraie vie chrétienne En entendant des assertions aussi monstrueuses, il convient d’examiner ce sujet à la lumière de l’Écriture, et de demander qu’on nous montre dans la parole de Dieu les raisons qui autorisent le système monastique. Est-il fait mention dans tout le Nouveau Testament de quoi que ce soit qui ressemble à un monastère, à un couvent, ou à une communauté de sœurs ? Où trouverons-nous une autorité pour un office tel que celui d’un abbé, d’une abbesse ou d’une supérieure ? Nulle part ; et par conséquent, nous n’hésitons pas un instant à déclarer que tout le système, du sommet à la base, n’est qu’une invention de la superstition, également opposée à la voix de la nature et à la voix de Dieu. On s’étonne que ces choses puissent encore avoir des adhérents de nos jours où la pleine lumière du glorieux Évangile brille sur nous dans les pages du Nouveau Testament (*).

 

(*) Il est important de distinguer entre « nature » et « chair ». La première est reconnue dans l’Écriture, la seconde est condamnée et mise de côté. « La nature même ne vous enseigne-t-elle pas ? » dit l’apôtre (1 Cor. 11:14). Jésus, ayant regardé le jeune homme, en Marc 10, « l’aima ». Être sans affections naturelles, sera un des signes de l’apostasie. L’Écriture dit que nous sommes morts au péché, mais non à notre nature, car alors qu’en serait-il de nos relations de famille et des affections naturelles ?

 

Béni soit Dieu, nous sommes appelés à l’obéissance ; nous devons « écouter », et nous soumettre avec un saint respect, à l’autorité. Et ici nous nous écartons encore de l’incrédulité et de ses hautes prétentions. Le chemin de l’humble et pieux chrétien est également éloigné de la superstition et de l’incrédulité de l’autre. La noble réplique de Pierre au sanhédrin (Actes 5:29), est une réponse complète à l’une et à l’autre : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Nous pouvons faire face à l’incrédulité dans toutes ses phases et sous toutes ses formes, avec cette seule phrase : « Il faut obéir ». Et nous pouvons faire face à la superstition, de quelque manteau qu’elle se couvre, avec ces mots de toute importance : « Il faut obéir à Dieu ».

Nous avons là, dans sa forme la plus simple, le devoir de tout vrai chrétien. Il doit obéir à Dieu. L’incrédule peut se moquer d’un moine ou d’une nonne, et s’étonner de ce qu’un être doué de raison et d’intelligence puisse se soumettre aussi complètement à l’autorité d’un de ses semblables, et obéir à des règles et à des pratiques absurdes, dégradantes et contraires à la nature. L’incrédule se vante de sa soi-disant liberté intellectuelle, et s’imagine que sa raison est un guide tout à fait suffisant pour lui. Il ne voit pas qu’il est plus loin de Dieu que le pauvre moine ou que la nonne qu’il méprise. Il ne sait pas que, tout en s’enorgueillissant de sa volonté propre, il est, en réalité, tenu en esclavage par Satan, le prince et le dieu de ce monde. L’homme a été formé pour obéir, pour avoir quelqu’un au-dessus de lui. Le chrétien est sanctifié (mis à part) pour l’obéissance de Jésus Christ, c’est-à-dire pour posséder la même obéissance que celle que notre adorable Seigneur et Sauveur lui-même rendait à Dieu (1 Pierre 1:2).

Cela est de la plus grande importance pour celui qui désire vraiment savoir ce qu’est l’obéissance chrétienne. Si elle est bien comprise, adieu la volonté propre de l’incrédule et la fausse obéissance de la superstition. Il ne peut jamais être bien de faire notre propre volonté, mais ce peut être tout à fait mal de faire la volonté d’un de nos semblables. En revanche, il est toujours bien de faire la volonté de Dieu. C’est ce que Jésus est venu faire ; ce qu’il fit toujours. « Voici, je viens, pour faire, ô Dieu, ta volonté » (Héb. 10:7). « C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au-dedans de mes entrailles » (Ps. 40:8).

Mais il se peut que le lecteur pieux désire attirer notre attention sur l’exhortation du chap. 13 des Hébreux, vers. 17: « Obéissez à vos conducteurs, et soyez soumis, car ils veillent pour vos âmes, comme ayant à rendre compte ; afin qu’ils fassent cela avec joie, et non en gémissant, car cela ne vous serait pas profitable ».

Exhortation importante, assurément, à laquelle nous devons ajouter aussi un passage de la première épître aux Thessaloniciens : « Or nous vous prions, frères, de connaître ceux qui travaillent parmi vous, et qui sont à la tête parmi vous dans le Seigneur, et qui vous avertissent, et de les estimer très haut en amour à cause de leur œuvre » (5:12-13). Et encore, en 1 Cor. 16:15, 16 : « Or je vous exhorte, frères… (vous connaissez la maison de Stéphanas, qu’elle est les prémices de l’Achaïe, et qu’ils se sont voués au service des saints), — à vous soumettre, vous aussi, à de tels hommes, et à quiconque coopère à l’œuvre et travaille ». À tous ces passages, nous en ajouterons encore un, tiré de la première épître de Pierre. « J’exhorte les anciens qui sont parmi vous, moi qui suis ancien avec eux et témoin des souffrances de Christ, qui aussi ai part à la gloire qui va être révélée : paissez le troupeau de Dieu qui est avec vous, le surveillant non point par contrainte, mais volontairement, ni pour un gain honteux, mais de bon gré, ni comme dominant sur des héritages, mais en étant les modèles du troupeau ; et quand le souverain pasteur sera manifesté, vous recevrez la couronne inflétrissable de gloire » (5:1-4). — Tous les passages cités ci-dessus, n’établissent-ils pas le principe de l’obéissance à certaines personnes ? nous demandera-t-on. Et s’il en est ainsi, pourquoi objecter à l’autorité humaine ? — La réponse est fort simple. Lorsque Christ confère un don spirituel, que ce soit le don d’enseignement, de direction ou de surveillance, c’est le devoir et le privilège des chrétiens de reconnaître et d’apprécier de tels dons. Ne pas le faire, serait renoncer à nos bénédictions. Mais nous devons nous rappeler qu’en pareils cas, il faut que le don soit une réalité, une chose visible, reconnaissable, bona fide, donnée de Dieu. Ce n’est pas un homme s’emparant d’un certain office, ou étant établi et consacré par ses semblables pour un soi-disant ministère. Tout cela n’a aucune valeur quelconque ; bien plus, c’est une présomptueuse intrusion sur un domaine sacré et qui attirera, tôt ou tard, le jugement de Dieu.

Tout vrai ministère est de Dieu et se base sur la possession d’un don positif du Christ, Chef ou Tête de l’Église ; en sorte que nous pouvons réellement dire : pas de dons, pas de ministère. Dans tous les passages cités plus haut, nous voyons des dons positifs possédés, et un travail réel accompli. Nous voyons en outre de l’amour pour les brebis et les agneaux du troupeau de Christ ; nous voyons une grâce et une puissance divines. L’expression en Héb. 13 est : « Obéissez à vos conducteurs ». Or, il est essentiel qu’un bon guide ou conducteur marche devant nous sur le chemin. Ce serait folie à quelqu’un de se donner pour guide s’il était ignorant de la route, et s’il ne pouvait ni ne voulait y marcher. Qui songerait à suivre un tel homme ?

De même, lorsque l’apôtre exhorte les Thessaloniciens à « connaître » et à « estimer » certaines personnes, sur quoi base-t-il son exhortation ? Est-ce sur la simple attribution d’un titre, d’un office ou d’une position quelconque ? Nullement. Il fait reposer son appel sur le fait positif et bien connu que ces personnes étaient « à la tête parmi eux dans le Seigneur », et qu’elles les avertissaient. Et pourquoi devait-on « les estimer très haut, en amour ? » Était-ce à cause de leur charge ou de leur titre ? Non, mais « à cause de leur œuvre ». Et pourquoi les Corinthiens étaient-ils exhortés à se soumettre à la maison de Stéphanas ? Était-ce à cause d’un vain titre ou d’une charge dont ils s’étaient emparés ? En aucune façon, mais parce « qu’ils s’étaient voués au service des saints ». Ils étaient à l’œuvre. Ils avaient reçu le don et la grâce de Christ, et ils avaient de l’amour pour son peuple. Ils ne se vantaient point de leur office ou de leurs titres, mais se donnaient entièrement au service de Christ en la personne de ses rachetés.

Voilà le vrai principe du ministère. Ce n’est point une autorité humaine, mais un don divin, une puissance spirituelle communiquée par Christ à ses serviteurs ; exercée par eux sous sa dépendance, et reconnue avec gratitude par ses saints. Un homme peut se donner comme pasteur ou docteur ; il peut aussi être nommé à cet office par ses semblables, mais à moins qu’il n’ait reçu un don réel du Chef de l’Église, tout cela ne sera que vaines paroles, vides de sens et de force ; la voix de ce berger sera la voix d’un étranger que les vraies brebis de Christ ne connaissent point et ne doivent point reconnaître (*).

 

(*) Le lecteur fera bien de considérer le fait qu’il n’y a rien dans le Nouveau Testament qui indique un appel humain à prêcher l’Évangile, à enseigner dans l’assemblée de Dieu ou à paître le troupeau de Christ. Les anciens et les diacres furent nommés par les apôtres ou par leurs délégués Timothée et Tite, mais les évangélistes, les pasteurs et les docteurs ne sont jamais nommés de la sorte. Il s’agit de distinguer entre les dons et les charges locales. Les anciens et les diacres pouvaient posséder un don spécial, ou non ; ce don n’avait rien à faire avec leur charge locale. Si le lecteur désire comprendre le sujet du ministère, qu’il étudie les chapitres 12-14 de 1 Cor. et Éph. 4:8-13. Dans les Corinthiens, nous avons d’abord la base de tout vrai ministère dans l’Église de Dieu, savoir l’appel divin : « Dieu a placé les membres », etc. Secondement, le mobile d’action, « l’amour ». Troisièmement, le but, « afin que l’assemblée reçoive de l’édification ». En Éph. 4, nous avons la source de tout ministère, un Seigneur ressuscité et monté au ciel. Le but : « en vue de la perfection des saints ; pour l’œuvre du service ». La durée : « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature de la plénitude du Christ ».

En un mot, le ministère dans toutes ses branches est une institution entièrement divine. Elle n’est pas de l’homme ni par l’homme, mais de Dieu. Il faut que, dans chaque cas, le Maître prépare, remplisse et place le vaisseau. Il n’y a aucune autorité dans l’Écriture pour la notion que tout homme a le droit de se faire entendre dans l’Église de Dieu. La liberté pour les hommes est le radicalisme et non pas l’Écriture. Le ministère par le Saint Esprit de ceux qu’il appelle à s’y vouer, voilà ce que nous enseigne le Nouveau Testament. Puissions-nous apprendre à connaître cette liberté.

 

Mais, d’un autre côté, nous n’aurons pas de peine à reconnaître et à apprécier le docteur enseigné de Dieu, le fidèle et infatigable pasteur qui veille sur les âmes, qui pleure sur elles, qui les soigne comme une tendre nourrice, qui peut leur dire : « Car maintenant nous vivons, si vous tenez fermes dans le Seigneur » (1 Thes. 3:8). Comment connaissons-nous un bon chirurgien ? Est-ce en voyant son nom sur sa plaque ? Non, c’est par son ouvrage. Un homme peut s’appeler mille fois chirurgien, mais s’il est un opérateur maladroit, qui songerait à l’employer ?

Il en est ainsi dans toutes les choses humaines, et de même aussi dans ce qui concerne le ministère. Si un homme a reçu un don, il est un ministre, si non, toutes les consécrations du monde ne le feront pas être un ministre de Christ. Il pourra être un ministre de la religion ; mais un ministre de la religion et un ministre de Christ, un ministre dans la chrétienté et un ministre dans l’Église de Dieu, sont deux choses totalement différentes. Tout vrai ministère a sa source en Dieu, il repose sur l’autorité divine, et son but est d’amener l’âme en la présence de Dieu et de l’attacher à Lui. Le faux ministère, au contraire, a sa source en l’homme ; il repose sur une autorité humaine, et son but est de s’attacher les âmes. L’immense différence entre ces deux ministères consiste en ce que le premier conduit à Dieu et le second loin de Lui. L’un nourrit et fortifie la vie nouvelle ; l’autre en empêche les progrès de toute manière et la plonge dans le doute et les ténèbres. En un mot, on peut dire que le vrai ministère est de Dieu, par lui et pour lui ; le faux ministère est de l’homme, par l’homme et pour l’homme. Nous estimons le premier plus que nous ne pouvons l’exprimer ; nous rejetons le second de tout notre pouvoir.

Nous croyons en avoir dit assez pour fixer l’esprit du lecteur sur le sujet de l’obéissance à ceux que le Seigneur appelle à l’œuvre du ministère. Nous sommes tenus de juger par la parole de Dieu et d’être bien assurés que c’est une divine réalité et non une prétention humaine, un don positif du Chef de l’Église et non un vain titre conféré par les hommes. Dans tous les cas où il y a un don réel, c’est notre doux privilège de le reconnaître et de nous y soumettre, en tant que nous discernons Christ dans la personne et dans le ministère de ses bien-aimés serviteurs.

Un cœur spirituel n’aura pas de difficulté à discerner la grâce et la puissance réelles. Nous pouvons aisément dire si un homme cherche avec amour à nourrir nos âmes du pain de vie et à nous conduire dans les voies de Dieu ; ou bien s’il cherche à s’élever lui-même et à avancer ses propres intérêts. Ceux qui vivent près du Seigneur, distinguent bien vite entre la vraie puissance et de vaines prétentions. En outre, nous ne verrons jamais les vrais ministres de Christ faire parade de leur autorité ou se vanter de leur charge ; ils font leur œuvre et la laissent parler pour elle-même. Dans le cas de l’apôtre Paul, nous le voyons faire, maintes fois, allusion aux preuves de son ministère, à l’évidence fournie par la conversion des âmes. Il pouvait dire aux pauvres Corinthiens égarés, lorsque, sous l’influence de quelque faux docteur, ils mettaient en question son apostolat : « Puisque vous cherchez une preuve que Christ parle en moi… examinez-vous vous-mêmes » (2 Cor. 13:3).

C’était les mettre au pied du mur. Eux-mêmes, ils étaient les preuves vivantes de son ministère. Si son ministère n’était pas de Dieu, qu’étaient-ils et où en étaient-ils ? Mais il était de Dieu, et c’était là sa joie, sa consolation et sa force. Il était « apôtre, non de la part des hommes, ni par l’homme, mais par Jésus Christ, et Dieu le Père, qui l’a ressuscité d’entre les morts » (Gal. 1:1). Il se glorifiait dans la source de son ministère, et quant à son caractère, il lui était aisé de produire des preuves amplement suffisantes pour convaincre tout esprit droit : chez lui, ce n’étaient pas les paroles, mais la puissance.

