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Notes sur le Livre de l’Exode

 

Deuxième livre de Moise

 

par Charles Henry Mackintosh

 

 

« Des choses nouvelles et des choses vieilles ».

 

Table des matières  :

 

1.1      Chapitre 1

1.2      Chapitre 2:1-10.

1.3      Chapitre 2:11-25.

1.4      Chapitre 3

1.5      Chapitre 4

1.6      Chapitres 5-6

1.7      Chapitres 7-11

1.8      Chapitre 12

1.9      Chapitre 13

1.10    Chapitre 14

1.11    Chapitre 15

1.12    Chapitre 16

1.13    Chapitre 17

1.14    Chapitre 18

1.15    Chapitre 19

1.16    Chapitre 20

1.17    Chapitres 21-23

1.18    Chapitre 24

1.19    Chapitre 25

1.20    Chapitre 26

1.21    Chapitre 27

1.22    Chapitres 28-29

1.23    Chapitre 30

1.24    Chapitre 31

1.25    Chapitre 32

1.26    Chapitres 33-34

1.27    Chapitres 35-40

1.28    Notes

1.28.1     Note A

1.28.2     Note B

1.28.3     Note C

 

 

 

 

« Il les conduisit dans un chemin droit » (Ps. 107:7).

 

Table des matières

1      Chapitre 1

2      Chapitre 2:1-10.

3      Chapitre 2:11-25.

4      Chapitre 3

5      Chapitre 4

6      Chapitres 5-6

7      Chapitres 7-11

8      Chapitre 12

9      Chapitre 13

10        Chapitre 14

11        Chapitre 15

12        Chapitre 16

13        Chapitre 17

14        Chapitre 18

15        Chapitre 19

16        Chapitre 20

17        Chapitres 21-23

18        Chapitre 24

19        Chapitre 25

20        Chapitre 26

21        Chapitre 27

22        Chapitres 28-29

23        Chapitre 30

24        Chapitre 31

25        Chapitre 32

26        Chapitres 33-34

27        Chapitres 35-40

28        NOTES

28.1     Note A

28.2     Note B

28.3     Note C

 

Note de l’éditeur : Toutes les citations de la Parole de Dieu contenues dans ce volume sont tirées de la version connue sous le nom de Pau-Vevey ou JN Darby.

 

1.1   Chapitre 1

Par la grâce de Dieu, nous allons passer maintenant à l’étude du livre de l’Exode, dont le sujet principal est la Rédemption. Les cinq premiers versets rappellent les dernières scènes du livre précédent. Les objets élus de la faveur de Dieu sont d’abord placés devant nous, après quoi l’auteur inspiré nous transporte immédiatement au milieu des faits qui forment le sujet de l’enseignement du livre.

Nous avons vu, en méditant la Genèse, que ce fut la conduite des frères de Joseph, à l’égard de ce dernier, qui amena la famille de Jacob en Égypte. On peut envisager ce fait de deux manières ; et trouver d’abord dans la conduite d’Israël à l’égard de Dieu, un solennel enseignement ; puis, dans le déploiement des voies de Dieu envers Israël, une leçon pleine d’encouragement.

En premier lieu donc, pour ce qui regarde la conduite des enfants d’Israël à l’égard de Dieu, est-il rien de plus solennel que de suivre jusqu’au bout les résultats de la méchanceté dont ils usèrent envers celui en qui l’œil spirituel discerne le type frappant du Seigneur Jésus ? Sans égard pour l’angoisse dont son âme est remplie, les fils de Jacob livrent Joseph entre les mains des incirconcis. Et quelle est, pour eux, la conséquence de cet acte ? Ils sont conduits en Égypte pour y passer par ces profonds et douloureux exercices de cœur, que dépeignent d’une manière si simple et si touchante les derniers chapitres de la Genèse. Ce n’est pas tout : un long temps d’épreuve est réservé encore à leur postérité dans ce même pays où Joseph a trouvé une prison.

Mais Dieu était dans tout cela, aussi bien que l’homme ; et c’est la prérogative de Dieu de tirer le bien du mal. Les frères de Joseph peuvent bien le vendre aux Ismaélites ; ceux-ci peuvent le vendre à Potiphar, et Potiphar peut le jeter en prison, mais l’Éternel est au-dessus de tout, et il accomplit ses grands et merveilleux desseins. « La colère de l’homme te louera » (Ps 74:10). Le temps n’était pas encore venu, où les héritiers seraient prêts pour l’héritage, et l’héritage pour les héritiers. La postérité d’Abraham devait passer par la dure école du travail des briques, en Égypte, en attendant que l’iniquité des Amoréens fût venue à son comble au milieu des « montagnes et des vallées » de la terre promise (voy. Gen. 15:16 et Deut. 11:11).

Tout ceci est intéressant et instructif à un haut degré. Dans le gouvernement de Dieu, « une roue est au milieu d’une roue » (Ézé. 1:16). Dieu se sert de moyens infiniment variés pour accomplir ses insondables desseins. La femme de Potiphar, le grand échanson du Pharaon, le songe du Pharaon, Pharaon lui-même, la prison, le trône, les fers, le cachet royal, la famine, tout cela est à sa souveraine disposition, et Il fait tout concourir à l’accomplissement de ses plans merveilleux. L’homme spirituel trouve son plaisir à méditer ces choses ; il aime à parcourir en esprit le vaste domaine de la création et de la providence, et à reconnaître partout cet agencement dont le Dieu Tout-Sage et Tout-Puissant se sert pour développer les desseins de son amour rédempteur. On découvre, il est vrai, mainte trace du serpent, mainte empreinte profonde et bien marquée du pied de l’ennemi de Dieu et de l’homme ; nombre de choses que nous ne pouvons expliquer, ni même comprendre : l’innocence qui souffre et la méchanceté qui prospère peuvent donner aux raisonnements incrédules des sceptiques une apparence de fondement de vérité ; mais le vrai croyant se repose avec confiance sur la certitude que « le Juge de toute la terre fera ce qui est juste » (Gen. 18:25). Il sait que l’incrédulité aveugle ne peut qu’errer, et qu’elle scrute en vain les voies de Celui qui est lui-même son propre interprète.

Bénissons Dieu pour la consolation et l’encouragement que notre âme puise dans des réflexions de cette nature. Nous en avons sans cesse besoin pendant que nous traversons ce monde mauvais dans lequel l’Ennemi a introduit un mal et un désordre si effrayants, dans lequel les convoitises et les passions des hommes produisent des fruits si amers, et dans lequel le sentier du fidèle disciple est si raboteux que la nature, réduite à elle-même, ne pourrait jamais s’y maintenir. La foi sait, d’une manière parfaitement certaine, qu’il y a, derrière la scène, quelqu’un que le monde ne voit pas et duquel il ne se soucie pas ; et dans cette assurance, elle peut dire avec calme : « tout va bien », et « tout ira bien ».

Les premières lignes du livre de l’Exode nous ont suggéré les pensées qui précèdent. « Mon conseil s’accomplira, et je ferai tout mon bon plaisir » (Ésaïe 46:10). L’Ennemi peut résister ; mais Dieu se montrera toujours plus fort que lui, et quant à nous, tout ce dont nous avons besoin, c’est de la simplicité et de l’esprit d’un petit enfant, qui se repose avec confiance sur Dieu et ses desseins. L’incrédule regarde plutôt aux efforts que fait l’Ennemi pour contrecarrer les plans de Dieu, qu’à la puissance de Dieu pour les accomplir. La foi porte ses regards sur la puissance de Dieu ; elle remporte ainsi la victoire, et jouit d’une paix constante ; elle a affaire à Dieu et à sa fidélité qui ne fait jamais défaut ; elle ne s’appuie pas sur le sable mouvant des choses humaines et des influences terrestres, mais sur le roc immuable de la Parole éternelle de Dieu. Cette Parole est le saint et sûr asile de la foi ; quoi qu’il arrive, le croyant demeure dans ce sanctuaire de la force. « Joseph mourut, et tous ses frères et toute cette génération-là ». Mais qu’importe ? La mort porterait-elle atteinte aux conseils du Dieu vivant ? Non, assurément. Dieu n’attendait que le moment fixé, le temps convenable, pour faire servir au développement de ses desseins les influences les plus hostiles.

« Et un nouveau roi se leva sur l’Égypte, qui n’avait point connu Joseph. Et il dit à son peuple : Voici, le peuple des fils d’Israël est plus nombreux et plus fort que nous. Allons, soyons prudents à son égard, de peur qu’il ne se multiplie, et que, s’il arrivait une guerre, il ne se joigne, lui aussi, à nos ennemis, et ne fasse la guerre contre nous, et ne monte hors du pays » (vers. 8-10). Tel est le raisonnement d’un cœur qui n’a pas appris à faire entrer Dieu dans ses calculs. Un cœur irrégénéré ne peut pas tenir compte de Dieu ; aussi, du moment qu’il s’agit de Lui, tous ses raisonnements tombent dans le néant : en dehors de Dieu ou indépendamment de Lui, ses plans et ses calculs peuvent paraître fort sages : mais dès que Dieu est introduit sur la scène, leur complète folie est manifestée.

Pourquoi donc nous laisserions-nous, en aucune manière, influencer par des raisonnements dont l’apparence de vérité repose sur l’exclusion complète de Dieu ? Faire ainsi, c’est, en principe, de l’athéisme pratique. Pharaon pouvait juger exactement les diverses éventualités des affaires humaines : l’accroissement du peuple, la chance d’une guerre, la possibilité que les Israélites se joignissent à l’ennemi, leur fuite du pays ; il pouvait, avec une pénétration peu commune, mettre toutes ces circonstances dans la balance, mais il ne lui est jamais venu un instant la pensée que Dieu pouvait avoir quelque chose à faire dans tout cela. Cette seule pensée, si elle fût montée dans son cœur, aurait renversé tous les raisonnements et mis à nu la folie de tous ses plans.

Or il est bon d’être persuadé qu’il en est toujours de même : les raisonnements de l’esprit incrédule de l’homme excluent Dieu absolument ; bien plus, leur vérité et leur force reposent sur cette exclusion même. L’introduction de Dieu sur la scène porte le coup mortel à tout scepticisme et à toute incrédulité. Si, jusqu’à ce que Dieu paraisse, ils peuvent se glorifier en faisant étalage de leur habileté, du moment que l’œil aperçoit le plus petit reflet du Dieu béni, ils se voient dépouillés de leur manteau et mis à nu dans toute leur difformité.

Pour ce qui regarde le roi d’Égypte, on peut bien dire qu’il « était dans une grande erreur », ne connaissant pas Dieu, ni ses conseils immuables (comp. Marc 12:24-27). Il ignorait que depuis des siècles, dès avant même qu’il eût respiré le souffle de la vie, la parole et le serment de Dieu, « ces deux choses immuables », avaient assuré la délivrance complète et glorieuse de ce même peuple, que lui, Pharaon, se proposait d’écraser. Pharaon ne connaissait rien de tout cela, toutes ses pensées et tous ses plans reposaient sur l’ignorance de cette grande vérité, fondement de toutes les vérités, savoir que Dieu est. Il s’imaginait follement que, par sa sagesse et son pouvoir, il pourrait empêcher l’accroissement de ce peuple, au sujet duquel Dieu avait dit : « Je multiplierai abondamment ta semence comme les étoiles des cieux et comme le sable qui est sur le bord de la mer » (Gen. 22:17) : c’est pourquoi tous ses plans et toute sa sagesse n’étaient que folie.

L’erreur la plus grande dans laquelle un homme puisse tomber, c’est d’agir sans tenir compte de Dieu. Tôt ou tard, la pensée de Dieu s’imposera à son esprit, et alors tous ses plans et tous ses calculs seront anéantis. Tout ce que l’homme entreprend, indépendamment de Dieu, peut durer tout au plus pendant le temps présent. Tout ce qui n’est qu’humain, quelque solide, quelque brillant et attrayant que cela puisse être, est destiné à devenir la proie de la mort et à tomber en poussière dans les ténèbres et le silence de la tombe. Toute gloire et toute l’excellence de l’homme seront ensevelies sous les « mottes de la vallée » (Job 21:33). L’homme porte sur son front le cachet de la mort, et tous ses projets s’évanouissent, car ils ne sont que passagers. En revanche, tout ce qui se rapporte à Dieu et repose sur Lui, demeure à jamais. « Son nom sera pour toujours ; son nom se perpétuera devant le soleil » (Ps 72:17).

Quelle n’est donc pas la folie du faible mortel qui s’élève contre le Dieu éternel, « qui court contre lui, le cou tendu, sous les bosses épaisses de ses boucliers » (Job 15:26). Le monarque de l’Égypte aurait pu, tout aussi bien, tenter d’arrêter, de sa faible main, le mouvement des eaux de la mer, que de vouloir empêcher l’accroissement de ce peuple, objet des desseins éternels de Dieu. Aussi, lors même qu’il « établit sur le peuple des chefs de corvée pour l’opprimer par leurs fardeaux » (vers. 11), « selon qu’ils l’opprimaient, il multipliait et croissait » (vers. 12). Il en sera toujours ainsi. « Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, le Seigneur s’en moquera » (Ps. 2:4). Une confusion éternelle reposera sur toute l’opposition des hommes et des démons. Cette assurance met le cœur en repos, dans un monde où tout apparaît si contraire à Dieu et à la foi. Si nous n’avions la ferme confiance que « la colère de l’homme louera Dieu » (Ps. 76:10), nous serions souvent abattus en présence des circonstances et des influences au milieu desquelles nous nous trouvons dans ce monde. Mais, que Dieu en soit béni, nos regards ne sont pas fixés sur les choses qui se voient, mais sur celles qui ne se voient pas : car « celles qui ne se voient pas sont éternelles » (2 Cor. 4:18). Avec cette certitude, nous pouvons bien dire : « Demeure tranquille, appuyé sur l’Éternel, et attends-toi à lui. Ne t’irrite pas à cause de celui qui prospère dans son chemin, à cause de l’homme qui vient à bout de ses desseins » (Ps. 37:7). Comme la vérité de ces paroles se manifeste clairement dans le récit qui nous occupe, tant pour ce qui concerne les opprimés, que pour ce qui regarde l’oppresseur ! Si Israël regardait aux choses « qui se voient », que voyait-il ? La colère du Pharaon, des commissaires d’impôts, un service rigoureux, une rude servitude, du mortier et des briques. Mais « les choses qui ne se voient pas », qu’étaient-elles ? Le dessein éternel de Dieu, sa promesse infaillible, l’aurore prochaine d’un jour de salut, le « brandon de feu » de la délivrance de l’Éternel. Merveilleux contraste ! La foi seule pouvait le saisir, comme aussi ce n’est que par la foi qu’un pauvre Israélite opprimé pouvait détourner ses regards du four fumant de l’Égypte, pour les fixer sur les vertes campagnes et les riches vignobles de la terre de Canaan. La foi seule était capable de reconnaître, dans ces esclaves opprimés et asservis au rude travail des fours à briques de l’Égypte, les objets de l’intérêt et de la faveur spéciale du Ciel.

Comme il en était alors, ainsi en est-il maintenant : « Nous marchons par la foi, non par la vue » (2 Cor. 5:7). « Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté » (1 Jean 3:2). Nous sommes ici « présents dans le corps… absents du Seigneur » (2 Cor. 5:6). Si, de fait, nous sommes en Égypte, toutefois, en esprit, nous sommes dans la Canaan céleste. La foi place le cœur dans la puissance des choses célestes et invisibles, le rendant ainsi capable de s’élever au-dessus de tout ce qui est d’ici-bas, où règnent les ténèbres de la mort. Que n’avons-nous cette foi enfantine, qui s’assied près de la source pure et éternelle de la vérité, s’abreuvant à longs traits à ces eaux rafraîchissantes qui relèvent l’âme abattue et qui communiquent à l’homme nouveau la force qu’il lui faut pour avancer dans sa course vers le ciel !

Les derniers versets de ce chapitre nous fournissent, dans la conduite de Shiphra et de Pua, femmes craignant Dieu, une édifiante leçon. Bravant la colère du roi, ces deux femmes ne voulurent point faire ce que Pharaon avait ordonné, « et Dieu leur fit des maisons ». « Ceux qui m’honorent, je les honorerai ; et ceux qui me méprisent seront en petite estime » (1 Sam. 2:30). Puissions-nous nous en souvenir toujours et agir pour Dieu en toutes circonstances !

 

1.2   Chapitre 2:1-10.

Cette portion du livre de l’Exode abonde en principes de vérité divine de la plus haute importance, et que nous pouvons classer sous trois chefs principaux, savoir : la puissance de Satan ; la puissance de Dieu ; et la puissance de la foi. Au dernier verset du chapitre précédent, nous lisons : « Le Pharaon commanda à tout son peuple, disant : Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve ; mais toute fille, laissez-la vivre ». C’est là, la puissance de Satan ! Le fleuve était le lieu de la mort, et, par la mort, l’Ennemi cherchait à rendre vain le dessein de Dieu. De tout temps, le Serpent a veillé d’un œil malin sur les instruments dont Dieu voulait se servir pour accomplir ses conseils de miséricorde. Que voyons-nous au chapitre 4 de la Genèse, si ce n’est le Serpent veillant sur Abel, le vase choisi par Dieu, et s’efforçant de le faire disparaître par la mort ? Dans l’histoire de Joseph, Gen. 37, on voit encore l’Ennemi à l’œuvre, cherchant à faire mourir l’homme choisi de Dieu pour l’accomplissement de ses desseins. Il en est de même lors de l’extermination de la « semence royale » (2 Chr. 22) ; des petits enfants de Bethléem (Matt. 2) ; dans la mort de Christ (Matt. 27): dans chacun de ces cas, l’ennemi a cherché à interrompre, par le moyen de la mort, le courant de l’action divine. Mais, que Dieu en soit béni, il existe quelque chose au-delà de la mort. Toute la sphère de cette action de Dieu, en tant qu’elle est liée à la rédemption, se trouve au-delà des limites du domaine de la mort. C’est quand Satan a épuisé toute sa puissance que Dieu commence à se montrer. Le tombeau est le terme de l’activité de Satan ; mais là commence l’activité de Dieu. Glorieuse vérité ! Satan a la puissance de la mort ; mais Dieu est le Dieu des vivants, et il communique une vie qui est au-delà des atteintes et de la puissance de la mort, une vie à laquelle Satan ne peut toucher. Le cœur croyant trouve ainsi un doux soulagement au milieu d’une scène où règne la mort ; il peut sans effroi contempler Satan déployant la plénitude de son pouvoir ; il peut s’appuyer avec confiance sur la puissante intervention de Dieu dans la résurrection. Il peut s’arrêter devant la tombe qui vient de se fermer sur un objet bien-aimé et recueillir, de la bouche de Celui qui est « la résurrection et la vie », la bienheureuse assurance d’une glorieuse immortalité. Sachant que Dieu est plus fort que Satan, il peut attendre en paix la pleine manifestation de la force supérieure de Dieu et, en attendant ainsi, trouver la victoire de cette force et la paix assurée qu’elle porte avec elle. Les premiers versets de ce chapitre nous offrent un bel exemple de cette puissance de la foi.

« Et un homme de la maison de Lévi alla, et prit une fille de Lévi ; et la femme conçut, et enfanta un fils ; et elle vit qu’il était beau ; et elle le cacha trois mois. Et comme elle ne pouvait plus le cacher, elle prit pour lui un coffret de joncs, et l’enduisit de bitume et de poix, et mit dedans l’enfant, et le posa parmi les roseaux sur le bord du fleuve. Et sa sœur se tint à distance pour savoir ce qu’on lui ferait » (vers. 1-4). De quelque manière que nous l’envisagions, cette scène est d’un vif intérêt. Nous y voyons la foi, triomphant des influences de la nature et de la mort, et permettant au Dieu de résurrection d’agir dans la sphère et selon le caractère qui lui sont propres. Sans doute, la puissance de l’Ennemi se montre, elle aussi, d’une manière évidente, en ce qu’il a fallu que l’enfant se trouvât placé dans une semblable position, une position de mort, en principe. De plus, une épée transperce le cœur de la mère, quand elle voit son enfant bien-aimé couché ainsi dans la tombe. Mais, si Satan pouvait agir, si la nature pleurait, Celui qui vivifie les morts était derrière le sombre nuage, et la foi le contemplait là, dorant de ses brillants et vivifiants rayons le côté céleste du nuage. « Par la foi, Moïse étant né fut caché trois mois par ses parents, parce qu’ils virent que l’enfant était beau ; et ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi » (Héb. 11:23).

Par cet acte, cette noble fille de Lévi nous donne une sainte leçon. Son « coffret de joncs, enduit de bitume », proclame la confiance qu’elle avait en la vérité, qu’il y avait quelque chose qui, comme autrefois pour Noé, « le prédicateur de justice », pouvait abriter ce « bel enfant » contre les eaux de la mort. En effet, le coffret de joncs était-il seulement une invention humaine, la création de la prévoyance et de l’adresse naturelle de l’homme, l’inspiration d’un cœur de mère, nourrissant la chère, mais chimérique espérance d’arracher son trésor aux mains impitoyables de la mort par l’eau ? Ou n’est-ce pas plutôt la foi qui l’a formé pour être un vaisseau de miséricorde, pour porter en toute sûreté « un bel enfant », par-dessus les sombres eaux de la mort, à la place qui lui était destinée par le décret immuable du Dieu vivant ? Lorsque nous contemplons la fille de Lévi, penchée sur « ce coffret de joncs » que sa foi a construit, et y déposant son enfant, la mère de Moïse nous apparaît comme une image de la foi qui, s’élevant hardiment bien au-dessus de cette terre de mort et de désolation, perce, de son regard d’aigle, les sombres nuages qui s’amoncellent autour d’une tombe, et voit le Dieu de résurrection déployer les résultats de ses éternels conseils, dans une sphère où nulle flèche de la mort ne peut atteindre. Appuyée sur le « Rocher des siècles », elle écoute dans un saint triomphe, pendant que les vagues de la mort bruissent à ses pieds.

Or quelle pouvait être la valeur du « commandement du roi », pour une âme qui possédait ce principe céleste ? Quelle importance pouvait-elle avoir pour celle qui pouvait se tenir calmement à côté de son coffret de joncs, et regarder la mort en face ? Le Saint Esprit nous l’apprend : Par la foi, les parents de Moïse ne craignirent pas l’ordonnance du roi (Héb. 11:23). L’âme, qui sait un peu ce que c’est que la communion avec le Dieu qui ressuscite les morts, n’a peur de rien ; elle peut emprunter le langage triomphant de l’apôtre (1 Cor. 15:55-57), et dire : « Où est, ô mort, ton aiguillon ? où est, ô mort, ta victoire ? Or l’aiguillon de la mort, c’est le péché et la puissance du péché c’est la loi. Mais grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ ! » Elle peut prononcer ces paroles de triomphe sur le martyr d’Abel, sur Joseph dans la fosse, sur Moïse dans son coffret de joncs, sur la race royale exterminée par la main d’Athalie ; sur les petits enfants de Bethléem, mis à mort par l’ordre du cruel Hérode ; et, par-dessus tout, elle peut les prononcer sur la tombe du Chef de notre salut.

Mais quelques-uns peut-être ne savent pas discerner, dans la construction du coffret de joncs, l’œuvre de la foi. Plusieurs sont peut-être incapables d’aller plus près que la sœur de Moïse, laquelle « se tint à distance pour savoir ce qu’on lui ferait ». Il est bien évident que « la sœur » n’était pas à la hauteur de « la mère », quant à « la mesure de la foi ». Il y avait en elle, sans aucun doute, cet intérêt profond, cette affection réelle que nous voyons en « Marie de Magdala et l’autre Marie,… assises vis-à-vis du sépulcre » (Matthieu 26:61). Mais il y avait, dans l’auteur du « coffret », quelque chose de bien supérieur à l’intérêt ou à l’affection. Il est vrai, la mère ne se tenait pas « à distance pour savoir ce qu’on ferait à son enfant », et comme il arrive fréquemment, la grandeur morale de la foi chez elle pouvait paraître comme de l’indifférence, toutefois, ce n’était pas de l’indifférence, mais de la vraie grandeur, la grandeur de la foi. Si son affection naturelle ne la retient pas près du théâtre de la mort, la puissance de la foi avait donné à la mère de Moïse une œuvre plus noble à accomplir, en la présence du Dieu de résurrection ; sa foi avait fait place pour Lui, sur la scène : et Il s’y manifesta d’une manière infiniment glorieuse.

« Et la fille du Pharaon descendit au fleuve pour se laver, et ses jeunes filles se promenaient sur le bord du fleuve ; et elle vit le coffret au milieu des roseaux, et elle envoya sa servante, qui le prit ; et elle l’ouvrit, et vit l’enfant ; et voici, c’était un petit garçon qui pleurait. Et elle eut compassion de lui, et dit : C’est un des enfants des Hébreux » (vers. 5-6). La réponse divine commence ici à se faire entendre à l’oreille de la foi par les plus doux accents. Dieu était dans tout cela. Que le rationaliste, l’incrédule, l’athée, rient à cette idée : la foi aussi en rit, mais d’un rire bien différent. Le rire des premiers est le rire froid du dédain à l’idée d’une intervention divine dans une affaire aussi triviale que celle de la promenade d’une fille de roi ; le rire de la foi est un rire de bonheur, à la pensée que Dieu est dans tout ce qui arrive ; et si jamais l’intervention de Dieu s’est montrée en quelque chose, c’est assurément dans cette promenade de la fille du Pharaon, bien que celle-ci n’en sût rien.

L’une des plus douces occupations de l’âme régénérée est de suivre les traces de l’intervention divine dans des circonstances et des événements, dans lesquels un esprit léger ne sait voir qu’un hasard aveugle ou un destin cruel. Il arrive parfois que la chose la plus insignifiante devient un anneau important dans une chaîne d’événements que le Dieu Tout-puissant fait concourir aux déploiements de ses grands desseins. Ainsi, par exemple, au chapitre 6 du livre d’Esther, verset 1, vous voyez un monarque païen, passant une nuit sans sommeil ; circonstance sans doute assez ordinaire pour lui et pour beaucoup d’autres ; et, cependant, cette circonstance même devint un anneau dans cette longue chaîne d’événements providentiels que nous voyons se terminer par la délivrance de la postérité opprimée d’Israël. Il en est de même de la fille du Pharaon dans sa promenade au bord de la rivière. Elle ne songeait guère qu’elle allait concourir à l’avancement du dessein de « l’Éternel, le Dieu des Hébreux ! » Combien elle pensait peu que cet enfant, qui pleurait dans ce coffret de joncs, était l’instrument destiné par l’Éternel pour ébranler l’Égypte jusque dans ses fondements ! Cependant il en était ainsi. L’Éternel peut faire que « la colère de l’homme le loue » et il peut « se ceindre du reste de la colère » (Ps. 76:10).

« Et sa sœur dit à la fille du Pharaon : Irai-je et appellerai-je auprès de toi une nourrice d’entre les Hébreues, et elle t’allaitera l’enfant ? Et la fille du Pharaon lui dit : Va ! Et la jeune fille alla, et appela la mère de l’enfant. Et la fille du Pharaon lui dit : Emporte cet enfant, et allaite-le pour moi, et je te donnerai ton salaire. Et la femme prit l’enfant, et l’allaita. Et l’enfant grandit, et elle l’amena à la fille du Pharaon, et il fut son fils ; et elle appela son nom Moïse, et dit : Car je l’ai tiré des eaux » (chap. 2:7-10). La foi de la mère de Moïse trouve ici sa pleine récompense ; Satan est confondu, et la merveilleuse sagesse de Dieu est manifestée. Qui aurait imaginé que celui qui avait dit : « Si c’est un fils, vous le ferez mourir » et encore : « Tout fils qui naîtra, jetez-le dans le fleuve », aurait à sa cour un de ces mêmes fils, et un pareil « fils » ! Le diable fut vaincu par ses propres armes, et Pharaon, dont il voulait se servir pour anéantir le dessein de Dieu, fut employé par Dieu pour nourrir et élever ce Moïse qui devait être l’instrument de Dieu pour confondre la puissance de Satan. Vraiment, « l’Éternel se montre merveilleux en conseil et grand en sagesse » (Ésaïe 28:29). Confions-nous en lui avec plus de simplicité ; alors notre sentier sera plus heureux, et notre témoignage plus efficace.

 

1.3   Chapitre 2:11-25.

En méditant l’histoire de Moïse, il faut considérer ce grand serviteur de Dieu sous le double point de vue de son caractère personnel et de son caractère typique.

Il y a, dans le caractère personnel de Moïse, beaucoup de choses à apprendre pour nous. Dieu dut, non seulement le susciter, mais encore le former, d’une manière ou d’une autre, durant une longue période de quatre-vingts années : d’abord dans la maison de la fille du Pharaon, ensuite « derrière le désert » (chap. 3:1). À nos esprits bornés, quatre-vingts années paraissent un temps bien long pour l’éducation d’un serviteur de Dieu ; mais les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Dieu savait que ces deux fois « quarante ans » étaient nécessaires à la préparation de ce vaisseau choisi par Lui. Quand Dieu fait l’éducation de quelqu’un, il la fait d’une manière qui est digne de Lui-même et de son saint service. Il ne veut pas d’un novice pour faire son œuvre. Le serviteur de Christ doit apprendre plus d’une leçon : il doit passer par plus d’un exercice, et soutenir plus d’une lutte en secret avant que d’être véritablement propre pour agir en public. La nature n’aime pas cela ; elle aimerait mieux jouer un rôle en public que d’apprendre en secret ; elle aimerait mieux être l’objet de l’admiration des hommes que d’être disciplinée par la main de Dieu. Mais il faut que nous suivions le chemin de Dieu. La nature peut bien se précipiter dans le champ de l’action ; mais Dieu n’en a que faire là : il faut qu’elle soit brisée, consumée, mise de côté. Le lieu de la mort est la place qui convient. Si elle veut agir, Dieu, dans sa fidélité et sa sagesse parfaites, conduira les choses de telle manière que le résultat de cette activité de la nature tournera à sa complète confusion. Dieu sait ce qu’il faut faire de la nature ; il sait là où elle doit être placée et là où elle doit être retenue. Puissions-nous tous entrer plus profondément dans les pensées de Dieu à l’égard du « moi » et de tout ce qui s’y rapporte ; ainsi nous tomberons moins souvent dans l’erreur ; notre marche sera ferme et moralement élevée, notre esprit paisible, et notre service efficace.

« Et il arriva, en ces jours-là, que Moïse, étant devenu grand, sortit vers ses frères ; et il vit leurs fardeaux. Et il vit un homme égyptien qui frappait un Hébreu d’entre ses frères ; et il regarda çà et là, et vit qu’il n’y avait personne, et il frappa l’Égyptien, et le cacha dans le sable » (vers. 11, 12). Moïse montre ici du zèle pour ses frères, mais non pas « selon la connaissance » (Rom. 10:2). Le temps fixé par Dieu, pour le jugement de l’Égypte et la délivrance d’Israël, n’était pas encore venu ; or le serviteur intelligent attend toujours le temps de Dieu. Moïse devenu grand, « fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens », de plus, « il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main » (Act. 7:22-28). Tout cela était vrai. Néanmoins, il est évident que Moïse courut avant le temps ; et quand il en est ainsi, la chute est proche (note A) ; et non seulement la chute, à la fin, mais encore l’incertitude, et le défaut de calme et de sainte dépendance dans la marche même d’une œuvre commencée avant le temps de Dieu. Moïse « regarda çà et là ». Quand on agit avec Dieu et pour Dieu, dans la pleine intelligence de ses pensées quant aux détails de l’œuvre, on n’a pas besoin de regarder çà et là. Si le temps de Dieu eût été réellement là, si Moïse eût eu en lui-même la conscience qu’il avait reçu de Dieu la mission d’exécuter le jugement sur l’Égyptien, et s’il eût été sûr que la présence de Dieu était avec lui, il n’eût pas « regardé çà et là ».

L’acte de Moïse, à l’égard de l’Égyptien, renferme une leçon profondément pratique pour tout serviteur de Dieu. Deux circonstances s’y rattachent : savoir, la crainte de la colère de l’homme et l’espoir d’obtenir la faveur de l’homme. Or le serviteur de Dieu ne devrait s’inquiéter ni de l’une, ni de l’autre. Qu’importe la colère ou la faveur d’un pauvre mortel, à quiconque est investi d’une mission divine et jouit de la présence de Dieu ? Elles ont, pour un tel homme, moins d’importance que la menue poussière qui s’attache à une balance. « Ne t’ai-je pas commandé : Fortifie-toi et sois ferme ? Ne te laisse point terrifier, et ne sois point effrayé ; car l’Éternel, ton Dieu, est avec toi partout où tu iras » (Josué 1:9). « Et toi, ceins tes reins, et lève-toi, et dis-leur tout ce que je te commanderai ; ne sois point effrayé d’eux, de peur que moi je ne t’épouvante devant eux. Et moi, voici, je t’établis aujourd’hui comme une ville forte, et comme une colonne de fer, et comme des murailles d’airain, contre tout le pays, contre les rois de Juda, ses princes, ses sacrificateurs, et le peuple du pays. Et ils combattront contre toi, mais ils ne prévaudront pas sur toi, car moi, je suis avec toi, dit l’Éternel, pour te délivrer » (Jér. 1:17-19).

Placé sur ce terrain élevé, le serviteur de Christ ne regarde pas « çà et là » ; il agit selon ce conseil de la sagesse divine : « que tes yeux regardent droit en avant, et que tes paupières se dirigent droit devant toi » (Prov. 4:25). La sagesse divine nous conduit toujours à regarder en haut et en avant. Il y a du mal en nous, et nous ne sommes pas sur le vrai terrain du service pour Dieu, soyons-en sûrs, quand nous regardons autour de nous, soit pour éviter le regard courroucé d’un mortel, soit pour rencontrer le sourire de son approbation : nous n’avons pas l’assurance que notre mission est d’autorité divine, et que nous jouissons de la présence de Dieu, choses qui, toutes deux, sont absolument nécessaires à tout serviteur de Dieu. Un grand nombre de personnes, il est vrai, soit par une profonde ignorance, soit par une confiance excessive en elles-mêmes, entrent dans une sphère d’activité à laquelle Dieu ne les destinait point, et pour laquelle, par conséquent, il ne les avait point qualifiées : et, de plus, ces personnes montrent un sang-froid, une possession d’elles-mêmes, étonnants pour ceux qui sont en état de juger avec impartialité de leurs dons et de leurs mérites. Mais toute cette belle apparence fait place bien vite à la réalité, et ne peut porter la moindre atteinte au principe, que rien ne peut réellement délivrer un homme de la tendance à regarder « çà et là », si ce n’est la conscience d’une mission de Dieu et de la présence de Dieu. Celui qui possède ces deux choses est entièrement délivré des influences humaines ; il est indépendant des hommes. Et nul n’est en état de servir les autres, qui n’est pas entièrement indépendant d’eux ; mais celui qui connaît sa vraie place peut s’abaisser pour laver les pieds de ses frères.

Si nous détournons nos regards de l’homme, et que nous les portions sur le seul fidèle et parfait Serviteur, nous ne le voyons pas « regarder çà et là », par la raison bien simple que ses yeux n’étaient jamais arrêtés sur les hommes, mais toujours sur Dieu. Jésus ne craignait pas la colère de l’homme, ni ne recherchait sa faveur. Il n’ouvrit jamais la bouche pour obtenir les applaudissements des hommes ; il ne se tut jamais pour éviter leur blâme : c’est pourquoi toutes ses paroles et toutes ses actions étaient empreintes d’élévation et de sainte fermeté. Il est le seul dont on ait pu dire avec vérité : « Sa feuille ne se flétrit point ; et tout ce qu’il fait prospère » (Ps. 1:3). Tout ce qu’il faisait tournait à profit, parce qu’il faisait toutes choses pour Dieu. Tous ses actes, toutes ses paroles, tous ses mouvements, ses regards, ses pensées ressemblaient à un beau bouquet de fruits, fait pour réjouir le cœur de Dieu et dont le parfum montait vers Lui. Il n’avait jamais aucune crainte quant au résultat de son œuvre, parce qu’il agissait toujours avec Dieu et pour Dieu, et dans une pleine intelligence de ses pensées. Jamais sa propre volonté, quelque divinement parfaite qu’elle fût, ne se mêla à quoi que ce soit de ce qu’il fit comme homme, sur la terre. Il a pu dire : « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jean 6:38). C’est pourquoi il rendait son fruit « en sa saison ». Il faisait toujours les choses qui plaisaient au Père (Jean 8:29), et, par conséquent, n’avait jamais rien à « craindre », jamais besoin de « se repentir » ou de « regarder çà et là ».

Or, à cet égard, comme à tout autre, le bienheureux Maître forme un contraste frappant avec les plus distingués et les plus éminents de ses serviteurs. Moïse même « eut peur », et Paul « eut du regret » (vers. 14, et 2 Cor. 7:8) ; le Seigneur Jésus ne fit jamais ni l’un ni l’autre il n’eut jamais à revenir sur ses pas, ni à retirer une parole, ni à rectifier sa pensée. Tout en lui était parfait d’une manière absolue ; tout était « du fruit en sa saison ». Le courant de sa vie sainte et céleste coulait en avant sans trouble, ni déviations. Sa volonté était parfaitement soumise. Les hommes les meilleurs et les plus dévoués commettent des erreurs, mais il est certain que plus nous pourrons, par la grâce, mortifier notre propre volonté, moins nous en commettrons. C’est un bonheur, quand, en somme, notre sentier est réellement un sentier de foi et de sincère dévouement à Christ.

Ainsi marchait Moïse. Il était un homme de foi, un homme qui s’abreuvait et se pénétrait de l’esprit de son Maître, et marchait sur ses traces avec une fermeté et une constance merveilleuses. Il anticipa, il est vrai, de quarante années, le temps fixé par Dieu pour le jugement de l’Égypte et la délivrance d’Israël ; cependant, nous ne voyons pas qu’il soit fait mention de ce fait dans le commentaire inspiré que nous trouvons au chapitre 11 aux Hébreux, où il n’est question que du principe divin sur lequel, en somme, sa marche était fondée. « Par la foi, Moïse, étant devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte ; car il regardait à la rémunération. Par la foi, il quitta l’Égypte, ne craignant pas la colère du roi, car il tint ferme, comme voyant celui qui est invisible » (Héb. 11:24-27).

Ce passage nous présente la conduite de Moïse d’une manière pleine de grâce. C’est toujours ainsi que le Saint Esprit traite l’histoire des saints de l’Ancien Testament. Quand il écrit l’histoire d’un homme, il nous montre cet homme tel qu’il est avec toutes ses fautes et toutes ses imperfections ; mais quand, dans le Nouveau Testament, il commente cette même histoire, il se borne à faire connaître le vrai principe et le résultat général de la vie de cet homme. Ainsi, bien qu’il soit rapporté dans l’Exode que « Moïse regarda çà et là », qu’« il eut peur et dit : Certainement le fait est connu », et enfin que « Moïse s’enfuit de devant Pharaon », nous lisons dans l’épître aux Hébreux que ce que Moïse fit, il le fit « par la foi », « qu’il ne craignit pas la colère du roi », qu’« il tint ferme comme voyant celui qui est invisible ».

Il en sera bientôt de même, quand le Seigneur viendra, « qui mettra en lumière les choses cachées des ténèbres, et manifestera les conseils des cœurs ; alors chacun recevra sa louange de la part de Dieu » (1 Cor. 4:5). C’est là une vérité bien consolante et bien précieuse pour toute âme droite et pour tout cœur fidèle. Le cœur peut former plus d’un dessein, que, pour diverses raisons, la main est incapable d’exécuter ; tous ces desseins seront « manifestés » quand « le Seigneur viendra ». Bénie soit la grâce qui nous en a donné l’assurance ! Les conseils d’amour d’un cœur qui lui est attaché sont bien plus précieux à Christ que les œuvres extérieures les plus parfaites. Celles-ci pourront briller aux yeux des hommes, et faire l’objet de leurs discours ; les premiers ne sont destinés que pour le cœur de Jésus, et ils seront manifestés devant Dieu et les saints anges. Puissent les cœurs de tous les serviteurs de Christ être exclusivement occupés de sa personne ; puissent leurs yeux être fermement arrêtés sur son retour !

En étudiant la vie de Moïse, nous voyons que la foi lui fit suivre une route tout opposée au cours ordinaire de la nature, portant Moïse non seulement à mépriser tous les plaisirs, toutes les séductions et tous les honneurs de la cour du Pharaon, mais encore à abandonner un champ d’activité utile, en apparence très étendu. Les raisonnements des hommes l’auraient conduit dans une voie toute contraire ; ils l’auraient porté à user de son influence en faveur du peuple de Dieu et à agir en faveur de ce peuple, plutôt qu’à souffrir avec lui. Selon le jugement de l’homme, la Providence semblait avoir ouvert à Moïse un champ de travail étendu et très important ; et, en effet, si jamais la main de Dieu a manifestement placé quelqu’un dans une position toute particulière, c’est bien le cas pour Moïse. Ce fut par une intervention merveilleuse et par un enchaînement incompréhensible de circonstances, dont chacune révélait la main du Tout-Puissant et que nulle prévoyance humaine n’eût pu combiner, que la fille du Pharaon devint l’instrument par lequel Moïse fut retiré des eaux, nourri et élevé jusqu’à ce que « il fût parvenu à l’âge de quarante ans » (Actes 7:23). En de pareilles circonstances, l’abandon de sa haute position et de l’influence qu’elle lui permettait d’exercer ne pouvait être envisagé chez Moïse que comme le résultat d’un zèle malentendu.

Ainsi raisonne notre pauvre nature aveugle ; mais la foi pensait autrement : car la nature et la foi sont toujours en opposition l’une avec l’autre. Elles ne peuvent s’accorder sur un seul point ; et peut-être n’est-il rien sur quoi elles diffèrent davantage que sur ce qu’on appelle généralement « des directions providentielles ». La nature envisagera toujours ces directions comme des autorisations pour se laisser aller à ses propres penchants, tandis que la foi les considérera comme autant d’occasions de renoncement à soi-même. Jonas aurait pu voir, dans la rencontre d’un vaisseau allant à Tarsis, une direction bien remarquable de la Providence ; tandis que, de fait, ce fut une porte par laquelle il se détourna du chemin de l’obéissance.

Sans doute, c’est le privilège du chrétien de voir la main et d’entendre la voix de son Père en toutes circonstances. Le chrétien, qui se laisse conduire par elles, ressemble à un vaisseau en mer, sans boussole et sans gouvernail ; il est exposé à la merci des vagues et des vents. La promesse de Dieu à son enfant est : « Je te conseillerai, ayant mon œil sur toi » (Ps. 32:8) ; et sa parole d’avertissement : « Ne soyez pas comme le cheval, comme le mulet qui n’ont pas d’intelligence, dont l’ornement est la bride et le mors pour les refréner quand ils ne veulent pas s’approcher de toi » (Ps. 32:9). Or il vaut mieux être guidé par l’œil de notre Père que par le mors et le frein des circonstances ; et nous savons que, dans l’acception ordinaire de l’expression, « la Providence » n’est qu’un autre terme pour exprimer l’action des circonstances.

Or la puissance de la foi se montre constamment dans le refus et l’abandon de ces prétendues directions providentielles. Il en fut ainsi dans le cas de Moïse. « Par la foi, il refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon », et « par la foi, il quitta l’Égypte ». S’il eût jugé sur la vue de ses yeux, il eût saisi la dignité qui lui était offerte comme un don manifeste de la Providence et il fût resté à la cour du Pharaon, où en apparence la main de Dieu lui avait préparé un vaste champ de travail. Mais comme il marchait par la foi, et non sur la vue de ses yeux, il abandonna tout ! Quel noble exemple à suivre !

Et remarquez que ce que Moïse estima « un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte », c’était non pas seulement l’opprobre pour Christ, mais « l’opprobre du Christ ». « Les outrages de ceux qui t’outragent sont tombés sur moi » (Ps. 69:9). Le Seigneur Jésus s’identifia en parfaite grâce avec son peuple. Quittant le sein du Père et déposant toute la gloire dont il était revêtu, il descendit du ciel ; il se mit à la place de son peuple ; il confessa les péchés des siens et porta leur jugement sur le bois maudit. Tel fut son dévouement volontaire ; il ne se borna pas à agir pour nous, mais il se fit un avec nous, nous délivrant ainsi de tout ce qui pouvait être contre nous.

Nous voyons de cette manière à quel degré Moïse, dans ses sympathies, entrait dans les pensées et les sentiments de Christ à l’égard du peuple de Dieu. Placé, comme il l’était, au milieu de tout le bien-être, de la pompe et de la gloire de la maison du Pharaon, là où les « délices du péché » et « les richesses de l’Égypte » abondaient, il eût pu vivre et mourir dans l’opulence, et traverser un chemin éclairé, du commencement à la fin, par le soleil de la faveur royale ; mais ce n’eût pas été « la foi », ce n’eût pas été conforme à Christ. De la position élevée qu’il occupait, Moïse vit ses frères courbés sous le poids des pesants fardeaux qu’on avait mis sur eux ; et, par la foi, il comprit que sa place était avec eux. Oui, avec eux, dans leur opprobre, dans leur servitude, dans leur affliction et leur avilissement. S’il n’eût été mû que par un sentiment de bienveillance, de philanthropie ou de patriotisme, il eût pu faire valoir son influence personnelle en faveur de ses frères ; il fût parvenu, peut-être, à engager le Pharaon à diminuer le fardeau sous lequel il les accablait et à leur rendre la vie plus douce par des concessions royales qu’il leur eût fait accorder ; mais une voie pareille ne sera jamais celle d’un cœur quelque peu en communion avec le cœur de Christ, et ne le satisfera jamais. Or tel était, par la grâce, le cœur de Moïse. C’est pourquoi, avec toute l’énergie et toutes les affections de ce cœur, il se jeta, corps, âme et esprit, au milieu même de ses frères opprimés, « choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu ». Et, de plus, c’est « par la foi » qu’il agit ainsi.

Pesez bien ceci, cher lecteur : nous ne devons pas nous contenter de désirer le bien du peuple de Dieu, de nous employer pour lui, ou de parler avec bienveillance en sa faveur ; nous devons nous identifier pleinement avec lui, quelque méprisé et persécuté qu’il puisse être. Un esprit généreux et bienveillant peut trouver une certaine jouissance à patronner le christianisme ; mais c’est quelque chose de tout à fait différent de s’identifier avec les chrétiens et de souffrir avec Christ. C’est une chose que d’être un protecteur, c’est tout une autre chose d’être un martyr ; ces deux choses sont distinguées l’une de l’autre d’un bout à l’autre de l’Écriture. Abdias prit soin des témoins de Dieu (1 Rois 18:3, 4), mais Élie fut un témoin pour Dieu. Darius était si fort attaché à Daniel que, à cause de lui, il passa une nuit sans sommeil ; mais Daniel passa cette même nuit dans la fosse aux lions, comme témoin de la vérité (Dan. 6:18). Nicodème hasarda une parole pour Christ, mais une plus mûre connaissance du Maître l’aurait porté à s’identifier avec Lui.

Ces considérations sont éminemment pratiques. Le Seigneur Jésus n’a pas besoin de protecteurs ; il veut des compagnons. La vérité qui le concerne nous est révélée, non pas pour que nous prenions la défense de sa cause sur la terre, mais pour que nous ayons communion avec sa personne dans les cieux. Il s’est identifié avec nous au prix immense de tout ce que l’amour pouvait donner. Il n’y était point obligé ; il eût pu garder sa place éternelle « dans le sein du Père » ; mais alors comment le puissant fleuve d’amour qui était retenu dans son cœur eût-il pu descendre jusqu’à nous, pécheurs coupables et dignes de l’enfer ? Entre Lui et nous il ne pouvait y avoir d’unité qu’à des conditions qui exigeaient de sa part l’abandon de toutes choses. Mais béni soit, à jamais, son Nom adorable ! il s’y est volontairement soumis : « Il s’est donné lui-même pour nous, afin qu’il nous rachetât de toute iniquité et qu’il purifiât pour lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes œuvres » (Tite 2:14). Il n’a pas voulu jouir tout seul de sa gloire, il a voulu satisfaire son cœur aimant en s’associant « plusieurs fils » dans cette gloire. « Père », dit-il, « je veux, quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, que tu m’as donnée ; car tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). Telles étaient les pensées de Christ à l’égard de son peuple ; et nous pouvons juger combien le cœur de Moïse sympathisait avec ces pensées bénies. Sans contredit, il participait à un haut degré de l’esprit de son Maître, et montra cet esprit en sacrifiant, de son plein gré, toute considération personnelle et en s’associant, sans réserve, au peuple de Dieu.

Dans le chapitre suivant, nous aurons à considérer de nouveau le caractère personnel et les actes de ce grand serviteur de Dieu ; nous nous bornons à le considérer ici comme type du Seigneur Jésus. D’après ce que nous lisons, Deut. 18:15: « L’Éternel, ton Dieu, te suscitera un prophète comme moi, du milieu de toi, d’entre tes frères ; vous l’écouterez » (comp. Actes 6:37), il est évident que Moïse était un type de Christ. Nous ne nous livrons donc pas à des pensées d’homme en considérant Moïse comme un type, mais nous suivons l’enseignement clair et exprès de l’Écriture, qui, dans les derniers versets du chap. 2 de l’Exode nous présente ce même type sous un double aspect : d’abord (vers. 14 et Actes 7:27, 28), dans sa réjection par Israël ; ensuite dans son union avec une étrangère du pays de Madian (v. 21, 22). Nous avons déjà développé ces deux points, en quelque mesure, dans l’histoire de Joseph, qui, rejeté par ses frères selon la chair, s’unit à une femme égyptienne. La réjection de Christ par Israël, et son union avec l’Église sont représentées en figure dans l’histoire de Joseph comme dans celle de Moïse ; mais sous des aspects différents. Dans l’histoire de Joseph, on voit la manifestation de l’inimitié positive contre sa personne ; dans celle de Moïse, il s’agit plutôt de la réjection de sa mission. De Joseph il est écrit : « Ils le haïssaient, et ne pouvaient lui parler paisiblement ». À Moïse, ils dirent : « Qui t’a établi chef et juge sur nous ? » En un mot, le premier fut personnellement haï ; le dernier, publiquement rejeté.

Il en est de même quant à la manière dont le grand mystère de l’Église est présenté dans l’histoire de ces deux saints de l’Ancien Testament. Asnath représente une phase de l’Église toute différente de celle qui est représentée par Séphora. Asnath fut unie à Joseph pendant le temps de son exaltation ; Séphora fut la compagne de Moïse pendant le temps de sa vie obscure au désert (comp. Gen. 41:41-45 avec Ex. 2:15 ; 3:1). Joseph et Moïse étaient, tous deux, rejetés par leurs frères à l’époque de leur union avec une étrangère ; mais le premier était gouverneur sur tout le pays d’Égypte, tandis que le dernier paissait un troupeau « derrière le désert ».

Soit donc que nous contemplions Christ manifesté en gloire, ou caché à la vue du monde, l’Église Lui est intimement associée. Et, de même que le monde ne le voit pas maintenant, il ne peut pas non plus prendre connaissance de ce corps qui est un avec Lui. « Le monde ne nous connaît pas, parce qu’il ne l’a pas connu » (1 Jean 3:1). Bientôt, Christ apparaîtra dans sa gloire, et l’Église apparaîtra avec Lui. « Quand le Christ, qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3:4) ; et encore : « La gloire que tu m’as donnée, moi, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un, comme nous, nous sommes un ; moi en eux, et toi en moi ; afin qu’ils soient consommés en un, et que le monde connaisse que toi tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jean 17:22, 23) (*).

(*) Il est question de deux unités distinctes ou différentes dans Jean 17:21-23. La première était cette unité, dont le maintien était placé sous la responsabilité de l’Église, qui y a complètement manqué ; la seconde est cette unité que Dieu accomplira immanquablement et qu’il manifestera dans la gloire. Si le lecteur relit avec soin ce passage, il se convaincra aisément de cette différence, soit quant au caractère, soit quant au résultat de ces unités.

Telle est la haute et sainte position de l’Église. Elle est une avec Celui qui est rejeté du monde, mais qui occupe le trône de la Majesté dans les cieux. Le Seigneur Jésus s’est rendu responsable pour elle sur la croix, afin qu’elle partageât sa réjection présente et sa gloire à venir. Plût à Dieu, que tous ceux qui font partie d’un corps aussi glorieusement privilégié fussent plus profondément pénétrés du sentiment intelligent de la marche qui leur convient et du caractère qu’ils doivent revêtir ici-bas ! Alors, assurément, les enfants de Dieu devraient répondre tous, plus pleinement et plus nettement, à cet amour dont il les a aimés, à ce salut qu’il leur a donné, et à cette dignité dont il les a revêtus. La marche du chrétien devrait toujours être le résultat naturel d’un privilège compris et réalisé, non le résultat forcé de promesses et de résolutions légales ; le fruit naturel d’une position connue et dont on jouit par la foi, non le fruit des propres efforts de l’homme pour arriver à une position « par des œuvres de loi ». Tous les vrais croyants sont une partie de l’Épouse de Christ ; ils doivent donc à Christ les affections qui conviennent à cette relation. On n’entre pas dans la relation à cause des affections, mais les affections découlent de la relation. Qu’il en soit ainsi, Seigneur, de tout ton peuple bien-aimé que tu as racheté au prix de ton sang !

 

1.4   Chapitre 3

Reprenons maintenant l’histoire personnelle de Moïse, et considérons ce grand serviteur de Dieu pendant la période si intéressante de sa vie qu’il passa dans la retraite, cette période qui ne comprend pas moins de quarante de ses meilleures années, si l’on peut dire ainsi. Le Seigneur, dans sa bonté, sa sagesse et sa fidélité, mena son cher serviteur à l’écart, loin du regard et des pensées des hommes, pour le former sous sa direction immédiate. Moïse en avait besoin. Il est vrai qu’il avait passé quarante années dans la maison du Pharaon ; mais, bien que son séjour à la cour du roi n’eût pas été sans profit pour lui, ce qu’il y avait acquis n’était rien cependant en comparaison de ce qu’il apprit dans le désert. Son séjour dans la maison du Pharaon a pu lui être utile, le séjour au désert lui était indispensable. Rien ne peut remplacer la communion secrète avec Dieu, ni l’éducation que l’on reçoit à son école et sous sa discipline. « Toute la science des Égyptiens » n’aurait pas rendu Moïse propre pour le service auquel il devait être appelé. Il eût pu poursuivre une brillante carrière dans les écoles de l’Égypte et en ressortir couvert d’honneurs littéraires, avec une intelligence enrichie de connaissances et le cœur plein d’orgueil et de vanité. Il eût pu avoir reçu ses diplômes à l’école des hommes et avoir encore à apprendre son a, b, c, à l’école de Dieu. Car la sagesse et la science humaines, quelque valeur qu’elles puissent avoir d’ailleurs, ne peuvent jamais faire de personne un serviteur de Dieu, ni qualifier quelqu’un pour remplir une charge quelconque dans le service divin. Elles peuvent rendre l’homme irrégénéré propre à jouer un rôle devant le monde ; mais il faut que celui que Dieu veut employer soit doué de qualités bien différentes, et qui ne s’acquièrent que dans la sainte retraite de la présence de Dieu.

Tous les serviteurs de Dieu ont dû apprendre par expérience la vérité de ce que nous venons de dire : Moïse en Horeb, Élie au torrent de Kérith, Ézéchiel près du fleuve Kebar, Paul en Arabie et Jean à Patmos. Et si nous considérons le divin Serviteur, nous voyons que le temps qu’il passa dans la retraite a été à peu près dix fois aussi long que celui de son service public. Bien qu’il fût parfait en intelligence et en volonté, il passa trente années dans la maison obscure d’un pauvre charpentier de Nazareth avant que de paraître en public. Et encore quand il fut entré dans sa carrière active, combien de fois ne se retirait-il pas loin du regard des hommes, pour jouir dans la retraite de la douce et sainte présence de Dieu !

Mais comment, demandera-t-on peut-être, pourra-t-on jamais répondre au besoin pressant d’ouvriers qui s’est toujours fait sentir, s’il est nécessaire que tous passent par une éducation secrète aussi prolongée ? C’est ici l’affaire du Maître, non la nôtre. C’est lui qui sait susciter les ouvriers, et c’est lui aussi qui sait les former. Ce n’est pas là une œuvre d’homme. Dieu seul peut susciter et former un vrai ministre, et s’il met du temps à l’éducation d’un tel homme, c’est qu’il le trouve bon, car nous savons que, si telle était sa volonté, un instant lui suffirait pour accomplir cette œuvre. Une chose est évidente, c’est que Dieu a tenu tous ses serviteurs beaucoup seuls avec Lui, soit avant, soit après leur entrée dans leur service public ; et sans cette discipline, sans cet exercice secret, nous ne serons jamais que des théoriciens stériles et superficiels. Celui qui s’aventure dans une carrière publique sans s’être dûment pesé à la balance du sanctuaire, sans s’être mesuré lui-même en la présence de Dieu, ressemble à un vaisseau mettant à la voile sans être convenablement lesté, et qui ne peut que sombrer au premier coup de vent. En revanche, il y a dans celui qui a passé par les différentes classes de l’école de Dieu, une profondeur, une solidité, une constance qui sont des éléments essentiels dans la formation du caractère d’un vrai serviteur.

C’est pourquoi, quand nous voyons Moïse éloigné, à l’âge de quarante ans, de tous les honneurs et de toute la magnificence d’une cour, pour passer quarante années dans la solitude d’un désert, nous pouvons nous attendre à le voir fournir une carrière remarquable. La main de l’homme est inhabile à façonner « un vase à honneur, utile au Maître » (2 Tim. 2:21). Dieu seul en est capable.

« Et Moïse faisait paître le bétail de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian. Et il mena le troupeau derrière le désert, et il vint à la montagne de Dieu, à Horeb » (chap. 3:1). Quel changement dans la vie de Moïse ! Nous avons vu dans la Genèse, chap. 46:34, que « tous les bergers sont une abomination pour les Égyptiens » ; néanmoins, Moïse, qui était « instruit dans toute la sagesse des Égyptiens », est transporté de la cour d’Égypte derrière une montagne, pour y garder un troupeau de brebis et y être formé pour le service de Dieu. Telle n’est pas, assurément, « la manière d’agir des hommes » (2 Sam. 7:19), et le cours naturel des choses : c’est une voie incompréhensible pour la chair et le sang. Nous aurions pu croire que l’éducation de Moïse était achevée, lorsqu’il se fut rendu maître de toute la sagesse des Égyptiens, lui qui jouissait en même temps des rares avantages qu’offre à cet égard une vie de cour. Nous aurions pu supposer que nous trouverions dans un homme aussi privilégié, non seulement une instruction solide et étendue, mais encore une distinction de manières si remarquable qu’il eût été propre à remplir toute espèce de service. Mais voir un homme, ainsi doué et instruit, être appelé à quitter sa haute position pour garder des brebis derrière une montagne, est quelque chose d’incompréhensible pour l’homme, quelque chose qui abaisse jusque dans la poussière tout son orgueil et toute sa gloire, manifestant à tous les yeux que les avantages humains ont peu de valeur devant Dieu, bien plus, qu’ils ne sont que comme « des ordures » aux yeux du Seigneur et aux yeux de tous ceux qui ont été enseignés à son école (Phil. 3:8).

Il y a une immense différence entre l’enseignement humain et l’enseignement divin. Le premier a pour but de cultiver et d’exalter la nature ; le dernier commence par la « sécher » et la mettre de côté (Ésaïe 40:6-8 ; 1 Pierre 1:24). « L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14). Vous aurez beau élever et instruire l’homme naturel, jamais vous n’en ferez un homme spirituel. « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jean 3:6). Si jamais un homme naturel cultivé a pu s’attendre à avoir du succès dans le service de Dieu, ce fût Moïse : il était « grand », il était « savant », il était « puissant dans ses paroles et dans ses actions » (Actes 7:22) ; et néanmoins il avait à apprendre, « derrière le désert », quelque chose que les écoles de l’Égypte ne lui auraient jamais enseigné. Paul apprit plus en Arabie qu’il n’en avait jamais appris aux pieds de Gamaliel (*). Nul ne peut enseigner comme Dieu, et il faut que tous ceux qui veulent apprendre de lui soient seuls avec lui. C’est au désert que Moïse reçut les leçons les plus précieuses, les plus profondes, les plus puissantes et les plus durables ; c’est là aussi que doivent se rendre tous ceux qui veulent être formés pour le ministère.

(*) Que mon lecteur se garde de supposer que, dans les remarques ci-dessus, nous avons en vue de déprécier, en quoi que ce soit, la valeur d’une instruction réellement utile, ou la culture des facultés intellectuelles. Ce n’est nullement notre intention. S’il est un père, qu’il ait soin de garnir l’esprit de son enfant de toutes les connaissances utiles ; qu’il lui enseigne tout ce qui pourra plus tard être utilisé au service du Maître ; mais qu’il ne le charge point de ce qu’il aurait à mettre de côté en fournissant la carrière chrétienne ; que, dans un but d’éducation, il ne le conduise pas à travers une région, dont il est presque impossible de se retirer avec une intelligence non souillée. Il serait presque aussi raisonnable de l’enfermer pendant dix ans dans une houillère, afin de le mettre en état de discuter sur les propriétés de la lumière et de l’ombre — que de le faire patauger dans le bourbier de la mythologie païenne, afin de le préparer à l’interprétation des oracles de Dieu, ou de le rendre propre à paître le troupeau de Christ.

Puissiez-vous, cher lecteur, éprouver par votre propre expérience ce que signifie « derrière le désert », ce lieu sacré où la nature est abaissée dans la poussière, et où Dieu seul est exalté. Là, les hommes et les choses, le monde et le moi, les circonstances présentes et leur influence sont tous estimés à leur juste valeur. Là, et nulle part ailleurs, vous trouverez une balance divinement juste et appropriée pour peser tout ce qui est au-dedans de vous, comme tout ce qui vous entoure. Là, il n’y a point de fausses couleurs, point de plumes empruntées, point de vaines prétentions ! L’ennemi des âmes n’a pas le pouvoir de dorer le sable de ce lieu. Tout y est réalité ; le cœur y a de justes pensées sur toutes choses ; il est élevé bien au-dessus de l’influence fiévreuse des affaires de ce monde. Le tumulte étourdissant, l’agitation et la confusion de l’Égypte ne pénètrent pas dans ce lieu retiré ; on n’y entend pas le bruit du monde commercial et monétaire ; l’ambition n’y respire pas ; on n’y est pas tenté par les lauriers périssables de ce monde, et la soif de l’or ne s’y fait pas sentir. Les yeux n’y sont jamais obscurcis par la convoitise ; le cœur n’y est jamais gonflé par l’orgueil ; on n’y est pas plus enflé par les louanges des hommes, que découragé par leur censure. En un mot, tout y est mis de côté, excepté le calme et la lumière de la présence divine ; on n’y entend rien que la voix de Dieu ; on y jouit de sa lumière ; on y reçoit ses pensées. Tel est le lieu où doivent aller tous ceux qui veulent être enseignés pour le ministère ; et où ils doivent tous rester, s’ils désirent travailler avec succès dans l’œuvre. Plût à Dieu que tous ceux qui se présentent sur la scène pour servir en public, connussent ce que c’est que de respirer l’atmosphère de ce lieu. Il y aurait alors moins de tentatives infructueuses dans l’exercice du ministère, mais il y aurait un service bien plus efficace pour la gloire de Christ.

Examinons maintenant ce que vit et entendit Moïse, « derrière le désert ». Nous l’avons déjà dit, il apprend là des choses qui surpassent de beaucoup l’intelligence des savants les plus doués de l’Égypte. Il peut sembler à la raison humaine que c’est une étrange perte de temps pour un homme comme Moïse, que de passer quarante années à garder des brebis dans le désert. Mais Moïse était avec Dieu au désert, et le temps passé avec Dieu n’est jamais perdu. Il est bien profitable pour nous de nous souvenir qu’il y a pour le serviteur de Christ quelque chose de plus que d’être actif seulement. Celui qui agit toujours est exposé à faire trop. Un tel homme aurait besoin de méditer avec soin ces paroles profondément pratiques du Serviteur parfait : « Il me réveille chaque matin, il réveille mon oreille pour que j’écoute comme ceux qu’on enseigne » (Ésaïe 50:4). « Écouter » est une partie indispensable de l’œuvre du serviteur : il faut qu’il se tienne fréquemment dans la présence du Maître, afin qu’il sache ce qu’il a à faire. « L’oreille » et « la langue » sont, de plus d’une manière, intimement liées ; et si, au point de vue spirituel ou moral, l’oreille est fermée et la langue déliée, on ne peut manquer de dire bien des choses folles. « Ainsi, mes frères bien-aimés, que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler » (Jac. 1:19). Cette exhortation opportune repose sur deux faits : savoir, que tout ce qui est bon vient d’en haut, et que le cœur est plein de méchanceté toujours prête à déborder. C’est pourquoi il faut que l’oreille soit ouverte et que la langue soit tenue en bride : rare et admirable science ! — science dans laquelle Moïse fit de grands progrès « derrière le désert », et que tous peuvent acquérir, pourvu qu’ils soient disposés à apprendre à la même école.

« Et l’Ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, du milieu d’un buisson à épines ; et il regarda, et voici, le buisson était tout ardent de feu, et le buisson n’était pas consumé. Et Moïse dit : Je me détournerai, et je verrai cette grande vision, pourquoi le buisson ne se consume pas » (vers. 2, 3). C’était effectivement « une grande vision » qu’un buisson en feu, ne se consumant point. La cour du Pharaon n’aurait jamais pu offrir rien de pareil. Mais, outre qu’elle était grande, cette vision était l’expression de la grâce qui, au milieu de la fournaise de l’Égypte, gardait les élus sans qu’ils fussent consumés. « L’Éternel des armées est avec nous, le Dieu de Jacob nous est une haute retraite » (Ps. 46:7). Il y a là force et sécurité, victoire et paix ! Dieu avec nous, Dieu en nous, et Dieu pour nous : — nous n’avons pas besoin d’autre chose.

Rien n’est plus intéressant ni plus instructif, que la manière dont il a plu à l’Éternel de se révéler à Moïse, dans le passage qui nous occupe, Dieu allait lui donner la charge de retirer son peuple hors d’Égypte, afin que ce peuple fût son assemblée, sa demeure dans le désert et au pays de Canaan, et c’est du milieu d’un buisson qu’Il lui parle. Beau, juste et solennel symbole de l’Éternel habitant au milieu de son peuple élu et racheté ! « Notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12:29), non pour nous consumer, nous ; mais pour consumer tout ce qui, en nous et autour de nous, est contraire à sa sainteté, et partant, ennemi de notre vrai et éternel bonheur. « Tes témoignages sont très sûrs. La sainteté sied à ta maison, ô Éternel ! pour de longs jours » (Ps. 93:5).

L’Ancien et le Nouveau Testament renferment plusieurs cas où Dieu se manifeste comme « un feu consumant » ; ainsi, en Lévitique 10, le feu dévore Nadab et Abihu. L’Éternel habitait au milieu de son peuple, et il voulait maintenir celui-ci dans une condition qui fût digne de Lui. Il ne pouvait faire autrement. Ce ne serait ni pour sa gloire, ni pour le profit des siens, s’il devait tolérer en ceux-ci quoi que ce soit d’incompatible avec la pureté de sa présence. Il faut que la demeure de Dieu soit sainte.

De même, lorsqu’il s’agit du péché d’Acan (Josué 7), nous voyons que l’Éternel ne peut sanctionner le mal par sa présence, quelle que soit la forme que ce mal puisse revêtir, et quelque caché qu’il puisse être. L’Éternel était « un feu consumant » ; et comme tel, il devait agir à l’égard de tout ce qui pouvait venir souiller l’assemblée au milieu de laquelle il habitait. Chercher à unir la présence de Dieu à un mal non jugé est le dernier caractère de la méchanceté.

Ananias et Sapphira (Act. 5) nous apprennent la même leçon solennelle. Dieu habitait dans l’Église, par l’Esprit, non pas seulement comme influence, mais comme Personne divine, et de telle façon qu’on ne pouvait « mentir à l’Esprit Saint ». L’Église était, et est encore la demeure de Dieu ; et il faut que ce soit lui qui gouverne et qui juge au milieu d’elle. Les hommes peuvent marcher de compagnie avec l’imposture, la convoitise et l’hypocrisie ; mais Dieu ne le peut pas. Si Dieu doit marcher avec nous, il faut que nous jugions nos voies, sinon il les jugera pour nous (voyez aussi 1 Cor. 11:29-32). Dans chacun de ces cas, et dans beaucoup d’autres que nous pourrions citer, nous voyons la force de cette solennelle parole : « La sainteté sied à ta maison, ô Éternel » (Ps. 93:5). Pour celui qui l’a comprise, cette vérité produira toujours un effet moral analogue à celui qu’elle eut sur Moïse : « N’approche pas d’ici ; ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte » (vers. 5). Le lieu de la présence de Dieu est saint ; on ne peut y marcher qu’avec des pieds déchaussés. Dieu habitant au milieu de son peuple, communique à l’Assemblée de ce peuple un caractère de sainteté qui est le fondement de toute affection sainte et de toute sainte activité. Le caractère de l’habitation dérive du caractère de Celui qui l’habite. L’application de ce principe à l’Église, qui est maintenant l’habitation de Dieu, par l’Esprit, est de la plus haute importance pratique. Comme il est heureusement vrai que Dieu, par le Saint Esprit, habite dans chacun des membres de l’Église individuellement, et qu’il donne ainsi un caractère de sainteté à l’individu, il est également vrai qu’il habite dans l’assemblée, et que, par conséquent, l’assemblée doit être sainte. Le centre, autour duquel les membres sont rassemblés, n’est rien moins que la personne d’un Christ vivant, victorieux et glorifié. La puissance qui les rassemble n’est rien moins que le Saint Esprit ; et le Seigneur Dieu Tout-Puissant demeure en eux et marche au milieu d’eux (voyez Matt. 18:20 ; 1 Cor. 6:19 ; 3:16, 17 ; Éph. 2:21, 22). Si telles sont la sainteté et la dignité qui appartiennent à la demeure de Dieu, il est évident que rien d’impur, soit en principe, soit en pratique, ne doit y être toléré. Tous ceux qui sont en rapport avec cette habitation devraient sentir l’importance et le sérieux de cette parole : « Le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte ». « Si quelqu’un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira » (1 Cor. 3:17). Ces paroles sont dignes de la plus sérieuse attention de la part de tout membre de l’assemblée de Dieu, de la part de toute « pierre vivante » faisant partie de son saint temple ! Puissions-nous tous apprendre à fouler les parvis de l’Éternel avec des pieds déchaussés !

Quoi qu’il en soit, les visions du mont Horeb rendent témoignage à la grâce du Dieu d’Israël, aussi bien qu’à sa sainteté. Si la sainteté de Dieu est infinie, sa grâce l’est aussi ; et comme la manière dont il s’est révélé à Moïse fait connaître la première, le fait même qu’il s’est révélé atteste la dernière. Il descendit jusqu’à nous parce qu’il était miséricordieux ; mais, après qu’il fut descendu, il fallait qu’il se révélât comme étant saint. « Et il dit : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob. Et Moïse cacha son visage, car il craignait de regarder vers Dieu » (vers. 6). La nature se cache toujours dans la présence de Dieu ; et quand nous sommes ainsi devant Dieu, ayant les pieds déchaussés et la face voilée, c’est-à-dire dans la disposition d’âme que ces actes expriment si bien, nous sommes dans les conditions voulues pour écouter les doux accents de la grâce. Quand l’homme prend la place qui lui convient, Dieu peut lui parler le langage de la pure miséricorde.

« Et l’Éternel dit : J’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu le cri qu’il a jeté à cause de ses exacteurs ; car je connais ses douleurs. Et je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays-là dans un pays bon et spacieux, dans un pays ruisselant de lait et de miel… Et maintenant, voici, le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi ; et j’ai aussi vu l’oppression dont les Égyptiens les oppriment » (vers. 7-9). La grâce du Dieu d’Abraham, et du Dieu de la postérité d’Abraham, grâce absolue, gratuite, inconditionnelle, brille ici de tout son éclat, sans être entravée par les « si » et les « mais », les vœux, les résolutions et les conditions de l’esprit légal de l’homme. Dieu était descendu pour se manifester Lui-même, en grâce souveraine, pour opérer l’œuvre du salut tout entière, pour mettre à exécution la promesse qu’il avait faite à Abraham et renouvelée à Isaac et à Jacob. Il n’était pas descendu pour voir si, de fait, les objets de cette promesse étaient dans une condition telle qu’ils méritassent son salut ; ils avaient besoin de ce salut, et cela lui suffisait ! Il avait considéré l’oppression sous laquelle ils gémissaient ; il avait vu leurs douleurs, leurs larmes, leurs soupirs, leur dur esclavage, car, béni soit son nom, « Il compte les allées et les venues de son peuple et met leurs larmes dans ses vaisseaux » (Ps. 56:8) ; il n’était attiré ni par leurs mérites, ni par leurs vertus. Ce n’était pas pour quoi que ce soit de bon qu’il eût vu ou prévu en eux, qu’il se préparait à les visiter, car il savait ce qui était en eux. En un mot, le vrai fondement de l’intervention miséricordieuse de l’Éternel en faveur de son peuple nous est révélé dans ces paroles : « Je suis le Dieu d’Abraham », et : « J’ai vu l’affliction de mon peuple ».

Ces paroles révèlent un grand principe fondamental dans les voies de Dieu. Dieu agit toujours en vertu de ce qu’il est. « Je suis » assure toutes choses pour « Mon peuple ». Il est certain que l’Éternel n’allait pas laisser son peuple au milieu des fours à briques de l’Égypte, et sous le fouet des commissaires d’impôts du Pharaon. C’était son peuple ; et il voulait agir à l’égard de ce peuple d’une manière qui fût digne de lui-même. Le fait qu’Israël était le peuple de l’Éternel, l’objet favorisé de son amour et de son élection, l’objet de sa promesse inconditionnelle, réglait toutes choses. Rien ne pouvait empêcher la manifestation publique de la relation de Dieu avec ceux auxquels, dans ses éternels conseils, il avait assuré la possession de la terre de Canaan. Il était descendu pour les délivrer ; et les forces réunies de la terre et de l’enfer n’auraient pas pu les retenir en captivité une heure au-delà du temps qu’il avait fixé. Il a pu se servir, et s’est servi en effet, de l’Égypte comme d’une école et du Pharaon comme d’un maître ; mais une fois l’œuvre nécessaire accomplie, le maître et l’école ont été mis de côté, et son peuple a été délivré à main forte et à bras étendu.

Tel est donc le double caractère de la révélation faite à Moïse sur le mont Horeb. La sainteté et la grâce se trouvaient réunies dans ce qu’il vit et entendit. Ces deux éléments entrent, comme nous le savons, dans toutes les voies et toutes les révélations de Dieu et les caractérisent d’une manière distincte : ils devraient caractériser également les voies de tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, agissent pour Dieu, ou en communion avec Lui. Tout serviteur fidèle est envoyé de devant la présence immédiate de Dieu, avec toute la grâce et toute la sainteté qui y habitent ; il est appelé à être saint et plein de grâce, pour refléter sur la terre ce double trait du caractère de Dieu ; et, pour cela, il faut non seulement qu’il vienne d’auprès de Dieu, mais encore qu’il demeure, en esprit, habituellement dans sa présence. C’est là le vrai secret d’un service efficace. Pour pouvoir agir pour Dieu au dehors, il faut être avec Lui au dedans. Il faut que je sois dans le sanctuaire secret de sa présence, autrement j’échouerai complètement dans mon service.

Plusieurs manquent à cet égard et succombent. Nous courons le plus grand danger de sortir de la solennité et du calme de la présence divine, au milieu de l’excitation du service actif et de l’agitation qu’amènent nos rapports avec les hommes. Nous avons à veiller soigneusement sur nous-mêmes à cet égard. Si nous perdons cette sainte disposition d’esprit, que représentent ici « les pieds déchaussés », notre service deviendra bien vite insipide et sans profit. Si nous souffrons que notre œuvre se place entre notre cœur et le Maître, elle ne vaudra pas grand-chose. Nous ne pouvons servir Christ d’une manière efficace qu’autant que nous jouissons de Lui. C’est pendant que le cœur est occupé des perfections qui attirent si puissamment vers Lui, que les mains servent Christ de la manière la plus agréable à ses yeux et la plus digne de son nom. Aussi, nul ne peut présenter Christ aux autres avec onction, avec fraîcheur et avec puissance, à moins qu’il ne se nourrisse de Christ dans le secret de sa propre âme. Il peut, il est vrai, prêcher un sermon, faire un discours, dire des prières, écrire des livres, et s’acquitter d’un bout à l’autre de tous les actes du service extérieur ; mais, pour tout cela, il ne sert pas Christ. Celui qui veut présenter Christ aux autres doit être occupé de Christ pour lui-même.

Heureux est l’homme qui sert ainsi, quel que soit le succès de son travail ou l’accueil fait à son ministère ! Car, lors même que ce ministère n’attirerait pas l’attention, n’exercerait pas une influence visible, ou ne produirait pas des résultats apparents, il a en Christ une douce et bienheureuse retraite, et une part assurée, que rien ne peut lui ôter. Au contraire, celui qui ne se nourrit que des fruits de son ministère, qui prend son plaisir dans les jouissances qu’il lui procure, ou dans l’attention qu’il commande et l’intérêt qu’il inspire, ressemble à un conduit qui, apportant l’eau à d’autres, ne retient rien pour lui-même que de la rouille. C’est quelque chose de déplorable que d’être dans une condition pareille ; et, néanmoins, c’est, de fait, la condition dans laquelle se trouve tout serviteur qui s’occupe davantage de son œuvre et des résultats de cette œuvre, que du Maître et de sa gloire.

