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Notes sur le Livre des Nombres
Quatrième livre de Moïse
par Charles Henry Mackintosh
« Des choses nouvelles et des choses vieilles ».
Table des matières :
« Et il les fit marcher par les abîmes comme par le désert » (Ps. 106:9).
Nous entreprenons maintenant l’étude de la quatrième grande division du Pentateuque, ou des cinq livres de Moïse. Nous trouverons le caractère essentiel de ce livre aussi fortement marqué que celui des trois précédents qui nous ont déjà occupés. Dans le livre de la Genèse, après le récit de la création, du déluge et de la dispersion de Babel, nous avons l’élection, selon Dieu, de la semence d’Abraham. Dans le livre de l’Exode, nous trouvons la rédemption. Le Lévitique nous parle de la communion par le moyen du culte sacerdotal. Dans les Nombres, nous voyons la marche et la lutte au milieu du désert. Tels sont, dans ces très précieuses parties de l’inspiration, les sujets principaux, à côté desquels, comme on pouvait s’y attendre, plusieurs autres points du plus profond intérêt sont présentés. Le Seigneur, dans sa grande miséricorde, nous a conduits dans l’étude de la Genèse, de l’Exode et du Lévitique ; et nous pouvons compter sur Lui pour être guidé dans l’examen du livre des Nombres. Que son Esprit dirige les pensées et conduise la plume, afin que nous n’émettions aucune opinion qui ne soit en rigoureux accord avec sa divine pensée. Puissent chaque page et chaque paragraphe porter le sceau de son approbation et contribuer, tout d’abord, à sa gloire, puis au profit durable du lecteur !
« Et l’Éternel parla à Moïse, au désert de Sinaï, dans la tente d’assignation, le premier [jour] du second mois de la seconde année après leur sortie du pays d’Égypte, disant : Relevez la somme de toute l’assemblée des fils d’Israël, selon leurs familles, selon leurs maisons de pères, suivant le nombre des noms, tous les mâles, par tête : depuis l’âge de vingt ans et au-dessus, tous ceux d’Israël qui sont propres au service militaire, vous les compterez selon leurs armées, toi et Aaron » (chap. 1:1-3).
Ici, nous nous trouvons, dès le début, « dans le désert », où l’on ne tient compte que de ceux qui « sont propres au service militaire ». Cela est formellement signalé. Dans le livre de la Genèse, la semence d’Israël est présentée comme étant encore dans les reins de leur père Abraham. Dans le livre de l’Exode, les Israélites étaient auprès des fours à briques de l’Égypte. Dans le Lévitique, ils étaient assemblés autour du tabernacle d’assignation. Dans les Nombres, ils sont vus au désert. Ou bien encore, sous un autre point de vue en parfaite harmonie avec ce qui précède et le confirmant : dans la Genèse, nous entendons l’appel de Dieu en élection ; dans l’Exode, nous contemplons le sang de l’Agneau versé pour la rédemption ; dans le Lévitique, nous sommes presque exclusivement occupés du culte et du service du sanctuaire ; mais à peine ouvrons-nous le livre des Nombres que nous y voyons figurer des hommes de guerre, des armées, des étendards, des camps, des trompettes sonnant l’alarme.
Tout ceci est très caractéristique, et nous montre le livre que nous allons étudier comme ayant une valeur et un intérêt particuliers pour le chrétien. Chaque livre de la Bible, chaque division du canon inspiré a sa place propre et son objet distinct. Nous ne devons pas avoir un seul instant la pensée d’établir aucune comparaison entre ces diverses portions du Livre, sous le rapport de leur valeur intrinsèque, de leur intérêt et de leur importance. Tout est divin et par conséquent parfait. Le lecteur chrétien le croit pleinement et de tout son cœur. Il met avec révérence son sceau à la vérité de l’inspiration plénière des Saintes Écritures, de toute l’Écriture, et du Pentateuque entre autres, et il ne se laisse nullement ébranler par les attaques téméraires et impies des infidèles de l’antiquité, du moyen âge et des temps modernes. Les incrédules et les rationalistes peuvent mettre en avant leurs raisonnements profanes, montrant ainsi leur inimitié contre le Livre et contre son Auteur ; mais le chrétien pieux se repose, en dépit de tout, dans l’assurance bienheureuse et simple « que toute écriture est inspirée de Dieu » (2 Tim. 3:16).
Mais, tout en rejetant entièrement l’idée d’une comparaison entre les divers livres de la Bible, quant à leur autorité et à leur valeur, nous pouvons cependant, avec beaucoup de profit, comparer le contenu, le but et le plan de ces livres. Et plus nous méditerons profondément sur ces choses, plus nous serons fortement frappés de l’exquise beauté, de l’infinie sagesse et de la merveilleuse précision du volume entier et de chacune de ses divisions particulières. L’écrivain inspiré ne s’écarte jamais de l’objet direct du livre, quel que soit cet objet. On ne trouvera jamais, dans aucun livre de la Bible, rien qui ne soit dans la plus parfaite harmonie avec l’intention principale de ce livre. Si nous voulions développer et prouver cette assertion, il nous faudrait examiner tout le canon des Saintes Écritures ; aussi ne l’essayerons-nous pas. Mais le chrétien intelligent n’a pas besoin de preuve, quelque intérêt qu’il pût y prendre. Il s’arrête au grand fait que le Livre est de Dieu, dans son entier et dans toutes ses parties ; et son cœur est assuré qu’il n’y a pas, dans ce tout et dans chacune de ces parties, un seul iota ou un seul trait de lettre qui ne soit, à tous égards, digne du divin Auteur.
Écoutez les paroles suivantes de quelqu’un qui se dit « profondément convaincu de la divine inspiration des Écritures que Dieu nous a données, qui est affermi dans cette conviction par les découvertes journalières et croissantes qu’il fait de leur plénitude, de leur profondeur et de leur perfection, et qui, par la grâce, est rendu toujours plus sensible, soit à l’admirable exactitude des parties, soit à la merveilleuse harmonie de l’ensemble » : « Les Écritures ont une source vivante, dit cet écrivain, et une puissance vivante a présidé à leur composition ; de là vient leur portée infinie et l’impossibilité d’y séparer une partie quelconque de sa relation avec le tout, parce qu’un seul Dieu est le centre vivant d’où tout découle ; un seul Christ est le centre vivant autour duquel se groupent toutes ses vérités, et auquel elles se rapportent, quoique en des gloires variées ; et un seul Esprit est la sève divine, qui porte son pouvoir de sa source en Dieu aux plus petites branches de la vérité qui unit tout, rendant témoignage à la gloire, à la grâce et à la vérité de Celui que Dieu présente comme le but, le centre et la tête de tout ce qui est en relation avec Lui-même ; de Celui qui, en même temps, est Dieu sur toutes choses, béni éternellement… Plus nous avons suivi cette sève jusqu’à son centre, d’où nous avons abaissé nos regards vers son étendue et son rayonnement, à partir des dernières ramifications de cette révélation de Dieu, par laquelle nous avons été atteints lorsque nous étions éloignés de Lui, plus aussi nous en découvrons l’infini et notre propre faiblesse de conception. Nous apprenons, béni soit Dieu, que l’amour, qui en est la source, se trouve dans une perfection sans mélange et dans le plein développement de ses manifestations qui sont parvenues jusqu’à nous, même dans notre état de ruine. Le même Dieu parfait en amour s’y montre partout. Mais les révélations de la sagesse divine dans les conseils par lesquels Dieu s’est fait connaître, demeurent à jamais pour nous un sujet de recherches, où chaque nouvelle découverte, en augmentant notre intelligence spirituelle, fait que l’infinité du tout, et la manière dont cette infinité surpasse toutes nos pensées, sont de plus en plus évidentes pour nous ».
C’est vraiment rafraîchissant de transcrire de pareilles lignes de quelqu’un qui, pendant quarante ans, a profondément étudié l’Écriture. Elles sont d’une valeur inexprimable, dans un moment où tant d’hommes se montrent disposés à traiter avec dédain le volume sacré ; non pas pourtant que nous fassions dépendre, en aucune manière, du témoignage humain, nos conclusions sur la divine origine de la Bible, car ces conclusions reposent sur un fondement que la Bible fournit elle-même. La Parole de Dieu, aussi bien que ses œuvres, parle pour elle-même ; elle se recommande par elle-même ; elle parle au cœur, elle atteint jusqu’aux grandes racines morales de notre être ; elle pénètre les plus intimes profondeurs de notre âme, elle nous montre ce que nous sommes ; elle parle comme aucun autre livre ne pourrait le faire ; et comme la femme de Sichar concluait qu’il fallait que Jésus fût le Christ, parce qu’il lui avait dit tout ce qu’elle avait fait, de même nous pouvons dire, à l’égard de la Bible : Elle nous dit tout ce que nous avons fait, n’est-ce pas ici la Parole de Dieu ? Sans doute, c’est par l’enseignement de l’Esprit que nous pouvons discerner et apprécier l’évidence et les lettres de créance avec lesquelles la Sainte Écriture se présente à nos yeux ; néanmoins elle parle pour elle-même, et n’a pas besoin du témoignage de l’homme pour être rendue précieuse à l’âme. Nous ne devrions pas plus songer à fonder notre foi à la Bible sur un témoignage favorable de l’homme, que nous ne penserions à la voir ébranler par un témoignage humain qui lui serait contraire.
Il est de la plus haute importance en tous temps, mais plus spécialement de nos jours, d’avoir le cœur et l’esprit fermement établis dans la grande vérité de l’autorité divine de la Sainte Écriture, de son inspiration plénière, de sa complète suffisance pour tous les besoins, pour toutes les âmes et pour toutes les époques. Il y a au dehors deux influences hostiles : l’incrédulité d’une part et la superstition de l’autre. La première nie que Dieu nous ait parlé dans sa Parole ; la seconde admet qu’il ait parlé, mais elle nie que nous puissions comprendre ce qu’il dit, à moins que ce ne soit par l’interprétation de l’Église.
Or, tandis que plusieurs reculent avec horreur devant l’impiété et l’audace de l’incrédulité, ils ne voient pas que la superstition les prive tout aussi complètement des Écritures. Car, nous le demandons, en quoi consiste la différence entre nier que Dieu nous ait parlé, et nier que nous puissions comprendre ce qu’il dit ? Dans l’un et l’autre cas, ne sommes-nous pas privés de la Parole de Dieu ? Incontestablement. Si Dieu ne peut pas me faire comprendre ce qu’il dit, s’il ne peut pas me donner l’assurance que c’est lui-même qui parle, je ne suis nullement plus avancé que s’il n’avait point parlé du tout. Si la Parole de Dieu n’est pas suffisante sans l’interprétation de l’homme, alors elle ne peut nullement être la Parole de Dieu. De deux choses l’une : ou Dieu n’a pas parlé du tout ; ou bien, s’il a parlé, sa parole est parfaite. Il n’y a pas d’autre alternative : il faut nécessairement se prononcer pour l’une ou l’autre de ces assertions. Dieu nous a-t-il donné une révélation ? L’incrédulité dit : « Non ». La superstition dit : « Oui, mais on ne peut la comprendre sans l’autorité humaine ». Nous sommes donc, dans un cas comme dans l’autre, privés de l’inestimable trésor de la précieuse Parole de Dieu ; et ainsi l’incrédulité et la superstition, si différentes en apparence, se rencontrent en ce seul point, pour nous ôter une révélation divine.
Mais, béni soit Dieu de ce qu’il nous a donné une révélation. Il a parlé, et sa parole peut atteindre et le cœur et l’entendement. Dieu peut donner la certitude que c’est lui qui parle, et nous avons besoin pour cela d’aucune intervention d’autorité humaine. Nous n’avons pas besoin d’un pauvre lumignon pour nous rendre capables de voir que le soleil resplendit. Les rayons de cet astre glorieux ont assez de lumière par eux-mêmes sans qu’il soit nécessaire d’y ajouter une autre misérable ressource. Tout ce qu’il nous faut, c’est de nous tenir au soleil, et nous serons convaincus qu’il brille. Si nous nous retirons sous une voûte ou dans un souterrain nous n’en sentirons pas l’influence. Il en est justement ainsi de l’Écriture : Si nous nous plaçons sous les influences glaciales et ténébreuses de la superstition ou de l’incrédulité, nous n’éprouverons pas le pouvoir lumineux et fécond de cette divine révélation.
Après ces quelques considérations sur l’ensemble du volume divin, nous en venons maintenant à l’étude du Livre particulier qui doit nous occuper. Dans le chapitre 1 des Nombres, nous avons la déclaration de la Généalogie ; dans le chapitre 2, la reconnaissance de la Bannière. « Et Moise et Aaron prirent ces hommes-là, qui avaient été désignés par leurs noms, et ils réunirent toute l’assemblée, le premier [jour] du second mois ; et chacun déclara sa filiation (ou généalogie), selon leurs familles, selon leurs maisons de pères, suivant le nombre des noms, depuis l’âge de vingt ans et au-dessus, par tête. Comme l’Éternel l’avait commandé à Moïse, ainsi il les dénombra dans le désert de Sinaï » (Chapitre 1:17-19).
Y a-t-il là une voix pour nous, y a-t-il là quelque grande leçon spirituelle présentée à notre intelligence ? Assurément. Et d’abord, ces lignes suggèrent au lecteur cette importante question : « Puis-je déclarer ma généalogie ou ma filiation ? » Il est grandement à craindre qu’il n’y ait des centaines, sinon des milliers de chrétiens professants, incapables de le faire. Ils ne peuvent pas dire avec sincérité et d’une manière positive : « Nous sommes maintenant enfants de Dieu » (1 Jean 3:2). « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus ». « Or, si vous êtes de Christ, vous êtes donc la semence d’Abraham, héritiers selon la promesse » (Gal. 3:26, 29). « Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu ». « L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu » (Rom. 8:14, 16).
Voilà la « généalogie » du chrétien, et c’est son privilège de pouvoir la « déclarer ». Il est né d’en haut, né de nouveau, né d’eau et d’Esprit, c’est-à-dire par la Parole et par le Saint Esprit (comparez avec soin Jean 3:5 ; Jacques 1:18 ; 1 Pierre 1:23 ; Éph. 5:26). Le chrétien fait remonter sa généalogie directement à un Christ ressuscité et élevé dans la gloire. C’est la généalogie chrétienne. Quand il s’agit de notre filiation naturelle, si nous remontons à sa source, et que nous la déclarions loyalement, il faut que nous voyions et que nous admettions que nous provenons d’une souche ruinée. Notre famille est déchue, nos biens sont perdus, notre sang même est corrompu, nous sommes irréparablement ruinés. Nous ne pourrons jamais regagner notre position originale ; notre premier état et l’héritage qui s’y rattache sont perdus sans retour. Un homme peut tracer sa ligne généalogique à travers une race de nobles, de princes et de rois ; mais s’il doit franchement « déclarer sa généalogie », il ne peut s’arrêter qu’à un chef tombé, ruiné, banni. Il faut aller à la source d’une chose pour savoir ce qu’elle est réellement. C’est ainsi que Dieu voit les choses et en juge ; et il faut que nous pensions comme lui, si nous voulons penser droitement. Il faut que le jugement qu’il porte des hommes et des choses demeure éternellement. Le jugement de l’homme est éphémère, il n’est que d’un jour ; et, par conséquent, selon l’appréciation de la foi et celle du bon sens, « il m’importe fort peu, à moi, que je sois jugé par vous ou de jugement [litt. : d’un jour] d’homme » (1 Cor. 4:3). Oh ! que c’est petit ! Puissions-nous sentir plus profondément combien il est peu important d’être jugé de jugement d’homme ! Puissions-nous toujours mieux comprendre quelle est la faiblesse de ce jugement ! Cela nous donnera une calme élévation et une sainte dignité, qui nous placeront au-dessus de la scène que nous traversons. Qu’est-ce que le rang dans cette vie-ci ? Quelle importance peut-on attacher à une généalogie qui, loyalement tracée et fidèlement déclarée, remonte à une souche ruinée ? Un homme peut être fier de sa naissance s’il ne tient pas compte de son origine première : « Né dans le péché et conçu dans l’iniquité ». Telle est l’origine de l’homme, telle est sa naissance. Qui peut songer à être fier d’une pareille naissance, d’une semblable origine ; qui, sinon celui dont le dieu de ce monde a aveuglé l’esprit ?
Mais comme il en est autrement du chrétien ! Sa filiation est céleste. Son arbre généalogique pousse ses racines dans le sol de la nouvelle création. La mort ne peut jamais briser cette généalogie, car c’est la résurrection qui l’a formée. Nous ne pouvons pas être trop simples à cet égard, et il est de la dernière importance que le lecteur soit tout à fait au clair sur ce point fondamental. Nous pouvons voir aisément, par ce premier chapitre des Nombres, combien il était essentiel que chaque membre de l’assemblée d’Israël pût déclarer sa filiation. L’incertitude sur ce sujet aurait été funeste ; elle aurait produit une désespérante confusion, elle aurait exclu un fils d’Abraham de la république d’Israël. Nous pouvons difficilement nous représenter un Israélite qui, appelé à déclarer sa généalogie, s’exprimerait selon la manière douteuse de plusieurs chrétiens de nos jours. Nous ne pouvons pas nous le figurer, disant : « Eh bien ! je n’en suis pas bien sûr. Quelquefois je nourris l’espoir d’être de la race d’Israël ; mais d’autres fois je crains vivement de n’appartenir point à la congrégation du Seigneur. Je suis tout à fait dans l’incertitude et dans les ténèbres. Pouvons-nous concevoir un tel langage ? Assurément non. Encore moins pourrait-on se figurer quelqu’un soutenant l’idée absurde, que personne ne pourrait être sûr d’être oui ou non un véritable Israélite, avant le jour du jugement.
Nous pouvons être assurés que de pareilles idées et de pareils raisonnements, que des craintes, des questions et des doutes semblables étaient étrangers aux Israélites. Chaque membre de la congrégation était appelé à déclarer sa généalogie, avant de prendre sa place dans les rangs comme homme de guerre. Chacun pouvait dire comme Saul de Tarse : « Circoncis le huitième jour, de la race d’Israël, etc. ». Tout était déterminé, certain et parfaitement établi, s’il devait y avoir une entrée réelle dans la marche et le combat au milieu du désert.
Or, ne pouvons-nous pas à bon droit demander : « Si un Juif pouvait être certain de sa généalogie, pourquoi un chrétien ne pourrait-il pas l’être de la sienne ? » Lecteur, examinez cette question ; et si vous faites partie de cette grande classe de personnes qui ne peuvent jamais arriver à la certitude bénie de leur lignée céleste, de leur naissance spirituelle, réfléchissez, nous vous en supplions, et laissez-nous vous parler de ce point important. Il se peut que vous soyez disposé à demander : « Comment puis-je être sûr que je sois réellement et vraiment un enfant de Dieu, un membre de Christ, né par la parole et par l’Esprit de Dieu ? Je donnerais tout au monde pour être fixé sur cette grave question ».
Eh bien alors, nous désirons vivement vous aider à la résoudre, car le but spécial que nous nous sommes proposé en écrivant ces « Notes », c’est d’assister les âmes inquiètes, en répondant à leurs questions selon que le Seigneur nous en rendra capable, en résolvant leurs difficultés et en écartant de leur chemin les pierres d’achoppement.
Avant tout, signalons un trait caractéristique qui appartient à tous les enfants de Dieu, sans exception. C’est un trait fort simple, mais très précieux. Si nous ne le possédons pas, en quelque mesure, c’est la preuve certaine que nous ne sommes pas de la race du Ciel ; mais si nous le possédons, il est évident que nous sommes de cette race, et que nous pouvons alors, sans aucune difficulté ou aucune réserve, « déclarer notre généalogie ». Or, quel est ce trait ? Quel est ce grand caractère de famille ? Notre Seigneur Jésus Christ nous l’indique. Il nous dit que « la sagesse a été justifiée par tous ses enfants » (Luc 7:35 ; Matthieu 11:19). Tous les enfants de la Sagesse, depuis les jours d’Abel jusqu’au moment actuel, ont été distingués par ce grand trait de famille, et il n’y a pas même une seule exception. Tous les enfants de Dieu, tous les fils de la Sagesse, ont toujours fait voir, en quelque mesure, ce trait moral : ils ont justifié Dieu.
Que le lecteur pèse cette déclaration. Il se peut qu’il trouve difficile à comprendre ce que veut dire : « justifier Dieu » ; mais un passage ou deux de l’Écriture l’éclaireront parfaitement, nous l’espérons. Nous lisons, en Luc 7, que : « Tout le peuple qui entendait cela, et les publicains, justifiaient Dieu, ayant été baptisés du baptême de Jean ; mais les pharisiens et les docteurs de la loi rejetaient contre eux-mêmes le conseil de Dieu, n’ayant pas été baptisés par lui » (vers. 29-30). Nous avons ici les deux générations placées, pour ainsi dire, face à face. Les publicains qui justifiaient Dieu et se condamnaient eux-mêmes ; les pharisiens qui se justifiaient eux-mêmes et jugeaient Dieu. Les premiers se soumettaient au baptême de Jean, le baptême de la repentance ; les seconds refusaient ce baptême, refusaient de se repentir, de s’humilier et de se juger eux-mêmes.
Nous avons donc ici les deux grandes classes entre lesquelles toute la famille humaine a été divisée, dès les jours d’Abel et de Caïn jusqu’au temps actuel. Nous avons aussi une pierre de touche fort simple pour éprouver notre « généalogie ». Avons-nous pris cette place où nous nous condamnons nous-mêmes ; nous sommes-nous prosternés devant Dieu dans une vraie repentance ? C’est cela qui justifie Dieu. Les deux faits vont ensemble, ils ne sont en vérité qu’une seule et même chose. L’homme qui se condamne lui-même justifie Dieu, et celui qui justifie Dieu se condamne lui-même. D’un autre côté, l’homme qui se justifie lui-même, juge Dieu, et celui qui juge Dieu se justifie lui-même.
Il en est ainsi dans tous les cas. De plus, observons que dès qu’on se place sur le terrain de la repentance et du jugement de soi-même, Dieu prend la place de Celui qui justifie. Dieu justifie toujours ceux qui se condamnent eux-mêmes. Tous ses enfants le justifient, et il justifie tous ses enfants. Dès l’instant que David eut dit : « J’ai péché contre l’Éternel », il lui fut répondu : « Aussi l’Éternel a fait passer ton péché » (2 Sam. 12:13). Le pardon de Dieu suit très promptement la confession de l’homme.
Il résulte de là que rien ne peut être plus insensé de la part de quelqu’un, que de se justifier lui-même, vu qu’il faut que Dieu soit justifié en ses paroles et qu’il ait gain de cause quand il sera jugé (comp. Ps. 51:4 ; Rom. 3:4). Il faut que Dieu ait le dessus à la fin, et alors on verra dans son vrai jour ce que vaut toute justification personnelle. Par conséquent, ce qu’il y a de plus sage, c’est de se condamner soi-même ; et c’est aussi ce que font tous les enfants de la Sagesse. Rien ne signale mieux le caractère des vrais membres de la famille de la Sagesse que l’habitude et l’esprit du jugement de soi-même. Tandis que, d’un autre côté, rien ne fait mieux connaître tous ceux qui n’appartiennent pas à cette famille qu’un esprit de propre justification.
Ces pensées sont dignes de la plus sérieuse attention. La nature blâmera tout et chacun, excepté elle-même. Mais quand la grâce est à l’œuvre, elle produit une disposition à juger le moi et à prendre une place humble. Là est le vrai secret de la bénédiction et de la paix. Tous les enfants de Dieu se sont tenus sur ce terrain béni, ont montré ce beau trait moral et ont atteint cet important résultat. Nous ne pouvons pas trouver même une seule exception sur ce point dans toute l’histoire de l’heureuse famille de la Sagesse, et nous pouvons en toute sûreté dire que si le lecteur a été, en vérité et en fidélité, conduit à se reconnaître perdu, à se condamner lui-même, à prendre la place de la vraie repentance, il est alors en réalité un des enfants de la Sagesse, et il peut désormais avec hardiesse et avec assurance « déclarer sa généalogie ».
Nous voudrions, dès le début, insister là-dessus. Il est impossible, pour qui que ce soit, de reconnaître la véritable « bannière » et de s’y rallier, s’il ne peut déclarer sa « généalogie ». En un mot, il est impossible de prendre une vraie position dans le désert, aussi longtemps qu’il y a quelque incertitude au sujet de cette grande question. Comment un Israélite d’autrefois aurait-il pu prendre sa place dans l’assemblée, comment aurait-il pu se tenir dans les rangs, comment aurait-il pu espérer de faire quelque progrès dans le désert, s’il n’avait pu déclarer distinctement sa généalogie ? Cela eût été impossible. Il en est justement ainsi du chrétien de nos jours. Il ne peut pas être question de progrès dans la vie du désert, et de succès dans le combat spirituel, s’il reste en lui de l’incertitude sur sa généalogie spirituelle. Il faut que l’on puisse dire : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie ». « Nous savons que nous sommes de Dieu ». « Nous croyons et nous savons » (1 Jean 3:14 ; 5:19 ; Jean 6:69), avant qu’il soit possible de faire des progrès réels dans la vie et dans la marche chrétiennes.
Lecteur, pouvez-vous déclarer votre généalogie ? Est-ce là pour vous une chose parfaitement établie ? Êtes-vous à cet égard convaincu jusque dans les profondeurs de votre âme ? Lorsque vous êtes seul à seul avec Dieu, est-ce une question entièrement réglée entre vous et lui ? Examinez et voyez. Assurez-vous-en. Ne passez pas légèrement sur ce sujet. Ne vous fondez pas sur une simple profession. Ne dites pas : « Je suis membre de cette église ; je prends la cène ; j’admets telles et telles doctrines ; j’ai été élevé dans la piété ; je mène une vie morale ; je n’ai fait aucun tort à personne ; je lis la Bible et je dis mes prières ; j’ai dans ma maison le culte de famille ; je soutiens libéralement les œuvres philanthropiques et religieuses ». Tout cela peut être parfaitement vrai, et cependant vous pouvez n’avoir pas une seule pulsation de vie divine, un seul rayon de céleste lumière. Aucune de ces choses, même toutes ces choses réunies ne pourraient être acceptées comme une déclaration de généalogie spirituelle. Il faut que ce soit l’Esprit qui rende témoignage que vous êtes enfant de Dieu, et ce témoignage accompagne toujours la foi simple dans le Seigneur Jésus Christ. « Celui qui croit au Fils de Dieu, a le témoignage au-dedans de lui-même » (1 Jean 5:10). Il ne s’agit nullement de chercher des témoignages dans votre propre cœur.
Il ne s’agit pas de vous fonder sur des formes, sur des sentiments et sur des expériences. Rien de tout cela. Ce qu’il faut, c’est une foi enfantine en Christ ; c’est de posséder la vie éternelle dans le Fils de Dieu, d’avoir le sceau impérissable du Saint Esprit, et de croire Dieu sur sa parole. « En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole, et qui croit Celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement (krisin) ; mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5:24).
Voilà la véritable manière de déclarer votre généalogie ; et soyez-en sûr, il faut que vous puissiez la déclarer avant que « d’aller à la guerre ». Nous ne voulons pas dire que vous ne puissiez être sauvé sans cela. Dieu nous garde d’une semblable pensée. Nous croyons qu’il y a des centaines de membres du vrai Israël spirituel, qui ne sont pas en état de déclarer leur généalogie. Mais nous demandons Sont-ils donc en état d’aller à la guerre, sont-ils de vaillants soldats de Christ ? Bien loin de là. Ils ne savent pas même ce qu’est une véritable lutte ; au contraire, les personnes de cette catégorie prennent leurs doutes et leurs craintes, leurs moments sombres et tristes, pour le vrai combat du chrétien. C’est une erreur des plus graves, mais, hélas ! des plus communes. On rencontre souvent des gens dans un état d’âme chétif, ténébreux et légal, qui cherchent à se justifier en disant que c’est là le terrain de la lutte chrétienne ; tandis que, selon le Nouveau Testament, la vraie lutte du chrétien, ou le combat, se soutient dans une région où les craintes et les doutes sont inconnus. C’est quand nous nous tenons dans le jour pur du plein salut de Dieu, en un Christ ressuscité, que nous entrons réellement dans le combat qui nous est propre comme chrétiens. Devons-nous un seul instant supposer que nos luttes sous la loi, notre coupable incrédulité, notre refus de nous soumettre à la justice de Dieu, nos questions et nos raisonnements puissent être regardés comme une lutte chrétienne ? En aucune façon. Toutes ces choses doivent être considérées comme une lutte contre Dieu ; tandis que la lutte du chrétien a lieu contre Satan. « Car notre lutte n’est pas contre le sang et la chair, mais contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes » (Éph. 6:12).
Telle est la lutte chrétienne. Mais une semblable lutte peut-elle être soutenue par ceux qui doutent continuellement s’ils sont chrétiens ou non ? Nous ne le croyons pas. Pourrions-nous nous représenter un Israélite en lutte avec Amalek dans le désert, ou avec les Cananéens dans la terre promise, tout en étant encore incapable de « déclarer sa généalogie » ou de reconnaître sa « bannière » ? La chose est inconcevable. Non, non, chaque membre de la congrégation, qui pouvait aller à la guerre, était parfaitement éclairé et fixé sur ces deux points. D’ailleurs, il n’aurait pu sortir s’il ne l’avait pas été.
Pendant que nous nous occupons du sujet important de la lutte du chrétien, il peut être bon d’attirer l’attention du lecteur sur les trois portions du Nouveau Testament où le combat nous est présenté sous trois faces différentes, savoir Rom. 7:7-24 ; Gal. 5:17 ; Éph. 6:10-17. Si le lecteur veut jeter un moment les yeux sur ces passages, nous chercherons à lui en signaler le vrai caractère.
En Romains 7:7-24, nous avons la lutte d’une âme vivifiée, mais non affranchie ; d’une âme régénérée, mais sous la loi. La preuve que nous avons là, devant nous, une âme vivifiée est établie sur des paroles comme celles-ci : « Car ce que je fais, je ne le reconnais pas ; — le vouloir est avec moi ; — je prends plaisir à la loi de Dieu selon l’homme intérieur ». Nulle autre qu’une âme régénérée ne peut parler ainsi. La désapprobation du mal, la volonté de faire le bien, le plaisir intérieur que l’on prend à la loi de Dieu, toutes ces choses sont les marques distinctives de la nouvelle vie, les précieux fruits de la régénération. Aucune personne inconvertie ne pourrait en vérité tenir un pareil langage.
Mais, d’un autre côté, la preuve que nous avons, dans cette écriture, une âme qui n’est pas pleinement affranchie et qui n’a pas la joie d’une délivrance connue, la profonde conscience de la victoire et la possession certaine d’un pouvoir spirituel, la preuve évidente de tout cela, nous la trouvons dans les paroles suivantes : « Je suis charnel, vendu au péché. — Ce n’est pas ce que je veux, que je fais, mais ce que je hais, je le pratique. — Misérable homme que je suis, qui me délivrera ? » Or nous savons qu’un chrétien n’est pas « charnel », mais spirituel ; il n’est pas « vendu au péché », mais racheté de sa puissance ; il n’est pas un « misérable homme » soupirant après la délivrance, mais un homme heureux qui a la conviction de sa délivrance. Il n’est pas un faible esclave, incapable de faire le bien, et toujours entraîné à faire le mal ; il est un homme libre, doué de puissance par le Saint Esprit, et pouvant dire : « Je puis toutes choses en Celui qui me fortifie » (Phil. 4:13).
Nous ne pouvons essayer ici d’entrer dans une entière exposition de ce passage important de l’Écriture ; nous nous bornerons à présenter une ou deux pensées qui pourront aider le lecteur à en saisir le but et la portée. Nous savons très bien que plusieurs chrétiens diffèrent beaucoup d’opinion sur le sens de ce chapitre. Quelques-uns nient qu’il représente les exercices d’une âme vivifiée ; d’autres soutiennent qu’il expose les expériences propres à un chrétien. Nous ne pouvons admettre ni l’une ni l’autre de ces conclusions. Nous croyons que ce chapitre décrit les exercices d’une âme vraiment régénérée, mais qui n’est pas encore rendue libre, par la connaissance de son union avec un Christ ressuscité, et par la puissance du Saint Esprit. Des centaines de chrétiens sont actuellement dans la position que nous représente le chapitre 7 des Romains, mais leur place véritable est dans le 8. Ils sont sous la loi quant à leur expérience. Ils ne se voient pas scellés du Saint Esprit. Ils ne jouissent pas encore d’une pleine victoire dans un Christ ressuscité et glorifié. Ils ont des doutes et des craintes, et sont toujours disposés à s’écrier : « Misérable homme que je suis, qui me délivrera ? » Mais un chrétien n’est-il pas délivré ? N’est-il pas sauvé ? N’est-il pas accepté dans le Bien-aimé ? N’est-il pas scellé du Saint Esprit de la promesse ? N’est-il pas uni à Christ ? Ne devrait-il pas connaître tout cela, le confesser et en jouir ? Incontestablement. Eh bien donc, il n’est plus dans la position de Romains 7. C’est son privilège d’entonner le chant de la victoire, au côté, regardant le ciel, du sépulcre vide de Jésus, et de marcher dans la sainte liberté dans laquelle Christ nous a placés en nous affranchissant. Romains 7 ne parle nullement de la liberté, mais de l’esclavage ; excepté, il est vrai, tout à la fin, où l’âme peut dire : « Je rends grâces à Dieu ». Sans doute, ce peut être un exercice très utile de passer par tout ce qui est détaillé ici pour nous avec une si merveilleuse puissance ; et, de plus, il faut que nous déclarions que nous préférerions de beaucoup être franchement dans le chapitre 7 des Romains, que faussement dans le 8. Mais tout cela laisse entièrement intacte la question de l’application particulière de ce passage profondément intéressant de l’Écriture.
Jetons maintenant un coup d’œil sur la lutte en Galates 5:17. Citons le passage : « Car la chair convoite contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l’une à l’autre, afin que vous ne pratiquiez pas les choses que vous voudriez ». Ce passage est souvent cité comme présentant une continuelle défaite, tandis qu’il contient réellement le secret d’une perpétuelle victoire. Au verset 16, nous lisons : « Mais je dis : Marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point la convoitise de la chair ». Cela rend tout très clair. La présence du Saint Esprit nous assure la puissance. Nous sommes convaincus que Dieu est plus fort que « la chair » ; et, par conséquent, lorsqu’il combat avec nous, le triomphe est certain. Qu’on remarque soigneusement aussi que Galates 5:17, ne parle pas du combat entre les deux natures, la vieille et la nouvelle, mais entre le Saint Esprit et la chair ; c’est pourquoi il est ajouté : « afin que vous ne pratiquiez pas les choses que vous voudriez ». Si le Saint Esprit n’habitait pas en nous, nous serions sûrs d’accomplir la convoitise de la chair ; mais comme il est en nous pour livrer le combat, nous ne sommes plus obligés de faire mal, mais nous sommes heureusement rendus capables de faire le bien.
Or, ceci montre précisément le point de différence entre Romains 7:14-15 ; et Galates 5:17. Dans le premier passage, nous avons la nouvelle nature, mais sans la puissance de l’Esprit habitant en nous ; dans le second, nous avons, non seulement la nouvelle nature, mais aussi la puissance du Saint Esprit. Il ne faut pas que nous oubliions que la nouvelle nature dans le croyant est dans un état de dépendance. Elle est dépendante de l’Esprit pour la puissance, et dépendante de la Parole pour la direction. Mais évidemment il faut que la puissance se manifeste là où se trouve le Saint Esprit. Il peut être contristé et entravé ; mais Gal. 5:16, enseigne clairement que, si nous marchons par l’Esprit, nous obtenons sur la chair une victoire sûre et constante. Par conséquent, ce serait une très grave erreur que de citer Gal. 5:17, à l’appui d’une marche faible et charnelle. Son enseignement est destiné à produire l’effet contraire.
Et maintenant un mot sur Éphésiens 6:10-17. Ici, nous avons la lutte entre le chrétien et les puissances spirituelles de méchanceté qui sont dans les lieux célestes. L’Église est du ciel et devrait toujours avoir une marche et une conversation célestes. Ce devrait être notre but constant de maintenir notre position céleste, de placer solidement et de garder nos pieds dans notre héritage du ciel. Le diable cherche à l’empêcher de toutes les manières ; c’est ce qui produit la lutte, et ce qui fait que nous avons « l’armure complète de Dieu », par laquelle seule nous pouvons résister à notre puissant ennemi spirituel.
Nous n’avons pas l’intention de nous arrêter sur l’armure ; nous avons voulu simplement attirer l’attention du lecteur sur ces trois passages de l’Écriture, afin qu’il pût envisager, sous toutes ses faces, le sujet de la lutte en rapport avec le commencement du livre des Nombres. Rien ne peut être plus intéressant ; et nous ne pouvons trop apprécier l’importance qu’il y a d’être au clair quant à la vraie nature du combat chrétien, et au terrain où il se livre. Si nous allons à la guerre sans savoir ce que c’est, et n’étant pas sûrs que notre « généalogie » est en règle, nous ne ferons pas beaucoup de chemin contre l’ennemi.
Mais, comme nous l’avons déjà fait remarquer, il y avait une autre chose tout aussi nécessaire pour l’homme de guerre que la déclaration exacte de sa généalogie ; c’était la reconnaissance distincte de sa bannière. Les deux choses étaient essentielles pour la marche et le combat dans le désert. D’ailleurs elles étaient inséparables. Si un homme ne connaissait pas sa filiation, il ne pouvait pas reconnaître sa bannière, ce qui aurait produit sur tous une désespérante confusion. Au lieu de garder son rang et de marcher en avant, ils auraient été dans le chemin les uns des autres et, par conséquent, des obstacles sur ce chemin. Chacun devait connaître son poste et le garder, connaître sa bannière et s’y rallier. Ainsi ils avançaient ensemble ; il y avait progrès, l’œuvre était faite, le combat était soutenu. Le Benjaminite avait son poste, l’Éphraïmite le sien. L’un n’avait pas à s’inquiéter du chemin de l’autre, ni à l’entraver. Il en était ainsi pour toutes les tribus dans tout le camp de l’Israël de Dieu. Chacun avait sa généalogie, sa bannière et son poste, et ni l’un ni l’autre ne dépendaient des propres pensées de l’individu ; tout était de Dieu. Il donnait la généalogie et assignait la bannière ; il n’y avait pas lieu à comparer un Israélite à un autre ; il n’y avait rien là qui pût provoquer de la jalousie entre eux ; chacun avait sa place à remplir et son œuvre à faire ; et il y avait assez de travail et de place pour tous. C’était à la fois la plus grande variété possible et la plus parfaite unité. « Les fils d’Israël camperont chacun près de sa bannière, sous les enseignes de leurs maisons de pères ». « Et les fils d’Israël firent selon tout ce que l’Éternel avait commandé à Moïse : ainsi ils campèrent selon leurs bannières, et ainsi ils partirent, chacun selon leurs familles, selon leurs maisons de pères » (chap. 2:2, 34).
Ainsi, dans le camp de jadis aussi bien que dans l’Église de maintenant, nous apprenons que « Dieu n’est pas un Dieu de désordre ». Rien ne pouvait être disposé avec plus d’exactitude que les quatre camps, composés chacun de trois tribus, et formant un carré parfait, dont chaque côté portait la bannière qui lui était propre. « Les fils d’Israël camperont chacun près de sa bannière, sous les enseignes de leurs maisons de pères ; ils camperont autour de la tente d’assignation, à distance, vis-à-vis ». Le Dieu des armées d’Israël savait comment disposer ses troupes. Ce serait une grande erreur de supposer que les guerriers de Dieu n’étaient pas rangés selon le plus parfait système de tactique militaire. Nous pouvons nous glorifier de nos progrès dans les arts et les sciences, et nous imaginer que l’armée d’Israël, comparée avec ce que l’on peut voir de nos jours, présentait l’aspect d’un grossier désordre et d’une étrange confusion. Mais ce serait une pensée frivole. Nous pouvons être certains que le camp d’Israël était ordonné et pourvu de la manière la plus complète, et cela pour une raison des plus simples et des plus concluantes, c’est qu’il était ordonné et pourvu par la main de Dieu. Que l’on nous accorde seulement ceci, savoir que Dieu a fait toutes choses, et nous concluons, avec la plus grande assurance que tout a été fait parfaitement.
C’est là un principe très simple, mais très précieux. Naturellement il ne satisferait pas un incrédule ou un sceptique ; qu’est-ce qui pourrait les satisfaire ? L’affaire et la prérogative d’un sceptique, c’est de douter de tout, de ne rien croire. Il mesure tout à sa propre mesure, et rejette tout ce qu’il ne peut concilier avec ses propres idées. Il établit, avec un merveilleux sang-froid, ses prémisses et en tire ensuite ses conclusions. Mais si les prémisses sont fausses, les conclusions doivent l’être également. Voici un trait qui accompagne invariablement les prémisses de tous les sceptiques, de tous les rationalistes et de tous les incrédules, c’est qu’ils excluent toujours Dieu, d’où il s’ensuit que toutes leurs conclusions doivent être fatalement fausses. D’un autre côté, l’humble croyant prend comme point de départ ce grand et premier principe, que Dieu est, et non seulement qu’il est, mais qu’il a affaire avec ses créatures, qu’il s’intéresse aux transactions des hommes et s’en occupe.
Quelle consolation pour le chrétien ! Mais l’incrédulité n’accepte pas du tout cela. Introduire Dieu, c’est renverser tous les raisonnements des sceptiques, car ils sont fondés sur la complète exclusion de Dieu. Quoi qu’il en soit nous écrivons maintenant, non point pour combattre les incrédules, mais pour l’édification des croyants. Cependant il est quelquefois bon d’attirer l’attention sur l’état de complète corruption de tout le système de l’incrédulité ; ce que démontre, avec suffisamment de clarté et de force, le fait qu’il se base entièrement sur l’exclusion de Dieu. Si ce fait est bien compris, le système entier s’écroule. Si nous croyons que Dieu est, il faut alors assurément que chaque chose soit considérée en rapport avec lui. Il faut que nous voyions tout à son point de vue. Mais ce n’est pas tout. Si nous croyons que Dieu est, alors nous devons croire aussi que l’homme ne peut pas le juger. Dieu seul doit être le juge du bien et du mal, de ce qui est digne de lui ou de ce qui ne l’est pas. Il en est de même relativement à la Parole de Dieu. S’il est vrai que Dieu est, qu’il nous a parlé et nous a donné une révélation, alors certainement cette révélation ne doit pas être jugée par la raison humaine. Elle est en dehors et au-dessus des arrêts d’un pareil tribunal. Quelle prétention de vouloir juger la Parole de Dieu par les règles du calcul humain ! Et pourtant c’est précisément ce que l’on a fait de nos jours avec ce précieux livre des Nombres, dont nous nous occupons maintenant, et dont nous allons poursuivre l’étude en laissant de côté l’incrédulité et son arithmétique.
Nous sentons qu’il est très nécessaire, dans nos notes et dans nos réflexions sur ce livre, aussi bien que sur les autres, de se rappeler deux choses, savoir d’abord le livre, et ensuite l’âme : le livre et son contenu, l’âme et ses besoins. Il est à craindre qu’étant préoccupé du premier, on n’oublie la seconde. D’un autre côté, il est à craindre aussi qu’étant absorbé par ce qui concerne l’âme, on n’oublie le livre. Il faut s’occuper des deux. Et nous pouvons dire que ce qui constitue un ministère efficace, soit écrit, soit oral, c’est l’accord judicieux de ces deux choses. Il y a des serviteurs de Dieu qui étudient la Parole avec beaucoup de soin et peut-être très profondément. Ils sont très versés dans la connaissance de la Bible ; ils ont amplement puisé à la source de l’inspiration. Tout cela est de la dernière importance et de la plus haute valeur. Sans cela un ministère sera tout à fait stérile. Si un homme n’étudie pas sa Bible avec soin et avec prière, il aura peu à donner à ses lecteurs ou à ses auditeurs, ou du moins peu qui soit digne d’être accepté. Ceux qui travaillent dans la Parole doivent creuser pour eux-mêmes, et « creuser profond ».
Mais ensuite il faut prendre en considération l’âme, avoir égard à son état et satisfaire ses besoins. Si l’on perd cela de vue, l’enseignement manquera d’effet et de puissance. Il n’aura rien d’incisif, de pénétrant. Il sera insuffisant et sans fruit. Il faut, en un mot, que les deux choses soient réunies, combinées et bien proportionnées. Un homme qui se borne à étudier le livre ne sera point pratique ; celui qui se borne à l’étude de l’âme sera au dépourvu ; mais celui qui étudie dûment les deux sera un bon ministre de Jésus Christ.
Or nous désirons, selon notre capacité, être ce dernier pour le lecteur ; et, par conséquent, à mesure que nous avancerons avec lui dans l’étude de ce livre admirable, qui est ouvert devant nous, nous voudrions non seulement en faire ressortir les beautés morales et en développer les saintes leçons, mais aussi nous sentir constamment pénétré de la pensée que c’est notre devoir positif de poser de temps en temps une question au lecteur quel qu’il soit, pour l’engager à examiner jusqu’à quel point il apprend ces leçons et apprécie ces beautés. Nous espérons que le lecteur n’aura pas d’objection contre cette intention, et, par conséquent, avant de terminer cette première section, nous voulons lui adresser une ou deux questions qui s’y rapportent.
Et d’abord, cher ami, êtes-vous au clair et fixé quant à votre « généalogie » ? Êtes-vous bien certain que vous êtes du côté du Seigneur ? Ne laissez pas, nous vous en supplions, cette grande question sans l’avoir résolue. Nous vous l’avons déjà demandé et nous vous le demandons encore : Connaissez-vous, pouvez-vous déclarer votre filiation spirituelle ? C’est la première condition pour être soldat de Dieu. Il est inutile de penser à entrer dans l’armée militante, aussi longtemps que vous n’êtes pas fixé sur ce point. Nous ne disons pas qu’un homme ne puisse pas être sauvé sans cela. Loin de nous cette pensée. Mais il ne peut pas prendre son rang comme homme de guerre. Il ne peut combattre contre le monde, la chair et le diable, aussi longtemps qu’il est rempli de doutes et de craintes sur la question de savoir s’il appartient à la vraie famille spirituelle. Pour qu’il y ait quelque progrès, pour qu’il y ait cette décision si indispensable à un guerrier chrétien, il faut qu’on puisse dire : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie » ; — « nous savons que nous sommes de Dieu ».
C’est là le langage convenable à un guerrier. Aucun homme de cette puissante armée, qui se rassemblait « autour de la tente d’assignation », n’aurait compris qu’on pût avoir un simple doute ou l’ombre d’un doute sur sa généalogie propre. Assurément il aurait souri, si quelqu’un eût soulevé une seule question à ce sujet. Chacun de ces six cent mille hommes savait bien d’où il provenait et, par conséquent, où il devait prendre sa place. Ainsi en est-il justement de l’armée militante de Dieu, de nos jours. Il est nécessaire que chaque membre de cette armée possède la plus entière certitude quant à sa relation, autrement il ne pourra pas tenir dans la bataille.
Voyons ensuite la « bannière ». Qu’est-ce que c’est ? Est-ce une doctrine ? Non. Est-ce un système théologique ? Non. Est-ce un règlement ecclésiastique ? Non. Est-ce un système d’ordonnances, de rites ou de cérémonies ? Rien de la sorte. Les soldats de Dieu ne combattent sous aucune bannière semblable. Quel est l’étendard de cette milice de Dieu ? Écoutons et souvenons-nous-en : C’est Christ. C’est le seul étendard de Dieu, et le seul étendard de cette troupe guerrière qui campe dans le désert du monde, pour soutenir la lutte contre les armées du mal, et pour livrer les batailles du Seigneur. Christ est l’étendard pour toutes choses. Si nous en avions un autre, nous serions incapables de soutenir la lutte spirituelle à laquelle nous sommes appelés. Qu’avons-nous à faire, comme chrétiens, à nous disputer pour un système de théologie ou d’organisation ecclésiastique ? De quelle importance sont, à nos yeux, les ordonnances, les cérémonies ou les observances ritualistes ? Irons-nous combattre sous de pareilles bannières ? À Dieu ne plaise ! Notre théologie, c’est la Bible. Notre organisation ecclésiastique, c’est le seul Corps, formé par la présence du Saint Esprit, et uni à la Tête vivante et exaltée dans les cieux. Lutter, pour obtenir quelque chose de moins, c’est tout à fait au-dessous des attributs d’un guerrier chrétien.
Hélas ! qu’il y ait tant de personnes qui professent d’appartenir à l’Église de Dieu, tout en oubliant ainsi leur propre bannière et en combattant sous un autre drapeau ! Nous pouvons être certains que cela produit de la faiblesse, fausse le témoignage et arrête les progrès. Si nous voulons tenir ferme au jour de la bataille, il faut que nous ne connaissions d’autre étendard que Christ et sa Parole, la Parole vivante et la parole écrite. C’est en cela que consiste notre sécurité en face de tous nos ennemis spirituels. Plus nous nous tiendrons étroitement collés à Christ et à Lui seul, plus nous serons forts et en sûreté. L’avoir, comme une parfaite couverture à nos yeux, se tenir près de Lui, serrés contre Lui, voilà notre grande sauvegarde morale. « Les fils d’Israël camperont chacun dans son camp, et chacun près de sa bannière, selon leurs armées ».
Oh ! qu’il en soit ainsi de toute l’armée de l’Église de Dieu ! Que l’on puisse tout mettre de côté pour Christ ! Qu’il suffise à nos cœurs ! Comme nous faisons remonter notre « généalogie » jusqu’à Lui, que son nom soit écrit sur l’étendard, autour duquel nous nous rassemblons dans le désert que nous traversons pour nous rendre chez nous, dans notre repos éternel en haut. Lecteur, veillez-y, nous vous en supplions ; qu’il n’y ait pas un seul iota où un seul trait de lettre inscrit sur votre bannière, si ce n’est le nom de Jésus Christ, ce nom qui est au-dessus de tout nom, et qui devra être encore à jamais exalté dans le vaste univers de Dieu.
Quel merveilleux spectacle présentait le camp d’Israël, dans ce désert aride, où il n’y avait que hurlements de désolation. Quel spectacle pour les anges, pour les hommes et pour les démons ! Le regard de Dieu y reposait toujours ; sa présence était là ; il habitait au milieu de son peuple militant ; c’était là qu’il avait établi sa demeure. Il ne la trouvait pas, il ne pouvait pas la trouver au sein des splendeurs de l’Égypte, de l’Assyrie ou de Babylone. Sans doute ces pays offraient aux yeux de la chair tout ce qui pour eux avait de l’attrait. Les arts et les sciences y étaient cultivés. La civilisation avait atteint chez ces nations anciennes un degré beaucoup plus élevé que nous ne sommes disposés à l’admettre. Le raffinement et le luxe y furent probablement portés à un point aussi étendu que parmi ceux qui ont aujourd’hui de très hautes prétentions à cet endroit.
Mais, qu’on se le rappelle, l’Éternel n’était pas connu de ces peuples. Son nom ne leur avait jamais été révélé. Il n’habitait pas au milieu d’eux. Il est vrai que là aussi il y avait d’innombrables témoignages de son pouvoir créateur. D’ailleurs sa providence veillait sur eux. Il leur donnait du ciel des pluies et des saisons fertiles, remplissant leurs cœurs de nourriture et de joie. De jour en jour et d’année en année, il répandait sur eux, d’une main libérale, ses bénédictions et ses bienfaits. Ses pluies fertilisaient leurs champs, et les rayons de son soleil réjouissaient leurs cœurs. Mais ils ne le connaissaient pas et ne le cherchaient pas. Il n’habitait pas au milieu d’eux. Aucune de ces nations ne pouvait dire : « Jah est ma force et mon cantique, et il a été mon salut. Il est mon Dieu, et je lui préparerai une habitation ; le Dieu de mon père, et je l’exalterai » (Exode 15:2).
L’Éternel avait fixé sa demeure au sein de son peuple racheté, et nulle part ailleurs. La Rédemption était la base essentielle de l’habitation de Dieu au milieu des hommes. En dehors de la rédemption, la présence divine ne pouvait amener que la destruction de l’homme ; mais, la rédemption étant connue, cette présence procure au racheté le plus haut privilège et la plus éclatante gloire.
Dieu avait élu domicile au milieu de son peuple d’Israël. Il descendit du ciel non seulement pour le racheter de la terre d’Égypte, mais pour être son compagnon de voyage à travers le désert. Quelle pensée ! Le Dieu Très-Haut établissant sa demeure sur le sable du désert, et au sein même de son assemblée rachetée ! En vérité, il n’y avait rien de pareil dans tout le vaste monde. C’est là qu’était cette armée de six cent mille hommes, outre les femmes et les enfants, dans un désert stérile, où il n’y avait pas un brin d’herbe, pas une goutte d’eau, pas un moyen visible de subsistance. Comment devaient-ils être nourris ? Dieu était là ! Comment l’ordre devait-il être maintenu au milieu d’eux ? Dieu était là ! Comment trouver leur chemin à travers un désert sauvage, où il n’y avait aucun chemin ? Dieu était là !
En un mot, la présence de Dieu garantissait tout. L’incrédulité pouvait dire : « Comment trois millions d’hommes doivent-ils vivre d’air seulement ? Qui a la charge de l’intendance militaire ? Où se trouvent le matériel de guerre, les bagages, les magasins ? » La foi seule peut répondre ; et sa réponse est simple, brève et concluante : « Dieu était là ! » Et c’était tout à fait suffisant. Tout est compris dans cette seule phrase. Dans l’arithmétique de la foi, Dieu est le seul facteur essentiel, et quand on a cette unité on peut y ajouter autant de chiffres qu’on veut. Si toutes les ressources sont dans le Dieu vivant, il ne s’agit plus de nos besoins ; cela se résout en une question de Sa parfaite suffisance.