Il en doit toujours être, plus ou moins, ainsi. Il nous faut la puissance ; il nous faut la réalité. Les hommes peuvent essayer de conférer des titres et de donner des charges, mais ils n’ont pas plus le droit de le faire, qu’ils n’ont celui de nommer des amiraux dans la flotte de Sa Majesté, ou des généraux dans ses armées. Si nous voyions un homme se permettre de prendre le titre d’un amiral ou d’un général, sans une commission de Sa Majesté, nous l’appellerions un imbécile ou un fou. Cela ne serait pourtant qu’une faible imitation de la folie d’hommes prenant le titre de ministres de Christ, sans avoir ni don spirituel ni autorité divine.

Nous dira-t-on que ce n’est pas à nous d’en juger ? Au contraire, c’est à nous qu’il est dit : « Soyez en garde contre les faux prophètes ». Comment nous en garderons-nous, si nous ne devons pas juger ? Mais comment jugerons-nous ? « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ». Les enfants de Dieu ne distingueront-ils pas entre un homme qui vient à eux avec la puissance de l’Esprit, doué par le Chef de l’Église, rempli d’amour pour leurs âmes, désirant ardemment leur avancement spirituel, un humble, saint et désintéressé serviteur de Christ, et un homme qui se présente avec un titre purement humain, sans avoir trace de quoi que ce soit de divin ou de céleste, soit dans son ministère, soit dans sa vie ? Évidemment, ils ne s’y tromperont pas.

Nous demanderons encore ce que signifient ces paroles du vénérable apôtre Jean : « Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde » (1 Jean 4:1). Comment éprouverons-nous les esprits, ou comment distinguerons-nous entre les vrais et les faux, si nous ne devons pas juger ? Le même apôtre, en écrivant à « la dame élue », lui fait encore la solennelle exhortation que voici : « Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez pas, car celui qui le salue participe à ses mauvaises œuvres » (2 Jean 10). La dame élue n’était-elle pas tenue d’agir d’après cette exhortation ? Assurément. Mais comment le pouvait-elle, si nous ne devons point juger ? Et de quoi devait-elle s’inquiéter ? Était-ce de savoir si ceux qui venaient chez elle avaient été consacrés, ou autorisés par un homme quelconque ou par une société quelconque ? Rien de semblable. La seule et toute importante question pour elle avait trait à la doctrine. S’ils apportaient la saine et divine doctrine de Christ, — la doctrine de Jésus venu en chair, — elle devait les recevoir ; si non, elle devait leur fermer sa maison résolument, quels qu’ils fussent et d’où qu’ils vinssent. Lors même qu’ils eussent eu tous les meilleurs témoignages des hommes, s’ils n’apportaient pas la vérité, elle devait les repousser sans hésiter. Cela pouvait sembler sévère, étroit, bigot, n’importe ; c’est à la vérité qu’elle devait se mesurer. Sa porte et son cœur devaient être assez larges pour admettre tous ceux qui apportaient Christ, mais non au delà. Devait-elle être polie aux dépens de son Seigneur ? Devait-elle se faire la réputation d’avoir le cœur et l’esprit larges, en recevant dans sa maison et à sa table ceux qui prêchaient un faux Christ ? La seule pensée en est horrible.

Enfin, dans le second chapitre de l’Apocalypse, nous voyons l’église d’Éphèse louée pour avoir éprouvé ceux qui se disaient apôtres et qui ne l’étaient pas. Comment auraient-ils pu faire cela, s’ils ne devaient pas juger ceux qui se disaient apôtres ? Il est évident qu’on applique tout à fait à tort ces paroles de notre Seigneur, en Matt. 7:1 : « Ne jugez pas afin que vous ne soyez pas jugés », de même que celles de l’apôtre, en 1 Cor. 4:5 : « Ainsi, ne jugez rien avant le temps ». L’Écriture ne peut se contredire, et par conséquent, quelle que soit la signification du « ne jugez pas » de notre Seigneur, ou celle du « ne jugez rien… » de l’apôtre, il est parfaitement certain que ces deux injonctions ne diminuent en aucune manière la responsabilité solennelle qu’ont tous les chrétiens de juger les dons, les doctrines et la vie de tous ceux qui prennent la position de prédicateurs, de docteurs et de pasteurs dans l’Église de Dieu.

Si maintenant, l’on nous demande la signification de « ne jugez pas » et « ne jugez rien avant le temps », nous répondrons que ces paroles nous défendent simplement de juger les motifs ou les ressorts cachés des actions des autres. Nous n’avons absolument pas à nous en inquiéter. Nous ne pouvons pénétrer sous la surface et, grâce à Dieu, nous ne sommes pas appelés à le faire, cela nous est même interdit. Nous ne pouvons pas connaître les conseils du cœur, c’est l’affaire de Dieu seul. Mais dire que nous ne devons pas juger la doctrine, le don ou la conduite de ceux qui s’emparent des ministères dans l’Église de Dieu, c’est contredire ouvertement les Saintes Écritures et ignorer les instincts de la nature divine que Dieu a mis en nous par le Saint Esprit.

Le fait que nous reconnaissons tout vrai ministère dans l’Église, et que nous nous soumettons à ceux que le Seigneur juge capables d’être nos pasteurs, nos docteurs et nos guides, ce fait est en parfait accord avec le grand principe fondamental : « Il faut obéir à Dieu, plutôt qu’aux hommes ».

Le chapitre ouvert devant nous, de même que le livre tout entier du Deutéronome, nous montre Moïse cherchant constamment et avec instance, à persuader la congrégation d’Israël de l’urgente nécessité d’une obéissance implicite à tous les statuts et les droits de l’Éternel. Il ne recherchait pas l’autorité pour lui-même, et ne domina jamais sur le peuple de Dieu. Du commencement à la fin, il prêcha l’obéissance, non à lui-même, mais à Celui qui était son Seigneur et le leur. Il savait que là était le secret de leur bonheur, leur sécurité morale, leur dignité et leur force. Il savait qu’un peuple obéissant devait nécessairement être un peuple invincible et invulnérable. Nulle arme ne pourrait les atteindre, aussi longtemps qu’ils seraient gouvernés par la parole de Dieu. En un mot, il savait et il croyait que le devoir d’Israël était d’obéir à l’Éternel, tout comme le désir de l’Éternel était de bénir Israël. Tout ce qu’ils avaient à faire était « d’écouter », « d’apprendre », de « garder », et de « pratiquer » la volonté révélée de Dieu ; ainsi, ils pouvaient compter sur Lui et être assurés qu’il serait leur bouclier, leur force, leur refuge, leur tout. Et pour l’Israël de Dieu aussi, le seul sentier heureux et béni est le sentier étroit de l’obéissance, sur lequel brille sans cesse la lumière de la face approbatrice de Dieu ; et tous ceux à qui il fait la grâce d’y marcher, y trouveront toujours le Seigneur pour guide et pour défenseur ; mais si nous accomplissons notre volonté propre, si nous vivons dans une négligence habituelle de la parole de Dieu, alors le nom de l’Éternel, au lieu d’être pour nous une forte tour, nous sera un reproche qui nous fera juger nos voies et rentrer sur le chemin de la justice, duquel nous nous étions écartés.

Revenons maintenant à notre chapitre.

Au verset 2, Moïse rappelle au peuple leurs relations avec l’Éternel. Il dit : « L’Éternel, notre Dieu, fit avec nous une alliance à Horeb. Ce n’est pas avec nos pères que l’Éternel a fait cette alliance, mais avec nous, avec nous qui sommes ici aujourd’hui tous vivants. L’Éternel vous parla face à face, sur la montagne, du milieu du feu (moi, je me tenais en ce temps-là entre l’Éternel et vous, pour vous déclarer la parole de l’Éternel, car vous aviez peur à cause du feu et vous ne montâtes point sur la montagne) disant », etc.

Il est important de bien saisir la différence entre l’alliance traitée en Horeb et celle faite avec Abraham, Isaac et Jacob. Elles sont essentiellement différentes. La première était une alliance pour les œuvres, le peuple s’engageant à faire tout ce que l’Éternel avait ordonné. La seconde était une alliance toute de grâce, par laquelle Dieu s’engageait avec serment à tenir tout ce qu’il avait promis.

Le langage humain est impuissant pour exprimer l’immense différence, à tous égards, entre ces deux alliances : différence quant à leur base, leur caractère et leurs résultats. L’alliance d’Horeb reposait sur la capacité supposée de l’homme d’accomplir ses engagements ; l’alliance faite avec Abraham reposait sur la capacité de Dieu d’accomplir ses promesses et, par conséquent, elle ne peut manquer en un seul point.

Dans les « Notes sur l’Exode », nous avons cherché à montrer quel avait été le but de Dieu en donnant la loi, et l’impossibilité où se trouve l’homme pécheur d’obtenir la vie ou la justice en la gardant. Nous renvoyons donc le lecteur à ce que nous avons déjà dit sur cet important sujet.

Il semble étrange à ceux qui s’en tiennent uniquement à l’Écriture, qu’une ignorance aussi générale puisse exister parmi les chrétiens professants à l’égard d’une question que le Saint Esprit a éclaircie d’une façon aussi positive.

Tous les chrétiens sincères croient que la valeur morale de la loi est d’une application constante et universelle ; mais, quand nous en venons à considérer la loi comme base de relations avec Dieu, nous entrons dans un champ de pensées totalement différent. L’Écriture, en maint endroit, et de la manière la plus claire, nous enseigne que, comme enfants de Dieu, nous ne sommes pas du tout sur ce terrain-là. Le Juif y était, mais il ne pouvait s’y maintenir devant Dieu ; c’était pour lui la mort et la condamnation.

Les Juifs étaient sous la loi ; les nations sans loi. Rien ne saurait être plus distinct que cela. Les gentils furent placés sous le gouvernement humain en la personne de Noé ; jamais ils ne le furent sous la loi.

Au chap. 10 des Actes, nous voyons Dieu ouvrant la porte du royaume aux nations ; puis, au chap. 14:27, il leur ouvre « la porte de la foi ». Au chap. 28:28, nous voyons Dieu proclamant son salut aux nations ; mais du commencement à la fin du précieux volume, nous chercherions en vain un passage indiquant qu’il ait jamais placé les nations sous la loi.

Examinons cette si intéressante et importante question à la lumière de l’Écriture, en laissant de côté toutes les idées que nous pourrions avoir conçues à ce sujet. Quoiqu’on puisse nous dire le contraire, la Bible déclare invariablement la position du Juif comme étant « sous la loi », et celle des nations comme étant « sans loi ». Il n’y a pas à s’y méprendre (*).

 

(*) On nous demandera peut-être sur quel pied les nations seront jugées, si elles ne sont point sous la loi ? Le vers. 20 du chap. 1 aux Romains, nous dit clairement que le témoignage de la création les laisse sans excuse. Puis, au chap. 2:14, 15, elles sont jugées sur le terrain de la conscience, « car quand les nations, qui n’ont point de loi, font naturellement les choses de la loi, n’ayant pas de loi, elles sont loi à elles-mêmes, et elles montrent l’œuvre de la loi, écrite dans leurs cœurs, leur conscience rendant en même temps témoignage », etc. Enfin, quant aux nations qui sont devenues chrétiennes de profession, elles seront jugées sur le terrain de leur profession.

 

Si le lecteur veut ouvrir le chapitre 15 des Actes, il verra comment la première tentative faite pour placer les nations sous la loi, fut blâmée à Jérusalem par les apôtres et par l’Église tout entière. La question avait été soulevée à Antioche ; mais Dieu, dans sa sagesse, dirigea tout pour que ce fût à Jérusalem, où Paul et Barnabas se rendirent, qu’elle fut discutée librement et finalement tranchée par la voix unanime des douze apôtres et de l’Église tout entière.

Nous voyons par ce passage que la décision d’une assemblée locale, telle que celle d’Antioche, lors même qu’elle était approuvée par Paul et Barnabas, n’avait pas la même valeur que celle des douze apôtres réunis en conseil, à Jérusalem. Le Seigneur veilla à ce que l’ennemi y fut complètement confondu, et à ce que les docteurs de la loi d’alors et ceux de tous les temps apprissent qu’il n’est point selon sa volonté que les chrétiens soient placés en aucune manière sous la loi.

Ce sujet est tellement important, que nous nous sentons pressés de citer quelques-unes des paroles si convaincantes, adressées aux auditeurs dans ce concile. « Et quelques-uns, étant descendus de Judée, enseignaient les frères, disant : Si vous n’avez pas été circoncis selon l’usage de Moïse, vous ne pouvez être sauvés ». Que c’était terrible et décourageant ! Quel glas funèbre pour les oreilles de ceux qui avaient été convertis par le discours magnifique de Paul dans la synagogue d’Antioche ! « Sachez donc, hommes frères, que par Lui vous est annoncée la rémission des péchés », — sans circoncision ou œuvres de la loi d’aucune espèce, — « et que de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit est justifié par lui… » Et quand les Juifs furent sortis de la synagogue, les gentils demandèrent que ces paroles leur fussent annoncées le sabbat suivant (Actes 15:1 ; 13:38, 39, 42).

Tel était le glorieux message transmis aux nations par l’apôtre Paul, message d’un salut gratuit, immédiat et parfait, d’une entière rémission des péchés et d’une complète justification par la foi en notre Seigneur Jésus Christ. Or, d’après ce qu’enseignaient « quelques-uns qui étaient descendus de Judée », tout cela était insuffisant. Christ n’était point suffisant, sans la circoncision et la loi de Moïse. Les pauvres gentils, qui n’avaient jamais entendu parler de Moïse, devaient ajouter la circoncision et l’observation de la loi à Christ et à son glorieux salut.

Combien le cœur de Paul devait souffrir, de voir les bien-aimés disciples gentils exposés à un enseignement aussi erroné ! Il n’y voyait rien moins que l’anéantissement complet du christianisme. Si la circoncision devait être ajoutée à la croix de Christ, si la loi de Moïse devait supplanter la grâce de Dieu, alors tout était perdu.

Béni soit le Dieu de toute grâce, il suscita de nobles champions pour s’opposer à une si funeste doctrine. « Une contestation s’étant donc élevée et une grande dispute, entre Paul et Barnabas et eux (les docteurs judaïsants), ils résolurent que Paul et Barnabas et quelques autres d’entre eux monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens pour cette question… Et (ceux-ci) étant arrivés à Jérusalem, ils furent reçus par l’assemblée et les apôtres et les anciens ; et ils racontèrent toutes les choses que Dieu avait faites avec eux. Et quelques-uns de la secte des pharisiens, qui avaient cru, s’élevèrent, disant qu’il faut les circoncire et leur enjoindre de garder la loi de Moïse » (Actes 15:2-5).

