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Notes sur le Livre du Deutéronome

 

Cinquième livre de Moïse

 

Chapitres 1 à 3

 

par Charles Henry Mackintosh

 

 

« Des choses nouvelles et des choses vieilles ».

 

Table des matières  :

 

1     Préface

2     Introduction

3     Chapitre 1

4     Chapitre 2

5     Chapitre 3

 

 

Éternel ! ta parole est établie à toujours dans les cieux (Ps. 119:89)

 

J’ai caché ta parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi (Ps. 119:11)

 

 

1                    Préface

On ne saurait donner trop de valeur et d’importance à la parole de Dieu dans le moment actuel. On en attaque l’autorité et l’intégrité de tous côtés et de toute espèce de manières. « Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? » (Psaume 11:3).

Les pensées et les principes de l’incrédulité ne sont plus limités à quelques esprits spéculateurs, comme c’était le cas il y a cinquante ans, mais ils sont maintenant adoptés par un grand nombre de ceux qui devraient être les fidèles gardiens du christianisme et les défenseurs de la Bible, en tant que révélée de Dieu.

De cette manière une multitude d’âmes simples sont induites en erreur. Si le discours que l’on vient d’entendre a été agréable à l’oreille, les auditeurs sont satisfaits, et la conscience n’étant pas mise en activité, peu de personnes songent à le juger d’après la parole de Dieu.

Mais quelle sera, en présence de l’éternité, la condition d’âmes immortelles, sous un tel ministère ? Sur qui repose le poids de la responsabilité ? De belles théories ne réveilleront jamais une âme endormie dans le péché. Il faut que le pécheur perdu soit mis en présence de la simple parole de Dieu et des réalités solennelles de l’éternité. Là tout est clair, positif et absolu : « La parole du Seigneur demeure éternellement » (1 Pierre 1:25).

Le livre du Deutéronome est bien propre à contre-balancer le relâchement et le vague de l’enseignement de nos jours. Le législateur juif y met avec instance les paroles de l’Éternel sur le cœur d’Israël. Ce n’est pas un livre de cérémonies, mais d’exhortations au peuple, à garder les commandements, les statuts et les jugements de l’Éternel.

Une obéissance et une soumission implicite à la volonté révélée de Dieu sont, en tout temps, le premier devoir de l’homme. Moïse parle aux enfants d’Israël comme un père ; il les exhorte de la manière la plus tendre et la plus touchante. « Et maintenant », leur dit-il, « écoutez les statuts et les ordonnances que je vous enseigne… Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien, afin de garder les commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous commande ». Et encore « Tu les lieras comme un signe sur ta main, et elles te seront pour fronteau entre les yeux, et tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes » (Deut. 4:1, 2 ; 6:8, 9).

La prospérité du peuple, individuellement et comme nation, dépendait de leur fidèle observance de ces lois si souvent répétées. Les négliger, c’était attirer sur eux le déplaisir et les châtiments du Dieu d’Israël.

Le lecteur trouvera dans ces pages l’ample développement et l’application pratique de ces diverses exhortations et de ces avertissements.

L’auteur ne s’est pas borné à ce qu’enseigne le Deutéronome, mais il a développé ce qu’il suggère. De cette manière, nous y rencontrerons toutes les grandes vérités du christianisme et y trouverons des applications au chrétien, à la famille et à l’Église de Dieu.

Veuille le Seigneur, dans sa bonté, se servir de ces pages pour la gloire de son nom, l’avancement de son peuple, et le salut éternel de beaucoup de précieuses âmes !

A. M.

 

2                    Introduction

Le caractère de ce Livre est tout aussi distinct que celui de chacune des quatre autres portions du Pentateuque. À juger d’après le titre du livre, nous pourrions supposer qu’il n’est qu’une répétition des précédents. Mais ce serait une erreur. Dieu ne se répète jamais, ni dans sa Parole, ni dans ses œuvres. Où que nous discernions notre Dieu, que ce soit dans les pages sacrées ou dans le vaste champ de la création, nous voyons une variété infinie, une plénitude divine, un plan arrêté ; et notre faculté de discerner et d’apprécier ces choses, sera en proportion de notre spiritualité. Le fait est que, du commencement à la fin du volume inspiré, il ne se trouve pas une phrase superflue, un mot de trop, ni un argument qui n’ait sa signification propre et son application directe. Si nous ne voyons pas cela, nous avons encore à apprendre quelle est la force, la profondeur et la signification de ces paroles : « Toute Écriture est inspirée de Dieu » (2 Tim. 3:16).

Paroles précieuses ! Plût à Dieu qu’elles fussent mieux comprises de nos jours. Le relâchement à cet égard se répand d’une manière effrayante dans l’église professante. En maints endroits, il est de bon ton de se moquer de la foi à une entière inspiration ; on considère cela comme un signe d’ignorance ou d’enfantillage. On pense faire preuve d’un grand savoir et d’un esprit très développé, en critiquant le précieux volume de Dieu et en y trouvant des imperfections. Les hommes se permettent de porter leur jugement sur la Bible, comme si elle n’était qu’une composition humaine. Au fond, c’est Dieu lui-même qu’ils jugent. Le résultat de tout cela est l’obscurité et la confusion les plus complètes, soit pour ces savants docteurs eux-mêmes, soit pour ceux qui les écoutent. Quelle sera la destinée éternelle de tous ceux qui auront à répondre devant le tribunal du Christ, pour avoir blasphémé la parole de Dieu et égaré un si grand nombre d’âmes par leur enseignement infidèle ?

Le livre du Deutéronome occupe une place tout à fait distincte dans le volume inspiré. Les paroles par lesquelles il s’ouvre suffisent pour le prouver : « Ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël, en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine, vis-à-vis de Suph, entre Paran et Thophel, Laban, Hatséroth, et Di-Zahab » (v. 1).

Les Israélites étaient arrivés sur la rive orientale du Jourdain ; ils allaient entrer dans le pays de la promesse. Leur pèlerinage dans le désert était près de finir, comme nous l’apprend le v. 3 : « Et il arriva, en la quarantième année, au onzième mois, le premier jour du mois, que Moïse parla aux fils d’Israël, selon tout ce que l’Éternel lui avait commandé pour eux ».

Ainsi, non seulement nous avons l’époque et le lieu indiqués avec une précision divine, mais nous apprenons encore, par les paroles que nous venons de citer, que les communications faites au peuple dans les plaines de Moab, étaient bien loin d’être une répétition de ce que nous avons trouvé dans nos études des livres de l’Exode, du Lévitique et des Nombres. Le vers. 69 du chap. 28 de notre livre nous en donne encore une preuve évidente : « Ce sont là les paroles de l’alliance que l’Éternel commanda à Moïse de faire avec les fils d’Israël dans le pays de Moab, outre l’alliance qu’il avait faite avec eux à Horeb ».

Le lecteur remarquera qu’il est question de deux alliances : l’une en Horeb, l’autre au pays de Moab ; or nous verrons que cette dernière, loin d’être une répétition de la précédente, en est aussi distincte que possible.

Le livre du Deutéronome a une place qui lui est propre. Le but qu’il se propose est aussi distinct que possible. Du commencement à la fin, il cherche à inculquer la grande leçon de l’obéissance. Et cela, non seulement quant à la lettre, mais dans un esprit d’amour et de crainte, — d’une obéissance fondée sur des relations d’intimité, — d’une obéissance stimulée par le sentiment d’obligations morales les plus positives.

Le vieux législateur, le fidèle et bien-aimé serviteur de l’Éternel, allait prendre congé de la congrégation. Il s’en allait au ciel, et les enfants d’Israël étaient sur le point de traverser le Jourdain ; — c’est ce qui rend ses dernières exhortations solennelles et touchantes au suprême degré. Il passe en revue toute leur vie dans le désert. Il rappelle les circonstances et les phases de leurs quarante années de pèlerinage, d’une manière bien propre à toucher le cœur. Ces précieux discours possèdent un charme incomparable, résultant autant des circonstances au milieu desquelles ils furent prononcés, que de l’importance de leurs divins sujets. Ils s’adressent à nous avec autant d’à-propos qu’à ceux auxquels ils étaient destinés.

N’en est-il pas ainsi de toute l’Écriture ? Ne sommes-nous pas sans cesse frappés de sa merveilleuse puissance d’adaptation à nos propres circonstances et à notre état d’âme ? Elle nous parle avec le même à propos et la même fraîcheur que si elle était dictée aujourd’hui même et exprès pour nous. Rien ne ressemble à l’Écriture. Prenez un écrit humain de la même date que le Deutéronome ; si vous pouviez trouver un volume quelconque écrit il y a trois mille ans, que verriez-vous ? Une relique curieuse de l’antiquité ; une chose digne d’être placée au Musée, à côté d’une momie égyptienne, mais n’ayant aucune application à nous ou à notre temps ; un document suranné sans utilité pour nous, ne traitant que d’un ordre de choses et d’un état de la société, depuis longtemps passés et tombés dans l’oubli.

La Bible, au contraire, est le Livre du jour présent. C’est le Livre même de Dieu, sa parfaite révélation. C’est sa propre voix, s’adressant à chacun de nous. C’est un livre pour tous les âges, pour toutes les classes, pour toutes les conditions. Elle parle un langage si simple qu’un enfant peut le comprendre, et en même temps si profond que la plus vaste intelligence ne peut l’épuiser. Avant tout, elle va droit au cœur ; elle touche les sources les plus cachées de notre être moral ; elle nous juge complètement. En un mot, comme nous le dit l’apôtre inspiré, elle est « vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur » (Héb. 4:12).

Remarquez encore l’ampleur merveilleuse de ses conceptions. Elle s’occupe aussi minutieusement des coutumes, des mœurs et des maximes du dix-neuvième siècle de l’ère chrétienne, que de celles des premiers âges de la vie humaine. Elle montre une connaissance parfaite de l’homme à tous les degrés de son histoire. La vie de l’homme, dans toutes les périodes de son développement, est décrite de main de maître dans ce volume admirable que notre Dieu a composé pour notre instruction.

Quel privilège de posséder un tel Livre ! d’avoir entre les mains une Révélation divine ! de posséder l’histoire, donnée par Dieu, du passé, du présent et de l’avenir !

Mais ce Livre juge l’homme, sa conduite, son cœur. Il lui dit la vérité sur tout ce qui le concerne. Pour cette raison, l’homme n’aime pas le Livre de Dieu. Un homme inconverti préférera de beaucoup un journal ou un roman à la Bible. Il aimera mieux le rapport d’un procès criminel qu’un chapitre du Nouveau Testament.

Pour cette raison aussi, les incrédules ont de tout temps travaillé fort et ferme pour découvrir des imperfections et des contradictions dans les Saintes Écritures. Les ennemis de la Bible ne se trouvent pas seulement dans les classes vulgaires et démoralisées, mais parmi les gens instruits, cultivés, de bonne société. Tout comme il en était du temps des apôtres : « de méchants hommes de la populace » et « des femmes de qualité qui servaient Dieu », trouvèrent un point sur lequel ils étaient d’accord, savoir le rejet de la parole de Dieu et de ceux qui la prêchaient fidèlement (comp. Actes 13:50, avec 17:5). De même, nous voyons des hommes qui diffèrent sur presque tous les autres sujets, être d’accord dans leur opposition positive à la Bible. On laisse les autres livres tranquilles. Les hommes ne se donnent pas la peine de chercher des défauts dans Virgile, Horace, Homère ou Hérodote, mais ils ne peuvent supporter la Bible, parce qu’elle les met à nu et leur dit la vérité sur eux-mêmes et sur le monde auquel ils appartiennent.

N’en fut-il pas exactement de même pour la Parole vivante, le Fils de Dieu, le Seigneur Jésus Christ, quand il était sur la terre ? Les hommes le haïssaient, parce qu’il leur disait la vérité. Son ministère, ses paroles, sa conduite, sa vie entière étaient un témoignage contre le monde ; de là son opposition amère et persistante. D’autres pouvaient passer tranquillement leur chemin, mais lui était surveillé, épié, persécuté à chaque pas qu’il faisait. Les conducteurs et les docteurs du peuple « cherchaient à l’enlacer dans ses paroles » (Matt. 22:15), afin d’avoir un prétexte pour le livrer au gouverneur. Ainsi en fut-il durant sa vie merveilleuse ; puis lorsque l’Être béni fut cloué à la croix entre deux malfaiteurs, on laissa ces derniers en paix ; on ne les accabla point d’injures, les principaux sacrificateurs et les gouverneurs ne hochaient pas la tête en se raillant d’eux. Non, toutes les insultes, toutes les moqueries, toutes les paroles cruelles et sans pitié étaient à l’adresse du divin crucifié.

Il est de toute importance que nous comprenions bien d’où provient réellement l’opposition à la parole de Dieu — que ce soit à la Parole vivante ou à la Parole écrite. Le diable hait la parole de Dieu d’une parfaite haine ; il se sert des savants incrédules pour écrire des livres destinés à prouver que la Bible n’est pas la parole de Dieu ; qu’elle ne saurait l’être, vu qu’il s’y trouve des erreurs et des contradictions, et qu’il y a dans l’Ancien Testament des lois, des institutions, des coutumes et des cérémonies indignes d’un Dieu bon et miséricordieux.

À cette catégorie d’arguments, nous n’avons qu’une courte réponse à faire ; de tous ces savants incrédules, nous disons simplement : « Ils n’entendent ni ce qu’ils disent, ni ce sur quoi ils insistent » (1 Tim. 1:7). Il se peut qu’ils soient très instruits, très savants, de profonds philosophes, versés dans la littérature, très compétents pour trancher une question difficile, pour discuter un sujet scientifique. Il se peut encore qu’ils soient très aimables, estimables dans leur vie privée, et respectés au dehors, mais en tant qu’inconvertis et ne possédant pas l’Esprit de Dieu, ils sont parfaitement incapables de porter un jugement à l’égard des Saintes Écritures. Si quelqu’un, ignorant l’astronomie, se permettait de juger les principes du système de Copernic, ces mêmes hommes dont nous parlons, le déclareraient totalement incompétent et dédaigneraient de l’écouter. En un mot, personne n’a le droit d’émettre une opinion sur un sujet qui lui est inconnu. C’est là un principe reconnu de chacun, et par conséquent son application au cas qui nous occupe ne peut pas être mise en question.

L’apôtre nous dit que : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Voilà qui est concluant. Il parle de l’homme dans son état naturel, quelque cultivé qu’il puisse être. Il ne parle pas d’une certaine classe d’hommes, mais simplement de l’homme inconverti, de l’homme ne possédant pas l’Esprit de Dieu, de l’homme naturel, que ce soit un savant philosophe ou un pauvre ignorant. « Il ne peut connaître les choses qui sont de l’Esprit de Dieu ». Comment donc peut-il porter un jugement sur la parole de Dieu ? Comment peut-il se permettre de décider de ce qui est digne de Dieu et de ce qui ne l’est pas ? Et s’il a l’audace de le faire, qui devrait l’écouter ? Personne. Ses arguments sont sans fondements, ses théories misérables, ses livres de la pauvre maculature. D’après le principe invoqué plus haut, nous écartons la totalité des écrivains rationalistes. Un aveugle, discutant sur l’ombre et la lumière, aurait plus de droit à être écouté, qu’un homme inconverti discutant sur l’inspiration des Écritures. Des savants peuvent, sans doute, être appelés à donner leur opinion sur le sens de tel ou tel passage, mais ceci est tout à fait différent du fait de prononcer un jugement sur la Révélation, que Dieu nous a donnée. Nous maintenons que nul homme ne peut le faire. Ce n’est que par l’Esprit qui a lui-même inspiré les Saintes Écritures, que celles-ci peuvent être comprises et appréciées. Il nous faut recevoir la parole de Dieu sur le pied de sa propre autorité. Si l’homme peut la juger et en raisonner, elle n’est plus du tout la parole de Dieu. Dieu nous a-t-il donné une Révélation, oui ou non ? S’il nous l’a donnée, elle doit être parfaite à tous égards et, comme telle, au-dessus de tout jugement humain. L’homme n’est pas plus capable de juger l’Écriture qu’il ne l’est de juger Dieu. C’est l’Écriture qui juge l’homme et non l’homme l’Écriture.

Rien n’est plus méprisable que les livres écrits par les incrédules contre la Bible. Chaque page, chaque ligne prouvent la vérité de ces paroles de l’apôtre : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Leur grossière ignorance du sujet qu’ils cherchent à traiter n’est égalée que par leur présomption et leur manque de respect. Les livres humains ont la chance d’un examen impartial ; mais quand on s’approche du précieux livre de Dieu avec la certitude préconçue qu’il n’est pas une Révélation divine, c’est parce que l’on a écouté les incrédules, qui nous disent que Dieu ne peut pas nous donner une révélation écrite de sa volonté.

Que c’est étrange : les hommes peuvent nous révéler leurs pensées (et les incrédules l’ont assez fait), mais Dieu ne le pourrait pas ! Pourquoi donc Dieu ne pourrait-il pas révéler sa volonté à ses créatures ? Pour la seule raison que les incrédules le veulent ainsi ! La question posée par le serpent ancien dans le jardin d’Éden, il y a près de six mille ans, a été répétée de siècle en siècle par toute espèce de sceptiques, de rationalistes et d’incrédules : « Quoi, Dieu a dit ? » Nous répondons avec bonheur : Oui, béni soit son saint Nom, il a parlé — il nous a parlé. Il a révélé sa volonté ; il nous a donné les Saintes Écritures. « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre ». Et encore : « Car toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance » (2 Tim. 3:16, 17 ; Rom. 15:4).

Le Seigneur soit béni pour de telles paroles ! Elles nous assurent que toute l’Écriture est donnée de Dieu, et que toute l’Écriture nous est donnée. Précieux lien entre l’âme et Dieu ! Dieu a parlé — a parlé à nous. Sa Parole est un rocher, contre lequel toutes les vagues de l’incrédulité se brisent dans leur misérable impuissance, le laissant debout dans sa puissance divine et éternelle. Rien ne peut ébranler la parole de Dieu. Toutes les puissances combinées de la terre et de l’enfer ne peuvent l’affaiblir. Elle reste immuable dans sa gloire morale, en dépit de tous les assauts de l’ennemi, siècle après siècle. « Éternel ta Parole est établie à toujours dans les cieux » (Ps. 119:89). Que nous reste-t-il à faire ? Simplement ceci : « J’ai caché ta Parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi » (Ps. 119:11). C’est là le secret de la paix. Le cœur est lié au cœur même de Dieu par le moyen de sa précieuse Parole. Pour celui qui a vraiment appris, par grâce, à croire à la parole de Dieu et à se reposer sur l’autorité de l’Écriture Sainte, tous les livres qui ont jamais été dictés par l’incrédulité sont sans aucune valeur. Ils montrent l’ignorance et la coupable présomption de leurs auteurs ; mais quant à l’Écriture ils la laissent ce qu’elle a toujours été et sera toujours : « fondée dans les cieux », aussi ferme que le trône de Dieu (*). Les assauts des incrédules ne peuvent ébranler ni le trône de Dieu, ni sa Parole. Béni soit son Nom, ils ne peuvent non plus ébranler la paix qui remplit le cœur de celui qui se repose sur ce fondement inattaquable. « Grande est la paix de ceux qui aiment ta loi, et pour eux il n’y a pas de chute » (Ps. 119:165). « La parole de notre Dieu demeure à toujours » (Ésaïe 40:8). « Or c’est cette parole qui vous a été annoncée » (1 Pierre 1:25).

 

(*) En faisant allusion aux écrivains incrédules, nous devons nous rappeler que les plus dangereux sont ceux qui s’appellent chrétiens. Autrefois, quand on prononçait le mot « incrédule », on pensait immédiatement à Voltaire ou à Paine ; maintenant, hélas ! ce mot peut s’appliquer à maints docteurs et ministres de l’église professante. Quelle chose effrayante !

 

Nous avons ici de nouveau le même précieux lien. La Parole qui nous a atteints sous forme de la bonne nouvelle, est la parole de l’Éternel qui subsiste à toujours et, par conséquent, notre paix et notre salut sont aussi stables que la Parole sur laquelle ils sont fondés. Si toute chair est comme l’herbe et toute la gloire de l’homme comme la fleur de l’herbe, alors de quelle valeur seront les arguments des incrédules ? Ils n’ont pas plus de valeur que l’herbe séchée ou la fleur fanée, et c’est ce qu’ils reconnaîtront tôt ou tard. Quelle coupable folie que de contester contre la parole de Dieu, contre la seule chose au monde qui puisse donner paix et consolation à de pauvres cœurs fatigués ; contre cette Parole qui apporte la bonne nouvelle du salut aux pauvres pécheurs perdus, et qui l’apporte de la part de Dieu !

On nous demandera peut-être : « Comment savons-nous que le livre que nous appelons la Bible est bien la parole de Dieu ? » question qui a troublé beaucoup d’âmes. Notre réponse est bien simple : Celui qui nous a donné ce livre précieux peut aussi nous donner la certitude qu’il est de Lui. Le même Esprit, qui a inspiré les divers écrivains des Saintes Écritures, peut nous faire comprendre que ces Écritures sont la voix même de Dieu s’adressant à nous. Mais il nous faut l’Esprit pour cela, car, comme nous l’avons déjà vu : « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Si le Saint Esprit ne nous enseigne pas avec certitude que la Bible est la parole de Dieu, aucun homme ou assemblée d’hommes ne pourront le faire, et, d’un autre côté, si l’Esprit nous donne cette assurance bénie, nous n’avons besoin d’aucun témoignage humain.

L’ombre d’un doute sur cette si importante question serait un véritable tourment. Mais qui peut nous donner la certitude ? Dieu seul. Si tous les hommes sur la terre étaient d’accord pour reconnaître l’autorité des Saintes Écritures ; si tous les conciles qui se sont jamais assemblés, tous les docteurs et tous les pères qui ont enseigné ou écrit en faveur de l’inspiration plénière ; si l’Église universelle, c’est-à-dire chaque dénomination de la chrétienté, donnaient leur assentiment à cette vérité que la Bible est vraiment la parole de Dieu ; en un mot, si nous avions toute l’autorité humaine qu’il soit possible d’avoir par rapport à la divinité de cette Parole, tout cela serait insuffisant comme fondement de certitude, et si notre foi était basée sur une telle autorité, elle serait sans valeur aucune. Dieu seul peut nous donner la certitude qu’il a parlé dans sa Parole, et quand il la donne, tous les arguments, tous les raisonnements, toutes les chicanes des incrédules anciens et modernes ne sont que comme la fumée qui s’échappe d’un toit, ou la poussière soulevée par le vent. Le vrai croyant les repousse comme autant de choses sans valeur, et se repose en paix sur cette Révélation que notre Dieu a daigné nous donner.

Prenons un exemple. Un père écrit une lettre à son fils à Canton, lettre toute remplie de l’affection et de la tendresse de son cœur de père. Il lui parle de ses affaires et de ses projets, de tout ce qu’il pense pouvoir intéresser le cœur d’un fils — de tout ce que lui suggère son cœur de père. Le fils passe au bureau de poste à Canton pour demander s’il n’y a pas une lettre de son père. Un employé lui répond qu’il n’y a pas de lettre, que son père n’a pas écrit et ne saurait écrire, ne saurait communiquer ses pensées par ce moyen, que c’est folie à lui de le croire. Un autre employé s’avance et lui dit : « Oui, il y a bien ici une lettre pour vous, mais vous ne pourriez la comprendre ; elle vous est tout à fait inutile, et même elle ne vous ferait que du mal, car vous n’êtes pas capable de la lire convenablement. Laissez-la entre nos mains, et nous vous en expliquerons les portions que nous considérerons pouvoir vous être utiles ». Le premier de ces deux employés représente l’incrédulité, le second la superstition. L’un et l’autre voudraient priver le fils de la lettre si longtemps désirée, des précieuses communications venant du cœur de son père. Mais quelle serait sa réponse à ces indignes employés ? Une réponse très brève et allant droit au but, nous pouvons en être certains. Au premier, il dirait : « Je sais que mon père peut me communiquer ses pensées dans une lettre, et qu’il l’a fait ». Il dirait au second : « Je sais que mon père peut me faire comprendre sa lettre beaucoup mieux que vous ne le pouvez ». Et à tous deux il dirait d’un ton ferme et décidé : « Donnez-moi à l’instant la lettre de mon père ; elle m’est adressée et personne n’a le droit de me la refuser ».

