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Job et ses amis

 

C.H.Mackintosh

 

4ème éd. Guignard, Vevey, 1943 — Les titres et sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1       Chapitre 1 — Job, ce qu’il est, ce qu’il fait

2       Chapitre 2 — Le travail de Dieu

3       Chapitre 3 — L’action des trois amis

4       Chapitre 4 — Élihu

5       Chapitre 5 — Application – Digression : l’état de notre cœur et de notre conscience

6       Chapitre 6 — Action de l’Esprit de Dieu

7       Chapitre 7 — Le travail final opéré chez Job

 

Table des matières détaillée :

1       Chapitre 1 — Job, ce qu’il est, ce qu’il fait

1.1         Job, ce qu’il était, ce qu’il faisait

1.2         Besoin d’être dépouillé de lui-même

1.3         Découverte de la fausseté du monde et de sa versatilité

1.4         Invectives amères contre les autres

1.5         Contraste avec le Seigneur Jésus

2       Chapitre 2 — Le travail de Dieu

2.1         Dieu travaille pour opérer la contrition d’esprit

2.2         Dieu se servant de Satan comme d’un instrument

2.3         La « fin » (= le but) du Seigneur

3       Chapitre 3 — L’action des trois amis

3.1         Insoumission et révolte de Job

3.2         Contraste avec « Ma grâce te suffit » appris par Paul

3.3         Les trois amis de Job, leurs caractéristiques et leur action

3.3.1      Éliphaz : l’expérience

3.3.2      Bildad : la tradition des anciens

3.3.3      Tsophar : le légalisme

3.4         Effet des trois amis sur Job

4       Chapitre 4 — Élihu

4.1         Le tort de Job : se justifier devant Dieu

4.2         Élihu voit clair devant les deux partis

4.3         Il ne s’agit pas de faire des compromis sur la vérité

4.4         Élihu introduit Dieu sur la scène

4.5         Inutilité de l’expérience, de la tradition et du légalisme pour répondre à la propre justice

4.6         Le ministère de l’Esprit de Dieu

5       Chapitre 5 — Application – Digression : l’état de notre cœur et de notre conscience

5.1         Rôle néfaste du « Moi »

5.2         La lumière du christianisme

5.3         Étendue restreinte des connaissances de Job et de son temps

5.4         Inconséquences de ceux qui « savent »

5.5         Quand la marche et la piété pratique ne sont pas à la hauteur de la connaissance de la vérité

5.6         Ne pas tolérer le relâchement, l’indifférence et la tiédeur laodicéennes

6       Chapitre 6 — Action de l’Esprit de Dieu

6.1         La jeunesse : ses qualités et ses défauts

6.2         Puissance et discernement par l’Esprit de Dieu

6.3         Être remplis de l’Esprit de Dieu

7       Chapitre 7 — Le travail final opéré chez Job

7.1         Présenter Dieu à l’âme

7.2         Élihu : ministère de grâce (et de vérité)

7.3         Comprendre que Dieu est plus grand que l’homme. C’est Lui qui déclare ce qui est juste

7.4         Comprendre que Dieu s’occupe de nous

7.5         Résultat des propos d’Élihu et de Dieu sur Job

 

 

 

1         Chapitre 1 — Job, ce qu’il est, ce qu’il fait

1.1       Job, ce qu’il était, ce qu’il faisait

Le livre de Job occupe une place toute particulière dans la parole de Dieu. Il a un caractère à lui ; il renferme des enseignements qui ne se trouvent dans aucune autre portion de l’Écriture Sainte, mais que Dieu a réservés pour l’utilité et la bénédiction de son peuple. Nous croyons rendre service à plus d’un lecteur en venant en aide à intelligence par l’examen du précieux contenu de ce livre auquel on attache en général trop peu d’importance. Que le Seigneur veuille nous accorder sa bénédiction à cet effet !

Les premières pages présentent à nos yeux le patriarche Job lui-même. Nous le voyons entouré de tout ce qui pouvait lui procurer une place importante dans le monde et le lui rendre agréable : « il y avait dans le pays d’Uts un homme dont le nom était Job ; et cet homme était parfait et droit, craignant Dieu, et se retirant du mal ». — Nous voyons là ce qu’il était dans sa vie. Voyons maintenant ce qu’il avait. « Et il lui naquit sept fils et trois filles ; et il possédait sept mille brebis, et trois mille chameaux, et cinq cents paires de bœufs, et cinq cents ânesses ; et il avait un très grand nombre de serviteurs ; et cet homme était plus grand que tous les fils de l’Orient. Et ses fils allaient et faisaient un festin, chacun dans sa maison, à son jour ; et ils envoyaient appeler leurs trois sœurs pour manger et pour boire avec eux ». — Enfin, pour compléter le tableau, examinons ce qu’il faisait. « Et il arrivait que, quand les jours de festin étaient terminés, Job envoyait vers eux et les sanctifiait : il se levait de bonne heure le matin et offrait des holocaustes selon leur nombre à tous, car Job disait : Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils maudit Dieu dans leurs cœurs. Job faisait toujours ainsi ». Voilà donc un homme modèle comme il y en a fort peu. Il était parfait, droit, pieux, et se détournait du mal. En outre, la main de Dieu le protégeait de toutes parts et avait répandu sur son chemin les plus riches bénédictions. Il possédait tout ce que le cœur naturel peut désirer — des enfants et des richesses en quantité ; de l’honneur et de la distinction plus que tous ceux qui l’entouraient. En un mot, nous osons presque dire que la coupe de son bonheur terrestre était comble.

 

1.2       Besoin d’être dépouillé de lui-même

Mais il fallait que Job fût éprouvé. Il existait dans son cœur une racine profonde, cachée, qui devait être amenée à la lumière et jugée. Nous aurons en effet déjà discerné cette racine dans les paroles citées. Il dit : « Peut-être mes fils ont-ils péché ». Il semble ne pas penser à la possibilité d’un péché de sa part. Une âme qui s’est jugée et qui, brisée devant Dieu, sent son propre état, ses penchants et ses tendances, pensera avant tout à ses péchés à elle et à la nécessité d’offrir un holocauste pour ceux-ci.

N’oublions pas, toutefois, que Job était réellement un saint de Dieu, participant de la vie divine et éternelle. Nous ne pouvons pas assez le certifier. Au premier chapitre il était un homme de Dieu aussi bien qu’il l’est encore dans le chapitre quarantième. Si nous ne saisissons pas clairement ceci, nous nous priverons d’une des grandes instructions de ce livre. Ce point est mis hors le doute au huitième verset du premier chapitre : Et l’Éternel dit à Satan : As-tu considéré mon serviteur Job, qu’il n’y a sur la terre aucun homme comme lui, parfait et droit, craignant Dieu, et se retirant du mal ? » — Cependant, malgré tout cela, il n’avait jamais sondé les profondeurs de son cœur. Il ne se connaissait pas. Il n’avait jamais réellement saisi la vanité de sa propre réputation, ni sa totale corruption. Il n’avait jamais appris à dire : « Je sais qu’en moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien » (Rom. 7v18). À moins que ce point de vue ne soit maintenu, le livre de Job ne sera jamais compris. Job fut appelé à passer par des exercices profonds et douloureux, dont le vrai but nous échappera si nous n’avons pas l’œil sur le fait sérieux que sa conscience n’avait jamais été réellement en la présence de Dieu, qu’il ne s’était jamais vu dans la lumière, ne s’était jamais mesuré à la mesure divine, et ne s’était jamais pesé à la balance du sanctuaire de Dieu. Au chap. 29, nous en trouverons la preuve la plus frappante : là nous verrons s’étaler la forte et profonde racine de la satisfaction de soi-même dans le cœur de ce cher et honoré serviteur de Dieu — racine qui trouvait un aliment dans les marques signalées de la faveur dont Dieu l’entourait. Tout le chapitre renferme une plainte touchante au sujet de l’éclat terni de ses jours d’autrefois ; or, le ton et le caractère de cette lamentation prouvent, précisément, qu’il était nécessaire que Job fût éclairé, pour apprendre à se connaître lui-même dans la lumière de la présence de Dieu qui sonde toutes choses. Écoutons ses paroles :

« Oh ! que ne suis-je comme aux mois d’autrefois, comme aux jours où Dieu me gardait ; quand sa clarté luisait sur ma tête, et que dans les ténèbres je marchais à sa lumière ; comme j’étais aux jours de mon automne, quand le conseil secret de Dieu présidait sur ma tente ; quand le Tout-Puissant était encore avec moi, et que mes jeunes gens m’entouraient ; quand je lavais mes pas dans le caillé, et que le rocher versait auprès de moi des ruisseaux d’huile ! — Quand je sortais pour aller à la porte par la ville, quand je préparais mon siège sur la place : les jeunes gens me voyaient et se cachaient, et les vieillards se levaient et se tenaient debout ; les princes s’abstenaient de parler et mettaient la main sur leur bouche, la voix des nobles s’éteignait, et leur langue se collait à leur palais. Quand l’oreille m’entendait, elle m’appelait bienheureux ; quand l’œil me voyait, il me rendait témoignage ; car je délivrais le malheureux qui implorait du secours, et l’orphelin qui était sans aide. La bénédiction de celui qui périssait venait sur moi, et je faisais chanter de joie le cœur de la veuve. Je me vêtais de la justice, et elle me revêtait ; ma droiture m’était comme un manteau et un turban. J’étais, moi, les yeux de l’aveugle et les pieds du boiteux ; j’étais un père pour les pauvres, et j’examinais la cause de celui qui m’était inconnu ; et je brisais la mâchoire de l’inique, et d’entre ses dents j’arrachais la proie. Et je disais : J’expirerai dans mon nid, et mes jours seront nombreux comme le sable ; ma racine sera ouverte aux eaux, et la rosée séjournera sur ma branche ; ma gloire restera toujours nouvelle avec moi, et mon arc rajeunira dans ma main. On m’écoutait et on attendait, et on se taisait pour avoir mon conseil ; après que j’avais parlé on ne répliquait pas, et mon discours distillait sur eux ; et on m’attendait comme la pluie, et on ouvrait la bouche comme pour la pluie de la dernière saison. Si je leur souriais, ils ne le croyaient pas, et ils ne troublaient pas la sérénité de ma face. Je choisissais pour eux le chemin et je m’asseyais à leur tête, et je demeurais comme un roi au milieu d’une troupe, comme quelqu’un qui console les affligés. Et maintenant, ceux qui sont plus jeunes que moi se moquent de moi, ceux dont j’aurais dédaigné de mettre les pères avec les chiens de mon troupeau ».

Ce sont, en effet, des expressions très remarquables. Elles n’ont rien qui ressemble au gémissement d’un esprit brisé et contrit. Rien n’annonce chez lui de l’aversion pour soi-même et la défiance qui en résulte ; aucune conscience de faiblesse ou d’impuissance. Dans le cours de ce seul chapitre, Job en appelle plus de quarante fois à lui-même, tandis que ses pensées ne se rapportent à Dieu que cinq fois. Là tout nous rappelle le « moi » qui prédomine dans le septième chapitre aux Romains : avec cette grande différence, toutefois, que dans l’épître, une pauvre, faible et misérable créature se trouve en présence de la sainte loi de Dieu, au lieu que, dans Job 29, le « moi » appartient à une personnalité importante, influente, admirée et presque adorée de ses semblables.

 

1.3       Découverte de la fausseté du monde et de sa versatilité

Job devait dès lors être dépouillé de tout cela ; et si nous comparons le chap. 29 avec le chap. 30, nous pourrons nous représenter combien la marche de ce dépouillement a dû être douloureuse. Les premiers mots : « Et maintenant » ont une force particulière. Job dépeint le contraste frappant entre ces deux chapitres. Au chap. 30, il n’est occupé que de lui-même. Ici, on n’entend que les « moi » et « je » ; mais combien tout est changé ! Les mêmes hommes qui le flattaient dans le temps de sa prospérité, le traitent avec mépris au moment de son malheur. Ainsi en est-il toujours dans ce pauvre monde, faux et trompeur. Tout fera voir une fois la fausseté du monde, de même que l’esprit versatile de ceux qui sont prêts à crier aujourd’hui leur « Hosanna ! » et demain leur « Crucifie-le ! » On ne peut se fier à l’homme. Tout sourit, quand le soleil luit ; mais attendez que viennent les coups de vent de l’hiver, et l’on verra jusqu’à quel point on peut compter sur les assurances et les promesses de la nature. Tant que le « fils prodigue » avait encore du bien à dissiper, il trouva des amis pour profiter de son abondance ; mais lorsqu’il commence à être dans le besoin, « personne ne lui donne rien ».