Nous avons à nous juger nous-mêmes sévèrement sur ce sujet. Le cœur est rusé et l’Ennemi est habile ; c’est pourquoi nous avons grand besoin de prêter une sérieuse attention à cette parole d’exhortation : « Soyez sobres, veillez » (1 Pierre 5:8). Quand l’âme a été amenée au sentiment des dangers nombreux et variés dont le sentier du serviteur de Christ est environné, alors elle est en état de comprendre le besoin qu’elle a d’être beaucoup seule avec Dieu : là, on est heureux et en sûreté. C’est quand nous commençons, quand nous poursuivons et achevons notre œuvre aux pieds du Maître, que notre service est le vrai service.

D’après tout ce que nous venons de dire, il doit être évident pour mon lecteur que l’air que l’on respire « derrière le désert », est un air fort salutaire pour tout serviteur de Christ. Horeb est le véritable point de départ de tous ceux que Dieu envoie pour qu’ils travaillent pour lui. C’est en Horeb que Moïse apprit à déchausser ses pieds et à se voiler la face. Quarante ans auparavant, il s’était mis à l’œuvre ; mais ce mouvement avait été prématuré. Ce fut au milieu des solitudes de la montagne de Dieu et du milieu du buisson en feu que sortit le message divin qui vint frapper l’oreille du serviteur : « Et maintenant, viens, et je t’enverrai vers le Pharaon, et tu feras sortir hors d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël » (vers. 10). Il y avait là vraie autorité dans Celui qui parlait. La différence est immense entre être envoyé de Dieu, et courir sans être envoyé ; et il est évident que Moïse n’était pas mûr pour le service quand, d’abord, il voulut commencer à agir, et qu’il tua l’Égyptien, et chercha à mettre la paix entre ses frères. Si quarante années de discipline secrète étaient nécessaires pour lui, comment aurait-il pu accomplir son œuvre autrement ? Il a fallu qu’il fût enseigné de Dieu et envoyé par Lui ; il en est de même de tous ceux qui entrent dans une carrière de service et de témoignage pour Christ. Plût à Dieu que ces saintes leçons fussent profondément gravées dans nos cœurs, et qu’ainsi toutes nos œuvres portassent l’empreinte de l’autorité et de l’approbation du Maître.

Mais nous avons quelque chose d’autre encore à apprendre au pied du mont Horeb. L’âme trouve qu’il est bon de s’arrêter dans ce lieu. « Il est bon que nous soyons ici » (Matt. 17:4). Le lieu de la présence de Dieu est toujours un lieu d’exercice, où le cœur est sûr d’être mis à découvert. La lumière, qui luit dans cette sainte retraite, manifeste toutes choses ; et c’est ce dont nous avons si grand besoin au milieu des vaines prétentions qui nous environnent, de l’orgueil et de la propre satisfaction qui sont au-dedans de nous.

Nous pourrions être tentés de croire qu’au moment même où Moïse reçut le message divin, il dut répondre : « Me voici », ou « Seigneur, que faut-il que je fasse ? » Mais non ; il fallait encore qu’il fût amené là. Le souvenir de sa première faute l’ébranlait, sans aucun doute ; car quand on agit sans Dieu, en quoi que ce soit, on est sûr d’être découragé, alors même que Dieu nous envoie. « Et Moïse dit à Dieu : Qui suis-je, moi, pour que j’aille vers le Pharaon, et pour que je fasse sortir hors d’Égypte les fils d’Israël ? » (vers 11). Moïse, ici, ne ressemble guère à l’homme qui, quarante ans auparavant, « croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main » (Act. 7:25). Tel est l’homme ! — tantôt trop prompt, tantôt trop lent à agir. Moïse avait appris bien des choses depuis le jour où il avait frappé l’Égyptien ; il avait fait des progrès dans la connaissance de lui-même, et cette connaissance le rendait défiant et craintif. Mais Moïse manquait encore de confiance en Dieu, cela est manifeste. Si je ne regarde qu’à moi-même, je ne ferai « rien » ; mais si je regarde à Christ « je puis toutes choses ». Ainsi, quand Moïse, poussé par la défiance et la crainte, répondit : « Qui suis-je ? » Dieu lui répliqua : « Je serai avec toi » (vers 12). Cela aurait dû lui suffire. Si Dieu est avec moi, qu’importe qui je suis ou ce que je suis ! Quand Dieu lui dit : « Je t’enverrai », et « Je serai avec toi », le serviteur est abondamment pourvu d’autorité et de puissance divines, et il devrait par conséquent être parfaitement à l’aise et content d’aller là où Dieu l’envoie.

Mais Moïse pose une autre question, car le cœur humain est tout plein de questions. « Et Moïse dit à Dieu : Voici, quand je viendrai vers les fils d’Israël, et que je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous, et qu’ils me diront : Quel est son nom ? que leur dirai-je ? » (vers 13). Il est étrange de voir comment le cœur humain raisonne et questionne, alors qu’une obéissance implicite est ce qu’il doit à Dieu ; mais ce qui est plus merveilleux encore, c’est la grâce qui supporte tous ces raisonnements, et répond à toutes ces questions, chacune d’elles devenant une occasion pour faire ressortir quelque trait nouveau de cette grâce.

« Et Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il dit : Tu diras ainsi aux fils d’Israël : Je suis m’a envoyé vers vous » (vers. 14). Le titre que Dieu prend ici est merveilleusement significatif. En recherchant, dans l’Écriture, les divers noms que Dieu y prend, nous voyons que ces noms sont en rapport intime avec les divers besoins de ceux avec lesquels Dieu s’est trouvé en relation. Il se révèle sous tous ces noms de « Jéhovah-Jiré » (l’Éternel y pourvoira) Gen. 22:14 ; « Jéhovah-Nissi » (l’Éternel mon enseigne) Ex. 17:15 ; « Jéhovah-Tsidkènou » (l’Éternel, notre justice) Jér. 33:16 ; « Jéhovah-Shalom » (l’Éternel de paix) Juges 6:24 ; pour satisfaire aux besoins de son peuple ; et quand il s’appelle « Je suis », ce titre renferme tous les autres.

Quelle grâce que d’être appelé à marcher en compagnie de Celui qui porte un nom pareil ! Nous sommes dans le désert et nous y rencontrons des épreuves, des afflictions et des difficultés ; mais aussi longtemps que nous jouissons du privilège de pouvoir recourir, en tout temps et en toutes circonstances, à Celui qui se révèle à nous dans sa grâce infiniment variée, en vue de tous nos besoins et de toute notre faiblesse, nous n’avons pas à craindre le désert. Dieu allait faire traverser le désert à son peuple, quand il révéla son nom à Moïse ; et, bien que le croyant, qui, maintenant, possède l’Esprit d’adoption, puisse dire : « Abba, Père », il n’est pas pour cela dépossédé du privilège de jouir de la communion avec Dieu dans toutes les diverses manifestations qu’il lui a plu de faire de Lui-même. Le nom de « Dieu », par exemple, est un titre qui le révèle comme agissant dans l’unité de sa propre essence, manifestant sa puissance éternelle et sa divinité dans les œuvres de la création. Il prend le nom de « l’Éternel Dieu » en connexion avec l’homme. Puis, comme « le Dieu Tout-Puissant », il apparaît à son serviteur Abraham pour l’affermir dans l’assurance qu’il accomplirait la promesse qu’il lui avait faite touchant sa « semence ». Comme « l’Éternel », il se fait connaître à Israël, en le délivrant du pays d’Égypte, et en le conduisant dans le pays de Canaan.

C’est ainsi que, en diverses mesures et en des manières différentes, « Dieu a autrefois parlé aux pères par les prophètes » (Héb. 1:1) ; et le croyant, sous l’économie actuelle, parce qu’il possède l’Esprit d’adoption, peut dire : « c’est mon Père qui s’est révélé ainsi, qui a ainsi parlé, ainsi agi ».

Il n’y a rien de plus intéressant, ou qui soit pratiquement plus important dans son genre, que d’étudier ces grands noms que Dieu prend dans les différentes dispensations. Ces noms sont toujours employés dans le plus strict accord moral avec les circonstances dans lesquelles ils ont été révélés ; mais il y a dans le nom « Je suis » une hauteur et une profondeur, une longueur et une largeur qui surpassent toute conception humaine.

De plus, il importe de le remarquer, ce n’est qu’en relation avec son peuple que Dieu prend ce titre. Ce n’est pas sous ce nom qu’il s’est adressé au Pharaon. Quand il lui parle, il prend le titre imposant et majestueux de « l’Éternel, le Dieu des Hébreux », savoir Dieu en relation avec ce même peuple que le Pharaon cherchait à écraser. Cela aurait dû suffire pour faire connaître au Pharaon l’épouvantable position dans laquelle il se trouvait vis-à-vis de Dieu. « Je suis » n’aurait fait entendre à une oreille incirconcise qu’un son inintelligible, et n’aurait communiqué aucune réalité divine à un cœur incrédule. Lorsque Dieu manifesté en chair fit entendre aux Juifs infidèles de son temps ces paroles : « Avant qu’Abraham fût, je suis » (Jean 8:58), ils levèrent des pierres pour les jeter contre lui. Il n’y a que le vrai croyant qui puisse, en quelque mesure, éprouver la puissance, et jouir de la valeur de ce nom ineffable « Je suis ». Ce nom renferme pour lui, quelque faible et chancelant qu’il puisse être, une bénédiction sans mélange. Mais, bien que ce fût à son peuple élu que Dieu avait commandé à Moïse de dire : « Celui qui s’appelle Je suis m’a envoyé vers vous », ce nom, si nous le considérons en rapport avec l’infidèle, renferme quelque chose de profondément sérieux, une profonde réalité. Si un homme, encore dans ses péchés, contemple un instant ce titre merveilleux, il est impossible qu’il ne se demande pas : Quelle est ma position vis-à-vis de cet Être qui s’appelle « Je suis celui qui suis ? » Si véritablement Il est, qu’est-Il pour moi ? Je ne dépouillerai point cette question de sa solennité et de sa puissance en y répondant moi-même ; mais je désire que Dieu la fasse pénétrer dans la conscience de tout lecteur qui aurait réellement besoin d’être scruté par elle.

Je ne puis terminer ce chapitre sans appeler l’attention de mon lecteur chrétien sur l’importante déclaration contenue dans le verset 15: « Et Dieu dit encore à Moïse : Tu diras ainsi aux fils d’Israël : L’Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous : c’est là mon nom éternellement, et c’est là mon mémorial de génération en génération ». Cette déclaration renferme une vérité très importante, que semblent oublier grand nombre de chrétiens, savoir que la relation de Dieu avec Israël est une relation éternelle. Il est tout autant le Dieu d’Israël maintenant que lorsqu’il visita ce peuple au pays d’Égypte. De plus, il s’occupe de lui aussi positivement maintenant qu’alors, seulement d’une autre manière. Sa parole est claire et explicite : « C’est là mon nom éternellement ! » Dieu ne dit pas : « C’est là mon nom pour un temps, pour aussi longtemps qu’ils continueront à être ce qu’ils doivent être » ; non, mais : « C’est là mon nom éternellement, et c’est là mon mémorial de génération en génération ». Que le lecteur pèse bien ceci. « Dieu n’a point rejeté son peuple, lequel il a préconnu » (Rom. 11:2). Obéissants ou désobéissants, réunis ou dispersés, manifestés aux nations ou cachés à leur vue, les enfants d’Israël sont encore son peuple. Ils sont son peuple, et Dieu est leur Dieu. La déclaration du vers. 15 du chapitre qui nous occupe est irrécusable. L’Église professante est injustifiable d’ignorer une relation que Dieu déclare devoir durer « éternellement ». Prenons garde de ne pas transiger avec cette solennelle déclaration : « c’est là mon nom éternellement ». Dieu veut dire ce qu’il dit ; et bientôt il manifestera à la vue de toutes les nations de la terre que sa relation avec Israël est une relation éternelle. « Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentir » (Rom. 11:29). « Je suis » a déclaré qu’il était le Dieu d’Israël éternellement ; et tous les gentils seront amenés à comprendre cette vérité et à s’incliner devant elle, comme aussi à reconnaître que les voies providentielles de Dieu envers eux, gentils, que toutes leurs destinées sont liées, d’une manière ou d’une autre, avec ce peuple favorisé et honoré, bien que maintenant jugé et dispersé. « Quand le Très-Haut partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël. Car la portion de l’Éternel, c’est son peuple ; Jacob est le lot de son héritage » (Deut. 32:8-9).

Ce que Dieu a dit a-t-il cessé d’être vrai ? L’Éternel a-t-il abandonné « le lot de son héritage ? » Le regard de son amour ne repose-t-il plus sur les tribus dispersées d’Israël, depuis longtemps perdues de vue par les hommes ? Les murailles de Jérusalem ne sont-elles plus devant Lui, ou sa poussière a-t-elle cessé d’être précieuse devant ses yeux ? Pour répondre à ces questions, il faudrait citer une grande partie de l’Ancien Testament et un grand nombre de passages du Nouveau ; mais ce n’est pas ici le lieu d’examiner ce sujet en détail. Je rappellerai seulement, pour terminer ce chapitre, que la chrétienté ne doit pas ignorer ce mystère ; c’est « qu’un endurcissement partiel est arrivé en Israël, jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée ; et ainsi tout Israël sera sauvé » (Rom. 11:25-26).

 

1.5   Chapitre 4

Nous sommes encore appelés à nous arrêter au pied du mont Horeb, « derrière le désert », pour y voir l’incrédulité de l’homme et la grâce illimitée de Dieu se manifester d’une manière frappante.

« Et Moïse répondit, et dit : Mais voici, ils ne me croiront pas, et n’écouteront pas ma voix ; car ils diront : L’Éternel ne t’est point apparu » (vers. 1). — Qu’il est difficile de vaincre l’incrédulité du cœur de l’homme, et combien celui-ci a de peine à se confier en Dieu ! Que l’homme est lent à se hasarder en avant sur la simple promesse de l’Éternel ! Tout va à la nature, excepté cela. Le plus faible roseau, visible pour l’œil de l’homme, est tenu par elle pour infiniment plus solide, comme fondement de confiance, que l’invisible « Rocher des siècles » (Ésaïe 26:4). La nature se précipitera avec ardeur vers n’importe quel ruisseau humain, ou quelle citerne crevassée, plutôt que de demeurer près de la source cachée des « eaux vives » (Jér. 2:13 ; 17:13).

Nous devrions penser que Moïse en avait vu et entendu assez pour mettre fin à toutes ses craintes. Le feu consumant, dans le buisson qui ne se consumait point ; la grâce dans toute sa condescendance ; les grands et précieux titres de Dieu ; la mission divine ; la certitude de la présence divine, toutes ces choses auraient dû étouffer toute pensée de crainte et communiquer au cœur une ferme assurance. Cependant Moïse soulève encore des questions, et Dieu lui répond encore ; et, comme nous l’avons remarqué, chaque question vient mettre en évidence une nouvelle grâce. « Et l’Éternel lui dit : Qu’est-ce que tu as dans ta main ? Et il dit : Une verge » (vers. 2). L’Éternel voulait prendre Moïse tel qu’il était, et se servir de ce qu’il avait dans sa main. La verge, avec laquelle Moïse avait conduit les brebis de Jéthro, allait être employée pour délivrer l’Israël de Dieu, pour châtier le pays d’Égypte, pour frayer, au travers de la mer, un chemin au peuple racheté de l’Éternel, et pour faire découler l’eau du rocher afin de rafraîchir les armées altérées d’Israël, dans le désert. Dieu se sert des instruments les plus faibles pour accomplir ses plus glorieux desseins. « Une verge » ; une « corne » de bélier (Jos. 6:5) ; « un gâteau de pain d’orge » (Juges 7:13) ; « une cruche d’eau » (1 Rois 19:6) ; « la fronde » d’un berger (1 Sam. 17:50) ; tout, en un mot, peut servir, dans la main de Dieu, à l’accomplissement de l’œuvre qu’il s’est proposée. Les hommes s’imaginent que l’on ne peut arriver à de grandes fins que par de grands moyens ; mais telles ne sont pas les voies de Dieu. Il se sert d’un « ver » aussi bien que d’un « soleil brûlant », d’un « kikajon » aussi bien que d’un « doux vent d’Orient » (voyez Jonas 4).

Mais Moïse avait une importante leçon à apprendre, tant à l’égard de la verge qu’à l’égard de la main qui devait s’en servir. Il avait à apprendre ; et le peuple avait à être convaincu. Et Dieu dit : « Jette-la à terre. Et il la jeta à terre, et elle devint un serpent ; et Moïse fuyait devant lui. Et l’Éternel dit à Moïse : Étends ta main, et saisis-le par la queue (et il étendit sa main, et le saisit, et il devint une verge dans sa main), afin qu’ils croient que l’Éternel, le Dieu de leurs pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob, t’est apparu » (vers. 3-5). La verge devint un serpent, en sorte que Moïse s’enfuit de devant lui ; mais sur l’ordre de l’Éternel, il prit le serpent par la queue, et celui-ci devint une verge. Rien n’est plus propre que cette figure pour exprimer l’idée de la puissance de Satan tournée contre lui-même, et nous avons de nombreux exemples de ce fait dans les voies de Dieu et dans Moïse lui-même. Le serpent est entièrement sous la puissance de Christ ; et quand il sera parvenu à la dernière limite de sa carrière insensée, il sera précipité dans l’étang de feu pour y recueillir, pendant tous les siècles de l’éternité, les fruits de son œuvre. « Le serpent ancien », « l’accusateur » et « l’adversaire » sera éternellement terrassé sous la verge de l’Oint de Dieu (Apoc. 12:9-10).

« Et l’Éternel lui dit encore : Mets maintenant ta main dans ton sein. Et il mit sa main dans son sein ; et il la retira, et voici, sa main était lépreuse, blanche comme neige. Et il dit : Remets ta main dans ton sein. Et il remit sa main dans son sein ; et il la retira de son sein, et voici, elle était redevenue comme sa chair » (vers. 6, 7). La main couverte de lèpre et la purification de cette lèpre représentent l’effet moral du péché, et la manière dont le péché a été ôté par l’œuvre parfaite de Christ. Mise dans le sein, la main nette devient lépreuse ; et la main lépreuse, mise dans le sein, devient nette. La lèpre est le type bien connu du péché ; or le péché est entré par le premier homme, et il a été ôté par le second. « La mort est par l’homme, c’est par l’homme aussi qu’est la résurrection des morts » (1 Cor. 15:21). La chute vint par l’homme, et par l’homme la rédemption ; par l’homme vint l’offense, et par l’homme le pardon ; par l’homme vint le péché, et par l’homme la justice ; par l’homme, la mort vint dans le monde ; par l’homme, la mort fut abolie, et la vie, la justice et la gloire furent introduites. Ainsi, non seulement le serpent lui-même sera vaincu et confondu, mais encore toute trace de son œuvre odieuse et abominable sera entièrement détruite et effacée par le sacrifice expiatoire de Celui qui « a été manifesté, afin qu’il détruisît les œuvres du diable » (1 Jean 3:8).

« Et il arrivera que, s’ils ne croient pas même à ces deux signes, et n’écoutent pas ta voix, tu prendras de l’eau du fleuve et tu la verseras sur le sec, et l’eau que tu auras prise du fleuve deviendra du sang sur le sec » (vers. 9). Nous apprenons ici par une figure expressive et solennelle quelle conséquence entraîne le refus de soumission au témoignage divin. Ce signe ne devait être opéré que dans le cas où les deux précédents auraient été rejetés : il devait être d’abord un signe pour Israël ; ensuite, une plaie pour l’Égypte (comp. Exode 7:17).

Cependant le cœur de Moïse n’est pas encore satisfait. « Et Moïse dit à l’Éternel : Ah, Seigneur ! je ne suis pas un homme éloquent, ni d’hier, ni d’avant-hier, ni depuis que tu parles à ton serviteur ; car j’ai la bouche pesante et la langue pesante » (vers. 10). Quelle affreuse lâcheté ! La patience infinie de l’Éternel, seule, pouvait la supporter. Assurément quand Dieu lui-même eut dit : « Je serai avec toi », ne donnait-il pas à son serviteur l’infaillible garantie que rien de tout ce dont il pourrait avoir besoin ne lui manquerait ? S’il avait besoin d’une langue éloquente, « Je suis » n’était-il pas avec lui ? Éloquence, sagesse, pouvoir, énergie, tout n’était-il pas renfermé dans ce trésor inépuisable ? « Et l’Éternel lui dit : Qui est-ce qui a donné une bouche à l’homme ? ou qui a fait le muet, ou le sourd, ou le voyant, ou l’aveugle ? N’est-ce pas moi, l’Éternel ? Et maintenant, va, et je serai avec ta bouche, et je t’enseignerai ce que tu diras » (vers. 11, 12). Grâce parfaite, incomparable ! grâce digne de Dieu ! Il n’y a personne qui soit comme l’Éternel notre Dieu, dont la grâce patiente surmonte toutes nos difficultés et suffit abondamment à tous nos besoins et à toute notre faiblesse : « Moi, l’Éternel », devrait à jamais faire taire tous les raisonnements de nos cœurs charnels. Mais, hélas ! ces raisonnements sont difficiles à renverser ; ils s’élèvent toujours de nouveau, troublant notre paix et déshonorant cet Être béni qui se présente Lui-même à nos âmes dans sa plénitude essentielle, afin que nous puisions de cette plénitude, selon nos besoins.

Il est bon de se rappeler que, quand le Seigneur est avec nous, nos manquements et nos infirmités deviennent pour lui une occasion de déployer sa grâce qui suffit à tout, et sa patience parfaite. Si Moïse s’en fût souvenu, son manque d’éloquence ne l’aurait pas inquiété. L’apôtre Paul apprit à dire : « Je me glorifierai donc très volontiers plutôt dans mes infirmités, afin que la puissance du Christ demeure sur moi. C’est pourquoi je prends plaisir dans les infirmités, dans les outrages, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses pour Christ : car quand je suis faible, alors je suis fort » (2 Cor. 12:9, 10). Ce langage est assurément celui de quelqu’un qui était avancé à l’école de Christ. C’est l’expérience d’un homme qui se serait peu tourmenté de ne pas posséder une langue éloquente, attendu qu’il avait trouvé, dans la précieuse grâce du Seigneur Jésus, une réponse à tous ses besoins quels qu’ils fussent.

La connaissance de cette vérité aurait dû délivrer Moïse de la défiance et de la timidité excessives qui le dominaient. L’assurance que, dans sa miséricorde, le Seigneur lui avait donnée d’être avec sa bouche aurait dû le tranquilliser pour ce qui était de l’éloquence. Celui qui a fait la bouche de l’homme pouvait, si besoin était, la remplir de l’éloquence la plus puissante. Pour la foi, ceci est bien simple ; mais, hélas ! le pauvre cœur incrédule compte infiniment plus sur une langue éloquente que sur Celui qui l’a créée. Ce fait nous paraîtrait inexplicable, si nous ne savions pas de quels éléments le cœur naturel est composé. Ce cœur ne peut pas se confier en Dieu ; et de là vient ce défaut si humiliant de confiance dans le Dieu vivant, que l’on découvre même chez les enfants de Dieu, quand ceux-ci se laissent, en quelque mesure, dominer par la nature. Ainsi, dans le cas qui nous occupe, Moïse continue encore à hésiter : Et Moïse dit : « Ah, Seigneur ! envoie, je te prie, par celui que tu enverras » (vers. 13). C’était, de fait, refuser le glorieux privilège d’être le seul messager de l’Éternel à Israël et à l’Égypte.

Nous savons tous combien l’humilité que Dieu opère est une grâce inestimable. « Soyez revêtus d’humilité », est un précepte divin ; et l’humilité est, sans contredit, l’ornement le plus convenable pour un misérable pécheur. Mais, refuser de prendre la place que Dieu nous assigne, ou de suivre le chemin qu’il nous trace, ce n’est pas de l’humilité. Chez Moïse, évidemment, ce qui le retenait n’était pas de l’humilité, car « la colère de l’Éternel s’embrasa contre lui » ; c’était plus même que de la faiblesse seulement. Aussi longtemps que ce sentiment revêtait les apparences de la timidité, quelque répréhensible qu’elle fût d’ailleurs, Dieu, dans sa grâce infinie, la supporta, et y répondit par des promesses réitérées, mais quand il prit un caractère d’incrédulité et de lenteur de cœur, la juste colère de l’Éternel s’enflamma contre Moïse ; et, au lieu d’être seul instrument dans l’œuvre du témoignage et de la délivrance d’Israël, il dut partager ce privilège avec un autre.

Rien ne déshonore Dieu davantage et rien n’est plus dangereux pour nous qu’une fausse humilité. Quand, sous prétexte que nous ne possédons pas certaines vertus et certaines qualifications, nous refusons de prendre la place que, dans sa grâce, Dieu nous assigne, ce n’est pas là de l’humilité, attendu que, si nous pouvions nous rendre à nous-mêmes le témoignage que nous possédons ces vertus et ces qualités, nous nous attribuerions le droit de prétendre à cette place. Si, par exemple, Moïse eût possédé le degré d’éloquence qu’il croyait nécessaire à l’accomplissement de son ministère, nous avons lieu de croire qu’il n’aurait pas hésité d’obéir à l’appel de Dieu. Or la question est de savoir quel degré d’éloquence il lui aurait fallu ; et la réponse à cette question, c’est que, sans Dieu, aucun degré d’éloquence humaine ne pouvait suffire, tandis que, avec Dieu, le moins éloquent des hommes serait un ministre puissant.

C’est là une grande vérité pratique. L’incrédulité n’est que de l’orgueil, et non de l’humilité. Elle refuse de croire Dieu, parce qu’elle ne trouve pas dans le moi une raison de croire. Si, à cause de quelque chose qui soit en moi, je refuse de croire quand Dieu parle, je fais Dieu menteur (1 Jean 5:10). Si, quand Dieu déclare son amour, je refuse de croire, par la raison que je ne m’estime pas assez digne de cet amour, je fais Dieu menteur, et je manifeste l’orgueil inhérent à mon cœur. La seule pensée que je pourrais mériter autre chose que l’enfer serait la preuve chez moi d’une profonde ignorance de ma condition et de ce que Dieu requiert de moi ; refuser de prendre la place qui m’est assignée par l’amour rédempteur, en vertu de l’expiation accomplie de Christ, c’est faire Dieu menteur et déshonorer le sacrifice de la croix. L’amour de Dieu se déverse spontanément ; ce ne sont pas mes mérites qui l’attirent, mais ma misère. Ce n’est pas non plus de la place que moi je mérite qu’il est question, mais de celle que Christ mérite. Christ prit, sur la croix, la place du pécheur, afin que le pécheur pût prendre place avec Lui dans la gloire. Christ porta ce que le pécheur mérite, afin que celui-ci pût avoir en partage ce que Christ mérite. Le moi est ainsi complètement mis de côté ; et c’est là la vraie humilité. Nul ne peut être vraiment humble avant que d’avoir atteint le côté céleste de la croix ; mais, là, il trouve la vie, la justice et la faveur divines. Alors on en a fini avec soi-même pour toujours ; on ne le cherche plus, on n’espère plus trouver du bien et de la justice en soi, et on se nourrit de l’abondance d’un autre. On est moralement préparé à se joindre à la voix de ceux qui, pendant les temps éternels, feront retentir les cieux de leurs louanges, disant : « Non point à nous, ô Éternel ! non point à nous, mais à ton Nom donne gloire » (Ps. 115:1).

Il nous siérait mal de nous arrêter sur les erreurs et les infirmités d’un serviteur aussi honoré de Dieu que fut Moïse, au sujet duquel nous lisons qu’il « a été fidèle dans toute sa maison, comme serviteur, en témoignage des choses qui devaient être dites » (Héb. 3:5). Mais si nous ne devons pas nous arrêter sur ces infirmités dans un esprit de propre satisfaction, comme si, dans les mêmes circonstances, nous eussions agi autrement, nous devons néanmoins chercher à retirer, de ce que l’Écriture nous apprend à ce sujet, les saintes leçons qu’elle a évidemment pour but de nous donner. Nous devrions apprendre à nous juger nous-mêmes et à nous confier réellement en Dieu, à mettre de côté le moi, afin que Dieu puisse agir en nous, par nous, et pour nous. Là est le vrai secret de la puissance.

Nous avons vu que Moïse se priva par sa faute du privilège d’être seul instrument de l’Éternel dans l’œuvre glorieuse qu’il allait accomplir. Mais ce n’est pas tout. La colère de l’Éternel s’embrasa contre Moïse ; et il lui dit : « Aaron, le Lévite, n’est-il pas ton frère ? Je sais qu’il parlera très bien ; et aussi le voici qui sort à ta rencontre, et quand il te verra, il se réjouira dans son cœur. Et tu lui parleras, et tu mettras les paroles dans sa bouche ; et moi, je serai avec ta bouche et avec sa bouche, et je vous enseignerai ce que vous ferez ; et il parlera pour toi au peuple, et il arrivera qu’il te sera en la place de bouche, et toi, tu lui seras en la place de Dieu. Et tu prendras dans ta main cette verge, avec laquelle tu feras les signes » (vers. 14-17). Ce passage est une mine d’instructions pratiques très précieuses. Nous avons vu les craintes et les doutes de Moïse, malgré toutes les promesses et toutes les assurances qu’il recevait de la grâce divine. Et maintenant, bien que Moïse n’ait rien gagné ainsi, en fait de puissance réelle ; bien qu’il n’y ait eu ni plus de vertu, ni plus de pouvoir dans la bouche d’Aaron que dans la sienne ; bien que ce fût lui, Moïse, qui, après tout, ait dû parler à Aaron, nous le voyons prêt à partir dès qu’il peut compter sur la présence et la coopération d’un mortel, pauvre et faible comme lui-même ; tandis qu’il n’avait pas su obéir, quand l’Éternel lui réitérait sa promesse d’être avec lui.

Cher lecteur, tout ceci n’est-il pas pour nous un miroir fidèle, dans lequel se reflètent votre cœur et le mien ? Nous sommes tous disposés à nous confier plutôt en tout autre chose qu’au Dieu vivant. Appuyés et protégés par un mortel semblable à nous, nous allons hardiment et sans crainte en avant ; mais nous tremblons, nous hésitons, nous doutons, alors que nous avons la lumière de la faveur du Maître pour nous encourager, et la force de son bras tout-puissant pour nous soutenir. Ceci devrait nous humilier profondément devant le Seigneur, et nous faire chercher à le connaître mieux, afin que nous sachions nous confier parfaitement en lui, et marcher en avant d’un pas plus ferme, parce que nous l’avons Lui seul pour ressource et pour partage. La société d’un frère est, sans doute, très précieuse : « Deux valent mieux qu’un » (Eccl. 4:9) ; soit pour le travail, soit pour le repos ou le combat. Le Seigneur Jésus envoya ses disciples « deux à deux » (Marc 6:7), car l’union vaut toujours mieux que l’isolement ; toutefois, si notre connaissance personnelle de Dieu et notre expérience de sa présence ne sont pas telles que nous puissions, s’il le faut, marcher seuls, la présence d’un frère nous sera peu utile. Il est remarquable que Aaron, dont la société semble avoir satisfait Moïse, fut celui qui plus tard fit le veau d’or (Exode 32:21). Nous voyons fréquemment que la personne même, dont la présence nous semblait nécessaire pour notre progrès et notre succès, devient par la suite une source de profond chagrin pour nos cœurs. Puissions-nous nous en souvenir sans cesse !

Quoi qu’il en soit, Moïse consent enfin à obéir mais avant que d’être complètement préparé pour l’œuvre à laquelle il est appelé, il faut qu’il passe encore par un autre exercice douloureux ; il faut que Dieu de sa main imprime sur sa nature la sentence de mort. Moïse avait appris d’importantes leçons « derrière le désert » ; il est appelé à en apprendre une plus importante encore « en chemin, dans le caravansérail » (vers. 24). C’est une chose sérieuse que d’être le serviteur du Seigneur ; une éducation ordinaire ne peut pas qualifier un homme pour une pareille vocation. Il faut que la nature soit mortifiée et maintenue dans cette position de mort. « Nous-mêmes, nous avions en nous-mêmes la sentence de mort, afin que nous n’eussions pas confiance en nous-mêmes, mais en Dieu qui ressuscite les morts » (2 Cor. 1:9). Tout serviteur, pour être béni dans son service, doit apprendre quelque chose de ce que c’est que d’avoir en lui-même la sentence de mort. Moïse dut passer par ce chemin, dans sa propre expérience, avant que d’être moralement qualifié pour sa mission. Il allait faire entendre au Pharaon ce message solennel : « Ainsi a dit l’Éternel : Israël est mon fils, mon premier-né. Et je te dis : laisse aller mon fils pour qu’il me serve ; et si tu refuses de le laisser aller, voici, je tuerai ton fils, ton premier-né » (vers. 22, 23). Tel était le message que Moïse devait délivrer au Pharaon ; message de mort et de jugement ; mais pour Israël, Moïse avait un message de vie et de salut. Toutefois, souvenons-nous qu’il faut que celui qui veut parler de mort et de jugement, de vie et de salut de la part de Dieu, réalise premièrement, dans sa propre âme, la puissance de ces choses. Moïse, tout au commencement, nous apparaît, en figure, comme couché dans la mort ; mais c’était là autre chose que d’entrer dans l’expérience de la mort de sa propre personne. C’est pourquoi nous lisons : « Et il arriva, en chemin, dans le caravansérail, que l’Éternel vint contre lui, et chercha à le faire mourir. Et Séphora prit une pierre tranchante, et coupa le prépuce de son fils, et le jeta à ses pieds, et dit : Certes, tu m’es un époux de sang ! Et l’Éternel le laissa. Alors elle dit : Époux de sang ! à cause de la circoncision » (vers. 24-26). Ce passage nous initie à un profond secret de l’histoire personnelle et domestique de Moïse. Il est bien évident que, jusqu’à ce moment, le cœur de Séphora avait reculé devant l’application de la « pierre tranchante » à l’objet de ses affections naturelles ; elle avait évité la marque qui devait être imprimée dans la chair de chacun des membres de l’Israël de Dieu ; elle ne savait pas que sa relation avec Moïse était une relation qui impliquait la mort à la nature ; elle reculait devant la croix. C’était naturel ; mais Moïse avait cédé devant elle dans cette affaire ; et cela explique la scène mystérieuse « au caravansérail ». Si Séphora refuse de circoncire son fils, l’Éternel mettra la main sur son mari ; et si Moïse ménage les sentiments de sa femme, l’Éternel « cherchera à le tuer ». La sentence de mort doit être écrite sur la nature ; et si nous cherchons à nous y soustraire d’un côté, nous la rencontrerons d’un autre.

On a fait remarquer déjà que Séphora présente un type intéressant et instructif de l’Église. Elle fut unie à Moïse pendant la période de sa vie où il était rejeté ; et le passage que nous venons de citer nous apprend que l’Église est appelée à connaître Christ comme Celui auquel elle est unie « par le sang ». C’est son privilège de boire sa coupe et d’être baptisée de son baptême. Étant crucifiée avec Lui, il faut qu’elle soit rendue conforme à sa mort ; qu’elle mortifie ses membres qui sont sur la terre ; qu’elle prenne chaque jour sa croix et qu’elle le suive. Sa relation avec Christ est fondée sur le sang ; et la manifestation de la puissance de cette relation, implique nécessairement la mort à la nature. « Et vous êtes accomplis en lui, qui est le Chef de toute principauté et autorité, en qui aussi vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’a pas été faite de main, dans le dépouillement du corps de la chair par la circoncision du Christ, étant ensevelis avec lui dans le baptême, dans lequel aussi vous avez été ressuscités ensemble par la foi en l’opération de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts » (Col. 2:10-12).

Telle est la doctrine relative à la position de l’Église avec Christ, doctrine pleine des privilèges les plus glorieux pour l’Église et pour chacun des membres qui en font partie : rémission entière des péchés, justice, acceptation complète, sécurité éternelle, parfaite communion avec Christ dans toute sa gloire, elle comprend tout. « Vous êtes accomplis en lui ! » Que pourrait-on ajouter à celui qui est « accompli ? » — « La philosophie », « l’enseignement des hommes », « les éléments du monde ? », « le manger ou le boire », « les jours de fêtes, les nouvelles lunes, et les sabbats ? » « Ne prends », « ne goûte », « ne touche pas » ceci ou cela, « les commandements et les enseignements des hommes ? », « les jours, les mois, les temps et les années ? » (voyez Col. 2). Aucune de ces choses, ou toutes ces choses ensemble, pourraient-elles ajouter le plus petit iota à celui que Dieu a déclaré « accompli » ? Nous pourrions tout aussi bien demander si, après les six jours de travail employés par Dieu à l’œuvre de la création, l’homme n’aurait pas pu entreprendre de mettre la dernière main à ce que Dieu avait déclaré « très bon ».

Nous ne devons pas non plus, en aucune manière, envisager cet état de perfection comme quelque chose que le chrétien ait encore à atteindre, ou à quoi il ne soit pas encore parvenu, mais après quoi il doive tendre avec persévérance, sans que jusqu’à l’heure de la mort ou devant le trône du jugement il puisse être jamais sûr de la posséder. Cette perfection est la part de l’enfant de Dieu, du plus faible, du moins instruit, du moins expérimenté. Le plus faible des saints est compris dans le « vous » de l’apôtre. Tous les enfants de Dieu « sont accomplis en Christ ». Paul ne dit pas : « vous serez », « peut-être êtes-vous », « espérez que vous serez », « priez pour que vous soyez » ; — mais par le Saint Esprit il déclare de la manière la plus absolue et la plus entière que « vous êtes accomplis ». C’est là le vrai point de départ pour le chrétien, et c’est tout renverser que de prendre pour but ce dont Dieu a fait un point de départ.

Mais dira-t-on : « N’avons-nous donc point de péchés, point de défauts, point d’imperfections ? » Certainement, nous en avons. « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1:8). Nous avons du péché en nous, mais non pas sur nous. De plus, devant Dieu, nous ne sommes pas dans le moi, mais en Christ. C’est « en lui » que nous « sommes accomplis ». Dieu voit le croyant en Christ, avec Christ, et comme Christ : c’est là notre condition immuable, et notre éternelle position comme chrétiens. « Le dépouillement du corps de la chair » a été effectué « par la circoncision du Christ » (Col. 2:11) ; le croyant n’est pas « dans la chair » (Rom. 7:5 ; 8:9), bien que la chair soit en lui ; il est uni à Christ dans la puissance d’une vie nouvelle et éternelle, et cette vie est inséparablement liée à la justice divine dans laquelle le croyant est établi devant Dieu. Le Seigneur Jésus a ôté tout ce qui était contre le croyant, et a approché celui-ci de Dieu, l’introduisant devant Lui, dans la même faveur dont il jouit lui-même. En un mot, Christ est notre justice (1 Cor. 1:30 ; 2 Cor. 5:21) ; ceci met fin à toutes les questions, répond à toutes les objections, impose silence à tous les doutes : « Car, et celui qui sanctifie, et ceux qui sont sanctifiés sont tous d’un » (Héb. 2:11).

Cette série de vérités découle du type qui nous est présenté dans la relation de Moïse avec Séphora. Nous allons maintenant quitter « le désert », pour un temps, mais nous n’oublierons pas les grandes leçons et les saintes impressions que nous y avons reçues et qui sont si essentielles pour tout serviteur du Christ et tout messager du Dieu vivant. Tous ceux qui veulent servir et être bénis dans leur service, soit dans l’œuvre importante de l’évangélisation, soit dans les divers ministères de la maison de Dieu, qui est l’Église, auront besoin de se pénétrer des instructions précieuses que Moïse reçut au pied du mont Horeb et « en chemin, dans le caravansérail ».

Si l’on donnait aux choses qui viennent de nous occuper l’attention qu’elles méritent, on ne verrait pas tant de personnes courir sans être envoyées ; on n’en verrait pas tant se lancer dans des ministères auxquels elles n’ont jamais été destinées. Il faut que tous ceux qui veulent ou prêcher, ou enseigner, ou exhorter, ou exercer un ministère, quel qu’il soit, s’examinent soigneusement pour savoir si, véritablement, ils ont été préparés, enseignés et envoyés par Dieu. Sans cela, leur œuvre ne sera ni reconnue de Dieu, ni bénie pour les hommes, et plus vite ils se retireront, mieux cela vaudra, tant pour eux-mêmes que pour ceux auxquels ils ont voulu imposer le joug pesant de les écouter. Jamais un ministère d’institution humaine ne sera à sa place dans l’enceinte sacrée de l’Église de Dieu. Il faut que tout serviteur soit doué de Dieu, enseigné de Dieu et envoyé de Dieu.

« Et l’Éternel dit à Aaron : Va à la rencontre de Moïse, au désert. Et il alla, et le rencontra en la montagne de Dieu, et le baisa. Et Moïse raconta à Aaron toutes les paroles de l’Éternel qui l’avait envoyé, et tous les signes qu’il lui avait commandés » (vers. 27, 28). Cette belle scène d’union et de tendre et fraternel amour forme un frappant contraste avec plusieurs de celles qui, par la suite, se passèrent entre ces deux hommes dans leur pèlerinage au travers du désert. Quarante années de vie dans le désert ne peuvent qu’amener de grands changements dans les hommes et dans les choses. Cependant il est doux de s’arrêter un moment sur les premiers temps de la course du croyant, alors que les austères réalités de la vie du désert n’ont encore, en aucune mesure, arrêté l’élan des vives et généreuses affections ; alors que la tromperie, la corruption et l’hypocrisie n’ont pas encore presque complètement détruit la confiance du cœur, et placé l’être moral sous la froide influence d’une disposition soupçonneuse.

Il n’est que trop vrai, hélas ! que des années d’expérience n’ont souvent amené que ce triste résultat. Mais bienheureux est celui qui, encore que ses yeux aient été ouverts pour voir la nature humaine à une lumière plus claire que celle que donne le monde, sait servir par l’énergie de cette grâce qui découle du sein de Dieu. Qui a jamais connu les profondeurs et les ruses du cœur humain comme Jésus les a connues ? « Il connaissait tous les hommes, et il n’avait pas besoin que quelqu’un rendît témoignage de l’homme ; car lui-même connaissait ce qui était dans l’homme ». Il connaissait si bien l’homme qu’il ne pouvait pas « se fier à lui » (Jean 2:24, 25) ; il ne pouvait pas prêter foi à ce dont les hommes font profession, ni sanctionner leurs prétentions. Et malgré cela, qui fut jamais aussi plein de grâce que Lui ? aussi aimant, aussi tendre, aussi compatissant, aussi sympathique ? Avec un cœur qui comprenait chacun, il pouvait sentir pour chacun. Il ne se laissa pas tenir loin de la misère des hommes, par la connaissance parfaite qu’il avait de leur iniquité. « Il passait de lieu en lieu faisant du bien ». Pourquoi ? — Était-ce parce qu’il s’imaginait peut-être que tous ceux qui se pressaient, autour de lui étaient sincères ? Non ; mais parce que « Dieu était avec lui » (Act. 10:38). Voilà l’exemple que Dieu nous propose. Suivons-le, encore que, en le suivant, nous devions, à chaque pas de la route, fouler aux pieds le moi avec tous ses intérêts.

Qui souhaiterait de posséder cette sagesse, cette connaissance de la nature et cette expérience qui ne font que porter les hommes à se renfermer dans le cercle d’un froid égoïsme, et à regarder tout le monde d’un œil de sombre défiance ? Un pareil résultat ne peut provenir de rien qui appartienne à une nature céleste ou excellente. Dieu donne la sagesse ; mais ce n’est pas une sagesse qui ferme le cœur aux appels du besoin et de la misère de l’homme. Il nous donne une connaissance de la nature ; mais ce n’est pas une connaissance qui nous fasse saisir avec une avidité égoïste ce que nous appelons faussement « nôtre ». Il donne de l’expérience ; mais ce n’est pas une expérience qui nous amène à nous défier de tout le monde, excepté de nous-mêmes. Si nous marchons sur les traces du Seigneur Jésus, si nous nous pénétrons de son bon esprit et que, par conséquent, nous le manifestions ; si, en un mot, nous pouvons dire : « Pour moi, vivre c’est Christ », alors, traversant le monde avec la connaissance de ce qu’il est, ayant des rapports avec les hommes tout en sachant ce que nous avons à attendre d’eux, nous pouvons, par la grâce, manifester Christ au milieu de la scène dans laquelle Dieu nous a placés. Les causes qui nous font agir, et les objets qui nous animent sont tous en haut, là où est Celui qui est « le même hier, et aujourd’hui, et éternellement » (Héb. 13:8). C’est là aussi que le cœur de ce bien-aimé et grand serviteur, dans l’histoire duquel nous avons puisé déjà tant de vraies et profondes leçons, trouvait la grâce et la force qui l’ont conduit au travers des scènes pénibles et variées de la vie dans le désert. Et nous pouvons, sans crainte de nous tromper, affirmer que, à la fin, et malgré les épreuves et les luttes de quarante années, Moïse pouvait embrasser son frère sur le mont Hor avec la même affection que lorsqu’il l’avait rencontré au commencement « à la montagne de Dieu » (Exode 18:5). Ces deux rencontres eurent lieu, il est vrai, dans des circonstances bien différentes. À « la montagne de Dieu » les deux frères se rencontrèrent, s’embrassèrent et se mirent ensemble en chemin pour accomplir leur mission divine. Sur le « mont Hor » ils se rencontrèrent par le commandement de l’Éternel (Nomb. 20:25), pour que Moïse dépouillât son frère de ses vêtements sacerdotaux et le vît recueilli vers ses Pères, à cause d’une faute à laquelle il avait lui-même participé. Les circonstances changent ; les hommes peuvent se détourner l’un de l’autre ; mais en Dieu, « il n’y a pas de variation, ou d’ombre de changement » (Jacques 1:17).

« Et Moïse et Aaron allèrent, et assemblèrent tous les anciens des fils d’Israël ; et Aaron dit toutes les paroles que l’Éternel avait dites à Moïse, et fit les signes devant les yeux du peuple. Et le peuple crut ; et ils apprirent que l’Éternel avait visité les fils d’Israël, et qu’il avait vu leur affliction ; et ils s’inclinèrent et se prosternèrent » (vers. 29-31). Quand Dieu intervient, il faut que toute barrière tombe. Moïse avait dit : « Ils ne me croiront point » ; mais il ne s’agissait pas de savoir s’ils le croiraient, lui, mais s’ils croiraient Dieu. Celui qui peut se considérer simplement comme l’envoyé de Dieu, peut aussi être parfaitement tranquille pour ce qui regarde la réception de son message, et cette assurance bienheureuse ne le détourne, en aucune manière, de sa tendre et affectueuse sollicitude à l’égard de ceux auxquels il s’adresse ; bien au contraire ! mais elle le préserve de cette inquiétude désordonnée de l’esprit qui ne peut que contribuer à rendre un homme impropre à porter un témoignage ferme, élevé et persévérant. Un envoyé de Dieu devrait toujours se souvenir que le message qu’il porte est le message de Dieu. Quand Zacharie dit à l’ange : « Comment connaîtrai-je cela ? » — ce dernier fut-il troublé par cette question ? Nullement, mais il répondit : « Moi, je suis Gabriel qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer ces bonnes nouvelles » (Luc 1:18, 19). Les doutes du mortel ne troublent pas chez l’ange le sentiment de la dignité de son message. « Comment, semble-t-il dire, peux-tu douter, quand, de la salle du trône de la Majesté dans les cieux, un messager t’a été maintenant envoyé ? » C’est ainsi que tout messager de Dieu, selon sa mesure, devrait aller, et dans cet esprit qu’il devrait délivrer son message.

 

1.6   Chapitres 5-6

Le résultat du premier appel au Pharaon semblait n’être rien moins qu’encourageant. La crainte de perdre les Israélites porta le roi à les tenir d’autant plus ferme et à les surveiller avec un redoublement de vigilance. Toutes les fois que les limites de la puissance de Satan viennent à être resserrées, la fureur de celui-ci augmente. Il en fut ainsi quand Moïse et Aaron apparurent pour la délivrance d’Israël. La fournaise était sur le point d’être éteinte par l’amour du Libérateur ; mais avant qu’elle le soit, elle brûle avec plus d’intensité, et l’ardeur du feu augmente. Le diable n’aime à lâcher aucun de ceux qu’il a tenus sous sa terrible main. Il est cet « homme fort revêtu de ses armes » dont parle Luc (11:21, 22), et dont, tandis qu’il « garde son palais », les « biens sont en paix ». Mais, Dieu soit béni, il y en a un qui est « plus fort que lui », et qui lui a ôté « son armure en laquelle il se confiait », et a fait le partage de ses dépouilles entre les heureux objets de son amour éternel.

« Et après cela, Moïse et Aaron allèrent, et dirent au Pharaon : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Laisse aller mon peuple, afin qu’il me célèbre une fête dans le désert » (chap. 5:1). Tel était le message de l’Éternel au Pharaon. Il demandait pour le peuple une entière délivrance, parce que Israël était son peuple, et il voulait qu’il Lui célébrât une fête solennelle dans le désert. Dieu, pour être satisfait, ne veut rien de moins pour ses élus, qu’une délivrance complète du joug de l’esclavage. « Déliez-le et laissez-le aller » (Jean 11:44) est la grande devise des voies miséricordieuses de Dieu envers ceux qui, bien que tenus en esclavage par Satan, sont néanmoins ceux auxquels il veut donner la vie éternelle.

Quand nous contemplons les enfants d’Israël au milieu des fours à briques de l’Égypte, nous avons devant nous une représentation exacte de la condition de tout enfant d’Adam, selon la nature. Ils étaient là, écrasés sous le joug pesant de l’Ennemi, sans aucune force pour se délivrer. La seule mention du nom de liberté ne fit que pousser l’oppresseur à renforcer les chaînes de ses captifs, et à charger ceux-ci d’un joug plus accablant. Il fallait nécessairement que la délivrance vînt du dehors. Mais d’où devait-elle venir ? Où étaient les ressources pour payer la rançon ? Où, la force pour briser les chaînes ? Et encore qu’on les eût trouvées, où était la volonté qui voulût accomplir l’œuvre et prendre la peine de délivrer ? Hélas ! il n’y avait point d’espérance pour Israël, ni au dedans ni au dehors. Le pauvre peuple n’avait d’autre ressource que de regarder en haut. Dieu était son refuge : Lui avait le pouvoir et le vouloir ; il pouvait racheter Israël à prix et par puissance. En l’Éternel, et en lui seul, était le salut pour le peuple misérable et opprimé.

Il en est toujours ainsi. « Il n’y a de salut en aucun autre ; car aussi il n’y a point d’autre nom sous le ciel, qui soit donné parmi les hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (Actes 4:12). Le pécheur est sous le joug d’un maître qui le gouverne avec un pouvoir despotique. Il est « vendu au péché » (Rom. 7:14), « captif de Satan pour faire sa volonté », enchaîné dans les liens de la convoitise, de la passion et de son caractère, « sans force » (Rom. 5:6), — « sans espérance », — « sans Dieu » (Éph. 2:12). Telle est la condition du pécheur. Comment donc se délivrera-t-il lui-même ? Esclave d’un autre, tout ce qu’il fait, il le fait en qualité d’esclave. Ses pensées, ses paroles, ses actions, sont les pensées, les paroles et les actions d’un esclave. Lors même qu’il pleurerait et soupirerait après la délivrance, ses pleurs et ses soupirs ne sont encore que la triste preuve de son esclavage. Il peut lutter pour la liberté ; mais ses efforts mêmes, bien qu’ils témoignent de son désir d’être libre, sont la déclaration positive de son asservissement.

Or il ne s’agit pas seulement de la condition du pécheur ; sa nature même est radicalement corrompue et tout entière soumise à la puissance de Satan. Ainsi le pécheur n’a pas seulement besoin d’être introduit dans une nouvelle position, il faut encore qu’il soit doué d’une nouvelle nature. La nature et la position vont ensemble. S’il était au pouvoir du pécheur d’améliorer la condition dans laquelle il se trouve, à quoi cela lui servirait-il aussi longtemps que sa nature serait irrémédiablement mauvaise ? Un noble peut bien recueillir et adopter un mendiant, et lui octroyer la fortune et la position d’un noble, mais il ne pourra jamais lui donner en partage la noblesse de nature ; et ainsi, la nature d’un mendiant ne se trouvera jamais à son aise dans la position d’un noble. Il faut une nature qui corresponde à la position, et une position qui corresponde avec les capacités, les désirs, les affections et les tendances de la nature de celui qui s’y trouve. Or l’évangile de la grâce de Dieu nous apprend que le croyant est introduit dans une condition entièrement nouvelle ; qu’il n’est plus considéré comme étant encore dans son précédent état de culpabilité et de condamnation, mais comme étant dans un état de parfaite et éternelle justification. La condition dans laquelle Dieu le voit maintenant, n’est pas seulement un état de pardon complet, mais un état tel que la sainteté infinie ne peut y découvrir aucune tache. Le croyant a été retiré de sa condition première de culpabilité, et placé, d’une manière absolue et pour l’éternité dans une condition nouvelle de justice parfaite et pure. Ce n’est pas qu’en aucune manière son ancienne condition ait été améliorée : car « ce qui est tordu ne peut être redressé » (Eccl. 1:15). « L’Éthiopien peut-il changer sa peau, et le léopard ses taches ? » (Jér. 13:23). Rien n’est plus opposé à la vérité fondamentale de l’Évangile que la théorie d’une amélioration graduelle dans la condition du pécheur. Né dans une condition déterminée, il faut qu’il soit « né de nouveau » pour entrer dans une autre. Il pourra essayer de s’améliorer ; prendre la résolution de devenir meilleur à l’avenir ; de commencer une nouvelle page ; de changer sa manière de vivre, mais pour tout cela, il ne sera pas, même au moindre degré, sorti de sa condition réelle, comme pécheur. Il pourra devenir ce qu’on appelle « religieux » ; il pourra essayer de prier ; il pourra suivre assidûment les ordonnances du culte et revêtir toutes les apparences d’une réforme morale, mais rien de tout cela ne peut changer quoi que ce soit à son état réel devant Dieu.

Il en est de même pour ce qui concerne la nature. Comment un homme pourrait-il changer sa nature ? Il peut lui faire subir une succession d’opérations ; il peut essayer de la dompter, de la soumettre à une discipline ; avec tout cela, ce sera toujours la nature : « Ce qui est né de la chair, est chair » (Jean 3:6). Il faut à l’homme une nouvelle nature aussi bien qu’une nouvelle condition. Mais comment l’acquérir ? En croyant « le témoignage que Dieu a rendu de son Fils ». « À tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le droit d’être enfants de Dieu, savoir à ceux qui croient en son nom, lesquels sont nés, non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu » (Jean 1:12, 13). Nous apprenons ici que ceux qui croient au nom du Fils unique de Dieu, ont le droit ou le privilège d’être enfants de Dieu ; ils sont rendus participants d’une nouvelle nature ; ils ont la vie éternelle. « Qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jean 3:36). « En vérité, en vérité, je vous dis, que celui qui entend ma parole et qui croit Celui qui m’a envoyé a la vie éternelle, et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5:24). « Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17:3). « Et c’est ici le témoignage : que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils : Celui qui a le Fils a la vie » (1 Jean 5:11, 12).

Telle est la doctrine de l’Écriture pour ce qui concerne les importantes questions relatives à la condition de la nature. Mais comment et sur quel fondement le croyant est-il introduit dans une condition de justice divine, et rendu participant de la nature divine ? Ce grand changement dépend tout entier de cette bienheureuse vérité : que « Jésus mourut et qu’Il est ressuscité » (1 Thes. 4:14). Cet Être béni quitta le trône de la gloire, les demeures de la lumière ; il descendit dans ce monde de péché et de misère, en ressemblance de chair de péché et, après avoir parfaitement manifesté et glorifié Dieu dans tous les actes de sa vie ici-bas, il mourut sur la croix, sous le poids de toutes les transgressions de son peuple. Il a ainsi divinement satisfait à tout ce qui était ou pouvait être contre nous. « Il a rendu la loi grande et honorable » (Ésaïe 42:21) ; puis il fut fait malédiction, étant pendu au bois. Tout droit fut satisfait par Lui, tout ennemi réduit au silence, tout obstacle ôté. « La bonté et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont entre-baisées » (Ps. 85:10). La justice infinie ayant été satisfaite, l’amour infini peut se déverser dans le cœur brisé du pécheur, pour le calmer et le réjouir par sa vertu, en même temps que l’eau et le sang, qui découlèrent du côté percé de Jésus satisfont parfaitement à tous les besoins d’une conscience coupable et convaincue de péché. Le Seigneur Jésus était à notre place sur la croix ; il était notre représentant. « Il mourut, le juste pour les injustes » (1 Pierre 3:18). « Il fut fait péché pour nous » (2 Cor. 5:21). Il fut mis au rang des transgresseurs ; il fut enseveli et il ressuscita, ayant tout accompli. Ainsi il n’y a plus rien désormais qui soit contre le pécheur : il est uni à Christ et dans la même condition de justice que Christ. « Comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4:17).

Voilà ce qui donne à la conscience une paix solide et bien établie. Si nous ne sommes plus dans un état de culpabilité, mais dans un état de justification ; si Dieu ne nous voit qu’en Christ et comme Christ, alors une paix parfaite est notre partage. « Ayant été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu » (Rom. 5:1). Le sang de l’Agneau a ôté toute la culpabilité du croyant, a effacé sa lourde dette, et lui a donné, en présence de cette sainteté « qui ne peut contempler l’oppression » (Hab. 1:13), un vêtement parfaitement blanc.

Mais le croyant n’a pas seulement trouvé la paix avec Dieu ; il est fait enfant de Dieu, en sorte qu’il peut jouir des douceurs de la communion avec le Père et le Fils, par la puissance du Saint Esprit. Il faut envisager la croix sous deux points de vue : d’abord elle satisfait aux droits de Dieu et à ce qu’exige sa gloire ; ensuite elle est l’expression de l’amour de Dieu. Si nous considérons nos péchés en vue des droits de Dieu comme Juge, nous trouvons que la croix a satisfait à tous ces droits. Dieu, comme Juge, a été divinement satisfait et glorifié à la croix. Mais il y a plus que cela : Dieu a des affections aussi bien que des droits ; et la croix du Seigneur Jésus révèle au pécheur toutes ces affections d’une manière touchante et persuasive ; tandis que, en même temps, le pécheur est rendu participant d’une nouvelle nature, capable de jouir de ces affections, et d’avoir communion avec le cœur duquel elles découlent. « Car aussi Christ a souffert une fois pour les péchés, le juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu » (1 Pierre 3:18). Nous ne sommes donc pas seulement introduits dans un nouvel état, mais amenés à une personne, savoir à Dieu lui-même, et nous sommes faits participants d’une nature qui est capable de trouver ses délices en Lui. « Nous nous glorifions en Dieu, par notre Seigneur Jésus Christ, par lequel nous avons maintenant reçu la réconciliation » (Rom. 5:11).

Quelle force et quelle beauté ne découvrons-nous pas dans ces paroles de délivrance : « Laisse aller mon peuple, afin qu’il me célèbre une fête dans le désert » (chap. 5:1). « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres ; il m’a envoyé pour publier aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue ; pour renvoyer libres ceux qui sont foulés » (Luc 4:18, 19). La bonne nouvelle de l’Évangile annonce la délivrance de tout joug et de toute servitude. La paix et la liberté, comme Dieu l’a déclaré, sont les dons que l’Évangile apporte à ceux qui le reçoivent par la foi.

Remarquez qu’il est dit : « Afin qu’il (le peuple) me célèbre une fête ». Si les enfants d’Israël devaient en finir avec le Pharaon, c’était pour qu’ils commencent avec Dieu. Le changement était grand. Au lieu de se fatiguer sous le joug des commissaires d’impôts du Pharaon, ils devaient faire la fête à l’Éternel ; et, bien que pour cela il fallût passer de l’Égypte au désert, la présence divine devait les y accompagner ; et si le désert était triste et sauvage, il était le chemin qui conduisait en Canaan. Il était dans les desseins de Dieu qu’Israël célébrât une fête solennelle à l’Éternel dans le désert, et à cet effet il fallait qu’on le « laissât aller » hors d’Égypte.

Toutefois le Pharaon n’était aucunement disposé à obéir à l’ordre divin. « Qui est, dit-il, l’Éternel pour que j’écoute sa voix et que je laisse aller Israël ? » (vers. 2). Par ces paroles, le Pharaon exprime de la manière la plus frappante sa véritable condition morale, son ignorance et sa désobéissance. Ces deux choses vont ensemble. Si on ne connaît pas Dieu, on ne peut pas lui obéir, car l’obéissance est toujours fondée sur la connaissance. Une âme qui a le bonheur de connaître Dieu, éprouve que cette connaissance est la vie (Jean 17:3) ; et la vie est la puissance ; et avec la puissance on peut agir. Il est évident que celui qui n’a pas la vie ne peut pas agir ; il y a donc un grand manque d’intelligence à vouloir faire accomplir à quelqu’un certains actes, afin qu’il obtienne ainsi ce par quoi seul il est capable de faire quoi que ce soit.

Puis le Pharaon ne se connaissait pas plus lui-même qu’il ne connaissait Dieu. Il ne savait pas qu’il était un pauvre ver de terre, suscité dans le but exprès de faire connaître la gloire de Celui duquel il disait qu’il ne le connaissait pas (Ex. 9:16 ; Rom. 9:17). « Et ils dirent : le Dieu des Hébreux s’est rencontré avec nous. Nous te prions, laisse-nous aller le chemin de trois jours dans le désert, et que nous sacrifiions à l’Éternel, notre Dieu ; de peur qu’il ne se jette sur nous par la peste ou par l’épée. Et le roi d’Égypte leur dit : Moïse et Aaron, pourquoi détournez-vous le peuple de son ouvrage ? Allez à vos corvées… Que le service pèse sur ces hommes, et qu’ils s’y occupent, et ne regardent pas à des paroles de mensonge » (vers. 3-9).

Quelle révélation des secrets ressorts du cœur humain ne trouvons-nous pas ici ? Quelle complète incapacité d’entrer dans les choses de Dieu ? Tous les droits divins et toutes les révélations divines étaient, selon l’estimation du Pharaon, des « paroles de mensonge ». — Que lui importait « le chemin de trois jours dans le désert », ou « une fête à l’Éternel » ? Comment aurait-il pu comprendre la nécessité d’un pareil voyage, ou la nature ou le but d’une pareille fête ? Il pouvait comprendre ce que c’était que de porter des charges et de faire des briques ; ces choses avaient, à son jugement, un air de réalité ; mais quant à Dieu, à son service ou à son culte, il ne pouvait y voir qu’une vraie chimère, inventée par ceux qui ne cherchaient qu’une excuse pour échapper aux austères réalités de la vie.

Trop souvent il en a été de même pour les sages et les grands de ce monde, qui toujours ont été les premiers à taxer de folie et de vanité les témoignages divins. Écoutez, par exemple, l’estimation que fit le « très excellent Festus » de la grande question débattue entre Paul et les Juifs. « Ils avaient contre lui quelques questions touchant leur culte religieux et touchant un certain Jésus mort, que Paul affirmait être vivant » (Actes 25:19). Hélas ! combien peu il savait ce qu’il disait ! Combien peu il comprenait ce qu’impliquait la question de savoir si « Jésus » était « mort » ou « vivant » Il ne pensait pas à l’immense portée de cette question pour lui-même et pour ses amis, Agrippa et Bérénice ; mais cela ne changeait rien au fait lui-même ; lui et eux savent maintenant davantage sur ce sujet, bien que, dans les jours passagers de leur gloire terrestre, ils ne l’aient considérée que comme une question superstitieuse, indigne de l’attention d’hommes sensés, et uniquement propre à occuper le cerveau dérangé de visionnaires enthousiastes. Oui, la grande question qui décide de la destinée de tout enfant d’Adam, cette question sur laquelle repose la condition présente et éternelle de l’Église et du monde, et à laquelle se rattachent tous les conseils de Dieu, elle était, selon le jugement de Festus, une vaine superstition.

Il en fut de même pour le Pharaon. Il ne savait rien de « l’Éternel, le Dieu des Hébreux », le grand « Je suis » ; aussi regardait-il tout ce que Moïse et Aaron lui avaient dit d’un sacrifice à Dieu comme « des paroles de mensonge ». Les choses de Dieu doivent toujours paraître à l’esprit profane de l’homme, vaines, inutiles et dépourvues de sens. Le nom de Dieu peut faire partie de la phraséologie d’une froide religion de formalisme, mais Dieu lui-même n’est pas connu. Son nom précieux, dans lequel se trouve renfermé tout ce que le cœur du croyant peut désirer et dont il peut avoir besoin, n’a pour l’incrédule ni signification, ni puissance, ni vertu, et ainsi tout ce qui traite de Dieu ou se rapporte à lui, à ses paroles, à ses conseils, à ses pensées, à ses voies, est regardé comme des « paroles de mensonge ».

Mais le temps approche rapidement auquel il n’en sera plus ainsi. Le tribunal de Christ, les terreurs du monde à venir, les vagues du lac de feu, ne seront pas des « paroles de mensonge ». Non, assurément ; et tous ceux qui, par la grâce, croient que ces choses sont des réalités, devraient s’efforcer de réveiller à leur égard la conscience de ceux qui, comme le Pharaon, tiennent « la fabrication des briques » pour la seule chose digne d’occuper la pensée, la seule vraie réalité !

Hélas ! combien souvent les chrétiens mêmes vivent dans la région des choses visibles, dans la région de la terre et de la nature, de manière à perdre le sens profond, immuable et puissant de la réalité des choses divines et célestes. Nous avons besoin de vivre davantage dans la région de la foi, dans la région du ciel et de la « nouvelle création ». Alors nous verrions les choses comme Dieu les voit ; nous penserions à leur égard comme Dieu pense, et notre vie tout entière serait plus élevée, plus désintéressée, plus complètement séparée de la terre et des choses terrestres.

Cependant l’épreuve la plus douloureuse pour Moïse ne vient pas du jugement porté par le Pharaon sur sa mission. Le serviteur fidèle, dont le cœur est tout entier à Christ, doit toujours s’attendre à n’être regardé par les hommes du monde que comme un enthousiaste visionnaire. Ils contemplent le croyant à un point de vue qui ne nous permet pas d’attendre d’eux un autre jugement. Plus un serviteur sera fidèle à son céleste Maître, plus il marchera sur ses traces, plus il sera conforme à son image, plus aussi il peut s’attendre à être regardé, par les fils de la terre, comme étant « hors de sens ». Ce jugement du monde ne devrait donc ni le désappointer, ni le décourager. Mais une chose infiniment plus pénible encore pour lui, c’est de voir son ministère et son témoignage mal interprétés, méconnus ou rejetés par ceux qui en sont eux-mêmes les objets particuliers. En pareil cas, il a besoin d’être beaucoup avec Dieu, dans le secret de ses pensées ; il a besoin de vivre beaucoup dans la puissance de la communion avec Lui, pour être maintenu dans la constante réalité de sa voie et de son service. Si, dans des circonstances aussi difficiles, on n’est pas pleinement persuadé d’avoir reçu mission d’en haut, si l’on n’est pas conscient d’avoir avec soi la présence divine, on est presque sûr de succomber.

Si Moïse n’avait pas été ainsi soutenu, comment eût-il persévéré quand l’oppression croissante de la puissance du Pharaon arracha aux commissaires des enfants d’Israël des paroles de découragement comme celles-ci : « Que l’Éternel vous regarde, et qu’il juge ; car vous nous avez mis en mauvaise odeur auprès du Pharaon et auprès de ses serviteurs, de manière à leur mettre une épée à la main pour nous tuer » (vers. 20, 21). Il y avait là de quoi accabler Moïse, et Moïse le sentait, car il retourna vers l’Éternel et dit : « Seigneur, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi donc m’as-tu envoyé ? Depuis que je suis entré vers le Pharaon pour parler en ton nom, il a fait du mal à ce peuple et tu n’as pas du tout délivré ton peuple ». Au moment même où la délivrance semblait proche, les choses avaient pris l’aspect le plus décourageant ; tout comme dans la nature, l’heure la plus sombre de la nuit est souvent celle qui précède immédiatement l’aube du jour. Ainsi il en sera de l’histoire d’Israël aux derniers jours. L’heure de l’obscurité la plus profonde et de l’angoisse la plus effrayante précédera l’apparition soudaine du « Soleil de justice » (Mal. 4:1, 2), apportant la santé dans ses ailes, pour guérir d’une guérison éternelle « la plaie de la fille de son peuple » (Jér. 6:14 ; 8:11).

On peut se demander jusqu’à quel point le « pourquoi » de Moïse, cité dans le passage plus haut, fut dicté par une foi réelle et par une volonté mortifiée ? Toujours est-il que le Seigneur ne reprend pas Moïse pour son « pourquoi », occasionné par la grandeur de l’affliction du moment. Il lui répond avec bonté : « Tu verras maintenant ce que je ferai au Pharaon, car contraint par main forte, il les laissera aller, et… il les chassera de son pays » (chap. 6:1). Cette réponse est empreinte d’une grâce toute particulière. Au lieu de censurer l’insolence de celui qui se permettait de mettre en question les voies insondables de « Je suis », ce Dieu toujours miséricordieux cherche à relever l’esprit accablé de son serviteur, en lui dévoilant ce qu’il allait faire. C’était agir d’une manière digne de Dieu, de qui descend toute grâce excellente et tout don parfait, qui donne à tous libéralement et qui ne fait pas de reproches (Jac. 1:5, 17). « Car il sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière » (Ps. 103:14). Ce n’est pas non plus uniquement dans ses actes, mais en Lui-même, dans son propre nom et dans son caractère, qu’il voudrait faire trouver au cœur la consolation et la joie ; et là est le bonheur parfait, divin, éternel. Quand le cœur trouve en Dieu lui-même le soulagement dont il a besoin, quand il peut se réfugier dans le sûr asile que lui offre son nom, quand il peut trouver dans le caractère de Dieu la réponse parfaite à tous ses besoins, alors il est véritablement élevé au-dessus de la région des choses créées ; il peut abandonner les belles promesses de la terre, et estimer à leur juste valeur les superbes prétentions de l’homme. Le cœur qui connaît Dieu par expérience peut non seulement regarder la terre et dire : « Tout est vanité » mais encore regarder directement à Dieu et dire « Toutes mes sources sont en toi » (Psaume 87:7).

« Et Dieu parla à Moïse, et lui dit : Je suis l’Éternel (Jéhovah). Je suis apparu à Abraham, à Isaac, et à Jacob, comme le Dieu Tout-Puissant ; mais je n’ai pas été connu d’eux par mon nom d’Éternel (Jéhovah). Et j’ai aussi établi mon alliance avec eux, pour leur donner le pays de Canaan, le pays de leur séjournement, dans lequel ils ont séjourné. Et j’ai aussi entendu le gémissement des fils d’Israël, que les Égyptiens font servir, et je me suis souvenu de mon alliance » (vers. 2-5). « L’Éternel » est le titre que Dieu prend comme Libérateur de son peuple, en vertu de son alliance de pure et souveraine grâce. Il se révèle lui-même comme étant la Source éternelle de l’amour rédempteur ; établissant ses conseils, accomplissant ses promesses, délivrant son peuple élu de tout ennemi et de tout mal. C’était le privilège d’Israël de demeurer toujours sous la sauvegarde de ce nom significatif de l’Éternel, de ce nom qui manifeste Dieu comme agissant pour sa propre gloire, et formant son peuple opprimé pour publier par lui cette gloire (comp. Ésa. 43:11, 12, 15, 21).

« C’est pourquoi dis aux fils d’Israël : Je suis l’Éternel, et je vous ferai sortir de dessous les fardeaux des Égyptiens, et je vous délivrerai de leur servitude ; et je vous rachèterai à bras étendu, et par de grands jugements ; et je vous prendrai pour être mon peuple, et je vous serai Dieu ; et vous saurez que je suis l’Éternel, votre Dieu qui vous fais sortir de dessous les fardeaux des Égyptiens. Et je vous ferai entrer dans le pays au sujet duquel j’ai levé ma main, pour le donner à Abraham, à Isaac, et à Jacob, et je vous le donnerai en possession. Je suis l’Éternel » (vers. 6-8). Tout ceci proclame la grâce la plus pure, la plus gratuite, la plus riche. L’Éternel se présente au cœur des siens comme étant Celui qui agirait en eux, pour eux et avec eux, pour la manifestation de sa propre gloire. Quelque faibles et misérables qu’ils fussent, il était descendu pour faire voir sa gloire, manifester sa grâce et donner un exemple de sa puissance, dans leur entière délivrance. Sa gloire et leur salut étaient inséparablement liés. Plus tard, toutes ces choses ont été rappelées à leur souvenir : « Ce n’est pas parce que vous étiez plus nombreux que tous les peuples, que l’Éternel s’est attaché à vous et vous a choisis ; car vous êtes le plus petit de tous les peuples ; mais parce que l’Éternel vous a aimés et parce qu’il garde le serment qu’il a juré à vos pères, l’Éternel vous a fait sortir à main forte, et t’a racheté de la maison de servitude, de la main du Pharaon, roi d’Égypte » (Deut. 7:7, 8).

Rien n’est plus propre à affermir et à établir sur un solide fondement le cœur craintif et tremblant que de savoir que Dieu s’est chargé de nous, tels que nous sommes et en connaissant parfaitement ce que nous sommes ; et que, de plus, il ne peut jamais faire en nous aucune nouvelle découverte qui pourrait altérer le caractère ou la mesure de son amour pour nous. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin » (Jean 13:1). Celui qu’il aime, il l’aime jusqu’à la fin d’un amour invariable ; c’est là un sujet de joie inexprimable. Dieu savait tout ce que nous étions ; il connaissait ce qu’il y avait de plus mauvais en nous, alors qu’il manifesta son amour pour nous dans le don de son Fils. Il savait ce dont nous avions besoin, et il y a pourvu. Il connaissait le montant de la dette, et il l’a payée. Il savait ce qu’il y avait à faire, et il l’a accompli. Les exigences de sa propre gloire devaient être satisfaites, et il y a satisfait. Tout est son œuvre à Lui. C’est pourquoi il dit à Israël : « Je vous ferai sortir » ; — « Je vous ferai entrer » ; — « Je vous prendrai pour mon peuple » ; — « Je vous donnerai le pays » ; — « Je suis l’Éternel ». — C’était là ce qu’il voulait faire, en vertu de ce qu’il était ; et aussi longtemps que cette grande vérité n’a pas été pleinement saisie, aussi longtemps qu’elle n’a pas été reçue dans l’âme par la puissance du Saint Esprit, il ne peut pas y avoir de paix solide. On ne peut pas avoir le cœur heureux, ni la conscience tranquille, avant de savoir et de croire que tous les droits divins ont été divinement satisfaits.

Le reste de ce chapitre contient un registre des « chefs des maisons » des pères, des Israélites. Ce registre est intéressant en ce qu’il nous montre l’Éternel venant faire le dénombrement de ceux qui lui appartiennent, bien qu’ils fussent encore dans le royaume de l’Ennemi. Israël était le peuple de Dieu, et Dieu fait ici le dénombrement de ceux sur lesquels il avait un droit souverain. Quelle grâce merveilleuse ! Trouver un objet d’intérêt dans ceux qui étaient au milieu de toute la dégradation de la servitude de l’Égypte, était digne de Dieu ! Celui qui a fait les mondes et qui est entouré d’anges non déchus, toujours prêts à faire « son bon plaisir » (Ps. 103:21), descendit ici-bas dans le but d’adopter quelques esclaves, au nom desquels il voulut bien unir son nom. Il descendit au milieu des fours à briques de l’Égypte, il vit là un peuple gémissant sous le fouet de l’oppresseur, et prononça alors ces mémorables paroles : « Laisse aller mon peuple ». Et ayant dit ainsi, il commença à en faire le dénombrement, comme pour dire : Ceux-ci sont à moi ; voyons combien ils sont, afin que nul ne soit laissé en arrière. « De la poussière il fait lever le misérable, de dessus le fumier il élève le pauvre, pour le faire asseoir avec les nobles : et il leur donne en héritage un trône de gloire » (1 Sam. 2:8).

 

1.7   Chapitres 7-11

Ces cinq chapitres forment une partie distincte du livre de l’Exode ; leur contenu peut être rangé sous les trois chefs suivants : les dix jugements de l’Éternel ; la résistance de « Jannès et Jambrès » ; et les quatre objections du Pharaon.

Tout le pays d’Égypte fut ébranlé sous les coups successifs de la verge de l’Éternel. Tous, depuis le monarque assis sur son trône, jusqu’à la servante travaillant au moulin, durent sentir le terrible poids de cette verge. « Il envoya Moïse, son serviteur, Aaron qu’il avait choisi. Ils opérèrent au milieu d’eux ses signes, et des prodiges dans le pays de Cham. Il envoya des ténèbres, et fit une obscurité ; et ils ne se rebellèrent pas contre sa parole. Il changea leurs eaux en sang, et fit mourir leurs poissons. Leur terre fourmilla de grenouilles, jusque dans les chambres de leurs rois. Il parla, et il vint des mouches venimeuses, et des moustiques dans tous leurs confins. Il leur donna pour pluie de la grêle, un feu de flammes dans leur pays ; et il frappa leurs vignes et leurs figuiers, et brisa les arbres de leur contrée. Il parla, et les sauterelles vinrent, et des yéleks sans nombre ; et ils dévorèrent toutes les plantes dans leur pays, et dévorèrent le fruit de leur sol. Et il frappa tout premier-né dans leur pays, les prémices de toute leur vigueur » (Ps. 105:26-36).

