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LE DISCIPLE DANS UN TEMPS MAUVAIS

 

Toi, suis-moi (Jean 21:22).

 

 

par C. H. Mackintosh

 

Écho du Témoignage, 1860, vol. 1 p. 104 = ME 1940 p. 120

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières :

1     Introduction

2     Des sujets de découragements parmi le peuple de Dieu

3     L’attitude de l’homme de foi supérieure aux circonstances

4     Résultats de la fidélité

4.1      Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent

4.2      Prééminence de l’homme de foi sur le monde

4.3      Puissance de la foi, malgré la ruine

4.4      Prendre le parti de Dieu et ne pas se laisser impressionner par l’homme

4.5      La foi éprouvée à l’extrême — La foi qui voit l’invisible

5     Le temps de la patience de Dieu

6     Le temps de la gloire

 

 

1                    Introduction

Les trois premiers chapitres du Livre de Daniel nous fournissent une leçon des plus importantes et pleine d’à-propos pour le temps où nous vivons, et dans lequel le disciple de Christ est en grand danger de céder aux influences qui l’entourent, en abaissant le niveau du témoignage, et reniant, en quelque sorte, son caractère de disciple, pour se mettre en harmonie avec les circonstances du moment.

 

2                    Des sujets de découragements parmi le peuple de Dieu

 

Dès le commencement du chapitre 1, nous trouvons un tableau décourageant de l’état des choses, en tant que considéré au point de vue du témoignage extérieur rendu à Dieu sur la terre. «La troisième année de Jéhoïakim, roi de Juda, Nébucadnetsar, roi de Babylone, vint contre Jérusalem et l’assiégea. Et le Seigneur livra en sa main Jéhoïakim, roi de Juda, et une partie des vaisseaux de la maison de Dieu, lesquels Nébucadnetsar fit emporter au pays de Shinhar, en la maison de son dieu ; et il mit ces vaisseaux en la trésorerie de son dieu» (Dan. 1:1-2).

L’état qui nous est dépeint dans ces versets, envisagé à un point de vue humain, est bien propre à produire le découragement dans le coeur, à attrister l’esprit et à paralyser l’énergie. À la vue de Jérusalem en ruines, du temple profané, des vaisseaux du Seigneur placés dans la maison d’un faux dieu, de Juda emmené captif, assurément, le coeur ne peut que se sentir disposé à dire que c’est sans utilité aucune qu’on chercherait à demeurer plus longtemps dans le caractère de disciple et à persévérer dans une marche dévouée et fidèle. Le courage manque, le coeur se fond et les mains sont rendues lâches, lorsque la situation du peuple de Dieu est aussi déplorable. Une vaine présomption pourrait seule, en de semblables circonstances, déterminer un enfant de la maison de Juda à prendre la place d’un véritable Nazaréen.

 

3                    L’attitude de l’homme de foi supérieure aux circonstances

 

C’est ainsi que peut raisonner la nature ; mais tel n’est pas le langage de la foi. Dieu soit béni ! il existe toujours une sphère assez vaste pour que le vrai dévouement puisse s’y déployer ; toujours aussi il y a un chemin que le vrai disciple peut parcourir, dût-il le faire dans la solitude.

Quel que soit l’état des circonstances extérieures, la foi ne s’en occupe pas ; son privilège est de dépendre de Dieu, de se nourrir de Christ et de respirer l’atmosphère du ciel, aussi pleinement que si tout était dans une harmonie et un ordre parfaits.

C’est là, pour le coeur fidèle, une grâce merveilleuse. Tous ceux qui désirent marcher fidèlement, trouveront toujours un chemin à suivre ; tandis que ceux qui voient dans les circonstances extérieures un prétexte pour manquer d’énergie, n’agiraient jamais avec fidélité et décision, lors même qu’ils seraient placés dans une situation des plus favorables.

Si jamais il y eut un temps où la faiblesse du témoignage aurait pu être excusée, ce fut, sans contredit, celui de la captivité de Babylone. Tout l’édifice du judaïsme avait été renversé ; la puissance royale avait passé des mains du successeur de David, dans celles de Nébucadnetsar ; la gloire s’était retirée d’Israël ; en un mot, tout semblait s’être flétri et avoir disparu pour toujours. Il ne restait aux enfants de Juda dans leur exil, qu’à suspendre leurs harpes aux saules et à s’asseoir auprès des fleuves de Babylone, pour y pleurer la gloire qui les avait quittés, leur lumière obscurcie et leur grandeur déchue.