C’est ainsi qu’un chrétien au cœur simple, devrait répondre à l’audacieuse incrédulité et à l’ignorante superstition, ces deux principaux agents du diable en nos jours : « Mon père m’a communiqué ses pensées, et il peut me faire comprendre ses communications ». « Toute Écriture est inspirée de Dieu », et « toutes les choses qui ont été écrites auparavant, ont été écrites pour notre instruction ». Réponse admirable à tous les ennemis de la précieuse Révélation de Dieu, qu’ils soient rationalistes ou ritualistes !

Nous ne chercherons pas à nous excuser auprès du lecteur pour cette longue introduction au livre du Deutéronome. Nous sommes trop heureux de cette occasion d’apporter notre faible témoignage à la grande vérité de la divine inspiration des Saintes Écritures. Nous sentons que c’est notre devoir, comme aussi notre grand privilège, d’insister auprès de tous ceux qui nous liront sur l’immense importance, sur l’absolue nécessité d’une entière certitude à cet égard. Nous devons à tout prix maintenir fidèlement l’autorité divine, et par conséquent la suprématie absolue de la parole de Dieu en tous temps, en tous lieux et pour tous les besoins. Nous devons croire que l’Écriture ayant été donnée de Dieu est complète dans le sens le plus élevé et le plus large de ce mot ; qu’elle n’a pas besoin d’une autorité humaine pour l’accréditer, ni d’une voix humaine pour la vanter ; elle parle pour elle-même et se recommande elle-même. Tout ce que nous avons à faire c’est de croire et d’obéir, non de raisonner ou de discuter. Dieu a parlé ; notre devoir est d’écouter et de lui accorder une respectueuse et implicite obéissance.

C’est là le grand point fondamental du livre du Deutéronome, comme nous le verrons par la suite de notre étude ; et il n’y a jamais eu dans l’histoire de l’Église de Dieu, un moment où il fût plus urgent d’insister auprès de la conscience humaine sur la nécessité d’une obéissance implicite à la parole de Dieu. Hélas ! elle ne se fait que peu sentir. La plupart des chrétiens professants semblent croire qu’ils ont le droit de penser par eux-mêmes ; de suivre leur propre raison, leur propre jugement ou leur conscience. Ils ne croient pas que la Bible soit un livre-indicateur, divin et universel. Ils pensent que, dans beaucoup de choses, il nous est permis de choisir nous-mêmes. De là les innombrables partis, sectes, confessions et écoles théologiques. Si l’on accorde l’autorité aux opinions humaines, alors il va sans dire qu’un homme a autant de droit qu’un autre à penser ce qu’il veut ; et c’est ainsi que l’église professante est devenue un proverbe et un synonyme de division.

Quel est le souverain remède pour ce mal si largement répandu ? C’est une soumission absolue et complète à l’autorité de l’Écriture Sainte. Ce n’est pas l’homme allant à l’Écriture, afin de voir ses opinions et ses idées confirmées ; c’est l’homme allant à l’Écriture pour y trouver les pensées de Dieu sur toutes choses, et inclinant tout son être moral devant l’autorité divine. Tel est le besoin pressant de l’époque actuelle. Il y aura sans doute des divergences dans nos appréciations ou nos explications des Écritures ; mais ce sur quoi nous insistons tout particulièrement auprès de tous les chrétiens, c’est l’attitude du cœur, exprimée dans ces précieuses paroles du Psalmiste : « J’ai caché ta Parole dans mon cœur, afin que je ne pèche pas contre toi » (Ps. 119:11). Nous pouvons être sûrs que cela est agréable à Dieu, car il dit : « C’est à celui-ci que je regarderai : à l’affligé et à celui qui a l’esprit contrit et qui tremble à ma parole » (Ésaïe 66:2).

C’est là le secret de toute sécurité morale. Notre connaissance des Écritures peut être fort limitée, mais si notre respect pour elles est profond, nous serons préservés de mille erreurs et nous croîtrons dans la connaissance de Dieu, de Christ et de la Parole écrite. Nous puiserons avec bonheur à ces sources vives et inépuisables, et nous nous promènerons avec ravissement dans ces verts pâturages, que la grâce ouvre si généreusement au troupeau de Christ. C’est ainsi que la vie divine sera entretenue et fortifiée ; la parole de Dieu deviendra de plus en plus précieuse à nos âmes, et le puissant ministère du Saint Esprit nous en fera connaître toujours mieux la profondeur, la plénitude, la majesté et la gloire morale. Nous serons entièrement délivrés des influences desséchantes des systèmes théologiques quels qu’ils soient ! Nous pourrons dire aux promoteurs de toutes les écoles de théologie sous le soleil, que quels que soient les éléments de vérité qu’ils puissent trouver dans leurs systèmes, nous les possédons avec une perfection divine dans la parole de Dieu ; ni tordus, ni tourmentés, afin de les faire entrer dans un système, mais étant tous à leur vraie place dans le vaste cercle de la révélation divine, dont le centre éternel est la personne bénie de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ.

 

3                    Chapitre 1

« Ce sont ici les paroles que Moïse dit à tout Israël, en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine, vis-à-vis de Suph, entre Paran et Thophel, Laban, Hatséroth, et Di-Zahab. Il y a onze journées depuis Horeb, par le chemin de la montagne de Séhir, jusqu’à Kadès-Barnéa » (Deut. 1:1-2).

L’écrivain inspiré a soin de nous donner les renseignements les plus précis, quant à l’endroit où les paroles de ce Livre furent prononcées, aux oreilles du peuple. Israël n’avait pas encore traversé le Jourdain. Ils en étaient tout près. Toute la situation est décrite avec une minutie qui montre l’importance que Dieu mettait à tout ce qui concernait son peuple. Il veillait sur eux de jour et de nuit. Chaque étape de leur voyage était dirigée par Lui. Rien n’était trop petit pour qu’il s’en occupât ; rien n’était trop grand pour sa puissance.

S’il en était ainsi pour Israël dans le désert de jadis, il en est encore ainsi maintenant pour l’Église dans son ensemble et pour chaque membre en particulier. Les yeux d’un Père sont continuellement sur nous, ses bras éternels sont autour de nous de jour et de nuit. « Il ne retire pas ses yeux de dessus le juste » (Job 36:7). Il s’est chargé de tous nos besoins, de tous nos soucis. Il nous invite à nous décharger sur Lui de notre fardeau, qu’il soit gros ou petit, avec la douce conviction qu’il prend soin de nous.

Tout cela est merveilleux et rempli de consolation, bien propre à tranquilliser le cœur, quoi qu’il arrive. Mais le croyons-nous ? Croyons-nous réellement que le « possesseur des cieux et de la terre » (Gen. 14:19) est notre Père, et qu’il s’est chargé de pourvoir à tous nos besoins, du commencement à la fin ? Hélas ! il est à craindre que nous ne connaissions guère la puissance de ces grandes mais simples vérités. Nous en parlons, nous en faisons profession, mais avec tout cela, nous prouvons par notre vie de chaque jour, combien peu nous nous les approprions. Si nous étions bien convaincus que Dieu pourvoit à tous nos besoins, si « toutes nos sources étaient en Lui » (Ps. 87:7), pourrions-nous rechercher de pauvres sources terrestres, qui tarissent si promptement et désappointent nos cœurs ? Évidement non. Nous nous imaginons souvent que nous vivons de foi, tandis qu’en réalité nous nous reposons sur quelque appui humain, qui nous manquera tôt ou tard. N’en est-il pas ainsi, lecteur ? Ne sommes-nous pas constamment portés à abandonner la source d’eau vive, pour nous creuser des citernes crevassées qui ne peuvent contenir de l’eau ? Et cependant nous croyons vivre de foi ! Nous faisons profession de ne nous attendre qu’à Dieu seul pour suppléer à nos besoins, quels qu’ils soient, tandis qu’en réalité, nous nous arrêtons à quelque source terrestre et y cherchons quelque chose. Est-il surprenant que nous soyons désappointés ? Comment pourrait-il en être autrement ? Notre Dieu ne veut pas que nous comptions sur quelqu’un d’autre ou sur autre chose que sur Lui-même. En maint endroit de sa Parole, il nous a donné ses pensées quant au vrai caractère et au résultat certain de la confiance humaine. Prenons ce passage si solennel du prophète Jérémie : « Maudit l’homme qui se confie en l’homme, et qui fait de la chair son bras, et dont le cœur se retire de l’Éternel ! Et il sera comme un dénué dans le désert, et il ne verra pas quand le bien arrivera, mais il demeurera dans des lieux secs au désert, dans un pays de sel et inhabité ». Puis remarquez le contraste : « Béni l’homme qui se confie en l’Éternel, et de qui l’Éternel est la confiance ! Il sera comme un arbre planté près des eaux ; et il étendra ses racines vers le courant ; et il ne s’apercevra pas quand la chaleur viendra, et sa feuille sera toujours verte ; et dans l’année de la sécheresse il ne craindra pas, et il ne cessera de porter du fruit » (Jér. 17:5-8).

Nous avons ici, dans un langage divinement clair et éloquent, les deux côtés de cet important sujet. La confiance terrestre amène une malédiction certaine ; son résultat est la stérilité et la désolation. Dieu, dans sa fidélité même, fera tarir toutes les sources humaines, fera écrouler tous les appuis humains, afin que nous apprenions quelle est la folie de ceux qui se détournent de Lui. Quelles images frappantes que celles employées dans le passage cité : « les lieux secs du désert », — « une terre salée et inhabitée ». Telles sont les figures employées par le Saint Esprit pour représenter la confiance en l’homme.

D’un autre côté, quoi de plus beau, de plus rafraîchissant que les images adoptées pour représenter toutes les bénédictions de la confiance simple et entière en l’Éternel : un arbre planté près des eaux, qui étend ses racines le long d’une eau courante, — la feuille toujours verte, le fruit ne cessant jamais ! Il en est de même de l’homme qui se confie en l’Éternel et dont l’Éternel est l’espérance. Il est nourri par ces sources éternelles qui coulent du cœur de Dieu. Il boit gratuitement de la fontaine d’eau vive. Il trouve toutes ses sources dans le Dieu vivant. La chaleur peut survenir, mais il ne s’en aperçoit point. L’année de la sécheresse peut arriver, il ne s’en met point en peine. Des milliers de ruisseaux tributaires peuvent tarir, il ne s’en doute pas, parce qu’il ne dépend pas d’eux. Il habite à côté de la fontaine jaillissante. Il ne manquera jamais de rien. Il vit par la foi.

Et maintenant, puisque nous sommes sur ce sujet, tâchons de comprendre bien clairement ce que c’est que vivre de foi ; et demandons-nous si tel est notre cas. On parle souvent de la vie de foi d’une manière peu intelligente. On croit que c’est simplement se confier en Dieu pour la nourriture et le vêtement. On cite certaines personnes n’ayant ni fortune, ni revenu assuré, comme « vivant de foi », comme si la vie glorieuse et merveilleuse de la foi n’avait pas une sphère plus vaste, une portée plus haute que les choses temporelles et la satisfaction de nos besoins.

Nous ne saurions protester avec trop de force, contre cette misérable appréciation de la vie de la foi. Elle en limite la sphère, en abaisse la portée d’une manière intolérable pour quiconque en connaît quelque peu les saints et précieux mystères. Pouvons-nous admettre un instant qu’un chrétien qui se trouve avoir un revenu assuré, doive pour cela être privé du privilège de vivre de foi ? Cette vie bénie ne s’élève-t-elle pas plus haut que la confiance en Dieu pour nos besoins temporels ? Ne nous donne-t-elle pas de Dieu une idée plus élevée que celle-ci : il ne nous laissera pas mourir de faim ni privés de vêtements ?

Loin de nous une telle pensée ! La vie de la foi ne doit pas être comprise de la sorte. Ce serait la déprécier grandement et faire un tort grave à ceux qui sont appelés à vivre de cette vie. Quelle est la signification de ces quelques paroles : « Le juste vivra de foi » ? Nous les trouvons pour la première fois dans Habakuk 2:4. Elles sont citées par l’apôtre en Rom. 1:17, où il pose le solide fondement du christianisme. Il les cite encore en Gal. 3:11, où il cherche anxieusement à ramener ces églises ensorcelées au fondement solide qu’elles abandonnaient dans leur folie. Enfin ces paroles se trouvent une quatrième fois au chap. 10:38, de l’épître aux Hébreux, où l’apôtre avertit ses frères du danger de rejeter leur confiance et de renoncer à atteindre le but.

Tout cela nous montre l’immense importance et la valeur pratique de ces quelques mots : « Le juste vivra de foi ». À qui s’appliquent-ils ? À quelques serviteurs du Seigneur qui n’ont pas de revenu assuré ? Non ; ils s’adressent à chaque enfant de Dieu et sont l’heureux privilège de tous ceux à qui peut s’appliquer le titre de « juste ». C’est une funeste erreur de limiter ce privilège. C’est donner la prééminence à une portion de la vie de la foi qui devrait être à l’arrière-plan, si une classification était ici permise, car il ne doit pas y en avoir. La vie de la foi est une. La foi est le grand principe de la vie divine, du commencement à la fin. Nous sommes justifiés par la foi et nous vivons par la foi ; nous sommes debout par la foi, et nous marchons par la foi. Du début à l’issue de la course chrétienne, tout est par la foi.

C’est donc une funeste erreur que de distinguer certaines personnes, qui dépendent du Seigneur pour leurs besoins temporels, et de dire qu’elles vivent de foi, comme si elles étaient les seules à le faire. Souvent même, on les donne en exemple à l’Église de Dieu, comme quelque chose de merveilleux, et le reste des chrétiens est amené à croire que le privilège de vivre de foi est entièrement au-dessus de leur portée ; ils sont ainsi trompés quant au vrai caractère et à la sphère de la vie de foi, et leur vie morale en souffre matériellement.

Que le lecteur chrétien comprenne donc clairement que c’est son heureux privilège, quelle que soit sa position sociale, de vivre d’une vie de foi dans toute l’acception de ce mot. Il peut, selon sa mesure, prendre le langage de l’apôtre et dire : « Ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2:20). Que personne ne lui ravisse ce précieux et saint privilège, qui appartient à tous les membres de la famille de la foi. Hélas ! trop souvent notre foi est faible, tandis qu’elle devrait toujours être forte, ferme et vigoureuse. Notre Dieu aime une foi ferme. Si nous étudions les évangiles, nous y verrons que rien ne réjouissait le cœur de Christ comme une foi qui Le comprenait, qui comptait largement sur Lui et qu’Il appelle « une grande foi ». Voyez, par exemple, la Syrophénicienne en Marc 7, et le centurion en Luc 7.

Il est vrai qu’il venait aussi au-devant d’une petite foi — de la foi la plus faible. Il pouvait répondre à un : « Si tu veux », par un miséricordieux : « Je veux », à un « Si tu peux », par un : « Le « Si tu peux », c’est : Crois ! toutes choses sont possibles à celui qui croit ». Le cœur du Sauveur était réjoui et son âme rafraîchie, lorsqu’il pouvait dire « Ô femme, ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu veux » (Matt. 15:28).

Nous pouvons être assurés qu’il en est de même aujourd’hui que lorsque notre bien-aimé Seigneur était sur la terre. Il aime qu’on se confie en Lui, qu’on se serve de Lui, qu’on compte sur Lui en toute occasion et pour toutes choses. Nous ne saurions aller trop loin en comptant sur son amour ou sur sa force. Il n’y a rien de trop petit, rien de trop grand, pour Lui. Il a toute puissance dans le ciel et sur la terre. Il est chef sur toutes choses à l’Assemblée. Il soutient l’univers et tout ce qu’il renferme par la parole de sa puissance. Les philosophes parlent des forces et des lois de la nature. Le chrétien pense avec délices à Christ, à sa Parole, à sa toute-science, à sa toute-puissance. Toutes choses ont été créées ou subsistent par Lui.

Son amour ! Quel repos de savoir que le Tout-Puissant créateur et conservateur de l’univers est l’ami éternel de nos âmes ; qu’il nous aime parfaitement ; que ses yeux sont toujours sur nous ; qu’il s’est chargé de pourvoir à tous nos besoins physiques, intellectuels ou spirituels. Il a des provisions pour toutes nos nécessités. Il est le trésor de Dieu pour nous.

Pourquoi chercherions-nous ailleurs ? Pourquoi faisons-nous, directement ou indirectement, connaître nos besoins à nos semblables et n’irions-nous pas tout droit à Jésus ? Nous faut-il de la sympathie ? Qui peut sympathiser avec nous comme notre miséricordieux Souverain Sacrificateur, touché par nos infirmités ? Avons-nous besoin de secours ? Qui pourrait nous secourir comme notre puissant ami, le possesseur de richesses incalculables ? Nous faut-il des conseils et des directions ? Qui peut nous en donner comme Celui qui est la sagesse même de Dieu, et qui nous a été fait sagesse de sa part ? N’affligeons pas son cœur aimant, ne déshonorons pas son nom glorieux en nous détournant de Lui. Luttons avec soin contre la tendance, qui nous est si naturelle, d’attendre des secours humains. Si nous nous tenons tout près de la Source, nous n’aurons jamais à nous plaindre de voir tarir les ruisseaux. En un mot, cherchons à vivre de foi, et par là à glorifier Dieu dans notre vie.

Revenons maintenant à notre chapitre, et tout d’abord, nous attirerons l’attention du lecteur sur le verset 2. C’est certainement une parenthèse bien remarquable : « Il y a onze journées depuis Horeb, par le chemin de la montagne de Séhir, jusqu’à Kadès-Barnéa ». Onze journées ! Et cependant ce trajet leur prit quarante années ! D’où cela vint-il ? Nous n’avons pas besoin d’aller loin pour trouver la réponse. N’en est-il pas de même pour nous ? Comme nous avançons lentement ! Que de tours et de détours ! Que de fois nous devons retourner en arrière et refaire le même chemin ! Nous avançons lentement, parce que nous apprenons lentement. Nous nous étonnons de ce qu’Israël ait mis quarante années à accomplir un voyage de onze jours ; nous aurions bien plus de raisons de nous en étonner pour nous-mêmes. Comme Israël, nous sommes retardés par notre incrédulité, par notre lenteur de cœur à croire ; mais nous sommes bien moins excusables, vu que nos privilèges sont bien plus élevés que les siens.

Les paroles de l’apôtre peuvent sûrement s’appliquer à beaucoup d’entre nous : « Car lorsque vous devriez être des docteurs, vu le temps, vous avez de nouveau besoin qu’on vous enseigne quels sont les premiers rudiments des oracles de Dieu, et vous êtes devenus tels, que vous avez besoin de lait et non de nourriture solide » (Héb. 5:12). Notre Dieu est un maître fidèle et sage, aussi bien que clément et patient. Il ne nous permet pas d’apprendre superficiellement nos leçons. Quelquefois nous croyons en avoir bien appris une, et nous essayons de passer à une autre, mais notre sage instituteur sait ce qu’il en est ; il voit la nécessité d’une étude plus approfondie. Il ne veut pas que nous nous en tenions à la théorie ou à la surface. Il nous gardera, s’il le faut, des années aux éléments jusqu’à ce que nous puissions aller plus loin.

Si cela est humiliant pour nous et prouve notre lenteur à apprendre, quelle bonté du Seigneur de se donner tant de peine pour nous instruire (*).

 

(*) Le voyage d’Israël de Horeb à Kadès-Barnéa représente l’histoire de beaucoup d’âmes cherchant la paix. Plusieurs des bien-aimés du Seigneur s’en vont, année après année, doutant, craignant, ne connaissant jamais le bonheur de la liberté par laquelle Christ affranchit son peuple. Il est triste de voir dans quel déplorable état beaucoup d’âmes sont retenues par le légalisme, par un faux enseignement, etc. Il est rare, de nos jours, de trouver une âme fermement établie dans la paix de l’Évangile. On considère comme une bonne chose, comme une marque d’humilité, d’être toujours dans le doute. On traite la confiance de présomption. En un mot, tout est renversé ; l’Évangile n’est pas connu ; les âmes sont sous la loi au lieu d’être sous la grâce ; on les tient à distance au lieu de leur apprendre à s’approcher de Dieu. La religion du temps actuel est un mélange déplorable de Christ et du moi ; de la loi et de la grâce ; de la foi et des œuvres ; et les âmes sont laissées dans une complète confusion. Sûrement cet état de choses demande l’attention la plus grande de tous ceux qui occupent la place si sérieuse de docteurs et de prédicateurs dans l’église professante. Un jour solennel s’approche où ils auront tous à rendre compte de leur ministère.

 

« Et il arriva, en la quarantième année, au onzième mois, le premier jour du mois, que Moïse parla aux fils d’Israël, selon tout ce que l’Éternel lui avait commandé pour eux » (vers. 3). Ces quelques mots renferment un volume d’instructions pour tous ceux qui sont appelés à expliquer la Parole. Moïse donnait au peuple ce qu’il avait lui-même reçu de Dieu ; rien de plus, rien de moins. Il le mettait en contact immédiat avec la parole vivante de l’Éternel. C’est là, en tout temps, le grand principe du ministère. La parole de Dieu seule subsistera, car elle possède une puissance et une autorité divines.

Tous ceux donc qui enseignent dans l’Assemblée de Dieu devraient mettre un soin jaloux à prêcher la Parole dans toute sa pureté, dans toute sa simplicité ; à la donner à leurs auditeurs comme ils la reçoivent de Dieu ; à les mettre en face du vrai langage de la Sainte Écriture. Ainsi seulement leur ministère s’adressera réellement aux cœurs et aux consciences de ceux qui les écoutent. Il liera l’âme à Dieu lui-même par le moyen de sa Parole, et produira une assurance et une fermeté qu’aucun enseignement humain ne donnera jamais.

Voyez l’apôtre Paul : ce fidèle serviteur de Christ cherchait à amener les âmes de ses auditeurs en contact direct et personnel avec Dieu lui-même. Il ne cherchait pas à les attacher à Paul. « Qui donc est Apollos, et qui Paul ? des serviteurs par lesquels vous avez cru » (1 Cor. 3:5). Le but de tout faux ministère est de s’attacher les âmes. Ainsi le ministre est élevé ; Dieu est mis de côté ; et l’âme est laissée sans base divine sur laquelle se reposer.

Voyons ce que dit encore notre apôtre sur cet important sujet : « Car je vous ai communiqué avant toutes choses ce que j’ai aussi reçu », rien de plus, rien de moins, « que Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, et qu’il a été ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » (1 Cor. 15:1-4).

C’est de toute beauté et bien propre à attirer l’attention sérieuse de tous ceux qui désirent être de vrais ministres de Christ. L’apôtre avait soin de laisser le fleuve divin couler directement de sa source jaillissante, du cœur de Dieu, dans les âmes des Corinthiens. Il sentait que cela seul avait de la valeur. S’il avait cherché à se les attacher, il aurait déshonoré son Maître, leur aurait fait un grand tort, et lui-même en aurait assurément subi une perte en la journée de Christ.

Mais Paul était bien loin de chercher à se faire un parti. Notez ce qu’il dit à ses bien-aimés Thessaloniciens : « C’est pourquoi aussi nous, nous rendons sans cesse grâces à Dieu de ce que, ayant reçu de nous la parole de la prédication qui est de Dieu, vous avez accepté, non la parole des hommes, mais (ainsi qu’elle l’est véritablement) la parole de Dieu, laquelle aussi opère en vous qui croyez » (1 Thes. 2:13).

Nous nous sentons pressés de recommander ce sujet si important à l’examen sérieux de l’Église. Si tous les soi-disant ministères de Christ suivaient l’exemple de Moïse et de Paul, nous verrions un état de choses bien différent dans l’Église professante. Mais, hélas ! il est de fait que l’Église de Christ, comme autrefois Israël, s’est complètement éloignée de l’autorité de sa Parole. Où que l’on aille, on voit pratiquer et enseigner des choses qui n’ont pas de fondement dans l’Écriture. Non seulement, on tolère, mais on sanctionne et on défend à outrance des choses qui sont en opposition directe avec l’Esprit de Christ. Si l’on demande où est l’autorité divine pour telle ou telle pratique, on nous répond que Christ ne nous a pas donné de directions pour ce qui concerne les affaires d’église, qu’il nous a laissés libres d’agir d’après nos consciences, notre jugement ou nos sentiments religieux ; qu’il est absurde d’exiger un : « ainsi a dit l’Éternel », pour tous les détails en rapport avec nos institutions religieuses ; qu’une large marge nous est laissée pour y faire entrer nos coutumes nationales et nos diverses manières de penser. On prétend que les chrétiens de profession sont libres de se former en soi-disant églises, de choisir la forme particulière de gouvernement de celles-ci, de faire leurs propres arrangements et de nommer leurs propres officiants.