Ici, le psalmiste nous décrit en termes concis les terribles châtiments que, par la dureté de son cœur, le Pharaon fit venir sur sa terre et sur son peuple. Ce superbe monarque avait entrepris de résister à la volonté souveraine et à la marche du Dieu Très-Haut, et comme juste conséquence de cet acte, il fut judiciairement aveuglé et endurci. « Et l’Éternel endurcit le cœur du Pharaon, et il ne les écouta pas, comme l’Éternel avait dit à Moïse. Et l’Éternel dit à Moïse : Lève-toi de bon matin, et tiens-toi devant le Pharaon, et dis-lui : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu des Hébreux : Laisse aller mon peuple, pour qu’ils me servent ; car cette fois j’envoie toutes mes plaies dans ton cœur, et sur tes serviteurs et sur ton peuple, afin que tu saches que nul n’est comme moi, sur toute la terre ; car maintenant, j’étendrai ma main, et je te frapperai de peste, toi et ton peuple, et tu seras exterminé de dessus la terre. Mais je t’ai fait subsister pour ceci, afin de te faire voir ma puissance, et pour que mon nom soit publié dans toute la terre » (Ex. 9:12-16).

En considérant le Pharaon et ses actes, l’âme se transporte au milieu des scènes émouvantes de l’Apocalypse, qui nous font voir le dernier orgueilleux oppresseur du peuple de Dieu, faisant descendre sur son royaume et sur lui-même les sept coupes de la colère du Tout-Puissant. Dieu, dans ses desseins, a voulu qu’Israël ait la prééminence sur la terre ; il faut donc que quiconque a la prétention de s’opposer à cette prééminence soit mis de côté. Il faut que la grâce divine trouve son objet ; et quiconque entreprendrait d’opposer une barrière à cette grâce doit être « ôté » ; que ce soit l’Égypte, Babylone, ou « la Bête qui était, et qui n’est plus et qui sera » (Apoc. 17:8), peu importe. La puissance divine ouvrira la voie, afin que la grâce divine puisse couler, et une malédiction éternelle sera sur tous ceux qui y mettront obstacle. Ils savoureront, pendant toute l’éternité du siècle des siècles, le fruit amer de leur rébellion contre « l’Éternel, le Dieu des Hébreux ». Il a dit à son peuple : « Aucun instrument formé contre toi ne réussira » (Ésa. 54:17), et son immuable fidélité accomplira très certainement ce que sa grâce infinie a promis. Ainsi, quand le Pharaon persista à retenir de sa main de fer l’Israël de Dieu, les coupes de la colère divine furent répandues sur lui, et le pays d’Égypte tout entier fut couvert de ténèbres, de maladies et de désolation. Il en sera bientôt de même du grand et dernier oppresseur, alors qu’il sortira de l’abîme sans fond, armé de la puissance satanique, pour écraser sous le « pied de l’orgueil » (Ps. 36:11) ceux que l’Éternel s’est choisis pour objets de sa faveur. Son trône sera renversé, son royaume dévasté par les sept dernières plaies, et finalement il sera lui-même plongé, non dans la mer Rouge, mais « dans l’étang de feu et de soufre » (Apoc. 17:8 ; 20:10).

Pas un trait ou un iota de ce que Dieu a promis à Abraham, à Isaac et à Jacob ne passera sans être accompli. Dieu accomplira tout. Malgré tout ce qui a été dit ou fait en sens contraire, Dieu se souvient de ses promesses, et il les accomplira. Toutes ses promesses sont « oui et amen dans le Christ Jésus » (2 Cor. 1:20). Des dynasties se sont élevées et ont joué leur rôle sur le théâtre de ce monde ; des trônes ont été érigés sur les ruines de l’ancienne gloire de Jérusalem ; des empires ont fleuri pour un temps, et puis se sont écroulés, d’ambitieux potentats ont combattu pour la possession du « pays de la promesse » ; tout cela a eu lieu, mais l’Éternel a dit concernant la Palestine : « Le pays ne se vendra pas à perpétuité, car le pays est à moi » (Lév. 25:23). Nul autre donc que l’Éternel lui-même ne possédera en définitive ce pays ; et c’est par la semence d’Abraham qu’il héritera. Un simple passage de l’Écriture suffit pour fixer nos pensées relativement à ce sujet ou à tout autre. La terre de Canaan est pour la postérité d’Abraham, et la postérité d’Abraham pour la terre de Canaan, et jamais aucun pouvoir terrestre ou infernal ne pourra renverser cet ordre divin. Le Dieu éternel a engagé sa parole, et le sang de l’éternelle alliance a coulé pour ratifier cette parole. Qui donc l’annulerait ? « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Matt. 24:35). « Nul n’est comme le Dieu de Jeshurun, qui est porté sur les cieux à ton secours, et sur les nuées dans sa majesté. Le Dieu d’ancienneté est ta demeure, et au-dessous de toi sont les bras éternels ; il chasse l’ennemi devant toi, et il dit : Détruis ! Et Israël habitera en sécurité, la source de Jacob, à part, dans un pays de froment et de moût, et ses cieux distilleront la rosée. Tu es bienheureux, Israël ! Qui est comme toi, un peuple sauvé par l’Éternel, le bouclier de ton secours et l’épée de ta gloire ? Tes ennemis dissimuleront devant toi, et toi, tu marcheras sur leurs lieux élevés » (Deut. 33:26-29).

Nous avons à considérer maintenant, en second lieu l’opposition de « Jannès et de Jambrès », les magiciens égyptiens. Nous n’aurions pas connu les noms de ces anciens antagonistes de la vérité de Dieu, s’ils n’eussent été nommés par le Saint Esprit, en relation avec les « temps fâcheux », au sujet desquels l’apôtre Paul avertit son enfant Timothée. Il est important que le lecteur chrétien comprenne bien la vraie nature de la résistance opposée à Moïse par ces magiciens ; et afin qu’il ait une vue complète du sujet, je rapporterai en entier le passage de l’épître de Paul à Timothée. Il est profondément sérieux et solennel.

« Or sache ceci, que dans les derniers jours il surviendra des temps fâcheux ; car les hommes seront égoïstes, avares, vantards, hautains, outrageux, désobéissants à leurs parents, ingrats, sans piété, sans affection naturelle, implacables, calomniateurs, incontinents, cruels, n’aimant pas le bien, traîtres, téméraires, enflés d’orgueil, amis des voluptés plutôt qu’amis de Dieu, ayant la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance. Or, détourne-toi de telles gens. Car d’entre eux sont ceux qui s’introduisent dans les maisons et qui mènent captives des femmelettes chargées de péchés, entraînées par des convoitises diverses, qui apprennent toujours, et qui ne peuvent jamais parvenir à la connaissance de la vérité. Or de la même manière dont Jannès et Jambrès résistèrent à Moïse, ainsi aussi ceux-ci résistent à la vérité, hommes corrompus dans leur entendement, réprouvés quant à la foi : mais ils n’iront pas plus avant, car leur folie sera manifeste pour tous, comme a été celle de ceux-là aussi » (2 Tim. 3:1-9).

Or la nature de cette résistance à la vérité est quelque chose de tout particulièrement sérieux, « Jannès et Jambrès » résistèrent à Moïse simplement en imitant, pour autant que cela était en leur pouvoir, tout ce qu’il faisait. Nous ne voyons pas qu’ils aient attribué à une puissance trompeuse ou mauvaise les opérations de Moïse, mais plutôt ils cherchèrent à en neutraliser l’effet sur la conscience, en faisant les mêmes choses que lui. Ce que Moïse faisait, eux aussi pouvaient le faire, en sorte qu’il n’y avait pas, après tout, une grande différence. L’un valait l’autre. Un miracle est un miracle. Si Moïse opérait des miracles pour sortir le peuple hors d’Égypte, ils pouvaient en opérer pour le faire rester au pays : où donc était la différence ?

De tout ceci nous apprenons que la résistance la plus satanique au témoignage de Dieu dans le monde vient de ceux qui, bien qu’ils imitent les effets de la vérité, n’ont que « la forme de la piété » et « en renient la puissance » (2 Tim. 3:5). Ces gens-là peuvent faire les mêmes choses, adopter les mêmes habitudes et les mêmes formes, employer le même langage, et professer les mêmes opinions que d’autres. Si le vrai chrétien, pressé par l’amour du Christ, donne à manger à celui qui a faim ; donne des habits à celui qui est nu ; visite les malades ; répand les Écritures ; distribue des traités ; prie, chante des cantiques, défend et prêche l’Évangile, le formaliste peut faire tout cela ; et, qu’on y prenne garde, c’est là le caractère spécial de la résistance opposée à la vérité « dans les derniers jours » ; c’est là l’esprit de Jannès et de Jambrès. Combien il est nécessaire de comprendre cette sérieuse vérité ! Combien il importe de se souvenir que « de la même manière que Jannès et Jambrès résistèrent à Moïse, ainsi » ces professants, amateurs d’eux-mêmes, du monde et des plaisirs, « résistent à la vérité ». Ils ne voudraient pas être sans « une forme de piété ! » mais tout en adoptant la forme parce qu’elle est entrée dans les usages, ils en haïssent « la puissance », parce qu’elle implique le renoncement à soi-même. « La puissance de la piété » implique la reconnaissance des droits de Dieu, l’établissement de son royaume dans le cœur et, comme conséquence, la manifestation de ces choses dans le caractère et la vie tout entière ; mais le formaliste ignore tout cela. « La puissance » de la piété ne pourrait jamais s’accorder avec aucun des hideux caractères que le passage de l’épître à Timothée, cité plus haut, nous signale ; mais « la forme », tout en les cachant, les laisse vivants et insoumis, et c’est à quoi le formaliste prend plaisir. Il ne tient pas à ce que ses convoitises soient subjuguées, ses plaisirs entravés, ses passions domptées, ses affections réglées, son cœur purifié. Il lui faut tout juste assez de religion pour qu’il puisse tirer le meilleur parti possible du monde présent et du monde à venir. Il ne sait pas ce que c’est que d’abandonner le monde présent parce qu’on a trouvé « le monde à venir ».

En considérant les formes de l’opposition de Satan à la vérité de Dieu, nous voyons que son système a toujours été de résister à cette vérité ; d’abord, par la violence, en l’attaquant ouvertement, et ensuite, quand ce moyen n’a pas réussi, en la corrompant par une contrefaçon. Ainsi, il chercha d’abord à faire mourir Moïse (chap. 2:15), et ne pouvant pas accomplir son dessein, il essaya d’imiter ses œuvres.

Il en a été de même quant à la vérité confiée à l’Église de Dieu. Les premiers efforts de Satan se manifestèrent par la colère des principaux sacrificateurs et des anciens du peuple, par le siège judiciaire, la prison et l’épée. Mais dans le passage de la seconde épître à Timothée, il n’est pas fait mention de semblables agents. L’attaque ouverte a fait place au moyen bien plus subtil et plus dangereux d’une profession vaine, d’une forme sans puissance, d’une contrefaçon humaine. Au lieu de se présenter l’épée de la persécution à la main, l’Ennemi se promène couvert du manteau de la profession. Il professe et il imite ce qu’une fois il combattait et persécutait ; et, par ce moyen, il obtient pour le présent des avantages effrayants. Les formes horribles du mal moral qui, de siècle en siècle, ont souillé les pages de l’histoire de l’humanité, au lieu de ne se trouver que dans les lieux où on pourrait naturellement les chercher, dans les repaires des ténèbres humaines, se trouvent soigneusement arrangées sous les plis d’une froide et impuissante profession, et c’est là un des grands chefs-d’œuvre de Satan.

Il est naturel que l’homme, comme créature déchue et corrompue, soit égoïste, avare, vantard, hautain, profane, ami des voluptés plutôt que de Dieu, mais qu’il soit tout cela, sous la belle apparence d’une « forme de piété », dénote l’énergie spéciale de Satan dans sa résistance à la vérité aux « derniers jours ». Que l’homme manifeste ouvertement ces vices, ces convoitises et ces passions hideuses, résultats nécessaires de son éloignement de la source de la sainteté et de la pureté infinies, cela n’est que trop naturel, car l’homme sera ce qu’il est jusqu’à la fin de son histoire. Mais, d’un autre côté, quand on voit le saint nom du Seigneur Jésus associé à la perversité et à l’implacable méchanceté de l’homme ; quand on voit de saints principes unis à des pratiques impies ; quand on voit tout ce qui caractérise la corruption des gentils, telle que nous la présente le premier chapitre de l’épître aux Romains, associé à une « forme de piété », alors on peut dire avec vérité : ce sont là les affreux caractères des « derniers jours », la résistance de « Jannès et de Jambrès ».

Toutefois il n’y eut que trois choses dans lesquelles les magiciens de l’Égypte purent imiter les serviteurs du Dieu vivant et vrai : ils changèrent leurs verges en serpents (chap. 7:12) ; ils changèrent l’eau en sang (chap. 7:22) ; et ils firent monter des grenouilles sur le pays (chap. 8:7) ; mais au quatrième signe, qui impliquait la puissance créatrice, la manifestation de la vie, liée à la mise en évidence de l’état d’humiliation de la nature, ils furent confondus et obligés de dire : « C’est le doigt de Dieu » (chap. 8:16-19). Il en est de même de ceux qui résistent à la vérité dans les derniers jours. Tout ce qu’ils font est selon l’énergie directe de Satan et rentre dans les limites de son pouvoir. En outre, leur but spécial est de « résister à la vérité ».

Les trois choses, que « Jannès et Jambrès » eurent le pouvoir d’exécuter, sont caractérisées par l’énergie satanique, la mort et l’impureté, savoir les serpents, le sang et les grenouilles. C’est ainsi qu’ils « résistèrent à Moïse », et « ceux-ci de même résistent à la vérité » et empêchent son action morale sur la conscience. Rien ne contribue plus à affaiblir la puissance de la vérité que ce fait, savoir que des personnes, qui ne sont pas du tout sous son influence, font exactement les mêmes choses que ceux qui s’y trouvent. C’est là la manière d’agir de Satan dans le moment actuel. Il cherche à faire passer tous les hommes pour des chrétiens. Il aimerait nous faire croire que nous sommes entourés d’un « monde chrétien », mais le « monde chrétien » n’est qu’une chrétienté de contrefaçon qui, loin de rendre témoignage à la vérité, est là, selon les desseins de l’ennemi de la vérité, pour résister à l’influence sanctifiante et purifiante de celle-ci.

En un mot, le serviteur de Christ, le témoin de la vérité, est de toutes parts environné de l’esprit de « Jannès et de Jambrès », il est bon qu’il s’en souvienne, qu’il connaisse à fond le mal avec lequel il a à lutter ; qu’il n’oublie pas que le monde qui l’entoure est l’imitation satanique de l’œuvre réelle de Dieu, produite non par la baguette d’un magicien ouvertement méchant, mais par l’action de faux professants, ayant « la forme de la piété, mais en ayant renié la puissance » ; gens qui font des choses paraissant bonnes et justes, mais qui n’ont ni la vie de Christ dans leur âme, ni l’amour de Dieu dans leur cœur, ni la puissance de la parole de Dieu dans leur conscience.

« Mais », ajoute l’apôtre, « ils n’iront pas plus avant ; car leur folie sera manifeste pour tous, comme a été celle de ceux-là aussi ». En effet, la folie de Jannès et de Jambrès fut manifeste pour tous, alors que non seulement ils ne purent pas aller plus avant en imitant les miracles de Moïse et d’Aaron, mais qu’ils furent, de fait, enveloppés dans les jugements de Dieu. Il y a là quelque chose de bien sérieux. La folie de tous ceux qui n’ont que la forme sera pareillement manifestée. Non seulement ils seront incapables d’imiter les effets propres de la vie et de la puissance divines, dans leur entier, mais encore ils deviendront eux-mêmes les objets des jugements qui résulteront de la réjection de cette vérité à laquelle ils ont résisté.

Dira-t-on que tout ceci ne renferme pas d’enseignement pour un temps de profession sans puissance ? Non certainement ; et ces exemples devraient agir sur toute conscience en puissance de vie, parler à tous les cœurs en accents solennels et pénétrants, et porter chacun de nous à s’examiner sérieusement, pour se rendre compte s’il rend témoignage à la vérité, en marchant dans la puissance de la piété, ou s’il lui fait obstacle et en neutralise les effets en n’en ayant que la forme. Les effets de la puissance de la piété se montreront en ce que nous « demeurerons dans les choses que nous avons apprises » (2 Tim. 3:14). Ceux-là seuls demeureront qui ont été enseignés de Dieu ; qui, par la puissance de l’Esprit de Dieu, se sont abreuvés du principe divin à la source pure de l’inspiration.

Que Dieu en soit béni, les nombreuses fractions de l’Église professante renferment un grand nombre d’hommes semblables. Il y en a, ici et là, plusieurs dont la conscience a été lavée dans le sang expiatoire de « l’Agneau de Dieu » (Jean 1:29), dont les cœurs sont pénétrés d’un vrai attachement pour sa personne et dont les esprits sont réjouis par « la bienheureuse espérance » de le voir tel qu’il est, et d’être pour toujours rendus conformes à son image. On est encouragé en pensant à ceux-là. C’est une grâce indicible que d’avoir communion avec ceux qui peuvent rendre raison de l’espérance qui est en eux, et de la position qu’ils occupent. Puisse le Seigneur en augmenter le nombre tous les jours, et que la puissance de la piété se répande au loin dans ces derniers jours, afin qu’un témoignage éclatant soit rendu au nom de Celui qui en est digne.

Il nous reste encore à examiner le troisième point que nous avons signalé dans cette partie du livre, savoir les quatre objections artificieuses du Pharaon à la parfaite délivrance du peuple de Dieu et à son entière séparation de l’Égypte. La première de ces objections se trouve au chap. 8, vers. 25. « Et le Pharaon appela Moïse et Aaron, et dit : Allez, sacrifiez à votre Dieu dans le pays ». Il est superflu de remarquer ici que, soit que les magiciens opposent de la résistance, soit que le Pharaon fasse des objections, de fait c’est Satan qui est derrière la scène, et il est évident que son but, dans la proposition qu’il suggère au Pharaon, était d’empêcher le témoignage qui devait être rendu au nom de l’Éternel et qui se rattachait à la séparation complète du peuple de Dieu d’avec l’Égypte. Il est évident qu’il n’y aurait pas eu de témoignage de ce genre si le peuple fût resté en Égypte, encore qu’il eût sacrifié à l’Éternel. Les Israélites se fussent placés ainsi sur le même terrain que les Égyptiens, et eussent mis l’Éternel au niveau des dieux de l’Égypte ; et un Égyptien eût pu dire à un Israélite : « Je ne vois pas de différence entre nous : vous avez votre culte et nous avons le nôtre où est la différence ? »

Les hommes trouvent parfaitement juste, et comme une chose qui va sans dire, que chacun ait une religion, quelle que celle-ci soit d’ailleurs. Pourvu que nous soyons sincères et que nous ne nous mêlions pas de la croyance de notre voisin, peu importe la forme de notre religion. Telles sont les pensées des hommes à l’égard de ce qu’ils appellent : religion ; mais il est bien évident que la gloire du nom de Jésus n’a aucune place dans tout cela. L’Ennemi s’opposera toujours à toute pensée de séparation, et le cœur de l’homme ne la comprend pas. Le cœur peut aspirer à la piété, parce que la conscience atteste que tout n’est pas en règle, mais il aspire après le monde tout aussi bien. Il aimerait « sacrifier à Dieu dans le pays » ; or, quand on accepte une piété mondaine, et qu’on refuse de « sortir et de se séparer », le but de Satan est atteint. Son dessein invariable, depuis le commencement, a été d’empêcher le témoignage rendu au nom de Dieu sur la terre ; et ici aussi son dessein caché était le même quand il faisait dire au Pharaon : « Allez, sacrifiez à votre Dieu dans le pays ! » N’eût-ce pas été étouffer le témoignage que d’adhérer à cette proposition ! Le peuple de Dieu en Égypte, et Dieu lui-même associé aux idoles de l’Égypte ! quel épouvantable blasphème !

Lecteur, nous devrions réfléchir sérieusement à ces choses. L’effort de l’Ennemi, pour induire le peuple d’Israël à sacrifier à Dieu en Égypte, révèle un principe infiniment plus profond que nous ne serions tentés de le supposer au premier abord. L’Ennemi triompherait s’il pouvait obtenir, n’importe en quel temps, par quels moyens et dans quelles circonstances, ne fût-ce que l’apparence d’une sanction divine en faveur de la religion du monde. Il n’a point d’objection contre une religion de cette espèce. Il atteint aussi effectivement son but par ce qu’on appelle « le monde religieux », que par tout autre moyen ; aussi a-t-il gagné un grand point quand il a réussi à amener un vrai chrétien à accréditer la religion du monde. C’est un fait positif, bien connu, que rien n’excite dans le monde plus d’indignation que le principe divin de la séparation d’avec le présent siècle mauvais. On vous laissera croire les mêmes choses, prêcher les mêmes doctrines, faire les mêmes œuvres ; mais si vous essayez, ne fût-ce que dans la plus petite mesure, de vous conformer aux ordres divins : « Détourne-toi de telles gens » (2 Tim. 3:5) et « sortez du milieu d’eux et soyez séparés » (2 Cor. 6:17), vous pouvez vous attendre à la plus violente opposition ! Comment expliquer cela ? Uniquement par ce fait que, séparés de la vaine religion du monde, les chrétiens rendent à Christ un témoignage qu’ils ne peuvent jamais lui rendre tant qu’ils sont associés avec elle.

Il y a entre la religion humaine et Christ une immense différence. Un pauvre Hindou, plongé dans les ténèbres, vous parlera de sa religion, mais il ne sait rien de Christ. L’apôtre ne dit pas : « S’il y a quelque consolation dans la religion » (Phil. 2:1), bien que, sans aucun doute, les sectateurs d’une religion quelconque trouvent dans cette religion ce qu’ils estiment être une consolation. Mais Paul avait trouvé sa consolation en Christ, après avoir fait pleinement l’expérience de la vanité de la religion, même sous sa forme la plus belle et la plus imposante (comp. Gal. 1:13, 14 ; Phil. 3:4-11).

L’Esprit de Dieu, il est vrai, parle d’une « religion pure et sans tache » (Jac. 1:27) mais l’homme irrégénéré ne peut en aucune manière y participer, car comment pourrait-il avoir part à quoi que ce soit de « pur » et qui soit « sans tache » ? Cette religion-là est du ciel, la source de tout ce qui est pur et excellent ; elle est exclusivement « devant notre Dieu et Père », pour l’exercice des fonctions de la nouvelle nature, dont tous ceux qui croient au nom du Fils de Dieu sont faits participants (Jean 1:12, 13 ; Jac. 1:18 ; 1 Pierre 1:23 ; 1 Jean 5:1). Enfin elle se range sous les deux chefs significatifs de la bienveillance active et de la sainteté personnelle : « visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, et se conserver pur du monde » (Jacques 1:27).

Si vous parcourez le catalogue des vrais fruits du christianisme, vous les trouverez tous classés sous ces deux chefs ; et il est très intéressant de remarquer que, soit dans le chap. 8 de l’Exode, soit dans le chap. 1 de Jacques, la séparation d’avec le monde est présentée comme une qualité indispensable dans le vrai service de Dieu. Rien de ce qui est souillé par le contact du « présent siècle mauvais » ne peut être acceptable devant Dieu, ni recevoir de sa main ce sceau « pur et sans tache ». « Sortez du milieu d’eux, et soyez séparés, dit le Seigneur, et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi, je vous recevrai ; et je vous serai pour Père, et vous, vous me serez pour fils et pour filles, dit le Seigneur, le Tout-Puissant » (2 Cor. 6:17, 18).

Il n’y avait point en Égypte de lieu de réunion pour l’Éternel et son peuple racheté ; la délivrance et la séparation de l’Égypte étaient pour Israël une seule et même chose. Dieu avait dit : « Je suis descendu pour le délivrer » (Ex. 3:8), et rien moins que cela n’aurait pu satisfaire Dieu ou le glorifier. Un salut, qui eût laissé le peuple en Égypte, n’aurait pas pu être le salut de Dieu. De plus, nous avons à nous souvenir que le dessein de l’Éternel dans le salut d’Israël, aussi bien que dans la destruction du Pharaon, était que « son nom fût publié dans toute la terre » (Ex. 9:16). Or quelle déclaration de son nom ou de son caractère y aurait-il eu, si son peuple avait dû entreprendre de lui rendre culte en Égypte ? Il n’y eût eu aucun témoignage ou qu’un témoignage entièrement faux. Il était donc absolument nécessaire, pour que le caractère de Dieu fût pleinement et fidèlement manifesté, que son peuple fût entièrement délivré et complètement séparé de l’Égypte ; et il est tout aussi nécessaire maintenant, pour qu’un témoignage clair et sans équivoque soit rendu au Fils de Dieu, que tous ceux qui sont réellement à lui soient séparés du présent siècle mauvais. Telle est la volonté de Dieu, et c’est pour cela que Christ s’est donné lui-même, selon ce que nous lisons : « Grâce et paix à vous, de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus Christ, qui s’est donné lui-même pour nos péchés, en sorte qu’il nous retirât du présent siècle mauvais, selon la volonté de notre Dieu et Père, auquel soit la gloire au siècle des siècles ! Amen » (Gal. 1:3-5).

Les Galates commençaient à s’adonner à une religion charnelle et mondaine, une religion d’ordonnances, une religion de « jours, de mois, de temps et d’années » ; et l’apôtre, dès les premiers mots de son épître, leur rappelle que c’est pour délivrer son peuple de tout ce système-là, que le Seigneur Jésus s’est donné lui-même. Il faut que le peuple de Dieu soit un peuple séparé, non point sur le principe d’une plus grande sainteté personnelle que celle d’autrui, mais parce qu’il est son peuple, et pour qu’il réponde intelligemment au but miséricordieux que Dieu s’est proposé en le mettant en rapport avec Lui-même et en l’associant à son nom. Un peuple qui eût vécu encore au milieu des souillures et des abominations de l’Égypte, n’aurait pas pu être le témoin du Dieu très saint ; et ainsi de même, maintenant, celui qui se mêle aux souillures d’une religion mondaine et corrompue ne peut pas être un puissant et fidèle témoin d’un Christ crucifié et ressuscité.

La réponse de Moïse à la première objection du Pharaon est très remarquable : « Moïse dit : Il n’est pas convenable de faire ainsi ; car nous sacrifierions à l’Éternel, notre Dieu, l’abomination des Égyptiens. Est-ce que nous sacrifierions l’abomination des Égyptiens devant leurs yeux, sans qu’ils nous lapidassent ! Nous irons le chemin de trois jours dans le désert, et nous sacrifierons à l’Éternel, notre Dieu, comme il nous a dit » (chap. 8:26, 27). « Le chemin de trois jours », c’est une séparation réelle de l’Égypte. Rien moins que cela ne pouvait satisfaire la foi. L’Israël de Dieu doit être séparé du pays de la mort et des ténèbres, dans la puissance de la résurrection. Il faut que les eaux de la mer Rouge séparent les rachetés de Dieu du pays d’Égypte avant qu’ils puissent sacrifier convenablement à l’Éternel. S’ils fussent restés en Égypte, ils eussent dû sacrifier à l’Éternel les objets même du culte abominable de l’Égypte (*). Cela est impossible. Il ne pouvait y avoir en Égypte ni tabernacle, ni temple, ni autel ; il n’y avait pas, dans toute l’étendue du pays, de lieu pour aucune de ces choses. De fait, comme nous le verrons ci-après, Israël ne fit entendre aucun chant de louange, jusqu’à ce que l’assemblée tout entière fût parvenue, dans la puissance d’une rédemption accomplie, au bord de la mer Rouge, qui est vers le pays de Canaan. Il en est exactement de même maintenant. Il faut que le croyant sache où la mort et la résurrection du Seigneur Jésus l’ont placé pour toujours, avant qu’il puisse être un adorateur intelligent, un serviteur approuvé, un vrai et fidèle témoin.

(*) L’expression « abomination » se rapporte à ce que les Égyptiens adoraient.

Il ne s’agit pas ici de la question de savoir si l’on est enfant de Dieu et partant sauvé. Un grand nombre d’enfants de Dieu sont loin de connaître le plein résultat de la mort et de la résurrection de Christ pour ce qui les concerne. Ils ne saisissent pas cette vérité précieuse, que la mort de Christ a aboli pour toujours leurs péchés (Héb. 9:26) et qu’ils sont les heureux participants de sa vie de résurrection, avec laquelle le péché ne peut avoir absolument rien à faire. Christ a été fait malédiction pour nous, non pas, comme quelques-uns voudraient nous l’enseigner, en naissant sous la malédiction d’une loi violée, mais en étant pendu au bois (comp. attentivement Deut. 21:23 ; Gal. 3:13). Nous étions sous la malédiction, parce que nous étions dans nos péchés ou que nous n’avions pas gardé la loi ; mais Christ, l’homme parfait, ayant magnifié la loi et l’ayant rendue honorable (Ésaïe 42:21), par le fait même qu’il obéit parfaitement à la loi, devint malédiction pour nous, étant pendu au bois. Ainsi dans sa vie, il a magnifié la loi de Dieu ; et dans sa mort, il a porté la malédiction pour nous. Il n’y a donc maintenant ni péché, ni malédiction, ni colère, ni condamnation pour le croyant ; et bien qu’il doive comparaître devant le tribunal de Christ, ce tribunal lui sera tout aussi favorable alors, que le trône de grâce l’est maintenant. Le tribunal manifestera sa vraie condition, savoir qu’il n’existe rien contre lui ; ce qu’il est, c’est Dieu qui l’a opéré. Il est l’ouvrage de Dieu. Dieu est venu à lui quand il était dans un état de mort et de condamnation, et il a été rendu exactement tel que Dieu voulait qu’il fût. C’est le juge lui-même qui a effacé tous ses péchés et qui est sa justice, en sorte que le tribunal du jugement ne peut que lui être favorable ; bien plus, il trouvera là la déclaration publique et solennelle, faite au ciel, à la terre et à l’enfer, que celui qui est lavé de ses péchés dans le sang de l’Agneau, est aussi net qu’il est possible à Dieu de le rendre (voyez Jean 5:24 ; Rom. 8:1 ; 2 Cor. 5:5, 10, 11 ; Éph. 2:10). Tout ce qu’il y avait à faire, Dieu lui-même l’a fait ; et assurément il ne condamnera pas sa propre œuvre. La justice qui était requise, Dieu lui-même l’a fournie ; lui, certainement, n’y trouvera aucun défaut. La lumière du siège judiciaire sera assez éclatante pour dissiper toutes les vapeurs et tous les nuages qui pourraient obscurcir les gloires incomparables et les vertus éternelles qui appartiennent à la croix, et pour montrer que le croyant est « tout net » (Jean 13:10 ; 15:3 ; Éph. 5:27).

C’est pour n’avoir pas saisi, dans la simplicité de la foi, ces vérités fondamentales, qu’un grand nombre d’enfants de Dieu se plaignent de ne pas posséder une paix assurée ; d’éprouver des variations constantes dans leur état spirituel, des hauts et des bas perpétuels dans leur expérience. Chaque doute dans le cœur d’un chrétien est un déshonneur fait à la parole de Dieu et au sacrifice de Christ. C’est parce qu’il ne se tient pas, déjà dès à présent, dans la lumière qui reluira du siège judiciaire, que le chrétien est tourmenté par des doutes ou par des craintes. Et encore ces fluctuations et ces incertitudes, que tant de personnes ont à déplorer, ne sont comparativement que des conséquences légères, en tant qu’elles n’affectent que l’expérience de ces personnes ; les effets qu’elles produisent sur leur culte, leur service et leur témoignage sont infiniment plus graves, en tant que la gloire du Seigneur y est intéressée. Mais, hélas ! généralement parlant, on pense peu à la gloire du Seigneur, parce que l’objet principal, le but et la fin, pour la plupart des chrétiens de profession, c’est le salut personnel. Nous sommes très portés à considérer comme essentiel tout ce qui se rapporte à nous-mêmes, tandis que tout ce qui ne se rapporte qu’à la gloire de Christ en nous et par nous est envisagé comme non-essentiel, comme secondaire.

Il est bon cependant de saisir clairement que la même vérité qui donne à l’âme une paix assurée, la met en état de rendre un culte intelligent, un service agréable et un témoignage efficace. Dans le chap. 15 de la première épître aux Corinthiens, l’apôtre présente la mort et la résurrection de Christ comme le grand fondement de toutes choses. « Or je vous fais savoir, frères, l’évangile que je vous ai annoncé, que vous avez aussi reçu, et dans lequel vous êtes, par lequel aussi vous êtes sauvés, si vous tenez ferme la parole que je vous ai annoncée, à moins que vous n’ayez cru en vain. Car je vous ai communiqué avant toutes choses ce que j’ai aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures, et qu’il a été enseveli, et qu’il a été ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » (vers. 1-4). Tel est l’Évangile ! Un Christ mort et ressuscité est le fondement du salut. « Il a été livré pour nos fautes et a été ressuscité pour notre justification » (Rom. 4:25). Voir, des yeux de la foi, Jésus cloué à la croix et assis sur le trône, est quelque chose qui doit donner à la conscience une paix solide, et au cœur une parfaite liberté. Nous pouvons regarder dans la tombe et la voir vide, nous pouvons regarder le trône en haut et le voir occupé, et continuer notre chemin tout joyeux. Le Seigneur Jésus a réglé toutes choses sur la croix en faveur de son peuple ; et la preuve qu’il l’a fait, c’est qu’il est maintenant assis à la droite de Dieu. Un Christ ressuscité est la preuve éternelle d’une rédemption accomplie ; et si la rédemption est un fait accompli, la paix du croyant est une vraie et stable réalité. Ce n’est pas nous qui avons fait la paix, et jamais nous n’aurions pu la faire ; tout effort même, de notre part dans ce sens, n’eût servi qu’à manifester d’une manière plus évidente encore que nous étions des destructeurs de la paix. Mais Christ, ayant fait la paix, par le sang de sa croix, a pris place dans les hauts lieux, triomphant de tout ennemi. Par lui, Dieu « annonce la bonne nouvelle de la paix ». La parole de l’Évangile porte cette paix ; et l’âme qui croit l’évangile a la paix, une paix établie devant Dieu, car Christ est sa paix (voyez Act. 10:36 ; Rom. 5:1 ; Éph. 2:14 ; Col. 1:20). De cette manière Dieu, non seulement a satisfait aux exigences de sa gloire, mais encore, en le faisant, il a ouvert un chemin par lequel son amour infini peut descendre jusqu’au plus coupable de la coupable race d’Adam.

Ensuite, quant au résultat pratique, la croix de Christ a non seulement ôté les péchés du croyant, mais elle a encore rompu pour toujours le lien qui le rattachait au monde, en vertu de quoi il a le privilège de pouvoir considérer le monde comme une chose crucifiée, et d’être estimé par le monde comme un crucifié. Telle est la position respective du croyant et du monde l’un vis-à-vis de l’autre. Ils sont crucifiés l’un à l’autre. Le jugement, porté sur Christ par le monde, a été exprimé par la position dans laquelle le monde a, de propos délibéré, placé Christ. Le monde fut appelé à choisir entre Christ et un meurtrier. Il donna au meurtrier la liberté et cloua Christ à la croix entre deux brigands. Or si le croyant marche sur les traces de Christ, s’il se pénètre de son esprit, et le manifeste, il occupera la même place que Christ dans l’estimation du monde ; et de cette manière, il connaîtra non seulement que, quant à sa position devant Dieu, il est crucifié avec Christ, mais il sera amené à réaliser ce fait dans sa marche et son expérience de tous les jours.

Mais, tandis que la croix a ainsi rompu le lien qui unissait le chrétien et le monde, la résurrection a introduit celui qui croit dans la puissance de nouveaux liens et de nouvelles relations. Si, à la croix, nous voyons le jugement du monde à l’égard de Christ, nous voyons, dans la résurrection, le jugement de Dieu. Le monde a crucifié Christ, mais « Dieu l’a haut élevé » (Phil. 2:9). L’homme lui a donné la place la plus basse, Dieu lui a donné la place la plus élevée ; et puisque le croyant est appelé à une pleine communion avec Dieu, dans ses pensées à l’égard de Christ, il partagera la place que le monde a faite à Christ, et il pourra, de son côté, regarder le monde comme une chose crucifiée. Si donc, le croyant est sur une croix et le monde sur une autre, la distance morale qui les sépare est considérable en effet. Et si la distance est considérable en principe, elle devrait l’être en pratique aussi. Le monde et le chrétien ne devraient avoir absolument rien en commun ; et ils n’auront rien en commun, si ce n’est pour autant que le chrétien renie son Seigneur et Maître. Le croyant se montre infidèle à Christ en proportion de la communion qu’il entretient avec le monde.

Tout cela est assez clair ; mais, cher lecteur, où cela nous place-t-il quant à ce qui concerne le monde ? Assurément, en dehors de lui, et cela complètement. Nous sommes morts au monde et vivants avec Christ. Nous sommes à la fois participants de sa réjection par la terre et de son acceptation dans le ciel ; et la joie de cette acceptation nous fait compter pour rien l’épreuve qui se rattache à la réjection. Être rejeté de la terre, sans savoir que j’ai une place et une part dans le ciel, serait pour moi insupportable ; mais quand les gloires du ciel absorbent les regards de l’âme, très peu de la terre suffit. Mais on demandera peut-être : « Qu’est-ce que le monde ? » — Il serait difficile de trouver une expression aussi vague et mal déterminée que celle de « monde » ou de « mondanité », parce que nous sommes en général enclins à faire commencer la mondanité à un ou deux degrés au-dessus du point où nous nous trouvons nous-mêmes. La parole de Dieu, cependant, définit avec une parfaite précision ce que c’est que « le monde », quand elle le caractérise par « ce qui n’est pas du Père » (1 Jean 2:15, 16). Ainsi, plus ma communion avec le Père sera profonde, plus aussi sera exercé mon discernement à l’égard de ce qui est du monde. Telle est la manière d’enseigner de Dieu. Plus vous vous réjouissez dans l’amour du Père, plus aussi vous rejetez le monde. Mais qui est-ce qui révèle le Père ? C’est le Fils. Et il le fait par la puissance du Saint Esprit. C’est pourquoi, plus je sais, dans la puissance d’un Esprit non contristé, m’abreuver dans la révélation que le Fils fait du Père, plus mon discernement de ce qui est du monde est juste. C’est à mesure que le royaume de Dieu gagne du terrain dans le cœur, que le jugement à l’égard de la mondanité devient plus juste. On ne peut guère définir la mondanité ; elle est, comme quelqu’un l’a dit, graduellement nuancée depuis le blanc jusqu’au noir le plus obscur. Vous ne pouvez pas poser une limite et dire : « ici commence la mondanité » ; mais la vive et exquise sensibilité de la nature divine recule devant elle, et tout ce dont nous avons besoin, c’est de marcher dans la puissance de cette nature, afin de nous tenir éloignés de toute forme de mondanité. « Marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez point la convoitise de la chair » (Gal. 5:16). Marchez avec Dieu et vous ne marcherez pas avec le monde. De froides distinctions, des règles sévères, ne sont ici d’aucune efficacité. C’est la puissance divine qu’il nous faut. Nous avons besoin de comprendre la signification et l’application spirituelle du « chemin de trois jours dans le désert », lequel nous sépare pour toujours non seulement des fours à briques et des commissaires de l’Égypte, mais aussi de ses temples et de ses autels.

La seconde objection du Pharaon participait à un haut degré du caractère et de la tendance de la première. « Et le Pharaon dit : Je vous laisserai aller, et vous sacrifierez à l’Éternel, votre Dieu, dans le désert ; seulement ne vous éloignez pas trop en vous en allant » (chap. 8:28). S’il ne pouvait pas garder les Israélites en Égypte, il voulait au moins chercher à les tenir près des frontières, de manière à pouvoir agir sur eux par les diverses influences du pays. Le peuple pourrait être ainsi ramené, et le témoignage plus effectivement anéanti que si Israël n’eût jamais quitté l’Égypte. Les personnes qui retournent au monde, après avoir paru l’abandonner, nuisent beaucoup plus à la cause de Christ que si elles étaient toujours restées dans le monde ; car elles confessent virtuellement que, ayant essayé des choses divines, elles ont découvert que les choses terrestres sont meilleures et plus satisfaisantes.

Ce n’est pas tout. L’effet moral de la vérité sur la conscience des gens inconvertis reçoit un sérieux échec par ceux qui, après avoir fait profession d’abandonner le monde, retournent aux choses qu’ils semblaient avoir laissées. Non pas que de semblables cas fournissent à qui que ce soit la moindre autorisation à rejeter la vérité de Dieu, attendu que chacun est responsable pour lui-même et aura à rendre compte pour lui-même à Dieu. Mais l’effet produit, à cet égard, est toujours mauvais. « Car, si, après avoir échappé aux souillures du monde par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus Christ, étant de nouveau enlacés, ils sont vaincus par elles, leur dernière condition est pire que la première ; car il leur eût mieux valu n’avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner, après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné » (2 Pierre 2:20, 21).

C’est pourquoi, si l’on ne veut pas « s’en aller entièrement », mieux vaut ne pas bouger du tout. L’Ennemi ne l’ignorait pas ; de là sa seconde objection. Le maintien d’une position de voisinage répond admirablement bien à ses desseins. Ceux qui ne savent pas prendre une position décidée sont toujours faibles et inconséquents ; et, de fait, leur influence, quelle qu’elle soit, porte d’un côté entièrement faux.

Il est très important de bien saisir que le but de Satan, dans chacune de ces objections, était de mettre obstacle au témoignage, qui ne pouvait être rendu au nom du Dieu d’Israël que par « un pèlerinage de trois jours au désert ». C’était là, en toute vérité, « s’éloigner », aller bien plus loin que le Pharaon ne pouvait se l’imaginer, ou qu’il n’aurait pu suivre Israël. Et quel bonheur ce serait, si tous ceux qui font profession de sortir de l’Égypte s’en éloignaient ainsi véritablement, dans l’esprit de leur entendement et par l’élévation de leur caractère ; s’ils savaient bien reconnaître la croix et la tombe de Christ comme formant la limite entre eux et le monde ! Nul homme ne peut par la seule énergie de sa nature se placer sur ce terrain-là. Le Psalmiste a pu dire : « N’entre pas en jugement avec ton serviteur, car devant toi nul homme vivant ne sera justifié » (Ps. 143:2). Il en est de même pour ce qui regarde la séparation vraie et effective d’avec le monde. « Nul homme vivant » ne peut la réaliser. Ce n’est que comme « mort avec Christ », et « ressuscité avec lui par la foi en l’opération de Dieu » (Col. 2:12), que l’on peut être « justifié » devant Dieu ou séparé du monde. Voilà ce que l’on peut appeler « s’éloigner ». Puissent tous ceux qui font profession d’être chrétiens et qui s’appellent de ce nom, s’éloigner ainsi ! Alors leur lampe donnerait une lumière constante ; leur témoignage rendrait un son intelligible ; leur marche serait élevée ; leur expérience riche et profonde ; leur paix coulerait comme un fleuve ; leurs affections seraient célestes et leurs vêtements purs. Et par-dessus tout, le nom du Seigneur Jésus serait magnifié en eux, par la puissance du Saint Esprit, selon la volonté de Dieu le Père.

La troisième objection du Pharaon réclame de notre part une attention toute spéciale. « Et on fit revenir Moïse et Aaron vers le Pharaon ; et il leur dit : Allez, servez l’Éternel, votre Dieu. Qui sont ceux qui iront ? Et Moïse dit. Nous irons avec nos jeunes gens et avec nos vieillards, nous irons avec nos fils et avec nos filles, avec notre menu bétail et avec notre gros bétail ; car nous avons à célébrer une fête à l’Éternel. Et il leur dit : Que l’Éternel soit ainsi avec vous, comme je vous laisserai aller avec vos petits enfants ! Regardez, car le mal est devant vous. Il n’en sera pas ainsi ; allez donc, vous les hommes faits, et servez l’Éternel ; car c’est là ce que vous avez désiré. Et on les chassa de devant la face du Pharaon » (chap. 10:8-11). Ici encore, nous voyons que l’Ennemi cherche à porter un coup mortel au témoignage rendu au nom du Dieu d’Israël. Les parents au désert et les enfants en Égypte, quelle affreuse anomalie ! Ce n’eût été qu’une demi-délivrance, à la fois inutile pour Israël et déshonorante pour le Dieu d’Israël. Il n’était pas possible qu’il en fût ainsi. Si les enfants fussent restés en Égypte, on n’aurait pas pu dire des parents qu’ils avaient quitté l’Égypte, attendu que leurs enfants étaient une partie d’eux-mêmes. Tout ce qu’on aurait pu dire d’eux en pareil cas, c’est qu’ils servaient en partie l’Éternel et en partie le Pharaon. Mais l’Éternel ne pouvait avoir aucune part avec le Pharaon, il fallait qu’il eût tout ou rien. C’est ici un principe important pour des parents chrétiens. Puissions-nous le prendre sérieusement à cœur ! C’est notre heureux privilège de compter sur Dieu pour nos enfants et de les « élever dans la discipline et sous les avertissements du Seigneur » (Éph. 6:4). Nous ne devons nous contenter d’aucune autre portion pour nos enfants, que de celle dont nous jouissons nous-mêmes.

La quatrième et dernière objection du Pharaon se rapportait au gros et au menu bétail. « Et le Pharaon appela Moïse, et dit : Allez, servez l’Éternel ; seulement que votre menu et votre gros bétail restent ; vos petits enfants aussi iront avec vous » (chap. 10:24). Avec quelle persévérance Satan disputait à Israël chaque pouce de terrain de son chemin hors de l’Égypte ! Il cherche premièrement à les faire rester dans le pays ; ensuite à les faire rester dans le voisinage du pays ; puis à retenir une partie du peuple dans le pays ; et enfin, quand il ne réussit dans aucune de ces trois tentatives, il cherche à les faire partir sans aucun moyen de servir l’Éternel. S’il ne peut retenir les serviteurs, il cherche à retenir ce par quoi ils peuvent servir, et à arriver au même but par ce procédé. S’il ne peut les induire à sacrifier dans le pays, il voudrait les envoyer hors du pays sans victimes pour les sacrifices.

La réponse de Moïse à cette dernière objection nous présente une magnifique exposition des droits souverains de l’Éternel sur son peuple et sur tout ce qui lui appartient. « Et Moïse dit : Tu nous donneras aussi dans nos mains des sacrifices et des holocaustes, et nous les offrirons à l’Éternel, notre Dieu ; nos troupeaux aussi iront avec nous ; il n’en restera pas un ongle, car nous en prendrons pour servir l’Éternel, notre Dieu ; et nous ne savons pas comment nous servirons l’Éternel, jusqu’à ce que nous soyons parvenus là » (chap. 10:25, 26). Ce n’est que quand les enfants de Dieu savent prendre, par une foi simple et enfantine, la haute position dans laquelle la mort et la résurrection les ont placés, qu’ils peuvent avoir une intelligence quelque peu exacte des droits de Dieu sur eux. « Nous ne savons pas ce que nous offrirons à l’Éternel jusqu’à ce que nous soyons parvenus là » ; Israël ne connaissait pas quelles étaient sa responsabilité et les exigences de Dieu jusqu’à ce qu’il eût fait « le chemin de trois jours ». Il ne pouvait pas connaître ces choses au milieu de l’atmosphère corrompue de l’Égypte. Il faut que la rédemption soit connue comme un fait accompli, avant que l’on puisse avoir en aucune manière une idée juste ou complète de la responsabilité. Tout ceci est parfait et d’une grande beauté. « Si quelqu’un veut faire sa volonté, il connaîtra de la doctrine » (Jean 7:17). Il faut que, dans la puissance de la mort et de la résurrection, nous soyons complètement hors de l’Égypte ; alors, et seulement alors, nous connaîtrons ce qu’est réellement le service du Seigneur. C’est quand, par la foi, nous prenons place dans ces riches et glorieux parvis, dans lesquels le précieux sang de Christ nous introduit ; c’est quand nous regardons autour de nous et que nous contemplons les résultats variés, excellents et merveilleux de l’amour qui nous a rachetés ; c’est quand nous considérons attentivement la personne de Celui qui nous a introduits dans ce lieu et qui nous a fait don de toutes ces richesses, que nous sommes pressés de dire avec le poète :

Que mettre aux pieds d’un tel amour ?

Que donner au Seigneur pour sa grâce infinie ?

Ah ! ma vie et mon cœur sont à lui sans retour.

« Il n’en restera pas un ongle » ; ce sont de nobles paroles ! L’Égypte n’est pas le lieu de quoi que ce soit qui appartienne aux rachetés de Dieu : Dieu est digne de tout ; « corps, âme, esprit », tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons lui appartient. « Vous n’êtes pas à vous-mêmes, car vous avez été achetés à prix » (1 Cor. 6:19, 20) ; et c’est notre heureux privilège de nous consacrer nous-mêmes, avec tout ce que nous possédons, à Celui auquel nous appartenons et que nous sommes appelés à servir. Il n’y a rien ici d’un esprit légal. Les paroles : « jusqu’à ce que nous soyons parvenus là », sont notre sauvegarde contre ce mal affreux. Nous avons fait « le chemin de trois jours », avant qu’un seul mot relatif au sacrifice se soit fait entendre ou ait pu être compris ; nous sommes mis en possession pleine et incontestée de la vie de résurrection et de la justice éternelle ; nous avons quitté ce pays de mort et de ténèbres ; nous avons été amenés à Dieu lui-même, en sorte que nous pouvons jouir de lui, dans la puissance de cette vie qu’il nous a donnée, et dans cette sphère de justice dans laquelle nous avons été placés : servir devient ainsi notre joie. Il n’y a pas dans le cœur une seule affection dont Dieu ne soit digne ; il n’y a pas, dans tout le troupeau, de sacrifice trop précieux pour son autel. Plus nous marcherons près de lui et dans une communion intime avec lui, plus aussi nous estimerons que notre nourriture et notre breuvage sont de faire sa sainte volonté. Le croyant considère comme son plus grand privilège, de servir le Seigneur. Il prend son plaisir dans tout exercice et toute manifestation de la nature divine. Il ne marche pas chargé d’un lourd et pénible joug. Son joug est rompu « à cause de l’onction » (Ésaïe 10:27) ; son fardeau a été ôté pour toujours par le sang de la croix, tandis que lui-même, il s’avance « racheté, régénéré et affranchi », en vertu de ces consolantes et encourageantes paroles : « Laisse aller mon peuple » (*)

 

(*) Nous considérons le contenu du chapitre 11 en connexion avec la sécurité d’Israël, abrité sous le sang de l’agneau pascal.

 

1.8   Chapitre 12

« Et l’Éternel dit à Moïse : Je ferai venir encore une plaie sur le Pharaon et sur l’Égypte après cela il vous laissera aller d’ici ; lorsqu’il vous laissera aller complètement, il vous chassera tout à fait d’ici » (chap. 11:1). Il faut encore un coup plus pesant à ce monarque endurci et à son pays, pour l’obliger à laisser aller les bienheureux objets de la grâce souveraine de l’Éternel.

C’est en vain que l’homme s’endurcit et s’élève contre Dieu ; car certainement Dieu peut briser et réduire en poudre le cœur le plus dur, et abattre jusque dans la poussière l’esprit le plus hautain. « Il est puissant pour abaisser ceux qui marchent avec orgueil » (Dan. 4:37). L’homme peut s’imaginer qu’il est quelque chose ; il peut lever haut la tête dans son fol orgueil, comme s’il était son propre maître. Homme vain ! combien peu il connaît sa condition et son caractère véritables ! Il n’est qu’un moyen et un instrument de la méchanceté de Satan, qui cherche à mettre obstacle aux desseins de Dieu. L’intelligence la plus brillante, le génie le plus élevé, l’énergie la plus indomptable, à moins qu’ils ne soient sous le gouvernement immédiat de l’Esprit de Dieu, ne sont qu’autant d’instruments dans la main de Satan pour exécuter ses noirs desseins. Nul homme n’est son propre maître : il est gouverné ou par Christ ou par Satan. Le roi d’Égypte pouvait se croire un agent libre ; cependant il n’était qu’un instrument dans les mains d’un autre. Satan était derrière le trône ; et en conséquence de ce que le Pharaon s’était appliqué à résister aux desseins de Dieu, il fut judiciairement livré à l’influence endurcissante et aveuglante du maître qu’il s’était choisi.

Ceci nous explique une expression qui revient fréquemment dans les premiers chapitres de ce livre : « Et l’Éternel endurcit le cœur du Pharaon » (chap. 9:12). Il ne peut être profitable pour personne de chercher à éviter le sens clair et complet de cette solennelle déclaration. Si l’homme repousse la lumière du témoignage divin, il est judiciairement livré à un endurcissement et à un aveuglement de cœur ; Dieu l’abandonne à lui-même ; et alors Satan arrive, qui l’entraîne, tête baissée, dans la perdition. Il y avait abondamment de lumière pour faire voir au Pharaon l’extravagance et la folie de la voie qu’il poursuivait, en cherchant à retenir ceux que Dieu lui avait commandé de laisser aller. Mais la véritable inclination de son cœur était d’agir contre Dieu, c’est pourquoi Dieu l’abandonna à lui-même et fit de lui un monument pour la manifestation de sa gloire « par toute la terre ». Ceci ne renferme de difficulté que pour ceux dont le désir est de contester avec Dieu, de « s’élever contre le Tout-Puissant » (Job 15:25) et de ruiner leurs âmes immortelles.

Dieu donne quelquefois aux hommes ce qui est en rapport avec le vrai penchant de leur cœur : « à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thes. 2:11, 12). Si les hommes ne veulent pas de la vérité quand elle leur est présentée, ils auront certainement un mensonge s’ils ne veulent pas de Christ, ils auront Satan ; s’ils ne veulent pas du ciel, ils auront l’enfer (*). L’esprit d’incrédulité trouvera-t-il à redire à ceci ? Qu’il commence par prouver que tous ceux qui sont ainsi judiciairement traités ont pleinement répondu à leur responsabilité ; que le Pharaon, par exemple, pour ce qui le regarde, agit, en quelque mesure, selon la lumière qu’il possédait ; et ainsi pour tous les autres. Incontestablement, la tâche de prouver retombe sur ceux qui sont disposés à trouver à redire aux voies de Dieu envers ceux qui rejettent sa vérité. L’enfant de Dieu, simple de cœur, justifiera Dieu dans ses dispensations les plus insondables, et encore qu’il ne puisse pas répondre d’une manière satisfaisante aux questions difficiles d’un esprit incrédule, il trouve son parfait repos dans cette parole : « Le juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste ? » (Gen. 18:25). Il y a infiniment plus de sagesse dans cette manière de résoudre une difficulté apparente, que dans le raisonnement le plus élaboré ; car il est certain qu’un cœur, disposé « à contester contre Dieu » (Rom. 9:20), ne sera pas convaincu par les raisonnements de l’homme.

 

(*) Il y a une grande différence dans la manière dont Dieu agit envers les païens (Rom. 1) et envers ceux qui rejettent l’Évangile (2 Thes. 1:2). Quant aux premiers, il est dit : « Et comme ils n’ont pas eu de sens moral pour garder la connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à un esprit réprouvé » ; mais quant aux seconds, la Parole enseigne que « parce qu’ils n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés, à cause de cela, Dieu leur envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés ». Les païens refusent le témoignage de la création et sont, en conséquence, abandonnés à eux-mêmes. Ceux qui rejettent l’Évangile repoussent la lumière éclatante qui resplendit de la croix et, partant, une « énergie d’erreur » leur sera bientôt envoyée de la part de Dieu. Ceci est bien sérieux pour le temps où nous sommes, dans lequel il y a tant de lumière et de profession de christianisme.

 

Toutefois c’est la prérogative de Dieu de répondre à tous les raisonnements orgueilleux de l’homme, et d’abaisser les superbes imaginations des pensées de l’esprit humain. Il peut imprimer la sentence de mort sur toute la nature, dans ses formes les plus belles. « Il est réservé aux hommes de mourir une fois » (Héb. 9:27). Personne ne peut échapper à cette sentence. L’homme peut chercher à couvrir son humiliation par divers moyens ; à cacher son passage par la vallée de l’ombre de la mort de la manière la plus héroïque ; à donner aux derniers jours humiliants de sa carrière les noms les plus honorables qu’il puisse imaginer ; à dorer d’une fausse lumière le lit de mort ; à décorer le convoi funéraire et la tombe d’un semblant de pompe, d’apparat et de gloire ; à élever sur des restes corrompus un monument splendide, sur lequel sont inscrites les annales de la honte humaine ; il peut faire tout cela, mais la mort est la mort après tout, et il ne peut la retarder d’un seul moment, ni la faire être autre chose que ce qu’elle est, savoir « les gages du péché » (Rom. 6:23).

Ces pensées nous ont été suggérées par les premiers versets du chapitre 11: « Encore une plaie ! » Parole solennelle ! Elle mettait le sceau à l’arrêt de mort prononcé sur les premiers-nés d’Égypte, « les prémices de toute, leur vigueur » (Ps. 105:36). « Et Moïse dit : Ainsi dit l’Éternel : Sur le minuit je sortirai au milieu de l’Égypte et tout premier-né dans le pays d’Égypte mourra, depuis le premier-né du Pharaon, qui est assis sur son trône, jusqu’au premier-né de la servante qui est derrière la meule, et tout premier-né des bêtes. Et il y aura un grand cri dans tout le pays d’Égypte, comme il n’y en a pas eu et il n’y en aura jamais de semblable » (chap. 11:4-6). Telle devait être la plaie finale — la mort dans chaque maison. « Mais contre tous les fils d’Israël, depuis l’homme jusqu’aux bêtes, pas un chien ne remuera sa langue ; afin que vous sachiez que l’Éternel distingue entre les Égyptiens et Israël » (vers. 7). Il n’y a que le Seigneur qui puisse « distinguer » entre ceux qui sont siens et ceux qui ne le sont pas. Il ne nous appartient pas de dire à qui que ce soit : « Tiens-toi loin, ne me touche pas, car je suis saint vis-à-vis de toi » (Ésaïe 65:5) ; ce langage est celui d’un pharisien. Mais quand « Dieu distingue », il est de notre devoir de nous enquérir en quoi cela consiste, et, dans le cas qui nous occupe, nous voyons que c’était une simple question de vie ou de mort. C’est là la grande différence que fait Dieu. Il tire une ligne de démarcation ; et de l’un des côtés de cette ligne est la « vie », de l’autre la « mort ». Plusieurs des premiers-nés de l’Égypte ont pu être aussi beaux et avoir les mêmes attraits que ceux d’Israël, même beaucoup plus ; mais Israël avait la vie et la lumière, fondées sur les conseils de l’amour d’un Dieu Rédempteur, et établies, comme nous allons le voir, par le sang de l’Agneau. Voilà quelle était la bienheureuse position d’Israël, tandis que, d’un autre côté, dans toute l’étendue du pays d’Égypte, depuis le monarque sur le trône jusqu’au serviteur employé à moudre, on ne pouvait voir que la mort, et n’entendre que le cri amer de l’angoisse arraché par le coup terrible de la verge de l’Éternel. Dieu peut abattre l’esprit hautain de l’homme ; il peut faire que la colère de l’homme le loue et se ceindre du reste de la colère (Ps. 76:10). « Et tous ces tiens serviteurs descendront vers moi, et se prosterneront devant moi, disant : Sors, toi, et tout le peuple qui est à tes pieds. Et après cela je sortirai » (chap. 11:8). Dieu accomplira ses propres conseils. Il faut que ses desseins de miséricorde s’effectuent à tout prix ; et la confusion de face sera la part de tous ceux qui s’y opposent. « Célébrez l’Éternel ! car il est bon ; car sa bonté demeure à toujours ;… qui a frappé l’Égypte en ses premiers-nés, car sa bonté demeure à toujours, et a fait sortir Israël du milieu d’eux, car sa bonté demeure à toujours, — à main forte et à bras étendu, car sa bonté demeure à toujours » (Ps. 136:1, 10-12).

« Et l’Éternel parla à Moïse et à Aaron dans le pays d’Égypte, disant : Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l’année » (chap. 12:1, 2). Il y a ici un changement très intéressant dans l’ordre du temps. L’année commune ou civile suivait son cours ordinaire, lorsque l’Éternel l’interrompit en vue de son peuple, lui apprenant ainsi, en principe, qu’il devait commencer une ère nouvelle avec Lui. L’histoire antérieure d’Israël ne devait plus compter désormais ; la rédemption devait constituer le premier pas dans la vie réelle.

Ceci nous apprend une vérité bien simple, c’est que la connaissance d’un salut parfait et d’une paix stable et assurée, par le sang précieux de l’Agneau, place l’homme au milieu d’un nouvel ordre de choses et devient pour lui le commencement de sa vie avec Dieu. Jusque-là, il est, selon le jugement de Dieu et l’expression des Écritures, mort dans ses fautes et dans ses péchés, étranger à la vie de Dieu (Éph. 2:1 ; 4:18). Son histoire tout entière n’est qu’un espace vide, encore que, dans l’estimation de l’homme, elle puisse avoir été une longue scène de bruyante activité. Tout ce qui captive l’attention de l’homme du monde, les honneurs, les richesses, les plaisirs, les attraits de la vie, toutes ces choses, considérées à la lumière du jugement de Dieu et pesées à la balance du sanctuaire, ne sont au fond qu’un vide affreux, un néant, indigne d’occuper une place dans les récits de l’Esprit Saint. « Qui désobéit au Fils ne verra pas la vie » (Jean 3:36). Les hommes parlent de jouir de la vie, quand ils se lancent dans la société, quand ils voyagent de côté et d’autre pour voir tout ce qui se peut voir ; mais ils oublient que le seul moyen réel et véritable de « voir la vie », c’est de « croire au Fils de Dieu ».

Mais les hommes pensent autrement. Ils s’imaginent que la « vraie vie » prend fin dès qu’un homme devient chrétien, de fait et en vérité, non pas de nom et de profession extérieure seulement ; tandis que la parole de Dieu nous apprend que ce n’est qu’alors que nous pouvons voir la vie et goûter le vrai bonheur. « Celui qui a le Fils a la vie » (1 Jean 5:12). Et encore : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert » (Ps. 32:1). Nous ne pouvons avoir la vie et le bonheur qu’en Christ seul. En dehors de lui tout est mort et misère selon le jugement du ciel, quelles que soient d’ailleurs les apparences. C’est quand le voile épais de l’incrédulité a été ôté de dessus le cœur, c’est quand nous pouvons voir, des yeux de la foi, l’Agneau immolé, portant sur le bois maudit le pesant fardeau de notre culpabilité, que nous entrons dans le sentier de la vie, et que nous participons à la coupe de la félicité divine. Cette vie commence à la croix et coule jusque dans une éternité de gloire, et la félicité devient chaque jour plus profonde et plus pure, se rattache chaque jour davantage à Dieu et repose davantage sur Christ, jusqu’à ce que nous atteignions sa sphère propre, dans la présence de Dieu et de l’Agneau. Chercher la vie et le bonheur par un autre moyen est un travail bien plus vain que de vouloir « faire des briques sans paille ».

Il est vrai que l’Ennemi des âmes sait colorer la scène passagère de la vie présente, pour faire croire à l’homme qu’elle est toute d’or. Il élève plus d’un théâtre de marionnettes, pour exciter le rire d’une multitude insouciante et légère, qui ne veut pas se souvenir que c’est Satan qui fait mouvoir les fils, et que son but est d’éloigner les âmes de Christ et de les entraîner dans la perdition éternelle. Il n’y a rien de réel, rien de solide, rien de satisfaisant qu’en Christ. En dehors de lui, « tout est vanité et poursuite du vent » (Eccl. 2:17). En lui seul se trouvent les joies véritables et éternelles ; et ce n’est que quand nous commençons à vivre en lui, de lui, avec lui et pour lui que nous commençons à vivre véritablement. « Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois ; il sera pour vous le premier des mois de l’année ». Le temps passé dans les fours à briques et près des potées de chair est comme non avenu ; il doit l’être désormais pour Israël, sauf que le souvenir de ce temps devrait toujours de nouveau servir à ranimer et à rendre plus profond en lui le sentiment de ce que la grâce divine a accompli en sa faveur.

« Parlez à toute l’assemblée d’Israël, disant : Au dixième jour de ce mois, vous prendrez chacun un agneau par maison de père, un agneau par maison… Vous aurez un agneau sans défaut, mâle, âgé d’un an ; vous le prendrez d’entre les moutons ou d’entre les chèvres ; et vous le tiendrez en garde jusqu’au quatorzième jour de ce mois ; et toute la congrégation de l’assemblée d’Israël l’égorgera entre les deux soirs » (vers. 3-6). C’est ici la rédemption du peuple fondée sur le sang de l’Agneau, selon le dessein éternel de Dieu ; nous apprenons ce qui communique à cette rédemption sa divine stabilité. La rédemption n’a point été en Dieu une pensée seconde : avant que le monde fût, ou Satan, ou le péché ; avant que jamais la voix de Dieu eût interrompu le silence de l’éternité et appelé les mondes à l’existence, ses grands desseins d’amour existaient par devers Lui, et ces conseils ne peuvent jamais trouver un fondement suffisamment solide dans la création. Tous les privilèges, toutes les bénédictions et les gloires de la création reposaient sur l’obéissance d’une créature, et du moment que celle-ci faillit, tout fut perdu. Mais la tentative que fit Satan de troubler et de corrompre la création n’a fait qu’ouvrir la voie à la manifestation des desseins plus profonds de Dieu dans la rédemption.

Cette merveilleuse vérité nous est présentée en type dans le fait que l’agneau était « tenu en garde depuis le dixième jusqu’au quatorzième jour ». Cet agneau, incontestablement, était la figure du Christ, ainsi que l’enseignent expressément les passages suivants : « Car aussi notre Pâque, Christ, a été sacrifiée » (1 Cor. 5:7) ; et : « Sachant que vous avez été rachetés de votre vaine conduite, qui vous avait été enseignée par vos pères, non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache, préconnu dès avant la fondation du monde, mais manifesté à la fin des temps pour vous » (1 Pierre 1:18-20).

Tous les desseins de Dieu, de toute éternité, avaient rapport à Christ, et aucun effort de l’Ennemi n’a jamais pu y porter atteinte ; bien au contraire, tous ces efforts n’ont fait que contribuer à la manifestation de la sagesse insondable et de la fermeté immuable des conseils de Dieu. Si « l’Agneau sans défaut et sans tache » a été « préconnu dès avant la fondation du monde », assurément la rédemption doit avoir été dans les pensées de Dieu avant la fondation du monde. Le Dieu bienheureux n’eut pas besoin de combiner un plan, au moyen duquel il pût remédier au mal terrible que l’Ennemi avait introduit dans la création : non ; il n’eut qu’à faire sortir, du trésor inexploré de ses merveilleux conseils, la vérité concernant l’Agneau sans tache, qui avait été préconnu de toute éternité, et qui devait être « manifesté dans les derniers temps pour nous ».

Il n’y avait pas besoin du sang de l’Agneau dans la création, lorsqu’elle sortit toute jeune et fraîche des mains du Créateur, manifestant, dans chacune de ses phases et de ses parties, l’empreinte admirable de la main divine, les preuves infaillibles de « sa puissance éternelle et de sa divinité » (Rom. 1:20). Mais quand, « par un seul homme » (Rom. 5:12), le péché eut été introduit dans le monde, alors fut révélée la pensée plus profonde, plus parfaite, plus glorieuse de la rédemption par le sang de l’Agneau. Cette merveilleuse vérité apparut d’abord à travers l’épais nuage qui entourait nos premiers parents, alors qu’ils sortirent du jardin d’Éden ; ses rayons commencèrent à briller dans les types et les ombres de l’économie mosaïque ; elle resplendit sur le monde dans tout son éclat, alors que « l’Orient d’en haut » (Luc 1:78) apparut dans la personne de « Dieu manifesté en chair » (1 Tim. 3:16) ; et ses riches et glorieux résultats se réaliseront, alors que la grande multitude, vêtue de blanc et tenant des palmes à la main, s’assemblera autour du trône de Dieu et de l’Agneau, et que la création tout entière se reposera sous le sceptre de paix du Fils de David.

Ainsi, l’agneau pris le dixième jour et tenu en garde jusqu’au quatorzième jour, nous présente Christ, préconnu de Dieu de toute éternité, mais manifesté pour nous dans le temps. Le dessein éternel de Dieu en Christ devient le fondement de la paix du croyant. Rien moins que cela ne serait suffisant, nous sommes reportés bien au-delà de la création, au-delà des limites du temps, au-delà de l’entrée du péché dans le monde, de tout ce qui pouvait porter atteinte au fondement de notre paix. L’expression de « préconnu dès avant la fondation du monde », nous reporte en arrière dans les profondeurs insondables de l’éternité, et nous montre Dieu, formant ses plans d’amour et de rédemption, et les faisant tous reposer sur le sang expiatoire de son immaculé et précieux Agneau. Christ fut toujours la pensée première de Dieu ; aussi, dès que Dieu commence à parler ou à agir, il en prend occasion de présenter en figure Celui qui occupait la place la plus élevée dans ses conseils et ses affections ; et en poursuivant le courant de l’inspiration, nous voyons que chaque cérémonie, chaque rite, chaque ordonnance et chaque sacrifice annonçait à l’avance « l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jean 1:29, 36), et aucun d’une manière plus frappante que « la Pâque ». L’agneau pascal, avec toutes les circonstances qui s’y rattachent, forme l’un des types les plus intéressants et les plus profondément instructifs de l’Écriture.

Nous avons affaire, dans l’interprétation de ce chapitre 12 de l’Exode, avec une assemblée et un sacrifice. « Et toute la congrégation de l’assemblée d’Israël l’égorgera entre les deux soirs » (vers. 6). Ce n’est pas tant un nombre de familles avec plusieurs agneaux (ce qui d’ailleurs est très vrai en soi), qu’une seule assemblée et un seul agneau. Chaque famille n’était que l’expression locale de l’assemblée tout entière, réunie autour de l’agneau, comme il en est de l’Église de Christ tout entière, rassemblée par le Saint Esprit au nom de Jésus, de laquelle chaque assemblée particulière, quelque part qu’elle se réunisse, devait être l’expression locale.

« Et ils prendront de son sang, et en mettront sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte, aux maisons dans lesquelles ils le mangeront, et ils en mangeront la chair cette nuit-là ; ils la mangeront rôtie au feu, avec des pains sans levain, et des herbes amères. Vous n’en mangerez pas qui soit à demi-cuit, ou qui ait été cuit dans l’eau, mais rôti au feu : la tête, et les jambes, et l’intérieur » (vers. 7-9). L’agneau pascal se présente à nous sous deux aspects différents, savoir, comme fondement de la paix et comme centre d’unité. Le sang sur le linteau assurait la paix à Israël. « Et je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous » (vers. 13). Il ne fallait rien autre que l’application du sang d’aspersion, pour qu’on pût jouir d’une paix assurée, relativement à l’ange destructeur. La mort avait son œuvre à faire dans toutes les maisons du pays d’Égypte. « Il est réservé aux hommes de mourir une fois » (Héb. 9:27). Mais Dieu, dans sa grande miséricorde, trouva pour Israël un substitut sans tache, sur lequel la sentence de mort fut exécutée. Les exigences de la gloire de Dieu et le besoin d’Israël trouvèrent ainsi dans une seule et même chose, savoir dans le sang de l’agneau, ce qui, également, les satisfaisait. Le sang au dehors disait que tout était parfaitement réglé, puisque c’était Dieu qui était intervenu ; et par conséquent une parfaite paix régnait au dedans. L’ombre d’un doute dans le cœur d’un Israélite aurait été un déshonneur jeté sur le divin fondement de la paix, savoir le sang de propitiation.

Sans doute, chacun de ceux qui étaient au-dedans de la porte aspergée de sang devait nécessairement sentir que, s’il avait dû recevoir la juste rétribution de ses péchés, l’épée du destructeur l’eût bien certainement frappé ; mais l’agneau avait subi, à sa place, le traitement qu’il avait mérité. C’était là le solide fondement de sa paix. Le jugement qui lui revenait était tombé sur une victime préordonnée de Dieu ; et, croyant cela, il pouvait manger en paix dans l’intérieur de la maison. Un seul doute aurait fait l’Éternel menteur, car il avait dit : « Je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous ». Cela suffisait. Il ne s’agissait pas de mérite personnel ; le moi était absolument hors de question. Tous ceux qui étaient abrités par le sang étaient en sûreté. Ils n’étaient pas seulement en état d’être sauvés ; — ils étaient sauvés. Ils n’en étaient pas à espérer qu’ils seraient sauvés, ou à prier qu’ils le fussent ; ils savaient, comme un fait avéré, qu’ils l’étaient, sur l’autorité de cette parole qui demeurera de génération en génération. En outre, ils n’étaient pas en partie sauvés et en partie exposés au jugement, ils étaient complètement sauvés. Le sang de l’agneau et la parole de l’Éternel constituaient le fondement de la paix d’Israël dans cette nuit terrible, dans laquelle la mort frappa les premiers-nés de l’Égypte. Si un seul cheveu d’une tête israélite eût pu être touché, ce fait aurait démenti la parole de l’Éternel, et déclaré inutile le sang de l’agneau.

Il est très important d’avoir une intelligence claire de ce qui constitue le fondement de la paix du pécheur, dans la présence de Dieu. On associe tant de choses à l’œuvre accomplie de Christ, que les âmes sont plongées dans l’incertitude et l’obscurité quant à leur acceptation. Elles ne discernent pas le caractère absolu de la rédemption par le sang de Christ, dans son application à elles-mêmes. Elles semblent ignorer que le plein pardon des péchés repose sur le simple fait qu’une expiation parfaite a été accomplie, fait attesté à la vue de toute intelligence créée, par la résurrection d’entre les morts du garant des pécheurs. Elles savent qu’il n’y a pas d’autre moyen d’être sauvé que le sang de la croix, mais les démons le savent aussi et cela ne leur profite de rien. Ce qu’elles ne savent pas, et ce dont nous avons besoin, c’est de savoir que nous sommes sauvés. L’Israélite ne savait pas seulement que le sang était une sauvegarde, il savait que lui était en sécurité. Et pourquoi ? Était-ce en vertu de quelque chose qu’il eût fait, ou senti, ou pensé ? Nullement, mais parce que Dieu avait dit : « Je verrai le sang et je passerai par-dessus vous ». Il se reposait sur le témoignage de Dieu ; il croyait ce que Dieu avait dit, parce que Dieu l’avait dit « il scellait que Dieu est vrai » (Jean 3:33).

Remarquez, cher lecteur, que ce n’était pas sur ses propres pensées, sur ses sentiments, ou sur ses expériences relativement au sang que l’Israélite se reposait. C’eût été se reposer sur un misérable fondement de sable. Ses pensées et ses sentiments pouvaient être profonds ou superficiels ; mais, profonds ou superficiels, ils n’avaient rien à faire avec le fondement de sa paix. Dieu n’avait pas dit : « Quand vous verrez le sang et que vous l’estimerez comme il doit être estimé, je passerai par-dessus vous ». Cela eût suffi pour plonger l’Israélite dans un profond désespoir quant à lui-même, attendu qu’il est impossible à l’esprit humain de jamais apprécier suffisamment le précieux sang de l’agneau. Ce qui donnait la paix, c’était le fait que l’œil de l’Éternel reposait sur le sang, et l’Israélite savait que Lui l’estimait à sa valeur. « Je verrai le sang ! » C’est là ce qui tranquillisait le cœur. Le sang était en dehors, sur le linteau de la porte, et l’Israélite qui était en dedans ne pouvait pas le voir : mais Dieu voyait le sang, et cela suffisait parfaitement.

L’application de ce qui précède à la question de la paix d’un pécheur est bien simple. Le Seigneur Jésus ayant répandu son sang précieux, en expiation parfaite pour le péché, a porté ce sang dans la présence de Dieu, et là en a fait l’aspersion ; et le témoignage de Dieu assure au pécheur qui croit, que toutes choses ont été réglées en sa faveur, — réglées, non par l’estimation qu’il fait du sang, mais par le sang lui-même, qui a une si haute valeur aux yeux de Dieu, que, à cause de ce sang, et de lui seul, Dieu peut avec justice pardonner tout péché, et recevoir le pécheur comme parfaitement juste en Christ. Comment un homme pourrait-il jouir d’une paix solide, si sa paix dépendait de l’estimation qu’il fait du sang ? L’estimation la plus haute que l’esprit humain puisse faire du sang, ne sera jamais qu’infiniment au-dessous de sa divine valeur ; si donc notre paix devait dépendre de notre juste appréciation de ce qu’il vaut, nous ne pourrions pas plus jouir d’une paix solide et assurée que si nous cherchions cette paix par des « œuvres de loi » (Rom. 9:32 ; Gal. 2:16 ; 3:10). Il faut qu’il y ait un fondement de paix suffisant dans le sang seul, autrement nous n’aurons jamais la paix. Mêler à ce sang l’estimation que nous en faisons, c’est renverser tout l’édifice du christianisme, aussi effectivement que si nous conduisions le pécheur au pied du Sinaï, et que nous le placions sous une alliance d’œuvres. Ou bien le sacrifice de Christ est suffisant, ou bien il ne l’est pas. S’il est suffisant, pourquoi ces doutes et ces craintes ? Par les paroles de nos lèvres, nous déclarons que l’œuvre est accomplie, mais les doutes et les craintes du cœur disent qu’elle ne l’est pas. Tous ceux qui doutent de leur pardon parfait et éternel nient, pour autant qu’il s’agit d’eux, l’accomplissement et la perfection du sacrifice de Christ.