Tel pourrait être le langage de l’aveugle incrédulité ; mais Dieu soit béni ! c’est, quand tout semble parvenu à l’état le plus misérable, que la foi s’élève pour remporter un triomphe glorieux : et la foi, nous le savons, est la seule base réelle sur laquelle le disciple puisse s’appuyer pour agir. Elle ne cherche aucun soutien auprès des hommes ou dans les circonstances extérieures : «toutes ses sources» sont en Dieu. Et c’est pour cela que la foi ne brille jamais d’un éclat aussi vif que lorsque tout est ténèbres autour d’elle. C’est quand l’horizon est chargé des plus sombres nuages, que la foi se réchauffe au soleil de la grâce et de la fidélité divines.

C’est ainsi que Daniel et ses compagnons furent rendus capables de surmonter les difficultés particulières de leur époque. Ils estimèrent que rien, dans Babylone, ne devait les empêcher de récuser la jouissance d’un Nazaréat aussi élevé qu’on en put jamais voir à Jérusalem, en quelque temps que ce fut : et leur appréciation était juste. Ils jugeaient comme juge toujours une foi pure et bien fondée. Ce fut d’après ce même jugement, que les Baracs, les Gédéons, les Jephtés et les Samsons de jadis, agirent comme ils ont agi. C’est ce même jugement qu’exprimait Jonathan quand il disait : «On ne saurait empêcher l’Éternel de délivrer avec beaucoup ou peu de gens» (1 Sam. 14). David le partageait aussi lorsque, dans la Vallée du Chêne, il nomma la faible armée d’Israël «les troupes rangées du Dieu vivant» (1 Sam. 17). C’était le jugement d’Élie, lorsque sur le mont Carmel, il bâtit un autel avec «douze pierres, selon le nombre des tribus des enfants de Jacob» (1 Rois 18). C’était le jugement de Daniel lui-même, lorsqu’à une période plus avancée de son histoire, il ouvrit sa fenêtre et pria tourné vers Jérusalem (Dan. 6). C’était le jugement de Paul, lorsqu’en vue de l’apostasie effrayante qui apparaissait déjà, il exhorte ainsi son fils Timothée : «retiens le modèle des saines paroles que tu as entendues de moi» (2 Tim. 1:13). C’était le jugement de Pierre, lorsqu’envisageant la dissolution de toutes choses, il engage les croyants à s’étudier, «à être trouvés de Lui, sans tâche et sans reproche, en paix (2 Pierre 3:14). C’était le jugement de Jean, lorsqu’au milieu du débordement des prétentions ecclésiastiques, il exhorte son bien-aimé Gaius «à n’imiter point le mal, mais le bien» (3 Jean:11). C’était, enfin le jugement de Jude, en présence de l’impiété la plus abominable, lorsqu’il encourage un résidu bien-aimé en lui adressant ces paroles : «vous appuyant vous-mêmes sur votre très-sainte foi, et priant par le Saint Esprit, conservez-vous dans l’amour de Dieu, en attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ, pour la vie éternelle» (Jude 20-21). En un mot, c’était le jugement de l’Esprit Saint : et voilà pourquoi c’était celui de la foi.

Tout cela donne de l’intérêt et du prix à la détermination prise par Daniel, et qui est ainsi exprimée dans le premier chapitre de ce livre : «Or Daniel se proposa dans son coeur de ne se point souiller par la portion de la viande du roi, ni par le vin dont le roi buvait ; c’est pourquoi il supplia le chef des ennuques afin qu’il ne l’engageât point à se souiller» (verset 8). Il aurait pu se dire bien naturellement : «quelle utilité y aurait-il à ce qu’un pauvre et faible captif cherchât à garder une place de séparation ? Tout est mis de côté. Il est impossible de conserver un véritable esprit de Nazaréen au milieu d’une ruine aussi complète, et d’une déchéance semblable : il vaut autant que je me conforme aux habitudes du pays que j’habite».

Mais non ; Daniel était placé sur un terrain plus élevé. Il savait que son privilège était de vivre dans une aussi grande intimité avec Dieu, au milieu du palais de Nébucadnetsar ; que dans l’enceinte de Jérusalem. Il savait que quelle que puisse être la condition extérieure du peuple de Dieu, il se trouve un sentier de dévouement et de fidélité qui est ouvert à chaque saint individuellement, et qu’il peut parcourir malgré tout.