En est-il ainsi ? se demandera le lecteur chrétien. Se peut-il que le Seigneur ait laissé son Église sans directions sur des points aussi importants ? Se peut-il que l’Église de Dieu soit plus mal partagée à cet égard que le peuple d’Israël ? Dans nos études des livres de l’Exode, du Lévitique et des Nombres, nous avons vu quels soins admirables l’Éternel prenait pour instruire son peuple des plus minutieux détails en rapport avec leur culte public et leur vie privée. Tout ce qui concernait le tabernacle, le temple, la sacrificature, les ordonnances, les fêtes et les sacrifices, les solennités périodiques, les années, les mois, les jours, les heures même, tout était prescrit et arrangé avec une précision divine. Rien n’était laissé au jugement de l’homme, à sa sagesse, à sa raison ; sa conscience n’avait absolument rien à voir dans tout cela. S’il en eût été autrement, nous n’aurions jamais eu cet admirable et profond système typique, que la plume inspirée de Moïse nous a présenté. Si Israël avait eu la liberté d’agir comme on voudrait nous faire croire que l’Église en a la liberté, quelle confusion, combien de querelles, de divisions, de partis en auraient été l’inévitable résultat !

Il n’en était point ainsi. La parole de Dieu elle-même décidait de tout. « Selon tout ce que l’Éternel avait commandé à Moïse ». Cette phrase si significative précédait tout ce qui était prescrit et tout ce qui était défendu à Israël. Leurs institutions nationales, leurs habitudes domestiques, leur vie publique et privée, tout dépendait de ce commandement : « Ainsi a dit l’Éternel ». Il n’y avait pas lieu à ce qu’un membre de la congrégation pût dire : « Je ne puis voir ceci » ; ou « je ne puis comprendre ou approuver cela ». Un tel langage aurait été considéré comme un fruit de la volonté propre. Tout aussi bien aurait-il pu dire : « Je ne puis être d’accord avec l’Éternel ». Dieu lui-même avait donné pour toutes choses des directions si claires et si simples, qu’il n’y avait plus de place pour des discussions humaines. Dans toute l’économie mosaïque, il n’y avait pas la largeur d’un cheveu où l’homme pût faire entrer son opinion ou son jugement. L’homme ne pouvait rien ajouter à ce vaste système d’ombres et de types divins, exposés dans un langage si simple et si compréhensible, que tout ce qu’Israël avait à faire c’était d’obéir — non pas raisonner, discuter, argumenter, mais obéir.

Hélas ! ils faillirent, nous le savons. Ils firent leur propre volonté ; ils suivirent leur propre chemin, ils firent « chacun ce qui était bon à ses yeux » (Juges 21:25). Ils s’écartèrent de la parole de Dieu, pour suivre l’imagination et les conseils de leurs méchants cœurs ; ils s’attirèrent ainsi la colère et l’indignation dont ils souffrent encore aujourd’hui.

Mais tout cela n’a rien à faire avec le point qui nous occupe maintenant. Israël avait les oracles de Dieu, et ces oracles étaient divinement suffisants pour le guider en toutes choses. Il n’y avait aucune place laissée pour les commandements et les doctrines des hommes. La parole de l’Éternel prévoyait chaque circonstance, répondait à toutes les exigences, et cette parole était si claire qu’un commentaire humain était inutile.

L’Église de Dieu est-elle plus mal partagée que l’Israël de jadis, sous le rapport de la direction et de l’autorité ? Les chrétiens sont-ils chargés de choisir et d’organiser eux-mêmes ce qui concerne le culte et le service de Dieu ? Y a-t-il là matière à discussions humaines ? La parole de Dieu est-elle suffisante ou ne l’est-elle pas ? A-t-elle laissé quelque chose sans y pourvoir ? Écoutons le témoignage suivant : « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 3:16, 17).

Voilà qui est concluant. L’Écriture Sainte renferme tout ce qu’il faut à l’homme de Dieu pour le rendre accompli, et propre à tout ce qui peut être appelé une « bonne œuvre ». Or, si cela est vrai quant à l’homme de Dieu individuellement, cela est vrai aussi quant à l’Église de Dieu collectivement. L’Écriture est pleinement suffisante pour l’un et pour l’autre, elle l’est pour tous. Dieu soit béni de ce qu’il en est ainsi ! Quelle grâce immense d’avoir un guide écrit ! Sans cela que ferions-nous ? Que deviendrions-nous ? De quel côté nous tournerions-nous ? Si nous étions laissés à la merci des traditions et des arrangements humains pour les choses de Dieu, quelle confusion désespérante ! Quel conflit d’opinions !

On nous dira peut-être que bien que nous soyons en possession des Saintes Écritures, nous avons néanmoins des sectes, des partis, des confessions, des écoles théologiques innombrables. D’où cela vient-il ? Simplement de ce que nous refusons de nous soumettre moralement à l’autorité de l’Écriture Sainte. C’est le secret du mal, la vraie cause de toutes les sectes et de tous les partis, qui sont la honte et l’opprobre de l’Église de Dieu.

C’est en vain que l’on prendra la défense de cet état de choses, en disant qu’il est le résultat naturel du libre examen et du jugement personnel dont se vante et se glorifie la chrétienté protestante. Nous ne saurions croire un instant qu’une raison semblable subsistera devant le tribunal du Christ. Nous croyons au contraire que cette liberté de pensée, que cette indépendance de jugement si vantées, sont en opposition directe avec l’esprit d’obéissance implicite et respectueuse qui est due à notre adorable Seigneur et Maître. De quel droit un serviteur exercerait-il son jugement personnel, lorsque son maître lui a clairement exprimé sa volonté ? Son devoir est simplement d’obéir, non de raisonner ou de questionner. Il manque à ce devoir en exerçant son jugement particulier.

On convient de tout cela lorsqu’il s’agit des choses terrestres, mais dans les choses de Dieu, les hommes se croient libres de juger par eux-mêmes. C’est une fatale erreur. Dieu nous a donné sa Parole, et cette Parole est si claire que nul ne saurait s’y tromper. Si donc nous nous laissions tous guider par elle, si nous nous inclinions tous, dans un esprit d’implicite obéissance, devant sa divine autorité, il ne saurait y avoir ni opinions contradictoires, ni sectes diverses. Il est impossible que l’Écriture Sainte puisse enseigner des doctrines contradictoires. Elle ne saurait prêcher à l’un l’anglicanisme, à l’autre le presbytérianisme, à un troisième le méthodisme. Elle ne saurait absolument pas donner des bases opposées à diverses écoles de la pensée. Ce serait faire insulte au volume divin, que de lui attribuer toutes les tristes divisions de l’église professante ; une pensée aussi impie fera frissonner une âme pieuse. L’Écriture ne peut se contredire ; par conséquent si deux hommes ou si dix milliers d’hommes sont enseignés exclusivement par l’Écriture, ils penseront tous de même.

Voyez ce que l’apôtre dit à l’église de Corinthe et à nous aussi : « Or je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ », — remarquez la force de cet appel, — « à parler tous un même langage, et à ce qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais que vous soyez parfaitement unis, dans un même sentiment et dans un même avis » (1 Cor. 1:10).

Que fallait-il faire pour obtenir ce résultat béni ? Fallait-il que chacun se permît de juger par soi-même ? Hélas ! ce fut précisément cela qui donna naissance à toutes les divisions, à toutes les disputes de l’assemblée de Corinthe, et lui attira la sévère remontrance du Saint Esprit. Ces pauvres Corinthiens croyaient qu’ils avaient le droit de penser, de juger, de choisir par eux-mêmes, et quel en fut le résultat ? « Car, mes frères, il m’a été dit de vous, par ceux qui sont de chez Chloé, qu’il y a des dissensions parmi vous. Or voici ce que je dis, c’est que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul ; et moi, d’Apollos ; et moi, de Céphas ; et moi, de Christ. Le Christ est-il divisé ? » (1 Cor. 1:11: 12).

Nous avons ici le jugement particulier et ses tristes et immanquables fruits. Un homme a tout autant de droit qu’un autre à juger par lui-même, et aucun n’a le droit d’imposer ses opinions à ses semblables. Que faut-il donc faire ? Jeter aux quatre vents nos pensées particulières, et nous soumettre avec révérence à l’autorité suprême et absolue de l’Écriture. Sinon, comment l’apôtre pouvait-il supplier les Corinthiens de « parler tous le même langage et d’être parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis ? » Qui est-ce qui devait prescrire le « langage » qu’ils devaient tous « parler » ? Dans le « sentiment » ou dans « l’avis » de qui, devaient-ils « être parfaitement unis » ? Est-ce que tel membre de l’Assemblée, quelque doué qu’il pût être, avait le moindre droit de prescrire ce que ses frères devaient dire, penser ou croire ? Certainement non. Il n’y avait qu’une autorité absolue, parce qu’elle était divine, à laquelle tous étaient tenus, ou plutôt avaient le privilège de se soumettre. Les opinions humaines, la conscience, la raison, le jugement, sont sans aucune valeur en matière d’autorité. La parole de Dieu est la seule autorité, et si nous sommes tous gouvernés par elle, nous « parlerons tous le même langage », et il n’y aura pas de divisions parmi nous, car « nous serons parfaitement unis dans un même sentiment et dans un même avis ».

Condition admirable mais qui, hélas ! n’est pas actuellement celle de l’Église de Dieu ; c’est pourquoi il est parfaitement évident que nous ne sommes pas tous gouvernés par une seule et même autorité suprême, absolue et suffisante, — la voix de l’Écriture Sainte — cette voix bénie qui n’a jamais de note discordante, qui a toujours une harmonie divine pour l’oreille sanctifiée.

Voilà la racine de tout le mal. L’Église s’est éloignée de l’autorité de Christ, telle qu’elle est démontrée dans sa Parole. Tant que cela n’est pas reconnu, il est inutile de discuter les droits des divers systèmes ecclésiastiques ou théologiques. Si un homme ne reconnaît pas que c’est son devoir sacré d’éprouver tout système, quel qu’il soit, au creuset de la parole de Dieu, c’est en vain qu’on discutera avec lui. Si nous n’avons pas une autorité divine, un guide infaillible, comment est-il possible à qui que ce soit d’être certain qu’il marche dans le bon chemin ? S’il est vrai que nous avons la liberté de choisir nous-mêmes parmi les innombrables chemins qui nous entourent, alors, adieu à toute certitude, à la paix de l’âme, au repos du cœur, à toute sainte stabilité. Si nous ne pouvons pas dire de la place que nous occupons, du chemin que nous suivons, et du travail dans lequel nous sommes engagés : « C’est là ce que le Seigneur a commandé », nous pouvons être sûrs que nous sommes dans une fausse position, et plus tôt nous la quitterons mieux ce sera.

Grâce à Dieu, son enfant ou son serviteur n’est pas obligé de demeurer un instant en contact avec ce qui est mal. « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (2 Tim. 2:19). Mais comment saurons-nous ce qui est iniquité ? Par la parole de Dieu. Tout ce qui est contraire à l’Écriture dans la doctrine ou dans la morale est iniquité, et je dois m’en retirer, coûte que coûte. C’est une question individuelle : « Quiconque ». « Celui qui a des oreilles » (Matt. 11:15). « Celui qui vaincra ». « Si quelqu’un entend ma voix » (Apoc. 3:20, 21).

Voilà le grand point : c’est la voix de Christ, non celle de cet excellent homme-ci ou de cet excellent homme-là ; ce n’est pas la voix de l’Église, celle des pères ou celle des conciles, mais la voix de notre bien-aimé Seigneur et Maître. C’est la conscience individuelle mise en contact direct avec la voix de Christ, la parole de Dieu vivante et éternelle, l’Écriture Sainte. Pour être au clair et à l’abri de toute incertitude, il nous fallait une autorité suprême et inattaquable, un fanal immuable, et, grâce à Dieu, nous l’avons. Dieu a parlé, il nous a donné sa Parole, et c’est, à la fois, notre devoir, notre privilège, notre sécurité morale et notre bonheur que de lui obéir.

Il est de toute importance que rien ne vienne se placer entre la conscience et la révélation divine. On parle de l’autorité de la voix de l’Église ; de quelle Église ? Est-ce l’église grecque, latine, protestante, presbytérienne ? Toutes diffèrent entre elles, et il y a même des partis, des sectes, des dissensions dans chacune d’elles. Les conciles ont différé ; les pères se sont disputés ; les papes se sont excommuniés l’un l’autre. Dans l’église anglicane, nous avons la haute église, la basse et la large, chacune différant des autres. Dans l’église d’Écosse ou presbytérienne, il y a aussi trois grandes divisions. Et si, dans sa perplexité, une pauvre âme angoissée se détourne de ces grands systèmes, pour chercher la lumière parmi les dissidents, s’en trouvera-t-elle mieux ?

Cher lecteur, le cas est sans espoir. L’église professante tout entière s’est révoltée contre l’autorité de Christ, et ne saurait être un guide ou une autorité pour personne. Dans les chap. 2 et 3 de l’Apocalypse, nous voyons l’Église sous le jugement, et l’appel sept fois répété est : « Que celui qui a des oreilles écoute ». Écoute quoi ? La voix de l’Église ? Impossible ! Le Seigneur ne saurait nous dire d’écouter la voix de ce qui est soi-même sous le jugement. Qui doit-on donc écouter ? « Qu’il écoute ce que l’Esprit dit aux assemblées ».

Mais où cette voix se fait-elle entendre ? Seulement dans les Saintes Écritures données de Dieu, dans sa grâce infinie, pour guider nos âmes dans le chemin de la paix et de la vérité, malgré la ruine totale de l’Église et les ténèbres et la confusion dans la chrétienté baptisée. Le langage humain ne saurait trouver de termes pour exprimer le bonheur de posséder une autorité et un guide divin et infaillible pour notre route ici-bas. Mais rappelons-nous, que nous sommes responsables de la manière dont nous suivons ce guide et nous soumettons à cette autorité. Il est vain et même dangereux moralement de faire profession d’avoir un guide et une autorité divine, si nous ne nous y soumettons pas entièrement. C’est là ce qui caractérisait les Juifs, aux jours de notre Seigneur. Ils avaient les Écritures, mais ils ne leur obéissaient pas. Et l’un des plus tristes caractères de la chrétienté de notre temps, c’est qu’elle se vante de posséder la Bible, tout en mettant hardiment de côté son autorité.

Nous sentons profondément le sérieux de tout ceci, et nous le mettons sur la conscience du lecteur chrétien. La parole de Dieu est virtuellement mise de côté parmi nous. De toutes parts, on pratique et on sanctionne des choses qui, non seulement ne sont pas fondées sur l’Écriture, mais qui lui sont diamétralement opposées.

Nous sommes persuadés que ce qui caractérisera tous ceux qui veulent marcher fidèlement dans ces dernières heures de l’histoire terrestre de l’Église, c’est un profond respect pour la parole de Dieu, et un attachement sincère à la personne de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. Ces deux choses sont liées ensemble par un anneau sacré et indestructible.

« L’Éternel, notre Dieu, nous parla en Horeb, disant : Vous avez assez demeuré dans cette montagne. Tournez-vous, et partez, et allez à la montagne des Amoréens et dans tous les lieux voisins, dans la plaine, dans la montagne, et dans le pays plat, et dans le midi, et sur le rivage de la mer, au pays des Cananéens et au Liban, jusqu’au grand fleuve, le fleuve Euphrate » (vers. 6, 7).

Nous verrons, en parcourant ce Livre, que l’Éternel s’y adresse à son peuple, d’une manière beaucoup plus directe et plus simple, que dans les trois livres précédents. Nous savons, par le livre des Nombres, que les mouvements du camp étaient dirigés par la nuée, et annoncés par le son de la trompette. Mais, dans ce cinquième livre, il n’est fait allusion ni à l’un ni à l’autre ; c’est beaucoup plus simple et familier : « L’Éternel, notre Dieu, nous parla en Horeb, disant : Vous avez assez demeuré dans cette montagne ».

C’est de toute beauté, et cela nous rappelle l’admirable simplicité des temps des patriarches, lorsque l’Éternel leur parlait comme un homme parle à son ami.

Mais dans l’Exode, le Lévitique et les Nombres, nous avons quelque chose de tout à fait différent. Nous y voyons se déployer un vaste système de types et d’images, de rites, d’ordonnances et de cérémonies, qui étaient imposés au peuple pour un temps, et dont la signification nous est donnée dans l’épître aux Hébreux (Héb. 9:8-10).

Sous ce système, les enfants d’Israël étaient tenus à distance de Dieu. Il n’en était pas pour eux comme du temps de leurs pères, dans le livre de la Genèse. Dieu était comme voilé. Les traits principaux des cérémonies lévitiques étaient, quant à ce qui concernait le peuple, servitude, obscurité, éloignement. Mais, d’un autre côté, leurs types et leurs images représentaient le grand sacrifice, qui est le fondement de tous les conseils merveilleux de Dieu, et par le moyen duquel il peut, en toute justice et d’accord avec l’amour de son cœur, s’acquérir un peuple qui lui est cher, à la louange de la gloire de sa grâce.

Nous l’avons déjà dit, nous trouverons comparativement, peu de rites et de cérémonies dans le livre du Deutéronome. L’Éternel communique plus directement avec le peuple ; les sacrificateurs même se présentent rarement à nous, et quand il est fait allusion à eux, c’est au point de vue moral plutôt que cérémoniel. Nous en aurons la preuve en avançant dans notre étude.

« L’Éternel, notre Dieu, nous parla en Horeb, disant : Vous avez assez demeuré dans cette montagne. Tournez-vous et partez, et allez à la montagne des Amoréens ». Quel privilège d’avoir l’Éternel si près d’eux, s’intéressant à tous leurs mouvements et à tout ce qui les concernait ! Il savait combien de temps ils devaient rester dans un endroit, et de quel côté se diriger ensuite.

Que leur restait-il donc à faire ? Quel était leur devoir pur et simple ? Obéir. Là se trouvait le secret de leur paix, de leur bonheur, de leur sécurité morale. Ils n’avaient pas à s’inquiéter de leurs mouvements ; tout leur voyage était arrangé pour eux par Celui qui connaissait chaque pas du chemin depuis Horeb à Kadès-Barnéa ; ils n’avaient qu’à vivre au jour le jour, dans une heureuse dépendance de Lui.

Position bénie et privilégiée ! Mais elle demandait une volonté brisée. Si, lorsque l’Éternel avait dit : « Vous avez assez demeuré en cette montagne », ils avaient, au contraire, décidé d’y rester un peu plus longtemps, ils y seraient restés sans Lui ; sa compagnie, ses conseils et son secours ne leur étaient assurés que sur le chemin de l’obéissance.

Il en est de même de nous. Nous avons le précieux privilège de pouvoir remettre tout ce qui nous concerne entre les mains, non seulement du Dieu de l’alliance, mais d’un Père qui nous aime. Sa bonne Parole nous dit : « Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ». C’est alors que « la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4:6, 7).

Mais on demandera peut-être : « Comment Dieu dirige-t-il son peuple maintenant ? Nous ne pouvons espérer d’entendre sa voix, nous disant ce que nous avons à faire ».

Nous pouvons être guidés de deux manières : par la Parole et par le Saint Esprit ; et nous devons nous rappeler que ces deux choses seront toujours d’accord. Une personne peut se croire amenée par le Saint Esprit à suivre une certaine ligne de conduite, dont les conséquences sont en opposition avec la parole de Dieu. Son erreur sera mise en évidence. Il est très dangereux de se fier à ses impressions ou d’agir par impulsion ; les conséquences les plus fatales peuvent en résulter. Mais nous pouvons nous fier à l’Écriture sans aucune hésitation, et nous verrons toujours que l’homme conduit par le Saint Esprit n’agira jamais en contradiction avec la parole de Dieu. C’est ce que nous pouvons appeler un axiome de la vie divine ; une règle immuable du christianisme pratique. Que n’y a-t-on prêté plus d’attention dans toutes les périodes de l’histoire de l’Église !

Un autre côté de cette question demande encore notre sérieuse considération. On entend souvent parler « de la divine Providence », comme d’un guide auquel on peut se fier. Il se peut que ce ne soit là qu’une manière d’exprimer l’idée d’être guidé par les circonstances, ce qui est loin d’être une direction convenable pour un chrétien. Sans doute, le Seigneur nous fait connaître quelquefois sa volonté, et nous montre notre chemin d’une manière que nous appelons providentielle ; mais nous devons vivre bien près de Lui pour pouvoir discerner convenablement ce fait ; sans cela, il se peut que ce que nous appelons « circonstances providentielles », ne soient que des pierres d’achoppement sur le sentier de l’obéissance. Les circonstances extérieures doivent être pesées en la présence de Dieu et jugées à la lumière de sa Parole, sans quoi elles peuvent nous conduire aux plus graves erreurs. Bref, la parole de Dieu est la pierre de touche parfaite pour toutes choses ; les circonstances extérieures, les impressions intimes et les sentiments, — tout doit être placé dans la lumière de l’Écriture Sainte, et jugé là calmement et sérieusement. C’est le vrai chemin de la paix, de la sûreté et de la bénédiction pour tout enfant de Dieu.

On peut répondre à tout ceci, que nous ne saurions nous attendre à trouver un passage de la Bible pour nous guider dans les mille détails de notre vie journalière. En effet ; mais il y a dans l’Écriture certains grands principes qui, appliqués à propos, seront une direction divine, même dans les cas où nous ne pourrions trouver un texte formel. En outre, nous avons l’assurance certaine, que notre Dieu peut guider ses enfants en toutes choses, et qu’il le fait. « Par l’Éternel les pas de l’homme sont affermis » (Ps. 37:23). « Il fera marcher dans le droit chemin les débonnaires, et il enseignera sa voie aux débonnaires » (Ps. 25:9). « Je te conseillerai ayant mon œil sur toi » (Ps. 32:8). Il peut nous montrer sa volonté à l’égard de telle ou de telle chose ; sans cela où en serions-nous ? Dans quelque cas que ce soit, il peut nous donner, d’une manière parfaite, la certitude que nous faisons sa volonté ; et, sans cette certitude, nous ne devrions jamais faire un pas. Si nous sommes indécis, restons tranquilles et attendons.

Souvent il arrive que nous nous tourmentons pour des choses que Dieu ne nous demande pas du tout. Quelqu’un disait un jour à un ami : « Je ne sais de quel côté me tourner ». « Eh bien ! ne vous tournez d’aucun côté », fut la sage réponse.

Mais ici se place un point moral de toute importance : c’est notre état d’âme, qui joue ici un grand rôle. Ce sont « les débonnaires qu’il fera marcher dans la justice et auxquels il enseignera sa voie ». Si nous sommes humbles et méfiants de nous-mêmes, si nous comptons sur Dieu en simplicité de cœur, il nous dirigera sûrement. Mais c’est un fatal manque de droiture que de demander conseil à Dieu, lorsque nous avons un parti pris et que notre volonté est en jeu.

Prenez l’exemple de Josaphat, dans 1 Rois 22: « Et il arriva, en la troisième année, que Josaphat, roi de Juda, descendit vers le roi d’Israël », — faute grave, pour commencer, — « Et le roi d’Israël dit à ses serviteurs : savez-vous que Ramoth de Galaad est à nous ? Et nous nous taisons sans la reprendre de la main du roi de Syrie ! Et il dit à Josaphat : Viendras-tu avec moi à la guerre à Ramoth de Galaad ? Et Josaphat dit au roi d’Israël : Moi, je suis comme toi, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme tes chevaux » et, comme nous le lisons en 2 Chroniques 18:3: « je serai avec toi dans la guerre ».

Nous voyons ici que son parti était pris avant qu’il ne pensât à consulter Dieu dans cette affaire. Il était dans une fausse position. Il était tombé dans le piège de l’ennemi, faute de posséder un œil simple ; il n’était donc pas en état de recevoir la direction divine. Il était décidé à faire sa propre volonté, et le Seigneur lui en laisse recueillir les fruits. Sans la miséricorde infinie de Dieu, il serait tombé sous les coups des Syriens, et on l’aurait emporté mort du champ de bataille.

Il est vrai qu’il avait dit au roi d’Israël : « Enquiers-toi aujourd’hui, je te prie, de la parole de l’Éternel ». Mais à quoi cela servait-il après qu’il s’était engagé à faire cette guerre ? S’il eût été dans un bon état d’âme, il n’aurait jamais demandé conseil pour un cas pareil. Son état d’âme étant mauvais, sa position était fausse, et ses intentions en opposition directe avec les pensées et la volonté de Dieu. Par conséquent, quoiqu’il entendît le messager de l’Éternel prononcer un jugement solennel sur toute cette expédition, il n’en suivit pas moins son propre chemin et fut bien près d’y perdre la vie.

Nous voyons la même chose au chap. 42 de Jérémie. Les Israélites s’adressent au prophète pour savoir s’ils doivent descendre en Égypte. Mais ils étaient déjà tout décidés. Ils voulaient faire leur propre volonté. S’ils avaient été humbles, ils n’auraient pas eu besoin de demander conseil à cet égard. « Et ils dirent à Jérémie : L’Éternel soit entre nous un témoin véritable et fidèle, si nous ne faisons selon toute la parole pour laquelle l’Éternel, ton Dieu, t’enverra vers nous ! Soit bien, soit mal, nous écouterons la voix de l’Éternel, notre Dieu, vers qui nous t’envoyons, afin qu’il nous arrive du bien, quand nous écouterons la voix de l’Éternel, notre Dieu ».

Tout cela paraît très bon et rempli de promesses. Mais remarquez la suite. Lorsqu’ils virent que le jugement et le conseil de Dieu ne s’accordaient pas avec leur volonté, « tous ces hommes orgueilleux parlèrent à Jérémie, disant : C’est un mensonge que tu dis ; l’Éternel, notre Dieu, ne t’a pas envoyé pour nous dire : N’allez point en Égypte pour y séjourner » (chap. 43:2).

L’orgueil et la volonté propre étaient à l’œuvre. Tous ces vœux et toutes ces promesses étaient illusoires : « Vous vous êtes séduits vous-mêmes dans vos âmes, dit Jérémie, quand vous m’avez envoyé vers l’Éternel, votre Dieu, disant : Prie l’Éternel, notre Dieu, pour nous, et selon tout ce que l’Éternel, notre Dieu, dira, ainsi déclare-nous, et nous le ferons ». Tout aurait bien été, si la réponse divine se fût accordée avec leur volonté dans cette affaire, mais comme elle lui était en opposition, ils la repoussent entièrement.

Combien souvent n’en est-il pas ainsi ? La parole de Dieu ne convient pas à l’homme ; elle le juge ; elle est en directe opposition à sa volonté ; elle dérange ses plans ; c’est pourquoi il la rejette. La volonté et la raison humaines sont toujours en antagonisme avec la Parole. Le chrétien doit donc mettre de côté l’une et l’autre, s’il désire réellement être conduit par Dieu. Une volonté non brisée et l’aveugle raison, ne nous mèneront que dans les ténèbres, la misère et la désolation. Jonas voulut aller à Tarsis, quand il aurait dû aller à Ninive, et la conséquence fut qu’il se trouva « dans le sein du sépulcre », avec « les algues enveloppant sa tête » (Jonas 2:6). Ainsi aussi Josaphat voulut monter à Ramoth de Galaad, quand il aurait dû être à Jérusalem ; la conséquence fut qu’il se trouva environné par les épées des Syriens. Le reste du peuple, aux jours de Jérémie, voulut descendre en Égypte, au lieu de rester à Jérusalem ; la conséquence fut qu’ils moururent par l’épée, par la famine et la peste, dans ce pays d’Égypte, « où ils désiraient aller pour y séjourner ».

Il en sera toujours ainsi. Le chemin de la propre volonté est un chemin de ténèbres et de misère. Le chemin de l’obéissance est un sentier de lumière et de bénédiction, un sentier sur lequel les rayons de la faveur divine brillent toujours avec éclat. Ce chemin peut paraître étroit, rude et solitaire, à l’œil humain ; mais, pour l’âme obéissante, c’est un sentier de vie, de paix et de sécurité morale. « Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante qui va croissant jusqu’à ce que le plein jour soit établi » (Prov. 4:18). Sentier précieux ! Puissions-nous tous être trouvés y marchant d’un pas résolu !

Avant de quitter ce sujet si pratique de l’obéissance et de la direction divine, nous prierons nos lecteurs de s’arrêter avec nous quelques instants sur un beau passage du chapitre 11 de Luc ; ils le trouveront rempli d’instructions précieuses.

« La lampe du corps, c’est ton œil ; lorsque ton œil est simple, ton corps tout entier aussi est plein de lumière ; mais lorsqu’il est méchant, ton corps aussi est ténébreux. Prends donc garde que la lumière qui est en toi ne soit ténèbres. Si donc ton corps tout entier est plein de lumière, n’ayant aucune partie ténébreuse, il sera tout plein de lumière, comme quand la lampe t’éclaire de son éclat » (vers. 34-36).

Rien ne peut égaler la beauté et la force morales de ce passage. Tout d’abord, nous avons « l’œil simple ». Il est essentiel pour la jouissance de la direction divine. Il indique une volonté brisée, un cœur honnêtement résolu à faire la volonté de Dieu, sans prétextes personnels ou autres, et quelle que puisse être cette volonté.

Quand l’âme est dans cette situation, la lumière divine y resplendit et le corps en est rempli. D’où il suit que, si le corps n’est pas plein de lumière, c’est que l’œil n’est pas simple ; la volonté propre, des motifs divers, des intérêts personnels sont en jeu ; nous ne sommes pas droits devant Dieu. Dans ce cas, la lumière que nous faisons profession d’avoir est ténèbres ; et il n’y a pas de ténèbres plus profondes et plus terribles, que ces ténèbres judiciaires, qui s’étendent sur un cœur gouverné par la propre volonté, tout en professant d’avoir la lumière de Dieu. Cela se verra avec toute son horreur dans la chrétienté, lorsque « sera révélé l’inique, que le Seigneur Jésus consumera par le souffle de sa bouche et qu’il anéantira par l’apparition de sa venue » (2 Thes. 2:8).

Combien cela est terrible ! et avec quelle solennité cela s’adresse à l’église professante tout entière ; à vous et à moi aussi, cher lecteur ! La lumière non utilisée devient ténèbres. « Si la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres » (Matt. 6:23). D’autre part, une faible lumière, sincèrement suivie, augmentera sûrement, car « à celui qui a, il sera donné davantage ».

Ce progrès moral est admirablement exposé au verset 36 de Luc 11: « Si donc ton corps tout entier est plein de lumière, n’ayant aucune partie ténébreuse », — pas de coin fermé aux rayons célestes, — pas de réserve déloyale, — tout ton être moral sera exposé à l’action de la lumière divine. De plus, l’âme obéissante a non seulement une lumière pour son propre sentier, mais cette lumière brille au dehors, de sorte que d’autres la voient, comme l’éclat brillant d’une lampe. « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, en sorte qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matt. 5:16).

Le sentier du juste est celui de la sagesse céleste, de la paix parfaite. N’oublions jamais que c’est notre grand privilège d’être dirigés par Dieu dans les plus petits détails de notre vie de chaque jour. Celui qui n’est pas ainsi guidé bronchera souvent ; il fera plus d’une chute, plus d’une triste expérience. Quel privilège béni que de marcher, jour après jour, dans le sentier tracé pour nous par notre Père ; sentier que l’œil de l’aigle n’a point vu, que le lionceau n’a point foulé ; sentier d’une sainte obéissance, dans lequel les humbles et les petits se trouveront toujours, à la louange et à la gloire de Celui qui le leur a ouvert.

Dans la suite de notre chapitre, Moïse répète au peuple, dans un langage d’une touchante simplicité, les faits relatifs à la nomination des juges et à la mission des espions. Ici, Moïse attribue l’établissement des juges à sa propre suggestion. La mission des espions fut proposée par le peuple. Ce cher serviteur de Dieu trouvait le poids de la congrégation trop lourd pour lui ; il était lourd en effet, bien que nous sachions que la grâce de Dieu était amplement suffisante pour tous les besoins, et de plus, que cette grâce pouvait agir tout aussi bien avec un seul homme qu’avec soixante et dix.

Nous pouvons néanmoins comprendre la crainte qu’éprouvait « l’homme le plus doux de la terre », relativement à la responsabilité d’une charge aussi importante ; le langage qu’il emploie pour exprimer cette crainte est touchant au plus haut degré : « Et je vous parlai, en ce temps-là, disant : Je ne puis, moi seul, vous porter ». Non, assurément, nul homme ne l’aurait pu ; mais Dieu était là pour répondre aux besoins de tous les moments. « L’Éternel, votre Dieu, vous a multipliés, et vous voici aujourd’hui, en multitude, comme les étoiles des cieux. Que l’Éternel, le Dieu de vos pères, ajoute à votre nombre mille fois ce que vous êtes, et vous bénisse, comme il vous l’a dit ! » (vers. 10-12). Belle parenthèse ! Souhaits d’un cœur généreux ! — « Comment porterais-je, moi seul, votre charge, et votre fardeau, et vos contestations ? »

Le secret de beaucoup de leurs « charges et de leurs fardeaux » c’est qu’ils n’étaient pas d’accord entre eux ; il y avait des différends, des controverses et des procès ; et qui aurait pu porter un tel poids ? N’en aurait-il pas dû être autrement ? S’ils eussent marché d’accord, il n’y aurait pas eu de procès à juger, et par conséquent nul besoin de juges pour les juger. Si chaque membre de la congrégation eût cherché l’intérêt, l’avantage, le bonheur de ses frères, il n’y aurait pas eu de querelles.

Il n’en était point ainsi d’Israël dans le désert et, ce qui est bien plus humiliant, il n’en est pas ainsi de l’Église de Dieu, quoique nos privilèges soient bien plus grands.

À peine l’assemblée eut-elle été formée, par la présence du Saint Esprit, que des accents de murmure et de mécontentement s’y firent entendre. Et pourquoi ? À propos d’une « négligence » réelle ou imaginaire (Actes 6). Quoi qu’il en soit, le moi était à l’œuvre. Si la négligence était imaginaire, les Grecs étaient blâmables ; si elle était réelle, alors les Hébreux étaient blâmables. Il arrive ordinairement en pareils cas, qu’il se trouve des fautes des deux côtés ; mais le seul moyen d’éviter les disputes, les dissensions et les murmures, c’est de fouler aux pieds le moi et de rechercher sincèrement le bien des autres. Si cela eût été compris et pratiqué dès le commencement, combien la tâche de l’historien sacré eût été différente ! Mais, hélas ! l’histoire de l’église professante n’est, dès son début, qu’un récit déplorable et humiliant de divisions et de divergences. En présence du Seigneur lui-même, dont la vie tout entière était une vie d’abnégation complète, les disciples se disputent, pour savoir lequel d’entre eux sera le plus grand. Quiconque connaît la vraie grandeur morale, qui consiste à dépouiller le moi, ne recherchera pas la meilleure place. Être près de Christ, satisfait tellement un cœur humble, qu’il ne fait aucun cas des honneurs ou des distinctions. Mais quand le moi domine, on voit paraître l’envie et la jalousie, les dissensions, les querelles, et tout ce qui est mauvais.

Voyez la scène entre les deux fils de Zébédée et leurs dix frères, au chapitre 10 de Marc.

Le moi en était la cause. Les deux premiers pensaient à se procurer une bonne place dans le royaume, et les dix autres en « conçurent de l’indignation contre eux ». Si chacun avait mis de côté le moi et recherché le bien des autres, cette scène n’aurait jamais eu lieu.

Il est superflu de multiplier les exemples. Chaque siècle de l’histoire de l’Église prouve la vérité de notre assertion : que l’égoïsme et ses viles menées sont les causes qui produisent la division, depuis les temps des apôtres jusqu’à nos jours. En revanche, on verra que l’oubli de soi et de ses intérêts est le secret de la paix, de la concorde et de l’amour fraternel. Si nous apprenons à mettre le moi de côté, pour rechercher sincèrement la gloire de Christ et le bien de son peuple bien-aimé, alors nous n’aurons guère de « procès » à juger.

Mais revenons à notre chapitre.

« Donnez-vous des hommes sages, et intelligents, et connus, selon vos tribus, et je les établirai chefs sur vous. Et vous me répondîtes et dîtes : La chose que tu as dit de faire est bonne. Et je pris les chefs de vos tribus, des hommes sages et connus », — des hommes préparés par Dieu, et possédant, parce qu’ils la méritaient, la confiance de la congrégation, — « et je les établis chefs sur vous, chefs de milliers, et chefs de centaines, et chefs de cinquantaines, et chefs de dizaines, et officiers sur vos tribus » (vers. 13-15).

Admirable arrangement ! Puisqu’il y avait lieu de le faire, rien n’était mieux adapté au maintien de l’ordre, que ces degrés d’autorité allant du gouverneur de dizaines au gouverneur de milliers, — le législateur étant à la tête de tous, et lui-même en communication directe avec le Dieu d’Israël.

Il n’est pas fait allusion ici au fait rapporté au chap. 17 de l’Exode, savoir que l’établissement de ces juges se fit à la suggestion de Jéthro, le beau-père de Moïse. Il n’est non plus pas fait mention de la scène du chap. 11 des Nombres. Nous ferons remarquer au lecteur, que c’est là une des nombreuses preuves que ce livre est loin d’être une pure répétition des autres sections du Pentateuque. Ce livre a un caractère qui lui est particulier, et la manière dont les faits y sont présentés est en parfait accord avec le but du Saint Esprit, qui était de parler au cœur des enfants d’Israël, afin d’obtenir ce grand résultat, objet tout spécial du livre, savoir une obéissance filiale à toutes les ordonnances de l’Éternel, leur Dieu.

Les incrédules et les rationalistes voudraient nous faire voir des contradictions dans les divers récits donnés par les différents livres, mais le lecteur pieux rejettera avec une sainte indignation une telle suggestion, qui procède directement du père du mensonge, cet Ennemi déclaré de la Révélation. Si nous consentons à être aussi simples qu’un petit enfant, nous jouirons de la révélation de l’amour du Père, telle qu’elle nous est donnée par le Saint Esprit dans l’Écriture. D’un autre côté, ceux qui se croient sages et comptent sur leur savoir, leur philosophie et leur raison, qui se croient compétents pour juger la parole de Dieu et, par conséquent, Dieu lui-même, ceux-là seront laissés à leur aveuglement et à leur endurcissement de cœur. « Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? » (1 Cor. 1:20).

« Si quelqu’un veut être sage, qu’il devienne fou ». Tel est le secret de toute l’affaire.

Continuons maintenant notre étude.

« Et je commandai à vos juges, en ce temps-là, disant : Écoutez les différends entre vos frères, et jugez avec justice entre un homme et son frère, et l’étranger qui est avec lui. Vous ne ferez point acception des personnes dans le jugement ; vous entendrez aussi bien le petit que le grand ; vous n’aurez peur d’aucun homme, car le jugement est de Dieu ; et l’affaire qui sera trop difficile pour vous, vous me la présenterez, et je l’entendrai » (vers. 16, 17).

Quelle sainte et juste impartialité ! Dans tous les cas de divergences, on devait entendre les deux parties, sans aucune acception de personnes. Le jugement devait se baser, non sur les impressions personnelles, mais sur les faits clairement établis. La position et les circonstances des plaignants n’étaient point prises en considération. La justice seule devait décider la question. « Vous entendrez aussi bien le petit que le grand ». Le pauvre devait avoir la même mesure que le riche, l’étranger que celui qui était né au pays.

Combien tout cela est rempli d’instruction pour nous tous ! Il est vrai que nous ne sommes pas tous appelés à être des juges, des chefs ou des gouverneurs, mais les grands principes moraux posés dans le passage cité plus haut, sont de toute importance pour chacun de nous, car il se présente constamment des cas qui en demandent l’application directe. Dans quelque position que nous soyons, nous pouvons être appelés à voir des divergences entre nos frères, des cas de torts réels ou imaginaires, et il nous est nécessaire d’être divinement instruits sur ce que nous avons à faire dans de semblables occasions.

Dans les cas de cette nature, nous ne saurions trop nous rappeler que notre jugement doit être basé sur tous les faits de l’un et de l’autre côté. Nous ne nous laisserons pas influencer par nos impressions, car nous savons qu’elles peuvent nous tromper. Il nous faut des faits réels et irrécusables — des faits établis par deux ou trois témoins, comme l’Écriture le dit si clairement (Deut. 17:6 ; Matt. 18:16 ; 2 Cor. 13:1 ; 1 Tim. 5:19).

En outre, nous ne devons jamais nous borner, dans une affaire à juger, à une affirmation ex parte (*). Chacun est sujet, même avec les meilleures intentions, à colorer ses assertions de telle ou telle manière, sans avoir la moindre idée de mentir ou de porter un faux témoignage. Le manque de mémoire ou telle autre cause, peut faire omettre un point important, ou, au contraire, lui donner trop d’importance, ou en altérer la signification. « Audi alteram partem » (écoute l’autre partie) est une maxime à suivre. Écoutons donc les deux parties, et nous pourrons porter un jugement juste et équitable. En règle générale, tout jugement formé sans une exacte connaissance de tous les faits, n’a aucune valeur. « Écoutez les différends entre vos frères, et jugez avec justice entre un homme et son frère, et l’étranger qui est avec lui ». Paroles utiles en tout temps.

 

(*) terme juridique indiquant que le juge juge une affaire en n’ayant à faire qu’à une seule partie, et non pas deux parties pouvant apporter des arguments contradictoires.

 

Quelle injonction importante aussi au verset 17: Comme ces paroles dévoilent le pauvre cœur humain ! Ne sommes-nous pas portés à avoir égard à l’apparence, à être influencés par les personnes, à mettre de l’importance à la position, à la fortune ; à craindre l’homme ?

L’antidote divin à tous ces maux est la crainte de Dieu. Si nous avons le Seigneur devant nos yeux en tout temps, cela nous délivrera de la pernicieuse influence de la partialité, des préventions et de la crainte des hommes, sources de tant de mal parmi les enfants de Dieu.

Voyons maintenant le récit fait par Moïse de la mission des espions, de son origine et de ses résultats.

« Et je vous commandai, en ce temps-là, toutes les choses que vous devez faire » (vers. 18). Le sentier de l’obéissance était mis devant eux, ils n’avaient qu’à y marcher d’un pas ferme et avec un cœur soumis. Ils n’avaient pas à raisonner ou à peser les conséquences. Ils devaient laisser tout cela entre les mains de Dieu et avancer résolument dans ce sentier béni.

« Et nous partîmes d’Horeb, et nous traversâmes tout ce grand et terrible désert que vous avez vu, le chemin de la montagne des Amoréens, comme l’Éternel, notre Dieu, nous l’avait commandé, et nous vînmes jusqu’à Kadès-Barnéa. Et je vous dis : Vous êtes arrivés jusqu’à la montagne des Amoréens, laquelle l’Éternel, notre Dieu, nous donne. Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit ; ne crains point et ne t’effraye point » (v. 19-21).

Tel était leur mandat pour entrer en possession immédiate. L’Éternel, leur Dieu, leur avait donné le pays et l’avait mis devant eux. Il leur appartenait, c’était le don gratuit de sa grâce souveraine en suite de l’alliance qu’il avait faite avec leurs pères, son dessein, de toute éternité. Cela aurait dû suffire pour mettre leur cœur en repos, non seulement quant à la nature du pays, mais encore quant à la manière dont ils y entreraient. Il n’y avait nul besoin d’espions. La foi ne demande pas à examiner ce que Dieu a donné, elle conclut que ce qu’il a donné doit être bon à avoir, et qu’Il est capable de nous faire entrer en pleine possession de tout ce que sa grâce nous a accordé. Israël aurait pu conclure que la même main qui les avait guidés « dans tout ce grand et terrible désert », pouvait les faire entrer et les affermir dans leur héritage.

C’est ainsi que la foi aurait raisonné, car elle va de Dieu aux circonstances, jamais des circonstances à Dieu. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rom. 8:31). C’est l’argument de la foi, grand dans sa simplicité, et simple dans sa grandeur morale. Lorsque Dieu remplit tout l’horizon de la vision de l’âme, les difficultés sont de peu d’importance. Ou bien elles passent inaperçues, ou bien elles sont considérées comme des occasions pour le déploiement de la puissance divine. La foi aime à voir Dieu triompher des difficultés.

Mais, hélas ! le peuple n’était pas gouverné par la foi dans cette circonstance, c’est pourquoi il eut recours aux espions. C’est ce que Moïse leur rappelle dans un langage à la fois tendre et fidèle. « Et vous vous approchâtes tous de moi, et vous dîtes : Envoyons des hommes devant nous, et ils examineront le pays pour nous, et ils nous rapporteront des nouvelles du chemin par lequel nous pourrons monter et des villes auxquelles nous viendrons » (vers. 22).

Ils auraient dû se reposer sur Dieu pour tout cela. Celui qui les avait fait sortir du pays d’Égypte, qui leur avait frayé un passage à travers la mer, qui les avait guidés dans le désert, était bien capable de les faire entrer dans le pays. Mais non, ils veulent envoyer des espions, parce que leurs cœurs n’avaient pas confiance dans le Dieu Tout-Puissant.

C’était là le secret de l’affaire, soyons-en bien persuadés. S’il nous est dit dans les Nombres que l’Éternel commanda à Moïse d’envoyer les espions, c’est à cause de la condition morale du peuple. Nous voyons là la différence caractéristique, et, en même temps, la belle harmonie des deux livres. Les Nombres nous donnent l’histoire publique, le Deutéronome nous montre la raison secrète de la mission des espions. L’une est le complément de l’autre, et chacune en parfait accord avec le caractère du livre. Nous ne comprendrions pas le sujet à fond, si nous n’avions que le récit donné dans les Nombres. Le commentaire fourni par le Deutéronome complète le tableau.

Il se peut cependant que le lecteur demande comment ce pouvait être mal de les envoyer, puisque l’Éternel leur avait dit de le faire ? Nous répondrons : le mal n’était pas dans le fait qu’on les envoyait, mais dans leur désir de les envoyer. Ce désir était le fruit de l’incrédulité ; l’ordre de les envoyer fut donné à cause de cette incrédulité.

Nous voyons quelque chose de semblable en Matt. 19, touchant le divorce : « Moïse, à cause de votre dureté de cœur, vous a permis de répudier vos femmes ; mais, au commencement, il n’en était pas ainsi ».

Tout s’explique aussi dans l’affaire des espions. Israël n’aurait pas dû en avoir besoin ; une foi simple n’y aurait jamais pensé. Mais l’Éternel vit l’état des choses, et donna un ordre en accord avec cet état. De même, plusieurs siècles plus tard, il vit que le cœur du peuple désirait un roi, et il commanda à Samuel de leur en donner un (lisez 2 Sam. 8:7-9).

Nous voyons que, lorsque Dieu satisfait un désir, ce n’est nullement une preuve que ce désir soit selon Lui. Israël n’aurait pas dû demander un roi, l’Éternel ne leur suffisait-il pas ? N’était-il pas leur roi ? Ne pouvait-il pas, comme toujours, les conduire à la bataille et combattre pour eux ? Pourquoi rechercher le bras de la chair ? Tout pouvoir, toute sagesse, toute vraie bonté, se trouvaient en l’Éternel, leur Dieu, et ils pouvaient y avoir recours en tout temps et dans toutes leurs nécessités.

Et lorsqu’ils possédèrent le roi que leur cœur désirait, que fit ce roi pour eux ? « Tout le peuple le suivait en tremblant » (1 Sam. 13:7). Plus nous étudions la triste histoire du règne de Saül, plus nous voyons que, du commencement à la fin, il fut un obstacle plutôt qu’une aide. Son règne fut un lamentable fiasco, exprimé par ces paroles du prophète Osée (13:11) : « Je t’ai donné un roi dans ma colère, et je l’ai ôté dans ma fureur ». En un mot, Saül fut la réponse à l’incrédulité et à la volonté propre du peuple, c’est pourquoi toutes leurs brillantes espérances à son sujet furent bientôt totalement détruites. Il ne répondait point au cœur de Dieu, et, par conséquent, il ne répondit point aux besoins du peuple. Il se montra tout à fait indigne de la couronne, et sa mort ignominieuse sur la montagne de Guilboa fut en accord avec toute sa carrière.

Maintenant, si nous considérons la mission des espions, nous voyons qu’elle se termine aussi par un désappointement complet. Il n’en pouvait être autrement, puisqu’elle était le fruit de l’incrédulité. Il est vrai que Dieu leur donna des espions ; aussi Moïse dit-il, avec une grâce touchante : « Et la chose fut bonne à mes yeux, et je pris d’entre vous douze hommes, un homme par tribu ». C’était la grâce s’abaissant à l’état du peuple, et consentant à un projet qui convenait à cet état. Mais cela ne prouve nullement que, soit le projet, soit l’état du peuple, fussent selon Dieu. Béni soit son Nom, il peut nous venir en aide dans notre incrédulité, quoiqu’il soit affligé et déshonoré par elle.