D’où venait cette nécessité ? Pas de Dieu, assurément, qui leur avait, dans sa grâce infinie, ouvert la porte de la foi, sans la circoncision ou l’obligation de garder la loi de Moïse. Non, c’étaient « quelques hommes » qui se permirent de dire que ces choses étaient nécessaires, des hommes qui ont troublé l’Église de Dieu dès ce moment jusqu’à maintenant, des hommes « voulant être docteurs de la loi, n’entendant ni ce qu’ils disent, ni ce sur quoi ils insistent » (1 Tim. 1:7). Les docteurs de la loi ne savent pas ce qui est impliqué dans leur triste enseignement. Ils ne se font pas une idée, combien leurs doctrines sont haïssables aux yeux du Dieu de toute grâce, du Père des miséricordes.

Le chapitre des Actes dont nous nous occupons, nous donne, avec une grande clarté, les pensées de Dieu à ce sujet. Il prouve, à n’en pouvoir douter, qu’il n’était pas selon Dieu de placer les nations sous la loi. « Et les apôtres et les anciens s’assemblèrent pour examiner cette affaire. Et une grande discussion ayant eu lieu », — hélas, déjà ! — « Pierre se leva et leur dit : Hommes frères, vous savez vous-mêmes que, dès les jours anciens, Dieu m’a choisi entre vous, afin que par ma bouche les nations ouïssent » — non la loi de Moïse et la circoncision, mais — « la parole de l’Évangile, et qu’elles crussent. Et Dieu qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage, leur ayant donné l’Esprit Saint comme à nous-mêmes ; et il n’a fait aucune différence entre nous et eux, ayant purifié leurs cœurs par la foi. Maintenant donc, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter ? »

Remarquez ceci, lecteur ; la loi avait été un joug intolérable pour les Juifs qui y avaient été assujettis ; puis, ce n’était rien moins que tenter Dieu de vouloir mettre ce joug sur le cou des chrétiens d’entre les nations. « Mais » — ajoute le cher apôtre de la circoncision — « par la grâce du Seigneur Jésus », — et non par la loi, — « nous croyons être sauvés de la même manière qu’eux aussi ».

Combien ceci est concluant, comme sortant de la bouche de l’apôtre de la circoncision ! Il ne dit pas : « ils seront sauvés de la même manière que nous », mais : « nous serons sauvés de la même manière qu’eux aussi ». Le Juif consent à descendre de sa haute position dispensationnelle, et à être sauvé sur le même pied que le pauvre gentil incirconcis. Quel effet ces nobles paroles durent produire sur les partisans du système légal ! Ils ne surent que répondre.

« Et toute la multitude se tut ; et ils écoutaient Barnabas et Paul qui racontaient quels miracles et quels prodiges Dieu avait faits par leur moyen parmi les nations ». L’Esprit n’a pas jugé bon de nous faire savoir ce que dirent Paul et Barnabas en cette mémorable occasion, et nous en comprenons la sage raison. Son but est évidemment de donner la prééminence à Pierre et à Jacques, dont les paroles devaient avoir plus de poids auprès des docteurs de la loi que celles de l’apôtre des gentils et de son compagnon.

« Et après qu’ils se furent tus, Jacques répondit, disant : Hommes frères, écoutez-moi Siméon a raconté comment Dieu a premièrement visité les nations » — non pour les convertir toutes, mais « pour en tirer un peuple pour son nom. Et avec cela s’accordent les paroles des prophètes, selon qu’il est écrit : « Après ces choses, je retournerai et je réédifierai le tabernacle de David, qui est tombé, et je réédifierai ses ruines et je le relèverai, en sorte que le résidu des hommes recherche le Seigneur, et toutes les nations sur lesquelles mon nom est réclamé, dit le Seigneur, qui fait ces choses », connues de tout temps. C’est pourquoi moi, je suis d’avis de ne pas inquiéter ceux des nations qui se tournent vers Dieu ».

Nous devons être frappés de voir que, dans cette imposante assemblée, nul ne parle avec plus de force et de clarté que Pierre et Jacques, l’un, l’apôtre de la circoncision, l’autre, celui dont le ministère s’adressait plus spécialement aux douze tribus, et dont la position pouvait donner du poids à ses paroles vis-à-vis des défenseurs du système légal. Ces deux éminents apôtres furent d’accord pour déclarer positivement, que les nouveaux convertis d’entre les nations ne devaient pas être « inquiétés » ou « chargés » de la loi. Ils prouvèrent par leurs puissants discours qu’il était entièrement contraire à la parole et à la volonté de Dieu de placer les chrétiens d’entre les nations sous la loi.

Les paroles de Paul et de Barnabas ne nous sont point rapportées, et qui ne verrait là une preuve de la merveilleuse sagesse de Dieu ? Il nous est simplement dit qu’ils racontèrent les choses que Dieu avait faites parmi les nations. Il était naturel qu’ils s’opposent formellement à mettre les gentils sous la loi, mais que Pierre et Jacques fussent aussi décidés là-dessus, c’est ce qui devait étonner chacun.

Si le lecteur désire connaître à fond les pensées de Paul sur le sujet de la loi, qu’il étudie l’épître aux Galates. C’est là que ce précieux apôtre, sous l’inspiration du Saint Esprit, épanche son cœur envers les nouveaux chrétiens en paroles ferventes et pleines de force et d’énergie. Il est étonnant qu’on puisse lire cette remarquable épître, puis persister à soutenir que les chrétiens sont sous la loi, en quelque manière que ce soit. À peine l’apôtre a-t-il terminé ses courtes paroles d’introduction, qu’il se plonge, avec son énergie habituelle, dans le sujet dont son cœur aimant, mais affligé, est rempli jusqu’à déborder — « Je m’étonne » — dit-il, et il pouvait s’étonner — « de ce que vous passez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ », non la loi de Moïse, — « à un évangile différent, qui n’en est pas un autre ; mais il y a des gens qui vous troublent, et qui veulent pervertir l’évangile du Christ. Mais quand nous-mêmes, ou quand un ange venu du ciel vous évangéliserait outre ce que nous vous avons évangélisé, qu’il soit anathème. Comme nous l’avons déjà dit, maintenant aussi je le dis encore : si quelqu’un vous évangélise outre ce que vous avez reçu, qu’il soit anathème » (Gal. 1:6-9).

Que tous ceux qui prêchent la loi, méditent ces paroles. Elles paraissent sévères, mais souvenons-nous que ce sont les paroles mêmes de Dieu, le Saint Esprit. Oui, Dieu lance son terrible anathème sur quiconque ose ajouter la loi de Moïse à l’évangile de Christ, sur quiconque essaie de placer les chrétiens sous la loi.

Quelques personnes cherchent à arranger les choses, en nous disant qu’elles n’usent pas de la loi comme d’un moyen de justification, mais comme d’une règle de conduite. Nous leur demanderons sur quoi elles se fondent pour oser décider quel usage nous devons faire de la loi ? Ou nous sommes sous la loi, ou nous n’y sommes pas. Si nous y sommes, il ne s’agit pas de savoir comment nous la prenons, mais comment elle nous prend.

Là est toute la différence. La loi ne connaît point les distinctions des théologiens. Si nous sommes sous la loi, nous sommes sous la malédiction, car il est écrit : « Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire » (Gal. 3:10). Cela ne me servira de rien de dire que je suis un chrétien, que je suis né de nouveau, car qu’est-ce que la loi a à faire avec le christianisme ou avec la nouvelle naissance ? Absolument rien. La loi s’adresse à l’homme pécheur, comme être responsable. Elle exige une obéissance parfaite, et prononce sa malédiction sur quiconque lui manque ou lui désobéit, ne fût-ce qu’en un seul point (Gal. 3:10 ; 5:3 ; Jacques 2:10, 11 ; Deut. 6:25 ; 27:26. Voir Luc 18:10).

On dit aussi que si nous avons failli à garder toute la loi, Christ l’a accomplie à notre place. Argument sans valeur. La loi ne connaît pas l’obéissance par procuration. Son langage est : « Celui qui aura fait ces choses vivra par elles » (Gal. 3:12).

Et ce n’est pas seulement sur l’homme qui a désobéi à la loi que la malédiction est prononcée, mais afin de donner toute la clarté possible à ce principe, il est dit (3:10) « que tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi sont sous la malédiction ». Ainsi donc tous ceux qui sont sur le terrain légal, sur le principe légal, en un mot tous ceux qui ont affaire avec les œuvres de la loi, sont nécessairement sous la malédiction. Dieu en soit mille fois béni, le chrétien n’est pas sous la malédiction, mais pourquoi ? Est-ce parce que la loi a perdu sa puissance, sa majesté, sa dignité, sa sainte énergie ? Nullement. Ce serait blasphémer la loi que de le penser. Et penser qu’un « homme » quelconque, qu’il soit chrétien, Juif ou païen, peut être sous la loi, et sur ce terrain, sans encourir la malédiction, c’est dire qu’il accomplit parfaitement la loi, ou bien, que la loi est abrogée et nulle. Malheur à qui oserait dire une telle chose !

Comment donc se fait-il que le chrétien ne soit pas sous la malédiction ? Voici la réponse dans toute sa force morale et sa beauté : « Car moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu » (*) (Gal. 2:19).

 

(*) La suppression de l’article ajoute immensément à la force et à la clarté du passage. C’est dia nomou nomô ; clause remarquable, assurément, et qui renverse tout un système théologique. Elle laisse la loi à sa place, mais met le croyant hors de son pouvoir et de ses atteintes, et cela « par la mort ». « C’est pourquoi, mes frères, vous aussi, vous avez été mis à mort à la loi par le corps du Christ, pour être à un autre, à celui qui est ressuscité d’entre les morts, afin que nous portions du fruit pour Dieu », — ce que nous ne pourrions jamais faire si nous étions sous la loi. « Car quand nous étions dans la chair », et la loi ne s’applique qu’à l’homme « en la chair », « les passions des péchés, lesquelles sont par la loi, agissaient dans nos membres pour porter du fruit pour la mort ». Remarquez la triste association : « sous la loi » — « dans la chair » — « passions des péchés » « fruits pour la mort » ! Mais, grâce à Dieu, il y a un autre côté à la question : « Mais maintenant nous avons été déliés de la loi ». Comment ? Est-ce parce qu’un autre l’a accomplie à notre place ? Non, mais « étant morts dans ce en quoi nous étions tenus, en sorte que nous servions en nouveauté d’esprit, et non pas en vieillesse de lettre ». Quelle harmonie parfaite entre le 7 des Romains et le 2 des Galates ! « Car moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu ».

 

Or s’il est vrai, comme le dit l’apôtre, que nous sommes morts par le moyen de la loi, comment est-il possible que la loi soit la règle de notre vie ? Elle ne fut qu’une règle de mort, de malédiction et de condamnation pour ceux qui lui étaient assujettis, pour ceux qui l’avaient reçue par l’entremise des anges (Gal. 3:19). Peut-elle être autre chose pour nous ? La loi a-t-elle jamais produit un seul bon fruit chez un fils ou une fille d’Adam ? Écoutez la réponse de l’apôtre : « Car quand nous étions dans la chair », — c’est-à-dire quand nous étions considérés dans notre nature déchue, — « les passions des péchés, lesquelles sont par la loi, agissaient dans nos membres pour porter du fruit pour la mort » (Rom. 7:5) (*).

 

(*) Il est nécessaire de se rappeler que, quoique les gentils n’aient jamais été placés sous la loi par les dispensations de Dieu, cependant tous les professants baptisés se placent sur ce terrain. C’est pourquoi il y a une grande différence entre la chrétienté et les païens quant à la question de la loi. Dans la chrétienté, des milliers de personnes inconverties demandent chaque semaine à Dieu d’incliner leurs cœurs à garder sa loi. Sûrement, ces personnes sont dans une position bien différente de celle des païens qui n’ont jamais entendu parler de la loi, ni de la Bible.

 

Où en sommes-nous maintenant, comme chrétiens ? Écoutez la réponse : « Car moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu. Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; et ce que je vis maintenant dans la chair », ici chair signifie le corps, — « je le vis » comment ? Par la loi, comme règle de ma vie ? nullement, mais : « je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2:19-20).

Voilà le christianisme. Le comprenons-nous ? En saisissons-nous bien le sens et la portée ? La précieuse mort de Christ, comme si elle était la nôtre, nous délivre complètement de deux maux bien distincts : du légalisme, d’un côté, de la licence de l’autre. Au lieu de ces choses terribles, elle nous introduit dans la sainte liberté de la grâce ; dans la liberté pour servir Dieu, ou de « mortifier nos membres qui sont sur la terre », de « renier l’impiété et les convoitises mondaines », ou enfin de « vivre sobrement, justement et pieusement ».

Méditons ces paroles : « Je suis crucifié avec Christ, et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ». Le vieux « moi » mort, crucifié, enterré. Le nouveau « moi » vivant, en Christ. Ne nous trompons point, car il n’y a rien de plus terrible et de plus dangereux, que lorsque le vieux « moi » se place sur le nouveau terrain ; ou, en d’autres termes, lorsque les glorieuses doctrines du christianisme sont adoptées par la chair et que les inconvertis se disent délivrés de la loi, et changent la grâce de Dieu en dissolution. Nous avouons que nous préférons mille fois le légalisme à la licence. C’est contre ce dernier mal que nous avons à veiller avec le plus grand soin. Il fait de rapides progrès, préparant la voie à ces terribles flots d’incrédulité qui, avant qu’il soit longtemps, vont envahir la chrétienté.

Dire qu’on est délivré de la loi autrement que par la mort à la loi et par la vie en Christ, n’est pas du christianisme du tout, mais de la licence, dont toute âme pieuse doit s’éloigner avec une sainte horreur. Si nous sommes morts à la loi, nous sommes aussi morts au péché et, par conséquent, nous ne devons pas faire notre propre volonté qui est péché, mais la volonté de Dieu qui est la vraie sainteté pratique.

Souvenons-nous encore que, si nous sommes morts à la loi, nous sommes morts aussi à ce présent siècle mauvais, et associés à un Christ ressuscité, monté au ciel et glorifié. Nous ne sommes donc pas du monde, comme Christ n’était pas du monde. Chercher à se faire une position dans le monde, c’est renier le fait que nous sommes morts à la loi, car nous ne pouvons vivre pour le monde, et en même temps être morts à la loi. La mort de Christ nous a délivrés de la loi, de la puissance du péché, de ce présent siècle mauvais, et de la crainte de la mort. Mais toutes ces choses se lient, et nous ne pouvons être délivrés de l’une sans l’être de toutes. Prétendre être libéré de la loi, tandis qu’on vit dans la chair, dans la mondanité et l’égoïsme, c’est là un des caractères les plus terribles des derniers jours.