Mais il y a un grand nombre de personnes qui reculeraient à l’idée de mettre en doute, ouvertement et de propos délibéré, l’efficace du sacrifice de Christ, et qui, néanmoins, ne jouissent pas d’une paix assurée. Ces personnes-là se disent convaincues que le sang de Christ suffit parfaitement aux besoins du pécheur, si seulement elles étaient sûres d’avoir une part dans ce sang ; si seulement elles avaient la véritable foi. Beaucoup d’âmes pieuses se trouvent dans cette triste condition. Elles sont occupées de leur foi et de leurs sentiments, au lieu d’être occupées du sang de Christ et de la parole de Dieu ; en d’autres termes, elles regardent au-dedans d’elles-mêmes, au lieu de regarder en dehors, à Christ. Ce n’est pas là la foi ; et par conséquent elles n’ont point de paix. L’Israélite abrité sous l’aspersion du sang pourrait enseigner à ces âmes une leçon très opportune. Il n’était pas sauvé, lui, par la valeur qu’il attachait lui-même au sang, mais simplement par le sang. Sans doute, il appréciait le sang, comme aussi il a dû avoir des pensées à l’égard de ce sang ; mais Dieu n’avait pas dit : « Quand je verrai l’appréciation que vous faites du sang, je passerai par-dessus vous », mais : « je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous ». Le sang, avec sa valeur et sa divine efficacité, était placé devant Israël ; et si le peuple eût voulu placer, ne fût-ce qu’un morceau de pain sans levain, à côté du sang, comme fondement de sécurité, il aurait fait Dieu menteur, et nié la parfaite suffisance de son remède.

Nous sommes toujours portés à chercher en nous-mêmes ou dans ce qui vient de nous, quelque chose qui puisse constituer, avec le sang de Christ, le fondement de notre paix. Il existe sur ce point vital, chez beaucoup de chrétiens, un bien fâcheux manque de clarté et d’intelligence, comme le démontrent les doutes et les craintes, dont un si grand nombre d’entre eux sont tourmentés. Nous sommes enclins à regarder le fruit de l’Esprit en nous, plutôt que l’œuvre de Christ pour nous, comme le fondement de notre paix. Nous aurons l’occasion de voir bientôt quelle est la place qu’occupe l’œuvre du Saint Esprit dans le christianisme ; mais jamais cette œuvre n’est présentée dans l’Écriture, comme étant ce sur quoi notre paix repose. Le Saint Esprit n’a pas fait la paix ; mais Christ l’a faite ; il n’est pas dit que le Saint Esprit soit notre paix, mais il est dit que Christ est notre paix ; Dieu n’a pas envoyé prêcher « la paix par le Saint Esprit », mais « la paix par Jésus Christ » (comp. Act. 10:36 ; Éph. 2:14, 17 ; Col. 1:20). On ne peut saisir avec trop de simplicité cette distinction importante. C’est par le sang de Christ que nous avons la paix, une justification parfaite, la justice divine ; c’est lui qui purifie la conscience, lui qui nous introduit dans le Saint des Saints, qui fait que Dieu est juste en recevant le pécheur qui croit, et lui qui nous donne droit à toutes les joies, à tous les honneurs, à toutes les gloires du ciel (voyez Rom. 3:24-26 ; 5:9 ; Éph. 2:13-18 ; Col. 1:20-22 ; Héb. 9:14 ; 10:19 ; 1 Pierre 1:19 ; 2:24 ; 1 Jean 1:7 ; Apoc. 7:14-17).

On ne pensera pas, je l’espère bien, qu’en cherchant à exposer quelle est, devant Dieu, la valeur du précieux sang de Christ, je veuille écrire un seul mot qui puisse paraître amoindrir l’importance des opérations de l’Esprit. À Dieu ne plaise ! Le Saint Esprit révèle Christ, nous fait connaître Christ, nous fait jouir de Lui, et nous nourrit de Lui ; il rend témoignage à Christ, il prend les choses de Christ et nous les communique. C’est lui qui est la puissance de la communion, le sceau, le témoin, les arrhes, l’onction. En un mot, les opérations bénies de l’Esprit sont absolument essentielles. Sans lui, nous ne pouvons ni voir, ni entendre, ni sentir, ni expérimenter, ni manifester quoi que ce soit de Christ, ni en jouir. La doctrine des opérations de l’Esprit est clairement exposée dans l’Écriture, elle est comprise et reçue par tout chrétien fidèle et bien enseigné.

Cependant, et malgré tout cela, l’œuvre de l’Esprit n’est pas le fondement de la paix ; si elle l’était, nous ne pourrions pas avoir de paix solide et assurée avant la venue de Christ, attendu que l’œuvre de l’Esprit, dans l’Église, ne sera, à proprement parler, achevée qu’alors. L’Esprit poursuit son œuvre dans le croyant. Il « intercède par des soupirs inexprimables » (Rom. 8:26) ; il travaille pour nous faire parvenir à la stature à laquelle nous avons été destinés, savoir à une parfaite conformité, en toutes choses, à l’image du « Fils » ; il est l’unique auteur de tout bon désir, de toute aspiration sainte, de toute affection pure, de toute expérience divine, de toute conviction saine, mais il est clair que son œuvre en nous ne sera complète, que lorsque nous aurons quitté la scène présente de ce monde pour prendre place avec Christ dans la gloire, tout comme le serviteur d’Abraham n’eut achevé son œuvre pour ce qui concernait Rebecca que lorsqu’il l’eut présentée à Isaac.

Il n’en est pas de même de l’œuvre de Christ pour nous. Elle est absolument et éternellement complète. Christ a pu dire : « J’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire » (Jean 17:4). Et encore : « C’est accompli ! » (Jean 19:30). Mais le Saint Esprit ne peut pas dire encore qu’il ait fini son œuvre. Comme le vrai Vicaire de Christ sur la terre, il travaille encore au milieu des diverses influences hostiles qui environnent la sphère de ses opérations ; il travaille dans le cœur des enfants de Dieu pour les faire parvenir, d’une manière expérimentale et pratique, à la hauteur du modèle à l’image duquel ils doivent être rendus conformes. Mais jamais il ne conduit une âme à faire dépendre sa paix dans la présence de Dieu de l’œuvre qu’il opère en elle. La mission du Saint Esprit est de parler de Jésus ; il ne parle pas de lui-même. « Il prendra de ce qui est à moi, dit Christ, et vous l’annoncera » (Jean 16:14). Si donc ce n’est que par l’enseignement de l’Esprit que l’on peut comprendre le vrai fondement de la paix, et si l’Esprit ne parle jamais de lui-même, il est évident qu’il ne peut présenter que l’œuvre de Christ comme le fondement sur lequel l’âme doit s’appuyer pour toujours ; bien plus, c’est en vertu de cette œuvre que l’Esprit fait sa demeure et accomplit ses merveilleuses opérations dans le cœur du croyant. Il n’est pas notre titre, bien que ce soit lui qui nous le révèle, et nous rend capables de le comprendre et d’en jouir.

Ainsi l’agneau pascal, comme fondement de la paix d’Israël, est un type remarquable et magnifique de Christ, comme fondement de la paix du croyant. Il n’y avait rien à ajouter au sang sur le linteau, et il n’y a rien non plus à ajouter au sang sur le propitiatoire. Le « pain sans levain » et « les herbes amères » étaient nécessaires ; mais ils ne formaient pas le fondement de la paix, ni en tout, ni en partie. Ils étaient pour l’intérieur de la maison, constituaient les signes caractéristiques de la communion dans cette maison ; mais le sang de l’agneau était le fondement de tout. Il sauvait les Israélites de la mort et les introduisait dans une scène de vie, de lumière et de paix. Il formait le lien entre Dieu et son peuple racheté. En tant que peuple en relation avec Dieu sur le fondement d’une rédemption accomplie, c’était pour les Israélites un grand privilège que d’être placés sous certaines responsabilités ; mais ces responsabilités ne formaient pas le lien, elles ne faisaient qu’en découler.

Je désire aussi rappeler à mon lecteur que la vie d’obéissance de Christ n’est pas présentée dans l’Écriture comme la cause qui nous procure le pardon ; c’est la mort de Christ sur la croix qui ouvrit un libre cours à l’amour. Si Christ eût continué jusqu’à maintenant à parcourir les villes d’Israël, « faisant du bien » (Act. 10:38), le voile du temple serait encore entier et fermerait à l’adorateur le libre accès auprès de Dieu. Ce fut la mort de Christ qui déchira « ce voile mystérieux » depuis le haut jusqu’en bas (Marc 15:38). C’est par ses « meurtrissures » et non par sa vie d’obéissance, que nous avons la guérison (Ésa. 53:5 ; 1 Pierre 2:24) ; et ces « meurtrissures », c’est sur la croix qu’il les a endurées, nulle part ailleurs. Ses propres paroles, prononcées durant le cours de sa vie bénie, suffisent parfaitement pour nous faire comprendre le sens du passage où il dit : « J’ai à être baptisé d’un baptême, et combien suis-je à l’étroit jusqu’à ce qu’il soit accompli » (Luc 12:50). À quoi se rapporte cette déclaration, si ce n’est à sa mort sur la croix, qui était l’accomplissement de son baptême et qui ouvrait à son amour un chemin par lequel il pouvait, avec justice, couler librement vers les coupables fils d’Adam ? Puis il dit encore : « À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul » (Jean 12:24). Il était, Lui, ce précieux « grain de blé », et il serait pour toujours resté « seul », quoiqu’il ait été fait chair, si, par sa mort sur le bois maudit, il n’eût écarté tout ce qui aurait pu empêcher l’union de son peuple avec lui dans la résurrection. « S’il meurt, il porte beaucoup de fruit ».

Mon lecteur ne peut pas méditer avec trop de soin ce sujet infiniment sérieux et important. Il est, relativement à cette question, deux points dont il faut toujours se souvenir, savoir : qu’il n’y avait pas d’union possible avec Christ autrement que dans la résurrection ; et que Christ n’a souffert pour les péchés que sur la croix. Il ne faut pas nous imaginer que Christ nous ait unis à lui-même par l’incarnation ; cela était impossible. Comment notre chair de péché aurait-elle pu être unie de cette manière ? Il fallait que le corps du péché fût détruit par la mort ; il fallait que le péché fût ôté : la gloire de Dieu l’exigeait, et que toute la puissance de l’Ennemi fût abolie. Comment tout cela pouvait-il être accompli, si ce n’est par la soumission de l’Agneau de Dieu, précieux et sans tache, à la mort de la croix ? « Il convenait pour lui, à cause de qui sont toutes choses… que, amenant plusieurs fils à la gloire, il consommât le chef de leur salut par des souffrances » (Héb. 2:10). « Voici, je chasse des démons et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour je suis consommé » (Luc 13:32). Les expressions « consommer » et « consommé », dans les passages ci-dessus, ne se rapportent pas à Christ dans sa propre personne d’une manière abstraite, car il était parfait de toute éternité comme Fils de Dieu, et quant à son humanité, il était également absolument parfait. Mais, comme « chef du salut », comme « amenant plusieurs enfants à la gloire », comme « portant beaucoup de fruit », comme s’associant un peuple racheté, il fallut qu’il atteignît le « troisième jour » pour qu’il fût « consommé ». Il descendit tout seul dans « le puits de la destruction et le bourbier fangeux » ; mais aussitôt il posa son « pied sur le roc » de la résurrection et s’associa « plusieurs fils » (Ps. 40:1-3). Il combattit seul dans la bataille ; mais, en puissant vainqueur, il distribue à ceux qui l’entourent le riche butin, fruit de sa victoire, afin que nous le recueillions et que nous en jouissions pour toujours.

Il ne faut pas non plus envisager la croix de Christ comme n’étant qu’une circonstance dans une vie de souffrance expiatoire pour le péché. La croix fut le grand et seul acte de souffrance expiatoire pour le péché. « Lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois » (1 Pierre 2:24) ; il ne les a portés nulle part ailleurs. Il ne les a portés ni dans la crèche, ni au désert, ni dans le jardin, mais uniquement « sur le bois ». Il n’eut jamais rien à faire avec le péché, sous ce rapport-là, sauf à la croix ; et, sur la croix, il baissa la tête et laissa sa vie, sous le poids des péchés accumulés de son peuple. Jamais non plus, il ne souffrit de la main de l’Éternel ailleurs que sur la croix ; mais, là, l’Éternel lui cacha sa face, parce qu’il était « fait péché » (2 Cor. 5:21).

Cette succession de pensées, et les divers passages dont elles découlent, aideront peut-être le lecteur à saisir plus complètement la divine puissance de ces paroles : « Quand je verrai le sang, je passerai par-dessus vous ». Il fallait, sans aucun doute, que l’agneau fût sans tache, pour qu’il pût supporter le saint regard de l’Éternel. Mais si le sang n’eût pas été répandu, l’Éternel n’aurait pas pu passer par-dessus le peuple, car « sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission » (Héb. 9:22). Nous méditerons ce sujet, Dieu voulant, d’une manière plus complète dans les types du Lévitique ; il mérite l’attention sérieuse de tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus Christ en sincérité.

Envisageons maintenant la Pâque sous son second point de vue, c’est-à-dire, comme le centre autour duquel l’assemblée était réunie, dans une paisible, sainte et heureuse communion. Israël, sauvé par le sang, était une chose ; et Israël, mangeant l’agneau, en était une autre toute différente. Les Israélites n’étaient sauvés que par le sang, mais l’objet autour duquel ils étaient rassemblés était évidemment l’agneau rôti. Ceci n’est nullement une distinction arbitraire. Le sang de l’agneau constitue à la fois le fondement de notre relation avec Dieu, et de notre relation les uns avec les autres. C’est comme étant ceux qui sont lavés dans ce sang que nous sommes amenés à Dieu et les uns aux autres. En dehors de l’expiation parfaite de Christ, il ne peut y avoir aucune communion, soit avec Dieu, soit avec l’assemblée de Dieu. Toutefois, c’est autour d’un Christ vivant dans le ciel, que les croyants sont rassemblés par le Saint Esprit. C’est à un Chef vivant que nous sommes unis, à une « pierre vivante » que nous sommes venus (1 Pierre 2:4). Il est notre centre. Ayant trouvé la paix, par son sang, nous le reconnaissons comme notre grand centre de rassemblement et comme le lien qui nous unit. « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matt. 18:20). Le Saint Esprit seul est celui qui rassemble ; Christ lui-même est le seul objet autour duquel nous sommes rassemblés ; et notre assemblée, ainsi réunie, doit être caractérisée par la sainteté, afin que le Seigneur notre Dieu puisse habiter au milieu de nous. Le Saint Esprit ne peut rassembler qu’autour de Christ ; il ne peut pas rassembler autour d’un système, d’un nom, d’une doctrine, ou d’une ordonnance. Il rassemble autour d’une personne, et cette personne est Christ glorifié dans le ciel. Ce fait doit communiquer un caractère particulier à l’assemblée de Dieu. Les hommes peuvent s’associer sur un fondement, autour d’un centre, ou en vue d’un objet de leur choix ; mais quand c’est le Saint Esprit qui associe, il le fait sur le fondement d’une rédemption accomplie, autour de la personne de Christ, et afin d’édifier pour Dieu une sainte habitation (1 Cor. 3:16, 17 ; Éph. 2:21, 22 ; 1 Pierre 2:4, 5).

Nous avons à considérer maintenant, en détail, les principes que nous présente la fête de la Pâque. L’assemblée d’Israël, abritée sous le sang, devait être organisée par l’Éternel d’une manière qui fût digne de Lui-même. Pour mettre à l’abri du jugement, comme nous l’avons déjà vu, il ne fallait rien autre que le sang ; mais dans la communion qui découlait de la sécurité que procurait le sang, il fallait d’autres choses, et des choses qui ne pouvaient être négligées impunément.

Et d’abord, nous lisons : « Ils en mangeront la chair cette nuit-là ; ils la mangeront rôtie au feu avec des pains sans levain, et des herbes amères. Vous n’en mangerez pas qui soit à demi cuit ou qui ait été cuit dans l’eau, mais rôti au feu : la tête, et les jambes, et l’intérieur » (vers. 8, 9). L’agneau, autour duquel la congrégation était rassemblée, et qu’ils mangeaient en faisant la fête, était un agneau rôti, un agneau qui avait passé sous l’action du feu. En ceci nous voyons « notre Pâque, Christ » (1 Cor. 5:7), s’exposant Lui-même à l’action du feu de la sainteté et du jugement de Dieu, qui trouvèrent en Lui un objet parfait. Il a pu dire : « Tu as sondé mon cœur, tu m’as visité de nuit ; tu m’as éprouvé au creuset, tu n’as rien trouvé ; ma pensée ne va pas au-delà de ma parole » (Ps. 17:3). Tout en Lui a été parfait ; le feu l’éprouva, et il n’y eut point d’écume. « La tête, les jambes et l’intérieur », c’est-à-dire le siège de son intelligence, sa marche extérieure avec toutes les affections dont elle découlait, tout fut soumis à l’action du feu, et tout fut trouvé entièrement parfait. La manière dont on devait rôtir l’agneau était très significative, comme l’est aussi chaque détail dans les ordonnances de Dieu.

« Vous n’en mangerez pas qui soit à demi cuit ou qui ait été cuit dans l’eau ». Si l’agneau eût été mangé de cette manière, il n’eût pas été l’expression de la grande et précieuse vérité que, dans l’intention de Dieu, il devait préfigurer, savoir que notre Agneau pascal a dû endurer sur la croix le feu de la juste colère de l’Éternel. Nous ne sommes pas seulement sous la protection éternelle du sang de l’Agneau, mais par la foi nous nous nourrissons de la personne de l’Agneau. Beaucoup d’entre nous sont en défaut à cet égard. Nous sommes portés à nous contenter d’être sauvés par l’œuvre que Christ a accomplie pour nous, sans nous maintenir dans une sainte communion avec lui. Son cœur aimant ne pouvait pas se contenter de cela. Il nous a approchés de lui, afin que nous puissions jouir de lui, nous nourrir de lui et nous réjouir en lui ! Il se présente à nous comme celui qui a enduré, dans toute sa rigueur, le feu intense de la colère de Dieu, afin qu’il fût, sous ce caractère merveilleux, l’aliment de nos âmes rachetées.

Mais comment cet agneau devait-il être mangé ? « Avec des pains sans levain et des herbes amères ». Le levain est partout, dans l’Écriture, l’emblème du mal. Jamais, ni dans l’Ancien, ni dans le Nouveau Testament, il ne représente quoi que ce soit de pur, de saint ou de bon. Ainsi, dans ce chapitre, « la fête des pains sans levain » est le type de la séparation pratique d’avec le mal, séparation qui résulte du fait que nous sommes lavés de nos péchés dans le sang de l’Agneau, et qui est l’accompagnement nécessaire de la communion à ses souffrances. Il n’y a que le pain complètement dépourvu de levain qui soit compatible avec l’agneau rôti : la plus petite quantité de ce qui était le type exprès du mal aurait détruit le caractère moral de l’ordonnance tout entière. Comment pourrions-nous unir un mal quelconque à notre communion avec un Christ souffrant ? C’est impossible. Tous ceux qui saisissent, par la puissance du Saint Esprit, la signification de la croix, ôteront certainement aussi, par cette même puissance, tout levain du milieu d’eux. « Car aussi notre Pâque, Christ, a été sacrifiée : c’est pourquoi célébrons la fête, non avec du vieux levain, ni avec un levain de malice et de méchanceté, mais avec des pains sans levain de sincérité et de vérité » (1 Cor. 5:7, 8). La fête dont il est question dans ce passage est celle qui, dans la vie et la conduite de l’Église, correspond à la fête des pains sans levain. Cette dernière durait « sept jours » ; et l’Église, collectivement, et le chrétien, individuellement, sont appelés à marcher dans la sainteté pratique, pendant les sept jours, ou la période entière de leur course ici-bas ; et cela comme résultat direct de ce fait, qu’ils sont lavés dans le sang et ont communion avec les souffrances de Christ.

Ce n’était pas afin d’être sauvé que l’Israélite ôtait le levain, mais parce qu’il était sauvé ; et s’il négligeait d’ôter le levain, cette faute, toute grave qu’elle fût, ne mettait pas en question la sécurité par le sang, mais simplement sa communion avec l’autel et avec l’assemblée. « Pendant sept jours il ne se trouvera point de levain dans vos maisons ; car quiconque mangera de ce qui est levé, cette âme-là sera retranchée de l’assemblée d’Israël, étranger ou Israélite de naissance » (vers. 19). Le retranchement de l’assemblée, pour un Israélite, répond précisément à la suspension de la communion pour un chrétien, quand il se permet quelque chose qui est contraire à la sainteté de la présence divine. Dieu ne peut pas tolérer le mal. Une seule pensée impure interrompt la communion de l’âme ; et aussi longtemps que la souillure, contractée par cette pensée, n’a pas été ôtée par la confession, fondée sur l’intercession de Christ, il est impossible que la communion soit rétablie (voyez 1 Jean 1:5-10 ; comp. Ps. 32:3-5). Le chrétien dont le cœur est droit se réjouit de ce qu’il en est ainsi. Il peut toujours « célébrer la mémoire de la sainteté de Dieu » (Ps. 30:4 ; 97:12). Il ne voudrait pas, s’il le pouvait, diminuer la mesure de la sainteté, pas même de l’épaisseur d’un cheveu. C’est pour lui une grande joie que de marcher dans la compagnie de quelqu’un qui ne peut pas, pour un seul moment, supporter le contact du plus petit atome de « levain ».

Que Dieu en soit béni, nous savons que rien ne peut rompre le lien qui unit à lui le vrai croyant. Nous sommes « sauvés par l’Éternel », non d’un salut conditionnel, mais « d’un salut éternel » (Ésaïe 45:17). Mais le salut et la communion ne sont pas une même chose. Il y a beaucoup de personnes sauvées qui ne le savent pas, et il y en a beaucoup aussi qui n’en jouissent pas. Il est impossible que je sois heureux sous l’abri d’un linteau aspergé de sang, s’il y a du levain dans ma demeure. C’est là un axiome dans la vie divine. Puisse-t-il être écrit dans nos cœurs ! Bien qu’elle ne soit pas le fondement de notre salut, la sainteté pratique est intimement unie à la jouissance du salut. Ce n’est pas par le pain sans levain qu’un Israélite était sauvé, mais par le sang ; néanmoins, le pain levé l’aurait privé de la communion. Et, pour ce qui concerne le chrétien, il n’est pas sauvé par sa sainteté pratique, mais par le sang ; cependant, s’il se permet le mal, en pensée, en parole ou en action, il n’aura aucune vraie jouissance du salut, aucune vraie communion avec la personne de l’Agneau.

Dans ce fait, je n’en doute pas, gît le secret d’une bonne partie de la stérilité spirituelle et du défaut de vraie et constante paix que l’on rencontre parmi les enfants de Dieu. Ils ne pratiquent pas la sainteté, ils ne gardent pas « la fête des pains sans levain » (Exode 33:15). Le sang est sur le linteau ; mais le levain, dans leurs maisons, les empêche de jouir de la sécurité que procure le sang. La sanction que nous donnons au mal détruit notre communion, bien qu’elle ne rompe pas le lien qui unit nos âmes éternellement à Dieu. Ceux qui appartiennent à l’assemblée de Dieu doivent être saints ; ils ont non seulement été délivrés de la coulpe et des conséquences du péché, mais encore de la pratique, de la puissance et de l’amour du péché. Le fait même qu’Israël était délivré par le sang de l’Agneau pascal, lui imposait la responsabilité d’ôter du milieu de lui le levain. Les Israélites ne pouvaient pas dire, selon le langage effrayant de l’antinomien [Bibliquest  : gens qui ne se soumettent à aucune loi] « À présent que nous sommes sauvés, nous pouvons nous conduire comme bon nous semble ». En aucune manière ! S’ils étaient sauvés par grâce, ils l’étaient pour la sainteté. Une âme qui peut se prévaloir de la gratuité de la grâce divine et de la perfection de la rédemption qui est en Jésus Christ pour « demeurer dans le péché » (Rom. 6:1), montre clairement par là qu’elle ne comprend ni la grâce, ni la rédemption.

La grâce ne sauve pas seulement l’âme d’un salut éternel, mais encore lui communique une nature qui prend plaisir à tout ce qui est de Dieu, parce qu’elle est divine. Nous sommes rendus participants de la nature divine, qui ne peut pas pécher, parce qu’elle est née de Dieu (Jean 1:13 ; 3:3, 5 ; 2 Pierre 1:4 ; 1 Jean 3:9 ; 5:18). Marcher dans la puissance de cette nature, c’est en réalité « garder » la fête des pains sans levain. Il n’y a ni « vieux levain », ni « levain de malice et de méchanceté » (1 Cor. 5:8) dans la nouvelle nature, parce qu’elle est de Dieu, et Dieu est saint, et « Dieu est amour » (1 Jean 4:8). Ainsi il est évident que ce n’est pas pour améliorer notre vieille nature, qui est irrémédiablement mauvaise et corrompue, que nous ôtons le vieux levain, ni non plus pour obtenir la nouvelle nature, mais parce que nous possédons celle-ci. Nous avons la vie et, dans la puissance de cette vie, nous rejetons le mal. Ce n’est que lorsque nous sommes délivrés de la coulpe du péché que nous pouvons comprendre et manifester la vraie puissance de la sainteté ; vouloir le faire autrement est un travail inutile. On ne peut garder la fête des pains sans levain que sous l’abri parfait du sang.

Il y avait la même convenance morale et une figure également significative dans ce qui devait accompagner le pain sans levain, savoir dans les « herbes amères ». Nous ne pouvons pas jouir de la communion aux souffrances de Christ, sans nous souvenir de ce qui a rendu ces souffrances nécessaires ; et ce souvenir doit nécessairement produire en nous un esprit mortifié et soumis, disposition que représentent avec justesse les « herbes amères » dans la fête de la Pâque. Si l’agneau rôti représente Christ, endurant la colère de Dieu, dans sa propre personne, sur la croix, les herbes amères sont l’expression de la reconnaissance par le croyant de cette vérité, que Christ « a souffert pour nous ». « Le châtiment de notre paix a été sur lui, et par ses meurtrissures nous sommes guéris » (Ésaïe 53:5). Il est bon, à cause de l’excessive légèreté de nos cœurs, que nous saisissions la profonde signification des herbes amères. Qui peut lire des Psaumes tels que les Ps. 6, 22, 38, 69, 88 et 109, sans comprendre, en quelque mesure, ce que représente le pain sans levain avec des herbes amères ? La sainteté pratique de la vie, jointe à une soumission profonde de l’âme, doit découler d’une communion véritable avec les souffrances de Christ ; car il est impossible que le mal moral et la légèreté d’esprit puissent subsister en face de ces souffrances.

Mais, demandera-t-on peut-être, l’âme n’éprouve-t-elle pas une joie profonde dans le sentiment que Christ a porté nos péchés ; qu’il a vidé jusqu’au fond, à notre place, la coupe de la juste colère de Dieu ? Incontestablement, c’est là le fondement de toute notre joie. Mais pouvons-nous jamais oublier que ce fut pour « nos péchés » que Christ souffrit ? Pouvons-nous perdre de vue cette vérité, puissante pour subjuguer les âmes, que l’Agneau de Dieu courba la tête sous le poids de nos transgressions ? Non assurément. Il faut que nous mangions notre agneau avec des herbes amères, qui, nous n’avons pas besoin de le dire, ne représentent pas les larmes d’une vaine et superficielle sentimentalité, mais les réelles et profondes expériences d’une âme qui saisit, avec une intelligence et une puissance spirituelles, la signification et l’effet pratique de la croix.

En contemplant la croix, nous y découvrons ce qui efface toute notre iniquité et l’âme est remplie ainsi de paix et de joie. Mais la croix met aussi complètement de côté la nature ; elle est la crucifixion de « la chair », la mort du « vieil homme » (voyez Rom. 6:6 ; Gal. 2:20 ; 6:14 ; Col. 2:11). Ceci, dans ses résultats pratiques, contiendra bien des choses « amères » pour la nature, nous appellera à nous renoncer nous-mêmes, à mortifier nos membres qui sont sur la terre (Col. 3:5) ; à tenir le moi pour mort au péché (Rom. 6:11). Toutes ces choses peuvent paraître terribles à envisager, mais quand on a pénétré dans l’intérieur de la maison sur la porte de laquelle le sang a été placé, on pense tout différemment. Les herbes mêmes, qui sans doute auraient paru amères à un Égyptien, formaient une partie intégrante de la fête de la délivrance d’Israël. Ceux qui sont rachetés par le sang de l’Agneau, qui connaissent la joie de sa communion, estiment que rejeter le mal et tenir la nature pour morte, est une « fête ».

« Et vous n’en laisserez rien de reste jusqu’au matin ; et ce qui en resterait jusqu’au matin, vous le brûlerez au feu » (vers. 10). Ce commandement nous apprend que la communion de l’assemblée ne devait, en aucune manière, être séparée du sacrifice sur lequel cette communion était fondée. Il faut que le cœur garde toujours le souvenir vivant que toute vraie communion est inséparablement liée à une rédemption accomplie. Croire que l’on puisse avoir communion avec Dieu sur un autre fondement, quel qu’il soit, c’est imaginer que Dieu peut avoir communion avec le mal qui est en nous ; et croire que l’on puisse avoir communion avec l’homme sur un autre fondement, c’est tout simplement organiser une réunion impure et profane de laquelle ne peut résulter autre chose que la confusion et l’iniquité. En un mot, il faut que tout soit fondé sur le sang, et inséparablement lié au sang. Telle est la simple signification de cette ordonnance, qui enjoignait de manger l’agneau pascal la nuit même dans laquelle le sang était répandu. La communion ne doit point être séparée de ce qui en est le fondement.

Quelle belle image nous offre l’assemblée d’Israël, abritée par le sang, mangeant en paix l’agneau rôti, avec des pains sans levain et des herbes amères ! Nulle crainte du jugement ; nulle crainte de la colère de l’Éternel ; nulle crainte de la juste vengeance, qui balayait comme une tempête tout le pays d’Égypte, à l’heure de minuit. Tout était profonde paix derrière les linteaux des portes aspergés de sang. Les Israélites n’avaient rien à redouter du dehors, et rien dans l’intérieur ne pouvait les troubler, sauf le levain qui eût porté un coup mortel à toute leur paix et à tout leur bonheur. Quel tableau pour l’Église ! Quel tableau pour le chrétien ! Puissions-nous en comprendre la profonde signification et nous y soumettre avec un esprit docile.

Mais ce n’est pas là encore tout ce que nous avons à apprendre dans l’ordonnance de la Pâque. Nous avons considéré la position d’Israël, et la nourriture d’Israël ; considérons maintenant le vêtement d’Israël.

« Et vous le mangerez ainsi : vos reins ceints, vos sandales à vos pieds, et votre bâton en votre main ; et vous le mangerez à la hâte. C’est la Pâque de l’Éternel » (vers. 11). Les Israélites devaient manger la Pâque comme un peuple prêt à laisser derrière lui le pays de la mort et des ténèbres, de la colère et du jugement, pour marcher en avant vers le pays de la promesse, vers l’héritage qui leur était destiné. Le sang, qui les avait préservés du sort des premiers-nés de l’Égypte, était aussi le fondement de leur délivrance de la servitude de l’Égypte ; et maintenant ils devaient se mettre en route et marcher avec Dieu vers le pays découlant de lait et de miel. Ils n’avaient pas encore passé la mer Rouge, cela est vrai ; ils n’avaient pas encore fait « le chemin de trois jours » ; cependant, en principe, ils étaient un peuple racheté, un peuple séparé, un peuple pèlerin, un peuple dans l’attente, un peuple dépendant ; et il fallait que leur vêtement tout entier fût en harmonie avec leur position actuelle et leur destinée future. « Les reins ceints » d’Israël dénonçaient une séparation rigoureuse et soutenue de tout ce qui l’entourait, et montraient qu’il était préparé pour le service. « Les pieds chaussés » dénotaient qu’Israël était prêt à quitter la scène présente ; tandis que « le bâton » à la main était l’emblème expressif d’un peuple voyageur s’appuyant sur quelque chose qui était en dehors de lui-même. Plût à Dieu que ces traits précieux parussent davantage dans chacun des membres de sa famille rachetée !

Cher lecteur chrétien, « occupons-nous de ces choses » (1 Tim. 4:15). Par la grâce nous avons senti l’efficacité purifiante du sang de Jésus, en conséquence nous avons le privilège de nous nourrir de sa personne adorable et de nous réjouir dans ses insondables richesses (Éph. 3:8), de participer à ses souffrances et d’être rendus conformes à sa mort (Phil. 3:10). Montrons-nous donc avec le pain sans levain et les herbes amères, les reins ceints, les sandales aux pieds et le bâton à la main. Qu’on nous voie, en un mot, portant le cachet d’un peuple saint, d’un peuple crucifié, d’un peuple vigilant et actif, d’un peuple marchant manifestement « à la rencontre de Dieu », vers la gloire, étant « destiné au royaume ». Que Dieu nous accorde de pénétrer dans la profondeur et dans la puissance de ces choses, tellement qu’elles ne soient pas des théories seulement ou une affaire de connaissance et d’interprétation scripturaire, mais des réalités vivantes, divines, connues par expérience, et manifestées dans notre vie, à la gloire de Dieu.

Nous terminerons ce chapitre en jetant un regard sur les versets 43 à 49. Ces versets nous apprennent que, tandis que c’était le privilège de tout vrai Israélite de manger la pâque, aucun étranger incirconcis ne devait y participer : « Aucun étranger n’en mangera… toute l’assemblée d’Israël la fera ». Il fallait la circoncision avant qu’on pût manger la pâque. En d’autres termes, il faut que notre nature ait passé sous la sentence de mort, avant que nous puissions nous nourrir de Christ d’une manière intelligente, soit comme fondement de paix, soit comme centre d’unité. La croix est l’antitype de la circoncision, ce signe divin de l’alliance de Dieu avec les Juifs et du dépouillement de la chair (comp. Col. 2:11, 12). Pour faire partie du peuple de Dieu, il fallait être circoncis, et la circoncision a sa réalité en Christ. Les chrétiens, rendus participants de l’efficacité de sa mort par la puissance de la vie qui est en lui, et est la leur, se tiennent pour morts, et ont dépouillé ce corps du péché par la foi ; ils sont crucifiés avec Christ ; néanmoins la puissance de Dieu lui-même, telle qu’elle a agi en Christ, opère en eux pour leur donner une nouvelle vie en Christ. « Et si un étranger séjourne chez toi, et veut faire la pâque à l’Éternel, que tout mâle qui est à lui soit circoncis ; et alors il s’approchera pour la faire, et sera comme l’Israélite de naissance ; mais aucun incirconcis n’en mangera ». — « Ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu » (Rom. 8:8).

L’ordonnance de la circoncision formait la grande ligne de démarcation entre l’Israël de Dieu et toutes les nations qui étaient sur la surface de la terre ; et la croix du Seigneur Jésus forme la ligne de séparation entre l’Église et le monde. Qu’importent les avantages personnels ou la position d’un homme ; jusqu’à ce qu’il se fût soumis à l’opération de la circoncision dans sa chair, il ne pouvait avoir aucune part avec Israël. Un mendiant circoncis était plus près de Dieu qu’un roi incirconcis. De même maintenant, on ne peut avoir aucune part aux joies des rachetés de Dieu, si ce n’est par la croix de notre Seigneur Jésus Christ ; et cette croix abat toutes les prétentions, renverse toutes les distinctions, et unit tous les rachetés en une sainte congrégation d’adorateurs lavés dans le sang. La croix constitue une barrière si élevée, un mur de défense si impénétrable, qu’aucun atome de la terre ou de la nature ne peut le traverser pour venir se mêler à « la nouvelle création ». « Si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création :… toutes choses sont faites nouvelles, et toutes sont du Dieu qui nous a réconciliés avec lui-même par Christ » (2 Cor. 5:18).

La séparation d’Israël d’avec tous les étrangers n’était pas seulement strictement maintenue dans l’institution de la Pâque, mais encore l’unité d’Israël y était clairement établie en figure. « Elle sera mangée dans une même maison ; tu n’emporteras point de sa chair hors de la maison, et vous n’en casserez pas un os » (vers. 46). On ne pouvait pas trouver un plus beau type de ce qui constitue « un seul corps et un seul esprit », que celui qui nous est présenté ici (Éph. 4:4). L’Église de Dieu est une. Dieu la voit telle, la maintient telle, et la manifestera comme telle, à la vue des anges, des hommes et des démons, en dépit de tout ce qui a été fait pour mettre obstacle à cette sainte unité. Que Dieu en soit béni, l’unité de son Église est aussi bien sous sa garde que l’a été le corps de son Bien-aimé sur la croix : oui, l’unité de l’Église est tout aussi bien sous sa garde que sa justification, son acceptation et sa sécurité éternelle. Malgré la violence et la dureté de cœur des soldats romains, Dieu a su accomplir l’Écriture qui disait, touchant le Christ : « Pas un seul de ses os ne sera cassé », et encore : « Il garde tous ses os, pas un d’eux n’est cassé » (vers. 46 ; Nomb. 9:12 ; Ps. 34:20 ; Jean 19:36) et pareillement, en dépit de toutes les influences hostiles qui ont été mises en jeu de siècle en siècle, Dieu garde son Église : le corps de Christ est un et restera un (comp. Matt. 16:18 ; Jean 11:52 ; 1 Cor. 1:12 ; 12:4-27 ; Éph. 1:22-23 ; 2:14-22 ; 4:3-16 ; 5:22-32 ; Apoc. 22:17). « Il y a un seul corps et un seul esprit » ; et cela ici-bas sur la terre. Heureux sont ceux qui ont reçu la foi pour reconnaître cette précieuse vérité, et la fidélité pour la pratiquer dans ces derniers jours, malgré les difficultés presque insurmontables qu’ils rencontreront dans leur sentier. Dieu reconnaîtra et honorera ceux qui seront ainsi fidèles.

Veuille le Seigneur nous délivrer de cet esprit d’incrédulité qui nous porterait à juger sur la vue de nos yeux, plutôt que par la lumière de sa Parole immuable !

 

1.9   Chapitre 13

Les premiers versets de ce chapitre nous apprennent, d’une manière claire et distincte, que le dévouement et la sainteté personnelle sont des fruits que l’amour divin produit en ceux qui en sont les heureux objets. — La consécration des premiers-nés, et la fête des pains sans levain, sont ici présentées en rapport immédiat avec la délivrance du peuple hors du pays d’Égypte. « Sanctifie-moi tout premier-né, tout ce qui ouvre la matrice parmi les fils d’Israël, tant des hommes que des bêtes ; il est à moi. Et Moïse dit au peuple : Souvenez-vous de ce jour, auquel vous êtes sortis d’Égypte, de la maison de servitude, car l’Éternel vous en a fait sortir à main forte ; et on ne mangera point de pain levé ». Et encore : « Pendant sept jours tu mangeras des pains sans levain, et le septième jour il y aura une fête à l’Éternel. On mangera pendant les sept jours des pains sans levain ; et il ne se verra point chez toi de pain levé, et il ne se verra point de levain chez toi, dans tous tes confins » (vers. 2, 6, 7).

Ensuite, la raison pour laquelle ces deux observances devaient être pratiquées, est exposée dans les versets suivants : « Et tu raconteras ces choses à ton fils, en ce jour-là, disant : C’est à cause de ce que l’Éternel m’a fait, quand je sortis d’Égypte ». Et encore : « Et quand ton fils t’interrogera à l’avenir, disant : Qu’est-ce que ceci ? Alors tu lui diras : À main forte l’Éternel nous a fait sortir d’Égypte, de la maison de servitude. Il arriva, quand le Pharaon s’obstinait à ne pas nous laisser aller, que l’Éternel tua tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte, depuis le premier-né des hommes jusqu’au premier-né des bêtes ; c’est pourquoi je sacrifie à l’Éternel tout ce qui ouvre la matrice, et je rachète tout premier-né de mes fils » (vers. 8, 14, 15).

Plus nous avancerons, par la puissance de l’Esprit de Dieu, dans la connaissance de la rédemption qui est en Jésus Christ, plus notre vie de séparation sera prononcée et notre dévouement complet. Tout effort pour produire l’une ou l’autre de ces choses, avant que la rédemption soit connue, est le travail le plus vain qu’il soit possible d’imaginer. Tout ce que nous faisons, nous devons le faire « à cause de ce que l’Éternel a fait », et non dans le but d’obtenir de lui quelque chose. Les efforts que nous faisons pour obtenir la vie et la paix, prouvent que nous sommes encore étrangers à la puissance du sang ; tandis que les fruits purs d’une rédemption connue sont à la louange de Celui qui nous a rachetés. « Car vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ; non pas sur le principe des œuvres, afin que personne ne se glorifie ; car nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles » (Éph. 2:8-10). Dieu nous a déjà préparé un chemin de bonnes œuvres afin que nous y marchions, et, par sa grâce, il nous prépare pour y marcher. Ce n’est qu’en tant que nous sommes sauvés, que nous pouvons marcher dans ce chemin-là. S’il en était autrement, nous pourrions nous vanter ; mais, considérant que nous sommes nous-mêmes l’ouvrage de Dieu tout aussi bien que l’est le chemin dans lequel nous marchons, nous n’avons aucune raison de nous vanter (Rom. 3:27 ; 1 Cor. 1:27-31).

Le vrai christianisme n’est que la manifestation de la vie de Christ, implantée en nous par l’opération du Saint Esprit, selon les conseils éternels de la grâce souveraine de Dieu ; et toutes les œuvres, qui ont précédé chez nous l’implantation de cette vie, ne sont que des « œuvres mortes », dont notre conscience a besoin d’être purifiée tout aussi bien que des « mauvaises œuvres » (Héb. 9:14). L’expression « œuvres mortes » comprend toutes les œuvres que font les hommes dans le but d’obtenir la vie. Si quelqu’un cherche la vie, il est évident qu’il ne la possède pas encore ; il est très possible qu’il soit sincère dans sa recherche, mais sa sincérité même prouve d’autant plus clairement qu’il n’a pas la conscience d’avoir trouvé ce qu’il cherche. Ainsi donc, toute œuvre, faite dans le but d’obtenir la vie, est une œuvre morte, car elle est faite sans la vie, sans la vie de Christ, la seule vie réelle, l’unique source de laquelle les bonnes œuvres puissent découler. Et, remarquez-le bien, ce n’est pas ici une question de « mauvaises œuvres » ; personne ne songerait à obtenir la vie par de telles œuvres. Loin de là ; mais vous verrez qu’on a constamment recours aux « œuvres mortes », pour alléger la conscience oppressée sous le sentiment des « mauvaises œuvres » ; tandis que la révélation divine nous apprend que la conscience a besoin d’être purifiée des unes aussi bien que des autres.

Nous lisons encore, pour ce qui est de la justice, que « toutes nos justices sont comme un vêtement souillé » (Ésaïe 64:6). Il n’est pas dit que « toutes nos méchancetés » seulement « sont comme un vêtement souillé ». Qui le contesterait ? Mais ce que nous avons à apprendre, c’est que les meilleurs fruits que nous puissions produire, sous la forme de la piété et de la justice, sont représentés dans les pages de la vérité éternelle comme des « œuvres mortes » et un « vêtement souillé ». Les efforts mêmes que nous faisons pour obtenir la vie ne font que démontrer que nous sommes morts, et nos efforts mêmes pour parvenir à la justice prouvent que nous sommes enveloppés d’un vêtement souillé. Ce n’est que comme vrais et actuels possesseurs de la vie éternelle et de la justice divine que nous pouvons marcher dans le chemin des bonnes œuvres que Dieu nous a préparées. Des œuvres mortes et du linge souillé ne peuvent jamais paraître dans ce chemin-là. Ceux-là seuls, que « l’Éternel a délivrés », peuvent y marcher (Ésaïe 51:11). C’était comme un peuple racheté qu’Israël gardait la fête des pains sans levain et dédiait ses premiers-nés à l’Éternel. Nous avons déjà considéré la première de ces ordonnances ; la dernière n’est pas moins riche en précieux enseignements.

L’ange destructeur passa sur le pays d’Égypte pour détruire tous les premiers-nés ; mais les premiers-nés d’Israël échappèrent, par la mort d’un substitut envoyé par Dieu. En conséquence ces derniers apparaissent ici devant nous, comme un peuple vivant, consacré à Dieu. Sauvés par le sang de l’Agneau, ils ont le privilège de consacrer leur vie à Celui qui l’a rachetée à prix (1 Cor. 6:20) « Ce n’était que comme rachetés qu’ils possédaient la vie. La grâce de Dieu seule avait fait pour eux une différence (Ex. 11:5-7) et leur avait accordé une place d’hommes vivants, en sa présence. Ils n’avaient, assurément, aucune raison de se glorifier, car nous apprenons ici que, quant à leur mérite ou à leur valeur personnelle, ils étaient mis au même rang qu’un animal impur. « Tout premier fruit des ânes, tu le rachèteras avec un agneau ; et si tu ne le rachètes pas, tu lui briseras la nuque. Et tout premier-né des hommes parmi tes fils, tu le rachèteras » (vers. 13). Il y avait deux classes d’animaux : celle des animaux purs et celle des animaux impurs, et l’homme est ici placé avec la dernière. L’agneau devait répondre pour l’animal impur ; et si on ne rachetait pas l’âne, on devait lui briser la nuque ; en sorte que l’homme non-racheté était mis au même rang qu’un animal impur et sans valeur. Quel tableau humiliant de l’homme dans son état naturel ! Oh ! si nos pauvres cœurs orgueilleux pouvaient le comprendre davantage ; alors nous nous réjouirions avec plus de sincérité dans l’heureux privilège d’être lavés de notre iniquité dans le sang de l’Agneau, et d’avoir pour toujours laissé notre abjection personnelle dans la tombe où notre Garant fut couché.

Christ était l’Agneau, l’agneau pur, sans tache. Nous étions souillés — mais, que son saint nom soit à jamais béni ! — il prit notre place, et sur la croix il fut fait péché, et fut traité comme tel. Il endura, sur la croix, ce que nous aurions enduré pendant toute l’éternité des siècles. Il souffrit, là et alors, tout ce qui nous revenait, afin que nous pussions jouir, pour toujours, de ce que Lui a mérité. Il reçut notre salaire, afin que nous reçussions le sien. Celui qui était pur prit, pour un temps, la place des impurs, — le juste pour les injustes, — afin que les impurs pussent prendre, pour toujours, la place de Celui qui était pur. Ainsi, tandis que, selon la nature, nous sommes représentés par la dégoûtante image d’un âne qui a la nuque brisée ; selon la grâce, nous sommes représentés par un Christ ressuscité et glorifié dans le ciel. Merveilleux contraste ! Il met la gloire de l’homme dans la poussière et magnifie les richesses de l’amour rédempteur. Il réduit au silence les discours vains et orgueilleux de l’homme et place sur les lèvres un cantique de louanges à Dieu et à l’Agneau, qui retentira dans les cieux durant l’éternité.

Avec quelle puissance nous sont ici rappelées les paroles mémorables de l’apôtre : « Or si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui, sachant que Christ, ayant été ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus, la mort ne domine plus sur lui. Car en ce qu’il est mort, il est mort une fois pour toutes au péché ; mais en ce qu’il vit, il vit à Dieu. De même vous aussi, tenez-vous vous-mêmes pour morts au péché, mais pour vivants à Dieu dans le Christ Jésus. Que le péché donc ne règne point dans votre corps mortel, pour que vous obéissiez aux convoitises de celui-ci ; et ne livrez pas vos membres au péché comme instruments d’iniquité, mais livrez-vous vous-mêmes à Dieu, comme d’entre les morts étant faits vivants, et vos membres à Dieu, comme instruments de justice. Car le péché ne dominera pas sur vous, parce que vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce » (Rom. 6:8-14). Nous sommes non seulement rachetés de la puissance de la mort et du sépulcre, mais encore unis à Celui qui nous a rachetés au prix immense de sa propre vie, afin que, par la puissance du Saint Esprit, nous consacrions à son service notre vie nouvelle, avec toutes ses facultés, en sorte que son nom soit glorifié en nous, selon la volonté de notre Dieu et Père.

Nous trouvons, dans les derniers versets de ce chapitre 13 de l’Exode, un bel et touchant exemple des tendres compassions de l’Éternel pour la faiblesse de son peuple. « Car il sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière » (Ps. 103:14). Quand il racheta Israël pour le mettre en relation avec lui-même, l’Éternel, dans sa grâce infinie et insondable, se chargea de tous les besoins et de toutes les faiblesses des siens. Peu importait ce qu’ils étaient ou ce dont ils avaient besoin, quand Celui qui s’appelle « Je suis » les accompagnait. Il allait les conduire de l’Égypte en Canaan, et nous le voyons ici occupé à choisir un chemin convenable pour eux. « Et il arriva, quand le Pharaon laissa aller le peuple, que Dieu ne les conduisit pas par le chemin du pays des Philistins, qui est pourtant proche ; car Dieu dit : De peur que le peuple ne se repente lorsqu’ils verront la guerre, et qu’ils ne retournent en Égypte. Et Dieu fit faire un détour au peuple par le chemin du désert de la mer Rouge » (vers. 17, 18).

Le Seigneur, dans sa grâce, et sa condescendance, arrange les choses de telle sorte que les siens ne rencontrent pas, au début de leur carrière, de trop pénibles épreuves qui puissent avoir pour effet de les décourager dans leur cœur, et de les faire reculer. « Le chemin du désert » était une route bien plus longue que celle du pays des Philistins ; mais Dieu avait diverses leçons importantes à enseigner à son peuple et qui ne pouvaient s’apprendre que dans le désert. Ce fait leur fut rappelé plus tard dans le passage suivant : « Et tu te souviendras de tout le chemin par lequel l’Éternel, ton Dieu, t’a fait marcher ces quarante ans, dans le désert, afin de t’humilier, et de t’éprouver, pour connaître ce qui était dans ton cœur, si tu garderais ses commandements, ou non » (Deut. 8:2). D’aussi précieuses leçons n’auraient jamais pu s’apprendre « par le chemin du pays des Philistins ». Dans ce chemin-là, les Israélites auraient pu apprendre ce qu’était la guerre, dès le commencement de leur carrière ; mais « dans le chemin du désert », ils apprirent ce qu’était la chair, dans toute sa perversité, son incrédulité et sa rébellion. Mais Celui qui s’appelle « Je suis » était là, dans toute sa patiente grâce, sa parfaite sagesse et sa puissance infinie ; il n’y avait que lui qui pût répondre aux besoins de la situation. Il n’y a que lui qui puisse supporter la vue des profondeurs du cœur humain mis à découvert devant lui. La révélation de ce qui est dans mon cœur, faite où que ce soit, ailleurs que dans la présence de la grâce infinie, me plongerait dans le plus complet désespoir. Le cœur humain est un enfer en petit. Quelle grâce infinie n’est-ce donc pas que d’être délivré de ses effrayantes profondeurs !

« Et ils partirent de Succoth, et campèrent à Étham, à l’extrémité du désert. Et l’Éternel allait devant eux, de jour dans une colonne de nuée pour les conduire par le chemin, et de nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils marchassent jour et nuit ; la colonne de nuée ne se retira point, le jour, ni la colonne de feu, la nuit, de devant le peuple » (vers. 20-22). L’Éternel ne choisit pas seulement un chemin pour son peuple, mais encore il descendit pour y marcher avec lui, et pour se faire connaître à lui selon ses besoins. Il ne le conduisit pas seulement sain et sauf en dehors des limites de l’Égypte, mais encore il descendit, en quelque sorte, dans son chariot, pour l’accompagner au travers de toutes les vicissitudes de son voyage par le désert. C’était là la grâce divine. Les Israélites ne furent pas simplement délivrés de la fournaise de l’Égypte, et laissés libres ensuite, pour se tirer d’affaire le mieux qu’ils pourraient, dans leur voyage vers Canaan. Dieu savait qu’ils avaient devant eux une route pénible et dangereuse, des serpents et des scorpions, des pièges et des difficultés, la sécheresse et la stérilité du désert ; et, béni soit à jamais son nom ! — il ne voulut pas les laisser aller tout seuls. Il voulut être leur compagnon et partager leurs peines et leurs dangers ; bien plus, « il allait devant eux ». Il était un guide, une gloire, une défense, pour les délivrer de toute crainte. Pourquoi l’ont-ils tant affligé par la dureté de leur cœur ? S’ils eussent marché humblement avec lui, contents et se confiant en lui, leur marche aurait été une marche victorieuse, du commencement à la fin. Ayant l’Éternel à leur tête, aucune puissance n’aurait pu interrompre les progrès de leur marche, de l’Égypte en Canaan. Il les aurait introduits et les aurait plantés sur la montagne de son héritage, selon sa promesse, et par la puissance de sa droite ; et il n’aurait pas permis qu’un seul Cananéen fût demeuré de reste dans le pays, pour être une épine à Israël, Ainsi en sera-t-il bientôt, alors que l’Éternel mettra sa main une seconde fois pour délivrer son peuple de la puissance de tous ses oppresseurs. Veuille le Seigneur hâter ce temps !

 

1.10                   Chapitre 14

« Ceux qui descendent sur la mer dans des navires, qui font leur travail sur les grandes eaux, ceux-là voient les œuvres de l’Éternel, et ses merveilles dans les eaux profondes » (Ps. 107:23, 24). Combien cela est vrai ! Et néanmoins comme nos cœurs lâches reculent devant ces « grandes eaux ! » Nous préférons les hauts-fonds, et par conséquent nous sommes privés de voir les œuvres et les merveilles de notre Dieu ; car elles ne se voient et ne sont connues que « dans les eaux profondes ».

C’est au jour de l’épreuve et des difficultés que l’âme fait quelque expérience du grand et indicible bonheur qu’il y a à pouvoir compter sur Dieu. Si tout cheminait facilement, il n’en serait pas ainsi. Ce n’est pas quand on glisse sur la surface d’un lac tranquille, que la réalité de la présence du Maître est sentie ; mais on en fait l’expérience quand la tempête mugit et que les flots couvrent la nacelle. Le Seigneur ne nous offre pas la perspective d’un chemin exempt d’épreuves et de tribulations ; bien au contraire, il nous dit que nous rencontrerons les unes et les autres ; mais il nous promet d’être avec nous au milieu de ces choses, et cela vaut infiniment mieux que d’en être exempts. Il vaut bien mieux jouir de la présence de Dieu dans l’épreuve, que d’être exempt de l’épreuve sans faire cette précieuse expérience. Éprouver que le cœur de Dieu sympathise avec nous est bien plus doux que d’éprouver la puissance de sa main pour nous. La présence du Maître au milieu de ses fidèles serviteurs, pendant qu’ils passaient par la fournaise, était bien meilleure que n’aurait été la manifestation de sa puissance pour les en préserver (Daniel 3). Souvent nous voudrions qu’il nous fût accordé de cheminer en avant sans épreuve, mais nous y perdrions beaucoup. Jamais la présence du Seigneur n’est aussi douce que dans les moments de grande difficulté.

C’est ce qu’éprouvèrent les Israélites dans les circonstances qui sont rapportées dans ce chapitre. Ils sont là dans une difficulté accablante, insurmontable. Ils sont appelés à « faire leur travail sur les grandes eaux » : « Toute leur sagesse est venue à néant » (Ps. 107:27). Le Pharaon, se repentant de les avoir laissés sortir de son pays, se décide à faire un effort désespéré pour les y ramener. « Et il attela son char, et prit son peuple avec lui. Et il prit six cents chars d’élite, et tous les chars de l’Égypte, et des capitaines sur tous. … Et le Pharaon s’approcha, et les fils d’Israël levèrent leurs yeux, et voici, les Égyptiens marchaient après eux ; et les fils d’Israël eurent une grande peur, et crièrent à l’Éternel » (vers. 6-10). C’était une scène qui mettait à l’épreuve profondément ; une scène au milieu de laquelle tout effort humain devenait inutile. Les Israélites auraient pu, tout aussi bien, tenter de faire reculer le puissant flux de l’Océan avec un brin de paille, que de tenter de se tirer d’affaire eux-mêmes par un effort quelconque. La mer était devant eux ; derrière eux, les armées du Pharaon, et autour d’eux les montagnes ; et tout ceci était permis et ordonné de Dieu ! Dieu avait choisi le terrain ou Israël devait camper « devant Pi-Hahiroth, entre Migdol et la mer ; devant Baal-Tsephon ». De plus c’est Lui qui permit que le Pharaon les atteignît. Pourquoi cela ? Précisément pour se manifester lui-même dans le salut de son peuple, et dans la défaite complète des ennemis de ce peuple. « Il a divisé en deux la mer Rouge, car sa bonté demeure à toujours ; et a fait passer Israël au milieu d’elle, car sa bonté demeure à toujours ; et a précipité le Pharaon et son armée dans la mer Rouge, car sa bonté demeure à toujours » (Ps. 136:13-15).

Il n’y a pas, dans toutes « les traites » des rachetés de Dieu dans le désert, une seule position dont les limites n’aient pas été soigneusement tracées par la main de la toute sagesse et de l’amour infini. La portée spéciale et l’influence particulière de chacune de ces positions sont calculées avec soin. Les Pi-Hahiroth et les Migdol sont tous disposés d’une manière qui est en rapport immédiat avec la condition morale de ceux que Dieu conduit à travers les détours et les labyrinthes du désert, et de façon aussi à manifester le vrai caractère de Dieu. Si l’incrédulité suggère souvent cette question : pourquoi en est-il ainsi ? — Dieu le sait ; et sans aucun doute, il révélera le pourquoi, toutes les fois que cette révélation pourra contribuer à sa gloire et au bien de son peuple. Ne nous demandons-nous pas bien souvent pourquoi et dans quel but nous sommes placés dans telle ou telle circonstance ? Ne nous tourmentons-nous pas souvent pour savoir la raison pour laquelle nous sommes exposés à telle ou telle épreuve ? Combien ne ferions-nous pas mieux de courber la tête dans une humble soumission, et de dire : « tout va bien », et « tout ira bien ! » Quand c’est Dieu qui fixe notre position, nous pouvons être sûrs qu’elle est choisie avec sagesse et qu’elle est salutaire ; et même, quand nous l’avons follement et volontairement choisie nous-mêmes, Dieu, dans sa miséricorde, domine notre folie, et fait que la puissance des circonstances, dans lesquelles nous nous sommes placés, travaille à notre bien spirituel.

C’est quand les enfants de Dieu se trouvent dans les plus grands embarras et les plus grandes difficultés, qu’ils ont le privilège de voir les plus belles manifestations du caractère et de l’activité de Dieu ; et pour cette raison, il les place souvent dans l’épreuve, afin de se manifester lui-même d’une manière d’autant plus signalée. Il aurait pu conduire Israël par la mer Rouge, et le faire arriver bien au-delà des atteintes des armées du Pharaon, avant même que celui-ci eût quitté l’Égypte ; mais cette voie n’aurait pas glorifié aussi pleinement son nom, ni confondu, d’une manière aussi complète, l’ennemi dans lequel il voulait « se glorifier » (vers. 17). Nous perdons trop fréquemment de vue cette grande vérité, et la conséquence en est qu’au temps de l’épreuve, le cœur nous manque. Si nous pouvions n’envisager une crise difficile que comme une occasion pour Dieu de faire paraître, en notre faveur, la pleine suffisance de la grâce divine, nos âmes conserveraient leur équilibre, et nous pourrions glorifier Dieu, même au milieu des plus profondes eaux.

Le langage des Israélites, dans l’occasion qui nous occupe, peut nous étonner et nous sembler difficile à expliquer ; mais plus nous connaîtrons nos mauvais cœurs incrédules, plus aussi nous verrons combien est grande la ressemblance qu’il y a entre nous et ce peuple. Il semble qu’ils avaient oublié la manifestation récente de la puissance divine en leur faveur. Ils avaient vu les dieux de l’Égypte jugés, et la puissance de l’Égypte abattue sous la verge de l’Éternel. Ils avaient vu la même main rompre la chaîne de fer de l’esclavage égyptien et éteindre la fournaise. Ils ont vu toutes ces choses, et néanmoins, dès qu’un nuage obscur apparut sur leur horizon, leur confiance se perd, le cœur leur manque ; et ils donnent libre cours à leurs murmures incrédules, disant : « Est-ce parce qu’il n’y avait pas de sépulcres en Égypte, que tu nous as emmenés pour mourir dans le désert ? Que nous as-tu fait, de nous avoir fait sortir d’Égypte ?... Il nous vaut mieux servir les Égyptiens que de mourir dans le désert » (vers. 11, 12). L’aveugle incrédulité ne peut qu’errer toujours, et que scruter en vain les voies de Dieu. Cette incrédulité est la même dans tous les temps ; c’est elle qui conduisit David, dans un mauvais jour, à dire : « Maintenant, je périrai un jour par la main de Saül ; il n’y a rien de bon pour moi que de me sauver en hâte dans le pays des Philistins ? » (1 Sam. 27:1). Et comment les choses tournèrent-elles ? Saül fut tué en la montagne de Guilboa, et le trône de David fut établi pour toujours. C’est l’incrédulité encore qui, dans un moment d’abattement profond, porta Élie le Thishbite à s’enfuir, pour sauver sa vie, de devant les menaces furieuses de Jésabel. Et qu’arriva-t-il ? Jésabel fut brisée sur le pavé, et Élie fut enlevé au ciel dans un chariot de feu.

Il en fut de même des enfants d’Israël au tout premier moment de l’épreuve. Ils crurent véritablement que l’Éternel n’avait pris tant de peine pour les délivrer de l’Égypte, que dans le but de les faire mourir au désert ; ils s’imaginaient que s’ils avaient été préservés de la mort par le sang de l’agneau pascal, c’était afin qu’ils fussent ensevelis dans le désert. Ainsi raisonne toujours l’incrédulité ; elle nous porte à interpréter Dieu en présence de la difficulté, au lieu d’interpréter la difficulté en présence de Dieu. La foi se place au-delà de la difficulté et, là, elle trouve Dieu dans toute sa fidélité, son amour et sa puissance. Le croyant a le privilège d’être toujours dans la présence de Dieu ; il y a été introduit par le sang du Seigneur Jésus, et il ne devrait rien souffrir de ce qui pourrait l’ôter de là. La place même qui lui a été faite dans la présence de Dieu, il ne peut jamais la perdre, attendu que Christ, son chef et son représentant, l’occupe pour lui. Mais, bien qu’il ne puisse pas perdre la chose elle-même, il peut en perdre la jouissance, l’expérience et la puissance. Toutes les fois que ses difficultés se placent entre son cœur et le Seigneur, il ne jouit évidemment pas de la présence du Seigneur, mais il souffre en face de ses difficultés ; tout comme quand un nuage se place entre nous et le soleil, il nous prive pour un moment de la jouissance de ses rayons. Le nuage n’empêche pas le soleil de luire, il ne fait que nous empêcher d’en jouir. Ainsi en est-il exactement, quand nous souffrons que les épreuves, les peines et les difficultés de la vie dérobent à nos âmes les brillants rayons de la face de notre Père, qui reluit d’un invariable éclat en la personne de Jésus Christ. Il n’y a point de difficulté trop grande pour notre Dieu ; bien plus, plus la difficulté est grande, plus il a l’occasion d’intervenir selon son propre caractère comme le Dieu tout bon et tout-puissant. Sans doute, la position d’Israël, telle qu’elle est décrite dans les premiers versets de ce chapitre, était une position qui mettait profondément à l’épreuve, et qui devait accabler la chair et le sang ; mais aussi, le Maître du ciel et de la terre était là, et les enfants d’Israël n’avaient qu’à se reposer sur lui.

Cependant, comme nous défaillons promptement, cher lecteur, quand arrive l’épreuve ! Les sentiments dont nous parlons ont un son agréable pour l’oreille, et paraissent très beaux sur le papier, et, que Dieu en soit béni ! ils sont divinement vrais ; mais la chose importante, c’est de les mettre en pratique, quand vient l’occasion. C’est en les pratiquant qu’on en éprouve réellement et la puissance et la félicité. Si quelqu’un veut faire la volonté de Celui qui m’a envoyé, il connaîtra de la doctrine si elle est de Dieu (voir Jean 7:17).

« Et Moïse dit au peuple : Ne craignez point tenez-vous là, et voyez la délivrance de l’Éternel, qu’il opérera pour vous aujourd’hui ; car les Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne les verrez plus, à jamais. L’Éternel combattra pour vous, et vous, vous demeurerez tranquilles » (vers. 13, 14). « Demeurer tranquilles ! » c’est là le premier acte de la foi en présence de l’épreuve. Pour la chair et le sang c’est chose impossible. Tous ceux qui connaissent, en quelque mesure, l’agitation du cœur humain dans les épreuves et les difficultés qu’on anticipe, pourront se faire quelque idée de ce qu’implique le fait de « demeurer tranquille ».

La nature veut faire quelque chose ; elle courra ici et là ; elle voudrait avoir une part dans l’œuvre ; et, bien qu’elle essaie de justifier et sanctifier ses actes, en leur donnant le titre pompeux et trop usité de « emploi légitime des moyens », ce qu’elle fait n’est néanmoins que le fruit direct et positif de l’incrédulité, qui toujours exclut Dieu, et ne voit rien que le sombre nuage de sa propre création. L’incrédulité crée ou grandit les difficultés, et puis fait appel pour les enlever à nos propres efforts et à notre remuante et infructueuse activité, qui ne font en réalité que soulever autour de nous une poussière qui nous empêche de voir le salut de Dieu. La foi, au contraire, élève l’âme au-dessus des difficultés, pour lui faire regarder directement à Dieu lui-même, et elle nous rend ainsi capables de « demeurer tranquilles ». Nous ne gagnons rien par nos efforts et notre inquiète agitation. « Tu ne peux faire un cheveu blanc ou noir, ni ajouter une coudée à ta taille » (Matt. 5:36 ; 6:27). Qu’est-ce qu’Israël aurait pu faire devant la mer Rouge ? Pouvaient-ils la mettre à sec ? pouvaient-ils aplanir les montagnes ? pouvaient-ils anéantir les armées de l’Égypte ? Ils étaient là, environnés d’un mur impénétrable de difficultés, à la vue duquel la nature ne pouvait que trembler et sentir son entière impuissance ! Mais c’était là précisément, pour Dieu, le moment d’agir. Quand l’incrédulité est chassée, alors Dieu peut entrer sur la scène ; et pour avoir une vue juste de ses actions, il faut « demeurer tranquilles ». Chaque mouvement de la nature, en raison égale de la portée qu’il a, est un empêchement positif à ce que nous apercevions l’intervention divine en notre faveur, et à ce que nous en jouissions.

Il en est ainsi pour nous dans chacune des phases de notre histoire. Il en est ainsi pour nous, comme pécheurs, alors que, sous le sentiment de malaise que donne le péché pesant sur la conscience, nous sommes tentés d’avoir recours à nos propres actes pour obtenir du soulagement. C’est alors que, réellement, nous devons « demeurer tranquilles », afin de voir « la délivrance de Dieu ». Car qu’aurions-nous pu faire dans l’œuvre de l’expiation pour le péché ? Aurions-nous pu être avec le Fils de Dieu sur la croix ? Aurions-nous pu descendre avec Lui dans « le puits de la destruction et le bourbier fangeux ? » (Ps. 40:2). Aurions-nous pu nous frayer un passage jusque sur ce roc éternel, sur lequel il a pris place dans la résurrection ? Tout esprit droit dira que cette pensée serait un audacieux blasphème. Dieu est seul dans la rédemption ; et quant à nous, nous n’avons qu’à « demeurer tranquilles », et à « voir la délivrance de Dieu ». Le fait même que c’est la délivrance de Dieu prouve que l’homme n’a rien à y faire.

Le principe n’est pas différent une fois que nous sommes entrés dans la carrière chrétienne. Dans chaque nouvelle difficulté, qu’elle soit grande ou petite, notre sagesse est de « demeurer tranquilles », de renoncer à nos propres œuvres, et de chercher notre repos dans la délivrance de Dieu. Nous ne devons pas non plus faire de distinctions entre les difficultés : nous ne pouvons pas dire qu’il y en ait de légères, auxquelles nous puissions faire face nous-mêmes, tandis que dans d’autres, la main de Dieu seule est efficace. Non, elles dépassent toutes également nos forces. Nous sommes tout aussi incapables de changer la couleur d’un cheveu, que de transporter une montagne ; de créer un brin d’herbe, que de créer un monde. Toutes ces choses sont semblables pour nous, et elles sont toutes semblables pour Dieu. Nous n’avons donc qu’à nous abandonner, avec une foi confiante, aux mains de Celui qui « s’abaisse pour regarder dans les cieux et sur la terre » (Ps. 113:6). Nous nous trouvons quelquefois portés d’une manière triomphante à travers les plus grandes épreuves, tandis que d’autres fois nous perdons courage, nous tremblons, nous défaillons, sous les dispensations les plus ordinaires. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que dans les grandes épreuves, nous sommes contraints de rejeter notre fardeau sur le Seigneur, tandis que dans les difficultés moins grandes, nous essayons follement de le porter nous-mêmes.

« L’Éternel combattra pour vous, et vous, vous demeurerez tranquilles » (vers. 14) : précieuse assurance ! combien n’est-elle pas propre à tranquilliser l’esprit en présence des difficultés les plus sérieuses et des dangers les plus grands ! Le Seigneur se place non seulement entre nous et nos péchés, mais encore entre nous et les circonstances au milieu desquelles nous nous trouvons. Dans le premier cas, il nous donne la paix de la conscience ; dans le second, la paix du cœur. Ce sont deux choses parfaitement distinctes, comme le sait tout chrétien expérimenté. Beaucoup de chrétiens ont la paix de la conscience, sans avoir la paix du cœur. Ils ont vu, par la grâce et par la foi, Christ, dans la divine efficacité de son sang, entre eux et tous leurs péchés ; mais ils ne savent pas, avec la même simplicité, envisager Christ comme étant, dans sa divine sagesse, son amour et son pouvoir, entre eux et les circonstances au milieu desquelles ils sont placés. Il en résulte une différence essentielle dans la condition pratique de leur âme, aussi bien que dans le caractère de leur témoignage. Rien ne contribue plus à glorifier le nom de Jésus que ce repos tranquille de l’esprit, qui découle de ce que nous avons Jésus entre nous et tout ce qui pourrait être un sujet d’inquiétude pour nos cœurs. « Tu garderas dans une paix parfaite l’esprit qui s’appuie sur toi, car il se confie en toi » (Ésaïe 26:3).

« Mais », demandera-t-on, « ne devons-nous rien faire ? » Une autre question pourra servir de réponse, savoir : « Que pouvons-nous faire ? » Tous ceux qui se connaissent réellement répondront : « Rien ! » Si donc, nous ne pouvons rien faire, ne faisons-nous pas mieux de « demeurer tranquilles ? » Si le Seigneur agit pour nous, ne faisons-nous pas mieux de nous tenir en arrière ? Courrons-nous donc devant lui ? Irons-nous nous ingérer dans sa sphère d’action, et entrer dans son chemin ? Il est absolument inutile que deux agissent, quand un seul est parfaitement capable de tout faire. Qui songerait à apporter une chandelle allumée pour ajouter de l’éclat à la lumière du soleil en plein midi ? et pourtant celui qui ferait ainsi pourrait passer pour sage en comparaison de celui qui prétend aider Dieu par son activité inintelligente.

Cependant quand Dieu, dans sa grande miséricorde, ouvre un chemin, la foi peut y marcher ; elle laisse la voie de l’homme pour suivre celle de Dieu. « Et l’Éternel dit à Moïse : que cries-tu à moi ? Parle aux fils d’Israël, et qu’ils marchent » (vers. 15). Ce n’est que quand nous avons appris à « demeurer tranquilles », que nous pouvons marcher effectivement en avant ; autrement tous nos efforts n’auront d’autre résultat que de manifester notre folie et notre faiblesse. La vraie sagesse consiste donc à « demeurer tranquilles », quelle que soit la difficulté ou la perplexité dans laquelle on se trouve, à s’attendre uniquement à Dieu qui, certainement, nous ouvrira un chemin ; et alors nous pourrons « marcher » paisiblement et heureusement. Il n’y a pas d’incertitude quand c’est Dieu qui nous ouvre un chemin ; mais tout chemin de notre propre invention est un chemin de doute et d’hésitation. L’homme irrégénéré peut aller en avant avec une apparence de fermeté et de décision, dans sa propre voie ; mais l’un des éléments les plus distinctifs, dans la nouvelle création, c’est la défiance de soi-même, avec la confiance en Dieu qui y répond. C’est quand nos yeux ont vu la délivrance de Dieu, que nous pouvons marcher dans cette voie, mais nous ne pouvons jamais la voir distinctement avant que d’avoir été convaincus de l’inutilité de nos propres misérables efforts.

Il y a une force et une beauté particulières dans l’expression : « Voyez, la délivrance de l’Éternel ! » Le fait même que nous sommes appelés à « voir » la délivrance de l’Éternel prouve que la délivrance est une délivrance complète. Il nous apprend que le salut est une œuvre que Dieu a opérée et révélée pour que nous la voyions et que nous en jouissions. Le salut n’est pas en partie l’œuvre de Dieu, et en partie celle de l’homme, car, dans ce cas, il ne pourrait pas être appelé le salut de Dieu (comp. Luc 3:6 ; Actes 28:28). Pour être le salut de Dieu, il faut qu’il soit dépouillé de tout ce qui est de l’homme ; et le seul résultat possible des efforts de l’homme est d’obscurcir la vue du salut de Dieu.

« Parle aux fils d’Israël et qu’ils marchent ». Moïse lui-même semble avoir été amené à ne pas savoir que faire ; car l’Éternel lui demande : « Que cries-tu à moi ? » — Moïse pouvait dire au peuple : « Tenez-vous là, et voyez la délivrance de l’Éternel », tandis qu’il présentait à Dieu les requêtes de son âme en détresse, en criant à Lui. Toutefois, il est inutile de crier lorsque nous devrions agir, tout comme il est inutile d’agir quand nous devrions attendre ; et cependant nous faisons toujours ainsi : nous essayons de marcher quand nous devrions nous arrêter, et nous nous arrêtons quand nous devrions marcher. Les Israélites pouvaient bien se demander : « Où devons-nous aller ? » Une insurmontable barrière semblait mettre obstacle à tout mouvement en avant. Comment traverser la mer ? Là était la difficulté. Jamais la nature n’aurait pu résoudre cette question ; mais nous pouvons être assurés que Dieu ne donne jamais un commandement, sans communiquer en même temps le pouvoir d’obéir. L’état réel du cœur peut être mis à l’épreuve par le commandement, mais l’âme qui, par la grâce, est disposée à obéir, reçoit d’en haut le pouvoir de le faire. L’homme, auquel Christ commanda d’étendre sa main sèche, aurait pu naturellement demander : « Comment puis-je étendre une main sèche ? » — mais il ne fit aucune question, car avec le commandement, et de la même source, vint le pouvoir pour obéir (comp. Luc 5:23, 24 ; Jean 5:8, 9, etc.).

Ainsi aussi, pour Israël, avec le commandement de marcher vint l’ouverture du chemin. « Et toi, lève ta verge, et étends ta main sur la mer, et fends-la ; et que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer à sec » (vers. 16). Là était le chemin de la foi. La main de Dieu ouvre la voie pour que nous puissions y faire le premier pas, et la foi ne demande pas autre chose. Dieu ne donne jamais de direction pour deux pas à la fois. Il faut que nous fassions un pas ; puis nous recevrons de la lumière pour faire un autre pas, et notre cœur sera gardé dans une dépendance continuelle de Dieu. « Par la foi, ils traversèrent la mer Rouge comme une terre sèche » (Héb. 11:29). Sans doute, la mer ne fut pas partagée dans toute son étendue, tout d’un coup : Dieu voulait conduire son peuple par la « foi », non par la « vue ». On n’a pas besoin de foi pour commencer un voyage dont on voit le chemin dans toute son étendue, mais il faut de la foi pour se mettre en route quand on ne voit que le premier pas. La mer s’ouvrait à mesure qu’Israël marchait en avant, en sorte que, pour chaque nouveau pas, ils dépendaient de Dieu. Tel était le chemin dans lequel les rachetés de l’Éternel s’avançaient, sous sa conduite. Ils passaient au travers des sombres eaux de la mort, et il se trouva que « les eaux étaient pour eux un mur à leur droite et à leur gauche » et qu’ils passèrent « à sec » (vers. 22).