Il aime une foi ferme et franche, la seule chose au monde qui lui donne sa vraie place. C’est pourquoi, lorsque Moïse dit au peuple : « Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit ; ne crains point, et ne t’effraye point », quelle aurait dû être leur réponse ? « Nous voici, ô Éternel, conduis-nous à la victoire. Tu nous suffis. Avec toi pour chef, nous avancerons avec confiance. Pour toi les difficultés ne sont rien. Peu nous importe ce qui nous attend : les géants, les hautes murailles, les tours menaçantes, ne sont devant Toi, ô Éternel, Dieu d’Israël, que comme des feuilles sèches devant l’orage. Conduis-nous donc, ô Éternel ! »

Tel ne fut pas le langage d’Israël. Dieu ne leur suffisait pas. Ils ne se fiaient pas à ce qu’il leur avait dit du pays. Le pauvre cœur humain veut tout essayer plutôt que de dépendre simplement de Dieu. L’homme naturel ne peut se confier en Dieu, parce qu’il ne le connaît point. Il n’y a rien au monde de plus béni qu’une vie de foi simple et réelle. Mais on se fait illusion si l’on croit vivre de foi, tandis que le cœur s’appuie sur quelque soutien humain. Le vrai croyant n’a affaire qu’à Dieu. Toutes ses ressources sont en Lui. Ce n’est pas qu’il n’apprécie les instruments que Dieu veut bien employer ; au contraire, il les apprécie hautement, précisément parce qu’ils sont les moyens dont Dieu se sert pour venir en aide et bénir. Mais il ne leur donne pas la place de Dieu. Il dit : « Mais toi, mon âme, repose-toi paisiblement sur Dieu ; car mon attente est en lui. Lui seul est mon rocher » (Ps. 62:5, 6).

Il y a une force toute particulière dans ce mot « seul ». Il sonde le cœur. S’attendre à l’homme, soit directement, soit indirectement, pour suppléer à un besoin quelconque, c’est, en principe, s’écarter de la vie de foi. Et quelle triste chose que de compter sur les moyens humains ! C’est, au point de vue moral, aussi dégradant que la vie de foi est ennoblissante, — et c’est aussi illusoire que dégradant. Israël voulut envoyer des espions, et toute l’affaire tourna à sa confusion.

« Et ils se tournèrent, et montèrent dans la montagne, et vinrent jusqu’au torrent d’Eshcol, et explorèrent le pays. Et ils prirent dans leurs mains du fruit du pays et nous l’apportèrent, et ils nous rendirent compte et dirent : Le pays, que l’Éternel, notre Dieu, nous donne, est bon » (vers. 24, 25). Puisque Dieu le donnait, il ne pouvait être que bon. Avaient-ils besoin d’espions pour leur dire que le don de Dieu était bon ? Assurément non. Une foi simple aurait raisonné ainsi : « Tout ce que Dieu donne doit être digne de Lui ; nous n’avons pas besoin d’espions pour nous en assurer ». Mais hélas ! cette foi simple est un joyau extrêmement rare, et ceux-là même qui le possèdent n’en connaissent que bien peu la valeur et ne savent guère s’en servir. Parler de la vie de foi et vivre de cette vie, c’est deux choses, comme le sont la théorie et la pratique. N’oublions jamais que c’est le privilège de tout enfant de Dieu de vivre de foi, et que cette vie embrasse tout ce qui est nécessaire au chrétien du commencement à la fin de sa carrière terrestre.

Le lecteur remarquera de quelle manière Moïse fait allusion à la mission des espions. Il se borne à cette portion de leur témoignage qui était selon la vérité. Il ne dit rien des dix espions infidèles. Ceci est en parfait accord avec le caractère et l’objet du livre. Tout s’y adresse à la conscience de l’assemblée. Il leur rappelle qu’ils avaient eux-mêmes proposé d’envoyer les espions, et que, quoique ces derniers eussent placé devant eux du fruit du pays, et témoigné de son excellence, ils ne voulurent pas y monter : « Mais vous ne voulûtes pas monter, et vous fûtes rebelles au commandement de l’Éternel, votre Dieu » (vers. 26). Ils étaient sans excuse. Leur cœur était évidemment dans un état d’incrédulité et de rébellion, et la mission des espions, du commencement à la fin, ne fit que le manifester pleinement.

« Et vous murmurâtes dans vos tentes, et vous dites : C’est parce que l’Éternel nous hait », — terrible mensonge ! — « qu’il nous a fait sortir du pays d’Égypte, afin de nous livrer aux mains des Amoréens, pour nous détruire ». Combien les arguments de l’incrédulité sont absurdes ! Sûrement, si l’Éternel les eût haïs, rien ne lui eût été plus facile que de les laisser mourir parmi les fours à briques des Égyptiens, sous le fouet cruel des exacteurs du Pharaon. Pourquoi s’était-il donné tant de peine à leur sujet ? Pourquoi ces dix plaies envoyées sur le pays de leurs oppresseurs ?

S’il les haïssait, pourquoi n’avait-il pas laissé les eaux de la Mer Rouge les engloutir, comme elles avaient englouti leurs ennemis ? Pourquoi les avait-il délivrés de l’épée d’Amalek ? Ah ! s’ils n’eussent pas été gouvernés par un esprit d’aveugle incrédulité, tant de preuves magnifiques de son amour les auraient amenés à une conclusion tout opposée à celle qu’ils osèrent exprimer. Il n’y a rien sous le ciel de plus irrationnel que l’incrédulité ; il n’y a rien de plus logique que la simple confiance d’une foi enfantine. Puisse le lecteur faire toujours l’expérience de cette vérité !

« Et vous murmurâtes dans vos tentes ». L’incrédulité non seulement raisonne, mais elle murmure. Elle ne voit ni le bon, ni le beau côté des choses. Elle n’est jamais au clair, parce qu’elle met Dieu de côté et ne regarde qu’aux circonstances. Ils dirent : « Où monterions-nous ? Nos frères nous ont fait fondre le cœur, en disant : C’est un peuple plus grand et de plus haute taille que nous » ; — mais ils n’étaient pas plus grands que Jéhovah ; — « les villes sont grandes, et murées jusqu’aux cieux » ; — grossière exagération de l’incrédulité ! — « et de plus nous avons vu là des fils des Anakim ».

La foi aurait répondu : Eh bien ! si les villes sont murées jusqu’au ciel, notre Dieu est au-dessus d’elles, car il est dans le ciel. Que sont les grandes cités et les hautes murailles pour Celui qui créa l’univers, et le soutient par la parole de sa puissance ? Que sont les Anakim en présence du Dieu Tout-Puissant ? Si le pays était couvert de villes murées, de Dan à Beër-Shéba, et si les géants étaient aussi nombreux que les feuilles d’une forêt, tout cela serait comme de la balle pour Celui qui avait promis de donner à toujours la propriété du pays de Canaan à la postérité d’Abraham, son ami.

Mais Israël n’avait pas la foi, comme l’apôtre nous le dit au chapitre 3 des Hébreux : « Ils n’y purent entrer à cause de l’incrédulité ». Là était la difficulté. Les villes à hautes murailles et les terribles Anakim n’auraient pas été des obstacles, si Israël ne s’était confié qu’en Dieu, qui en aurait promptement eu raison. L’incrédulité nous prive toujours de la bénédiction. Elle s’oppose au rayonnement de la gloire de Dieu ; elle jette une ombre sur nos âmes, et nous ôte le privilège de faire l’expérience de la toute-suffisance de notre Dieu, pour suppléer à tous nos besoins et pour écarter toutes nos difficultés.

Béni soit-il de ce qu’il ne fait jamais défaut au cœur qui se confie en Lui, et plus on Lui demande, plus il aime à donner. Ne nous dit-il pas : « Ne crains pas, crois seulement » (Marc 5:36), ou encore : « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Matt. 9:19). Précieuses paroles ! Puissions-nous tous en réaliser pleinement la douceur et la force ! Nous pouvons être certains que nous ne saurions jamais aller trop loin en comptant sur Dieu. Nous manquons toujours en ne puisant pas assez dans ses trésors infinis : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jean 11:40).

L’envoi des espions finit comme il avait commencé par l’incrédulité la plus déplorable. Dieu étant mis de côté, ils ne voyaient que les difficultés.

« Ils n’y purent entrer ». Ils ne purent voir la gloire de Dieu. Écoutons les paroles de Moïse ; elles font du bien au cœur ; elles en touchent les cordes les plus sensibles ; « Et je vous dis : Ne vous épouvantez pas, et ne les craignez point ; L’Éternel, votre Dieu, qui marche devant vous combattra lui-même pour vous ». — Dieu combattant pour le peuple ! l’Éternel, un homme de guerre ! — « Il combattra pour vous, selon tout ce qu’il a fait pour vous sous vos yeux, en Égypte, et dans le désert, où tu as vu que l’Éternel, ton Dieu, t’a porté comme un homme porte son fils, dans tout le chemin où vous avez marché, jusqu’à ce que vous soyez arrivés en ce lieu-ci. Mais, dans cette circonstance, vous ne crûtes point l’Éternel, votre Dieu, qui, afin de reconnaître pour vous un lieu pour que vous y campiez, allait devant vous dans le chemin, la nuit, dans le feu, pour vous faire voir le chemin où vous deviez marcher, et le jour, dans la nuée ».

Quelle force morale, quelle touchante douceur dans cet appel ! Comme nous voyons clairement ici, ainsi qu’à chaque page du livre, que le Deutéronome n’est pas une simple répétition de faits, mais un puissant commentaire de ces faits qui touche tout à fait le cœur. La manière d’agir si tendre de l’Éternel est indiquée ici avec une délicatesse inimitable. Qui ne serait frappé par cette douce image : « Comme un homme porte son fils ? » Si la force de la main de l’Éternel, ou la supériorité de son intelligence, se voient dans la nature de son action, l’amour de son cœur se montre dans la manière, dont il l’accomplit.

Les Israélites, néanmoins, ne pouvaient croire que Dieu les ferait entrer au pays. Malgré les merveilleuses preuves qu’il leur avait données de sa puissance, de sa fidélité, de sa bonté, depuis les fours à briques d’Égypte, jusqu’aux confins du pays de Canaan, ils restaient incrédules. « Et l’Éternel entendit la voix de vos paroles et fut courroucé, et jura, disant : Si aucun de ces hommes, de cette génération méchante, voit ce bon pays que j’ai juré de donner à vos pères ! excepté Caleb, fils de Jephunné : lui, le verra, et je lui donnerai, et à ses fils, le pays où il a marché, parce qu’il a pleinement suivi l’Éternel » (v. 35-36).

« Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jean 11:40). Tel est l’ordre divin. Les hommes disent que voir c’est croire, mais dans le royaume de Dieu, croire c’est voir.

Pourquoi aucun des hommes de cette méchante génération ne put-il voir ce bon pays ? Simplement, parce qu’ils n’avaient pas cru l’Éternel, leur Dieu. Et pourquoi Caleb eut-il la permission de le voir et d’en prendre possession ? Simplement, parce qu’il avait cru. L’incrédulité est toujours ce qui nous empêche de voir la gloire de Dieu. « Il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité » (Matt. 13:58). Si Israël eût cru, Il l’aurait amené et établi sur la montagne de son héritage.

Il en est de même des chrétiens maintenant. Il n’y a pas de limites aux bénédictions dont nous pourrions jouir, si nous comptions davantage sur Dieu. « Toutes choses sont possibles à celui qui croit » (Marc 9:23). Dieu ne nous dira jamais : « Tu as assez reçu ; tu attends trop ». Impossible, car c’est sa joie de répondre aux espérances les plus vastes de la foi.

Tirons donc largement sur Lui : « Ouvre ta bouche toute grande, et je la remplirai » (Ps. 81:10). Les trésors inépuisables du ciel sont ouverts à la foi. « Quoi que vous demandiez en priant, si vous croyez, vous le recevrez » (Matt. 21:22). « Si quelqu’un de vous manque de sagesse, qu’il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches, et il lui sera donné ; mais qu’il demande avec foi, ne doutant nullement » (Jac. 1:5). La foi n’hésite ni ne doute ; l’incrédulité est toujours hésitante et chancelante, c’est pourquoi elle ne voit jamais la gloire de Dieu, ni sa puissance. Elle est sourde à sa voix, et aveugle pour voir ses actes. Elle affaiblit le cœur et les mains ; elle assombrit la route et empêche tout progrès. Elle retint Israël quarante ans loin du pays de Canaan ; et nous n’avons aucune idée de combien de bénédictions elle nous prive. Combien tout irait mieux parmi nous, si la foi était plus vivante dans nos cœurs ! Quelle est la cause de la déplorable stérilité de la chrétienté professante ? Comment expliquerons-nous notre pauvreté morale, notre peu de croissance ? Pourquoi voyons-nous de si faibles résultats de toutes les œuvres chrétiennes ? Pourquoi y a-t-il si peu de véritables conversions ? Pourquoi nos évangélistes sont-ils si souvent découragés à cause du petit nombre de leurs gerbes ? Nous répondrons à toutes ces questions : La cause de tout ce mal est notre incrédulité.

Sans doute que nos divisions y ont aussi leur part, de même que notre mondanité, l’état charnel de nos cœurs, notre égoïsme, notre amour de nos aises. Quel est le remède à tout cela ? Comment nos cœurs seront-ils attirés vers tous nos frères, dans un amour sincère ? « Par la foi » — ce principe précieux — « opérant par l’amour » (Gal. 5:6). Ainsi l’apôtre peut dire aux chers nouveaux convertis de Thessalonique : « Votre foi augmente beaucoup », et puis encore (2 Thes. 1:3) : « Et l’amour de chacun de vous tous, l’un pour l’autre, abonde ». Il en est toujours ainsi. La foi nous met en contact immédiat avec la source éternelle de l’amour en Dieu lui-même, et la conséquence naturelle en est que nos cœurs sont attirés vers tous ceux qui Lui appartiennent, vers tous ceux dans lesquels nous retrouvons, quelque peu que ce soit, son image bénie. Nous ne pouvons être près du Seigneur, et ne pas aimer tous ceux qui, en tous lieux, invoquent son Nom d’un cœur pur. Plus nous sommes près de Christ, plus nous serons intimement unis, dans l’amour fraternel, à chaque membre de son corps.

Quant à la mondanité, sous toutes ses formes, comment la combattrons-nous ? Voici la réponse d’un autre apôtre : « Parce que tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde ; et c’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi. Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » (1 Jean 5:4, 5). Le nouvel homme marchant dans la puissance de la foi, vit au-dessus du monde, au-dessus de ses intérêts, de ses motifs, de ses usages. Il n’a rien de commun avec lui. Quoique dans le monde, il n’est pas du monde. Il se meut en sens contraire. Toutes ses sources viennent du ciel. Sa vie, ses espérances, son tout est là, et il lui tarde d’y être aussi, quand son œuvre sur la terre sera terminée.

La foi est donc un principe puissant. Elle purifie le cœur, elle opère par l’amour, elle est victorieuse du monde. Il n’est donc pas étonnant que Pierre l’appelle une « foi précieuse » ; elle l’est vraiment au-delà de toute expression.

Voyez comment ce principe agissait en Caleb, et quels fruits bénis il produisit. Caleb put réaliser la vérité de ces paroles, prononcées des centaines d’années plus tard : « Il vous sera fait selon votre foi ». Il crut que Dieu était capable de les faire entrer dans le pays, et que tous les obstacles et toutes les difficultés n’étaient là que pour exercer leur foi ; puis Dieu, comme il le fait toujours, répondit à sa foi (voyez Josué 14:6-14). Qu’elle est édifiante l’expression d’une foi candide ! Quel contraste avec les accents de la sombre incrédulité qui déshonore Dieu ! — « Et Josué le bénit, et donna Hébron en héritage à Caleb, fils de Jephunné. C’est pourquoi Hébron appartient en héritage, jusqu’à ce jour, à Caleb, fils de Jephunné, le Kenizien, parce qu’il avait pleinement suivi l’Éternel, le Dieu d’Israël ».

Caleb, comme son père Abraham, était fort dans la foi, donnant gloire à Dieu. Nous pouvons dire, avec une entière certitude, que comme la foi honore toujours Dieu, Dieu à son tour aime à honorer la foi ; et que si les chrétiens dépendaient plus entièrement de Dieu seul, s’ils puisaient davantage aux sources éternelles, nous verrions un état de choses bien différent autour de nous : « Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » Oh ! si nous avions une foi plus vivante ! Si nous saisissions plus fermement les promesses de Dieu ! alors nous pourrions attendre des résultats plus glorieux de l’évangélisation ; nous verrions plus de zèle, plus d’énergie, et plus de dévouement dans l’Église, et plus de fruits de justice dans la vie de chaque croyant individuellement.

Au verset 37, Moïse rappelle d’une manière touchante le fait de son exclusion de la terre promise. « Contre moi aussi l’Éternel s’irrita, à cause de vous, disant : Toi non plus, tu n’y entreras pas ». Remarquez ces mots : « à cause de vous ». Il était nécessaire de rappeler à l’assemblée que c’était à cause d’eux que Moïse, ce bien-aimé et honoré serviteur de l’Éternel était empêché de traverser le Jourdain et de poser son pied dans le pays de Canaan. Il est vrai « qu’il avait parlé légèrement de ses lèvres », mais ils l’avaient provoqué en « chagrinant son esprit » (Ps. 106:33). Combien cela aurait dû les toucher ! Non seulement ils ne purent entrer eux-mêmes à cause de leur incrédulité, mais encore ils furent la cause de l’exclusion de Moïse, qui désirait si ardemment « voir cette bonne montagne et le Liban » (Deut. 3:25).

Le gouvernement de Dieu est une solennelle réalité. Le cœur humain s’étonnera peut-être que quelques paroles, prononcées à la légère, aient été une cause suffisante pour empêcher un bien-aimé serviteur d’atteindre l’objet de ses vœux. Nous n’avons qu’à courber la tête ; il ne nous appartient pas de juger ou de raisonner. « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Gen. 18:25). Assurément. Il ne peut se tromper. « Grandes et merveilleuses sont tes œuvres, Seigneur, Dieu Tout-puissant ! Justes et véritables sont tes voies, ô Roi des nations ! » (Apoc. 15:3). « Dieu est extrêmement redoutable dans l’assemblée des saints, et terrible au milieu de tous ceux qui l’entourent » (Ps. 89:7). « Notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12:29), et : « C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant » (Héb. 10:31).

La portée et l’action du gouvernement de Dieu seront-elles différentes, parce que nous, chrétiens, sommes sous la dispensation de la grâce ? Nullement. Il est aussi vrai aujourd’hui que jamais que « ce qu’un homme sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6:7). Il ne s’agit donc pas de spéculer sur la liberté de la grâce divine, pour être à l’abri des actes du gouvernement divin. Ces deux choses sont parfaitement distinctes ; on ne devrait jamais les confondre. La grâce peut pardonner gratuitement et pour toujours ; mais les roues du gouvernement de l’Éternel continuent à tourner avec une puissance écrasante. La grâce pardonna le péché d’Adam, mais sa justice le chassa d’Éden pour gagner son pain à la sueur de son front, parmi les épines et les ronces d’un sol maudit. La grâce pardonna le péché de David, mais l’épée du gouvernement resta sur sa maison jusqu’à la fin ; Bath-Shéba fut la mère de Salomon, mais Absalom fomenta une rébellion.

De même pour Moïse : la grâce le fait monter au sommet de Pisga et lui montre le pays, mais le gouvernement lui défend positivement d’y entrer. On objectera que Moïse, dans sa capacité officielle, en tant que représentant le système légal, ne pouvait amener le peuple dans le pays. Cela est vrai, mais ne touche en rien la solennelle vérité qui nous occupe. Ni dans le chapitre 20 des Nombres, ni dans le premier chapitre du Deutéronome, nous ne voyons un mot de Moïse dans sa position officielle. C’est lui-même en personne qui est devant nous, et s’il ne peut entrer dans le pays de la promesse, c’est parce qu’il a parlé légèrement de ses lèvres.

Il sera bon pour nous de bien peser, devant Dieu, cette grande vérité pratique. Soyons certains que plus nous connaîtrons vraiment la grâce, plus nous sentirons la solennité du gouvernement, et plus nous en approuverons les arrêts. Il y a du danger à recevoir avec insouciance et légèreté la doctrine de la grâce, lorsque le cœur et la vie n’en subissent pas la sanctifiante influence. Il n’y a rien de plus terrible qu’une légèreté charnelle relativement à la vérité du salut par grâce. Elle ouvre la porte à toute espèce de licence. C’est pourquoi nous voudrions mettre sur la conscience du lecteur la vérité pratique du gouvernement de Dieu. Elle est utile en tout temps, mais surtout de nos jours, où règne la fatale tendance de « changer la grâce de notre Dieu en dissolution » (Jude 4). Nous verrons toujours que ceux qui sentent le plus profondément l’immense bénédiction d’être sous la dispensation de la grâce, seront aussi ceux qui accepteront le plus entièrement les arrêts du gouvernement de Dieu.

Nous apprenons, par la fin de notre chapitre, que le peuple n’était nullement disposé à se soumettre à ce gouvernement. Il ne voulait ni grâce, ni gouvernement. Quand on l’invite à monter pour aller prendre possession du pays avec l’aide de l’Éternel, il hésite, refuse, et se laisse aller à un esprit d’incrédulité. En vain, Josué et Caleb lui font entendre les paroles les plus encourageantes en vain, étalent-ils devant ses yeux les beaux fruits du bon pays ; en vain, Moïse cherche à l’émouvoir par les motifs les plus touchants ; Israël ne veut pas monter lorsqu’on lui dit de le faire. Qu’arrive-t-il alors ? Il est pris au mot. Il lui est fait selon son incrédulité. « Et vos petits enfants, dont vous avez dit qu’ils seraient une proie, et vos fils qui aujourd’hui ne connaissent pas le bien et le mal, ceux-là y entreront, et c’est à eux que je le donnerai, et ils le posséderont. Et vous, tournez-vous, et partez pour le désert, par le chemin de la mer Rouge » (v. 39-40).

Il n’y avait pas d’alternative. S’ils ne voulaient pas monter au pays avec une foi simple, ils devaient retourner dans le désert. C’est à quoi ils ne veulent pas se soumettre. Ils ne voulaient ni profiter des provisions de la grâce, ni s’incliner sous la sentence du jugement : « Et vous répondîtes et me dîtes : Nous avons péché contre l’Éternel ; nous monterons, et nous combattrons, selon tout ce que l’Éternel, notre Dieu, nous a commandé. Et vous ceignîtes chacun ses armes de guerre, et légèrement vous entreprîtes de monter dans la montagne » (vers. 41).

Cela ressemble à la contrition et au jugement de soi-même, mais il n’y en avait que l’apparence. Il est très facile de dire : « Nous avons péché ». Saül aussi l’a dit plus tard, mais sans avoir le sentiment de la signification de ces mots : « J’ai péché », comme on le voit par ce qui suit immédiatement : « Honore-moi maintenant, je te prie, en la présence des anciens de mon peuple » (1 Sam. 15:30). Quelle étrange contradiction : « J’ai péché » ; mais pourtant, « honore-moi ». S’il eût réellement senti son péché, combien son langage aurait été différent, ainsi que toute sa conduite. Rempli de lui-même, se servant d’une formule, sans un atome de sentiment réel, Saül faisait montre d’adorer Dieu, afin de s’attirer de l’honneur ! Combien de telles choses doivent offenser Celui qui exige la vérité dans le cœur, et qui veut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité ! Les plus faibles soupirs d’un cœur brisé et contrit sont précieux au Seigneur ; mais il abhorre les vaines formes de la religiosité, dont le but est d’exalter l’homme à ses propres yeux et aux yeux de ses semblables. La confession des lèvres n’a aucune valeur, si le cœur ne sent pas le péché. Un auteur moderne l’a dit avec beaucoup de justesse : « C’est une chose facile de dire « nous avons péché », mais que de fois il nous faut apprendre qu’une prompte et brusque confession du péché n’est pas ce qui prouve que le péché est senti ! Elle est plutôt une preuve de la dureté de cœur. La conscience sent qu’un certain acte de confession est nécessaire, mais il n’y a peut-être rien qui endurcisse autant le cœur que l’habitude de confesser le péché sans le sentir. Un des grands pièges de la chrétienté est l’habitude de répéter au moyen d’une formule, une confession stéréotypée des péchés. Nous l’avons probablement tous fait d’une manière ou d’une autre ; car, sans posséder une formule écrite, le cœur naturel peut toujours s’en composer quelqu’une à son usage ».

