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C'est ici la vie éternelle

 

Première épître de Jean

 

 

C. Briem

 

Table des matières abrégée :

1       Introduction

1.1        Remarques historiques

1.2        Erreurs

1.3        Les caractéristiques de la vie nouvelle

1.4        La manière dont Jean parle

1.5        Vue d’ensemble et plan

2       Avec Dieu dans la lumière — 1 Jean 1:1 à 2:2

2.1        La communion avec les personnes divines

2.2        Le message — 1 Jean 1:5

2.3        Dieu met la profession à l’épreuve — 1 Jean 1:6

2.4        L’avocat auprès du Père — ch. 2:1-2

3       Remarques sur la vie divine — 1 Jean 2:3-11

3.1        Nouvelle section — plan et introduction

3.2        L’obéissance — source de bénédiction — 1 Jean 2:3

3.3        L’amour pour les frères

4       La famille de Dieu — privilèges et dangers — 1 Jean 2:12-27

4.1        Le plan de la section

4.2        Le pardon des péchés

4.3        Les pères — 1 Jean 2:13a

4.4        Les jeunes gens — 1 Jean 2:13b

4.5        Les petits enfants — 1 Jean 2:13c

4.6        Les pères pour la seconde fois — 1 Jean 2:14a

4.7        Les ‘jeunes gens’ pour la deuxième fois — 1 Jean 2:14b

4.8        Les petits enfants pour la deuxième fois — 1 Jean 2:18-27

5       La justice, un caractère des enfants de Dieu — 1 Jean 2:28 à 3:10

5.1        Demeurer en Christ — 1 Jean 2:28

5.2        Être couverts de honte à Sa venue — 1 Jean 2:28b

5.3        Pratiquer la justice — 1 Jean 2:29

5.4        L’amour du Père — 1 Jean 3:1a

5.5        Pourquoi le monde ne nous comprend pas ? — 1 Jean 3:1b

5.6        Que serons-nous ? — 1 Jean 3:2-3

5.7        « Pratiquer le péché » — 1 Jean 3:4

5.8        Ôter les péchés — 1 Jean 3:5a

5.9        Deux familles différentes

6       L’amour, une marque distinctive des enfants de Dieu — 1 Jean 3:11-23

6.1        L’amour des frères

6.2        La confiance en Dieu — 1 Jean 3:19

7       Dieu demeurant en nous et nous demeurant en Dieu — 1 Jean 3:24 à 5:5

7.1        Introduction

7.2        Encore une fois des commandements — 1 Jean 3:24

7.3        Une bénédiction double — 1 Jean 3:24a

7.4        Le don du Saint Esprit — 1 Jean 3:24b

7.5        L’Esprit de vérité et l’esprit d’erreur — 1 Jean 4:1-6

7.6        Dieu est amour — 1 Jean 4:7

7.7        Pas de crainte dans l’amour — 1 Jean 4:18

8       Le témoignage de Dieu — 1 Jean 5:6-12

8.1        Comment Christ est venu — 1 Jean 5:6ab

8.2        Résultats bénis de la mort de Christ — 1 Jean 5:6b

8.3        Trois témoins — 1 Jean 5:7, 8

8.4        Le témoignage de Dieu au sujet de son Fils — 1 Jean 5:9

8.5        Dieu donne la vie éternelle — 1 Jean 5:11

8.6        La vie dans le Fils — 1 Jean 5:11b

8.7        Avoir le Fils — 1 Jean 5:12

9       La vie de foi — 1 Jean 5:13-17

9.1        La valeur de la Parole écrite — 1 Jean 5:13

9.2        Hardiesse dans la prière — 1 Jean 5:14(a)

9.3        La prière pour le frère — 1 Jean 5:16, 17

10     Le sommet des sommets — 1 Jean 5:18-21

10.1      La nouvelle nature, son essence (son être) — 1 Jean 5:18

10.2      La nouvelle nature, son origine — 1 Jean 5:19

10.3      La nouvelle nature, son objet — 1 Jean 5:20

10.4      Un avertissement inattendu — 1 Jean 5:21

 

Table des matières détaillée :

1       Introduction

1.1        Remarques historiques

1.2        Erreurs

1.3        Les caractéristiques de la vie nouvelle

1.4        La manière dont Jean parle

1.5        Vue d’ensemble et plan

2       Avec Dieu dans la lumière — 1 Jean 1:1 à 2:2

2.1        La communion avec les personnes divines

2.1.1     Ce qui était dès le commencement — 1 Jean 1:1a

2.1.1.1     Le commencement de la création

2.1.1.2     Un commencement sans commencement

2.1.1.3     Le commencement du service du Seigneur

2.1.1.4     Le commencement du christianisme — 1 Jean 1:1a

2.1.1.5     Aucun développement

2.1.1.6     La Parole de la vie — 1 Jean 1:1b

2.1.1.7     Une particularité du texte : les temps des verbes, ou formes verbales

2.1.2     La manifestation de la vie — 1 Jean 1:2

2.1.2.1     Christ, la vie éternelle

2.1.2.2     Une double intention de Dieu

2.1.2.3     L’annonce de la vie — 1 Jean 1:2-3a

2.1.3     La communion apostolique — 1 Jean 1:3b

2.1.3.1     Conditions pour la communion avec Dieu

2.1.3.2     La communion avec le Père et le Fils — 1 Jean 1:3b

2.1.3.3     Une joie accomplie — 1 Jean 1:4

2.2        Le message — 1 Jean 1:5

2.2.1     Entendu de la part de Christ — 1 Jean 1:5a

2.2.2     Le contenu du message — 1 Jean 1:5b

2.2.3     La nature de Dieu : lumière — 1 Jean 1:5b

2.2.4     Une particularité de texte : les phrases réversibles

2.2.5     Lumière dans le Seigneur — Éph. 5:8

2.3        Dieu met la profession à l’épreuve — 1 Jean 1:6

2.3.1     Marcher dans les ténèbres — 1 Jean 1:6

2.3.2     Une particularité du texte : les phrases conditionnelles

2.3.3     Marcher dans la lumière — 1 Jean 1:7

2.3.3.1     marchons-nous — 1 Jean 1:7a

2.3.3.2     La communion les uns avec les autres — 1 Jean 1:7b

2.3.3.3     La purification de tout péché — 1 Jean 1:7c

2.3.4     N’avons-nous aucun péché ? — 1 Jean 1:8

2.3.4.1     Ce que le péché signifie — 1 Jean 8a

2.3.4.2     S’illusionner soi-même — 1 Jean 1:8b

2.3.4.3     La vérité n’est pas en nous — 1 Jean 1:8c

2.3.5     Le pardon par la confession des péchés — 1 Jean 1:9a

2.3.5.1     Au sujet de la confession — 1 Jean 1:9a

2.3.5.2     Fidèle et juste — 1 Jean 1:9b

2.3.5.3     Le pardon éternel des péchés — 1 Jean 1:9b

2.3.5.4     Pardon temporel des péchés — 1 Jean 1:9b

2.3.6     N’avons-nous pas péché ? — 1 Jean 1:10

2.4        L’avocat auprès du Père — ch. 2:1-2

2.4.1     Avertissement avant que le péché soit commis — 1 Jean 2:1a

2.4.1.1     « Enfants » — 1 Jean 2:1a

2.4.1.2     Raison de l’avertissement — 1 Jean 2:1a

2.4.2     La sollicitude du Père — 1 Jean 2:1b

2.4.2.1     Le péché comme une action ponctuelle et personnelle — 1 Jean 2:1b

2.4.2.2     Nous avons un avocat — 1 Jean 2:1b

2.4.2.3     Le service d’avocat — 1 Jean 2:1b

2.4.2.4     La personne de l’avocat — 1 Jean 2:1b

2.4.2.5     La propitiation pour les péchés — 1 Jean 2:2a

2.4.2.6     La propitiation n’est pas le pardon — 1 Jean 2:2a

2.4.2.7     La propitiation pour le monde entier — 1 Jean 2:2bc

3       Remarques sur la vie divine — 1 Jean 2:3-11

3.1        Nouvelle section — plan et introduction

3.2        L’obéissance — source de bénédiction — 1 Jean 2:3

3.2.1     Garder ses commandements — 1 Jean 2:3b

3.2.2     Connaître Dieu – 1 Jean 2:3ab

3.2.3     Une particularité du texte : connaître et savoir

3.2.4     Ce par quoi les menteurs se manifestent — 1 Jean 2:4

3.2.4.1     « La vérité n’est pas en lui » — 1 Jean 2:4c

3.2.5     L’amour de Dieu consommé (accompli) — 1 Jean 2:5ab

3.2.6     Une particularité du texte : les génitifs objectif et subjectif

3.2.7     Être en LUI — 1 Jean 2:5b

3.2.8     Demeurer en Lui — 1 Jean 2:6

3.2.8.1     Christ la référence parfaite  — 1 Jean 2:6

3.3        L’amour pour les frères

3.3.1     Un commandement ancien — 1 Jean 2:7

3.3.2     Un commandement nouveau — 1 Jean 2:8a

3.3.3     Comment les ténèbres s’en vont — 1 Jean 2:8b

3.3.4     Si quelqu’un hait son frère — 1 Jean 2:9

3.3.5     Si quelqu’un aime son frère — 1 Jean 2:10a

3.3.6     Pas d’occasion de chute en lui — 1 Jean 2:10b

3.3.7     Encore une fois la haine des frères et ses conséquences — 1 Jean 2:11

3.3.7.1     Le juste jugement de Dieu — Jean 3:19

3.3.7.2     Les ténèbres dans l’éternité — 1 Jean 2:11c

4       La famille de Dieu — privilèges et dangers — 1 Jean 2:12-27

4.1        Le plan de la section

4.1.1     Une série décroissante

4.1.2     Répartition en trois

4.2        Le pardon des péchés

4.2.1     Seulement pour des « enfants » — 1 Jean 2:12

4.2.2     Par Son Nom (ou : à cause de Son Nom) — 1 Jean 2:12

4.2.3     Un solide fondement — 1 Jean 2:12

4.2.4     Pardon (ou : rémission) des péchés dans l’Ancien Testament — 1 Jean 2:12

4.3        Les pères — 1 Jean 2:13a

4.4        Les jeunes gens — 1 Jean 2:13b

4.4.1     Une particularité du texte — méchant, mauvais

4.5        Les petits enfants — 1 Jean 2:13c

4.6        Les pères pour la seconde fois — 1 Jean 2:14a

4.7        Les ‘jeunes gens’ pour la deuxième fois — 1 Jean 2:14b

4.7.1     La Parole de Dieu : source de force — 1 Jean 2:14b

4.7.2     L’amour du monde (pour le monde) — 1 Jean 2:15a

4.7.3     Une particularité du texte, le monde

4.7.3.1     Qu’est-ce que le monde — 1 Jean 2:15a

4.7.3.2     Deux mondes — 1 Jean 2:15b

4.7.3.3     Les éléments du monde — 1 Jean 2:16

4.7.3.4     La fin du monde — 1 Jean 2:17a

4.7.3.5     Demeurer éternellement — 1 Jean 2:17b

4.8        Les petits enfants pour la deuxième fois — 1 Jean 2:18-27

4.8.1     La dernière heure — 1 Jean 2:18a,c

4.8.1.1     Beaucoup [ou : plusieurs] d’antichrists — 1 Jean 2:18b

4.8.1.2     L’esprit de l’Antichrist — 1 Jean 4:3

4.8.1.3     Un temps final — 1 Jean 2:18ac

4.8.2     Pas des nôtres — 1 Jean 2:19

4.8.2.1     1 Jean 2:19abc

4.8.2.2     1 Jean 2:19b

4.8.2.3     1 Jean 2:19c

4.8.3     L’onction — 1 Jean 2:20a

4.8.3.1     Connaître la vérité — 1 Jean 2:20b

4.8.3.2     1 Jean 2:21

4.8.4     Christ test de la vérité

4.8.4.1     Le menteur — 1 Jean 2:22

4.8.4.2     L’antichrist

4.8.4.3     Avoir le Père — 1 Jean 2:23

4.8.5     Être gardés par la Parole de Dieu — 1 Jean 2:24ab

4.8.5.1     1 Jean 2:24a

4.8.5.2     1 Jean 2:24b

4.8.6     La promesse de la vie éternelle — 1 Jean 2:25

4.8.7     Avertissement à l’encontre de ceux qui égarent — 1 Jean 2:26

4.8.8     L’enseignant divin — 1 Jean 2:27

5       La justice, un caractère des enfants de Dieu — 1 Jean 2:28 à 3:10

5.1        Demeurer en Christ — 1 Jean 2:28

5.2        Être couverts de honte à Sa venue — 1 Jean 2:28b

5.2.1     Être manifestés à la venue du Seigneur

5.3        Pratiquer la justice — 1 Jean 2:29

5.3.1     Que signifie « pratiquer la justice » ? — 1 Jean 2:29b

5.3.2     Né de Dieu — 1 Jean 2:29b

5.4        L’amour du Père — 1 Jean 3:1a

5.5        Pourquoi le monde ne nous comprend pas ? — 1 Jean 3:1b

5.6        Que serons-nous ? — 1 Jean 3:2-3

5.6.1     Ce que nous sommes — 1 Jean 3:2a

5.6.2     Pas encore manifesté — 1 Jean 3:2b

5.6.3     Semblables à LUI — 1 Jean 3:2c

5.6.4     Une espérance sanctifiante — 1 Jean 3:3

5.7        « Pratiquer le péché » — 1 Jean 3:4

5.8        Ôter les péchés — 1 Jean 3:5a

5.8.1     Christ sans péché — 1 Jean 3:5b

5.9        Deux familles différentes

5.9.1     Premier contraste : en Christ et sans Christ — 1 Jean 3:6

5.9.1.1     En Christ — 1 Jean 3:6a

5.9.1.2     Sans Christ — 1 Jean 3:6b

5.9.2     Deuxième contraste : pratiquer la justice — pratiquer le péché — 1 Jean 3:7a

5.9.2.1     Juste comme Lui est juste — 1 Jean 3:7b

5.9.2.2     Du diable — 1 Jean 3:8a

5.9.2.3     L’anéantissement des œuvres du diable — 1 Jean 3:8b

5.9.3     Troisième contraste : les enfants de Dieu et les enfants du diable — 1 Jean 3:9-10

5.9.3.1     Né de Dieu — 1 Jean 3:9

5.9.3.1.1    1 Jean 3:9a

5.9.3.1.2    1 Jean 3:9b

5.9.3.1.3    1 Jean 3:9c

5.9.3.2     Les enfants du diable — 1 Jean 3:10

6       L’amour, une marque distinctive des enfants de Dieu — 1 Jean 3:11-23

6.1        L’amour des frères

6.1.1     Un commandement ancien — 1 Jean 3:11

6.1.2     La haine au lieu de l’amour — 1 Jean 3:12

6.1.3     La haine de la part du monde — 1 Jean 3:13

6.1.4     La vie ou la mort ? — 1 Jean 3:14

6.1.4.1     1 Jean 3:14a

6.1.4.2     1 Jean 3:14b

6.1.5     Meurtriers — 1 Jean 3:15

6.1.5.1     1 Jean 3:15a

6.1.5.2     1 Jean 3:15b

6.1.6     L’amour de Christ est l’étalon de mesure de notre amour

6.1.6.1     1 Jean 3:16a

6.1.6.2     Une particularité du texte : la vie

6.1.6.3     Jusqu’où l’amour doit aller — 1 Jean 3:16b

6.1.6.4     Défaillances dans les plus petites mises à l’épreuve — 1 Jean 3:17

6.1.7     Aimer en action et en vérité

6.2        La confiance en Dieu — 1 Jean 3:19

6.2.1     Être « de la vérité » — 1 Jean 3:19a

6.2.2     Comment nous assurons nos cœurs devant Dieu — 1 Jean 3:19b

6.2.3     Quand notre cœur nous condamne — 1 Jean 3:20

6.2.4     Si notre cœur ne nous condamne pas — 1 Jean 3:21

6.2.4.1     L’exaucement des prières n’est pas inconditionnel — 1 Jean 3:22

6.2.5     Un commandement particulier de Dieu — 1 Jean 3:23

7       Dieu demeurant en nous et nous demeurant en Dieu — 1 Jean 3:24 à 5:5

7.1        Introduction

7.2        Encore une fois des commandements — 1 Jean 3:24

7.3        Une bénédiction double — 1 Jean 3:24a

7.4        Le don du Saint Esprit — 1 Jean 3:24b

7.5        L’Esprit de vérité et l’esprit d’erreur — 1 Jean 4:1-6

7.5.1     Avertissement contre les mauvais esprits — 1 Jean 4:1a

7.5.2     Les faux prophètes — 1 Jean 4:1b

7.5.3     Jésus Christ ‘venu en chair’ — 1 Jean 4:2

7.5.3.1     Que signifie ‘esprit’ ? — 1 Jean 4:2

7.5.3.2     « Venu en chair », qu’est-ce que cela ? — 1 Jean 4:2

7.5.3.3     L’esprit de l’antichrist — qui est déjà dans le monde — 1 Jean 4:3

7.5.4     Une deuxième pierre de touche : l’enseignement apostolique

7.5.4.1     Comment les enfants de Dieu ont-ils la victoire ? — 1 Jean 4:4

7.5.4.2     L’esprit du monde — 1 Jean 4:5

7.5.4.3     Le ‘nous’ apostolique — 1 Jean 4:6

7.5.4.4     La négation, un trait de caractère de Satan — 1 Jean 4:6bc

7.5.4.5     Une dernière confrontation — 1 Jean 4:6c

7.6        Dieu est amour — 1 Jean 4:7

7.6.1     Trois raisons d’aimer les frères — 1 Jean 4:7a

7.6.1.1     L’amour : son origine est en Dieu — 1 Jean 4:7b

7.6.1.2     Connaître Dieu — 1 Jean 4:7c

7.6.1.3     L’amour — un trait de caractère de Dieu — 1 Jean 4:8

7.6.1.3.1    Dieu, non pas le Père — 1 Jean 4:8, Dieu est amour

7.6.1.3.2    La nature de Dieu — 1 Jean 4:8, Dieu est amour

7.6.2     La manifestation de l’amour de Dieu — 1 Jean 4:9-10

7.6.2.1     La vie par le Fils — 1 Jean 4:9

7.6.2.1.1    « Pour nous » — 1 Jean 4:9a

7.6.2.1.2    Le Fils unique — 1 Jean 4:9b

7.6.2.1.3    L’envoi — 1 Jean 4:9b

7.6.2.1.4    La vie pour les morts — 1 Jean 4:9c

7.6.2.1.5    Une action en dehors de nous — 1 Jean 4:9

7.6.2.2     La propitiation pour les coupables — 1 Jean 4:10

7.6.3     L’exercice de l’amour de Dieu par nous — 1 Jean 4:11

7.6.4     Le Dieu invisible — 1 Jean 4:12a

7.6.5     Dieu devient visible — 1 Jean 4:12b

7.6.5.1     Son amour consommé en nous — 1 Jean 4:12c

7.6.6     La communion avec Dieu — 1 Jean 4:13

7.6.6.1     La demeure réciproque — 1 Jean 4:13a

7.6.6.2     Il nous a donné « de son Esprit » — 1 Jean 4:13b

7.6.7     Témoignage et confession — 1 Jean 4:14-15

7.6.7.1     Le Sauveur du monde — 1 Jean 4:14

7.6.7.1.1    Christ : Sa qualité de Fils — 1 Jean 4:14a

7.6.7.1.2    Un domaine universel — 1 Jean 4:14b

7.6.7.2     La confession du Fils de Dieu — 1 Jean 4:15

7.6.8     Demeurer dans l’amour — 1 Jean 4:16

7.6.9     L’assurance au jour du jugement — 1 Jean 4:17a

7.6.9.1     Un autre but de l’amour de Dieu — 1 Jean 4:17b

7.6.9.2     Christ, comme juge — 1 Jean 4:17c

7.6.9.3     Pas de jugement pour les enfants de Dieu — 1 Jean 4:17b

7.7        Pas de crainte dans l’amour — 1 Jean 4:18

7.7.1     Encore une fois : l’amour des frères

7.7.1.1     Pourquoi nous aimons — 1 Jean 4:19

7.7.1.1.1    1 Jean 4:19a

7.7.1.1.2    1 Jean 4:19b

7.7.1.2     Un dernier test — 1 Jean 4:20

7.7.1.3     Pour la dernière fois un « commandement » — 1 Jean 4:21

7.7.1.4     Qui est mon frère ? — 1 Jean 5:1

7.7.1.4.1    Jésus, le Christ

7.7.1.4.2    Des dangers de l’amour fraternel

7.7.1.5     Un contre-test — 1 Jean 5:2

7.7.1.6     Pas de commandements pénibles — 1 Jean 5:3

7.7.2     Être victorieux du monde

7.7.2.1     Trois ennemis — 1 Jean 5:4

7.7.2.2     Une nature et un principe pour être victorieux — 1 Jean 5:4

7.7.2.3     Une personne pour être victorieux — 1 Jean 5:5

8       Le témoignage de Dieu — 1 Jean 5:6-12

8.1        Comment Christ est venu — 1 Jean 5:6ab

8.1.1     Par l’« eau » et par le « sang » — 1 Jean 5:6a

8.2        Résultats bénis de la mort de Christ — 1 Jean 5:6b

8.2.1     La purification

8.2.2     Propitiation

8.2.3     L’Esprit rend témoignage — 1 Jean 5:6c

8.3        Trois témoins — 1 Jean 5:7, 8

8.3.1     Résumé

8.4        Le témoignage de Dieu au sujet de son Fils — 1 Jean 5:9

8.4.1     Croire au Fils — 1 Jean 5:10a

8.4.2     Une particularité de texte : croire à, croire en

8.4.3     Ne pas croire Dieu — 1 Jean 5:10bc

8.5        Dieu donne la vie éternelle — 1 Jean 5:11

8.6        La vie dans le Fils — 1 Jean 5:11b

8.7        Avoir le Fils — 1 Jean 5:12

9       La vie de foi — 1 Jean 5:13-17

9.1        La valeur de la Parole écrite — 1 Jean 5:13

9.2        Hardiesse dans la prière — 1 Jean 5:14(a)

9.2.1     Demander selon Sa volonté — 1 Jean 5:14b

9.2.2     Dieu « écoute » — 1 Jean 5:14c

9.2.3     1 Jean 5:15

9.3        La prière pour le frère — 1 Jean 5:16, 17

9.3.1     Le péché à la mort

9.3.2     La guérison pour le frère

10     Le sommet des sommets — 1 Jean 5:18-21

10.1      La nouvelle nature, son essence (son être) — 1 Jean 5:18

10.2      La nouvelle nature, son origine — 1 Jean 5:19

10.3      La nouvelle nature, son objet — 1 Jean 5:20

10.3.1       Connaître le Véritable — 1 Jean 5:20a

10.3.2       Une intelligence pour connaître le Véritable — 1 Jean 5:20b

10.3.3       Être dans le Véritable — 1 Jean 5:20c

10.3.4       Le Fils, une personne vivante et divine — 1 Jean 5:20d

10.4      Un avertissement inattendu — 1 Jean 5:21

 

 

1        Introduction

Depuis toujours les écrits de l’apôtre Jean ont exercé une attraction particulière sur les enfants de Dieu. D’un côté, c’est probablement parce qu’ils s’adressent directement à eux en tant que famille de Dieu. Mais d’un autre côté — et cela joue un rôle peut-être encore plus important — ils voient dans ses écrits la personne du Seigneur Jésus placée devant eux de manière plus directe que dans aucune autre partie du Nouveau Testament. Nous trouverons ces deux choses confirmées dans la première épitre de Jean à l’étude de laquelle nous voulons nous employer maintenant avec l’aide de Dieu. Les deux choses sont également propres à nous remplir d’un bonheur inexprimable.

 

1.1      Remarques historiques

Comme l’épître aux Hébreux, cette épître ne s’adresse pas à une assemblée locale et ne comporte aucune mention d’auteur. Cependant sa parenté de langage et de pensée avec le quatrième évangile ne peut guère échapper à l’attention, de sorte que nous pouvons en déduire avec certitude que les deux livres ont le même auteur humain, Jean. Cela est en outre confirmé par Polycarpe, l’un des plus anciens pères de l’église, qui avait encore connu personnellement Jean et qui lui attribue cette épître. Dans l’un de ses écrits, il cite presque mot pour mot le verset 3 du ch. 4. Son élève, Irénée, également, cite plusieurs fois cette épître, et il nomme Jean comme étant son rédacteur.

L’évangile doit avoir été écrit avant l’épître. Car bien des éléments de la première épître n’auraient pas pu être compris par ses destinataires s’ils ne connaissaient pas déjà l’évangile. Aujourd’hui on admet généralement que la première épître a été rédigée aux environs de 90 ap. J.C., toutefois avant l’Apocalypse qu’on date de 96 ap. J.C. Il ressort de cela que l’apôtre Jean a été le dernier apôtre encore en vie, et que ses écrits sont les plus tardifs du Nouveau Testament, et qu’avec eux s’achève le canon des Saintes Écritures. Nous sommes touchés et remplis de gravité quand nous pensons que l’apôtre Paul était auprès de son Seigneur dans le ciel déjà depuis 20 ans avant que Jean prenne finalement la plume pour écrire son évangile, et cette épître quelques années plus tard.

 

1.2      Erreurs

Le Seigneur a laissé vivre Son serviteur Jean presque jusqu’à la fin du premier siècle chrétien, dans un temps où des dangers graves menaçaient déjà la jeune assemblée. Déjà peu après la mort de l’apôtre Paul, aux environs de 67 ap. J.C., une secte a surgi parmi les chrétiens, spécialement ceux d’Asie Mineure, qu’on a appelée ultérieurement « les gnostiques ». Les meneurs de cette secte prétendaient posséder une connaissance (en grec « gnosis ») de Dieu supérieure à celle des simples enfants de Dieu. De là, la désignation de « gnostiques ». Certes ils commencèrent par garder le christianisme comme point de départ, comme quelque chose d’élémentaire, mais ils prétendirent avoir reçu entre temps de nouvelles lumières qui les avaient mis en état de développer davantage le christianisme. Celui-ci avait été tout à fait bon au commencement pour de simples pécheurs de poissons non instruits ; mais maintenant il avait vieilli, et devait être adapté aux connaissances nouvelles.

En particulier ils répandaient de nouvelles idées au sujet de Jésus, et c’est cela qui rendait le mouvement si extraordinairement dangereux pour la jeune famille de Dieu. Nous ne devons pas nous occuper ici en détail des faux enseignements. Il suffit de savoir que les ‘gnostiques’ ne formèrent pas un groupe compact homogène, mais ils se développèrent dans plusieurs directions. Les uns niaient la vraie humanité de Jésus, les autres niaient Sa vraie divinité, et d’autres niaient que Jésus ait pu posséder les deux natures dans une seule personne. Il est humiliant de devoir remarquer que ces erreurs sur la personne du Seigneur Jésus ont perduré jusqu’à aujourd’hui dans la chrétienté, et qu’elles se sont largement répandues.

Une phrase du deuxième chapitre de l’épître montre clairement qu’en rédigeant son épître le vieil apôtre Jean avait en vue ces hérésiarques, qu’il qualifie d’« antichrists » et de « faux prophètes » (1 Jean 2:18 ; 4:1) : « je vous ai écrit ces choses touchant ceux qui vous égarent » (1 Jean 2:26). Nous serons émerveillés et remplis d’une joie profonde quand nous aurons l’occasion de voir la manière divine dont l’écrivain a traité ces dangers et ces erreurs.

 

1.3      Les caractéristiques de la vie nouvelle

Or les séducteurs incrédules ne prétendaient pas seulement avoir au sujet de Dieu une compréhension supérieure à celle des simples croyants manquant d’instruction, mais ils mettaient en doute que ceux-ci aient la vie éternelle. Voilà la raison pour laquelle l’apôtre, dans une grande partie de son épître, décrit en détail les caractéristiques de la vie nouvelle. Il veut avant tout affermir les croyants dans la certitude de la vie éternelle, mais il veut, en même temps, démasquer les trompeurs qui se vantaient d’une haute connaissance chrétienne, sans en réalité appartenir à la famille des enfants de Dieu. Et c’est ainsi qu’il dit aux enfants de Dieu : « Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » (1 Jean 5:13).

L’apôtre Jean indique un dessein semblable dans son évangile : « Mais ces choses sont écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom » (Jean 20:31). Cependant cela fait aussi ressortir clairement la différence de but de ces deux livres : l’évangile a été écrit pour que les gens croient que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant ils reçoivent la vie. L’épître au contraire a été écrite pour que les enfants de Dieu qui croient déjà au nom du Fils de Dieu, puissent savoir qu’ils ont la vie éternelle.

Quand nous parlons des caractéristiques de la vie éternelle, il existe ici aussi une différence entre l’évangile et la première épître de Jean. Dans l’évangile, Christ Lui-même est la manifestation parfaite de la vie éternelle. L’épître présente également Christ comme la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée. Mais ici c’est davantage Christ, la vie, en nous que la vie en Christ, bien que les relations entre ces deux choses soient constamment présentes. Christ est personnellement l’expression parfaite de la vie que nous avons. Si nous voulons donc savoir quelle sorte de vie nous possédons, nous devons regarder à Christ ; et quand nous voyons tous les traits précieux qui sont en Lui, alors nous sommes heureux de pouvoir dire : « voilà ma vie ». Grâce infinie ! oui, Christ est notre vie, et cette vie manifeste en nous les mêmes caractères qui ont été vus en Lui, même si comparativement c’est toujours faible chez nous.

Cette vie est le fondement des relations entre l’homme et Dieu. L’exposé de ce sujet béni prend une large place dans cette épître. Cependant la pensée fondamentale est la suivante : « Et c’est ici le témoignage : que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils » (1 Jean 5:11). La manière dont on entre en possession de la vie éternelle, n’est pas le sujet de l’épître, mais celui de l’évangile.

 

1.4      La manière dont Jean parle

Jean se sert d’un langage extérieurement simple. Il se sert de mots et de phrases des plus simples, et pourtant avec cela il exprime les vérités les plus profondes. On en trouvera passablement d’exemples tout au long de l’épître, — des exemples qui nous feront prendre immédiatement conscience des limites de nos capacités de compréhension.

La manière abstraite de parler de Jean est typique. Il présente la nature (*) d’une chose, ce qu’elle est vraiment, ce qu’elle est devant Dieu. Il laisse sans les considérer, les influences secondaires qui pourraient troubler le tableau. Il y a là une grande bénédiction. L’auteur de ces lignes a souvent rendu grâce à Dieu, que le Saint Esprit ait donné par Jean la vérité sous cette forme abstraite. Nous sommes par-là en mesure de reconnaître ce qu’une vérité est en soi, ce qu’une bénédiction est réellement, sans être influencée par nos défaillances et nos insuffisances. Si l’on ne saisit pas cette manière abstraite de considérer les choses de la première épître de Jean, on a la plus grande peine à comprendre l’épître. Des exhortations peuvent être et sont tirées des déclarations abstraites de l’épître, mais ce qui est présenté proprement dit n’est pas une exhortation, mais un fait immuable.

 

(*) Note du traducteur : le mot allemand « Wesen » qui figure à plusieurs reprises dans ce livre a tantôt été traduit par ‘nature’, tantôt par ‘être’, mais en général la traduction littérale ‘essence’ a été évitée.

 

Le ministère de Jean se différencie sur le fond de celui de l’apôtre Paul et des autres écrivains du Nouveau Testament.

Paul parle de la position chrétienne, des relations célestes de l’assemblée de Dieu, de la responsabilité du chrétien. Il montre Christ plutôt dans ses gloires officielles, il Le montre comme l’objet des conseils éternels de Dieu.

Jacques est employé pour nous brosser un tableau de l’état particulier et anormal des chrétiens au milieu du Judaïsme, — un état que Dieu, du point de vue historique, a supporté avec patience jusqu’à la destruction de Jérusalem en l’an 70 ap. J.C.

Pierre guide à travers le désert les étrangers chrétiens issus d’Israël en tant que participants à l’appel céleste. Il nous instruit sur le gouvernement actuel de Dieu à l’égard de ses enfants et du monde.

Jude maintient une sainte énergie au sein de l’état de la chrétienté dont les ténèbres croissantes courent à l’apostasie.

Jean a un sujet élevé au-dessus de tous : la vie éternelle dans le Fils de Dieu, — une vie qui est communiquée aux enfants de Dieu. Il déploie les relations divines de la famille de Dieu, et les privilèges particuliers propres aux enfants de cette famille. Jean parle des gloires personnelles de Christ.

Paul s’adresse à l’assemblée, Pierre s’adresse aux convertis d’Israël, Jacques aux douze tribus, Jude aux saints, Jean au monde (dans son évangile) et à la famille des enfants de Dieu (dans son épître).

Ces cinq écrivains d’épitres nous rappellent les cinq piliers qui portaient le rideau (une image de Christ) à l’entrée de la tente d’assignation (Ex. 26:37).

À bien des égards, la première épître de Jean est plus profonde que les autres épîtres inspirées du Nouveau Testament. Elle commence directement par Christ et se termine par Lui.

 

1.5      Vue d’ensemble et plan

On a toujours éprouvé de la difficulté à trouver un plan clair pour la première épître de Jean. Certains commentateurs ont même pensé que l’épitre n’avait en somme pas de liens logiques susceptibles d’être rangés de manière rationnelle. Et quand ils entreprenaient quand même la recherche d’un plan, ils aboutissaient chaque fois à quelque chose de différent. L’auteur ne connaît en tout cas pas deux parmi les nombreux commentateurs qui offrent le même plan. Toutes les vues d’ensemble proposées ont toujours quelque chose en leur faveur, et elles prouvent au moins un point : l’épitre présente absolument une continuité du texte qui se laisse articuler selon différents points de vue.

Il est vrai que l’épître offre une foule de détails et de digressions dont la connexité et le fond ne sont pas toujours faciles à reconnaître. Les tentatives pour trouver un plan sont rendues plus difficiles si l’on ne reconnaît pas qu’effectivement çà et là il y a une parenthèse plus ou moins grande. Ainsi, par exemple, la section entière allant du ch. 2 v.12 au v.27 inclus constitue toute une parenthèse du point de vue des idées. Si on la laisse temporairement de côté, la structure du texte est beaucoup plus facile à reconnaître.

Pour notre travail la division suivante de l’épître doit nous servir pour ainsi dire de page de couverture :

·       Dieu comme lumière, ch. 1 et 2

·       Dieu comme amour, ch. 3 à 5:5

·       Dieu comme vie, ch. 5:6 jusqu’à la fin.

 

Quand je parle de « page de couverture », j’entends par-là que ceci représente la trame la plus grossière pour le plan de l’épître, mais qu’on trouve par-dessous une autre structure plus fine que je voudrais montrer clairement au commencement de chaque nouvelle grande section.

Au cours des méditations et des explications, le lecteur trouvera çà et là la suscription « une particularité du texte ». Il s’agit là d’offrir au lecteur un aperçu sur la force d’expression et la précision du texte grec du Nouveau Testament. Nous devons toujours avoir présent à l’esprit que seul le texte grec est inspiré mot par mot par Dieu (1 Cor. 2:13 ; 2 Tim. 3:16), et non pas les traductions si bonnes soient-elles. Naturellement la traduction est aussi la Parole de Dieu, mais l’inspiration littérale ne s’applique qu’au texte dans la langue originale. La langue grecque est une langue puissante, et elle prouve sa force spécialement dans l’usage de différents temps des verbes, et dans l’usage des articles et dans celui des prépositions. Il y a des passages où le texte grec, à ce point de vue, présente des particularités intéressantes et où il fait clairement des liaisons qui restent en général cachées au lecteur allemand ou français, alors qu’elles sont souvent importantes pour la compréhension correcte du texte. Le désir de l’auteur est de les faire saisir au lecteur. Ces explications forment des parenthèses situées en général au sein du texte principal, et qui ont été rendues reconnaissables par leur typographie semblable à celle des notes.

Le Seigneur veuille mettre sa riche bénédiction sur l’étude de cette partie précieuse de la Parole de Dieu ! Puisse-t-elle nous conduire à l’adoration de Celui à l’amour duquel nous devons tout, — un amour qui est allé jusqu’à la mort !

 

2        Avec Dieu dans la lumière — 1 Jean 1:1 à 2:2

La première grande section de l’épître comprend le premier chapitre et les deux premiers versets du ch. 2. Cette partie contient pratiquement toute la doctrine de l’épître. Trois grandes vérités y sont développées :

·       La vie divine, communiquée à l’homme, et notre introduction dans la communion avec le Père et le Fils en vertu de cette vie (1:1-4) → communion avec les personnes divines.

·       La nature de Dieu, avec lequel nous sommes en communion (1:5-10) → le message.

·       Les moyens, ordonnés de Dieu pour nous maintenir dans la communion (2:1, 2) → l’avocat auprès du Père.

 

2.1      La communion avec les personnes divines

Sans donner aucune indication sur l’auteur de l’épître ni sur ses destinataires, l’épître de Jean commence directement par Christ. Ainsi la personne du Fils de Dieu se dresse devant les yeux de l’écrivain, dominant tout, de sorte qu’il passe lui-même entièrement en arrière-plan.

Il semble aussi qu’au vu de l’élévation et de la solennité du sujet, il n’y a pas de temps pour échanger les salutations usuelles : la ‘dernière heure’ était déjà entamée, et beaucoup étaient déjà devenus des antichrists (ch. 2). C’était en fait un dernier message à la famille de Dieu, et le temps pressait.

 

2.1.1       Ce qui était dès le commencement — 1 Jean 1:1a

« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de la vie » (1 Jean 1:1).

Il n’est guère possible de trouver dans tout le Nouveau Testament une section qui soit plus riche et plus profonde de vérité que les premiers versets de cette épître. Ils traitent, si on peut s’exprimer ainsi, de ce qui est proprement le « cœur » [le noyau] du christianisme.

Jean, en tant que dernier apôtre « restant » (Jean 21:22, 23), regarde rétrospectivement dans son épitre à un certain commencement ; nous pouvons nous demander pourquoi il le fait et ce qu’il veut dire par là, d’autant plus que son évangile est également introduit par un « au commencement ». Commençons par la deuxième question.

Quand dans l’Écriture Sainte il est question d’un ‘commencement’, cela désigne en règle générale le début d’une période de temps particulière et importante dans les voies de Dieu envers les hommes. Dans ce sens, nous trouvons dans l’Écriture principalement quatre commencements, à bien distinguer les uns des autres.

 

2.1.1.1      Le commencement de la création

La Bible, Parole de Dieu, commence par les paroles sublimes suivantes, comme creusées dans le roc : « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre » (Gen. 1:1). C’est le commencement de la création, le commencement du temps. Jusqu’où remonte ce commencement ? Personne ne peut le dire. Il peut s’être passé des milliards d’années.

Une chose reste cependant bien établie : c’est Dieu qui a appelé l’univers à l’existence, le monde visible comme le monde invisible. Il était Lui-même là auparavant.

 

2.1.1.2      Un commencement sans commencement

Au commencement de l’évangile de Jean, comme déjà remarqué, nous entendons également parler d’un commencement ; mais celui-ci se situe encore loin avant le commencement de la création : « Au commencement était la Parole ; et la Parole était auprès de Dieu ; et la Parole était Dieu. Elle (ou Il) était au commencement auprès de Dieu » (Jean 1:1, 2). En vérité ce commencement est un commencement sans commencement, un commencement en dehors du temps.

Certes les paroles utilisées en Genèse 1 et en Jean 1 sont tout à fait semblables : « au commencement », et en allemand comme en français le « au » vient de la contraction de la préposition « à » et de l’article « le ». Cependant en Jean 1, l’expression en grec a la particularité de ne pas avoir l’article avant le mot « commencement ». Il est écrit simplement « en commencement » [ou : à commencement] et non pas « en le commencement » [ou : à le commencement]. Cela montre clairement qu’il n’est pas fait allusion à un instant précis et bien établi. Sinon il aurait absolument fallu l’article.

Non, aussi loin que, dans nos pensées, nous puissions remonter dans l’éternité passée, aussi loin que nous puissions y fixer une date, la ‘Parole’ était là. Avant que quoi que ce soit ait commencé, Il était, Lui, Il était le Fils « auprès de Dieu ». Tout a été créé par « la Parole », mais « la Parole » est sans commencement, Elle (ou : Il) est éternelle. Dieu seul a en Lui-même une existence éternelle, et « la Parole était Dieu ».

 

2.1.1.3      Le commencement du service du Seigneur

Je mentionne ce troisième commencement plutôt en passant, afin d’être complet. L’évangile de Marc commence par ces mots : « Commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu » (Marc 1:1). Ici nous avons le commencement du ministère du Seigneur Jésus, le commencement de la prédication de l’évangile par le Fils de Dieu.

Luc remonte un peu plus en arrière quand, au commencement de son évangile, il parle de « ceux qui, dès le commencement, ont été les témoins oculaires et les ministres de la parole » (Luc 1:2).

 

2.1.1.4      Le commencement du christianisme — 1 Jean 1:1a

Le commencement de la première épître de Jean a plusieurs choses en commun avec Luc 1 : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de la vie » (1 Jean 1:1).

Il est frappant que Jean ne dise pas « Celui qui était dès le commencement », mais : « Ce qui était dès le commencement ». Du fait qu’il met en relation ce dont il parle avec Christ, la ‘parole de la vie’, nous pouvons en déduire qu’il se réfère au commencement du christianisme dans la personne de Christ. Notre épître commence avec le fait merveilleux de Jean 1:14 : « Et la Parole devint chair, et habita au milieu de nous (et nous vîmes sa gloire, une gloire comme d’un fils unique de la part du Père) pleine de grâce et de vérité ».

L’expression « dès le commencement » (différente de « au commencement ») a une signification particulière chez Jean. Dans ses épîtres, elle ne figure pas moins de huit fois. Et elle est toujours utilisée pour montrer la manifestation d’une personne ou d’une chose dont il est parlé, soit en bien soit en mal. Un coup d’œil au ch. 3 peut aider à mieux saisir cette pensée. Là il est question du diable, et il est dit de lui : « dès le commencement le diable pèche » (1 Jean 3:8). Cette expression ne fait pas référence à ce qu’il était avant de devenir le diable. Cependant comme il s’est détourné de Dieu, il a péché dès le commencement. C’est son caractère en tant que diable : il pèche.

Si nous appliquons cette signification de l’expression « dès le commencement » au Seigneur Jésus, nous découvrons de grandes gloires. Il était une personne divine, une personne de la Déité. Mais Il est entré dans ce monde comme homme, Il a été et a vécu comme un homme véritable dans cette scène remplie de péchés. Et qu’a-t-Il manifesté ici-bas dès le commencement ? Une toute autre sorte de vie : la vie éternelle. « La vie a été manifestée » (1 Jean 1:2).

Cela était en fait un commencement nouveau et admirable ! Tous les âges antérieurs n’avaient fait que manifester l’histoire de l’homme déchu. C’était la répétition constante de ce qu’était le ‘premier homme’. Mille ans ont pu passer, deux mille ans ou plus, et ce n’était toujours que l’histoire du ‘premier homme’ — jusqu’à ce que Christ vienne, le ‘second homme’, l’homme du ciel (1 Cor. 15:47), le Fils du Père (2 Jean 3). Il a manifesté une vie entièrement nouvelle, comme on ne l’avait encore jamais vue dans toute sa plénitude auparavant. Autrement dit : dans Sa personne, on a pu voir ce qu’est le vrai christianisme. C’est ce que Jean veut dire par l’expression « ce qui était dès le commencement ».

 

2.1.1.5      Aucun développement

Certes il reste posé l’autre question : pourquoi l’écrivain remonte à ce commencement-là ? Après avoir vu ce qu’il entend par l’expression « ce qui était dès le commencement », la réponse n’est plus difficile.

Comme on l’a remarqué dans l’introduction, il y avait déjà dans la chrétienté, à l’époque où Jean écrivait, de mauvais séducteurs, des docteurs au caractère d’antichrist. Ils répandaient de fausses idées sur le Seigneur Jésus, et prétendaient posséder une lumière nouvelle, supérieure, dans les choses divines. Ils sapaient par-là la foi des simples enfants de Dieu. Car si la vérité divine devait être davantage développée, comme ils le prétendaient, alors elle n’avait pas été la vérité au commencement, et le terrain de la foi des enfants de Dieu était entièrement perdu.

Voilà la raison pour laquelle Jean revient avec toute énergie, ici et tout au long de ses épitres, sur ce qui était dès le commencement. Quand le Fils de Dieu est devenu chair, Il a manifesté Dieu de manière parfaite, ainsi que la vie divine, éternelle. Il ne peut rien y avoir de plus. La manifestation parfaite de la vérité par le Fils exclut tout développement ultérieur. Il n’y a rien de plus parfait. Il est Lui-même « le » chemin et « la » vérité et « la » vie (Jean 14:6). Tout ce qui a été enseigné et vanté plus tard comme un développement supérieur du christianisme, est purement de l’erreur ; ce n’est pas ce qui était dès le commencement. L’apôtre avertit les enfants de Dieu, et dit pour ainsi dire : « ne vous laissez pas aveugler par ce qui est nouvellement prôné. La vérité est ancienne. Et ce qui est nouveau n’est pas la vérité. Le message que vous avez entendu dès le commencement, c’est lui seul qui est le message divin. C’est en lui que vous devez rester. Si des gens viennent à vous, et disent qu’ils ont un nouvel enseignement, un nouveau système de pensée, une nouvelle révélation, alors faites-les partir, et pour vous-mêmes tenez fermement à « ce qui était dès le commencement », — à « Christ manifesté en chair ».

Effectivement jusqu’à aujourd’hui, c’est la tactique du diable d’ajouter des pensées et des spéculations humaines à la vérité révélée de Dieu, afin de l’amener à un « développement supérieur » et de la rendre plus attrayante pour l’esprit humain. Le diable ne se borne pas à simplement refuser la vérité, ou à la combattre, — bien qu’il le fasse occasionnellement —, mais il commence par la laisser en place, en l’affublant d’éléments étrangers. Cela est beaucoup plus dangereux que de l’opposition frontale. C’est de cette manière que beaucoup de faux docteurs prétendent aujourd’hui : « Naturellement nous croyons à la Bible. Mais voici encore une nouvelle révélation, un nouvel enseignement que les apôtres d’autrefois ne connaissaient pas… » !

Nous devrions nous détourner de telles « offres » de manière tout à fait décidée, et prêter l’oreille à l’avertissement de l’apôtre Jean, — un avertissement qui se trouve caché déjà dans les paroles introductives de son épître ! Nous recevrons très rapidement de la clarté sur la voix qui nous parle en posant la question : « Est-ce ce qui était dès le commencement ? ».

Même si l’église (assemblée) a beaucoup failli, même si nous-mêmes avons aussi contribué à la ruine de la chrétienté, — pourtant ce qui était dès le commencement demeure, parce que Christ demeure. La vérité manifestée en Lui est intangible, et elle reste à disposition de tous ceux qui la réclament. Quelle profonde consolation il y a là pour nous dans ces jours caractérisés par le bouleversement et la ruine !

 

2.1.1.6      La Parole de la vie — 1 Jean 1:1b

Parmi ceux qu’on appelait ‘gnostiques’, l’une des orientations était menée par Cérinthe, un Juif alexandrin ; il prétendait que le Christ était l’Esprit divin, qu’Il serait descendu sur Jésus seulement après son baptême, et aurait pris possession de Lui durant toute Sa vie, mais Il se serait retiré de Lui lorsqu’Il était pendu à la croix. C’est là l’une des nombreuses formes des mauvaises doctrines qu’on regroupe sous l’expression générale ‘gnosticisme’. Elle portait un caractère fortement intellectuel, et la magie et l’immoralité jouèrent un triste rôle  dans ce système. Aujourd’hui encore à l’intérieur de la chrétienté, il y a des gens qui disent la même chose sous une forme ou sous une autre, à savoir que Jésus n’était que le fils naturel de Joseph et de Marie, et que le Christ était un Esprit qui prit possession de Lui. C’est par exemple l’enseignement de base de ce qu’on appelle la « science chrétienne ».

Une autre orientation parmi les gnostiques niait la réalité de l’humanité de Jésus. Ces faux docteurs niaient qu’Il ait eu un corps humain. Pour eux tout ce qui est mauvais est lié à la matière, à ce qui est matériel, et il était impensable pour eux que la divinité ait pu s’abaisser à habiter dans un logis matériel. Pour eux Jésus n’était qu’un fantôme, en quelque sorte un souffle léger insaisissable, — une émanation de Dieu, sans plus.

Dans son épitre Jean fait face à ces deux fausses doctrines, sans cependant les nommer directement ni les décrire de plus près. C’est à cette dernière erreur qu’il fait face en premier quand il poursuit en disant :

« … ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché, concernant la parole de la vie » (1 Jean 1:1).

Il dit toujours « ce que » et non pas « celui qui », parce qu’il parle de « la parole de la vie ». Il s’agit naturellement de Christ, mais il ne Le nomme pas personnellement. L’intention de l’écrivain est de montrer ce qui fut manifesté en Lui quand Il était ici-bas. Il était « la parole de la vie », c’est-à-dire qu’Il a donné une pleine expression à la vie divine. Fait merveilleux ! Si nous voulons savoir ce qu’est la vie éternelle dans toute sa perfection, dans toute sa pureté, nous devons regarder au Seigneur Jésus, et nous devons contempler Sa vie ici-bas sur la terre, comme les évangiles nous la dépeignent. Voilà ce que Jean entend par « la parole de la vie ».

Il est vrai qu’avec les paroles introductives du premier verset, l’écrivain nous résume son épitre. Mais néanmoins il y exprime aussi un progrès dans l’expérience qu’eux les apôtres ont vécu en regardant Christ. Ce qu’il y dépeint est une intimité avec cette personne divine qui allait en s’approfondissant. Et ainsi chacune des expressions utilisées nous rend le Seigneur Jésus plus proche.

Il commence avec ce qu’ils avaient entendu, mais ce n’était pas une voix lointaine. On peut entendre une personne de loin, sans même pouvoir la voir ; mais eux étaient devenus si proches de la « parole de la vie » qu’il peut ajouter : « ce que nous avons vu de nos yeux ». Cependant on peut voir une personne sans être suffisamment proche d’elle pour pouvoir la regarder et la contempler de manière précise ; mais eux étaient devenus si proches de la « parole de la vie » qu’il peut ajouter : « ce que nous avons contemplé ». Ils avaient pu Le regarder de très près. Mais on peut observer une personne de très près sans pouvoir la toucher ; mais eux étaient arrivés si près de la ‘parole de la vie’ qu’il peut ajouter : « ce que nos mains ont touché ».

En fait, Jean et les autres apôtres avaient connu Christ, la ‘parole de la vie’, de la manière la plus intime. Il n’avait pas été auprès d’eux comme un « souffle léger » insaisissable, ni comme une vision passagère, mais Il avait été un homme fait de chair et de sang. Ils ne s’étaient pas illusionnés.

L’écrivain n’était-il pas lui-même à table dans le sein de Jésus lors de cette dernière nuit mémorable, et ne s’était-il pas penché sur Sa poitrine en demandant : « Seigneur, lequel est celui qui te livrera ? » (Jean 13:23 et 21:20). Et après que le Sauveur eût été ressuscité, le soir du même jour, n’était-ce pas Lui le Seigneur qui était entré au milieu des disciples réunis à Jérusalem, et qui, à cause de leur peur, les avait invités, disant : « Voyez mes mains et mes pieds ; — que c’est moi-même : touchez-moi, et voyez ; car un esprit n’a pas de la chair et des os, comme vous voyez que j’ai » (Luc 24:39) ? Également huit jours plus tard, il se passa quelque chose de semblable quand le Seigneur dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets-là dans mon côté ; et ne sois pas incrédule mais croyant » (Jean 20:27).

Oui, Celui qui est infini, Celui qui est élevé au-dessus de tout, est venu vers nous les hommes, aussi près que cela ! Dieu est venu dans Sa propre création comme homme, et Il est venu si près de nous qu’Il a pu se manifester à nous, et a pu mourir pour nos péchés. Cela sera pour nous un sujet d’adoration éternelle.

Si les trois sens de perception sont mentionnés ici (l’ouïe, la vue, le toucher), c’est d’un côté pour souligner la réalité de l’humanité de Jésus — à l’encontre des idées des gnostiques. Mais d’un autre côté le Saint Esprit veut mettre par-là en relief combien l’écrivain est approprié pour nous rapporter ces choses.

 

2.1.1.7      Une particularité du texte : les temps des verbes, ou formes verbales

Avant de quitter ce verset, soulignons les différences des temps des verbes, ou formes verbales, que le Saint Esprit utilise ici dans le texte grec. Sans aucun doute, ils n’ont pas été choisis ‘au hasard’. Ce sont justement les temps utilisés qui confèrent à la langue grecque des possibilités d’expression si profondes. Les deux premières propositions de la phrase sont ainsi formulées :

« ce que nous avons entendu » ;

« ce que nous avons vu de nos yeux ».

 

Le temps du parfait est utilisé ici pour ces verbes. Par contre dans les deux propositions suivantes, la forme verbale est à l’aoriste, que nous pouvons traduire ainsi pour distinguer :

« ce que nous contemplâmes » ;

« ce que nos mains touchèrent ».

 

Nous pouvons en premier lieu remarquer la règle suivante : la forme verbale du parfait en grec décrit les suites présentes d’une action du passé. Elle indique un état qui a déjà été atteint dans le passé, et qui dure encore. La forme aoriste est aussi une forme du passé ; mais elle est la forme typique pour un récit, où elle sert à rapporter des événements historiques.

Dans les deux premières propositions, Jean, avec le verbe ‘avoir’, met l’accent sur les résultats qui subsistent de leurs expériences vécues. Ce qu’ils ont vu et entendu dès le commencement, était aussi encore tel, quand il écrivait sur ces choses. Voilà ce qui est exprimé ici par la forme du verbe au parfait. — Mais alors avec la forme aoriste, il fait ressortir la certitude des événements que les apôtres ont vécus dans leurs contacts personnels avec le Seigneur. C’est à cela que sert la forme aoriste. — Ainsi nous avons d’abord son insistance sur ce qui demeure ; et ensuite il confirme tout cela en faisant le récit historique du passé. Autrement dit : nous avons d’abord une affirmation doctrinale, et ensuite une affirmation historique.

La force d’expression des différents temps des verbes, en grec, est tellement importante justement pour l’interprétation de la première épître de Jean. C’est pourquoi, dès le commencement, j’y entre d’un peu plus près. Si le lecteur peut un peu s’imprégner de ces simples significations des temps nommés, il possédera une bonne clé pour la suite de l’étude de cette épître et de l’Écriture en général. Il est possible de revenir, et on reviendra encore, sur l’une ou l’autre de ces formes de temps de verbes, mais voilà tout d’abord les plus importantes. Là où cela paraîtra approprié dans la suite, je signalerai ces temps de verbe en les mettant entre crochets [parfait] ou [aoriste].

Pour expliciter encore d’un peu plus près les deux formes de temps de verbe citées, on peut prendre comme exemple un verset de 1 Corinthiens. C’est là qu’un autre écrivain, Paul, décrit le contenu de l’évangile, et dit : « Car je vous ai communiqué avant toutes choses ce que j’ai aussi reçu, que Christ est mort [aoriste] pour nos péchés, selon les Écritures, et qu’il a été enseveli [aoriste], et qu’il a été ressuscité [parfait] le troisième jour, selon les Écritures » (1 Cor. 15:3, 4). Les faits d’ordre historique sur le salut, c’est-à-dire la mort et l’ensevelissement de Christ, sont exprimés par l’aoriste. Mais Sa résurrection est décrite par un parfait, ce qui revient à dire : Il est ressuscité à l’époque, et Il est toujours encore dans cet état ; c’est-à-dire, Il vit.

*

Revenons à notre texte. Nous avons vu que la vie éternelle a trouvé sa parfaite expression dans le Seigneur Jésus sur la terre, et qu’il ne peut pas y en avoir de manifestation plus complète ou qui la dépasse. Au vu des efforts permanents de Satan pour détourner nos regards de Christ et de la vérité manifestée en Lui, pour les diriger vers n’importe quelle nouveauté, il est toujours nécessaire pour nous de revenir à ce que nous avons « entendu dès le commencement », afin que cela « demeure » en nous. Ce n’est pas seulement pour nous une source de sécurité, mais aussi de bonheur, car c’est ainsi que « nous demeurerons dans le Fils et dans le Père » (1 Jean 2:24).

 

2.1.2       La manifestation de la vie — 1 Jean 1:2

Le verset 2 du ch. 1 présente une parenthèse qui explicite de plus près, et élargit ce qui a été dit au v.1. La pensée de la vie éternelle y est reprise de la manière suivante :

« (et la vie a été manifestée ; et nous avons vu, et nous déclarons, et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée) » (1 Jean 1:2).

Quand l’apôtre Jean parle de ‘vie’, il entend dans la plupart des cas la vie spirituelle, divine — la vie comme principe. Pour cela il utilise exclusivement le mot grec « zoé ». C’est le mot le plus noble pour « la vie » dans le Nouveau Testament, et il apparaît 15 fois dans notre seule épître de Jean. Cette vie n’est pas seulement une vie sans commencement ni fin, mais elle est la nature de Dieu lui-même. Dieu seul a la vie en Lui-même. Jean différencie nettement cette vie divine d’avec la vie naturelle (en grec ‘psyche’), comme elle se trouve par exemple au ch. 3 v.16 : « Lui a laissé sa vie pour nous ; et nous, nous devons laisser nos vies pour les frères ».

 

2.1.2.1      Christ, la vie éternelle

Tandis qu’au premier verset, il a été parlé de Christ comme la ‘parole de la vie’, le v.2 nous Le montre comme la ‘vie’ ou aussi comme la ‘vie éternelle’. Nous ne devons donc pas introduire de différence entre la ‘vie’ et la ‘vie éternelle’. Au contraire la ‘parole’ est la ‘vie’. Nous allons en trouver tout de suite la confirmation.

Le Saint Esprit nous indique dans ce verset trois faits de la plus grande portée :

1. L’existence éternelle, non créée, de la personne de Christ, est indiquée par la répétition de l’expression « la vie » avec l’ajout du mot « éternelle » : Christ est « la vie éternelle ». Cette affirmation, comme aussi la suivante, s’oppose à la négation de la Déité de Christ, de même que le premier verset allait à l’encontre de la négation de Son humanité. Christ a non seulement parlé de la vie éternelle, Il ne l’a pas seulement promise, mais Il est Lui-même cette vie éternelle. « Lui est le Dieu véritable et la vie éternelle » (1 Jean 5:20).

2. Sa Déité en relation avec le Père. Cette vie éternelle était « auprès du Père » depuis toujours, depuis toute éternité. Le Seigneur Jésus était et est vrai Dieu, vrai Dieu et vrai homme dans une seule et même personne. Il était avant que l’homme fut, comme la vie éternelle auprès du Père, différente de Lui et cependant auprès de Lui. Comme au premier verset de l’évangile, la préposition ‘auprès’ (en grec ‘pros’ suivi de l’article à l’accusatif) ne désigne pas seulement une coexistence, mais une relation vivante et une communion intime, personnelle avec le Père. « Auprès du Père » (1 Jean 1:2), « auprès de Dieu » (Jean 1:1, 2) —cette manière de s’exprimer doit être prise au sens le plus élevé. Littéralement elle signifie « en face à face avec le Père (… avec Dieu) ». Elle n’est utilisée ni à l’égard des anges, ni à l’égard des saints, mais seulement à l’égard du Fils à l’intérieur de la Déité. Le Fils se tenait et se tient dans une relation unique en son genre avec le Père. Le fait que dans cette épitre comme aussi dans l’évangile, Jean revêt ce fait infini de mots les plus simples qui soient, est une preuve de plus que l’Esprit de Dieu parlait par lui.

3. Sa manifestation par Son incarnation : la vie a été manifestée, elle « nous » a été manifestée, comme l’apôtre ajoute la seconde fois. C’est la note fondamentale, la pensée dominante de l’épître.

 

Dans la phrase « la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous a été manifestée » (1 Jean 1:2b), il y a une construction particulière qui veut dire à peu près ceci : « la vie éternelle qui est d’une telle sorte que … ». Il ne s’agit donc pas seulement d’une constatation, mais cela met en relief le caractère de la vie éternelle. Et quel est le caractère de la vie éternelle ? C’est d’avoir son domicile auprès du Père et de nous avoir été manifestée.

Grâce insondable, événement merveilleux : la vie éternelle a été manifestée ! Nous voulons nous occuper d’encore un peu plus près de cette manifestation. Mais encore une remarque préalable : cela ne va pas du tout de soi que Dieu se révèle ; car il n’est pas inhérent à la nature de la Déité de se donner à connaître. Car enfin, elle ne l’a pas fait durant toute l’éternité passée. Mais quand elle le fait quand même, alors c’est une grâce d’autant plus excellente. Nous l’oublions quelquefois.

 

2.1.2.2      Une double intention de Dieu

« Manifester » signifie faire connaître ce qui existe déjà, que ce soit visible ou invisible. Quand et la vie a-t-elle été manifestée ? Elle ne l’a pas été quand le Seigneur était encore au ciel, quand Il était auprès du Père. La vie qui jusque-là était auprès du Père, n’a été manifestée que lorsque le Fils de Dieu est devenu homme, — et elle l’a été ici sur la terre et nulle part ailleurs. Cela ne signifie pas que les croyants n’aient pas déjà auparavant reçu la vie d’en-haut ; mais la chose comme telle n’était pas encore manifestée.

Quand le Fils de Dieu a séjourné comme homme sur la terre, Il a manifesté dans Sa marche parfaite et sainte, ce qu’est la vie éternelle. Maintenant, il me semble que la manifestation de la vie éternelle se rattache à une double intention. La première était que des hommes qui étaient morts pour Dieu devaient recevoir cette vie éternelle par la foi en Christ. Car « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par Lui » (1 Jean 4:9). « Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu » (1 Jean 5:13). « Et c’est ici le témoignage : que Dieu nous a donné la vie éternelle, et cette vie est dans son Fils » (1 Jean 5:11).

Voilà le premier côté réjouissant : la manifestation de la vie par le Seigneur sur la terre a eu lieu avec l’intention que des hommes aient part à cette vie divine. Peut-on mesurer tout l’infini de cette bénédiction ?

Mais alors Dieu a poursuivi une seconde intention avec la manifestation de la vie éternelle par Son Fils : nous devons savoir quel genre de vie nous possédons en Lui. Ce n’est pas moins précieux. Si la vie éternelle a été manifestée ici-bas dans la personne de Jésus, alors nous ne devons plus nous fatiguer à la chercher, ni en nous, ni chez d’autres : cette vie est devenue parfaitement visible en Lui, et en vérité à travers toutes les circonstances imaginables de la vie humaine. Quand Il était petit enfant ou enfant ou adulte, quand Il vivait de manière cachée ou publique, dans tous les cas Il faisait connaître quelle sorte de vie est la vie divine, qui nous est offerte. À tous égards Il a montré aux hommes qui est Dieu.

Nous, enfants de Dieu, nous ne manifestons la vie divine que de manière fragmentaire — l’un tel trait aimable, l’autre tel autre trait. Mais tout cela n’est qu’une expression faible et indigne de ce qu’est réellement la vie divine. Car des milliers de choses que nous tolérons dans notre vie en obscurcissent le tableau. Cependant combien il est consolant que Dieu montre à Ses enfants quelle sorte de vie précieuse Il leur a donnée dans Son Fils ! Il est notre vie, car « qui a le Fils, a la vie » (1 Jean 5:12). Toutefois la vie divine n’est visible en perfection que dans Celui qui en est la source. Ne voulons-nous donc pas mieux diriger nos regards exclusivement sur Lui ?

 

2.1.2.3      L’annonce de la vie — 1 Jean 1:2-3a

Il nous reste à considérer la partie centrale du verset 2 :

« …Et  nous avons vu, et nous déclarons, et nous vous annonçons la vie éternelle… ».

Ici Jean ne parle pas d’entendre ; il est présupposé qu’ils étaient déjà familiers avec le Seigneur. Aussi il n’est plus parlé comme au commencement « d’entendre et de voir », mais « de voir, de déclarer et d’annoncer ». Ce que les apôtres ont vu quand le Seigneur Jésus vivait ici-bas, c’est aussi ce qu’ils ont déclaré (ou : ce dont ils ont rendu témoignage) et qu’ils ont annoncé, à savoir la vie éternelle. À qui s’adressaient leur témoignage et leur prédication [leur déclaration et leur annonce] ? Aux saints.

Bien que nous ne puissions pas voir le Sauveur de nos yeux naturels, nous sommes cependant mis en état de Le voir par la foi, grâce au témoignage de l’apôtre Jean et des autres apôtres, — nous sommes mis en état de voir la manifestation de la vie éternelle. Et ainsi il poursuit :

« Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous ayez communion avec nous » (1 Jean 1:3a).

Ce verset récapitule encore une fois ce qui a été dit dans les deux premiers versets. Combien il est étonnant et remarquable que l’apôtre dise trois fois en trois versets : « ce que nous avons vu » [au parfait], et il vise par cela la connaissance qui demeure, acquise par la vue de la foi. Une répétition est ou bien le signe d’une faiblesse de l’écrivain, ou bien l’expression d’une grande force. Ce que cette triple répétition signifie ici est incontestable. Si l’apôtre ne parle qu’une fois de contempler en adorant (1 Jean 1:1), la triple insistance sur le caractère absolu de ce qu’il sait est d’autant plus significative. Remarquons encore que dans les cinq premiers versets, l’apôtre mentionne trois fois (v. 1, 3, 5) « nous avons entendu » [au parfait]. Il se joint ici, comme plus tard, aux autres apôtres, bien qu’en soi cela ne permette pas de conclure sur le fait de savoir si ceux-ci ont aussi effectivement et personnellement annoncé la ‘parole de la vie’ à un moment quelconque. Jean considère l’ensemble des apôtres comme un tout.

Et alors il donne le but de la prédication (ou : annonce) apostolique : « afin que vous ayez communion avec nous », le vous étant les croyants, et le nous étant les apôtres. C’est une déclaration bien étonnante. Il y a longtemps que les apôtres ont quitté cette terre, et beaucoup de mal s’est répandu au cours des siècles dans la chrétienté ; et pourtant nous pouvons encore aujourd’hui avoir communion avec les apôtres. Cela veut dire que nous pouvons et que nous devons avoir la même communion que celle que les apôtres avaient depuis les premiers jours du christianisme. Et alors est décrit le caractère de cette communion apostolique.

 

2.1.3       La communion apostolique — 1 Jean 1:3b

« … or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1:3b).

« La communion » est un terme propre au Nouveau Testament. Il est caractéristique qu’on ne le trouve pas une seule fois dans l’Ancien Testament. Il y est bien question de « compagnons », mais pas de communion. La communion est caractéristique avant tout du christianisme (Actes 2:42 ; 1 Cor. 1:9). Avoir communion avec quelqu’un signifie partager avec lui les mêmes intérêts, les mêmes pensées et les mêmes sentiments. Et cela suppose, comme nous allons le voir tout de suite, davantage que seulement certains accords et certains arrangements sur une base humaine.

Encore une autre question d’abord. Pourquoi Jean ne dit-il pas simplement : « … afin que vous ayez communion avec le Père et avec le Fils » ? Pourquoi introduit-il d’abord les apôtres, et montre-t-il avec qui ils ont, eux, communion ? C’est à cause des antichrists et de ceux qui égarent. Dans la grande section suivante du ch. 1, la vraie communion est mise en contraste avec les fausses revendications des faux docteurs au sujet de la communion avec Dieu (1 Jean 1:6, 7). Des hommes comme Cerinthe rejetaient le témoignage des apôtres et niaient la puissance purifiante du sang de Jésus, tout en prétendant avoir communion avec Dieu. C’est la raison pour laquelle Jean introduit déjà ici la communion, et commence par parler de la communion apostolique. La communion des apôtres n’était pas en soi seulement avec Dieu, mais aussi avec le Père et avec Son Fils Jésus Christ. Il n’y a pas d’autre communion. Sans Jésus Christ, personne n’a communion avec Dieu. Et seuls ceux qui ont communion avec les apôtres, ont aussi communion avec Dieu et avec Son Fils.

Tenir ferme cela est de la plus haute importance jusqu’à nos jours. Ne sont-ils pas nombreux aujourd’hui ceux qui rejettent le témoignage des apôtres, et n’ont donc aucune communion avec eux, bien qu’ils parlent beaucoup de Dieu et de communion ? En vérité, ils nient le Fils, et par conséquent ils n’ont pas non plus le Père (1 Jean 2:23). Peu importe ce qu’ils disent et prétendent — seul celui « qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu » (1 Jean 4:15). Cela seul est la vraie communion avec Dieu. Tout ce qui est autre, est tromperie et mensonge.

 

2.1.3.1      Conditions pour la communion avec Dieu

La condition préalable pour la communion avec les personnes divines est la possession de la vie éternelle. C’est pourquoi dans Sa merveilleuse prière à Son Père, le Seigneur Jésus dit ceci : « Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17:3). La vie que le croyant possède, la vie éternelle qui lui est donnée par grâce, la vie que Christ manifestait sur la terre — cette vie nous rend capable d’avoir communion aussi bien avec le Père, qu’avec le Fils. Elle nous met en position de saisir nos relations avec le Père et avec le Fils ; car c’est ce que signifie « connaître » : saisir des relations et en jouir. La vie s’épanouit dans la connaissance positive et bénie du seul vrai Dieu et de Son Fils Jésus Christ — de Celui que le Père a envoyé dans le monde.

Pour pouvoir avoir communion avec Dieu, il faut donc plus que seulement posséder le pardon des péchés, aussi fondamental et important que cela soit et que cela demeure (comparer 1 Jean 1:7, 9). La question de la culpabilité devait être clarifiée, et il fallait que la propitiation ait eu lieu. C’est ainsi que Dieu, dans Son amour pour nous, a envoyé son Fils pour « être la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 4:10). Mais le seul fait que Christ soit devenu notre vie, nous ouvre la bénédiction de la communion avec le Père et le Fils. Car c’est le seul moyen pour obtenir la capacité de jouir de Dieu et de nous réjouir en Lui. La possession de la vie éternelle est une bénédiction extraordinaire pour laquelle nous ne saurons jamais être assez reconnaissants. Elle est en même temps à la racine de toute l’épître, elle est la condition préalable et la source pour toute autre bénédiction montrée dans cette épitre — y compris pour la joie du ciel lui-même.

Ce qui est grandiose n’est pas seulement le fait que nous sommes agréés, nous qui étions autrefois pécheurs, mais que, du fait que Christ est devenu notre vie, nous jouissons de la bénédiction de la communion avec le Père et le Fils. Nous sommes estimés dignes d’avoir maintenant les mêmes pensées et les mêmes sentiments que Dieu. Il les a en Lui-même, et nous les avons en Lui, mais ce sont les mêmes. Déteste-t-Il le mal ? Nous aussi. A-t-Il Son bon plaisir dans l’amour, la pureté, la fidélité et la droiture, — pour ne nommer que quelques exemples ? Nous l’éprouvons aussi. Voilà la communion.

 

2.1.3.2      La communion avec le Père et le Fils — 1 Jean 1:3b

Pourtant alors, une différence est faite entre la communion avec le Père et la communion avec Son Fils Jésus Christ. Comment faut-il le comprendre ? Pour commencer par la première, nous avons maintenant communion avec le Père au sujet de Son Fils. Le Père n’a-t-Il pas une joie inexprimable à l’égard de Son Fils qui, lorsqu’Il était ici-bas sur la terre, a toujours fait Son bon plaisir (Jean 8:29) ? Oui le Sauveur pouvait dire : « car le Père aime le Fils » (Jean 5:20). Lui seul pouvait fournir une raison à l’amour du Père : « À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie, afin que je la reprenne » (Jean 10:17).

Mais si le Père trouve toute Sa joie dans Son Fils, Il veut alors la partager avec Ses enfants. Et ainsi Il attire notre attention sur Son Fils afin que nous aussi nous puissions Le connaître, et c’est à nous aussi qu’Il dit pour ainsi dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir », « écoutez-le » (Matt. 3:17 ; Luc 9:35). Si nous sommes conduits dans la puissance de l’Esprit de Dieu à connaître et à admirer l’excellence de la personne de Jésus, — Son obéissance, Sa consécration à Dieu, Son amour jusqu’à l’extrême, alors nous avons les mêmes pensées et les mêmes sentiments que le Père : nous avons communion avec Lui au sujet de Son Fils.

Chaque fois que les croyants remercient le Père au sujet de Son Fils, et qu’ils Lui parlent en adorant de ce qu’ils ont découvert comme beautés en Lui, voilà l’expression de leur communion avec le Père. Certainement, seul le Père connaît parfaitement le Fils (Matt. 11:27), et Lui seul L’apprécie comme Il le mérite. Cependant nous avons le Fils (1 Jean 5:12), nous L’aimons, et nous nous réjouissons de ce qui est Sien dans la puissance de l’Esprit Saint.

D’un autre côté nous avons aussi le Père ; car « celui qui confesse le Fils, a aussi le Père » (1 Jean 2:23). Et ainsi notre communion est aussi avec Son Fils Jésus Christ. Avant d’avancer tout de suite dans ce sujet, remarquons que c’est ici la première fois dans cette épître qu’est introduit le nom personnel de ‘Jésus’. Par cela Jésus est mis au même rang que « la ‘parole de la vie’ », que « la vie éternelle », que la personne bien connue qui est « le Fils du Père » (2 Jean 3). La succession des titres mérite aussi d’être remarquée : Jésus Christ. Elle fait observer que Celui qui a séjourné sur la terre et qui est mort (‘Jésus’ = « l’Éternel Sauveur »), est maintenant Christ exalté à la droite de Dieu (Col. 3:1 ; Actes 2:36).

De quelle manière avons-nous maintenant communion avec le Fils ? Dans la possession du Père. Ce côté est aussi insondable que le premier. Le Fils unique nous a amenés à connaître le Père, Il L’a fait connaître (Jean 1:18), de sorte que celui qui a vu le Fils a aussi vu le Père (Jean 14:9). Dans la parole déjà citée de Matt. 11, il est rajouté : « … et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; ni personne ne connaît le Père, si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler » (Matt. 11:27). Le Fils révèle (ou : manifeste) le Père. Il l’a fait quand Il était sur la terre — « Je leur ai fait connaître ton nom » (Jean 17:26a), — et Il le fait encore aujourd’hui par le Saint Esprit : « … et je le leur ferai connaître » (Jean 17:26b).

C’est justement dans l’évangile selon Jean que nous trouvons les communications que le Fils a données au sujet du Père. Dans les cinq chapitres qui commencent par le lavage des pieds et se terminent par la prière du Seigneur (Jean 13 à 17), le mot ‘Père’ ne figure pas moins de 50 fois. Ici nous trouvons aussi, en particulier, la manifestation du Père à travers le Fils. Au temps de Sa vie sur la terre, le Seigneur ne pouvait certes parler du Père à Ses disciples qu’en paraboles. Mais l’heure devait venir, et elle est venue entre temps, où Il leur ‘parlerait ouvertement du Père’ (Jean 16:25). Cette annonce publique du Père se trouve dans les épîtres du Nouveau Testament.

Quelles bénédictions extrêmement riches nous sont accordées ! Non seulement Son Père est notre Père (Jean 20:17), mais Il suscite aussi dans nos cœurs l’intelligence au sujet de Qui est Son Père. Il nous parle de Son Père afin que nous puissions avoir la même joie que Lui à Son sujet. Autrement dit : afin que nous ayons communion avec le Fils.

Bénédiction infinie ! Le Père aime le Fils et le Fils aime le Père — et nous avons communion avec eux, et nous sommes l’objet de leurs affections. Nous avons communion avec le Père dans la possession du Fils, et nous avons communion avec le Fils dans la possession du Père. Bien-aimés, il ne peut rien y avoir de plus grand, pas même au ciel.

 

2.1.3.3      Une joie accomplie — 1 Jean 1:4

« Et nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit accomplie » (1 Jean 1:4).

Avoir communion avec le Père et le Fils est le couronnement de toute bénédiction. Notre joie peut-elle alors être autrement que complète, accomplie ?

Il est vrai qu’aujourd’hui notre réalisation pratique de tout est encore très imparfaite ; il est vrai également que la vie éternelle ne pourra se développer pleinement que là-haut dans la gloire. Malgré tout, nous avons déjà cette communion, nous sommes déjà sur l’océan de l’amour de Dieu, et nous n’avons pas à commencer par y venir. Si nous cherchons quelque chose où nous faisons encore des efforts, cela n’est pas de la communion. Mais combien nous avons encore pratiquement à apprendre : nous avons le Père et nous avons le Fils et nous avons la communion avec eux. C’est justement cela qui constitue notre joie.

Notre verset clarifie encore deux points. Premièrement, le fait que cette épître est adressée à des enfants de Dieu, et en vérité avec le but que leur joie soit accomplie. Elle ne s’adresse pas à des incroyants, ni à des professants sans vie, bien qu’elle parle également d’eux. Et elle n’a pas été écrite pour ébranler les croyants, mais pour amener leur joie à une pleine mesure. Au cours de nos méditations, il sera peut-être nécessaire de nous en souvenir.

Ensuite, nous avons ici « l’Écriture Sainte » devant nous : « et nous vous écrivons ces choses… ». Il est extrêmement important que ces communications nous soient arrivées par le moyen d’écrits apostoliques inspirés, et qu’elles soient fixées par écrit. Les apôtres ont d’abord vu et entendu, et ensuite ils ont écrit là-dessus. Dieu en soit béni ! Notre part maintenant est de lire ce qu’ils ont écrit pour notre affermissement et notre joie. Le Seigneur veuille y ajouter toute grâce !

 

2.2      Le message — 1 Jean 1:5

Les quatre premiers versets de 1 Jean 1 nous ont montré comment la vie divine a été manifestée en Christ sur la terre et a été communiquée aux croyants, et comment, en vertu de cette vie, ceux-ci ont été introduits dans la communion avec le Père et le Fils. Ce sont effectivement des communications élevées que nous trouvons là, — des manifestations propres à rendre notre joie accomplie. C’est pour cette raison que l’Esprit Saint nous les a aussi données (1 Jean 1:4).

À des privilèges aussi bénis se rattachent des responsabilités. C’est pourquoi nous devons apprendre à saisir ce qu’est la nature de Dieu, l’Être de Celui avec Qui nous sommes en communion. C’est l’objet des versets 5 à 10 dont nous voulons nous occuper maintenant. Ils forment la deuxième partie de la première grande section de cette épitre (1:1 à 2:2).

« Et c’est ici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous annonçons, savoir que Dieu est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres » (1 Jean 1:5).

La déclaration de ce verset constitue une extension ou une complétion de ce qui a été dit dans les versets 1 à 3. Ce que les apôtres ont vu et entendu « concernant la parole de la vie », ils l’ont aussi annoncé aux enfants de Dieu au temps propre. Nous l’avons déjà vu.

 

2.2.1       Entendu de la part de Christ — 1 Jean 1:5a

Mais en outre, les apôtres (« nous ») avaient entendu un message de Christ (non pas ‘concernant Christ’, mais ‘de la part de Christ’), et c’est celui-ci qu’ils nous ont aussi annoncé. Le témoignage des apôtres n’est pas un témoignage de seconde main. Ce dont ils ont témoigné, ils ne l’avaient pas reçu par simple ouï-dire. Non, ils l’avaient reçu directement de la part de leur Seigneur.

C’est une déclaration très importante, propre à fortifier notre foi. Initialement elle visait les différentes déviations et déductions des gnostiques, et elle était en contraste direct avec elles.

Ce que les faux docteurs de l’époque avaient à proposer, et ce que ceux d’aujourd’hui veulent rendre attrayant pour les chrétiens, — tout cela porte en soi une tache indélébile : ils ne l’ont pas « entendu de Lui ». Bien plus, l’origine s’en trouve dans leur intelligence, leur logique, leur fantaisie et choses de ce genre, mais non pas en Christ. Aucun d’entre eux ne peut dire qu’il l’a « entendu de Lui ». Et si quelqu’un le prétend malgré tout, et bien que sa doctrine soit en contradiction avec l’enseignement apostolique, alors c’est un menteur.

Nous allons sous peu entendre davantage sur cet esprit de mensonge. Les apôtres en tout cas pouvaient dire : « nous, nous sommes de Dieu » (1 Jean 4:6). Et la question de savoir si quelqu’un est réellement en relation avec Dieu, est encore aujourd’hui tranchée par le seul fait de savoir si cette personne accepte leur parole comme venant de Dieu, ou bien non : « celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas » (1 Jean 4:6).

 

2.2.2       Le contenu du message — 1 Jean 1:5b

Quel est maintenant le contenu du message ? C’est que « Dieu est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres ». Ce message est solennel, mais aussi grandiose. Même s’il est en mesure de sonder nos cœurs profondément, il ne peut en aucune manière être séparé de la manifestation qui a été devant nous dans les quatre premiers versets du chapitre.

La manifestation de la vie va avec le message sur la sainteté de Dieu. L’un est aussi important que l’autre. On ne peut pas recevoir la grâce de Dieu et refuser Sa vérité. Les deux sont « venues par Jésus Christ notre Seigneur » (Jean 1:18).

Certainement Dieu est aussi amour, mais il est tout à fait caractéristique que cela n soit dit qu’assez tard dans cette épître (1 Jean 4:8, 16). Il est lumière, voilà ce sur quoi le Saint Esprit insiste tout d’abord pour commencer. Depuis toujours il existe parmi les chrétiens la tendance à donner la préférence à l’amour aux dépens de la lumière. Mais Dieu n’admet pas cela. Jamais Il ne sacrifiera la lumière sur l’autel de l’amour. La lumière et l’amour sont deux traits de son Être, et les deux vont ensemble. Ils peuvent apparaître comme des extrêmes (des positions extrêmes), et peut-être le sont-ils. En tout cas ils sont inséparablement liés l’un à l’autre, et de même valeur.

Nous pouvons en général constater dans l’Écriture Sainte le fait qu’à de nombreuses reprises une vérité fait face à une autre de même valeur. C’est pourquoi nous ne devons jamais mettre l’accent sur une vérité ou un côté et négliger un autre. Sinon nous serions comme quelqu’un qui arrive si brutalement dans un bateau par côté qu’il chavire.

Avant de voir de plus près ce que signifie la ‘lumière’, nous devons courtement examiner pourquoi dans bien des passages l’apôtre parle de « Dieu », et dans d’autres il parle du « Père ». Au premier abord, cela peut paraître sans importance, mais ce n’est pas du tout le cas.

Pensons un peu au message que le Sauveur ressuscité a confié à Marie : « Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Ces paroles suffisent à montrer clairement que ces noms ou titres, spécialement dans les écrits de Jean, ne sont jamais utilisés sans intention précise, et ne sont en aucun cas simplement interchangeables. Il est toujours question du Père quand il s’agit de la grâce qui nous a été accordée et des relations dans lesquelles nous sommes amenés à Dieu, ou qui existent dans la Déité elle-même. Mais quand il est question de la nature de Dieu et de notre responsabilité, c’est toujours Dieu qui est placé devant les regards. Si nous faisons attention à ces différences, cela nous aidera beaucoup à comprendre l’épître.

