[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

Notes sur le Livre du Deutéronome

 

Cinquième livre de Moïse

 

Chapitres 17 à 27

 

par Charles Henry Mackintosh

 

 

« Des choses nouvelles et des choses vieilles ».

 

Table des matières  :

 

1     Chapitre 17

2     Chapitre 18

3     Chapitre 19

4     Chapitre 20

5     Chapitre 21

6     Chapitres 22-25

7     Chapitre 26

8     Chapitre 27

 

 

Éternel ! ta parole est établie à toujours dans les cieux (Ps. 119:89)

 

J’ai caché ta parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi (Ps. 119:11)

 

 

 

1                    Chapitre 17

Nous devons nous rappeler que la division de l’Écriture en chapitres et en versets est un arrangement entièrement humain, souvent fort commode sans doute pour aider aux recherches, mais qui assez fréquemment ne se justifie pas et brise la liaison des sujets. Ainsi nous voyons à l’instant, que les versets qui terminent le chapitre 16 se lient beaucoup plus à ce qui suit qu’à ce qui précède.

« Tu t’établiras des juges et des magistrats, selon tes tribus, dans toutes tes portes que l’Éternel, ton Dieu, te donnera, pour qu’ils jugent le peuple par un jugement juste. Tu ne feras pas fléchir le jugement ; tu ne feras pas acception de personnes ; et tu ne recevras pas de présent ; car le présent aveugle les yeux des sages, et pervertit les paroles des justes. La parfaite justice, tu la poursuivras, afin que tu vives et que tu possèdes le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne » (v. 18-20).

Ces paroles nous enseignent une double leçon ; elles nous présentent d’abord la justice impartiale et la parfaite vérité qui caractérisent toujours le gouvernement de Dieu. Chaque cas est jugé selon ses propres mérites et sur le terrain des faits qui s’y rattachent. Le jugement est si clair et simple qu’il n’y a pas lieu à faire une seule question ; toute discussion est inutile. Et si un murmure s’élève, le silence est imposé par ces mots : « Mon ami, je ne te fais pas tort ». Ceci s’applique en tout temps au saint gouvernement de Dieu, et nous fait soupirer après le moment où ce gouvernement sera établi d’une mer à l’autre mer, et du grand fleuve au bout de la terre.

Mais, d’un autre côté, les lignes que nous venons de citer, nous montrent ce que vaut le jugement de l’homme quand il est laissé à lui-même. On ne peut s’y fier un seul instant. L’homme est capable de « faire fléchir le jugement, de faire acception de personnes, de recevoir des présents » ; de donner de l’importance à quelqu’un à cause de sa position et de sa fortune. Puisqu’il est mis en garde contre tout cela, il est évident qu’il est capable d’agir de la sorte. Ne l’oublions pas ; si Dieu défend à l’homme de dérober, il est évident que le vol est dans sa nature.

Par conséquent, la justice humaine et le gouvernement humain sont susceptibles de la plus grossière corruption. Les juges et les magistrats, laissés à eux-mêmes, et s’ils ne sont dirigés par des principes divins, sont capables de se détourner de la justice par amour du gain ; de favoriser un méchant parce qu’il est riche, et de condamner un homme juste parce qu’il est pauvre ; de prononcer un verdict en opposition directe avec les faits les plus évidents pour obtenir un avantage quelconque, argent, influence, popularité ou pouvoir.

Pour le prouver, il n’est point nécessaire de nommer des hommes tels que Pilate et Hérode, Félix et Festus ; nous n’avons pas besoin de chercher plus loin que le passage cité pour voir ce qu’est l’homme, même lorsqu’il est revêtu des insignes officiels, assis sur le trône du gouvernement ou sur le siège judiciaire.

Plusieurs en lisant ces lignes, diront peut-être, comme Hazaël : « Mais qu’est ton serviteur, un chien, pour qu’il fasse cette grande chose ? » Mais qu’ils se souviennent que le cœur humain est la terre nourricière de tout péché, de toutes les méchancetés, les abominations et les choses viles et méprisables qui se sont commises et se commettent dans ce monde ; la preuve irréfutable en est donnée dans les ordres, les commandements et les défenses qui se lisent dans les pages sacrées du volume inspiré.

Et c’est ce qui nous fournit une réponse à cette question, si souvent répétée : « Qu’avons-nous à faire avec la plupart des lois et des institutions de l’économie mosaïque ? Pourquoi de telles choses sont-elles mentionnées dans la Bible ? Se peut-il qu’elles soient inspirées ? » Oui, elles le sont, et elles se trouvent dans les pages sacrées, afin que nous voyions, comme dans un miroir parfait, de quels matériaux moraux nous sommes faits, de quelles pensées nous sommes capables, quelles paroles et quels actes pourraient procéder de nous.

Cela n’a-t-il pas son importance ? N’est-il pas profitable, par exemple, de voir dans quelques-uns des passages de ce livre du Deutéronome si beau et si profond, que la nature humaine est capable, et que, par conséquent, nous sommes capables de faire des choses qui nous placent moralement au-dessous du niveau des brutes ? Assurément, et il serait bon que beaucoup de ceux qui marchent dans leur orgueil pharisaïque, enflés de leur soi-disant dignité et de leur haute moralité, apprennent cette leçon si profondément humiliante.

Mais quelle beauté morale, quelle pureté, quelle délicatesse et quelle élévation dans les ordonnances divines pour les enfants d’Israël ! Ils ne devaient pas se détourner de la justice, mais la laisser avoir son cours égal et droit sans égard à l’apparence des personnes. Le pauvre en haillons devait être traité tout comme le riche. L’arrêt du tribunal ne devait être influencé par aucune partialité ni aucune prévention, et la robe du juge ne devait pas être souillée de la moindre tache de corruption.

Oh ! quel beau temps pour cette pauvre terre qui gémit maintenant, quand elle sera gouvernée par les lois admirables qui se lisent dans les pages inspirées du Pentateuque ; quand un roi régnera en justice et que les princes présideront avec équité ! « Ô Dieu ! donne tes jugements au roi, et ta justice au fils du roi. Il jugera ton peuple en justice, et tes affligés avec droiture » (Ps. 72). — On ne se détournera pas de la justice, il n’y aura pas de corruption, ni de partialité.

Le cœur soupire après le temps heureux où tout cela sera réalisé, où la terre sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent la mer, où le Seigneur Jésus prendra sa grande puissance et entrera dans son règne, et où l’Église, dans le ciel, reflétera les rayons de sa gloire sur la terre. Alors les douze tribus d’Israël se reposeront sous la vigne et sous le figuier dans leur terre promise, et toutes les nations de la terre se réjouiront sous le gouvernement paisible et bienfaisant du Fils de David. Grâces et louanges soient à notre Dieu, ces choses auront lieu avant qu’il soit longtemps, aussi certainement que son trône est dans les cieux. Encore un peu de temps et tout se réalisera, selon les conseils éternels et les promesses immuables de Dieu ; et jusqu’à ce moment, cher lecteur chrétien, puissions-nous vivre dans la constante et sérieuse attente de ce temps heureux et béni, et traverser ce monde impie comme des étrangers et des pèlerins qui n’y ont ni place, ni part, répétant sans cesse cette prière : « Viens, Seigneur Jésus ».

Dans les dernières lignes du chapitre 16, Israël est mis en garde contre toute imitation des coutumes religieuses des nations environnantes. Les Israélites devaient éviter avec soin tout ce qui pouvait les faire tomber dans les abominables idolâtries des nations païennes qui les entouraient. L’autel de Dieu devait être complètement distinct et séparé de ces ashères ou idoles femelles objets de cultes infâmes (*). En un mot, tout ce qui pouvait éloigner le cœur du seul Dieu vivant et vrai, devait être évité avec soin.

 

(*) Il peut être intéressant pour le lecteur de savoir qu’en parlant de l’autel de Dieu, dans le Nouveau Testament, le Saint Esprit n’emploie pas le même mot que pour désigner un autel païen ; il se sert d’un mot comparativement nouveau et inconnu aux auteurs classiques. L’autel païen est bômon (Actes 17:23). L’autel de Dieu est thusiastérion. Le premier ne se rencontre qu’une fois ; le second vingt-trois fois. C’est avec ce soin jaloux que le culte du seul vrai Dieu est préservé du contact souillé de l’idolâtrie païenne. On demandera peut-être pourquoi il en est ainsi, ou ce qu’un nom pouvait faire à l’autel de Dieu ? Nous répondrons que le Saint Esprit a plus de sagesse que nous, et quoique le mot païen fût devant lui, — mot court et commode, — il refuse de l’employer pour désigner l’autel du seul Dieu vivant et vrai.

 

De plus, il ne suffisait pas de conserver une forme extérieure correcte ; les statues et les ashères pouvaient être détruits, et la nation pouvait reconnaître le dogme de l’unité de Dieu, et malgré cela il pouvait y avoir dans le culte un manque complet de sincérité et de dévouement à Dieu ; c’est pourquoi nous lisons : « Tu ne sacrifieras à l’Éternel, ton Dieu, ni bœuf, ni mouton qui ait un défaut corporel, quoique ce soit de mauvais ; car c’est une abomination pour l’Éternel, ton Dieu ».

Ce qui était parfait pouvait seul convenir à l’autel de Dieu et répondre à son cœur. Lui offrir une chose avec un défaut, c’était faire preuve d’un manque total de cœur pour Lui et du sentiment de ce qui Lui est dû. Lui offrir un sacrifice imparfait, c’était proférer l’horrible blasphème que tout était assez bon pour Lui.

Écoutons les accents d’indignation de l’Esprit de Dieu par la bouche du prophète Malachie 1:7-14.

Tout cela ne dit-il rien à l’église professante ? Assurément. N’y a-t-il pas dans notre culte, privé ou public, un déplorable manque de cœur, de vraie dévotion, de profond sérieux, de sainte énergie, de sincérité d’intention ? N’y a-t-il pas beaucoup de choses qui correspondent à l’offrande de ce qui est boiteux ou malade, de ce qui est défectueux et méprisable ? N’avons-nous pas à nous juger pour notre sécheresse, notre froideur, nos distractions, même à la table du Seigneur ? Combien souvent nos corps seuls sont à la table, tandis que nos cœurs légers et nos pensées vagabondes en sont bien éloignés ! Que de fois nos lèvres profèrent des paroles qui ne sont pas la vraie expression de nos sentiments ! Nous exprimons plus que nous ne sentons. Nous chantons ce que nous n’éprouvons pas.

Lecteur chrétien, considérons ces choses, le sujet tout entier du culte et du dévouement, en la présence divine et en regard de cette grâce qui nous a sauvés du feu éternel. Réfléchissons calmement à tous les droits, précieux et puissants, que Christ a sur nous. Nous ne nous appartenons pas, nous avons été achetés à grand prix. Ce n’est pas seulement ce que nous avons de meilleur, mais c’est tout ce que nous possédons que nous devons à Celui qui s’est donné pour nous. Ne le reconnaissons-nous pas ? Et si nos cœurs le reconnaissent, alors puissent nos vies l’exprimer ! Puissions-nous montrer toujours plus distinctement à qui nous sommes et qui nous servons ! Puissent nos cœurs, nos têtes, nos mains, nos pieds, notre être tout entier, Lui être consacré dans un dévouement sans réserve, par la puissance du Saint Esprit et selon l’enseignement des Écritures. Dieu veuille qu’il en soit ainsi de nous et de tous ses bien-aimés !

Un sujet très important et très pratique réclame maintenant notre attention.

« S’il se trouve au milieu de toi, dans une de tes portes, que l’Éternel, ton Dieu, te donne, un homme ou une femme qui fasse ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, ton Dieu, en transgressant son alliance, et qui aille et serve d’autres dieux, et s’incline, devant eux, soit devant le soleil, ou devant la lune, ou devant toute l’armée des cieux, ce que je n’ai pas commandé ; et que cela t’ait été rapporté, et que tu l’aies entendu, alors tu rechercheras bien ; et si c’est la vérité, si la chose est établie, si cette abomination a été commise en Israël » ; — quelque chose concernant toute la nation — « tu feras sortir vers tes portes cet homme ou cette femme, qui auront fait cette mauvaise chose, l’homme ou la femme, et tu les assommeras de pierres, et ils mourront. Sur la déposition de deux témoins ou de trois témoins, celui qui doit mourir sera mis à mort ; il ne sera pas mis à mort sur la déposition d’un seul témoin. La main des témoins sera la première contre lui pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple ensuite ; et tu ôteras le mal du milieu de toi » (vers. 2-7).

Nous avons déjà eu l’occasion de mentionner le grand principe exposé dans ce passage : savoir qu’il importe absolument d’avoir un témoignage suffisant avant de porter un jugement dans un cas quelconque. C’est une règle invariable dans le gouvernement divin ; nous la retrouvons partout dans l’Écriture ; elle est sûre et salutaire, et si nous la négligeons nous nous égarerons. Nous ne devrions jamais nous permettre de former un jugement sans le témoignage de deux ou trois témoins, encore moins d’exprimer ou d’agir d’après un jugement ainsi formé. Un seul témoin ne suffit pas pour arriver à une conclusion, quelque digne de foi qu’il puisse être. Nous pouvons être convaincus en nous-mêmes qu’une chose est vraie, parce qu’elle est affirmée par une personne en qui nous avons entière confiance, mais Dieu est plus sage que nous. Il se peut que ce témoin soit tout à fait droit et sincère et incapable de dire ce qui n’est pas, ou de porter un faux témoignage contre qui que ce soit ; mais nous devons nous en tenir à la règle divine : « Sur la déposition de deux témoins ou sur la déposition de trois témoins, la chose sera établie » (Deut. 19:15).

Plût à Dieu que cette règle fut plus suivie dans l’Église ! Son importance est incalculable dans tous les cas de discipline et dans tous ceux où se trouvent impliqués le caractère ou la réputation de qui que ce soit. Avant d’en arriver à une conclusion ou de porter un jugement, dans un cas donné quelconque, une assemblée doit avoir des évidences suffisantes. Si elles ne se montrent pas, que tous s’attendent à Dieu avec patience et confiance, et il suppléera certainement à ce qui manque.

Si, par exemple, il se trouve un mal moral ou une erreur de doctrine dans une assemblée de chrétiens, que cela ne soit connu que d’un seul, mais qu’il en soit parfaitement convaincu, que doit-il faire ? Attendre que Dieu fournisse d’autres témoins. Agir sans cela, c’est enfreindre un principe divin maintes fois répété dans la parole de Dieu avec toute la clarté possible. L’unique témoin devra-t-il se sentir froissé ou peiné parce que son témoignage n’est pas pris en considération ? Non, assurément, il ne doit pas s’attendre à ce qu’il le soit, et même il ne doit pas se présenter comme témoin avant de pouvoir ajouter à son témoignage celui d’un ou de deux autres. L’assemblée sera-t-elle jugée indifférente ou endormie, parce qu’elle refuse d’agir sur le témoignage d’un seul homme ? Non, le faire serait désobéir ouvertement au commandement divin.

Ce grand principe pratique ne se borne pas aux cas de discipline, ou aux questions en rapport avec les assemblées des enfants de Dieu ; il est d’une application générale. Nous ne devrions jamais nous laisser aller à porter un jugement ou venir à une conclusion, sans avoir la mesure d’évidence établie de Dieu ; si elle nous manque, notre devoir est d’attendre, et s’il y a nécessité pour nous de juger, Dieu nous fournira, en son temps, l’évidence nécessaire.

Ce sujet demande la sérieuse attention du lecteur, quelle que soit sa position. Nous sommes tous portés à juger sans réfléchir, à nous laisser guider par nos impressions, à nous laisser aller à des soupçons et à des préventions sans fondement. Soyons sur nos gardes contre tout cela. Nous avons besoin de calme, de sérieux et de sang-froid, lorsque nous formons et exprimons notre jugement sur les hommes et les choses. Sur les hommes, en particulier, car nous pouvons causer un grand tort à un ami, à un frère ou à un voisin, en exprimant une fausse impression ou une accusation non fondée, et devenir ainsi l’instrument par lequel la réputation d’un autre sera attaquée. Cela est coupable aux yeux de Dieu, et nous devons y veiller pour nous et le reprendre chez nos frères lorsque nous avons l’occasion de le faire. Si une personne en accuse une autre en son absence, nous devrions insister pour qu’elle prouve ou retire son accusation. En agissant de cette manière, on éviterait bien des médisances qui sont, non seulement inutiles, mais positivement coupables.

Avant de quitter ce sujet, nous ferons remarquer que l’histoire sacrée nous fournit plus d’un exemple où un homme juste a été condamné et où cependant on a suivi en apparence la règle de Deut. 17:6-7. Voyez le cas de Naboth, en 1 Rois 21 ; le cas d’Étienne, Actes 6 et 7, et par-dessus tout, le cas du seul Homme parfait qui ait jamais marché sur cette terre. Hélas ! les hommes peuvent avoir l’air de faire attention à la lettre des préceptes de l’Écriture ; ils savent citer ses paroles sacrées pour excuser l’injustice la plus flagrante et la plus choquante immoralité. Deux témoins accusèrent Naboth d’avoir blasphémé contre Dieu et le roi, et ce fidèle Israélite fut dépouillé de son héritage et mis à mort, sur le témoignage de deux menteurs soudoyés par les ordres d’une femme impie et cruelle. Étienne, un homme rempli du Saint Esprit, fut lapidé sous prétexte d’avoir proféré des paroles blasphématoires, sur la déposition de faux témoins, acceptée par les chefs de la religion qui, sans aucun doute, pouvaient s’appuyer sur l’autorité du chapitre 17 du Deutéronome.

Mais tout cela, en montrant ce qu’est l’homme et la religion humaine sans la conscience, n’affecte en rien la règle morale posée au commencement de notre chapitre. La religion sans la conscience ou la crainte de Dieu, est la chose qui dégrade, démoralise et endurcit le plus sous la voûte des cieux, et l’un de ses caractères les plus terribles est précisément celui-ci, que des hommes, sous son influence, n’ont pas honte ou ne craignent pas de se servir de la lettre de la Sainte Écriture, comme d’un manteau dont ils recouvrent la méchanceté la plus terrible.

Mais, béni soit notre Dieu, sa Parole brille devant nos âmes dans toute sa pureté céleste, sa vertu divine, sa sainte moralité, et renvoie à la face de l’ennemi toutes ses tentatives de trouver dans ses pages sacrées une excuse pour quoi que ce soit qui ne serait pas vrai, vénérable, juste, pur, aimable et de bonne renommée.

Passons maintenant au second paragraphe de notre chapitre : « Lorsqu’une affaire sera pour toi trop difficile à juger, entre sang et sang, entre cause et cause, et entre coup et coup, — des cas de dispute dans tes portes, alors tu te lèveras, et tu monteras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi ; et tu viendras vers les sacrificateurs, les Lévites, et vers le juge qu’il y aura en ces jours-là, et tu rechercheras, et ils te déclareront la sentence du jugement. Et tu agiras conformément à la sentence qu’ils t’auront déclarée, de ce lieu que l’Éternel aura choisi, et tu prendras garde à faire selon tout ce qu’ils t’auront enseigné. Tu agiras conformément à la loi qu’ils t’auront enseignée, et selon le droit qu’ils t’auront annoncé ; tu ne t’écarteras, ni à droite ni à gauche, de la sentence qu’ils t’auront déclarée. Et l’homme qui agira avec fierté, n’écoutant point le sacrificateur qui se tiendra là pour servir l’Éternel, ton Dieu, ou le juge, cet homme-là mourra, et tu ôteras le mal du milieu d’Israël ; et tout le peuple l’entendra, et craindra, et n’agira plus avec fierté » (vers. 8-13).

Dieu lui-même pourvoit ici à tout ce qui était nécessaire pour régler d’une manière parfaite tontes les questions qui pouvaient s’élever dans l’assemblée d’Israël. Elles devaient être portées en la présence de Dieu, au lieu qu’il avait choisi, et décidées par les autorités que Lui-même avait instituées. On était ainsi gardé contre la présomption et sa propre volonté. Tous les sujets de controverse devaient être définitivement réglés par le jugement de Dieu exprimé par le sacrificateur, ou par le juge établi de Dieu, dans ce but.

En un mot, c’était uniquement une affaire d’autorité divine. Il ne s’agissait pas qu’un homme s’élevât par sa volonté propre contre un autre ; cela ne convenait pas dans l’assemblée de Dieu. Chacun devait soumettre sa cause à un tribunal divin et s’incliner devant sa décision. Il ne pouvait y avoir de recours, vu qu’il n’y avait pas de tribunal plus élevé. Le sacrificateur ou le juge, établi de Dieu, parlait comme étant l’oracle de Dieu, et le plaignant, tout comme le défendeur, devaient se soumettre sans un murmure à sa décision.

Le lecteur voit clairement qu’aucun membre de la congrégation d’Israël n’aurait jamais eu l’idée de porter sa cause devant un tribunal des gentils. Cela aurait été une insulte positive faite à l’Éternel lui-même, qui était au milieu de l’assemblée pour juger toutes les causes qui pouvaient se présenter. Il était suffisant pour cela. Il connaissait les moindres détails, le pour et le contre, le commencement et la fin de toutes les discussions quelque embrouillées ou difficiles qu’elles fussent. Tous devaient regarder à Lui et apporter leurs causes au lieu qu’il avait choisi et pas ailleurs. On n’aurait pas eu un seul instant l’idée que deux membres de l’assemblée de Dieu pussent se présenter devant un tribunal d’incirconcis. Cela aurait supposé un défaut dans l’organisation établie de Dieu pour la congrégation.