Ainsi en fut-il pour Israël à Kadès : leur confession de péché était sans aucune valeur ; elle n’avait pas le cachet de la vérité. S’ils eussent senti ce qu’ils disaient, ils se seraient inclinés sous le jugement de Dieu et auraient accepté humblement la conséquence de leur péché. Voyez le cas de Moïse. Il courbe sa tête sous la discipline divine. « L’Éternel », dit-il, « s’irrita contre moi à cause de vous, disant : Toi non plus, tu n’y entreras pas. Josué, fils de Nun, qui se tient devant toi, lui, y entrera ; fortifie-le, car c’est lui qui le fera hériter à Israël » (vers. 37, 38).

Moïse leur montre qu’ils sont la cause de son exclusion du pays, et cependant pas une parole de murmure ne lui échappe ; il se soumet à la décision divine, non seulement résigné à être remplacé par un autre, mais prêt à nommer et à encourager son successeur. Il n’y a pas trace de jalousie ou d’envie en lui. Il n’était pas occupé de lui-même ou de ses intérêts, mais de la gloire de Dieu et du bien de son peuple.

Ce dernier montrait un esprit bien différent. « Nous monterons et nous combattrons ». Quelle folie ! Lorsque Dieu leur avait commandé de monter, et que ses fidèles serviteurs les avaient encouragés à aller prendre possession du pays, ils avaient répondu : « Où monterions-nous ? » Puis, lorsqu’il leur est ordonné de retourner dans le désert, ils disent : « Nous monterons et nous combattrons ».

« Et l’Éternel me dit : Dis-leur : ne montez pas, et ne combattez pas, car je ne suis point au milieu de vous, afin que vous ne soyez pas battus par vos ennemis. Et je vous parlai ; mais vous n’écoutâtes point, et vous fûtes rebelles au commandement de l’Éternel, et vous fûtes présomptueux, et montâtes dans la montagne. Et l’Amoréen, qui habitait cette montagne, sortit à votre rencontre, et vous poursuivit, comme font les abeilles, et il vous tailla en pièces en Séhir, jusqu’à Horma » (vers. 42-44).

Il n’était pas possible que l’Éternel les accompagnât sur le chemin de la volonté propre et de la rébellion, et sans la présence divine, Israël ne pouvait résister aux Amoréens. Si Dieu est pour nous et avec nous, nous devons être victorieux. Mais nous ne pouvons pas compter sur Dieu, si nous ne sommes pas dans le chemin de l’obéissance. C’est folie de s’imaginer que nous pouvons avoir Dieu avec nous si notre conduite n’est pas fidèle. « Le nom de l’Éternel est une forte tour le juste y court, et s’y trouve en une haute retraite » (Prov. 18:10). Si nous ne marchons pas dans la justice pratique, c’est une coupable présomption que de parler d’avoir le Seigneur pour notre forte tour.

Béni soit-il de ce qu’il peut nous agréer malgré toutes nos faiblesses et toutes nos misères, pourvu qu’il voie en nous un sentiment sincère de notre vraie condition. « Confie-toi en l’Éternel, et pratique le bien » (Ps. 37:3), tel est l’ordre divin.

Prétendre s’assurer en l’Éternel, tandis qu’on fait le mal, c’est changer la grâce de notre Dieu en dissolution, et nous mettre entre les mains du diable qui ne cherche que notre ruine morale. « Car les yeux de l’Éternel parcourent toute la terre, afin qu’il se montre fort en faveur de ceux qui sont d’un cœur parfait envers lui » (2 Chr. 16:9). Quand nous avons une bonne conscience, nous pouvons lever la tête, et cheminer à travers toute espèce de difficultés ; mais vouloir marcher sur le sentier de la foi avec une mauvaise conscience est une chose des plus dangereuses. Ce n’est que lorsque nos reins sont ceints de vérité et que nous avons revêtu la cuirasse de la justice, que nous pouvons prendre le bouclier de la foi.

Il est de toute importance que les chrétiens recherchent la justice pratique dans tous ses détails. Ces paroles de l’apôtre Paul sont d’une grande valeur morale pour nous : « Moi aussi je m’exerce à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ». Nous devrions faire de même. Notre saint privilège est de fouler, jour après jour, d’un pas ferme, le sentier du devoir, de l’obéissance, celui sur lequel luit constamment la lumière de l’approbation de Dieu. Alors sûrement, nous pourrons compter sur Dieu, et ainsi avancer, en paix, vers notre patrie céleste.

Nous le répétons, ce n’est pas que nous ne puissions regarder à Dieu dans notre faiblesse, nos manquements, et même lorsque nous avons péché. Nous le pouvons et nous le devons ; son oreille est toujours attentive à notre cri. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9). « Je t’ai invoqué des lieux profonds, ô Éternel ! Seigneur ! écoute ma voix ; que tes oreilles soient attentives à la voix de mes supplications. Ô Jah ! si tu prends garde aux iniquités, Seigneur, qui subsistera ? Mais il y a pardon auprès de toi, afin que tu sois craint » (Psaume 130:1-4). Il n’y a aucune limite au pardon divin, par le fait qu’il n’y en a aucune à l’étendue de l’expiation, aucune à la vertu et à l’efficace du sang de Jésus Christ, le Fils de Dieu, qui purifie de tout péché ; aucune à la valeur de l’intercession de notre grand Souverain Sacrificateur, qui peut sauver jusqu’au bout tous ceux qui s’approchent de Dieu par lui.

Toutes ces vérités sont largement exposées et illustrées de diverses manières dans le volume inspiré. Mais la confession du péché et le pardon ne doivent pas être confondus avec la justice pratique. Ce sont deux conditions très distinctes dans lesquelles nous pouvons nous adresser à Dieu ; nous pouvons l’invoquer avec une profonde contrition, et être exaucés, ou bien nous pouvons le prier avec une bonne conscience et être exaucés aussi. Néanmoins, les deux choses sont essentiellement distinctes et forment toutes deux un contraste marqué avec l’indifférence et la dureté de cœur, qui prétendent compter sur Dieu dans une marche de désobéissance positive. C’est là ce qui est si choquant aux yeux du Seigneur et qui attire son juste jugement. Il reconnaît et il approuve la justice pratique ; il pardonne gratuitement et entièrement le péché confessé ; mais nous imaginer que nous pouvons nous confier en Dieu, tandis que nos pieds sont sur le chemin de l’iniquité, ce n’est rien moins que la plus épouvantable impiété. « Ne mettez pas votre confiance en des paroles de mensonge, disant : C’est ici le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel Mais si vous amendez réellement vos voies et vos actions, si vous faites réellement la justice entre un homme et son prochain, si vous n’opprimez pas l’étranger, l’orphelin et la veuve, et que vous ne versiez pas le sang innocent dans ce lieu, et que vous ne marchiez pas après d’autres dieux pour votre dommage, je vous ferai demeurer dans ce lieu, dans le pays que j’ai donné à vos pères, de siècle en siècle. Voici, vous vous confiez en des paroles de mensonge, qui ne profitent pas. Quoi ? voler, tuer, commettre adultère, jurer faussement, brûler de l’encens à Baal, marcher après d’autres dieux que vous ne connaissez pas !… et vous venez, et vous vous tenez devant moi dans cette maison qui est appelée de mon nom, et vous dites : Nous sommes délivrés pour faire toutes ces abominations » (Jér. 7:4-10).

Dieu veut la réalité. Il désire la vérité dans le cœur, et si les hommes prétendent l’avoir et marchent dans l’impiété, il faut qu’ils s’attendent à son juste jugement. Cette pensée nous fait trembler pour l’église professante. Le passage si solennel, que nous avons tiré du prophète Jérémie, quoique s’appliquant tout d’abord aux enfants de Juda et aux habitants de Jérusalem, a aussi une application très positive à la chrétienté. Nous voyons au chapitre 3 de la seconde épître à Timothée, que toutes les abominations du paganisme, énumérées à la fin du chap. 1 des Romains, seront reproduites aux derniers jours couvertes du manteau de la profession chrétienne, et en relation immédiate avec « une forme de piété ». Quelle doit être la fin d’un semblable état de choses ? La colère sans rémission. Les plus sévères jugements de Dieu en destruction sont réservés aux masses baptisées de cette profession, que nous appelons la chrétienté. Le moment approche rapidement où tous les bien-aimés enfants de Dieu, rachetés par le sang de Christ, seront enlevés de ce monde coupable et pécheur, bien que soi-disant « chrétien », pour être à toujours avec le Seigneur dans ces demeures divines préparées dans la maison du Père. Alors « l’énergie d’erreur » (2 Thes. 2:11) sera envoyée sur la chrétienté, sur ces mêmes pays où la lumière du christianisme a brillé avec éclat ; où l’évangile du salut gratuit a été prêché ; où la Bible a circulé par millions d’exemplaires, et où tous, plus ou moins, professent le nom de Christ et s’appellent chrétiens.

Qu’est-ce qui doit succéder à cette « énergie d’erreur » ? Un nouveau témoignage ? de nouvelles offres de grâce ? d’autres tentatives de la miséricorde divine ? Non ; pas pour la chrétienté Non ; pas pour ceux qui professent, sans Dieu et sans Christ, les formes creuses et vaines du christianisme. Les païens entendront « l’Évangile éternel » (Apoc. 14:6) ; « l’Évangile du royaume » ; mais quant à cette chose terrible, quant à cette épouvantable anomalie qui s’appelle la chrétienté, rien ne reste pour elle que les ténèbres du dehors à jamais.

Lecteur, ce sont les paroles véritables de Dieu. Rien ne serait plus facile que de mettre sous vos yeux une foule de preuves convaincantes, tirées de l’Écriture ; mais cela nous écarterait de notre but actuel. Le Nouveau Testament, du commencement à la fin, enseigne la solennelle vérité énoncée ci-dessus, et tout système de théologie qui enseigne différemment, sera sur ce point du moins, reconnu complètement faux.

 

4                    Chapitre 2

Les dernières lignes du chapitre 1 nous montrent le peuple pleurant devant l’Éternel. Il n’y avait pas plus de réalité dans leurs larmes que dans leurs paroles. On ne pouvait pas plus s’y fier qu’à leur confession. Il est possible de verser des larmes et de se confesser devant Dieu sans avoir un véritable sentiment de son péché. C’est se moquer de Dieu. Nous savons qu’un cœur vraiment contrit le réjouit et qu’il y fait sa demeure. « Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé. ô Dieu tu ne mépriseras pas un cœur brisé et humilié » (Ps. 51:17). Les larmes d’un cœur pénitent sont mille fois plus précieuses au Seigneur que toutes les « bêtes sur mille montagnes » (Ps. 50:10), parce qu’elles lui prouvent qu’il y a une place dans ce cœur pour lui, et c’est ce qu’il recherche dans sa grâce infinie. Le plus faible cri d’un tel cœur monte immédiatement jusqu’au trône de Dieu, qui y répond à l’instant par le sentiment du pardon accordé par son amour.

Les Israélites durent donc retourner en arrière, au désert, et y errer pendant quarante ans. Il n’y avait pas d’autre alternative. Ils n’avaient pas voulu monter au pays en se confiant en Dieu seul, et Dieu ne voulut pas les y accompagner dans leur confiance en eux-mêmes ; ils n’avaient donc qu’à accepter la conséquence de leur désobéissance. Puisqu’ils n’avaient pas voulu entrer au pays de la promesse, ils devaient tomber dans le désert.

Quel sérieux commentaire l’Esprit en fait au chapitre 3 de l’épître aux Hébreux, v. 7-19, et comme il s’applique à nous !

Ici, comme dans toutes les pages du volume inspiré, nous voyons que l’incrédulité est la chose qui afflige le cœur de Dieu et déshonore son Nom. Et, en outre, elle nous prive des bénédictions et des privilèges que la grâce confère. Nous n’avons aucune idée de tout ce que nous perdons, de toutes manières, par l’incrédulité de nos cœurs. Israël avait le pays devant lui dans toute sa fertilité et sa beauté ; l’ordre d’aller en prendre possession lui avait été donné, mais « ils n’y purent entrer à cause de l’incrédulité » ; de même nous ne savons souvent pas nous approprier la plénitude des bénédictions que la grâce souveraine met à notre portée. Les trésors mêmes du ciel nous sont ouverts, mais nous n’en profitons pas. Nous sommes pauvres, faibles, vides et stériles, tandis que nous pourrions être riches, vigoureux, comblés et prospères. Nous sommes bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ (Éph. 1:3), mais combien nous les saisissons peu !

Combien aussi nous perdons par notre incrédulité, en ce qui concerne l’œuvre du Seigneur au milieu de nous ! Nous lisons dans l’Évangile, que notre Seigneur ne put pas faire beaucoup de miracles en un certain endroit, à cause de leur incrédulité. Lui sommes-nous aussi en obstacle par notre incrédulité ? On nous dira peut-être que le Seigneur fera son œuvre, malgré notre manque de foi ; qu’il rassemblera les siens et complétera le nombre de ses élus, malgré notre incrédulité ; que toutes les puissances de la terre et de l’enfer ne peuvent empêcher l’accomplissement de ses conseils et de ses desseins ; et, quant à son œuvre, qu’elle n’est « point par force, ni par puissance, mais par son Esprit » (Zac. 4:6).

Tout cela est parfaitement vrai, mais n’ôte rien à l’importance du passage cité plus haut : « Il ne fit pas là beaucoup de miracles, à cause de leur incrédulité » (Matt. 13:58). Ces gens ne perdirent-ils pas des bénédictions par leur incrédulité ? N’empêchèrent-ils pas que beaucoup de bien ne se fît ? Prenons garde de nous laisser aller à l’influence desséchante d’un fatalisme pernicieux qui, avec un certain air de vérité, est complètement faux, en tant qu’il renie la responsabilité de l’homme, et paralyse toute énergie divine pour la cause de Christ. Nous devons nous rappeler que Celui qui, dans ses conseils éternels, a décrété la fin, est aussi Celui qui a déterminé les moyens ; et si, par incrédulité, ou si, influencés par une vérité partielle, nous nous croisons les bras et négligeons les moyens, il nous mettra de côté et fera accomplir son œuvre par d’autres. Il agira, mais nous perdrons l’honneur, le privilège et la bénédiction d’être ses instruments.

Voyez la scène du chapitre 2 de Marc. Elle est un exemple frappant du grand principe que nous cherchons à inculquer au lecteur. Elle montre la puissance de la foi liée à l’accomplissement de l’œuvre du Seigneur. Si les quatre hommes, dont il est ici question, s’étaient laissé influencer par un sot fatalisme, ils auraient prétendu que c’était inutile de rien faire pour guérir le paralytique — que s’il devait être guéri, il le serait sans leurs efforts. Pourquoi devraient-ils se donner la peine de monter sur la maison, d’en découvrir le toit, et de faire descendre le malade devant Jésus ? Heureusement pour le paralytique, et heureusement pour eux-mêmes, ils ne raisonnèrent pas de la sorte, et quels beaux résultats de leur foi ! Elle réjouit le cœur du Seigneur Jésus ; elle amena le malade au lieu de la guérison, du pardon et de la bénédiction ; elle fut l’occasion d’un déploiement de puissance divine, qui attira l’attention de tous ceux qui étaient présents, et manifesta cette grande vérité que Dieu était sur la terre en la personne de Jésus de Nazareth, guérissant les malades et pardonnant les péchés.

Il n’est pas nécessaire de multiplier les exemples. Toute l’Écriture proclame ce fait, que l’incrédulité met obstacle à notre bénédiction, à notre service ; qu’elle nous prive du rare privilège d’être des instruments honorés de Dieu, et de voir sa main et son Esprit agir au milieu de nous. D’un autre côté, la foi attire la bénédiction, non seulement sur nous-mêmes, mais sur d’autres ; elle glorifie Dieu et lui plaît en ce qu’elle met de côté tout ce qui est de l’homme, pour faire place au déploiement de la puissance divine. Bref, il n’y a aucune limite aux bénédictions dont nous pourrions jouir de la part de notre Dieu, si nos cœurs étaient davantage gouvernés par cette foi simple qui s’attend toujours à Lui, et qu’il aime à honorer. « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Matt. 9:19). Précieuses et encourageantes paroles ! Puissent-elles nous exciter à puiser plus largement dans les ressources inépuisables que nous avons en Dieu ! Il aime à ce qu’on se serve de Lui. Il nous dit : « Ouvre ta bouche toute grande, et je la remplirai » (Ps. 81:10). Nous ne pouvons jamais trop demander au Dieu de toute grâce, qui nous a donné son Fils unique, et qui, avec Lui, nous donnera toutes choses gratuitement.

Mais les enfants d’Israël ne purent croire que Dieu voulût les faire entrer dans le pays ; ils prétendirent monter par leur propre force et, en conséquence, ils furent mis en fuite par leurs ennemis. La présomption et la foi sont deux choses totalement différentes ; la première se termine par la défaite, la seconde obtient une victoire certaine.

« Et nous nous tournâmes, et nous partîmes pour le désert, par le chemin de la Mer Rouge, comme l’Éternel m’avait dit, et nous tournâmes autour de la montagne de Séhir, plusieurs jours ». Il y a une grande beauté morale dans ce petit mot « nous ». Moïse s’unit complètement avec le peuple : Lui, ainsi que Josué et Caleb durent retourner en arrière dans le désert avec l’assemblée incrédule. À vue humaine, cela pouvait sembler dur ; mais il y a toujours bénédiction à se soumettre à la volonté de Dieu, bien que nous ne puissions pas toujours comprendre le pourquoi des choses. Nous n’entendons pas un seul murmure dans la bouche de ces serviteurs de Dieu, lorsqu’ils doivent retourner en arrière dans le désert pour quarante années, quoiqu’ils fussent prêts à entrer au pays. Et comment auraient-ils pu penser à se plaindre, puisque l’Éternel faisait de même, et qu’ils voyaient la nuée du Dieu d’Israël se tourner du côté du désert ? Ainsi la patiente grâce de Dieu leur faisait accepter sans murmure un séjour prolongé dans le désert, et attendre patiemment le moment fixé pour leur entrée dans la terre promise.

Nous recueillons toujours de riches bénédictions lorsque nous nous soumettons humblement à la volonté de Dieu. Nous prenons alors réellement sur nous le joug de Christ, ce qui, comme il nous l’assure lui-même, est le vrai secret du repos (Matt. 11:28, 29).

En quoi consiste ce joug ? En une soumission absolue à la volonté du Père. C’est ce que nous trouvons d’une manière parfaite dans notre adorable Sauveur. Il pouvait dire : « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (Luc 10:21). C’était là pour Lui la chose principale. Cela arrangeait tout. Son témoignage était-il rejeté ? Semblait-il qu’il eût travaillé en vain et dépensé sa force pour le néant ? « Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre ». Tout était bien. Ce qui plaisait au Père lui plaisait. Il n’avait jamais une pensée ou un désir, qui ne fussent en parfait accord avec la volonté de Dieu. C’est pourquoi, comme homme, il jouit toujours d’un repos parfait. Il s’associait aux conseils divins, aussi sa paix coula, du commencement à la fin, sans jamais se troubler.

C’était là le joug de Christ, et c’est ce même joug qu’il nous invite à prendre sur nous, afin que, nous aussi, nous trouvions le repos de nos âmes. Remarquons ces mots : « Vous trouverez le repos ». Nous ne devons pas confondre le repos qu’Il donne avec le repos que nous trouvons.

Quand une âme fatiguée et chargée vient à Jésus avec une foi simple, il lui donne le repos, un repos complet, qui découle de la ferme assurance que tout est fait ; que les péchés sont ôtés à toujours ; qu’une justice parfaite a été accomplie, révélée et accordée ; que toute question a été divinement tranchée et cela pour l’éternité. Dieu est glorifié. Satan est réduit au silence. La conscience est tranquillisée. Tel est le repos que Jésus donne, lorsque nous venons à Lui. Mais ensuite, nous avons à traverser les circonstances de la vie journalière. Il s’y rencontre des épreuves, des difficultés, des luttes, des désappointements de toute espèce. Rien de tout cela ne peut affecter le repos que Jésus donne, mais oui bien, et gravement peut-être, celui que nous devons poursuivre. Les difficultés de la route ne troublent pas la conscience, mais elles peuvent troubler le cœur, elles peuvent nous donner de l’irritation et de l’impatience. Par exemple, je désire aller prêcher à tel endroit, et j’y suis attendu ; mais soudain me voilà retenu chez moi par la maladie ! Cela ne trouble pas ma conscience, mais peut me mettre dans une grande agitation, et me faire m’écrier : « Que c’est ennuyeux ! que c’est désappointant ! Que faut-il faire ? »

Comment le cœur angoissé peut-il être tranquillisé et l’esprit inquiet calmé ? Que me faut-il ? Il me faut du repos. Comment le trouverai-je ? En m’inclinant, et en prenant sur moi le joug précieux de Christ qu’il porta lui-même dans les jours de sa chair ; joug d’une entière soumission à la volonté de Dieu. Il faut que je puisse dire, sans la moindre restriction, et du plus profond de mon cœur : « Ta volonté soit faite, ô Dieu ! » Il faut que j’aie un sentiment si réel de son amour parfait envers moi et de son infinie sagesse dans toutes ses voies à mon égard, que je n’y voudrais rien changer, lors même que je le pourrais, persuadé qu’il vaut mieux pour moi être couché sur un lit de maladie, que prêchant là où j’étais attendu.

Le repos du cœur se trouve en contraste avec l’agitation, dans le simple fait de pouvoir remercier Dieu pour toute chose, quelque contraire qu’elle soit à notre propre volonté et aux plans que nous avions formés. Ce n’est pas le simple assentiment à cette vérité, que « toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos » (Romains 8:28) ; c’est la réalisation positive du fait divin, qu’une chose, quelle qu’elle soit, que Dieu nous envoie, est certainement la meilleure pour nous. C’est une confiance parfaite dans l’amour, la sagesse, la puissance et la fidélité de Celui qui a bien voulu se charger de tout ce qui nous concerne, pour le temps et pour l’éternité. Nous savons que l’amour fait toujours tout pour le mieux de l’objet aimé. Quel est donc notre bonheur, d’avoir Dieu faisant tout au mieux pour nous ! Quel cœur n’en serait pas satisfait, pour peu qu’il connaisse Dieu !

Mais il faut le connaître, avant que le cœur puisse être satisfait de sa volonté. Ève, dans le jardin d’Éden, tentée par le serpent, devint mécontente de la volonté de Dieu. Elle désira quelque chose qu’il avait défendu, et le diable promit de le lui procurer. Elle pensait que Satan la traiterait mieux que Dieu. Elle crut gagner au change, en se sortant des mains de Dieu pour se placer dans celles de Satan. Il est donc impossible qu’un cœur non renouvelé se soumette à la volonté de Dieu. Si nous sondons le cœur humain, nous n’y trouverons pas une seule pensée qui soit à l’unisson avec la volonté de Dieu. Et même pour l’enfant de Dieu, ce n’est qu’autant qu’il lui est donné, par la grâce de Dieu, de mortifier sa propre volonté, de se compter pour mort, et de marcher par l’Esprit, qu’il peut prendre son plaisir en la volonté de Dieu et rendre grâces pour toutes choses. C’est une des meilleures preuves de la nouvelle naissance, que de pouvoir dire sans la moindre restriction, touchant tous les arrêts de la main de Dieu : « Ta volonté soit faite » (Matt. 26:42). « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (Luc 10:21). Quand le cœur a pris cette attitude, Satan ne peut l’ébranler. C’est une grande chose de pouvoir dire au diable et au monde, — non des lèvres seulement, mais en vérité, et par toute notre vie : « Je suis parfaitement satisfait de la volonté de Dieu ».

Tel est le moyen de trouver le repos, le remède divin contre cet esprit d’ambition inquiète, d’agitation, de mécontentement, qui est si général dans le monde.

Puissions-nous, cher lecteur, rechercher diligemment cet esprit doux et tranquille, qui est d’un grand prix devant Dieu, qui s’incline devant sa volonté et approuve toutes ses voies, quoiqu’il arrive. Alors notre paix coulera comme un fleuve, et le Nom de notre Seigneur Jésus Christ sera glorifié par notre vie et notre conduite.

Avant de quitter ce sujet si éminemment pratique, nous remarquerons encore qu’il y a trois attitudes dans lesquelles l’âme peut être trouvée par rapport aux voies de Dieu : la soumission ; l’acquiescement ; la joie. Si la volonté est brisée, il y a soumission ; lorsque l’intelligence spirituelle est au clair quant au but de Dieu, il y a acquiescement ; et lorsque les affections sont attachées à Dieu lui-même, il y a joie positive. C’est pourquoi nous lisons au chapitre 10 de Luc : « En cette même heure, Jésus se réjouit en esprit et dit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants. Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi » (vers. 21). Jésus trouvait ses délices à toute la volonté de Dieu. Sa nourriture et son breuvage étaient d’accomplir cette volonté, à tout prix. Dans le service ou dans la souffrance, dans la vie ou dans la mort, il n’eut jamais d’autre motif que la volonté du Père. Il pouvait dire : « Je fais toujours ce qui lui plaît ».