Le chrétien est appelé à prouver, dans sa vie journalière, que la grâce peut produire des résultats auxquels la loi n’a jamais pu atteindre. C’est une des gloires morales du christianisme de rendre un homme capable d’abandonner son moi et de vivre pour les autres. C’est ce que la loi n’a jamais pu faire. Sous son empire, chacun devait faire de son mieux, en vue de soi-même. Si un homme essayait d’aimer son prochain, c’était pour s’acquérir une justice propre. Sous la grâce, tout est glorieusement le contraire. Le moi est mis de côté comme une chose condamnée, crucifiée, morte et ensevelie. Le vieux « moi » a disparu, et le nouveau « moi » est devant Dieu dans toute la valeur et la perfection de Christ. Il est notre vie, notre sainteté, notre justice, notre but, notre modèle, notre tout. Il est en nous et nous sommes en lui ; notre vie pratique de chaque jour doit simplement être Christ reproduit en nous par la puissance du Saint Esprit. Nous ne devons donc pas aimer seulement notre prochain, mais aussi nos ennemis, et cela non pour nous acquérir une justice, car nous sommes devenus la justice de Dieu en Christ mais parce que la vie que nous possédons déborde, et cette vie est Christ. Un chrétien est un homme qui devrait vivre Christ. Il n’est ni un Juif « sous la loi », ni un gentil « sans loi », mais il est « un homme en Christ », placé dans la grâce, appelé à la même obéissance que celle dans laquelle a vécu le Seigneur Jésus lui-même.

Dieu veuille ouvrir les yeux de tous les chrétiens à la vérité de ces choses ! Puisse-t-il les amener à étudier les Écritures, et à se soumettre à leur sainte autorité en tous points ! C’est le grand besoin de notre époque.

Nous savons que notre Seigneur Jésus Christ viendra bientôt, pour enlever son peuple racheté dans les demeures préparées dans la maison du Père, pour être à toujours avec Lui. Mais que deviendront ceux qui seront laissés en arrière ? toute la masse de professants baptisés, mais mondains ? Voilà de solennelles questions qui doivent être considérées devant Dieu, pour qu’elles reçoivent la vraie, la divine réponse.

Nous avons cherché à démontrer par l’Écriture que le chrétien n’est pas sous la loi, mais sous la grâce ; maintenant, nous continuerons notre étude du chapitre 5 du Deutéronome. Nous y trouvons les dix commandements, mais ils y sont présentés un peu autrement que dans le chapitre 20 de l’Exode. Quelques traits caractéristiques demandent l’attention du lecteur.

En Exode 20, nous avons l’histoire ; dans Deut. 5, outre l’histoire, le commentaire ; le législateur y présente des motifs moraux et y fait des appels qui ne seraient nullement à leur place dans l’Exode. Dans l’un, nous avons les faits seuls ; dans l’autre, les faits et leur application pratique. En un mot, nous n’avons aucun motif de supposer que le chap. 5 du Deutéronome ait dû être une répétition littérale du chap. 20 de l’Exode, et, par conséquent, les misérables arguments des incrédules, qui s’appuient sur ces apparentes divergences, tombent d’eux-mêmes.

Comparons, par exemple, les deux passages qui traitent du sabbat. En Exode 20, nous lisons : « Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier. Six jours tu travailleras, et tu feras toute ton œuvre ; mais le septième jour est le sabbat consacré à l’Éternel, ton Dieu Tu ne feras aucune œuvre, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ta bête, ni ton étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, et la terre, la mer, et tout ce qui est en eux, et il s’est reposé le septième jour ; c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du sabbat, et l’a sanctifié ».

En Deutéronome 5, nous lisons : « Garde le jour du sabbat pour le sanctifier, comme l’Éternel, ton Dieu, te l’a commandé. Six jours tu travailleras et tu feras toute ton œuvre ; mais le septième jour est le sabbat consacré à l’Éternel, ton Dieu ; tu ne feras aucune œuvre, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni ton étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi ; et tu te souviendras que tu as été serviteur dans le pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’a fait sortir de là à main forte et à bras étendu ; c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de garder le jour du sabbat » (vers. 12-15).

La différence entre ces deux passages frappe immédiatement. Dans l’Exode, le commandement de garder le jour du repos est basé sur la création. Dans le Deutéronome, il est basé sur la rédemption, sans la moindre allusion à la création. En un mot, les points de différence proviennent du caractère distinct de chaque livre, et s’expliquent aisément pour tout chrétien spirituel.

Quant à ce qui concerne l’institution du sabbat, souvenons-nous qu’elle repose entièrement sur l’autorité immédiate de la parole de Dieu. D’autres commandements prescrivent de simples devoirs moraux. Chacun sait que c’est moralement mal de tuer ou de voler ; mais, à garder le sabbat, nul n’aurait vu un devoir, si cela n’eût été expressément ordonné par l’autorité divine. De là son immense importance et son intérêt. Dans notre chapitre et en Exode 20, il est placé sur la même ligne que ces grands devoirs moraux, qui sont universellement reconnus par la conscience humaine.

Bien plus, nous voyons en maints autres endroits de l’Écriture que le sabbat est mis à part et présenté tout spécialement comme un précieux lien entre l’Éternel et Israël, comme le sceau de son alliance avec eux et le signe de leur consécration à Lui. Chacun pouvait reconnaître que c’est moralement mal de tuer et de voler, mais ceux-là seulement qui aimaient l’Éternel et sa Parole aimaient et gardaient ses sabbats.

 

Ainsi, au chap. 16 de l’Exode, en connexion avec l’envoi de la manne, nous lisons : « Le sixième jour, ils recueillirent du pain au double, deux omers pour chacun ; et tous les principaux de l’assemblée vinrent et le rapportèrent à Moïse. Et il leur dit : C’est ici ce que l’Éternel a dit : Demain est le repos, le sabbat consacré à l’Éternel ; faites cuire ce que vous avez à cuire, et faites bouillir ce que vous avez à faire bouillir, et tout le surplus, serrez-le pour vous pour le garder jusqu’au matin… Et Moïse dit : Mangez-le aujourd’hui, car aujourd’hui est le sabbat consacré à l’Éternel ; aujourd’hui, vous n’en trouverez point aux champs. Six jours vous en recueillerez ; mais au septième jour est le sabbat ; il n’y en aura point en ce jour-là » (v. 22-26). Ils étaient cependant si peu capables d’apprécier le précieux privilège d’avoir à garder le sabbat de l’Éternel, qu’il arriva « qu’au septième jour quelques-uns du peuple sortirent pour en recueillir, et ils n’en trouvèrent point. Et l’Éternel dit à Moïse : Jusques à quand refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois ? » — Le fait qu’ils négligeaient le sabbat prouvait que leur état moral était mauvais, qu’ils s’étaient détournés de tous les commandements de Dieu. Le sabbat était la pierre de touche de l’état réel de leurs cœurs envers l’Éternel. — « Voyez que l’Éternel vous a donné le sabbat ; c’est pourquoi il vous donne au sixième jour du pain pour deux jours. Que chacun reste chez lui, que personne ne sorte du lieu où il est, le septième jour. Et le peuple se reposa le septième jour ». Ils trouvaient repos et nourriture en ce saint jour du sabbat.

À la fin du chap. 31, nous trouvons encore un passage bien remarquable pour montrer l’importance que l’Éternel attachait à l’observation du sabbat. Une description détaillée du tabernacle et de ses vaisseaux avait été donnée à Moïse, et il allait recevoir les deux tables du témoignage de la main de l’Éternel ; mais, comme pour prouver la place éminente que le sabbat occupait dans la pensée de Dieu, nous lisons : « Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Toi, parle aux fils d’Israël, disant : Certainement, vous garderez mes sabbats, car c’est un signe entre moi et vous, en vos générations, pour que vous sachiez que c’est moi, l’Éternel, qui vous sanctifie. Et vous garderez le sabbat, car il vous sera saint ; celui qui le profanera sera certainement mis à mort, car quiconque fera une œuvre en ce jour-là, cette âme sera retranchée du milieu de ses peuples. Pendant six jours le travail se fera, et le septième jour est le sabbat de repos, consacré à l’Éternel ; quiconque fera une œuvre le jour du sabbat sera certainement mis à mort. Et les fils d’Israël garderont le sabbat, pour observer le sabbat en leurs générations ; — une alliance perpétuelle. C’est un signe entre moi et les fils d’Israël, à toujours ; car en six jours l’Éternel a fait les cieux et la terre, et le septième jour il s’est reposé, et a été rafraîchi » (Ex. 31:12-17).

Ce passage établit clairement la stabilité du sabbat. Les termes employés prouvent que ce n’était point une institution temporaire : « un signe entre moi et vous en vos générations » — « une alliance perpétuelle » « un signe à toujours ».

Le sabbat fut distinctement et exclusivement institué pour la nation juive. Il est mentionné à diverses reprises, comme étant un signe entre l’Éternel et son peuple Israël, mais il ne concernait en aucune manière les nations. Nous verrons par la suite que c’est un beau type du temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé par la bouche de tous ses saints prophètes, mais cela n’ôte rien au fait qu’il est exclusivement une institution juive. Il n’y a pas, dans toute l’Écriture, un seul passage prouvant que le sabbat concernait aussi les gentils.

On allègue que, puisque le sabbat est déjà mentionné dans le second chapitre de la Genèse, il doit nécessairement avoir une application plus générale qu’à la nation juive. Voyons le passage : « Et Dieu eut achevé au sixième jour son œuvre qu’il fit, et il se reposa au septième jour de toute son œuvre qu’il fit. Et Dieu bénit le septième jour, et le sanctifia, car en ce jour, il se reposa de toute son œuvre que Dieu créa en la faisant » (Gen. 2:2-3).

Voilà qui est bien simple. Il n’est point ici fait mention de l’homme. Il ne nous est pas dit que l’homme se reposa le septième jour. On pourrait s’imaginer ou conclure qu’il le fit, mais le chap. 2 de la Genèse n’en dit rien. Bien plus ; nous ne voyons pas dans tout ce livre une seule allusion au sabbat. La première fois qu’il en est fait mention, c’est au chap. 16 de l’Exode, passage que nous avons déjà cité : or, là nous voyons qu’il fut donné à Israël, comme à un peuple qui était en relation d’alliance avec l’Éternel. Il est évident qu’ils ne surent ni le reconnaître, ni l’apprécier. Le Psaume 95 et le chap. 4 des Hébreux, nous montrent qu’ils n’entrèrent jamais dans ce repos. Si nous parlons de ce qu’était le sabbat aux yeux de Dieu, il nous dit que c’était un signe entre Lui et son peuple d’Israël, et le critérium de leur condition morale et de l’état de leur cœur envers Lui. Ce n’était pas seulement une portion de la loi donnée par Moïse à la congrégation d’Israël, mais il est maintes fois mentionné et spécifié comme étant une institution qui tenait une place toute particulière aux yeux de Dieu.

Ainsi, nous lisons au chap. 56 d’Ésaïe : « Bienheureux l’homme qui fait cela, et le fils de l’homme qui le tient ferme ; qui garde le sabbat pour ne pas le profaner, et qui garde sa main de faire aucun mal ! Et que le fils de l’étranger qui s’est attaché à l’Éternel ne parle pas, disant : L’Éternel m’a entièrement séparé de son peuple ; et que l’eunuque ne dise pas : Voici, je suis un arbre sec ; car ainsi dit l’Éternel : Aux eunuques qui gardent mes sabbats, et choisissent les choses auxquelles je prends plaisir, et qui tiennent ferme mon alliance, je leur donnerai dans ma maison et au-dedans de mes murs une place et un nom meilleurs que des fils et des filles ; je leur donnerai un nom éternel qui ne sera pas retranché. Et les fils de l’étranger » — considérés, cela va sans dire, comme liés à Israël de même qu’en Nomb. 15 — « qui s’attachent à l’Éternel pour le servir et pour aimer le nom de l’Éternel, pour être ses serviteurs, — quiconque observe le sabbat pour ne pas le profaner, et ceux qui tiennent ferme mon alliance, je les ferai venir à ma montagne sainte, et je les rendrai joyeux dans ma maison de prière ; leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel ; car ma maison sera appelée une maison de prière pour tous les peuples » (v. 2-7).

Et encore : « Si tu gardes ton pied de profaner le sabbat, de faire ton plaisir en mon saint jour, si tu appelles le sabbat tes délices, et honorable le saint jour de l’Éternel, si tu l’honores en t’abstenant de suivre tes propres chemins, de chercher ton plaisir et de dire des paroles vaines, alors tu trouveras tes délices en l’Éternel, et je te ferai passer à cheval sur les lieux hauts de la terre, et je te nourrirai de l’héritage de Jacob, ton père : car la bouche de l’Éternel a parlé » (Ésa. 58:13-14). Ces citations suffisent pour montrer quelle place importante le sabbat occupe aux yeux de Dieu. Il serait inutile de les multiplier, mais il est encore un passage du Lévitique que nous voudrions citer au lecteur : « Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Parle aux fils d’Israël, et dis-leur : Les jours solennels de l’Éternel, que vous publierez, seront de saintes convocations. Ce sont ici mes jours solennels : Six jours on travaillera ; et le septième jour est un sabbat de repos, une sainte convocation ; vous ne ferez aucune œuvre : c’est un sabbat consacré à l’Éternel dans toutes vos habitations » (Lév. 23:1-3).

Le sabbat est ici placé en tête de toutes les fêtes solennelles énumérées dans ce merveilleux chapitre, et qui sont pour nous les types de toutes les dispensations de Dieu envers son peuple. Le sabbat est le type du repos éternel, dans lequel Dieu introduira son peuple, quand toutes ses tribulations auront pris fin ; de ce « repos sabbatique » qui reste « pour le peuple de Dieu » (Héb. 4:9). L’Éternel cherchait constamment à rappeler ce glorieux repos à son peuple ; le septième jour, la septième année, l’année du Jubilé, toutes ces belles fêtes sabbatiques avaient pour but de typifier l’époque bénie où Israël sera rassemblé dans son pays, et où le sabbat sera observé comme il ne l’a encore jamais été.

Ceci nous conduit à un second point de vue, savoir la durée permanente du sabbat. Des expressions telles que : « un signe en vos générations » — « une alliance perpétuelle » — « à perpétuité » auraient jamais été employées pour désigner une institution simplement temporaire. Il est vrai, hélas ! qu’Israël n’observa jamais le sabbat selon Dieu, et il n’en comprit jamais la signification ; il n’en savoura jamais les douceurs et les bénédictions. Il en fit le signe de sa justice propre, s’en vanta comme d’une institution nationale, et s’en servit pour s’enorgueillir ; jamais il ne le célébra dans la communion avec Dieu.