Qu’étaient six cent mille hommes de pied pour le Dieu Tout-Puissant ? Qu’étaient les besoins variés de leurs femmes et de leurs enfants ? Au jugement de l’homme, c’étaient là des charges écrasantes. Que l’Angleterre envoie une armée de dix mille hommes seulement en Abyssinie ; réfléchissez aux énormes dépenses et aux travaux que cela nécessite, au nombre de bâtiments exigés pour transporter les munitions et les autres choses nécessaires à cette petite armée. Mais figurez-vous une armée qui, sans compter les femmes et les enfants, était soixante fois plus grande. Représentez-vous cette immense armée, commençant une marche qui devait se prolonger durant l’espace de quarante ans, à travers « un grand et terrible désert », dans lequel il n’y avait ni blé, ni herbe, ni source d’eau. Comment devaient-ils être sustentés ? Ils n’avaient pas de vivres avec eux — ils n’avaient pas fait de convention avec des nations alliées pour qu’elles leur en fournissent — ils n’avaient aucun convoi de provisions à rencontrer dans les différentes étapes de leur route — en un mot, ils n’avaient pas un seul moyen visible de subvenir à leurs besoins, rien de tout ce que la nature pût envisager comme utile et nécessaire.
Tout cela vaut la peine d’être sérieusement pesé. Mais il faut que nous l’examinions en la présence de Dieu. Il n’est d’aucun profit possible pour la raison de s’asseoir et d’essayer de résoudre par le calcul humain cet important problème. Non, lecteur ; ce n’est que la foi qui peut le résoudre, et cela seulement par la parole du Dieu vivant. C’est là que se trouve la précieuse solution. Introduisez Dieu, et vous n’aurez besoin d’aucun autre facteur pour obtenir une réponse. Mettez-le de côté et, quelque puissante que soit votre raison, quelque profonds que soient vos calculs, votre embarras n’en sera que plus désespérant.
C’est ainsi que la foi résout la question. Dieu était au milieu de son peuple. Il était là dans toute la plénitude de sa grâce et de sa miséricorde — là, dans sa parfaite connaissance de leurs besoins et des difficultés de leur chemin — là, dans son pouvoir suprême et ses ressources sans bornes, pour faire face à ces difficultés et pour subvenir à ces besoins. Et il était entré si pleinement dans toutes ces choses, qu’il pouvait, à la fin de leurs longues pérégrinations dans le désert, en appeler à leurs cœurs dans des paroles aussi touchantes que celles-ci : « Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni dans toute l’œuvre de ta main ; il a connu ta marche par ce grand désert ; pendant ces quarante ans, l’Éternel, ton Dieu, a été avec toi ; tu n’as manqué de rien ». Et encore : « Ton vêtement ne s’est point usé sur toi, et ton pied ne s’est point enflé, pendant ces quarante ans » (Deut. 2:7 ; 8:4).
Or, dans toutes ces choses, le camp d’Israël était un type, un type frappant et remarquable. Un type de quoi ? De l’Église de Dieu passant à travers ce monde. Le témoignage de l’Écriture est si formel sur ce point, qu’il ne laisse aucune place au travail de l’imagination : « Or toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints » (1 Cor. 10:11).
Nous pouvons donc nous approcher, et contempler avec un vif intérêt ce merveilleux spectacle, et chercher à recueillir les précieuses leçons qu’il est si éminemment propre à nous donner. Et quelles leçons ? Qui peut convenablement les apprécier ? Voyez ce mystérieux camp dans le désert, composé, comme nous l’avons dit, de guerriers, d’ouvriers, et d’adorateurs ! Quelle séparation d’avec toutes les nations du monde ! Quel total dénuement ! Quelle situation ! Quelle absolue dépendance de Dieu ! Ils n’avaient rien, ne pouvaient rien, ne savaient rien ! Ils n’avaient pas un seul fragment de nourriture, pas une seule goutte d’eau, que ce qu’ils recevaient de jour en jour de la main même de Dieu. Lorsqu’ils se retiraient pour se reposer la nuit, ils n’avaient pas un seul atome de provision pour le lendemain. Il n’y avait ni magasin, ni garde-manger, ni aucune ressource visible, rien sur quoi la nature pût compter.
Mais Dieu était là, et au jugement de la foi il n’en fallait pas davantage. Ils étaient obligés de dépendre entièrement de Dieu. C’était l’unique et grande réalité. La foi ne reconnaît rien de réel, rien de solide, rien de vrai que le seul Dieu vivant, véritable, éternel. La nature pouvait jeter en arrière un regard de convoitise sur les greniers de l’Égypte, et y voir quelque chose de palpable et de substantiel. La foi regarde au ciel et y trouve toutes ses ressources.
Ainsi en était-il du camp dans le désert ; comme il en est de l’Église dans le monde. Il n’y avait pas une seule nécessité, pas un seul cas imprévu, pas un seul besoin de quelque nature qu’il pût être, pour lequel la présence de Dieu ne fût pas une réponse entièrement suffisante. Les nations des incirconcis pouvaient regarder et s’étonner. Elles pouvaient, dans l’égarement de l’aveugle incrédulité, soulever mainte question et chercher à savoir comment une pareille armée pouvait être nourrie, vêtue et maintenue en ordre. Très certainement elles n’avaient pas d’yeux pour voir comment cela pouvait se faire. Elles ne connaissaient pas l’Éternel, le Dieu des Hébreux ; et, par conséquent, leur dire qu’il allait se charger de cette immense assemblée n’eût été pour elles que comme des contes frivoles.
Il en est maintenant ainsi de l’assemblée de Dieu, dans ce monde que l’on peut vraiment appeler un désert moral. Considérée au point de vue de Dieu, cette assemblée n’est pas du monde ; elle en est entièrement séparée. Elle est aussi complètement en dehors du monde que le camp d’Israël était en dehors de l’Égypte. Les flots de la mer Rouge coulaient entre ce camp et l’Égypte, et les eaux plus profondes et plus sombres de la mort du Christ coulent entre l’Église de Dieu et ce présent siècle mauvais. Il est impossible de concevoir une plus absolue séparation. « Ils ne sont pas du monde, dit le Seigneur, comme moi je ne suis pas du monde » (Jean 17:16).
Ensuite, quant à l’entière dépendance ; qu’y a-t-il de plus dépendant que l’Église de Dieu dans ce monde ? Elle n’a rien en elle-même ou par elle-même. Elle est placée au milieu d’un désert moral, d’un vaste désert aride, dans la désolation des hurlements d’une solitude où il n’y a littéralement rien qui puisse la faire vivre, pas une seule goutte d’eau, pas un seul aliment qui puissent convenir à L’Église de Dieu, dans toute l’étendue de ce monde.
De même encore, quant à ce qui est de la manière dont elle est exposée à toutes sortes d’influences hostiles ; elle ne saurait l’être davantage. Il n’y a pas même d’influence amie, tout lui est contraire. Elle est au milieu de ce monde comme une plante exotique, une plante d’un climat étranger, placée dans une région où le sol et l’atmosphère lui sont également contraires.
Telle est l’église de Dieu dans le monde ; une chose séparée, dépendante, sans défense, entièrement rejetée sur le Dieu vivant. Cela est propre à donner à nos pensées sur l’Église beaucoup de réalité, de force, et de clarté ; à nous la faire envisager comme l’antitype du camp dans le désert. Ce n’est pas un vain y caprice de l’imagination, ni une idée étrange que de la considérer ainsi ; 1 Corinthiens 10:11 le prouve de la manière la plus évidente. Nous sommes pleinement autorisé à dire que ce que le camp d’Israël était extérieurement, l’Église l’est moralement et spirituellement. Et encore, ce que le désert était littéralement pour Israël, le monde l’est moralement et spirituellement pour l’Église de Dieu. Comme le désert n’était pas pour Israël un lieu de ressources et de jouissances, mais de dangers et de fatigues, de même aussi le monde ne présente pas à l’Église des ressources ou des jouissances, mais des fatigues et des dangers.
Il est bon de saisir ce fait dans toute sa puissance morale. L’assemblée de Dieu dans le monde, comme « la congrégation dans le désert », est entièrement remise aux soins du Dieu vivant. Qu’on se rappelle que nous parlons au point de vue divin — de ce qu’est l’Église aux yeux de Dieu. Considérée au point de vue de l’homme, telle qu’elle est, dans son véritable état actuel, hélas c’est autre chose. Nous ne nous occupons maintenant que de l’aspect normal, vrai, divine de l’assemblée de Dieu dans le monde.
Qu’on n’oublie pas un seul instant que, de même qu’il y avait autrefois un camp, une congrégation dans le désert, il est tout aussi vrai qu’il y a maintenant dans le monde l’Église de Dieu, le corps de Christ. Sans doute les nations du monde ne connaissaient guère cette congrégation de jadis, et s’en souciaient moins encore ; mais cela n’affaiblissait, ni même n’affectait le grand fait de son existence. De même aujourd’hui, les hommes du monde ne connaissent guère l’assemblée de Dieu, le corps de Christ, et s’en soucient moins encore ; mais cela n’affecte, en aucune façon, cette grande vérité qu’il y a une pareille chose réellement présente dans le monde, et qui y a toujours été depuis que le Saint Esprit est descendu au jour de la Pentecôte. Il est vrai que la congrégation d’Israël avait ses épreuves, ses combats, ses peines, ses tentations, ses contestations, ses controverses, ses commotions intérieures, ses difficultés innombrables et sans nom, réclamant les ressources variées de l’Éternel — le précieux ministère du prophète, du sacrificateur et du roi que Dieu avait donnés ; car, ainsi que nous le savons, Moïse était là comme « roi en Jeshurun », et comme le prophète suscité de Dieu, et Aaron était là pour exercer toutes les fonctions sacerdotales.
Mais, malgré toutes ces choses que nous avons énumérées, malgré la faiblesse, la chute, le péché, la rébellion, la contestation, — toujours est-il qu’il y avait un fait frappant, qui devait être connu des hommes, des démons et des anges, savoir une vaste assemblée s’élevant à quelque chose comme trois millions d’âmes (selon le mode usuel de supputation) voyageant dans un désert ; dépendant entièrement d’un bras invisible, guidée et soignée par le Dieu éternel dont l’œil n’était jamais un seul instant détourné de cette mystérieuse et symbolique armée. Dieu habitait véritablement au milieu de son peuple et ne l’abandonnait jamais, malgré son incrédulité, son oubli, son ingratitude et sa rébellion. Il était là pour le soutenir et le conduire, le garder et le conserver jour et nuit. Il le nourrissait du pain du ciel, chaque jour, et il faisait pour lui jaillir l’eau du rocher de granit.
C’était, assurément, un fait prodigieux, un profond mystère. Dieu avait une congrégation dans le désert — tenue à part de toutes les nations environnantes, séparée pour être à Lui. Il se peut que les nations du monde ne connussent rien, ne s’inquiétassent de rien, ne pensassent rien de cette assemblée. Il est certain que le désert ne produisait rien pour la subsistance ou pour le rafraîchissement. On y trouvait des serpents et des scorpions — des dangers et des pièges — la sécheresse, la stérilité et la désolation. Mais il y avait aussi cette merveilleuse assemblée soutenue d’une manière qui déjouait et confondait la raison humaine.
Or, lecteur, souvenez-vous que c’était un type. Et de quoi ? D’une chose qui a existé durant dix-neuf siècles ; qui existe encore, et qui existera jusqu’au moment où le Seigneur se lèvera de sa place actuelle, et descendra dans les airs. En un mot, c’est un type de l’Église de Dieu dans le monde. Il importe beaucoup de reconnaître ce fait, qui malheureusement a trop été perdu de vue, et qui est si peu compris, même de nos jours. Cependant chaque chrétien est sérieusement responsable de le reconnaître et de le confesser en pratique. On ne peut l’éviter. Est-il vrai qu’il y ait dans ce monde, actuellement, quelque chose qui réponde au camp dans le désert ? Oui, en vérité ; il y a l’Église dans le désert. Il y a une assemblée, qui passe dans ce monde, comme Israël passait au travers du désert. De plus, le monde est, moralement et spirituellement, à cette Église ce que le désert était, littéralement et pratiquement, à Israël. Israël ne trouvait point de ressources dans le désert, et l’Église de Dieu ne trouve point de ressources dans le monde. Si elle en trouve, elle dément son Seigneur et ne marche pas droitement avec lui. Israël n’était pas du désert, mais il le traversait ; l’Église de Dieu n’est pas du monde, mais elle le traverse. Si le lecteur est bien pénétré de cette vérité, elle lui montrera la place de complète séparation qui convient à l’Église de Dieu comme corps, et à chacun de ses membres en particulier. L’Église, selon que Dieu la voit, est aussi complètement mise à part de ce monde que le camp d’Israël l’était du désert environnant. Il n’est rien de commun entre l’Église et le monde, comme il n’y avait rien de commun entre Israël et le sable du désert. Les plus brillants attraits et les plus séduisantes fascinations du monde sont à l’Église de Dieu ce qu’étaient à Israël les serpents, les scorpions et les dix mille autres dangers du désert.
Telle est la notion divine de l’Église, et c’est de cette notion que nous nous occupons maintenant. Hélas ! combien elle est différente de ce qui se dit l’Église ! Mais nous désirons que le lecteur fixe, pour le moment, son attention sur le véritable état des choses. Nous voudrions le placer, par la foi, au point de vue de Dieu, et de là lui faire considérer l’Église. Ce n’est qu’en la voyant ainsi qu’il peut se former une idée juste de ce qu’est l’Église, et de sa responsabilité personnelle relativement à cette Église. Dieu a une Église dans le monde. Il y a maintenant sur la terre un corps, habité par l’Esprit, et uni à Christ, la Tête. Cette Église — ce corps — est composée de tous ceux qui croient vraiment au Fils de Dieu, et qui sont unis en vertu du grand fait de la présence du Saint Esprit.
Qu’on observe d’ailleurs que ce n’est pas ici une affaire d’opinion, une certaine idée qu’on puisse accepter ou abandonner à son gré. C’est un fait divin. Qu’on veuille écouter ou qu’on ne le veuille pas, c’est une grande vérité. L’Église est un corps existant, et nous en sommes membres si nous sommes croyants. Nous ne pouvons pas éviter d’en être. Nous ne pouvons pas l’ignorer. Nous sommes actuellement dans cette relation — ayant été baptisés pour cela par le Saint Esprit. C’est une chose aussi réelle et aussi positive que la naissance d’un enfant dans une famille. La naissance a eu lieu, la relation est formée, et nous n’avons qu’à la reconnaître, et à nous conduire en conséquence, de jour en jour. Dès le moment qu’une âme est née de nouveau — qu’elle est née d’en haut et scellée du Saint Esprit — elle fait partie du corps de Christ. Elle ne peut pas se considérer plus longtemps comme un individu solitaire, une personne indépendante, un atome isolé ; elle est membre d’un corps, précisément comme la main ou le pied est un membre du corps humain. Le croyant est membre de l’Église de Dieu, et ne peut proprement ni réellement être membre de quoi que ce soit d’autre. Comment mon bras pourrait-il être membre d’un autre corps ? Selon ce même principe, nous pouvons demander : Comment un membre du corps de Christ pourrait-il être membre d’un autre corps quelconque ?
Quelle glorieuse vérité quant à l’Église de Dieu, que son antitype du camp dans le désert, « la congrégation dans le désert ! »
Qu’il est bon d’être placé sous l’influence d’une semblable vérité ! Il y a une chose telle que l’Église de Dieu, au milieu de la ruine et du naufrage, de la lutte et de la discorde, de la confusion et des divisions, des sectes et des partis. C’est assurément une vérité des plus précieuses, et en même temps des plus pratiques et des plus efficaces. Nous sommes tout aussi tenus de reconnaître, par la foi, cette Église dans le monde, que les Israélites étaient tenus de reconnaître, par la vue, le camp dans le désert. Il y avait un camp, une assemblée, et le vrai Israélite y appartenait ; il y a une Église, un corps, et le vrai chrétien en fait partie.
Mais comment ce corps est-il organisé ? Par le Saint Esprit, ainsi qu’il est écrit : « Nous avons tous été baptisés d’un seul Esprit pour être un seul corps » (1 Cor. 12:13). Comment est-il soutenu ? Par sa tête vivante ; par le moyen de l’Esprit et par la Parole, selon ce que nous lisons : « Personne n’a jamais haï sa propre chair, mais il la nourrit et la chérit, comme aussi le Christ l’assemblée » (Éph. 5:29). N’est-ce pas assez ? Christ n’est-Il pas suffisant ? Le Saint Esprit ne suffit-il pas ? Avons-nous besoin d’autre chose que des vertus sans nombre qui se trouvent dans le nom de Jésus ? Les dons de l’Esprit éternel ne sont-ils pas entièrement suffisants pour l’accroissement et le maintien de l’Église de Dieu ? Le fait de la Présence de Dieu dans l’Église ne lui assure-t-il pas tout ce dont elle peut avoir besoin ? Ne répond-il pas à ce que chaque heure peut exiger ? La foi dit : « Oui ! » et le dit avec énergie et assurance. L’incrédulité, la raison humaine dit : « Non nous avons en outre besoin d’un grand nombre de choses ». Que répondre à cela ? Simplement ceci : « Si Dieu n’est pas suffisant, nous ne savons pas de quel côté nous tourner. Si le nom de Jésus ne suffit pas, nous ne savons que faire. Si le Saint Esprit ne peut pas satisfaire à tous les besoins de la communion, du ministère et du culte, nous ne savons que dire ».
Cependant on peut objecter que les « choses ne sont pas ce qu’elles étaient au temps des apôtres ; que l’Église professante est tombée ; que les dons de la Pentecôte ont cessé ; que les glorieux jours du premier amour de l’Église ont disparu, et qu’il nous faut par conséquent adopter les meilleurs moyens qui sont en notre pouvoir pour l’organisation et le maintien de nos églises ». À tout cela nous répondons : « Dieu, ni Christ la Tête de l’Église, ni le Saint Esprit n’ont failli ». « Ni un iota, ni un trait de lettre de la parole de Dieu ne sont tombés ». Le vrai fondement de la foi est celui-ci : « Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement ». Il a dit : « Voici, je suis avec vous ». Combien de temps ? Est-ce seulement durant les jours du premier amour, durant les temps apostoliques ? aussi longtemps que l’Église continuera d’être fidèle ? Non : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la consommation du siècle » (Matthieu 28:20). De même lorsque, antérieurement et pour la première fois dans tout le canon de l’Écriture, l’Église proprement dite est mentionnée, nous avons ces paroles mémorables : « Sur ce roc (le Fils du Dieu vivant) je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle » (Matthieu 16:18).
Or, la question est : « Cette Église est-elle actuellement sur la terre ? » Très certainement. Il y a maintenant une Église ici-bas aussi réellement qu’il y avait autrefois un camp dans le désert. Et comme Dieu était dans ce camp pour subvenir à tous les besoins du peuple, de même aussi il est maintenant dans l’Église pour la gouverner, pour la diriger en toutes choses, ainsi qu’il est écrit : « Vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (Éph. 2:22). Cela est entièrement suffisant. Tout ce qu’il nous faut, c’est de saisir, par la simple foi, cette grande réalité. Le nom de Jésus répond à tous les besoins de l’Église de Dieu, aussi bien qu’il répond au salut de l’âme. L’un est aussi vrai que l’autre. « Où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt. 18:20). Cela a-t-il cessé d’être vrai ? Sinon, la présence de Christ ne suffit-elle pas entièrement à son Église ? Avons-nous besoin de faire des plans et toute espèce de travaux, venant de nous-mêmes, en affaires d’Église ? Pas plus que pour le salut de l’âme. Que disons-nous au pécheur ? Confiez-vous en Christ. Que disons-nous au saint ? Confiez-vous en Christ. Que disons-nous à une assemblée de saints, petite ou nombreuse ? Confiez-vous en Christ. Y a-t-il quoi que ce soit qu’il ne puisse faire ? « Y a-t-il quelque chose de trop difficile pour lui ? » Le trésor de ses dons et de sa grâce est-il épuisé ? Ne peut-il pas fournir des dons pour le ministère ? Ne peut-il pas susciter des évangélistes, des pasteurs, des docteurs ? Ne peut-il pas faire parfaitement face à tous les divers besoins de son Église dans le désert ? S’il ne le peut, où en sommes-nous ? Que ferons-nous ? De quel côté nous tournerons-nous ? Qu’est-ce que la congrégation d’Israël avait à faire ? Regarder à l’Éternel. Pour tout ? Oui, pour tout ; pour la nourriture, pour l’eau, pour le vêtement, pour la direction, pour la protection, pour tout. Toutes leurs sources étaient en Lui. Faut-il avoir recours à un autre ? Jamais ! Christ notre Seigneur est amplement suffisant, en dépit de toutes nos chutes, de toute notre ruine, de nos péchés et de notre infidélité. Il a envoyé le Saint Esprit, le Consolateur béni, pour habiter avec et dans ses rachetés, pour en former un seul corps, et pour les unir à leur Tête vivante dans les cieux. Cet Esprit est la puissance de l’unité, de la communion, du ministère et du culte. Il ne nous a pas abandonnés, et il ne nous abandonnera jamais. Seulement confions-nous en lui ; usons de lui, laissons-le agir. Mettons-nous soigneusement en garde contre tout ce qui pourrait tendre à l’éteindre, à l’entraver, ou à le contrister. Reconnaissons-lui sa propre place dans l’assemblée, et abandonnons-nous en toutes choses à sa direction et à son autorité.
Ici, nous en sommes persuadés, se trouve le vrai secret de la puissance et de la bénédiction. Nions-nous la ruine ? Comment le pourrions-nous ? Hélas ! elle se présente comme un fait trop palpable et trop manifeste ! Cherchons-nous à nier notre part dans la ruine, notre folie et notre péché ? Dieu veuille que nous les sentions plus profondément ! Mais ajouterons-nous à notre péché en niant que la grâce et le pouvoir de notre Seigneur puissent nous atteindre dans notre folie et notre ruine ? L’abandonnerons-nous, Lui, la source des eaux vives, et nous creuserons-nous des citernes crevassées qui ne peuvent point contenir d’eau ? Nous détournerons-nous du Rocher des siècles pour nous appuyer sur le roseau cassé de notre propre imagination ? À Dieu ne plaise ! Que le langage de nos cœurs, lorsque nous pensons au nom de Jésus, soit plutôt celui-ci :
« Je trouve dans ce nom le salut, le pardon,
Un remède aux soucis, aux peines de la terre,
Et pour chaque blessure un baume salutaire :
Tout ce dont j’ai besoin, tout est dans ce beau nom ».
Mais que le lecteur ne suppose pas que nous voulions donner la moindre approbation aux prétentions ecclésiastiques. Nous en avons plutôt horreur ; nous les regardons comme méprisables. Nous croyons que nous ne saurions prendre une place assez humble. Une position et un esprit humbles sont ce qui seul nous convient en présence de notre honte et de notre péché communs. Tout ce que nous cherchons à maintenir, c’est la toute-suffisance du nom de Jésus pour tous les besoins de l’Église de Dieu, dans tous les temps et dans toutes les circonstances. Aux jours apostoliques ce nom avait un pouvoir suprême ; pourquoi ne l’aurait-il plus maintenant ? Ce nom glorieux aurait-il subi quelque changement ? Non, Dieu soit béni ! Il est suffisant pour nous en ce moment, et tout ce que nous avons à faire, c’est de nous confier pleinement en lui, et par conséquent de nous détourner complètement de tout autre objet en qui nous placerions notre confiance, pour nous abriter résolument sous ce nom précieux et sans pareil. Que son nom soit béni, il est descendu au milieu de la plus petite forme de l’assemblée — du plus petit nombre, attendu qu’il a dit : « Où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Cette parole est-elle encore vraie pour nous ? A-t-elle perdu son pouvoir ? Ne peut-elle plus s’appliquer ? Où a-t-elle été révoquée ?
Lecteur chrétien, nous vous conjurons de donner votre cordial assentiment à cette vérité éternelle, savoir : La toute-suffisance du nom du Seigneur Jésus Christ pour l’assemblée de Dieu, dans toute condition possible où elle puisse se trouver, durant tout le cours de son histoire (*). Nous vous conjurons de ne pas envisager ceci simplement comme une théorie vraie, mais de le confesser en pratique ; et alors, assurément, vous goûterez la profonde bénédiction de la présence de Jésus ici-bas — bénédiction qui doit être goûtée pour être connue ; mais qui, étant une fois réellement goûtée, ne peut jamais être oubliée ou mise de côté pour quoi que ce soit.
(*) En employant l’expression : « La toute-suffisance du nom du Seigneur Jésus Christ », nous comprenons par là tout ce qui est garanti à son peuple dans ce nom — vie, justice, acceptation, présence du Saint Esprit avec tous ses dons variés, centre divin, ou foyer de rassemblement. En un mot nous croyons que tout ce dont l’Église peut avoir besoin, pour le temps et pour l’éternité, est compris dans ce seul nom glorieux : « le Seigneur Jésus Christ ».
Mais nous n’avions nullement l’intention de suivre aussi longuement ce courant de pensée, ou d’écrire une introduction aussi prolongée à la division du Livre qui est ouvert devant nous, et pour lequel nous demanderons maintenant l’attention toute spéciale du lecteur.
En considérant « l’assemblée au désert » (Actes 7:38), nous la voyons composée de trois éléments distincts, savoir : des guerriers, des ouvriers et des adorateurs. Il y avait un peuple de guerriers, une tribu d’ouvriers, une famille d’adorateurs ou sacrificateurs. Nous avons jeté un coup d’œil sur les premiers et nous avons vu chacun d’eux, selon sa « généalogie », prenant sa place sous sa « bannière », conformément à l’ordre direct de l’Éternel ; nous nous arrêterons quelques instants sur les seconds et nous les suivrons dans leur œuvre et dans leur service, selon la même ordonnance. Nous avons considéré les guerriers ; méditons sur les ouvriers.
Les Lévites étaient distinctement désignés, entre toutes les autres tribus, et appelés à une place et à un service très particuliers. Voici ce que nous lisons à leur sujet : « Mais les Lévites, selon la tribu de leurs pères, ne furent pas dénombrés parmi eux. Car l’Éternel avait parlé à Moïse, disant : Seulement, tu ne dénombreras pas la tribu de Lévi et tu n’en relèveras pas la somme parmi les fils d’Israël. Et toi, tu préposeras les Lévites sur le tabernacle du témoignage, et sur tous les ustensiles, et sur tout ce qui lui appartient : ce seront eux qui porteront le tabernacle et tous ses ustensiles ; ils en feront le service, et camperont autour du tabernacle ; et quand le tabernacle partira, les Lévites le démonteront, et quand le tabernacle campera, les Lévites le dresseront ; et l’étranger qui en approchera sera mis à mort. Et les fils d’Israël camperont chacun dans son camp, et chacun près de sa bannière, selon leurs armées. Et les Lévites camperont autour du tabernacle du témoignage, afin qu’il n’y ait point de colère sur l’assemblée des fils d’Israël ; et les Lévites auront la garde du tabernacle du témoignage » (chap. 1:47-53). Nous lisons encore : « Mais les Lévites ne furent pas dénombrés parmi les fils d’Israël, ainsi que l’Éternel l’avait commandé à Moïse » (chap. 2:33).
Mais pourquoi les Lévites ? pourquoi cette tribu était-elle spécialement désignée entre toutes les autres, et mise à part pour un service aussi saint et aussi relevé ? Y avait-il en eux quelque sainteté ou quelque bien particulier pour motiver une telle distinction ? Non certainement, pas plus par nature que dans la pratique, comme nous pouvons le voir par les paroles suivantes : « Siméon et Lévi sont frères. Leurs glaives ont été des instruments de violence. Mon âme, n’entre pas dans leur conseil secret ; ma gloire, ne t’unis pas à leur assemblée ! Car dans leur colère ils ont tué des hommes, et pour leur plaisir ils ont coupé les jarrets du taureau. Maudite soit leur colère, car elle a été violente ; et leur furie, car elle a été cruelle ! Je les diviserai en Jacob, et les disperserai en Israël » (Gen. 49:5-7).
Tel était Lévi par nature et dans la pratique — volontaire, violent et cruel. Qu’il est remarquable qu’un tel homme soit choisi seul et élevé à une position si privilégiée et si sainte. Nous pouvons bien dire que c’était la grâce du commencement à la fin. C’est là la voie ordinaire de la grâce d’élever ceux qui sont dans le pire état. Elle descend dans les plus profonds abîmes et y recueille ses plus éclatants trophées. « Cette parole est certaine et digne de toute acceptation, que le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont moi je suis le premier » (1 Tim. 1:15). « À moi, qui suis moins que le moindre de tous les saints, cette grâce a été donnée d’annoncer parmi les nations les richesses insondables du Christ » (Éph. 3:8).
Comme ce langage est frappant : « Mon âme, n’entre pas dans leur conseil secret ; ma gloire, ne t’unis pas à leur assemblée ». Dieu a les yeux trop purs pour voir le mal, et il ne peut pas regarder l’iniquité. Dieu ne pouvait entrer dans le conseil secret de Lévi, et il ne pouvait être joint à sa compagnie. C’était impossible. Dieu ne pouvait rien avoir à faire avec la propre volonté, la violence et la cruauté. Mais il pouvait cependant introduire Lévi dans son conseil à Lui, et le joindre à son assemblée. Il pouvait le faire sortir de sa demeure où il n’y avait que des instruments de cruauté, et l’amener dans le tabernacle pour y être occupé des instruments sacrés et des vaisseaux qui s’y trouvaient. C’était la grâce — la libre et souveraine grâce ; c’est dans cette grâce qu’il faut chercher la base de tout le service supérieur et béni de Lévi. Tant qu’il n’était question que de lui personnellement, il y avait une immense distance qui le séparait du Dieu saint — un abîme sur lequel aucun art ou pouvoir humain ne pouvait mettre un pont. Un Dieu saint ne pouvait rien avoir à faire avec la propre volonté, la violence et la cruauté ; mais un Dieu de grâce avait à faire avec Lévi. Il pouvait, dans sa souveraine miséricorde, visiter un tel être, le retirer des profondeurs de sa dégradation morale, et l’amener dans sa proximité.
Quel merveilleux contraste entre la position de Lévi par nature et sa position par grâce, entre les instruments de cruauté et les vaisseaux du sanctuaire, entre le Lévi du chapitre 34 de la Genèse et celui des chapitres 3 et 4 des Nombres !
Mais examinons la manière dont Dieu agit avec Lévi, le principe suivant lequel il fut amené dans une telle position de bénédiction. Pour le faire, il nous sera nécessaire de nous reporter au chapitre 8 de notre livre, et là nous serons initiés au secret de tout le sujet. Nous y verrons que rien de ce qui concernait Lévi n’était et ne pouvait être toléré, et qu’aucune de ses voies ne pouvait être approuvée ; et cependant nous trouvons là le plus complet déploiement de la grâce — de la grâce régnant par la justice. Nous parlons du type et de sa signification ; et nous le faisons d’après ces paroles déjà citées : « Or toutes ces choses leur arrivèrent comme types ». Il ne s’agit pas de savoir jusqu’à quel point les Lévites comprenaient ces choses ; ce n’est point là du tout l’essentiel. Nous n’avons pas à demander : Qu’est-ce que les Lévites voyaient dans les dispensations de Dieu envers eux ? mais : Qu’apprenons-nous par là ?
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Prends les Lévites du milieu des fils d’Israël, et purifie-les. Et tu leur feras ainsi pour les purifier : tu feras aspersion sur eux de l’eau de purification du péché ; et ils feront passer le rasoir sur toute leur chair, et ils laveront leurs vêtements, et se purifieront » (chap. 8:5-7).
Ici nous avons en type le seul principe divin de purification. C’est l’application de la mort à la nature et à tous ses penchants. C’est la parole de Dieu agissant sur le cœur et sur la conscience d’une manière vivante. Rien ne peut être plus expressif que la double action présentée dans le passage que nous venons de citer. Moïse devait faire aspersion sur eux de l’eau de purification, et ensuite ils devaient se raser tout le corps et laver leurs vêtements. Il y a là une grande beauté et une grande précision. Moïse, comme représentant des droits de Dieu, purifie les Lévites conformément à ces droits ; et eux, étant purifiés, sont capables de faire passer le rasoir sur tout ce qui n’était qu’un développement de la nature, et ils peuvent laver leurs vêtements, ce qui représente, sous une forme symbolique, la purification de leurs habitudes extérieures, selon la parole de Dieu. C’était ainsi que Dieu satisfaisait à tout ce que demandait l’état naturel de Lévi — la volonté propre, la violence et la cruauté. L’eau pure et le rasoir tranchant étaient mis en usage, et leur action devait se continuer jusqu’à ce que Lévi fût rendu propre à s’approcher des vaisseaux du sanctuaire.
Il en est ainsi dans tous les cas. Il n’y a, et il ne peut y avoir aucune place pour la nature parmi les ouvriers de Dieu. Il n’y eut jamais de plus fatale erreur que de chercher à engager la nature au service de Dieu, quelle que soit la manière dont on essaye de l’améliorer ou de la régler. Ce n’est pas l’amélioration, mais la mort qui servira. Il est de la plus haute importance, pour le lecteur, de saisir avec force et netteté cette grande vérité pratique. L’homme a été pesé à la balance, et il a été trouvé léger. Le niveau a été appliqué à ses sentiers, et ils ont été trouvés tortueux. Il est tout à fait inutile de chercher à le réformer. Rien autre que l’eau et le rasoir ne peut le faire. Dieu a clos l’histoire de l’homme. Il y a mis fin dans la mort de Christ. Le premier grand fait que le Saint Esprit met sur la conscience humaine, c’est que Dieu a prononcé son verdict solennel contre la nature de l’homme, et qu’il faut que chacun accepte ce verdict contre lui-même personnellement. Ce n’est pas une manière de voir ou de sentir. On peut y dire : Je ne vois pas ou je ne sens pas que je sois si mauvais que vous paraissez l’établir. Nous répondons : Cela ne touche pas le moins du monde à la question. Dieu a prononcé son jugement sur tous, et le premier devoir de l’homme est de s’incliner devant ce jugement et d’y adhérer. À quoi eût servi à Lévi de dire qu’il n’était pas d’accord avec ce que la parole de Dieu avait dit de Lui ? Cela aurait-il pu changer l’état des choses à son égard ? En aucune façon. Que Lévi le sentît ou non, l’appréciation divine restait la même ; mais il est clair que c’est un premier pas fait dans le sentier de la sagesse que de se soumettre à cette appréciation. Tout cela est représenté en type, par l’eau » et le « rasoir » — le « lavage » et le « fait de passer le rasoir sur le corps ». Rien ne saurait être plus significatif et plus frappant. Ces actions font ressortir la solennelle vérité de la sentence de mort prononcée contre la nature, et l’exécution du jugement sur tout ce qu’elle produit.
Et quelle est, demandons-nous, la signification de cet acte initiateur du christianisme, le baptême ? Est-ce qu’il ne représente pas le fait béni que « notre vieil homme », notre nature déchue, est complètement mis de côté et que nous sommes introduits dans une position entièrement nouvelle ? Il en est vraiment ainsi. Et qu’est-ce pour nous que cet acte de se raser tout le corps ? C’est un sévère jugement journalier de soi-même ; c’est l’impitoyable dépouillement de tout ce qui provient de la nature. C’est là le vrai chemin qu’ont à suivre tous les ouvriers de Dieu dans le désert. Quand nous voyons la conduite de Lévi à Sichem en Genèse 34, et ce qui est dit de lui en Genèse 49, nous pouvons bien demander comment il se faisait que les Lévites pussent être admis à porter les vaisseaux du sanctuaire. La réponse est : la Grâce brille dans l’appel de Lévi, et la sainteté dans sa purification. Il fut appelé à l’œuvre selon les richesses de la grâce divine ; mais il fut approprié à l’œuvre selon les droits de la sainteté de Dieu.
Il doit en être ainsi de tous les ouvriers de Dieu. Nous sommes profondément convaincu que nous ne devenons capables d’accomplir l’œuvre de Dieu qu’autant que la nature est placée sous la puissance de la croix et du jugement de soi-même. La volonté propre ne peut jamais être utile au service de Dieu ; non, jamais ; il faut qu’elle soit mise de côté, si nous voulons savoir ce qu’est le vrai service. Combien n’y a-t-il pas, hélas ! de choses qui passent pour être le service, et qui, jugées à la lumière de la présence de Dieu, seraient reconnues pour n’être que le fruit d’une volonté inquiète. Ceci est très solennel et réclame notre plus sérieuse attention. Nous ne pouvons exercer une censure trop sévère sur nous-mêmes, à cet endroit. Le cœur est si trompeur que nous pouvons nous imaginer que nous faisons l’œuvre de Dieu, quand, en réalité, nous ne faisons que nous complaire à nous-mêmes. Mais si nous voulons marcher dans le sentier du vrai service, il faut que nous cherchions à être de plus en plus sevrés de tout ce qui tient à la nature. Il faut que le volontaire Lévi passe par l’action symbolique de l’eau et du rasoir, avant de pouvoir être employé au glorieux service qui lui est assigné par le décret immédiat du Dieu d’Israël.
Mais avant de continuer à examiner en détail l’œuvre et le service des Lévites, il faut que nous contemplions un instant la scène présentée en Exode 32, et dans laquelle ils remplissent un rôle très distingué et très remarquable. Nous voulons parler du veau d’or, comme le lecteur s’en apercevra dès l’abord. Pendant l’absence de Moïse, le peuple perdit si complètement de vue Dieu et ses ordonnances, qu’il éleva un veau de fonte et se prosterna devant lui. Cette horrible action demandait un jugement sommaire. « Et Moïse vit que le peuple était dans le désordre ; car Aaron l’avait livré au désordre, pour être leur honte parmi leurs adversaires. Et Moïse se tint à la porte du camp, et dit : À moi, quiconque est pour l’Éternel ! Et tous les fils de Lévi se rassemblèrent vers lui. Et il leur dit : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Que chacun mette son épée sur sa cuisse ; passez et revenez d’une porte à l’autre dans le camp, et que chacun de vous tue son frère, et chacun son compagnon, et chacun son intime ami. Et les fils de Lévi firent selon la parole de Moise ; et il tomba d’entre le peuple, ce jour-là, environ trois mille hommes. Et Moïse dit : Consacrez-vous aujourd’hui à l’Éternel, chacun dans son fils et dans son frère, afin de faire venir aujourd’hui sur vous une bénédiction » (Exode 32:25-29).
C’était un moment d’épreuve. Il ne pouvait pas en être autrement, lorsque cette grande question était adressée au cœur et à la conscience : « Quiconque est pour l’Éternel ? » Rien ne saurait être plus propre à sonder le cœur. La question n’était pas : « Qui est-ce qui veut travailler ? » Non, elle était beaucoup plus sérieuse et beaucoup plus pressante. Il ne s’agissait pas de savoir qui irait ici ou là, qui ferait ceci ou cela. Il pouvait y avoir un grand nombre d’actions et de mouvements et, cependant, tout cela aurait pu procéder seulement de l’impulsion d’une volonté non brisée, qui, agissant sur la nature religieuse, eût donné une apparence de dévouement et de piété éminemment propre à se tromper soi-même et à tromper les autres.
Mais « être pour l’Éternel » suppose le renoncement à sa propre volonté, le complet abandon de soi-même, ce qui est essentiel au fidèle serviteur, au véritable ouvrier. Saul de Tarse était sur ce terrain quand il s’écriait : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Quelle parole dans la bouche du volontaire, du violent et du cruel persécuteur de l’Église de Dieu !
« Quiconque est pour l’Éternel ? » Lecteur, êtes-vous pour l’Éternel ? Cherchez et voyez. Examinez-vous attentivement. Souvenez-vous que la question n’est pas du tout : Que faites-vous ? Non, elle est beaucoup plus profonde. Si vous êtes pour le Seigneur, vous êtes prêt à tout. Vous êtes prêt à vous arrêter ou à marcher en avant, prêt à aller à droite ou à gauche, prêt à être actif ou à demeurer tranquille, prêt à vous tenir debout ou à vous tenir couché. La grande chose est celle-ci : l’abandon de soi-même aux droits d’un autre ; et cet autre, c’est le Seigneur.
C’est là un sujet d’une immense portée. En vérité, nous ne connaissons rien de plus important pour le moment actuel, que cette question scrutatrice : « Quiconque est pour l’Éternel ? » Nous vivons en des jours où la volonté propre est extrêmement active. L’homme se glorifie de sa liberté ; et cela apparaît, d’une manière très marquée, dans les matières religieuses. Il en était justement ainsi dans le chapitre 32 de l’Exode — aux jours du veau d’or. Moïse était hors de vue et la volonté de l’homme était à l’œuvre ; on fit travailler le burin. Et quel fut le résultat ? Un veau de fonte ; et quand Moïse revint, il trouva le peuple dans l’idolâtrie et dans le dénuement. Alors surgit, pour sonder ce peuple, cette solennelle question : « Quiconque est pour l’Éternel ? » ce qui amena les choses à une issue, ou plutôt mit les Israélites à l’épreuve. Or il n’en est pas autrement de nos jours. La volonté de l’homme règne, et cela surtout en matière religieuse. L’homme se glorifie de ses droits, de sa liberté, de sa volonté, et de la liberté de son jugement. C’est là une négation de la Seigneurie du Christ ; et par conséquent il nous convient de nous tenir sur nos gardes, et de veiller à ce que nous prenions réellement le parti du Seigneur contre notre propre nature. Il nous convient de nous tenir dans l’attitude d’une simple soumission à son autorité. Nous ne serons plus alors occupés de la valeur ou du caractère de notre service ; notre seul objet sera de faire la volonté de notre Seigneur.
En un mot donc, la question s’appliquant soit au camp d’Israël aux jours du veau d’or, soit à l’Église, en ces temps de la volonté humaine, est celle-ci : « Quiconque est pour le Seigneur ! » Importante question. Ce n’est pas : Qui est pour la religion, pour la philanthropie ou pour la réforme morale ? Nous pouvons mettre un grand zèle à encourager, à soutenir les divers projets de philanthropie, de religion et de réforme morale, tout en ne faisant en cela que servir notre moi et entretenir notre propre volonté. Nous passons par une phase où la volonté de l’homme est flattée avec un incomparable empressement. Nous croyons très fermement que le vrai remède à ce mal se trouvera dans cette unique et grave question : « Quiconque est pour l’Éternel ! » Elle renferme une immense puissance pratique. Être réellement pour le Seigneur, c’est être prêt à faire absolument tout ce à quoi il trouve bon de nous appeler. Si l’âme est amenée à dire en vérité : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » « Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute », alors elle est prête à tout faire. Ainsi, dans le cas des Lévites, ils étaient appelés à « tuer chacun son frère, et chacun son compagnon, et chacun son intime ami ». C’était une horrible tâche pour la chair et le sang. Mais la circonstance le réclamait. Les droits de Dieu avaient été ouvertement et grossièrement foulés aux pieds. L’invention humaine avait été à l’œuvre, on avait employé le burin et l’on avait élevé un veau. On avait changé la gloire de Dieu en la figure d’un bœuf qui broute l’herbe ; et voilà pourquoi tous ceux qui étaient pour l’Éternel furent appelés à ceindre l’épée. La chair pouvait dire : « Non, soyons indulgents, compatissants et miséricordieux. Nous obtiendrons plus par la douceur que par la sévérité. On ne peut pas faire du bien aux gens en les frappant. L’amour a bien plus de puissance que la rigueur. Aimons-nous l’un l’autre ». Telles sont les pensées, vraies à leur place, que la nature pouvait suggérer ; c’est ainsi qu’elle pouvait raisonner. Mais le commandement était clair et décisif : « Que chacun mette son épée sur sa cuisse ». L’épée était la seule chose qui pût servir lorsque le veau d’or était là. Parler d’amour dans un pareil moment, c’eût été jeter par-dessus bord les justes droits du Dieu d’Israël. Il convient au véritable esprit d’obéissance de faire le service même qui est en rapport avec la circonstance. Un serviteur n’a pas à raisonner, il doit simplement faire ce qu’on lui ordonne. Soulever une question, ou avancer une objection, c’est abandonner la place de serviteur. Il pouvait sembler que ce fût la plus affreuse tâche que d’avoir à tuer son frère, son ami et son voisin ; mais la parole de l’Éternel était impérative. Elle ne pouvait être éludée ; et les Lévites, par grâce, montrèrent une pleine et prompte obéissance. « Les fils de Lévi firent selon la parole de Moïse ».
C’est là l’unique et vrai sentier de ceux qui veulent être les ouvriers de Dieu, et les serviteurs du Christ dans ce monde où la propre volonté domine. Il est de la dernière importance d’avoir profondément gravée dans le cœur la vérité de la Seigneurie du Christ. C’est le seul régulateur de la marche et de la conduite. Cela résout une foule de questions. Si le cœur est réellement soumis à l’autorité du Christ, il est en état de faire tout ce qu’il nous demande : de demeurer en repos ou d’aller en avant, de faire peu ou beaucoup, d’être actif ou passif. Pour un cœur vraiment obéissant, la question n’est point du tout : « Que fais-je ? » ou bien « où vais-je ? » Elle est simplement ceci : « Est-ce que je fais la volonté de mon Seigneur ? »
Tel était le terrain qu’occupait Lévi. Or, remarquez le divin commentaire qui nous en est donné par Malachie : « Et vous saurez que je vous ai envoyé ce commandement, afin que mon alliance subsiste avec Lévi, dit l’Éternel des armées. Mon alliance avec lui était la vie et la paix, et je les lui donnai pour qu’il craignît ; et il me craignit et trembla devant mon nom. La loi de vérité était dans sa bouche, et l’iniquité ne se trouva pas sur ses lèvres ; il marcha avec moi dans la paix et dans la droiture, et il détourna de l’iniquité beaucoup de gens » (Mal. 2:4-6). Remarquez encore la bénédiction que prononça Moïse : « Et de Lévi il dit : Tes thummim et tes urim sont à l’homme de ta bonté, que tu as éprouvé à Massa, et avec lequel tu as contesté aux eaux de Meriba ; qui dit de son père et de sa mère : Je ne l’ai point vu ; et qui n’a pas reconnu ses frères, et n’a pas connu ses fils. Car ils ont gardé tes paroles et observé ton alliance ; ils enseigneront tes ordonnances à Jacob et ta loi à Israël ; ils mettront l’encens sous tes narines et l’holocauste sur ton autel. Éternel ! bénis sa force ; et que l’œuvre de ses mains te soit agréable ! Brise les reins de ceux qui s’élèvent contre lui, et de ceux qui le haïssent, en sorte qu’ils ne puissent plus se relever » (Deut. 33:8-11).
Il aurait pu paraître inexcusable, dur et sévère de la part de Lévi, de n’avoir pas vu ses parents, connu ou reconnu ses frères. Mais les droits de Dieu sont souverains ; et Christ, notre Seigneur, a prononcé ces solennelles paroles : « Si quelqu’un vient à moi, et ne hait pas son père, et sa mère, et sa femme, et ses enfants, et ses frères, et ses sœurs, et même aussi sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14:26).
Ce sont des paroles simples, et elles nous font pénétrer dans le secret de ce qui se trouve à la base de tout vrai service. Que personne ne s’imagine que nous devions être sans affection. Loin de nous une telle pensée. Être sans affection naturelle, ce serait nous joindre moralement à l’apostasie des derniers jours (voir 2 Tim. 3:3). Mais quand on laisse les droits de l’affection naturelle intervenir comme obstacle dans le chemin de notre intègre et cordial service de Christ, et quand le soi-disant amour de nos frères occupe une place plus élevée que la fidélité à Christ, alors nous sommes peu propres au service du Seigneur et indignes d’être appelés ses serviteurs. Que l’on observe avec soin que le principe moral qui donnait à Lévi un titre à être employé au service de l’Éternel, c’était le fait qu’il ne voyait pas ses parents, ne reconnaissait pas ses frères, ou ne connaissait pas ses enfants. En un mot, il était rendu capable de mettre complètement de côté les droits de la nature, et de donner en son cœur une place souveraine aux droits de l’Éternel. Ceci, nous le répétons, est la seule vraie base du caractère du serviteur.
Encore une fois, que le lecteur chrétien y fasse bien attention. Il peut y avoir une foule de choses qui passent pour être le service — beaucoup d’activité, d’allées et de venues, d’actions et de paroles — et avec tout cela il peut n’y avoir pas un seul atome de vrai service de Lévite, et, selon l’appréciation de Dieu, ce ne peut être que l’inquiète activité de la volonté. Comment, dira-t-on, la volonté peut-elle se montrer dans le service de Dieu en matière religieuse ? Hélas ! elle le peut et le fait. Et très souvent l’apparente énergie et l’abondance du travail et du service sont justement en proportion de l’énergie de la volonté. Ceci est particulièrement solennel et exige le plus sévère jugement de soi-même, dans la lumière de la présence de Dieu. Le vrai service ne consiste pas dans une grande activité, mais dans une profonde soumission à la volonté de notre Seigneur ; et si cette soumission existe, il y aura promptitude à rabaisser les droits des parents, des frères et des enfants pour accomplir la volonté de Celui que nous reconnaissons comme Seigneur. Il est vrai que nous devons aimer nos parents, nos frères et nos enfants. Il ne s’agit pas de les aimer moins, mais d’aimer Christ davantage.
Il faut que le Seigneur Lui-même et ses droits aient toujours la première place dans le cœur, si nous voulons être de vrais ouvriers de Dieu, de vrais serviteurs de Christ, de vrais Lévites, au milieu du désert. C’était là ce qui caractérisait les actes de Lévi, dans la circonstance que nous rappelons. Les droits de Dieu étaient en question, et par conséquent on ne devait pas avoir égard aux droits de la nature. Les parents, les frères et les enfants, quelque chers qu’ils fussent, ne devaient pas être en opposition avec la gloire du Dieu d’Israël qui avait été changée en la figure d’un bœuf qui broute l’herbe.
Ici gît toute la question dans toute son importance et sa grandeur. Les liens des relations naturelles, et tous les droits, les devoirs et les responsabilités qui naissent de tels liens, auront toujours leur propre place et leur légitime estimation chez ceux dont le cœur, l’esprit et la conscience ont été placés sous le pouvoir régulateur de la vérité de Dieu. On ne doit jamais permettre que rien enfreigne ces droits fondés sur la parenté naturelle, si ce n’est ce qui est réellement dû à Dieu et à son Christ. C’est une considération des plus nécessaires et des plus utiles, et sur laquelle nous voulons insister particulièrement auprès du jeune lecteur chrétien. Nous avons toujours à nous garder d’un esprit de volonté propre et qui se complaît à soi-même, esprit qui n’est jamais plus dangereux que lorsqu’il revêt l’apparence d’un service et d’un travail soi-disant religieux. Il nous convient d’être très sûrs que nous avons bien et uniquement à cœur les droits de Dieu, quand nous ne tenons pas compte des droits de la parenté naturelle. Dans le cas de Lévi, la chose était aussi claire que le soleil ; voilà pourquoi « l’épée » du jugement, et non un baiser d’affection, convenait à ce moment critique. Il en est de même dans notre histoire ; il y a des circonstances où ce serait une infidélité ouverte à notre Seigneur, que d’écouter un seul instant la voix des relations naturelles.
Les remarques précédentes peuvent aider le lecteur à comprendre les actes des Lévites en Exode 32, et les paroles de notre Seigneur en Luc 14:26. Que l’Esprit de Dieu nous rende capable de réaliser et de montrer le pouvoir et les devoirs de la vérité !
Nous nous arrêterons maintenant, pendant quelques instants, sur la consécration des Lévites, en Nombres 8, afin de pouvoir envisager le sujet dans son entier. C’est une véritable source d’instruction pour tous ceux qui désirent être des ouvriers du Seigneur.
Après l’acte cérémoniel de « se laver » et de « se raser », dont nous avons déjà parlé, nous lisons : « Et ils (c’est-à-dire les Lévites) prendront un jeune taureau, et son offrande de gâteau de fleur de farine pétrie à l’huile ; et tu prendras un second jeune taureau, pour sacrifice pour le péché. Et tu feras approcher les Lévites devant la tente d’assignation, et tu réuniras toute l’assemblée des fils d’Israël et tu feras approcher les Lévites devant l’Éternel, et les fils d’Israël poseront leurs mains sur les Lévites ; et Aaron offrira les Lévites en offrande tournoyée devant l’Éternel, de la part des fils d’Israël, et ils seront employés au service de l’Éternel. Et les Lévites poseront leurs mains sur la tête des taureaux ; et tu offriras l’un en sacrifice pour le péché, et l’autre en holocauste à l’Éternel, afin de faire propitiation pour les Lévites » (Nombres 8:8-12).
Ici nous sont présentés les deux grands aspects de la mort du Christ. L’un de ces aspects nous est fourni par l’offrande pour le péché ; l’autre par l’holocauste. Nous n’entrerons pas dans le détail de ces offrandes, ayant essayé de le faire précédemment dans les premiers chapitres de nos « Notes sur le Lévitique ». Nous voulons seulement faire observer ici que, dans l’offrande pour le péché, nous voyons Christ portant le péché en son corps sur le bois, et subissant la colère de Dieu contre le péché. Dans l’holocauste, nous voyons Christ glorifiant Dieu, même en faisant la propitiation pour le péché. Dans les deux cas l’expiation se fait ; mais dans le premier, c’est une expiation en rapport avec la profondeur des besoins du pécheur ; dans le second, c’est une expiation selon la mesure du dévouement de Christ à Dieu. Dans celui-là, nous voyons la nature odieuse du péché ; dans celui-ci la valeur suprême du Christ. C’est, nous n’avons guère besoin de le dire, la même mort expiatoire du Christ, mais présentée sous deux aspects différents (*).
(*) Pour plus de détails sur la doctrine de l’offrande pour le péché et de l’holocauste, nous renvoyons le lecteur aux chapitres 1 et 4 des « Notes sur le Lévitique ».
Or les Lévites posaient leurs mains sur la victime pour le péché, et sur l’holocauste ; et cet acte d’imposition des mains exprimait simplement le fait de l’identification. Mais combien le résultat était différent dans chaque cas ! Lorsque Lévi posait ses mains sur la tête de l’offrande pour le péché, cela signifiait la translation sur la victime, de tous ses péchés, de toute sa culpabilité, de toute sa cruauté, sa violence et sa propre volonté. Et d’un autre côté, lorsqu’il posait ses mains sur la tête de l’holocauste, cela impliquait la translation sur Lévi de toute l’acceptation et de toute la perfection du sacrifice. Naturellement, nous parlons de ce que le type exprime. Nous n’avons pas à nous prononcer sur la question de savoir si Lévi avait l’intelligence de ces choses ; nous cherchons simplement à expliquer le sens du symbole cérémoniel ; et très certainement aucun symbole ne saurait être plus significatif que l’imposition des mains, considérée soit dans le cas de l’offrande pour le péché, soit dans celui de l’holocauste. La doctrine de tout cela est renfermée dans ce passage très important de la fin du chapitre 5 de la deuxième épître aux Corinthiens : « Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui ! »
« Et tu feras tenir les Lévites devant Aaron et devant ses fils, et tu les offriras en offrande tournoyée à l’Éternel. Et tu sépareras les Lévites du milieu des fils d’Israël, et les Lévites seront à moi. — Après cela les Lévites viendront pour faire le service de la tente d’assignation, et tu les purifieras, et tu les offriras en offrande tournoyée ; car ils me sont entièrement donnés du milieu des fils d’Israël : je les ai pris pour moi à la place de tous ceux qui ouvrent la matrice, de tous les premiers-nés d’entre les fils d’Israël. Car tout premier-né parmi les fils d’Israël est à moi, tant les hommes que les bêtes ; je me les suis sanctifiés le jour que je frappai tout premier-né dans le pays d’Égypte. Et j’ai pris les Lévites à la place de tous les premiers-nés parmi les fils d’Israël. Et j’ai donné les Lévites en don à Aaron et à ses fils, du milieu des fils d’Israël, pour s’employer au service des fils d’Israël à la tente d’assignation, et pour faire propitiation pour les fils d’Israël, afin qu’il n’y ait pas de plaie au milieu des fils d’Israël quand les fils d’Israël s’approcheraient du lieu saint. — Et Moïse et Aaron, et toute l’assemblée des fils d’Israël, firent à l’égard des Lévites tout ce que l’Éternel avait commandé à Moïse touchant les Lévites ; les fils d’Israël firent ainsi à leur égard » (Nombres 8:13-20).
Comme ce passage nous rappelle vivement les paroles de notre Seigneur en Jean 17: « J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde ; ils étaient à toi, et tu me les as donnés ; et ils ont gardé ta parole… Je fais des demandes pour eux ; je ne fais pas des demandes pour le monde, mais pour eux que tu m’as donnés, parce qu’ils sont à toi (et tout ce qui est à moi, est à toi ; et ce qui est à toi est à moi), et je suis glorifié en eux » (vers. 6-10).
Les Lévites formaient un peuple séparé, ils étaient la possession spéciale de Dieu. Ils prenaient la place de tous les premiers-nés en Israël, de ceux qui avaient été sauvés de l’épée du destructeur par le sang de l’agneau. Ils étaient, en type, un peuple mort et ressuscité, mis à part pour Dieu, et que Dieu offrait comme un don au souverain sacrificateur Aaron, pour faire le service du tabernacle.
Quelle position pour le volontaire, le violent, le cruel Lévi ! Quel triomphe de la grâce ! Quel exemple de l’efficacité du sang de propitiation et de l’eau de purification ! Ils étaient, par leur nature et par leurs œuvres, éloignés de Dieu ; mais le « sang » expiatoire, l’« eau » de purification et le « rasoir » du jugement personnel avaient fait leur œuvre bénie. En conséquence, les Lévites étaient en état d’être offerts comme un don à Aaron et à ses fils, et de leur être associés dans les saints services du tabernacle d’assignation.
En tout ceci, les Lévites étaient un type frappant du peuple actuel de Dieu. Ceux qui formaient ce peuple ont été élevés et retirés des profondeurs de leur dégradation et de leur ruine comme pécheurs. Ils sont blanchis dans le sang précieux du Christ, purifiés par l’application de la parole, et appelés à l’exercice d’un jugement de soi-même habituel et sévère. Ils sont ainsi rendus aptes au saint service auquel ils sont appelés. Dieu les a donnés à son Fils pour qu’ils puissent être ses ouvriers dans ce monde. « Ils étaient à toi et tu me les as donnés ». Chose merveilleuse ! Penser qu’il soit là question de personnes telles que nous ! Penser que nous appartenons à Dieu et qu’il nous a donnés à son Fils ! Nous pouvons bien dire que cela surpasse toute conception humaine. Nous ne sommes pas seulement sauvés de l’enfer, ce qui est vrai ; nous ne sommes pas seulement pardonnés, justifiés, acceptés, tout cela est vrai ; mais nous sommes encore appelés à la charge suprême et sainte de porter dans ce monde le Nom, le témoignage et la gloire de notre Seigneur Jésus Christ. C’est là notre œuvre de vrais et fidèles Lévites. Comme guerriers, nous sommes appelés à combattre ; comme sacrificateurs, nous avons le privilège de rendre un culte ; mais comme Lévites, nous sommes responsables de servir ; et notre service consiste à porter, à travers la scène d’un aride désert, l’antitype du tabernacle, qui était la figure du Christ. C’est la ligne distincte de notre service. C’est à cela que nous sommes appelés — c’est pour cela que nous sommes mis à part.
Le lecteur remarquera avec intérêt, nous n’en doutons pas, le fait que c’est dans ce livre des Nombres et là seulement, que nous sont donnés tous les détails précieux et profondément instructifs sur les Lévites. Ce fait nous offre une nouvelle explication du caractère de notre livre. C’est en nous plaçant dans le désert que nous avons une vue exacte et complète des ouvriers de Dieu, comme de ses guerriers.
Examinons un peu maintenant le service des Lévites, qui nous est détaillé aux chapitres 3 et 4 des Nombres. « Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Fais approcher la tribu de Lévi, et fais-la se tenir devant Aaron, le sacrificateur, afin qu’ils le servent, et qu’ils accomplissent ce qui appartient à son service, et au service de toute l’assemblée, devant la tente d’assignation, pour faire le service du tabernacle ; et ils auront la charge de tous les ustensiles de la tente d’assignation, et de ce qui se rapporte au service des fils d’Israël, pour faire le service du tabernacle. Et tu donneras les Lévites à Aaron et à ses fils ; ils lui sont absolument donnés d’entre les fils d’Israël » (chap. 3:5-9).
Les Lévites représentaient l’assemblée entière des Israélites, et agissaient en leur faveur. Ceci ressort du fait que les fils d’Israël posaient leurs mains sur la tête des Lévites, comme ceux-ci posaient les leurs sur la tête des sacrifices (chap. 8:10). L’acte de l’imposition exprimait l’identification, de sorte que les Lévites offrent un aspect tout spécial du peuple de Dieu dans le désert. Ils nous le présentent comme une troupe de zélés ouvriers, et non pas, qu’on le remarque bien, comme de simples travailleurs inconstants et irréguliers, courant çà et là, et faisant chacun ce qui lui semble bon. Rien de pareil ici. Si les hommes de guerre avaient à montrer leur généalogie et à demeurer fidèles à leur bannière, les Lévites avaient à se réunir autour de leur centre et à accomplir leur tâche. Tout était aussi clair, aussi distinct et aussi déterminé que possible et, de plus, tout était sous l’autorité et la direction immédiates du souverain sacrificateur.
Il est très nécessaire, pour tous ceux qui veulent être de vrais Lévites, des ouvriers fidèles et des serviteurs intelligents, de peser bien sérieusement ce sujet. Le service des Lévites devait être réglé par les directions du sacrificateur. Il n’y avait pas plus lieu à l’exercice de la propre volonté dans le service des Lévites, qu’il n’y en avait dans la position des hommes de guerre. Tout était divinement établi, et c’était une grâce particulière pour tous ceux dont les cœurs étaient dans un bon état. Pour celui dont la volonté n’était pas brisée, il pouvait sembler que ce fût une tâche pénible et des plus fastidieuses, que d’être obligé d’occuper la même position, ou d’être invariablement engagé dans la même série de travaux. Un tel homme pouvait soupirer après quelque chose de nouveau, quelque variété dans son œuvre. Mais, au contraire, quand la volonté était soumise et le cœur réglé, chacun pouvait dire : « Mon sentier est parfaitement tracé ; je n’ai qu’à obéir ». C’est toujours l’affaire du vrai serviteur ; et c’est ce qui a été supérieurement accompli par Celui qui fut le seul parfait serviteur qui ait passé sur la terre. Il pouvait dire : « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 6:38). Et encore : « Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre » (Jean 4:34).
Mais il est un autre fait, digne d’attention, relativement aux Lévites ; c’est que leur service avait exclusivement rapport au tabernacle et à ce qui en dépendait. Ils n’avaient rien d’autre à faire. Penser à mettre la main à quoi que ce fût d’autre eût été, pour un Lévite, renier son appel, abandonner son œuvre divinement fixée, et se soustraire aux commandements de Dieu.
Il en est ainsi des chrétiens de nos jours. Leur affaire exclusive — leur seule grande œuvre — leur essentiel service, c’est Christ et ce qui le concerne. Ils n’ont rien d’autre à faire. Pour un chrétien, penser à mettre la main à autre chose, c’est renier sa vocation, abandonner son œuvre divinement fixée, et se soustraire aux commandements de Dieu. Un vrai Lévite de l’ancienne alliance pouvait dire : « Pour moi vivre, c’est le tabernacle » ; et maintenant un vrai chrétien peut dire : « Pour moi vivre, c’est Christ ». La grande question, dans tout ce qui peut se présenter au chrétien, est celle-ci : « Puis-je joindre Christ à telle ou telle chose ? » Si je ne le puis, je n’ai absolument rien à faire avec elle.
C’est la vraie manière de considérer les choses. Il ne s’agit pas là de savoir si ceci ou cela est bien ou mal. Non, il s’agit simplement de savoir jusqu’à quel point cela se rattache au nom et à la gloire du Christ. Cela simplifie tout étonnement, répond à mille questions, résout mille difficultés, et rend le chemin du chrétien sérieux et fidèle, aussi clair qu’un rayon de soleil. Un Lévite n’avait pas de difficultés au sujet de son œuvre ; elle lui était déterminée avec une précision divine. Le fardeau que chacun avait à porter, et l’œuvre que chacun avait à faire étaient indiqués avec une clarté qui ne laissait aucun lieu aux questions du cœur. Chacun pouvait connaître son ouvrage et le faire ; et ajoutons qu’il n’était fait que par ceux qui s’acquittaient de leurs fonctions spéciales. Ce n’était pas en courant çà et là, et en faisant ceci ou cela, que le service du tabernacle s’accomplissait dûment ; mais c’était par le soin assidu avec lequel chacun s’attachait à sa vocation particulière.
Il est bon de ne pas oublier cela. Nous sommes très disposés, comme chrétiens, à rivaliser les uns avec les autres, et ainsi à nous entraver mutuellement ; et nous sommes sûrs d’agir ainsi, si chacun de nous ne suit pas sa propre ligne de conduite divinement tracée. Nous disons : « divinement tracée », et nous insistons sur le mot. Nous n’avons nul droit de choisir notre propre œuvre. Si le Seigneur a fait d’un homme un évangéliste, d’un autre un docteur, d’un autre un pasteur ; s’il en a doué un autre pour l’exhortation, comment l’œuvre doit-elle se faire ? Assurément ce n’est point par l’évangéliste essayant d’enseigner, et par le docteur essayant d’exhorter, ou par quelqu’un qui, n’étant qualifié ni pour l’un ni pour l’autre de ces dons, essaie de les exercer tous deux. Non ; c’est par chacun exerçant le don qui lui a été divinement conféré. Sans doute, le Seigneur peut, quand il lui plaît, revêtir un même individu d’une variété de dons ; mais cela ne touche en aucune façon au principe sur lequel nous insistons, qui est simplement celui-ci : Chacun de nous est tenu de connaître sa propre direction de marche et d’action, et de la poursuivre. Si nous perdons cela de vue, nous tomberons dans une désespérante confusion. Dieu a ses carriers, ses tailleurs de pierre et ses maçons. L’œuvre avance par le travail de chaque ouvrier s’attachant diligemment à son propre ouvrage. Si tous étaient carriers, où seraient les tailleurs de pierre ? Si tous étaient tailleurs de pierre, où seraient les maçons ? Celui qui aspire à un autre ordre de choses, ou qui cherche à imiter le don d’un autre, fait le plus grand tort possible à la cause de Christ et à l’œuvre de Dieu dans le monde. C’est une grave erreur contre laquelle nous voudrions sérieusement prémunir le lecteur. Rien ne peut être plus insensé. Dieu ne se répète jamais. Il n’existe pas deux figures pareilles, et il n’y a pas dans une forêt deux feuilles ni deux brins d’herbe exactement semblables. Pourquoi donc quelqu’un aspirerait-il à la ligne de travaux d’un autre, ou affecterait-il de posséder le don d’un autre ? Que chacun soit content d’être précisément ce que son maître l’a fait. C’est le secret d’une vraie paix et du progrès.
Tout ceci trouve une illustration éclatante dans le résumé inspiré de ce qui a trait au service des trois classes distinctes des Lévites, que nous allons citer tout au long pour faciliter les choses au lecteur. Il n’est rien en définitive qui puisse être comparé au véritable langage des Saintes Écritures.
« Et l’Éternel parla à Moïse, dans le désert de Sinaï, disant : Dénombre les fils de Lévi selon leurs maisons de pères, selon leurs familles, tu dénombreras tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus. Et Moïse les dénombra selon le commandement de l’Éternel, comme il lui avait été commandé. Ce sont ici les fils de Lévi, selon leurs noms Guershon, et Kehath, et Merari. Et ce sont ici les noms des fils de Guershon, selon leurs familles : Libni et Shimhi. Et les fils de Kehath, selon leurs familles : Amram, et Jitsehar, Hébron, et Uziel. Et les fils de Merari, selon leurs familles : Makhli et Mushi. Ce sont là les familles de Lévi, selon leurs maisons de pères. De Guershon, la famille des Libnites et la famille des Shimhites ; ce sont là les familles des Guershonites : ceux d’entre eux qui furent dénombrés, en comptant tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-dessus, ceux qui furent dénombrés furent sept mille cinq cents. Les familles des Guershonites campèrent derrière le tabernacle, vers l’occident ; et le prince de la maison de père des Guershonites était Éliasaph, fils de Laël. Et la charge des fils de Guershon, à la tente d’assignation, était le tabernacle et la tente, sa couverture, et le rideau de l’entrée de la tente d’assignation, et les tentures du parvis, et le rideau de l’entrée du parvis qui entoure le tabernacle et l’autel, et ses cordages pour tout son service » (chap. 3:14-26). Ailleurs nous lisons : « Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Relève aussi la somme des fils de Guershon, selon leurs maisons de pères, selon leurs familles ; tu les dénombreras depuis l’âge de trente ans et au-dessus, jusqu’à l’âge de cinquante ans : tous ceux qui entrent en service pour s’employer au service, à la tente d’assignation. C’est ici le service des familles des Guershonites, pour servir et pour porter : ils porteront les tapis du tabernacle et la tente d’assignation, sa couverture, et la couverture de peaux de taissons qui est sur elle par-dessus, et le rideau de l’entrée de la tente d’assignation, et les tentures du parvis, et le rideau de l’entrée de la porte du parvis qui entoure le tabernacle et l’autel, et leurs cordages, et tous les ustensiles de leur service ; tout ce qui doit être fait avec eux constituera leur service. Tout le service des fils des Guershonites, dans tout ce qu’ils portent et dans tout leur service, sera selon les ordres d’Aaron et de ses fils ; et vous leur donnerez en charge tout ce qu’ils doivent porter. C’est là le service des familles des fils des Guershonites à la tente d’assignation ; et leur charge sera sous la main d’Ithamar, fils d’Aaron, le sacrificateur » (chap. 4:21-28).
Voilà pour ce qui regarde Guershon et son œuvre. Lui et son frère Merari avaient à porter « le tabernacle », tandis que Kehath était appelé à porter « le sanctuaire », ainsi que nous lisons au chap. 10: « Et le tabernacle fut démonté ; puis les fils de Guershon et les fils de Merari partirent, portant le tabernacle… Puis les Kehathites partirent, portant le sanctuaire ; et on (c’est-à-dire les Guershonites et les Merarites) dressa le tabernacle, en attendant leur arrivée » (vers. 17-21). Il y avait un fort lien moral qui unissait Guershon et Merari dans leur service, quoique leur œuvre fût parfaitement différente, comme nous le verrons par le passage suivant.
« Quant aux fils de Merari, tu les dénombreras selon leurs familles, selon leurs maisons de pères. Tu les dénombreras depuis l’âge de trente ans et au-dessus, jusqu’à l’âge de cinquante ans, tous ceux qui entrent en service pour s’employer au service de la tente d’assignation. Et c’est ici la charge de ce qu’ils auront à porter, selon tout leur service à la tente d’assignation : les ais du tabernacle, et ses traverses, et ses piliers, et ses bases, et les piliers du parvis tout autour, et leurs bases, et leurs pieux, et leurs cordages, tous leurs ustensiles, selon tout leur service ; et vous leur compterez, en les désignant par nom, les objets qu’ils auront charge de porter. C’est là le service des familles des fils de Merari, pour tout leur service à la tente d’assignation, sous la main d’Ithamar, fils d’Aaron, le sacrificateur » (chap. 4:29-33).
Tout cela était clair et distinct. Guershon n’avait rien à faire avec les ais et les piquets ; et Merari n’avait rien à faire avec les tentures ou les couvertures. Et cependant ils étaient très intimement unis, comme ils étaient dans une mutuelle dépendance. « Les ais et les bases » n’auraient servi à rien sans les « tentures » ; et celles-ci auraient été inutiles sans les ais et les soubassements. Et quant aux « pieux », quoiqu’ils parussent si insignifiants, qui pourrait apprécier l’importance qu’ils avaient en reliant entre eux les objets, et en maintenant la visible unité du tout ? Ainsi tous travaillaient ensemble à une fin commune, et cette fin était atteinte par chaque individu restant occupé de sa propre ligne spéciale de travail. Si un Guershonite s’était mis dans la tête d’abandonner les « tentures » pour s’occuper des « pieux », il aurait laissé son œuvre propre inexécutée et se serait mêlé de l’œuvre des Merarites. Cela n’aurait jamais pu aller. Tout eût été jeté dans une fâcheuse confusion, tandis qu’en s’attachant à la règle divine, tout était maintenu dans l’ordre le plus admirable.
Il devait être extrêmement beau de voir les ouvriers de Dieu dans le désert. Chacun était à son poste, et agissait dans la sphère qui lui était divinement assignée. C’est pourquoi dès que la nuée s’était levée, et que l’ordre de démonter le tabernacle était donné, chacun savait ce qu’il avait à faire, et ne faisait rien d’autre. Nul n’avait le droit de suivre ses propres pensées. L’Éternel pensait pour tous. Les Lévites s’étaient déclarés « pour l’Éternel » ; ils s’étaient soumis à son autorité ; et ce fait était à la base même de toute leur œuvre et de leur service dans le désert. Cette œuvre étant considérée sous ce jour, il était tout à fait indifférent qu’un homme eût à s’occuper d’un clou, d’une tenture ou d’un chandelier d’or. La grande question pour chacun et pour tous était seulement : « Est-ce là mon ouvrage ? Est-ce là ce que le Seigneur m’a donné à faire ? »
Ceci fixe tout. Si les choses avaient été laissées à l’estimation ou au choix de l’homme, tel individu eût aimé ceci, tel autre cela, et un troisième quelque autre chose. Comment alors le tabernacle aurait-il jamais été porté à travers le désert ou dressé à sa place ? Impossible ! Il ne pouvait y avoir qu’une autorité suprême, savoir l’Éternel lui-même. Il disposait de tout et tous avaient à se soumettre à lui. Il ne restait nulle place pour l’exercice de la volonté humaine. C’était une grâce remarquable. Elle écartait une foule de luttes et de confusions. Il faut de la soumission, il faut une volonté brisée, il faut une cordiale adhésion à l’autorité de Dieu, autrement on en viendrait à l’état dont il est question dans le livre des Juges : « Chacun faisait ce qui était bon à ses yeux ». Un Merarite pouvait dire, ou le penser s’il ne le disait pas : « Quoi ! dois-je dépenser la meilleure partie de ma vie ici-bas — les jours de ma force et de ma vigueur — à prendre soin de quelques pieux ? Était-ce pour cela que j’étais né ? Ne dois-je pas avoir dans ma vie un but plus élevé que celui-là ? Serait-ce ma seule occupation de l’âge de trente ans à celui de cinquante ? »
Il y avait une double réponse à de telles questions. En premier lieu, c’était assez pour le Merarite de savoir que l’Éternel lui avait assigné son ouvrage. Cela suffisait pour donner de la dignité à ce que la nature pouvait regarder comme l’affaire la plus infime et la plus vile. Ce que nous faisons importe peu, pourvu que nous accomplissions toujours notre travail ordonné de Dieu. Un homme peut poursuivre une carrière que ses semblables jugeraient être fort brillante ; il peut dépenser son énergie, son temps, ses talents, sa fortune à la poursuite de ce que les hommes de ce monde estiment grand et glorieux, et avec tout cela, sa vie peut n’être qu’une brillante bagatelle. Mais, d’un autre côté, l’homme qui fait simplement la volonté de Dieu, quelle qu’elle puisse être — l’homme qui exécute les commandements du Seigneur, quoi que ce soit que ces commandements lui prescrivent — cet homme-là marchera dans un sentier éclairé par les rayons de l’approbation de Dieu, et son œuvre sera rappelée lorsque les plus splendides projets des enfants de ce siècle seront tombés dans l’éternel oubli.
Mais, outre la valeur morale toujours liée à l’accomplissement du devoir qu’on est appelé à remplir, il y avait aussi une dignité particulière, se rattachant à l’œuvre d’un Merarite, alors même que cette œuvre ne consistait qu’à prendre soin de quelques « pieux » ou de quelques « bases ». Tout ce qui se rapportait au tabernacle offrait le plus profond intérêt et possédait la plus haute valeur. Il n’y avait rien, dans le monde entier, qui pût être comparé avec ce tabernacle fait de planches et toutes ses dépendances mystiques. C’était une sainte dignité et un saint privilège que d’être admis à toucher le moindre piquet qui formait une partie de ce merveilleux tabernacle dans le désert. Il était infiniment plus glorieux d’être un Merarite, veillant aux piquets du tabernacle, que de porter le sceptre de l’Égypte ou de l’Assyrie. Il est vrai, ce Merarite, selon le sens de son nom, pouvait paraître un pauvre homme « affligé » et fatigué ; mais son labeur était lié à la demeure du Dieu Très-Haut, possesseur des cieux et de la terre. Ses mains maniaient des objets qui étaient les modèles des choses qui sont au ciel. Chaque pieu, chaque socle, chaque tenture, chaque couverture, étaient une ombre des grandes choses à venir — une figure symbolique du Christ.
Nous ne prétendons pas affirmer que le pauvre Merarite ou Guershonite, ainsi occupé, comprit ces choses. Ce n’est nullement la question à traiter ici. Nous pouvons comprendre ces choses. C’est notre privilège de les placer toutes — le tabernacle et ses meubles mystiques — sous la brillante lumière du Nouveau Testament, et d’y découvrir Christ en tout.
Toutefois, tout en ne préjugeant rien sur la mesure d’intelligence que possédaient les Lévites, dans leur œuvre respective, nous pouvons pourtant dire, avec assurance, que c’était un privilège très précieux que celui d’être admis à toucher, à manier, et à porter à travers le désert, l’ombre terrestre des célestes réalités. De plus, c’était une grâce spéciale d’avoir l’autorité d’un « Ainsi a dit l’Éternel » pour toutes les choses auxquelles ils mettaient leurs mains. Qui peut apprécier une telle grâce, un tel privilège ? Chaque membre de cette merveilleuse tribu d’ouvriers avait sa ligne particulière de travaux, tracée de la main de Dieu même, et surveillée par le sacrificateur de Dieu. Il ne s’agissait pas que chacun fît ce qu’il trouvait bon ou marchât sur les brisées d’un autre, mais que tous se soumissent à l’autorité de Dieu et fissent précisément ce qu’ils étaient appelés à faire. C’était là le secret de l’ordre pour tous ces huit mille cinq cent quatre-vingts ouvriers (chap. 4:48). Et nous pouvons dire, avec toute l’assurance possible, que c’est encore le seul vrai secret de l’ordre. Pourquoi trouvons-nous tant de confusion dans l’Église professante ? Pourquoi tant de conflits de pensées, d’opinions, de sentiments ? Pourquoi tant d’oppositions des uns aux autres ? Pourquoi tant d’empiétements sur le chemin du prochain ? Simplement parce qu’on manque d’une soumission entière et absolue à la parole de Dieu. Notre volonté est à l’œuvre. Nous choisissons nos propres voies au lieu de laisser à Dieu le soin de les choisir pour nous. Il nous faut cette attitude et cet état d’âme, où toutes les pensées humaines, et les nôtres en particulier, sont mises à la place qui leur convient réellement ; et où les pensées de Dieu s’élèvent jusqu’à une souveraineté pleine et complète.
Ceci, nous en sommes convaincu, est le point capital, ce qui nous manque le plus ; c’est l’urgent besoin des jours où nous vivons. La volonté de l’homme prend partout toujours plus d’ascendant. « Rompons, disent-ils, leurs liens, et jetons loin de nous leurs cordes ! » (Psaume 2:3).
Tel est plus que jamais l’esprit de ce siècle. Quel en est l’antidote ? La soumission ! La soumission à quoi ? Est-ce à ce qu’on appelle l’autorité de l’Église ? Est-ce à la voix de la tradition, aux commandements et aux doctrines des hommes ? Non, béni soit Dieu, ce n’est ni à l’une de ces choses, ni à toutes ensemble. À quoi donc ? À la voix du Dieu vivant, à la voix de l’Écriture Sainte. C’est là le grand remède contre la propre volonté, d’un côté, et la soumission à l’autorité humaine, de l’autre. « Nous devons obéir ». Telle est la réponse à la volonté propre. « Nous devons obéir à Dieu ». Telle est la réponse à un lâche assujettissement à l’autorité humaine en matière de foi. Nous avons toujours affaire à ces deux éléments. Le premier, la volonté propre, se résout en infidélité. Le second, la soumission à l’homme, se résout en superstition. Ces deux tendances exerceront leur influence sur tout le monde civilisé. Elles entraîneront tout, sauf ceux qui sont enseignés de Dieu à dire, à sentir et à agir d’après cette immortelle maxime « Nous devons obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ».
C’était ce qui, dans le désert, rendait le Guershonite capable de veiller à ces « peaux de taissons », rudes et d’un aspect peu agréable ; c’était ce qui rendait le Merarite capable de prendre soin de ces « pieux », si insignifiants en apparence. Oui, et c’est aussi ce qui, de nos jours, rendra le chrétien capable de s’appliquer à la ligne spéciale de service, auquel son Seigneur peut trouver bon de l’appeler. Quoique, aux yeux des hommes, tel genre de service puisse paraître rude et sans attrait, vil et insignifiant, il nous suffit que notre Seigneur nous ait assigné notre poste et nous ait donné notre travail, et que ce travail ait un rapport immédiat à la Personne et à la gloire de Celui qui est le porte enseigne entre dix mille, et dans lequel tout est aimable. Nous aussi, nous pouvons nous borner à l’antitype de la peau de taissons grossière et disgracieuse, ou du pieu insignifiant. Mais souvenons-nous que tout ce qui se rapporte à Christ, à son Nom — à sa Personne — à sa Cause — ici-bas, est indiciblement précieux à Dieu. Cela peut être très petit au jugement de l’homme, mais qu’importe ? Nous devons considérer les choses au point de vue de Dieu, nous devons les mesurer à Sa mesure qui est Christ. Dieu mesure tout par Christ. Tout ce qui a le moindre rapport avec Christ est intéressant et important au jugement de Dieu ; tandis que les desseins les plus éclatants, les projets les plus gigantesques, les entreprises les plus étonnantes des hommes du monde, tout s’évanouit comme les brouillards de l’aube du jour et la rosée du matin. L’homme fait de son moi son propre centre, son propre objet, sa propre règle. Il estime les choses selon la mesure dont elles l’exaltent et favorisent ses intérêts. Il se sert même de la religion dans le même but, et il en fait un piédestal pour s’élever lui-même. En un mot, tout est employé à former un capital pour le moi, et est utilisé comme réflecteur pour porter la lumière et appeler l’attention sur le moi. Il y a ainsi un immense abîme entre les pensées de Dieu et celles de l’homme ; et les bords de cet abîme sont aussi éloignés l’un de l’autre que Christ l’est de l’égoïsme de l’homme. Tout ce qui appartient à Christ est d’une importance et d’un intérêt éternels. Tout ce qui tient au moi disparaîtra et sera oublié. Par conséquent, la plus fatale erreur où puisse tomber un homme, c’est de faire du moi son unique objet ; le résultat en sera un éternel mécompte. Mais, d’un autre côté, la chose la plus sage, la plus sûre et la meilleure que puisse faire l’homme, c’est de prendre Christ pour son unique objet ; car cela le conduira infailliblement à une gloire et à une bénédiction éternelles.
Bien-aimé lecteur, arrêtez-vous un instant et interrogez votre cœur et votre conscience. Il nous semble qu’en ce moment nous avons à nous acquitter d’une sainte responsabilité vis-à-vis de votre âme. Nous écrivons ces lignes dans la solitude de notre cabinet à Bristol, et peut-être les lirez-vous dans la solitude du vôtre en Nouvelle-Zélande, en Australie ou dans quelque autre contrée lointaine. Nous voudrions donc rappeler que notre but n’est pas d’écrire un livre, ni même simplement d’expliquer l’Écriture. Nous désirons être employé de Dieu à agir sur le fond de votre âme. Permettez-nous donc de vous poser cette question solennelle et pressante : Quel est votre objet ? Est-ce Christ, ou le moi ? Soyez sincère devant le Scrutateur des cœurs, Tout-Puissant et qui voit tout. Portez sur vous-même un sévère jugement comme étant dans la lumière de la présence de Dieu. Ne vous laissez pas tromper par quelque apparence brillante ou fausse. Le regard de Dieu pénètre à travers la surface des choses, et il voudrait que vous fissiez de même. Il vous présente Christ en contraste avec tout le reste. L’avez-vous reçu ? Est-il votre sagesse, votre justice, votre sainteté et votre rédemption ? Pouvez-vous dire sans hésitation : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui » ? Sondez et voyez. Est-ce là pour vous un point parfaitement réglé, enraciné bien avant dans les profondeurs mêmes de votre âme ? S’il en est ainsi, faites-vous de Christ votre unique objet ? Mesurez-vous toute chose par Lui ?
Ah ! cher ami, ce sont des questions propres à sonder le cœur. Soyez assuré que nous ne vous les posons pas sans en avoir senti, pour nous-même, l’énergie et le pouvoir. Dieu nous est témoin que nous sentons, quoique bien faiblement, leur importance et leur gravité. Nous sommes profondément et parfaitement convaincu que rien ne demeurera sauf ce qui se rattache à Christ, et de plus, que la plus infime affaire qui, fût-ce de loin, se rapporte à Lui, est d’un haut intérêt au jugement du Ciel. S’il nous est donné d’éveiller le sentiment de ces vérités dans quelque cœur, ou d’affermir ce sentiment-là où il a déjà été éveillé, nous estimerons n’avoir pas écrit ce volume en vain.
Maintenant, avant de clore cette longue section, jetons un coup d’œil sur les Kehathites et leur œuvre.
« Et l’Éternel parla à Moïse et à Aaron, disant : Relève la somme des fils de Kehath d’entre les fils de Lévi, selon leurs familles, selon leurs maisons de pères, depuis l’âge de trente ans et au-dessus, jusqu’à l’âge de cinquante ans, tous ceux qui entrent en service pour faire l’œuvre dans la tente d’assignation. C’est ici le service des fils de Kehath, dans la tente d’assignation : c’est une chose très sainte. Et lorsque le camp partira, Aaron et ses fils entreront, et ils démonteront le voile qui sert de rideau, et en couvriront l’arche du témoignage ; et ils mettront dessus une couverture de peaux de taissons, et étendront par-dessus un drap tout de bleu ; et ils y placeront les barres. Et ils étendront un drap de bleu sur la table des pains de proposition, et mettront sur elle les plats, et les coupes, et les vases, et les gobelets de libation ; et le pain continuel sera sur elle. Et ils étendront sur ces choses un drap d’écarlate, et ils le couvriront d’une couverture de peaux de taissons, et ils y placeront les barres. Et ils prendront un drap de bleu, et en couvriront le chandelier du luminaire, et ses lampes, et ses mouchettes, et ses vases à cendre, et tous ses vases à huile, dont on fait usage pour son service ; et ils le mettront, avec tous ses ustensiles, dans une couverture de peaux de taissons, et le mettront sur une perche. Et sur l’autel d’or ils étendront un drap de bleu, et le couvriront d’une couverture de peaux de taissons, et y placeront les barres. Et ils prendront tous les ustensiles du service avec lesquels on sert dans le lieu saint, et ils les mettront dans un drap de bleu, et les couvriront d’une couverture de peaux de taissons, et les mettront sur une perche. Et ils ôteront les cendres de l’autel, et ils étendront sur lui un drap de pourpre. Et ils mettront dessus tous ses ustensiles dont on fait usage pour son service : les brasiers, les fourchettes, et les pelles, et les bassins, tous les ustensiles de l’autel ; et ils étendront dessus une couverture de peaux de taissons, et y placeront les barres. — Et lorsque Aaron et ses fils auront achevé de couvrir le lieu saint et tous les ustensiles du lieu saint, lors du départ du camp, après cela les fils de Kehath viendront pour les porter, afin qu’ils ne touchent pas les choses saintes, et ne meurent pas. C’est là ce que les fils de Kehath porteront de la tente d’assignation » (chap. 4:1-15).
Nous voyons ici quelles fonctions sacrées étaient confiées à la charge des Kehathites. L’arche, la table d’or, le chandelier d’or, l’autel d’or et l’autel des holocaustes — tout cela était les ombres des biens à venir, les modèles de ce qui est dans les cieux, les figures des choses vraies, les types du Christ, dans sa Personne, son œuvre et ses offices, comme nous avons essayé de le montrer dans les « Notes sur l’Exode », aux chapitres 24-30. Ces choses nous sont ici présentées au désert, dans leur vêtement de voyage, s’il nous est permis de nous servir de cette expression. À l’exception de l’arche de l’alliance, toutes ces choses avaient alors la même apparence aux yeux de l’homme, savoir la grossière couverture de peaux de taissons. L’arche présentait cette différence que par-dessus les peaux de taissons, il y avait « un drap de bleu », qui désignait, sans doute, le caractère entièrement céleste du Seigneur Jésus Christ, dans sa Personne divine. Ce qui était essentiellement céleste en Lui se manifestait toujours au dehors pendant son séjour ici-bas. Il fut constamment l’homme céleste, « le Seigneur du ciel ». Au-dessous du drap bleu se trouvaient les peaux de taissons, qui peuvent être regardées comme l’expression de ce qui garantit du mal. L’arche était le seul objet qui fût couvert de cette manière particulière.
Quant à « la table des pains de proposition », qui était un type de notre Seigneur Jésus Christ, dans sa relation avec les douze tribus d’Israël, il y avait d’abord « un drap de bleu », ensuite un « drap d’écarlate » ; et par-dessus tout, les peaux de taissons. En d’autres termes, il y avait ce qui était essentiellement céleste ; puis ce qui représentait la splendeur humaine ; et sur le tout, ce qui préservait du mal. Le but de Dieu est que les douze tribus d’Israël aient la suprématie sur la terre, qu’en elles soit réalisé le type le plus élevé de la splendeur de l’homme. De là, la convenance du drap d’écarlate sur la table des pains de proposition. Les douze pains représentaient évidemment les douze tribus ; et quant à la couleur écarlate, le lecteur n’a qu’à parcourir l’Écriture pour voir qu’elle représente ce que l’homme considère comme somptueux.
Les couvertures du chandelier et de l’autel d’or étaient identiques, savoir, d’abord la couverture céleste, et ensuite à l’extérieur, les peaux de taissons. Dans le chandelier, nous voyons Christ, en rapport avec l’œuvre du Saint Esprit en lumière et en témoignage. L’autel d’or nous montre Christ et la valeur de son intercession, le parfum et la haute importance de ce qu’Il est devant Dieu. Ces deux objets, en traversant les sables du désert, étaient enveloppés de ce qui était céleste, et protégés au-dessus par les peaux de taissons.
Enfin, dans l’autel d’airain, nous observons une distinction marquée. Il était couvert de « pourpre » au lieu de « bleu » ou d’« écarlate ». Pourquoi cela ? Sans doute parce que l’autel d’airain préfigure Christ comme Celui qui « a souffert pour les péchés », et qui doit, par conséquent, porter le sceptre de la royauté. Le « pourpre » est la couleur royale. Celui qui a souffert dans ce monde, régnera. Celui qui a porté la couronne d’épines, portera la couronne de gloire. Voilà pourquoi la couverture de « pourpre » convenait à l’autel d’airain, car on y offrait la victime. Nous savons qu’il n’est rien dans l’Écriture qui n’ait sa signification divine, et c’est notre privilège, aussi bien que notre devoir, de chercher à comprendre, le sens de tout ce que notre Dieu a écrit, selon sa grâce, pour notre instruction. C’est à quoi, croyons-nous, on ne peut parvenir qu’en s’attendant à Dieu avec humilité, patience et prière. Celui qui a inspiré le Livre connaît parfaitement le but et l’objet du Livre dans son ensemble et de chacune de ses divisions en particulier. Cette conviction doit avoir pour effet de réprimer les profanes écarts de l’imagination. L’Esprit de Dieu peut seul ouvrir les Écritures à nos âmes. Dieu est son propre interprète dans la Révélation aussi bien que dans la Providence, et plus nous nous appuyons sur Lui, dans le sentiment vrai de notre néant, plus nous acquérons une connaissance approfondie de sa Parole et de ses voies.
Nous voudrions donc vous inviter, lecteur chrétien, à chercher les quinze premiers versets du chapitre 4 des Nombres, et à les lire en la présence de Dieu. Demandez-lui de vous expliquer le sens de chaque phrase, la signification de l’arche et pourquoi seule elle était couverte d’un « drap entièrement bleu ». Et de même pour le reste. Nous nous sommes hasardé, avec humilité, nous l’espérons, à indiquer le sens de ces choses ; mais nous désirons vivement que vous l’appreniez directement de Dieu, et que vous ne l’acceptiez pas seulement de l’homme. Nous confessons que nous redoutons extrêmement le travail de l’imagination, et nous croyons pouvoir dire que nous ne nous sommes jamais mis à écrire sur les Saintes Écritures, sans être profondément convaincu que nul autre que le Saint Esprit ne saurait réellement les expliquer.
Mais vous direz peut-être : « Pourquoi donc écrivez-vous ? » Eh bien c’est avec la vive espérance de pouvoir, en quelque faible mesure, aider celui qui étudie sérieusement l’Écriture, à découvrir les exquises pierres précieuses, répandues dans les pages inspirées, de façon qu’il puisse les recueillir pour lui-même. Des milliers de lecteurs pourraient lire sans cesse le chapitre 4 des Nombres, et ne pas même remarquer le fait que l’arche était la seule partie de l’ameublement mystique du tabernacle, qui ne laissât point voir la peau de taissons. Or, si l’on n’a pas même saisi le simple fait, comment pourra-t-on en concevoir la portée ? Il en est de même pour l’autel d’airain ; combien de lecteurs n’ont pas même observé que seul il était revêtu de « pourpre » ?
Or, nous pouvons être assurés que ces deux faits ont un sens pleinement spirituel. L’arche était la suprême manifestation de Dieu ; nous pouvons donc comprendre pourquoi elle devait, à première vue, montrer ce qui était purement céleste. L’autel d’airain était la place où se jugeait le péché, il était un type de Christ dans son œuvre, comme Celui qui porte le péché ; il représentait jusqu’à quel point Il s’est abaissé pour nous, et cependant cet autel d’airain était le seul objet qui fût enveloppé d’une couverture royale. Peut-on rien imaginer de plus exquis que cet enseignement ? Quelle sagesse infinie dans toutes ces belles distinctions. L’arche nous conduit à la place la plus élevée dans les cieux, et l’autel d’airain à la plus basse sur la terre. Ils occupaient les extrémités du tabernacle. Dans la première nous voyons Celui qui a glorifié la loi, et dans le second Celui qui a été fait péché. Dans l’arche on voyait d’abord ce qui était céleste, et ce n’était qu’en cherchant plus profondément qu’on apercevait la peau de taissons, et plus profondément encore ce voile mystérieux, type de la chair du Christ. Mais dans l’autel d’airain, la première chose qui frappait le regard, c’était la peau de taissons, et puis au-dessous la couverture royale. Christ nous apparaît dans chacun de ces objets, mais sous un aspect différent. Dans l’arche nous avons Christ, maintenant la gloire de Dieu. Dans l’autel d’airain nous le voyons répondant aux besoins du pécheur. Combinaison bénie pour nous !
Mais le lecteur a-t-il, en outre, observé que dans tout ce merveilleux passage, sur lequel nous avons attiré son attention, il n’est pas fait mention d’une certaine pièce de l’ameublement qui, nous le savons d’après Exode 30 et d’autres parties des Écritures, occupait une place importante dans le tabernacle ? Nous voulons parler de la cuve d’airain. Pourquoi est-elle omise au chapitre 4 des Nombres ? Il est plus que probable que quelques-uns de nos clairvoyants rationalistes trouveraient en cela ce qu’ils appelleraient une omission, un défaut, une contradiction. Or en est-il ainsi ? Non, grâce à Dieu ! Le lecteur chrétien sait bien que de pareilles choses sont entièrement incompatibles avec le Livre de Dieu. Il le sait, alors même qu’il ne pourrait pas motiver l’absence ou la présence de tel ou tel détail particulier dans un passage donné. Mais justement, pour autant que nous pouvons, par la grâce de Dieu, discerner la raison spirituelle des choses, nous trouvons toujours que là où le rationaliste prétend découvrir des défauts, le lecteur pieux reconnaît de brillantes perles.
Il en est ainsi, nous n’en doutons pas, de l’omission de la cuve d’airain dans la liste du chapitre 4 des Nombres. Ce n’est là qu’une des dix mille démonstrations de la beauté et de la perfection du livre inspiré.
Mais le lecteur peut demander : « Pourquoi cette omission de la cuve ? » La raison peut en être fondée sur ce double fait : la matière dont était faite la cuve, et l’usage pour lequel elle était construite. Nous avons ce double fait exposé dans l’Exode. La cuve avait été faite avec les miroirs des femmes qui s’assemblaient à la porte de la tente d’assignation (Exode 38:8). C’était sa substance. Et quant à son objet, elle était préparée comme un moyen de purification pour l’homme. Or, dans toutes les choses qui composaient les fonctions et les charges spéciales des Kehathites, nous voyons seulement les manifestations variées de Dieu en Christ depuis l’arche qui était dans le lieu très saint, jusqu’à l’autel d’airain placé dans le parvis du tabernacle. Et comme la cuve n’était pas une manifestation de Dieu, mais une purification pour l’homme, on ne la voit point, par conséquent, confiée à la surveillance et à la charge des Kehathites.
Mais il faut que nous laissions maintenant le lecteur méditer seul sur cette partie des plus profondes de notre livre (chap. 3-4). Elle est réellement inépuisable. Nous pourrions continuer à nous y étendre jusqu’à remplir, non pas des pages, mais des volumes entiers ; et après tout, nous sentirions que nous avons à peine pénétré à la surface d’une mine dont la profondeur ne peut jamais être sondée, dont les trésors ne sauraient jamais être épuisés. Qui peut essayer de développer cette grâce souveraine qui brille dans le fait, que le volontaire Lévi pouvait être le premier à répondre à cet appel si émouvant : « Quiconque est pour l’Éternel ? » Qui peut judicieusement parler de la miséricorde riche, abondante et supérieure, révélée dans ce fait, que ceux dont les mains avaient trempé dans le sang fussent autorisés à manier les vaisseaux du sanctuaire ; et que ceux dans l’assemblée desquels l’Esprit de Dieu ne pouvait pas entrer fussent menés au milieu même de l’assemblée de Dieu, pour y être occupés de ce qui lui était si précieux ?
Or ces trois divisions d’ouvriers, les Merarites, les Guershonites et les Kehathites, quelle instruction ils nous donnent ! Quel type des divers membres de l’Église de Dieu dans leur service varié ! Quelle profondeur de mystérieuse sagesse en tout ceci ! Est-ce parler trop fortement, est-ce trop de dire que, dans ce moment, rien ne nous impressionne plus profondément que le sentiment de l’entière faiblesse et de la complète pauvreté de tout ce que nous avons exposé sur l’une des plus riches divisions du volume inspiré ? Toutefois, nous avons conduit le lecteur à une mine dont la profondeur et la richesse sont infinies, et il faut que nous le laissions y pénétrer par le secours de Celui auquel la mine appartient et qui seul peut en dérouler les trésors. Tout ce que l’homme peut écrire ou dire sur quelque portion que ce soit de la Parole de Dieu ne peut tout au plus que suggérer des idées ; et parler de cette Parole comme d’un sujet qu’on épuiserait, ce serait manquer de respect pour le canon sacré. Puissions-nous fouler le saint lieu avec des pieds déchaussés, et être semblables à ceux qui consultaient Dieu dans le temple et dont les méditations sont imprégnées de l’esprit du culte (*).
(*) Pour de plus amples détails sur les sujets traités dans la section qui précède, nous renvoyons le lecteur aux « Notes sur l’Exode » (chapitres 24-30).
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Commande aux fils d’Israël qu’ils mettent hors du camp tout lépreux, et quiconque a un flux, et quiconque est impur pour un mort. Tant homme que femme, vous les mettrez dehors ; vous les mettrez hors du camp, afin qu’ils ne rendent pas impurs leurs camps, au milieu desquels j’habite. Et les fils d’Israël firent ainsi, et les mirent hors du camp ; comme l’Éternel avait dit à Moïse, ainsi firent les fils d’Israël » (versets 1-4).
Nous avons ici, déployé devant nous, le grand principe fondamental sur lequel est établie la discipline de l’assemblée ; principe, nous pouvons le dire, de la dernière importance, quoiqu’il soit, hélas ! si peu compris et si peu observé. C’était la présence de Dieu au milieu de son peuple d’Israël qui réclamait de leur part la sainteté. « Afin qu’ils ne rendent pas impurs leurs camps, au milieu desquels j’habite ! » Le lieu où le Saint habite doit être saint. C’est une vérité aussi simple qu’elle est urgente.
Nous avons déjà fait observer que la rédemption était la base de l’habitation de Dieu au milieu de son peuple ; mais nous devons nous souvenir que la discipline était essentielle à son séjour au milieu d’eux. Dieu ne pouvait pas habiter là où le mal était sanctionné ouvertement et de propos délibéré. Béni soit son nom, Il peut supporter et Il supporte la faiblesse et l’ignorance ; mais ses yeux sont trop purs pour voir le mal et regarder l’iniquité. Le mal ne peut jamais habiter avec Dieu, et Dieu ne peut avoir de communion avec le mal. Ce serait comme une dénégation de sa propre nature ; or Il ne peut se renier lui-même.
On peut cependant faire cette objection : « Le Saint Esprit n’habite-t-il pas dans le croyant individuellement, et cependant il se trouve beaucoup de mal en lui ? ». En effet, le Saint Esprit habite dans le croyant, sur le principe d’une rédemption accomplie. Il est là, non point comme le sceau de ce qui est de la nature, mais comme le sceau de ce qui est de Christ ; et nous jouissons de sa présence et de sa communion exactement selon la mesure dont le mal en nous est habituellement jugé. Quelqu’un soutiendra-t-il que nous puissions réaliser la présence de l’Esprit au-dedans de nous, et nous en réjouir, tout en tolérant notre dépravation naturelle et en satisfaisant les convoitises de la chair et de nos pensées ? Loin de nous cette idée impie ! Non, il faut que nous nous jugions nous-mêmes et que nous rejetions tout ce qui est incompatible avec la sainteté de Celui qui demeure en nous. Notre « vieil homme » n’est pas reconnu du tout. Il n’existe pas devant Dieu. Il a été condamné entièrement en la croix de Christ. Nous sentons son influence, hélas ! et nous avons à en mener deuil et à nous en juger nous-mêmes ; mais Dieu nous voit en Christ dans l’Esprit, dans la nouvelle création. Et d’ailleurs le Saint Esprit habite dans le croyant sur le fondement du sang de Christ, et cette habitation exige le jugement du mal sous toutes ses formes.
Il en est de même relativement à l’assemblée ; sans doute il y a du mal en elle, du mal dans chacun de ceux qui en font partie et par conséquent du mal dans le corps collectif. Mais il faut que ce mal soit jugé ; et s’il est jugé, il ne lui est pas permis d’agir, il est annulé. Mais dire qu’une assemblée n’a pas à juger le mal, c’est tout simplement établir l’antinomianisme ; que dirions-nous à un chrétien qui soutiendrait qu’il n’est pas solennellement responsable de juger le mal en lui-même et dans sa conduite ? Nous pourrions, sans aucune hésitation, le déclarer antinomien. Et s’il est mauvais pour un seul individu de suivre un tel principe, ne doit-il pas l’être tout autant pour une assemblée ? Nous ne comprenons pas que cela puisse être mis en question.
Quelle aurait été la conséquence du refus d’Israël, d’obéir au commandement péremptoire donné au commencement du chapitre que nous examinons ? Supposons qu’ils eussent dit : « Nous ne sommes pas responsables de juger le mal, et nous ne pensons pas qu’il convienne à des mortels comme nous, pauvres, faibles et faillibles, de juger qui que ce soit. Ces individus lépreux, souillés et autres, sont tout autant Israélites que nous, et ont droit tout aussi bien que nous à toutes les bénédictions et à tous les privilèges du camp ; nous ne voyons donc point qu’il nous convienne de les mettre dehors ».
Or, nous le demandons, qu’est-ce que Dieu aurait répliqué à de pareilles objections ? Si le lecteur veut se reporter un instant au chapitre 7 de Josué, il trouvera une réponse aussi solennelle qu’elle peut l’être. Qu’il s’approche et qu’il examine avec soin ce « grand monceau de pierres » dans la vallée d’Acor. Qu’il y lise l’inscription qu’il porte : quelle est-elle ?: « Dieu est extrêmement redoutable dans l’assemblée des saints, et terrible au milieu de tous ceux qui l’entourent » (Ps. 89:7). « Notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12:29). Quel est le sens de tout cela ? Écoutons-le et le considérons. La convoitise, ayant conçu dans le cœur d’un membre de la congrégation, avait enfanté le péché. Mais quoi ! cela embrassait-il la congrégation tout entière ? Oui, sans doute, telle est la solennelle vérité. « Israël (non pas seulement Acan) a péché, et même ils ont transgressé mon alliance que je leur avais commandée, et même ils ont pris de l’anathème, et même ils ont volé, et même ils ont menti, et ils l’ont aussi mis dans leur bagage. Et les fils d’Israël ne pourront subsister devant leurs ennemis, ils tourneront le dos devant leurs ennemis ; car ils sont devenus anathème. Je ne serai plus avec vous si vous ne détruisez pas l’anathème du milieu de vous » (Josué 7:11-12).
Ce passage est des plus sérieux et des plus pénétrants. Il fait assurément entendre une voix éclatante à nos oreilles, et donne à notre cœur une sainte leçon. Il y avait, autant que le récit nous l’apprend, plusieurs centaines de mille individus dans tout le camp d’Israël, aussi ignorants du péché d’Acan que Josué lui-même semble l’avoir été, et cependant nous lisons : Israël a péché, transgressé, pris de l’anathème, volé et menti. Comment pouvait-il en être ainsi ? L’assemblée était une. La présence de Dieu au milieu de la congrégation en constituait l’unité ; unité telle que le péché de chacun devenait celui de tous. « Un peu de levain fait lever la pâte tout entière ». La raison humaine peut hésiter là-dessus comme, de fait, elle hésitera toujours sur tout ce qui est au-dessus de son étroite portée. Mais Dieu le dit et cela suffit à l’esprit du croyant. Il ne nous convient pas de dire : « Mais comment ? ou pourquoi ? » Le témoignage de Dieu établit tout, et nous n’avons qu’à croire et à obéir. C’est assez pour nous de savoir que le fait de la présence de Dieu exige la sainteté, la pureté et le jugement du mal. Rappelons-nous que ceci n’est pas exigé d’après ce principe si justement repoussé par tout esprit humble : « Tiens-toi loin, ne me touche pas, car je suis saint vis-à-vis de toi » (Ésa. 65:5). Non, non ; c’est entièrement sur le principe de ce que Dieu est : « Soyez saint, car je suis saint ». Dieu ne peut pas donner l’approbation de sa présence à un mal qui n’est pas jugé. Quoi ! donner la victoire à son peuple devant Aï, lorsque Acan est dans le camp ? Impossible ! Une victoire, dans de telles circonstances, eût été un déshonneur pour Dieu, et la chose la plus funeste qui pût arriver à Israël. Cela ne se pouvait. Israël devait être châtié. Ils devaient être humiliés et brisés. Ils devaient descendre dans la vallée d’Acor, le lieu du trouble, parce que là seulement pouvait leur être ouverte « une porte d’espérance » quand le mal s’était introduit (Cf. Osée 2:15).
Que le lecteur ne se méprenne pas sur ce grand principe pratique. Il a été extrêmement mal compris par plusieurs enfants de Dieu, nous le craignons. Il y en a beaucoup qui semblent croire qu’il ne peut jamais être convenable à ceux qui sont sauvés par grâce, et qui sont eux-mêmes des monuments signalés de miséricorde, d’exercer la discipline sous quelque forme ou en vertu de quelque principe que ce soit. Au jugement de telles personnes, Matthieu 7:1, semble condamner tout à fait notre hardiesse à juger. Notre Seigneur, disent-elles, ne nous exhorte-t-il pas expressément à ne pas juger ? Ne sont-ce pas ici ses propres paroles : « Ne jugez pas, afin que vous ne soyez pas jugés ? » Sans doute. Mais que signifient ces paroles ? Veulent-elles dire que nous ne devions pas juger la doctrine et la manière de vivre de ceux qui se présentent pour demander la communion chrétienne ? Prêtent-elles quelque appui à l’idée que nous devons recevoir tout de même un homme, quels que soient sa croyance, son enseignement, ou ses actions ? Cela peut-il être la force et la signification des paroles de notre Seigneur ? Qui pourrait admettre un seul instant une chose aussi absurde ? Notre Seigneur ne nous dit-il pas, dans ce même chapitre, d’« être en garde contre les faux prophètes » ? Or, comment pouvons-nous être en garde de qui que ce soit si nous ne devons pas juger ? Si le jugement ne doit s’exercer dans aucun cas, pourquoi nous dire de prendre garde ?
Lecteur chrétien, la vérité est aussi simple que possible. L’assemblée de Dieu est responsable de juger la doctrine et les mœurs de tous ceux qui demandent à en faire partie. Nous ne devons pas juger les motifs, mais les actes. L’apôtre inspiré nous enseigne positivement, dans le chapitre 5 de la première épître aux Corinthiens, que nous sommes tenus de juger tous ceux qui prennent place dans l’Assemblée. « Car qu’ai-je affaire de juger ceux de dehors aussi ? Vous, ne jugez-vous pas ceux qui sont de dedans ? Mais ceux de dehors, Dieu les juge. Ôtez le méchant du milieu de vous-mêmes » (vers. 12, 13).
Voilà qui est très clair ; nous n’avons pas à juger ceux de « dehors », mais ceux du « dedans ». C’est-à-dire ceux qui sont venus comme étant chrétiens, comme étant membres de l’assemblée de Dieu. Tous ceux-là sont placés sous la portée du jugement. Dès le moment qu’un homme est admis dans l’assemblée, il prend sa place dans cette sphère où la discipline s’exerce sur tout ce qui est contraire à la sainteté de Celui qui y habite.
Que le lecteur ne suppose pas un instant que l’unité du corps soit atteinte, quand la discipline de la maison est maintenue. Ce serait, certes là, une très grave erreur ; et cependant elle est malheureusement fort commune. Nous entendons fréquemment dire de ceux qui cherchent droitement à maintenir la discipline de la maison de Dieu, qu’ils déchirent le corps du Christ. Il ne pourrait guère y avoir d’erreur plus grande. Le fait est que le maintien de la discipline est notre strict devoir, et que le déchirement du corps est une complète impossibilité. Il faut que la discipline de la maison de Dieu s’exerce ; mais l’unité du corps du Christ ne saurait jamais être détruite.
Nous entendons quelquefois aussi des personnes parler de retrancher des membres du corps de Christ. C’est encore là une erreur. Aucun membre de ce corps ne peut être enlevé. Chacun a été mis à sa place dans le corps par le Saint Esprit, en vertu du conseil éternel de Dieu et sur le principe de la parfaite expiation de Christ ; aucun pouvoir, ni de l’homme, ni des démons, ne pourra jamais séparer un seul membre du corps. Tous sont indissolublement joints ensemble dans une parfaite unité, et y sont maintenus par une puissance divine. L’unité de l’Église de Dieu peut être comparée à une chaîne tendue sur une rivière ; vous la voyez de chaque côté, mais elle plonge au milieu, et si vous deviez juger d’après la vue seulement, vous pourriez supposer que la chaîne a cédé au centre. Il en est ainsi de l’Église de Dieu ; elle apparaît comme étant une au commencement ; elle sera vue une dans peu de temps ; et elle est maintenant une aux yeux de Dieu, quoique son unité ne soit pas visible aux yeux de la chair.
Il est de la dernière importance que le lecteur chrétien soit parfaitement au clair sur cette grande question de l’Église. L’ennemi a cherché par tous les moyens en son pouvoir à aveugler le peuple de Dieu, afin qu’il ne pût pas voir la vérité sur ce sujet. Nous avons, d’un côté, l’unité dont se vante le Catholicisme romain, et, de l’autre, les déplorables divisions du Protestantisme. Rome montre d’un air triomphant les nombreuses sectes des Protestants et, ceux-ci, de même, font remarquer les erreurs, les corruptions et les abus nombreux du Romanisme. Ainsi celui qui cherche sérieusement la vérité sait à peine de quel côté se tourner, ou ce qu’il doit croire ; tandis que, d’autre part, l’insouciant, l’indiffèrent, celui qui tient à ses aises et le mondain ne sont que trop portés à s’appuyer sur tout ce qu’ils voient autour d’eux, pour repousser toute pensée sérieuse sur les choses de Dieu et pour ne pas s’en soucier ; et même si, comme Pilate, ils posent parfois légèrement cette question : « Qu’est-ce que la vérité ? » comme lui, ils se détournent sans attendre la réponse.
Or, nous sommes fermement persuadé que la grande solution de la difficulté, le secours pour le cœur des bien-aimés de Dieu se trouverait dans la vérité de l’unité indivisible de l’Église de Dieu, du corps de Christ sur la terre. La vérité ne doit pas être regardée seulement comme une doctrine pour nous, mais elle doit être confessée, maintenue et réalisée à tout prix. Cette grande vérité forme un lien puissant pour l’âme, et contient, en elle-même, la seule réponse à l’unité revendiquée par Rome, d’autre part, et aux divisions du Protestantisme, de l’autre. Elle nous rendra capables de témoigner, en présence du Protestantisme que nous avons trouvé l’unité, et au Catholicisme romain que nous avons trouvé l’unité de l’Esprit.
Cependant, on pourrait répondre que c’est une très grande utopie que de vouloir réaliser une pareille idée dans l’état actuel des choses. Tout est dans une telle ruine et dans une telle confusion, que nous sommes justement comme des enfants qui se sont égarés dans un bois, et qui s’efforcent de s’acheminer de leur mieux vers leur demeure ; les uns en grande masse, les autres en groupes de deux ou trois, et quelques-uns tout seuls.
Or cela peut paraître très plausible, et nous ne doutons pas le moins du monde que l’une ou l’autre n’ait une immense importance pour un grand nombre de serviteurs du Seigneur actuellement. Mais au jugement de la foi, une telle manière de présenter la chose n’a aucune valeur quelconque, pour cette simple raison que la seule question importante est celle-ci, savoir : « L’unité de l’Église est-elle une théorie humaine, ou une réalité divine ? » Une réalité divine très certainement, comme il est écrit : « Il y a un seul corps et un seul Esprit » (Éph. 4:4). Si nous nions qu’il y ait « un seul corps », nous pouvons tout aussi bien nier qu’il y ait « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous », attendu que tout cela se suit sur la page inspirée, et que si nous ôtons un seul anneau à cette chaîne, nous perdons la chaîne tout entière.
Puis nous ne sommes pas bornés à un passage solitaire de l’Écriture sur ce sujet ; quoique, si nous n’en avions qu’un seul, il serait amplement suffisant. Mais nous en avons plus d’un. Écoutez le suivant : « la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ? Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain » (1 Cor. 10:16, 17). Lisez aussi 1 Cor. 12:12-27, où ce sujet est entièrement développé et trouve son application.
En un mot, la parole de Dieu établit, de la manière la plus claire et la plus positive, la vérité de l’unité indissoluble du corps de Christ ; et de plus elle établit, tout aussi clairement et tout aussi pleinement, la vérité de la discipline de la maison de Dieu. Mais, qu’on y fasse attention, l’accomplissement convenable de la dernière de ces vérités ne portera jamais atteinte à la première. Les deux choses s’accordent parfaitement. Devons-nous supposer que l’apôtre portait atteinte à l’unité du corps, lorsqu’il commandait à l’assemblée de Corinthe d’ôter du milieu d’elle « le méchant » ? Assurément non. Et cependant cet homme n’était-il pas un membre du corps de Christ ? Oui, vraiment, car nous le voyons réintégré dans la seconde épître. La discipline de la maison de Dieu avait fait son œuvre sur un membre du corps de Christ, et celui qui était égaré dans le mal avait été ramené. Tel était le but de l’action de l’assemblée.
Tout ceci peut aider à éclairer l’esprit du lecteur sur le sujet profondément intéressant de la réception à la table du Seigneur et de son exclusion. Il paraît qu’il y a sur ces choses une très grande confusion dans l’esprit de plusieurs chrétiens. Il en est quelques-uns qui semblent croire que, pourvu qu’une personne soit chrétienne, on ne peut, pour aucun motif, lui refuser une place à la table du Seigneur. Le cas de 1 Cor. 5 est parfaitement suffisant à décider de la question. Évidemment cet homme n’était pas retranché parce qu’il n’était pas chrétien. Il était, nous le savons, un enfant de Dieu, malgré sa chute et son péché, et cependant il était ordonné à l’assemblée à Corinthe de l’exclure. Et si les Corinthiens ne l’avaient pas fait, ils auraient amené le jugement de Dieu sur l’assemblée entière. La présence de Dieu est dans l’assemblée, par conséquent le mal doit être jugé.
Ainsi, si nous examinons, soit le chapitre 5 des Nombres, soit le chapitre 5 de la première épître aux Corinthiens, nous apprenons la même vérité solennelle, savoir que « la sainteté sied à ta maison, ô Éternel ! pour de longs jours » (Ps. 93:5). De plus, nous apprenons que c’est pour le peuple de Dieu que la discipline doit être maintenue, et non pour ceux du dehors ; car que lisons-nous dans les premières lignes du chapitre 5 des Nombres ? Était-il commandé aux fils d’Israël de mettre hors du camp tous ceux qui n’étaient pas Israélites, tous ceux qui n’étaient pas circoncis, ou qui ne pouvaient pas établir leur généalogie suivant une ligne continue jusqu’à Abraham ? Étaient-ce là les motifs d’exclusion du camp ? Pas du tout. Qui donc étaient ceux qui devaient être mis dehors ? « Tout lépreux », c’est-à-dire tout individu dans lequel le péché est reconnu comme opérant ; « quiconque a un flux », c’est-à-dire celui dont émanait une influence corruptrice ; et « quiconque est impur pour un mort ». Telles étaient les personnes qui devaient être séparées du camp dans le désert et leurs antitypes doivent être séparés de l’assemblée de nos jours.
Et pourquoi cette séparation était-elle exigée ? Était-ce pour élever la réputation ou le caractère honorable du peuple ? Nullement. Pourquoi donc ? « Afin qu’ils ne rendent pas impurs leurs camps, au milieu desquels j’habite ». Il en est ainsi maintenant. Nous ne jugeons pas et nous ne rejetons pas une mauvaise doctrine, dans le but de soutenir notre orthodoxie ; comme nous ne jugeons pas non plus et nous ne retranchons pas le mal moral, dans le but de maintenir notre réputation ou notre honorabilité. Le seul principe de jugement et de retranchement est celui-ci : « La sainteté sied à ta maison, ô Éternel ! pour de longs jours » (Ps. 93:5). Dieu habite au milieu de son peuple. « Où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt. 18:20). « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Cor. 3:16). Et encore : « Ainsi donc vous n’êtes plus étrangers ni forains, mais vous êtes concitoyens des saints et gens de la maison de Dieu, ayant été édifiés sur le fondement des apôtres et prophètes, Jésus Christ lui-même étant la maîtresse pierre du coin, en qui tout l’édifice, bien ajusté ensemble, croît pour être un temple saint dans le Seigneur ; en qui, vous aussi, vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit » (Éph. 2:19-22).
Mais il se peut que le lecteur se sente disposé à soulever des questions telles que les suivantes : « Comment est-ce possible de trouver une église pure et parfaite ? N’y a-t-il pas, n’y aura-t-il pas, ne faut-il pas qu’il y ait quelque mal dans chaque assemblée, en dépit de la vigilance pastorale la plus active et de la fidélité collective ? Comment alors la règle suprême de la pureté peut-elle être conservée ? » Sans doute il y a du mal dans l’assemblée ; attendu qu’il y a le péché habitant dans chacun de ses membres. Mais il ne doit pas être permis et sanctionné ; il doit être jugé et maîtrisé. Ce n’est pas la présence d’un mal jugé qui souille, mais c’est le support et la sanction du mal. Il en est de l’Église dans son caractère collectif comme de chaque membre dans son caractère individuel. « Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés » (1 Cor. 11:31). C’est pourquoi, quelque grand que soit le mal dans l’Église de Dieu, on ne doit pas pour cela se séparer de l’Église ; mais si une assemblée renie sa solennelle responsabilité de juger le mal, soit dans la doctrine, soit dans les mœurs, elle n’est plus du tout sur le terrain de l’Église de Dieu, et c’est alors un devoir impérieux pour nous de nous en séparer. Tant qu’une assemblée est sur le terrain de l’Église de Dieu, quelque faible et quelque peu nombreuse qu’elle soit, s’en séparer est un schisme. Mais si elle n’est pas sur ce terrain — et très certainement elle n’y est pas, quand elle renie son devoir de juger le mal — alors c’est un schisme de continuer à avoir des rapports avec elle.
Mais ceci ne tendra-t-il pas à multiplier et à perpétuer les divisions ? Très assurément non. Il peut en résulter la rupture avec des associations purement humaines ; ce n’est pas là un schisme, mais tout l’opposé, vu que de pareilles associations, quelque grandes, puissantes et utiles qu’elles paraissent, sont positivement contraires à l’unité du corps de Christ, de l’Église de Dieu.
Le lecteur attentif ne peut manquer d’être frappé du fait que l’Esprit de Dieu réveille, de toutes parts, l’attention sur la grande question de l’Église. Les hommes commencent à voir qu’il y a sur ce sujet tout autre chose que la simple opinion particulière d’un esprit, ou le dogme d’un parti. La question : « Qu’est-ce que l’Église ? » s’impose forcément à beaucoup de cœurs et demande une réponse. Et quelle grâce d’avoir une réponse à donner ! une réponse aussi claire, aussi distincte, aussi pleine d’autorité, que la voix de Dieu, la voix de la Sainte Écriture. N’est-ce pas un privilège bien grand quand, assailli de tous côtés par les prétentions des églises, on peut se replier sur la seule véritable Église du Dieu vivant, le corps de Christ ? Nous l’estimons assurément ainsi, et nous sommes fermement persuadé que c’est là seulement que réside la solution divine des difficultés de milliers d’enfants de Dieu.
Mais, où se trouve donc cette Église ? N’est-ce pas une vaine entreprise que de vouloir la chercher au milieu de la ruine et de la confusion qui nous entourent ? Non, Dieu soit béni ! Car, bien que nous ne puissions pas voir tous les membres de l’Église réunis ensemble, c’est notre privilège et notre devoir de connaître et d’occuper le terrain de l’Église de Dieu, et pas un autre. Et comment peut-on discerner ce terrain ? Nous croyons que le premier pas à faire pour cela, c’est de se tenir éloigné de tout ce qui y est contraire. Il ne faut pas que nous nous attendions à découvrir ce qui est vrai, tant que notre entendement est obscurci par ce qui est faux ; l’ordre divin est : « Cessez de mal faire ; apprenez à bien faire ». Dieu ne donne pas de lumière pour deux pas à la fois. Dès le moment donc que nous découvrons que nous sommes sur un mauvais terrain, c’est notre devoir de l’abandonner, et de nous attendre à Dieu pour une nouvelle lumière qu’il nous donnera très sûrement.
Mais revenons à l’examen de notre chapitre.
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Parle aux fils d’Israël : Si un homme ou une femme a commis quelqu’un de tous les péchés de l’homme, en commettant une infidélité envers l’Éternel, et que cette âme-là se soit rendue coupable, ils confesseront leur péché qu’ils ont commis ; et le coupable restituera en principal ce en quoi il s’est rendu coupable, et il y ajoutera un cinquième, et le donnera à celui envers qui il s’est rendu coupable. Et si l’homme n’a pas de proche parent à qui restituer la chose due, alors la chose due, restituée à l’Éternel, sera au sacrificateur, outre le bélier de propitiation avec lequel on fera propitiation pour lui » (vers. 5-8).
La doctrine de l’offrande pour le délit a été examinée dans nos « Notes sur le Lévitique » au chapitre 5, et nous devons y renvoyer le lecteur, afin de ne pas revenir sur des points déjà traités. Nous ferons seulement observer ici la question très importante de la confession et de la restitution. Non seulement il est vrai que soit Dieu, soit l’homme profitent de la grande offrande pour le péché, présentée sur la croix au Calvaire ; mais nous apprenons aussi par la citation précédente que Dieu recherchait la confession et la restitution, lorsqu’un délit quelconque avait été commis. La sincérité de la confession aurait été démontrée par la restitution. Il ne suffisait pas à un Juif, qui avait commis un délit contre son frère, d’aller dire : « J’en suis fâché ». Il devait restituer la chose qu’il avait prise et y ajouter un cinquième. Or, quoique nous ne soyons pas sous la loi, nous pouvons cependant recueillir beaucoup d’instructions de ses institutions ; quoique nous ne soyons pas sous le pédagogue, nous pouvons apprendre de lui quelques bonnes leçons. Si donc nous avons fait quelque tort à quelqu’un, ce n’est pas assez de confesser notre péché à Dieu et à notre frère, nous devons encore faire restitution ; nous sommes appelés à donner une preuve pratique du fait, que nous nous sommes jugés nous-mêmes quant à la chose dans laquelle nous avons fait tort.
Nous doutons un peu que ce devoir soit compris comme il devrait l’être. Nous craignons qu’il n’y ait un mode d’agir facile, léger et inconsidéré relativement au péché et à la chute, qui doit vraiment contrister l’Esprit de Dieu. Nous nous contentons d’une simple confession des lèvres, sans avoir le cœur rempli du sentiment profond du mal du péché aux yeux de Dieu. L’acte lui-même n’est pas jugé dans ses racines morales ; et comme conséquence de cette façon de traiter légèrement le péché, le cœur s’endurcit et la conscience perd sa délicatesse. Cela est très sérieux. Nous ne connaissons presque rien d’aussi précieux qu’une conscience délicate. Nous ne voulons pas dire une conscience scrupuleuse, qui se laisse dominer par ses propres lubies ; ni une conscience maladive, qui est influencée par ses propres craintes. Ces deux genres de conscience sont les hôtes les plus importuns à entretenir. Mais nous voulons parler d’une conscience délicate, qui est gouvernée en tout par la Parole de Dieu et qui s’en rapporte toujours à son autorité. Nous considérons cet état sain de la conscience comme un trésor inestimable. Elle règle tout, prend connaissance des moindres choses qui sont en rapport avec notre marche et nos habitudes journalières — notre toilette, nos maisons, notre ameublement, notre table, notre conduite entière, notre esprit, notre ton, notre mode d’agir dans nos affaires ; ou bien, si c’est notre lot de servir les autres, la manière dont nous nous acquittons de notre service, quel qu’il soit. En un mot tout est soumis à l’influence morale et saine d’une conscience délicate. « À cause de cela, dit l’apôtre, moi aussi je m’exerce à avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes » (Actes 24:16).
C’est ce que nous pouvons bien désirer avec ardeur. Il y a quelque chose de moralement beau et d’attrayant dans cet exercice du plus grand et du plus doué serviteur du Christ. Malgré tous ses dons remarquables, tous ses pouvoirs merveilleux, toute sa profonde connaissance des voies et des conseils de Dieu, tout ce dont il avait à parler et à se glorifier, toutes les révélations étonnantes qui lui avaient été faites dans le troisième ciel ; en un mot, lui le plus honoré des apôtres, et le plus privilégié des saints, apportait une saine diligence à conserver toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes ; et si, dans un moment d’oubli, il prononce une parole téméraire, comme il fit à Ananias, le souverain sacrificateur, il est prêt, immédiatement après, à confesser et à faire restitution ; de sorte que cette réponse vive : « Dieu te frappera, paroi blanchie ! » fut rétractée et remplacée pas cette parole de Dieu : « Tu ne diras pas du mal du chef de ton peuple ».
Or, nous ne pensons pas que Paul aurait pu aller se reposer cette nuit, avec une conscience sans reproche, s’il n’avait pas rétracté ses paroles. Il doit y avoir confession, lorsque nous faisons ou disons ce qui est mal ; et s’il n’y a pas confession, notre communion en sera assurément interrompue. La communion devient une impossibilité morale, si le péché reste sur la conscience sans avoir été confessé. Nous pouvons en parler, mais ce n’est qu’une illusion. Nous devons conserver une conscience pure, si nous voulons marcher avec Dieu. Il n’y a rien qui soit plus à craindre qu’une insensibilité morale, une conscience impure, un sens moral émoussé, qui peuvent se permettre toute sorte de choses qui passent sans être jugées ; avec cela on peut commettre le péché, passer par-dessus et dire froidement : « Quel mal ai-je fait ? »
Lecteur, veillons à tout cela avec une sainte vigilance. Cherchons à cultiver une conscience délicate. Cela exigera de nous ce qui avait été exigé de Paul, savoir « l’exercice ». Mais c’est un exercice béni, et qui produira les fruits les plus précieux. Ne croyez pas qu’il y ait dans cet exercice rien qui ait les saveurs de la loi ; non, il est des plus entièrement chrétiens. En effet, nous considérons ces nobles paroles de Paul comme la personnification même, sous une forme condensée, de toute la pratique du chrétien. « Avoir toujours une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes » comprend tout.
Mais hélas ! combien peu nous tenons habituellement compte des droits de Dieu, ou de ceux de notre prochain ! Que notre conscience est loin de ce qu’elle devrait être ! Nous négligeons des devoirs de tout genre, sans même nous en apercevoir. Il n’y a pas pour cela de brisement du cœur et de contrition devant le Seigneur. Nous commettons des délits dans une foule de choses, et pourtant il n’y a pas de confession ni de restitution. On laisse passer les choses qui devraient être jugées, confessées et rejetées. Il y a du péché dans nos actes saints ; il y a de la légèreté et de l’indifférence d’esprit dans l’assemblée et à la table du Seigneur ; nous frustrons Dieu de différentes manières ; nous pensons nos propres pensées, nous parlons nos propres paroles, nous accomplissons nos propres désirs ; et qu’est-ce que tout cela sinon frustrer Dieu, vu que nous ne sommes pas à nous-mêmes, mais que nous avons été achetés à prix.
Or une telle marche ne peut que fatalement entraver nos progrès spirituels. Elle contriste l’Esprit de Dieu et fait obstacle au ministère de la grâce de Christ pour nos âmes, par lequel seul nous croissons en Lui. Nous savons, par diverses portions de la Parole de Dieu, combien il apprécie un esprit délicat et un cœur humble. « Mais c’est à celui-ci que je regarderai : à l’affligé et à celui qui a l’esprit contrit, et qui tremble à ma parole ». Dieu peut habiter avec un tel homme, mais il ne peut avoir aucune communion avec l’endurcissement et l’insensibilité, avec la froideur et l’indifférence. Exerçons-nous donc à avoir toujours une conscience irréprochable et pure soit devant Dieu, soit devant nos semblables.
Enfin, la troisième et dernière partie de notre chapitre, que nous n’avons pas besoin de citer, nous enseigne une leçon profondément sérieuse, que nous la considérions soit au point de vue des dispensations, soit au point de vue moral. Elle contient le texte de la grande ordonnance, établie pour l’épreuve de la jalousie. La place qu’elle occupe ici est remarquable. Dans la première partie, nous avons le jugement collectif du mal ; dans la seconde, le jugement individuel de soi-même, la confession et la restitution ; et dans la troisième, nous apprenons que Dieu ne peut pas même supporter la simple suspicion du mal.
Or, nous croyons tout à fait que cette ordonnance très frappante a une portée dispensationnelle sur les rapports de l’Éternel avec Israël. Les prophètes insistent fréquemment sur la conduite d’Israël comme épouse, et sur la jalousie de l’Éternel à cet égard. Nous n’avons pas l’intention de citer ces passages, mais le lecteur les trouvera dans nombre de textes de Jérémie et d’Ézéchiel. Israël n’a pas pu résister à l’épreuve scrutatrice des eaux amères ; son infidélité a été rendue manifeste. La nation a enfreint ses vœux. Elle s’est détournée de son Mari, le Saint d’Israël, dont la brûlante jalousie a été répandue sur le peuple infidèle. Dieu est un Dieu jaloux, et il ne peut supporter la pensée que le cœur qu’Il réclame comme sa propriété soit donné à un autre.
Ainsi, nous voyons que cette ordonnance pour l’épreuve de jalousie porte en elle l’empreinte d’un caractère divin, qui rentre pleinement dans les pensées et les sentiments d’un époux outragé, ou même de celui qui soupçonne une infidélité. La simple suspicion est intolérable, et quand elle prend possession du cœur, la question doit être scrupuleusement examinée jusqu’au fond. La personne soupçonnée doit subir un procédé dont la nature rigoureuse est telle que la seule innocence peut la supporter. S’il y avait une trace de culpabilité, les eaux amères iraient la chercher dans les profondeurs mêmes de l’âme et la mettraient tout entière au jour. Il n’y avait aucun moyen d’échapper pour le coupable, et nous pouvons dire que ce fait même rendait d’autant plus triomphante la justification de l’innocent. Le même procédé qui dévoilait la culpabilité du transgresseur, rendait manifeste l’innocence du fidèle. Pour celui qui a la parfaite conscience de son intégrité, plus la recherche est rigoureuse, plus elle est accueillie avec plaisir. S’il eût été possible qu’un coupable échappât, par quelque défaut dans le mode d’éprouver, cela n’aurait servi que contre l’innocent. Mais le procédé était divin, et par conséquent parfait. Aussi, quand la femme soupçonnée en était sortie saine et sauve, sa fidélité était visiblement démontrée, et une entière confiance lui était rendue.
Quelle grâce donc d’avoir eu une manière aussi parfaite de résoudre tous les cas douteux ! Le soupçon est le coup de mort de toute affectueuse intimité, et Dieu ne voulait pas qu’il existât au milieu de sa congrégation. Il ne voulait pas seulement que son peuple jugeât le mal collectivement, et qu’ils se jugeassent eux-mêmes, individuellement ; mais là où il y avait même le soupçon du mal, sans que l’évidence apparût, il donnait Lui-même une méthode d’épreuve qui mettait la vérité parfaitement en lumière. Le coupable devait boire la mort, et après l’avoir bue il y trouvait le jugement (*). Le fidèle buvait la mort et y trouvait la victoire.
(*) La « poussière » prise du sol du tabernacle peut être envisagée comme une figure de la mort. « Tu m’as mis dans la poussière de la mort » (Ps. 22:15). L’« eau » symbolise la parole qui, étant apportée pour agir sur la conscience par la puissance du Saint Esprit, manifeste tout. S’il y a quelque infidélité envers Christ, le véritable Époux de son peuple, elle doit être entièrement jugée. Ceci est applicable au peuple d’Israël, à l’Église de Dieu et au croyant individuellement. Si le cœur n’est pas fidèle à Christ, il ne sera pas en état de soutenir le pouvoir scrutateur de la Parole. Mais s’il y a de la vérité dans les parties intimes de l’âme, plus cette âme est sondée et éprouvée, et mieux cela est pour elle. Quelle bénédiction, lorsque nous pouvons vraiment dire : « Sonde-moi, ô Dieu ! et connais mon cœur ; éprouve-moi, et connais mes pensées. Et regarde s’il y a en moi quelque voie de chagrin, et conduis-moi dans la voie éternelle » (Ps. 139:23-24).
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Parle aux fils d’Israël, et dis-leur : Si un homme ou une femme se consacre en faisant vœu de nazaréat, pour se séparer afin d’être à l’Éternel, il s’abstiendra de vin et de boisson forte, il ne boira ni vinaigre de vin, ni vinaigre de boisson forte, et il ne boira d’aucune liqueur de raisins, et ne mangera point de raisins, frais ou secs. Pendant tous les jours de son nazaréat, il ne mangera rien de ce qui est fait de la vigne, depuis les pépins jusqu’à la peau. Pendant tous les jours du vœu de son nazaréat, le rasoir ne passera pas sur sa tête ; jusqu’à l’accomplissement des jours pour lesquels il s’est séparé [pour être] à l’Éternel, il sera saint ; il laissera croître les boucles des cheveux de sa tête. Pendant tous les jours de sa consécration à l’Éternel, il ne s’approchera d’aucune personne morte. Il ne se rendra pas impur pour son père, ni pour sa mère, ni pour son frère, ni pour sa sœur, quand ils mourront ; car le nazaréat de son Dieu est sur sa tête. Pendant tous les jours de son nazaréat, il est consacré à l’Éternel » (vers. 1-8).
L’ordonnance du nazaréat est pleine d’intérêt et d’instruction pratique. En elle nous voyons le cas de celui qui se met à part, très strictement, des choses qui, n’étant pas absolument coupables en elles-mêmes, sont néanmoins propres à nuire à cette entière consécration du cœur qui se montre dans le vrai nazaréat.
En premier lieu, le nazaréen ne devait pas boire de vin. Le fruit de la vigne, sous quelque forme qu’il se présentât, lui était interdit. Or le vin, comme nous savons, est le symbole tout naturel de la joie terrestre, l’expression de cette jouissance sociale à laquelle le cœur humain est si pleinement enclin à se livrer. Le nazaréen devait s’en garder soigneusement dans le désert. Pour lui c’était une ordonnance littérale. Il ne devait pas exciter la nature par des boissons fortes. Pendant les jours de sa séparation, il était appelé à observer la plus stricte abstinence du vin.
Tel était le type, écrit pour notre instruction, dans ce merveilleux Livre des Nombres si riche en leçons pour le désert. C’est d’ailleurs ce que nous devions nous attendre à y rencontrer. L’institution frappante du nazaréat trouve sa place naturelle dans le Livre des Nombres. Elle est en parfaite harmonie avec le caractère de ce livre, qui contient, ainsi que nous l’avons déjà fait observer, tout ce qui concerne spécialement la vie dans le désert.
Recherchons donc quelle est la leçon qui nous est enseignée dans la privation du nazaréen de tout ce qui appartenait à la vigne, depuis les pépins jusqu’à la peau du raisin.
Il n’y a qu’un seul Nazaréen véritable et parfait dans ce monde, Celui qui, du commencement à la fin, a observé la plus complète séparation de toute joie purement terrestre. Depuis le moment où Il entra dans son œuvre publique, Il se tint Lui-même en dehors de tout ce qui était de ce monde. Son cœur s’occupait de Dieu et de son œuvre, avec un dévouement que rien ne pouvait ébranler. Il ne laissa jamais un seul instant les prétentions de la terre ou de la nature se placer entre son cœur et cette œuvre qu’il était venu accomplir. « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » Et encore : « Qu’y a-t-il entre moi et toi, femme ? » Avec de semblables paroles, le vrai Nazaréen cherchait-il à satisfaire aux droits de la nature ? Il avait une chose à faire, et pour cela Il se séparait Lui-même parfaitement de tout le reste. Son œil était simple et son cœur n’était point partagé. C’est ce qu’on voit d’un bout à l’autre de sa carrière. Il pouvait dire à ses disciples : « J’ai de la viande à manger que vous, vous ne connaissez pas » ; et lorsque ceux-ci, ne comprenant pas la signification profonde de ces paroles, disaient : « Quelqu’un lui aurait-il apporté à manger ? » Il répondit : « Ma viande est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, et d’accomplir son œuvre » (Jean 4:33-34). Aussi, au terme de sa carrière ici-bas, nous l’entendons prononcer des paroles comme celles-ci, en prenant dans sa main la coupe : « Prenez ceci et le distribuez entre vous, car je vous dis que je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu » (Luc 22:17-18).
Ainsi nous voyons comment le parfait Nazaréen se comportait en tout. Il ne pouvait avoir aucune joie sur la terre, aucune joie dans la nation d’Israël. Le temps n’était pas venu pour cela, et par conséquent Il se détachait de tout ce que l’affection purement humaine pouvait trouver avec les siens, afin de se vouer au seul grand objet qui occupait toujours son esprit. Le temps viendra où, comme Messie, Il se réjouira dans son peuple et dans la terre ; mais jusqu’à ce que vienne ce moment béni, Il est à part comme le vrai Nazaréen et son peuple lui est associé. « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie-les par la vérité ; ta parole est la vérité. Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. Et moi, je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité » (Jean 17:16-19).
Lecteur chrétien, étudions sérieusement ce premier grand trait du caractère du nazaréen. Il est important que nous nous examinions fidèlement à sa lumière. C’est vraiment une très grave question que de savoir jusqu’à quel point, comme chrétiens, nous comprenons réellement le sens et la puissance de cette entière séparation de toute excitation de la nature et de toute joie purement terrestre. On peut dire peut-être : « Quel mal y a-t-il à s’accorder un léger amusement ou une petite récréation ? Assurément nous ne sommes pas appelés à être des moines. Dieu ne nous a-t-il pas donné richement toutes choses pour en jouir ? Et tandis que nous sommes dans le monde, n’est-il pas à propos que nous en jouissions ? »
À tout cela nous répondrons : Il ne s’agit pas ici du mal de ceci ou de cela. Il n’y avait pas de mal, en règle générale, dans l’usage du vin ; rien de mauvais dans le fruit de la vigne, en lui-même. Mais voici la vraie question : Si quelqu’un se proposait d’être nazaréen, s’il aspirait à cette sainte séparation pour le Seigneur, alors il devait s’abstenir entièrement de l’usage du vin et des boissons enivrantes. D’autres pouvaient en boire, mais le nazaréen ne devait pas y toucher.
Or, la question pour nous est celle-ci : Aspirons-nous à être nazaréens ? Soupirons-nous après une séparation complète et un dévouement de nous-mêmes, corps, âme et esprit, à Dieu ? S’il en est ainsi, il faut que nous nous tenions en dehors de toutes ces choses, dans lesquelles la nature trouve ses jouissances. C’est sur cette vérité que repose toute la question. Il ne s’agit certes pas de demander : « Devons-nous être des moines ? » mais : « Sentons-nous le besoin d’être des nazaréens ? » Est-ce le désir de notre cœur d’être comme Christ notre Seigneur, mis à part de toute joie simplement terrestre, d’être séparés pour Dieu de toutes ces choses qui, bien que n’étant pas absolument coupables en elles-mêmes, tendent néanmoins à empêcher cette entière consécration du cœur qui est le vrai secret de tout nazaréat spirituel ? Le lecteur chrétien ne sait-il pas qu’il y a, en réalité, beaucoup de pareilles choses ? Ne sent-il pas qu’il y en a d’innombrables qui exercent une influence distrayante et affaiblissante sur son esprit, et qui, cependant, si elles étaient éprouvées à la mesure de la morale ordinaire, pourraient passer comme innocentes ?
Mais nous devons nous souvenir que les nazaréens de Dieu ne mesurent pas les choses à une telle règle. Leur morale n’est point du tout une morale ordinaire. Ils regardent les choses d’un point de vue céleste et divin, et par conséquent ils ne peuvent laisser passer comme innocent rien de ce qui tend, en quelque manière que ce soit, à porter atteinte à ce caractère élevé de consécration à Dieu, après lequel soupirent ardemment leurs âmes.
Puissions-nous obtenir de Dieu la grâce de peser ces choses, et de nous tenir en garde contre toute influence corruptrice. Chacun doit être instruit de ce qui, dans son cas, se trouverait être pour lui comme le vin ou les boissons fortes. Cela peut paraître une bagatelle ; mais nous pouvons être assurés que rien de ce qui rompt le cours de la communion de notre âme avec Dieu, et nous prive de cette sainte intimité dont la jouissance est notre privilège, ne peut jamais être une bagatelle.
Mais il y avait autre chose qui caractérisait le nazaréen. Il ne devait pas raser sa tête. « Pendant tous les jours du vœu de son nazaréat, le rasoir ne passera pas sur sa tête ; jusqu’à l’accomplissement des jours pour lesquels il s’est séparé pour être à l’Éternel, il sera saint ; il laissera croître les boucles des cheveux de sa tête » (vers. 5).
Dans 1 Cor. 11:14, nous apprenons qu’une longue chevelure est regardée comme un manque de dignité pour l’homme. « La nature même ne vous enseigne-t-elle pas que, si un homme a une longue chevelure, c’est un déshonneur pour lui ? » Cela nous montre que, si nous désirons réellement vivre d’une vie de séparation pour Dieu, nous devons être prêts à renoncer à notre dignité naturelle. C’est ce que notre Seigneur Jésus Christ a fait parfaitement. Il s’est anéanti lui-même. Il a renoncé à ses droits en toutes choses. Il pouvait dire : « Je suis un ver, et non point un homme ». Il se dépouilla entièrement Lui-même et prit la place la plus humble. Il se négligeait pour prendre soin des autres. En un mot, son nazaréat fut parfait en ceci comme en tout autre chose.
Or, c’est justement là ce que nous aimons si peu à faire. Nous défendons naturellement notre dignité et nous cherchons à maintenir nos droits, ce qui est considéré comme une action virile. Mais l’Homme parfait ne le fit jamais ; et si nous aspirons à être nazaréens, nous ne le ferons pas non plus. Nous devons faire l’abandon des dignités de la nature, et nous départir des joies de la terre, si nous voulons marcher ici-bas dans un sentier de complète séparation pour Dieu : Plus tard, bientôt, ces deux choses iront ensemble, mais non point maintenant.
Remarquons encore qu’ici la question n’est pas de savoir si tel ou tel cas est licite ou mauvais. En règle générale, il convenait à un homme de se couper les cheveux ; mais, pour un nazaréen, ce n’était pas bien, c’était même tout à fait mal. Voilà ce qui fait toute la différence. Pour un homme ordinaire, c’était bien de se raser et de boire du vin ; mais le nazaréen n’était pas un homme ordinaire ; il était mis à part de tout ce qui était ordinaire pour marcher dans un sentier particulier, et ç’aurait été pour lui l’abandonner entièrement que d’employer le rasoir ou de goûter du vin. Par conséquent, si quelqu’un demande : « N’est-ce pas bien de jouir des plaisirs de la terre et de maintenir les dignités de la nature ? » nous répondrons : « C’est très bien, si nous devons marcher comme les hommes ; mais c’est entièrement mauvais, ou absolument funeste, si nous désirons marcher comme des nazaréens ».
Cela simplifie étonnamment les choses, répond à mille questions et résout mille difficultés. Il est inutile d’être méticuleux au sujet du mal qui peut se trouver dans ceci ou dans cela. La question est : quels sont notre but et notre objet réels ? Désirons-nous simplement nous conduire comme les hommes, ou notre besoin est-il de vivre comme de vrais nazaréens ? Selon le langage de 1 Cor. 3:3, les expressions : « Marcher à la manière des hommes » et « être charnel » sont synonymes. Entrons-nous dans l’esprit d’une telle écriture, en sentons-nous tous les effets ? Ou bien sommes-nous dirigés par l’esprit et les principes d’un monde sans Dieu et sans Christ ? Il n’est pas utile de perdre notre temps à discuter des points qui ne seraient jamais soulevés, si nos âmes étaient dans une bonne atmosphère morale, dans une bonne attitude spirituelle. Sans doute, il est parfaitement légitime et naturel pour les hommes de ce monde, de jouir de tout ce qu’il a à leur offrir, et de maintenir, de tout leur pouvoir, leurs droits et leurs dignités. Il serait puéril de mettre cela en question. Mais, d’un autre côté, ce qui est légitime et naturel pour les hommes de ce monde, est mauvais, contre nature et inconséquent pour les Nazaréens de Dieu. Tel est l’état de la question, si nous nous laissons gouverner par la simple vérité de Dieu. Nous voyons au chapitre 6 des Nombres que, si un nazaréen buvait du vin ou rasait ses cheveux, il rendait impure la tête de son nazaréat. Ceci n’a-t-il pas de voix et de leçon pour nous ? Assurément oui. Il nous enseigne que si nos âmes désirent continuer à marcher dans une entière consécration du cœur à Dieu, nous devons nous abstenir des joies de la terre, et renoncer aux dignités et aux droits de la nature. Il faut qu’il en soit ainsi, vu que Dieu et le monde, la chair et l’Esprit ne se concilient pas et ne peuvent pas se concilier. Le temps viendra où il en sera autrement ; mais maintenant tous ceux qui veulent vivre pour Dieu et marcher par l’Esprit, doivent vivre séparés du monde et mortifier la chair. Que Dieu, dans sa grande miséricorde, nous rende capable de le faire !
Il nous reste à mentionner un autre fait particulier au nazaréen. Il ne devait pas toucher un corps mort. « Pendant tous les jours de sa consécration à l’Éternel, il ne s’approchera d’aucune personne morte. Il ne se rendra pas impur pour son père, ni pour sa mère, ni pour son frère, ni pour sa sœur, quand ils mourront ; car le nazaréat de son Dieu est sur sa tête » (vers. 6-7).
Ainsi nous voyons que, soit que l’on bût du vin, que l’on rasât sa chevelure, ou que l’on touchât un mort, l’effet était le même ! chacune de ces trois choses entraînait la souillure de la tête du nazaréat. C’est pourquoi il est évident que boire du vin ou raser sa tête souillait le nazaréen tout autant que de toucher une personne morte. Il est bon de considérer cela. Nous sommes disposés à faire des distinctions qui ne soutiendront pas un seul instant la lumière de la présence divine. Quand une fois la consécration à Dieu reposait sur la tête de quelqu’un, ce grand fait devenait la règle et la pierre de touche de toute moralité. Il plaçait l’individu sur un terrain entièrement nouveau et particulier, et lui faisait un devoir d’envisager toute chose à un point de vue nouveau et particulier. Il n’avait plus à demander ce qui lui convenait comme homme, mais ce qui lui convenait comme nazaréen. Par conséquent, si son plus cher ami tombait mort à côté de lui, il ne devait pas le toucher. Il était appelé à se tenir lui-même à part de l’influence impure de la mort, et tout cela parce que le « nazaréat de Dieu était sur sa tête ».
Or, dans ce sujet complet du nazaréat, il est nécessaire pour le lecteur de bien comprendre qu’il n’est, ici, en aucune manière, question du salut de l’âme, de la vie éternelle, ou de la parfaite sécurité du croyant en Christ. Si l’on ne saisit pas clairement cette distinction, l’esprit peut être jeté dans la perplexité et dans les ténèbres. Il y a dans le christianisme deux grands anneaux qui, bien que très intimement unis, sont tout à fait distincts, savoir : l’anneau de la vie éternelle, et l’anneau de la communion personnelle. Le premier ne peut jamais être rompu par quoi que ce soit ; le second peut l’être en un moment par la cause la plus chétive. C’est au second de ces anneaux que se rapporte la doctrine du nazaréat.
Nous voyons, dans la personne du nazaréen, un type de celui qui entre dans une position particulière de dévouement ou de consécration à Christ. La puissance pour persister dans ce sentier gît dans une secrète communion avec Dieu, de sorte que si la communion est interrompue, la puissance cesse. Ceci rend le sujet particulièrement sérieux. Il y a un très grand danger à vouloir suivre un chemin, lorsque ce qui constitue la source de la puissance pour cela fait défaut. Cela est très fâcheux et demande une extrême vigilance. Nous avons brièvement examiné les diverses choses qui tendent à interrompre la communion du nazaréen ; mais il serait tout à fait impossible de dépeindre, par des paroles quelconques, l’effet moral des essais que l’on fait pour conserver l’apparence du nazaréat, quand la réalité intérieure a disparu. C’est extrêmement dangereux. Il vaut infiniment mieux confesser notre chute et prendre notre vraie place, que de garder une fausse apparence. Dieu veut de la réalité ; et nous pouvons être convaincus que, tôt ou tard, notre faiblesse et notre folie seront manifestées. C’est une chose très déplorable et très humiliante quand les nazaréens qui « étaient plus purs que la neige » deviennent « plus sombres que le noir » (Lam. 4:7-8) ; mais c’est bien pis encore lorsque ceux qui sont devenus noirs, ont la prétention d’être nets.
Considérons le cas solennel de Samson, qui nous est décrit dans le chapitre 16 des Juges. Dans une heure funeste, il trahit son secret et perdit sa force, et il la perdit sans le savoir. Mais l’ennemi le sut bientôt ; il fut aussi bientôt rendu manifeste pour tous que le nazaréen avait souillé la tête de son nazaréat. « Et il arriva, comme elle le tourmentait par ses paroles tous les jours et le pressait, que son âme en fut ennuyée jusqu’à la mort ; et il lui déclara tout ce qui était dans son cœur, et lui dit : Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête, car je suis nazaréen de Dieu dès le ventre de ma mère. Si j’étais rasé, ma force s’en irait de moi, et je deviendrais faible, et je serais comme tous les hommes » (vers. 16-17).
Hélas ! c’était la révélation du secret intime et saint de tout son pouvoir. Jusque-là son sentier avait été un sentier de force et de victoire, simplement parce qu’il avait été celui du saint nazaréat. Mais le cœur de Samson fut vaincu par les séductions de Delila, et ce que mille Philistins n’avaient pu faire, l’influence séduisante d’une seule femme le fit. Samson tomba de la haute élévation du nazaréat au niveau d’un homme ordinaire.
« Et Delila vit qu’il lui avait déclaré tout ce qui était dans son cœur ; et elle envoya, et appela les princes des Philistins, disant : Montez cette fois, car il m’a déclaré tout ce qui est dans son cœur. Et les princes des Philistins montèrent vers elle, et apportèrent l’argent dans leur main. Et elle l’endormit sur ses genoux (fatal sommeil, hélas ! pour le nazaréen de Dieu !), et appela un homme, et rasa les sept tresses de sa tête ; et elle commença de l’humilier, et sa force se retira de lui. Et elle dit : Les Philistins sont sur toi, Samson ! Et il se réveilla de son sommeil, et se dit : Je m’en irai comme les autres fois, et je me dégagerai. Or il ne savait pas que l’Éternel s’était retiré de lui. Et les Philistins le saisirent et lui crevèrent les yeux, et le firent descendre à Gaza, et le lièrent avec des chaînes d’airain ; et il tournait la meule dans la maison des prisonniers » (Juges 16:18-21).
Ô lecteur, quel tableau ! qu’il est solennel ! et quel avertissement il donne ! Quel triste spectacle pour Samson se levant pour sortir des mains des Philistins « comme les autres fois ! » Hélas ! « comme » était hors de place. Il pouvait se tirer de leurs mains, mais ce n’était plus « comme les autres fois », car la force avait disparu ; l’Éternel s’était retiré de lui ; et le nazaréen, naguère puissant, devint un prisonnier aveugle ; et au lieu de triompher des Philistins, il dut tourner la meule dans leur prison. Voilà ce qui arrive lorsqu’on cède à la nature. Samson ne recouvra jamais sa liberté. Il lui fut permis, par la volonté de Dieu, de remporter une victoire de plus sur les incirconcis ; mais elle lui coûta la vie. Les nazaréens de Dieu doivent se conserver purs, sinon ils perdent leur puissance. Pour eux la puissance et la pureté sont inséparables. Ils ne peuvent pas avancer s’ils n’ont pas la sainteté intérieure ; de là pour eux l’urgente nécessité d’être toujours en garde contre les diverses choses qui tendent à entraîner le cœur, à distraire l’esprit et à abaisser le degré de spiritualité. Ne perdons jamais de vue ces paroles de notre chapitre : « Pendant tous les jours de son nazaréat, il est consacré à l’Éternel ». La sainteté est le grand et indispensable caractère de tous les jours du nazaréat, de sorte que si une fois la sainteté est perdue, le nazaréat est près de sa fin.
Que faut-il donc faire ? pourrait-on demander. L’Écriture nous donne la réponse. « Et si quelqu’un vient à mourir subitement auprès de lui, d’une manière imprévue, et qu’il ait rendu impure la tête de son nazaréat, il rasera sa tête au jour de sa purification ; il la rasera le septième jour. Et le huitième jour il apportera au sacrificateur deux tourterelles ou deux jeunes pigeons, à l’entrée de la tente d’assignation. Et le sacrificateur offrira l’un en sacrifice pour le péché, et l’autre en holocauste, et fera propitiation pour lui de ce qu’il a péché à l’occasion du mort ; et il sanctifiera sa tête ce jour-là. Et il consacrera à l’Éternel les jours de son nazaréat, et il amènera un agneau, âgé d’un an, en sacrifice pour le délit ; et les premiers jours seront comptés pour rien, car il a rendu impur son nazaréat » (Nombres 6:9-12).
Nous trouvons ici l’expiation sous ses deux grands aspects, comme étant le seul principe d’après lequel le nazaréen pouvait retrouver la communion. Il avait contracté une souillure ; et cette souillure ne pouvait être enlevée que par le sang du sacrifice. Nous pourrions traiter à la légère le fait de toucher un corps mort, et surtout dans de pareilles circonstances. On pourrait dire : « Comment aurait-il pu s’empêcher de toucher une personne morte quand elle était tombée à ses côtés ? » La réponse est à la fois simple et grave. Les nazaréens de Dieu doivent maintenir leur pureté personnelle ; et de plus la mesure par laquelle leur pureté doit être réglée n’est pas humaine, mais divine. Le simple attouchement de la mort était suffisant pour rompre l’anneau de la communion ; et si le nazaréen avait voulu continuer, comme s’il ne fût rien survenu, il aurait désobéi aux commandements de Dieu et aurait amené sur lui-même un sévère jugement.
Mais, béni soit Dieu, la grâce avait pourvu à cela. Il y avait l’holocauste, type de la mort de Christ relativement à Dieu. Il y avait le sacrifice pour le péché, type de la même mort relativement à nous. Il y avait encore le sacrifice pour le délit, type de la mort de Christ, dans son application non seulement à la racine ou au principe du mal en la chair, mais aussi au péché commis actuellement. En un mot, il fallait la plénitude de l’efficace de la mort du Christ pour enlever la souillure causée par le simple attouchement d’un corps mort. Ceci est particulièrement sérieux. Le péché est une chose extrêmement odieuse aux yeux de Dieu. Une seule pensée, un seul regard, une seule parole coupables suffisent pour jeter sur l’âme un lourd et sombre nuage qui cachera à notre vue la clarté de la face de Dieu et nous plongera dans une détresse et dans une misère profondes.
Gardons-nous donc de traiter légèrement le péché. Rappelons-nous que pour effacer une seule tache de la culpabilité du péché, même la plus petite, le Seigneur Jésus Christ a dû passer par toutes les inexprimables horreurs du Calvaire. Ce cri profondément amer : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est la seule chose qui puisse nous donner une juste idée de ce qu’est le péché ; et nul mortel ou nul ange ne pourrait pénétrer les profondeurs immenses de ce cri. Et, quoique nous ne puissions jamais sonder les mystérieux abîmes des souffrances du Christ, nous devons au moins chercher à méditer plus habituellement sur sa croix et sur sa passion, et à obtenir, par là, une intelligence beaucoup plus profonde de l’odieux caractère du péché, aux yeux de Dieu. Si, en effet, le péché était tellement affreux et tellement abominable pour un Dieu saint, qu’il était contraint de détourner la clarté de sa face du Bien-aimé qui avait habité dans son sein de toute éternité ; s’il l’avait abandonné parce qu’il portait le péché en son corps sur le bois, que doit donc être le péché ?
Ô lecteur ! considérons sérieusement ces choses. Puissent-elles toujours avoir une place profondément établie dans nos cœurs qui sont si aisément entraînés dans le péché ! Combien nous pensons légèrement parfois qu’il a coûté au Seigneur Jésus, non seulement la vie, mais ce qui est meilleur et plus cher que la vie : la clarté de la face de Dieu ! Puissions-nous avoir un sentiment beaucoup plus réel du caractère odieux du péché ! Puissions-nous nous tenir assidûment en garde contre un seul coup d’œil dans une mauvaise direction ; car nous pouvons être certains que le cœur suivra l’œil, que les pieds suivront le cœur, et ainsi nous nous éloignerons du Seigneur, nous perdrons le sentiment de sa présence et de son amour, et nous deviendrons misérables, ou, si nous ne sommes pas misérables, nous serons, ce qui est bien autrement mauvais, morts, froids, insensibles, « endurcis par la séduction du péché ».
Que Dieu, dans sa grâce infinie, veuille nous garder de chute ! Qu’il nous fasse la grâce de veiller, avec plus de zèle, à tout ce qui pourrait souiller la tête de notre nazaréat ! C’est une chose sérieuse de sortir de la communion ; et une chose des plus dangereuses d’essayer de continuer d’agir dans le service du Seigneur avec une conscience souillée. Il est vrai que la grâce pardonne et restaure, mais nous ne regagnons jamais ce que nous avons perdu. C’est ce que démontre, avec une force solennelle, le passage de l’Écriture qui est devant nous : « Il consacrera à l’Éternel les jours de son nazaréat, et il amènera un agneau, âgé d’un an, en sacrifice pour le délit ; et les premiers jours seront comptés pour rien, car il a rendu impur son nazaréat ».
Ceci est une partie de notre sujet, pleine d’instruction et d’avertissements pour nos âmes. Quand le nazaréen avait été souillé par une cause quelconque, ne fût-ce que par l’attouchement d’un mort, il devait tout recommencer. Ce n’était pas seulement les jours de sa souillure qui étaient perdus ou qui ne comptaient pour rien, mais réellement tous les jours de son nazaréat précédent.
Qu’est-ce que cela nous enseigne ? Tout au moins ceci, savoir, que lorsque nous nous écartons, ne fût-ce que de la largeur d’un cheveu, de l’étroit sentier de la communion, et que nous nous éloignons du Seigneur, nous devons retourner au point même d’où nous sommes partis et commencer tout à nouveau. Nous en avons plusieurs exemples dans l’Écriture ; et il serait sage de notre part de les considérer, et de peser aussi la grande vérité pratique qui en découle.
Prenez le cas d’Abram, lors de sa descente en Égypte, comme elle nous est racontée au chapitre 12 de la Genèse., Évidemment, il s’était détourné de son sentier. Et quelle en fut la conséquence ? Les jours passés en Égypte furent perdus ou ne comptèrent pour rien ; il dut retourner au point d’où il s’était éloigné et recommencer sa marche. Ainsi, en Genèse 12:8, nous lisons : « Et il se transporta de là vers la montagne, à l’orient de Béthel, et tendit sa tente, ayant Béthel à l’occident, et Aï à l’orient ; et il bâtit là un autel à l’Éternel et invoqua le nom de l’Éternel ». Puis, après son retour du pays d’Égypte, nous lisons : « Et il s’en alla, en ses traites, du midi jusqu’à Béthel, jusqu’au lieu où était sa tente au commencement, entre Béthel et Aï, au lieu où était l’autel qu’il y avait fait auparavant ; et Abram invoqua là le nom de l’Éternel » (Gen. 13:3-4). Tout le temps passé en Égypte fut annulé. Il n’y avait là aucun autel, aucun culte, aucune communion ; et Abram dut retourner exactement au même lieu qu’il avait quitté.
Il en est ainsi dans tous les cas ; ce qui explique les progrès misérablement lents de quelques-uns de nous dans notre carrière pratique. Nous tombons, nous nous détournons, nous nous éloignons du Seigneur, nous sommes plongés dans des ténèbres spirituelles ; alors sa voix d’amour, puissante et fortifiante, parvient jusqu’à nous et nous ramène au point d’où nous nous étions éloignés ; nos âmes sont restaurées, mais nous avons perdu notre temps et nous avons inexprimablement souffert. Cela est très sérieux et devrait nous faire marcher avec une sainte vigilance et avec circonspection, de telle sorte que nous n’ayons pas à rebrousser chemin, et à perdre ce qu’on ne peut jamais regagner. Il est vrai que nos égarements, nos trébuchements, et nos chutes nous éclairent sur l’état de nos propres cœurs, nous apprennent à nous défier de nous-mêmes, et amènent le déploiement de la grâce immuable et sans bornes de notre Dieu. Tout cela est parfaitement vrai ; néanmoins, il y a un moyen tout autre, bien meilleur que les égarements, les trébuchements et les chutes, de nous connaître nous-mêmes et de connaître Dieu. Notre moi, dans toutes les fatales profondeurs de ce mot, doit être jugé dans la pure lumière de la présence de Dieu, là où nos âmes croissent aussi dans la connaissance de Dieu, tel qu’il se révèle Lui-même par le Saint Esprit, dans la face de Jésus Christ, et dans les précieuses pages de la Sainte Écriture. Ceci est assurément le plus excellent moyen de connaître et nous-mêmes et Dieu ; et c’est aussi la puissance de toute vraie séparation du nazaréen. L’âme, qui vit habituellement dans le sanctuaire de Dieu ou, en d’autres termes, qui marche dans une communion continuelle avec Dieu, est celle qui aura un sentiment vrai de ce qu’est la nature dans toutes ses phases, sans avoir eu cependant à l’apprendre par de cruelles expériences ; et non seulement cela, mais elle aura en outre un sentiment plus profond et plus juste de ce qu’est Christ en Lui-même et de ce qu’il est pour tous ceux qui mettent leur espérance en Lui. C’est une pauvre chose que d’apprendre à se connaître par des expériences. Nous pouvons être sûrs que le vrai moyen d’apprendre, c’est d’être en communion ; et quand nous l’apprendrons ainsi, nous ne serons pas continuellement préoccupés de la pensée de notre état d’abjection, mais nous serons plutôt occupés de ce qui est en dehors et au-dessus de nous-mêmes, c’est-à-dire de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, notre Seigneur.
En terminant cette section, nous citerons au long pour le lecteur l’exposé de la loi du nazaréat : « Au jour où les jours de son nazaréat seront accomplis, on le fera venir à l’entrée de la tente d’assignation ; et il présentera son offrande à l’Éternel, un agneau mâle, âgé d’un an, sans défaut, pour holocauste, et un agneau femelle, âgé d’un an, sans défaut, en sacrifice pour le péché, et un bélier sans défaut, pour sacrifice de prospérités ; et une corbeille de pains sans levain, des gâteaux de fleur de farine pétris à l’huile, et des galettes sans levain ointes d’huile, et leur offrande de gâteau et leurs libations. Et le sacrificateur les présentera devant l’Éternel, et il offrira son sacrifice pour le péché, et son holocauste ; et il offrira le bélier en sacrifice de prospérités à l’Éternel, avec la corbeille des pains sans levain ; et le sacrificateur offrira son offrande de gâteau et sa libation. Et le nazaréen rasera, à l’entrée de la tente d’assignation, la tête de son nazaréat, et il prendra les cheveux de la tête de son nazaréat et les mettra sur le feu qui est sous le sacrifice de prospérités. Et le sacrificateur prendra l’épaule cuite du bélier, et un gâteau sans levain de la corbeille, et une galette sans levain, et il les mettra sur les paumes des mains du nazaréen, après qu’il aura fait raser les cheveux de son nazaréat. Et le sacrificateur les tournoiera en offrande tournoyée devant l’Éternel : c’est une chose sainte qui appartient au sacrificateur, avec la poitrine tournoyée, et avec l’épaule élevée. Et après cela le nazaréen boira du vin. Telle est la loi du nazaréen qui se sera voué, telle son offrande à l’Éternel pour son nazaréat, outre ce que sa main aura pu atteindre ; selon son vœu qu’il aura fait, ainsi il fera, suivant la loi de son nazaréat » (Nombres 6:13-21).
Cette merveilleuse « loi » nous conduit à quelque chose de futur, quand le résultat complet de l’œuvre parfaite du Christ apparaîtra, et lorsqu’à la fin de son nazaréat le Seigneur goûtera, comme Messie d’Israël, une véritable joie dans son peuple bien-aimé et dans cette terre. Alors, pour le Nazaréen, le temps sera venu de boire du vin. Il se tient à part de tout cela pour l’accomplissement de cette grande œuvre, si pleinement exposée, sous tous ses aspects et dans toute sa portée, dans la « loi » précédente. Il est séparé de la nation, séparé de ce monde, dans la puissance du vrai nazaréat, comme il le dit lui-même à ses disciples, en cette nuit mémorable : « Désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je le boirai nouveau avec vous dans le royaume de mon Père » (Matt. 26:29).
Mais il y a un brillant jour à venir, où l’Éternel le Messie se réjouira en Jérusalem et dans son peuple. Les prophéties d’Ésaïe à Malachie, sont pleines de glorieuses et émouvantes allusions à ce jour heureux et éclatant. Nous remplirions littéralement un volume à citer les passages qui s’y rapportent. Mais si le lecteur veut chercher les derniers chapitres des prophéties d’Ésaïe, il y trouvera un exemple de ce que nous voulons dire. Il rencontrera aussi plusieurs autres passages semblables dans les divers livres des prophètes.
Nous n’essayerons pas de faire des citations, mais nous voudrions prémunir le lecteur contre le danger d’être induit en erreur par les sommaires non inspirés qui se trouvent à la tête de ces magnifiques chapitres sur l’avenir d’Israël, tels que ceux-ci, par exemple « Les bénédictions de l’Évangile », — « l’agrandissement de l’Église ». Ces expressions sont propres à fourvoyer plusieurs lecteurs pieux, trop disposés à croire que ces arguments sont aussi bien inspirés que le texte ; ou, s’ils ne le sont pas, qu’ils contiennent au moins un exposé exact de ce que le chapitre présente. Le fait est qu’il n’y a pas une seule syllabe sur l’Église, du commencement à la fin des prophètes. L’Église peut sans doute trouver une très précieuse instruction, de la lumière, de l’encouragement et de l’édification dans cette grande division du volume inspiré. Mais elle ne le trouvera que dans la proportion où elle pourra, par l’enseignement de l’Esprit, discerner la véritable application et le véritable but de cette portion du Livre de Dieu. Supposer un instant que nous ne pouvons retirer d’encouragement et de profit que de ce qui se rapporte exclusivement ou tout premièrement à nous, ce serait avoir une vue des choses très étroite, pour ne pas dire égoïste. Ne pouvons-nous rien apprendre du Livre du Lévitique ? Et cependant qui pourrait affirmer qu’il se rapporte à l’Église ?
Une étude faite avec calme, sans idée préconçue et avec prière, de « la loi et des prophètes », vous convaincra que le grand sujet de l’un et de l’autre, c’est le gouvernement du monde par Dieu, en rapport immédiat avec Israël. Il est vrai que partout, par « Moïse et par tous les prophètes », il y a des choses qui concernent le Seigneur Lui-même. Cela est évident d’après Luc 24:27. Mais c’est « Lui-même », considéré dans son gouvernement de ce monde et d’Israël en particulier. Si ce fait n’est pas clairement saisi, nous étudierons l’Ancien Testament avec peu d’intelligence ou peu de profit.
Il peut sembler à quelques-uns de nos lecteurs, que c’est une assertion exagérée que d’affirmer qu’il n’y a rien sur l’Église proprement dite, dans tous les prophètes, ou même dans tout l’Ancien Testament ; mais un passage ou deux de la plume inspirée de Paul résoudront toute la question pour quiconque veut réellement se soumettre à l’autorité de la Sainte Écriture. Ainsi en Romains 16, nous lisons : « Or, à celui qui est puissant pour vous affermir selon mon évangile et la prédication de Jésus Christ, selon la révélation du mystère à l’égard duquel le silence a été gardé dès les temps éternels, mais qui a été manifesté maintenant, et qui, par des écrits prophétiques (évidemment du Nouveau Testament) a été donné à connaître à toutes les nations, selon le commandement du Dieu éternel, pour l’obéissance de la foi (vers. 25-26). De même dans le chapitre 3 de l’épître aux Éphésiens, nous lisons : « C’est pour cela que moi, Paul, le prisonnier du Christ Jésus pour vous, les nations — (si du moins vous avez entendu parler de l’administration de la grâce de Dieu qui m’a été donnée envers vous : comment, par révélation, le mystère m’a été donné à connaître… lequel, en d’autres générations, n’a pas été donné à connaître aux fils des hommes, comme il a été maintenant révélé à ses saints apôtres et prophètes (*) par l’Esprit : savoir que les nations seraient cohéritières et d’un même corps et coparticipantes de sa promesse dans le Christ Jésus, par l’évangile… et de mettre en lumière devant tous quelle est l’administration du mystère CACHÉ dès les siècles EN DIEU qui a créé toutes choses ; afin que la sagesse si diverse de Dieu soit maintenant donnée à connaître aux principautés et aux autorités dans les lieux célestes, par l’assemblée » (vers. 1-10).
(*) Les « prophètes » dont il est question dans les citations précédentes sont ceux du Nouveau Testament, comme cela ressort de la forme de l’expression. Si l’apôtre avait voulu parler des prophètes de l’Ancien Testament, il aurait dit : « Ses saints prophètes et apôtres ». Mais le point même sur lequel il insiste, c’est que le mystère n’avait jamais été révélé avant son temps — qu’il n’avait pas été donné à connaître aux fils des hommes dans d’autres générations — qu’il était caché en Dieu ; non pas caché dans les Écritures, mais dans l’éternelle pensée de Dieu.
Mais nous ne poursuivrons pas plus avant le sujet profondément intéressant de l’Église ; nous avons seulement rappelé les passages ci-dessus de l’Écriture, afin d’attirer l’attention du lecteur sur ce fait que la doctrine de l’Église, telle qu’elle est enseignée par Paul, ne se trouve nulle part dans les pages de l’Ancien Testament ; et par conséquent, lorsqu’il lit les prophètes et qu’il rencontre les mots « Israël », « Jérusalem », « Sion », il ne doit pas les appliquer à l’Église de Dieu, vu qu’ils concernent le peuple d’Israël lui-même, la semence d’Abraham, la terre de Canaan, et la ville de Jérusalem (*). Dieu sait ce qu’il dit ; aussi ne devons-nous jamais approuver quoi que ce soit qui ressemble à une manière légère et irrévérencieuse de se servir de la Parole de Dieu. Quand l’Esprit parle de Jérusalem, il s’agit de Jérusalem ; s’il voulait parler de l’Église, il le dirait. Nous n’aurions pas l’idée de traiter un document humain respectable comme nous traitons le volume inspiré. Nous regardons comme certain, qu’un homme sait, non seulement ce qu’il a l’intention de dire, mais qu’il dit ce qu’il a voulu dire ; et si cela est vrai d’un faible mortel, sujet à l’erreur, à plus forte raison l’est-il pour le Dieu vivant, seul sage, qui ne peut mentir.
(*) L’énoncé du texte se rapporte naturellement aux prophéties de l’Ancien Testament ; il y a, dans les épîtres aux Romains et aux Galates, des passages où tous les croyants sont envisagés comme la semence d’Abraham (Rom. 4:9-17 ; Gal. 3:7, 29 ; 6:16) ; mais ceci est évidemment une chose tout à fait différente. Nous n’avons pas de révélation de l’Église proprement dite dans l’Ancien Testament.
Mais nous devons mettre fin à l’étude de ce sujet et laisser le lecteur méditer seul sur l’ordonnance du nazaréat, si féconde en saintes leçons pour le cœur. Nous désirons qu’il examine, tout spécialement, le fait que le Saint Esprit nous a donné l’exposé complet de la loi du nazaréat dans le livre des Nombres — le livre du désert. Puis encore, qu’il considère non seulement le fait, mais, soigneusement aussi, l’institution elle-même. Qu’il tâche de bien comprendre pourquoi le nazaréen ne devait pas boire de vin, pourquoi il ne devait pas raser sa chevelure, pourquoi il ne devait pas toucher une personne morte. Qu’il médite sur ces trois points, et qu’il cherche à recueillir les instructions qui y sont contenues. Qu’il se demande : « Est-ce que je désire réellement être un nazaréen ? — marcher dans l’étroit sentier de la séparation pour Dieu ? Et s’il en est ainsi, suis-je prêt à abandonner tout ce qui tend à souiller, à distraire et à entraver les nazaréens de Dieu ? » Enfin, qu’il se rappelle que le temps vient, où le nazaréen pourra boire du vin ; c’est-à-dire un temps où il ne sera plus nécessaire de veiller contre les diverses formes du mal intérieur ou extérieur ; où tout sera pur ; où les affections pourront avoir leur libre cours ; où il n’y aura pas de mal dont il faille se séparer et, par conséquent, où il n’y aura pas lieu de parler de séparation. En un mot, il y aura : « de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habite ». Que Dieu, dans sa grâce infinie, nous garde jusqu’à ces heureux temps dans une vraie consécration de cœur à Lui-même.
Le lecteur remarquera que nous touchons ici à la fin d’une section très distincte de notre livre. Le camp est dûment arrangé ; chaque guerrier occupe sa propre place (chap. 1, 2) ; chaque ouvrier est à son propre travail (chap. 3, 4) ; la congrégation est purifiée de la souillure (chap. 5) ; il est pourvu au suprême caractère de séparation pour Dieu (chap. 6). Tout cela est bien spécifié. L’ordre est d’une beauté remarquable Nous avons devant nous non seulement un camp purifié et bien ordonné, mais aussi un caractère de consécration à Dieu qu’il est impossible de dépasser, attendu qu’il n’a été vu, dans toute son intégrité, que dans la vie de notre Seigneur Jésus Christ Lui-même. Ayant donc atteint ce point élevé, il ne nous reste qu’à voir l’Éternel prononçant sa bénédiction sur la congrégation entière ; en conséquence, nous trouvons cette bénédiction à la fin du chapitre 6 ; et nous pouvons assurément dire que c’est une bénédiction tout à fait royale. Lisons et examinons.
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Parle à Aaron et à ses fils, disant : Vous bénirez ainsi les fils d’Israël, en leur disant : L’Éternel te bénisse, et te garde ! L’Éternel fasse lever la lumière de sa face sur toi et use de grâce envers toi ! L’Éternel lève sa face sur toi, et te donne la paix ! Et ils mettront mon nom sur les fils d’Israël ; et moi, je les bénirai » (vers. 22-27).
Cette riche bénédiction se répand par le canal du sacerdoce. Aaron et ses fils sont chargés de la prononcer. L’assemblée de Dieu doit être bénie et gardée par Dieu continuellement ; elle doit toujours se réchauffer aux rayons de sa face miséricordieuse ; sa paix doit couler comme un fleuve ; le nom de l’Éternel doit être réclamé sur elle ; Il est toujours là pour bénir.
Quelle richesse ! Oh ! si Israël en avait usé, s’il en avait réalisé la puissance ! Mais ils ne le firent pas.
Ils se détournèrent bientôt, comme nous le verrons. Ils échangèrent la clarté de la face de Dieu contre les ténèbres du mont Sinaï. Ils abandonnèrent le terrain de la grâce et se placèrent eux-mêmes sous la loi. Au lieu d’être satisfaits de ce qui leur était donné dans le Dieu de leurs pères, ils convoitèrent d’autres choses (comp. Ps. 105 et 106). Au lieu de l’ordre, de la pureté et de la séparation pour Dieu, que nous trouvons au commencement de notre livre, nous avons le désordre, la souillure et l’idolâtrie.
Mais, béni soit Dieu, le moment s’approche où la magnifique bénédiction du chapitre 6 des Nombres aura sa pleine application : quand les douze tribus d’Israël seront rangées autour de cette impérissable bannière : « Jéhovah Shamma » (l’Éternel est là, Ézéchiel 48:35), quand elles seront purifiées de toutes leurs souillures, et consacrées à Dieu dans la puissance du vrai nazaréat. Ces choses sont présentées de la manière la plus parfaite et la plus claire, dans les prophètes. Tous ces témoignages inspirés, sans qu’il y ait même une seule dissonance, annoncent le glorieux avenir réservé à Israël lui-même ; ils montrent tous les temps où les lourds nuages, amassés, et encore suspendus à l’horizon des nations, seront chassés au loin devant les brillants rayons du « Soleil de Justice » ; le temps où Israël jouira d’un matin sans nuage de bénédiction et de gloire, sous les vignes et sous les figuiers du pays que Dieu donna en possession éternelle à Abraham, à Isaac et à Jacob.
Si nous nions ce qui précède, nous pouvons tout aussi bien retrancher une partie considérable de l’Ancien Testament, et aussi une grande partie du Nouveau ; car, dans l’un et dans l’autre, le Saint Esprit rend très clairement et sans équivoque témoignage à ce fait précieux, savoir : la grâce, le salut et la bénédiction pour la semence de Jacob. Nous n’hésitons pas à déclarer notre conviction, que nul ne peut vraiment comprendre les prophètes, s’il ne voit pas cette vérité : Il y a un brillant avenir réservé aux bien-aimés de Dieu, quoiqu’ils soient maintenant un peuple rejeté. Prenons garde à la manière dont nous traitons ce fait. C’est une chose très grave que d’essayer d’introduire, de quelque façon que ce soit, nos propres pensées dans l’application vraie de la Parole de Dieu. Dieu s’est engagé à bénir le peuple d’Israël, gardons-nous soigneusement de chercher à détourner le courant de la bénédiction pour le faire couler dans une autre direction. C’est une chose sérieuse de dénaturer le propos arrêté, le dessein manifesté de Dieu. Il a déclaré que son ferme propos est de donner la terre de Canaan en possession perpétuelle à la postérité de Jacob, et si cela est mis en question, nous ne voyons pas comment nous pouvons maintenir l’intégrité d’une portion quelconque de la Parole de Dieu. Si nous nous permettons de traiter légèrement une grande division du Canon inspiré — et très assurément c’est la traiter légèrement que de vouloir la détourner de son véritable objet — alors quelle sécurité aurons-nous jamais quant à l’application de l’Écriture en général ? Si Dieu ne sait pas ce qu’il dit quand Il parle d’Israël et de la terre de Canaan, comment savons-nous qu’Il sait ce qu’Il dit quand Il parle de l’Église et de sa part céleste en Christ ? Si le Juif est dépouillé de son glorieux avenir, quelle sécurité le chrétien aura-t-il pour le sien ?
Lecteur, rappelons-nous que « Toutes les promesses de Dieu (non pas seulement quelques-unes) sont oui et amen dans le Christ Jésus ». Et tout en nous réjouissant de l’application qui nous est faite de cette précieuse affirmation, ne cherchons pas à nier qu’elle soit applicable à d’autres. Nous devons croire fermement que les enfants d’Israël jouiront encore de la plénitude de la bénédiction, présentée au dernier paragraphe du chapitre 6 des Nombres, et jusqu’alors l’Église de Dieu est appelée à participer aux bénédictions qui lui sont propres. Elle a le privilège de savoir que la présence de Dieu est continuellement avec elle et au milieu d’elle — de demeurer dans la clarté de sa face — de boire au fleuve de la paix — d’être bénie et gardée de jour en jour par Celui qui ne sommeille et ne dort jamais. Mais n’oublions point, ou plutôt rappelons-nous sérieusement et constamment, que le sentiment pratique et la jouissance expérimentale de ces bénédictions et de ces prérogatives immenses seront en proportion exacte avec la mesure dans laquelle l’Église cherche à maintenir l’ordre, la pureté, la séparation nazaréenne, choses auxquelles elle est appelée, comme étant la demeure de Dieu, le corps de Christ, l’habitation du Saint Esprit.
Puissent ces pensées pénétrer dans nos cœurs et exercer leur influence sanctifiante sur notre vie entière et sur tout notre caractère !
Voici la plus longue division de tout le livre des Nombres. Elle contient un exposé détaillé des noms des douze princes de la congrégation et de leurs offrandes respectives, à l’occasion de l’érection du tabernacle. « Et il arriva, le jour où Moïse eut achevé de dresser le tabernacle, et qu’il l’eut oint et sanctifié avec tous ses ustensiles, et l’autel avec tous ses ustensiles, et qu’il les eut oints et sanctifiés, que les princes d’Israël, chefs de leurs maisons de pères, princes des tribus, qui avaient été préposés sur ceux qui furent dénombrés, présentèrent leur offrande. Ils amenèrent leur offrande devant l’Éternel : six chariots couverts et douze bœufs, un chariot pour deux princes, et un bœuf pour un prince ; et ils les présentèrent devant le tabernacle. Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Prends d’eux ces choses, et elles seront employées au service de la tente d’assignation, et tu les donneras aux Lévites, à chacun en proportion de son service, Et Moïse prit les chariots et les bœufs, et les donna aux Lévites. Il donna deux chariots et quatre bœufs aux fils de Guershon, en proportion de leur service ; et il donna quatre chariots et huit bœufs aux fils de Merari, en proportion de leur service — sous la main d’Ithamar, fils d’Aaron, le sacrificateur : Et il n’en donna pas aux fils de Kehath, car le service du lieu saint leur appartenait ils portaient sur l’épaule » (vers. 1-9).
Nous avons fait observer, dans notre étude sur les chapitres 3 et 4, que les fils de Kehath avaient le privilège de porter tout ce qui était le plus précieux parmi les instruments et les meubles du sanctuaire. Voilà pourquoi ils ne recevaient aucune offrande des chefs. C’était leur service élevé et saint de porter sur leurs épaules et de ne pas employer des chariots et des bœufs. Plus nous examinerons attentivement les objets qui étaient remis à la charge et à la garde des Kehathites, plus nous verrons qu’ils présentent en type les manifestations les plus profondes et les plus complètes de Dieu en Christ. Les Guershonites et les Merarites, au contraire, avaient affaire avec des choses qui étaient plus extérieures. Leur ouvrage était plus pénible et plus hasardeux, et par conséquent ils étaient pourvus des ressources nécessaires que la libéralité des principaux mettait à leur disposition. Le Kehathites n’avait pas besoin du secours d’un chariot ou d’un bœuf dans son service supérieur. C’est son épaule qui devait porter le précieux fardeau mystique.
« Et les princes présentèrent leur offrande pour la dédicace de l’autel, le jour où il fut oint : les princes présentèrent leur offrande devant l’autel. Et l’Éternel dit à Moïse : Ils présenteront, un prince un jour, et un prince l’autre jour, leur offrande pour la dédicace de l’autel » (vers. 10-11).
Un lecteur peu spirituel, en parcourant des yeux ce chapitre particulièrement long, serait peut-être disposé à demander pourquoi, dans un livre inspiré, ce qui pouvait être dit en douze lignes occupe tant de place. Si un homme avait rendu compte des transactions de ces douze jours, il les aurait, selon toute probabilité, résumées très brièvement en un seul énoncé, et nous aurait dit que les douze principaux offrirent chacun telles et telles choses.
Mais cela n’aurait point du tout convenu à la pensée divine. Les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, et ses voies ne sont pas nos voies. Il voulait, Lui, une liste complète et des plus détaillées des principaux, donnant le nom de chacun d’eux, ainsi que celui de la tribu qu’il représentait, et indiquant les offrandes qu’il avait apportées au sanctuaire de Dieu ; de là vient ce long chapitre de quatre-vingt-neuf versets. Chaque nom y brille dans son caractère distinctif. Chaque offrande est minutieusement décrite et dûment estimée. Les noms et les offrandes ne sont pas confusément mêlés. Cela ne répondrait pas au caractère de notre Dieu ; et il ne saurait agir ou parler que selon son essence dans tout ce qu’il fait ou dit. L’homme peut passer rapidement ou avec insouciance sur les dons et les offrandes ; mais Dieu ne le peut, ne le fait et ne le veut jamais. Il se plaît à rappeler chaque petit service, chaque petit don affectueux. Il n’oublie jamais les plus petites choses ; et non seulement il ne les oublie pas Lui-même, mais il prend un soin particulier à ce qu’un nombre infini d’individus puissent les connaître. Combien peu ces douze principaux s’imaginaient que leurs offrandes et leurs noms seraient transmis d’âge en âge pour être lus par des générations sans nombre ! Cependant il en fut ainsi, car Dieu le voulait ainsi. Il entrera dans ce qui pourrait nous sembler un détail fatigant, même dans ce que l’homme pourrait appeler des répétitions, plutôt que d’omettre le nom d’un seul de ses serviteurs ou une seule particularité de leur œuvre.
Ainsi, dans le chapitre que nous avons sous les yeux, « chacun des principaux » avait son jour fixé pour présenter son offrande, et sa place assignée dans l’éternelle page inspirée, où la liste la plus complète de ses dons est inscrite par le Saint Esprit.
C’est vraiment divin. Et ne pouvons-nous pas dire que ce septième chapitre des Nombres est une page spécimen du livre de l’éternité, dans lequel le doigt de Dieu a gravé les noms de ses serviteurs et la liste de leurs œuvres ! Nous le croyons ; et si le lecteur veut ouvrir le chapitre 23 du second livre de Samuel, et le chapitre 16 de l’épître aux Romains, il trouvera deux pages analogues. Dans la première, nous avons les noms et les faits des hommes illustres de David ; dans la seconde, les noms et les actes des amis de Paul à Rome. Dans les deux chapitres, nous avons, nous en sommes persuadé, une illustration de ce qui est vrai de tous les saints de Dieu et des serviteurs de Christ, du premier au dernier. Chacun a sa place spéciale dans le rôle, chacun a sa place dans le cœur du Maître, et tous seront manifestés bientôt. Parmi les vaillants hommes de David, nous avons « les trois premiers » — « les trois » — et « les trente ». Nul « des trente » n’obtint jamais une place parmi « les trois » ; et nul « des trois » n’égale les « trois premiers ».
Non seulement chaque nom, mais chaque acte est fidèlement inscrit ; et ce qui constitue l’acte, et la manière dont il est accompli, nous sont rapportés de la manière la plus précise. Nous avons le nom de l’homme, ce qu’il fit, et comment il le fit. Tout est enregistré avec une exactitude et un soin particuliers par la plume infaillible et impartiale du Saint Esprit.
Il en est de même encore, quand nous nous arrêtons à cette remarquable page du chapitre 16 aux Romains. Nous avons là tout ce qui concerne Phœbé, ce qu’elle était, ce qu’elle faisait, et quelle était la base solide sur laquelle reposaient ses droits à la sympathie et à l’assistance de l’assemblée à Rome. Puis viennent Prisca et Aquilas — la femme est nommée la première ; nous voyons comment ils avaient hasardé leur propre cou pour la vie de l’apôtre, et avaient mérité ses remerciements et ceux des assemblées des nations. Immédiatement après nous avons le « bien-aimé » Épaïnète ; et « Marie qui » non seulement « a travaillé », mais « a beaucoup travaillé » pour l’apôtre. Ce n’aurait pas été parler selon la pensée de l’Esprit ou le cœur de Christ que de dire simplement qu’Épaïnète était « aimé » ou que Marie avait « travaillé ». Non, ces petits mots « bien » et « beaucoup » étaient nécessaires pour exprimer l’état exact de chacun.
Mais nous ne devons pas nous étendre là-dessus, et nous appellerons seulement l’attention du lecteur sur le verset 12. Pourquoi l’écrivain inspiré ne place-t-il pas « Tryphène, Tryphose, et Persis la bien-aimée » sous un seul chef ? Pourquoi ne leur assigne-t-il pas une seule et même position ? La raison en est extrêmement belle ; c’est parce qu’il ne pouvait dire que ceci des deux premières, qu’elles avaient « travaillé dans le Seigneur », tandis qu’il était juste d’ajouter pour la dernière, qu’elle « avait beaucoup travaillé dans le Seigneur ». Est-il rien de plus distinctif ? C’est encore une fois « les trois » — « les trois premiers » et « les trente ». Ce n’est pas un mélange confus de noms et de services ; pas de précipitation, pas d’inexactitude. On nous dit ce que chacun était et ce qu’il faisait. Chacun a sa place et reçoit sa propre récompense de louange.
Et ceci, qu’on le remarque, est une page spécimen du livre de l’éternité. Que c’est solennel ! et toutefois que c’est encourageant ! Il n’est pas un seul acte de service que nous rendons à notre Seigneur, qui ne soit couché par écrit dans son livre ; et non seulement la substance de l’acte, mais aussi la manière dont il est fait, car Dieu apprécie la manière aussi bien que nous. Il aime celui qui donne joyeusement et celui qui travaille de bon cœur, parce que c’est précisément ainsi qu’il agit Lui-même. Il était agréable à son cœur de voir l’élan de libéralité des représentants des douze tribus se répandre autour de son sanctuaire. Il était agréable à son cœur de signaler les actes des vaillants hommes de David, au jour de sa réjection ; et de relever le dévouement des Prisca, des Aquilas et des Phœbé, dans une époque plus récente. Nous pouvons ajouter qu’il est agréable à son cœur, dans ces jours de tiédeur et d’inerte profession, de voir çà et là un cœur qui aime vraiment Christ, et un ouvrier dévoué dans sa vigne.
Que l’Esprit de Dieu excite nos cœurs à un plus entier dévouement ! Que l’amour de Christ nous étreigne de plus en plus, de telle sorte que nous vivions, non pas pour nous-mêmes, mais pour Lui qui nous a aimés et qui nous a lavés de nos odieux péchés dans son sang précieux et nous a faits tout ce que nous sommes, et ce que nous avons l’espérance d’être bientôt.
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Parle à Aaron et dis-lui Quand tu allumeras les lampes, les sept lampes éclaireront sur le devant, vis-à-vis du chandelier. Et Aaron fit ainsi ; il alluma les lampes pour éclairer sur le devant, vis-à-vis du chandelier, comme l’Éternel l’avait commandé à Moïse. Et le chandelier était fait ainsi : il était d’or battu ; depuis son pied jusqu’à ses fleurs, il était d’or battu. Selon la forme que l’Éternel avait montrée à Moïse, ainsi il avait fait le chandelier » (vers. 1-4).
Dans ce paragraphe, deux choses réclament l’attention du lecteur, savoir : d’abord, la place qu’occupe le type du chandelier d’or, et secondement, l’instruction qu’il présente.
Il est bien remarquable que le chandelier soit le seul des meubles du tabernacle qui soit ici mentionné. Il ne nous est rien dit de l’autel d’or, rien de la table d’or. Le chandelier seul est devant nous, non point comme au chapitre 4 où il est vu (ainsi que toutes les autres choses qui nous sont présentés), dans son vêtement de voyage, mais dépouillé de ses couvertures bleues et de ses peaux de taissons. Ici on le voit resplendissant et découvert. Il est mentionné entre les offrandes des principaux et la consécration des Lévites, et répand sa mystique lumière conformément au commandement du Seigneur. On ne peut pas se dispenser de la lumière dans le désert, c’est pourquoi le chandelier d’or doit être dépouillé de sa couverture et peut briller en témoignage pour Dieu. Et qu’on se souvienne toujours que ce témoignage est le grand but vers lequel tout se dirige, soit qu’il s’agisse de l’offrande de nos biens, comme dans le cas des principaux ; soit qu’il s’agisse de la consécration de nos personnes, comme dans le cas des Lévites. Ce n’est qu’à la lumière du sanctuaire que l’on peut voir la valeur réelle de chaque chose et de chacun.
Aussi l’ordre moral de toute cette partie de notre livre est-il frappant et beau ; il est, en vérité, divinement parfait. Ayant lu dans le chapitre 7 tout ce qui est dit de la libéralité des principaux, nous pourrions, dans notre sagesse, supposer que la première chose qui devrait suivre, serait la consécration des Lévites, montrant ainsi dans un rapport immédiat « nos personnes et nos offrandes ». Mais non. L’Esprit de Dieu fait intervenir la lumière du sanctuaire, afin que nous puissions discerner, par elle, le véritable objet de toute libéralité et de tout service dans le désert.
N’y a-t-il pas en ceci une belle convenance morale ? Aucun lecteur spirituel ne peut manquer de le voir. Pourquoi n’avons-nous pas ici l’autel d’or, avec son nuage d’encens ? Pourquoi pas la table pure avec ses douze pains ? Parce que ni l’un ni l’autre de ces meubles n’aurait la moindre connexion morale avec ce qui précède ou ce qui suit ; mais le chandelier d’or est en parfait rapport avec tous les deux, vu qu’il nous apprend que toute libéralité et toute œuvre doivent être envisagées à la lumière du sanctuaire, afin qu’on en puisse constater la réelle valeur. C’est là une grande leçon pour le désert, et elle nous est enseignée d’une manière aussi bénie qu’un type peut le faire. Dans notre marche à travers le livre des Nombres, nous venons de lire le récit de la libéralité tout à fait cordiale des principaux chefs de la congrégation, à l’occasion de la dédicace de l’autel ; et nous allons arriver au récit de la consécration des Lévites ; mais l’écrivain inspiré s’arrête entre ces deux récits, afin de laisser resplendir sur eux la lumière du sanctuaire.
C’est l’ordre divin. C’est, nous pouvons le dire, une des nombreuses illustrations, répandues dans toute l’Écriture, et tendant à démontrer la divine perfection du volume entier, comme de chacun de ses livres, de chacune de ses divisions et de chacun de ses paragraphes. Nous sommes heureux, profondément heureux, de signaler ces précieuses illustrations, offrant ainsi notre humble tribut de louanges à ce précieux livre que notre Père a, dans sa grâce, fait écrire pour nous. Nous savons bien que ce livre n’a pas besoin de notre pauvre témoignage, ni de celui d’aucune plume ou d’aucune langue humaine. Mais, cependant, c’est notre joie de le lui rendre, à la face des attaques nombreuses, mais futiles, que dirige l’ennemi contre son inspiration. La vraie source et le vrai caractère de toutes ces attaques deviendront de plus en plus manifestes, à mesure que nous acquerrons une connaissance toujours plus profonde, plus vivante et plus expérimentale des infinies profondeurs et des divines perfections de la Parole. C’est pourquoi les preuves internes des Saintes Écritures — leur puissant effet sur nous-mêmes, non moins que leurs gloires morales intrinsèques, leur faculté de juger les racines mêmes du caractère et de la conduite, et leur admirable composition dans toutes leurs parties — sont les plus forts arguments en faveur de leur divinité. Un livre qui me montre ce que je suis, qui me dit tout ce qui est dans mon cœur — qui met à nu les ressorts moraux les plus cachés de ma nature, qui me juge à fond et qui, en même temps, me révèle Celui qui répond à tous mes besoins — un pareil livre porte avec lui ses lettres de créance. Il ne demande pas de lettres de recommandation de l’homme et n’en a pas besoin. Il n’a nul besoin de sa faveur et nulle crainte de sa colère. Il nous est souvent venu à la pensée que si nous raisonnions sur la Bible, comme la femme de Sichar le faisait sur notre Seigneur, nous arriverions à une conclusion aussi saine sur la Bible, que celle de la Samaritaine sur le Seigneur. « Venez, disait cette simple femme, voyez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; celui-ci n’est-il point le Christ ? » Ne pouvons-nous pas dire avec une égale force d’argumentation : « Venez, voyez un livre qui m’a dit tout ce que j’ai fait ; ce livre n’est-il pas la Parole de Dieu ? » Oui, vraiment ; et non seulement cela, mais nous pouvons à plus forte raison tirer cette conclusion, vu que le Livre de Dieu nous dit non seulement tout ce que nous avons fait, mais tout ce que nous pensons, tout ce que nous disons, et tout ce que nous sommes (voir Rom. 3:10-18 ; Matt. 15:19).
Est-ce donc que nous méprisons les preuves externes ? Loin de là. Nous nous en réjouissons. Nous estimons chaque argument et chaque témoignage qui sont propres à fortifier les fondements de la confiance du cœur en la divine inspiration des Saintes Écritures ; et certes nous avons abondance de ces arguments et de ces témoignages. L’histoire même du Livre, avec tous ses faits étonnants, fournit un large affluent qui grossit les flots de l’évidence. L’histoire de sa composition, de sa conservation, de sa transmission de bouche en bouche, de sa circulation sur toute la surface de la terre — en un mot, son histoire entière, plus merveilleuse que la fable et cependant véritable, forme un argument puissant à l’appui de sa divine origine. Prenez seulement ce seul fait du plus haut intérêt, c’est-à-dire sa conservation pendant plus d’un millier d’années, entre les mains de ceux qui l’auraient volontiers livré, s’ils l’avaient pu, à un éternel oubli. N’est-ce pas un fait éloquent ? Or il en est bien d’autres semblables dans l’histoire merveilleuse de ce volume sans égal et sans prix.
Mais après avoir accordé une place aussi grande que possible à la valeur des preuves externes, nous revenons avec une inébranlable décision à notre assertion, que les preuves internes — celles qui se puisent dans le Livre lui-même — constituent l’apologie la plus puissante, pour servir de barrière au torrent de l’opposition infidèle et sceptique.
Nous ne poursuivrons pourtant pas davantage ce courant de pensées, dans lequel nous avons été conduits en contemplant la position remarquable assignée au chandelier d’or, dans le livre des Nombres. Nous nous sommes senti pressé de rendre un tel témoignage à notre très précieuse Bible, et maintenant nous revenons à notre chapitre pour chercher à recueillir l’instruction qui est contenue dans son premier paragraphe.
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Parle à Aaron, et dis-lui : Quand tu allumeras les lampes, les sept lampes éclaireront sur le devant, vis-à-vis du chandelier ». Ces « sept lampes » désignent la lumière de l’Esprit en témoignage. Elles étaient unies à la tige battue du chandelier, laquelle figure Christ qui, dans sa Personne et dans son œuvre, est le fondement de l’œuvre de l’Esprit dans l’Église. Tout dépend de Christ. Chaque rayon de lumière dans l’Église, dans le croyant, ou plus tard dans Israël, émane de Christ.
Mais ce n’est pas tout ce que nous apprend ce type. « Les sept lampes éclaireront sur le devant, vis-à-vis du chandelier ». Si nous voulions revêtir cette figure du langage du Nouveau Testament, nous citerions les paroles de notre Seigneur lorsqu’il nous dit : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, en sorte qu’ils voient vos bonnes œuvres, et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matt. 5:16). En quelque lieu que resplendisse la vraie lumière de l’Esprit, elle rendra toujours un éclatant témoignage à Christ. Elle n’appellera pas l’attention sur elle-même, mais sur Lui ; et c’est là le moyen de glorifier Dieu. « Les sept lampes éclaireront sur le devant, vis-à-vis du chandelier ».
C’est là une grande vérité pratique pour tous les chrétiens. Le plus beau témoignage qui puisse être donné d’une œuvre vraiment spirituelle, c’est qu’elle tend directement à exalter Christ. Si l’on cherche à attirer l’attention sur l’œuvre ou sur l’ouvrier, la lumière s’affaiblit, et le Ministre du sanctuaire doit se servir des mouchettes. C’était l’emploi d’Aaron d’allumer les lampes ; c’était aussi à lui de les arranger. En d’autres termes, la lumière que, comme chrétiens, nous sommes responsables de faire luire, est non seulement fondée sur Christ, mais elle est maintenue par Lui de moment en moment, durant la nuit tout entière. Hors de Lui nous ne pouvons rien faire. La tige d’or soutenait les lampes ; la main du sacrificateur les alimentait d’huile et appliquait les mouchettes. Tout est en Christ, de Christ et par Christ.
En plus, tout est à Christ. Quel que soit le lieu où la lumière de l’Esprit — la vraie lumière du sanctuaire — ait brillé dans le désert de ce monde, le but de cette lumière a été d’exalter le nom de Jésus. Quoi que ce soit qui ait été opéré par le Saint Esprit, ou qui ait été dit, ou qui ait été écrit, tout a eu pour objet la gloire de ce Sauveur béni. Et nous pouvons hardiment dire que tout, quoi que ce puisse être, qui n’a pas cette tendance, ce but, n’est pas du Saint Esprit. Il peut y avoir une immense somme de travaux accomplis, une grande masse de résultats apparents obtenus, une quantité de choses qui sont de nature à attirer l’attention de l’homme et à faire éclater ses applaudissements, sans que cependant il y ait là un seul rayon de lumière émanant du chandelier d’or. Et pourquoi ? Parce que l’attention est dirigée sur l’œuvre et sur ceux qui s’en occupent. L’homme, ses actes et ses paroles, sont exaltés au lieu de Christ. La lumière n’a pas été produite par l’huile que fournit la main du grand Souverain Sacrificateur, et en conséquence, c’est une fausse lumière. C’est une lumière qui ne luit pas sur le chandelier, mais sur le nom ou les actes de quelque pauvre mortel.
Tout ceci est très solennel, et réclame la plus sérieuse attention. Il est toujours extrêmement dangereux de voir un homme ou son œuvre mis en relief. On peut être assuré que Satan atteint son but lorsque l’attention se porte sur quelque autre chose, ou sur quelque autre personne que le Seigneur Jésus Lui-même. Une œuvre peut être commencée dans la plus grande simplicité possible ; mais par un manque de vigilance et de spiritualité de la part de l’ouvrier, l’attention générale peut être attirée sur lui-même ou sur les résultats de son œuvre, et il peut tomber dans le piège du diable. Le but incessant que poursuit Satan, c’est de déshonorer le Seigneur Jésus ; et s’il peut le faire par ce qui a l’apparence d’un service chrétien, il a pour le moment remporté la plus grande victoire. Il n’a aucune objection contre l’œuvre en elle-même, pourvu qu’il puisse la séparer du nom de Jésus. Il se mêlera toujours lui-même, s’il le peut, à l’œuvre ; il se présentera au milieu des serviteurs de Christ, comme une fois jadis il se présenta au milieu des fils de Dieu ; mais son but est toujours le même, savoir de déshonorer le Seigneur. Il permit à la servante, dont il est question au chapitre 16 des Actes, de rendre témoignage aux serviteurs de Christ et de dire : « Ces hommes sont les esclaves du Dieu Très haut, qui vous annoncent la voie du salut ». Mais en le faisant, il avait uniquement en vue de séduire ces ouvriers et de détruire leur œuvre. Il fut défait cependant, parce que la lumière qui émanait de Paul et de Silas était la pure lumière du sanctuaire, et elle ne resplendit que sur le Christ. Ils ne cherchaient pas à se faire un nom ; et comme c’était à eux et non à leur Maître que la servante rendait témoignage, ils refusèrent ce dernier et préférèrent souffrir pour l’amour de leur Maître que d’être exaltés à ses dépens.
C’est un bel exemple pour tous les ouvriers du Seigneur. Et si nous nous reportons un moment au chapitre 3 des Actes, nous en trouverons un autre très frappant. La lumière du sanctuaire y éclate dans la guérison du boiteux, et quand l’attention, qu’ils n’avaient pas recherchée, fut attirée sur les ouvriers, nous voyons Pierre et Jean se retirer tout de suite, avec une sainte jalousie, derrière leur glorieux Maître, et Lui attribuer toute la gloire. « Et comme il tenait par la main Pierre et Jean, tout le peuple étonné accourut vers eux au portique appelé de Salomon. Et Pierre, voyant cela, répondit au peuple : Hommes israélites, pourquoi vous étonnez-vous de ceci ? Ou pourquoi avez-vous les yeux fixés sur nous, comme si nous avions fait marcher cet homme par notre propre puissance ou par notre piété ? Le Dieu d’Abraham et d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus » (vers. 11-13).
Ici, nous avons véritablement « les sept lampes éclairant sur le devant, vis-à-vis du chandelier » ; ou, en d’autres termes, le déploiement sextuple ou parfait de la lumière de l’Esprit rendant un témoignage positif au nom de Jésus ? « Pourquoi avez-vous les yeux fixés sur nous ? » disent ces fidèles porteurs de la lumière de l’Esprit. Il n’est ici nullement besoin des mouchettes ! La lumière n’était point voilée. C’était sans doute une occasion dont les apôtres auraient pu profiter, s’ils l’avaient bien, voulu, pour entourer leurs propres noms d’une auréole de gloire. Ils auraient pu s’élever au faîte de la renommée, et attirer sur eux le respect et la vénération de milliers de personnes dans l’admiration, sinon même dans l’adoration. Mais s’ils l’avaient fait, ils auraient frustré leur Maître, falsifié le témoignage, contristé le Saint Esprit, et attiré sur eux-mêmes le juste jugement de Celui qui ne donnera pas sa gloire à un autre.
Mais non ; les sept lampes brillaient avec éclat à Jérusalem, dans ce moment intéressant. Le vrai candélabre était alors au portique de Salomon et non dans le temple. Du moins les sept lampes étaient là et y faisaient admirablement leur œuvre. Ces serviteurs honorés ne cherchaient pas la gloire pour eux-mêmes ; au contraire, ils déployèrent sur-le-champ toute leur énergie, afin d’éloigner d’eux-mêmes les regards d’étonnement de la foule et de les porter sur Celui qui seul en est digne et qui, quoiqu’il fût dans les cieux, travaillait encore par son Esprit sur la terre.
Beaucoup d’autres exemples pourraient être tirés des Actes des Apôtres ; mais celui que nous venons de voir suffira pour imprimer dans nos cœurs la grande leçon pratique que nous enseigne le chandelier d’or avec ses sept lampes. Nous en sentons profondément la nécessité dans ce moment même. Il y a toujours du danger à ce que l’œuvre et l’ouvrier soient mis en relief plutôt que le Maître. Tenons-nous en garde contre ce piège. C’est un grand mal ; cela contriste l’Esprit Saint qui travaille toujours à exalter le nom de Jésus ; c’est offensant pour le Père qui voudrait toujours faire résonner à nos oreilles et descendre profondément dans nos cœurs ces paroles venant du ciel ouvert et entendues sur la montagne de la transfiguration : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir ; écoutez-le » (Matt. 17:5) ; c’est en opposition des plus directes et des plus positives avec la pensée du Ciel, où tout regard est fixé sur Jésus, où tout cœur est occupé de Jésus, et où le seul cri éternel, universel et unanime sera : « Tu es digne ».
Pensons à tout cela ; pensons-y sérieusement et habituellement ; afin de nous abstenir de tout ce qui s’approche de la glorification de l’homme — du moi, de nos actions, de nos paroles, de nos pensées. Puissions-nous tous chercher avec plus d’ardeur le sentier paisible, ombragé et discret, où l’Esprit du doux et humble Jésus nous conduira toujours pour la marche et pour le service. En un mot, puissions-nous demeurer en Christ et recevoir de Lui, de jour en jour et de moment en moment, l’huile pure, tellement que notre lumière luise sans que nous y pensions, à la louange de Celui en qui seul nous avons TOUT, en dehors duquel nous ne pouvons faire absolument RIEN.
Le reste du chapitre 8 des Nombres contient l’exposé du cérémonial en rapport avec la consécration des Lévites, que nous avons déjà examiné dans ces Notes, aux chapitres 3 et 4.
« Et l’Éternel parla à Moïse, dans le désert de Sinaï, le premier mois de la seconde année après leur sortie du pays d’Égypte, disant : Que les fils d’Israël fassent aussi la Pâque au temps fixé. Vous la ferez au temps fixé, le quatorzième jour de ce mois, entre les deux soirs ; vous la ferez selon tous ses statuts et selon toutes ses ordonnances. — Et Moïse dit aux fils d’Israël de faire la Pâque. Et ils firent la Pâque, le premier mois, le quatorzième jour du mois, entre les deux soirs, au désert de Sinaï : selon tout ce que l’Éternel avait commandé à Moïse, ainsi firent les fils d’Israël » (vers. 1-5).
Il y a trois endroits distincts où nous voyons célébrer cette grande fête de rédemption ; savoir : en Égypte (Exode 12) ; dans le désert (Nombres 9) ; et dans la terre de Canaan (Josué 5). La rédemption se trouve à la base de tout ce qui a rapport à l’histoire du peuple de Dieu. Doit-il être délivré de la servitude, de la mort et des ténèbres de l’Égypte ? C’est par la rédemption. Doit-il être porté à travers toutes les difficultés et tous les dangers du désert ? C’est sur le principe de la rédemption. Doit-il marcher à travers les ruines des murs menaçants de Jéricho et mettre ses pieds sur le cou des rois de Canaan ? C’est en vertu de la rédemption.
Ainsi le sang de l’agneau pascal rencontra l’Israël de Dieu au milieu de la profonde dégradation du pays d’Égypte, et l’en délivra. Il le trouva dans le désert aride, au travers duquel il le conduisit. Il fut avec lui son entrée dans la terre de Canaan et l’y établit.
En un mot, le sang de l’agneau rencontra le peuple en Égypte, l’accompagna à travers le désert, et le fixa Canaan. Il était le fondement béni de toutes les voies de Dieu envers eux, en eux, et avec eux. Était-il question du jugement de Dieu contre l’Égypte ? Le sang de l’agneau les en mettait à couvert. Était-il question des besoins sans nombre du désert ? Le sang de l’agneau était le gage sûr et certain d’une victoire complète et glorieuse. Du moment que nous contemplons l’Éternel venant agir en faveur de son peuple, en vertu du sang de l’agneau, tout est infailliblement garanti du commencement à la fin. Toute la durée de ce mystérieux et merveilleux voyage, depuis les fours à briques de l’Égypte jusqu’aux collines couvertes de vignes et aux riches plaines de la Palestine, ne servit qu’à prouver et qu’à montrer les vertus variées du sang de l’agneau.
Cependant, ce chapitre-ci nous présente la pâque entièrement au point de vue du désert ; et cela expliquera au lecteur pourquoi il y est fait mention de la circonstance suivante : Et il y eut des hommes qui étaient impurs à cause du corps mort d’un homme, et qui ne pouvaient pas faire la Pâque ce jour-là ; et ils se présentèrent ce jour-là devant Moïse et devant Aaron (vers. 6).
Il y avait là une difficulté pratique — quelque chose d’anormal, comme on dit — un cas imprévu ; c’est pourquoi la question fut soumise à Moïse et à Aaron. « Ils se présentèrent devant Moïse » — le représentant des droits de Dieu — « et devant Aaron » — le représentant des ressources de la grâce de Dieu. Il semble y avoir quelque chose de particulier et de grave dans la manière dont il est fait allusion à ces deux fonctionnaires. Les deux éléments, dont ils étaient l’expression, apparaissent comme très importants pour la solution d’une difficulté telle que celle qui s’offrait ici.
« Et ces hommes lui dirent : Nous sommes impurs à cause du corps mort d’un homme ; pourquoi serions-nous exclus de présenter l’offrande de l’Éternel au temps fixé, au milieu des fils d’Israël ? » (vers. 7). La souillure était entièrement avouée, et la question soulevée était celle-ci : Devaient-ils être absolument privés du saint privilège de venir devant l’Éternel ? N’y avait-il aucune ressource pour un pareil cas et ne pouvait-on pas y pourvoir ?
Question extrêmement intéressante, assurément, mais à laquelle cependant aucune réponse n’avait été donnée. Nous n’avons pas de cas semblable, prévu dans l’institution originelle en Exode 12 ; quoique nous y trouvions un exposé complet de tous les rites et de toutes les cérémonies de la fête. C’était pour le désert que le développement de cette question avait été réservé. C’était dans la marche du peuple — dans les détails réels et pratiques de la vie du désert, que se présentait la difficulté à résoudre. Voilà pourquoi le récit de toute cette affaire est fort à propos donné dans les Nombres qui sont le Livre du désert.
« Et Moïse leur dit : Tenez-vous là, et j’entendrai ce que l’Éternel commandera à votre égard » (verset 8). Belle attitude ! Moïse n’avait pas de réponse à donner ; mais il savait qui pouvait le faire, et c’est à Lui qu’il s’adresse. C’était la chose la meilleure et la plus sage que Moïse eût à faire. Il ne prétendait pas pouvoir répondre. Il n’avait pas honte de dire : « Je ne sais pas ». Malgré toute sa sagesse et toute sa connaissance, il n’hésitait pas à déclarer son ignorance. C’est la vraie connaissance, la vraie sagesse. Il pouvait être humiliant pour un homme dans la position de Moïse, de paraître, aux yeux de la congrégation ou de quelques-uns de ses membres, ignorant sur un sujet quelconque. Lui qui avait mené le peuple hors d’Égypte, qui l’avait conduit à travers la mer Rouge, qui avait conversé avec l’Éternel, et qui avait reçu sa mission du grand « Je suis », serait-il possible qu’il fût incapable de répondre à une difficulté surgissant d’un cas aussi simple que celui qu’il avait alors devant lui ? Était-il donc vrai qu’un homme tel que Moïse ignorât la juste marche à suivre vis-à-vis de personnes qui avaient été souillées pour un mort ?
Il en est plus d’un qui, n’occupant pourtant point la position élevée de Moïse, eût essayé de résoudre d’une manière ou d’une autre une telle question. Mais Moïse était l’homme le plus doux de toute la terre. Il savait très bien qu’il ne devait pas avoir la présomption de parler quand il n’avait rien à dire. Si nous suivions plus fidèlement son exemple en cela, nous éviterions beaucoup d’affirmations hasardées, bien des méprises ou des erreurs. En outre, cela nous rendrait beaucoup plus vrais, plus simples et plus naturels. Nous sommes souvent assez insensés pour avoir honte de montrer notre ignorance. Nous nous imaginons follement que nous portons atteinte à notre réputation de sagesse et d’intelligence, quand nous prononçons notre affirmation qui exprime si bien une vraie grandeur morale : « Je ne sais pas ». C’est une complète erreur. Nous attacherons toujours beaucoup plus de poids et d’importance aux paroles d’un homme qui ne prétend jamais à une connaissance qu’il ne possède point ; tandis que nous ne serons pas disposés à écouter un homme toujours prompt à parler avec une frivole confiance en lui-même. Oh ! marchons en tout temps selon l’esprit de ces belles paroles : « Tenez-vous là, et j’entendrai ce que l’Éternel commandera ».
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Parle aux fils d’Israël, en disant : Si un homme d’entre vous ou de votre postérité est impur à cause d’un corps mort, ou est en voyage au loin, il fera la Pâque à l’Éternel. Ils la feront le second mois, le quatorzième jour, entre les deux soirs ; ils la mangeront avec des pains sans levain et des herbes amères » (vers. 9-11).
Deux grandes vérités fondamentales sont exposées dans la pâque, savoir la rédemption et l’unité du peuple de Dieu. Ces vérités sont invariables. Rien ne saurait les détruire. Il peut y avoir chute et infidélité, sous des formes variées, mais ces glorieuses vérités de la rédemption éternelle et de la parfaite unité du peuple de Dieu conservent toute leur force et toute leur valeur. Voilà pourquoi cette ordonnance qui représentait si vivement ces vérités, était continuellement obligatoire. Les circonstances ne devaient pas en empêcher l’exécution. La mort ou la distance ne devaient pas l’interrompre. « Si un homme d’entre vous ou de votre postérité est impur à cause d’un corps mort, ou est en voyage au loin, il fera la Pâque à l’Éternel ». Il était en effet si urgent pour chaque membre de la congrégation de célébrer cette fête, qu’une mesure spéciale dans ce but est prise dans le chapitre 9 des Nombres pour ceux qui n’étaient pas en état de l’observer selon l’ordre prescrit. Ces personnes devaient l’observer le quatorzième jour du second mois. Ainsi la grâce pourvoyait aux cas inévitables de mort ou d’éloignement.
Si le lecteur veut chercher le chapitre 30 de 2 Chroniques, il verra qu’Ézéchias et la congrégation avec lui profitèrent de cette miséricordieuse ressource. « Il s’assembla à Jérusalem une grande multitude de peuple pour célébrer la fête des pains sans levain, au second mois, une très grande congrégation… Et on égorgea la pâque, le quatorzième jour du second mois » (vers. 13-15).
La grâce de Dieu peut nous rencontrer dans la plus grande faiblesse, pourvu que nous la sentions et que nous la confessions (*). Mais que cette vérité très précieuse ne nous fasse pas traiter légèrement le péché ou la souillure. Quoique la grâce permît le second mois au lieu du premier, elle ne tolérait, pour cela, aucun relâchement dans les ordonnances et dans les cérémonies de la fête. « Les pains sans levain et les herbes amères » devaient toujours avoir leur place ; la chair d’aucun sacrifice ne devait être conservée jusqu’au matin et pas un os de la victime ne devait être brisé. Dieu ne peut nullement tolérer l’abaissement de la règle de la vérité ou de la sainteté. L’homme, par la faiblesse, le manquement ou l’influence des circonstances, pourrait être en retard ; mais il ne doit pas rester au-dessous de la règle divine. La grâce permet le premier cas, la sainteté défend le second ; et si quelqu’un eût trop présumé de la grâce pour se dispenser de la sainteté, il aurait été retranché de l’assemblée.
(*) Le lecteur remarquera avec intérêt et profit le contraste qui existe entre la manière d’agir d’Ézéchias en 2 Chroniques 30, et celle de Jéroboam en 1 Rois 12:32. Le premier usa de la ressource fournie par la grâce divine ; le second suivit son propre dessein. Le second mois était permis par Dieu ; le huitième fut inventé par l’homme. Les prévoyances divines, satisfaisant aux besoins de l’homme, et les inventions humaines, s’opposant à la parole de Dieu, sont des choses totalement différentes.
Cela ne nous dit-il rien ? Nous devons toujours nous rappeler, en lisant les pages de ce merveilleux livre des Nombres, que les choses qui arrivaient à Israël sont des types pour nous, et que c’est pour nous, à la fois, un devoir et un privilège de nous attacher à ces types et de chercher à comprendre les leçons qu’ils sont destinés à nous enseigner de la part de Dieu.
Que nous apprennent donc les règles relatives à la célébration de la pâque au second mois ? Pourquoi était-il spécialement enjoint à Israël de n’omettre aucun détail dans cette occasion particulière ? Pourquoi est-ce dans ce chapitre 9 des Nombres, que les directions pour le second mois se trouvent beaucoup plus détaillées que celles pour le premier ? Ce n’est certainement pas que l’ordonnance fût plus importante dans un cas que dans l’autre, car son importance, au jugement de Dieu, était toujours la même. Ce n’est pas non plus qu’il y eût, en aucun cas, une ombre de différence dans l’ordre, vu qu’il était aussi toujours le même. Néanmoins le lecteur qui méditera sur ce chapitre sera frappé du fait que, lorsqu’il est question de la célébration de la pâque au premier mois, nous lisons simplement ces mots : « Vous la ferez selon tous ses statuts et selon toutes ses ordonnances ». Mais, d’un autre côté, quand il s’agit du second mois, nous avons un énoncé plus détaillé de ce qu’étaient ces ordonnances et ces cérémonies : « Ils la mangeront avec des pains sans levain et des herbes amères ; ils n’en laisseront rien jusqu’au matin et n’en casseront pas un os ; ils la feront selon tous les statuts de la Pâque » (comp vers. 3, avec 11-12).
Que nous enseigne donc ce simple fait, demandons-nous ? Nous croyons qu’il nous enseigne très clairement que nous ne devons jamais abaisser la règle, dans les choses de Dieu, à cause de la chute et de la faiblesse du peuple de Dieu ; mais que plutôt, pour cette raison même, nous devons prendre un soin particulier de tenir élevée la bannière, dans toute sa divine intégrité. Sans doute, il devrait y avoir le sentiment profond de la chute — et plus il serait profond, mieux cela serait ; mais on ne doit pas sacrifier la vérité de Dieu. Nous pouvons toujours compter avec assurance sur les ressources de la grâce divine, tout en cherchant à maintenir, avec une fermeté inébranlable, l’étendard de la vérité de Dieu.
Cherchons à en garder toujours le souvenir dans nos pensées et dans nos cœurs. D’un côté, nous sommes en danger d’oublier que la chute a eu lieu — oui, une grande chute, l’infidélité et le péché. Et d’un autre côté, nous risquons d’oublier l’infaillible fidélité de Dieu, en vue de cette chute, et en dépit de tout. L’Église professante est tombée, elle est dans une ruine complète ; et non seulement elle, mais nous-mêmes, individuellement, nous avons failli et contribué à la ruine. Nous devrions sentir tout cela — le sentir profondément — le sentir constamment. Nous devrions avoir toujours dans notre esprit, devant notre Dieu, la conscience intime et humiliante de la manière triste et honteuse dont nous nous sommes conduits dans la maison de Dieu. Nous ne ferions qu’ajouter extrêmement à notre chute, si nous oubliions jamais que nous sommes tombés. Ce qu’il nous convient d’avoir, c’est une profonde humilité et un esprit vraiment brisé, en nous souvenant de toutes ces choses ; ces sentiments et ces exercices intérieurs s’exprimeront nécessairement par une marche et une conduite humbles au milieu de la scène où nous vivons.
« Toutefois le solide fondement de Dieu demeure, ayant ce sceau : Le Seigneur connaît ceux qui sont siens, et : Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (2 Tim. 2:19). Voilà la ressource du fidèle, en présence des ruines de la chrétienté. Dieu ne fait jamais défaut, il ne change pas, et nous avons simplement à nous retirer de l’iniquité et à nous tenir collés à Lui. Nous devons faire ce qui est droit, le poursuivre diligemment et Lui abandonner les conséquences.
Nous conjurons le lecteur de donner toute son attention aux pensées qui précèdent. Nous désirons qu’il s’arrête quelques instants et qu’il considère tout ce sujet avec un esprit de prière. Nous sommes convaincu que le sérieux examen que nous ferions de ses deux faces nous aiderait grandement à trouver notre chemin au milieu des ruines qui nous entourent. Le souvenir de la condition de l’Église, et de notre infidélité individuelle, nous garderait dans l’humilité ; tandis qu’en même temps, la connaissance de la règle invariable de Dieu, et de son immuable fidélité, nous détacherait du mal qui nous environne et nous maintiendrait fermes dans le sentier de la séparation. Les deux choses réunies nous préserveraient efficacement d’une vaine prétention, d’un côté, du relâchement et de l’indifférence, de l’autre. Nous devons toujours nous souvenir de ce fait humiliant, que nous sommes déchus, tout en nous attachant à cette grande vérité, que Dieu est fidèle.
Ce sont les leçons par excellence du désert — leçons pour les jours actuels — leçons pour nous. Elles sont suggérées très fortement par le récit particulier au livre des Nombres — le grand Livre du désert. C’est dans le désert que la chute de l’humanité se manifeste si pleinement ; c’est dans le désert aussi que les ressources infinies de la grâce divine sont déployées. Mais répétons encore cette assertion — et puisse-t-elle être gravée en caractères ineffaçables dans nos cœurs : — les plus riches provisions de la grâce et de la miséricorde divines ne donnent aucun motif quelconque pour abaisser la règle de la vérité de Dieu. Si quelqu’un avait allégué, comme excuse, la souillure ou l’absence, pour ne pas célébrer la pâque, ou pour le faire d’une manière autre que Dieu ne l’avait ordonnée, il eût assurément été retranché de la congrégation. Et de même pour nous, si nous consentons à abandonner une vérité quelconque de Dieu, parce que la chute s’est produite — si, par pure incrédulité du cœur, nous faisons des concessions aux dépens de la vérité de Dieu, nous abandonnons le terrain de Dieu — si nous prenons l’état des choses qui nous entourent comme excuse pour secouer l’autorité de la vérité de Dieu de dessus notre conscience, ou pour nous soustraire à son influence sur notre conduite et sur notre caractère — il est très évident que notre communion sera interrompue (*).
(*) Que l’on note ici, une fois pour toutes, que le retranchement d’un membre de la congrégation d’Israël répond aujourd’hui au retranchement d’un croyant de la communion, à cause d’un péché non jugé.
Mais nous devons maintenant clore cette partie de notre sujet en citant pour le lecteur le reste de cet exposé sur la pâque pour le désert.
« Mais l’homme qui est pur et qui n’est pas en voyage, qui s’abstient de faire la Pâque, cette âme sera retranchée de ses peuples ; car il n’a pas présenté l’offrande de l’Éternel au temps fixé : cet homme portera son péché. Et si un étranger séjourne chez vous, et veut faire la Pâque à l’Éternel, il la fera ainsi, selon le statut de la Pâque et selon son ordonnance. Il y aura un même statut pour vous, tant pour l’étranger que pour l’Israélite de naissance » (vers. 13-14).
L’oubli volontaire de la pâque aurait dénoté, de la part des Israélites, un manque total d’estime pour les avantages et les bénédictions qui découlaient de la rédemption et de la délivrance du pays d’Égypte. Plus quelqu’un réalisait profondément ce qui avait été accompli dans cette nuit mémorable, où l’assemblée d’Israël trouva son refuge et son repos à l’abri du sang, plus aussi il soupirait ardemment après le retour du « quatorzième jour du premier mois », dans lequel il pouvait faire la commémoration de cette glorieuse circonstance ; et si quoi que ce soit l’eût empêché de jouir de cette ordonnance du « premier mois », il profitait avec d’autant plus de bonheur et de reconnaissance du « second mois ». Mais l’homme qui se serait contenté de continuer d’année en année à ne pas célébrer la pâque, eût montré que son cœur était bien éloigné du Dieu d’Israël. Il eût été plus qu’inutile de lui parler d’aimer le Dieu de ses pères, et de jouir des bénédictions de la rédemption, quand l’ordonnance même que Dieu avait établie pour représenter cette rédemption était négligée d’année en année.
Et ne pouvons-nous pas, jusqu’à un certain point, nous appliquer tout cela, en rapport avec la Cène du Seigneur ? Sans doute, et même avec un très grand profit pour nos âmes. Il y a cette connexion entre la pâque et la Cène, savoir que la première était le type et la seconde le mémorial de la mort du Christ. Ainsi nous lisons dans 1 Cor. 5:7: « Notre pâque, Christ, a été sacrifiée ». Cette phrase établit le rapport. La pâque était le mémorial du rachat d’Israël de l’esclavage d’Égypte, et la Cène du Seigneur est le mémorial de la rédemption de l’Église, de l’esclavage, plus lourd et plus ténébreux, du péché et de Satan. Aussi, comme on aurait sûrement vu chaque vrai et fidèle Israélite faire la pâque, à l’époque fixée, selon toutes les ordonnances et les cérémonies de cette fête, de même, on verra chaque vrai et fidèle chrétien, célébrer la Cène du Seigneur, au jour déterminé, et selon tous les principes qui s’y rapportent et qui sont exposés dans le Nouveau Testament. Si un Israélite avait négligé la pâque, même dans une seule occasion, il aurait été retranché de la congrégation. Une telle négligence ne devait pas être tolérée dans l’assemblée d’Israël. Elle aurait immédiatement attiré le jugement de Dieu.
Or, en face de ce fait solennel, ne pouvons-nous pas demander : N’est-ce rien maintenant — est-ce une affaire de peu d’importance pour des chrétiens que de négliger de semaine en semaine et de mois en mois la Cène de leur Seigneur ? Pouvons-nous supposer que Celui qui, en Nombres 9, déclarait que l’Israélite qui négligerait la pâque serait retranché, ne tient pas compte de la négligence du chrétien pour la table du Seigneur ? Assurément non. Car quoiqu’il ne s’agisse pas d’être retranché de l’Église de Dieu, du corps de Christ, cela autorise-t-il notre négligence ? Loin de nous cette pensée. Ce fait devrait plutôt avoir pour effet béni de nous animer d’une plus grande diligence dans la célébration de cette précieuse fête, dans laquelle « nous annonçons la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Cor. 11:26).
Pour un pieux Israélite, il n’y avait rien de plus beau que la pâque, parce qu’elle était le mémorial de sa rédemption. Et pour un chrétien pieux, il n’y a rien de plus beau que la Cène, parce qu’elle est le mémorial de sa rédemption et de la mort de son Seigneur. De tous les services auxquels le chrétien peut se livrer, il n’est rien de plus précieux, rien de plus expressif, rien qui place Christ d’une manière plus touchante et plus solennelle devant son cœur, que la Cène du Seigneur. Il peut chanter la mort du Seigneur, il peut prier à son sujet, il peut en lire le récit, il peut en entendre parler, mais c’est seulement dans la Cène qu’il l’« annonce ». « Et ayant pris un pain, et ayant tendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ; de même la coupe aussi, après le souper, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est versé pour vous » (Luc 22:19-20).
Ici nous avons l’institution de la fête ; et quand nous en venons aux Actes des Apôtres, nous lisons : « le premier jour de la semaine, lorsque nous étions assemblés pour rompre le pain… » (Actes 20:7).
Là nous avons la célébration de la fête ; et enfin quand nous ouvrons les Épîtres, nous lisons : « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion du sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion du corps du Christ ? Car nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain, un seul corps, car nous participons tous à un seul et même pain » (1 Cor. 10:16-17). Et encore : « Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce qu’aussi je vous ai enseigné : c’est que le Seigneur Jésus, là nuit qu’il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâces, il le rompit et dit : Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. De même il prit la coupe aussi, après le souper, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang : faites ceci, toutes les fois que vous la boirez, en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez la coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Cor. 11:23-26).
Nous avons ici la fête expliquée. Et ne pouvons-nous pas dire que dans l’institution, la célébration, et l’explication, nous avons, pour lier nos âmes à cette précieuse fête, une corde triple qui ne se rompt pas vite ? (Ecc. 4:12).
Comment se peut-il donc qu’en face de toute cette sainte autorité, on trouve quelque chrétien qui néglige la table du Seigneur ? Ou bien, en envisageant ce fait sous un autre aspect, d’où vient que des membres de Christ peuvent passer des semaines et des mois, ou même toute leur vie sans jamais se souvenir de leur Seigneur, conformément à son vœu direct et positif ? Nous savons que quelques chrétiens professants considèrent la Cène comme un retour aux ordonnances judaïques et comme une déchéance de la position élevée de l’Église. Ils envisagent la Cène et le baptême comme des mystères spirituels intérieurs, et ils croient que nous nous écartons de la vraie spiritualité en insistant sur l’observation littérale de ces ordonnances.
A tout cela nous répondons tout simplement que Dieu est plus sage que nous. Si Christ a institué la Cène, si le Saint Esprit a conduit l’Église primitive à la célébrer, et s’il nous l’a aussi expliquée, qui sommes-nous pour mettre nos idées en opposition avec Dieu ? Sans doute la Cène du Seigneur devrait être un mystère spirituel intérieur pour tous ceux qui y participent ; mais elle est aussi un acte extérieur, littéral, palpable. Il y a littéralement du pain et du vin — et le fait concret de manger et de boire. Si l’on nie cela, autant vaudrait nier aussi qu’il y ait littéralement une assemblée réunie. Nous n’avons pas le droit d’expliquer l’Écriture d’une telle façon. C’est pour nous un devoir saint et béni de nous soumettre à l’Écriture, de nous incliner absolument et implicitement sous sa divine autorité.
Ce n’est d’ailleurs pas seulement une question de soumission à l’autorité de l’Écriture ; ce dernier point nous l’avons certes abondamment prouvé par de nombreuses citations du livre divin ; ce qui seul est amplement suffisant pour tout esprit pieux. Mais il y a plus que cela. Il y a dans le cœur du chrétien une réponse d’amour correspondant à l’amour du cœur de Christ. N’est-ce rien cela ? Ne devrions-nous pas chercher au moins en quelque mesure, à répondre à l’amour d’un tel cœur ? Si notre adorable Seigneur a réellement institué le pain et le vin dans la Cène, comme mémorial de son corps rompu et de son sang répandu ; s’il a ordonné que nous mangions de ce pain et que nous buvions de cette coupe en mémoire de lui, ne devrions-nous pas, dans la puissance de l’affection, répondre au désir de son cœur affectueux ? Assurément aucun chrétien sérieux ne le mettra en doute. Ce devrait toujours être une joie pour nos cœurs que d’entourer la table de notre Seigneur, de nous souvenir de lui, selon son institution — d’annoncer sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. N’est-il pas merveilleux de penser qu’il ait voulu occuper une place dans le souvenir de cœurs tels que les nôtres ; or il en est ainsi ; et ce serait vraiment triste si, pour un motif quelconque, nous négligions cette fête à laquelle il a attaché son nom précieux.
Ce n’est naturellement pas ici le lieu d’entrer dans une exposition détaillée de l’ordonnance de la Cène du Seigneur. Ce que nous désirons surtout, c’est d’insister auprès du lecteur chrétien sur l’immense importance et le profond intérêt de l’ordonnance, quant au double principe de la soumission à l’autorité de l’Écriture, et d’un amour correspondant à celui de Christ lui-même. De plus nous voudrions faire vivement sentir à tous ceux qui peuvent lire ces lignes, la gravité qu’il y a à négliger de prendre la Cène selon les Écritures. Nous pouvons être assurés que c’est toujours un principe dangereux de chercher à mettre de côté cette institution positive de notre Seigneur et Maître. Cela dénote un bien mauvais état d’âme. Cela prouve que la conscience n’est pas soumise à l’autorité de la Parole, et que le cœur n’est pas dans une vraie sympathie avec les affections de Christ. Appliquons-nous donc à nous acquitter de notre sainte responsabilité vis-à-vis de la table du Seigneur — à ne pas négliger d’observer la fête — à la célébrer conformément à l’ordre établi par le Saint Esprit.
Voilà pour ce qui regarde la pâque dans le désert et les leçons frappantes qu’elle fournit à nos âmes.
Nous nous arrêterons maintenant quelques instants sur le dernier paragraphe de notre chapitre, qui a son caractère aussi marqué qu’aucune autre portion du livre. Nous y contemplons une nombreuse troupe d’hommes, de femmes et d’enfants voyageant à travers un vaste désert, « où il n’y avait pas de chemin » — franchissant une contrée aride, un immense désert sablonneux, sans boussole et sans guide humain.
Quelle pensée ! Quel spectacle ! Il y avait là des millions d’êtres s’avançant sans aucune connaissance de la route qu’ils devaient suivre, dépendant entièrement de Dieu pour la conduite, comme pour la nourriture et pour tout le reste ; une armée de pèlerins tout à fait sans ressources. Ils ne pouvaient former aucun plan pour le lendemain. Quand ils étaient campés, ils ne savaient pas quand ils devraient marcher ; et quand ils étaient en marche, ils ne savaient pas où ils feraient halte ni quand ils la feraient. Leur vie était une vie de dépendance journalière et de chaque heure. Ils devaient regarder en haut pour être guidés. Leurs mouvements étaient réglés par les roues du chariot de l’Éternel.
C’était vraiment là un merveilleux spectacle. Lisons-en le récit et retenons-en dans nos âmes les célestes enseignements.
« Et le jour que le tabernacle fut dressé, la nuée couvrit le tabernacle de la tente du témoignage, et elle était le soir sur le tabernacle comme l’apparence du feu, jusqu’au matin. Il en fut ainsi continuellement : la nuée le couvrait, et la nuit, elle avait l’apparence du feu. Et selon que la nuée se levait de dessus la tente, après cela les fils d’Israël partaient ; et au lieu où la nuée demeurait, là les fils d’Israël campaient. Au commandement de l’Éternel, les fils d’Israël partaient, et au commandement de l’Éternel, ils campaient ; pendant tous les jours que la nuée demeurait sur le tabernacle, ils campaient. Et si la nuée prolongeait sa demeure sur le tabernacle plusieurs jours, alors les fils d’Israël gardaient ce que l’Éternel leur avait donné à garder, et ne partaient pas. Et s’il arrivait que la nuée fût sur le tabernacle peu de jours, ils campaient au commandement de l’Éternel, et au commandement de l’Éternel, ils partaient. Et s’il arrivait que la nuée y fût depuis le soir jusqu’au matin, et que la nuée se levât au matin, alors ils partaient ; ou si, après un jour et une nuit, la nuée se levait, ils partaient ; ou si la nuée prolongeait sa demeure pendant deux jours, ou un mois, ou beaucoup de jours sur le tabernacle, pour y demeurer, les fils d’Israël campaient et ne partaient pas ; mais quand elle se levait, ils partaient. Au commandement de l’Éternel ils campaient, et au commandement de l’Éternel ils partaient ; ils gardaient ce que l’Éternel leur avait donné à garder, selon le commandement de l’Éternel par Moise » (vers. 15-23).
Il serait impossible de concevoir un tableau plus admirable de la dépendance absolue de la direction divine et de la soumission à cette direction, que celle qui nous est présentée dans ce paragraphe. Il n’y avait pas une empreinte de pas ou une borne dans tout ce « grand et affreux désert ». Il était donc inutile de chercher aucune direction auprès de ceux qui y avaient passé précédemment. Les fils d’Israël devaient compter entièrement sur Dieu pour chaque pas du chemin ; ils devaient continuellement s’attendre à Lui. Ce serait intolérable pour un esprit insoumis, ou une volonté non brisée ; mais pour une âme qui connaît et aime Dieu, qui se confie et prend son plaisir en lui, rien ne saurait être plus profondément béni.
Voici la clef de tout le sujet : Dieu est-il connu, aimé, et se confie-t-on en lui ? S’il en est ainsi, le cœur se réjouira dans la dépendance la plus absolue de lui. Sinon, une telle dépendance serait absolument insupportable. L’homme non régénéré aime à se dire indépendant — il aime à se figurer qu’il est libre — il aime à croire qu’il peut faire ce qui lui convient, aller où il veut, dire ce qui lui plaît. Hélas c’est là une pure illusion ! L’homme n’est pas libre. Il est l’esclave de Satan. Il y a maintenant près de six mille ans qu’il s’est livré lui-même entre les mains de ce grand propriétaire d’esclaves, qui l’a toujours tenu dès lors et qui le tient encore. Oui Satan tient l’homme naturel inconverti dans une terrible servitude. Il lui a lié les pieds et les mains de chaînes et de fers qui ne sont pas vus sous leur véritable aspect, à cause de la dorure dont il les a artificiellement recouverts. Satan gouverne l’homme au moyen de ses convoitises, de ses passions et de ses plaisirs. Il produit dans le cœur des désirs qu’il satisfait ensuite par les choses qui sont dans le monde, et l’homme s’imagine vainement être libre parce qu’il peut satisfaire ses désirs. Mais c’est une déplorable erreur, qui tôt ou tard sera démontrée telle. Il n’est d’autre liberté que celle dont le Christ gratifie ses rachetés. C’est lui qui dit : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira ». Et encore « Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres » (Jean 8:32, 36).
Voilà la vraie liberté. C’est la liberté que la nouvelle nature trouve en marchant par l’Esprit, et en faisant ce qui est agréable à Dieu. Le service du Seigneur est la parfaite liberté. Mais ce service, dans tous ses détails, implique la plus entière dépendance du Dieu vivant. Il en fut toujours ainsi chez le seul vrai et parfait Serviteur qui ait foulé cette terre. Il fut toujours dépendant. Chacun de ses mouvements, chacun de ses actes, chacune de ses paroles — tout ce qu’il faisait et tout ce qu’il ne faisait pas — tout était le fruit de la plus absolue dépendance de Dieu, et de la plus entière soumission. Il marchait quand Dieu voulait qu’il marchât, et il s’arrêtait quand Dieu le voulait. Il parlait ou gardait le silence selon que Dieu le trouvait bon.
Tel fut Jésus, quand il vécut dans ce monde, et nous, comme participants de sa nature, de sa vie, et ayant son Esprit demeurant en nous, nous sommes appelés à marcher sur ses traces, et à vivre d’une vie de dépendance de Dieu de jour en jour. Nous avons, à la fin de notre chapitre, un type particulièrement beau et pittoresque de cette vie de dépendance : L’Israël de Dieu — le camp dans le désert — cette armée de pèlerins suivant le mouvement de la nuée. Ils devaient regarder en haut pour leur direction. C’est là le propre de l’homme. Il fut formé pour tourner sa face en haut, en contraste avec l’animal qui est formé pour regarder en bas (*), Israël ne pouvait pas faire des plans ; il ne pouvait jamais dire : « Demain nous irons à tel endroit ». Il dépendait entièrement du mouvement de la nuée.
(*) Le mot grec pour homme (anqrwpoV; anthrôpos), signifie un être dont la face est tournée en haut.
Ainsi en était-il pour Israël, et ainsi en doit-il être pour nous. Nous passons à travers un impraticable désert — un désert moral, où il n’y a absolument pas de chemin. Nous ne saurions comment marcher, et nous ne saurions pas où aller, si nous n’avions de la bouche de notre bien-aimé Sauveur cette expression si précieuse, si profonde et si étendue : « Je suis le chemin ». Voilà la direction divine, infaillible. Nous avons à la suivre. « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8:12). C’est la direction vivante. Ce n’est pas en agissant selon la lettre de certaines ordonnances ou de certaines règles ; c’est en suivant un Christ vivant, — en marchant comme il a marché, en faisant ce qu’il a fait — en imitant son exemple en toutes choses. Telle est la marche chrétienne — l’action chrétienne. Elles consistent à tenir les yeux fixés sur Jésus, à avoir les formes et les traits de son caractère imprimés dans notre nouvelle nature, et à les refléter ou les reproduire dans notre vie et dans notre conduite journalière.
Or cela impliquera assurément le complet renoncement à notre volonté propre, à nos plans, à notre propre direction. Nous devons suivre la nuée ; nous devons nous attendre toujours — nous attendre seulement à Dieu. Nous ne pouvons pas dire : « Nous irons ici ou là, nous ferons ceci ou cela, demain ou la semaine prochaine ». Tous nos mouvements doivent être placés, sous la sauvegarde régulatrice de cette seule phrase importante — souvent, hélas ! écrite ou proférée légèrement par nous — « si le Seigneur le veut ».
Puissions-nous comprendre mieux toutes ces choses ! Plaise à Dieu que nous connaissions plus exactement le sens de la direction divine ! Combien souvent nous nous imaginons légèrement et nous affirmons avec assurance que la nuée marche dans la direction même qui s’accorde avec nos inclinations ! Voulons-nous faire une certaine chose, ou suivre une certaine marche ? alors nous cherchons à nous persuader que notre volonté est celle de Dieu. Ainsi, au lieu d’être guidés par Dieu, nous nous séduisons nous-mêmes. Notre volonté n’est pas brisée, et par conséquent, nous ne pouvons pas être dirigés droitement ; car le vrai secret pour être guidés droitement — guidés par Dieu — c’est d’avoir notre propre volonté complètement soumise. « Il fera marcher dans le droit chemin les débonnaires, et il enseignera sa voie aux débonnaires » (Ps. 25:9). Et encore : « Je te conseillerai, ayant mon œil sur toi ». Mais pesons surtout cet avertissement-ci : « Ne soyez pas comme le cheval, comme le mulet, qui n’ont pas d’intelligence, dont l’ornement est la bride et le mors, pour les refréner quand ils ne veulent pas s’approcher de toi » (Ps. 32:9). Si notre face est tournée en haut pour saisir le mouvement de « l’œil » de Dieu, nous n’aurons pas besoin du « mors et du frein ». Mais c’est précisément en ceci que nous manquons si tristement. Nous ne vivons pas assez près de Dieu pour discerner le mouvement de son œil. Notre volonté est à l’œuvre. Nous voulons suivre notre propre chemin ; de là vient que nous avons à en moissonner les fruits amers. C’est ce qui arriva à Jonas. Il lui avait été ordonné d’aller à Ninive, mais il voulut aller à Tarsis ; et les circonstances semblaient le favoriser, la providence paraissait lui indiquer la direction que sa volonté avait choisie. Mais, hélas ! il devait trouver sa place dans le ventre du poisson, oui, dans « le sein du shéol » lui-même, où « les algues ont enveloppé sa tête ». C’est là qu’il apprit l’amertume qu’il y a à suivre sa volonté. Il dut être instruit dans les profondeurs de l’Océan, sur le vrai sens du « mors et de la bride », parce qu’il n’avait pas voulu suivre la direction plus douce de l’« œil ».
Mais notre Dieu est si miséricordieux, si tendre, si patient ! Il veut enseigner et guider ses pauvres enfants faibles et égarés. Il ne s’épargne aucune peine pour nous, il s’occupe continuellement de nous, afin que nous soyons gardés de nos propres voies qui sont pleines d’épines et de ronces, et que nous marchions dans ses voies qui sont agréables et dans ses sentiers qui sont paix (Prov. 3:17).
Il n’est rien dans tout le monde qui soit plus profondément béni que de mener une vie de dépendance habituelle de Dieu ; que de dépendre de lui de moment en moment, de s’attendre et de s’attacher fortement à lui pour toute chose. Avoir toutes ses sources en lui, c’est le vrai secret de la paix et d’une sainte indépendance chez des créatures. L’âme qui peut dire en vérité : « Toutes mes sources sont en toi », est élevée au-dessus de toute confiance en la créature, au-dessus des espérances humaines et des attentes terrestres. Ce n’est pas que Dieu ne se serve pas des créatures, de mille manières, pour nous assister. Nous ne voulons pas du tout dire cela. Il emploie la créature ; mais si nous nous appuyons sur elle plutôt que sur lui, nous éprouverons bientôt, dans nos âmes, de la maigreur et de la stérilité. Il y a une immense différence entre l’usage que Dieu fait de la créature pour nous bénir, et notre appui sur la créature à l’exclusion de Dieu. Dans un cas, nous sommes bénis et il est glorifié ; dans l’autre, nous sommes désappointés et il est déshonoré.
Il est bon que l’âme considère sérieusement cette distinction. Nous croyons qu’elle est constamment négligée. Nous nous imaginons souvent que nous nous appuyons sur Dieu et que nous regardons à Dieu, tandis que, en réalité, si nous voulions seulement aller droitement au fond des choses et nous juger dans la présence immédiate de Dieu, nous trouverions en nous une effrayante quantité du levain de la confiance en la créature. Combien souvent nous parlons de vivre par la foi, et de ne nous confier qu’en Dieu, quand, en même temps, si nous sondions les profondeurs de nos cœurs, nous y trouverions une mesure abondante de dépendance des circonstances, de considération des causes secondes, et de tant de sentiments analogues.
Lecteur chrétien, pensons-y sérieusement ; veillons à ce que notre œil soit fixé sur le seul Dieu vivant et non sur l’homme dont le souffle est en ses narines. Attendons-nous à lui — attendons patiemment — constamment. Si nous manquons de quoi que ce soit, adressons-nous directement et simplement à lui. Sentons-nous le besoin de discerner notre chemin, pour savoir de quel côté nous devons nous tourner, quel sentier nous devons suivre ? Rappelons-nous qu’il a dit : « Je suis le chemin » ; suivons-le. Il rendra tout clair, lumineux et certain. Il ne peut y avoir de ténèbres, de perplexité, d’incertitude, si nous le suivons ; car il a dit, et nous sommes tenus de le croire : « Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres ». C’est pourquoi si nous sommes dans les ténèbres, il est certain que nous ne le suivons pas. Aucunes ténèbres ne peuvent jamais s’arrêter sur ce sentier béni, où Dieu conduit tout du long ceux qui cherchent à suivre Jésus avec un œil simple.
Mais celui qui scruterait minutieusement ces lignes pourrait dire ou du moins pourrait être disposé à dire : « Malgré cela, je suis dans l’embarras quant au chemin que je dois prendre. Je ne sais réellement pas de quel côté me tourner, ni quelle marche suivre ». Si c’était là le langage du lecteur, nous lui poserions simplement cette seule question : « Suivez-vous Jésus ? Si vous le faites, vous ne pouvez être dans l’embarras. Suivez-vous la nuée ? Si vous la suivez, votre chemin est aussi clairement tracé que Dieu peut le faire ». C’est là que se trouve la clef de toute la difficulté. L’embarras ou l’incertitude est très souvent le fruit du travail de la volonté. Nous sommes entraînés à faire ce que Dieu ne veut pas du tout que nous fassions — à aller où Dieu ne veut pas que nous allions. Nous le prions à cet effet, et nous ne recevons point de réponse. Nous prions de nouveau et toujours point de réponse. D’où vient cela ? Du simple fait que Dieu veut que nous nous tenions tranquilles — que nous demeurions précisément là où nous sommes. C’est pourquoi, au lieu de nous creuser l’esprit et de nous tourmenter sur ce que nous devrions faire, attendons-nous simplement à Dieu.
Voilà le secret de la paix et d’une heureuse communion. Si un Israélite, dans le désert, s’était mis en tête de faire quelque mouvement indépendamment de l’Éternel ; s’il avait pris sur lui de partir quand la nuée était au repos, ou de s’arrêter quand la nuée était en marche, nous pouvons aisément comprendre quel en aurait été le résultat. Or il en sera toujours ainsi de nous. Si nous marchons quand nous devrions demeurer en repos, ou si nous nous reposons quand nous devrions marcher, nous n’aurons pas avec nous la présence de Dieu. « Au commandement de l’Éternel les fils d’Israël campaient, et au commandement de l’Éternel ils partaient ». Ils étaient maintenus dans une attente continuelle de Dieu, position des plus bénies que quelqu’un puisse occuper ; mais il faut l’occuper avant d’en pouvoir savourer la bénédiction. C’est une réalité à connaître, et non pas une pure théorie dont on parle. Qu’il nous soit donné de le prouver tout le long de notre voyage !
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Fais-toi deux trompettes ; tu les feras d’argent battu ; et elles te serviront pour la convocation de l’assemblée, et pour le départ des camps. Et lorsqu’on en sonnera, toute l’assemblée s’assemblera vers toi, à l’entrée de la tente d’assignation. Et si l’on sonne d’une seule, alors les princes, les chefs des milliers d’Israël, s’assembleront vers toi. Et quand vous sonnerez avec éclat, les camps qui sont campés à l’orient partiront. Et quand vous sonnerez avec éclat une seconde fois, les camps qui sont campés au midi partiront ; on sonnera avec éclat pour leurs départs. Et quand on réunira la congrégation, vous sonnerez, mais non pas avec éclat. Les fils d’Aaron, les sacrificateurs, sonneront des trompettes ; et elles seront pour vous un statut perpétuel en vos générations. Et quand, dans votre pays, vous irez à la guerre contre l’ennemi qui vous presse, alors vous sonnerez des trompettes avec éclat, et vous serez rappelés un mémoire devant l’Éternel, votre Dieu, et vous serez délivrés de vos ennemis. Et dans vos jours de joie, et dans vos jours solennels, et au commencement de vos mois, vous sonnerez des trompettes sur vos holocaustes, et sur vos sacrifices de prospérités, et elles seront un mémorial pour vous devant votre Dieu. Moi, je suis l’Éternel, votre Dieu » (vers. 1-10).
Nous avons cité tout ce passage intéressant, afin que le lecteur eût devant lui, dans le langage même de l’Inspiration, l’ordonnance des « trompettes d’argent ». Elle vient, avec un à-propos frappant, immédiatement après l’instruction sur le mouvement de la nuée, et elle se lie d’une manière bien marquée à l’histoire entière d’Israël, non seulement dans le passé mais aussi dans l’avenir. Le son de la trompette était familier à toute oreille israélite. Il était la communication de la pensée de Dieu, sous une forme distincte et assez simple pour être comprise de chaque membre de la congrégation, quelque éloigné qu’il pût être de la source d’où émanait le témoignage. Dieu avait fait en sorte que chacun, dans cette immense assemblée, quoique bien éloigné, pût entendre les sons argentins de la trompette du témoignage.
Chaque trompette devait être faite d’une seule pièce, et elles servaient à un double but. En d’autres termes, la source du témoignage était une, quoique l’objet et le résultat pratique en fussent variés. Chaque mouvement dans le camp devait être la conséquence du son de la trompette. L’assemblée devait-elle être réunie pour adorer et se réjouir en un jour de fête ? Cela se faisait au moyen d’un certain son de la trompette. Les tribus devaient-elles être rassemblées en ordre de bataille ? C’était encore au son de la trompette. En un mot, l’assemblée solennelle et la troupe guerrière, les instruments de musique et les armes de guerre — tout — tout était réglé par la trompette d’argent. Un mouvement quelconque, soit joyeux, soit religieux, soit guerrier, qui n’était pas le résultat d’un son connu, devait donc être le fruit d’une volonté inquiète ou insoumise, que l’Éternel ne pouvait sanctifier en aucune manière. L’armée de pèlerins dans le désert était aussi dépendante du son de la trompette que du mouvement de la nuée. Le témoignage de Dieu, communiqué de cette manière particulière, devait diriger chaque mouvement dans tous les mille milliers d’Israël.
De plus, il incombait aux fils d’Aaron, aux sacrificateurs, de sonner des trompettes, car la pensée de Dieu ne pouvait être connue et communiquée que par la proximité et la communion sacerdotales. C’était le privilège élevé et saint de la famille du sacrificateur de se grouper autour du sanctuaire de Dieu, pour y observer le premier mouvement de la nuée et le faire connaître jusqu’aux extrémités du camp. Ils devaient produire un certain son, et chaque membre de la troupe militante devait également y donner une obéissance prompte et implicite. C’eût été, à la fois, une rébellion positive de la part de quiconque aurait essayé de marcher sans le mot d’ordre, ou qui aurait refusé de marcher quand une fois ce mot d’ordre était connu. Tous devaient attendre le témoignage de Dieu et marcher à la lumière de ce témoignage, dès le moment qu’il était donné. Marcher sans le témoignage, ce serait marcher dans les ténèbres ; refuser de marcher après le témoignage donné, ce serait rester dans les ténèbres.
Cela est fort simple, profondément pratique, et ne nous offre aucune difficulté quant à sa portée et à son application dans le cas de l’assemblée au désert. Mais rappelons-nous que toutes ces choses étaient un type ; et de plus, qu’elles sont écrites pour notre instruction. Nous sommes, par conséquent, sérieusement tenus d’y regarder de près ; nous sommes impérativement appelés à chercher, à recueillir et à conserver précieusement la grande leçon pratique, contenue dans l’ordonnance particulièrement belle de la trompette d’argent. Rien ne saurait être plus opportun dans le moment actuel. Elle donne une leçon à laquelle le lecteur chrétien devrait accorder la plus profonde attention. Elle montre de la manière la plus claire que le peuple de Dieu doit dépendre absolument du témoignage divin et s’y soumettre entièrement dans tous ses mouvements. Un enfant peut découvrir ce sens dans le type que nous avons devant nous. La congrégation dans le désert n’osait pas s’assembler pour une fête ou dans un but religieux, avant d’avoir entendu le son de la trompette ; et les hommes de guerre ne pouvaient pas revêtir leur armure, avant d’être appelés, par le signal d’alarme, à marcher contre l’ennemi incirconcis. Ils adoraient et combattaient, ils voyageaient et s’arrêtaient, en obéissance à l’appel de la trompette. Il ne s’agissait nullement de leurs goûts ou de leurs répugnances, de leurs pensées, de leurs opinions ou de leur jugement. C’était simplement et exclusivement une question d’obéissance implicite. Chacun de leurs mouvements dépendait du témoignage de Dieu, donné du sanctuaire par les sacrificateurs. Le chant de l’adorateur et le cri du guerrier étaient, l’un et l’autre, le simple fruit du témoignage de Dieu.
Que c’est beau, frappant et instructif ! et, en même temps profondément pratique ! Pourquoi insistons-nous là-dessus ? Parce que nous croyons fermement qu’il y là pour nous une leçon utile, surtout dans les jours où nous vivons. S’il est un trait caractéristique de l’heure présente, c’est bien l’insoumission à l’autorité divine — la résistance positive à la vérité quand elle demande une entière obéissance et le renoncement à soi-même. Tout va bien tant que c’est la vérité qui expose, avec une plénitude et une clarté divines, notre pardon, notre acceptation, notre vie, notre justice, notre éternelle sécurité en Christ. On écoutera cela et l’on en jouira. Mais dès qu’il est question des droits et de l’autorité de Celui qui donna sa vie pour nous sauver des flammes de l’enfer et nous introduire dans les joies éternelles du ciel, toute espèce de difficultés surgissent, toutes sortes de raisonnements et de questions sont soulevés ; des nuages de préjugés s’amassent autour de l’âme et obscurcissent l’entendement. Le tranchant de la vérité est émoussé ou détourné de mille manières. Il n’y a pas d’attente du son de la trompette ; et quand elle retentit avec un son aussi clair que Dieu peut le produire, il n’y a pas de réponse à l’appel. Nous marchons quand nous devrions nous arrêter, et nous nous arrêtons quand nous devrions marcher.
Lecteur, quelle doit être la conséquence de cela ? Ou bien pas de progrès du tout, ou bien progrès dans une mauvaise direction, ce qui est pire que s’il n’y en avait point. Il est tout à fait impossible que nous puissions progresser dans la vie divine, si nous ne nous abandonnons pas sans réserve à la parole du Seigneur. Nous pouvons être sauvés par la riche abondance de la miséricorde divine, et par les vertus expiatoires du sang d’un Sauveur ; mais nous contenterons-nous d’être sauvés par Christ, sans chercher en quelque mesure à marcher avec lui et à vivre pour lui ? Accepterons-nous le salut par l’œuvre qu’il a accomplie sans soupirer après une plus profonde intimité de communion avec lui, et une plus complète soumission à son autorité en toutes choses ? Que serait-il arrivé à Israël dans le désert, s’il avait refusé d’être attentif au son de la trompette ? Nous pouvons le voir d’un coup d’œil. Si, par exemple, ils s’étaient permis, dans un certain moment, de s’assembler pour un motif de réjouissance ou dans un but religieux, sans l’appel divinement établi, qu’en serait-il advenu ? Ou encore, s’ils avaient pris sur eux-mêmes de marcher en avant ou de sortir pour la guerre, avant que la trompette eût sonné l’alarme, qu’en aurait-il été ? Ou enfin, s’ils avaient refusé d’obéir quand ils étaient appelés par le son de la trompette, soit à une assemblée solennelle, soit à marcher en avant, soit à la bataille, que serait-il arrivé ?
La réponse est aussi claire que le jour. Pesons-la. Elle contient une leçon pour nous. Appliquons-y nos cœurs. La trompette d’argent déterminait et ordonnait chaque mouvement de l’Israël ancien. Le témoignage de Dieu devrait tout déterminer et tout ordonner dans l’Église maintenant. C’étaient les sacrificateurs de l’ancienne alliance qui sonnaient cette trompette d’argent. Ce témoignage de Dieu est connu maintenant dans la communion sacerdotale. Un chrétien n’a pas le droit de marcher ou d’agir en dehors du témoignage divin. Il doit attendre la parole du Seigneur ; et jusqu’à ce qu’il la connaisse, il doit demeurer tranquille. Quand il l’a reçue, il doit avancer. Dieu peut communiquer et communique sa pensée à son peuple militant, maintenant, aussi distinctement qu’il le faisait à son ancien peuple. Sans doute, ce n’est pas maintenant par le son d’une trompette, ou par le mouvement d’une nuée, mais par sa Parole et par son Esprit. Ce n’est point par quelque chose qui frappe les sens que notre Père nous guide, mais c’est par ce qui agit sur le cœur, sur la conscience et sur l’entendement. Ce n’est point par ce qui est de la nature, mais par ce qui est spirituel, qu’il nous communique sa pensée.
Mais soyons bien assurés de ceci, que notre Dieu peut donner et donne à nos cœurs une pleine certitude quant à ce que nous devons faire et à ce que nous ne devons pas faire ; quant aux lieux où nous devons aller et ceux où nous ne devons pas aller. Il paraît étrange qu’on soit obligé d’insister là-dessus — étrange qu’un chrétien puisse en douter et encore plus le nier. Et cependant il en est ainsi. Nous sommes souvent dans le doute et dans l’embarras ; et il est des chrétiens qui sont tout disposés à nier qu’on puisse avoir de la certitude quant aux détails de la vie et des actions de chaque jour. Cela est certainement faux. Un père ne peut-il pas communiquer sa pensée à son enfant, quant aux plus minutieux détails de sa conduite ? Qui niera cela ? Et notre Père céleste ne peut-il pas nous révéler sa pensée quant à toutes nos voies journalières ? Incontestablement, il le peut ; que le lecteur chrétien ne se laisse donc pas dépouiller du saint privilège qu’il a de connaître la pensée de son Père relativement à chaque circonstance de sa vie de tous les jours.
Devons-nous supposer un instant que l’Église de Dieu soit moins favorisée quant à la direction que le camp dans le désert ? Impossible. Comment se fait-il donc qu’on trouve souvent des chrétiens dans l’embarras quant à leur marche ? Cela doit venir de ce qu’on n’a pas une oreille attentive pour entendre le son de la trompette d’argent, et une volonté soumise pour répondre à son appel. On peut cependant dire que nous ne devons pas nous attendre à ouïr une voix du ciel nous enjoignant de faire ceci ou cela, ou d’aller ici ou là ; ni de trouver toujours un texte formel de l’Écriture, pour nous guider dans les moindres détails de notre vie journalière. Comment quelqu’un peut-il savoir, par exemple, s’il doit se rendre dans une certaine ville et y rester un certain temps ? Nous répondons : si l’oreille est attentive, vous entendrez assurément la trompette d’argent. Avant qu’elle n’ait sonné, ne bougez pas ; quand elle aura sonné, ne vous arrêtez pas. Voilà ce qui rendra tout clair, simple, sûr et certain. C’est le grand remède au doute, à l’incertitude, à l’irrésolution. Cela nous évitera la peine de courir à droite et à gauche en quête de conseils de tout genre. De plus, cela nous apprendra que ce n’est pas notre affaire de vouloir contrôler les actions ou les mouvements de nos frères. Si nous avons tous l’oreille ouverte et le cœur soumis, nous serons guidés en toute certitude, jour après jour, par le Seigneur. Notre Dieu peut nous éclairer sur toutes choses. S’il ne le fait pas, nul ne le peut. S’il le fait, nous n’avons besoin de personne d’autre.
Mais en voilà assez sur la belle institution de la trompette d’argent, sujet que nous ne poursuivrons pas maintenant, quoique son application ne se borne pas, ainsi que nous l’avons dit plus haut, à Israël dans le désert, mais se lie à son histoire tout entière jusqu’à la fin. Ainsi, nous avons la fête des trompettes, la trompette du Jubilé, le son des trompettes pour les sacrifices, choses sur lesquelles nous ne nous arrêtons pas, vu que nous désirons avant tout fixer l’attention du lecteur sur la magnifique pensée contenue au commencement de notre chapitre. Que le Saint Esprit grave dans nos cœurs l’importante leçon des « trompettes d’argent » !
Nous voici maintenant arrivés, dans notre étude de ce livre précieux, au moment où le camp est appelé à partir. Tout avait été parfaitement organisé d’après « le commandement de l’Éternel ». Chaque individu suivant sa famille, et chaque tribu suivant sa bannière, étaient à la place que Dieu leur avait assignée. Les Lévites étaient à leur poste, chacun avec son travail particulier à faire. Il avait été abondamment pourvu à la purification du camp, de toute espèce de souillures ; et non seulement cela, mais la bannière de la sainteté personnelle avait été élevée et les fruits d’une active charité avaient été offerts. Ensuite nous avons le chandelier d’or et ses sept lampes donnant leur pure et précieuse lumière. Nous avons la colonne de feu et la nuée, et enfin le double témoignage de la trompette d’argent. Bref, rien ne manquait au peuple-pèlerin. Un œil vigilant, une main puissante, un cœur plein d’amour, avaient prévu toutes les éventualités possibles, afin que l’assemblée tout entière et chaque membre en particulier fussent « abondamment pourvus ».
Nous ne pouvions attendre moins. Si Dieu entreprend de pourvoir aux besoins d’un individu ou d’un peuple, il le fait d’une manière parfaite. Il est de toute impossibilité que Dieu puisse oublier quoi que ce soit. Il connaît tout et peut tout. Rien ne saurait échapper à son œil vigilant ; rien n’est impossible à sa puissante main. Par conséquent, tous ceux qui peuvent dire avec vérité : « L’Éternel est mon berger », peuvent ajouter sans hésitation ni réserve : « Je ne manquerai de rien ». L’âme qui s’appuie réellement sur le bras du Dieu vivant ne manquera jamais de rien de ce qui est vraiment bon pour elle. Notre pauvre cœur insensé peut se créer mille besoins imaginaires, mais Dieu sait tout ce dont nous avons réellement besoin, et il pourvoira à TOUT.
Ainsi donc, le camp est prêt à partir ; mais, chose étrange, voici une déviation de l’ordre prescrit au commencement du livre.
L’arche de l’alliance, au lieu d’être au milieu du camp, s’y trouve à la tête même. En d’autres termes, l’Éternel, au lieu de rester au centre de l’assemblée pour y être servi, condescend réellement, dans sa grâce merveilleuse et illimitée, à remplir, pour son peuple, le rôle d’avant-coureur.
Mais, voyons ce qui amène ce touchant déploiement de grâce. « Et Moïse dit à Hobab, fils de Rehuel, Madianite, beau-père de Moïse : Nous partons pour le lieu dont l’Éternel a dit : Je vous le donnerai. Viens avec nous, et nous te ferons du bien ; car l’Éternel a dit du bien à l’égard d’Israël. Et il lui dit : Je n’irai pas ; mais je m’en irai dans mon pays, et vers ma parenté. Et Moïse dit : Je te prie, ne nous laisse pas, parce que tu connais les lieux où nous aurons à camper dans le désert ; et tu nous serviras d’yeux » (vers. 29-31).
Or, si nous ne connaissions pas la tendance de nos propres cœurs à s’appuyer sur la créature plutôt que sur le Dieu vivant, nous pourrions bien nous étonner de ce qui précède. Nous serions disposés à demander : Pourquoi Moïse avait-il besoin des yeux de Hobab ? L’Éternel n’était-il pas suffisant ? Ne connaissait-il pas le désert ? Aurait-il permis qu’ils s’égarent ? À quoi servaient la nuée et la trompette d’argent ? Ne valaient-elles pas mieux que les yeux de Hobab ? Pourquoi donc Moïse cherchait-il un secours humain ? Hélas ! Nous n’en pouvons que trop bien comprendre la raison ! Nous savons tous, à notre chagrin et à notre détriment, la tendance du cœur à s’appuyer sur quelque chose que nos yeux peuvent voir. Nous n’aimons pas à rester sur le terrain de l’absolue dépendance de Dieu pour chaque pas du voyage. Nous trouvons difficile de nous appuyer sur un bras invisible. Un Hobab que nous pouvons voir nous inspire plus de confiance que le Dieu vivant que nous ne pouvons pas voir. Nous marchons avec aisance et satisfaction, quand nous possédons l’appui et le secours de quelque pauvre mortel comme nous ; mais nous hésitons, nous nous troublons et nous perdons courage, quand nous sommes appelés à marcher par une foi simple en Dieu.
Cette assertion peut paraître forte ; mais il s’agit de savoir si elle est vraie. Y a-t-il un chrétien qui, lisant ces lignes, ne reconnaisse pas franchement qu’il en est ainsi ? Nous sommes tous enclins à nous appuyer sur le bras de la chair ; et cela, même en face de mille exemples de la folie d’une telle manière d’agir. Nous avons éprouvé, dans un grand nombre de circonstances, la vanité de toute confiance en la créature, et cependant nous voulons nous confier en elle. D’un autre côté, nous avons éprouvé sans cesse la réalité de l’appui qu’on trouve dans la parole et dans le bras du Dieu vivant. Nous avons vu qu’il ne nous a jamais fait défaut ; qu’il ne nous a jamais déçus ; qu’il a toujours fait abondamment au-delà de ce que nous demandons et pensons ; et cependant nous sommes toujours prêts à nous appuyer sur un roseau cassé, et à avoir recours à des citernes crevassées.
Ainsi en est-il de nous ; mais, béni soit Dieu, sa grâce abonde envers nous, comme elle abondait envers Israël dans la circonstance à laquelle nous faisons allusion maintenant ; si Moïse regarde à Hobab pour être guidé, l’Éternel enseignera à son serviteur, qu’il est lui-même tout à fait suffisant comme guide. « Et ils partirent de la montagne de l’Éternel, le chemin de trois jours ; et l’arche de l’alliance de l’Éternel alla devant eux, le chemin de trois jours, pour leur chercher un lieu de repos » (vers. 33).
Quelle riche, quelle précieuse grâce ! Au lieu de chercher un lieu de repos pour lui, il veut en chercher un pour eux. Quelle pensée ! Le Dieu Fort, le Créateur des bouts de la terre, allant à travers le désert pour découvrir un lieu de campement convenable à un peuple qui était toujours prêt à chaque détour du sentier à murmurer et à se rebeller contre lui.
Tel est notre Dieu, toujours « patient, miséricordieux, puissant, saint » — se plaçant toujours, dans la magnificence de sa grâce, au-dessus de notre incrédulité et de nos chutes, et se montrant lui-même supérieur, dans son amour, à toutes les barrières que notre infidélité voudrait élever. Il prouva très clairement à Moïse et à Israël qu’il était, comme guide, de beaucoup préférable à dix mille Hobabs. Il ne nous est pas dit, en cet endroit, si Hobab s’en alla ou non. Il refusa certainement le premier appel, et peut-être aussi un second. Mais il nous est dit que l’Éternel alla avec eux. « La nuée de l’Éternel était sur eux de jour, quand ils partaient de leur campement ». Abri précieux, dans le désert ! Ressource inépuisable et bénie en toute chose ! Il marchait devant son peuple pour lui chercher un lieu de repos ; et lorsqu’il a trouvé un endroit qui répond à leurs besoins, il fait halte avec eux, étendant sur eux son aile protectrice pour les garantir de tout ennemi. « Il le trouva dans un pays désert et dans la désolation des hurlements d’une solitude ; il le conduisit çà et là ; il prit soin de lui, il le garda comme la prunelle de son œil. Comme l’aigle éveille son nid, plane au-dessus de ses petits, étend ses ailes, les prend, les porte sur ses plumes, l’Éternel seul l’a conduit, et il n’y a point eu avec lui de dieu étranger » (Deut. 32:10-12). « Il étendit une nuée pour couverture, et un feu pour éclairer de nuit » (Ps. 105:39).
Ainsi, il avait été pourvu à tout, selon la sagesse, la puissance et la bonté de Dieu. Rien ne manquait ni ne pouvait manquer, vu que Dieu lui-même était là. « Et il arrivait qu’au départ de l’arche, Moïse disait : Lève-toi, Éternel ! et que tes ennemis soient dispersés, et que ceux qui te haïssent s’enfuient devant toi ! Et quand elle se reposait, il disait : Reviens, Éternel, aux dix mille milliers d’Israël ! » (v. 35-36).
Jusqu’ici, dans l’étude de ce livre, nous nous sommes occupés de la manière dont Dieu dirigeait son peuple dans le désert et y pourvoyait à ses besoins. Nous avons parcouru les dix premiers chapitres et nous y ayons vu les preuves de la sagesse, de la bonté et de la prévoyance de l’Éternel, le Dieu d’Israël.
Mais maintenant nous touchons à un point où de sombres nuages s’amassent autour de nous. Jusqu’ici, Dieu et ses actes ont été devant nous ; maintenant nous sommes appelés à contempler l’homme et ses misérables voies. Cela est toujours triste et humiliant. L’homme est le même partout, en Éden, dans un monde restauré, dans le désert, dans le pays de Canaan, dans l’Église, dans le Millénium ; et il est démontré que l’homme est dans un état de chute totale. Dès qu’il se meut, il tombe. Ainsi, dans les deux premiers chapitres de la Genèse, nous voyons Dieu agir en Créateur ; tout est fait et arrangé dans une perfection divine ; l’homme est placé sur cette scène, pour y jouir des fruits de la sagesse ; de la bonté et de la puissance de Dieu. Mais au chapitre 3, tout est changé. Dès que l’homme agit, c’est pour désobéir et introduire la ruine et la désolation. Ainsi, après le déluge, lorsque la terre a passé par ce profond et terrible baptême, et que l’homme y a repris sa place, il se montre ce qu’il est et prouve que, bien loin de pouvoir soumettre et gouverner la terre, il ne peut pas même se gouverner lui-même (Gen. 9). À peine Israël a-t-il été retiré d’Égypte, qu’il fait le veau d’or. La sacrificature n’est pas plus tôt établie, que les fils d’Aaron offrent un feu étranger. Dès que Saül est élu roi, il se montre volontaire et désobéissant.
Ce même fait se reproduit lorsque nous ouvrons le Nouveau Testament. L’Église n’est pas plus tôt fondée et dotée des dons de la Pentecôte, que nous entendons de tristes paroles de murmure et de mécontentement. En un mot, l’histoire de l’homme, du commencement à la fin, à toute époque et en tout lieu, est marquée par des chutes. Il n’y a pas une seule exception, depuis Éden jusqu’à la fin du jour millénaire.
Il est bon de considérer ce fait grave et solennel, afin de lui donner une place intime dans nos cœurs. Il est éminemment propre à corriger toute fausse idée sur le vrai caractère et la vraie condition de l’homme. Il est bon de se souvenir que le terrible jugement qui frappa de terreur le cœur du voluptueux roi de Babylone, a été réellement prononcé contre toute la race humaine, et contre chaque individu fils et fille d’Adam déchu : « Tu as été pesé à la balance, et tu as été trouvé manquant de poids ». Le lecteur a-t-il pleinement accepté cette sentence contre lui-même ? C’est une sérieuse question. Nous nous sentons forcés d’y insister. Dites, lecteur, êtes-vous un des enfants de la Sagesse ? Justifiez-vous Dieu et vous condamnez-vous ? Avez-vous pris votre place de pécheur, perdu par lui-même, coupable et méritant l’enfer ? S’il en est ainsi, Christ est à vous, Il est mort pour ôter le péché et pour porter vos nombreux péchés. Confiez-vous en lui : tout ce qu’il est, et ce qu’il possède sera à vous. Il est votre sagesse, votre justice, votre sainteté et votre rédemption. Tous ceux qui croient simplement et de cœur en Jésus, sont complètement sortis de l’ancien terrain du péché et de la condamnation ; ils sont vus, par Dieu, sur le nouveau terrain de la vie éternelle et de la justice divine. Ils sont acceptés dans le Christ ressuscité et victorieux. « Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4:17).
Nous voudrions supplier instamment le lecteur de ne pas se donner de repos avant que cette question, si importante, ne soit clairement et entièrement résolue dans la lumière de la Parole et de la présence de Dieu. Nous désirons que le Saint Esprit agisse sur le cœur et la conscience du lecteur inconverti et indécis, et le conduise aux pieds du Sauveur.
Nous continuerons maintenant la lecture de notre chapitre.
« Et il arriva que comme le peuple se plaignait, cela fût mauvais aux oreilles de l’Éternel ; et l’Éternel l’entendit, et sa colère s’embrasa, et le feu de l’Éternel brûla parmi eux, et dévora au bout du camp. Et le peuple cria à Moïse, et Moïse pria l’Éternel, et le feu s’éteignit. Et on appela le nom de ce lieu Tabhéra, parce que le feu de l’Éternel avait brûlé parmi eux. Et le ramassis de peuple qui était au milieu d’eux s’éprit de convoitise, et les fils d’Israël aussi se mirent encore à pleurer, et dirent : Qui nous fera manger de la chair ? Il nous souvient du poisson que nous mangions en Égypte pour rien, des concombres, et des melons, et des poireaux, et des oignons, et de l’ail ; et maintenant notre âme est asséchée ; il n’y a rien, si ce n’est cette manne devant nos yeux » (vers. 1-6).
Le pauvre cœur humain se dévoile entièrement ici. Ses goûts et ses tendances sont rendus manifestes. Le peuple soupirait après le pays d’Égypte et jetait en arrière des regards de regret sur ses fruits et ses pots de chair. Ils ne disent rien des coups de l’exacteur, ni de la fatigue des fours à briques. Ils ne se souviennent que des ressources par lesquelles l’Égypte avait satisfait les convoitises de leur chair.
Combien souvent c’est là notre cas ! Quand une fois le cœur perd la fraîcheur qu’il tire de la vie divine — quand les choses célestes commencent à perdre leur saveur — quand le premier amour diminue — quand Christ cesse d’être, pour l’âme, une portion satisfaisante et tout à fait précieuse — quand la parole de Dieu et la prière perdent de leur charme et deviennent comme une charge, ennuyeuses et machinales, alors le regard se reporte sur le monde, puis le cœur suit le regard et enfin les pieds suivent le cœur. Nous oublions, dans de tels moments, ce que le monde fut pour nous, lorsque nous y étions et que nous en faisions partie. Nous oublions quel esclavage et quelles fatigues, quelle misère et quelle dégradation nous avons trouvés dans la servitude du péché et de Satan ; puis, nous ne pensons qu’à la satisfaction, au bien-être charnels, que procure la délivrance des pénibles exercices, des luttes et des conflits qui se rencontrent au désert sur le sentier du peuple de Dieu.
Tout cela est fort triste et devrait conduire l’âme au plus sérieux jugement d’elle-même. Il est affreux, l’état de ceux qui, après avoir commencé à suivre le Seigneur, deviennent las du chemin et des grâces de Dieu. Comme ces paroles ont dû résonner d’une manière terrible aux oreilles de l’Éternel : « Et maintenant notre âme est asséchée ; il n’y a rien, si ce n’est cette manne devant nos yeux ». Ah ! Israël, qu’est-ce qui te manquait donc ? Cette nourriture céleste n’était-elle pas suffisante pour toi ? Ne pouvais-tu pas vivre de ce que la main de ton Dieu te fournissait ?
Nous sentons-nous libres de poser de semblables questions ? Trouvons-nous toujours notre manne céleste suffisante pour nous ? Que signifie cette demande fréquemment soulevée par les chrétiens professants, sur le bien ou le mal qu’il y a dans telle ou telle carrière, dans tel ou tel plaisir du monde ? N’avons-nous jamais entendu, même de la bouche de personnes qui font profession de croire, des paroles comme celles-ci : « Comment devons-nous employer la journée ? Nous ne pouvons pas toujours penser à Christ et aux choses du ciel ; nous devons avoir quelque petite distraction ». Ce langage ne rappelle-t-il pas un peu celui que tenait Israël en Nombres 11 ? Oui, en vérité, et tel qu’est le langage, telle est la conduite. Or, par le fait même que nous recherchons d’autres choses, nous montrons, hélas ! que Christ ne suffit pas à nos cœurs. Combien souvent ne négligeons-nous pas notre Bible pour lire longuement et avec ardeur une littérature légère et inutile. Que signifient ces journaux si régulièrement dépliés et la Bible souvent couverte de poussière ? De tels faits ne parlent-ils pas assez clairement ? N’est-ce pas là mépriser la manne pour convoiter et pour manger les poireaux et les oignons d’Égypte ?
Qu’il nous soit fait la grâce de penser à ces choses — d’y penser sérieusement. Puissions-nous tellement marcher par l’Esprit, que Christ soit toujours une portion satisfaisante pour nos cœurs. Si Israël, dans le désert, avait marché avec Dieu, il n’aurait jamais pu dire : « Notre âme est asséchée ; il n’y a rien, si ce n’est cette manne devant nos yeux ». Cette manne aurait été amplement suffisante pour eux. De même pour nous : Si nous marchons réellement avec Dieu, dans le désert de ce monde, nos âmes se contenteront de la part qu’Il leur accorde, et cette part est un Christ céleste. Peut-il jamais manquer de nous suffire ? Ne satisfait-il pas le cœur de Dieu ? Ne remplit-il pas tous les cieux de sa gloire ? N’est-il pas le thème continuel du chant des anges, et l’objet suprême de leurs adorations et de leur culte ? N’est-il pas le seul grand but des conseils et des desseins éternels ? L’histoire de ses voies ne dépasse-t-elle pas l’éternité ?
Quelle réponse avons-nous à donner à toutes ces demandes ? Quelle autre qu’un OUI sincère, sans réserve ni hésitation. Eh bien donc, ce Bien-Aimé, dans le mystère profond de sa Personne, selon la gloire morale de ses voies, et selon l’éclat et la beauté de son caractère, ne suffit-il pas à nos cœurs ? Avons-nous besoin d’autre chose ? Nous faut-il des journaux, ou quelques écrits légers pour combler le vide de nos âmes ? Devons-nous nous détourner de Christ pour une exposition ou pour un concert ?
Hélas ! qu’il est triste que nous devions écrire cela ! C’est fort triste ; mais c’est très nécessaire ; et ici nous adressons plus formellement au lecteur cette question : Trouvez-vous vraiment Christ insuffisant pour satisfaire votre cœur ? Avez-vous des besoins auxquels il ne puisse répondre pleinement ? Si cela est, vous êtes dans un état d’âme très alarmant ; il vous convient d’examiner ce grave sujet, et de l’examiner attentivement. Tombez sur votre face devant Dieu en vous jugeant loyalement vous-même. Répandez votre cœur devant lui. Dites-lui tout. Confessez-lui jusqu’à quel point vous êtes tombé et vous êtes égaré — car il en est certainement ainsi, puisque le Christ de Dieu ne vous suffit pas. Confessez tout à votre Dieu, et n’ayez aucun repos que vous ne soyez pleinement et joyeusement ramené à être en communion de cœur avec lui, au sujet du fils de son amour.
Mais il nous faut revenir à notre chapitre ; et d’abord, nous appellerons l’attention du lecteur sur une expression pleine d’un avertissement important pour nous : « Et le ramassis de peuple qui était au milieu d’eux s’éprit de convoitise, et les fils d’Israël aussi se mirent encore à pleurer ». Il n’y a rien de plus préjudiciable à la cause de Christ, ou aux âmes de son peuple que l’association avec des hommes de principes mélangés. Il est beaucoup moins dangereux d’avoir affaire avec des ennemis connus et avoués. Satan le sait bien, puisqu’il fait de constants efforts pour amener le peuple de Dieu à s’unir avec ceux qui n’ont pas de principes arrêtés ; ou d’un autre côté, pour introduire de faux éléments, de faux professants, au milieu de ceux qui cherchent, en quelque mesure, à poursuivre un sentier de séparation d’avec le monde. Nous trouvons dans le Nouveau Testament de fréquentes allusions à ce caractère spécial du mal. Nous le trouvons prophétiquement dans les Évangiles, et historiquement dans les Actes et dans les Épîtres. Ainsi nous avons l’ivraie et le levain en Matthieu 13. Puis, dans les Philippiens, nous trouvons des personnes qui se rattachaient à l’assemblée et qui étaient comme le « ramassis de peuple » des Nombres. Enfin, nous avons l’allusion de l’apôtre aux éléments hétérogènes introduits par l’ennemi dans le but de corrompre le témoignage et de bouleverser les âmes du peuple de Dieu. Ainsi l’apôtre Paul parle de « faux frères, furtivement introduits » (Gal. 2:4). Jude aussi parle de « certains hommes qui se sont glissés parmi les fidèles » (vers. 4).
De tout cela, nous apprenons qu’il est pour le peuple de Dieu d’une nécessité urgente de veiller ; et non seulement de veiller, mais aussi d’être dans une absolue dépendance du Seigneur qui, seul, peut préserver son peuple de l’introduction d’éléments étrangers et le garder libre de tout contact avec les hommes de principes mélangés, ou d’un caractère douteux. Le « ramassis de peuple » sera sûrement « épris de convoitise », et le peuple de Dieu, en contact avec lui, se trouve dans un danger imminent de sortir de sa simplicité, et d’être lassé de la manne céleste. Ce dont il a besoin, c’est d’être simplement résolu d’appartenir à Christ, et d’avoir un entier dévouement à lui-même et à sa cause. Lorsqu’une réunion de croyants est capable de marcher avec des cœurs attachés à Christ sans partage, et dans une séparation marquée d’avec le présent siècle, il est moins à craindre que des personnes d’un caractère équivoque cherchent à prendre place au milieu d’eux ; quoique, sans doute, Satan essaiera toujours de détruire le témoignage en y introduisant des hypocrites. Une fois introduites, ces personnes, par leurs voies mauvaises, attirent l’opprobre sur le nom du Seigneur. Satan savait très bien ce qu’il faisait lorsqu’il poussa le ramassis de peuple à se rallier à l’assemblée d’Israël. Ce ne fut pas immédiatement que l’effet de ce mélange fut rendu manifeste. Le peuple était sorti à main levée ; il avait traversé la mer Rouge, et avait entonné sur ses bords le chant de triomphe. Tout paraissait brillant et plein d’espérance, mais « le ramassis de peuple » était là, et l’influence de sa présence fut promptement manifestée.
Il en est toujours ainsi dans l’histoire du peuple de Dieu. Nous pouvons discerner dans les grands mouvements spirituels qui se sont produits d’âge en âge, certains éléments de décadence, qui furent d’abord cachés par le courant abondant de la grâce et de l’énergie, mais qui se montrèrent quand ce courant commença à baisser.
Ces choses sont très sérieuses ; elles exigent une très grande vigilance, elles s’appliquent aux individus, aussi positivement qu’aux assemblées. Dans les premiers moments, dans nos jours de jeunesse, quand le zèle et la fraîcheur nous caractérisent, le courant abondant de la grâce coule d’une manière si bénie que plusieurs choses peuvent passer sans être jugées ; et cependant ce sont, en réalité, des semences jetées dans le sol par la main de l’ennemi, et qui dans la saison voulue germeront et porteront des fruits. Il suit de là que les assemblées de chrétiens et les chrétiens eux-mêmes individuellement devraient toujours être dans la vigilance — veillant sans cesse, de peur que l’ennemi ne gagne quelque avantage en cette affaire. Lorsque le cœur est vraiment à Christ, il est certain que tout se terminera bien. Notre Dieu est miséricordieux, il prend soin de nous et nous préserve de mille pièges. Puissions-nous apprendre à nous confier en lui et à le glorifier !
Mais nous avons d’autres leçons à retirer de cette portion importante de la Parole. Non seulement nous avons à considérer la chute de l’assemblée d’Israël ; mais nous voyons Moïse lui-même hésitant et succombant presque sous le poids de sa responsabilité. « Et Moïse dit à l’Éternel : Pourquoi as-tu fait ce mal à ton serviteur ? et pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, que tu aies mis sur moi le fardeau de tout ce peuple ? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple ? Est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : Porte-le dans ton sein, comme le nourricier porte l’enfant qui tette, jusqu’au pays que tu as promis par serment à ses pères ? D’où aurais-je de la chair pour en donner à tout ce peuple ? car ils pleurent après moi, disant : Donne-nous de la chair, afin que nous en mangions. Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi. Et si tu agis ainsi avec moi, tue-moi donc, je te prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, et que je ne voie pas mon malheur » (vers. 11-15).
Voilà un langage vraiment étonnant. Ce n’est pas que nous voulions un seul moment nous appesantir sur les chutes et les infirmités d’un serviteur aussi cher et aussi dévoué que Moïse. Loin de nous cette pensée. Il nous siérait mal de commenter les actes et les paroles de celui au sujet duquel le Saint Esprit fait cette déclaration : il était fidèle « dans toute sa maison » (Héb. 3:2). Moïse, comme tous les saints de l’Ancien Testament, a pris sa place parmi les « esprits des justes consommés » (Héb. 12:23), et chaque allusion qui lui est faite dans le Nouveau Testament tend à l’honorer et à le désigner comme un vase très précieux.
Cependant nous sommes tenus de méditer sur l’histoire inspirée que nous avons maintenant sous les yeux — histoire écrite par Moïse lui-même. Il est vrai, heureusement vrai — que l’on ne commente pas, dans le Nouveau Testament, les fautes et les chutes du peuple de Dieu, pendant les temps dont nous entretient l’Ancien Testament ; cependant ce dernier les relate avec une fidèle exactitude, et pourquoi ? Pour notre instruction. « Car toutes les choses qui ont été écrites auparavant ont été écrites pour notre instruction, afin que, par la patience et par la consolation des Écritures, nous ayons espérance » (Rom. 15:4).
Que devons-nous donc apprendre de la remarquable explosion de découragement rapportée en Nombres 11:11-15 ? Au moins ceci : que c’est le désert qui fait ressortir ce qui se trouve dans le meilleur d’entre nous. C’est là que nous montrons ce qui est dans nos cœurs. Et comme le livre des Nombres est expressément le Livre du désert, il est juste que nous nous attendions à y trouver toutes sortes de chutes et d’infirmités pleinement dévoilées. L’Esprit de Dieu y inscrit fidèlement chaque chose. Il nous montre les hommes tels qu’ils sont ; et quoique ce soit un Moïse qui « parle légèrement de ses lèvres », cette légèreté même est rapportée pour nous servir d’avertissement et d’instruction. Moïse « était un homme ayant les mêmes passions que nous » ; or il est évident qu’en cette phase de son histoire, que nous avons sous les yeux, son cœur succombe sous le poids effrayant de sa responsabilité.
On dira peut-être : Ce n’est pas étonnant, sûrement son fardeau était beaucoup trop pesant pour des épaules humaines. Mais la question est celle-ci : était-il trop lourd pour des épaules divines ? Moïse était-il réellement appelé à porter seul le fardeau ? Le Dieu vivant n’était-il pas avec lui, et ne suffisait-il pas ? Qu’importait qu’il plût à Dieu d’agir par le moyen d’un seul homme ou par celui de dix mille ? Toute la puissance, toute la sagesse, toute la grâce sont en lui. Il est la source de toute bénédiction ; or, au jugement de la foi, qu’il y en ait un seul canal, ou qu’il y en ait mille et un, cela n’a aucune importance.
Nous avons ici à constater un beau principe moral pour tous les serviteurs de Christ : Il est très nécessaire pour eux de se rappeler que lorsque le Seigneur place un homme dans une position de responsabilité, il le rend capable d’occuper cette position et il l’y maintient. C’est naturellement une tout autre chose, lorsqu’un homme, sans y être appelé, veut se lancer dans un champ de travail, ou dans quelque poste difficile ou dangereux. Dans ce dernier cas, nous pouvons assurément nous attendre tôt ou tard à une chute complète. Mais quand Dieu appelle un homme à une certaine position, il le comble de la grâce nécessaire pour occuper cette position. Il n’envoie jamais quelqu’un à la guerre à ses propres frais, et par conséquent tout ce que nous avons à faire c’est de nous attendre à lui pour tout. Ceci est vrai dans tous les cas. Nous ne tomberons jamais si nous nous attachons uniquement au Dieu vivant. Nous ne serons jamais altérés si nous puisons à la source. Nos petites sources tariront bientôt ; mais notre Seigneur Jésus Christ déclare que celui qui croit en lui, « selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre » (Jean 7:38).
C’est une grande leçon pour le désert. Nous ne pouvons pas avancer sans elle. Si Moïse l’avait pleinement comprise, il n’aurait jamais proféré de telles paroles « D’où aurais-je de la chair pour en donner à tout ce peuple ? » Il aurait fixé ses yeux sur Dieu seul. Il aurait compris qu’il n’était qu’un instrument dans les mains de Dieu dont les ressources sont illimitées. Assurément Moïse n’aurait pas pu fournir des vivres à cette immense multitude ; pas même pour un seul jour. Mais l’Éternel peut suppléer aux besoins de tout ce qui vit, et il peut y suppléer pour toujours.
Croyons-nous cela réellement ? N’arrive-t-il pas quelquefois que nous en doutons ? Ne sentons-nous pas quelquefois comme si c’était à nous à pourvoir aux besoins à la place de Dieu ? Et alors est-il surprenant que nous soyons abattus, que nous hésitions et que nous succombions ? En vérité, Moïse pouvait bien dire : « Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi ». Il n’y avait qu’un seul cœur qui pût supporter une telle compagnie, savoir le cœur de ce Bien-aimé qui, lorsque les Israélites se fatiguaient auprès des fours à briques de l’Égypte, descendit pour les délivrer, et qui, les ayant rachetés de la main de leurs ennemis, avait établi sa demeure au milieu d’eux. Il pouvait les supporter et il le pouvait seul. Son cœur d’amour et sa main puissante suffisaient seuls à cette tâche ; et si Moïse avait été sous la toute-puissance de cette grande vérité, il n’aurait pas dit, il n’aurait pas pu dire : « Et si tu agis ainsi avec moi, tue-moi donc, je te prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, et que je ne voie point mon malheur ».
Ce fut assurément un sombre moment dans la vie de l’illustre serviteur de Dieu. Cela nous rappelle un peu le prophète Élie, quand il se jeta au pied d’un genêt et qu’il demanda à l’Éternel de lui ôter la vie. Qu’il est merveilleux de voir ces deux hommes ensemble, sur la montagne de la transfiguration ! Cela prouve d’une manière très remarquable que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées et que ses voies ne sont pas nos voies. Il avait quelque chose de mieux en réserve pour Moïse et Élie que tout ce qu’ils avaient en vue. Béni soit son nom, il réduit nos craintes au silence par les richesses de sa grâce ; et quand nos pauvres cœurs s’attendent à la mort et au malheur, il donne la vie, la victoire et la gloire.
Toutefois nous ne pouvons manquer de voir qu’en reculant devant une position de lourde responsabilité, Moïse renonçait à une dignité suprême et à un saint privilège. Cela paraît très évident par le passage suivant : « Et l’Éternel dit à Moïse : Assemble-moi soixante-dix hommes des anciens d’Israël, que tu sais être les anciens du peuple et ses magistrats, et amène-les à la tente d’assignation, et ils se tiendront là avec toi. Et je descendrai, et je parlerai là avec toi, et j’ôterai de l’Esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu’ils portent avec toi le fardeau du peuple, et que tu ne le portes pas toi seul » (vers. 16-17).
Cette introduction de soixante-dix hommes ajoutait-elle de la puissance à Moïse ? Aucune puissance spirituelle assurément, vu que ce n’était, après tout, que l’esprit qui était déjà sur Moïse. Ils étaient, à la vérité, soixante-dix hommes au lieu d’un seul ; mais la multiplication des hommes n’apportait pas une augmentation de puissance spirituelle. Cette addition d’hommes épargnait de la peine à Moïse, mais lui enlevait de sa dignité. Il devait être désormais un instrument réuni à d’autres, au lieu d’être unique. On peut dire que Moïse — serviteur béni comme il l’était — ne désirait point de dignité pour lui-même, mais qu’il cherchait plutôt un sentier ombreux, secret et humble. Sans aucun doute ; mais cela ne touche pas à la question que nous examinons. Moïse, comme nous le verrons bientôt, était l’homme le plus doux de toute la terre ; et nous ne voulons pas même supposer qu’un simple homme eût fait mieux dans ces circonstances. Cependant nous devons chercher à conserver la grande leçon pratique que ce chapitre enseigne d’une manière si frappante. Le meilleur des hommes tombe ; et il paraît extrêmement clair que Moïse dans le onzième chapitre des Nombres n’était pas dans l’élévation calme de la foi. Il semble avoir perdu, pour le moment, cet équilibre parfait de l’âme, ce résultat qu’obtiennent certainement ceux qui n’ont que le Dieu vivant pour centre de leurs pensées. Or nous déduisons ceci, non pas uniquement du fait qu’il avait chancelé sous le poids de sa responsabilité, mais encore de l’étude du paragraphe suivant :
« Et tu diras au peuple : Sanctifiez-vous pour demain, et vous mangerez de la chair ; car vous avez pleuré aux oreilles de l’Éternel, disant : Qui nous fera manger de la chair ? car nous étions bien en Égypte ! Et l’Éternel vous donnera de la chair, et vous en mangerez. Vous n’en mangerez pas un jour, ni deux jours, ni cinq jours, ni dix jours, ni vingt jours, mais jusqu’à un mois entier, jusqu’à ce qu’elle vous sorte par les narines et que vous l’ayez en dégoût ; parce que vous avez méprisé l’Éternel qui est au milieu de vous, et que vous avez pleuré devant lui, disant : Pourquoi sommes-nous donc sortis d’Égypte ? Et Moïse dit : Il y a six cent mille hommes de pied dans ce peuple au milieu duquel je suis, et tu as dit : Je leur donnerai de la chair, et ils mangeront un mois entier. Leur égorgera-t-on du menu et du gros bétail, afin qu’il y en ait assez pour eux ? ou assemblera-t-on tous les poissons de la mer pour eux, afin qu’il y en ait assez pour eux ? Et l’Éternel dit à Moïse : La main de l’Éternel est-elle devenue courte ? Tu verras maintenant si ce que j’ai dit t’arrivera ou non » (vers. 18-23).
Nous voyons, en tout cela, le travail de cet esprit d’incrédulité qui tend toujours à limiter le Saint d’Israël. Le Dieu Tout-Puissant, le Possesseur des cieux et de la terre, le Créateur des bouts de la terre, ne pouvait-il pas fournir de la chair à six cent mille hommes de pied ? Hélas ! c’est justement en cela que nous manquons tous si tristement. Nous ne prenons pas possession, comme nous le devrions, de cette vérité que nous avons affaire avec le Dieu vivant. La foi introduit Dieu sur la scène, et conséquemment elle ne connaît aucune difficulté ; elle se rit des impossibilités. Au jugement de la foi, Dieu est la grande réponse à toute question — la grande solution à toute difficulté. Elle rapporte tout à lui, et en conséquence il n’importe nullement à la foi qu’il s’agisse de six cent mille ou de six cent millions ; elle sait que Dieu est tout à fait suffisant. Elle trouve toutes ses ressources en lui. L’incrédulité dit : « Comment telles et telles choses se peuvent-elles ? » Elle est pleine de « comment » ; mais la foi a une seule grande réponse à dix mille « comment », et cette réponse c’est DIEU.
« Et Moïse sortit, et dit au peuple les paroles de l’Éternel ; et il assembla soixante-dix hommes des anciens du peuple, et les fit se tenir tout autour de la tente. Et l’Éternel descendit dans la nuée, et lui parla ; et il ôta de l’Esprit qui était sur lui, et le mit sur les soixante-dix anciens. Et il arriva qu’aussitôt que l’Esprit reposa sur eux, ils prophétisèrent, mais ils ne continuèrent pas » (vers. 24-25).
Le vrai secret de tout ministère, c’est la puissance spirituelle. Ce n’est pas le génie, l’intelligence ou l’énergie de l’homme ; mais simplement la puissance de l’Esprit de Dieu. Ceci était vrai dans les jours de Moïse, et l’est encore maintenant. « Ni par force, ni par puissance, mais par mon Esprit, dit l’Éternel des armées » (Zach. 4:6). Il est bon que tous les serviteurs de Dieu s’en souviennent toujours. Cela soutiendra leur cœur et donnera à leur ministère une continuelle fraîcheur. Un ministère qui découle d’une dépendance permanente du Saint Esprit ne peut jamais devenir stérile. Si un homme se confie en ses propres ressources, il sera bientôt dépourvu. Peu importent ses talents, ou l’étendue de ses lectures, ou ses grandes connaissances : si le Saint Esprit n’est pas la source et la puissance de son ministère, celui-ci perdra tôt ou tard sa fraîcheur et son effet.
Combien il est donc important que tous ceux qui servent, soit dans l’évangélisation, soit dans l’Église de Dieu, s’appuient continuellement et exclusivement sur la puissance du Saint Esprit ! Il sait ce dont les âmes ont besoin, et il peut y suppléer. Mais on doit se confier en lui, et user de lui. Ce ne serait pas bien de s’appuyer en partie sur soi-même, et en partie sur l’Esprit de Dieu. S’il y a la moindre confiance en soi, cela se verra bientôt. Nous devons réellement arriver au fond de ce qui appartient au moi, si nous voulons être des vaisseaux du Saint Esprit.
Ce n’est point, avons-nous besoin de le dire ? qu’il ne doive pas y avoir une sainte diligence, et une sainte ardeur dans l’étude de la Parole de Dieu, de même que dans celle des exercices, des épreuves, des luttes et des difficultés variées de l’âme. Tout au contraire. Nous sommes persuadé que plus nous nous appuierons absolument, avec le sentiment de notre propre néant, sur la grande puissance du Saint Esprit, plus nous étudierons avec soin et avec zèle et le livre et l’âme. Ce serait une fatale erreur pour un homme de se servir de la profession de dépendance du Saint Esprit, comme d’un motif pour négliger l’étude faite avec prière, et la méditation. « Occupe-toi de ces choses ; sois-y tout entier, afin que tes progrès soient évidents à tous » (1 Tim. 4:15).
Mais, après tout, que l’on se souvienne toujours que le Saint Esprit est la source intarissable et vivante du ministère. C’est lui seul qui peut déployer dans leur fraîcheur et leur plénitude divines les trésors de la Parole de Dieu et les appliquer selon sa céleste puissance aux besoins actuels de l’âme. Il ne s’agit pas d’exposer de nouvelles vérités, mais simplement de dérouler la Parole elle-même de manière à ce qu’elle agisse sur l’état spirituel et moral du peuple de Dieu. Voilà le vrai ministère. Un homme peut parler cent fois sur la même portion de l’Écriture et aux mêmes personnes, et dans chaque occasion il peut annoncer Christ à leurs âmes avec une nouvelle fraîcheur spirituelle. Et d’un autre côté, un homme peut se tourmenter l’esprit pour découvrir de nouveaux sujets et de nouvelles manières de traiter de vieux textes, et malgré tout il peut ne pas y avoir un seul atome de Christ ou de puissance spirituelle dans sa prédication.
Tout cela est vrai pour l’évangéliste aussi bien que pour le docteur ou pour le pasteur. Un homme peut être appelé à prêcher l’évangile dans le même endroit pendant des années, et il peut parfois se sentir accablé par la pensée d’avoir à s’adresser au même auditoire, sur le même sujet, semaine après semaine, mois après mois, année après année. Il peut être embarrassé pour trouver quelque chose de nouveau, de frais, ou de varié. Il peut désirer de s’en aller dans quelque nouvel endroit où les sujets qui lui sont familiers seront nouveaux pour ses auditeurs. Ce que nous avons dit plus haut aidera beaucoup de tels hommes à se rappeler que Christ est le seul grand sujet de l’évangéliste. Le Saint Esprit est la puissance pour développer ce grand thème ; et les pauvres pécheurs perdus sont ceux devant lesquels ce grand thème doit être développé. Or Christ est toujours nouveau ; la puissance du Saint Esprit a toujours sa fraîcheur ; la condition et la destinée de l’âme sont toujours aussi dignes de notre profond intérêt. En outre, il est bon pour l’évangéliste, chaque fois qu’il se lève de nouveau pour prêcher, de se souvenir que ceux auxquels il s’adresse ignorent réellement l’Évangile, en sorte qu’il doit parler comme si c’était la première fois que son auditoire entendait le message et la première fois qu’il le leur apportait. En effet, la prédication de l’Évangile, dans la divine acception de ce mot, n’est pas l’exposé stérile d’une simple doctrine évangélique, ni une certaine forme de discours exposés sans cesse selon la même routine fastidieuse. Loin de là : Prêcher l’Évangile, c’est réellement dévoiler le cœur de Dieu, la personne et l’œuvre de Christ, et cela par l’énergie présente du Saint Esprit, énergie inspirée et nourrie par le trésor inépuisable de l’Écriture Sainte.
Puissent tous les prédicateurs avoir ces choses précieuses à la pensée ; alors il importera peu qu’il y ait un seul prédicateur ou soixante-dix, un seul homme dans le même endroit pendant cinquante ans, ou le même homme en cinquante lieux différents dans une même année. Ainsi, dans le cas de Moïse, tel qu’il nous est rapporté dans ce chapitre, il n’y avait pas augmentation de puissance ; mais le même Esprit qu’il possédait seul, fut répandu sur les soixante-dix anciens. Dieu peut agir par le moyen d’un seul homme, aussi bien que par celui de soixante-dix ; et si Lui n’agit pas, soixante-dix ne feront pas plus qu’un seul. Il est de la plus haute importance d’avoir toujours Dieu présent à l’âme. C’est le vrai secret de la puissance et de la fraîcheur, soit pour l’évangéliste, soit pour le docteur, soit pour tout autre. Quand un homme peut dire : « Toutes mes sources sont en Dieu », il n’a pas besoin de se mettre en peine au sujet de sa sphère d’activité, ou de son aptitude à la remplir. Mais quand il n’en est pas ainsi, nous pouvons bien comprendre qu’un homme désire vivement partager avec d’autres ses travaux et sa responsabilité. Rappelons-nous comment Moïse, au commencement du livre de l’Exode, allait à contre-cœur en Égypte dans une simple dépendance de Dieu ; et comme il fut prompt à se faire accompagner par Aaron. C’est ce qui a toujours lieu. Nous aimons quelque chose de palpable quelque chose que l’œil puisse voir et la main toucher. Nous trouvons difficile de voir Celui qui est invisible. Et cependant l’appui sur lequel nous voulons nous reposer est bien souvent un roseau cassé qui nous percera la main. Aaron fut pour Moïse une source féconde de chagrins ; et ceux que, dans notre folie, nous nous imaginons être des aides indispensables, deviennent fréquemment tout le contraire. Oh ! puissions-nous tous apprendre à nous reposer sur le Dieu vivant, avec un cœur sincère et une confiance inébranlable !
Avant de terminer ce chapitre, nous considérerons un instant l’esprit vraiment excellent avec lequel Moïse affronte les circonstances où il s’était placé lui-même. Autre chose est de reculer devant le poids de la responsabilité et du travail, autre chose est de se comporter, avec grâce et une vraie humilité, envers ceux qui sont appelés à partager le fardeau avec nous. Les deux choses sont totalement différentes, et nous pouvons souvent voir cette différence démontrée d’une manière frappante. Dans la scène que nous avons sous les yeux, Moïse montre cette exquise douceur qui le caractérise si particulièrement. « Et il était demeuré deux hommes dans le camp ; le nom de l’un était Eldad, et le nom du second, Médad ; et l’Esprit reposa sur eux ; et ils étaient de ceux qui avaient été inscrits, mais ils n’étaient pas sortis vers la tente, et ils prophétisèrent dans le camp. Et un jeune homme courut et rapporta cela à Moïse, disant : Eldad et Médad prophétisent dans le camp. Et Josué, fils de Nun, qui servait Moïse, l’un de ses jeunes gens, répondit et dit : Mon seigneur Moïse, empêche-les. Et Moïse lui dit : Es-tu jaloux pour moi ? Ah ! que plutôt tout le peuple de l’Éternel fût prophète ; que l’Éternel mît son Esprit sur eux ! » (vers. 26-29).
Ceci est parfaitement beau. Moïse était bien loin d’avoir ce misérable esprit d’envie qui ne voudrait laisser parler nul autre que soi-même. Il était disposé, par la grâce, à se réjouir de toutes les manifestations de la vraie puissance spirituelle, de quelque lieu où de quelque individu qu’elles vinssent. Il savait très bien que ces deux hommes ne pouvaient prophétiser réellement que par la puissance de l’Esprit de Dieu ; or, en quelque lieu que cette puissance fût produite, qu’était-il, lui, pour chercher à l’étouffer ou à s’y opposer ?
Qu’il serait bon qu’il y eût davantage de cet excellent esprit ! Puisse chacun de nous le rechercher ! Puissions-nous avoir la grâce de nous réjouir sincèrement du témoignage et du service des enfants de Dieu, lors même que nous ne voyions pas toutes choses du même œil qu’eux, et quoique notre méthode et notre mesure puissent différer. Rien n’est plus méprisable que cet esprit mesquin d’envie et de jalousie, qui ne permet pas à un homme de prendre quelque intérêt à un autre travail qu’au sien propre. Nous pouvons être certains que là où l’Esprit de Christ est à l’œuvre dans nos cœurs, nous pourrons sortir de nous-mêmes et embrasser, en esprit, le vaste champ de travail de notre Maître béni, et tous ses bien-aimés ouvriers ; nous pourrons nous réjouir pleinement de ce que l’œuvre s’accomplit, n’importe par qui. Un homme dont le cœur est rempli de Christ, pourra dire — et dire sans affectation : « Pourvu que l’œuvre se fasse — que Christ soit glorifié — que des âmes soient sauvées — que le troupeau du Seigneur soit nourri et soigné, il m’importe peu de savoir qui fait l’œuvre ».
Tel est le véritable esprit à cultiver ; il forme un contraste brillant avec l’étroitesse et l’égoïsme qui ne peuvent se réjouir que dans un travail où le « Je » et le « Moi-même » ont une place évidente. Que le Seigneur nous délivre de tout cela et nous donne de désirer cet état d’âme que Moïse manifestait, en disant : « Es-tu jaloux pour moi ? Ah ! que plutôt tout le peuple de l’Éternel fût prophète ; que l’Éternel mît son Esprit sur eux ! »
Le dernier paragraphe de notre chapitre nous montre le peuple livré à la misérable et fatale jouissance des choses pour lesquelles leurs cœurs avaient été épris de convoitise. « Il leur donna ce qu’ils avaient demandé, mais il envoya la consomption dans leurs âmes » (Ps. 106:15). Ils obtinrent ce qu’ils avaient ardemment désiré, et ils y trouvèrent la mort. Ils avaient voulu avoir de la chair ; et avec elle vint le jugement de Dieu. Cela est très solennel. Puissions-nous prendre garde à cet avertissement ! Le pauvre cœur est plein de vains désirs et d’odieuses convoitises. La manne céleste ne le satisfait pas. Il lui faut autre chose. Dieu nous permet de l’avoir. Mais alors ! Consomption — stérilité — jugement ! Ô Seigneur ! maintiens nos cœurs attachés à Toi seul, en tout temps ! Sois toujours la portion suffisante de nos âmes, pendant que nous traversons ce désert, jusqu’à ce que nous voyions ta face glorieuse !
La courte partie de notre livre, à laquelle nous arrivons maintenant, peut être considérée sous deux aspects différents ; d’abord elle est typique ; et ensuite morale, ou pratique.
Dans l’union de Moïse avec « la femme éthiopienne », nous avons une figure du grand et merveilleux mystère de l’union de l’Église avec Christ, sa Tête. Ce sujet s’est déjà présenté à nous dans notre étude du livre de l’Exode ; mais nous le trouvons ici sous un jour particulier, comme ce qui excite l’inimitié d’Aaron et de Marie. Les actes souverains de la grâce provoquent l’opposition de ceux qui demeurent sur le terrain des relations naturelles et des privilèges charnels. Nous savons, d’après l’enseignement du Nouveau Testament, que l’extension de la grâce aux Gentils fut ce qui excita la haine la plus cruelle et la plus terrible des Juifs. Ils ne voulaient pas cette extension ; ils ne voulaient pas y croire ; ils ne voulaient même pas en entendre parler. Le chapitre 11 des Romains fait une très remarquable allusion à ceci, lorsque l’Apôtre dit, en parlant des Gentils : « Car comme vous aussi vous avez été autrefois désobéissants à Dieu et que maintenant vous êtes devenus des objets de miséricorde par la désobéissance de ceux-ci, de même ceux-ci aussi [les Juifs] ont été maintenant désobéissants à votre miséricorde, afin qu’eux aussi deviennent des objets de miséricorde » (vers. 30-31).
C’est précisément ce qui nous est présenté en type dans l’histoire de Moïse. Il s’offrit tout d’abord à Israël, ses frères selon la chair ; mais ils le rejetèrent dans leur incrédulité. Ils le repoussèrent et ne le voulurent pas. Cela devint, dans la souveraineté de Dieu, une occasion de miséricorde pour l’étrangère, car ce fut pendant la période du rejet de Moïse par Israël, qu’il forma cette union mystique et symbolique avec une femme païenne, union contre laquelle parlent Marie et Aaron, dans le chapitre qui nous occupe. Leur opposition attira le jugement de Dieu sur eux. Marie devint lépreuse — une pauvre personne souillée — l’objet d’une compassion qui découla sur elle, par l’intercession de celui-là même contre qui elle avait parlé.
Le type est complet et très frappant. Les Juifs n’ont pas cru à la glorieuse vérité de la miséricorde accordée aux Gentils ; c’est pourquoi la colère est à la fin tombée sur eux. Mais ils seront ramenés plus tard sur le terrain de la simple miséricorde, tout comme les Gentils. C’était très humiliant pour ceux qui cherchaient à demeurer sur le terrain de la promesse et des privilèges nationaux ; mais il en est ainsi dans la sagesse dispensatrice de Dieu, sagesse dont le souvenir même fait prononcer à l’apôtre inspiré ce magnifique cantique de louange : « Ô profondeur des richesses et de la sagesse et de la connaissance de Dieu ! Que ses jugements sont insondables, et ses voies introuvables ! Car qui a connu la pensée du Seigneur, ou qui a été son conseiller ? ou qui lui a donné le premier, et il lui sera rendu ? Car de lui, et par lui, et pour lui, sont toutes choses ! À lui soit la gloire éternellement ! Amen » (Rom. 11:33-86).
Voilà pour le sens typique de notre chapitre. Voyons-en maintenant le côté moral et pratique. « Et Marie et Aaron parlèrent contre Moïse à l’occasion de la femme éthiopienne qu’il avait prise, car il avait pris une femme éthiopienne. Et ils dirent : l’Éternel n’a-t-il parlé que par Moïse seulement ? n’a-t-il pas parlé aussi par nous ? Et l’Éternel l’entendit. Et cet homme, Moïse, était très doux, plus que tous les hommes qui étaient sur la face de la terre. Et soudain l’Éternel dit à Moïse, et à Aaron et à Marie : Sortez, vous trois, vers la tente d’assignation. Et ils sortirent eux trois. Et l’Éternel descendit dans la colonne de nuée, et se tint à l’entrée de la tente ; et il appela Aaron et Marie, et ils sortirent eux deux. Et il dit : Écoutez mes paroles : S’il y a un prophète parmi vous, moi l’Éternel, je me ferai connaître à lui en vision, je lui parlerai en songe. Il n’en est pas ainsi de mon serviteur Moïse, qui est fidèle dans toute ma maison ; je parle avec lui bouche à bouche, et en me révélant clairement, et non en énigmes ; et il voit la ressemblance de l’Éternel. Et pourquoi n’avez-vous pas craint de parler contre mon serviteur, contre Moïse ? Et la colère de l’Éternel s’embrasa contre eux, et il s’en alla ; et la nuée se retira de dessus la tente : et voici, Marie était lépreuse, comme la neige ; et Aaron se tourna vers Marie, et voici, elle était lépreuse » (vers. 1-10).
C’est une chose très sérieuse que de dire du mal d’un serviteur de l’Éternel. Nous devons être assurés que Dieu punira cela tôt ou tard. Dans le cas de Marie, le jugement divin tomba incontinent et solennellement. C’était une faute grave, une révolte positive, que de parler contre celui que Dieu avait élevé d’une manière si remarquable, qu’il avait chargé d’une mission divine et qui, d’ailleurs, dans l’affaire dont Marie et Aaron se plaignaient, avait agi dans un parfait accord avec les conseils de Dieu, fournissant un type de ce glorieux mystère caché dans sa pensée éternelle : l’union de Christ et de l’Église.
Mais, dans tous les cas, c’est une fatale erreur de médire des serviteurs de Dieu, même les plus faibles et les plus humbles. Si le serviteur fait mal — s’il est dans l’erreur, s’il a manqué en quelque chose — le Seigneur lui-même le jugera ; mais que ses frères prennent garde à leur conduite en un tel cas, de peur qu’ils ne soient trouvés, comme Marie, se mêlant de ces choses à leur propre préjudice.
Il est parfois effrayant d’entendre de quelle manière on se permet de parler et d’écrire contre des serviteurs de Christ. Ceux-ci peuvent, à la vérité, y donner lieu ; ils peuvent s’être trompés, ou avoir montré une disposition et un esprit mauvais ; mais c’est, néanmoins, un grand péché contre Christ que de dire du mal de ses chers serviteurs. Sûrement nous devrions sentir l’importance et la solennité de ces paroles : « Pourquoi n’avez-vous pas craint de parler contre mon serviteur ? »
Que Dieu nous fasse la grâce de nous tenir en garde contre ce triste mal. Veillons à ce que nous ne soyons pas trouvés faisant ce qui l’offense, c’est-à-dire parlant contre ceux qui sont chers à son cœur. Il n’y a pas un seul membre du peuple de Dieu, dans lequel nous ne puissions trouver quelque bien, pourvu seulement que nous le cherchions de la bonne manière. Ne nous occupons que du bien, arrêtons-nous-y, et cherchons à le fortifier et à le développer de toutes les manières possibles. D’un autre côté, si nous n’avons pas pu discerner le bien dans notre frère et compagnon de service ; si notre œil n’a découvert que des travers ; si nous n’avons pas réussi à trouver l’étincelle de vie parmi les cendres — la pierre précieuse au milieu des impuretés ; si nous n’avons vu que ce qui était de la nature charnelle ; eh bien ! étendons d’une main charitable et délicate le voile du silence sur notre frère, ou ne parlons de lui qu’au trône de la grâce.
Il y a quelque chose de très beau dans la manière dont Moïse se conduit dans la scène que nous avons sous les yeux. Il se montre vraiment un homme doux, non seulement dans l’affaire d’Eldad et de Médad, mais aussi dans l’affaire plus difficile de Marie et d’Aaron. Dans la première, au lieu d’être jaloux de ceux qui étaient appelés à partager sa dignité et sa responsabilité, il se réjouit de leur travail et souhaite que tout le peuple de l’Éternel possède le même privilège sacré. Dans la seconde affaire, au lieu d’éprouver et de conserver du ressentiment contre son frère et sa sœur, il est tout prêt à prendre la place d’intercesseur : « Et Aaron dit à Moïse : Ah, mon seigneur ! ne mets pas, je te prie, sur nous, ce péché par lequel nous avons agi follement, et par lequel nous avons péché. Je te prie, qu’elle ne soit pas comme un enfant mort, dont la chair est à demi consumée quand il sort du ventre de sa mère. Et Moïse cria à l’Éternel, disant : Ô Dieu ! je te prie, guéris-la, je te prie » (vers. 11-13).
Ici Moïse est plein de l’Esprit de son Maître et prie pour ceux qui ont parlé si amèrement contre lui. C’était la victoire — la victoire d’un homme doux — la victoire de la grâce. Un homme qui connaît sa vraie place en la présence de Dieu, peut s’élever au-dessus de tous les discours méchants. Il n’en est point attristé, sinon pour ceux qui les prononcent. Il peut leur pardonner. Il n’est pas susceptible, opiniâtre ou occupé de lui-même. Il sait que nul ne peut le placer plus bas qu’il ne mérite ; en conséquence, si quelqu’un parle contre lui, il peut courber la tête avec douceur et passer son chemin en abandonnant la personne et sa cause entre les mains de Celui qui juge justement, et qui récompensera assurément chacun selon ses œuvres.
Telle est la vraie dignité. Puissions-nous la comprendre un peu mieux ; alors nous ne serons pas si prompts à prendre feu, lorsque quelqu’un juge à propos de parler avec mépris de nous et de notre œuvre ; bien plus, nous pourrons élever nos cœurs dans une ardente prière en faveur de nos ennemis, attirant ainsi la bénédiction sur eux et sur nos propres âmes.
Les quelques lignes qui terminent ce chapitre confirment l’aperçu typique que nous avons cru devoir suggérer. « Et l’Éternel dit à Moïse Si son père lui eût craché au visage, ne serait-elle pas pendant sept jours dans la honte ? Qu’elle soit exclue, sept jours, hors du camp, et après, qu’elle y soit recueillie. Et Marie demeura exclue hors du camp sept jours ; et le peuple ne partit pas jusqu’à ce que Marie eût été recueillie. Et après, le peuple partit de Hatséroth, et il campa au désert de Paran » (vers. 14-15. Chap. 13:1). Marie, ainsi enfermée hors du camp, peut être regardée comme une figure de la condition présente de la nation d’Israël, qui est mise de côté à cause de son implacable opposition à la pensée divine de miséricorde envers les Gentils. Mais quand les « sept jours » auront achevé leur cours, Israël sera ramené sur le terrain de la grâce souveraine, exercée envers lui par l’intercession de Christ.
« Et l’Éternel parla à Moïse, disant : Envoie des hommes, et ils reconnaîtront le pays de Canaan, que je donne aux fils d’Israël ; vous enverrez un homme pour chaque tribu de ses pères, tous des princes parmi eux. Et Moïse les envoya du désert de Paran, selon le commandement de l’Éternel » (vers. 2-4).
Pour comprendre parfaitement ce commandement, nous devons le rapprocher d’un passage du Deutéronome, où Moïse, repassant les faits de l’histoire merveilleuse d’Israël dans le désert, leur rappelle cette circonstance pleine d’importance et d’intérêt : « Et nous partîmes d’Horeb, et nous traversâmes tout ce grand et terrible désert que vous avez vu, le chemin de la montagne des Amoréens, comme l’Éternel, notre Dieu, nous l’avait commandé, et nous vînmes jusqu’à Kadès-Barnéa. Et je vous dis : Vous êtes arrivés jusqu’à la montagne des Amoréens, laquelle l’Éternel, notre Dieu, nous donne. Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit ; ne crains point, et ne t’effraye point. Et vous vous approchâtes tous de moi, et vous dites : Envoyons des hommes devant nous, et ils examineront le pays pour nous, et ils nous rapporteront des nouvelles du chemin par lequel nous pourrons monter et des villes auxquelles nous viendrons » (Deut. 1:19-22).
Or nous avons ici l’origine morale du fait exposé en Nombres 13:3. Il est évident que l’Éternel donna le commandement concernant les espions à cause de la condition morale du peuple. S’ils avaient été conduits par la simple foi, ils auraient agi d’après ces paroles puissantes de Moïse : « Regarde, l’Éternel, ton Dieu, a mis devant toi le pays : monte, prends possession, comme l’Éternel, le Dieu de tes pères, te l’a dit : Ne crains point, et ne t’effraye point ». Il n’y a pas un seul mot d’espions dans ce magnifique passage. La foi a-t-elle besoin d’espions, quand elle a la parole et la présence du Dieu vivant ? Puisque l’Éternel leur avait donné un pays, il valait la peine d’en prendre possession. Et ne l’avait-il pas donné ? Oui, vraiment ; et non seulement il l’avait donné, mais il avait rendu témoignage à la nature et au caractère de ce pays dans ces éclatantes paroles : « Car l’Éternel, ton Dieu, te fait entrer dans un bon pays, un pays de ruisseaux d’eau, de sources, et d’eaux profondes, qui sourdent dans les vallées et dans les montagnes ; un pays de froment, et d’orge, et de vignes, et de figuiers, et de grenadiers, un pays d’oliviers à huile, et de miel ; un pays où tu ne mangeras pas ton pain dans la pauvreté, où tu ne manqueras de rien ; un pays dont les pierres sont du fer, et des montagnes duquel tu tailleras l’airain » (Deut. 8:7-9).