Et ne pouvons-nous pas ajouter que le Nazaréat de Babylone possède des charmes tout aussi attrayants et efficaces que le Nazaréat de Canaan ? Sans nul doute. Il est ineffablement précieux et magnifique de trouver un des captifs à Babylone, soupirant après une séparation aussi austère, et même la réalisant. Il y a là, à la fois, une grande leçon pour tous les âges, un exemple très propre à encourager et à remuer les croyants sous toutes les dispensations, et une démonstration bénie qu’au milieu des plus épaisses ténèbres, un coeur dévoué peut jouir des rayons d’un soleil qu’aucun nuage ne vient obscurcir.

Mais comment peut-il en être ainsi, si ce n’est parce que «Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui et éternellement» (Héb. 13:8). Les dispensations changent et disparaissent : les institutions ecclésiastiques s’écroulent et sont réduites en poussières : les systèmes humains sont ébranlés et renversés ensuite ; mais le nom de Jéhovah demeure à toujours, et Son mémorial est de toutes les générations. C’est sur ce terrain saint et élevé que la foi s’établit. Elle s’élève au-dessus de toutes les vicissitudes, pour goûter un doux entretien avec l’éternelle et immuable source de tout bien véritable.

C’est ainsi, qu’au temps des Juges, la foi accomplit de plus glorieux triomphes que tous ceux qui furent connus aux jours de Josué. C’est ainsi que l’autel d’Élie sur le mont Carmel fut environné d’une gloire tout aussi brillante que celle qui couronnait l’autel de Salomon. Cela est vraiment encourageant. Le pauvre coeur est si disposé à faiblir et à se laisser abattre, en regardant aux chutes et à l’infidélité de l’homme, au lieu de s’arrêter à la fidélité de Dieu qui ne fait jamais défaut ! «Toutefois le fondement demeure ferme, ayant ce sceau : le Seigneur connaît ceux qui sont siens ; et, que quiconque invoque le nom de Christ se retire de l’iniquité» (2 Tim. 2:19). Qu’est-ce qui pourrait jamais porter atteinte à cette vérité immuable ? Rien sans doute. Et rien, par conséquent ne peut porter atteinte à la foi qui s’en saisit, ou à l’édifice de dévouement pratique qui s’élève sur le fondement de cette foi.

 

4                    Résultats de la fidélité

 

Considérons maintenant les glorieux effets du dévouement et de la séparation de Daniel. Dans les trois premiers chapitres nous remarquons trois choses distinctes résultant de la position prise par Daniel et ses compagnons en ce qui regarde «la viande royale» :

1° — Le secret touchant «le songe du roi» leur fut révélé.

2° — Ils résistèrent aux séductions de «la statue que le roi avait dressée».

3° — Ils traversèrent sans éprouver le moindre dommage, la fournaise de feu ardent allumée par ordre du roi.

 

4.1   Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent

 

1) «Le secret de l’Éternel est pour ceux qui le craignent». Ce passage est admirablement vérifié dans le cas que nous avons sous les yeux. «Les magiciens, et les astrologues, et les enchanteurs, et les Chaldéens», qui tous respiraient l’atmosphère de la présence royale, étaient dans une complète ignorance quant au songe du roi. «Les Chaldéens répondirent au roi et dirent : Il n’y a aucun homme sur la terre qui puisse exécuter ce que le roi demande». Il en était ainsi assurément ; mais il y avait un Dieu dans le ciel qui connaissait tout cela, et qui de plus pouvait révéler la chose à ceux qui avaient assez de foi, de dévouement et de renoncement à eux-mêmes pour se séparer des souillures de Babylone, bien qu’ils fussent en captivité dans cette ville. Ce qui pour l’homme n’est qu’une énigme, un labyrinthe, ou une chose mystérieuse, est parfaitement connu de Dieu : Il peut et veut même le révéler à tous ceux qui marchent avec Lui dans la sainteté de sa présence. Les Nazaréens de Dieu peuvent voir plus loin dans les circonstances humaines que les plus profonds philosophes de ce monde. Et par quel moyen ? Comment peuvent-ils si aisément découvrir les mystères de ce monde ? Parce qu’ils sont placés au-dessus des vapeurs ou des ténèbres qui l’enveloppent : ils ne participent pas à ses souillures ; ils occupent une place de séparation, de dépendance et de communion. «Alors Daniel alla en sa maison et déclara l’affaire à Hanania, à Mishaël et à Azaria, ses compagnons, qui implorèrent la miséricorde du Dieu des cieux sur ce secret» (ch. 2:17-18). C’est à cette source, nous le voyons maintenant, qu’ils puisaient force et intelligence. Ils n’avaient qu’à tourner les regards vers le ciel pour obtenir une vue claire de toutes les destinées de ce monde.