Nous parlons de la nation en général, car nous ne saurions douter qu’il ne se soit trouvé des âmes qui, dans le secret, jouissaient du sabbat et comprenaient les pensées de Dieu à ce sujet. Néanmoins, comme nation, Israël ne l’observa jamais comme Dieu le désirait. Écoutons ce que dit Ésaïe : « Ne continuez pas d’apporter de vaines offrandes : l’encens m’est une abomination, — la nouvelle lune et le sabbat, la convocation des assemblées ; je ne puis supporter l’iniquité et la fête solennelle » (chap. 1:13).

La précieuse institution du sabbat, que Dieu avait donnée comme un signe de son alliance avec son peuple, était donc devenue, entre leurs mains, une abomination qu’il ne pouvait plus supporter. Si nous ouvrons les pages du Nouveau Testament, nous voyons les chefs et les docteurs du peuple juif constamment en guerre avec le Seigneur Jésus, par rapport au sabbat. Lisez, par exemple, Luc 6:1-5 et 6-11.

Quelle preuve nous avons ici du peu de valeur du formalisme humain dans l’observance du sabbat. Ces directeurs religieux voulaient que les disciples endurent la faim, plutôt que d’enfreindre leur sabbat. Ils auraient laissé l’homme emporter sa main sèche au tombeau, plutôt que de le voir guérir le jour de leur sabbat. Hélas ! c’était bien leur sabbat et non celui de Dieu. Son repos ne pouvait s’allier avec la faim et des membres desséchés. Ils n’avaient jamais bien compris le récit de David mangeant les pains de proposition. Ils ne comprenaient pas que les institutions légales doivent céder le pas à la grâce divine venant au-devant des besoins de l’homme. La grâce, avec toute sa splendeur, s’élève au-dessus de toutes les barrières légales, et la foi se réjouit à sa lumière ; mais la religiosité s’offense de l’activité de la grâce et de la hardiesse de la foi. Les pharisiens ne comprenaient pas que l’homme à la main sèche était un commentaire frappant de l’état moral de cette nation ; une preuve vivante du fait qu’ils étaient fort éloignés de Dieu. S’ils eussent été comme ils auraient dû être, il n’y aurait pas eu de mains sèches à guérir ; mais ils n’étaient pas fidèles, et, par conséquent, leur sabbat n’était qu’une forme vide de sens, une observance sans valeur et sans force, une célébration abominable, haïssable aux yeux de Dieu et entièrement incompatible avec la condition de l’homme. Lisez encore Luc 13:10-16.

Quel accablant reproche pour ces formalistes ! Quelle démonstration de la vanité et de la complète nullité de tout leur système judaïque ! Oser parler du sabbat en présence d’une fille d’Abraham liée depuis dix-huit ans par la main cruelle de Satan, quelle incongruité ! Il n’y a rien au monde qui aveugle l’esprit, endurcisse le cœur, endorme la conscience, comme une religion sans Christ. On ne peut bien juger de cette puissance trompeuse et dégradante qu’à la lumière de la présence divine. Peu importait au chef de la synagogue que cette pauvre femme restât infirme jusqu’à la fin de ses jours. Il l’eût laissée continuer à être une triste preuve de la puissance de Satan, pourvu qu’il pût observer son sabbat. Son indignation religieuse était excitée, non pas par la puissance de Satan révélée dans l’état de cette femme, mais par la puissance de Christ révélée par sa complète délivrance.

Le Seigneur lui répond comme il le mérite. « Et comme il disait ces choses ; tous ses adversaires furent couverts de honte ; et toute la foule se réjouissait de toutes les choses glorieuses qui étaient faites par lui » (Luc 13:17). Quel contraste frappant ! Les adhérents d’une religion fausse, vaine et cruelle, démasqués et couverts de honte et de confusion ; puis, d’un autre côté, la foule se réjouissant des œuvres glorieuses du Fils de Dieu qui était venu au milieu d’eux pour les délivrer de la puissance écrasante de Satan ; pour remplir leurs cœurs de la joie du salut de Dieu, leurs bouches de sa louange.

Cette question du sabbat, si souvent débattue, doit être examinée à fond à la lumière de l’Écriture, car nous sommes convaincus que nombre de chrétiens professants ne se doutent pas de tout ce qui s’y rattache.

Le commencement du chap. 5 de Jean illustre, d’une manière remarquable la condition d’Israël.

Le réservoir de Béthesda est une frappante illustration de toute la famille humaine et de la nation d’Israël, de leur condition morale et spirituelle, considérée au point de vue de Dieu ! « Aveugles, infirmes, membres secs », tel est le réel état de l’homme, et plût à Dieu que l’homme le comprît.

Mais il y avait au milieu de cette multitude d’infirmes un homme, dont l’état de faiblesse et d’épuisement était tel que le réservoir de Béthesda ne pouvait rien pour lui. Il ne pensait qu’à obtenir un secours humain pour parvenir au réservoir, mais chacun, image frappante de tous ceux qui cherchent le salut par les œuvres, faisait de son mieux pour soi-même. Nul souci des autres ; nulle pensée de leur venir en aide. « Jésus lui dit : Lève-toi, prends ton petit lit, et marche. Et aussitôt l’homme fut guéri, et il prit son petit lit, et marcha. Or c’était sabbat ce jour-là » (v. 8-9).

Nous avons de nouveau ici le sabbat de l’homme, car ce n’était certainement pas celui de Dieu. La misérable multitude réunie autour du réservoir prouvait que le repos de Dieu n’était pas encore venu, que son glorieux antitype n’avait point encore lui sur cette terre coupable. Lorsque ce beau jour paraîtra, il n’y aura plus d’aveugles, de boiteux, ni d’infirmes, sous les portiques du réservoir de Béthesda. Le repos sabbatique de Dieu est absolument incompatible avec les misères humaines.

C’était le sabbat de l’homme. Ce n’était plus le signe de l’alliance de l’Éternel avec la postérité d’Abraham, comme cela avait été jadis, et comme cela sera de nouveau une fois. Le sabbat était devenu en Israël un signe de la propre justice de l’homme. Selon les Juifs, il était permis à l’homme de rester couché année après année sur ce même grabat, tandis qu’eux continuaient leurs vaines et inutiles tentatives pour observer le sabbat. S’ils eussent eu la moindre intelligence spirituelle, ils eussent compris l’inconséquence qu’il y avait à vouloir conserver leurs traditions au sujet du sabbat, en présence des misères humaines, des maladies et de toutes sortes de dégradations. Mais ils étaient complètement aveugles ; aussi, lorsque les résultats glorieux du ministère de Christ se révèlent, ils ont l’audace de les déclarer contraires à la loi.

Et non seulement cela, mais « à cause de cela, les Juifs persécutaient Jésus et cherchaient à le faire mourir, parce qu’il avait fait ces choses en un jour de sabbat ». Quel spectacle ! Des gens religieux, mieux encore, les chefs et les docteurs de la religion, les conducteurs du soi-disant peuple de Dieu, cherchent à faire mourir « le Seigneur du sabbat », parce qu’il avait guéri un homme le jour du sabbat !

Mais observez la réponse de notre Seigneur au verset 17: « Mon père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille ». Cette parole si brève, mais si concluante, nous donne la clef de toute l’affaire. Elle nous dévoile la vraie condition de l’humanité en général et celle d’Israël en particulier ; elle nous présente d’une manière touchante le grand secret de la vie et du ministère de notre Seigneur. Il n’était pas venu dans ce monde pour se reposer ; que Dieu en soit béni ! Comment aurait-il pu se reposer, observer le sabbat, — entouré qu’il était par toutes les misères humaines ? Cette multitude d’impotents qui remplissaient les portiques du réservoir de Béthesda, n’aurait-elle pas dû montrer « aux Juifs » la folie de leurs idées au sujet du sabbat ? Car cette multitude n’était-elle pas un spécimen de la condition de la nation d’Israël et de toute la famille humaine ? Et comment l’amour divin aurait-il pu se reposer au milieu d’un tel état de choses ? C’eût été totalement impossible. L’amour ne peut que travailler au milieu des scènes de péché et de douleurs. Du moment où l’homme est tombé, le Père avait travaillé. Puis le Fils parut pour continuer l’œuvre. Maintenant le Saint Esprit travaille. C’est le travail, et non le repos, qui est l’ordre divin dans un monde tel que celui-ci. « Il reste donc un repos sabbatique pour le peuple de Dieu ».

Le Seigneur Jésus allait faisant du bien le jour du sabbat tout comme les autres jours, et lorsque enfin il eut achevé l’œuvre glorieuse de la rédemption, il passa le sabbat dans le tombeau et ressuscita le premier jour de la semaine, comme le premier-né d’entre les morts, la tête d’une nouvelle création dans laquelle tout est de Dieu, et où il ne saurait plus être question « de jours, de mois, de temps et d’années ». Si nous comprenons bien ce que signifient la mort et la résurrection, nous n’observerons plus les jours. La mort de Christ a mis fin à tout cet ordre de choses, et sa résurrection nous introduit dans une sphère entièrement différente, où nous avons le privilège de marcher à la lumière et dans la puissance de ces réalités éternelles qui sont nôtres en Christ, et en vivant contraste avec les observances superstitieuses d’une religiosité charnelle et mondaine.

Nous voici arrivés à un point fort intéressant de notre sujet, savoir, la différence qui existe entre le sabbat et « le jour du Seigneur, ou le premier jour de la semaine ». On confond souvent ces deux choses. Nous entendons fréquemment des personnes vraiment pieuses parler du « sabbat chrétien », expression qui ne se trouve nulle part dans toute la Bible. Or nous devons toujours chercher à nous exprimer d’une manière conforme à l’Écriture.

Nous sommes persuadés que l’ennemi de Dieu et de son Christ est beaucoup plus mêlé qu’on ne le croit aux formes et aux conventions de la chrétienté ; c’est là ce qui rend la chose si sérieuse. Le lecteur trouvera peut-être qu’il est ridicule de désapprouver l’expression de « sabbat chrétien », mais s’il examine la question à la lumière du Nouveau Testament, il verra qu’elle se développe d’une manière fort importante. On dit souvent que « le nom ne fait rien à la chose », mais dans le sujet qui nous occupe, le nom caractérise la chose.

Nous avons déjà remarqué que notre Seigneur passa le jour du sabbat dans le tombeau. Ce fait n’a-t-il pas une profonde signification ? Nous ne saurions en douter. Nous y lisons la mise de côté de l’ancien ordre de choses, et la complète impossibilité d’observer un sabbat dans un monde de péché et de mort. L’amour ne pouvait se reposer dans un monde tel que celui-ci ; il ne pouvait que travailler et mourir. C’est ce que nous lisons sur la tombe où le Seigneur du sabbat fut déposé.

Mais, dira-t-on, le premier jour de la semaine n’est-il pas le sabbat nouveau, le sabbat chrétien ? Il n’est jamais appelé ainsi dans le Nouveau Testament. Si nous étudions les Actes des Apôtres, nous verrons que ces deux jours sont mentionnés d’une manière tout à fait distincte. Le jour du sabbat, nous voyons les Juifs assemblés dans leurs synagogues pour la lecture de la loi et des prophètes. Le premier jour de la semaine, nous voyons les chrétiens assemblés pour rompre le pain. Ces deux jours étaient aussi distincts que le judaïsme et le christianisme, et rien, absolument rien, ne pourrait faire supposer que le sabbat se soit jamais confondu avec le premier jour de la semaine. Où nous est-il dit que le sabbat ait été transporté, du septième jour au huitième, ou au premier jour de la semaine ? Nulle part, assurément.

Qu’on se souvienne aussi que le sabbat n’est pas seulement un septième jour, mais le septième jour. Quelques-uns croient que, pourvu qu’une septième partie du temps soit donnée au repos et aux devoirs publics de la religion, cela suffit, et que peu importe le nom dont on l’appelle. Il en résulte que différentes nations et divers systèmes religieux ont leur jour du sabbat. Mais cela ne saurait suffire aux âmes qui désirent s’en tenir uniquement à l’Écriture. Le repos d’Éden était le septième jour. Le repos pour Israël était le septième jour. Mais le huitième attire nos pensées vers l’éternité, et, dans le Nouveau Testament, il est appelé « le premier jour de la semaine », comme marquant le commencement de ce nouvel ordre de choses, dont la croix est la base impérissable, et un Christ ressuscité la Tête glorieuse et le centre. Or, appeler ce jour-là le « sabbat chrétien », c’est simplement confondre les choses terrestres et les célestes. C’est faire descendre le chrétien de sa haute position, en tant qu’uni à une Tête glorifiée dans les cieux, et l’occuper d’ordonnances charnelles imposées jusqu’au temps de l’Évangile ; d’observances de jours, de mois, de temps et d’années, comme l’apôtre le reprochait aux assemblées de la Galatie.

Bref, plus nous réfléchissons à cette expression « sabbat chrétien », plus nous sommes convaincus qu’elle tend, ainsi que beaucoup d’autres termes usuels dans la chrétienté, à dérober au chrétien ces grandes vérités qui distinguent l’Église de Dieu de tout ce qui l’a précédée et de tout ce qui suivra. L’Église, bien que sur la terre, n’est pas de ce monde, tout comme Christ n’est pas de ce monde. Elle est céleste dans son origine, son caractère, ses principes, sa marche et ses espérances. Elle est placée entre la croix et la gloire. Les limites de son existence sur la terre sont le jour de la Pentecôte, lorsque le Saint Esprit descendit pour la former, et la venue de Christ pour la prendre auprès de Lui.

Rien ne saurait être plus clair. C’est donc fausser la position du chrétien tout entière, que de vouloir forcer l’Église de Dieu à observer, soit légalement, soit superstitieusement, « les jours, les mois, les temps et les années » ; c’est attaquer la révélation divine, et priver le chrétien de la place qui lui appartient, par la grâce infinie de Dieu et par la rédemption accomplie par Christ.

Si le lecteur trouve que nous allons trop loin dans nos assertions, qu’il médite le passage suivant de l’épître de Paul aux Colossiens : « Comme donc vous avez reçu le Christ Jésus, le Seigneur, marchez en lui, enracinés et édifiés en lui, et affermis dans la foi, selon que vous avez été enseignés, abondant en elle avec des actions de grâces. Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par de vaines déceptions », — remarquez cette association peu flatteuse pour la philosophie ! — « selon l’enseignement des hommes, selon les éléments du monde, et non selon Christ ; car en lui habite toute la plénitude de la déité corporellement ; et vous êtes accomplis en lui, qui est le chef de toute principauté et autorité ». — Que nous faut-il de plus ? — « En qui aussi vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’a pas été faite de main, dans le dépouillement du corps de la chair par la circoncision du Christ, étant ensevelis avec lui dans le baptême, dans lequel aussi vous avez été ressuscités ensemble par la foi en l’opération de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Et vous, lorsque vous étiez morts dans vos fautes et dans l’incirconcision de votre chair, il vous a vivifiés ensemble avec lui, nous ayant pardonné toutes nos fautes, ayant effacé l’obligation qui était contre nous, laquelle consistait en ordonnances et qui nous était contraire, et il l’a ôtée en la clouant à la croix ayant dépouillé les principautés et les autorités, il les a produites en public, triomphant d’elles en la croix » (Col. 2:6-15).