 

2.2.3       La nature de Dieu : lumière — 1 Jean 1:5b

Dans notre passage (1 Jean 1:5) il s’agit en fait de la nature de Dieu. En conséquence, il n’est plus parlé du Père comme dans les quatre premiers versets, mais seulement de Dieu (1 Jean 1:5-10). Et quelle est la nature (l’Être) de Dieu ? C’est la « lumière ». Cela exprime d’abord qu’Il est absolument saint, absolument pur, — trop pur de Ses yeux pour seulement voir le mal (Habakuk 1:13). Il n’est pas la lumière, et encore moins une lumière ; Il n’est pas non plus dans la lumière bien que cela soit vrai selon le v. 7, mais Dieu est, en Lui-même, lumière. De la même manière, Dieu est aussi amour comme nous venons de le mentionner. Les deux ne sont pas des attributs (ou : qualités) de Dieu, comme le sont par exemple les vertus ou qualités de justice ou de bonté, mais ils font partie de son Être proprement dit.

C’est la raison pour laquelle il n’y a pas d’article devant « lumière » (comme aussi plus loin devant « amour »). Il n’est pas dit : « Dieu est la lumière ». Cela orienterait notre pensée sur quelque objet ou sur une chose particulière, cela nous ferait penser à quelque chose comme la lumière de la création ou autre chose du même genre. Non, ce n’est pas ce que dit l’Écriture, mais elle nous fait savoir : lumière est un des traits de l’Être de Dieu. « Lumière est nature de Dieu ». Tout ce qui porte en soi ne serait-ce qu’une trace de ténèbres ou de mal, est incompatible avec Dieu.

 

2.2.4       Une particularité de texte : les phrases réversibles

Il y a, en grec, des phrases qu’on appelle réversibles. Ce sont des phrases dans lesquelles on peut permuter le sujet et l’attribut du sujet [ou : prédicat] sans nuire au sens. On trouve par-ci par-là de telles phrases dans les écrits de Jean, et elles sont toujours extrêmement instructives.

Nous avons une phrase réversible quand, aussi bien l’attribut du sujet que le sujet, ont un article. Dans 1 Jean 3:4 nous avons un exemple de phrase réversible : « le péché est l’iniquité ». Aussi bien le sujet (« péché ») que l’attribut du sujet (« iniquité ») comportent un article. C’est pourquoi le sujet et l’attribut sont interchangeables, et on pourrait aussi bien dire : « l’iniquité est le péché ».

Dans notre verset du ch. 1, il y a l’article en grec devant ‘Dieu’, mais pas devant le mot « lumière » : « le Dieu est lumière ». Ceci n’est pas du bon français, mais c’est écrit ainsi dans le texte grec. Cela veut dire qu’il ne s’agit pas ici d’une phrase réversible, on ne peut pas permuter le sujet et l’attribut du sujet, et dire : « la lumière est Dieu », pas plus qu’au ch. 4 on ne peut traduire : « l’amour est Dieu ».

Inversement, lumière et amour, utilisés ici chacun sans article, décrivent l’Être ou la nature de Dieu : Dieu est lumière, et Dieu est amour.

*

La nature de Dieu comme lumière est présentée ici comme le fondement de notre communion avec Dieu. Si quelqu’un est dans les ténèbres morales et spirituelles, il ne peut pas avoir communion avec Lui. C’est pourquoi on trouve ici une double déclaration, l’une exprimée positivement, l’autre négativement : Dieu est lumière, en Lui il n’y a pas de ténèbres (c’est-à-dire : pas la moindre trace de ténèbres).

Quand le Seigneur Jésus était dans ce monde, il a manifesté Dieu aussi sous ce trait de Son Être, de Sa nature. Étant la vraie lumière, Il plaçait tout et tous dans la lumière de Dieu (Jean 1). Sans cette lumière il n’y a pas de vie. C’est le côté prédominant dans l’évangile de Jean. Ici dans la première épître de Jean, la lumière est plutôt vue comme une condition préalable à la communion.

Ainsi il est vrai que la lumière manifeste tout, aussi bien ce qui est pur que ce qui est impur (Éph. 5:13 ; Jean 3:20, 21). Dans cette mesure, « lumière » est un mot brûlant, comme l’a dit quelqu’un. Dieu ne tolère rien dans le christianisme qui soit en contradiction avec Sa nature. Pour avoir communion avec Lui, il faut être soi-même « lumière dans le Seigneur » (Éph. 5:8), il faut avoir Sa nature.

 

2.2.5       Lumière dans le Seigneur — Éph. 5:8

Cela nous conduit au côté élevé et réjouissant de ce « message » : Dieu s’est parfaitement révélé dans le Seigneur Jésus. En Lui, et on peut aussi dire dans le vrai christianisme, Dieu est pleinement connu. Au temps de l’Ancien Testament, Dieu ne s’était donné à connaître que de manière fragmentaire. Il ne pouvait pas en être autrement, car la rédemption n’était pas encore accomplie. Mais nous avons le privilège inestimable de vivre dans un temps où Dieu s’est donné à connaître parfaitement, et cela dans Son Fils Jésus Christ !

Ainsi nous savons aujourd’hui que Dieu est lumière. Cependant cela ne nous effraye pas et ne nous éloigne pas de Lui. Et pourquoi donc ? Parce que nous avons reçu la vie éternelle par la nouvelle naissance, et avec cette vie nous avons justement reçu ce que nous avons appelé la nature de Dieu. Dieu est-Il lumière ? Absolument ! Or ce trait de son Être nous est maintenant également propre. Certes Dieu a ce trait en Lui-même, tandis que nous, nous ne l’avons que « dans le Seigneur », mais c’est le même trait. Ce que Dieu possède intrinsèquement, Il nous l’a accordé par grâce, — par le fait que nous sommes « nés de Dieu » (Jean 1:13 ; 1 Jean 5:1).

Si nous voulons voir quelle sorte de vie est celle qui nous a été conférée, alors nous ne devons pas regarder à nous-mêmes, mais à Christ dans les évangiles. Il est la manifestation parfaite de la nature de Dieu. En Lui nous voyons sans la moindre restriction ce qu’est la lumière et ce qu’est l’amour.

Combien tout cela est propre à nous rendre surabondamment heureux et reconnaissants ! C’était dans le cœur de Dieu de se manifester à nous. Nous Le louerons et Le bénirons éternellement pour cela. Et c’était dans le cœur du Seigneur Jésus de se mettre à disposition pour cela, quoi qu’il Lui en coûtât. La réponse de nos cœurs peut-elle être autre chose que le dévouement et l’adoration ?

 

2.3      Dieu met la profession à l’épreuve — 1 Jean 1:6

Nous avons vu que rien n’est plus pur que la lumière ; et Dieu est lumière, et en Lui il n’y a pas de ténèbres. Pour avoir communion avec Lui, nous devons posséder Sa nature, nous devons être « enfants de lumière » (Éph. 5:8). Car avoir communion avec le Père et le Fils implique aussi d’avoir communion avec la lumière. Mais cela exclut une marche dans les ténèbres. C’est le point suivant sur lequel le Saint Esprit dirige maintenant nos regards dans notre texte biblique. Par ce moyen Il se propose d’avertir les enfants de Dieu contre ceux qui prétendent avoir par eux-mêmes une lumière nouvelle et une intelligence plus profonde, alors qu’en réalité ils ne sont même pas nés de nouveau.

 

2.3.1       Marcher dans les ténèbres — 1 Jean 1:6

« Si nous disons que nous avons communion avec lui, et que nous marchions dans les ténèbres, nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité » (1 Jean 1:6).

« Si nous disons », — nous trouvons trois fois cette expression dans les versets 6 à 10. Il s’agit donc de ce que nous professons : « si nous disons… ». Or cette profession quant aux choses et aux personnes divines peut être authentique, mais elle peut aussi ne pas l’être. Déjà à l’époque, il y avait beaucoup de faux docteurs dans la chrétienté, qui cherchaient à égarer les croyants avec des idées nouvelles, mais qui n’en faisaient même pas partie eux-mêmes. C’est pourquoi l’apôtre passe maintenant à l’examen de l’authenticité de la profession qu’on soutient. Il se sert pour cela de vérités simples et fondamentales qui sont au-dessus de toute discussion, — et ici c’est la vérité que Dieu est lumière.

 

2.3.2       Une particularité du texte : les phrases conditionnelles

« Si nous disons » : voilà une phrase conditionnelle. Dans ses épîtres, Jean se sert, pour argumenter, de certaines phrases conditionnelles qui, par leur forme en grec, ne laissent pas percevoir si l’hypothèse qu’elles font est réalisée ou pas. Autrement dit : l’écrivain laisse simplement le cas en suspens, sans décider sur-le-champ, si à ses yeux la condition est vérifiée ou non, mais il maintient le cas comme entièrement possible.

Une meilleure manière de rendre ces « si » indéfinis chez Jean serait de traduire : ‘étant donné le cas où’ ; ‘si la circonstance arrive que’. Notre verset, et même toute la section allant jusqu’au ch.2 v.6, montre clairement que ces « si » servent aussi à distinguer ce qui est authentique de ce qui ne l’est pas.

*

Il faut ensuite remarquer que l’apôtre dit sans changement « nous » : « si nous disons ». Manifestement ce « nous » doit être compris comme ayant une portée plus large que dans les cinq premiers versets. Dans ceux-ci, il avait parlé d’un côté de « nous », et de l’autre de « vous » : il avait distingué entre d’un côté les apôtres, et d’un autre côté les destinataires de l’épître, les enfants de Dieu. Nous avons vu que cela avait sa justification et son importance.

Mais maintenant il met l’accent autrement. Il ne parle plus de « nous » et de « vous », mais il englobe tous les professants dans le terme « nous ». Très souvent dans cette épitre, « nous » désigne la famille des enfants de Dieu. On lit cela par exemple au début des ch. 2 et 3. Pour le ch. 2 : « nous avons un avocat auprès du Père » ; le ‘nous’ désigne alors les enfants de Dieu. Mais dans les versets qui sont devant nous, « nous » désigne tous ceux qui professent être à Christ. Le fait que Dieu traite les personnes selon ce qu’elles professent et que beaucoup se réclamaient et se réclament encore du nom du Seigneur, conduit l’apôtre à ne pas abandonner le terme « nous ».

Il est très important de saisir cette manière de considérer les choses. Justement beaucoup d’enfants de Dieu pensent qu’ils ne sont pas des professants. Pourtant ils en sont. Certes ils ne sont pas des professants sans vie, factices, mais ils sont des professants quand même. Nous aussi enfants de Dieu, en ce qui concerne notre responsabilité devant Dieu, nous nous tenons sur le terrain de la profession que nous affichons, et nous devons aussi nous mesurer à l’échelle de Dieu. Sauf que Dieu ne suscitera jamais chez aucun des Siens du doute sur la question de savoir s’il est réellement un enfant de Dieu. Mais inversement, Il démasquera comme étant des professants sans vie, ceux qui n’ont qu’une profession extérieure de Christ, sans posséder la vie éternelle. Tôt ou tard c’est comme tels qu’ils seront manifestés, malgré toute l’énergie qu’ils mettront à prétendre qu’ils sont en communion avec Dieu.

Professer être en communion avec Dieu implique forcément qu’on revendique avoir la vie éternelle. Car la possession de la vie éternelle est la base de la communion avec le Père et le Fils. Comment pourrait-on autrement être en accord avec les pensées de Dieu, Ses sentiments et Ses affections ? Or si la profession va de pair avec une marche dans les ténèbres, alors elle est mensonge. Les ténèbres ne peuvent pas avoir communion avec la lumière. Ils sont opposés l’un à l’autre, ils sont mutuellement exclusifs.

« Marcher dans les ténèbres », c’est ce que l’homme de ce monde fait continuellement. Il ne connaît ni Dieu, ni ne se connaît lui-même, et ne voit donc pas la nécessité d’avoir un Sauveur. Malgré toutes les conquêtes de la technique et de la culture, l’homme naturel a son « entendement obscurci », il est « étranger à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qui est en lui » (Éph. 4:18). Il est ténèbres, comme nous aussi nous l’étions (Éph. 5:8), et il marche dans les ténèbres. Les ténèbres ont aveuglé ses yeux, et ainsi il ne sait pas où il va (1 Jean 2:11). Le dieu de ce siècle a intérêt à ce que les pensées des incrédules restent aveuglées, « pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ… ne resplendisse pas pour eux » (2 Cor. 4:4).

C’est en fait un jugement écrasant sur les hommes : obscurcis – dans les ténèbres – ignorants – aveuglés ! De tels hommes peuvent tout à fait être religieux ; Caïn l’était. Mais ils ne se sont jamais trouvés avec leurs péchés dans la lumière de Dieu. C’est pourquoi ils marchent dans les ténèbres, et même ils haïssent la lumière, et ne viennent pas à la lumière, parce que leurs œuvres sont mauvaises (Jean 3:19, 20).

Tout cela n’est aucunement la description d’un croyant tombé dans le péché. Bien au contraire ! Les qualifications d’état consignées ici servent à distinguer les vrais croyants d’avec les simples professants. Cette ligne de démarcation sera tracée avec encore plus de précision plus loin dans l’épître, quand il sera directement parlé des « enfants de Dieu » et des « enfants du diable » (1 Jean 3:10). Ici, la différence entre ces deux familles est que les enfants de Dieu marchent dans la lumière (c’est ce que montrera le verset suivant) tandis que les enfants du diable marchent dans les ténèbres. « Marcher » (verbe au présent) exprime en outre un déroulement habituel ou permanent de la vie.

Si donc nous professons avoir communion avec Dieu, mais que fondamentalement nous marchons dans les ténèbres, sans nous soucier du tout de Sa volonté, alors notre vie n’est qu’un mensonge. Mais il y a plus encore ! La conséquence est double ici, à la fois affirmativement et négativement. Il n’est pas seulement dit : « … alors nous mentons », mais il est ajouté encore : « … et nous ne pratiquons pas la vérité ». Ceci est très significatif. La vérité n’est pas seulement une profession de foi prononcée des lèvres, mais elle doit avoir son influence sur notre vie pratique. Nous devons pratiquer la vérité et ainsi faire s’exprimer la nature de Dieu dans notre vie journalière.

Notons encore pour terminer ce verset, comment les propositions individuelles sont dans une relation remarquable les unes avec les autres :

·       « … nous mentons » est en contraste avec « si nous disons » ;

·       « … nous ne pratiquons pas la vérité » correspond à « marchons dans les ténèbres ».

 

2.3.3       Marcher dans la lumière — 1 Jean 1:7

Le verset 7 qui suit montre un contraste complet avec le verset précédent. Il débute par un « mais » qui souligne cela :

« Mais si nous marchons dans la lumière, comme lui-même est dans la lumière, nous avons communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché » (1 Jean 1:7).

Les trois caractéristiques décrites ici sont vraies de tous les enfants de Dieu. Et les deux dernières découlent de la première :

1° Nous marchons dans la lumière, comme Lui-même est dans la lumière. [1 Jean 1:7a]

2° Nous avons communion les uns avec les autres. [1 Jean 1:7b]

3° Le sang de Jésus Christ nous purifie de tout péché. [1 Jean 1:7c]

 

2.3.3.1      marchons-nous — 1 Jean 1:7a

Encore un mot en rapport avec la signification du « si » : « mais si le cas est que nous marchons dans la lumière … ». L’écrivain laisse en suspens la question de savoir s’il en est ainsi ou non. Or s’il en est ainsi, alors ce qui est dit dans le reste de la phrase est la vérité. Dans tout cela il continue à se servir du « nous ». Les déclarations de la proposition suivante montrent sans équivoque qu’elles ne concernent que des professants authentiques, de vrais enfants de Dieu. Dans le verset précédent il s’agissait juste du contraire.

Pour mieux comprendre ce que signifie « marcher dans la lumière », il sera utile de nous tourner d’abord vers l’indication ajoutée comme comparaison ou comme échelle de mesure pour notre marche dans la lumière : « … comme Lui-même est dans la lumière ». Dieu n’est pas seulement lumière en Lui-même, mais Il est aussi dans la lumière comme nous l’apprenons ici.

C’est une déclaration élevée, extrêmement enrichissante, qui contribue au fondement de notre bonheur. Bien que la nature, l’être de Dieu, fût et soit toujours lumière, en ce qui concerne Ses voies avec les hommes dans les âges précédents, Il n’était pas « dans la lumière » comme Il l’est aujourd’hui. Cela veut dire qu’Il ne lui était pas possible de se manifester pleinement aux hommes. Cela ne tenait cependant pas à Lui-même, mais cela tenait à ce que l’homme était tombé dans le péché, et à ce que l’œuvre de rédemption n’était pas encore accomplie.

Certainement Dieu s’était donné à connaître çà et là de manière fragmentaire, surtout en Israël, et c’était toujours une grâce. Mais tout cela portait davantage le caractère de ténèbres que celui de lumière. Quelques passages du temps de l’ancienne alliance peuvent le montrer clairement.

Quand le peuple d’Israël s’approcha de Dieu pour recevoir les paroles de l’Alliance, ils se tenaient en bas de la montagne ; « et la montagne était brûlante de feu jusqu’au cœur des cieux : ténèbres, nuées, et profonde obscurité » (Deut. 4:11). Et un peu plus loin, Moïse ajoute : « L’Éternel prononça ces paroles à toute votre congrégation, sur la montagne, du milieu du feu, de la nuée et de l’obscurité profonde, avec une voix forte, et il n’ajouta rien… Et il arriva que, lorsque vous entendîtes la voix du milieu des ténèbres…  » (Deut. 5:22, 23).

La scène est décrite dans l’Exode de manière impressionnante et caractéristique, comme suit : « Et le peuple se tint loin ; et Moïse s’approcha de l’obscurité profonde où Dieu était » (Ex. 20:21). Y a-t-il quelque chose qui décrive mieux la situation sous la première alliance que cette constatation ? Le peuple se tenait loin ; Moïse seul avança jusqu’où Dieu était, mais Il était dans l’obscurité ! Tout cela s’accorde avec les paroles introductives prononcées des siècles plus tard par Salomon dans sa prière de la dédicace du temple : « L’Éternel a dit qu’il habiterait dans l’obscurité profonde » (1 Rois 8:12). Oui, Dieu était pour ainsi dire caché aux hommes pécheurs par les rideaux et le voile et les différentes institutions.

Quel changement énorme que celui introduit par le Seigneur Jésus ! « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18). Seule une personne de la Déité pouvait manifester Dieu, et seul un homme pouvait être médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Christ Jésus (1 Tim. 2:5). Du fait que maintenant, dans un amour infini, Il s’est offert Lui-même en sacrifice, et qu’Il a accompli l’œuvre de propitiation, le voile a été déchiré du haut jusqu’en bas. Dieu est dans la lumière, Dieu est complètement manifesté. Grâce infinie ! Quand, par la puissance du Saint Esprit, nous entrons dans le sanctuaire de la présence de Dieu, tout est lumière. Nous pouvons connaître qui est Dieu, parce qu’Il s’est donné pleinement à connaître dans le Fils.

Avec cela, nous sommes déjà du côté qui nous concerne : nous marchons dans la lumière. Oui, bien-aimés, c’est là le lieu ou la sphère où nous pouvons nous mouvoir par la foi, — dans la lumière de la pleine manifestation de Dieu. Cette position, — et c’est absolument une position, — Dieu, dans sa grâce illimitée, l’a accordée à tous ses enfants. Il ne s’agit plus de l’art et de la manière dont nous marchons, mais du lieu où nous marchons. Il ne s’agit pas non plus dans ce passage d’une exhortation — l’exhortation à marcher selon la lumière, — mais le Saint Esprit part d’un fait existant. Si tant est que nous sommes de vrais chrétiens, alors nous marchons dans la lumière.

Que telle soit la signification bénie de ce passage souvent compris de travers, cela ressort déjà clairement des paroles du Seigneur Jésus quand Il parlait de Lui-même comme étant la « lumière du monde », et qu’Il continuait ainsi : « celui qui me suit, ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8:12). Impossible de suivre le Seigneur Jésus (ce que font toutes Ses brebis, Jean 10:4, 27), et néanmoins de marcher dans les ténèbres ! « Celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va » (Jean 12:35). Est-ce là la description de croyants qui ont failli ? Jamais de la vie ! Ils se sont vraiment « tournés des ténèbres à la lumière » (Actes 26:18) et Dieu les a « appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière » (1 Pierre 2:9). C’est que maintenant ils peuvent se mouvoir.

Bien sûr nous devons appliquer de telles paroles à nos cœurs et à nos consciences. C’est toujours nécessaire quand on entend la Parole de Dieu, mais appliquer une vérité est autre chose que de l’expliquer. On ne saurait trop insister là-dessus, justement parce que dans cette épître l’apôtre Jean parle de manière si abstraite, et parce qu’il laisse la réalisation pratique de côté. Si on ne se rend pas compte de cela, on ne comprend guère l’épître.

Cependant la vérité que nous marchons dans la lumière, comme Lui est dans la lumière, s’adresse aussi à notre conscience. Car la conscience de marcher devant les yeux de Dieu ne nous préservera-t-elle pas de pécher ? Tout, y compris nos défaillances, est finalement éclairé par la lumière de sa présence, et mis à sa juste place.

Mais en ce qui concerne la doctrine proprement dite, le cas d’un croyant qui pèche n’est abordé qu’au ch.2 v.1 et 2. Ici, par contre, le sujet n’est pas notre responsabilité, mais la position dans laquelle nous sommes amenés par la grâce de Dieu. Nous ne voulons pas Le remercier seulement pour cette grâce, mais aussi pour le fait qu’Il parle justement comme Il le fait : de manière abstraite et sans entrer dans la question de notre réalisation pratique ! Ce n’est que de cette manière qu’il nous est possible de saisir correctement la question.

Encore un contraste qui attire notre attention. Quand il est question de nous, il est parlé de marche dans la lumière ; mais quand le sujet est Dieu, il est dit que Lui est dans la lumière. Nous marchons — Lui est.

Cela ne nous apprend-il pas bien, que notre marche, notre vie ne sont ici-bas que passagères, tandis que Dieu demeure dans l’éternité ?

 

2.3.3.2      La communion les uns avec les autres — 1 Jean 1:7b

Si donc le cas se trouve que nous marchons dans la lumière comme Dieu est dans la lumière (autrement dit : si nous sommes réellement enfants de Dieu), que s’ensuit-il ? Il s’ensuit qu’une sorte spéciale de communion vient à s’exprimer. C’est pourquoi la fin de la phrase énonce « … nous avons communion les uns avec les autres ».

Souvent cette déclaration, combinée au v. 3 de notre chapitre, est expliquée comme si elle parlait de notre communion avec Dieu. Or le choix des mots suffit à prohiber une telle interprétation. Une communion les uns avec les autres, c’est une communion de l’un avec l’autre, une communion entre ceux qui se tiennent sur le même terrain. Mais la Parole de Dieu ne laisse jamais aucune place à l’idée que Dieu se tient sur le même terrain que nous. Bien au contraire ! Aussi infiniment bénis que nous soyons, nous les enfants de Dieu, nous restons toujours des hommes, et Dieu qui nous a engendrés reste toujours Dieu, et est infiniment élevé au-dessus de nous. Le Seigneur Jésus ne disait pas à Marie de Magdala : « Je monte vers notre Dieu et Père », mais Il disait : « Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Dieu n’est jamais vu comme notre « compagnon », quelqu’un qui aurait juste autant communion avec nous, que nous avec Lui. Cela est impensable. Non, « la communion les uns avec les autres » signifie la communion réciproque des enfants de Dieu dans la famille chrétienne.

Mais ceci n’est-il pas aussi un privilège inestimable ? À l’intérieur de la famille de Dieu il y a une communion qui découle de ce que nous marchons tous dans la lumière, — une communion de ceux dont les yeux voient la même chose. Quel bonheur se rattache à cela ! Les Égyptiens n’avaient aucune communion les uns avec les autres quand la plaie des ténèbres vint sur eux. Mais les enfants de Dieu ont communion les uns avec les autres parce que, dans la lumière de Dieu, ils voient et peuvent jouir de la même chose. Leurs joies et leurs bénédictions sont des joies et des bénédictions communes, dont la valeur est encore multipliée du fait qu’ils en jouissent en commun. En même temps ceci fait que la recherche destructrice du moi par le cœur humain est éliminée une fois pour toute de ce terrain. Quel triomphe sur toutes les formes de jalousie et de malveillance : nous avons communion les uns avec les autres !

Jean ne parle pas ici de communion ecclésiastique. D'une manière générale, il ne parle jamais de circonstances d’églises. Il n’a pas devant lui l’assemblée (ou : église) comme maison de Dieu ou comme corps de Christ, mais il a devant lui la famille de Dieu. Par exemple, la réponse à la question de savoir qui a droit à prendre part à la Table du Seigneur, et qui ne l’a pas, ne doit pas être cherchée dans cette épître. Ici tout est personnel, et « la communion les uns avec les autres » signifie chez Jean la joie commune des enfants de Dieu au sujet de leur part commune. La joie au sujet des bénédictions spirituelles, et surtout au sujet de Christ Lui-même, nous la partageons en principe avec tous les croyants.

Dans cette manière de voir, il y a une profonde consolation, justement pour nous dans nos temps de désunion. Du point de vue ecclésiastique, il y a malheureusement beaucoup d’enfants de Dieu avec lesquels nous ne pouvons pas marcher, parce que qu’ils suivent des voies que la Parole de Dieu n’approuve pas. Par contre, la communion de la famille de Dieu est en un certain sens encore intacte aujourd’hui. Cela peut effectivement nous rendre très heureux.

Notre aide-ménagère, qui est une chrétienne croyante, nous racontait récemment qu’elle avait dans sa communauté un frère que sa femme avait quitté parce qu’il était devenu croyant ; elle demandait que nous priions pour lui parce qu’il était très abattu. C’est très volontiers que nous avons acquiescé à la requête de cette femme ! L’amour commun pour le Seigneur nous lie. —

En voyage ou en vacances, il nous arrive de rencontrer des gens dont l’apparence ou le comportement fait naître en nous l’espoir qu’il pourrait s’agir de croyants. Et si cela se vérifie, quelle joie alors remplit notre cœur ! Ils sont pour nous des gens entièrement étrangers, et nous nous sentons pourtant attirés vers eux plus que par ceux de notre parenté, que nous connaissons peut-être depuis beaucoup d’années, mais qui n’ont pas le Sauveur. Avoir communion les uns avec les autres est un grand privilège, aujourd’hui et dans l’éternité.

 

2.3.3.3      La purification de tout péché — 1 Jean 1:7c

Nous venons de parler de communion des yeux qui voient la même chose. Il y a une autre conséquence pour ceux qui marchent dans la lumière et qui se réjouissent de cette communion : ils peuvent reconnaître la valeur du sacrifice de Christ. L’apôtre l’exprime de la manière suivante : « et le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché » (1 Jean 1:7c). Or avec le « et », il ajoute cette bénédiction à celles précédemment mentionnées. C’est le troisième côté ou la troisième partie de la position qui nous a été conférée.

Il y a bien des points à considérer dans cette phrase lourde de sens, et nous voulons les aborder l’un après l’autre.

En premier lieu il nous est donné à connaître que la question de nos péchés ne peut pas être simplement passée sous silence. Nous marchons dans la lumière, et la lumière nous montre ce que nous sommes par nature, et que nous ne pouvons pas dire que nous sommes sans péché. Mais si la lumière nous manifeste nécessairement nos péchés, cependant elle nous montre aussi (Dieu en soit loué et béni !) quelque chose d’autre : le sang de Jésus Christ qui les a ôtés — Ce sang est pour ainsi dire sur le ‘propitiatoire’ devant Dieu (comparer Lév. 16). Si Dieu, du lieu d’habitation de Sa gloire, abaisse Ses yeux vers ‘l’arche de l’alliance’, Il ne voit plus nos péchés, mais Il voit le sang de Son Fils qui a été versé pour eux. Partout où la lumière luit, elle brille en plein, car elle manifeste la valeur du sang de Christ. Ni aujourd’hui, ni durant toute l’éternité, il n’y aura un seul instant où ce sang ne sera pas devant les yeux de Dieu. Il reste pour l’éternité sur le « propitiatoire ». Rien ne peut nous donner une paix plus profonde que la conscience de ce fait. « Je verrai le sang … », voilà ce qui, déjà dans cette nuit de la Pâque, avait été la parole de l’Éternel à Son peuple ; derrière ce sang ils étaient en parfaite sécurité (Ex. 12:13).

Considérons aussi dans ce contexte qu’il n’est pas simplement parlé de la mort de Christ, mais de Son sang. Le sang exprime plus que la mort. Le sang fait remarquer une victime. C’est toujours le sang qui est versé, — le sang de l’Agneau de Dieu. Le sang représente la vie, car la vie (ou : l’âme) de la chair est dans son sang (Lév. 17:11). Dans l’Écriture Sainte, verser le sang signifie donc prendre la vie ; dans le cas du Seigneur Jésus, cela signifie le don de Sa vie. Le sang de Jésus représente donc la mort expiatoire que le Seigneur Jésus a enduré volontairement pour nous. « Et lui est la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 2:2).

L’art et la manière dont il est parlé ici du Seigneur Jésus en relation avec Son sang est également remarquable. D’abord c’est Son nom d’homme qui est mentionné : Jésus. Si l’on suit certains manuscrits grecs anciens, c’est seulement le nom de « Jésus », sans l’ajout de « Christ », qui figure dans notre passage comme aussi au ch. 4 v.3. Le nom de ‘Jésus’ pris tout seul revient en tout six fois dans cette épître (outre les passages cités, il y a encore 2:22 ; 4:15 ; 5:1, 5). Il est l’Homme Jésus, Celui qui a donné Son sang. Ce n’est que comme Homme qu’Il en avait la possibilité. Mais Il est infiniment plus que simplement un homme : Il est Son Fils, le Fils de Dieu, le Fils du Père. Les faux docteurs de l’époque pouvaient bien prétendre, comme ceux d’aujourd’hui aussi, que Jésus aurait été seulement un homme depuis Sa naissance jusqu’à Sa mort, — tandis que l’Écriture témoigne de quelque chose de contraire : le sang qui a coulé là, n’était pas seulement le sang d’un homme, mais aussi le sang de Celui qui se tient dans une relation éternelle avec Dieu.

Or ce sang « nous purifie de tout péché » ou : « de chaque péché ». C’est le seul moyen qui pouvait faire cela. Le fait que le verbe de cette proposition soit au présent [purifie], ne doit pas conduire à la fausse idée qu’il s’agirait ici d’un processus continuel et répété. Certes on l’enseigne quelquefois, mais cela contredit l’enseignement de la Sainte Écriture. Quand il s’agit de la purification morale par l’« eau » de la Parole de Dieu, c’est-à-dire de la sanctification pratique, alors effectivement une application continuelle et répétée est nécessaire. Pensons seulement au lavage des pieds de Jean 13 : « Si je ne te lave, tu n’as pas de part avec moi » (Jean 13:8). Cependant si le sujet est la purification expiatoire par le sang de Jésus, alors il n’y a qu’une application : « Car par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité [ou : de manière ininterrompue] ceux qui sont sanctifiés » (Héb. 10:14).

Non, le verbe au présent, exprime ici une fois de plus une déclaration abstraite : le sang … purifie. C’est ce qu’il fait. Ce n’est pas une question de temps, c’est pourquoi il n’est pas dit : le sang ‘a purifié’ ni le sang ‘purifiera’ ; mais cela est dit comme une caractéristique du sang : il purifie. C’est la puissance du sang de Jésus qui demeure : il nous purifie de tout péché. Ce n’est pas seulement qu’il purifie de tel ou tel péché, mais de tout péché. Quelle consolation infinie il y a là pour nous, chers enfants de Dieu !

Certes Dieu, dans Sa grâce insondable, a aussi pris soin du cas solennel où nous pécherions encore étant pourtant Ses enfants. Mais ce n’est pas encore de cela qu’il est parlé dans notre verset ; ce n’est qu’au ch. 2 à partir du v. 1 que l’apôtre entame ce sujet. Ici nous pouvons apprendre la grande vérité que, sur la base du sacrifice de Jésus Christ fait une fois pour toute, Dieu ôte le péché loin de nous. Du fait que le sang qui a été versé pour la propitiation de nos péchés, est toujours devant les yeux de Dieu, le chemin est maintenant frayé pour nous pour entrer dans le sanctuaire. La connaissance de la valeur du sang de Jésus peut accompagner tout enfant de Dieu tout le long de son chemin de foi du commencement à la fin ; oui, ce sera un sujet qui nous réjouira jusque dans toute éternité.

Ce n’est que sur la base de ce sang que Dieu peut pardonner les péchés, ce dont il est aussi parlé au v. 9. ‘Pardonner les péchés’ signifie littéralement en grec « faire partir loin les péchés » — une signification qui nous occupera encore au v. 9 et qui a affaire avec l’effacement de la culpabilité. La purification des péchés paraît être un côté additionnel du pardon des péchés. Le sang de Christ nous purifie des péchés de sorte que nous nous tenons maintenant devant Dieu sans péché. Dans ce sens nous sommes lavés de nos péchés dans le sang de l’Agneau (Apoc. 1:5 ; 7:14). À cela se rattache en outre la purification de notre conscience devant Dieu (Héb. 9:14 ; 10:22). Parce que nous savons que nous sommes purifiés de tout péché par le sang de Jésus, Son Fils, nous n’avons plus aucune conscience de péchés (Héb. 10:2).

Tout cela constitue de merveilleuses bénédictions, mais elles ne sont accessibles qu’à ceux qui croient dans la puissance de Son sang (Rom. 3:25). Ce n’est que pour eux que le Seigneur Jésus est un « trône de grâce » (ou : propitiatoire, moyen de propitiation). Insister encore une fois là-dessus à la fin de la méditation de ces versets grandioses me tient spécialement à cœur. Dieu soit loué par Jésus Christ de ce qu’Il nous ait amenés dans une position aussi merveilleuse telle que décrite dans ces versets !

 

2.3.4       N’avons-nous aucun péché ? — 1 Jean 1:8

Avec le verset 8 arrive devant nous le deuxième « si nous disons » :

« Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1:8).

Comme précédemment, l’apôtre a en vue tous les professants chrétiens, authentiques ou non. Il teste leur profession, et il le fait à l’aide de principes divins. Pour cela il se place sur un seul et même terrain avec eux tous (« nous »), et il différencie simplement les vrais des faux selon qu’ils remplissent ou non les conditions. Le test pour commencer était dirigé contre les fausses prétentions de quelques-uns d’avoir communion avec Dieu. Car si cette prétention était liée à une marche dans les ténèbres, elle était du mensonge.

 

2.3.4.1      Ce que le péché signifie — 1 Jean 8a

Mais maintenant s’ajoute quelque chose de plus. Déjà au temps de l’apôtre Jean, il y avait de faux docteurs qui allaient jusqu’à prétendre qu’ils n’avaient pas de péché : « si nous disons que nous n’avons pas de péché… ».

Les gnostiques par exemple (voir introduction) se targuaient de posséder une « connaissance (en grec : gnosis) spirituelle » particulière supérieure. Cette connaissance, prétendait-on, les rendait capables de demeurer entièrement impénétrables au péché. Depuis les jours de l’apôtre cette erreur a continué à se développer selon différentes voies. Ainsi aujourd’hui le penchant à commettre le péché est plus ou moins ouvertement nié par beaucoup dans la chrétienté. Ou bien l’on considère le péché comme une étape intermédiaire naturelle sur le chemin du développement progressif de l’homme, ou bien l’on voit l’homme comme fondamentalement bon, et ce qui est qualifié de ‘péché’ n’est qu’une affaire insignifiante et négligeable aux yeux de Dieu. En tout cas le péché n’a pas besoin de propitiation, et la colère de Dieu est décrite comme une fiction. La pensée du péché est réduite à une simple « erreur » du côté de l’homme.

L’apôtre s’attaque à de tels courants de pensées erronés avec une nouvelle phrase conditionnelle : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jean 1:8).

Nous mettons en réserve un instant la question pressante de savoir si des croyants aussi peuvent parler de cette manière, et nous voulons d’abord chercher à saisir ce que la Parole de Dieu entend par ‘péché’ dans ce passage. Le contexte paraît indiquer qu’ici il ne s’agit pas de péché pratiqué (comme à partir du v. 9 et suivants), mais du péché hérité, ou autrement dit : le péché comme principe, le péché au sens général.

Si donc quelqu’un prétend ne pas avoir de péché, alors cela ne signifie rien moins qu’il revendique l’état d’impeccabilité ; on se figure être débarrassé du péché comme principe dominateur. C’est difficilement imaginable, voudrait-on commencer par dire, que quelqu’un qui marche dans la lumière puisse se laisser aller à une telle présomption, car la lumière contredit entièrement une telle prétention.

 

2.3.4.2      S’illusionner soi-même — 1 Jean 1:8b

Il est aussi frappant que l’apôtre ne propose aucun test dans ce cas, contrairement aux prétentions précédentes. L’erreur dont il s’agit maintenant est si notoire pour lui, qu’il se borne à ajouter : « nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous ». Il n’est pas dit que nous trompons nos proches, ni que nous trompons Dieu, mais que nous nous trompons nous-mêmes. Et le « nous-mêmes » est accentué par sa position dans la phrase : le sens véritable est « nous nous fourrons nous-mêmes dans l’erreur ». Nous faisons alors de nous-mêmes exactement ce que Satan cherche constamment à faire avec nous (Apoc. 12:9 ; 20:10) : égarer, induire en erreur, tromper. N’est-ce pas choquant ?

Je lisais récemment une petite histoire qui me fit un peu sourire malgré tout le sérieux de l’affaire. Je la redonne ici librement parce qu’elle illustre précisément le point dont nous nous occupons. Un prédicateur connu parlait dans une grande ville au sujet de notre verset de 1 Jean 1:8. Il invita ses auditeurs qui seraient sans péché à s’avancer vers lui, parce qu’il aimerait bien faire leur connaissance. Après la prédication, un homme vint effectivement vers lui, et lui dit qu’il était entièrement sans péché, et qu’il n’avait plus péché depuis 22 ans, depuis qu’il avait été sanctifié. L’évangéliste chercha à le faire réfléchir sur le fait qu’il n’y a pas seulement des péchés en actions et en pensées, mais aussi par omission. « Et voulez-vous me dire que vous êtes entièrement sans péché, et que pendant 22 ans vous ne vous êtes rendu coupable d’aucun des péchés cités ? » Tandis que l’homme cherchait à se justifier, une dame plus âgée d’approcha le long de l’allée centrale, et avant que l’homme ait pu répondre un seul mot, elle éclata de rire : « Oui, il y a des gens qui prétendent être totalement sans péché et n’en avoir pas commis un seul. Mais demandez un peu à leurs voisins, particulièrement ceux qui ont des poules qui aiment tant s’attrouper sur leur pelouse ! Ces voisins vous raconteront une autre histoire ». Sans répondre un seul mot, l’homme s’empressa de prendre le large.

Qu’il soit bien clair pour nous chers amis : seul peut prétendre qu’il est sans péché, celui qui se refuse à nommer ‘péché’ ce qui est réellement ‘du péché’. Il est malheureusement vrai que même de vrais chrétiens peuvent tomber dans ce piège et se tromper eux-mêmes de cette manière. Ils parlent de ce que la grâce les a sauvés, et qu’elle l’a fait si complètement que plus rien du péché ne subsiste chez eux.

C’est de l’auto-tromperie absolue ! Pour eux par exemple, les mauvaises pensées proviennent du diable ; ils voient tout le mal seulement comme extérieur à eux, et non pas comme résultat d’une nature corrompue. Le Seigneur Jésus nous dit d’où viennent les mauvaises pensées : c’est du cœur (Matt. 15:19). Il n’en est pas autrement chez les croyants.

Au reste, on ne peut se livrer à une telle tromperie que quand on applique une mesure humaine personnelle, au lieu de la mesure divine. La mesure divine pour notre marche pratique, nous la trouvons par exemple au ch. 2 de notre épître : « Celui qui dit demeurer en lui, doit lui-même aussi marcher comme lui a marché » (1 Jean 2:6). Marcher comme Lui, le Seigneur Jésus, a marché, — quel enfant de Dieu n’est pas obligé plus ou moins d’accepter son échec ?

L’application de notre verset à ceux auxquels on ne veut ni ne peut contester le fait d’être enfant de Dieu, bien qu’ils aient succombé à ce genre d’erreur, me paraît être, à vrai dire, un cas spécial. Le véritable sens de l’instruction tend à distinguer entre les vrais et les faux professants. Le verset suivant exprime clairement cette distinction.

 

2.3.4.3      La vérité n’est pas en nous — 1 Jean 1:8c

Le dernier membre de phrase de notre v. 8 va dans la même direction : « … et la vérité n’est pas en nous ». Des hommes qui prétendraient qu’il n’y a pas de péché en eux, montreraient par-là sans ambiguïté que la vérité n’est pas en eux. Cela est pire que le « ils ne pratiquent pas la vérité » du v. 6.

 « La vérité » est la somme de la doctrine chrétienne, et son centre est Christ lui-même. Cette vérité nous manifeste la nature et la volonté de Dieu ; elle manifeste que Dieu est lumière. Et cette lumière de Dieu nous montre aussi comment les choses se situent réellement par rapport au péché. Mais prétendre que nous n’avons pas de péché, cela montre clairement que nous n’avons pas la vérité en nous, que nous n’avons pas Christ en nous. Car si Christ qui est la vérité habite en nous, alors nous devons savoir que nous portons en nous une nature pécheresse.

 

2.3.5       Le pardon par la confession des péchés — 1 Jean 1:9a

L’homme du v. 8 ne voyait pas de raison de se juger lui-même ni de confesser. Il en va tout autrement quand nous arrivons au v. 9 ; ici tout est réalité vivante :

« Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9).

Ici, de nouveau, il n’y a pas de « si nous disons ». Cela signifie que maintenant l’apôtre cesse de parler d’une profession (vaine ou fausse), mais il parle de ce qui est vrai chez tous les enfants de Dieu. C’est très semblable à ce qu’il y a aux v. 6 et 7 : On trouve d’abord le « si nous disons » (v. 6), suivi du mensonge et de l’absence de vérité, et ensuite on a la vraie position des croyants (v. 7). Et maintenant de nouveau, on a un « si nous disons » (v. 8) suivi de l’illusion sur soi-même et de l’absence de vérité, et ensuite on a ce qui parle d’authenticité (v. 9).

 

2.3.5.1      Au sujet de la confession — 1 Jean 1:9a

La confession des péchés témoigne de l’authenticité. C’est par-là que commence notre chemin comme croyant : nous avons confessé nos péchés devant Dieu, et Il nous les a pardonnés dans Sa grâce. Nous revenons tout de suite encore une fois à ce point important.

Remarquons ici aussi la manière de s’exprimer de l’apôtre. Il ne dit pas : « si nous disons que nous avons du péché… » (ce serait une expression parallèle à « si nous disons que nous n’avons pas de péché »), mais il établit quelque de plus profond et plus fort : « si nous confessons … ». La confession se rapporte à des péchés particuliers, et a priori elle n’a pas lieu devant les hommes, mais devant Dieu. Une telle confession devant Dieu est toujours une preuve d’authenticité et de droiture. Elle implique en outre la recherche du pardon. Cela me paraît très important, car confesser montre en outre de la confiance en Dieu. Et il y a encore un point : si nous confessons nos péchés, nous montrons par cela que nous n’appartenons, ni au groupe qui « ne pratique pas la vérité » (v. 6), ni à celui chez qui « la vérité n’est pas » (v. 8).

Pour le verbe confesser, l’écrivain utilise de nouveau le temps présent, c’est-à-dire qu’il ne dit ni quand ni où ni comment la confession a lieu. Il établit bien plutôt un principe valable de tout temps : le pardon fait suite à la confession des péchés. Ceci étant établi de manière abstraite, nous devons naturellement le mettre en pratique, et là c’est le moment de veiller à deux côtés ou deux façons de voir. L’une est une question de principe, l’autre est de nature plutôt pratique.

J’ai déjà aussi parlé de ce que notre chemin comme croyant commence par la confession de nos péchés devant Dieu. Ce qui paraît être ici au premier plan dans la mise en pratique, c’est cette première venue du pécheur à Dieu, et avec elle la façon de voir la confession en principe ; il ne s’agit pas du cas où nous, comme croyants, nous péchons, puis nous confessons. Plus particulièrement, il y a trois pensées qui me conduisent à cette conclusion. a) D’abord nous ne trouvons le cas où nous péchons qu’à partir du ch. 2 v.1. b) Ensuite ce dont il est ici question, c’est un plein pardon des péchés, et le fait que Dieu nous purifie de toute iniquité. Or le verset 7 nous montre que c’est le sang de Jésus Christ qui nous purifie de tout péché. C’est donc une question du sang, et non pas de l’eau. Nous avons précédemment souligné que le sang n’est appliqué qu’une fois, justement au commencement de notre chemin. c) En troisième lieu, il se rajoute que dans notre verset, il s’agit de la confession devant Dieu, et non devant le Père. Dans toute cette section, nous avons affaire avec Dieu, qui est lumière. De manière caractéristique le Père ne réapparait devant nous qu’au début du ch. 2 où il s’agit du fait que nous péchons en tant qu’enfants de Dieu (1 Jean 2:1).

Si donc un homme sort des ténèbres et vient à la lumière de Dieu, alors il se reconnaît là comme perdu. Car là, les péchés sont trop manifestes pour pouvoir être cachés. Combien il est infiniment grand de pouvoir venir au seul lieu de refuge existant : à Dieu. Quand cet homme s’y réfugie avec ses péchés, pour autant qu’il ait conscience de ceux-ci, et qu’il les confesse définitivement devant Dieu, les nommant par leur nom, alors la réponse de Dieu est en fait merveilleuse.

 

2.3.5.2      Fidèle et juste — 1 Jean 1:9b

« … Il est fidèle et juste, pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9b).

Si Dieu nous pardonne les péchés suite à la confession de nos péchés et s’Il nous purifie de toute iniquité, Il ne le fait pas seulement parce qu’Il est miséricordieux, mais aussi parce qu’« Il est fidèle et juste ». C’est une déclaration grandiose qui est en mesure de nous préserver d’être aucunement ébranlés quant à la certitude de notre salut. Il n’est pas fidèle et juste quand Il nous punit, mais quand Il nous pardonne.

Fidèle se rapporte aux promesses de Dieu : Dieu est fidèle à l’égard de la parole qu’Il a donnée. Cela est établi dans le premier passage.

Mais à cela se rajoute que Dieu est aussi juste, et cela a une signification judiciaire. Quand Dieu, le Juge, nous acquitte à l’égard des péchés selon Sa promesse, Il est et Il reste alors juste en le faisant. Jean a déjà mentionné le sang de Jésus, Son Fils (v. 7), et ce sang est le fondement sur lequel Dieu peut agir. Ce sang a parfaitement répondu à Sa justice et l’a satisfaite. Le pardon de nos péchés n’est absolument pas un acte de partialité, comme on le présente quelquefois, ni un traitement privilégié envers certains favoris. Non, à cause du sang de Christ, de Son Fils, Dieu est autant juste quand Il pardonne les péchés de ceux qui les confessent, que quand Il condamne ceux qui ne les confessent pas et qui méprisent le sang de Christ.

Le reproche d’injustice est souvent soulevé quand Dieu procède différemment selon les pécheurs : Il condamne les uns, Il acquitte les autres. Cependant le sang de Jésus, Son Fils, apporte le démenti à tous les mensonges qui alimentent ce reproche ; ce sang ramène ce reproche sur leur propre tête. Quand ils se tiendront un jour devant le Juge divin, ils devront reconnaître, eux et tout l’univers, que Sa manière d’agir a été absolument juste, aussi bien avec les croyants qu’avec les non-croyants.

L’apôtre écrit ces paroles sous l’inspiration du Saint Esprit, parce qu’il doit fortifier les enfants de Dieu et les protéger contre les mensonges et les fausses prétentions de ceux qui se moquent du sang de Christ. En le faisant, il se rapproche beaucoup dans son argumentation du langage de l’apôtre Paul en Romains 3. Il est vrai que l’apôtre Paul est encore plus hardi, et dit que Dieu est juste quand Il justifie (Rom. 3:26). Jean se borne à parler de pardon. En tout cas, c’est de Dieu qu’émane cette grande bénédiction.

 

2.3.5.3      Le pardon éternel des péchés — 1 Jean 1:9b

Quand Dieu pardonne les péchés au vu du sang de Son Fils, alors Il pardonne entièrement, Il pardonne pour l’éternité, Il pardonne tous les péchés et non pas qu’une partie seulement. À propos du v. 7, nous avons déjà vu que le mot grec pour « pardonner » signifie littéralement : « faire partir loin, expédier loin ». Nous l’avons encore une fois dans notre épître au ch.2 v.12.

Après que le Seigneur ait conçu une rédemption éternelle, et soit entré au ciel dans la puissance de Son propre sang (Héb. 9:12), Dieu pardonne les péchés dans un sens absolu, c’est-à-dire qu’Il pardonne pour l’éternité, vis-à-vis du ciel et vis-à-vis de l’enfer. Il n’est donc pas nécessaire, ni même possible, qu’il y ait un sacrifice supplémentaire outre celui du corps de Jésus Christ fait une fois pour toutes ; car par ce seul sacrifice, Il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés. Mais là où il y a pardon (ou : rémission) des péchés, il n’y a plus d’offrande pour le péché (Héb. 10:14, 18).

Le pardon des péchés, quelle grande bénédiction ! Il émane directement du cœur de Dieu. Dieu est un Dieu qui pardonne. Tandis que nous venons de parler de l’expression littérale si parlante d’« expédier loin » les péchés, il est précieux de trouver cet effacement des péchés esquissée par Dieu Lui-même déjà dans l’Ancien Testament.

Dieu a éloigné de nous nos transgressions autant que l’orient est loin de l’occident, un éloignement que personne ne peut mesurer (Ps. 103:12). Qui pourrait aller les rechercher ? — Dieu ne pense plus à eux (És. 43:25 ; Héb. 10:17). Ce n’est pas qu’Il les ait oubliés, mais Il n’y pense plus. Devraient-ils encore nous tourmenter ? — Il les a jetés dans les profondeurs de la mer, une profondeur insondable (Michée 7:19). Qui pourrait encore aller les repérer ? — Il les a effacés comme un nuage se dissipe pour ne jamais reparaître (És. 44:22). Aux yeux de Dieu, ils sont comme un nuage disparu : ils sont désormais absents. — En fait nous pouvons dire avec David : « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert ! » (Ps. 32:1).

Une autre préfiguration instructive du principe de l’« envoi au loin » de ces péchés, se trouve dans les directives pour le grand jour des propitiations de Lév. 16. Sur la tête de l’un des boucs sur lequel le sort était tombé pour azazel (abandon ; le bouc qui s’en va), Aaron devait confesser tous les péchés des fils d’Israël, et ensuite envoyer ce bouc loin au désert pour être azazel (Lév. 16:10, 21). Ainsi les péchés étaient emportés dans un lieu désert.

Il reste encore à attirer l’attention sur la différence entre d’un côté les « péchés » et l’« iniquité » ([mot utilisé en 1 Jean par la version Darby] ou : « injustice »), et d’un autre côté entre « pardonner » et « purifier ». Le « péché » (en grec : hamartia) signifie littéralement « manquer le but », lequel consiste à honorer Dieu. L’iniquité ou injustice est tout ce qui est contraire à la nature juste de Dieu. Tandis que le « pardon » concerne des actes de péchés, l’injustice ou iniquité en tant que conséquence du péché a davantage à faire avec le caractère personnel du pécheur. Ainsi le verset 9 de 1 Jean 1 donne un double résultat de la confession de nos péchés : nous sommes délivrés de la culpabilité du péché, et nous sommes purifiés de sa souillure. Pouvons-nous être assez reconnaissants à notre Dieu pour tout cela ?

 

2.3.5.4      Pardon temporel des péchés — 1 Jean 1:9b

Maintenant nous pouvons aussi appliquer le v. 9 dans un sens restreint, et en particulier au cas où nous pécherions en tant qu’enfants de Dieu. Ce verset a aussi toute sa validité pour ce cas. Car dans ce cas aussi, il est absolument indispensable de confesser nos péchés. Si au contraire il nous arrivait de les « taire », alors « nos os dépériraient » (Ps. 32:3). Mais si nous Lui confessons nos transgressions, alors nous apprendrons ce que le psalmiste exprime ainsi : « … et toi tu as pardonné l’iniquité (ou : injustice) de mon péché » (Ps. 32:5).

Il est évident que le « pardon » a, dans ce contexte, une signification différente, restreinte. Je l’ai nommée le « pardon temporel du péché » parce qu’il n’a pas à faire avec l’éternité, mais avec le temps. Il est tout à fait important de comprendre et de reconnaître qu’il y a un tel pardon dans l’Écriture Sainte. Dans l’Ancien Testament il porte même constamment ce caractère limité, parce que le plein déploiement de la vérité du pardon des péchés n’était pas possible tant que l’œuvre de la rédemption n’était pas encore accomplie. Dans ce temps-là effectivement, il y avait seulement du support des péchés dans la patience de Dieu, une remémoration des péchés (Rom. 3:25 ; Héb. 10:3). Certes les croyants de l’Ancien Testament, dans leur confiance personnelle en Dieu quant au pardon de leurs péchés, ont souvent dépassé ce qui était révélé, cela est incontestable ; mais c’est autre chose.

Très souvent le pardon des péchés est en liaison avec le gouvernement de Dieu. Dieu a à l’égard des Siens des voies en discipline. Et de ce fait il peut arriver qu’Il envoie des maladies ou quelque autre détresse quand il y a un péché non confessé, dans le but de faire prendre conscience de ce qu’il y a de faux dans notre conduite. Dans ce cas et dans ce sens, Il ne nous a pas pardonné.

C’est seulement quand nous confessons nos péchés devant Lui, et si nécessaire aussi devant les hommes, qu’Il nous pardonne les péchés de sorte que nous pouvons de nouveau jouir de la communion avec Lui. Cependant Il n’enlève pas toujours les conséquences du péché, mais Il aidera toujours à les (sup)porter. Dieu agit envers nous comme envers des fils, et qui est le fils que le père ne discipline pas ? (Héb.12:7).

Plusieurs passages se rapportent à ce genre de situation, comme par exemple Jacq. 5:15 : « et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné », et 1 Cor. 11:30-32 : « C’est pour cela que plusieurs sont faibles et malades parmi vous, et qu’un assez grand nombre dorment. Mais si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. Mais quand nous sommes jugés, nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde ». Et il peut même arriver que le péché d’un croyant provoque Dieu au point qu’Il lui inflige la mort du corps. C’est alors « un péché à la mort », et dans ce cas nous ne devons même pas du tout prier pour ce frère (1 Jean 5:16, 17). Ananias et Sapphira en sont des exemples (Actes 5). Mais le bonheur éternel des enfants de Dieu n’est pas altéré par de telles affaires. Dans ce sens, c’est dans le temps que la discipline et le pardon du Père ont des conséquences.

C’est aussi ce qui se passe lorsque l’assemblée pardonne (Jean 20:23 ; 2 Cor. 2:6, 7), ou pour adopter le langage de Matthieu 18, quand l’assemblée lie ou délie sur la terre (Matt. 18:18). On pourrait appeler cela un « pardon administratif des péchés ». Ce pardon ne s’étend que dans le temps présent et sur la terre, même s’il se trouve reconnu dans le ciel. Paul a dû vivre la situation où, dans sa première comparution, personne ne s’est tenu auprès de lui, mais tous l’ont abandonné. Pourtant il priait pour leur pardon, afin que cela ne leur soit pas imputé (2 Tim. 4:16).

J’ai donné ces exemples pour rendre plus clair le fait que, tant du côté de Dieu que du côté de l’homme, il y a un pardon ayant à faire avec le temps présent. Notre position en Christ n’en est pas touchée le moins du monde. Mais ce qui est touché par ce pardon-là, c’est notre communion pratique avec Dieu. Nous ne pouvons en jouir que lorsque nous sommes droits et que nous ne cachons pas nos péchés, mais que nous les confessons. Ce principe est valable y compris pour la communion les uns avec les autres.

Pour prévenir tout malentendu, disons encore que tout pardon du côté de Dieu se fonde en dernier ressort sur l’œuvre expiatoire de Son Fils, et que, dans cette mesure, il a une portée éternelle. Il ne peut pas en être autrement.

 

2.3.6       N’avons-nous pas péché ? — 1 Jean 1:10

Un troisième « si nous disons » est encore placé devant nous :

« Si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur et sa parole n’est pas en nous » (1 Jean 1:10).

Cette dernière des trois prétentions est sans doute la plus effrontée et la plus éhontée. Remarquons que le temps du verbe est au parfait : « nous n’avons pas péché », de sorte que cette affirmation vise toute la vie passée jusqu’au moment présent. Est-il possible pour un chrétien d’assurer solennellement en cet instant, qu’il n’a jamais péché ni aujourd’hui ni dans le passé ? Ce n’est pas seulement nier la différence entre la lumière et les ténèbres (1 Jean 1:6) ; ce n’est pas non plus nier le caractère pécheur de notre nature humaine (1 Jean 1:8) ; c’est plutôt nier que l’on ait jamais péché en général. Cette outrecuidance est en soi un fruit de la nature pécheresse de l’homme, et elle est donc la preuve de cette nature. N’est-il pas profondément honteux que ce soit justement dans la chrétienté, plus que nulle part ailleurs, que de pareils enseignements corrompus se soient développé ? Comme quelqu’un l’a dit : « la corruption du meilleur est la pire des corruptions ».

Prétendre ne pas avoir péché a des conséquences bien plus lourdes que dans les hypothèses précédentes : Nous ne nous mentons pas seulement (1 Jean 1:6), nous ne nous faisons pas seulement des illusions (1 Jean 1:8) ; mais nous faisons directement Dieu menteur. C’est la pire provocation contre Dieu. C’est un blasphème. Dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, Dieu a dit que tous ont péché (comparons seulement Ps. 14:1-3 avec Rom. 3:9-18). Si nous pensons nous disculper de nos péchés à l’aide de la philosophie et de la théologie, et que nous croyons ne pas avoir besoin du sang de Jésus, Son Fils, pour les effacer, alors nous faisons de Dieu Lui-même un menteur. Pensons à la gravité et à la portée de cette déclaration !

Mais cela signifie aussi en même temps, que Sa parole n’est pas en nous. C’est un rejet sans ambigüité de Sa parole clairement énoncée. Un véritable enfant de Dieu ne parlera jamais de cette manière, mais comme Job, il confessera toujours : « J’ai péché… » (Job 33:27).

Il y a un parallèle entre les v. 8 et 10 de 1 Jean 1. Au v. 8 il est dit : « et la vérité n’est pas en nous ». Au v. 10 il est dit : « et Sa parole n’est pas en nous ». Sa parole (en grec : logos) est la vérité, de manière absolue ; mais elle est la vérité sous la forme concrète des Saintes Écritures, les oracles inspirés de Dieu.

Si l’apôtre n’adjoint ici (v.10) aucune contrepartie à ce qui est vrai (v. 7 et 9), à l’inverse des deux cas précédents de fausses prétentions (v. 6 et 8), c’est sans doute parce que tout ce qui pouvait être dit à cet égard a déjà été exprimé au v. 9.

Retenons quand même ferme ceci : qu’il s’agisse de quelqu’un qui égare ou de quelqu’un qui est égaré, celui qui tient un tel langage erroné manifeste de l’incrédulité toute pure, et de la rébellion contre Dieu. Voilà ce que Dieu en pense.

 

2.4      L’avocat auprès du Père — ch. 2:1-2

Nous arrivons maintenant au ch. 2 de la première épître de Jean. Les deux premiers versets appartiennent au ch. 1 quant à leur contenu. La répartition en chapitres est ici plutôt malheureuse. Du fait que ce passage est marqué par l’adresse à « mes enfants », on en a souvent déduit qu’il débutait un nouveau courant de pensées. Mais ce nouveau courant de pensées ne commence en réalité qu’au v. 3 du ch. 2.

Les deux premiers versets représentent une sorte d’appendice au ch. 1, et ils forment la troisième partie de la première grande section de cette épitre (1:1 à 2:2).

Dans cette troisième et dernière partie, il s’agit du cas d’enfants de Dieu commettant des péchés : on a d’abord un avertissement avant que le péché soit commis (1 Jean 2:1a), puis les ressources que le croyant possède par la grâce de Dieu pour la souillure journalière (1 Jean 2:1, 2).

Après avoir eu devant nous dans la deuxième partie le message que Dieu est lumière, et après avoir vu que le croyant lui aussi a une mauvaise nature, et qu’il est donc tout à fait en état de pécher, l’apôtre Jean exprime dans cette perspective un avertissement solennel pour les enfants de Dieu.

 

2.4.1       Avertissement avant que le péché soit commis — 1 Jean 2:1a

Voilà comment s’exprime l’avertissement pénétrant :

« Mes enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez pas » (1 Jean 2:1a).

 

2.4.1.1      « Enfants » — 1 Jean 2:1a

Il est extrêmement consolant et encourageant de voir l’apôtre introduire son appel en s’adressant de manière touchante à « mes enfants ». C’est un nom de destinataire touchant et intime, sous forme de diminutif qui n’exprime pas de l’immaturité, mais de la tendresse. Il utilise sept fois le terme « enfant » pour s’adresser à quelqu’un dans sa première épitre, et il définit par-là, non pas une branche particulière de la famille de Dieu, mais tous ses lecteurs, c’est-à-dire tous les croyants en général. Ils sont tous des « enfants » (en grec : teknia), ce qui signifie à peu près « engendrés ». Effectivement ils sont ‘engendrés’ ou ‘nés de Dieu’. C’est un privilège infini qui nous a déjà occupés dans notre épître, et qui va encore nous occuper souvent ! Pour être complet, mentionnons que le Seigneur Jésus s’est aussi adressé une fois à Ses disciples sous cette forme de tendresse : « Enfants, je suis encore pour un peu de temps avec vous » (Jean 13:33).

Ce terme « enfants » (en grec : teknia) qui, outre ce v. 1, figure dans notre chapitre aussi aux v. 12 et 28, est à différencier de l’autre terme utilisé aux v. 13 et 18, celui de « petits enfants » (en grec : paidia). Ce dernier terme concerne des enfants de Dieu qui sont encore jeunes dans la foi, et qui n’ont pas encore atteint la maturité spirituelle des « jeunes gens » ni des « pères ». — Quand l’écrivain fort âgé s’adresse, comme ici, aux destinataires de son épître par ce terme « mes enfants », cela exprime bien sûr non seulement son âge avancé, mais aussi sa relation particulièrement longue avec ceux pour lesquels il a toujours été un père spirituel plein d’amour.

Il existe une raison particulière pour laquelle nous sommes nommés « enfants » ici. Même s’il nous arrive de commettre des péchés, nous restons quand même des enfants de Dieu. Dieu ne cesse pas de nous aimer, y compris s’il nous arrive de pécher.

Dans le Nouveau Testament bien des noms et titres sont attribués aux rachetés : croyants, chrétiens, disciples, saints, frères (sœurs), rois et sacrificateurs. Mais Jean persévère à nous nommer « enfants », et même il aime le faire. Que nous soyons déjà ornés de cheveux gris, et que nous ayons pu déjà servir le Seigneur un grand nombre beaucoup d’années, ou bien que nous ne soyons venus à la foi que récemment, — dans tous les cas nous sommes pareillement des enfants de Dieu. Combien nous aimons justement cette appellation ! elle est typique de Jean. Quant au titre de « fils », il le réserve pour une seule personne, celle du Fils de Dieu.

 

2.4.1.2      Raison de l’avertissement — 1 Jean 2:1a

L’apôtre commence par faire la distinction entre ce qu’il avait écrit, et ce qu’il voulait écrire maintenant. Il avait dit précédemment : « et nous vous écrivons ces choses » (1 Jean 1:4), mais maintenant il dit : « je vous écris ces choses ». Il ne s’agit plus de la part de vérité que Dieu a confiée à des témoins choisis, ni de ce que ceux-ci ont redonné fidèlement, ce qu’ils ont « annoncé ». Au contraire, l’apôtre devient maintenant tout à fait personnel, et il avertit ses enfants du danger de traiter le péché à la légère.

La raison de cela se voulait double. Premièrement du fait qu’aucun chrétien ne peut dire qu’il n’a plus péché, on pourrait être tenté de penser qu’il ne sert à rien de résister au péché. Cela ne serait pourtant rien d’autre que de l’indifférence et de l’insouciance. Mais d’un autre côté, du fait que le péché a été si « facilement » pardonné, d’autres pourraient penser qu’il est désormais indifférent pour Dieu d’avoir à pardonner un peu plus ou un peu moins de péchés. Mais ce ne serait rien d’autre que de l’effronterie et de l’abus de la grâce. Les deux conclusions sont fausses, et conduisent dans tous les cas à l’erreur.

Certainement le croyant a encore en lui la vieille nature, la chair, et une perfection sans péché est inatteignable pour lui dans ce monde. Cependant cela ne veut jamais dire qu’il peut demeurer dans le péché. C’est pourquoi l’apôtre écrit à ses enfants afin qu’ils ne pèchent pas. Naturellement il est expressément admis que la possibilité de pécher existe et subsiste pour eux. Mais le but de tout, c’est « afin que vous ne péchiez pas ». La forme verbale utilisée ici par l’écrivain est l’aoriste, qui est ponctuel, et cela rend clair que tout acte de péché doit être évité. En contraste avec cela, le verbe du ch.1 v.3 est au présent : « … afin que vous aussi vous ayez communion avec nous ».

La communion avec les apôtres, et par-là aussi la communion avec le Père et Son Fils Jésus Christ sont un privilège fondamental pour tous les enfants de Dieu. L’apôtre avait écrit précédemment à ce sujet, comme on vient de le remarquer (1 Jean 1). Mais il avertit maintenant qu’ils peuvent perdre la réalisation pratique et la jouissance de ce privilège. Par quel moyen ? en pèchant. Il ne leur écrit pas par crainte qu’ils puissent finalement aller à la perdition. Mais nous devons être absolument clairs sur le fait qu’il nous devient impossible de jouir de la communion avec le Père et le Fils si nous tolérons un seul péché. Une seule mauvaise pensée, si elle reste non jugée, met en lambeaux cette chose si fragile.

 

2.4.2       La sollicitude du Père — 1 Jean 2:1b

C’est justement le fait d’avoir été amenés à une relation si proche et si intime avec Dieu, le Père, et avec le Seigneur Jésus, qui donne à notre péché un caractère si grave. Si nous péchons, nous blessons aussi bien l’amour du Père que l’amour du Fils, comme aussi la sainteté de Dieu. Or c’est juste le contraire de manifester la vie éternelle. C’est là un premier côté des choses. Mais l’autre côté, c’est que des enfants de Dieu sincères, sentant cette inconséquence (ou : contradiction), sont justement mis en danger d’être plongés dans la désolation et le désespoir.

 

2.4.2.1      Le péché comme une action ponctuelle et personnelle — 1 Jean 2:1b

Pour les préserver d’être dévorés par la tristesse, l’apôtre continue :

« et si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste » (1 Jean 2:1b).

Aucun d’entre nous n’est dans l’obligation de pécher. Il n’y a pas la moindre nécessité de le faire, ni aucune excuse de s’y livrer. Ne possédons-nous pas le Saint Esprit qui est la puissance de la vie nouvelle ? Pécher est tout à fait anormal et n’a rien d’inéluctable pour un chrétien. C’est pourquoi l’apôtre utilise de nouveau la construction commençant par un ‘si’, « si le cas arrive que … ». Cela souligne l’anomalie du péché, son caractère exceptionnel.

Le fait qu’il ne s’agisse que d’un événement ponctuel ressort aussi de ce qu’il utilise de nouveau le verbe à la forme aoriste : « si quelqu’un a péché », qu’on peut aussi traduire : « si quelqu’un pèche » (l’aoriste n’a sous cet aspect aucune signification temporelle). Jean ne suppose donc pas qu’un croyant pèche constamment ou habituellement, car du point de vue grammatical cela exigerait que le verbe soit au temps présent. Et quant au fond, c’est justement le contraire qui est le cas. Au ch. 3 v.9 il est dit — et là nous avons logiquement le verbe au temps présent : « quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché ». Cela confirme que dans notre ch. 2 il n’est pas question d’une vie dans le péché, mais d’un péché spécifique, occasionnel. Car il est impossible qu’un croyant puisse pécher de manière continuelle. Bien au contraire, depuis sa conversion, il hait le péché et aime la sainteté.

Le fait que Jean parle maintenant de « quelqu’un » montre également combien la circonstance est personnelle. C’est pourquoi il ne dit pas : « si nous péchons », mais « si quelqu’un pèche ». Chacun de nous peut pécher, personne n’en est exclu, personne ne s’en immunise. Car, si je ne reste pas dans l’intimité de Christ, alors tôt ou tard je pécherai.

 

2.4.2.2      Nous avons un avocat — 1 Jean 2:1b

Si maintenant le cas sérieux arrive que quelqu’un d’entre nous pèche, que se passe-t-il ? Tout est-il perdu ? Dois-je tout recommencer depuis le début ? — Les paroles suivantes ont souvent consolé profondément l’auteur, et certainement pas seulement lui : « Nous avons un avocat auprès du Père, Jésus Christ, le juste ». Ici chaque mot a son importance particulière.

D’abord : « nous avons » — nous, la famille des enfants de Dieu, nous avons quelque chose de très grand. C’est un privilège qui nous appartient à tous, un privilège qu’il n’y a pas lieu de commencer à chercher ou à acquérir quand nous avons péché. Nous l’avons déjà. Car, notons le bien, il n’est pas dit : « si quelqu’un a péché, il a … ». C’est ce qu’on attendrait logiquement. Mais ce : « nous avons » montre que c’est un privilège commun à tous. Nous l’avons, comme nous avons la vie éternelle, et comme nous avons le pardon des péchés.

En quoi consiste ce privilège ? Qu’avons-nous à disposition dans l’éventualité où nous péchons ? C’est un avocat, — et un avocat auprès du Père, — Jésus Christ, le Juste ! (*). C’est une personne merveilleuse, qui a un service merveilleux dans un endroit merveilleux. Le mot grec pour « avocat » ‘paracletos’, désigne un avocat, un consolateur, un intercesseur — quelqu’un qui littéralement est « appelé au côté de quelqu’un » pour saisir son cas et y mettre ordre. Si l’esclave d’un patricien romain s’était méconduit publiquement en quelque manière, alors d’habitude son seigneur lui mettait à son côté un ‘paracletos’, un avocat ou administrateur qui se chargeait de toute son affaire.

 

(*) Le terme « avocat » [ou plutôt : « chargé d’affaire » — traduit aussi en français par « consolateur »] n’est utilisé dans le Nouveau Testament que par l’apôtre Jean, 4 fois dans l’évangile (14:16, 26 ; 15:26 ; 16:7) et seulement ici dans son épître. Dans l’évangile ce terme qualifie aussi bien le Seigneur Jésus (noter « un autre consolateur », 14:16) que le Saint Esprit en particulier. Il y a dans cette mesure une différence entre l’évangile et la première épître de Jean, dans le fait que le service du « chargé d’affaire » dans l’évangile a davantage à faire avec de la consolation et du soutien, tandis que dans l’épître il a seulement à faire avec le péché.

 

Il en est ainsi de nous. Quand nous avons péché, alors nous avons un ‘avocat’, ou ‘chargé d’affaire’ à notre côté, qui s’occupe de notre cas, bien qu’Il soit Lui-même au ciel auprès du Père. D’un côté cela montre combien Dieu prend au sérieux la question de commettre le péché. Car s’Il passait ou pouvait passer légèrement sur le péché, Il n’aurait pas besoin d’accorder un défenseur.

Mais d’un autre côté la mention du Père est d’une grande beauté et pleine d’une profonde consolation. N’apprenons-nous pas par-là, combien le péché est humiliant et source de honte, et combien il détruit la relation avec le Père ? La communion pratique est bien aussi perturbée, nous l’avons déjà vu ; cependant les relations qui nous sont accordées par grâce, quant à elles, demeurent intactes, et subsistent éternellement.

Nous avons besoin de cette consolation, bien-aimés, et nous avons besoin d’en avoir conscience justement quand nous avons péché. N’avons-nous pas tous déjà plus ou moins vécu ceci que, quand nous ressentons la gravité et l’abjection du péché, il a tendance à nous précipiter dans l’obscurité, loin de Dieu ? Combien de croyants ont eu le cœur malade parce qu’ils n’avaient plus la grâce devant les yeux, alors que c’est justement elle qui, quand nous avons péché, nous rappelle que la relation établie avec Dieu demeure intacte. Tenons ferme ce fait que « nous avons un avocat auprès du Père » — non pas « auprès de Dieu », mais « auprès du Père ». Il est et Il reste notre Père, y compris dans le cas extrême où nous péchons. La construction « auprès » (en grec : ‘pros ton’) est la même qu’au ch. 1 v.2. Elle ne désigne pas seulement quelqu’un qui est dans la présence du Père, mais quelqu’un dont l’attitude par rapport à Lui est dirigée en notre faveur. La référence à Dieu comme « le Père » nous rappelle ce qui est dit au ch. 1 v. 2 et 3.

 

2.4.2.3      Le service d’avocat — 1 Jean 2:1b

Après le « si quelqu’un a péché », nous nous serions attendus à ce que la phrase continue plutôt autrement. Peut-être quelque chose comme : « … qu’il confesse alors son péché ! ». Mais ce n’est pas ce que nous dit la Parole de Dieu. Avons-nous eu quelquefois conscience que la confession de notre péché était le résultat de l’activité de l’avocat, là-haut auprès du Père ? C’est ce qui nous préserve de dérives supplémentaires, et qui nous amène d’abord à reconnaître nos péchés dans leur vrai caractère, et alors à les confesser. Le Seigneur Jésus est déjà actif pour nous avant que nous ayons péché. Quand le cher Seigneur a-t-Il prié pour Pierre ? Est-ce quand celui-ci s’est repenti ? Pas du tout ! — Quand a-t-Il lavé les pieds de ses disciples ? Après qu’ils le lui aient demandé ? Pas du tout ! — Combien peu nous connaissons l’activité cachée de notre Seigneur, combien peu nous connaissons nos propres défaillances et leurs fréquentes répétitions ! Quand n’avons-nous pas manqué ? Quand marchons-nous réellement dans la pleine lumière de l’amour de Dieu ? La connaissance de notre faiblesse nous rend d’autant plus reconnaissants pour le service de notre Avocat là-haut, et pour le fait qu’Il traite nos affaires de manière parfaite auprès du Père.

Ce service, après que nous ayons péché, s’étend jusqu’à la restauration dans une pleine communion avec Lui et avec le Père. Son service comme souverain sacrificateur comporte un autre caractère. Il est dirigé dans le but que nous ne péchions pas. Le service d’avocat est nécessaire quand nous avons péché. Comme souverain sacrificateur, Il nous présente parfaits devant Dieu. Comme avocat Il est actif pour nous auprès du Père. Le souverain sacrificateur a à faire avec nos faiblesses, l’avocat a à faire avec nos péchés. Le service du souverain sacrificateur est pour que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour avoir du secours au moment opportun (Héb. 4:16). Le service de l’avocat est le fruit de la propitiation comme nous le verrons encore. En un certain sens, le service d’avocat a un caractère plus intime, plus intérieur que le service de souverain sacrificateur. Cependant nous avons besoin des deux. Les deux services ne touchent pas la question de mise en compte des péchés en rapport avec l’éternité.

S’il est tout à fait selon l’Écriture de parler de l’œuvre accomplie de Christ, il est tout autant juste de parler de l’œuvre de Christ non encore accomplie. Car le Seigneur qui a accompli une œuvre quand Il est mort sur la croix pour nos péchés, a commencé une nouvelle œuvre quand Il est monté au ciel à la droite du Père.

Cependant Il est toujours vivant pour s’employer pour nous. Cette œuvre bénie a deux côtés, comme nous venons de voir : le service du souverain sacrificateur et le service de l’avocat. Cette activité est nécessaire tant que et seulement tant que nous sommes encore sur la terre. Quelle miséricorde et quelle grâce d’exercer cette activité en notre faveur et sans qu’on l’ait demandé, dans toute la perfection de Sa personne (voir la rubrique suivante : « La personne de l’avocat ») et de Son œuvre de propitiation (voir la rubrique suivante : « La propitiation pour les péchés ») !

 

2.4.2.4      La personne de l’avocat — 1 Jean 2:1b

La personne de l’avocat est décrite comme étant « Jésus Christ, le juste ». L’ordre des termes « Jésus - Christ » indique que celui qui se tient devant les yeux de l’écrivain de l’épitre, c’est Celui qui est venu à nous autrefois pour mourir (Jésus), mais qui, une fois l’œuvre accomplie, est maintenant glorifié auprès du Père (Christ).

Il est alors nommé « le Juste ». Cela exige d’abord une remarque plus générale. Chaque fois qu’il est question dans la Parole de Dieu de Christ ou du Saint Esprit comme du ‘paraclet’ ou ‘chargé d’affaires’ (cinq fois comme nous l’avons vu ; traduit une fois par ‘avocat’ et quatre fois par ‘consolateur’), il y a toujours un qualificatif qui est adjoint et qui met en relief la sainteté parfaite de la personne. Le Saint Esprit est appelé « l’Esprit de vérité », et inversement le Consolateur est le « Saint Esprit ». Jésus Christ est le Juste. Seul Jean 16:7 paraît faire exception. Cependant si l’on regarde les versets suivants, alors le principe énoncé se trouve confirmé. Bien que le chargé d’affaires (‘consolateur’ ou ‘avocat’) se charge chaque fois parfaitement de notre cas, et qu’il mène l’affaire à bout avec succès, cela se passe néanmoins avec une pleine prise en compte des droits et de la pureté de Dieu.

Mais cela implique aussi que le Seigneur Jésus ait dû souffrir et mourir comme notre Sauveur et notre substitut, Lui « le juste pour les injustes » (1 Pierre 3:18). Ce n’est pas seulement parce qu’Il est le Juste en Lui-même que le Seigneur agit comme notre avocat ; car alors le fait que Dieu est juste suffirait entièrement. Jésus Christ ne peut être notre avocat auprès du Père que parce qu’étant juste (Actes 3:14 et 7:52), Il est mort pour nous et est ainsi « devenu justice » de Dieu (1 Cor. 1:30 ; comp. aussi 2 Cor. 5:21). La justice du Seigneur Jésus est en outre en contraste criant avec l’injustice de nous, les hommes (1 Jean 1:9).

Le fondement de Sa fonction d’avocat est double, comme cela a déjà été indiqué. Ici nous avons le premier côté. Le service du Seigneur comme notre avocat est légitimé et son efficacité garantie par le fait qu’Il est « le Juste ». Et parce que Lui, le Juste est auprès de Dieu, le Père, la place que nous avons là-haut devant Lui nous reste conservée.

La Personne qui a été parfaitement agréée est maintenant dans la présence de Dieu, et nous aussi nous sommes agréés en Lui qui est devenu notre justice. Cela ne change pas même dans le cas où nous aurions péché. La communion pratique avec Dieu est cependant interrompue. Pour la rétablir, « le Juste » s’emploie continuellement pour nous devant le Père. Il s’empare de notre cas devant le Père, et veille à ce que de notre côté tout soit mis en accord avec la justice de Dieu.

 

2.4.2.5      La propitiation pour les péchés — 1 Jean 2:2a

Mais à côté de ce premier aspect, il y a un second côté, davantage tourné vers Dieu. Il est présenté dans le verset suivant, et il relève plutôt d’un principe. Les deux choses, la personne et l’œuvre de Christ, forment ensemble le fondement de Son service comme avocat. Or les deux sont intimement imbriquées de sorte qu’on peut bien les distinguer, mais on ne peut guère les séparer.

« Et lui est la propitiation pour nos péchés, et non pas seulement pour les nôtres, mais aussi pour le monde entier » (1 Jean 2:2).

La question de nos péchés devait être réglée fondamentalement. Dieu soit loué : c’est une question résolue ! Jésus Christ est la propitiation pour nos péchés ! Pour pouvoir mieux comprendre et apprécier l’importance de cette affirmation, nous devons d’abord nous occuper de ce que l’Écriture Sainte entend par propitiation.

Le mot « propitiation » (en grec : hilasmos), n’apparaît dans le Nouveau Testament qu’ici et au ch. 4 v.10. Il dérive du verbe grec « hilaskomai » avec la signification de « rendre favorable, apaiser, calmer (spécialement une colère) ». Nous ne devons pas relier cela à la pensée païenne qui considérait leurs dieux en général comme des monstres effrayants et sanguinaires dont ils cherchaient à atténuer la colère par toutes sortes d’offrandes.

De tels courants de pensées abjects sont incompatibles avec le christianisme, et même avec toute l’Écriture Sainte. Certes Dieu est lumière, mais Il est aussi amour, et Sa bonté envers Sa créature a été démontrée des milliers de fois. Dieu a spécialement montré Son amour dans le don de Son Fils unique (Jean 3:16).

Dieu n’a jamais été l’ennemi de l’homme. C’est même l’inverse : l’homme a été et est l’ennemi de Dieu. Ce n’est pas Dieu qui devait se réconcilier avec l’homme, mais l’homme avec Dieu (Rom. 5:10 ; Col. 1:21 ; 2 Cor. 5:18).

Pourtant les enfants de Dieu eux-mêmes méconnaissent facilement que la majesté et l’honneur de Dieu ont été offensés aux yeux de toute la création par le péché de l’homme, et qu’en conséquence Dieu est en colère contre le péché. Un petit nombre de passages le font ressortir. « Qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3:36). « Car la colère de Dieu est révélée du ciel contre toute impiété et toute iniquité des hommes » (Rom. 1:18). « Et si Dieu, voulant montrer sa colère … a supporté avec une grande patience des vases de colère » (Rom. 9:22).

La juste colère de Dieu à l’égard du péché, ses justes exigences à l’égard du péché devaient être satisfaites, et il devait leur être donné suite si nous ne devions pas demeurer éternellement sous cette colère. Cependant quelle grâce insondable : le Fils de Dieu est venu, et s’est livré Lui-même à Dieu en sacrifice de propitiation ! Là à la croix, durant les trois heures de ténèbres, fut vérifié ce que l’Esprit de Christ avait exprimé prophétiquement : « Ta fureur s’est appesantie sur moi, et tu m’as accablé de toutes tes vagues » (Ps. 88:7). Là, Celui qui était pur a été atteint par la colère et le jugement de Dieu que nous aurions mérité pour l’éternité.

Le sacrifice de Christ est parfait à tous égards, y compris en ce que Dieu a été parfaitement glorifié à l’égard du péché. Il a été fait droit à Sa sainteté ; Son jugement à l’égard du péché a été reconnu comme juste. C’est dans cette mesure que la colère ardente de Dieu contre le péché a été « apaisée » par le sacrifice de Jésus Christ le Juste.

Par le sang de Jésus mis sur le propitiatoire (* ; Rom. 3:25 ; Héb. 9:5), Sa majesté et Sa sainteté ont été mises en lumière, de sorte qu’Il peut maintenant agir en grâce envers le pécheur, et l’inviter à venir à Lui, et à se réconcilier avec Lui.