Les Égyptiens ne pouvaient pas marcher dans ce chemin-là. Ils y entrèrent parce qu’ils virent le chemin ouvert devant eux : pour eux c’était la vue et non la foi. « Ce que les Égyptiens ayant essayé, ils furent engloutis » (Héb. 11:29). Quand on essaie de faire ce que la foi seule peut accomplir, on ne rencontre que défaite et confusion. Le chemin, dans lequel Dieu appelle son peuple à marcher, est un sol que la nature ne peut pas fouler. « La chair et le sang ne peuvent pas hériter du royaume de Dieu » (1 Cor. 15:50) ; ils ne peuvent pas non plus marcher dans les voies de Dieu. La foi est le grand principe caractéristique du royaume de Dieu, et elle seule nous rend capables de marcher dans les voies de Dieu. « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu » (Héb. 11:6). Dieu est hautement glorifié quand nous marchons avec lui, les yeux bandés pour ainsi dire, car c’est la preuve que nous avons plus de confiance dans sa vue que dans la nôtre. Si je sais que Dieu regarde pour moi, je puis bien fermer les yeux, et cheminer tranquillement dans une sainte assurance. Dans les affaires de la vie humaine, nous savons que quand une sentinelle ou une garde est à son poste, les autres peuvent dormir paisiblement. Combien plus pouvons-nous nous reposer en toute sécurité, quand nous savons que Celui qui ne sommeille point et ne s’endort point a l’œil arrêté sur nous, et nous environne de ses bras (Ps. 121:4).

« Et l’Ange de Dieu, qui allait devant le camp d’Israël, partit, et s’en alla derrière eux ; et la colonne de nuée partit de devant eux et se tint derrière eux ; et elle vint entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël ; et elle fut pour les uns une nuée et des ténèbres, et pour les autres elle éclairait la nuit ; et l’un n’approcha pas de l’autre de toute la nuit » (vers. 19, 20). L’Éternel se plaça exactement entre Israël et l’ennemi ; il fut leur protection. Avant que le Pharaon pût toucher à un seul cheveu d’Israël, il aurait fallu qu’il traversât l’étendard même du Tout-Puissant, bien plus, le Tout-Puissant lui-même. Dieu se place toujours entre son peuple et tout ennemi, en sorte que « aucun instrument formé contre lui ne réussira » (Ésaïe 54:17). Il s’est placé entre nous et nos péchés, et c’est notre privilège de le voir entre nous et toute personne et toute chose qui pourraient être contre nous ; et ainsi seulement nous trouvons à la fois la paix du cœur et la paix de la conscience. Le croyant peut se mettre diligemment et anxieusement à la recherche de ses péchés, mais il ne les trouvera plus : pourquoi ? Parce que Dieu est entre lui et eux. « Tu as jeté tous mes péchés derrière ton dos » (Ésa. 38:17), et il fait en même temps luire sur nous, qu’il a réconciliés, la lumière de sa face.

De la même manière, le croyant peut chercher ses difficultés et ne les point trouver, parce que Dieu est entre lui et elles. Si donc, au lieu de s’arrêter sur nos péchés et nos peines, notre œil pouvait s’arrêter sur Christ, plus d’une coupe amère en serait adoucie, plus d’une heure obscure en serait éclairée. Mais nous faisons sans cesse l’expérience que le plus grand nombre de nos épreuves et de nos chagrins se compose de maux anticipés et de chagrins imaginaires, qui n’existent que dans notre propre esprit malade, parce qu’il est incrédule. Puisse mon lecteur connaître la paix solide de la conscience et du cœur, qui résulte de ce qu’on a Christ, dans toute sa plénitude, entre soi et tous ses péchés et toutes ses peines.

Il est à la fois solennel et intéressant de remarquer le double aspect de la « colonne », dans ce chapitre. « Elle était une nuée et des ténèbres » pour les Égyptiens, mais pour Israël, « elle éclairait la nuit ». Quelle ressemblance avec la croix de notre Seigneur Jésus Christ ! Cette croix a assurément aussi un double aspect. Elle constitue le fondement de la paix du croyant, et elle scelle en même temps la condamnation d’un monde coupable. Le même sang qui purifie la conscience du croyant et lui donne une parfaite paix, souille cette terre et en consomme le péché. La mission même du Fils de Dieu, qui dépouille le monde de son manteau et le laisse entièrement sans excuse, revêt l’Église d’un glorieux manteau de justice et remplit sa bouche de louanges continuelles. Le même Agneau, qui remplira de terreur, par la grandeur de son courroux, toutes les tribus et tous les peuples de la terre, conduira doucement de sa main, dans les verts pâturages et le long des eaux tranquilles, à toujours, le troupeau qu’il a racheté par son sang (comp. Apoc. 6:15-17, avec 7:13-17).

La fin de ce chapitre nous montre Israël triomphant sur le bord de la mer Rouge, et les armées du Pharaon submergées dans ses eaux. L’événement prouva donc que les craintes des Israélites, et les discours orgueilleux des Égyptiens, étaient également dépourvus de fondement. L’œuvre glorieuse de l’Éternel avait anéanti et les uns et les autres. Les mêmes eaux qui servaient de mur aux rachetés de l’Éternel servirent de tombeau au Pharaon : ceux qui marchent par la foi trouvent un chemin pour y marcher, tandis que les autres y trouvent un tombeau. C’est une vérité solennelle, qui n’affaiblit en aucune manière le fait que le Pharaon agissait en opposition ouverte et positive à la volonté de Dieu, alors qu’il « essaya » de passer la mer Rouge : il sera toujours vrai que ceux qui veulent imiter les actes de la foi seront confondus. Heureux ceux qui peuvent, quelque faiblement que ce soit, marcher par la foi ! Ils suivent un sentier de bénédictions indicibles, un sentier qui, bien qu’il puisse être marqué par des fautes et des infirmités, a néanmoins été commencé en Dieu, se poursuit en Dieu, et se terminera en lui. Puissions-nous entrer davantage dans la divine réalité, la tranquille élévation, et la sainte indépendance de cette voie.

Nous ne quitterons pas cette riche portion du livre de l’Exode, sans rappeler un passage dans lequel l’apôtre Paul fait allusion à la nuée et à la mer. « Car, je ne veux pas que vous ignoriez, frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, et que tous ils ont passé à travers la mer, et que tous ils ont été baptisés pour Moïse dans la nuée et dans la mer » (1 Cor. 10:1, 2). Ce passage renferme un enseignement profond et précieux pour le chrétien, car l’apôtre continue en disant : « Or ces choses arrivèrent comme types de ce qui nous concerne » (vers. 6), nous apprenant ainsi, d’autorité divine, à interpréter le baptême d’Israël, « dans la nuée et dans la mer », d’une manière typique ; et rien assurément ne peut avoir une signification plus profonde et plus pratique. Ce fut comme peuple baptisé de cette manière que les Israélites commencèrent leur pèlerinage à travers le désert, pour lequel Celui qui est amour avait fait provision de « viande spirituelle » et de « breuvage spirituel ». En d’autres termes, ils étaient, typiquement, un peuple mort à l’Égypte, et à tout ce qui en faisait partie. La nuée et la mer étaient pour eux ce que sont pour nous la croix et la tombe de Christ. La nuée les mettait à l’abri de leurs ennemis, la mer les séparait de l’Égypte : pareillement la croix nous met à l’abri de tout ce qui pourrait être contre nous, et nous sommes placés de l’autre côté de la tombe de Jésus : c’est de ce point que nous commençons notre voyage à travers le désert, que nous commençons à goûter la manne céleste, et à boire de l’eau qui découle du « rocher spirituel », tandis que, peuple voyageur, nous cheminons vers cette terre du repos dont Dieu nous a parlé.

J’ajouterai ici qu’il importe de comprendre la différence qu’il y a entre la mer Rouge et le Jourdain. L’un et l’autre de ces événements ont leur antitype dans la mort de Christ. Mais tandis que dans le premier nous voyons la séparation d’avec l’Égypte, dans le dernier nous voyons l’introduction dans la terre de Canaan. Les croyants ne sont pas seulement séparés de ce présent siècle mauvais par la croix de Christ, mais Dieu les a fait sortir vivifiés de la tombe de Christ, « ressuscités ensemble et les a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, dans le Christ Jésus » (Éph. 2:6, 7). Ainsi, bien qu’environnés des choses de l’Égypte, ils sont, quant à leur expérience actuelle, dans le désert, et en même temps ils sont portés, par l’énergie de leur foi, au lieu où Jésus est assis à la droite de Dieu. Le croyant n’a pas seulement reçu le pardon de tous ses péchés, mais encore il est, de fait, associé à un Christ ressuscité dans les cieux ; il n’est pas seulement sauvé par Christ, mais uni à lui pour toujours. Rien moins que cela n’aurait pu satisfaire les affections de Dieu, ou effectuer ses desseins à l’égard de l’Église.

Lecteurs, comprenez-vous ces choses ? Les croyez-vous ? Les réalisez-vous ? En manifestez-vous la puissance ? Bénie soit la grâce qui les a fait être invariablement vraies pour chacun des membres du corps de Christ, qu’il soit un œil ou une oreille, une main ou un pied. La vérité de ces choses ne dépend donc pas de leur manifestation par nous, ou de ce que nous les réalisions ou les comprenions, mais du « précieux sang de Christ », qui a effacé tous nos péchés, et posé le fondement de l’accomplissement de tous les conseils de Dieu à notre égard. C’est en cela qu’est le vrai repos pour tout cœur brisé et pour toute conscience chargée.

 

1.11                   Chapitre 15

Ce chapitre s’ouvre par le magnifique chant de triomphe d’Israël, au bord de la mer Rouge, quand il eut vu « la grande puissance que l’Éternel avait déployée contre les Égyptiens » (chap. 14:31). Les Israélites avaient vu la délivrance de l’Éternel, c’est pourquoi ils chantent sa louange et racontent ses faits puissants. « Alors Moïse et les fils d’Israël chantèrent ce cantique à l’Éternel » (vers. 1). Jusqu’ici nous n’avons pas entendu de cantique de louange, non pas même une seule note. Nous avons entendu le cri de profonde angoisse du peuple, accablé sous le pénible travail des fours à briques de l’Égypte ; nous avons entendu le cri de son incrédulité, alors qu’il était environné de difficultés qu’il croyait insurmontables ; mais point encore de cantique de louange. Ce ne fut que lorsque, comme peuple sauvé, toute l’assemblée rachetée se vit environnée des preuves de la délivrance de Dieu, qu’elle éclata en chants de triomphe. Ce fut quand les Israélites sortirent de leur baptême « dans la nuée et dans la mer », et qu’ils purent contempler sur le bord de la mer les Égyptiens morts (chap. 14:30), que six cent mille voix chantèrent le cantique de la victoire. Les eaux de la mer Rouge roulaient entre eux et l’Égypte, et ils étaient, eux, sur le rivage, un peuple délivré ; c’est pourquoi ils pouvaient célébrer l’Éternel.

En ceci, comme en toutes choses, ils étaient des types pour nous. Il faut que nous aussi, nous nous sachions sauvés, dans la puissance de la mort et de la résurrection, avant que nous puissions offrir à Dieu un culte pur et intelligent. Hors de là, il y aura toujours de la réserve et de l’hésitation dans l’âme, provenant, sans aucun doute, d’une incapacité positive à saisir la valeur de la rédemption accomplie qui est en Jésus Christ. On reconnaîtra peut-être le fait, que le salut est en Christ et en aucun autre ; mais c’est là tout autre chose que de saisir, par la foi, le vrai caractère et le fondement de ce salut, et de le réaliser comme nôtre. L’Esprit de Dieu révèle dans l’Écriture, avec une parfaite clarté, que l’Église est unie à Christ, dans la mort et dans la résurrection ; et de plus, qu’en Christ ressuscité, à la droite de Dieu, est la mesure et le gage de l’acceptation de l’Église. Quand on croit cela, l’âme est transportée au-delà de la région du doute et de l’incertitude. Comment un chrétien peut-il douter, quand il sait qu’un Avocat, savoir « Jésus Christ le Juste », le représente continuellement devant le trône de Dieu ? (1 Jean 2:1). Le plus faible des membres de l’Église de Dieu a le privilège de savoir qu’il a été représenté par Christ sur la croix, et que tous ses péchés ont été confessés, portés, jugés et expiés sur cette croix. C’est là une réalité divine, qui, saisie par la foi, donne la paix ; mais il ne faut rien moins que cette réalité pour la donner. On pourra observer pieusement et dévotement toutes les ordonnances, tous les devoirs et toutes les formes de la religion ; mais le seul moyen de délivrer entièrement la conscience du sentiment du péché, c’est de voir le péché jugé dans la personne de Christ, élevé comme offrande pour le péché, sur le bois maudit (comp. Héb. 9:26 ; 10:1-18). Si le péché a été jugé là, « une fois pour toutes », le croyant ne peut que considérer la question du péché comme une chose divinement, et partant éternellement réglée. Et ce qui prouve que le péché a été ainsi jugé, c’est la résurrection de notre Garant. « J’ai connu que tout ce que Dieu fait subsiste à toujours ; il n’y a rien à y ajouter, ni rien à en retrancher ; et Dieu le fait, afin que, devant lui, on craigne » (Eccl. 3:14).

Cependant, bien qu’on admette généralement tout cela comme vrai, quant à l’Église collectivement, un grand nombre de personnes ont beaucoup de peine à s’en faire l’application à elles-mêmes. Elles sont prêtes à dire avec le psalmiste : « Certainement Dieu est bon envers Israël, envers ceux qui sont purs de cœur. Et pour moi… etc. » (Ps. 73:1, 2). Elles regardent à elles-mêmes au lieu de regarder à Christ dans la mort, et à Christ dans la résurrection. Elles sont plutôt occupées de l’application qu’elles se font à elles-mêmes de Christ que de Christ lui-même. Elles pensent à leur capacité plutôt qu’à leur privilège ; elles sont ainsi retenues dans un état de déplorable incertitude, et ne peuvent, par conséquent, jamais prendre la place d’heureux et intelligents adorateurs. Elles prient pour demander le salut, au lieu de se réjouir dans la possession consciente du salut. Elles regardent à leurs œuvres imparfaites, au lieu de regarder à l’expiation parfaite de Christ.

Or, en parcourant les différentes notes de ce cantique du chapitre 15 de l’Exode, nous n’en trouvons pas une seule qui concerne le moi, ses actions, ses paroles, ses sentiments ou ses fruits : tout se rapporte à l’Éternel, du commencement à la fin. Moïse commence ainsi : « Je chanterai à l’Éternel, car il s’est hautement élevé ; il a précipité dans la mer le cheval et celui qui le montait ». Ces paroles sont un spécimen du cantique tout entier, d’un bout à l’autre il ne parle que des attributs et des faits de l’Éternel. Au chapitre 14, le cœur du peuple avait, en quelque sorte, été mis à l’étroit sous la pression excessive des circonstances ; mais au chapitre 15, le fardeau est ôté, et le cœur du peuple s’épanche librement dans un doux cantique de louange. Le moi est oublié ; les circonstances sont perdues de vue. On ne voit qu’un objet, un seul objet : le Seigneur lui-même dans son caractère et ses voies. Israël pouvait dire : « Ô Éternel ! tu m’as réjoui par tes actes ; je chanterai de joie à cause des œuvres de tes mains » (Ps. 92:4). C’est là le vrai culte. C’est quand nous perdons de vue notre misérable moi avec tout ce qui y tient, et que Christ seul remplit nos cœurs, que nous pouvons offrir à Dieu un culte convenable. Les efforts d’un piétisme charnel ne sont pas nécessaires pour éveiller dans l’âme des sentiments de dévotion ; il n’est nul besoin des prétendus secours d’une religion, « ainsi nommée », pour allumer dans l’âme la flamme d’un culte agréable à Dieu. Que le cœur seulement soit occupé de la personne de Christ, et « des cantiques de louanges » s’en élèveront naturellement. Il est impossible, quand les regards sont arrêtés sur Lui, que l’esprit ne s’incline pas dans une sainte adoration. Si nous contemplons le culte des armées qui entourent le trône de Dieu et de l’Agneau, nous verrons qu’il est toujours provoqué par quelque trait spécial de la perfection divine ou de ses voies. Il devrait en être ainsi de l’Église sur la terre ; et quand il en est autrement, c’est que nous nous sommes laissés envahir par des choses qui n’ont aucune place dans les régions de la pure lumière et du bonheur parfait. Dans tout culte vrai, Dieu lui-même est à la fois l’objet du culte, le sujet du culte, et la puissance du culte.

Ainsi le chapitre qui nous occupe est un bel exemple d’un cantique de louange. C’est le langage d’un peuple racheté, célébrant la louange de Celui qui les a rachetés. « Jah est ma force et mon cantique, et il a été mon salut. Il est mon Dieu, et je lui préparerai une habitation ; le Dieu de mon père, et je l’exalterai. L’Éternel est un homme de guerre l’Éternel est son nom… Ta droite, ô Éternel s’est montrée magnifique en force ; ta droite, ô Éternel ! a écrasé l’ennemi… Qui est comme toi parmi les dieux, ô Éternel ? Qui est comme toi, magnifique en sainteté, terrible en louanges, opérant des merveilles ?... Tu as conduit par ta bonté ce peuple que tu as racheté ; tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté… L’Éternel régnera à toujours et à perpétuité ». Quelle sphère étendue ce cantique embrasse ! Il commence par la rédemption et se termine par la gloire. Il commence par la croix et se termine par le royaume. Il ressemble à un bel arc-en-ciel, dont l’une des extrémités plonge dans « les souffrances », et l’autre dans « les gloires qui suivront » (1 Pierre 1:11). Tout concerne l’Éternel. C’est une effusion de l’âme, produite par une contemplation du Dieu de miséricorde et de gloire, et de ses faits merveilleux. De plus, le cantique fait mention de l’accomplissement présent du dessein de Dieu : « Tu l’as guidé par ta force, jusqu’à la demeure de ta sainteté ! » (vers. 13). Les enfants d’Israël pouvaient parler ainsi, bien qu’ils n’eussent encore fait que poser le pied sur le bord du désert. Leur cantique n’était pas l’expression d’une vague espérance. Non ; quand l’âme n’est occupée que de Dieu, elle peut se plonger dans la plénitude de sa grâce, se réchauffer à la clarté de sa face, et se réjouir dans les abondantes richesses de sa miséricorde et de sa bonté. La perspective qui s’ouvre devant elle est libre de tout nuage ; se plaçant sur le roc éternel, où l’amour d’un Dieu Sauveur l’a établie, — unie à un Christ ressuscité, elle parcourt l’immense sphère des plans et des desseins de Dieu, et arrête ses regards sur l’éclat suprême de cette gloire, que Dieu a préparée pour tous ceux qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l’Agneau.

Ceci explique le caractère si plein, si brillant et si élevé, des cantiques de louanges que nous rencontrons dans toute l’Écriture Sainte. La créature est mise de côté ; Dieu est l’unique objet, et remplit à lui seul toute la sphère de la vision de l’âme. Il n’y a rien là de l’homme, de ses sentiments ou de ses expériences ; c’est pourquoi la louange peut retentir sans cesse. Combien ces chants sont différents de ces cantiques tout remplis de l’expression de nos manquements, de nos faiblesses, de notre insuffisance, que nous entendons si souvent dans des assemblées chrétiennes ! Il est bien certain que nous ne pouvons jamais chanter avec puissance et intelligence spirituelle, quand nous regardons à nous-mêmes. Nous découvrirons toujours en nous quelque chose qui tendra à entraver notre culte. De fait, beaucoup de personnes semblent estimer qu’être dans un état continuel de doute et d’incertitude est une grâce chrétienne ; il en résulte que leurs hymnes participent du caractère de leur état. Ces personnes, quelque sincères et pieuses qu’elles puissent être d’ailleurs, n’ont point encore, dans la vraie expérience de leurs âmes, saisi le véritable terrain du culte. Elles n’en ont pas encore fini avec elles-mêmes ; elles n’ont pas encore traversé la mer et, comme un peuple baptisé d’un baptême spirituel, pris place sur le rivage, dans la puissance de la résurrection ; elles sont encore, d’une manière ou d’une autre, occupées d’elles-mêmes ; elles ne regardent pas le moi comme une chose crucifiée, avec laquelle Dieu en a fini pour toujours.

Puisse le Saint Esprit donner à tous les enfants de Dieu une intelligence plus complète et plus digne de leur position et de leurs privilèges, leur faisant comprendre que, lavés de leurs péchés dans le sang de Christ, ils sont devant Dieu dans cette faveur infinie et parfaite dans laquelle Christ est lui-même, comme le Chef ressuscité et glorifié de son Église. Les doutes et les craintes ne siéent pas aux enfants de Dieu, car leur divin Garant n’a pas laissé l’ombre d’un fondement sur lequel ils puissent élever un doute ou une crainte. Leur place est en dedans du voile. Ils ont « une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus » (Héb. 10:19). Y a-t-il des doutes et des craintes dans les lieux saints ? N’est-il pas évident que celui qui doute met de fait en question la perfection de l’œuvre de Christ, cette œuvre à laquelle Dieu a rendu témoignage à la vue de toute intelligence créée, par la résurrection de Christ d’entre les morts ? Christ n’aurait pas pu quitter la tombe avant que tout sujet de doute ou de crainte eût été entièrement ôté pour son peuple. C’est donc le doux privilège du chrétien de se réjouir toujours dans un parfait salut. Dieu Lui-même est devenu « son salut », et il n’a autre chose à faire qu’à jouir des fruits de l’œuvre que Dieu a opérée pour lui, et à vivre pour sa gloire, en attendant le temps où « l’Éternel régnera à toujours et à perpétuité » (vers. 18).

Mais il y a, dans le cantique de Moïse et des enfants d’Israël, un passage sur lequel je voudrais attirer l’attention de mon lecteur. « Il est mon Dieu, et je lui préparerai une habitation » (vers. 2). Il est digne de remarque que, au moment où le cœur débordait de la joie de la rédemption, il exprime le vœu d’élever à Dieu une « habitation ». Lecteur chrétien, méditez bien ceci. La pensée de Dieu habitant avec l’homme se retrouve partout dans l’Écriture, depuis le chapitre 15 de l’Exode jusqu’à l’Apocalypse. Écoutez le langage d’un cœur dévoué : « Si j’entre dans la demeure de ma maison, si je monte sur le lit où je couche, si je permets à mes yeux de dormir, à mes paupières de sommeiller, jusqu’à ce que j’aie trouvé un lieu pour l’Éternel, des demeures pour le Puissant de Jacob » (Ps. 132:3-5). Et encore : « Car le zèle de ta maison m’a dévoré » (Ps. 69:9 ; Jean 2:17). Je n’entreprendrai pas de poursuivre ici ce sujet, mais je voudrais pouvoir y intéresser le cœur du lecteur, de telle sorte qu’il l’étudiât lui-même, avec prière, depuis la première mention qui en est faite dans l’Écriture jusqu’à cette bienheureuse et consolante déclaration : « Voici, l’habitation de Dieu est avec les hommes, et il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux, leur Dieu. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Apoc. 21:3, 4).

« Et Moïse fit partir Israël de la mer Rouge, et ils sortirent vers le désert de Shur ; et ils marchèrent trois jours dans le désert, et ne trouvèrent point d’eau » (vers. 22). C’est quand nous entrons dans la vie expérimentale du désert, que nous sommes mis à l’épreuve, afin qu’il apparaisse jusqu’à quel point nous connaissons Dieu et notre propre cœur. Le commencement de notre carrière chrétienne est accompagné d’une fraîcheur et d’une exubérance de joie que tempère bien vite le vent desséchant du désert ; alors, à moins que le sentiment profond de ce que Dieu est pour nous ne domine chez nous toute autre pensée, nous sommes enclins à nous laisser abattre, et « à retourner de notre cœur en Égypte » (Act. 7:39). La discipline du désert est nécessaire, non pour nous procurer un droit à Canaan, mais pour nous apprendre à connaître Dieu et notre propre cœur, nous mettre en état de saisir la puissance de notre relation avec Dieu, et nous rendre plus capables de jouir de Canaan, quand nous y serons réellement entrés (voyez Deut. 8:2-5).

La fraîche et luxuriante verdure du printemps, avec ce charme qui lui est particulier, passe bientôt devant les brûlantes chaleurs de l’été ; mais cette même chaleur, qui détruit cette jeune et fraîche parure du printemps, produit, par son action bienfaisante, les fruits doux et mûrs de l’automne. Il en est de même dans la vie chrétienne ; car, comme on le sait, il y a une analogie frappante et instructive entre les principes qui existent dans le règne de la nature et ceux qui caractérisent le règne de la grâce, car ils sont l’un et l’autre l’œuvre du même Dieu.

Nous pouvons contempler les Israélites dans trois positions distinctes : en Égypte, dans le désert et dans le pays de Canaan. Dans chacune de ces positions, ils sont « nos types » ; mais nous sommes dans toutes les trois à la fois. Ceci peut paraître paradoxal, mais c’est la vérité. De fait, nous sommes en Égypte, environnés des choses de la nature, qui conviennent parfaitement au cœur naturel. Mais, en tant que, par sa grâce, Dieu nous a appelés à la communion de son Fils Jésus Christ, et conformément aux affections et aux désirs de la nouvelle nature que nous avons reçue de lui, nous avons nécessairement notre place en dehors de tout ce qui appartient à l’Égypte (Note B), c’est-à-dire au monde dans son état naturel ; et ceci nous fait faire l’expérience de ce qu’est le désert ; ou, en d’autres termes, nous place, comme fait d’expérience, dans le désert. La nature divine soupire ardemment après un autre ordre de choses, après une atmosphère plus pure que celle dont nous sommes environnés, et nous fait ainsi sentir que l’Égypte est, moralement, un désert.

Cependant, comme étant, devant Dieu, éternellement associés avec Celui qui est entré triomphalement dans les lieux célestes, et y a pris place à la droite de la Majesté, c’est notre heureux privilège de savoir que, par la foi, nous y sommes « assis ensemble en lui » (Éph. 2:6). Donc, bien que quant à nos corps, nous soyons en Égypte, nous sommes cependant, quant à notre expérience, dans le désert, tandis que, en même temps, la foi nous fait entrer en esprit, en Canaan, et nous rend capables de nous nourrir du vieux « blé du pays », c’est-à-dire de Christ ; non pas seulement de Christ descendu sur la terre, mais de Christ remonté au ciel et assis là dans la gloire (comp. 1 Tim. 3:16).

Les derniers versets du chapitre 15 nous font voir Israël dans le désert. Jusqu’ici tout pouvait sembler facile. Des jugements terribles avaient éclaté sur l’Égypte, tandis qu’Israël en était demeuré exempt ; l’armée égyptienne était morte sur le rivage, et Israël triomphait. Tout allait très bien, mais, hélas ! les choses changèrent vite d’aspect ; les chants de louange firent place à des paroles de murmure : « Et ils vinrent à Mara ; mais ils ne pouvaient boire des eaux de Mara, car elles étaient amères : c’est pourquoi son nom fut appelé Mara. Et le peuple murmura contre Moïse, disant : que boirons-nous ? » — Et encore : « Et toute l’assemblée des fils d’Israël murmura contre Moïse et contre Aaron, dans le désert. Et les fils d’Israël leur dirent : Ah ! que ne sommes-nous morts par la main de l’Éternel dans le pays d’Égypte, quand nous étions assis auprès des pots de chair, quand nous mangions du pain à satiété ! Car vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette congrégation » (chap. 16:2, 3).

C’était là les épreuves du désert : « Que mangerons-nous » et « que boirons-nous ? » Les eaux de Mara mirent à l’épreuve le cœur du peuple d’Israël et manifestèrent son esprit murmurateur, mais l’Éternel lui fit voir qu’il n’y avait aucune amertume que, par les ressources de sa grâce, il ne pût adoucir. « Et l’Éternel enseigna à Moïse un bois, et il le jeta dans les eaux, et les eaux devinrent douces. Là il lui donna un statut et une ordonnance, et là il l’éprouva ». Quelle belle image ce « bois » n’est-il pas de Celui qui, par une grâce infinie, fut jeté dans les eaux amères de la mort, afin que ces eaux fussent rendues douces pour nous à toujours. Nous pouvons dire, en vérité : « l’amertume de la mort est passée », et il ne reste pour nous que les douceurs éternelles de la résurrection.

Le verset 26 nous montre tout ce qu’il y a de sérieux dans la première période de la carrière des rachetés de l’Éternel dans le désert. Durant cette période, on court le risque de se laisser aller à un esprit d’agitation, d’impatience et de murmure. Le seul moyen de se préserver de cet esprit, c’est d’avoir les yeux fermement arrêtés sur Jésus, « fixant les yeux sur Jésus » (Héb. 12:2). Béni soit son nom, il se manifeste toujours d’une manière qui est appropriée aux besoins de son peuple ; et les siens, au lieu de se plaindre des circonstances dans lesquelles ils se trouvent, devraient en prendre occasion de lui adresser toujours de nouveaux appels. Le désert sert ainsi à nous faire faire l’expérience de ce que Dieu est. C’est une école dans laquelle nous apprenons à connaître sa grâce patiente et ses abondantes ressources. « Et il prit soin d’eux dans le désert, comme une mère, environ quarante ans » (Act. 13:18). L’homme spirituel reconnaîtra toujours qu’il vaut la peine de rencontrer des eaux amères que Dieu vienne adoucir. « Nous nous glorifions dans les tribulations, sachant que la tribulation produit la patience, et la patience l’expérience, et l’expérience l’espérance ; et l’espérance ne rend point honteux, parce que l’amour de Dieu est versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rom. 5:3-5).

Toutefois, le désert a ses « Élim » aussi bien que ses « Mara », ses fontaines et ses palmiers aussi bien que ses eaux amères. « Puis ils vinrent à Élim, où il y avait douze fontaines d’eau, et soixante-dix palmiers et ils campèrent là, auprès des eaux » (vers. 27). Le Seigneur, dans sa grâce et sa tendresse, prépare des lieux verdoyants sur le chemin de son peuple voyageant dans le désert ; et, quoique ce ne soient que des oasis, ils rafraîchissent l’esprit et raniment le cœur. Le séjour d’Élim était bien propre à calmer les cœurs des Israélites, et à faire taire leurs murmures. Le délicieux ombrage de ses palmiers, les eaux rafraîchissantes de ses fontaines venaient à propos, après l’épreuve de Mara, et nous présentent, en figure, les vertus excellentes de ce ministère spirituel dont Dieu prend soin de pourvoir son peuple ici-bas. « Les douze » et les « soixante-dix » sont des nombres qui ont un rapport intime avec le ministère (Luc 10:1, 17 ; 6:13).

Mais « Élim » n’était pas « Canaan ». Les fontaines et les palmiers d’Élim n’étaient que des avant-goûts de l’heureux pays, situé au-delà des limites de ce désert stérile, dans lequel les rachetés venaient d’entrer. Israël pouvait sans doute s’y abreuver et y trouver un frais abri, mais les eaux et l’ombrage étaient ceux du désert ; ils n’étaient que pour un moment, afin de ranimer et de fortifier le peuple pour sa marche vers Canaan. Il en est de même, comme nous le savons, du ministère dans l’Église : il est une ressource pour nos besoins, qui doit servir à nous désaltérer, à nous fortifier et à nous encourager, « jusqu’à ce que nous parvenions tous à la mesure de la stature de la plénitude du Christ » (Éph. 4:13).

 

1.12                   Chapitre 16

« Et ils partirent d’Élim, toute l’assemblée des fils d’Israël, et vinrent au désert de Sin, qui est entre Élim et Sinaï, le quinzième jour du second mois après leur sortie du pays d’Égypte » (v. 1). Nous voyons ici Israël dans une position remarquable et intéressante : il est encore dans le désert, sans doute ; mais dans une partie fort importante et significative, savoir « entre Élim et Sinaï ». Le premier de ces lieux était celui où Israël avait tout récemment goûté les eaux rafraîchissantes du ministère divin ; le dernier était celui où ils allaient abandonner le terrain de la grâce gratuite et souveraine, pour se placer sous une alliance d’œuvres. Les enfants d’Israël apparaissent ici comme les objets de la même grâce qui les avait fait sortir du pays d’Égypte, c’est pourquoi Dieu répond à leurs murmures par un secours immédiat. Quand Dieu agit dans la manifestation de sa grâce, il n’y a aucun obstacle pour lui ; les bénédictions qui ont leur source en lui, coulent sans interruption. Ce n’est que quand l’homme se place sous la loi qu’il perd tout, car alors il faut que Dieu lui laisse faire l’expérience de ce à quoi il peut arriver, en vertu de ses œuvres.

Quand Dieu visita et racheta son peuple, et le fit sortir du pays d’Égypte, ce ne fut certainement pas dans le but de les laisser mourir de faim et de soif dans le désert. Les enfants d’Israël auraient dû le savoir. Ils auraient dû se confier en Dieu, et marcher dans l’étroite communion de cet amour qui les avait délivrés d’une manière si glorieuse des horreurs de leur esclavage en Égypte. Ils auraient dû se souvenir qu’il valait infiniment mieux être dans le désert avec Dieu, qu’au milieu des fours à briques avec le Pharaon. Mais non, le cœur humain a beaucoup de peine à croire à l’amour pur et parfait de Dieu ; il a plus de confiance en Satan qu’en Dieu (comp. Gen 3:1-6). Considérez un instant toutes les souffrances, la misère, la dégradation que l’homme a endurées, pour avoir écouté la voix de Satan ; — et cependant jamais vous ne l’entendez se plaindre de son service, ni exprimer le désir de se soustraire à sa main. L’homme n’est pas mécontent de Satan, ni fatigué de le servir. Tous les jours il recueille des fruits amers de ce champ que Satan a ouvert devant lui, et tous les jours, de nouveau, on le voit encore semer la même semence et se soumettre aux mêmes travaux.

L’homme agit bien différemment à l’égard de Dieu. Quand nous avons commencé à marcher dans ses voies, nous sommes prêts, à la première apparence d’épreuve ou de tribulation, à murmurer et à nous révolter ; et cela faute de cultiver en nous un esprit de reconnaissance et de confiance. Nous oublions dix mille gratuités en vue de la plus légère privation. Nous avons reçu le pardon gratuit de tous nos péchés (Éph. 1:7 ; Col. 1:14) ; nous avons été « rendus agréables dans le Bien-aimé » (Éph. 1:6) ; nous avons été faits héritiers de Dieu et cohéritiers avec Christ (Éph. 1:11. Rom. 8:17 ; Gal. 4:7) ; nous attendons la gloire éternelle (Rom. 8:18-25, 2 Cor. 4:15 ; 5:5 ; Phil. 3:20, 21 ; Gal. 5:5 ; Tite 2:13 ; 1 Jean 3:2, etc.) ; de plus notre chemin à travers le désert est semé d’innombrables faveurs (Rom. 8:28), et malgré cela, qu’un nuage, grand comme la main, apparaisse à l’horizon, nuage qui, après tout, ne fera peut-être que se fondre en bénédictions sur nos têtes, et aussitôt nous oublions les grâces multipliées qui nous ont été accordées. Cette pensée devrait nous humilier profondément dans la présence de Dieu. Combien différent, à cet égard comme à tout autre, a été notre bienheureux modèle ! Regardez-le, Lui, le véritable Israël dans le désert, entouré de bêtes sauvages, et jeûnant pendant quarante jours. A-t-il murmuré ? S’est-il plaint de son lot ? A-t-il désiré d’être dans d’autres circonstances ? Non, Dieu était la portion de son héritage et de sa coupe (Ps. 16). C’est pourquoi, quand le tentateur s’approcha de lui, et lui offrit les choses nécessaires à la vie, ses gloires, ses distinctions et ses honneurs, il refusa tout, et demeura ferme dans la position de dépendance absolue de Dieu et d’obéissance implicite à sa Parole. Il ne voulait recevoir du pain que de Dieu, et de lui la gloire pareillement.

Il en fut bien autrement d’Israël selon la chair. Les enfants d’Israël n’eurent pas plutôt senti la souffrance de la faim, qu’ils « murmurèrent dans le désert contre Moïse et contre Aaron ». Il semblait qu’ils avaient oublié que c’était l’Éternel qui les avait délivrés, car ils dirent : « Vous nous avez fait sortir dans ce désert » ; et encore : « Le peuple murmura contre Moïse, et dit : pourquoi nous as-tu fait monter d’Égypte, pour nous faire mourir de soif, moi, et mes enfants, et mon bétail ? » (chap. 17:3). C’est ainsi qu’en toute occasion ils manifestèrent un esprit d’irritation et de mécontentement, et montrèrent combien peu ils réalisaient la présence de leur puissant et miséricordieux Libérateur, et savaient s’appuyer sur son bras.

Or rien ne déshonore Dieu davantage que les murmures de ceux qui lui appartiennent. L’apôtre parle de cet esprit comme d’une marque spéciale de la corruption des gentils, qui, « ayant connu Dieu, ne le glorifièrent point comme Dieu, ni ne lui rendirent grâces » (Rom. 1:21). Puis il en signale la conséquence pratique : « mais ils devinrent vains dans leurs raisonnements, et leur cœur destitué d’intelligence fut rempli de ténèbres ». Celui qui ne nourrit pas dans son cœur un sentiment de gratitude envers Dieu pour sa bonté, sera bientôt rempli de « ténèbres ». Ainsi Israël perdit le sentiment qu’il était dans les mains de Dieu ; et comme on devait s’y attendre, il fut entraîné dans des ténèbres encore plus épaisses, car nous les entendons dire, à une époque plus avancée de leur histoire : « Pourquoi l’Éternel nous fait-il venir dans ce pays, pour y tomber par l’épée, pour que nos femmes et nos petits enfants deviennent une proie ? » (Nomb. 14:3). Telle est la pente que suit une âme qui a perdu sa communion avec Dieu. Elle commence par n’avoir plus la conscience qu’elle est entre les mains de Dieu pour sa bénédiction, et puis elle finit par se croire dans les mains de Dieu pour son malheur. Triste progrès !

Toutefois, Israël étant placé jusqu’ici sous la grâce, Dieu pourvoit à ses besoins d’une manière merveilleuse, comme nous l’apprend ce chapitre. « Et l’Éternel dit à Moïse : Voici, je vais vous faire pleuvoir des cieux du pain » (vers. 4). Alors qu’ils étaient enveloppés du nuage glacial de leur incrédulité, ils avaient dit : « Ah, que ne sommes-nous morts par la main de l’Éternel dans le pays d’Égypte, quand nous étions assis auprès des pots de chair, quand nous mangions du pain à satiété ! » Et maintenant Dieu parle de « pain des cieux ». Bienheureux contraste ! Quelle différence entre « les pots de chair » et « le pain » de l’Égypte, et « la manne du ciel », « le pain des anges ! » Les premiers appartenaient à la terre, le dernier appartenait au ciel.

Mais cette nourriture céleste était une pierre de touche pour éprouver la condition d’Israël, ainsi qu’il est écrit : « Afin que je l’éprouve, pour voir s’il marchera dans ma loi, ou non » (vers. 4). Il fallait un cœur sevré des influences de l’Égypte, pour être satisfait du « pain du ciel », ou pour en jouir. Par le fait, nous savons que les Israélites n’en furent pas contents, car ils le méprisèrent, le déclarant un « pain misérable » (Nomb. 21:5). Ils convoitèrent de la chair, montrant ainsi combien peu leur cœur était délivré de l’Égypte, ou disposé à observer la loi de l’Éternel. Ils retournèrent de leur cœur en Égypte. Mais au lieu d’y retourner de fait, ils furent, plus tard, transportés au-delà de Babylone (Act. 7:39, 43). C’est ici une sérieuse leçon pour les chrétiens. Si ceux qui ont été délivrés de ce présent siècle ne marchent pas avec Dieu avec des cœurs reconnaissants, satisfaits de ce dont Dieu a fait provision pour ses rachetés dans le désert, ils sont en danger de tomber dans les pièges de l’influence babylonienne. Il faut avoir des affections célestes pour se nourrir du pain du ciel. La nature ne peut pas savourer une nourriture pareille ; elle soupire toujours après l’Égypte, c’est pourquoi il faut qu’elle soit tenue dans l’humiliation et l’assujettissement. Nous chrétiens, « qui avons été baptisés pour la mort de Christ, « ensevelis avec lui dans le baptême », et « ressuscités ensemble par la foi en l’opération de Dieu » (Rom. 6:3 ; Col. 2:12), nous avons le privilège de nous nourrir de Christ comme du « pain vivant qui est descendu du ciel » (Jean 6:51). Notre nourriture dans le désert, c’est Christ, tel qu’il nous est présenté par le Saint Esprit, par le moyen de la Parole écrite ; tandis que notre breuvage spirituel, c’est le Saint Esprit, venu, comme l’eau jaillissant du rocher frappé, de Christ frappé pour nous. Telle est notre excellente part dans le désert de ce monde.

Or, pour jouir de cette part, il faut que notre cœur soit détaché de tout ce qui est de ce présent siècle mauvais, de tout ce qui pourrait s’offrir à nous comme hommes naturels, comme hommes vivants dans la chair. Un cœur mondain, un cœur charnel, ne trouverait pas Christ dans l’Écriture, ni ne jouirait de lui, s’il l’y trouvait. La manne était si pure, si délicate, qu’elle ne supportait pas le contact avec la terre ; elle descendait sur la rosée (vers. 13-16 ; Nomb. 11:9) et devait être recueillie le matin avant la chaleur du jour (vers. 21). Chacun devait donc se lever de bonne heure pour chercher sa nourriture quotidienne. De même maintenant, il faut que le peuple de Dieu recueille fraîche, tous les matins, la manne céleste ; la manne d’hier ne vaut rien pour aujourd’hui, ni celle d’aujourd’hui pour demain. Il faut que nous nous nourrissions de Christ chaque jour, avec une nouvelle énergie de l’Esprit, sans quoi nous cesserons de croître. De plus, il faut que nous fassions de Christ notre premier objet. Il faut que nous le cherchions de « bonne heure », avant que d’autres choses aient eu le temps de s’emparer de nos faibles cœurs. Beaucoup d’entre nous, hélas ! manquent à cet égard. Nous ne donnons à Christ qu’une place secondaire, et la conséquence en est que nous restons faibles et stériles ; l’ennemi, toujours vigilant, se prévaut de notre indolence spirituelle, pour nous priver de la bénédiction et de la force que l’on reçoit en se nourrissant de Christ. La vie nouvelle, dans le croyant, ne peut être alimentée et maintenue que par Christ. « Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que moi, je vis à cause du Père, de même celui qui me mangera, celui-là aussi vivra à cause de moi » (Jean 6:57).

La grâce du Seigneur Jésus Christ, celui qui est descendu du ciel pour être la nourriture de son peuple, est pour l’âme renouvelée d’un prix inestimable ; mais pour jouir ainsi de Christ, il est nécessaire que nous réalisions que nous sommes dans le désert, mis à part pour Dieu, dans la puissance d’une rédemption accomplie. Si je marche avec Dieu dans le désert, je serai satisfait de la nourriture qu’il me donne, c’est-à-dire de Christ, comme étant descendu du ciel. « Le blé du pays », « le crû de la terre de Canaan » (Josué 5:11, 12), trouve son antitype en Christ monté en haut et assis dans la gloire. Comme tel, il est la nourriture qui convient à ceux qui savent, par la foi, qu’ils sont ressuscités ensemble et assis ensemble avec lui dans les lieux célestes. Mais la manne, c’est-à-dire Christ comme descendu du ciel, est pour le peuple de Dieu, dans sa vie et son expérience dans le désert. Comme peuple étranger ici-bas, nous avons besoin d’un Christ qui ait aussi été étranger sur la terre ; comme peuple assis en haut dans le ciel en esprit, nous avons un Christ assis dans le ciel. Ceci pourra expliquer la différence qui existe entre « la manne » et « le crû du pays ». Il n’est pas question ici de la rédemption ; nous l’avons dans le sang de la croix, et là seulement. Il s’agit simplement de la provision que Dieu a faite pour son peuple, eu égard aux différentes positions dans lesquelles celui-ci se trouve, soit que, de fait, il lutte dans le désert, ou qu’en esprit il prenne possession de l’héritage céleste.

Quelle frappante image nous présente Israël dans le désert ! Il avait derrière lui l’Égypte, devant lui Canaan, et autour de lui le sable du désert, tandis que lui-même, il était appelé à regarder au ciel pour sa nourriture de chaque jour. Le désert n’avait ni un brin d’herbe, ni une goutte d’eau à offrir à l’Israël de Dieu ; en l’Éternel seul était la portion des rachetés. Les chrétiens n’ont rien ici-bas ; leur vie étant céleste, elle ne peut être entretenue que par des choses célestes. Bien que placés dans le monde, ils ne sont pas du monde, car Christ les a choisis du monde. Peuple céleste, ils sont en chemin vers leur patrie, et sont soutenus par la nourriture qu’ils en reçoivent ; ils marchent en avant vers le ciel. La gloire dirige de ce côté seulement. Il est complètement inutile de regarder en arrière vers l’Égypte ; on ne peut y découvrir aucun rayon de la gloire. « Ils se tournèrent vers le désert ; et voici, la gloire de l’Éternel parut dans la nuée » (vers. 10). Le chariot de l’Éternel était dans le désert, et tous ceux qui désiraient être en communion avec Lui devaient aussi être dans le désert ; et s’ils y étaient, la manne céleste devait être leur nourriture, et rien autre.

Cette manne était, il est vrai, un étrange aliment ; un aliment tel, qu’un Égyptien n’aurait jamais pu ni le comprendre, ni l’apprécier, ni s’en nourrir ; mais ceux qui avaient été « baptisés dans la nuée et dans la mer » (1 Cor. 10:2) pouvaient, s’ils marchaient d’une manière conséquente avec la position dans laquelle ce baptême les avait introduits, jouir de cette manne et en être nourris. Il en est de même maintenant pour le vrai croyant. L’homme du monde ne comprend pas comment le croyant vit. Sa vie et l’aliment qui l’entretient sont, l’un et l’autre, inaccessibles à l’œil naturel le plus pénétrant. Christ est la vie du chrétien ; et il vit de Christ, il se nourrit, par la foi, des grâces puissantes de Celui qui, « est sur toutes choses Dieu béni éternellement » (Rom. 9:5), et « prit la forme d’esclave, étant fait à la ressemblance des hommes » (Phil. 2:7). Il le suit du sein du Père à la croix, et de la croix jusqu’au trône ; et trouve en lui, à chaque période de sa carrière et dans chacune des phases de sa vie, un aliment précieux pour l’homme nouveau. Tout ce qui environne le chrétien, bien que, de fait, ce soit l’Égypte, n’est qu’un désert aride et désolé, n’ayant rien à offrir à l’esprit renouvelé ; et si l’âme y trouve malheureusement un aliment, ses progrès dans la vie spirituelle sont entravés dans la même mesure. La seule provision que Dieu ait faite pour nous, c’est la manne, et le vrai croyant devrait toujours s’en nourrir (comp. Lév. 7:11-36).

Qu’il est déplorable de voir des chrétiens rechercher les choses de ce monde ! Cela prouve clairement qu’ils sont « dégoûtés » de la manne céleste, et qu’ils l’estiment être un « pain misérable ». Ils servent ce qu’ils devraient mortifier. L’activité de la vie nouvelle est toujours liée au dépouillement du « vieil homme avec ses actions » (Col. 3:9) ; et plus ce dépouillement aura lieu, plus on désirera de se nourrir du « pain qui soutient le cœur de l’homme » (Ps. 104:15). Comme au physique, plus on prend d’exercice, et plus l’appétit est bon, de même dans la vie spirituelle, plus nos facultés renouvelées sont mises en jeu, plus nous éprouvons aussi le besoin de nous nourrir de Christ chaque jour. C’est une chose que de savoir que nous avons la vie en Christ, unie à un plein pardon et à une acceptation entière devant Dieu ; et c’en est une autre et une toute différente, que d’être habituellement en communion avec lui, de se nourrir de lui par la foi, faisant de lui l’aliment exclusif de nos âmes. Un grand nombre de personnes font profession d’avoir trouvé le pardon et la paix en Jésus, qui, en réalité, se nourrissent d’une variété de choses n’ayant aucun rapport avec Christ. Elles repaissent leur esprit de la lecture des journaux et de la littérature frivole et insipide du jour. Trouveront-elles Christ là ? Est-ce par de pareils moyens que le Saint Esprit nourrit l’âme de Christ ? Est-ce là cette pure rosée sur laquelle la manne céleste descend pour servir d’aliment aux rachetés de Dieu dans le désert ? Hélas ! non ; ce sont les grossiers aliments auxquels l’esprit charnel trouve son plaisir. La parole de Dieu nous dit qu’il y a, dans le chrétien, deux natures ; qu’on se demande laquelle de ces deux natures se nourrit des nouvelles et de la littérature du monde ! Est-ce la vieille ou la nouvelle ? La réponse n’est pas difficile. Laquelle, donc, des deux désirons-nous entretenir ? Notre conduite, assurément, sera la plus fidèle réponse à cette question. Si je désire sincèrement de croître dans la vie divine, si mon but principal est d’être rendu semblable à Christ et de lui être dévoué, si j’aspire sérieusement à ce que le règne de Dieu fasse des progrès au dedans, je chercherai toujours, sans aucun doute, la nourriture que Dieu m’a préparée pour mon accroissement spirituel. C’est tout simple. Les actions d’un homme sont toujours le plus sûr indice de ses désirs et de ses intentions. Ainsi, si je rencontre quelqu’un qui, faisant profession d’être chrétien, néglige sa Bible, et trouve néanmoins suffisamment de temps, bien plus, prend quelques-unes de ses meilleures heures pour lire les journaux et tant d’autres ouvrages pour le moins futiles et souvent pernicieux, il ne me sera pas difficile de juger de la vraie condition de son âme ; je suis sûr que ce chrétien ne peut pas être un chrétien spirituel, qu’il ne se nourrit certainement pas de Christ, et qu’il ne peut pas vivre pour lui ou lui rendre témoignage.

Si un Israélite avait négligé de recueillir, à la fraîcheur du matin, sa portion du pain que la grâce de Dieu avait préparé pour lui, il aurait bientôt manqué de forces pour continuer son voyage. Pareillement, il faut que nous aussi, nous fassions de Christ le souverain objet de notre âme, sinon notre vie spirituelle déclinera inévitablement. Des sentiments et des expériences, se rattachant à Christ, ne peuvent même pas constituer notre nourriture spirituelle, parce que ces sentiments et ces expériences sont variables et sujets à mille fluctuations. Le pain de vie, c’était Christ hier, et il faut que ce soit Christ aujourd’hui et Christ éternellement. Il ne suffit pas non plus de se nourrir en partie de Christ et en partie d’autres objets. Comme c’est Christ seul qui est la vie, de même le « vivre » ne peut être que Christ seul ; et de même que nous ne pouvons rien mélanger avec ce qui communique la vie, de même nous ne pouvons rien mélanger avec ce qui l’entretient.

Il est parfaitement vrai que, comme Israël a mangé du « blé du pays » (Jos. 5), nous pouvons en esprit et par la foi, même maintenant, nous nourrir d’un Christ ressuscité et glorifié, monté au ciel en vertu d’une rédemption accomplie. Et non seulement cela, mais nous savons que, quand les rachetés de Dieu seront entrés dans les régions de la gloire, du repos et de l’immortalité, qui se trouvent de l’autre côté du Jourdain, ils en auront fini de fait avec la nourriture du désert ; mais ils n’en auront pas fini avec Christ, ni avec le souvenir de ce qu’il a été comme aliment dans le désert. — Dieu voulait qu’Israël, au milieu du lait et du miel de la terre de Canaan, n’oubliât jamais ce qui l’avait soutenu durant les quarante années de son séjour dans le désert. « Voici la parole que l’Éternel a commandée : Qu’on en remplisse un omer pour le garder pour vos générations, afin qu’elles voient le pain que je vous ai fait manger dans le désert, lorsque je vous ai fait sortir du pays d’Égypte… Comme l’Éternel l’avait commandé à Moïse, Aaron la posa devant le témoignage pour être gardée » (vers. 32-34).

Précieux monument de la fidélité de Dieu ! Il ne les laissa point mourir de faim, comme leurs cœurs insensés et incrédules s’y étaient attendus ; il fit pleuvoir du pain du ciel pour eux, les nourrit du pain des anges, veilla sur eux avec toute la tendresse d’une mère, usa de patience envers eux, les porta sur des ailes d’aigle ; et, s’ils avaient persévéré dans la grâce, il les eût mis pour toujours en possession de toutes les promesses faites à leurs pères. La cruche de manne, avec la portion d’un jour, car elle contenait un omer, et posée devant l’Éternel, est pour nous une figure pleine d’instruction. Il n’y avait point de vers dans cette cruche, ni aucune corruption ; elle était le mémorial de la fidélité de Dieu à pourvoir aux besoins de ceux qu’il avait délivrés des mains de l’Ennemi.

Il n’en était pas ainsi, toutefois, quand l’homme amassait la manne pour lui-même : alors les symptômes de la corruption se manifestaient bientôt. Nous ne penserons jamais à faire de provisions, si nous comprenons la vérité et la réalité de notre position ; c’est notre privilège, jour après jour, de nous nourrir de Christ, comme étant celui qui descendit du ciel pour donner la vie au monde. Mais si quelqu’un, oubliant sa position, veut faire provision pour le lendemain, c’est-à-dire mettre la vérité en réserve, en dehors du besoin présent qu’il en a, au lieu de la mettre à profit pour le renouvellement de ses forces, cette vérité se corrompra certainement. Apprendre la vérité est quelque chose de très sérieux, car il n’est pas un seul des principes que nous professons avoir appris, que nous ne soyons appelés à manifester d’une manière pratique. Dieu ne veut pas que nous soyons des théoriciens. On tremble souvent en entendant certaines personnes faire, soit dans la prière, soit autrement, d’ardentes professions de dévouement ; et l’on craint que, quand l’heure de l’épreuve viendra à sonner, ces personnes n’aient pas l’énergie spirituelle nécessaire pour exécuter ce que leurs lèvres ont prononcé.

Il y a un grand danger à ce que l’intelligence devance la conscience et les affections. De là vient que plusieurs semblent d’abord faire de si rapides progrès, jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à un certain point ; — puis arrivés là, ils s’arrêtent court et semblent rétrograder. Ils ressemblent à l’Israélite qui recueillait plus de manne qu’il ne lui en fallait pour un jour. Il pouvait paraître à cet égard beaucoup plus diligent que les autres ; et néanmoins, chaque grain qu’il recueillait au-delà de ses besoins du jour était non seulement inutile, mais il « engendrait des vers ». Le chrétien aussi doit faire usage de ce qu’il a, il doit se nourrir de Christ, parce que son âme a besoin de Lui, et le besoin naît d’un service actuel. Ce n’est qu’à la foi et aux besoins présents de l’âme que le caractère et les voies de Dieu, l’excellence et la beauté de Christ, comme aussi les vivantes et profondes réalités de l’Écriture, sont révélées. Il nous sera donné davantage à mesure que nous ferons usage de ce que nous avons. La vie du croyant doit être pratique, et c’est en ceci qu’un si grand nombre d’entre nous sont en défaut. Il arrive souvent que ceux qui avancent le plus rapidement dans la théorie, sont les plus lents dans la pratique et l’expérience, parce que chez eux c’est plus un travail de l’intelligence que du cœur et de la conscience. Nous ne devrions jamais oublier que le christianisme n’est pas un assemblage d’opinions ou de vues, ou un système de dogmes ; il est avant tout une réalité divine, quelque chose de personnel, de pratique, de puissant, se manifestant dans tous les événements et dans toutes les circonstances de la vie journalière, répandant son influence sanctifiante sur le caractère et la marche, et apportant ses célestes dispositions dans toutes les relations dans lesquelles on peut être placé devant Dieu. En un mot, il est ce qui découle du fait que nous sommes unis à Christ et occupés de Lui. Tel est le christianisme ! On peut avoir des vues claires, des idées correctes, des principes sains, sans aucune communion avec Jésus ; et une profession de foi orthodoxe, sans Christ, ne sera jamais, à l’épreuve, qu’une chose froide, stérile et morte.

Lecteur chrétien, pensez-y sérieusement ; vous n’êtes pas seulement sauvé par Christ, vous vivez aussi de lui. Cherchez-le « le matin de bonne heure » ; cherchez-le lui « seul ». Quand quelque chose attire votre attention, demandez-vous : « Cela présente-t-il Christ à mon cœur ? m’apprendra-t-il quelque chose de Christ, ou me rapprochera-t-il davantage de sa personne ? » — Si la réponse est négative, rejetez cette chose sans hésiter ; oui, rejetez-la, quand même elle se présenterait à vous sous l’aspect le plus agréable, et appuyée de l’autorité la plus respectée. Si vous avez réellement pour but d’avancer dans la vie divine, de faire des progrès spirituels, de connaître Christ personnellement, alors, rentrez sérieusement en vous-même à ce sujet. Faites de Christ votre nourriture habituelle. Allez, recueillez la manne qui tombe sur la rosée, et nourrissez-vous-en avec une faim aiguisée par une marche vigilante avec Dieu à travers le désert. Que la riche grâce de Dieu vous fortifie abondamment pour toutes ces choses par le Saint Esprit (*).

(*) Le lecteur retirera du profit de la méditation du chapitre 6 de l’Évangile de Jean, en rapport avec le sujet de la manne. La Pâque étant proche, Jésus rassasie la multitude, puis se retire sur une montagne pour y être seul. De là, il vient au secours des siens en détresse, ballottés sur les eaux. Après cela, il révèle la doctrine de sa personne et de son œuvre, et déclare comment il donnera sa chair pour la vie du monde, et que nul ne pourra avoir la vie, à moins qu’il ne mange sa chair et ne boive son sang. Puis il parle de lui-même comme remontant là où il était auparavant ; et enfin de la puissance vivifiante du Saint Esprit.

Il y a dans ce chapitre encore un autre sujet que nous mentionnerons, savoir l’institution du sabbat dans sa liaison avec la manne, et avec la position d’Israël telle qu’elle est présentée ici. Depuis le chap. 2 de la Genèse jusqu’au chap. 16 de l’Exode, il n’est pas fait mention de cette institution. Ceci est remarquable. Le sacrifice d’Abel, la marche d’Hénoc avec Dieu, la prédication de Noé, l’appel d’Abraham, avec l’histoire détaillée d’Isaac, de Jacob et de Joseph, sont tous racontés ; mais il n’est fait aucune allusion au sabbat jusqu’au moment où nous voyons Israël reconnu comme un peuple en relation avec l’Éternel, et sous la responsabilité qui était la conséquence de cette relation. Le sabbat a été interrompu en Éden, et nous le voyons de nouveau institué pour Israël dans le désert. Mais, hélas ! l’homme n’aime pas le repos de Dieu. « Et il arriva, le septième jour, que quelques-uns du peuple sortirent pour en recueillir, et ils n’en trouvèrent point. Et l’Éternel dit à Moïse : Jusques à quand refuserez-vous de garder mes commandements et mes lois ? Voyez que l’Éternel vous a donné le sabbat ; c’est pourquoi il vous donne au sixième jour du pain pour deux jours » (vers. 27-29). Dieu voulait que son peuple jouît d’un doux repos avec lui ; il voulait lui donner du repos, de la nourriture, et le désaltérer, même dans le désert ; mais le cœur de l’homme n’est pas disposé à se reposer avec Dieu. Les Israélites pouvaient se rappeler le temps où ils étaient « assis auprès des pots de chair » au pays d’Égypte, mais ils ne pouvaient pas apprécier la bénédiction d’être assis, chacun dans sa tente, jouissant avec Dieu du repos du saint sabbat, et se nourrissant de la manne du ciel.

Et remarquez qu’ici le sabbat est présenté comme un don. « L’Éternel vous a donné (*) le sabbat » (vers. 29). Plus loin, dans ce même livre, nous le trouvons sous la forme d’une loi, accompagnée d’une malédiction et d’un jugement, en cas de désobéissance. Mais soit que l’homme déchu reçoive un privilège ou une loi, une bénédiction ou une malédiction, sa nature est mauvaise ; il ne peut ni se reposer avec Dieu, ni travailler pour Dieu. Si Dieu travaille et lui prépare un repos, il ne veut pas garder ce repos ; si Dieu lui dit de travailler, il ne veut pas faire les œuvres que Dieu lui propose. Tel est l’homme. Il n’aime pas Dieu. Il se servira du nom du sabbat pour s’exalter lui-même, ou comme d’un témoignage de sa propre piété ; mais le chap. 16 de l’Exode nous montre qu’il ne peut pas estimer le sabbat de Dieu comme un don ; et au chap. 15 des Nombres, 32-36, nous voyons qu’il ne peut pas le garder comme une loi.

(*) C’est ainsi qu’il faut lire au lieu de : ordonné.

Or nous savons que le sabbat, aussi bien que la manne, était un type. En lui-même, le sabbat était une bénédiction, une faveur de la part d’un Dieu d’amour et de grâce, qui voulait, en donnant un jour de repos sur sept, adoucir le travail et la peine sur une terre maudite à cause du péché. De quelque manière que nous considérions l’institution du sabbat, nous la voyons toujours féconde, en grâces excellentes, dans ses rapports avec l’homme ou avec la création animale. Et, si les chrétiens gardent « le premier jour de la semaine », « le jour du Seigneur », d’après les principes qui lui sont propres, on peut discerner dans ce jour la même providence pleine de grâce. « Le sabbat a été fait pour l’homme » (Marc 2:27) ; et bien que l’homme ne l’ait jamais gardé, d’une manière conforme à la pensée de Dieu, cela ne diminue en rien la grâce qui brille dans l’institution, ni ne dépouille ce jour de son importance, comme type de ce repos éternel qui reste pour le peuple de Dieu, ou comme ombre de cette substance dont la foi jouit maintenant dans la personne et dans l’œuvre de Christ ressuscité.

Le lecteur ne s’imaginera donc pas que l’auteur de ces pages veuille, en quoi que ce soit, porter atteinte au jour, miséricordieusement mis à part pour le repos de l’homme et de la création animale ; bien moins encore attaquer la place distincte qu’occupe le jour du Seigneur dans le Nouveau Testament : rien n’est plus éloigné de sa pensée. Comme homme, il apprécie trop le premier de ces jours, et comme chrétien, il jouit trop du dernier, pour dire ou écrire une seule parole qui pût ôter quelque chose à l’un ou à l’autre. Il prie seulement le lecteur de ne pas préjuger la question, mais de vouloir peser avec impartialité, à la balance des Saintes Écritures, les pensées énoncées ici, avant que de former son jugement. Si le Seigneur le permet, nous reviendrons sur ce sujet. Puissions-nous apprendre à apprécier davantage le repos que notre Dieu a préparé pour nous en Christ ; et tout en jouissant de Lui comme étant notre repos, nourrissons-nous de Lui comme de la « manne cachée » (Apoc. 2:17), conservée dans le saint des saints, dans la puissance de la résurrection : le mémorial de ce que Dieu a accompli en notre faveur, en descendant ici-bas, dans sa grâce infinie, afin que nous puissions être devant lui, selon la perfection de Christ, et nous nourrir à jamais de ses richesses insondables.

 

1.13                   Chapitre 17

« Et toute l’assemblée des fils d’Israël partit du désert de Sin, selon leurs traites, d’après le commandement de l’Éternel, et ils campèrent à Rephidim ; et il n’y avait point d’eau à boire pour le peuple. Et le peuple contesta avec Moïse, et ils dirent : Donnez-nous de l’eau pour que nous buvions. Et Moïse leur dit : Pourquoi contestez-vous avec moi ? Pourquoi tentez-vous l’Éternel ? » (vers. 1, 2). Si nous ne connaissions pas un peu la méchanceté si humiliante de nos pauvres cœurs, nous ne saurions comment nous rendre compte de l’étonnante insensibilité des Israélites en face de la bonté, de la fidélité et des actes de puissance de l’Éternel. Ils venaient de voir descendre du ciel du pain pour nourrir six cent mille hommes dans le désert, et les voilà prêts à lapider Moïse, pour les avoir amenés dans ce désert, afin de les y faire mourir de soif. Rien ne surpasse la désespérante incrédulité du cœur humain, si ce n’est la surabondante grâce de Dieu. Cette grâce seule donne du soulagement à l’âme, en présence du sentiment toujours croissant de sa nature perverse que les circonstances tendent à manifester. Si les Israélites eussent été transportés directement de l’Égypte en Canaan, ils n’auraient pas fourni d’aussi tristes preuves de ce qu’est le cœur humain et, par conséquent, ils n’auraient pas été pour nous des exemples ou types aussi frappants. Mais les quarante années, qu’ils passèrent à errer dans le désert, sont pour nous une source abondante d’enseignement. Elles nous apprennent, entre autres choses, la tendance invariable du cœur humain à se méfier de Dieu. Tout convient à l’homme, excepté Dieu. Il aime mieux s’appuyer sur le tissu fragile de la moindre ressource humaine, que sur le bras du Dieu tout puissant, tout sage et tout bon, et le plus petit nuage suffit pour dérober à sa vue la clarté de la face de Dieu. C’est donc avec raison que le cœur de l’homme est appelé « un méchant cœur d’incrédulité », toujours prêt à « abandonner le Dieu vivant » (Héb. 3:12).

Il est intéressant de remarquer les deux grandes questions que soulève l’incrédulité, dans ce chapitre-ci et dans le précédent. Ce sont les mêmes questions qui chaque jour s’élèvent au dedans et autour de nous : « Que mangerons-nous, ou que boirons-nous ? » (Matt. 6:31), sauf que nous ne voyons pas que le peuple ait soulevé celle qui suit : « De quoi serons-nous vêtus ? » Mais ce sont ici les questions du désert : « Quoi ? » — « Où ? » — « Comment ? » — Pour chacune d’elles, la foi n’a qu’une seule et même réponse, courte, mais décisive, savoir : Dieu ! — Précieuse et parfaite réponse ! Plût à Dieu que l’auteur et le lecteur en connussent plus complètement la puissance et la plénitude ! Nous avons certainement besoin, quand nous sommes dans l’épreuve, de nous souvenir que « aucune tentation ne nous est survenue qui n’ait été une tentation humaine ; et Dieu est fidèle, qui ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de ce que vous pouvez supporter, mais avec la tentation il fera aussi l’issue, afin que vous puissiez la supporter » (1 Cor. 10:13). Chaque fois que nous sommes placés dans l’épreuve, soyons sûrs qu’avec l’épreuve l’issue aussi est là, et que tout ce qu’il nous faut, c’est une volonté brisée et un œil simple pour discerner cette issue.

« Et Moïse cria à l’Éternel, disant : Que ferai-je à ce peuple ? Encore un peu, et ils me lapideront. Et l’Éternel dit à Moïse : Passe devant le peuple, et prends avec toi des anciens d’Israël ; et prends dans ta main la verge avec laquelle tu as frappé le fleuve, et va. Voici, je me tiens là devant toi, sur le rocher, en Horeb ; et tu frapperas le rocher, et il en sortira des eaux, et le peuple boira. Et Moïse fit ainsi devant les yeux des anciens d’Israël » (vers. 4-6). Chaque murmure amène une nouvelle manifestation de la grâce la plus parfaite. Nous voyons les eaux rafraîchissantes jaillir du rocher frappé, beau type de l’Esprit donné comme fruit du sacrifice accompli de Christ. Le chapitre 16 nous présente un type de Christ descendant du ciel pour donner la vie au monde ; dans le chapitre 17, nous avons celui du Saint Esprit, « répandu » en vertu de l’œuvre accomplie de Christ. « Ils buvaient d’un rocher spirituel qui les suivait : et le rocher était le Christ » (1 Cor. 10:4). Mais qui aurait pu boire avant que le rocher n’eût été frappé ? Israël aurait pu contempler le rocher, et mourir de soif en le contemplant ; car jusqu’à ce qu’il eût été frappé par la verge de Dieu, il ne pouvait abreuver Israël. Ceci est tout simple. Le Seigneur Jésus était le centre de tous les conseils d’amour et de miséricorde de Dieu. C’est par lui que toute bénédiction devait couler vers l’homme. C’est de « l’Agneau de Dieu » que les fleuves de la grâce devaient jaillir ; mais pour qu’il en fût ainsi, il fallait que l’Agneau eût été égorgé, que l’œuvre de la croix fût devenue un fait accompli. Ce fut quand le Rocher des siècles eut été frappé par la main de l’Éternel, que les écluses de l’amour éternel furent ouvertes toutes grandes, et que les pécheurs expirants furent invités, par le témoignage du Saint Esprit, à « boire abondamment », à boire gratuitement. « Le don du Saint Esprit » (Act. 2:38) est le résultat de l’œuvre achevée de Christ sur la croix. « La promesse du Père » (Luc 24:49), ne pouvait être accomplie avant que Christ ne se fût assis à la droite de la majesté dans les cieux, après avoir accompli toute justice, répondu à toutes les exigences de la sainteté, magnifié la loi, porté, dans toute sa rigueur, la colère de Dieu contre le péché, détruit le pouvoir de la mort et dépouillé le sépulcre de sa victoire. Ayant fait tout cela, il est « monté en haut, il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes » (Ps. 68:18). « Or, qu’il soit monté, qu’est-ce, sinon qu’il est aussi descendu dans les parties inférieures de la terre ? Celui qui est descendu est le même que celui qui est aussi monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’il remplît toutes choses » (Éph. 4:9, 10).

C’est là le vrai fondement de la paix, de la félicité et de la gloire de l’Église, à jamais. Jusqu’à ce que le rocher eût été frappé, le fleuve était retenu et l’homme était sans force. Quelle main humaine aurait pu faire jaillir de l’eau d’un dur rocher ? Et quelle justice humaine aurait eu la puissance d’ouvrir les écluses de l’amour divin ? C’est ici que la capacité de l’homme est mise à l’épreuve. Il ne pouvait, ni par ses actes, ni par ses paroles, ni par ses sentiments, fournir à Dieu un motif pour l’envoi du Saint Esprit. Mais, grâces à Dieu, ce que l’homme ne pouvait pas, Dieu l’a fait : Christ a achevé l’œuvre ; le véritable Rocher a été frappé et les eaux rafraîchissantes en ont jailli, en sorte que les âmes qui ont soif peuvent se désaltérer. « L’eau que je lui donnerai, dit Christ, sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean 4:14). Et encore : « En la dernière journée, la grande journée de la fête, Jésus se tint là et cria, disant : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, selon ce qu’a dit l’Écriture, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre. Or il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié » (Jean 7:37-39 ; comp. aussi Actes 19:2).

Ainsi, comme nous avons trouvé dans la manne un type de Christ, de même dans l’eau jaillissant du rocher, Dieu nous présente un type du Saint Esprit. « Si tu connaissais le don de Dieu (c’est-à-dire Christ venu en grâce)… tu lui eusses demandé et il t’eût donné de l’eau vive » — c’est-à-dire le Saint Esprit (Jean 4:10).

Tel est donc l’enseignement que l’homme spirituel reçoit du roc frappé ; mais le nom qui fut donné au lieu où ce type fut présenté est un monument éternel de l’incrédulité de l’homme. « Et il appela le nom du lieu Massa (tentation) et Mériba (querelle), à cause de la contestation des fils d’Israël, et parce qu’ils avaient tenté l’Éternel, en disant : l’Éternel est-il au milieu de nous, ou n’y est-il pas ? » (vers. 7). Après tant d’assurances et d’évidences de la présence de l’Éternel, soulever une question semblable prouve bien l’incrédulité profondément enracinée du cœur humain. C’était, de fait, « tenter l’Éternel » ; et c’est aussi ce que firent les Juifs au jour de la présence de Christ au milieu d’eux : ils le tentaient en lui demandant un signe du ciel. La foi n’agit jamais ainsi : elle croit en la présence divine et en jouit, non par le moyen d’un signe, mais par la connaissance qu’elle a de Dieu lui-même. Elle sait qu’il est présent pour qu’on jouisse de lui ; et elle en jouit. — Accorde-nous, Seigneur, une confiance plus simple en toi !

Ce chapitre nous présente une autre figure, qui a un intérêt spécial pour nous. « Et Amalek vint, et combattit contre Israël, à Rephidim. Et Moïse dit à Josué : Choisis-nous des hommes, et sors, combats contre Amalek ; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, la verge de Dieu dans ma main » (vers. 8, 9). Le don du Saint Esprit mène à la lutte. La lumière reprend les ténèbres et les combat (comp. Éph. 5:7-14 ; 6:12). Là où tout est obscurité, il n’y a pas de lutte ; mais la plus faible lutte annonce la présence de la lumière. « La chair convoite contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair ; et ces choses sont opposées l’une à l’autre, afin que vous ne pratiquiez pas les choses que vous voudriez » (Gal. 5:17). Il en est de même dans le chapitre que nous méditons : nous y voyons le rocher frappé et les eaux qui jaillissent, puis immédiatement après, nous lisons : « Amalek vint, et combattit contre Israël ».

C’est la première fois qu’Israël se trouve en face d’un ennemi extérieur. Jusqu’ici le Seigneur a combattu pour lui, comme nous le voyons au chapitre 14: « L’Éternel combattra pour vous, et vous, vous demeurerez tranquilles ». Mais ici, il est dit : « Choisis-nous des hommes ». Dieu combattra maintenant en Israël. Nous savons qu’il y a de même une différence immense entre les combats de Christ pour nous, et les combats du Saint Esprit en nous. Les premiers sont finis, Dieu en soit béni ; la victoire est remportée et une paix glorieuse et éternelle nous est assurée. Les derniers, au contraire, continuent encore maintenant.

Le Pharaon et Amalek représentent deux puissances ou influences différentes : le Pharaon est la figure de ce qui s’oppose à la délivrance d’Israël hors de l’Égypte ; Amalek, la figure de ce qui met obstacle à la marche d’Israël avec Dieu, dans le désert. Le Pharaon se servait des choses de l’Égypte pour empêcher Israël de servir l’Éternel ; il représente donc Satan, qui emploie le « présent siècle mauvais » (Gal. 1:4) contre le peuple de Dieu. Amalek nous apparaît comme le type de la chair ; il était petit-fils d’Ésaü, qui préféra un potage aux lentilles à son droit d’aînesse (Gen. 36:12). Il fut le premier qui s’opposa aux Israélites après leur baptême « dans la nuée et dans la mer » (1 Cor. 10:2). Ces faits démontrent clairement quel est son caractère. De plus, nous savons que Saül fut rejeté et dépossédé du royaume d’Israël, pour avoir manqué à détruire Amalek (1 Sam. 15). Et encore, nous voyons que Haman est le dernier des Amalékites dont il soit fait mention dans l’Écriture (Esther 3:1). Aucun Amalékite ne pouvait entrer dans l’assemblée de l’Éternel ; et enfin, dans le chapitre qui nous occupe, l’Éternel déclare qu’il y aura toujours guerre contre Amalek (comp. aussi Deut. 25:17-19).

Toutes ces circonstances nous montrent clairement qu’Amalek est un type de la chair dans le chrétien (*). Le rapprochement qui existe entre la bataille qu’Amalek livra à Israël, et l’eau jaillissant du rocher, est fort remarquable et instructif, et en harmonie parfaite avec la lutte que le croyant a à soutenir avec sa mauvaise nature ; lutte qui résulte, comme nous le savons, de ce qu’il possède une nature nouvelle, dans laquelle le Saint Esprit demeure. Le combat ne commence pour Israël que lorsqu’il est en pleine possession de la rédemption, et qu’il a « mangé de la viande spirituelle et bu du rocher spirituel » (1 Cor. 10:3, 4). Jusqu’à ce qu’il rencontre Amalek, il n’a rien eu à faire. Ce ne furent pas les Israélites qui luttèrent contre le Pharaon, et détruisirent la puissance de l’Égypte en rompant les chaînes de leur esclavage ; ce ne furent pas eux qui partagèrent la mer et noyèrent dans ses eaux le Pharaon et toute son armée ; ce ne furent pas eux qui firent descendre du pain du ciel, ou jaillir de l’eau du rocher. Ils n’ont fait et ne pouvaient faire aucune de ces choses ; mais, à présent, ils sont appelés à lutter contre Amalek. Tous les combats précédents avaient eu lieu entre l’Éternel et l’Ennemi. Les Israélites n’avaient eu qu’à « se tenir tranquilles », à contempler les triomphes éclatants du bras étendu de l’Éternel, et à jouir des fruits de la victoire. L’Éternel avait combattu pour eux ; maintenant il combat en eux et par eux.

 

(*) Note Bibliquest : Nous pensons plutôt qu’Amalek représente un ennemi extérieur, et non pas intérieur. Il est vrai cependant que Satan, ennemi extérieur, peut se servir de la chair. Cette question est développée par Ch. Briem dans son commentaire sur Exode 15 à 17 intitulé « Avec Dieu, au désert ».

 

Il en est de même de l’Église de Dieu. Les victoires, sur lesquelles sa paix et sa félicité éternelles sont fondées, ont été remportées par Christ seul, pour elle. Il fut seul sur la croix, et seul dans la tombe. Le troupeau était dispersé : comment aurait-il pu être là ? Comment aurait-il pu vaincre Satan, endurer la colère de Dieu, ou ôter à la mort son aiguillon ? Tout cela était bien au-dessus de la puissance des pécheurs, mais non pas au-dessus de la puissance de Celui qui vint pour les sauver, et qui seul était capable de porter sur ses épaules le poids de tous leurs péchés, et d’en jeter le fardeau derrière lui, pour jamais, par son parfait sacrifice ; en sorte que le Saint Esprit, procédant du Père, en vertu de l’expiation parfaite accomplie par le Fils, peut faire sa demeure dans l’Église collectivement et dans chacun de ses membres individuellement.