Magnifique victoire remportée par Lui seul et pour nous ! Que reste-t-il encore ? « Que personne donc ne vous juge en ce qui concerne le manger ou le boire, ou à propos d’un jour de fête ou de nouvelle lune, ou de sabbats, qui sont une ombre des choses à venir ; mais le corps est du Christ ».

Que peut avoir à faire, au point de vue religieux, avec le manger, le boire, ou les jours de fête, un chrétien qui est complet et accepté en un Christ ressuscité et glorifié ? Que peuvent faire pour lui la philosophie, les traditions, ou la religion du monde ? Que sont les ombres pour celui qui a saisi, par la foi, la substance éternelle ? Rien absolument ; c’est pourquoi aussi l’apôtre continue : « Que personne ne vous frustre du prix du combat, faisant sa volonté propre dans l’humilité et dans le culte des anges, s’ingérant dans les choses qu’il n’a pas vues, enflé d’un vain orgueil par les pensées de sa chair, et ne tenant pas ferme le chef, duquel tout le corps, alimenté et bien uni ensemble par des jointures et des liens, croît de l’accroissement de Dieu. Si vous êtes morts avec Christ aux éléments du monde, pourquoi, comme si vous étiez encore en vie dans le monde, établissez-vous des ordonnances — ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas ! — (choses qui sont toutes destinées à périr par l’usage), selon les commandements et les enseignements des hommes (qui ont bien une apparence de sagesse en dévotion volontaire et en humilité, et en ce qu’elles n’épargnent pas le corps, ne lui rendant pas un certain honneur), pour la satisfaction de la chair ? » c’est-à-dire non pas en rendant au corps le degré d’honneur qui lui est dû en tant que vaisseau de Dieu, mais enflant la chair par un orgueil religieux alimenté par une vaine, creuse et prétendue sainteté (Col. 2:6-23).

Si l’on comprend bien l’esprit de ce merveilleux passage, on sera au clair, non seulement sur la question du sabbat, mais encore sur tout un système de choses qui y a rapport. Le chrétien, qui a bien saisi quelle est sa position, en a fini pour toujours avec toute question religieuse, au sujet du manger, du boire, des jours, des mois, des temps et des années. Il n’a rien à faire avec les saintes époques, ni avec les saints lieux. Il est mort avec Christ aux éléments du monde, et comme tel, il est délivré de toutes les ordonnances d’une religion traditionnelle. Il est du ciel, où il n’y a ni nouvelles lunes, ni jours de fête, ni sabbats. Il appartient à la nouvelle création, où toutes choses sont de Dieu, et, par conséquent, il ne saurait voir aucune force morale dans des mots tels que ceux-ci : « ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas ». Ils ne s’appliquent en aucune façon à lui. Il vit dans une atmosphère où les nuages, les vapeurs et les brouillards du monachisme et de l’ascétisme ne se voient jamais. Il a mis de côté toutes les formes inutiles d’un piétisme charnel et a reçu, en échange, les sûres réalités de la vie chrétienne. Son oreille a été ouverte pour entendre et son cœur pour comprendre la puissante exhortation de l’apôtre inspiré : « Si donc vous avez été ressuscités avec le Christ, cherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu pensez aux choses qui sont en haut, non pas à celles qui sont sur la terre ; car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Quand le Christ qui est votre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3:1).

Nous avons ici le contraste frappant de quelques-unes des gloires du vrai christianisme avec les formes stériles et desséchantes d’une religiosité charnelle et mondaine. La vie chrétienne ne consiste point dans l’observation de certaines ordonnances, commandements ou traditions des hommes. Elle est une divine réalité. C’est Christ dans le cœur, et Christ reproduit dans la vie de chaque jour, par la puissance du Saint Esprit. C’est l’homme nouveau, formé d’après le modèle de Christ lui-même, et se révélant dans les moindres détails de notre conduite et de notre marche au milieu du monde, de nos familles, dans nos transactions avec nos semblables, dans nos manières, notre humeur, en un mot dans tout ce qui est nous-mêmes. Ce n’est point une affaire de profession ou de dogme, d’opinion ou de sentiment, mais une réalité vivante et incontestable. C’est la dépendance de Dieu établie dans le cœur, étendant sa domination bénie sur tout l’être moral, et répandant sa douce influence sur toute la sphère où nous sommes appelés à vivre. C’est le chrétien marchant sur les traces bénies de Celui qui allait de lieu en lieu, faisant du bien ; cherchant, selon son pouvoir, à se rendre utile ; ne vivant pas pour soi-même, mais pour les autres ; trouvant son plaisir à donner et à servir ; toujours prêt à soulager et à sympathiser avec les cœurs affligés ou découragés.

Tel est le christianisme. Oh ! combien il diffère de toutes les formes que revêtent le légalisme et la superstition ! Quel contraste avec l’ignorante observance des jours, des mois, des temps et des années, l’abstention des viandes, la défense de se marier, et tant d’autres erreurs ! Quelle différence d’avec la sentimentalité du mystique, la mélancolie de l’ascète et les austérités du moine ! Oui, le vrai christianisme du Nouveau Testament est entièrement différent de tout cela, comme aussi de la triste union d’une profession sans pratique, qui, possédant par l’intelligence de grandes vérités, ne s’en associe pas moins à une vie de mondanité et de satisfactions égoïstes. Le vrai christianisme produit ce qui est divin, céleste et spirituel, au milieu de tout ce qui est naturel, humain et terrestre. Puissent l’auteur et le lecteur de ces lignes avoir le saint désir de posséder ce christianisme moralement glorieux révélé dans les pages du Nouveau Testament.

Il n’est pas nécessaire, croyons-nous, d’en dire davantage sur la question du sabbat. Si le lecteur a bien saisi le sens des passages qui ont été cités, il verra sans peine quelle est la place que le sabbat occupe dans les dispensations de Dieu. Il comprendra qu’il se rapporte directement à Israël et à la terre, qu’il est un signe de l’alliance entre l’Éternel et son peuple terrestre, et une importante pierre de touche de leur état spirituel.

En outre, le lecteur verra qu’Israël n’observa jamais réellement le sabbat, n’en comprit jamais la signification, n’en apprécia jamais la valeur. C’est ce qui fut rendu évident dans la vie, le ministère et la mort de notre Seigneur Jésus Christ, lequel accomplit nombre de ses œuvres de miséricorde le jour du sabbat, et finalement passa cette journée dans le tombeau.

Le lecteur enfin comprendra quelle différence il y a entre le sabbat juif et le premier jour de la semaine ou le jour du Seigneur, lequel n’est pas une seule fois appelé sabbat dans le Nouveau Testament, mais est, au contraire, constamment mentionné distinctement. Ce n’est point le sabbat transformé et transféré à un autre jour, mais un jour entièrement nouveau, ayant sa propre identité et sa raison d’être, laissant le sabbat complètement de côté, comme une institution suspendue momentanément, pour être reprise par la suite, lorsque la postérité d’Abraham sera rentrée de nouveau dans la terre promise (voyez Ézé. 46:1, 12).

Nous ne pouvons quitter cet intéressant sujet, sans dire quelques mots de la place assignée dans le Nouveau Testament au jour du Seigneur, ou premier jour de la semaine. Bien qu’il ne soit pas le sabbat et qu’il n’ait rien à faire avec les fêtes, les nouvelles lunes, ou « les jours, les mois, les temps et les années », il a cependant une place qui lui est propre dans la chrétienté, comme le prouvent maints passages du Nouveau Testament.

Notre Seigneur est ressuscité d’entre les morts ce jour-là. Il a rencontré maintes et maintes fois ses disciples en ce jour. Les apôtres et les frères en Troade se réunissaient pour rompre le pain ce même jour (Actes 20:7). L’apôtre ordonne aux Corinthiens et à tous ceux qui, en tous lieux, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, de déposer leurs offrandes ce jour-là. Le premier jour de la semaine était donc le jour spécial, où le peuple de Dieu devait se réunir pour prendre la cène du Seigneur ; le culte, la communion, et le ministère, se trouvant ainsi liés à cette précieuse institution. L’apôtre Jean nous dit aussi que ce fut en ce jour dominical qu’il fut en esprit et qu’il reçut la Révélation merveilleuse qui clôt le volume divin (Apocalypse. 1:10) (*).

 

(*) Quelques personnes croient que l’expression : « Jour dominical » devrait être rendue par : « le jour du Seigneur » ; elles pensent que l’apôtre était dans l’esprit de ce jour où notre Seigneur reprendra possession de sa puissance et de son royaume. Il y a deux graves objections à cette manière de voir. D’abord les mots rendus en Apoc. 1:10, par « le jour dominical », sont différents de ceux traduits en 1 Thes. 5:2 ; 2 Thes. 2:2 ; 2 Pierre 3. 10, par : « le jour du Seigneur ».

Il nous semble que cela devrait trancher la question, mais nous ferons remarquer, en outre, que la plus grande partie du livre de l’Apocalypse traite non « du jour du Seigneur », mais d’événements qui lui sont antérieurs.

Nous sommes donc convaincus que, dans ce passage, l’expression « jour du Seigneur », ou « dominical », signifie : « le premier jour de la semaine », fait important, puisqu’il nous prouve que ce jour-là a une place toute spéciale dans la parole de Dieu, place que tout chrétien spirituel lui donnera avec reconnaissance.

 

Nous avons donc des preuves évidentes que le jour du Seigneur ne doit pas être mis au même niveau que les jours ordinaires. Pour le vrai chrétien, ce n’est ni le sabbat juif, ni le dimanche des gentils, mais le jour du Seigneur, dans lequel ses rachetés se réunissent avec joie autour de sa table pour faire la fête par laquelle ils annoncent sa mort jusqu’à ce qu’il vienne.

Aucun légalisme, aucune superstition ne se rattachent au premier jour de la semaine. Le prétendre, serait renier toute la chaîne de vérités qui se lient à ce jour. Nous n’avons pas de commandements directs touchant l’observation de ce jour, mais les passages auxquels nous avons fait allusion suffiront à tout cœur spirituel ; et nous dirons, en outre, que les instincts de la nature divine pousseront tout vrai chrétien à honorer le jour du Seigneur, à l’aimer et à le mettre à part pour le culte et le service de Dieu. La seule pensée que quelqu’un, faisant profession d’aimer Christ, puisse s’occuper d’affaires ou voyager sans nécessité le jour du Seigneur répugne à tout cœur vraiment pieux. Nous croyons que c’est un saint privilège que de pouvoir se retirer, autant que possible, de toutes les distractions de la terre, pour consacrer les heures du jour du Seigneur à Lui-même et à son service.

On objectera, peut-être, que le chrétien doit consacrer chaque jour au Seigneur. Assurément ; nous Lui appartenons dans le sens le plus complet et le plus élevé. Tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes lui appartient ; nous en convenons avec bonheur. Nous sommes appelés à faire tout en son nom et pour sa gloire. C’est notre privilège d’acheter, de vendre, de manger, de boire, en un mot de tout faire comme étant devant ses yeux, dans la crainte et l’amour de son saint Nom. Nous ne devrions jamais, quelque jour de la semaine que ce soit, mettre la main à une chose quelconque sur laquelle nous ne pouvons pas, en toute confiance, demander la bénédiction du Seigneur.

Tout cela est pleinement reconnu par tout vrai chrétien ; mais, en même temps, il nous semble impossible qu’on lise le Nouveau Testament sans voir que le jour du Seigneur y occupe une place unique ; qu’il est marqué pour nous, de la manière la plus distincte ; qu’il a une signification et une importance que ne peut s’approprier aucun autre jour de la semaine. Nous en sommes si convaincus, que lors même que les lois de divers pays n’ordonneraient point que le jour du Seigneur soit observé, nous considérerions comme un devoir sacré et comme un saint privilège de nous abstenir alors de toute transaction commerciale quelconque.

Grâces à Dieu, les lois de plusieurs contrées veulent que le jour du Seigneur soit observé. C’est là une bénédiction signalée pour tous ceux qui aiment ce jour par amour pour le Seigneur. Nous reconnaissons sa grande bonté en arrachant ce jour à l’étreinte envahissante du monde pour le donner à son peuple et à ses serviteurs, afin qu’ils le consacrent à son culte et à son service.

Quelle faveur que d’avoir le jour du Seigneur avec son oubli profond des choses de la terre. Que ferions-nous sans lui ? Quelle interruption bénie au travail de la semaine. Que ses exercices sont rafraîchissants pour l’âme. Qu’il est précieux de se réunir autour de la table du Seigneur pour se souvenir de Lui, pour annoncer sa mort, et célébrer ses louanges. Qu’ils sont doux les devoirs divers du jour du Seigneur, que ce soient ceux de l’évangéliste, du pasteur, du docteur, de celui qui enseigne à l’école du dimanche, ou de celui qui distribue des traités. Quel langage humain pourra exprimer la valeur et l’intérêt de toutes ces choses ? Il est vrai que le jour du Seigneur n’est rien moins qu’un jour de repos pour ses serviteurs ; ils sont souvent plus fatigués ce jour-là que tout autre de la semaine ; mais, c’est une fatigue qui recevra sa belle récompense dans le repos qui reste pour le peuple de Dieu.

Encore une fois, cher lecteur chrétien, élevons nos cœurs avec reconnaissance à Dieu, pour le précieux privilège du jour du Seigneur. Puisse-t-il le continuer à son Église jusqu’à ce qu’il vienne ! Puisse-t-il anéantir, par sa toute-puissance, tous les efforts des incrédules et des athées pour renverser les barrières que les ordonnances ont élevées autour du jour du Seigneur ! Ce serait réellement un triste jour que celui où ces barrières seraient renversées.

Quelques personnes diront peut-être que le sabbat est aboli et, par conséquent, qu’il ne nous lie plus. Un grand nombre de chrétiens de profession ont pris cette raison pour demander, en Angleterre, que les lieux publics de récréation fussent ouverts le dimanche. Hélas ! il est facile de voir ce que l’on recherche et à quoi l’on voudrait en venir. On voudrait mettre de côté la loi, afin d’avoir toute liberté pour les plaisirs mondains. On ne comprend pas que le seul moyen d’être délivré de la loi, c’est d’être mort à la loi, et si nous sommes morts à la loi, nous sommes aussi nécessairement morts au péché et au monde.

C’est là toute la différence. Béni soit Dieu, le chrétien est affranchi de la loi, mais s’il en est ainsi, ce n’est point pour qu’il s’amuse et prenne ses aises le jour du Seigneur ou tel autre jour, mais afin qu’il vive pour Dieu. « Car moi, par la loi, je suis mort à la loi, afin que je vive à Dieu » (Gal. 2:19). Voilà le terrain chrétien ; il ne peut être occupé que par ceux qui sont vraiment nés de Dieu. Le monde ne saurait le comprendre, non plus que les saints privilèges et exercices spirituels du jour du Seigneur.