 

1.4       Invectives amères contre les autres

Ainsi en fut-il de Job, comme nous le voyons au chap.30. Néanmoins, l’affranchissement de soi-même et la découverte de la fausseté et de l’inconstance du monde ne sont pas tout ce dont on a besoin. On peut faire toutes ces expériences, et pour tout résultat n’avoir que le chagrin et le désenchantement, si l’on n’arrive pas jusqu’à Dieu. Tant que le cœur n’a pas trouvé en Dieu sa pleine satisfaction, il recule désolé, en voyant le revers du bonheur humain ; alors la découverte de l’inconstance et de la fausseté des hommes le remplit d’amertume. C’est ce que nous apprennent les paroles de Job au chap. 30. « Et maintenant, ceux qui sont plus jeunes que moi se moquent de moi, ceux dont j’aurais dédaigné de mettre les pères avec les chiens de mon troupeau ». Était-ce là le sentiment de Christ ? Est-ce que Job aurait ainsi parlé à la fin du livre ? Certainement pas. Oh, non, cher lecteur ! (*) Lorsque Job se trouva dans la présence de Dieu il en eut fini avec l’égoïsme (du chap. 29), et avec l’amertume (du chap.30). Écoutons encore ses épanchements. « Fils d’insensés, et fils de gens sans nom, ils sont chassés du pays. Et maintenant, je suis leur chanson et je suis le sujet de leur entretien. Ils m’ont en horreur, ils se tiennent loin de moi, et n’épargnent pas à ma face les crachats ; car Il a délié ma corde et m’a affligé : ils ont jeté loin tout frein devant moi. Cette jeune engeance se lève à ma droite ; ils poussent mes pieds et préparent contre moi leur chemin pernicieux ; ils détruisent mon sentier, ils contribuent à ma calamité, sans que personne leur vienne en aide ; ils viennent comme par une large brèche, ils se précipitent au milieu du fracas. Des terreurs m’assaillent, elles poursuivent ma gloire comme le vent, et mon état de sûreté est passé comme une nuée ».

 

(*) On peut se souvenir que, dans un cas particulier, un apôtre, serviteur de Christ, a été contraint de se recommander et de se glorifier ou de se vanter un peu comme ouvrier du Seigneur. Loin de se complaire là-dedans, il s’appelle quatre fois insensé et une fois, fou (2 Cor. 11:16, 17, 21, 23 ; 12:11). Puis, il en revient aussitôt à sa faiblesse, à ses infirmités et à l’écharde en la chair. (Trad.)

 

1.5       Contraste avec le Seigneur Jésus

Tout cela constituait les tristes expériences de Job. Mais des lamentations sur un bonheur évanoui, d’amères invectives contre les autres hommes ne servent à rien pour le cœur, pas plus que pour manifester l’esprit et la pensée de Christ, ou pour glorifier son saint Nom. Si nous regardons à la personne bénie du Seigneur, nous trouvons tout autre chose : Jésus, « débonnaire et humble de cœur », rencontra la résistance de ce monde ; toute son attente fut frustrée au milieu de son peuple d’Israël ; enfin l’incrédulité et le manque d’intelligence de ses disciples, tout cela Jésus s’y soumit en disant simplement : « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi ». Il était à même de se tenir à part de l’agitation des hommes, pour prendre son refuge en Dieu. De là, il faisait entendre cette douce parole : « Venez à moi — je vous donnerai du repos » (Matt. 11). Aucun dépit ; ni amertume, ni invectives, ni paroles dures ou désobligeantes, chez ce miséricordieux Seigneur, descendu dans un monde froid et sans cœur, pour y révéler l’amour parfait de Dieu et y poursuivre son service malgré toute la haine des hommes.

Il faut que les plus justes et les meilleurs des hommes rentrent dans l’ombre dès qu’on les compare à la mesure parfaite de l’amour de Christ. La lumière de sa gloire morale manifeste les défauts et les imperfections des plus parfaits entre les fils des hommes : « Afin qu’en toutes choses il tienne, lui, la première place ». Il dépasse de beaucoup Job ou Jérémie, s’il s’agit d’un patient dévouement par rapport à ce qu’il avait à supporter. Job succomba sous le poids de l’affliction. Il laissa échapper un torrent d’invectives amères contre son prochain ; puis il maudit le jour de sa naissance. « Après cela, Job ouvrit sa bouche et maudit son jour. Et Job prit la parole et dit : Périsse le jour auquel je naquis, et la nuit qui dit : Un homme a été conçu ! » (Chap. 3:1-3).

Nous trouvons cela, même chez Jérémie, cet homme béni de Dieu. Lui aussi, ne pouvant résister à la pression d’épreuves diverses et accumulées, donna essor à ses sentiments par des paroles amères : « Maudit le jour où je naquis ! Que le jour où ma mère m’enfanta ne soit point béni ! Maudit l’homme qui annonça des nouvelles à mon père, disant : Un enfant mâle t’est né, et qui le combla de joie ! Que cet homme-là soit comme les villes que l’Éternel a renversées sans s’en repentir ! Qu’il entende des cris le matin, et des clameurs au temps de midi ; parce qu’il ne m’a pas fait mourir dès le ventre. Ou ma mère, que n’a-t-elle pas été mon sépulcre ! et son ventre, que ne m’a-t-il toujours porté ! Pourquoi suis-je sorti du ventre, pour voir le trouble et l’affliction, et pour que mes jours se consument dans l’opprobre ? » (Jér. 20:14-18).

Quel langage ! Il maudit l’homme qui apporta la nouvelle de sa naissance ; il le maudit parce que cet homme ne l’a pas fait mourir. Quel contraste présentent le patriarche et le prophète, en face de Jésus de Nazareth, doux et humble de cœur ! Lui, le Sauveur irréprochable, a traversé des épreuves plus nombreuses et plus terribles que tous ses serviteurs ensemble. Cependant, jamais un murmure n’arriva sur ses lèvres. Il se soumit à tout ; il marcha au devant des heures les plus sombres, avec ces mots : « La coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ? » Précieux Seigneur, Fils du Père, combien tu es digne d’adoration ! Louange et adoration soient offertes à ton amour infini !

 

2         Chapitre 2 — Le travail de Dieu

2.1       Dieu travaille pour opérer la contrition d’esprit

Les voies de Dieu envers les âmes sont le champ le plus fertile que ce livre présente à notre méditation. Le grand but de l’œuvre de Dieu en nous est d’y exciter une réelle contrition et une vraie humiliation ; d’éloigner de nous toute fausse justice ; de nous délivrer de toute confiance en nous-mêmes et de nous montrer Christ comme notre seul appui. Tous ont, pour ainsi dire, à passer par l’opération du dépouillement et de l’abandon d’eux-mêmes. Chez plusieurs, cette opération précède la conversion. Chez d’autres elle la suit. Quelques-uns sont amenés à Christ par de pénibles expériences de cœur et de conscience qui, souvent, durent toute leur vie ; d’autres obtiennent cette même grâce à travers des exercices d’âme comparativement faciles. Les derniers ont saisi promptement la bonne nouvelle de la rémission des péchés procurée par la mort expiatoire de Christ. Leur cœur est aussitôt rempli de joie. Mais en tout cas, l’œuvre du dépouillement doit suivre, et elle se montre souvent avec une telle force que l’âme est ébranlée jusqu’à éprouver des doutes sur sa conversion.

Cela est très pénible, mais absolument nécessaire. Le « moi » doit être, tôt ou tard, connu et jugé. Si l’on n’apprend pas à le connaître dans la communion de Dieu, il faut qu’on l’apprenne par l’expérience amère de quelque chute : « En sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu ». Il nous faut donc apprendre à connaître notre entière impuissance à tous égards, pour que nous puissions goûter la douceur et la consolation de cette vérité, que Christ nous a été fait, de la part de Dieu, sagesse, justice, sainteté et rédemption. Dieu veut voir des vases vides. Ne l’oublions pas. C’est une vérité sérieuse et immuable. « Car ainsi dit celui qui est haut élevé et exalté, qui habite l’éternité, et duquel le nom est le Saint : J’habite le lieu haut élevé et saint, et avec celui qui est abattu et d’un esprit contrit, pour revivifier l’esprit de ceux qui sont contrits, et pour revivifier le cœur de ceux qui sont abattus ». Et encore : « Ainsi dit l’Éternel : Les cieux sont mon trône, et la terre le marchepied de mes pieds ; quelle est la maison que vous me bâtirez, et quel est le lieu de mon repos ? Toutes ces choses, ma main les a faites, et toutes ces choses ont été, dit l’Éternel. Mais c’est à celui-ci que je regarderai ; à l’affligé, et à celui qui a l’esprit contrit et qui tremble à ma parole ». (És. 57:15 ; 66:1, 2).

Ce sont des paroles applicables à nous tous. La contrition d’esprit (un esprit brisé) est le besoin particulier du moment actuel. La majeure partie de nos souffrances est nécessitée à cause de ce besoin. Il est vraiment étonnant de voir quels progrès nous faisons dans la vie de famille, dans l’assemblée, dans le monde, dans toute notre vie, quand le moi est subjugué et mortifié. Maintes choses qui, sans cela, enflammeraient nos cœurs, sont reconnues dans toute leur non-valeur, lorsque nos âmes ont été matées. Nous pouvons alors supporter les torts et les injures ; passer par-dessus les mépris et les affronts ; mettre sous nos pieds nos caprices, nos fantaisies et nos préjugés. Nous sommes ainsi rendus capables de faire les bonnes œuvres et les actions qui ornent la doctrine de Dieu notre Sauveur. Mais, hélas ! que de fois il en est autrement de nous ! Combien souvent nous montrons un esprit opiniâtre, inflexible, combien souvent nous tenons à nos droits, combien nous avons notre intérêt, nos propres avantages en vue, n’étant occupés que de nos propres personnes ! Tout cela montre distinctement que notre moi n’est pas mesuré et jugé dans la présence de Dieu.

Toutefois, nous le répétons avec force : Dieu veut avoir des vases vides. Il nous aime trop, pour pouvoir nous laisser dans notre dureté et notre roideur ; c’est pourquoi il trouve nécessaire de nous faire passer par toutes sortes d’exercices pour nous amener à un état d’âme où il puisse nous employer pour sa gloire. Il faut que la volonté soit brisée, la confiance en soi extirpée jusqu’à la racine. Dieu veut faire servir à la discipline du cœur et au brisement de la propre volonté la scène et les circonstances que nous avons à traverser, ainsi que les hommes avec lesquels nous avons à faire dans la vie de chaque jour. Tout cela se présente clairement devant nos yeux dans le livre de Job. Il est très évident que Job avait besoin d’être criblé sérieusement. S’il en avait été autrement, le Dieu de bonté lui aurait certainement épargné les rudes épreuves qu’il dut traverser. Ce ne fut sans doute pas sans un but qu’il permit à Satan de décocher des flèches meurtrières contre son cher serviteur. Nous pouvons dire avec assurance que Dieu n’aurait aucunement permis une telle série d’angoisses, si l’état de Job ne l’eût pas réclamé. Dieu l’aimait d’un amour parfait ; mais c’était un amour sage et fidèle, un amour qui pouvait pénétrer dans le cœur de son serviteur, et y découvrir une mauvaise racine morale, que Job n’aurait jamais vue ni jamais jugée non plus. Quelle grâce d’avoir à faire avec un tel Dieu ! Quelle grâce d’être confié aux mains de Celui qui ne s’épargne aucune peine pour briser en nous tout ce qui Lui est contraire, et pour y produire son image bénie !

 

2.2       Dieu se servant de Satan comme d’un instrument

Il est très important de voir que Dieu peut se servir de Satan comme d’un instrument pour la discipline de Son peuple. Nous trouvons ce cas dans la vie de l’apôtre Pierre, ainsi que dans celle du patriarche Job. Pierre devait être criblé, et Satan fut employé à cette œuvre. « Simon, Simon, voici, Satan a demandé à vous avoir pour vous cribler comme le blé ». C’était là une nécessité impérieuse. Il y avait dans le cœur de l’apôtre une racine cachée à mettre à découvert — la racine de la confiance en soi. Son fidèle Seigneur trouva absolument nécessaire de le faire passer par un traitement sérieux et pénible, afin que la racine en question fût amenée à la lumière et jugée. Pour cette raison donc, il fut permis à Satan de cribler Pierre, afin qu’il ne revînt jamais à se confier en son propre cœur, mais qu’il poursuivît à l’avenir son chemin avec prudence. Il faut à Dieu des vases vides, qu’il s’agisse d’un patriarche ou d’un apôtre. Tout, dans l’homme, doit être maté et assujetti, afin que la gloire divine puisse resplendir en lui avec un éclat constant.

Ah ! si Job avait connu ce grand principe, s’il avait saisi le but divin, il aurait tout supporté d’une autre manière ! Mais il avait, comme nous, sa leçon à apprendre ; et par son histoire, le Saint Esprit nous montre pour notre profit, de quelle manière cette leçon fut enseignée à Job.