 

(*) Le mot grec ‘hilastérion’ dérive du verbe ‘hilaskomai’ et signifie ‘faisant propitiation’, ‘lieu de propitiation’ ou ‘propitiatoire’, ‘trône de grâce’. C’est par ce terme qu’en Romains 3 et Hébreux 9 il est fait allusion au couvercle d’or de l’arche de l’alliance comme le lieu de la propitiation. Nous reviendrons un peu plus loin sur cette figure pour la voir de plus près.

 

2.4.2.6      La propitiation n’est pas le pardon — 1 Jean 2:2a

Voilà la propitiation, chers amis ! Même si aucun pécheur ne donnait suite à l’invitation de Dieu et ne goûtait par conséquent le pardon des péchés, pourtant la propitiation existe avec son résultat : le chemin vers Dieu est frayé. Maintenant « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2:4 ; voir aussi 2 Pierre 3:9). C’est pourquoi « Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent » (Actes 17:30). De ce point de vue de la propitiation, le Seigneur Jésus est apparu apportant le salut à tous les hommes (Tite 2:11), Il est mort pour tous (2 Cor. 5:15 et Héb. 2:9), et Il s’est donné lui-même en rançon pour tous (1 Tim. 2:6).

Pourtant la propitiation n’est pas la pardon, ni la substitution. Certes la propitiation a lieu pour les péchés, pour la culpabilité, mais elle n’équivaut pas au pardon des péchés. Ce sont deux résultats différents de l’œuvre de Christ. Leur distance dans le temps suffit déjà à montrer clairement qu’elles sont différentes. La propitiation a eu lieu à la croix, tandis que Dieu ne nous accorde le pardon que lorsque nous confessons nos péchés (1 Jean 1:9). L’homme est responsable de venir confesser ses péchés ; et ce n’est qu’ainsi que, par la foi en Son sang (Rom. 3:25), il est personnellement au bénéfice de Christ comme propitiatoire [ou : trône de grâce].

L’importance de distinguer entre propitiation et pardon sera confirmée quand nous en arriverons à parler de la deuxième moitié du v. 2 de 1 Jean 2. Pour le rendre encore plus clair, regardons encore une fois la figure du grand jour des propitiations dans Lévitique 16. Dans le bouc azazel envoyé au désert, nous avons vu, à propos de 1 Jean 1:9, une excellente image du pardon. Mais dans le premier bouc, celui qui avait été tiré au sort pour l’Éternel (Lév. 16:8, 9, 15-19), nous trouvons clairement représentée la pensée de la propitiation. Aaron l’égorgeait et aspergeait son sang sur et devant le propitiatoire et contre l’autel. Le sang était présenté à Dieu, et par cela le souverain sacrificateur faisait « la propitiation pour le lieu saint, le purifiant des impuretés des fils d’Israël et de leurs transgressions, selon tous leurs péchés » (Lév. 16:16). (*)

 

(*) Les deux boucs sont naturellement un en Christ ! Mais nous avons deux côtés différents de Son sacrifice : l’un s’adresse à Dieu (la propitiation) et l’autre est le fait de porter nos péchés (le pardon, la substitution). Remarquons que l’Écriture ne dit jamais que le Seigneur Jésus a « porté » les péchés de TOUS (comparer És. 53:12 ; Héb. 9:28 ; 1 Pierre 2:24 ; Marc 10:45 ; Matt. 20:28). S’il en avait été ainsi tous seraient finalement sauvés.

 

Déjà dans la figure de Lév.16, c’était Dieu qui faisait le nécessaire pour les transgressions et les péchés de Son peuple. Et l’amour de Dieu nous irradie de manière d’autant plus brillante dans l’accomplissement de cette figure dans le Nouveau Testament, — un amour qui a conçu pour nous un pareil chemin de salut. Il n’est pas dit que c’est nous qui avons aimé Dieu, mais que c’est Lui qui nous a aimé et a envoyé Son Fils pour être la propitiation pour nos péchés (1 Jean 4:10). C’est Lui-même qui s’est soucié de la propitiation de nos péchés, et qui a envoyé son Fils pour la faire. C’est en cela que nous pouvons voir en pratique ce qu’est l’amour : « en ceci est l’amour… », un amour adorable !

Ce passage du ch. 4 aussi bien que notre verset du ch. 2 qui est encore plus clair, vont au-delà de la pensée que le Seigneur Jésus a expié nos péchés par Sa mort. Cela Il l’a fait indiscutablement. Mais ici il est dit : « Lui est la propitiation pour nos péchés ». Autrement dit, Il est la propitiation dans Sa propre personne.

Cela est en relation étroite avec ce qui a été dit de Lui précédemment au v. 1 comme étant le ‘Juste’. Son œuvre et Sa personne fusionnent pour ainsi dire. Il en est de même avec la paix. Bien qu’Il ait fait la paix par le sang de Sa croix (Col. 1:20), Il est pourtant Lui-même aussi « notre paix » (Éph. 2:14).

Quelle sécurité absolue tout cela signifie pour nous ! S’Il est la propitiation pour nos péchés dans Sa propre personne, ne pouvons-nous pas alors nous confier pleinement dans Son service d’avocat auprès du Père ? Lui qui autrefois a ôté nos péchés une fois pour toutes de devant les yeux de Dieu, et qui a présenté Lui-même le sacrifice de propitiation pour cela, Il est aussi Celui qui intervient pour nous aujourd’hui quand nous nous sommes souillés.

 

2.4.2.7      La propitiation pour le monde entier — 1 Jean 2:2bc

Si nous avons compris ce que signifie la propitiation dans le Nouveau Testament, nous n’aurons pas trop de difficultés avec la deuxième partie du v. 2, pour en saisir la portée effective :

« … non pas seulement pour les nôtres, mais aussi pour le monde entier » (1 Jean 2:2bc).

Il est frappant qu’il ne soit pas dit que Christ est la propitiation pour les péchés du monde entier. En se basant sur Matt. 5:20, on pourrait grammaticalement rendre cette tournure par : « … pour ceux du monde entier » ; car dans ce verset de Matthieu, il est dit pareillement : « si votre justice ne surpasse pas celle des scribes… ». Mais ici il manque le pronom ‘ceux’. Il semble que l’écrivain a intentionnellement évité la formule « pour les péchés du monde entier ». Ce n’est pas que ce serait faux, la propitiation a eu lieu pour des péchés. Pour lesquels donc ? Si l’on y regarde superficiellement, il vient à l’esprit la pensée que les péchés du monde entier seraient aussi pardonnés et ôtés. Il vaut donc bien mieux laisser le verset juste comme il est dans notre traduction.

Ce que nous devons apprendre ici est bien plutôt ceci : la propitiation que Christ a opérée par Son sacrifice, s’étend au monde entier. Même si son efficacité n’est acquise que pour les croyants, pourtant le monde entier (des hommes) relève de son domaine. Personne n’est inévitablement exclu de cette bénédiction. Le chemin vers Dieu est ouvert à quiconque veut venir à Lui avec ses péchés. Voilà justement le résultat de la propitiation ! Aujourd’hui Dieu appelle tout un chacun : « Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie » (Apoc. 22:17). Et le Seigneur Jésus invite les pécheurs de cette manière touchante : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos » (Matt. 11:28).

Le chapitre 4 de notre épître décrit de la manière suivante le caractère universel de la sollicitude de Dieu aujourd’hui : « le Père a envoyé le Fils pour être le ‘Sauveur du monde’ » (1 Jean 4:14) — un Sauveur non pas pour un peuple particulier seulement, par exemple le peuple juif, mais pour le monde entier. C’est la même comparaison ou contraste qui paraît d’ailleurs être aussi à la base de notre verset. Jean (comme Pierre) était encore étroitement lié aux formes juives primitives du christianisme, et c’est pourquoi il aime parfois se rattacher à ses frères Juifs selon la chair. C’est ce qu’il fait dans notre verset. Quand il dit : « non pas seulement pour les nôtres », il vise les péchés des Juifs. Et ainsi nous apprenons la vérité grandiose : Christ a opéré la propitiation — non seulement pour les Juifs mais aussi pour le monde entier.

Si nous réfléchissons encore une fois à tout ce qui nous a occupé dans ces deux versets du début du ch. 2, si nous voyons avec quelle sollicitude Dieu a pourvu à l’éventualité où nous ses enfants nous pécherions encore, alors notre cœur est rempli de louange et d’adoration. Combien notre Père est plein de grâce dans Ses soins anticipatifs, combien notre Seigneur est admirable dans Son service ! — Cependant combien cela nous ramène tout naturellement au point de départ, et nous nous rappelons l’appel de l’apôtre et la raison pour laquelle il a mis par écrit ces paroles. Ainsi jaillit dans nos cœurs le désir de prendre à cœur bien davantage cet avertissement qui est le Sien :

 

« Mes enfants,

je vous écris ces choses

AFIN QUE VOUS NE PÉCHIEZ PAS ».

(1 Jean 2:1)

 

 

 

 

3        Remarques sur la vie divine — 1 Jean 2:3-11

La première grande section dans la première épître de Jean (1 Jean 1:1-2:2) nous a communiqué la doctrine propre à l’épître. Sous le titre « Avec Dieu dans la lumière », cette section a mis devant nous trois parties qui nous ont fait connaître : a) la manifestation de la vie (1:1-4), b) le témoignage de Dieu (1:5-10) et c) l’activité d’avocat (de chargé d’affaires) de Christ (2:1,2). Nous pouvons aussi définir ces trois parties de la manière suivante : a) communion avec le Père et le Fils, b) la nature de Dieu, et c) l’intercession de Christ quand nous avons péché.

 

3.1      Nouvelle section — plan et introduction

Avec le v.3 du ch. 2 commence une nouvelle section de cette épître qui va jusqu’au v. 11 inclus. Dans cette section sont présentées les caractéristiques de la vie divine — de la vie que le croyant possède en Christ et qu’il est appelé à manifester.

Au sens strict cette nouvelle section s’étend même jusqu’au ch. 3 v.23 inclus. Dans cette partie, deux parenthèses sont cependant insérées, l’une grande (2:12-27) et l’autre petite (3:1-3). Dans la grande parenthèse, les étapes de croissance spirituelles parmi les enfants de Dieu sont décrites avec leurs caractéristiques et leurs dangers. Cependant pour une meilleure vue d’ensemble, nous voulons fragmenter la section avec toute son étendue, et considérer les sous-sections individuellement après avoir maintenant montré clairement le contexte global.

Si l’apôtre Jean commence à présenter les traits essentiels de la vie divine : obéissance, amour et justice, c’est que, sur le fond, deux dangers l’y engagent. L’un de ces dangers réside en ce que les enfants de Dieu peuvent encore pécher, et malheureusement ils le font effectivement. Or cela offre à l’adversaire l’occasion idéale pour remettre en question leurs relations avec Dieu, et par ce moyen, détruire les fondements de leur foi et de leur bonheur.

Et ensuite il y avait encore le danger du gnosticisme : des séducteurs incrédules regardaient la connaissance intellectuelle comme le bien suprême, et ils avaient la prétention d’avoir une plus grande connaissance de Dieu que les simples chrétiens. Par-là ils ébranlaient les croyants et mettaient en doute l’authenticité de la vie divine en eux.

C’est pourquoi l’apôtre donne les traits de caractère de la vie éternelle dans le but, d’un côté d’affermir les croyants dans leur certitude de la foi, et d’un autre côté, de démasquer les séducteurs avec leur profession creuse. C’est justement cet objectif qui rend si précieuse, et même si indispensable, cette section, et même toute l’épître. Quand nous l’avons compris, nous ne sommes plus du tout troublés de ce que l’écrivain teste à nouveau ce qu’on professe, de manière semblable à ce que nous avons déjà vu au ch. 1. C’est justement pour atteindre ce but que l’apôtre répète trois fois l’expression « celui qui dit… » (2:4, 6, 9) et qu’il donne les « tests » correspondant.

 

3.2      L’obéissance — source de bénédiction — 1 Jean 2:3

« Et par ceci nous savons que nous le connaissons… » (1 Jean 2:3a).

 

L’apôtre parle en premier de la connaissance de Dieu : « …que nous le connaissons ». Du fait que cette connaissance n’est possible que si on possède la vie divine (Jean 17:3), cette question de savoir si quelqu’un connaît Dieu, revient finalement et simplement à savoir si, oui ou non, on possède la vie spirituelle venant de Dieu.

Que répondrions-nous si l’on nous demandait quelle est la caractéristique première et majeure de la vie divine ?

Je m’imagine les réponses à cette question, nombreuses et variées. S’agit-il de la plus grande de toutes les vertus, l’amour ? Ou bien est-ce le zèle pour l’évangile ? Ou bien est-ce le courage pour confesser le Seigneur ? Ou bien est-ce la puissance pour accomplir des actes de foi puissants ? Ou bien est-ce la patience dans les circonstances éprouvantes ?

Il est étrange que bien peu d’entre nous donnent la bonne réponse — à moins d’avoir déjà été enseignés à ce sujet par la Parole de Dieu ! Même les vrais enfants de Dieu ne mettent guère spontanément le trait de caractère que Dieu place au premier rang : l’obéissance.

 

« Et par ceci nous savons que nous le connaissons, savoir si nous gardons ses commandements » (1 Jean 2:3).

 

Avant d’entrer de plus près dans les détails de ce verset, nous voulons nous arrêter un peu sur l’importance de l’obéissance. Réfléchissons : la seule attitude appropriée de la créature vis-à-vis du Créateur est l’obéissance. Dieu est souverain, et l’homme Lui doit l’obéissance et la soumission à Sa volonté. Rien n’est changé à cela, même quand Dieu nous élève à un niveau de relations bien supérieur, celui d’enfants vis-à-vis de leur Père. En tant que Ses enfants, l’obéissance est aussi la première chose que nous devons à notre Dieu et Père. Quand Dieu nous a ramené à Lui dans Sa grâce, et qu’ainsi Il nous a rendus infiniment heureux, alors Il nous a aussi ramenés dans une position de dépendance dont l’expression est l’obéissance. L’obéissance est le trait de caractère dominant de la vie divine, de sorte que nous pouvons dire : là où en principe il n’y a pas d’obéissance, là il n’y a pas non plus de vie divine. Quelques exemples peuvent nous rendre claire la prééminence de l’obéissance.

Saul de Tarse n’avait pas encore la paix avec Dieu. Il venait juste d’être né de nouveau. Il gisait encore dans la poussière devant Celui qui lui était apparu en gloire, et il Lui demande Sa volonté : « Que dois-je faire, Seigneur » (Actes 22:10). Presque instinctivement son désir est celui de la vie nouvelle en lui, le désir d’obéir.

En 1 Pierre 1, l’obéissance est nommée avant l’aspersion du sang de Jésus Christ (1 Pierre 1:2). Nous sommes élus pour obéir de la même manière que le Seigneur Jésus a été obéissant, c’est-à-dire une obéissance de cœur — avant même d’acquérir la certitude du salut à l’abri du sang de Christ. Cela souligne ce qui vient d’être dit de Saul.

Ce qui nous caractérisait avant la conversion était la désobéissance ; nous étions fils de la désobéissance (Éph. 2:2, 3). Mais maintenant, par la grâce de Dieu, nous sommes devenus des enfants d’obéissance (1 Pierre 1:14). Le désir nouveau de faire la volonté du Seigneur ne vient pas de l’homme naturel. Par nature, nous préférons faire notre propre volonté ; ce qui nous plait le plus, c’est d’aller notre propre chemin. Mais dès l’instant où nous faisons confiance à Christ, c’est notre joie de suivre Sa volonté divine.

L’expression « obéissance de la foi », au commencement et à la fin de l’épître aux Romains (1:5 et 16:26), confirme que notre chemin en tant que croyants des nations commence par l’obéissance de la foi. Il n’est pas question ici de la foi pratique manifestée au cours de notre chemin de foi. Bien plutôt « Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent » (Actes 17:30) ; et l’obéissance est ce que Dieu attend des hommes à l’égard de Son commandement.

L’exemple suprême est naturellement celui du Seigneur Jésus Lui-même. Il ne savait pas, par sa propre expérience, ce qu’était l’obéissance, avant de venir comme Homme sur la terre. Il le savait bien en voyant Sa créature, mais Il n’était pas une créature puisqu’Il était le Créateur. Obéir était quelque chose de nouveau pour Lui, car Il était habitué à commander. Dans ce sens, il était nécessaire que « quoiqu’il fût Fils, il apprenne l’obéissance par les choses qu’il a souffertes » (Héb. 5:8). C’est l’abaissement insondable du Fils de Dieu ! Le Seigneur Jésus a été l’Homme parfait, et Il a marché dans la parfaite dépendance de Son Dieu. Sa vie comme homme n’était pas caractérisée en premier lieu par l’activité pour faire le bien, mais par l’obéissance. Il était en tout soumis à Son Père, et Son motif d’action le plus élevé était Sa volonté pour tout ce qu’Il faisait ou disait. Obéir à son Père était de la nourriture pour Lui [« Sa viande », Jean 4:34]. Sa vie était une vie d’obéissance. Combien tout cela est digne d’adoration ! Même quand le diable est venu Le tenter, Il a fait face à l’adversaire par l’obéissance à la Parole de Dieu : « Il est écrit… ».

Pour rendre encore plus claire l’importance de l’obéissance, regardons brièvement les conséquences catastrophiques de son contraire, la désobéissance. Outre la méfiance vis-à-vis du Créateur, n’est-ce pas le péché de désobéissance qui a précipité dans la mort le premier homme, et avec lui toute sa descendance, la race humaine (Gen. 2:17 ; 3:11, 17-19 ; Rom. 5:12) ? Par la désobéissance d’un seul homme, beaucoup ont été mis dans la position de pécheurs (Rom. 5:19). Qu’est-ce qui peut nous montrer plus fortement combien la désobéissance a été funeste, désastreuse et d’immense portée ? Et comment Dieu a-t-Il répondu à la désobéissance des anges déchus qui, dans leur rébellion, n’ont pas gardé leur premier état, mais ont abandonné leur propre demeure (Gen. 6:4) ? « Il les a réservé dans des liens éternels, sous l’obscurité, pour le jugement du grand jour » (Jude 6).

 

3.2.1       Garder ses commandements — 1 Jean 2:3b

Revenons donc à notre verset 3 de 1 Jean 2 ! S’il est question de garder Ses commandements, cela implique donc l’obéissance des enfants de Dieu — cette première caractéristique de la vie divine.

Mais des commandements de qui s’agit-il, et surtout qu’est-ce qui est entendu finalement par commandement ?

Nous avons de nouveau ici un de ces « passages réversibles » de Christ à Dieu et de Dieu à Christ, qui sont caractéristiques de notre épître. Ces passages sont une expression forte de la Déité de Christ. Bien que Christ soit devenu homme, Il est et Il demeure Dieu — « la Parole » qui donne une expression parfaite à la Déité (Jean 1:1, 14, 18). Jean venait de parler de Christ comme la propitiation pour nos péchés, de sorte que « Ses commandements » sont nécessairement les commandements de Christ. Et pourtant ils sont aussi en même temps les commandements de Dieu, car Christ est l’image du Dieu invisible (Col. 1:15). Les paroles qu’Il prononçait étaient les paroles de Son Père, de qui Il les avait entendues (Jean 14:10 ; 15:15 ; 17:8, 14).

En ce qui concerne maintenant l’expression « commandements », nous ne devons pas penser par-là aux commandements moraux de la loi de Moïse, ceux qu’on appelle les dix commandements. Ils avaient, certes, été donnés pour la vie (Rom. 7:10), c’est-à-dire que celui qui les gardait, vivrait (Gal. 3:12). Mais personne ne les a gardés. Mais nous, nous avons la vie éternelle pour obéir, et pour obéir comme Christ a obéi (1 Pierre 1:2).

Quand Jean parle de garder Son commandement ou Ses commandements, il cite par-là directement le Seigneur Jésus qui a utilisé cette expression de manière répétée (Jean 14:15 et 21 ; 15:10 ; Matt. 28:20). Étroitement lié à cela, il y a le fait de garder Sa parole (Jean 14:23, 24 ; 17:6-8). Et comme que le Seigneur place côte à côte le fait de garder Ses commandements et le fait de garder Sa parole, ainsi l’apôtre fait de même dans son épître. Garder Ses commandements (1 Jean 2:3) est étroitement lié à garder Sa parole (1 Jean 2:5). Un peu plus loin il dit même : « Le commandement ancien est la parole que vous avez entendue (1 Jean 2:7).

Cela nous montre que nous ne devons pas nous représenter comme étant deux choses différentes, d’un côté Son commandement ou Ses commandements, et d’un autre côté Sa parole. Ce sont deux côtés d’une seule et même chose. Avec le mot ‘commandement’, ce qui est mis en avant est davantage l’autorité, les détails de la vie divine, tandis que « la parole » désigne l’expression de la pensée de Dieu comme un tout, et dans cette mesure elle est quelque chose de plus vaste. Néanmoins les deux sont la vérité, comme le montre la comparaison des passages suivants (1 Jean 1:8 ; 2 Jean 4-6 ; 3 Jean 3 ; Jean 17:17), et les deux impliquent l’obéissance.

Quand le Seigneur Jésus était ici-bas sur la terre, Il était soumis aux commandements de Son Père comme à Sa parole (« commandement » : Jean 10:18 ; 12:49, 50 ; 14:31 ; 15:10 ; « la parole » : Jean 8:55). De cette manière Il a manifesté la vérité en perfection, Il a manifesté Dieu, et Il l’a fait aussi bien par Ses paroles que par Sa vie. Cela a tellement été le cas qu’Il a pu dire qu’Il était absolument ce qu’aussi Il leur disait (Jean 8:25). Entre Ses paroles et Sa vie, il n’y avait pas de discordance. Elles étaient pareillement l’expression de la vie éternelle (Jean 6:68). Et la vie du Seigneur était comme nous l’avons rappelé, une vie obéissante, une vie d’obéissance (Jean 4:34 ; 6:38 ; 8:29).

Chez nous il n’en est pas autrement en principe. À la nouvelle naissance, nous avons reçu Sa vie, et cela est une chose merveilleuse pour laquelle nous ne pouvons assez remercier Dieu. Mais cette vie en nous n’est pas une vie autarcique (autosuffisante). Elle a besoin de nourriture et de direction par sa source — justement par Ses commandements, Sa parole, par la vérité. Ce qui est venu sur les lèvres de notre Sauveur doit maintenant nous conduire sur le chemin de l’obéissance, et doit exercer sur nous son autorité. Voilà ce que nous devons apprendre ici-bas. Sa vie en nous les croyants, doit s’extérioriser dans l’obéissance à la volonté de Dieu. Quand donc nous gardons Ses commandements, alors nous pouvons reconnaître par-là que nous Le connaissons, que nous connaissons Dieu.

 

3.2.2       Connaître Dieu – 1 Jean 2:3ab

C’est quelque chose de très grand de savoir que nous connaissons Christ, que nous connaissons Dieu. La condition pour cela est la possession de la vie éternelle, laquelle se manifeste par l’obéissance. Nous avons vu cela. Mais la chose elle-même, la connaissance de Dieu, est encore autre chose, quelque chose de beaucoup plus élevé.

L’apôtre Jean traite ici d’une difficulté qui a déjà occupé, voire tourmenté, plusieurs d’entre nous, spécialement les plus jeunes. Par quel moyen savons-nous que nous connaissons Dieu ? D’autres n’élèvent-ils pas la même prétention avec la même certitude (voir le verset suivant) ? Avons-nous une plus grande certitude qu’eux ? Et comment cela se situe par rapport aux nombreuses religions de ce monde ? Ne revendiquent-elles pas également d’avoir la connaissance du vrai Dieu ? Ne sommes-nous pas chrétiens seulement parce que nous avons grandi dans une famille chrétienne ? Si nous avions été élevés en mahométans ou en juif, ne croirions-nous pas, avec la même certitude, que nous connaissons le vrai Dieu ? Tout cela n’est-il pas une affaire très personnelle et très subjective, et en définitive peut-on prouver quoi que ce soit ?

Or la réponse à ces questions, nous la trouvons ici. Elle est aussi simple que réjouissante : Dieu s’est manifesté, Il s’est donné à connaître à nous. Et Il l’a fait dans la personne de Son Fils qui, comme nous l’apprenons à la fin de l’épître, « est venu, et nous a donné une intelligence » précisément dans ce but : « afin que nous connaissions le Véritable » (1 Jean 5:20). Ceux qui qui gardent Ses commandements, eux Le connaissent, eux savent qu’ils Le connaissent ! Privilège indescriptible, connaître Christ et connaître Dieu en Lui ! Combien la justification en est simple, mais impérative : « si nous gardons Ses commandements » !

Respirons chers enfants de Dieu ! Ta sécurité repose sur le plus grand de tout ce qu’il y a dans l’univers de Dieu : sur la révélation (ou : manifestation) de Dieu en Christ. Et quand tu as le désir d’obéir à la volonté de Dieu, cela prouve que tu appartiens à ceux qui Le connaissent. Si le diable devait malgré tout t’éprouver par des doutes, regarde à la révélation de Dieu dans Sa Parole divine, et la lumière de Sa révélation t’illuminera, et t’affermira et te remplira de bonheur !

 

3.2.3       Une particularité du texte : connaître et savoir

Jean utilise dans ses épîtres deux mots grecs différents pour ‘connaître’ et ‘savoir’, ce qui a parfois de l’importance pour l’exposé du sujet. Dans la phrase « et par ceci nous savons que nous le connaissons » (1 Jean 2:3), nous rencontrons uniquement l’un de ces deux mots : « ginosko ». Il est frappant que ce mot soit traduit une fois par ‘savoir’ et l’autre fois par ‘connaître’, — et cela à juste titre, comme nous allons le voir immédiatement. Ce mot grec désigne une connaissance acquise par expérience et relation personnelles. Il apparaît encore dans notre seul chapitre aux v. 4, 5, 13, 14, 18 et 29.

Il faut faire la distinction d’avec l’autre mot grec « oida » qui décrit un savoir plus intérieur, conscient, une connaissance immédiate sans réflexion. Dans notre chapitre, ce mot est utilisé aux v. 11, 20, 21 et 29.

*

Mais revenons un peu au v. 3. Le verbe (ginosko) apparaît ici à des temps différents. La première fois, il est au présent [« nous savons »], ce qui décrit un processus continu : nous savons, nous savons constamment. La deuxième fois [« que nous le connaissons »], c’est le temps parfait qui est utilisé [litt. : « nous l’avons connu » avec le sens de « nous l’avons connu et nous le connaissons » (la connaissance a commencé et continue ; même chose aux v.4, 13, 14 : « vous connaissez » au sens de « vous avez connu et connaissez »)], ce qui dirige les yeux vers le résultat, vers la perfection : nous sommes arrivés à Le connaître, et nous Le connaissons désormais. Cela éclaire la traduction différente d’un seul et même mot dans notre verset.

De ce qui est dit, il apparaît aussi clairement que les mots ‘connaître’ et ‘savoir’ sont caractéristiques de la première épître de Jean. L’écrivain établit par-là, sciemment, un contraste par rapport à la fausse connaissance que se sont arrogé les gnostiques.

 

3.2.4       Ce par quoi les menteurs se manifestent — 1 Jean 2:4

« Celui qui dit : Je le connais, et qui ne garde pas ses commandements, est menteur, et la vérité n’est pas en lui » (1 Jean 2:4).

 

Celui qui prétend connaître Dieu, mais qui ne garde pas Ses commandements, de quelle sorte d’homme s’agit-il ? Il s’agit d’un menteur, en qui il n’y a pas la vérité. Déjà au premier chapitre, l’apôtre décrit un contraste non pas entre des croyants fidèles et infidèles, mais entre des croyants et de simples professants. La profession de connaître Dieu est testée au moyen du principe qui nous a occupés tout le temps : y a-t-il obéissance ? Voilà le point où le professant incrédule fait toujours défaut. Quelqu’un a beau s’élever dans ses prétentions, il a beau accomplir et réaliser beaucoup pour l’humanité, il n’est jamais pour autant obéissant à Dieu. C’est un test infaillible

Admettons-le, les enfants de Dieu n’obéissent pas toujours, ni parfaitement comme Christ seul l’a fait. Cependant chez eux le principe de l’obéissance est présent : c’est un indice de la vie divine. Car cette vie est une vie obéissante, et si Christ est notre vie, les principes de Sa vie en nous sont les mêmes. À l’inverse la volonté de l’homme naturel est sans direction, et ainsi l’homme fait en principe ce qu’il veut, non pas ce que Dieu veut. On verra que ceci est en réalité le principe du péché (1 Jean 3:4).

Un homme peut professer être chrétien et avoir une forme extérieure de piété — et cependant en avoir renié la puissance (2 Tim. 3:5). Pourquoi ? Parce qu’il ne possède pas la vie divine, parce qu’il ne possède pas Christ. Un tel homme ne réussira jamais le test de l’obéissance. Pas une seule fois il n’est obéissant à Dieu malgré tout.

Faites le test aussi souvent que vous voulez ! Vous le trouverez toujours confirmé. Être obéissant ne signifie pas seulement faire une chose parce qu’elle est juste, mais c’est la faire parce qu’elle est la volonté de Dieu. Cela seul donne à Dieu la place qui Lui revient. Tout le reste n’est que la glorification du moi.

 

3.2.4.1      « La vérité n’est pas en lui » — 1 Jean 2:4c

Une telle personne est qualifiée de menteur. En particulier l’apôtre avait à l’œil les séducteurs qui introduisaient dans le christianisme des spéculations finement élaborées, et qui prétendaient posséder des vérités qui n’avaient pas été découvertes jusque-là. Cependant si quelqu’un prétend connaître Dieu, mais ne garde pas Ses commandements, alors c’est un affreux menteur. Car il prétend connaître Dieu et être en communion avec Lui ; mais il n’est pas intéressé par ce qui est Sa volonté. Ainsi la vérité divine n’est pas en lui. Cela ne signifie rien d’autre que ceci : il n’est pas un chrétien véritable.

Entre le v. 6 du ch. 1 et le v. 4 du ch. 2, il y a des parallèles intéressants que je voudrais signaler :

 

1:6

1°. Si nous disons que nous avons communion avec lui,

2°. et que nous marchons dans les ténèbres,

3°. nous mentons et nous ne pratiquons pas la vérité.

 

2:4

1°. Celui qui dit : Je le connais,

2°. et qui ne garde pas Ses commandements,

3°. est menteur, et en celui-ci il n’y a pas la vérité [tournure précise selon l’allemand et le grec].

 

Si nous faisons encore entrer dans la comparaison les v. 8 et 10 du ch. 1, il ressort une aggravation des déclarations quant au véritable état du professant, quant à sa fausseté effrayante :

1°. Quelqu’un ne pratique pas la vérité (1:6).

2°. La vérité n’est pas en lui (1:8).

3°. Il fait Dieu menteur (1:10).

4°. Il est lui-même un menteur et en celui-ci il n’y a pas la vérité (2:4 — [tournure précise selon l’allemand et le grec]).

 

Notons aussi la place des mots dans la dernière partie de phrase du point 4. En contraste avec le point 2, le « en lui » passe en tête, ce qui confère davantage de poids à cette tournure. Maintenant il ne s’agit plus simplement que « la vérité n’est pas en nous » (1:8), mais : « en celui-ci (cet homme) il n’y a pas la vérité (2:4) — non il n’y en a pas, dans celui-ci !

Encore un mot sur la dernière proposition (2:4c) « et la vérité n’est pas en lui » [ou : ‘en celui-ci il n’y a pas la vérité’]. Quand le Seigneur Jésus était dans le monde, Il était la parfaite expression de ce que Dieu est. C’est pourquoi Il se nomme lui-même « la vérité » (Jean 14:6). Rien ni personne ne peut dépasser ce qu’Il a manifesté ici-bas. Si nous voulons voir la perfection, si nous voulons voir la vérité dans un homme, il nous faut porter nos regards sur ce que Christ a été dans ce monde. Celui qui revendique d’être arrivé plus haut que cela, est un menteur et la vérité n’est pas en lui.

Christ est l’incarnation de la vérité. Du fait que la Parole de Dieu (en tant qu’instrument) est, elle aussi, la vérité (Jean 17:17), et que le Saint Esprit (comme force active) est, Lui aussi, la vérité (1 Jean 5:6), — de ce fait la déclaration que « la vérité n’est pas en lui » ne signifie rien moins que ni Christ, ni la Parole de Dieu, ni le Saint Esprit ne sont dans un tel homme. Quel jugement foudroyant !

 

3.2.5       L’amour de Dieu consommé (accompli) — 1 Jean 2:5ab

Nous arrivons maintenant à ce qui est juste le contraire. Nous nous serions attendu, il est vrai, à ce que l’écrivain mette le contraste, par exemple, comme ce qui suit : « mais quiconque garde Sa parole, en lui il y a véritablement la vérité ». Cela aurait correspondu au courant de pensées du v. 4. Mais il présente le contraste autrement, et il dit :

« Mais quiconque garde sa parole, en lui l’amour de Dieu est véritablement consommé » (1 Jean 2:5ab).

 

De cette façon, le Saint Esprit ne met pas seulement l’accent sur un quelconque trait personnel de caractère chez le croyant, mais bien plutôt sur l’œuvre de l’amour de Dieu en lui. Et ainsi la dissemblance est plus grande. Cependant nous nous tournons d’abord vers la première partie (1 Jean 2:5a) de la phrase.

« Quiconque garde sa parole… ». En grec l’accent est mis ici sur ‘garde’, tandis qu’au v. 4 il était mis sur ‘commandements’. Nous voyons de nouveau que le Saint Esprit, à travers Jean, ne se borne pas à des déclarations « miroir ». Dans toutes les mises en contraste, Il aime mettre en exergue un côté plutôt que l’autre, une fois plutôt l’un, une fois plutôt l’autre. Il parle donc maintenant du cas où quelqu’un garde Sa parole.

Cela doit être également compris de manière abstraite, comme nous l’avons vu précédemment à propos de l’obéissance. Il s’agit du fait de garder en principe la pensée de Dieu. Car personne d’entre nous ne la garde dans chaque élément particulier et à chaque instant particulier.

Quant à l’expression « Sa parole », il s’agit de Sa parole (‘logos’ en grec) comme un tout, dont les parties prises isolément forment « Ses commandements ». Nous avons à voir là la somme de ce qui nous a été donné par inspiration divine comme étant l’« Écriture Sainte ».

 

3.2.6       Une particularité du texte : les génitifs objectif et subjectif

Pour pouvoir comprendre la proposition (2:5b) « en lui l’amour de Dieu est véritablement consommé », nous devons d’abord être clairs sur ce qui est entendu par l’amour de Dieu. Cela peut ne pas paraître nécessaire, mais cela l’est au contraire.

L’expression ‘l’amour de Dieu’ peut être comprise dans un sens objectif ou dans un sens subjectif. Dans le premier cas il s’agirait de notre amour pour Dieu, et dans le second cas de l’amour de Dieu pour nous. Cette double signification est typique de la construction avec le génitif, quand il sert à préciser celui qui agit ou l’action elle-même. Dans notre exemple l’« amour » est combiné avec « Dieu » ; il s’agit donc de l’amour de la part de Dieu. Cependant ce n’est que le contexte qui permet de décider si on se trouve en présence d’un génitif objectif ou subjectif. Dans le premier cas il s’agit de notre amour qui trouve son objet dans quelqu’un d’autre, ici c’est Dieu (signification objective) ; dans le second cas il s’agit de l’amour personnel de Dieu, qui Lui est propre et par lequel Il aime Lui-même (signification subjective).

Il est encore parlé, dans d’autres passages de notre épître, de l’amour de Dieu, du Père : 2:15 ; 3:17 ; 4:12 ; 5:3. Cependant ce n’est que dans le dernier passage que le contexte exige de comprendre « l’amour de Dieu » comme un génitif objectif : c’est-à-dire ‘notre amour pour Dieu’. « Car c’est ici l’amour de Dieu (dans le sens que nous aimons Dieu : l’amour envers Dieu), que nous gardions Ses commandements » (1 Jean 5:3ab). Tous les autres passages parlent de l’amour subjectif de Dieu envers nous, et c’est sans doute aussi le côté le plus élevé.

2 Cor. 5:14 donne un exemple du Nouveau Testament où les deux génitifs, l’objectif et le subjectif, se trouvent pour ainsi dire combinés : « L’amour du Christ nous étreint ». Les deux sens tiennent la route, et les deux peuvent être voulus : ce qui nous étreint est notre amour pour Christ, et aussi Son amour pour nous, pour les hommes.

Cependant après ces discussions sur le génitif, revenons à l’œuvre de l’amour de Dieu en nous.

*

Si quelqu’un garde Sa parole, en lui, est-il dit, l’amour de Dieu est véritablement consommé, ou amené à sa perfection ; c’est-à-dire que cet amour a atteint son but dans la personne concernée.

Les gnostiques de l’époque et les faux docteurs d’aujourd’hui ne gardent ni Ses commandements, ni Sa parole. Au lieu de cela ils nient la divinité de Jésus, l’efficacité de Son sang, la propitiation pour nos péchés.

Or l’amour insondable de Dieu ne s’est-il pas justement montré en cela ? Alors que Dieu parle dans Sa Parole du penchant au mal de l’homme et de tous le soin par lequel Il y a pourvu (comp. Jean 3:16), le péché et les péchés n’ont pas d’importance pour cette sorte de gens. Non, des gens comme ceux-là ne gardent pas Sa parole. C’est pourquoi ils ne connaissent rien de l’amour de Dieu. Car cette parole est amour, elle est la révélation du Sien lui-même.

Voilà une pensée précieuse. La Parole de Dieu (nous pouvons dire aussi : la Parole de Christ) dévoile l’amour de Dieu, et les enfants de Dieu le reconnaissent — plus ou moins toutefois ; mais en principe, ils savent ce qui en est, et jouissent de l’amour de Dieu. Parce qu’ils ont Sa vie et qu’ils gardent Ses commandements, ils Le connaissent (1 Jean 2:3), — et parce qu’ils gardent Sa Parole, Son amour réjouit leurs cœurs : à ce point de vue, l’amour de Dieu a atteint son but en eux (1 Jean 2:5).

Il s’agit naturellement de nouveau d’une déclaration absolue. Dans la pratique nous pouvons manquer dans le fait de garder Sa Parole. Cependant l’apôtre parle de manière abstraite, et il montre ce que la vérité est en elle-même, sans entrer dans des restrictions qui pourraient résulter de notre défaillance. Certes, ce qu’il dit est vrai et nous l’apprenons dans la mesure où nous gardons Sa parole dans notre cœur. Un exemple banal (journalier) peut traduire cela. La phrase « Qui se tient sous la pluie se fait mouiller » est absolument vraie, mais j’apprends combien elle est vraie seulement dans la mesure où j’y circule. Si je ne m’expose qu’un court instant à la pluie, je ne vérifierai la vérité de la phrase que de manière insignifiante, et je ne serai guère mouillé. Il en est ainsi dans le domaine spirituel. Selon que je garde sa parole en profondeur, je jouirai de l’amour de Dieu que Sa Parole m’apporte. Dans cette mesure alors, l’amour de Dieu en moi sera venu à son accomplissement, c’est-à-dire aura été consommé.

C’est la même pensée qu’une fois le Seigneur Jésus a exprimée de cette manière : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour ; comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour » (Jean 15:10). Contrairement à nous, Il jouissait, Lui, constamment et parfaitement de l’amour de Son Père, Il y demeurait. Or c’est ce que l’amour veut aussi obtenir avec nous : que nous y demeurions.

 

3.2.7       Être en LUI — 1 Jean 2:5b

L’apôtre ajoute encore quelque chose :

« Par cela nous savons que nous sommes en lui » (1 Jean 2:5b).

 

Déjà au commencement de la nouvelle section (1 Jean 2:3), il avait dit : « Et par ceci nous savons … ». Dans ce cas, « par ceci » dirigeait clairement en avant, sur ce qu’il était sur le point d’exposer. Ici [avec « par cela »], il semble que ce soit l’inverse [ndTr : mais il y a les mêmes mots en grec pour « par ceci » et « par cela »]. Nous pouvons le comprendre comme s’il se retournait vers ce qu’il vient juste d’exprimer : « En relation avec [ce qui vient d’être dit], nous savons que nous sommes en lui ». Si toutefois nous le prenons en considération avec le verset suivant (« celui qui dit demeurer en lui… »), il est alors vraisemblablement plus correct d’admettre qu’ici aussi le « par cela » regarde en avant, et qu’il introduit un nouveau courant de pensées. Effectivement celui-ci s’élargit maintenant considérablement.

L’apôtre avait parlé de communion avec le Père et de ce que nous connaissons Dieu (1 Jean 2:3). Maintenant il va plus loin, et il dit que nous sommes en Lui (1 Jean 2:5b). Celui qui est obéissant de cœur, Dieu l’encourage par la conscience non seulement de ce que nous « Le connaissons », mais encore de ce que nous « sommes en Lui ». Ceci est une des grandes vérités centrales de la foi chrétienne. Elle est déjà pleinement développée dans l’évangile selon Jean (Jean 14:20 ; 15:4 ; 17:10, 21, 23). Nous ne pouvons pas expliquer ici tous les passages cités en détail. Cependant si nous les lisons, deux directions du regard nous frappent : LUI en nous, et nous en LUI. C’est aussi vrai à l’égard du Seigneur Jésus comme Homme : le PÈRE en Lui, et LUI dans le Père. Si le regard de Dieu est dirigé vers l’homme (LUI en nous), alors cela parle de révélation : Dieu veut se révéler dans l’homme. Si le regard est dirigé de nous vers Dieu (nous en LUI), alors cela exprime une relation et la jouissance de cette relation. Si nous tenons compte de ces « règles », nous apprendrons à bien mieux comprendre ces passages. Nous en reparlerons plus loin en détail.

Dans notre verset il s’agit de la deuxième direction du regard : que nous sommes en Lui. Nous sommes arrivés dans une relation spirituelle avec Dieu qui correspond à l’unité de vie. Bienheureuse part : nous sommes « en Lui » ! Nous n’avons pas seulement une nouvelle vie, nous n’avons pas seulement la vie de résurrection de Christ, mais nous avons une position céleste, une place de proximité intime, déjà connue sur la terre.

Pour utiliser les paroles d’un autre, nous sommes en Dieu « comme le poussin dans son œuf ». Il est notre lieu de refuge pour la joie et la souffrance. Nous habitons en Lui, et ainsi nous jouissons de la joie des affections divines. On ne peut pas se représenter une bénédiction plus élevée, et ce n’est certainement pas par hasard que l’épître se termine en atteignant de nouveau ce sommet : « nous sommes dans le Véritable, savoir dans son Fils Jésus Christ » (1 Jean 5:20).

 

3.2.8       Demeurer en Lui — 1 Jean 2:6

Encore un autre test pour prouver l’authenticité de notre confession :

« Celui qui dit demeurer en lui, doit lui-même aussi marcher comme lui a marché » (1 Jean 2:6).

 

Si l’apôtre vient de parler de la certitude que nous sommes en Lui, il change maintenant l’expression et parle du fait que nous demeurons en Lui. Cela approfondit encore la pensée et l’intensifie.

« Demeurer » peut aussi bien être traduit par « habiter ». C’est un nouveau mot clé dans les écrits de Jean. En Jean 15:4-7 seulement, ce mot figure 7 fois : nous qui demeurons en Lui (Christ), Lui qui demeure en nous, Ses paroles qui demeurent en nous. L’exemple du ch. 14 v.2 montre clairement que ce mot signifie aussi effectivement « habiter » : « Dans la maison de mon Père, il y a plusieurs demeures » (littéralement ; mais en allemand on a traduit par habitations) ».

Demeurer en Lui, ou habiter en Lui, implique de L’avoir Lui comme le « chez soi » de notre âme dans toutes les joies et tous les soucis, dans tous les dangers et toutes les difficultés. Cela parle d’une communion habituelle comme résultat de ce que nous sommes en Lui.

« En LUI » : en Dieu, ou en Christ ? De nouveau l’apôtre ne se donne pas la peine de faire la différence. Il voit tellement en Christ l’expression de Dieu Lui-même, qu’il peut utiliser et qu’il utilise la tournure ‘En LUI’ pour tous les deux (Dieu et Christ) sans jeter du trouble. « Demeurer en Lui », bien sûr c’est demeurer en Dieu ; car il vient de parler à l’instant de Dieu (« l’amour de Dieu »).

Cependant cela signifie aussi « demeurer en Christ », car il parle maintenant de Sa marche. Demeurer en Dieu – demeurer en Christ : c’est la même chose.

 

3.2.8.1      Christ la référence parfaite  — 1 Jean 2:6

Pour rendre mieux compréhensible le membre de phrase « … doit lui-même aussi marcher comme lui a marché », je reviens encore une fois sur les deux « directions du regard », que je n’ai évoquées qu’en relation avec le v. 5. Nous pouvons comprendre par cette expression les deux côtés ou deux parties de la vie éternelle en nous. Un côté c’est que nous sommes en Christ, et l’autre côté c’est que Christ est en nous. Si nous sommes réellement croyants, les deux sont vrais de nous. Être en Christ et demeurer en Christ signifie être dans la position dans laquelle Dieu L’a placé. En nous-mêmes, par nature, nous sommes de misérables pécheurs ; mais en Christ, nous sommes de bien-aimés enfants de Dieu, un avec Lui. Et dans la mesure où nous en jouissons, nous demeurons en Lui.

Mais il y a encore cette autre vérité que Christ veut demeurer en nous, et se manifester en nous. Pensons un peu à ce que cela signifie ! Comment Christ vivrait s’Il était aujourd’hui sur la terre ? Vivrait-Il et « marcherait »-Il de la même manière qu’autrefois ? Absolument ! Personne ne voudra prétendre qu’Il devrait encore une fois passer sur la terre et y mener une autre vie que celle d’autrefois. S’Il le faisait ce serait montrer que Sa vie peut être perfectionnée ; que la vie éternelle peut encore dépasser ce qu’Il a manifesté autrefois. Alors elle n’aurait pas été parfaite. C’est pourquoi si Christ vivait encore une fois ici-bas, Il vivrait exactement comme la première fois. Peut-être diras-tu : « Quoi donc ? Il n’est même pas ici ! » — Si, Il est ici-bas. Il est en toi, Il est en moi. Et s’Il est en moi, si la vie de Christ est en moi, alors la vie doit se montrer en moi de la même manière que chez le Seigneur Jésus. Nous marcherons dans les traces de Ses pas, nous « marcherons comme Il a marché ».

Ceci est même notre obligation. Nous sommes responsables de marcher comme Lui a marché. Cela signifie que pour notre vie journalière Christ est notre seule référence normative, même si pratiquement cela doit nous humilier beaucoup. Car Il est une référence parfaite, une norme que nous n’atteignons jamais totalement. Pourtant Dieu ne nous en donne pas d’autre. Il ne s’agit pas d’être ce que Christ a été ; car Il était sans péché, et Il était le Saint de Dieu. Mais nous ne devons pas marcher selon la chair. La chair est certes en nous, cependant ce n’est pas une raison pour marcher selon elle. Si cependant dans notre vie nous dévions en quelque manière de la vie de Jésus, alors c’est la vie de la chair. Cependant le Seigneur Jésus voudrait que Sa vie soit visible en nous, jour après jour, toujours à nouveau. C’est une obligation spirituelle qui découle de notre relation spirituelle avec Lui, avec Dieu. Si cette relation existe, alors ce résultat doit en principe aussi se produire. Dans la pratique notre marche n’atteindra pas celle du Seigneur Jésus, mais ce sera quand même une marche du même genre que la Sienne. C’est, à tous égards, tout à fait consolant.

 

3.3      L’amour pour les frères

Jusqu’ici l’apôtre a parlé de la première caractéristique de la vie éternelle en nous, c’est-à-dire l’obéissance. Maintenant il élargit la pensée et montre que la vie nouvelle est aussi caractérisée par l’amour pour les frères. Ces deux traits de caractère ont manifesté Christ dans Sa vie, ils L’ont manifesté parfaitement.

Après comme avant, l’écrivain a les faux docteurs dans le collimateur. Ils recommandaient et vantaient les nouveautés. À l’inverse Jean se glorifie dans ce qui est « ancien ».

Tout ce que nous avons considéré jusqu’ici, nous pouvons le ramener à une seule pensée ou une seule bénédiction : la communion avec Dieu. Cette communion est essentielle. Les hérétiques prétendaient la posséder. Jean montre que leur prétention est du mensonge. Cependant les enfants de Dieu l’ont réellement — avec toutes les conséquences bénies que nous avons vues.

Mais avoir la communion avec Dieu implique aussi que les enfants de Dieu ont communion les uns avec les autres (1 Jean 1:7). C’est le point sur lequel l’apôtre se met maintenant à parler. Car il sait les efforts de l’adversaire pour détruire cette communion parmi les enfants de Dieu — et le moyen de la détruire est d’inciter à l’abandon de la foi et à la haine contre les frères. C’est pourquoi, il insiste maintenant sur les relations mutuelles, comment elles doivent être maintenues selon la volonté du Seigneur.

Les v. 7 et 8 constituent une introduction solennelle aux v. 9 et 11.

 

3.3.1       Un commandement ancien — 1 Jean 2:7

« Bien-aimés, je ne vous écris pas un commandement nouveau, mais un commandement ancien que vous avez eu dès le commencement. Le commandement ancien est la parole que vous avez entendue » (1 Jean 2:7).

 

L’écrivain conduit le nouveau cours de pensées en s’adressant avec un terme qu’il n’a pas encore utilisé, celui de bien-aimés. N’est-il pas approprié quand, dans notre texte, nous repensons à l’amour de Dieu, et par anticipation à l’amour pour les frères ? Nous aussi nous sommes des bien-aimés, bien-aimés de Dieu et bien-aimés des frères. Naturellement, il est incontestable que cette manière de s’adresser à ses lecteurs exprime aussi l’amour de l’apôtre pour eux.

Les v. 7 et 8 ont souvent suscité des difficultés chez beaucoup de lecteurs. Qu’est-il entendu par « le commandement ancien » et par « le nouveau commandement » ? Comment faut-il comprendre que Jean « ne leur écrit pas un nouveau commandement » (1 Jean 2:7) et pourtant il « leur écrit » quand même « un commandement nouveau » (1 Jean 2:8) ? Cela semble tout à fait contradictoire ; pourtant cela ne l’est pas.

Occupons-nous d’abord un peu des expressions « nouveau » et « ancien » et « dès le commencement ». Ce qui est « dès le commencement » n’est justement pas « nouveau ». L’un exclut l’autre. C’est déjà une partie de l’explication. Nous avons vu, en rapport avec le premier verset de l’épître, la signification de « dès le commencement » : depuis le moment où Christ a été manifesté ici-bas. C’est le commencement du christianisme dans la personne de Christ Lui-même. Dans ce sens, ce que les disciples avaient entendu dès le commencement était « ancien ».

« Et bien, d’accord » dit l’apôtre pour ainsi dire. « Les faux docteurs s’efforcent de vous inculquer des choses nouvelles, de nouvelles doctrines, à vous le peuple de Dieu. Mais testez donc un peu ceci : ces choses ont-elles été enseignées dès le commencement ? Non ? Alors, ce n’est pas ce qui est ancien, ce n’est pas le vrai christianisme, mais c’est quelque chose de nouveau : une fausseté ». À ce point de vue, ce qui est nouveau n’est pas vrai, et ce qui est vrai n’est pas nouveau. Nous ne devons pas toujours recommencer à découvrir le christianisme. Il a été révélé dès le commencement – dans la personne du Fils de Dieu et dans la puissance de l’Esprit Saint. Et ainsi l’apôtre peut dire : « je ne vous écris pas un commandement nouveau, mais un commandement ancien que vous avez eu dès le commencement ».

Et pourquoi dit-il « commandement » ? Ici je peux renvoyer à ce qui a été dit lors de l’exposé sur le v. 3 sous le titre « garder ses commandements ». Là il est parlé de Ses commandements au pluriel, tandis qu’ici ils sont regroupés en un tout, par le moyen du singulier. La pensée est pourtant la même. Ce que le Seigneur Jésus a montré sur la terre (et Il était aussi ce qu’Il disait, Jean 8:25), c’est ce qui doit maintenant nous conduire sur le chemin de l’obéissance. D’où l’expression : « commandement ». « Le commandement ancien » est la Parole du Seigneur Jésus, c’est ce qu’Il a révélé ici sur la terre. Les disciples en avaient eu connaissance ; et c’est ainsi que Jean dit : « le commandement ancien est la parole que vous avez entendue ».

Et qu’est-ce que le Seigneur a manifesté ici-bas, quels traits de la vie éternelle a-t-Il exprimé au premier rang ? Il était toujours Celui qui était parfaitement obéissant, et Il aimait d’un amour divin. L’obéissance et l’amour, voilà la règle de la vie divine dans ses deux formes les plus importantes, une règle qui doit aussi maintenant déterminer notre vie pratique. Certes la vie divine est en nous, et celle-ci correspond par nature (on pourrait dire « d’origine ») à ce commandement. Cependant Sa parole est pour nous un commandement, parce qu’Il veut nous diriger et nous conduire par elle.

On a demandé si l’apôtre Jean, en parlant du « commandement ancien », ne pensait pas au commandement du Seigneur dans l’évangile, selon lequel les disciples devaient s’aimer l’un l’autre (Jean 13:34). Car à l’époque où il exprima ce commandement, celui-ci était nouveau (« je vous donne un commandement nouveau »). Mais maintenant il était ancien parce qu’ils l’avaient entendu du vivant du Seigneur sur la terre. — Réponse : Il est très vraisemblable que Jean fait un jeu de mots avec ce commandement, parce qu’il veut effectivement en venir à parler de ce sujet. Mais je ne peux pas y voir plus qu’un jeu de mots. Le contexte montre que le courant de pensées comme tel va bien au-delà d’un commandement précis du Seigneur.

Résumons ce verset encore une fois tout simplement. L’apôtre ramène ses lecteurs (et nous avec eux) de nouveau vers le commencement, à Christ et à Sa parole. Cela seul est la vérité, et non pas ce que les faux docteurs vantaient comme des connaissances nouvelles. Cette parole du Seigneur doit nous conduire sur notre chemin, afin que la vie divine trouve aussi en nous une expression conforme à Lui — dans l’obéissance et dans l’amour. Mais cela nous conduit déjà au verset suivant.

 

3.3.2       Un commandement nouveau — 1 Jean 2:8a

« Encore une fois, je vous écris un commandement nouveau, ce qui est vrai en lui et en vous, parce que les ténèbres s’en vont et que la vraie lumière luit déjà » (1 Jean 2:8).

 

Avec ce « encore une fois » Jean introduit une nouvelle façon de considérer ce qu’il vient de dire. Le commandement est dans un sens ancien, — non pas vieilli, mais ancien, — et dans un autre sens, il est nouveau, bien que ce soit le même.

Pour pouvoir mieux comprendre cela, nous devons d’abord voir d’un peu plus près la structure de la phrase. Jean leur écrit « un commandement nouveau », mais il le complète ou le décrit avec la proposition apposée « ce qui est vrai en lui et en vous ». Le pronom « ce » ne se rapporte pourtant pas grammaticalement à « commandement », car en grec, ‘commandement’ est féminin, tandis que « ce » est neutre. On peut formuler la phrase de la manière suivante : « à nouveau je vous écris un nouveau commandement — la chose qui est vraie en lui et en vous ».

Le commandement est aussi nouveau parce que la chose sur laquelle Jean écrit, est nouvelle. Et de quelle chose s’agit-il ? De la vie éternelle, de la nature divine. Voilà son grand sujet. Dans la proposition apposée, il faut mettre l’accent sur le « et » afin de reconnaître ce qui est nouveau : « la chose qui est vraie en Lui et en vous ». C’est la même vie, qu’elle soit vue en Christ ou en nous. Mais ce qui est nouveau, c’est la vérité que cette vie est [à la fois] en Lui et en nous. Au commencement elle n’était qu’en Christ, et c’est pourquoi le commandement est « ancien ». Mais par la grâce, la vie de Christ nous a été communiquée par le Saint Esprit, de sorte que la chose est maintenant vraie [à la fois] en Lui et en nous. Quelle déclaration grandiose !

Restons encore un peu sur ce sujet ! Quand le Seigneur Jésus était sur la terre, Son désir le plus profond était de faire la volonté de Son Père. Il n’avait pas d’autre pensée, pas d’autre motif que celui-ci : faire ce que le Père Lui avait commandé. Or maintenant Christ habite en nous. Si nous sommes de vrais chrétiens, sa vie nous a été communiquée. Et ainsi l’apôtre Jean parle de Son commandement, et il le qualifie de nouveau — nouveau dans le sens que maintenant nous aussi nous possédons la vie divine, de sorte que la chose est vraie aussi bien en Lui qu’en nous. Cependant pour nous, c’est un commandement, auquel toute l’autorité de la volonté divine est attachée. Le Seigneur attend de la part de l’homme né de nouveau qu’il fasse des demandes selon la volonté de Dieu et qu’il ne fasse que ce que Lui désire. Or c’est justement ce à quoi la nouvelle vie en lui aspire de toute façon.

Un exemple pour ce genre d’obéissance peut éclairer. Un petit enfant est gravement malade. La mère en souci appelle le médecin. Celui-ci examine l’enfant et diagnostique une maladie dangereuse. En conséquence il prescrit le médicament nécessaire, et insiste auprès de la mère, avant qu’il parte, de tenir compte du contenu très précis de la prescription dans l’administration des médicaments. Est-ce que la mère ne va pas faire de bon cœur tout ce que le médecin a prescrit, parce qu’elle aime son enfant par-dessus tout ? Cela peut-il lui paraître dur en quelque manière de suivre l’ordonnance du médecin ? Comment cela se pourrait-il ! Il attend d’elle seulement qu’elle fasse ce qui est sa préoccupation la plus profonde.

Il en est ainsi aussi de nous. Ce qui est vrai dans le Seigneur Jésus est maintenant vrai aussi en nous. Nous possédons Sa vie et aimons faire les choses qu’Il désire ; nous avons notre bon plaisir dans la volonté de Dieu. C’est pourquoi Ses commandements « ne sont pas pénibles » (1 Jean 5:3), et ils sont tout à fait dans la ligne de ce que la nouvelle vie en nous désire faire. Merveilleuse part de pouvoir obéir de la sorte ! Combien le contraste est immense par rapport à être sous la loi !

 

3.3.3       Comment les ténèbres s’en vont — 1 Jean 2:8b

Pour justifier ce que l’apôtre a détaillé jusqu’à présent sur le commandement nouveau, il revient encore une fois sur la pensée de la lumière et des ténèbres, qui a déjà été devant nous au ch. 1 v.5-7. Maintenant il élargit surtout cette pensée, et il commence par dire :

« … parce que les ténèbres s’en vont et que la vraie lumière luit déjà » (1 Jean 2:8).

 

Par ces paroles l’auteur justifie ou explique ce qu’il vient juste de dire, — « ce qui est vrai en Lui et en nous ». Autrement dit, il montre deux actions particulières de la vérité qui vient juste d’être présentée, selon laquelle la vie éternelle est aussi en nous maintenant : les ténèbres s’en vont et la vraie lumière luit déjà. Cependant notons d’abord qu’il ne dit pas que les ténèbres s’en sont allés, bien loin de là ! Dans le monde il y a encore beaucoup de ténèbres. Pourtant, — et combien c’est une constatation triomphante ! — les ténèbres s’en vont. Comme le verbe au temps présent le montre, il s’agit d’un processus en cours, de la même manière que quand luit la vraie lumière.

Les ténèbres sont l’état naturel de l’homme pécheur sans Dieu. Dieu est lumière, mais l’homme naturel tombé loin de Dieu « a son entendement obscurci, étant étranger à la vie de Dieu à cause de l’ignorance qui est en lui » (Éph. 4:18). Entre la vie et la lumière, il existe une liaison intime. Si la vie divine est là, il y a aussi de la lumière spirituelle. Mais l’homme par nature est mort dans ses fautes et dans ses péchés, il est mort pour Dieu (Éph. 2:1). C’est pourquoi il est aussi ignorant et dans les ténèbres vis-à-vis de Dieu et de Ses pensées. Dans notre verset il y a l’article devant le mot ténèbres (« les ténèbres »), ce qui indique des ténèbres bien particulières : celles de l’ignorance à l’égard de Dieu. Elles sont caractéristiques du monde dont Satan est le chef (ou : prince) et le dieu.

Si nous portons nos regards en arrière, les hommes ont été dans ces ténèbres spirituelles depuis des siècles et des millénaires. Mais alors Christ est venu. Lui était la vraie lumière « celle, qui, venant dans le monde, éclaire tout homme » (Jean 1:9). « En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jean 1:4). Notons aussi ici la liaison entre la vie et la lumière ! Cependant bien que la lumière ait brillé dans les ténèbres, les ténèbres ne l’ont pas comprise (Jean 1:5). Cela montre à quel point les ténèbres spirituelles sont profondes : elles ne peuvent pas comprendre la lumière de la révélation de Dieu ; bien plutôt elles cherchent à l’éteindre. Cependant aussi longtemps que le Seigneur Jésus était dans ce monde, Il était la lumière du monde (Jean 9:5). Il était ici-bas la révélation parfaite de l’Être et des pensées de Dieu. Fait admirable que nous admirerons éternellement, et qui remplit déjà aujourd’hui de bonheur !

Mais quand Christ a quitté ce monde et est retourné à Son Père, la vraie lumière a-t-elle cessé de luire ? Notre verset dit que non, « parce que la vraie lumière luit déjà ». Les croyants, comme nous l’avons vu, ont part à la nature de Christ. Par cela la vraie lumière brille maintenant dans les Siens. Autrement dit : par la manifestation de la vie nouvelle et par la présence du Saint Esprit dans les croyants, la vraie lumière entre et rayonne dans le monde enténébré. Certainement les enfants de Dieu n’ont pas de lumière par eux-mêmes. Ils sont beaucoup plus comme les corps célestes qui tirent leur lumière du soleil ; ils sont « lumière dans le Seigneur » (Éph. 5:8). C’est dans ce sens qu’il est parlé d’eux en Phil. 2:15, 16 : « … afin que vous soyez sans reproche et purs, des enfants de Dieu irréprochables, au milieu d’une génération tortue et perverse, parmi laquelle vous reluisez comme des luminaires dans le monde, présentant la ‘parole de la vie’ ». Dans le Sermon sur la montagne, le Seigneur Jésus avait déjà dit au sujet de Ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde » (Matt. 5:14).

Ainsi la vraie lumière luit effectivement déjà aujourd’hui, et ce « déjà » est inscrit dans le texte (1 Jean 2:8). Cela incline nos regards vers l’avenir, vers en haut, dans la gloire à venir. Aujourd’hui tout ce que nous manifestons de la lumière divine est caractérisé par la faiblesse. Un jour cependant tout sera en perfection. Dans le ciel il n’y aura pas d’autre lumière, mais là il n’y a plus de nuages. Cependant la vraie lumière luit déjà aujourd’hui. Et cela est consolant outre mesure.

Il en est ainsi avec le fait mentionné auparavant : « … parce que les ténèbres s’en vont ». Combien ceci est extrêmement encourageant ! Si profondes que puissent être les ténèbres dans ce monde, elles s’en vont déjà, autrement dit : elles sont sur le point de s’en aller ! Comment peut-on l’expliquer ? Cela a lieu à l’occasion de chaque homme qui « se tourne des ténèbres à la lumière » (Actes 26:18) ! Partout où la grâce de Dieu agit, chaque fois que quelqu’un naît de nouveau, les ténèbres disparaissent dans cette mesure. Le croyant individuel est retiré du domaine des ténèbres et amené dans la lumière de la révélation de Dieu (2 Cor. 4:6). Dieu se révèle aujourd’hui dans la lumière de l’évangile. Là où cet évangile est reçu par la foi, les ténèbres s’en vont (en pensant à chaque croyant individuellement).

Nous devrions laisser davantage ces manières de voir opérer sur nos cœurs ! Justement dans nos jours d’apostasie du christianisme, et d’anarchie croissante dans le monde, nous avons besoin de nous souvenir que, malgré tout, les ténèbres s’en vont, et que la vraie lumière luit déjà. Dieu en soit loué ! Et dans la mesure où nous laissons la place en nous à la nouvelle nature et au Saint Esprit, et où nous prenons soin d’amener des âmes perdues, nous prenons une part active à ce processus. Un jour, cependant, bien-aimés, les ténèbres ne s’en iront pas seulement, mais s’en seront entièrement allées. Toutefois cela ne deviendra une réalité que dans le monde à venir. Pourtant, ce qui se passe déjà maintenant en sont des prémices sûres.

 

3.3.4       Si quelqu’un hait son frère — 1 Jean 2:9

Après cette introduction ou vue d’ensemble grandiose (1 Jean 2:7, 8), l’apôtre en vient maintenant à parler directement de l’amour des frères, et en premier lieu de son contraire direct, la haine vis-à-vis des frères :

« Celui qui dit être dans la lumière et qui hait son frère, est dans les ténèbres jusqu’à maintenant » (1 Jean 2:9).

 

Avant de nous occuper des détails de ce verset remarquable, remarquons ici pour la cinquième fois une discordance entre la profession et la réalité. En tout il y a six « professions » nommées dans l’épître et testées quant à leur authenticité :

§  la profession ou la prétention d’avoir communion avec Dieu (1 Jean 1:6) ;

§  la profession ou la prétention d’être sans péché (1 Jean 1:8) ;

§  la profession ou la prétention de ne pas avoir péché (1 Jean 1:10) ;

§  la profession ou la prétention de connaître Dieu (1 Jean 2:4) ;

§  la prétention ou la profession d’être dans la lumière (1 Jean 2:9) ;

§  la prétention ou la profession d’aimer Dieu (1 Jean 4:20).

 

Les contrastes ici sont clairement définis et précisés : la lumière et les ténèbres, la vérité et le mensonge, l’amour et la haine. La communion avec Dieu s’exprime par contre dans une marche dans la lumière, dans la vérité et dans l’amour. À ces deux traits de caractère déjà mentionnés (la vie et la lumière), un troisième s’ajoute maintenant, l’amour. Ce triplé de vertus divines forme effectivement un tout indissociable. Nous allons voir tout de suite l’importance de cette remarque.

Si quelqu’un revendique être « dans la lumière », alors il y a un test très simple pour vérifier l’authenticité de cette prétention : la personne en question aime-t-elle son frère ? Ce qui est en cause n’est pas simplement de la désobéissance, par laquelle on révèle ne pas être réellement né de nouveau, mais c’est aussi la haine contre les frères. Les faux docteurs pouvaient bien déployer des connaissances profondes et une grande instruction, mais par cela ils se cherchaient eux-mêmes, et non pas les frères. La lumière qu’ils prétendaient avoir se fatiguait toujours à inventer de nouvelles idées et de nouvelles pensées. Cependant l’absence complète d’amour des frères (telle est la signification de la haine), traduisait clairement qu’ils n’étaient pas dans la vraie lumière divine, et donc qu’ils ne possédaient pas non plus la vie divine. Nous voyons ici l’importance de la chaîne triple, la lumière, la vie, l’amour. Ces trois éléments vont toujours ensemble. Là où l’un manque, les autres ne sont pas vrais.

Mais quelqu’un objectera qu’il est pourtant parlé de « son frère ». Comment peut-il alors être lui-même un incroyant ? C’est une vraie difficulté que beaucoup ont ressentie. Cependant elle se dissipe rapidement quand nous réfléchissons au point de vue sous lequel les frères sont vus ici : celui de la profession. Tous sont testés selon les relations qu’ils prétendent avoir. Si quelqu’un élève la prétention d’être dans la lumière de Dieu, mais qu’il lui manque, en principe, les affections envers celui dont il dit que ce serait « son frère », — alors voilà le cas dépeint ici.

Notons qu’il n’est pas parlé de cet homme comme d’un vrai croyant — un croyant qui, par son péché, serait tombé dans les ténèbres. Mais il est dit « celui qui dit être dans la lumière et qui hait son frère, est dans les ténèbres jusqu’à maintenant ». En fait il n’a jamais été ailleurs, il n’a encore jamais été dans la lumière. S’il hait son frère, il est dans les ténèbres, et il marche dans les ténèbres (1 Jean 2:11). Nous trouvons une déclaration semblable au ch. 3 v.14 : « celui qui n’aime pas son frère, demeure dans la mort ». Il est impossible de posséder le Saint Esprit par lequel l’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs (Rom. 5:5), et de haïr son frère. À propos du ch. 1 v.7 nous avons vu en outre, que les enfants de Dieu marchent en principe dans la lumière. C’est leur position : ils se meuvent dans la lumière de ce que Dieu a révélé de Lui-même dans le Nouveau Testament.

Cependant qu’il soit permis de faire une application de la vérité présentée ici de manière abstraite, comme d’habitude. Je voudrais toutefois insister expressément sur le fait qu’il s’agit d’une application, et non pas d’une explication de ce passage. Malgré tout nous devons sûrement faire de telles applications. Car Dieu ne se satisfait pas de ce que nous comprenions bien une vérité ou un principe, mais Il veut que nous l’appliquions à nos cœurs et à nos consciences, même si l’explication proprement dite du passage vise clairement des non-croyants.

Il est ainsi tout à fait possible qu’un enfant de Dieu éprouve comme de la haine vis-à-vis d’un autre enfant de Dieu. N’avons-nous pas vécu cela parmi les frères, peut-être même dans notre propre cœur ? Dans certains domaines particuliers de nos cœurs, la haine nous a rempli et non pas l’amour. C’est quelque chose d’extrêmement grave, et nous devons nous tester devant Dieu sur ce point, avec droiture et sans réserve. Car, lorsque nous tolérons de la haine vis-à-vis de notre frère dans un domaine particulier de notre cœur, alors ce domaine précis est caractérisé par les ténèbres. Quel avertissement sérieux pour nous tous ! C’est pourquoi soyons vigilants contre des sentiments mauvais et inamicaux à l’égard de notre frère ! Son comportement peut mettre notre amour à dure épreuve, mais malgré tout l’amour fraternel doit « demeurer » (Héb. 13:1). Autrement la lumière qui est en nous devient ténèbres (comparez Luc 11:35).

 

3.3.5       Si quelqu’un aime son frère — 1 Jean 2:10a

Revenons un peu à la présentation abstraite de la vérité dans notre épitre, — une présentation qui rend possible de saisir la vérité comme elle est réellement.

« Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et il n’y a point en lui d’occasion de chute » (1 Jean 2:10).

 

« Celui aimant son frère » selon la traduction littérale, voilà qui décrit l’état continuel caractérisant la personne dont il est question. L’amour à l’égard des frères est pareillement une manifestation de la vie divine, comme l’obéissance à l’égard de Dieu. Le croyant est dans la lumière, demeure dans la lumière, et connaît ainsi Dieu comme pleinement révélé. Or Dieu est amour, et nous ne pouvons pas avoir une partie de Dieu sans avoir l’autre. Nous ne pouvons pas obéir à Dieu sans aussi aimer les frères. Christ n’était pas seulement la lumière du monde, mais Il était aussi amour. Si nous L’avons Lui comme notre vie, nous aurons aussi les deux, la lumière et l’amour. L’amour pour les frères est la preuve que nous possédons la vie divine. C’est ce qui est montré plus loin au ch. 3 v.14. La présence ou l’absence de ces traits de caractère, l’obéissance et l’amour, fait la différence entre les deux familles dont nous entendrons parler encore davantage dans notre épître : la famille de Dieu et la famille du diable. Quel encouragement justement pour les « simples » enfants de Dieu dans ces paroles, et quel secours pour dévoiler ceux qui égarent !

 

3.3.6       Pas d’occasion de chute en lui — 1 Jean 2:10b

Le complément « et il n’y a point en lui d’occasion de chute » nécessite encore une explication. « Occasion de chute » peut aussi être traduit par « scandale » ou « traquenard ». L’expression grecque pour « occasion de chute », skandalon, désigne à l’origine un bout de bois mis sous tension dans un piège. Si on le touche tant soit peu, le piège se déclenche. Ce mot décrit un danger pour soi-même ou pour autrui.

En fait on peut comprendre de deux façons l’expression « il n’y a pas d’occasion de chute en lui ». Il semble que le Saint Esprit veut nous indiquer les deux significations.

D’un côté, cette déclaration se rapporte au croyant lui-même. Parce qu’(en principe) il aime son frère, et que par conséquent il demeure dans la lumière ; du coup il n’achoppe pas (ou : ne bronche pas). Cela est tout à fait opposé à ce qui est dit au verset suivant (v.11) de celui qui hait son frère, et qui par-là est dans les ténèbres et marche dans les ténèbres. Les yeux de l’un (celui du v.10) sont ouverts dans la lumière de Dieu, il voit les dangers et n’achoppe contre rien. Les yeux de l’autre (celui du v.11) sont aveuglés par les ténèbres ; il ne sait pas où il va et il achoppe (ou : bronche). Le Seigneur Jésus a décrit une fois ces deux groupes de personnes de la manière suivante : « Si quelqu’un marche de jour, il ne bronche pas, car il voit la lumière de ce monde ; mais si quelqu’un marche de nuit, il bronche, car la lumière n’est pas en lui » (Jean 11:9, 10). [Le mot grec pour « achopper » ou « broncher » ou ou « être une occasion de chute » est skandalizo, qui a la même racine que skandalon, ‘occasion de chute’]. Bienheureux sont ceux qui appartiennent au premier de ces deux groupes ! C’est d’eux que le Psalmiste pouvait déjà dire : « Grande est la paix de ceux qui aiment ta loi ; et pour eux il n’y a pas de chute » (Ps. 119:165).

Mais d’un autre côté, « il n’y a pas d’occasion de chute en lui » peut aussi signifier que celui qui aime son frère n’est pas une occasion de chute pour les autres. Il est impossible que par la manifestation de la nature de Dieu quelqu’un soit amené à broncher. Cette indication est importante, spécialement à l’égard de ceux qui égarent, soit à l’époque soit aujourd’hui, lesquels faisaient et font justement cela : ils cherchent à tendre un piège aux vrais enfants de Dieu avec leurs idées.

Cependant si quelqu’un chute à cause de Christ, c’est sa propre faute. Christ est encore aujourd’hui « une pierre d’achoppement et un rocher de chute » (1 Pierre 2:8). Les opinions sont divisées à Son égard. Si quelqu’un n’est pas obéissant à la Parole, il est destiné à achopper contre cette Parole. Aucun croyant ne peut échapper à cette sentence en un certain sens. S’il manifeste Christ comme c’est sa vocation, alors les hommes de ce monde achopperont là-contre parce qu’ils sont blessés dans leur orgueil. Nous ne pouvons pas l’empêcher. Si nous essayons, nous serons infidèles. Nous ne pouvons pas éliminer les occasions de chute et la folie de la croix (1 Cor. 1:23). Mais être une occasion de chute de cette manière, n’a rien à voir avec ce dont il est parlé dans notre verset. La différence est énorme. D’une certaine manière nous devons choquer, et d’un autre point de vue nous ne le devons pas (Matt. 18:7).

Que notre Dieu de bonté veuille nous aider à traduire en pratique les principes de ce verset ! Infiniment plus de gens seraient gagnés si nous aimions nos frères en action et en vérité, et si par là nous étions empêchés de leur être en aucune manière une occasion de chute ! Sans cette « huile » sainte de l’amour fraternel, une vie ensemble profitable dans la famille de Dieu ne peut pas réussir. Si elle est présente, même de graves difficultés seront surmontées.

 

3.3.7       Encore une fois la haine des frères et ses conséquences — 1 Jean 2:11

« Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, et il marche dans les ténèbres, et il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux » (1 Jean 2:11).

 

Au commencement du verset 11 nous rencontrons la même construction qu’au verset précédent : « celui haïssant son frère ». Le participe présent décrit donc un homme qui est constamment dans cet état où il hait son frère. Pour lui, cette haine est caractéristique. Ce que « son frère » signifie, nous l’avons déjà vu au v. 9.

Le verset 11 ajoute au v. 9 et complète le contraste entre ce qui est authentique et ce qui ne l’est pas. D’un côté il y a le vrai croyant qui est dans la lumière et marche dans la lumière, ceci étant manifesté par le fait qu’il aime son frère. D’un autre côté il y a le faux professant qui est dans les ténèbres et marche dans les ténèbres, ceci étant manifesté par le fait qu’il hait son frère. Il n’y a pas de position neutre entre les deux. Là où il n’y a pas d’amour, il y a la haine. Elle peut être cachée, mais elle est là.

 

3.3.7.1      Le juste jugement de Dieu — Jean 3:19

Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises des ténèbres comme l’état dans lequel se trouve par nature l’homme non régénéré. Il nous faut cependant apprendre à comprendre que ce qu’est l’homme par nature n’est pas la raison pour laquelle Dieu agit en jugement envers lui. Non, l’Écriture ne parle pas dans ce sens. L’homme devra bien plutôt répondre de ses œuvres : « Or c’est ici le jugement, que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3:19). L’homme recevra le juste jugement de Dieu sur la base des « choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien soit mal » (2 Cor. 5:10) ; il n’est pas jugé parce qu’il est mauvais par nature.

Peut-être que ces lignes seront lues par quelqu’un qui n’est pas né de nouveau et qui est donc encore dans ses péchés. Lecteur, accepte d’être averti ! Le diable veut te suggérer que Dieu n’est pas juste, parce qu’Il te rend responsable de ce que tu es par nature, et à l’égard de quoi tu ne peux rien du tout. Mais il n’en est pas ainsi. Tu es responsable devant Lui pour la manière dont tu t’es comporté vis-à-vis du Sauveur : as-tu rejeté ou accepté la lumière ? Dieu ne te demandera pas des comptes parce que tu es né dans les ténèbres ou que tu as « l’entendement obscurci » (Éph. 4:18). Mais si tu rejettes la lumière qui est venue à toi par la Parole de Dieu, alors un jour tu auras justement cette Parole comme juge contre toi. Le Seigneur Jésus dit : « Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas mes paroles, a qui le juge ; la parole que j’ai dite, celle-là le jugera au dernier jour » (Jean 12:48).

Tenons ferme à ceci, chers amis : nous sommes perdus à cause de ce que nous sommes par nature ; nous sommes jugés à cause de ce que nous avons fait. Mais Dieu soit éternellement béni : notre Sauveur est mort pour tous les deux ! Il a enduré le jugement de Dieu à la croix, aussi bien pour ce que nous sommes par nature, que pour ce que nous avons fait de mal en tant qu’homme responsable. De toute façon les conséquences bénies de Son œuvre de rédemption ne s’étendent qu’à ceux qui croient en Lui.

 

3.3.7.2      Les ténèbres dans l’éternité — 1 Jean 2:11c

Les ténèbres ont des conséquences dévastatrices pour celui qui y est et y marche : elles l’aveuglent. Car il est ajouté : « parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux » (1 Jean 2:11c).

Si on laisse suffisamment longtemps une bête ou un homme dans les ténèbres, il perd la vue inéluctablement. Ailleurs l’apôtre Paul utilise la même image, quand il dit au sujet de ceux qui vont à la perdition : « … le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des incrédules, pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ qui est l’image de Dieu, ne resplendît pas pour eux » (2 Cor. 4:4). Le diable veut maintenir à tout prix l’homme dans les ténèbres, afin qu’il ne voie pas la lumière qui brille dans le Seigneur Jésus. Le résultat de l’aveuglement est que l’homme « ne sait pas où il va ». Ce n’est pas seulement qu’il s’arrête là où tout est sombre, là où on ne connaît rien de Dieu ; mais ses propres yeux sont aussi obscurcis.

Il y a ainsi une double raison qui l’empêche de voir où il va.

Quel sort bouleversant ! À bien des égards, l’homme intelligent, l’homme moderne, l’homme d’aujourd’hui en sait davantage que les hommes d’autrefois, et pourtant voilà qu’il ignore le plus important : là où il va ! S’il reste dans cet état lamentable, alors il n’y a plus qu’un pas à franchir pour tomber dans les ténèbres éternelles. La Parole de Dieu dit des « étoiles errantes » que « l’obscurité des ténèbres leur est réservée pour toujours » (Jude 13).

Il y a encore une issue à cet état effrayant. Car Christ est venu comme lumière dans le monde, afin que tous ceux qui croient en Lui « ne demeurent pas dans les ténèbres » (Jean 12:46). Ce n’est que par la foi en Lui, la Lumière, qu’on peut soi-même venir dans la lumière. Et on doit le faire tant que la lumière est encore accessible : « Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous soyez fils de lumière » (Jean 12:36)

Tous nos lecteurs ont-ils accepté cette lumière par la foi ? C’est heureux pour eux ! Ils peuvent aller leur chemin comme fils de la lumière, parce que ce chemin est entièrement opposé à celui qui conduit dans les ténèbres éternelles. Car voilà aussi les paroles de notre Seigneur et Sauveur : « Moi, je suis la lumière du monde : celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jean 8:12). Les croyants peuvent déjà aujourd’hui savoir et confesser ceci triomphalement, par-dessus toutes les ténèbres :

« Car par devers toi est la source de la vie, en ta lumière nous verrons la lumière »
(Ps. 36:9).

 

La lumière et les ténèbres…  il y a autant de différence entre elles qu’entre le ciel et l’enfer.

 

4        La famille de Dieu — privilèges et dangers — 1 Jean 2:12-27

Nous arrivons maintenant à une nouvelle grande section, la troisième de la première épitre de Jean (2:12-27). Après avoir vu dans la seconde section les deux grands traits de caractère, l’obéissance et l’amour, par lesquels sont caractérisés ceux qui possèdent la vie éternelle (2:3-11), la troisième section nous montre maintenant la famille des enfants de Dieu, et elle le fait sous un angle de vue particulier, qui est unique en son genre dans le Nouveau Testament. Plus précisément il est distingué trois niveaux de croissance, les pères, les jeunes gens et les petits enfants, des grades de maturité spirituelle qui ont chacun leurs caractéristiques particulières et qui comportent en partie aussi des dangers.

 

4.1      Le plan de la section

Comme on l’a déjà remarqué dans l’introduction à la deuxième partie, l’ensemble de la troisième partie constitue une parenthèse (intercalation ou digression).

L’apôtre y communique aux croyants la raison pour laquelle il leur écrit, de manière adaptée aux différents stades de développement de la vie en eux. Il s’adresse à chaque groupe séparément, et deux fois à chacun.

Cependant il commence par s’adresser à toute la famille de Dieu : « je vous écris, enfants (teknia)… » (1 Jean 2:12). Nous avons déjà vu la signification du terme ‘teknia’ en grec à propos du v. 1 de notre chapitre, à la rubrique « enfants ». Cela vaut aussi pour le deuxième mot traduit par « enfants » (en grec « paidia ») que l’apôtre utilise. Le lecteur fera bien de s’y reporter encore une fois. Il suffit de dire ici que l’apôtre utilise le mot ‘teknia’ (qui signifie : engendré) pour désigner les enfants de Dieu comme tels, car ils sont tous engendrés ou nés de Dieu. Inversement avec ‘paidia’ (= petits enfants), il entend ceux qui, parmi les précédents, sont encore jeunes dans la foi.

S’étant adressé au v. 12 à toute la famille des enfants de Dieu, l’apôtre se tourne en particulier :

§  vers les pères au v. 13,

§  vers les jeunes gens au v. 13,

§  vers les petits enfants (‘paidia’) au v. 13.

