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ÉLIE  le  THISHBITE

 

 

par C. H. Mackintosh

ME 1902 p. 70 jusqu’à 432

 

Table des matières :

1     Introduction

2     Premier message du prophète

3     Le prophète dans la retraite

4     La maison d’Achab

5     Le prophète sur le mont Carmel

6     Le prophète sur le mont Horeb

7     L’enlèvement du prophète

8     Conclusion — Considérations sur la doctrine de l’Église, spécialement la doctrine du caractère céleste de l’Église

8.1      Ministère d’Élie image de l’Église comme famille céleste

8.2      État de la doctrine du caractère céleste de l’Église

8.2.1      avant les 12 apôtres

8.2.2      avec les 12 apôtres

8.2.3      au concile de Jérusalem

8.2.4      avec le ministère de Paul

8.3      La nature de l’Évangile de Paul

8.4      Forme du gouvernement de l’Église la plus conforme aux Écritures

 

1                    Introduction

L’exercice du ministère prophétique en Israël était toujours la preuve de la déchéance du peuple. Tant que les grandes institutions nationales étaient maintenues en vigueur, et que l’économie mosaïque cheminait selon l’intention qui avait présidé à son origine, il n’était nullement besoin de quoi que ce soit d’extraordinaire, et c’est pourquoi on n’entendait point alors la voix d’un prophète ; mais quand la chute arrivait : quand les lois et les institutions émanant de Dieu Lui-même, cessaient d’être comprises et observées dans leur ancien esprit, dans leur puissance originelle, alors le besoin se faisait sentir de quelque chose de plus que ce qui existait, et ce quelque chose était communiqué par l’énergie de l’Esprit dans les prophètes. Dans tous les détails relatifs au culte et aux cérémonies lévitiques, il n’y avait pas un mot qui eût trait au moyen de former ou de conserver un ministère tel que celui d’Élie le Thishbite ; l’élément charnel y était trop prédominant pour cela. Le message d’un prophète ne pouvait être proclamé que dans la puissance du Saint Esprit ; en conséquence, aussi longtemps que les ordonnances lévitiques atteignaient leur but, l’Esprit n’avait pas besoin de susciter une autre énergie. Un ministère comme celui d’Élie n’était pas nécessaire aux jours de gloire et de grandeur de Salomon ; alors tout était en ordre ; la machine tout entière était en bon état, chaque rouage, chaque vis fonctionnait à sa place : le roi, sur le trône, portait le sceptre pour sauvegarder les intérêts civils d’Israël ; le sacrificateur, dans le temple, s’acquittait exactement de ses fonctions religieuses ; les lévites et les chantres étaient à leur poste : en un mot, tout marchait avec un ordre qui rendait superflue la voix d’un prophète. Mais bientôt la scène devint tout autre ; le flux du mal s’éleva avec une force qui balaya les fondements mêmes du système politique et religieux d’Israël. Le royaume fut divisé ; avec le temps, des hommes impies montèrent sur le trône de David ; et surtout sur celui que l’apostat Jéroboam avait élevé, on vit des hommes qui sacrifièrent les intérêts du peuple de Dieu sur l’autel de leurs honteuses convoitises. Au lieu du trône du haut duquel Salomon avait administré le jugement de Dieu, on vit, la méchanceté étant arrivée à son comble, on vit à la fin le méchant Achab, avec sa compagne Jésabel, occuper le trône de Samarie. Jéhovah ne pouvait pas supporter plus longtemps un tel état de choses ; il ne pouvait pas laisser monter encore plus cette marée d’iniquité : c’est pourquoi il sort de son carquois une flèche polie pour en percer la conscience d’Israël, et pour contribuer à ramener son peuple à sa position d’heureuse dépendance de son Dieu. Cette flèche, c’était Élie le Thishbite, l’intrépide et incorruptible témoin de Dieu, qui se tint à la brèche dans un moment où chacun semblait s’être éloigné du champ de bataille, se sentant incapable de résister au torrent débordé.

Avant d’en venir à l’étude de la vie et du ministère de cet homme remarquable, il peut être à propos de faire une observation sur les deux faces du ministère prophétique. En considérant le service des prophètes, nous verrons que, non seulement chacun d’eux avait un ministère spécial qui lui était commis, mais aussi que, dans un seul et même prophète, un double objet devait être accompli : le Seigneur avait en vue d’agir sur les consciences pour les rendre sensibles au mal qui régnait, tout en dirigeant les yeux des fidèles sur la gloire future. Le prophète, par le Saint Esprit, présentait la lumière et la vérité de Dieu au coeur et à la conscience du peuple ; il dévoilait pleinement et fidèlement les secrets replis du péché intérieur ; il signalait ouvertement la déplorable chute d’Israël et son éloignement de Dieu ; il renversait les fondements de ce faux système religieux que les fils d’Abraham élevaient autour d’eux. Mais l’office du prophète ne s’arrêtait pas là ; il eût été bien triste de le voir limité à l’humiliante histoire de la chute d’Israël, et à la privation de son ancienne gloire. À cette grave et sérieuse déclaration : «Tu t’es perdu toi-même, ô Israël !» le prophète pouvait, par grâce, ajouter cette consolante assurance de la part de Dieu : «Mais EN MOI est ton secours »; cela nous offre le développement des deux éléments qui constituaient le ministère des prophètes, savoir : la chute totale d’Israël, et la grâce triomphante de Dieu ; l’éloignement de la gloire, en tant que liée à l’obéissance d’Israël et basée sur cette obéissance, et le retour final, l’établissement permanent de cette gloire, en tant que liés à l’obéissance et à la mort du Fils de Dieu, et basés sur cette obéissance et cette mort. Nous pouvons bien dire que c’était là un ministère des plus élevés et des plus saints ; c’était une commission glorieuse que d’être chargé de se tenir au milieu des décombres d’un système ruiné et brisé, et là, de montrer du doigt le temps, l’heureux temps, où Dieu se manifesterait Lui-même dans les immortels résultats de sa grâce salutaire, à la joie de ses rachetés dans le ciel et sur la terre. Et après tout, qu’est-ce que cela, sinon l’Évangile ? En quoi le témoignage du prophète diffère-t-il de celui de l’évangéliste ? En rien. Car l’évangéliste n’a-t-il pas, lui aussi, mission de rendre témoignage à la conscience de ses semblables, qu’ils se sont perdus eux-mêmes, tout en leur annonçant, en même temps, la valeur infinie de l’oeuvre parfaite de Jésus ? Tel est le témoignage de l’évangéliste. D’une main, il montre la chute totale de l’homme, la ruine et le néant de toute prétention humaine ; de l’autre, il indique la pleine manifestation des gloires divines dans le plan de la Rédemption. Glorieux, béni, divin ministère ! Honorable commission ! Puissent beaucoup de coeurs être enseignés à le considérer de cette manière !

2                    Premier message du prophète

C’était un temps bien aride et bien sombre pour la maison d’Israël, que le règne d’Achab, fils d’Omri ; l’iniquité s’était élevée à une hauteur effrayante ; les péchés de Jéroboam n’étaient rien en comparaison de la liste effrayante des transgressions d’Achab : la méchante Jésabel, fille du roi incirconcis des Sidoniens, avait été choisie par lui pour être la compagne de son sort et de son trône ; cette seule circonstance suffisait pour amener l’oppression des Israélites et l’entière subversion de leur ancien culte ; le Saint Esprit résume tout cela en ces mots : «Achab fit plus que tous les rois d’Israël qui avaient été avant lui, pour provoquer à colère l’Éternel, le Dieu d’Israël» (1 Rois 16:33). C’est plus qu’il n’en faut pour le dépeindre. Toute la série des rois depuis Jéroboam jusqu’à lui, avaient fait ce qui déplaît à l’Éternel, en suivant le train de Jéroboam et son péché, par lequel il avait fait pécher Israël : or, faire pis qu’eux tous, cela indiquait un caractère aussi coupable et corrompu que possible. Eh bien ! Tel était Achab — tel était l’homme qui régnait sur l’ancien peuple de Dieu, lorsqu’Élie, le Thishbite, entra dans la carrière du témoignage prophétique.

C’est un spectacle singulièrement affligeant pour le coeur, que celui que présente le règne d’Achab. Toute lumière était éteinte ; toute voix de témoignage était étouffée ; le firmament moral où, de temps en temps, avait resplendi tant de brillants luminaires, était maintenant tout couvert de sombres nuages ; la mort semblait répandue sur toute la scène, le diable semblait avoir la haute main en tout et partout, lorsqu’enfin Dieu, dans sa miséricorde envers son malheureux peuple opprimé et égaré, fit surgir un éclatant et puissant témoin dans la personne de notre prophète. Or, c’est précisément dans un pareil temps qu’un vrai témoin de Dieu est à même de produire l’effet le plus énergique, et d’exercer l’influence la plus étendue. C’est après une longue sécheresse que la pluie fait surtout éprouver ses propriétés rafraîchissantes. Le théâtre était, pour ainsi dire, tout préparé, pour qu’un homme fort et vaillant pût y faire son entrée et agir avec une énergie divine contre le torrent grossissant de l’iniquité.

Il est bon pourtant, d’observer qu’Élie, de même que tous ses compagnons d’oeuvre, nous est présenté dans des circonstances de discipline secrète avant son apparition en public. C’est un trait qui se retrouve dans l’histoire de tous les serviteurs de Dieu, sans en excepter Celui qui fut le Serviteur par excellence ; tous ont été secrètement instruits de la part de Dieu avant d’agir en public parmi les hommes : de plus, ceux qui ont été le plus profondément initiés dans l’intelligence et l’importance de ces enseignements intimes, sont aussi ceux dont le service et le témoignage publics ont eu le plus d’efficacité et de durée. Malheur à celui qui est arrivé à une position publique qui dépasse beaucoup la mesure des exercices secrets de son âme devant Dieu ; il ne peut qu’y faillir. Si la superstructure dépasse trop la mesure des fondements, l’édifice chancellera ou s’écroulera. Si un arbre pousse ses branches dans l’air à un degré par trop supérieur à la profondeur de ses racines, il sera incapable de résister à la violence de la tempête et sera tôt ou tard renversé ; il en est de même de l’homme qui accomplit un ministère public : il faut que, préalablement, il ait été seul avec Dieu, que son esprit ait été exercé en particulier ; que, dans sa propre expérience, il ait passé par les profondes eaux ; sans cela il ne sera qu’un théoricien, et non pas un témoin : il faut que son oreille ait été ouverte pour entendre, avant que sa langue puisse être à même de parler le langage des bien instruits. Que sont devenus tous ceux qui, en apparence, et de temps en temps, ont resplendi un moment sur le sentier de l’Église de Dieu, comme de brillants luminaires et qui ont aussi soudainement disparu derrière la nuée ? D’où venaient-ils et où sont-ils allés ? Et pourquoi ont-ils laissé si peu de traces ? Hélas ! c’est qu’ils n’étaient que des étincelles à lueurs humaines : et il n’y avait en eux ni profondeur ni puissance durable, ni réalité ; aussi, s’ils ont brillé pour un temps, ils se sont promptement évanouis, ne produisant d’autres résultats que d’augmenter les ténèbres environnantes, ou au moins la conscience de ces profondes ténèbres. Tout vrai ministre de Dieu doit pouvoir, en quelque mesure, dire avec l’apôtre : «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console à l’égard de toute notre affliction, afin que nous soyons capables de consoler ceux qui sont dans quelque affliction que ce soit, par la consolation dont nous sommes nous-mêmes consolés de Dieu» (2 Cor. 1:3-4)

Le dix-septième chapitre du premier livre des Rois nous rapporte la première apparition d’Élie en public ; mais l’Esprit, dans l’épître de Jacques, a bien voulu nous faire entrevoir un stage plus ancien de l’histoire du prophète ; et cette révélation est pleine d’instructions pour nous, quelle que soit d’ailleurs notre sphère de service. L’historien sacré introduit notre prophète d’une façon qui peut paraître un peu brusque. Il nous le présente tout d’un coup, entrant hardiment sur la scène de ses travaux, avec ces sérieuses et solennelles paroles : «L’Éternel est vivant »; mais il ne nous dit rien ici des précédentes expériences du prophète ; il ne nous apprend pas comment Élie en était venu à connaître ce que le Seigneur voulait qu’il annonçât de sa part : tout cela, quoique fort important, est ici complètement passé sous silence par le Saint Esprit, qui se borne à nous présenter cet homme de Dieu dans le saint exercice d’une puissance qu’il avait obtenue par une secrète communion avec Dieu. L’historien nous fait voir Élie agissant en public, sans nous rien apprendre de plus ; mais l’apôtre nous découvre, dans l’intimité, Élie priant Dieu, avant d’entrer dans son service actif devant les hommes. «Élie était un homme ayant les mêmes passions que nous, et il pria avec instance qu’il ne plût pas, et il ne tomba pas de pluie sur la terre durant trois ans et six mois» (Jacques 5 :17)