« Or, un jour, il arriva, que les fils de Dieu vinrent se présenter devant l’Éternel, et Satan aussi vint au milieu d’eux. Et l’Éternel dit à Satan : D’où viens-tu ? Et Satan répondit à l’Éternel et dit : De courir çà et là sur la terre et de m’y promener. Et l’Éternel dit à Satan : As-tu considéré mon serviteur Job, qu’il n’y a sur la terre aucun homme comme lui, parfait et droit, craignant Dieu et se retirant du mal ? Et Satan répondit à l’Éternel et dit : Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? Ne l’as-tu pas toi, entouré de toutes parts d’une haie de protection, lui, et sa maison, et tout ce qui lui appartient ? Tu as béni le travail de ses mains, et tu as fait abonder son avoir sur la terre. Mais étends ta main et touche à tout ce qu’il a, tu verras s’il ne te maudit pas en face ». (Chap. 1:6-11). Combien la méchanceté de Satan se présente ici clairement devant nous ! Quelle description saisissante de la manière dont il surveille et observe les voies et les œuvres du peuple de Dieu ! Qu’il connaît bien le caractère humain ! Quelle connaissance exacte il possède de l’état intellectuel et moral de l’homme ! Combien il est terrible de tomber entre ses mains ! Il est toujours aux aguets, et toujours prêt, si Dieu le permet, à exercer sa méchanceté contre les chrétiens.

Il est très sérieux de penser à tout cela. Puisque, en effet, nous sommes en spectacle, là où Satan exerce sa domination, cette pensée doit nous faire suivre une marche humble et prudente. Il est impuissant en face d’une âme qui demeure dans la dépendance et l’obéissance ; Dieu en soit béni ! Satan ne peut pas outrepasser d’un cheveu la limite tracée par l’ordre divin. Ainsi en fut-il avec Job. « Et l’Éternel dit à Satan : voici, tout ce qu’il a est en ta main, seulement tu n’étendras pas ta main sur lui » (v. 12). Ici donc, il est permis à Satan de mettre la main sur ce qui appartient à Job ; de lui ravir ses enfants et de le jeter dans le dénuement. Aussi ne perd-il pas un instant pour entreprendre son œuvre. Avec une promptitude étonnante il exécute sa commission. Coup sur coup tombe avec rapidité sur la tête du patriarche. À peine l’un des messagers a-t-il transmis sa triste nouvelle, aussitôt un autre apparaît avec une nouvelle encore plus terrible ; jusqu’à ce que, enfin, le serviteur de Dieu affligé « déchira sa robe, et rasa sa tête, et se jeta à terre et se prosterna. Et il dit : Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y retournerai ; l’Éternel a donné, et l’Éternel a pris ; que le nom de l’Éternel soit béni ! » (vers. 20-21).

Combien ces événements sont saisissants ! Être privé, en un instant de ses dix enfants, puis transporté d’un bien-être princier dans une complète misère, c’était, humainement parlant, une cause suffisante pour être ébranlé. Quel cruel contraste entre les premières et les dernières lignes de ce chapitre ! Au commencement nous voyons Job entouré d’une nombreuse famille et possédant de grands biens, et puis, à la fin, nous le voyons laissé seul dans une pauvreté extrême. Et c’était Satan, qui avec la permission, et même avec un message de la part de Dieu, l’avait réduit à cet état. Quelle pensée ! Mais quel était le but de ceci ? Il arriva que c’était pour procurer un profit immense et durable à l’âme précieuse de Job. Dieu vit que son serviteur avait besoin d’une leçon qu’il ne pouvait apprendre par aucun autre moyen que celui de passer, en quelque sorte, par le feu de l’épreuve. Mais poursuivons :

« Or, un jour, il arriva que les fils de Dieu vinrent se présenter devant l’Éternel, et Satan aussi vint au milieu d’eux se présenter devant l’Éternel. Et l’Éternel dit à Satan : D’où viens-tu ? Et Satan répondit à l’Éternel et dit : De courir çà et là sur la terre et de m’y promener. Et l’Éternel dit à Satan : As-tu considéré mon serviteur Job, qu’il n’y a sur la terre aucun homme comme lui, parfait et droit, craignant Dieu, et se retirant du mal ? Et encore il reste ferme dans sa perfection, alors que tu m’as incité contre lui pour l’engloutir sans cause. Et Satan répondit à l’Éternel et dit : Peau pour peau, et tout ce qu’un homme a, il le donnera pour sa vie ; mais étends ta main et touche à ses os et à sa chair : tu verras s’il ne te maudit pas en face. Et l’Éternel dit à Satan : Le voilà entre tes mains, seulement épargne sa vie. Et Satan sortit de la présence de l’Éternel ; et il frappa Job d’un ulcère malin, depuis la plante de ses pieds jusqu’au sommet de sa tête. Et il prit un tesson pour s’en gratter, et il était assis dans la cendre. Et sa femme lui dit : Restes-tu encore ferme dans ta perfection ? Maudis Dieu et meurs. Et il lui dit : Tu parles comme parlerait l’une des insensées ; nous avons reçu le bien aussi de la part de Dieu, et nous ne recevrions pas le mal ? En tout cela Job ne pécha point de ses lèvres » (chap. 2:1-10).

 

2.3       La « fin » (= le but) du Seigneur

Ce sont là des paroles remarquables. Elles nous montrent la place que Satan occupe par rapport au gouvernement de Dieu. Il n’est rien qu’un instrument ; quoique toujours prêt à accuser le peuple de Dieu, il ne peut cependant exécuter que ce que Dieu lui permet. Ses efforts, pour autant qu’il s’agit de Job, ont échoué ; après qu’il a essayé les moyens extrêmes, il disparaît ; qu’elles qu’aient pu être comme toujours les tentations intérieures de Job, nous n’entendons plus parler de Satan dans notre livre. Job avait montré qu’il pouvait garder son intégrité ; si les choses s’étaient terminées là, il aurait trouvé dans sa patience un terrain encore plus ferme pour sa propre justice, et pour se complaire en lui-même. « Vous avez ouï parler de la patience de Job », dit Jacques. Et puis ensuite : « Vous avez vu la fin du Seigneur, savoir que le Seigneur est plein de compassion et miséricordieux » (Jacq. 5:11). S’il ne s’était agi que de la patience de Job, il aurait été encore affermi dans sa confiance en lui-même ; et la « fin du Seigneur » n’aurait pas été atteinte. — Car, pour sûr, la vive sympathie et la miséricorde du Seigneur ne sont goûtées que par ceux qui ont l’esprit humilié et le cœur brisé. Job n’en était pas là. Lors même qu’il était assis dans la cendre, il n’était pas complètement brisé devant Dieu. Il était encore le grand homme — aussi grand dans son infortune que dans le temps de son bien-être — aussi grand sous les coups de vent violents et desséchants de l’adversité, qu’il l’était au beau soleil de jours meilleurs. Le cœur de Job n’était pas encore atteint. Il n’était pas encore préparé à s’écrier : « Voici, je suis une créature de rien », et « J’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre » (chap. 39:37 ; 42:6).

Nous ne pouvons assez faire attention à ce point. Il présente en grande partie la clef de tout le livre de Job. Le but de Dieu était de découvrir aux yeux de Job les profondeurs de son propre cœur, afin qu’il apprît à se réjouir de la grâce et de la miséricorde de Dieu, et à n’attacher aucune valeur à son excellence à lui, excellence qui est comme une nuée du matin, et comme la rosée qui se dissipe. Job était un vrai saint de Dieu ; toutes les accusations de Satan étaient écartées ; néanmoins Job n’était pas un vase vide ; il n’était donc pas préparé pour « la fin du Seigneur », — pour cette fin bénie qui, envers tout cœur brisé, se manifeste en compassion et en miséricorde de la part du Seigneur. Dieu ne souffrira pas, son Nom en soit béni ! que Satan nous accuse ; mais il veut nous faire voir ce qu’il y a de plus caché dans nos cœurs, afin que nous nous jugions et que nous apprenions, de cette manière, à nous défier de nos propres cœurs et à nous reposer sur la fermeté inébranlable et éternelle de sa grâce.

 

3         Chapitre 3 — L’action des trois amis

3.1       Insoumission et révolte de Job

Nous voyons donc que Job « resta ferme dans sa perfection ». Il fait face avec calme aux rudes épreuves que Satan, avec la permission de Dieu, ose lui infliger. De plus il repousse avec décision le conseil insensé de sa femme. Il reçoit, en un mot, tout de la main de Dieu, et courbe la tête devant ses mystérieuses dispensations.

Tout cela doit être reconnu à sa place. Cependant l’apparition de ses trois amis provoque en Job un changement frappant. Déjà leur seule présence, le simple fait qu’ils sont spectateurs de sa misère, l’excite d’une manière sensible. « Et trois amis de Job apprirent tout ce mal qui lui était arrivé et vinrent chacun de son lieu, Éliphaz, le Thémanite, et Bildad, le Shukhite, et Tsophar, le Naamathite ; et ils s’entendirent ensemble pour venir le plaindre et le consoler. Et ils levèrent les yeux de loin, et ils ne le reconnurent pas ; et ils élevèrent leur voix et pleurèrent, et ils déchirèrent chacun sa robe et répandirent de la poussière sur leurs têtes en la jetant vers les cieux. Et ils s’assirent avec lui à terre sept jours et sept nuits, et nul ne lui dit une parole, car ils voyaient que sa douleur était très grande » (chap. 2:11-13).

Ces trois hommes, nous aimons à le croire, étaient, au fond, animés de bons sentiments envers Job ; ce n’était pas un petit sacrifice de leur part de quitter leurs demeures pour venir consoler leur ami appauvri et abattu. Tout cela est facile à comprendre. Il est néanmoins évident que leur présence eut pour effet de réveiller dans le cœur de Job des sentiments et des pensées qui y avaient sommeillé jusque-là. — Il avait supporté avec résignation la perte de ses enfants, de ses biens et de sa santé. Il avait repoussé les insinuations de Satan et le conseil de sa femme. Cependant la présence de ses amis renversa l’esprit du pauvre Job. « Après cela, Job ouvrit sa bouche et maudit son jour » (chap. 3:1).

C’est très remarquable. Les amis n’avaient, selon toute apparence, pas dit un seul mot jusque là. Ils étaient assis, dans un silence complet, leurs vêtements déchirés, leurs têtes couvertes de poussière, assistant à une affliction dont ils ne pouvaient sonder le fond. Job lui-même dut rompre le silence ; tout le contenu du troisième chapitre est un épanchement de ses plaintes amères ; il fournit le triste témoignage d’un esprit insoumis. Il est, nous osons bien le déclarer, impossible qu’une âme enseignée en un degré quelconque à dire : « Seigneur, que ta volonté se fasse ! » puisse maudire son jour ou tenir le langage contenu au troisième chapitre de notre livre. On a déjà dit souvent que pour quelqu’un qui n’a pas passé par des souffrances telles que celles de Job, il est facile de prononcer un jugement sur lui. Nous l’admettons volontiers ; nous ajouterons même que peut-être aucun autre n’aurait agi mieux dans de semblables circonstances. Mais ceci ne change rien à la signification du livre de Job, telle que nous avons le privilège de la saisir. Job était un vrai saint de Dieu ; mais, comme nous aussi, il avait besoin d’apprendre à se connaître. Il était nécessaire que les racines cachées de son état intérieur fussent découvertes à ses propres yeux, pour qu’il pût, en vérité, « avoir horreur de lui, et se repentir dans la poussière et dans la cendre ». Il lui manquait, en outre, un vrai et profond sentiment de ce que Dieu est, pour qu’il pût se confier en Lui dans toutes les circonstances possibles.

 

3.2       Contraste avec « Ma grâce te suffit » appris par Paul

Toutes ces choses nous les cherchons en vain dans la manière d’agir de Job. « Job prit la parole et dit : Périsse le jour auquel je naquis, et la nuit qui dit : Un homme a été conçu... Pourquoi ne suis-je pas mort dès la matrice ? » (chap. 3:2-11). Ce ne sont pas les expressions d’un esprit humilié et brisé qui a appris à dire : « Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi ». C’est un point important dans l’histoire d’une âme, lorsqu’elle est rendue capable de fléchir avec douceur sous les dispensations de la main de Dieu. Une volonté brisée est un don rare et précieux. C’est un degré élevé dans l’école de Christ, quand on peut dire : « J’ai appris à être content en moi-même dans les circonstances où je me trouve » (Phil. 4:11). Paul avait dû apprendre cela. Ce n’était pas dans sa nature ; il ne l’aurait sûrement jamais appris aux pieds de Gamaliel. Saul de Tarse ne se serait jamais contenté même de la plus haute position dans ce monde. Il fallait qu’il fût entièrement brisé aux pieds de Jésus de Nazareth, avant de pouvoir dire de cœur : « Je me contente ! » Il eut à réfléchir sur le sens de ces paroles : « Ma grâce te suffit », avant qu’il pût « se glorifier très volontiers dans ses infirmités ». L’homme qui tenait ce langage présentait le plus frappant contraste avec celui qui pouvait maudire son jour et dire : « Pourquoi ne suis-je pas mort dès la matrice ? » Hélas ! si Job eût été en la présence de Dieu, il n’aurait certainement pas pu prononcer de telles paroles. Il aurait pleinement reconnu pourquoi il n’était pas mort. Il se serait contenté, sans murmures, de ce que Dieu avait en réserve pour lui ; il aurait justifié Dieu en toutes choses. Or Job ne se trouvait pas dans la présence de Dieu, mais dans la présence de ses amis ; et ceux-ci montrèrent très clairement qu’ils avaient eux-mêmes, peu ou rien saisi du caractère de Dieu, et qu’ils n’avaient aucune intelligence du vrai but de ses voies à l’égard de son cher serviteur Job.

 

3.3       Les trois amis de Job, leurs caractéristiques et leur action

Notre intention n’est point d’entrer plus avant dans les entretiens qui ont eu lieu entre Job et ses serviteurs ; ses discours remplissent vingt-neuf chapitres. Nous ne voulons prendre que quelques fragments des discours des trois amis, pour mettre le lecteur à même de se faire une idée du faux terrain sur lequel se tenaient ces trois hommes.

 

3.3.1        Éliphaz : l’expérience

« Et Éliphaz, le Thémanite, répondit et dit : Si nous essayons de t’adresser une parole, en seras-tu irrité ? Mais qui pourrait se retenir de parler ? Voici, tu en as enseigné beaucoup, et tu as fortifié les mains languissantes ; tes paroles ont tenu droit celui qui chancelait, et tu as affermi les genoux qui ployaient ; mais maintenant le malheur est venu sur toi, et tu es irrité ; il t’atteint, et tu es troublé. Ta crainte de Dieu n’est-elle pas ta confiance, et l’intégrité de tes voies, ton espérance ? Souviens-toi, je te prie, qui a péri étant innocent ? et où les hommes droits ont-ils été détruits ? Selon ce que j’ai vu, ceux qui labourent l’iniquité et qui sèment la misère, la moissonnent ». (Chap. 4:1-8). Puis encore : « J’ai vu le sot s’enraciner, et soudain j’ai maudit sa demeure » (Chap. 5:3 ; voyez aussi chap. 15:17).

Ces sentences montrent, sans équivoque, qu’Éliphaz est de cette classe de gens, qui tirent presque toujours leurs démonstrations de leurs propres expériences. Son point de départ était : « J’ai vu ». — Ce que nous avons vu pour autant qu’il s’agit de nous, peut être assez vrai. Nous nous trompons néanmoins, lorsque nous faisons de notre expérience une règle générale ; c’est là une erreur, vers laquelle inclinent des milliers de personnes. Qu’est-ce que, par exemple, l’expérience d’Éliphaz avait à faire avec la position de Job ? Il n’avait peut-être jamais rencontré un cas, qui fût pleinement semblable à celui-là ; or, dès qu’il n’existe qu’un seul trait de ressemblance entre deux cas, la démonstration fondée sur l’expérience de l’un n’a plus aucune utilité pour l’autre. Qu’est-ce qu’Éliphaz a gagné par son jugement ? Absolument rien. À peine avait-il achevé de parler, que Job, qui ne lui avait pas prêté la moindre attention, reprit le cours de ses plaintes, en y ajoutant une justification de lui-même et des récriminations amères contre la manière de faire de Dieu (Chap. 6 et 7).

 

3.3.2        Bildad : la tradition des anciens

Bildad prend la parole le second. Il se place sur un tout autre terrain que le premier ami. Il allègue une seule fois ses expériences, ou ce qu’il avait pu observer. Il s’en réfère à l’antiquité : « Car interroge, je te prie, la génération précédente, et sois attentif aux recherches de leurs pères ; car nous sommes d’hier et nous n’avons pas de connaissance, car nos jours sont une ombre sur la terre. Ceux-là ne t’enseigneront-ils pas, ne te parleront-ils pas, et de leurs cœurs ne tireront-ils pas des paroles ? » (Chap. 8:8-10).

Il faut convenir que Bildad ouvre devant nous un champ beaucoup plus vaste que celui d’Éliphaz. L’autorité d’une multitude de « Pères » a beaucoup plus de poids, elle mérite plus d’estime que l’expérience d’un simple individu. En outre, il y a en apparence beaucoup plus de modestie à se laisser guider par la voix de tant d’hommes plus sages et plus exercés, plutôt que par la lumière de sa propre expérience. Cependant, ni la propre expérience, ni la morale des anciens, ne peuvent rien décider ici. La première peut être vraie, dans sa limite ; on trouvera cependant à peine deux personnes, dont l’expérience soit tout à fait identique. En ce qui concerne le témoignage des anciens, n’y règne-t-il pas la plus grande confusion ? Ils diffèrent souvent l’un de l’autre sur les points les plus importants, de sorte qu’il ne se peut rien de plus indécis et de plus vacillant que la voix des temps anciens, — que l’autorité des pères.

En conséquence, comme c’était à prévoir, les paroles de Bildad n’eurent pour le malheureux Job pas plus de poids que celles d’Éliphaz. L’un se tenait aussi loin de la vérité que l’autre. À la lumière de la révélation divine, leurs paroles se montreront dans toute leur non valeur. La vérité de Dieu est la seule bannière — la seule autorité. C’est à sa mesure que tout doit être mesuré ; sous son autorité tout doit, tôt ou tard, s’incliner. Personne n’a, en aucune manière, le droit de considérer son expérience comme une mesure pour d’autres ; or, si pas un homme n’a ce droit, une multitude d’hommes ne l’ont pas davantage. En un mot, il faut que la voix de Dieu, et non la voix de l’homme, nous gouverne. Ni l’expérience, ni la tradition des anciens, mais la parole de Dieu seule prononcera le jugement, au dernier jour. C’est là une vérité importante et sérieuse ! Puissions-nous ne jamais la perdre de vue ! Si Éliphaz et Bildad avaient discerné cela, leurs paroles auraient eu un bien plus grand poids pour leur pauvre ami désolé. Jetons pourtant encore un coup d’œil sur quelques paroles du troisième ami.

 

3.3.3        Tsophar : le légalisme

Tsophar, le Naamathite, dit : « Oh ! qu’il plût à Dieu de parler et d’ouvrir ses lèvres contre toi, et de te raconter les secrets de la sagesse, comment ils sont le double de ce qu’on réalise ! Et sache que Dieu laisse dans l’oubli beaucoup de ton iniquité ». Et encore : « Si tu prépares ton cœur et que tu étendes tes mains vers lui, si tu éloignes l’iniquité qui est dans ta main, et que tu ne laisses pas l’injustice demeurer dans tes tentes, alors tu lèveras ta face sans tache, tu seras ferme et tu craindras pas ». (Chap. 11:5, 6, 13, 14, 15).

Ces paroles sentent le légalisme. Elles montrent clairement que Tsophar n’avait pas un vrai sentiment du caractère de Dieu. Il ne connaissait pas Dieu. Personne ne peut, avec une vraie connaissance de Dieu, parler de lui comme de quelqu’un qui ouvre sa bouche contre un pauvre pécheur abattu, et qui oublie plusieurs de ses injustices. Que son Nom en soit béni ! — Dieu n’est pas contre nous, mais pour nous. Il n’est point un créancier exigeant, mais un généreux, et noble donateur. Puis, nous entendons plus loin ces paroles : « Si tu prépares ton cœur ». — Mais si Job ne l’a pas bien préparé, que faire alors ? Il est vrai qu’un homme devrait toujours avoir bien préparé son cœur ; il en sera ainsi chaque fois que son état moral sera bon, sinon, il ne s’y trouvera que du mal ; cet homme sera complètement sans force. Qu’a-t-il alors à faire ? Tsophar, ni personne de son école, ne peut le lui dire ; ils savent seulement que Dieu est un juge sévère qui, s’il ouvre la bouche, ne peut que parler contre le pécheur.

Pouvons-nous donc nous étonner que Tsophar, et ses deux compagnons, soient incapables de convaincre Job ? Le légalisme, la foi aux anciens et l’expérience particulière ont un seul et même fond ; ils sont également défectueux, bornés et faux. Rien de cette espèce ne peut être d’aucun profit dans le cas de Job. Pas un des trois amis ne comprit Job, et, qui plus est, ils ne connaissaient ni le caractère de Dieu, ni, par conséquent, son intention relativement à l’épreuve de son cher serviteur. Ils étaient complètement dans l’erreur. Ils ne savaient pas comment ils devaient présenter Dieu à leur malheureux ami ; ils étaient donc hors d’état d’amener la conscience de Job en la présence de Dieu. Au lieu de le conduire à se juger lui-même, ils excitèrent en lui la pensée de se justifier. Ils n’avaient pas introduit Dieu sur la scène. Ils disaient plusieurs choses vraies ; mais ils ne possédaient pas la vérité. L’expérience, la morale des pères et le légalisme étaient mis en avant ; la vérité restait cachée.

 

3.4       Effet des trois amis sur Job

Par cette raison, les trois amis ne purent aider le pauvre Job. Leur ministère était borné ; au lieu de l’amener à se taire, ils le poussèrent à une lutte qui paraissait interminable. Il ne demeure pas en arrière d’un mot envers eux : « Vraiment », dit-il, « vous êtes les seuls hommes, et avec vous mourra la sagesse ! moi aussi j’ai du sens comme vous, je ne vous suis pas inférieur ; et de qui de telles choses ne sont-elles pas connues ?... Ce que vous connaissez, moi aussi je le connais ; je ne vous suis pas inférieur... Mais pour vous, vous êtes des forgeurs de mensonges, des médecins de néant, vous tous ! Oh ! Si seulement vous demeuriez dans le silence ! et ce serait votre sagesse... J’ai entendu bien des choses comme celles-là ; vous êtes tous des consolateurs fâcheux. Y aura-t-il une fin à ces paroles de vent ? Qu’est-ce qui t’irrite, que tu répondes ? Moi aussi, je pourrais parler comme ; si votre âme était à la place de mon âme, je pourrais entasser des paroles contre vous et secouer ma tête contre vous !... Jusques à quand affligerez-vous mon âme, et m’accablerez-vous paroles ? Voilà dix fois que vous m’avez outragé, vous n’avez pas honte de m’étourdir... Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous, mes amis ! car la main de Dieu m’a atteint » (Chap. 12:2, 3 ; 13:2, 4, 5 ; 16:2-4 ; 19:2, 3, 21).

Toutes ces expressions indiquent combien Job était loin d’avoir cet esprit brisé, que produit constamment la présence de Dieu. Certainement ses amis avaient tort, complètement tort, autant sous le rapport de leurs remarques sur Dieu que sous le rapport de leur manière d’agir avec Job. Mais leur tort ne le justifie pas. Si sa conscience eût été en la présence de Dieu, il n’aurait pas répliqué à ses amis, quand même leur erreur eût été mille fois plus grande et leur manière d’agir encore mille fois plus sévère. Il aurait humblement courbé la tête et laissé passer sur lui le temps des reproches et des accusations. Il aurait fait tourner à son profit la sévérité de ses amis, en la considérant comme une discipline, salutaire pour son cœur. Mais non ; Job n’avait pas encore fait son compte avec lui-même. Il se justifiait, blâmait son prochain et se trompait à l’égard de Dieu. Il avait besoin d’un autre ministère pour mettre son âme dans une position convenable devant Dieu.

Plus nous pénétrons dans la conversation de Job avec ses amis, plus nous reconnaissons clairement l’impossibilité où ils étaient de s’entendre. Job faisait tout pour se justifier ; eux faisaient tout pour l’inculper. Il n’était ni brisé, ni soumis, et leur manière d’agir le maintenait dans son état d’opposition. Si, des deux côtés, on avait pris la position convenable, les résultats auraient été tout autres. Si Job s’était jugé, et s’était regardé comme n’étant rien, ses amis n’auraient plus su que dire. Et si, d’un autre côté, ils avaient agi envers lui avec douceur, de manière à le gagner, ils auraient beaucoup plus tôt atteint son cœur. Dans l’état actuel du débat, on ne pouvait prévoir aucune issue favorable. Job ne pouvait voir en lui-même aucune injustice ; eux n’y pouvaient rien trouver de bon. Il était fermement décidé à maintenir sa probité ; eux se donnaient tout autant de peine pour découvrir en lui des torts et des manquements. Il ne se trouvait entre eux aucun point de contact, aucun terrain commun pour s’entendre. Job ne manifestait aucun repentir ; eux n’avaient pour lui aucune compassion. Des deux côtés, on travaillait sur des principes opposés ; c’était le moyen de ne jamais se rencontrer. Un ministère d’une tout autre espèce était donc désirable ; et ce ministère est introduit dans la personne d’Élihu.

« Et ces trois hommes cessèrent de répondre à Job, parce qu’il était juste à ses propres yeux. Alors s’enflamma la colère d’Élihu, fils de Barakeël, le Buzite, de la famille de Ram : sa colère s’enflamma contre Job, parce qu’il se justifiait lui-même plutôt que Dieu ; et sa colère s’enflamma contre ses trois amis, parce qu’ils ne trouvaient pas de réponse et qu’ils condamnaient Job » (Job 32:1-3).

 

4         Chapitre 4 — Élihu

4.1       Le tort de Job : se justifier devant Dieu

Élihu, avec une vigueur extraordinaire, saisit les choses par leur racine, en les envisageant chacune à sa place. Il résume, dans deux courtes sentences, tout le long entretien qui vient de remplir vingt-neuf chapitres. Job se justifiait lui-même au lieu de se juger et de justifier Dieu ; les amis Job le condamnaient au lieu de l’attirer. C’est une vérité bonne à retenir que dès que nous nous justifions, nous condamnons Dieu, tandis que nous le justifions, lorsque nous nous jugeons. « La sagesse a été justifiée par tous ses enfants ». Le cœur réellement brisé justifiera Dieu à tout prix. « Mais que Dieu soit vrai et tout homme menteur, selon ce qui est écrit : En sorte que tu sois justifié dans tes paroles, et que tu aies gain de cause quand tu es jugé » (Rom. 3:4). Dieu doit avoir finalement le dessus ; le lui accorder au plus tôt est le chemin de la vraie sagesse. Au moment où l’âme est humiliée et brisée en se jugeant avec droiture, Dieu se présente à elle avec toute la majesté de sa grâce comme Celui qui justifie. Mais aussi longtemps que nous sommes disposés à nous élever, nous sommes privés du bonheur de l’homme à qui Dieu compte la justice sans œuvres. La plus grande faute que l’homme puisse commettre est de se justifier devant un Dieu qui doit imputer le péché.

Or Job ne savait pas encore prendre cette voie bénie. Sans cesse il édifiait sur sa propre excellence ; sans cesse il se revêtait de sa propre justice ; sans cesse il se complaisait en lui-même, C’est pourquoi la colère d’Élihu s’embrasa contre lui. La colère se montre toujours contre la propre justice (Marc 3:5). Le seul terrain convenable pour un pécheur, comme tel, est celui d’une sincère repentance. Là il ne rencontre que la pure et précieuse grâce qui règne « par la justice, par Jésus Christ, notre Seigneur ». La propre justice n’a rien à attendre que la colère ; le jugement de soi-même rien que la grâce. Vérité remarquable !

Sur quel terrain es-tu, mon cher lecteur ? T’es-tu incliné devant Dieu avec un vrai repentir ? T’es-tu jamais mesuré en sa sainte présence ? Ou te tiens-tu sur le terrain de la propre justice et de l’estime de toi-même ? Nous te prions instamment de prendre au sérieux cette question. Place-toi devant Dieu. Il veut nous avoir devant lui dans notre état réel. Il est parfaitement inutile de nous appuyer sur notre propre opinion, car il nous faudra, pour sûr, l’abandonner une fois. Le jour du Seigneur abaissera toute hauteur ; il élèvera tout ce qui est abaissé ; c’est pourquoi nous sommes sages en prenant, dès à présent, une position d’abaissement et de contrition ; nulle part ailleurs l’œil ne voit aussi nettement le Seigneur et son salut. Souvenons-nous donc tous que Dieu se plaît à considérer celui qui a le cœur brisé et à demeurer avec lui, tandis qu’il résiste aux orgueilleux.

 

4.2       Élihu voit clair devant les deux partis

Nous allons voir clairement pourquoi la colère d’Élihu s’enflamme contre Job. Il se tenait du côté de Dieu ; Job ne s’y trouvait pas. Ce n’est qu’au chap. 32 que nous entendons parler d’Élihu — bien qu’il eût été vraisemblablement un auditeur attentif de tout l’entretien. Ayant patiemment prêté l’oreille aux deux parties, il avait trouvé que toutes deux avaient tort. Job faisait mal de se défendre ; ses amis faisaient mal de chercher à le condamner.

Combien de fois cela nous arrive dans nos entretiens et nos controverses ! Quelles tristes manifestations ! Dans quatre-vingt-dix-neuf cas sur cent, se montre le même résultat que pour Job et ses amis. Un peu de contrition d’un côté, ou un peu de douceur de l’autre, aurait peut-être tranché la question. Nous ne parlons pas, cela se comprend, des cas où il s’agit de la vérité de Dieu.

 

4.3       Il ne s’agit pas de faire des compromis sur la vérité

À cet égard on a besoin d’être décidé et inflexible, Une concession à l’égard de la vérité de Dieu ou de la gloire de Christ serait une infidélité envers Celui à qui nous sommes redevables de tout.

Certes, il nous convient d’être décidés et fermes, dès qu’il s’agit des droits de Celui qui, pour assurer nos intérêts, sacrifia tout, même sa vie. Que Dieu nous garde de dire une parole ou d’écrire une ligne, qui tende à affaiblir l’intelligence au sujet de la vérité, ou à diminuer le zèle dans le combat pour la sainte foi qui nous a été une fois enseignée. Aujourd’hui n’est pas le moment de délier la ceinture de nos reins, de déposer le harnais et d’abaisser l’étendard. En aucun temps, il ne fut aussi nécessaire qu’à présent d’avoir les reins ceints de la vérité, les pieds chaussés, et de déployer dans sa grandeur la bannière des principes divins. Nous disons cela à cause des efforts de l’adversaire qui, en nous signalant les fautes de ceux qui ont manqué sous le rapport de la moralité, travaille à déplacer, à bouleverse autour de nous le terrain de la vérité. Sans doute, il y a des imperfections et des fautes, et même de très humiliantes. Qui pourrait le nier ? L’homme manque toujours et partout. Son histoire, depuis Éden jusqu’à ce jour, présente une multitude indescriptible de péchés et d’infidélités. Mais le solide fondement de Dieu demeure et ne peut pas — son Nom en soit béni — être ébranlé par les fautes de l’homme. Dieu est fidèle. Il connaît les siens, et il agit pour que celui qui invoque le nom du Seigneur se retire de l’iniquité. Humilions-nous à la vue de nos fautes ; mais n’abandonnons jamais la vérité de Dieu. Maintenant revenons notre sujet.

 

4.4       Élihu introduit Dieu sur la scène

Le ministère d’Élihu renferme quelque chose de très remarquable en soi. Il présente un contraste évident avec les efforts des trois amis de Job. Son nom désigne sa relation avec Dieu. Nous pouvons, en tout cas, considérer Élihu comme un type de notre Seigneur Jésus Christ. Il introduit Dieu sur la scène, mettant ainsi fin au violent débat entre Job et ses amis. Il ne leur fait pas la leçon en se fondant sur ses expériences ; il n’en appelle pas aux anciennes traditions ; il n’emploie point le langage du légalisme. Élihu introduit Dieu. C’est le seul moyen de mettre fin à toutes les controverses et de terminer la lutte. Écoutons les paroles de cet homme remarquable :

 

4.5       Inutilité de l’expérience, de la tradition et du légalisme pour répondre à la propre justice

« Et Élihu avait attendu que Job eût cessé de parler, parce qu’ils étaient plus avancés en jours que lui. Et Élihu vit qu’il n’y avait point de réponse dans la bouche des trois hommes, et sa colère s’enflamma » (Chap. 32:4, 5). Il n’y avait point de réponse. Dans tous leurs arguments, dans tout ce que leur fournissaient l’expérience, la tradition et le légalisme, il n’y avait aucune réponse. Les amis de Job avaient, pour ainsi dire, parcouru un vaste champ ; ils avaient dit beaucoup de choses vraies et soulevé beaucoup d’objections ; mais il nous est dit expressément qu’ils n’avaient trouvé aucune réponse. Dans le règne de la nature, c’est-à-dire en ne s’élevant pas plus haut que la terre, impossible de trouver une réponse pour un cœur à propre justice. Dieu seul peut donner la juste réponse, comme nous allons le voir. Vis-à-vis de tout autre, le cœur non brisé possède une réplique toujours prête. Les amis de Job ne trouvèrent aucune réponse.

 

4.6       Le ministère de l’Esprit de Dieu

« Et Élihu, fils de Barakeël, le Buzite, répondit et dit : Moi, je suis jeune, et vous êtes des vieillards ; c’est pourquoi je redoutais et je craignais de vous faire connaître ce que je sais. Je disais : Les jours parleront, et le grand nombre des années donnera à connaître la sagesse. Toutefois il y a un esprit qui est dans les hommes, et le souffle du Tout-Puissant leur donne de l’intelligence » (v. 6-8). Ici la lumière divine, la lumière de l’inspiration commence à se répandre à flots sur cette scène, et à dissiper les nuages de poussière soulevés par une dispute de mots. Nous sentons que, dès ce moment, un serviteur béni du Seigneur commence à parler comme ayant de la force et du poids. Il est clair que nous sommes en présence d’un homme qui parle comme oracle de Dieu ; d’un homme, qui se trouve visiblement en la présence de Dieu. Il ne tire pas ses arguments de la misérable provision de son expérience bornée ; il n’en appelle point aux temps les plus reculés, ni à une tradition trompeuse, ou aux avis contradictoires des Pères. Nous avons devant nous un homme, qui nous place tout d’un coup sous l’influence du « souffle du Tout-Puissant ».

Voilà la seule autorité sûre, — la seule bannière qui ne trompe jamais. « Ce ne sont pas les grands qui sont sages, ni les anciens qui discernent ce qui est juste. C’est pourquoi je dis : Écoute- moi ; moi aussi je ferai connaître ce que je sais. Voici, j’ai attendu vos paroles, j’ai écouté vos raisonnements, jusqu’à ce que vous eussiez examiné le sujet ; je vous ai donné toute mon attention : et voici il n’y a eu personne d’entre vous qui convainquît Job, qui répondît à ses paroles, — afin que vous ne disiez pas : Nous avons trouvé la sagesse. Dieu le fera céder, et non pas l’homme. Or il ne m’a pas adressé de discours, et je ne lui répondrai pas avec vos paroles » (v. 9-14). L’expérience, la tradition, le légalisme — en un mot, tout est mis de côté, pour faire place au « souffle du Tout-Puissant » : au ministère puissant et immédiat de l’Esprit de Dieu.

 

5         Chapitre 5 — Application – Digression : l’état de notre cœur et de notre conscience

Le ministère d’Élihu pénètre l’âme avec une plénitude et une force extraordinaires ; il est en contraste absolu avec le ministère grandement défectueux des trois amis. Seul il était capable de mettre fin à la controverse entre un grossier égoïsme et un présomptueux légalisme, — controverse qui menaçait de s’étendre à l’infini.

 

5.1       Rôle néfaste du « Moi »

Cependant une controverse semblable n’est pas sans valeur ni sans intérêt pour nous. Elle nous fait voir distinctement que deux parties n’arriveront jamais à s’entendre, s’il n’existe d’un côté ou de l’autre un certain degré de brisement de cœur. Non seulement dans le monde, mais aussi dans l’Église, il se trouve beaucoup d’obstination et d’orgueil, beaucoup d’activité propre, partout où le « moi » joue un grand rôle ; même là où on le soupçonne le moins : savoir dans les choses qui ont rapport au saint ministère pour Christ. Jamais cependant l’égoïsme ne porte un caractère aussi détestable que dans le service pour notre Seigneur qui s’est anéanti lui-même ; de qui toute la vie a été un complet abandon de lui-même, et qui ne chercha jamais sa propre gloire, ni son propre intérêt, ni sa propre satisfaction.

Et pourtant, hélas ! ce « moi » haïssable, non subjugué, joue un bien grand rôle sur le terrain de la confession chrétienne et du ministère chrétien. Qui pourrait le nier ? Si nous examinons l’entretien remarquable entre Job et ses amis, nous voyons avec surprise que, dans les chapitres 29-31, le discours de Job se rapporte à lui environ cent fois. Bref, c’est « je » et « moi » tout le long.

Mais dirigeons nos regards sur nous-mêmes. Jugeons notre propre cœur dans son activité secrète. Considérons nos voies à la lumière de la présence divine. Mettons nos actes et tout notre service sur la balance du sanctuaire de Dieu. Alors, nous pourrons discerner combien ce détestable moi s’est glissé comme une chaîne sombre, impure, dans tout le tissu de notre vie chrétienne, et de notre service chrétien. D’où vient, par exemple, qu’aussitôt que le moi est touché, nous sommes prêts à monter sur nos grands chevaux ? Pourquoi sommes-nous si facilement blessés par les réprimandes, même quand elles sont faites avec le plus de douceur ? Pourquoi, enfin, nos sympathies et notre prédilection se portent-elles si volontiers vers ceux qui ont une bonne opinion de nous, qui apprécient notre ministère, qui sont du même avis et du même sentiment que nous ?

 

5.2       La lumière du christianisme

Toutes ces choses n’ont-elles rien à nous dire ? Est-ce qu’elles ne nous appellent pas à nous dégager premièrement de notre grand égoïsme, avant de juger celui de l’ancien patriarche Job ? Sûrement il n’agissait pas bien ; mais nous sommes encore beaucoup plus engagés dans le mal. On doit beaucoup moins s’étonner que ce patriarche, vivant dans le crépuscule de cet âge reculé, se fût laissé prendre au piège de l’orgueil, que de nous y voir tomber si souvent, nous qui jouissons de la pleine lumière du christianisme. Christ n’était pas encore venu. Aucune voix des prophètes n’avait encore frappé l’oreille des hommes. La loi elle- même n’avait pas encore été donnée au temps de Job. Nous ne pouvons vraiment nous faire qu’une très faible idée de la pâleur du rayon de lumière qui éclairait la marche des hommes aux jours de Job ; tandis que le privilège nous est échu, ainsi que la sainte responsabilité de pouvoir marcher dans le plein jour du christianisme. Christ est venu. Il a vécu, il est mort, ressuscité et monté au ciel. Il a envoyé le Saint Esprit demeurer en nous, comme le témoin de sa gloire, comme le sceau de la rédemption accomplie, et comme les arrhes de l’héritage jusqu’à la rédemption de la possession acquise. Le cercle de la révélation, ou le canon des Écritures, est clos. La parole de Dieu est complète. Nous avons sous les yeux les récits divins de Celui qui s’est anéanti et qui allait de lieu en lieu faisant du bien ; nous savons ce qu’il faisait et comment il le faisait ; ce qu’il disait et comment il le disait ; qui il était et ce qu’il était. Nous savons qu’il est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il condamna le péché et l’ôta ; que notre vieille nature — cette chose haïssable appelée « moi », le « péché », la « chair » — fut crucifiée, ensevelie et ôtée de devant la face de Dieu ; que sa domination a pris fin et que sa puissance est mise de côté pour toujours. De plus nous participons à la nature divine ; le Saint Esprit demeure en nous ; nous sommes membres du corps de Christ — de sa chair et de ses os ; nous sommes appelés à marcher comme Lui a marché ; nous sommes héritiers de la gloire — héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ.

 

5.3       Étendue restreinte des connaissances de Job et de son temps

Qu’est-ce que Job savait de tout cela ; Rien. Comment aurait-il pu savoir ce qui ne fut révélé que quinze siècles après lui ? La fin du chap. 19 nous montre l’étendue de la connaissance de Job, par ses paroles véhémentes : « Oh ! si seulement mes paroles étaient écrites ! si seulement elles étaient inscrites dans un livre, avec un style de fer et du plomb, et gravées dans le roc pour toujours ! Et moi, je sais que mon rédempteur est vivant, et que, le dernier, il sera debout sur la terre ; et après ma peau, ceci sera détruit, et de ma chair je verrai Dieu, que je verrai, moi, pour moi-même ; et mes yeux le verront, et non un autre : — mes reins se consument dans mon sein » (Chap. 19:23-27).

Voilà la connaissance de Job — voilà sa confession de foi. Quel cercle restreint de connaissance, si nous le comparons avec celui des vérités au milieu desquelles nous avons le privilège d’être introduits ! À travers un faible crépuscule, Job regardait en avant à quelque chose qui devait arriver dans un avenir éloigné. Au milieu de l’abondance des révélations divines, nous voyons dans le passé la même chose déjà accomplie. Job pouvait dire de son Rédempteur : « Le dernier, il sera debout sur la terre ». Nous savons, nous, que notre Rédempteur est assis sur le trône de la majesté dans les cieux, après avoir vécu et travaillé sur la terre et être descendu dans la mort.

 

5.4       Inconséquences de ceux qui « savent »

En un mot, ce que Job possédait, en fait de lumière et de privilèges, peut à peine se comparer avec ce en quoi nous nous réjouissons ; c’est pourquoi nous sommes d’autant plus impardonnables, lorsque nous usons de la moindre indulgence envers les diverses formes d’égoïsme ou d’amour-propre qui se manifestent en nous. Notre renoncement devrait toujours être en rapport avec la quantité de nos prérogatives spirituelles. Malheureusement il n’en est point ainsi. Notre confession de foi va jusqu’aux vérités les plus élevées ; mais notre caractère et notre marche se ressentent peu de leur influence. Nous parlons de notre vocation céleste, mais nos voies sont terrestres, souvent charnelles ou encore pires. Nous nous glorifions de la plus haute position, mais notre état pratique ne s’accorde pas avec elle. Notre conduite, de fait, ne répond pas à la relation avec Dieu à laquelle nous professons d’avoir été amenés. Nous sommes orgueilleux, susceptibles, capricieux et facilement irrités. Nous sommes souvent aussi disposés que notre patriarche Job, à nous laisser aller à des efforts pour nous justifier.

D’un autre côté, lorsque nous sommes appelés à reprendre quelqu’un, avec quel manque d’indulgence et avec quelle dureté ne nous acquittons-nous pas trop souvent de ce service nécessaire ! Combien on manque souvent, en cela, de douceur et de tendresse ! Qu’il y a peu de bonté, peu de cette « huile » du bon Samaritain ! Qu’il est rare de trouver chez nous un cœur brisé et des yeux en pleurs ! Combien elle est petite la force qui doit amener le frère égaré à baisser la tête et à s’humilier ! Pourquoi donc cela ? Simplement, parce que notre propre état n’est pas bon (Gal. 6:1, 2). Si, comme Job, nous sommes tombés dans le travers de l’amour-propre et de la justification de soi-même, nous serons aussi incapables que ses amis de provoquer chez notre frère le jugement de lui-même. Nous ferons étalage de notre expérience, comme Éliphaz ; nous agirons dans un esprit légal, comme Tsophar ; ou bien, nous introduirons l’autorité humaine, comme Bildad ! Qu’il est rare que nous manifestions la pensée de Christ ! Et par conséquent combien se montre peu la puissance du Saint Esprit, ou l’autorité de la parole de Dieu !

 

5.5       Quand la marche et la piété pratique ne sont pas à la hauteur de la connaissance de la vérité

Devoir écrire ces choses n’est point agréable. Au contraire, il nous est pénible de montrer les faiblesses et de découvrir les causes qui paralysent notre service réciproque. Mais nous reconnaissons la nécessité d’un tel langage ; car nous sommes sérieusement affligés de l’indifférence et du relâchement croissant qui se montrent de nos jours. Rien n’est plus déplorable que la disproportion entre notre profession et notre marche. Les vérités les plus élevées sont professées en liaison immédiate avec beaucoup de mondanité et de satisfaction de soi. Dans certains cas il semble vraiment que plus la profession doctrinale est élevée, plus la marche est abaissée. Nous voyons au milieu de nous la connaissance de la vérité très augmentée, mais où est sa puissance manifestée ? Des torrents de lumière sont répandus dans l’intelligence, mais où sont les profonds exercices de cœur et de conscience en la présence de Dieu ? Une doctrine non falsifiée d’après la lettre est développée ; mais où en est l’esprit ?

Assurément, la saine doctrine, non falsifiée, est un bien, que nous ne saurions estimer trop haut ; et nous ne déprécions nullement la confession de la précieuse vérité dans ses formes les plus élevées. Que Dieu nous garde d’écrire une ligne qui puisse d’aucune manière diminuer, dans le cœur du lecteur, le sentiment de la valeur inexprimable et de l’importance de la saine doctrine ! Mais, cher lecteur, ne déplorez-vous pas, au milieu de nous, l’absence de consciences délicates et de cœurs exercés ? Notre piété pratique marche-t-elle de front avec la profession de nos principes ou avec les principes que nous professons ? Notre conduite extérieure est-elle à la hauteur de la doctrine professée par nous ? — Hélas ! il n’est que trop clair que la vérité n’agit pas sur nos consciences comme cela serait à désirer ; que la doctrine ne brille pas dans notre vie, et que la pratique n’est pas à l’unisson avec la profession.

 

5.6       Ne pas tolérer le relâchement, l’indifférence et la tiédeur laodicéennes

Nous parlons selon les sentiments de notre cœur. Dieu nous est témoin que nous écrivons ces lignes sous son regard, en nous jugeant nous-mêmes, avec l’ardent désir que le tranchant de la vérité pénètre dans notre propre âme et y atteigne les racines cachées des choses. Mais nous sentons aussi que nous avons à accomplir un devoir sacré envers chaque lecteur, aussi bien qu’envers l’Église de Dieu ; or, ce ne serait pas s’acquitter de ce devoir que de présenter seulement la vérité lorsqu’elle est belle, aimable, pour le cœur naturel. Oh ! puisse la voix de l’avertissement atteindre l’oreille et la conscience de nous tous. Comment pourrions-nous tolérer le relâchement, l’indifférence, la tiédeur laodicéenne — ces choses qui préparent la voie à la plus grossière incrédulité et à l’athéisme pratique ? — Comment pourrions-nous tolérer ces choses dans notre cœur et dans notre conscience, et vouloir, à côté de cela, réveiller les autres de leur sommeil ? Nous sentons vivement que, si le mal est surmonté par le bien, la chair subjuguée par l’Esprit, le « moi » remplacé par Christ, et l’amour du monde déplacé par l’amour du Père, la voie du ministère est aplanie devant nous. Or, nous ne devons pas seulement sentir cela et l’admettre comme une vérité, mais nous devons aussi, à l’égard de toute notre carrière, nous livrer, dans le secret de la présence de Dieu, à un examen attentif et sérieux du cœur et de la conscience. Dieu en soit béni ! nous pouvons nous occuper de ces exercices, devant le trône de la grâce. « La grâce règne ». Quelle précieuse et consolante vérité ! Peut-elle affaiblir la valeur du jugement de soi-même ? Aucunement. Le sentiment de la grâce donne à ce jugement sa vraie profondeur. Nous avons à faire avec la grâce triomphante ; et c’est précisément celle-ci qui nous enseigne à n’avoir aucun égard pour notre moi, mais à le mortifier entièrement.

Que le Seigneur nous rende réellement humbles, sérieux, zélés et dévoués ! Que l’expression intime de notre cœur soit : « Seigneur, je suis à toi — à toi seul — tout à toi — à toi pour toujours ! »

 

6         Chapitre 6 — Action de l’Esprit de Dieu

La petite digression que nous nous sommes permise ne sera pas sans profit, nous l’espérons ; car quoiqu’elle dise peu de chose de Job et de ses amis, ces personnes nous ont cependant fourni l’occasion de jeter un coup d’œil sur notre propre cœur et sur notre conscience. Si nous l’avons fait en sincérité, nous pourrons d’autant mieux comprendre et estimer le ministère puissant d’Élihu.

 

6.1       La jeunesse : ses qualités et ses défauts

Le lecteur ne manquera pas de reconnaître la double portée de ce remarquable ministère, portée qui s’étendit aussi bien à Job qu’à ses trois amis. Comme on l’a déjà remarqué, Élihu avait patiemment écouté les arguments fournis par les deux parties. Il les avait, pour ainsi dire, écoutés jusqu’au bout, et avait laissé les interlocuteurs dire tout ce qu’ils avaient à dire. « Et Élihu avait attendu que Job eût cessé de parler, parce qu’ils étaient plus avancés en jours que lui » (v. 4). C’était là bien certainement la voie de l’Esprit de Dieu. La modestie est un ornement pour les jeunes gens. Puisse-t-elle se montrer davantage au milieu de nous ! Rien ne va mieux à un jeune homme qu’un maintien calme et réservé. Lorsqu’un mérite réel se cache sous un extérieur humble et modeste, il attire les cœurs avec une force irrésistible. Par contre rien n’est plus déplaisant que la confiance en soi, la hardiesse et la présomption de tant de jeunes gens de nos jours. Ô qu’il serait désirable pour la suite qu’ils prennent à cœur les paroles d’introduction d’Élihu el qu’ils suivent son exemple !

« Et Élihu, fils de Barakeël, le Buzite, répondit et dit : Moi, je suis jeune, et vous êtes des vieillards ; c’est pourquoi je redoutais et je craignais de vous faire connaître ce que je sais. Je disais : Les jours parleront, et le grand nombre des années donnera à connaître la sagesse » (Chapitre 32:6, 7.) C’est l’ordre de la nature. Nous présumons que la sagesse est chez les hommes à cheveux blancs ; il est donc raisonnable et séant que les jeunes gens soient lents à parler et prompts à écouter, en présence de personnes plus âgées. On peut presque poser en fait qu’un jeune homme impétueux n’est pas conduit par l’Esprit de Dieu ; qu’il ne s’est jamais mesuré en la présence divine, et que son cœur n’a jamais été humilié devant Dieu.

Je ne doute pas que — comme ce fut le cas chez Job et ses amis — des personnes âgées ne puissent tenir des discours dépourvus de sens. Les cheveux gris et la sagesse ne vont pas toujours ensemble ; il n’est même pas rare que des personnes avancées en âge, se fondant, sur le nombre de leurs années, s’arrogent une place pour laquelle elles ne sont nullement qualifiées, ni sous le rapport moral, ni sous le rapport spirituel, ni enfin sous le rapport ecclésiastique. Tout cela est vrai, et mérite d’être pris en considération par ceux que cela concerne, mais cela n’ôte absolument rien au délicat sentiment moral qui s’exprime pleinement dans les premières paroles d’Élihu : « Je suis jeune, et vous êtes des vieillards ; c’est pourquoi je redoutais et je craignais de vous faire connaître ce que je sais ». Cela reste toujours juste. Il est toujours bienséant à un jeune homme de craindre de montrer son savoir. Soyons convaincus que quelqu’un qui a de la force morale ne montrera jamais de la précipitation à se produire ; si néanmoins il se met en avant il sera certainement écouté avec respect et attention. La modestie, jointe à la force morale, répand sur un caractère un grand attrait ; tandis que le talent le plus brillant repousse lorsqu’il s’annonce avec le ton de la confiance en soi.

 

6.2       Puissance et discernement par l’Esprit de Dieu

« Toutefois », continue Élihu, « il y a un esprit qui est dans les hommes, et le souffle du Tout Puissant leur donne de l’intelligence » (vers. 8). Un élément tout différent est introduit ici. L’Esprit de Dieu entre en scène en ce moment ; et alors, en tant qu’il peut parler par un jeune homme comme par un homme âgé, il ne s’agit plus de la question de vieillesse ou de jeunesse. « Ni par force, ni par puissance, mais par mon Esprit, dit l’Éternel des armées ». Retenons toujours cela qui fut vrai pour les patriarches, vrai pour les prophètes, vrai pour les apôtres ; et qui reste vrai pour nous et pour tous. Il ne s’agit pas ici de la force humaine, mais de l’Esprit éternel.

Là se trouve le secret de la puissance calme d’Élihu. Il était rempli de l’Esprit Saint ; aussi oublions-nous son jeune âge pour prêter l’oreille à ses paroles abondantes, qui ne manquent ni de poids spirituel ni de sagesse céleste. Cela nous rappelle Celui qui parlait comme ayant de l’autorité, et non pas comme les scribes. Quelle différence importante il y a entre un homme qui parle les oracles de Dieu, et un autre qui, avec volubilité n’exprime que des pensées humaines — entre celui qui, avec l’onction de l’Esprit, parle du cœur, et un autre qui, avec l’autorité humaine, parle selon l’intelligence ! Qui peut justement estimer la différence entre ces deux choses ? Per sonne, si ce n’est ceux qui possèdent et réalisent l’Esprit de Christ.

Mais revenons aux paroles d’Élihu : « Ce ne sont pas les grands qui sont sages, ni les anciens qui discernent ce qui est juste. C’est pourquoi je dis : Écoute-moi ; moi aussi je ferai connaître ce que je sais. Voici, j’ai attendu vos paroles, j’ai écouté vos raisonnements, jusqu’à ce que vous eussiez examiné le sujet ; je vous ai donné toute mon attention : et voici, il n’y a eu personne d’entre vous qui convainquît Job, qui répondît à ses paroles » (v. 9-12).

Remarquons particulièrement ceci : « Il n’y a eu personne d’entre vous qui convainquît Job ». C’était bien assez. Job était, à la fin de l’entretien, aussi loin d’être réfuté et convaincu qu’au commencement. Nous osons dire, en effet, que chaque nouvel argument tiré du trésor de l’expérience, de la tradition et du légalisme n’avait servi qu’à fouiller quelque nouvelle cachette de la nature non brisée et non mortifiée de Job. C’est là une grande vérité morale, qui est mise en lumière à chaque page du livre que nous avons sous les yeux.

Combien elle est instructive, la raison de tout cela ! « Afin que vous ne disiez pas : Nous avons trouvé la sagesse. Dieu le fera céder, et non pas l’homme » (v. 13). La chair n’est pas glorifiée dans la présence de Dieu. Elle peut se vanter en dehors de cette présence. Elle peut élever ses prétentions, se glorifier de ses ressources et de ses entreprises, aussi longtemps que Dieu n’est pas pris en considération. Cependant Dieu intervient : alors toutes les jactances, les prétentions et les illusions présomptueuses se dissipent en un clin d’œil. « Où donc est la vanterie ? — Elle a été exclue ». Oui, toute vanterie — la vanterie de Job, et celle de ses amis. Si Job avait réussi à établir ses prétentions, il se serait glorifié. Si, d’un autre côté, ses amis étaient parvenus à le réduire au silence par leurs objections, ils se seraient de même glorifiés. Mais non : « Dieu le fera céder et non pas l’homme ». Il en est ainsi, et il faut qu’il en soit ainsi toujours. Dieu sait comment briser le cœur orgueilleux, et soumettre la volonté inflexible. Il est fort inutile de s’élever ; soyons assurés que quiconque s’élève, sera, tôt ou tard, abaissé. Le gouvernement de Dieu est ordonné de telle manière, que tout ce qui est élevé doit être abaissé dans la poussière. C’est une vérité salutaire pour nous tous, mais surtout pour la jeunesse ardente, ambitieuse. Pour vivre heureux, vivons cachés ; c’est le moyen de jouir le mieux des rayons de soleil. Cela semble un paradoxe, mais c’est clair pour la foi. Le petit sentier caché, ombreux, est sans doute le meilleur, le plus heureux et le plus sûr. Puissions-nous le suivre jusqu’à ce que nous atteignions cette scène brillante et bénie, où l’orgueil et la présomption sont des choses inconnues !

Les paroles d’Élihu ont produit un effet étonnant sur les trois amis de Job : « Ils ont été confondus, ils ne répondent plus ; les paroles leur sont ôtées. J’ai attendu, car ils ne parlaient plus, car ils se tenaient là, ils ne répondaient plus ; je répondrai, moi aussi, à mon tour ; je ferai connaître, moi aussi, ce que je sais ; car je suis plein de paroles, l’esprit qui est au-dedans de moi me presse » (v. 15-18). Il faut que la source et la force de tout ministère en tout temps soit « l’inspiration » ou le « souffle du Tout-Puissant », sinon tout est de nulle valeur.

 

6.3       Être remplis de l’Esprit de Dieu

N’oublions pourtant pas que, depuis que Christ est monté au ciel et s’est assis à la droite de Dieu en vertu d’une rédemption accomplie, un grand changement est survenu. Tout est changé depuis la mort, la résurrection et l’ascension de Christ, ainsi que depuis la présence du Saint Esprit sur la terre et son habitation en chaque croyant et dans l’Église entière, comme corps de Christ. Nous ne devons pas juger Élihu à ce point de vue-là. L’habitation du Saint Esprit dans le croyant était encore une chose inconnue. Mais son principe a vigueur en tout temps. Celui qui veut parler avec force et efficace doit pouvoir dire dans une certaine mesure : « Je suis plein de paroles, l’esprit qui est au-dedans de moi me presse. Voici, mon ventre est comme un vin qui n’a pas été ouvert ; il éclate comme des outres neuves. Je parlerai et je respirerai ; j’ouvrirai mes lèvres, et je répondrai » (v. 18-20). Il faut ordinairement qu’il en soit ainsi, chez ceux qui veulent atteindre le cœur et la conscience de leurs semblables. Élihu possédait le germe de ce qui, quinze siècles plus tard par l’envoi du Saint Esprit, devait parvenir à une pleine floraison et à maturité. Il savait que, pour parler d’une manière décidée, incisive et puissante, il faut être animé du « souffle du Tout-Puissant ». Il avait écouté à satiété le verbiage des anciens, qui avaient tiré quelques vérités incontestables de leur expérience ou de la pauvre provision des traditions humaines. Presque épuisé par tout ce qu’il venait d’entendre, il se lève avec la force de l’Esprit pour se tourner vers ses auditeurs, comme quelqu’un qui a, sur ses lèvres, les oracles de Dieu.

Voici le grand secret de la force et du succès de tout vrai ministère. « Si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme oracle de Dieu », dit Pierre. Ce n’est pas seulement que quelqu’un parle d’après l’Écriture, comme aussi c’est essentiellement nécessaire. Quelqu’un peut parler durant des heures, sans prononcer un mot qui soit anti-scripturaire, et cependant on n’a peut-être pas découvert en lui une trace d’oracles de Dieu. Ceci est particulièrement important et remarquable pour tous ceux qui sont appelés à prendre la parole au milieu du peuple de Dieu. Je puis présenter clairement des vérités détachées ; mais c’est tout autre chose d’être un canal pour communiquer les pensées du cœur de Dieu aux âmes des siens. Cette dernière opération est le vrai ministère ; car celui qui parle de cette manière touchera si bien les cœurs et les consciences de ses auditeurs, que ceux-ci seront tentés de croire que leurs sentiments intimes ont été dévoilés à celui qui parle. L’orateur amènera la conscience de l’auditeur si pleinement dans la lumière de la présence de Dieu, que les replis les plus cachés de son cœur seront mis à nu, et les racines intérieures atteintes. Voilà un vrai ministère. Tout autre est sans force, sans valeur et sans fruit. Rien n’est plus fatigant que de devoir prêter l’oreille aux paroles d’un homme qui, réduit à ses pauvres ressources à lui, nous apporte, pour ainsi dire, des vérités réchauffées et des pensées empruntées, comme on ferait d’une marchandise à la foire. — Peut-être a-t-il parlé selon l’Écriture, mais il n’a rien dit comme oracle de Dieu.

Nous pouvons, en ceci, tirer une importante leçon de la manière d’agir d’Élihu. Si nous vivons en la présence de Dieu, dans le sentiment que nous ne sommes rien et qu’il suffit à tout, nous apprendrons à connaître le précieux secret d’un ministère efficace. Nous saurons alors nous appuyer sur Dieu seul, pour être, dans un bon sens, indépendants des hommes ; nous comprendrons la signification et la force des paroles suivantes d’Élihu : « Je ne ferai pas acception de personnes, et je ne flatterai aucun homme ; car je ne sais pas flatter : celui qui m’a fait m’emporterait bientôt » (v. 21-22).

 

7         Chapitre 7 — Le travail final opéré chez Job

Nous allons trouver dans le ministère d’Élihu deux grands éléments, savoir : « la grâce et la vérité ». Il donne au patriarche et à ses trois amis l’assurance qu’il ne sait pas flatter l’homme. La voix de la vérité touche l’oreille. La vérité met chaque chose à sa propre place ; cela étant, elle ne peut faire entendre aucune flatterie au pauvre mortel coupable. L’homme doit être amené à voir et à confesser son véritable état ; ce qu’il est réellement. C’était justement, là aussi, ce dont Job avait besoin. Il ne se connaissait pas, et ses amis ne pouvaient lui donner cette connaissance. Il lui était nécessaire de passer par les lieux profonds, mais ses amis étaient incapables de l’amener à cela.

 

7.1       Présenter Dieu à l’âme

Élihu commence pourtant à lui annoncer la vérité. Il lui présente le vrai caractère de Dieu. Précisément ce que les trois amis n’avaient pas su faire. Ils en avaient appelé à Dieu, il est vrai ; mais leurs allusions étaient sombres, inexactes et fausses. Nous le verrons distinctement en lisant au chap. 42:7, 8, ces mots : « L’Éternel dit à Éliphaz, le Thémanite : Ma colère s’est enflammée contre toi et contre tes deux compagnons, car vous n’avez pas parlé de moi comme il convient, comme mon serviteur Job. Et maintenant, prenez pour vous sept taureaux et sept béliers, et allez vers mon serviteur Job, et offrez un holocauste pour vous ; et mon serviteur Job priera pour vous : car, lui, je l’aurai pour agréable, afin que je n’agisse pas avec vous selon votre folie ; car vous n’avez pas parlé de moi, comme il convient, comme mon serviteur Job ». — Leur faute consistait en ce qu’ils n’avaient pas présenté Dieu à l’âme de leur ami, et n’avaient ainsi pas amené Job à se juger.

 

7.2       Élihu : ministère de grâce (et de vérité)

Élihu, par contre, fait agir la lumière de la « vérité » sur la conscience de Job ; mais il répand en même temps le précieux baume de la « grâce » dans son cœur, lorsqu’il lui dit : « Mais toutefois, Job, je te prie, écoute ce que je dis, et prête l’oreille à toutes mes paroles. Voici, j’ai ouvert ma bouche, ma langue parle dans mon palais. Mes paroles seront selon la droiture de mon cœur, et ce que je sais mes lèvres le diront avec pureté. L’Esprit de Dieu m’a fait, et le souffle du Tout-Puissant m’a donné la vie. Si tu le peux, réponds-moi ; arrange des paroles devant moi, tiens-toi là ! Voici je suis comme toi quant à Dieu, je suis fait d’argile, moi aussi. Voici, ma terreur ne te troublera pas, et mon poids ne t’accablera pas » (Chap. 33:1-7).

Par ces expressions le ministère de la « grâce » se révèle d’une manière puissante et aimable au cœur de Job. Le service des trois amis était dépourvu de ce principe excellent. Ils ne se montraient que trop disposés à « accabler de leur poids » le pauvre Job pour le terrasser. Sévères censeurs, ils avaient pu voir d’un œil sec les plaies de leur ami désolé. Ils considéraient les ruines de sa maison, et en tiraient la dure conclusion que la perte de tout son avoir était une conséquence de sa mauvaise conduite. Ils se montraient des juges pleins de partialité. Ils méconnaissaient les voies de Dieu et ne comprenaient nullement que Dieu éprouve le juste. En un mot, ils se trompaient totalement. Leur point de vue était faux, et par conséquent leur jugement imparfait. Ils jugeaient Job sans le convaincre, tandis qu’ils auraient dû le convaincre afin qu’il se jugeât.

 

7.3       Comprendre que Dieu est plus grand que l’homme. C’est Lui qui déclare ce qui est juste

Le procédé d’Élihu présente ici un contraste évident avec le leur. Il annonce à Job la vérité ; il n’appesantit point sa main sur lui. Il connaissait la puissance de la grâce qui soumet l’âme et attendrit le cœur. Job s’était permis des expressions procédant d’une racine à laquelle il fallait appliquer le tranchant de la vérité. « Certainement dit Élihu, tu as dit à mes propres oreilles, et j’ai entendu le son de tes discours : Moi, je suis net,  sans transgression ; je suis pur, et il n’y a pas d’iniquité en moi » (v. 8, 9). Quelles paroles téméraires pour un pauvre mortel pécheur ! Lors même que la « vraie lumière » dans laquelle nous marchons, n’eût pas encore lui dans l’âme du patriarche, un tel langage doit exciter notre étonnement. Mais que s’ensuit-il ? Si Job était à ses propres yeux pur, net et sans iniquité, il fallait qu’il en vînt à dire de Dieu : « Voici, il trouve des occasions d’inimitié contre moi, il me considère comme son ennemi ; il a mis mes pieds dans les ceps, il observe toutes mes voies » (v. 10, 11). Voici un conflit manifeste. Comment un être juste et saint pourrait-il considérer comme son ennemi un homme pur et net ? Ou Job se trompait, ou Dieu était injuste. Cependant Élihu, le serviteur de la vérité, donne la solution de ceci, en disant : « Voici, je te répondrai qu’en cela tu n’as pas été juste, car Dieu est plus grand que l’homme » (v. 12). Quelle vérité simple ! Si Dieu est plus grand que l’homme, alors il lui appartient et non à l’homme de déclarer ce qui est juste. Le cœur incrédule n’admet pas cela, de là vient sa tendance continuelle à juger les œuvres, les voies, les paroles de Dieu, et Dieu lui-même. L’homme dans sa folie impie, ose décider ce que Dieu doit dire ou faire. Quelle présomption !

Si nos cœurs se rangent sous l’empire de cette vérité que Dieu est plus grand que l’homme, nous sommes alors capables de discerner le but des voies de Dieu par rapport à nous. Il faut certainement qu’il ait le dessus. « Pourquoi contestes-tu avec lui ? Car d’aucune de ses actions il ne rend compte. Car Dieu parle une fois, et deux fois — et l’on n’y prend pas garde — dans un songe, dans une vision de nuit, quand un profond sommeil tombe sur les hommes, quand ils dorment sur leurs lits : alors il ouvre l’oreille aux hommes et scelle l’instruction qu’il leur donne, pour détourner l’homme de ce qu’il fait ; et il cache l’orgueil à l’homme ; il préserve son âme de la fosse, et sa vie de se jeter sur l’épée » (vers. 13-18).

 

7.4       Comprendre que Dieu s’occupe de nous

Toutes les fausses conclusions de Job provenaient de ce qu’il n’avait pas reconnu le caractère de Dieu. Il ne voyait pas que Dieu l’éprouvait, qu’il était derrière la scène et se servait de divers instruments pour l’accomplissement de ses desseins de miséricorde et de sagesse. Satan lui- même, l’un de ces instruments dans la main de Dieu, ne pouvait pas dépasser d’un cheveu la limite qui lui était prescrite. Dès qu’il eut exécuté l’œuvre à lui assignée, il fut congédié et nous n’entendons plus parler de lui. Dieu s’occupait de Job. Il l’éprouvait pour l’instruire, pour lui découvrir ce qui était au dedans de lui et pour briser l’orgueil de son cœur. L’intelligence de ces choses lui aurait épargné un combat et un chagrin immenses. Au lieu d’être fâché contre les hommes et contre les choses, il se serait jugé et incliné devant Dieu, dans l’humilité et dans une vraie contrition.

Ceci est important pour nous tous. Nous oublions si facilement que Dieu éprouve le juste. « Il ne retire pas ses yeux de dessus le juste ». Nous sommes constamment dans ses mains et sous ses yeux. Nous sommes les objets de son amour profond, tendre et invariable, mais nous sommes aussi les objets de son sage gouvernement. Son intention est de nous enseigner, de prévenir le mal ou de le guérir. Il détruit nos chimères, dissipe nos rêves dorés, et traverse quelque plan favori dont notre cœur est épris, mais dont la réussite serait notre ruine. « Voilà, Dieu opère toutes choses deux fois, trois fois, avec l’homme, pour détourner son âme de la fosse, pour qu’il soit illuminé de la lumière des vivants » (v. 29). Dans le 12ième chapitre aux Hébreux, nous voyons que nous devons recevoir la discipline de la main du Père de trois manières. Nous ne devons pas la « mépriser », comme si sa main et sa voix n’y étaient pas ; nous ne devons pas « perdre courage » sous cette discipline, comme si elle était insupportable et n’était pas le précieux fruit de l’amour de Dieu ; enfin nous devons être « exercés » par ce moyen, et recueillir en son temps « le fruit paisible de la justice ».

Or, si notre patriarche avait compris que Dieu s’occupait de lui ; qu’il l’éprouvait pour son profit ultérieur ; qu’il employait les circonstances, les hommes et même Satan comme instruments pour cela ; que ses grandes afflictions, la perte de tout ce qu’il possédait, et ses souffrances n’étaient que des opérations merveilleuses de Dieu pour venir à bout de ses sages et miséricordieux desseins — en un mot, si Job avait perdu de vue toutes les circonstances, pour ne regarder qu’à l’amour de Dieu ; s’il avait tout accepté de sa bonne main, il aurait certainement bientôt compris les dispensations de Dieu envers lui.

Tel est précisément ici l’écueil où notre navire va se briser d’ordinaire. Nous regardons aux circonstances et aux hommes, et nous les mesurons à l’estimation de notre meilleure force. Nous ne les traversons pas avec Dieu ; nous permettons plutôt aux circonstances de nous dominer. Au lieu de voir Dieu entre nous et les circonstances, nous voyons les circonstances entre Dieu et nous. Par là nous perdons le sentiment de sa présence, la lumière de sa face et l’heureuse assurance que nous sommes entre ses mains. Nous devenons grondeurs, impatients et irritables, nous nous éloignons toujours plus de la communion de Dieu ; nous tombons dans toutes sortes d’erreurs ; nous jugeons les autres, mais pas nous-mêmes, jusqu’à ce qu’enfin Dieu nous saisisse par la main pour briser notre cœur, abaisser notre esprit et nous ramener à Lui par son ministère puissant et immédiat. C’est là « la fin du Seigneur ».

 

7.5       Résultat des propos d’Élihu et de Dieu sur Job

L’espace de ce traité ne nous permet pas de nous étendre davantage sur le service béni d’Élihu. Nous laissons le lecteur sérieux méditer lui-même les chapitres qui restent, et nous dirigeons notre attention vers le moment où Dieu lui-même commence à s’occuper directement de son serviteur (chap.38-41). Afin de faire sentir à Job sa propre petitesse, Dieu en appelle aux œuvres de la création qui font voir sa puissance et sa sagesse. Nous ne voulons pas citer ici des fragments de ces magnifiques passages ; il faut les lire à la suite. Ils n’ont pas besoin d’explication. Le travail de l’homme ne ferait que ternir leur éclat. Ainsi nous essayerons seulement de diriger le regard du lecteur sur l’effet puissant que ce ministère merveilleux et immédiat du Dieu vivant produisit dans le cœur de Job.

Cet effet fut triple. Il eut lieu par rapport à Dieu, à Job lui-même et à ses amis — le redressement eut lieu dans tous les sens où Job s’était trompé. Par rapport à Dieu, Élihu avait signalé l’erreur de Job en ces mots : « Job n’a pas parlé avec connaissance, et ses paroles ne sont pas intelligentes ; je voudrais que Job fût éprouvé jusqu’au bout, parce qu’il a répondu à la manière des hommes iniques ; car il a ajouté à son péché la transgression ; il bat des mains parmi nous, et multiplie ses paroles contre Dieu... Penses-tu que ceci soit fondé, que tu aies dit : Je suis plus juste que Dieu ? » (Chap. 34:35-37 ; 35:2). Remarquez ici le changement. Écoutez le soupir d’un esprit repentant, l’expression forcée et pourtant si pleine d’un vrai jugement de soi même. « Et Job répondit à l’Éternel et dit : Je sais que tu peux tout, et qu’aucun dessein n’est trop difficile pour toi. Qui est celui-ci qui, sans connaissance, voile le conseil ? J’ai donc parlé, et sans comprendre, de choses trop merveilleuses pour moi, que je ne connaissais pas. Écoute, je te prie et je parlerai ; je t’interrogerai, et toi, instruis-moi. Mon oreille avait entendu parler de toi, maintenant mon œil t’a vu » (Chap. 42:1-5).

Ici commence la rétractation de Job. Il signale maintenant toutes ses allégations précédentes à l’égard de Dieu et de ses voies, comme des paroles sans intelligence. Quelle confession ! Quel moment dans la vie d’un homme lorsqu’il découvre qu’il a eu tort jusque-là ! C’est un moment qui laisse, dans l’âme, une impression ineffaçable. Juger sainement de Dieu est le point de départ pour juger sainement de toutes choses. Si je me trompe, relativement à Dieu, je me trompe aussi relativement à moi-même, aux autres et à toutes les circonstances qui m’entourent. Ainsi en était-il de Job. Ses nouvelles pensées sur Dieu sont aussi accompagnées de nouvelles pensées sur lui-même. Sa vanterie passionnée était disparue, elle avait fait place à cette expression : « J’ai horreur de moi » (v. 6).

Tel est le vrai terrain sur lequel il nous faut tous nous tenir ; mais, comme Job, nous avons trop souvent besoin de beaucoup de temps avant d’y parvenir. Plusieurs d’entre nous se figurent avoir rompu avec le « moi », quand ils ont découvert et jugé quelques traces de la corruption humaine dans leur conduite extérieure. Mais, hélas ! un petit nombre peut-être, parmi nous, connaissent réellement la pleine vérité relativement à eux-mêmes. Il est aisé de dire : « Nous sommes méchants » ; mais un cœur abaissé en la présence de Dieu peut seul dire : « Je suis méchant ». Les paroles : « Maintenant mon œil t’a vu », — et : « J’ai horreur de moi » vont ensemble. Lorsque la lumière de Dieu luit sur moi, l’horreur de moi-même est une chose réelle. Le vrai secret pour avoir un cœur brisé et contrit consiste à demeurer en la présence de Dieu.

Ensuite, nous voyons que Job, aussitôt qu’il juge sainement de Dieu et de lui-même, prend encore la place convenable vis-à-vis de ses amis ; il prie pour eux. Oui, il pouvait prier pour les « consolateurs fâcheux », pour ces hommes qui l’avaient si vivement contrarié. « Et l’Éternel rétablit l’ancien état de Job, quand il eut prié pour ses amis » (v. 10). C’était le fruit excellent de l’activité divine. Qu’il est touchant de voir les amis de Job substituer à leur expérience, à leur tradition et à leur légalisme, un précieux « holocauste », et d’entendre le patriarche prononcer une douce prière d’amour, au lieu d’amères invectives ! Tout est changé. Les combattants sont dans les bras les uns des autres, et comme dans la poussière devant Dieu. La dispute de mots a pris fin ; nous ne trouvons plus que les larmes du repentir, l’odeur agréable de l’holocauste, l’embrassement de l’amour. Quelle magnifique scène ! Quel fruit du travail de Dieu ! Que manque-t-il encore ? Rien, si ce n’est que Dieu mette la dernière main à ce saint édifice. C’est aussi ce qui arriva, puisque nous lisons : « Et l’Éternel donna à Job le double de tout ce qu’il avait eu » (v. 10). Job est moralement sur un nouveau terrain. Il a de nouvelles pensées sur Dieu, sur lui-même, sur ses amis, sur les circonstances — bref, toutes choses sont faites nouvelles. « Et tous ses frères, et toutes ses sœurs, et tous ceux qui l’avaient connu auparavant vinrent à lui, et mangèrent le pain avec lui dans sa maison ; et ils sympathisèrent avec lui et le consolèrent de tout le mal que l’Éternel avait fait venir sur lui, et lui donnèrent chacun un késita, et chacun un anneau d’or. Et l’Éternel bénit la fin de Job plus que son commencement.

… Et, après cela, Job vécut cent quarante ans, et il vit ses fils, et les fils de ses fils, quatre générations. Et Job mourut vieux et rassasié de jours » (v. 11-17).