Que de vérité et de simplicité dans tout cela ! «Dieu est lumière, et il n’y a point en Lui de ténèbres». Par conséquent, si nous désirons la lumière nous ne pouvons la trouver qu’en Sa présence ; et nous ne pouvons connaître réellement la puissance de Sa présence que lorsque nous réalisons notre séparation de toutes les souillures de la terre.

 

4.2   Prééminence de l’homme de foi sur le monde

 

Remarquez un autre résultat de la sainte séparation de Daniel. «Alors le roi Nébucadnetsar tomba sur sa face, et se prosterna devant Daniel, et dit qu’on lui donnât de quoi faire des oblations et des offrandes de bonne odeur». Ici nous voyons le plus orgueilleux et le plus puissant monarque de la terre aux pieds d’un captif. Fruit magnifique de la fidélité ! Précieuse démonstration de cette vérité, que Dieu honorera toujours la foi qui peut, en quelque mesure, s’élever à la hauteur de Ses pensées ! En cette occasion mémorable, Daniel expérimenta pour lui-même, aussi pleinement qu’elle ait pu jamais être expérimentée par qui que ce soit cette ancienne promesse de Dieu : «Et tous les peuples de la terre verront que le nom de l’Éternel est réclamé sur toi, et qu’ils auront peur de toi ... L’Éternel te mettra à la tête et non à la queue ; et tu seras seulement au-dessus et non point au-dessous» (Deut. 28:10-13). Assurément, dans la scène qui est représentée ci-dessus, Daniel se trouvait être «la tête» et Nébucadnetsar «la queue», du moins si nous envisageons la chose au point de vue divin. Voyez encore le maintien de ce Nazaréen en présence de l’impie Belshatsar (Dan. 5:17-29). N’avons nous pas ici un témoignage aussi magnifique de la prééminence à laquelle était destinée la semence d’Abraham, que lorsque les capitaines de Josué mettaient les pieds sur le cou des rois de Canaan ? (Josué, 10:24) ou que, lorsque tous les habitants de la terre recherchaient de voir la face de Salomon pour entendre la sagesse que Dieu avait mise dans son coeur ?» (1 Rois 10:24). Sans nul doute ; et jusqu’à un certain point le témoignage est plus magnifique encore. Il est naturel d’attendre une scène semblable dans l’histoire de Josué, ou dans celle de Salomon ; mais, trouver un orgueilleux roi de Babylone aux pieds de l’un de ses captifs, c’est quelque chose qui surpasse de beaucoup tout ce que l’homme peut concevoir.

 

4.3   Puissance de la foi, malgré la ruine

 

Cependant cela nous est présenté ici comme une preuve frappante de la puissance qu’a la foi pour triompher des difficultés de toute nature, et pour produire les plus merveilleux résultats. Le pouvoir de la foi demeure le même soit qu’elle agisse dans les plaines de la Palestine ou sur le mont Carmel, auprès des fleuves de Babylone ou parmi les ruines de l’Église professante. Nulles chaînes ne sauraient la retenir : il n’est pas de persécution qui puisse la refroidir, pas de changement qui puisse l’atteindre. Toujours elle s’élève à l’objet qui lui est propre, et cet objet c’est Dieu Lui-même, et son éternelle révélation. Les dispensations changent, les années s’écoulent, les roues du temps continuent à tourner écrasant sous leur poids énorme les plus chères espérances du pauvre coeur humain ; mais la foi demeure la foi, cette réalité immortelle, divine, et éternelle, qui s’abreuve à la fontaine de la pure vérité, et dont «toutes les sources» sont en Christ qui est «le chemin, la vérité et la vie».

C’est par cette foi précieuse que Daniel agit, lorsqu’il «se proposa dans son coeur de ne se point souiller par la portion de la viande du roi». Il est vrai qu’il ne lui était plus possible de se rendre à la sainte maison où ses pères avaient adoré. Le pied d’un ennemi étranger avait foulé la cité sainte : le feu avait cesser de brûler sur l’autel du Dieu d’Israël : le chandelier d’or et ses sept lampes n’éclairaient plus le lieu Saint : mais la foi se trouvait dans le coeur de Daniel, et cette foi le transportait au-delà de l’influence que pouvaient exercer les circonstances dont il était entouré ; elle le rendait capable de s’approprier aussi toutes les promesses de Dieu, qui sont «Oui et Amen en Jésus-Christ», et d’agir selon leur efficace. La foi ne s’émeut point pour des temples en ruines, pour des cités renversées, pour des luminaires éteints, ou pour des gloires disparues. Et pourquoi ne s’en émeut-elle point ? Parce que Dieu ne s’en émeut pas lui-même. Dieu peut toujours être trouvé, et la foi possède toujours la certitude de le trouver en effet.

 

4.4   Prendre le parti de Dieu et ne pas se laisser impressionner par l’homme

 

2) Mais la foi qui rendit ces saints hommes d’autrefois capables de refuser la viande du roi, leur fit aussi mépriser la statue du roi. Ils s’étaient séparés de toute souillure afin de jouir d’une communion plus intime avec le vrai Dieu ; et ils ne pouvaient par conséquent se prosterner devant une statue d’or, qu’elle qu’en fût la hauteur. Ils savaient que Dieu n’est point une statue ; ils savaient qu’Il est une réalité ; ils ne pouvaient présenter leurs adorations qu’à Lui seul, car Il est seul l’objet véritable de l’adoration.

Peu leur importait que le monde entier fût contre eux : ils n’avaient à vivre que pour Dien. On pouvait les accuser de se croire plus sages que leurs voisins ; peut-être lorsqu’ils marchèrent contre le courant de l’opinion publique leur conduite fut-elle appelée de la présomption ; peut-être même leur demanda-t-on s’ils connaissaient seuls la vérité. «Les satrapes, les lieutenants, les ducs, les baillis, les receveurs, les conseillers, les prévôts et les gouverneurs des provinces», étaient-ils tous dans les ténèbres et dans l’ignorance ? Se pouvait-il que tant d’hommes de haut rang, d’intelligence et de savoir fussent dans l’erreur, et que quelques étrangers captifs fussent seuls dans le droit chemin ?

Nos Nazaréens n’avaient nullement à se préoccuper de semblables questions. Leur chemin était clairement tracé devant eux. Devaient-ils, pour éviter d’avoir l’air de condamner la multitude, se prosterner devant une statue et l’adorer ? Certainement non. Et pourtant que de fois il arrive que ceux qui désirent avoir toujours devant Dieu une conscience sans reproche, sont accusés de s’élever et de condamner les autres ! Sans doute Luther fut condamné par plusieurs pour s’être mis en opposition avec les docteurs, les cardinaux et le pape. Pour éviter une telle condamnation aurait-il dû vivre et mourir dans l’erreur ? Qui pourrait le penser ! «Mais», dira-t-on peut-être, «Luther se trouvait en face d’une erreur palpable». C’est ce que pensait Luther ; mais des milliers d’hommes instruits et éminents pensaient d’une manière toute autre. De même, c’était avec une idolâtrie manifeste que Shadrac, Méshac et Abed-Négo avaient à faire ; mais le monde entier était d’un avis opposé. Que faire alors ? «il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes». Que les autres agissent comme ils l’entendent, «Moi et ma maison nous servirons l’Éternel». S’il fallait rester dans l’erreur et persister à faire ce que l’on sent être mal, afin d’éviter d’avoir l’air de juger autrui, où en serions-nous ?

Oh ! mon bien-aimé lecteur. Cherchez à tenir avec persévérance la marche ferme, en avant, et dirigée vers le ciel, d’un véritable disciple. Vous n’avez pas à considérer si, en agissant ainsi, vous condamnez le monde. «Cessez de mal faire». C’est la première chose que le vrai disciple doive accomplir. Puis, lorsqu’il aura obéi à ce précepte il pourra s’attendre à la réalisation de celui qui suit : «Apprenez à bien faire». «Si ton oeil est net, tout ton corps aussi sera éclairé». Lorsque Dieu parle, je n’ai pas à me tourner vers mes voisins pour savoir quel effet produira sur eux mon obéissance à Sa voix, ou pour considérer ce qu’ils penseront de moi. Lorsque la voix de Jésus ressuscité et glorifié frappa l’oreille de Saul de Tarse, il ne s’enquit pas de ce que pourraient penser les principaux sacrificateurs et les Pharisiens, s’il obéissait. Assurément non. «Aussitôt, dit-il, je ne pris pas conseil de la chair, ni du sang» (Gal. 1:1 6). «Ainsi, ô roi Agrippa, je n’ai pas été désobéissant à la vision céleste (Actes 26:19). Tel est l’esprit, et le véritable principe d’après lesquels doit marcher un disciple. «Donnez gloire à Dieu avant qu’il fasse venir les ténèbres, et avant que vos pieds bronchent sur les montagnes dans lesquelles on ne voit point clair». Rien ne peut être plus dangereux que d’hésiter encore lorsque la lumière divine resplendit sur le chemin. Si vous n’agissez pas selon la lumière, lorsque vous la possédez, vous serez sûrement enveloppé d’épaisses ténèbres. Et comme un autre l’a dit ailleurs : «N’allez jamais au-delà de votre foi, et ne restez point en arrière de votre conscience».

 

4.5   La foi éprouvée à l’extrême — La foi qui voit l’invisible

 

3) — Mais, nous l’avons dit, si nos Nazaréens refusèrent de se prosterner devant la statue du roi, ils eurent à endurer la colère du roi et la fournaise qu’il avait fait allumer. Par la grâce de Dieu ils étaient préparés à tout cela : leur Nazaréat était une chose réelle ; ils étaient prêts à souffrir la perte de toutes choses, même celle de la vie, pour défendre le vrai culte du Dieu d’Israël. Ils servaient et adoraient leur Dieu, non seulement sous le paisible ombrage de la vigne et du figuier dans le pays de Canaan, mais aussi en présence de la fournaise de feu ardent». Ils confessaient Jéhovah non seulement au milieu d’une congrégation de vrais adorateurs, mais aussi en présence d’un monde ennemi. Il leur était véritablement échu d’être disciples dans un temps mauvais. Ils aimaient le Seigneur, et c’est pour l’amour de Lui qu’ils refusèrent les biens du roi, qu’ils résistèrent à la colère du roi, et qu’ils endurèrent la fournaise du roi. «Roi Nebucadnetsar, il n’est pas besoin que nous te répondions sur ce sujet. Voici, notre Dieu que nous servons, peut nous délivrer de la fournaise de feu ardent, et Il nous délivrera de ta main, ô Roi ! Sinon, sache, ô Roi, que nous ne servirons point tes dieux ; et que nous ne nous prosternerons point devant la statue d’or que tu as dressée». C’était là le langage d’hommes qui savaient à qui ils appartenaient, et où ils se trouvaient ; d’hommes qui avaient calculé la dépense avec calme et décision ; d’hommes pour lesquels le Seigneur était tout et le monde rien. Tout ce que le monde peut offrir, et leur vie même, était en jeu ; mais que leur importait ? Ils endurèrent tout, «comme voyant Celui qui est invisible». La gloire éternelle était placée devant eux, et Ils étaient préparés à y parvenir en passant à travers les flammes. Dieu peut conduire ses serviteurs au ciel dans un chariot de feu, ou à travers une fournaise selon qu’il le trouve bon. Quel que soit le mode par lequel on y arrive, il est bon de s’y trouver.

Mais le Seigneur n’aurait-il pu empêcher que ses bien aimés serviteurs fussent jetés dans la fournaise ? Sans nul doute ; cela Lui aurait été facile. Il ne le fit pourtant pas. Sa volonté était que la foi de ses serviteurs fut éprouvée dans la fournaise, qu’elle passât par le creuset afin de «tourner à louange, à honneur et à gloire». Est-ce parce que le raffineur n’attache aucun prix au lingot d’or, qu’il le fait passer par la fournaise ? Non, c’est précisément le contraire ; et comme quelqu’un en a fait la remarque si juste, «son but n’est pas seulement de purifier le métal de tout alliage, mais aussi de lui donner plus d’éclat».

Il est évident que si, par un acte de puissance, le Seigneur eût empêché que ses serviteurs fussent jetés dans la fournaise, il en serait résulté moins de gloire pour Lui, et par conséquent moins de bénédiction pour eux. Il valait infiniment mieux qu’ils jouissent de sa présence et de sa sympathie dans la fournaise, que si sa puissance les avait garantis d’y être jetés. Quelle gloire en ressortit pour Lui, et quel immense privilège pour eux ! Le Seigneur était descendu pour marcher avec ses Nazaréens dans la fournaise où Ils avaient été placés par leur fidélité. Ils avaient marché avec Dieu dans le palais du roi, et Dieu marchait avec eux dans la fournaise du roi. Ce fut le moment le plus béni de la carrière entière de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Négo. Combien peu le roi avait pensé à la position élevée dans laquelle il plaçait les objets de sa colère et de sa fureur ! Tous les yeux s’étaient détournés de la statue pour contempler avec étonnement les trois captifs. Qu’est-ce que cela voulait dire ? «Trois hommes liés  «Quatre hommes déliés !» La chose pouvait-elle bien être réelle ? Était-ce réellement une fournaise ? Hélas ! «les hommes les plus forts et les plus vaillants de l’armée du roi, en avaient éprouvé la réalité», comme l’aurait fait la statue de Nébucadnetsar si  elle y eût été jetée. Il n’y avait aucun prétexte pour l’incrédulité, ni pour le doute. C’était une véritable fournaise, une véritable flamme et les «trois hommes» avaient été liés avec leurs caleçons, leurs chaussures, leurs tiares et leurs vêtements». Tout était réalité.

Mais il y avait une réalité plus grande encore : Dieu était là, et Sa présence changeait toutes choses ; elle «changeait la parole du roi», transformait la fournaise en un lieu de haute et sainte communion, et des hommes que Nébucadnetsar avait liés, elle en faisait des affranchis de Dieu.

Dieu était là, !, dans sa puissance souveraine pour faire voir toute la vanité de l’opposition de l’homme — là, dans toute sa tendresse et sa sympathie profonde pour ses serviteurs éprouvés et fidèles, — là, dans Sa grâce incomparable pour mettre en liberté les captifs et pour amener les coeurs de ses Nazaréens dans cette intime communion avec Lui dont ils sentaient un si ardent besoin.

 

5                    Le temps de la patience de Dieu

 

Bien aimé lecteur, ne vaut-il pas la peine de traverser une fournaise si c’est pour jouir davantage de la présence de Christ, et de la sympathie de son coeur aimant ? N’est-il pas préférable d’être chargé de chaînes en ayant Christ, que de posséder, sans Lui, de précieux joyaux ? Une fournaise avec Lui n’est-ce pas un lieu plus désirable qu’un palais où Il n’habite pas ? La nature répondra «Non !», mais la foi dira «Oui !».

Il est bon de se rappeler que le temps où nous sommes n’est pas le temps de la puissance de Christ mais bien celui de sa sympathie. En traversant les eaux profondes de l’affliction, le coeur peut parfois se sentir disposé à s’écrier : «Pourquoi le Seigneur n’agit-il pas avec puissance pour me délivrer ?» La réponse est que ce n’est pas le temps de sa puissance. Il pourrait prévenir cette maladie, faire disparaître telle ou telle difficulté, empêcher cette catastrophe, ou préserver de la mort cet être chéri. Mais au lieu de déployer sa puissance, Il laisse les choses suivre leur cours, et verse sa douce sympathie dans le coeur oppressé, de telle manière que nous n’hésitons pas à reconnaître que nous ne voudrions pas, pour le monde entier, que cette épreuve nous eût été épargnée, à cause de l’abondance de la consolation.

C’est ainsi, cher lecteur, que notre Jésus agit maintenant. Sous peu Il déploiera sa puissance, Il paraîtra monté sur le cheval blanc, Il tirera son épée, Il découvrira le bras de sa sainteté, Il vengera son peuple et lui fera justice à toujours ; mais pour le moment, son épée est dans le fourreau et son bras est encore couvert. Maintenant c’est le temps, pour Lui, de faire connaître le profond amour de son coeur et non la puissance de son bras ou le tranchant de son épée. Êtes-vous satisfait qu’il en soit ainsi ? La sympathie de Christ suffit-elle à votre coeur, même au milieu des plus profondes angoisses et de l’affliction la plus vive ? Notre coeur inquiet, l’impatience de notre esprit, et notre volonté non brisée, nous feraient toujours désirer d’échapper à l’épreuve ou aux difficultés ; mais il ne peut en être ainsi, car il en résulterait pour nous une perte incalculable. Il nous faut passer par chacune des classes de l’école ; mais le Maître nous accompagne et la lumière de Sa face, la tendre sympathie de Son coeur nous soutiennent lorsque nous passons par les exercices les plus pénibles.