Cela ne nous enseigne-t-il rien ? Comment les chrétiens doivent-ils décider leurs cas de discussion ? Est-ce en prenant le monde pour juge ? N’y a-t-il pas dans l’assemblée de Dieu tout ce qu’il faut pour régler les différends qui pourraient s’élever ? Écoutez ce que l’apôtre inspiré dit à cet égard à l’assemblée de Corinthe et à « tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur et le nôtre », et, par conséquent, à tous les vrais chrétiens maintenant.

« Quelqu’un de vous, lorsqu’il a une affaire avec un autre, ose-t-il entrer en procès devant les injustes et non devant les saints ? Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si le monde est jugé par vous, êtes-vous indignes des plus petits jugements ? Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? et nous ne jugerions pas les affaires de cette vie ? Si donc vous avez des procès pour les affaires de cette vie, établissez ceux-là pour juges qui sont peu estimés dans l’assemblée. Je parle pour vous faire honte : ainsi il n’y a pas d’homme sage parmi vous, pas même un seul, qui soit capable de décider entre ses frères ? Mais un frère entre en procès avec un frère, et cela devant les incrédules. C’est donc de toute manière déjà une faute en vous, que vous ayez des procès entre vous. Pourquoi ne supportez-vous pas plutôt des injustices ? pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt faire tort ? Mais vous, vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères. Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront point du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas » (1 Cor. 6:1-9).

Nous avons ici des instructions divines pour l’Église de Dieu en tout temps. Ne perdons jamais de vue que la Bible est le Livre pour chaque étape de la carrière terrestre de l’Église. Il est vrai, hélas ! que l’Église n’est plus ce qu’elle était lorsque les lignes ci-dessus furent écrites par l’apôtre inspiré. Un immense changement s’est opéré dans sa condition. Il n’était point difficile dans les premiers temps de distinguer entre l’Église et le monde ; entre « les saints » et les « incrédules » ; entre « ceux du dedans » et « ceux du dehors ». La ligne de démarcation était profonde et distincte en ces jours-là ; on ne pouvait s’y méprendre. Si l’on considérait la société, au point de vue religieux, on voyait trois choses que l’on ne pouvait confondre : le paganisme, le judaïsme et le christianisme — le gentil, le Juif et l’Église de Dieu — le temple païen, la synagogue et l’assemblée de Dieu. L’assemblée chrétienne formait un contraste frappant avec tout le reste. Le christianisme était fortement et clairement professé en ces temps primitifs. Ce n’était point une affaire nationale ou paroissiale, mais une chose personnelle, une réalité vivante et pratique, une foi divine, une puissance vivante dans le cœur et se manifestant dans la vie.

Maintenant les choses ont totalement changé : l’Église et le monde sont tellement mélangés, que la grande majorité des professants aurait peine à comprendre la force et la vraie application du passage que nous venons de citer. Si nous leur parlions des « saints » entrant en procès « devant les injustes », ils croiraient entendre une langue étrangère. Le terme « saint » est même rarement employé dans l’église professante, sauf dans un sens ironique, ou lorsqu’on l’applique à ceux qui ont été canonisés par un respect superstitieux.

Mais la parole de Dieu et les grandes vérités qu’elle dévoile à nos âmes ont-elles subi quelque changement ? Les pensées de Dieu ont-elles varié, quant à ce qu’est l’Église et le monde, ou quant aux rapports qu’ils doivent avoir entre eux ? Ne sait-il pas qui sont les « saints » et qui sont les « injustes » ? N’est-ce plus une faute qu’un « frère entre en procès avec un frère, et cela devant les incrédules » ? En un mot, l’Écriture a-t-elle perdu sa puissance, son à-propos, sa divine application ? N’est-elle plus notre guide, notre autorité, notre seule règle parfaite et infaillible ? Le grand changement survenu dans l’état moral de l’Église, a-t-il enlevé à la parole de Dieu toute sa puissance d’application à nous — « à tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ » ? La précieuse Révélation de notre Père serait-elle devenue en quoi que ce soit une lettre morte, un écrit tombé en désuétude, un document appartenant aux temps passés ? Notre changement de condition a-t-il ôté à la parole de Dieu une seule de ses gloires morales ?

Lecteur, quelle réponse votre cœur fait-il à ces questions ? Nous vous engageons sérieusement à les peser en toute humilité et avec prière devant le Seigneur. Votre réponse sera l’indice exact de votre position réelle et de votre état moral. Ne voyez-vous pas clairement et n’admettez-vous pas pleinement que l’Écriture ne saurait jamais perdre sa puissance, et que les principes posés dans 1 Cor. 6 ne peuvent jamais cesser de lier l’Église de Dieu ? On ne saurait nier que tout est malheureusement bien changé, mais « l’Écriture ne peut être anéantie », et par conséquent, ce qui était « une faute » au premier siècle ne saurait être bien au vingtième ; il peut y avoir plus de difficulté à mettre en pratique les principes divins, mais nous ne devons jamais consentir à les abandonner ou à agir d’après des motifs moins élevés. Dès que l’on admettrait que parce que l’église responsable s’est égarée, il est impossible de bien marcher, le principe tout entier de l’obéissance chrétienne serait mis de côté. Il est tout aussi mal aujourd’hui qu’un « frère entre en procès avec un frère devant les incrédules », que ce l’était aux jours où l’apôtre écrivait son épître à l’assemblée de Corinthe (*). Il est vrai que l’unité visible de l’Église a disparu ; elle est dépouillée de bien des dons ; elle s’est éloignée de sa condition normale, mais les principes de la parole de Dieu ne peuvent pas davantage perdre leur puissance, que le sang de Christ sa vertu, ou sa sacrificature son efficacité.

 

(*) Il est bon de nous souvenir que partout où « deux ou trois » sont réunis au nom du Seigneur Jésus, en quelque faiblesse que ce soit, s’ils sont réellement dans l’humilité et la dépendance de Dieu, la sagesse spirituelle leur sera donnée pour juger tout ce qui pourrait s’élever entre des frères. Ils peuvent compter sur cette sagesse divine pour les guider dans le règlement de toute question ou différend, sans qu’il soit besoin d’en référer à un tribunal du monde.

Cette idée, sans doute, fera sourire les hommes du monde, mais nous devons nous en tenir à l’Écriture. Un frère ne doit pas entrer en procès avec un frère devant les incrédules. Voilà qui est clair et net. Il y a pour l’assemblée des ressources en Christ, la Tête et le Seigneur, pour le règlement de toutes les questions possibles.

Que les enfants de Dieu considèrent sérieusement ce sujet. Qu’ils voient d’abord s’ils sont réunis sur le véritable terrain de l’Église de Dieu, et alors, quoique ayant la conscience que les choses ne sont plus ce qu’elles étaient autrefois dans l’Église, quoique sentant leur grande faiblesse et tous leurs manquements, ils trouveront, néanmoins, que la grâce de Christ est toujours suffisante et que la parole de Dieu est pleine de toutes les instructions dont ils ont besoin, sans qu’il soit jamais nécessaire de recourir au monde pour avoir aide, conseil, ou jugement. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ».

Sûrement cela suffit à tout. Y a-t-il une seule question que notre Seigneur ne puisse résoudre ? Avons-nous besoin d’habileté naturelle, de sagesse mondaine, de grande science, de sagacité, quand nous avons Christ ? Non, assurément toutes ces choses ne seraient pour nous que comme l’armure de Saül pour David. Tout ce qu’il nous faut, c’est simplement de faire usage des ressources que nous avons en Christ. Nous trouverons certainement « au lieu où son Nom est invoqué », la sagesse sacerdotale pour juger toutes les causes qui peuvent s’élever entre des frères.

En outre, que les chers enfants de Dieu se souviennent que, dans les cas de difficultés locales qui peuvent surgir, il n’est point nécessaire de demander secours au dehors, d’écrire à droite et à gauche, ou de faire venir quelqu’un d’habile pour les aider. Sans doute que si le Seigneur envoie en un tel moment un de ses serviteurs bien-aimés, sa sympathie, ses conseils et son aide seront hautement appréciés. Nous ne désirons pas encourager à l’indépendance les uns des autres, mais nous insistons sur le fait que nous avons à dépendre complètement et absolument de Christ, notre Chef et notre Seigneur.

 

Rappelons-nous, en outre, qu’il y a des ressources de sagesse, de grâce, de puissance et de dons spirituels, mis en réserve pour l’Église en Christ, son chef, et qui sont toujours à la disposition de ceux qui ont assez de foi pour en faire usage. Il n’y a pas de limite dans ces ressources. Nous ne pouvons nous attendre à voir la maison de Dieu rendue à son état normal sur la terre, mais néanmoins c’est notre privilège de reconnaître quel est son vrai terrain, et c’est notre devoir d’occuper ce terrain et aucun autre.

C’est un changement merveilleux que celui qui s’opère dans toute notre condition, dans notre manière de voir les choses, dans nos pensées sur nous-mêmes et ceux qui nous entourent, du moment que nous posons notre pied sur le vrai terrain de l’Église de Dieu. Tout semble entièrement autre. La Bible paraît un livre nouveau. Nous voyons tout sous un nouveau jour. Des portions de l’Écriture que nous avons lues pendant des années sans intérêt et sans profit, brillent maintenant d’une lumière divine et nous remplissent d’étonnement, d’amour et de louange. Nous voyons tout à un autre point de vue ; notre horizon moral tout entier est changé ; nous avons échappé à la brumeuse atmosphère qui enveloppe toute l’église professante, et maintenant nous pouvons regarder autour de nous et distinguer clairement les choses à la lumière céleste des Écritures. Par le fait, il semble que c’est comme une nouvelle conversion, et nous découvrons alors que nous pouvons lire la Bible avec intelligence, parce que nous en avons la clef divine. Nous voyons que Christ est le centre et l’objet de toutes les pensées, des desseins et des conseils de Dieu de toute éternité, et alors nous sommes amenés dans cette merveilleuse sphère de grâce et de gloire que le Saint Esprit aime à dérouler dans la précieuse parole de Dieu.

Puisse le lecteur être amené à bien comprendre tout cela par le ministère immédiat et puissant du Saint Esprit ! Puisse-t-il être rendu capable de s’adonner à l’étude de l’Écriture et de s’abandonner sans réserve à son enseignement et à son autorité ! Qu’il ne prenne pas conseil de la chair ni du sang, mais qu’il se jette, comme un petit enfant, dans les bras du Seigneur, et cherche à être conduit en intelligence spirituelle et en conformité pratique à la pensée de Christ.

Voyons maintenant les versets qui, terminant notre chapitre, présentent une vue remarquable sur l’avenir d’Israël et anticipent le moment où il chercherait à se donner un roi.

« Quand tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, et que tu le posséderas et y habiteras, et que tu diras : J’établirai un roi sur moi, comme toutes les nations qui sont autour de moi : tu établiras sur toi le roi que l’Éternel, ton Dieu, choisira ; tu établiras sur toi un roi d’entre tes frères ; tu ne pourras pas établir sur toi un homme étranger, qui ne soit pas ton frère. Seulement, il n’aura pas une multitude de chevaux, et il ne fera pas retourner le peuple en Égypte pour avoir beaucoup de chevaux ; car l’Éternel vous a dit : Vous ne retournerez plus jamais par ce chemin-là. Et il n’aura pas un grand nombre de femmes, afin que son cœur ne se détourne pas ; et il ne s’amassera pas beaucoup d’argent et d’or » (vers. 14-17).

Combien il est remarquable que les trois choses que le roi ne devait pas faire, furent précisément celles que firent, sur une grande échelle, les plus grands et les plus sages des monarques d’Israël. « Le roi Salomon fit une flotte, à Étsion-Guéber, qui est près d’Éloth, sur le bord de la mer Rouge, dans le pays d’Édom. Et Hiram envoya sur la flotte ses serviteurs, des matelots connaissant la mer, avec les serviteurs de Salomon. Et ils allèrent à Ophir, et y prirent de l’or, quatre cent vingt talents, et les apportèrent au roi Salomon ». « Et Hiram envoya au roi cent vingt talents d’or ». « Et le poids de l’or qui arrivait à Salomon dans une année était de six cent soixante-six talents d’or (à peu près trente tonnes), outre ce qui lui venait des commerçants ambulants et du trafic des marchands, et de tous les rois de l’Arabie, et des gouverneurs du pays ». Et plus loin : « Et le roi fit que l’argent, dans Jérusalem, était comme les pierres… Et, quant aux chevaux de Salomon, il les tirait d’Égypte… Mais le roi Salomon aima beaucoup de femmes étrangères… Et il avait sept cents femmes princesses, et trois cents concubines ; et ses femmes détournèrent son cœur » (1 Rois 9:10, 11).

Quelle triste histoire ! Quel commentaire de l’homme dans son état le meilleur et le plus élevé ! Voilà un homme doué de sagesse au-dessus de tous, entouré de bénédictions, de dignités, d’honneurs et de privilèges extraordinaires ; sa coupe était remplie jusqu’au bord, rien ne lui manquait de ce que ce monde peut donner pour contribuer au bonheur terrestre. Et non seulement cela, mais sa prière remarquable lors de la dédicace du temple, pouvait faire concevoir de lui les meilleures espérances, quant à son caractère personnel ou royal.

Mais, hélas il faillit de la manière la plus déplorable, sur tous les points que la loi de son Dieu avait définis si positivement et si clairement. Il lui avait été dit de ne pas s’amasser beaucoup d’argent, ni beaucoup d’or, et cependant il le fit. Il lui avait été dit de ne point retourner en Égypte pour faire un amas de chevaux, et cependant il fit chercher des chevaux en Égypte. Il lui avait été dit de ne pas prendre plusieurs femmes, et il en eut un millier et elles corrompirent son cœur. Tel est l’homme ! Oh ! combien peu l’on peut compter sur lui ! « Toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe ; l’herbe a séché et sa fleur est tombée » (1 Pierre 1:24). « Finissez-en avec l’homme, dont le souffle est dans ses narines, car quel cas doit-on faire de lui ? » (Ésa. 2:22).

Comment expliquer la triste et humiliante chute de Salomon ? En réponse à cette question, nous n’avons qu’à lire les versets qui terminent notre chapitre.

« Et il arrivera, lorsqu’il sera assis sur le trône de son royaume, qu’il écrira, pour lui, dans un livre, une copie de cette loi, faite d’après le livre qui est devant les sacrificateurs, les Lévites. Et il l’aura auprès de lui ; et il y lira tous les jours de sa vie, afin qu’il apprenne à craindre l’Éternel, son Dieu, et à garder toutes les paroles de cette loi, et ces statuts, pour les faire ; en sorte que son cœur ne s’élève pas au-dessus de ses frères, et qu’il ne s’écarte pas du commandement, ni à droite, ni à gauche ; afin qu’il prolonge ses jours dans son royaume, lui et ses fils, au milieu d’Israël » (vers. 18-20).

Si Salomon eût fait attention à ces précieuses et solennelles paroles, l’histoire de sa vie aurait été bien différente. Nous ne voyons nulle part qu’il ait écrit un double de la loi, et supposé qu’il l’ait fait, il n’y conforma assurément pas sa vie, bien au contraire, il s’en détourna ouvertement et fit les choses même qui lui étaient défendues. En un mot, la cause de toute la ruine et de tous les malheurs qui succédèrent si rapidement aux splendeurs du règne de Salomon, fut la négligence de la parole de Dieu.

Cela est solennel pour nous, de nos jours, et c’est ce qui nous porte à supplier le lecteur d’y faire attention. L’Église de Dieu, tout entière, a besoin d’être réveillée à cet égard. La négligence de la parole de Dieu est la source de tout mal, de toute confusion, de toutes les erreurs, sectes et schismes qui ont été et qui sont maintenant dans le monde. Et l’on peut ajouter, avec la même certitude, que le seul vrai et souverain remède pour notre triste position actuelle, sera de retourner chacun et chacune en particulier, à la simple autorité de la parole de Dieu, si déplorablement négligée. Que chacun considère combien il s’est éloigné, avec toute l’église professante, de l’enseignement simple et positif du Nouveau Testament, des commandements de notre bien-aimé Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Humilions-nous sous la puissante main de notre Dieu, à cause de notre péché commun, tournons-nous vers Lui en nous jugeant nous-mêmes en sincérité, et, dans sa grâce, il nous restaurera, et nous bénira, et nous conduira dans le précieux chemin de l’obéissance qui est ouvert à toute âme vraiment humble.

Puisse le Saint Esprit, dans sa puissance irrésistible, mettre devant le cœur et la conscience de tout membre du corps de Christ, sur la surface de la terre, la nécessité absolue d’une soumission immédiate et entière à l’autorité de la parole de Dieu !

 

2                    Chapitre 18

Le paragraphe qui commence ce chapitre suggère une série de vérités éminemment intéressantes et pratiques.

« Les sacrificateurs, les Lévites, et toute la tribu de Lévi, n’auront point de part ni d’héritage avec Israël : ils mangeront des sacrifices de l’Éternel faits par feu, et de son héritage, mais ils n’auront point d’héritage au milieu de leurs frères. L’Éternel est leur héritage, comme il le leur a dit. Or c’est ici le droit des sacrificateurs de la part du peuple, de la part de ceux qui offrent un sacrifice, que ce soit un bœuf, ou un mouton : on donnera au sacrificateur l’épaule, et les mâchoires, et l’estomac. Tu lui donneras les prémices de ton froment, de ton moût et de ton huile, et les prémices de la toison de tes moutons. Car l’Éternel, ton Dieu, l’a choisi, lui et ses fils, d’entre toutes les tribus, pour qu’il se tienne toujours devant lui pour faire le service au nom de l’Éternel. Et si le Lévite vient de l’une de tes portes, de tout Israël où il séjourne, et qu’il vienne, selon tout le désir de son âme, au lieu que l’Éternel aura choisi, et qu’il serve au nom de l’Éternel, son Dieu, comme tous ses frères, les Lévites, qui se tiennent là devant l’Éternel, il mangera une portion égale, outre ce qu’il aura vendu de son patrimoine » (vers. 1-8).

Ici, comme partout ailleurs dans le livre du Deutéronome, les sacrificateurs sont classés avec les Lévites, d’une manière toute spéciale. Nous appelons l’attention du lecteur sur ce trait caractéristique de notre livre, mais nous ne nous y arrêterons maintenant qu’un moment, pour indiquer la raison de la différence que présente à cet égard le livre du Deutéronome avec l’Exode, le Lévitique et les Nombres. Nous croyons que cela vient de ce que, dans le Deutéronome, le but de Dieu est de mettre davantage en évidence l’assemblée d’Israël tout entière. C’est pour cela que nous y voyons rarement paraître les sacrificateurs dans leurs fonctions officielles. La grande pensée du Deutéronome, c’est la relation immédiate d’Israël avec l’Éternel.

Or, dans le passage qui nous occupe, les sacrificateurs et les Lévites sont associés ensemble et présentés comme les serviteurs de l’Éternel, entièrement dépendants de Lui, et intimement identifiés avec son autel et son service. Cela est d’un grand intérêt et ouvre un vaste champ de vérités pratiques à l’Église de Dieu.

En parcourant l’histoire du peuple d’Israël, nous pouvons remarquer que lorsque tout marchait bien, l’autel de Dieu était bien servi, et, comme conséquence, les sacrificateurs et les Lévites ne manquaient de rien. Si l’Éternel avait la part qui lui était due, ses serviteurs pouvaient être assurés d’avoir la leur. S’il était négligé, ils l’étaient aussi ; ils étaient liés ensemble. Le peuple devait apporter ses offrandes à Dieu, et Lui les partageait avec ses serviteurs. Les sacrificateurs et les Lévites ne devaient rien exiger ou demander du peuple, mais le peuple avait le privilège d’apporter ses dons à l’autel de Dieu, qui permettait à ses serviteurs de se nourrir des fruits provenant du dévouement de son peuple pour Lui-même.

Telle était l’intention divine de l’Éternel quant à ses serviteurs d’alors. Ils devaient se nourrir des offrandes volontaires présentées à Dieu par la congrégation tout entière. Il est vrai que nous trouvons un état de chose entièrement différent dans les sombres et tristes jours des fils d’Éli : « Et la coutume des sacrificateurs à l’égard du peuple était celle-ci : quand quelqu’un sacrifiait un sacrifice, le serviteur du sacrificateur venait lorsqu’on faisait bouillir la chair, ayant en sa main une fourchette à trois dents, et il piquait dans la chaudière, ou dans le chaudron, ou dans la marmite, ou dans le pot : le sacrificateur en prenait tout ce que la fourchette amenait en haut. Ils faisaient ainsi à tous ceux d’Israël qui venaient là, à Silo. Même, avant qu’on eût fait fumer la graisse », — la part spéciale de Dieu, — « le serviteur du sacrificateur venait, et disait à l’homme qui sacrifiait : Donne de la chair à rôtir pour le sacrificateur ; et il ne prendra pas de toi de la chair bouillie, mais de la chair crue. Si l’homme lui disait : On va d’abord faire fumer la graisse, puis tu prendras selon le désir de ton âme, alors il lui disait : Non, car tu en donneras maintenant sinon, j’en prendrai de force. Et le péché de ces jeunes hommes fut très grand devant l’Éternel car les hommes méprisaient l’offrande de l’Éternel » (1 Sam. 2:13-17).

Tout cela était déplorable et amena le terrible jugement de Dieu sur la maison d’Éli. Il n’en pouvait être autrement. Si ceux qui servaient à l’autel pouvaient se rendre coupables d’une iniquité et d’une impiété si grande, il fallait que le jugement eût son cours.