Tout cela est vrai, mais en même temps nous sommes persuadés que si l’Angleterre enlevait les barrières qui entourent le jour du Seigneur, on verrait alors combien elle a abandonné cette profession de religion qui l’a si longtemps caractérisée comme nation, et avec quelle rapidité elle s’avance du côté de l’incrédulité et de l’athéisme. Nous ne devons pas perdre de vue le fait sérieux que l’Angleterre s’est donnée pour être une nation chrétienne, faisant profession d’être gouvernée par la parole de Dieu. Elle est, par conséquent, beaucoup plus responsable que les nations qui sont enveloppées dans les ténèbres du paganisme. Nous croyons que les nations, tout comme les individus, auront à répondre de la profession qu’elles auront faite, et que, par conséquent, les nations qui s’appellent chrétiennes seront jugées, non seulement par la lumière de la création ou par la loi de Moïse, mais par la pleine et brillante lumière de ce christianisme qu’elles professent, oui, par toute la vérité contenue dans le précieux volume qu’elles possèdent et dont elles font leur gloire. Les païens seront jugés sur le terrain de la création ; les Juifs sur celui de la loi, les chrétiens de nom sur le terrain de la vérité du christianisme.

Ce fait si sérieux rend la position de toutes les nations professantes, excessivement grave. Dieu les traitera, sans aucun doute, suivant la profession qu’elles auront faite. Il ne sert à rien de dire qu’elles ne comprennent pas ce qu’elles professent, car pourquoi professer ce qu’on ne comprend ni ne croit ? Le fait est qu’elles font profession de comprendre et de croire ; or c’est d’après ce fait qu’elles seront jugées. Elles se font gloire de cette phrase familière : « La Bible, et la Bible seule est la religion des protestants ».

S’il en est ainsi, combien solennelle est la pensée que l’Angleterre sera jugée d’après la Bible Quel sera son jugement ? quelle sera sa fin ? Que tous ceux que cela concerne y réfléchissent sérieusement.

 

Nous quitterons maintenant le sujet du sabbat et du jour du Seigneur, pour terminer cette partie de notre étude, en recommandant à nos lecteurs de lire attentivement les versets 22 à 23, fin de notre chapitre 5.

Après avoir présenté au peuple les dix commandements, Moïse leur rappelle les circonstances solennelles qui avaient accompagné la promulgation de la loi, de même que ce qu’ils avaient éprouvé et exprimé en cette occasion.

Le grand principe du livre du Deutéronome brille ici dans tout son éclat. Il est exprimé par ces touchantes paroles qui sont comme le noyau du passage que nous venons de citer : « Oh ! s’ils avaient toujours ce cœur-là pour me craindre et pour garder tous mes commandements, afin de prospérer, eux et leurs fils, à toujours ! » (v. 29).

Précieuses paroles ! Elles nous révèlent, d’une manière bénie, le secret de cette vie que, en tant que chrétiens, nous sommes appelés à vivre jour après jour, de cette vie d’obéissance simple et implicite, provenant d’un cœur qui craint le Seigneur, non dans un esprit servile, mais avec cet amour vrai, respectueux, que le Saint Esprit répand dans nos cœurs. C’est là ce qui réjouit notre Père. Il nous dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur ». Quand le cœur est donné, tout vient ensuite, sans peine. Un cœur qui aime Dieu, trouve sa plus grande joie à obéir à tous ses commandements, et rien n’a de valeur pour Dieu que ce qui découle d’un cœur dévoué. C’est du cœur que procèdent les sources de la vie ; lors donc qu’il est gouverné par l’amour de Dieu, il éprouve le besoin et le désir d’obéir à tous ses commandements. Nous aimons ses commandements, parce que nous l’aimons, Lui. Chacune de ses paroles est précieuse au cœur qui l’aime. Chaque précepte, chaque statut, chaque ordonnance, en un mot sa loi tout entière, sont chéris, respectés et obéis, parce que son Nom et son autorité s’y rattachent.

Le lecteur trouvera au Psaume 119 l’illustration du sujet qui nous occupe, et l’exemple d’une âme qui est à l’unisson avec ces paroles : « Oh ! S’ils avaient toujours ce cœur-là pour me craindre et pour garder tous mes commandements ! » Ce sont les touchantes aspirations d’un cœur, qui trouvait ses constantes et profondes délices en la loi de Dieu. Il y a, dans ce Psaume admirable, non moins de cent soixante et dix allusions à cette précieuse loi ; semblables à des perles, elles enrichissent chacun de ces versets.

Sûrement, cela réjouit le cœur et restaure l’âme d’avoir sous les yeux des paroles telles que celles de ce Psaume, et dont plusieurs furent prononcées par notre Seigneur lui-même, dans les jours de sa chair. Il vivait de la Parole. Elle était la nourriture de son âme, l’instrument de son ministère, son autorité en toutes choses. C’est par elle qu’il était victorieux de Satan, qu’il réduisait au silence les sadducéens, les pharisiens et les hérodiens. C’est par la Parole qu’il enseignait ses disciples, et c’est à elle qu’il recommanda ses serviteurs au moment de monter au ciel.

Quelle place cela donne à l’Écriture Sainte, lorsque nous nous souvenons que le précieux volume inspiré est sous-entendu dans chacune des sentences de cet admirable Psaume ! Le Seigneur en appelle en toute occasion à la Parole, comme à une autorité divine et irrévocable. Quoiqu’il fût lui-même Dieu et l’Auteur du volume, cependant, ayant pris sa place comme homme sur la terre, il démontre constamment que c’est le devoir absolu et le privilège sacré de l’homme de vivre de la parole de Dieu, et de se soumettre à son autorité divine.

N’y a-t-il pas là une réponse bien claire à cette question si souvent faite par l’incrédulité : « Comment saurons-nous que la Bible est la parole de Dieu ? » Si nous croyons réellement en Christ, si nous le reconnaissons comme Fils de Dieu, Dieu manifesté en chair, vrai Dieu et vrai homme, nous ne pouvons ne pas admettre la force morale du fait que cette Personne divine en appelle constamment aux Écritures, — Moïse, les prophètes et les Psaumes, — comme à une loi divine. Ne savait-il pas que c’était la parole de Dieu ? En tant que Dieu, il l’avait dictée ; en tant qu’homme, il la recevait, il en vivait et en reconnaissait l’autorité supérieure en toutes choses.

Quelle leçon et quel reproche pour l’église professante et pour tous ces docteurs et écrivains soi-disant chrétiens, qui ont eu l’audace d’attaquer la grande vérité fondamentale de l’inspiration des Écritures en général, et celle des cinq livres de Moïse en particulier ! Qu’il est terrible d’entendre des hommes qui enseignent dans l’Église de Dieu, oser appeler apocryphes les pages que notre Seigneur et Maître recevait et reconnaissait comme étant divines !

Et pourtant on voudrait nous faire croire que tout va progressant ! Les absurdités dégradantes du ritualisme et les raisonnements blasphématoires de l’incrédulité se multiplient rapidement autour de nous. Là même où ces influences ne dominent pas directement, on ne voit que froide indifférence, amour de ses aises, égoïsme, mondanité, tout en un mot, sauf les preuves d’un progrès spirituel. Si les masses ne sont pas entraînées par l’incrédulité d’un côté, ou par le ritualisme de l’autre, c’est en grande partie parce qu’elles sont trop occupées de leurs plaisirs et de leurs gains pour penser à autre chose. Quant à la religion du jour, si vous en retranchez l’argent et la musique, il ne vous restera pas grand-chose.

L’observation et l’expérience montrent donc avec évidence que les choses sont loin de progresser ; les preuves du contraire sont en si grand nombre, que croire encore à cette théorie est le fait d’une étonnante crédulité.

Quelques-uns diront peut-être que nous ne devons pas juger d’après ce que nous voyons ; qu’il faut toujours espérer. Cela est vrai, pourvu que notre espoir soit fondé sur une parole divine. Si l’on peut nous montrer une seule ligne de l’Écriture qui prouve que le système actuel sera marqué par une amélioration générale dans la religion, la politique, la morale ou la société, alors espérons, même contre espérance. Une seule parole inspirée est suffisante pour former la base d’une espérance qui élèvera le cœur au-dessus des circonstances les plus sombres et les plus décourageantes.

Mais où trouverons-nous cette parole ? Nulle part. Le témoignage de la Bible, du commencement à la fin, l’enseignement constant de la Sainte Écriture, la voix des prophètes et des apôtres, tous à l’unisson s’accordent à prouver que l’état actuel des choses empirera rapidement jusqu’à ce que les brillants rayons de la gloire millénaire viennent réjouir la terre oppressée. Il faut, avant cela, que l’épée du jugement accomplisse son œuvre terrible. Si nous voulions citer les passages à l’appui de cette assertion, nous remplirions un volume, car ils forment une large portion des écrits prophétiques de l’Ancien et du Nouveau Testament.

C’est ce que nous n’essaierons pas de faire. Le lecteur a sa Bible devant lui ; qu’il l’étudie, en mettant de côté toutes ses idées préconçues selon les enseignements généralement admis dans la chrétienté, ainsi que la phraséologie du monde religieux, avec tous les dogmes des écoles de théologie ; s’il vient avec la simplicité d’un petit enfant à la pure source de la Sainte Écriture, le résultat de ses recherches sera une conviction claire et certaine que le monde ne se convertira point par les moyens employés jusqu’ici ; enfin que ce ne sera pas l’Évangile de paix, mais la verge de la destruction qui préparera la terre pour la gloire millénaire.

Qu’on ne pense pas, néanmoins, que nous désapprouvons le bien qui se fait. Au contraire, nous en bénissons Dieu, et nous nous réjouissons du moindre effort tenté pour répandre le précieux Évangile de la grâce de Dieu ; nous rendons grâces pour chaque âme amenée dans le cercle béni du salut de Dieu. Nous sommes heureux à la pensée que quatre-vingt-cinq millions de Bibles sont répandues sur la terre. Qui pourrait calculer les effets qu’elles peuvent produire, ou même celui d’un seul exemplaire ? Nous accompagnons de nos meilleurs vœux tous les pieux missionnaires qui portent la bonne nouvelle du salut dans les ruelles de Londres, ou jusqu’aux confins les plus éloignés de la terre.

Cependant nous ne sommes pas de ceux qui croient à la conversion du monde par les moyens employés maintenant. L’Écriture nous dit que ce sera lorsque les jugements de Dieu seront sur la terre, que les peuples apprendront la justice.

Ce seul texte inspiré devrait suffire pour prouver que ce n’est point par l’Évangile que le monde doit être converti ; des centaines d’autres tiennent le même langage et enseignent la même vérité. Ce n’est point par la grâce, mais par le jugement, que les habitants de la terre apprendront la justice (Ésaïe 26:8, 9).

Quel est donc le but de l’Évangile ? S’il ne doit pas convertir le monde, pourquoi donc le prêche-t-on ? L’apôtre Jacques, dans son discours au concile assemblé à Jérusalem, répond d’une manière directe à cette question. Il dit : « Siméon a raconté comment Dieu a premièrement visité les nations ». — Dans quel but ? Était-ce pour les convertir toutes ? Bien au contraire : « Pour en tirer un peuple pour son nom » (Actes 15:13). Rien ne saurait être plus clair. Ces paroles nous montrent quel devrait être le but de tous les efforts missionnaires, savoir : « de tirer (d’entre les nations) un peuple pour Son nom ».

Combien n’est-il pas important de se souvenir de cela, et d’avoir toujours un but utile et réel devant nous en tout ce que nous entreprenons. À quoi sert de travailler pour un faux but ? Ne vaut-il pas bien mieux agir d’accord avec Dieu ? Les efforts du missionnaire seront-ils arrêtés ou même ralentis, parce qu’il sait quelles sont les pensées de Dieu à l’égard de son œuvre ? Assurément non. Supposons deux missionnaires partant pour quelque mission lointaine. L’un a pour but la conversion du monde ; l’autre celui d’en tirer un peuple pour Dieu. Ce dernier sera-t-il, à cause de son but, moins dévoué, moins énergique, moins enthousiaste que le premier ? Bien au contraire ; le fait même qu’il est dans le courant des pensées de Dieu, donnera de la puissance et de la stabilité à ses efforts, et fortifiera son cœur au milieu des difficultés et des obstacles qui l’entourent.

Il est parfaitement évident que les apôtres de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ n’avaient pas en vue la conversion du monde, lorsqu’ils partirent pour leur œuvre d’évangélisation : « Allez dans tout le monde, et prêchez l’Évangile à toute la création. Celui qui aura cru, et qui aura été baptisé, sera sauvé ; et celui qui n’aura pas cru, sera condamné » (Marc 16:15, 16).

Ces paroles s’adressaient aux douze. Le monde devait être leur sphère d’activité. Leur message s’adressait à toute la création, mais son application n’était que pour ceux qui avaient cru. C’était avant tout une affaire individuelle. La conversion du monde ne devait point être leur but ; elle sera opérée par des moyens entièrement différents, après que l’œuvre actuelle de Dieu par l’Évangile aura eu pour résultat le rassemblement d’un peuple pour le ciel. Le Saint Esprit descendit du ciel le jour de la Pentecôte, non pas pour convertir le monde, mais pour le « convaincre » (éléghxo), c’est-à-dire le convaincre du péché d’avoir rejeté le Fils de Dieu (*). L’effet de sa présence était de montrer que le monde était coupable ; le grand but de sa mission était de former un corps composé de croyants tirés d’entre les Juifs et les gentils. Or, c’est de ceci qu’il s’occupe depuis plus de dix-huit cents ans. Tel est le « mystère » dont l’apôtre Paul fut fait ministre, et qu’il explique et développe d’une manière si bénie dans son épître aux Éphésiens. Si l’on comprend bien la vérité exposée dans cette épître, il est impossible de ne pas voir que la conversion du monde et la formation du corps de Christ sont deux choses totalement différentes, qui ne sauraient marcher de front.

 

(*) Appliquer le passage de Jean 16:8-11, à l’œuvre de l’Esprit dans les individus, est une grave erreur, à nos yeux. Il fait allusion à l’effet de sa présence et de toute son action sur la terre, par rapport au monde en général. Son œuvre dans l’âme est une précieuse vérité ; mais ce n’est point cette vérité qui est enseignée dans ce passage.