 

Après avoir présenté ce qui est typique de chacun de ces trois groupes, il donne ensuite à chacun d’eux des enseignements supplémentaires autant qu’il est nécessaire, et il les avertit de dangers. De nouveau il se tourne vers l’un après l’autre

§  vers les pères v. 14,

§  vers les jeunes gens v. 14-17,

§  vers les petits enfants (‘paidia’) v. 18-27.

 

Vers la fin du chapitre, il les reprend tous de nouveau en se servant du terme « enfants » utilisé en premier, et il dit : « Et maintenant enfants (‘teknia’)… » (2:28). La manière d’enseigner est remarquable !

 

4.1.1       Une série décroissante

Avant de nous occuper en détail des versets de cette nouvelle section, nous voulons jeter un coup d’œil sur la succession par laquelle les différents cercles de personnes sont présentés. C’est une succession décroissante : pères, jeunes gens, petits enfants. Dieu se sert dans Sa Parole de deux ordres différents quand Il parle de nous, des Siens. S’Il commence par les plus petits, les moindres, alors c’est l’ordre de la grâce ; s’Il commence, comme ici, avec la partie la plus élevée, alors c’est l’ordre de la responsabilité qui nous est présenté.

Un exemple pour la première succession, qui est une expression de la grâce, se trouve dans les personnes auxquelles le Seigneur est apparu après Sa résurrection. Il est d’abord apparu à Marie de Magdala de laquelle Il avait chassé sept démons. Puis le cercle s’élargit, Il apparaît ensuite à deux femmes (Matt. 28:9). Les apparitions ultérieures prennent de de plus en plus d’importance et de poids jusqu’à ce que finalement Il apparaisse plus tard en gloire à l’apôtre Paul, ce vase d’élection (1 Cor. 15:8).

Comme exemples de la deuxième succession, celle de la responsabilité, nous en rencontrons déjà dans l’Ancien Testament. Pensons seulement à Adam et Ève en Genèse 3. Dieu parle ensuite après la chute, d’abord à Adam l’élément le plus responsable, et ensuite seulement à Ève. Le jugement en Ézéchiel devait commencer par les vieillards, ensuite s’étendre sur les jeunes gens et les jeunes filles, jusqu’aux enfants et aux femmes, et il est dit alors : « Et ils commencèrent par les anciens qui étaient devant la maison » (Éz. 9:6).

Dans le Nouveau Testament nous pouvons donner comme exemple de succession décroissante la parabole des talents, respectivement 5, 2 et 1 (Matt. 25). Manifestement quelqu’un à qui il a été confié 5 talents porte une plus grande responsabilité que quelqu’un qui n’a reçu qu’un talent.

 

4.1.2       Répartition en trois

Déjà dans les paraboles citées, nous avons été frappés par une tripartition. On la trouve souvent dans le Nouveau Testament.

Ainsi en Matthieu 13, en rapport avec les auditeurs de la Parole vains et sans fruit, il y a trois sortes de terrains : le chemin, le terrain rocailleux et les épines. La fructification des auditeurs croyants est présentée selon une gradation triple de 100, 60, 30 fois. En Jean 15 il est aussi question de trois sortes de fruits : plus de fruit, beaucoup de fruit, du fruit qui demeure.

En outre la Parole de Dieu parle d’un triple repos : le repos de la conscience (Matt. 11:28), le repos du cœur (Matt. 11:29) et le repos éternel de Dieu (Héb. 4:11). En harmonie avec cela, il est aussi question de la paix de trois façons : la paix avec Dieu (Rom. 5:1), la paix de Dieu (Phil. 4:7) et le Dieu de paix (Phil. 4:9).

Dans tous les cas cités, y compris celui de 1 Jean 2, les pères, les jeunes gens, les petits enfants, les enfants, il est question de croissance, d’atteindre une connaissance plus élevée et plus intime de Dieu. Un petit enfant sur le bras de sa mère peut être très aimé d’elle, et cependant n’avoir guère conscience de l’amour de sa mère. L’enfant ne sera-t-il pas beaucoup plus heureux, quand ayant grandi, il sera de plus en plus conscient de l’amour de sa mère ?

Il est remarquable que l’Écriture Sainte nous montre aussi trois ennemis qui veulent nous dérober les bénédictions divines. Ce sont le diable, la chair (le péché qui habite en nous) et le monde. Nous rencontrons ces trois ennemis dans notre épître.

Après ces paroles introductives, nous arrivons maintenant au premier verset de cette nouvelle section (1 Jean 2:12).

 

4.2      Le pardon des péchés

L’apôtre Jean s’adresse d’abord à toute la famille des enfants de Dieu en utilisant le terme de tendresse « enfants » (teknia), et il parle d’un privilège particulier et élémentaire qui appartient à eux tous.

 

4.2.1       Seulement pour des « enfants » — 1 Jean 2:12

« Je vous écris, enfants, parce que vos péchés vous sont pardonnés par son nom » (1 Jean 2:12).

 

Ce verset, comme déjà le premier verset du chapitre, fait d’abord apparaître clairement à qui l’apôtre écrit : à des enfants de Dieu, et à personne d’autre. Cette épitre s’adresse exclusivement à la famille de Dieu, et non pas aux enfants du monde qui sont encore dans l’incrédulité. Ce n’est qu’à ceux qui sont nés de Dieu, que sont reconnus les privilèges que contient ce verset, et en somme toute l’épître. Nous voyons constamment aujourd’hui les gens en train d’attribuer plus ou moins à tous les hommes les bénédictions que la grâce de Dieu n’a accordées qu’à ceux qui sont de « la foi de Jésus » (Rom. 3:26). C’est une erreur fatale, une tromperie mortelle des hommes, dont ils se rendront subitement compte un jour, devons-nous craindre. Combien sont nombreux les chrétiens qui s’imaginent être en possession du pardon des péchés, et qui pourtant n’ont encore jamais confessé leurs péchés (1 Jean 1:9), ni n’ont jamais réellement « cru » au nom du Seigneur et à la valeur de son sang (Actes 10:43 ; Rom. 3:25) !

Cependant l’écrivain fait quelque chose de tout à fait remarquable : il donne la raison pour laquelle il écrit aux « enfants ». Il ne leur écrit pas que leurs péchés sont pardonnés, mais parce qu’ils sont pardonnés. N’est-ce pas admirable ? Ainsi le pardon des péchés est tellement le privilège de tous les vrais enfants de Dieu qu’il indique que cette bénédiction est surtout la raison pour laquelle il leur écrit. Il ne veut pas les mettre au courant de cette bénédiction, ni ne veut les introduire dans cette bénédiction ; mais parce qu’ils possèdent déjà ce grand privilège et sur cette base, il veut leur donner des enseignements supplémentaires. Deux points importants émergent ici, qui méritent toute notre attention.

 

4.2.2       Par Son Nom (ou : à cause de Son Nom) — 1 Jean 2:12

Ceci est maintenant le premier point : le pardon des péchés est vrai de tout chrétien authentique. C’est leur état général, indépendant de toute question de progrès dans la vie spirituelle. L’usage du verbe au parfait pour « sont pardonnés » signifie qu’ils ont été pardonnés et qu’ils sont encore maintenant pardonnés. Certitude merveilleuse ! Elle est encore approfondie par le motif, qui en est donné ici, de ce que Dieu nous a pardonné les péchés : « à cause de Son Nom » (ou : « par Son Nom »). Le fait que quelque chose est fait « à cause de Son Nom » (ou : « par son nom ») exprime que cela a eu lieu en accord avec Sa nature et Son conseil [ou : décret].

« Son nom » peut se rapporter aussi bien au Père qu’au Fils. Cependant parce que le Fils a révélé le Père (Jean 14:9), le nom du Seigneur Jésus paraît être ici au premier plan. Cela est encore supporté par le fait que le Seigneur a demandé aux disciples avant Son ascension que « la repentance et la rémission des péchés fussent prêchées en son nom à toutes les nations » (Luc 24:47). La manière dont les apôtres l’ont réalisé nous est montrée par l’exemple de l’apôtre Pierre dans la maison du centurion Gentil (ou : païen) Corneille, quand il dit aux gens des nations rassemblés là : « Tous les prophètes lui rendent témoignage que, par son nom, quiconque croit en lui [Christ] reçoit la rémission des péchés » (Actes 10:43 — ndT : littéralement en allemand : Tous les prophètes lui rendent témoignage que quiconque croit en lui [Christ] reçoit la rémission des péchés par son nom).

Quelle sécurité nous donne le fait que Dieu rattache le pardon de nos péchés au nom de Son Fils bien-aimé ! Ce n’est pas seulement que nous avions un besoin aigu du pardon, mais celui-ci contribue en outre à glorifier le Fils de Dieu.

Ceci est sans doute le côté plus élevé. La gloire de Son nom (de la révélation du Sien lui-même) confère au pardon de nos péchés un caractère précieux et une profondeur particuliers. Comment pourrions-nous nourrir encore le moindre doute, quand nos péchés sont pardonnés à cause du [ou : par le] nom de Jésus ? Il n’y a aucune motivation plus élevée en Dieu pour cela.

 

4.2.3       Un solide fondement — 1 Jean 2:12

Et maintenant passons au deuxième point dont nous avons parlé. Toute la doctrine et l’enseignement chrétien ont ceci pour fondement : que nous avons le pardon des péchés par la grâce de Dieu. Nous ne sommes pas sur le vrai terrain chrétien tant que nous n’avons pas reçu cela par la foi. Ici il n’y a pas de « si », pas de « mais » ; car la rédemption ne dépend pas du racheté, mais du Rédempteur (= Celui qui a opéré le rachat). Nous avons cette rédemption en Lui, le Fils de Son amour (Col. 1:13, 14). C’est une chose fermement établie et entièrement réglée, qui n’a besoin d’aucun complément ou développement. Dans le ciel nous ne l’aurons pas plus qu’ici-bas, pas plus qu’aujourd’hui. Le fait que nous nous en réjouirons davantage est bien entendu une toute autre question.

Si quelqu’un ne possède pas le pardon de ses péchés, alors cette épître ne s’adresse pas à lui. Nous l’avons vu. Mais il y a plus ! Même quand un enfant de Dieu n’est pas certain de ce pardon par manque de foi, et qu’il n’en jouit pas, il n’est pas en état de recevoir davantage d’enseignement courant sur la vérité de Dieu. Le pardon des péchés est une bénédiction élémentaire, elle fait partie du fondement de notre position chrétienne.

On explique souvent que ce serait de l’orgueil de prétendre qu’on a le pardon des péchés. C’est l’inverse ! C’est de l’orgueil de ne pas accepter ce que Dieu donne dans Sa grâce. Autant Il ne peut pas enseigner le monde incrédule sur les vérités chrétiennes, autant Il ne peut pas plus le faire avec ceux qui ne possèdent pas encore la certitude du salut. C’est pourquoi il est tellement important que nous mettions ce point au clair.

Il y a des chrétiens qui sont encore dans l’incertitude au sujet du salut de leur âme, bien qu’ils croient au Seigneur Jésus, et qu’ils aient par-là la vie éternelle. C’est un état lamentable et anormal qui arrive malheureusement plus souvent qu’on ne le pense. De telles personnes ne peuvent effectivement « supporter » aucune bénédiction basée sur ce salut. Cela ne ferait que les enfoncer encore plus profondément dans les ténèbres du doute. Par exemple, comment pourrait-on faire comprendre les enseignements sur l’enlèvement des croyants à la venue de Christ à quelqu’un qui n’est pas encore sûr de son salut ? Ne va-t-il pas commencer par demander s’il y participera ? Ne va-t-il pas avoir peur de rencontrer Celui dont il ne sait pas encore s’Il est son Sauveur ? Et comment veut-on parler avec quelqu’un sur le fait d’être mort avec Christ et par-là d’avoir une marche sainte (Rom. 6) s’il n’a pas encore une paix assurée avec Dieu (Rom. 5) ?

Tout cela nous montre combien il est d’importance fondamentale pour notre vie de foi et pour son développement que nous soyons au clair sur le pardon de nos péchés et que nous rendions grâces à notre Dieu chaque jour à cet égard. Le lecteur comprendra mieux maintenant pourquoi nous avons consacré tant de place sur ce point. Disons-le encore une fois : la certitude du pardon des péchés est le fondement de tout enseignement additionnel sur la vérité divine.

 

4.2.4       Pardon (ou : rémission) des péchés dans l’Ancien Testament — 1 Jean 2:12

Nous devenons encore plus reconnaissants de la grandeur de ce privilège dont nous parlons, le pardon (ou : rémission) des péchés, et nous le voyons encore plus clairement, si nous réfléchissons au fait que cette bénédiction n’était pas encore manifestée au temps de l’Ancien Testament. Elle n’était ni la part ni la possession des saints de ce temps-là. Car Christ n’était pas encore venu, et n’avait pas encore accompli l’œuvre de la rédemption qui est la seule base sur laquelle Dieu peut pardonner les péchés. Au point de vue de l’histoire du salut, aucun d’entre eux ne possédait « la rédemption par son sang, la rémission des fautes » comme c’est le cas pour nous aujourd’hui (Éph. 1:7). La question du péché n’était pas encore réglée selon Dieu. Il n’y avait pas encore ce que l’Écriture appelle « la rédemption, la rémission des péchés » (Col. 1:14). Ce n’est que lorsque Christ « avec son propre sang, est entré une fois pour toutes dans les lieux saints », qu’Il a « obtenu une rédemption éternelle » (Héb. 9:12).

C’est ainsi qu’à l’égard de ce temps-là, l’Écriture parle d’un « support des péchés précédents dans la patience de Dieu » (Rom. 3:25, 26). Il y avait du support, mais pas de rémission ou de pardon. Pareillement, les sacrifices offerts sous l’ancienne alliance « étaient un acte remémoratif de péchés. Car il est impossible que le sang de taureaux et de boucs ôte les péchés » (Héb. 10:3, 4). Mais justement la remémoration des péchés montre que les péchés étaient encore présents, et qu’ils n’étaient pas effacés.

Maintenant il est absolument vrai, que des croyants de l’Ancien Testament, comme par exemple Énoch, Abraham, Moïse ou David pour n’en nommer que quelques-uns, avaient largement dépassé, dans la hardiesse de leur foi, ce que Dieu avait révélé en leur temps et pour leur temps. Certainement leurs péchés ne leur étaient pas un sujet de trouble à l’égard de leur vie et des temps ultérieurs. Ils mettaient toute leur confiance en Dieu, et savaient qu’Il ferait ce qui est juste.

Cependant cela ne change rien au fait que la question du péché comme telle n’était en principe pas encore clarifiée, et qu’en conséquence Dieu ne pouvait pas encore parler de pardon (ou : rémission) des péchés, sinon dans un sens futur et prophétique.

Cela est effectivement typique de la Parole de Dieu de l’Ancien Testament : quand elle parle de rémission des péchés, elle en parle comme d’une bénédiction à venir. Prenons par exemple le Psaume bien connu 32. « Bienheureux celui dont la transgression est pardonnée, et dont le péché est couvert ! » (Ps. 32:1). Ici il est question prophétiquement du résidu juif croyant des derniers jours, qui passera par la grande tribulation et confessera ses transgressions au Seigneur. Alors ils apprendront l’heureuse nouvelle que « tu as pardonné l’iniquité de mon péché » (Ps. 32:5).

Un coup d’œil à Jérémie 31 confirme cela. En plus de la nouvelle naissance (Jér. 31:33) et de la reconnaissance du Seigneur (Jér. 31:34), le pardon de leurs péchés sera une composante essentielle de la nouvelle alliance que le Seigneur conclura pour la maison d’Israël et la maison de Juda : « car je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché » (Jér. 31:34). Le résidu croyant d’Israël apprendra un jour le pardon de ses péché sur la base de la nouvelle alliance dans le sang de Christ (comp. 1 Cor. 11:25). Mais nous, bien-aimés, nous l’avons déjà aujourd’hui, en vertu de ce même sang !

Il reste encore à remarquer que dans un sens limité, les croyants de l’Ancien Testament eux aussi ont connu le pardon de leurs péchés. Mais cela concerne en principe ce que j’ai nommé « un pardon temporel », en contraste avec un pardon éternel de Dieu ; ce pardon temporel est un pardon qui a à faire avec les voies gouvernementales de Dieu à leur égard. On peut aussi comprendre le Psaume 32 de cette manière. Quand Dieu leur pardonnait suite à leur confession, alors Il retenait Sa main en discipline à leur égard, et ne laissait pas venir tel ou tel mal sur eux. En rapport avec 1 Jean 1:9, nous avons déjà parlé de ce côté, de sorte qu’il peut suffire ici d’y faire allusion.

Pour le temps d’aujourd’hui, voici ce qui est valable : si quelqu’un est devenu membre de la famille de Dieu par la nouvelle naissance, alors ses péchés lui sont aussi pardonnés pour l’éternité. Il peut ne s’être mis à l’abri auprès du Seigneur Jésus que depuis une demi-heure, ou bien il peut avoir été Son disciple depuis des dizaines d’années ; il peut être adulte spirituellement ou ne pas encore avoir grandi. Grandi ou pas, pour tous les membres de la famille de Dieu, il y a cette réalité bénie : les péchés leur sont pardonnés. Et pour quelle raison ? « À cause de son nom » (ou : « par Son Nom »).

 

4.3      Les pères — 1 Jean 2:13a

Après avoir parlé de ce qui est vrai de tous les enfants de la famille de Dieu, l’apôtre se tourne maintenant vers des cercles particuliers de personnes. Car du point de vue spirituel, il y a vraiment des différences dans la famille de Dieu. Comme déjà remarqué plus haut, il commence par le groupe du niveau supérieur, celui des « pères » :

« Je vous écris, pères, parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement » (1 Jean 2:13a).

 

Quand Paul veut désigner des frères plus âgés en contraste avec des plus jeunes, il les nomme « vieillards » (Tite 2:1 ; comparer aussi « homme âgé » en 1 Tim. 5:1). Ce mot peut impliquer un certain déclin, au moins de la faiblesse. Mais Jean ne parle pas de différences d’âge, seulement de différences de maturité spirituelle. C’est pourquoi il dit : « Pères ». Qu’est-ce qui fait que quelqu’un soit un père en Christ ? C’est qu’il connait Celui qui est dès le commencement. Cela peut paraître fort semblable à ce qui est dit des « petits enfants » : « Je vous écris, petits enfants, parce que vous connaissez le Père » (1 Jean 2:13c) et cependant la différence entre les deux déclarations ne peut guère être plus grande.

Le premier verset de notre épître montre clairement Qui est visé par l’expression « Celui qui est dès le commencement » : c’est Christ. C’est Celui qui a parfaitement révélé Dieu ici-bas sur la terre. Tout ce que l’on peut savoir de Dieu est vu en Lui. Et au cours d’années d’expériences spirituelles, les ‘pères’ sont parvenus à Le connaître, et à trouver en Lui leurs plus hautes joie et satisfaction.

Celui qui a un don spirituel n’est pas ‘ipso facto’ un ‘père’. Être un père en Christ ne dépend nullement d’un don quelconque, mais seulement de ce qu’on est réellement « spirituel ». Également, ce n’est pas le fait d’être devenu âgé qui fait de nous un père. On ne le devient pas ‘de soi’. Il peut se faire que plusieurs d’entre nous soient sauvés depuis un grand nombre d’années, et pourtant ils ne sont pas dans l’état de ‘pères’ au sens de notre épître, mais au contraire ils sont plus ou moins restés encore de petits enfants. Cela peut tenir à ce qu’ils n’ont pas reçu la nourriture et l’enseignement spirituels nécessaires. Cependant la plupart du temps il faut en chercher la raison dans le fait que nous ne prenons pas assez de temps pour la prière et pour l’étude de la Parole. Un pas en avant dans le monde a peut-être été pour nous plus important que des progrès dans le domaine spirituel. Et ainsi il nous manque un vrai dévouement de cœur à Christ. Mais Dieu attend que nous dirigions nos yeux sur Christ et qu’ainsi nous mûrissions de l’état de ‘petits enfants’ à celui de ‘jeunes gens’, et celui de ‘jeunes gens’ à celui de ‘pères’.

Les ‘pères’ n’ont pas seulement appris quelque chose au sujet de Christ, ils L’ont connu Lui-même, et par comparaison ils ont connu en même temps la vanité de toutes les autres choses de ce monde. Des années de luttes et de combats, des années de communion et d’expérience avec Lui se seront écoulées, jusqu’à ce que le Seigneur Jésus leur devienne précieux au-dessus de tout autre chose, plus cher que tous les amis de la terre. Et dans la mesure où ils ont appris à apprécier Son amour incomparable, le monde a perdu son pouvoir d’attraction sur eux. Christ est tout pour eux. Ils ne désirent rien de plus.

Nous pouvons voir cela de manière si excellente chez l’apôtre Paul qui était effectivement un ‘père’. Pour lui vivre c’était Christ, et mourir un gain (Phil. 1:21). Aussi tristes et accablantes que pouvaient être les circonstances, il savait Qui il avait cru (2 Tim. 1:12). Toute son expérience de vie de chrétien aboutissait finalement à Christ, et à trouver en Lui son but. Et ainsi il ne faisait qu’une chose : « oubliant les choses qui sont derrière et tendant avec effort vers celles qui sont devant, je cours droit au but pour le prix de l’appel céleste de Dieu dans le Christ Jésus » (Phil. 3:13, 14).

Combien ce qui caractérise les ‘pères’ est digne d’efforts ! Ils ne sont plus occupés d’eux-mêmes, de leurs expériences, de leurs sentiments si bons (ou si mauvais) soient-ils, même pas de leurs amis, mais ils ne sont occupés que de Christ Lui-même ! Ils se reposent en Lui ; car, dans beaucoup de détails de leur vie, ils ont fait l’expérience de Lui et L’ont éprouvé comme Celui qui est toujours fidèle et qui demeure toujours le même. Tout ce qu’ils rencontrent dans ce monde, ils le comparent à Christ et disent : « quelle différence ! ».

Il me revient en mémoire une petite circonstance qui peut servir d’illustration. Il y a de cela de nombreuses années, j’accompagnais mon supérieur dans un voyage en auto en Suisse. J’étais assis à côté de lui comme passager. Après un bout de chemin et quelques entretiens, il me regarda et me demanda si j’avais quelque chose contre le fait de mettre en route une cassette de musique. « Naturellement non ! ». La musique qu’il fallait maintenant entendre était du genre léger et dégénéré, comme on peut entendre aujourd’hui partout dans tous les haut-parleurs. Je m’étonnais intérieurement de ce que mon chef soit tombé à ce niveau. Presque involontairement je la comparais avec ce qui pour moi est l’idéal de musique, et je me dis : « combien cela est différent de Jean Sébastien Bach ».

Reconnaître l’excellence de la personne de Christ est et demeure l’objectif suprême pour nous ici-bas sur la terre. Il n’est dépassé que par ce qui nous attend là-haut, quand nous pourrons Le voir « face à face » (1 Cor. 13:12).

 

4.4      Les jeunes gens — 1 Jean 2:13b

Ensuite l’apôtre se tourne vers la deuxième classe, qu’il qualifie de ‘jeunes gens’, et leur dit :

« Je vous écris jeunes gens, parce que vous avez vaincu le méchant » (1 Jean 2:13b).

 

Ici une autre caractéristique domine : ce n’est pas la connaissance de Celui qui est dès le commencement, mais c’est la force, la puissance spirituelle pour vaincre. Cependant ce qui est dit des jeunes gens est fort remarquable et digne d’efforts. Ils ne sont certes pas aussi avancés que les ‘pères’ dans la connaissance du Seigneur Jésus. Cependant ils ont fait aussi des progrès spirituels dans la foi, et ils se sont montrés courageux et inébranlables dans les difficultés du chemin chrétien et du service pour le Seigneur. Ils ont appris à connaître le secret de la victoire ; et encore, ils n’ont pas seulement surmonté les obstacles, mais ils ont vaincu le méchant lui-même. En quoi consiste leur force ? Nous l’apprendrons seulement quand l’apôtre leur parlera pour la seconde fois (1 Jean 2:14b).

Vaincre est un des grands sujets du ministère de Jean, spécialement dans sa première épître et dans le livre de l’Apocalypse. Dans cette épître à elle toute seule, le terme vaincre revient 6 fois, et 17 fois dans l’Apocalypse.

Le terme ‘méchant’ désigne le diable : les destinataires de l’épître n’avaient manifestement pas de peine à le comprendre. Ce qui était devant les yeux de l’auteur de l’épître n’était pas ce qui est méchant ou mauvais, mais le méchant. Hormis notre passage, il est encore parlé 4 fois de cet adversaire dans l’épître (1 Jean 2:14 ; 3:12 ; 5:18, 19).

 

4.4.1       Une particularité du texte — méchant, mauvais

Nous devons accorder un peu d’attention au terme que le Saint Esprit utilise ici pour désigner le méchant. Il y a principalement deux mots utilisés dans le Nouveau Testament pour décrire ce qui est ‘méchant, mauvais’.

Le terme le plus commun est « kakos ». Il dérive d’une racine qui signifie « sans valeur ». Dans le Nouveau Testament « kakos » est traduit le plus souvent par « méchant », mais il a aussi la signification secondaire de « mauvais, gâté ». Il représente ce qui est mauvais par nature et par inclination.

Dans notre texte le mot utilisé est « poneros ». La racine de ce mot signifie « dommageable ». Voici la portée du sens de poneros : « méchant, mauvais, malin, pernicieux, malveillant, dangereux, mal tourné ». Il ne désigne pas seulement quelque chose qui est mauvais passivement (c’est ‘kakos’), mais il comporte la pensée d’une méchanceté active en soi, une méchanceté qui ne se satisfait pas tant que d’autres n’ont pas subi du tort. C’est pourquoi ce mot est tout à fait approprié ici, comme en Éphésiens 6:16, pour désigner Satan lui-même.

*

Les jeunes gens ont vaincu le méchant. Ce combat se jouait et se joue surtout sur deux terrains : d’une part la doctrine fausse et mauvaise, et d’autre part la corruption morale. Les croyants auxquels il est parlé ici, s’étaient montrés fidèles à l’égard des deux dangers, et ne s’étaient pas laissé influencer par le mal, ni sous une forme ni sous une autre. Cela n’est certainement pas peu de choses aux yeux du Seigneur. C’est pourquoi il leur rend ce bon témoignage.

Avons-nous déjà appris à sortir dans la puissance de la foi et de l’amour, pour faire la volonté de Dieu dans ce monde malgré l’opposition de Satan, et pour diffuser Ses pensées et Sa lumière ? Avons-nous déjà fait l’expérience de la vérité de la parole : « Résistez au diable, et il s’enfuira de vous » (Jacq. 4:7) ? Ou bien sommes-nous encore occupés de nous-mêmes, et luttons-nous avec le péché en nous, au lieu de lutter au service pour le Seigneur ?

 

4.5      Les petits enfants — 1 Jean 2:13c

En troisième lieu, Jean en vient à parler au groupe de ceux qui sont encore jeunes dans la foi. D’eux aussi il donne quelque chose de très significatif :

« Je vous écris, petits enfants, parce que vous connaissez le Père » (1 Jean 2:13c).

 

La connaissance du Père est caractéristique des ‘petits enfants’, non pas seulement pour quelques-uns d’entre eux, mais pour eux tous. Connaître le Père n’est pas le résultat d’un long processus, mais c’est le commencement de leur chemin comme enfants de Dieu.

Il n’y avait pas longtemps qu’ils vivaient encore dans le monde, et étaient morts dans leurs fautes et dans leurs péchés. Mais alors la voix pleine d’amour du bon Berger les avait atteints : « Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos » (Matt. 11:28). Par la grâce de Dieu, ils avaient prêté l’oreille à cette invitation, et ils étaient venus à Lui avec tous leurs péchés. Il les avait sauvés, et par le Saint Esprit Il leur avait donné non seulement la conscience de la rémission (ou : pardon) des péchés, mais encore quelque chose de bien plus grand : la connaissance du Père. Nous avons tous commencé par cette connaissance, à laquelle on ne parvient pas par une croissance de la maturité. À cet égard, il en va comme avec le pardon de nos péchés (1 Jean 2:12) : lui aussi se situe au commencement de notre chemin. Cela est très consolant.

Quand un homme qui est dans la détresse de ses péchés, se tourne par la foi vers le Sauveur des pécheurs, et qu’il remet toute la solution de sa culpabilité sur la personne et l’œuvre du Seigneur, alors il est scellé avec le Saint Esprit de la promesse (Éph. 1:13). C’est-à-dire que Dieu le Saint Esprit fait de lui son habitation comme dans un temple (1 Cor. 6:19). L’habitation du Saint Esprit dans le croyant est le sceau de la rédemption accomplie.

Un nouveau venu à la foi peut ne guère comprendre cela. Mais un ‘petit enfant’ sait déjà quand même une chose : que Dieu est son Père en Christ, et qu’il est lui-même un enfant de ce Père. « L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit, que nous sommes enfants de Dieu ; et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers » (Rom. 8:16, 17). Ils auront encore beaucoup à apprendre sur le Père et sur d’autres sujets. Cependant ils Le connaissent déjà, et savent qu’ils ont en Lui un Père miséricordieux qui a envoyé son Fils unique pour les racheter. Et l’Esprit d’adoption qu’ils ont reçu comme sceau de leur foi, leur fait dire, pleins de confiance : Abba, Père ! (Rom. 8:15). Voilà le langage de ceux qui sont nés de Dieu. La Parole de Dieu ne laisse aucune place à l’idée qu’on ne puisse pas savoir si l’on est un enfant de Dieu.

Il y a encore quelque chose à quoi il faut réfléchir. Même si les ‘pères’ sont arrivés à une connaissance plus profonde, et sont occupés de Christ comme le centre des conseils de Dieu ; — même si les ‘jeunes gens’ ont depuis longtemps quitté l’état d’enfance et sont devenus des vainqueurs, — la connaissance du Père par laquelle ils ont commencé, leur demeure. Cette connaissance n’est certes plus leur marque caractéristique, comme elle l’est des ‘petits enfants’, mais ils la possèdent et en jouissent.

Ici il est utile de faire une comparaison avec l’algèbre simple et les mathématiques plus évoluées. 2 et 2 font 4, cela subsiste même quand on se heurte au domaine plus évolué du calcul différentiel et des intégrales. Ce qu’on a appris en premier forme la base pour ce qui se rajoute plus tard. Il en est ainsi dans le domaine spirituel. Le plus jeune chrétien sait qu’il est un enfant de Dieu et que Dieu est son Père. Rien ne change sur ce point pour le plus avancé en maturité, même s’il a pu apprendre infiniment plus entre temps.

Ne pensons jamais que les vérités élémentaires du commencement perdent plus tard de la valeur, simplement parce que nous avons déjà pu les apprendre au commencement. Elles subsistent, elles gagnent en beauté dans la mesure où elles peuvent être mises en relation avec d’autres vérités. Ne serons-nous pas heureux outre mesure, un jour dans la maison du Père, de ce que nous avons le Dieu tout-puissant pour notre Père ?

 

4.6      Les pères pour la seconde fois — 1 Jean 2:14a

Une seconde fois l’apôtre se tourne vers les ‘pères’. Il leur donne la raison pour laquelle il leur écrit avec presque les mêmes paroles que précédemment :

« Je vous ai écrit, pères, parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement » (1 Jean 2:14a).

 

La seule différence d’avec le verset 13a réside dans le changement de temps, qui de « je vous écris » devient « je vous ai écrit ». Quand l’apôtre dit « je vous écris », il pense à lui-même, à ce qu’il est ainsi en train de rédiger la lettre (épitre). Quand il dit « je vous ai écrit », il se place au point de vue de ses lecteurs quand ils tiendraient l’épitre à la main, et qu’ils feraient usage de ce qu’il leur a écrit. Ce qu’on appelle l’aoriste d’écriture de lettre était habituel parmi les gens qui écrivaient en grec. Il n’est pas question que cette parole de Jean « je vous ai écrit » fasse allusion à une lettre antérieure provenant de lui-même. Dans l’une et l’autre de ces deux expressions (« je vous écris » / « je vous ai écrit »), il s’agit du même document, cette première épître.

Cependant en ce qui concerne le contenu du message, Jean écrit aux ‘pères’ la deuxième fois exactement la même chose : « … parce que vous connaissez celui qui est dès le commencement ». Déjà à elle seule cette manière de s’exprimer, une pure répétition, montre clairement qu’il n’y a rien à ajouter à ceux pour lesquels Christ est tout. Quelle part bienheureuse ! Ils ont commencé avec Christ, ils ont continué avec Christ, et ils ont fini avec Christ. Christ est tout pour eux, Lui le même hier, aujourd’hui, et éternellement. Que pourrait-on leur donner de plus ?

Contrairement aux autres groupes, les ‘jeunes gens’ et les ‘petits enfants’, les pères n’ont besoin ni d’encouragements, ni d’avertissements. Imaginons que nous penserions nécessaire d’avertir un père en Christ des dangers du monde. Ne nous répondrait-il pas : « cher ami, le monde n’a pour moi plus aucun attrait depuis que Christ remplit mon cœur. J’en ai fait l’expérience durant ma vie en beaucoup d’occasions, et j’ai appris à Le connaître ; Lui est le point final de toute mon expérience. Je ne voudrais pas avoir autre chose que Lui » ? C’est pourquoi l’apôtre dit aux ‘pères’, pour ainsi dire : « vous avez vos yeux dirigés sur le bon objet. Continuez ! ».

Si nous nous appliquons tout cela, nous devons tous plus ou moins baisser les yeux de honte. Même si nous sommes devenus plus âgés sur le chemin de la foi, combien nous nous sommes souvent beaucoup éloignés dans la vie pratique de cet objet béni qui est celui des ‘pères’ ! Comment pourrait-on expliquer autrement les dissensions entre croyants plus âgés, comme malheureusement nous les rencontrons souvent ? Si nous nous cherchons encore nous-mêmes, ou notre propre honneur, nous ne sommes pas dans l’état de pères ou de mères en Christ. Veuille le Seigneur nous accorder que la considération des pères spirituels soit pour le lecteur comme pour l’auteur un stimulant à prendre ces pères pour modèle et à gagner Christ ! Car dans tout le reste, quelque chose a-t-il encore du prix ?

Notons encore avant de laisser ce sujet béni, que Jean ne nous présente pas Christ comme la Personne objet et centre des conseils de Dieu. Cela est davantage la tâche de Paul. Jean s’occupe plutôt du Seigneur Jésus comme l’Homme, dans lequel habite la plénitude de la Déité, et qui a manifesté Dieu et Sa grâce et Sa vérité dans une mesure jamais vue auparavant (Jean 1:17, 18). Mais alors, prétendre qu’il y a encore davantage à posséder, davantage que Celui « qui était dès le commencement », cela manifeste le vrai caractère de telles personnes : ce sont des séducteurs, des ouvriers de Satan.

 

4.7      Les ‘jeunes gens’ pour la deuxième fois — 1 Jean 2:14b

À cause des difficultés du chemin, l’apôtre entre davantage dans les détails à propos des ‘jeunes gens’. Nous apprenons maintenant quelque chose sur le secret de leur puissance victorieuse, comme nous allons le voir tout de suite.

« Je vous ai écrit, jeunes gens, parce que vous êtes forts, et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le méchant » (1 Jean 2:14b).

 

La raison pour laquelle il leur écrit est la même que dans le verset 13b : « parce que vous avez vaincu le méchant ». Cependant l’apôtre ajoute maintenant deux raisons explicatives supplémentaires : « parce que vous êtes forts » et « que la parole de Dieu demeure en vous ». Ils étaient forts spirituellement, et par cette force ils avaient vaincu le méchant. La source de leur force résidait dans le fait que la parole de Dieu demeurait en eux. Nous voulons voir d’un peu plus près ces points particuliers.

Les jeunes gens sont des chrétiens pleins de force, aussi bien d’un sexe que de l’autre. Ils n’ont certes pas atteint la profondeur d’expérience qui est caractéristique des ‘pères’. Cependant ils manifestent de la puissance spirituelle en surmontant les différents obstacles et difficultés que l’adversaire dresse devant eux, et qu’ils trouvent même en partie dans leur propre mauvaise nature. Ils savent ce qu’il en est de la puissance et des ruses de Satan, et ils leur ont fait face de manière victorieuse. Les ‘jeunes gens’ sont des croyants qui, pour reprendre le langage des épîtres de Paul, ont reconnu et jugé le péché et se tiennent eux-mêmes pour morts au péché. Ils se savent ressuscités avec Christ ; ils pensent à ce qui est en haut là où Christ est, et ils font mourir leurs membres qui sont sur la terre. Ils se meuvent par la foi dans les lieux célestes, et ils y mènent le combat contre les puissances spirituelles. Ils savent qu’ils ont besoin de l’armure complète de Dieu pour pouvoir résister aux ruses du diable, et c’est pourquoi ils l’ont revêtue.

Ces traits de caractère des ‘jeunes gens’ mentionnés comme exemples, montrent clairement ce que l’Écriture Sainte entend par cette image, et quelles conditions doivent être remplies aussi par nous, si nous voulons être forts et vaincre le méchant. Chacun des points particuliers est important, chaque point parle son propre langage et chacun a sa propre histoire. Nous devrions nous en occuper davantage dans les faits !

 

4.7.1       La Parole de Dieu : source de force — 1 Jean 2:14b

Avec cela nous arrivons forcément à la question de savoir d’où les ‘jeunes gens’ tirent la force pour leur chemin victorieux. Or ils ne la possèdent ni par nature ni, par exemple, du fait qu’ils sont jeunes ou intelligents. Non, ils ne sont pas forts en eux-mêmes. Si le moyen d’être victorieux est leur force, alors le secret de cette force est dans la Parole de Dieu, dans le fait que celle-ci demeure ou habite en eux. La Parole de Dieu est la source de toute vraie connaissance et de toute vraie force. L’apôtre écrit à son cher enfant dans la foi, Timothée : « Mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu, sachant de qui tu les as apprises, et que, dès l’enfance, tu connais les saintes lettres qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus » (2 Tim. 3:14, 15).

S’occuper de la Parole de Dieu est indispensable si nous voulons gagner de la force et avoir du « vent dans les ailes ». Nous ne saurions trop prendre au sérieux la lecture et l’étude de la Parole avec prières. Car cette Parole est la révélation de Dieu au cœur de l’homme. Nous trouvons dans cette Parole le chemin, la volonté de Dieu ; nous y trouvons Christ. La Parole s’adresse à notre cœur et à notre conscience, et ainsi nous gagnons des convictions divines qui s’appuient sur la volonté révélée de Dieu, et qui finalement nous fournissent de la force et des motivations pour être un témoignage de Christ dans le monde.

Il ne suffit pas de s’occuper de passages particuliers, préférés, de la Parole. Nous avons besoin de toute la Parole de Dieu. On ne s’en occupe pas en courant vite à cette Parole de Dieu sous la pression des circonstances, pour voir ce qu’elle dit en rapport avec la situation qui est juste en train de nous presser. Ce qui caractérise les ‘jeunes gens’ est bien plutôt que la Parole de Dieu demeure en eux ou y habite. C’est un état béni quand la Parole de Dieu remplit habituellement notre cœur et le régit. Certainement, il est nécessaire de commencer par connaitre une fois les pensées de Dieu, puis d’apprendre à les mettre en ordre correctement. Cependant nous ne pouvons pas en rester là. Nous devons aller à cette Parole, nous mesurant et nous jugeant constamment nous-mêmes d’après elle, mesurant et jugeant pareillement les choses qui nous entourent. Faisons attention en même temps à l’ordre successif qui nous est donné. Car comment vouloir utiliser la Parole de Dieu comme moyen de bénédiction pour d’autres, ou comme une arme contre l’ennemi, si elle ne commence pas par garder notre propre âme et par faire son bonheur ?

Notre modèle suprême est naturellement le Seigneur Jésus lui-même, ici aussi. Il ouvrait chaque matin son oreille pour être enseigné (És. 50:4, 5). Il vivait selon la Parole et la volonté de Dieu. Et ce que les hommes entendaient de Lui, c’était les paroles de Son Père, c’était la Parole de Dieu (Marc 2:2). Quand le diable Le tenta, Il fut toujours vainqueur par le « il est écrit » (Matt. 4:4). Le Fils de Dieu, Qui est Lui-même la ‘Parole’, aurait pu tout à fait parler de Sa propre parole puissante. Mais Il ne l’a pas fait, et au contraire, Il s’est servi de la Parole écrite de Dieu. Aussi c’est à elle que nous devrions nous en tenir !

En Éphésiens 6 il est parlé de la Parole de Dieu comme d’une arme offensive, l’« épée de l’Esprit » (Éph. 6:17). Dans notre texte, elle est une force intérieure. Mais dans les deux passages le résultat est le même : la victoire sur le méchant. Cependant le fait d’avoir vaincu le méchant ne suffit pas à lui seul à nous assurer la victoire dans l’avenir. C’est pourquoi l’apôtre se met maintenant à donner des exhortations et des avertissements.

 

4.7.2       L’amour du monde (pour le monde) — 1 Jean 2:15a

Il ne s’agit pas de déposer les armes avant la fin du combat. Et justement la conscience d’avoir remporté une victoire nous met en danger de devenir insouciant, ou sûr de nous-mêmes. Nous sommes rarement plus en danger qu’après une victoire de la foi. C’est pourquoi l’apôtre continue :

« N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde » (1 Jean 2:15a).

 

Avant de nous occuper davantage de la question de savoir pourquoi ceux qui ont besoin d’être avertis à l’égard du monde, sont des chrétiens aussi pleins de force que les ‘jeunes gens’, et qui ne sont pas des ‘petits enfants’, il nous faut d’abord nous tourner vers la notion de ‘monde’ pour comprendre ce que la Parole de Dieu entend par-là.

 

4.7.3       Une particularité du texte, le monde

Dans le Nouveau Testament le Saint Esprit n’utilise pas moins de quatre mots grecs différents pour désigner le monde :

1°. « gee » qui signifie la « terre ». C’est spécialement la terre par opposition au ciel, par exemple Luc 16:17 ; Col. 1:16 et 20 ; Héb. 1:10.

2°. « oikoumene » qui signifie la terre habitée, le globe terrestre habité, le monde habité. C’est le domaine où l’homme habite, par exemple Matt. 24:14 ; Luc 2:1 ; Héb. 1:6 ; 2:5 ; Apoc. 3:10 ; 12:9 ; 16:14.

3°. « aion » qui signifie l’ère, l’âge, le siècle, le monde. C’est souvent une époque caractérisée par certaines particularités morales, par exemple Matt. 13:22 ; Gal. 1:4 ; 2 Tim. 4:10.

4°. « kosmos » = le monde, l’univers. Du fait que c’est de ce mot qu’il s’agit dans notre texte, nous devons regarder de façon plus précise sa multiplicité de sens. À l’origine il signifie « disposé en ordre », et par suite « ornement, décoration, parure » (par exemple 1 Pierre 3:3). En se basant sur cette signification originale, « kosmos » désigne un ordre approprié et harmonieux des choses, et il englobe ces dernières comme un tout. Le terme « kosmos » se trouve 186 fois dans le Nouveau Testament et il désigne :

a) le monde, la terre, l’univers (par exemple, Matt. 25:34 ; Jean 1:10 ; 16:28 ; Actes 17:24 ; Rom. 1:20 ; Éph. 1:4 ; 2 Pierre 3:6) ;

b) le monde des gens vu comme un tout, la race humaine (Jean 3:16 ; 2 Cor. 5:19) ;

c) dans le sens éthique, moral, le monde entantque système étranger à Dieu (par exemple Jean 7:7 ; 12:31 ; 17:14 ; Gal. 6:14 ; Jacq. 1:27 ; 4:4).

 

L’importance de distinguer les différentes significations de ‘kosmos’ = le monde, ressort à l’évidence quand nous mettons en face l’une de l’autre la phrase « N’aimez pas le monde » (1 Jean 2:15) et l’autre phrase des écrits de Jean : « car Dieu a tant aimé le monde… » (Jean 3:16). Il s’agit dans les deux cas des mêmes mots pour ‘aimer’ et pour le ‘monde’ et cependant le sens des deux phrases ne peut guère être plus différent. Cela tient uniquement au changement de signification du mot ‘monde’. En Jean 3 il est uniquement question du monde des gens (signification 4b) et dans 1 Jean 2, à l’opposé, il est question d’un système mauvais dont Satan est le prince, le chef (signification 4c). Avec cet exemple se confirme une fois de plus la règle ancienne, qu’entre la signification d’un mot et une signification voisine, c’est avant tout le contexte qui décide.

*

4.7.3.1      Qu’est-ce que le monde — 1 Jean 2:15a

Les jeunes gens sont donc exhortés à ne pas aimer le monde, le monde comme système ennemi de Dieu. Leur énergie, leur travail pour le Seigneur, les conduit forcément et nécessairement dans le monde, et là il y a des choses qui peuvent attirer le cœur même d’un disciple dévoué. La fréquentation des gens amène forcément le danger de reprendre plus ou moins leur façon de penser et alors, finalement, d’aimer le monde comme eux.

Jean, dans son avertissement à l’égard du « monde », ne pense pas à l’« univers », lequel ne peut pas mettre notre cœur en danger. Ne pouvons-nous pas nous réjouir de la nature, de la création et avoir de la joie devant une belle fleur ? Bien certainement ! L’univers est l’expression de la sagesse et de la bonté de notre Dieu et Père. Le Seigneur Jésus lui-même, dans Ses jours sur la terre, n’a-t-Il pas fait allusion à la beauté des lis ? Non, le danger réside dans le fait d’aimer le système, que les gens se sont érigé sous la direction du diable, pour se le faire aussi beau que possible dans ce monde, afin d’être aussi heureux que possible ici-bas, mais sans Dieu.

On peut retrouver ces efforts déjà au début de l’histoire de l’humanité. Caïn ne s’est-il pas enfui loin de la face de l’Éternel, et ne s’est-il pas construit une ville qu’il a nommée du nom de son fils ? Nous trouvons dans cette famille l’orgueil, puis les inventions, l’art et la musique. Lémec introduit la polygamie et justifie ses actes méchants par des paroles bien rédigées de manière poétique (Gen. 4:17 et suiv.).

C’était le commencement du ‘monde’, du système moral dont Satan est l’auteur. Car tout s’est passé dans l’indépendance de Dieu. Et ainsi ce monde s’est terminé dans une activité puissante et dans la corruption morale : Dieu a dû exercer sur lui le jugement du déluge ! Et malgré tout, le monde est inchangé, et ses principes sont encore là. Les descendants de Noé les emportèrent dans leurs cœurs dans l’arche, et de là les apportèrent sur la terre nouvelle. Ils ont prospéré et fleuri comme toujours sous des formes peut-être un peu changées, mais les principes sont restés les mêmes. Il en est alors comme aujourd’hui : « le monde entier gît dans le méchant » (1 Jean 5:19).

Il y a sans doute dans le monde beaucoup de choses agréables dont le chrétien peut se servir (1 Cor. 7:31). Mais une tache les marque toutes : Christ n’y est pas. Cela devrait nous rappeler à la prudence dans l’usage du monde. Car nous ne devons pas être seulement sur nos gardes vis-à-vis des formes méchantes et infâmes du monde, mais aussi des formes raffinées et polies du monde culturel et du monde des affaires. Beaucoup de choses, prises en soi, peuvent ne pas être choquantes ; mais si nous les aimons, elles prennent de l’influence dans nos vies, jusqu’à dominer et à repousser Christ. Voilà contre quoi nous sommes avertis. Où le monde commence-t-il pour nous ? ce n’est pas une question des choses en tant que telles, mais une affaire de cœur. Si une chose s’interpose entre Christ et mon cœur, elle appartient au système du monde, ou, autrement dit : c’est l’amour du monde.

Nous ne pouvons pas tracer une ligne de démarcation entre ce qui est le monde et ce qui ne l’est pas, en nous basant sur les choses comme telles. Prenons par exemple la musique. Les descendants de Caïn s’en sont emparé (Gen. 4:21) pour embellir leur monde. Cependant Dieu était exclu de tout cela. Et c’est là proprement ce qui est blâmable. La musique en soi n’est pas critiquable. Le Créateur, Dieu, n’a-t-Il pas en partie conféré aux hommes dans ce domaine des dons tout à fait extraordinaires ? Et dans l’ancienne alliance, n’a-t-Il pas ordonné que les chants et les instruments de musique soient utilisés pour Sa louange ?

C’est pourquoi le dicton attribué à Martin Luther n’est pas totalement vrai : « La musique est une fille du ciel, mais le diable l’a épousée ». Certainement le diable utilise la musique pour ses objectifs, mais cela ne la rend cependant pas blâmable en elle-même. Nous chrétiens, avons aussi des cantiques de louange, des cantiques spirituels par lesquels nous pouvons glorifier Dieu (1 Cor. 14:15 ; Éph. 5:19, 20 ; Col. 3:16). Ainsi le diable n’a pas absolument « épousé » la musique et ne se l’est pas réservée. Dieu l’utilise aussi, y compris au ciel : « ils chantent un cantique nouveau » (Apoc. 5:9, 10).

Cependant voici où se trouve le danger : quand la musique devient pour nous plus importante que le Seigneur, quand tout tourne chez nous autour de la musique, alors elle devient une idole (1 Jean 5:21), alors c’est l’amour du monde.

Nous pouvons remplacer la « musique » par toute autre chose, y compris par des passe-temps (ou : hobbies, violon d’Ingres) : s’ils prennent le dessus dans nos vies, s’ils évincent Christ de nos cœurs, alors arrive ce contre quoi nous sommes avertis ici : l’amour du monde.

L’avertissement ne concerne pas seulement le monde lui-même, mais aussi les choses qui sont dans le monde : « N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde » (1 Jean 2:15a). Ces choses sont décrites dans les versets suivants, de sorte qu’ici nous pouvons être bref. En tout cas, par « les choses qui sont dans le monde », il est entendu les éléments typiques et mauvais, qui constituent le système méchant qui s’oppose à Dieu et à Son Christ.

 

4.7.3.2      Deux mondes — 1 Jean 2:15b

Le monde comme système moral a Satan pour auteur, et nous allons tout de suite considérer de plus près les traits fondamentaux de ce système (1 Jean 2:16). Or il y a encore un autre grand système, dont Dieu, le Père, est l’auteur. Il a pour centre le Fils de son amour, ce qui est rendu clair par l’expression : « le royaume du Fils de son amour » (Col. 1:13). Nous ne pouvons pas avoir les deux systèmes, ni aimer les deux systèmes à la fois :

« Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui » (1 Jean 2:15b).

 

Nous avons déjà vu que le système de Satan englobe davantage que les choses simplement sales et blâmables de ce monde. Le monde a beaucoup de facettes, de domaines comme le monde social, le monde politique, le monde de la science, de la culture, du commerce et aussi le monde religieux. Sous quelque aspect qu’on le considère, le monde est dans tous les cas imprégné de l’indépendance vis-à-vis de Dieu. C’est un système orienté, qui a prouvé entièrement son inimitié contre Dieu dans le rejet de Son Fils (Jean 12:31 ; 16:8-11 ; Gal. 6:14). C’est pourquoi Dieu poursuit Son propre chemin et a Son propre système, un monde pour Lui, le monde de résurrection de Son Fils.

En ce qui nous concerne nous-mêmes, nous « ne sommes pas du monde », aussi peu que le Seigneur Jésus était du monde (Jean 17:14-16). Cependant un danger très grand émane du monde, y compris pour ceux qui ont vaincu le méchant. Le monde est et reste un des trois grands ennemis du chrétien.

Notons que l’apôtre devient maintenant très personnel : « si quelqu’un aime le monde… ». Chacun de nous doit vaincre le monde par la foi (voir 1 Jean 5:4,5). Alors nous ferons tous l’expérience de ce que c’est d’être tentés par le monde. Mais c’est autre chose que d’aimer le monde.

La fin de phrase « … l’amour du Père n’est pas en lui » est souvent comprise à tort, et dans le sens que si une personne aime le monde, cette personne n’aime pas le Père. C’est certainement vrai, mais ce n’est pas ce qui est dit ici. Nous avons déjà considéré l’amour de Dieu au v. 5, et nous avons vu qu’il fallait entendre cet amour dans un sens subjectif, c’est-à-dire l’amour que Dieu a pour nous (voir plus haut, à propos du ch. 2 v.5 au sous-titre : « une particularité du texte, le génitif objectif et le génitif subjectif »). Il en est de même ici, sauf qu’à cause des relations de famille dont il s’agit dans cette section, il est parlé de l’amour du Père. Si quelqu’un aime le monde, alors l’amour du Père n’est plus le principe dominant dans sa vie. Nous pouvons comparer cela à la Parole du Seigneur Jésus : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (Jean 14:23). Pareillement l’apôtre dit ici : si quelqu’un aime le monde, alors il entrave l’amour du Père pour lui, il empêche qu’Il fasse Son habitation chez lui. L’amour du Père n’est pas en lui.

C’est tout d’abord une déclaration de principe abstraite, par laquelle deux groupes de personnes se différencient : d’un côté ceux qui sont d’en bas et du monde ; et d’un autre côté ceux qui sont d’en haut et qui ne sont pas du monde (Jean 8:23 ; 17:16). Entre les deux il n’y a pas de voie moyenne. On est ou d’un groupe, ou de l’autre.

Nous aussi comme croyants, nous faisons l’expérience de la vérité de la déclaration ci-dessus dans un sens pratique. Dans la mesure où nous donnons suite à l’amour pour le monde, nous perdons la jouissance de l’amour du Père. Comment pourrait-il en être autrement si nous ne nous mouvons pas dans le domaine ou système dans lequel l’amour du Père se déploie, mais dans un autre système, celui du monde, où le diable est le chef et le dieu ? La grâce de Dieu nous a retirés du système mauvais du monde, et nous a transportés dans le royaume du Fils de son amour. Nous avons maintenant notre place là où le Seigneur Jésus et Sa gloire sont le centre. Allons-nous abandonner de cœur ou renier cette place bénie, ne serait-ce que pour un court laps de temps ?

 

4.7.3.3      Les éléments du monde — 1 Jean 2:16

Ce qui est placé maintenant devant nous est comme une radiographie qui découvre les structures cachées du monde. Nous devons laisser agir ce verset sur nos cœurs et sur nos consciences.

« Parce que tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, et la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, n’est pas du Père, mais est du monde » (1 Jean 2:16).

 

Il nous est donné ici la raison pour laquelle l’amour du Père, avec tous ses dons extrêmement riches, ne peut pas être dans le cœur d’une personne qui aime le monde : toutes les choses qui sont dans le monde ne sont pas du Père, mais elles sont du monde (‘du Père’ et ‘du monde’ signifiant aussi bien appartenant ‘au Père’ et ‘au monde’ ou provenant ‘du Père’ et ‘du monde’). Autrement dit, tout ce qui constitue la nature du monde et qui le remplit, a pour origine non pas le Père, mais le monde et son « père » (c’est-à-dire le diable ; Jean 8:44).

L’apôtre aurait pu dire : « n’est pas de Christ », mais il remonte à la source. Christ est du Père (Jean 16:28) ; toute grâce et tout don parfait, toute gloire, qui sont en rapport avec Lui sont du Père (Jacq. 1:17) ; le monde ne l’est pas.

Trois principes sont nommés ici, qui forment les ressorts moteurs du monde. Ils sont pour ainsi dire le moteur qui met et qui maintient en mouvement les gens du monde. Il est caractéristique que nous rencontrions déjà ces trois principes lors de la chute du premier homme dans le péché. Effectivement c’est dans la chute qu’ils ont trouvé pour la première fois leur entrée dans le monde, et ces principes régissent le monde jusqu’à aujourd’hui.

La convoitise de la chair est cette soif qui agit dans l’homme, dans un cœur qui, étant séparé de Dieu, cherche sa satisfaction en dehors de Lui. Par le terme ‘chair’, il faut comprendre la vieille nature de l’homme déchu, le siège du péché dans l’homme. La convoitise de la chair est ainsi le désir pécheur qui émane de la nature corrompue de l’homme et qui le tente à l’intérieur vers le mal (comp. Matt. 15:19 et Jacq. 1:14). On peut aussi dire que c’est la forte aspiration à avoir quelque chose que Dieu, dans Sa sagesse, a retenu.

Nous voyons cela chez Ève. Dieu avait interdit à l’homme le fruit d’un arbre, celui de la connaissance du bien et du mal ; mais c’est justement ce que la femme a convoité. Elle avait déjà trop prêté l’oreille au serpent pour pouvoir refréner son désir. « Et la femme vit que l’arbre était bon à manger » (Gen. 3:6). La convoitise de la chair s’est emparée d’elle avec toutes ses conséquences terribles.

La convoitise des yeux correspond davantage aux tentations venant de l’extérieur. Les yeux sont le lien principal entre les choses extérieures et la chair. Par la convoitise des yeux, l’homme est appelé et attiré par ce qui lui est extérieur. Il cherche ainsi à remplir, par le moyen des choses visibles, le vide de son cœur éloigné de Dieu. Cependant derrière la convoitise des yeux, la convoitise de la chair se tient à l’affût, et le péché à son tour est lui aussi à l’affût. L’un se mue facilement en l’autre. Le désir de voir quelque chose pour se divertir est souvent le premier degré de quelque chose de pire (comp. 2 Sam. 11:2 et suiv.).

Le monde n’a jamais été autant rivé sur la convoitise des yeux, tellement il en est rempli aujourd’hui avec les moyens de communications modernes (télévision, multimédias, internet). Cependant, cela même que l’homme trouve être à un haut niveau de beauté, d’esthétique et de culture, cela n’est pas du Père, mais est du monde. Et cela tiendra encore plus le cœur éloigné de Dieu, alors qu’il l’est déjà sans cela. Tant de gens peuvent regarder ce que « l’œil ne se rassasie pas de voir » (Ecc. 1:8). « Tout est vanité » dit le Prédicateur.

Nous aussi, enfants de Dieu, nous avons besoin de faire monter la prière : « Détourne mes yeux, pour qu’ils ne voient pas la vanité » (Ps. 119:37). Ce n’est que dans le ciel que nous pourrons laisser nos yeux errer partout sans danger, car ils apercevront Christ partout. Mais ici-bas il s’agit d’être en garde contre la convoitise des yeux, et de faire comme Job qui disait : « J’ai fait alliance avec mes yeux, et comment eussé-je arrêté mes regards sur une vierge ? » (Job 31:1). Et le sage Salomon conseille à « son fils » : « Que tes yeux regardent droit en avant, et que tes paupières se dirigent droit devant toi » (Prov. 4:25). Ce conseil n’est-il pas justement opportun pour nous aujourd’hui, plus que jamais ?

Si nous considérons de nouveau Gen. 3, là aussi la convoitise des yeux est le deuxième principe dominant après la convoitise de la chair : « Et la femme vit que l’arbre était … un plaisir pour les yeux » (Gen. 3:6). Le cœur suit les yeux. C’est en cela qu’est le danger particulier.

L’orgueil de la vie est le désir d’orgueil du cœur humain de prendre une position dominante dans ce monde, surtout par le savoir et l’intelligence, mais aussi par la force et par la puissance. Le mot grec pour orgueil signifie aussi « confiance en soi, vantardise, crânerie, outrecuidance, morgue, tromperie ». On le trouve encore dans le Nouveau Testament en Jacq. 4:16 (au pluriel) et là il est traduit par « vanteries ». Le large spectre de significations de ce mot montre déjà clairement, à lui tout seul, ce que le désir d’être quelque chose inclut en lui en réalité. C’est sans doute le mal installé le plus profondément, et inné chez l’homme. Chacun de nous ne veut-il pas finalement être quelque chose, être plus que l’autre ?

Pour ce faire, tous les moyens sont bons, y compris la tromperie. On feint d’avoir ce qu’on n’a pas ; on fait étalage de ce qu’on n’est pas ; on fait grand, bien qu’on ne le soit pas. Il est caractéristique que le terme grec pour ‘orgueil’, dont nous venons de voir d’autres significations, dérive d’un mot qui décrit à l’origine un vagabond, puis un trompeur et un escroc.

Les efforts pour une formation supérieure ne sont-ils pas souvent seulement un moyen de se démarquer des autres ? Je ne parle pas du tout contre une bonne formation. Si quelqu’un a l’étoffe pour ça et que le Seigneur ouvre le chemin, qu’il apprenne et qu’il se forme davantage. Mais l’orgueil d’avoir appris davantage, d’avoir mieux réussi que d’autres dans la vie, voilà qui est blâmable. C’est le misérable orgueil. Des sept choses que l’Éternel hait et que Son âme a en abomination, celle qui vient en premier, ce sont « les yeux hautains » (Prov. 6:16,17). Le frère J. N. Darby a dit une fois : « Si j’avais des enfants, je préférerais les voir casser des cailloux sur la route, si je pouvais, par ce moyen, leur assurer l’évangile et la grâce de Dieu ».

En Genèse 3, après la convoitise de la chair et la convoitise des yeux, nous trouvons également, en troisième position, l’orgueil de la vie : « Et la femme vit… que l’arbre était désirable pour rendre intelligent ». Le désir d’une intelligence [pénétrante] supérieure n’était inspiré par personne d’autre que le diable : « vous serez comme Dieu » (Gen. 3:5). Être « comme Dieu » n’était-ce pas le moteur puissant et la raison ultime décisive pour son action ? C’était du pur orgueil.

Et alors suivent ces mots bouleversants : « et elle prit de son fruit et en mangea ». Le péché était alors consommé. Intérieurement Ève était déjà tombée auparavant, quand elle avait écouté le serpent plutôt que Dieu. Quelle enchaînement funeste : convoitise de la chair — convoitise des yeux — orgueil de la vie — péché !

Bien-aimés, tout cela « n’est pas du Père ». Cela nous suffit-il ? Après tout ce que nous avons maintenant appris au sujet du monde, avons-nous aussi appris à ne plus demander ce qu’il y a de mal en ceci ou en cela, mais à demander : « est-ce de Toi, Père ? ». Combien notre comportement vis-à-vis du monde en serait totalement changé !

 

4.7.3.4      La fin du monde — 1 Jean 2:17a

Une autre question se joint à ce qui précède : quelle est la fin du monde ? Nous l’apprenons maintenant :

« Et le monde s’en va et sa convoitise » (1 Jean 2:17a).

 

Le verbe au présent « s’en va » décrit un processus continuel et qui dure, ici comme en 1 Cor. 7:31 : « la figure de ce monde passe ». Cela signifie qu’elle est en train de passer. C’est dans sa nature de ne pas demeurer. Le diable a beau avoir égaré beaucoup de gens par le moyen du monde, celui-ci n’a rien de durable. C’est typique du monde. N’avons-nous pas tous, plus ou moins appris et vu déjà cela dans la vie pratique ? Ce qui paraissait si beau, si certain, si puissant, si plein d’espérance, si prometteur, le voilà passé tellement vite, comme l’eau qui vous coule entre les doigts ! Cela est valable également pour la convoitise du monde. Combien ses joies sont brèves, creuses, fades !

Le monde et les gens qui vont avec sont fugaces, cela est vrai de tout temps. Il est bon pour nous aussi, croyants, de le rappeler toujours à nouveau à notre conscience. La Parole de Dieu parle très souvent d’une manière très pittoresque sur ce caractère passager des choses. Détaillons un peu quelques passages :

« Voici, tu m’as donné des jours comme la largeur d’une main, et ma durée est comme un rien devant toi. Certainement, tout homme qui se tient debout n’est que vanité… Certainement l’homme se promène parmi ce qui n’a que l’apparence ; certainement il s’agite en vain ; il amasse des biens, et il ne sait pas qui les recueillera » (Ps. 39:5, 6).

« L’homme … ses jours sont comme l’herbe ; il fleurit comme la fleur des champs ; Car le vent passe dessus, et elle n’est plus, et son lieu ne la reconnaît plus » (Ps. 103:15, 16).

« Ton orgueil est descendu dans le shéol, le son de tes luths. — Les vers sont étendus sous toi, et les larves sont ta couverture » (És. 14:11).

« Car qu’est-ce que votre vie ? car elle n’est qu’une vapeur paraissant pour un peu de temps et puis disparaissant » (Jacq. 4:14).

« Parce que « toute chair est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur de l’herbe : l’herbe a séché et sa fleur est tombée … » (1 Pierre 1:24).

 

Oui le monde s’en va et sa convoitise. Il peut pénétrer aujourd’hui chez les gens avec une puissance jamais vue ; il peut aveugler les yeux de ceux qui ne croient pas, et égarer les cœurs ; il peut exercer un pouvoir d’attraction incroyable sur les gens, tellement fort qu’ils seront toujours plus attirés à sa suite.

Il reste une chose : le monde s’en va et sa convoitise. Le compte à rebours a déjà commencé.

Mais n’est-il pas remarquable que l’écrivain sacré ne dise rien sur le sort de ceux qui aiment le monde ? C’est comme s’il laissait à ses lecteurs le soin de tirer les conclusions inévitables. Néanmoins cette partie de phrase (1 Jean 2:17a ) dit clairement que ceux-là ne demeurent pas. Ils perdront tout, leurs joies, leurs plaisirs, leurs trésors, leurs biens et même leur propre âme.

 

4.7.3.5      Demeurer éternellement — 1 Jean 2:17b

Le membre de phrase suivant est introduit par un ‘mais’ qui accentue le contraste :

« Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2:17b).

 

L’antithèse dans ce verset, cette figure de style ou forme d’expression connue en grec comme en hébreu, exprime en fait ce qui suit : celui qui aime le monde partagera avec lui son sort et passera ; mais celui qui aime Dieu et fait sa volonté (et c’est le cas normal d’un chrétien vivant), celui-là demeure éternellement.

En 1 Pierre 1 nous avons quelque chose de directement parallèle à notre verset. Là le contraste se situe entre le caractère passager de toute chair et la permanence de la Parole de Dieu. Après qu’au v. 24 qui vient d’être cité, il soit montré que toute chair est comme l’herbe, l’écrivain continue en disant : « mais la parole du Seigneur demeure éternellement » (1 Pierre 1:25). Dans notre texte le contraste est entre le caractère passager du monde et la permanence du croyant, de celui qui fait la volonté de Dieu : il demeure éternellement.

Comme la parole du Seigneur demeure éternellement, ainsi en sera-t-il de celui qui suit cette parole : il demeure éternellement. C’est une déclaration puissante, insondable, qui n’est restreinte par aucune circonstance. Et elle ne l’est même pas par le fait qu’un vrai chrétien passe par la mort et s’endorme. Malgré tout, il demeure dans l’éternité.

Combien il est donc bon, extraordinairement bon, d’avoir pour conducteur non pas les appétits du monde, mais la volonté de Dieu ! Avons-nous tous déjà fait le choix du conducteur auquel nous voulons nous confier ? C’est une décision entre le ciel et l’enfer.

 

4.8      Les petits enfants pour la deuxième fois — 1 Jean 2:18-27

L’apôtre a différencié trois classes de croyants selon leur degré de maturité spirituelle : les ‘pères’, les ‘jeunes gens’ et les ‘petits enfants’. Il a montré ce qui est caractéristique de chacun de ces groupes (1 Jean 2:13). Mais ensuite il se tourne vers eux une seconde fois et dans le même ordre successif, pour leur donner, en tant que de besoin, des enseignements et des avertissements supplémentaires.

Aux ‘pères’, il est vrai, il n’y a rien à dire de plus. Ils avaient le bon centre pour leur cœur et cela suffisait (1 Jean 2:14a). C’est pourquoi il leur dit la même chose la seconde fois. Pour les ‘jeunes gens’ il doit aller plus loin dans les détails pour la seconde exhortation, et il se voit obligé de les mettre en garde contre le monde, ce système érigé par Satan (1 Jean 2:14b-17).

Alors il en vient à parler une seconde fois aux ‘petits enfants’ (1 Jean 2:18). C’est à eux qu’il a le plus à communiquer. Cette longue section, qui s’étend jusqu’au v. 27, est donc consacrée à ceux qui sont encore jeunes dans la foi ou qui sont restés en arrière dans leur croissance spirituelle. Ils sont les objets particuliers de la sollicitude de Dieu. Effectivement de graves dangers menaçaient justement ces petits enfants : des séducteurs cherchaient à les induire en erreur par leurs faux enseignements. Car nous lisons expressément au v. 26 : « Je vous ai écrit ces choses touchant ceux qui vous égarent » (1 Jean 2:26).

Nous avons donc ici devant nous avant tout des paroles d’avertissement — celles-ci, par le fait qu’elles sont adressées aux ‘petits enfants’, ne perdent rien de leur importance pour tous les enfants de Dieu. Soyons-en assurés. Aujourd’hui aussi l’adversaire veut nous égarer, et ébranler notre foi par tous les moyens possibles. Il y arrivera d’autant plus rapidement s’il peut nous ôter plus ou moins l’objet central de notre foi, Christ, et le remplacer par autre chose.

Ouvrons donc largement nos cœurs aux paroles d’avertissement de l’apôtre. Et nous trouverons en outre dans cette section, que pour défendre la vérité de Dieu, la personne du Fils de Dieu, notre Rédempteur, est placée devant nous d’une manière particulièrement précieuse, et beaucoup d’autres vérités fondamentales avec Lui, lesquelles peuvent vraiment nous réjouir.

 

4.8.1       La dernière heure — 1 Jean 2:18a,c

« Petits enfants, c’est la dernière heure ; et comme vous avez entendu que l’Antichrist vient, maintenant aussi il y a beaucoup [ou : plusieurs] d’antichrists, par quoi nous savons que c’est la dernière heure » (1 Jean 2:18).

 

Jean se sert souvent du terme « heure » dans ses écrits pour décrire par là une certaine période de temps, une époque marquée par un certain caractère. C’est le cas ici aussi : « c’est la dernière heure ». À cette occasion il faut remarquer qu’il n’y a pas d’article en grec devant le substantif ‘heure’. En règle générale, cette absence d’article met l’accent sur le caractère d’une affaire. Cependant l’absence d’article ne justifie pas de rendre la tournure par « c’est une dernière heure ». Je veux dire que le Saint Esprit, en parlant par l’intermédiaire de Jean, voit une période tout à fait précise devant lui. Or ce qui est maintenant devant l’œil spirituel, c’est le caractère de cette heure : c’est la dernière heure.

Cette pensée d’une dernière heure m’a touché profondément depuis longtemps. Comment est-il possible qu’il n’y ait pas d’heure ou époque ultérieure après celle-ci ? Non ! Il n’y en a pas pour une chrétienté sans Christ ! Nous comprendrons mieux cet état de choses alarmant, quand nous nous serons d’abord occupés de ce qui donne à cette ‘heure’ ce caractère solennel de dernière période de temps, et quel est le commencement de cette heure.

Pour commencer par le deuxième point : le commencement de cette époque remonte aux jours des apôtres (1 Jean 2:18c). Car l’écrivain dit : « par quoi nous savons que c’est la dernière heure ». Il ne parle pas de quelque chose de futur, mais de quelque chose qui existait déjà à l’époque. Ainsi il s’agit d’une ‘heure’ très longue. Elle dure déjà depuis presque 2000 ans et persiste jusqu’à aujourd’hui. Qu’elle se poursuive si longtemps malgré toute la méchanceté de l’homme, on ne peut y voir qu’une expression de la patience de Dieu. « Dieu est patient … ne voulant pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance » (2 Pierre 3:9). Ce « dernier temps » a cependant aussi « ses derniers jours » (2 Tim. 3:1) ; et c’est en eux que nous vivons.

 

4.8.1.1      Beaucoup [ou : plusieurs] d’antichrists — 1 Jean 2:18b

Qu’est ce qui donnait à l’apôtre la certitude que la dernière heure était déjà là ? Était-ce que l’évangile s’était répandu si rapidement ? Était-ce que le christianisme s’apprêtait à conquérir bientôt le monde entier ? Non, mais c’est parce que, déjà au temps de la rédaction de l’épître, « il y avait beaucoup d’antichrists ». L’Écriture Sainte ne parle pas d’un progrès dans le développement du christianisme, bien que plusieurs en rêvent, mais elle montre précisément le contraire : une régression bouleversante, qui a commencé déjà très tôt et qui finira dans le chaos, dans le jugement de Dieu.

Beaucoup d’antichrists étaient apparus. Avant de nous occuper de la signification et de la portée de ce fait, nous devons d’abord faire la différence entre « beaucoup d’antichrists » et « l’Antichrist ». Il est étonnant que les jeunes croyants auxquels Jean écrivait avaient déjà « entendu » que ‘l’Antichrist’ vient, le surhomme inspiré par Satan, cette « autre bête » ressemblant à un agneau, mais qui parle comme un dragon (Apoc. 13:11). L’apôtre Paul parle également de ce sujet à des gens qui n’étaient venus que depuis peu à la foi. Nous n’aurions certainement pas fait cela, nous n’aurions certainement pas confronté de jeunes croyants à un sujet aussi grave, et nous l’aurions estimé comme devant être gardé pour plus tard. Cependant les pensées de Dieu sont autres. Les nouveaux convertis de Thessalonique furent dès le début rendus familiers à ce qu’un jour l’apostasie totale du christianisme viendrait et qu’alors « l’homme de péché, le fils de perdition » serait manifesté (2 Thess. 2:3, 5). Néanmoins, ce sont des développements qui sont encore futurs.

Mais il en va autrement avec les nombreux antichrists. Ils étaient déjà là au tout début, et aujourd’hui ils sont plus nombreux que jamais. C’est le moment maintenant d’expliquer le terme « antichrist ». La préposition grecque « anti » signifie « pour, au lieu de, à la place de ». Dans certains contextes, elle prend en tant que préfixe la signification additionnelle de « contre ». Par cela, il est déjà clair en quoi consiste le caractère des antichrists : ils agissent contre Christ ; ils cherchent à Le supplanter, à mettre quelque chose d’autre à Sa place. Si Christ est rejeté, l’esprit de l’Antichrist fait inéluctablement son entrée.

Ces nombreux antichrists sont des précurseurs de l’Antichrist. En règle générale, ce ne sont pas des blasphémateurs, des gens complètement immoraux, mais ce sont des gens religieux qui se disent chrétiens. Or en vérité, ils rejettent Christ, ils méprisent Son autorité et Ses droits, et Le remplacent par eux-mêmes et par leurs propres pensées. L’autorité qui ne revient qu’à Dieu, ils la revendiquent pour eux-mêmes. Ils mènent une résistance acharnée contre la révélation que Dieu a donnée de Lui-même dans le Seigneur Jésus et dans l’Écriture Sainte. Ils sont partout dans la chrétienté. Ils prêchent et enseignent, des foules vont les écouter sans remarquer qu’ils ne sont pas mis en relation avec Christ, mais avec les antichrists. Cela est vraiment effrayant.

 

4.8.1.2      L’esprit de l’Antichrist — 1 Jean 4:3

Nous venons de parler de l’esprit de l’Antichrist. Même si l’Antichrist n’est pas encore manifesté, c’est-à-dire qu’il n’est pas encore venu, cependant, son esprit, l’esprit de l’Antichrist est déjà actif partout dans beaucoup d’antichrists, comme on peut le voir par un coup d’œil au ch. 4 v.3 de notre épître. Les croyants ont entendu parler que cet esprit devait venir : « et il est déjà dans le monde » ajoute l’apôtre (1 Jean 4:3).

Nous avons un parallèle à cela en 2 Thess. 2. Il est dit là : « Car le mystère d’iniquité opère déjà », mais que l’inique et sa manifestation sont encore retenus (2 Thess. 2:7, 8). En outre dans le Nouveau Testament, Jean est le seul à utiliser le terme « antichrist », au ch. 2 et au ch. 4 de notre épître et encore une fois dans sa seconde épître (2 Jean 7). Qu’il soit parlé d’antichrists ou de séducteurs, qu’il soit parlé de l’inique, de l’homme de péché ou du fils de perdition, il s’agit toujours du même sinistre personnage du temps de la fin.

Je crois sérieusement que quiconque se met à la place de Christ est un antichrist. Le dernier, le grand Antichrist fera justement cela d’une manière absolue. Il s’assiéra au temple de Dieu, se faisant adorer comme Dieu. Il existe toujours la tendance — et c’est cela l’esprit de l’Antichrist — de mettre l’homme à la place du Seigneur Jésus.

C’est donc par la présence de beaucoup d’antichrists que nous savons que c’est la dernière heure. Les ‘petits enfants’ ont spécialement besoin de le savoir. Pourquoi eux ? C’est que le monde n’intéresse pas de jeunes convertis. Ils en ont fini avec lui, ils ont trouvé Christ et ils sont heureux en Lui. Mais le fait que des contrefaçons diaboliques peuvent se mêler avec les choses saintes auxquelles leur âme s’ouvre, cela est propre à ébranler au plus profond leur jeune foi. Sommes-nous préparés à faire face aux puissances spirituelles de méchanceté qui sont dans les lieux célestes (Éph. 6:12) ? Soyons cependant assurés de ceci : si la connaissance de Christ constitue un vrai chrétien, alors l’adversaire mettra toute sa sagesse diabolique à chercher, et il cherchera effectivement à corrompre la vérité au sujet de Christ, — justement par des imitations et du mélange du vrai avec le faux.

 

4.8.1.3      Un temps final — 1 Jean 2:18ac

Maintenant nous comprendrons mieux ce que signifie que « c’est la dernière heure » (1 Jean 2:18ac). Dans les voies de Dieu avec le monde, cette époque porte le caractère de temps final. C’est le rejet constamment croissant de Christ tout autour qui l’amène à cela. Pour la chrétienté, il n’y a plus rien après ce temps-là, sinon le jugement.

Parce que les gens du domaine de la chrétienté, n’ont pas reçu l’amour de la vérité quand elle leur a été offerte au temps de la grâce, Dieu leur envoie finalement « une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge, afin que tous ceux-là soient jugés qui n’ont pas cru la vérité, mais qui ont pris plaisir à l’injustice » (2 Thess. 2:10-12). Pensée terrible ! Des hommes qui ont fermé leur cœur à la vérité de Dieu, devront un jour croire au mensonge. Les iniques qui ont pris plaisir à l’injustice, à ce qui est opposé à Dieu, ceux-là en arriveront un jour à tomber victime de la tromperie de l’injustice (2 Thess. 2:10), sans pouvoir y échapper. Il en sera alors à ce moment-là comme autrefois quand le pharaon d’Égypte endurcit toujours plus son cœur contre Dieu, et que Dieu finit par endurcir le cœur du pharaon (Ex. 8 et 9) : personne de ceux qui ont refusé l’offre de la grâce de Dieu ne pourra encore croire la vérité et être sauvé.

Pour les gens des nations (les païens) et pour ceux qui n’ont encore jamais rien entendu de Christ, il y aura encore un temps « après cela » ; autrement dit, il y aura une chance d’être sauvé après l’achèvement de la dernière heure. Des Juifs convertis parcourront le globe terrestre à la vitesse du vent et annonceront encore une fois une bonne nouvelle, l’évangile du royaume, et ceux qui croiront leur prédication seront innombrables comme Apoc. 7 le montre à partir du v. 9.

Mais pour la chrétienté comme telle, il n’y aura plus d’espoir, plus de prédications, aucune « seconde grâce » (2 Cor. 1:15). Une fois que le Seigneur Jésus aura pris les Siens auprès de Lui dans la gloire par l’enlèvement (1 Thess. 4:15-17), Il vomira de Sa bouche la chrétienté restante, sans vie (Apoc. 3:16). Le temps de la grâce, ce temps unique et admirable de la grâce, trouvera sa fin définitive avec l’enlèvement des saints. Ensuite, au risque de me répéter, il n’y a, pour la chrétienté, plus rien d’autre que le jugement (lisez 2 Thess. 1:8, 9).

Chacun de mes lecteurs a-t-il bien reconnu la solennité et le tragique inouï de cette dernière heure dans laquelle il vit ? Que Dieu veuille le lui accorder !

 

4.8.2       Pas des nôtres — 1 Jean 2:19

À l’égard des nombreux antichrists, l’apôtre poursuit en mentionnant encore quelques détails supplémentaires :

 

« Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous ; mais c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun d’eux des nôtres » (1 Jean 2:19).

 

4.8.2.1      1 Jean 2:19abc

Dans ce seul v. 19, l’apôtre Jean utilise quatre fois cette expression « des nôtres » [ndT : « du milieu de nous » au début du verset est aussi, en grec, la même expression que « des nôtres »]. Sinon nous ne la rencontrons plus jamais dans ses écrits. Qui est désigné par-là ? Manifestement il s’agit de la famille des enfants de Dieu. Mais il ne le dit pas ; il ne dit pas : « de la famille de Dieu » ou « des enfants de Dieu », mais il le formule en deux mots tout simples « des nôtres ». Cela n’exprime-t-il pas, en plus de l’origine, une relation intime, une familiarité touchante, en même temps qu’un contraste avec ceux qui se tiennent en dehors de cette relation, qui ne sont « pas des nôtres », et qui par-là sont étrangers ? Deux passages des livres historiques du Nouveau Testament soutiennent cette façon de voir.

À la fin de l’évangile de Luc nous sommes témoins d’un entretien émouvant entre le Ressuscité et deux disciples qui allaient à Emmaüs. Au cours de leur entretien, l’un d’eux parle devant cet Étranger de « quelques femmes d’entre nous » et peu après de quelques-uns de « ceux qui sont avec nous » (Luc 24:22, 24). Ces gens avaient été réunis par le Sauveur, déjà avant Sa mort. La foi commune en Lui les liait indissolublement l’un à l’autre, même si le troupeau avait été dispersé (Zach. 13:7) par les circonstances bouleversantes en rapport avec la crucifixion de leur Seigneur et Maître. Cependant ils étaient encore là, des croyants attachés de cœur à leur Seigneur et qui pouvaient parler de leurs compagnons comme de ceux qui étaient « des nôtres » ou « avec nous » ou « d’entre nous » [ndT : même expression en grec pour « des nôtres » et « d’entre nous »]. Cette formulation, dans la bouche de Ses disciples, n’avait-elle pas été agréable au Seigneur Jésus ? N’est-ce pas une formulation qui témoignait de la communion et de la confiance réciproque parmi les Siens ?

Quelques semaines plus tard — entre temps le Seigneur avait été élevé au ciel — nous voyons Pierre se tenant au milieu des frères et parlant de la nécessité que l’Écriture soit accomplie. À cette occasion, il en vient d’abord à parler de Judas Iscariote, dont il dit qu’« il était compté parmi nous » (Actes 1:17). Mais il n’était pas réellement « d’entre eux ». Sa fin terrible l’a prouvé.

Alors quand il s’agit de combler le vide créé parmi les apôtres, avec un homme approprié, Pierre dit : « Il faut donc que d’entre les hommes qui se sont rassemblés avec nous pendant tout le temps que le Seigneur Jésus entrait et sortait au milieu de nous, en commençant depuis le baptême de Jean, jusqu’au jour où il a été élevé au ciel d’avec nous, quelqu’un d’entre eux soit témoin avec nous de sa résurrection » (Actes 1:21, 22). Même si cette expression « rassemblés avec nous » vise avant tout les apôtres, c’est quand même ici la même tournure touchante « avec nous » que nous avons déjà trouvée auparavant.

Pour revenir maintenant à notre épître : les nombreux antichrists dont parle Jean n’étaient pas « des nôtres ». Ils s’étaient, certes, tenus parmi les chrétiens, ils avaient publiquement participé aux privilèges chrétiens, à quoi se rapporte l’expression « du milieu de nous ». Mais ils n’étaient pas réellement chrétiens, ils n’avaient jamais appartenu au troupeau de Christ.