Mais l’état normal des choses, tel qu’il est décrit dans notre chapitre, offrait un contraste complet avec tout ce mal. L’Éternel s’entourait des offrandes volontaires de son peuple, et il en nourrissait ses serviteurs qui servaient à son autel. Par conséquent, lorsque les offrandes abondaient sur l’autel de Dieu, les sacrificateurs et les Lévites avaient une riche portion, une abondante provision ; tandis qu’au contraire, lorsque l’Éternel et son autel étaient négligés, les serviteurs de l’Éternel l’étaient aussi, dans la même proportion. Ils étaient, en un mot, intimement identifiés avec le culte et le service du Dieu d’Israël.

Ainsi, par exemple, dans les beaux jours du bon roi Ézéchias, où les cœurs étaient heureux et sincères, nous lisons : « Et Ézéchias établit les classes des sacrificateurs et des lévites, selon leurs classes, chacun selon son service, tant sacrificateurs que lévites, pour les holocaustes et pour les sacrifices de prospérités, pour faire le service et pour rendre grâces et pour louer aux portes des parvis de l’Éternel. Et il établit que la portion du roi serait prise sur ses biens, pour les holocaustes ; pour les holocaustes du matin et du soir, et pour les holocaustes des sabbats et des nouvelles lunes et des fêtes solennelles, comme il est écrit dans la loi de l’Éternel. Et il dit au peuple, aux habitants de Jérusalem, de donner la portion des sacrificateurs et des lévites, afin qu’ils s’attachassent à la loi de l’Éternel. Et quand la parole du roi se répandit, les fils d’Israël apportèrent en grande quantité les prémices du blé, du moût, et de l’huile, et du miel, et de tous les produits des champs ; et ils apportèrent la dîme de tout, en abondance. Et les fils d’Israël et de Juda, qui habitaient dans les villes de Juda, eux aussi apportèrent la dîme du gros bétail et du menu bétail, et la dîme des choses saintes, qui étaient consacrées à l’Éternel, leur Dieu, et ils les mirent par monceaux. Au troisième mois, ils commencèrent de faire les monceaux, et au septième mois ils achevèrent. Et Ézéchias et les chefs vinrent et virent les monceaux, et ils bénirent l’Éternel et son peuple Israël. Et Ézéchias s’informa auprès des sacrificateurs et des lévites au sujet des monceaux. Et Azaria, le principal sacrificateur, qui était de la maison de Tsadok, lui parla, et dit : Depuis qu’on a commencé d’apporter l’offrande dans la maison de l’Éternel, on a mangé et on a été rassasié, et il en est resté en abondance ; car l’Éternel a béni son peuple ; et ce qui reste, c’est cette grande quantité » (2 Chr. 31:2-10).

Que tout cela est beau et encourageant ! Le fleuve profond d’un entier dévouement coulait autour de l’autel de Dieu, portant dans son sein d’amples provisions pour les besoins des serviteurs de l’Éternel, et même il y avait des « monceaux » de reste. Nous pouvons être assurés que cela était agréable au cœur du Dieu d’Israël, comme aux cœurs de ceux qui, à son appel, s’étaient voués au service de son autel et de son sanctuaire.

Remarquons particulièrement les paroles suivantes : « Comme il est écrit dans la loi de l’Éternel ». Voilà quelle était l’autorité d’Ézéchias, le fondement sûr et ferme de toute sa conduite. Il est vrai que l’unité visible de la nation avait pris fin, et que l’état des choses, lorsqu’il commença son œuvre, était des plus décourageants ; mais la parole de l’Éternel, dans son application, était aussi vraie, aussi positive et aussi directe, aux jours d’Ézéchias, qu’aux jours de David ou de Josué. Ézéchias sentait, avec raison, que Deut. 18:1-8, s’appliquait à son temps et à sa conscience et que soit lui, soit le peuple, étaient responsables d’agir en conséquence, selon leur pouvoir. Les sacrificateurs et les Lévites devaient-ils souffrir de la faim, parce que l’unité nationale d’Israël avait cessé ? Non, assurément. Ils subsistaient ou tombaient avec la Parole, le culte et l’œuvre de Dieu. Les circonstances pouvaient changer, et l’Israélite se trouver dans une position où il ne lui serait pas possible d’observer tous les détails des cérémonies lévitiques, mais jamais il ne pouvait se trouver dans des circonstances où il ne pût avoir l’immense privilège d’exprimer largement le dévouement de son cœur au service, à l’autel et à la loi de l’Éternel.

Nous voyons donc constamment dans l’histoire d’Israël, que lorsque les choses allaient bien, il était abondamment pourvu à ce qui regardait le culte de l’Éternel, son service et ses serviteurs. Mais, au contraire, lorsque l’état moral baissait, que les cœurs se refroidissaient, que l’égoïsme prenait le dessus, alors tous ces grands objets étaient traités avec une froide indifférence. Voyez, par exemple, le chapitre 13 de Néhémie. Quand ce fidèle serviteur retourna à Jérusalem, après une absence de quelques jours, il vit avec un profond chagrin que, dans ce temps si court, bien des choses avaient mal été, et que, entre autres, les pauvres Lévites avaient été laissés sans nourriture. « Et j’appris que les portions des lévites ne leur avaient pas été données, et que les lévites et les chantres qui faisaient le service avaient fui chacun à son champ » (vers. 10). Il n’y avait pas de « monceaux » de prémices dans ces tristes jours, et ce n’était pas selon la loi de Dieu, ni selon son cœur, que des hommes dussent travailler et chanter sans avoir rien à manger. C’était un opprobre pour le peuple que les serviteurs de l’Éternel fussent obligés, par leur négligence, d’abandonner son culte et son service afin de ne pas mourir de faim.

C’était un état de choses déplorable, et Néhémie le sentit profondément, car nous lisons : « Et je querellai les chefs, et je dis : Pourquoi la maison de Dieu est-elle abandonnée ? Et je les rassemblai, et je les fis demeurer à leur poste. Et tout Juda apporta dans les magasins la dîme du blé, et du moût, et de l’huile. Et j’établis sur les magasins Shélémia, etc., car ils étaient estimés fidèles », — ils avaient droit à la confiance de leurs frères, — « et c’était à eux de faire les répartitions à leurs frères ». Il fallait des hommes éprouvés et fidèles pour occuper cette haute charge, et distribuer les fruits précieux du dévouement du peuple ; ils devaient prendre conseil ensemble, et veiller à ce que le trésor de l’Éternel fût fidèlement géré selon sa parole, et à ce qu’il fût pourvu aux besoins de ses vrais serviteurs, sans partialité.

Tel était l’ordre admirable prescrit par le Dieu d’Israël, ordre que tous les vrais Israélites, tels que Néhémie et Ézéchias, prenaient plaisir à observer. Le large fleuve des bénédictions coulait de l’Éternel vers son peuple, et retournait de son peuple à Lui, et c’est à ce fleuve que ses serviteurs devaient puiser abondamment pour tous leurs besoins. C’était un déshonneur pour Lui que les Lévites fussent obligés de retourner à leurs champs ; cela prouvait que sa maison était abandonnée, et qu’il n’y avait pas de quoi nourrir ses serviteurs.

Quelle leçon pouvons-nous tirer de tout cela ? Qu’est-ce que l’Église de Dieu peut apprendre de Deut. 18:1-8 ? Afin de répondre à ces questions, lisons le chapitre 9 de 1 Corinthiens, où l’apôtre traite le sujet si important de la manière dont l’Assemblée a à pourvoir aux besoins des serviteurs de Dieu, sujet bien peu compris par la grande masse des chrétiens de profession. La règle est aussi claire que possible. « Qui jamais va à la guerre à ses propres dépens ? Qui plante une vigne et n’en mange pas le fruit ? Ou qui paît un troupeau et ne mange pas du lait du troupeau ? Est-ce que je dis ces choses selon l’homme ? Ou la loi aussi ne dit-elle pas ces choses ? Car dans la loi de Moïse il est écrit : « Tu n’emmuselleras pas le bœuf qui foule le grain ». Dieu s’occupe-t-il des bœufs ? ou parle-t-il entièrement pour nous ? Car c’est pour nous que cela est écrit, que celui qui laboure doit labourer avec espérance, et que celui qui foule le grain doit le fouler dans l’espérance d’y avoir part. Si nous avons semé pour vous des biens spirituels, est-ce beaucoup que nous moissonnions de vos biens charnels ? Si d’autres ont part à ce droit sur vous, ne l’avons-nous pas bien plus ? Mais » — ici la grâce brille de tout son éclat — « nous n’avons pas usé de ce droit, mais nous supportons tout, afin de ne mettre aucun obstacle à l’évangile du Christ. Ne savez-vous pas que ceux qui s’emploient aux choses sacrées mangent de ce qui vient du temple ; que ceux qui servent à l’autel ont leur part de l’autel ? De même aussi, le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’évangile, de vivre de l’évangile. Mais » — ici encore la grâce montre sa sainte dignité — « moi je n’ai usé d’aucune de ces choses, et je n’ai pas écrit ceci, afin qu’il en soit fait ainsi à mon égard ; car il serait bon pour moi de mourir, plutôt que de voir quelqu’un anéantir ma gloire. Car, si j’évangélise, je n’ai pas de quoi me glorifier, car c’est une nécessité qui m’est imposée, car malheur à moi si je n’évangélise pas. Car, si je fais cela volontairement, j’en ai un salaire mais si c’est malgré moi, une administration m’est confiée. Quel est donc mon salaire ? C’est que, en évangélisant, je rends l’évangile exempt de frais, pour ne pas user comme d’une chose à moi, de mon droit dans l’évangile » (vers. 7-18).

Ce sujet si intéressant et si important est envisagé ici sous tous ses points de vue. L’apôtre proclame de la manière la plus claire et la plus positive, la loi divine à cet égard ; il n’y a pas à s’y méprendre. « Le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l’évangile, de vivre de l’évangile », c’est-à-dire que de même qu’autrefois les sacrificateurs et les Lévites vivaient des offrandes présentées par le peuple, de même maintenant ceux qui sont réellement appelés de Dieu, doués par Christ, et préparés par le Saint Esprit à prêcher l’évangile, et qui se donnent entièrement à cette œuvre excellente, ceux-là, disons-nous, ont droit moralement à être entretenus quant à leurs besoins temporels. Non qu’ils aient à attendre de ceux auxquels ils prêchent la Parole, un paiement fixe. Il n’y a rien de pareil dans le Nouveau Testament. L’ouvrier doit s’attendre à son maître seul pour son entretien. Malheur à lui s’il regarde à l’Église ou à des hommes, quels qu’ils soient ! Les sacrificateurs et les Lévites avaient leur portion en l’Éternel et la recevaient de Lui ; il était le lot de leur héritage. Il est vrai qu’il voulait que les Israélites le servissent dans la personne de ses serviteurs. Il leur disait ce qu’ils devaient donner, et ils étaient bénis en donnant ; donner, était leur privilège aussi bien que leur devoir ; s’ils eussent refusé ou négligé de le faire, la sécheresse et la stérilité de leurs champs en aurait été la conséquence (Aggée 1:5-11).

Mais les sacrificateurs et les Lévites devaient s’attendre à l’Éternel seul. Si le peuple manquait à apporter ses offrandes, les Lévites devaient retourner à leurs champs et travailler pour leur entretien. Ils ne pouvaient pas entrer en procès au sujet des dîmes et des offrandes, leur seul recours devait être au Dieu d’Israël qui les avait consacrés à son service et leur avait donné ce service à accomplir.

Il en est de même des serviteurs du Seigneur maintenant ; ce n’est qu’à Lui seul qu’ils doivent s’attendre. Il faut qu’ils soient bien certains qu’ils ont été qualifiés et appelés par Lui pour l’œuvre, avant de s’y hasarder et de se donner entièrement au service de la prédication. Il faut qu’ils détournent complètement leurs yeux des hommes, de toutes les ressources venant des hommes, de tous les soutiens humains, et qu’ils s’appuient exclusivement sur le Dieu vivant. On voit les conséquences les plus déplorables résulter du fait que l’on a agi avec légèreté dans cette solennelle question des hommes, non appelés de Dieu, ni qualifiés pour son service, abandonnant leurs occupations pour se vouer à l’œuvre et vivre de foi, disent-ils. Des chutes déplorables en sont toujours le résultat. Les uns, lorsqu’ils commencent à voir les sérieuses réalités du chemin, sont si alarmés qu’ils perdent leur équilibre moral, et même parfois la raison pour un temps ; d’autres perdent la paix ; d’autres enfin retournent au monde.

Bref, nous sommes convaincus, par l’expérience de quarante années, que les cas sont fort rares où un chrétien puisse, en toute sécurité, abandonner la profession qui est son gagne-pain, afin de prêcher l’Évangile. Il faut, dans ce cas, que l’appel soit si clair et si distinct, que ce chrétien ne puisse que dire, comme Luther, à la diète de Worms : « Me voici je ne puis faire autrement ; que Dieu me soit en aide ! Amen ». Alors il pourra être parfaitement certain que Dieu sera avec lui dans l’œuvre à laquelle il l’a appelé, et qu’il suppléera à tous ses besoins, « selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus ». Quant aux hommes et à ce qu’ils peuvent penser de lui et de sa manière de faire, il n’a qu’à les renvoyer à son Maître. Comme il ne leur demande pas de l’entretenir, il n’a aucun compte à leur rendre, et n’est responsable qu’envers son Maître.

Mais en considérant le beau passage de 1 Cor. 9, que nous venons de citer, nous voyons que l’apôtre, après avoir pleinement établi les droits qu’il avait à être entretenu, y renonce entièrement. « Mais moi je n’ai usé d’aucune de ces choses ». Il travaillait de ses mains, travaillait nuit et jour afin de n’être à charge de personne. « Ces mains », dit-il en Actes 20:34, « ont été employées pour mes besoins et pour les personnes qui étaient avec moi ». Il ne convoitait ni l’or, ni l’argent, ni la robe de personne. Il voyageait, il prêchait, il visitait de maison en maison, il était l’apôtre infatigable, le zélé évangéliste, le pasteur diligent ; il avait le soin de toutes les églises. N’aurait-il pas eu le droit d’être entretenu ? Assurément. L’Église de Dieu aurait dû être trop heureuse de pourvoir à tous ses besoins ; mais il ne fit jamais valoir ses droits, et même il y renonça. Il se nourrissait, lui et ses compagnons, par le travail de ses mains, et cela pour exemple, comme il le dit aux anciens de l’assemblée d’Éphèse : « Je vous ai montré en toutes choses, qu’en travaillant ainsi, il nous faut secourir les faibles, et nous souvenir des paroles du Seigneur Jésus, qui lui-même a dit : Il est plus heureux de donner que de recevoir » (v. 35).

N’a-t-on pas sujet de s’étonner de voir ce bien-aimé et vénéré serviteur de Christ, avec tous ses grands voyages, de Jérusalem et jusqu’en Illyrie, ses immenses travaux comme évangéliste, pasteur et docteur, trouver encore le temps de travailler de ses mains pour subvenir à ses besoins et à ceux des personnes qui l’accompagnaient ? Il occupait vraiment une haute position morale. Sa vie fut une censure constante contre toute espèce d’esprit mercenaire. Les allusions ironiques des incrédules à l’égard des ministres largement payés, ne pourraient pas s’appliquer à lui. Il ne prêchait certes pas pour de l’argent.

Et cependant il recevait avec gratitude l’aide de ceux qui savaient donner. Maintes fois, la chère assemblée de Philippes pourvut aux besoins de son vénéré et bien-aimé père en Christ, et cela ne sera jamais oublié. Des milliers de chrétiens ont lu le touchant récit du dévouement des Philippiens, et ont été rafraîchis par le parfum de leur sacrifice ; il est inscrit dans le ciel, où rien de semblable n’est jamais oublié, et même il est gravé sur le cœur de Christ. Écoutez comment l’apôtre laisse déborder son cœur reconnaissant, en s’adressant à ses enfants bien-aimés : « Or je me suis grandement réjoui dans le Seigneur de ce que maintenant enfin vous avez fait revivre votre pensée pour moi, quoique vous y ayez bien aussi pensé, mais l’occasion vous manquait ; non que je parle ayant égard à des privations, car, moi, j’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve. Je sais être abaissé, je sais aussi être dans l’abondance ; en toutes choses et à tous égards, je suis enseigné aussi bien à être rassasié qu’à avoir faim, aussi bien à être dans l’abondance qu’à être dans les privations. Je puis toutes choses en Celui qui me fortifie. Néanmoins vous avez bien fait de prendre part à mon affliction. Or vous aussi, Philippiens, vous savez qu’au commencement de l’Évangile, quand je quittai la Macédoine, aucune assemblée ne me communiqua rien, pour ce qui est de donner et de recevoir, excepté vous seuls ; car, même à Thessalonique, une fois et même deux fois, vous m’avez fait un envoi pour mes besoins ; non que je recherche un don, mais je recherche du fruit qui abonde pour votre compte. Or j’ai amplement de tout, et je suis dans l’abondance ; je suis comblé, ayant reçu d’Épaphrodite ce qui m’a été envoyé de votre part,… un parfum de bonne odeur, un sacrifice acceptable, agréable à Dieu : mais mon Dieu suppléera à tous vos besoins selon ses richesses en gloire par le Christ Jésus » (Phil. 4:10-19).

Quel privilège que celui de pouvoir rafraîchir le cœur d’un tel serviteur de Christ à la fin de sa carrière et dans la solitude de sa prison à Rome ! Comme l’offrande des Philippiens était acceptable et venait à propos, et quelle dut être leur joie en recevant les témoignages de reconnaissance de l’apôtre ! Et qu’elle était précieuse l’assurance qu’il leur donnait que leur offrande était montée comme un parfum de bonne odeur jusqu’au trône et au cœur de Dieu ! Qui ne préférerait être un Philippien, suppléant aux besoins de l’apôtre, plutôt qu’un Corinthien mettant en doute son ministère, ou qu’un Galate lui brisant cœur ? Quelle immense différence ? L’apôtre ne pouvait rien recevoir de l’assemblée de Corinthe ; leur état ne le permettait point. Quelques membres de cette assemblée vinrent à son aide, et le fait est rapporté dans les pages inspirées, il est inscrit dans le ciel, et il sera abondamment récompensé dans le royaume à venir. « Or je me réjouis de la venue de Stéphanas, et de Fortunat, et d’Achaïque, parce qu’ils ont suppléé à ce qui a manqué de votre part ; car ils ont récréé mon esprit et le vôtre : reconnaissez donc de tels hommes » (1 Cor. 16:17-18).

Nous voyons donc très clairement que, soit sous la loi ou sous l’évangile, c’est selon la volonté et selon le cœur de Dieu que ceux qui sont réellement appelés par Lui à l’œuvre, et qui s’y dévouent entièrement et fidèlement, aient la sympathie cordiale et les secours matériels de ses enfants. Tous ceux qui aiment Christ considéreront comme un bonheur et un privilège de pouvoir Lui faire part de leurs biens dans la personne de ses serviteurs. Lorsqu’il était sur cette terre, il daignait accepter des secours de la part de ceux qui l’aimaient et qui avaient profité de son précieux ministère : « Des femmes aussi qui avaient été guéries d’esprits malins et d’infirmités, Marie, qu’on appelait Magdeleine, de laquelle étaient sortis sept démons, et Jeanne, femme de Chuzas, intendant d’Hérode, et Susanne, et plusieurs autres, qui l’assistaient de leurs biens » (Luc 8:2-3).

Femmes heureuses et privilégiées ! Quelle joie de pouvoir assister le Seigneur de gloire dans les jours de son humiliation et de ses besoins terrestres ! Leurs noms ont l’honneur d’être enregistrés dans les pages divines, inscrits par le Saint Esprit, et portés sur le fleuve du temps jusque dans l’éternité. Bien en prit à ces femmes de ne pas avoir dépensé leur argent en superfluités, ni de l’avoir entassé pour être en malédiction pour leurs âmes, comme c’est le cas lorsqu’on ne s’en sert pas pour Dieu !

Mais, d’un autre côté, nous voyons combien il est nécessaire que tous ceux qui agissent, soit au dedans, soit au dehors de l’assemblée, se gardent parfaitement libres de toute influence humaine, et ne s’attendent point à l’homme, de quelque manière que ce soit. C’est avec Dieu qu’ils doivent avoir à faire dans le secret de leurs âmes ; sans cela, ils succomberont certainement, tôt ou tard. Ils ne doivent s’attendre qu’à Lui pour subvenir à leurs besoins. Si l’Église les néglige, c’est elle qui y perdra le plus. S’ils peuvent subvenir à leurs besoins par le travail de leurs mains, sans nuire à leur service pour Christ, tant mieux ; évidemment c’est ce qui vaut le mieux, nous en sommes pleinement persuadés. Il n’y a rien de plus beau, moralement et spirituellement, que de voir un vrai serviteur de Christ entretenant lui-même et sa famille à la sueur de son front ou de son cerveau, et se donnant, en même temps avec zèle à l’œuvre du Seigneur, soit comme évangéliste, comme pasteur ou docteur. L’extrême opposé se montre à nous en la personne d’un homme qui, sans dons et sans vie spirituelle, embrasse ce qu’on appelle le ministère, comme toute autre profession ou moyen d’existence. La position d’un tel homme est moralement dangereuse et tout ce qu’il y a de plus misérable. Nous ne nous y arrêterons pas, vu que ce serait sortir de notre sujet, et préférons de beaucoup continuer notre chapitre.