 

Le lecteur verra par des passages tels que Éph. 3:1-10 ; Col. 1:23-29 et par d’autres encore, quel était le but spécial du ministère de Paul. Il n’avait assurément pas en vue la conversion du monde. Il est vrai qu’il prêchait l’Évangile dans toute sa puissance, soit « depuis Jérusalem, et tout alentour, jusqu’en Illyrie » (Rom. 15:19), soit « parmi les nations » (Éph. 3:8) ; mais ce n’était point dans le but de convertir le monde. Il savait et enseignait que le monde mûrissait rapidement pour le jugement, que « les hommes méchants et les imposteurs iraient de mal en pis » (2 Tim. 3:13), que « aux derniers temps quelques-uns apostasieraient de la foi, s’attachant à des esprits séducteurs et à des enseignements de démons, disant des mensonges par hypocrisie, ayant leur propre conscience cautérisée, défendant de se marier, prescrivant de s’abstenir des viandes que Dieu a créées pour être prises avec actions de grâces par les fidèles et par ceux qui connaissent la vérité » (1 Tim. 4:1-3).

Plus loin il dit que « dans les derniers jours » — plus tard encore que « les derniers temps » — « il surviendra des temps fâcheux » (ou difficiles), « car les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents, ingrats, sans piété, sans affection naturelle, implacables, calomniateurs, incontinents, cruels, n’aimant pas le bien, traîtres, téméraires, enflés d’orgueil, amis des voluptés, plutôt qu’amis de Dieu, ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance » (comparez 1 Tim. 4:1-3, avec 2 Tim. 3:1-5).

 

Ce tableau nous reporte à la fin du premier chapitre de l’épître aux Romains, où la même plume inspirée nous dépeint les mœurs du paganisme, mais avec cette différence terrible, que, dans la seconde épître à Timothée, il ne s’agit plus du paganisme, mais de la chrétienté qui a « une forme de piété ».

Telle sera la fin de l’état de choses actuel ! Serait-ce là le monde converti, dont on parle tant ? Hélas ! il s’élève de tous côtés des faux prophètes. On crie paix, paix ! quand il n’y a point de paix. On essaie de raffermir les murs croulants de la chrétienté avec un mortier sans consistance.

Tout cela n’empêchera point le jugement qui est à la porte. L’église professante a honteusement failli ; elle s’est éloignée de la parole de Dieu et s’est rebellée contre l’autorité de son Seigneur. Il n’y a pas le moindre rayon d’espoir pour elle. De toutes les pages de l’histoire de la création de Dieu, c’est elle qui présente le plus sombre tableau.

Le même apôtre que nous avons déjà si souvent cité, nous dit que « le mystère d’iniquité opère déjà », par conséquent, il opère maintenant depuis plus de dix-huit siècles. « Seulement celui qui retient maintenant, le fera jusqu’à ce qu’il soit loin. Et alors sera révélé l’inique, que le Seigneur Jésus consumera par… l’apparition de sa venue ; duquel la venue est selon l’opération de Satan en toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonge, et en toute séduction d’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Et à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thes. 2:7-12).

Qu’il est terrible le sort de la chrétienté, en dépit des rêves de ces faux prophètes, qui parlent aux âmes du « beau côté des choses ». Grâce à Dieu, il y a un beau côté pour tous ceux qui appartiennent à Christ. L’apôtre peut s’adresser à ceux-là avec des paroles joyeuses et encourageantes : « Mais nous, nous devons toujours rendre grâces à Dieu pour vous, frères aimés du Seigneur, de ce que Dieu vous a choisis dès le commencement pour le salut, dans la sainteté de l’Esprit et la foi de la vérité, à quoi il vous a appelés par notre Évangile pour que vous obteniez la gloire de notre Seigneur Jésus Christ » (2 Thes. 2:13, 14).

Voilà quelle est la vraie espérance de l’Église de Dieu, espérance qu’il voudrait toujours voir luire dans les cœurs de ses bien-aimés enfants avec une puissance purifiante et sanctifiante.

Satan a ravi à l’Église son espérance divine, et lui a donné à la place une illusion, un mensonge. Au lieu d’attendre « l’Étoile brillante du matin », il l’a conduite à espérer la conversion du monde — un millénium sans Christ. Il a réussi à jeter sur l’avenir un voile tel, que l’Église a complètement perdu sa route. Elle ne sait plus où elle en est. Semblable à un vaisseau ballotté sur l’océan en tourmente, n’ayant ni gouvernail, ni boussole, n’apercevant ni soleil, ni étoiles. Tout est ténèbres et confusion !

D’où cela vient-il ? De ce que l’Église a perdu de vue les précieuses promesses de son Seigneur, et accepté à la place ces croyances et ces traditions humaines qui embrouillent et mutilent la vérité de Dieu, au point que les chrétiens ne savent plus quelle est leur vraie position ni leur espérance.

Et cependant, ils ont la Bible entre les mains. Cela est vrai, mais les Juifs l’avaient aussi, et néanmoins ils rejetèrent Celui qui est le grand sujet de la Bible, du commencement à la fin. C’était là l’inconséquence morale que notre Seigneur leur reprochait au chap. 5 de Jean, vers. 39 : « Sondez les Écritures, car vous, vous estimez avoir en elles la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi — et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie ».

Et pourquoi cela ? Simplement parce que leurs cœurs étaient aveuglés par des préjugés religieux. Ils étaient sous l’influence de doctrines et de commandements d’hommes. Par conséquent, bien qu’ils eussent les Écritures et s’en vantassent, ils en étaient aussi ignorants et se laissaient aussi peu diriger par elles, que les pauvres païens qui les entouraient. Une chose est d’avoir la Bible entre nos mains, dans nos demeures et dans nos assemblées, et autre chose d’avoir les vérités de la Bible agissant dans nos cœurs et nos consciences, et se montrant dans nos vies.

Prenons pour exemple le sujet qui vient de nous entraîner dans cette longue digression. Y a-t-il, dans le Nouveau Testament, rien de plus clairement démontré que ceci, savoir que la fin de l’état de choses actuel sera une terrible apostasie et une révolte complète contre Dieu et contre l’Agneau ? Les évangiles, les épîtres, l’Apocalypse, s’accordent à proclamer cette si solennelle vérité avec tant de clarté et de simplicité qu’un nouveau-né en Christ peut la saisir.

Et cependant, combien peu la reçoivent. La grande majorité croit exactement le contraire. On s’imagine que toutes les nations seront converties par le concours des divers moyens à l’œuvre actuellement. Mais alors, comment interprète-t-on les paraboles de notre Seigneur en Matt. 13, l’ivraie, le levain et le grain de moutarde ? Comment s’accordent-elles avec l’idée d’un monde converti ? Si le monde entier doit être converti par la prédication de l’Évangile, comment l’ivraie sera-t-elle trouvée dans le champ à la fin ? Comment y aura-t-il autant de vierges folles que de sages, lorsque l’Époux arrivera ? Si le monde entier doit être converti par l’Évangile, sur qui donc « le jour du Seigneur viendra-t-il comme un larron dans la nuit ? » Et que signifient ces terribles paroles : « Quand ils diront : paix et sûreté, une subite destruction viendra sur eux, comme les douleurs sur celle qui est enceinte, et ils n’échapperont point » (1 Thess. 5:3) ? Quelle serait l’application, quelle serait la force morale du chap. 1 de l’Apocalypse, si l’on espère la conversion du monde ? « Voici, il vient avec les nuées, et tout œil le verra, et ceux qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se lamenteront à cause de lui ». Où trouverait-on toutes ces tribus malheureuses, si la terre entière avait été convertie ?

Lecteur, n’est-il pas clair comme le jour, que les deux choses ne peuvent aller ensemble ? N’est-il pas évident que la théorie d’un monde converti par l’Évangile est diamétralement opposée à l’enseignement du Nouveau Testament tout entier ? Comment se fait-il donc que la grande majorité des chrétiens professants persistent à y croire ? Il n’y a qu’une réponse : c’est qu’ils ne se soumettent pas à l’autorité de l’Écriture. Cela est fort triste à dire ; mais, hélas ! ce n’est que trop vrai. La Bible est lue dans la chrétienté, mais loin de croire aux vérités de la Bible, on les repousse obstinément, malgré l’axiome si fréquemment répété : « La Bible, et la Bible seule est la religion des protestants ».

Là se trouve la cause réelle de toute la confusion, de toutes les erreurs, de tout le mal au milieu de nous. Nous nous sommes détournés de la parole du Seigneur et de Lui-même. Aussi longtemps que cela ne sera pas reconnu, senti et confessé, nous ne pourrons marcher droit. Le Seigneur exige et recherche une vraie repentance, une réelle contrition de cœur : « Je regarderai à l’affligé, et à celui qui a l’esprit contrit, et qui tremble à ma parole » (Ésa. 66:2).

Cela est vrai en tout temps. Il n’y a pas de bornes à la bénédiction pour l’âme qui se trouve dans cette attitude bénie. Dieu veut des réalités. Il ne s’agit pas de dire, qu’on est « affligé et contrit », il faut l’être. C’est une chose individuelle. « Je regarderai à celui ».

Oh ! veuille le Seigneur, dans sa grâce infinie, amener chacun d’entre nous, à un vrai jugement de lui-même, à la lumière de sa Parole ! Puissent nos oreilles être ouvertes pour entendre sa voix ! Puissent nos cœurs se tourner en réalité vers Lui et vers sa Parole ! Puissions-nous, une fois pour toutes, nous détourner fermement de tout ce qui ne s’appuie pas sur l’Écriture ! C’est, nous n’en saurions douter, ce que notre Seigneur attend de ceux qui lui appartiennent au milieu des ruines de la chrétienté.

 

8                    Chapitre 6

« Et ce sont ici les commandements, les statuts, et les ordonnances que l’Éternel, votre Dieu, a commandé de vous enseigner, afin que vous les pratiquiez dans le pays dans lequel vous passez pour le posséder ; afin que tu craignes l’Éternel, ton Dieu, pour garder, tous les jours de ta vie, toi, et ton fils, et le fils de ton fils, tous ses statuts et ses commandements que je te commande, et afin que tes jours soient prolongés. Et tu écouteras, Israël ! et tu prendras garde à les pratiquer, afin que tu prospères, et que vous multipliiez beaucoup dans un pays ruisselant de lait et de miel, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit. Écoute, Israël : L’Éternel, notre Dieu, est un seul Éternel » (chap. 6:1-4).

Ici nous est présentée cette grande vérité cardinale, que la nation d’Israël était spécialement responsable de retenir et de confesser, savoir l’unité de la divinité, vérité formant la base même de l’économie judaïque, le centre autour duquel le peuple devait se rallier. Aussi longtemps qu’ils la maintenaient, il y avait pour Israël, bonheur, prospérité et fertilité ; mais cette vérité une fois abandonnée, tout disparaissait. C’était, pour ainsi dire, le grand rempart national qui les séparait de tous les autres peuples de la terre ; ils étaient appelés à confesser cette glorieuse vérité à la face d’un monde idolâtre, et de ses plusieurs dieux et plusieurs seigneurs (voyez 1 Cor. 8:5).

Leur père Abraham avait été appelé hors du centre de l’idolâtrie païenne, pour devenir le témoin du seul Dieu vivant et vrai, se confier en Lui, marcher avec Lui, s’appuyer sur Lui, et Lui obéir.

Le lecteur trouvera dans le dernier chapitre de Josué, une expression très frappante de l’importance que l’Éternel attache à ce fait, lorsqu’il s’adresse pour la dernière fois au peuple : « Josué assembla toutes les tribus d’Israël à Sichem, et il appela les anciens d’Israël, et ses chefs, et ses juges, et ses magistrats ; et ils se tinrent devant Dieu. Et Josué dit à tout le peuple : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Vos pères, Térakh, père d’Abraham et père de Nakhor, ont habité anciennement au-delà du fleuve, et ils ont servi d’autres dieux ; et je pris votre père Abraham d’au-delà du fleuve, et je le fis aller par tout le pays de Canaan, et je multipliai sa semence : je lui donnai Isaac » (Josué 24:1-3).

Ici Josué rappelle au peuple que leurs pères ont servi d’autres dieux — fait très solennel et dont le souvenir leur aurait rappelé le profond besoin qu’ils avaient de veiller sur eux-mêmes, de peur d’être entraînés de nouveau dans l’idolâtrie, hors de laquelle Dieu, dans sa grâce souveraine, avait élu et appelé leur père Abraham. C’eût été sagesse de leur part de considérer que, même ce mal dans lequel leurs pères avaient vécu autrefois, était justement celui dont ils se rendraient coupables eux-mêmes.

Après avoir présenté ce fait au peuple, Josué retrace avec une force remarquable tous les principaux événements de leur histoire, depuis la naissance de leur père Isaac, jusqu’au moment où il s’adresse à eux, puis il résume son discours par l’appel suivant : « Et maintenant, craignez l’Éternel, et servez-le en intégrité et en vérité ; et ôtez les dieux que vos pères ont servis de l’autre côté du fleuve, et en Égypte, et servez l’Éternel. Et s’il est mauvais à vos yeux de servir l’Éternel, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir, soit les dieux que vos pères qui étaient de l’autre côté du fleuve ont servis, soit les dieux de l’Amoréen, dans le pays duquel vous habitez. Mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » (Josué 24:14, 15).

Remarquez cette allusion répétée au fait que leurs pères avaient adoré des faux dieux ; et, en outre, que le pays dans lequel l’Éternel les avait amenés avait été souillé, d’une extrémité à l’autre, par les abominations de l’idolâtrie païenne.

Ainsi, ce fidèle serviteur de l’Éternel, évidemment inspiré par le Saint Esprit, cherche à représenter au peuple le danger qu’il court d’abandonner la grande vérité fondamentale d’un seul Dieu vivant et vrai, pour retourner au culte des idoles. Il insiste sur la nécessité urgente pour eux d’une décision absolue. « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir ». Rien n’égale une décision du cœur franche et complète pour Dieu ; c’est ce que nous lui devons en tout temps. Quant à Israël, Dieu lui avait donné des preuves évidentes que Lui-même était pour eux, en les rachetant de la servitude d’Égypte et en les conduisant à travers le désert pour les établir au pays de Canaan ; pour cette raison, une consécration complète à l’Éternel n’était de leur part qu’un service raisonnable.

Les paroles de Josué prouvent combien il en sentait profondément l’importance pour ce qui le concernait : « Mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel ». Précieuse décision, qui nous montre que, quelle que soit la déchéance de la religion nationale, celle de la famille, et l’âme individuellement peuvent, par la grâce de Dieu, être maintenues en tout temps et en tous lieux.

Puissions-nous ne pas l’oublier ! « Moi et ma maison » est la réponse claire et précieuse de la foi à ces paroles de Dieu : « Toi et ta maison ». Quelle que puisse être, en un temps donné, la condition du peuple de Dieu ostensible et professant, tout homme de Dieu sincère et fidèle possède le privilège de pouvoir adopter ce principe : « Mais moi et ma maison, nous servirons l’Éternel », et d’y conformer tous ses actes.