N’est-ce pas une circonstance troublante, de la plus haute importance aussi de nos jours ? Déjà au commencement, il y avait parmi les vrais chrétiens des gens qui n’étaient pas authentiques, tout comme auparavant du temps du Seigneur sur la terre, un Judas Iscariote avait été compté parmi les disciples. Cependant de la même manière que celui-ci s’était bientôt montré comme « fils de perdition » (Jean 17:12), ainsi pareillement des hommes du temps de Jean qui professaient faire partie de la chrétienté, se sont révélés plus tard être des meneurs de l’antichristianisme. Pouvons-nous aujourd’hui nous attendre à quelque chose d’autre, alors que nous sommes près de la fin de cette « heure » et de ce développement tragique ? « D’entre vous-mêmes » : un autre apôtre avait averti les anciens de l’assemblée à Éphèse qu’« il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour attirer des disciples après eux » (Actes 20:30).

Nous ne devons en aucune manière laisser notre foi être ébranlée par de telles manifestations. Le Saint Esprit nous a dit à l’avance que cela arriverait, ce qui n’est pas une maigre consolation, justement pour les ‘petits enfants’. Dieu n’est pas du tout surpris de ce développement, et pour nous il n’y a aucune raison de s’en affoler.

 

4.8.2.2      1 Jean 2:19b

Et voilà qu’une consolation supplémentaire vient encore s’ajouter. Nous pouvons en principe partir du fait que Dieu dévoile tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, les professants non authentiques qui se trouvent au milieu des croyants. Cela a été le cas de Judas Iscariote déjà mentionné. Durant des années il a été compté parmi les apôtres, il a marché avec eux, mais le Seigneur savait dès le début qu’il était « un diable » (Jean 6:70). Mais c’est lors du dernier repas en commun, et seulement alors, qu’Il l’a fait connaître aux autres disciples comme celui qui Le livrerait (Jean 13:18-30).

Dans le cas des nombreux antichrists, il était dans l’intention de Dieu que le vrai caractère de ces enseignants soit manifesté par le fait qu’ils sortiraient d’eux-mêmes du troupeau. C’est ce que dit l’apôtre : « ils sont sortis du milieu de nous ». Ce processus s’est répété jusqu’à nos jours un très grand nombre de fois. Des gens qui se disaient appartenir aux chrétiens et qui s’identifiaient à eux extérieurement, ont un jour laissé tomber le masque. Ils ont abandonné la troupe des croyants, ils ont laissé la vérité qu’ils avaient professée jusque-là, et ils sont partis et à la place ils ont adopté l’erreur qui leur seyait mieux. En règle générale, ils sont devenus les pires opposants de ceux qui tiennent pour la vérité. Il n’y a personne qui haïsse plus l’évangile que ceux qui l’ont autrefois professé, puis l’ont rejeté pour se livrer aux erreurs antichrétiennes.

Le rajout « mais ils n’étaient pas des nôtres » montre avec la plus grande clarté que l’apôtre ne parle pas de croyants qui se sont rendus coupables de quelque faute et qui auraient besoin d’une restauration spirituelle (Gal. 6:1). Cela n’est pas du tout son objectif. Il trace bien plutôt une ligne de démarcation claire entre l’authentique et le non authentique, entre ceux qui sont « des nôtres » et ceux qui ne sont « pas des nôtres ». Si ces derniers avaient été réellement des enfants de Dieu, ils seraient restés avec le troupeau, remarque l’apôtre.

 

4.8.2.3      1 Jean 2:19c

« Mais », ajoute-t-il « c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun d’eux des nôtres ». C’est une phrase qu’en grammaire on qualifie d’elliptique, c’est-à-dire incomplète. Pour la comprendre correctement nous devons, en tout cas en allemand, y ajouter un certain complément qui va presque de soi, vu le contexte. Ici la phrase complétée pourrait être ainsi formulée : « ils sont sortis » ou « cela a eu lieu »… « mais (ils sont sortis des nôtres) afin qu’il soit manifeste qu’eux tous n’étaient pas des nôtres ». Cela est manifestement le sens de cette constatation.

« … comme n’étant aucun d’eux… » : il n’y en avait pas quelques-uns qui étaient quand même des nôtres, mais aucun d’eux n’en était. Le fait qu’ils soient sortis manifeste que pas un seul d’entre eux n’appartenait au troupeau de Christ. Celui qui est en Christ, demeure en Christ. Dieu soit loué ! Celui qui est dans la lumière, demeure dans la lumière. Un vrai enfant de Dieu est caractérisé par le fait qu’il tient ferme à la vérité.

Il reste encore à remarquer que la première épître de Jean en général, et notre verset en particulier, montre une apostasie qui va plus loin que celle de l’épître de Jude. Dans celle-ci, certaines personnes corrompues moralement se sont glissées parmi les fidèles. Elles sont encore au milieu des croyants, elles sont des taches dans leurs agapes (Jude 4,12). Mais ici nous voyons que ces séducteurs sont « sortis » du milieu des enfants de Dieu. C’est une apostasie, le signe avant-coureur de L’Apostasie à laquelle, après l’enlèvement de l’assemblée, ne succomberont pas seulement des individus, mais toute la chrétienté (2 Thes. 2:3).

 

4.8.3       L’onction — 1 Jean 2:20a

Dans ce qui suit maintenant nous reconnaissons les efforts touchant de l’Esprit de Dieu pour affermir la foi des ‘petits enfants’ qui auraient risqué d’être ébranlés par les nombreux antichrists. Et ainsi l’apôtre Jean en vient maintenant à parler de deux choses ou deux moyens qui justement sont appropriés à cette situation : « l’onction de la part du Saint » (1 Jean 2:20) et « ce qui était dès le commencement », — c’est-à-dire la pleine manifestation de Christ et en même temps la pierre de touche pour toute nouvelle doctrine (1 Jean 2:24). Tournons-nous maintenant vers le premier de ces points importants.

 

« Et vous, vous avez l’onction de la part du Saint et vous connaissez toutes choses » (1 Jean 2:20ab).

L’accent est mis sur « vous » au commencement de la phrase : VOUS avez — les ‘petits enfants’ eux-mêmes ont — ce privilège. Par le « Et » introduisant la phrase, l’écrivain place côte à côte deux groupes de personnes, qui se correspondent par leurs différences : là il y a le faux christ et les nombreux antichrists, et ici il y a le vrai Christ et la famille de Dieu. Il n’est pas nécessaire que le « Et » soit remplacé par un « Mais », [comme certains l’ont fait]. Le contraste est suffisamment exprimé par l’accent mis sur le « vous ».

Le privilège lui-même est constitué par « l’onction », et celle-ci est, provient « de la part du Saint ». Le Saint désigne Christ. À plusieurs reprises dans le Nouveau Testament nous Le trouvons revêtu de ce titre. Une fois, Pierre confesse : « et nous, nous croyons et nous savons que toi, tu es le Saint de Dieu » (Jean 6:69). À ses compatriotes, il doit dire plus tard : « mais vous, vous avez renié le Saint et le juste » (Actes 3:14). Et dans la lettre à Philadelphie le Seigneur se désigne Lui-même comme « le Saint et le véritable » (Apoc. 3:7).

Avec l’expression imagée de « l’onction », il est fait sans aucun doute allusion à l’Esprit Saint et à son habitation dans le croyant (1 Jean 2:20, 27). Tandis que Dieu avait oint « de l’Esprit Saint et de puissance » le Seigneur Jésus aux jours de Sa chair (Actes 10:38 ; comparer Ésaïe 61:1 : « L’Esprit du Seigneur, l’Éternel, est sur moi, parce que l’Éternel m’a oint »), de la même manière le Seigneur Jésus est vu Lui-même ici comme le Saint qui donne l’onction. Effectivement le Sauveur avait déjà parlé à la femme au puits de Jacob, du Saint Esprit comme de « l’eau vive » que Lui donnerait aux croyants (Jean 4:14).

« L’onction » est une allusion à l’onction d’huile lors de la purification des lépreux en Lév. 14. Combien était remarquable la succession des trois « liquides » du sanctuaire qui devaient être appliqués à ceux qui devaient être purifiés. Tout d’abord, il fallait que le sang d’un animal offert en sacrifice coule (Lév. 14:6), puis l’ancien lépreux devait se baigner dans de l’eau (Lév. 14:8), et finalement l’huile devait lui être appliquée (Lév. 14:17, 18). Quelle image admirable de la rédemption dont la dernière phase (hormis la rédemption de notre corps) est le sceau du Saint Esprit (Éph. 1:13) !

Nous lisons ici quelque chose du plus haut privilège que Dieu accorde aux croyants après le don de Son Fils : la possession du Saint Esprit. Cette bénédiction insondable ne leur sera jamais reprise (Jean 14:16, 17). Le Saint Esprit ne quittera jamais les héritiers. Non, nous ne Le perdrons jamais. Nous voyons cela indiqué en Actes 1 où il est dit que le Seigneur donna un ordre à ses disciples par le Saint Esprit (Actes 1:2) après Sa résurrection : comme homme, Il n’avait pas perdu le Saint Esprit, même pas par Sa mort et Sa résurrection.

Cependant en dehors de ce côté précieux, nous pouvons rajouter et dire que ce privilège n’est offert qu’aux croyants du temps de la grâce, et par conséquent il est typique d’eux. Plus tard, au temps du royaume, l’Esprit sera bien versé sur toute chair (Joël 3:1), mais ce n’est pas la même chose que de posséder une habitation personnelle de l’Esprit de Dieu dans les individus (1 Cor. 6:19), et dans l’assemblée (1 Cor. 3:16 ; Éph. 2:22) comme dans un temple.

Ce n’est pas ici le lieu de décrire les multiples résultats et opérations du Saint Esprit dans l’âme. Cela remplirait un livre. Non, il suffit de dire que cette grande bénédiction ne dépend en aucune manière de l’arrivée à un quelconque degré de maturité spirituelle. Le petit enfant le plus simple de la famille de Dieu a reçu cette onction, aussi bien que les apôtres, et aussi réellement que le chrétien le plus mûr, même si ce n’est pas aussi manifeste. Nous avons vu précédemment que les ‘petits enfants’ ont connu le Père (1 Jean 2:14), et maintenant nous apprenons que justement ces ‘petits enfants’ possèdent l’onction divine.

 

Onction, Sceau, Arrhes

Peut-être qu’avant d’aller plus loin le lecteur sera intéressé par quelques mots d’explication sur les différents termes ‘onction’, ‘sceau’ et ‘arrhes’. D’abord ceci : ils se rapportent tous indistinctement au Saint Esprit et à cette même bénédiction. Nous pouvons dire : l’onction est par le Saint Esprit, le sceau est par le Saint Esprit ; tandis que les arrhes sont le Saint Esprit Lui-même. Dans l’onction et le sceau, il y a la pensée de recevoir le Saint Esprit, tandis que dans les arrhes l’importance est plutôt mise sur le fait de posséder le Saint Esprit. Nous sommes oints, nous sommes scellés, et les arrhes de l’Esprit sont données dans nos cœurs. C’est ce qui est exprimé en 2 Cor. 1:21 et 22 qui est le seul passage du Nouveau Testament dans lequel les trois termes figurent ensemble.

Le Saint Esprit comme sceau se rapporte à une rédemption accomplie. Autrement dit, Il est le témoignage ou la confirmation de ce que le Seigneur Jésus a fait pour nous à la croix et qui a été accepté par Dieu. Dans cette mesure, le sceau parle aussi de propriété comme le confirme le passage bien connu de Romains 8:9 : « si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, celui-là n’est pas de lui » [« n’est pas Sien »].

Comme arrhes le Saint Esprit a à faire avec la sûreté de notre héritage céleste (Éph. 1:14). Même si nous ne possédons pas encore un atome de l’héritage lui-même, Il nous en donne pourtant déjà aujourd’hui un avant-goût, un avant-goût de la gloire qui est encore devant nous. Le Saint Esprit est en nous le garant que nous atteindrons certainement cette gloire.

 

4.8.3.1      Connaître la vérité — 1 Jean 2:20b

En tant qu’onction l’Esprit nous confère la force et la capacité d’entrer dans les pensées de Dieu et de les comprendre. La phrase finale de notre verset le rend clair : « vous avez l’onction de la part du Saint et vous connaissez toutes choses ».

N’est-ce pas une affirmation étonnante : « vous, — les ‘petits enfants’, — vous connaissez toutes choses » ? Est-ce que ces jeunes croyants n’avaient plus rien à apprendre ? Si ! Absolument ! L’apôtre est justement en train de leur donner de très riches enseignements ! L’explication de la difficulté réside dans le mot grec « oida » qui est utilisé ici pour « connaître » (voir 1 Jean 2:3 sous la rubrique « une particularité du texte, connaître et savoir »). C’est d’une connaissance consciente et intérieure qu’il est question. Apprendre à connaître (grec : ginosko) en détail les différentes branches de la vérité divine est et reste un devoir permanent de toute la vie, non seulement pour les ‘petits enfants’, mais aussi pour nous tous, et en outre un devoir extrêmement heureux. Naturellement nous avons besoin aussi pour cela de la puissance de l’Esprit Saint pour qu’Il nous « conduise dans toute la vérité » (Jean 16:13).

Cependant il est parlé ici de la capacité fondamentale de l’enfant de Dieu à distinguer la vérité de l’erreur et ainsi à « connaître toutes choses ». Cette capacité ne trouve pas son fondement en nous-mêmes, mais dans le Saint Esprit qui habite en nous. Ainsi l’Esprit ne fait pas appel à de quelconques sentiments qui se trouveraient en nous pour nous faire parvenir à un jugement juste, mais Il utilise toujours pour cela la Parole de Dieu. C’est alors l’objet du v. 24.

Si donc des hommes viennent auprès des ‘petits enfants’ avec de fausses doctrines qui portent atteinte à la personne et à l’œuvre de Christ, alors l’Esprit de Dieu qui habite en eux, leur ouvrira la Parole de Dieu, et les préservera de cette manière de l’erreur. Le Seigneur Jésus a, une fois, exprimé la même vérité en parlant de Lui comme du bon Berger et de Ses brebis : « Il va devant elles ; et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix ; mais elles ne suivront point un étranger, mais elles s’enfuiront loin de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers » (Jean 10:4, 5). Il est remarquable qu’ici aussi, chaque fois qu’il y a le mot ‘connaître’, c’est le grec ‘oida’ qui est utilisé.

Le moyen d’être préservé contre les tentatives de ceux qui égarent, réside dans le fait de connaître la voix du bon Berger. Cela suffit pour juger de tout ce qui est placé devant nous, et pour reconnaître tous les enseignements erronés comme des déviations de la vérité. Nous ne devons nullement nous familiariser avec toutes les erreurs et les fausses doctrines. L’« onction » qui est en nous nous occupe bien plutôt de Christ et de la vérité révélée. Nous avons simplement à juger si c’est la voix du bon Berger qui parle ou non. Et quelle consolation il y a pour nous tous, en ce que ceux qui ont l’onction de la part du Saint sont ces ‘petits enfants’ eux-mêmes, — et non pas ceux qui égarent, — et ainsi ils « connaissent toutes choses » dans le sens qui a été donné !

 

4.8.3.2      1 Jean 2:21

Le verset suivant poursuit la pensée :

« Je ne vous ai pas écrit parce que vous ne connaissez pas la vérité, mais parce que vous la connaissez et qu’aucun mensonge ne vient de la vérité » (1 Jean 2:21).

 

L’apôtre ne présume pas que ses lecteurs ne connaissent pas la vérité. Au contraire, c’est parce qu’ils la connaissent qu’ils sont capables, étant conduits par l’Esprit, de distinguer entre la vérité et l’erreur. Le diable cherche toujours à corrompre la vérité au sujet du Christ de Dieu. Mais c’est un grand secours de comprendre qu’entre la vérité et le mensonge, il n’y a pas de terrain neutre. Même des croyants se retranchent quelquefois derrière le prétexte de neutralité pour refuser de prendre position contre le mal. Cependant cela est en définitive déshonorant et déloyal.

La neutralité entre la vérité et le mensonge est à bannir pour au moins deux raisons. La première est que la vérité et le mensonge ont deux sources complètement différentes. La vérité a Dieu pour origine, et il est dit de Lui qu’Il « ne peut mentir » (Tite 1:2). Le mensonge au contraire émane du diable, le « père du mensonge ». Il ne persévère pas dans la vérité parce qu’il n’y a pas de vérité en lui (Jean 8:44).

D’un autre côté, et c’est le deuxième point, la vérité est un tout concordant. C’est pourquoi au sens strict, il n’est pas possible de mélanger la vérité et l’erreur. L’adversaire cherche par-dessus tout à les mélanger. Il l’a toujours fait, et le fait encore aujourd’hui. Cependant un seul mensonge dans un système rend manifeste que tout le système est faux. Quand, déjà à l’époque, des hommes venaient avec la prétention d’apporter de « nouvelles » vérités, cela seul suffisait à montrer déjà clairement que ce qu’ils apportaient était de l’erreur.

Ainsi la vérité est vérité, et l’erreur est erreur. Leur source, leur nature et leur action sont complètement différentes l’une de l’autre. Nous devons graver ces principes profondément dans nos cœurs, y compris de nos jours, et ne nous laisser en aucune manière entraîner dans l’erreur ! Ces choses ne sont-elles pas propres à nous assurer consolation et sécurité, quelles que soient la violence et la subtilité des attaques de l’ennemi ?

 

4.8.4       Christ test de la vérité

Une marque particulière de l’activité de l’ennemi est que, pour introduire l’erreur, il nie la vérité ou des parties de la vérité. Cet esprit de négation n’est pas seulement typique de lui, mais il est aussi extrêmement dangereux. Celui qui égare peut tout à fait reconnaître une partie de la vérité, mais il tait d’autres parties essentielles, et il les nie. Et ainsi il nous est donné maintenant, par la grâce de Dieu, un test à l’aide duquel nous pouvons éprouver tout système religieux ou toute profession religieuse : ce test est la personne de Christ.

Si quelqu’un apporte la vérité ou s’il répand l’erreur, cela se reconnaît le plus facilement par ce qu’il dit sur la personne de Christ, ou ce qu’il n’en dit pas. Confesse-t-il la divinité absolue de Christ ? Confesse-t-il que Christ est « venu en chair » ? Par cela tout système antichrétien, et tous ceux qui égarent peuvent être rapidement démasqués. Le test de la vérité, c’est Christ. Nous voyons aussi cela au commencement du ch. 4, v.1-3 et en 2 Jean 7.

 

4.8.4.1      Le menteur — 1 Jean 2:22

S’est-il jamais posé pour nous la question de savoir si quelqu’un venant à nous avec de hautes prétentions spirituelles, ne serait pas un menteur ? Voici la réponse divine :

« Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antichrist, qui nie le Père et le Fils » (1 Jean 2:22).

 

Il y a ici l’article devant le mot ‘menteur’ (‘le menteur’), mais cela ne désigne pas pour autant une personne particulière, par exemple le diable lui-même. Beaucoup plutôt, par le moyen de l’article, toute personne représentative est marquée comme le menteur, — toute personne qui nie que Jésus est le Christ. Il en est de même avec ‘l’antichrist’ dans la deuxième partie du verset. Le grand Antichrist viendra dans l’avenir, et l’apôtre l’a tout à fait dans son champ de vision. Nous en avons déjà parlé. Cependant ce surhomme n’est pas la seule personne qui est nommée ‘l’antichrist’. Tout enseignant dans la chrétienté, qui nie le Père et le Fils, se tient comme représentant du grand Antichrist de la fin des jours ; il est du même genre que lui, et fait la même chose que lui. C’est pourquoi un tel semeur d’erreurs est aussi désigné comme ‘l’antichrist’. C’est un langage qui n’épargne pas, un jugement irrémédiable. Le minimiser serait funeste.

Nier que Jésus est le Christ est la forme juive de l’incrédulité, mais ce mal n’est pas, et de loin, restreint aux Juifs. L’Ancien Testament est plein d’indications que Jésus est le Christ (Messie). Dans la synagogue juive de Thessalonique l’apôtre Paul exposa aux Juifs, d’après les Écritures, que « celui-ci, Jésus, que moi je vous annonce, est le Christ » (Actes 17:2, 3). Un vrai chrétien croit cela, et c’est à cela qu’on peut reconnaître qu’il est « né de Dieu » et qu’une œuvre de Dieu s’est opérée dans son âme (1 Jean 5:1). Mais la plupart des Juifs niaient ce fait que Jésus est le Christ, et le nient encore jusqu’à aujourd’hui. Ainsi par exemple, ils combattent de manière acharnée le fait qu’Ésaïe 53 se rapporte à Jésus. Le « serviteur de l’Éternel » serait Israël.

Ce qui est bouleversant est que cette incrédulité est aujourd’hui partagée par beaucoup de prédicateurs et de docteurs du protestantisme. Une négation tire la suivante après elle. Et ainsi on nie la naissance virginale du Seigneur Jésus, on nie qu’Il ait été l’envoyé du Père. La valeur propitiatoire du sang de Christ est remise en question, et on ne croit plus à Sa résurrection corporelle ni à Son ascension.

 

4.8.4.2      L’antichrist

Mais il y a encore autre chose qui est nié : le fait qu’Il soit le Fils de Dieu.

« Celui-là est l’antichrist, qui nie le Père et le Fils » (1 Jean 2:22b).

 

L’antichrist nie le Père et nie le Fils. Il nie par cela le fondement et même la somme de ce qui est le vrai christianisme. La négation des revendications messianiques du Seigneur revient au rejet de l’Ancien Testament. La négation du Père et du Fils signifie le rejet du Nouveau Testament. L’Antichrist, un jour, réunira en lui-même ces deux formes d’incrédulité, même si son caractère propre est déterminé par le fait qu’il nie le Père et le Fils, c’est-à-dire la vérité chrétienne.

Nous devons parler un petit peu sur ce qu’exprime, en vérité, la négation du Père et du Fils. Entre Dieu le Père et Dieu le Fils, il existe une relation éternelle de sorte que le Fils peut dire au Père : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). Au début de notre épître nous avons vu que « la vie éternelle » — il s’agit du Fils, — « était auprès du Père », et qu’alors il y a eu un jour, dans le temps, où la vie « nous a été manifestée » (1 Jean 1:2). La relation dans la Déité existait depuis longtemps, elle est éternelle ; mais pour la première fois elle est devenue visible intégralement. « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18). Et le grand résultat de cela est la bénédiction insondable que maintenant, nous aussi les enfants de Dieu, « nous avons communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1:3). La source de toute bénédiction et de tout bonheur réside dans ce que nous pouvons contempler Dieu tel qu’Il s’est manifesté dans le Fils, manifesté en parfaite grâce.

Or si quelqu’un nie le Fils, il nie aussi le Père ; car le Fils a été envoyé par le Père, et Il est un avec Lui (Jean 3:16,17 ; 10:30). Et ainsi il nie, en vérité, la relation éternelle entre le Père et le Fils. Le résultat de cela est que le christianisme est dépouillé de sa nature propre, et que finalement il s’écroule pour n’être plus rien.

Qu’il n’y ait pas de malentendu : l’accomplissement des promesses faites au peuple d’Israël dans l’Ancien Testament fait partie du contenu de la foi chrétienne (voir 2 Tim 2:8). Car là aussi la personne et l’œuvre de Christ sont le pivot et la charnière de toute bénédiction. Cependant le côté plus élevé et typiquement chrétien, est la manifestation du Père dans le Fils. La négation d’un côté du christianisme conduit forcément à la négation de l’autre côté.

 

4.8.4.3      Avoir le Père — 1 Jean 2:23

Nous avons vu que les avis se divisent sur la personne de Christ, et que Christ est le test de la vérité. Dans les versets suivants cette déclaration se précise, et s’élargit considérablement, à la fois dans un sens positif et dans un sens négatif.

« Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père » (1 Jean 2:23).

 

Il n’est pas dit que « quiconque nie le Fils, nie aussi le Père ». Cela est naturellement également vrai, car le Père et le Fils sont un, de sorte qu’on ne peut pas avoir l’un sans l’autre. Cependant ici, le conflit se situe ailleurs. Ceux qui égarent parlaient et parlent beaucoup du Père, mais ils ne tiennent pas compte du Fils. Ils aiment adjoindre à Dieu le nom de Père, et parler d’amour et de tolérance. Cependant ce qu’ils disent revient à ce que Dieu est à la fois le Père du croyant et du pécheur, c’est-à-dire le Père de tous. C’est une tromperie dangereuse !

Ici nous apprenons l’importance de connaître ce que nous avons dit précédemment sur le test que Dieu nous a accordé : le test de la vérité, c’est Christ, c’est le Fils, ce n’est pas le Père. Car le Seigneur Jésus est le seul médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tim. 2:5). Pourtant ceux-ci qui nient le Christ, ces blasphémateurs qui nient la divinité éternelle de Christ, — ils refusent de reconnaître Sa relation éternelle de Fils, mais ils parlent beaucoup du Père. Ainsi une affirmation énergique du nom du Père peut effectivement s’accompagner d’un déni total du Fils.

Cependant si on veut avoir le Père, on doit avoir le Fils, car le Père n’est révélé que dans le Fils. Le Père et le Fils vont toujours ensemble. C’est pourquoi le Père ne reconnaît une vénération que si elle s’applique également à Christ. C’est un principe essentiel, que nous devons bien noter. C’est ainsi qu’il est écrit : « … afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé » (Jean 5:23).

Quelle consolation justement pour les ‘petits enfants’, de ce qu’eux qui confessaient le Fils avaient aussi le Père ! Mais ce que cela signifie réellement « avoir » le Fils et le Père, aucune langue humaine ne peut l’exprimer. En tout cas « avoir » indique une possession, comme cela est aussi dit à la fin de l’épître : « Celui qui a le Fils, a la vie » (1 Jean 5:12). Il me semble qu’avoir le Fils et avoir le Père dépasse le fait d’avoir communion avec le Fils et le Père, bien que cela en soit inséparable. Nous nous tenons de nouveau devant un abîme de miséricorde, devant l’océan infini de l’amour de Dieu. Pour les enfants des hommes rachetés pour le temps et l’éternité, peut-il y avoir quelque chose de plus grand que d’avoir le Fils, et en Lui d’avoir aussi le Père ? Il y a beaucoup dans le christianisme de ce que nous, nous ne pouvons pas concevoir dans sa fin ni finalement expliquer, et qui pourtant est vrai, et heureusement vrai. Ainsi en est-il aussi de cette bénédiction inexprimable qui est attribuée même à de jeunes croyants.

 

4.8.5       Être gardés par la Parole de Dieu — 1 Jean 2:24ab

En considérant le verset 20 de notre chapitre, il a été questions de deux moyens pour être préservés, et que Dieu utilise pour protéger Ses enfants, spécialement les plus jeunes d’entre eux, contre les attaques de ceux qui égarent. Le premier moyen était « l’onction de la part du Saint », c’est-à-dire le Saint Esprit et Son habitation dans le croyant. Et maintenant nous arrivons au second moyen :

 

4.8.5.1      1 Jean 2:24a

« Pour vous, que ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous » (1 Jean 2:24a).

 

« Ce que vous avez entendu dès le commencement » — c’est-à-dire la Parole de Dieu écrite, — c’est Christ comme manifesté dans le monde. Peut-être est-il bon à cet endroit de remettre en mémoire quelque chose qui a déjà été dit, pour rendre mieux compréhensible le sens de ces paroles et l’explication donnée.

Nous avons déjà vu la signification de cette tournure « dès le commencement » en considérant le premier verset de notre épître, et nous avons appris qu’il s’agit là du temps écoulé depuis que Christ a été manifesté dans ce monde. C’était effectivement un commencement, quand cette voix bénie a été entendue pour la première fois parmi les hommes ! Et ce que les hommes ont vu en Lui et entendu de Lui, était la pleine vérité. Car Il est en Lui-même la vérité de Ses paroles (Jean 8:25). Ce qu’Il disait, le présentait comme Celui qui est la vérité (Jean 14:6). Ainsi le Christ comme homme était dans ce monde, la pleine manifestation de la vérité de Dieu. Or cette vérité est aujourd’hui mise par écrit dans la Parole de Dieu. C’est pourquoi nous pouvons dire que l’expression « ce que vous avez entendu dès le commencement » se rapporte à la Parole écrite du Nouveau Testament, dont le contenu et le point central est Christ.

Or cette Parole doit demeurer ou habiter en nous si nous voulons être gardés. Nous ne devons pas prêter l’oreille à ceux qui égarent, et qui parlent de nouvelles vérités, et de ce que la vérité ou la doctrine chrétienne doivent toujours recevoir des développements supplémentaires par l’église ou par quelqu’un d’autre. Non, ce n’est pas ce que nous avons entendu dès le commencement ! Mis à part totalement le fait que l’église n’enseigne pas, mais est enseignée par les dons donnés de Dieu, rien ne peut être ajouté à la vérité pour la rendre plus complète qu’elle n’est. Tout ce qui est ajouté à la Parole de Dieu n’est pas du vrai christianisme, c’est de l’erreur.

La pensée d’une poursuite du développement de la vérité originelle a donné lieu à d’innombrables hypothèses et théories des hommes — des imaginations et des fables issues de l’esprit humain. Nous ne devons pas nous laisser impressionner par cela en aucune manière. Même une âme simple se rendra rapidement compte que ce n’est pas la voix du bon Berger.

 

4.8.5.2      1 Jean 2:24b

Les conséquences bénies deviennent visibles quand on prête l’oreille à l’avertissement :

« Si ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous, vous aussi vous demeurerez dans le Fils et dans le Père » (1 Jean 2:24b).

 

Du fait que Christ, le Fils de Dieu, est la vérité, et que la Parole de Dieu qui est enseignée est la vérité, demeurer dans la vérité signifie aussi qu’on demeure dans le Fils du Père. Mais le fait que le Fils soit la manifestation du Père, cela signifie aussi qu’on demeure dans le Père. Demeurer dans le Fils, demeurer dans le Père, avoir son habitation dans l’un comme dans l’autre, — qui peut saisir la grandeur de cette bénédiction ?

Faisons attention à l’ordre dans lequel sont successivement nommés le Fils et le Père. Si au v. 22 il est parlé de ce que l’antichrist nie, nous avons l’ordre inverse : le Père, puis le Fils. Mais quand il s’agit de ce qu’on professe (1 Jean 2:23) ou de demeurer (1 Jean 2:24), alors l’ordre dans lequel les personnes de la Déité sont nommées, commence par le Fils puis le Père. En fait nous pouvons donner aux trois versets mentionnés les titres suivants :

§  nier le Père et le Fils (v. 22),

§  confesser le Fils et le Père (v. 23),

§  demeurer dans le Fils et dans le Père (v. 24).

 

4.8.6       La promesse de la vie éternelle — 1 Jean 2:25

« Et c’est ici la promesse que lui nous a promise : la vie éternelle » (1 Jean 2:25).

 

Il peut nous paraître bien subit comment l’apôtre en vient à parler de la promesse de la vie éternelle. Même si ce « c’est ici » ne nous tourne pas en arrière, mais en avant, si donc cela se rapporte à ce qui suit (comme aussi en 1:5 et 3:23), il existe quand même un lien étroit avec ce qui vient d’être dit. Aussi bien la confession du Fils et celle du Père, que le fait de demeurer dans le Fils et dans le Père, ne peuvent être réalisés que par ceux qui possèdent la vie éternelle. Car c’est dans la possession de la vie éternelle que réside la capacité de connaître le Père et le Fils. Cette connaissance constitue pour ainsi dire la vie éternelle : « Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17:3). — Nous devons nous rappeler que ces versets de la première épître de Jean, y compris ceux qui sont maintenant devant nous, font ressortir les différences fondamentales entre les vrais enfants de Dieu et les faux docteurs.

Pourquoi, alors, parler d’une promesse que Dieu nous a promise ? La vie éternelle est-elle encore à venir ? À cela on pourrait répondre oui et non. Il est bon d’interpréter la déclaration du v. 25 de façon abstraite. Autrement dit : il ne s’agit pas dans ce passage d’un point de vue temporel, ni de savoir si nous avons la vie éternelle, ou si nous ne l’avons pas et que nous ne l’aurons que plus tard. Ce passage nous montre bien plutôt que le Père nous a fait une promesse ; et ce passage nous en donne le contenu : c’est la vie éternelle. Cette promesse Dieu l’a promise à « nous », les enfants de Dieu. Les trompeurs et les simples professants en sont exclus. Il me semble que c’est ici la pensée principale.

En ce qui concerne maintenant le positionnement dans le temps ou la réalisation de cette promesse, nous pouvons distinguer deux côtés ou deux étapes. La Parole de Dieu ne laisse planer aucun doute sur le fait que ceux qui croient au Fils de Dieu ont la vie éternelle (Jean 3:16, 36). Dans notre épître aussi, il est rendu témoignage à cela avec insistance (1 Jean 5:11-13). Qui a le Fils, a la vie. L’apôtre écrivait cela à ces destinataires pour qu’ils le sachent. C’est un côté : la possession présente, qu’on ne peut pas perdre, de la vie éternelle.

Le second côté est sans doute relatif à l’avenir. C’est avant tout l’apôtre Paul qui nous parle de la vie éternelle dans son déploiement futur dans la gloire. Ainsi, par exemple, en Romains 6 : « Mais maintenant, ayant été affranchis du péché… vous avez votre fruit dans la sainteté et pour fin la vie éternelle. Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rom. 6:22, 23).

Au début de l’épître à Tite, il est parlé de « l’espérance de la vie éternelle que Dieu, qui ne peut mentir, a promise avant les temps des siècles » (Tite 1:2). C’est une déclaration prodigieuse ! Avant que l’homme, et même que le monde existe, il y avait à l’intérieur de la Déité une promesse qui avait pour contenu la vie éternelle pour des hommes. Et encore aujourd’hui cette vie éternelle est placée devant nous comme espérance. Selon les pensées de Dieu, la vie éternelle ne sera pleinement déployée que quand nous serons auprès de Christ et semblable à Lui dans la gloire. Tout ce que la vie éternelle est pour nous déjà maintenant, n’est qu’une anticipation et des arrhes de la bénédiction éternelle. Ainsi nous pouvons poursuivre notre chemin en ayant cette espérance, et en sachant qu’un jour nous jouirons parfaitement de ce qui est déjà maintenant notre joie par la grâce.

 

4.8.7       Avertissement à l’encontre de ceux qui égarent — 1 Jean 2:26

« Je vous ai écrit ces choses touchant ceux qui vous égarent » (1 Jean 2:26).

 

Ici l’apôtre Jean donne la raison pour laquelle il a écrit cette épitre aux enfants de Dieu, et spécialement la pensée qui a été devant nous dans les v. 18 à 25 du ch. 2. Sous la direction du Saint Esprit, il voyait qu’il était nécessaire d’avertir les jeunes croyants, les ‘petits enfants’, contre ceux qui égarent à l’intérieur de la chrétienté. C’est déjà un processus remarquable. Plus tard, en se tournant vers les ‘enfants’, c’est-à-dire les croyants en général, il dit aussi : « Enfants, que personne ne vous égare ! » (3:7). Si le danger n’existait pas, nous n’aurions pas besoin de ce genre d’exhortations. C’est pourquoi, qu’aucun d’entre nous ne s’imagine ne courir aucun danger de ce côté. Nous avons vu le moyen pour être gardés, et il nous est présenté immédiatement encore une fois.

L’écrivain se sert d’un participe présent pour dire « ceux qui vous égarent » : ce sont « les égarant vous ». Cela traduit non seulement leur état permanent caractéristique, mais aussi leur activité particulière. En même temps sous cette forme de présent, il y a l’idée qu’on cherche à faire une chose, de sorte que nous pourrions traduire : « qui cherchent à vous égarer ». C’est manifestement la signification ici. Car les destinataires de la lettre n’étaient pas du tout déjà égarés. Mais il y avait constamment la tentative de les égarer.

Il en est exactement de même pour nous. L’idée que quelqu’un est là constamment actif pour nous détourner si possible du droit chemin ne nous laissera pas insensibles ou froids, si nous craignons Dieu. Nous sommes avertis, et les pensées de Satan ne nous sont pas inconnues (2 Cor. 2:11). Nous avons besoin de la plus grande prudence à l’égard des nouveautés qui sapent la vérité par de fausses promesses. Chez ces hommes, il ne s’agit pas des dons de Christ pour Son corps, mais de faux docteurs et de gens qui égarent, qui non seulement trompent les autres, mais même se trompent eux-mêmes (1 Jean 1:8).

 

4.8.8       L’enseignant divin — 1 Jean 2:27

Cependant les enfants de Dieu n’ont pas besoin de ces enseignants. Avec un « et » l’apôtre remet le vrai à côté du faux :

« Et, pour vous, l’onction que vous avez reçue de lui demeure en vous, et vous n’avez pas besoin que personne vous enseigne ; mais comme la même onction vous enseigne à l’égard de toutes choses, et qu’elle est vraie et n’est pas mensonge, — et selon qu’elle vous a enseignés, vous demeurerez en lui » (1 Jean 2:27).

 

L’accent est mis sur le ‘vous’ comme déjà aux v. 20 et 24 : Vous, les ‘petits enfants’, — vous-mêmes qui êtes encore jeunes dans la foi, vous avez reçu l’onction de Sa part, de Christ ; le Saint Esprit habite personnellement en vous et — ainsi est-il ajouté — Il demeure en vous. Cela est en accord avec ce que le Seigneur Jésus a dit : « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, pour être avec vous éternellement, l’Esprit de vérité » (Jean 14:16, 17).

Il est remarquable que l’apôtre revient, ici, encore une fois sur le Saint Esprit et Son activité, après avoir d’abord parlé de la Parole de Dieu et de la nécessité que cette Parole écrite demeure la référence, la mesure de la vérité en nous (1 Jean 2:24). Ce « demeure » du v. 24, était indiscutablement une exhortation : « que ce que vous avez entendu dès le commencement demeure en vous ». Tandis que le « demeure » du v. 27, est au contraire la constatation d’un fait : « l’onction … demeure en vous ». Au vu du danger, il est absolument nécessaire que nous soyons exhortés à ce que la Parole de Dieu demeure en nous. Mais alors est immédiatement ajouté l’assurance consolante que le Saint Esprit, qui opère par la Parole de Dieu, demeure en nous. Il est l’Esprit de vérité (Jean 14:17 ; 15:26), et comme tel Il nous conduit dans toute la vérité (Jean 16:13). Cette onction de l’Esprit nous rend capables de comprendre la vérité de Dieu comme elle est manifestée en Christ, et nous rend aussi capables d’en jouir.

Sous cet angle de vue nous n’avons pas besoin que quelqu’un d’autre nous enseigne : « vous n’avez pas besoin que personne vous enseigne ». L’« onction » est elle-même celui qui enseigne (Jean 14:26), et elle donne aussi à ceux qui sont encore jeunes dans la foi, la force et la capacité de démasquer les faux docteurs et de refuser leurs enseignements. Ainsi le Saint Esprit nous procure la sécurité en face des tromperies de l’ennemi. Mais Il se sert pour cela de la Parole écrite.

Je suis convaincu que c’est là la signification du passage. Car il n’est pas du tout nié ici la nécessité pour les jeunes croyants (comme pour les plus âgés) d’avoir de l’enseignement au sujet de la vérité divine. L’épître qui est devant nous est bien le meilleur exemple de cette nécessité. Si les ‘petits enfants’ n’avaient pas besoin d’enseignement, pourquoi l’apôtre les enseignerait-il avec tant de solennité ? Et n’avons-nous pas tous encore infiniment à apprendre de la Sainte Bible ? C’est pourquoi nous devons nous laisser avertir contre le fanatisme de ceux qui pensent n’avoir besoin d’aucun instrument humain pour leur instruction dans la vérité. Le Seigneur Jésus glorifié n’a-t-Il pas donné des dons à Son assemblée, ceux d’apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et docteurs, « en vue du perfectionnement des saints, pour l’œuvre du service, pour l’édification du corps de Christ » (Éph. 4:12) ? L’idée de pouvoir s’en passer n’est pas autre chose que de l’orgueil.

Naturellement l’apôtre n’aborde ici aucune question de ce genre. Mais il lui appartient de montrer que le Saint Esprit est proprement le divin Docteur, Celui qui enseigne, et qu’Il a déjà enseigné les croyants à l’égard de toutes choses (car les destinataires de l’épître possédaient déjà l’onction), et qu’en soi cette onction est vraie et n’est pas mensonge. L’Esprit peut utiliser des instruments humains, mais eux ne sont pas la vérité, tandis que l’Esprit, Lui, est la vérité, comme il est dit plus loin : « C’est l’Esprit qui rend témoignage, car l’Esprit est la vérité » (1 Jean 5:6). Dans un sens objectif, Christ est la vérité. Si nous dirigeons notre œil spirituel sur Lui, nous pouvons voir ce qu’est la vérité à tous égards. Si le Saint Esprit est aussi nommé ‘la vérité’, c’est parce qu’Il témoigne de la vérité et qu’Il est la puissance qui nous rend capables de recevoir la vérité de Dieu.

Nous avons déjà vu au v. 21 « qu’aucun mensonge ne vient de la vérité ». Il ne peut venir aucun mensonge de la vérité divine telle que nous la trouvons consignée par écrit dans la Parole de Dieu. La vérité de Dieu transcrit un système unitaire, un tout, dans lequel aucun mensonge ne trouve place. Un seul péché suffit à rendre manifeste que la chose n’est pas de Dieu. Cependant maintenant il est aussi dit de l’onction qu’elle n’est « pas mensonge ». Ce n’est pas une simple répétition de la déclaration que l’onction est « vraie ». Qu’elle soit vraie, cela montre clairement que tout ce que l’onction opère ou suscite, est en accord avec son propre caractère, c’est-à-dire avec la vérité. Mais le fait qu’elle ne soit « pas mensonge » accentue fortement le contraste avec la fausseté de ceux qui égarent, — ces menteurs du v. 22, qui répandent le mensonge au lieu de la vérité.

Tout cela sonne un peu comme étant abstrait, et nous voulons essayer de répéter encore une fois l’enseignement le plus simplement et le plus brièvement possible. Les enfants de Dieu doivent compter sur le fait qu’il y a des gens qui cherchent à leur nuire quant à leur foi. Cependant ils n’ont pas besoin d’en avoir peur, car ils ont deux puissants secours : la Parole de Dieu et le Saint Esprit. Les deux sont « vrais » en eux-mêmes, dans la mesure où on en fait bon usage et où on les laisse agir, et les deux donnent aux théories de ceux qui égarent la place qui leur revient pour ce qu’elles sont : purement du mensonge. Les enfants de Dieu n’ont pas besoin d’être enseignés par de telles personnes, qui ne recherchent qu’elles-mêmes et non pas Christ. L’Esprit de Dieu place toujours Christ au centre, c’est-à-dire toujours comme le but de Son action. Or les enfants de Dieu possèdent cette personne de la Déité, le Saint Esprit. Lui est leur enseignant divin. C’est par la Parole de Dieu qu’Il les instruit à l’égard de « toutes choses », non seulement en ce qui concerne la doctrine chrétienne, mais aussi en ce qui concerne leur chemin pratique de la vie.

Mais si les choses sont ainsi, alors il n’y a plus qu’une conclusion de l’apôtre pour les ‘petits enfants’ : « … demeurez en lui » ou « … ainsi vous demeurez en lui ». La forme du verbe en grec à cet endroit laisse une ambiguïté. Elle peut aussi bien exprimer un ordre (à l’impératif) ou un fait (à l’indicatif). Cependant ces deux significations, appliquées maintenant à nous-mêmes, ne sont guère éloignées l’une de l’autre : du fait que l’onction nous a enseignés et qu’elle demeure en nous, nous devons aussi de notre côté demeurer en Lui, en Christ. Demeurer en Christ est cependant ce que l’activité de l’Esprit en nous a toujours pour effet.

Cette pensée de demeurer en lui est reprise encore une fois dans le verset suivant, et là elle est traitée plus en détail, de sorte que maintenant nous ne voulons pas l’approfondir davantage maintenant. Cependant, arrivés à la fin de cette grande section sur les privilèges et les dangers de la famille de Dieu, nous voudrions encore une fois glorifier la grâce de Dieu qui ne nous a pas seulement amenés dans des relations extrêmement bénies, mais nous a aussi mis en main des secours admirables pour que nous puissions jouir sans dommage de ces relations et des bénédictions qui s’y rattachent. À la suite de l’étude de cette section, que le Seigneur veuille nous accorder ce résultat à chacun de nous !

 

 

5        La justice, un caractère des enfants de Dieu — 1 Jean 2:28 à 3:10

Avec le v. 28 du ch. 2 nous revenons à l’enseignement général de la première épître de Jean. La section précédente (2:12-27) constituait une parenthèse (insertion, digression) dans laquelle la famille de Dieu était présentée dans ses privilèges et ses dangers. La section encore précédente (2:3-11) nous avait fait connaître quelques marques distinctives caractéristiques de la vie divine dans le croyant : l’OBÉISSANCE et l’AMOUR.

La partie qui est devant nous maintenant (2:28 à 3:23) se relie directement à ces pensées. Ici aussi nous trouvons certaines marques distinctives typiques des enfants de Dieu, mais ce sont cette fois la JUSTICE (2:28 à 3:10) et l’AMOUR (3:11-23). Avec le v.24 du ch. 3 commence alors une autre section tout à fait nouvelle qui traite de Dieu demeurant en nous. Voilà pour cet aperçu de cette partie de la première épître de Jean.

D’abord le v. 28 du ch. 2 résume dans sa conséquence ce qui a été dit précédemment dans la parenthèse, et cela sous forme d’exhortation. Cette exhortation, l’apôtre la relie d’autre part d’une manière hautement intéressante à la venue ou la manifestation de Jésus Christ.

 

5.1      Demeurer en Christ — 1 Jean 2:28

Après que Jean ait parlé dans la section précédente aux ‘petits enfants’ (2:18-27), il se tourne maintenant de nouveau vers l’ensemble des enfants de Dieu :

 

« Et maintenant, enfants, demeurez en lui, afin que, quand il sera manifesté, nous ayons de l’assurance et que nous ne soyons pas couverts de honte, de par lui, à sa venue » (1 Jean 2:28).

 

Le « et maintenant », qui introduit le verset, relève de la logique et ne doit pas être compris de manière temporelle ; il marque une nouvelle section. Celle-ci débute par une exhortation aux enfants de Dieu à « demeurer en lui ».

L’apôtre reprend par-là la pensée qu’il vient d’exprimer au sujet des « petits enfants » (paidia) : « vous demeurerez en lui » (2:27). Mais maintenant son exhortation à demeurer en Lui, il l’adresse à tous les enfants (teknia) de la famille de Dieu (pour mémoire au v. 12 du ch. 2, teknia désignait également l’ensemble des enfants de Dieu : « ceux qui ont été engendrés »). Nous trouvons ici la confirmation de ce que nous avons dit précédemment, à savoir que ce qui est bon et juste pour les jeunes dans la foi, l’est aussi pour tous les membres de la famille, indépendamment du degré de maturité spirituelle atteint par chacun.

L’exhortation à demeurer en Lui est effectivement pour nous tous d’une importance centrale. L’écrivain ne dit pas expressément qui est désigné par « Lui ». Il a précédemment parlé de Dieu (2:25), de qui, seul, peut émaner la promesse de la vie éternelle. Cependant il est évident que maintenant il désigne aussi Christ, comme déjà le ‘Lui’ du v. 27. La suite de la phrase le montre clairement.

Demeurer en Lui est le contraire de prêter l’oreille à ceux qui égarent et à leurs erreurs. Mais cela signifie bien davantage que simplement tenir ferme à une vérité ou à une doctrine. Il s’agit de la Personne de Christ et de la foi en cette Personne. Seule la confiance dans la personne de notre Seigneur nous amène à demeurer en Lui dans nos affections, dans nos pensées, et même dans toute notre vie pratique.

Et quelle sorte de personne est-ce, qui nous attire au point que nous voulons rester et demeurer en elle ? Oh, c’est le Fils de Dieu qui est venu à nous de la part du Père ! Quel qu’en ait été le coût pour le Fils, cette personne de la Déité est devenue homme pour faire connaître qui est Dieu, par Sa vie et par Sa mort devant les hommes. C’est un mystère insondable qui nous a déjà occupés, et qui nous occupera encore davantage : Dieu et Homme dans une seule et même personne ! Or, bien-aimés, c’est en Lui, en Christ, que nous devons demeurer.

Ce fait de demeurer est quelque chose de tout à fait pratique. Cela veut dire vivre en communion avec Lui, et éviter en doctrine et en pratique tout ce qui pourrait troubler la jouissance de cette communion. Quand le Seigneur Jésus a parlé de Lui-même comme du « vrai cep » (Jean 15), Il a indiqué clairement qu’en tant que Ses disciples, nous ne pouvons croître du point de vue spirituel, et porter du fruit pour Dieu, que si nous demeurons en Lui, le ‘vrai cep’. C’est une chose d’être en Lui et d’avoir la vie en Lui ; c’en est une autre de jouir de la communion avec Lui dans la vie journalière.

Nous avons constamment besoin de demeurer dépendants de Lui, et de tirer notre force de Lui. C’est aussi la seule façon de Lui rester fidèles. Ce n’est certainement pas par hasard que l’invitation à demeurer en Lui est avec un verbe au présent : demeurez constamment en Lui. Cependant si nous donnons de la place au monde dans nos cœurs, nous perdrons bientôt notre utilité et nous cesserons de porter du fruit. Il peut même nous arriver ce qui dut être dit un jour de beaucoup de Ses disciples : « Dès lors plusieurs [beaucoup] de ses disciples se retirèrent ; et ils ne marchaient plus avec lui » (Jean 6:66).

 

5.2      Être couverts de honte à Sa venue — 1 Jean 2:28b

Les paroles de l’apôtre qui suivent dans notre verset montrent clairement que ce danger existait, et continue à exister :

« … afin que, quand il sera manifesté, nous ayons de l’assurance et que nous ne soyons pas couverts de honte, de par lui, à sa venue » (1 Jean 2:28b).

 

Notons d’abord le changement de pronom personnel de ‘vous’ en ‘nous’ : « demeurez » [vous] — « afin que nous ». L’exhortation s’adresse aux enfants de Dieu, et l’effet en retour du fait d’en tenir compte ou pas, se rapporte aux apôtres.

L’apôtre Jean fait ici quelque chose de touchant : il fait appel aux affections de ses enfants. S’ils ne demeurent pas en Christ et dans la vérité, l’apôtre serait couvert de honte à la venue du Seigneur, et perdrait le salaire de tout son travail. Dans sa deuxième épître, il l’exprime de la manière suivante : « Prenez garde à vous-mêmes, afin que nous ne perdions pas ce que nous avons opéré, mais que nous recevions un plein salaire » (2 Jean 8). C’est un sujet de honte pour l’ouvrier, si ceux qu’il croyait avoir amené à la vérité, la quittent.

Le Seigneur fait aussi dire par l’apôtre Paul qu’il y a un salaire pour le travail dans l’œuvre du Seigneur, et que l’on peut perdre ce salaire. D’un côté, les croyants à Thessalonique, qui restaient fidèles au Seigneur dans les temps de persécution, seraient l’espérance et la joie et la couronne de gloire pour l’apôtre Paul et ses compagnons d’œuvre lors de la venue du Seigneur Jésus (1 Thess. 2:19, 20). D’un autre côté, il devait écrire aux Corinthiens parmi lesquels il y avait beaucoup de désordres : « Si l’ouvrage de quelqu’un qu’il aura édifié dessus demeure, il recevra une récompense ; si l’ouvrage de quelqu’un vient à être consumé, il en éprouvera une perte, mais lui-même il sera sauvé, toutefois comme à travers le feu » (1 Cor. 3:14, 15). Paul exhorte les Philippiens à être sans reproche et purs, et il ajoute : « … pour ma gloire au jour de Christ, en témoignage que je n’ai pas couru en vain ni travaillé en vain » (Phil. 2:15-16).

Ce sont des indications solennelles pour tout ouvrier dans l’œuvre du Seigneur, mais aussi pour ceux qui bénéficient du service de ces ouvriers. Il y aura un jour auquel nous récolterons dans la gloire les fruits de notre travail pour Lui, ou bien nous souffrirons une perte en ce jour-là.

 

5.2.1       Être manifestés à la venue du Seigneur

Mais dans quelle sorte de jour cela aura-t-il lieu ? L’apôtre dit en parlant du Seigneur Jésus : « quand il sera manifesté », et il place cela sur le même plan que « sa venue ». Nous devons nous occuper d’un peu plus près de ces deux expressions.

Le « quand » dans « quand il sera manifesté » a en réalité un sens conditionnel de « si » (en grec ‘ean’) qui signifie chez Jean : « si le cas arrive que… ». « Quand Il sera manifesté » équivaut donc à « Si le cas arrive qu’Il soit manifesté… ». C’est là la signification de cette tournure. La date est laissée ouverte (voir 1 Jean 1:6, sous le sous-titre « une particularité du texte, les phrases conditionnelles »). L’importance de cette remarque apparaîtra mieux quand nous en arriverons à considérer le v. 2 du ch. 3, où nous retrouverons de nouveau ce ‘quand’ (en grec ‘ean’).

Pour le moment il suffit ici de remarquer qu’en Colossiens 3 il est également parlé de la manifestation de Christ, mais là c’est un « quand » temporel qui est utilisé : « Quand le Christ qui est notre vie, sera manifesté, alors vous aussi, vous serez manifestés avec lui en gloire » (Col. 3:4).

Les deux passages ont un point en commun : ils se rapportent à la manifestation de Christ, non pas à l’enlèvement des croyants. Quand le Seigneur prendra les Siens auprès de Lui par le moyen de l’enlèvement, alors Il ne sera pas manifesté, ni Lui, ni les saints. Mais au jour de Sa manifestation, ce sera exactement l’inverse, comme le montre la citation de Colossiens 3.

Souvenons-nous encore que c’est aux enfants de Dieu que l’apôtre adresse l’appel à demeurer en Lui (en Christ). Il approfondit encore son appel, par le fait qu’il se réfère à la manifestation future du Seigneur. Bien que le temps de Sa venue et de Son apparition en puissance et en gloire, ne soit pas connu, cependant le fait de Sa venue est certain.

Deux mots ou expressions sont utilisés pour décrire cette venue. Premièrement « être manifesté ». Cela signifie que quelque chose d’invisible est rendu visible. L’apôtre avait déjà utilisé une fois cette expression, en rapport avec la première venue de Christ (1:2). Cette première venue était la manifestation, ou le fait de rendre visible la Parole de la vie qui était jusqu’alors invisible. Aujourd’hui Il est de nouveau caché aux yeux des hommes, bien qu’Il soit proche des Siens spirituellement. Mais le jour viendra où Il sera de nouveau manifesté du ciel (outre Col. 3:4, voir Matt. 24:30, 39 ; 25:31 ; 26:64 ; 1 Pierre 5:4).

Le deuxième mot pour décrire cet événement est Sa « venue » (en grec ‘parousia’). Ce mot était utilisé pour décrire la visite de l’empereur ou d’un haut fonctionnaire d’autrefois dans une province romaine ; il signifie proprement « présence, le fait d’être là », et c’est ainsi qu’il est traduit en Phil. 2:12 par exemple : « … non seulement comme en ma présence, mais beaucoup plus maintenant en mon absence ». Ce mot ne sert pas à désigner l’acte de la venue du Seigneur, mais le fait ou l’état de Sa présence, comme résultat de Sa venue. Si au contraire il est question de la venue effective du Seigneur, c’est-à-dire du processus de venir, en soi (par exemple Jean 14:3 et 1 Cor. 11:26), le Saint Esprit utilise un autre mot (en grec ‘erchomai’ = venir).

Le terme ‘venue’ (en grec ‘parousia’) est utilisé dans le Nouveau Testament pour décrire l’enlèvement aussi bien que l’apparition du Seigneur. On peut observer à cet égard une sorte de règle : quand le terme ‘parousia’ n’est pas précisé par un additif faisant allusion au fait d’être manifesté ou à une récompense, alors il s’agit de notre rassemblement auprès de Lui par Sa présence, c’est-à-dire l’enlèvement. Cela concerne un bon nombre de passages (1 Cor. 15:23 ; 1 Thess. 4:15 ; 2 Thess. 2:1).

Dans notre verset de 1 Jean 2, la venue du Seigneur est mise en rapport avec Sa manifestation, de sorte qu’ici il s’agit du jour de Sa gloire. La question de la responsabilité du serviteur est toujours mise en relation avec ce jour-là, et jamais avec l’enlèvement. Il est donc tout à fait approprié qu’en rapport avec ce jour-là, l’apôtre Jean parle « d’assurance » et de « couvrir de honte ».

Si d’un côté l’écrivain a ici en vue, en première ligne, lui-même et les autres apôtres, d’un autre côté toutefois « nous tous, nous devons être manifestés devant le tribunal de Christ » (2 Cor. 5:10). Certainement l’expression « nous tous » englobe aussi bien les croyants que les non-croyants. Cependant dans le cas des saints, la manifestation devant le tribunal de Christ n’implique aucun jugement. Parce que Christ a porté le jugement pour ceux qui croient en Lui, ils « ne viennent pas en jugement », mais ils sont « passés de la mort à la vie » (Jean 5:24). Nous pouvons et nous devons maintenir cela fermement, avec toute la solennité inhérente à ce jour-là, y compris pour nous. Et pensons aussi à ceci : quand nous serons manifestés devant le Seigneur Jésus, alors nous serons déjà revêtus de gloire, — de la gloire qui est la Sienne. Nous Lui serons semblables (1 Jean 3:2). J’avais à cœur d’au moins indiquer le côté de notre manifestation.

 

5.3      Pratiquer la justice — 1 Jean 2:29

Comme il a déjà été remarqué au début du présent chapitre (3) qui traite de « la justice et l’amour dans la famille de Dieu », c’est dans son épitre après sa très longue parenthèse sur les ‘petits enfants’, et après son exhortation aux ‘enfants’ à demeurer en Christ, que l’apôtre se met à parler de la question de la justice pratique. Il traite ce sujet extrêmement important dans la section qui suit maintenant (2:29 à 3:10). Les trois premiers versets du ch. 3 y sont insérés, mais on peut les considérer comme une nouvelle parenthèse.

 

« Si vous savez qu’il est juste, sachez [litt.: ‘reconnaissez’] que quiconque pratique la justice est né de lui » (1 Jean 2:29).

 

Nous sommes de nouveau frappés de la différence entre ‘savoir’ (en grec ‘oïda’) et ‘reconnaître’ (en grec ‘ginosko’). Nous pouvons rendre la tournure à peu près de la manière suivante : « si vous avez intérieurement la conscience que Lui est juste, alors vous reconnaîtrez par expérience que… ». En Jean 13 aussi les deux mots apparaissent dans un seul et même verset, et dans le même ordre : « ce que je fais, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le sauras [litt.: comprendra, reconnaitra] dans la suite » (Jean 13:7).

À qui l’apôtre fait-il allusion, quand il dit : « … que Lui est juste » ? Il avait parlé précédemment de Christ (1 Jean 2:28). Maintenant il pense manifestement à Dieu, comme cela ressort des mots « né de Lui » de la fin de la phrase (voir à ce sujet 3:9 ; 4:7 ; 5:1, 18). C’est une particularité de cette épitre que son rédacteur passe presque sans qu’on le remarque de Dieu à Christ et de Christ à Dieu. C’est aussi le cas ici : « couverts de honte à Sa venue » (2:28b ; celle de Christ), et ensuite « Si vous savez qu’Il (Dieu) est juste » (2:29a), et ensuite « né de Lui » (2:29b ; de Dieu). L’apôtre qui parle plus que tout autre écrivain du Nouveau Testament de la nature de Dieu, insiste sur la vérité que Christ et le Père sont un et que Christ est Dieu, — qu’Il est la manifestation de Dieu pour les hommes. C’est pourquoi l’apôtre fait que la différence entre l’Un et l’Autre est presque imperceptible. Le Fils qui est devenu homme est aussi bien Dieu que le Père qui n’a pas pris une nature humaine. Cela explique de manière précieuse le passage souvent rapide et facile d’une Personne à l’Autre.

Nous trouvons d’ailleurs la même vérité en Daniel 7 et en Apocalypse 1. L’« Ancien des jours » de Dan. 7:9 et 7:13 est le « Fils de l’homme » en Apocalypse 1:13, 14. Oui, en Christ, comme homme vivant dans ce monde, nous pouvons percevoir et connaître la nature de Dieu, Dieu lui-même. Ceci est une bénédiction inexprimable et qui demeure.

 

5.3.1       Que signifie « pratiquer la justice » ? — 1 Jean 2:29b

« Si vous savez qu’Il est juste, sachez que quiconque pratique la justice est né de Lui » (2:29).

 

La justice est un trait de caractère attribué aussi bien à Dieu le Père qu’au Seigneur Jésus. Il en est parlé au sujet de Dieu en 1 Jean 1:9 et Jean 17:25 ; et au sujet de Christ, par exemple en 1 Jean 2:1. Ici cependant le verset se réfère à Dieu comme tel — Dieu qui est lumière (1:5), et qui, par suite, est juste dans toutes Ses voies et toutes Ses paroles. Dans leur aveuglement, les hommes voudraient incriminer Dieu d’injustice, mais ils devront reconnaître un jour que Dieu a procédé aussi à leur égard avec une justice parfaite.

 

« … sachez que quiconque pratique la justice est né de lui » (2:29b).

 

Pratiquer la justice’ n’est pas ce que le monde appelle mener une vie morale irréprochable. On peut vivre de cette manière sans pour autant être né de nouveau. Cette expression signifie beaucoup plutôt « donner une expression pratique à la relation dans laquelle on se tient vis-à-vis de Dieu ». Ce n’est pas seulement de la soumission à l’autorité divine, bien que la justice divine implique toujours l’obéissance, mais c’est l’adéquation avec la relation existante.

Le Seigneur Jésus a toujours donné une expression parfaite à la relation avec Son Père. Or les enfants de Dieu aussi « pratiquent la justice ». L’apôtre parle de nouveau de manière abstraite, il laisse de côté toute faiblesse pratique dans la réalisation de notre part, et il arrive à une conclusion consolante : si les fruits de la vie sont là, la vie elle-même doit nécessairement se trouver là. Voilà finalement la signification de cette phrase : « … sachez que quiconque pratique la justice est né de lui » (2:29b).

En faisant cette déclaration, le Saint Esprit ne veut aucunement susciter du doute chez les enfants de Dieu, quant au fait qu’ils ont ou non la vie éternelle. L’Esprit de Dieu ne mettra jamais en doute ce qu’Il a Lui-même opéré. Non, il veut affermir et protéger les enfants de Dieu contre ceux qui égarent. Et ainsi Il leur donne et Il nous donne un test qui nous rend capables de démasquer et de rejeter une profession non authentique. Un enfant de Dieu pratique en principe la justice. C’est son comportement habituel. Littéralement il est dit : « chaque faisant la justice ». Ce mot « faisant » est un participe présent, lequel désigne un état persistant et caractéristique de la personne. Cela est donc typique d’un croyant : il pratique la justice.

Il est impossible de parler de cette manière d’un professant incrédule, même s’il se vante d’une connaissance supérieure ! Il n’a pas encore fait le moindre pas vers la justice, dont le premier est de se courber devant Dieu, et de Lui confesser son injustice. Et ainsi on vérifie finalement qu’il n’est pas authentique ; c’est-à-dire qu’il n’est pas né de Dieu.

Mais tout enfant de Dieu qui demande la volonté de Dieu pour ainsi dire par habitude, instinctivement, et qui ainsi pratique la justice, est « né de Lui ». Car il manifeste dans sa vie les mêmes traits de caractère que ceux qui sont propres à Celui à qui il est redevable de son existence. Ici la justice est le fruit de la vie divine, plus loin c’est de nouveau l’amour. Or Dieu est juste et saint, et l’enfant de Dieu montre ces mêmes caractères. À cela on reconnaît que quelqu’un est né de Dieu et qu’il appartient à Sa famille.

Naturellement Dieu est unique, et Christ est parfait à tous égards, tandis que le chrétien reste toujours imparfait dans la réalisation pratique de ses privilèges. Mais ici, et dans cette épître en général, l’Écriture montre ce qui est vrai en principe d’un enfant de Dieu, et ce en quoi il se distingue en principe d’un simple professant. Faire clairement cette différence est un objectif majeur de notre épître — non seulement pour démasquer ceux qui ne sont pas authentiques, mais aussi justement pour affermir ceux qui sont authentiques.

 

5.3.2       Né de Dieu — 1 Jean 2:29b

Nous devons encore nous occuper un instant de l’expression « né de Dieu » qui apparaît ici pour la première fois dans cette épître. Nous nous sommes plus ou moins habitués à parler légèrement de ce que nous sommes nés de nouveau, nés de Dieu. Mais combien cela est prodigieux, quelle vérité grandiose est contenue dans cette expression !

Dieu aurait pu facilement faire tout autre chose que d’engendrer des enfants. Il aurait pu créer encore davantage d’étoiles et de mondes, mais Il ne pouvait pas simplement se faire des enfants. Il avait un Fils, et Il Lui fallait sacrifier ce Fils avant de pouvoir avoir des enfants. C’est de Sa mort que jaillit la vie pour tous ceux qui croient en Lui. Nous ne pouvons guère saisir ce que cela représente pour Dieu d’avoir suscité des enfants. Je ne crois pas que Ses saints dans l’Ancien Testament fussent Ses « enfants » au sens propre du mot. Ils étaient ainsi nommés collectivement comme peuple, mais non pas comme croyants individuels. Il fallait d’abord que Christ tombe en terre et meure comme le vrai « grain de blé » avant qu’Il puisse porter beaucoup de fruit, — du fruit de la même sorte (Jean 12:24). Dans l’Ancien Testament Dieu ne compare jamais son peuple à du blé. [ndT : És. 21:10].

Être né de Dieu est une bénédiction infinie ; c’est pourquoi cela mérite encore deux courtes remarques. « De Dieu » : le Saint Esprit montre par-là l’origine de la chose : la naissance ou l’engendrement ont Dieu pour auteur. L’homme n’y a aucune part. Cela est déjà dit au début de l’évangile de Jean au sujet de « ceux qui croient en son nom » : « lesquels sont nés, non pas de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu » (Jean 1:12, 13). Ce processus mystérieux émane de Lui seul. Qu’il Lui en soit éternellement rendu grâce !

La forme au parfait (passé composé) « est né » décrit un état atteint dans le présent, mais qui provient d’un événement du passé. L’écrivain a ainsi devant les yeux aussi bien l’acte du passé, que le résultat dans le présent. La signification est donc ici que ceux qui croient en Christ, ont été engendrés de Dieu, et sont maintenant dans cet état d’être-nés-de-Dieu. Bienheureuse part qui ne peut pas nous être ôtée !

Que nous considérions l’auteur ou le résultat, tout dans cette bénédiction est digne du grand Dieu, notre Père, et Lui fait honneur.

 

5.4      L’amour du Père — 1 Jean 3:1a

L’apôtre Jean part de ces mots « né de Dieu » et en vient à parler spécialement des enfants de Dieu et de l’amour du Père. Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises des enfants de Dieu. Il ne pouvait pas en être autrement, car l’épître traite des enfants de Dieu et s’adresse aux enfants de Dieu. Mais l’apôtre n’avait pas encore utilisé cette expression. Il le fait maintenant pour la première fois, et il introduit par là une petite parenthèse ou digression qui est d’une beauté exceptionnelle.

« Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ! Et nous le sommes (*) » (1 Jean 3:1a).

 

(*) ndT : La traduction J.N. Darby n’a pas retenu ce « Et nous le sommes », ni dans la version anglaise, ni dans la version française.

 

Le « voyez » invite les lecteurs à être spécialement attentifs à ce qu’il veut maintenant leur présenter. Nous ne devons pas écarter de tels mots comme si c’était du simple remplissage, qu’on peut tranquillement négliger. C’est Dieu Lui-même qui nous invite, par le moyen des paroles de Son serviteur Jean : « Regardez donc un peu exactement ce qui suit maintenant ! Regardez-le, vous ! ». Cela doit déjà être quelque chose de particulier ; et en fait c’est bien le cas !

Notre regard est dirigé sur l’amour du Père, sur la qualité de cet amour et sur ce qui en est le résultat.

Après l’appel « voyez » suit un pronom intéressant [‘de quel’]. Il est utilisé en grec pour indiquer la qualité d’une affaire ou d’une personne. À l’origine il signifiait « d’où  [d’où vient-il, d’où est-il natif ?]». Ici, si nous pouvons le dire en toute révérence, il sert à décrire la qualité de l’amour du Père. Ce pronom (en grec potapos) que nous rencontrons par-ci par-là dans le Nouveau Testament (Matt. 8:27 ; Marc 13:1 ; Luc 1:29 ; 7:39 ; 2 Pierre 3:11) est traduit dans notre texte de manière beaucoup trop faible par « quel », ou « de quel ». Il exprime beaucoup plutôt l’étonnement, ou même la plupart du temps « l’admiration », et il vaudrait mieux le traduire par « de quelle sorte » ou « de quelle qualité » : « Voyez de quelle sorte d’amour… ». Oui, de quelle sorte doit-être cet amour, combien il doit être grand et glorieux au point de nous avoir appelés à une si haute position ! Apprécier correctement cet amour, bien-aimés, implique d’être plongé dans l’adoration. Il dépasse notre capacité de compréhension.

Nous apprenons alors que cet amour est un don, un cadeau du Père pour nous. Pour autant que nous le connaissions, il n’y a pas d’autres passages du Nouveau Testament où l’amour du Père envers nous est vu sous cet angle. Ce n’est qu’ici qu’il est considéré comme un don que le Père nous a fait [fait don, donné]. Quelle déclaration : le Père nous a accordé Son amour ! C’est un pur cadeau de la grâce, — cet amour du Père que rien en nous n’a suscité. Comme le verbe « est né » au v.29 du ch.2, ainsi aussi ici « a fait don » est au parfait (passé composé) ; les deux pensées se correspondent l’une l’autre. Celui qui est né de Dieu, demeure dans cet état. Ainsi en est-il de ce don, celui de l’amour du Père pour nous : il nous est donné et il demeure en notre possession. Qu’est-ce qui pourrait nous rendre plus heureux, aujourd’hui, demain et dans l’éternité ?

C’est en outre le même Père qui a été déjà mentionné trois fois dans cette épître (1:2, 3 ; 2:1), — le Père du Fils, en qui Il est aussi maintenant notre Père, en Lui le Seigneur Jésus Christ (Jean 20:17). Bien que ces deux relations soient dissociées l’une de l’autre, elles sont cependant étroitement liées. Je pense que c’est pour cela que la personne du Père est mise ici au premier plan, parce qu’il s’agit de la famille céleste, de son origine et de ses relations.

Et en quoi culmine l’amour dont le Père nous a fait don ? Qu’est-ce qui lui donne cette sorte particulière, cette qualité particulière ? C’est « que nous soyons appelés enfants de Dieu ». Réponse qui nous remplit de bonheur ! Car notons-le : la proposition relative qui commence par « que » ne répète pas seulement une intention, mais exprime un fait. — C’est pourquoi il est immédiatement ajouté : « Et nous le sommes ».

Ce dernier membre de phrase (« Et nous le sommes ») est omis dans plusieurs manuscrits, il est vrai de moindre qualité. On a l’impression que la déclaration qui y est contenue a paru trop hardie à certains copistes, et leur plume s’est refusée à copier ces paroles. Pourtant elles sont appuyées par les meilleurs témoignages, et ont tout à fait droit à l’authenticité de leur origine. Nous sommes nommés enfants de Dieu parce que nous le sommes. Ce n’est pas pour plus tard, c’est déjà maintenant !

Le verset suivant le confirme : « Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu » (3:2a).

Des quatre occurrences de cette expression dans cette épître, nous en avons déjà nommé deux (3:1,2). Nous la retrouvons au v. 10 du ch. 3 et au v. 2 du ch. 5 — « Enfants de Dieu » ! Ô chers amis, si Dieu voulait nous montrer Sa grâce, Il aurait pu faire de nous quelque chose d’autre, quelque chose de moindre, des domestiques, des « coupeurs de bois et des puiseurs d’eau » (Josué 9:21), auxquels Il aurait confié l’exécution de taches inférieures. N’aurions-nous pas eu quand même toutes raisons d’être reconnaissants ?

Et pourtant non, Il a fait de nous Ses enfants, Il nous a fait avoir part à Sa propre nature et à Sa propre vie par la nouvelle naissance. C’est pourquoi la relation d’enfant est beaucoup plus intime que celle de fils adopté. Certainement Dieu nous a aussi accordé cette bénédiction, Il a fait de nous Ses fils par adoption (le mot grec pour « condition de fils » signifie « adoption, acceptation en tant que fils »). Mais présenter cela faisait partie des attributions de l’apôtre Paul (Gal. 4:5-7 ; Éph. 1:5). Néanmoins Jean, qui réserve dans ses écrits le titre de ‘Fils’ au Fils de Dieu, montre la relation d’enfants vis-à-vis du Père comme étant plus intime que celle de ‘l’adoption’. Car il est évident que l’on peut être reçu comme fils, sans être né comme enfant dans la famille. ‘Fils’ est effectivement un titre davantage public, tandis que ‘enfant’ exprime la proximité par naissance.

Comprenons-nous maintenant un peu mieux de quelle sorte d’amour le Père nous a fait don ? Il voulait nous avoir comme Ses enfants pour le temps et pour l’éternité, autrement dit et en toute révérence, des enfants qui soient du même genre que Lui. Et tout cela par le moyen du Fils de Son amour, quel qu’en fût le coût pour Lui ! C’est pourquoi nous ne pouvons ni ne voulons donner d’autres explications, mais simplement nous prosterner dans l’adoration devant Celui qui nous a fait don d’un tel amour.

 

5.5      Pourquoi le monde ne nous comprend pas ? — 1 Jean 3:1b

« C’est pourquoi le monde ne nous connaît pas, parce qu’il ne l’a pas connu » (1 Jean 3:1b).

 

Avec un « c’est pourquoi », l’apôtre regarde en arrière à ce qui a été dit dans la première moitié du verset (3:1a), mais maintenant il l’utilise pour nous expliquer pourquoi le monde ne nous connaît pas. La proposition subordonnée qui commence par « parce que », ajoute une pensée de plus, une raison supplémentaire. C’est ainsi que le « c’est pourquoi » est situé au milieu, et il lie ce qui précède avec ce qui suit. Nous rencontrons une construction semblable à plusieurs reprises dans l’évangile de Jean (par exemple 5:16, 18 ; 8:47 ; 12:39). Nous pouvons rendre le sens dans une mesure de la manière suivante : « nous sommes enfants de Dieu, et c’est pourquoi le monde ne nous connaît pas, parce qu’il ne l’a pas connu ». Ce terme ‘monde’ embrasse ici tous les hommes qui ne sont pas nés de nouveau, en contraste avec le ch. 2. En tant que « citoyens de la terre », le monde nous perçoit et nous comprend parce qu’extérieurement nous partageons le même sort que lui. Cependant en tant qu’« enfants de Dieu », nous lui sommes complètement étrangers, il ne nous reconnaît pas, parce qu’il ne connaît pas notre Père. Le monde ne se représente pas du tout qui est notre Père ni ce qu’Il est. C’est pourquoi ceux qui sont nés de Lui, Lui sont une énigme. Il ne peut pas en être autrement, car « l’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles lui sont folie ; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent spirituellement » (1 Cor. 2:14).

Le monde est fier de ses multiples connaissances, et il se vante de ses acquisitions. Mais il ne connaît pas ce qui mérite vraiment d’être connu. C’est ainsi que la nouvelle naissance est à ses yeux une pure folie ; et ceux qui en parlent comme étant une nécessité pour tous les hommes, le font sourire comme des extravagants égarés. Quant aux gens qui ont encore quelques pensées de Dieu, ils parlent d’« une paternité universelle de Dieu », et n’hésitent pas à considérer tous les hommes comme Ses enfants. Sommes-nous étonnés alors que la « rédemption » et la « nouvelle naissance » n’aient aucune place dans leurs pensées ?

En ce qui concerne notre foi, nous ne devons vraiment pas compter que le monde nous comprenne et nous reconnaisse. La simple parole de la part de Dieu est la vérité toute pure : il ne nous connait pas.

Et encore, tout ce qui est grand et précieux pour nous croyants, n’est rien pour le monde. Les hommes et les femmes de foi, par exemple, dont le nom et l’histoire sont gravés pour l’éternité sur les pages de la Bible, lui sont très largement inconnus et indifférents. Ses héros ont une autre allure. Nous ne devons pas être tristes de ce que le monde ne nous comprend pas. Car s’il nous comprenait, nous serions comme lui, nous ne serions pas des enfants de Dieu. Mais le fait que le monde ne nous connaît pas est une preuve certaine que nous sommes nés de Dieu.

Une raison supplémentaire est donnée quant au fait que le monde ne nous connaît pas : c’est « … parce qu’il ne L’a pas connu ». Ce membre de phrase se réfère manifestement au Seigneur Jésus. Quand le Fils de Dieu était ici-bas, et qu’Il faisait connaître Dieu et manifestait la vie éternelle, le monde ne L’a pas connu en ce temps-là. Aux chefs religieux des Juifs, Il dut opposer : « Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous m’aviez connu, vous auriez aussi connu mon Père » (Jean 8:19).

Non, le monde n’a pas compris Christ. Du fait qu’il ne L’a pas connu, il ne Le connaît pas non plus aujourd’hui. Cependant même si nous sommes frappés du même sort que Lui, quelle identification admirable avec notre Sauveur peut être connue ici-bas ! Certainement Il a montré en perfection ce qu’est la vie éternelle ; nous n’en montrons qu’une ébauche. Mais c’est la même vie ! et le monde a donné et donne toujours la même réponse : incompréhension, voire haine, — dans Son cas comme dans le nôtre (Jean 15:18). Mais justement cette réponse est propre à nous fortifier dans la foi, si elle manifeste involontairement l’authenticité de la vie divine en nous. Si Christ est notre vie, alors le monde doit justement nous traiter aussi comme Lui.

Plus nous suivons de près notre Seigneur et Maître dans la vie pratique, plus nous Lui ressemblons, et plus nous ferons l’expérience de cette incompréhension et de ce rejet de la part du monde. Cela peut nous être douloureux et nous irriter, et pourtant il y a en cela une grande consolation, comme déjà indiqué. C’est la preuve que nous ne sommes « pas du monde », mais que nous sommes enfants de Dieu. Car autrement il aimerait ce qui est sien (Jean 15:19).

 

5.6      Que serons-nous ? — 1 Jean 3:2-3

Le verset suivant dans notre texte, nous montre ce que, selon les pensées de Dieu, nous serons un jour. Cependant il nous faut d’abord nous occuper de ce que nous sommes déjà aujourd’hui, parce que cela forme la base de départ pour ce qui est encore à venir.

 

5.6.1       Ce que nous sommes — 1 Jean 3:2a

« Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu » (1 Jean 3:2a).

 

L’apôtre s’adresse maintenant aux destinataires de son épître en disant « bien-aimés ». Il a déjà fait cela dans son épître (2:7), il avait ainsi introduit le sujet de l’amour des frères (1 Jean 2:9-11). Mais dans la partie de l’épître dans laquelle nous nous trouvons maintenant, on est frappé de ce qu’il utilise souvent ce titre touchant. Cela tient je pense, au caractère de cette partie de l’épître. Comme déjà remarqué dans l’introduction sous le titre « Vue d’ensemble et plan », l’épître se divise en trois grandes parties. Les deux premiers chapitres nous montrent « Dieu comme lumière » ; ils forment la première partie. La deuxième partie (3:1 à 5:5) a pour sujet principal « Dieu comme amour ». C’est la raison de la multiplication de ce titre touchant. En serions-nous lassés ? Car, même si ce titre est au premier chef l’expression de l’amour de l’apôtre, qui voudrait contester que derrière lui se cache l’amour parfait de Dieu lui-même ?

Bien que l’écrivain âgé s’adresse à ses lecteurs de manière si intime, et qu’il parle d’eux comme étant des enfants de Dieu, il montre clairement que lui-même en fait partie. En effet il a besoin de nouveau d’utiliser le pronom « nous » quand il continue : « nous sommes maintenant enfants de Dieu ». Il se savait lié avec eux de la manière la plus intime par le lien de l’amour.

Si nous venons d’insister sur le « nous » pour mieux l’expliquer, nous insistons maintenant sur ce qui est en grec le premier mot de ce membre de phrase, « maintenant » : « maintenant nous sommes enfants de Dieu » (traduit en français par « nous sommes maintenant enfants de Dieu »). C’est un privilège présent, nous l’avons déjà vu. Nous n’attendons pas de le devenir quand nous serons au ciel. C’est ce que nous sommes maintenant : des enfants de Dieu. Dieu soit loué ! Cependant avec ce « maintenant », l’apôtre veut mettre en évidence un certain contraste par rapport à l’avenir. Ce futur est, il est vrai, quelque chose que nous avons quand même à attendre. Si bénie que soit la relation dont nous jouissons déjà maintenant, ce n’est pas encore l’état final que Dieu a en vue pour nous.

 

5.6.2       Pas encore manifesté — 1 Jean 3:2b

Aujourd’hui, nous avons encore la même apparence que les autres gens. Extérieurement rien ne nous distingue d’eux. Le corps dans lequel le Saint Esprit habite, est un corps mortel ; et la vie que nous avons, est une vie cachée avec le Christ en Dieu (Col. 3:3). Le monde ne peut pas croire que nous sommes quelque chose de plus élevé. En tout cas, les idées de ce genre le font rire. Néanmoins l’apôtre continue :

 

« … et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté » (1 Jean 3:2b).

 

Le « pas encore » est en contraste avec le « maintenant », car il se rapporte à quelque chose de futur. Ce que nous serons n’a pas encore été manifesté (par Dieu). Cette phrase est souvent comprise comme si nous-mêmes ne savions pas encore ce que nous serons, comme si cela ne nous avait pas encore été révélé. Cependant ceci n’est pas du tout la signification de cette déclaration.

Au contraire ! C’est justement ici, dans notre verset, que nous apprenons expressément ce que nous serons. Et il en est aussi parlé dans d’autres passages du Nouveau Testament. Nous allons le voir tout de suite.

Devant le monde, cela n’est pas encore manifesté ; il n’en sait encore rien. Dieu n’a pas encore montré publiquement au monde la gloire qui appartient aux enfants de Dieu. « L’héritage incorruptible, sans souillure, inflétrissable, conservé dans les cieux », n’est pas encore visible de tout le monde (1 Pierre 1:4). Nous ne portons pas encore les vêtements blancs du ciel, ni l’habit de l’épouse fait de fin lin blanc et pur. Nous n’avons pas non plus des couronnes d’or sur nos têtes (Apoc. 4:4 ; 19:8). Bien plutôt, aujourd’hui encore, « nous soupirons en nous-mêmes, attendant l’adoption, la délivrance de notre corps » (Rom. 8:23). Cependant tout sera à nous et nous le savons !

La phrase suivante de notre texte renforce cela.

 

5.6.3       Semblables à LUI — 1 Jean 3:2c

« … nous savons que quand cela est (*) manifesté, nous lui serons semblables, car nous le verrons comme il est » (1 Jean 3:2c).

 

(*) ndT : La traduction française J.N.Darby écrit : « … quand Il sera manifesté... ».