« Quand tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’apprendras pas à faire selon les abominations de ces nations : il ne se trouvera au milieu de toi personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, ni devin qui se mêle de divination, ni pronostiqueur, ni enchanteur, ni magicien, ni sorcier, ni personne qui consulte les esprits, ni diseur de bonne aventure, ni personne qui interroge les morts ; car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel ; et à cause de ces abominations, l’Éternel, ton Dieu, les dépossède devant toi. Tu seras parfait avec l’Éternel, ton Dieu. Car ces nations, que tu vas déposséder, écoutent les pronostiqueurs et les devins ; mais pour toi, l’Éternel, ton Dieu, ne t’a pas permis d’agir ainsi » (vers. 9-14).

Il se peut qu’en lisant ce passage, le lecteur se demande quelle application il peut avoir aux chrétiens de profession ? Nous lui demanderons à notre tour s’il n’y a pas des chrétiens de profession qui vont assister à ce que font des sorciers, des magiciens et des nécromanciens ? N’y en a-t-il pas qui s’occupent de tables tournantes, d’esprits frappeurs, de magnétisme animal ou de seconde vue ? S’il en est ainsi, le passage que nous venons de citer s’applique à eux et cela d’une manière solennelle. Nous croyons fermement que toutes ces choses sont du diable. Nous sommes persuadés que lorsqu’on se prête, d’une manière ou d’une autre, à la terrible évocation des esprits, on se place entre les mains de Satan pour être entraîné et trompé par ses mensonges. Qu’ont besoin des tables tournantes et des esprits frappeurs ceux qui ont entre les mains une révélation parfaite de Dieu ? Nul besoin, assurément. Et si, n’étant pas satisfaits d’avoir cette précieuse Parole, ils se tournent vers les esprits d’amis défunts ou d’autres, que peuvent-ils attendre, sinon que Dieu les abandonne à être aveuglés et égarés par de mauvais esprits qui paraissent et personnifient les défunts, et prononcent toute espèce de mensonges ?

Nous ne chercherons pas à approfondir ce sujet maintenant ; nous n’avons ni le temps, ni le désir de le faire ; mais nous nous sentons pressés de mettre le lecteur en garde contre le grand danger qu’il y a à consulter les esprits de ceux qui ne sont plus. Nous n’entrerons pas dans la question de savoir si les âmes peuvent revenir dans ce monde ; sans doute que Dieu pourrait le permettre s’il le jugeait à propos, mais nous laissons ce sujet de côté. Le grand point que nous devons toujours avoir devant nos cœurs, c’est la parfaite suffisance de la révélation divine. Qu’avons-nous besoin des esprits ? L’homme riche s’imaginait que si Lazare retournait sur la terre et parlait lui-même à ses cinq frères, cela produirait un grand effet sur eux : « Je te prie donc, père, de l’envoyer dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères, en sorte qu’il les adjure ; de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de tourment. Mais Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Mais il dit : Non, père Abraham ; mais si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront. Et il lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts » (Luc 16:27-31).

Voilà ce qui tranche la question. Si les hommes n’écoutent pas la parole de Dieu, s’ils ne veulent pas croire ce qu’elle leur dit, d’une manière si claire et si solennelle, sur eux-mêmes, sur leur état actuel et sur leur destinée future, ils ne seraient pas persuadés non plus lors même que des milliers d’esprits reviendraient leur dire ce qu’ils ont vu, entendu et éprouvé dans le ciel ou dans l’enfer ; cela ne produirait sur eux aucun effet permanent ou salutaire. Cela pourrait causer une grande sensation, être le sujet de bien des conversations et remplir les journaux, mais cela s’arrêterait là. Les hommes n’interrompraient point leurs occupations et leurs plaisirs, leurs gains et leurs folies. « S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes », — et nous pouvons ajouter Christ et ses saints apôtres, — « ils ne seront pas persuadés non plus, si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts ». Le cœur qui ne se soumet pas à l’évidence des Écritures, ne sera convaincu par rien ; et quant au vrai croyant, il trouve dans l’Écriture tout ce dont il peut avoir besoin, et par conséquent il n’a que faire des tables tournantes, des esprits frappeurs, ou de la magie : « Et s’ils vous disent : Enquérez-vous des évocateurs d’esprits et des diseurs de bonne aventure, qui murmurent et qui chuchotent,… un peuple ne s’enquiert-il pas de son Dieu ? ira-t-il aux morts pour les vivants ? À la loi et au témoignage ! S’ils ne parlent pas selon cette parole, il n’y a pas d’aurore pour lui » (Ésaïe 8:19-20).

C’est là, qu’en tout temps et en tout lieu, est la ressource divine pour les enfants de Dieu, et c’est à cela que Moïse renvoie l’assemblée dans le magnifique paragraphe qui termine notre chapitre. Il leur montre clairement qu’ils n’ont aucun besoin de s’adresser aux devins, aux sorciers, aux enchanteurs, ou aux diseurs de bonne aventure, qui tous étaient en abomination à l’Éternel. « L’Éternel ton Dieu », dit-il, « te suscitera un prophète comme moi, du milieu de toi, d’entre tes frères ; vous l’écouterez, selon tout ce que tu demandas à l’Éternel, ton Dieu, à Horeb, le jour de la congrégation, disant : Que je n’entende plus la voix de l’Éternel, mon Dieu, et que je ne voie plus ce grand feu, afin que je ne meure pas. Et l’Éternel me dit : Ils ont bien dit ce qu’ils ont dit. Je leur susciterai un prophète comme toi, du milieu de leurs frères, et je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. Et il arrivera que l’homme qui n’écoutera pas mes paroles, lesquelles il dira en mon nom, moi, je le lui redemanderai. Seulement, le prophète qui prétendra dire en mon nom une parole que je ne lui aurai pas commandé de dire, ou qui parlera au nom d’autres dieux, ce prophète-là mourra. Et si tu dis dans ton cœur : Comment connaîtrons-nous la parole que l’Éternel n’a pas dite ? Quand le prophète parlera au nom de l’Éternel, et que la chose n’aura pas lieu et n’arrivera pas, c’est cette parole-là que l’Éternel n’a pas dite ; le prophète l’a dite présomptueusement tu n’auras pas peur de lui » (vers. 15-22).

Nous ne saurions hésiter à reconnaître dans ce prophète notre adorable Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Au chapitre 3 des Actes, Pierre lui applique ainsi les paroles de Moïse : « Et qu’il envoie Jésus Christ, qui vous a été préordonné, lequel il faut que le ciel reçoive, jusqu’aux temps du rétablissement de toutes choses dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps. Moïse déjà a dit : Le Seigneur, votre Dieu, vous suscitera d’entre vos frères un prophète comme moi ; vous l’écouterez dans tout ce qu’il pourra vous dire ; et il arrivera, que toute âme qui n’écoutera pas ce prophète sera exterminée d’entre le peuple » (vers. 20-23).

Quel précieux privilège que celui d’écouter la voix d’un tel prophète ? C’est la voix de Dieu lui-même parlant par la bouche de l’Homme Christ Jésus, non du milieu des tonnerres et des éclairs, et du feu consumant, mais avec le son doux et subtil de l’amour et de la grâce qui rafraîchit le cœur brisé et l’esprit contrit, et tombe comme la rosée des cieux sur la terre altérée. Nous trouvons cette voix dans la Sainte Écriture, la précieuse révélation qui est placée si constamment et si puissamment devant nous dans notre étude de ce beau livre du Deutéronome. Ne l’oublions jamais ; la voix de l’Écriture est la voix de Christ, et la voix de Christ est la voix de Dieu.

Nous n’avons nul besoin d’autre chose. Si quelqu’un avait la prétention de venir avec une nouvelle révélation, ou quelque vérité nouvelle qui ne se trouve pas dans le volume divin, nous devrions le juger, lui et son enseignement, à la lumière de l’Écriture, et les rejeter entièrement. « Tu n’auras pas peur de lui ». Les faux prophètes se présentent d’habitude avec de hautes prétentions, des paroles pompeuses, et une apparence de dévotion. Ils tâchent de s’entourer d’une auréole de dignité et d’importance qui souvent en impose aux ignorants ; mais ils ne peuvent résister à la puissance scrutatrice de la parole de Dieu. Un simple passage de la Sainte Écriture leur enlève toute leur importance, et coupera à sa racine leur merveilleuse révélation. Ceux qui connaissent la voix du vrai Prophète n’en écouteront aucune autre ; ceux qui ont entendu la voix du bon Berger n’écouteront pas la voix d’un étranger.

Lecteur, prenez garde à n’écouter que la voix de Jésus.

 

3                    Chapitre 19

« Quand l’Éternel, ton Dieu, aura retranché les nations dont l’Éternel, ton Dieu, te donne le pays, et que tu les auras dépossédées, et que tu habiteras dans leurs villes et dans leurs maisons, tu sépareras pour toi trois villes au milieu de ton pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour le posséder : tu t’en prépareras le chemin, et tu diviseras en trois parties le territoire de ton pays, que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage ; et ce sera afin que tout homicide s’y enfuie » (vers. 1-3).

Quel remarquable mélange de « bonté et de sévérité », nous voyons dans ces quelques lignes ! Nous avons l’extermination des nations de Canaan, à cause de leurs iniquités qui étaient devenues intolérables, et à côté nous avons une preuve touchante de la bonté divine dans cet arrangement fait pour le pauvre meurtrier au jour de son angoisse, alors qu’il s’enfuit de devant le vengeur du sang. Le gouvernement et la bonté de Dieu, sont aussi divinement parfaits l’un que l’autre. Il y a des cas où la bonté ne serait qu’une pure tolérance du mal et de la rébellion, ce qui ne peut avoir lieu sous le gouvernement de Dieu. Si les hommes s’imaginent que, parce que Dieu est bon, ils peuvent continuer à pécher à tête levée, ils verront, tôt ou tard, combien ils se trompent.

« Considère donc », dit l’apôtre, « la bonté et la sévérité de Dieu ! (*) » Dieu exterminera certainement les méchants qui méprisent sa bonté et sa longue patience. Il est lent à la colère et d’une grande bonté, béni soit son saint nom ! Il supporta pendant de longues années les sept nations de Canaan, jusqu’à ce que leur méchanceté s’élevât jusqu’au ciel, et que la terre elle-même ne les pût plus supporter. Il supporta les iniquités des villes coupables de la plaine, et s’il se fût trouvé même dix justes dans Sodome, il l’aurait épargnée pour l’amour d’eux. Mais le jour d’une terrible vengeance arriva, et elles furent détruites.

 

(*) Le mot traduit par « sévérité » est apotomia qui, littéralement, veut dire « extermination ».

 

Il en sera de même avant longtemps de la chrétienté coupable : « Toi aussi tu seras coupé ». Le temps de la rétribution viendra, et il sera terrible ; rien qu’en y pensant le cœur tremble.

Mais remarquez comme la « bonté » divine brille dans ces premières lignes de notre chapitre. Voyez quelle peine notre Dieu se donne pour que la ville de refuge soit aussi accessible que possible pour le meurtrier. Les trois villes devaient être « au milieu du pays », et non dans des coins écartés, ou dans des endroits d’un accès difficile. Et non seulement cela, mais encore « tu t’en prépareras le chemin ». Et de plus : « Tu diviseras en trois parties le territoire de ton pays ». Tout devait être fait pour que le meurtrier pût échapper facilement. Le Seigneur daignait penser à l’angoisse du malheureux « s’enfuyant pour saisir l’espérance qui lui était proposée » (Héb. 6:18). La ville de refuge devait être rapprochée, tout comme « la justice de Dieu » est près du pauvre pécheur perdu, si proche qu’elle est à la portée de « celui qui ne fait pas des œuvres, mais qui croit en celui qui justifie l’impie ».

Il y a une douceur toute particulière dans cette recommandation : « Tu t’en prépareras le chemin ». Qu’elle émane bien de notre Dieu de grâce — « du Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ ! » Et cependant c’était le même Dieu qui exterminait les nations de Canaan par son juste jugement, et qui pensait ainsi en grâce au meurtrier. « Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu ».

« Et voici ce qui concerne l’homicide qui s’y enfuira, pour qu’il vive : Celui qui aura frappé son prochain sans le savoir, et sans l’avoir haï auparavant, comme si quelqu’un va avec son prochain dans la forêt pour couper du bois, et que sa main lève la hache pour couper l’arbre, et que le fer échappe du manche et atteigne son prochain, et qu’il meure : il s’enfuira dans une de ces villes, et il vivra ; de peur que le vengeur du sang ne poursuive l’homicide pendant que son cœur est échauffé, et qu’il ne l’atteigne, parce que le chemin est long », — grâce exquise et touchante ! — « et ne le frappe à mort, quoiqu’il ne mérite pas la mort, car il ne le haïssait pas auparavant. C’est pourquoi, je te commande, disant : Sépare-toi trois villes » (vers. 4-7).

Nous avons ici la description la plus minutieuse de l’homme pour lequel était la ville de refuge. S’il n’y répondait pas, la ville n’était pas pour lui ; mais, dans le cas contraire, il pouvait avoir l’assurance la plus entière qu’un Dieu de grâce avait pensé à lui et lui avait procuré un lieu de refuge où il pourrait être en toute sécurité. Aussitôt que le meurtrier avait franchi les murs de la cité de refuge, il pouvait respirer librement et se reposer sans crainte. L’épée vengeresse ne pouvait l’y atteindre, aucun cheveu de sa tête n’y pouvait être touché.

Il était en sûreté, oui, en parfaite sûreté ; et de plus il en avait la parfaite certitude. Il n’espérait pas être sauvé, il était sûr de l’être. Il était dans la ville, et cela suffisait. Avant d’y arriver il avait eu de terribles angoisses, bien des doutes et des craintes et de pénibles combats. Il fuyait pour sauver sa vie, et ne pouvait songer à autre chose. Nous ne saurions nous représenter le meurtrier s’arrêtant dans sa fuite précipitée pour cueillir des fleurs au bord de la route. « Des fleurs ! » aurait-il dit, « qu’ai-je à faire de fleurs dans ce moment-ci ? Ma vie est en danger. Je m’enfuis de devant le vengeur du sang, et si je m’attarde à cueillir des fleurs, il pourrait m’atteindre. Non, la ville de refuge est le but unique de mes espérances ; rien d’autre ne saurait me charmer ou m’intéresser. Mon seul désir maintenant est d’être sauvé ».

Mais dès l’instant où il avait franchi les portes de la ville, il était sauvé, et il le savait. Comment le savait-il ? Par ses sentiments, par des preuves, des expériences ? Non, mais simplement par la parole de Dieu. Nul doute qu’il n’en eût le sentiment, la preuve et l’expérience, bien précieuses après ses efforts désespérés pour arriver, mais ce n’étaient point ces impressions qui étaient la base de son assurance, le fondement de sa paix. Il savait qu’il était sauvé, parce que Dieu le lui avait dit. La grâce de Dieu l’avait sauvé, et la parole de Dieu l’en rendait certain.

Nous ne saurions nous imaginer un meurtrier, une fois entré dans la ville, s’exprimant comme le font beaucoup de chrétiens au sujet de la certitude et de l’assurance du salut. Il ne se serait pas cru présomptueux d’être certain qu’il était en sûreté. Si quelqu’un lui avait demandé : « Êtes-vous certain d’être en sûreté ? » — « Oh ! » aurait-il répondu, « comment n’en serais-je pas certain ? N’étais-je pas un meurtrier ? N’ai-je pas fui vers cette ville de refuge ? Et l’Éternel, le Dieu de notre alliance, n’a-t-il pas dit : « Qu’il s’y enfuie pour qu’il vive ? » Oui, Dieu soit béni, je suis parfaitement certain d’être en sûreté. J’ai dû terriblement courir et lutter pour arriver. Souvent j’ai cru que le vengeur du sang allait me saisir, et je me croyais perdu, mais, dans sa grâce infinie, Dieu a voulu que l’accès de la cité fût si facile et la route si bonne, que, en dépit de tous mes doutes et de toutes mes craintes, m’y voici sain et sauf. La lutte est finie, mes angoisses sont passées. Je puis respirer librement maintenant et aller où bon me semble, en parfaite sécurité dans ce lieu de bénédiction, en louant le Dieu de notre alliance d’avoir, dans sa grande bonté, préparé un si précieux refuge pour un pauvre meurtrier tel que moi ».

Le lecteur peut-il s’exprimer de la même manière à l’égard de sa sûreté en Christ ? Est-il sauvé et le sait-il ? S’il ne l’est pas, puisse l’Esprit de Dieu appliquer à son cœur le type si simple du meurtrier entré dans la ville de refuge ! Puisse-t-il connaître « la ferme consolation » qui est la part assurée, parce qu’elle est divine, de tous ceux qui « se sont enfuis pour saisir l’espérance proposée » (Héb. 6:18).

En poursuivant l’étude de notre chapitre, nous verrons que le sujet des villes de refuge embrassait d’autres questions que celle du salut du meurtrier. Nous avons vu que, de ce côté-là, tout était parfaitement réglé ; mais la gloire de Dieu, la pureté de son pays et l’intégrité de son gouvernement, devaient être sauvegardés. Si l’on touchait à ces choses, il n’y avait plus de sécurité pour personne. Ce grand principe brille dans chacune des pages de l’histoire des dispensations de Dieu envers l’homme. Le vrai bonheur de l’homme et la gloire de Dieu sont indissolublement liés, et l’un et l’autre reposent sur le même fondement inébranlable, savoir sur Christ et son œuvre précieuse.

« Et si l’Éternel, ton Dieu, étend tes limites, comme il l’a juré à tes pères, et qu’il te donne tout le pays qu’il a promis de donner à tes pères, parce que tu auras gardé tout ce commandement que je te commande aujourd’hui, pour le pratiquer, en aimant l’Éternel, ton Dieu, et en marchant toujours dans ses voies, alors tu t’ajouteras encore trois villes à ces trois-là ; afin que le sang innocent ne soit pas versé au milieu de ton pays, que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, et qu’ainsi le sang ne soit pas sur toi. Mais si un homme hait son prochain, et lui dresse une embûche, et se lève contre lui et le frappe à mort, en sorte qu’il meure, et qu’il s’enfuie dans l’une de ces villes, alors les anciens de sa ville enverront et le prendront de là, et le livreront en la main du vengeur du sang ; et il mourra. Ton œil ne l’épargnera point ; et tu ôteras d’Israël le sang innocent, et tu prospéreras » (vers. 8-13).

Ainsi, soit qu’il s’agît de grâce pour le meurtrier involontaire, ou de jugement pour celui qui avait méchamment tué son prochain, la gloire de Dieu et les exigences de son gouvernement devaient être maintenues. Le meurtrier involontaire trouvait la provision de la grâce ; le coupable tombait sous la sentence d’une justice inflexible. Nous ne devons jamais oublier la solennelle réalité du gouvernement divin. Nous le rencontrons partout, et s’il était mieux reconnu, nous serions délivrés des vues erronées sur le caractère de Dieu. Prenons, par exemple, des paroles telles que celles-ci : « Ton œil ne l’épargnera point ». Qui les a prononcées ? l’Éternel. Qui les a fait écrire ? Le Saint Esprit. Que signifient-elles ? Un jugement solennel contre la méchanceté. Que les hommes se gardent de traiter à la légère ces choses si importantes, et que les enfants de Dieu prennent garde aussi de se laisser aller à raisonner follement sur des sujets entièrement au-dessus de leur portée. Qu’ils se souviennent que l’on trouve constamment la fausse sentimentalité alliée à l’audacieuse incrédulité, pour juger et critiquer les actes solennels du gouvernement divin. C’est là une considération bien sérieuse. Les méchants doivent s’attendre à un jugement certain de la part d’un Dieu qui hait le péché. Si un meurtrier volontaire prétendait profiter du refuge préparé par Dieu pour le meurtrier involontaire, la main de la justice s’emparait de lui et le mettait à mort sans merci. Tel était jadis le gouvernement de Dieu en Israël, et tel il sera dans un jour qui approche rapidement. Maintenant encore Dieu use de patience envers le monde ; c’est le jour du salut, le temps favorable. Mais le jour de la vengeance est proche. Oh ! combien, au lieu de raisonner sur la justice des dispensations de Dieu envers les méchants, les hommes feraient mieux de chercher un refuge en ce précieux Sauveur qui mourut sur la croix, afin de nous sauver des flammes du feu éternel ! (*)

 

(*) Nous renvoyons le lecteur aux « Notes sur le livre des Nombres », chapitre 35, pour de plus amples explications sur les villes de refuge.

 

Le verset 14 de notre chapitre nous offre une nouvelle preuve des tendres soins de Dieu pour son peuple, et de son touchant intérêt pour tout ce qui le concernait, directement ou indirectement. « Tu ne reculeras point les bornes de ton prochain, que des prédécesseurs auront fixées dans ton héritage lequel tu hériteras dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour le posséder ».