Revenons maintenant à notre chapitre.

« Et l’Éternel me parla, disant : Vous avez assez tourné autour de cette montagne ; dirigez-vous vers le nord ».

La parole de l’Éternel réglait tout. Le peuple n’avait pas à décider ou à combiner ses mouvements. C’était l’affaire de l’Éternel et sa prérogative de tout arranger pour eux ; leur affaire était d’obéir. Il n’est point fait mention ici de la nuée ni de la trompette, — il n’y a que la parole de Dieu et l’obéissance d’Israël.

Rien ne saurait être plus précieux pour un enfant de Dieu, si son cœur est en bon état, que d’être guidé, dans tous ses mouvements, par la volonté de Dieu. Cela lui évite un monde de perplexités. Dans le cas des Israélites, appelés comme ils l’étaient à voyager dans un grand et affreux désert, où il n’y avait pas de routes, c’était une grâce inexprimable d’avoir chacun de leurs mouvements, chacun de leurs pas, chacune de leurs haltes ordonnés par un Guide infaillible. Ils n’avaient pas à s’inquiéter de quoi que ce fût ; l’Éternel dirigeait tout ce qui les concernait ; ils n’avaient qu’à s’attendre à Lui, et à faire ce qu’il leur commandait.

Oui, cher lecteur, un cœur confiant et obéissant est la grande chose. Là où il fait défaut, les raisonnements et la rébellion surgissent immanquablement. Si, lorsque Dieu avait dit : « Vous avez assez tourné autour de cette montagne », Israël eût répondu : « Non, nous voulons y rester encore quelque temps ; nous nous trouvons bien ici, et nous ne désirons pas changer », ou encore, si lorsque Dieu avait dit : « Dirigez-vous vers le nord », ils eussent répondu : « Non, nous préférons aller à l’orient », qu’en serait-il résulté ? ils auraient perdu la présence de Dieu. Qui, dès lors, les aurait guidés, aidés et nourris ? Ils ne pouvaient compter sur Dieu, présent au milieu d’eux, que lorsqu’ils marchaient sur le chemin indiqué par le commandement divin. S’ils préféraient aller où bon leur semblait, ils n’avaient que des désastres à attendre. L’eau découlant du rocher et la manne céleste ne se trouvaient que sur le sentier de l’obéissance.

Nous avons, nous chrétiens, une importante leçon à apprendre de cela. Notre sentier est tracé, jour après jour, par Dieu ; ne nous laissons pas enlever cette assurance bénie par les raisonnements de l’incrédulité. Dieu a promis de nous guider ; ses promesses sont Oui et Amen. À nous de nous approprier cette promesse en toute simplicité de foi. Elle est aussi sûre que possible. Nous ne saurions admettre que les Israélites dans le désert, fussent mieux partagés que le peuple céleste de Dieu, dans son passage à travers ce monde. Comment Israël savait-il de quel côté il devait se diriger ? Par la parole de Dieu. Or nous avons mieux qu’eux ; nous avons à la fois la Parole et l’Esprit de Dieu pour nous guider. À nous appartient le précieux privilège de pouvoir suivre les traces du Fils de Dieu.

N’est-ce point une direction parfaite ? Écoutons ce que nous dit le Seigneur : « Moi, je suis la lumière du monde ; celui qui me suit, ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8:12). Remarquons ces mots : « celui qui me suit ». Il nous a « laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces » (1 Pierre 2:21). Telle est la direction divine. Comment Jésus marchait-il ? Toujours et uniquement d’après le commandement de son Père. C’était ce qui le faisait agir et parler.

Nous sommes appelés à le suivre, et sa propre parole nous assure qu’en le faisant, nous ne marcherons pas dans les ténèbres, mais que nous aurons la lumière de la vie. Précieuse parole, « la lumière de la vie ! » « Les ténèbres s’en vont et la vraie lumière luit déjà » (1 Jean 2:8), et nous avons le privilège de pouvoir marcher dans la lumière resplendissante qui luit sur le sentier du Fils de Dieu. Se trouve-t-il là matière à hésitation, à incertitude, à perplexité ? Comment cela se pourrait-il, si nous le suivons ? Ces deux choses ne vont pas ensemble.

Cela ne veut pas dire, remarquons-le bien, que nous ayons une parole spéciale de l’Écriture pour diriger chaque détail de notre conduite. Je ne puis, par exemple, espérer trouver un passage de la Bible, ou entendre une voix du ciel, me disant d’aller dans telle ou telle ville et d’y rester plus ou moins longtemps. Comment donc puis-je être au clair à cet égard ? La réponse est : Attends-toi à Dieu en toute sincérité de cœur, et il rendra ton sentier lumineux. C’était ce que faisait Jésus, et si nous le suivons, nous ne marcherons pas dans les ténèbres : « Je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » (Ps. 32:8), est une promesse des plus précieuses, mais pour en profiter il faut que nous soyons assez près du Seigneur, pour apercevoir les mouvements de son œil ; assez intimes avec Lui pour en comprendre la signification.

Combien de difficultés disparaîtraient dans les détails de notre vie journalière, que de doutes seraient éclaircis, si nous attendions la direction divine au lieu d’essayer d’agir sans elle. Si je n’ai pas de lumière pour avancer, mon devoir est de rester tranquille. Nous ne devrions jamais nous mouvoir dans l’incertitude. Souvent nous nous tourmentons, pour savoir si nous devons aller ou agir, quand Dieu veut que nous restions tranquilles et ne fassions rien. Nous consultons Dieu, mais nous ne recevons pas de réponse ; nous demandons conseil à nos amis ; ils ne peuvent nous aider, car c’est une question entre notre âme et le Seigneur. Nous voilà donc plongés dans le doute et l’anxiété, simplement parce que l’œil n’est pas simple, parce que nous ne suivons pas Jésus, « la lumière du monde ». C’est un principe certain dans la vie divine, que si nous suivons Jésus, nous aurons la lumière de la vie. Il l’a dit, et, pour la foi, cela suffit.

Nous sommes donc parfaitement en droit de conclure que Celui qui guida son peuple terrestre dans ses courses à travers le désert, peut et veut guider maintenant son peuple céleste en tout et partout. Prenons donc garde de ne pas vouloir faire notre propre volonté ou suivre nos propres plans. « Ne soyez pas comme le cheval, comme le mulet, qui n’ont pas d’intelligence, dont l’ornement est la bride et le mors pour les refréner quand ils ne veulent pas s’approcher de toi » (Ps. 32:9). Que ce soit notre plus cher désir de marcher sur les traces de Celui qui ne se complaisait pas à lui-même, mais se mouvait toujours dans le courant de la volonté divine et n’agissait jamais sans cette autorité ; qui, bien que Lui-même Dieu béni éternellement, abdiqua complètement sa volonté comme homme, et trouva sa nourriture à faire celle de son Père. C’est ainsi que nos cœurs et nos esprits seront gardés dans une paix parfaite, et que nous pourrons avancer, jour après jour, d’un pas ferme, sur le sentier tracé pour nous par notre Guide divin qui, non seulement, comme Dieu, en connaît chaque pas, mais qui, comme homme, l’a foulé avant nous, et nous a laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces. Puissions-nous le suivre plus fidèlement en toutes choses, avec l’aide du Saint Esprit, qui habite en nous !

 

Nous attirerons maintenant l’attention du lecteur sur un sujet d’un profond intérêt, qui occupe une grande place dans l’Ancien Testament, et qui figure tout particulièrement dans ce chapitre ; — c’est le sujet du gouvernement de Dieu sur le monde et sur les nations de la terre. Il est de toute importance de nous rappeler, que Celui que nous connaissons comme notre Dieu et notre Père, prend un intérêt réel et personnel dans les affaires des nations et prend connaissance de leurs actes et de leurs procédés les unes envers les autres.

Il est vrai que tout cela est en rapport immédiat avec Israël et la Palestine, comme nous le voyons au chap. 32, vers. 8 de notre livre : « Quand le Très-haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël ». Israël était et sera encore le centre terrestre pour Dieu ; c’est un fait des plus intéressants, que, dès le commencement, comme nous le voyons au chapitre 10 de la Genèse, le Créateur et Gouverneur du monde forma les nations et établit leurs bornes, en rapport direct avec la postérité d’Abraham, et l’étroite bande de pays qu’ils doivent posséder en vertu de l’alliance éternelle faite avec leurs pères.

Mais dans notre chapitre, nous voyons l’Éternel, dans sa justice et sa fidélité, s’interposant pour protéger trois nations distinctes contre les empiétements de son peuple élu. Il dit à Moïse : « Commande au peuple, disant : Vous allez passer par les confins de vos frères, les fils d’Ésaü, qui habitent en Séhir, et ils auront peur de vous ; et soyez bien sur vos gardes ; vous n’engagerez pas de lutte avec eux, car je ne vous donnerai rien de leur pays, pas même de quoi poser la plante du pied, car j’ai donné la montagne de Séhir en possession à Ésaü. Vous achèterez d’eux la nourriture à prix d’argent, et vous la mangerez ; et l’eau aussi, vous l’achèterez d’eux à prix d’argent, et vous la boirez ».

Les Israélites auraient pu s’imaginer qu’ils n’avaient qu’à s’emparer du pays des Édomites, mais ils doivent apprendre que le Dieu souverain est le Gouverneur des nations, que toute la terre lui appartient, et qu’il la partage selon son bon plaisir.

C’est là un fait magnifique, mais dont, en général, les empereurs, les rois, les princes, les gouverneurs, les hommes d’état ne s’inquiètent guère. Ils oublient que Dieu s’intéresse aux affaires des nations ; qu’il distribue les royaumes, les provinces et les pays, comme il le juge bon. Il leur semble qu’il ne s’agit que de leurs conquêtes militaires, comme si Dieu n’avait rien à faire avec la question des frontières des nations et des possessions territoriales. C’est en quoi ils se trompent gravement. Ils ne comprennent pas la signification et la force de cette simple sentence : « J’ai donné la montagne de Séhir en possession à Ésaü ». Dieu ne renoncera jamais à ses droits à cet égard. Il ne permit pas à Israël de toucher à quoi que ce fût qui appartînt à Ésaü. Ils devaient payer comptant tout ce dont ils avaient besoin, et passer outre. Le carnage et le pillage ne devaient pas être pratiqués sans autorisation par le peuple de Dieu.

Remarquez la touchante raison de tout cela : « Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni dans toute l’œuvre de ta main ; il a connu ta marche par ce grand désert ; pendant ces quarante ans l’Éternel, ton Dieu, a été avec toi ; tu n’as manqué de rien » (vers. 7). Ils pouvaient donc bien laisser Ésaü en paix, ainsi que ses possessions. Ils étaient les objets des plus tendres soins de l’Éternel qui s’enquérait de chacun de leurs pas dans ce pénible désert. Il s’était chargé de tous leurs besoins. Il allait leur donner le pays de Canaan, selon sa promesse à Abraham ; mais la même main, qui leur donnait Canaan, avait donné la montagne de Séhir à Ésaü.

Nous voyons exactement la même chose par rapport à Moab et aux fils d’Ammon. « Et l’Éternel me dit : Tu n’attaqueras pas Moab, et tu ne te mettras pas en guerre avec eux ; car je ne te donnerai rien de leur pays en possession, car j’ai donné Ar en possession aux fils de Lot » (vers. 9). Et de nouveau : « Et tu t’approcheras vis-à-vis des fils d’Ammon ; tu ne les attaqueras pas, et tu n’engageras pas de lutte avec eux, car je ne te donnerai rien du pays des fils d’Ammon en possession, parce que je l’ai donné en possession aux fils de Lot » (vers. 19).

Les possessions dont il est fait mention ici avaient été autrefois entre les mains des géants, mais Dieu avait trouvé bon de donner ces territoires aux enfants d’Ésaü et de Lot ; c’est pourquoi il avait exterminé ces géants, car rien ne saurait s’opposer aux conseils divins. « Ce pays est aussi réputé pays des Rephaïm ; les Rephaïm y habitaient auparavant… peuple grand et nombreux, et de haute stature comme les Anakim ; mais l’Éternel les détruisit devant eux, et ils les dépossédèrent et habitèrent à leur place ; comme il fit pour les fils d’Ésaü, qui habitent en Séhir, lorsqu’il détruisit les Horiens devant eux, et qu’ils les dépossédèrent ; et ils ont habité à leur place jusqu’à ce jour » (vers. 20-22).

Ainsi donc Israël n’osa pas toucher aux possessions de ces trois nations, les Édomites, les Ammonites et les Moabites. Mais, au verset 24, nous voyons une chose toute différente pour le cas des Amoréens. « Levez-vous, partez, et passez le torrent de l’Arnon. Regarde, j’ai livré en ta main Sihon, roi de Hesbon, l’Amoréen, et son pays : commence, prends possession, et fais-lui la guerre ».

Le grand principe de ces diverses instructions à Israël, c’est que la Parole de Dieu doit tout diriger pour son peuple. Israël n’avait pas à demander pourquoi il devait respecter les possessions d’Ésaü et de Lot, et s’emparer de celles de Sihon ; il n’avait qu’à obéir. Dieu peut agir comme il lui plaît. Son œil plane sur l’univers et l’embrasse dans son entier, et il n’a point abandonné la terre. Ainsi que nous le dit l’apôtre, dans son discours à Athènes : « Il est Seigneur du ciel et de la terre », et « il a fait d’un seul sang toutes les races des hommes pour habiter sur toute la face de la terre, ayant déterminé les temps ordonnés et les bornes de leur habitation ». Et plus loin : « Il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Actes 17:26, 31).

Nous avons ici une vérité importante, que les hommes de tout rang et de toute condition devraient prendre en considération : Dieu est le Gouverneur de toute la terre. Il ne rend pas compte de ses affaires. Il abaisse l’un et élève l’autre. Les royaumes, les trônes, les gouvernements sont tous entre ses mains. Il agit comme il lui plaît dans l’organisation des affaires humaines. Mais, en même temps, il veut que les hommes soient responsables de leurs actes dans les diverses positions où sa providence les a placés. Celui qui gouverne et celui qui est gouverné, les rois, les magistrats, les juges, toutes les classes et tous les degrés des hommes auront, tôt ou tard, à rendre compte à Dieu. Chacun, comme s’il était seul, aura à paraître devant le tribunal de Dieu, pour y passer en revue toute sa vie, du commencement à la fin. Chaque acte, chaque parole, chaque secrète pensée s’y verra avec une pleine clarté. On ne pourra échapper en se cachant dans la foule. La Parole déclare que « chacun sera jugé selon sa conduite ». Ce sera un jugement individuel, impartial et scrutateur, en un mot, divin et, par conséquent, parfait. Rien ne sera oublié. « De toute parole oiseuse qu’ils auront dite, les hommes rendront compte au jour du jugement » (Matt. 12:36). Les rois, les gouverneurs et les magistrats devront rendre compte de la manière dont ils auront fait usage de l’autorité qui leur a été confiée, et des trésors qui ont passé entre leurs mains. Les nobles et les riches de ce monde, qui ont dépensé leur temps et leur argent en folies, en conforts et en vanités, auront à en rendre compte devant le trône du Fils de l’homme, dont les yeux sont comme une flamme de feu pour lire jusqu’au fond des cœurs, et les pieds comme de l’airain pour écraser sans miséricorde tout ce qui est opposé à Dieu.

L’incrédulité moqueuse demandera peut-être : « Comment est-il possible que les millions incalculables des êtres de la race humaine trouvent place devant le tribunal de Dieu ? Et comment aurait-on le temps nécessaire pour entrer si minutieusement dans tous les détails de l’histoire de chaque homme ? » La foi répond : « Dieu dit qu’il en sera ainsi, et cela suffit », et quant au « Comment ? » la réponse est : « Dieu ! l’infini, l’éternité ! » Faites paraître Dieu, toutes les questions cessent et toutes les difficultés disparaissent en un instant. De fait, la réponse par excellence à toutes les objections des incrédules, des sceptiques, des rationalistes et des matérialistes, est ce seul mot : « Dieu ! »

Nous insistons sur ce point auprès du lecteur, non pas certes pour qu’il soit capable de répondre aux incrédules, mais pour le repos et la joie de son propre cœur. Pour ce qui concerne les incrédules, nous sommes toujours plus persuadés que ce que nous avons de mieux à faire à leur égard est, selon le conseil de notre Seigneur en Matt. 15:14, de les « laisser ». Il est parfaitement inutile de discuter avec des hommes qui méprisent la parole de Dieu, et qui n’ont pas d’autre base pour s’appuyer que leurs raisonnements charnels. En revanche, nous croyons qu’il est de la plus grande importance que le cœur se repose avec la simplicité d’un enfant, sur la vérité de la parole de Dieu. « Aura-t-il dit, et ne le fera-t-il pas ? aura-t-il parlé, et ne l’accomplira-t-il pas ? » (Nomb. 23:19).

Tel est le précieux refuge de la foi, le port paisible où l’âme peut s’abriter contre tous les courants tumultueux des pensées humaines. « La parole du Seigneur demeure éternellement. Or c’est cette parole qui vous a été annoncée » (1 Pierre 1:25). Rien ne peut atteindre la parole de notre Dieu. Elle est établie à toujours dans les cieux, et tout ce qu’il nous faut, c’est de la tenir serrée dans nos cœurs comme le trésor que nous avons reçu de Dieu.

Qu’il en soit ainsi, Seigneur, afin que ton Nom soit glorifié en toutes choses par notre moyen !

 

5                    Chapitre 3

« Et nous nous tournâmes, et nous montâmes par le chemin de Basan ; et Og, le roi de Basan, sortit à notre rencontre, lui et tout son peuple, à Édréhi, pour livrer bataille. Et l’Éternel me dit : Ne le crains pas, car je l’ai livré en ta main, lui et tout son peuple, et son pays ; et tu lui feras comme tu as fait à Sihon, roi des Amoréens, qui habitait à Hesbon. Et l’Éternel, notre Dieu, livra aussi en notre main Og, le roi de Basan, et tout son peuple ; et nous le battîmes jusqu’à ne pas lui laisser un réchappé. Et nous prîmes toutes ses villes, en ce temps-là ; il n’y eut point de ville que nous ne leur prissions : soixante villes, toute la région d’Argob, le royaume d’Og, en Basan ; toutes ces villes-là étaient fortifiées avec de hautes murailles, des portes et des barres, outre les villes ouvertes, en fort grand nombre ; et nous les détruisîmes entièrement, comme nous avions fait à Sihon, roi de Hesbon, détruisant toutes les villes, hommes, femmes, et enfants. Et nous pillâmes pour nous toutes les bêtes, et le butin des villes » (vers. 1-7).

Les ordres divins concernant Og, roi de Basan, étaient précisément les mêmes que ceux donnés au chapitre précédent au sujet de Sihon, roi des Amoréens. Pour comprendre ces ordres, nous devons les considérer à la lumière du gouvernement de Dieu, — sujet peu compris, quoique d’une haute importance pratique. Il faut savoir distinguer la grâce, du gouvernement. Lorsque nous contemplons Dieu en gouvernement, nous le voyons déployant sa puissance en justice, punissant les méchants, se vengeant de ses ennemis, renversant les empires et les trônes, détruisant les cités, balayant les nations, les tribus et les peuples. Nous le voyons commander à son peuple de passer au fil de l’épée les hommes, les femmes et les enfants, de mettre le feu à leurs maisons, et de réduire en cendres leurs villes.

Nous l’entendons aussi adresser au prophète Ézéchiel ces remarquables paroles : « Fils d’homme, Nebucadretsar, roi de Babylone, a fait travailler son armée à un grand travail contre Tyr : toute tête en est devenue chauve, et toute épaule en a été écorchée ; et il n’a eu de Tyr aucun salaire, ni pour lui, ni pour son armée, pour le travail qu’il a fait contre elle. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, je donne à Nebucadretsar, roi de Babylone, le pays d’Égypte ; et il en enlèvera la multitude, il en emportera le butin, et en fera le pillage ; et ce sera le salaire de son armée. En récompense de son travail contre Tyr, je lui ai donné le pays d’Égypte, parce qu’ils ont travaillé pour moi, dit le Seigneur, l’Éternel » (Ézé. 29:18-20).

Ce passage remarquable place devant nous un sujet qui se retrouve dans tout l’Ancien Testament, et qui exige toute notre attention. Dans les cinq livres de Moïse, les livres historiques, les Psaumes et les Prophètes, nous voyons l’Esprit nous donner les détails les plus précis sur les actes de Dieu en gouvernement. Nous avons le déluge aux jours de Noé, où toute la terre, à l’exception de huit personnes, fut détruite par un acte du gouvernement divin. Les hommes, les femmes, les enfants, les animaux à quatre pieds, les oiseaux et les reptiles furent tous entraînés et engloutis sous les flots du juste jugement de Dieu.

Puis, aux jours de Lot, nous voyons les villes de la plaine, avec tous leurs habitants, hommes, femmes et enfants, détruites en quelques heures par la main du Tout-Puissant, et ensevelies sous les eaux de la Mer Morte ; ces villes coupables, « Sodome et Gomorrhe, et les villes d’alentour, s’étant abandonnées à la fornication de la même manière que ceux-là, et étant allées après une autre chair, sont là comme exemple, subissant la peine d’un feu éternel » (Jude 7).

Ensuite, les pages inspirées nous montrent les sept nations de Canaan, hommes, femmes et enfants, livrées entre les mains d’Israël pour être exterminées sans miséricorde, et sans qu’une seule personne échappât.

Le temps nous manquerait pour la simple indication de tous les passages des Écritures, qui mettent devant nos yeux les actes solennels du gouvernement divin. Nous les retrouvons de la Genèse à l’Apocalypse, — du déluge à la destruction finale du monde actuel.

Sommes-nous capables de comprendre ces voies de Dieu en gouvernement ? Avons-nous le droit de les juger ? Sommes-nous à même de sonder les profonds et terribles mystères de la Providence ? Pouvons-nous — devons-nous expliquer pourquoi des enfants innocents sont enveloppés dans le jugement de leurs parents coupables ? L’incrédulité impie peut se moquer de ces choses ; la sentimentalité peut s’y achopper, mais le vrai croyant, le lecteur respectueux de la Sainte Écriture, résoudra toutes ces questions par cette autre question si simple et si sûre : « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Gen. 18:25).

C’est la seule manière de répondre à de telles questions. Si nous admettons que l’homme peut juger les voies de Dieu, qu’il peut se permettre de décider de ce qui est digne de Dieu et de ce qui ne l’est pas, alors vraiment nous avons perdu le sentiment de ce qu’est Dieu. Or c’est précisément là le but de Satan. Pour éloigner nos cœurs de Dieu, il pousse les hommes à raisonner, à questionner et à spéculer sur des choses qui sont aussi au-dessus de leur portée que les cieux sont au-dessus de la terre. Pouvons-nous comprendre Dieu ? Si nous le pouvions, nous serions nous-mêmes Dieu.

Il est absurde et impie, tout à la fois, que de pauvres mortels osent discuter les conseils, les actes et les voies du tout puissant Créateur, du sage Gouverneur de l’univers. Tôt ou tard, ils reconnaîtront leur fatale erreur. Il serait bon que tous les sophistes prissent garde à cette grave question de l’apôtre : « Mais plutôt, toi, ô homme, qui es-tu, qui contestes contre Dieu ? La chose formée dira-t-elle à celui qui l’a formée : Pourquoi m’as-tu ainsi faite ? Le potier n’a-t-il pas pouvoir sur l’argile pour faire de la même masse un vase à honneur et un autre à déshonneur ? » (Rom. 9:20-21).

Telle est la méthode divine de répondre à tous les « comment » et « pourquoi » du raisonnement incrédule. Si le potier a pouvoir sur le morceau d’argile qu’il tient dans sa main, — fait que personne ne songerait à nier, — combien plus le Créateur de toutes choses a-t-il pouvoir sur les créatures que sa main a formées. Les hommes peuvent spéculer indéfiniment sur les raisons pour lesquelles Dieu a permis au péché d’entrer dans le monde, et au serpent de tenter Ève, au lieu de le détruire lui et ses anges, ou de préserver Ève de manger le fruit défendu, etc. En un mot, les « pourquoi » et les « comment » sont sans fin, mais la réponse est une : « Qui es-tu, ô homme, qui contestes contre Dieu ? » Quelle monstruosité ! un pauvre ver de terre ose porter un jugement sur les conseils et sur les voies de l’Éternel Dieu ! Quelle présomptueuse folie ! une créature, dont l’intelligence est aveuglée par le péché, et par conséquent totalement incapable de juger sainement les choses divines, prétend savoir comment Dieu aurait dû agir, dans tel ou tel cas ! Il est à craindre que des milliers qui raisonnent maintenant avec une habileté apparente contre la vérité de Dieu, ne reconnaissent leur fatale erreur, lorsqu’il sera trop tard pour la réparer.