 

Il y aura un changement énorme. Il est en relation directe avec la manifestation que Dieu donnera : « … quand ce sera manifesté ». Nous rencontrons de nouveau ici le « quand » qui est plus exactement un « si » conditionnel (en grec ‘ean’) comme au v. 28 du ch.2 (voyez ce qui a été dit au sous-titre « être manifestés à la venue du Seigneur »). Ce « si » n’exprime en aucune manière une incertitude, un doute quelconque. C’est beaucoup plutôt le « si » d’une attente absolue et ferme. Nous pouvons aussi le traduire ainsi : « si la circonstance arrive que cela est manifesté ». Il ne s’agit pas d’une formule au futur ici ; c’est pourquoi : il est dit littéralement « quand [si] cela est manifesté » et non pas « quand [si] cela sera manifesté », bien que dans la plupart des traductions de la Bible ce soit écrit ainsi.

Il y a aussi une divergence de vue pour savoir s’il faut traduire : « quand ce sera manifesté » ou « quand Il sera manifesté ». Le pronom personnel manque en grec, ce qui rend les deux traductions possibles et grammaticalement correctes. La deuxième se rapporte directement à la manifestation du Seigneur. Cette indication figure aussi au v.5 du ch.3, mais là, il est vrai, le cas est sans ambiguïté parce que le pronom « Lui [Il] » est présent, et même fortement accentué. Seulement ce verset fait référrence à la première manifestation de Christ, c’est-à-dire à Sa venue comme homme sur cette terre : « vous savez que lui a été manifesté… ». Au v. 2, au contraire, il est fait référence à la manifestation future quand Il viendra du ciel en puissance et en gloire. À laquelle des deux traductions faut-il donner la préférence ? - cela n’a guère d’importance. Même si nous optons pour un neutre impersonnel « … quand ce sera manifesté », le pronom personnel « Lui » suit néanmoins immédiatement dans « nous lui serons semblables », de sorte qu’on aboutit finalement à la même signification.

Nous savons de manière consciente (en grec ‘oïda’), nous savons déjà maintenant, ce qui aura lieu alors. Et nous le savons parce que cela nous est communiqué dans l’Écriture Sainte par inspiration divine. En tant qu’enfants de Dieu, nous ne sommes en aucune manière laissés dans l’incertitude quant à notre espérance (voir 1 Jean 3:3). Et quelle est notre espérance, quel est le changement énorme dont nous avons parlé ? Nous « Lui serons semblables ». Cette déclaration insondable est fondée sur le fait que « nous Le verrons comme Il est ». Pouvoir voir Christ « comme Il est » implique qu’auparavant nous Lui aurons été faits semblables.

Or ici nous n’avons pas un « quand » temporel, mais un « si » conditionnel (en grec ‘ean’) ; cela est riche en signification. Si la circonstance arrive que le Seigneur Jésus est manifesté, alors nous Lui serons déjà semblables. Le monde nous verra tels (Jean 17:22, 23 ; Col. 3:4). La transmutation elle-même aura cependant eu lieu auparavant, à savoir lors de Sa venue pour enlever les croyants (1 Cor. 15:51, 52 ; 1 Thess. 4:16, 17 ; 2 Thess. 2:1). Comme quelqu’un l’a dit de manière excellente, nous Lui serons semblables pour entrer au ciel, et nous Lui serons semblables quand nous en sortirons avec Lui.

Tout cela est propre à nous rendre très très heureux. Car ici nous avons devant nous une manifestation grandiose du côté de Dieu, une communication qui nous concerne, mais qui dépasse complètement notre capacité de compréhension. Oui, nous serons semblables à Lui. Cela est d’ailleurs le résultat d’une relation préexistant déjà maintenant, — une relation dans laquelle le Seigneur lui-même se trouve comme homme vis-à-vis du Père. Par grâce nous sommes amenés dans cette relation par le fait que Christ est notre vie, par le fait que nous avons en Lui la vie éternelle. Aujourd’hui cette relation est encore un secret pour le monde, et sa jouissance est pour nous un objet de foi. Cependant quand le Seigneur apparaîtra en puissance, cette relation existant déjà aujourd’hui, sera visible publiquement devant le monde. Le monde nous verra avec le Seigneur Jésus, dans la même gloire que Lui et semblables à Lui.

J’ai déjà brièvement touché le fait que, pour cela, il faut préalablement que « nos corps d’abaissement soient transformés en la conformité de son corps de gloire, selon l’opération de ce pouvoir qu’il a de s’assujettir même toutes choses » (Phil. 4:21). Cette transformation n’aura pas seulement lieu de manière subite, en un clin d’œil, et portera sur toute notre personne, mais elle sera aussi parfaite et définitive.

Cette transformation est en contraste avec le changement moral dont il est question à la fin de 2 Cor. 3. Il y a là un processus progressif durant notre vie ici-bas sur la terre. Il est décrit de la manière suivante : « Or nous tous, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire comme par le Seigneur en Esprit » (2 Cor. 3:18). Il est vrai qu’il n’est pas dit ici, ni dans aucun autre passage de l’Écriture Sainte, que nous sommes semblables à Lui déjà maintenant. Mais quand aujourd’hui nous contemplons par la foi la gloire morale du Seigneur, nous Lui devenons par cela semblables moralement. Quand nous Le verrons avec les yeux de notre corps, nous serons faits entièrement semblables à Lui, y compris quant à notre corps.

Effectivement nous ne pourrions pas voir le Seigneur Jésus dans la gloire en étant dans un corps fait « de chair et de sang » (1 Cor. 15:50). Cependant « comme nous avons porté l’image de celui qui est poussière, nous porterons aussi l’image du céleste » (1 Cor. 15:49). Et alors nous serons en état de Le voir « comme Il est ». Cette description brève de la personne du Seigneur (en grec, il n’y a même que deux mots) est précieuse par-dessus tout. Elle me rappelle toujours la tournure semblable par laquelle le Seigneur a décrit la maison du Père : « là où moi je suis » (Jean 14:3). « Là où je suis », c’est le ciel. Car que serait le ciel sans Lui ? Là où Il est, Lui le Fils, là c’est le ciel. Combien cela est simple et réjouissant !

Si notre appel et notre espérance sont dépeints par le fait que nous Le verrons « comme Il est », ainsi cette description est aussi globale, en toute simplicité. Il n’est pas dit « quel Il est », mais « comme Il est ». Ce « comme Il est » me paraît être plus intime. « Nous voyons maintenant au travers d’un verre, obscurément », mais alors nous Le verrons « face à face » (1 Cor. 13:12). Tous les obstacles qui peuvent faire obstruction à notre capacité à Le voir comme Il est, seront ôtés, qu’ils soient d’ordre spirituel ou corporel, ou de l’âme. Le temps de voir parfaitement viendra, et nous connaîtrons comme nous avons été connus. C’est-à-dire que nous ne connaîtrons plus de manière fragmentaire, mais de manière absolue ; nous saisirons la vérité comme un tout.

Quelle bénédiction indescriptible ! Ce qu’elle inclut réellement, nous ne pouvons pas l’imaginer le moins du monde aujourd’hui dans le « corps de notre abaissement ». Certainement nous ne verrons pas tout d’une autre manière, mais nous le verrons parfaitement. Le centre de tout sera cependant le Seigneur Jésus Lui-même, toujours et éternellement.

Il reste encore à remarquer que nous serons semblables à Christ comme Il est aujourd’hui auprès du Père. Car en tant que Fils de l’homme, Il recevra aussi des dignités et possédera des attributs que nous ne partagerons jamais avec Lui. Il est bon d’y faire attention.

Un deuxième point se rajoute : si nous Le verrons comme Il est, cela ne contredit en aucune manière ce qui est dit en 1 Tim. 6, à savoir que « Dieu habite la lumière inaccessible, laquelle aucun homme n’a vu, ni ne peut voir » (1 Tim. 6:16). Au contraire, il est clair ici, que Dieu se manifeste à l’homme en dehors de la lumière inaccessible. Mais cette manifestation a lieu dans Son Fils, notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ. C’est ainsi qu’il est dit de la Jérusalem céleste « qu’elle n’a pas besoin du soleil ni de la lune, pour l’éclairer » ; car « l’Agneau est sa lampe » (Apoc. 21:23). Quand Philippe pria un jour le Seigneur de leur montrer le Père, Il répondit : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » (Jean 14:9). Il en sera exactement de même dans le ciel. Dans le Fils nous verrons le Père, nous verrons Dieu. Cela signifiera pour nous le bonheur suprême.

 

5.6.4       Une espérance sanctifiante — 1 Jean 3:3

Dans le verset suivant qui termine la petite parenthèse des versets 1 à 3, une conclusion morale est tirée pour ceux qui ont devant eux une espérance bénie telle que celle décrite dans le verset précédent.

 

« Et quiconque a cette espérance en lui se purifie, comme lui est pur » (1 Jean 3:3).

 

Avec le terme quiconque, il n’est pas fait de choix parmi les croyants pour les différencier les uns des autres ; mais ce qui est dit ici est vrai de tous les enfants de Dieu, c’est leur état normal et caractéristique. Dans cette mesure, il ne s’agit pas d’une exhortation. Et cependant il n’y a guère de déclaration ayant plus le caractère d’exhortation que celle qui figure ici. C’est une manière particulièrement touchante d’attirer l’attention sur notre responsabilité.

L’espérance que nous avons de Le voir comme Il est, nous l’avons comme nous avons la foi, comme nous avons l’amour, et ainsi de suite. Littéralement il est écrit : « L’espérance sur Lui ». L’espérance se fonde sur Lui, elle repose sur Lui. Quelle pensée consolante ! Peut-elle jamais décevoir ? Les espérances humaines sont comme du sable qui est emporté par la marée. Mais notre espérance s’appuie sur le Seigneur Jésus. Nous espérons en Lui, nous plaçons notre espérance sur Lui. Cette tournure « espérer sur » se retrouve dans d’autres passages du Nouveau Testament (Rom. 15:12 ; 1 Tim. 4:10). Dans l’épître de Jean, cependant, il n’est fait référence à l’espérance que dans notre verset.

Si l’espérance joyeuse d’être semblable à Christ remplit notre cœur, alors le désir est éveillé en nous de l’anticiper autant que possible, et de Lui être semblable le plus possible déjà maintenant. Mais cela s’accompagne de ce que nous nous purifions constamment nous-mêmes — justement parce que nous ne Lui sommes pas encore semblables, et que nous ne sommes pas encore parfaits. Le temps du verbe au présent montre clairement que c’est un processus continu qui est évoqué. Il s’agit ici de davantage que de la confession de péchés commis. Le cœur est bien plutôt attiré par le Seigneur glorifié dans le ciel, et par-là il est détaché de tout ce qui ne correspond pas à Lui, à Sa volonté, et à Son caractère. Ainsi c’est une espérance sanctifiante qui nous occupe de Christ dans la gloire, et nous lie à Lui et de cette manière nous tient éloigné du mal (comparer Jean 17:19). C’est pourquoi il est si important que cette espérance soit vivante en nous, et que nos affections soient fixées sur Lui dans le ciel.

Mais alors nous devons diriger notre attention sur l’étalon de mesure d’après lequel nous nous purifions. C’est une mesure absolue, inatteignable, et pourtant Dieu n’en donne pas de plus restreinte : « … comme lui est pur ». Le Seigneur Jésus est pur. Il ne l’était pas seulement quand Il était ici-bas sur la terre ; Il ne l’est pas seulement aujourd’hui alors qu’Il est au ciel. C’est une déclaration sur ce qu’Il est en principe, ce qu’Il est  toujours : Il est pur. C’est comme ce dont Dieu rend aussi témoignage, à savoir qu’Il est juste (1 Jean 2:29). C’est pourquoi l’apôtre ne dit pas, ne peut pas dire : « … comme Lui se purifie ». C’est impossible ! Nous, nous sommes dans la nécessité de nous purifier nous-mêmes. Pour Lui, cela n’a jamais été et n’est jamais nécessaire.

La pureté sans tache, infinie de Christ est aussi la mesure d’après laquelle nous devons mesurer notre purification pratique. Qui de nous pourrait prétendre y correspondre ? Nous serons toujours en retrait de ce point. Et la conscience de cela doit nous rendre humble, mais elle ne doit nullement nous décourager. Nous voulons bien plutôt nous encourager à faire comme l’apôtre Paul qui pouvait dire : « je fais une chose… » (Phil. 3:14). C’est la représentation pratique et la conclusion de ce qui a été devant nous dans ces versets.

 

5.7      « Pratiquer le péché » — 1 Jean 3:4

Après la parenthèse petite, mais extrêmement précieuse sur l’amour de Dieu le Père et ses conséquences bénies pour les enfants de Dieu (1 Jean 3:1-3), l’apôtre Jean revient au sujet principal de cette partie de son épître, et il continue à décrire les marque distinctives de ceux qui sont nés de Dieu : la justice (2:28 à 3:10) et l’amour (3:11-23).

Nous avons d’abord à faire, de nouveau, avec la question de la justice pratique comme preuve de la vie divine. Et pour marquer de manière encore plus claire la ligne de démarcation entre les deux familles, les enfants de Dieu et les enfants du diable (1 Jean 3:10), l’écrivain en vient maintenant à parler du contraire de ce qui caractérise les enfants de Dieu. D’eux il est dit qu’« ils pratiquent la justice » (1 Jean 2:29). Et en s’y rattachant directement, le v. 4 du ch. 3 montre clairement ce qui est typique des hommes sans Dieu. Quel contraste grave s’ouvre à nous ici !

 

« Quiconque pratique le péché, pratique aussi l’iniquité » (1 Jean 3:4a).

 

Comme nous l’avons vu les enfants de Dieu sont caractérisés par le fait qu’ils « pratiquent la justice » ou bien, qu’ils sont des « pratiquants de la justice » (selon une traduction littérale). C’est le principe dominant de leur vie, pour ainsi dire son fil conducteur. Mais il est dit que « quiconque pratique le péché », et de nouveau avec en grec un participe présent (« chaque pratiquant de la justice »), ce qui indique un état durable caractéristique de la personne : quiconque pratique habituellement le péché. Cette pratique du péché est à distinguer du fait de commettre un péché, comme nous l’avons par exemple au v.1 du ch. 2. Bien sûr un croyant peut aussi pécher comme le montre ce passage. S’il perd Christ des yeux, alors il n’agit plus de manière correspondante à la vie nouvelle qui lui a été conférée, et il pèche. Mais cela est un acte isolé de péché, non pas une vie dans le péché.

« Pratiquer le péché » désigne par contre une habitude, un état mauvais et qui dure. Quel état effrayant que celui où on commet le péché par principe et habituellement, et où on vit là-dedans ! C’est l’état de tout homme qui n’est pas encore né de nouveau. Comme la pratique de la justice est la preuve de la vie nouvelle, ainsi la pratique de l’iniquité est la preuve de ce qu’on n’est pas encore né de Dieu.

Mais pratiquer le péché signifie aussi pratiquer l’iniquité. Car il est dit que quiconque pratique le péché, pratique aussi l’iniquité. Que faut-il comprendre par « iniquité » ? Est-ce la violation [ou : transgression] de la loi de Sinaï ? Beaucoup le pensent. Mais si c’était le cas, il n’y aurait pas eu de péché dans le monde avant la loi. Il est en effet dit dans l’épître aux Romains : « mais là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas non plus de transgression » (Rom. 4:15). Et : « car jusqu’à la loi le péché était dans le monde » (Rom. 5:13). Non, le péché est défini comme une iniquité, non pas comme une transgression. Ce sont, même en grec, deux mots tout à fait différents (anomia et parabasis). Pour l’expliquer davantage, nous devons nous servir de la suite de notre verset :

 

« … et le péché est l’iniquité » (1 Jean 3:4b).

 

Du point de vue grammatical, c’est une phrase réversible (voir sur ce sujet à 1 Jean 1:5, à la rubrique ‘une particularité de texte, les phrases réversibles‘). C’est-à-dire que l’on peut permuter ‘péché’ et ‘iniquité’ et dire : l’iniquité (agir sans loi) est le péché. Naturellement toute transgression de la loi est un péché, mais le péché va beaucoup plus loin.

Notre passage ne parle pas d’actes ou actions individuels, mais de la nature de la chose. Il montre que le péché est, selon sa nature [dans son essence], de l’iniquité (au sens de ce qui est ‘sans loi’ ou ‘hors la loi’). Or inversement on peut dire : l’iniquité (agir ou être sans loi) est le principe du péché. Faire ou manifester une volonté propre indépendante de Dieu, voilà le vrai principe, l’essence du péché. L’homme naturel ne se soumet pas à la volonté de Dieu, il va son propre chemin sans s’enquérir de Dieu. C’est le péché au sens le plus profond et le plus vrai. Et c’est ce que nous faisons tous naturellement. Ésaïe l’exprime de cette manière : « Nous avons tous été errants comme des brebis, nous nous sommes tournés chacun vers son propre chemin, et l’Éternel a fait tomber sur lui l’iniquité de nous tous » (És. 53:6).

Cette indépendance de Dieu est ce qui caractérise tout homme qui n’a pas encore appris par la grâce à se soumettre à la volonté de Dieu. L’homme ne fait pas autre chose que sa propre volonté, et par là il pratique le péché, pour utiliser le langage de notre verset. Car l’iniquité, cette volonté-d’être-libre vis-à-vis de l’autorité d’un supérieur, c’est le péché. L’Ancien Testament montre déjà clairement à quel point Dieu a en aversion une telle attitude : « car la rébellion est comme le péché de divination, et l’obstination comme une idolâtrie et des théraphim [fétiches] » (1 Sam. 15:23).

Nous ne pouvons pas prendre assez au sérieux ce penchant à l’indépendance de Dieu. Il court partout dans le monde, et est à la base de toutes leurs actions. Or nous avons vu que « le monde s’en va et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jean 2:17). Pratiquer la volonté de Dieu, pratiquer le péché, voilà deux principes antinomiques ! Ils sont aussi incompatibles que la lumière l’est avec les ténèbres, le ciel avec l’enfer.

 

5.8      Ôter les péchés — 1 Jean 3:5a

En rapport avec le verset 4, nous venons de parler du péché comme principe, de ce qui fait sa nature, son essence. Cependant maintenant l’écrivain se tourne vers la question des péchés, des actes pécheurs. Ce qui est écrit là-dessus se rapporte seulement à « nos péchés », à ceux des enfants de Dieu, mais pas aux péchés de ceux du monde.

 

« Et vous savez que lui a été manifesté, afin qu’il ôtât nos péchés » (1 Jean 3:5a).

 

Dieu dans sa sainteté ne peut pas voir le péché (Hab. 1:13), et les péchés sont à Ses yeux tout à fait abominables. C’est pourquoi la question de nos péchés doit être mise en ordre selon Dieu, si nous voulons avoir à faire avec Lui. C’est maintenant le sujet qui est devant les yeux de l’apôtre. Cependant procédons par ordre !

Il rappelle d’abord aux croyants quelque chose qu’ils savaient. Cette connaissance intérieure et consciente (en grec : oïdate) des enfants de Dieu, il la met, en pensée, en contraste avec cette prétendue connaissance, une connaissance simulée, dont se vantaient les gnostiques et ceux qui égaraient. Nous ne pouvons être assez reconnaissants de ce que, par la possession du Saint Esprit et par la Parole de Dieu, nous pouvons jouir d’une connaissance intime des pensées variées de Dieu. Combien ce « vous savez » répété nous rend heureux à cause de cela !

Et ici qu’est-ce que savent les croyants ? « Qu’il a été manifesté ». Nous avons déjà rencontré une fois le fait qu’il y avait une intention toute particulière en rapport avec cette manifestation. Ici si Lui, Christ, a été manifesté, d’une part cela présuppose Son existence antérieure, et d’autre part autre cela annonce Son incarnation. Celui qui existait avant tout temps, qui existait de toute éternité sans avoir un corps, Il a pris dans le temps un corps humain pour accomplir l’œuvre de rédemption. Il est vrai que nous ne devons pas, dans nos pensées, restreindre la tournure qu’Il a été manifesté au fait que la Parole est devenue chair (Jean 1:14). L’expression « manifesté » inclut aussi Sa vie, Ses souffrances, Sa mort, Sa résurrection. Dans tout cela, ce que Christ est en vérité a été manifesté.

Mais ici la manifestation du Seigneur Jésus comme homme sur la terre se rattache à un but spécial : « afin qu’il ôtât nos péchés ». Naturellement c’est au premier chef devant les yeux de Dieu que les péchés devaient ôtés. C’est ce à quoi Pierre fait allusion quand il parle de Christ qui a souffert, et qu’il ajoute : « … qui lui-même a porté nos péchés en son corps sur le bois » (1 Pierre 2:24).

Cependant il est frappant que Jean, dans notre passage, ne dit rien sur la manière dont Christ a ôté nos péchés. Par exemple, il ne mentionne pas, comme au commencement de son épître, le sang de Jésus Christ, qui seul « nous purifie de tout péché » (1 Jean 1:7). Cela fait conclure que maintenant il parle du fait d’ôter nos péchés, non pas tant aux yeux de Dieu, mais de notre propre vie.

C’était l’intention de la manifestation de Christ qu’Il nous délivrât de la puissance du péché, du penchant à pécher, — qu’Il en délivre ceux qui sont déjà en principe purifiés de leurs péchés. Le fait qu’il soit devenu homme pour ôter nos péchés, montre sans équivoque que le péché est incompatible avec la relation divine dans laquelle nous sommes introduits comme enfants de Dieu. Si malgré tout nous péchons, c’est en contradiction directe avec l’intention que Christ attachait à Son incarnation. Cette pensée peut-elle laisser nos cœurs et nos consciences insensibles ?

 

5.8.1       Christ sans péché — 1 Jean 3:5b

Dans le droit-fil de ce qui nous est montré ici, la deuxième partie du verset ajoute :

 

« … et il n’y a point de péché en lui » (1 Jean 3:5b).

 

Lui qui a été manifesté pour ôter nos péchés, devait pour cela être Lui-même sans péché. Déjà au verset 3, il Lui a été rendu témoignage qu’Il est pur. Quand le Sauveur séjournait sur la terre, Il a pu demander aux hommes : « Qui d’entre vous me convainc de péché ? » (Jean 8:46). L’absence absolue de péché chez Lui était manifeste pour tous ceux qui voulaient bien le voir. Qu’il s’agisse de Sa nature dans l’éternité au ciel, ou de Sa nature dans le temps comme homme sur la terre, Il a toujours été et Il est toujours Celui qui est absolument sans péché, et Il satisfait pleinement à la déclaration faite à Son sujet : « il n’y a pas de péché en lui ».

Cela ne peut être dit d’aucun homme, même pas des rachetés tant qu’ils sont sur la terre. Ce n’est vrai que du Saint et du Véritable (Apoc. 3:7 ; 6:10), Celui qui a fait en tout temps la volonté de son Père. Depuis toujours des faux docteurs ont cherché à mettre au même niveau l’homme Christ Jésus et les autres hommes. Même dans la bouche de croyants on peut parfois entendre cette théorie malsaine. Par exemple il y a ceux qui disent que, certes, le Seigneur n’a pas péché, mais qu’Il aurait pu le faire. À tous ces courants de pensées, la Parole de Dieu s’oppose, ferme et inflexible comme l’airain : « il n’y a pas de péché en lui ».

Les témoignages de l’Écriture Sainte en faveur de l’absence de péché chez Christ sont extrêmement remarquables : nous en avons déjà entendu un témoignage, celui du Seigneur Jésus, le Fils de Dieu, Lui-même. Sur le même sujet, le Saint Esprit donne en outre la parole à trois des apôtres les plus importants. À cet égard il est intéressant de voir comment le genre de leur témoignage se rattache à leur caractère personnel propre. Pierre était un homme d’action, et il dit du Seigneur : « il n’a pas commis de péché » (1 Pierre 2:22). Paul, l’homme de la connaissance, témoigne de Lui : « Celui qui n’a pas connu le péché… » (2 Cor. 5:21). Et Jean qui était caractérisé par une familiarité intime et personnelle avec le Seigneur Jésus durant les jours de sa vie terrestre, dit : « il n’y a point de péché en lui ». Manifestement c’est la plus profonde des trois déclarations des apôtres au sujet de l’absence de péché chez Christ.

Auparavant, nous avons parlé sur deux manières d’ôter nos péchés. Cependant dans les deux cas, il fallait à la base une offrande parfaite et sans péché, le sacrifice de Jésus Christ. Comment aurait-Il pu être « fait péché » (2 Cor. 5:21) s’Il avait Lui-même été atteint de quelque forme de péché ? Ainsi c’est justement le sacrifice pour le péché qui est qualifié de très saint dans l’Ancien Testament (Lév. 6:10, 18). Et quand notre cher Seigneur, ici-bas dans le monde, a dû devenir le grand sacrifice pour le péché, Il fallait qu’Il soit le Saint, l’Agneau « sans défaut et sans tâche », extérieurement comme intérieurement (1 Pierre 1:19). Ô combien l’Esprit de Dieu pense soigneusement à montrer et à insister sur le fait que cela a toujours été absolument vrai du Seigneur Jésus Christ ! Durant toute Sa vie, depuis Sa naissance jusqu’à ce qu’Il meure et qu’Il ressuscite et qu’Il monte au ciel, voilà le témoignage divin sur le caractère unique de Sa personne : « il n’y a pas de péché en Lui ».

Mais nous, bien-aimés, nous sommes membres de la famille céleste, nous sommes indissolublement liés à Celui qui a ôté nos péchés et qui Lui-même est absolument sans péché. Par l’Esprit Sa vie est notre vie. Et dans la puissance de cette vie, nous pouvons triompher du péché. Il en est effectivement comme nous l’avons déjà dit : le péché est incompatible avec cette relation bénie. Le verset suivant renforce ce point.

 

5.9      Deux familles différentes

Nous avons déjà eu devant nous çà et là dans cette épître, des indications sur les deux familles d’un genre si différent, celle des enfants de Dieu d’un côté, et celle des enfants du monde de l’autre côté. Mais maintenant les contrastes s’intensifient et ressortent plus nettement. Nous avons déjà vu (en omettant la petite parenthèse de 3:1-3) une première mise en contraste des deux familles au ch.2 v.29 et ch.3 v.4. D’un côté, il y a ceux qui pratiquent la justice et qui prouvent par là qu’ils sont nés de Dieu. D’un autre côté, il y a ceux qui pratiquent le péché et qui établissent par-là la preuve que la volonté de Dieu n’a aucune importance pour eux.

Maintenant il nous est montré d’autres contrastes qui tous sont en rapport avec la pensée fondamentale de la justice. Ce n’est qu’à la fin du v. 10 que nous avons une transition vers la deuxième pensée fondamentale de cette section, l’amour des frères.

 

5.9.1       Premier contraste : en Christ et sans Christ — 1 Jean 3:6

« Quiconque demeure en lui ne pèche pas ; quiconque pèche ne l’a pas vu, ni ne l’a pas connu » (1 Jean 3:6).

 

Nous avons ici devant nous les deux familles dans un seul verset. Ce court verset dresse un contraste fort entre ceux qui sont en Christ et qui demeurent en Lui, et ceux qui ne L’ont ni vu, ni connu. Du point de vue grammatical ce verset est composé de deux petites phrases séparées. Elles sont en corrélation l’une vis-à-vis de l’autre, mais pour ainsi dire selon une relation en forme de croix.

« Quiconque demeure en lui, ne pèche pas »

« Quiconque pèche, ne l’a pas vu, ni ne l’a pas connu ».

On peut voir facilement que la première partie de la phrase 1 correspond avec la deuxième partie, plus distante, de la phrase 2 : une personne demeure en Lui, l’autre personne ne L’a pas vu, ni ne L’a pas connu.

La deuxième partie de la phrase 1 correspond à la première partie proche, celle de la phrase 2 : une personne ne pèche pas, l’autre personne pèche. Schématiquement ces correspondances sont disposées en croix X.

 

5.9.1.1      En Christ — 1 Jean 3:6a

Pour mieux comprendre les affirmations, nous devons, de nouveau, nous occuper des temps des verbes. Nous rencontrons ici, de nouveau, le temps présent, et cela aussi bien pour « quiconque demeure en lui » que pour « ne pèche pas ». Ils indiquent, comme nous l’avons déjà rappelé, un processus en ligne continue, et par cela une habitude, non pas un fait ponctuel. Un enfant de Dieu qui demeure en Christ ne pèche pas (de manière constante, habituelle). Il est bien plutôt caractérisé par le fait qu’il demeure en principe et habituellement en Christ, et qu’il « pratique la justice » (1 Jean 3:7 et 1 Jean 2:29).

De cette manière l’apôtre décrit l’état normal d’un enfant de Dieu. Il est impossible de demeurer en Christ et néanmoins de pécher continuellement. L’un exclut l’autre. J’espère que cette manière abstraite de considérer les choses de l’apôtre Jean ne continue pas à susciter une difficulté de compréhension, mais que nous avons saisi l’intention de Dieu quand Il en fait usage : Il veut nous montrer comment les choses sont en principe, ce qui est la vérité comme telle dans l’une ou l’autre affaire. C’est ainsi que l’écrivain, dans cette épître, voit le croyant exclusivement dans sa nouvelle nature. Mais cette nature est caractérisée par Christ. Elle ne peut pas pécher. C’est aussi le principe de vie qui gouverne chez le croyant : il demeure (habite) en Christ et ne pèche pas, il ne pratique pas l’iniquité (1 Jean 3:4).

Nous devons cependant ne pas oublier de nous appliquer aussi pratiquement la vérité présentée de manière abstraite. Autrement nous n’en tirons aucun profit, et nous manquons le but que Dieu a en vue pour nous. Par exemple sommes-nous au clair, que même un seul péché est incompatible avec le fait de demeurer en Christ ? Nous nous sommes déjà occupés de ce que signifie demeurer en Christ, et nous avons vu que nous sommes exhortés à ce lien de dépendance de Christ. Et cependant nous savons aussi par expérience que nous ne demeurons pas toujours près du Seigneur Jésus, mais que nous perdons facilement la communion avec Lui, — nous la perdons parce que nous nous laissons détourner de Lui par une chose quelconque. Si nous ne revenons pas à la jouissance pratique de la communion avec Lui par le jugement de nous-mêmes, la porte est grande ouverte au péché.

L’exemple de Pierre nous sert d’avertissement. Il tomba dans un péché grave, et ce péché se répéta à plusieurs reprises. Mais quand le Seigneur se retourna et le regarda, il sortit et pleura amèrement. Son cœur était brisé à cause de sa faute, et il fut bientôt restauré. Oui, Pierre tomba dans le péché, mais il ne vivait pas dans le péché. Il en est ainsi de même avec nous. Nous pouvons y tomber par inattention, mais ce n’est pas y vivre. Romains 6 dit que nous sommes morts au péché (Rom. 6:2). Comment pourrions-nous vivre alors dans le péché ?

Paul pouvait dire : « Je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; — et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2:20). Maintenant, chers amis, c’est exactement la réalisation pratique de ce que notre verset 6a de 1 Jean 3 établit comme une vérité abstraite : « quiconque demeure en lui ne pèche pas ». Aussi nous voulons nous encourager l’un l’autre à diriger constamment nos cœurs et nos pensées sur notre Seigneur et Rédempteur qui aussi « nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous » (Éph. 5:2). Avec Lui devant les yeux nous ne pécherons pas.

 

5.9.1.2      Sans Christ — 1 Jean 3:6b

La deuxième phrase du verset nous montre le contraire. Nous aurions peut-être estimé que le contraire de la déclaration de la première phrase pouvait être formulé à peu près ainsi : « quiconque pèche ne demeure pas en lui ». Mais la manière de s’exprimer ici est beaucoup plus forte : « quiconque pèche, ne l’a pas vu, ni ne l’a pas connu ».

De nouveau l’expression littérale « chaque péchant » (pour « quiconque pèche ») ne décrit pas une action individuelle, mais un état dans lequel l’homme naturel vit. Ce qu’il fait, c’est pécher habituellement et constamment. Ses « bonnes œuvres », aussi, ne sont rien d’autre que du péché, parce qu’il les fait sans Dieu. Si nous nous souvenons de ce qu’est le péché selon sa nature aux yeux de Dieu (« le péché est l’iniquité », 1 Jean 3:4), alors nous comprenons cela.

Tandis qu’un vrai croyant tient les yeux dirigés sur Christ, Jean dit de celui qui va de l’avant dans le péché, qu’il ne L’a pas vu ni ne L’a pas connu. Quiconque discerne le Fils et croit en Lui, a la vie éternelle (Jean 6:40). Mais l’homme vivant dans le péché n’a encore jamais vu [ou : discerné] Christ par la foi, il n’a encore jamais entr’aperçu cette personne bénie. Les yeux de son cœur ne sont pas encore éclairés (Éph. 1:18) parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux (1 Jean 2:11).

Un tel homme peut beaucoup parler de Christ et de connaissances. Mais en vérité son âme n’est pas encore jamais arrivée à Le connaître et à entrer en contact réel avec Lui. Sa « connaissance » (en grec : gnosis) était fausse, dans le cas où il s’agissait d’un gnostique. Sa vie dans le péché et la propre volonté en sont la preuve.

 

5.9.2       Deuxième contraste : pratiquer la justice — pratiquer le péché — 1 Jean 3:7a

L’apôtre poursuit la description des deux familles, et il semble que, dans les versets suivants, il atteigne le sommet de son sujet dans cette partie de son épître.

 

« Enfants, que personne ne vous égare : celui qui pratique la justice est juste, comme Lui est juste » (1 Jean 3:7).

 

En s’adressant de manière touchante, et néanmoins solennelle, aux enfants (en grec : teknia), il se tourne de nouveau vers tous les membres de la famille de Dieu. Il voit pour eux un danger aigu d’égarement, et cela sur un point tout à fait précis. Comme cela ressort de ce qui suit et de ce qui a déjà été dit, le danger provenait de séducteurs antichrists qui ne prenaient pas le péché au sérieux. Ils prétendaient, certes, posséder la vie spirituelle, et pourtant ils niaient la nécessité d’une sainteté pratique. Ils allaient en partie jusqu’à la prétention de ne pas avoir de péché (comp. 1 Jean 1:8). Ils pensaient être justes sans pratiquer la justice.

N’y a-t-il pas aussi aujourd’hui des gens qui se croient au-dessus de toute souillure, au point d’être fermement convaincus que ce qu’ils font est bon et spirituel ? Beaucoup parlent d’une « vie supérieure » qui enlève la possibilité de pécher. Si Christ a ôté tous les péchés, pourquoi alors continuer d’en parler ?

 

5.9.2.1      Juste comme Lui est juste — 1 Jean 3:7b

Maintenant le Saint Esprit nous montre, ici comme dans d’autres passages, un principe important : le comportement d’une personne est le résultat de ce qu’est la personne. Et ainsi avec le regard porté sur ceux qui égarent et leurs théories qui ne sont que du vent, Il insiste : « celui qui pratique la justice (littéralement : « le pratiquant la justice ») est juste comme Lui est juste ». Autrement dit : n’est juste que celui qui pratique la justice.

Ce que signifie pratiquer la justice, nous l’avons déjà vu en rapport avec le v. 29 du ch. 2. C’est la description de l’état habituel et rémanent d’une personne, — un état qui est la conséquence de ce que la personne a reçu la nature de Christ. C’est pourquoi il est normal et aussi typique pour un croyant, de pratiquer la justice et de manifester les traits de caractère de Christ parce que Christ est sa vie.

Au v.29 du ch.2, la pratique de la justice était la preuve de ce que quelqu’un était né de Dieu. Ici elle prouve que la personne en question est juste. Il est intéressant de voir comment l’apôtre Jean réunit les deux choses. Normalement son sujet propre est bien la nouvelle naissance et la nouvelle nature avec ses conséquences publiques. Mais il fait aussi allusion à la justification comme dans ce passage : « juste comme Lui est juste ». Tandis que précédemment Dieu était présenté comme juste (2:29), il s’agit maintenant du Seigneur Jésus. Jésus Christ est « le Juste » (2:1), et quiconque est en relation vivante avec Lui, ce qui est authentifié par la pratique de la justice, celui-là est juste aux yeux de Dieu comme Christ est juste. En tout temps l’œil de Dieu s’est reposé et repose avec satisfaction sur Son Fils, le Juste. Maintenant Il repose aussi sur nous avec satisfaction, parce que Lui est notre vie. Quel fait infini et réjouissant !

 

5.9.2.2      Du diable — 1 Jean 3:8a

Maintenant le grand contraste fatal est placé devant nous :

« Celui qui pratique le péché est du diable, car dès le commencement le diable pèche » (1 Jean 3:8a).

 

« Qui pratique le péché » (littéralement : le pratiquant le péché) décrit, comme au v. 4, un état qui dure et qui est caractéristique de l’homme sans Christ. Cela est typique de cet homme : il pèche, — non pas par un acte ponctuel, mais comme principe, continuellement. Du point de vue moral, « il est du diable », c’est-à-dire qu’il partage son caractère avec le diable. Il n’est pas seulement pécheur, mais il est « du diable », il l’a pour conducteur et pour dieu.

Jamais l’homme ne l’admettra, et pourtant il en est ainsi. Jean ne dit pas qu’« … il est du diable », car cela impliquerait la vie. Or tout ce qui vient du diable n’est que mort. Il est le père (Jean 8:44) de tous ceux qui « pratiquent le péché », et ainsi ils sont effectivement « les enfants du diable » (1 Jean 3:10).

Car voilà l’expression de la nature du diable : il pèche dès le commencement. Dans cette épitre nous avons déjà eu souvent devant nous cette tournure « dès le commencement », déjà même au tout début (1:1). Cette formule est constamment utilisée par Jean pour montrer la manifestation d’une personne ou d’une chose dont il est parlé, que ce soit en bien ou en mal. Dans le cas du diable, cela décrit le moment à partir duquel il n’a plus été satisfait d’être un ange de Dieu. À partir de ce moment-là, il s’est manifesté dans son caractère comme étant un diable — par le fait qu’il pèche continuellement.

L’homme sans Dieu tire du méchant sa manière de penser. Cet état d’esprit est certainement effrayant. Cependant, comme il vient d’être indiqué, il n’est pas dit que le diable communique sa nature à l’homme. Dieu seul peut le faire, de sorte que l’homme devient « participant de la nature divine » (2 Pierre 1:4). C’est la raison pour laquelle il n’est pas dit : « … du diable ». Le diable peut certes imposer une action à un homme, mais il ne peut pas se communiquer lui-même. Il n’est en aucune manière l’origine de l’existence de qui que ce soit. Déjà Augustin a dit : « le diable n’a fait aucun homme, il n’a engendré personne, il n’a créé aucun homme ». Mais du fait qu’il est la source du mal, l’homme qui vit dans le péché se tient dans une relation spirituelle funeste avec lui : l’habitude de sa vie est la même que celle qui est typique du diable. Il s’ensuit que le diable est spirituellement son père, et qu’il appartient à sa famille.

Cette « paternité » est totalement différente de la paternité de Dieu, parce qu’elle est destructive. Tandis que Dieu peut créer quelque chose de nouveau, la nouvelle vie et le nouvel homme, le diable lui, ne peut être que la source du péché. Et ceux qui le suivent en péchant continuellement, sont « de lui », et dans ce sens ils sont ses « enfants ». C’est une pensée effrayante !

 

5.9.2.3      L’anéantissement des œuvres du diable — 1 Jean 3:8b

Devant ce sombre arrière-plan, la suite de notre verset apparaît dans l’épître comme un rayon de lumière brillant à l’horizon :

« C’est pour ceci que le Fils de Dieu a été manifesté, afin qu’il détruisît (*) les œuvres du diable » (1 Jean 3:8b).

 

(*) en allemand : « anéantît »

 

Pour la première fois dans cette épître, le Seigneur Jésus est introduit avec Son titre complet de « Fils de Dieu ». Jusqu’ici il n’a été parlé de Lui que comme le « Fils », spécialement pour le démarquer des enfants de Dieu. Mais pour renforcer clairement le contraste avec le diable, le titre complet du Seigneur est utilisé. Si le diable se manifeste en ce qu’il pèche et qu’il induit les autres à pécher, alors le Fils de Dieu a été manifesté pour qu’Il détruise les œuvres du diable. Lui qui a une relation éternelle avec Dieu, et qui est Lui-même éternel et Dieu, le Fils, — Il est sorti d’auprès du Père et est venu dans ce monde pour détruire les œuvres de l’adversaire de Dieu et des hommes.

Cette déclaration se rattache à ce qui est dit au v. 5, mais va cependant plus loin. Il n’a pas seulement été manifesté pour ôter nos péchés, mais aussi pour éliminer tout ce que l’ennemi a apporté de mauvais. En relation avec le v. 5, nous avons déjà vu que cette manifestation n’inclut pas seulement Sa venue dans le monde, mais aussi Sa mort expiatoire à la croix de Golgotha. Sa mort est le fondement pour qu’Il détruise les œuvres du diable. Cette destruction ou anéantissement s’étend tout à fait jusqu’au temps présent, aux croyants d’aujourd’hui (1 Jean 3:5). Il délivre son peuple de la puissance du péché et de Satan, pour qu’ils puissent vivre dans ce monde à la louange de Sa gloire.

Mais est-ce tout ? Sûrement non. Il en est de cette destruction des œuvres du diable comme de la disparition des ténèbres du v.8 du ch.2. En ce qui concerne les croyants, les œuvres du diable sont déjà anéanties. Quelle grâce admirable ! Mais le monde est encore plein des conséquences de l’action du diable. Il faudra un nouveau ciel et une nouvelle terre pour les éliminer entièrement.

Toutefois notre verset ne parle pas qu’un jour tous les hommes seront libérés des conséquences du péché. Ni ici, ni ailleurs, l’Écriture Sainte ne laisse place à une telle pensée. Bien plutôt ici, le contexte souligne ici le fait que l’homme par sa persévérance dans le péché, peut refuser de tirer profit des résultats de l’œuvre de Christ pour lui. La mise en relief de ce qu’il y a deux familles devant Dieu, est justement un appel à la conscience de chacun individuellement : À quelle famille appartiens-tu ? Cela va décider de ton sort éternel.

Ne nous laissons donc égarer en aucune manière ! Entre les deux familles, il y a un gouffre aussi large qu’entre le ciel et l’enfer. Il y a, certes, des trompeurs qui prétendent qu’ils auraient établi un pont entre les deux. Mais voilà ce qui subsiste : ou bien nous appartenons à la famille des enfants de Dieu ou bien à la famille du diable. Entre les deux, il n’y a rien.

 

5.9.3       Troisième contraste : les enfants de Dieu et les enfants du diable — 1 Jean 3:9-10

Dans les deux versets suivants, nous est présenté un troisième contraste entre les deux familles. Ici les deux familles sont directement nommées pour la première fois, et mises en vis-à-vis. Au v. 9 nous est montré ce qui est typique pour ceux qui sont « nés de Dieu » : ce qu’ils font, ou mieux, ce qu’ils ne font pas. Par contre, ce qui est typique de ceux qui ne sont « pas de Dieu » est rendu clair au v. 10. Ici sont également nommées deux choses que ces gens ne font pas.

En mettant ces familles en vis-à-vis, ce qui a déjà été dit est repris, notamment le cours des pensées qui nous ont déjà été rendues familières. Mais il se rajoute de nouvelles pensées, qui ne nous avaient pas encore été présentées sous cette forme. Elles approfondissent la fourniture de preuves de l’apôtre à l’encontre des faux docteurs et de ceux qui égarent, et elles fortifient la foi des enfants de Dieu.

 

5.9.3.1      Né de Dieu — 1 Jean 3:9

« Quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, car la semence de Dieu demeure en lui, et il ne peut pas pécher, parce qu’il est né de Dieu » (1 Jean 3:9).

 

Même pour beaucoup de chrétiens droits, ces versets présentent une sérieuse difficulté. C’est pour eux une énigme, comment il peut être dit d’eux qu’ils pourraient ne plus pécher. Ils savent par leur propre expérience que, pourtant et malheureusement, ils retombent toujours dans tel ou tel autre péché. Cela leur est douloureux, mais c’est la vérité. Comment concilier cette expérience avec l’affirmation du verset ci-dessus ?

Si nous pouvions mieux nous souvenir de ce que nous avons déjà vu à cet égard dans cette épître, la solution du problème ne serait pas difficile à trouver. Cependant le fait est que nous n’avons pas toujours les pensées et les passages de l’Écriture en rapport avec la question, et c’est alors qu’un tel verset soulève des difficultés. C’est pourquoi nous voulons saisir cette situation comme une occasion pour nous approcher de la solution de la question, en avançant avec toute précaution, pour ainsi dire point par point. Cela va nous fournir une sorte de récapitulé de ce qui appartient à cette question complexe et de ce que nous voulons établir pour mieux nous souvenir de 1 Jean 3:9. Cependant comme déjà remarqué, aucun élément nouveau ne vient se rajouter pour compléter le tableau.

Les croyants sont donc caractérisés par le fait qu’ils sont nés de Dieu. Cette expression ne se trouve que dans les écrits de Jean ; dans cette épître, nous l’avons rencontrée au v.29 du ch. 2. Ici au ch. 3, il s’agit littéralement de « quiconque est né de Dieu ». La préposition grecque « ek » (= provenant de) indique l’origine d’une chose : la naissance ou l’engendrement des enfants ont Dieu pour origine. Cela est le premier point. Ensuite le terme « né » ou « nés », partout où il apparaît chez Jean, est toujours au parfait. Dans notre cas cela revient à dire ceci : ‘il est né de cette source, et il existe encore’ ; ‘il est né de Dieu, et il est devenu un enfant de Dieu, et il reste dans cet état, il reste un enfant de Dieu’. Il suffit de saisir ces deux faits pour bannir tout doute, et nous conférer une paix profonde à la place.

 

5.9.3.1.1        1 Jean 3:9a

Mais alors vient l’affirmation : « … ne pratique pas le péché ». C’est une déclaration abstraite qui exprime le principe et qui est vraie de tout enfant de Dieu. Il ne s’agit pas d’une exhortation, et elle n’est pas une question de progrès ni de croissance, mais il s’agit uniquement de la nature de la chose. Les déclarations abstraites sont normalement au temps présent. À côté de ce qui est vrai en principe, cette déclaration exprime quelque chose de continu, elle décrit donc une manière d’agir permanente, qui est en train d’avoir son cours. C’est ce qu’on a ici : « il ne pratique pas le péché ». Jean n’a devant lui aucun cas particulier de péché, il n’a pas en vue la moindre réserve qui pourrait se produire sous l’effet de notre pratique, mais il présente la chose comme elle est effectivement : l’enfant de Dieu ne pratique pas (de manière immuable, constante, persistante) le péché. Ce serait complètement contraire à sa nature.

Toute créature agit et vit selon sa nature, qui lui a été donnée par le Créateur. Le poisson, par exemple, a la nature d’un poisson, et vit selon sa nature dans l’eau. L’oiseau a la nature d’un oiseau, et conformément à cela, son domaine de vie n’est pas l’eau, mais l’air. Et en ce qui concerne l’homme au point de vue moral, depuis qu’il est tombé dans le péché, il a une nature pécheresse, une nature de péché, et cette nature ne peut rien faire d’autre que pécher. C’est pourquoi, si cela doit changer fondamentalement, l’homme doit passer par une nouvelle naissance comme le Seigneur Jésus l’a dit : « Il vous faut être nés de nouveau » (Jean 3:7).

Or le croyant a fait l’expérience de cette nouvelle naissance, et il a acquis alors une nouvelle nature qui lui a été conférée par la puissance de l’Esprit de Dieu, — une vie nouvelle, spirituelle, divine, qui est Christ lui-même. Et ici s’applique Jean 3:6 : « Ce qui est né de l’Esprit est esprit ». Cette nouvelle vie ne peut pas se modifier, mais de son côté elle modifie entièrement l’homme. Il a certes encore la vieille nature, et s’il ne la tient pas dans la mort où elle a été placée par la croix de Christ, il pèche. Cette possibilité a été traitée expressément dans notre épître, et la ressource pour cela a été décrite de manière bénie (2:1, 2). Or cette nature pécheresse a trouvé devant Dieu sa fin judiciaire dans la mort de Christ, notre vieil homme a été « crucifié avec » Christ (Rom. 6:6), et maintenant Dieu voit le croyant seulement dans la nouvelle nature. Si nous avons parlé de la nature du poisson, des oiseaux et de l’homme naturel, ici nous avons la nature de ce qui est né de Dieu : il ne pratique pas le péché. C’est sa nature, son être. De la même manière que le fer ne surnage pas dans l’eau, ainsi le croyant ne pratique pas le péché (continuellement). Quelle bienheureuse vérité !

Toutefois il ne s’agit pas seulement de ce que la nouvelle nature ne peut pas pécher, parce qu’elle est une nature sans péché, et qu’elle provient de Celui qui ne peut pas pécher. Naturellement cela est absolument vrai. Mais Jean ne dit pas : « ce qui est né de Dieu… », mais : « quiconque est né de Dieu… ». Il ne pense pas à une chose, mais à une personne et cette personne ne pratique pas le péché. Cela rend clair à quel point le croyant est identifié avec la nouvelle nature aux yeux de Dieu. C’est aussi de cette manière que nous devrions le voir ! Regarder constamment dans la direction contraire, n’honore pas Dieu, ni ne nous vient en aide.

 

5.9.3.1.2        1 Jean 3:9b

Une autre justification est donnée à ce que nous avons considéré jusqu’ici : « car la semence de Dieu demeure en lui ». Or il est tout à fait possible de traduire cette phrase comme suit : « car Sa semence demeure en Lui », ceci exprimant que « Sa semence » est l’enfant de Dieu qui demeure en Lui (en Dieu). La traduction de Luther suit cette possibilité. Cependant le contexte paraît indiquer que « sa semence » signifie la vie éternelle que celui qui est né de Dieu a reçue, et dont Christ Lui-même est la source et l’expression parfaite. Cette vie éternelle divine demeure à l’enfant de Dieu comme un bien inaliénable, et elle est pour ainsi dire la « semence » pour produire les diverses extériorisations ou fruits de cette vie.

 

5.9.3.1.3        1 Jean 3:9c

Le reste de la phrase poursuit le courant de pensées : « et il ne peut pas pécher, parce qu’il est né de Dieu ». Le verbe ‘pécher’ est à l’infinitif présent en grec, par quoi il est de nouveau exprimé une habitude de pécher, et non pas le fait de commettre un péché : il ne peut pas pécher (habituellement, instinctivement, constamment). On pourrait aussi dire : ce n’est pas un pécheur. Parce qu’il est né de Dieu et qu’il a reçu de Lui sa vie spirituelle, il ne peut plus pécher de la manière dénoncée. C’est tout à fait impossible. Nous avons déjà vu la force de ce genre de déclaration abstraite, et espérons qu’elles sont un sujet de joie pour nous. La nouvelle nature qui est caractéristique du croyant ne l’incitera jamais, ne peut jamais l’inciter à pécher.

Tout cela est caractéristique de toute la famille des enfants de Dieu.

Finalement, remarquons encore que ce qui est représenté encore aujourd’hui par une vérité abstraite, sera bientôt vrai pour nous d’une manière absolue. Quand le Seigneur Jésus viendra nous prendre auprès de Lui, là où tout est lumière et amour, nous ne porterons plus en nous la ‘chair’, la nature pécheresse. Alors la déclaration suivante au sujet de chacun de nous, sera complètement exacte, sans restriction : « il ne peut pas pécher parce qu’il est né de Dieu ». Ce « ne peut pas » contient en soi une profonde consolation pour tout enfant de Dieu qui, aujourd’hui encore, est troublé par ses multiples défaillances !

 

5.9.3.2      Les enfants du diable — 1 Jean 3:10

L’apôtre utilise ce « par ceci » (ou littéralement : « en ceci ») pour se rattacher à ce qui vient d’être dit, et il poursuit le courant de pensées :

 

« Par ceci sont rendus manifestes les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, et celui qui n’aime pas son frère » (1 Jean 3:10).

 

Le « par ceci » se rapporte en arrière au v. 9, mais aussi en avant au v. 10. Dans le v. 9 Jean avait montré ce qui est typique des enfants de Dieu. Au v. 10 il caractérise les enfants du diable. Ici les deux familles sont directement placées en vis-à-vis l’une de l’autre.

Avant de nous occuper des spécificités de la deuxième famille, nous voulons nous arrêter sur l’expression si solennelle « enfants du diable ». On ne la trouve qu’ici dans la Parole de Dieu, mais elle nous rappelle l’expression « fils de Bélial » de 2 Sam. 23:6. Le Seigneur Jésus Lui aussi avait parlé de manière semblable. Dans la parabole de ‘l’ivraie du champ’, Il explique que ‘l’ivraie’ représente « les fils du méchant » (Matt. 13:38). Et dans sa prière de Jean 17, Il désigne Judas Iscariote qui allait le livrer comme « le fils de perdition » (Jean 17:12). En Jean 8:44 le Seigneur dit aux Juifs qui cherchaient à le tuer : « vous avez pour père le diable, et vous voulez faire les convoitises de votre père » (Jean 8:44). Élymas le magicien est aussi appelé « fils du diable » (Actes 13:10). Manifestement le terme « fils » indique une certaine parenté de caractère. Combien il est terrible et absolument funeste d’être nommé avec le diable au même instant et de cette manière ! Et le sort sera aussi le même.

Notons la manière dont chaque individu de la famille du diable est mis en avant : « quiconque… ». C’est une affaire tout à fait personnelle dont il s’agit. Personne ne peut se cacher de Dieu dans la masse. Chaque individu est responsable de ses actes devant Dieu. Cependant chacun d’eux est sans exception reconnu comme enfant du diable sur la base de ce qu’il y a deux choses qu’en principe il ne fait pas : il ne pratique pas la justice et il n’aime pas son frère.

C’est un condensé de ce qui a été dit depuis le v. 29 du ch.2 jusqu’au v.10a du ch.3. Jean se rattache à ce qui a été dit au v. 29 du ch.2, mais il l’exprime maintenant de manière négative : « quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu » — n’est pas né de Dieu, n’est pas l’un des enfants de Dieu (1 Jean 3:1), et il est bien plutôt l’un des « enfants du diable » (3:10a).

Un second trait de caractère négatif se rajoute : « … et celui qui n’aime pas son frère » (1 Jean 3:10c). Si la justice concorde pratiquement avec nos relations, ces relations sont en fait de deux sortes pour nous croyants. Il y a d’abord les relations en rapport avec Dieu Lui-même (1:3). Mais nos relations incluent aussi les relations les uns avec les autres (1:7). Dans cette mesure, l’amour pour les frères fait partie de « pratiquer la justice », il est un accomplissement de ce qui est juste devant Dieu. Nos relations avec nos frères ne peuvent trouver leur expression propre, voulue de Dieu, que dans l’amour pour les frères. Quand Jean dit maintenant que celui qui n’aime pas son frère n’est pas de Dieu, il trace une ligne de démarcation absolue entre les enfants de Dieu et les enfants du diable. Ne pas aimer son frère est une forme particulière de ce qu’on ne pratique pas la justice. Cependant là où il manque la marque de l’amour des frères, il n’y a en général pas de relation divine.

En rapport avec les v.9-11 du ch.2, nous nous sommes déjà occupés de la question de savoir ‘si quelqu’un qui n’est pas né de Dieu a un frère’. Ici, comme partout dans cette épître, l’apôtre traite les gens selon ce qu’ils professent. Cela peut suffire ici comme explication. Une définition soigneuse de ce que Jean entend par un ‘frère’, se trouve au v.1 du ch.5 : « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu ; et quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de lui ».

Ce que Jean entend par « amour », quand il s’agit d’amour envers des personnes, c’est toujours l’amour envers les frères. Il ne voit pas les hommes en général comme des frères. La haine de Caïn envers son frère dans la chair n’est qu’une illustration de la haine du monde à l’égard des enfants de Dieu (3:12, 13).

L’amour pour les frères ne doit pas être confondu avec l’amour à l’égard des hommes auquel, par exemple, le Seigneur invite Ses disciples dans le sermon sur la montagne (Matt. 5:43 et suiv.). Il est aussi bien plus noble que celui-là. Nous en parlerons plus loin. Mais déjà nous ne devons pas le comprendre à tort comme étant une inclination purement naturelle ou une simple amabilité. On a déjà remarqué que même un chien peut être aimable. Certainement les affections naturelles ont leur place dans le monde, et l’homme naturel peut aussi être très « gentil » et peut parler beaucoup d’amour et de tolérance. Mais cela n’a rien à faire avec l’amour des frères. Cela doit nous donner beaucoup à réfléchir que justement le courant de l’antichrist, sans parler des religions orientales, attribue la plus grande valeur à la pratique de l’amabilité, de la tolérance, l’amitié, les égards, en bref une manière de penser noble. S’améliorer et se racheter font partie de leurs buts, sans que ce soit notoire. Mais l’amour dont parle Jean est exclusivement de Dieu. Il est entièrement inconnu à l’homme naturel et ne sert en aucune manière à se racheter personnellement sous quelque forme que ce soit.

Et pourtant beaucoup d’antichrists tirent parti précisément de l’épître de Jean, et ils se réfèrent à lui pour appuyer leurs mauvaises doctrines de fraternité de tous les hommes et de paternité universelle de Dieu. Ils veulent nous faire croire que Dieu considère tous les hommes comme Ses enfants. Et ils vont plus loin, jusqu’à prétendre que Jésus lui-même aurait propagé ces doctrines qui sont les leurs. L’a-t-Il fait, en réalité ? Car que voulait-Il dire quand Il dit aux pharisiens : « vous avez pour père le diable, et vous voulez faire les convoitises de votre père » (Jean 8:44). Ou quand Il dit à Nicodème : « Si quelqu’un n’est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean 3:3) ?

L’apôtre Jean connaissait son Seigneur et Maître. Il avait passé trois ans et demi avec Lui, et avait assimilé Ses enseignements divins mieux qu’aucun autre disciple. Il était tellement familier avec son Seigneur qu’au dernier souper il reposait dans Son sein. Maintenant il était devenu vieux, et c’est comme un apôtre âgé, inspiré par l’Esprit de Dieu, qu’il écrit au sujet des deux familles, celle des enfants de Dieu et celle des enfants du diable. Oui, chers amis, il n’y a pas de « tant les uns que les autres », mais seulement « ou bien l’un, ou bien l’autre ». Nous avons déjà vu cela assez clairement, et cela doit secouer et réveiller tout lecteur qui n’est pas encore né de nouveau.

Avant de terminer ce chapitre sur « la justice, une marque distinctive des enfants de Dieu », nous voulons encore tester la validité d’une autre opinion souvent mise en avant. Certains chrétiens dénient aux croyants le droit de se former un jugement négatif (écrasant) à l’égard des autres, en les rangeant parmi les enfants du diable. Ils se référent pour cela à Matthieu 7, où le Seigneur commande à Ses disciples de ne pas juger les autres, afin de ne pas être soi-même jugé ; « car du jugement dont vous jugerez, vous serez vous-mêmes jugés » (Matt. 7:1, 2).

Cependant le Seigneur ne nous interdit pas d’avoir un jugement spirituel sur les choses et sur les gens, mais Il nous met en garde contre la tendance à vouloir juger les motifs cachés que Dieu seul connaît. Nous sommes prompts à supposer de mauvais motifs chez les autres. Cela est tout à fait blâmable. D’un autre côté il est absolument nécessaire d’être dans l’état de juger justement les autres à l’égard de ce que nous percevons d’eux. Si nous ne devons pas donner ce qui est saint aux ‘chiens’ (Matt. 7:6), nous devons préalablement les reconnaître comme tels. Et si nous devons nous retenir de faire la différence entre les ‘frères’ et les ‘enfants du diable’, comment pourrions-nous aimer les premiers ? Dieu attend de nous du discernement spirituel.

 

6        L’amour, une marque distinctive des enfants de Dieu — 1 Jean 3:11-23

6.1      L’amour des frères

Dans la section précédente (1 Jean 2:28 à 3:10) nous avons vu la justice comme trait de caractère prééminent des enfants de Dieu, la justice pratique. Dans la section qui suit maintenant (1 Jean 3:11-23) l’amour vient au premier plan comme marque distinctive des enfants de Dieu. Il est bien entendu clair que les deux vont ensemble, de plus près que nous ne le supposons communément. Dans le dernier verset de la section précédente (3:10), l’apôtre avait déjà introduit la pensée de l’amour des frères, toutefois sous forme négative : Son absence trahissait l’absence de vie divine.

Maintenant il va nous être montré le côté positif de l’amour pour les frères, et à de multiples égards, comme nous allons le constater. Néanmoins le Saint Esprit a estimé nécessaire de nous préparer à son contraire, la haine du monde à l’égard des frères.

Même si l’amour des frères traverse la section mentionnée (3:11-23) comme le fil conducteur de la pensée, nous pouvons cependant établir deux sous-sections de poids notablement différents, et les intituler de la manière suivante :

§  v. 11-18, l’amour des frères,

§  v. 12-23, la confiance en Dieu.

 

Le dernier verset du chapitre appartient déjà à une nouvelle grande section de l’épître, qui s’étend jusqu’au v.5 du ch.5, et son contenu couvre un domaine de sujets qu’on peut bien définir comme « Dieu demeurant en nous, et nous demeurant en Dieu ».

Nous avons ainsi la structure de la pensée de tout ce qui reste devant nous du chapitre 3. Cela peut nous aider à mettre un peu d’ordre dans l’ensemble des sujets et pensées qui sont présentés.

 

6.1.1       Un commandement ancien — 1 Jean 3:11

« Car c’est ici le message que vous avez entendu dès le commencement, savoir que nous nous aimions l’un l’autre » (1 Jean 3:11).

 

Ici nous rencontrons de nouveau l’expression « dès le commencement » si caractéristique de l’épître. Sa signification est la suivante, comme nous l’avons déjà appris, à l’exception du ch.3 v.8 où elle se rapporte au diable : « depuis le moment où Christ était ici-bas et a manifesté la vie éternelle ». Dans les jours où les faux docteurs et ceux qui égarent, cherchaient à introduire des doctrines malfaisantes parmi les croyants, des enseignements de démons (1 Tim. 4:1), l’apôtre voyait la nécessité de ramener les enfants de Dieu à ce qui leur avait été enseigné dès le commencement, soit par le Seigneur Jésus Lui-même quand Il était ici-bas soit par Ses apôtres.

Dans un temps comme aujourd’hui où le vrai christianisme est de plus en plus abandonné, qu’est-ce qui pourrait être plus important pour nous, que d’être ramenés à Christ Lui-même ? Ce qui est grand, à quoi nous devons regarder et qui est « la vie », c’est Christ, manifesté dans le monde. Christ seul est Celui qui peut nous donner le vrai caractère de toute chose : Il est « la vérité ». Ici il n’y a pas plus de « développement » que dans les choses naturelles. Quand le Sauveur était dans ce monde, Il était la parfaite manifestation de la nature de Dieu, et par-là aussi celle de l’amour de Dieu. Et ce que nous pouvons établir avec émerveillement, c’est qu’Il avait un amour spécial pour Ses disciples.

Cette manifestation était en fait quelque chose de complètement nouveau. Ce n’est que depuis ce temps-là aussi, que le Seigneur a donné aux Siens un « commandement nouveau », celui de s’aimer l’un l’autre (Jean 13:34). Dieu était sur le point de former la famille de Ses enfants, et de rassembler en un les enfants de Dieu dispersés. Et cette famille devait et doit être régie par des affections divines. Il ne s’agit pas ici de l’amour pour le prochain (la loi), ni de l’amour pour les hommes (l’évangile), mais de l’amour des relations divines à l’intérieur de la famille de Dieu.

Quand, au cours de nos méditations, nous avons parlé à plusieurs reprises des enfants de Dieu comme étant la famille de Dieu, et à l’instant de la formation de celle-ci, cela me conduit à signaler que nous trouvons dans le Nouveau Testament deux formes d’unité. Celle présentée par l’apôtre Paul est l’unité du corps de Christ. L’apôtre Jean n’en parle pas dans ses écrits, dans aucun passage. Il lui a par contre été donné de placer devant les cœurs l’unité de la famille de Dieu. Cette vérité est d’une beauté intime qui peut nous rendre vraiment heureux.

Car, dans un certain sens et malgré toutes les défaillances, la famille de Dieu est encore intacte aujourd’hui.

Il y a encore quelque chose qui paraît important à souligner. Quand jusqu’ici dans cette épître il était parlé de l’amour, c’était toujours dans le sens que sa présence est un indice de ce que la personne est née de nouveau, — l’amour comme une marque distinctive de la vie nouvelle. C’est aussi le cas dans la section qui est maintenant devant nous. Il suffit de donner un coup d’œil au v. 14. Mais au v. 11 dont nous nous occupons maintenant, il n’en va pas de même. Nous avons ici pour la première fois l’exhortation aux enfants de Dieu à s’aimer l’un l’autre.

Oui cette exhortation est le contenu du message qu’ils avaient entendu dès le commencement. Quand nous pensons que ce message se tient à côté du message important du début de l’épître, à savoir que « Dieu est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres » (1:5), cela nous fait voir la solennité et l’importance de ce second message. Ce commandement ancien du Seigneur Jésus de nous aimer l’un l’autre est d’une importance centrale pour le bien-être de la famille de Dieu. Et cependant nous l’enfreignons si souvent ! Si l’amour manque, il n’y a rien de vraiment bon. S’il est actif, même les graves difficultés peuvent être solutionnées. Bien sûr il n’est pas déplacé à l’occasion de ce passage, de signaler le « cantique des cantiques de l’amour » écrit par un autre écrivain : 1 Cor. 13.

Jérôme, l’un des pères de l’église, rapporte que l’apôtre Jean, devenu trop faible vers la fin de sa vie pour continuer à prêcher, ne cessait pas de rappeler le commandement du Seigneur et d’exhorter les croyants : « enfants, aimez-vous l’un l’autre ! »

 

6.1.2       La haine au lieu de l’amour — 1 Jean 3:12

Après que l’apôtre ait rappelé aux enfants de Dieu le commandement ancien du Seigneur de s’aimer l’un l’autre, il se met à parler de ce qui en est exactement le contraire : la haine. Il remonte pour cela étonnamment loin dans l’histoire de l’humanité, jusqu’aux premiers hommes nés dans le péché, et jusqu’à l’exemple le plus ancien de haine contre un frère. Cela suffit à nous apprendre une leçon solennelle et qui couvre de honte : la haine est quelque chose de très ancien.

 

« … non comme Caïn était du méchant et tua son frère. Et pour quelle raison le tua-t-il ? Parce que ses œuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes » (1 Jean 3:12).

 

Avec le v. 8 de notre chapitre commence la description de toute l’histoire du péché, et elle trouve maintenant sa continuation tragique. Caïn, par ce qu’il a fait, s’est avéré être « du méchant », du diable, un « enfant du diable ». Ou bien on est « de Dieu », ou bien « du méchant ». Les deux groupes de personnes ont leurs œuvres propres. Il n’y a pas de chemin intermédiaire entre l’amour et la haine, et le gouffre entre ce qui est de Dieu et ce qui est du méchant est infranchissable. Par le meurtre de son frère, Caïn a manifesté sa relation spirituelle, sa parenté morale avec le méchant ; car le diable est « meurtrier dès le commencement » (Jean 8:44), c’est-à-dire qu’il a introduit le péché et avec lui la mort. Caïn a poursuivi cette lignée.

L’accent n’est pas mis là sur le fait que Caïn a tué son frère, mais sur la raison pour laquelle il l’a fait. Cela est souligné par la question intercalée : « Et pour quelle raison le tua-t-il ? ». Le contraste avec le caractère de son frère Abel est d’autant plus fortement accentué.

La réponse : « Parce que ses œuvres étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes » en dit davantage que seulement le fait que Caïn n’avait aucune raison de mettre à mort son frère dans la violence. Le mobile n’était pas seulement l’envie et la jalousie. Certes elles jouaient un rôle. Mais l’indication que les œuvres de Caïn étaient mauvaises et que celles de son frère étaient justes, montre clairement l’aspect principal de la méchanceté de Caïn : il haïssait son frère. La différence entre les œuvres de l’un (Caïn) et celles de l’autre (Abel) est en plein accord avec le récit de Genèse 4:4, 5 et avec la mention d’Hébreux 11:4 (cette indication manque en Jude 11). Les enfants du diable haïssent les enfants de Dieu ; ils les haïssent parce qu’ils se voient condamnés dans leurs œuvres mauvaises par les œuvres justes de ces enfants de Dieu. Voilà ce dont il s’agit et cela n’a pas changé aujourd’hui.

Nous sommes peut-être étonnés de ce que, pour illustrer la haine, il soit remonté à l’exemple extrême du premier meurtre. La réponse se trouve au v. 15 (comparer aussi Matt. 5:21, 22). Il n’est malheureusement que trop vrai qu’il nous arrive souvent de reconnaître le caractère du mal beaucoup trop tard, et pas avant que le mal se soit manifesté dans sa pleine mesure.

Nous avons déjà indiqué la relation qui existe entre la justice et l’amour. Ici nous la trouvons confirmée, même si c’est par leurs contraires : l’injustice et la haine qui se trouvent dans une seule et même personne.

Ce verset termine la mention de la justice dans cette épître. On est passé du sujet de la justice à celui de l’amour (1 Jean 3:10), et maintenant l’amour forme le sujet central de l’épître, jusqu’à ce que celui-ci cède à son tour sa place au sujet de la vie. Nous nous souvenons de ces trois pensées essentielles de l’épître : la lumière, l’amour, la vie.

Nous avons déjà remarqué que la haine de Caïn à l’égard de son frère est une illustration de la haine du monde à l’encontre des enfants de Dieu ; ce n’est pas simplement un cas isolé de méchanceté. Le verset suivant de notre texte le confirme.

 

6.1.3       La haine de la part du monde — 1 Jean 3:13

« Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait » (1 Jean 3:13).

 

L’apôtre utilise maintenant une appellation qui n’apparaît qu’ici dans cette épître : « frères ». Il ne dit pas comme précédemment « mes enfants », « bien-aimés » ou « enfants ». Du fait qu’il veut parler davantage des relations de famille et de l’amour pour les frères, l’appellation « frères » (et non pas « mes frères ») est tout à fait appropriée.

L’exhortation à ne pas nous étonner si le monde nous hait, ne nous serait pas donnée si nous n’y étions pas justement enclins. Avec le « si » l’écrivain prend la réalité comme point de départ, car il utilise le « si » d’une condition remplie : « … si le monde vous hait ». Le monde continuera certainement à nous haïr, car le monde reste toujours le monde. Ces hommes ne sont pas « nés de Dieu », ils ne sont pas « enfants de Dieu », mais « enfants du diable », car ils sont « du méchant ». Nous ne devons donc pas nous étonner si le monde nous hait, ou de ce qu’il nous haïsse. C’est la nature de l’homme tel qu’il est, placé sous la puissance de Satan.

Le Seigneur Jésus avait déjà parlé de la haine du monde, et il est caractéristique qu’Il ait utilisé pour cela la même condition (considérée comme remplie) : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous » (Jean 15:18). La suite de Ses paroles nous donne la raison de la haine du monde : « Mais parce que vous n’êtes pas du monde, mais que moi je vous ai choisis du monde, à cause de cela le monde vous hait » (Jean 15:19 ; comp. aussi Jean 17:14).

Il est frappant qu’ici en Jean 15 soit mentionnée une raison pour la haine du monde différente de celle de la première épitre de Jean. Le seul fait que nous ne soyons pas du monde suffit pour que le monde nous haïsse. Nous n’avons pour ainsi dire rien à faire de plus : sa haine à notre égard est certaine parce que nous ne lui appartenons pas. Dans notre épître, au contraire, la haine se fonde sur le fait que les enfants du monde se voient condamnés dans leurs œuvres mauvaises, par les œuvres justes des enfants de Dieu. Cela est tout à fait dans la lignée de ce que le Seigneur a dit : « car quiconque fait des choses mauvaises hait la lumière, et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient reprises » (Jean 3:20).

Il reste encore à clarifier la question de ce que Jean entend par le « monde » dans ce passage. Manifestement il a une signification autre que celle du v.15 du ch.2 ; car un système ne peut pas haïr. Ce sont bien plutôt les gens qui sont dominés par le système du monde. Et quand nous consultons le v.19 du ch.2, nous reconnaissons qu’il a particulièrement en vue ceux qui égarent, ayant abandonné la vérité qu’ils ont connue autrefois pour devenir ensuite des antichrists. Ces gens se tiennent sous le mensonge de Satan, participent aussi à son esprit meurtrier. Ils font partie de ce « monde de Caïn » qui commence toujours par des prétentions religieuses, et qui finit par le meurtre. L’histoire de l’église le prouve par de nombreux exemples bouleversants.

 

6.1.4       La vie ou la mort ? — 1 Jean 3:14

6.1.4.1      1 Jean 3:14a

L’apôtre vient de parler du monde et de sa haine. Maintenant il montre le grand contraste avec le vrai christianisme. De nouveau il commence avec l’expression que nous connaissons déjà : « nous savons » :

« Nous, nous savons que nous passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères » (1 Jean 3:14a).

 

Nous, les frères, nous savons (consciemment) que nous sommes passés de la mort à la vie. La préposition grecque « ek » (= hors de) signifie « provenant de, sortant de » ; c’est-à-dire qu’elle ne désigne pas un lieu d’où l’on vient, mais un état que l’on quitte. Par la grâce de Dieu nous sommes donc passés de l’état de mort spirituelle à l’état de vie spirituelle, de vie éternelle. Le verbe « passer » est au temps parfait, et cela signifie que nous avons été délivrés une fois pour toute de l’ancien état, et que maintenant nous sommes parvenus dans le nouvel état, et que nous y demeurons. « Passés de la mort à la vie », voilà une description profonde de ce que nous avons vécu lors de notre conversion, quand nous avons été vivifiés du point de vue spirituel alors que nous étions morts spirituellement.

En même temps c’est une explication très utile de ce qu’est être « né de Dieu ».

En Jean 5:24 nous rencontrons la même expression « passé de la mort à la vie ». Toutefois il s’agit alors d’une promesse avec laquelle le Seigneur Jésus s’adresse aux pécheurs, tandis que notre passage a en vue des enfants de Dieu qui, par la foi, sont déjà parvenus dans cette bénédiction.

D’où savons-nous que ce changement d’état si important s’est accompli en nous ? Tout simplement parce que « nous aimons les frères ». C’est effectivement une raison intéressante ! Il n’est pas dit « … parce que l’Écriture nous le montre », ni « … parce que Christ est mort pour nous ». Cela correspondrait absolument à la vérité. Cependant la raison mentionnée est un sentiment intérieur en nous, que nous avons à l’égard des frères : nous les aimons.

L’occasion pour cette manière particulière d’apporter une preuve, est que l’apôtre veut mettre en place un « test » supplémentaire à l’égard de la profession chrétienne. C’est pourquoi il montre clairement comment, à côté d’autres caractéristiques, la vie nouvelle se manifeste dans le croyant : elle se manifeste par l’amour des frères. L’activité la plus claire de la vie spirituelle en nous est que nous aimons ceux qui sont un avec nous, ceux qui sont nos frères du point de vue spirituel.

Et c’est ainsi qu’il est dit « les frères », et non pas « certains chers frères » par lesquels nous aurions beaucoup de profits et de bénédictions. Il y a cela bien sûr, et l’Écriture Sainte y donne place. Le Seigneur Jésus aussi n’avait-Il pas des affections particulières pour certains disciples ? Mais ce dont il s’agit ici, quand il est dit « … parce que nous aimons les frères », c’est l’amour fondamental à l’égard des frères, — à l’égard des frères en tant que tels, indépendamment de ce qu’ils manifestent plus ou moins Christ.

*

Je me souviens d’une petite fille d’environ 5 ou 6 ans et d’une certaine tante qu’elle connaissait dans les rassemblements, mais qu’elle n’aimait guère, et qu’elle évitait autant que possible. Cette vieille sœur en Christ était considérée par tous comme froide et inabordable, pas seulement par les enfants. Elle ne pouvait pas montrer son amour comme les autres. Mais un jour la petite fille se convertit au Seigneur Jésus. Beaucoup doutaient qu’on puisse se convertir si jeune, et doutaient de l’authenticité de cette conversion. Cependant tous les doutes se dissipèrent lorsque, à la réunion suivante, la fille courut vers cette tante et se pendit à son cou en lui disant : « Tante, maintenant moi aussi j’ai le Sauveur ! ».

*

Oui, parce que nous aimons les frères, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie. Cet indice a été en profonde consolation à beaucoup d’enfants de Dieu, et parmi eux au rédacteur, et les a fortifiés dans la certitude de la foi. Et même dans des cas où on ne peut pas apercevoir beaucoup de foi dans la vie de telle ou telle autre personne, le fait que l’amour pour les frères soit présent d’une manière ou d’une autre, éclaire sur l’état et console beaucoup les cœurs.

 

6.1.4.2      1 Jean 3:14b

Mais maintenant vient le test :

 

« Celui qui n’aime pas son frère (littéralement : Le n’aimant pas le frère) demeure dans la mort » (1 Jean 3:14b).

 

L’apôtre place de nouveau l’homme sur le terrain de sa profession, et celui qui, de ce point de vue, n’aime pas son frère par principe, prouve simplement que lui-même n’en a jamais été un : il demeure dans la mort. Il n’est pas seulement spirituellement mort (Éph. 2:1 et 5), mais il demeure dans cet état lamentable, quel que puisse être ce qu’il professe. Le manque d’amour des frères est une caractéristique de la mort spirituelle.

Nous avons entendu précédemment que « celui qui dit être dans la lumière et qui hait son frère, est dans les ténèbres jusqu’à maintenant » (2:9). Et ici il « … demeure dans la mort ». Les ténèbres et la haine et la mort vont ensemble, tout comme la lumière et l’amour et la vie vont également toujours ensemble. Partout où une seule de ces trois vertus divines manque, les autres ne sont pas vraies. Et là où il y a la haine au lieu de l’amour, on trouve aussi inévitablement ses compagnons funestes : les ténèbres spirituelles et la mort spirituelle. Quelle est ta part, cher lecteur, la vie ou la mort ?

 

6.1.5       Meurtriers — 1 Jean 3:15

Ce que Jean ajoute pour approfondir ce qui a été dit, peut surprendre beaucoup d’entre nous, ou nous paraître trop dur. C’est pourtant la vérité.

 

6.1.5.1      1 Jean 3:15a

« Quiconque hait son frère (litt.: chaque haïssant son frère) est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui » (1 Jean 3:15).

 

L’apôtre va ici au fond des choses. Comme l’amour est l’activité et la preuve de la vie divine, ainsi du point de vue spirituel, la haine est l’activité de la mort — c’est le meurtre. La même chose qui fait naître le péché de meurtre est aussi ce qui fait que quelqu’un hait son frère. Il peut ne pas en être arrivé à cet extrême, mais c’est la même chose, c’est l’activité de la mort. Quand le monde hait les enfants de Dieu, il manifeste par-là la nature de Caïn. Que le sang soit effectivement versé ou pas, cela ne fait pas de différence quant au principe (voir Matt. 5:22). Dans le christianisme, Dieu agit avec l’intérieur, et pas seulement avec l’extérieur. C’est ainsi que le Seigneur qualifie d’adultère celui qui a convoité une femme seulement des yeux : « quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis adultère avec elle dans son cœur » (Matt. 5:28). Et celui qui hait son frère est potentiellement un meurtrier, il est dans la situation ou selon l’esprit, un meurtrier. Ceci n’est pas seulement à comprendre dans un sens moral, spirituel, mais aussi dans un sens littéral et physique. Pourtant, même si ce dernier acte n’est pas exécuté, cependant le mobile pour le commettre sont présents, et le Seigneur juge les mobiles.

 ‘Meurtrier’ est justement le mot que le Seigneur Jésus utilise à l’égard du diable (Jean 8:44). En dernier ressort, cela s’applique aussi à tous les enfants du diable (1 Jean 3:10b), y compris et spécialement ceux qui sont « sortis du milieu de nous » en tant qu’antichrists (1 Jean 2:19). Jean avait mis en garde contre le menteur (2:22), et maintenant il met en garde contre le meurtrier. Le Seigneur Jésus avait aussi au même instant qualifié le diable à la fois de meurtrier et de menteur. Quelle parenté effrayante existe entre le diable et ceux qui sont égarés par lui ! Qu’ils y réfléchissent, tous ceux qui parlent du Seigneur Jésus en le dépréciant, et qui haïssent les Siens !

 

6.1.5.2      1 Jean 3:15b

« … et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui » (1 Jean 3:15b).

 

Ici celui qui détruit la vie physique (le meurtrier) est mis en contraste avec celui qui possède la vie spirituelle (l’enfant de Dieu). Du premier il est dit qu’il n’a pas la vie éternelle demeurant en lui. Cette tournure n’exprime en aucune manière la possibilité de perdre la vie éternelle, comme si une personne l’aurait possédée une fois, mais l’aurait perdue par le péché. L’Écriture Sainte ne connaît pas une telle pensée, et ici aussi il n’est rien dit de semblable. Si l’on s’en tient strictement au texte, insister sur une telle interprétation du mot « demeurer » serait forcer son sens tout à fait excessivement.

Il y a plutôt un parallèle tracé à la fin du v. 14 : le meurtrier, celui donc « qui n’aime pas son frère », n’a pas la vie éternelle comme possession qui demeure, mais lui « demeure dans la mort ». Il n’a encore jamais été ailleurs, et il y demeure tant qu’il ne s’est pas laissé trouver par la grâce de Dieu.

C’est encore le temps de la grâce, c’est encore le temps où la porte de la grâce de Dieu est ouverte à tout pécheur, et même un meurtrier peut aujourd’hui trouver le pardon. Mais s’il devait mourir dans ses péchés et aller dans l’éternité sans être racheté, alors sa part sera dans l’étang de feu et de soufre qui est la seconde mort (Apoc. 21:8).

 

6.1.6       L’amour de Christ est l’étalon de mesure de notre amour

Dans ce qui précède nous avons été exhortés à nous aimer l’un l’autre. Bien que l’amour pour les frères soit une marque distinctive essentielle de la vie divine, et ainsi présente chez tout vrai enfant de Dieu, cependant il est nécessaire que nous soyons exhortés à exercer cet amour.

Il est relativement facile d’aimer un chrétien spirituel, d’aimer quelqu’un qui a crû dans la grâce et qui manifeste les traits de la vie divine dans les différentes situations où il se trouve. Mais il nous est beaucoup plus difficile d’aimer un enfant de Dieu qui est encore charnel, et qui a beaucoup d’idées bizarres et singulières, pour ne pas parler de mal public. Nous avons beaucoup tendance à mépriser quelqu’un ou à l’estimer peu de chose. Nous devons être sur nos gardes là-contre. Il ne s’agit pas d’être obligé d’aimer ce qui est inconvenant chez nos frères. Dieu non plus ne l’aime pas. Mais l’amour des frères doit « demeurer » (Héb. 13:1). Soyons assurés que Dieu permettra que notre amour pour les frères soit mis à l’épreuve.

Au cours de nos méditations sur cette épître, nous avons vu à plusieurs reprises, que la vie éternelle ne vit pas en autarcie chez le croyant, elle n’est pas autosuffisante. Elle a besoin de nourriture et de direction par la Parole de Dieu, et même par Christ Lui-même qui est la Source de la vie. Il en est de même aussi avec l’amour. Si nous voulons croître en force, aimer le frère malgré ses défaillances, alors nous devons détourner nos regards de nous-mêmes et de nos frères, et les porter sur Christ. C’est là seulement que nous verrons ce qu’est le vrai amour. Et c’est dans ce sens que l’apôtre incline maintenant notre regard.

 

6.1.6.1      1 Jean 3:16a

« Par ceci nous avons connu l’amour, c’est que lui a laissé sa vie pour nous ; et nous, nous devons laisser nos vies pour les frères » (1 Jean 3:16).

 

« Par ceci » se rapporte à la déclaration qui suit : « Par ceci nous avons connu l’amour … ». Ici le mot utilisé n’est pas celui de la connaissance intérieure et consciente (oïda), mais c’est ‘ginosko’. Ce mot grec désigne une connaissance acquise par expérience et par relation personnelles (voir 1 Jean 2:3 sous la rubrique ‘une particularité du texte’, connaître et savoir). Et du fait que le verbe est au parfait, nous pouvons traduire : « nous avons appris sur ce sujet, et maintenant nous le savons ». Sur quoi, maintenant, porte cette connaissance, ce savoir ? Sur « l’amour ». Non pas sur l’amour en général, mais sur « l’amour » en particulier. Cela peut tout à fait se rapporter à l’amour de Dieu, bien que ce ne soit pas dit directement. Mais voici la grande preuve irréfutable de l’amour (de Dieu), c’est que Lui (Christ) a laissé Sa vie pour nous. C’est en cela que Son amour trouve son expression la plus haute et la plus précieuse. Avant de nous occuper davantage de ce sujet béni, nous devons nous arrêter encore un peu sur le mot utilisé pour désigner la « vie ».

 

6.1.6.2      Une particularité du texte : la vie

L’apôtre Jean utilise dans cette section de son épître (3:14-17) trois mots grecs différents pour désigner la « vie » — ce qui est un nouvel exemple de l’exactitude d’expression de l’Écriture Sainte. Il est aussi toujours instructif, et parfois indispensable, de différencier soigneusement les différents sens les uns des autres.

Au v. 14 le mot grec est ‘zoé’. C’est le mot le plus noble pour la ‘vie’ dans le Nouveau Testament. Il décrit la vie dans son sens absolu, la vie comme principe. Quand il est parlé de la vie de Dieu, de vie éternelle, de vie spirituelle, c’est toujours ce mot qui est utilisé. La première fois qu’il apparaît c’est en Matt. 7:14 : « resserré est le chemin qui mène à la vie », et la dernière fois nous le rencontrons dans ‘l’arbre de vie’ en Apoc. 22:19.

Le second mot grec pour la vie est « psyché » ; nous l’avons au v. 16 de 1 Jean 3. Il a un sens de portée large, qui n’est décrite que de façon insuffisante par les mots « âme, vie (naturelle), cœur ». Cependant il est clair que la vie que le Seigneur Jésus a laissée, est Sa vie naturelle, humaine. C’est aussi la pensée quand Il parle de Lui-même comme le Bon Berger, et qu’Il dit : « le bon berger met [laisse] sa vie pour les brebis » (Jean 10:11). « Je mets [laisse] ma vie pour les brebis » (Jean 10:15). « À cause de ceci le Père m’aime, c’est que moi je laisse ma vie » (Jean 10:17). Dans tous ces trois passages, quand le Seigneur parle de Sa mort en sacrifice volontaire, Il utilise le même mot « psyché ». Oui, selon l’expression d’Ésaïe, Il a « … livré son âme à la mort » (És. 53:12). Mais le fait immuable demeure, que Lui est toujours la vie (zoé) éternelle. Lui l’est toujours, et Il le demeure toujours.

Un troisième mot pour le mot ‘vie’ se trouve dans notre section, sans que, il est vrai, cela se détecte au premier coup d’œil : « Mais celui qui a les biens de ce monde… » (1 Jean 3:17 ; litt.: ‘la possession du monde’). Le mot grec « bios » décrit la vie terrestre selon ses fonctions et ses rapports extérieurs, et il signifie « la vie (organique), la subsistance, la fortune, le bien possédé, le train de vie ». La pauvre veuve avait mis dans la caisse du trésor toute sa subsistance (Marc 12:44). La semence tombée parmi les épines était étouffée, entre autre, par les voluptés de la vie (Luc 8:14). Nous avons à prier pour mener une vie paisible et tranquille (1 Tim. 2:2). Et quand le père de la parabole du ‘fils prodigue’ partage son bien entre ses deux fils (Luc 15:12), le mot ‘bien’ a la même signification qu’en 1 Jean 3:16 : le bien possédé, la fortune. Le mot grec ‘bios’ apparaît encore une autre fois dans la première épître de Jean, au v.16 du ch.2 : « l’orgueil de la vie ». Ici il désigne comme dans les citations de Luc 8 et 1 Tim. 2 une manière de vivre ou train de vie.

Trois fois le mot « vie », et pourtant combien les différences sont grandes !

 

*

 

Revenons à notre texte. L’expression « laisser sa vie » n’apparaît que dans les écrits de Jean. Matthieu et Marc disent « donner sa vie » (Matt. 20:28 et Marc 10:45).

Il y a une insistance sur le mot ‘Lui’ : « … Lui a laissé Sa vie pour nous ». « Lui - pour nous » ! C’est exactement dans cette position que ces mots figurent en grec l’un à côté de l’autre. C’est une pensée saisissante et bienheureuse : Lui - pour nous - Sa vie laissée ! En fait, l’amour ne peut pas aller plus loin !

À maintes reprises, Jean désigne Christ par le mot ‘Lui’ accentué. C’est également le cas ici. En Romains 5:6-10, un autre écrivain, Paul, explique avec des paroles non moins émouvantes, pourquoi l’amour de Christ est tellement unique en son genre et surpasse tout.

Qui dans tout le monde a jamais mis sa vie pour un autre, à l’exception de cas rares où l’autre était un homme de bien ? ! « Car pour l’homme de bien, peut-être, quelqu’un se résoudrait même à mourir ; mais Dieu constate son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rom. 5:7, 8). C’est ce que nous étions : sans force - sans Dieu - pécheurs - ennemis. C’est pour de tels, « pour nous », que Lui a laissé Sa vie.

Quel amour divin qui surpasse tout entendement ! Nous devrions toujours à nouveau le laisser agir sur nos âmes ! Car où pourrions-nous voir ailleurs l’amour divin dans son absolu et dans sa beauté parfaite, si ce n’est justement dans ce que Lui a offert Sa vie volontairement pour nous ? Si la haine de Caïn a trouvé son expression bouleversante dans le meurtre de son frère, l’amour de Christ a trouvé sa plus haute expression dans le fait qu’Il a laissé Sa vie pour nous. Pourtant nous ne nous représentons guère ce que cela signifiait pour le Fils de Dieu d’être mis dans la poussière de la mort.

 

6.1.6.3      Jusqu’où l’amour doit aller — 1 Jean 3:16b

La mort de Christ n’est pas vue dans ce passage dans son aspect expiatoire. En Jean 15 il en est de même : « Personne n’a un plus grand amour que celui-ci, qu’il laisse sa vie pour ses amis » (Jean 15:13). Dans les deux passages l’amour de Christ est placé devant nous comme l’étalon de mesure pour notre amour. Et c’est ainsi que l’apôtre continue, et dit :

 

« Et nous, nous devons laisser nos vies pour les frères » (1 Jean 3:16b).

 

Déjà deux fois dans cette épître nous avons eu Christ devant nous comme la norme ou l’étalon de mesure : l’étalon de mesure pour la pureté au v. 3 de notre ch. 3, — et pour la justice au v. 7. Et maintenant l’étalon de mesure parfait pour l’amour. Ce n’est pas que dans cette vie, nous puissions jamais atteindre l’un ou l’autre de ces étalons de mesure, mais Dieu ne nous donne pas de mesure moindre, Il ne nous donne pas d’autre étalon de mesure que Christ.

« Nous devons… » signifie que dans des cas de dangers extrêmes pour nos frères, l’obligation repose sur nous de mettre notre propre vie pour eux. Du fait que notre amour est de Dieu, il est en principe capable de le faire. Sûrement, le lecteur et l’écrivain de ces lignes, se considèrent comme tout à fait impuissant à répondre pleinement à une obligation qui va aussi loin. Cependant nous devons y réfléchir de deux manières. Premièrement, il est montré ici toute la mesure, la fin extrême de cette obligation — pour des situations qui, en vérité, n’arrivent pas tous les jours. Et secondement nous ne devons pas nous tourmenter constamment avec la pensée de savoir si nous serions bien en état de faire face à une pareille mise à l’épreuve. Regardons plutôt au Seigneur Jésus et à Son amour pour qu’avec Son aide nous puissions réussir les tests devant lesquels Il peut placer notre amour dans la vie de tous les jours et dans des conditions normales. Nous voulons nous laisser positionner de manière à recevoir la grâce venant de Dieu dont nous avons besoin aujourd’hui. Quant à demain, c’est Lui qui en prendra soin.

Prisca et Aquilas nous donnent un exemple parlant de ce qu’ils avaient atteint cette « fin extrême » : ils avaient exposé leur propre cou pour la vie de l’apôtre Paul (Rom. 16:4). Épaphrodite également avait risqué sa vie pour remédier à un certain manque des Philippiens à l’égard de l’apôtre. Et c’est ainsi qu’il avait été effectivement « proche de la mort » à cause de l’œuvre (Phil. 2:30). Amour admirable et divin, reflet de l’amour de Christ dans des hommes ayant les mêmes passions que nous !

Peut-être que notre amour pour les frères ne sera pas éprouvé jusqu’à ce degré. Mais cela ne veut pas dire qu’auparavant dans mille cas, nous n’aurons pas suffisamment d’occasions pour exercer cet amour. Le plus grand inclut le plus petit. Même si le cas extrême ne se produit pas, de multiples occasions s’offriront cependant sur notre route où nous pourrons faire preuve de notre amour envers les croyants de différentes manières. Prenons, par exemple, la maison de Stéphanas : Ceux de cette maison s’étaient voués au service des saints (1 Cor. 16:15). Cela n’est-il pas également un certain don précieux de sa propre vie ? Et sommes-nous prêts à abandonner nos vies dans ce monde au Seigneur Jésus, pour Le laisser la conduire pour Lui, pour ainsi dire (Matt. 16:25) ?

 

6.1.6.4      Défaillances dans les plus petites mises à l’épreuve — 1 Jean 3:17

Le verset suivant de notre texte montre clairement que la manifestation de l’amour des frères ne s’étend pas qu’à des actes aussi sublimes et nobles que laisser sa propre vie :

 

« Mais celui qui a les biens de ce monde, et qui voit son frère dans le besoin, et qui lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? » (1 Jean 3:17).

 

Le cas considéré, que l’apôtre introduit avec un ‘mais’ et qui a seulement à faire avec les besoins extérieurs d’un frère, reflète bien plutôt un niveau inférieur sur l’échelle de l’amour. Il s’agit d’un frère qui a suffisamment de moyens pour la vie terrestre et qui les nomme comme étant sa possession. Celui-ci a ses propres yeux ouverts (c’est le sens du mot grec pour ‘voir’ ici) sur les circonstances et la détresse de son frère : il voit qu’il lui manque le nécessaire pour vivre. Littéralement cela veut dire « il voit son frère avoir du manque ». Il y a ici un parallèle intentionnel : L’un a des biens, l’autre a du manque. Cette manière de s’exprimer fait ressortir avec force le contraste entre les deux.

Même si le premier remédiait au manque de son frère, ce ne serait pas spécialement digne d’éloges. C’est la raison pour laquelle j’ai parlé d’un niveau inférieur sur l’échelle de l’amour. Déjà sous la loi, Dieu avait ordonné : « Quand il y aura au milieu de toi un pauvre, quelqu’un de tes frères, dans l’une de tes portes, dans ton pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’endurciras pas ton cœur, et tu ne fermeras pas ta main à ton frère pauvre, … Tu lui donneras libéralement, et ton cœur ne sera pas triste quand tu lui donneras » (Deut. 15:7, 10).

Cependant il peut arriver, et c’est le cas évoqué ici, que même un frère « chrétien » ferme son cœur à son frère souffrant de manque. Le mot pour cœur signifie proprement les « entrailles », et il désigne le siège des sentiments. On ne le trouve qu’ici chez Jean, tandis que Paul l’utilise souvent, par exemple trois fois dans la courte épître à Philémon (v. 7, 12, 20). Les « entrailles » du frère ne sont pas émues, et bien plutôt il ferme son for intérieur devant la détresse du pauvre, de sorte qu’il ne se tourne pas vers lui.

L’apôtre ne considère pas seulement cela comme très regrettable, mais il pose une question qui sonde ses lecteurs : « comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? ». Il leur laisse, il nous laisse le soin de donner la réponse.

Pour cela, nous devons d’abord chercher à saisir ce qui est entendu par ‘l’amour de Dieu’. Certainement il s’agit premièrement de l’amour de Dieu pour nous, car Lui est la source de l’amour. Mais cet amour doit trouver une réponse dans notre vie, dans notre activité et nos agissements. En tant que sentiment intérieur de l’homme, l’amour est en soi une affaire invisible ; il ne peut devenir visible que par ses activités. Et cela boucle le cercle :

Nous avons connu l’amour de Dieu pour nous, en ce que Christ a laissé sa vie (psyché) pour nous. Du fait que nous possédons Sa vie (zoé), nous aimons également, et nous sommes invités à laisser notre vie pour nos frères. L’amour de Christ est donné comme mesure pour notre amour. Tout d’un coup, ‘l’amour de Dieu’ devient par cela l’amour pour Dieu, et à son tour il se manifeste dans l’amour pour les frères (comp. 1 Jean 4:20, 21).

 

Cela montre combien les traducteurs ont bien fait de traduire littéralement l’expression « amour de Dieu », et de ne pas lui donner une signification précise qui en exclut une autre. Effectivement ici, ‘l’amour de Dieu’ englobe les deux directions : l’amour de Dieu pour nous et notre amour pour Dieu.

Mais si quelqu’un rencontre son frère sans amour et sans miséricorde au lieu de le faire avec amour, alors cela est le signe que l’amour de Dieu ne demeure pas ou n’habite pas chez lui. Il ne jouit pas lui-même de cet amour, et il n’est pas en l’état d’en redonner à son frère. Ici nous avons donc la réponse à la question : « comment l’amour de Dieu demeure-t-il en lui ? ». Et de plus : « Pour celui donc qui sait faire le bien et qui ne le fait pas, pour lui c’est pécher » (Jacq. 4:17).

Si nous repensons un peu à ce qui a été dit sur l’amour et sur ses formes d’expression, et que nous le laissons agir sur nous, alors nous allons probablement tous trouver plus ou moins de quoi avoir honte, et de quoi confesser avoir manqué à cet égard de bien des manières. Mais cette introspection nous poussera aussi à prendre à cœur comme quelque chose de nécessaire les exhortations du verset suivant qui termine la section sur l’amour des frères (1 Jean 3:11-18).

 

6.1.7       Aimer en action et en vérité

« Enfants, n’aimons pas de parole ni de langue, mais en action et en vérité » (1 Jean 3:18).

 

L’apôtre se tourne de nouveau vers tous les membres de la famille de Dieu (voir aussi 2:1, 12, 28 et 3:7) en les appelant ‘enfants’ (en grec : teknia). Comme nous l’avons vu précédemment, c’est un terme de tendresse et de familiarité qui n’est utilisé que pour les enfants de Dieu.

Tous ceux auxquels il s’adressait étaient sans exception en danger de se livrer à une illusion quant à l’amour pour leurs frères. Leur amour risquait précisément d’être limité à une expression par des paroles et par la langue, tandis qu’il manquait l’amour en action et en vérité. Nous devons regarder de plus près ces faits.

Dans la première partie de la phrase du v. 18 il est montré comment nous ne devons pas aimer : nous ne devons pas aimer en parole ni avec la langue. La seconde partie de la phrase, qui présente un certain contraste avec la première partie (« mais… »), indique comment nous devons aimer : en action et en vérité. En général les deux expressions ‘en paroles’ et ‘avec la langue’ recouvrent une seule et même chose, et signifient la même chose. Cependant la tournure « en action et en vérité » qui fait contraste dans la deuxième partie de la phrase, montre clairement que nous devons faire une différence entre la ‘parole’ et la ‘langue’, comme il y en a une entre ‘l’action’ et ‘la vérité’. Effectivement il y a une corrélation entre, d’une part la ‘parole’ dans la première partie de la phrase et ‘l’action’ dans la deuxième partie de la phrase, et d’autre part entre la ‘langue’ dans la première partie de la phrase et la ‘vérité’ dans la seconde partie. Les différentes expressions pour la manière d’aimer peuvent être présentées en vis-à-vis de la manière suivante :

 

aimer ‘en parole’, — aimer ‘en action’,

aimer ‘avec la langue’, — aimer ‘en vérité’.

 

Or il est tout à fait exact que l’amour peut être exprimé par des paroles. Certains mots touchants n’ont-ils pas déjà été adressés à un cœur abattu et l’ont consolé ? Et quelquefois n’est-il pas justement nécessaire de faire savoir clairement à notre frère, y compris par des paroles, que nous l’aimons ? Mais si notre amour est épuisé et s’épuise simplement par des paroles (c’est ce qui paraît être le sens ici), s’il ne s’est jamais transposé en actes appropriés, alors il n’est pas suffisant. Le v. 16 nous a appris que, dans le cas de notre Sauveur, l’amour s’est concrétisé d’une manière merveilleuse. Pour nous il ne devrait en principe pas en être autrement.

Quand on aime avec la langue, il en va autrement, mais plus mal. Ce qui manque ici, ne sont pas les actes, mais la vérité. Si nous aimons avec la langue, nous exprimons quelque chose que nous ne pensons pas en réalité. Nous parlons d’affections que nous n’éprouvons pas en vérité. Si notre amour manque de sincérité, nous ne sommes que des hypocrites. Dans le premier cas l’amour est authentique, seulement il ne va pas assez loin ; mais dans le second cas, il est contrefait et hypocrite. Quel éloignement du vrai amour fraternel ! Combien il y a besoin de l’exhortation du vieil apôtre Jean, que nous voudrions placer à côté d’un autre écrivain inspiré : « Que l’amour soit sans hypocrisie… quant à l’amour fraternel, soyez plein d’affection les uns pour les autres » (Rom. 12:9, 10).

En terminant, encore cette remarque : nous pouvons considérer le v.18 de notre chapitre comme un résumé de tout ce qui a été dit jusqu’ici au sujet de l’amour fraternel. D’un autre côté il constitue aussi une certaine transition vers une section développant un nouveau courant de pensées.

 

6.2      La confiance en Dieu — 1 Jean 3:19

L’exhortation à l’amour fraternel nous a premièrement été donnée au ch.3 v.11 de cette première épître de Jean. Elle était le contenu du message : « que nous nous aimions l’un l’autre ». Voilà simplement le commandement de Dieu pour Sa famille (voir aussi le v. 23). Cependant au v. 18 prévoyant notre faiblesse dans cette affaire, il est ajouté quelque chose d’essentiel : notre amour doit être aussi en action et en vérité. Avec cela l’écrivain inspiré a indiqué un trait de caractère, qu’il reprend maintenant dans le verset suivant pour enchainer vers une pensée qui se poursuit : la vérité.

 

6.2.1       Être « de la vérité » — 1 Jean 3:19a

« Et par ceci nous saurons que nous sommes de la vérité, et nous assurerons nos cœurs devant lui » (1 Jean 3:19).

 

De nouveau un verset commence avec un « par ceci » (ou littéralement : « en ceci »). Contrairement au v. 16, cette tournure n’est pas dirigée vers l’avant, mais vers l’arrière, vers ce qui vient d’être dit en fin du v. 18. Si nous aimons en action et en vérité, nous saurons que nous sommes « de la vérité ». Pour le verbe ‘savoir’ ici, c’est de nouveau le mot ‘ginosko’, comme pour ‘connaissons’ au v. 16, c’est-à-dire que nous saurons ou connaitrons par expérience que la vérité est la source de nos pensées, de nos sentiments et de nos mobiles. Nous sommes pour ainsi dire engendrés par la vérité. Ce n’est que si nous manifestons l’amour divin en action et en vérité, que nous avons un droit quelconque à nous considérer comme étant « de la vérité ». Quelqu’un qui en principe n’aime pas de cette manière, n’est pas un vrai enfant de Dieu.

Il est remarquable que les deux verbes ‘savoir’ (ou : connaître) et ‘assurer’ sont au futur : nous saurons (ou : reconnaîtrons) — nous assurerons. Cela veut dire que si nous allons notre chemin dans l’amour, ou autrement dit si nous allons notre chemin avec Dieu, alors une connaissance (ou : savoir) certaine et une conviction (ou : assurance) certaine prendront place. Ces choses sont donc la conséquence d’une marche correspondante, et non pas l’inverse. Dans la mesure où nous marchons avec Dieu nous ferons l’expérience de cette bénédiction dont il est parlé ici, et nous en jouirons.

Cette bénédiction est double. Nous avons déjà parlé du premier côté : nous saurons (ou : reconnaîtrons) que nous sommes « de la vérité ». Maintenant la vérité n’est pas seulement un trait de caractère de notre amour (car ici il y a l’article devant le mot ‘vérité’, alors qu’au v. 18 il n’y est pas), mais elle est la nature (l’être) de Dieu, la manifestation de Dieu lui-même, pour ainsi dire la racine à laquelle nous sommes redevables de notre existence comme Ses enfants. Il est intéressant que le Seigneur Jésus a utilisé exactement la même expression devant Pilate : « Quiconque est de la vérité, écoute ma voix » (Jean 18:37). ‘Être de la vérité’ signifie ‘être un enfant de Dieu’. Cependant, et cela est important pour notre vie pratique, nous ne pouvons jouir de cette relation bénie, et du bonheur qui s’y rattache, que si nous marchons dans le chemin dans une vraie piété avec Dieu. La conscience, fortifiée de cette manière, d’être issu de la vérité, et même de Dieu Lui-même, est quelque chose de très précieux, justement de nos jours qui sont caractérisés par la ruine des valeurs morales, et par l’abandon de la vérité divine.

La vérité est presque vue ici comme étant une personne à laquelle nous sommes redevables de notre origine, et avec laquelle nous sommes par conséquent dans une relation indissoluble. Une comparaison avec les expressions « vous êtes de Dieu » et « nous sommes de Dieu » (4:4 et 4:6) suggère une telle pensée.

 

6.2.2       Comment nous assurons nos cœurs devant Dieu — 1 Jean 3:19b

Le second côté de la bénédiction est exprimé par ces paroles : « … et nous assurerons (*) nos cœurs devant lui ». Ce privilège, comme le premier, découle aussi d’une marche dans l’amour.

 

(*) ndT : Le texte biblique en allemand est traduit par « et nous convaincrons nos cœurs devant lui ». Le paragraphe suivant du commentaire allemand de l’auteur se comprend avec cette traduction. Il s’ensuit une difficulté de compréhension du texte biblique due à ce qu’il paraît manquer quelque chose dans la phrase, car on ne voit pas de quoi nous convaincrons nos cœurs. Dans ce paragraphe suivant de son commentaire en allemand, l’auteur reconnaît la difficulté et la résout en expliquant qu’on peut traduire le verbe par autre chose que ‘convaincrons’, en particulier par ‘tranquilliserons, apaiserons, calmerons, assurerons’. — Nous omettons donc [la traduction de] ce paragraphe suivant de l’allemand, et laissons le texte biblique et son commentaire en français avec le verbe ‘assurer’ et non pas ‘convaincre’.

 

Par un comportement correspondant, nous apaiserons — non pas peut-être Dieu, mais — notre propre cœur. Cela se passe certes « devant Lui », en Sa présence, mais cela se passe à l’égard de notre cœur. Par le mot ‘cœur’ nous ne devons pas tant penser ici au siège des sentiments, mais plutôt à la conscience. Cette signification du ‘cœur’ se trouve aussi dans d’autres passages du Nouveau Testament (par exemple Actes 2:37 ; 7:51). Or si nous voulons avoir une communion pratique avec Dieu, notre conscience ne doit pas être chargée par du mal.

Il est impossible de s’approcher de Dieu en assurance avec une conscience chargée. Or cela est justement le sujet ou la bénédiction dont il s’agit ici : la confiance en Dieu. Si nous voulons avoir notre cœur en assurance devant Dieu, nous devons marcher de cette manière, nous devons marcher dans l’amour. C’est le seul chemin.

L’apôtre ne parle pas ici du pardon des péchés. Il l’a fait précédemment (1:9 ; 2:12). Il n’envisage pas non plus que l’on puisse perdre sa position de chrétien ou sa relation d’enfant de Dieu. Non, il s’agit ici uniquement et seulement de notre communion pratique avec Dieu, et du fondement de notre confiance en Dieu. Prenons le cas de quelqu’un qui sait ce que Dieu dit et désire, et qui ne le fait pas. Quelle est la conséquence ? Au lieu que la conscience se place dans la proximité avec Dieu, elle se place dans l’éloignement de Dieu. Jacques dit : « Pour celui donc qui sait faire le bien et qui ne le fait pas, pour lui c’est pécher » (Jacques 4:17). Cela n’est pas non plus le chemin pour cultiver et approfondir la confiance en Dieu ! Et combien nous perdons de bénédictions, quand nous perdons la proximité et l’amour de Dieu ! Nous perdons alors le meilleur de ce qu’il y a.

 ‘Assurer nos cœurs devant Lui’, cela signifie avoir une conscience libre devant Dieu, et nous réjouir avec Lui d’une heureuse communion, le cœur n’ayant rien à blâmer, et étant conduit vers Lui par la confiance au lieu de la peur.

 

6.2.3       Quand notre cœur nous condamne — 1 Jean 3:20

Malgré tout il peut arriver que notre cœur nous condamne. Qu’arrive-t-il alors ? Cette question est traitée au verset suivant dans notre texte.

 

« — que, si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il sait toutes choses » (1 Jean 3:20).

 

Il est difficile de dire avec sûreté à quoi se rapporte la conjonction « que » au début de cette phrase. À quoi devons-nous la relier, avec ‘saurons’ (connaîtrons) ou avec ‘assurerons’ du v. 19 ? Le mieux est probablement avec ‘assurer’, et il semble que ce soit une légère connexion à la pensée d’apaiser. Car nous verrons que même pour le cas où notre cœur nous condamne, il y a un apaisement de notre propre cœur. Nous apprendrons à rendre grâce à Dieu pour cela, si nous ne l’avons pas déjà fait.

Il peut arriver le cas dans notre vie, et combien cela nous a souvent fait honte, que par notre comportement fautif nous avons déshonoré Dieu, par exemple dans un manquement dans l’amour. Alors quelque chose pèse sur notre conscience, et notre cœur nous accuse. Notre cœur « connaît contre », selon une traduction littérale, ce qui fait un parallèle intentionnel avec le ‘connaîtrons’ (‘saurons’) du v. 19. Au v.19 quelque chose de bon a été (re)connu, et au v.20 quelque chose est (re)connu contre le mal en nous.

Or maintenant, si notre propre cœur témoigne contre nous, quelle conclusion l’écrivain inspiré en tire-t-il ? Il en tire que « Dieu est plus grand que notre cœur et Il sait toutes choses » — c’est une conséquence qui à première vue est plutôt angoissante. Assurément il ne doit pas en être ainsi, mais quoi qu’il en soit c’est solennel. Nous ne désirons nous occuper que du mal que nous avons commis. Mais Dieu connaît tout, Il connaît tout l’environnement qui a favorisé le péché. Il sait les racines profondes, et Il connaît toute notre histoire.

Bien sûr Dieu nous connaît mieux que nous-mêmes ne nous connaissons. Quelquefois nous ne savons pas exactement ce qui trouble notre communion pratique avec Dieu. Cependant nous découvrirons toujours que nous avons toléré quelque chose de mal dans notre cœur, et que Dieu le voit et ne peut pas l’accepter. C’est pourquoi il est absolument nécessaire de condamner notre mauvais état par le jugement de nous-mêmes, sans cependant, laisser tomber la position qui nous a été accordée par Dieu. On peut renvoyer ici à ce que nous avons vu en rapport avec le v.1 du ch.2.

Le fait que Dieu connaît tout est rattaché à la remarque que Dieu est plus grand que notre cœur. Notre cœur est effectivement bien misérable ! Combien il est bon, combien il est consolant que Dieu soit plus grand que cette pauvre chose ; que Lui sait toute notre faiblesse et toute notre misère et qu’Il est bien au-dessus de cela ! Quoi que soit ce que notre cœur a allégué contre nous, Dieu seul connaît de manière absolue le caractère de notre péché. C’est dans cette mesure qu’Il est plus grand que notre cœur. Une signification supplémentaire peut se trouver dans le fait que Dieu est également plus grand que notre cœur dans Son amour et Sa miséricorde. Nous sommes dans les mains de Celui qui, malgré nos multiples manquements, agit toujours envers nous avec amour, et tourne toute Sa miséricorde vers nous.

Maintenant nous sommes peut-être conscients des bénédictions insondables qu’il y a dans le fait que Dieu connaît tout sur nous. Pourrait-Il, par exemple, oublier que nous sommes engendrés de Lui, que nous sommes devenus Ses enfants ? Et n’est-Il pas parfaitement familier de ce qui concerne notre état spirituel ? Lui a-t-il échappé que notre amour, si faible que soient ses manifestations extérieures, est quand même toujours là, toujours présent ? Or il est une preuve de ce que nous sommes enfants de Dieu ! Oh, Il voit tout cela, Il sait tout cela ! Cela nous est en profonde consolation en face de notre incapacité.

Prenons l’exemple de Simon Pierre. Il a renié trois fois son Seigneur et Maître, trois fois le Ressuscité l’interroge en présence des autres disciples au sujet de son amour pour Lui. Vraiment, il ne l’avait pas montré dans un moment décisif ! « M’aimes-tu plus que ne font ceux-ci ? », « m’aimes-tu ? », « As-tu de l’affection pour moi » — la sonde divine pénètre toujours plus profond dans le cœur de l’homme. La troisième fois il ne peut plus tenir, et se rejette entièrement sur l’omniscience de son Rédempteur : « Seigneur, tu connais toutes choses, tu sais que je t’aime » (Jean 21:17). Il pouvait y avoir beaucoup de décombres dans le cœur du disciple — tout dessous, cela il le savait, tout dessous au fond de son cœur le Seigneur, qui savait tout, le trouverait quand même : l’amour pour Lui, son Sauveur.

Ainsi nous reconnaissons combien cette parole sérieuse, qui est devant nous dans cette section, peut apaiser notre cœur, si nous en venions à devoir traverser des situations semblables. Déjà le poète du Ps. 139 avait la conscience d’être pénétré par l’omniscience de son créateur (Ps. 139:1-6). Si Dieu l’avait sondé et connu, s’Il connaissait quand il s’assied et quand il se lève, s’Il discernait « de loin » ses pensées, s’Il était au courant de toutes ses voies, s’Il connaissait sa parole avant qu’elle soit exprimée, — est-ce que cela l’angoissait, le tourmentait ? Bien au contraire ! Il louait Dieu pour cela, s’écriant avec émerveillement : « Connaissance trop merveilleuse pour moi, si élevée que je n’y puis atteindre ! » (Ps. 109:6).

 

6.2.4       Si notre cœur ne nous condamne pas — 1 Jean 3:21

Nous avons vu que même dans le cas où notre cœur nous condamne, nous ne devons pas perdre notre confiance en Dieu. Une leçon bien plus heureuse est donnée, il est vrai, quand notre cœur ne nous condamne pas. C’est à ce sujet que l’apôtre parle ensuite, ainsi que sur les suites bénies qui en découlent.

 

« Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons de l’assurance envers Dieu » (1 Jean 3:21).

 

Nous rencontrons de nouveau l’appellation ‘bien-aimés’. On la rencontre cinq fois en tout dans l’épître (2:7 ; 3:2, 21 ; 4:1, 7), et elle est propre à nous remplir de joie et de bonheur. Dans sa première occurrence, nous nous sommes rappelé que cette appellation exprime en premier lieu l’amour de l’apôtre pour ses lecteurs. Mais cela implique que non seulement eux, mais nous-mêmes aussi, sommes des bien-aimés dans un sens plus vaste, — bien-aimés de Dieu et bien-aimés des frères.

C’est aussi une caractéristique supplémentaire de la vie chrétienne : la conscience que nous sommes Ses enfants. Joint à la connaissance que Ses yeux reposent sur nous, cela est à l’origine de la plus grande joie. Ainsi nous voyons en tout, l’activité de la vie divine. Si notre cœur est droit vis-à-vis de Dieu, alors nous pouvons regarder en haut vers Lui sans crainte et sans effroi : nous avons de la hardiesse, une pleine liberté vis-à-vis de Dieu. En nous réjouissant dans la communion pratique avec Lui en général, et de son approbation en particulier, la joie et la force entrent dans nos âmes, et nous apprenons à penser au-delà de nous. Cette hardiesse (ou : cette assurance) vis-à-vis de Dieu (c’est-à-dire en face à face avec Dieu), voilà le résultat de l’assurance du cœur dont il a été parlé au v. 19.

Il vaut encore la peine de remarquer que le mot grec « parresian » figurant en 2:28 et 3:21 et 4:17 et 5:14 est traduit chaque fois par JND en anglais par ‘hardiesse’ et ce mot « hardiesse » ne se trouve pas dans l’Ancien Testament. Ce n’est que dans le Nouveau Testament que nous le rencontrons, et quatre fois seulement dans la première épître de Jean. Dans ces quatre passages de 1 Jean, Carrez le traduit par ‘assurance’. JND en français le traduit par ‘assurance en 2:28 et 3:21 et 4:17, et par ‘confiance’ en 5:14. La version anglaise du roi Jacques le traduit par ‘confiance’ en 2:28 et 3:21 et 5:14, et par ‘hardiesse’ en 4:17. La version allemande Elberfeld le traduit par ‘hardiesse, franchise’ en 2:28 et 3:21 et 4:17, et par ‘assurance’ en 5:14. — Avoir de la hardiesse en la présence de Dieu, est un privilège chrétien précieux que le Seigneur nous a acquis par Son œuvre rédemptrice, et qui n’était pas connu sous cette forme dans l’Ancien Testament.

 

6.2.4.1      L’exaucement des prières n’est pas inconditionnel — 1 Jean 3:22

Cette hardiesse ou cette assurance font naître un résultat remarquable qui est dépeint au v. 22 :

 

« Et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui » (1 Jean 3:22).

 

De nouveau nous rencontrons l’activité de la vie divine en nous : non seulement nous prions, mais la jouissance pratique de la communion avec Dieu exclut des fausses demandes. Nous demandons selon Sa volonté. Notre cœur exercé et formé à la communion avec Dieu, saisit les pensées de Dieu et s’identifie avec elles.

Du fait que les désirs nés dans ces conditions sont le résultat de la révélation de Dieu, ils trouvent leur exaucement dans tous les cas. Comme le Seigneur a dit : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez, et il vous sera fait » (Jean 15:7). On peut comprendre une telle promesse comme un chèque en blanc, cependant nous ne devons pas méconnaître les conditions : « si vous demeurez en moi », « si mes paroles demeurent en vous ». Si nous restons près de Lui, si ce qui est sorti de Sa bouche forme nos demandes, peut-il alors en être autrement que les demandes soient exaucées ?

Dans notre passage également, il est mentionné deux raisons pour l’exaucement promis de nos demandes : « parce que nous gardons ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant lui ». Ce que cela signifie en particulier, nous le plaçons pour le moment en arrière, pour commencer par quelques remarques complémentaires sur l’exaucement des prières.

Ici l’apôtre parle de nouveau de manière absolue. Il admet que notre cœur ne nous condamne pas, que nous avons de la hardiesse devant Dieu et que nous sommes en communion pratique avec Dieu. Quel en est le résultat ? C’est que nos prières sont exaucées. Cette manière absolue de s’exprimer montre clairement combien nos privilèges sont effectivement grands. Dieu nous aime tellement que nous ne pouvons rien demander sans obtenir une réponse. « Et c’est ici la confiance (ou : l’assurance, la hardiesse) que nous avons en lui, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute » (1 Jean 5:14).

Cela est un côté des choses, le côté fondamental. Cependant dans la pratique de notre vie de prières, il y a plusieurs sortes de limitations dont nous devons tenir compte pour être gardés de nous faire des illusions. Ces limitations n’atténuent nullement les promesses données comme principe, mais elles les complètent. Et ce n’est pas seulement notre expérience qui nous enseigne cela, mais la Parole de Dieu nous en donne aussi des exemples.

Ce que j’ai en vue est ceci : Dieu nous exauce, si nous demandons quelque chose selon sa volonté. Oui, absolument ! Mais Il n’exauce pas toujours tout de suite, Il n’exauce pas toujours de la manière que nous pensions. Et il exauce souvent de manière cachée de sorte que nous pouvons ne pas percevoir l’exaucement. Malgré cela, Il exauce. La promesse est immédiate, l’accomplissement peut se faire attendre longtemps, et cela met notre foi à l’épreuve. Cependant nous savons avec confiance que le quand et le comment de l’exaucement sont dans sa main. « Et la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Phil. 4:7).

En ce qui concerne maintenant les deux conditions nommées ici pour l’exaucement, elles sont tout à fait dans la ligne de ce que nous avons vu jusqu’ici. « Parce que nous gardons ses commandements », cela parle d’obéissance, et la tournure « pratiquer les choses qui sont agréables devant lui » approfondit encore la pensée. De ces deux conditions, le Seigneur Jésus est le modèle parfait pour nous. Sur le chemin de l’obéissance Dieu L’exauçait en tout temps (Jean 11:42), car Il (Christ) faisait toujours les choses qui Lui (Dieu) plaisent (Jean 8:29). C’est justement sur ce point que nous manquons si souvent. Mais la déclaration de l’apôtre dans notre verset est de nouveau abstraite. En mettant de côté toutes les influences secondaires, il prend comme point de départ que nous gardons Ses commandements et que nous pratiquons les choses qui sont agréables devant Lui. Et ainsi l’exaucement de nos demandes nous est assuré.

Ce qu’il faut comprendre par les commandements de Dieu, nous nous en sommes déjà occupés en relation avec le v.3 du ch.2, et suiv. Pratiquer ce qui est agréable devant Dieu peut peut-être être plutôt mis en relation avec Sa Parole. Dans cette mesure il s’agit de l’expression formelle de la volonté de Dieu (les commandements), ceux-ci étant de toute façon inclus.

Puisse le Seigneur nous venir en aide pour que nous saisissions par la foi les privilèges présentés dans les v. 19 à 22, et pour vivre en les pratiquant !

 

6.2.5       Un commandement particulier de Dieu — 1 Jean 3:23

La mention du commandement de Dieu au v. 22 conduit l’apôtre à parler encore une fois d’un commandement particulier de Dieu.

 

« Et c’est ici son commandement, que nous croyions au nom de son Fils Jésus Christ et que nous nous aimions l’un l’autre, selon qu’il nous en a donné le commandement » (1 Jean 3:23).

 

« Son commandement », c’est aussi bien le commandement de Dieu que celui de Christ. Car Dieu nous a commandé de croire au nom de son Fils Jésus Christ ; et Christ nous a commandé de nous aimer l’un l’autre (Jean 13:34, 35 ; 15:12, 17). Ceci est un exemple supplémentaire de ce Jean ne différencie pas Dieu d’avec Christ — justement parce que Christ est Dieu.

Tout ce que Jean a dit dans son évangile et dans ses épîtres sur les commandements du Seigneur est résumé dans ce seul commandement de Dieu. C’est effectivement un seul commandement et non pas deux : croire et aimer. Les deux sont un. Tu ne peux pas croire sans aimer, et tu ne peux pas aimer sans croire. La foi (croire) et l’amour sont deux côtés d’un seul et même commandement.

Si la foi et l’amour sont nommés ensemble dans le Nouveau Testament, en règle générale la foi se rapporte toujours à Dieu, ou au Seigneur Jésus, mais l’amour aux enfants de Dieu. Pour les deux il y a plus à dire, mais donnons d’abord quelques exemples de ce qui vient d’être dit. Paul pouvait rendre grâces à Dieu pour les croyants de Colosses parce qu’il avait entendu parler « de leur foi dans le Christ Jésus et de l’amour » qu’ils avaient « pour tous les saints » (Col. 1:4). Pareillement il écrit à Philémon dans son épître : « … apprenant l’amour et la foi que tu as envers le Seigneur Jésus et pour tous les saints » (Philém. 5). Dans l’épître aux Galates nous apprenons que la foi opère par l’amour (Gal. 5:6). Quelle lumière jette la « règle générale » mentionnée ci-dessus, justement sur le dernier passage cité : il s’agit de l’amour pour les croyants qui est mis en activité par la foi !

Du fait que dans notre texte, comme aussi dans celui de Col. 1:4, la foi est nommée en premier et que l’amour suit, nous pouvons en déduire le principe que la foi est le fondement de tout, y compris de toute activité. Bien que les deux choses soient si peu à séparer l’une de l’autre, mais qu’elles s’exigent l’une à l’autre, cependant la foi est la vraie base sur laquelle la vie chrétienne repose. Combien cela démasque la fausseté de ceux qui prétendent que, peu importe ce qu’on croit, pourvu qu’on fasse ce qui est juste. On ne peut pas faire ce qui est juste, si on ne croit pas ce qui est juste.

Pour revenir à notre texte, la pensée de la foi (ou : croire) est introduite ici pour la première fois dans cette épître. Elle continuera à nous accompagner désormais (4:1, 16 ; 5:1, 5, 10 (3 fois), 13), et nous apprendrons à connaître différents aspects de la foi (croire). Cependant le point de départ se situe bien dans notre verset.

Peut-être que quelqu’un sera étonné de ce que Dieu invite Ses enfants à croire au nom de Son Fils Jésus Christ. N’y croient-ils pas déjà ? Absolument ! Mais ici il n’est pas question du fait de « venir à la foi » au commencement du chemin chrétien. Cela, ils l’ont naturellement vécu, sinon ils ne seraient pas Ses enfants (Jean 1:12). Mais c’est la volonté de Dieu, le Père, que ceux qui sont nés de Lui aient devant eux, pendant tout leur chemin, Son Fils comme objet de leur foi et de leur vénération. Le ‘nom’ signifie la révélation ou la manifestation : tout ce que Dieu a révélé sur Son Fils Jésus Christ dans Sa Parole et dont Il nous a rendu témoignage, cela nous est donné pour que nous le saisissions par la foi, et que nous en jouissions, et que nous nous en nourrissions. C’est un « commandement » admirable, et léger en outre. Car la vie nouvelle en nous n’exige-t-elle pas justement d’apprendre davantage au sujet des personnes divines, et d’en jouir ? Tout ce que Jean a dit sur la « lumière », la « vérité », la « Parole », tout cela est englobé et résumé dans l’expression « Son nom ».

L’expression littérale « croire au nom… » signifie, dans notre texte et contexte, ‘croire à ce que représente le « nom de Son Fils Jésus Christ », et ce dont Dieu a rendu témoignage dans sa Parole au sujet de son Fils’. Quel champ d’activité riche pour la foi il y a là devant nous ! Occupons-nous en davantage, bien-aimés, de Christ lui-même ! Qu’est-ce qui pourrait nous rendre plus heureux que de suivre ce côté du « commandement » ?

Le triple titre : ‘son Fils’ — ‘Jésus’ — ‘Christ’, rend un témoignage renouvelé à Sa Déité. Il englobe les traits divins caractéristiques, et les relations de Christ à l’intérieur de la Déité, mais aussi Son incarnation, Sa mort et Sa résurrection, et précisément dans cet ordre de succession. Et combien cela est en contraste fort avec les nombreux antichrists qui nient le Père et le Fils (2:22) !

En ce qui concerne maintenant le deuxième côté du « commandement » : s’aimer l’un l’autre est le grand commandement du christianisme en contraste avec la loi. Comme nous l’avons déjà remarqué plus haut, il ne s’agit pas ici de l’amour du prochain, mais de l’amour pour ceux que le monde ne connaît pas, comme il ne L’a pas connu (3:1). Il est question ici exclusivement de l’amour réciproque des enfants de Dieu. Nous ne pouvons pas aimer notre prochain (ennemi) dans ce sens élevé. Si nous prions pour lui, c’est davantage l’amour de compassion à son égard (Matt. 5:44).

Ainsi les deux vertus de la foi et l’amour fournissent la preuve d’un vrai travail de Dieu dans l’âme. L’exercice de l’amour forme un élément essentiel de la foi au Seigneur Jésus. Il est l’expression extérieure de la réalité intérieure de la foi. La fin de phrase « selon qu’il nous en a donné le commandement » renforce le fait que, dans ce qui a été placé devant nous, il s’agit d’un commandement, et que c’est un seul commandement. Il ne s’agit pas seulement de l’amour, comme certains le pensent. Il est impossible que le terme ‘commandement’ à la fin de la phrase, signifie moins qu’au début.

 

 

7        Dieu demeurant en nous et nous demeurant en Dieu — 1 Jean 3:24 à 5:5

7.1      Introduction

Le dernier verset du ch. 3, appartient déjà au ch. 4 quant à son contenu, et par-là il fait partie d’une nouvelle grande section de la première épître de Jean que nous voulons maintenant aborder. Cette section qui s’étend jusqu’au v.5 du ch.5, renferme une abondance de précieuses pensées divines.

Trois courants de pensées traversent cette partie de l’épître en se chevauchant et se recoupant. D’un côté (1) est approfondie la vérité essentielle que nous avons déjà eue devant nous dans une mesure, à savoir que Dieu demeure en nous, les croyants, et que nous, nous demeurons en Lui (la Parole utilise le même mot grec pour ‘demeurer’ et ‘habiter’). Ensuite (2), même si l’on ne survole que rapidement la section, il est évident que nous nous trouvons encore dans la deuxième des trois grandes sections Lumière, Amour et Vie (voir l’introduction à ce travail sous la rubrique ‘Vue d’ensemble et plan‘), celle de l’amour. Et en troisième lieu (3), l’accent est mis de différentes manières sur l’importance de la foi. Ces trois sujets sont entrelacés l’un avec l’autre comme dans une tresse, de sorte que c’est tantôt l’un et tantôt l’autre qui passe au premier plan. Cette image peut nous aider à comprendre un peu la structure de cette section, qui sinon paraît plutôt désordonnée.

 

7.2      Encore une fois des commandements — 1 Jean 3:24

L’apôtre Jean introduit le nouveau cercle de sujets par les paroles suivantes :

« Et celui qui garde ses commandements demeure en lui, et lui en cet homme ; et par ceci nous savons qu’il demeure en nous, savoir par l’Esprit qu’il nous a donné » (1 Jean 3:24).

 

L’apôtre utilise de nouveau le pluriel pour les commandements, et fait par-là le lien avec ce qui a été dit précédemment (2:3-8 ; 3:22). Par le terme « commandements », nous pouvons comprendre les différentes expressions de la volonté de Dieu dans le Nouveau Testament, par lesquelles il veut nous conduire sur le chemin de l’obéissance. Mais ce terme peut aussi être pris en rapport avec les commandements et expressions de la volonté du Seigneur Jésus. De nouveau le Saint Esprit lie en pensée Dieu et Christ de façon si étroite qu’on ne peut pas dire directement à qui Il pense. Cependant le contexte paraît plutôt pencher vers Dieu.

En tout cas l’écrivain insiste de nouveau sur l’importance de l’obéissance vis-à-vis de ce que Dieu a dit dans Sa Parole, comme une caractéristique de ceux auxquels est applicable la bénédiction mentionnée ensuite. La traduction littérale de « celui qui garde ses commandements » est « le gardant ses commandements ». Comme souvent dans cette épître, ce genre de formulation s’applique à un état durable et caractéristique, — ici l’état de celui qui est en relation intime et indissoluble avec Dieu. Cette relation est double et réciproque : le croyant demeure en Dieu et Dieu demeure dans le croyant. C’est en fait une bénédiction infinie dont nous devons encore nous occuper de plus près !

L’apôtre avait déjà abordé le sujet de cette bénédiction au ch. 2 : au v. 6 il était question de professer qu’on demeure en Lui ; au v. 24 il était question de la Parole de Dieu demeurant en nous, et de nous qui demeurerons dans le Père et dans le Fils ; au v. 27 il était question de l’onction qui demeure en nous, et de nous qui demeurons en Lui (Christ) ; au v. 28 nous étions exhortés à demeurer en Lui (Christ). Également au ch. 3 il a encore été question de demeurer en Lui, Christ (3:6) et de la semence divine de la Parole de Dieu qui demeure en nous (3:9).

Maintenant l’apôtre résume la grande bénédiction [de la demeure réciproque], et la porte à son sommet. Avant de nous en occuper de plus près, remarquons combien cette bénédiction traverse toute la section qui est devant nous, et la marque de son empreinte :

o   3:24 : « celui qui garde ses commandements demeure en lui, et lui en cet homme (demeure réciproque) ; et par ceci nous savons qu’il demeure en nous, savoir par l’Esprit qu’il nous a donné ».

o   4:12 : « Si nous nous aimons l’un l’autre, Dieu demeure en nous ».

o   4:13 : « Par ceci nous savons que nous demeurons en lui et lui en nous (demeure réciproque), c’est qu’il nous a donné de son Esprit ».

o   4:15 : « Quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu (demeure réciproque) ».

o   4:16 : « Celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui (demeure réciproque) ».

 

Cette liste suffit à montrer combien le sujet a de multiples aspects, et est très entremêlé avec d’autres sujets :

o   avec l’obéissance,

o   avec l’amour mutuel des croyants,

o   avec le don du Saint Esprit,

o   avec la confession du Fils de Dieu,

o   avec l’amour de Dieu pour les Siens.

 

Du fait que dans la première partie de notre verset, l’obéissance est encore une fois signalée comme une marque du chrétien croyant, et qu’il est dit de celui-ci qu’il demeure en Dieu et que Dieu demeure en lui, tirons-en ici une parole pour la pratique de notre vie journalière. De ce point de vue pratique, le fait de demeurer en Lui dépend de notre état spirituel. Il est impossible de demeurer en Dieu, c’est-à-dire d’être en communion pratique avec Lui, si nous ne Lui sommes pas obéissants. Si nous déshonorons le Seigneur et péchons, nous nous éloignons de Lui, et nous ne demeurons pas en Lui. À cet égard, l’enseignement moral solennel sur l’importance de l’obéissance est tout à fait en accord avec l’assurance envers Dieu dont il a été question dans la dernière partie du ch. 3.

D’un autre côté, il est aussi clair que les saintes relations dans lesquelles nous sommes introduits, et sur lesquelles nous voulons tout de suite continuer à méditer, ne sont pas le résultat de ce que nous gardons Ses commandements. Au contraire, l’obéissance est le résultat de la double demeure (Lui en nous et nous en Lui) et une preuve de sa réalité.

 

7.3      Une bénédiction double — 1 Jean 3:24a

Effectivement comme il a été remarqué, la bénédiction de la demeure est double. C’est pourquoi j’ai parlé d’une demeure réciproque : nous en Dieu, et Dieu en nous. Mais il y a aussi un autre ordre d’énumération, comme un coup d’œil aux passages cités l’enseigne : Dieu en nous, et nous en Dieu. Nous pouvons qualifier de subjective la première manière de considérer les choses, et la seconde d’objective. Ou bien autrement dit : quand le sujet est notre demeure en Dieu, alors nous avons devant nous, quant à la bénédiction, le côté selon l’expérience ; inversement si la demeure de Dieu en nous est au premier plan, alors il nous est montré le côté absolu, celui de la position.

Chronologiquement ce qui vient en premier, c’est que Dieu demeure (habite) en nous. C’est l’action souveraine de Dieu en réponse à l’œuvre de Son Fils. Il demeure (habite) en nous par l’Esprit qu’Il nous a donné, comme nous sommes ensuite enseignés.

Mais selon notre expérience, ce qui vient en premier c’est que nous, nous demeurons en Dieu. L’Esprit agit en nous et nous donne la conscience que nous demeurons en Dieu. Avant même de savoir que Dieu demeure en nous, nous obtenons par l’Esprit l’assurance de rester en paix devant Dieu : nous jouissons de la communion avec Dieu, nous demeurons en Dieu.

Ce qui a été dit se rapporte surtout au début de notre vie chrétienne. Mais ensuite il reste vrai que notre demeure en Dieu est pour ainsi dire la réponse de notre cœur aux efforts de l’Esprit pour nous amener à la confiance en Dieu. Combien il est précieux d’avoir l’habitude de Lui faire confiance, et que tant dans la joie que dans les peines notre âme trouve en Lui son refuge et son chez-soi ! Notre demeure en Dieu a donc toujours à faire avec notre expérience, avec la jouissance des choses divines, avec celle de la communion avec Dieu lui-même. Quelle bénédiction infinie !

 

7.4      Le don du Saint Esprit — 1 Jean 3:24b

Il y a l’autre bénédiction, liée de manière indissociable à la première, parce qu’elle en est le fondement : Dieu demeure en nous. Elle est mentionnée deux fois dans notre verset ; et dans la deuxième moitié du verset, il n’est plus question que de la demeure de Dieu en nous, et non plus de nous demeurant en Dieu :

 

« Et par ceci nous savons qu’il demeure en nous, savoir par l’Esprit qu’il nous a donné » (1 Jean 3:24b).

 

Nous avons ici devant nous le côté absolu. Tandis que tout ce qui a à faire à notre expérience, est vacillant ou, pour le moins, changeant, ici tout est stable et immuable ; car cela est fondé sur l’œuvre accomplie de la rédemption de Christ.

C’est là en outre la première mention directe du Saint Esprit dans cette épître, bien qu’au ch. 2 v.20 et 27, il soit déjà parlé de Sa personne et de Son œuvre sous la figure de « l’onction ». Là il était dit que les croyants L’« ont », Le « reçoivent » et qu’Il « demeure » en eux. Ici il est ajouté qu’Il nous a été « donné ». Si quelqu’un croit en Christ et en Son œuvre, il est « scellé » du Saint Esprit de la promesse (Éph. 1:13). Dieu met son sceau sur le croyant par le don du Saint Esprit. Après le don de Son Fils, le don du Saint Esprit est le plus grand don que Dieu puisse donner. Il est une bénédiction typiquement chrétienne.

Dans notre verset cette bénédiction prend la forme suivante : par l’Esprit, Dieu habite (demeure) en nous, les croyants. Cette habitation ou demeure est quelque chose qui peut et qui doit être connu de nous. Nous en avons la connaissance « par l’Esprit qu’Il nous a donné ».

Il s’agit ici bien évidemment de la manifestation de la vie nouvelle, éternelle, dans les enfants de Dieu par le Saint Esprit qui habite en nous. Nous pouvons nous servir de la règle suivante : s’il est parlé de notre habitation (demeure) en Dieu, cela a à faire avec l’expérience chrétienne, avec la jouissance des relations célestes. Si c’est l’habitation (la demeure) de Dieu en nous qui est mise au premier plan, alors il s’agit de la manifestation de la nature divine, — manifestation dans le sens de rendre visible, de montrer, de faire connaître.

L’onction qui demeure en nous, nous rend capables de deux choses : de la jouissance de Dieu selon un côté de la bénédiction, et de la manifestation de Dieu selon l’autre côté. C’est pourquoi c’est une grâce merveilleuse de ne pas avoir seulement reçu une vie, une nature dont Dieu est la source, mais d’avoir aussi reçu l’Esprit Lui-même qui opère dans la vie nouvelle. Quand Christ était ici-bas, Il a manifesté la vie éternelle dans la puissance de l’Esprit de Dieu. Et c’est à cela que, nous aussi, maintenant enfants de Dieu, nous sommes appelés en principe, et que nous en sommes rendus capables. Car « celui qui a le Fils a la vie » (1 Jean 5:12). Et si Dieu demeure en nous, Il le fait par l’Esprit qu’Il nous a donné, et alors cette habitation de Dieu en nous trouve une expression visible ici-bas sur la terre.

Pour rendre encore un peu plus clair cette double relation, je voudrais mentionner l’exemple de l’amour, même si cela anticipe un peu sur le v. 16 du ch. 4. Parce que le croyant demeure (habite) en Dieu, il est en état, par la puissance de l’Esprit, de jouir de l’amour de Dieu. C’est un côté. Mais parce que, de l’autre côté, Dieu demeure aussi dans le croyant, celui-ci est rendu capable par l’Esprit d’exercer l’amour. Cette action réciproque est très précieuse, indépendamment du trait de caractère divin dont il s’agit. La jouissance et la manifestation vont ensemble, et dans cet ordre. Cela peut nous encourager à rechercher davantage la communion avec Dieu, pour pouvoir aussi être alors Ses témoins ici-bas.

Nous voulons terminer la considération du v. 24 du ch. 3 par une dernière remarque : la manifestation de la présence de Dieu en nous est une preuve supplémentaire de notre relation avec Dieu. Cette épître nous donne en tout quatre preuves de ce que le croyant, en tant que né de Dieu, possède la vie nouvelle éternelle. Ce sont :

 

1° — Le fait de garder les commandements de Dieu (2:4 et suiv.),

2° — La pratique de la justice (2:29),

3° — L’amour pour les frères (3:14),

4° — La possession du Saint Esprit (3:24).

 

7.5      L’Esprit de vérité et l’esprit d’erreur — 1 Jean 4:1-6

Les six premiers versets du ch. 4 forment une parenthèse dont l’occasion a été fournie par la mention du Saint Esprit au dernier verset du ch. 3. Autant il est vrai que le Saint Esprit habite dans le croyant, autant il est également vrai qu’il y a un autre esprit dans le monde, — un esprit qui est en contraste absolu avec le Saint Esprit : c’est l’esprit de l’antichrist. L’un est l’Esprit de vérité, l’autre est l’esprit d’erreur. Il est de la plus haute importance pour les enfants de Dieu d’être au clair auquel des deux esprits ils prêtent l’oreille. C’est pour cela que l’apôtre commence par leur donner un avertissement solennel.

 

7.5.1       Avertissement contre les mauvais esprits — 1 Jean 4:1a

« Bien-aimés, ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu » (1 Jean 4:1a).

 

À première vue il peut paraître étrange que la Sainte Écriture nous avertisse contre des esprits, et même qu’elle fait que nous sommes tenus de tester s’ils ont leur origine en Dieu ou non. Comme enfants de Dieu, avons-nous à faire avec des esprits, et même des mauvais esprits ? D’un certain point de vue, oui. Nous pouvons ne pas en être toujours conscients, et pourtant il en est ainsi. Certes ce n’est pas une raison de prendre peur, mais c’est toujours sérieux.

La Parole de Dieu ne laisse planer aucun doute sur le fait qu’il y a un monde invisible des esprits, et que dans ce monde il existe aussi bien des bons que des mauvais esprits. Les anges qui ne sont pas déchus sont qualifiés d’« esprits administrateurs envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut » (Héb. 1:14). Il n’est pas précisé en quoi consiste leur service à l’égard des croyants. Mais assurément leur service a plutôt à faire avec les circonstances extérieures et les manifestations de la grâce de Dieu, plutôt qu’avec l’âme et avec le déploiement de la vérité divine. Pour cela, nous possédons un autre Esprit, incomparablement plus grand que tous les esprits créés. Quand le Seigneur Jésus était dans l’angoisse du combat à Gethsémané, et qu’un ange du ciel Lui apparut pour Le fortifier (Luc 22:43), cette fortification se limitait certainement au corps. Il est impensable qu’un être créé ait pu fortifier le Seigneur dans Son être intérieur ! Ainsi nous ne devons pas regarder en haut vers les anges, et attendre d’eux des directions et une fortification intérieure. Combien il est bon de posséder le Saint Esprit, cet autre Consolateur, l’Esprit de vérité, qui nous conduit dans toute la vérité, et qui veut aussi être notre conducteur dans les affaires de tous les jours.

D’un autre côté il y a aussi un large éventail de puissances mauvaises. Satan est le chef de l’autorité de l’air (Éph. 2:2), et d’innombrables esprits mauvais sont à sa disposition. C’est contre eux que se dirige le combat chrétien proprement dit. « Car notre lutte n’est pas contre le sang et la chair, mais contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes » (Éph. 6:12). Et pour pouvoir résister aux ruses du diable, nous avons besoin de l’armure complète de Dieu.

Faisons attention à ceci : ce sont les ruses de l’adversaire contre lesquelles nous devons être particulièrement sur nos gardes, et non pas tant sa puissance qui est brisée vis-à-vis de nous. « Mais je crains », écrivait l’apôtre Paul aux croyants de Corinthe, « que, en quelque manière, comme le serpent séduisit Ève par sa ruse, ainsi vos pensées ne soient corrompues et détournées de la simplicité quant au Christ » (2 Cor. 11:3). Voilà le danger qui nous guette : être corrompus dans nos pensées, et détournés du Seigneur Jésus !

De quelle manière le diable cherche-t-il à atteindre ce but ? Entre autre en prenant la forme d’un « ange de lumière » (2 Cor. 11:14), et en déguisant ses serviteurs en « ministres de justice », et en les faisant parler comme tels (2 Cor. 11:15). Ainsi il peut arriver que des gens veuillent nous enseigner d’un point de vue spirituel avec la prétention d’être envoyés de Dieu ; mais l’esprit qui les anime et qui parle par eux n’est pas le Saint Esprit, mais un esprit mauvais. Le diable cherche constamment à détruire la vérité de Dieu, soit par la force, soit par la contrefaçon ou le mélange de vérité et d’erreur. Derrière toute fausse doctrine il y a effectivement des esprits séducteurs, des démons (1 Tim. 4:1). Nous devons donc être conscients que ces mauvais esprits peuvent, avec la permission de Dieu, agir de manière cachée et secrète sur l’être intérieur des hommes. L’exemple déjà mentionné du serpent et d’Ève, au commencement de l’histoire humaine, le montre plus que clairement.

Pour revenir à notre épître, si nous ne voulons pas être induits en erreur, nous ne devons pas croire tout esprit qui veut nous parler par telle ou telle personne, mais nous devons éprouver les esprits pour voir s’ils sont de Dieu. Si quelqu’un vient à nous, il ne s’agit pas de l’éprouver pour voir s’il est converti et s’il possède la vie nouvelle, mais de savoir si quelqu’un qui prophétise, parle par l’Esprit de Dieu ou par un esprit de démon. Car pensons à ceci : Satan, de même qu’un esprit d’erreur, peuvent parler même par des croyants. Ce n’est pas à un incrédule que le Seigneur disait « Va arrière de moi, Satan ! » (Matt. 16:23). Là, l’esprit et la manière de penser de Pierre n’étaient pas influencés par Dieu, mais par Satan.

La prétention de beaucoup de gens dans la chrétienté de parler par la puissance et avec l’autorité de l’Esprit de Dieu doit être testée — et testée à l’aide de la Parole de Dieu révélée. Cette Parole a été donnée par inspiration : « De saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint » (2 Pierre 1:21). Si maintenant ce que quelqu’un enseigne est en contradiction avec ce que Dieu le Saint Esprit a inspiré (2 Tim. 3:16), alors il est manifeste que la personne ne parle pas par l’Esprit de Dieu, et par suite ne dit pas la vérité.

« Éprouver les esprits » n’équivaut pas directement au « discernement des esprits » de 1 Cor. 12:10. Là il s’agit d’un don de grâce spirituel que le Saint Esprit ne confère pas à chacun, tandis qu’éprouver les esprits pour voir s’ils sont de Dieu est une responsabilité qui appartient à tout vrai enfant de Dieu.

Nous avons déjà vu que pour cette probation des esprits, la Parole de Dieu est le seul étalon de mesure. Car l’esprit humain n’est pas en état de juger les choses spirituelles.

Certainement tous les croyants ne possèdent pas la même capacité pour éprouver les esprits. De plus, les uns peuvent avoir plus d’expérience que d’autres. C’est justement les pasteurs (bergers) qui sont particulièrement appropriés pour cette tâche, et nous pouvons faire appel à leur aide, et nous le ferons volontiers. Cependant en définitive tout chrétien est lui-même responsable dans cette affaire ; car ce qu’il croit ou ne croit pas le concerne lui au premier chef.

Pour avoir un sain jugement spirituel, nous devons être nous-mêmes dans un bon état spirituel. Seuls ceux qui craignent Dieu ont le discernement. « Les hommes adonnés au mal ne comprennent pas le juste jugement, mais ceux qui cherchent l’Éternel comprennent tout » (Prov. 28:5). Daniel confessait devant Dieu : « Nous n’avons pas imploré l’Éternel, notre Dieu, afin de revenir de nos iniquités et de comprendre [avoir du discernement de] ta vérité » (Daniel 9:13).

Une observation tirée de la vie du Seigneur Jésus souligne combien est grave et réelle l’inimitié des esprits méchants. Quand Il était ici-bas sur la terre, Il a rencontré dès le début beaucoup d’esprits mauvais, impurs, qui étaient actifs dans des personnes les plus diverses, et qui ont été manifestés par Sa sainte présence. Ce n’est pas par hasard que le premier miracle rapporté par l’évangile de Marc soit un cas de démon chassé (Marc 1:21 à 28).

 

7.5.2       Les faux prophètes — 1 Jean 4:1b

« Car beaucoup de faux prophètes sont sortis dans le monde » (1 Jean 4:1b).

 

Ce membre de phrase débutant par un « car » nous donne la raison de l’avertissement de la première moitié du verset, celui de ne pas croire tout esprit, et d’éprouver les esprits pour voir s’ils sont de Dieu. Déjà à l’époque beaucoup de faux prophètes s’étaient mis en route, par lesquels l’Esprit de Dieu ne parlait pas, malgré des paroles qui sonnaient bien. Ce qui était valable à l’époque est encore valable aujourd’hui pour reconnaître ces prophètes dans leur vrai caractère, et les démasquer.

Dans la première partie de l’épître, l’apôtre avait donné comme marque distinctive de la dernière heure, le fait qu’il y avait maintenant plusieurs [beaucoup d’] antichrists (2:18). S’il en venait maintenant à parler de « beaucoup de faux prophètes sortis dans le monde », on peut en déduire qu’il incluait dans cette expression les nombreux antichrists. Ce n’est pas sans importance comme nous allons le voir.

Déjà le Seigneur Jésus avait prédit que des faux prophètes se lèveraient, venant en habits de brebis, mais étant au-dedans des loups ravisseurs (Matt. 7:15). L’apôtre Paul a aussi mis en garde contre eux, disant : « Moi je sais qu’après mon départ il entrera parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau ; et il se lèvera d’entre vous-mêmes des hommes qui annonceront des doctrines perverses pour attirer des disciples après eux » (Actes 20:29, 30).

Les faux docteurs, les antichrists, dont l’apôtre avait déjà parlé (2:18), s’étaient tenu un temps parmi les croyants, avant de sortir du milieu d’eux. Maintenant il est dit d’eux qu’ils sont « sortis dans le monde », avec un but malsain. Poussés eux-mêmes par des puissances spirituelles des ténèbres, ils ne faisaient que répandre des ténèbres spirituelles et morales dans le monde. Le terme « monde » ici, désigne la masse des hommes non convertis. Combien il est bouleversant de voir le champ de travail de ces hommes grand ouvert aux erreurs en tout genre !

Cependant la plupart des gens dans ce champ d’activités, y compris les chrétiens, ne se rendent pas compte qu’ils sont constamment exposés à l’influence de puissances mauvaises.

Le fait que des faux prophètes soient sortis dans le monde ne signifie pourtant pas que comme croyants nous n’ayons rien à faire avec eux. Sinon l’exhortation qui nous est donnée serait hors de place et inutile. En vérité, tant que nous sommes encore « dans ce monde », nous rencontrons constamment les traces de ces mauvais ouvriers. Et qui d’entre nous se permettrait de croire qu’il ne court aucun danger de ce côté-là ?

L’apôtre Jean utilise le terme ‘pseudo-prophètes’ pour désigner les faux prophètes. Les vrais prophètes parlent la Parole de Dieu, ils l’appliquent aux cœurs et aux consciences de sorte que l’édification en est le résultat béni (1 Cor. 14:3-5). Par contre les pseudo-prophètes s’adressent aux sentiments des gens, induisent les gens en erreur, et les maintiennent dans les ténèbres. « Mais les hommes méchants et les imposteurs iront de mal en pis, séduisant et étant séduits » (2 Tim. 3:13). « Car il y aura un temps où ils ne supporteront plus le sain enseignement ; mais, ayant des oreilles qui leur démangent, ils s’amasseront des docteurs selon leurs propres convoitises, et ils détourneront leurs oreilles de la vérité et se tourneront vers les fables » (2 Tim. 4:3, 4).

Comme nous l’avons remarqué précédemment, plusieurs de ces antichrists niaient la vraie humanité de Christ, et d’autres niaient Sa divinité. D’autres tenaient pour impossible l’union des deux [natures] dans une seule et même personne, et la combattaient. Il s’ensuit que la vérité de la personne du Seigneur était abandonnée, et par suite aussi celle de Son œuvre. C’est toujours le but premier de Satan, savoir de dénigrer la personne de Christ. Certainement il veut en outre causer du tort aux hommes, un tort éternel. Mais en premier lieu, c’est la vérité sur la personne de Christ qu’il cherche à détruire.

Pour pouvoir distinguer l’Esprit de vérité d’avec l’esprit d’erreur, l’Esprit de Dieu met maintenant à notre disposition, par le moyen de l’apôtre Jean dans cette partie de l’Écriture Sainte, deux pierres de touche infaillibles d’une valeur inestimable :

1.     La personne de Christ manifestée en chair (1 Jean 4:2-4) ;

2.     Les écrits inspirés des apôtres et prophètes du Nouveau Testament (1 Jean 4:5, 6).

 

7.5.3       Jésus Christ ‘venu en chair’ — 1 Jean 4:2

« Par ceci nous connaissons l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu » (1 Jean 4:2).

 

Ici nous avons donc la première pierre de touche ou test, c’est également la plus importante ; avec son aide, nous pouvons discerner si une opinion est effectivement éclairée et conduite par l’Esprit de Dieu.

 

7.5.3.1      Que signifie ‘esprit’ ? — 1 Jean 4:2

Avant de nous occuper de la déclaration elle-même, nous devons nous entretenir encore sur ce qui est entendu par cette expression : « tout esprit … est de Dieu (ou : n’est pas de Dieu) ». Y a-t-il différents esprits, les uns étant de Dieu, et les autres n’en étant pas ?

Manifestement ici le terme « esprit » se rapporte aux opinons intérieures, à la compréhension ou la manière de penser d’un homme. Quand une fois les disciples voulaient faire descendre le feu du ciel sur des Samaritains inamicaux, le Seigneur les blâma et leur dit : « vous ne savez de quel esprit vous êtes animés ! » (Luc 9:55). Leur manière de penser n’était pas bonne, et n’avait manifestement pas Dieu pour origine. Ce que leurs paroles exprimaient n’était donc « pas de Dieu ». Dans le langage courant nous utilisons également le mot « esprit » dans ce sens, quand par exemple nous disons de quelqu’un : « maintenant il montre de quel esprit il est ». Nous voulons dire par là que sa mentalité, sa manière de penser sont maintenant manifestées, cette mentalité ayant bien entendu son origine quelque part.

Ce sens du mot ‘esprit’ est aussi celui utilisé dans notre passage de 1 Jean 4. Si quelqu’un confesse Jésus Christ venu en chair, l’esprit qui parle par lui est « de Dieu », c’est-à-dire qu’il a son origine en Dieu. Car ce discernement, cette confession, sont le résultat de l’activité du Saint Esprit. Et ainsi nous pouvons être certains que nous n’avons pas à faire avec quelqu’un qui égare, parce que nous retrouvons les traces de l’Esprit de Dieu. Si d’un autre côté cette confession n’est pas faite, l’esprit qui parle par la personne rencontrée n’est pas de Dieu. Cela est alors le sujet du verset suivant.

Remarquons encore que l’expression « tout esprit » au v. 2 englobe tous les vrais professants ; d’un autre côté, la même expression au v. 3 inclut tous ceux qui nient la gloire de la personne de Christ.

Ce qui a été dit sur le mot « esprit » tant ici au v.2 qu’au v. 1, est applicable d’une manière très générale. Car nous ne testons pas directement des esprits invisibles, mais nous testons des gens ; nous testons ce qu’ils disent et ce qu’ils taisent, leur mentalité et leur manière de penser. Ce qui sort de leur bouche est l’expression de leur genre de pensée, et de là à son tour, nous reconnaissons à l’aide de la Parole de Dieu par quel esprit ils se laissent conduire, par l’Esprit de Dieu ou par l’esprit de l’antichrist. Dans le premier cas les esprits sont de Dieu, et dans le second ils ne le sont pas.

 

7.5.3.2      « Venu en chair », qu’est-ce que cela ? — 1 Jean 4:2

Nous avons déjà parlé de l’objectif principal de Satan à savoir de détruire partout où cela est possible, la doctrine de Christ (2 Jean 9), c’est-à-dire la vérité sur Sa personne, et de saper Sa gloire. L’activité du Saint Esprit a précisément l’objectif contraire. Il veut toujours glorifier Christ (Jean 16:14), de sorte que nul ne peut dire « Seigneur Jésus ! » si ce n’est par l’Esprit Saint » (1 Cor. 12:3). En cela réside notre sécurité.

Comme résultat de la mise à l’épreuve des esprits, nous pouvons reconnaître l’Esprit de Dieu et Son activité à ce qu’Il suscite chez les croyants un témoignage tout spécial et fondamental à la personne de Christ : « Jésus Christ — venu en chair ».

Notons d’abord qu’il n’est pas dit : « tout esprit qui confesse que Jésus Christ est venu en chair … » comme cela figure par exemple dans la traduction de Luther. Ce ne serait que décrire un événement historique. Mais dans le texte grec, le participe « venu » est grammaticalement en position d’attribut, de sorte qu’il décrit un signe distinctif, un rajout caractéristique d’une personne, ici la personne de Christ.

La confession a ainsi « Jésus Christ » pour contenu — c’est LUI qui est confessé, mais avec la marque distinctive d’être « venu en chair ». Ainsi la déclaration ne porte pas seulement sur le fait historique que Jésus est venu en chair, c’est-à-dire qu’Il est devenu homme, mais elle rajoute une marque distinctive typique de la personne du Seigneur Jésus. « Jésus Christ — venu en chair » ne décrit, en anticipant, ni Sa divinité toute seule, ni encore moins Son humanité toute seule, mais elle embrasse les deux comme unies dans Sa personne.

« Venu en chair », si nous cherchons un peu à nous appliquer cette déclaration, nous en saisirons peut-être plus facilement la profondeur. Pourrait-on faire cette description à notre égard : « venu en chair » ? Impossible ! Sinon, comment serions-nous venus ? Nos parents étaient chair, et nous étions chair dès le commencement (Gen. 6:3). Nous ne pouvions pas paraître autrement qu’« en chair ». Cela n’aurait aucun sens de parler de nous les hommes comme étant « venus en chair », car il n’existe pas d’autre possibilité.

Il en est tout autrement du Seigneur Jésus. Il aurait pu effectivement venir d’une toute autre manière ! N’aurait-Il pas pu venir dans la gloire de Sa propre Personne ou dans celle de Ses saints anges ? Bien sûr ! Mais la merveille de la grâce, c’est qu’Il est venu selon le conseil de Dieu, — en chair, dans ce caractère. Mais indépendamment du caractère dans lequel Il est venu, Il existait déjà préalablement ; et quand Il est venu, Il est resté ce qu’Il était auparavant, c’est-à-dire Dieu.

Il y a une inscription latine du premier siècle après Jésus Christ, dans laquelle la ‘Parole devenue chair’ se délivre elle-même le témoignage suivant : « Je suis ce que J’étais : Dieu. Je n’étais pas ce que Je suis : Homme. Je suis maintenant qualifié de tous les deux, Dieu et Homme ». Cette inscription est d’un intérêt particulier pour nous dans la mesure où elle témoigne de ce que les premiers chrétiens ont cru.

Au vu des nombreuses erreurs doctrinales effrayantes au sujet de la personne du Seigneur, nous voulons tenir fermement et inébranlablement la confession qui est « de Dieu », à savoir Jésus Christ comme venu en chair — avec tout ce que cela comporte ! Par cela j’entends aussi la parfaite manifestation qu’Il a donnée de Dieu ici-bas ; j’entends la grande œuvre de la rédemption par laquelle Dieu a été glorifié d’une manière sans pareille, et par laquelle le fondement de notre salut éternel et de la destruction des œuvres du diable a été posé.

Quelle personne élevée et divine nous avons en Lui, notre Seigneur Jésus Christ ! Le confesser, tenir fermement par la foi et dans l’adoration aux traits de la nature de Sa Personne, voilà un vrai bonheur — comme c’est en somme la volonté de Dieu que Christ soit connu (Jean 12:42, 43 ; Rom. 10:9, 10 ; Héb. 13:15). Nous savons qu’il y a des êtres qui ne le font pas. Cela nous conduit au verset suivant.

 

7.5.3.3      L’esprit de l’antichrist — qui est déjà dans le monde — 1 Jean 4:3

« Et tout esprit qui ne confesse pas Jésus [Christ venu en chair] n’est pas de Dieu ; et ceci est l’esprit de l’antichrist, duquel vous avez ouï dire qu’il vient, et déjà maintenant il est dans le monde » (1 Jean 4:3).

 

Les crochets signifient que les mots « Christ venu en chair » manquent dans certains manuscrits. En général, sur la base de bonnes autorités, on admet aujourd’hui que la rédaction la plus courte est celle de l’original : « Et tout esprit qui ne confesse pas Jésus n’est pas de Dieu ». Il est remarquable qu’ici, en contraste avec le v. 2, il y a l’article devant Jésus : « qui ne confesse pas le Jésus ». Il s’agit donc de la même personne que précédemment et de tout ce qui en a été dit au v. 2b. Ce Jésus, Celui qui a été décrit, n’est pas confessé par les mauvais esprits et les séducteurs influencés par eux. Cela confirme en outre qu’il ne s’agit pas ici de la confession d’un fait seulement, mais de celle d’une Personne. Ces ‘esprits’ ne croient pas à la gloire de Sa Personne divine. C’est d’elle qu’il s’agit !

Il y a des gens qui ont une idée de Jésus tout à fait respectable à leurs yeux. Ils parlent de Lui comme d’un homme de haut niveau éthique, d’un pilier important de la religion, du plus grand Génie religieux de tous les temps, et bien d’autres qualificatifs encore. Même les musulmans Le tiennent pour le meilleur des hommes, pour un grand prophète.

Mais appliquons leur un peu le test que Dieu nous a donné : confessent-ils « le Jésus », Celui venu en chair selon le v. 2 ? Témoignent-ils de Sa divinité en plus de Son humanité ? Tiennent-ils ferme à ce que ce Jésus est vrai Dieu et vrai Homme dans une seule et même personne ? Dans la plupart des cas, la réponse tombe, négative. Ils L’honorent bien extérieurement par leurs paroles, mais ce qui constitue l’être véritable de Sa personne, ils Le nient. Alors s’applique à leur égard la parole suivante : « tout esprit qui ne confesse pas Jésus Christ [venu en chair] n’est pas de Dieu ». Un esprit parle par eux sans avoir Dieu pour origine, c’est un mauvais esprit.

Il y a plus : cet esprit est directement l’esprit de l’antichrist. Bien que dans le texte original le mot ‘esprit’ manque, nous devons compléter en suivant le modèle du v. 2 de préférence par le mot ‘esprit’ ou aussi ‘nature’. Quand l’antichrist viendra, c’est justement cet esprit qui émanera de lui, et qui constituera sa nature : il niera la vérité au sujet de Christ. Il ne sera pas seulement contre Christ, mais il se mettra à Sa place. Nous avons déjà parlé de cela à propos du ch.2 v.18.

Même si la venue de l’antichrist, ce personnage bien précis du temps de la fin, appartient à une époque encore future, cependant l’esprit de l’antichrist est déjà actif dans beaucoup de personnes. Et de la même manière que les destinataires de l’épître avaient entendu dire que l’antichrist vient (2:18), ainsi ils avaient aussi entendu dire que l’esprit de l’antichrist vient, — sans doute de l’apôtre Jean lui-même lorsqu’il était encore auprès d’eux. Et il est même ajouté : « et déjà maintenant il est dans le monde ». Sa présence ouvre la voie à la personne de l’antichrist. L’apôtre Paul parle pareillement « du mystère d’iniquité », et il dit qu’il « opère déjà », avant que soit « révélé l’inique » (2 Thess. 2:7, 8).

Si quelqu’un sape par sa doctrine la gloire de la personne de Christ, c’est la preuve claire que nous avons devant nous l’esprit de l’antichrist, et que la doctrine provient de Satan. Nous devons repousser une telle personne de manière décidée. Nous ne devons en aucune manière frayer d’amitié avec les agents de Satan, sinon nous brisons l’épée dans nos mains. Même saluer de manière ordinaire celui qui « n’apporte pas cette doctrine », revient à participer à ses mauvaises œuvres (2 Jean 10, 11).

Combien il est grand et consolant au vu de tels dangers de posséder l’Esprit de Dieu ainsi que l’infaillible Parole de Dieu, qui peut nous éclairer sur toutes les questions de doctrine et de pratique, et qui peut couvrir l’erreur de honte ! Tenons fidèlement à cette Parole, chers amis ! Que Dieu nous garde dans le chemin de l’humilité ! Certainement Il le fera !

 

7.5.4       Une deuxième pierre de touche : l’enseignement apostolique

Les trois premiers versets du ch. 4 de 1 Jean nous ont donné la première pierre de touche pour reconnaître les faux prophètes : la Personne de Christ. Les versets suivants nous conduisent maintenant à une deuxième pierre de touche importante : l’enseignement apostolique. Mais il est d’abord parlé, pour notre grand encouragement, de ce que les enfants de Dieu sont des vainqueurs dans certaines relations.

 

7.5.4.1      Comment les enfants de Dieu ont-ils la victoire ? — 1 Jean 4:4

« Pour vous, enfants, vous êtes de Dieu, et vous les avez vaincus, parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jean 4:4).

 

Jean s’adresse de nouveau aux destinataires de son épître, avec le titre familier d’« enfants », un titre de tendresse (en grec teknia = petits enfants) qui n’inclut pas seulement tous les membres de la famille de Dieu, mais qui exprime des relations intimes les uns envers les autres (voir aussi 2:1, 12, 28 ; 3:7, 18 ; 5:21).

L’apôtre dit d’eux, et même il commence par cela le nouveau courant de pensées : « Vous, vous êtes de Dieu ». Le ‘vous’ au commencement de la phrase, est accentué et fait contraste avec le « eux/ils » également accentué au commencement du verset suivant : « Eux, (les faux prophètes) ils sont du monde ».

Combien ce « vous, vous êtes de Dieu » est encourageant et consolant ! Dieu est non seulement l’origine de toutes les bénédictions que les croyants possèdent, mais ils sont eux-mêmes de Lui, et ils sont nés de Lui, et comme tels ils sont les objets de Son amour. Puissions-nous avoir davantage le sentiment que le Dieu éternel est Lui-même l’origine de notre existence comme « enfants de Dieu » ! Cela nous assurerait de la fermeté dans toutes les tentations, une sauvegarde dans tout ce qui nous menace, et un profond bonheur dans toutes les circonstances.