Or c’est quand le Saint Esprit fait ainsi sa demeure en nous, en conséquence de la mort et de la résurrection de Christ, que commence pour nous la lutte. Christ a combattu pour nous, le Saint Esprit combat en nous. Le fait même que nous jouissons de ce premier et précieux fruit de la victoire, nous place en hostilité immédiate avec l’Ennemi. Mais notre consolation et notre encouragement, c’est que nous sommes vainqueurs avant que d’arriver sur le champ de bataille. Le croyant va au-devant du combat en chantant : « Grâces à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ » (1 Cor. 15:57). Nous ne combattons donc pas dans l’incertitude, ou comme battant l’air, tandis que nous cherchons à mortifier notre corps et à l’asservir (1 Cor. 9:26, 27) ; « Nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés » (Rom. 8:37). La grâce dans laquelle nous sommes, ôte à la chair tout pouvoir sur nous (voy. Rom. 6). Si la loi est « la puissance du péché » (1 Cor. 15:56), la grâce en est l’impuissance. La loi donne au péché de la puissance sur nous ; la grâce nous donne de la puissance sur le péché.

« Et Moïse dit à Josué : Choisis-nous des hommes, et sors, combats contre Amalek ; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, la verge de Dieu dans ma main. Et Josué fit comme. Moïse lui avait dit, pour combattre contre Amalek ; et Moïse, Aaron, et Hur montèrent au sommet de la colline. Et il arrivait, lorsque Moïse élevait sa main, qu’Israël avait le dessus ; et quand il reposait sa main, Amalek avait le dessus. Mais les mains de Moïse étaient pesantes, et ils prirent une pierre, et la mirent sous lui, et il s’assit dessus ; et Aaron et Hur soutenaient ses mains, l’un deçà, et l’autre delà ; et ses mains furent fermes jusqu’au coucher du soleil. Et Josué abattit Amalek et son peuple au tranchant de l’épée » (vers. 9-13). Il y a ici deux choses distinctes : le combat et l’intercession. Christ est en haut pour nous, tandis que le Saint Esprit combat puissamment en nous. Ces deux choses vont ensemble : à mesure que, par la foi, nous réalisons la puissance de l’intercession de Christ en notre faveur, nous triomphons de notre mauvaise nature.

Certaines personnes veulent nier la lutte du chrétien contre la chair, en présentant la régénération comme un changement ou un renouvellement complet de la vieille nature. D’après ce principe, il résulterait nécessairement que le chrétien n’aurait à lutter avec rien. Si ma vieille nature est renouvelée, avec quoi ai-je à lutter ? — Avec rien. Il n’y a rien de la chair au dedans de moi, car ma vieille nature est faite nouvelle, et aucune puissance du dehors ne peut m’atteindre, parce qu’elle ne trouve pas de prise en moi. Le monde n’a point de charmes pour celui dont la chair est entièrement changée, et Satan n’a rien par quoi ou sur quoi il puisse agir. On peut dire à tous ceux qui soutiennent cette fausse et funeste théorie, qu’ils oublient la place qu’Amalek occupe dans l’histoire du peuple de Dieu. Si les Israélites se fussent imaginés que quand les armées du Pharaon auraient disparu, le combat serait terminé pour eux, ils auraient été bien confondus lorsque Amalek se jeta sur eux. Le fait est que le combat ne commença pour eux qu’alors. Il en est de même pour le croyant, car « toutes ces choses leur arrivèrent comme types, et elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints » (1 Cor. 10:11). Mais il ne pourrait y avoir ni « type, ni exemple, ni avertissement dans ces choses », pour celui dont la vieille nature aurait été faite nouvelle. En effet, un tel homme n’a guère besoin de ces provisions de grâce, que Dieu a faites dans son royaume pour ceux qui en sont les sujets.

L’Écriture nous enseigne clairement que le croyant a au-dedans de lui ce qui correspond à Amalek, c’est-à-dire « la chair, le vieil homme, la pensée de la chair » (Rom. 6:6 ; 8:7 ; Gal. 5:17). Or, si le chrétien, en sentant les mouvements de sa vieille nature, commence à mettre en doute s’il est chrétien, non seulement il se rend extrêmement malheureux, mais encore il se prive des avantages de sa position devant l’Ennemi. La chair existe dans le croyant et y sera ici-bas jusqu’à la fin. Le Saint Esprit reconnaît pleinement son existence, ainsi que le prouvent plusieurs passages du Nouveau Testament. En Romains 6:12, il est dit : « Que le péché donc ne règne point dans votre corps mortel ». Un pareil commandement ne serait pas nécessaire, si la chair n’existait pas dans le croyant. Nous dire que le péché ne doit pas régner en nous serait hors de saison, si, de fait, il n’habitait pas en nous. Il y a une grande différence entre demeurer et régner ; le péché habite dans le chrétien et règne dans l’infidèle.

Toutefois, bien que le péché habite en nous, nous possédons, Dieu en soit béni, un principe de puissance sur lui. « Le péché ne dominera pas sur vous, parce que vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce » (Rom. 6:14). La grâce qui, par le sang de la croix, a ôté le péché, nous garantit la victoire, et nous donne une puissance actuelle sur le principe du péché qui habite en nous. Nous sommes morts au péché ; par conséquent il n’a aucun pouvoir sur nous. « Celui qui est mort est justifié du péché » (Rom. 6:7). « Sachant ceci, que notre vieil homme a été crucifié avec lui afin que le corps du péché soit annulé, pour que nous ne servions plus le péché » (Rom. 6:6). « Et Josué abattit Amalek et son peuple au tranchant de l’épée ». Tout était victoire, et la bannière de l’Éternel flottait sur l’armée triomphante, portant cette belle et encourageante inscription : « Jéhovah-Nissi » (l’Éternel mon enseigne). L’assurance de la victoire devrait être aussi complète que celle du pardon, attendu que tous les deux sont fondés sur le grand fait que Jésus est mort et ressuscité. C’est dans la puissance de ces choses que le croyant possède une conscience purifiée, et qu’il subjugue le péché en lui. La mort de Christ ayant satisfait à toutes les exigences de Dieu à l’égard de nos péchés, la résurrection de Christ devient la source de la puissance pour tous les détails de la lutte, à laquelle nous sommes ensuite appelés. Il est mort pour nous, et maintenant il vit en nous. La mort de Christ nous donne la paix ; sa vie nous donne la puissance.

Il est édifiant de remarquer le contraste qui existe entre Moïse sur la colline et Christ sur le trône. Les mains de notre grand Intercesseur ne peuvent jamais devenir pesantes ; son intercession n’est jamais interrompue. « Il est toujours vivant pour intercéder pour nous » (Héb. 7:25). Son intercession est incessante et toute-puissante. Ayant pris place dans les cieux dans la puissance de la justice divine, il agit pour nous selon ce qu’il est, et selon la perfection infinie de ce qu’il a fait. Ses mains ne peuvent jamais devenir pesantes, et il n’a besoin de personne pour les soutenir. Son intercession parfaite est fondée sur son sacrifice parfait. Il nous présente à Dieu, revêtus de ses propres perfections, de sorte que, bien que nous ayons toujours lieu de cacher notre face dans la poussière, dans le sentiment de ce que nous sommes réellement, le Saint Esprit toutefois ne peut témoigner de nous que d’après ce que Christ est pour nous et ce que nous sommes en lui. « Nous ne sommes pas dans la chair, mais dans l’Esprit » (Rom. 8:9). Quant au fait de notre condition, nous sommes dans le corps ; mais nous ne sommes pas dans la chair quant au principe de notre position. En outre, la chair est en nous, mais nous ne sommes pas dans la chair, parce que nous sommes vivants avec Christ.

Remarquons encore en terminant, que Moïse avait avec lui sur la colline « la verge de Dieu », avec laquelle il avait frappé le rocher. Cette verge était le symbole ou l’expression de la puissance de Dieu, qui se manifeste également dans l’expiation et dans l’intercession. Quand l’œuvre de l’expiation fut accomplie, Christ s’assit dans les cieux, et envoya le Saint Esprit pour faire sa demeure dans l’Église ; en sorte qu’il existe un lien indissoluble entre l’œuvre de Christ et l’œuvre du Saint Esprit. Il y a, dans chacune d’elles, l’application de la puissance de Dieu.

 

1.14                   Chapitre 18

Nous arrivons ici à la fin d’une portion bien remarquable de l’Exode. Dieu, dans l’exercice de sa grâce parfaite, a visité et racheté son peuple ; il l’a fait sortir du pays d’Égypte et l’a délivré : d’abord de la main du Pharaon, puis de celle d’Amalek. En outre, nous avons pu voir dans la manne, un type de Christ descendu du ciel ; dans le rocher, un type de Christ frappé pour son peuple et dans l’eau qui jaillit, un type du Saint Esprit puis enfin, selon cet ordre merveilleux des Écritures, nous allons trouver un tableau de la gloire à venir, comprenant trois grandes parties : le Juif, le Gentil et l’Église de Dieu.

Pendant la période de la réjection de Moïse par ses frères, il fut mis à part et une épouse lui fut donnée, — la compagne de sa réjection ; et le commencement de ce livre nous a appris quel était le caractère de la relation de Moïse avec cette épouse. Il était pour elle « un époux de sang ». C’est précisément ce que Christ est pour l’Église. L’union de l’Église avec lui est fondée sur la mort et la résurrection ; et l’Église est appelée à la communion de ses souffrances. Nous savons que c’est pendant la période de l’incrédulité d’Israël et de la réjection de Christ, que l’Église est rassemblée ; et quand elle sera complète selon les conseils divins, quand la « plénitude des nations sera entrée » (Rom. 11:25), alors Israël reparaîtra de nouveau sur la scène.

Il en fut de même de Séphora et de l’ancien Israël. Moïse avait renvoyé Séphora pendant la durée de sa mission auprès d’Israël ; et quand celui-ci eut été manifesté comme un peuple entièrement délivré, il est dit que « Jéthro, beau-père de Moïse, prit Séphora, la femme de Moïse, après que celui-ci l’eut renvoyée, et ses deux fils, dont l’un s’appelait Guershom, car il avait dit : J’ai séjourné dans un pays étranger ; et l’autre, Éliézer : Car le Dieu de mon père m’a été en aide, et m’a délivré de l’épée du Pharaon. Et Jéthro,… vint avec les fils et la femme de Moïse, vers celui-ci, au désert où il était campé, à la montagne de Dieu ; et il fit dire à Moïse : Moi, ton beau-père Jéthro, je suis venu vers toi, et ta femme, et ses deux fils avec elle. Et Moïse sortit à la rencontre de son beau-père, et se prosterna et le baisa ; et ils s’enquirent l’un de l’autre touchant leur bien-être, et entrèrent dans la tente. Et Moïse raconta à son beau-père tout ce que l’Éternel avait fait au Pharaon et à l’Égypte à cause d’Israël, toute la fatigue qui les avait atteints en chemin, et comment l’Éternel les avait délivrés. Et Jéthro se réjouit de tout le bien que l’Éternel avait fait à Israël, en ce qu’il l’avait délivré de la main des Égyptiens. Et Jéthro dit : Béni soit l’Éternel, qui vous a délivrés de la main des Égyptiens et de la main du Pharaon… Maintenant je connais que l’Éternel est plus grand que tous les dieux ; car en cela même en quoi ils ont agi présomptueusement, il a été au-dessus d’eux. Et Jéthro, beau-père de Moïse, prit un holocauste et des sacrifices pour Dieu ; et Aaron et tous les anciens d’Israël vinrent pour manger le pain avec le beau-père de Moïse, en la présence de Dieu » (vers. 2-12).

Cette scène est d’un intérêt profond. Toute la congrégation est réunie en triomphe devant l’Éternel : le Gentil offre un sacrifice et, pour compléter le tableau, l’épouse du Libérateur est introduite avec les enfants que Dieu lui a donnés. En un mot, c’est une représentation singulièrement frappante du royaume à venir. « L’Éternel donnera la grâce et la gloire » (Ps. 84:11). Les pages qui précèdent nous ont montré de nombreuses opérations de la « grâce » ; ici le Saint Esprit place devant nos yeux un magnifique tableau de la « gloire », et nous y présente en figure les diverses sphères dans lesquelles cette gloire sera manifestée. L’Écriture distingue le Juif, le Gentil et l’Église de Dieu (comp. 1 Cor. 10:32) ; et n’en pas tenir compte renverse tout cet ordre parfait de la vérité, que Dieu a révélé dans sa Parole. La distinction que l’Écriture fait ainsi, a existé depuis que le mystère de l’Église a été pleinement révélé par le ministère de Paul, et elle existera durant toute la période millénaire. Tout chrétien spirituel qui étudie la Parole leur donnera donc, dans son esprit, la place qui leur est due.

L’apôtre enseigne expressément, dans son épître aux Éphésiens, que le mystère de l’Église n’avait pas été donné à connaître aux fils des hommes dans d’autres générations, comme il lui a été révélé (Éph. 3, comp. Col. 1:25-28). Mais, bien qu’il n’eût pas été révélé directement, ce mystère avait été représenté cependant en figure, d’une manière ou d’une autre ; ainsi, par exemple, dans la relation d’Adam et d’Ève, dans le mariage de Joseph avec une Égyptienne, et dans celui de Moïse avec une femme Cushite. Le type ou l’ombre d’une vérité diffère beaucoup de la révélation directe et positive de cette vérité. Le grand mystère de l’Église ne fut pas manifesté jusqu’à ce que Christ, du milieu de la gloire céleste, le révélât à Saul de Tarse. Ainsi, tous ceux qui cherchent la révélation complète de ce mystère dans la loi, les prophètes ou les psaumes, s’engagent dans une fausse voie ; mais ceux qui ont bien compris l’enseignement de l’épître aux Éphésiens à ce sujet, peuvent en suivre avec intérêt et profit les ombres préfiguratives dans les écrits de l’Ancien Testament.

Nous avons donc, au commencement de ce chapitre, une scène millénaire. Tous les champs de la gloire sont ouverts devant nos yeux. « Le peuple Juif » est là comme le grand témoin sur la terre, de l’unité, de la fidélité, de la miséricorde et de la puissance de l’Éternel (voyez par ex. : Ésaïe 43:10-12, 21) : il l’a été dans les générations passées, il l’est maintenant, et il le sera éternellement. « Le Gentil » lit dans le livre des voies de Dieu envers les Juifs : il suit l’histoire merveilleuse de ce peuple choisi et mis à part, « ce peuple merveilleux dès ce temps et au delà » (Ésaïe 18:2, comp. Ex. 33:16 ; Deut. 4:6-8) ; il voit des trônes et des empires renversés, des nations ébranlées jusque dans leur fondement, toute chose et tout homme obligés de céder, pour que la suprématie de ce peuple, dans lequel l’Éternel a mis son affection, soit établie. « Maintenant je connais, dit le Gentil, que l’Éternel est plus grand que tous les dieux ; car en cela même en quoi ils ont agi présomptueusement, il a été au-dessus d’eux » (vers. 11) : oui, telle est la confession du Gentil, quand les pages merveilleuses de l’histoire du peuple juif sont déroulées devant lui.

Enfin « l’Église de Dieu », représentée, collectivement par Séphora et, individuellement dans les membres qui la composent, par les fils de Séphora, l’Église de Dieu apparaît comme étant unie dans la relation la plus intime avec le Libérateur. Si l’on demande la preuve de tout cela, l’apôtre répond : « Je parle comme à des personnes intelligentes : jugez vous-mêmes de ce que je dis » (1 Cor. 10:15). On ne peut pas fonder une doctrine sur un type ; mais quand la doctrine est révélée, on peut avec exactitude en discerner le type et étudier celui-ci avec profit. De toute manière, il faut du discernement spirituel, soit pour comprendre la doctrine, soit pour discerner le type. « Or l’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie, et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14).

Depuis le verset 13 jusqu’à la fin, l’Écriture nous parle de l’établissement des chefs qui devaient assister Moïse dans l’administration des affaires de la congrégation. Ceci eut lieu d’après le conseil de Jéthro qui craignait que Moïse ne « s’épuisât sous le poids de sa charge », et il peut être utile de rapprocher de ce fait la mise à part des soixante-dix hommes, mentionnés dans les Nombres, où l’on voit Moïse écrasé sous le poids de la responsabilité qui pèse sur lui, et exprimant l’angoisse de son âme, en disant à l’Éternel : « Pourquoi as-tu fait ce mal à ton serviteur ? et pourquoi n’ai-je pas trouvé grâce à tes yeux, que tu aies mis sur moi le fardeau de tout ce peuple ? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple ? Est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : Porte-le dans ton sein, comme le nourricier porte l’enfant qui tette, jusqu’au pays que tu as promis par serment à ses pères ?... Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi. Et si tu agis ainsi avec moi, tue-moi donc, je te prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, et que je ne voie pas mon malheur » (Nomb. 11:11-15).

Il est évident que Moïse, ici, se retire d’un poste d’honneur. Si Dieu trouvait bon de faire de lui le seul instrument pour gouverner l’assemblée, n’était-ce pas le combler d’autant plus et d’honneur et de faveur ? Il est vrai que la responsabilité était immense, mais la foi aurait reconnu que Dieu était suffisant pour toutes choses. Mais Moïse perdit courage (tout grand serviteur qu’il était), et il dit : « Je ne puis, moi seul, porter tout ce peuple, car il est trop pesant pour moi ». Il n’était pas trop pesant pour Dieu, et c’était Lui qui le portait : Moïse n’était que l’instrument. Moïse aurait aussi bien pu dire de sa verge, qu’elle portait le peuple, car il n’était pas lui-même, dans la main de Dieu, plus que n’était sa verge dans la sienne propre. C’est en ceci que les serviteurs de Dieu faiblissent continuellement, et d’une manière d’autant plus funeste que cette faute revêt l’apparence de l’humilité. Reculer devant une grande responsabilité ressemble à de la défiance de soi-même et à une profonde humilité, d’esprit ; mais la seule chose qu’il nous importe de savoir est celle-ci : est-ce Dieu qui nous a placés sous cette responsabilité ? S’il en est ainsi, certainement Dieu sera avec nous pour nous aider à la porter, et, avec lui, nous pouvons tout supporter. Avec lui, le poids d’une montagne n’est rien ; tandis que, sans lui, le poids d’une plume nous écrase. Si un homme, dans la vanité de ses pensées, se met en avant, prend sur lui un fardeau que Dieu ne l’a jamais appelé à porter, et entreprend ainsi une œuvre pour laquelle, par conséquent, Dieu ne l’a jamais qualifié, nous pouvons nous attendre à voir un tel homme succomber sous le poids de ce fardeau ; mais si c’est Dieu qui met un fardeau sur un homme, Dieu le fortifiera et le rendra capable de le porter.

Quitter un poste qui nous a été assigné par Dieu n’est jamais un fruit de l’humilité : bien au contraire, l’humilité la plus profonde se manifestera en restant à ce poste, dans une simple dépendance de Dieu. C’est une preuve évidente que nous sommes occupés de nous-mêmes, quand nous reculons devant le service sous prétexte d’incapacité. Dieu ne nous appelle pas au service sur le fondement de notre capacité, mais de la sienne, à lui ; par conséquent, à moins d’être exclusivement occupé de moi-même, ou d’être plein de méfiance envers Dieu, je ne dois pas abandonner une position de service ou de témoignage, à cause de la responsabilité qui s’y rattache. Toute puissance appartient à Dieu, et soit que cette puissance agisse par le moyen d’un seul agent, ou par le moyen de soixante et dix, peu importe : cette puissance est toujours la même ; mais si l’agent refuse la charge qui lui est imposée, il ne s’en trouvera que plus mal. Dieu ne veut forcer personne à occuper un poste d’honneur, si on ne sait pas se confier en lui pour y être soutenu. Le chemin nous est toujours ouvert pour abandonner notre haute position, et nous amener là où une misérable incrédulité voudrait nous placer.

C’est ce qui arriva à Moïse : il se plaignit du fardeau qu’il avait à porter, et il lui fut immédiatement enlevé ; mais avec le fardeau il perdit l’insigne honneur de le porter. « Et l’Éternel dit à Moïse : Assemble-moi soixante-dix hommes des anciens d’Israël, que tu sais être les anciens du peuple et ses magistrats, et amène-les à la tente d’assignation, et ils se tiendront là avec toi. Et je descendrai, et je parlerai là avec toi, et j’ôterai de l’Esprit qui est sur toi, et je le mettrai sur eux, afin qu’ils portent avec toi le fardeau du peuple, et que tu ne le portes pas, toi seul » (Nomb. 11:16, 17). Aucune nouvelle puissance n’est introduite : dans un seul homme, comme dans soixante-dix, il y avait le même Esprit. Soixante-dix hommes n’avaient pas en eux-mêmes plus de valeur ou de mérite qu’un seul. « C’est l’Esprit qui vivifie ; la chair ne profite de rien » (Jean 6:63). Ce pas de Moïse ne lui fit rien gagner en fait de puissance, mais lui fit perdre beaucoup en fait de gloire.

Dans la dernière partie de ce chapitre des Nombres, Moïse profère des paroles d’incrédulité, qui lui attirent une réprimande sévère de la part de l’Éternel : « La main de l’Éternel est-elle devenue courte ? Tu verras maintenant si ce que j’ai dit t’arrivera, ou non » (vers. 23). Si l’on compare les versets 11 à 15 et 21 à 23, on remarque entre eux un rapport évident et solennel. Celui qui recule devant la responsabilité à cause de sa propre faiblesse, court le danger de mettre en doute la plénitude et la suffisance des ressources de Dieu.

Toute cette scène est d’un enseignement précieux pour le serviteur de Christ, qui serait tenté de se sentir seul ou surchargé dans son œuvre. Qu’il se souvienne que là où le Saint Esprit opère, un seul instrument est aussi bon et aussi efficace que soixante-dix ; et que là où Dieu n’opère pas, soixante-dix ne valent pas plus qu’un seul. Tout dépend de l’énergie du Saint Esprit. Avec lui, un seul homme peut tout faire, tout endurer, tout supporter ; sans lui, soixante-dix hommes ne peuvent rien. Que le serviteur isolé se souvienne, pour la consolation et l’encouragement de son cœur fatigué, que pourvu qu’il ait avec lui la présence et la puissance du Saint Esprit, il n’a pas lieu de se plaindre de sa charge, ou de soupirer après une diminution de son travail. Si Dieu honore un homme en lui donnant beaucoup à faire, que cet homme se réjouisse et ne murmure pas ; car s’il murmure, il pourrait bientôt perdre cet honneur. Dieu n’est pas embarrassé pour trouver des instruments. Il aurait pu des pierres faire naître des enfants à Abraham, et de ces mêmes pierres il peut susciter les agents nécessaires à l’accomplissement de son œuvre glorieuse.

Ah ! que n’avons-nous un cœur pour le servir ! un cœur patient, humble, dévoué, dépouillé de lui-même ! un cœur prêt à servir avec d’autres, et prêt à servir seul ; un cœur tellement rempli d’amour pour Christ, qu’il trouve sa joie, sa plus grande joie, à le servir, dans quelque sphère que ce soit, et quel que soit le caractère du service ! C’est là, assurément, ce dont nous avons particulièrement besoin aux jours où nous vivons. Que le Saint Esprit ranime dans nos cœurs un sentiment plus profond de l’excellence et du prix du nom de Jésus, et nous donne de pouvoir répondre d’une manière plus entière et plus puissante à l’amour immuable de son cœur !

 

1.15                   Chapitre 19

Nous voici arrivés à une période fort importante de l’histoire d’Israël. Le peuple a été amené au pied de « la montagne qui peut être touchée » et « au feu brûlant » (Héb. 12:18). La scène de gloire millénaire, que nous a présentée le chapitre précédent, a disparu. Cette vive image du royaume, éclairée un moment par le soleil, s’est évanouie et a fait place aux épais nuages qui vont s’amoncelant autour de cette « montagne qui peut être touchée », où Israël, poussé par un esprit de légalisme, aveugle et insensé, abandonna l’alliance de grâce de l’Éternel pour l’alliance des œuvres de l’homme. Mouvement fatal ! qui fut suivi des résultats les plus funestes. Jusqu’ici, comme nous l’avons vu, aucun ennemi n’avait pu subsister devant Israël ; nul obstacle n’avait pu arrêter sa marche victorieuse. Les armées du Pharaon avaient été détruites ; Amalek et les siens avaient été passés au fil de l’épée : tout avait été victoire, car Dieu intervenait en faveur de son peuple, en vertu des promesses qu’il avait faites à Abraham, Isaac et Jacob.

Au début de notre chapitre, l’Éternel résume, d’une manière touchante, ce qu’il a fait pour Israël : « Tu diras ainsi à la maison de Jacob, et tu l’annonceras aux fils d’Israël : Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, et comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle, et vous ai amenés à moi. Et maintenant, si vous écoutez attentivement ma voix et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez en propre d’entre tous les peuples ; car toute la terre est à moi ; et vous me serez un royaume de sacrificateurs, et une nation sainte » (vers. 3-6). Remarquez que l’Éternel dit : « ma voix » et « mon alliance ». Or que disait cette « voix » ? Et qu’est-ce qu’impliquait cette « alliance » ? L’Éternel avait-il parlé pour imposer les lois et les ordonnances d’un législateur sévère et inflexible ? Bien au contraire, l’Éternel était intervenu pour demander la liberté des captifs, pour leur procurer un refuge de devant le glaive du destructeur ; pour préparer un chemin à ses rachetés ; pour faire descendre le pain du ciel, et faire jaillir l’eau du rocher. C’est ainsi que la « voix » de l’Éternel, intelligible et pleine de grâce, avait parlé jusqu’au moment où Israël « se tint au pied de la montagne » (vers. 17).

L’alliance de l’Éternel était une alliance de pure grâce. Elle ne posait aucune condition, ne demandait rien, n’imposait ni joug, ni fardeau. Quand « le Dieu de gloire apparut à Abraham » (Actes 7:2), à Ur des Chaldéens, il ne s’adressa certainement pas à Abraham en lui disant : « tu feras ceci » et « tu ne feras pas cela ». Non, un pareil langage n’eût pas été selon le cœur de Dieu. Il aime bien mieux mettre « une tiare pure » sur la tête du pécheur, qu’un « joug de fer sur son cou » (Zac. 3:5 ; Deut. 28:48). Sa parole à Abraham fut : « Je te donnerai ». La terre de Canaan ne pouvait être acquise par des œuvres d’homme, elle ne pouvait être que le don de la grâce de Dieu. Et au commencement de ce livre de l’Exode, nous voyons Dieu visiter son peuple dans sa grâce, pour accomplir la promesse qu’il avait faite en faveur de la postérité d’Abraham. L’état dans lequel l’Éternel trouva cette postérité, ne mettait pas obstacle à l’accomplissement de ses desseins de grâce, attendu que le sang de l’Agneau lui fournissait un fondement parfaitement juste, en vertu duquel il pouvait accomplir ce qu’il avait promis. Évidemment l’Éternel n’avait pas promis la terre de Canaan à la postérité d’Abraham, en vertu de quoi que ce soit qu’il attendît de cette postérité, car cela eût détruit complètement la vraie nature d’une promesse : Dieu aurait fait un contrat, non une promesse ; mais « Dieu a fait le don à Abraham par promesse », et non par un contrat réciproque (voir Gal. 3).

C’est pourquoi, au commencement de ce chapitre, l’Éternel rappelle à son peuple la grâce dont il a jusqu’ici usé envers lui ; en même temps il l’assure de ce qu’il sera encore maintenant, pourvu qu’il persévère dans l’obéissance à la « voix » de la grâce d’en haut, et qu’il demeure dans « l’alliance » de grâce. « Vous m’appartiendrez en propre », leur dit-il, « d’entre tous les peuples ». À quelle condition les Israélites pouvaient-ils être cette plus précieuse propriété de l’Éternel ? Était-ce en montant péniblement le chemin de la propre justice et du légalisme ? Les malédictions d’une loi violée, violée avant même qu’ils l’eussent reçue, pouvaient-elles les amener là ? Non, assurément. Comment donc pouvaient-ils jouir de cette position glorieuse ? Simplement en demeurant dans la position dans laquelle l’Éternel les voyait du ciel, alors qu’il obligea le prophète qui aima le salaire d’iniquité à s’écrier : « Que tes tentes sont belles, ô Jacob ! et tes demeures, ô Israël ! Comme des vallées, elles s’étendent, comme des jardins auprès d’un fleuve, comme des arbres d’aloès que l’Éternel a plantés, comme des cèdres auprès des eaux. L’eau coulera de ses seaux, et sa semence sera au milieu de grandes eaux ; et son roi sera élevé au-dessus d’Agag, et son royaume sera haut élevé. Dieu l’a fait sortir d’Égypte ; il a comme la force des buffles » (Nomb. 24:5-8).

Toutefois Israël n’était pas disposé à occuper cette heureuse position. Au lieu de se réjouir dans la sainte promesse de Dieu, il osa prendre l’engagement le plus présomptueux que des lèvres humaines puissent formuler. « Et tout le peuple ensemble répondit et dit : Tout ce que l’Éternel a dit, nous le ferons » (vers. 8). C’était parler témérairement. Les Israélites ne disent pas même : « Nous espérons faire », ou « nous tâcherons de faire », langage qui eût montré chez eux un certain degré de méfiance d’eux-mêmes. Ils se prononcent de la manière la plus absolue : « Nous ferons ». Ceux qui parlaient ainsi n’étaient pas seulement quelques esprits vaniteux, pleins de confiance en eux-mêmes, qui se distinguaient du reste de l’assemblée ; non, « tout le peuple ensemble répondit ». Ils étaient unanimes dans l’abandon de la sainte promesse, « la sainte alliance ».

Quel en est le résultat ? Du moment où Israël eut prononcé son « vœu », du moment où il entreprit de « faire », les choses changèrent complètement d’aspect. « Et l’Éternel dit à Moïse : Voici, je viendrai à toi dans l’obscurité d’une nuée… Et tu mettras des bornes pour le peuple, à l’entour, disant : Donnez-vous garde de monter sur la montagne, et d’en toucher l’extrémité. Quiconque touchera la montagne, sera certainement mis à mort » (vers. 9-12). C’était là un changement manifeste. Celui qui avait dit : « Je vous ai portés sur des ailes d’aigle et vous ai amenés à moi », s’enveloppe maintenant « dans l’obscurité d’une nuée », et dit : « Tu mettras des bornes pour le peuple à l’entour ». Les doux accents de la grâce ont fait place « aux tonnerres et aux éclairs » de la montagne en feu (vers. 16). L’homme avait osé parler de ses misérables œuvres, en présence de la grâce magnifique de Dieu. Israël avait dit : « Nous voulons faire », et il faut qu’il soit placé à distance, afin que l’on voie ce qu’il est en état de faire. Dieu prend une position de distance morale, et le peuple n’est que trop disposé à s’en arranger, car il était rempli de frayeur et de crainte, et nous ne devons pas nous en étonner, car ce qu’il voyait était terrible, si terrible que Moïse dit : « Je suis épouvanté et tout tremblant » (Héb. 12:21). Qui aurait pu supporter la vue de ce « feu consumant », juste expression de la sainteté divine ? « L’Éternel est venu de Sinaï, et il s’est levé pour eux de Séhir ; il a resplendi de la montagne de Paran, et est venu des saintes myriades ; de sa droite sortit une loi de feu pour eux » (Deut. 33:2). L’expression de « feu », appliquée à la loi, exprime la sainteté de cette loi. « Notre Dieu est un feu consumant » (Héb. 12:29), qui ne tolère le mal ni en pensée, ni en parole, ni en action.

Israël commit donc une fatale erreur en disant : « Nous ferons ». C’était prendre un engagement qu’il n’était pas capable de tenir, quand même il l’eût voulu ; et nous savons quel est celui qui a dit : « Mieux vaut que tu ne fasses point de vœu, que d’en faire un et de ne pas l’accomplir » (Eccl. 5:5). La nature même d’un vœu implique la capacité de l’accomplir, et quelle est la capacité de l’homme ? Un homme en faillite pourrait aussi bien faire un bon sur la banque, qu’un pécheur sans force faire un vœu. Celui qui fait un vœu nie la vérité, quant à sa nature et à sa condition. Il est ruiné, que peut-il faire ? Privé de toute force, il ne peut ni vouloir, ni faire quoi que ce soit de bon. Israël a-t-il tenu son engagement ? A-t-il « fait tout ce que l’Éternel a dit ? » Le veau d’or, les tables brisées, le sabbat profané, les ordonnances méprisées et négligées, les messagers lapidés, le Christ rejeté et crucifié, le Saint Esprit contristé, en rendent témoignage !

Lecteur chrétien, ne vous réjouissez-vous pas de ce que votre salut éternel ne repose pas sur vos misérables vœux et vos chimériques résolutions, mais sur « l’offrande du corps de Jésus Christ, faite une fois pour toutes ? » (Héb. 10:10). Oui, c’est là notre joie ; elle ne peut nous faire défaut. Christ a pris sur lui tous nos vœux, et les a éternellement et glorieusement accomplis. La vie de résurrection coule dans les membres de son corps, et produit en eux des résultats que ni les vœux, ni les exigences de la loi n’auraient jamais pu effectuer. C’est Lui qui est notre vie, et c’est Lui qui est notre justice. Puisse son nom être cher à nos cœurs, et sa cause dominer et diriger notre vie entière ! Que ce soit notre viande et notre breuvage, que de nous dépenser et d’être dépensés à son bienheureux service !

Je ne terminerai pas ce chapitre, sans faire mention d’un passage du Deutéronome qui pourrait offrir quelque difficulté à certains esprits, et qui se rapporte directement au sujet que nous venons de traiter : « Et l’Éternel entendit la voix de vos paroles, lorsque vous me parliez ; et l’Éternel me dit : J’ai entendu la voix des paroles de ce peuple, qu’ils t’ont dites : tout ce qu’ils ont dit, ils l’ont bien dit » (Deut. 5:28). Il pourrait sembler, d’après ces paroles, que l’Éternel approuvait que les enfants d’Israël fissent un vœu ; mais si on lit l’ensemble du passage, depuis le verset 24 jusqu’au 27, on voit aussitôt qu’il n’est ici aucunement question du vœu, mais de la terreur du peuple à la suite et en conséquence de son vœu. Ils ne pouvaient supporter ce qui était commandé. « Si, dirent-ils, nous entendons encore la voix de l’Éternel, notre Dieu, nous mourrons. Car qui, de toute chair, a entendu, comme nous, la voix du Dieu vivant parlant du milieu du feu, et est demeuré en vie ? Toi, approche, et écoute tout ce que dira l’Éternel, notre Dieu ; et toi tu nous diras tout ce que l’Éternel, notre Dieu, t’aura dit, et nous l’écouterons, et nous le pratiquerons ». C’était la confession de leur incapacité à rencontrer l’Éternel sous l’aspect effrayant que leur orgueilleux légalisme lui avait fait prendre. Il est impossible que l’Éternel eût pu jamais approuver l’abandon d’une grâce gratuite et immuable, pour remplacer celle-ci par le fondement sans consistance des « œuvres de loi ».

 

1.16                   Chapitre 20

Il est de la plus haute importance que l’on comprenne le véritable caractère et l’objet de la loi morale, telle qu’elle est présentée dans ce chapitre. Il y a chez l’homme une tendance à confondre les principes de la loi avec ceux de la grâce, de manière que ni la loi, ni la grâce, ne puissent être bien comprises : la loi est dépouillée de son austère et inflexible majesté, et la grâce, de ses divins attraits. Les saintes exigences de Dieu demeurent sans réponse ; et le système anormal, créé par ceux qui entreprennent ainsi de mélanger la loi et la grâce, n’atteint ni ne satisfait les divers et profonds besoins du pécheur. Dans le fait, la loi et la grâce ne peuvent pas s’unir, car elles sont aussi distinctes l’une de l’autre qu’il est possible à deux choses de l’être. La loi est l’expression de ce que l’homme devrait être, la grâce montre ce que Dieu est. Comment pourraient-elles former ensemble un seul système ? Comment le pécheur pourrait-il être sauvé en partie par la loi, en partie par la grâce ? C’est impossible : il faut qu’il soit sauvé ou par l’une ou par l’autre.

La loi a été appelée quelquefois « l’expression de la pensée de Dieu ». Cette définition est tout à fait fautive. Si nous disions que la loi est l’expression de la pensée de Dieu au sujet de ce que l’homme devrait être, nous serions plus près de la vérité. À qui voudrait envisager les dix commandements comme étant l’expression de la pensée de Dieu, je demande s’il n’y a donc, dans la pensée de Dieu, rien que : « tu feras », et « tu ne feras pas » ? N’y a-t-il point de grâce, point de miséricorde, point de bonté ? Dieu ne manifestera-t-il pas ce qu’il est ; ne révélera-t-il pas les profonds secrets de cet amour dont son cœur est plein ? N’y a-t-il, dans le caractère de Dieu, que de rigides exigences et de sévères défenses ? S’il en était ainsi, il faudrait dire que « Dieu est loi », au lieu de dire que « Dieu est amour ! » Mais, que son nom en soit béni, il y a dans le cœur de Dieu plus que ne pourraient jamais exprimer les « dix paroles » prononcées sur la montagne en feu. Si je veux savoir ce que Dieu est, je n’ai qu’à regarder à Christ, « car en lui habite toute la plénitude de la déité corporellement » (Col. 2:9). « La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ ». Il y avait, nécessairement, une mesure de vérité dans la loi ; elle contenait la vérité quant à ce que l’homme devait être. Comme tout ce qui émane de Dieu, elle était parfaite dans sa mesure, parfaite pour le but en vue duquel elle avait été donnée ; mais ce but n’était pas, en aucune manière, de révéler la nature et le caractère de Dieu devant des pécheurs coupables.

Il n’y avait dans la loi ni grâce, ni miséricorde. « Si quelqu’un a méprisé la loi de Moïse, il meurt sans miséricorde » (Héb. 10:28). « L’homme qui aura pratiqué ces choses vivra par elles » (Lév. 18:5 ; Rom. 10:5). « Maudit qui n’accomplit pas les paroles de cette loi, en les pratiquant » (Deut. 27:26 ; comp. Gal. 3:10). Ce n’était pas là la grâce ; la montagne de Sinaï n’est pas le lieu où il faille la chercher. L’Éternel s’y révèle environné d’une majesté terrible, au milieu de l’obscurité, des ténèbres, de la tempête, des tonnerres et des éclairs. Ces circonstances ne sont pas celles qui accompagnent une économie de grâce et de miséricorde ; mais elles convenaient parfaitement à une économie de vérité et de justice : et la loi était cela, et pas autre chose !

Dans la loi, Dieu déclare ce que l’homme devrait être, et le maudit, s’il ne l’est pas. Or, quand l’homme s’examine à la lumière de la loi, il voit qu’il est précisément ce qu’elle condamne. Comment donc pourrait-il, par la loi, obtenir la vie ? La loi propose la vie et la justice comme buts à ceux qui l’auront gardée ; mais elle nous montre, dès le premier moment, que nous sommes dans un état de mort et d’iniquité, et que dès le début nous avons besoin des choses que la loi nous propose d’atteindre. Que faire donc ? Pour accomplir ce que la loi exige, il faut que j’aie la vie ; et pour être ce que la loi veut que je sois, il faut que je possède la justice ; et si je ne les ai pas l’une et l’autre, je suis « maudit » ; et le fait est que je n’ai ni l’une ni l’autre. Mais que faire ? — voilà la question ? Que ceux qui « veulent être docteurs de la loi » (1 Tim. 1:7) répondent ; qu’ils répondent de manière à satisfaire une conscience droite, courbée sous le double sentiment de la spiritualité et de l’inflexibilité de la loi, et de leur propre nature charnelle impossible à corriger.

La vérité, comme l’apôtre nous l’apprend, c’est que « la loi est intervenue afin que la faute abondât » (Rom. 5:20) : tel est le but véritable de la loi. Elle est entrée afin de démontrer que le pécheur est excessivement pécheur (Rom. 7:13), Elle était, dans un certain sens, comme un miroir parfait, envoyé du ciel sur la terre, pour révéler à l’homme l’altération morale qu’il avait subie. Si je me place devant un miroir, avec les habits en désordre, le miroir me fait voir le désordre, mais ne le redresse pas. Si je laisse tomber un plomb parfaitement juste le long d’un tronc tortueux, le plomb me montre les déviations de l’arbre, mais ne le redresse pas. Si je sors, pendant une nuit sombre, avec une lumière, celle-ci me révèle tous les obstacles et toutes les difficultés qui se trouvent sur mon chemin, mais elle ne les ôte pas. En outre, ni le miroir, ni le plomb, ni la lampe, ne créent les maux que chacun d’eux révèle ; ils ne les créent, ni ne les ôtent, ils ne font que les manifester. Il en est de même de la loi : elle ne crée pas le mal dans le cœur de l’homme, et elle ne l’ôte pas non plus ; seulement elle le met à nu, avec une infaillible exactitude.

« Que dirons-nous donc ? La loi est-elle péché ? Qu’ainsi n’advienne ! Mais je n’eusse pas connu le péché, si ce n’eût été par la loi, car je n’eusse pas eu conscience de la convoitise, si la loi n’eût dit : Tu ne convoiteras point » (Rom. 7:7). L’apôtre ne dit pas que l’homme n’eût pas eu de « convoitise ». Non ; il dit qu’il n’eût pas eu « conscience » de la convoitise. La convoitise était en lui, mais il l’ignorait jusqu’à ce que la lampe du Tout-Puissant (Job 29:3), éclairant les chambres ténébreuses de son cœur, eût manifesté le mal qui s’y trouvait. Ainsi un homme, dans une chambre obscure, peut être tout entouré de poussière et de confusion, sans qu’il puisse s’en apercevoir, à cause de l’obscurité dans laquelle il est plongé ; mais qu’un rayon de soleil entre, et aussitôt il distinguera tout. Les rayons du soleil créent-ils la poussière ? Non, assurément ; la poussière est là, le soleil ne fait que la découvrir et la manifester : tel est l’effet que produit la loi. Elle juge le caractère et la condition de l’homme ; elle prouve qu’il est pécheur et le renferme sous la malédiction ; elle vient pour juger de ce qu’il est, et le maudit s’il n’est pas ce qu’elle lui dit qu’il doit être.

Il y a donc une impossibilité manifeste à ce qu’un homme obtienne la vie et la justice par une chose qui ne peut que le maudire ; et à moins que la condition du pécheur et le caractère de la loi ne soient complètement changés, la loi ne peut que maudire le pécheur. Elle est sans indulgence pour les infirmités, et n’est pas satisfaite par une obéissance sincère, mais imparfaite ; si elle le devait être, elle cesserait d’être ce qu’elle est : « sainte, juste, et bonne » (Rom. 7:12). C’est précisément parce que la loi est telle que le pécheur ne peut pas obtenir la vie par son moyen. S’il pouvait obtenir la vie par elle, elle ne serait pas parfaite, ou autrement lui ne serait pas pécheur. Il est impossible qu’un pécheur acquière la vie par une loi parfaite ; car par cela même qu’elle est parfaite, il faut qu’elle le condamne.

Sa perfection absolue manifeste la ruine et la condamnation absolues de l’homme, et y met le sceau. « C’est pourquoi nulle chair ne sera justifiée devant lui par des œuvres de loi, car par la loi est la connaissance du péché » (Rom. 3:20). L’apôtre ne dit pas : « par la loi est le péché », mais il dit : « par la loi est la connaissance du péché ». « Car jusqu’à la loi, le péché était dans le monde, mais le péché n’est pas mis en compte quand il n’y a pas de loi » (Rom. 5:13). Le péché était là, et il ne manquait que la loi pour le développer sous forme de « transgression ». Si je dis à mon enfant : « tu ne toucheras pas à ce couteau », ma défense même révèle la tendance de son cœur à faire sa propre volonté. Ma défense ne crée pas la tendance, elle ne fait que la révéler.

L’apôtre Jean dit que « le péché est l’iniquité » (état ou marche sans loi) (1 Jean 3:4). L’expression de « transgression de la loi », que nous trouvons dans certaines versions de ce passage, ne rend pas la vraie pensée de l’Esprit. Pour qu’il y ait « transgression », il faut qu’une règle ou une ligne définie de conduite ait été posée ; car transgresser, c’est franchir une ligne défendue. Telles sont les défenses de la loi : « tu ne tueras point », « tu ne commettras point adultère », « tu ne déroberas point ». — Une loi ou règle est placée devant moi, mais je découvre que j’ai en moi-même les principes mêmes contre lesquels ces défenses ont été expressément dirigées ; bien plus, le fait même qu’il m’est défendu de tuer, montre que le meurtre est dans ma nature (comp. Rom. 3:15). Il serait inutile de me défendre de faire une chose, si je n’avais aucun penchant à la faire ; mais la révélation de la volonté de Dieu, quant à ce que je devrais être, rend manifeste la tendance de ma volonté à être ce que je ne devrais pas être. Ceci est clair, et est parfaitement conforme avec tout l’enseignement de l’apôtre sur ce sujet.

Beaucoup de personnes, cependant, tout en admettant bien que nous ne pouvons pas obtenir la vie par la loi, soutiennent en même temps que la loi est la règle de notre vie. Mais l’apôtre déclare que « tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi sont sous malédiction » (Gal. 3:10). Peu importe leur condition individuelle : s’ils sont sur le terrain de la loi, ils sont nécessairement sous la malédiction. Quelqu’un dira peut-être : « Je suis régénéré, je ne suis donc pas exposé à la malédiction » ; mais si la régénération ne transporte pas un homme hors du terrain de la loi, elle ne peut le placer au-delà des limites de la malédiction. Si le chrétien est sous la loi, il est exposé nécessairement à la malédiction de la loi. Mais qu’est-ce que la loi a à faire avec la régénération ? Où trouvons-nous qu’il soit question de la régénération dans ce chapitre 20 du livre de l’Exode ? La loi n’a qu’une seule question à adresser à l’homme, question courte, sérieuse et directe, savoir : « Es-tu ce que tu devrais être ? » Si la réponse est négative, la loi ne peut que lancer ses terribles anathèmes et tuer l’homme. Et qui reconnaîtra plus promptement et plus profondément qu’il n’est, en lui-même, rien moins que ce qu’il devrait être, sinon l’homme vraiment régénéré ? Ainsi, s’il est sous la loi, il est inévitablement sous la malédiction. Il n’est pas possible que la loi rabatte de ses exigences, ni qu’elle se mêle avec la grâce. Les hommes, sentant qu’ils ne peuvent parvenir à s’élever jusqu’à la mesure de la loi, cherchent toujours à rabaisser celle-ci jusqu’à eux ; mais c’est en vain. La loi demeure ce qu’elle est, dans toute sa pureté, sa majesté et son austère inflexibilité ; et elle n’accepte rien moins qu’une obéissance absolument parfaite ; et quel est l’homme, régénéré ou irrégénéré, qui puisse entreprendre d’obéir ainsi ? On dira : « Nous avons la perfection en Christ ». Cela est vrai ; mais ce n’est pas par la loi, c’est par la grâce, et nous ne pouvons pas absolument confondre les deux économies. L’Écriture nous enseigne longuement et clairement que nous ne sommes pas justifiés par la loi ; mais la loi n’est pas non plus la règle de notre vie. Ce qui ne peut que maudire ne peut jamais justifier, et ce qui ne peut que tuer ne peut pas être ce qui règle et gouverne la vie. Un homme pourrait tout aussi bien essayer de faire fortune par le bilan qui le constitue en faillite.

La lecture du chapitre 15 des Actes nous apprend comment le Saint Esprit répond à toute tentative qu’on voudrait faire de placer les croyants gentils sous la loi, comme règle de vie. « Et quelques-uns de la secte des pharisiens, qui avaient cru, s’élevèrent, disant qu’il faut les circoncire et leur enjoindre de garder la loi de Moïse » (vers. 5). L’insinuation ténébreuse et accablante de ces légalistes des premiers temps n’était pas autre chose que le sifflement du serpent ancien. Mais la puissante énergie du Saint Esprit, et la voix unanime des douze apôtres et de l’Église tout entière, y répondirent comme nous lisons aux versets 7, 8: « Et une grande discussion ayant eu lieu, Pierre se leva et leur dit : Hommes frères, vous savez vous-mêmes que, dès les jours anciens, Dieu m’a choisi entre vous, afin que par ma bouche les nations ouïssent : » Quoi ? Les exigences et les malédictions de la loi de Moïse ? Non, béni soit Dieu ! tel n’était pas le message qu’il voulait faire entendre à l’oreille de pauvres pécheurs privés de toute force ; — mais qu’elles « ouïssent la parole de l’Évangile et qu’elles crussent ». Voilà ce qui convenait au caractère et à la nature de Dieu, et ces pharisiens qui s’élevaient contre Barnabas et Saul, n’étaient pas envoyés par lui, loin de là ; ils n’apportaient pas de bonnes nouvelles, et ne publiaient pas la paix ; leurs « pieds » n’étaient donc rien moins que « beaux » aux yeux de Celui qui ne se plaît qu’à la miséricorde.

« Maintenant donc, continue l’apôtre, pourquoi tentez-vous Dieu, en mettant sur le cou des disciples un joug que ni nos pères, ni nous, n’avons pu porter ? » (vers. 10). Ce langage est grave et sérieux. Dieu ne voulait pas qu’on « mît au joug sur le cou » de ceux dont les cœurs avaient été affranchis par l’évangile de paix ; il voulait plutôt les exhorter à se tenir fermes dans la liberté de Christ et à ne pas être « de nouveau retenus sous un joug de servitude » (Gal. 5:1). Il ne voulait pas envoyer ceux qu’il avait reçus dans son sein, à « la montagne qui peut être touchée », pour y être terrifiés par « l’obscurité, les ténèbres et la tempête » (Héb. 12). Comment pourrions-nous jamais admettre la pensée, que Dieu voulût gouverner par la loi ceux qu’il a reçus en grâce ? « Nous croyons, dit Pierre, être sauvés par la grâce du Seigneur Jésus, de la même manière qu’eux aussi » (Act. 15:11). Les Juifs qui avaient reçu la loi, et les gentils qui ne l’avaient pas reçue, devaient tous désormais être « sauvés par grâce ». Et non seulement ils devaient être « sauvés par grâce », mais ils devaient « se tenir fermes » dans la grâce, et « croître dans la grâce » (Éph. 2:8 ; Gal. 5:1 ; 2 Pierre 3:18). Enseigner autre chose, c’était tenter Dieu. Ces pharisiens renversaient les fondements mêmes de la foi du chrétien ; et c’est ce que font tous ceux qui cherchent à mettre les croyants sous la loi. Il n’y a pas de mal ou d’erreur plus abominable aux yeux du Seigneur que le légalisme. Écoutez le langage énergique et les accents de juste indignation dont le Saint Esprit se sert, à l’égard de ces docteurs de la loi : « Je voudrais que ceux qui vous bouleversent se retranchassent même » (Gal. 5:12).

Les pensées du Saint Esprit sont-elles changées au sujet de cette question ? N’est-ce plus « tenter Dieu » que de mettre le joug de la loi sur le cou d’un pécheur ? Est-ce selon sa volonté de grâce que la loi soit lue tout au long aux pécheurs, comme une expression de la pensée de Dieu à leur égard ? Que le lecteur réponde à ces questions, à la lumière du chapitre 15 du livre des Actes et de l’épître aux Galates. Ces deux passages de l’Écriture suffiraient à eux seuls, s’il n’y en avait point d’autres, pour prouver que l’intention de Dieu n’a jamais été que « les nations dussent ouïr la parole » de la loi. Si telle eût été son intention, il aurait assurément fait choix de quelqu’un pour la leur faire entendre. Mais non ; lorsque l’Éternel proclame sa « loi terrible », il ne parla que dans une seule langue ; « ce que la loi dit, elle le dit à ceux qui sont sous la loi » (Rom. 3:19) ; mais quand il publia la bonne nouvelle du salut par le sang de l’Agneau, il parla la langue « de toute nation d’entre ceux qui sont sous le ciel ». Il parla de telle manière que « chacun, dans son propre langage », pût entendre le doux récit de la grâce (Act. 2:1-11).

Lorsque Dieu proclama, du haut du Sinaï, les dures exigences de l’alliance des œuvres, il ne s’adressa qu’à un seul peuple, exclusivement ; sa voix ne fut entendue que dans les étroites limites du peuple juif. Mais quand le Christ ressuscité envoya ses messagers de salut, il leur dit : « Allez dans tout le monde, et prêchez l’Évangile à toute la création » (Marc 16:15 ; comp. Luc 3:6). Le puissant fleuve de la grâce de Dieu, dont le lit avait été ouvert par le sang de l’Agneau, devait, par l’énergie irrésistible du Saint Esprit, déborder bien au-delà de l’étroite enceinte d’Israël, et se répandre au large sur un monde souillé par le péché. Il faut que toute créature entende, dans sa propre langue, le message de paix, la parole de l’Évangile, la nouvelle du salut par le sang de la croix. Enfin, et pour que rien ne manque pour donner à nos pauvres cœurs légaux la preuve que le mont Sinaï n’était nullement le lieu où les secrets de Dieu furent révélés, le Saint Esprit a dit par la bouche d’un prophète et par celle d’un apôtre : « Combien sont beaux les pieds de ceux qui annoncent de bonnes choses » (Ésaïe 52:7 ; Rom. 10:15). Mais le même Esprit dit de ceux qui voulaient être docteurs de la loi : « Je voudrais que ceux qui vous bouleversent se retranchassent même ».

Il est donc évident que la loi n’est ni le fondement de la vie pour le pécheur, ni la règle de la vie pour le chrétien. Christ est tous les deux. Il est notre vie et la règle de notre vie. La loi ne peut que maudire et tuer. Christ est notre vie et notre justice ; il a été fait malédiction pour nous en étant pendu au bois. Il descendit dans le lieu où le pécheur gisait, dans la mort et le jugement ; et nous ayant, par sa mort, déchargés de tout ce qui était, ou pouvait être contre nous, il est devenu, en résurrection, la source de la vie et le fondement de la justice pour tous ceux qui croient en son nom. Possédant ainsi la vie et la justice en lui, nous sommes appelés à marcher, non pas seulement comme la loi l’ordonne, mais à « marcher comme lui a marché » (1 Jean 2:6). Il paraîtra presque superflu d’affirmer que tuer, commettre adultère, dérober, sont des actes directement opposés à la morale chrétienne. Mais si un chrétien réglait sa voie d’après ces commandements-là, ou d’après le décalogue tout entier, produirait-il ces fruits précieux et délicats dont nous parle l’épître aux Éphésiens ? Les dix commandements amèneraient-ils un voleur à ne plus voler, mais à travailler afin d’avoir de quoi donner ? Transformeraient-ils jamais un voleur en un homme laborieux et honorable ? Non, assurément. La loi dit : « Tu ne déroberas point » ; mais dit-elle aussi : « Va, et donne à celui qui est dans le besoin ; va, donne à manger à ton ennemi, habille-le et bénis-le ? Va, et réjouis par ta bienveillance, par tes actes de bonté, le cœur de celui qui n’a jamais cherché qu’à te nuire ? » Non, certainement ! et cependant si j’étais sous la loi comme règle, elle ne pourrait que me maudire et me tuer. Comment cela se fait-il si la sainteté chrétienne est tellement plus élevée ? Parce que je suis faible, et que la loi ne me donne aucune force, ne me témoigne aucune miséricorde. La loi exige de la force de quelqu’un qui n’en a aucune, et elle le maudit s’il n’en peut montrer. L’Évangile donne de la force à celui qui n’en a pas, et le bénit dans la manifestation de cette force. La loi présente la vie comme but de l’obéissance ; l’Évangile donne la vie comme le seul fondement véritable d’obéissance.

Mais pour ne pas fatiguer le lecteur à force d’arguments, je demande dans quelle partie du Nouveau Testament il a trouvé la loi présentée comme règle de vie ? Évidemment l’apôtre n’avait pas cette pensée lorsqu’il disait : « Car ni la circoncision, ni l’incirconcision ne sont rien, mais une nouvelle création. Et à l’égard de tous ceux qui marcheront selon cette règle, paix et miséricorde sur eux et sur l’Israël de Dieu ! » (Gal. 6:15, 16). Quelle « règle » ? La loi ? Non, mais la « nouvelle création ». Or, dans le chapitre 20 de l’Exode, il n’est pas question d’une « nouvelle création » : au contraire, ce chapitre s’adresse à l’homme tel qu’il est, dans son état naturel qui est de la vieille création, et le met à l’épreuve pour savoir ce qu’il est véritablement en état de faire. Or, si la loi était la règle d’après laquelle les croyants doivent marcher, d’où vient que l’apôtre prononce une bénédiction sur ceux qui marchent selon une règle tout à fait différente ? Pourquoi ne dit-il pas : « à l’égard de tous ceux qui marchent selon la règle des dix commandements ? » N’est-il pas évident, d’après ce passage encore, que l’Église de Dieu a une règle plus élevée d’après laquelle elle doit marcher ? Sans aucun doute. Bien que les dix commandements fassent incontestablement partie du canon des livres inspirés, ils ne pouvaient jamais être la règle de vie pour celui qui, par une grâce infinie, a été introduit dans une nouvelle création et a reçu une vie nouvelle en Christ.

Mais, demandera-t-on, « la loi n’est-elle pas parfaite ? » Et si elle est parfaite, que voulez-vous de plus ? La loi est divinement parfaite. Bien plus, c’est à cause de sa perfection même que la loi maudit et tue ceux qui ne sont pas parfaits en essayant de subsister devant elle. « La loi est spirituelle, mais moi je suis charnel » (Rom. 7:14). Il est entièrement impossible de se faire une idée juste de la perfection et de la spiritualité de la loi. Mais alors, cette loi parfaite étant mise en contact avec l’humanité déchue, cette loi spirituelle rencontrant « la pensée de la chair », ne peut « produire » que la « colère » et « l’inimitié » (Rom. 4:15 ; 8:7). Pourquoi ? Est-ce parce que la loi n’est pas parfaite ? Au contraire, c’est parce qu’elle l’est, et que l’homme est pécheur. Si l’homme était parfait, il accomplirait la loi selon toute sa perfection spirituelle ; et même l’apôtre nous enseigne que, quant aux vrais croyants, bien qu’ils portent encore en eux une nature corrompue, « la juste exigence de la loi est accomplie en nous qui ne marchons pas selon la chair, mais selon l’Esprit » (Rom. 8:4). « Celui qui aime les autres, a accompli la loi… L’amour ne fait point de mal au prochain ; l’amour donc est la somme de la loi » (Rom. 13:8-10 ; comp. Gal. 5:14, 22, 23). Si j’aime quelqu’un, je ne lui déroberai pas ce qui lui appartient, loin de là, je chercherai à lui faire tout le bien que je pourrai. Tout cela est clair et facile à comprendre pour une âme spirituelle, et confond ceux qui veulent faire de la loi le principe de la vie pour le pécheur, ou la règle de la vie pour le croyant.

Si nous considérons la loi, dans ses deux grands commandements, nous voyons qu’elle ordonne à l’homme d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée, et son prochain comme lui-même. Telle est la somme de la loi. Voilà ce que la loi veut, et rien de moins. Mais quel est l’enfant déchu d’Adam qui ait jamais répondu à cette double exigence de la loi ? Quel est l’homme qui pourrait dire qu’il aime Dieu et son prochain ainsi ? « La pensée de la chair (c’est-à-dire la pensée que nous avons par nature) est inimitié contre Dieu, car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas » (Rom. 8:7). L’homme hait Dieu et les voies de Dieu. Dieu est venu, dans la personne de Christ ; il s’est manifesté à l’homme, non pas dans la splendeur accablante de sa majesté, mais avec tout le charme et la douceur d’une grâce et d’une condescendance parfaites. Quel en fut le résultat ? L’homme hait Dieu. « Maintenant ils ont et vu, et haï, et moi et mon Père » (Jean 15:24). Mais, dira-t-on : « l’homme devait aimer Dieu ». Sans doute ; et s’il ne l’aime pas, il mérite la mort et la perdition éternelle. Mais la loi peut-elle produire cet amour dans le cœur de l’homme ? Était-ce là son but ? Nullement ; « car la loi produit la colère » ; « elle a été ajoutée à cause des transgressions » ; « par la loi est la connaissance du péché » (Rom. 4:15 ; 3:20 ; Gal. 3:19). La loi trouve l’homme dans un état d’inimitié contre Dieu ; et sans changer rien à cet état, car ce n’est pas son affaire, elle lui commande d’aimer Dieu de tout son cœur, et le maudit s’il ne le fait pas. Il n’était pas du ressort de la loi de changer ou d’améliorer la nature de l’homme, elle ne pouvait pas davantage lui donner le pouvoir de répondre à ses justes exigences. Elle dit : « Fais cela, et tu vivras ». Elle ordonnait à l’homme d’aimer Dieu. Elle ne révélait pas ce que Dieu était pour l’homme, même dans sa culpabilité et sa ruine ; mais elle disait à l’homme ce qu’il devait être pour Dieu. C’était là un terrible ministère ! Ce n’était pas le déploiement des attraits puissants du caractère de Dieu, produisant chez l’homme une vraie repentance envers Dieu, faisant fondre son cœur de glace, et élevant son âme à une affection et une adoration sincères. Non ; la loi était un commandement péremptoire d’aimer Dieu ; et au lieu de créer cet amour, la loi « produisait la colère », non pas parce que Dieu ne devait pas être aimé, mais parce que l’homme était un pécheur.

Ensuite, « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». L’homme naturel aime-t-il son prochain comme lui-même ? Est-ce là le principe qui prévaut dans les chambres de commerce, à la bourse, dans les banques, dans les marchés, et aux foires de ce monde ? Hélas ! non. L’homme n’aime pas son prochain comme il s’aime lui-même. Il le devrait sans doute ; et si sa condition était bonne, il le ferait. Mais il est dans une condition totalement mauvaise, et à moins qu’il ne soit « né de nouveau » (Jean 3:3, 5), par la Parole et par l’Esprit de Dieu, il ne peut ni « voir le royaume de Dieu, ni y entrer ». La loi ne peut pas produire cette nouvelle naissance. Elle tue le « vieil homme », mais elle ne crée pas et ne peut pas créer le « nouvel homme ». Nous savons que le Seigneur Jésus réunit à la fois, dans sa personne glorieuse, Dieu et notre prochain ; attendu qu’il était, selon la vérité fondamentale de la doctrine chrétienne, « Dieu manifesté en chair » (1 Tim. 3:16). Comment l’homme a-t-il traité Jésus ? L’a-t-il aimé de tout son cœur et comme lui-même ? Tout au contraire. Il le crucifia entre deux brigands, après avoir préféré un voleur et un meurtrier à cet Être béni, qui avait passé de lieu en lieu en faisant le bien (Act. 10:38) ; qui était descendu des demeures éternelles de la lumière et de l’amour, étant lui-même la personnification vivante de cet amour et de cette lumière ; et dont le cœur était plein de la plus pure sympathie pour les besoins de l’humanité et dont la main avait toujours été prête à essuyer les larmes du pécheur, à soulager ses souffrances. Ainsi, en contemplant la croix de Christ, nous y voyons la démonstration irrécusable du fait, qu’il n’est pas au pouvoir de la nature humaine de garder la loi.

Après tout ce que nous venons de voir, il y a un intérêt particulier pour l’homme spirituel à observer la position relative de Dieu et du pécheur, à la fin de ce mémorable chapitre. « Et l’Éternel dit à Moïse : Tu diras ainsi aux fils d’Israël :… Tu me feras un autel de terre, et tu sacrifieras dessus tes holocaustes et tes sacrifices de prospérités, ton menu et ton gros bétail. En tout lieu où je mettrai la mémoire de mon nom, je viendrai à toi, et je te bénirai. Et si tu me fais un autel de pierres, tu ne le bâtiras point de pierres taillées ; car si tu lèves ton ciseau dessus, tu le profaneras. Et tu ne monteras point à mon autel par des degrés, afin que ta nudité n’y soit pas découverte » (vers. 22-26).

Nous ne voyons pas ici l’homme dans la position de quelqu’un qui fait des œuvres, mais dans celle d’un adorateur ; et cela, à la fin de notre chapitre. Combien il est évident, d’après ce fait, que l’atmosphère du mont Sinaï n’est pas celle que Dieu veut faire respirer au pécheur, et que Sinaï n’est pas le lieu où Dieu et l’homme puissent se rencontrer. « En tout lieu où je mettrai la mémoire de mon nom, je viendrai à toi ; et je te bénirai ». Et ce lieu, où l’Éternel met la mémoire de son nom, où il « vient » pour « bénir » son peuple d’adorateurs, combien il est différent des terreurs de la montagne en feu !

Mais en outre, Dieu veut rencontrer le pécheur un autel de pierres non taillées et qui n’ait point de degrés, — à un lieu de culte, dont l’érection ne demande de l’homme aucun travail et dont l’approche n’exige de lui aucun effort. Les pierres taillées par le travail de l’homme auraient souillé l’autel ; les degrés auraient découvert la « nudité » humaine. Quel type admirable du centre de réunion auquel Dieu se rencontre maintenant avec le pécheur, savoir la personne et l’œuvre de son Fils Jésus-Christ, en qui toutes les exigences de la loi, de la justice et de la conscience trouvent leur entière satisfaction ! De tout temps, et en tous lieux, l’homme a toujours été enclin à prendre son outil pour ériger son autel, et à s’en approcher par des degrés de sa propre fabrication. Mais le résultat de toutes ces tentatives a été la « souillure » et la « nudité ». « Et tous nous sommes devenus comme une chose impure, et toutes nos justices sont comme un vêtement souillé ; et nous sommes tous fanés comme une feuille » (Ésaïe 64:6). Qui oserait s’approcher de Dieu dans un vêtement « souillé » ? — ou se présenter pour adorer dans sa « nudité » ? Qu’y a-t-il de plus déplacé que de penser à s’approcher de Dieu d’une manière qui implique nécessairement soit la souillure, soit la nudité ? Et néanmoins, c’est ce qui a lieu chaque fois que le pécheur, par ses propres efforts, veut se frayer un chemin auprès de Dieu. Non seulement cet effort est inutile, mais il porte le sceau de la souillure et de la nudité. Dieu s’est tellement approché du pécheur, et jusque dans les profondeurs mêmes de sa ruine, qu’il n’y a nulle nécessité à employer l’outil de la légalité, ni à monter les degrés de la propre justice ; bien plus, c’est manifester sa souillure et sa nudité que de le faire.

Tels sont les principes par lesquels le Saint Esprit termine cette partie remarquable du livre inspiré. Puissent-ils être écrits, d’une manière ineffaçable, dans nos cœurs, afin que nous comprenions plus clairement et plus complètement la différence essentielle qui existe entre la loi et la grâce !

 

1.17                   Chapitres 21-23

L’étude de cette partie du livre de l’Exode est éminemment propre à remplir le cœur d’admiration en présence de l’insondable sagesse et de la bonté infinie de Dieu. Nous sommes rendus capables de nous former quelque idée d’un royaume, gouverné par des lois établies par Dieu, en même temps que nous apprenons à voir la merveilleuse condescendance de celui qui, bien qu’il soit le grand Dieu du ciel et de la terre, peut néanmoins s’abaisser jusqu’à juger entre homme et homme au sujet de la mort d’un bœuf (22:10) ; de prêt sur gage d’un vêtement (vers. 26) ; ou de la perte de la dent d’un esclave (21:27). Qui est semblable à l’Éternel notre Dieu, qui s’abaisse pour regarder dans les cieux et sur la terre ? Il gouverne l’univers, et s’occupe du vêtement d’une de ses créatures. Il dirige le vol de l’aigle et prend connaissance du vermisseau qui rampe. Il s’abaisse pour régler les mouvements de ces astres sans nombre qui se meuvent dans l’espace, et pour enregistrer la chute d’un passereau !

Le caractère des jugements présentés dans le chapitre 21 renferme pour nous un double enseignement. Ces jugements et ces ordonnances rendent un double témoignage, nous apportent un double message et présentent à nos yeux un tableau à deux faces. Ils nous parlent de Dieu, et de l’homme.

Premièrement, quant à Dieu, nous le voyons décréter des lois d’une stricte, impartiale et parfaite justice. « Œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure » (vers. 24, 25). Tel était le caractère des lois, des statuts et des jugements, par lesquels Dieu gouvernait son royaume terrestre d’Israël. Il avait pourvu à tout ; il faisait droit à chacun à tous égards ; il n’y avait aucune partialité, nulle acception de personne, nulle distinction entre riche et pauvre. La balance, dans laquelle les droits de chacun étaient pesés, était réglée avec une exactitude divine, en sorte que nul ne pouvait justement se plaindre de la décision. La robe immaculée de la justice ne pouvait être souillée par les taches de la séduction, de la corruption et de la partialité. L’œil et la main d’un Législateur divin prenaient soin de tout, et l’Exécuteur divin traitait chaque coupable avec une rigueur inflexible. L’arme de la justice ne frappait que la tête du coupable, tandis que toute âme obéissante était maintenue dans la jouissance de tous ses droits et de tous ses privilèges.

Ensuite, pour ce qui concerne l’homme, il est impossible de parcourir ces lois sans être frappé de la révélation indirecte, mais réelle, qu’elles renferment à l’égard de l’affreuse dépravation de sa nature. Le fait que l’Éternel ait dû promulguer des lois contre certains crimes, prouve que l’homme était capable de les commettre ; si ces choses n’avaient pas été possibles et que la tendance vers ces crimes n’eût pas existé chez l’homme, les lois n’auraient pas été nécessaires. Or il y a un grand nombre de personnes qui, à l’ouïe des grossières abominations défendues dans ces chapitres, seraient portées à dire comme Hazaël : « Mais qu’est ton serviteur, un chien, pour qu’il fasse cette grande chose ? » (2 Rois 8:13) Mais ceux qui parlent ainsi ne sont pas encore descendus dans les profonds abîmes de leur propre cœur ; car bien que quelques-uns des crimes, défendus ici, semblent placer l’homme, quant à ses habitudes et à ses inclinations, au-dessous du niveau d’un chien, ces statuts mêmes prouvent cependant, d’une manière incontestable, que l’homme le plus cultivé porte avec lui le germe des plus ténébreuses et des plus épouvantables abominations. Pour qui ces lois furent-elles données ? Pour l’homme. Étaient-elles nécessaires ? Sans aucun doute. Or elles auraient été entièrement superflues, si l’homme avait été incapable de commettre les péchés auxquels elles ont trait. Mais l’homme est capable de toutes ces choses ; et ainsi nous voyons qu’il est tombé le plus bas possible, que sa nature est entièrement corrompue, que du sommet de la tête à la plante des pieds il n’y a rien d’entier en lui (comp. Ésa. 1 ; Rom. 3:9-18).

Comment un être pareil pourra-t-il jamais se tenir, sans crainte, dans la lumière du trône Dieu ? Comment pourra-t-il subsister dans le Saint des Saints, rester debout sur la mer de verre ? Comment entrera-t-il par les portes de perles et marchera-t-il dans la rue d’or de la sainte Jérusalem ? (Apoc. 4:6 ; 21:21). La réponse à ces questions révèle à nos yeux les merveilles de l’amour qui nous sauva, et la puissance éternelle du sang de l’Agneau. Quelque grande que soit la chute de l’homme, l’amour de Dieu est plus grand encore ; quelque noir que soit son crime, le sang de Jésus peut l’effacer parfaitement, quelque large que soit l’abîme qui sépare l’homme de Dieu, la croix y a dressé un chemin. Dieu est descendu jusqu’au pécheur, afin de l’élever à une faveur infinie, dans une union éternelle avec son propre Fils. Nous avons bien lieu de nous écrier : « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu » (1 Jean 3:1). L’amour de Dieu pouvait seul sonder la misère de l’homme, et le sang de Christ seul surpasser sa culpabilité. Mais maintenant la profondeur même de la ruine de l’homme magnifie l’amour qui l’a sondée, et l’immensité du crime célèbre la puissance du sang qui peut l’effacer. Le plus vil pécheur qui croit en Jésus peut se réjouir dans l’assurance que Dieu le voit, et le déclare « tout net » (Jean 13:10).

Tel est donc le double enseignement que l’on peut retirer de ces lois et de ces ordonnances, quand on les considère dans leur ensemble : et plus aussi nous les examinerons en détail, plus nous en apprécierons la perfection et la beauté. Prenez, par exemple, la toute première de ces ordonnances, savoir celle qui se rapporte au serviteur hébreu : « Si tu achètes un serviteur hébreu, il servira six années, et, la septième, il sortira libre, gratuitement. S’il est venu seul, il sortira seul ; s’il avait une femme, sa femme sortira avec lui. Si son maître lui à donné une femme, et qu’elle lui ait enfanté des fils ou des filles, la femme et ses enfants seront à son maître, et lui, il sortira seul. Mais si le serviteur dit positivement : J’aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas sortir libre ; alors son maître le fera venir devant les juges, et le fera approcher de la porte ou du poteau, et son maître lui percera l’oreille avec un poinçon ; et il le servira à toujours » (chap. 21:2-6). Le serviteur était parfaitement libre pour ce qui le concernait personnellement. Il avait fait tout ce qu’on pouvait exiger de lui, et pouvait donc s’en aller où bon lui semblait, dans une liberté incontestée ; mais par affection pour son maître, pour sa femme et ses enfants, il pouvait se soumettre volontairement à une servitude perpétuelle ; et non seulement cela, mais il pouvait vouloir porter encore, dans son corps, les marques de cette servitude.

Le lecteur intelligent reconnaîtra facilement comment tout ceci s’applique au Seigneur Jésus. En lui, nous voyons Celui qui était dans le sein du Père, avant que les mondes fussent, — l’objet de ses éternelles délices, — et qui aurait pu, pour toute l’éternité, occuper cette place qui lui appartenait personnellement, et que rien ne l’obligeait à abandonner, sinon cette obligation que l’amour ineffable créa et inspira. Mais tel était son amour pour le Père, des desseins et de la gloire duquel il s’agissait, et tel était son amour pour l’Église et chacun de ses membres qu’il voulait sauver, qu’il descendit volontairement sur la terre, et s’anéantit lui-même jusqu’à prendre la forme d’un serviteur et les marques d’une servitude perpétuelle, s’abaissant et se rendant obéissant jusqu’à la mort, à la mort même de la croix. Le Psaume 40:6, nous présente le Christ dans cette position d’obéissance : « Tu m’as creusé des oreilles », paroles interprétées, Héb. 10:5, par : « Tu m’as formé un corps ». Ce Psaume 40 est l’expression du dévouement de Christ à Dieu pour faire sa volonté : « Alors j’ai dit : Voici, je viens ; il est écrit de moi dans le rouleau du livre. C’est mes délices, ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, et ta loi est au-dedans de mes entrailles » (vers. 7, 8). Il vint pour faire la volonté de Dieu, quelle qu’elle fût. Il ne fit jamais sa propre volonté, pas même en recevant à lui et en sauvant des pécheurs, bien que sûrement son cœur aimant et toutes ses affections fussent en pleine activité dans cette œuvre glorieuse. Toutefois, il ne reçoit à lui et ne sauve que comme serviteur des conseils du Père. « Tout ce que le Père me donne viendra à moi ; et je ne mettrai point dehors celui qui vient à moi ; car je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. Or c’est ici la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour » (Jean 6:37-39 ; comp. Matt. 20:23).

La position de serviteur que prend le Seigneur Jésus, s’offre à nous ici de la manière la plus intéressante. En grâce parfaite, il se considère comme responsable de recevoir tous ceux qui sont compris dans les conseils de Dieu ; et non seulement de les recevoir, mais de les garder à travers toutes les difficultés et les épreuves de leur pèlerinage ici-bas, même au moment de la mort, si elle doit venir pour eux, et de les ressusciter tous au dernier jour. Dans quelle sécurité parfaite se trouve placé le plus faible membre de l’Église de Dieu ! Il est l’objet des conseils éternels de Dieu, et Jésus est fait le garant de leur accomplissement. Jésus aime le Père, et l’intensité de cet amour est la mesure de la sécurité de chacun des membres de la famille rachetée. Le salut du pécheur, qui croit au nom du Fils de Dieu, n’est, dans un sens, que l’expression de l’amour de Christ pour le Père. Si un seul de ceux qui croient au nom du Fils de Dieu pouvait périr, par quelque cause que ce soit, ce fait indiquerait que le Seigneur Jésus a été incapable d’accomplir la volonté de Dieu, ce qui ne serait rien moins qu’un blasphème positif contre son saint nom, auquel soit tout honneur et toute majesté pendant l’éternité des siècles !

Nous avons donc, dans le serviteur hébreu, un type de Christ dans son dévouement parfait au Père. Mais il y a plus que cela encore. « J’aime ma femme et mes enfants ». « Christ a aimé l’assemblée et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il la sanctifiât, en la purifiant par le lavage d’eau par parole ; afin que lui se présentât l’assemblée, à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais afin qu’elle fût sainte et irréprochable » (Éph. 5:25-27). Il y a plusieurs autres passages de l’Écriture qui nous présentent Christ comme l’antitype du serviteur hébreu, dans son amour pour l’Église comme corps, et pour tous les croyants individuellement. Le lecteur trouvera un enseignement spécial sur ce sujet dans le chapitre 13 de l’Évangile de Matthieu ; dans les chapitres 10 et 13 de Jean et dans le chapitre 2 de l’épître aux Hébreux.

L’intelligence de cet amour de Jésus ne peut que produire dans nos cœurs un ardent dévouement pour Celui qui a pu manifester un amour aussi pur, aussi parfait et aussi désintéressé. Comment la femme et les enfants du serviteur hébreu n’auraient-ils pas aimé celui qui, pour rester avec eux, renonçait volontairement et pour toujours à sa liberté ? Et l’amour représenté dans le type, qu’est-il en comparaison de celui qui brille dans l’antitype ? « L’amour du Christ… surpasse toute connaissance » (Éph. 3:19). L’amour du Christ le porta à penser à nous avant que les mondes fussent, à nous visiter quand l’accomplissement du temps fut venu, à se rendre, de sa libre volonté, vers le poteau de la porte, à souffrir pour nous sur la croix, afin qu’il pût nous élever jusqu’à lui, pour faire de nous ses compagnons dans son royaume et dans sa gloire éternelle.

Je serais entraîné trop loin, si je voulais faire une exposition complète des autres statuts et jugements contenus dans ces chapitres (*). Je remarquerai seulement, en terminant, qu’il est impossible de lire ces passages sans que le cœur soit rempli d’adoration devant cette profonde sagesse, cette parfaite justice, en même temps que ces tendres égards qui se montrent partout : ils laissent dans l’âme la conviction profonde, que celui qui a parlé dans ces chapitres est le Dieu « seul vrai », « seul sage », et infiniment miséricordieux.

(*) Je désire faire remarquer ici, une fois pour toutes, que l’examen des fêtes dont il est question au chapitre 23:14-19, et des offrandes mentionnées au chapitre 29, sera plus à sa place quand nous en viendrons à l’étude du Lévitique.

Puissent toutes nos méditations sur sa Parole éternelle, avoir pour effet d’amener nos âmes à l’adoration de Celui dont les voies parfaites et les glorieux attributs brillent, dans cette Parole, de tout leur éclat, pour la joie et l’édification de son peuple racheté !

 

1.18                   Chapitre 24

Ce chapitre s’ouvre par une expression qui caractérise remarquablement l’économie mosaïque tout entière : « Et il dit à Moïse : Monte vers l’Éternel, toi et Aaron, Nadab et Abihu, et soixante-dix des anciens d’Israël, et vous vous prosternerez de loin ; et Moïse s’approchera seul de l’Éternel ; mais eux ne s’approcheront pas, et le peuple ne montera pas avec lui » (vers. 1, 2). Nulle part, dans toutes les ordonnances de la loi, nous ne trouvons ces précieuses paroles : « Venez, approchez ! » Non ! de semblables paroles ne pouvaient se faire entendre du haut du Sinaï, ni du milieu des ombres de la loi. Elles ne pouvaient être prononcées que de l’autre côté de la tombe vide de Jésus, où le sang de la croix avait ouvert une perspective sans nuage pour le regard de la foi. Les paroles : « de loin » caractérisent la loi, comme l’expression : « approchez » caractérise l’Évangile. Sous la loi, l’œuvre qui pouvait donner à un pécheur le droit de s’approcher n’était jamais faite. L’homme n’avait pas obéi, comme il s’était engagé à le faire ; et « le sang du taureau et de bouc » (Lév. 16:18) ne pouvait ni expier son péché, ni donner la paix à sa conscience ; c’est pourquoi il fallait qu’il se tînt « loin ». Les vœux que l’homme avait faits étaient violés, et le péché de l’homme n’était pas lavé ; comment donc l’homme aurait-il pu s’approcher ? Le sang de dix mille taureaux n’aurait pu effacer une seule des taches qui souillaient sa conscience, ni lui donner le sentiment paisible de la proximité d’un Dieu de grâce, juste et justifiant.

Cependant la « première alliance » (Héb. 9) est ici consacrée avec du sang. Moïse bâtit un autel au pied de la montagne, ayant « douze pierres, selon le nombre des tribus des fils d’Israël » (comp. Jos. 4, et 1 Rois 18:31). « Et il envoya des jeunes hommes des fils d’Israël, qui offrirent des holocaustes, et sacrifièrent des taureaux à l’Éternel en sacrifices de prospérités. Et Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des bassins ; et de la moitié du sang il fit aspersion sur l’autel… Et Moïse prit le sang, et en fit aspersion sur le peuple, et dit : Voici le sang de l’alliance que l’Éternel a faite avec vous selon toutes ces paroles » (vers. 5, 6, 8). Bien que, comme l’apôtre nous l’apprend, il soit « impossible que le sang de taureaux et de boucs ôte les péchés », il sanctifiait néanmoins « pour la pureté de la chair » (Héb. 10:4 ; 9:13) ; et comme « ombre des biens à venir » (Héb. 10:1), il servait à maintenir le peuple en relation avec l’Éternel.

« Et Moïse et Aaron, Nadab et Abihu, et soixante-dix des anciens d’Israël montèrent ; et ils virent le Dieu d’Israël, et sous ses pieds comme un ouvrage de saphir transparent, et comme le ciel même en pureté. Et il ne porta point sa main sur les nobles d’entre les fils d’Israël : ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent » (vers. 9-11). C’était là la manifestation du « Dieu d’Israël », en lumière et en pureté, en majesté et en sainteté. Ce n’était pas la révélation des affections du Père ni les doux accents de la voix d’un Père, répandant la paix et la confiance dans le cœur. Non ; « l’ouvrage de saphir transparent » révélait cette pureté et cette lumière inaccessibles, qui ne pouvaient que dire au pécheur de se tenir « loin ». Toutefois, « ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent » ; preuve touchante de la longanimité et de la miséricorde divines, comme aussi de la puissance du sang !

En ne considérant cette scène tout entière que comme une image, elle renferme beaucoup de choses qui sont faites pour intéresser le cœur. Il y a en bas le camp, et en haut le pavé de saphir ; mais l’autel, au pied de la montagne, nous parle de ce chemin par lequel le pécheur peut se soustraire à la corruption de sa nature, et s’élever jusque dans la présence de Dieu pour y faire la fête et adorer dans une parfaite paix. Le sang qui coulait autour de l’autel était le seul droit de l’homme à subsister dans la présence de cette gloire, qui « était comme un feu dévorant … aux yeux des fils d’Israël » (vers. 17).

« Et Moïse entra au milieu de la nuée, et monta sur la montagne ; et Moïse fut sur la montagne quarante jours et quarante nuits ». C’était là, véritablement, pour Moïse, une haute et sainte position. Il était appelé loin de la terre et des choses de la terre. Isolé des influences de la nature, il est renfermé avec Dieu, pour entendre de sa bouche les profonds mystères de la personne et de l’œuvre de Christ, tels que nous les représente le tabernacle dans toute sa structure et ses accessoires, si pleins de signification, « les images des choses qui sont dans les cieux » (Héb. 9:23). Dieu savait bien quelle serait la fin de l’alliance d’œuvres de l’homme ; mais il montre à Moïse, dans des types et des ombres, ses propres pensées d’amour et ses conseils de grâce, manifestés en Christ et rendus fermes par lui.

Bénie soit à jamais la grâce qui ne nous a pas laissés sous une alliance d’œuvres. Béni soit Celui qui a imposé silence pour nous aux tonnerres de la loi et éteint les flammes de Sinaï, par « le sang de l’alliance éternelle » (Héb. 13:20), et qui nous a donné une paix que nulle puissance de la terre ou de l’enfer ne peut ébranler. « À Celui qui nous aime et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang ; — et il nous a fait un royaume, des sacrificateurs pour son Dieu et Père ; — à lui la gloire et la force aux siècles des siècles ! Amen » (Apocalypse 1).

 

1.19                   Chapitre 25

Ce chapitre est le commencement de l’un des plus riches filons de la mine inépuisable des écrits inspirés : chaque coup de pioche met au jour des richesses nouvelles. Nous connaissons le seul outil avec lequel on puisse travailler dans une mine pareille, savoir le ministère spécial du Saint Esprit. La nature ne peut rien faire ici ; la raison est aveugle ; l’imagination est complètement inutile, l’intelligence la plus élevée, au lieu d’être en état d’interpréter les symboles sacrés, ressemble plutôt à une chauve-souris devant l’éclat du soleil, se heurtant aveuglément contre les objets qu’elle est incapable de discerner. Il faut tenir dehors notre raison et notre imagination et, avec un cœur sobre, un œil simple et des pensées spirituelles, entrer dans les saints parvis pour contempler de près tous ces détails si pleins de signification. Le Saint Esprit seul peut nous guider dans l’enceinte sacrée de la maison de l’Éternel, et interpréter à nos âmes la véritable portée de tout ce qui s’y présente à notre vue. Vouloir expliquer ces choses à l’aide des facultés non sanctifiées de l’intelligence, est plus absurde que d’essayer de réparer une montre avec les tenailles et le marteau d’un forgeron. « Les images des choses qui sont dans les cieux » (Héb. 9:23) ne peuvent être interprétées par l’intelligence naturelle la plus cultivée ; elles doivent être considérées à la lumière du ciel. La terre n’a aucune clarté qui puisse en développer les beautés ; Celui qui a produit les images est seul capable d’expliquer ce qu’elles signifient, celui qui a donné les symboles peut seul les interpréter.

Pour l’œil de l’homme, il semblerait qu’il n’y a pas d’ordre dans la manière dont le Saint Esprit nous présente toute l’ordonnance du tabernacle ; mais il en est tout autrement : l’ordre le plus parfait, la précision la plus remarquable, et l’exactitude la plus minutieuse règnent partout. Les chapitres 25 à 30 forment une partie distincte du livre de l’Exode. Cette partie se subdivise en deux autres sections, dont la première se termine au chapitre 27, verset 19, et la seconde à la fin du chapitre 30. La première commence par la description de l’arche du témoignage au-dedans du voile, et se termine par celle de l’autel d’airain et du parvis où il était placé. Nous y trouvons donc, en premier lieu, le trône judiciaire de l’Éternel, sur lequel était assis le Seigneur de toute la terre ; puis nous sommes conduits au lieu où l’Éternel rencontrait le pécheur, dans la puissance et en vertu d’une expiation accomplie. Ensuite, dans la seconde partie, nous apprenons comment l’homme s’approche de Dieu ; quels sont les privilèges, les honneurs et les responsabilités de ceux qui, comme sacrificateurs, pouvaient s’approcher de la présence divine, pour y rendre culte et jouir de sa communion.

L’ordre est donc parfait et magnifique. Il ne peut en être autrement, puisque cet ordre est divin. L’arche et l’autel d’airain en forment en quelque sorte les deux extrémités. La première était le trône de Dieu, établi en « justice et en jugement » (Ps. 89:14) ; le dernier était le lieu où le pécheur pouvait s’approcher, où « la bonté et la vérité » marchaient devant la face de l’Éternel. L’homme, par lui-même, n’avait pas la liberté de s’approcher de l’arche pour y trouver Dieu, car « le chemin des lieux saints n’était pas encore manifesté » (Héb. 9:8). Mais Dieu pouvait venir à l’autel d’airain, pour y rencontrer l’homme comme pécheur ! « La justice et le jugement » ne pouvaient pas admettre le pécheur dans le lieu saint ; mais « la bonté et la vérité » pouvaient en faire sortir Dieu, non dans cet éclat et cette majesté dans lesquels il apparaissait d’habitude entre les soutiens mystiques de son trône, « les chérubins de gloire », mais dans ce ministère de grâce qui nous est représenté symboliquement par les ustensiles et les ordonnances du tabernacle.

Tout ceci est bien propre à nous rappeler le chemin dans lequel a marché Celui que tous ces types préfiguraient, et qui est la substance de toutes ces ombres. Il descendit du trône éternel de Dieu dans les cieux jusqu’aux profondeurs de la croix du Calvaire ; il quitta les gloires du ciel pour la honte de la croix, afin de pouvoir introduire son peuple racheté, pardonné et reçu en grâce, devant ce même trône qu’il avait abandonné à cause de lui. Le Seigneur Jésus, par sa personne et par son œuvre, comble tout l’espace qui sépare le trône de Dieu de la poussière de la mort, comme aussi la poussière de la mort du trône de Dieu (comp. Éph. 4:9, 10). En Lui, Dieu est descendu, en parfaite grâce, jusqu’au pécheur ; en lui, le pécheur est amené, en justice parfaite, jusqu’à Dieu. Tout le chemin, de l’arche à l’autel d’airain, portait l’empreinte de l’amour ; et tout le chemin, de l’autel d’airain à l’arche, était aspergé du sang de l’expiation (voyez Lév. 1:5 ; 3:2 ; 4:6, 7, 16-18, 30, 34, etc. ; 16:14-19 ; Héb. 9:6-12) ; et l’adorateur, en passant par ce chemin merveilleux, voit le nom de Jésus imprimé sur tout ce qui s’offre à sa vue ! Puisse ce nom être plus cher à nos cœurs !

Poursuivons maintenant l’examen des chapitres dans leur ordre. Il est intéressant de remarquer que la première chose que l’Éternel communique à Moïse, est ce dessein de sa miséricorde selon lequel il veut s’établir un sanctuaire ou une sainte demeure au milieu de son peuple, un sanctuaire composé de matériaux qui ont trait et se rapportent directement à Christ, à sa personne, à son œuvre, et au fruit précieux de cette œuvre, tels qu’ils apparaissent dans la lumière, — la puissance et les grâces diverses du Saint Esprit. En outre, ces matériaux étaient le fruit odoriférant de la grâce de Dieu, les offrandes volontaires de cœurs dévoués. L’Éternel, que « les cieux, et les cieux des cieux ne peuvent contenir » (1 Rois 8:27), consentait, dans sa grâce, à habiter dans une tente, construite pour lui par ceux dont l’ardent désir était de saluer sa présence au milieu d’eux. Cette tente ou ce tabernacle peut être envisagé de deux manières : d’abord comme étant « une image des choses qui sont dans les cieux » ; ensuite, comme présentant un type du corps de Christ. Les différents matériaux dont il était composé se présenteront à nous à mesure que nous avancerons dans notre étude.

Nous allons considérer maintenant les trois grands sujets que ce chapitre place devant nous, savoir : l’arche, la table, le chandelier.

L’arche du témoignage occupe la première place dans les communications divines faites à Moïse : sa position aussi, dans le tabernacle, était très particulière. Enfermée au-dedans du voile, dans le saint des saints, elle formait la base du trône de l’Éternel. Son nom même indique à l’âme toute son importance : une arche est destinée à conserver intact ce que l’on y renferme. Ce fut dans une arche que Noé et sa famille, avec toutes les espèces d’animaux de la création, furent transportés en sûreté, par-dessus les vagues et les flots du jugement qui couvraient la terre. Ce fut une « arche » (*) qui, comme nous l’avons vu au chap. 2 de ce livre, fut le vaisseau de la foi pour préserver « un bel enfant » des eaux de la mort. Quand il est donc question de « l’arche de l’alliance » (Nomb. 10:33 ; Deut. 31:9 ; Jér. 3:16 ; Héb. 9:4), nous devons penser que Dieu destinait cette arche à garder intacte son alliance, au milieu d’un peuple sujet à l’erreur. C’est dans cette arche, comme nous le savons, que les secondes tables de la loi furent déposées : les premières avaient été brisées au pied de la montagne (Ex. 32:19), pour montrer que l’alliance de l’homme était rompue, que son œuvre ne pouvait jamais, en aucune manière, former la base du trône de gouvernement de l’Éternel. « La justice et le jugement sont la base de son trône », soit au point de vue terrestre, soit au point de vue céleste. L’arche ne pouvait pas, dans son enceinte sanctifiée, contenir des tables rompues. L’homme pouvait faillir dans l’accomplissement du vœu qu’il avait fait volontairement, de son propre mouvement ; mais il faut que la loi de Dieu soit conservée dans toute son intégrité et sa divine perfection. Si Dieu établissait son trône au milieu de son peuple, il ne pouvait le faire que d’une manière qui fût digne de lui-même. Le principe et la mesure de son jugement et de son gouvernement doivent être parfaits.

(*) Le mot employé, Ex. 2:3 est le même que celui dont Dieu se sert Gen. 6:14.

« Et tu feras des barres de bois de sittim, et tu les plaqueras d’or ; et tu feras entrer les barres dans les anneaux, aux côtés de l’arche, pour porter l’arche par elles » (vers. 13, 14). L’arche de l’alliance devait accompagner le peuple dans tous ses voyages ; elle ne s’arrêta jamais tant que les Israélites furent une armée en campagne ; elle allait d’un lieu à l’autre dans le désert ; elle marcha devant le peuple au milieu du Jourdain ; elle fut le point de ralliement d’Israël dans toutes les guerres de Canaan ; elle était le gage certain et assuré de la puissance partout où elle allait. Nul pouvoir de l’ennemi ne pouvait subsister devant ce qui était l’expression bien connue de la présence et de la puissance de Dieu. L’arche devait être la compagne de voyage d’Israël dans le désert ; et les « barres » et les « anneaux » étaient la juste expression de son caractère voyageur.

Toutefois, l’arche ne devait pas toujours voyager. Les « afflictions de David » (Ps. 132:1), ainsi que les guerres d’Israël, devaient prendre fin. Cette prière : « Lève-toi, Éternel ! pour entrer dans ton repos, toi, et l’arche de ta force ! » (Ps. 132:8), devait encore monter vers Dieu et être exaucée. Cette sublime requête eut un accomplissement partiel aux jours glorieux de Salomon, alors que « les sacrificateurs firent entrer l’arche de l’alliance de l’Éternel en son lieu, dans l’oracle de la maison, dans le lieu très saint, sous les ailes des chérubins ; car les chérubins étendaient les ailes sur le lieu de l’arche, et les chérubins couvraient l’arche et ses barres par-dessus. Et les barres étaient longues, de sorte que les bouts des barres se voyaient depuis le lieu saint, sur le devant de l’oracle ; mais ils ne se voyaient pas du dehors, et elles sont là jusqu’à ce jour » (1 Rois 8:6-8). Le sable du désert devait faire place au sol d’or du temple (1 Rois 6:30). Le pèlerinage de l’arche était arrivé à son terme ; il n’y avait « point d’adversaire, ni d’événement fâcheux » (1 Rois 5:4), et ainsi, « ils retirèrent les barres en dedans ».

Et ce n’est pas là la seule différence entre l’arche dans le tabernacle et l’arche dans le temple. L’apôtre, en parlant de l’arche dans le désert, la décrit comme « l’arche de l’alliance, entièrement couverte d’or tout autour, dans laquelle était la cruche d’or qui renfermait la manne, et la verge d’Aaron qui avait bourgeonné, et les tables de l’alliance » (Héb. 9:4). Telles étaient l’arche et les choses qu’elle contenait pendant ses voyages dans le désert : elle renfermait donc la cruche de manne, mémorial de la fidélité de l’Éternel à pourvoir dans le désert aux besoins de son peuple racheté ; puis la verge d’Aaron, « comme signe aux fils de rébellion », pour faire « cesser leurs murmures » (comp. Ex. 16:32-34 et Nomb. 17:10). Mais quand le moment fut arrivé, auquel « les barres » devaient être « retirées en dedans », quand les voyages et les guerres d’Israël eurent pris fin, quand la maison « très grande en renom et en beauté » (1 Chr. 22:5) eut été achevée, quand le soleil de la gloire d’Israël eut atteint, en type, son apogée dans la splendeur et la magnificence du règne de Salomon, alors les mémoriaux des besoins et des fautes du désert disparurent, et il ne resta que ce qui constituait le fondement éternel du trône du Dieu d’Israël et de toute la terre. « Il n’y avait rien dans l’arche sauf les deux tables de pierre, que Moïse y plaça en Horeb » (1 Rois 8:9).

Mais toute cette gloire devait bientôt être obscurcie par les épais nuages de l’infidélité de l’homme et du mécontentement de Dieu. Le pied dévastateur de l’incirconcis devait encore traverser les ruines de cette demeure magnifique, et la disparition de sa lumière et de sa gloire devait encore provoquer le « sifflement » moqueur de l’étranger (1 Rois 9:8). Ce n’est pas ici le lieu de poursuivre ce sujet plus en détail ; je me bornerai seulement à renvoyer le lecteur à la dernière mention que la parole de Dieu fait de « l’arche de l’alliance », à ce temps où le péché et la folie de l’homme ne troubleront plus le lieu du repos de cette arche, et où elle ne sera plus renfermée, ni dans une tente garnie de tentures, ni dans un temple fait de mains : « Le royaume du monde de notre Seigneur et de son Christ est venu, et il régnera aux siècles des siècles. Et les vingt-quatre anciens qui sont assis devant Dieu sur leurs trônes, tombèrent sur leurs faces et rendirent hommage à Dieu, disant : Nous te rendons grâces, Seigneur, Dieu, Tout-Puissant, celui qui est et qui était, de ce que tu as pris ta grande puissance et de ce que tu es entré dans ton règne. Et les nations se sont irritées, et ta colère est venue, et le temps des morts pour être jugés, et pour donner la récompense à tes esclaves les prophètes, et aux saints, et à ceux qui craignent ton nom, petits et grands, et pour détruire ceux qui corrompent la terre. Et le temple de Dieu dans le ciel fut ouvert, et l’arche de son alliance apparut dans son temple, et il y eut des éclairs et des voix et des tonnerres et un tremblement de terre et une grosse grêle » (Apoc. 11:15-19).

Après l’arche et son contenu vient « le propitiatoire ». « Et tu feras un propitiatoire d’or pur : sa longueur sera de deux coudées et demie, et sa largeur d’une coudée et demie. Et tu feras deux chérubins d’or ; tu les feras d’or battu, aux deux bouts du propitiatoire… Et les chérubins étendront les ailes en haut, couvrant de leurs ailes le propitiatoire, et leurs faces seront l’une vis-à-vis de l’autre ; les faces des chérubins seront tournées vers le propitiatoire. Et tu mettras le propitiatoire sur l’arche, par-dessus, et tu mettras dans l’arche le témoignage que je te donnerai. Et je me rencontrerai là avec toi, et je parlerai avec toi de dessus le propitiatoire, d’entre les deux chérubins qui seront sur l’arche du témoignage, et te dirai tout ce que je te commanderai pour les fils d’Israël » (vers. 17-22). L’Éternel déclare ici son dessein miséricordieux de descendre de la montagne brûlante, pour prendre sa place au-dessus du propitiatoire. Il pouvait venir demeurer là, tant que les tables du témoignage étaient intactes dans l’arche, et que les symboles de sa puissance, en création et en providence, s’élevaient à droite et à gauche, accessoires inséparables de ce trône sur lequel l’Éternel s’était assis, trône de grâce fondé sur la justice divine, et soutenu par la justice et le jugement. Là brillait la gloire du Dieu d’Israël. De là émanaient ses commandements, adoucis et rendus agréables par la source de miséricorde dont ils sortaient, et l’intermédiaire qui les transmettait ; semblables aux rayons du soleil de midi qui, passant à travers un nuage, vivifient et fécondent, sans que leur éclat nous éblouisse. « Ses commandements ne sont pas pénibles » (1 Jean 5:3), lorsqu’on les reçoit de dessus « le propitiatoire », parce qu’ils nous arrivent unis avec la grâce, qui donne des oreilles pour entendre et la puissance pour obéir.

L’arche et le propitiatoire, envisagés ensemble comme un tout, sont pour nous une image frappante de Christ, dans sa personne et dans son œuvre. Ayant, par sa vie, magnifié la loi et l’ayant rendue honorable, Christ devint, par sa mort, une propitiation ou un propitiatoire pour tous ceux qui croient (Rom. 3:25). La miséricorde de Dieu ne pouvait reposer que sur un fondement de justice parfaite. « La grâce règne par la justice pour la vie éternelle par Jésus Christ, notre Seigneur » (Rom. 5:21). Le seul lieu où Dieu et l’homme puissent se trouver en présence est celui où la grâce et la justice se rencontrent en parfait accord. Rien ne peut convenir à Dieu qu’une parfaite justice ; et rien ne peut convenir à l’homme qu’une parfaite grâce. Mais ce n’est qu’à la croix que « la bonté et la vérité se sont rencontrées », que « la justice et la paix se sont entre-baisées » (Ps. 85:10) : et ainsi le pécheur qui croit trouve la paix de son âme. Il voit que la justice de Dieu et sa propre justification reposent sur le même fondement, savoir sur l’œuvre accomplie de Christ. Quand l’homme, sous l’action puissante de la vérité de Dieu, prend la place qui lui convient comme pécheur, Dieu peut, dans l’exercice de sa grâce, prendre la sienne comme Sauveur ; et alors toute question se trouve réglée ; car la croix ayant répondu à toutes les exigences de la justice divine, les fleuves de la grâce peuvent couler librement. Quand un Dieu juste et un pécheur perdu se rencontrent sur un propitiatoire aspergé de sang, tout est réglé, réglé pour toujours, réglé en une manière qui glorifie parfaitement Dieu et sauve le pécheur pour toute l’éternité. Il faut que Dieu soit vrai, quoique tout homme soit confondu comme menteur ; et quand l’homme est ainsi amené au sentiment de sa vraie condition morale devant Dieu, et qu’il a accepté la place que la vérité de Dieu lui assigne, alors il apprend que Dieu s’est révélé comme un juste justificateur et sa conscience trouve ainsi non seulement une paix assurée, mais encore la capacité d’être en relation avec Dieu et de prêter l’oreille à sa sainte parole, dans l’intelligence de cette relation dans laquelle la grâce divine nous a introduits.

« Le lieu très saint » présente donc à nos yeux une scène admirable. L’arche, le propitiatoire, les chérubins, la gloire ! Quel vision pour le souverain sacrificateur d’Israël, lorsqu’il entrait, une fois l’an, au-dedans du voile ! Que le Seigneur ouvre nos yeux et nos entendements, pour que nous comprenions mieux la vraie signification de ces types précieux.

Ensuite Moïse reçoit des instructions concernant « la table des pains de proposition », ou des pains de présentation. Sur cette table était placée la nourriture des sacrificateurs de Dieu. Pendant sept jours, ces douze pains de proposition « de fleur de farine », avec « de l’encens pur », étaient présentés devant l’Éternel ; après quoi, étant remplacés par d’autres, ils appartenaient aux sacrificateurs, qui les mangeaient dans un lieu saint (Lév. 24:5-9). Nous savons que ces douze pains représentent « l’homme Christ Jésus ». La « fleur de farine » dont ils étaient faits, est l’image de la parfaite humanité du Sauveur, tandis que « l’encens pur » figure l’entière consécration de cette humanité à Dieu. Si Dieu a ses sacrificateurs qui le servent dans le lieu saint, il aura certainement aussi une table pour eux, et Christ est le pain sur la table. La table pure et les douze pains représentent Christ comme continuellement présenté à Dieu, dans toute l’excellence de sa pure humanité, et donné comme nourriture à la famille sacerdotale. Les « sept jours » sont l’emblème de la perfection de la divine jouissance de Christ ; et les « douze pains », l’expression de l’administration de cette jouissance dans l’homme et par l’homme. Il y a aussi, peut-être, l’idée de la relation de Christ avec les douze tribus d’Israël, et les douze apôtres de l’Agneau.

« Le chandelier d’or pur » vient ensuite, car les sacrificateurs de Dieu ont besoin de lumière aussi bien que de nourriture ; et ils ont l’une et l’autre en Christ. « Le chandelier sera fait d’or battu ; son pied et sa tige, ses calices, ses pommes, et ses fleurs, seront tirés de lui ». « Les sept lampes qui éclairaient vis-à-vis du chandelier », sont l’expression de la perfection de la lumière et de l’énergie de l’Esprit, fondées sur la parfaite efficacité de l’œuvre de Christ, et liées avec elle. L’œuvre du Saint Esprit ne peut jamais être séparée de l’œuvre de Christ : c’est ce qu’indique, de deux manières, la magnifique image du chandelier d’or. Les sept lampes unies à la tige d’or battu, nous montrent l’œuvre accomplie de Christ comme étant le seul fondement sur lequel repose la manifestation de l’Esprit dans l’Église. Le Saint Esprit ne fut donné qu’après que Jésus eut été glorifié (comp. Jean 7:39 avec Actes 19:2-6). Au chapitre 3 de l’Apocalypse, Christ est présenté à l’église de Sardes comme « ayant les sept esprits ». Ce fut comme exalté à la droite de Dieu que le Seigneur Jésus répandit le Saint Esprit sur son Église, afin que celle-ci pût luire selon la puissance et la perfection de son existence, de son action et de son culte.

Nous voyons aussi que l’une des fonctions particulières d’Aaron était d’entretenir les sept lampes. « L’Éternel parla à Moïse, disant : Commande aux fils d’Israël qu’ils t’apportent de l’huile d’olive pure, broyée, pour le luminaire, afin de faire brûler la lampe continuellement. Aaron l’arrangera devant l’Éternel, continuellement, du soir au matin, en dehors du voile du témoignage, dans la tente d’assignation : c’est un statut perpétuel en vos générations ; il arrangera les lampes sur le chandelier pur, devant l’Éternel, continuellement » (Lév. 24). C’est ainsi que l’œuvre du Saint Esprit dans l’Église est liée à l’œuvre du Christ sur la terre et à son œuvre dans le ciel. « Les sept lampes » étaient là, sans doute, mais l’activité et la vigilance du sacrificateur étaient nécessaires pour les arranger et les maintenir allumées. Le sacrificateur devait se servir continuellement des « mouchettes et des vases à cendre » destinés à recevoir ce qui tombait des lampes, afin d’ôter tout ce qui pouvait obstruer les canaux de « l’huile d’olive pure ». Ces mouchettes et ces vases à cendre étaient également « d’or pur », car toutes ces choses étaient le fruit immédiat de l’opération divine. Si l’Église est une lumière, elle ne l’est que par l’énergie de l’Esprit ; et cette énergie est fondée sur Christ qui, en vertu du conseil éternel de Dieu, devint, dans son sacrifice et dans sa sacrificature, la source et la puissance de toutes choses pour son Église. Tout est de Dieu. Soit donc que nous regardions au-dedans de ce voile mystérieux, et que nous contemplions l’arche avec son couvercle et ses deux chérubins ; ou bien que nous dirigions notre attention sur ce qui était en dehors du voile, sur la table pure et le chandelier pur avec leurs vaisseaux et leurs ustensiles respectifs, tout nous parle de Dieu, comme révélé en rapport avec le Fils ou en rapport avec le Saint Esprit.

Lecteurs chrétiens, votre vocation vous place au milieu même de toutes ces précieuses réalités. Votre place n’est pas seulement au milieu « des images des choses qui sont dans les cieux », mais au milieu « des choses célestes elles-mêmes » ; vous avez « pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le sang de Jésus » (Héb. 9:23 ; 10:19). Vous êtes sacrificateurs pour Dieu. « Le pain de proposition » vous appartient. Votre place est à « la table pure », pour y manger le pain sacerdotal, dans la lumière du Saint Esprit. Rien, jamais, ne peut vous dépouiller de ces divins privilèges ; ils sont à vous pour toujours. Soyez en garde contre tout ce qui pourrait vous priver de la jouissance de ces choses. Gardez-vous de toute disposition, de toute convoitise, de tout sentiment, de toute imagination qui ne seraient pas purs. Tenez l’homme naturel assujetti ; tenez le monde dehors ; tenez Satan loin. Que le Saint Esprit remplisse votre âme tout entière de Christ ; alors vous serez pratiquement saints et toujours heureux ; vous porterez du fruit, et le Père sera glorifié en vous, et « votre joie sera accomplie ».

 

1.20                   Chapitre 26

Nous avons ici la description des voiles et des couvertures du tabernacle, dans lesquels le regard spirituel discerne les ombres des différents traits et des différentes phases du caractère de Christ. « Et tu feras le tabernacle de dix tapis de fin coton retors, et de bleu, et de pourpre, et d’écarlate ; tu les feras avec des chérubins, d’ouvrage d’art ». Tels sont les différents aspects sous lesquels apparaît « l’homme Christ Jésus » (1 Tim. 2:5). Le fin coton retors représente la parfaite pureté de sa marche et de son caractère ; tandis que le bleu, la pourpre et l’écarlate nous le montrent comme le « Seigneur des cieux », qui doit régner selon les conseils divins, mais seulement après avoir souffert. Nous avons donc en lui un homme pur et sans tache, un homme céleste, un homme roi, un homme souffrant. Les différents matériaux, mentionnés ici, ne devaient pas servir seulement pour « les tapis » du tabernacle, mais étaient employés aussi pour « le voile » (vers. 31), pour « le rideau à l’entrée de la tente » (vers. 36), pour « le rideau de la porte du parvis » (chap. 27:16), pour « les vêtements de service et les saints vêtements d’Aaron » (chap. 39:1). En un mot, c’était Christ partout, Christ en tout, rien que Christ (*).

(*) L’expression de « éclatant et pur » (Apoc. 19:8) donne une force et une beauté particulières au type que le Saint Esprit nous présente dans le « fin lin ». En effet, il ne peut y avoir d’emblème plus juste de la nature humaine pure et sans tache.

Le « fin coton retors », figure de l’humanité pure et sans tache de Christ, ouvre à l’intelligence spirituelle une source précieuse et abondante de méditation. La vérité touchant l’humanité de Christ doit être reçue avec toute l’exactitude de l’enseignement des Écritures. C’est là une vérité fondamentale ; et si elle n’est pas acceptée, maintenue, défendue et confessée telle que Dieu l’a révélée dans sa sainte Parole, l’édifice tout entier qui doit reposer sur elle ne pourra être que corrompu. Si nous sommes dans l’erreur sur un point aussi capital, nous ne pouvons être dans la vérité à l’égard d’aucune autre chose. Rien n’est plus déplorable que le vague qui semble prédominer dans les pensées et les expressions de plusieurs sur une doctrine de cette importance. Avec plus de respect pour la parole de Dieu, on la connaîtrait certainement mieux, et on éviterait ces déclarations erronées et irréfléchies, qui contristent le Saint Esprit de Dieu dont l’office est de rendre témoignage de Jésus.

Quand l’ange eut annoncé à Marie la bonne nouvelle de la naissance du Sauveur, celle-ci lui dit : « Comment ceci arrivera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? » (Luc 1:34). Sa faible intelligence était incapable de saisir, bien moins d’approfondir le prodigieux mystère de « Dieu manifesté en chair » (1 Tim. 3:16). Mais écoutez avec attention quelle fut la réponse de l’ange, non à un esprit sceptique, mais à un cœur pieux quoique ignorant. « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi aussi la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (Luc 1:35). Marie s’imaginait sans doute que cette naissance devait avoir lieu selon les principes ordinaires de la nature ; mais l’ange corrige son erreur et, en la corrigeant, énonce une des plus grandes vérités de la révélation. Il lui déclare que la puissance divine allait former un véritable homme, « le second homme [venu] du ciel » (1 Cor. 15:47), un homme dont la nature était divinement pure, et entièrement incapable de recevoir ou de communiquer aucune souillure. Cet Être saint fut formé « en ressemblance de chair de péché », sans péché dans la chair (Rom. 8:3). Il participa à une chair et à un sang réels et véritables, sans mélange d’un atome ou d’une ombre du mal qui souillait la création au milieu de laquelle il venait.

C’est là, nous l’avons déjà dit, une vérité de premier ordre, à laquelle on ne peut se soumettre trop complètement, et que l’on ne peut retenir avec trop de fidélité et de fermeté. L’incarnation du Fils, seconde personne de la Trinité éternelle, son entrée mystérieuse dans une chair pure et sans souillure, formée par la puissance du Très-Haut dans le sein de la Vierge, est le fondement « du grand mystère de la piété » (1 Tim. 3:16), dont le faîte est un Dieu-homme glorifié dans le ciel, le Chef, le Représentant, et le Modèle de l’Église rachetée de Dieu. La pureté essentielle de son humanité répondait parfaitement aux exigences de Dieu ; la réalité de cette humanité répondait aux besoins de l’homme. Il était homme, car nul autre homme n’aurait pu répondre à tout ce qu’exigeait et rendait nécessaire la ruine de l’homme ; mais il était un homme tel qu’il pouvait satisfaire à toutes les exigences de la gloire de Dieu. Il était véritablement homme, mais pur et sans tache ; Dieu pouvait trouver son plaisir en lui parfaitement, et l’homme pouvait s’appuyer sur lui sans réserve.

Il n’est pas nécessaire de rappeler au chrétien que tout ceci, séparé de la mort et de la résurrection, est sans fruit pour nous. Nous avions besoin non seulement d’un Christ incarné, mais d’un Christ crucifié et ressuscité. Il fallait, il est vrai, qu’il fût fait chair, pour être crucifié ; mais ce sont sa mort et sa résurrection qui rendent son incarnation efficace pour nous. Croire que, dans l’incarnation, Christ se soit uni à l’humanité pécheresse, n’est rien moins qu’une erreur mortelle ; cela était impossible. Lui-même nous enseigne expressément à cet égard. « En vérité, en vérité, je vous dis : À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12:24). Il ne pouvait y avoir aucune union entre une chair de péché et cet Être saint, né de Marie ; entre une chair mortelle et corruptible et celui en qui Satan n’avait rien, et sur qui la mort n’avait aucun pouvoir, en sorte qu’il a pu donner sa vie (comp. Jean 14:30 ; 10:18). La mort qu’il a volontairement soufferte est la seule base d’unité entre Christ et ses membres élus. « Nous avons été identifiés avec lui dans la ressemblance de sa mort… Notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché soit annulé » (Rom. 6:5, 6). « En qui aussi vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’a pas été faite de main, dans le dépouillement du corps de la chair, par la circoncision du Christ, étant ensevelis avec lui dans le baptême, dans lequel aussi vous avez été ressuscités ensemble par la foi en l’opération de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts » (Col. 2:11, 12). Nous trouvons au chapitre 6 des Romains, et chapitre 2 des Colossiens, une exposition détaillée de l’importante vérité qui nous occupe. Ce n’était que comme morts et ressuscités, que Christ et les siens pouvaient devenir « un » (comp. aussi Éph. 1:20 à 2:8). Il fallait que le véritable grain de blé tombât en terre et mourût, avant qu’un plein épi pût être formé et être recueilli dans le grenier céleste.

Mais, tandis que cette vérité est clairement révélée dans l’Écriture, cette Écriture nous apprend également que l’incarnation formait, pour ainsi dire, le premier fondement du glorieux édifice ; et les couvertures de fin coton retors nous présentent, en figure, la pureté morale de « l’homme Christ Jésus ». Nous avons déjà vu de quelle manière il fut conçu et il naquit (Luc 1:26-38) ; et si nous le suivons tout le long du cours de sa vie ici-bas, nous voyons toujours et partout en lui cette même irréprochable pureté. Il passa quarante jours dans le désert, tenté par le diable, mais il n’y avait, dans sa pure nature, rien qui répondît aux viles suggestions du tentateur. Christ pouvait toucher le lépreux, sans être souillé. Il pouvait toucher le cercueil d’un mort, sans contracter l’odeur de la mort. Il pouvait passer « sans péché » au milieu de la corruption. Il était parfaitement homme, mais parfaitement unique dans son origine, l’état et le caractère de son humanité. Lui seul a pu dire : « Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » (Ps. 16:10). Ceci avait rapport à son humanité qui, en tant que parfaitement sainte et parfaitement pure, pouvait porter le péché. « Lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois » (1 Pierre 2:24) ; non au bois, comme quelques-uns voudraient nous enseigner, mais « sur le bois ». C’est sur la croix que Dieu porta nos péchés, et là seulement ; car « Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui » (2 Cor. 5:21).

Le « bleu » est la couleur du ciel, et indique le caractère céleste de Christ qui, bien qu’il fût réellement homme et fût entré dans toutes les circonstances d’une humanité vraie et réelle « à part le péché », était néanmoins le Seigneur « [venu] du ciel » (1 Cor. 15:47). Bien qu’il fût vraiment homme, il marcha néanmoins dans la conscience ininterrompue de sa haute dignité, comme étranger céleste ; jamais il n’oublia un instant d’où il était venu, où il était, et où il allait. La source de toute sa joie était en haut. La terre ne pouvait le rendre ni plus riche, ni plus pauvre. Il fit l’expérience que ce monde était « une terre aride et altérée, sans eau » (Ps. 63:1) et, par conséquent, son âme ne pouvait s’abreuver qu’en haut, se nourrir que de ce qui était céleste. « Personne n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel » (Jean 3:13).

« La pourpre » est le signe de la royauté, et nous fait voir celui qui était né « roi des Juifs », qui se présenta comme tel à la nation juive, et fut rejeté (comp. Jean 19:2) ; qui fit une belle confession devant Ponce Pilate, confessant qu’il était roi, alors, qu’humainement parlant, il n’y avait en lui aucune trace de royauté. « Tu le dis, que moi je suis roi » (Jean 18:37). « Et vous verrez le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance, et venant avec les nuées du ciel » (Marc 14:62 ; comp. Dan. 7:13). Enfin, l’inscription sur la croix, « en hébreu, en grec, et en latin », les langues de la religion, de la science et du gouvernement, portait qu’il était « Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs » (Jean 19:20, 21). La terre désavoua ses droits, malheureusement pour elle, mais il n’en fut pas de même du ciel ; là les droits de Christ furent pleinement reconnus. Il fut accueilli comme un vainqueur dans les demeures éternelles de la lumière ; il y fut couronné de gloire et d’honneur, et s’y assit, au milieu des acclamations des armées célestes, sur le trône de la majesté dans les cieux, en attendant que ses ennemis soient réduits à lui servir de marchepied. « Pourquoi s’agitent les nations, et les peuples méditent-ils la vanité ? Les rois de la terre se lèvent, et les princes consultent ensemble contre l’Éternel et contre son Oint. Rompons leurs liens, et jetons loin de nous leurs cordes ! Celui qui habite dans les cieux se rira d’eux, le Seigneur s’en moquera. Alors il leur parlera dans sa colère, et, dans sa fureur, il les épouvantera. Et moi, j’ai oint mon roi sur Sion, la montagne de ma sainteté. Je raconterai le décret : l’Éternel m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui je t’ai engendré. Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et, pour ta possession, les bouts de la terre. Tu les briseras avec un sceptre de fer ; comme un vase de potier tu les mettras en pièces. Et maintenant, ô rois, soyez intelligents ; vous, juges de la terre, recevez instruction : Servez l’Éternel avec crainte, et réjouissez-vous avec tremblement ; baisez le Fils, de peur qu’il ne s’irrite, et que vous ne périssiez dans le chemin, quand sa colère s’embrasera tant soit peu. Bienheureux tous ceux qui se confient en lui ! » (Ps. 2).

« L’écarlate » a trait à un Christ versant son sang. « Christ a souffert pour nous dans la chair » (1 Pierre 4:1). Sans la mort, tout aurait été inutile. Nous pouvons admirer le bleu et la pourpre, mais sans l’écarlate, le caractère le plus important du tabernacle aurait fait défaut. C’est par la mort que Christ détruisit celui qui avait l’empire de la mort. En plaçant devant nous une image de Christ, le vrai tabernacle, le Saint Esprit n’aurait pu omettre ce côté de son caractère, qui constitue le fondement de son union avec son corps qui est l’Église, de son droit au trône de David, et de sa seigneurie sur toute la création. En un mot, dans ces voiles pleins de signification, le Saint Esprit nous présente le Seigneur Jésus, non seulement comme homme pur et sans tache, comme homme roi, mais aussi comme homme mourant ; comme quelqu’un qui, par sa mort, a acquis un droit à tout ce que, comme homme, les conseils divins lui avaient destiné.

Mais les couvertures du tabernacle ne sont pas seulement l’expression des différentes perfections du caractère de Christ ; elles mettent encore en évidence l’unité et la fermeté de ce caractère, dont chaque trait est parfait et à sa place : l’un n’empiète jamais sur l’autre, ni ne porte atteinte à sa beauté. Tout était harmonie parfaite devant le regard de Dieu, et fut ainsi présenté dans le modèle qui avait été montré à Moïse sur la montagne (Ex. 25:40 ; Héb. 8:5 ; Actes 7:44) et dans la copie qui fut dressée en bas. « Une même mesure pour tous les tapis. Cinq tapis seront joints l’un à l’autre, et cinq tapis seront joints l’un à l’autre » (vers. 3). Telles étaient les justes proportions et l’accord qui régnaient dans toutes les voies de Christ, comme homme parfait, marchant sur la terre, dans quelque situation ou dans quelque relation que nous le considérions. Quand il agit dans l’un de ces caractères, nous ne voyons jamais que ce qu’il fait soit en désaccord avec la divine perfection d’un autre de ses caractères. Il fut en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance, l’homme parfait. Rien en lui ne sortait de ces belles et parfaites proportions qui lui étaient propres, dans toutes ses voies. « Une même mesure pour tous les tapis, etc. ».

Par-dessus la couverture, dont nous venons de nous occuper, il y en avait une autre « de poils de chèvres » (vers. 7-14), qui cachait la beauté de la première à ceux de dehors par ce qui représentait la séparation rigoureuse d’avec le mal environnant. Ceux qui étaient dans l’intérieur ne voyaient pas cette dernière couverture. Ceux qui avaient le privilège d’entrer dans le lieu saint ne voyaient que le bleu, la pourpre, l’écarlate, et le fin coton retors, images des vertus et des perfections variées et pourtant liées ensemble, de ce tabernacle divin dans lequel Dieu habitait au-dedans du voile ; — et au travers de ce voile, la chair du Christ, les rayons de la nature divine brillaient si délicatement, que le pécheur pouvait les contempler sans être accablé par leur glorieuse splendeur.

Pendant que le Seigneur Jésus a traversé ce monde, combien peu l’ont réellement connu ; combien peu ont eu les yeux oints du collyre céleste, pour pénétrer et apprécier le mystère profond de son caractère ; combien peu virent « le bleu, la pourpre, l’écarlate et le fin coton retors » ! Ce n’était que lorsque la foi amenait un homme en sa présence, que Jésus souffrait que l’éclat de ce qu’il était se manifestât, et que sa gloire perçât le nuage. Pour l’œil naturel, il semblerait qu’il y ait eu dans sa personne une réserve et une sévérité, qui étaient représentées par « les tapis de poils de chèvres », et qui étaient le résultat de sa séparation profonde et de son éloignement, non des pécheurs personnellement, mais des pensées et des maximes des hommes. Il n’avait rien en commun avec l’homme comme tel ; et il n’entrait pas dans la capacité de la simple nature de le comprendre ou de jouir de lui. « Nul, dit-il, ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire », et quand un de ceux qui étaient « attirés » confessait son nom, il lui déclarait : « La chair et le sang ne t’ont pas révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux » (comp. Jean 6:44 ; Matt. 16:17). Il était comme « une racine sortant d’une terre aride », n’ayant « ni forme, ni éclat » pour attirer le regard ou satisfaire le cœur de l’homme. Le flot de la popularité ne pouvait pas se porter sur celui qui, pendant qu’il traversait rapidement la scène de ce monde vain, s’enveloppait d’une « couverture de poils de chèvres ». Jésus n’a pas été populaire. La multitude a pu le suivre un moment, parce que, pour elle, son ministère s’alliait « aux pains et aux poissons » qui répondaient à ses besoins, mais elle était tout aussi prête à crier : « Ôte, ôte, crucifie-le » (Jean 19:15), que « Hosanna ! au fils de David ! » (Matt. 21:9). Que les chrétiens, que les serviteurs de Christ, que tous les prédicateurs de l’Évangile s’en souviennent ! Puissions-nous tous, et chacun en particulier, ne pas oublier « la couverture de poils de chèvres » !

Mais si les peaux de chèvres exprimaient la rigoureuse séparation de Christ d’avec le monde, les « peaux de béliers teintes en rouge » (vers. 14) représentent son entière consécration et son ardent dévouement à Dieu, dans lesquels il persévéra jusqu’à la mort même. Il fut le seul serviteur parfait qui jamais se tînt dans la vigne de Dieu. Il n’eut qu’un but, qu’il poursuivit sans dévier, de la crèche à la croix ; et ce but, c’était de glorifier le Père et d’achever l’œuvre qu’il lui avait donnée à faire. « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être aux affaires de mon Père ? » — tel était le langage de sa jeunesse, et l’accomplissement de ces « affaires » était le but de sa vie. Sa viande était de faire la volonté de celui qui l’avait envoyé, et d’accomplir son œuvre (Jean 4:34). « Les peaux de béliers teintes en rouge » représentent un côté de son caractère, aussi bien que « la couverture de poils de chèvres ». Son dévouement parfait à Dieu le séparait des habitudes des hommes.

Les « peaux de taissons » (vers. 14) me paraissent désigner la sainte vigilance, avec laquelle le Seigneur Jésus se mettait en garde contre l’approche de tout ce qui était hostile au but qui remplissait son âme tout entière. Il prit sa position pour Dieu, et la maintint avec une ténacité qu’aucune influence des hommes ou des démons, de la terre ou de l’enfer, ne pouvait surmonter. La couverture de peaux de taissons était « par-dessus », nous montrant que le trait le plus prononcé, dans le caractère de « l’homme Christ Jésus », était une détermination invincible d’être un témoin pour Dieu sur la terre. Il était le véritable Naboth, livrant sa vie plutôt que de renoncer à la vérité de Dieu, ou d’abandonner ce pour quoi il avait pris sa place dans ce monde.

La chèvre, le bélier et le taisson doivent être considérés comme représentant certains traits naturels, comme aussi certaines qualités morales, et il faut tenir compte de ces deux côtés dans l’application de ces figures au caractère de Jésus. L’œil humain ne pouvait discerner que les traits naturels. Il ne pouvait rien voir de la grâce, de la beauté, de la dignité morales, qui étaient cachées sous la forme extérieure de Jésus de Nazareth, humble et méprisé. Quand les trésors de la sagesse divine découlaient de ses lèvres, on se demandait : « Celui-ci n’est-il pas le charpentier ? » (Marc 6:3). « Comment celui-ci connaît-il les lettres, vu qu’il ne les a point apprises ? » (Jean 7:15). Quand il déclarait qu’il était le Fils de Dieu et affirmait sa divinité éternelle, on lui répondait : « Tu n’as pas encore cinquante ans », ou bien « ils prenaient des pierres pour les jeter contre lui » (Jean 8:57, 59). En un mot, la confession des pharisiens : « Pour celui-ci, nous ne savons d’où il est » (Jean 9:29), était vraie des hommes en général.

Les limites de notre travail ne nous permettent pas de suivre ici le développement de ces traits précieux du caractère de Jésus, dans les récits des Évangiles. Ce qui a été dit est suffisant pour ouvrir au lecteur une source de méditation spirituelle, et pour lui donner une idée des rares trésors qui sont renfermés sous l’image des voiles et des couvertures du tabernacle. Le mystère de la personne de Christ, ses motifs secrets d’action et ses perfections inhérentes, son apparence extérieure et dépourvue de ce que les hommes recherchent, ce qu’il était par lui-même, ce qu’il était envers Dieu et envers les hommes ; ce qu’il était au jugement de la foi, et ce qu’il était au jugement de la nature, tout cela était présenté à la foi, sous la figure des « tapis de fin coton retors, et de bleu, et de pourpre, et d’écarlate », et des différentes « couvertures de peaux ».

« Les ais pour le tabernacle » (vers. 15) étaient faits du même bois que l’arche du témoignage. Ils étaient soutenus, en outre, par des soubassements d’argent, provenant de la « rançon » ; leurs crochets et leurs chapiteaux étaient également en argent (comp. attentivement les vers. 11 à 16 du chap. 30, avec les vers. 25 à 28 du chapitre 38). La charpente tout entière du pavillon du tabernacle reposait sur ce qui parlait de rédemption, tandis que les crochets et les chapiteaux reproduisaient la même pensée. Les soubassements étaient ensevelis dans le sable, et les crochets et les chapiteaux étaient au-dessus. Quelle que soit la profondeur à laquelle vous pénétriez, ou la hauteur à laquelle vous atteigniez, cette vérité éternelle et glorieuse est dépeinte devant nous : « J’ai trouvé une propitiation » (Job 33:24). Béni soit Dieu, nous avons été rachetés « non par des choses corruptibles, de l’argent ou de l’or, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache » (1 Pierre 1:18).

Le tabernacle était divisé en trois parties distinctes : « le lieu très saint, le lieu saint et le parvis ». Les tapisseries qui fermaient l’entrée de chacune des parties étaient faites des mêmes matériaux que le pavillon, savoir de « bleu, de pourpre, d’écarlate, et de fin coton retors » (chap. 26:31, 36 et 27:16). Christ est la seule porte par laquelle on puisse entrer dans les différentes régions de la gloire, qui ont encore à être manifestées, soit sur la terre, soit dans le ciel, ou dans les cieux des cieux. « Toute famille dans les cieux et sur la terre » (Éph. 3:15) sera placée sous l’autorité suprême de Christ, comme aussi « toute famille » sera introduite dans la félicité et la gloire éternelles, en vertu de l’expiation que Christ a accomplie. Ceci est clair et n’exige, pour être compris, aucun effort d’imagination. Telle est la vérité, et quand nous connaissons la vérité, la représentation en est facile à saisir. Si nos cœurs sont remplis de Christ, nous ne risquons pas de nous égarer bien loin dans nos interprétations du tabernacle et de ses accessoires. Ce n’est pas la science, ni la critique qui nous seront utiles dans cette étude, mais un cœur plein d’amour pour Jésus, et une conscience en paix par le sang de la croix.

Que l’Esprit de Dieu nous rende capables d’étudier ces choses avec plus d’intérêt et d’intelligence ! Qu’il ouvre nos yeux, afin que nous contemplions les merveilles de sa loi !

 

1.21                   Chapitre 27

Avant d’entrer dans les détails qui concernent l’autel d’airain et le parvis, dont ce chapitre va nous occuper, je voudrais appeler l’attention du lecteur sur l’ordre suivi par le Saint Esprit dans cette partie du livre de l’Exode. Nous avons déjà fait remarquer que le passage, compris entre le vers. 1 du chapitre 25 et le vers. 9 du chapitre 27, forme une division distincte qui nous donne la description de l’arche et du propitiatoire, de la table et du chandelier, des couvertures et des voiles, et enfin, de l’autel d’airain et du parvis où cet autel était placé. En lisant le verset 15 du chapitre 35, le verset 25 du chapitre 37 et le verset 26 du chapitre 40, on voit que, dans chacun de ces passages, il est fait mention de l’autel d’or du parfum, entre le chandelier et l’autel d’airain ; tandis que, lorsque l’Éternel donne des instructions à Moïse, l’autel d’airain est introduit immédiatement après le chandelier et les couvertures du tabernacle. Il doit y avoir, à cette différence, une raison divine qu’il vaut la peine de rechercher.

Pourquoi donc, lorsque l’Éternel donne des directions sur l’arrangement et les ustensiles du « lieu saint », omet-il l’autel des parfums, pour passer immédiatement à l’autel d’airain qui était à l’entrée du tabernacle ? Voici, je crois, la pensée de Dieu à ce sujet. Il décrit d’abord la manière dont lui-même se manifesterait à l’homme ; ensuite il nous apprend de quelle manière l’homme doit s’approcher de lui. Il prend place sur le trône, comme « le Seigneur de toute la terre » (Josué 3:11) : les rayons de sa gloire étaient cachés derrière le voile, type de la chair de Christ (Héb. 10:20) ; mais, en dehors du voile, il y avait la manifestation de lui-même, en tant que lié avec l’humanité dans « la table et les pains de proposition », et par la lumière et la puissance du Saint Esprit, dans le chandelier. Ensuite vient le caractère de Christ, comme homme descendu sur la terre, représenté dans les voiles et les couvertures du tabernacle ; et finalement l’autel d’airain, emblème du lieu où se rencontrent un Dieu saint et un homme pécheur. Nous arrivons ainsi au point extrême d’où nous retournons vers le lieu saint, avec Aaron et ses fils, qui avaient leur place habituelle comme sacrificateurs là où était l’autel d’or du parfum. Tout cet ordre est d’une beauté remarquable, et mérite notre sérieuse attention. Il n’est pas question de l’autel d’or avant qu’il y ait un sacrificateur pour y brûler l’encens, car l’Éternel montra à Moïse les images des choses qui sont dans les cieux, selon l’ordre dans lequel ces choses doivent être saisies par la foi. D’un autre côté, quand Moïse donne des ordres à la congrégation (chap. 35), quand il raconte les travaux de « Betsaleël et d’Oholiab » (chapitres 37 et 38), et quand il dresse le tabernacle (chap. 40), il suit simplement l’ordre dans lequel les ustensiles étaient réellement placés.

Passons maintenant à l’autel d’airain. C’était le lieu où le pécheur s’approchait de Dieu, dans la puissance et en vertu du sang de l’expiation. Il était placé « à l’entrée du tabernacle de la tente d’assignation », et c’était sur cet autel que tout le sang des sacrifices était répandu. Il était fait de « bois de sittim et d’airain », du même bois que l’autel d’or du parfum, mais d’un métal différent. La raison en est évidente. L’autel d’airain était le lieu où Dieu entrait en compte avec le péché selon le jugement qu’il portait sur lui. L’autel d’or était le lieu d’où le parfum précieux de tout ce qu’il y avait d’excellent en Christ montait jusqu’au trône de Dieu. Le « bois de sittim », comme figure de l’humanité de Christ, devait se trouver dans l’un et dans l’autre ; mais dans l’autel d’airain, Christ rencontre le feu de la justice divine ; dans l’autel d’or, il nourrit les affections divines. Au premier de ces autels, le feu de la colère divine fut éteint ; au dernier, celui du culte sacerdotal est allumé. L’âme jouit de trouver Christ dans l’un et dans l’autre ; mais l’autel d’airain est ce qui répond aux besoins d’une conscience coupable, la première chose qu’il faille à un pauvre pécheur, sans force et convaincu de péché. La conscience ne peut jouir d’une paix stable, solide, avant que l’œil de la foi ne repose sur Christ comme l’antitype de l’autel d’airain. Il faut que je voie mon péché réduit en cendres par le feu de cet autel, avant que de pouvoir jouir de la paix de la conscience dans la présence de Dieu C’est quand je sais, par la foi au témoignage de Dieu, que Dieu lui-même a jugé mon péché dans la personne de Christ, à l’autel d’airain ; qu’il a lui-même satisfait à toutes les justes exigences de sa gloire ; qu’il a ôté mon péché pour jamais de devant sa sainte présence ; — c’est alors, mais seulement alors, que je puis jouir d’une paix divine et éternelle.

Je ferai ici une remarque sur la signification de l’or et de l’airain dans les ustensiles du tabernacle. L’or est le symbole de la justice divine, ou de la nature divine dans « l’homme Christ Jésus ». L’airain est le symbole de la justice, demandant le jugement du péché, comme dans l’autel d’airain ; ou le jugement de l’impureté, comme dans la cuve d’airain (chap. 30:18). Ceci explique pourquoi, dans l’intérieur de la tente du tabernacle, tout était d’or, l’arche, le propitiatoire, la table, le chandelier, l’autel du parfum : toutes ces choses étaient les symboles de la nature divine, de l’excellence personnelle inhérente du Seigneur Jésus. D’un autre côté, en dehors de la tente du tabernacle, tout était d’airain, l’autel et ses ustensiles, la cuve et son soubassement. Il faut que les exigences de la justice, à l’égard du péché et de la souillure, soient divinement satisfaites, avant que l’on puisse jouir, en aucune manière, des précieux mystères de la personne de Christ, tels qu’ils sont révélés dans l’intérieur du sanctuaire de Dieu. C’est quand je vois toute impureté et tout péché parfaitement jugés et lavés, que je puis, comme sacrificateur, m’approcher et adorer dans le saint lieu, et jouir de la pleine manifestation de la beauté et de la perfection du Dieu-homme, Christ Jésus.

Le lecteur trouvera un grand profit à poursuivre l’application de cette pensée dans les détails, non seulement dans l’étude du tabernacle et du temple, mais aussi dans celle de divers autres passages de la Parole. Ainsi, par exemple, dans le chapitre 1 de l’Apocalypse, Christ apparaît « ceint aux mamelles, d’une ceinture d’or, et ayant ses pieds semblables à de l’airain brillant, comme embrasés dans une fournaise ». « La ceinture d’or » est le symbole de sa justice intrinsèque ; les « pieds semblables à de l’airain brillant » sont l’expression du jugement inflexible du mal : Dieu ne peut tolérer le mal, il faut qu’il l’écrase sous ses pieds.

Tel est le Christ auquel nous avons affaire. Il juge le péché, mais il sauve le pécheur. La foi voit le péché réduit en cendres à l’autel d’airain ; elle voit toute impureté lavée à la cuve d’airain ; enfin elle jouit de Christ, tel qu’il est révélé dans le secret de la présence divine, par la lumière et la puissance du Saint Esprit. Elle le trouve à l’autel d’or, dans toute la valeur de son intercession ; elle se nourrit de lui à la table d’or ; elle le reconnaît dans l’arche et le propitiatoire, comme celui qui répond à toutes les exigences de la justice, et qui, en même temps, répond à tous les besoins de l’homme ; elle le contemple dans le voile et la tente avec toutes leurs figures mystiques. Elle lit partout son nom précieux. Que n’avons-nous des cœurs pour apprécier et louer un Christ si incomparable et si glorieux !

Rien ne peut être d’une importance plus vitale qu’une intelligence claire de la doctrine, dont l’autel d’airain est l’expression typique. C’est le manque de vues nettes à cet égard qui fait que tant d’âmes passent leur vie dans la tristesse. La question de leur culpabilité n’a jamais été, pour elles, clairement et positivement réglée à l’autel d’airain ; elles n’ont jamais réalisé, par la foi, que Dieu lui-même a vidé à la croix toute la question de leurs péchés. Elles cherchent la paix pour leur conscience troublée dans la régénération, et dans les évidences de la régénération, dans les fruits de l’Esprit, dans leurs dispositions, leurs sentiments et leurs expériences : toutes choses excellentes et précieuses par elles-mêmes, mais qui ne sont pas le fondement de la paix. Ce qui remplit l’âme d’une paix parfaite, c’est la connaissance de ce que Dieu a fait à l’autel d’airain. Les cendres sur l’autel m’apprennent la bienheureuse nouvelle que tout est accompli. Les péchés du croyant ont tous été effacés par la main de l’amour rédempteur. « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui » (2 Cor. 5:21). Tout péché doit être jugé : mais les péchés du croyant ont déjà été jugés à la croix, ainsi il est parfaitement justifié. Supposer qu’il puisse y avoir encore quoi que ce soit qui soit contraire au croyant le plus faible, c’est nier l’œuvre entière de la croix. Tous ses péchés et toutes ses iniquités ont été ôtés par Dieu lui-même ; c’est pourquoi ils sont entièrement effacés ; ils ont disparu dans le sang versé de l’Agneau de Dieu.

Chers frères en Christ, veillez à ce que votre cœur soit parfaitement établi dans la paix que Jésus a faite « par le sang de sa croix » (Col. 1:20).

 

1.22                   Chapitres 28-29

Ces chapitres nous font connaître la sacrificature dans toute sa valeur et son efficacité, et sont pleins d’un profond intérêt. Le nom seul de sacrificature réveille dans le cœur des sentiments de vive reconnaissance envers la grâce, qui non seulement a trouvé pour nous un moyen par lequel nous pouvons parvenir jusque dans la présence de Dieu, mais qui a encore pourvu à ce que nous puissions nous y maintenir, selon le caractère et les exigences de cette haute et sainte position.

La sacrificature d’Aaron était un don de Dieu à un peuple qui, en lui-même, était loin de lui et avait besoin de quelqu’un qui se tînt pour lui dans la présence de Dieu, continuellement. Le chap. 7 aux Hébreux nous apprend que cet ordre de sacrificature était lié à la loi, qu’il fut établi « selon la loi d’un commandement charnel » (vers. 16) ; que ceux qui l’exerçaient étaient plusieurs, « parce que la mort les empêchait de demeurer » (vers. 23) et qu’ils avaient les infirmités (vers. 28). Cet ordre de sacrificature ne pouvait rien amener à la perfection ; de sorte que nous avons à bénir Dieu de ce qu’il fut institué « sans serment » (vers. 21). Le serment de Dieu ne pouvait s’allier qu’à ce qui devait durer pour toujours, savoir au sacerdoce parfait, immortel, non transmissible, de notre grand et glorieux Melchisédec, qui communique, et à son sacrifice et à son sacerdoce, toute la valeur, toute la glorieuse dignité de sa personne incomparable. La pensée que nous avons un tel sacrifice et un tel sacrificateur produit dans le cœur des sentiments de vive gratitude.

Mais poursuivons l’examen de ces deux chapitres. — Au chapitre 28, il est question des vêtements, et au chap. 29 des sacrifices. Les premiers sont plus immédiatement en rapport avec les besoins du peuple ; les derniers avec les droits de Dieu. Les vêtements sont et représentent les diverses fonctions et les divers attributs de la sacrificature. « L’éphod » était le vêtement sacerdotal par excellence ; il était inséparablement uni aux deux épaulettes et au pectoral, nous enseignant ainsi que la force de l’épaule du sacrificateur et l’affection de son cœur étaient entièrement consacrées aux intérêts de ceux qu’il représentait, et en faveur desquels il portait l’éphod. Ces choses, typifiées dans Aaron, sont réalisées en Christ : sa force toute puissante et son amour infini sont à nous, éternellement, incontestablement. L’épaule, qui soutient l’univers, soutient le membre le plus faible et le plus obscur de l’assemblée rachetée à prix de sang. Le cœur de Jésus est plein d’une affection invariable, d’un amour éternel et infatigable pour le membre de l’assemblée le moins considéré.

Les noms des douze tribus, gravés sur des pierres précieuses, étaient portés à la fois sur les épaules et sur le cœur du souverain sacrificateur (vers. 9-12, 15-29). L’excellence particulière d’une pierre précieuse se montre en ce que, plus la lumière qui l’éclaire est intense, plus elle brille avec éclat. La lumière ne peut jamais amoindrir l’éclat d’une pierre précieuse ; au contraire, elle en augmente et en développe le lustre. Les douze tribus, l’une aussi bien que l’autre, la plus petite aussi bien que la plus grande, étaient portées continuellement devant l’Éternel sur le cœur et les épaules d’Aaron. Elles étaient, toutes et chacune en particulier, maintenues en la présence de Dieu dans cet éclat parfait et cette beauté inaltérable, qui étaient le propre de la position dans laquelle la parfaite grâce du Dieu d’Israël les avait placées. Le peuple était représenté devant Dieu par le souverain sacrificateur. Quelles que pussent être ses infirmités, ses erreurs ou ses fatigues, son nom brillait sur « le pectoral » d’un inaltérable éclat. L’Éternel lui avait donné cette place ; qui aurait pu l’en arracher ? Quel autre aurait pu le placer là ? Qui aurait pu pénétrer dans le lieu saint, pour enlever de dessus le cœur d’Aaron le nom d’une seule des tribus d’Israël ? Qui aurait pu ternir l’éclat qui entourait ces noms, là où Dieu les avait placés ? Ils étaient hors de l’atteinte de tout ennemi, au-delà de toute influence du mal.

Combien il est encourageant pour les enfants de Dieu qui sont éprouvés, tentés, assaillis, humiliés, de penser que Dieu ne les voit que sur le cœur de Jésus ! Aux yeux de Dieu, ils brillent continuellement de l’éclat suprême de Christ ; ils sont revêtus d’une beauté divine. Le monde ne peut pas les voir ainsi, mais Dieu les voit ainsi et en cela gît toute la différence. En considérant les enfants de Dieu, les hommes ne voient que leurs taches et leurs défauts ; ils sont incapables de voir autre chose, en sorte que leur jugement est toujours faux, toujours partial. Ils ne peuvent pas voir les joyaux étincelants où sont gravés, par l’amour éternel, les noms des rachetés de Dieu. Les chrétiens, il est vrai, devraient être soigneux de ne donner au monde aucune occasion de mal parler d’eux ; ils devraient chercher, « en faisant le bien », à « fermer la bouche à l’ignorance des hommes dépourvus de sens » (1 Pierre 2:15). Si, par la puissance du Saint Esprit, ils saisissaient la beauté dont ils brillent sans cesse aux yeux de Dieu, ils en réaliseraient certainement les caractères dans toute leur conduite ; leur marche serait sainte, pure, digne de Dieu, et leur lumière serait visible aux yeux des hommes. Plus nous entrerons, par la foi, dans ce qui est vrai de nous en Christ, plus aussi l’œuvre intérieure en nous sera profonde, réelle et pratique, et plus la manifestation de l’effet moral de cette œuvre en nous sera complète.

Mais, Dieu en soit béni ! nous n’avons pas affaire aux hommes pour être jugés, mais avec Dieu lui-même ; et dans sa miséricorde, il nous montre notre grand sacrificateur « portant notre jugement sur son cœur, devant l’Éternel, continuellement » (vers. 30). Cette assurance donne une paix profonde et solide, une paix que rien ne peut ébranler. Nous pouvons avoir à confesser nos fautes et nos manquements, et à en mener deuil ; l’œil peut être parfois tellement obscurci par les larmes d’une repentance véritable, que nous ne sommes guère en état de voir l’éclat des pierres précieuses où nos noms sont gravés ; toutefois nos noms sont toujours là. Dieu les voit et cela suffit. Il est glorifié par leur éclat — éclat qui ne vient pas de nous, mais dont Dieu lui-même nous a revêtus. Nous n’étions rien que ténèbres, impureté et difformité ; Dieu nous a donné la lumière, la pureté, la beauté ; — à Lui soit la louange, pendant toute l’éternité !

La « ceinture » est le symbole bien connu du service ; et Christ est le parfait Serviteur, le Serviteur des conseils et des affections de Dieu, et des besoins profonds et variés de son peuple. Christ se ceignit lui-même pour son œuvre, dans un dévouement à toute épreuve et que rien ne pouvait décourager ; et quand la foi voit le Fils de Dieu ainsi ceint, elle juge que nulle difficulté n’est trop grande pour lui. Nous voyons, dans le type qui nous occupe, que toutes les vertus et toutes les gloires de Christ, dans sa nature divine, comme dans sa nature humaine, entrent pleinement dans son caractère de serviteur. « Et la ceinture de son éphod, qui sera par-dessus, sera du même travail, de la même matière, d’or, de bleu et de pourpre, et d’écarlate, et de fin coton retors » (vers. 8). Ceci doit satisfaire à tous les besoins de l’âme et aux plus ardents désirs du cœur. Christ est non seulement la victime égorgée à l’autel d’airain, mais aussi le Souverain Sacrificateur ceint sur la maison de Dieu. L’apôtre peut donc dire en toute vérité : « Approchons ; — retenons ; — prenons garde l’un à l’autre » (Héb. 10:19-24).

« Et tu mettras sur le pectoral de jugement les urim et les thummim (lumières et perfections), et ils seront sur le cœur d’Aaron, quand il entrera devant l’Éternel ; et Aaron portera le jugement des fils d’Israël sur son cœur, devant l’Éternel, continuellement » (vers. 30). Nous apprenons par différents passages de la Parole que les « urim » étaient en rapport avec la communication des pensées de Dieu à l’égard des diverses questions qui s’élevaient dans les détails de l’histoire d’Israël. Ainsi, par exemple, lors de la nomination de Josué, il est dit : « Et il se tiendra devant Éléazar, le sacrificateur, qui interrogera pour lui les jugements d’urim devant l’Éternel » (Nomb. 27:21). « Et de Lévi il dit : Tes thummim et tes urim (tes perfections et tes lumières) sont à l’homme de ta bonté, … ils enseigneront tes ordonnances à Jacob, et ta loi à Israël » (Deut. 33:8-10). « Et Saül interrogea l’Éternel, et l’Éternel ne lui répondit pas, ni par des songes, ni par l’urim, ni par les prophètes » (1 Sam. 28:6). « Et le Thirshatha leur dit qu’ils ne devaient point manger des choses très saintes, jusqu’à ce que fût suscité un sacrificateur avec les urim et les thummim » (Esdras 2:63). Nous apprenons ainsi que le souverain sacrificateur ne portait pas seulement le jugement de l’assemblée devant l’Éternel, mais qu’il communiquait aussi le jugement de l’Éternel à l’assemblée : précieuses et solennelles fonctions ! Il en est de même, et avec une perfection divine, de notre « grand Souverain Sacrificateur, qui a traversé les cieux » (Héb. 4:14). Il porte le jugement de son peuple sur son cœur continuellement et, par le Saint Esprit, il nous communique le conseil de Dieu, à l’égard des moindres circonstances de notre vie journalière. Nous n’avons besoin ni de songes, ni de visions : pourvu que nous marchions selon l’Esprit, nous jouirons de toute l’assurance que peut donner le parfait « urim », sur le cœur de notre grand Souverain Sacrificateur.

« Et tu feras la robe de l’éphod entièrement de bleu ; … sur ses bords des grenades de bleu, et de pourpre, et d’écarlate, sur ses bords, tout autour, et des clochettes d’or entre elles, tout autour : une clochette d’or et une grenade, une clochette d’or et une grenade, sur les bords de la robe, tout autour. Et Aaron en sera revêtu quand il fera le service ; et on en entendra le son quand il entrera dans le lieu saint, devant l’Éternel, et quand il en sortira, afin qu’il ne meure pas » (vers. 31-35). La robe bleue de l’éphod est l’emblème du caractère entièrement céleste de notre grand Souverain Sacrificateur. Il est allé dans les cieux, au-delà de la portée de toute vision humaine ; mais par la puissance du Saint Esprit il y a un témoignage rendu à la vérité qu’il est vivant, dans la présence de Dieu ; et non seulement un témoignage, mais aussi du fruit. « Une clochette d’or, et une grenade, une clochette d’or, et une grenade ». — Tel est l’ordre plein de beauté. Un témoignage fidèle à la grande vérité, que Jésus est toujours vivant pour intercéder pour nous, sera inséparablement lié à un service fructueux. Puissions-nous avoir une intelligence plus profonde de ces précieux et saints mystères !

« Et tu feras une lame d’or pur, et tu graveras sur elle, en gravure de cachet : Sainteté à l’Éternel ; et tu la poseras sur un cordon de bleu, et elle sera sur la tiare ; et elle sera sur le devant de la tiare ; elle sera sur le front d’Aaron ; et Aaron portera l’iniquité des choses saintes que les fils d’Israël auront sanctifiées, dans tous les dons de leurs choses saintes ; et elle sera sur son front continuellement, pour être agréée pour eux devant l’Éternel » (vers. 36-38). C’est ici une vérité importante pour l’âme. La lame d’or, sur le front d’Aaron, était le type de la sainteté essentielle du Seigneur Jésus. « Elle sera sur son front continuellement, pour être agréée pour eux devant l’Éternel ». Quel repos pour le cœur au milieu de toutes les fluctuations de notre propre expérience ! Notre grand Souverain Sacrificateur est « continuellement » devant Dieu pour nous. Nous sommes représentés par lui, et rendus agréables en lui. La sainteté nous appartient. Plus nous connaîtrons profondément notre indignité personnelle et notre faiblesse, plus nous ferons l’expérience de cette humiliante vérité : qu’en nous n’habite aucun bien, et plus nous bénirons avec ferveur le Dieu de toute grâce pour cette vérité consolante : « Elle sera sur son front continuellement, pour être agréée pour eux devant l’Éternel ».

S’il arrivait que mon lecteur fût fréquemment tenté et harassé par des doutes et des craintes, des hauts et des bas dans son état spirituel, avec un penchant continuel à regarder au-dedans de lui-même, à son pauvre cœur froid, inconstant et revêche, il n’a qu’à s’appuyer de tout son cœur sur cette précieuse vérité, que ce grand Souverain Sacrificateur le représente devant le trône de Dieu ; il n’a qu’à fixer ses yeux sur la lame d’or, et à lire sur elle la mesure de son acceptation éternelle auprès de Dieu. Que le Saint Esprit lui donne de goûter la douceur et la puissance de cette divine et céleste doctrine !

« Et pour les fils d’Aaron tu feras des tuniques, et tu leur feras des ceintures, et tu leur feras des bonnets, pour gloire et pour ornement. … Et tu leur feras des caleçons de lin pour couvrir la nudité de leur chair. … Et ils seront sur Aaron et sur ses fils lorsqu’ils entreront dans la tente d’assignation ou lorsqu’ils s’approcheront de l’autel pour faire le service dans le lieu saint ; afin qu’ils ne portent pas d’iniquité et ne meurent pas » (vers. 40-43). Ici Aaron et ses fils représentent en figure Christ et l’Église, dans la puissance d’une seule justice divine et éternelle. Les vêtements sacerdotaux d’Aaron sont l’expression des qualités intrinsèques, essentielles, personnelles et éternelles de Christ ; tandis que les « tuniques » et les « bonnets » des fils d’Aaron représentent les grâces dont l’Église est revêtue, en vertu de son association avec le Chef souverain de la famille des sacrificateurs.

Ainsi, tout ce qui vient de passer devant nos yeux nous montre avec quel soin miséricordieux l’Éternel pourvoyait aux besoins de son peuple, en permettant que les siens vissent celui qui se préparait à intervenir en leur faveur, et à les représenter devant Lui, revêtu de tous les vêtements qui répondaient directement à la condition du peuple, telle que Dieu la connaissait. Rien de ce que le cœur pouvait désirer, ou dont il pouvait avoir besoin, n’était oublié. Le peuple d’Israël, en considérant Aaron de la tête aux pieds, pouvait voir que tout était complet en lui. Depuis la sainte tiare qui couvrait son front, jusqu’aux clochettes et aux grenades qui bordaient sa robe, toutes choses étaient comme elles devaient être, parce que tout était conforme au modèle montré sur la montagne, tout était selon l’estimation que l’Éternel faisait des besoins de son peuple et de ses propres exigences.

Mais il y a encore un point relatif aux vêtements d’Aaron, qui réclame l’attention spéciale du lecteur : c’est la manière dont l’or est introduit dans la confection de ces habits. Ce sujet est développé au chapitre 39, mais l’interprétation peut trouver sa place ici : « Et ils étendirent des lames d’or, et on les coupa par filets pour les brocher parmi le bleu, et parmi la pourpre, et parmi l’écarlate, et parmi le fin coton, en ouvrage d’art » (39:3). Nous avons déjà fait remarquer que « le bleu, la pourpre, l’écarlate et le fin coton » représentent les différents caractères de l’humanité de Christ, et que l’or représente sa nature divine. Les filets d’or étaient brochés d’une manière exquise parmi les autres matériaux, de façon à être inséparablement unis à ces derniers, et à en être néanmoins parfaitement distincts. L’application de cette image frappante au caractère du Seigneur Jésus, est pleine d’intérêt. Dans différentes scènes présentées dans les récits de l’Évangile, il est facile de discerner, à la fois, le caractère distinct et la mystérieuse union de l’humanité et de la divinité.