Si le Saint Esprit ne nous avait pas révélé ce fait important par la plume de Jacques, nous aurions été privés d’un des plus puissants motifs à la prière ; mais l’Écriture est parfaite — divinement parfaite ; il n’y manque rien de ce qui devrait s’y trouver, et il ne s’y trouve rien de ce qui devrait n’y pas être : c’est pourquoi Jacques nous dévoile les secrets moments de lutte et de prière d’Élie ; il nous le fait entrevoir dans la retraite des montagnes de Galaad, où il avait sans doute gémi sur le lamentable état des choses en Israël, et où il s’était fortifié en esprit pour le rôle qu’il allait jouer. Eh bien ! Cette circonstance dans la vie de notre prophète, nous offre un enseignement bien utile. Nous vivons dans un temps de grande pauvreté morale et de disette spirituelle — l’état de l’Église ne ressemble que trop à la plaine couverte d’ossements desséchés de la vision d’Ézéchiel ; nous avons à nous défendre non pas seulement des misères qui ont signalé les siècles passés, mais encore de cette corruption, arrivée à maturité, d’une époque où les diverses souillures du monde gentil se trouvent unies à la profession chrétienne et couvertes de son manteau. Et si, du milieu de cette confusion, nous portons nos regards sur ceux dont la connaissance de la vérité et la haute profession qu’ils en font, donnent naturellement droit d’attendre une activité chrétienne plus saine et plus vigoureuse, nous trouvons, hélas ! chez plusieurs — même dans la plupart des cas — que la connaissance n’est qu’une froide théorie sans influence sur la marche, et que la profession est toute superficielle, sans action sur les sentiments et les affections de l’homme intérieur. Parmi les personnes de cette classe, on verra aussi que la vérité de Dieu n’a pour elles que peu d’intérêt et peu d’attrait, si tant est même qu’elle en ait ; ces gens-là en savent assez pour qu’on ne puisse, en quelque sorte, leur présenter aucune vérité dont ils n’aient déjà la connaissance ; de là vient qu’ils prêtent une oreille tout à fait indifférente à l’exposition des doctrines chrétiennes : cette exposition ne leur offre plus le piquant de la nouveauté, aussi ils n’y font guère attention. Dans un tel état de choses, quelle est la ressource du fidèle ? — La prière — la prière patiente, persévérante, — une secrète communion avec Dieu, — un profond et réel exercice de l’âme en sa présence, seule place où nous puissions parvenir à une vraie connaissance de nous-mêmes et des choses qui nous entourent ; et non seulement cela, mais encore où nous puissions obtenir une force spirituelle suffisante pour agir pour Dieu parmi nos frères, ou vis-à-vis du monde au dehors. «Élie était un homme ayant les mêmes passions que nous »; il se trouvait au milieu d’une sombre apostasie, d’un éloignement général des coeurs de Dieu ; il voyait les fidèles disparaître du milieu des enfants des hommes ; le mal s’élevant comme une haute marée autour de lui, et la lumière de la vérité s’affaiblissant de plus en plus : l’autel de Baal avait remplacé l’autel de Jéhovah, et les cris des prêtres de cette abomination des Sidoniens avaient étouffé les chants sacrés des lévites : en un mot, tout ce qu’il contemplait n’était à ses yeux qu’une masse de décombres et de ruines ; il le sentait, il pleurait sur ces ruines, il faisait plus : «il priait avec instance». Voilà quelle était la ressource — la ressource sûre et infaillible du prophète abattu : il cherchait un refuge dans la présence de Dieu — là, il répandait son coeur et ses larmes en pensant à l’horrible chute et aux malheurs de son bien-aimé peuple ; il était sincèrement préoccupé de la triste condition de tout ce qui l’environnait : c’est là ce qui le faisait prier, — et prier comme il devait le faire, non pas froidement et par forme ou de temps en temps, mais «avec instance» et persévérance. C’est là un bel exemple pour nous. Il n’y eut peut-être jamais un temps où de ferventes prières fussent plus nécessaires dans l’Église de Dieu, que le temps où nous vivons. Le diable semble exercer toute sa puissance malfaisante pour accabler les esprits et entraver l’activité du peuple de Dieu : auprès des uns, par le moyen de leurs emplois publics ou de leurs occupations ; auprès des autres, par le moyen de leurs épreuves domestiques ou de leurs combats individuels : en un mot, «il y a beaucoup d’adversaires», et rien, si ce n’est la force puissante de Dieu, ne peut nous rendre capables de lutter avec eux et d’en triompher.

Mais Élie n’était pas appelé seulement à passer sans dommage pour lui individuellement, à travers le mal ; il devait encore exercer une influence sur d’autres ; il était appelé à agir pour Dieu dans un temps de dégénération ; il devait faire des efforts pour ramener sa nation au Dieu de leurs pères : combien encore, sous ce rapport, n’avait-il donc pas besoin de chercher le Seigneur en particulier ; de recueillir sa force morale en présence de Dieu, seule place où il pût, non seulement échapper à lui-même, mais de plus devenir un instrument de bénédiction pour d’autres ! Élie sentait tout cela ; c’est pourquoi «il pria avec instance qu’il ne plût point !» C’est ainsi qu’il amène Dieu Lui-même sur la scène, et il ne manque pas d’atteindre son but : «Il ne plut pas». Dieu ne refusera jamais d’agir quand la foi s’adresse à Lui en se fondant sur sa propre gloire à Lui, et nous savons que c’était bien et uniquement sur ce fondement que le prophète s’adressait à Dieu. Quant à lui-même, il ne pouvait certes éprouver aucun plaisir à voir le pays converti en un désert aride et stérile, ou ses frères consumés par la famine et toutes les horreurs qui l’accompagnent. Non ; c’était uniquement pour faire retourner les coeurs des pères vers les enfants — pour ramener le peuple à son ancienne foi — pour extirper les principes d’erreur qui s’étaient emparés de tous les esprits ; c’était pour de tels buts que notre prophète prie instamment qu’il ne pleuve pas, et Dieu entendit et exauça cette requête parce qu’elle était produite par son Esprit dans l’âme de son bien-aimé serviteur. — Ah ! Nous pouvons bien dire qu’il est bon de s’attendre à Dieu ; non seulement cette attente conduit à d’heureux résultats que manifeste la manière dont Dieu y répond ; mais, indépendamment de cela, il y a beaucoup de douceur et de consolation dans cet exercice de l’âme en lui-même. Quel bonheur pour le croyant tenté et éprouvé de se trouver seul avec Dieu ! Quelle bénédiction quand il peut laisser son coeur se répandre devant le Seigneur, et ses affections monter à Celui qui seul est capable de l’élever au-dessus de l’énervante influence des choses du temps, dans le calme et la lumière de sa présence bénie ! Puissions-nous tous être trouvés nous attendant de plus en plus à Dieu — prenant même les difficultés de nos jours comme une occasion de nous approcher du trône de grâce ; ainsi, non seulement nous exercerons une salutaire influence dans nos positions respectives, mais encore nos propres coeurs seront consolés et encouragés par cette recherche confiante de notre Père ; car la promesse n’a jamais jusqu’ici manqué de s’accomplir : «Ceux qui s’attendent à l’Éternel renouvelleront leurs forces !» Précieuse promesse ! Puissions-nous nous en nourrir toujours davantage !

C’est ainsi qu’Élie le Thishbite entra dans la carrière de son service ; il sortit du sanctuaire de Dieu bien armé de puissance divine pour agir avec efficace sur ses semblables. Il y a beaucoup de force dans ces mots : «L’Éternel, le Dieu d’Israël, devant qui je me tiens, est vivant »; ils mettent devant nous, d’une façon toute particulière, le fondement sur lequel se reposait l’âme de cet éminent serviteur de Dieu, comme aussi le principe qui le soutenait dans son ministère. Il se tenait en la présence de L’Éternel, le Dieu d’Israël ; de cette position, il pouvait parler avec puissance et autorité. Mais combien Achab était étranger à la connaissance de ces intimes expériences de l’âme d’Élie, avant que celui-ci sortît de sa retraite pour adresser un appel à la conscience de ce méchant roi ! Il ne savait pas qu’Élie avait été longtemps sur ses genoux en secret, avant de se présenter ainsi en public. Il ignorait tout cela ; mais Élie en avait la conscience : aussi put-il hardiment affronter le chef de tout le mal, parler au roi Achab lui-même, et lui annoncer les jugements d’un Dieu justement offensé. En cette occasion, notre prophète peut être envisagé comme un beau modèle de tous ceux qui sont appelés à parler au nom du Seigneur. Ils devraient tous de même, en vertu de leur mission divine, se sentir élevés complètement au-dessus de l’influence de l’opinion des hommes. Combien souvent n’arrive-t-il pas que des hommes qui peuvent parler avec un certain degré de puissance et de liberté en présence de certains auditeurs, sont, devant d’autres, gênés et peut-être tout à fait empêchés de parler ! Assurément il n’en serait pas ainsi, s’ils étaient bien convaincus, non seulement qu’ils ont reçu d’en haut leur commission, mais encore que c’est en la présence du Dieu vivant qu’ils l’accomplissent. Le messager du Seigneur ne serait jamais humainement affecté par ceux auxquels il annonce son message ; il se tiendrait au-dessus d’eux, tout en prenant en même temps, l’humble place de serviteur. Son langage serait : «Il m’importe fort peu à moi que je sois jugé par vous, ou de jugement d’homme». C’était là, dans la perfection, le cas de notre précieux Maître. Combien peu il se laissait affecter par les pensées ou les jugements de ceux auxquels il s’adressait ! Ils pouvaient contredire ses paroles, s’y opposer et les rejeter ; mais jamais, pour un seul moment, cette opposition ne l’amena à perdre de vue le fait qu’il était envoyé de Dieu. Pendant toute sa carrière terrestre, il ne cessa d’être animé de la sainte et fortifiante assurance qu’il exprimait dans la synagogue de Nazareth : «L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres» (Luc 4:18) Voilà quel était le fondement de son ministère comme Fils de l’homme : il consistait «dans la puissance de l’Esprit »; aussi avait-il toujours la conscience d’être le ministre de Dieu, ce qui l’élevait tout à fait au-dessus de l’influence de ceux avec lesquels il avait affaire. «Ma doctrine n’est pas mienne, disait-il, mais de Celui qui m’a envoyé». C’est bien Lui qui pouvait dire en toute vérité : «L’Éternel, le Dieu d’Israël, devant qui je me tiens». Il était sans cesse «le messager de l’Éternel parlant au peuple par le message de l’Éternel» (Aggée 1:13). Or, tous ceux qui occupent la place de serviteurs ou de messagers du Seigneur, ne devraient-ils pas chercher à connaître de plus en plus cette sainte élévation de l’esprit au-dessus des hommes et des circonstances ? Ne devraient-ils pas aspirer à s’affranchir davantage de l’influence des pensées et des jugements humains ? Nous n’avons nullement à nous inquiéter de ce que les hommes pensent à notre sujet. Soit qu’ils nous écoutent, soit qu’ils nous fuient — qu’ils acceptent notre message ou qu’ils le rejettent — que nous soyons estimés, ou traités avec mépris à cause de notre oeuvre, que notre but, notre but constant soit toujours de «nous rendre nous-mêmes recommandables comme serviteurs de Dieu».

Remarquez ensuite avec quelle puissance et quelle autorité notre prophète parle : «Il n’y aura, ces années-ci, ni rosée ni pluie, sinon à ma parole». Le fait qu’il se tenait en la présence de l’Éternel, qu’il prononçait les paroles de l’Éternel, oui, et qu’il était ainsi entièrement identifié avec l’Éternel, lui donnait cette parfaite assurance, en sorte qu’il pouvait dire : «sinon à ma parole». Tel était le privilège du messager du Seigneur s’acquittant du message du Seigneur. Tels sont les merveilleux résultats de la prière secrète. «Élie était un homme ayant les mêmes passions que nous, et il pria avec instance qu’il ne plût pas, et il ne tomba pas de pluie sur la terre durant trois ans et six mois». Puisse cet exemple agir comme un puissant mobile sur tous ceux qui, dans ces jours de faiblesse générale, désirent travailler pour Dieu ! Il faut nous tenir davantage en la présence de Dieu, dans un sentiment réel de nos besoins ; si nous sentions nos misères beaucoup plus que nous ne le faisons, nous manifesterions davantage l’esprit de prière, et c’est l’esprit de prière qui nous manque — cet esprit qui met Dieu dans la place qui Lui convient : celle de donateur, et qui nous met aussi à notre propre place : celle de gens qui reçoivent. Mais combien souvent nous nous laissons aller à de pures et vaines formes de prières — par l’expression formaliste de mots qui n’ont point d’écho réel dans nos coeurs ! Plusieurs aussi se font une espèce de dieu de la prière ; plusieurs laissent leurs prières même se placer entre leurs âmes et le Dieu de la prière. C’est un grand piège. Nous devrions toujours veiller à ce que nos prières soient l’effusion naturelle de l’Esprit au-dedans de nous, et non pas une simple et superstitieuse pratique d’un acte que nous pensons devoir accomplir (*).

(*) Je voudrais ajouter quelques mots sur le sujet de la prière en commun parmi les chrétiens, exercice qui semble si déplorablement négligé par nous dans un temps où il serait si particulièrement nécessaire. On verra qu’en général la vie et l’énergie, le service et le témoignage collectifs, seront proportionnés à la mesure d’une recherche collective de Dieu. Là où il n’y a pas des assemblées publiques de prières, on peut être sûr de trouver bien des manquements quant au service et au témoignage ; les intérêts de l’Église de Dieu ne sont pas réellement appréciés, et, partant, les choses de la terre occupent une place d’illégitime prééminence dans les esprits des chrétiens. Si nous sentions notre faiblesse collective, il y aurait une expression collective de cette faiblesse, et ensuite un renouvellement de notre force collective. Or on peut se convaincre, je crois, que tous les mouvements importants qui ont eu lieu parmi le peuple de Dieu ont été le résultat de prières venant du coeur et en commun. Et nous pouvons bien dire qu’il est tout naturel qu’il en soit ainsi. En effet, nous ne pouvons pas nous attendre à ce que Dieu répande sa grâce vivifiante sur ceux qui se contentent de leur état de tiédeur et de mort. L’Écriture dit : «Ouvre ta bouche, et je la remplirai» (Ps. 81:10). Si nous ne voulons pas ouvrir nos bouches, comment pourraient-elles être remplies ? Si nous sommes contents de ce que nous avons, comment pourrions nous espérer recevoir davantage ? Que tout lecteur chrétien ait donc à coeur d’exciter ses frères autour de lui à chercher le Seigneur dans des prières en commun, et il peut être assuré que d’heureux résultats  ne tarderont pas à se manifester.