Tout ceci n’aurait-il pas dû suffire à Israël ? N’auraient-ils pas dû être satisfaits du témoignage de Dieu ? N’avait-il pas examiné le pays pour eux ? Et tout ce qu’il leur en avait été dit, n’était-il pas assez ? À quoi bon envoyer des hommes pour épier le pays ? Y avait-il un seul endroit « depuis Dan jusqu’à Beër-Shéba », dont Dieu n’eût une entière connaissance ? N’avait-il pas, dans ses conseils éternels, choisi ce pays pour la semence d’Abraham, son ami, et ne le lui avait-il pas destiné ? Ne connaissait-il pas toutes les difficultés ? et ne pouvait-il pas les surmonter ? Pourquoi donc s’approchèrent-ils tous et dirent-ils : « Envoyons des hommes devant nous, et ils examineront le pays pour nous, et ils nous rapporteront des nouvelles » ?
Ah ! ces questions s’adressent justement à nos cœurs. Elles nous dévoilent et rendent entièrement manifeste l’état où nous sommes. Ce n’est pas à nous de critiquer froidement les voies d’Israël dans le désert, de montrer ici une erreur, là une chute. Nous devons considérer toutes ces choses comme des types placés devant nous pour notre instruction. Ce sont des phares élevés pour nous par une main amie et fidèle, afin de nous détourner des dangereux bas-fonds, des sables mouvants et des écueils qui se trouvent le long de notre traversée et menacent notre sûreté. C’est, nous pouvons en être certains, la vraie manière de lire chaque page de l’histoire d’Israël, si nous voulons recueillir le fruit que notre Dieu nous a destiné en l’écrivant.
Mais il se peut que le lecteur soit disposé à poser cette question-ci : « L’Éternel n’avait-il pas expressément commandé à Moïse d’envoyer des espions ? Comment donc était-ce un mal, de la part d’Israël, de les envoyer ? » Il est vrai qu’en Nombres 13, l’Éternel commanda à Moïse d’envoyer des espions, mais c’était une conséquence de l’état moral du peuple, comme cela est démontré par le chapitre 1 du Deutéronome. Nous ne comprendrons pas le premier passage à moins que nous ne le lisions à la clarté du second. Nous voyons très distinctement par Deutéronome 1:22, que l’idée d’envoyer des espions avait pris naissance dans le cœur d’Israël. Dieu vit leur condition morale et donna un commandement en parfait accord avec cette condition.
Si le lecteur veut se reporter aux premières pages du premier livre de Samuel, il y trouvera quelque chose de semblable lors de l’affaire de l’élection d’un roi. L’Éternel commanda à Samuel d’écouter la voix du peuple, et de leur donner un roi (1 Sam. 8:22). Était-ce parce qu’il approuvait leur dessein ? Très sûrement pas ; au contraire, il déclara clairement que c’était positivement le rejeter lui-même. Pourquoi donc enjoint-il à Samuel d’élire un roi ? L’ordre fut donné à cause de la condition d’Israël. Ils étaient fatigués de dépendre entièrement d’un bras invisible, et soupiraient après un bras de chair. Ils désiraient ressembler aux nations qui les environnaient, et avoir un roi qui sortît devant eux et qui fit la guerre pour eux. Eh bien ! Dieu leur accorda leur demande et ils furent très vite appelés à éprouver la folie de leur désir. Leur roi fit une chute des plus complètes, et ils durent apprendre que c’était un mal et une chose amère que d’abandonner le Dieu vivant pour s’appuyer sur un roseau cassé de leur propre choix.
Or nous voyons la même chose se produire dans le cas des espions. Il ne saurait y avoir aucun doute que le dessein d’envoyer des espions ne fût le fruit de l’incrédulité. Un cœur simple et confiant en Dieu n’aurait jamais pensé à une chose pareille. Eh quoi ! devons-nous envoyer de pauvres mortels, pour inspecter un pays que Dieu nous a donné, dans sa grâce ; qu’il nous a décrit si pleinement et si fidèlement ? Loin de nous cette pensée. Ah ! disons plutôt : « C’est assez ; le pays est le don de Dieu, et comme tel il doit être bon. Sa parole est suffisante pour nos cœurs ; nous n’avons pas besoin d’espions ; nous ne cherchons pas de témoignage humain pour confirmer la parole du Dieu vivant. Il a donné, il a parlé, cela nous suffit ».
Mais, hélas ! les enfants d’Israël n’étaient pas dans la condition voulue pour tenir un tel langage. Ils voulaient envoyer des espions. Ils avaient besoin d’eux ; leur cœur les demandait ; ce désir reposait dans les profondeurs mêmes de leur âme ; l’Éternel le savait ; aussi donna-t-il un commandement en rapport direct avec l’état moral du peuple.
« Et Moïse les envoya (les espions) pour reconnaître le pays de Canaan, et leur dit : Montez de ce côté, par le midi ; et vous monterez dans la montagne ; et vous verrez le pays, ce qu’il est, et le peuple qui l’habite ; s’il est fort ou faible, s’il est en petit nombre ou en grand nombre ; et quel est le pays où il habite, s’il est bon ou mauvais ; et quelles sont les villes dans lesquelles il habite, si c’est dans des camps ou dans des villes murées ; et quel est le pays, s’il est gras ou maigre, s’il y a des arbres ou s’il n’y en a pas. Ayez bon courage, et prenez du fruit du pays. Or c’était le temps des premiers raisins. Et ils montèrent et reconnurent le pays, depuis le désert de Tsin jusqu’à Rehob, quand on vient à Hamath… Et ils vinrent jusqu’au torrent d’Eshcol, et coupèrent de là un sarment avec une grappe de raisin ; et ils le portèrent à deux au moyen d’une perche, et des grenades et des figues. On appela ce lieu-là torrent d’Eshcol, à cause de la grappe que les fils d’Israël y coupèrent. Et ils revinrent de la reconnaissance du pays au bout de quarante jours. Et ils allèrent, et arrivèrent auprès de Moïse et d’Aaron, et de toute l’assemblée des fils d’Israël, au désert de Paran, à Kadès ; et ils leur rendirent compte, ainsi qu’à toute l’assemblée, et leur montrèrent le fruit du pays. Et ils racontèrent à Moïse, et dirent : Nous sommes allés dans le pays où tu nous as envoyés ; et vraiment il est ruisselant de lait et de miel, et en voici le fruit » (vers. 18-28).
C’était donc la confirmation la plus complète de tout ce que l’Éternel avait dit sur le pays — le témoignage de douze hommes quant au fait que le pays découlait de lait et de miel — le témoignage de leurs propres sens quant à la nature du fruit du pays. De plus, il y avait le fait parlant, que douze hommes avaient été réellement dans le pays, qu’ils avaient mis quarante jours à le parcourir dans tous les sens, qu’ils avaient bu de ses sources et mangé de ses fruits. Quelle aurait donc dû être, au jugement de la foi, la conclusion évidente à tirer d’un tel fait ? Simplement celle-ci : que la même main qui avait conduit douze hommes dans le pays pouvait y conduire toute l’assemblée.
Mais, hélas ! le peuple n’était pas gouverné par la foi, il l’était par la sombre et accablante incrédulité et les espions eux-mêmes, ces hommes qui avaient été envoyés dans le but de rassurer et de convaincre le peuple — tous, sauf deux brillantes exceptions, étaient sous l’influence de l’incrédulité qui déshonore Dieu. En un mot, ce fut une affaire manquée. La fin ne fit que manifester le véritable état du cœur du peuple. L’incrédulité dominait. Le témoignage était assez clair : « Nous sommes allés dans le pays où tu nous as envoyés ; et vraiment il est ruisselant de lait et de miel, et en voici le fruit ». Il n’y avait absolument rien qui manquât du côté de Dieu. Le pays était bien ce qu’il avait dit ; les espions eux-mêmes en étaient témoins ; mais écoutons ce qui suit : « Seulement, le peuple qui habite dans le pays est fort, et les villes sont fortifiées, très grandes ; et nous y avons vu aussi les enfants d’Anak » (vers. 29).
On est toujours sûr de trouver un « seulement », dès que l’homme est en jeu et que l’incrédulité est à l’œuvre. Les espions incrédules virent les difficultés ; de grandes villes ; de hautes murailles ; des géants. Ils virent toutes ces choses ; mais ils ne virent pas l’Éternel. Ils regardèrent aux choses visibles plutôt qu’aux invisibles. Leurs yeux n’étaient pas fixés sur Celui qui est invisible. Sans doute les villes étaient grandes, mais Dieu était plus grand ; les murailles étaient hautes, mais Dieu était plus haut ; les géants étaient forts, mais Dieu était plus fort.
C’est ainsi que la foi raisonne toujours. Elle va de Dieu aux difficultés ; elle commence par Lui. L’incrédulité, au contraire, part des difficultés pour aller à Dieu ; elle commence par les difficultés. C’est ce qui fait toute la différence. Ce n’est pas qu’il nous faille rester insensible aux difficultés, ou être insouciants. Ni l’insensibilité, ni l’insouciance ne sont de la foi. Il y a des personnes nonchalantes qui semblent traverser la vie en ayant pour principe de prendre les choses par le bon côté. Ce n’est pas la foi. La foi regarde les difficultés en face ; elle voit très bien le côté pénible des choses. Elle n’est ni ignorante, ni indifférente, ni insouciante ; mais quoi ? ELLE INTRODUIT LE DIEU VIVANT. Elle regarde à lui, et s’appuie sur lui. Tout, pour elle, découle de lui. C’est là que se trouve le grand secret de sa puissance. Elle possède la conviction calme et profonde qu’il n’y aura jamais, pour le Dieu Tout-Puissant, une muraille trop haute, une ville trop grande, un géant trop fort. En un mot, la foi est la seule chose qui donne à Dieu sa vraie place ; aussi est-elle la seule chose qui élève l’âme complètement au-dessus des influences extérieures, de quelque nature qu’elles puissent être. C’était bien le précieux fait qu’exprimait Caleb, quand il disait : « Montons hardiment et prenons possession du pays, car nous sommes bien capables de le faire » (vers. 31). Tels sont les vrais accents de la foi vivante qui glorifie Dieu, sans s’inquiéter des choses extérieures.
Mais, hélas ! la grande majorité des espions n’était pas plus gouvernée par cette foi vivante que les hommes qui les avaient envoyés ; aussi le seul croyant fut-il réduit au silence par les dix incrédules. « Mais les hommes qui étaient montés avec lui, dirent : Nous ne sommes pas capables de monter contre ce peuple » (vers. 32). Le langage de l’incrédulité était complètement opposé à celui de la foi. Celle-ci, regardant à Dieu, disait : « Nous sommes bien capables de le faire ». Celle-là, regardant aux difficultés, dit : « Nous ne sommes pas capables ». Comme il en fut alors, ainsi en est-il encore maintenant. Les yeux de la foi étant toujours gardés par Dieu, ne voient point les difficultés. Les yeux de l’incrédulité sont remplis des choses extérieures ; ils ne discernent donc pas Dieu. La foi introduit Dieu ; alors, tout est lumineux et facile. L’incrédulité exclut toujours Dieu ; alors tout devient sombre et difficile.
« Et ils décrièrent devant les fils d’Israël le pays qu’ils avaient reconnu, disant : Le pays par lequel nous avons passé pour le reconnaître est un pays qui dévore ses habitants, et tout le peuple que nous y avons vu est de haute stature. Et nous y avons vu les géants, fils d’Anak, qui est de la race des géants ; et nous étions à nos yeux comme des sauterelles, et nous étions de même à leurs yeux » (vers. 33-34). Pas un mot sur Dieu. Il est entièrement oublié. S’ils avaient pensé à lui — s’ils lui avaient comparé les géants, alors peu aurait importé qu’ils fussent eux-mêmes des sauterelles, ou qu’ils fussent des hommes. Mais au fait, par leur honteuse incrédulité, ils rabaissèrent le Dieu d’Israël au niveau d’une sauterelle.
Il est très remarquable que lorsque l’incrédulité est à l’œuvre, elle est toujours caractérisée par le fait qu’elle exclut Dieu. Cela se trouve vrai dans tous les âges, dans tous les lieux et dans toutes les circonstances. Il n’y a pas d’exception. L’infidélité peut tenir compte des affaires humaines, elle peut raisonner là-dessus et en tirer des conclusions ; mais tous ses raisonnements et toutes ses conclusions sont fondés sur l’exclusion de Dieu. La force de ses arguments dépend de l’exclusion et de l’éloignement de Dieu. Introduisez Dieu, et tous les raisonnements de l’incrédulité s’écroulent sous vos pieds. Ainsi, dans la scène qui nous est retracée, quelle est la réponse de la foi à toutes les objections avancées par ces dix incrédules ? La seule qui soit simple, entièrement satisfaisante, et qui n’admette aucune réplique, c’est-à-dire DIEU !
Lecteur, connaissez-vous quelque chose de la force et de la valeur de cette réponse bénie ? Connaissez-vous Dieu ? Est-ce qu’il remplit toute votre âme ? Est-il la réponse à chacune de vos questions ? la solution de chacune de vos difficultés ? Connaissez-vous la réalité d’une marche journalière avec le Dieu vivant ? Connaissez-vous la puissance rassurante qu’il y a à se reposer sur lui à travers tous les changements et les hasards de cette vie éphémère ? S’il n’en est point ainsi, laissez-moi vous solliciter de ne pas continuer à demeurer une seule heure dans votre état présent. Le chemin est ouvert. Dieu s’est révélé dans la personne de Jésus Christ comme le secours, la ressource et le refuge de toute âme nécessiteuse. Regardez à lui maintenant — maintenant même, « tandis qu’on le trouve ; invoquez-le pendant qu’il est proche ». « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé », et « celui qui croit… ne sera point confus ».
Mais si, d’un autre côté, vous connaissez, par grâce, Dieu comme votre Sauveur, comme votre Père, cherchez donc à le glorifier, dans toutes vos voies, par une confiance enfantine et entière en toutes choses. Qu’il soit une parfaite couverture pour vos yeux, en toutes circonstances ; et ainsi, en dépit de toutes les difficultés, votre âme sera maintenue dans une paix parfaite.
« Et toute l’assemblée éleva sa voix, et jeta des cris, et le peuple pleura cette nuit-là ». Avons-nous à nous en étonner ? Que pouvait-on attendre d’un peuple qui n’avait autre chose devant les yeux que forts géants, hautes murailles, grandes villes ? Que pouvait-il résulter, sinon des larmes et des soupirs, de l’état d’une assemblée qui se voyait « comme des sauterelles » en présence de ces insurmontables difficultés, sans aucun sentiment de la puissance divine qui pouvait les faire sortir victorieusement de tout ? L’assemblée entière était abandonnée à l’empire absolu de l’infidélité. Ils étaient entourés des nuées sombres et glaciales de l’incrédulité. Dieu était exclu. Il n’y avait pas un seul rayon de lumière pour éclairer les ténèbres dont ils s’étaient enveloppés. Ils étaient occupés d’eux-mêmes et de leurs difficultés, au lieu de l’être de Dieu est de ses ressources. Que pouvaient-ils donc faire, sinon élever une voix de pleurs et de lamentations ?
Quel contraste entre ceci et ce que nous lisons au commencement du chapitre 15 de l’Exode. Là, leurs yeux n’étaient fixés que sur l’Éternel ; ils pouvaient donc entonner ce chant de victoire : « Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté ; tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté. Les peuples l’ont entendu, ils ont tremblé ; l’effroi a saisi les habitants de la Philistie. Alors les chefs d’Édom ont été épouvantés ; le tremblement a saisi les forts de Moab ; tous les habitants de Canaan se sont fondus. La crainte et la frayeur sont tombées sur eux » (vers. 13-16).
Au lieu de cela, ce fut Israël qui trembla, et que la douleur saisit : c’est le changement de tableau le plus complet. La douleur, le tremblement et la frayeur saisissent Israël au lieu de leurs ennemis. Et pourquoi ? Parce que Celui qui occupait leur vue, en Exode 15, est entièrement exclu en Nombres 14. Là est toute la différence. Dans l’un des cas, la foi a le dessus ; dans l’autre, l’incrédulité.
« Par la grandeur de ton bras ils sont devenus muets comme une pierre, jusqu’à ce que ton peuple, ô Éternel ! ait passé, jusqu’à ce qu’ait passé ce peuple que tu t’es acquis. Tu les introduiras et tu les planteras sur la montagne de ton héritage, le lieu que tu as préparé pour ton habitation, ô Éternel ! le sanctuaire, ô Seigneur ! que tes mains ont établi. L’Éternel régnera à toujours et à perpétuité » (vers. 16-18). Oh ! comme ces accents de triomphe contrastent avec les cris et les lamentations incrédules du chapitre 14 des Nombres ! En Exode 15, par un mot des fils d’Anak, des hautes murailles et des sauterelles. Il n’y est question que de l’Éternel, de sa droite, de son bras puissant, de sa force, de son héritage, de son habitation, de ses actes en faveur de son peuple racheté. S’agit-il des habitants de Canaan ? on ne les voit que dans le deuil, frappés de terreur, tremblant et se fondant.
Lorsque nous revenons au chapitre 14 des Nombres, tout est bien tristement renversé. Les fils d’Anak sont mis en avant. Les murailles élevées comme des tours, les villes de géants aux remparts menaçants remplissent la vue du peuple ; mais nous n’entendons pas un seul mot sur le tout-puissant Libérateur. Ce sont les difficultés d’un côté, et les sauterelles de l’autre, et l’on se demande : « Est-il possible que ceux qui entonnèrent le chant de triomphe au bord de la mer Rouge soient devenus les pleureurs incrédules de Kadès ? »
Hélas ! oui ; et cela nous donne une sérieuse et sainte leçon. Nous devons continuellement, en traversant les scènes de ce désert, revenir aux paroles qui nous disent que toutes ces choses arrivaient à Israël comme types ; et qu’« elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints » (1 Cor. 10:11). Ne sommes-nous pas, aussi bien qu’Israël, portés à regarder aux difficultés qui nous entourent, plutôt qu’au Bien-aimé qui a entrepris de nous les faire traverser pour nous amener sains et saufs dans son royaume éternel ? Pourquoi sommes-nous quelquefois abattus ? Pourquoi nous lamentons-nous ? Pourquoi entend-on, au milieu de nous, des paroles de mécontentement et d’impatience plutôt que des chants de louange et de reconnaissance ? Simplement parce que nous permettons aux circonstances de nous voiler Dieu, au lieu de l’avoir pour parfait abri de nos yeux et pour parfait objet de nos cœurs.
Enfin, demandons-nous pourquoi nous négligeons si déplorablement de nous établir fermement dans notre position d’hommes célestes ? — de prendre possession de ce qui nous appartient comme chrétiens, de l’héritage spirituel et céleste que Christ nous a acquis, et dans lequel il est entré comme notre précurseur ? Un seul mot définit cet obstacle : l’incrédulité !
La Parole inspirée déclare au sujet d’Israël, que : « Ils n’y purent entrer [en Canaan] à cause de l’incrédulité » (Héb. 3:19). Il en est ainsi de nous. À cause de notre incrédulité, nous ne pouvons pas entrer dans notre héritage céleste — nous ne pouvons prendre possession, en pratique, de notre véritable portion — nous ne pouvons pas marcher, de jour en jour, comme un peuple céleste, qui n’a aucune place, aucun nom, aucune portion sur la terre — rien à faire avec ce monde, si ce n’est d’y passer comme des étrangers et des pèlerins marchant sur les traces de Celui qui nous a précédés et qui a pris sa place dans les cieux. Parce que la foi n’a pas d’énergie, les choses visibles ont plus de puissance sur nos cœurs, que celles qui ne se voient pas. Oh ! que le Saint Esprit fortifie notre foi, donne de l’énergie à nos âmes et nous conduise en toutes choses, afin que nous soyons trouvés non seulement parlant, mais vivant de la vie du ciel, à la louange de Celui qui nous y a appelés dans sa grâce infinie.
« Et tous les fils d’Israël murmurèrent contre Moïse et contre Aaron ; et toute l’assemblée leur dit : Oh ! si nous étions morts !… Et pourquoi l’Éternel nous fait-il venir dans ce pays, pour y tomber par l’épée, pour que nos femmes et nos petits enfants deviennent une proie ? Ne serait-il pas bon pour nous de retourner en Égypte ? Et ils se dirent l’un à l’autre : Établissons un chef, et retournons en Égypte » (vers. 2-4).
Il y a deux tristes phases d’incrédulité qui se montrent dans l’histoire d’Israël au désert ; l’une en Horeb, l’autre en Kadès. En Horeb, ils firent un veau, et dirent : « C’est ici ton dieu, ô Israël ! qui t’a fait monter du pays d’Égypte » (Exode 32:4). À Kadès ils proposent d’établir un chef pour les ramener en Égypte. En Horeb, c’est la superstition de l’incrédulité. À Kadès, c’est l’indépendance volontaire de l’incrédulité ; or, nous ne devons certainement pas nous étonner que ceux qui pouvaient penser qu’un veau les avait fait sortir d’Égypte, puissent vouloir se donner un chef pour les y reconduire. Caleb forme un brillant contraste avec tout cela. Pour lui, il n’y avait ni mort dans le désert, ni retour en Égypte, mais une riche entrée dans la terre promise, à l’abri du bouclier impénétrable de l’Éternel.
« Et Josué, fils de Nun, et Caleb, fils de Jephunné, qui étaient d’entre ceux qui avaient reconnu le pays, déchirèrent leurs vêtements, et parlèrent à toute l’assemblée des fils d’Israël, disant : Le pays par lequel nous avons passé pour le reconnaître est un très bon pays. Si l’Éternel prend plaisir en nous, il nous fera entrer dans ce pays-là et nous le donnera, un pays qui ruisselle de lait et de miel. Seulement, ne vous rebellez pas contre l’Éternel ; et ne craignez pas le peuple du pays, car ils seront notre pain : leur protection s’est retirée de dessus eux, et l’Éternel est avec nous ; ne les craignez pas. Et toute l’assemblée parla de les lapider avec des pierres » (vers. 6-10).
Et pourquoi voulaient-ils les lapider ? Était-ce pour avoir dit des mensonges ? Était-ce pour avoir proféré des blasphèmes ou pour avoir fait quelque mal ? Non, c’était pour leur courageux et ardent témoignage à la vérité. Ils avaient été envoyés afin de reconnaître le pays, et d’en faire un rapport exact. Ils l’avaient fait et, à cause de cela, « toute l’assemblée parla de les lapider ». Le peuple n’aimait pas la vérité, pas plus qu’elle n’est aimée maintenant. La vérité n’est jamais populaire. Il n’y a point de place pour elle, ni dans ce monde, ni dans le cœur humain. Les mensonges et l’erreur, sous toutes leurs formes, seront reçus ; la vérité jamais. Josué et Caleb devaient éprouver, de leurs jours, ce que tous les vrais témoins de chaque époque ont à attendre, savoir : l’opposition et la haine de la masse de leurs semblables.
Six cent mille voix s’élevèrent contre deux hommes qui disaient simplement la vérité, et qui croyaient en Dieu. Cela a été ainsi ; cela est et sera toujours ainsi, jusqu’au glorieux moment où « la terre sera pleine de la connaissance de l’Éternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer » (Ésaïe 11:9).
Combien il est donc important de pouvoir, comme Josué et Caleb, rendre un témoignage clair, inflexible et complet à la vérité de Dieu, et de maintenir la vérité divine quant à la portion et à l’héritage des saints ! Il existe toujours une grande tendance à corrompre la vérité — à la diminuer — à l’abandonner — à la rabaisser. De là l’urgente nécessité de posséder, dans notre âme, la puissance divine de la vérité ; de pouvoir répéter, bien qu’en faible mesure : « Nous disons ce que nous connaissons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu » (Jean 3:11). Caleb et Josué n’étaient pas seulement allés dans le pays, mais ils l’avaient parcouru avec Dieu. Ils l’avaient examiné, au point de vue de la foi. Ils savaient que le pays était à eux, selon le dessein de Dieu ; que, comme un don de Dieu, il était digne d’être possédé ; et qu’ils le posséderaient certainement, par la puissance de Dieu. C’étaient des hommes pleins de foi, de courage et de puissance.
Hommes bienheureux ! Ils vivaient dans la lumière de la présence divine, tandis que l’assemblée entière était enveloppée des profondes ténèbres de son incrédulité. Quel contraste ! Voilà ce qui montre toujours la différence qui existe, même entre les enfants de Dieu. Vous trouverez constamment des personnes dont vous ne pouvez douter qu’elles ne soient des enfants de Dieu — mais qui, cependant, ne peuvent point s’élever à la hauteur de la révélation divine, quant à leur position et à leur part comme saints de Dieu. Elles sont toujours pleines de doutes et de craintes : toujours entourées de brouillards, et voyant toujours le côté sombre des choses. Ce sont des âmes qui regardent à elles-mêmes, à leurs circonstances ou à leurs difficultés. Elles ne sont jamais sereines et heureuses, ne pouvant jamais montrer cette confiance joyeuse et ce courage qui conviennent au chrétien, et qui glorifient Dieu.
Or tout cela est vraiment déplorable et ne devrait pas exister ; nous pouvons être assurés qu’il y a là quelque grave défaut, quelque chose de radicalement mauvais. Le chrétien devrait toujours être paisible et heureux ; toujours capable, quoiqu’il puisse arriver, de louer Dieu. Ses joies ne proviennent pas de lui-même ou de la scène qu’il traverse, elles découlent du Dieu vivant, et sont hors de la portée de toute influence terrestre. Il peut dire : « Mon Dieu, source de toutes mes joies ». C’est le doux privilège des plus simples enfants de Dieu. Mais c’est justement en cela que nous manquons si tristement. Nous détournons nos yeux de Dieu pour les fixer sur nous-mêmes ou sur les choses extérieures, sur nos peines et sur nos difficultés ; alors tout devient ténèbres et mécontentement, murmures et plaintes. Ce n’est nullement là du christianisme. C’est de l’incrédulité — une incrédulité sombre, mortelle, qui déshonore Dieu et accable le cœur. « Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais de puissance, et d’amour, et de conseil » (2 Tim. 1:7). Tel est le langage d’un Caleb vraiment spirituel — langage adressé à celui dont le cœur sentait le poids des difficultés et des dangers qui l’entouraient. L’Esprit de Dieu remplit l’âme du vrai croyant d’une sainte audace. Il lui donne une élévation morale au-dessus de l’atmosphère froide et ténébreuse qui l’entoure, et élève son âme dans l’éblouissante clarté de la région « où les orages et les tempêtes ne se déchaînent jamais ».
« Et la gloire de l’Éternel apparut à tous les fils d’Israël à la tente d’assignation. Et l’Éternel dit à Moïse : Jusques à quand ce peuple-ci me méprisera-t-il, et jusques à quand ne me croira-t-il pas, après tous les signes que j’ai faits au milieu de lui ? Je le frapperai de peste, et je le détruirai ; et je ferai de toi une nation plus grande et plus forte que lui » (vers. 10-12).
Quel moment que celui-ci dans l’histoire de Moïse ! La chair pouvait bien regarder cela comme une occasion unique pour lui. Jamais, ni avant, ni depuis, nous ne voyons un simple homme avoir une telle porte ouverte devant lui. L’ennemi et son propre cœur pouvaient dire : « C’est le moment favorable pour toi. L’offre t’est faite de devenir le chef et le fondateur d’une grande et puissante nation — offre qui t’est faite par l’Éternel lui-même. Tu ne l’as pas cherché. Cela est placé devant toi par le Dieu vivant, et ce serait le comble de la folie, de ta part, que de le rejeter ».
Mais, lecteur, Moïse n’était pas égoïste. Il était trop pénétré de l’esprit de Christ pour chercher à être quelque chose. Il n’avait pas d’ambition profane ni d’aspirations personnelles. Il ne désirait que la gloire de Dieu et le bien de son peuple ; pour atteindre ce but, il était prêt, par grâce, à sacrifier sur l’autel, lui-même et ses intérêts. Écoutez son admirable réponse. Au lieu de saisir la promesse contenue dans ces mots : « Je ferai de toi une nation plus grande et plus forte que lui » — au lieu de s’emparer avidement de l’occasion unique qu’il avait de poser les fondements de sa renommée et de sa fortune personnelles — il se met complètement de côté, et répond avec l’accent du plus noble désintéressement : « Et Moise dit à l’Éternel : Mais les Égyptiens en entendront parler (car par ta force tu as fait monter ce peuple du milieu d’eux), et ils le diront aux habitants de ce pays, qui ont entendu que toi, Éternel, tu étais au milieu de ce peuple, que toi, Éternel, tu te faisais voir face à face, et que ta nuée se tenait sur eux, et que tu marchais devant eux dans une colonne de nuée, le jour, et dans une colonne de feu, la nuit ; si tu fais périr ce peuple comme un seul homme, les nations qui ont entendu parler de toi, parleront, disant : Parce que l’Éternel ne pouvait pas faire entrer ce peuple dans le pays qu’il leur avait promis par serment, il les a tués dans le désert » (vers. 13-16).
Moïse prend ici la position la plus élevée. Il est entièrement occupé de la gloire de l’Éternel. Il ne peut pas supporter la pensée que l’éclat de cette gloire se ternisse à la vue des nations des incirconcis. Qu’importait qu’à l’avenir, des millions d’hommes le regardassent comme leur illustre ancêtre, si toute cette gloire et cette grandeur personnelles devaient être acquises par le sacrifice d’un seul rayon de la gloire divine ? Loin de lui cette pensée ! Que le nom de Moïse soit à jamais effacé ! Il en avait dit autant aux jours du veau d’or ; et il était prêt à le répéter aux jours du chef. En face de la superstition et de l’indépendance d’une nation incrédule, le cœur de Moïse ne battait que pour la gloire de Dieu ; elle doit être gardée à tout prix. Quoi qu’il arrive et quoi qu’il en coûte, la gloire de Dieu doit être maintenue. Moïse sentait qu’il était impossible que rien fût solide, si la base n’en était pas fermement posée sur le maintien sévère de la gloire du Dieu d’Israël. La pensée de se voir grand aux dépens de l’Éternel était tout à fait insupportable au cœur de ce bienheureux homme de Dieu. Il ne pouvait souffrir que le nom qu’il aimait tant fût blasphémé parmi les nations, ou que l’on pût jamais dire : « L’Éternel n’a pas pu ».
Une autre chose encore se trouvait dans le cœur désintéressé de Moïse : Il pensait au peuple. Il l’aimait et s’inquiétait de lui. La gloire de l’Éternel, sans doute, allait avant tout ; mais le bien d’Israël venait ensuite. « Et maintenant », ajoute-t-il, « je te prie, que la puissance du Seigneur soit magnifiée, comme tu as parlé, disant : L’Éternel est lent à la colère, et grand en bonté, pardonnant l’iniquité et la transgression, et qui ne tient nullement celui qui en est coupable pour innocent, qui visite l’iniquité des pères sur les fils, sur la troisième et sur la quatrième génération. Pardonne, je te prie, l’iniquité de ce peuple, selon la grandeur de ta bonté, et comme tu as pardonné à ce peuple, depuis l’Égypte jusqu’ici » (vers. 17-19).
Voilà qui est extrêmement beau. L’ordre, le ton et l’esprit de cet appel sont des plus exquis. Il y a d’abord et par-dessus tout, une grande sollicitude pour la gloire de l’Éternel. Elle doit être protégée de tous les côtés. Mais ensuite, c’est sur le principe même du maintien de la gloire divine qu’il cherche le pardon pour le peuple. Les deux choses sont liées de la manière la plus bénie, dans cette intercession : « Que la puissance du Seigneur soit magnifiée ». Comment ? Par le jugement et la destruction ? Non, non : « L’Éternel est lent à la colère ». Quelle pensée ! La puissance de Dieu en longanimité et en pardon ! Que c’est indiciblement précieux ! Comme Moïse était en communion avec le cœur et la pensée de Dieu puisqu’il pouvait parler d’une telle manière ! Et comme il est en contraste avec Élie, lorsque, sur le mont Horeb, ce dernier intercédait contre Israël ! Il est facile de voir lequel de ces deux hommes honorés était le plus en harmonie avec la pensée et l’Esprit de Christ. « Pardonne, je te prie, l’iniquité de ce peuple, selon la grandeur de ta bonté ». Ces paroles furent agréables à l’Éternel, qui se plaît à répandre le pardon. « Et l’Éternel dit : J’ai pardonné selon ta parole ». Et puis, il ajoute : « Mais, aussi vrai que je suis vivant, toute la terre sera remplie de la gloire de l’Éternel ! » (vers. 20-21).
Que le lecteur remarque avec soin ces deux expressions. Elles sont absolues et sans restriction. « J’ai pardonné ». Et « toute la terre sera remplie de la gloire de l’Éternel ! » Rien ne pourrait, en aucune manière, amoindrir ces deux grands faits. Le pardon est assuré ; et la gloire resplendira sur toute la terre. Aucune puissance de la terre, de l’enfer, des hommes ou des démons, ne pourra porter atteinte à la divine intégrité de ces deux précieuses affirmations. Israël se réjouira dans le plein pardon de son Dieu, et toute la terre se réjouira un jour dans les brillants rayons de sa gloire.
Mais ensuite, il y a le gouvernement aussi bien que la grâce. Cela ne doit jamais être oublié, et l’on ne doit pas confondre ces choses. Tout le livre de Dieu fait voir la distinction qui existe entre la grâce et le gouvernement, et cela nulle part, peut-être, plus clairement qu’ici. La grâce pardonnera ; et la grâce remplira la terre des rayons bénis de sa gloire divine ; mais remarquez l’action effrayante des roues du gouvernement, manifestée dans ces terribles paroles : « Car tous ces hommes qui ont vu ma gloire, et mes signes, que j’ai faits eu Égypte et dans le désert, et qui m’ont tenté ces dix fois, et qui n’ont pas écouté ma voix ; … s’ils voient le pays que j’avais promis par serment à leurs pères ! Aucun de ceux qui m’ont méprisé ne le verra. Mais mon serviteur Caleb, parce qu’il a été animé d’un autre esprit et qu’il m’a pleinement suivi, je l’introduirai dans le pays où il est entré, et sa semence le possédera. Or l’Amalékite et le Cananéen habitent dans la vallée : demain tournez-vous, et partez pour le désert, vous dirigeant vers la mer Rouge » (vers. 22-25).
Ces paroles sont des plus solennelles. Au lieu de se confier en Dieu, et d’avancer hardiment vers la terre de la promesse, dans une simple dépendance de son bras tout-puissant, ils l’irritèrent par leur incrédulité, méprisèrent le pays désirable, et furent forcés de retourner en arrière dans ce grand et affreux désert : « Et l’Éternel parla à Moïse et à Aaron, disant : Jusques à quand supporterai-je cette méchante assemblée qui murmure contre moi ? J’ai entendu les murmures des fils d’Israël, qu’ils murmurent contre moi. Dis-leur : Je suis vivant, dit l’Éternel, si je ne vous fais comme vous avez parlé à mes oreilles… ! Vos cadavres tomberont dans ce désert. Et tous ceux d’entre vous qui ont été dénombrés, selon tout le compte qui a été fait de vous, depuis l’âge de vingt ans et au-dessus, vous qui avez murmuré contre moi… si vous entrez dans le pays touchant lequel j’ai levé ma main pour vous y faire habiter, excepté Caleb, fils de Jephunné, et Josué, fils de Nun ! Mais vos petits enfants, dont vous avez dit qu’ils seraient une proie, je les ferai entrer, et ils connaîtront le pays que vous avez méprisé. Et quant à vous, vos cadavres tomberont dans ce désert. Et vos fils seront paissant dans le désert quarante ans, et ils porteront la peine de vos prostitutions, jusqu’à ce que vos cadavres soient consumés dans le désert. Selon le nombre des jours que vous avez mis à reconnaître le pays, quarante jours, un jour pour une année, vous porterez vos iniquités, quarante ans, et vous connaîtrez ce que c’est que je me sois détourné de vous. Moi, l’Éternel, j’ai parlé ; si je ne fais ceci à toute cette méchante assemblée qui s’est assemblée contre moi ! Ils seront consumés dans ce désert, et ils y mourront » (vers. 26-35).
Tel fut donc le fruit de l’incrédulité ; et telle fut la conduite gouvernementale de Dieu envers un peuple qui l’avait irrité par ses murmures et par la dureté de son cœur.
Il est de la plus haute importance d’observer ici que ce fut l’incrédulité qui tint Israël hors de Canaan dans la circonstance dont il est question maintenant. Le commentaire inspiré en Hébreux 3 enlève tous les doutes à cet égard. « Et nous voyons qu’ils n’y purent entrer à cause de l’incrédulité ». On pourrait peut-être dire que le temps n’était pas venu pour l’introduction d’Israël dans la terre de Canaan. L’iniquité des Amoréens n’était pas encore venue à son comble. Mais ce n’était pas là le motif pour lequel Israël refusa de traverser le Jourdain. Il ne connaissait rien de l’iniquité des Amoréens ; il n’y pensait point. L’Écriture est aussi claire que possible à cet égard : « Ils n’y purent entrer » — non pas à cause de l’iniquité des Amoréens — non pas parce que le temps n’était pas encore venu — mais simplement « à cause de leur incrédulité ». Ils auraient dû entrer. C’était leur devoir de le faire, et ils furent jugés pour ne l’avoir pas fait. Le chemin était ouvert. Le jugement de la foi, prononcé par le fidèle Caleb, était clair et formel. « Montons hardiment et prenons possession du pays, car nous sommes bien capables de le faire ». Ils le pouvaient aussi bien à ce moment-là qu’à tout autre, vu que Celui qui leur avait donné le pays était aussi celui qui les rendrait capables d’y entrer et de le posséder. Nous devons toujours penser que la responsabilité de l’homme repose sur ce qui est révélé, et non point sur ce qui est secret. C’était le devoir d’Israël de monter hardiment et de prendre possession du pays ; il fut jugé pour ne l’avoir pas fait. Leurs cadavres tombèrent dans le désert, parce qu’ils n’eurent pas la foi pour entrer au pays.
Ceci ne nous offre-t-il pas une solennelle leçon ? Très certainement. Comment se fait-il que, comme chrétiens, nous manquions tant à faire valoir en pratique notre position céleste ? Nous sommes délivrés du jugement par le sang de l’Agneau ; nous sommes délivrés de ce présent siècle par la mort de Christ ; mais nous ne traversons pas le Jourdain en esprit et par la foi ; nous ne prenons pas spirituellement et par la foi possession de notre héritage céleste. On croit généralement que le Jourdain est un type de la mort et de la fin de notre vie naturelle dans ce monde. Cela est vrai, dans un sens. Mais comment se fait-il que lorsque les Israélites eurent traversé le Jourdain, ils durent commencer à combattre ? Assurément nous n’aurons plus aucun combat lorsque nous aurons réellement atteint le ciel. Les âmes de ceux qui se sont endormis dans la foi en Christ ne combattent pas dans le ciel. Elles ne sont en lutte d’aucune manière. Elles sont dans le repos. Elles attendent le matin de la résurrection, mais elles l’attendent dans le repos, non dans la lutte.
Il y a donc, dans la figure du Jourdain, un autre type que celui de la fin de notre vie individuelle dans ce monde. Nous devons l’envisager comme une grande figure de la mort de Christ ; tout comme la mer Rouge et le sang de l’Agneau pascal sont aussi des figures de cette mort, mais sous un autre aspect. Le sang de l’Agneau avait mis Israël à l’abri du jugement de Dieu sur l’Égypte. Les eaux de la mer Rouge avaient délivré Israël de l’Égypte elle-même et de toute sa puissance. Mais ils devaient encore traverser le Jourdain ; ils devaient poser la plante de leurs pieds sur la terre de la promesse, et y conserver leur place, en dépit de tous les ennemis. Ils devaient combattre pour chaque pouce de terre en Canaan.
Quel est le sens de cette dernière condition ? Devons-nous combattre pour les cieux ? Quand un chrétien s’endort, et que son esprit s’en va pour être avec Christ dans le paradis, est-il encore question de combat ? Évidemment non. Que devons-nous donc apprendre du passage du Jourdain et des guerres de Canaan ? Simplement ceci : Jésus est mort ; il a quitté ce monde ; il n’est pas seulement mort pour nos péchés, mais il a brisé toutes les chaînes qui nous liaient à ce monde, en sorte que nous sommes morts au monde, tout aussi bien qu’au péché et à la loi. Nous n’avons pas plus affaire avec ce monde, au point de vue de Dieu et au jugement de la foi, qu’un mort n’y a affaire. Nous sommes appelés à nous tenir pour morts au monde et pour vivants à Dieu, par Jésus Christ notre Seigneur. Nous vivons dans la puissance de la vie nouvelle que nous possédons par notre union avec un Christ ressuscité. Nous appartenons au ciel ; et c’est en gardant notre position d’hommes célestes, que nous avons à combattre « contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes » — dans la sphère même qui nous appartient, et de laquelle elles n’ont pas encore été chassées. Si nous nous contentons de marcher « à la manière des hommes » (1 Cor. 3:3), de vivre comme ceux qui appartiennent à ce monde — de nous arrêter devant le Jourdain — si nous sommes contents de vivre comme les « habitants de la terre », — si nous n’aspirons pas à notre part et à notre position célestes — alors nous ne connaîtrons rien de la lutte d’Éphésiens 6:12. C’est en cherchant à vivre comme des hommes du ciel, actuellement sur la terre, que nous comprendrons le sens de cette lutte qui est l’antitype des guerres d’Israël en Canaan. Nous n’aurons pas à combattre lorsque nous arriverons au ciel ; mais si nous désirons vivre d’une vie céleste sur la terre, si nous cherchons à nous comporter comme des gens qui sont morts au monde et qui vivent en Celui qui descendit pour eux dans les froides eaux du Jourdain, alors certainement le combat est devant nous. Satan fera tous ses efforts pour nous empêcher de vivre dans la puissance de notre vie céleste ; c’est là ce qui amène la lutte. Il cherchera à nous faire marcher comme ceux qui ont une position terrestre ; qui sont citoyens de ce monde ; qui disputent pour leurs droits, maintiennent leur rang et leur dignité. Ainsi, Satan nous amènera à donner un démenti pratique à cette grande et fondamentale vérité chrétienne, que nous sommes morts avec Christ et ressuscités avec Lui.
Si le lecteur veut examiner le chapitre 6 des Éphésiens, il verra comment cet intéressant sujet y est présenté par l’écrivain inspiré. « Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa force ; revêtez-vous de l’armure complète de Dieu, afin que vous puissiez tenir ferme contre les artifices du diable : car notre lutte n’est pas contre le sang et la chair (comme elle l’était pour Israël en Canaan), mais contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes. C’est pourquoi prenez l’armure complète de Dieu, afin que, au mauvais jour, vous puissiez résister, et après avoir tout surmonté, tenir ferme » (vers. 10-13).
Telle est la véritable lutte chrétienne. Il ne s’agit pas ici des convoitises de la chair, ou des fascinations du monde, quoique, sûrement, nous ayons à veiller à ces choses, mais il s’agit des « artifices du diable ». Non point de sa puissance, qui est à jamais brisée, mais des moyens subtils et des pièges par lesquels il cherche à empêcher les chrétiens de réaliser leur position et leur héritage célestes.
Or nous négligeons grandement la pratique de cette lutte. Nous ne cherchons pas à saisir les choses pour lesquelles nous-mêmes avons été saisis par Christ. Beaucoup d’entre nous se contentent de savoir qu’ils sont mis à l’abri du jugement par le sang de l’Agneau. Nous ne comprenons pas la profonde signification de la mer Rouge et du Jourdain ; nous ne saisissons pas, en pratique, leur importance spirituelle. Nous marchons comme les hommes, chose pour laquelle l’apôtre blâmait les Corinthiens. Nous vivons et agissons comme si nous appartenions à ce monde, tandis que l’Écriture enseigne et que notre baptême exprime que nous sommes morts au monde, comme Jésus y est mort, et que nous avons été ressuscités ensemble avec lui, par la foi dans l’opération de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts (Col. 2:12).
Que le Saint Esprit amène nos âmes à saisir la réalité de ces choses ! Qu’il nous présente les précieux fruits du pays céleste qui est à nous, en Christ, et qu’il nous fortifie de sa propre force dans l’homme intérieur, tellement que nous puissions traverser le Jourdain avec confiance et poser hardiment nos pieds dans la Canaan spirituelle ! Nous vivons bien au-dessous de nos privilèges comme chrétiens. Nous permettons aux choses visibles de nous dérober la jouissance de celles qui ne se voient pas. Oh ! puissions-nous avoir une foi plus forte, pour prendre possession de tout ce que Dieu nous a libéralement donné en Christ !
Poursuivons notre sujet. « Et les hommes que Moïse avait envoyés pour reconnaître le pays, et qui revinrent et firent murmurer contre lui toute l’assemblée en décriant le pays, ces hommes qui avaient décrié le pays, moururent de plaie devant l’Éternel. Mais d’entre les hommes qui étaient allés pour reconnaître le pays, Josué, fils de Nun, et Caleb, fils de Jephunné, seuls vécurent » (vers. 36-38). On est étonné en pensant que dans cette immense assemblée de six cent mille hommes, outre les femmes et les enfants, il ne se soit trouvé que deux hommes ayant foi au Dieu vivant. Nous ne parlons naturellement pas de Moïse, mais uniquement de la congrégation. Toute l’assemblée, sauf deux exceptions très remarquables, était gouvernée par un esprit d’incrédulité. Ils ne pouvaient pas croire que Dieu les introduirait dans le pays ; non, ils pensaient, au contraire, que Dieu les avait amenés dans le désert pour les y faire mourir ; et nous pouvons dire avec certitude qu’ils moissonnèrent les fruits de leur triste incrédulité. Les dix faux témoins « moururent de plaie », et les nombreux milliers qui reçurent leur faux témoignage furent obligés de retourner dans le désert, pour y errer çà et là, puis pour y mourir et y être enterrés.
Josué et Caleb seuls demeurèrent sur le terrain béni de la foi au Dieu vivant, — de cette foi qui remplit l’âme de courage et de la plus joyeuse confiance. De ceux-là, nous pouvons dire qu’ils moissonnèrent selon leur foi. Dieu doit toujours honorer la foi qu’il a imprimée dans l’âme. C’est son propre don, et ce don, nous pouvons le dire avec respect, il ne peut que le reconnaître où qu’il se trouve. Josué et Caleb purent, par la simple puissance de la foi, résister à un épouvantable courant d’incrédulité. Ils conservèrent leur confiance en Dieu en face de toutes les difficultés ; aussi Dieu honora-t-il leur foi d’une manière signalée à la fin ; car, tandis que les cadavres de leurs frères étaient tombés en poussière sur les sables du désert, eux ont foulé, de leurs pieds, les collines couvertes de vignobles et les fertiles vallées de la terre promise. Les autres avaient déclaré que Dieu les avait retirés d’Égypte pour les laisser mourir au désert ; leur lot fut selon leur parole. Josué et Caleb avaient déclaré que Dieu pouvait les introduire dans le pays ; leur lot fut aussi selon leur parole.
Nous avons là un principe très important : « Qu’il vous soit fait selon votre foi » (Matt. 9:29). Rappelons-nous ceci : Dieu prend ses délices en la foi. Il aime à être cru ; et il honorera toujours ceux qui se confient en lui. Au contraire, l’incrédulité l’afflige. Elle l’irrite, le déshonore et amène les ténèbres et la mort sur l’âme. C’est un affreux péché que de douter du Dieu vivant qui ne saurait mentir, ou de conserver des doutes lorsqu’Il a parlé ! Le diable est l’auteur de toutes les questions douteuses. Il prend son plaisir à ébranler la confiance de l’âme ; mais il n’a aucune puissance sur celle qui se confie simplement en Dieu. Ses traits enflammés ne peuvent jamais atteindre celui qui est abrité derrière le bouclier de la foi. Oh ! qu’il est précieux de vivre d’une vie de confiance enfantine en Dieu ! Cela rend le cœur parfaitement heureux, et remplit la bouche de louange et d’actions de grâce. Cette confiance chasse tout nuage, tout brouillard ; elle éclaire notre sentier des rayons bénis de la face de notre Père. D’un autre côté, l’incrédulité remplit le cœur de toutes sortes de doutes, nous fait nous replier sur nous-mêmes, obscurcit notre sentier, et nous rend vraiment misérables. Le cœur de Caleb était plein d’une joyeuse confiance, tandis que celui de ses frères était rempli de plaintes et de murmures amers. Il en doit toujours être ainsi. Si nous voulons être heureux, nous devons nous occuper de Dieu et de ce qui le concerne. Si nous voulons être malheureux, nous n’avons qu’à nous occuper de nous-mêmes et de ce qui nous entoure. Voyez au chapitre 1 de Luc. Qu’est-ce qui ferma la bouche de Zacharie le sacrificateur ? C’était l’incrédulité. Q’est-ce qui remplissait le cœur et ouvrait la bouche de Marie et d’Élisabeth ? La foi. Là était la différence. Zacharie aurait pu se joindre à ces pieuses femmes dans leurs chants de louange, si la sombre incrédulité n’avait fermé ses lèvres. Quel tableau ! Quelle leçon ! Oh ! puissions-nous apprendre à nous confier plus simplement en Dieu ! Que l’esprit de doute soit loin de nous ! Puissions-nous, au milieu de ce monde infidèle, être forts dans la foi qui glorifie Dieu.
Le dernier paragraphe de notre chapitre nous enseigne une autre sainte leçon ; appliquons-y nos cœurs avec diligence. « Et Moïse dit ces choses à tous les fils d’Israël, et le peuple mena très grand deuil. Et ils se levèrent de bon matin et montèrent sur le sommet de la montagne, disant : Nous voici ; nous monterons au lieu dont l’Éternel a parlé ; car nous avons péché. Et Moïse dit : Pourquoi transgressez-vous ainsi le commandement de l’Éternel ? Cela ne réussira point. Ne montez pas, car l’Éternel n’est pas au milieu de vous, afin que vous ne soyez pas battus devant vos ennemis ; car l’Amalékite et le Cananéen sont là devant vous, et vous tomberez par l’épée ; car, parce que vous vous êtes détournés de l’Éternel, l’Éternel ne sera pas avec vous. Toutefois ils s’obstinèrent à monter sur le sommet de la montagne ; mais l’arche de l’alliance de l’Éternel et Moïse ne bougèrent pas du milieu du camp. Et les Amalékites et les Cananéens qui habitaient cette montagne-là, descendirent, et les battirent, et les taillèrent en pièces jusqu’à Horma » (vers. 39-45).
Quelle foule de contradictions dans le cœur humain ! Lorsqu’ils avaient été exhortés à monter dans l’énergie de la foi, et à posséder le pays, ils avaient reculé et refusé de marcher. Ils s’étaient jetés à terre et avaient pleuré lorsqu’ils auraient dû monter et conquérir. En vain le fidèle Caleb leur avait attesté que l’Éternel les introduirait dans la montagne de son héritage et les y fixerait — qu’Il pouvait le faire ; ils ne voulurent pas monter alors, parce qu’ils ne savaient pas se confier en Dieu. Mais maintenant, au lieu de courber la tête et d’accepter les voies du gouvernement de Dieu, ils veulent monter, se confiant en eux-mêmes, dans leur présomption.
Combien il était vain, hélas ! de vouloir marcher sans avoir le Dieu vivant avec soi. Sans Lui, ils ne pouvaient rien faire. Lorsqu’ils auraient pu l’avoir, ils ont craint les Amalékites ; mais maintenant, quoique sans Dieu, ils s’obstinent à affronter ce même peuple : « Nous voici ; nous monterons au lieu dont l’Éternel a parlé ». C’était plus facile à dire qu’à faire. Un Israélite sans Dieu ne pouvait pas se mesurer avec un Amalékite. Il est très remarquable que lorsque Israël refuse d’agir dans l’énergie de la foi, lorsqu’il tombe sous la puissance d’une incrédulité qui déshonore Dieu, Moïse leur montre les difficultés qu’ils avaient eux-mêmes alléguées pour désobéir. Il leur dit : « Les Amalékites et les Cananéens sont là devant vous ». Cela est plein d’instruction. Par leur incrédulité, ils avaient exclu Dieu ; en conséquence il ne s’agissait évidemment plus de rien que d’Israël et des Cananéens. La foi aurait placé la question entre Dieu et les Cananéens. C’était précisément la manière dont Josué et Caleb envisageaient la chose, lorsqu’ils disaient : « Si l’Éternel prend plaisir en nous, il nous fera entrer dans ce pays-là et nous le donnera, un pays qui ruisselle de lait et de miel. Seulement, ne vous rebellez pas contre l’Éternel ; et ne craignez pas le peuple du pays, car ils seront notre pain : leur protection s’est retirée de dessus eux, et l’Éternel est avec nous ; ne les craignez pas ».
C’est là que se trouve le grand secret. La présence de l’Éternel au milieu de son peuple lui garantit la victoire sur tous les ennemis. Mais s’Il n’est pas avec eux, ils sont comme l’eau répandue sur la terre. Les dix incrédules avaient déclaré qu’ils étaient comme des sauterelles en présence des géants ; et maintenant, Moïse, les prenant au mot, leur déclare, pour ainsi dire, que des sauterelles ne peuvent pas se mesurer avec des géants. Si, d’un côté, cette parole est vraie : « il vous sera fait selon votre foi » ; d’un autre côté, celle-ci est vraie aussi : « il vous sera fait selon votre incrédulité ».
Or le peuple s’était enhardi, croyant être quelque chose, tandis qu’il n’était rien. Oh ! qu’il est misérable d’oser marcher dans sa propre force ! Quelle défaite et quelle confusion ! Il doit en être ainsi. Le peuple, dans son incrédulité, abandonnait Dieu ; Dieu à son tour abandonnait le peuple à sa vaine présomption. Ils n’avaient pas voulu marcher avec Dieu par la foi ; Dieu ne voulait pas aller avec eux dans leur incrédulité : « Mais l’arche