Ce passage pris dans toute sa portée et dans son application primitive, nous montre le cœur plein d’amour de notre Dieu, et nous fait voir de quelle manière merveilleuse il s’intéressait à toutes les circonstances de son peuple. Les bornes ne devaient pas être touchées. La part de chacun devait demeurer intacte selon les limites tracées autrefois. L’Éternel avait donné le pays à Israël, et, de plus, il avait assigné à chaque tribu et à chaque famille sa position, indiquée avec une précision parfaite, et marquée par des bornes si visibles qu’il ne pouvait y avoir aucune confusion, aucune collision d’intérêts, aucun motif de procès ou de chicane au sujet des propriétés. Les anciennes bornes étaient là, marquant la part de chacun de manière à empêcher tout prétexte de dispute. Chacun était comme tenancier du Dieu d’Israël, qui connaissait tout ce qui concernait sa petite propriété ; et chaque tenancier avait le bonheur de savoir que les yeux du Maître et Seigneur Tout-Puissant reposaient sur son petit domaine, et que sa main le protégerait contre celui qui voudrait s’y introduire. Il pouvait donc se reposer en paix sous sa vigne et sous son figuier, et jouir du lot qui lui avait été départi par le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

En voilà assez sur le sens littéral de ce beau passage ; mais il a aussi une signification spirituelle et profonde. N’y a-t-il pas, pour l’Église de Dieu et pour chacun de ses membres, des bornes spirituelles qui marquent avec une divine exactitude les limites de notre héritage céleste, bornes établies d’ancien temps par les apôtres de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ ? Oui, assurément, et Dieu les voit et ne permet pas qu’on les déplace impunément. Malheur à l’homme qui ose les toucher ! il aura à en rendre compte à Dieu. C’est une chose sérieuse que de nous mêler de ce qui concerne la position, la portion et l’espérance de l’Église de Dieu, et beaucoup le font sans s’en rendre compte.

Nous n’essaierons pas de déterminer quelles sont ces limites ; nous avons cherché à le faire dans le premier volume des « Notes sur le Deutéronome », de même que dans les quatre autres volumes précédents ; mais nous considérons qu’il est de notre devoir d’avertir, d’une manière solennelle, tous ceux que cela concerne, de prendre garde de faire, dans l’Église de Dieu, ce qui correspond au déplacement des bornes en Israël. Si quelqu’un en Israël avait proposé un nouvel arrangement dans l’héritage des tribus, pour diviser les propriétés d’après un nouveau principe et établir de nouvelles limites, quelle aurait été la réponse d’un Israélite fidèle ? Il aurait simplement répondu dans le langage de Deut. 19:14, et dit : « Nous ne voulons rien de nouveau ; nous sommes parfaitement contents de ces bornes sacrées et vénérées, que nos prédécesseurs ont plantées dans notre héritage. Nous sommes décidés à les conserver et à résister avec fermeté à toute innovation moderne ».

Telle aurait été la réponse d’un membre fidèle de l’assemblée d’Israël, et assurément le chrétien ne doit pas être moins décidé à répondre à tous ceux qui, sous prétexte de progrès et de développement, voudraient toucher aux bornes de l’Église de Dieu, et nous offrir les soi-disant lumières de la science et les ressources de la philosophie, au lieu des précieuses instructions de Christ et de ses apôtres. Grâces à Dieu, nous n’en avons nul besoin. Ayant Christ et sa Parole, que nous faut-il de plus ? Qu’avons-nous besoin des progrès et des développements humains, puisque nous avons « ce qui était dès le commencement » ? Que peuvent donner la science ou la philosophie à ceux qui possèdent « toute la vérité » ? Sans doute, nous désirons faire des progrès dans la connaissance de Christ, et voir sa vie plus pleinement manifestée en nous, mais la science et la philosophie ne peuvent nous aider pour cela, bien au contraire, elles ne feraient que nous entraver.

Lecteur chrétien, cherchons à demeurer près de Christ et de sa Parole. C’est notre seule sûreté dans ces mauvais jours. Séparés de Lui, nous ne sommes rien, nous n’avons rien, nous ne pouvons rien. En Lui nous avons tout. Il est la part de notre héritage et de notre breuvage. Puissions-nous savoir ce que c’est, non seulement d’être en sûreté en Lui, mais mis à part pour Lui, et satisfaits de Lui, jusqu’à ce jour glorieux où nous le verrons tel qu’il est, où nous Lui serons rendus semblables, et serons avec Lui pour toujours.

Les versets qui terminent notre chapitre demandent peu d’explications. Ils présentent une vérité pratique à laquelle les chrétiens de profession feront bien d’être attentifs, malgré toutes leurs lumières et leurs connaissances.

« Un seul témoin ne se lèvera pas contre un homme, pour une iniquité ou un péché quelconque, quelque péché qu’il ait commis : sur la déposition de deux témoins ou sur la déposition de trois témoins, la chose sera établie » (vers. 15).

C’est un sujet que nous avons déjà traité, mais sur lequel on ne saurait trop fortement insister. Nous pouvons juger de son importance, par le fait que non seulement Moïse y attire maintes et maintes fois l’attention d’Israël, mais que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et le Saint Esprit par l’apôtre Paul dans deux de ses épîtres, insistent sur ce principe de « deux ou de trois témoins », dans chaque cas qui se présente. Quelque digne de confiance qu’il soit, un seul témoin ne suffit pas. Si cette règle était mieux suivie, que de disputes et de débats seraient évités ! Nous pouvons, dans notre prétendue sagesse, nous imaginer qu’un témoin de toute confiance devrait suffire pour décider une question. Souvenons-nous que Dieu est plus sage que nous, et que notre vraie sagesse aussi bien que notre grande sécurité morale, est de nous en tenir fermement à sa Parole qui ne trompe jamais.

« Quand un témoin inique s’élèvera contre un homme, pour témoigner contre lui d’un crime, alors les deux hommes qui ont le différend, comparaîtront devant l’Éternel, devant les sacrificateurs et les juges qu’il y aura en ces jours-là ; et les juges rechercheront bien, et, si le témoin est un faux témoin, s’il a témoigné faussement contre son frère, alors vous lui ferez comme il pensait faire à son frère ; et tu ôteras le mal du milieu de toi. Et les autres l’entendront et craindront, et ne feront plus désormais une pareille méchante action au milieu de toi. Et ton œil n’épargnera point : vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied » (vers. 16-21).

Nous voyons par ce qui précède combien Dieu hait les faux témoins, et nous devons nous rappeler que, quoique nous ne soyons pas sous la loi, mais sous la grâce, le faux témoin n’est pas moins haïssable aux yeux de Dieu ; et évidemment mieux nous comprendrons la grâce qui nous a été faite, plus nous aurons en horreur tout faux témoignage, toute calomnie et toute médisance, sous quelque forme que ce soit. Que le Seigneur nous préserve de toute chose semblable !

 

4                    Chapitre 20

« Quand tu sortiras pour faire la guerre contre tes ennemis, et que tu verras des chevaux et des chars, un peuple plus nombreux que toi, tu n’auras point peur d’eux ; car l’Éternel, ton Dieu, qui t’a fait monter du pays d’Égypte, est avec toi. Et il arrivera que, quand vous vous approcherez pour le combat, le sacrificateur s’approchera et parlera au peuple, et leur dira : Écoute, Israël ! Vous vous approchez aujourd’hui pour livrer bataille à vos ennemis : que votre cœur ne faiblisse point, ne craignez point, ne soyez point alarmés, et ne soyez point épouvantés devant eux ; car l’Éternel, votre Dieu, marche avec vous, pour combattre pour vous contre vos ennemis, pour vous sauver » (vers. 1-4).

Qu’il est merveilleux de se représenter l’Éternel comme un guerrier, combattant contre les ennemis de son peuple ! Beaucoup de personnes ne peuvent se faire à cette idée et comprendre qu’un Être tout bon puisse revêtir un semblable caractère. Cela vient de ce qu’elles ne font pas la différence des dispensations. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, maintient tout autant son caractère en combattant contre ses ennemis, que le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ en leur pardonnant. Et puisque c’est le caractère sous lequel Dieu se révèle qui donne à son peuple le modèle sur lequel il doit se former et d’après lequel il doit agir, Israël était tout aussi conséquent en exterminant ses ennemis, que nous le sommes en les aimant, en priant pour eux et en leur faisant du bien.

Si on se souvenait de ce principe si simple, on éviterait bien des malentendus et des discussions. Il est de toute évidence que l’Église de Dieu ne doit pas faire la guerre. Aucune personne, exempte de préjugés, ne peut lire le Nouveau Testament sans en être convaincue. Il nous est positivement commandé d’aimer nos ennemis, de faire du bien à ceux qui nous haïssent, et de prier pour ceux qui nous font du tort et nous persécutent. « Remets ton épée en son lieu ; car tous ceux qui auront pris l’épée, périront par l’épée ». Et dans un autre évangile : « Jésus donc dit à Pierre : Remets l’épée dans le fourreau ; la coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ? » (Jean 18:11). Et plus loin, notre Seigneur dit à Pilate : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu », — cela aurait été parfaitement convenable pour eux de le faire, — « mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici », et c’est pourquoi ce serait totalement inconséquent et mal pour eux de combattre.

Tout cela est si clair que nous n’avons qu’à dire : « Comment lis-tu ? » Notre bien-aimé Sauveur ne combattait pas ; il supportait avec douceur et patience toute espèce d’injures et de mauvais traitements, et ainsi nous a laissé un exemple afin que nous suivions ses traces. Si nous nous demandions avec sincérité : « Que ferait Jésus dans tel ou tel cas ? » cela mettrait fin à toute discussion sur ce point comme sur une foule d’autres. Il n’est nullement nécessaire de raisonner. Si les paroles et l’exemple de notre précieux Seigneur et l’enseignement positif de son Esprit par ses apôtres, ne sont pas suffisants pour nous guider, toute discussion est inutile.

Et si l’on nous demande ce qu’enseigne le Saint Esprit sur ce grand sujet pratique, écoutez ces paroles si claires et si pénétrantes : « Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés ; mais laissez agir la colère », car il est écrit : « À moi la vengeance, moi je rendrai, dit le Seigneur ». « Si donc ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire, car en faisant cela tu entasseras des charbons de feu sur sa tête ». « Ne sois pas surmonté par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Rom. 12:19-21).

Telle est l’admirable morale de l’Église de Dieu, les principes de ce royaume céleste auquel tous les vrais chrétiens appartiennent. Est-ce qu’ils auraient convenu à Israël ? Certainement non. Si Josué eût traité les Cananéens d’après les principes posés en Rom. 12, c’eût été une inconséquence aussi positive que si nous agissions d’après les principes du chap. 20 du Deutéronome. D’où cela vient-il ? Simplement de ce que, au temps de Josué, Dieu exécutait le jugement en justice, tandis que maintenant il agit en grâce. Le principe selon lequel Dieu agit est le grand régulateur moral pour les enfants de Dieu de tous les temps, et cela, bien compris, met fin à toute discussion.

« Et quant au monde », demandera-t-on peut-être, « pourrait-il adopter le principe de la grâce, et se conduire d’après la doctrine du verset 20 de Rom. 12 ? » Non, la pensée seule en est absurde. Essayer de mêler les principes de la grâce avec la loi des nations, ou de faire entrer l’esprit du Nouveau Testament dans les systèmes d’économie politique, plongerait immédiatement la société civilisée dans une confusion irrémédiable. Et c’est en cela précisément que beaucoup de personnes excellentes et bien intentionnées se trompent ; elles voudraient contraindre les nations de la terre à adopter un principe qui serait la ruine de leur existence nationale. Le temps n’est pas encore venu où les peuples forgeront de leurs épées des socs, et de leurs lances des serpes, et ne s’adonneront plus à la guerre. Cet heureux temps viendra, lorsque cette terre qui gémit sera remplie de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent la mer. Mais vouloir que les nations maintenant agissent d’après des principes de paix, c’est vouloir qu’elles cessent d’exister ; c’est une tentative parfaitement vaine et stérile. Nous ne sommes pas appelés à régler le monde, mais à le traverser comme étrangers et voyageurs. Jésus n’est pas venu pour redresser le monde ; il est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu, et quant au monde, il a rendu ce témoignage que ses œuvres étaient mauvaises. Il viendra bientôt rétablir toutes choses. Il prendra sa grande puissance et régnera. Les royaumes de ce monde deviendront les royaumes de notre Seigneur et de son Christ. Il ôtera de son royaume tout ce qui est souillé et tous ceux qui font mal. Tout cela est vrai, Dieu soit béni, mais nous devons attendre son temps. Il est parfaitement inutile de chercher, dans notre ignorance, à amener un état de choses qui, d’après le témoignage de toute l’Écriture, ne peut être introduit que par la présence personnelle et le règne de notre adorable Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Mais revenons à notre chapitre. Les enfants d’Israël étaient appelés à combattre les batailles de l’Éternel. Dès l’instant où ils posèrent leurs pieds sur la terre de Canaan, ils eurent à faire la guerre à ses habitants. « Des villes de ces peuples-ci que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, tu ne laisseras en vie rien de ce qui respire ». C’était clair et formel. Non seulement la postérité d’Abraham devait posséder le pays de Canaan, mais encore elle devait être l’instrument pour exécuter le juste jugement de Dieu sur les coupables habitants dont les péchés s’étaient élevés jusqu’au ciel et étaient devenus tout à fait intolérables.

Si quelqu’un croit devoir justifier la manière dont Dieu agit envers les sept nations de Canaan, qu’il sache bien que ses efforts sont tout à fait superflus. Quelle folie pour de pauvres vers de terre de croire qu’ils peuvent entreprendre cette tâche, et quelle folie chez ceux qui demandent une justification ou une explication ! C’était un grand honneur conféré aux Israélites que d’avoir à exterminer ces nations coupables, honneur dont ils se montrèrent tout à fait indignes, vu qu’ils ne se conformèrent pas à ce qui leur avait été commandé. Ils laissèrent vivre un grand nombre de ceux qui auraient dû être entièrement détruits, et ceux-là devinrent les misérables instruments de leur propre ruine en les incitant aux mêmes iniquités qui avaient appelé sur eux les jugements divins.

Examinons un instant quelles étaient les qualités nécessaires à ceux qui combattaient les batailles de l’Éternel. Le commencement de notre chapitre est rempli d’instructions précieuses pour nous, dans les combats spirituels que nous sommes appelés à livrer.

Le lecteur remarquera que quand il fallait s’approcher pour combattre, le peuple était harangué d’abord par le sacrificateur et ensuite par les officiers. Cet ordre est très beau. Le sacrificateur exposait au peuple ses grands privilèges, puis les officiers venaient lui rappeler sa responsabilité. Tel est l’ordre divin. « Le sacrificateur s’approchera, et parlera au peuple, et leur dira : Écoute, Israël ! Vous vous approchez aujourd’hui pour livrer bataille à vos ennemis : que votre cœur ne faiblisse point ; ne craignez point, ne soyez point alarmés, et ne soyez point épouvantés devant eux ; car l’Éternel, votre Dieu, marche avec vous, pour combattre pour vous contre vos ennemis, pour vous sauver ».

Que ces paroles étaient belles et encourageantes ; tout à fait propres à bannir toute crainte et à inspirer le courage et la confiance au cœur le plus timide ! Le sacrificateur était l’expression même de la grâce de Dieu, son ministère un fleuve de consolations précieuses coulant du cœur du Dieu d’Israël vers chaque combattant. Ses paroles étaient bien ce qu’il fallait pour ceindre les reins de l’esprit et fortifier le bras le plus faible pour le combat. Il assure les Israélites que la présence divine les accompagne. Il n’y a ni question, ni condition, ni « si », ni « mais ». C’est une assertion positive. L’Éternel Dieu était avec eux ; et certes c’était suffisant. Peu importait le nombre ou la puissance de leurs ennemis ; ils ne seraient que comme la balle balayée par le vent en présence de l’Éternel des armées, du Dieu des armées d’Israël.

Mais le magistrat devait être écouté, aussi bien que le sacrificateur. « Et les magistrats parleront au peuple, disant : Qui est l’homme qui a bâti une maison neuve et qui ne l’a pas consacrée ? qu’il s’en aille et retourne en sa maison, de peur qu’il ne meure dans la bataille et qu’un autre ne la consacre. Et qui est l’homme qui a planté une vigne et n’en a pas joui ? qu’il s’en aille et retourne en sa maison, de peur qu’il ne meure dans la bataille et qu’un autre n’en jouisse. Et qui est l’homme qui s’est fiancé à une femme et ne l’a pas encore prise ? qu’il s’en aille et retourne en sa maison, de peur qu’il ne meure dans la bataille et qu’un autre ne la prenne. Et les magistrats continueront à parler au peuple, et diront : Qui est l’homme qui a peur et dont le cœur faiblit ? qu’il s’en aille et retourne en sa maison, de peur que le cœur de ses frères ne se fonde comme le sien. Et quand les magistrats auront achevé de parler au peuple, ils établiront les chefs des armées à la tête du peuple » (vers. 5-9).

Nous apprenons par là que deux choses étaient absolument essentielles à tous ceux qui combattaient les batailles de l’Éternel, savoir un cœur complètement débarrassé de tout ce qui tenait à la nature et à la terre, et une confiance sûre et ferme en Dieu. « Nul homme qui va à la guerre ne s’embarrasse dans les affaires de la vie, afin qu’il plaise à celui qui l’a enrôlé pour la guerre » (2 Tim. 2:4). Il y a une différence importante entre être engagé dans les affaires de cette vie et s’en laisser embarrasser. Un homme pouvait posséder une maison, une vigne et une femme, et pourtant être propre à faire la guerre. En elles-mêmes, ces choses n’étaient point des obstacles, mais si on les possédait dans des conditions qui les rendaient embarrassantes, alors leur possesseur n’était pas propre pour le combat.

Il est bon de nous souvenir de cela. Comme chrétiens, nous sommes appelés à de constants combats spirituels. Nous devons disputer chaque pouce de terrain céleste. Ce que les Cananéens étaient pour Israël, les malices spirituelles dans les lieux célestes le sont pour nous. Nous n’avons pas à combattre pour la vie éternelle ; nous la recevons en don gratuit de Dieu avant de commencer la lutte. Nous n’avons pas à combattre pour le salut, nous sommes sauvés avant d’entrer dans le conflit. Il est absolument nécessaire de savoir pour quoi et contre qui nous avons à combattre. Nous combattons afin d’établir, de conserver et de manifester, en pratique, notre position et notre caractère célestes au milieu des scènes et des circonstances de la vie humaine et journalière. Quant à nos ennemis spirituels, ce sont les puissances spirituelles de méchanceté qui sont actuellement dans les lieux célestes. « Notre lutte n’est pas contre le sang et la chair », — comme pour Israël en Canaan, — « mais contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes » (Éph. 6:12).

Or que nous faut-il pour cette lutte ? Devons-nous abandonner nos légitimes vocations terrestres ? Devons-nous rompre avec ces relations naturelles et sanctionnées par Dieu ? Est-il nécessaire de devenir un ascète, un mystique ou un moine, afin de nous engager dans la lutte spirituelle à laquelle nous sommes appelés ? Nullement, au contraire, agir ainsi pour un chrétien serait prouver qu’il n’a nullement compris sa vocation, ou bien que, dès le début, il a succombé dans la lutte. Il nous est positivement ordonné de travailler de nos mains à ce qui est bon, afin que nous ayons de quoi donner à ceux qui sont dans le besoin. Et de plus, nous avons dans le Nouveau Testament, les directions les plus claires quant à ce que nous avons à faire dans les diverses relations naturelles que Dieu lui-même a établies, et sur lesquelles il a mis le sceau de son approbation. Il est, par conséquent, évident que les vocations terrestres et les relations naturelles ne sont pas, en elles-mêmes, des obstacles au succès de notre lutte spirituelle.

De quoi donc a besoin le soldat chrétien ? D’un cœur complètement débarrassé des choses terrestres et naturelles, et d’une confiance entière en Dieu. Mais comment avoir ces choses ? Écoutons la réponse divine : « C’est pourquoi prenez l’armure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister », — le mauvais jour, c’est-à-dire tout le temps qui s’écoule entre la croix et la venue de Christ, — « et, après avoir tout surmonté, tenir ferme. Tenez donc ferme, ayant ceint vos reins de la vérité, et ayant revêtu la cuirasse de la justice, et ayant chaussé vos pieds de la préparation de l’évangile de paix ; par-dessus tout, prenant le bouclier de la foi par lequel vous pourrez éteindre tous les dards enflammés du méchant. Prenez aussi le casque du salut, et l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu ; priant par toutes sortes de prières et de supplications, en tout temps, par l’Esprit, et veillant à cela avec toute persévérance et des supplications pour tous les saints » (Éph. 6:14-18).

Lecteur, remarquez comment le Saint Esprit caractérise le soldat chrétien. Il n’est point question de maison, de vigne ou de femme, mais il s’agit d’avoir l’homme intérieur gouverné par « la vérité », la conduite dirigée par une réelle et pratique « justice », les habitudes et les voies morales caractérisées par la douce « paix » de l’Évangile, l’homme tout entier recouvert du bouclier impénétrable de la « foi », le siège de l’intelligence gardé par la pleine assurance du « salut », et le cœur constamment soutenu et fortifié par la prière persévérante et les supplications, et se répandant en vivante intercession pour tous les saints et spécialement pour les bien-aimés ouvriers du Seigneur et pour leur œuvre. C’est de cette manière que l’Israël spirituel de Dieu doit être équipé pour le combat qu’il est appelé à livrer aux puissances spirituelles de méchanceté qui sont dans les lieux célestes. Veuille le Seigneur, dans son infinie bonté, faire sentir à nos âmes la réalité de toutes ces choses et nous donner de les mettre en pratique dans notre vie journalière !