Considérez, par exemple, Christ sur la mer de Galilée. Il était au milieu de la tempête, « dormant sur un oreiller » (Marc 4:38), précieuse manifestation de son humanité ! Mais un moment après, il apparaît dans toute la grandeur et la majesté de la divinité ; et comme gouverneur suprême de l’univers, il tance le vent et impose silence à la mer. Il n’y a ici ni effort, ni précipitation, ni préparation préalable. Le repos dans l’humanité n’est pas plus naturel que l’activité dans la nature divine. Christ est aussi complètement dans son élément dans l’une que dans l’autre. — Voyez-le encore, quand les receveurs des drachmes s’adressent à Pierre. Comme le Dieu fort, souverain, « possesseur des cieux et de la terre », il pose sa main sur les trésors de l’océan, et il dit : « Ils sont à moi » (Ps. 50:12 ; 24:1 ; Job 41:2) ; et après avoir déclaré que c’est à lui qu’appartient la mer, car lui-même l’a faite (Ps. 95:5), il change de langage, et manifestant sa parfaite humanité, il s’associe à son pauvre serviteur par ces paroles touchantes : « Prends-le et donne-le leur pour moi et pour toi » (Matt. 17:27). Paroles pleines de grâce, ici surtout, devant le miracle qui manifestait, d’une manière si complète, la divinité de celui qui s’associait ainsi, dans une condescendance infinie, avec un pauvre faible ver de terre. — Puis encore, au tombeau de Lazare (Jean 11), il frémit et pleure ; et ces frémissements, ces larmes proviennent des profondeurs d’une humanité parfaite, de ce cœur humain parfait qui sentait, comme nul autre cœur ne pouvait sentir, ce que c’est que de se trouver au milieu d’une scène où le péché a produit d’aussi terribles fruits. Mais alors, comme la Résurrection et la Vie, comme Celui qui tenait dans sa main toute-puissante « les clefs de la mort et du hadès » (Apoc. 1:18), il s’écrie : « Lazare, sors dehors ! » et la mort et le sépulcre, à la voix de Jésus, ouvrent leurs portes et laissent sortir leur captif.

D’autres scènes de l’Évangile se présenteront à l’esprit du lecteur, comme illustrations de cette union des filets d’or avec « le bleu, la pourpre, l’écarlate et le fin coton retors », c’est-à-dire de cette union de la divinité avec l’humanité dans la Personne mystérieuse du Fils de Dieu. Il n’y a rien de nouveau dans cette pensée, souvent signalée par ceux qui ont étudié avec quelque soin les écrits de l’Ancien Testament. Elle est toujours profitable, toutefois, pour nos âmes, quand elles sont tournées vers le Seigneur Jésus comme vers Celui qui est véritablement Dieu et véritablement homme. Le Saint Esprit a uni ensemble la divinité et l’humanité par un « ouvrage d’art », et les présente à l’esprit renouvelé du croyant pour qu’il en jouisse et qu’il les admire.

Avant de quitter cette partie du livre, examinons un peu le chapitre 29. Nous avons déjà fait remarquer qu’Aaron et ses fils représentent Christ et l’Église ; mais ici Dieu donne à Aaron la préséance : « Et tu feras approcher Aaron et ses fils à l’entrée de la tente d’assignation, et tu les laveras avec de l’eau » (vers. 4). Le lavage d’eau faisait qu’Aaron devenait, typiquement, ce que Christ est par lui-même, c’est-à-dire saint. L’Église est sainte en vertu de son union avec Christ dans une vie de résurrection ; Christ est la définition parfaite de ce qu’elle est devant Dieu. L’acte cérémoniel de laver avec de l’eau figure l’action de la parole de Dieu (voyez Éph. 5:26). « Je me sanctifie moi-même pour eux, dit Christ, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité » (Jean 17:19). Il se sanctifie lui-même pour Dieu dans la puissance d’une obéissance parfaite, étant, comme homme, conduit et dirigé en toutes choses, par la parole de Dieu, par l’Esprit éternel ; afin que ceux qui lui appartiennent fussent entièrement sanctifiés par la puissance morale de la vérité.

« Et tu prendras l’huile de l’onction, et tu la répandras sur sa tête, et tu l’oindras » (vers. 7). Ici il s’agit du Saint Esprit ; mais il faut remarquer qu’Aaron fut oint avant que le sang fût répandu, parce qu’il nous est présenté comme le type de Christ qui, en vertu de ce qu’il était dans sa propre personne, fut oint du Saint Esprit longtemps avant que l’œuvre de la croix fût accomplie. D’un autre côté, les fils d’Aaron ne furent oints qu’après que le sang eut été répandu. « Et tu égorgeras le bélier, et tu prendras de son sang, et tu le mettras sur le lobe de l’oreille droite d’Aaron, et sur le lobe de l’oreille droite de ses fils, et sur le pouce de leur main droite, et sur le gros orteil de leur pied droit ; et tu feras aspersion du sang sur l’autel tout autour (*). Et tu prendras du sang qui sera sur l’autel, et de l’huile de l’onction, et tu en feras aspersion sur Aaron et sur ses vêtements, et sur ses fils et sur les vêtements de ses fils avec lui : et il sera saint, lui et ses vêtements, et ses fils et les vêtements de ses fils avec lui » (vers. 20, 21). Pour ce qui concerne l’Église, le sang de la croix est le fondement de toute bénédiction. L’Église ne pouvait pas recevoir l’onction du Saint Esprit, avant que son Chef ressuscité ne fût monté au ciel, et n’eût déposé sur le trône de la Majesté le témoignage du sacrifice qu’il avait accompli. « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, ce dont nous, nous sommes tous témoins. Ayant donc été exalté par la droite de Dieu, et ayant reçu de la part du Père l’Esprit Saint promis, il a répandu ce que vous voyez et entendez » (Actes 2:32, 33 ; comp. Jean 7:39 ; Actes 19:1-6). Depuis les jours d’Abel jusqu’à maintenant, il y a eu des âmes régénérées par le Saint Esprit, des âmes qui ont subi son influence, sur lesquelles il a agi, et qu’il a qualifiées pour le service ; mais l’Église ne pouvait pas être ointe du Saint Esprit, avant que son Seigneur victorieux ne fût entré au ciel et qu’il n’eût reçu pour elle la promesse du Père. Cette doctrine est enseignée de la manière la plus directe et la plus absolue dans tout le Nouveau Testament ; et elle était préfigurée déjà, dans toute son intégrité, dans le type que nous méditons, par le fait que, bien qu’Aaron fût oint avant que le sang ne fût répandu, ses fils néanmoins ne le furent et ne pouvaient l’être qu’après (vers. 7, 21).

(*) L’oreille, la main et le pied sont tous consacrés à Dieu, dans la puissance de l’expiation accomplie, et par l’énergie du Saint Esprit.

Mais l’ordre suivi ici pour l’onction nous apprend autre chose encore que ce qui concerne l’œuvre de l’Esprit et la position de l’Église. La prééminence personnelle du Fils nous y est aussi présentée. « Tu as aimé la justice, et tu as haï la méchanceté ; c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons » (Ps. 45:7 ; Héb. 1:9). Il faut que les enfants de Dieu maintiennent toujours cette vérité dans leurs convictions et leur expérience. La grâce de Dieu, il est vrai, est manifestée par le fait merveilleux, que des pécheurs coupables et dignes de l’enfer se sont trouvés être appelés les « compagnons » du Fils de Dieu ; mais n’oublions jamais l’expression « au-dessus ». Quelque étroite que soit l’union, et elle est aussi étroite que les conseils éternels de la grâce pouvaient la rendre, il faut néanmoins qu’en toutes choses, Christ tienne la première place (Col. 1:18). Il ne pourrait en être autrement. Il est Chef sur toutes choses, Chef de l’Église, Chef de la création, Chef des anges, Seigneur de l’univers. Il n’est pas un seul des astres qui se meuvent dans l’espace, qui ne lui appartienne, et dont il ne dirige les mouvements ; pas un seul des vermisseaux qui rampent sur la terre, qui ne soit sous son œil toujours ouvert. Il est « Dieu sur toutes choses » (Rom. 9:5) ; « le premier-né d’entre les morts » et « de toute la création » (Col. 1:15, 18 ; Apoc. 1:5) ; « le commencement de la création de Dieu » (Apoc. 3:14). « Toute famille dans les cieux et sur la terre » (Éph. 3:15) doit se ranger sous lui. Toute âme spirituelle reconnaît cette vérité avec gratitude ; bien plus, l’énonciation seule de ces choses fait tressaillir le cœur du chrétien. Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit se réjouiront à chaque nouveau développement des gloires personnelles du Fils ; de même qu’ils ne pourront supporter quoi que ce soit qui porte atteinte à ces gloires. Quand l’Église sera élevée dans les plus hautes régions de la gloire, sa joie sera de se prosterner aux pieds de Celui qui s’abaissa pour l’élever jusqu’à l’unir avec lui-même, en vertu du sacrifice qu’il a accompli et qui, ayant pleinement répondu à toutes les exigences de la justice de Dieu, peut satisfaire toutes les affections divines, en unissant son Église avec lui-même d’une manière inséparable, comme juste objet de l’amour du Père, et dans sa gloire éternelle d’homme ressuscité. « Il n’a pas honte de les appeler frères » (Héb. 2:11).

 

1.23                   Chapitre 30

La sacrificature étant instituée, comme nous l’avons vu dans les deux chapitres précédents, nous passons à ce qui est relatif au culte et à la communion sacerdotale. L’ordre de l’enseignement est remarquable et instructif, et de plus, il correspond exactement avec l’ordre qui existe dans l’expérience du croyant. À l’autel d’airain, le croyant voit ses péchés réduits en cendres ; ensuite il se voit uni à Celui qui, personnellement pur et sans tache, tellement qu’il a pu être oint sans du sang, nous a néanmoins associés avec lui-même, dans sa vie, sa justice et sa faveur auprès de Dieu ; et finalement, il voit, dans l’autel d’or, la valeur de Christ, comme étant la substance dont les affections divines se nourrissent.

Il en est toujours ainsi : il faut qu’il y ait un autel d’airain et un sacrificateur, avant qu’il puisse y avoir un autel d’or et de l’encens. Beaucoup d’enfants de Dieu n’ont jamais dépassé l’autel d’airain ; jamais ils ne sont encore entrés, en esprit, dans la puissance et la réalité du vrai culte des sacrificateurs. Ils ne se réjouissent pas dans le parfait sentiment et la divine intelligence du pardon et de la justice : ils ne sont jamais parvenus à l’autel d’or. Ils espèrent y arriver quand ils mourront, tandis que c’est leur privilège d’y être maintenant. L’œuvre de la croix a ôté tout ce qui pouvait leur fermer le chemin, pour rendre à Dieu un culte libre et intelligent. La position actuelle de tous les vrais croyants est à l’autel d’or du parfum.

La présence devant cet autel offre, en figure, une position de grande bénédiction. C’est là qu’on jouit de la réalité et de l’efficacité de l’intercession de Christ. Nous en avons fini avec le moi et avec tout ce qui y tient, pour autant qu’on en attendait quelque bien ; nous sommes appelés à nous occuper de ce que Christ est devant Dieu. Nous ne trouverons dans le moi que de la souillure ; toute manifestation du moi souille ; le moi a été condamné et mis de côté dans le jugement de Dieu, et il n’en reste et ne pouvait en rester aucun atome dans l’encens pur et le feu pur, sur l’autel d’or pur. « Le sang de Jésus » nous a donné accès dans le sanctuaire, sanctuaire du service et du culte des sacrificateurs, dans lequel il n’y a pas trace de péché. Nous y voyons la table pure, le chandelier pur et l’autel pur ; mais il n’y a rien qui rappelle le moi et sa misère. S’il était possible que le moi, en quelque manière que ce soit, s’y présentât à notre vue, ce ne pourrait être que pour entraver notre culte, gâter notre nourriture de sacrificateurs, et obscurcir notre lumière. La nature n’a point de place dans le sanctuaire de Dieu ; elle a été, avec tout ce qui se rattache à elle, consumée et réduite en cendres ; et maintenant nos âmes sont appelées à jouir de la bonne odeur de Christ, montant comme un parfum agréable devant Dieu ; c’est en cela que Dieu prend plaisir. Tout ce qui présente Christ dans l’excellence de sa personne, est bon et agréable à Dieu. La plus faible manifestation de Christ dans la vie ou le culte d’un saint, est un parfum de bonne odeur, auquel Dieu prend plaisir.

Trop souvent, hélas ! nous avons à nous occuper de nos manquements et de nos infirmités. Si jamais nous permettons au péché qui demeure en nous, d’avoir son cours, nous avons affaire avec Dieu à ce sujet, car Dieu ne peut tolérer le mal. Il peut le pardonner et nous en purifier ; il peut restaurer nos âmes par le ministère de notre grand et miséricordieux Souverain Sacrificateur, mais il ne peut s’associer à aucune pensée coupable. Une pensée légère, une pensée folle, non moins qu’une convoitise ou une pensée impure, suffit complètement pour troubler notre communion et interrompre notre culte. Dès qu’une semblable pensée s’élève en nous, il faut qu’elle soit confessée et jugée avant que nous puissions jouir de nouveau des joies saintes du sanctuaire. Un cœur dans lequel la convoitise agit, ne jouit pas de ce qui occupe dans le sanctuaire. Quand nous sommes dans notre vraie condition de sacrificateurs, la nature est comme si elle n’existait pas, et nous pouvons nous nourrir de Christ ; nous pouvons goûter le bonheur divin d’être délivrés de nous-mêmes et entièrement absorbés par Christ.

Tout cela ne peut être produit que par la puissance de l’Esprit. Il est superflu de chercher à exciter les sentiments naturels de dévotion par les différents moyens qui sont au service des systèmes et des religions des hommes ; il faut du feu pur aussi bien que de l’encens pur. Les efforts que l’on fait pour rendre culte à Dieu, au moyen des facultés non sanctifiées de la nature, rentrent dans la catégorie du « feu étranger » (comp. Lév. 10:1 avec 16:12). Dieu est l’objet du culte, Christ en est le fondement et la substance, et le Saint Esprit en est la puissance.

Ainsi comme, à proprement parler, l’autel d’airain nous présente Christ dans la valeur de son sacrifice, l’autel d’or nous présente Christ dans la valeur de son intercession. Ce double fait fera mieux comprendre au lecteur pourquoi la sacrificature est introduite (dans les chapitres 28 et 29) entre les deux autels. Il y a, naturellement, une relation intime entre ces deux autels, puisque l’intercession de Christ est fondée sur son sacrifice. « Et Aaron fera propitiation pour les cornes de l’autel une fois l’an ; il fera propitiation pour l’autel une fois l’an, en vos générations, avec le sang du sacrifice de péché des propitiations. C’est une chose très sainte à l’Éternel » (vers. 10). Tout repose sur le fondement immuable du sang répandu. « Presque toutes choses sont purifiées par du sang, selon la loi ; et, sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission. Il était donc nécessaire que les images des choses qui sont dans les cieux fussent purifiées par de telles choses, mais que les choses célestes elles-mêmes le fussent par de meilleurs sacrifices que ceux-là. Car le Christ n’est pas entré dans les lieux saints faits de main, copies des vrais, mais dans le ciel même, afin de paraître maintenant pour nous devant la face de Dieu » (Héb. 9:22-24).

Dans les versets 11 à 16, il est question de l’argent des propitiations pour l’assemblée. Tout Israélite devait payer un « demi-sicle ». « Le riche n’augmentera pas et le pauvre ne diminuera pas le demi-sicle lorsque vous donnerez l’offrande de l’Éternel pour faire propitiation pour vos âmes ». Tous sont placés sur le même niveau pour ce qui regarde la propitiation. Il peut y avoir une immense différence dans la mesure de connaissance, d’expérience, de capacité, de progrès, de zèle, de dévouement, mais le fondement de propitiation est le même pour tous. Le grand apôtre des gentils et le plus faible des agneaux du troupeau de Christ sont sur le même niveau, pour ce qui concerne la propitiation. C’est une vérité bien simple et bien réjouissante que celle-là. Tous peuvent n’être pas également dévoués et ne pas abonder également en fruits ; mais c’est « le sang précieux de Christ » (1 Pierre 1:19) et non le dévouement ou l’abondance des fruits, qui est le fondement solide et éternel du repos du croyant. Plus nous serons pénétrés de la vérité et de la puissance de ces choses, plus aussi nous porterons de fruits.

Dans le dernier chapitre du Lévitique, nous trouvons une autre espèce d’évaluation. Quand quelqu’un mettait à part quoi que ce fût par un vœu, Moïse faisait l’estimation de l’individu d’après son âge. En d’autres termes, quand quelqu’un osait mettre en avant sa capacité, Moïse, comme représentant des droits de Dieu, l’estimait « selon le sicle du sanctuaire ». S’il était « plus pauvre » que ne l’estimait Moïse, il fallait qu’il se tînt « devant le sacrificateur » (vers. 8), représentant de la grâce de Dieu, qui devait l’estimer « à raison de ce que peut atteindre la main de celui qui a fait le vœu ».

Béni soit Dieu, nous savons qu’il a été fait droit à toutes ses justes exigences, et que tous nos vœux ont été accomplis par Christ, qui était à la fois le représentant des droits de Dieu et celui qui révélait sa grâce, qui accomplit l’œuvre de l’expiation sur la croix, et qui est maintenant à la droite de Dieu. Il y a dans la connaissance de ces choses un doux repos pour le cœur et pour la conscience. L’expiation est la première chose que nous saisissons, et jamais nous ne la perdrons de vue. Quelque étendue que soit la portée de notre intelligence, quelque riche que soit notre fonds d’expérience, quelque élevé que soit le ton de notre piété, nous devrons toujours en revenir à la simple, divine, inaltérable doctrine du sang, dans tous les temps. Les serviteurs de Christ les mieux doués et les plus expérimentés sont toujours revenus avec joie à « cette source unique de délices », à laquelle leurs esprits altérés ont bu, lorsqu’ils ont commencé à connaître le Seigneur ; et le cantique éternel de l’Église dans la gloire sera : « À Celui qui nous aime, et qui nous a lavés de nos péchés dans son sang » (Apoc. 1:5). Les parvis du ciel retentiront à jamais de la glorieuse doctrine du sang de propitiation.

Dans les versets 17 à 21, nous avons « la cuve d’airain et son soubassement », le bassin de la purification et son soubassement (chap. 30:28 ; 38:8 ; 40:11). Les sacrificateurs se lavaient les mains et les pieds dans cette cuve, maintenant ainsi cette pureté essentielle à l’exercice des fonctions sacerdotales. Ce n’était nullement là une nouvelle application du sang, mais simplement un acte par lequel ils étaient maintenus dans un état propre au service sacerdotal et au culte. « Quand ils entreront dans la tente d’assignation, ils se laveront avec de l’eau, afin qu’ils ne meurent pas, ou quand ils s’approcheront de l’autel pour faire le service, pour faire fumer le sacrifice fait par feu à l’Éternel. Ils laveront leurs mains et leurs pieds, afin qu’ils ne meurent pas » (v. 20).

Il ne peut y avoir de véritable communion avec Dieu, qu’autant que la sainteté personnelle est maintenue avec soin. « Si nous disons que nous avons communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité » (1 Jean 1:6). Cette sainteté personnelle dans la marche ne peut découler que de l’action de la parole de Dieu sur nos œuvres et sur nos voies. « Par la parole de tes lèvres, je me suis gardé des voies de l’homme violent » (Ps. 17:4). Nos manquements continuels, dans notre service de sacrificateurs, tiennent beaucoup à ce que nous négligeons de faire un usage convenable de la « cuve d’airain ». Si nos voies ne sont pas soumises à l’action purifiante de la parole de Dieu ; si nous persévérons dans la poursuite, ou dans la pratique de ce qui, d’après le témoignage de notre propre conscience, n’est pas en accord avec cette Parole, notre caractère de sacrificateurs manquera certainement de puissance. La persévérance délibérée dans le mal et le vrai culte sacerdotal sont tout à fait incompatibles. « Sanctifie-les par la vérité, ta parole est la vérité » (Jean 17:17). Si nous avons sur nous quelque souillure, nous ne pouvons pas jouir de la présence de Dieu : « Toutes choses, étant reprises par la lumière, sont manifestées ; car ce qui manifeste tout, c’est la lumière ». Mais quand, par la grâce, nous savons purifier nos voies, en y prenant garde selon la parole de Dieu, nous sommes alors moralement en état de jouir de la présence divine.

Le lecteur verra quel vaste champ de vérité pratique s’ouvre ici devant lui, et dans quelle large mesure la doctrine de la « cuve d’airain » est présentée dans le Nouveau Testament. Ah ! que ceux qui ont le privilège d’entrer dans les parvis du sanctuaire, en vêtements sacerdotaux, et de s’approcher de l’autel de Dieu pour exercer la sacrificature, maintiennent leurs mains et leurs pieds nets par l’usage de la vraie « cuve d’airain ».

Il peut être intéressant de remarquer que la cuve, avec son soubassement, était faite « des miroirs des femmes qui s’attroupaient à l’entrée de la tente d’assignation » (chap. 38:8). Ce fait est très significatif. Nous sommes toujours enclins à faire comme « un homme qui considère sa face naturelle dans un miroir ; car il s’est considéré lui-même et s’en est allé, et aussitôt il a oublié quel il était ». Le miroir de la nature ne peut jamais nous donner une idée claire et permanente de notre condition véritable. « Mais celui qui aura regardé de près dans la loi parfaite, celle de la liberté, et qui aura persévéré, n’étant pas un auditeur oublieux, mais un faiseur d’œuvre, celui-là sera bienheureux dans son faire » (Jac. 1:23, 25). L’homme qui a constamment recours à la parole de Dieu, et qui la laisse parler à son cœur et à sa conscience, sera maintenu dans la sainte activité de la vie divine.

L’efficacité du service sacerdotal de Christ se lie intimement à l’action pénétrante et purifiante de la parole de Dieu. « Car la parole de Dieu est vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur. Et il n’y a aucune créature qui soit cachée devant lui, mais toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de celui à qui nous avons affaire ». Puis l’apôtre inspiré ajoute immédiatement : « Ayant donc un grand Souverain Sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme notre confession : car nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse sympathiser à nos infirmités, mais nous en avons un qui a été tenté en toutes choses comme nous, à part le péché. Approchons-nous donc avec confiance du trône de la grâce, afin que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour avoir du secours au moment opportun » (Héb. 4:12-16).

Plus nous sentirons vivement l’épée de la parole de Dieu, plus nous apprécierons le ministère de miséricorde et de grâce de notre Souverain Sacrificateur. Ces deux choses vont ensemble. Ce sont les compagnons inséparables du sentier du chrétien. Le grand Souverain Sacrificateur sympathise avec les infirmités que la Parole découvre et expose : il est « un Souverain Sacrificateur fidèle », aussi bien que « miséricordieux ». Ainsi ce n’est qu’autant que je fais usage de la cuve, que je puis m’approcher de l’autel. Le culte doit toujours être offert dans la puissance de la sainteté. Il faut que nous perdions de vue la nature, telle qu’elle est reflétée dans un miroir, et que nous soyons entièrement occupés de Christ, tel qu’il est présenté dans la Parole : ainsi seulement « les mains et les pieds », — les œuvres et les voies, — seront nets, selon la purification du sanctuaire.

Dans les versets 22 à 33, il est question de « l’onction sainte », avec laquelle les sacrificateurs, le tabernacle et tous ses ustensiles, étaient oints. Cette onction est un type des grâces variées du Saint Esprit, qui toutes se trouvaient en Christ dans leur divine plénitude. « Tous tes vêtements sont myrrhe, aloès, et casse, quand tu sors des palais d’ivoire d’où ils t’ont réjoui » (Ps. 45:8). Dieu a oint d’esprit et de puissance Jésus de Nazareth (Act. 10:38). Toutes les grâces du Saint Esprit, dans leur parfum de bonne odeur parfaite, se concentraient en Christ, et c’est de lui seul qu’elles peuvent découler. Quant à son humanité, il fut conçu du Saint Esprit, et avant que d’entrer dans son ministère public, il fut oint du Saint Esprit ; puis finalement, quand il eut pris place dans les hauts cieux, il répandit sur son assemblée, qui est son corps, les dons précieux du Saint Esprit, en témoignage d’une rédemption accomplie (voyez Matt. 1:20 ; 3:16, 17 ; Luc 4:18, 19 ; Actes 2:33 ; 10:44, 45 ; Éph. 4:8-13).

C’est comme associés avec ce Christ à jamais béni et glorifié, que les croyants sont participants des dons et des grâces du Saint Esprit ; et de plus, ce n’est que dans une vie de communion habituelle avec Christ, qu’ils peuvent jouir de ces grâces et de ces dons, et qu’ils peuvent en répandre la bonne odeur autour d’eux. L’homme irrégénéré ne connaît pas ces choses. « On n’en versera pas sur la chair de l’homme » (vers. 32). Les grâces du Saint Esprit ne peuvent jamais s’allier avec la chair de l’homme, car le Saint Esprit ne peut reconnaître la nature déchue. Aucun des fruits de l’Esprit n’a jamais été produit sur le sol stérile de cette nature. « Il vous faut être nés de nouveau ! » (Jean 3:7). Il n’y a que le nouvel homme, cet homme qui fait partie de la « nouvelle création », qui puisse connaître quelque chose des fruits de l’Esprit. Il est inutile de chercher à imiter ces fruits et ces grâces. Les plus beaux fruits que le sol de la nature ait jamais produits, les traits les plus aimables qu’elle puisse montrer ne peuvent en aucune manière être reconnus dans le sanctuaire de Dieu : « On n’en versera pas sur la chair de l’homme, et vous n’en ferez point de semblable dans ses proportions : elle est sainte, elle vous sera sainte. Quiconque en composera de semblable, et en mettra sur un étranger, sera retranché de ses peuples ». Dieu ne veut pas de contrefaçon de l’œuvre de l’Esprit ; tout doit être de l’Esprit, entièrement, réellement de l’Esprit. En outre ce qui est de l’Esprit ne doit pas être attribué à l’homme. « Or l’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14).

Il y a une bien belle allusion à cette « onction sainte » dans l’un des cantiques des degrés : « Voici, qu’il est bon et qu’il est agréable que des frères habitent unis ensemble ! C’est comme l’huile précieuse répandue sur la tête, qui descendait sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descendait sur le bord de ses vêtements » (Ps. 133:1, 2). Puisse mon lecteur éprouver la puissance de cette onction, et connaître ce que c’est que d’avoir « l’onction de la part du Saint » (1 Jean 2:20), et d’être « scellé du Saint Esprit de la promesse » (Éph. 1:13).

Enfin, le dernier paragraphe de ce chapitre, si riche en enseignements, nous présente « l’encens composé, salé, pur et saint ». Cet encens précieux et sans égal représente les perfections illimitées et illimitables de Christ. Dieu n’avait pas prescrit de quantité spéciale pour chacun des ingrédients qui entraient dans la composition du parfum, parce que les grâces qui sont en Christ, les beautés et les perfections qui sont concentrées dans son adorable personne, n’ont pas de limites. La pensée de Dieu seule peut mesurer les perfections infinies de Celui en qui habite toute la plénitude de la Déité ; et pendant tout le cours de l’éternité, ces glorieuses perfections continueront à se manifester, à la vue des saints et des anges prosternés. De temps en temps, à mesure que des rayons nouveaux de lumière s’échapperont de ce soleil central de la gloire divine, les parvis célestes en haut, et les vastes champs de la création en bas, retentiront de puissants alléluias, à la gloire de Celui qui était, qui est, et qui sera l’objet de la louange de toute intelligence créée.

Non seulement Dieu n’avait pas fixé de quantité déterminée pour les ingrédients de l’encens, mais il avait dit encore : « de tout à poids égal ». Chaque caractère d’excellence morale trouvait en Christ sa vraie place, et sa juste proportion. Aucune qualité n’en déplaçait une autre, ou ne lui portait atteinte ; tout était « salé, pur et saint », et répandait un parfum de si bonne odeur que Dieu seul pouvait l’apprécier.

« Et tu en pileras très fin, et tu en mettras sur le devant du témoignage dans la tente d’assignation, où je me rencontrerai avec toi : ce vous sera une chose très sainte » (vers. 36). Il y a une profondeur et une puissance extraordinaire dans cette expression : « très fin ». Elle nous apprend que chaque petit mouvement dans la vie de Christ, chacune des moindres circonstances, chaque acte, chaque mot, chaque regard, chaque trait répand un parfum produit par une proportion égale, « un poids égal » de toutes les grâces divines qui constituent son caractère. Plus le parfum était pilé menu, plus sa composition exquise et précieuse était manifestée.

« Et quant à l’encens que tu feras, vous n’en ferez point pour vous selon les mêmes proportions ; il sera, pour toi, saint, consacré à l’Éternel. Quiconque en fera de semblable pour le flairer, sera retranché de ses peuples » (vers. 37, 38). Ce parfum odoriférant était exclusivement destiné à l’Éternel ; sa place était « devant le témoignage ». Il y a en Jésus quelque chose que Dieu seul peut apprécier. Tout cœur croyant peut, il est vrai, s’approcher de sa personne incomparable, et plus que satisfaire ses désirs les plus profonds et les plus ardents ; toutefois, au-delà de tout ce que les rachetés de Dieu sont et seront capables de saisir, de tout ce que les anges auront pu contempler des gloires insondables de l’homme Christ Jésus, il y aura quelque chose en lui que Dieu seul peut sonder, et dont lui seul peut jouir (comp. Matt. 11:27). Aucun regard d’homme ou d’ange ne pourra jamais discerner tout ce que renfermait ce saint parfum « pilé très fin », qui ne trouve que dans le ciel un lieu convenable pour y exhaler toute sa divine excellence.

Nous voici parvenus, dans notre rapide esquisse, à la fin d’une division bien marquée du livre de l’Exode. Nous avons commencé par « l’arche du témoignage », pour venir jusqu’à « l’autel d’airain », puis nous sommes revenus, de « l’autel d’airain » à « l’onction sainte » : — quel chemin que celui-là, pourvu qu’il soit parcouru, non à la lueur fausse et incertaine de l’imagination humaine, mais à la lumière infaillible de la lampe du Saint Esprit. On ne marche pas seulement au milieu des ombres d’une dispensation qui n’est plus, mais au milieu des gloires personnelles et des perfections du Fils, qui sont représentées dans ces choses. Si le lecteur a ainsi parcouru ce livre, ses affections auront été puissamment attirées vers Christ ; il aura une intelligence plus élevée de sa gloire, de sa beauté, de son excellence et de sa capacité pour guérir une conscience blessée et pour satisfaire les désirs d’un cœur altéré ; ses yeux et ses oreilles seront plus complètement fermés à tous les attraits, à toutes les prétentions et les promesses de la terre ; en un mot, il sera prêt à prononcer un amen plus fervent aux paroles de l’apôtre, quand il dit : « Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur Jésus Christ, qu’il soit anathème ! Maranatha » (1 Cor. 16:22) (Note C).

 

1.24                   Chapitre 31

Ce court chapitre s’ouvre par le récit de l’appel divin de Betsaleël et d’Oholiab, divinement qualifiés pour exécuter l’ouvrage du tabernacle d’assignation. « L’Éternel parla à Moïse, disant : Regarde, j’ai appelé par nom Betsaleël, fils d’Uri, fils de Hur, de la tribu de Juda ; et je l’ai rempli de l’esprit de Dieu, en sagesse, et en intelligence, et en connaissance, et pour toutes sortes d’ouvrages… Et voici, j’ai donné avec lui Oholiab, fils d’Akhisamac, de la tribu de Dan ; et j’ai mis de la sagesse dans le cœur de tout homme intelligent, afin qu’ils fassent tout ce que je t’ai commandé » (vers. 1-6). Que ce soit pour « l’ouvrage du tabernacle » fait de main, ou pour « l’œuvre du service » maintenant (Éph. 4:12), il faut que ceux qui sont employés soient divinement choisis, divinement appelés, divinement qualifiés, divinement établis, et tout doit être fait selon le commandement de Dieu. Il n’était pas au pouvoir de l’homme de choisir, d’appeler, de qualifier ou d’établir des ouvriers pour faire l’ouvrage du tabernacle, et il en est de même pour l’œuvre du service ou ministère. Tout cela doit venir entièrement de Dieu. On peut courir de son propre chef ou être envoyé par des collègues ; mais souvenons-nous que tous ceux qui courent, sans être envoyés par Dieu, seront, un jour ou l’autre, couverts de honte et de confusion. Telle est la simple et salutaire doctrine qui nous est suggérée par ces paroles : « J’ai appelé, j’ai rempli, j’ai donné, j’ai mis, j’ai commandé ». Les paroles de Jean-Baptiste : « Un homme ne peut rien recevoir à moins qu’il ne lui soit donné du ciel » (Jean 3:27), seront toujours vraies. L’homme n’a donc pas de quoi se vanter, et doit tout aussi peu être jaloux de ses compagnons.

On peut tirer une leçon utile de la comparaison de ce chapitre avec Genèse 4. « Tubal-Caïn fut forgeur de tous les outils d’airain et de fer » (vers. 22). Les descendants de Caïn étaient doués d’intelligence profane, pour faire, d’une terre maudite et pleine de souffrances, un lieu agréable loin de la présence de Dieu. Betsaleël et Oholiab, au contraire, étaient doués d’intelligence divine, pour embellir un sanctuaire qui devait être sanctifié et béni par la présence et la gloire du Dieu d’Israël.

Lecteur, je voudrais vous demander d’adresser à votre conscience cette question solennelle : « Est-ce que je consacre ce que je puis posséder d’intelligence ou d’énergie aux intérêts de l’Église, qui est la demeure de Dieu, ou à l’embellissement d’un monde impie sans Christ ? » Ne dites pas dans votre cœur : « Je ne suis ni divinement appelé, ni divinement qualifié pour l’œuvre du ministère ». Souvenez-vous que, bien que tout Israël ne fût pas composé de Betsaleëls et de Oholiabs, tous pouvaient servir néanmoins les intérêts du sanctuaire. Il y avait pour tous une place, et maintenant aussi chacun a une place à occuper, un ministère à remplir, une responsabilité dont il doit s’acquitter ; et vous et moi, nous travaillons dans ce moment, ou pour les intérêts de la maison de Dieu, du corps de Christ, de l’Église ; ou pour favoriser les plans impies d’un monde encore entaché du sang de Christ et du sang de tous les saints martyrs. Méditons profondément ces choses devant le grand scrutateur des cœurs, dans la présence duquel nous nous trouvons, que nul ne peut tromper et duquel tous sont connus.

Ce chapitre se termine par une allusion à l’institution du sabbat. Il est fait mention du sabbat au chapitre 16 en rapport avec la manne ; puis il est clairement et expressément ordonné dans le chapitre 20, alors que le peuple fut formellement placé sous la loi ; et ici nous le retrouvons en rapport avec l’établissement du tabernacle. Toutes les fois que le peuple d’Israël est présenté dans une position spéciale quelconque, ou qu’il est reconnu comme peuple placé sous une responsabilité spéciale, nous retrouvons le sabbat. Considérons attentivement et le jour, et la manière dont le sabbat devait être observé, ainsi que le but dans lequel il fut institué en Israël. « Et vous garderez le sabbat, car il vous sera saint : celui qui le profanera sera certainement mis à mort, car quiconque fera une œuvre en ce jour-là, … cette âme sera retranchée du milieu de ses peuples. Pendant six jours le travail se fera, et le septième jour est le sabbat de repos consacré à l’Éternel : quiconque fera une œuvre le jour du sabbat, sera certainement mis à mort » (vers. 14, 15). Voilà qui est aussi explicite et aussi absolu que possible, établissant le « septième jour », et aucun autre, et défendant positivement, sous peine de mort, toute espèce d’œuvre en ce jour-là. Il n’est pas possible d’éluder le sens clair et simple de ces paroles. Et souvenons-nous qu’il n’y a pas une seule ligne de l’Écriture qui appuie l’opinion trop répandue, que le sabbat a été changé, ou que Dieu a relâché, même dans la plus petite mesure, les principes rigoureux de l’observation de ce jour. Or ceux qui professent être chrétiens ne prétendent-ils pas garder le sabbat de Dieu au jour et de la manière qu’il l’a commandé ? Il est superflu de le prouver. Mais ils oublient que la moindre infraction du sabbat était punie de : « retranché », « mis à mort » !

Mais, dira-t-on, « nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce » (Rom. 6:14). Béni soit Dieu qui nous donne cette douce assurance ! Si nous étions sous la loi, il n’est pas une âme dans toute la chrétienté, qui ne fût, depuis longtemps, tombée sous le coup du jugement, quant au seul et unique point du sabbat. Mais si nous sommes sous la grâce, quel est le jour qui nous appartient ? C’est assurément « le premier jour de la semaine, le jour du Seigneur ». C’est le jour de l’Église, le jour de la résurrection de Jésus, qui, ayant passé le sabbat dans la tombe, ressuscita triomphant de toutes les puissances des ténèbres, conduisant ainsi son peuple, hors de la vieille création et de tout ce qui s’y rattache, dans la nouvelle création dont il est le Chef, et de laquelle le premier jour de la semaine est la juste expression.

La différence qu’il y a entre ces deux jours mérite que nous l’examinions avec prière, à la lumière de l’Écriture. Un simple nom peut avoir une grande portée, et il en est ainsi dans le cas qui nous occupe. Il est bien évident que le jour du Seigneur tient, dans la parole de Dieu, une place toute particulière. Aucun autre jour n’est appelé du nom glorieux de « jour du Seigneur ». Il y a des personnes, je le sais, qui nient que le verset 10 du chapitre 1 de l’Apocalypse fasse allusion au premier jour de la semaine ; mais je suis pleinement convaincu que, et la saine critique, et la saine exégèse garantissent, bien plus, exigent l’application de ce passage, non au jour de la venue de Christ en gloire, mais au jour de sa résurrection d’entre les morts.

Le jour du Seigneur n’est jamais appelé « Sabbat », tant s’en faut. Le lecteur a donc à se garder de deux extrêmes. En premier lieu, il devra éviter le légalisme qui se trouve si souvent associé au mot de « sabbat » ; et en second lieu, il devra témoigner contre toute tentative qui aurait pour but et pour résultat de déshonorer le jour du Seigneur, ou de le rabaisser au niveau d’un jour ordinaire. Le croyant est délivré, de la manière la plus complète, de l’observation « des jours et des mois, des temps et des années » (Gal. 4:10) ; son union avec un Christ ressuscité l’a complètement affranchi de toutes ces observances superstitieuses (Col. 2:16-20). Mais tout vrai que cela soit, fort heureusement, nous voyons que « le premier jour de la semaine » occupe une place à lui dans le Nouveau Testament. Que le chrétien lui donne cette place ! C’est un doux et heureux privilège, non un pénible joug.

L’espace ne me permet pas d’entrer dans plus de détails sur cet intéressant sujet. Je signalerai seulement, à l’égard d’un ou deux points particuliers, le contraste qui existe entre « le sabbat » et « le jour du Seigneur »

1° Le sabbat était le septième jour ; le jour du Seigneur est le premier.

2° Le sabbat était une pierre de touche de la condition d’Israël ; le jour du Seigneur est la preuve de l’acceptation de l’Église sans condition aucune.

3° Le sabbat appartenait à la vieille création ; le jour du Seigneur appartient à la nouvelle.

4° Le sabbat était un jour de repos corporel pour le Juif ; le jour du Seigneur est un jour de repos spirituel pour le chrétien.

5° Si le Juif travaillait le jour du Sabbat, il devait être mis à mort ; si le chrétien ne travaille pas le jour du Seigneur, il prouve par là qu’il n’a guère de vie ; c’est-à-dire, s’il ne travaille pas au profit des âmes, à l’extension de la gloire de Christ et de la vérité. De fait, le chrétien dévoué, qui possède quelque don, est généralement plus fatigué à la fin du jour du Seigneur qu’à la fin d’aucun autre jour de la semaine ; car comment pourrait-il se reposer, tandis que les âmes périssent autour de lui ?

6° Il était ordonné, au Juif, par la loi, de demeurer dans sa tente le jour du sabbat ; le chrétien est conduit au dehors par l’esprit de l’évangile, soit pour assister à l’assemblée publique, soit pour annoncer l’évangile aux pécheurs qui périssent.

Que le Seigneur nous donne de pouvoir nous confier avec plus de simplicité dans le nom du Seigneur Jésus, et de travailler avec plus d’activité pour ce nom ! Nous devrions nous confier avec l’esprit d’un enfant, et travailler avec l’énergie d’un homme.

 

1.25                   Chapitre 32

Une scène bien différente de ce qui nous a occupés jusqu’ici, s’ouvre maintenant devant nous. « Les images des choses qui sont aux cieux » ont passé sous nos yeux, — Christ dans sa Personne glorieuse, dans ses offices de miséricorde et dans son œuvre parfaite, tel qu’il est représenté dans le tabernacle et dans ses ustensiles mystiques. Nous avons été en esprit sur la montagne, entendre les propres paroles de Dieu, les douces déclarations des pensées, des affections et des conseils divins, dont Jésus est « l’alpha et l’oméga », le commencement et la fin, le premier et le dernier.

Maintenant, nous sommes appelés à redescendre sur la terre, pour y contempler l’état de ruine à laquelle l’homme réduit tout ce qui lui est confié. « Et quand le peuple vit que Moïse tardait à descendre de la montagne, le peuple s’assembla auprès d’Aaron, et ils lui dirent : Lève-toi, fais-nous un dieu qui aille devant nous ; car ce Moïse, cet homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé » (vers. 1). Quelle dégradation se manifeste ici ! « Fais-nous un dieu ! » Ils abandonnaient l’Éternel et se plaçaient sous la conduite de dieux faits de mains d’hommes. De sombres nuages et d’épais brouillards s’étaient assemblés autour de la montagne ; et les Israélites étaient fatigués d’attendre celui qui était absent, et de s’appuyer sur un bras invisible, mais réel. Ils s’imaginaient qu’un dieu formé avec un « ciseau » valait mieux que l’Éternel ; qu’un veau qu’ils pouvaient voir valait mieux qu’un Dieu invisible mais présent partout ; une contrefaçon visible mieux qu’une invisible réalité.

Hélas ! il en a toujours été de même dans l’histoire de l’homme. Le cœur humain aime quelque chose qu’il puisse voir ; il aime ce qui répond à ses sens et les satisfait. Il n’y a que la foi qui puisse « tenir ferme comme voyant celui qui est invisible » (Héb. 11:27). Ainsi, de tout temps, les hommes ont eu la tendance d’élever des imitations des réalités divines et de s’appuyer sur elles. Les contrefaçons de la religion ne sont que trop multipliées devant nos yeux. Les choses que, sur l’autorité de la parole de Dieu, nous savons être de divines et célestes réalités, l’Église professante les a transformées en des imitations humaines et terrestres. Étant devenue lasse de s’appuyer sur un bras invisible, de se confier en un sacrifice invisible, d’avoir recours à un sacrificateur invisible, de s’attendre à la direction d’un chef invisible, elle s’est mise à « faire » ces choses ; et ainsi, de siècle en siècle, elle a été activement occupée, un « ciseau » à la main, à former et à graver une chose après l’autre, de telle sorte que maintenant nous ne retrouvons pas plus d’analogie entre une grande partie de ce que nous voyons autour de nous et ce que nous lisons dans la parole de Dieu, qu’entre « un veau d’or » et « le Dieu d’Israël ».

« Fais-nous un dieu ! » Quelle pensée ! L’homme appelé à faire des dieux, et le peuple disposé à mettre en eux sa confiance. Lecteur, regardons au-dedans de nous et autour de nous, et voyons si nous n’y découvrons pas quelque chose de semblable. Nous lisons au sujet de l’histoire d’Israël, que toutes ces choses leur arrivaient en types, et qu’elles ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints (1 Cor. 10:11). Tâchons donc de profiter de l’avertissement. Souvenons-nous que, bien que nous ne fassions pas précisément « un veau d’or » pour nous prosterner devant lui, le péché d’Israël est néanmoins un « type » de quelque chose, en quoi nous sommes en danger de tomber. Toutes les fois que dans notre cœur nous cessons de nous appuyer exclusivement sur Dieu lui-même, soit pour ce qui concerne le salut, soit pour ce qui concerne les besoins de la route, nous disons, en principe : « Lève-toi, fais-nous un dieu ». Il est superflu de dire que nous ne sommes aucunement meilleurs, en nous-mêmes, qu’Aaron ou les enfants d’Israël ; et s’ils honorent un veau à la place de l’Éternel, nous sommes en danger d’agir d’après le même principe, et de manifester le même esprit. Notre unique sauvegarde est d’être beaucoup dans la présence de Dieu. Moïse savait que « le veau d’or » n’était pas l’Éternel ; c’est pourquoi il ne le reconnut pas. Mais quand nous sortons de la présence divine, il est impossible de prévoir les erreurs grossières et tout le mal dans lequel nous pouvons être entraînés.

Nous sommes appelés à vivre par la foi ; nous ne pouvons rien voir par la vue des sens. Jésus est monté en haut, et Dieu nous dit d’attendre patiemment son apparition. La parole de Dieu, appliquée au cœur par l’énergie de l’Esprit, est le fondement de la confiance dans toutes les choses temporelles et spirituelles, présentes et futures. Dieu nous parle du sacrifice accompli de Christ ; nous le croyons, par la grâce, et plaçons nos âmes sous l’efficacité de ce sacrifice ; et nous savons que nous ne serons jamais confus. Il nous parle d’un grand Souverain Sacrificateur, entré dans les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, dont l’intercession est toute-puissante ; par la grâce, nous croyons, et nous nous reposons avec confiance sur sa puissance : et nous savons que nous serons entièrement sauvés. Il nous parle du Chef vivant auquel nous sommes unis, dans la puissance d’une vie de résurrection, et duquel aucune influence d’anges, d’hommes ou de démons ne pourra jamais nous séparer ; et, par la grâce, nous croyons, et nous nous attachons à ce Chef béni, dans une foi simple ; et nous savons que nous ne périrons jamais. Il nous parle de l’apparition glorieuse du Fils, venant des cieux ; et, par la grâce, nous croyons et nous cherchons à faire l’expérience de la puissance de cette « bienheureuse espérance » (Tite 2:13) : et nous savons que nous ne serons pas désappointés. Il nous parle « d’un héritage incorruptible, sans souillure, immarcessible, conservé dans les cieux pour nous, qui sommes gardés par la puissance de Dieu » (1 Pierre 1:4), héritage dans lequel nous entrerons au temps convenable ; et, par la grâce, nous croyons et nous savons que nous ne serons pas confus. Il nous dit que les cheveux de notre tête sont tous comptés, et que nous ne manquerons d’aucun bien ; et, par la grâce, nous croyons et nous jouissons d’une douce tranquillité de cœur. Il en est ainsi, ou du moins, notre Dieu voudrait qu’il en fût ainsi. Mais l’Ennemi est toujours actif, cherchant à nous faire rejeter ces réalités divines, et à prendre le « ciseau » de l’incrédulité pour nous « faire des dieux » à nous-mêmes. Veillons contre lui ; prions pour être gardés de lui ; témoignons contre lui ; protestons contre lui ; agissons contre lui : c’est ainsi qu’il sera confondu, que Dieu sera glorifié et que nous serons nous-mêmes abondamment bénis.

Quant à Israël, dans ce chapitre que nous méditons, il rejeta Dieu de la manière la plus complète. « Et Aaron leur dit : Brisez les pendants d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les moi, … et il les prit de leurs mains, et il forma l’or avec un ciseau, et il en fit un veau de fonte. Et ils dirent : C’est ici ton dieu, ô Israël ! qui t’a fait monter du pays d’Égypte. Et Aaron vit le veau, et bâtit un autel devant lui et Aaron cria, et dit : Demain, une fête à l’Éternel ! » (vers. 2-5). C’était là mettre Dieu entièrement de côté et lui substituer un veau. Lorsqu’ils purent dire qu’un veau les avait fait monter du pays d’Égypte, ils avaient évidemment perdu toute conscience de la présence et du caractère du vrai Dieu. Combien « vite » ils avaient dû « se détourner du chemin » pour tomber dans une erreur aussi grossière et aussi épouvantable ! Et Aaron, le frère et le compagnon de Moïse dans sa charge, les y conduisit, et put dire, devant un veau : « demain, une fête à l’Éternel ! » Que cela est triste ! que cela est humiliant ! Dieu déplacé par une idole ! Une chose « sculptée de l’art et de l’imagination de l’homme », fut mise à la place du « Seigneur de toute la terre ».

Tout cela impliquait, de la part d’Israël, un renoncement délibéré à sa relation avec l’Éternel. Il avait abandonné Dieu et, en conséquence, Dieu agit à son égard en se plaçant sur le propre terrain du peuple. « Et l’Éternel dit à Moïse : Va, descends ; car ton peuple, que tu as fait monter du pays d’Égypte, s’est corrompu. Ils se sont vite détournés du chemin que je leur avais commandé… J’ai vu ce peuple, et voici, c’est un peuple de cou roide. Et maintenant laisse-moi faire, afin que ma colère s’embrase contre eux, et que je les consume ; et je ferai de toi une grande nation » (vers. 7-10). Il y avait là une porte ouverte pour Moïse, et il manifeste, dans cette circonstance, une grâce peu ordinaire, et une rare analogie d’esprit avec ce « prophète semblable à lui », que l’Éternel devait susciter. Il refuse d’être, ou de recevoir quoi que ce soit à l’exclusion du peuple. Il plaide avec Dieu sur le fondement de Sa propre gloire, et replace Israël sur Lui dans ces touchantes paroles : « Pourquoi, ô Éternel, ta colère s’embraserait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte, avec grande puissance et à main forte ? Pourquoi les Égyptiens parleraient-ils, disant : C’est pour leur mal qu’il les a fait sortir, pour les tuer dans les montagnes, et pour les consumer de dessus la face de la terre ? Reviens de l’ardeur de ta colère, et repens-toi du mal que tu veux faire à ton peuple. Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac, et d’Israël, tes serviteurs, auxquels tu as juré par toi-même, et auxquels tu as dit : je multiplierai votre semence comme les étoiles des cieux, et je donnerai à votre semence tout ce pays dont j’ai parlé, et ils l’hériteront pour toujours » (vers. 11-13). C’était là un puissant plaidoyer. La gloire de Dieu, la justification de son saint nom, l’accomplissement de son serment, telles sont les raisons sur lesquelles Moïse s’appuie pour supplier l’Éternel de revenir de l’ardeur de sa colère. Il ne pouvait rien trouver en Israël sur quoi il pût fonder son intercession. Il trouvait tout en Dieu lui-même.

L’Éternel avait dit à Moïse : « Ton peuple que tu as fait monter » ; mais Moïse répond à l’Éternel : « Ton peuple que tu as fait sortir ». Les Israélites étaient le peuple de l’Éternel, malgré tout ; et son nom, sa gloire, son serment, étaient tous impliqués dans leur destinée. Du moment que l’Éternel s’unit à un peuple, sa gloire est en cause ; et c’est sur ce fondement solide que la foi regardera toujours à Lui. Moïse s’oublie lui-même entièrement. Toute son âme est occupée de la gloire et du peuple de l’Éternel. Heureux serviteur ! Qu’il y en a peu comme lui ! Et néanmoins, au milieu de toute cette scène, combien il est loin d’être à la hauteur du bienheureux Maître : la différence entre eux est infinie ! Moïse descendit de la montagne ; et quand il vit le veau et les danses, sa colère s’embrasa et il jeta de ses mains les tables (vers. 19). L’alliance était rompue, et les témoignages de cette alliance mis en pièces ; puis ayant, dans une juste indignation, exécuté le jugement, « Moïse dit au peuple : Vous avez commis un grand péché, et maintenant je monterai vers l’Éternel : peut-être ferai-je propitiation pour votre péché » (vers. 30).

Combien ceci est différent de ce que nous voyons en Christ ! Il descendit du sein du Père, non avec les tables de la loi dans sa main, mais avec la loi dans son cœur. Il descendit, non pour prendre connaissance de la condition du peuple, mais avec une connaissance parfaite de sa condition. En outre, au lieu de détruire les témoignages de l’alliance et d’exécuter le jugement, il magnifia la loi et la rendit honorable, et il porta dans sa propre personne bénie, sur la croix, le jugement de son peuple ; puis, ayant tout accompli, il remonta au ciel, non avec un « peut-être ferai-je propitiation pour votre péché », mais pour déposer sur le trône de la majesté, dans les lieux très hauts, les témoignages impérissables d’une expiation déjà accomplie. Cela fait une différence immense et vraiment glorieuse ! Béni soit Dieu ! nous n’avons pas besoin de suivre avec anxiété notre Médiateur, pour savoir si peut-être il accomplira la rédemption pour nous, et apaisera la justice offensée. Non, il a tout accompli ; sa présence dans les cieux déclare que toute l’œuvre est achevée. Sur les limites de ce monde, prêt à le quitter, il a pu dire avec tout le calme d’un vainqueur, conscient de la victoire, — bien qu’il eût encore à passer par la scène de toutes la plus sombre — : « Je t’ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que tu m’as donnée à faire » (Jean 17:4). Bienheureux Sauveur ! Oui, nous pouvons t’adorer, et triompher de l’honneur et de la gloire dont t’a revêtu la justice éternelle ! La place la plus élevée dans les cieux t’appartient, et tes saints ne font qu’attendre le temps auquel tout genou se ploiera et toute langue confessera que « Jésus Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (Phil. 2:10, 11). Puisse ce temps arriver promptement !

À la fin de ce chapitre, l’Éternel proclame ses droits, en gouvernement moral, par les paroles suivantes : « Celui qui aura péché contre moi, je l’effacerai de mon livre. Et maintenant, va, conduis le peuple où je t’ai dit. Voici, mon Ange ira devant toi : et le jour où je visiterai, je visiterai sur eux leur péché » (vers. 33, 34). C’est là Dieu en gouvernement, non Dieu dans l’évangile. Ici il parle d’effacer le pécheur ; dans l’évangile, on le voit effaçant le péché. La différence est grande !

Le peuple doit être conduit, sous la médiation de Moïse, par la main d’un ange. Cet état de choses était bien différent de celui qui avait existé entre l’Égypte et Sinaï. Israël avait perdu tout droit fondé sur la loi ; et ainsi il ne restait plus à Dieu que de rentrer dans sa propre souveraineté et de dire : « Je ferai grâce à qui je ferai grâce, et je ferai miséricorde à qui je ferai miséricorde » (chap. 33:19).

 

1.26                   Chapitres 33-34

L’Éternel refuse d’accompagner Israël au pays de la promesse. « Je ne monterai pas au milieu de toi, car tu es un peuple de cou roide ; de peur que je ne te consume en chemin » (vers. 3). Au commencement de ce livre, l’Éternel avait pu dire : « J’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu le cri qu’il a jeté à cause de ses exacteurs ; car je connais ses douleurs » (chap. 3:7). Mais maintenant il doit dire : « J’ai vu ce peuple, et voici, c’est un peuple de cou roide ». Un peuple affligé est un objet de grâce, mais il faut qu’un peuple de cou roide soit humilié. Le cri d’Israël opprimé avait eu pour réponse la manifestation de la grâce ; mais il faut que le chant d’Israël idolâtre rencontre une voix sévère de réprobation.

« Vous êtes un peuple de cou roide ; je monterai en un instant au milieu de toi, et je te consumerai ; et maintenant, ôte tes ornements de dessus toi, et je saurai ce que je ferai » (vers. 5). Ce n’est que lorsque nous sommes réellement dépouillés de tous les ornements de la nature, que Dieu peut intervenir en notre faveur. Un pécheur nu peut être revêtu ; mais un pécheur couvert d’ornements doit être dépouillé. Il faut que nous soyons dépouillés de tout ce qui appartient au moi, avant que nous puissions être revêtus de ce qui appartient à Dieu.

« Et les fils d’Israël se dépouillèrent de leurs ornements, à la montagne de Horeb » (vers. 6). Ils étaient là, au pied de cette mémorable montagne ; leurs fêtes et leurs chants avaient fait place à d’amères lamentations ; ils étaient dépouillés de leurs ornements, et les tables du témoignage étaient réduites en pièces. Telle était leur condition, et Moïse se met immédiatement en devoir d’agir en conséquence. Il ne pouvait plus reconnaître le peuple comme un corps. L’assemblée s’était entièrement souillée, en élevant à la place de Dieu une idole de sa propre fabrication ; un veau, au lieu de l’Éternel. « Et Moïse prit une tente, et la tendit pour lui hors du camp, loin du camp, et il l’appela la tente d’assignation ». Le camp n’est donc plus reconnu comme le lieu de la présence de Dieu. Dieu n’était plus là, et ne pouvait plus s’y trouver, car il avait été déplacé par une invention humaine. En conséquence, un nouveau centre de rassemblement fut formé. « Et tous ceux qui cherchaient l’Éternel sortirent vers la tente d’assignation qui était hors du camp » (vers. 7).

Ceci renferme une précieuse vérité, que saisira promptement l’homme spirituel. La place que Christ occupe maintenant est « hors du camp » (Héb. 13:13). Il faut une grande soumission à la parole de Dieu pour savoir exactement ce qu’est réellement « le camp », et beaucoup d’énergie spirituelle pour en sortir, et plus encore, pour pouvoir, quand « on en est éloigné », agir envers ceux qui sont dans le camp, dans la puissance combinée de la sainteté et de la grâce : sainteté, qui sépare de la souillure du camp ; grâce, qui nous rend capables d’agir en faveur de ceux qui sont dedans.

« Et l’Éternel parlait à Moïse face à face, comme un homme parle avec son ami ; et Moïse retournait au camp ; et son serviteur Josué, fils de Nun, jeune homme, ne sortait pas de l’intérieur de la tente » (vers. 11). Moïse fait preuve d’un plus haut degré d’énergie spirituelle que Josué. Il est bien plus facile de se séparer, que d’agir comme il convient envers ceux qui sont dans le camp. « Et Moïse dit à l’Éternel : Regarde, tu me dis : fais monter ce peuple ; et tu ne m’as pas fait connaître celui que tu enverras avec moi ; et tu as dis : je te connais par nom, et tu as aussi trouvé grâce à mes yeux » (vers. 12). Moïse supplie que la face de Dieu l’accompagne, comme preuve qu’il a trouvé grâce devant ses yeux. S’il était question de justice seulement, l’Éternel ne pourrait que consumer le peuple, car c’est « un peuple de cou roide ». Mais dès qu’il s’agit de grâce, en rapport avec le médiateur, le fait même que c’est un peuple de cou roide devient un motif d’intercession pour demander la présence de l’Éternel. « Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, Seigneur, que le Seigneur marche, je te prie, au milieu de nous ; car c’est un peuple de cou roide ; et pardonne nos iniquités et nos péchés, et prends-nous pour héritage » (34:9). Ceci est d’une touchante beauté. « Un peuple de cou roide » avait besoin de la grâce illimitée et de l’inépuisable patience de Dieu. Lui seul pouvait le supporter.

« Et l’Éternel dit : Ma face ira, et je te donnerai du repos » (33:14). Quelle part précieuse ! Quelle espérance bénie ! La présence de Dieu avec nous, pendant toute la traversée du désert, et le repos éternel à la fin ! La grâce qui répond à nos besoins présents, et la gloire pour notre part à venir ! Oui, nos cœurs peuvent s’écrier : « Seigneur, c’est assez ! »

Au chapitre 34, Dieu donne les secondes tables, non pas pour être brisées comme les premières, mais pour être cachées dans l’arche, au-dessus de laquelle, nous l’avons déjà remarqué, l’Éternel devait prendre place, comme Seigneur de toute la terre en gouvernement moral. « Et Moïse tailla deux tables de pierre comme les premières, et se leva de bon matin, et monta sur la montagne de Sinaï, comme l’Éternel le lui avait commandé, et prit en sa main les deux tables de pierre. Et l’Éternel descendit dans la nuée, et se tint là avec lui, et cria le nom de l’Éternel. Et l’Éternel passa devant lui, et cria : L’Éternel, l’Éternel ! Dieu, miséricordieux et faisant grâce, lent à la colère, et grand en bonté et en vérité, gardant la bonté envers des milliers de générations, pardonnant l’iniquité, la transgression et le péché, et qui ne tient nullement celui qui en est coupable pour innocent, qui visite l’iniquité des pères sur les fils, et sur les fils des fils, sur la troisième et sur la quatrième génération ! » (vers. 4-7). Ici, il faut s’en souvenir, Dieu est vu dans son gouvernement du monde, et non tel qu’il se manifeste à la croix, tel qu’il apparaît en la face de Jésus Christ, et qu’il est proclamé dans l’évangile de sa grâce. Dieu, dans l’évangile, est dépeint par les paroles suivantes : « Et toutes choses sont du Dieu, qui nous a réconciliés avec lui-même par Christ, et qui nous a donné le service de la réconciliation, savoir, que Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant pas leurs fautes, et mettant en nous la parole de la réconciliation » (2 Cor. 5:18, 19). Ne point « tenir pour innocent », et « ne point imputer », présente deux idées de Dieu totalement différentes. « Visitant les iniquités » et « les ôtant » n’est pas la même chose ; la première, c’est Dieu, agissant dans son gouvernement ; la seconde, c’est Dieu, agissant dans l’évangile. Dans le chap. 3 de 2 Corinthiens, l’apôtre met en opposition le ministère du chap. 34 de l’Exode, avec « le ministère » de l’évangile. Il vaut la peine d’étudier avec soin ce chapitre ; on y voit que celui qui considère le caractère de Dieu, tel qu’il fut révélé à Moïse sur la montagne d’Horeb, comme l’expression du caractère que Dieu revêt dans l’évangile, ne peut avoir de celui-ci qu’une idée bien défectueuse. Je ne découvre, ni ne puis découvrir les profonds secrets du cœur du Père, ni dans la création, ni dans le gouvernement moral. L’enfant prodigue aurait-il trouvé sa place dans les bras de Celui qui se révéla sur le mont Sinaï ? Assurément non. Mais Dieu s’est révélé lui-même dans la face de Jésus Christ ; il a révélé tous ses attributs, en une divine harmonie, dans l’œuvre de la croix. Là, « la bonté et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont entre-baisées » (Ps. 85:10). Le péché est entièrement ôté, et le pécheur qui croit, parfaitement justifié « par le sang de sa croix » (Col. 1:20).

Quand nous pouvons voir Dieu ainsi révélé, nous ne pouvons, comme Moïse, que « nous incliner jusqu’à terre et nous prosterner » (vers. 8). C’est l’attitude qui convient à un pécheur pardonné et reçu dans la présence de Dieu.

 

1.27                   Chapitres 35-40

Ces chapitres contiennent une récapitulation des diverses parties du tabernacle et de ses ustensiles, et comme j’ai déjà développé ce que je crois être la signification des parties les plus saillantes de tout l’ensemble, il serait inutile d’en dire davantage. Il y a cependant deux choses dans cette portion du livre dont nous pouvons retirer une instruction des plus utiles ; ce sont premièrement, le dévouement volontaire ; secondement, l’obéissance implicite du peuple, relativement à l’œuvre du tabernacle d’assignation.

Quant à son dévouement volontaire, il est écrit : « Et toute l’assemblée des fils d’Israël sortit de devant Moïse. Et tout homme que son cœur y porta, et tous ceux qui avaient un esprit libéral, vinrent et apportèrent l’offrande de l’Éternel pour l’œuvre de la tente d’assignation, et pour tout son service, et pour les saints vêtements. Et les hommes vinrent avec les femmes : tout homme qui offrit une offrande tournoyée d’or à l’Éternel, tous ceux qui avaient un esprit libéral apportèrent des anneaux de nez, et des pendants d’oreille, et des anneaux, et des colliers, toutes sortes d’objets d’or. Et tout homme chez qui se trouva du bleu, et de la pourpre, et de l’écarlate, et du coton blanc, et du poil de chèvre, et des peaux de béliers teintes en rouge, et des peaux de taissons, les apporta. Tout homme qui offrit une offrande élevée d’argent et d’airain, apporta l’offrande de l’Éternel ; et tout homme chez qui se trouva du bois de sittim pour toute l’œuvre du service, l’apporta. Et toute femme intelligente fila de sa main, et apporta ce qu’elle avait filé : le bleu, et la pourpre, et l’écarlate, et le fin coton ; et toutes les femmes habiles que leur cœur y porta filèrent du poil de chèvre. Et les princes apportèrent les pierres d’onyx et des pierres à enchâsser pour l’éphod et pour le pectoral ; et les aromates, et l’huile pour le luminaire, et pour l’huile de l’onction, et pour l’encens des drogues odoriférantes. Les fils d’Israël, tout homme et toute femme qui eurent un esprit libéral pour apporter pour toute l’œuvre que, par Moïse, l’Éternel avait commandé de faire, apportèrent une offrande volontaire à l’Éternel » (vers. 20-29). Et plus loin encore : « Et tous les hommes sages qui travaillaient à toute l’œuvre du lieu saint vinrent chacun de l’ouvrage qu’ils faisaient, et parlèrent à Moïse, disant : Le peuple apporte beaucoup plus qu’il ne faut pour le service de l’œuvre que l’Éternel a commandé de faire… car le travail était suffisant pour tout l’ouvrage à faire, et il y en avait de reste » (36:4-7).

Quel charmant tableau du dévouement à l’œuvre du sanctuaire ! Aucun effort, aucun appel n’était nécessaire pour amener le peuple à donner. Non : « Tout homme que son cœur y porta ». C’était le vrai moyen. Les ruisseaux du dévouement volontaire découlaient du dedans. « Les princes », « les hommes » et « les femmes », tous sentaient que c’était un doux privilège pour eux que de donner à l’Éternel, non avec un cœur étroit, ou d’une main avare, mais royalement, tellement qu’ils avaient suffisamment et même de reste.

Ensuite, quant à l’obéissance implicite du peuple, il est écrit : « Selon tout ce que l’Éternel avait commandé à Moïse, ainsi les fils d’Israël firent tout le travail. Et Moïse vit tout il ouvrage, et voici, ils l’avaient fait comme l’Éternel l’avait commandé, ils l’avaient fait ainsi. Et Moïse les bénit » (39:42, 43). L’Éternel avait donné les instructions les plus minutieuses relativement à l’œuvre tout entière du tabernacle. Chaque pieu, chaque soubassement, chaque lacet, chaque anneau, étaient exactement déterminés. Les ressources de l’homme, sa raison ou son sens commun, n’avaient là rien à faire. L’Éternel ne donnait pas à l’homme une esquisse à compléter. Il ne laissait aucune marge dans laquelle l’homme pût faire entrer ses propres combinaisons. Nullement. « Regarde, et fais selon le modèle qui t’en est montré sur la montagne » (Ex. 25:40 ; 26:30 ; Héb. 8:5). Cet ordre ne laissait aucune latitude aux inventions humaines. S’il eût été permis à l’homme de faire un seul pieu, ce pieu aurait été, bien certainement, hors de place au jugement de Dieu. Nous voyons ce que produit le « ciseau » de l’homme au chap. 32 ; béni soit Dieu, il n’a rien à faire et n’a point de place dans le tabernacle. Les Israélites firent, dans cette circonstance, tout juste ce qui leur avait été dit, rien de plus, rien de moins ; et c’est là une salutaire leçon pour l’Église professante ! Il y a plusieurs choses dans l’histoire des Israélites que nous devrions sérieusement chercher à éviter ; leurs murmures impatients, leurs vœux légaux et leur idolâtrie ; mais dans leur dévouement et leur obéissance, nous devrions les imiter. Puissent donc notre dévouement être plus entier, et notre obéissance plus implicite ! Nous pouvons en toute sûreté affirmer que, si tout n’avait pas été fait « selon le modèle montré sur la montagne », nous ne pourrions pas lire à la fin du livre que : « la nuée couvrit la tente d’assignation, et la gloire de l’Éternel remplit le tabernacle ; et Moïse ne pouvait entrer dans la tente d’assignation ; car la nuée demeura dessus, et la gloire de l’Éternel remplissait le tabernacle » (chap. 40:34, 35). Le tabernacle était à tous égards selon le divin modèle, et par suite, il pouvait être rempli de la gloire divine.

Il y a là de précieuses instructions. Nous sommes trop portés à regarder la parole de Dieu comme ne suffisant pas aux plus petits détails qui se rapportent au culte et au service de Dieu. C’est une grande erreur, une erreur qui a une source abondante de fautes et d’égarements dans l’Église professante. La parole de Dieu suffit à tout, soit pour ce qui concerne le salut personnel et la conduite individuelle, soit pour ce qui concerne l’ordre et le gouvernement de l’Assemblée ; car nous lisons que « toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre » (2 Tim. 3:16, 17). Si la parole de Dieu rend un homme parfaitement accompli pour « toute bonne œuvre », il en résulte nécessairement que tout ce qui ne se trouve pas dans ses pages ne peut être une bonne œuvre (comp. Éph. 2:10). Et en outre, souvenons-nous que la gloire divine ne peut s’allier à quoi que ce soit qui n’est pas selon le modèle divin.

 

Cher lecteur, nous avons maintenant parcouru ensemble ce livre précieux. J’ai l’espérance vivante que nous avons recueilli quelque fruit de notre étude ; j’ai la confiance que nous avons réuni quelques pensées fortifiantes au sujet de Jésus et de son sacrifice, à mesure que nous avancions. Nos pensées les plus fortes ne peuvent, il est vrai, être que faibles ; et ce que nous saisissons de plus élevé, n’est que bien superficiel en comparaison de l’intention de Dieu et de sa révélation ! Il est bon de nous souvenir que, par la grâce, nous sommes sur le chemin qui nous conduit à cette gloire où nous connaîtrons « comme nous avons été connus » nous-mêmes, et où nos cœurs s’épanouiront à la clarté de la face de Celui qui est le commencement et la fin de toutes les voies de Dieu, soit en création, soit en providence ou en rédemption. C’est à lui que je vous recommande très affectueusement, corps, âme et esprit. Puissiez-vous connaître l’immense bonheur d’avoir votre part en Christ, et être gardés dans l’attente patiente de sa venue. Amen.

 

1.28                   Notes

1.28.1    Note A

Dans le discours d’Étienne au Sanhédrin, on trouve une allusion à l’acte de Moïse, sur laquelle il peut être bon de dire quelques mots : « Mais quand il fut parvenu à l’âge de quarante ans, il lui vint au cœur de visiter ses frères, les fils d’Israël ; et voyant l’un d’eux à qui l’on faisait tort, il le défendit, et vengea l’opprimé, en frappant l’Égyptien. Or il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main, mais ils ne le comprirent point » (Act. 7:23-25). Il est évident que, dans tout ce discours, le but d’Étienne était de rappeler divers faits de l’histoire de la nation, propres à agir sur les consciences de ceux qui étaient devant lui ; or il eût été tout à fait contraire à ce but, et contraire aussi à la règle de l’Esprit dans le Nouveau Testament, de soulever ici un débat sur la question de savoir si Moïse n’avait pas agi avant le temps ordonné de Dieu.

En outre, il se borne à dire : « Il lui vint au cœur de visiter ses frères ». Il ne dit pas que Dieu l’envoya à cette époque. Cela ne touche, non plus, nullement à la question de l’état moral de ceux qui le rejetèrent. « Ils ne comprirent point ». Tel est le fait quant à eux, quelles que fussent les leçons que Moïse pût avoir personnellement à apprendre sur ce sujet. Tout homme spirituel comprendra cela sans difficulté.

En considérant Moïse comme type, nous pouvons voir, dans ces traits de sa vie, la mission du Christ à Israël, son rejet par les Juifs qui disent : « Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous ». D’un autre côté, si nous considérons Moïse personnellement, nous voyons que, comme d’autres, il a commis des erreurs et manifesté des infirmités ; parfois, il voulait aller trop vite ou trop fort, et parfois, trop lentement ou trop lâchement. Tout cela est facile à comprendre, et ne tend qu’à magnifier la grâce infinie et la patience inépuisable de Dieu.

1.28.2    Note B

Il y a entre l’Égypte et Babylone, une immense différence morale qu’il est important de comprendre. L’Égypte était le lieu d’où Israël était sorti ; Babylone, le lieu dans lequel il fut transporté plus tard (comp. Amos 5:25-27 avec Act. 7:42, 43). L’Égypte est l’expression de ce que l’homme a fait du monde ; Babylone est l’expression de ce que Satan a fait, fait et fera de l’Église professante. Ainsi, nous sommes non seulement environnés des circonstances de l’Égypte, mais encore des principes moraux de Babylone.

Ceci fait de nos temps ce que le Saint Esprit a appelé des « temps fâcheux » (2 Timothée 3:1). Il faut une énergie spéciale de l’Esprit de Dieu et une soumission entière à l’autorité de l’Écriture, pour faire face à la puissance combinée des réalités de l’Égypte d’un côté, et de l’esprit et des principes de Babylone de l’autre. Les premiers répondent aux désirs naturels du cœur, tandis que les derniers s’adressent à la religiosité naturelle et s’allient avec elle, ce qui leur donne une grande prise sur le cœur. L’homme est un être religieux et particulièrement accessible à l’influence de la musique, de la sculpture, de la peinture et de la pompe des rites et des cérémonies religieuses. Quand ces choses s’allient dans le monde à tout ce qui peut satisfaire les besoins naturels de l’homme, bien plus, à tout le confort et à la somptuosité de la vie, il n’y a que la puissance de la Parole et de l’Esprit de Dieu qui puisse garder quelqu’un dans la fidélité à Christ.

Il faut aussi remarquer qu’il y a une différence très grande entre les destinées de l’Égypte et celles de Babylone. Le chapitre 19 d’Ésaïe place devant nos yeux les bénédictions réservées à l’Égypte ; il se termine comme suit : « Et l’Éternel frappera l’Égypte ; il frappera, et il guérira ; et ils se tourneront vers l’Éternel, et il leur sera propice et les guérira. En ce jour-là, il y aura un chemin battu de l’Égypte à l’Assyrie, et l’Assyrie viendra en Égypte, et l’Égypte en Assyrie, et l’Égypte servira avec l’Assyrie… En ce jour-là, Israël sera le troisième, avec l’Égypte et avec l’Assyrie, l’ouvrage de mes mains, et Israël, mon héritage » (vers. 22-25).

La fin de l’histoire de Babylone est bien différente, soit qu’on la considère littéralement comme une ville, soit qu’on la considère comme un système spirituel. « Et j’en ferai une possession du butor, et des mares d’eau ; et je la balayerai avec le balai de la destruction, dit l’Éternel des armées » (Ésaïe 14:23). « Elle ne sera jamais habitée, et on n’y demeurera pas, de génération en génération, et l’Arabe n’y dressera pas sa tente, et les bergers n’y feront pas reposer leurs troupeaux » (Ésaïe 13:20). Voilà pour ce qui concerne la Babylone littérale. Considérée à un point de vue mystique ou spirituel, nous en trouvons la description au chap. 18 de l’Apocalypse. La fin de cette Babylone y est annoncée comme suit : « Et un ange puissant leva une pierre, comme une grande meule, et la jeta dans la mer, disant : Ainsi sera jetée avec violence Babylone la grande ville, et elle ne sera plus trouvée » (v. 21).

Avec quelle solennité ces paroles ne devraient-elles pas frapper les oreilles de tous ceux qui sont, d’une manière quelconque, unis à Babylone, c’est-à-dire à la fausse Église professante ! « Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés, et que vous ne receviez pas de ses plaies ! » (Apoc. 18:4). La « puissance » du Saint Esprit doit nécessairement produire une « forme » particulière, et le but de l’ennemi a toujours été de dépouiller l’Église professante de la puissance, tout en la poussant à retenir et à perpétuer la forme, à stéréotyper la forme, alors que l’esprit et la vie ont disparu. C’est ainsi qu’il construit la Babylone spirituelle. Les pierres dont elle est bâtie sont des professants privés de vie, et le mortier qui les unit est une « forme de piété sans la puissance ».

Mon cher lecteur, étudions-nous à comprendre ces choses pleinement, clairement et efficacement !

1.28.3    Note C

Il est intéressant de remarquer la place qu’occupe cet anathème foudroyant ; il se trouve à la fin d’une longue épître, dans le courant de laquelle l’apôtre eut à réprimer quelques-uns des péchés les plus grossiers, et plusieurs erreurs de doctrine. Combien donc est solennel et significatif le fait que, quand il vient à prononcer son anathème, il le lance non contre ceux qui ont introduit ces erreurs et ces péchés, mais contre celui qui « n’aime pas le Seigneur Jésus Christ ». Pourquoi cela ? Est-ce parce que l’Esprit de Dieu fait peu de cas des erreurs ou du mal ? Non assurément ; l’épître toute entière révèle quelles sont ses pensées à son égard. Mais il est toujours vrai que quand le cœur est rempli d’amour pour le Seigneur Jésus Christ, il y a une sauvegarde positive contre toute espèce de fausse doctrine et de mauvaise pratique. Si quelqu’un n’aime pas Christ, on ne peut répondre des idées qu’il pourra adopter, ou de la marche qu’il pourra suivre. De là la forme de l’anathème apostolique et la place qu’il occupe.