3                    Le prophète dans la retraite

Notre prophète avait à peine rendu son témoignage qu’il fut de nouveau appelé, loin des regards du peuple, dans la retraite et la solitude. «Et la Parole de l’Éternel vint à Élie disant : Va-t-en d’ici, et tourne-toi vers l’orient, et cache-toi au torrent du Kerith, qui est vers le Jourdain». Il y a, dans ces paroles, des enseignements sérieux à recueillir. Élie venait de prendre une position fort éminente en présence d’Israël, et quoiqu’il ne l’eût fait qu’après avoir passé, dans la retraite, par de précieux exercices d’âme en la présence de Dieu, cependant ce Dieu fidèle, pour lequel Élie avait agi, jugea nécessaire de le retirer de nouveau loin de la foule, afin qu’il pût encore, non seulement occuper une place élevée devant ses frères, mais une place bien humble devant le Seigneur. Tout cela, je le répète, est rempli d’instruction pour nous. Il faut que nous soyons tenus et gardés dans l’humilité. Il faut que la chair soit brisée. Pour cela, il faut que nous mettions plus de temps à nous laisser enseigner en secret, que nous n’en mettons à agir en public. Élie s’était, pour un moment seulement, présenté en public comme témoin de l’Éternel, et cela encore après avoir été longtemps seul avec Dieu ; et aussitôt après, il doit disparaître de la scène et se cacher de nouveau pendant trois ans et demi. Combien peu l’homme a de droits à la confiance ! Comme il nous est difficile d’occuper impunément une place honorable ! Comme nous sommes vite disposés à nous oublier nous-mêmes et à oublier Dieu ! Nous verrons plus tard que le fidèle prophète lui-même avait grandement besoin d’être tenu dans la retraite. Le Seigneur connaissait son caractère et ses tendances, et Il agit envers lui en conséquence. Ah ! Il est bien humiliant de penser combien peu il est possible de se confier en nous relativement au témoignage public que nous avons à rendre à Christ ; nous sommes si remplis de nous-mêmes, si portés à nous imaginer follement que nous sommes quelque chose, et que Dieu veut faire de grandes choses par nous : de là vient que nous avons grand besoin, comme notre prophète, d’écouter la voix qui nous dit de «nous tenir cachés», de nous dérober aux regards du public, afin d’apprendre, dans le calme de la sainte présence de notre Père, à connaître notre propre néant. C’est ainsi qu’agit notre divin Maître avec ses envoyés, quand ils revinrent à Lui pleins d’eux-mêmes et de leur service en disant : «Seigneur, les démons même nous sont assujettis». Quelle fut la réponse de Jésus ? «Venez à l’écart vous-mêmes dans un lieu désert». Un chrétien spirituel comprendra aisément l’importance de ce qui précède. Il ne serait pas bon pour nous d’être constamment en présence des hommes ; aucun être humain ne pourrait le supporter ; le Fils de Dieu Lui-même cherchait fréquemment la solitude où Il pût, loin du mouvement et du bruit de la ville, jouir d’un paisible isolement pour se livrer à la prière dans une intime communion avec son Père. «Jésus s’en alla à la montagne des Oliviers», où Il passait quelquefois la nuit (Jean 8:1 ; Luc 21:37). «Et s’étant levé sur le matin, longtemps avant le jour, Il sortit, et s’en alla dans un lieu désert ; et Il priait là» (Marc 1:35). Ce n’est pas pourtant qu’Il eût besoin de se cacher, car sa vie tout entière sur la terre était une vie de complète abnégation. L’esprit de son ministère est exprimé dans ces paroles : «Ma doctrine n’est pas mienne, mais de Celui qui m’a envoyé» (Jean 7:16). Ah ! Si tous les serviteurs du Seigneur étaient réellement animés du même esprit ! Nous avons tous besoin de beaucoup de renoncement au moi. Le diable agit sur nos pauvres coeurs — nos pensées sont préoccupées de nous-mêmes — hélas ! nous faisons souvent de notre misérable service et même de la vérité de Dieu, comme un piédestal pour servir d’appui à notre propre gloire. Il n’est donc pas étonnant que le Seigneur nous utilise rarement ; comment pourrait-il employer des agents qui ne Lui rapporteraient pas toute la gloire de ce qu’il leur serait donné de faire ? Comment le Seigneur pouvait-il employer Israël à son service, quand Israël était toujours enclin à se glorifier lui-même ? Oh ! Demandons à notre Dieu de nous rendre plus vraiment humbles — plus abaissés dans notre propre estime — plus disposés à être considérés comme un «chien mort», ou comme «une puce», ou comme «les balayures du monde», ou comme rien du tout, pour l’amour de notre bon Maître.

Élie devait demeurer plusieurs jours dans sa retraite solitaire auprès du torrent du Kerith ; mais il y était avec une précieuse promesse de l’Éternel, le Dieu d’Israël, relativement à la nourriture dont il avait besoin ; il s’y rendit, en effet, accompagné de cette miséricordieuse assurance : «J’ai commandé aux corbeaux de te nourrir là». Le Seigneur voulait prendre soin de son bien-aimé serviteur, pendant qu’il serait caché à la vue du peuple, et subvenir à ses besoins, fût-ce même par le moyen des corbeaux. Quelle étrange ressource ! Quel continuel exercice de foi était impliqué dans cette position, d’être appelé à attendre les visites journalières d’oiseaux, poussés par leur instinct à dévorer la nourriture du prophète ! Mais était-ce des corbeaux que Élie attendait le soutien de sa vie ? Assurément non ! Son âme se reposait sur ces précieuses paroles : «J’ai commandé». C’était Dieu qui était pour lui, et non pas les corbeaux. Il avait le Dieu d’Israël avec lui dans sa retraite, il vivait de foi. Quelle inappréciable bénédiction pour le coeur de s’attacher ainsi, avec une sincère simplicité, à la promesse de Dieu ! Qu’on est heureux d’être élevé au-dessus de l’influence des circonstances, dans le sentiment de la présence et des soins de Dieu ! Élie se cachait de l’homme, tandis que Dieu se manifestait à Élie. Il en est toujours de même. Sachons seulement mettre le moi de côté, et nous pouvons être assurés que Dieu se révélera en puissance à nos âmes. Si Élie avait continué d’occuper une position publique éminente, il aurait été laissé sans ressource. Il devait se cacher, car le courant des rafraîchissements divins ne coulait pour lui que dans la place de la retraite et du renoncement. «J’ai commandé aux corbeaux de te nourrir ». Si le prophète eût été ailleurs que , il n’aurait rien du tout obtenu de Dieu. Quel enseignement pour nous ! Pourquoi nos âmes sont-elles si chétives et si stériles ! Pourquoi nous abreuvons-nous si rarement au torrent des rafraîchissements préparé par le Seigneur ? C’est que nous ne nous cachons pas assez nous-mêmes. Nous n’avons nullement le droit d’espérer que Dieu nous fortifie et nous restaure uniquement pour nous élever ici-bas. Il veut nous fortifier pour Lui-même. Si nous pouvions donc réaliser davantage que nous ne sommes «point à nous-mêmes» (1 Cor. 6:19), nous jouirions d’une plus grande puissance spirituelle.

Mais il y a quelque chose de plus dans la portée de ce petit mot «». Élie devait être , et nulle part ailleurs, pour se trouver sous la bénédiction des ressources de Dieu ; il en est précisément ainsi du croyant de nos jours ; il faut qu’il connaisse où Dieu veut qu’il soit et qu’il y demeure. Nous n’avons pas le droit de choisir notre place, car le Seigneur «détermine les bornes de notre habitation »; il est heureux pour nous de le savoir et de nous soumettre à sa sage et miséricordieuse ordonnance. C’était au bord du torrent du Kerith, et là seulement, que les corbeaux avaient reçu l’ordre d’apporter du pain et de la chair au prophète ; il pouvait désirer une autre résidence, mais s’il avait quitté le torrent pour aller se fixer ailleurs, il aurait dû pourvoir par lui-même à sa subsistance : combien n’était-il pas plus heureux de laisser Dieu y pourvoir à sa place ! C’est ce qu’Élie sentait ; aussi il n’hésita pas à se rendre près du Kerith, car l’Éternel avait «commandé aux corbeaux de le nourrir là». La provision divinement ordonnée ne peut être reçue que dans la place divinement déterminée. Ainsi Élie dut passer d’une solitude à une autre solitude. Il était venu des montagnes de Galaad, avec un message pour le roi d’Israël, de la part de l’Éternel, le Dieu d’Israël, et dès qu’il se fut acquitté de ce message, il fut conduit de nouveau, par la main de Dieu, dans un isolement absolu, pour que son esprit y fût exercé et sa force renouvelée en la présence de Dieu. Et quel est le fidèle qui voudrait se passer de ces douces et saintes leçons enseignées dans le secret ? Qui voudrait être exempt de cette discipline donnée par la main d’un Père ? Qui ne désirerait pas souvent être emmené loin des yeux des hommes, et placé au-dessus de l’influence des choses terrestres et naturelles, dans la pure lumière de la divine présence, où le moi et tout ce qui l’entoure sont considérés et appréciés selon la mesure du sanctuaire ? En un mot, qui ne désirerait pas être seul avec Dieu — seul, non pas dans un sens purement sentimental de ce mot, mais seul en réalité, en pratique, en expérience : seul comme Moïse sur la montagne de Dieu ; seul, comme Aaron dans le saint des saints ; seul, comme notre prophète au torrent du Kerith ; seul, comme Jean dans l’île de Patmos ; et surtout, seul, comme Jésus sur la montagne.

Il vaut la peine de rechercher ici ce que c’est que d’être seul avec Dieu. C’est avoir le moi et le monde mis de côté — avoir notre esprit animé des pensées de Dieu, de ses excellences et de ses perfections — laisser toute sa bonté passer devant nous — le considérer comme Celui qui agit en nous et pour nous — nous sentir au-dessus de la chair et de ses raisonnements, du monde et de son train, de Satan et de ses accusations — et, par-dessus tout, sentir que nous avons été introduits dans cette sainte solitude, simplement et uniquement grâce au précieux sang de notre Seigneur Jésus Christ. Voilà quelques-uns des résultats de la solitude avec Dieu. Mais, en vérité, ce sont des choses que l’on peut à peine expliquer à d’autres, car tout saint vraiment spirituel doit avoir conscience et sentiment du sujet, et il comprendra bien mieux ce qu’il signifie dans sa propre expérience. Nous pouvons, tout au moins, bien demander d’être de plus en plus initiés à la secrète présence de notre Père — d’en finir une bonne fois avec nos pénibles et misérables efforts pour maintenir notre caractère ou notre position ici-bas — et de connaître la joie, la liberté, la paix, la parfaite simplicité du sanctuaire, où Dieu, dans la variété de ses attributs et de ses perfections, se présente à nos âmes et nous remplit d’inexprimables bénédictions.

 

Occuper ma place au saint lieu,

Connaître Dieu comme mon Dieu :

C’est une source intarissable

De transports de joie ineffable.

 

Mais quoique Élie fût ainsi dans une heureuse solitude près du torrent du Kerith, il n’était pas exempté des profonds exercices d’âme qui accompagnent une vie de foi. Les corbeaux, il est vrai, obéissant au commandement, lui faisaient chaque jour leur visite, et le torrent du Kerith continuait sans interruption son cours tranquille, en sorte que le pain du prophète lui était donné, et que ses eaux ne lui manquaient pas ; et ainsi, au moins pour ce qui le concernait personnellement, il pouvait oublier que la verge du jugement était étendue sur le pays. Mais la foi doit être mise à l’épreuve ; il ne peut être permis à l’homme de foi de reposer sur sa lie, il faut qu’il soit vidé de vaisseau en vaisseau (Ésaïe 33:16 ; Jér. 48:11). ; l’enfant de Dieu doit passer d’une classe à une autre dans l’école de Christ, et après avoir, par grâce, surmonté les difficultés de l’une, il est nécessairement appelé à lutter avec celles de l’autre. Il était donc indispensable que l’âme du prophète fût éprouvée, afin que l’on pût voir si c’était au torrent qu’il se confiait, ou à l’Éternel, le Dieu d’Israël ; c’est pourquoi «il arriva, au bout de quelque temps, que le torrent sécha». L’infirmité de la chair nous expose au danger de voir notre foi s’appuyer sur les circonstances et en dépendre, en sorte que, lorsque ces circonstances sont favorables, nous croyons avoir une grande foi, et vice versa.

Mais la foi ne regarde jamais aux circonstances, elle regarde directement à Dieu, elle a exclusivement affaire avec Lui et avec ses promesses. Il en était ainsi d’Élie ; peu lui importait que le Kerith continuât à couler ou non ; il pouvait dire avec un poète chrétien : «Si les ruisseaux des créatures sont desséchés, il me reste toujours une fontaine». Dieu était pour lui une fontaine, une source qui ne pouvait ni manquer, ni tarir. Le torrent pouvait se dessécher sous l’influence de la sécheresse générale, mais aucune sécheresse ne pouvait atteindre Dieu ; le prophète le savait — il savait que la parole de Jéhovah était aussi certaine, aussi assurée, soit comme sa part, soit comme fondement de ses espérances, dans le dessèchement du Kerith, qu’elle l’avait été pendant son séjour sur ses bords ; il en fut, en effet, ainsi, car «la parole de l’Éternel vint à lui, disant : Lève-toi, va-t’en à Sarepta, qui appartient à Sidon, et tu habiteras là ; voici, j’ai commandé là à une femme veuve de te nourrir». La foi d’Élie doit toujours reposer sur la même base immuable : «J’ai commandé». Quelle bénédiction ! Les circonstances changent, les choses humaines défaillent, les torrents des créatures se dessèchent, mais Dieu et sa Parole sont toujours les mêmes, hier, aujourd’hui, et éternellement. Le prophète ne paraît pas avoir été le moins du monde troublé par ce nouvel ordre qu’il reçoit d’en haut. Non, car, comme Israël jadis, il avait appris à fixer et dresser sa tente conformément aux mouvements de la nuée de Jéhovah. Le camp d’autrefois était appelé à suivre attentivement les pas de ce chariot céleste qui marchait en avant vers le pays de la promesse, et qui, ici et là, faisait halte dans le désert, pour procurer au peuple des moments de repos ; il en était précisément de même d’Élie : il restera dans son poste solitaire sur les bords du Kerith, ou bien il se mettra en chemin pour Sarepta de Sidon, sans jamais s’écarter de l’obéissance à «la parole du Seigneur». Il n’était pas permis aux anciens Israélites de se tracer à eux-mêmes leurs plans ; Jéhovah ordonnait et arrangeait tout pour eux ; — Il leur faisait savoir quand et où ils devaient marcher en avant, où et quand ils devaient s’arrêter, — de temps en temps Il leur manifestait son bon plaisir souverain par les mouvements de la nuée au-dessus de leurs têtes. «Si la nuée prolongeait sa demeure pendant deux jours, ou un mois, ou beaucoup de jours sur le tabernacle, pour y demeurer, les fils d’Israël campaient et ne partaient pas ; mais quand elle se levait, ils partaient. Au commandement de l’Éternel ils campaient, et au commandement de l’Éternel ils partaient» (Nombres 9:22-23) Telle était l’heureuse condition des rachetés de l’Éternel dans leur voyage d’Égypte en Canaan. Quant à leurs mouvements, ils ne pouvaient jamais suivre leur propre voie. Si un Israélite eût refusé de partir quand la nuée se levait, ou de s’arrêter quand elle s’arrêtait, il eût été laissé à lui-même pour périr dans le désert. Le rocher et la manne suivaient les enfants d’Israël tant qu’eux-mêmes suivaient Jéhovah ; en d’autres termes, la nourriture et le rafraîchissement ne se trouvaient que dans le chemin de la simple obéissance.

Ici encore, il en était précisément de même d’Élie ; il ne lui était pas permis d’avoir une volonté propre : il ne pouvait pas fixer le temps de son séjour près du Kerith, ni celui de son départ pour Sarepta ; «la Parole de l’Éternel» réglait tout pour lui, et en lui obéissant, il trouvait la nourriture qui lui était nécessaire. Quelle leçon pour le chrétien ! Le sentier de l’obéissance est le seul sentier du bonheur. Si nous savions mieux combattre et subjuguer le moi, notre état spirituel serait beaucoup plus vigoureux et plus sain. Rien ne contribue plus à la santé et à la vigueur de l’âme qu’une invariable obéissance ; on gagne des forces par les efforts même que l’on fait pour obéir. Cela est vrai pour tous, mais spécialement relativement à ceux qui sont dans la position de ministres du Seigneur. Il faut qu’ils marchent dans l’obéissance s’ils veulent être utilisés dans le ministère. Comment Élie aurait-il pu dire, comme il le fit plus tard, sur le mont Carmel «Si l’Éternel est Dieu, suivez-le», dans le cas où sa propre marche eût été signalée par un esprit volontaire et rebelle ? Cela eût été impossible. Un ministre est un serviteur ; or le chemin d’un serviteur doit être le chemin de l’obéissance, autrement il cesse d’être un serviteur. Le mot serviteur est aussi inséparablement lié à l’obéissance, que le mot de travailleur au travail. «Un serviteur, comme on l’a dit, doit bouger quand la cloche sonne». Ah ! puissions-nous aussi être plus attentifs et plus alertes au son de la cloche de notre Maître, et plus prompts à courir dans la direction où Il nous appelle ! «Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute». Que ce soit là notre langage. Soit que la Parole du Seigneur nous ordonne de sortir de notre retraite pour nous porter au milieu de nos frères, soit que de là, elle nous appelle à retourner dans notre retraite, que notre langage soit toujours : «Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute». La Parole du Seigneur, et l’oreille attentive d’un serviteur, c’est là tout ce dont nous avons besoin pour marcher en avant d’une manière sûre et heureuse.

Or ce sentier de l’obéissance n’est nullement un chemin facile ; il implique le continuel renoncement au moi, et il ne peut être poursuivi qu’autant que l’oeil est tenu fixement sur Dieu, et la conscience sous l’action de sa vérité. Tout acte d’obéissance porte, il est vrai, avec lui une riche récompense ; cependant la chair et le sang doivent être mis de côté, et ce n’est certes pas facile. Preuve en soit la marche de notre prophète. Il fut d’abord appelé à se rendre près du torrent du Kerith pour y être nourri par les corbeaux. Comment la chair et le sang pouvaient-ils comprendre une telle chose ? Puis, quand le torrent vient à manquer, Élie doit partir de nouveau pour une ville éloignée de la contrée de Sidon, afin d’être nourri là par une veuve dénuée de tout, et qui paraissait à la veille de mourir de faim. Voici quel était le commandement : «Lève-toi, va-t’en à Sarepta, qui appartient à Sidon, et tu habiteras là ; voici, j’ai commandé là, à une femme veuve de t’y nourrir». En arrivant dans cet endroit, les apparences qui s’offrirent aux yeux du prophète n’étaient guère propres à confirmer les paroles du Seigneur. Au contraire, elles n’auraient pu que le remplir de doutes et de craintes, s’il eût regardé aux circonstances dans cette affaire. «Et il se leva, et s’en alla à Sarepta ; et il vint à l’entrée de la ville ; et voici il y avait là une femme veuve qui ramassait du bois ; et il lui cria et dit : Prends-moi, je te prie, un peu d’eau dans un vase, afin que je boive. Et elle s’en alla pour en prendre. Et il lui cria et dit : Prends-moi dans ta main, je te prie, un morceau de pain. Et elle dit : L’Éternel ton Dieu est vivant, que je n’ai pas un morceau de pain cuit, rien qu’une poignée de farine dans un pot, et un peu d’huile dans une cruche ; et voici, je ramasse deux bûchettes, afin que j’entre, et que je prépare cela pour moi et pour mon fils ; puis nous le mangerons et nous mourrons». Telle était la scène qui se présenta aux yeux du prophète quand il arriva à la destination que Dieu lui avait fixée. C’était tout ce qu’il y avait de plus triste et de plus décourageant pour la chair et le sang. Mais Élie ne prenait pas conseil de la chair et du sang ; son courage était soutenu par l’infaillible parole de Jéhovah ; sa confiance était basée sur l’infaillible fidélité de Dieu, et il n’avait nullement besoin pour cela du concours des circonstances extérieures. L’horizon pouvait paraître sombre et menaçant à la vue de la chair, mais l’oeil de la foi pouvait percer les nuages et voir, au-delà, le fondement ferme qui est posé pour la foi dans l’excellente Parole de Dieu. Quelle est donc précieuse, la Parole de Dieu ! Nous pouvons bien dire avec le psalmiste : «Tes témoignages me sont un héritage à toujours». Précieux héritage ! Pure, incorruptible, immortelle vérité ! Comme nous devrions bénir notre Dieu d’en avoir fait notre inaltérable partage — un partage qui, lorsque toutes les choses sublunaires se seront évanouies — lorsque le monde aura passé avec sa convoitise — lorsque toute chair aura été consumée comme du foin — sera pour le fidèle une réalité éternelle. «Grâces à Dieu, pour son don inexprimable !»

Oui, voici les circonstances qui s’offrirent aux regards du prophète à son arrivée à Sarepta : Une veuve et son fils près de mourir de disette — deux bûchettes, un peu d’huile, et une poignée de farine ! Et cependant la parole de Dieu était : «j’ai commandé là, à une veuve de t’y nourrir !» Quelle épreuve profondément mystérieuse pour la foi ! Néanmoins Élie ne forma point de doute sur la promesse de Dieu par incrédulité, mais il fut fortifié dans la foi, donnant gloire à Dieu. Il savait que c’était le Dieu Très-haut et le Tout-Puissant, le possesseur des cieux et de la terre qui devait pourvoir à ses besoins ; aussi quand même il n’y aurait point eu d’huile ni de farine du tout, cela lui eût fort peu importé, car il regardait, au-delà des circonstances, au Dieu qui dirige les circonstances — ce n’était pas la veuve qu’il voyait, mais c’était Dieu — il ne se confiait pas à la poignée de farine, mais au commandement divin ; aussi son esprit était-il parfaitement tranquille et calme au milieu des circonstances qui auraient complètement accablé celui qui aurait marché par la vue ; et sans l’ombre d’un doute, il pouvait dire : «Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Le pot de farine ne s’épuisera pas, et la cruche d’huile ne manquera pas, jusqu’au jour où l’Éternel donnera de la pluie sur la face de la terre». Nous avons là la réponse de la foi au langage de l’incrédulité. «Ainsi dit l’Éternel», voilà qui décide tout. Du moment que l’esprit saisit la promesse de Dieu, on en a fini avec les raisonnements de l’incrédulité. L’incrédulité place les circonstances entre l’âme et Dieu ; la foi place Dieu entre l’âme et les circonstances. C’est là une bien essentielle différence. Puissions-nous marcher dans la puissance et l’énergie de la foi, à la louange de Celui que la foi honore toujours !

Mais dans cette scène intéressante, il est un autre point à signaler, savoir la manière dont la mort est toujours suspendue autour de celui qui ne marche pas par la foi. «Puis nous le mangerons et nous mourrons »; ainsi parle la veuve. La mort et l’incrédulité sont inséparablement liées ensemble. L’esprit ne peut être conduit dans le chemin de la vie que par l’énergie de la foi ; si donc la foi n’est pas active, il n’y a ni vie, ni puissance, ni élévation. Tel était l’état de cette pauvre veuve ; son espérance pour la vie reposait sur le pot de farine et sur la cruche d’huile ; en dehors de cela, elle ne voyait aucune source de vie, aucun espoir de prolongation de jours. Son âme ne connaissait pas encore le vrai bonheur de la communion avec le Dieu vivant, auquel seul appartiennent les issues de la vie. Elle n’était pas encore en état de croire et d’espérer contre espérance. Hélas ! quelle pauvre et fragile chose, qu’une espérance qui repose uniquement sur une cruche d’huile et un pot de farine ! Qu’elle est misérable l’attente qui dépend uniquement de la créature ! Et ne sommes-nous pas tous que trop enclins à nous appuyer sur quelque chose de tout aussi chétif et pitoyable aux yeux de Dieu qu’une poignée de farine ? Sans aucun doute ; et il doit toujours en être ainsi lorsque Dieu n’est pas compris, saisi, en quelque sorte, par l’âme. Pour la foi, il y a Dieu ou rien. Une poignée de farine, dans la main de Dieu et aux yeux de la foi, fournira des ressources aussi réelles que le troupeau qui paît sur mille montagnes. «Nous n’avons que cinq pains d’orge et deux petits poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ?» Voilà le langage du coeur humain ; mais la foi ne dit jamais : Qu’est ce que cela pour tant de monde ? Mais qu’est-ce qu’est Dieu pour tant de personnes ? L’incrédulité dit : Nous ne pouvons pas ; la foi dit : mais Dieu peut.

Ne serait-il pas à propos, avant de quitter cet important sujet, d’appliquer ces principes au pauvre pécheur dont la conscience est réveillée ? Combien n’arrive-t-il pas souvent à celui qui est dans cet état, de s’accrocher à quelque vaine ressource pour le pardon de ses péchés, plutôt que de s’en tenir fermement à l’oeuvre de Christ accomplie sur la croix, qui a pour toujours satisfait aux exigences de la justice divine, et qui devrait, par conséquent, suffire pour satisfaire à tout ce que peut demander une conscience chargée du sentiment de sa culpabilité. «Je n’ai personne qui, lorsque l’eau a été agitée, me jette dans le réservoir ; et, pendant que moi je viens, un autre descend avant moi». Tel est le langage de celui qui n’avait pas encore appris à regarder, au-dessus de tous les secours humains, directement à Jésus. «Je n’ai personne», dit le pauvre pécheur qui se sent coupable et qui ne croit pas ; mais j’ai Jésus, dit le croyant, et il peut ajouter : «Ainsi a dit le Seigneur : La purifiante efficacité du sang ne défaudra pas, sa valeur ne diminuera pas, jusqu’à ce que le Seigneur ait recueilli en sûreté et pour toujours tous ses rachetés dans sa propre maison céleste».

C’est pourquoi, si ces pages devaient tomber entre les mains de quelque pauvre pécheur hésitant, tremblant, craintif, je l’inviterais à prendre courage en méditant sur cette précieuse vérité que Dieu, dans sa grâce infinie, a mis la croix de Jésus entre lui, pécheur, et ses péchés, pourvu seulement qu’il croie au témoignage divin. La grande différence entre un croyant et un incrédule consiste, au fond, en ceci : c’est que le premier a Christ entre lui et ses péchés, et que le dernier a ses péchés entre lui et Christ. Or, pour le croyant, Christ est l’objet qui absorbe tous les autres ; il ne regarde plus à l’énormité de ses péchés, mais à la valeur du sang et de la personne de Christ ; il sait que Dieu n’est plus pour lui sur son trône de jugement, mais sur le trône de grâce ; si Dieu était sur le premier, ses pensées ne seraient occupées que de la question du péché ; mais comme il siège maintenant sur le dernier, ses pensées, béni soit son Nom, sont uniquement occupées de la valeur du sang de son Fils. Oh ! Puissions-nous jouir d’une communion plus simple et plus habituelle avec les pensées du ciel, et faire plus complètement abstraction des choses et des pensées de la terre ! Que le Seigneur veuille le donner à tous ses saints !

Le courant d’idées qui précède ne sera pas regardé comme une vaine digression : revenons-en à notre sujet.

Nous avons déjà montré que l’homme de foi doit être vidé de vaisseau en vaisseau ; chaque scène, chaque stage successif de la vie du croyant n’est pour lui que comme une entrée dans une classe nouvelle de l’école de Christ, où il a quelque leçon nouvelle et, naturellement, plus difficile à apprendre. Mais l’on peut demander si Élie avait affaire à des circonstances plus éprouvantes à Sarepta qu’au Kerith. Ne valait-il pas mieux pour lui d’être remis à des sympathies humaines, que d’avoir des corbeaux comme instruments de sa nourriture ? En outre, n’était-il pas plus agréable de se trouver en famille avec des êtres humains, que de demeurer dans l’isolement du torrent du Kerith ? Tout cela pouvait être, sans doute ; cependant la solitude a ses douceurs, et la société a ses épreuves. Il y a des intérêts égoïstes qui agissent parmi les hommes, et qui mettent obstacle à cette jouissance réelle et pure que leur société devrait procurer, et qu’elle procurera un jour, alors que l’humanité sera rétablie dans l’état de perfection qu’elle recevra de Dieu.

Notre prophète n’entendit pas des mots tels que ceux-ci : «Moi et mon fils», quand il fixa sa demeure près du torrent. Là, il n’y avait point d’intérêt égoïste mettant des entraves à son entretien et à ses jouissances. Mais dès l’instant qu’il passa de sa retraite dans la société de ses semblables, il dut sentir que le coeur humain n’aime pas à voir qui et quoi que ce soit faire concurrence aux objets qu’il affectionne ; il vit se dérouler toute la signification des mots : «moi et mon fils», manifestant les sources intimes de l’égoïsme qui dirige l’humanité dans son état de chute. Mais l’on fera sans doute observer qu’il était bien naturel pour le coeur de la veuve de penser à elle et à son fils préférablement à tout autre ; assurément, c’était naturel : c’est ce que la nature fait toujours. Écoutez ces paroles d’un véritable enfant de la nature : «Et je prendrai mon pain et mon eau, et ma viande que j’ai tuée pour mes tondeurs, et je les donnerais à des hommes dont je ne sais d’où ils sont ?» (1 Sam. 25 :11). la nature cherchera toujours, premièrement, son propre intérêt, et ce n’est pas à la sphère de ce monde périssable qu’il est donné de remplir l’âme humaine au point de la faire déborder en faveur d’autrui. C’est dans la nature de Dieu seul d’agir ainsi. Il est totalement vain d’essayer de dilater le coeur de l’homme par un moyen quelconque, si ce n’est par la riche grâce de Dieu. C’est la seule chose qui parviendra à ouvrir la porte des affections de l’homme à tous les malheureux. La bienveillance humaine peut faire beaucoup, quand d’abondantes ressources éloignent la possibilité de privations personnelles, mais la grâce seule rendra un homme capable de fouler aux pieds son intérêt personnel pour répondre aux besoins des autres. «On te louera si tu te fais du bien» (Ps. 49:18). C’est là le principe du monde, et rien ne peut nous le faire désapprendre si ce n’est la connaissance du fait que Dieu nous a fait du bien et, en outre, que c’est notre meilleur intérêt de le laisser continuer à nous en faire jusqu’à la fin. Or c’était la connaissance de ce principe divin qui mettait notre prophète en état de dire : «Fais-moi premièrement de cela un petit gâteau, et apporte-le moi ; et après, tu en feras pour toi et pour ton fils». Dans ces paroles, Élie ne faisait que rappeler le droit de Dieu sur les ressources de la veuve et, nous le savons, le résultat d’une fidèle et prompte réponse à ce droit de Dieu, sera toujours une riche moisson de bénédiction pour l’âme. Cela exigeait pourtant de la foi chez la veuve : son rôle était à la fois éprouvant et difficile, et demandait une énergie de foi en la promesse divine : «Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Le pot de farine ne s’épuisera pas, et la cruche d’huile ne manquera pas, jusqu’au jour où l’Éternel donnera de la pluie sur la face de la terre».

N’en est-il pas toujours de même de chaque fidèle ? Certainement nous devons agir avec foi. La promesse de Dieu doit toujours constituer le grand principe directeur dans l’âme du chrétien. Il n’y aurait pas eu lieu à l’exercice de la foi de la part de la veuve si le pot avait été plein ; mais quand il était épuisé, quand il était réduit à une dernière poignée de farine, recevoir l’ordre de donner de cette poignée à un étranger premièrement, c’était là assurément une grande exigence ; et il ne fallait rien moins que la foi pour rendre cette femme capable d’y répondre. Mais le Seigneur agit souvent avec son peuple comme il le fit avec ses disciples, quand il s’agissait de nourrir une multitude de gens : «Il disait cela pour les éprouver, car lui savait ce qu’il allait faire». Il nous montre parfois un acte à faire, impliquant une grande épreuve pour nous et, dès que nous nous mettons en devoir d’obéir, non seulement nous en découvrons le motif, mais encore nous recevons des forces pour continuer. De fait, tous les droits de Dieu à notre obéissance sont basés sur le principe contenu dans ce commandement adressé jadis aux enfants d’Israël : «Parle aux fils d’Israël, et qu’ils marchent» (Exode 14:15). Où devaient-ils aller ? Au travers de la mer. Quel chemin ! Cependant, avec ce commandement si difficile, nous voyons la grâce pourvoyant à la capacité de l’accomplir dans la parole adressée à Moïse immédiatement après (v. 16) : «Et toi, lève ta verge, et étends ta main sur la mer, et fends-la ; et que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer, à sec». La foi rend un homme capable, lorsqu’il est appelé, de sortir sans savoir où il va.

Mais cette intéressante scène entre Élie et la veuve de Sarepta nous donne d’autres leçons encore ; il y a plus que ce simple principe de l’obéissance : nous y apprenons aussi que rien, si ce n’est la puissance supérieure de la grâce divine, ne peut élever l’esprit humain au-dessus de l’atmosphère glaciale de l’égoïsme dans laquelle l’homme tombé vit, se meut, et a son être. Le rayonnement de la bonté de Dieu, resplendissant sur l’âme, dissipe ces brouillards dont le monde est enveloppé, et rend un homme capable de penser et d’agir d’après des principes plus élevés et plus nobles que ceux qui dirigent la masse qui se meut autour de lui. Cette pauvre veuve était sortie de sa maison, animée des seuls motifs de l’intérêt propre et de sa propre conservation, et elle n’avait d’autre perspective que la mort. En est-il différemment des multitudes qui nous entourent ? En est-il tant soit peu mieux d’un homme irrégénéré quelconque sur la terre ? Hélas ! non. Le plus illustre, le plus intelligent, le plus savant, — en un mot, tout homme sur l’esprit duquel la lumière de la grâce divine n’a pas resplendi, se trouvera, au jugement de Dieu, semblable à cette pauvre veuve, animé, comme elle, de motifs d’intérêt propre et de propre conservation, et n’ayant point de plus brillante perspective que la mort. Cependant la vérité de Dieu change promptement l’aspect des choses. Dans le cas de la veuve, elle agit avec une grande puissance ; cette vérité la renvoie chez elle pour s’y occuper d’un autre, son âme étant remplie des réjouissantes pensées de la vie. Et il en sera toujours ainsi. Que l’âme soit mise seulement en communion avec la vérité et la grâce de Dieu, et elle est soudain retirée de ce présent siècle mauvais, et arrachée au funèbre courant qui entraîne avec lui des millions d’êtres humains. Elle est dirigée par des motifs célestes, et poussée en avant par un céleste but. La grâce apprend à un homme à vivre et à agir pour les autres. Plus notre âme goûtera la douceur de l’amour divin, plus notre désir de servir les autres deviendra sincère. Oh ! Puissions-nous tous sentir plus profondément et d’une manière plus permanente la puissance de l’amour de Christ, dans ces temps de si lamentable froideur et indifférence ! Plût à Dieu que nous puissions tous vivre et agir en nous souvenant que nous ne sommes plus à nous-mêmes, mais que nous avons été achetés à grand prix.

Cette vérité fut enseignée à la veuve de Sarepta. Non seulement le Seigneur fit valoir ses droits à la poignée de farine et à la cruche d’huile, mais encore il mit la main sur son fils, le plus tendre objet de ses affections. La mort visite sa maison dans laquelle le prophète de l’Éternel, la veuve et son fils, jouissaient ensemble des fruits précieux de la bonté divine. «Il arriva, après ces choses, que le fils de la femme, maîtresse de la maison, tomba malade ; et sa maladie devint très forte, de sorte qu’il ne resta plus de souffle en lui». Or, nous le savons, ce fils, ainsi qu’elle-même, avait été un obstacle pour l’empêcher de reconnaître immédiatement les droits divins exposés par Élie ; il y a par conséquent une instruction solennelle pour les saints dans la mort de cet enfant. Nous pouvons être assurés que si nous laissons un objet quelconque, parent ou enfant, mari ou femme, frère ou soeur, barrer pour nous le sentier de la simple obéissance et du dévouement à Christ, cet objet nous sera enlevé. Cette veuve avait donné à son fils une plus haute place dans ses pensées qu’au prophète de l’Éternel, et le fils lui est ôté afin qu’elle pût apprendre que ce n’était pas seulement «la poignée de farine» qui devait être à la disposition de l’Éternel, mais aussi le plus cher de ses biens terrestres. Il ne faut pas avoir une faible mesure de l’Esprit de Christ pour user de tout ce que nous possédons comme de simples administrateurs de ce qui est à Dieu. Nous sommes si portés à considérer toutes choses comme nous appartenant, au lieu de nous souvenir que tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes appartient au Seigneur et devrait toujours être cédé à sa voix. Et ce n’est pas ici une simple question d’obéissance ; il s’agit aussi de notre bien permanent et de notre bonheur. La veuve reconnut les droits de Dieu sur sa poignée de farine, et qu’en résulta-t-il ? Elle et sa maison sont nourris pendant des années ! Ensuite l’Éternel étend sa main sur son fils, et que s’ensuivit-il ? Son fils est ressuscité des morts par la grande puissance de Dieu, qui lui enseignait ainsi que l’Éternel pouvait non seulement conserver la vie, mais encore la donner. La puissance de résurrection est appliquée aux circonstances de sa vie, et elle reçoit maintenant son fils comme auparavant elle avait reçu ses provisions, directement de la main de l’Éternel, Dieu d’Israël. Que nous sommes heureux d’être dépendants d’une telle bonté ! Que nous sommes heureux d’aller à notre pot de farine, ou à notre cruche d’huile, et de les trouver chaque jour remplis par la main libérale de notre Père ! Que nous sommes heureux de tenir les objets les plus chers de nos affections dans les puissants liens de la résurrection ! Tels sont les privilèges des plus faibles des croyants en Jésus.

Mais avant de terminer ce sujet, je voudrais faire observer que l’effet produit sur cette veuve par la divine visitation, fut d’éveiller dans sa conscience un sérieux retour sur son péché. «Es-tu venu chez moi pour mettre en mémoire mon iniquité ?» Quand le Seigneur s’approche de nous, on observera toujours une sensibilité ou délicatesse de conscience que nous devons rechercher sérieusement. On peut souvent suivre jour après jour la routine ordinaire de la vie, en jouissant même du pot et de la cruche qui se remplissent de nouveau, sans avoir la conscience fort exercée devant Dieu. Cet exercice n’a lieu que là où se trouve une marche intime avec Dieu ou quelque visitation spéciale de sa main. Si le Seigneur s’était borné à subvenir chaque jour aux besoins de la pauvre veuve, la question du «péché» ne se serait peut-être jamais élevée dans son esprit ; mais lorsque la mort survient, la conscience commence d’agir, car la mort est le salaire du péché. Il y a une double action dans toutes les dispensations divines envers nous, savoir : une action de vérité et une action de grâce. La première nous découvre le mal, la seconde l’ôte ; celle-là dévoile ce que l’homme est ; celle-ci, ce que Dieu est ; — celle-là manifeste et met en lumière les secrètes opérations du mal dans le coeur de l’homme ; celle-ci expose, en retour, les riches et inépuisables sources de la grâce dans le coeur de Dieu. Toutes deux sont nécessaires, la vérité pour maintenir la gloire de Dieu, la grâce pour établir notre bénédiction ; celle-là pour justifier le caractère divin et ses attributs, celle-ci pour le parfait repos du coeur et de la conscience du pécheur. Qu’il est heureux de savoir que «la grâce et la vérité vinrent par Jésus Christ».

Les dispensations divines envers la veuve de Sarepta n’auraient pas été complètes, si elles n’avaient pas produit en elle la confession contenue dans le dernier verset de notre chapitre : «maintenant, à cela je connais que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l’Éternel dans ta bouche est la vérité». Elle avait appris la grâce dans le merveilleux soulagement de ses besoins, elle apprit la vérité dans la mort de son fils. Et si nous étions plus spirituellement sensibles et clairvoyants, nous remarquerions constamment ces deux traits dans la manière d’agir de notre Père envers nous. Nous sommes des gens qui avons toujours besoin de recevoir sa grâce, et nous ne cessons d’avoir des exemples de sa vérité dans les dispensations de sa main, qui ont plus spécialement pour but de manifester le mal caché dans le coeur, afin que nous puissions le juger et le rejeter. Tant que notre pot et notre cruche sont pleins, la conscience est portée à sommeiller, mais quand Dieu frappe à la porte de nos coeurs par quelque châtiment, cela contribue aussitôt à nous réveiller et à nous faire entreprendre énergiquement l’acte si opportun du jugement de nous-mêmes. Or si nous ne pouvons trop fortement nous élever contre cette forme de propre examen, qui fréquemment engendre des doutes au sujet du fait de l’acceptation et du salut de l’âme, cependant nous devons nous souvenir que le moi doit être jugé, autrement nous serons brisés tout à fait. Il n’est nulle part dit au croyant de s’examiner lui-même, dans un sens aussi révoltant que celui-ci, savoir que cet examen pût aboutir à lui faire découvrir qu’il n’est pas dans la foi. Une telle idée est souvent basée sur une fausse interprétation de 2 Cor. 13:5 : «Examinez-vous vous-mêmes, si vous êtes dans la foi, etc». Or la pensée qui occupait l’esprit de l’apôtre était précisément le contraire de ce que l’on cherche à déduire de ses paroles, comme on peut aisément le reconnaître en faisant attention au contexte. Il paraît que l’assemblée à Corinthe avait reçu dans son sein de faux apôtres, qui osaient mettre en question le ministère de Paul, et qui obligeaient ainsi ce dernier à entreprendre la défense de son apostolat ; ce qu’il fait, d’abord, rappelant d’une manière générale son service et son témoignage et, en second lieu, en adressant un touchant appel aux saints de Corinthe. «Puisque vous cherchez une preuve que Christ parle en moi… examinez-vous vous-mêmes». La preuve la plus forte et, pour eux du moins, la plus frappante de la divine autorité de cet apostolat était celle qui se déduisait du fait qu’ils étaient dans la foi. On ne peut nullement supposer qu’il eût voulu leur dire de s’examiner eux-mêmes, dans le but de démontrer sa céleste mission, si cet examen eût dû aboutir à la découverte qu’ils n’étaient pas du tout dans la foi ; au contraire, c’est parce qu’il avait une assurance bien fondée qu’ils étaient «dans le Christ Jésus» (1 Cor. 1:2), qu’il pouvait avec confiance en appeler à eux, comme preuve que sa mission était d’en haut.

Il y a pourtant une bien grande différence entre ce qu’on appelle «l’examen de soi-même», et «le jugement de soi-même »; différence qui ne gît pas tant dans les choses considérées d’une manière abstraite, que dans les idées que nous y attachons. C’est un exercice des plus bénis que de juger notre nature — de juger avec droiture, avec sérieux et avec sévérité cette méchante nature que nous portons avec nous, et qui nous entrave et nous empêche toujours de courir dans la carrière qui nous est proposée. Que le Seigneur nous accorde à tous plus de force spirituelle pour exercer ce jugement sans interruption ; mais alors nous avons à veiller avec le plus grand soin à ce que notre examen de nous-mêmes ne ressemble en rien à la défiance de Dieu. C’est fondé sur la grâce et la fidélité de Dieu, que je me juge moi-même. Si Dieu n’est pas Dieu, tout est perdu.

Mais, dans cette visitation, il y avait aussi un avertissement pour Élie. Il s’était présenté à la veuve comme un homme de Dieu et, par conséquent, il devait justifier le droit qu’il avait de prendre ce caractère. C’est ce que l’Éternel fit miséricordieusement pour lui par la résurrection de l’enfant. «Maintenant, à cela je connais que tu es un homme de Dieu», dit la mère. Ce fut la résurrection qui légitima son droit à la confiance de cette femme. Il faut qu’il y ait, dans la vie de l’homme de Dieu, la manifestation, en quelque mesure, de la puissance de la résurrection, pour que son droit à porter ce nom puisse être pleinement établi. Cette puissance se montrera sous forme de victoire sur le moi dans toutes ses haïssables oeuvres. Le croyant est ressuscité avec Christ — il est fait participant de la nature divine, mais il est encore dans le monde et porte avec lui un corps vil ; et s’il ne se renonce pas lui-même, il s’apercevra bientôt qu’on doutera de la réalité de son caractère d’homme de Dieu. Cependant ce serait une chose bien misérable que de chercher uniquement à se justifier soi-même. Le prophète avait un but plus élevé, savoir, de démontrer la vérité de la parole du Seigneur prononcée par sa bouche. C’est là le vrai but de l’homme de Dieu. Son propre caractère et sa réputation sont des objets de peu d’importance pour lui, à moins qu’ils ne se trouvent en connexion avec la Parole du Seigneur annoncée par lui. C’était uniquement dans le but de maintenir la divine origine de l’Évangile qu’il prêchait, que l’apôtre Paul s’occupait de la défense de son apostolat, dans ses épîtres aux Galates et aux Corinthiens. Peu lui importait ce qu’ils pensaient de Paul, mais ce qui lui importait beaucoup, c’était ce qu’ils pensaient de l’Évangile de Paul. Aussi, c’est surtout par amour pour eux, qu’il désirait si fort leur prouver que la Parole du Seigneur dans sa bouche, était la vérité.

Qu’il était donc important pour le prophète d’avoir un pareil témoignage rendu à l’origine divine de son ministère, avant qu’il figurât dans les scènes imposantes où nous le voyons au chapitre 18 ! Il gagna ainsi beaucoup, tout au moins, dans sa retraite à Sarepta. Son esprit fut affermi d’une manière bénie ; Dieu mit son sceau sur le ministère de son serviteur ; celui-ci se rendit recommandable à la conscience d’une personne avec laquelle il avait demeuré pendant un long temps, et il fut rendu capable de rentrer, bientôt après, dans sa carrière publique avec l’heureuse assurance qu’il était un homme de Dieu, et que la Parole de l’Éternel dans sa bouche était la vérité (*).

(*) Qu’on me permette d’ajouter ici un mot sur la propre défense. Il est fort triste de voir un serviteur de Dieu obligé de se défendre ; cela prouve qu’il doit y avoir du mal, soit en lui-même, soit en ceux qui ont rendu cette défense nécessaire. Mais quand il doit en venir là, il est un important objet qu’il ne doit jamais perdre de vue : c’est la gloire de Christ, et la pureté de la vérité dont le dépôt lui est confié. Il arrive trop fréquemment que, lorsqu’une accusation est portée, soit contre notre ministère, soit contre notre caractère, l’orgueil de nos coeurs se manifeste et nous excite à nous défendre. Or nous ne devrions jamais oublier que, en dehors de notre communion avec Christ et avec ses saints, nous ne sommes que de chétifs atomes de poussière, totalement indignes que l’on s’occupe de nous ; loin de nous donc, bien loin de nos pensées, de jamais chercher à établir notre propre réputation. Nous avons été, jusqu’à un certain point, constitués dépositaires de la réputation de Christ, et pourvu que nous la conservions sans tache, nous n’avons pas besoin de nous soucier de nous-mêmes.

Que le Seigneur nous accorde à tous la grâce de marcher habituellement dans la conscience de nos hauts privilèges et de nos saintes responsabilités, comme étant «la lettre de Christ, connue et lue de tous les hommes».

Nous sommes maintenant arrivés à la fin d’une période des plus importantes dans l’histoire d’Élie, embrassant un intervalle de trois ans et demi, durant laquelle il fut caché aux yeux d’Israël. Jusqu’ici nous nous sommes livrés seulement à l’examen des principes de vérité qui se trouvent comme à la surface de l’histoire du prophète. Mais ne pouvons-nous pas retirer instruction de sa carrière considérée sous un point de vue typique ? Je le crois. L’allusion que fait Jésus Christ Lui-même à l’envoi du prophète auprès de la veuve d’entre les gentils, peut à bon droit nous amener à voir, en cette mission, un aperçu prophétique du rassemblement des gentils dans l’Église de Dieu. «En vérité je vous dis, qu’il y avait plusieurs veuves en Israël, aux jours d’Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois, de sorte qu’il y eut une grande famine par tout le pays ; et Élie ne fut envoyé vers aucune d’elles, sinon à Sarepta de la Sidonie, vers une femme veuve» (Luc 4:25-26). Le Seigneur Jésus s’était présenté à Israël comme prophète de Dieu, mais il ne trouvait pas d’accueil ; la fille de Sion refusait d’écouter la voix de son Seigneur. Aux «paroles de grâce qui sortaient de sa bouche», on répondait par cette question charnelle : «Celui-ci n’est-il pas le fils de Joseph ?» C’est pourquoi, en se voyant méprisé et rejeté par Israël, il trouve du soulagement pour son esprit dans la réjouissante pensée que, en dehors des frontières juives, il y avait des êtres sur lesquels la grâce divine, dont il était le canal, se répandrait dans toute sa richesse et sa pureté. La grâce de Dieu est telle que, si elle est entravée par l’orgueil, l’incrédulité ou la dureté de coeur de quelques-uns, elle n’en coulera que d’autant plus abondamment sur d’autres, et ainsi «quoique Israël ne soit pas rassemblé, je serai glorifié aux yeux de l’Éternel, et mon Dieu sera ma force… Et il me dit : C’est peu de chose que tu me sois serviteur pour rétablir les tribus de Jacob et pour ramener les préservés d’Israël ; je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre» (Ésaïe. 49:5-6). La précieuse vérité de l’appel des gentils est abondamment enseignée dans l’Ancien Testament, soit par des types, soit par des déclarations positives, et il pourrait être fort utile de considérer à fond ce sujet ; mais ici, mon but est plutôt de considérer la vie et le ministère de notre prophète, uniquement au point de vue pratique, avec l’espérance que le Seigneur daignera, dans sa grâce, approuver ces simples réflexions, et les faire contribuer à la consolation et à l’édification de ses rachetés de toute dénomination.

4                    La maison d’Achab

Laissons maintenant notre prophète pour un moment, et dirigeons notre attention sur le triste état de choses en Israël pendant le temps où il était caché avec Dieu. Terrible, en effet, doit être l’état de choses sur la terre, quand «les cieux sont fermés». L’aspect de ce monde doit être aride et stérile quand le ciel retient ses pluies rafraîchissantes ; c’était tout particulièrement le cas de Canaan, qui devait boire «l’eau de la pluie des cieux». Pour l’Égypte, le ciel fermé pouvait être regardé comme n’étant pas un bien grand mal, vu que l’Égypte n’avait pas été accoutumée à attendre de là sa subsistance. Elle avait ses ressources en elle-même. «Mon fleuve est à moi» (Ézé. 29:3), disait-elle dans son langage indépendant. Mais il n’en était pas ainsi du pays de l’Éternel — de ce «pays de montagnes et de vallées». Si le ciel ne lui donnait pas ses pluies, tout était stérile et desséché. Les Israélites ne pouvaient pas dire : «Nos fleuves sont à nous». Non ; ils étaient enseignés à regarder en haut ; leurs yeux devaient être constamment sur le Seigneur, comme les yeux du Seigneur étaient toujours sur eux. Aussi, quand surgissait quelque chose qui interrompait les relations entre le ciel et la terre, le pays de Canaan devait nécessairement s’en ressentir d’une manière extrêmement pénible. Il en fut ainsi «aux jours d’Élie, lorsque le ciel fut fermé trois ans et six mois, de sorte qu’il y eut une grande famine par tout le pays».

Israël dut éprouver, dans ses affreuses conséquences, son éloignement de la seule source de toute vraie bénédiction. La famine sévissait horriblement dans la Samarie, et Achab dit à Abdias : «Va dans le pays, à toutes les sources d’eaux et à tous les torrents ; peut-être trouverons-nous de l’herbage, et nous conserverons la vie aux chevaux et aux mulets, et nous ne serons pas obligés de détruire de nos bêtes. Et ils se partagèrent le pays pour le parcourir. Achab s’en alla seul par un chemin, et Abdias alla seul par un autre chemin». Israël avait péché, Israël doit sentir la verge de la juste colère de Dieu. Quel humiliant tableau de l’ancien peuple de Dieu, que de voir son roi sortant pour chercher du fourrage ! Quel contraste entre tout cela et la riche et glorieuse abondance des jours de Salomon ! Mais Dieu avait été grandement déshonoré ; sa vérité avait été rejetée. Jézabel avait propagé la funeste influence de ses principes, par le moyen de ses méchants prophètes ; les autels de Baal avaient remplacé l’autel de Dieu ; c’est pourquoi les cieux en haut étaient de fer, et la terre en bas était d’airain ; l’aspect physique des choses n’était que l’expression du pauvre état moral d’Israël.

Or, dans les directions que donne Achab à son serviteur, il n’y a pas un mot de Dieu, ni du péché qui avait attiré le déplaisir et le jugement de Dieu sur le pays. «Va à toutes les sources d’eau et à tous les torrents »; telles étaient les pensées d’Achab, ses pensées même les plus élevées ; son coeur ne se tournait point, avec une sincère humiliation, vers Dieu ; il ne criait point à Lui dans le temps de sa détresse. De là vient qu’il dit encore : «peut-être trouverons-nous de l’herbage ?» Dieu est banni de son coeur qui n’est rempli que d’égoïsme et d’intérêt propre. Pourvu qu’il puisse trouver de l’herbage, il ne se soucie nullement de trouver Dieu. Il eût pu se plaire à demeurer au milieu des prophètes idolâtres de Jézabel, si les horreurs de la famine ne l’avaient pas chassé dans les campagnes ; alors, au lieu de sonder les causes de la famine, en se jugeant lui-même, au lieu de chercher le pardon et le relèvement auprès de Dieu, il sort dans un état d’impénitent égoïsme, pour chercher de l’herbe. Hélas ! il s’était vendu pour faire le mal ; il était devenu l’esclave de Jézabel ; son palais était un repaire de tout oiseau impur ; les prophètes de Baal entouraient son trône, et répandaient de là le levain de l’idolâtrie sur tout le pays. C’est une chose vraiment effrayante que de laisser nos coeurs s’éloigner de Dieu. Personne ne peut dire où cela aboutira. Achab était Israélite ; mais il était enlacé par un faux système religieux, à la tête duquel était Jézabel sa femme ; il avait fait naufrage quant à la foi et il était aveuglement entraîné à la plus abominable méchanceté. Il n’est personne de si méchant que l’homme qui se détourne des voies de Dieu. Il peut être sûr de tomber dans de plus profonds abîmes d’iniquité que même les victimes ordinaires du péché et de Satan. Le Diable semble prendre un plaisir tout particulier à se servir d’un tel homme comme d’un instrument pour mettre en oeuvre ses perfides desseins contre la vérité de Dieu.

Lecteur, si jamais vous avez appris à apprécier les voies de vérité et de sainteté, si jamais vous avez pris plaisir en Dieu et dans ses voies, veillez : «Garde ton coeur plus que tout ce que l’on garde »; gardez-vous de l’influence d’une fausse religion ; vous traversez une scène dans laquelle l’atmosphère même que vous respirez est pernicieuse et funeste à la vie spirituelle ; l’ennemi — avec une sagacité infernale, une sagacité perfectionnée encore par une connaissance de près de six mille ans du coeur humain — a jeté de tous côtés ses pièges, ses filets sur vous, et rien, si ce n’est une communion habituelle avec votre Père céleste, ne pourra préserver votre âme. Souvenez-vous d’Achab, et priez continuellement pour être gardé de la tentation. Le passage suivant de l’Écriture peut bien être cité, après ce que nous venons de dire, comme un avertissement sérieux et opportun : «Maudit l’homme qui se confie en l’homme, et qui fait de la chair son bras, et dont le coeur se retire de l’Éternel. Et il sera comme un dénué dans le désert, et il ne verra pas quand le bien arrivera, mais il demeurera dans des lieux secs au désert, dans un pays de sel et inhabité» (Jér. 17:5-6). Tel était le misérable Achab, — misérable, quoique portant le diadème et le sceptre ; il ne s’inquiétait ni de Dieu ni de son peuple. Ses paroles et ses actes, dans les tristes circonstances dont nous parlons, ne montrent pas plus de sollicitude pour Israël que pour Dieu. Il n’y a pas un mot relativement au peuple commis à ses soins et qui, après Dieu, aurait dû être le grand objet de son intérêt. Ses pensées sont si terrestres, qu’elles paraissent incapables de s’élever au-dessus des chevaux et des mulets. C’étaient là, les objets de l’anxieuse sollicitude d’Achab au temps de l’horrible calamité d’Israël. Ah ! Quel contraste entre ce vil égoïste, et les nobles sentiments de l’homme selon le coeur de Dieu qui, lorsque le pays gémissait sous les coups de la verge de Dieu, pouvait dire : «N’est-ce pas moi qui ai commandé de dénombrer le peuple ? C’est moi qui ai péché et qui ai mal agi ; mais ces brebis, qu’ont-elles fait ? Éternel, mon Dieu, je te prie, que ta main soit sur moi et sur la maison de mon père, mais qu’elle ne soit pas sur ton peuple pour le frapper» (1 Chr. 21:17). Ici nous avons le véritable esprit d’un roi. David, dans l’esprit de son divin Maître, voulait exposer sa propre personne aux coups, afin que les brebis pussent échapper ; il voulait se tenir entre elles et l’adversaire ; il voulait changer le sceptre contre une houlette de berger ; il ne pensait pas, lui, à ses «chevaux et à ses mulets »; il ne pensait pas davantage à lui-même ni à la maison de son père, mais au peuple de la pâture de Dieu, et aux brebis de sa main. Heureux — ineffablement heureux — sera le sort des tribus dispersées d’Israël, lorsqu’elles se trouveront de nouveau sous les tendres soins et sous la garde du vrai David.

Il pourrait être instructif et utile de suivre jusqu’au bout l’histoire d’Achab — de nous arrêter sur son indigne conduite envers le juste Naboth, sur l’influence séductrice qu’il exerça sur l’esprit du bon roi Josaphat, ainsi que sur d’autres circonstances de ce malheureux règne ; mais cela nous écarterait trop de notre sujet. Nous nous bornerons donc à faire encore quelques observations sur le caractère d’un homme occupant une place importante dans la maison d’Achab, pour en revenir ensuite à Élie.

Abdias, maître d’hôtel d’Achab, craignait l’Éternel dans le secret de son coeur, mais se trouvait placé dans la plus pernicieuse atmosphère. La maison du méchant Achab, et de sa femme, plus méchante encore, devait être une bien pénible école pour l’âme juste d’Abdias. En effet, il y trouvait des obstacles à son service et à son témoignage. Ce qu’il faisait pour le Seigneur, il le faisait en cachette ; il craignait d’agir ouvertement et résolument ; cependant il en avait fait assez pour montrer ce qu’il eût pu faire, s’il eût été planté dans un terrain meilleur et favorisé d’un air plus sain. «Il avait pris cent prophètes et les avait cachés par cinquante hommes dans une caverne, et les avait nourris de pain et d’eau». C’était là un précieux signe du dévouement de son coeur à l’Éternel — un triomphe béni du principe divin sur les circonstances les plus fâcheuses. Il en avait été de même de Jonathan dans la maison de Saül. Lui aussi était péniblement entravé dans son service envers Dieu et envers Israël. Il aurait dû se tenir dans une plus entière séparation du mal dans lequel son père vivait, se mouvait et existait : sa place à la table de Saül aurait dû être vacante de même que celle de David ; il aurait dû comprendre que la place qui lui convenait était la caverne d’Adullam où, dans une sainte communion avec David rejeté et sa petite troupe méprisée, il aurait trouvé une sphère plus étendue et mieux appropriée pour y manifester son dévouement plein d’affection pour Dieu et son oint.

Les convenances humaines cependant, auraient sans doute recommandé à Jonathan de demeurer dans la maison de Saül, et à Abdias dans la maison d’Achab, comme étant «la position dans laquelle la providence les avait placés »; mais les convenances ne sont pas la foi, et jamais elle ne sera utile à l’homme dans le chemin de son service, quel qu’il puisse être. La foi conduira toujours l’homme à rompre avec les froides règles des convenances, pour pouvoir s’exprimer d’une manière franche et claire. Jonathan se sentait, parfois, pressé de quitter la table de Saül afin de pouvoir embrasser David ; mais il aurait dû la quitter tout à fait ; il aurait dû s’associer entièrement au sort de David ; il aurait dû, non pas se contenter de parler en faveur de son frère, mais s’identifier avec lui. C’est ce qu’il ne fit pas, c’est pourquoi il tomba sur les montagnes de Guilboa par la main des incirconcis. Ainsi, dans sa vie, il se vit entravé et tourmenté par les iniques principes de gouvernement que Saül avait établis pour embarrasser et asservir les consciences des fidèles, et dans sa mort, il se vit mêlé sans gloire, avec les objets du jugement. Il en était précisément ainsi d’Abdias. La vocation qu’il avait choisie le mettait en intime relation avec l’homme qui occupait le plus bas échelon de l’apostasie, pour laquelle les rois d’Israël avaient abandonné leur position originelle : en conséquence, il était obligé de se cacher pour obéir à Dieu et pour faire quelque chose en faveur de ses serviteurs ; il avait peur d’Achab et de Jézabel ; il n’avait ni la force ni le courage d’opposer un témoignage réel à toutes leurs abominations ; il ne trouvait rien là qui fut propre à développer sa vie intérieure ou ses affections ; son âme était desséchée par les funestes influences qui l’entouraient, et ainsi il ne pouvait avoir qu’une bien pauvre action sur son temps ou sur sa génération. Aussi, tandis qu’Élie affrontait hardiment Achab et servait ouvertement l’Éternel, Abdias servait ouvertement Achab, et ne servait l’Éternel qu’à la dérobée ; tandis qu’Élie respirait la sainte atmosphère de la présence de Dieu, Abdias respirait l’atmosphère impure de la cour profane d’Achab ; tandis qu’Élie recevait son pain quotidien de la main du Dieu d’Israël, Abdias parcourait le pays afin de trouver de l’herbage pour les chevaux et les mulets d’Achab. Quel frappant contraste !

Or n’y a-t-il pas, de nos jours aussi, plus d’un Abdias semblablement occupé ? N’y a-t-il pas plus d’un homme craignant Dieu, participant à la misère et à la mort des enfants de ce monde, et travaillant, de concert avec eux, à détourner son imminente ruine ? Hélas ! il n’y en a que trop. Est-ce là une oeuvre convenable pour de tels hommes ? Est-ce que «les mulets et les chevaux» d’un monde impie devraient occuper les pensées et l’activité d’un chrétien, à l’exclusion des intérêts de l’Église de Dieu ? Ah ! Il ne devrait jamais en être ainsi. Le chrétien devrait avoir un plus noble but en vue ; ses capacités devraient s’exercer dans une sphère plus élevée, plus céleste. Dieu, et non pas Achab, demande et mérite notre dévouement. Combien ne vaut-il pas mieux être occupé à nourrir les prophètes du Seigneur dans une caverne, que de l’être à favoriser l’accomplissement des plans des hommes de ce monde. C’est là une question d’une grande étendue, et il y en a peu parmi nous qui ne puisse en recevoir quelque instruction. Demandons-nous à nous-mêmes loyalement, comme en présence du scrutateur des coeurs : Qu’est-ce qui nous occupe ? Quel but nous proposons-nous ? Semons-nous pour la chair ou pour l’Esprit ? Travaillons-nous uniquement pour la terre ? N’avons-nous point en vue d’objet plus élevé que le moi ou le monde ? Ce sont là des questions pénétrantes quand on se les pose avec droiture. Le coeur et les affections de l’homme tendent toujours en bas — toujours vers la terre et les choses de la terre. Le palais d’Achab avait de bien plus puissants attraits pour notre nature déchue que les bords solitaires du Kerith, ou que la pauvre maison de la veuve affamée de Sarepta. Mais pensons à la fin. La fin est le seul vrai critère par lequel on puisse porter un jugement sur de tels sujets. «Jusqu’à ce que je fusse entré dans les sanctuaires de Dieu… ; j’ai compris leur fin» (Ps. 73:17).

Élie connaissait, parce qu’il était dans le sanctuaire, qu’Achab se trouvait sur une pente glissante ; que sa maison serait bientôt réduite en poussière ; que toute sa pompe et sa gloire allaient se terminer dans la tombe solitaire, et que son âme immortelle allait être sommée de rendre compte. Voilà ce que le saint homme de Dieu comprenait parfaitement, aussi était-il heureux de se trouver à part de tout cela. Sa ceinture de cuir, sa nourriture frugale, son isolement valaient infiniment mieux, il le sentait, que tous les plaisirs de la cour d’Achab. Tel était son jugement, et nous nous convaincrons plus tard qu’il jugeait sainement. «Le monde s’en va, et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement». Plût à Dieu que tous ceux qui aiment le nom de Jésus fussent plus décidés et plus énergiques dans leur témoignage pour Lui ! Il s’approche rapidement le temps où nous donnerions le monde entier pour avoir été plus sincères et plus fidèles dans notre marche ici-bas. Nous sommes trop tièdes, trop portés à faire des compromis avec le monde et la chair, trop disposés à échanger la ceinture de cuir contre la robe dont Achab et Jézabel nous revêtiraient si volontiers. Veuille le Seigneur accorder à tous ses rachetés la grâce de rendre, contre ce monde, le témoignage que ses oeuvres sont mauvaises, et de se tenir à part de ses voies, de ses maximes, de ses principes ; en un mot, de tout ce qui proprement lui appartient. «La nuit est fort avancée, et le jour s’est approché ; rejetons donc les oeuvres des ténèbres, et revêtons les armes de la lumière». Que, comme ressuscités avec Christ, nos affections soient aux choses qui sont en haut, et non à celles qui sont sur la terre ; notre bourgeoisie étant dans les cieux, attendons constamment et réellement de là «le Seigneur Jésus Christ comme Sauveur, qui transformera le corps de notre abaissement en la conformité du corps de sa gloire, selon l’opération de ce pouvoir qu’il a de s’assujettir même toutes choses».

5                    Le prophète sur le mont Carmel

Dans le verset qui ouvre le chapitre 18, un nouvel ordre est donné à notre prophète : «Et il arriva, après bien des jours, que la parole de l’Éternel vint à Élie, la troisième année, disant : Va, montre-toi à Achab, et je donnerai de la pluie sur la face de la terre». Élie est sommé de sortir de sa retraite de Sarepta, pour reparaître en public et se montrer de nouveau devant le roi Achab. Pour quelqu’un qui occupe la position et manifeste l’esprit d’un vrai serviteur, peu lui importe l’appel qu’il reçoit. Que ce soit : «Va, cache-toi», ou : «va, montre-toi», il est prêt, par grâce, à obéir. Pendant trois ans et demi, le Seigneur avait discipliné son serviteur dans le secret. Au Kerith et à Sarepta, il lui avait enseigné plus d’une importante leçon, et lorsque le moment fut venu pour lui de se montrer à Israël, il fut appelé à quitter le désert et à reparaître comme le témoin public de Jéhovah. Et il n’hésita pas. Non, pas même un instant, quoiqu’il préféra probablement de beaucoup la solitude aux scènes orageuses et aux pénibles vicissitudes de la vie publique. Élie était un serviteur, et c’était assez. Il était tout aussi prêt à affronter le furieux Achab et tous les prophètes de Baal, qu’il l’avait été à se cacher pendant trois ans et demi. Nous pouvons bien désirer l’esprit de serviteur, d’un service humble et obéissant. Cet esprit nous fera passer à travers bien des difficultés, nous épargnera bien des disputes, nous poussera sur le sentier du service pendant que d’autres discuteront sur ce qu’est ce sentier. Pourvu seulement que nous soyons disposés à obéir, nous ne serons pas laissés dans le doute quant au chemin que nous devons suivre (*).

(*) En tout temps, le caractère de serviteur est signalé par le Saint Esprit comme fort précieux. C’est, en effet, la seule chose qui reste debout dans des époques de déchéance générale. Nous en avons de nombreux exemples dans l’Écriture. Quand la maison d’Éli allait tomber sous les coups du jugement de Dieu, Samuel occupait la position d’un serviteur dont les oreilles étaient ouvertes pour entendre. Il disait : «Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute». Quand tout Israël s’enfuyait de devant la face du guerrier philistin, le caractère de serviteur apparaît de nouveau d’une manière fort remarquable. «Ton serviteur ira et combattra», etc. Le Seigneur Jésus Lui-même portait le titre de serviteur que Dieu Lui avait donné dans les paroles du prophète : «Voici mon Serviteur», etc. De plus, quand l’Église fut tombée, — quand elle cessa d’être «la maison de Dieu» pour devenir «une grande maison», — «le serviteur du Seigneur» reçut des directions sur la manière de se conduire. Et maintenant qu’un esprit charnel et mondain menace d’envahir tant de chrétiens, quel est le remède à ce danger ? Je crois que c’est au moins un peu de l’esprit du serviteur. Un peu de cet esprit qui nous amènerait à dire : «Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute». Oh ! Que Dieu nous en donne une plus grande mesure.