La fin de notre chapitre développe les principes qui devaient diriger les Israélites dans leurs guerres. Ils avaient à faire la différence entre les villes qui étaient fort éloignées d’eux et celles qui appartenaient aux sept nations condamnées. Aux premières, ils devaient tout d’abord faire des ouvertures de paix ; aux autres, au contraire, ils ne devaient faire aucune grâce. « Quand tu approcheras d’une ville pour lui faire la guerre, tu l’inviteras à la paix », — étrange manière de combattre ! — « Et s’il arrive qu’elle te fasse une réponse de paix et qu’elle s’ouvre à toi, alors tout le peuple qui sera trouvé dedans te sera tributaire et te servira. Et si elle ne fait pas la paix avec toi, mais qu’elle fasse la guerre contre toi, tu l’assiégeras ; et quand l’Éternel, ton Dieu, la livrera en ta main, tu frapperas tous les mâles par le tranchant de l’épée  »; — les mâles indiquent l’énergie du mal ; — « mais les femmes et les enfants, et le bétail, et tout ce qui sera dans la ville, tout son butin », — tout ce qui pouvait être utilisé pour le service de Dieu et de son peuple, — « tu le pilleras pour toi ; et tu mangeras le butin de tes ennemis, que l’Éternel, ton Dieu, t’aura donné. C’est ainsi que tu feras à toutes les villes qui sont très éloignées de toi, qui ne sont point des villes de ces nations-ci » (v. 10-15).

Un carnage aveugle et une extermination générale n’étaient point le devoir d’Israël. Les villes qui étaient disposées à accepter les propositions de paix devaient avoir le privilège de devenir tributaires du peuple de Dieu ; et quant à celles qui ne voulaient pas traiter, tout ce qu’elles contenaient d’utile devait être conservé.

Il y a dans la nature et sur la terre des choses qui peuvent être utilisées pour Dieu, qui sont sanctifiées par la parole de Dieu et par la prière. Il nous est dit de nous faire des amis avec les richesses injustes, afin que, quand nous viendrons à manquer, nous soyons reçus dans les tabernacles éternels. Cela veut dire tout simplement que si le chrétien possède des richesses terrestres, il doit les employer fidèlement au service de Christ, en faire part libéralement aux pauvres et à tous les ouvriers du Seigneur ; en un mot, il doit les faire servir à propager l’œuvre du Seigneur en tous lieux. De cette manière, ces richesses mêmes, qui, mal employées, pourraient s’échapper comme de la poussière de ses mains ou devenir comme de la rouille pour son âme, produiront des fruits précieux qui aideront à lui procurer une entrée abondante dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Beaucoup de chrétiens sont embarrassés par ce passage de Luc 16:9 ; mais le sens en est aussi clair et positif que pratiquement important. Nous trouvons la même leçon en 1 Tim. 6: « Ordonne à ceux qui sont riches dans le présent siècle, qu’ils ne soient pas hautains et qu’ils ne mettent pas leur confiance dans l’incertitude des richesses, mais dans le Dieu qui nous donne toutes choses richement pour en jouir ; qu’ils fassent du bien ; qu’ils soient riches en bonnes œuvres ; qu’ils soient prompts à donner, libéraux, s’amassant comme trésor un bon fondement pour l’avenir, afin qu’ils saisissent ce qui est vraiment la vie » (*).

 

(*) Et non « la vie éternelle ». Les quatre principales autorités sont d’accord pour lire ontos au lieu de aioniou en 1 Tim. 6:19. La seule vie vraie et réelle, c’est de vivre pour Christ ; de vivre en vue de l’éternité, d’employer tout ce que nous possédons pour l’avancement de la gloire de Dieu et en vue des demeures éternelles. Cela seul est vraiment la vie.

 

Rien de ce que nous donnons à Christ ne sera perdu plus tard. Quoique cette pensée ne doive nullement être notre mobile, elle est propre cependant à nous encourager à consacrer tout ce que nous possédons, ainsi que nos personnes, au service de notre bien-aimé Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Tel est l’enseignement bien clair que nous donnent Luc 16 et 1 Tim. 6: efforçons-nous de le comprendre. L’expression : « Afin que vous soyez reçus dans les tabernacles éternels », signifie simplement que ce qui est dépensé pour Christ aura sa récompense dans le jour qui vient. Même un verre d’eau froide donné en son précieux nom ne perdra pas sa récompense dans son royaume éternel. Oh ! dépensons pour Lui et nous-mêmes et ce que nous avons.

Nous terminerons cette section en citant les dernières lignes de notre chapitre, qui offrent un bel exemple de la manière dont notre Dieu s’occupe des moindres choses, et de sa sollicitude pour que rien ne soit perdu ou endommagé. « Quand tu assiégeras une ville pendant plusieurs jours en lui faisant la guerre pour la prendre, tu ne détruiras pas ses arbres en levant la hache contre eux, car tu pourras en manger : tu ne les couperas pas, car l’arbre des champs est-il un homme, pour être assiégé par toi ? Seulement, l’arbre que tu connaîtras n’être pas un arbre dont on mange, celui-là tu le détruiras et tu le couperas, et tu en construiras des ouvrages pour assiéger la ville qui est en guerre avec toi, jusqu’à ce qu’elle tombe » (vers. 19-20).

« Que rien ne soit perdu », tel est l’ordre de notre Maître, ordre que nous ne devrions jamais oublier. « Toute créature de Dieu est bonne, et il n’y en a aucune qui soit à rejeter ». Nous devons être soigneusement en garde contre tout gaspillage, et cet avertissement regarde tout particulièrement les serviteurs d’une maison. Trop souvent, on voit prodiguer ou jeter de la nourriture qui pourrait faire le repas d’une pauvre famille. Si des domestiques chrétiens lisent ces lignes, nous les engageons à considérer ce sujet en la présence de Dieu, et à ne jamais laisser perdre la moindre chose qui pourrait être utile à d’autres. Soyons assurés que la prodigalité déplaît au Seigneur. Souvenons-nous que ses regards sont sur nous, et cherchons de tout notre cœur à Lui être agréable dans toute notre conduite.

 

5                    Chapitre 21

« Quand on trouvera sur la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour la posséder, un homme tué, étendu dans les champs, sans qu’on sache qui l’a frappé, tes anciens et tes juges » — les gardiens des droits de la vérité et de la justice — « sortiront, et mesureront jusqu’aux villes qui sont autour de l’homme tué. Et quand ils auront établi quelle est la ville la plus rapprochée de l’homme tué, les anciens de cette ville prendront une génisse qui n’a pas servi et qui n’a pas tiré au joug, et les anciens de cette ville feront descendre la génisse dans une vallée où coule un torrent qui ne tarit pas, dans laquelle on ne travaille ni ne sème, et là, dans la vallée, ils briseront la nuque à la génisse. Et les sacrificateurs, fils de Lévi », — ministres de la grâce et de la miséricorde, — « s’approcheront ; car ce sont eux que l’Éternel, ton Dieu, a choisis pour faire son service et pour bénir au nom de l’Éternel ; et ce sont eux qui prononceront sur tout différend et sur toute blessure », — fait béni et bien consolant ! — « Et tous les anciens de cette ville, qui sont les plus rapprochés de l’homme tué, laveront leurs mains sur la génisse, à laquelle on aura brisé la nuque dans la vallée ; et ils prendront la parole et diront : Nos mains n’ont pas versé ce sang, et nos yeux ne l’ont pas vu. Pardonne, ô Éternel, à ton peuple Israël que tu as racheté, et n’impute pas à ton peuple Israël le sang innocent. Et le sang leur sera pardonné. Et toi, tu ôteras le sang innocent du milieu de toi, quand tu auras fait ce qui est droit aux yeux de l’Éternel » (vers. 1-9).

Nous avons ici devant nous un passage intéressant, propre à nous faire réfléchir, et qui demande notre attention. Un crime est commis, un homme est trouvé tué dans le pays, mais personne ne sait par qui, ni même s’il s’agit d’un assassinat ou d’un meurtre involontaire. Tout est mystère ; mais le fait est là. Un crime a été commis ; c’est une tache sur le pays de l’Éternel, et l’homme est totalement incapable de juger la chose.

Que faudra-t-il faire ? La gloire de Dieu et la pureté de son pays doivent être maintenues. Dieu connaît tout ce qui en est, et Lui seul peut agir, et il le fait d’une manière pleine de précieux enseignements.

En premier lieu, les anciens et les juges paraissent sur la scène. Les exigences de la vérité et de la justice doivent être respectées ; la justice et le jugement doivent être parfaitement maintenus ; c’est là une vérité capitale qui se retrouve dans toute la parole de Dieu. Il faut que le péché soit jugé avant que les péchés puissent être pardonnés, ou que le pécheur puisse être justifié. Avant que la voix céleste de la grâce puisse se faire entendre, il faut que la justice soit parfaitement satisfaite, les droits de Dieu maintenus, et son nom glorifié. La grâce doit régner par la justice. Dieu soit béni, il en est ainsi ! Quelle glorieuse vérité pour tous ceux qui ont pris leur vraie place comme pécheurs ! Dieu a été glorifié quant à la question du péché, et, par conséquent, il peut, en toute justice, pardonner au pécheur et le justifier.

Mais nous devons nous borner à l’interprétation du passage qui est placé devant nous, et qui nous donne un aperçu merveilleux de l’avenir d’Israël. La grande vérité fondamentale de l’expiation y est bien présentée, mais c’est en rapport avec Israël. La mort de Christ s’y voit sous ses deux grands aspects, comme l’expression de la culpabilité de l’homme, et comme le déploiement de la grâce de Dieu ; le premier a pour type l’homme trouvé tué dans le champ ; le second, la génisse égorgée dans la vallée où l’on ne travaille ni ne sème. Les anciens, et les juges ayant trouvé quelle était la ville la plus proche de l’homme tué, rien ne sauve sinon le sang d’une victime sans tache — le sang de Celui qui fut mis à mort hors de la cité coupable de Jérusalem.

Dès l’instant que les exigences de la justice sont satisfaites par la mort de la victime, un nouvel élément est introduit sur la scène. « Les sacrificateurs, fils de Lévi, s’approcheront ». C’est la grâce agissant sur le terrain de la justice. Les sacrificateurs sont les canaux de la grâce, tout comme les juges sont les gardiens de la justice. Combien l’Écriture est parfaite ! qu’elle est admirable du commencement à la fin ! Ce n’était qu’après que le sang avait été répandu que les ministres de la grâce pouvaient se présenter. La jeune vache égorgée dans la vallée changeait complètement l’aspect des choses. « Les sacrificateurs fils de Lévi, s’approcheront ; car ce sont eux que l’Éternel, ton Dieu, a choisis pour faire son service et pour bénir au nom de l’Éternel ; et ce sont eux qui prononceront sur tout différend et sur toute blessure » — fait béni pour Israël ! fait béni pour tout vrai croyant ! Tout doit être jugé sur l’éternel et glorieux principe de la grâce régnant par la justice.

C’est ainsi que Dieu agira bientôt envers Israël ; c’est à ce peuple que s’appliquent, en premier lieu, toutes ces institutions remarquables que nous trouvons dans ce merveilleux livre du Deutéronome. Il renferme sans doute aussi des leçons, et de précieuses leçons pour nous, mais le vrai moyen de comprendre et d’apprécier ces leçons, c’est d’en saisir la portée propre et véritable. Quelle consolation, par exemple, dans le fait que c’est par la parole du ministre de la grâce que tout différend et toute blessure doivent être jugés, soit pour l’Israël repentant dans l’avenir, soit pour toute âme repentante maintenant ! Perdons-nous quoi que ce soit de cette bénédiction, en reconnaissant l’application directe de l’Écriture ? Au contraire, le vrai secret pour profiter pleinement de tout passage de la parole de Dieu, c’est d’en bien comprendre le sens et la portée.

« Et tous les anciens de cette ville, qui sont les plus rapprochés de l’homme tué, laveront leurs mains sur la génisse, à laquelle on aura brisé la nuque dans la vallée » (*). « Je laverai mes mains dans l’innocence, et je ferai le tour de ton autel, ô Éternel ! » (Ps. 26:6). Le seul endroit pour se laver les mains est celui où le sang de l’expiation a pour toujours effacé notre culpabilité. « Et ils prendront la parole, et diront : Nos mains n’ont pas versé ce sang et nos yeux ne l’ont pas vu. Pardonne, ô Éternel, à ton peuple Israël que tu as racheté, et n’impute pas à ton peuple Israël le sang innocent ».

 

(*)Quelle force dans la figure de cette vallée. Comme elle représente bien ce que fut ce monde en général et le pays d’Israël, en particulier, pour notre bien-aimé Seigneur et Sauveur ! C’était assurément pour Lui une rude vallée, un lieu d’humiliation, une terre déserte et altérée, une terre où l’on ne labourait ni ne semait. Mais, gloire à son nom ! par Sa mort dans la rude vallée, il a procuré pour cette terre et pour le pays d’Israël, une riche moisson de bénédictions, qui sera récoltée pendant le millénium à la louange de l’amour rédempteur. Et maintenant déjà, du trône de la majesté céleste, il peut, et nous en esprit avec Lui, jeter un regard en arrière sur cette vallée comme étant le lieu où fut accomplie l’œuvre bénie qui forme la base impérissable de la gloire de Dieu, de la bénédiction de l’Église, de la pleine restauration d’Israël, de la joie des nations, et de la glorieuse délivrance de la création qui gémit et soupire.

 

« Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». « À vous premièrement, Dieu, ayant suscité son serviteur, l’a envoyé pour vous bénir, en détournant chacun de vous de vos méchancetés » (Actes 3:26). Ainsi, bientôt tout Israël sera sauvé et béni, selon les conseils éternels de Dieu, et en vertu de sa promesse et de son serment faits à Abraham, ratifiés et établis à toujours par le précieux sang de Christ, à qui soit tout hommage et toute gloire à jamais !

Les versets 10-17 traitent d’une manière spéciale des relations d’Israël avec l’Éternel nous ne nous y arrêterons pas ici.

Les versets 18-21 traitent le cas d’un « fils indocile et rebelle ». Ici encore nous avons Israël, mais considéré sous un autre point de vue. C’est la génération apostate pour laquelle il n’y a point de pardon. « Si un homme a un fils indocile et rebelle, qui n’écoute pas la voix de son père ni la voix de sa mère, et qu’ils l’aient châtié, et qu’il ne les ait pas écoutés, alors son père et sa mère le prendront et l’amèneront aux anciens de sa ville, à la porte de son lieu ; et ils diront aux anciens de sa ville : Voici notre fils, il est indocile et rebelle, il n’écoute pas notre voix, il est débauché et ivrogne ; et tous les hommes de sa ville le lapideront avec des pierres, et il mourra ; et tu ôteras le mal du milieu de toi, et tout Israël l’entendra et craindra ».

Le lecteur verra avec intérêt le contraste qui existe entre l’action solennelle de la loi du gouvernement dans le cas de l’enfant rebelle, et la parabole si touchante de l’enfant prodigue, en Luc 15. Nous ne pouvons nous y arrêter ici, quelque joie que nous eussions à le faire. Il est merveilleux de penser que c’est le même Dieu qui parle et agit en Deutéronome 21 et en Luc 15. Mais combien tout est différent ! Sous la loi, le père est appelé à prendre son fils et à l’amener pour être lapidé. Sous la grâce, le père court au-devant du fils prodigue, se jette à son cou et l’embrasse, le revêt de la plus belle robe, lui met un anneau à la main et des sandales aux pieds ; il fait tuer le veau gras, le fait asseoir à table avec lui, et la maison retentit de la joie qui remplit son propre cœur d’avoir retrouvé le pauvre enfant égaré et prodigue.

Quel contraste frappant ! En Deutéronome 21, nous voyons la main de Dieu en juste gouvernement, exécutant le jugement sur le rebelle. En Luc 15, nous voyons le cœur de Dieu débordant de tendresse envers le pauvre pécheur repentant, et lui donnant la douce assurance de la joie qu’il éprouve Lui-même en retrouvant celui qui était perdu. Le rebelle endurci est frappé par la pierre du jugement ; le pécheur pénitent rencontre le baiser de l’amour.

En terminant, nous appellerons l’attention du lecteur sur le dernier verset de notre chapitre. « Celui qui est pendu est malédiction de Dieu ; et tu ne rendras pas impure la terre que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage » (v. 23). L’apôtre Paul y fait allusion d’une manière remarquable, au chap. 3 des Galates : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous (car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois) ».

Cette citation a une grande valeur non seulement parce qu’elle nous présente la grâce précieuse de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, devenu Lui-même malédiction pour nous, afin que la bénédiction d’Abraham pût tomber sur nous, pauvres pécheurs d’entre les nations, mais encore, parce qu’elle nous montre le Saint Esprit mettant son sceau sur les écrits de Moïse, en général, et sur le chapitre 21 du Deutéronome, en particulier. Toutes les parties de l’Écriture se lient si parfaitement entre elles que si l’on touche à l’une on gâte le tout. C’est le même Esprit qui respire dans les écrits de Moïse, dans les pages des prophètes, dans les quatre évangiles, dans les Actes, dans toutes les épîtres apostoliques, et dans ce livre précieux et profond qui termine le volume divin. Nous estimons que c’est notre devoir (comme c’est notre privilège) d’insister sur cette importante vérité auprès de tous ceux dont nous approchons, et nous engageons sérieusement le lecteur de lui donner toute son attention, de la tenir ferme, et de lui rendre un constant témoignage dans ces jours de relâchement, de froide indifférence et de positive hostilité.

 

6                    Chapitres 22-25

La partie de notre livre à laquelle nous sommes arrivés, bien que ne demandant pas beaucoup d’explications, nous enseigne toutefois deux leçons pratiques très importantes. En premier lieu, plusieurs des institutions et des ordonnances que nous y trouvons, prouvent, d’une manière frappante, la terrible dépravation du cœur humain. Elles nous montrent avec évidence, de quoi l’homme est capable lorsqu’il est laissé à lui-même. N’oublions jamais, en lisant certains passages de cette portion du Deutéronome, que c’est le Saint Esprit qui les a dictés. Dans notre prétendue sagesse, nous sommes portés à demander pourquoi de tels passages ont été écrits, s’il est bien possible qu’ils ont réellement été inspirés par le Saint Esprit, et de quelle utilité ils peuvent être pour nous ? S’ils ont été écrits pour notre instruction, que nous enseignent-ils donc ?

La réponse à toutes ces questions est simple. Les passages mêmes que nous nous attendrions le moins à trouver dans les pages inspirées, nous montrent, à leur manière, de quoi nous sommes faits, et la profondeur de notre dépravation morale. Et cela n’est-il pas d’une grande importance ? N’est-il pas utile d’avoir devant nos yeux un miroir fidèle où nous pouvons voir se réfléchir chaque trait de notre être moral ? Évidemment. On parle beaucoup de la dignité de la nature humaine, et beaucoup de personnes trouvent difficile d’admettre qu’elles seraient vraiment capables de commettre quelques-uns des péchés défendus dans les chapitres dont nous nous occupons, et dans d’autres parties des Écritures ; mais nous pouvons être certains que lorsque Dieu nous dit de ne pas commettre tel ou tel péché, c’est parce que nous sommes vraiment capables de le commettre. La sagesse divine n’élèverait jamais une digue s’il n’y avait pas un torrent à contenir. Il n’y aurait nulle nécessité de dire à un ange de ne pas dérober, mais le vol est dans la nature de l’homme, et c’est pourquoi le commandement s’applique à lui. Il en est de même à l’égard de toutes les autres choses défendues ; la défense prouve la tendance. Nous devons admettre ce fait ou alors dire, ce qui serait un blasphème, que Dieu a parlé pour rien.

Mais plusieurs disent que si quelques êtres dégradés de l’humanité déchue sont capables de commettre certaines des abominations défendues dans l’Écriture, tous ne le sont pourtant pas. C’est une complète erreur. Écoutez ce que dit le Saint Esprit au chapitre 17 du prophète Jérémie : « Le cœur est trompeur par-dessus tout, et incurable ». Du cœur de qui parle-t-il ? Est-ce du cœur de quelque abominable criminel ou de quelque grossier païen ? Non, c’est du cœur humain en général, de celui de l’auteur et de celui du lecteur de ces ligues.

Écoutez aussi ce que notre Seigneur Jésus Christ dit à ce sujet : « Car du cœur viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les injures ». De quel cœur ? Est-ce de celui de quelque misérable être dépravé, indigne de paraître dans une honnête société ? Non, c’est du cœur humain en général, — du cœur de l’auteur et de celui du lecteur de ces lignes.

N’oublions pas cela : nous avons tous besoin de nous rappeler que si Dieu retirait un seul instant le secours de sa grâce, il n’y a pas de profondeur d’iniquité où nous ne serions capables de descendre, et nous pouvons ajouter avec la plus vive reconnaissance, que c’est sa main pleine de miséricorde qui nous garde et nous empêche de faire naufrage de toute manière, physiquement, moralement, spirituellement. Puissions-nous toujours garder cette pensée dans nos cœurs, afin de marcher avec humilité et vigilance, en nous appuyant sur ce bras qui seul peut nous soutenir et nous préserver du mal !