 

6                    Le temps de la gloire

 

Et voyez aussi quelle gloire revient au nom du Seigneur lorsque, par sa grâce, son peuple est rendu capable de traverser victorieusement une épreuve ? Lisez Daniel 3:26-28, et dites où l’on pourrait trouver de fruits plus abondants et plus beaux d’une marche fidèle. Le roi et les grands de son royaume, qui, un instant auparavant, étaient absorbés dans les cérémonies d’un faux culte et étourdis par une bruyante musique, sont tout occupés maintenant de ce fait merveilleux que le feu, qui avait tué les hommes forts et vaillants, n’avait eu sur les adorateurs du vrai Dieu d’autre effet que de brûler leurs liens, leur permettant ainsi de marcher, en liberté, en compagnie du Fils de Dieu. «Alors Nébucadnetsar s’approcha vers la porte de la fournaise du feu ardent, et prenant la parole il dit : Shadrac, Méshac et Abed-Négo, serviteurs du Dieu Souverain, sortez et venez. Alors Shadrac, Méshac et Abed-Négo sortirent du milieu du feu. Puis, les satrapes, les lieutenants, les gouverneurs et les conseillers du roi s’assemblèrent pour contempler ces personnages-là, et le feu n’avait eu aucune puissance sur leur corps, et un cheveu de leur tête n’était point grillé, et leurs caleçons n’étaient en rien changés, et l’odeur du feu n’avait point passé sur eux».

Voilà donc un glorieux témoignage, témoignage qui n’aurait jamais été rendu si, par un acte de puissance, le Seigneur avait empêché que ses serviteurs fussent jetés dans la fournaise. Nébucadnetsar venait d’apprendre par une preuve frappante que «les serviteurs du Dieu Souverain ne devaient pas plus redouter sa fournaise qu’adorer sa statue. En un mot, l’ennemi était confondu, Dieu glorifié, et ses chers serviteurs retirés sans aucun dommage de «la fournaise de feu ardent». Précieux fruits d’un Nazaréat fidèle !

Remarquez maintenant l’honneur qui doit rejaillir sur nos Nazaréens. «Alors Nébucadnetsar prit la parole et dit : Béni soit le Dieu de Shadrac, de Méshac et d’Abed-Négo». Leurs noms sont intimement liés avec celui du Dieu d’Israël. Quel honneur ! Ils s’étaient identifiés avec le vrai Dieu lorsqu’il y allait de leur vie c’est pourquoi le vrai Dieu s’identifiait avec eux pour les conduire sur un terrain riche et béni. Il établit leurs pieds sur une roche et leur fit lever les yeux au-dessus de leurs ennemis. Quelle réalité dans ce passage : «J’honorerai ceux qui m’honorent !» Mais il est également vrai que : «Ceux qui me méprisent seront traités avec le dernier mépris» 1 Sam. 2:30).

 

Bien aimé lecteur, avez-vous trouvé dans l’oeuvre parfaite du Seigneur Jésus Christ une paix assurée et divine pour votre conscience coupable ? Avez-vous cru Dieu simplement sur sa parole ? Avez-vous scellé que Dieu est véritable ? S’il en est ainsi vous êtes un enfant de Dieu. Vos péchés sont tous pardonnés et vous êtes accepté en Christ comme juste ; le ciel avec toutes ses gloires se trouve devant vous, et vous êtes aussi sûr d’être dans la gloire que Christ Lui-même, en tant que vous êtes uni à Lui.

Ainsi tout est réglé pour vous, pour le temps et pour l’éternité, selon le plus profond désir de votre coeur. Ce qu’il fallait à votre cas vous l’avez rencontré : votre culpabilité a été enlevée, votre paix établie, et votre tire assuré. Vous n’avez rien à faire vous-même : tout est divinement achevé.