Quant à ceux qui, loin de faire cause commune avec les incrédules, sont néanmoins tourmentés de doutes et de craintes au sujet de quelques-unes des voies de Dieu en gouvernement et sur la solennelle question des peines éternelles (*), nous leur recommandons la lecture et l’étude attentive du Psaume 131. « Éternel ! mon cœur n’est pas hautain, et mes yeux ne s’élèvent pas, et je n’ai pas marché en des choses trop grandes et trop merveilleuses pour moi. N’ai-je pas soumis et fait taire mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère ? Mon âme est en moi comme l’enfant sevré ».

 

(*) Nous nous permettons ici quelques remarques sur le sujet si solennel des peines éternelles, vu que tant de chrétiens, en tous lieux, ne sont pas au clair sur ce sujet. Il y a, nous le croyons, trois considérations qui, dûment pesées, fixeront le chrétien quant à cette doctrine.

1. On trouve dans le Nouveau testament 70 passages avec le mot « éternel » (aiônios). Ce mot est appliqué à la vie que les croyants possèdent ; aux demeures dans lesquelles ils seront reçus ; à la gloire dont ils jouiront ; il s’applique à Dieu (Rom. 16:26) ; au salut, dont le Seigneur Jésus est l’auteur ; à la rédemption qu’il a obtenue pour nous ; et à l’Esprit

Parmi ces 70 passages, que le lecteur peut vérifier au moyen d’une concordance grecque, il y en a sept où ce même mot est appliqué aux châtiments des méchants ; aux jugements qui les atteindront ; au feu qui les consumera.

Or il s’agit de savoir d’après quels principes ou quelle autorité l’on peut dire que dans ces sept passages-là le mot aiônos ne signifie pas éternel, mais bien dans les 63 autres ? Cette assertion est sans fondement aucun, et indigne de l’attention d’un esprit sérieux. Nous admettons que si le Saint Esprit eût jugé convenable d’employer un autre mot pour parler du jugement des méchants, la raison demanderait que nous prenions ce fait en considération. Mais non, il emploie le même mot invariablement, de sorte que si nous nions les peines éternelles, nous devons nier la vie éternelle, la gloire éternelle, un Esprit éternel, un Dieu éternel, en un mot tout ce qui est éternel. Si le châtiment n’est pas éternel, rien ne sera éternel selon cet argument. Toucher à cette pierre de voûte de la Révélation divine, c’est faire crouler le tout. C’est justement ce que Satan cherche à faire. Nous sommes convaincus que nier la vérité des peines éternelles, c’est faire le premier pas sur la pente qui conduit au scepticisme universel.

2. Notre seconde considération est dérivée de la grande vérité de l’immortalité de l’âme. Nous lisons au chapitre second de la Genèse que l’Éternel Dieu forma l’homme poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie, et l’homme devint une âme vivante (vers. 7). Ce passage fût-il le seul, c’est sur lui comme sur un rocher inébranlable que nous basons la grande vérité de l’immortalité de l’âme humaine. La chute de l’homme ne changea rien à cela. Innocente ou coupable, convertie ou non convertie, l’âme doit vivre à toujours.

La question solennelle est celle-ci : Où doit-elle vivre ? Dieu ne peut tolérer le péché en sa présence. Il a les yeux trop purs pour voir le mal (Habakuk 1:13). Par conséquent, si un homme meurt dans ses péchés, sans s’être repenti, sans avoir été lavé, et pardonné, il ne peut venir là où Dieu se trouve ; ce serait même le dernier endroit où il désirerait aller. Il ne reste rien pour lui qu’une éternité sans fin, dans l’étang ardent de feu et de soufre.

3. Enfin, nous croyons que la doctrine des peines éternelles est liée étroitement au caractère infini de la rédemption. Si rien moins qu’un sacrifice infini ne pouvait nous délivrer des conséquences du péché, ces conséquences doivent être éternelles. Cette considération n’aura peut-être pas grand poids auprès de certaines personnes, mais, pour nous, la force en est irrésistible. Nous devons mesurer le péché et ses conséquences, de la même manière que l’amour divin et ses résultats ; non à la mesure des sentiments humains ou de la raison humaine, mais uniquement à celle de la croix de Christ.

 

Lorsque le cœur a savouré, en quelque mesure, ces touchantes expressions, il peut retirer un vrai profit des paroles de l’apôtre en 2 Cor. 10:4 « Car les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée captive à l’obéissance du Christ ».

Les philosophes et les libres-penseurs souriraient de mépris, sans doute, à l’idée de traiter aussi simplement une question aussi grave. Mais cela importe peu au jugement du disciple de Christ. Le même apôtre inspiré dispose en fort peu de mots, de toute la sagesse et de toute la science de ce monde. Il dit : « Que personne ne s’abuse soi-même : si quelqu’un parmi vous a l’air d’être sage dans ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage ; car la sagesse de ce monde est folie devant Dieu » ; car il est écrit : « Celui qui prend les sages dans leurs ruses », et encore : « Le Seigneur connaît les raisonnements des sages, qu’ils sont vains » (1 Cor. 3:18-20). Et encore : « Il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages et j’annulerai l’intelligence des intelligents ». Où est le sage ? où est le scribe ? où est le disputeur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? Car, puisque dans la sagesse de Dieu, le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu, il a plu à Dieu, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croient (1 Cor. 1:19-21).

Il faut donc que l’homme reconnaisse qu’il n’est qu’un fou, et que toute la sagesse du monde est folie. Vérité humiliante, mais salutaire ! Humiliante, parce qu’elle met l’homme à sa vraie place salutaire, précieuse même, parce qu’elle met en scène la sagesse de Dieu. On parle beaucoup de nos jours de science, de philosophie et d’érudition. « Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une folie ? »

Saisissons-nous bien le sens de ces mots ? Il est à craindre qu’ils ne soient que peu compris. Il ne manque pas d’hommes qui voudraient nous persuader que la science a de beaucoup dépassé la Bible. Malheur à cette science et à ceux qui l’écoutent ! Si elle est allée plus loin que la Bible, où est-elle allée ? Du côté de Dieu, de Christ, du ciel, de la sainteté, de la paix, ou dans une direction tout à fait opposée ? Et où tout cela finira-t-il ? (*)

 

(*) Il faut distinguer entre la véritable science et la « science faussement ainsi nommée ». En outre, nous devons faire la différence entre les faits de la science et les conclusions des savants. Les faits sont ce que Dieu a fait et fait encore ; mais, lorsque les hommes se mettent à tirer leurs conclusions de ces faits, ils commettent les plus graves erreurs.

Toutefois, c’est un soulagement pour le cœur de penser qu’il y a un grand nombre de savants, qui donnent à Dieu sa vraie place et qui aiment notre Seigneur Jésus Christ en sincérité.

 

« Le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu ». Qu’est-ce que la philosophie de la Grèce faisait pour ses disciples ? Elle en faisait d’ignorants adorateurs d’« UN DIEU INCONNU ». L’inscription même qui était sur leur autel proclamait à tout l’univers leur ignorance et leur honte.

Revenons à notre chapitre. Depuis le verset 7 à 20, Moïse rappelle aux enfants d’Israël l’histoire de leurs conquêtes sur les deux rois des Amoréens, et les faits concernant l’héritage des deux tribus et demie en deçà du Jourdain. À cet égard, il est intéressant de remarquer qu’il ne dit nullement si ces tribus eurent tort ou raison en choisissant leurs possessions en dehors du pays de la promesse. D’après le récit qui en est fait ici, on ne peut même pas savoir si les deux tribus et demie exprimèrent un désir dans cette affaire. Nouvelle preuve que notre Livre n’est pas une répétition des précédents.

Voici ces paroles : « Et nous prîmes possession de ce pays-là, en ce même temps. Depuis Aroër, qui est sur le torrent de l’Arnon, la moitié de la montagne de Galaad, et ses villes, je les donnai aux Rubénites et aux Gadites ; et le reste de Galaad, et tout Basan, le royaume d’Og, je le donnai à la demi-tribu de Manassé Et je donnai Galaad à Makir. Et aux Rubénites et aux Gadites je donnai depuis Galaad jusqu’au torrent de l’Arnon, le milieu du torrent et ce qui y confine, et jusqu’au torrent du Jabbok, frontière des fils d’Ammon… Et, en ce temps-là, je vous commandai, disant : L’Éternel, votre Dieu, vous a donné ce pays pour le posséder ; vous passerez équipés devant vos frères, les fils d’Israël, vous tous, les hommes valides. Seulement, vos femmes, et vos enfants, et vos troupeaux — je sais que vos troupeaux sont nombreux — demeureront dans vos villes que je vous ai données, jusqu’à ce que l’Éternel ait donné du repos à vos frères comme à vous, et qu’eux aussi possèdent le pays que l’Éternel, votre Dieu, leur donne au-delà du Jourdain ; alors vous retournerez chacun dans sa possession, que je vous ai donnée » (vers. 12-20).

Dans notre étude du livre des Nombres, nous nous sommes arrêtés sur certains faits en rapport avec l’établissement des deux tribus et demie, prouvant qu’elles n’étaient pas à la hauteur de la pensée de Dieu en choisissant leur héritage en deçà du Jourdain. Mais, dans le passage que nous venons de citer, il n’est pas fait allusion à ce côté de la question, parce que le but de Moïse est de placer devant la congrégation l’excessive bonté, la sollicitude et la fidélité de Dieu en leur accordant de si éclatantes victoires sur les Amoréens, et en les mettant en possession de belles contrées qui leur convenaient si bien. Par là il posait la base des droits qu’avait l’Éternel à leur obéissance, et nous pouvons sans peine apprécier la beauté morale du fait que, dans ce résumé, la question de savoir si les tribus de Ruben et de Gad et la demi-tribu de Manassé eurent tort dans leur choix, est mise de côté.

Grâces à Dieu, sa Parole n’a pas besoin d’apologistes humains. Elle parle pour elle-même et porte avec elle ses preuves, de sorte que nous pouvons dire d’elle ce que l’apôtre disait de son évangile, que « s’il est voilé, il est voilé en ceux qui périssent, en lesquels le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules, pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ, qui est l’image de Dieu, ne resplendît pas pour eux » (2 Cor. 4:3-4). Nous sommes toujours plus convaincus que la meilleure manière de répondre aux attaques des incrédules contre la Bible, est d’avoir nous-mêmes une foi plus entière en son autorité et en sa puissance divine, et de nous en servir comme étant parfaitement assurés de sa vérité et de sa valeur.

Arrêtons-nous maintenant quelque peu sur les derniers versets de notre chapitre : « Et je commandai à Josué en ce temps-là, disant : Tes yeux ont vu tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait à ces deux rois ; l’Éternel fera ainsi à tous les royaumes où tu vas passer. Ne les craignez pas ; car l’Éternel, votre Dieu, est celui qui combat pour vous » (vers. 21, 22).

Le souvenir des dispensations du Seigneur envers nous dans le passé devrait fortifier notre confiance pour l’avenir. Celui qui avait accordé à son peuple une si éclatante victoire sur les Amoréens, qui avait détruit un ennemi aussi formidable que Og, roi de Basan, qui avait mis entre leurs mains tout le pays des géants, que ne pouvait-il faire pour eux ? Il était peu probable qu’ils rencontrassent au pays de Canaan un ennemi plus redoutable que cet homme, dont le lit de fer était de si énormes dimensions que Moïse en fait la remarque (vers. 11). Mais qu’était-il en la présence de son Créateur ? Les géants et les nains sont égaux devant Lui. Le grand point est d’avoir Dieu lui-même devant nos yeux ; alors les difficultés disparaissent. C’est là le vrai secret de la paix et du progrès. « Tes yeux ont vu tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait ». Or ce qu’il a fait, il le fera encore. Il a délivré, il délivre et il délivrera. Le passé, le présent et l’avenir sont tous marqués par des délivrances divines.

Lecteur, es-tu dans les difficultés ? T’attends-tu, le cœur tremblant, à quelque terrible malheur ? Es-tu peut-être comme l’apôtre Paul, en Asie : « excessivement chargé, au-delà de notre force, de sorte que nous avons désespéré même de vivre ? » (2 Cor. 1:8). S’il en est ainsi, accepte une parole d’encouragement : « Ne crains point, crois seulement ». Il ne fait jamais défaut au cœur qui se confie en Lui. Fais usage des ressources qui sont en Lui pour toi. Place-toi, avec tes craintes, tes anxiétés, ta famille, entre ses mains ; en un mot, remets-lui tout.

À quoi sert de mettre vos difficultés, entre Ses mains, si, l’instant d’après, vous les reprenez dans les vôtres ? C’est ce que nous faisons souvent. Quand nous sommes dans une épreuve quelconque, nous allons à Dieu par la prière ; nous jetons sur Lui notre fardeau et paraissons soulagés. Mais, hélas pas plus tôt avons-nous fini de prier, que nous recommençons à voir les difficultés, à mesurer l’épreuve, à nous arrêter à toutes les circonstances pénibles, jusqu’à ce que tout soit de nouveau confus à nos yeux.

Cela déshonore Dieu, et nous laisse naturellement malheureux et non soulagés. Dieu veut que nos cœurs soient aussi libres de soucis que nos consciences de péché. Il nous dit : « Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces ». Et qu’arrivera-t-il alors ? « La paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4:6, 7).

De cette manière Moïse cherchait à encourager son compagnon et son successeur, Josué, dans toute l’œuvre qu’il plaçait devant lui. De même aussi, l’apôtre Paul encourageait son cher fils et frère Timothée à se fortifier dans la grâce qui est en Jésus Christ, à s’en remettre en toute assurance à l’autorité, à l’enseignement, à la direction des Saintes Écritures ; puis, armé et équipé de la sorte, à se mettre à l’œuvre à laquelle il était appelé. De même aussi, l’écrivain et le lecteur de ces lignes peuvent s’encourager mutuellement, dans nos jours de difficultés croissantes, à s’attacher avec une foi simple à cette Parole qui subsiste à toujours.

Les versets qui terminent notre chapitre nous racontent un épisode touchant entre Moïse et son Seigneur. Le récit que nous en trouvons ici, est en accord parfait avec le caractère du Livre. « Et en ce temps-là, je suppliai l’Éternel, disant : Seigneur Éternel ! tu as commencé à faire voir à ton serviteur ta grandeur et ta main forte, car quel est le Dieu, dans les cieux et sur la terre, qui fasse des œuvres comme tes œuvres et selon ta force ? Que je passe, je te prie, et que je voie ce bon pays qui est au-delà du Jourdain, cette bonne montagne, et le Liban. — Et l’Éternel fut irrité contre moi à cause de vous, et il ne m’écouta point ; et l’Éternel me dit : C’est assez, ne me parle plus de cette affaire. Monte au sommet du Pisga, et élève tes yeux vers l’occident, et vers le nord, et vers le midi, et vers le levant, et regarde de tes yeux ; car tu ne passeras pas ce Jourdain. Mais commande à Josué, et fortifie-le et affermis-le car lui, passera devant ce peuple, et lui, les mettra en possession du pays que tu verras » (vers. 23-28).

Il est bien émouvant d’entendre ici cet éminent serviteur de Dieu faire une requête qui ne pouvait lui être accordée. Il désirait voir ce bon pays au-delà du Jourdain. La portion choisie par les deux tribus et demie ne pouvait satisfaire son cœur. Il souhaitait poser son pied sur l’héritage même d’Israël. Mais cela ne devait pas être. Il avait parlé légèrement de ses lèvres en Meriba et, par une dispensation solennelle et irrévocable du gouvernement divin, il lui fut interdit de traverser le Jourdain.

Ce fidèle serviteur de Dieu répète tout cela au peuple. Il ne leur cache pas le fait que l’Éternel avait refusé de lui accorder sa requête. Il est vrai qu’il leur rappelle que c’était à cause d’eux ; il fallait, moralement, qu’ils l’entendissent. Mais il leur dit, sans la moindre réserve, que l’Éternel était fort irrité contre lui, refusait de l’écouter et de lui permettre de traverser le Jourdain, et lui ordonnait même de résigner sa charge et de nommer son successeur.

Rien n’est plus édifiant que d’entendre cela de la bouche de Moïse lui-même ; et une précieuse leçon pour nous. Nous trouvons souvent très difficile d’avouer que nous avons fait ou dit quelque chose de mal et de reconnaître devant nos frères que, dans un cas donné, nous n’avons pas compris la volonté du Seigneur. Nous sommes soucieux de notre réputation, susceptibles et obstinés. Et cependant, avec une étrange inconsistance, nous admettons, ou paraissons admettre, en termes généraux, que nous sommes de pauvres créatures faibles et faillibles ; et que, laissés à nous-mêmes, il n’y aurait rien de mauvais que nous ne puissions dire ou faire. Il est réellement bien différent de faire une confession générale, quelque humble qu’elle soit, ou de reconnaître franchement que, dans telle ou telle circonstance, nous nous sommes grandement trompés. C’est là ce que très peu de personnes savent faire ; en général, on ne veut pas admettre qu’on a eu tort.

Moïse, malgré sa haute position de chef du peuple, dont la verge avait fait trembler le pays d’Égypte, n’eut pas honte de confesser sa faute devant toute l’assemblée de ses frères, de reconnaître qu’il avait dit ce qu’il n’aurait pas dû dire, et qu’il avait désiré une chose que l’Éternel ne pouvait pas lui accorder.

Cela rabaisse-t-il Moïse dans notre estime ? Bien au contraire ; — il est aussi touchant qu’édifiant d’entendre sa confession, de voir avec quelle humilité il courbe sa tête sous les dispensations de Dieu en gouvernement ; d’admirer l’absence totale d’égoïsme dans sa conduite envers celui qui devait lui succéder dans sa charge éminente. Il n’y a pas trace de jalousie, d’envie, ni d’orgueil froissé. Dans son abnégation, Moïse descend de sa position élevée, jette son manteau sur les épaules de son successeur, et l’encourage à remplir, avec une sainte fidélité, les devoirs de cet office, que lui-même devait résigner.

Moïse s’humilia sous la puissante main de Dieu. Il accepta la discipline qui lui fut imposée par le gouvernement divin, et ne prononça pas un murmure lorsque sa requête lui fut refusée. Il se soumit à tout, c’est pourquoi il fut élevé au temps convenable (Luc 14:11). Si le gouvernement de Dieu l’empêcha d’entrer en Canaan, la grâce le conduisit au sommet du Pisga, d’où, dans la communion de son Seigneur, il lui fut permis de voir le bon pays dans toute son étendue — de le voir non pas comme hérité par Israël, mais comme donné de Dieu.

 

Le lecteur fera bien d’étudier sérieusement le sujet de la grâce et du gouvernement. Ce thème important et pratique qui revient constamment dans les Écritures, est peu compris parmi nous. Il peut nous sembler étrange qu’un homme aussi aimé que l’était Moïse, n’ait point obtenu la permission d’entrer dans la terre promise. La raison n’en était pas seulement que Moïse, dans sa capacité officielle et comme représentant du système légal, ne pouvait introduire Israël dans le pays. Cela est vrai, mais il y a plus : Moïse avait parlé légèrement de ses lèvres. Lui et Aaron, son frère, n’avaient pas glorifié Dieu en présence de l’Assemblée ; c’est pourquoi l’Éternel leur parla comme nous le voyons en Nomb. 20:12, 23-26.

Nous voyons ici les deux chefs de l’assemblée, les mêmes hommes dont Dieu s’était servi pour faire sortir son peuple du pays d’Égypte, avec des signes puissants et des miracles, — « ce Moïse et cet Aaron », — ces hommes grandement honorés de Dieu, à qui l’entrée en Canaan n’est pas accordée. Et pourquoi ? « Parce que vous vous êtes rebelles contre mon commandement ».

C’est une chose terrible que d’être rebelle au commandement de Dieu ; et, plus la position de ceux qui sont rebelles est élevée, plus la chose est grave, plus aussi le jugement divin sera prompt et solennel.

Des paroles semblables furent adressées à Saül, après qu’il eut refusé d’obéir à la parole de l’Éternel (1 Sam. 15:23) ; ainsi nous avons l’exemple d’un prophète, d’un sacrificateur et d’un roi, qui sont jugés, sous le gouvernement de Dieu, pour un seul acte de désobéissance. Le prophète et le sacrificateur ne purent entrer au pays de Canaan ; le roi fut privé de son trône.

Dans notre prétendue sagesse, nous trouvons peut-être ces châtiments bien sévères. Sommes-nous des juges compétents ? Prenons garde de nous permettre de juger les dispensations du gouvernement divin. Adam fut chassé du paradis ; Aaron fut dépouillé de ses vêtements sacerdotaux ; Moïse ne put entrer en Canaan ; Saül fut privé de son royaume, et pourquoi tout cela ? Était-ce pour quelque péché scandaleux ? Non, dans chacun de ces cas, c’était pour avoir négligé le commandement de l’Éternel. C’est ce que nous devrions toujours avoir devant nos yeux, dans ces temps de volonté propre où les hommes se permettent d’émettre leurs propres opinions, de penser, de juger et d’agir par eux-mêmes. Ils demandent si « chacun n’a pas le droit de penser comme bon lui semble ? » Nous répondons : Certainement pas. Nous avons le droit d’obéir. D’obéir à quoi ? Non pas aux commandements des hommes, à l’autorité de la soi-disant église, aux décrets des conciles généraux, non pas, en un mot à aucune autorité purement humaine, mais simplement à la parole du Dieu vivant, au témoignage du Saint Esprit. C’est là ce qui exige à juste titre notre implicite obéissance ; sans hésiter et sans questionner, nous devons nous incliner, et obéir. Un serviteur a-t-il à s’inquiéter des conséquences, ou à se préoccuper des résultats ? C’est le type d’un bon serviteur de faire ce qu’on lui dit, indépendamment de toute autre considération. Si Adam se fût souvenu de cela, il n’aurait pas été chassé du jardin d’Éden. Si Moïse et Aaron s’en fussent souvenus, ils auraient traversé le Jourdain ; si Saül s’en fût souvenu, il n’aurait pas été privé de son royaume. En descendant le cours de l’histoire humaine, nous voyons cet important principe illustré mainte et mainte fois, et nous pouvons être certains qu’il est d’une importance constante et universelle.

L’homme est-il responsable ou non ? Voilà la question. S’il l’est, comme nous en sommes certains, alors rien ne peut diminuer cette responsabilité. L’homme est appelé à obéir au simple commandement de Dieu ; il n’est nullement responsable de savoir quoi que ce soit de ses desseins et de ses conseils. La responsabilité de l’homme repose sur ce qui est révélé et non sur ce qui est caché. Qu’est-ce qu’Adam, par exemple, savait des plans et des desseins de Dieu, lorsqu’il fut placé dans le jardin d’Éden et qu’il lui fut défendu de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ? Sa transgression fut-elle modifiée en quoi que ce soit, par le fait merveilleux que Dieu a pris occasion de cette transgression même pour déployer, aux yeux de tous les êtres créés, son glorieux plan de la rédemption par le sang de l’Agneau ? Évidemment non. Adam avait reçu un simple commandement ; sa conduite aurait dû être entièrement gouvernée par ce commandement. Il désobéit et fut chassé du paradis dans un monde où, depuis près de six mille ans, ont été manifestés les terribles résultats d’un seul acte de désobéissance.

Il est vrai, et Dieu en soit béni, que la grâce est venue dans ce pauvre monde pécheur, et y a récolté une moisson qui n’aurait jamais pu être récoltée dans les champs d’une création non coupable. Mais l’homme fut jugé pour sa transgression. Il fut chassé par la main de Dieu en gouvernement ; par une dispensation de ce gouvernement, il a été obligé de manger son pain à la sueur de son front. « Ce qu’un homme » — n’importe qui — « sème, cela aussi il le moissonnera » (Gal. 6:7).

La grâce est une chose, le gouvernement une autre. On ne devrait jamais les confondre, et nous ne saurions trop répéter que le déploiement le plus magnifique de la grâce souveraine de Dieu, ne peut jamais empêcher les actes solennels de son gouvernement.