Mais nous avons dit qu’il se trouve un autre enseignement précieux dans cette partie de notre livre. Nous y voyons de quelle manière merveilleuse Dieu pourvoyait à tout ce qui concernait son peuple. Rien n’échappait à sa tendre sollicitude ; rien n’était au-dessous de ses soins paternels. Une mère n’aurait pu être plus attentive aux besoins de son enfant, que le Dieu Tout-Puissant, Créateur et Gouverneur de l’univers, ne l’était aux détails les plus minutieux de la vie journalière de son peuple. Il les suivait de jour et de nuit, dans la veille et le sommeil, dans la maison et au dehors. On est rempli d’étonnement, d’amour et d’adoration, en voyant de quelle manière admirable tout était réglé et arrangé pour le peuple d’Israël ; leurs vêtements, leur nourriture, leur conduite les uns envers les autres, la construction de leurs maisons, le labourage et l’ensemencement de leurs champs, et jusqu’aux détails les plus intimes de leur vie privée, Dieu avait pourvu à tout. Nous voyons par là d’une manière frappante qu’il n’y a rien de trop petit pour notre Dieu, lorsqu’il s’agit de son peuple. Il prend un intérêt paternel à ses moindres circonstances. On est émerveillé de voir le Dieu Très-haut, le Créateur des extrémités de la terre, Celui qui soutient le vaste univers, daigner donner des directions à l’égard d’un nid d’oiseau. Mais pourquoi nous en étonner, sachant que c’est la même chose pour Lui de nourrir un passereau que des milliers d’êtres humains ?

Mais le grand fait qui devait toujours être devant chaque membre de l’assemblée d’Israël, c’était celui de la présence divine au milieu d’eux. Ce fait devait agir sur toutes leurs habitudes et toute leur conduite. « Car l’Éternel, ton Dieu, marche au milieu de ton camp pour te délivrer et pour livrer tes ennemis devant toi ; et ton camp sera saint, afin qu’il ne voie parmi toi rien de malséant, et qu’il ne se détourne d’avec toi » (chap. 23:14).

Quel précieux privilège d’avoir l’Éternel marchant au milieu d’eux ! Quel puissant motif pour avoir une conduite pure et une exquise délicatesse dans leurs mœurs et dans leurs habitudes journalières ! S’il était au milieu d’eux pour leur assurer la victoire sur leurs ennemis, il y était aussi pour exiger la sainteté de leur vie. Ils ne devaient jamais un seul instant oublier Celui qui cheminait avec eux. Et si cette pensée était désagréable à quelques-uns, ce ne pouvait être qu’à ceux qui n’aimaient pas la sainteté, la pureté et l’ordre moral. Tous les véritables Israélites devaient être heureux à la pensée qu’ils avaient, au milieu d’eux, Celui qui ne pouvait tolérer quoi que ce soit de souillé, de malséant ou d’impur.

Le lecteur chrétien ne manquera pas de saisir la force morale et l’application de ce principe. Nous avons le privilège d’avoir le Saint Esprit habitant en nous, individuellement et collectivement. Nous lisons en 1 Cor. 6:19: « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, et que vous avez de Dieu ? Et vous n’êtes pas à vous-mêmes ». Ceci est individuel. Chaque croyant est un temple du Saint Esprit, et cette vérité glorieuse et précieuse est la raison de l’exhortation donnée en Éph. 4:30 : « N’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption ».

Combien il est important de garder cette pensée dans nos cœurs ! Quel puissant motif pour cultiver avec soin la pureté du cœur et la sainteté de la vie ! Lorsque nous sommes tentés de nous laisser aller à des pensées, à des sentiments, à des paroles, qui ne sont pas selon Dieu, quel puissant correctif que de réaliser le fait que le Saint Esprit, habite dans nos corps comme dans son temple ! Si nous pouvions toujours nous en souvenir, cela nous préserverait de bien des pensées vagabondes, de bien des paroles légères ou vaines, de bien des actes inconséquents.

Non seulement le Saint Esprit habite en chaque croyant individuellement, mais il est aussi dans l’Église collectivement. « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Cor. 3:16). C’est sur ce fait que l’apôtre fonde son exhortation de 1 Thes. 5:19: « N’éteignez pas l’Esprit ». Quelle perfection, dans l’Écriture, et comme toutes ses parties se lient entre elles ! Le Saint Esprit habite en nous individuellement, par conséquent nous ne devons pas l’attrister. Il habite dans l’assemblée, par conséquent nous ne devons pas l’éteindre, mais lui donner la place qui lui revient et laisser toute liberté à ses opérations. Puissent ces grandes vérités pratiques être enracinées dans nos cœurs, et exercer une plus puissante influence sur notre marche, soit dans la vie privée, soit dans l’assemblée !

Nous citerons maintenant quelques passages des chapitres auxquels nous sommes arrivés, passages qui nous montrent clairement la sagesse, la bonté, la tendresse, la sainteté et la justice qui caractérisaient toutes les dispensations de Dieu envers son peuple. Prenez, par exemple, ce premier paragraphe : « Si tu vois le bœuf de ton frère, ou son mouton, égarés, tu ne te cacheras pas de devant eux : tu ne manqueras pas de les ramener à ton frère. Et si ton frère n’est pas près de toi, ou que tu ne le connaisses pas, tu mèneras la bête dans ta maison ; et elle sera chez toi jusqu’à ce que ton frère la cherche, alors tu la lui rendras. Et tu feras de même pour son âne, et tu feras de même pour son vêtement, et tu feras de même pour tout objet perdu que ton frère aura perdu et que tu auras trouvé : tu ne pourras pas te cacher. Si tu vois l’âne de ton frère, ou son bœuf, tombés sur le chemin, tu ne te cacheras pas de devant eux : tu ne manqueras pas de les relever avec lui » (chap. 22:1-4).

Nous avons ici les deux leçons dont nous avons parlé. Quel tableau humiliant du cœur humain dans cette seule phrase : « Tu ne pourras pas te cacher ! » Nous sommes capables d’un égoïsme assez vil pour nous dérober aux demandes de sympathie et de secours de nos frères, pour refuser de nous occuper de leurs intérêts, pour prétendre ne pas voir le besoin qu’ils ont de notre aide. Tel est l’homme ; tels nous sommes tous !

Mais comme le caractère de notre Dieu brille dans ce passage ! Le bœuf d’un frère, ou son mouton, ou son âne, ne devait point être abandonné, mais ramené, soigné, et rendu sain et sauf à son propriétaire. De même pour les vêtements. Que c’est touchant ! Nous sentons le souffle de la présence divine, la pure atmosphère de la bonté, de la tendresse et de la sollicitude divines. Quel immense et saint privilège que d’être conduit, dirigé et formé par des ordonnances et des statuts aussi parfaits !

Voyons encore dans le passage suivant la preuve évidente de la sollicitude divine : « Si tu bâtis une maison neuve, tu feras un parapet à ton toit, afin que tu ne mettes pas du sang sur ta maison, si quelqu’un venait à en tomber ». L’Éternel voulait que son peuple eût des soins et des égards pour autrui, et par conséquent, quand ils bâtissaient leurs maisons, ils ne devaient pas seulement penser à eux-mêmes et à leurs convenances, mais aussi à la sûreté des autres.

Les chrétiens ne peuvent-ils rien apprendre de cela ? Combien ne sommes-nous pas portés à ne penser qu’à nous-mêmes, à nos propres intérêts, à notre confort, à nos convenances ? Qu’il est rare que nous pensions aux autres, lorsque nous bâtissons ou meublons nos maisons ! Hélas ! le moi est trop souvent notre mobile dans toutes nos entreprises, et il n’en peut être autrement à moins que le cœur ne soit gouverné par les motifs qui appartiennent au christianisme. Il faut que nous vivions dans la pure et céleste atmosphère de la nouvelle création pour pouvoir planer au-dessus du vil égoïsme qui caractérise l’humanité déchue. Tout homme inconverti, quel qu’il soit, n’a que le moi pour mobile, sous une forme ou sous une autre. Le moi est le centre, l’objet, le mobile de toutes les actions.

Il est vrai qu’il y a des personnes plus aimables, plus affectueuses, plus charitables, plus désintéressées, moins égoïstes que d’autres ; mais il est impossible que « l’homme naturel » puisse être dirigé par des motifs spirituels, ou qu’un homme charnel soit stimulé par les choses célestes. Hélas ! nous devons avouer avec une profonde humiliation, que nous qui faisons profession d’être spirituels, nous ne sommes que trop portés à vivre pour nous-mêmes, à rechercher nos propres intérêts, à consulter nos aises et nos convenances. Dès qu’il s’agit du moi, nous sommes tout zèle et toute énergie.

Tout cela est triste et humiliant, et ne serait pas si nous prenions davantage Christ comme notre grand exemple et notre modèle en toutes choses. L’occupation constante du cœur avec Christ, voilà le vrai secret de tout christianisme pratique. Ce ne sont pas les règles et les règlements qui nous feront être semblables à Christ dans notre conduite, notre esprit, nos manières. Il nous faut être imprégnés de son Esprit, marcher sur ses traces, sonder ses gloires morales, et alors nous serons rendus conformes à son image. « Or nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3:18).

Les importantes instructions pratiques que nous trouvons dans les versets 9-11, s’appliquent d’une manière remarquable à tous les ouvriers du Seigneur. « Tu ne sèmeras pas ta vigne de deux espèces de semence, de peur que la totalité de la semence que tu as semée et le rapport de ta vigne ne soient sanctifiés ».

Quel principe important ! Le comprenons-nous réellement ? En voyons-nous la vraie application spirituelle ? Il est à craindre qu’il n’y ait bien des « espèces de semence » semées dans la soi-disant vigne spirituelle d’aujourd’hui. Combien de « philosophie » et de « vaines déceptions », combien de « science, faussement ainsi nommée », et « d’éléments du monde », ne trouvons-nous pas mélangés avec l’enseignement et les prédications dans l’église professante ! Combien peu la pure semence de la parole de Dieu, la « semence incorruptible » du précieux évangile de Christ est semée dans le champ de la chrétienté de nos jours ! Un petit nombre seulement de ceux qui sèment se contentent de s’en tenir à ce que renferme l’Écriture comme matériaux de leur ministère ; et ceux qui, par la grâce de Dieu, sont assez fidèles pour le faire, sont considérés comme des hommes qui n’ont qu’une idée, des hommes de la vieille école, étroits et arriérés.

Eh bien ! que Dieu bénisse les hommes qui n’ont qu’une idée, les hommes de la précieuse école de l’enseignement apostolique ! Nous les félicitons, de tout notre cœur, de leur heureuse étroitesse et de ce qu’ils restent en arrière de ces sombres temps d’incrédulité. Nous savons parfaitement à quoi nous nous exposons en nous exprimant de la sorte, mais peu nous importe. Nous sommes persuadés que tout vrai serviteur de Christ doit être un homme d’une seule idée, et cette idée c’est Christ ; il doit appartenir à la plus ancienne école, celle de Christ ; il doit être aussi étroit que la vérité de Dieu, et refuser avec la plus grande fermeté de faire un seul pas du côté de ce siècle incrédule. Nous ne saurions douter que les efforts que font les prédicateurs et les docteurs de la chrétienté, pour se maintenir au niveau de la littérature du jour, n’expliquent, en grande mesure, les progrès rapides du rationalisme et de l’incrédulité. Ils se sont écartés de la Sainte Écriture, et ont cherché à orner leur ministère des ressources de la philosophie, de la science et de la littérature. Ils ont pensé plus à l’intelligence qu’au cœur et à la conscience. Les précieuses doctrines de la Sainte Écriture, le lait pur de la Parole, l’évangile de la grâce de Dieu et de la gloire de Christ, ont été jugés insuffisants pour attirer et conserver de grandes congrégations. Tout comme Israël avait méprisé la manne, s’en était dégoûté, et l’appelait une nourriture légère, de même l’église professante s’est dégoûtée des pures doctrines de ce glorieux christianisme révélé dans les pages du Nouveau Testament, et a soupiré après quelque chose qui plaise à l’intelligence et qui nourrisse l’imagination. Les doctrines de la croix dans lesquelles se glorifiait l’apôtre, ont perdu leur attrait, et quiconque est assez fidèle pour s’en tenir uniquement à ces doctrines dans son ministère, peut être assuré de ne pas être populaire.

Néanmoins, que tous les vrais et fidèles ministres de Christ, que tous les véritables ouvriers dans sa vigne, s’appliquent à suivre le principe spirituel exposé en Deut. 22:9 ; qu’ils se refusent résolument à semer « deux espèces de semence » dans la vigne spirituelle ; qu’ils se bornent, dans leur ministère, aux « paroles de la foi et de la bonne doctrine », et qu’ils cherchent toujours à « exposer justement la parole de la vérité », afin de n’être pas couverts de honte, mais de recevoir une pleine récompense dans ce jour où l’œuvre de chacun sera éprouvée. Nous pouvons être assurés que la parole de Dieu — la pure semence — est la seule que doive employer l’ouvrier spirituel. Nous ne méprisons point l’instruction, loin de là, nous la considérons comme très précieuse, quand elle est à sa vraie place. Les faits de la science et les ressources d’une saine philosophie peuvent aussi servir à développer et à expliquer les vérités de la Sainte Écriture. Nous voyons le Maître lui-même et ses apôtres, faire usage, dans leur enseignement public, des faits de l’histoire et de la nature ; et personne ne songerait à mettre en doute la valeur et l’importance d’une connaissance suffisante des langues originales hébraïque et grecque, pour l’étude particulière et l’exposition publique de la parole de Dieu.

Mais admettre tout cela, ne touche en rien le grand principe pratique qui nous occupe, et tous les serviteurs de Christ sont tenus de reconnaître que le Saint Esprit est la seule puissance, et la Sainte Écriture la seule autorité, de tout vrai ministère dans l’Évangile et dans l’Église de Dieu. Si cela était mieux compris et plus fidèlement pratiqué, nous verrions partout, dans la vigne de Christ, un état de choses bien différent.

Mais nous devons terminer nos chapitres. Nous avons traité ailleurs le sujet du « joug mal assorti ». Les Israélites ne devaient pas labourer avec un bœuf et un âne accouplés ensemble, et ils ne devaient pas se vêtir d’un drap tissé de diverses matières, comme de laine et de lin. L’application spirituelle de ces deux défenses est aussi simple qu’elle est importante. Le chrétien ne doit pas s’associer avec un incrédule pour quoi que ce soit, que le lien soit domestique, religieux, philanthropique ou commercial ; il ne doit pas non plus se laisser diriger par des principes mélangés. Il faut que son caractère soit formé et que sa conduite soit gouvernée par les principes purs et élevés de la parole de Dieu. Puisse-t-il en être ainsi de tous ceux qui s’appellent chrétiens !

 

7                    Chapitre 26

« Et quand tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, et que tu le posséderas, et y habiteras, alors tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre, que tu tireras de ton pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, et tu les mettras dans une corbeille, et tu iras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire habiter son nom ». — Non, en un lieu qu’ils choisiraient eux-mêmes, ou d’autres pour eux. — « Et tu viendras vers le sacrificateur qu’il y aura en ces jours-là, et tu lui diras : Je déclare aujourd’hui, à l’Éternel, ton Dieu, que je suis arrivé dans le pays que l’Éternel a juré à nos pères de nous donner. Et le sacrificateur prendra la corbeille de ta main, et la posera devant l’autel de l’Éternel, ton Dieu » (vers. 1-4).

Le chapitre auquel nous sommes arrivés renferme la touchante ordonnance de la corbeille des premiers fruits. Elle nous présente des principes du plus profond intérêt, en même temps que des vérités pratiques de la plus haute importance. C’était seulement après que l’Éternel avait introduit son peuple dans la terre promise, que les fruits de ce pays pouvaient être offerts. Il fallait donc nécessairement être en Canaan, avant que les fruits de Canaan puissent être apportés à l’autel. L’adorateur pouvait dire : « Je déclare aujourd’hui à l’Éternel, ton Dieu, que je suis arrivé dans le pays que l’Éternel a juré à nos pères de nous donner ».

« Je suis arrivé ». Voilà le point de départ. Il ne dit pas : « Je vais arriver, j’espère, je désire parvenir » ; non, mais « je suis arrivé ». Il en doit toujours être ainsi. Nous devons nous savoir sauvés, avant de pouvoir offrir les fruits d’un salut connu. Nous pouvons être parfaitement sincères dans notre désir du salut et pleins de zèle dans nos efforts pour atteindre ce but, mais les efforts pour être sauvé, et les fruits d’un salut connu et dont on jouit, sont deux choses entièrement différentes. L’Israélite n’offrait pas le panier des prémices des fruits afin d’entrer dans le pays, mais parce qu’il y était réellement. « Je déclare aujourd’hui que je suis arrivé ». Il n’y a ni méprise, ni question, ni doute, ni même l’expression d’une espérance à ce sujet ; je suis vraiment dans le pays, et en voici les fruits.

« Et tu prendras la parole, et tu diras devant l’Éternel, ton Dieu : Mon père était un Araméen qui périssait, et il descendit en Égypte avec peu de gens, et il y séjourna, et y devint une nation grande, forte, et nombreuse. Et les Égyptiens nous maltraitèrent, et nous humilièrent, et nous imposèrent un dur service ; et nous criâmes à l’Éternel, le Dieu de nos pères, et l’Éternel entendit notre cri, et vit notre humiliation, et notre labeur, et notre oppression ; et l’Éternel nous fit sortir d’Égypte à main forte, et à bras étendu, et avec une grande terreur, et avec des signes et des prodiges ; et il nous a fait entrer dans ce lieu-ci, et nous a donné ce pays, pays ruisselant de lait et de miel. Et maintenant, voici, j’ai apporté les prémices du fruit de la terre que tu m’as donnée, ô Éternel ! Et tu les poseras devant l’Éternel, ton Dieu, et tu te prosterneras devant l’Éternel, ton Dieu. Et tu te réjouiras de tout le bien que l’Éternel, ton Dieu, t’aura donné, et à ta maison, toi et le Lévite et l’étranger qui est au milieu de toi ».

Il y a ici une belle image du culte : « Un Araméen qui périssait ». Telle était leur origine. Il n’y avait pas lieu de se vanter pour ce qui touchait la nature ; et dans quelle condition la grâce les avait-elle trouvés ? Dans la dure servitude du pays d’Égypte, gémissant au milieu des fours à briques, sous le fouet des exacteurs du Pharaon. Mais alors « nous criâmes à l’Éternel ». Là était leur sûre ressource. Ils ne pouvaient faire plus que de crier, mais c’était assez. Ce cri de leur impuissance monta droit au trône et au cœur de Dieu, et l’amena au milieu même des fours à briques d’Égypte. Écoutez les paroles de grâce de l’Éternel à Moïse : « J’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu le cri qu’il a jeté à cause de ses exacteurs ; car je connais ses douleurs. Et je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays-là dans un pays bon et spacieux, un pays ruisselant de lait et de miel… Et maintenant, voici, le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi ; et j’ai aussi vu l’oppression dont les Égyptiens les oppriment » (Ex. 3:7-9).

Telle fut la réponse immédiate de l’Éternel au cri de son peuple : « Je suis descendu pour le délivrer ». Oui, béni soit son nom, il descendit dans sa grâce libre et souveraine, pour délivrer son peuple, et aucune puissance des hommes ou des démons, de la terre ou de l’enfer, ne put les retenir un instant de plus que le moment fixé pour cette délivrance. C’est pourquoi, dans notre chapitre, nous avons le grand résultat présenté dans les paroles de l’adorateur et les fruits de sa corbeille. « Je suis arrivé dans le pays que l’Éternel a juré à nos pères de nous donner… Et maintenant, voici, j’ai apporté les prémices du fruit de la terre que tu m’as donnée, ô Éternel ! » L’Éternel avait tout accompli, selon l’amour qui était dans son cœur, et selon la fidélité de sa parole. Il n’y manquait pas un iota. « Je suis arrivé ». Et « j’ai apporté les prémices du fruit ». De quel fruit ? De l’Égypte ? Non, mais « de la terre que tu m’as donnée, ô Éternel ! » La bouche de l’adorateur proclamait la perfection de l’œuvre de l’Éternel ; la corbeille de l’adorateur contenait les fruits de la terre de l’Éternel ; rien ne pouvait être plus simple et plus réel. Il n’y avait pas lieu à un doute, ni à une question. Il n’avait qu’à déclarer ce que l’Éternel avait fait et à montrer les fruits. Tout était de Dieu du commencement à la fin. C’est Lui qui les avait fait sortir d’Égypte et amenés en Canaan ; qui avait rempli leurs corbeilles des fruits savoureux de son pays et leurs cœurs de sa louange.

Et maintenant, bien-aimé lecteur, nous vous le demandons, croyez-vous que c’était de la présomption de la part de l’Israélite de s’exprimer comme il le faisait ? Était-ce juste, était-ce de l’humilité pour lui de dire : « Je suis arrivé » ? Aurait-il été plus convenable pour lui de se borner à exprimer le faible espoir de parvenir une fois ou l’autre ? Est-ce que le doute et l’hésitation quant à sa position et à sa portion eussent honoré davantage le Dieu d’Israël et lui eussent été plus agréables ? Quelle réponse ferez-vous ? Il se peut que, voyant venir notre argument, vous disiez qu’il n’y a pas ici d’analogie. Mais pourquoi pas ? Si un Israélite pouvait dire : « Je suis arrivé dans le pays que l’Éternel a juré à nos pères de nous donner », pourquoi le croyant ne peut-il pas dire maintenant : « Je suis venu à Jésus » ? Il est vrai que, dans l’un des cas, c’était la vue, dans l’autre, c’est la foi. Mais l’un est-il moins réel que l’autre ? L’apôtre ne dit-il pas aux Hébreux : « Vous êtes venus à la montagne de Sion ? » Et encore : « Recevant un royaume inébranlable, retenons la grâce par laquelle nous servions Dieu d’une manière qui lui soit agréable, avec révérence et avec crainte ? » (Héb. 12:22, 28) Si nous avons des doutes quant à être « venus », ou quant à avoir « reçu le royaume », alors il est impossible de rendre culte en vérité, ou de servir d’une manière agréable. C’est lorsque nous avons la possession paisible et consciente de notre place et de notre portion en Christ, que notre culte peut en réalité monter au trône céleste, et que nous pouvons servir d’une manière effective ici-bas dans le champ spirituel.