Le lecteur intelligent aura sans doute compris que ces observations n’ont rien à faire avec les privilèges du chrétien et son adoption ; mais qu’elles ont uniquement pour but de réveiller en nous un désir plus vif et plus sincère d’être employés pour Christ et pour son Église.

Nous avons déjà eu l’occasion de remarquer l’obéissance implicite du prophète à la parole du Seigneur. Une semblable obéissance impliquera toujours le renoncement à nous-mêmes. Par exemple, il ne fallait pas peu d’abnégation de soi-même pour obéir, lorsqu’Élie recevait l’ordre de quitter sa paisible retraite pour paraître devant un tyran irrité qui, avec sa méchante épouse, exciterait contre lui une foule de prophètes idolâtres. Mais, par grâce, Élie était prêt. Il sentait qu’il ne s’appartenait pas à lui-même. Il était serviteur et, comme tel, il se tenait toujours avec les reins ceints et les oreilles ouvertes pour entendre les appels de son Maître quels qu’ils pussent être. Bienheureuse attitude ! Puissent beaucoup être trouvés ainsi ! Élie s’avance donc à la rencontre du roi Achab, et nous sommes appelés à le suivre maintenant dans l’une des scènes les plus importantes de sa vie.

Mais avant de venir en contact avec Achab, il traverse le sentier d’Abdias, et sa rencontre avec lui est tout à fait caractéristique. Il est certain qu’Abdias n’aborde pas le prophète avec cette cordialité affectueuse qui devrait se montrer dans la conduite d’un frère envers un autre frère, mais plutôt avec la froide formalité d’un homme qui a beaucoup vécu dans la société du monde. «Est-ce bien toi, mon seigneur Élie ?» Quoique cette conduite ait pu avoir pour cause l’imposante solennité des manières d’Élie, cependant on est obligé de reconnaître qu’il aurait dû y avoir plus de sainte familiarité entre deux serviteurs du Seigneur. Élie aussi, garde la même distance : «C’est moi», dit-il ; «va, dis à ton seigneur : voici Élie». Élie se sentait le dépositaire du secret de l’Éternel, secret dont son frère ne savait rien. Et comment aurait-il pu en être autrement ? La maison d’Achab n’était pas le lieu où l’on pouvait entrer dans la confidence des conseils divins. La mission pour laquelle Abdias était en route était parfaitement en harmonie avec le lieu d’où il venait et avec la personne qui l’avait envoyé ; et il en était de même d’Élie. Le but principal du premier était du fourrage — si peut-être il pouvait en trouver — et, en dernier ressort, c’était la préservation des chevaux et des mulets d’Achab ; le but principal d’Élie était d’annoncer le dessein arrêté de Dieu concernant la pluie, et en dernier ressort, de ramener la nation à sa première foi et à son dévouement pour l’Éternel. Ils étaient tous deux des hommes de Dieu et, en outre, quelques-uns pourraient dire qu’Abdias était tout aussi bien à sa place qu’Élie, puisqu’il servait son maître. Sans doute il servait son maître, mais Achab aurait-il dû être son maître ? Je ne le crois pas. Je crois que son service auprès d’Achab n’était pas le résultat de la communion avec Dieu. Il est vrai que cela ne le dépouillait pas de son nom et de son caractère d’homme qui craignait beaucoup l’Éternel, car le Saint Esprit rappelle miséricordieusement ce fait, en parlant de lui ; mais c’était certes une chose bien triste de voir un homme qui craignait fort l’Éternel, reconnaître comme son maître le plus impie des rois apostats d’Israël. Élie n’aurait pas agi de la sorte. Nous ne pouvons pas nous le représenter partant pour une mission comme celle qui mettait en oeuvre l’activité de son frère trop mondain. Élie n’aurait pas voulu reconnaître Achab pour son maître, quoiqu’il dût le reconnaître pour son roi. Il y a une grande différence entre être le sujet ou le serviteur d’un monarque.

Les hommes raisonnent ainsi : «Les autorités établies sont ordonnées de Dieu», c’est pourquoi il est convenable de remplir des emplois sous leur gouvernement ; mais ceux qui raisonnent ainsi semblent perdre de vue la distinction manifeste qu’il y a entre être sujet des autorités et travailler avec les autorités établies ; le premier est un service permis et conforme aux Écritures, un acte d’obéissance positive à Dieu ; le second est une position fausse et non scripturaire, où le chrétien s’arroge une autorité mondaine pour l’exercice de laquelle nous n’avons aucune direction et qui, en outre, deviendra une déplorable entrave dans le sentier du serviteur de Dieu. Nous ne voudrions pas juger ceux qui se sentent libres de se mettre volontairement au service de ce monde ; mais nous voudrions du moins leur dire qu’ils se trouveront dans une fort difficile position à l’égard du service de leur céleste Maître. Les principes de ce monde sont diamétralement opposés à ceux de Dieu, c’est pourquoi il est difficile de comprendre comment un homme peut concilier les uns et les autres. Abdias en est un exemple remarquable. S’il avait été plus ouvertement du côté du Seigneur, il n’aurait pas eu besoin de dire : «N’a-t-on pas rapporté à mon seigneur ce que j’ai fait ?» Il croit avoir fait une chose si remarquable en cachant les prophètes, qu’il s’étonne que tous ne l’aient pas appris. Élie n’avait pas besoin de faire une pareille question, «ce qu’il faisait» était bien connu. Ses actes de service envers Dieu n’étaient pas des phénomènes dans son histoire ; Et pourquoi ? Parce qu’il n’était pas embarrassé dans les arrangements de la maison d’Achab. Il était libre, et pouvait par conséquent agir pour Dieu, sans s’inquiéter de ce que penseraient Achab et Jézabel. En agissant de la sorte cependant, il devait être accusé de troubler Israël. «Est-ce bien toi, — celui qui trouble Israël ?» Plus on est fidèle envers Dieu et envers sa vérité, plus on est exposé à cette accusation. Si tous dorment du sommeil de la mort, le dieu de ce monde en sera satisfait et son domaine ne sera pas troublé ; mais qu’un homme fidèle se montre, il peut compter d’être considéré comme un trouble paix et comme un ennemi du bon ordre. Mais il faut bien que cette paix et cet ordre soient troublés, s’ils sont liés au reniement de la vérité et du nom du Seigneur. Le coeur des mondains peut n’être occupé que de la question : «Y a-t-il paix ?» sans s’inquiéter que cette paix soit procurée aux dépens de la vérité et de la sainteté. Notre nature aime ses aises, et même chez les chrétiens, on la voit souvent plaidant pour la paix et la tranquillité, quand la fidélité à Christ et aux principes chrétiens exigerait la lutte contre de fausses doctrines ou de mauvaises pratiques. La tendance du siècle est de mettre de côté toutes les questions religieuses. Les choses du monde et de la chair sont beaucoup trop importantes aux yeux de cette génération, pour qu’elles puissent, même pour un instant, être compromises par des questions d’un intérêt éternel.

Mais Élie ne pensait pas ainsi. On dirait qu’il sentait que le paisible sommeil du péché dût être interrompu à tout prix. Il voyait la nation plongée dans le profond sommeil de l’idolâtrie, et il était tout disposé à être l’instrument qui devait amener l’orage. Il en est encore de même. L’orage de la controverse est toujours préférable au calme du péché et de la mondanité. Il est vrai qu’on est heureux quand il n’y a pas besoin d’un tel orage ; mais quand il est nécessaire, quand l’ennemi cherche à étendre sur le peuple de Dieu le sceptre de plomb d’un profane repos, on a lieu d’être reconnaissant qu’il se trouve assez de vie pour rompre un tel repos. S’il n’y avait point eu Élie en Israël aux jours d’Achab et de Jézabel, si tous avaient été comme Abdias ou les sept mille, Baal et ses prophètes auraient exercé une autorité entière et non contestée sur le peuple. Mais Dieu suscita un homme peu soucieux de ses aises, ni des aises de la nation, si ces aises devaient être achetées aux dépens de l’honneur de Dieu et des premiers principes d’Israël. Il ne craignait pas de faire face, dans la crainte de l’Éternel, à la terrible troupe de huit cent cinquante prophètes dont l’existence dépendait de l’aveuglement de la nation ; ayant à leur tête une femme emportée qui pouvait tourner son faible mari comme elle voulait. Tout cela, assurément, exigeait beaucoup de vigueur et d’énergie spirituelle ; et il fallait de profondes et puissantes convictions de la réalité de la vérité divine, une intelligence claire de l’état abaissé et dégradé d’Israël, pour rendre un homme capable de laisser sa paisible retraite à Sarepta et de se jeter au milieu des sectateurs de Baal, en attirant sur lui de tous côtés une terrible tempête d’opposition. Élie aurait pu, pour parler selon l’homme, demeurer en parfaite paix dans sa solitude, s’il se fut contenté de laisser Baal régner seul, et s’il eût consenti à voir demeurer intactes les forteresses de l’idolâtrie. Mais c’est là ce qu’il ne pouvait faire, c’est pourquoi il sort à la rencontre du furieux Achab, avec ces solennelles et pénétrantes paroles : «Je ne trouble pas Israël, mais c’est toi et la maison de ton père, parce que vous avez abandonné les commandements de l’Éternel et que tu as marché après les Baals». C’était là remonter à la vraie source du mal. C’était l’éloignement de Dieu et de ses saints commandements qui avait amené tout ce trouble sur eux. Les hommes sont toujours portés à oublier le péché qui a occasionné le trouble, pour ne penser qu’au trouble lui-même ; mais la vraie sagesse nous conduira toujours à remonter du trouble aux causes qui l’ont provoqué.

Ainsi aussi, quand de mauvaises doctrines se sont insidieusement introduites et ont exercé de l’influence sur beaucoup d’esprits, si quelque homme fidèle se sentait appelé à s’y opposer avec fermeté et décision, il peut compter d’avance d’être regardé comme un auteur de désordre, et comme étant la cause de toute l’agitation qui suivra une telle manière d’agir, tandis que les esprits intelligents et réfléchis comprendront bientôt que cela provient, non pas de celui qui s’est fidèlement mis à la brèche pour la vérité et contre l’erreur, mais bien de celui qui a introduit l’erreur et de ceux qui l’ont reçue et soutenue. Sans doute, le défenseur de la vérité aura besoin de veiller sur son esprit et sur son tempérament afin que, tout en attaquant les erreurs de doctrine, il ne tombe pas dans le mal en pratique. Plusieurs de ceux qui se sont mis en avant, en toute sincérité de coeur, pour prendre la défense de quelque vérité négligée ou attaquée, ont failli à ce dernier égard, et ont ainsi, en grande mesure, paralysé leur précieux témoignage ; car leur habile ennemi est toujours prêt à agir sur l’étroitesse d’esprit et le faux jugement des hommes, en les portant à s’arrêter sur de pauvres infirmités de caractère, en perdant de vue les importants principes qui sont en question.

Mais notre prophète entrait dans l’arène bien armé ; il était sorti de la demeure secrète du Très-Haut ; il avait appris dans la solitude à se juger et à se vaincre lui-même ; ce qui seul pouvait le qualifier pour les scènes solennelles dans lesquelles il allait entrer. Élie n’était point un controversiste querelleur et fougueux ; il avait été trop longtemps dans le secret de la présence divine pour cela ; son esprit avait été béni et rendu sérieux pour qu’il pût ensuite affronter l’armée des prophètes de Baal. Aussi se tient-il devant eux dans la sainte élévation, dans la dignité calme, qui caractérisent en général les démarches d’Élie. Nous ne voyons en lui ni précipitation, ni trouble, ni hésitation. Il avait été en la présence de Dieu, c’est pourquoi il se possédait lui-même, il était fort tranquille. Or c’est dans de telles circonstances que l’on peut vraiment juger l’esprit d’un homme. Rien, si ce n’est la force puissante de Dieu, n’eût pu maintenir Élie debout dans son extraordinaire position sur le mont Carmel. «Élie était un homme ayant les mêmes passions que nous »; or, étant le seul de son temps qui eût assez de force morale pour prendre publiquement la défense de Dieu contre la puissance dominante de l’idolâtrie, l’ennemi aurait bien pu suggérer à son pauvre coeur des pensées comme celle-ci : «Quel grand homme tu es, toi qui oses te mettre seul en avant comme le champion de l’ancienne foi d’Israël !» Mais Dieu gardait son bien-aimé serviteur ; il le soutint à travers toute cette scène si éprouvante, précisément parce que Élie était son serviteur et son témoin. Et il en sera toujours ainsi. Le Seigneur se tiendra toujours près de ceux qui se tiennent près de Lui. Si seulement Abdias s’était prononcé contre les voies d’Achab et de Jézabel, le Seigneur l’aurait approuvé et soutenu dans son opposition, en sorte que, au lieu d’être le serviteur d’Achab, il eût été le compagnon d’oeuvre d’Élie dans la grande réformation. Mais ce n’était pas le cas ; aussi, comme autrefois Lot, «il tourmentait tous les jours son âme juste», à cause des abominations de tout genre qu’il voyait dans une maison idolâtre. Oh ! Cher lecteur chrétien, aspirons à une position meilleure que celle-là. Ne nous laissons pas enchaîner à la terre par une volontaire association avec les systèmes et les plans de ce monde. Notre patrie, c’est le ciel ; là aussi est notre