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Notes sur le Livre du Deutéronome

 

Cinquième livre de Moïse

 

Chapitres 13 à 16

 

par Charles Henry Mackintosh

 

 

« Des choses nouvelles et des choses vieilles ».

 

Table des matières  :

 

1     Chapitre 13

2     Chapitre 14

3     Chapitre 15

4     Chapitre 16

 

 

Éternel ! ta parole est établie à toujours dans les cieux (Ps. 119:89)

 

J’ai caché ta parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi (Ps. 119:11)

 

 

1                    Chapitre 13

Ce chapitre contient des principes d’une grande importance ; il se divise en trois parties distinctes, dont chacune réclame une attention particulière. Il est hors de doute que ces paroles s’adressaient d’abord à Israël, mais elles ont été écrites pour notre instruction aussi, et plus nous les étudierons soigneusement, plus nous reconnaîtrons que les enseignements qu’elles renferment ont une portée générale.

« S’il s’élève au milieu de toi un prophète, ou un songeur de songes, et qu’il te donne un signe ou un miracle, et que le signe arrive, ou le miracle dont il t’avait parlé lorsqu’il disait : Allons après d’autres dieux, des dieux que tu n’as point connus, et servons-les ; tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète, ni ce songeur de songes, car l’Éternel, votre Dieu, vous éprouve, pour savoir si vous aimez l’Éternel, votre Dieu, de tout votre cœur et de toute votre âme. Vous marcherez après l’Éternel, votre Dieu ; et vous le craindrez, et vous garderez ses commandements, et vous écouterez sa voix, et vous le servirez, et vous vous attacherez à Lui. Et ce prophète, ou ce songeur de songes sera mis à mort, car il a parlé de révolte contre l’Éternel, votre Dieu, qui vous a fait sortir du pays d’Égypte et vous a rachetés de la maison de servitude, afin de te pousser hors de la voie dans laquelle l’Éternel, ton Dieu, t’a commandé de marcher ; et tu ôteras le mal du milieu de toi » (vers. 1-5).

Nous voyons ici comment Dieu prévoit tous les cas de fausse doctrine et de fausse influence religieuse. Nous savons tous combien le pauvre cœur humain se laisse facilement séduire par toute sorte de signes ou de miracles, surtout lorsque ces choses sont en rapport avec la religion. Cela s’est vu non seulement en Israël, mais partout et dans tous les temps. Tout ce qui est surnaturel ou qui semble s’élever au-dessus des lois ordinaires de la nature agit toujours fortement sur l’esprit humain. Un prophète s’élevant du milieu du peuple, et accompagnant sa doctrine de miracles, de signes et de prodiges, était sûr d’être reçu et écouté, et d’acquérir de l’influence.

C’est de cette manière que Satan a travaillé dans tous les temps, et il continuera avec succès jusqu’à la fin de ce siècle, pour tromper et entraîner à leur destruction éternelle ceux qui ne veulent pas recevoir les précieuses vérités de l’Évangile. « Le mystère d’iniquité », qui a travaillé pendant vingt siècles dans l’Église professante, sera consommé en la personne de « cet inique, que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue ; duquel la venue est selon l’opération de Satan, en toute sorte de miracles et signes et prodiges de mensonge, et en toute séduction d’injustice pour ceux qui périssent, parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés. Et à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thes. 2:8-12).

Dans le chapitre 24 de Matthieu, le Seigneur met aussi ses disciples en garde contre cette même influence : « Alors, si quelqu’un vous dit : Voici, le Christ est ici, ou : Il est là, ne le croyez pas. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes et ils montreront de grands signes et des prodiges, de manière à séduire, si possible, même les élus. Voici, je vous l’ai dit à l’avance » (Matthieu 24:23-25).

Nous voyons encore au chapitre 13 de l’Apocalypse, la seconde Bête montant de la terre, le grand faux-prophète, l’Antichrist, faisant de grands miracles, « en sorte que même elle fait descendre le feu du ciel sur la terre, devant les hommes. Et elle séduit ceux qui habitent sur la terre, à cause des miracles qu’il lui fut donné de faire devant la Bête, disant à ceux qui habitent sur la terre de faire une image à la Bête qui a la plaie de l’épée et qui a repris vie » (Apoc. 13:13-14).

Chacun de ces trois passages de la Sainte Écriture se rapporte à des événements qui auront lieu après que l’Église aura été enlevée de ce monde. Nous ne poursuivrons pas ce sujet, notre but, en citant ces versets, étant de faire voir au lecteur jusqu’où la puissance de Satan peut aller quant aux signes et aux miracles pour séduire et détourner de la vérité, et en même temps de montrer la seule sauvegarde divine et, par conséquent, parfaite contre la puissance de déception de l’ennemi.

Le cœur humain n’a absolument aucune force pour résister à l’influence des « grands signes et miracles » faits pour soutenir l’erreur la plus mortelle ; la seule chose qui puisse fortifier l’âme et la rendre capable de résister au diable et à toutes ses tromperies, c’est la Parole de Dieu ; posséder ce précieux trésor dans le cœur, est le secret divin pour être préservé de toute erreur, fût-elle appuyée par les prodiges les plus étonnants.

Dans le passage de la seconde épître aux Thessaloniciens que nous avons cité, nous voyons que la raison pour laquelle le monde sera séduit par les signes et les prodiges de mensonge de « ce Méchant », est « qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés ». C’est l’amour de la vérité qui garde de l’erreur, quelque persuasive et fascinante qu’elle soit, soutenue même par la puissance évidente de signes et de miracles. Habileté, facultés intellectuelles, science, etc., tout cela est parfaitement impuissant en face des machinations et des ruses de Satan. La plus haute intelligence humaine devient facilement la proie des ruses du serpent.

Mais, béni soit Dieu, les artifices, la subtilité, les signes et les prodiges de mensonge, en un mot, tous les moyens que Satan peut employer, sont sans aucune puissance sur un cœur gouverné par l’amour de la vérité. Même un petit enfant qui connaît, croit et aime la vérité, est tout particulièrement protégé contre la puissance séductrice du Méchant.

Quand dix mille faux prophètes s’élèveraient et accompliraient les miracles les plus extraordinaires, pour prouver que la Bible n’est pas la parole inspirée de Dieu, ou que notre Seigneur Jésus Christ n’est pas Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement, ou pour combattre la vérité glorieuse que le sang de Jésus Christ, le Fils de Dieu, purifie de tout péché, ou pour détruire quelque autre vérité révélée dans la Sainte Écriture, cela n’aurait aucun effet quelconque sur le plus simple enfant en Christ, dont le cœur est gouverné par la parole de Dieu. Si un ange même venait à descendre du ciel, pour prêcher quelque doctrine contraire à ce que la parole de Dieu nous enseigne, Dieu même nous autoriserait à prononcer anathème sur lui, sans discussion ou arguments quelconques. Quelle grâce ineffable que cette sécurité morale et ce repos qui appartiennent au plus simple et au plus illettré des enfants de Dieu ! Nous ne sommes pas appelés à analyser les fausses doctrines, ni à considérer les preuves avancées en leur faveur ; nous rejetons fermement les unes et les autres, simplement parce que nous avons la certitude de la vérité dans le cœur, et que nous l’aimons. « Tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète, ni ce songeur de songes, car l’Éternel, votre Dieu, vous éprouve, pour savoir si vous aimez l’Éternel, votre Dieu, de tout votre cœur et de toute votre âme ».

C’était là, cher lecteur, le point important pour les Israélites ; et il en est de même pour nous. Pour eux comme pour nous et pour tous, et toujours, la vraie sécurité morale est d’avoir le cœur fortifié par l’amour de la vérité, qui n’est qu’une expression différente de l’amour de Dieu. L’Israélite fidèle, qui aimait l’Éternel de tout son cœur et de toute son âme, avait pour tous les faux prophètes qui pouvaient surgir, cette réponse toute prête : « Tu n’écouteras pas ». Lorsqu’on ne prête pas l’oreille à l’ennemi, il n’atteindra pas le cœur. Les brebis suivent le Berger ; « car elles connaissent sa voix. Elles ne suivront point un étranger », — en dépit des signes et des miracles, — « mais elles s’enfuiront loin de lui ». Pourquoi ? Est-ce parce qu’elles sont capables de discuter et d’analyser ? Non, grâces et louange en soient à Dieu ! mais « parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers ». Le simple fait de ne pas connaître sa voix, est une raison suffisante pour ne pas suivre le faux prophète.

Tout ceci est bien propre à consoler et à encourager les brebis du troupeau de Christ. Elles entendent la voix de leur fidèle et bon Berger, peuvent se rassembler autour de Lui et trouver en sa présence un vrai repos et une sécurité parfaite. Il les fait reposer dans de gras pâturages, et les conduit le long des eaux tranquilles de son amour. L’état de faiblesse dans lequel elles peuvent se trouver, n’est pas un obstacle au repos et à la bénédiction, tout au contraire, cette faiblesse même les pousse à chercher un refuge dans les bras du Tout-Puissant. Une fois reconnue, elle est moins à redouter qu’une force illusoire, puisée dans une vaine confiance en notre propre sagesse, notre intelligence et nos connaissances scripturaires. Ayons soin, seulement, de nous tenir bien près du Seigneur, dans le sentiment de notre propre faiblesse, de notre néant ; serrons sa précieuse Parole dans nos cœurs, qu’elle soit la nourriture journalière de nos âmes, le pain vivant de l’homme intérieur.

Venons-en maintenant au second paragraphe de notre chapitre, où le peuple de l’Éternel est mis en garde contre un autre piège du diable. Combien ils sont nombreux et variés ! Quels terribles dangers ils offrent au peuple de Dieu ! Mais, béni soit son saint nom, dans sa Parole il a amplement pourvu à tout.

« Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme de ton cœur, ou ton ami, qui t’est comme ton âme, t’incite, en secret, disant : Allons, et servons d’autres dieux, des dieux que tu n’as point connus, toi, ni tes pères, d’entre les dieux des peuples qui sont autour de vous, près de toi, ou loin de toi, d’un bout de la terre à l’autre bout de la terre, tu ne t’accorderas pas avec lui et tu ne l’écouteras pas ; et ton œil ne l’épargnera pas, et tu n’auras pas pitié de lui, et tu ne le cacheras pas ; mais tu le tueras certainement : ta main sera la première contre lui pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple ensuite ; et tu l’assommeras de pierres, et il mourra, car il a cherché à t’entraîner loin de l’Éternel, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ; et tout Israël l’entendra et craindra, et ne fera plus une pareille méchante action au milieu de toi » (vers. 6-11).

Nous avons ici quelque chose tout à fait différent encore du faux prophète ou du songeur de songes. Des milliers d’âmes, peut-être, qui auraient résisté à l’influence de ceux-ci, céderaient à la puissance attrayante et séductrice des affections naturelles, tant il est difficile d’y résister. Un œil simple, un propos arrêté du cœur, et un dévouement complet, sont choses indispensables pour agir fidèlement vis-à-vis de ceux qui sont liés à nos cœurs par de tendres affections. Résister à un prophète avec lequel on n’a aucune relation personnelle, n’est pas une épreuve à comparer à celle d’avoir à agir avec une ferme décision, envers une épouse bien-aimée, un cher frère, ou un intime ami.

Mais quand les droits de Dieu, de Christ, de la vérité, sont en jeu, il ne doit pas y avoir d’hésitation. Si quelqu’un cherchait à se servir des liens d’affection pour nous détourner de l’obéissance à Christ, nous devrions lui résister avec une entière fermeté. « Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14:26).

Il est très important pour nous de bien comprendre ce côté de la vérité, et de lui donner la place qui lui appartient, car la pauvre raison aveugle ne peut que le pervertir pour ceux qui lui prêtent l’oreille. Hélas ! elle est un agent dont Satan se sert constamment pour exercer son pouvoir dans les choses de Dieu. En matières humaines et terrestres, la raison peut avoir sa valeur ; mais dans tout ce qui appartient au domaine divin et céleste, elle est non seulement sans valeur, mais positivement pernicieuse.

Quel est donc, demandera-t-on, le vrai sens moral de Luc 14:26, et de Deut. 13:8-10 ? Ces passages ne signifient assurément pas que nous devons être « sans affection naturelle », caractère particulier de l’apostasie des derniers jours. Dieu, lui-même, a établi nos relations naturelles, et à chacune d’elles répondent des affections, dont l’exercice et le déploiement sont en harmonie avec la pensée de Dieu. Le christianisme n’est pas incompatible avec nos relations naturelles, mais il introduit une puissance par laquelle les responsabilités qui se rattachent à ces relations, sont comprises et accomplies à la gloire de Dieu. De plus, le Saint Esprit nous a donné dans les épîtres les instructions les plus détaillées, relatives aux maris, aux femmes, aux parents, aux enfants, aux maîtres et aux serviteurs, mettant ainsi la sanction divine sur ces relations et les affections qui en découlent.

Tout cela est clair ; mais comment le faire accorder avec ce qui nous est dit en Luc 14 et Deutéronome 13 ? En y faisant attention, nous verrons qu’il y a entre ces passages et ce qui nous occupe, une harmonie divine ; ils s’appliquent uniquement à des cas où nos relations et nos affections naturelles se placent entre nous et les droits de Dieu et de Christ ; alors il faut y renoncer, car si elles s’emparent d’un domaine entièrement divin, la sentence de mort doit être prononcée sur elles.

En contemplant la vie du seul homme parfait qui ait jamais marché sur notre terre, nous pouvons voir de quelle manière divine il répondait à ce que réclamait son double titre d’homme et de serviteur. Il pouvait dire à sa mère : « Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? » et plus tard, au moment convenable, recommander cette mère avec une tendresse exquise, aux soins du disciple qu’il aimait. Comme aussi il pouvait dire à ses parents : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » et, en même temps, retourner avec eux à Nazareth, et leur être soumis. C’est ainsi que les préceptes des Saintes Écritures, et les voies parfaites de Christ, nous enseignent comment répondre justement aux droits de la nature et à ceux de Dieu.

Il se peut cependant encore, que le lecteur éprouve une grande difficulté à concilier le commandement de Deut. 13:9-10, avec un Dieu d’amour et avec la grâce, la débonnaireté et la tendresse déployées dans le Nouveau Testament. Prenons garde encore ici, d’écouter la raison qui prétend toujours pouvoir s’immiscer dans ce que prescrit, d’une manière absolue, le gouvernement divin. En réalité, elle ne fait que démontrer ainsi son aveuglement et sa folie.

Pour venir en aide à toute âme sincère qui ne serait pas au clair sur cette question, rappelons-nous ce que, dans notre examen des premiers chapitres de ce livre, nous avons dit au sujet des dispensations gouvernementales de Dieu envers Israël et envers les nations. Il est aussi très important de faire la différence entre les deux économies de la loi et de la grâce. Si cette différence n’est pas clairement saisie, des passages comme celui de Deut. 13:9-10, offriront de grandes difficultés. Le grand principe caractéristique de l’économie juive était la justice, et celui du christianisme, la grâce, pure, sans mélange. Cette vérité une fois bien comprise, toute difficulté tombe. Il était parfaitement juste, conséquent, et en harmonie parfaite avec les pensées de Dieu, qu’Israël tuât ses ennemis ; l’Éternel le lui avait commandé, comme aussi d’exécuter le jugement, même jusqu’à la mort, envers tout membre de l’assemblée qui aurait cherché à les attirer après de faux dieux, comme nous le lisons ici. Agir ainsi était tout à fait en accord avec les grands principes de gouvernement et de loi, sous lesquels les Israélites étaient placés, selon la sagesse de Dieu. Nous voyons le même principe dans tout l’Ancien Testament. Le gouvernement de Dieu en Israël, et son gouvernement dans le monde en rapport avec Israël, étaient sur le principe de la justice ; et dans l’avenir, il en sera de même. « Je susciterai à David un Germe juste ; et il régnera en roi, et prospérera, et exercera le jugement et la justice dans le pays » (Jérémie 23:5).

Dans le christianisme, nous voyons tout autre chose. Le Nouveau Testament, les enseignements et les actes du Fils de Dieu, nous placent sur un terrain entièrement nouveau, dans une atmosphère toute nouvelle ; en un mot, c’est la grâce dans toute sa pureté.

Prenons comme exemple de cette doctrine de la grâce, un ou deux passages de ce qui est appelé le Sermon sur la montagne : « Vous avez ouï qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis : Ne résistez pas au mal ; mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre ; et à celui qui veut plaider contre toi et t’ôter ta tunique, laisse-lui encore le manteau ; et si quelqu’un veut te contraindre de faire un mille, vas-en deux avec lui. Donne à qui te demande, et ne te détourne pas de qui veut emprunter de toi. Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous font du tort et vous persécutent, en sorte que vous soyez les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes… Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5:38-48).

Notre intention n’est pas de nous arrêter sur ces beaux passages ; nous les avons simplement cités au lecteur, pour lui faire voir la différence immense qui existe entre l’économie juive et l’économie chrétienne ; ce qui était parfaitement juste et conséquent de la part d’un Juif, pouvait être exactement le contraire pour un chrétien.

Cela est tellement simple qu’un enfant le comprendrait, et cependant plusieurs des bien-aimés de Dieu paraissent n’être pas au clair sur ce sujet. Il leur semble tout à fait légitime, pour des chrétiens, d’aller en justice ou à la guerre, et de se mêler au monde. Nous demanderons à de telles personnes : « Où cela est-il enseigné dans le Nouveau Testament ? Y trouvons-nous une seule parole sortie des lèvres de notre Seigneur Jésus Christ, ou de la plume du Saint Esprit, pour le sanctionner ? » Comme nous l’avons dit à propos d’autres questions qui se sont présentées dans notre étude de ce livre, il est inutile de dire : « Nous pensons de telle ou telle manière ». Nos pensées n’ont aucun poids. Dans tout ce qui a rapport à la foi et à la conduite chrétiennes, la question est : « Que dit le Nouveau Testament ? » Qu’est-ce que nous enseigne notre Seigneur et Maître, et comment a-t-il agi ? Il nous enseigne que son peuple d’aujourd’hui ne doit pas agir comme son peuple d’Israël. Justice était le principe de l’ancienne économie ; grâce est celui de la nouvelle.

De nombreux passages des Écritures nous montrent que tel était l’enseignement de Christ. Et comment agissait-il Lui-même ? Maintenait-il ses droits ? Exerçait-il une puissance mondaine ? Recourait-il à la loi ? Se vengeait-il ou rendait-il la pareille ? Quand ses pauvres disciples, avec une complète ignorance des principes célestes, et un oubli total de sa manière d’agir, lui demandent dans une occasion où un certain village de Samaritains refusa de le recevoir : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume, comme aussi fit Élie ? » Quelle fut sa réponse ? « Se tournant, il les censura fortement, et dit : Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ! Et ils s’en allèrent à un autre village » (Luc 9:54-56). C’était parfaitement en accord avec l’esprit, le principe et la dispensation dont Élie était le représentant, de faire descendre le feu du ciel afin de consumer les hommes envoyés par un roi impie, pour arrêter le prophète. Mais notre Seigneur Jésus Christ était le parfait et divin représentant d’une tout autre dispensation. Du commencement à la fin, sa vie a été une vie de renoncement et de soumission. Jamais il n’a fait valoir ses droits. Il vint sur cette terre, pour représenter Dieu, pour être, de toute manière, la parfaite expression du Père. Le caractère du Père se montrait avec éclat dans son regard, ses paroles, ses actes, ses mouvements même.

Tel était Christ, le Seigneur, lorsqu’il était ici-bas parmi les hommes, et tel était son enseignement. Il faisait ce qu’il enseignait, et enseignait ce qu’il faisait. Ses paroles exprimaient ce qu’il était, et ses voies démontraient ses paroles. Il vint pour servir et pour donner, et toute sa vie a été marquée par ces deux caractères, de la crèche à la croix.

Jésus n’est-il pas notre grand exemple en toutes choses ? Notre caractère et notre carrière comme chrétiens, ne doivent-ils pas être formés d’après ses enseignements et ses voies ? Comment apprendrions-nous la manière dont nous devons marcher ici-bas, si ce n’est en écoutant ses paroles et en regardant à ses voies parfaites ? Si nous, chrétiens, devons être guidés et gouvernés par les principes et les préceptes de la loi mosaïque, alors assurément nous devrions recourir à la loi, maintenir nos droits, nous engager à combattre pour détruire nos ennemis. Qu’en serait-il alors de l’exemple de notre adorable Seigneur et Sauveur, et des enseignements du Saint Esprit dans le Nouveau Testament ? Le lecteur ne convient-il pas que se conduire ainsi, serait pour le chrétien agir en flagrante opposition avec les enseignements et l’exemple de son Seigneur et Sauveur ?

Ici, de nouveau, on nous posera l’ancienne question si souvent répétée : « Que deviendraient le monde, ses institutions, la société, si de tels principes dominaient universellement ? » L’historien incrédule, en parlant des premiers chrétiens et de leur refus de se joindre à l’armée romaine, demande ironiquement : « Que serait devenu l’empire entouré de tous côtés, comme il l’était, par les barbares, si chacun s’était permis des idées aussi pusillanimes ? » Nous répondrons que, si ces principes spirituels et célestes dominaient universellement, il n’y aurait ni guerres, ni combats, et ainsi nul besoin ni de soldats, ni d’armées, ni d’agents de police ; il ne se commettrait pas de forfaits, il n’y aurait pas des différends au sujet de propriétés, et par conséquent aucun besoin de cours de justice, de juges ou de magistrats ; en un mot, le monde tel qu’il est maintenant finirait ; les royaumes de la terre deviendraient les royaumes de notre Seigneur et de son Christ.

Mais le simple fait est que ces principes en question ne sont pas du tout pour le monde, d’autant moins que le monde ne pourrait les adopter ou s’y conformer un seul instant ; cela amènerait une rupture complète de tout le système de choses actuel, la dissolution de toute la constitution sociale telle qu’elle existe maintenant.

C’est pourquoi les objections des incrédules tombent comme en poussière à nos pieds, ainsi que les questions et les difficultés basées là-dessus ; elles sont sans aucune force morale. Les principes célestes ne sont pas pour ce « présent siècle mauvais », ils sont pour l’Église qui n’est pas du monde, comme Jésus n’est pas du monde. « Si, dit notre Seigneur à Pilate, mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici » (Jean 18:36).

Remarquez le mot « maintenant ». Bientôt les royaumes de ce monde deviendront ceux de notre Seigneur ; mais maintenant il est rejeté, et tous ceux qui Lui appartiennent sont appelés à être rejetés comme Lui, à le suivre hors du camp, et à marcher comme des pèlerins et des étrangers ici-bas, attendant le moment où il viendra pour les prendre à Lui, afin que là où Il est, ils y soient aussi.

Ce qui produit la terrible confusion actuelle, c’est l’effort continuel de Satan pour mêler le monde et l’Église ; c’est là une de ses ruses spéciales, et qui a contribué plus qu’on ne s’en doute, à détruire le témoignage de l’Église de Dieu, et à en empêcher les progrès. C’est ce qui bouleverse tout, et confond des choses qui diffèrent essentiellement et sont en opposition flagrante avec le vrai caractère de l’Église, sa position, sa marche et son espérance. Nous entendons parfois cette expression : « le monde chrétien ». Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est simplement l’effort d’unir deux choses qui, dans leur source, leur nature et leur caractère, sont aussi différentes que la nuit et le jour. C’est vouloir coudre une pièce de drap neuf à un vieux vêtement, ce qui, comme nous le dit notre Seigneur, ne fait que rendre la déchirure plus grande.

Le but de Dieu n’est pas de christianiser le monde, mais d’appeler son peuple hors du monde, pour être un peuple céleste, gouverné par des principes célestes, formé pour un but céleste, et réjoui par une espérance céleste. Tant que nous n’avons pas compris cela, et que la vérité quant à l’appel et à la marche de l’Église n’est pas réalisée en puissance vivante dans l’âme, il y aura de graves erreurs dans notre œuvre, notre marche et notre service. Nous ferons un faux usage des Écritures de l’Ancien Testament, non seulement quant aux sujets prophétiques, mais dans ce qui se rapporte à toute notre marche pratique ; il est impossible de calculer la perte qui peut résulter de n’avoir pas compris la vocation, la position et l’espérance de l’Église de Dieu, son association, son identification, son union vivante avec un Christ rejeté, ressuscité et glorifié.

Nous ne pouvons nous étendre davantage sur ce sujet si précieux et si intéressant ; toutefois, nous indiquerons encore au lecteur quelques exemples de la manière dont l’Esprit cite et applique l’écriture de l’Ancien Testament. Lisez, entre autres, le passage suivant du beau Psaume 34: « La face de l’Éternel est contre ceux qui font le mal, pour retrancher de la terre leur mémoire ». Puis, remarquez la manière dont le Saint Esprit cite ce passage dans la première épître de Pierre : « La face du Seigneur est contre ceux qui font le mal » (chap. 3:12). Il n’y a pas un mot d’exterminer. Pourquoi cela ? Parce que le Seigneur n’agit pas maintenant sur le principe de retrancher le méchant de la terre ; il agissait ainsi sous la loi, et il le fera dans son royaume plus tard ; mais maintenant il agit en grâce et en longue patience. Sa face est aussi décidément contre tous ceux qui font le mal, qu’elle l’a été ou le sera, mais non pas maintenant pour retrancher de la terre leur mémoire. L’exemple le plus frappant de cette merveilleuse grâce, de cette clémence, et de la différence entre les deux principes sur lesquels nous nous sommes arrêtés, est démontré dans ce fait que les hommes même qui, de leurs mains méchantes, ont crucifié son Fils unique et bien-aimé, au lieu d’être retranchés de la terre, ont été les premiers à entendre le message de pardon plein et gratuit par le sang de la croix.

Il peut paraître à quelqu’un, que nous donnons trop d’importance à une simple phrase de l’Ancien Testament ; ne le croyez pas. N’eussions-nous que ce seul exemple, ce serait une grave erreur de le traiter avec indifférence. Le fait est qu’il y a quantité de passages du même caractère que celui que nous avons cité plus haut, et qui montrent tous le contraste entre les économies juive et chrétienne, et aussi entre le christianisme et le royaume à venir.

Dieu agit maintenant en grâce envers le monde, et nous devrions faire de même, si nous désirons être semblables à Lui, ce à quoi nous sommes appelés. « Vous, soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matt. 5:48). Et encore : « Soyez donc imitateurs de Dieu comme de bien-aimés enfants, et marchez dans l’amour, comme aussi le Christ nous a aimés et s’est livré Lui-même pour nous, comme offrande et sacrifice à Dieu, en parfum de bonne odeur » (Éph. 5:1-2).

Voilà notre modèle. Nous sommes appelés à suivre l’exemple de notre Père, à l’imiter. Il ne place pas le monde sous la loi, il ne maintient pas ses droits avec la main forte du pouvoir. Bientôt il le fera ; mais, maintenant est le jour de grâce, il répand ses bénédictions en riche profusion, sur ceux dont la vie entière est inimitié et rébellion contre Lui.

Tout cela est merveilleux, et nous chrétiens, nous sommes appelés à agir d’après ce glorieux principe moral. On dira peut-être : « Comment pourrions-nous vivre dans ce monde, et diriger nos affaires d’après de tels principes ? Nous serions volés, ruinés ; des gens mal intentionnés prendraient avantage sur nous, s’ils savaient que nous n’en appelons pas à la justice ; ils prendraient nos biens, emprunteraient notre argent, ou occuperaient nos maisons, et refuseraient de nous payer. En un mot, nous ne pourrions cheminer dans un monde comme celui-ci, si nous ne maintenions pas nos droits. Pourquoi y a-t-il des lois, sinon pour apprendre aux gens à se bien conduire ? Les puissances ordonnées de Dieu, ne le sont-elles pas dans le but de maintenir la paix et le bon ordre au milieu de nous ? Que deviendrait la société, si nous n’avions pas des soldats, des magistrats et des juges ? Et si Dieu a établi de telles choses, pourquoi, nous, son peuple, n’en profiterions-nous pas ? Et non seulement cela, mais qui est plus capable d’occuper des places d’autorité et de puissance, ou de manier l’épée de la justice, que le peuple de Dieu ? »

Il y a sans doute beaucoup de force apparente dans toute cette suite d’arguments. Les puissances qui existent sont établies de Dieu. Le roi, le gouvernement, le juge, le magistrat sont, chacun à sa place, l’expression de la puissance de Dieu. C’est Dieu qui revêt chacun du pouvoir qu’il a ; c’est Lui qui a mis l’épée en la main du prince, pour punir ceux qui font le mal et louer ceux qui font bien. Tout cela est très facile à saisir. Le monde, tel qu’il est maintenant, ne pourrait subsister un seul jour, si l’ordre n’était maintenu par la main forte des autorités. Nous ne pourrions pas vivre, ou du moins, la vie serait intolérable, si les malfaiteurs n’étaient tenus en respect par l’épée de la justice.

Mais, on admettant tout cela pleinement, comme tout chrétien intelligent et enseigné par l’Écriture doit le faire, cela ne touche en rien à la question de la marche du chrétien dans ce monde. Le christianisme reconnaît pleinement toutes les institutions gouvernementales du pays, mais le chrétien n’a pas à s’en mêler, ce n’est pas son affaire. Où qu’il se trouve, et quels que soient le caractère ou les principes de gouvernement du pays qu’il habite, c’est son devoir de reconnaître son autorité, de payer les impôts, de prier pour les autorités, d’honorer les magistrats dans leur charge, de respecter les lois, de prier pour la paix du pays, et de vivre en paix avec tous, autant que cela lui est possible. Notre Maître, béni soit son saint Nom, nous en a Lui-même donné un parfait exemple.

Dans sa remarquable réponse aux Hérodiens, il reconnaît le principe de la soumission aux autorités qui existaient : « Rendez donc les choses de César à César, et les choses de Dieu à Dieu » (Matt. 22:21). Et non seulement cela, mais nous le trouvons aussi payant le tribut, quoiqu’il en fût libéré personnellement. Ils n’avaient pas le droit de l’exiger de Lui, comme il le montre à Pierre. L’on pourrait dire : « Pourquoi ne réclamait-il pas ? » Aurait-il voulu réclamer ou accuser ? Non ; écoutez la réponse admirable qu’il fait à l’apôtre : « Mais afin que nous ne les scandalisions pas, va-t’en à la mer, jette un hameçon, et prends le premier poisson qui montera ; et quand tu lui auras ouvert la bouche, tu y trouveras un statère ; prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi » (Matt. 17:27).

Ici nous revenons à notre thèse, savoir : Quel est le sentier du chrétien dans ce monde ? Il doit suivre son Maître, l’imiter en toutes choses. Faisait-il valoir ses droits ? Recourait-il à la loi ? Essayait-il de gouverner le monde ? Se mêlait-il des affaires politiques ou judiciaires ? Se servait-il de l’épée ? Consentait-il à être juge ou arbitre, même lorsqu’on l’y appelait ? Toute sa vie n’a-t-elle pas été, du commencement à la fin, une vie de renoncement et d’abnégation ?

Nous laissons le lecteur chrétien chercher lui-même dans son cœur, la réponse à ces questions, et cela pour que l’effet pratique en soit produit dans sa marche. Nous espérons aussi que les vérités présentées ci-dessus, lui donneront l’intelligence de passages semblables à celui de Deut. 13:9-10. L’opposition à l’idolâtrie, et la séparation d’avec le mal, aussi nécessaires assurément pour nous que pour Israël autrefois, ne se déploient pas de la même manière. L’Église est appelée impérativement à rejeter le mal et ceux le commettent, mais pas de la même manière qu’Israël : il n’est pas de son devoir de lapider les idolâtres et les blasphémateurs, ou de brûler les sorciers. L’église de Rome a agi sur ce principe, et des protestants même — ceci à la honte du protestantisme — ont suivi son exemple (*).

 

(*) La mort de Servet, brûlé on 1553, à cause de ses opinions théologiques, est une terrible tache dans l’histoire de la Réformation, et de l’homme qui a sanctionné un procédé aussi antichrétien. Les idées de Servet étaient, il est vrai, entièrement fausses, il soutenait l’hérésie d’Arius qui est un blasphème contre le Fils de Dieu. Mais, faire mourir lui ou quelque autre à cause d’une fausse doctrine, était un péché flagrant contre l’esprit et les principes de l’Évangile, un fruit déplorable de l’ignorance quant à la différence essentielle qui existe entre le Judaïsme et le Christianisme.

 

L’Église n’est pas appelée à se servir de l’épée temporelle. Cela lui est positivement défendu ; ce serait un démenti net donné à sa vocation, à son caractère et à sa mission. Lorsque Pierre, dans son zèle ignorant et charnel, tira l’épée pour défendre son Maître, celui-ci le reprit par ses paroles fidèles, et l’enseigna par son acte de miséricorde : « Remets ton épée en son lieu ; car tous ceux qui auront pris l’épée, périront par l’épée » (Matt. 26:52). Ayant ainsi réprimandé son disciple bien intentionné mais peu intelligent, il répara sa faute en guérissant le mal. « Les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée captive à l’obéissance du Christ » (2 Cor. 10:4-5).

L’église professante s’est complètement fourvoyée quant à cette grande et importante question. Elle s’est unie au monde, et a cherché à soutenir la cause de Christ au moyen d’une action mondaine et charnelle ; dans son ignorance, elle a essayé de maintenir la foi chrétienne en la reniant d’une manière honteuse, dans la pratique. Des hérétiques placés par ses ordres sur le bûcher, voilà une terrible tache sur les pages de l’histoire de l’Église, et on ne peut se faire une juste idée des terribles conséquences résultant de la fausse notion, que l’Église est appelée à prendre la place d’Israël et à agir d’après ses principes (*). C’est ce qui a faussé complètement son témoignage et lui a ôté son caractère essentiellement spirituel et céleste ; c’est ce qui l’a conduite dans une voie qui aboutit à ce que nous lisons dans Apoc. 17 et 18. Que celui qui lit comprenne.

 

(*) Ce sont deux choses toutes différentes pour l’Église, de tirer instruction de l’histoire d’Israël ou de prendre la place de ce peuple, d’agir selon ses principes et de s’approprier ses promesses. La première est un devoir et un privilège de l’Église, l’autre est une fatale erreur dans laquelle elle est tombée.

 

Nous espérons que ce qui a été dit plus haut engagera nos lecteurs à bien considérer à la lumière du Nouveau Testament le sujet qui vient de nous occuper et que Dieu, dans sa bonté infinie, se servira de ce moyen pour les amener à voir clairement le sentier d’entière séparation dans lequel, comme chrétiens, nous sommes appelés à marcher dans le monde, mais non pas comme étant du monde ; notre Seigneur Jésus Christ n’en était pas. Cette vérité une fois comprise résoudra quantité de difficultés, et fournira un grand principe général qui pourra s’appliquer à beaucoup de détails de la vie pratique.

Terminons maintenant notre étude sur le chapitre 13 du Deutéronome, en examinant le contenu des derniers versets.

« Si dans l’une de tes villes que l’Éternel, ton Dieu, te donne pour y habiter, tu entends dire : Des hommes, fils de Bélial, sont sortis du milieu de toi, et ont incité les habitants de leur ville, disant : Allons, et servons d’autres dieux, des dieux que vous n’avez pas connus ; alors tu rechercheras, et tu t’informeras, et tu t’enquerras bien ; et si c’est la vérité, si la chose est établie, si cette abomination a été commise au milieu de toi, tu frapperas certainement par le tranchant de l’épée les habitants de cette ville ; tu la détruiras entièrement, et tout ce qui y sera, et toutes ses bêtes, par le tranchant de l’épée. Et tout son butin, tu le rassembleras au milieu de sa place, et tu brûleras tout entiers au feu la ville et tout son butin, à l’Éternel, ton Dieu ; et elle sera un monceau perpétuel, elle ne sera plus rebâtie. Et il ne s’attachera rien de cet anathème à ta main, afin que l’Éternel revienne de l’ardeur de sa colère, et qu’il te fasse miséricorde, et ait compassion de toi, et qu’il te multiplie, comme il a juré à tes pères, quand tu écouteras la voix de l’Éternel, ton Dieu, pour garder tous ses commandements que je te commande aujourd’hui, afin de pratiquer ce qui est droit aux yeux de l’Éternel, ton Dieu » (vers. 12-18).

Nous avons ici une instruction des plus solennelles et de la plus haute importance, et ce que le lecteur doit bien remarquer, c’est qu’elle est basée sur une vérité d’une indicible valeur, celle de l’unité nationale d’Israël. Voilà ce qui donne une force réelle à ces paroles. Un cas d’erreur grave se présente dans une des cités d’Israël, et la question qui se présente est : « Toutes les villes étaient-elles atteintes par le mal d’une seule ? » (*)

 

(*) Il est important de remarquer que le mal dont il est question était de nature très grave, une tentative de détourner le peuple du seul Dieu vivant et vrai, ce qui atteignait le fondement même de l’existence nationale d’Israël. La question n’était pas simplement locale ou municipale, mais nationale.

 

Assurément, puisque la nation était une. Les villes et les tribus n’étaient pas indépendantes les unes des autres, mais unies ensemble par un lien sacré d’unité nationale, unité qui avait son centre dans le lieu où se trouvait la présence de Dieu. Les douze pains sur la table d’or dans le sanctuaire, formaient le beau type de cette unité, et tout vrai Israélite la reconnaissait et s’en réjouissait. Les douze pierres dans le Jourdain ; les douze pierres au bord de ce fleuve ; les douze pierres d’Élie au mont Carmel, toutes représentaient la même grande vérité — l’unité indissoluble des douze tribus d’Israël. Le bon roi Ézéchias reconnut cette vérité, lorsqu’il ordonna l’holocauste et le sacrifice pour le péché, pour tout Israël (2 Chr. 29:24). Le fidèle Josias agit aussi d’après cette vérité, lorsqu’il ordonna une réforme dans tous les pays qui appartenaient aux enfants d’Israël (2 Chr. 34:33). Paul, dans son remarquable discours devant le roi Agrippa, rend témoignage à la même vérité, quand il dit : « Espérance… à laquelle nos douze tribus, en servant Dieu sans relâche nuit et jour, espèrent parvenir » (*) (Actes 26:7).

 

(*) Il peut être intéressant pour le lecteur de savoir que dans le passage ci-dessus, le mot rendu par « douze tribus » est dans le grec au singulier. Cela donne certainement une expression bien vivante à la grande idée d’unité indissoluble, si précieuse à Dieu, et par conséquent précieuse pour la foi.

 

En anticipant le glorieux avenir, nous voyons cette même vérité briller d’un éclat céleste, dans le chapitre 7 de l’Apocalypse, où les douze tribus sont scellées et réservées pour le repos, la bénédiction et la gloire, en compagnie d’une foule innombrable d’entre les nations. Et finalement, dans le chapitre 20 de l’Apocalypse, nous voyons les noms des douze tribus, écrits sur les portes de la sainte cité, siège et centre de la gloire de Dieu et de l’Agneau.

Ainsi, depuis la table d’or du sanctuaire jusqu’à la cité d’or, descendant du ciel d’auprès de Dieu, nous avons une chaîne merveilleuse de preuves évidentes de cette grande vérité, l’unité indissoluble des douze tribus d’Israël.

Et si l’on demande où cette unité peut se voir et comment Élie, Ézéchias, Josias, ou l’apôtre Paul ont pu la voir, nous répondrons que c’était par la foi. En regardant au-dedans du sanctuaire, ils pouvaient voir les douze pains signifiant à la fois que chaque tribu était distincte, et qu’elles formaient cependant une unité parfaite. Rien de plus beau ; la vérité de Dieu doit subsister à toujours. L’unité d’Israël se voyait dans le passé et sera vue à l’avenir ; et quoique, semblable à l’unité plus élevée de l’Église, elle soit invisible maintenant, la foi croit et maintient cette vérité et la confesse en face de toutes les influences contraires.

Voyons un instant l’application pratique de cette glorieuse vérité, telle qu’elle nous est présentée dans les derniers versets de Deut. 13. — Le bruit se répand dans une ville située tout au nord du pays d’Israël, qu’une erreur grave est enseignée dans une ville du sud, — erreur pernicieuse tendant à détourner ses habitants du vrai Dieu.

Qu’y a-t-il à faire ? La loi est aussi positive que possible ; le sentier du devoir est si clairement tracé qu’il suffit d’un œil simple pour le voir et d’un cœur dévoué pour y marcher. « Alors tu rechercheras, et tu t’informeras, et tu t’enquerras bien » (vers. 14). Ceci est bien clair.

Quelques-uns des habitants de la ville auraient pu dire : « Que nous importe cette erreur enseignée si loin de nous ? Grâces à Dieu, ce mal n’est pas au milieu de nous, c’est une affaire entièrement locale, chaque ville a sa propre responsabilité. Peut-on exiger que nous examinions chaque erreur enseignée dans le pays ? nous y perdrions inutilement le temps consacré à nos travaux ; il y a assez à faire pour nous à garder nos frontières. Quant à l’erreur, nous la condamnons certainement, et si quelqu’un venait ici pour l’enseigner, nous lui fermerions nos portes ; notre responsabilité ne va pas au delà ».

Et maintenant, quelle serait la réponse d’un Israélite fidèle, à tous ces arguments, quelque plausibles qu’ils paraissent au jugement naturel ? Il dirait que raisonner ainsi est simplement renier l’unité d’Israël ; que, si chaque tribu avait voulu se placer sur un terrain indépendant, le souverain sacrificateur n’avait plus qu’à ôter les douze pains de dessus la table d’or de devant l’Éternel et à les disperser ici et là, puisque le peuple s’étant divisé en fragments indépendants n’ayant aucun terrain national, c’en était fait de l’unité que figuraient les pains sur une seule table.

L’Israélite fidèle pourrait continuer à répondre, qu’en outre le commandement est des plus distincts et explicites : « Tu rechercheras, et tu t’informeras, et tu t’enquerras bien ». Israël étant restreint à ces deux grands principes, l’unité de la nation et le commandement de Dieu, il était impossible à quelques individus du peuple de dire : « Il n’y a pas d’erreur enseignée au milieu de nous », à moins de se séparer du reste de la nation ; car le peuple tout entier était compris dans ces paroles : « Si cette abomination a été commise au milieu de toi ». Une erreur enseignée à Dan, affectait également les habitants de Beër-Shéba. Pourquoi cela ? Parce qu’Israël était un. Tout Israélite devait se sentir affecté par l’erreur, et ne pouvait ni se croiser les bras, ni conserver une froide indifférence ou une coupable neutralité. Il était enveloppé dans ce mal et ses affreuses conséquences, jusqu’à ce qu’il s’en fût purifié en le jugeant avec une inflexible décision et une sévérité impitoyable.

Et si tout cela était vrai pour Israël, à combien plus forte raison pour l’Église de Dieu ! Là où il s’agit de Christ, soyons sûrs que tout ce qui ressemble à de l’indifférence est haïssable aux yeux de Dieu. Les desseins éternels et le conseil de Dieu sont de glorifier son Fils, de sorte que tout genou se ploie devant Lui, et que toute langue confesse qu’il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père : « Afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père » (Jean 5:23).

Par conséquent, si Christ est déshonoré, si des doctrines sont enseignées qui portent atteinte à la gloire de sa personne, à l’efficacité de son œuvre, ou aux vertus de sa charge, nous devons rejeter fermement de pareilles doctrines. L’indifférence ou la neutralité dans tout ce qui touche à la personne de Christ, est jugée comme crime de haute trahison au tribunal du ciel. S’il s’agissait de notre propre réputation, de notre caractère personnel, ou de notre famille, nous ne resterions pas indifférents ; nous serions très sensibles à la moindre accusation concernant nous-mêmes ou ceux qui nous sont chers. Combien plus profondément encore ne devrions-nous pas sentir la moindre atteinte à ce qui concerne la gloire, l’honneur, le nom et la cause de Celui à qui nous devons tout dans le présent et tout dans l’avenir éternel, Celui qui a mis de côté sa gloire, pour venir dans ce pauvre monde, mourir sur la croix d’une mort ignominieuse, pour nous sauver des flammes éternelles de l’enfer ! Pourrions-nous être indifférents à son égard, rester neutres en ce qui le concerne ? À Dieu ne plaise !

Non, lecteur, cela ne doit pas être. L’honneur et la gloire de Christ doivent nous tenir plus à cœur que tout le reste : réputation, propriété, famille, amis, tout doit être mis de côté, si les droits de Dieu sont compromis. Tout lecteur chrétien ne convient-il pas de cela, de toute l’énergie de son âme ? Assurément, déjà maintenant ; et que sera-ce quand nous le verrons face à face, dans la pleine lumière de sa gloire morale ? Avec quels sentiments envisagerons-nous l’idée d’indifférence ou de neutralité par rapport à Lui ?

Avons-nous tort en déclarant que la vérité qui touche de plus près à la gloire de la Tête est celle de l’unité de son corps, l’Église ? Certes pas. Si la nation d’Israël était une, le corps de Christ est un ! Et si l’indépendance ne convenait pas en Israël, combien moins dans l’Église de Dieu ! Le fait est que l’idée d’indépendance ne peut être maintenue un instant, à la lumière du Nouveau Testament. Nous pourrions aussi bien attester que la main est indépendante du pied, ou l’œil de l’oreille, que d’affirmer que les membres du corps de Christ sont indépendants l’un de l’autre. « Car de même que le corps est un et qu’il a plusieurs membres, mais que tous les membres du corps, quoiqu’ils soient plusieurs, sont un seul corps, ainsi aussi est le Christ. Car nous nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit hommes libres ; et nous avons tous été abreuvés pour l’unité d’un seul Esprit… Or vous êtes le corps de Christ, et ses membres chacun en particulier » (1 Cor. 12:12-27).

Nous n’essayerons pas de commenter ces merveilleuses paroles, nous désirons seulement appeler l’attention du lecteur chrétien sur la vérité spéciale qui y est mise en évidence et qui concerne intimement tout vrai croyant sur la surface de cette terre, savoir qu’il est membre du corps de Christ.

Cette grande vérité pratique comprend à la fois les plus hauts privilèges et les plus grandes responsabilités. Ce n’est pas simplement une doctrine vraie, un principe sain ou une opinion orthodoxe ; c’est un fait vivant destiné à être une puissance divine dans l’âme. Le chrétien ne peut plus se considérer comme personne indépendante, n’ayant ni association, ni lien vital avec d’autres. Il est lié d’une manière vivante ainsi que tous les enfants de Dieu, à tous les vrais croyants, à tous les membres de Christ sur toute la surface de la terre.

« Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps ». L’Église de Dieu n’est pas une simple société, une association ou une confrérie ; elle est un corps, uni par le Saint Esprit à la Tête dans le ciel, et tous ses membres sur la terre sont indissolublement liés ensemble. Il s’ensuit naturellement que tous les membres du corps sont affectés par l’état et la marche de chacun. « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui », c’est-à-dire tous les membres du corps. Si le pied est malade, la main le sent. Comment ? Par la tête. Ainsi en est-il dans l’Église de Dieu ; si quelque chose va mal chez un individu, tous les membres le sentent par la Tête avec laquelle tous sont en relation vivante, par le Saint Esprit.

Quelques-uns de nos lecteurs trouvent peut-être cette vérité très difficile à saisir, et cependant elle est clairement révélée dans la page inspirée, non pour être critiquée, ou soumise en aucune manière au jugement humain, mais simplement pour être crue. C’est une révélation divine, aucun esprit humain n’aurait jamais conçu une telle pensée ; mais Dieu l’a révélée, la foi l’accepte et marche dans la puissance bénie de cette vérité.

Le lecteur pourrait encore demander : « Comment est-il possible que l’état d’un seul croyant affecte ceux qui ne le connaissent point ? La réponse est : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ». Tous les membres de quoi ? D’une assemblée locale ou d’une société qui, par hasard, connaît la personne en question, ou est en relation avec elle ? Non, mais il s’agit des membres du corps où qu’ils soient. En Israël même, où l’unité n’était que nationale, nous avons vu que s’il existait quelque mal dans une de leurs villes, tout le peuple en était atteint et affecté. Lorsque Acan pécha, par exemple, quoiqu’il y eût des milliers de gens totalement ignorants du fait, l’Éternel dit : « Israël a péché », et toute l’assemblée, à cause de cela, subit une humiliante défaite.

La raison peut-elle saisir cette vérité ? Non, mais la foi le peut. Si nous écoutons la raison, nous ne croirons rien ; mais si, par la grâce de Dieu, nous n’écoutons pas la raison, nous croirons ce que Dieu dit, parce qu’il le dit.

Oh ! bien-aimé lecteur chrétien, quelle immense vérité que cette unité du corps ! Quelles conséquences pratiques en découlent ? Comme elles sont évidemment calculées pour produire la sainteté dans la vie et la marche ! Combien cela doit nous rendre vigilants sur nous-mêmes, nos habitudes, nos voies, tout notre état moral ! Combien aussi cela doit nous rendre soigneux de ne pas déshonorer la Tête à laquelle nous sommes unis, contrister l’Esprit par lequel nous sommes liés les uns aux autres, ou blesser les membres avec lesquels nous sommes formés en un seul corps !

Malgré notre désir de prolonger notre méditation sur une des plus belles, des plus profondes et des plus puissantes vérités qui méritent toute notre attention, il nous faut terminer ce chapitre. Veuille le Seigneur, par son Saint Esprit, faire que cette vérité devienne une puissance vivante dans l’âme de tout vrai croyant sur la surface de la terre !

 

2                    Chapitre 14

« Vous êtes les fils de l’Éternel, votre Dieu : Vous ne vous ferez pas d’incisions, et vous ne vous ferez pas de tonsure entre les yeux, pour un mort. Car tu es un peuple saint, consacré à l’Éternel, ton Dieu, et l’Éternel t’a choisi, afin que tu sois pour lui un peuple qui lui appartienne en propre, d’entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre » (vers. 1-2).

Ce commencement du chapitre met devant nos yeux la base de tous les privilèges et de toutes les responsabilités de l’Israël de Dieu. On sait qu’il faut être dans une relation avant de pouvoir connaître les affections qui s’y rapportent, ou de pouvoir remplir les devoirs qui s’y rattachent. Si un homme n’est pas père, aucun raisonnement, aucune explication ne pourra lui faire comprendre les sentiments ou les affections d’un cœur de père ; mais dès le moment où il est entré dans cette relation, il sait ce qui en est.

Il en est ainsi dans les choses de Dieu. Nous ne pouvons comprendre les affections ou les devoirs d’un enfant de Dieu, jusqu’à ce que nous soyons sur ce terrain. Il nous faut être chrétiens avant de pouvoir accomplir les devoirs d’un chrétien. Même lorsque nous sommes chrétiens, ce n’est que par la grâce du Saint Esprit que nous pouvons marcher comme tels ; mais il est clair que si nous ne sommes pas sur le terrain chrétien, nous ne pouvons rien savoir des affections ou des devoirs du chrétien.

Or c’est évidemment la prérogative de Dieu de prescrire à ses enfants comment ils doivent se conduire, tandis qu’à eux incombe le grand privilège et la sainte responsabilité de chercher en toutes choses son approbation. « Vous êtes les fils de l’Éternel, votre Dieu. Vous ne vous ferez pas d’incisions ». Ils n’étaient plus à eux-mêmes ; ils Lui appartenaient, c’est pourquoi ils n’avaient pas le droit de se faire aucune incision ou de se défigurer pour les morts. Dans son orgueil et sa volonté propre, l’homme naturel pourrait dire : « Pourquoi ne pouvons-nous pas faire comme les autres ? Quel mal peut-il y avoir à nous faire des incisions ou à nous raser entre les yeux ? C’est seulement l’expression de notre douleur, un témoignage d’affection donné à de bien-aimés défunts ; assurément il ne saurait y avoir rien de moralement mauvais là-dedans ».

À cela il n’y avait qu’une réponse simple, mais concluante : « Vous êtes les fils de l’Éternel, votre Dieu ». Ce fait change tout. Les pauvres gentils, ignorants et incirconcis, pouvaient se défigurer, en tant qu’ils ne connaissaient pas Dieu, et n’étaient pas en relation avec Lui ; mais quant à Israël, ils étaient sur le terrain saint et élevé de proximité avec Dieu, et ce fait devait donner le ton et le caractère à toutes leurs habitudes. Ce n’était pas pour devenir enfants de Dieu qu’ils étaient appelés à s’abstenir de certaines coutumes ou habitudes, ou à en adopter d’autres. Cela aurait été, comme l’on dit, commencer par la fin, mais étant ses enfants, leur devoir était d’agir comme tels.

« Tu es un peuple saint, consacré à l’Éternel, ton Dieu ». Il n’est pas dit : Vous devriez être un peuple saint. Comment auraient-ils jamais pu être par eux-mêmes un peuple saint, précieux à l’Éternel ? Impossible. S’ils n’étaient pas son peuple, aucun effort venant d’eux-mêmes n’aurait jamais pu les rendre tels ; mais Dieu, dans sa grâce souveraine, conformément à son alliance avec leurs pères, les avait faits ses enfants, un peuple particulier d’entre toutes les nations qui étaient sur la terre. Telle était la base solide de l’édifice moral d’Israël. Toutes leurs habitudes, leurs usages, leurs actes, leur nourriture, leurs vêtements, tout ce qu’ils faisaient, tout ce dont ils s’abstenaient, devait découler du grand fait qui ne provenait pas plus d’eux que leur naissance naturelle, savoir, qu’ils étaient de fait les enfants de l’Éternel, leur Dieu, le peuple de son choix, un peuple qui était sa propriété spéciale.

Or c’est un immense privilège d’avoir l’Éternel si près de nous, et s’intéressant ainsi à toutes nos habitudes et toutes nos voies.

Sans doute, pour l’homme naturel qui ne connaît pas le Seigneur et n’est pas en relation avec Lui, la seule idée de sa sainte présence, la pensée d’être si près de Lui, serait intolérable. Mais pour tout vrai croyant, pour celui qui aime réellement Dieu, il est infiniment précieux de penser qu’il est si près de nous, et de savoir qu’il s’intéresse aux moindres détails de notre vie, qu’il s’occupe de nous de nuit comme de jour, endormis ou éveillés, à la maison ou au dehors ; en un mot, que sa sollicitude pour nous surpasse celle de la plus tendre mère pour son nourrisson.

Tout cela est merveilleux et assurément, si nous le réalisions plus pleinement, notre vie serait toute différente et notre témoignage tout autre. Quel saint privilège, quelle précieuse réalité de savoir que le Seigneur, dans son amour, nous suit constamment dans notre sentier et que son œil veille sur nous dans toutes nos occupations. Que ce sentiment devienne une puissance vivante dans le cœur de chaque enfant de Dieu !

Depuis le verset 3 jusqu’au verset 20, nous avons la loi relative aux bêtes nettes et aux impures. Les principes qui s’y rapportent ont déjà attiré notre attention dans le chapitre 11 du Lévitique (*). Mais il y a une différence très importante entre ces deux portions des Écritures. Dans le Lévitique, les instructions sont données premièrement à Moïse et à Aaron, tandis que dans le Deutéronome, elles sont données directement au peuple. Cela caractérise parfaitement les deux livres. Le Lévitique peut être appelé le guide du sacrificateur ; dans le Deutéronome, au contraire, les sacrificateurs sont laissés à l’arrière-plan ; le peuple occupe la première place. On le voit clairement dans tout le livre, de sorte qu’il n’y a pas le moindre fondement à l’assertion qui prétend que le Deutéronome n’est qu’une répétition du Lévitique. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Chaque livre a son sujet propre, son but spécial, son œuvre à lui. Toute personne qui étudie diligemment les Écritures, reconnaît cette vérité avec bonheur. Les incrédules sont volontairement aveugles ; ils ne peuvent rien voir.

 

(*) Nous prions le lecteur de voir dans nos « Notes sur le Lévitique », chap. 11, ce que nous croyons être le sens scripturaire des versets 4-20 de notre chapitre.

 

Au verset 21 de notre chapitre, la distinction entre l’Israël de Dieu et l’étranger est présentée d’une manière frappante : « Vous ne mangerez d’aucun corps mort ; tu le donneras à l’étranger qui est dans tes portes, et il le mangera ; ou tu le vendras au forain ; car tu es un peuple saint, consacré à l’Éternel, ton Dieu ». Le grand fait de la relation d’Israël avec l’Éternel, les séparait entièrement de toutes les nations qui sont sous le soleil. Ce n’était pas qu’ils fussent en eux-mêmes le moins du monde meilleurs ou plus saints que les autres ; mais l’Éternel était saint, et ils étaient son peuple : « Soyez saints, car moi je suis saint ».

Les gens du monde ont souvent l’idée que les chrétiens sont très pharisiens en se séparant des autres, et refusant de prendre part aux plaisirs et aux amusements du monde ; mais en réalité ils ne comprennent pas la question. Le fait est que lorsqu’un chrétien participe aux vanités et aux folies d’un monde de péché, c’est comme si un Israélite avait mangé quelque bête morte d’elle-même. Dieu soit loué, le chrétien a pour se nourrir quelque chose de meilleur que les pauvres choses mortes de ce monde. Il a le pain vivant qui est descendu du ciel, la vraie manne ; et non seulement cela, mais il mange « du crû du pays de Canaan » (Josué 5:12), type de l’Homme ressuscité et glorifié dans les cieux. Le pauvre mondain inconverti ne connaît absolument rien de ces choses si précieuses ; il se nourrit de ce que le monde peut lui offrir. La question n’est pas si les choses sont bonnes ou mauvaises en elles-mêmes, car personne n’aurait jamais songé au mal qu’il peut y avoir à manger quelque animal mort de lui-même, si Dieu n’avait dit qu’il ne fallait pas le faire.

C’est le point important pour nous. On ne peut s’attendre à ce que le monde voie ou sente comme nous, touchant ce qui est bien ou mal ; c’est notre affaire de considérer les choses à un point de vue divin. Beaucoup de choses qu’un mondain peut faire sans inconséquence, ne pourraient pas même être touchées par un chrétien, et cela parce qu’il est chrétien. La question que le vrai croyant doit se faire chaque fois qu’une chose se présente devant lui est simplement : « Puis-je faire ceci à la gloire de Dieu ? Le nom de Christ peut-il y être associé ? » Si non, il ne doit pas y toucher.

En un mot, le mobile et la pierre de touche en toute occasion pour le chrétien, c’est Christ. Cela rend tout très simple. Au lieu de se demander si telle ou telle chose s’accorde avec notre profession, nos principes, notre caractère ou notre réputation, nous avons à nous demander : Est-ce que cela s’accorde avec Christ ? Tout ce qui est indigne de Christ est indigne d’un chrétien. Cela bien compris deviendra une règle pratique applicable à mille détails. Si le cœur est franchement à Christ, si nous marchons selon les instincts de la nature divine, fortifiés par l’action de l’Esprit, et guidés par l’autorité des Saintes Écritures, touchant ce qui est bien ou mal, ces questions ne nous troubleront pas dans notre vie journalière.

Avant de citer au lecteur les beaux versets qui terminent le chapitre, nous désirons attirer son attention sur la dernière partie du verset 21: « Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère ». Le fait que cette prescription est donnée en trois endroits différents, prouve qu’elle a un intérêt spécial et une importance pratique. Que signifie-t-elle ? Quelle instruction devons-nous en tirer ? Nous croyons que ce passage nous enseigne très clairement que le peuple du Seigneur doit éviter soigneusement tout ce qui est contraire à la nature. Or, c’était évidemment agir contrairement à la nature de faire cuire un animal dans ce qui était destiné à le nourrir. La parole de Dieu attache partout une grande importance à ce qui est selon la nature, à ce qui est convenable. « La nature même ne vous enseigne-t-elle pas ? » (1 Cor. 11:14) dit l’apôtre inspiré à l’assemblée de Corinthe.

Il y a dans la nature certains sentiments et certains instincts que le Créateur y a placés et qu’il ne faut jamais outrager. On peut poser en principe qu’aucun acte faisant violence aux susceptibilités propres à la nature, ne peut être de Dieu. L’Esprit de Dieu peut souvent nous conduire au delà et au-dessus de la nature, mais jamais contre elle.

Voyons maintenant les derniers versets de notre chapitre qui renferment quelques instructions particulièrement pratiques. « Tu dîmeras exactement tout le rapport de ta semence, que ton champ produira chaque année. Et tu mangeras devant l’Éternel, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi pour y faire habiter son nom, la dîme de ton froment, de ton moût, et de ton huile, et les premiers-nés de ton gros et de ton menu bétail, afin que tu apprennes à craindre toujours l’Éternel, ton Dieu. Et si le chemin est trop long pour toi, de sorte que tu ne puisses les transporter, parce que le lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y mettre son nom, sera trop éloigné de toi, parce que l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni : alors tu les donneras pour de l’argent, et tu serreras l’argent dans ta main, et tu iras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi ; et tu donneras l’argent pour tout ce que ton âme désirera, pour du gros ou du menu bétail, ou pour du vin ou pour des boissons fortes, pour tout ce que ton âme te demandera, et tu le mangeras là, devant l’Éternel, ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta maison. Et tu ne délaisseras pas le Lévite qui est dans tes portes, car il n’a point de part ni d’héritage avec toi. — Au bout de trois ans, tu mettras à part toute la dîme de ta récolte de cette année-là, et tu la déposeras dans tes portes. Et le Lévite, qui n’a point de part ni d’héritage avec toi, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui seront dans tes portes, viendront, et ils mangeront et seront rassasiés ; afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout l’ouvrage de ta main que tu fais » (vers. 22-29).

Ce passage, profondément intéressant, est d’une haute importance, en ce qu’il place devant nous, avec une grande simplicité, la base, le centre et les traits pratiques de la religion nationale et domestique d’Israël. Le grand fondement du culte d’Israël était le fait que soit eux, soit leur pays, appartenait à l’Éternel. Le pays était à Lui, ils n’en étaient que les tenanciers. Ils étaient appelés à rendre périodiquement témoignage à cette précieuse vérité, en donnant fidèlement la dîme de ce que produisait leur pays. « Tu dîmeras exactement tout le rapport de ta semence, que ton champ produira chaque année » (vers. 22).

Ils reconnaissaient ainsi, d’une manière pratique, les droits de l’Éternel comme possesseur de la terre, et ne devaient jamais perdre de vue qu’ils n’avaient aucun autre maître que l’Éternel, leur Dieu. Tout ce qu’ils étaient et tout ce qu’ils avaient Lui appartenait. Tel était le solide fondement de leur culte national, — de leur religion.

Le centre de leur culte est indiqué tout aussi clairement. Ils devaient se rassembler au lieu que l’Éternel avait choisi pour y mettre son nom. Précieux privilège, pour tous ceux qui aimaient vraiment ce glorieux Nom ! Nous voyons dans ce passage, comme aussi dans plusieurs autres portions de la parole de Dieu, quelle importance Dieu attachait aux rassemblements périodiques de son peuple autour de Lui-même. Il prenait plaisir à voir son peuple bien-aimé assemblé en sa présence, heureux en Lui, et les uns et les autres, se réjouissant ensemble dans leur lot commun, et se nourrissant dans une douce et fraternelle communion, du fruit du pays de l’Éternel. « Tu mangeras devant l’Éternel, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi pour y faire habiter son nom, la dîme de ton froment,… afin que tu apprennes à craindre toujours l’Éternel, ton Dieu » (vers. 23).

C’était le seul lieu de rassemblement pour tous les Israélites sincères, pour tous ceux qui aimaient vraiment l’Éternel. Tous ceux-là prenaient plaisir à venir en foule dans le lieu béni où ce nom révéré était invoqué. Ceux qui ne connaissaient pas le Dieu d’Israël, et ne se souciaient pas de Lui, pouvaient trouver étrange de voir ce peuple parcourir souvent une longue distance, pour apporter ses dîmes dans un lieu particulier. Quelqu’un demandera peut-être à quoi cela servait et pourquoi ne pas manger ces dîmes à la maison ? Mais cela montrerait simplement l’ignorance de la chose, et l’entière incapacité d’en apprécier la valeur. La grande raison morale pour l’Israël de Dieu de voyager ainsi jusqu’à la place désignée, se trouvait dans cette glorieuse devise : Jéhovah-Shamma, « l’Éternel est là ». Si un Israélite avait décidé de propos délibéré de rester chez lui, ou d’aller à quelque endroit de son propre choix, il n’aurait rencontré là ni l’Éternel, ni ses frères, et aurait ainsi dû prendre seul son repas. Une telle conduite aurait attiré un jugement de la part de Dieu ; c’eût été une abomination. Il n’y avait qu’un seul centre, choisi non par l’homme, mais par Dieu lui-même. L’impie Jéroboam, pour servir ses vues politiques et égoïstes, eut la présomption de contrevenir au commandement divin et plaça des veaux d’or à Béthel et à Dan ; mais le culte offert en ces endroits, l’était aux démons et non pas à Dieu. C’était un acte audacieux de méchanceté qui fit tomber sur lui et sur sa maison le juste jugement de Dieu ; et nous voyons plus tard, dans l’histoire d’Israël, que faire comme « Jéroboam, fils de Nebath », caractérise l’iniquité de tous les méchants rois.

Quant à tous les Israélites fidèles, on était sûr de les trouver réunis autour du centre divin et nulle part ailleurs. On ne les aurait pas entendu présenter toutes sortes d’excuses pour rester chez eux ; on ne les aurait pas vus courant ici et là, à des endroits de leur propre choix ou de celui des autres ; non, vous les auriez trouvés rassemblés là où l’Éternel avait mis son nom et là seulement. Était-ce par étroitesse ou bigoterie ? Non, c’était par crainte de Dieu et par amour pour Lui. Du moment que l’Éternel avait désigné un lieu où il voulait rencontrer son peuple, assurément son peuple devait s’y rendre.

Non seulement il avait désigné un lieu, mais dans sa bonté infinie, il avait pourvu aux moyens de rendre ce lieu aussi accessible que possible pour son peuple d’adorateurs, comme nous le voyons ici : « Et si le chemin est trop long pour toi, de sorte que tu ne puisses les transporter, parce que le lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y mettre son nom, sera trop éloigné de toi, parce que l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni alors tu les donneras pour de l’argent, et tu serreras l’argent dans ta main, et tu iras au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi… Et tu le mangeras là, devant l’Éternel, ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta maison » (vers. 24-26).

Cela est d’une grande beauté. L’Éternel, dans ses tendres soins et sa sollicitude, tenait compte de tout ; il ne voulait pas laisser la moindre difficulté sur le chemin de son peuple, quand il s’agissait de son rassemblement autour de Lui. Il trouvait sa joie à voir son peuple racheté, heureux en sa présence ; et tous ceux qui aimaient son nom, répondaient avec délices au désir de son cœur en se rassemblant autour de ce centre divin.

Un Israélite qui aurait négligé l’occasion bénie de se réunir avec ses frères, au lieu et au moment désignés par l’Éternel, aurait prouvé qu’il n’avait pas de cœur pour Dieu ni pour son peuple, ou ce qui était pire, qu’il restait volontairement absent. Il aurait pu prétendre qu’il était heureux chez lui, heureux ailleurs, mais ç’aurait été un faux bonheur, puisqu’il se serait trouvé dans un sentier de négligence volontaire à l’égard de ce que Dieu avait établi.

Tout cela est rempli d’instructions précieuses pour l’Église de Dieu ! La volonté de Dieu, maintenant non moins qu’alors, est que son peuple se réunisse en sa présence, sur un terrain et autour d’un centre, que Lui-même a indiqués. C’est ce qui ne saurait être mis en question par quiconque possède une étincelle de lumière divine dans son âme. Les instincts de la nature divine en nous, la direction de l’Esprit Saint, et les enseignements des Saintes Écritures, tout conduit le peuple de Dieu à se rassembler pour l’adoration, la communion et l’édification. Quoique les dispensations de Dieu puissent différer, il y a certains grands principes et certains traits caractéristiques qui demeurent toujours ; et le rassemblement de nous-mêmes est assurément de ce nombre. Que ce soit sous l’ancienne ou sous la nouvelle économie, le rassemblement du peuple de l’Éternel est d’institution divine. Or cela étant, ce n’est pas de notre bonheur, de notre jouissance qu’il s’agit en aucune manière, quoique nous sachions bien que tous les vrais chrétiens seront heureux de se trouver à la place que Dieu leur a désignée. Il y a toujours joie profonde et bénédiction dans l’assemblée du peuple de Dieu.

Il est impossible de ne pas être réellement heureux, lorsque nous sommes réunis en la présence du Seigneur. C’est le ciel sur la terre pour les bien-aimés de l’Éternel, pour ceux qui aiment son nom, sa personne, pour ceux qui s’aiment l’un l’autre, que d’être réunis ensemble autour de sa table, autour de Lui-même. Quel bonheur plus grand peut-il y avoir que de rompre le pain ensemble, en commémoration de notre bien-aimé et adorable Sauveur ; d’annoncer sa mort jusqu’à ce qu’il vienne ; de faire monter dans un saint concert nos actions de grâces et nos louanges à Dieu et à l’Agneau ; nous édifiant, nous exhortant et nous consolant l’un l’autre, selon les dons et la grâce qui nous sont dispensés par la Tête ressuscitée et glorifiée de l’Église ; de répandre nos cœurs dans une douce communion, en prières, en supplications, en intercessions pour tous les hommes, pour les rois et toutes les autorités, pour toute la maison de la foi, l’Église de Dieu, le corps de Christ, pour l’œuvre du Seigneur, et ses ouvriers sur toute la terre ?

Où y aurait-il un vrai chrétien, dans un bon état d’âme, qui ne prendrait tout son plaisir en ce que nous venons de mentionner, et ne dirait du fond de son cœur qu’il n’y a rien de comparable de ce côté-ci de la gloire ?

Mais, je le répète, il ne s’agit pas de notre bonheur ; c’est une chose toute secondaire. En ceci, comme en toute autre chose, nous devons être guidés par la volonté de Dieu, telle qu’elle est révélée dans sa sainte Parole. La question pour nous est simplement celle-ci : Est-il selon la pensée de Dieu que ses enfants se rassemblent pour le culte et l’édification commune ? S’il en est ainsi, malheur à tous ceux qui, pour une raison quelconque, refusent de propos délibéré, ou négligent par indifférence de le faire ; non seulement il y a une grande perte pour leurs âmes, mais ils déshonorent Dieu, contristent son Esprit et font injure à l’assemblée de son peuple.

Ce sont là des choses très importantes et qui demandent l’attention sérieuse de tous ceux qui appartiennent au Seigneur. C’est assurément la volonté de Dieu que les siens se réunissent en sa présence. Nous sommes exhortés, dans le chapitre 10 de l’épître aux Hébreux, à ne pas abandonner le rassemblement de nous-mêmes. Une valeur, un intérêt et une importance particulière se rattachent à l’assemblée. La vérité qui s’y rapporte commence à luire pour nous dans les premières pages du Nouveau Testament. Ainsi, dans Matt. 18:20, nous lisons ces paroles de notre Seigneur : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Nous avons ici le centre divin « Mon nom ». Cela répond au « lieu que l’Éternel choisira pour y placer son nom », paroles si constamment répétées et sur lesquelles il est tant insisté dans le livre du Deutéronome. Il était absolument nécessaire qu’Israël se réunît en cet unique lieu. Nulle alternative n’était laissée au peuple. C’était « le lieu que l’Éternel, ton Dieu, choisira », et aucun autre.

Il n’en est pas autrement pour l’Église de Dieu. Il ne s’agit pas de choix humain, ni d’un jugement ou d’une opinion d’homme. Tout est divin. Le terrain de notre rassemblement est divin, car c’est la rédemption accomplie. Le centre autour duquel nous sommes rassemblés est divin, car c’est le nom de Jésus. La puissance par laquelle nous sommes rassemblés est divine, car c’est le Saint Esprit, et l’autorité sous laquelle notre rassemblement s’effectue est divin, car c’est la parole de Dieu.

Tout cela est aussi clair que précieux, et tous nous avons besoin de simplicité de foi pour accepter cette vérité et agir en conséquence. Raisonner nous conduit dans l’obscurité ; écouter les opinions humaines, c’est se plonger dans une perplexité désespérante entre toutes les sectes et les partis en lutte dans la chrétienté. Notre seul refuge, notre seule ressource, notre seule force, notre seule autorité, c’est la précieuse parole de Dieu. Ôtez-la, et nous n’avons absolument rien. Donnez-nous ce trésor, et plus rien ne nous manque.

La vérité quant à notre rassemblement est aussi claire, aussi simple et aussi incontestable que la vérité concernant notre salut. C’est le privilège de tous les chrétiens d’être aussi sûrs qu’ils sont rassemblés sur le terrain de Dieu, autour du centre de Dieu, par la puissance de Dieu, et sous l’autorité de Dieu, qu’ils le sont d’être compris dans le cercle béni du salut de Dieu.

Si l’on demande comment nous pouvons être assurés d’être autour du centre de Dieu, nous répondrons simplement : par la parole de Dieu. Comment Israël pouvait-il avoir une certitude quant à l’endroit choisi de Dieu, pour qu’ils s’y rassemblassent. Par son commandement précis. Manquaient-ils de directions ? Non certes ; sa Parole était aussi claire et aussi distincte quant au lieu de leur culte que par rapport à tout autre chose. Il n’y avait lieu à aucune incertitude. La chose était placée si clairement devant eux, que la mettre en question n’aurait pu être que le fait de l’ignorance ou d’une désobéissance positive.

Les chrétiens seraient-ils donc moins bien instruits qu’Israël quant au lieu où ils ont à adorer, quant au centre et au terrain de leur rassemblement ? Sommes-nous laissés dans le doute ou l’incertitude quant à cette question ? Chacun peut-il la décider suivant ce qui lui semble le mieux ? Dieu ne nous a-t-il donné aucune instruction positive et définie sur un sujet aussi important ? Pourrions-nous croire un seul instant que Celui qui, dans sa grande miséricorde, a condescendu jusqu’à donner à son peuple d’autrefois des directions touchant des choses que, dans notre prétendue sagesse, nous jugerions indignes d’être mentionnées, que ce Dieu laisserait maintenant son Église sans une direction précise quant au terrain, au centre et aux traits caractéristiques du culte à Lui rendre ? C’est tout à fait impossible. Toute âme spirituelle doit rejeter avec décision et énergie une semblable pensée.

Non, bien-aimé lecteur chrétien, vous savez que notre Dieu, plein de grâce, ne saurait agir ainsi avec son peuple céleste. Il est vrai qu’il n’existe actuellement aucun lieu particulier désigné, pour que tous les chrétiens s’y rendent périodiquement afin d’y adorer. Il y avait un tel lieu pour le peuple terrestre, et il y en aura un plus tard pour Israël rétabli dans sa terre, et pour les nations : « Et il arrivera, à la fin des jours, que la montagne de la maison de l’Éternel sera établie sur le sommet des montagnes, et sera élevée au-dessus des collines ; et toutes les nations y afflueront ; et beaucoup de peuples iront, et diront : Venez, et montons à la montagne de l’Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, et il nous instruira de ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers. Car de Sion sortira la loi, et de Jérusalem, la parole de l’Éternel » (Ésaïe 2:2-3). Et encore : « Et il arrivera que tous ceux qui resteront de toutes les nations qui seront venues contre Jérusalem, monteront d’année en année pour se prosterner devant le roi, l’Éternel des armées, et pour célébrer la fête des tabernacles. Et il arrivera que, celle des familles de la terre qui ne montera pas à Jérusalem pour se prosterner devant le roi, l’Éternel des armées,… sur celle-là, il n’y aura pas de pluie » (Zac. 14:16-17).

Voici deux passages tirés, l’un du premier, l’autre de l’avant-dernier des prophètes divinement inspirés, nous reportant par avance au temps glorieux où Jérusalem sera le centre choisi de Dieu pour Israël et pour toutes les nations. Et nous pouvons affirmer en toute confiance, que le lecteur trouvera tous les prophètes d’accord et en pleine harmonie avec Ésaïe et Zacharie, sur cet intéressant sujet. Appliquer de tels passages à l’Église ou au ciel, c’est faire violence aux déclarations les plus claires et les plus belles qui soient jamais parvenues à l’oreille de l’homme ; c’est confondre les choses terrestres avec les célestes, et donner un démenti aux paroles des prophètes et des apôtres.

Multiplier les citations est inutile. Il est prouvé dans toute l’Écriture que Jérusalem était et sera le centre terrestre choisi de Dieu, pour son peuple et pour toutes les nations. Mais actuellement, c’est-à-dire depuis le jour de la Pentecôte où le Saint Esprit descendit pour former l’Église de Dieu, le corps de Christ, jusqu’au moment où notre Seigneur Jésus Christ descendra du ciel pour enlever les siens de la terre, il n’y a ni lieu, ni ville, ni localité sacrée, ni centre terrestre pour le peuple de Dieu. Parler aux chrétiens de lieux saints ou de terrains consacrés, leur est aussi étranger — ou au moins le devrait être — qu’il l’eût été pour un Juif d’entendre dire que son lieu de culte était le ciel.

Que le lecteur prenne le chapitre 4 de l’évangile de Jean ; il y trouvera, dans le discours merveilleux de notre Seigneur avec la femme de Sichar, une précieuse instruction sur ce sujet : « La femme lui dit : Seigneur, je vois que tu es un prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne-ci, et vous, vous dites qu’à Jérusalem est le lieu où il faut adorer. Jésus lui dit : Femme, crois-moi l’heure vient que vous n’adorerez le Père, ni sur cette montagne, ni à Jérusalem. Vous, vous adorez, vous ne savez quoi ; nous, nous savons ce que nous adorons ; car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient, et elle est maintenant, que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car aussi le Père en cherche de tels qui l’adorent. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité » (versets 19-24).

Ce passage met entièrement de côté la pensée qu’il puisse y avoir maintenant un lieu de culte spécial. « Le Très-haut n’habite point dans des demeures faites de main ; selon que dit le prophète : Le ciel est mon trône, et la terre est le marchepied de mes pieds. Quelle maison me bâtirez-vous, dit le Seigneur, et quel sera le lieu de mon repos ? Ma main n’a-t-elle pas fait toutes ces choses » (Actes 7:48-50). Et encore : « Le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont, lui qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main ; et il n’est pas servi par des mains d’hommes, comme s’il avait besoin de quelque chose, lui qui donne à tous la vie et la respiration et toutes choses » (Actes 17:24-25).

L’enseignement du Nouveau Testament touchant le culte est très clair, du commencement à la fin ; et le lecteur chrétien doit sérieusement y faire attention, chercher à le comprendre, et soumettre tout son être moral à son autorité. Dès les temps les plus reculés de l’histoire de l’Église, il y a toujours eu une forte et fatale tendance à retourner au judaïsme, non seulement quant à la justice devant Dieu, mais aussi quant au culte. C’est ainsi que les chrétiens ont été placés non seulement sous la loi quant à la vie et à la justice, mais aussi, jusqu’à un certain point, sous le rituel lévitique pour l’ordre et le caractère de leur culte. Nous avons traité le premier sujet dans les chapitres 4 et 5 de ces « Notes » ; mais le dernier n’est pas moins important dans son effet sur l’ensemble et le caractère de la vie et de la conduite chrétiennes.

Il faut nous souvenir que le grand but de Satan est de faire déchoir l’Église de la place excellente qui lui appartient, quant à sa position, sa marche et son culte. À peine l’Église était-elle établie le jour de Pentecôte, qu’il a commencé à y introduire des principes de corruption et de ruine, et il n’a cessé durant dix-huit siècles de poursuivre son œuvre. En présence même des paroles si claires, citées plus haut, en rapport avec le caractère du culte que le Père cherche maintenant, et quant au fait que Dieu n’habite pas dans des temples faits de mains, nous avons vu dans tous les temps cette forte tendance à retourner à l’état de choses existant sous l’économie mosaïque. De là ce désir d’avoir de grands bâtiments, un rituel imposant, un ordre sacerdotal, des services splendides, des chœurs, etc., toutes choses qui sont en opposition directe avec la pensée de Christ et les enseignements les plus précis du Nouveau Testament. L’Église professante, en tout cela, s’est entièrement éloignée de l’Esprit du Seigneur et a méconnu son autorité, et cependant, chose triste et étrange à la fois, elle en appelle à ces choses comme preuves des progrès merveilleux du christianisme. Certains de ses docteurs disent même que l’apôtre Paul avait une faible idée de la grandeur que l’Église atteindrait, et que s’il voyait une de nos cathédrales avec ses vastes nefs et ses vitraux, et s’il entendait le son des orgues et les voix des chœurs, il serait surpris du changement et des progrès opérés depuis le temps où les disciples se réunissaient dans la chambre haute, à Jérusalem ! (*)

 

(*) Il faut se rappeler que l’auteur n’a pas seulement en vue l’église romaine dans ce passage, mais aussi ce nombreux parti que, dans l’église anglicane, on nomme les ritualistes (Note du trad).

 

Quelle séduction de l’ennemi, cher lecteur ! L’Église a progressé, il est vrai, mais dans la fausse direction, pas en avant, mais en arrière, loin de Christ, loin du Père, loin de l’Esprit, loin de la Parole.

J’aimerais adresser au lecteur cette seule question : Si l’apôtre Paul arrivait ici ou ailleurs, un dimanche, où trouverait-il ce qu’il trouva en Troade en pareil jour, il y a deux mille ans, comme cela nous est rapporté dans les Actes, chap. 20, vers. 7 ? Où trouverait-il des disciples rassemblés simplement par le Saint Esprit, au nom de Jésus, pour rompre le pain en mémoire de Lui, annonçant ainsi sa mort jusqu’à ce qu’il vienne ? Tel était alors l’ordre divin, et tel il doit être maintenant. Nous ne pouvons croire que l’apôtre acceptât rien d’autre. Il chercherait seulement ce qui est selon l’ordre divin. Où donc le trouverait-il ? Où pourrait-il aller et trouver la table de son Seigneur, dressée comme il l’avait commandé Lui-même, la nuit où il fut trahi ?

Nous ne pouvons autrement que croire que l’apôtre Paul insisterait pour avoir la table et la cène de son Seigneur, telles qu’il l’avait reçu directement du Seigneur dans la gloire, et comme il l’a transmis par l’Esprit, dans son épître aux Corinthiens, chap. 10 et 11, — épître adressée « à tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, et leur Seigneur, et le nôtre » (1 Cor. 1:2). Nous ne pouvons croire que l’apôtre enseignât l’ordre de Dieu dans le premier siècle, et acceptât le désordre de l’homme dans le vingtième. L’homme n’a aucun droit de mêler du sien à une institution divine. Il n’a pas plus l’autorité de changer un seul iota ou un trait de lettre à ce qui se rapporte à la cène, qu’Israël ne l’avait de changer quoi que ce fût à l’ordonnance de la pâque.

Nous répétons notre question, et nous supplions le lecteur de la peser sérieusement et d’y répondre en présence de Dieu et à la lumière de sa Parole : Où l’apôtre trouverait-il cela à Londres, à Paris ou dans quel endroit que ce soit dans toute la chrétienté, le premier jour de la semaine ? Où pourrait-il aller prendre place à la table de son Seigneur, dressée au milieu d’un rassemblement de disciples réunis sur le terrain d’un seul corps, autour d’un seul centre, le nom de Jésus, par la puissance du Saint Esprit et sous l’autorité de la parole de Dieu ? Où trouverait-il une sphère dans laquelle il pourrait exercer ses dons sans une autorité, un appel, ou une consécration humaine ? Nous posons ces questions, afin d’exercer le cœur et la conscience du lecteur. Nous sommes pleinement convaincus qu’il y a des endroits, ici et là, où Paul pourrait trouver ces choses réalisées, quoique dans la faiblesse et avec bien des manquements, et nous croyons qu’une solennelle responsabilité est imposée au lecteur chrétien de les découvrir aussi. Hélas ! hélas ! ils sont en petit nombre et bien disséminés en comparaison de la masse des chrétiens qui se réunissent d’une autre manière. On nous dira peut-être que si les gens savaient que c’est l’apôtre Paul, ils lui permettraient volontiers d’exercer son ministère. Mais il ne demanderait ni n’accepterait leur permission, puisqu’il nous dit clairement, au chapitre 1 des Galates, que son ministère était « non de la part des hommes, ni par l’homme, mais par Jésus Christ, et Dieu le Père qui l’a ressuscité d’entre les morts » (1:1).

Non seulement cela, mais nous pouvons être sûrs que l’apôtre insisterait pour que la table du Seigneur fût dressée sur le terrain divin d’un seul corps, et il ne pourrait consentir à participer à la cène du Seigneur que selon l’ordre divin tel qu’il est donné dans le Nouveau Testament. Il n’accepterait rien d’autre que la réalité divine. Il ne pourrait admettre aucune intrusion de l’homme dans une institution divine ; il n’accepterait non plus aucun nouveau terrain de rassemblement, ni aucun nouveau principe d’organisation. Il répéterait ses propres paroles inspirées : « Il y a un seul corps et un seul Esprit » ; et aussi : « Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps ; car nous participons tous à un seul et même pain ». Ces paroles s’appliquent à « tous ceux qui en tout lieu invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ » ; et ces paroles sont vraies dans tous les temps de l’existence de l’Église sur la terre.

Il est important que le lecteur soit tout à fait au clair quant à cette question. Le principe de Dieu quant au rassemblement et à l’unité, ne doit à aucun prix être abandonné. Dès l’instant que les hommes commencent à organiser, à former des sociétés, des églises, ils agissent en opposition directe avec la parole de Dieu, la pensée de Christ, et l’action actuelle du Saint Esprit. L’homme pourrait tout aussi bien se mettre à former un monde qu’à former une église ; c’est une œuvre essentiellement divine. Le Saint Esprit descendit le jour de la Pentecôte, pour former l’Église de Dieu, le corps de Christ ; et c’est la seule Église, le seul corps que l’Esprit reconnaisse ; toute autre organisation est contraire à Dieu, quelque sanctionnée et défendue qu’elle pût être par des milliers de vrais chrétiens.

Que le lecteur nous comprenne bien. Nous ne parlons pas de salut, de vie éternelle, ou de justice divine, mais du vrai terrain de rassemblement, du principe divin sur lequel la table du Seigneur doit être dressée, et la cène célébrée. Des milliers de bien-aimés enfants de Dieu ont vécu et sont morts dans la communion de l’église de Rome ; et l’église de Rome n’est pas l’Église de Dieu, mais une horrible apostasie ; et le sacrifice de la messe n’est pas la cène du Seigneur, mais une misérable invention du diable. Si, dans l’esprit du lecteur, la question était simplement celle-ci : Quelle somme d’erreurs peut-on sanctionner sans perdre le salut de son âme ? il serait inutile de poursuivre le grand et important sujet dont nous nous occupons. Mais quel est le cœur attaché à Christ qui pourrait se contenter d’être placé sur un terrain aussi bas ? Que penserait-on d’un Israélite qui, content d’être fils d’Abraham et de jouir de sa vigne, de son figuier et de ses troupeaux, n’aurait jamais eu la pensée d’aller adorer au lieu que l’Éternel avait assigné pour y invoquer son nom ? Où était le fidèle Juif qui n’aimât pas ce lieu sacré ? « Éternel ! j’ai aimé l’habitation de ta maison, et le lieu de la demeure de ta gloire » (Ps. 26:8).

Et lorsque, à cause du péché d’Israël, le gouvernement national eut pris fin et que le peuple eut été mené en captivité, nous entendons les exilés sincères d’entre eux élevant leurs cris de lamentation dans ces paroles si touchantes et si éloquentes du Ps. 137:1-7: « Auprès des fleuves de Babylone, là nous nous sommes assis, et nous avons pleuré quand nous nous sommes souvenus de Sion », etc.

Et encore, dans le sixième chapitre de Daniel, nous trouvons cet homme aimé de Dieu, ouvrant dans son exil, sa fenêtre du côté de Jérusalem, trois fois le jour, pour prier, quoiqu’il sût bien que la fosse aux lions serait son châtiment. Mais pourquoi se tourner ainsi du côté de Jérusalem ? Était-ce par une superstition juive ? Non, c’était une application magnifique du principe divin, un témoignage rendu au milieu des tristes et humiliantes conséquences de la folie et du péché d’Israël. Jérusalem, il est vrai, était en ruines ; mais les pensées de Dieu concernant Jérusalem n’étaient pas en ruines ; elle était toujours le centre divin, pour son peuple terrestre. « Jérusalem, qui es bâtie comme une ville bien unie ensemble en elle-même ! C’est là que montent les tribus, les tribus de Jah, un témoignage à Israël, pour célébrer le nom de l’Éternel. Car là sont placés les trônes de jugement, les trônes de la maison de David. Demandez la paix de Jérusalem ; ceux qui t’aiment prospéreront. Que la paix soit dans tes murs, la prospérité dans tes palais ! À cause de mes frères et de mes compagnons, je dirai : Que la paix soit en toi ! À cause de la maison de l’Éternel, notre Dieu, je rechercherai ton bien » (Ps. 122:3-9).

Jérusalem était le centre pour les douze tribus d’Israël, aux jours d’autrefois, et il en sera ainsi à l’avenir. Appliquer le passage ci-dessus et d’autres semblables à l’Église de Dieu maintenant, ou à son avenir sur la terre ou dans le ciel, c’est simplement mettre les choses sens dessus dessous, confondre ce qui est essentiellement différent, et ainsi faire un tort incalculable soit à l’Écriture, soit aux âmes. On ne peut se permettre de prendre des libertés aussi inexcusables avec la parole de Dieu.

Jérusalem était et sera le centre terrestre pour le peuple de Dieu ; mais maintenant l’Église de Dieu ne devrait reconnaître d’autre centre que le nom infiniment précieux et glorieux de Jésus. « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Précieux centre ! C’est celui-là seul que le Nouveau Testament montre, autour de celui-là seul que le Saint Esprit rassemble. Peu importe où nous sommes réunis, à Jérusalem, à Rome, à Londres, à Paris ou à Canton ; la question n’est pas , mais comment on se rassemble.

Mais souvenons-nous que ce doit être une chose d’une réalité divine. Il ne sert à rien de professer d’être réunis au nom de Jésus, si nous ne le sommes pas réellement. Les paroles de l’apôtre au sujet de la foi, peuvent s’appliquer avec une égale force à la question de notre centre de rassemblement : « Mes frères, quel profit y a-t-il si quelqu’un dit » qu’il est réuni au nom de Jésus ? (Jac. 2:14). Dieu agit par des réalités morales, et, tandis qu’il est parfaitement clair qu’un homme qui désire être vrai en Christ, ne peut absolument pas consentir à reconnaître quelque autre centre ou terrain de rassemblement que son Nom, cependant il est très possible, hélas ! et combien souvent cela arrive, que des personnes font profession d’être sur ce terrain saint et béni, tandis que leur esprit, leur conduite, leurs habitudes, en un mot toute leur vie et leur caractère, prouvent qu’elles ne connaissent pas la puissance de leur profession.

L’apôtre dit aux Corinthiens : « Pas en parole, mais en puissance » (1 Cor. 4:20), paroles d’une grande importance, assurément, et bien nécessaires en tout temps, mais particulièrement utiles en rapport avec l’important sujet placé devant nous. Nous désirons ardemment placer sur la conscience du lecteur chrétien, la responsabilité où il est de considérer ce sujet dans un saint recueillement en présence du Seigneur et à la lumière du Nouveau Testament. Qu’il ne le laisse pas de côté sous prétexte que ce n’est pas une question essentielle. Au contraire, elle l’est au plus haut degré, en tant que cela concerne la gloire de Dieu et le maintien de sa vérité, et c’est la seule pierre de touche pour décider ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. Était-il essentiel pour Israël de se rassembler au lieu que Dieu avait désigné ? Était-ce une chose à discuter ? Chacun pouvait-il se choisir un centre pour lui-même ? Pesez votre réponse à la lumière de Deut. 14. Il était absolument essentiel que l’Israël de Dieu s’assemblât autour du centre du Dieu d’Israël, cela ne peut être mis en question. Malheur à l’homme qui aurait prétendu tourner le dos au lieu où l’Éternel avait mis son nom. Il aurait bientôt été forcé de reconnaître son erreur. Et si cela était vrai pour le peuple terrestre, n’est-ce pas également vrai pour l’Église et pour le chrétien individuellement ? Assurément. Nous sommes tenus par tout ce qu’il y a de plus élevé et de plus sacré, de répudier tout terrain de rassemblement, sauf celui du seul corps, tout centre excepté le nom de Jésus, toute puissance de rassemblement autre que le Saint Esprit, toute autorité de rassemblement sinon la parole de Dieu. Puissent tous les bien-aimés de Dieu, en tout lieu, être amenés à considérer ces choses dans la crainte et l’amour de son saint nom !

Nous terminerons en citant le dernier paragraphe de notre chapitre, dans lequel nous trouverons quelques enseignements très pratiques : « Au bout de trois ans, tu mettras à part toute la dîme de ta récolte de cette année-là, et tu la déposeras dans tes portes. Et le Lévite, qui n’a point de part ni d’héritage avec toi, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui seront dans tes portes, viendront, et ils mangeront et seront rassasiés ; afin que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout l’ouvrage de ta main, que tu fais » (vers. 28-29).

Nous avons ici une scène de famille bien touchante, qui met en lumière le caractère divin, et fait resplendir les rayons de la grâce et de la miséricorde du Dieu d’Israël. Le cœur est réjoui en respirant l’air vivifiant d’un passage comme celui-là. Quel contraste frappant avec le froid égoïsme de la scène qui nous entoure. Dieu enseignait à son peuple à penser à tous les nécessiteux et à prendre soin d’eux. Les dîmes Lui appartenaient, mais il laissait aux siens le délicieux privilège de les employer de manière à réjouir le cœur des autres.

Il y a une douceur particulière dans ces mots « viendront », « mangeront », et « seront rassasiés ». Comme cela peint bien la grâce de notre Dieu ! Il prend son plaisir à répondre aux besoins de tous. Il ouvre sa main, et rassasie à souhait toute créature vivante. Et non seulement cela, mais il trouve son plaisir à faire des siens les canaux à travers lesquels la grâce, la bonté et la sympathie de son cœur, découlent pour tous. Combien cela est précieux ! Quel privilège d’être des donateurs de la part de Dieu, les dispensateurs de sa bonté et de sa grâce. Plût à Dieu que nous entrions plus pleinement dans les profondeurs de ces vérités ! Puissions-nous respirer davantage l’atmosphère de la présence divine, et alors nous réfléchirons plus fidèlement le caractère divin !

Comme le sujet si profondément intéressant et pratique des vers. 28 et 29, nous sera présenté de nouveau dans notre étude du chap. 26, nous ne nous y arrêterons pas davantage pour le présent.

 

3                    Chapitre 15

« Au bout de sept ans, tu feras relâche. Et c’est ici la manière du relâche : tout créancier relâchera sa main du prêt qu’il aura fait à son prochain ; il ne l’exigera pas de son prochain ou de son frère, car on aura proclamé le relâche de l’Éternel. Tu l’exigeras de l’étranger ; mais ta main relâchera ce que ton frère aura de ce qui t’appartient, sauf quand il n’y aura point de pauvre au milieu de toi ; car l’Éternel te bénira abondamment dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage pour le posséder, pourvu seulement que tu écoutes attentivement la voix de l’Éternel, ton Dieu, pour prendre garde à pratiquer tout ce commandement que je te commande aujourd’hui. Car l’Éternel, ton Dieu, te bénira, comme il t’a dit ; et tu prêteras sur gage à beaucoup de nations, mais toi tu n’emprunteras pas sur gage ; et tu domineras sur beaucoup de nations, et elles ne domineront pas sur toi » (versets 1-6).

Combien il est édifiant de voir la manière dont le Dieu d’Israël cherchait toujours à attirer à Lui le cœur de son peuple par le moyen des sacrifices, des solennités et des institutions variées du rituel lévitique. Il y avait l’agneau offert soir et matin, chaque jour ; il y avait le saint sabbat, chaque semaine ; la nouvelle lune, chaque mois ; il y avait la pâque, chaque année ; les dîmes tous les trois ans ; l’année de relâche, tous les sept ans ; et enfin le jubilé, tous les cinquante ans.

Tout cela est du plus profond intérêt, a pour nous une précieuse signification, et enseigne à nos cœurs une précieuse leçon. L’agneau du matin et du soir, nous le savons, représentait « l’Agneau de pour Dieu qui ôte le péché du monde ». Le sabbat est le type du repos qui reste pour le peuple de Dieu. La nouvelle lune préfigure d’une manière admirable le temps où Israël restauré reflétera les rayons du Soleil de justice sur les nations. La pâque était le mémorial perpétuel de la délivrance d’Israël de la servitude d’Égypte. L’année des dîmes représentait le fait de la possession du pays par l’Éternel, ainsi que la manière touchante dont son revenu devait être employé à subvenir aux besoins de ses ouvriers et de ses pauvres. L’année sabbatique était la promesse d’un heureux temps où toutes les dettes seraient éteintes, où l’on serait libéré des emprunts et débarrassé de tout fardeau. Enfin, le jubilé était le type magnifique du temps du rétablissement de toutes choses, où le captif sera rendu libre, où l’exilé rentrera dans son foyer longtemps abandonné, et où le pays d’Israël et la terre entière se réjouiront sous le gouvernement bienfaisant du Fils de David.

De toutes ces institutions ressortent deux traits principaux et caractéristiques, savoir la gloire de Dieu, et la bénédiction de l’homme. Ces deux choses sont unies ensemble par un lien divin et — éternel. Dieu a tout ordonné, de manière à ce que sa gloire et la bénédiction de sa créature fussent liées ensemble indissolublement, vérité qui procure une joie profonde à nos cœurs, et nous aide à comprendre mieux la force et la beauté de cette parole bien connue : « Nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu » (Romains 5:2). Lorsque cette gloire brillera dans toute sa splendeur, alors assurément, les bénédictions, le repos et la félicité atteindront leur plein et éternel développement.

Nous voyons un beau type et une figure de cet heureux moment dans la septième année. C’était « le relâche de l’Éternel », dont l’influence bénie était sentie par chaque pauvre débiteur, depuis Dan jusqu’à Beër-Shéba. L’Éternel accordait à son peuple l’immense privilège d’avoir communion avec Lui, en faisant chanter de joie le pauvre débiteur. Il voulait enseigner à celui qui désirait l’apprendre, la profonde bénédiction qu’il y a à pardonner tout, sans réserve. C’est ce en quoi Lui-même prend plaisir, béni soit à jamais son nom grand et glorieux !

Mais hélas ! le pauvre cœur humain n’est pas à la hauteur de ces choses ; il n’est pas pleinement préparé à marcher dans ce chemin céleste, il est malheureusement empêché par un misérable égoïsme, de saisir et de pratiquer le principe divin de la grâce ; la chair ne se sent pas tout à fait à l’aise dans cette atmosphère céleste, elle n’est pas propre à être le vase et le canal de cette grâce royale qui brille avec tant de splendeur dans toutes les voies de Dieu. Cela n’explique que trop bien les exhortations renfermées dans les versets suivants : « Quand il y aura au milieu de toi un pauvre, quelqu’un de tes frères, dans l’une de tes portes, dans ton pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’endurciras pas ton cœur, et tu ne fermeras pas ta main à ton frère pauvre ; mais tu lui ouvriras libéralement ta main, et tu lui prêteras sur gage, assez pour le besoin dans lequel il se trouve. Prends garde à toi, de peur qu’il n’y ait dans ton cœur quelque pensée de Bélial, et que tu ne dises : La septième année approche, l’année de relâche, et que ton œil ne soit méchant contre ton frère pauvre, et que tu ne lui donnes pas, et qu’il ne crie contre toi à l’Éternel, et qu’il n’y ait du péché en toi. Tu lui donneras libéralement, et ton cœur ne sera pas triste quand tu lui donneras ; car à cause de cela l’Éternel, ton Dieu, te bénira dans toute ton œuvre, et dans tout ce à quoi tu mettras la main. Car le pauvre ne manquera pas au milieu du pays ; c’est pourquoi je te commande, disant : Tu ouvriras libéralement ta main à ton frère, à ton affligé et à ton pauvre, dans ton pays » (vers. 7-11).

Les sources profondes de l’égoïsme de nos pauvres cœurs sont ici mises à découvert et jugées. Il n’y a rien de tel que la grâce, pour manifester les racines cachées du mal dans la nature humaine. L’homme doit être renouvelé dans les profondeurs les plus intimes de son être moral, avant de pouvoir devenir le vase de l’amour divin ; et, même, ceux qui sont ainsi renouvelés par la grâce ont à veiller continuellement contre les formes hideuses d’égoïsme dont notre nature déchue se revêt. La grâce seule peut maintenir le cœur ouvert à tous les besoins qui peuvent se présenter chez l’homme. Il est nécessaire que nous demeurions bien près des fontaines de l’amour céleste, pour devenir des canaux de bénédiction au milieu de la scène de misère et de désolation dans laquelle nous sommes appelés à vivre.

Combien sont belles ces paroles : « Tu ouvriras libéralement ta main ! » Elles respirent l’air même du ciel. Un cœur ouvert et une main généreuse sont de Dieu. « Dieu aime celui qui donne joyeusement » (2 Cor. 9:7). Dieu donne à tous libéralement et ne fait pas de reproches (Jac. 1:5). Et il veut bien nous accorder le privilège d’être ses imitateurs. Merveilleuse grâce, dont la pensée seule remplit le cœur d’admiration, d’amour et de louange. Nous ne sommes pas seulement sauvés par grâce, mais nous demeurons dans la grâce, nous en respirons l’atmosphère même, et sommes appelés à être la manifestation vivante de cette grâce, non seulement pour nos frères, mais pour toute la famille humaine. « Ainsi donc, comme nous en avons l’occasion, faisons du bien à tous, mais surtout à ceux de la maison de la foi » (Gal. 6:10).

Lecteur chrétien ! appliquons-nous diligemment à retenir dans nos cœurs ces enseignements divins. Nous n’en goûterons la valeur réelle qu’en les pratiquant. La misère humaine, les douleurs, les nécessités se présentent à nous sous mille formes diverses ; partout nous voyons des cœurs brisés, des esprits abattus, des foyers vides. Chaque jour, dans nos allées et venues, nous rencontrons la veuve, l’orphelin et l’étranger. Comment nous comportons-nous à l’égard de tous ces souffrants ? Nos cœurs restent-ils froids et insensibles envers eux ? Leur fermons-nous nos mains ? Ou bien cherchons-nous à agir dans l’esprit de miséricorde de l’Éternel, qui donnait « l’année de relâche ? » Rappelons-nous que nous sommes appelés à réfléchir la nature et le caractère de Dieu, et à être directement les canaux de communication entre le cœur plein d’amour de notre Père et tous les besoins de l’homme. Nous ne devons pas vivre pour nous-mêmes ; ce serait le plus triste démenti donné aux principes et aux traits moraux de ce christianisme glorieux que nous professons. C’est notre saint et grand privilège, oui, c’est notre mission spéciale, de répandre autour de nous la lumière bénie du ciel auquel nous appartenons. Où que nous soyons, dans le cercle de la famille, aux champs, au marché, à la fabrique ou au comptoir, partout, ceux qui sont en contact avec nous devraient voir la grâce de Jésus briller dans nos actes, nos paroles, nos regards mêmes. Et si alors se présente à nous quelque besoin, quelque souffrance à soulager, si nous ne pouvons autre chose, donnons au moins un mot consolant, une larme ou un soupir de vraie sympathie à celui qui souffre.

Lecteur, en est-il ainsi de nous ? Vivons-nous assez près de la source de cet amour divin, et respirons-nous l’air même du ciel, de telle sorte que le précieux parfum en soit répandu tout autour de nous ? Ou bien manifestons-nous l’odieux égoïsme de notre nature, le caractère et les dispositions impies de notre humanité déchue et corrompue ? Quel objet difforme qu’un chrétien égoïste ! il est une contradiction constante, un mensonge vivant. Le christianisme qu’il professe ne fait que mettre en relief l’affreux égoïsme qui gouverne son cœur et se montre dans ses actes.

Que le Seigneur veuille accorder à tous ceux qui ont la profession et le nom de chrétiens, de se conduire de telle manière dans la vie journalière qu’ils soient une épître sans tache de Christ, connue et lue de tous les hommes ! De cette manière, l’incrédulité sera privée d’un de ses plus puissants arguments, d’une de ses objections les plus graves. Rien ne fournit un prétexte plus plausible à l’incrédulité que la vie inconséquente des chrétiens.

Ce n’est pas qu’une excuse pareille puisse avoir la moindre valeur devant le tribunal de Christ ; car quiconque aura eu à sa portée les Saintes Écritures sera jugé d’après elles, n’y eût-il pas un seul chrétien conséquent sur toute la surface de la terre. Néanmoins, les chrétiens sont responsables de faire luire leur lumière devant les hommes, en sorte qu’ils voient leurs bonnes œuvres et qu’ils glorifient notre Père qui est dans les cieux (voyez Matt. 5:16). Notre vie de chaque jour doit être comme un exposé et un exemple des principes célestes que la parole de Dieu nous enseigne, de telle façon que l’incrédule n’ait pas le moindre prétexte à mettre en avant.

Puissions-nous prendre ces choses à cœur ! Nous pourrons alors bénir Dieu pour cette méditation sur la belle institution du « relâche de l’Éternel ».

Nous citerons maintenant le passage concernant le serviteur hébreu. Nous sentons toujours davantage combien il est important de présenter le langage même du Saint Esprit. Bien que nous pussions renvoyer le lecteur à sa Bible, nous savons que souvent on éprouve une certaine répugnance à interrompre sa lecture pour chercher les passages indiqués ; d’ailleurs il n’y a rien de tel que la parole de Dieu, et le but des quelques remarques que nous offrons, est simplement d’aider le lecteur chrétien à comprendre et à apprécier les Écritures que nous citons.

« Si ton frère, un Hébreu, homme ou femme, t’a été vendu, il te servira six ans, et, la septième année tu le renverras libre de chez toi. Et quand tu le renverras libre de chez toi, tu ne le renverras pas à vide. Tu lui donneras libéralement de ton menu bétail, et de ton aire, et de ta cuve : tu lui donneras de ce en quoi l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni » (vers. 12-14).

Avec quelle beauté ressort ici la grâce ineffable de notre Dieu ! Il ne veut pas qu’on laisse aller le frère à vide. La liberté et la pauvreté ne seraient pas en harmonie morale. Le frère devait être renvoyé libre et comblé, émancipé et doté non seulement de sa liberté, mais d’une fortune à lui.

Cela est vraiment divin ; il n’est pas nécessaire de dire à quelle école s’enseigne une morale aussi exquise. Elle porte le cachet même du ciel, et exhale le parfum du paradis de Dieu. N’est-ce pas ainsi que Dieu a agi envers nous ? Toute louange en soit à son nom glorieux ! Non seulement il nous a donné la vie et la liberté, mais il pourvoit à tout ce dont nous pouvons avoir besoin pour le temps présent et pour l’éternité. Il nous a ouvert les trésors inépuisables du ciel ; il a donné son Fils bien-aimé pour nous et à nous ; pour nous, afin de nous sauver, et à nous, pour nous rendre heureux ; il nous a donné tout ce qui appartient à la vie et à la piété ; tout ce dont nous avons besoin pour la vie présente et pour celle qui est à venir nous est abondamment et parfaitement dispensé par la main libérale de notre Père céleste.

N’est-il pas profondément touchant de voir l’expression même du cœur de Dieu dans la manière dont il voulait que le serviteur hébreu fût traité ? « Tu lui donneras libéralement ». Non par obligation, ni chichement, mais d’une manière digne de Dieu. Son peuple dans ses actes doit être le reflet de Lui-même ; nous sommes appelés à la haute et sainte dignité d’être ses représentants moraux. C’est merveilleux, mais sa grâce infinie l’a voulu ainsi. Il ne nous a pas seulement délivrés des flammes éternelles de l’enfer, mais il nous appelle à agir pour Lui, et à Lui être semblables dans un monde qui a crucifié son Fils. Non seulement il nous a conféré cette sublime dignité, mais il nous a enrichis de manière à pouvoir la soutenir. Les ressources inépuisables du ciel sont à notre disposition. « Toutes choses sont à nous » (voyez 1 Cor. 3:22), par sa grâce infinie. Oh ! puissions-nous réaliser mieux nos privilèges, et ainsi nous acquitter plus fidèlement de nos saintes responsabilités !

Le motif présenté au peuple au verset 15 de notre chapitre, est bien touchant et admirablement calculé pour réveiller ses affections et ses sympathies. « Et tu te souviendras que tu as été serviteur dans le pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’a racheté ; c’est pourquoi je te commande ces choses aujourd’hui ». Le souvenir de la grâce de l’Éternel qui les avait rachetés du pays d’Égypte, devait être le mobile permanent et tout-puissant de leur manière d’agir envers le frère pauvre. C’est un principe infaillible ; rien de moins élevé ne pourra subsister. Si nous cherchons nos mobiles ailleurs qu’en Dieu lui-même et dans ses dispensations envers nous, ce sera bientôt fait de notre vie pratique. Ce n’est qu’autant que nous garderons devant nos cœurs la merveilleuse grâce de Dieu déployée envers nous dans la rédemption qui est dans le Christ Jésus, que nous serons capables d’exercer une vraie et active bienveillance, soit envers nos frères, soit envers ceux de dehors. De simples sentiments de compassion provenant de nos propres cœurs, ou éveillés par les chagrins, la détresse et les besoins de notre prochain, s’évanouiront bientôt. C’est dans le Dieu vivant lui-même que nous trouverons des mobiles continuels d’action.

Au verset 16, se présente le cas où un serviteur préférerait rester avec son maître : « Et s’il arrive qu’il te dise : Je ne sortirai pas de chez toi (car il t’aime, toi et ta maison, et il se trouve bien chez toi), alors tu prendras un poinçon et tu lui en perceras l’oreille contre la porte, et il sera ton serviteur pour toujours ».

En comparant ce passage avec Exode 21:1-6, nous remarquerons une différence provenant, comme nous pouvions nous y attendre, du caractère distinctif de chaque livre. Dans l’Exode, le trait typique est mis en relief ; dans le Deutéronome, c’est le trait moral. De là vient que, dans ce dernier livre, l’écrivain inspiré omet tout ce qui a rapport à la femme et aux enfants, comme étranger à son but, quoique si essentiel à la beauté et à la perfection du type d’Exode 21. Nous mentionnons cela simplement comme une des nombreuses preuves que le Deutéronome est loin d’être une répétition aride des livres qui précèdent. Il n’y a ni répétition d’un côté, ni contradiction de l’autre, mais une merveilleuse variété en parfait accord avec le dessein de Dieu et son but dans chaque livre. Et c’est à la confusion des écrivains incrédules, qui dans leur méprisable étroitesse et leur ignorance ont eu la témérité impie de lancer leurs traits contre cette magnifique portion des oracles de Dieu.

Dans notre chapitre, donc, nous avons l’aspect moral de cette intéressante institution. Le serviteur aimait son maître, et était heureux avec lui. Il préférait un esclavage perpétuel et la marque de cette servitude, auprès d’un maître qu’il aimait, à la liberté loin de lui avec un don de sa libéralité. Cela, naturellement, parlait en faveur du maître et de l’esclave ; c’est toujours bon signe quand des relations semblables sont de longue durée, tandis qu’en thèse générale, un changement perpétuel est preuve que quelque chose ne va pas moralement. Sans doute, il y a des exceptions ; et dans les relations de maître à serviteur, comme dans toutes les autres, il y a deux côtés à considérer. Il faut examiner, par exemple, si c’est le maître qui change continuellement de domestiques, ou si c’est le domestique qui change de maîtres. Dans le premier cas, les apparences seraient contre le maître ; dans le second, contre le serviteur.

Le fait est que nous avons tous à nous juger à ce sujet. Ceux d’entre nous qui sont maîtres ont à considérer s’ils cherchent réellement le bien, le bonheur et l’intérêt de leurs serviteurs. Rappelons-nous, relativement à nos serviteurs, que nous avons à penser à autre chose qu’à la quantité d’ouvrage que nous pouvons tirer d’eux. Même en ayant pour principe le commun adage « vivre et laisser vivre », nous sommes tenus de chercher de toute manière, à rendre nos serviteurs heureux, à leur faire sentir qu’ils ont un foyer sous notre toit, et qu’il ne nous suffit pas d’avoir le travail de leurs mains, mais que nous désirons aussi l’affection de leurs cœurs. On demandait une fois au chef d’un très grand établissement : « Combien de cœurs employez-vous ? » Il secoua la tête, et avoua avec un chagrin réel combien il y a peu de cœur dans les relations de maître à serviteur. De là, cette expression banale « employer des mains ».

Mais le maître chrétien est appelé à agir d’après un principe plus élevé ; il a le privilège d’être un imitateur de son maître, Christ. S’il s’en souvient, tout sera bien réglé dans ses relations avec son serviteur ; il aura soin d’étudier son divin Modèle, afin de reproduire son caractère dans tous les détails de la vie pratique journalière.

Il en est de même du serviteur chrétien. Aussi bien que son maître, il doit étudier le grand exemple mis devant lui dans le sentier et le ministère du seul vrai Serviteur qui ait jamais marché sur cette terre. Il est appelé à suivre ses traces, à s’abreuver de son Esprit, à étudier sa Parole. Il est très frappant de voir que le Saint Esprit donne plus de directions aux serviteurs qu’à toutes les autres relations prises ensemble. C’est ce que le lecteur peut voir d’un coup d’œil dans les épîtres aux Éphésiens, aux Colossiens et à Tite. Le serviteur chrétien peut orner l’enseignement qui est de notre Dieu Sauveur, en ne détournant rien et en n’étant pas contredisant. Il peut servir le Seigneur dans les devoirs les plus ordinaires de la vie privée, d’une manière aussi efficace que l’homme appelé à parler à des milliers d’âmes sur les grandes réalités de l’éternité.

Ainsi, quand maître et serviteur sont tous deux gouvernés par des principes célestes, cherchant chacun à servir et glorifier leur seul Seigneur, ils marcheront heureusement ensemble. Le maître ne sera pas sévère, absolu, exigeant ; le serviteur ne cherchera pas son propre intérêt, ne sera pas emporté, arrogant ; chacun d’eux remplissant fidèlement ses devoirs respectifs, contribuera au bien-être et au bonheur de l’autre, à la paix et au bonheur de tout le cercle domestique. Plût à Dieu que dans chaque maison chrétienne sur cette terre, il y eût plus de conformité avec le modèle céleste ! Alors la vérité de Dieu serait justifiée, sa Parole honorée, et son Nom glorifié dans nos relations domestiques et notre vie pratique.

Au verset 18, nous avons une parole d’avertissement qui nous révèle très fidèlement, mais avec une grande délicatesse, une des choses qui se trouvent au fond du pauvre cœur humain. « Ce ne sera pas à tes yeux chose pénible de le renvoyer libre de chez toi, car il t’a servi six ans, ce qui te vaut le double du salaire d’un mercenaire ; et l’Éternel, ton Dieu, te bénira dans tout ce que tu feras ».

Ces paroles sont très touchantes. Voyez comment le Dieu haut élevé condescend à plaider auprès d’un cœur d’homme, — du cœur d’un maître, — la cause de son pauvre serviteur, et établit les droits de celui-ci ! C’est comme si nous demandions une faveur pour Lui-même. Il n’omet rien de ce qui peut être en faveur du serviteur, rappelant au maître la valeur de ses six années de service, et l’encourageant par la promesse d’un surcroît de bénédictions comme récompense de sa générosité. C’est d’une beauté parfaite. L’Éternel ne veut pas seulement que l’acte de générosité s’accomplisse, mais qu’il soit fait de manière à réjouir le cœur de l’esclave. Il ne pense pas seulement à l’action en elle-même, mais à la manière dont elle est faite. Nous pouvons parfois nous astreindre à faire quelque bonne action ; nous agissons par devoir, et tout le temps il nous semble dur d’avoir à la faire ; ainsi tout le charme de cette action est ôté. C’est la générosité du cœur qui donne à l’acte sa valeur. Nous devrions faire le bien, de manière que celui qui en est l’objet soit assuré que notre propre cœur y trouve aussi sa joie. Voici la manière divine d’agir : « Et comme ils n’avaient pas de quoi payer, il quitta la dette à l’un et à l’autre » (Luc 7:42). « Il fallait faire bonne chère et se réjouir » (Luc 15:32). « Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent » (Luc 15:10). Oh ! puissions-nous refléter mieux cette précieuse grâce du cœur de notre Père !

Avant de terminer nos remarques sur cet intéressant chapitre, nous en citerons le dernier paragraphe. « Tu sanctifieras à l’Éternel, ton Dieu, tout premier-né mâle qui naîtra parmi ton gros bétail ou ton menu bétail. Tu ne laboureras pas avec le premier-né de ta vache ; et tu ne tondras pas le premier-né de tes brebis : tu le mangeras, toi et ta maison, devant l’Éternel, ton Dieu, d’année en année, au lieu que l’Éternel aura choisi. Et s’il a un défaut corporel, s’il est boiteux ou aveugle, s’il a un mauvais défaut quelconque, tu ne le sacrifieras pas à l’Éternel, ton Dieu ; tu le mangeras dans tes portes ; celui qui est impur et celui qui est pur en mangeront également, comme de la gazelle et du cerf. Seulement, tu n’en mangeras pas le sang ; tu le verseras sur la terre, comme de l’eau » (vers. 19-23).

On ne pouvait offrir à Dieu que ce qui était parfait, — le premier-né mâle, sans tache, figure de l’Agneau de Dieu offert sans nulle tache à Dieu, sur la croix pour nous, — fondement impérissable de notre paix, et précieuse nourriture de nos âmes en présence de Dieu. C’était la chose divine : l’assemblée se groupant autour du centre divin, faisant la fête dans la présence de Dieu, mangeant de ce qui était le type de Christ qui est, à la fois, notre sacrifice, notre centre et notre nourriture. Hommage éternel à son nom glorieux !

 

4                    Chapitre 16

Nous arrivons maintenant à l’une des parties les plus profondes et les plus étendues du livre du Deutéronome. L’écrivain inspiré nous y présente ce qu’on peut appeler les trois grandes fêtes principales de l’année juive, savoir : la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tabernacles, ou la Rédemption, le Saint Esprit et la gloire. Nous avons ici une vue plus restreinte de ces belles institutions que celle qui est donnée dans le Lévitique (chap. 23), où l’on compte avec le sabbat, huit fêtes ; mais si nous considérons le sabbat à part, comme étant le type du repos éternel de Dieu, il y a sept fêtes, savoir : la Pâque, la fête des pains sans levain, la fête des premiers fruits, la Pentecôte, la fête des trompettes, le jour des propitiations, et la fête des Tabernacles.

Tel est l’ordre des fêtes dans le livre du Lévitique qui, comme nous l’avons remarqué dans nos études sur ce Livre, peut être appelé « le guide du sacrificateur ». Mais dans le Deutéronome, qui est surtout le Livre du peuple, nous avons moins de détails rituels, et le législateur se borne à ces grands traits moraux et nationaux, qui s’adaptent au peuple et présentent de la manière la plus simple le passé, le présent et l’avenir.

« Garde le mois d’Abib, et fais la pâque à l’Éternel, ton Dieu ; car au mois d’Abib, l’Éternel, ton Dieu, t’a fait sortir, de nuit, hors d’Égypte. Et sacrifie la pâque à l’Éternel, ton Dieu, du menu et du gros bétail, au lieu que l’Éternel aura choisi pour y faire habiter son nom. Tu ne mangeras pas avec elle de pain levé ; pendant sept jours tu mangeras avec elle des pains sans levain, pains d’affliction, parce que tu es sorti en hâte du pays d’Égypte, afin que, tous les jours de ta vie, tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d’Égypte. Et il ne se verra pas de levain chez toi, dans toutes tes limites, pendant sept jours ; et de la chair que tu sacrifieras le soir du premier jour, rien ne passera la nuit jusqu’au matin. — Tu ne pourras pas sacrifier la pâque dans l’une de tes portes, que l’Éternel, ton Dieu, te donne ; mais au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire habiter son nom, là tu sacrifieras la pâque, le soir, au coucher du soleil, au temps où tu sortis d’Égypte ; et tu la cuiras et la mangeras au lieu que 1’Eternel, ton Dieu, aura choisi ; et le matin tu t’en retourneras, et tu t’en iras dans tes tentes. Pendant six jours tu mangeras des pains sans levain ; et, le septième jour, il y aura une fête solennelle à l’Éternel, ton Dieu tu ne feras aucune œuvre » (vers. 1-8).

Ayant donné beaucoup de détails sur les grands principes de cette fête fondamentale, dans nos « Notes sur l’Exode », nous devons y renvoyer le lecteur s’il désire étudier le sujet. Mais il y a certains traits particuliers au Deutéronome sur lesquels nous sentons de notre devoir d’attirer l’attention. Et d’abord, remarquons le soin mis ici à spécifier le « lieu » où la fête devait se célébrer. L’importance pratique en est grande. Le peuple ne devait pas choisir le lieu lui-même. Au point de vue humain, il pouvait sembler assez peu important de savoir où et comment la fête devait être célébrée, pourvu qu’elle le fût. Mais que le lecteur réfléchisse sérieusement et pèse mûrement la chose, et il se convaincra qu’un jugement d’homme n’était d’aucun poids dans l’affaire ; il s’agissait de pensée et d’autorité divines. Dieu avait le droit de prescrire et de décider où il voulait rencontrer son peuple, et c’est ce qui nous est démontré dans le passage cité plus haut, où trois fois il répète ces mots : « Au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi ».

Est-ce une vaine répétition ? Que personne ne soit assez téméraire pour le penser, encore moins pour l’affirmer. La chose est tout à fait nécessaire. Et pourquoi ? À cause de notre ignorance, de notre indifférence et de notre volonté propre. Dieu, dans sa bonté infinie, prend un soin spécial à graver sur le cœur, la conscience et l’intelligence de son peuple, qu’il voulait avoir un lieu particulier où la mémorable et importante fête de la pâque devait être célébrée.

Remarquons que c’est seulement dans le Deutéronome qu’il est insisté sur le lieu de la célébration. Nous n’avons rien de cela dans l’Exode, parce que là on la célébrait en Égypte ; il n’en est pas fait mention dans les Nombres, parce que là elle était célébrée dans le désert. Mais, dans le Deutéronome, tout est établi avec autorité et d’une manière définie, parce que ce livre renferme les instructions qui convenaient au peuple fixé dans le pays. C’est une autre preuve frappante que le Deutéronome est très loin de n’être qu’une répétition stérile des livres précédents.

La raison capitale pour laquelle il est si fortement insisté sur « le lieu », dans les trois grandes solennités rapportées dans notre chapitre, est celle-ci, que Dieu voulait rassembler autour de Lui-même le peuple qu’il aimait, afin qu’ils pussent faire la fête ensemble en sa présence, que Lui pût se réjouir en eux, et eux en Lui, et les uns dans les autres, ce qui ne pouvait se faire qu’au lieu désigné de Dieu. Tous ceux qui désiraient s’approcher de l’Éternel et rencontrer son peuple, tous ceux qui désiraient un culte et une communion selon Dieu, se rendaient avec reconnaissance au centre choisi de Dieu. Quelqu’un aurait pu dire : « Ne puis-je pas faire la fête au sein de ma famille ? Quelle est la nécessité de ce long voyage ? Lorsqu’il y a sincérité de cœur, le lieu importe peu ». La seule réponse est que la preuve la meilleure et la plus claire de droiture de cœur sera le désir simple et sérieux de faire la volonté de Dieu. Il suffisait à celui qui aimait et craignait Dieu de savoir que Dieu avait désigné un lieu où il se trouverait avec son peuple ; c’est là que toute âme droite voulait se rendre. Sa présence seule pouvait procurer joie, force et bénédiction, à toutes les grandes réunions nationales. Ce n’était pas le simple fait de se réunir en très grand nombre, trois fois l’an, pour faire la fête et se réjouir ensemble, ce qui aurait pu favoriser l’orgueil humain, la satisfaction propre et l’excitation. Non, mais se réunir pour rencontrer l’Éternel, s’assembler devant Lui, au lieu qu’il avait choisi pour faire habiter son Nom, était une joie profonde pour tout cœur vrai et loyal dans les douze tribus d’Israël. Celui qui volontairement serait resté à la maison, ou serait allé ailleurs qu’à l’endroit désigné par l’Éternel, n’aurait pas seulement négligé et insulté son Nom, mais aurait fait acte de rébellion contre son autorité suprême.

Après avoir parlé brièvement du lieu de la fête, jetons un coup d’œil sur la manière de la célébrer. Là aussi, comme on pouvait s’y attendre, nous trouverons ce qui caractérise notre Livre. Le trait principal ici est « les pains sans levain » ; mais le lecteur remarquera le fait intéressant que ce pain est appelé « le pain d’affliction ». Pourquoi cette désignation ? Nous comprenons tous que le pain sans levain est le type de cette sainteté de cœur et de vie si absolument essentiels à la jouissance d’une vraie communion avec Dieu. Nous ne sommes pas sauvés par une sainteté personnelle ; mais, grâces à Dieu, nous sommes sauvés pour la sainteté. Elle n’est pas le fondement de notre salut, mais un élément essentiel à notre communion. Le levain toléré est le coup de mort de la communion et du culte.

Nous ne devons jamais, un seul moment, perdre de vue ce grand principe, dans la vie de sainteté personnelle et de piété pratique que nous sommes tenus et qu’il est notre privilège, comme rachetés par le sang de l’Agneau, de mener de jour en jour, au milieu de la scène et des circonstances que nous traversons dans notre pèlerinage vers le ciel, notre repos éternel. Parler de communion et de culte, tandis qu’on vit dans un péché connu, est la triste preuve que nous ne connaissons rien de ces deux choses. Pour jouir de la communion avec Dieu, ou de la communion des saints, pour adorer Dieu en esprit et en vérité, il faut vivre d’une vie de sainteté personnelle, d’une vie de séparation d’avec tout mal connu. Prendre notre place dans l’assemblée du peuple de Dieu, et avoir l’air de participer à la communion et au culte qui lui appartiennent, tout en vivant dans un péché secret, ou en tolérant le mal chez les autres, c’est souiller l’assemblée, contrister le Saint Esprit, pécher contre Christ, et attirer sur soi le jugement de Dieu, qui juge maintenant sa maison et châtie ses enfants, afin qu’ils ne soient pas condamnés avec le monde.

Cela est bien solennel et appelle la sérieuse attention de tous ceux qui désirent réellement marcher avec Dieu, et le servir avec révérence et avec crainte. Autre chose est d’avoir saisi, par l’intelligence, la doctrine qu’enseigne le type, ou d’avoir sa grande leçon morale gravée dans le cœur et pratiquée dans la vie. Puissent tous ceux qui professent avoir leur conscience purifiée par le sang de l’Agneau, chercher à observer la fête des pains sans levain. « Ne savez-vous pas qu’un peu de levain fait lever la pâte tout entière ? Ôtez le vieux levain, afin que vous soyez une nouvelle pâte, comme vous êtes sans levain. Car aussi notre pâque, Christ, a été sacrifiée ; c’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité » (1 Cor. 5:6-8).

Mais que devons-nous comprendre par cette expression : « les pains d’affliction ? » Ne penserions-nous pas que les chants de joie, de louange, et de triomphe, seraient mieux en rapport avec une fête commémorative de la délivrance de l’esclavage et du joug des Égyptiens ? Sans doute, et il y a, en effet, un sujet de profonde et réelle joie, de reconnaissance et de louange, lorsque nous réalisons la vérité bénie d’une pleine délivrance de notre condition première avec toutes ses conséquences. Mais on voit très clairement que tels n’étaient pas les traits dominants de la fête pascale, puisqu’ils ne sont pas même nommés. Nous avons « les pains d’affliction », mais pas un mot de joie, de louange, ou de triomphe.

Pourquoi donc ? Quelle est la grande leçon morale donnée à nos cœurs par ces « pains d’affliction ? » Nous croyons qu’il y a là une figure de ces profonds exercices de cœur que le Saint Esprit produit, en nous représentant avec puissance ce qu’il en a coûté à notre adorable Seigneur et Sauveur pour nous délivrer de nos péchés et du jugement que ces péchés méritaient. Nous avons aussi un type de ces exercices d’âme, dans « les herbes amères » d’Exode 12, et on en voit de nombreux exemples dans l’histoire des enfants d’Israël qui étaient amenés, par l’action puissante de la Parole et de l’Esprit de Dieu, à se châtier eux-mêmes et à « affliger leurs âmes » en présence de Dieu.

Qu’il nous souvienne aussi que dans ces saints exercices, il n’y a pas de vestige d’élément légal, ou d’incrédulité ; loin de là. Quand un Israélite mangeait des pains d’affliction avec la chair rôtie de l’agneau de pâque, cela exprimait-il le moindre doute ou la moindre crainte quant à son entière délivrance ? Assurément non. Il était dans le pays ; il se réunissait avec ses frères au lieu même désigné par Dieu, en sa propre présence ; comment aurait-il pu douter de son entière délivrance du pays d’Égypte ?

Mais bien qu’il n’eût ni doute, ni crainte quant à sa délivrance, il devait manger les pains d’affliction ; c’était l’élément essentiel de la fête pascale : « Parce que tu es sorti en hâte du pays d’Égypte, afin que, tous les jours de ta vie, tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d’Égypte » (vers. 3).

C’était une œuvre très profonde et très réelle. Les Israélites ne devaient jamais oublier leur sortie du pays d’Égypte, mais en garder le souvenir, dans la terre promise, à travers toutes les générations. Ils devaient faire la commémoration de leur délivrance par une fête, emblème de ces saints exercices qui caractérisent toujours la vraie piété chrétienne.

Nous désirons appeler la sérieuse attention du lecteur chrétien sur l’ensemble de la vérité indiquée par « les pains d’affliction ». Cela est très nécessaire pour ceux qui professent être versés dans ce qu’on appelle la doctrine de la grâce. Les jeunes chrétiens surtout courent grand risque, en cherchant à éviter le légalisme et l’esprit de servitude, de se jeter dans l’extrême opposé, le relâchement — ce piège terrible. Les chrétiens âgés et expérimentés ne sont pas si exposés à tomber dans ce triste mal ; ce sont les jeunes gens qui, parmi nous, ont un si grand besoin d’être solennellement avertis.

Ils entendent beaucoup parler du salut par grâce, de justification par la foi, d’affranchissement de la loi, et de tous les privilèges particuliers à la position chrétienne. Il est à peine nécessaire de dire que toutes ces choses sont d’une importance capitale, et qu’il est impossible d’en entendre trop parler. Des milliers de chers enfants de Dieu restent jour après jour dans les ténèbres, le doute et une servitude légale, par ignorance de ces grandes vérités fondamentales.

Mais, d’un autre côté, combien y en a-t-il qui ont saisi par l’intelligence les principes de la grâce et qui, à en juger par leurs habitudes, leurs manières, leur genre de vie, connaissent bien peu la puissance sanctifiante de ces grands principes, leur influence dans le cœur et dans la vie !

Pour en revenir à la doctrine de la fête pascale, il n’eût pas été selon la pensée de Dieu que quelqu’un essayât de célébrer la fête sans les pains sans levain, « les pains d’affliction ». Une telle chose n’aurait pas été tolérée en Israël. C’était un ingrédient absolument essentiel. Soyons donc assurés que, pour nous aussi, chrétiens, une partie intégrale de la fête que nous sommes appelés à célébrer, est de cultiver la sainteté personnelle et cette condition d’âme si bien exprimée par « les herbes amères » d’Exode 12, ou par « les pains d’affliction » du Deutéronome, et dont ces derniers paraissent être la figure permanente pour le pays. Nous avons grand besoin de ces sentiments, de ces affections spirituelles, de ces profonds exercices d’âme que le Saint Esprit produit en révélant à nos cœurs les souffrances de Christ, — ce qu’il Lui en a coûté pour effacer nos péchés, ce qu’il a enduré pour nous, lorsque les flots et les vagues de la juste colère de Dieu contre nos péchés, ont passé sur Lui. Nous manquons malheureusement beaucoup (s’il est permis de parler pour d’autres) de cette profonde contrition qui provient d’un cœur occupé spirituellement des souffrances et de la mort de notre précieux Sauveur. Autre chose est d’avoir la conscience purifiée par le sang de Christ, autre chose d’avoir la mort de Christ appliquée spirituellement au cœur, et la croix de Christ appliquée d’une manière pratique à tout le cours et le caractère de notre vie.

Comment se fait-il que nous puissions si légèrement commettre des péchés en pensées, en paroles et en actes ? Comment peut-il y avoir tant de légèreté, d’insoumission, d’indulgence pour soi-même, tant d’aises charnelles, tant de ce qui est superficiel et frivole ? N’est-ce pas parce que la chose dont « les pains d’affliction » sont le type, manque dans nos fêtes ? Nous n’en saurions douter. Nous craignons qu’il n’y ait un manque déplorable de profondeur et de sérieux dans notre christianisme. On parle et l’on discute trop sur les profonds mystères de la foi chrétienne ; il y a trop de connaissance intellectuelle sans puissance intérieure.

Nous devons apporter à cela la plus sérieuse attention. Nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’une des causes de ce triste état de choses ne soit une certaine manière de prêcher l’évangile, suivie, sans doute, avec les meilleures intentions, mais qui n’en est pas moins pernicieuse dans son effet moral. C’est très bien de prêcher le simple évangile ; il ne peut être plus simplement proposé que Dieu ne l’a fait par son Saint Esprit dans l’Écriture. Mais nous sommes persuadés qu’il y a une défectuosité très grave dans le genre de prédication dont nous parlons. Elle manque de profondeur spirituelle, de sainte gravité. Dans l’effort fait pour combattre le légalisme, il y a une tendance au relâchement. Or si le légalisme est un grand mal, le relâchement en est un encore plus grand. Il importe de se tenir en garde contre ces deux formes de mal. La grâce est le remède contre le premier, et la vérité contre le dernier ; mais la sagesse et l’intelligence spirituelles sont nécessaires pour nous rendre capables de maintenir les deux à leur place et les appliquer convenablement. Si, par exemple, nous rencontrons une âme profondément exercée sous l’action puissante de la vérité, travaillée par le ministère du Saint Esprit, il s’agit dans ce cas de verser les consolations de la pure et précieuse grâce de Dieu, telle qu’elle est déployée dans le sacrifice divinement efficace de Christ. Voilà le remède divin pour un cœur brisé, un esprit contrit, une conscience convaincue de péché. Lorsqu’un sillon profond a été creusé par le soc spirituel, il ne nous reste qu’à y jeter la semence incorruptible de l’évangile de Dieu, avec l’assurance qu’elle y germera et portera du fruit en sa saison.

Mais, d’un autre côté, Si nous voyons une personne sans sérieux et n’annonçant en rien un cœur brisé, parler avec emphase de la grâce, en s’élevant hautement contre le légalisme, et en cherchant d’une manière tout humaine à montrer un moyen facile d’être sauvé ; c’est le cas d’appliquer solennellement la vérité au cœur et à la conscience.

Nous craignons qu’il n’y ait beaucoup de ce dernier élément dans l’église professante. Pour parler le langage de notre type, il y a une tendance à séparer la pâque de la fête des pains sans levain, c’est-à-dire à se reposer sur le fait qu’on est délivré du jugement, et à oublier l’agneau rôti, les pains de sainteté, et les pains d’affliction. En réalité, ces choses ne peuvent être séparées, puisque Dieu les a réunies ; c’est pourquoi nous ne pouvons croire qu’une âme puisse réellement jouir de la précieuse vérité que « notre pâque, Christ, a été sacrifiée », et ne pas chercher à célébrer « la fête avec des pains sans levain de sincérité et de vérité ». Quand le Saint Esprit déploie devant nos cœurs quelque chose de la profonde bénédiction, du prix et de l’efficace de la mort de notre Seigneur Jésus Christ, il nous amène à méditer sur le mystère de ses souffrances, à repasser dans nos cœurs tout ce par quoi il a dû passer pour nous, tout ce qu’Il Lui en a coûté pour nous sauver des conséquences éternelles du péché auquel, hélas ! nous nous laissons aller si souvent avec légèreté. Or c’est là un travail très profond et saint, qui conduit l’âme à ces exercices dont « les pains d’affliction », dans la fête des pains sans levain, étaient l’image. Il y a une grande différence entre les sentiments que nous éprouvons en nous occupant de nos péchés, et ceux qui proviennent de la vue des souffrances de Christ pour ôter ces péchés.

Nous ne pouvons, il est vrai, jamais oublier nos péchés, et la profondeur de l’abîme d’où nous avons été tirés ; mais c’est une chose de considérer l’abîme, et une autre bien différente et plus profonde de penser à la grâce qui nous en a retirés, et à tout ce qu’il en a coûté à notre précieux Sauveur. C’est de cela surtout qu’il nous est si nécessaire de garder continuellement le souvenir dans nos cœurs. Nous sommes si légers, si prompts à oublier !

Nous avons bien besoin de regarder à Dieu, et de lui demander instamment de nous rendre capables d’entrer plus profondément et d’une manière plus pratique dans les souffrances de Christ, et d’appliquer la croix à tout ce qui en nous Lui est contraire. C’est ce qui donnera plus de profondeur à notre piété, plus de délicatesse à nos consciences, ce qui produira une aspiration intense vers la sainteté de cœur et de vie, une séparation pratique d’avec le monde, en toutes choses, une sainte soumission, une vigilance jalouse sur nous-mêmes, nos pensées, nos paroles, nos voies, en un mot sur toute notre conduite dans la vie journalière. Combien cela donnerait au christianisme un caractère différent de celui que nous voyons autour de nous, et qu’hélas ! nous montrons dans notre propre histoire personnelle ! Puisse l’Esprit de Dieu, par son ministère direct et puissant, nous faire toujours mieux comprendre ce que signifient « l’agneau rôti », « les pains sans levain », et « les pains d’affliction » (*).

 

(*) Le lecteur trouvera des remarques plus détaillées sur la pâque et la fête des pains sans levain, dans les Notes sur l’Exode 12 et Nombres 9. Dans ce dernier chapitre particulièrement, il verra le rapport qui existe entre la pâque et la cène, sujet du plus profond intérêt et d’une immense importance pratique. La pâque anticipait la mort de Christ ; la cène la rappelle. Ce que la pâque était pour l’Israélite fidèle, la cène l’est pour l’Église. Si ces vérités étaient mieux comprises, cela aiderait à combattre le relâchement, l’indifférence et l’erreur, qui dominent maintenant quant à la table et à la cène du Seigneur.

Il doit paraître étrange à celui qui vit habituellement dans la sainte atmosphère des Écritures, de voir la confusion de pensées et la diversité de pratique à l’égard de ce sujet si important, présenté d’une manière si claire et si simple dans la parole de Dieu.

Il ne peut être mis en question par quiconque s’incline devant l’Écriture, que les apôtres et l’Église primitive se réunissaient le premier jour de la semaine pour rompre le pain. Il n’y a pas même une ombre de fondement dans le Nouveau Testament à vouloir limiter cette ordonnance si précieuse à être célébrée une fois par mois, ou tous les trois ou six mois. On ne peut considérer cela que comme une intervention humaine dans une institution divine. Nous savons qu’on cherche à se prévaloir de ces paroles « Faites ceci, toutes les fois, etc. » (1 Cor. 11:26) ; mais nous ne voyons pas comment elles peuvent servir de base à un argument quelconque, devant ce que nous lisons dans les Actes des Apôtres, chap. 20:7. Le premier jour de la semaine est, incontestablement, le jour où l’Église doit célébrer la cène.

Le lecteur chrétien admet-il cela ? Et s’il l’admet, agit-il en conséquence ? C’est une chose sérieuse de négliger une ordonnance spéciale de Christ, établie par Lui dans des circonstances si touchantes, la nuit même où il fut trahi. Tous ceux qui aiment le Seigneur Jésus Christ en sincérité, désirent assurément se souvenir de Lui, de cette manière spéciale, selon ses propres paroles : « Faites ceci en mémoire de moi » (1 Cor. 11:24). Pouvons-nous comprendre que quelqu’un, aimant réellement Christ, puisse vivre dans une négligence habituelle de ce précieux mémorial ? Si un Israélite avait négligé de célébrer la pâque, il aurait été « retranché ». Mais c’était la loi et nous sommes sous la grâce, dira-t-on. C’est vrai, mais est-ce une raison pour négliger le commandement de notre Seigneur ?

Nous recommandons ce sujet à l’attention sérieuse du lecteur. Il embrasse bien plus que la plupart d’entre nous ne le pensent. L’histoire entière de la cène dans ces vingt derniers siècles est remplie d’intérêt et d’instruction. La manière dont on a traité la table du Seigneur est un index moral de la vraie condition de l’Église. Dans la mesure où l’Église s’est éloignée de Christ et de sa Parole, elle a négligé et perverti la précieuse institution de la cène. D’un autre côté, toutes les fois que l’Esprit de Dieu a agi avec puissance dans l’Église, la cène a trouvé sa vraie pace dans le cœur des siens.

Nous ne pouvons nous étendre davantage sur ce sujet dans une simple note ; nous avons désiré seulement le présenter au lecteur, et nous espérons qu’il sera conduit à l’étudier pour lui-même. Nous ne doutons pas qu’il n’y trouve intérêt et profit.

 

Considérons maintenant brièvement la fête de la Pentecôte qui suit la Pâque. « Tu compteras sept semaines ; depuis que la faucille commence à être mise aux blés, tu commenceras à compter sept semaines, et tu célébreras la fête des semaines à l’Éternel, ton Dieu, avec un tribut d’offrande volontaire de ta main, que tu donneras selon que l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni. Et tu te réjouiras devant l’Éternel, ton Dieu, toi, et ton fils, et ta fille, et ton serviteur, et ta servante, et le Lévite qui est dans tes portes, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui sont au milieu de toi, au lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire habiter son nom. Et tu te souviendras que tu as été serviteur en Égypte, et tu garderas et tu pratiqueras ces statuts » (vers. 9-12). La pâque représente la mort de Christ. La gerbe des prémices est le type frappant de Christ ressuscité. Et, dans la fête des semaines, nous avons en figure devant nous la descente du Saint Esprit, cinquante jours après la résurrection.

On comprend que nous parlons de ce que ces fêtes nous communiquent des pensées de Dieu à notre égard, indépendamment de l’intelligence qu’avait Israël de leur signification. Notre privilège est de considérer toutes ces institutions typiques à la lumière du Nouveau Testament ; et nous sommes remplis d’admiration devant la beauté, la perfection divine et l’ordre de tous ces types merveilleux.

Non seulement cela, mais nous voyons — ce qui a une immense valeur pour nous — comment les Écritures du Nouveau Testament se relient à celles de l’Ancien ; nous voyons la belle unité du volume divin, et combien il est manifeste qu’un seul et même Esprit ait inspiré le tout, du commencement à la fin. Nous sommes ainsi fortifiés intérieurement dans notre foi en la précieuse vérité de la divine inspiration des Saintes Écritures, et nos cœurs sont gardés contre toutes les attaques blasphématoires des écrivains incrédules. Nos âmes s’élèvent jusqu’au sommet de la montagne où les gloires morales du livre divin brillent sur nous dans tout leur éclat céleste, et d’où nous pouvons voir rouler à nos pieds les nuages et le brouillard glacial des pensées de l’incrédulité ; elles ne peuvent nous affecter, car elles sont bien loin au-dessous du niveau où, par la grâce infinie de Dieu, nous sommes placés. Les écrivains incrédules ne savent absolument rien des gloires morales de l’Écriture, mais il y a une chose dont la certitude fait trembler, savoir qu’un moment passé dans l’éternité anéantira les pensées de tous les incrédules et athées qui ont divagué en parlant ou en écrivant contre la Bible et son Auteur.

En examinant les détails de cette fête si intéressante des semaines ou de la Pentecôte, nous sommes frappés de la différence qu’elle présente avec la fête des pains sans levain. En premier lieu, il est parlé d’une « offrande volontaire ». Nous avons ici une figure de l’Église formée par le Saint Esprit, et présentée à Dieu comme « une sorte de prémices de ses créatures » (Jac. 1:18).

Nous nous sommes arrêtés sur ce trait du type dans les « Notes sur le Lévitique », chap. 23, c’est pourquoi nous n’y revenons pas ; nous nous bornerons à ce qui est spécial au caractère du Deutéronome. Le peuple devait offrir un tribut d’offrande volontaire, selon que l’Éternel, son Dieu, l’avait béni. Il n’y avait rien de semblable dans la Pâque, parce que cette fête préfigurait Christ s’offrant Lui-même pour nous en sacrifice ; et non pas une offrande venant de nous. La fête de Pâque nous rappelle notre délivrance du péché et de Satan, et ce que cette délivrance a coûté. Nous y voyons les souffrances profondes de notre précieux Sauveur préfigurées par l’agneau rôti. Nous nous souvenons que nos péchés étaient sur Lui. Il a été froissé pour nos iniquités, jugé à notre place, et cette pensée conduit à une profonde contrition du cœur, à ce que nous pouvons appeler la vraie repentance chrétienne. Car il ne faut jamais oublier que la repentance n’est pas la simple émotion passagère d’un pécheur qui ouvre pour la première fois les yeux sur son état, mais que c’est l’état moral permanent du chrétien à la vue de la croix et de la passion de notre Seigneur Jésus Christ. Si l’on comprenait mieux cette vérité, si l’âme y entrait plus pleinement, on verrait dans la vie et le caractère chrétiens une profondeur et une solidité qui manquent, hélas ! à la plupart d’entre nous.

Mais, dans la fête de Pentecôte, nous voyons la puissance du Saint Esprit et les effets divers de sa présence bénie en nous et avec nous. Il nous rend capables de présenter nos corps et tout ce que nous avons en offrande volontaire à notre Dieu, selon qu’il nous a bénis. Ceci, il est à peine nécessaire de le dire, ne peut être produit que par la puissance du Saint Esprit ; et c’est pourquoi le type frappant nous en est présenté non dans la Pâque qui préfigure la mort de Christ, ni dans la fête des pains sans levain, qui démontre l’effet moral de cette mort sur nous, en repentance, en jugement de soi-même, et en sainteté pratique ; mais, dans la Pentecôte, type reconnu du don précieux de l’Esprit Saint.

Or c’est l’Esprit qui nous rend capables de saisir les droits de Dieu sur nous — droits qui ne peuvent être mesurés que par l’étendue de la bénédiction divine. Il nous donne de voir et de comprendre que tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons appartient à Dieu. Il nous donne de prendre plaisir à nous consacrer à Dieu tout entier, âme, esprit et corps, ce qui est vraiment « une offrande volontaire » ; il n’y a pas un atome de servitude, car « là où est l’Esprit du Seigneur, il y a la liberté » (2 Cor. 3:17).

En résumé, nous avons ici l’esprit et le caractère moral de toute la vie et de tout le service chrétiens. Une âme sous la loi ne peut en comprendre ni la force ni la beauté, parce qu’elle n’a jamais reçu l’Esprit. Les deux choses sont tout à fait incompatibles. C’est ce que l’apôtre dit aux pauvres assemblées égarées de Galatie : « Je voudrais seulement apprendre ceci de vous : avez-vous reçu l’Esprit sur le principe des œuvres de loi ou de l’ouïe de la foi ?… Celui donc qui vous fournit l’Esprit et qui opère des miracles au milieu de vous, le fait-il sur le principe des œuvres de loi ou de l’ouïe de la foi ? » (Gal. 3:2, 5). Le précieux don de l’Esprit est une conséquence de la mort, de la résurrection, de l’ascension, et de la glorification de notre adorable Seigneur et Sauveur Jésus Christ, et ne peut ainsi avoir quoi que ce soit de commun avec les « œuvres de loi » de quelque nature qu’elles soient. La présence du Saint Esprit sur la terre, son habitation avec tous les vrais croyants et en eux est une grande vérité caractéristique du christianisme, qui n’était pas et ne pouvait pas être connue dans les temps de l’Ancien Testament. Elle ne l’était même pas des disciples durant la vie de notre Seigneur sur la terre. Il leur dit Lui-même, à la veille de les quitter : « Toutefois je vous dis la vérité : Il vous est avantageux que moi je m’en aille ; car si je ne m’en vais, le Consolateur ne viendra pas à vous ; mais si je m’en vais, je vous l’enverrai » (Jean 16:7).

Cela prouve de la manière la plus concluante que ceux-là même qui jouissaient du grand et précieux privilège de vivre dans la compagnie personnelle du Seigneur, devaient être placés dans une position plus avantageuse encore par son départ et la venue du Consolateur. Nous lisons encore : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements ; et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Consolateur, pour être avec vous éternellement, l’Esprit de vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure avec vous et qu’il sera en vous » (Jean 14:15-17). Nous ne pouvons ici essayer d’entrer avec détails dans ce sujet si vaste ; l’espace nous manquerait, quelque bonheur que nous eussions à le faire. Il faut nous borner à relever un ou deux points suggérés par la fête des semaines, telle que notre chapitre nous la présente.

Nous avons fait allusion au fait si intéressant que l’Esprit de Dieu est la source vivante et la puissance d’une vie de dévouement et de consécration personnelle préfigurée par « le tribut d’une offrande volontaire ». Le sacrifice de Christ est le fondement, et la présence du Saint Esprit la puissance de la consécration du chrétien à Dieu — esprit, âme et corps. « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui est votre service intelligent » (Rom. 12:1).

Mais il y a un autre point du plus profond intérêt présenté au verset 11 de notre chapitre : « Et tu te réjouiras devant 1’Eternel, ton Dieu ». Nous n’avons rien de semblable dans la Pâque, ni dans la fête des pains sans levain. La joie n’aurait été en rapport moral ni avec l’une ni avec l’autre de ces fêtes. Il est vrai que la Pâque est la base même de toute la joie que nous pouvons réaliser ou que nous réaliserons jamais ici-bas ou dans l’éternité, mais cette fête nous fait toujours penser à la mort de Christ, à ses souffrances, à ses douleurs, à tout ce qu’il a enduré quand les vagues et les flots de la juste colère de Dieu passaient sur son âme. C’est sur ces profonds mystères que nos cœurs devraient surtout se fixer quand nous sommes réunis autour de la table du Seigneur, et que nous célébrons la fête qui rappelle sa mort jusqu’à ce qu’il vienne.

Mais, dans la fête de Pentecôte, la joie était un des traits dominants. Nous n’y voyons ni « herbes amères », ni « pains d’affliction », parce que cette fête est le type de la venue de l’autre Consolateur, de la descente du Saint Esprit procédant du Père, et envoyé par Christ ressuscité, monté en haut, et glorifié dans le ciel, pour remplir le cœur des siens de louange, d’actions de grâce et d’allégresse, les amenant dans une pleine et heureuse communion avec leur Chef glorifié, dans son triomphe sur le péché, la mort, l’enfer, Satan, et toutes les puissances des ténèbres. La présence de l’Esprit est liée à la liberté, la lumière, la puissance et la joie. C’est ainsi que nous lisons : « Les disciples étaient remplis de joie et de l’Esprit Saint » (Actes 13:52). Les doutes, la crainte et la servitude légale s’enfuient devant le précieux ministère du Saint Esprit.

Mais il nous faut distinguer entre son œuvre en nous et son habitation en nous ; entre l’acte par lequel il vivifie et le fait qu’il est le sceau mis sur nous. La première lueur de conviction de péché dans l’âme est le résultat de l’action de l’Esprit. C’est son opération bénie qui conduit à toute vraie repentance, et cela ne produit pas la joie. C’est une chose bonne, nécessaire, et même absolument indispensable, mais loin de donner de la joie, elle produit une profonde douleur. Mais quand, par la grâce, nous sommes rendus capables de croire en un Sauveur ressuscité et glorifié, alors le Saint Esprit vient faire sa demeure en nous comme sceau de notre acceptation et arrhes de notre héritage.

Or cela nous remplit d’une joie inexprimable et glorieuse ; et étant ainsi comblés nous-mêmes, nous devenons des canaux de bénédiction pour d’autres. « Celui qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre. Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en Lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7:38-39). L’Esprit est la source de la puissance et de la joie dans le cœur du croyant. Il nous qualifie, nous remplit, et nous emploie pour être des vases qui administrent la bénédiction aux pauvres âmes altérées qui nous entourent. Il nous unit à l’Homme dans la gloire, nous maintient dans une communion vivante avec Lui, et nous qualifie pour être, dans notre faible mesure, l’expression de ce qu’il est. Chaque mouvement du chrétien devrait répandre la bonne odeur de Christ. Si quelqu’un prétend être chrétien et montre un caractère profane, des sentiments égoïstes, un esprit d’avarice, de convoitise et de mondanité, un cœur ambitieux, jaloux, envieux ou orgueilleux, il renie sa profession, déshonore le saint nom de Christ, et jette l’opprobre sur ce glorieux christianisme qu’il professe et duquel nous avons le beau type dans la fête des semaines, — fête spécialement caractérisée par la joie, — joie qui a sa source dans la bonté de Dieu, qui se répand au près et au loin, et qui embrasse dans son cercle béni tout ce qui est souffrant ou nécessiteux. « Et tu te réjouiras devant l’Éternel, ton Dieu, toi, et ton fils, et ta fille, et ton serviteur, et ta servante, et le Lévite qui est dans tes portes, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui sont au milieu de toi » (vers. 11).

Que cela est beau ! Quelle perfection de sentiments ! Oh ! si le monde pouvait en voir l’anti-type plus fidèlement reproduit par nous ! Où sont ces eaux rafraîchissantes qui devraient jaillir de l’Église de Dieu ? Où sont ces épîtres de Christ connues et lues de tous les hommes ? Où pouvons-nous voir dans les voies du peuple de Dieu une reproduction de la vie de Christ, telle que nous puissions nous écrier : « Voilà du vrai christianisme » ? Oh ! puisse l’Esprit de Dieu réveiller dans nos cœurs un désir plus intense d’être plus conformes à l’image de Christ, en toutes choses ! Qu’il daigne revêtir de sa toute-puissance sa Parole que nous avons dans nos mains et dans nos maisons, afin qu’elle parle à nos cœurs et à nos consciences, et nous conduise à juger et nous-mêmes, et nos voies, et nos associations, à la clarté de sa céleste lumière, et qu’ainsi le nombre augmente de ces vrais témoins entièrement dévoués à Jésus et rassemblés en son nom en dehors de tout, pour attendre sa venue !

Nous nous arrêterons maintenant un moment sur la belle institution de la fête des tabernacles, qui complète d’une manière si remarquable la série des vérités présentées dans notre chapitre.

« Tu célébreras la fête des tabernacles pendant sept jours, quand tu auras recueilli les produits de ton aire et de ta cuve. Et tu te réjouiras dans ta fête, toi, et ton fils, et ta fille, et ton serviteur, et ta servante, et le Lévite, et l’étranger, et l’orphelin, et la veuve, qui sont dans tes portes. Tu feras pendant sept jours la fête à l’Éternel, ton Dieu, au lieu que l’Éternel aura choisi, car l’Éternel, ton Dieu, te bénira dans toute ta récolte et dans tout l’ouvrage de tes mains ; et tu ne seras que joyeux. Trois fois l’an tout mâle d’entre vous paraîtra devant l’Éternel, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi : à la fête des pains sans levain, et à la fête des semaines, et à la fête des tabernacles ; et on ne paraîtra pas devant l’Éternel à vide, mais chacun selon ce que sa main peut donner, selon la bénédiction de l’Éternel, ton Dieu, laquelle il te donnera » (vers. 13-17).

Nous avons ici le type frappant et magnifique de l’avenir d’Israël. La fête des tabernacles n’a pas encore eu son antitype. La Pâque et la Pentecôte ont eu leur accomplissement dans la précieuse mort de Christ, et la descente du Saint Esprit ; mais la troisième grande solennité nous porte en avant, vers les temps « du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé par la bouche de ses saints prophètes de tout temps » (Actes 3:21). Que le lecteur remarque d’abord particulièrement le moment où cette fête devait se célébrer. C’était « quand tu auras recueilli les produits de ton aire et de ta cuve » ; en d’autres termes, c’était après la moisson et la vendange ; et il y a une différence très marquée entre ces deux choses. L’une parle de grâce, l’autre de jugement. À la fin du siècle, Dieu assemblera son froment dans son grenier ; et alors la vendange sera foulée, dans un jugement terrible.

Nous avons, au quatorzième chapitre de l’Apocalypse, un passage très solennel se rapportant au sujet placé devant nous. « Et je vis : et voici une nuée blanche, et sur la nuée quelqu’un assis, semblable au Fils de l’homme, ayant sur sa tête une couronne d’or et dans sa main une faucille tranchante. Et un autre ange sortit du temple, criant à haute voix à celui qui était assis sur la nuée : Lance ta faucille et moissonne car l’heure de moissonner est venue, parce que la moisson de la terre est desséchée. Et celui qui était assis sur la nuée mit sa faucille sur la terre, et la terre fut moissonnée » (vers. 14-16). Là nous avons la moisson ; et ensuite : « Un autre ange sortit du temple qui est dans le ciel, ayant lui aussi une faucille tranchante. Et un autre ange, ayant pouvoir sur le feu », emblême du jugement, « sortit de l’autel et, en jetant un grand cri, il cria à celui qui avait la faucille tranchante, disant : Lance ta faucille tranchante et vendange les grappes de la vigne de la terre, car ses raisins ont mûri. Et l’ange mit sa faucille sur la terre, et vendangea la vigne de la terre, et jeta les grappes dans la grande cuve du courroux de Dieu. Et la cuve fut foulée hors de la ville ; et de la cuve il sortit du sang jusqu’aux mors des chevaux, sur un espace de mille six cents stades » (vers. 17-20). Espace équivalant à toute la longueur du pays de la Palestine !

Or ces figures apocalyptiques placées devant nous d’une manière si caractéristique, sont des scènes qui doivent se passer avant la célébration de la fête des tabernacles. Christ assemblera son froment dans son grenier céleste, et après cela il viendra et fera fondre ses jugements sur la chrétienté. Ainsi, chaque section du volume inspiré, Moïse, les Psaumes, les prophètes, les évangiles, — c’est-à-dire les actes de Christ, — les actes du Saint Esprit, les épîtres et l’Apocalypse, tous tendent à établir d’une manière incontestable le fait que le monde ne sera pas converti par l’Évangile, que l’état de choses sur la terre n’ira pas en s’améliorant, mais au contraire ira de mal en pis. Le temps glorieux préfiguré par la fête des tabernacles, doit être précédé par la vendange de la vigne de la terre, dont les grappes seront jetées et foulées dans la grande cuve du courroux du Dieu Tout-Puissant.

Comment se fait-il que devant une telle quantité de preuves divines, fournies par chaque section du canon inspiré, les hommes persistent à nourrir le vain espoir d’un monde converti par l’Évangile ? Que signifient « le froment rassemblé et la cuve foulée » ? Assurément, ce n’est pas un monde converti. On nous dira peut-être que nous ne pouvons baser quelque chose sur les types mosaïques et les symboles apocalyptiques. Peut-être bien, si nous n’avions que des types et des symboles. Mais quand les rayons accumulés de la lumière céleste de l’inspiration convergent sur ces types et ces symboles et en révèlent la profonde signification à nos âmes, nous les trouvons en parfaite harmonie avec les voix des prophètes et des apôtres, et les enseignements vivants de notre Seigneur lui-même. En un mot, tous parlent le même langage, tous enseignent la même leçon, portent le même témoignage, non équivoque, à la solennelle vérité qu’à la fin du siècle présent, au lieu d’un monde converti, préparé pour un millenium spirituel, il y aura une vigne couverte de ces grappes entièrement mûres pour la cuve de la colère du Dieu Tout-Puissant.

Oh ! si tous, hommes et femmes dans la chrétienté, avec ceux qui les enseignent, pouvaient appliquer leurs cœurs à ces solennelles réalités ! Puissent ces choses entrer dans leurs oreilles et pénétrer dans les profondeurs de leurs cœurs, de telle manière qu’ils jettent au vent les illusions qu’ils chérissent, et acceptent à la place la vérité de Dieu si pleinement et clairement établie !

Mais nous devons terminer cette division de notre Livre, et, auparavant, rappeler au lecteur chrétien que nous avons à montrer dans notre vie de chaque jour l’influence bénie de toutes les grandes vérités présentées dans les trois types intéressants que nous venons de méditer. Le christianisme est caractérisé par ces trois grands faits fondamentaux, la rédemption, la présence du Saint Esprit et l’espérance de la gloire. Le chrétien est sauvé par le précieux sang de Christ, scellé par le Saint Esprit, et il attend le Sauveur.

Oui, bien-aimé lecteur, ce sont des faits bien établis, des réalités divines, de grandes vérités fondamentales. Ce ne sont pas simplement des principes ou des opinions, mais des vérités destinées à être une puissance vivante dans nos âmes, et à briller dans nos vies. Voyez combien ces choses solennelles, sur lesquelles nous nous sommes arrêtés, sont essentiellement pratiques ; remarquez aussi quels accents de louange, d’actions de grâce, de joie et de bénédiction se faisaient entendre dans l’assemblée d’Israël, lorsqu’elle était réunie autour de l’Éternel au lieu qu’il avait choisi. La louange et les actions de grâce montaient à Dieu, et les flots bénis d’une généreuse bienfaisance découlaient du cœur sur tous ceux qui étaient dans le besoin. « Trois fois l’an tout mâle d’entre vous paraîtra devant l’Éternel, ton Dieu,… et on ne paraîtra pas devant l’Éternel à vide, mais chacun selon ce que sa main peut donner, selon la bénédiction de l’Éternel, ton Dieu, laquelle il te donnera » (vers. 16-17).

Quelles paroles ! Ils ne devaient pas se présenter devant la face de l’Éternel à vide ; ils devaient venir le cœur plein de louange et les mains pleines des fruits de la bonté divine, pour réjouir les cœurs des ouvriers du Seigneur et ceux de ses pauvres. L’Éternel rassemblait son peuple autour de Lui, pour le remplir de joie et d’allégresse et faire d’eux les canaux de ses bénédictions pour les autres. Ils ne devaient pas rester sous leur vigne et sous leur figuier, et là se féliciter mutuellement des richesses variées qui les entouraient. Cela aurait pu être juste et bon à sa place ; mais cela n’aurait pas pleinement répondu à la pensée et au cœur de Dieu. Non ; trois fois l’an ils devaient se lever et se rendre au lieu que l’Éternel avait désigné pour les rassembler, et là entonner leurs alléluias à l’Éternel, leur Dieu, et là aussi, faire participer libéralement ceux qui étaient dans le besoin à tout ce qui leur avait été accordé. Dieu accordait à son peuple le magnifique privilège de réjouir le cœur du Lévite, de l’étranger, de la veuve et de l’orphelin. C’est là l’œuvre à laquelle il prend Lui-même son plaisir, béni en soit à jamais son nom, et il voulait faire partager ce bonheur à son peuple. Il voulait qu’on connût, qu’on vît, et qu’on sentît que le lieu où il rencontrait son peuple était une sphère de joie et de louanges, et un centre d’où des fleuves de bénédiction devaient déborder dans toutes les directions.

Toutes ces choses ne renfermeraient-elles pas une instruction pour l’Église de Dieu ? Ne parlent-elles pas au cœur de celui qui écrit et de ceux qui lisent ces lignes ? Assurément, et puissions-nous en faire notre profit ! Puisse la grâce ineffable de Dieu agir sur nos cœurs, de telle sorte qu’ils soient remplis d’adoration et que nos mains soient pleines de bonnes œuvres. Si les ombres et les types de nos bénédictions donnaient lieu à tant d’actions de grâce et d’active bienfaisance, combien plus puissant devrait être l’effet des bénédictions elles-mêmes !

 

Mais, hélas ! est-ce que nous réalisons nos bénédictions ? Est-ce que nous nous les approprions ? Est-ce que nous les saisissons avec la force que donne une foi simple ? C’est là tout le secret. Trouve-t-on beaucoup de chrétiens de profession dans la pleine et entière jouissance de ce dont la Pâque était un type, savoir la délivrance du jugement et de ce présent siècle mauvais ? Les voit-on dans la pleine et entière jouissance de leur Pentecôte, c’est-à-dire de l’habitation en eux du Saint Esprit, qui est le sceau, le gage, l’onction et le témoin ? Demandez à la grande majorité des professants s’ils ont reçu le Saint Esprit, et voyez ce qu’ils vous répondront. Et le lecteur, quelle réponse fera-t-il ? Peut-il dire : « Oui, Dieu soit béni, je sais que je suis lavé dans le précieux sang de Christ, et scellé du Saint Esprit » ? Il est à craindre qu’un nombre de personnes comparativement petit, dans la multitude de professants qui nous entourent, connaissent ces précieuses vérités qui, néanmoins, sont le privilège assuré du membre le plus infime du corps de Christ.

De même quant à la fête des tabernacles, combien peu en comprennent la signification ! Il est vrai qu’elle n’a pas encore été accomplie, mais le chrétien est appelé à vivre dans la puissance actuelle de son antitype. « Or la foi est l’assurance des choses qu’on espère et la conviction de celles qu’on ne voit pas » (Héb. 11:1). Notre vie doit être gouvernée et notre caractère formé par la double influence de la « grâce » dans laquelle nous sommes, et de la « gloire » que nous attendons.

Mais si les âmes ne sont pas établies dans la grâce, si elles ne savent pas même que leurs péchés sont pardonnés ; si on leur enseigne que c’est de la présomption que d’être assuré de son salut, et qu’il convient de rester dans l’humilité et de vivre dans des doutes et des craintes perpétuelles ; si on leur dit que personne ne peut être sûr de son salut avant de paraître devant le tribunal de Christ, comment pourraient-elles se tenir sur un terrain chrétien, manifester les fruits de la vie chrétienne, ou chérir ce qui est l’espérance propre du chrétien ? Si un Israélite avait douté qu’il fût fils d’Abraham, ou membre de la congrégation de l’Éternel, ou dans le pays, comment aurait-il pu célébrer la fête des pains sans levain, celle de la Pentecôte, ou celle des tabernacles ? Elles n’auraient eu pour lui ni sens, ni valeur ; nous pouvons même affirmer qu’aucun Israélite n’aurait pu avoir une pensée aussi absurde.

Comment se fait-il donc que des chrétiens professants, dont plusieurs sont de vrais enfants de Dieu, nous n’en doutons pas, semblent ne jamais pouvoir prendre possession du terrain chrétien ? Leur vie se passe dans le doute et la crainte. Leurs exercices et leurs services religieux, au lieu d’être l’expression de la vie qu’ils possèdent et dont ils jouissent, sont accomplis par eux comme une obligation légale et une préparation morale à la vie à venir. Beaucoup d’âmes, vraiment pieuses, demeurent toute leur vie dans cet état, et quant à « la bienheureuse espérance » que la grâce a mise devant nous pour réjouir nos cœurs et pour nous détacher des choses présentes, elles ne la comprennent pas, ou ne s’y arrêtent pas. Elles la traitent de simple utopie, caressée par quelques enthousiastes ici et là. Elles attendent le jour du jugement, au lieu d’attendre « l’étoile brillante du matin ». Elles prient pour le pardon de leurs péchés et demandent à Dieu de leur donner son Saint Esprit, tandis qu’elles devraient se réjouir dans l’assurance qu’elles possèdent la vie éternelle, la justice divine et l’Esprit d’adoption.

Tout cela est en opposition directe avec l’enseignement clair et simple du Nouveau Testament, c’est entièrement étranger à l’esprit du christianisme, propre à détruire la paix du chrétien et à empêcher tout culte vrai et intelligent, tout service ou témoignage. Il est certes impossible de se présenter devant le Seigneur, le cœur rempli d’actions de grâces pour des privilèges dont on ne jouit pas, ou les mains pleines de bénédictions que l’on n’a jamais réalisées.

Nous appelons sur cet important sujet la sérieuse attention de tous les enfants de Dieu dispersés dans l’église professante. Nous les supplions de sonder les Écritures et de voir s’il s’y trouve un seul passage autorisant les âmes à être tenues toute leur vie dans les ténèbres, le doute et l’esclavage. Il s’y trouve de solennels avertissements, des appels pressants, de sérieuses exhortations, cela est vrai, et nous en bénissons Dieu ; nous en avons besoin et nous ne devons pas les négliger. Mais que le lecteur comprenne bien que c’est le précieux privilège du plus jeune enfant en Christ de savoir que ses péchés sont pardonnés, qu’il est accepté en un Christ ressuscité, scellé du Saint Esprit, et héritier de la gloire éternelle. Telles sont, par la grâce infinie et souveraine, ses bénédictions assurées et certaines, bénédictions que l’amour de Dieu lui accorde, pour lesquelles le sang de Christ l’a rendu propre, et que le témoignage du Saint Esprit lui assure.

Veuille le souverain Pasteur et surveillant des âmes amener tous ses bien-aimés, les agneaux et les brebis du troupeau racheté par son sang, à connaître par l’enseignement de son Saint Esprit, quelles sont les choses qui leur sont gratuitement données de Dieu ! Et puissent ceux qui les connaissent en quelque mesure, apprendre à les connaître plus pleinement et en manifester les fruits précieux par une vie d’entier dévouement à Christ et à son service !

Il est fort à craindre que plusieurs d’entre nous qui faisons profession de connaître les plus hautes vérités de la foi chrétienne, ne soyons pas à la hauteur de notre profession ; nous n’agissons pas d’après le principe posé au verset 17 de notre chapitre : « Chacun selon ce que sa main peut donner, selon la bénédiction de l’Éternel, ton Dieu, laquelle il te donnera ». Nous semblons oublier que, quoique nous n’ayons rien à faire et rien à donner pour notre salut, nous pouvons cependant faire beaucoup pour le Sauveur et donner beaucoup pour ses ouvriers et ses pauvres. Il y a un grand danger d’exagérer le principe que nous n’avons rien à faire ou à donner. Si, dans les jours de notre ignorance et de notre légalisme, nous avons travaillé et donné d’après un principe faux et avec un faux objet en vue, nous ne devons, sûrement, pas faire moins et donner moins, maintenant que nous faisons profession de savoir que nous sommes, non seulement sauvés, mais bénis de toutes bénédictions spirituelles en un Christ ressuscité et glorifié. Nous avons à prendre garde de ne pas nous contenter de la simple compréhension intellectuelle et de la profession verbale de ces grandes et glorieuses vérités, alors que le cœur et la conscience n’en auraient jamais senti l’action bénie, et que la conduite et le caractère n’en auraient pas subi la sainte et puissante influence.

Nous présentons en toute affection au lecteur ces considérations pratiques, en l’engageant à les examiner avec prière. Nous ne voudrions pas blesser, offenser, ou décourager le plus faible agneau du troupeau de Christ. En outre, nous assurons le lecteur, que nous ne jetons la pierre à personne ; nous écrivons simplement, comme en la présence immédiate de Dieu, et faisons entendre à l’Église un mot d’avertissement à l’égard de ce que nous sentons être un danger pour nous tous. Nous croyons que, de tous côtés, nous avons le plus grand besoin de considérer nos voies, de nous humilier devant le Seigneur à cause de nos nombreux manquements, de nos fautes et de nos inconséquences, et de chercher auprès de Lui la grâce d’être, en ces jours sombres et mauvais, plus vrais, plus entièrement dévoués et plus décidés dans notre témoignage.