Car, nous le demandons, qu’est-ce que le vrai culte ? C’est simplement déclarer, en la présence de Dieu, ce qu’il est et ce qu’il a fait. C’est le cœur s’occupant de Dieu, faisant ses délices de Lui et de toutes ses merveilleuses dispensations. Si donc nous ne connaissons pas Dieu et ne croyons pas à ce qu’il a fait, comment pouvons-nous Lui rendre culte ? « Il faut que celui qui s’approche de Dieu, croie que Dieu est, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le recherchent ». Mais connaître Dieu, c’est la vie éternelle. Je ne puis adorer Dieu, si je ne le connais pas, et je ne puis le connaître sans avoir la vie éternelle. Les Athéniens avaient élevé un autel « au Dieu inconnu », et Paul leur dit qu’ils adoraient dans l’ignorance, et leur annonce le vrai Dieu, révélé dans la personne et dans l’œuvre de l’Homme Christ Jésus.

Il est de toute importance d’être au clair là-dessus. Il faut connaître Dieu avant de pouvoir l’adorer. On peut le chercher et, comme « en tâtonnant », s’efforcer de le trouver, mais chercher quelqu’un que je n’ai pas encore trouvé et adorer Celui que j’ai trouvé et que j’aime, sont deux choses totalement différentes. Dieu s’est révélé à nous, béni soit son nom ! Il nous a donné la lumière de la connaissance de sa gloire dans la face de Jésus Christ. Il s’est approché de nous en la personne de ce précieux Sauveur, de sorte que nous pouvons le connaître, l’aimer, nous confier en Lui, nous réjouir en Lui, et avoir recours à Lui dans notre faiblesse et dans tous nos besoins. Nous n’avons plus à le chercher en tâtonnant dans les ténèbres de la nature, ni dans les brouillards d’une fausse religion sous ses milliers de formes ; non, notre Dieu s’est fait connaître par une révélation si évidente que nul ne peut s’y tromper. Le chrétien peut dire : « Je sais qui j’ai cru ». Voilà la base de tout vrai culte. Il peut y avoir beaucoup de formes de piété charnelle, de religion extérieure, de cérémonies routinières, sans un seul atome de vrai culte spirituel. Celui-ci ne découle que de la connaissance de Dieu.

Mais notre objet n’est pas de faire une dissertation sur le culte ; nous avons simplement essayé de donner à nos lecteurs la signification de la belle ordonnance de l’offrande des prémices des fruits. Nous avons montré que le culte était la première chose pour un Israélite qui se trouvait en possession du pays, et que nous aussi, maintenant, nous devons connaître notre place et nos privilèges en Christ, avant de pouvoir adorer le Père d’une manière vraie et intelligente.

Un autre résultat important et pratique se voit dans notre chapitre, c’est celui de la bienfaisance active.

« Quand tu auras achevé de lever toute la dîme de ta récolte, dans la troisième année, qui est l’année de la dîme, tu la donneras au Lévite, à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve ; et ils la mangeront dans tes portes et seront rassasiés. Et tu diras devant l’Éternel, ton Dieu : J’ai emporté de ma maison les choses saintes, et je les ai aussi données au Lévite, et à l’étranger, à l’orphelin, et à la veuve, selon tout ton commandement que tu m’as commandé ; je n’ai transgressé aucun de tes commandements, ni ne les ai oubliés » (vers. 12-13).

Rien de plus beau que l’ordre moral de ces choses. C’est celui que nous retrouvons en Héb. 13: « Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom ». Voilà le culte. « Mais n’oubliez pas la bienfaisance, et de faire part de vos biens, car Dieu prend plaisir à de tels sacrifices ». Voilà la bienfaisance active. En les unissant, nous avons ce que nous pouvons appeler le côté supérieur et le côté inférieur du caractère du chrétien — louer Dieu et faire du bien aux hommes. Précieux caractères ! Puissions-nous les manifester plus fidèlement ! Une chose est certaine, c’est qu’ils vont toujours ensemble. Qu’on nous montre un homme dont le cœur est rempli d’adoration envers Dieu, et on verra que le cœur de cet homme est aussi rempli de sympathie pour toutes les formes de la misère humaine. Il se peut qu’il ne possède pas de richesses selon le monde. Il se peut qu’il soit obligé de dire comme autrefois l’apôtre, qui n’en avait pas honte : « Je n’ai ni argent, ni or », mais il aura les larmes de la sympathie, le regard affectueux, la parole de consolation, et ces choses font plus de bien à un cœur sensible que de voir une bourse ouverte et que le bruit des pièces d’or et d’argent. Notre adorable Seigneur et Maître, notre grand Modèle, « allait de lieu en lieu faisant du bien », mais nous ne lisons nulle part qu’il donnât jamais de l’argent à qui que ce fût ; de plus, nous avons tout lieu de croire qu’il ne posséda jamais même un denier. Lorsqu’il voulut répondre aux Hérodiens au sujet du paiement du tribut à César, il fut obligé de leur dire de lui apporter une pièce de monnaie ; et quand on lui demandait de payer le tribut, il envoie Pierre le chercher dans la mer. Il ne portait jamais d’argent sur Lui, et certainement l’argent n’est jamais nommé dans la liste des dons qu’il conférait à ses serviteurs. Cependant il allait de lieu en lieu, faisant du bien, et nous devons faire de même dans notre faible mesure ; c’est à la fois notre devoir et notre grand privilège.

Remarquez l’ordre divin exposé en Héb. 13, et dont le type se trouve en Deut. 26. Le culte a la première, la plus haute place, ne l’oublions jamais. Nous pourrions nous imaginer dans notre prétendue sagesse ou notre sentimentalité, que la bienfaisance, l’activité pour le bien, la philanthropie, devraient occuper le premier rang. Il n’en est pas ainsi. « Celui qui sacrifie la louange me glorifie » (Ps. 50:23). Dieu se tient au milieu des louanges de son peuple. Il aime à s’entourer de cœurs remplis, jusqu’à déborder, du sentiment de sa bonté, de sa grandeur et de sa gloire. C’est pourquoi, nous devons offrir « sans cesse » le sacrifice de louange à Dieu. De même aussi le psalmiste dit : « Je bénirai l’Éternel en tout temps ; sa louange sera continuellement dans ma bouche » (Ps. 34:1). Ce n’est point seulement de temps en temps, ou lorsque tout va bien autour de nous ; non, mais « en tout temps » — « continuellement ». Le fleuve d’actions de grâces doit couler sans interruption, sans qu’il y ait d’intervalles pour les murmures, les plaintes, le mécontentement, la tristesse ou le découragement. La louange et l’action de grâce doivent nous occuper sans cesse. Nous devons toujours cultiver l’esprit d’adoration. Chacune de nos aspirations devrait être un alléluia. Il en sera ainsi un jour. La louange sera notre heureux et saint service durant toute l’éternité. Quand nous ne serons plus appelés à « faire part de nos biens », qu’il n’y aura plus lieu de témoigner ou de recevoir de la sympathie, quand nous aurons dit adieu à cette scène de douleurs, de peines, de mort et de désolation, alors nous louerons notre Dieu à jamais, sans obstacle, ni interruption, en haut, dans le sanctuaire, en sa présence.

« Mais n’oubliez pas la bienfaisance, et de faire part de vos biens ». L’apôtre fait cette recommandation d’une manière particulièrement intéressante. Il ne dit pas : « Mais n’oubliez pas d’offrir le sacrifice de louanges ». Non, mais de peur que, dans la pleine et heureuse jouissance de notre position et de notre part en Christ, nous n’oubliions que nous passons ici-bas à travers une scène de besoins, de misères, d’épreuves et de tribulations, il ajoute l’exhortation si salutaire et si urgente, d’exercer la bienfaisance et de faire part des biens. L’Israélite spirituel devait non seulement se réjouir de tous les biens que l’Éternel lui avait donnés, mais aussi se souvenir du Lévite, de l’étranger, de l’orphelin et de la veuve ; c’est-à-dire de celui qui n’a aucune portion terrestre, et est entièrement dévoué à l’œuvre du Seigneur, et de ceux qui n’ont pas de foyer, de protecteur naturel ou de demeure fixe ici-bas. — Il doit toujours en être ainsi ; le riche courant de grâce qui coule du sein de Dieu, remplit nos cœurs et déborde au dehors, rafraîchissant et réjouissant toute la sphère où nous agissons. Si nous vivions constamment dans la jouissance de ce qui nous appartient en Dieu, chacun de nos actes et de nos mouvements, chacune de nos paroles, nos regards même, feraient du bien. Selon la pensée divine, le chrétien devrait habituellement avoir une de ses mains élevées vers Dieu, Lui présentant le sacrifice de louanges, et l’autre main remplie des fruits d’une bienveillance véritable envers tous les nécessiteux.

Ô bien-aimé lecteur ! qu’il nous soit donné de peser sérieusement ces choses, d’y appliquer réellement nos cœurs, et de chercher une réalisation plus entière et une expression plus vraie de ces deux principales branches du christianisme pratique.

Jetons maintenant un coup d’œil rapide sur le troisième point du chapitre qui nous occupe. L’Israélite, ayant présenté sa corbeille et distribué ses dîmes, disait : « Je n’ai pas mangé de ces choses dans mon affliction, et je n’en ai rien emporté quand j’étais impur, et n’en ai point donné pour un mort ; j’ai écouté la voix de l’Éternel, mon Dieu j’ai fait selon tout ce que tu m’as commandé. Regarde de ta sainte demeure, des cieux, et bénis ton peuple Israël et la terre que tu nous as donnée, comme tu avais juré à nos pères, un pays ruisselant de lait et de miel. Aujourd’hui l’Éternel, ton Dieu, te commande de pratiquer ces statuts et ces ordonnances ; et tu les garderas et tu les feras de tout ton cœur et de toute ton âme. Tu as fait promettre aujourd’hui à l’Éternel qu’il sera ton Dieu, pour que tu marches dans ses voies, et que tu gardes ses statuts, et ses commandements, et ses ordonnances, et que tu écoutes sa voix ; et l’Éternel t’a fait promettre aujourd’hui que tu seras pour lui un peuple qui lui appartienne en propre, comme il t’a dit, et que tu garderas tous ses commandements, pour qu’il te place très haut en louange et en renommée et en beauté, au-dessus de toutes les nations qu’il a faites ; et que tu seras un peuple saint, consacré à l’Éternel, ton Dieu, comme il l’a dit » (vers. 14-19).

Nous avons ici la sainteté personnelle, la sanctification pratique, et une entière séparation d’avec tout ce qui ne convenait pas au lieu saint et à la relation dans laquelle Israël avait été introduit par la grâce souveraine et la miséricorde de Dieu. Il ne peut y avoir là ni deuil, ni souillure, ni œuvres mortes. Nous n’avons ni place, ni loisir pour de telles choses ; elles n’appartiennent pas à cette heureuse sphère dans laquelle nous avons le privilège de vivre, de nous mouvoir, et où nous sommes. Nous avons trois choses à faire : élever nos regards vers Dieu et offrir le sacrifice de louanges, — regarder autour de nous dans ce monde de misère, et y faire du bien, — regarder dans le cercle de notre propre être, notre vie intérieure, et chercher, par la grâce, à nous conserver sans souillure. « Le service religieux pur et sans tache devant Dieu le Père, est celui-ci : de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, de se conserver pur du monde » (Jac. 1:27). Ainsi, soit que nous écoutions Moïse au chapitre 26 du Deutéronome, Paul au chapitre 13 des Hébreux, ou Jacques dans son épître, si sainement pratique et utile, c’est le même Esprit qui nous parle et nous donne les mêmes instructions, — instructions d’une valeur inexprimable et d’une immense importance morale, particulièrement dans ces jours de profession relâchée où les doctrines de la grâce sont saisies et retenues par l’intelligence seulement et unies à toute sorte de mondanité et de relâchement.

Nous avons certainement un besoin urgent qu’il y ait au milieu de nous un ministère plus puissant et plus pratique. Il y a dans notre ministère un manque fâcheux de l’élément pastoral et prophétique. Par élément prophétique, nous entendons ce caractère du ministère qui agit sur la conscience et amène l’âme dans la présence immédiate de Dieu. Cela est extrêmement nécessaire. Il y a dans le ministère beaucoup pour l’intelligence ; mais malheureusement trop peu pour le cœur et pour la conscience. Le docteur parle à l’intelligence ; le prophète parle à la conscience (*) ; le pasteur parle au cœur. Nous parlons d’une manière générale, cela va sans dire. Il peut arriver que les trois éléments se rencontrent dans le ministère du même homme, mais ils sont distincts ; et nous avons le sentiment que si les dons de prophète et de pasteur manquent dans une assemblée, les docteurs devraient supplier le Seigneur d’accorder la puissance spirituelle nécessaire pour agir sur les cœurs et sur les consciences des siens. Béni soit son nom, il a par devers Lui toutes les ressources nécessaires de grâce et de puissance pour ses serviteurs. Tout ce que nous avons à faire, c’est de nous attendre à Lui, en toute sincérité de cœur, avec une réelle sollicitude, et certainement il nous pourvoira de toute la grâce et de la capacité morale nécessaires pour tout service auquel nous pourrions être appelés dans son Église.

 

(*) Un grand nombre de personnes ont l’idée qu’un prophète est quelqu’un qui prédit les événements à venir ; mais ce serait une erreur de limiter ainsi la signification du mot. 1 Cor. 14:28-32, nous fait connaître ce que veulent dire les expressions « prophète » et « prophétiser ». Le docteur et le prophète sont étroitement liés. Le docteur démontre la vérité d’après la parole de Dieu ; le prophète l’applique à la conscience ; et, nous pouvons ajouter, le pasteur voit comment ce double ministère agit sur le cœur et dans la vie pratique.

 

Oh ! puissent tous les serviteurs de Dieu être animés d’un zèle plus profond et plus ardent dans les divers services de son œuvre ! Puissions-nous « insister en temps et hors de temps » (2 Tim. 4:2), et ne nous laisser en aucune manière décourager par l’état de choses qui nous entoure, mais plutôt considérer cet état même comme une raison d’autant plus forte d’être plus entièrement dévoués !

 

8                    Chapitre 27

« Et Moïse et les anciens d’Israël commandèrent au peuple, disant : Gardez tout le commandement que je vous commande aujourd’hui ; et il arrivera que le jour où vous passerez le Jourdain, pour entrer dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu te dresseras de grandes pierres, et tu les enduiras de chaux ; et tu écriras sur elles toutes les paroles de cette loi, quand tu auras passé, pour entrer dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, pays ruisselant de lait et de miel, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, t’a dit. Et il arrivera, quand vous passerez le Jourdain, que vous dresserez ces pierres sur la montagne d’Ébal, selon ce que je vous commande aujourd’hui, et tu les enduiras de chaux. Et tu bâtiras là un autel à l’Éternel, ton Dieu, un autel de pierres, sur lesquelles tu ne lèveras pas le fer : tu bâtiras l’autel de l’Éternel, ton Dieu, de pierres entières ; et tu offriras dessus des holocaustes à l’Éternel, ton Dieu. Et tu y sacrifieras des sacrifices de prospérités, et tu mangeras là, et te réjouiras devant l’Éternel, ton Dieu. Et tu écriras sur ces pierres toutes les paroles de cette loi, en les gravant bien nettement. Et Moïse et les sacrificateurs, les Lévites, parlèrent à tout Israël, disant : Fais silence et écoute, Israël : Aujourd’hui tu es devenu le peuple de l’Éternel, ton Dieu. Et tu écouteras la voix de l’Éternel, ton Dieu, et tu pratiqueras ses commandements et ses statuts, que je te commande aujourd’hui. Et Moïse commanda au peuple ce jour-là, disant : Quand vous aurez passé le Jourdain, ceux-ci se tiendront sur la montagne de Garizim, pour bénir le peuple : Siméon, et Lévi, et Juda, et Issacar, et Joseph, et Benjamin ; et ceux-ci se tiendront sur la montagne d’Ébal, pour maudire : Ruben, Gad, et Aser, et Zabulon, Dan et Nephthali » (vers. 1-13).

Il ne saurait y avoir un contraste plus frappant que celui qui se trouve entre le commencement et la fin de ce chapitre. Dans le paragraphe que nous venons de transcrire, nous voyons Israël entrant dans le pays de la promesse, ce beau et fertile pays, découlant de lait et de miel, et élevant là, sur le mont Ébal, un autel pour y offrir des holocaustes et des sacrifices de prospérités. Il n’est nullement question ici de sacrifices pour le péché, ni pour le délit. La loi tout entière devait être écrite « bien nettement » sur les pierres enduites de chaux, et le peuple, dans la pleine relation reconnue de l’alliance, devait offrir sur l’autel ces offrandes particulières de bonne odeur, exprimant si bien le culte et une sainte communion. Le sujet, ici, n’est pas celui qui a transgressé par ses actes, ni le pécheur dans sa nature, s’approchant de l’autel d’airain, avec un sacrifice pour le délit ou pour le péché, mais plutôt un peuple pleinement délivré, accepté et béni — un peuple dans la jouissance présente de sa relation avec Dieu et de son héritage.

Il est vrai que tous étaient coupables et pécheurs, et que, comme tels, ils avaient besoin des précieuses ressources de l’autel d’airain. Cela est parfaitement évident pour toute personne enseignée de Dieu ; mais on voit aussi clairement que ce n’est pas le sujet de Deut. 27:1-13, et le lecteur spirituel en saisira immédiatement la raison. Quand nous voyons l’Israël de Dieu, dans la pleine relation de l’alliance, entrant en possession de son héritage, ayant la volonté révélée de l’Éternel, son Dieu d’alliance, écrite clairement et tout entière devant lui, et le lait et le miel découlant autour de lui, nous pouvons en conclure que toute question quant à la culpabilité et aux péchés est définitivement réglée, et qu’un peuple si privilégié et si richement béni n’avait plus qu’à entourer l’autel du Dieu de l’alliance, et Lui présenter ces offrandes de bonne senteur qui lui étaient agréables.

En un mot, toute la scène qui se déroule à nos yeux dans la première moitié de notre chapitre, est d’une beauté parfaite. Israël ayant reconnu l’Éternel comme son Dieu, et l’Éternel ayant reconnu Israël pour son peuple particulier, qu’il voulait élever au-dessus de toutes les nations qu’il avait faites, pour être un peuple saint à l’Éternel, son Dieu, comme il en avait parlé ; Israël étant ainsi privilégié, béni et exalté, en pleine possession du bon pays, ayant tous les commandements de Dieu devant ses yeux, que restait-il d’autre à faire que de présenter les sacrifices de louange et d’actions de grâce, dans un culte saint et une heureuse communion ?

Mais la dernière partie de notre chapitre, nous présente quelque chose de tout différent. Moïse désigne six tribus pour se tenir sur la montagne de Garizim, afin de bénir le peuple ; les six autres devaient être sur le mont Ébal pour maudire. Mais, hélas ! quand nous en venons à l’histoire elle-même, aux faits positifs, il n’y a pas une seule syllabe de bénédiction, mais, au contraire, douze terribles malédictions, confirmées chacune par un solennel « amen » de la congrégation entière. Quel triste changement ! Quel frappant contraste ! Cela nous rappelle ce que nous avons vu en étudiant Exode 19. Il ne pourrait y avoir un commentaire plus saisissant des paroles de l’apôtre Paul aux Galates, chap. 3, vers. 10: « Car tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi sont sous malédiction, car il est écrit : » — et ici l’apôtre cite Deut. 27 — « Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire ».

Là nous avons la vraie solution de la question. Quant à sa condition morale actuelle, Israël était sur le terrain de la loi, c’est pourquoi, lors même que les premiers versets de notre chapitre présentent un si beau tableau des pensées de Dieu touchant Israël, la fin nous montre le résultat triste et humiliant de l’état réel de ce peuple devant Dieu. Pas un mot de bénédiction ne se fait entendre de la montagne de Garizim ; au contraire, malédiction sur malédiction viennent frapper les oreilles du peuple.

Il ne pouvait en être autrement. Qu’on discute là-dessus tant que l’on voudra, il ne peut y avoir que malédiction sur « tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi ». Il n’est pas dit seulement « sur tous ceux qui n’observent pas la loi », quoique cela soit vrai ; mais comme pour présenter cette vérité de la manière la plus claire et la plus forte, le Saint Esprit déclare que pour tous, quels qu’ils soient, Juifs, gentils ou chrétiens professants, pour tous ceux qui sont sur le terrain ou le principe des œuvres de loi, il y a et ne peut y avoir que malédiction.

C’est ainsi que nous pouvons nous rendre compte d’une manière intelligente, du profond silence qui régnait sur le mont Garizim aux jours de Deut. 27. Le fait est que, si une seule bénédiction se fût fait entendre, elle aurait contredit tout l’enseignement des Saintes Écritures concernant la loi. Comme nous avons étudié assez complètement le sujet important de la loi, dans le premier volume de ces « Notes », nous ne croyons pas devoir y revenir. Nous dirons seulement que plus nous étudions les Écritures, et approfondissons cette question de la loi à la lumière du Nouveau Testament, plus nous sommes étonnés de la manière dont plusieurs persistent à maintenir l’opinion que les chrétiens sont sous la loi, pour la vie, la justice, la sainteté, ou quoi que ce soit. Comment une telle pensée peut-elle subsister un moment en face de cette déclaration si magnifique et si concluante de Rom. 6: « Vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce » ?