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Notes sur le Livre du Deutéronome

 

Cinquième livre de Moïse

 

Chapitres 7 à 12

 

par Charles Henry Mackintosh

 

 

« Des choses nouvelles et des choses vieilles ».

 

Table des matières  :

 

1     Chapitre 7

2     Chapitre 8

3     Chapitre 9

4     Chapitre 10

5     Chapitre 11

6     Chapitre 12

 

 

Éternel ! ta parole est établie à toujours dans les cieux (Ps. 119:89)

 

J’ai caché ta parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi (Ps. 119:11)

 

 

1                    Chapitre 7

« Quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura introduit dans le pays où tu entres pour le posséder, et qu’il aura chassé de devant toi des nations nombreuses,… sept nations plus nombreuses et plus fortes que toi, et que l’Éternel, ton Dieu, les aura livrées devant toi, et que tu les auras frappées, tu les détruiras entièrement comme un anathème ; tu ne traiteras point alliance avec elles, et tu ne leur feras pas grâce ».

Le récit des voies de Dieu envers les nations, en rapport avec son peuple d’Israël, nous rappelle les paroles qui ouvrent le Psaume 101: « Je chanterai la bonté et le jugement ». Si d’une part nous voyons le déploiement de la grâce de Dieu envers son peuple, en vertu de Son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob, de l’autre nous voyons l’exécution du jugement sur les nations à cause de leur méchanceté. Dans le premier cas se montre la souveraineté de Dieu ; dans le second sa justice ; sa gloire brille dans l’un et dans l’autre. Toutes les voies de Dieu, en grâce, comme en jugement, proclament ses louanges et seront à jamais célébrées par son peuple. « Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu, Tout-puissant ! Justes et véritables sont tes voies, ô Roi des nations ! (*) Qui ne te craindrait, Seigneur, et qui ne glorifierait ton nom ? car seul tu es saint ; car toutes les nations viendront et se prosterneront devant toi parce que tes faits justes ont été manifestés » (Apoc. 15:3-4).

 

(*) « Nations », suivant les manuscrits les plus autorisés. Christ n’est pas appelé le « roi des saints ».

 

Voilà l’esprit avec lequel nous devons considérer les voies de Dieu en gouvernement. Il est des âmes, qui, se laissant influencer par une fausse et morbide sentimentalité, se sentent froissées en lisant les ordres donnés à Israël au sujet des Cananéens, au commencement de notre chapitre. Il leur semble qu’un Être tout bon et miséricordieux ne saurait commander à son peuple de détruire ses semblables sans leur faire aucune grâce, et même de passer des femmes et des enfants au fil de l’épée.

Ces personnes ne sont pas disposées à dire avec les saints, en Apoc. 15:3-4: « Justes et véritables sont tes voies, ô Roi des nations ». Elles n’approuvent point Dieu dans toutes ses voies ; elles vont même jusqu’à le juger. Elles se permettent de mesurer les dispensations du gouvernement divin d’après leurs faibles pensées ; de comparer l’infini avec ce qui a des limites, en un mot elles jugent Dieu d’après elles-mêmes.

C’est là une faute grave. Nous ne sommes pas compétents pour porter un jugement sur les voies de Dieu, et par conséquent c’est le comble de la présomption pour de pauvres mortels ignorants, d’essayer de le faire. Nous lisons au chapitre 7 de Luc, que « la sagesse a été justifiée par tous ses enfants ». Souvenons-nous de ces paroles et faisons taire tout raisonnement coupable. « Que Dieu soit vrai et tout homme menteur, selon ce qui est écrit : En sorte que tu sois justifié dans tes paroles, et que tu aies gain de cause quand tu es jugé » (Rom. 3:4).

Si le lecteur n’est pas au clair sur ce sujet, qu’il lise le magnifique Psaume 136.

Nous y voyons que la mort des premiers-nés des Égyptiens et la délivrance d’Israël, le passage de la mer Rouge et la destruction de l’armée du Pharaon, ainsi que l’anéantissement des Cananéens, pour donner leur héritage à Israël, — tout en un mot était la preuve de la bonté éternelle de Dieu (*). Et il en est et en sera toujours ainsi. Tout doit contribuer à la gloire de Dieu. Ne l’oublions pas, et laissons de côté tous les faux raisonnements. C’est notre privilège de justifier Dieu dans toutes ses voies, de courber la tête avec révérence à la vue de ses insondables jugements, et de demeurer fermement assurés que toutes les voies de Dieu sont bonnes. Nous ne les comprenons pas toutes ; ce qui est borné comprendrait-il l’infini ? Les dispensations de Dieu, les actes de son gouvernement, sont autant au-dessus de la raison humaine que le Créateur est au-dessus de la créature. Quel est l’esprit humain qui peut sonder les profonds mystères de la providence divine ? Pourquoi arrive-t-il, par exemple, qu’une ville entière remplie d’hommes, de femmes et d’enfants, soit en quelques heures engloutie sous des flots de lave brûlante ? Nous ne pouvons le dire, et cependant ce n’est qu’un fait entre mille dans l’histoire de l’humanité. Voyez, dans nos grandes cités, les milliers d’êtres humains qui vivent dans la misère la plus profonde et dans la plus grande dégradation morale. Pouvons-nous dire pourquoi Dieu le permet ? Sommes-nous appelés à le faire ? N’est-il pas évident que nous n’avons pas à discuter ces questions ? Si, dans notre ignorance et notre folie, nous nous mettons à raisonner sur les mystères inscrutables du gouvernement divin, nous ne pouvons nous attendre qu’à nous égarer complètement et même à tomber dans une incrédulité positive.

 

(*) Beaucoup de chrétiens trouvent de la difficulté à comprendre et à appliquer les expressions d’un grand nombre de Psaumes, qui appellent le jugement sur les méchants. Ce langage serait, en effet, tout à fait déplacé chez les chrétiens, qui sont exhortés à aimer leurs ennemis, à faire du bien à ceux qui les haïssent, et à prier pour ceux qui leur font du tort et les persécutent.

Mais ce qui serait totalement hors de place pour l’Église de Dieu, le peuple céleste, sous la grâce, était autrefois et sera dans l’avenir en parfaite harmonie avec la position d’Israël, le peuple terrestre, sous le gouvernement de Dieu. Aucun chrétien intelligent ne songerait un instant à appeler la vengeance sur ses ennemis ou sur les méchants. Il y aurait là une grossière inconséquence. Nous sommes appelés à être les exemples vivants de la grâce de Dieu envers le monde — à marcher sur les traces de Jésus doux et humble de cœur — à souffrir pour la justice — à ne pas résister au mal. Dieu use maintenant de patience et de miséricorde envers le monde. « Il fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et envoie sa pluie sur les justes et sur les injustes ». Nous avons à l’imiter et à être « parfaits, comme notre Père qui est dans les cieux est parfait ». Un chrétien qui traiterait le monde sur le principe du juste jugement, donnerait une idée fausse de son Père céleste et mentirait à sa profession.

Mais plus tard, lorsque l’Église aura quitté la terre, il n’en sera plus ainsi. Dieu jugera les nations suivant la manière dont elles auront traité son peuple d’Israël.

Ce principe, bien compris, donnera au lecteur la clef des Psaumes prophétiques.

 

Nous comprendrons maintenant les instructions données au commencement de notre chapitre. Les Cananéens ne devaient pas trouver grâce aux yeux des Israélites. Leur iniquité était venue à son comble, et il ne restait plus pour eux que l’exécution du jugement divin. Tu les frapperas, et « tu les détruiras entièrement comme un anathème ; tu ne traiteras point alliance avec elles, et tu ne leur feras pas grâce. Tu ne t’allieras point par mariage avec elles, tu ne donneras point ta fille à leur fils, et tu ne prendras pas leur fille pour ton fils ; car ils détourneraient de moi ton fils, et il servirait d’autres dieux, et la colère de l’Éternel s’embraserait contre vous et te détruirait aussitôt. Mais vous leur ferez ainsi : Vous démolirez leurs autels, et vous briserez leurs statues, et vous abattrez leurs ashères, et vous brûlerez au feu leurs images taillées ».

Tels étaient les ordres donnés par l’Éternel à son peuple. Ils étaient clairs et compréhensibles. Pas de grâce pour les Cananéens, pas d’alliance avec eux, aucune union, aucune liaison quelconque ; un jugement sans miséricorde devait être leur part.

Nous savons, hélas ! que les Israélites ne tardèrent pas à négliger ces ordres sacrés. À peine avaient-ils posé leurs pieds dans le pays de Canaan qu’ils firent alliance avec les Gabaonites. Josué lui-même tomba dans le piège. Les vêtements déchirés et le pain moisi de ce peuple rusé, trompèrent les principaux de la congrégation, et les firent agir en directe opposition avec le commandement de Dieu. S’ils eussent été gouvernés par l’autorité de la Parole, ils ne seraient pas tombés dans cette faute grave et n’auraient pas traité alliance avec un peuple qui aurait dû être complètement détruit. Mais ils jugèrent d’après l’œil de la chair, et ils en recueillirent les fruits (*). L’obéissance implicite est la meilleure sauvegarde contre les ruses de l’ennemi. Le récit des Gabaonites était sans doute fort plausible, et tout leur aspect donnait un air de vérité à leurs assertions, mais rien de tout cela n’aurait dû avoir le moindre poids aux yeux de Josué et des principaux d’Israël. Ils devaient se rappeler les commandements de l’Éternel, et s’en tenir à sa parole. Au lieu de le faire, ils raisonnèrent et agirent d’après ce qu’ils voyaient. La raison n’est pas un guide pour le peuple de Dieu ; il doit être uniquement et entièrement dirigé et gouverné par sa Parole.

 

(*) Il est instructif de voir que les vieux vêtements, le pain moisi et les paroles rusées des Gabaonites, accomplirent ce que les murs de Jéricho n’avaient pu faire. Les ruses de Satan sont plus à redouter que sa puissance. « Revêtez-vous de l’armure complète de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les artifices du diable ». Si nous réfléchissons aux diverses parties de l’armure complète de Dieu, nous verrons clairement qu’elles se rangent sous ces deux chefs : obéissance et dépendance. L’âme qui est réellement gouvernée par la Parole, et qui se confie entièrement en la puissance de l’Esprit, est parfaitement équipée pour la lutte. C’était ainsi que l’Homme Christ Jésus remportait la victoire sur l’ennemi. Le diable ne pouvait rien sur un homme, qui était parfaitement obéissant et parfaitement dépendant. Suivons en cela, comme en toutes choses, notre divin modèle.

 

C’est là un privilège des plus grands, car il est à la portée du plus simple et du plus ignorant des enfants de Dieu. La parole du Père, la voix du Père, l’œil du Père, suffisent pour guider le plus jeune et le plus faible des membres de sa famille. Ce qu’il nous faut, c’est un cœur aimant et obéissant. Il n’est pas besoin d’une vaste intelligence, ni d’une grande science, car alors, que deviendrait la grande majorité des chrétiens ? Si les savants, les penseurs, les gens instruits étaient seuls capables de tenir ferme contre les ruses de l’adversaire, la plupart d’entre nous devraient renoncer à la lutte.

Mais, grâces à Dieu, il n’en est pas ainsi ; au contraire, en étudiant l’histoire du peuple de Dieu à travers les âges, nous voyons que la sagesse et la science humaines, quand elles ne sont pas laissées à leur vraie place, deviennent des pièges, et ceux qui les possèdent, des instruments d’autant plus dangereux entre les mains de l’ennemi. Par qui ont été introduites la plupart des hérésies qui ont troublé l’Église de Dieu depuis des siècles ? Non par les simples et les ignorants, mais par les savants et les intelligents. Et dans le passage du livre de Josué que nous venons de citer, qui est-ce qui fit alliance avec les Gabaonites ? Le commun du peuple ? Non, mais les principaux de l’assemblée. Tous évidemment commirent la faute, mais les principaux d’Israël donnèrent l’exemple. Les chefs et les conducteurs de l’assemblée tombèrent dans les pièges du diable, pour avoir négligé « d’interroger la bouche de l’Éternel ».

« Tu ne traiteras point alliance avec elles ». Rien n’était plus simple que cela. De vieux vêtements, des souliers raccommodés et du pain moisi pouvaient-ils changer la signification de l’ordre divin, ou enlever à la congrégation l’obligation d’une obéissance implicite ? Non, assurément. Rien ne saurait jamais être une excuse pour diminuer, si peu que ce soit, l’obligation d’obéir à la parole de Dieu. Si nous rencontrons des difficultés ou des circonstances embarrassantes, si nous ne savons souvent de quel côté nous tourner, que devons-nous faire ? Raisonner ? discuter ? agir d’après notre propre jugement ou celui de tel autre ? Certainement non ; mais nous avons à nous attendre à Dieu patiemment, humblement, avec foi, et assurément il nous montrera notre chemin. « Il fera marcher dans le droit chemin les débonnaires, et il enseignera sa voie aux débonnaires » (Ps. 25:9). En marchant ainsi, nous serons préservés de tout faux pas et gardés jusqu’au royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

Au vers. 6 de notre chapitre, Moïse place devant le peuple la raison morale pour laquelle il devait rester entièrement séparé des Cananéens et les exterminer : « Car tu es un peuple saint, consacré à l’Éternel, ton Dieu ; l’Éternel, ton Dieu, t’a choisi, afin que tu sois pour lui un peuple qui lui appartienne en propre, d’entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre ».

Le principe posé ici est de la plus grande importance. Pourquoi Israël devait-il être entièrement séparé des Cananéens, et refuser absolument de faire aucune alliance avec eux ? Pourquoi devait-il démolir leurs autels, briser leurs statues et abattre leurs ashères ? Simplement, parce qu’il était un peuple saint. Et qui l’avait fait tel ? l’Éternel. Il les avait choisis et son amour reposait sur eux ; il les avait sauvés et les avait mis à part pour lui, et ainsi il avait le droit de prescrire ce qu’ils devaient être et comment ils devaient agir. « Soyez saints, car moi je suis saint ».

Ce n’était nullement sur le principe de : « Tiens-toi loin, ne me touche pas, car je suis saint vis-à-vis de toi » (Ésa. 65:5). Ils ne valaient pas plus que les autres nations, c’est évident par ce qui suit : « Ce n’est pas parce que vous étiez plus nombreux que tous les peuples, que l’Éternel s’est attaché à vous et vous a choisis ; car vous êtes le plus petit de tous les peuples ; mais parce que l’Éternel vous a aimés et parce qu’il garde le serment qu’il a juré à vos pères, l’Éternel vous a fait sortir à main forte, et t’a racheté de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Égypte » (vers. 7, 8).

Que ces paroles étaient bien ce qui convenait aux enfants d’Israël ! Ils devaient se souvenir que tous leurs privilèges, leur dignité, et leurs bénédictions, provenaient non de ce qu’ils étaient en eux-mêmes, mais de ce que l’Éternel les avait aimés dans sa grâce souveraine, et avait traité alliance avec leurs pères, — « alliance éternelle, à tous égards bien ordonnée et assurée ».

Il y avait là un antidote divin contre tout orgueil et toute suffisance, et c’était aussi la base sûre et ferme de leur bonheur et de leur sécurité morale. Tout reposait sur la stabilité immuable de la grâce de Dieu. Toute vanterie humaine était ainsi rendue impossible. « Mon âme se glorifiera en l’Éternel ; les débonnaires l’entendront et se réjouiront » (Ps. 34:2).

Dieu veut que nulle chair ne se glorifie devant Lui. Il abaisse toute prétention humaine et l’orgueil du cœur de l’homme. Israël devait se souvenir de son origine, de sa condition précédente — « de servitude en Égypte » — « le plus petit de tous les peuples ». Il n’était nullement meilleur que les nations qui l’entouraient, et par conséquent ne pouvait expliquer sa grandeur et son élévation que par l’amour gratuit de Dieu et sa fidélité à son serment. « Non point à nous, ô Éternel ! non point à nous, mais à ton nom donne gloire, à cause de ta bonté, à cause de ta vérité » (Ps. 115:1).

« Connais donc que c’est l’Éternel, ton Dieu, qui est Dieu, le Dieu fidèle, qui garde l’alliance et la bonté jusqu’à mille générations à ceux qui l’aiment et qui gardent ses commandements, et qui récompense en face ceux qui le haïssent, pour les faire périr : il ne différera pas à l’égard de celui qui le hait ; il le récompensera en face » (vers. 9, 10).

Deux faits de la plus haute importance sont mis ici devant nous ; l’un rempli de riches consolations et de précieux encouragements pour ceux qui aiment Dieu en sincérité ; l’autre d’une grande solennité pour ceux qui le méprisent. Tous ceux qui aiment Dieu et gardent ses commandements peuvent compter sur sa fidélité et sa grâce en tout temps et en toutes circonstances. « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (Rom. 8:28). Si, par sa grâce infinie, l’amour de Dieu est dans nos cœurs et sa crainte devant nos yeux, nous pouvons avancer avec courage et avec une joyeuse confiance, assurés que tout sera bien et doit être bien. « Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu ; et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui » (1 Jean 3:21-22).

C’est là une vérité éternelle pour Israël, comme pour l’Église. Le chapitre 7 du Deutéronome, aussi bien que le chapitre 3 de 1 Jean, proclament la même grande vérité pratique, savoir que Dieu prend plaisir en ceux qui le craignent, qui l’aiment et gardent ses commandements.

Y a-t-il là quoi que ce soit de légal ? Nullement. L’amour et le légalisme n’ont rien de commun ; ils sont aussi éloignés l’un de l’autre que les pôles. « C’est ici l’amour de Dieu, que nous gardions ses commandements, et ses commandements ne sont pas pénibles » (1 Jean 5:3). Les motifs, le caractère et l’esprit de notre obéissance, sont tout l’opposé du légalisme. Il est des personnes toujours prêtes à crier au légalisme, lorsqu’on leur parle d’obéissance. Elles sont dans une grave erreur. S’il était question d’acquérir par notre obéissance la position et la relation d’enfants de Dieu, alors l’accusation de légalisme serait pleinement justifiée. Mais donner ce nom à l’obéissance chrétienne c’est, nous le répétons, une grave erreur. L’obéissance ne peut précéder la relation filiale ; mais cette relation doit toujours être suivie de l’obéissance.

Occupons-nous maintenant de la vérité solennelle que nous présente le vers. 10 de notre chapitre : « Il ne différera pas à l’égard de celui qui le hait ; il le récompensera en face ». Si ceux qui aiment Dieu sont tendrement encouragés, au v. 9, à garder ses commandements, le v. 10 fait entendre un sérieux avertissement à ceux qui le haïssent.

Le temps vient où Dieu agira en personne, face à face avec ses ennemis. Qu’il est terrible de penser qu’il y a des hommes qui haïssent Dieu — qui haïssent Celui dont le nom est « lumière » et « amour », la source de toute bonté, l’auteur et le donateur de tout don parfait, le Père des lumières ; Celui dont la main libérale supplée aux besoins de toute créature, qui entend le cri du corbeau et apaise la soif de l’âne sauvage ; Celui qui est infiniment bon, le seul sage, le Dieu parfaitement saint, le Seigneur de toute force et puissance, le Créateur de toutes choses, et Celui qui a le pouvoir de jeter l’âme et le corps dans la géhenne.

Pensez, lecteur, à ce que c’est que de haïr un Être tel que Dieu ! Or, nous savons que tous ceux qui n’aiment pas doivent haïr. Peut-être ne croit-on pas cela ; peu de personnes conviendront qu’elles haïssent vraiment Dieu ; mais, dans cette grande question, il n’est pas de terrain neutre ; il nous faut être pour ou contre, et en général les hommes ne tardent pas à montrer sous quel drapeau ils servent. Il arrive le plus souvent que l’inimitié du cœur envers Dieu se montre par la haine pour son peuple, pour sa Parole, son culte, son service. Que de fois nous entendons proférer des paroles telles que celles-ci : « Je hais les mômiers ». — « Je déteste la religiosité et les prêcheurs ». Pour dire vrai, c’est Dieu lui-même que l’on hait. « La chair est inimitié contre Dieu, car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas » ; et cette inimitié se fait jour à propos de tout ce qui concerne Dieu. Tout cœur inconverti recèle une inimitié positive contre Dieu. Tout homme, dans son état naturel, hait Dieu.

Or, Dieu déclare « qu’il ne différera pas à l’égard de celui qui le hait, il le récompensera en face ». Parole solennelle, à laquelle on devrait prêter une plus sérieuse attention. Les hommes n’aiment pas l’entendre ; beaucoup affectent et font profession de ne pas y croire. Ils cherchent à se persuader et à persuader aux autres que Dieu est trop bon, trop tendre, trop miséricordieux, pour traiter ses créatures avec sévérité. Ils oublient que les voies de Dieu en gouvernement sont aussi parfaites que ses voies en grâce. Ils s’imaginent que le gouvernement de Dieu laissera passer ou traitera légèrement le mal et ceux qui le font.

C’est là une fatale erreur et qui, tôt ou tard, portera ses fruits douloureux. Il est vrai, et Dieu en soit béni, que, dans sa grâce souveraine, il peut nous pardonner nos péchés, effacer nos transgressions, couvrir nos fautes, nous justifier parfaitement, et répandre dans nos cœurs l’esprit d’adoption. Mais c’est une chose entièrement différente. C’est la grâce régnant par la justice, en vie éternelle, par Jésus Christ, notre Seigneur. C’est Dieu, dans son amour merveilleux, donnant une justice au pauvre pécheur qui méritait l’enfer, et qui sait et sent et reconnaît que lui-même n’a aucune justice, ni n’en pourrait avoir. Dieu, dans son amour infini, a trouvé un moyen par lequel il peut être juste et justifier celui qui croit simplement en Jésus.

Mais comment tout cela a-t-il été accompli ? Est-ce en laissant de côté le péché, comme s’il n’était rien ? Est-ce en lâchant les rênes du gouvernement divin, en abaissant la mesure de la sainteté divine, ou en diminuant en quoi que ce soit les exigences de la Loi ? Non, tout au contraire. Il n’aurait jamais pu y avoir une manifestation plus solennelle de la haine de Dieu pour le péché, ou de son intention irrévocable de le condamner et de le punir éternellement ; il n’aurait jamais pu y avoir une revendication plus glorieuse du gouvernement divin, une exposition plus parfaite de la sainteté, de la vérité et de la justice divines ; jamais la loi n’aurait pu être plus glorieusement défendue ou plus complètement établie que par le plan glorieux de la rédemption — projeté, exécuté et révélé par l’éternelle Trinité dans l’Unité — projeté par le Père, exécuté par le Fils et révélé par le Saint Esprit.

Si nous désirons voir dans toute sa réalité le gouvernement de Dieu, sa colère contre le péché, et le vrai caractère de sa sainteté, nous n’avons qu’à contempler la croix, à écouter ce cri d’angoisse qui sortit du cœur du Fils de Dieu et retentit au milieu des ténèbres du Calvaire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Jamais semblable question n’avait été faite auparavant, jamais il n’en fut fait de semblable dès lors, et cette question ne se fera ni ne pourrait plus se faire. Soit que nous considérions Celui qui la fit, Celui à qui elle était adressée, ou la réponse, elle demeure unique dans l’éternité. La croix est la mesure de la haine de Dieu contre le péché, tout comme elle est la mesure de son amour pour le pécheur. C’est la base impérissable du trône de grâce, le terrain divinement juste, sur lequel Dieu peut pardonner nos péchés, et nous constituer parfaitement justes en un Christ ressuscité et glorifié.

Mais si les hommes méprisent la croix, et persistent dans leur haine contre Dieu, tout en disant qu’il est trop bon et trop clément pour punir les méchants, que deviendront-ils ? Voici la réponse : « Qui désobéit (àpéithon) au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3:36) (*).

 

(*) Ce verset 36 de Jean 3 est un passage d’une immense importance. Non seulement il expose la grande vérité que tous ceux qui croient au Fils de Dieu ont le privilège d’avoir la vie éternelle, mais en outre il coupe à leur racine deux des principales hérésies actuelles : l’universalisme et l’hérésie de ceux qui prétendent que les méchants seront anéantis. L’unisersalisme fait profession de croire qu’à la fin, tous seront restaurés et bénis. Il n’en sera pas ainsi, dit notre passage ; car ceux qui n’obéissent pas au Fils « ne verront pas la vie ».

Les autres affirment que tous ceux qui sont sans Christ périront comme les animaux. Il n’en sera pas ainsi car « la colère de Dieu demeure » sur les désobéissants. La colère qui demeure est tout à fait incompatible avec l’anéantissement.

Il est intéressant et instructif de remarquer la différence entre les mots ho pistéuon, « celui qui croit », et ho apeithôn, « celui qui n’obéit pas ». Ils nous donnent les deux côtés du sujet de la foi.

 

Pouvons-nous croire un seul instant qu’un Dieu juste eût livré à la mort son Fils unique et bien-aimé, ses délices de tous les jours, alors que ce Fils était fait péché pour nous, pour laisser ensuite échapper les pécheurs impénitents ? Jésus, l’Homme parfait, saint et sans tache, — le seul Homme parfait, qui ait jamais marché sur la terre, — a dû souffrir pour les péchés, le juste pour les injustes ; est-ce pour que les méchants, les incrédules, ceux qui haïssent Dieu et désobéissent au Fils, soient sauvés et bénis et introduits dans le ciel ? Et l’on voudrait affirmer cela sous le prétexte que Dieu est trop bon et trop clément pour punir éternellement les pécheurs ! Lorsque Dieu a dû donner, abandonner et frapper son Fils bien-aimé afin de sauver son peuple de leurs péchés, est-ce que les pécheurs, les moqueurs et les rebelles pourraient être sauvés dans leurs péchés ? Le Seigneur Jésus est-il mort pour rien ? L’Éternel l’a-t-il froissé et a-t-il caché sa face de Lui sans nécessité ? Pourquoi toutes les horreurs du Calvaire ? pourquoi les trois heures de ténèbres ? pourquoi le cri d’angoisse : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Pourquoi, si les pécheurs peuvent aller au ciel sans cela ? Quelle inconcevable folie ! Jusqu’où peut aller la crédulité des hommes, pourvu qu’il ne s’agisse pas de la vérité de Dieu ! Le pauvre cœur humain affectera de croire la plus monstrueuse absurdité, afin d’avoir une excuse pour rejeter le simple enseignement de la sainte Écriture. Ce que les hommes ne songeraient jamais à attribuer à un bon gouvernement humain, ils n’hésitent pas à l’attribuer au gouvernement du Dieu seul sage, seul vrai et seul juste. Que penserions-nous d’un gouvernement qui ne pourrait ou ne voudrait pas punir les méchants et les criminels ? Voudrions-nous vivre sous ce gouvernement ?

Le verset qui nous occupe renverse complètement toutes les théories que les hommes, dans leur folie et leur ignorance, ont avancées touchant le gouvernement de Dieu, et réfute les arguments par lesquels ils cherchent à l’affaiblir. « C’est l’Éternel, ton Dieu, qui est Dieu, le Dieu fidèle qui… récompense en face ceux qui le haïssent, pour les faire périr ; il ne différera pas à l’égard de celui qui le hait ; il le récompensera en face ».

Oh ! si les hommes voulaient écouter la parole de Dieu ! s’ils voulaient croire à ses avertissements si solennels et si clairs au sujet de la colère à venir, du jugement et des peines éternelles ! Si, au lieu de chercher à se persuader à eux-mêmes et à d’autres qu’il n’y a pas d’enfer, pas de ver qui ne meurt point ni de feu qui ne s’éteint point, pas d’éternel tourment, ils écoutaient la voix qui les avertit de s’enfuir, avant qu’il soit trop tard, vers le refuge que leur présente l’Évangile ! Là serait la vraie sagesse. Dieu dit qu’il rendra la pareille à ceux qui le haïssent. Qu’elle est terrible la pensée de cette rétribution ! Qui pourrait l’affronter ? Le gouvernement de Dieu est parfait, et parce qu’il est tel, il est impossible qu’il laisse le mal sans le juger. Rien n’est plus simple que cela. Toute l’Écriture, de la Genèse à l’Apocalypse, le présente en termes si clairs et si positifs que c’est le comble de la folie pour les hommes d’essayer de discuter la chose. Combien il est plus sage et plus sûr de fuir la colère à venir, que de nier qu’elle viendra ou qu’elle sera éternelle dans sa durée. C’est en vain qu’on essaie de raisonner en opposition à la vérité de Dieu. Toute parole de Dieu subsistera à toujours. Nous voyons les dispensations de son gouvernement à l’égard de son peuple d’Israël et à l’égard des chrétiens maintenant. Laissait-il passer le mal chez son peuple terrestre ? Non, au contraire, il leur appliquait continuellement sa verge, et cela précisément parce que c’était son peuple, ainsi qu’il le dit par le prophète Amos : « Écoutez cette parole que l’Éternel prononce sur vous, fils d’Israël, sur la famille entière que j’ai fait monter du pays d’Égypte, disant : Je vous ai connus, vous seuls, de toutes les familles de la terre ; c’est pourquoi je visiterai sur vous toutes vos iniquités » (Amos 3:1, 2).

Le même principe est appliqué aux chrétiens dans la première épître de Pierre : « Car le temps est venu de commencer le jugement par la maison de Dieu ; mais s’il commence premièrement par nous, quelle sera la fin de ceux qui n’obéissent pas à l’évangile de Dieu ? Et si le juste est sauvé difficilement, où paraîtra l’impie et le pécheur ? » (4:17-18).

Dieu châtie les siens parce qu’ils sont les siens, et « afin qu’ils ne soient pas condamnés avec le monde » (1 Cor. 11:32). Les enfants de ce monde cheminent paisiblement, mais leur jour vient, — un jour sombre et terrible, — un jour de jugement et d’inexorable colère. Les hommes peuvent raisonner et discuter là-dessus, mais l’Écriture est claire et positive : « Dieu… a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela » (Actes 17:31). Le grand jour des rétributions est près, où Dieu rendra la pareille à chacun en face.

Il est profondément édifiant de remarquer de quelle manière Moïse, ce serviteur bien-aimé et honoré de Dieu, conduit par le Saint Esprit, place les solennelles réalités du gouvernement de Dieu devant les Israélites, afin d’agir sur leurs consciences. Écoutez-le plaider et exhorter : « Et tu garderas les commandements, et les statuts et les ordonnances que je te commande aujourd’hui, pour les pratiquer. Et, si vous écoutez ces ordonnances, et que vous les gardiez et les fassiez, il arrivera que l’Éternel, ton Dieu, te gardera l’alliance et la bonté qu’il a jurées à tes pères. Et il t’aimera, et te bénira, et te multipliera ; et il bénira le fruit de ton ventre, et le fruit de ta terre, ton froment, et ton moût, et ton huile, et la portée de ton gros bétail, et l’accroissement de ton menu bétail, sur la terre qu’il a juré à tes pères de te donner. Tu seras béni plus que tous les peuples il n’y aura, parmi toi et parmi tes bêtes, ni mâle ni femelle stérile ; et l’Éternel éloignera de toi toute maladie, et il ne mettra sur toi aucune des plaies malignes de l’Égypte, que tu as connues, mais il les mettra sur tous ceux qui te haïssent. Et tu consumeras tous les peuples que l’Éternel, ton Dieu, te livre ; ton œil ne les épargnera pas, et tu ne serviras pas leurs dieux, car ce serait un piège pour toi » (vers. 11-16).

Quel plaidoyer puissant et touchant ! Remarquez le contraste : Israël devait « écouter », « garder » et « faire ». L’Éternel devait « aimer », « bénir » et « multiplier ». Hélas ! Israël manqua totalement et honteusement à ce que l’Éternel demandait de lui, sous la loi et sous le gouvernement, et par conséquent, au lieu de la bénédiction et de l’accroissement, il n’y eut pour lui que jugement, malédiction, stérilité, dispersion et désolation.

Mais, béni soit le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, si Israël a failli sous la loi et sous le gouvernement, Lui n’a pas fait défaut dans sa riche et précieuse grâce et sa miséricorde. Il gardera l’alliance qu’il a jurée à leurs pères. Pas une de ses promesses ne tombera à terre ; il les accomplira à la lettre. Et s’il ne peut le faire en vertu de l’obéissance d’Israël, il le fera à cause du sang de l’alliance éternelle, du précieux sang de Jésus, son Fils éternel. Gloire et honneur à son nom adorable !

Non, le Dieu d’Israël ne peut laisser une seule de ses précieuses promesses tomber à terre. Que deviendrions-nous s’il le faisait ? Quelle assurance, quel repos, quelle paix pourrions-nous avoir, si l’alliance de l’Éternel avec Abraham manquait en un seul point ? Il est vrai qu’Israël a perdu tous ses droits. S’il s’agit de prérogative selon la chair, Ismaël et Ésaü ont des droits antérieurs. S’il s’agit d’obéissance légale, le veau d’or et les tables brisées racontent sa triste histoire. S’il s’agit de gouvernement en vertu de l’alliance de Sinaï, les enfants d’Israël n’ont pas une seule excuse à mettre en avant.

Mais Dieu reste le même en dépit de la lamentable infidélité d’Israël. « Les dons de grâce et l’appel de Dieu sont sans repentir » (Rom. 11:29), et c’est pourquoi « tout Israël sera sauvé ». Dieu tiendra certainement son serment à Abraham, malgré toute la ruine de la postérité d’Abraham. Soyons-en fermement convaincus, quoiqu’on puisse dire de contraire. Israël sera restauré et béni, et il se multipliera dans la terre à laquelle il est affectionné. Un jour les Israélites reprendront leurs harpes suspendues aux saules, et, à l’ombre de leurs vignes et de leurs figuiers, ils chanteront les louanges de leur Dieu-Sauveur, durant le glorieux sabbat millénaire qui les attend. Tel est le témoignage invariable de l’Écriture, et il s’accomplira jusqu’aux moindres détails, pour la gloire de Dieu et en vertu de l’alliance éternelle.

Revenons à notre chapitre, dont les derniers versets demandent une attention toute particulière. Il est touchant de voir de quelle manière Moïse cherche à encourager le peuple au sujet des nations qu’il pouvait redouter en Canaan. Il comprend ses craintes et cherche à les dissiper. « Si tu dis dans ton cœur : Ces nations sont plus nombreuses que moi, etc. », lisez v. 17-26.

Le grand remède pour toutes les craintes causées par l’incrédulité est simplement d’avoir l’œil fixé sur le Dieu vivant ; alors le cœur est élevé au-dessus des difficultés de quelque nature qu’elles soient. On ne saurait nier qu’il n’y ait des difficultés et des influences fâcheuses de toute espèce. Bien des personnes affectent de parler légèrement des épreuves et des difficultés. Cela prouve, non la connaissance qu’elles ont de Dieu, mais leur profonde ignorance des sérieuses réalités de la vie. Elles voudraient nous persuader qu’il ne faudrait pas sentir les peines, les chagrins, les difficultés de la route. Autant vaudrait nous dire que nous ne devrions pas avoir de tête sur les épaules, ou de cœur dans notre poitrine. De telles personnes ne peuvent point encourager ceux qui sont abattus, car elles sont tout à fait incapables de comprendre les âmes qui passent par la lutte, ou qui sont aux prises avec les difficultés de la vie.

Comment Moïse s’efforce-t-il d’encourager les cœurs de ses frères ? « Tu ne t’épouvanteras pas », dit-il, non parce qu’il n’y avait pas d’ennemis de difficultés ou de dangers, mais parce que « l’Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi, un Dieu grand et terrible ». C’était là le vrai encouragement : les ennemis étaient là, mais Dieu est un refuge assuré. C’est ainsi que Josaphat, pressé par l’ennemi, cherchait à encourager lui-même ses frères : « Ô notre Dieu ! ne les jugeras-tu pas ? car il n’y a point de force en nous devant cette grande multitude qui vient contre nous, et nous ne savons ce que nous devons faire, mais nos yeux sont sur toi » (2 Chr. 20:12).

Voilà le précieux secret. Les yeux reposent sur Dieu ; sa puissance intervient et tout est réglé. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Moïse va au-devant des craintes qui s’élèvent dans le cœur d’Israël. « Ces nations sont plus nombreuses que moi ». Oui, mais elles ne sont pas plus fortes que « le Dieu grand et terrible ». Quelles nations pourraient lui résister ? Toutes avaient un terrible compte à rendre à cause de leurs iniquités ; la coupe était comble ; le moment de la rétribution était arrivé, et le Dieu d’Israël allait les exterminer devant son peuple.

Israël, par conséquent, n’avait pas lieu de craindre la puissance de l’ennemi ; l’Éternel était avec lui ; mais il y avait une chose qui était bien plus à redouter, c’était l’influence séductrice de l’idolâtrie. Aussi l’Éternel dit-il : « Vous brûlerez au feu les images taillées de leurs dieux ; tu ne désireras pas l’argent ou l’or qui sont dessus, et tu ne les prendras pas pour toi ». « Quoi », serait porté à dire, plus d’un cœur, « devons-nous détruire l’or et l’argent qui ornent ces images ? Ne pourrait-on en tirer un bon parti ? N’est-ce point dommage de détruire quelque chose d’aussi précieux ? Passe encore de brûler les images, mais pourquoi ne pas épargner l’or et l’argent ? »

Ah ! c’est justement de cette manière que le pauvre cœur est porté à raisonner, et c’est ainsi que nous nous séduisons nous-mêmes, lorsque nous sommes appelés à juger et à abandonner ce qui est mal. Nous nous persuadons que nous pouvons faire quelque réserve, et qu’il nous est permis de choisir et de faire des distinctions. Nous sommes prêts à abandonner une partie du mal, mais non pas tout. Nous sommes d’avis de brûler le bois de l’image, mais d’épargner l’or et l’argent.

Fatale illusion ! « Tu ne désireras pas l’argent ou l’or qui sont dessus, et tu ne les prendras pas pour toi, de peur que par là tu ne sois pris dans un piège ; car c’est une abomination pour l’Éternel, ton Dieu ». Il faut que tout soit détruit. Retenir un atome de la chose maudite, c’est tomber dans le piège de l’ennemi et nous associer avec ce qui est une abomination aux yeux de Dieu, quelque estime que les hommes en fassent.

Or, d’après le dernier verset du chapitre, introduire une abomination dans la maison était devenir anathème soi-même. Combien cela est solennel ! Le comprenons-nous bien ?

Que le Seigneur garde nos cœurs séparés de tout mal, et fidèles pour Lui !

 

2                    Chapitre 8

« Vous prendrez garde à pratiquer tous les commandements que je vous commande aujourd’hui, afin que vous viviez, et que vous multipliiez, et que vous entriez dans le pays que l’Éternel a promis par serment à vos pères, et que vous le possédiez. Et tu te souviendras de tout le chemin par lequel l’Éternel, ton Dieu, t’a fait marcher ces quarante ans, dans le désert, afin de t’humilier, et de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur, si tu garderais ses commandements, ou non » (vers. 1, 2).

Il est à la fois rafraîchissant et encourageant de jeter un regard en arrière sur toute notre course terrestre. Nous y pouvons voir la main fidèle de notre Dieu, qui nous a conduits et guidés ; ses tendres et sages dispensations à notre égard, et ses délivrances merveilleuses dans les moments de détresse et de difficultés. Que de fois, lorsque nous ne savions plus que devenir, n’est-il pas venu à notre aide pour nous frayer notre chemin, calmer nos craintes, et remplir nos cœurs de chants de louange et d’actions de grâces !

Mais il ne faut pas confondre cette précieuse vue rétrospective avec la triste habitude de regarder en arrière à nos voies, à nos progrès, à nos services, lors même que nous admettons, d’une manière générale, que ce n’est que par la grâce de Dieu que nous avons pu accomplir quelque chose pour Lui. Tout cela ne conduit qu’à entretenir la satisfaction de soi-même, ce qui est la ruine de toute vraie spiritualité. S’occuper de soi, d’une manière quelconque, est une chose des plus pernicieuses ; c’est le coup de mort de la communion. Tout ce qui tend à placer le moi devant l’âme doit être jugé et rejeté d’une manière décisive, car la faiblesse et la stérilité en sont la conséquence. Regarder en arrière à ce que nous avons fait ou obtenu par nos efforts est tout ce que l’on peut imaginer de plus misérable. Ce n’était certes pas là ce que Moïse exhortait le peuple à faire, lorsqu’il leur disait « de se souvenir de tout le chemin » par lequel l’Éternel, leur Dieu, les avait fait marcher.

Arrêtons-nous un moment à ces remarquables paroles de l’apôtre, en Phil. 3: « Frères, je fais une chose oubliant les choses qui sont derrière, et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus » (vers. 14).

Quelles sont les « choses » dont parle le bienheureux apôtre ? Mettait-il en oubli les précieuses dispensations de Dieu envers son âme durant sa carrière terrestre ? Non, nous avons la preuve évidente du contraire. Écoutez ce qu’il dit devant Agrippa : « Ayant donc reçu le secours qui vient de Dieu, me voici debout jusqu’à ce jour, rendant témoignage aux petits et aux grands » (Actes 26:22).

De même aussi, en écrivant à Timothée, son enfant bien-aimé et son compagnon d’œuvre, il passe en revue le passé et parle des persécutions et des souffrances qu’il a endurées, mais il ajoute « Et le Seigneur m’a délivré de toutes ». Et encore : « Dans ma première défense, personne n’a été avec moi, mais tous m’ont abandonné : que cela ne leur soit pas imputé. Mais le Seigneur s’est tenu près de moi, et m’a fortifié, afin que par moi la prédication fût pleinement accomplie, et que toutes les nations l’entendissent ; et j’ai été délivré de la gueule du lion » (2 Tim. 4:16, 17).

À quoi donc l’apôtre fait-il allusion, quand il parle « d’oublier les choses qui sont derrière ? » Il veut parler de toutes les choses qui n’avaient pas rapport à Christ, dont la chair pouvait se glorifier, sur lesquelles le cœur naturel pouvait se reposer et qui ne pouvaient être que des obstacles à la course ; ces choses-là devaient être oubliées dans l’ardente poursuite des grandes et glorieuses réalités qui étaient devant lui. Ni Paul, ni aucun autre enfant de Dieu et serviteur de Christ, n’a jamais eu le désir d’oublier une seule des circonstances de sa carrière terrestre, qui témoignaient de la bonté, de la tendresse et de la fidélité de Dieu. Au contraire, ce sera toujours une de nos plus douces jouissances de nous rappeler les dispensations bénies de notre Père envers nous, pendant que nous traversons le désert pour nous rendre dans notre patrie éternelle.

Qu’on ne s’y méprenne pas, nous n’approuvons en aucune manière l’habitude de s’appesantir sur ses propres expériences. Cela ne sert qu’à affaiblir. Gardons-nous-en comme de l’une des nombreuses causes qui tendent à diminuer la vie spirituelle et à éloigner nos cœurs de Christ. Mais nous n’avons pas à craindre le résultat produit par un coup d’œil rétrospectif sur les voies et les dispensations du Seigneur envers nous. C’est un exercice béni, qui aura toujours pour effet de nous sortir de nous-mêmes et de nous remplir de reconnaissance et d’actions de grâces.

Pourquoi Israël était-il exhorté à « se souvenir de tout le chemin », par lequel l’Éternel, son Dieu, l’avait fait passer ? C’était assurément pour faire éclater son cœur en louanges pour le passé, et fortifier sa confiance en Dieu pour l’avenir. Il doit toujours en être ainsi. Nous le louerons pour tout ce qui est passé, et nous nous confierons en Lui pour tout ce qui est à venir. Puissions-nous le faire de plus en plus, et nous avancer jour après jour, louant et nous confiant, nous confiant et louant. Voilà les deux choses qui contribuent à la gloire de Dieu, ainsi qu’à notre paix et à notre joie en Lui. Quand l’œil se repose sur les « Ében-Ézer », qui sont tout le long de la route, le cœur éclate en joyeux « Alléluia » à Celui qui nous a secourus jusqu’ici, et qui veut nous secourir jusqu’au bout. Il a délivré, il délivre maintenant, et il délivrera par la suite. Chaîne bénie ! Chacun de ses anneaux est une délivrance divine.

Et ce ne sont pas seulement les grâces signalées et les grandes délivrances, dont nous avons été les objets de la part de notre Père, que nous devons nous rappeler avec reconnaissance, mais aussi ce qui, dans son sage et fidèle amour, était destiné à nous « humilier » et à nous « éprouver ». Toutes ces choses sont pleines de riches bénédictions pour nos âmes. Ce ne sont pas, comme on dit quelquefois, « des grâces déguisées », mais des grâces évidentes et palpables, pour lesquelles nous aurons à louer Dieu durant l’éternité bienheureuse qui nous attend.

« Tu te souviendras de tout le chemin », de chaque étape du voyage, de chaque scène de la vie du désert, de toutes les dispensations de Dieu du commencement à la fin, et de leur but spécial, qui était « de t’humilier et de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur ».

Que c’est merveilleux de penser à la grâce patiente et à l’amour déployés dans les dispensations de Dieu envers son peuple dans le désert ! Quelle précieuse instruction nous offre cette merveilleuse histoire ! Nous avons aussi à être humiliés et éprouvés, afin de connaître ce qui est dans nos cœurs. Cela nous est de la plus grande utilité morale.

Dans les premiers temps de notre vie chrétienne, nous connaissons peu ce qui est dans nos cœurs. Nous sommes superficiels en toutes choses ; mais, en avançant dans la carrière pratique, nous saisissons mieux la réalité des choses ; nous découvrons la profondeur du mal qui est en nous ; le vide et la complète vanité de tout ce qui est dans le monde ; et nous comprenons la nécessité de dépendre entièrement et constamment de la grâce de Dieu. Tout cela est propre à nous rendre humbles et défiants à l’égard de nous-mêmes, et à nous amener à nous appuyer avec la simplicité d’un enfant, sur Celui qui seul peut nous préserver de toute chute. En croissant ainsi dans la connaissance de nous-mêmes, nous comprenons mieux la grâce, mieux aussi l’amour merveilleux du cœur de Dieu, sa tendresse envers nous, sa patience infinie pour supporter toutes nos faiblesses et nos manquements, les soins touchants qu’il a pour nous, son intervention continuelle en notre faveur, et les diverses circonstances par lesquelles il a trouvé bon de nous faire passer pour le bien et le profit de nos âmes.

L’effet pratique de tous ces exercices d’âme est de donner de la profondeur, de la fermeté et de la douceur au caractère ; on est ainsi délivré des notions et théories vaines, d’une étroitesse exagérée ou de l’extrême contraire ; on est rendu compatissant, patient et rempli d’égards pour les autres ; on est gardé de porter des jugements trop sévères, on pèse avec indulgence les actions des autres, et l’on cherche à leur attribuer les meilleurs motifs dans les cas qui peuvent paraître équivoques. Ce sont là des fruits précieux des expériences du désert.

« Et il t’a humilié, et t’a fait avoir faim ; et il t’a fait manger la manne que tu n’avais pas connue et que tes pères n’ont pas connue, afin de te faire connaître que l’homme ne vit pas de pain seulement, mais que l’homme vivra de tout ce qui sort de la bouche de l’Éternel » (vers. 3).

Ce passage offre un intérêt et une importance toute spéciale, par le fait que c’est la première citation de notre Seigneur dans sa lutte avec Satan, dans le désert. Pourquoi notre Seigneur cite-t-il le Deutéronome ? Parce que c’était justement le livre qui, mieux que tout autre, s’adaptait à la condition où Israël se trouvait alors. Israël avait totalement failli, et ce fait se constate d’un bout à l’autre du Deutéronome. Mais, bien que la nation eût manqué, le chemin de l’obéissance était ouvert à tout fidèle Israélite. C’était le devoir et le privilège de quiconque aimait Dieu, de s’en tenir à sa Parole, en tout temps et en toutes circonstances.

Notre bien-aimé Seigneur garda avec une fidélité parfaite la position de l’Israël de Dieu. L’Israël selon la chair avait tout perdu par sa faute ; Jésus était là, dans le désert, comme le véritable Israël de Dieu, pour faire face à l’ennemi avec la simple autorité de la parole de Dieu. « Or Jésus, plein de l’Esprit Saint, s’en retourna du Jourdain et fut mené par l’Esprit dans le désert, étant tenté par le diable quarante jours. Et il ne mangea rien pendant ces jours-là ; et lorsqu’ils furent accomplis, il eut faim. Et le diable lui dit : Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre qu’elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit, disant : Il est écrit que « l’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu » (Luc 4:1-4).

Scène merveilleuse ! L’homme parfait, le véritable Israël, était dans le désert, entouré de bêtes sauvages, jeûnant pendant quarante jours, et tenté par le grand ennemi de Dieu, des hommes et d’Israël. Il n’en était pas pour le second Adam comme pour le premier ; il n’était pas entouré des délices d’Éden, mais de toute l’aridité, de toute la désolation d’un désert. Il y était seul, endurant la faim, mais il y était pour Dieu.

Béni soit son nom, il était aussi là pour l’homme ; pour lui montrer de quelle manière il faut résister à l’ennemi dans toutes ses tentations et comment il faut vivre. Ne nous imaginons pas que notre adorable Sauveur rencontra l’adversaire en tant que Dieu souverain. Il était Dieu, cela est vrai, mais s’il avait soutenu la lutte seulement comme tel, il n’y aurait pas eu d’exemple pour nous. Il aurait été bien inutile de nous dire que Dieu avait été capable de vaincre et de mettre en fuite une créature formée par sa propre main. Mais lorsque nous voyons Celui qui était devenu homme, semblable à nous en toutes choses à part le péché, souffrant la faiblesse et la faim, entouré des conséquences de la chute, et pourtant triomphant complètement de cet ennemi terrible, c’est là ce qui est si consolant et si encourageant pour nous.

Et comment en triompha-t-il ? C’est la grande et importante question pour nous. Comment l’Homme Christ Jésus a-t-il vaincu Satan dans le désert ? Ce ne fut pas comme le Dieu Tout-Puissant, mais comme l’homme obéissant, n’ayant d’autre arme que la parole de Dieu dans son cœur et dans sa bouche, et par elle réduisant Satan au silence. C’est ainsi que le second Adam remporta la victoire sur le terrible ennemi de Dieu et de l’homme, et c’est ainsi qu’il est un exemple pour nous.

Remarquons aussi que notre Seigneur ne raisonne pas avec Satan. Lorsque notre divin modèle rencontre toutes les tentations de l’ennemi, il ne se sert que de l’arme que nous avons tous en notre possession, savoir la parole de Dieu écrite.

Nous avons dit « toutes les tentations », parce que dans les trois cas, la réponse invariable de notre Seigneur est : « Il est écrit ». Il ne dit pas : « Je sais », — « je pense », — « je sens », — « je crois », ceci ou cela ; il en appelle simplement à l’Écriture, au livre du Deutéronome en particulier, à ce livre même dont les incrédules ont osé mettre en doute l’authenticité, mais qui est tout spécialement le livre pour tout homme obéissant, au milieu de la ruine universelle et sans remède.

Cela est d’une grande importance pour nous, bien-aimé lecteur. C’est comme si notre Seigneur avait dit à l’ennemi : Il ne s’agit pas de savoir si je suis le Fils de Dieu ou non, mais de savoir comment l’homme doit vivre, et la réponse à cette question ne se trouve que dans la Sainte Écriture, et elle s’y montre claire comme le jour, indépendamment de toute question qui me concerne. Quoiqu’il en soit de moi, l’Écriture est la même : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

Voilà la seule position vraie, sûre et heureuse pour l’homme, celle où il écoute dans une humble dépendance, « toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Position bénie où l’âme est placée en contact immédiat et personnel avec le Seigneur lui-même par le moyen de sa Parole. Nous voyons ainsi que la Parole est absolument nécessaire au chrétien. Nous ne pouvons nous en passer. Comme la vie naturelle est soutenue par le pain, de même la vie spirituelle est entretenue par la parole de Dieu. Se nourrir ainsi n’est pas seulement recourir à la Bible pour y trouver des doctrines, ou pour y voir nos opinions confirmées ; c’est, bien plus, c’est y chercher ce qui soutient la vie de l’homme nouveau, c’est-à-dire la nourriture, la lumière, les directions, la consolation, l’autorité, la force, en un mot tout ce dont l’âme peut avoir besoin.

Observons en particulier la force de l’expression « toute parole ». Comme elle nous montre bien que nous ne pouvons nous passer d’une seule des paroles sorties de la bouche de Dieu. Il nous les faut toutes. Nous ne savons à quel moment surgira telle ou telle difficulté qui trouvera sa solution dans l’Écriture. Il se peut que nous n’ayons pas jusque-là remarqué particulièrement le passage qui s’adapte à cette difficulté, mais quand elle se présente, si notre âme est en bon état, l’Esprit de Dieu nous fournit par la Parole le texte dont nous avons besoin, et nous y voyons une force, une beauté, une profondeur, une convenance morale, que nous n’y avions jamais vues auparavant. L’Écriture est un trésor divin, et par conséquent inépuisable, par lequel Dieu pourvoit abondamment à tous les besoins de son peuple, et à ceux de chaque croyant en particulier, de sorte qu’il n’y a pas une phase dans l’histoire de l’Église, pas une difficulté sur la route d’un chrétien, à laquelle il ne soit pourvu dans le saint Livre. Avec quel soin ne devrions-nous donc pas l’étudier dans son entier, le méditer, l’approfondir et le garder soigneusement dans nos cœurs, étant ainsi « parfaitement équipés », et prêts à nous en servir quand l’occasion s’en présente, que ce soient les tentations du diable, ou les convoitises du monde et de la chair, ou bien que nous ayons à suivre le sentier de bonnes œuvres que Dieu a préparées afin que nous y marchions.

Remarquons surtout l’expression : « de la bouche de Dieu ». Elle est des plus précieuses ; elle approche l’Éternel tout près de nous. Dieu parle pour que nous vivions par sa Parole ; elle nous est donc absolument indispensable, et nos âmes ne peuvent pas davantage, vivre sans elle que nos corps ne peuvent subsister sans nourriture. En un mot, ce passage nous enseigne que la vraie position de l’homme, son seul lieu de repos, de refuge, et de force se trouve dans une dépendance habituelle de la parole de Dieu.

La vie de foi que nous sommes appelés à vivre est celle de dépendance et d’obéissance, c’est celle que Jésus a réalisée parfaitement ici-bas. Ce précieux Sauveur ne faisait pas un pas, ne prononçait pas une parole, sans l’autorité de la parole de Dieu. Évidemment, il eût pu changer la pierre en pain, mais il n’avait pas de commandement de Dieu à cet égard, et, par conséquent, pas de motif pour agir. Les tentations de Satan étaient donc sans force sur Lui. L’adversaire ne pouvait rien sur un homme qui ne voulait agir que d’après l’autorité de la parole de Dieu.

Il est intéressant et profitable aussi de remarquer que notre Seigneur ne cite pas l’Écriture dans le but de réduire l’ennemi au silence, mais simplement comme autorité pour sa position et sa conduite. C’est en cela que nous manquons si souvent. Nous citons fréquemment la parole de Dieu pour avoir la victoire sur l’ennemi, mais nous la laissons moins agir sur nos propres âmes, par son autorité et sa puissance, et ainsi elle perd son action sur nos cœurs. Là Parole doit être pour nous comme le pain pour l’homme affamé, ou comme la boussole pour le navigateur ; c’est d’elle qu’il faut nous nourrir et c’est d’après elle que nous devons agir, penser et parler. Plus il en sera ainsi, plus nous en connaîtrons la valeur infinie. Qui est-ce qui connaît le mieux la valeur réelle du pain ? Est-ce un chimiste ? Non, mais un homme affamé. Un chimiste peut l’analyser et dire de quoi il se compose, mais c’est l’homme qui a faim qui en éprouve la valeur. Qui est-ce qui connaît le mieux la valeur réelle d’une boussole ? Est-ce le professeur de marine ? Non, mais c’est le marin qui navigue le long d’une côte inconnue et dangereuse. Ce ne sont là que de faibles images de ce que la parole de Dieu est pour le vrai chrétien. Il ne peut s’en passer ; elle lui est absolument indispensable dans chacune de ses relations, dans toute sa sphère d’activité. Elle nourrit et soutient sa vie intérieure, elle le guide dans sa vie pratique. Dans toutes les circonstances de sa vie publique ou domestique, dans la solitude du cabinet, au sein de sa famille, au milieu de ses affaires, c’est dans la parole de Dieu qu’il cherche direction et conseil. Et jamais elle ne fait défaut à qui s’en tient uniquement à elle. Nous pouvons nous confier en l’Écriture sans l’ombre d’une crainte. À quelque moment ou dans quelque occasion que nous la consultions, nous y trouvons ce dont nous avons besoin. Sommes-nous dans l’épreuve ? notre cœur est-il brisé, dans le deuil ? qu’est-ce qui nous consolera et nous calmera, sinon les douces paroles que le Saint Esprit a tracées pour nous ? Une phrase de la Sainte Écriture donne plus de vraie consolation que toutes les lettres de condoléances possibles. Sommes-nous découragés et abattus ? La parole de Dieu vient au-devant de nous avec ses belles et encourageantes assurances. Sommes-nous dans la pauvreté ? Le Saint Esprit applique à nos cœurs mainte promesse bénie des pages inspirées, nous rappelant celui qui est « le possesseur des cieux et de la terre » et qui, dans sa grâce infinie, s’est engagé à « suppléer à tous nos besoins, selon ses richesses en gloire, par le Christ Jésus ». Sommes-nous harassés et troublés par les opinions diverses des hommes, ou par des difficultés religieuses de toute espèce ? Quelques versets de la Sainte Écriture répandront des flots de lumière divine dans le cœur et la conscience, et nous donneront un repos parfait, en répondant à toute question, en nous faisant connaître les pensées de Dieu, et en mettant fin à toutes les divergences d’opinions, par la seule autorité compétente et divine.

De quel prix est donc la Sainte Écriture ! Quel trésor nous possédons dans la parole de Dieu ! Combien nous devrions bénir son saint nom de nous l’avoir donnée ! Et le bénir aussi pour tout ce qui sert à nous faire comprendre davantage la plénitude, la profondeur et la force de ces paroles de notre chapitre : « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Que ces paroles sont précieuses pour le cœur du croyant ! Celles qui suivent ne le sont guère moins : nous y voyons mentionnée en termes touchants la tendre sollicitude de l’Éternel pour son peuple durant toutes les pérégrinations dans le désert. « Ton vêtement », dit-il, « ne s’est point usé sur toi, et ton pied ne s’est point enflé, pendant ces quarante ans ».

Quelle grâce merveilleuse éclate dans ces paroles ! l’Éternel prenant soin de son peuple, jusqu’à voir que leurs vêtements ne s’usent point ou que leurs pieds ne se foulent point ! Non seulement il les nourrissait, mais il les vêtait et condescendait même à s’inquiéter de leurs pieds, de peur que le sable du désert ne les blesse. Et durant quarante années il veilla ainsi sur eux avec toute la tendresse d’un père. De quoi l’amour n’est-il pas capable pour celui qui en est l’objet ? L’amour de l’Éternel pour son peuple assurait à celui-ci toute bénédiction. Si seulement Israël l’avait compris ! Depuis l’Égypte jusqu’en Canaan, il n’y avait rien à quoi Il ne répondît, quels que fussent les besoins des Israélites, et cela parce qu’il les avait pris sous sa protection. Ayant l’amour infini et la toute-puissance pour eux, que leur manquait-il ?

Mais l’amour de Dieu envers les siens se manifeste de diverses manières. Il ne pourvoit pas seulement aux besoins de leur corps, à la nourriture et au vêtement, mais il s’occupe aussi de leurs besoins intellectuels et spirituels. C’est ce que le législateur rappelle au peuple en disant : « Connais dans ton cœur, que, comme un homme châtie son fils, l’Éternel, ton Dieu, te châtie » (v. 5).

Nous n’aimons pas la discipline, elle « n’est point un sujet de joie, mais de tristesse ». Un fils ne demande pas mieux que de recevoir la nourriture et le vêtement de la main de son père, et d’avoir tous ses besoins prévenus par sa sollicitude, mais il n’aime pas à lui voir prendre la verge. Et cependant cette verge redoutée est peut-être ce qu’il y a de meilleur pour le fils, en produisant ce qu’aucun bienfait matériel ou aucune bénédiction terrestre n’aurait pu faire. Il se peut qu’elle le corrige d’une mauvaise habitude, le délivre d’une dangereuse tendance, le sauve d’une influence pernicieuse, et devienne ainsi une grande bénédiction morale et spirituelle pour laquelle il sera à jamais reconnaissant. Le grand point, c’est que le fils reconnaisse l’amour et la sollicitude du père dans la discipline et le châtiment, aussi bien que dans les divers bienfaits matériels qui sont journellement semés sur sa route.

C’est précisément en cela que nous manquons si fort lorsqu’il s’agit des voies de notre Père en discipline. Nous jouissons de ses bienfaits et de ses grâces ; nous sommes heureux de recevoir, jour après jour, de sa main libérale, amplement et au-delà de ce qu’il faut à nos besoins ; nous aimons à penser aux nombreuses délivrances qu’il nous a accordées quand nous étions dans les difficultés, et, jetant un regard en arrière sur le chemin par lequel il nous a conduits, à voir les « Ében-Ézer » qui rappellent les secours obtenus tout le long de la route.

Tout cela est fort bien et fort profitable, mais nous courons le danger de nous reposer sur les grâces, les bénédictions et les bienfaits qui découlent en si riche profusion du cœur de notre Père et de sa main libérale. Nous sommes portés à nous reposer sur ces choses, et à dire avec le psalmiste : « Et moi, j’ai dit dans ma prospérité : Je ne serai jamais ébranlé. Éternel ! par ta faveur, tu as donné la stabilité et la force à ma montagne » (Ps. 30:6, 7). Il est vrai que c’est « par ta faveur », cependant nous sommes portés à être occupés de notre montagne, et de notre prospérité ; nous laissons ces choses se placer entre nos cœurs et le Seigneur, et ainsi elles deviennent des pièges pour nous. De là la nécessité de la discipline. Notre Père veille sur nous, dans son fidèle amour ; il voit le danger et il envoie l’épreuve, d’une manière ou d’une autre. Peut-être sera-ce un télégramme nous annonçant la mort d’un enfant bien-aimé, ou la faillite d’une banque qui engloutit toute notre fortune terrestre. Ou bien il se peut que nous soyons couchés sur un lit de maladie, ou appelés à veiller auprès de celui de quelque parent bien cher.

En un mot, nous pouvons avoir à passer par de grandes eaux, qui semblent terribles à nos pauvres et faibles cœurs. L’ennemi nous souffle tout bas : « Est-ce là de l’amour ? » Sans la moindre hésitation, et sans réserve, la foi répond : Oui, tout est amour, amour parfait, et sagesse ineffable. J’en suis certain dès à présent ; je n’attends pas à plus tard pour le savoir, lorsque je regarderai en arrière du sein de la gloire ; je le sais maintenant et je le reconnais avec joie, à la louange de cette grâce infinie qui m’a tiré des profondeurs de ma ruine, et qui daigne s’occuper de mes fautes et de mes péchés, afin de m’en délivrer pour me rendre participant de la sainteté céleste et conforme à l’image de ce Sauveur béni, qui « m’a aimé et s’est donné pour moi ».

Lecteur chrétien, c’est la manière de répondre à Satan et de faire taire les murmures qui peuvent s’élever dans nos cœurs. Nous devons toujours justifier Dieu, toujours considérer ses dispensations en discipline à la lumière de son amour. « Connais donc dans ton cœur que, comme un homme châtie son fils, l’Éternel, ton Dieu, te châtie ». Nous ne voudrions assurément pas être sans ce gage et cette preuve bénie de notre relation filiale. « Mon fils, ne méprise pas la discipline du Seigneur, et ne perds pas courage quand tu es repris par lui ; car celui que le Seigneur aime, il le discipline, et il fouette tout fils qu’il agrée. Vous endurez des peines comme discipline : Dieu agit envers vous comme envers des fils, car qui est le fils que le père ne discipline pas ? Mais si vous êtes sans la discipline à laquelle tous participent, alors vous êtes des bâtards et non pas des fils. De plus, nous avons eu les pères de notre chair pour nous discipliner, et nous les avons respectés ; ne serons-nous pas beaucoup plutôt soumis au Père des esprits, et nous vivrons ? Car ceux-là disciplinaient pendant peu de jours, selon qu’ils le trouvaient bon ; mais celui-ci nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté. Or aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse ; mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle. C’est pourquoi, redressez les mains lassées et les genoux défaillants, et faites des sentiers droits à vos pieds, afin que ce qui est boiteux ne se dévoie pas, mais plutôt se guérisse » (Héb. 12:5-13).

Il est à la fois intéressant et profitable de remarquer de quelle manière Moïse place devant la congrégation d’Israël les divers motifs qui devaient le porter à l’obéissance, motifs basés sur le passé, le présent et l’avenir, et qui avaient tous pour but de contribuer à réveiller et à fortifier leur sentiment des droits de l’Éternel sur eux. Ils avaient à « se souvenir » du passé, à « considérer » le présent, et à anticiper l’avenir ; et tout cela, pour agir sur leurs cœurs, et les conduire à une sainte obéissance envers Celui qui avait fait, qui faisait, et qui voulait faire de si grandes choses pour eux.

Le lecteur attentif ne manquera pas de remarquer que l’un des traits caractéristiques de ce beau livre du Deutéronome, est de mettre en avant les principes moraux. C’est une preuve évidente qu’il n’est pas une simple répétition de ce que nous avons dans l’Exode, et qu’au contraire, il a un domaine, une mission et un but qui lui sont propres.

« Et garde les commandements de l’Éternel, ton Dieu, pour marcher dans ses voies et pour le craindre » (vers. 6). Les Israélites devaient se rappeler l’histoire merveilleuse de ces quarante années de désert, les leçons, les humiliations, les épreuves qu’ils avaient rencontrées, puis les soins constants du Seigneur, la manne venant du ciel, l’eau du rocher, sa sollicitude même pour leurs vêtements et pour leurs pieds, et enfin la discipline nécessaire pour le bien de leurs âmes. Que de puissants motifs moraux pour obéir ! Mais, en outre, ils devaient regarder en avant, et trouver dans le brillant avenir qui les attendait, aussi bien que dans le passé et dans le présent, le fondement sûr et ferme des droits de l’Éternel à leur obéissance respectueuse et volontaire.

« Car l’Éternel, ton Dieu, te fait entrer dans un bon pays, un pays de ruisseaux d’eau, de sources, et d’eaux profondes, qui sourdent dans les vallées et dans les montagnes ; un pays de froment, et d’orge, et de vignes, et de figuiers, et de grenadiers, un pays d’oliviers à huile, et de miel ; un pays où tu ne mangeras pas ton pain dans la pauvreté, où tu ne manqueras de rien ; un pays dont les pierres sont du fer, et des montagnes duquel tu tailleras l’airain » (vers. 7-9).

Quel tableau délicieux de ce qui les attendait ! Quel contraste avec l’Égypte qui était derrière eux et le désert qu’ils avaient traversé ! La terre de l’Éternel était devant eux dans toute sa beauté, avec ses côteaux couverts de pampres, ses vallées distillant le miel, ses fontaines jaillissantes et ses torrents écumeux. Que cette perspective était rafraîchissante ! Quel contraste avec les poireaux, les aulx et les oignons de l’Égypte ! Oui, tout était différent ! C’était le pays de l’Éternel, et cela voulait dire qu’il produisait et contenait tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. À la surface une riche profusion ; dans les profondeurs de la terre des richesses et des trésors inépuisables.

Combien l’Israélite fidèle devait désirer d’entrer dans ce riche pays et d’échanger le sable du désert contre ce bel héritage ! Le désert, il est vrai, avait ses expériences bénies, ses saintes leçons, ses précieux souvenirs. C’est là qu’ils avaient connu l’Éternel sous un aspect que Canaan même ne pouvait leur présenter ; mais cependant le désert n’était pas Canaan, et comment tout véritable Israélite n’aurait-il pas soupiré après le moment de poser son pied dans le pays de la promesse, ce pays que Moïse dépeint d’une manière si captivante ? « Un pays », dit-il, « où tu ne mangeras pas ton pain dans la pauvreté, où tu ne manqueras de rien ». Que pouvait-on dire de plus ? La main de l’Éternel allait les introduire là où il serait divinement pourvu à tous leurs besoins. La faim et la soif y seraient inconnues. La santé, l’abondance, la joie, la paix, la bénédiction devaient être la portion assurée de l’Israël de Dieu, dans ce bel héritage où il était sur le point d’entrer. Tout ennemi serait vaincu, tout obstacle enlevé ; « le bon pays » ouvrirait ses trésors pour l’usage du peuple ; arrosé continuellement par les pluies du ciel et réchauffé par son soleil, il produirait avec abondance tout ce que le cœur pouvait souhaiter.

Quel pays et quel héritage ! Quelle patrie ! Il va sans dire que nous le considérons maintenant au point de vue divin ; nous le voyons comme il était dans la pensée de Dieu et comme il sera pour Israël durant le glorieux millénium qui l’attend. Nous n’aurions qu’une bien pauvre idée du pays de l’Éternel, si nous n’y pensions que comme à celui possédé autrefois par Israël, même dans les jours brillants de son histoire, et comme il était au moment des splendeurs du règne de Salomon. Nous devons regarder en avant, « aux temps du rétablissement de toutes choses » (Actes 3:21), pour avoir une idée juste de ce que sera le pays de Canaan pour l’Israël de Dieu.

Or, Moïse parle du pays au point de vue divin. Il le présente comme donné de Dieu, et non comme possédé par Israël ; et cela fait une immense différence. D’après sa belle description il n’y avait en Canaan, ni ennemis, ni fâcheuses circonstances, on n’y voit que fertilité et bénédictions. Voilà ce qu’il aurait dû être et voilà ce qu’il sera pour la postérité d’Abraham, en vertu de l’alliance faite avec leurs pères — l’alliance nouvelle et éternelle, basée sur la grâce souveraine de Dieu et ratifiée par le sang de la croix. Aucune puissance de la terre ou de l’enfer ne peut empêcher l’accomplissement de la promesse de Dieu. « Aura-t-il dit, et ne fera-t-il pas ? » Dieu accomplira, à la lettre, tout ce qu’il a promis, malgré l’opposition de l’ennemi et la chute déplorable de son peuple. Quoique la postérité d’Abraham ait failli sous la loi et sous le gouvernement, le Dieu d’Abraham leur donnera cependant la grâce et la gloire, parce que ses dons et son appel sont sans repentance.

Moïse comprenait parfaitement tout cela. Il savait ce qui en serait de ceux qui étaient devant lui et de leurs enfants après eux, durant bien des générations ; aussi regardait-il en avant vers ce bel avenir où le Dieu de l’alliance déploierait, aux yeux de toute la création, les triomphes de sa grâce dans ses dispensations à l’égard de la postérité d’Abraham, son ami.

Toutefois, le serviteur de l’Éternel, fidèle au but qu’il avait devant les yeux dans tous les merveilleux discours du commencement de notre livre, continue à exhorter l’assemblée, et à lui montrer de quelle manière ils auraient à se comporter dans le bon pays où ils allaient entrer. Il leur parle de l’avenir comme il l’avait fait du passé et du présent, en s’efforçant de profiter de tout pour leur rappeler ce qu’ils devaient à Dieu qui avait si tendrement pris soin d’eux durant tout leur voyage, et qui allait les introduire et les planter sur la montagne de son héritage. Écoutons ses touchantes exhortations :

« Et tu mangeras, et tu seras rassasié, et tu béniras l’Éternel, ton Dieu, à cause du bon pays qu’il t’a donné ». Que c’est simple ! que c’est beau ! Rassasiés des fruits de la bonté de l’Éternel, ils devaient bénir et louer son saint nom. Il aime à être entouré de cœurs débordant du doux sentiment de sa bonté et éclatant en chants de louange et d’actions de grâce. Il dit : « Celui qui sacrifie la louange, me glorifie » (Ps. 50:23). La plus faible louange s’élevant d’un cœur reconnaissant monte comme un parfum de bonne odeur jusqu’au trône et jusqu’au cœur de Dieu.

Souvenons-nous en, bien-aimé lecteur. Pour nous, comme pour Israël, la louange est bienséante. Notre premier privilège est de louer l’Éternel. Chaque fois que nous respirons, un Alléluia devrait s’échapper de nos cœurs. C’est à cet exercice béni que le Saint Esprit nous exhorte fréquemment. « Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu un sacrifice de louanges, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom » (Héb. 13:15). N’oublions jamais que rien ne réjouit le cœur et ne glorifie le nom de notre Dieu, comme un esprit de louange chez son peuple. Il est bon d’exercer la bienfaisance et de faire part de nos biens. Dieu prend plaisir à de tels sacrifices. C’est un de nos grands privilèges de faire du bien, quand nous en avons l’occasion, à tous les hommes, et particulièrement à ceux de la maison de la foi. Nous sommes appelés à être des canaux de miséricorde, entre le cœur de notre Père et toutes les formes de la misère humaine que nous rencontrons journellement sur notre route. Tout cela est vrai, mais n’oublions pas que la place la plus élevée appartient à la louange. C’est elle qui occupera nos facultés purifiées durant les âges glorieux de l’éternité, alors que les sacrifices d’une active bienfaisance ne seront plus nécessaires.

Mais le fidèle législateur ne connaissait que trop bien la tendance du cœur humain à oublier, à perdre de vue le divin Donateur et à se reposer sur ses dons. C’est pourquoi il adresse à l’assemblée les paroles qui suivent, — paroles si profitables pour eux et pour nous. Écoutons-les avec un saint respect et un esprit docile.

« Prends garde à toi, de peur que tu n’oublies l’Éternel, ton Dieu, pour ne pas garder ses commandements, et ses ordonnances, et ses statuts, que je te commande aujourd’hui ; de peur que, quand tu mangeras, et que tu seras rassasié, et que tu bâtiras de bonnes maisons et y habiteras, et que ton gros et menu bétail se multipliera, et que l’argent et l’or te seront multipliés, et que tout ce qui est à toi se multipliera, alors ton cœur ne s’élève, et que tu n’oublies l’Éternel, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude ; qui t’a fait marcher dans le désert grand et terrible, désert de serpents brûlants et de scorpions, une terre aride où il n’y a point d’eau ; qui a fait sortir pour toi de l’eau du roc dur ; qui t’a fait manger dans le désert la manne que tes pères n’ont pas connue, afin de t’humilier et afin de t’éprouver, pour te faire du bien à la fin, — et que tu ne dises dans ton cœur : Ma puissance et la force de ma main m’ont acquis ces richesses. Mais tu te souviendras de l’Éternel, ton Dieu, que c’est lui qui te donne de la force pour acquérir ces richesses, afin de ratifier son alliance, qu’il a jurée à tes pères, comme il paraît aujourd’hui. Et s’il arrive que tu oublies en aucune manière l’Éternel, ton Dieu, et que tu ailles après d’autres dieux, et que tu les serves et que tu t’inclines devant eux, je rends témoignage aujourd’hui contre vous que vous périrez entièrement : comme les nations que l’Éternel fait périr devant vous, ainsi vous périrez, parce que vous n’aurez pas écouté la voix de l’Éternel, votre Dieu » (vers. 11-20).

Tout cela s’adresse à nous, comme jadis à Israël. Nous sommes peut-être disposés à nous étonner de la fréquente répétition des avertissements et des exhortations, mais ne sentons-nous pas profondément que nous avons nous-mêmes un besoin urgent d’avertissement, d’admonestation et d’exhortation ?

Et quant à ces grands faits que Moïse ne cesse de rappeler au peuple, pouvaient-ils jamais perdre leur valeur morale et leur puissance ? Assurément non. Israël pouvait les oublier, ou négliger de les apprécier, mais les faits restaient les mêmes. Comment de tels faits auraient-ils pu perdre leur influence sur un cœur possédant une seule étincelle d’amour sincère pour Dieu ? Et pourquoi nous étonner de voir Moïse les rappeler si souvent et s’en servir comme d’un puissant levier pour agir sur les cœurs ? Moïse sentait pour lui-même la puissance morale de ces choses, et il désirait que d’autres la sentissent aussi. Pour lui elles étaient précieuses au-delà de toute expression, et il s’efforçait de les rendre telles à ses frères. Son but unique et constant était de placer devant eux, de toute manière, les droits qu’avait l’Éternel à leur obéissance joyeuse et implicite.

Cela explique ce qui pourrait sembler à un lecteur superficiel, la trop fréquente répétition des scènes du passé dans ces remarquables discours de Moïse. En les lisant, nous nous souvenons des belles paroles de Pierre, dans sa seconde épître : « C’est pourquoi je m’appliquerai à vous faire souvenir toujours de ces choses,… Mais j’estime qu’il est juste, tant que je suis dans cette tente, de vous réveiller en rappelant ces choses à votre mémoire,… mais je m’étudierai à ce qu’après mon départ vous puissiez aussi en tout temps vous rappeler ces choses » (1:12-15).

Qu’il est remarquable de voir l’unité d’esprit et de but chez ces deux vénérables serviteurs de Dieu ! L’un et l’autre connaissaient la disposition du pauvre cœur humain à oublier ce qui concerne Dieu, le ciel et l’éternité, et ils sentaient l’importance suprême et la valeur infinie de ce dont ils parlaient.

Est-ce qu’un véritable Israélite aurait jamais pu se lasser d’entendre raconter ce que l’Éternel avait fait pour lui en Égypte, à la mer Rouge et dans le désert ? Jamais. De tels sujets étaient toujours nouveaux et précieux pour son cœur. Le chrétien, de même, pourrait-il jamais se lasser de la croix et de toutes les grandes et glorieuses réalités qui se groupent autour d’elle ? Pourrait-il jamais se lasser de Christ, de sa personne et de son œuvre ? Jamais, non jamais, durant toute l’éternité bienheureuse. A-t-il besoin d’autre chose ? La science peut-elle ajouter à Christ ? Le savoir humain peut-il ajouter quoi que ce soit au grand mystère de la piété, qui a pour base Dieu manifesté en chair et pour faîte un Homme glorifié dans le ciel ? Y a-t-il quelque chose au delà ? Non, assurément.

Prenons un ordre de choses moins élevé, considérons les œuvres de Dieu dans la création. Nous lassons-nous jamais du soleil ? Sommes-nous jamais fatigués de la mer ? Elle n’est cependant point nouvelle. Il est vrai que le soleil est souvent trop éblouissant pour la faible vue de l’homme, et que la mer engloutit souvent, en un instant, les œuvres dont il s’enorgueillit, mais néanmoins le soleil et la mer ne perdent jamais leur puissance et leur charme.

Et que sont toutes ces choses, comparées aux gloires qui se groupent autour de la personne et de la croix de Christ ? Que sont-elles à côté des grandes réalités de cette éternité qui nous attend ?

 

3                    Chapitre 9

« Écoute, Israël : Tu passes aujourd’hui le Jourdain, pour entrer, pour posséder des nations plus grandes et plus fortes que toi, des villes grandes et murées jusqu’aux cieux, un peuple grand et de haute stature, les fils des Anakim, que tu connais et dont tu as entendu dire : Qui peut tenir devant les fils d’Anak ? »

Ces paroles : « Écoute, Israël », sont comme la clef du livre que nous étudions, et en particulier de ces premiers discours qui nous ont occupés jusqu’ici, et le chapitre qu’elles ouvrent, présente, en effet, des sujets d’une fort grande importance.

Tout d’abord, le législateur met sous les yeux des enfants d’Israël, en termes solennels, ce qui les attend à leur entrée dans le pays. Il ne leur cache pas qu’ils auront à rencontrer de sérieuses difficultés et des ennemis redoutables. Ce n’était point qu’il voulût les décourager ; son but était de les avertir et de les préparer. Nous verrons bientôt quelle devait être cette préparation, mais le fidèle serviteur de Dieu sentait qu’avant tout, il était absolument nécessaire de placer devant ses frères le véritable état des choses.

On peut envisager les difficultés de deux manières — au point de vue humain, ou au point de vue divin ; avec un esprit d’incrédulité, ou bien avec le calme et la paix d’une entière confiance en Dieu. Nous avons un exemple de la première disposition d’esprit, dans le récit des espions incrédules, en Nomb. 13, et un exemple de la seconde au commencement du chapitre qui nous occupe maintenant.

Nier que le peuple de Dieu ait à rencontrer de nombreuses difficultés, ne serait pas de la foi, mais de la présomption, du fanatisme, ou le fruit d’un enthousiasme charnel. Il est toujours bon de savoir ce que l’on fait, et l’on ne doit pas se lancer aveuglément dans un chemin où l’on n’est pas préparé à entrer. Un paresseux incrédule dira : « Le grand lion est dans le chemin » ; un aveugle enthousiaste s’écriera : « Non, il n’y a rien de semblable ». L’homme de foi dira : « Quand même il y aurait des centaines de lions sur la route, Dieu est puissant pour les disperser ».

Mais comme grand principe pratique et d’une application générale, il est de toute importance pour les enfants de Dieu, de considérer sérieusement et calmement toute ligne de conduite ou toute sphère d’action, avant de s’y engager. Si cela se faisait davantage, nous ne verrions pas autant de naufrages spirituels autour de nous. Que signifient ces paroles si solennelles adressées par le Seigneur aux multitudes qui l’entouraient ? « Et se tournant, il leur dit : Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne vient pas après moi, ne peut être mon disciple. Car quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne s’asseye premièrement et ne calcule la dépense, pour voir s’il a de quoi l’achever ? de peur que, en ayant jeté le fondement et n’ayant pu l’achever, tous ceux qui le voient ne se mettent à se moquer de lui, disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever » (Luc 14:26-30). Paroles bien propres à faire réfléchir ! Combien de tours inachevées s’offrent à nos regards, quand nous contemplons le vaste champ de la profession chrétienne, — que d’occasions de moquerie pour le spectateur ! Que de gens qui se font disciples, par une sorte d’impulsion subite, ou sous l’action d’une influence humaine, sans bien comprendre ni bien peser tout ce qu’implique leur détermination ! Il s’en suit que quand les difficultés viennent à surgir, que les épreuves se présentent et que le sentier devient étroit, rude, solitaire, ils se détournent, prouvant par là qu’ils n’avaient jamais réellement calculé la dépense, jamais pris ce chemin selon la pensée de Dieu, jamais bien compris ce qu’ils faisaient.

De tels cas sont fort tristes. Ils font un grand tort à la cause de Christ, donnent à l’ennemi l’occasion de blasphémer, et tendent à décourager ceux qui ont à cœur la gloire de Dieu et le bien des âmes. Mieux vaudrait ne jamais entrer sur ce terrain que d’y entrer pour l’abandonner ensuite par incrédulité ou par un esprit de mondanité.

Nous pouvons ainsi comprendre la sagesse et l’utilité des paroles qui ouvrent notre chapitre. Moïse annonce fidèlement aux enfants d’Israël ce qui les attendait, non pas pour les décourager, mais afin de les préserver de la confiance en soi-même, qui laisse sans force au moment de l’épreuve, et de les engager à s’appuyer sur le Dieu vivant, qui ne manque jamais au cœur qui se confie en Lui.

« Et sache aujourd’hui que l’Éternel, ton Dieu, c’est lui qui passe devant toi, un feu consumant : c’est lui qui les détruira, et lui qui les abattra devant toi ; et tu les déposséderas, et tu les feras périr subitement, comme l’Éternel te l’a dit ».

Voilà la solution divine de toutes les difficultés, quelque grandes qu’elles soient. Qu’étaient, devant l’Éternel, les nations puissantes, les villes murées, les grandes cités ? Comme de la poussière balayée par le vent. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Les choses mêmes qui effrayent et tourmentent le cœur timide, sont des occasions pour Dieu de déployer sa puissance, et de triomphe pour la foi. La foi dit : « Si Dieu est devant moi et avec moi, je puis aller partout ». De sorte que la seule chose qui glorifie réellement Dieu, c’est la foi qui peut se confier en Lui, s’appuyer sur Lui et le louer ; en même temps elle est la seule chose qui donne à l’homme la place qui lui convient, celle de complète dépendance de Dieu, place qui assure la victoire et produit la louange.

Mais n’oublions pas que, dans la victoire même, il y a un danger moral, — c’est celui de tomber dans l’orgueil, — piège terrible pour nous pauvres mortels. Dans la lutte, nous sentons notre complète impuissance, et il est bon pour nous que le moi et tout ce qui lui appartient soit entièrement abaissé, car nous trouvons alors Dieu dans toute la plénitude de ce qu’il est, pour nous donner une victoire sûre et certaine, et la louange en est le résultat.

Mais nos cœurs rusés et mauvais sont enclins à oublier d’où nous sont venues la force et la victoire. De là la valeur et l’à propos des paroles d’exhortation suivantes, adressées par le fidèle serviteur de Dieu aux cœurs et aux consciences de ses frères : « Ne parle pas en ton cœur (c’est toujours là que commence le mal), quand l’Éternel ton Dieu, les aura chassés de devant toi ; disant : C’est à cause de ma justice que l’Éternel m’a fait entrer pour posséder ce pays. Mais c’est à cause de la méchanceté de ces nations que l’Éternel les dépossède devant toi ».

Hélas ! qu’il est terrible de penser que nous sommes capables de dire en nos cœurs des paroles comme celles-ci : « À cause de ma justice ! » Oui, lecteur, nous en sommes tout aussi capables que les Israélites, vu que nous ne sommes pas meilleurs qu’eux, et les dangers ou les tentations contre lesquels l’Esprit de Dieu nous met en garde, ne sont pas imaginaires. Nous sommes vraiment capables de faire des dispensations de Dieu à notre égard, une occasion de propre justice. Au lieu de voir dans les délivrances qu’il nous accorde, un sujet d’actions de grâces, nous nous en servons pour nous glorifier nous-mêmes.

Pesons donc sérieusement les paroles d’exhortation que Moïse adresse au peuple ; elles sont un souverain remède contre la propre justice, aussi naturelle à notre cœur qu’à celui d’Israël : « Ce n’est point à cause de ta justice, ni à cause de la droiture de ton cœur que tu entres pour posséder leur pays ; car c’est à cause de la méchanceté de ces nations que l’Éternel, ton Dieu, les dépossède devant toi, et afin de ratifier la parole que l’Éternel a jurée à tes pères, à Abraham, à Isaac, et à Jacob. Et sache que ce n’est pas à cause de ta justice que l’Éternel, ton Dieu, te donne ce bon pays pour le posséder ; car tu es un peuple de cou roide. Souviens-toi, et n’oublie pas comment tu as excité à colère l’Éternel, ton Dieu, dans le désert : depuis le jour où tu es sorti du pays d’Égypte, jusqu’à votre arrivée en ce lieu, vous avez été rebelles contre l’Éternel » (vers. 5-7).

Nous trouvons dans ce paragraphe deux grands principes que nous avons besoin de bien saisir. Premièrement, Moïse rappelle au peuple que leur entrée en possession du pays de Canaan avait lieu en vertu de la promesse faite à leurs pères. C’était placer la chose sur un fondement que rien ne pouvait ébranler.

Quant aux sept nations, c’était à cause de leur méchanceté que Dieu, dans l’exercice de son juste gouvernement, allait les chasser. Tout propriétaire a le droit de mettre dehors de mauvais tenanciers ; or les nations cananéennes non seulement n’avaient pas rendu à Dieu ce qu’elles lui devaient (voyez Rom. 1), mais elles avaient souillé le pays à tel point que Dieu ne pouvait plus les supporter, et c’est pourquoi il allait les chasser, sans que cela eût rapport à ceux qui viendraient après. L’iniquité des Amoréens était venue à son comble, et le jugement devait suivre son cours. Les hommes raisonnent sur le fait qu’un Être tout bon pût ordonner l’extermination de villes entières, avec leurs habitants ; mais dans le gouvernement de Dieu, nous avons une réponse à tous ces arguments. Dieu sait ce qu’il doit faire, sans avoir à demander conseil à l’homme. Il avait supporté la méchanceté des sept nations jusqu’à ce qu’elle fût devenue intolérable ; la terre elle-même ne pouvait plus l’endurer. Patienter plus longtemps aurait été sanctionner les plus honteuses abominations, et cela était moralement impossible. La gloire de Dieu exigeait l’expulsion des Cananéens.

Mais la gloire de Dieu demandait aussi que les descendants d’Abraham fussent mis en possession du pays, pour l’occuper à toujours comme le tenant du Dieu Tout-Puissant et Souverain, possesseur des cieux et de la terre. La possession du pays de la promesse par Israël et le maintien de la gloire divine étaient intimement liés ensemble. Dieu avait promis de donner la terre de Canaan à la postérité d’Abraham en possession éternelle. N’en avait-il pas le droit ? Les incrédules mettront-ils en doute le droit de Dieu de faire ce que bon lui semble de ce qui est à Lui ? Refuseront-ils au Créateur et gouverneur de l’univers un droit qu’ils réclament pour eux-mêmes ? Le pays appartenait à l’Éternel ; il l’avait donné à toujours à Abraham, son ami, et à sa postérité. Il ne pouvait manquer à sa promesse. Toutefois les Cananéens ne furent point troublés dans leur possession de la terre en question jusqu’à ce que leur méchanceté fut devenue absolument intolérable.

En second lieu, les Israélites n’avaient aucun motif de se vanter, comme Moïse le leur montre bien nettement, en leur rappelant les principaux traits de leur histoire d’Horeb à Kadès-Barnéa ; le veau d’or, les tables de l’alliance brisées, Tabhéra, Massa et Kibroth-Hattaava, et il termine par ces paroles bien propres à les humilier : « Vous avez été rebelles à l’Éternel depuis le jour que je vous ai connus ».

C’était parler franchement au cœur et à la conscience. Moïse leur dévoile clairement et par des faits, ce qu’ils étaient, révélation humiliante ! Il leur rappelle ainsi combien de fois ils avaient été près d’une ruine complète. Avec quelle force accablante les paroles suivantes devaient-elles frapper leurs oreilles : « Et l’Éternel me dit : Lève-toi, descends promptement d’ici, car ton peuple, que tu as fait sortir d’Égypte, s’est corrompu ; ils se sont vite détournés du chemin que je leur avais commandé, ils se sont fait une image de fonte. Et l’Éternel me parla, disant : J’ai vu ce peuple, et voici, c’est un peuple de cou roide. Laisse-moi, et je les détruirai, et j’effacerai leur nom de dessous les cieux ; et je ferai de toi une nation plus forte et plus nombreuse qu’eux » (vers. 12-14).

Paroles bien propres à abaisser leur vanité naturelle et leur propre justice ; et combien leurs cœurs auraient dû être touchés quand Moïse leur rappelle ces mots sortis de la bouche de l’Éternel : « Laisse-moi, et je les détruirai ! » Ils pouvaient voir par là combien ils avaient été près d’une entière destruction ! Ils s’étaient peu doutés de tout ce qui s’était passé entre l’Éternel et Moïse, sur le sommet du mont Horeb ! Ils avaient été au bord d’un affreux précipice ; un instant encore et ils y tombaient. Ils avaient été sauvés par l’intercession de Moïse, de celui-là même qu’ils avaient accusé de s’arroger trop de droits sur eux. Oh ! comme ils s’étaient trompés et l’avaient mal jugé ! L’homme même qu’ils avaient accusé de chercher à être prince sur eux, était celui qui avait refusé l’occasion que Dieu lui offrait de devenir le chef d’une nation plus puissante et plus grande qu’eux ! Et, en outre, ce même homme avait ardemment supplié que s’ils n’étaient pas pardonnés et amenés dans le pays, son nom fut effacé du livre.

Qu’il est merveilleux de voir ce que Dieu produit dans le cœur de ses serviteurs ! En repassant toutes les choses que Moïse leur rappelle, les Israélites pouvaient comprendre quelle insigne folie il y aurait eu à dire : « C’est à cause de ma justice que l’Éternel m’a fait entrer pour posséder ce pays ». Comment ceux qui avaient fait une image de fonte auraient-ils pu parler ainsi ? Ne devaient-ils pas plutôt reconnaître qu’ils ne valaient pas mieux que les nations qui allaient être chassées de devant eux ? Car qui les avait fait être différents ? Et à quoi devaient-ils d’avoir été délivrés d’Égypte, nourris dans le désert, et d’être bientôt introduits dans le pays de Canaan ? Uniquement à la grâce souveraine de Dieu et à la stabilité éternelle de l’alliance faite avec leurs pères, « alliance bien ordonnée et assurée » (2 Sam. 23:5), alliance ratifiée et scellée par le sang de l’Agneau, en vertu duquel tout Israël sera encore sauvé et béni dans son propre pays.

Lisons maintenant les touchantes paroles par lesquelles se termine notre chapitre :

« Et je me prosternai devant l’Éternel, les quarante jours et les quarante nuits pendant lesquels je me prosternai devant lui ; car l’Éternel avait dit qu’il vous détruirait. Et je suppliai l’Éternel, et je dis : Seigneur Éternel ! ne détruis pas ton peuple, et ton héritage, que tu as racheté par ta grandeur, que tu as fait sortir d’Égypte à main forte ! Souviens-toi de tes serviteurs, d’Abraham, d’Isaac, et de Jacob ; ne regarde pas à la dureté de ce peuple, et à sa méchanceté, et à son péché ; de peur qu’on ne dise dans le pays d’où tu nous as fait sortir : Parce que l’Éternel ne pouvait pas les faire entrer dans le pays qu’il leur avait promis, et parce qu’il les haïssait, il les a fait sortir pour les faire mourir dans le désert. Or ils sont ton peuple et ton héritage, que tu as fait sortir par ta grande puissance et par ton bras étendu ».

Quelle puissante intercession pour Israël ! Quelle abnégation à l’égard de lui-même ! Moïse refuse l’honneur qui lui est offert de devenir le fondateur d’une nation plus grande et plus puissante qu’Israël. Son seul désir est que l’Éternel soit glorifié et Israël pardonné, béni et introduit dans la terre promise. Il ne pouvait supporter la pensée d’un blâme jeté sur ce nom glorieux, si cher à son cœur, et il ne pouvait non plus consentir à voir la destruction d’Israël. C’étaient là les deux choses qu’il redoutait, mais quant à sa propre gloire, il ne s’en souciait aucunement. Ce bien-aimé serviteur ne s’inquiétait que de la gloire de Dieu et du salut de son peuple, et quant à ce qui le concernait lui-même, il était dans une tranquillité parfaite, assuré que sa bénédiction personnelle était liée d’une manière indissoluble à la gloire divine.

Combien cette intercession si vive et si pleine d’amour de son serviteur, était plus en harmonie avec les pensées de Dieu, que l’accusation d’Élie contre Israël, quelques centaines d’années plus tard ! Elle nous rappelle l’office béni de notre grand souverain sacrificateur, qui est toujours vivant pour intercéder pour nous.

Il est beau et vraiment touchant d’observer de quelle manière Moïse insiste sur le fait que le peuple était l’héritage de l’Éternel, et qu’il l’avait tiré du pays d’Égypte. L’Éternel avait dit : « Ton peuple, que tu as fait sortir d’Égypte ». Mais Moïse dit : « Ils sont ton peuple et ton héritage, que tu as fait sortir d’Égypte ». Cette scène n’est-elle pas de toute beauté, et n’offre-t-elle pas le plus profond intérêt ?

 

4                    Chapitre 10

« En ce temps-là, l’Éternel me dit : Taille-toi deux tables de pierre comme les premières, et monte vers moi sur la montagne, et fais-toi une arche de bois ; et j’écrirai sur les tables les paroles qui étaient sur les premières tables que tu as brisées, et tu les mettras dans l’arche. Et je fis une arche de bois de sittim, et je taillai deux tables de pierre comme les premières ; et je montai sur la montagne, les deux tables dans ma main. — Et il écrivit sur les tables, selon ce qu’il avait écrit la première fois, les dix paroles que l’Éternel vous avait dites sur la montagne, du milieu du feu, le jour de la congrégation ; et l’Éternel me les donna. Et je me tournai, et je descendis de la montagne, et je mis les tables dans l’arche que j’avais faite, et elles sont là, comme l’Éternel me l’avait commandé » (vers. 1-5).

Le vénérable serviteur de Dieu ne se lassait point de rappeler au peuple les mémorables scènes du passé. Pour lui, elles restaient toujours fraîches et précieuses ; il trouvait en elles un trésor inépuisable pour son propre cœur et un puissant levier moral pour le cœur d’Israël.

Cela nous rappelle les paroles que l’apôtre adressait à ses bien-aimés Philippiens : « Vous écrire les mêmes choses n’est pas pénible pour moi, et c’est votre sûreté ». Le cœur naturel, changeant et léger comme il l’est, désire toujours quelque chose de nouveau, mais le fidèle apôtre trouvait son bonheur à développer et à approfondir tout ce qui se rapporte à la personne et à la croix de son adorable Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Il avait trouvé en Christ tout ce qu’il lui fallait pour le temps et pour l’éternité. La gloire de sa Personne avait complètement éclipsé toutes les gloires de la terre et de la nature. Il pouvait dire « Les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause de Christ, comme une perte » (Phil. 3:7).

Voilà le langage d’un vrai chrétien, d’un homme qui avait trouvé en Christ un objet qui le satisfaisait pleinement. Que pouvait offrir le monde à un tel homme ? Qu’il est déplorable et humiliant de voir un chrétien se tourner vers le monde, pour y chercher des jouissances, des amusements ou des passe-temps ? Cela prouve tout simplement, qu’il n’a pas trouvé que Christ fût suffisant pour son cœur. Nous pouvons poser ce principe certain, que le cœur qui est rempli de Christ n’a de place pour rien d’autre. Il n’est pas question de savoir si certaines choses sont bonnes ou mauvaises, mais le cœur ne les désire pas ; il ne s’en soucie point ; il a trouvé sa portion présente et éternelle dans la personne bénie de Celui qui remplit le cœur de Dieu et qui remplira l’univers tout entier des rayons de sa gloire durant l’éternité.

Ces tables brisées ! Quel fait remarquable et rempli d’instruction pour le peuple Que de choses il rappelait ! Oserait-on dire que nous n’avons ici qu’une simple répétition des faits racontés dans l’Exode ? Non, si l’on a la moindre foi en la divine inspiration du Pentateuque. Le chapitre 10 du Deutéronome remplit un vide et a sa portée propre. Le législateur y présente aux enfants d’Israël des scènes et des circonstances passées, de manière à les graver sur les tables de leur cœur. Il leur fait connaître la conversation qui eut lieu entre l’Éternel et lui ; il leur raconte ce qui se passa, durant ces quarante mystérieuses journées, sur la montagne environnée de nuages, et l’allusion de l’Éternel aux tables rompues, — image frappante de la complète impuissance de l’homme à garder l’alliance qu’il a traitée. Car pourquoi ces tables furent-elles brisées ? Parce qu’ils avaient honteusement manqué à ce que Dieu demandait d’eux. Les tables brisées devaient prouver à Israël le fait solennel que, en tant qu’il s’agissait de leur alliance, ils étaient complètement ruinés, irrémédiablement perdus ; ils avaient fait banqueroute quant à la justice.

Mais les secondes tables, Dieu en soit béni, racontaient une histoire bien différente. Elles ne furent pas brisées. Dieu en prit soin. « Et je me tournai, et je descendis de la montagne, et je mis les tables dans l’arche que j’avais faite, et elles sont là, comme l’Éternel me l’avait commandé ».

Fait béni ! « Elles sont là ! » Oui, cachées dans l’arche qui parlait de Christ, de Celui qui seul a magnifié la loi et l’a rendue honorable (voyez Ésaïe 42:21), qui en a établi chaque point pour la gloire de Dieu et pour la bénédiction éternelle de son peuple. Ainsi, tandis que les fragments brisés des premières tables disaient la triste et humiliante histoire de la ruine totale d’Israël, les secondes tables enfermées intactes dans l’arche annonçaient la vérité glorieuse que Christ est « la fin de la loi pour justice à tout croyant », « au Juif premièrement, et au Grec ».

Nous ne voulons pas dire qu’Israël comprît la profonde signification et la vaste application de ces faits merveilleux. Comme nation, ils ne les comprirent certainement pas alors, mais ils les comprendront plus tard, par la grâce souveraine de Dieu. Il peut y avoir eu des exceptions, des âmes isolées qui comprenaient quelque chose des pensées de Dieu ; mais là n’est pas la question maintenant. Nous devons chercher à reconnaître et à nous approprier la précieuse vérité exposée dans ces deux couples de tables, savoir la ruine de tout ce qui a été mis entre les mains de l’homme et la stabilité éternelle de l’alliance de Dieu en grâce, ratifiée par le sang de Christ, et qui sera manifestée dans tous ses résultats glorieux dans le royaume à venir, lorsque le Fils de David régnera d’une mer à l’autre, et de la rivière aux bouts de la terre ; lorsque la postérité d’Abraham possédera la terre promise, et que toutes les nations de la terre se réjouiront sous le règne bienfaisant du Prince de la paix.

Perspective glorieuse pour le pays maintenant désolé d’Israël et pour notre pauvre terre ! Le Roi de justice et de paix gouvernera alors selon sa volonté. Tout mal sera retranché d’une main puissante, car ce gouvernement sera sans faiblesse, et aucune langue rebelle n’osera s’élever avec insolence contre ses décrets et ses actes. Les démagogues insensés n’oseront pas troubler la paix du peuple ou insulter la majesté du trône. Tout abus sera redressé, tout élément de trouble sera neutralisé, toute pierre d’achoppement sera ôtée, et toute racine d’amertume sera arrachée. Les pauvres et les indigents seront rassasiés, oui, il sera pourvu à chacun d’une manière divine ; la douleur, la fatigue, la pauvreté seront inconnues ; le désert et le lieu aride se réjouiront, et le lieu solitaire s’égayera et fleurira comme une rose.

Lecteur, quels événements glorieux doivent encore s’accomplir dans ce pauvre et triste monde, pécheur et esclave de Satan ! Qu’il est rafraîchissant d’y penser ! Quelle consolation pour le cœur au milieu de la misère morale, de la dégradation et de tous les maux physiques, qui nous entourent de tous côtés ! Dieu soit béni, le jour approche rapidement où le prince de ce monde sera précipité de son trône au fond de l’abîme, où le Prince du ciel, Emmanuel, étendra son sceptre béni sur tout l’univers de Dieu, et où le ciel et la terre se réjouiront à la lumière de sa face glorieuse. Combien nous avons sujet de nous écrier « Seigneur, hâte les temps ! »

« Et les fils d’Israël partirent de Beéroth-Bené-Jaakan pour Moséra. Là mourut Aaron, et il y fut enseveli ; et Éléazar, son fils, exerça la sacrificature à sa place. De là ils partirent pour Gudgoda, et de Gudgoda pour Jotbatha, un pays de ruisseaux d’eaux. — En ce temps-là, l’Éternel sépara la tribu de Lévi, pour porter l’arche de l’alliance de l’Éternel, pour se tenir devant l’Éternel, pour faire son service, et pour bénir en son nom, jusqu’à ce jour. C’est pourquoi Lévi n’a point de part ni d’héritage avec ses frères ; l’Éternel est son héritage, comme l’Éternel, ton Dieu, le lui a dit » (vers. 6-9).

Il ne faut pas que le lecteur se laisse troubler par des doutes quant à l’ordre chronologique de ce passage. C’est simplement une parenthèse dans laquelle le législateur groupe d’une manière frappante et saisissante, des circonstances choisies avec soin dans l’histoire du peuple, et témoignant à la fois du gouvernement et de la grâce de Dieu. La mort d’Aaron montre le premier ; l’élection et l’élévation de Lévi présentent la seconde. Ces deux faits sont mentionnés ensemble, non point chronologiquement, mais pour le grand but moral qui était toujours présent à l’esprit de Moïse, but que la raison incrédule ne saurait comprendre, mais qui a toute sa valeur pour le cœur et l’intelligence de celui qui étudie sérieusement les Écritures. Qu’elles sont méprisables les chicanes des incrédules, quand on les considère à la brillante clarté de l’inspiration divine ! Quel misérable état que celui d’un esprit qui s’efforce de trouver dans des différences chronologiques, un défaut au volume divin, au lieu de saisir la vraie pensée et l’intention de l’auteur inspiré !

Mais pourquoi Moïse rappelle-t-il ainsi, d’une manière qui paraît brusque, justement ces deux événements de l’histoire d’Israël ? Simplement pour pousser le cœur du peuple à l’obéissance. Dans ce but, il choisit et groupe les faits selon la sagesse qui lui est donnée. Devons-nous nous attendre à trouver dans ce serviteur de Dieu, enseigné de Lui, la mesquine minutie d’un simple copiste ? Les incrédules affectent de le faire, mais les vrais chrétiens en savent plus long. Un simple scribe peut copier des événements dans leur ordre chronologique ; un véritable prophète choisira les événements de manière à agir sur le cœur et la conscience. Ainsi, tandis que le pauvre incrédule tâtonne dans les ténèbres qu’il s’est créées lui-même, le lecteur pieux trouve son plaisir dans les gloires morales de ce volume incomparable, qui demeure comme un rocher contre lequel viennent se briser les vagues impuissantes de l’incrédulité.

Nous ne reviendrons pas sur les circonstances auxquelles il est fait allusion dans la parenthèse mentionnée ci-dessus ; nous nous en sommes occupés autre part ; nous nous bornerons ici à faire remarquer au lecteur, le point de vue deutéronomique des faits. Moïse s’en sert pour donner plus de force au dernier appel qu’il adresse au cœur et à la conscience du peuple, en lui montrant la nécessité absolue d’une obéissance implicite aux statuts et aux droits du Dieu de leur alliance. Voilà pourquoi il rappelait le fait solennel de la mort d’Aaron. Les enfants d’Israël devaient se souvenir que, malgré sa position élevée comme souverain sacrificateur d’Israël, Aaron mourut pour avoir désobéi à la parole de l’Éternel. Combien il était donc important qu’ils prissent garde. Le gouvernement de Dieu ne devait pas être traité à la légère, et le fait même de la haute position d’Aaron, rendait d’autant plus nécessaire que son péché fût jugé, afin que d’autres en aient de la crainte.

Puis ils devaient aussi se souvenir des dispensations de l’Éternel envers Lévi ; dispensations dans lesquelles la grâce brille d’un si merveilleux éclat. Lévi, le fier, le cruel, le volontaire Lévi, est tiré du fond de sa ruine morale et rapproché de Dieu, « pour porter l’arche de l’alliance de l’Éternel, pour se tenir devant l’Éternel, pour faire son service, et pour bénir en son nom ».

Pourquoi ce qui se rapporte à Lévi est-il associé à la mort d’Aaron ? Simplement pour montrer les conséquences bénies de l’obéissance. Si la mort d’Aaron faisait voir le terrible résultat de la désobéissance, l’élévation de Lévi témoignait des fruits précieux de l’obéissance. Écoutons ce que le prophète Malachie dit à ce sujet : « Et vous saurez que je vous ai envoyé ce commandement, afin que mon alliance subsiste avec Lévi, dit l’Éternel des armées. Mon alliance avec lui était la vie et la paix, et je les lui donnai pour qu’il craignît ; et il me craignit et trembla devant mon nom. La loi de vérité était dans sa bouche, et l’iniquité ne se trouva pas sur ses lèvres ; il marcha avec moi dans la paix et dans la droiture, et il détourna de l’iniquité beaucoup de gens » (chap. 2:4-6).

Ce passage remarquable jette une grande clarté sur le sujet qui nous occupe. Il nous dit positivement que l’Éternel contracta une alliance de vie et de paix avec Lévi, à cause de son respect pour son nom, dans la triste occasion du veau d’or qu’Aaron (lui-même un Lévite du plus haut rang) avait fait.

Pourquoi Aaron fut-il jugé ? À cause de sa rébellion aux eaux de Meriba (Nomb. 20:24). Pourquoi Lévi fut-il béni ? À cause de son obéissance au pied du mont Horeb (Ex. 32). Pourquoi les trouvons-nous associés en Deutéronome 10 ? Afin d’imprimer sur le cœur et la conscience des Israélites, la nécessité d’une obéissance implicite aux commandements du Dieu de leur alliance. Que l’Écriture est parfaite dans toutes ses parties Comme elles se lient bien entre elles, et qu’il est évident pour le lecteur pieux que ce beau livre du Deutéronome a sa place assignée de Dieu dans les Écritures, et qu’il a un but spécial ! Combien il est clair que cette cinquième division du Pentateuque n’est ni une contradiction, ni une répétition, mais une application divine des livres précédents, divinement inspirés aussi ! Et lorsque les écrivains incrédules osent insulter les oracles de Dieu, ils ne savent ni ce qu’ils disent, ni ce qu’ils font, ils s’égarent, ne connaissant pas les Écritures, ni la puissance de Dieu (*).

 

(*) Nous avons dans les écrits humains, de nombreux exemples de ce qui se trouve en Deut. 10:6-9, et à quoi les incrédules objectent. Supposons un auteur désireux d’attirer l’attention sur quelque grand principe d’économie politique. Il n’hésitera pas à choisir des faits, quelque éloignés qu’ils puissent être les uns des autres dans l’histoire, et à les réunir pour démontrer sa thèse. Les incrédules font-ils objection à cela ? Non, quand cela se rencontre dans les écrits des hommes, mais bien lorsque cela arrive dans l’Écriture, parce qu’ils haïssent la parole de Dieu, et ne peuvent supporter la pensée qu’il a donné à ses créatures une révélation écrite de ses conseils. Mais il l’a donnée néanmoins, béni soit-il ! Et nous l’avons dans toute sa beauté et son autorité divine, pour consoler nos cœurs et éclairer notre route, au milieu des ténèbres et de la confusion que nous traversons pour arriver à la gloire.

 

Au verset 10 de notre chapitre, Moïse revient au sujet de son discours : « Et moi, je me tins sur la montagne comme les jours précédents, quarante jours et quarante nuits ; et l’Éternel m’écouta aussi cette fois-là : l’Éternel ne voulut pas te détruire. Et l’Éternel me dit : Lève-toi, va, pour marcher devant le peuple, et qu’ils entrent dans le pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner, et qu’ils le possèdent ».

En dépit de tous les obstacles, l’Éternel voulait accomplir sa promesse faite aux pères, et mettre Israël en pleine possession du pays qu’il avait juré à Abraham, à Isaac et à Jacob, de donner à leur postérité en héritage perpétuel.

« Et maintenant, Israël ! qu’est-ce que l’Éternel, ton Dieu, demande de toi, sinon que tu craignes l’Éternel, ton Dieu, pour marcher dans toutes ses voies, et pour l’aimer, et pour servir l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, en gardant les commandements de l’Éternel, et ses statuts, que je te commande aujourd’hui, pour ton bien ? » C’était pour leur bien, pour leur prospérité et leur bénédiction, qu’ils devaient marcher dans la voie des commandements divins. Le sentier de l’obéissance du cœur est le seul qui conduise au vrai bonheur, et, Dieu en soit béni, ce sentier peut toujours être suivi par ceux qui aiment le Seigneur. Dieu nous a donné dans sa précieuse Parole, la révélation parfaite de ses pensées, et il nous a donné ce qu’Israël n’avait pas, son Saint Esprit pour habiter dans nos cœurs, et pour nous faire comprendre et apprécier cette Parole (*). Nos obligations sont donc beaucoup plus grandes que celles d’Israël. Nous sommes appelés à une vie d’obéissance par tout ce qui peut agir sur le cœur et sur l’intelligence.

 

(*) Il est en même temps la puissance de la vie que nous possédons (Note du trad).

 

Et c’est notre prospérité que d’être obéissants. Il y a vraiment une « grande récompense » à garder les commandements de notre bon Père. Tous ses soins pour nous, son amour constant, sa tendre sollicitude, ses dispensations merveilleuses à notre égard, ne sont-ce pas autant de motifs pour attacher fortement nos cœurs à Lui, et affermir nos pas dans le sentier d’une obéissance filiale ? De quelque côté que nous tournions nos regards, nous rencontrons les preuves évidentes de ses droits sur les affections de nos cœurs et sur toutes les facultés de notre être racheté. Et plus nous répondrons, par sa grâce, à ses droits précieux, plus aussi notre sentier sera lumineux et heureux. Il n’y a rien dans ce monde de plus béni que le chemin et la part d’une âme obéissante. « Grande est la paix de ceux qui aiment ta loi ; et pour eux il n’y a pas de chute » (Ps. 119:165). L’humble disciple qui trouve nourriture et breuvage à faire la volonté de son Seigneur et Maître, possède une paix que le monde ne peut ni donner ni ôter. Il se peut qu’il soit incompris et mal jugé, il se peut qu’on l’appelle étroit, exclusif, et pire encore ; mais rien de tout cela ne l’émeut. L’approbation de son Seigneur le dédommage de tous les reproches sous lesquels les hommes voudraient l’accabler. Il sait ce que valent les pensées des hommes ; pour lui, elles sont comme la balle que le vent chasse au loin.

Dans les derniers versets de notre chapitre, le législateur semble élever toujours plus haut les motifs de l’obéissance, et presser de plus près le cœur du peuple. « Voici », dit-il, « à l’Éternel, ton Dieu, appartiennent les cieux, et les cieux des cieux, la terre et tout ce qui est en elle. Cependant l’Éternel s’est attaché à tes pères pour les aimer ; et il vous a choisis, vous, leur semence, après eux, d’entre tous les peuples, comme il paraît aujourd’hui ». Quel merveilleux privilège que celui d’être choisis et aimés par le Possesseur du ciel et de la terre ! Quel honneur d’être appelés à le servir et à Lui obéir ! Assurément il n’y a rien de meilleur ou de plus élevé en ce monde. Être identifiés et associés avec le Dieu Tout-Puissant, être appelés de son nom, être son peuple particulier, sa propriété, le peuple de son choix, mis à part d’entre toutes les nations de la terre, pour être les serviteurs de l’Éternel et ses témoins ! Que pouvait-il y avoir de meilleur que cela, nous le demandons, sauf ce que possède l’Église de Dieu et le croyant individuellement ?

Il est certain que nos privilèges sont plus élevés, vu que nous connaissons Dieu d’une manière plus intime, plus profonde, plus élevée qu’Israël. Nous le connaissons comme le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, et comme notre Dieu et notre Père. Nous avons le Saint Esprit demeurant en nous, versant l’amour de Dieu dans nos cœurs, et nous amenant à crier : Abba, Père. Tout cela est bien plus précieux que tout ce que le peuple terrestre de Dieu connut ou put connaître ; et puisque nos privilèges sont plus grands, ses droits à notre entière et complète obéissance sont plus étendus aussi. Chaque appel fait à Israël devrait retentir avec une double force dans nos cœurs, bien-aimés lecteurs chrétiens ; chaque exhortation à eux adressée, devrait nous parler avec bien plus de puissance encore. Nous sommes sur le terrain le plus élevé qu’une créature puisse occuper. Ni la postérité d’Abraham sur la terre, ni les anges de Dieu dans le ciel, ne pourraient dire ce que nous disons, ou connaître ce que nous connaissons. Nous sommes unis et associés à toujours avec le Fils de Dieu ressuscité et glorifié. Nous pouvons adopter le langage merveilleux de 1 Jean 4:17, et dire : « Comme il est, Lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde ». Assurément il ne saurait y avoir rien de plus élevé que cela en privilège et en dignité, sauf d’être rendus conformes de corps, d’âme et d’esprit, à son image adorable, ainsi que nous le serons bientôt, par la grâce infinie de Dieu.

N’oublions donc pas que nos obligations se mesurent d’après nos privilèges. Ne repoussons pas ce terme salutaire « d’obligation », sous prétexte qu’il sent le légalisme. C’est tout le contraire ; il serait impossible de concevoir quelque chose de plus éloigné du légalisme que les obligations qui résultent de la position chrétienne. On se trompe grandement en criant sans cesse au légalisme, lorsque les saintes responsabilités de notre position nous sont rappelées. Nous croyons que tout chrétien vraiment pieux, goûtera les appels et les exhortations que le Saint Esprit nous adresse au sujet de nos obligations, puisqu’elles reposent toutes sur des privilèges qui nous sont accordés par la grâce souveraine de Dieu, en vertu du précieux sang de Christ, et par le ministère du Saint Esprit.

Écoutons encore les puissants appels de Moïse ; ils ont leur utilité pour nous, malgré l’accroissement de nos lumières, de nos connaissances et de nos privilèges.

« Circoncisez donc votre cœur, et ne roidissez plus votre cou ; car l’Éternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, puissant, et terrible ; qui ne fait point acception de personnes, et qui ne prend pas de présents ; qui fait droit à l’orphelin et à la veuve, et qui aime l’étranger pour lui donner le pain et le vêtement ».

Moïse ne parle pas seulement ici de ce que Dieu fait, mais de Lui-même, de ce qu’il est. Il est le Dieu des cieux, le Grand, le Puissant et le Terrible. Mais il a un cœur plein d’amour pour la veuve et pour l’orphelin, pour ces pauvres êtres privés de leurs soutiens naturels. Dieu ne les oublie pas et en prend soin d’une manière toute spéciale ; ils ont des droits à son amour et à sa protection. « Dieu dans sa demeure sainte est le Père des orphelins et le Juge des veuves » (Ps. 68:5). « Celle qui est vraiment veuve, et qui est laissée seule, a mis son espérance en Dieu, et persévère dans les supplications et dans les prières, nuit et jour » (1 Tim. 5:5). « Laisse tes orphelins, moi, je les garderai en vie, et que tes veuves se confient en moi » (Jér. 49:11).

Quelle riche provision il y a ici pour la veuve et l’orphelin ! Quels soins admirables Dieu a pour eux ! Combien n’y a-t-il pas de veuves qui sont plus heureuses que lorsqu’elles avaient leurs maris ! Combien d’orphelins qui sont mieux soignés que du temps de leurs parents ! Dieu en prend soin ; et cela suffit. Des milliers de maris et de parents sont tels, qu’il vaudrait mieux n’en point avoir ; mais Dieu ne manque jamais à ceux qui demeurent dans sa dépendance. Il est toujours fidèle à son nom, quel que soit le titre qu’il prenne. Que toutes les veuves et que tous les orphelins s’en souviennent pour leur consolation et leur encouragement.

Le pauvre étranger n’est pas oublié non plus. « Il aime l’étranger, pour lui donner le pain et le vêtement ». Que c’est précieux ! Notre Dieu prend soin de tous ceux qui sont privés de soutiens terrestres, d’espérances humaines, d’appuis selon la chair. Tous ceux-là peuvent s’attendre à Lui d’une manière spéciale. Il ne manquera pas, dans son amour, de répondre à leurs besoins.

Mais il faut le connaître pour se confier en Lui. « Et ceux qui connaissent ton nom, se confieront en toi ; car tu n’as pas abandonné ceux qui te cherchent, ô Éternel ! » (Ps. 9:10). Ceux qui ne connaissent pas Dieu, préféreront de beaucoup à ses promesses, une police d’assurance, ou une pension du gouvernement. Mais le vrai croyant trouve dans cette promesse l’appui assuré de son cœur, parce qu’il connaît et aime Celui qui a promis et qu’il se confie en Lui. Il se réjouit à la pensée de dépendre entièrement de Dieu, et ne voudrait, pour rien au monde, changer de position. La chose même qui tourmenterait le plus un incrédule, est pour l’homme de foi, le sujet de la plus grande joie de son cœur. Il sera toujours prêt à s’écrier : « Mais toi, mon âme, repose-toi paisiblement sur Dieu ; car mon attente est en Lui. Lui seul est mon rocher » (Ps. 62:5). Position bénie ! Précieuse part ! Puisse le lecteur la connaître comme une divine réalité, une puissance divine dans son cœur par la puissance du Saint Esprit ! Alors il sera indépendant des choses terrestres, ayant trouvé tout ce qu’il lui faut pour le temps et pour l’éternité, dans le Dieu vivant et en son Christ.

Remarquons quelle est la provision que Dieu fait à l’étranger ; elle est fort simple : « le pain et le vêtement ». Mais c’est assez pour un véritable étranger, comme l’apôtre le dit à son fils Timothée : « Nous n’avons rien apporté dans le monde, et il est évident que nous n’en pouvons rien emporter. Mais ayant la nourriture et de quoi nous couvrir, nous serons satisfaits » (1 Tim. 6:7-8).

Lecteur chrétien, réfléchissons à cela. Quel remède contre la vaine ambition et la convoitise ! Quelle heureuse délivrance de la poursuite fiévreuse des biens de la terre, dans le commerce et la spéculation, et de l’esprit avide du siècle où nous vivons ! Si nous nous contentions de la portion divine faite à l’étranger, quelle différence pour nous ! Combien notre vie journalière serait plus calme et plus régulière ! Que notre manière de vivre et nos goûts seraient plus simples ! nos esprits moins mondains ! Comme nous laisserions de côté le luxe et l’amour du confort, qui prévalent tellement aujourd’hui parmi les chrétiens ! Nous nous bornerions à avoir de quoi nous nourrir et nous vêtir, afin d’être à la gloire de Dieu, ses serviteurs, et de maintenir nos corps dans la condition du travail. Aller au delà, soit dans le manger, soit dans le boire, c’est se laisser aller aux « convoitises de la chair qui font la guerre à l’âme ».

Combien n’y en a-t-il pas dans le monde chrétien, comme on l’appelle, qui, à l’égard de la boisson spécialement, se laissent aller à ces convoitises honteuses, se dégradent et ruinent leurs corps et leurs âmes ! Nous ne voulons pas prêcher une croisade contre les boissons spiritueuses. Le mal n’est que dans l’abus que l’on en fait. L’apôtre lui-même prescrit à Timothée de prendre « un peu de vin, à cause de son estomac et de ses fréquentes indispositions ». Mais chacun est responsable de marcher dans la crainte de Dieu, par rapport au manger et au boire. Un malade peut avoir besoin d’une nourriture fortifiante, est-ce à dire qu’il doive être un gourmand ? Certainement non : le mal n’est pas dans la prescription d’un médecin, mais dans la misérable convoitise du cœur.

Là est la racine du mal, et le remède se trouve dans cette précieuse grâce de Dieu qui, tout en apportant le salut à tous les hommes, enseigne à ceux qui sont sauvés à « vivre sobrement, justement et pieusement, dans le présent siècle » (Tite 2:12). Et qu’on se souvienne que « vivre sobrement » veut dire bien davantage que de pratiquer la tempérance dans le manger et dans le boire ; cela y est impliqué, sans doute, mais l’expression embrasse encore tout le gouvernement intérieur du cœur, — des pensées, de l’humeur, de la langue. La grâce qui nous sauve ne nous dit pas seulement comment nous devons vivre, mais nous l’enseigne, et si nous suivons son enseignement, nous serons parfaitement satisfaits de la portion de l’étranger.

Il est intéressant et édifiant à la fois, de remarquer comment Moïse place Dieu lui-même devant le peuple comme modèle à imiter. L’Éternel « aime l’étranger », dit-il, puis il continue « pour lui donner le pain et le vêtement. Et vous aimerez l’étranger ; car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte ». Non seulement ils devaient avoir le divin modèle devant leurs yeux, mais ils devaient aussi se souvenir de leur histoire et de leurs expériences passées, afin que leurs cœurs eussent de la sympathie et de la compassion envers le pauvre étranger. Le devoir et le privilège de l’Israël de Dieu était de se mettre à la place des autres et de tenir compte de leurs sentiments. Il devait être le représentant moral de Celui dont il était le peuple, et dont le nom était réclamé sur lui. Il devait l’imiter en suppléant aux besoins et en réjouissant les cœurs de l’orphelin, de la veuve et de l’étranger. Et si le peuple terrestre de Dieu était appelé à cette belle ligne de conduite, combien plus le sommes-nous, « nous qui sommes bénis de toute bénédiction spirituelle, dans les lieux célestes en Christ ». Puissions-nous nous tenir davantage en sa présence, et nous abreuver de plus en plus de son Esprit, afin de refléter plus fidèlement ses gloires morales sur tous ceux avec lesquels nous sommes en contact !

Les lignes qui terminent notre chapitre nous donnent un beau résumé de l’enseignement pratique qui a attiré notre attention. « Tu craindras l’Éternel, ton Dieu ; tu le serviras, et tu t’attacheras à Lui, et tu jureras par son nom. Lui est ta louange, et Lui est ton Dieu, qui a fait pour toi ces choses grandes et terribles que tes yeux ont vues. Tes pères sont descendus en Égypte au nombre de soixante-dix âmes ; et maintenant l’Éternel, ton Dieu, t’a fait devenir comme les étoiles des cieux, en multitude ».

Tout cela est bien propre à nous encourager moralement, en liant nos cœurs à l’Éternel lui-même, par le moyen de tout ce qu’il est, de toutes ses merveilleuses dispensations et de ses voies en grâce. C’est, nous pouvons bien le dire, le ressort caché de tout vrai dévouement. Dieu veuille que soit l’auteur, soit le lecteur, le réalisent toujours !

 

5                    Chapitre 11

« Tu aimeras donc l’Éternel, ton Dieu, et tu garderas ce qu’il te donne à garder, et ses statuts, et ses ordonnances, et ses commandements, toujours. Et vous savez aujourd’hui,… car je ne parle pas à vos fils, qui n’ont pas connu et n’ont pas vu le châtiment de l’Éternel, votre Dieu, sa grandeur, sa main forte, et son bras étendu, et ses signes et ses œuvres, qu’il a faits au milieu de l’Égypte, au Pharaon, roi d’Égypte, et à tout son pays ; et ce qu’il a fait à l’armée de l’Égypte, à ses chevaux et à ses chars, sur lesquels il a fait déborder les eaux de la mer Rouge, lorsqu’ils vous poursuivaient, et l’Éternel les a fait périr, jusqu’à aujourd’hui ; — et ce qu’il vous a fait dans le désert, jusqu’à ce que vous soyez arrivés en ce lieu-ci ; et ce qu’il a fait à Dathan et à Abiram, les fils d’Éliab, fils de Ruben, quand la terre ouvrit sa bouche, et les engloutit, avec leurs maisons et leurs tentes et tout ce qui était à leur suite, au milieu de tout Israël ; car ce sont vos yeux qui ont vu toute la grande œuvre de l’Éternel, qu’il a faite ».

Moïse sentait qu’il était de toute importance que les grandes œuvres de l’Éternel demeurent toujours devant les yeux des enfants d’Israël, et restent profondément gravées dans leur mémoire. Le pauvre esprit humain est vagabond et le cœur léger, et malgré tout ce qu’Israël avait vu des jugements de Dieu sur l’Égypte et sur Pharaon, il était en danger de les oublier, et de laisser effacer l’impression qu’ils avaient été destinés à produire sur lui.

Nous sommes portés à nous étonner que les Israélites puissent oublier les scènes mémorables de leur séjour en Égypte, — le fait que leurs pères y étaient descendus, une petite poignée d’hommes, et qu’ils s’y étaient accrus malgré de formidables obstacles, tellement qu’ils étaient devenus, avec l’aide de leur Dieu, aussi nombreux que les étoiles du ciel.

Et ces dix plaies sur la terre d’Égypte ! Qu’elles avaient été terribles et solennelles, et bien propres à donner une idée de la grande puissance de Dieu, du néant de l’homme, malgré toute sa prétendue sagesse, sa force et sa gloire, et à montrer l’insigne folie qu’il y a à vouloir s’opposer au Dieu Tout-Puissant ! Qu’était toute la puissance du Pharaon et de l’Égypte, en présence de l’Éternel, le Dieu d’Israël ? En un instant, tout avait été plongé dans la ruine et la désolation. Tous les chariots d’Égypte, toute la pompe et la gloire, toute la valeur et la puissance de cette antique et fameuse nation — tout avait été englouti dans les profondeurs de la mer.

Et pourquoi ? Parce qu’ils avaient osé toucher à l’Israël de Dieu ; ils avaient osé s’opposer au dessein arrêté et aux conseils du Très-Haut. Ils avaient tenté d’écraser ceux en qui il avait mis son bon plaisir. Il avait juré de bénir la postérité d’Abraham, et aucune puissance de la terre ou de l’enfer ne pouvait annuler son serment. Pharaon, dans son orgueil et dans la dureté de son cœur, avait cherché à contrecarrer les conseils divins, mais ce fut pour sa perte. Son pays entièrement bouleversé, et lui-même et sa puissante armée engloutis dans la mer Rouge : exemple solennel pour tous ceux qui chercheraient dorénavant à s’opposer aux conseils de l’Éternel en bénédiction envers la semence d’Abraham, son ami.

Et ce n’était pas seulement ce que l’Éternel avait fait à l’Égypte et au Pharaon, que le peuple devait se rappeler, mais encore ce qu’il avait fait parmi eux. Quelle leçon que le jugement exécuté sur Dathan et Abiram et leurs familles ! Quel châtiment terrible leur fut infligé ! Et pour quelle raison ? À cause de leur rébellion contre ce que Dieu avait établi. Dans le récit que nous donne le livre des Nombres, le lévite Coré joue le rôle principal ; ici il n’est pas mentionné, mais bien deux Rubénites, membres de la congrégation, parce que Moïse cherche à agir sur l’ensemble du peuple, en plaçant devant eux la conséquence terrible de l’insubordination chez deux d’entre eux, deux simples membres, comme nous dirions, et pas seulement chez un Lévite occupant une place privilégiée.

Ainsi, soit que l’attention des Israélites fût attirée sur les dispensations divines envers les autres peuples ou envers eux-mêmes, le but de Moïse était toujours d’imprimer dans leurs cœurs et leurs esprits, le sentiment profond de l’obéissance. Voilà à quoi tendaient toutes les répétitions, les commentaires et les exhortations du fidèle serviteur de Dieu, qui allait bientôt quitter le peuple d’Israël. C’est pour cela qu’il remonte bien loin en arrière dans leur histoire, choisissant, groupant, commentant les faits, citant celui-ci, omettant celui-là, selon qu’il était guidé par l’Esprit de Dieu, et tout est rapporté pour parler avec une force et une clarté merveilleuses à la conscience du peuple, afin d’établir fermement les droits de l’Éternel à leur obéissance absolue.

« Vous garderez donc tout le commandement que je vous commande aujourd’hui, afin que vous soyez forts, et que vous entriez, et que vous possédiez le pays dans lequel vous passez pour le posséder, et afin que vous prolongiez vos jours sur la terre que l’Éternel a juré à vos pères de leur donner, à eux et à leur semence, un pays ruisselant de lait et de miel ».

Je prie le lecteur de remarquer la liaison pleine de beauté morale qui existe entre ces deux parties de l’exhortation : « Vous garderez donc tout le commandement » — « afin que vous soyez forts ». On acquiert une grande force en obéissant sans réserve à la parole de Dieu. Nous serions disposés à choisir certains commandements ou préceptes qui nous conviennent, et à en laisser d’autres ; mais de quel droit le ferions-nous ? Ne serait-ce pas de la volonté propre et de la rébellion ? Un serviteur a-t-il le droit de décider auxquels des ordres de son maître il veut obéir ? Assurément non ; chacun des ordres est revêtu de l’autorité du maître et demande, par conséquent, l’attention du serviteur. Nous pouvons ajouter, que plus le serviteur obéira implicitement, respectant chacun des ordres qui lui sont donnés, quels qu’ils soient, plus il croîtra dans l’estime et la confiance de son maître. Nous savons tous combien il est précieux d’avoir des serviteurs en qui nous pouvons nous fier, qui se font un plaisir d’exécuter nos désirs, qu’il n’est pas nécessaire de suivre constamment, mais qui connaissent leur devoir et l’accomplissent. Ne devrions-nous donc pas avoir à cœur de réjouir notre Maître bien-aimé par une obéissance entière à tous ses commandements ? Quel privilège merveilleux pour de pauvres créatures telles que nous, de pouvoir réjouir le cœur de Celui qui nous a aimés et s’est donné pour nous ; mais il en est ainsi, béni soit son nom ! Il prend plaisir à ce que nous gardions ses commandements, et cette pensée devrait nous porter à étudier sa Parole, afin d’apprendre toujours plus ce que sont ses commandements pour les faire.

Les paroles de Moïse, citées plus haut, rappellent à notre mémoire la prière de l’apôtre pour « les saints et fidèles frères en Christ, qui étaient à Colosses ». « C’est pourquoi nous aussi, depuis le jour où nous en avons entendu parler, nous ne cessons pas de prier et de demander pour vous que vous soyez remplis de la connaissance de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, pour marcher d’une manière digne du Seigneur, pour Lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne œuvre, et croissant par la connaissance de Dieu : étant fortifiés en toute force, selon la puissance de sa gloire, pour toute patience et constance, avec joie, rendant grâces au Père qui nous a rendus capables de participer au lot des saints dans la lumière ; qui nous a délivrés du pouvoir des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col. 1:9-14).

En tenant compte de la différence entre ce qui est terrestre et ce qui est céleste — entre Israël et l’Église — il y a une grande ressemblance entre les paroles de Moïse et celles de l’apôtre. Les unes et les autres sont de nature à montrer la beauté et le prix d’une obéissance de cœur envers Dieu. Elle est précieuse au Père et à Christ, et cette considération devrait suffire pour créer et fortifier dans nos cœurs le désir d’être remplis de la connaissance de sa volonté, pour marcher d’une manière digne de Lui, pour Lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne œuvre, et croissant par la connaissance de Dieu. Comme nous l’avons déjà dit, cela devrait nous pousser à une étude plus diligente de la parole de Dieu, afin d’apprendre toujours mieux à connaître sa volonté, ses pensées, ce qui Lui plaît, en regardant à Lui pour pouvoir l’accomplir. Alors nos cœurs seraient gardés près de Lui, et nous trouverions toujours plus d’intérêt à sonder les Écritures, non seulement pour croître dans la connaissance de la vérité, mais dans la connaissance de Dieu, de Christ, — dans la connaissance intime, personnelle, pratique, de tout ce qui est renfermé dans Celui en qui habite toute la plénitude de la Divinité corporellement. Oh ! puisse l’Esprit de Dieu éveiller en nous un plus vif désir de connaître et de faire la volonté de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ !

Arrêtons-nous maintenant un moment sur le tableau de la terre promise, que Moïse met devant les yeux du peuple. « Car le pays où tu entres pour le posséder n’est pas comme le pays d’Égypte d’où vous êtes sortis, où tu semais ta semence et où tu l’arrosais avec ton pied comme un jardin à légumes. Mais le pays dans lequel vous allez passer pour le posséder est un pays de montagnes et de vallées ; il boit l’eau de la pluie des cieux, — un pays dont l’Éternel, ton Dieu, a soin, sur lequel l’Éternel, ton Dieu, a continuellement les yeux, depuis le commencement de l’année jusqu’à la fin de l’année » (vers. 10-12).

Quel contraste frappant entre l’Égypte et Canaan ! L’Égypte n’avait pas de pluie des cieux ; tout y était travail humain. Il n’en était pas ainsi dans le pays de l’Éternel ; le pied de l’homme n’y avait rien à faire, car l’Éternel lui-même en prenait soin, et l’arrosait de la pluie de la première et de la dernière saison. Le pays d’Égypte dépendait de ses propres ressources, le pays de Canaan ne dépendait que de Dieu — de ce qui descendait des cieux. « Ma rivière est à moi », tel était le langage d’Égypte. « La rivière de Dieu » était l’espérance de Canaan.

Le Psaume 65 nous présente une belle description du pays de l’Éternel, dans son état de bénédiction : « Tu as visité la terre, tu l’as abreuvée, tu l’enrichis abondamment : le ruisseau de Dieu est plein d’eau. Tu prépares les blés, quand tu l’as ainsi préparée. Tu arroses ses sillons, tu aplanis ses mottes, tu l’amollis par des ondées, tu bénis son germe. Tu couronnes l’année de ta bonté, et tes sentiers distillent la graisse. Ils distillent sur les pâturages du désert, et les collines se ceignent d’allégresse. Les prairies se revêtent de menu bétail, et les plaines sont couvertes de froment » (vers. 9-13).

Qu’il est beau de voir Dieu lui-même répandre ainsi l’abondance sur son peuple, et verser les rayons de son soleil et ses ondées rafraîchissantes sur les collines et les vallées du pays d’Israël ! Cela Lui était agréable, et c’était à la gloire de son nom.

C’est ainsi qu’il en aurait toujours été, si Israël avait marché dans l’obéissance à la loi de Dieu. « Et il arrivera que, si vous écoutez attentivement mes commandements que je vous commande aujourd’hui, pour aimer l’Éternel, votre Dieu, et pour le servir de tout votre cœur et de toute votre âme, alors je donnerai la pluie de votre pays en son temps, la pluie de la première saison et la pluie de la dernière saison ; et tu recueilleras ton froment, et ton moût, et ton huile ; et je donnerai l’herbe dans tes champs, pour ton bétail ; et tu mangeras, et tu seras rassasié » (vers. 13-15).

Rien de plus simple, que ce pacte entre le Dieu d’Israël et l’Israël de Dieu. Le privilège d’Israël était d’aimer et de servir l’Éternel ; la prérogative de l’Éternel était de bénir et de faire prospérer Israël. Le bonheur et l’abondance devaient être les résultats assurés de l’obéissance. Le peuple et son pays étaient entièrement sous la dépendance de Dieu ; tout ce dont ils avaient besoin devait venir du ciel, c’est pourquoi, aussi longtemps qu’ils marchèrent dans l’obéissance, les pluies bienfaisantes arrosèrent leurs champs et leurs vignes, les cieux distillèrent la rosée et la terre, à son tour, fut fertile et bénie.

Mais, en revanche, lorsque Israël oublia l’Éternel et ses commandements, les cieux devinrent d’airain et la terre de fer ; la stérilité, la désolation, la famine et la misère, furent les tristes fruits de la désobéissance. Comment pouvait-il en être autrement ? « Si vous êtes de bonne volonté et que vous écoutiez, vous mangerez des biens du pays ; mais si vous refusez, et que vous soyez rebelles, vous serez consumés par l’épée ; car la bouche de l’Éternel a parlé » (Ésa. 1:19-20).

Il y a dans tout cela une instruction pratique pour l’Église de Dieu. Quoique nous ne soyons pas sous la loi, nous sommes appelés à l’obéissance, et dans la mesure où, par grâce, nous y marchons, nous sommes bénis spirituellement, nos âmes sont arrosées, rafraîchies, fortifiées, et nous portons les fruits de justice qui sont, par Jésus Christ, à la gloire et à la louange de Dieu.

En rapport avec ce sujet, lisons le commencement du chap. 15 de Jean (vers. 1-10), passage qui demande la sérieuse attention de tout sincère enfant de Dieu.

Ce passage a été le sujet de maintes controverses théologiques, et cependant il est aussi clair que pratique et n’a besoin que d’être pris dans sa simplicité toute divine. Si l’on y cherche un sens qui ne s’y trouve pas, il devient obscur, et l’on en perd la véritable application. Nous avons donc ici Christ, le vrai cep, prenant la place d’Israël qui était devenu pour l’Éternel le plant dégénéré d’un cep étranger. La scène de la parabole est évidemment sur la terre et non dans le ciel ; il n’y a dans le ciel, ni vignes, ni cultivateurs. En outre, notre Seigneur dit : « Je suis le vrai cep ». L’image est très claire. Ce n’est point la Tête et ses membres, mais un cep et ses sarments. De plus, le sujet de la parabole est aussi clair que la parabole elle-même ; il ne s’agit pas de la vie éternelle, mais de porter du fruit. Si on se souvenait de cela, on comprendrait mieux ce passage si souvent mal interprété.

En résumé, l’image du cep et de ses sarments nous enseigne que le secret pour porter du fruit, c’est de demeurer en Christ, et le moyen de demeurer en Christ, c’est de garder ses commandements. « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour ». Cela simplifie tout. Le moyen de porter du fruit en sa saison, c’est de demeurer dans l’amour de Christ, et nous montrons que nous sommes dans cette position bénie, en gardant ses commandements dans nos cœurs et en y obéissant volontairement. Il ne s’agit pas de nous agiter, poussés par nos propres pensées, ni de faire des efforts avec un zèle tout charnel, pour montrer notre dévouement ; non, il s’agit de quelque chose d’entièrement différent ; c’est la calme et sainte obéissance du cœur envers notre Seigneur bien-aimé, afin de lui être agréables et de glorifier son nom.

Lecteur, méditons sérieusement ce grand sujet du cep et de ses fruits, et puissions-nous le comprendre mieux ! On se trompe souvent sur ce sujet. Il est à craindre que bien des choses qui passent pour du fruit dans la chrétienté, ne soient pas reconnues pour tel dans la présence de Dieu, car Dieu ne peut reconnaître comme fruit que ce qui provient directement du fait qu’on demeure en Christ. On peut se faire un nom parmi les hommes, par son zèle, son activité et son dévouement ; on peut se distinguer comme grand prédicateur, avoir le nom de bon ouvrier dans la vigne, être un grand philanthrope ou réformateur d’abus ; on peut employer sa fortune à aider aux œuvres de bienfaisance chrétienne, et avec tout cela ne pas produire une seule grappe de fruit qui soit acceptable au cœur du Père.

Et, d’un autre côté, il se peut que notre lot ici-bas soit de rester dans l’obscurité et la solitude ; il se peut que le monde et l’église professante tiennent fort peu compte de nous ; il peut sembler que nous ne laissons qu’une bien faible trace sur les sables du temps, mais si nous demeurons en Christ, dans son amour, si nous serrons ses précieuses paroles dans notre cœur, et que nous obéissions de bon cœur à ses commandements, alors nous porterons du fruit en sa saison, notre Père sera glorifié, et nous croîtrons dans la connaissance pratique de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

À la fin de notre chapitre, Moïse insiste auprès du peuple en termes solennels, sur l’urgente nécessité de la vigilance et du zèle en ce qui concernait les statuts et les jugements de l’Éternel, leur Dieu. Le fidèle serviteur de Dieu, véritable ami du peuple, était infatigable dans ses efforts pour l’encourager à cette obéissance du cœur, qu’il savait être pour Israël la source du bonheur et de la prospérité ; et de même que notre Seigneur avertit ses disciples en leur montrant le jugement solennel du sarment stérile, de même Moïse avertit le peuple des conséquences certaines et terribles de la désobéissance.

« Prenez garde à vous, de peur que votre cœur ne soit séduit, et que vous ne vous détourniez, et ne serviez d’autres dieux et ne vous prosterniez devant eux ». Nous voyons là la pente fatale qui conduit au mal. Le cœur séduit — voilà le commencement de tout déclin. « Et que vous ne vous détourniez ». Les pieds suivent toujours le cœur : de là vient la nécessité de garder le cœur avec soin. C’est la citadelle de tout l’être moral ; tant qu’on la garde pour le Seigneur, l’ennemi n’obtiendra aucun avantage, mais aussitôt qu’on la néglige, tout est perdu, et l’on se détourne. L’éloignement secret du cœur se montre par les faits : on sert et l’on adore « d’autres dieux ».

« Et que la colère de l’Éternel ne s’embrase contre vous, et qu’il ne ferme les cieux, en sorte qu’il n’y ait pas de pluie, et que la terre ne donne pas son rapport, et que vous périssiez rapidement de dessus ce bon pays que l’Éternel vous donne ». Quelle stérilité, quelle désolation il doit y avoir, lorsque le ciel est fermé ! Pas d’ondées rafraîchissantes, pas de rosée bienfaisante, aucune communication entre le ciel et la terre. Hélas ! combien de fois Israël n’eut-il pas à éprouver la terrible réalité de ces paroles : « Il change les fleuves en désert, et les sources d’eaux en sols arides, la terre fertile en terre salée, à cause de l’iniquité de ceux qui y habitent » (Ps. 107:33-34).

La terre stérile et le désert ne sont-ils pas l’image frappante d’une âme qui a perdu la communion, pour avoir désobéi aux précieux commandements de Christ ? Une telle âme n’a pas de communication rafraîchissante avec le ciel — pas d’ondées bienfaisantes — pas de sentiment de la valeur de Christ pour le cœur, pas de ministère béni du Saint Esprit pour l’âme ; la Bible semble un livre scellé ; tout est sombre, triste et désolé. Rien dans le monde de plus misérable qu’une âme dans cet état ! Puissions-nous, cher lecteur, n’en jamais faire l’expérience ! Puissions-nous incliner nos oreilles pour écouter les ferventes exhortations adressées par Moïse au peuple d’Israël ! Leur à propos est si frappant, elles sont si utiles, si nécessaires, dans ces jours de froide indifférence et d’insubordination positive. Elles placent devant nous le remède divin aux maux auxquels l’Église de Dieu est exposée en ce moment même — moment critique et solennel au-delà de toute conception humaine.

« Et mettez ces miennes paroles dans votre cœur et dans votre âme, et liez-les pour signes sur vos mains, et qu’elles soient comme des fronteaux entre vos yeux ; et vous les enseignerez à vos fils, en leur parlant, quand tu seras assis dans ta maison, et quand tu marcheras par le chemin, et quand tu te coucheras, et quand tu te lèveras ; et tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes, afin que vos jours et les jours de vos fils, sur la terre que l’Éternel a juré à vos pères de leur donner, soient multipliés comme les jours des cieux qui sont au-dessus de la terre » (v. 18-21).

Jours bénis ! et combien le cœur de Moïse désirait que le peuple pût jouir de beaucoup de jours semblables ! La condition était bien simple. Il ne s’agissait pas d’un joug pesant à porter, mais du précieux privilège de garder les commandements de l’Éternel, leur Dieu, dans leurs cœurs, et de vivre dans la pure atmosphère de sa sainte Parole. Tout dépendait de cela. Toutes les bénédictions du pays de Canaan — de ce bon pays, découlant de lait et de miel, de ce pays sur lequel les yeux de l’Éternel se reposaient toujours avec une tendre sollicitude — tous ses fruits précieux, tous ses rares privilèges, devaient être à eux à perpétuité, à la seule et simple condition d’obéir à la parole du Dieu de leur alliance.

« Car si vous gardez soigneusement tout ce commandement que je vous commande, pour le pratiquer, en aimant l’Éternel, votre Dieu, en marchant dans toutes ses voies et en vous attachant à Lui, l’Éternel dépossédera toutes ses nations devant vous ; et vous prendrez possession de nations plus grandes et plus fortes que vous ». En un mot, une victoire sûre et certaine les attendait ; la destruction de tous leurs ennemis et de tous les obstacles, et une entrée triomphante dans la terre promise, leur étaient assurées à condition qu’ils obéissent cordialement aux statuts et aux commandements les plus précieux, qui eussent jamais été adressés au cœur de l’homme — statuts et jugements qui tous étaient la voix même de leur Libérateur.

« Tout lieu que foulera la plante de votre pied sera à vous : votre limite sera depuis le désert et le Liban, depuis le fleuve, le fleuve Euphrate, jusqu’à la mer d’occident. Personne ne pourra tenir devant vous ; l’Éternel, votre Dieu, mettra la frayeur et la crainte de vous sur la face de tout le pays que vous foulerez, comme il vous l’a dit ».

Là était le côté divin de la question. Tout le pays était devant eux, dans sa longueur et sa largeur ; ils n’avaient qu’à en prendre possession comme d’un don gratuit de Dieu ; ils n’avaient qu’à poser leur pied avec foi et confiance sur ce bel héritage, que la grâce souveraine leur avait destiné. Nous voyons tout cela accompli dans le livre de Josué, au chapitre 11, où nous lisons : « Et Josué prit tout le pays, selon tout ce que l’Éternel avait dit à Moïse ; et Josué le donna en héritage à Israël, selon leurs distributions, selon leurs tribus. Et le pays se reposa de la guerre » (*) (verset 23).

 

(*) Il est hors de doute que ce fut par la foi que Josué prit tout le pays, et il ne pouvait prendre moins. Mais quant à la possession de fait, le chap. 13, vers. 1, montre « qu’il restait un très grand pays à posséder ».

 

Mais, hélas ! il y avait aussi le côté humain de la question. La possession de Canaan, promise par l’Éternel, et réalisée par la foi de Josué, était une chose ; Canaan possédé par Israël était une autre chose toute différente. De là, la grande différence qu’il y a entre Josué et les Juges. En Josué, nous voyons la fidélité infaillible de Dieu quant à sa promesse ; dans les Juges, nous voyons les misérables chutes d’Israël, dès le début, Dieu avait donné sa parole que nul ne pourrait subsister devant eux, et l’épée de Josué — type du grand Capitaine de notre salut — accomplit cette promesse jusqu’à un iota et un trait de lettre. Mais le livre des Juges nous raconte le triste fait qu’Israël ne put pas chasser l’ennemi, ni prendre possession de l’héritage divin, dans toute sa royale magnificence.

Eh bien ! la promesse de Dieu a-t-elle fait défaut ? Non, mais ce qui se montre, c’est la complète impuissance de l’homme. À « Guilgal », l’étendard de la victoire flottait au-dessus des douze tribus, ayant leur invincible capitaine à leur tête. À « Bokim », le peuple pleure sur la lamentable ruine d’Israël.

Nous voyons partout ces deux choses dans le volume divin, et elles ne sont nullement difficiles à comprendre. L’homme ne sait pas s’élever à la hauteur de la révélation divine, et prendre possession de ce que la grâce lui donne. Cela est aussi vrai dans l’histoire de l’Église que dans celle d’Israël. Dans le Nouveau Testament, comme dans l’Ancien, nous avons les Juges et Josué.

Nous voyons la même chose dans l’histoire de chaque individu, membre de l’Église. Où est le chrétien, dont la vie soit à la hauteur de ses privilèges spirituels ? Où est l’enfant de Dieu, qui n’a pas à déplorer combien peu il apprécie réellement les grands et saints privilèges de l’appel dont Dieu l’a appelé ? Mais cela n’anéantit pas la vérité de Dieu. Sa parole subsiste dans toute son intégrité et reste stable à jamais. De même que dans le cas d’Israël, le pays de la promesse était sous leurs yeux dans toute son étendue et dans toute sa beauté, et, qu’en outre, ils pouvaient compter sur la fidélité et la toute-puissance de Dieu pour les y faire entrer et leur en donner la pleine possession, — de même, nous sommes « bénis de toutes bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ » ; il n’y a aucune limite aux privilèges qui sont liés à notre position, et la jouissance que nous en avons dépend de la foi qui nous fait prendre possession de tout ce que Dieu, dans sa grâce souveraine, a fait nôtre en Christ.

N’oublions jamais que c’est le privilège du chrétien de vivre à la hauteur de la révélation divine. Il n’y a pas d’excuse pour une marche relâchée, pour une vie superficielle. Nous n’avons pas le droit de dire que nous ne pouvons pas réaliser la plénitude de notre portion en Christ, que la bannière est trop élevée, les privilèges trop vastes, que nous ne pouvons espérer de jouir de bénédictions si merveilleuses dans notre état actuel d’imperfection.

Tout cela n’est pas autre chose que de l’incrédulité, et devrait être considéré comme tel par tout vrai chrétien. La question est : la grâce de Dieu nous a-t-elle accordé ces privilèges ? la mort de Christ nous y a-t-elle donné droit ? Le Saint Esprit a-t-il déclaré qu’ils sont le partage du membre le plus faible du corps de Christ ? S’il en est ainsi — et l’Écriture le déclare — pourquoi n’en jouirions-nous pas ? Du côté de Dieu, il n’y a pas d’obstacles. C’est le désir de son cœur que nous possédions la plénitude de notre portion en Christ. Écoutons les vœux ardents que forme l’apôtre en faveur des saints à Éphèse, et de tous les saints (Éph. 1:18-23).

Cette merveilleuse prière nous montre avec quelle ferveur l’Esprit de Dieu souhaite que nous comprenions et jouissions des glorieux privilèges de la vraie position chrétienne. Par son précieux et divin ministère, il voudrait maintenir nos cœurs à cette hauteur bénie, mais, hélas ! comme Israël, nous l’affligeons par notre coupable incrédulité, et nous privons nos propres âmes d’incalculables bénédictions.

Toutefois, le Dieu de toute grâce, le Père de gloire, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, accomplira chaque trait de lettre de sa précieuse Parole, à l’égard de son peuple terrestre, aussi bien que de son peuple céleste. Israël jouira pleinement de toutes les bénédictions qui lui sont assurées par l’alliance éternelle, et l’Église goûtera les fruits excellents de tout ce que l’amour éternel et les conseils divins ont préparé pour elle en Christ. De plus, le Consolateur peut et veut mettre chaque croyant dans la jouissance actuelle de l’espérance du glorieux appel de Dieu et dans la puissance pratique de cette espérance, pour détacher le cœur des choses présentes et pour le mettre à part pour Dieu, en vraie sainteté.

Puissent nos cœurs désirer avec plus d’ardeur la complète réalisation de ces choses, et puissions-nous vivre davantage comme ceux qui trouvent leur part et leur repos dans un Christ ressuscité et glorifié ! Que Dieu, dans son infinie bonté, le fasse au nom et pour la gloire de son Fils Jésus Christ !

Les derniers versets de notre chapitre terminent la première section du livre du Deutéronome. Elle consiste, comme le lecteur l’aura remarqué, en une série de discours adressés par Moïse à la congrégation d’Israël. Les dernières exhortations, en parfait accord avec le reste, insistent sur la nécessité de l’obéissance, sujet sur lequel ne se lasse pas de revenir le serviteur de Dieu, dans ses touchants discours d’adieu au peuple.

« Regarde, je mets aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction : la bénédiction, si vous écoutez les commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous commande aujourd’hui ; la malédiction, si vous n’écoutez pas les commandements de l’Éternel, votre Dieu, et si vous vous détournez du chemin que je vous commande aujourd’hui, pour aller après d’autres dieux, que vous n’avez pas connus. Et il arrivera que, quand l’Éternel, ton Dieu, t’aura fait entrer dans le pays où tu vas pour le posséder, tu mettras la bénédiction sur la montagne de Garizim, et la malédiction sur la montagne d’Ébal. Ces montagnes ne sont-elles pas de l’autre côté du Jourdain, par-delà le chemin du soleil couchant, qui traverse le pays des Cananéens qui habitent dans la plaine, vis-à-vis de Guilgal, à côté des chênes de Moré ? Car vous allez passer le Jourdain pour entrer, pour posséder le pays que l’Éternel, votre Dieu, vous donne ; vous le posséderez, et vous y habiterez. Et vous prendrez garde à pratiquer tous les statuts et les ordonnances que je mets aujourd’hui devant vous » (vers. 26-32).

Nous avons ici le résumé de tout. La bénédiction est liée à l’obéissance, la malédiction à la désobéissance. La montagne de Garizim est vis-à-vis de la montagne d’Ébal — fertilité et stérilité. — Nous verrons, quand nous en serons au chapitre 27, que la montagne de Garizim et ses bénédictions sont entièrement laissées de côté ; les malédictions de la montagne d’Ébal frappent l’oreille d’Israël, tandis qu’un silence terrible règne sur la montagne de Garizim. « Tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi, sont sous malédiction » (Gal. 3:10). La bénédiction d’Abraham ne peut venir que sur ceux qui sont sur le terrain de la foi. Mais nous développerons ce sujet par la suite.

 

6                    Chapitre 12

Nous commençons ici une nouvelle section du Deutéronome. Les discours renfermés dans les onze premiers chapitres, ayant établi le principe si important de l’obéissance, nous en venons à l’application pratique de ce principe dans la vie du peuple, une fois entré en possession du pays. « Ce sont ici les statuts et les ordonnances que vous garderez pour les pratiquer dans le pays que l’Éternel, le Dieu de tes pères, te donne pour le posséder, tous les jours que vous vivrez sur la terre ».

Il est de la plus grande importance que le cœur et la conscience soient amenés à reconnaître l’autorité divine, indépendamment des questions de détails. Ceux-ci trouveront leur place une fois que le cœur aura appris à s’incliner, avec une soumission complète et absolue, devant l’autorité suprême de la parole de Dieu.

Nous avons vu dans notre étude des onze premiers chapitres, que le législateur s’efforce d’amener le cœur d’Israël dans cette condition si essentielle. Il fallait, avant tout, que le grand principe fondamental de toute moralité fût parfaitement établi au plus profond de l’âme. Voici quel est ce principe qui nous regarde aussi, nous chrétiens : c’est que le devoir absolu de l’homme est de se soumettre entièrement à la parole de Dieu, quoi qu’elle lui commande, et qu’il en comprenne la raison ou non. Le seul point important et concluant est : Dieu a-t-il parlé ? S’il a parlé, cela suffit. Il n’est pas besoin d’autre chose.

Tant que ce principe n’est pas entièrement établi, ou plutôt tant que le cœur n’est pas gouverné complètement par sa force morale, nous ne sommes pas en état de nous occuper des détails. Si on laisse agir la volonté propre, si l’on permet à l’aveugle raison d’élever la voix, alors le cœur commencera à soulever des questions, et les difficultés surgiront comme autant de pierres d’achoppement sur le sentier de l’obéissance.

« Eh quoi ! » s’écrie-t-on peut-être, « ne devons-nous pas faire usage de notre raison ? Pourquoi donc nous a-t-elle été donnée ? » À cela il y a deux réponses : d’abord, notre raison n’est pas ce qu’elle était quand Dieu l’a donnée à l’homme. Rappelons-nous que le péché est venu ; l’homme est un être déchu ; sa raison, son jugement, son intelligence, tout son être moral ont fait naufrage, et de plus, c’est l’oubli de la parole de Dieu qui a causé toute cette ruine.

En second lieu, si la raison était dans son état normal, elle le prouverait en se soumettant à la parole de Dieu. Mais elle n’est pas saine ; elle est aveugle et complètement pervertie ; elle n’est d’aucune autorité dans les choses spirituelles, divines, ou célestes.

Si ce simple fait était bien compris, mille difficultés seraient aplanies et mille questions résolues. C’est la raison qui fait les incrédules. Satan murmure à l’oreille de l’homme : « Vous êtes doué de raison, pourquoi ne pas vous en servir ? Elle a été donnée pour qu’on s’en serve en toutes choses. Vous ne devez pas donner votre assentiment à quelque chose que votre raison ne peut comprendre. Comme homme, vous avez le droit de soumettre tout au jugement de votre raison ; ce ne sont que les fous ou les idiots, qui acceptent avec une aveugle crédulité tout ce qu’on leur présente ».

Quelle sera notre réponse à des suggestions si rusées et si dangereuses ? Celle-ci qui est bien simple et bien concluante : La parole de Dieu est au-dessus de la raison, autant que Dieu est au-dessus de la créature, ou que les cieux sont au-dessus de la terre. Par conséquent, lorsque Dieu parle, tous les raisonnements doivent se taire. S’il ne s’agit que de la parole de l’homme, du jugement de l’homme, de l’opinion de l’homme, alors, en effet, la raison peut exercer son influence, ou, pour parler plus correctement, nous devons l’employer pour juger ce qu’on nous dit, d’après le seul modèle parfait, la parole de Dieu. Mais si on permet à la raison de discuter la parole de Dieu, l’âme sera immanquablement plongée dans les ténèbres de l’incrédulité, d’où la descente dans les profondeurs terribles de l’athéisme n’est que trop facile.

En un mot, nous devons serrer dans nos cœurs cette grande vérité, que la seule base solide pour l’âme est la foi en l’autorité suprême, la majesté divine et la toute-suffisance de la parole de Dieu. C’était sur ce terrain que se tenait Moïse, quand il parlait au cœur et à la conscience d’Israël. Son unique et grand but était d’amener le peuple à une entière soumission à l’autorité divine. Vouloir soumettre chaque précepte, chaque statut, en un mot toute institution de la Parole, au contrôle de la raison humaine, c’est rejeter l’autorité divine, l’Écriture, l’assurance et la paix. Lorsque, au contraire, l’âme est amenée par l’Esprit de Dieu à cette soumission absolue à l’autorité de la parole de Dieu, alors chacun de ses commandements, chaque phrase même de son précieux Livre, est reçue comme venant directement de Lui-même, et revêt toute l’importance que son autorité comporte. Il se peut que nous n’ayons pas une pleine intelligence de chaque statut, mais là n’est pas la question ; il nous suffit de savoir qu’il vient de Dieu ; il a parlé — cela suffit. Aucun fondement solide de vraie moralité ne peut être posé, tant que ce grand principe n’a pas été saisi et que l’âme ne le possède pas pleinement.

Les pensées que nous venons de développer, pourront servir à donner au lecteur l’intelligence du rapport qu’il y a entre le chapitre que nous avons sous les yeux et la première division de ce livre, et l’aider à comprendre la portée des premiers versets du chapitre 12.

« Vous détruirez entièrement tous les lieux où les nations que vous déposséderez auront servi leurs dieux sur les hautes montagnes et sur les collines et sous tout arbre vert ; et vous démolirez leurs autels, et vous briserez leurs statues ; et vous brûlerez au feu leurs ashères, et vous abattrez les images taillées de leurs dieux, et vous ferez périr leur nom de ce lieu-là » (vers. 2-3).

Le pays appartenait à l’Éternel ; les Israélites n’y étaient que ses tenanciers ; c’est pourquoi leur premier devoir, en en prenant possession, était de détruire toute trace de l’ancienne idolâtrie. Ceci était absolument indispensable, quelque intolérante que puisse paraître à la raison humaine cette manière d’agir envers la religion d’autrui. Nous l’accordons sans hésitation, c’était intolérant ; mais comment le Dieu vivant et vrai aurait-il pu ne pas l’être envers les faux dieux et l’idolâtrie ? Ce serait un vrai blasphème de supposer un instant, qu’il eût pu permettre le culte des idoles dans son pays.

Comprenons bien la chose. Ce n’est pas que Dieu, dans sa miséricorde, ne soit pas patient envers le monde ; nous avons tous, présente à l’esprit, l’histoire des six mille années durant lesquelles sa longanimité s’est exercée d’une manière si merveilleuse, depuis les jours de Noé, et ne s’est pas lassée malgré le rejet de son Fils bien-aimé.

Tout cela est en dehors du grand principe exposé dans notre chapitre. Israël avait à apprendre qu’en prenant possession du pays de l’Éternel, son premier devoir était d’en effacer toute trace d’idolâtrie. Le nom du Dieu qui devait être « leur seul Dieu » était invoqué sur les Israélites. Ils étaient son peuple, et il ne pouvait leur permettre d’avoir communion avec les démons. « Tu rendras hommage au Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras Lui seul ».

Au point de vue des nations incirconcises, cela pouvait paraître très intolérant, bigot même. Elles pouvaient se vanter de leur liberté, et se glorifier de leur manière si large de rendre un culte qui admettait « plusieurs dieux et plusieurs seigneurs ». Il y aurait eu, selon eux, plus de largeur d’esprit à laisser à chacun ses propres idées en matière de religion, et le choix libre de l’objet et du mode de son culte. Ou bien encore, comme à Rome plus tard, ériger un Panthéon dans lequel tous les dieux du paganisme trouvent place, eût été, selon eux, la preuve évidente d’une civilisation bien plus avancée, plus brillante et plus raffinée. « Qu’importe, eussent-ils dit, la forme de religion d’un homme, ou l’objet de son culte, pourvu que lui-même soit sincère ! Tout se trouverait être bien à la fin. Le grand but pour chacun est de travailler au progrès matériel, de contribuer à la prospérité nationale, moyen des plus sûrs de sauvegarder les intérêts individuels. Il faut bien que chaque individu ait une religion, mais quant à la forme de cette religion, elle est immatérielle. La question importante n’est pas : Qu’est votre religion ? mais : Qu’êtes-vous, vous-même ? »

Ces idées pouvaient convenir admirablement à l’esprit charnel des nations incirconcises, mais quant à Israël, il avait à se souvenir de cette vérité imposante : « L’Éternel, ton Dieu, est un seul Éternel », et encore : « Tu n’auras point d’autres dieux devant ma face ». Telle était leur religion : adorer le seul Dieu vivant et vrai, leur Créateur et leur Rédempteur. Auprès de Lui, tout vrai adorateur, chaque membre de cette assemblée circoncise, dont le grand et saint privilège était d’appartenir à l’Israël de Dieu, trouvait largement place. Peu devait leur importer l’opinion ou les observations des nations qui les entouraient. Que savaient-ils des droits du Dieu d’Israël sur son peuple circoncis ? Étaient-elles compétentes pour rien décider au sujet d’Israël ? Sûrement pas : leurs pensées, leurs raisonnements et leurs arguments n’avaient donc aucune valeur. Israël ne devait pas même y prendre garde ; son devoir tout simple était de s’incliner devant l’autorité suprême et absolue de la parole de Dieu, qui demandait que toute trace d’idolâtrie fût entièrement abolie dans ce bon pays qu’ils avaient le privilège d’habiter. Il ne s’agissait pas seulement d’en finir avec l’idolâtrie en mettant en pièces les images taillées, pour élever à leur place des autels au vrai Dieu, mais comme l’Éternel l’avait dit : « Vous ne ferez pas ainsi à l’Éternel, votre Dieu ; mais vous chercherez le lieu que l’Éternel, votre Dieu, choisira d’entre toutes vos tribus pour y mettre son nom, le lieu où il habitera, et vous y viendrez ; et vous apporterez là vos holocaustes, et vos sacrifices, et vos dîmes, et l’offrande élevée de vos mains, et vos vœux, et vos offrandes volontaires, et les premiers-nés de votre gros et de votre menu bétail. Et là, vous mangerez devant l’Éternel, votre Dieu, et vous vous réjouirez, vous et vos maisons, dans toutes les choses auxquelles vous aurez mis la main, dans lesquelles l’Éternel, ton Dieu, t’aura béni » (vers. 4-7).

Quelle grande et importante vérité ces mots révélaient à l’assemblée d’Israël ! Le seul lieu où ils devaient rendre leur culte était choisi par Dieu et non par l’homme. Son habitation, le lieu où se trouvait Sa présence, devait être le grand centre d’Israël ; c’est là qu’ils devaient apporter leurs sacrifices et leurs offrandes, offrir leur culte, et trouver leur joie en commun.

Cela peut paraître exclusif, et l’est en effet. Il n’en pouvait être autrement. Puisqu’il avait plu à Dieu de choisir un lieu pour y établir sa demeure au milieu de son peuple racheté, il était de toute nécessité que la célébration de leur culte se fît exclusivement là. C’était une exclusion divine, dans laquelle toute âme pieuse et aimant l’Éternel trouvait ses délices. Elle pouvait dire de tout son cœur : « Éternel ! j’ai aimé l’habitation de ta maison, et le lieu de la demeure de ta gloire ». Et encore : « Combien sont aimables tes demeures, ô Éternel des armées ! Mon âme désire, et même elle languit après les parvis de l’Éternel ; mon cœur et ma chair crient après le Dieu vivant… Bienheureux ceux qui habitent dans ta maison ; ils te loueront sans cesse !… Car un jour dans tes parvis vaut mieux que mille. J’aimerais mieux me tenir sur le seuil dans la maison de mon Dieu, que de demeurer dans les tentes de la méchanceté » (Psaumes 26 et 84).

Cette demeure de l’Éternel devait être chère au cœur de tout vrai Israélite. La volonté propre aurait pu désirer aller ici et là ; le cœur vagabond soupirer après un changement ; mais tout adorateur vrai et dévoué ne pouvait trouver satisfaction, bénédiction, joie et repos, que dans le lieu où se trouvait la présence de son Dieu et où il avait mis son nom ; sur le terrain où l’autorité de sa précieuse Parole était reconnue. Rechercher un autre lieu de culte eût été non seulement abandonner la parole de l’Éternel, mais sa sainte demeure.

Nous voyons le développement de ce principe dans tout notre chapitre. Moïse rappelle au peuple que, dès le moment où il entrerait dans le pays de l’Éternel, il fallait renoncer à tout l’esprit d’indépendance et de volonté propre qui les avait caractérisés dans les plaines de Moab ou dans le désert. « Vous ne ferez pas selon tout ce que nous faisons ici aujourd’hui, chacun ce qui est bon à ses yeux ; car, jusqu’à présent, vous n’êtes pas entrés dans le repos et dans l’héritage que l’Éternel, ton Dieu, te donne. Mais lorsque vous aurez passé le Jourdain, et que vous habiterez dans le pays que l’Éternel, votre Dieu, vous fait hériter, et qu’il vous aura donné du repos à l’égard de tous vos ennemis, à l’entour, et que vous habiterez en sécurité, alors il y aura un lieu que l’Éternel, votre Dieu, choisira pour y faire habiter son nom ; vous apporterez tout ce que je vous commande… Prends garde à toi, de peur que tu n’offres tes holocaustes dans tous les lieux que tu verras ; mais dans le lieu que l’Éternel choisira dans l’une de tes tribus, là tu offriras tes holocaustes, et là tu feras tout ce que je te commande » (versets 8-14).

Nous voyons ainsi que, non seulement quant à l’objet, mais aussi quant au lieu et à la forme du culte, Israël avait à s’en tenir absolument au commandement de l’Éternel. Dès le moment où, ayant traversé le fleuve de la mort, ils avaient, comme peuple racheté, posé le pied sur le pays que Dieu leur donnait en héritage, il ne pouvait plus être question de volonté propre quant au culte à Lui rendre. Une fois en jouissance du pays de l’Éternel et du repos dans ce pays, leur service raisonnable et intelligent devait être une obéissance absolue à sa Parole. Les choses qui s’étaient passées dans le désert ne pouvaient être tolérées en Canaan. Plus leurs privilèges étaient grands, plus grande aussi devenait leur responsabilité.

Il se peut maintenant que des libéraux, comme ils se nomment, — ceux qui prétendent à la liberté d’action et de volonté, au droit de jugement privé en matière de religion, — déclarent que tout ce qui vient d’attirer notre attention est extrêmement étroit et tout à fait incompatible avec les lumières de notre siècle. Nous leur répondrons simplement ceci : Dieu n’avait-il pas le droit de prescrire à son peuple la manière de Lui rendre culte, et de lui préciser le lieu où il voulait rencontrer Israël ? Il faut, ou bien nier son existence, ou admettre son droit absolu et incontestable à fixer le temps et le lieu où son peuple devait s’approcher de Lui. Serait-ce une preuve d’intelligence, de haute culture d’esprit, ou de largeur d’idées, de refuser à Dieu ses droits ?

Si donc Dieu a le droit de commander, est-ce de l’étroitesse ou de la bigoterie de la part de son peuple d’obéir ? Telle est la question à résoudre ; elle est aussi simple que possible. La seule vraie largeur d’idées et de cœur est d’obéir aux commandements de Dieu, et il n’y avait aucune étroitesse de la part d’Israël à aller offrir les sacrifices au lieu qui lui était prescrit, et à refuser d’aller ailleurs. Les gentils incirconcis pouvaient aller où bon leur semblait, mais non pas le peuple de Dieu.

Quel privilège inestimable pour tous ceux qui aimaient Dieu et s’aimaient l’un l’autre, que de s’assembler au lieu où son nom était magnifié ! Et quel touchant effet de sa grâce, que son désir de son peuple autour de Lui-même, de temps en temps ! Ce fait nuisait-il aux droits personnels et aux privilèges domestiques des Israélites ? Non, au contraire, ils en étaient considérablement accrus. Dieu, dans sa bonté infinie, prenait soin de tout, trouvait ses délices à répandre la joie et la bénédiction sur son peuple, individuellement et collectivement, comme nous le lisons : « Quand l’Éternel, ton Dieu, aura étendu tes limites, comme il te l’a promis, et que tu diras : Je mangerai de la chair, parce que ton âme désirera de manger de la chair, tu mangeras de la chair, selon tout le désir de ton âme. Si le lieu que l’Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y mettre son nom est loin de toi, alors tu sacrifieras de ton gros et de ton menu bétail, que l’Éternel t’aura donné, comme je te l’ai commandé, et tu en mangeras, dans tes portes, selon tout le désir de ton âme ; comme on mange de la gazelle et du cerf, ainsi tu en mangeras : celui qui est impur et celui qui est pur en mangeront également » (versets 20-22).

Ne voyons-nous pas ici la bonté et les tendres compassions avec lesquelles Dieu agissait en vue du bien et des jouissances de chacun ? La seule restriction était celle-ci : « Seulement, tiens ferme à ne pas manger le sang, car le sang est la vie ; et tu ne mangeras pas l’âme avec la chair. Tu n’en mangeras pas, tu le verseras sur la terre, comme de l’eau. Tu n’en mangeras pas, afin que tu prospères, toi et tes fils après toi, parce que tu auras fait ce qui est droit aux yeux de l’Éternel » (vers. 23-25) (Le grand principe de l’abstention du sang a été traité dans nos « Notes sur le Lévitique », que le lecteur pourrait revoir). La question n’est pas à quel point les Israélites comprenaient ces choses ; ils n’avaient qu’à obéir, afin de prospérer eux et leurs enfants après eux ; il s’agissait de reconnaître les droits souverains de Dieu.

Après avoir fait cette exception, le législateur reprend le sujet si important du culte public. « Toutefois les choses que tu auras sanctifiées, qui seront à toi, et celles que tu auras vouées, tu les prendras, et tu viendras au lieu que l’Éternel aura choisi ; et tu offriras tes holocaustes, la chair et le sang, sur l’autel de l’Éternel, ton Dieu, et le sang de tes sacrifices sera versé sur l’autel de l’Éternel, ton Dieu, et tu en mangeras la chair » (vers. 26-27).

Si la raison ou la volonté propre pouvaient parler, elles diraient peut-être : « Pourquoi devaient-ils tous aller au même lieu ? Ne pouvait-on pas avoir un autel à la maison, ou, sinon, un dans chaque ville principale, ou au centre de chaque tribu ? » Nous répondrions : Dieu avait commandé autrement ; c’en était assez pour tout vrai Israélite. Lors même que nous serions incapables, vu notre ignorance, de voir le pourquoi des choses, la simple obéissance est une obligation et un devoir, et si nous marchons humblement, joyeusement et simplement, dans ce sentier d’obéissance, nos âmes seront assurément éclairées, et nous trouverons une abondance de bénédictions ineffables dans cette proximité de Dieu où nous serons, et qui n’est connue que de ceux qui aiment à garder ses commandements.

Oui, cher lecteur, telle est la manière de répondre à tous les raisonnements et à toutes les questions de l’esprit charnel, qui ne se soumet pas à la loi de Dieu, et aussi ne le peut. Sommes-nous appelés à rendre compte aux incrédules et aux raisonneurs du motif qui nous fait agir ? Non, ce n’est pas notre affaire ; ce serait une perte de temps et de peine, d’autant plus que ces personnes sont entièrement incapables de nous comprendre. Comment un incrédule, par exemple, ou un esprit charnel, comprendrait-il pourquoi il était commandé aux douze tribus d’Israël, d’adorer devant un seul autel, de s’assembler dans un seul lieu, réunis autour d’un seul centre ? Impossible ; la grande raison morale d’une institution aussi belle, est au-dessus de sa compréhension.

L’homme spirituel, au contraire, en voit aisément toute la beauté : l’Éternel rassemblait son peuple bien-aimé autour de Lui-même, afin qu’ils se réjouissent ensemble devant Lui, et que Lui-même pût trouver une joie particulière en eux. Cela n’était-il pas des plus précieux pour le cœur de tous ceux qui aimaient réellement le Seigneur ?

Si le cœur était froid et indifférent envers Dieu, peu lui importait le lieu de culte ; mais tout cœur aimant et sincère, depuis Dan jusqu’à Beër-Shéba, se rendait avec joie au lieu que l’Éternel avait désigné pour invoquer son nom, et où il devait rencontrer son peuple. « Je me suis réjoui quand ils m’ont dit Allons à la maison de l’Éternel ! Nos pieds se tiendront dans tes portes, ô Jérusalem ? » (Ps. 122:1-2) — centre de Dieu pour Israël.

Nous avons ici les doux épanchements d’un cœur qui aimait l’habitation du Dieu d’Israël — son centre béni, le lieu de rassemblement des douze tribus d’Israël — ce lieu auquel était associé, dans l’esprit de chaque vrai Israélite, tout ce qu’il y avait de beau et de réjouissant en rapport avec le culte de l’Éternel, et la communion de son peuple.

En étudiant le seizième chapitre de notre livre, nous aurons l’occasion de revenir sur ce beau sujet ; terminons cette division-ci en citant les derniers versets du chapitre que nous avons sous les yeux.

« Quand l’Éternel, ton Dieu, aura retranché devant toi les nations vers lesquelles tu entres pour les posséder, et que tu les posséderas, et que tu habiteras dans leur pays, prends garde à toi, de peur que tu ne sois pris au piège pour faire comme elles, après qu’elles auront été détruites devant toi, et de peur que tu ne recherches leurs dieux, en disant : Comment ces nations servaient-elles leurs dieux ? et je ferai de même, moi aussi. Tu ne feras pas ainsi à l’Éternel, ton Dieu ; car tout ce qui est en abomination à l’Éternel, ce qu’il hait, ils l’ont fait à leurs dieux ; car même ils ont brûlé au feu leurs fils et leurs filles à leurs dieux. Toutes les choses que je vous commande, vous prendrez garde à les pratiquer. Tu n’y ajouteras rien, et tu n’en retrancheras rien » (v. 29-32).

La précieuse parole de Dieu devait former comme un enclos sacré autour de son peuple, au-dedans duquel ils pussent jouir de sa présence, et trouver leurs délices dans l’abondance de sa miséricorde et de sa grâce ; lieu où ils devaient être entièrement à part de tout ce qui était contraire à la sainteté de Celui dont la présence était à la fois, leur gloire, leur joie et leur sauvegarde morale, contre tout piège et toute abomination.

Mais, hélas ! ils ne persistèrent pas ; bien vite ils abattirent les murs de cette enceinte et se détournèrent des saints commandements de Dieu. Ils firent les choses mêmes qu’il leur était dit de ne pas faire, et eurent bientôt à en récolter les terribles conséquences. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.