L’apôtre montre alors que les enfants de Dieu sont des vainqueurs, car il continue ainsi : « … et vous les avez vaincus ». Qu’entend-t-il par « les » ? Assurément ce sont les faux prophètes dont il a parlé peu avant (4:1). Du fait que le verbe vaincre (‘avez vaincus’) dans le texte original est au temps parfait, cela donne la signification suivante : vous avez remporté la victoire sur eux (dans le passé), et vous continuez (dans le présent) à être victorieux sur eux. C’est une déclaration étonnante qui resterait inexpliquée, si une raison ne nous était pas donnée dans la deuxième partie de la phrase.

Dans notre épître les croyants sont vus comme vainqueurs de trois manières. Au ch. 2 ce sont les jeunes gens qui ont vaincu le méchant (1 Jean 2:13, 14). Au ch. 5, il est parlé de vaincre le monde (1 Jean 5:4, 5) et dans notre passage du ch. 4 il est question de vaincre les faux prophètes. Dans ces trois passages il est donné chaque fois un autre « moyen » de vaincre : dans le premier passage, le moyen est la Parole de Dieu, dans le second passage le moyen est la foi, et dans le troisième passage qui nous occupe maintenant, le moyen est le Saint Esprit. Ce dernier est assurément le plus profond et le plus fondamental.

La victoire sur ceux qui égarent du point de vue religieux a lieu par le fait qu’on ne les écoute pas et qu’on refuse ce qu’ils apportent. Mais la force pour cela réside seulement dans l’Esprit qui nous a été donné, et par lequel Dieu demeure (habite) en nous (1 Jean 3:24). Et ainsi il est dit : « … parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde ». Parce que Dieu le Saint Esprit est en nous, nous avons la force et la capacité de reconnaître et de rejeter comme n’étant pas de Dieu les doctrines des antichrists qui égarent.

On retrouve ici ces deux familles si opposées l’une à l’autre : « celui qui est en vous » — « celui qui est dans le monde » (deux cercles différents de personnes) ! Les uns sont « de Dieu », les autres sont « du monde » (deux origines différentes). Les enfants de Dieu sont conduits par le Saint Esprit, les enfants du diable sont conduits par l’esprit de l’antichrist qui est déjà dans le monde, selon ce que nous avons appris au v. 3 (deux esprits différents).

Quel encouragement extraordinaire il y a à apprendre « que celui qui est en nous est plus grand que celui qui est dans le monde » — plus grand non seulement que l’esprit de l’antichrist, mais aussi que le diable lui-même ! Ce dernier, dans l’Écriture, est appelé aussi bien le prince ou chef de ce monde, comme aussi le dieu de ce siècle (Jean 12:31 ; 2 Cor. 4:4). Et le jugement de Dieu à la fin de notre épître est que le monde entier gît dans le méchant, c’est-à-dire le diable (1 Jean 5:19). Cependant en face de toute la puissance de l’adversaire, il nous est donné de savoir en toute assurance que celui qui est en nous est plus grand que celui qui est dans le monde.

Si nous donnons à cette section le titre « comment les enfants de Dieu sont-ils victorieux », nous avons trouvé la réponse : en refusant ceux qui égarent et leurs doctrines. Cependant la puissance pour le faire provient, comme nous l’avons également vu, du Saint Esprit qui habite en nous et qui nous occupe de Christ. C’est en cela que réside notre sécurité. La vérité comme telle ne fournit pas de force pour garder. Nous devons beaucoup plutôt tenir fermement la vérité dans nos cœurs, nous devons être ouverts à l’activité de l’Esprit de Dieu. Car Son intention est toujours de diriger nos cœurs sur Christ, et ainsi d’agir en puissance sur nos affections et notre conscience. Ce n’est que sur cette voie que nous pouvons être victorieux. Or ce qui peut paraître dans une mesure difficile, est en fait tout simple. Car pour rester préservé, pour rester vainqueur, nous n’avons besoin que de connaître la voix du Bon Berger et de Le suivre (Jean 10:4, 27). Que Dieu nous aide à cela !

 

7.5.4.2      L’esprit du monde — 1 Jean 4:5

Alors qu’au v. 4 il y avait le pronom personnel « vous » (les croyants), au v. 5 on passe à un « eux/ils » général (qui se rapporte aux faux prophètes).

« Pour eux, ils sont du monde ; c’est pourquoi ils parlent [selon les principes] du monde, et le monde les écoute » (1 Jean 4:5).

 

Comme déjà si souvent dans cette épître et encore dans les versets précédents, la préposition ‘ek’ (hors de) indique une origine (ici : un groupe de personnes). Ces séducteurs qui égarent ne sont pas « de Dieu », mais sont « du monde ». Ils se vantent d’une science profonde, et peuvent faire preuve de beaucoup d’éloquence, être aimables et attirants dans les contacts. Mais ils ne sont pas passés par la nouvelle naissance, ils ne se sont jamais reconnus comme perdus et mauvais. Tout leur être, tout leur caractère, tous leurs courants de pensées émanent du monde et correspondent à l’esprit du monde, c’est-à-dire le domaine du diable.

Par suite, ce n’est pas le Saint Esprit qui est en eux, Lui qui est « plus grand », mais c’est l’esprit qui est dans le monde. C’est ainsi aussi qu’ils parlent comme étant « du monde ». Ici la préposition ‘ek’ (hors de) indique l’origine, le principe sur lequel quelque chose se passe : ils parlent selon les principes et l’esprit du monde. Comme un courant ne remonte jamais au-dessus de sa source, ainsi ce qui provient de ces gens n’est jamais au-dessus du monde, jamais au-dessus de ce que le monde appelle sagesse. Ils se présentent comme chrétiens religieux, et ils parlent de nouveaux développements de la société humaine, de l’amélioration de l’état du monde, et d’autres choses de ce genre. Mais tout cela respire l’esprit du monde, porte l’empreinte du monde. Il n’y a pas là une seule étincelle de vie divine.

C’est justement pour cela que « le monde les écoute ». Ce que ces gens qui égarent répandent, est tout à fait selon le goût des gens du monde. Dans le fait que le monde écoute ces faux prophètes, qu’il leur prête l’oreille, nous pouvons y voir comme un test additionnel pour éprouver les esprits. Le monde aime ce qui est sien, ce qui lui est propre (Jean 15:19). Et ainsi le monde aime aussi le discours de ces gens qui égarent, parce que c’est ses propres paroles, sa propre façon de penser.

Le monde ne s’est encore jamais ouvert en face de ce qui est véritablement de Dieu. Il le hait bien plutôt (Jean 15:18-25), il hait la ‘lumière’ parce qu’elle manifeste ses œuvres mauvaises (Jean 3:19, 20). Et ainsi il préfère toutes les fables possibles, qui ne troublent pas sa conscience, plutôt que la vérité (2 Tim. 4:3, 4). Non, les foules veulent écouter ce qui les flatte, ce qui plaît à leur chair. Si quelque chose correspond à leur désir, ils ne lésinent pas sur la reconnaissance, les applaudissements et la rémunération. C’est de cette manière que le diable fait à l’égard de son auditoire. Car sans s’en douter, ils prêtent l’oreille aux nombreux antichrists qui, aujourd’hui, ont pris place par milliers dans les chaires de la chrétienté.

Voilà donc le test : si les prédicateurs ou certaine littérature « chrétienne » trouvent une large approbation, on peut être sûr qu’ils n’ont pas Dieu pour origine, mais plutôt le monde et son chef. Plus la popularité de ces enseignants est grande, plus leurs produits et leurs idées sont adoptés volontiers par les gens, et plus il est montré à l’évidence combien l’avis qui vient d’être donné est juste.

 

7.5.4.3      Le ‘nous’ apostolique — 1 Jean 4:6

« Nous, nous sommes de Dieu ; celui qui connaît Dieu nous écoute ; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas ; à cela nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit d’erreur » (1 Jean 4:6).

 

Dans ce verset, le troisième de la série, l’insistance est mise sur le pronom personnel au début de la phrase : « Nous, nous sommes… ». Comparons un peu les trois débuts de versets :

v. 4 : « vous, enfants, vous êtes de Dieu » — vous les enfants de Dieu ;

v. 5 : « eux, ils sont du monde » — eux/ils, les faux prophètes ;

v. 6 : « nous, nous sommes de Dieu », — nous, les apôtres et prophètes du Nouveau Testament.

 

Des contrastes forts, et au moins des différences sont visibles ici. Ce que l’apôtre dit maintenant de lui et des autres apôtres avec lui, il l’a déjà attribué précédemment aux enfants de Dieu : les uns comme les autres sont « de Dieu », ils ont Dieu comme origine. Malgré tout, on ne peut pas mettre au même niveau les deux groupes de personnes. Appartenir à la famille des enfants de Dieu est une chose, être compté parmi les apôtres et les prophètes du Nouveau Testament en est une autre. On va revoir tout de suite l’importance de cette remarque. En tout cas nous avons ici de nouveau le « nous » apostolique, déjà rencontré au début de l’épître.

Il y a un contraste particulièrement fort, naturellement, entre les apôtres au v. 6 et les faux prophètes du v. 5. Ces derniers sont du monde et le monde les écoute. Inversement les apôtres sont de Dieu. Eux aussi ont leur auditoire, « ceux qui les écoutent » : « celui qui connaît Dieu », dit l’apôtre, « nous écoute ». Il ne dit pas « celui qui est de Dieu », mais « celui qui connaît Dieu ». Littéralement il est dit : « le connaissant Dieu », ce qui suppose un processus continuel, une attitude de principe. C’est très encourageant. L’apôtre ne met pas tant l’accent ici sur le fait d’être-né-de-Dieu, sur la nouvelle naissance, mais sur son grand résultat : celui qui est né de Dieu est caractérisé par le fait qu’il connaît (en grec : ginosko) Dieu par expérience et de manière croissante.

Quelle description précieuse d’un croyant ! Bénédiction merveilleuse ! À la fin de l’épître, on la retrouve exprimée de la façon suivante : « Or nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné une intelligence afin que nous connaissions le Véritable » (1 Jean 5:20) !

Ces personnes heureuses « écoutent » les apôtres et prophètes du Nouveau Testament (Éph. 2:20 ; 3:5 ; 4:11), c’est-à-dire qu’elles reconnaissent l’autorité divine de leurs paroles, ils les reconnaissent comme étant « Parole de Dieu ». Pour eux, l’enseignement apostolique a le même rang et est autant inspiré de Dieu que toutes les autres parties de l’Écriture Sainte. Tout vrai chrétien prend la totalité du Nouveau Testament comme étant de Dieu. Ceci est exprimé ici de la manière suivante : « celui qui connaît Dieu, nous écoute ». Mais en même temps, c’est une pierre de touche puissante pour tous les professants chrétiens, spécialement à l’égard de ceux qui prennent la position d’enseignants (docteurs) dans la chrétienté.

 

7.5.4.4      La négation, un trait de caractère de Satan — 1 Jean 4:6bc

L’apôtre se tourne du côté positif de l’enseignement (et combien il est vraiment positif !) vers le côté négatif : « celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas ». Il y a des gens, des critiques incrédules, qui ne se soumettent pas à l’enseignement apostolique bien qu’ils professent le christianisme. Leurs arguments pour cela sont aussi différents que cousus de fil blanc. En tout cas ils nient ce que Dieu affirme.

Certains n’attribuent de l’autorité qu’aux affirmations directes de Jésus, et ils dénient toute autorité aux apôtres. Leurs paroles ne seraient que des paroles d’hommes, des opinions qu’on peut accepter comme des recommandations ou rejeter. Ce mouvement qui s’intitule « revenir à Christ » paraît à première vue honorer Christ, mais derrière lui ne se tient personne d’autre que le père du mensonge. Ces gens parlent de vouloir revenir à Christ, mais ils accusent, par exemple l’apôtre Paul, d’avoir développé un système théologique propre à lui, que Christ sur la terre n’aurait jamais enseigné. Et ainsi ils rejettent les grandes vérités de la rédemption, que le Seigneur a spécialement confiées à ce serviteur, l’apôtre des nations, pour qu’il les annonce.

Les épîtres du Nouveau Testament sont la pleine révélation de la doctrine de Christ. Elles contiennent les « beaucoup de choses » de Jean 16:12 à l’égard desquelles le Seigneur parlait avant sa mort expiatoire, disant qu’elles seraient révélées quand le Saint Esprit, l’Esprit de vérité, serait venu. Maintenant Il est venu, et Il a tout révélé aux apôtres « ce que l’œil n’a pas vu, et que l’oreille n’a pas entendu, et qui n’est pas monté au cœur de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Cor. 2:9, 10). C’est l’esprit de l’antichrist de nier cela. Quiconque rejette la parole de l’apôtre, montre par là qu’il n’est « pas de Dieu ».

Les prétentions qui viennent d’être exprimées sont absurdes et intenables pour encore une autre raison. Quand ils prétendent que seules les déclarations directes de Christ ont de l’autorité et sont normatives, mais qu’ils refusent les paroles des apôtres, alors ces gens se contredisent eux-mêmes dans un certain sens. Car ces déclarations n’ont été fournies que par les écrits des apôtres et prophètes du Nouveau Testament. S’ils ne sont pas fiables, alors les déclarations de Jésus ne sont pas fiables non plus, et sont par conséquent ouvertes à toutes les critiques et les interprétations. Ainsi, finalement, tout s’écroule. Et cela montre où mènent toujours les négations de Satan : au chaos.

D’autres faux enseignants sapent la doctrine des apôtres en prétendant qu’elle était bonne pour les gens simples du commencement, mais qu’elle doit être adaptée avec les progrès du temps et être soumise à de nouveaux développements.

Or si on argumente de cette manière, on ouvre grand la porte à toutes les erreurs. Car qu’est-ce qui ne vient pas à l’esprit humain quand il s’avise de devoir « améliorer » la vérité de Dieu ! Si nous appliquons de nouveau ici notre ‘pierre de touche’, nous reconnaissons tout de suite que ce n’est pas « l’esprit de vérité » qui parle chez de tels docteurs, mais « l’esprit d’erreur ». Car il veut nous amener à ne pas écouter les paroles des apôtres. Or c’est justement la marque distinctive, le signe de reconnaissance que la personne concernée n’est « pas de Dieu ».

Dans ce temps du début, il était naturellement d’une importance particulière de reconnaître les écrits du Nouveau Testament, du fait que le Nouveau Testament était en voie de formation, et que les évangiles et les épîtres individuelles parurent peu à peu. Aujourd’hui dans les derniers jours du temps de la grâce, il n’est pas moins important d’écouter les paroles des apôtres. Cela est et reste le grand test pour la vérité et l’erreur, en plus de la reconnaissance de la personne de Christ. C’est pourquoi l’apôtre Jean conclut cette section par les paroles : « À cela (par ce qui a été dit avant) nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit d’erreur ».

 

7.5.4.5      Une dernière confrontation — 1 Jean 4:6c

Avant de terminer la considération de cette parenthèse importante (4:1-6), nous voulons encore une fois parler du contraste fort qu’il y a entre l’« esprit de vérité » et l’« esprit d’erreur ». Nous devons d’abord nous demander ce qui est entendu par ces deux expressions.

L’« esprit de vérité » fait-il référence à la personne du Saint Esprit ? Il est certes incontestable que, trois fois dans l’évangile de Jean, le Seigneur Jésus nomme le Saint Esprit justement de cette manière : l’Esprit de vérité (14:17 ; 15:26 ; 16:13). Cependant je ne crois pas que ce soit la signification dans notre passage. Car si celui-ci faisait allusion au Saint Esprit, alors « l’esprit d’erreur » se rapporterait à l’antichrist ou au diable. Or au v. 1, nous sommes invités à tester les esprits s’ils sont de Dieu. Cela ne peut pas signifier qu’il faut tester le Saint Esprit ou tester le diable pour savoir s’ils sont de Dieu ou ne le sont pas.

Là, il s’agit pour Jean de montrer comment on doit tester certaines personnes pour apprendre quel est leur arrière-plan spirituel, ou (pour utiliser des expressions déjà employées) quelle sorte d’« esprit » parle en eux. S’agit-il de faux prophètes ou de vrais serviteurs du Seigneur ? Pour être au clair là-dessus nous ne devons pas chercher à sonder leurs cœurs. Non, nous devons simplement écouter ce qu’ils professent, ce qu’ils disent (4:5). Ce qui vient de leurs lèvres respire-t-il l’esprit de vérité ou l’esprit d’erreur ?

En particulier il s’agit finalement de la parole apostolique et par elle du second grand « test » de notre section, à savoir si l’on reconnaît ou refuse ce que les apôtres ont enseigné. À cela, comme nous l’avons vu, on pouvait et on peut savoir si la personne est de Dieu ou ne l’est pas. Sur ce point, il s’agit de l’origine de la personne, d’un prédicateur ou d’un docteur (enseignant) dans la chrétienté. A-t-il ses racines en Dieu ?

Nous arrivons par-là à la seconde question qui est de savoir si ce que l’un ou l’autre dit ou enseigne, porte l’esprit, l’empreinte de la vérité ou l’empreinte de l’erreur. Le « test » donne une information certaine sur ce sujet. Si un docteur de la chrétienté ne reconnaît pas la parole apostolique comme parole de Dieu, alors ce qu’il annonce est absolument de l’erreur. Il peut s’agir de paroles tellement belles à écouter, cela peut paraître si intelligent, mais c’est de l’erreur. Conséquence inexorable et effrayante ! Il faut la voir en face.

Et ainsi nous avons de nouveau devant nous cette alternative bien tranchée, et sans nuance, ou bien ou bien.

Au ch. 3 deux familles étaient mises en vis-à-vis : ou bien on appartient aux enfants de Dieu, ou bien on appartient aux enfants du diable. Aucune autre option entre les deux.

Dans les six premiers versets du ch. 4, deux groupes d’ouvriers sont mis en contraste dans le domaine chrétien : ou bien ce sont de bons ouvriers, ou bien ce sont de mauvais ouvriers. Mais cela ne fait pas ressortir d’autre distinction que la différence entre la vérité et l’erreur. Ici aussi il n’y a pas de pont entre les deux, comme il n’y a pas de demi-vérité et de demi-erreur.

À qui prêtons-nous l’oreille, à la vérité ou à l’erreur ? C’est une question où notre sort est en jeu, elle décide de notre bonheur ou de notre malheur pour le temps présent et pour l’éternité !

 

7.6      Dieu est amour — 1 Jean 4:7

Avec le v. 7 du ch. 4, l’apôtre revient à son sujet propre qu’il avait laissé à la fin du ch. 3. Dans la parenthèse si importante regroupant les six premiers versets de ce chapitre, il avait mis en garde contre les mauvais esprits, contre les faux prophètes.

À cette occasion, il est intéressant de voir comment chaque fois il revient à ce qui a déjà été dit pour l’approfondir plus loin dans l’épître. C’est ainsi qu’au ch. 2, v. 18 et suiv., il avait déjà parlé de beaucoup d’antichrists. Dans la parenthèse du début du ch. 4, il se rattache à cela et y ajoute des pensées essentielles qui nous aident à reconnaître les mauvais ouvriers et à rester en garde contre eux.

Avec le sujet élevé de l’amour, il en va de même. Là-dessus aussi l’apôtre avait déjà dit quelque chose, sur l’amour de Dieu, sur notre amour (2:9-11 ; 3:1 ; 3:11-18). Et maintenant il revient sur ce grand sujet de l’épître, et continue à le développer devant nos yeux, en ajoutant des points de vue qui n’avaient pas encore été devant nous de cette manière. Et c’est effectivement merveilleux d’être occupés de l’amour de Dieu ! Notre amour ne peut en être qu’un pâle reflet.

 

7.6.1       Trois raisons d’aimer les frères — 1 Jean 4:7a

« Bien-aimés, aimons-nous l’un l’autre, car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jean 4:7).

 

L’écrivain de l’épître s’adresse de nouveau aux destinataires de sa lettre en les appelant « bien-aimés », — un titre qu’il utilise particulièrement souvent dans cette partie de l’épître, et sur lequel nous nous sommes déjà arrêtés (voir les remarques sur 3:21). Ne voulons-nous pas nous approprier cette désignation touchante, et nous l’appliquer ? Certainement, elle est valable aussi pour nous, bien-aimés !

Et alors suit l’invitation à l’amour mutuel des frères : « aimons-nous l’un l’autre ». C’est déjà la troisième fois dans l’épître que nous sommes exhortés à l’amour des frères (voir 3:11 et 3:23).

Si nous sommes des bien-aimés, si nous avons été mis en relation avec Dieu et les uns avec les autres, ne devons-nous pas alors donner expression à ces relations ? « Aimons-nous l’un l’autre ! ».

Le temps présent, utilisé pour le verbe, exprime la pérennité : « continuons à nous aimer l’un l’autre constamment ». Ce n’est pas un amour de temps en temps, mais un amour constant, dont parle ici la Parole de Dieu, un amour qui est déjà en activité et qui doit être poursuivi. Nous avons déjà vu qu’il ne s’agit pas d’un amour purement humain, ni purement naturel, mais d’un amour divin.

 

7.6.1.1      L’amour : son origine est en Dieu — 1 Jean 4:7b

La fin de la phrase rend cela clair tout de suite : « car l’amour est de Dieu ». Il n’est pas dit : « car amour est de Dieu » : dans cette dernière formulation l’article manque devant « amour », ce qui signifierait alors que, d’une manière générale, l’amour a Dieu pour origine. Mais est-ce le cas ? L’amour du monde, par lequel il aime ce qui est sien, est-il de Dieu (Jean 15:19) ? L’amour des publicains pour leurs semblables est-il de Dieu (Matt. 5:46) ? Ne sommes-nous pas exhortés à ne pas aimer le monde (1 Jean 2:15) ? — Non, il n’est question que de « L’Amour », celui dont Jean parle, et avec lequel les enfants de Dieu doivent s’aimer l’un l’autre, — seul cet amour est « de Dieu ».

En tout, il est donné trois raisons de s’aimer l’un l’autre. Nous avons vu en partie ces pensées dans les parties précédentes de l’épître. Cependant ce qui est dit ici jette une nouvelle lumière sur ce sujet précieux, de sorte que le tout, comme chacune des parties, apparaissent dans une connexion plus profonde.

Il est d’abord insisté sur le fait que l’amour est de Dieu. Nous avons déjà rencontré la tournure « de Dieu » à plusieurs reprises dans notre chapitre. Ce qui a été dit au début des v. 4 et 6 intéresse maintenant particulièrement : Les enfants de Dieu sont de Dieu, les apôtres sont de Dieu. Et maintenant il est ajouté que l’amour est de Dieu. Cela montre clairement que l’amour est le lien unificateur de la famille divine.

Cependant cela n’est pas tout : l’amour a aussi son origine en Dieu. Il n’a pas sa source dans l’homme, dans la créature, mais en Dieu. Combien cela est grand qu’il y ait un amour tel qu’il découle directement de Dieu ! Cet amour ne réchauffe pas seulement nos cœurs, mais il nous rend capables de nous aimer l’un l’autre de la manière voulue de Dieu.

Il est ici entièrement question de la nature divine ; si quelqu’un possède cette nature, il l’a de la part de Dieu. Les vrais croyants n’ont donc aucune excuse s’ils manquent à l’amour des frères. La haine n’est pas de Dieu, l’amour est de Dieu. Et si nous nous aimons l’un l’autre, alors en cela quelque chose de Dieu devient visible.

 

7.6.1.2      Connaître Dieu — 1 Jean 4:7c

La deuxième raison d’aimer les frères est étroitement liée à ce qui précède : « quiconque aime (litt.: chaque aimant) est né de Dieu et connaît Dieu ». Nous devons nous aimer l’un l’autre justement parce que deux choses sont ainsi manifestées : le fait que des relations divines existent, et le fait que Dieu est connu.

Nous nous sommes déjà occupés de près de l’expression « né de Dieu ». Cela remonte au ch. 2 v.29, et au ch.3 v.9, et on renvoie aux remarques faites à propos de ces deux passages. Du fait que l’amour a sa source en Dieu, ceux qui exercent l’amour des frères fournissent la preuve qu’ils sont nés de Dieu, qu’ils sont des enfants de Dieu. Effectivement, c’est justement par notre amour pour les autres chrétiens que nous fournissons la meilleure preuve de ce que nous-sommes-nés-de-Dieu, — la meilleure justement parce que le monde ne nous aime pas.

Ce passage n’est pas la première mention dans cette épître du grand privilège de connaître Dieu (voir 2:3, 4 et 4:6), et le lecteur est renvoyé aux remarques faites à propos de ces deux passages cités. Manifester l’amour divin est en tout cas plus qu’un simple indice de l’existence de relations divines. C’est en plus l’expression d’une connaissance (en grec : ginosko) de Dieu qui va croissant et s’approfondissant.

Combien il est étonnant que nous soyons capables de connaître Dieu, alors que nous ne connaissons pas réellement notre plus proche voisin ! Ce qu’un homme est, nous ne le savons que parce que nous sommes nous-mêmes des hommes. Un être ne peut comprendre un autre être que s’il en a la nature. Ainsi par exemple, un animal ne peut pas nous connaître, ne peut pas dire ce que nous sommes, parce qu’il n’a pas notre nature. Et, — ceci soit dit en toute révérence à la suite de ces comparaisons, — nous ne pouvons également connaître Dieu que si nous avons part à Sa nature. Mais celle-ci nous est communiquée par la nouvelle naissance, de sorte que nous possédons maintenant la vie éternelle, et que nous sommes en état de connaître Dieu. Le Seigneur Jésus n’a-t-Il pas parlé dans ce sens de la vie éternelle ? « Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jean 17:3).

Si nous aimons, ce n’est que parce que nous avons la nature de Dieu. Ceci est un côté des choses. Mais nous savons aussi ce que Dieu est. Quel privilège inestimable ! Au ciel nous en jouirons parfaitement. Cependant même si maintenant nous avons encore beaucoup à apprendre, il y a ceci qui est et reste vrai : nous avons la nature de Dieu, et par suite nous savons en principe ce qu’est cette nature. Cela peut-il signifier autre chose que de la joie, une joie complète ? Connaître Dieu, connaître Jésus Christ, est le sommet de toute bénédiction et de toute joie. C’est par la possession de la nature divine que, bien que nous ne soyons encore que poussière, nous sommes déjà aujourd’hui rendus capables de goûter les relations avec Dieu et d’en jouir. C’est précisément cela le contenu ou la nature [l’essence] de la vie éternelle.

 

7.6.1.3      L’amour — un trait de caractère de Dieu — 1 Jean 4:8

La troisième raison d’aimer les frères a un caractère négatif : il nous est dit ce que l’absence de cet amour signifie.

« Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jean 4:8).

 

Le manque d’amour manifeste l’absence de connaissance de Dieu dont la nature est amour. Celui chez qui cet amour manque n’a jamais vécu la nouvelle naissance, et n’est jamais arrivé à la connaissance de Dieu. L’apôtre ne dit pas : « Celui qui n’aime pas, n’est pas né de Dieu », ce qui naturellement correspondrait à la vérité, seulement il va directement à la conséquence qui en découle, et il dit : « … n’a pas connu Dieu ».

Mais nous, bien-aimés, nous pouvons et nous devons nous aimer l’un l’autre. Car combien est solennelle la situation contraire lorsque l’amour manque par principe ! Quel stimulant pour nous de manifester l’amour, du fait que ce pauvre monde ne connaît ni le vrai amour, ni Dieu dont il émane ! Cette motivation de l’amour des frères peut être nouvelle pour plusieurs lecteurs ; elle l’était aussi autrefois pour l’auteur de ce livre.

Ensuite vient la phrase merveilleuse qui est répétée plus loin au v. 16 : « Dieu est amour ». Ce n’est que trois mots (quatre en grec, à cause de l’article devant ‘Dieu’ : « le Dieu ») et pourtant quelle déclaration puissante !

 

7.6.1.3.1        Dieu, non pas le Père — 1 Jean 4:8, Dieu est amour

Occupons-nous d’abord de qui il est question ! Non pas du ‘Père’, mais de ‘Dieu’. Entre ces deux expressions il existe une différence remarquable, parfois méconnue malheureusement, mais dont l’écrivain inspiré tient toujours compte, aussi bien dans son évangile que dans ses épîtres. Quand il utilise le mot ‘Dieu’, il s’agit de la nature de Dieu et de Son activité selon cette nature. Au contraire s’il est parlé du ‘Père’, c’est la grâce qui est mise au premier plan, cette grâce dans laquelle Il agit en Christ envers nous.

Quelques exemples tirés de l’évangile peuvent clarifier cela. « Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains … mais qui désobéit au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » (Jean 3:35, 36). « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18). « Le Père en cherche de tels qui l’adorent. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité » (Jean 4:23, 24).

Le nom du Père parle de relations manifestées en Christ. Mais s’il est question de Dieu, cela montre ce que Dieu est en Lui-même, dans Sa nature, dans Son autorité. Durant toute Sa vie et Son service sur la terre, le Seigneur Jésus n’a jamais parlé de Dieu comme étant Son ‘Dieu’, Son discours se référait toujours à Son ‘Père’. Cela suffisait à donner une expression appropriée aux relations dans lesquelles Il était vis-à-vis de Lui. « Et je ne suis pas seul, car le Père est avec moi » (Jean 16:32). Ce n’est qu’à la croix de Golgotha, quand la sainteté de Dieu exigea son dû, que le Rédempteur a crié dans la détresse de Son âme : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matt. 27:46).

Si nous revenons à notre épître, nous verrons clairement ici la différence entre ‘Dieu’ et le ‘Père’. Au début du ch.3, nous trouvons par exemple la parole merveilleuse : « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu ! » (3:1). Ici c’est l’épanchement de Sa grâce et de Son amour en Christ, et c’est pourquoi cette bénédiction émane du Père.

Mais maintenant au ch. 4, l’expression change de ‘Père’ à ‘Dieu’ parce que c’est une autre manière de voir, parce que la nature [l’essence, l’être] de Dieu est introduite, et alors il est donc dit « car Dieu est amour ».

 

7.6.1.3.2        La nature de Dieu — 1 Jean 4:8, Dieu est amour

Le fait que Dieu est amour est une déclaration plus profonde que celle du début du v. 7 : « car l’amour est de Dieu ». Par cela il était seulement dit que l’amour a sa source en Dieu. Mais maintenant il s’agit de la nature de Dieu Lui-même. L’amour est Sa nature. Nous pouvons aussi dire : l’amour est un trait de l’Être de Dieu. Car effectivement ce n’est pas le seul. Tout à fait au commencement de l’épître, nous avons entendu « c’est ici le message que … Dieu est lumière et qu’il n’y a en lui aucunes ténèbres ». Dieu est lumière, et Dieu est amour. Les deux sont vrais, et ces deux traits de l’Être sont en parfaite harmonie en Dieu.

Si Dieu est amour, ce n’est pas de sitôt que l’amour est Dieu. On ne peut tout simplement pas inverser cette phrase « Dieu est amour », déjà au point de vue grammatical. Certes, il y a dans les écrits de Jean des phrases réversibles, qu’on appelle aussi réciproques. Au v.4 du ch.3, nous avons rencontré une telle phrase réversible : « le péché est l’iniquité ». Or nous avons vu les conditions qui doivent être remplies pour qu’une phrase soit réversible ; c’était en rapport avec le v.5 du ch.1, sous la rubrique « une particularité du texte, les phrases réversibles ». Il ressort de là clairement qu’ici au ch. 4 nous n’avons pas une phrase réversible. On ne peut pas traduire « l’amour est Dieu », parce qu’en grec l’article manque devant le mot « amour ». Cependant les gens font souvent leur dieu de ce qu’ils comprennent par le mot amour. Mais cela n’a rien à faire avec ce qui est exprimé ici : Dieu est amour.

Dieu n’est pas seulement digne d’être aimé, bon, bienfaisant, plein d’amour pour Ses créatures. De telles affirmations et d’autres semblables sont loin derrière ce que Jean a devant son œil spirituel quand il dit « Dieu est amour ». L’amour est tellement la nature propre, l’Être même de Dieu, que celui qui n’aime pas de l’amour divin n’est pas né de Lui, et ne Le connaît pas.

L’élévation et l’infini de la déclaration « Dieu est amour », nous en faisons bien trop peu l’objet de nos pensées. Où trouverait-on dans le monde quelque chose de semblable à ce qui est dit ici, ou qui s’en rapprocherait même tant soit peu ?

Pour souligner cela, je voudrais rapporter un entretien qui eut lieu il y a longtemps. Une dame qui prétendait appartenir à l’intelligentsia, lança à la figure d’un prédicateur chrétien : « je n’ai pas besoin de la Bible, je n’ai besoin ni des superstitions chrétiennes, ni des dogmes religieux. Il me suffit de savoir que Dieu est amour ». « Le savez-vous effectivement ? » répartit celui à qui elle s’adressait. « Naturellement je le sais » dit-elle, « nous le savons tous, et ça me suffit comme religion. Je n’ai pas besoin des dogmes de la Bible ». « Comment avez-vous découvert que Dieu est amour ? » demanda le prédicateur. Elle répondit : « Mais, tout le monde le sait ». Et alors le prédicateur demanda : « Les gens qui sont en Inde, par exemple, le savent-ils ? La pauvre mère qui, dans sa détresse, jette son petit bébé dans le fleuve sacré du Gange, afin qu’il soit mangé par les crocodiles affamés à titre de sacrifice pour ses péchés, sait-elle que Dieu est amour ? ». — « Ah, cela est de l’ignorance et de la superstition ». — « Et ces pauvres gens au fond de la jungle d’Afrique, qui se prosternent devant leurs dieux de bois et de pierre, et qui vivent dans l’angoisse constante de leurs idoles, ces pauvres païens, savent-ils que Dieu est amour ? ». — « Peut-être pas » répondit-elle, « mais nous dans les pays civilisés nous le savons tous ». — « Mais d’où le savons-nous ? Qui nous l’a dit ? D’où vient cette connaissance ? ». « Je ne sais pas ce que vous voulez dire » dit-elle, « car moi, je l’ai toujours su ». « Laissez-moi vous dire ceci » répondit le prédicateur, « personne au monde ne le savait jusqu’à ce que ce soit révélé du ciel, et que cela ait été consigné dans la Parole de Dieu. C’est que nous l’apprenons et nulle part ailleurs. On ne le trouve pas dans la littérature des anciens (des Grecs et des Romains) ».

Oui, Dieu est amour. Certes, Dieu est aussi plein de grâce, mais nous ne pouvons pas dire que « Dieu est grâce ». Dieu est aussi miséricordieux, mais nous ne pouvons pas dire que « Dieu est miséricorde ». Dieu est bon, mais nous ne pouvons pas dire que « Dieu est bonté ». Dieu est juste, mais nous ne pouvons pas dire que « Dieu est justice ». Mais ce que nous pouvons dire, chers amis, parce que c’est l’Écriture Sainte qui le dit, c’est que « Dieu est amour ».

 

7.6.2       La manifestation de l’amour de Dieu — 1 Jean 4:9-10

Jusqu’à maintenant nous avons parlé de ce qu’est Dieu selon Sa nature : Amour. Comment cet amour s’est-il révélé, ou autrement dit : à quoi pouvons-nous reconnaître que Dieu est amour, — voilà qui n’a pas encore été le sujet de notre méditation. Or c’est vers cela que l’Esprit Saint nous conduit maintenant dans les deux versets qui suivent, et qui commencent tous les deux par « en ceci ». Dans les deux cas « en ceci » regarde vers l’avant, c’est-à-dire que dans les deux cas il se rapporte à ce qui suit immédiatement. Cette répétition de « en ceci » montre clairement que Dieu a manifesté Son amour en Christ sous une forme double, et pour anticiper, Il l’a manifesté comme vie et comme propitiation.

 

7.6.2.1      La vie par le Fils — 1 Jean 4:9

« En ceci a été manifesté l’amour de Dieu pour nous, c’est que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui » (1 Jean 4:9).

 

Si nous voulons connaître correctement l’amour de Dieu, nous devons regarder dans la bonne direction, et ne pas regarder en nous. Certes nous possédons la nouvelle nature qui est capable d’aimer. Cependant Dieu ne voudrait pas nous occuper de notre amour pour Lui, mais de Son amour pour nous. C’est d’un côté la seule manière de nous préserver du mysticisme, de l’introspection, et d’un autre côté ce n’est qu’ainsi que nous pouvons percevoir toute la mesure de cet amour.

 

7.6.2.1.1        « Pour nous » — 1 Jean 4:9a

Un fait de l’histoire du salut d’une portée gigantesque est que l’amour de Dieu a été manifesté ou donné à connaître. Cependant avant de nous occuper de la manière dont cette manifestation a eu lieu, il faut porter notre attention sur la tournure « pour nous » : l’amour de Dieu a été manifesté « pour nous ». Littéralement il est dit : « en [préposition grecque ‘en’] nous », et non point « envers [préposition grecque ‘eis’] nous », comme en Rom. 3:22 (il est vrai que là, c’est en rapport avec la justice de Dieu). Certainement, l’amour de Dieu a aussi été manifesté « envers [préposition grecque ‘eis’] nous » (Rom. 5:8), mais ce n’est pas ce qui est dit ici. Cela ne signifie pas « à nous », ni « parmi nous » ni « à l’intérieur de nous » (= « dans notre cœur »). Le sens n’est pas non plus « dans notre cas ». La tournure « en nous » [préposition grecque ‘en’] signifie plutôt que la manifestation a eu lieu « en rapport avec nous », « à l’égard de nous ». Or cela fait de nous les destinataires de l’amour de Dieu — ô grâce admirable !

En principe l’amour de Dieu est manifesté « envers tous » (grec ‘eis’) selon ce qu’exprime le verset bien connu de Jean 3:16 : « Car Dieu a tant aimé le monde … ». L’amour de Dieu, quand Il a donné son Fils, s’est dirigé vers chacun, vers le monde entier. Mais les hommes, hormis quelques exceptions, n’ont pas eu d’yeux pour voir la manifestation de l’amour de Dieu.

Or nous sommes rendus dignes et capables de voir cette manifestation. Et il y a plus encore : nous pouvons savoir que l’amour de Dieu a été manifesté « en rapport avec nous », « à notre égard », — nous les croyants, de sorte que nous sommes les objets de cet amour. Cela ne nous remplit-il pas d’une joie inexprimable et d’adoration à l’égard de Celui qui a fait connaître Son amour infini d’une manière si unique.

 

7.6.2.1.2        Le Fils unique — 1 Jean 4:9b

Dieu a envoyé Son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par Lui. C’est la première manifestation de l’amour de Dieu. Quand Dieu s’est penché sur le monde et a vu les hommes en train de vivre pour les choses passagères de cette vie, mais que pour les choses divines ils étaient absolument morts, morts dans leurs fautes et leurs péchés, alors, Il a dit pour ainsi dire, dans Son cœur : « Je veux leur accorder le plus grand don que Je puisse donner, mon Fils unique. Je veux l’envoyer dans le monde pour qu’ils puissent trouver la vie par Lui ».

Dans le Nouveau Testament nous trouvons cinq fois le Seigneur Jésus nommé le Fils ‘unique’, et cela seulement dans les écrits de Jean ; et il est toujours question de la relation éternelle du Fils, Lui le Fils éternel, avec le Père. En aucune manière il n’est exprimé par-là une subordination, ou place de second rang, et ce n’est pas non plus lié à la pensée d’une naissance. Dans une telle relation le mot grec « monogenes » caractérise un rapport particulier que l’on peut au mieux traduire par « unique en son genre ».

Un coup d’œil à Héb. 11:17 le confirme. Là, nous lisons qu’Abraham « qui avait reçu les promesses offrit son fils unique ». Isaac n’était pourtant pas le seul fils. Abraham était aussi père d’Ismaël, né bien des années avant Isaac. Et malgré cela, Isaac est nommé l’« unique ». Pourquoi ? Parce qu’Isaac était dans une relation unique en son genre avec son père, une relation à laquelle aucun des autres fils ne pouvait avoir part. Abraham a eu plus tard des fils de Ketura, mais ils n’ont jamais eu avec lui la même relation qu’Isaac.

Ainsi l’expression ou le titre de ‘Fils unique’ nous montre le Seigneur comme une personne de la Déité. Ce titre parle de Sa relation éternelle avec le Père, que personne ne partage avec Lui. D’autres peuvent devenir fils par la création, comme c’est le cas d’Adam et des anges dans un certain sens. Les croyants peuvent devenir enfants par la nouvelle naissance. Mais Christ seul est le Fils unique, le seul en son genre. Il possède l’amour éternel et le bon plaisir sans limite du Père, depuis toujours, aujourd’hui, pour toujours et pour l’éternité (Jean 17:24).

 

7.6.2.1.3        L’envoi — 1 Jean 4:9b

Ce Fils unique, Son Fils unique, Dieu L’a envoyé dans le monde. Dans le texte original, il y a une insistance particulière sur le mot ‘unique’, car si on voulait traduire le texte très littéralement, on devrait dire : « Son Fils, l’Unique ». Cette manière de s’exprimer, qu’on retrouve exactement sous la même forme en Jean 3:16, met effectivement en avant deux relations : celle de Fils, et celle d’Unique.

Le grec du Nouveau Testament connaît deux mots pour ‘envoyer’. Quand le Seigneur parle de ce que le Père L’a envoyé, — Il parle souvent de cette manière de Lui comme l’« envoyé », — alors Il utilise en règle générale le mot le plus simple « pémpo ». Mais dans notre texte nous rencontrons l’expression plus étendue « apostello » dont on peut rendre la signification à peu près comme ceci : « envoyé avec une mission détaillée ». Le nom dérivé correspondant est celui d’« apôtre ». Il est appliqué habituellement aux douze et à Paul. En Hébreux 3 Christ Lui-même est nommé ainsi (Héb. 3:1).

Effectivement le Seigneur Jésus a été envoyé par Dieu dans le monde avec une mission, et dans une intention précise. Le texte qui nous occupe le montre. Il s’ensuit clairement qu’on ne peut pas restreindre cet envoi seulement à Son incarnation. Certainement c’est une grâce insondable que la Parole ait été faite chair (Jean 1:14), et c’est justement de cette manière qu’Il est venu dans le monde. Cependant sa mission englobe davantage, et inclut toute Sa vie et Sa mort à la croix.

Le fait que « a envoyé » est un verbe au temps parfait, signifie que, contrairement au v. 10, il n’est pas seulement signalé ici un événement historique, mais son résultat durable, le résultat qui subsiste de l’envoi de Christ dans le passé. Au v. 10 le verbe « envoya » est un aoriste, et au contraire, exprime simplement l’action, quelle que soit l’étendue, même grande, des conséquences de cet acte unique.

 

7.6.2.1.4        La vie pour les morts — 1 Jean 4:9c

La première exigence et la première preuve de l’amour de Dieu, c’est que les objets de Son amour, qui étaient absolument morts aux yeux de Dieu, ont reçu la vie spirituelle, la vie dans le Fils. Le Fils ne pouvait pas faire dans le ciel une œuvre pour nous secourir. Non, Il devait venir dans ce monde où nous étions, étant envoyé par Dieu, et Il devait y souffrir et y mourir.

Comme Homme sur la terre, Il a tout reçu de Son Père, y compris le privilège « d’avoir la vie en lui-même » (Jean 5:26). Comme Dieu, le Fils, le privilège divin lui appartient de vivifier « qui Il veut » (Jean 5:21). Il est Lui-même la vie (1 Jean 1:2), et pour nous cette vie ne peut être trouvée que « dans le Fils ». En dehors de Lui, il n’y a pas de vie. Seul « celui qui a le Fils a la vie ; celui qui n’a pas le Fils de Dieu n’a pas la vie » (1 Jean 5:11, 12).

Aucune œuvre, aucun effort de notre côté ne pouvait faire jaillir la vie divine : nous ne pouvions pas nous-mêmes nous faire enfants de Dieu. Ni prières, ni lutte acharnée n’étaient en mesure de le faire. Rien de ce que nous pouvons faire ne pouvait éveiller une seule étincelle de vie divine en nous. C’est entièrement l’œuvre de Dieu. Mais dans le moment où, par la foi, nous avons accepté Christ comme notre Rédempteur, nous avons reçu la vie en Lui. Oui, nous « vivons par Lui » maintenant. Il est le médiateur personnel de cette vie, et Il est Lui-même aussi « notre vie » (Col. 3:4). La vie — sa source, son siège propre — n’est pas en nous, mais en Christ, elle est « dans Son Fils » (1 Jean 5:11). Quelle puissance pourrait jamais nous contester cette vie ? Il faudrait qu’elle fasse disparaître Christ à la droite de Dieu !

La communication de la vie divine est inséparablement liée à la nouvelle naissance dont il a déjà été question à plusieurs reprises dans cette épître (2:29 ; 3:9 ; 4:7). Ceux qui sont « nés de Dieu » ont, en tant que tels, reçu une vie qui est la vie de Dieu. Mais nous la recevons par le Fils. Ainsi nous avons ici la première intention de l’amour de Dieu, qui a trouvé son accomplissement dans l’envoi de son Fils.

 

7.6.2.1.5        Une action en dehors de nous — 1 Jean 4:9

Il y a encore un point à voir avant de nous tourner vers la seconde intention de Dieu qu’Il a liée à l’envoi de Son Fils.

Nous avons déjà dit : pour pouvoir connaître correctement l’amour de Dieu, nous devons regarder dans la bonne direction. Or la preuve de l’amour de Dieu se trouve dans une action qui s’est passée entièrement en dehors de nous. Ceci est très consolant. Si nous devions regarder en nous pour voir ce qu’est l’amour de Dieu, cela nous offrirait un tableau tout à fait faible et branlant. Non, cet amour divin n’a pas de motivation en nous. Il est aussi, par suite, parfait en lui-même.

La manifestation de l’amour de Dieu, nous pouvons dire aussi : la preuve de l’amour de Dieu, réside entièrement et seulement dans le fait qu’Il a envoyé Son Fils unique. Or cela a eu lieu entièrement en dehors de nous et de notre domaine de perception. Il en est exactement de même pour la foi. Par la foi, nous pouvons nous appuyer entièrement sur une œuvre qui a eu lieu en dehors de nous. Nous n’avons pas besoin de fonder notre salut sur un terrain aussi incertain que celui de nos sentiments et de nos expériences.

Ainsi il y a deux choses que nous devons maintenir dissociées. D’un côté nous avons la vie nouvelle, la nouvelle nature que nous avons reçue comme un don, et cette nature nous rend capables de goûter l’amour de Dieu et d’en jouir. C’est le résultat béni de la nature divine et de l’œuvre divine en nous. — D’un autre côté nous avons la manifestation parfaite de l’amour de Dieu en dehors de nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde. Les desseins de portée immense qu’Il rattache à cela sont et restent l’objet de notre contemplation. En tout cas c’est à cela que nous devons regarder si nous voulons connaître l’amour de Dieu.

 

7.6.2.2      La propitiation pour les coupables — 1 Jean 4:10

L’envoi du Fils n’a pas seulement apporté la vie pour les morts, mais aussi la propitiation pour les coupables. Il est vrai qu’en tant que pécheurs morts nous avions besoin de la vie, mais nous avions besoin de quelque chose d’autre pour pouvoir paraître devant Dieu dans une position de justice parfaite. Il fallait que soit opérée une œuvre que nous n’aurions jamais pu faire. Un seul était en état de le faire, c’est le Fils unique de Dieu. C’est Lui que Dieu a envoyé dans Son amour et Sa grâce infinis pour nous. C’est cette seconde grande preuve de l’amour de Dieu que nous voulons maintenant placer devant nos cœurs.

 

« En ceci est l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce que lui nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés » (1 Jean 4:10).

 

Ces lignes montrent très clairement que l’amour est « de Dieu » (1 Jean 4:7) et que « Dieu est amour » (1 Jean 4:8). Car nous n’avions pas d’amour pour Lui ; au contraire, nous Le haïssions. C’est Lui qui possédait cet amour surpuissant à notre égard, et qui a envoyé Son propre Fils en propitiation pour nos péchés comme épanchement de cet amour. En nous il n’y avait rien qui aurait pu susciter Son amour. « Mais Dieu constate Son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rom. 5:8).

Si l’amour de Dieu a trouvé cette voie d’envoyer Son Fils comme propitiation pour nos péchés, cela montre que la question des péchés, de nos péchés, devait être résolue d’une manière qui soit selon Lui. Dans Sa sainteté, Il ne pouvait pas ignorer cette question, mais dans Son amour Il a donné Lui-même le sacrifice nécessaire pour la résoudre : le sacrifice de Son Fils !

Nous avons déjà parlé en détail de la propitiation, et nous renvoyons de nouveau à ce qui a été dit précédemment, et dans notre cas aux développements relatifs au ch. 2 v.2, où ce sujet important a été traité avec les sous-titres suivants :

o   Propitiation pour les péchés,

o   La propitiation n’est pas le pardon,

o   La propitiation pour le monde entier.

 

Il peut suffire ici de remarquer encore l’extrême grandeur de ce que, dans Son amour, Dieu nous ait offert ces deux choses, une vie nouvelle et spirituelle, et la propitiation de nos péchés. Si nous n’avions que l’une de ces choses, nous ne pourrions jamais être réellement heureux. La vie sans la propitiation serait insupportable. Avec la propitiation sans la vie, nous ne pourrions jamais voir Dieu.

Voulons-nous encore parler de notre amour pour Dieu ? Certainement, nous L’aimons, mais c’est à tous égards une chose misérable. Mais parlons de l’amour de Dieu, louons-Le et adorons-Le pour cela ! Cet amour remplira un jour le ciel, et nous le vivrons. Mais pensons-y avec une profonde révérence : il a déjà été complètement manifesté… à la croix !

 

7.6.3       L’exercice de l’amour de Dieu par nous — 1 Jean 4:11

« Bien-aimés, si Dieu nous aima ainsi, nous aussi nous devons nous aimer l’un l’autre » (1 Jean 4:11).

 

Pour la sixième et dernière fois, nous rencontrons dans cette épître le titre touchant et chaleureux de « bien-aimés » adressé aux destinataires. Ce n’est que tout à la fin de l’épître, au dernier verset, que l’apôtre s’adresse encore une fois directement aux croyants, mais il reprend alors le titre d’« enfants ».

Après que l’apôtre Jean ait montré de quelle manière Dieu a manifesté Son amour pour nous, il passe de là à la présentation de l’exercice de cet amour par nous. Ce n’est pas une manière inhabituelle de procéder dans l’Écriture Sainte. C’est ainsi par exemple que dans l’épître aux Éphésiens, nous sommes exhortés à nous pardonner l’un l’autre (ou bien : à user de grâce l’un envers l’autre). Et alors il nous est donné comme modèle la grâce de Dieu : « … comme Dieu, aussi, en Christ, vous a pardonné (ou bien : a usé de grâce envers vous) » (Éph. 4:32). Quelque chose de semblable se trouve dans l’épître aux Colossiens (3:13).

« … Si Dieu nous aima ainsi » ; le ‘si’ utilisé ici n’exprime ni le doute ni l’incertitude. C’est bien plutôt (en grec) le ‘si’ d’une condition réalisée. La circonstance évoquée est supposée comme un fait établi. On pourrait aussi traduire : « du fait que Dieu nous aima ainsi … ».

L’accent dans cette partie de la phrase est mis sur ‘ainsi’ : « si Dieu nous aima ainsi (ou : d’une telle manière) … ». Cette manière dont Dieu nous a aimés, nous est présentée aux v. 9 et 10. « En ceci est l’amour, non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu, mais en ce que lui nous aima et qu’il envoya son Fils pour être la propitiation pour nos péchés ». Voilà la manière dont Dieu nous a aimés. Il n’a pas attendu que nous l’aimions. Il n’a pas attendu que nous nous comportions correctement avant de nous faire part de Son bon plaisir. Non, Dieu nous a aimés quand nous n’étions pas aimables, et que nous étions des pécheurs rebelles. C’est pour de tels que Dieu a envoyé Son Fils, Son Unique, afin que nous vivions par Lui et qu’Il puisse opérer la propitiation pour nos péchés par Sa mort en sacrifice.

S’il en est ainsi de l’amour de Dieu, alors nous aussi, nous devons nous aimer l’un l’autre » (1 Jean 4:11b). C’est la conséquence pratique que nous devons tirer du double dessein de l’amour de Dieu. Ce qui précédemment était une exhortation (4:7), devient maintenant une obligation ou une dette. Nous devons suivre l’exemple de Dieu et manifester ici-bas Sa nature, nous devons aimer de la même manière dont Lui nous a aimés

Nous aimons volontiers ceux qui nous aiment. Or le Seigneur Jésus a dit que les publicains en font autant (Matt. 5:46). Même les créatures de Dieu dépravées aiment ceux qui leur font du bien et qui répondent favorablement à leur amour. « Cela, même mon chien peut le faire » a-t-on dit justement. « Si la bonne voisine passe devant chez lui, le caresse et lui donne quelque gâterie, alors combien il est gentil ! Mais tu devrais un peu le voir montrer les dents contre les méchants jeunes qui lui jettent toujours des cailloux ! ». N’aimons-nous pas quelquefois selon ce modèle, malheureusement ?

Cependant le grand principe consigné ici est le suivant : une fois que nous sommes devenus participants de la nature divine, nous ne devons pas faire dépendre notre amour envers notre frère du degré auquel il y répond d’une manière satisfaisante pour nous ; mais nous devons continuer à l’aimer même quand son comportement laisse passablement à désirer, et est peut-être même à blâmer. C’est, en tout cas, la manière dont Dieu aime.

Il est impossible à la nature humaine et à notre ‘chair’ d’agir de cette manière. Même pour les vrais chrétiens, l’obligation d’aimer d’une telle manière est souvent une gageure. Bien que né de Dieu, le chrétien a hérité de la vieille nature d’Adam déchu ; cette nature est égoïste et cherche constamment à satisfaire ses désirs et les exigences auxquelles elle prétend. Ce n’est que dans la nouvelle nature et dans la puissance de l’Esprit de Dieu que l’enfant de Dieu peut s’élever de manière désintéressée à ce niveau moral et à la mesure qui est placée ici devant nous.

Nous avons parlé d’« obligation » et de « dette » en rapport avec l’amour des frères. En fait, l’obligation nous incombe de nous aimer l’un l’autre constamment (en grec, le verbe « aimer » est au présent). Certains n’aiment pas se voir rappeler leurs obligations. Ils ont la pensée que des obligations ne sont pas en accord avec la grâce, et les mettent sous la loi. Mais cela est un faux-fuyant, pour ne pas dire un sophisme.

La grâce aussi connaît des obligations. Et si la grâce de Dieu nous a accordé une vie nouvelle, si la grâce de Dieu est active dans cette vie, alors elle nous conduit à faire des choses que nous devons faire. Mais il reste une dette, une dette dont nous ne pouvons pas jamais nous décharger : « Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer les uns les autres » (Rom. 13:8).

Bien sûr ce n’est pas par hasard que, dans le Nouveau Testament, nous ne sommes pas invités à aimer Dieu. Cela est, pour ainsi dire, présupposé. Toute exhortation chrétienne présuppose la possession de la vie divine. Et si nous sommes exhortés à l’amour, c’est toujours l’amour pour les ‘frères’ qui est entendu, — l’amour envers ceux qui possèdent la même nature divine que nous. Dieu est invisible. Par contre nous sommes invités à aimer ceux que nous pouvons voir, avec leurs défaillances et leurs carences, — les frères.

Rien ne suscite davantage l’amour que … l’amour (4:19).

 

7.6.4       Le Dieu invisible — 1 Jean 4:12a

« Personne ne vit jamais Dieu » (1 Jean 4:12a).

 

On dirait comme si l’apôtre rompait subitement le courant de pensée du v. 11. Mais c’est une apparence trompeuse. La deuxième partie du v. 12 poursuit effectivement le courant de pensées du v. 11 et le mène à un point plus élevé.

D’abord cette affirmation : « Personne ne vit jamais Dieu ». Nous trouvons presque les mêmes termes dans l’évangile de Jean ch.1 v.18, avec la différence que là le mot normal pour ‘voir’ est utilisé, tandis qu’ici, dans l’épître, c’est un mot qui implique une certaine contemplation et qui signifie ‘contempler, observer et regarder’. Déjà au commencement de l’épître nous trouvons : « … ce que nous avons contemplé » (1 Jean 1:1). Jean 1 relate simplement la constatation que Dieu est invisible. La déclaration dans l’épître va plus loin, et montre qu’aucun homme n’a jamais pu contempler ou regarder Dieu. Le verbe ‘voir’ est au parfait [‘ne vit jamais’], ce qui implique la signification qu’aucun être humain n’a jamais laissé reposer son œil sur Dieu, que ce soit pour un temps plus ou moins bref ou plus ou moins long. Nous allons revenir tout de suite encore une fois sur cette formule.

Dans les deux déclarations, l’accent est mis sur Dieu, parce que dans les deux cas le mot ‘Dieu’ est mis au commencement de la phrase : « Dieu, personne n’a jamais vu ». Dans 1 Tim. 6 (v.16), il est aussi dit de Dieu : « … lequel aucun des hommes n’a vu, ni ne peut voir ». Dans Col. 1, Il est nommé « le Dieu invisible » (Col. 1:15), dans Héb. 11 « l’invisible » (Héb. 11:27).

Si Dieu est L’Invisible, si personne ne L’a jamais vu, comment se fait-il, on peut se le demander, que dans les temps de l’Ancien Testament des individus aient quand même vu Dieu ? Pensons simplement à l’exemple de Moïse, homme de Dieu ! Dieu ne parlait-Il pas avec lui « face à face comme un homme parle avec son ami » (Ex. 33:11) ? Et ne lisons-nous pas dans le prophète Ésaïe : « L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône haut et élevé » (És. 6:1) ? Ézéchiel n’a-t-il pas vu Dieu en visions ? Manoah et sa femme, les parents de Samson, n’ont-ils pas vu l’Ange de l’Éternel en train de monter dans la flamme de l’autel (Juges 13:20) ? « Et Manoah dit à sa femme : Nous mourrons certainement, car nous avons vu Dieu » (Juges 13:22).

Dans un sens restreint, différentes personnes ont effectivement vu Dieu comme en témoignent les exemples cités, et d’autres encore. Cependant, il est et reste vrai que « personne ne vit jamais Dieu ». Dans un sens absolu personne ne peut voir Dieu. Dieu comme tel est invisible pour la créature. Le cas déjà mentionné de l’homme Moïse le montre clairement. Car, bien que Dieu parlât avec lui face à face, Il doit lui dire un peu plus tard : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre » (Ex. 33:20).

D’un autre côté, Dieu pouvait se manifester aux hommes sous certaines formes apparentes, et dans Sa grâce, Il l’a fait de temps en temps. Mais c’était des manifestations partielles où Dieu cachait Sa Déité essentielle et Sa gloire divine, la plupart du temps sous la forme d’un ange. Le titre ou expression souvent rencontrée dans l’Ancien Testament, « l’Ange de l’Éternel », correspond absolument au Seigneur Lui-même, cependant toujours dans un sens de représentant. Si Dieu, autrefois, se montrait à des hommes sous forme de ‘l’Ange de l’Éternel’, ils voyaient bien quelque chose des rayons de Sa gloire, mais Sa Déité comme telle ne pouvait pas être vue.

Revenons encore une fois à la formulation du début : personne n’a jamais pu « laisser reposer son œil sur Dieu » pour un temps plus ou moins long ou court. Il en est de même avec le soleil. On peut en être surpris, et pourtant cela est vrai : personne d’entre nous n’a jamais vraiment vu le soleil. Certainement nous pouvons observer son lever et son coucher, nous pouvons le voir brillant dans le ciel de midi et en même temps cligner des yeux au soleil. Cependant il n’est pas possible de laisser reposer ses yeux sur le soleil, pleinement et sans protection. On y perdrait la vue immédiatement. Et si nous regardons à travers un verre noirci pour en supporter l’éclat, ce que nous voyons n’est pas réellement le soleil, car celui-ci n’est pas sombre de cette façon. Et qui de nous pourrait regarder le feu qui entoure le soleil pour voir ce qu’il y a derrière ? Non, personne n’a jamais vu le soleil dans un sens absolu ! Certaines formes d’apparition nous sont perceptibles, sans plus.

Il en va de même avec Dieu. Le psalmiste dit de Lui : « Il s’enveloppe de lumière comme d’un manteau » (Ps. 104:2). Ici nous l’avons : la lumière !

Mais la lumière, la gloire, l’éclat ne sont qu’un vêtement, et Dieu est derrière, invisible.

 

7.6.5       Dieu devient visible — 1 Jean 4:12b

C’est un bonheur immense de savoir que la phrase précédente « personne ne vit jamais Dieu » trouve une suite merveilleuse, à la fois dans l’évangile et dans l’épître de Jean.

Dans l’évangile cette suite est formulée de la manière suivante : « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18). Quand le Seigneur Jésus est venu dans le monde, Il a, par ce fait, manifesté le Dieu invisible à la fois dans Sa vie et dans Sa mort, de sorte que les hommes mortels ont pu Le voir effectivement. Le Sauveur a pu dire : « Celui qui m’a vu, a vu le Père » (Jean 14:9). Il est « l’image du Dieu invisible » (Col. 1:15), « le resplendissement de sa gloire et l’empreinte de sa substance » (Héb. 1:3). Voilà des déclarations grandioses au sujet de notre cher Seigneur ! Tout ce que Dieu est, a été donné à connaître par Lui, — par Lui un vrai Homme sur la terre, mais qui est infiniment plus que cela : Il est le Fils unique.

Qui aurait été en mesure de le faire, sinon Celui qui est dans le sein du Père ? En Lui nous pouvons connaître l’Être, le caractère de Dieu.

Cependant, une fois l’œuvre accomplie, le Seigneur est retourné au ciel. N’y a-t-il plus, maintenant, de manifestation de Dieu sur la terre ? Si ! Nous arrivons alors à la suite de la phrase « personne ne vit jamais Dieu » que donne l’épître de Jean :

 

« Si nous nous aimons l’un l’autre, Dieu demeure en nous, et son amour est consommé en nous » (1 Jean 4:12b).

 

Nous avons déjà parlé en détail de Dieu demeurant en nous en rapport avec le dernier verset du ch. 3, et nous avons vu que cela signifie Sa manifestation : Dieu habite en nous pour Se manifester en nous. Du fait qu’Il est amour et la source de l’amour en nous les croyants, Dieu devient visible dans Sa nature propre lorsque nous nous aimons l’un l’autre. Nous sommes alors le reflet de Son amour : les hommes peuvent voir Dieu en nous. Dieu nous a manifesté Son amour d’une manière merveilleuse (1 Jean 4:9, 10). Il trouve son expression et sa contrepartie dans l’amour que nous montrons pratiquement.

Si nous vivons en communion avec Dieu, et que, comme résultat, nous nous aimons l’un l’autre, nous avons alors le privilège de faire connaître Dieu devant les hommes.

La grandeur de ce privilège, mais aussi la responsabilité qui s’y rattache, nous les sentons quand nous faisons le parallèle avec le parfait modèle du Seigneur en Jean 1:18. Mais c’est quand même la volonté de Dieu que Ses enfants soient dans une certaine mesure une « reproduction » de Son amour. Et encore une fois, en quoi consiste-t-elle ? Non pas dans ce que nous annonçons l’évangile, mais dans le fait que nous nous aimons l’un l’autre. N’est-ce pas très solennel que Dieu désigne les chrétiens pour que le monde de ténèbres voie d’après eux ce que Dieu est ? Beaucoup de gens ne lisent pas l’évangile. C’est pourquoi il faut qu’ils lisent l’évangile en nous, et que notre conduite leur donne une impression, une représentation correcte de Dieu.

 

7.6.5.1      Son amour consommé en nous — 1 Jean 4:12c

Mais il y a encore quelque chose d’autre qui se rattache à notre devoir de nous aimer l’un l’autre. Si nous nous acquittons de ce devoir, « son amour est consommé (accompli) en nous ». Non seulement nous avons la conscience de Sa présence (« Dieu demeure en nous »), mais Son amour est aussi amené à la perfection, il a atteint son but en nous. C’est manifestement la signification de la parole : « son amour est consommé (accompli) ».

Il ne s’agit pas d’une perfection que l’homme pourrait atteindre ici-bas. L’apôtre place plutôt devant nous le principe comme tel, sans entrer dans quelle mesure les croyants y correspondent. Il a déjà dit une fois : « … en lui l’amour de Dieu est véritablement consommé » (1 Jean 2:5). Il s’agissait là de celui qui garde Sa parole. Mais l’amour est aussi consommé (accompli) en ce que nous nous aimons l’un l’autre. Si donc nous sommes obéissants à Sa parole et que malgré toutes les difficultés nous marchons ensemble dans l’amour, alors l’amour de Dieu est exercé en nous selon Ses pensées, il a atteint son but en nous, il est « consommé (accompli) » en nous.

Comme déjà indiqué, la question soulevée ici n’est pas de savoir dans la mesure nous avons correspondu dans notre vie pratique aux intentions de Dieu à notre égard. Le langage de l’apôtre est de nouveau abstrait. S’il s’agit de notre pratique, aucun de nous ne prétendra quant à lui avoir jamais rempli la pleine mesure de l’amour de Dieu. Ou bien y aurait-il quelqu’un qui croirait avoir atteint le niveau de 100 % sur l’échelle de la réalisation de la vérité chrétienne ? Ces remarques peuvent manifestement nous aider à comprendre le verset suivant.

Mais avant tout, quel contraste remarquable encore une fois et quelle poursuite bénie des pensées de Dieu ! Dans le v. 9 nous avions l’amour de Dieu « pour nous ». Maintenant c’est l’amour de Dieu « en nous ». Si le courant de l’amour de Dieu pour nous s’est montré si parfait, alors il trouve son achèvement (sa consommation) en nous en ce que nous nous aimons l’un l’autre. — « Combien me sont précieuses tes pensées, ô Dieu ! Combien en est grande la somme » (Ps. 139:17).

 

7.6.6       La communion avec Dieu — 1 Jean 4:13

« Par ceci nous savons que nous demeurons en lui et lui en nous, c’est qu’il nous a donné de son Esprit » (1 Jean 4:13).

 

7.6.6.1      La demeure réciproque — 1 Jean 4:13a

Pour la deuxième fois dans cette épître, l’apôtre se met à parler de la grande bénédiction de la demeure (habitation) réciproque en reliant de nouveau ensemble les deux privilèges suivants, et dans le même ordre que la première fois (1 Jean 3:24) : le fait que nous demeurons (habitons) en Dieu, et celui que Dieu demeure (habite) en nous. C’est l’ordre selon l’expérience (voir les remarques au ch.3 v.24). Cependant ici il y a un certain élargissement par rapport à la première mention dans la mesure où maintenant notre demeure (habitation) en Dieu est elle aussi mise en relation avec le Saint Esprit et y est fondée dessus. Au ch.3 v.24, ceci n’avait lieu qu’en rapport avec le côté absolu de la demeure de Dieu en nous. Ceci montre clairement combien les deux privilèges sont reliés étroitement entre eux.

‘Par ceci’ (litt.: ‘en ceci’) au commencement du verset ne se rapporte pas à ce qui vient d’être dit, c’est-à-dire qu’il ne se rapporte pas vers l’arrière, mais il se rapporte vers l’avant, à ce qui suit, comme c’était le cas au ch.3 v.24. Autrement notre connaissance de ce « que nous demeurons en lui et lui en nous » serait fondée sur notre amour, c’est-à-dire sur quelque chose qui se passe en nous. Mais en général les privilèges chrétiens ne s’appuient pas sur quoi que ce soit en nous, et c’est le cas ici. Notre connaissance de ce que nous demeurons en Dieu et de ce que Dieu demeure en nous, est donnée par le Saint Esprit qui nous a été donné. C’est en fait une base plus digne de confiance que tous nos sentiments, aussi nobles et actionnés par Dieu soient-ils.

Peut-être que quelqu’un objectera qu’au ch. 3 v.14, il est quand même fait référence à nos sentiments, et plus précisément à l’amour pour les frères, pour justifier ce que nous savons. Parce que nous aimons les frères, il y est dit que nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie. Ce changement fondamental de position, c’est-à-dire notre connaissance à ce sujet, était fondée sur l’amour pour les frères. Cela est juste, mais c’est une exception. La raison en est que là l’apôtre voulait de nouveau établir un test, pour savoir si la profession de quelqu’un est authentique. Car celui qui n’aime pas son frère demeure dans la mort. Ainsi l’amour des frères est une preuve de la présence de la vie éternelle, mais la vie éternelle elle-même ne se fonde pas là-dessus.

 

7.6.6.2      Il nous a donné « de son Esprit » — 1 Jean 4:13b

La tournure « … c’est qu’il nous a donné de son Esprit » mérite notre attention. Au ch. 3 v.24, il était dit « nous savons … par l’Esprit qu’il nous a donné ». Cette comparaison montre sans ambiguïté que ‘de son Esprit’ ne doit pas être compris dans un sens partitif (décrivant la partie d’un tout), mais cette formule indique la source, l’origine. Cela ne veut pas du tout dire que Dieu a donné l’Esprit par mesure ou partiellement. En Jean 3:34, il est expressément dit que Dieu ne donne pas l’Esprit par mesure.

Dieu nous a donné ‘de son Esprit’, voilà une description précieuse de la communion avec Lui dans laquelle nous avons été introduits. Car l’Esprit qui provient de Lui habite dans tout enfant de Dieu. Nous sommes conscients que nous ne pouvons guère plus que pressentir la grandeur de cette bénédiction. Avoir communion avec Dieu, et cela parce qu’Il nous a donné de son Esprit, voilà qui fera notre bonheur éternellement ! Cependant déjà aujourd’hui nous connaissons la joie de la communion avec Dieu, et elle a lieu dans la puissance de Son Esprit. Les anges ne connaissent pas cette joie. Pourquoi pas ? parce que l’Esprit de Dieu n’a jamais habité en eux et n’y habitera jamais. Mais nous, Dieu nous a donné ‘de son Esprit’, —pas seulement une nouvelle vie divine, Sa nature, mais ‘de son Esprit’. Et cet Esprit, qui a en Dieu Son origine et Sa source pour nous, et qui a établi maintenant Sa demeure en nous, — Il devient Lui-même la source de notre communion avec le Père et le Fils. Il éveille en nous la conscience profonde de ce que nous demeurons en Dieu, et aussi de ce qu’Il demeure en nous.

Peut-il y avoir quelque chose de plus grand que le fait que nous demeurons en Dieu et que Dieu demeure en nous ? Tout vrai enfant de Dieu a part à cette bénédiction infinie. Sa réalisation est néanmoins une autre affaire. Cependant la Parole de Dieu nous le dit ainsi : « Par ceci nous savons que nous demeurons en lui et lui en nous, c’est qu’il nous a donné de son Esprit » (1 Jean 4:13).

 

7.6.7       Témoignage et confession — 1 Jean 4:14-15

Les deux versets suivants 14 et 15 se rattachent davantage aux douze premiers versets de notre ch. 4 que ce qui semble au premier coup d’œil. On peut même dire qu’ils les expliquent et les complètent. Voilà les pensées principales qui nous sont maintenant présentées : le témoignage au v. 14 et la confession au v. 15, l’un et l’autre concernant la personne du Seigneur Jésus.

 

7.6.7.1      Le Sauveur du monde — 1 Jean 4:14

« Et nous avons vu et nous témoignons que le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde » (1 Jean 4:14).

 

La liaison de ce verset avec le précédant ressort de ce que l’Esprit de Dieu, dont il était question, est aussi la puissance du témoignage pour Christ dont il s’agit maintenant.

Le ‘nous’ du début de ce verset, et sur lequel il est mis l’accent, est de nouveau le ‘nous’ apostolique. Car ce qui est dit ici de l’apôtre Jean et des autres apôtres avec lui ne peut pas être transposé sans autre sur nous. Ils ont vu quelque chose de précis, et il est caractéristique de ce que le mot traduit ici par voir/vu, est le même mot que celui traduit par ‘contemplé’ au v. 12 (ch.4) et au ch.1 v.1. Même si personne n’a jamais vu Dieu, eux ont vu la vie éternelle, eux ont vu le Fils de Dieu, eux L’ont contemplé. Jean était un de ceux qui ont contemplé Sa gloire, une gloire comme d’un Fils unique de la part du Père (Jean 1:14).

Un autre apôtre, Pierre, témoigne de cela au sujet du Seigneur, dans la maison de Corneille, et il le fait aussi d’une autre manière très touchante, même si elle n’est pas tout à fait aussi profonde : « Et nous, nous sommes témoins de toutes les choses qu’il a faites, au pays des Juifs et à Jérusalem… Dieu l’a ressuscité le troisième jour, et l’a donné pour être manifesté, non à tout le peuple, mais à des témoins qui avaient été auparavant choisis de Dieu, savoir à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu’il eut été ressuscité d’entre les morts » (Actes 10:39-41).

Ainsi les apôtres du Seigneur ont eu l’occasion de voir Sa gloire à la fois dans des circonstances habituelles de la vie et dans d’autres circonstances tout à fait extraordinaires. Et l’Esprit de Dieu les a aussi rendus capables d’en rendre témoignage. Ce témoignage apostolique est dans une certaine mesure un premier fruit de la manifestation de l’amour de Dieu selon ce que présentent les v. 9 et 10 de notre chapitre 4. Nous devons dire « un premier fruit », parce qu’au v. 16 un autre fruit est nommé.

 

7.6.7.1.1        Christ : Sa qualité de Fils — 1 Jean 4:14a

Le contenu essentiel de leur témoignage était que « le Père a envoyé le Fils pour être le Sauveur du monde » (4:14). Tout ce que nous avons dit et vu en rapport avec 1:2 et 4:9-10, en fait aussi partie, et le lecteur y est renvoyé. Cependant ce qui est dit ici n’est pas une simple répétition de ce qui précède. Nous percevons bien plutôt quelques différences, qui ne sont certainement pas sans importance.

Nous avons déjà noté l’une de ces différences : Tandis qu’aux v. 9 et 10 nous avons la manifestation de l’amour de Dieu Lui-même, au v. 14 nous en trouvons davantage un résultat : le témoignage des apôtres.

Ainsi, ici, il est expliqué que le Père a envoyé le Fils. Aux v. 9 et 10 il était dit que Dieu a envoyé son Fils unique. Ainsi dans les v. 9 et 10 c’est la divinité du Seigneur Jésus qui est mise au premier plan, tandis qu’ici au v. 14 l’accent est mis sur sa qualité de Fils. Il est « le Fils ». Les deux déclarations étaient de la plus grande importance pour le témoignage des apôtres, et elles le sont aussi aujourd’hui pour notre témoignage.

Arrêtons-nous un instant sur le deuxième côté, celui de la qualité de « Fils » de Christ. « Le Père a envoyé le Fils » : cette façon de s’exprimer montre sans ambiguïté que la relation entre le Père et le Fils n’était pas à son commencement quand Jésus est né dans le monde. Elle existait déjà de toute éternité. Avant tout temps, le Père et le Fils demeuraient dans une sainte communion l’un auprès de l’autre. Christ est le Fils éternel. Il n’est pas devenu Fils quand ou après que le Père L’ait envoyé. Le Père « avait » ce « Fils unique Bien-aimé » avant de L’envoyer, selon ce que montre le Seigneur dans la parabole (Marc 12:6). Les paroles du Fils au Père prouvent que cette relation unique en son genre remonte à l’éternité : « car tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). Oui, c’est ce Fils que Dieu le Père a envoyé quand l’accomplissement du temps est venu pour cela (Gal. 4:4).

Voilà la doctrine de l’Écriture Sainte sur la qualité de Fils de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ, et nous voulons nous y tenir de toute la force et la consécration de nos cœurs !

 

7.6.7.1.2        Un domaine universel — 1 Jean 4:14b

Une autre différence d’avec le v. 10 ressort de l’intention qui motivait l’envoi du Fils. L’écrivain inspiré remplace « … pour être la propitiation pour nos péchés » du v. 10, par « … pour être le Sauveur du monde » au v. 14. Tandis que « nos péchés » ne se rapporte qu’aux péchés des enfants de Dieu, le domaine couvert par l’expression ‘Sauveur du monde’ du v. 14 est beaucoup plus vaste, et cette expression dépasse toutes les frontières juives et nationales. Cela est caractéristique de Jean.

L’expression elle-même ne se rencontre que deux fois dans le Nouveau Testament, et de manière caractéristique seulement dans les écrits de Jean. Comme fruits merveilleux de l’action du Seigneur avec la femme pécheresse de Samarie, nous entendons les nombreux samaritains de cette ville-là venus à la foi, dire finalement à la femme : « Ce n’est plus à cause de ton dire que nous croyons ; car nous-mêmes nous l’avons entendu, et nous connaissons que celui-ci est véritablement le Sauveur du monde » (Jean 4:42). Connaissance précieuse, quand elle est personnelle et sincère, comme ici !

Si le Père a envoyé le Fils comme Sauveur du monde, cela ne signifie naturellement pas que tous les hommes sont sauvés. Cela exprime bien plutôt que Dieu, dans son amour sans borne, a pourvu aux besoins spirituels et éternels de tous les hommes en leur envoyant Son Fils. Cet envoi inclut la mort expiatoire de Christ à la croix. « Mais Dieu constate son amour à lui envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous » (Rom. 5:8).

La grande question entre Dieu et l’homme aujourd’hui n’est pas tant le problème de nos péchés ni de notre condition de péché ; mais la grande question que Dieu nous pose, à nous les hommes, est celle-ci : « Que faites-vous de Jésus, mon Fils, le Sauveur du monde ? ». Si nous L’acceptons par la foi, et que nous mettons notre confiance en Lui, alors nous Le connaissons comme notre Sauveur personnel. Si, au contraire, nous Le rejetons, Son œuvre merveilleuse ne nous sert à rien pour ce qui nous concerne, mais elle ne fait qu’accroître notre culpabilité et notre châtiment.

Oui, le monde avait et a besoin d’un Sauveur, et dans Sa grâce Dieu y a pourvu. Ainsi Christ est la seule espérance pour ce monde. Mais y a-t-il de la foi en Lui ? C’est de cette question que s’occupe à juste titre le verset suivant. Cependant — disons-le en terminant ce verset — tout ce que les apôtres ont « vu et dont ils ont témoigné », est connu des lecteurs des écrits de Jean, et cela est ouvert devant eux. N’y a-t-il pas de quoi nous rendre très heureux et reconnaissants ?

 

7.6.7.2      La confession du Fils de Dieu — 1 Jean 4:15

« Quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu » (1 Jean 4:15).

 

En contraste avec le v. 14 où Jean utilisait le « nous » apostolique, il dit maintenant « quiconque… ». Cette expression est aussi globale et universelle que celle de Jean 3 v.16 : « …afin que quiconque croit en lui … ».

Jean, dans son ministère, évolue tout à fait en dehors des promesses données aux Juifs. La raison en est simple et instructive. Quand, enseigné par l’Esprit Saint, il prend la plume vers la fin du premier siècle chrétien, le peuple Juif avait rejeté depuis longtemps son Messie. En réponse de Dieu à cela, Jérusalem fut détruite avec son temple en l’an 70 après J.C, selon les prédictions du Fils de Dieu, et les Juifs furent dispersés parmi toutes les nations. Quand, vingt bonnes années plus tard, le cher disciple écrivit son évangile et ses épîtres, la nouvelle époque, la dispensation présente de la grâce, avait déjà commencé depuis longtemps. Depuis, le Judaïsme était entièrement mis de côté par Dieu, et désormais à sa place était prêché l’évangile de la grâce. Il est utile d’avoir cet état de choses présent à l’esprit. Le ministère de Jean en est beaucoup plus facile à comprendre.

Il est facile de voir qu’il y a un lien entre notre v. 15 et le v. 2 de ce même ch. 4. Le v. 2 dit : « Par ceci vous connaissez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus Christ venu en chair est de Dieu ». La confession que Jésus Christ est venu en chair sert de signe de reconnaissance de ce que l’esprit par lequel quelqu’un parle est « de Dieu ». Nous nous souvenons de ce que cette marque distinctive n’évoque pas seulement l’incarnation de Christ, mais elle inclut aussi Sa divinité.

Sur ce point, la confession (ou : profession) que « Jésus est le Fils de Dieu » dans notre verset offre simplement un autre aspect de la même vérité : l’Homme du nom de ‘Jésus’ est reconnu et confessé comme Fils de Dieu.

Mais ici il n’est pas dit : « Par ceci vous connaissez… » (comme au v.2), mais : « quiconque confessera… ». L’Esprit de Dieu ne veut pas se mettre à parler d’une marque de reconnaissance permettant de juger si la profession de quelqu’un est authentique ou pas. Il a plutôt l’intention de montrer la position donnée par Dieu de celui qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu.

Parce qu’il s’agit de la position du chrétien, la demeure de Dieu en lui est nommée en premier, contrairement au v. 13. Nous nous rappelons que c’est le côté absolu de la bénédiction, parce qu’elle repose entièrement sur la rédemption accomplie. Ensuite vient le second côté qui a à faire avec notre expérience : le Saint Esprit qui habite (ou : demeure) en nous, nous conduira à nous confier en Dieu et à faire de Lui le refuge de notre cœur. Voilà ce que veut dire notre demeure en Dieu.

Ainsi la confession que « Jésus est le Fils de Dieu » se rattache à la bénédiction merveilleuse de la demeure (ou : habitation) de Dieu. Bien sûr, cette confession n’est pas le résultat d’un long processus expérimental qui ne serait atteint qu’avec une maturité plus grande, mais c’est par-là que l’enfant de Dieu commence.

 

7.6.8       Demeurer dans l’amour — 1 Jean 4:16

« Et nous avons connu et cru l’amour que Dieu a pour nous. Dieu est amour, et celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jean 4:16).

 

Ici nous avons à la suite du v. 14, encore un autre résultat, ou un second fruit de la manifestation de l’amour de Dieu — d’un amour qui trouve sa plus haute expression dans l’envoi du Fils de Dieu (1 Jean 4:9-10). Cet amour est maintenant « connu et cru » aussi par d’autres. C’est en cela que consiste le fruit.

Mais qui sont ces autres ? Jean avait parlé du témoignage des apôtres (« nous avons vu et nous témoignons… », 1 Jean 4:14) et ensuite de la profession de quelqu’un (« quiconque confessera… », 1 Jean 4:15). À ces deux précédentes, il rattache maintenant une autre déclaration : « Nous avons connu et cru l’amour que Dieu a pour nous » (1 Jean 4:16).

Ainsi les sujets des trois déclarations se trouvent dans l’ordre suivant : ‘nous’ — ‘quiconque’ — ‘nous’. Mais le dernier ‘nous’ se différencie du premier. Tandis qu’au v. 14 il s’agit du ‘nous’ apostolique, la fin de la première phrase du v. 16 « l’amour que Dieu a pour nous », montre clairement que Jean se joint maintenant de nouveau aux autres enfants de Dieu. L’affirmation « nous avons connu et cru… » se rapporte donc à la famille des enfants de Dieu.

Les formes au parfait des verbes dans « nous avons connu » et « nous avons cru » sont intéressantes. On pourrait les traduire comme suit : ‘nous sommes parvenus à la connaissance’ et ‘nous sommes arrivés à la conviction’. Grammaticalement il s’agit de ce qu’on appelle le parfait de résultat, — qui montre le résultat d’un événement. On pourrait donc dire aussi simplement « nous connaissons (en grec : ginosko) et nous croyons ». N’est-ce pas grandiose que les enfants de Dieu puissent parler de l’amour de Dieu avec une telle sûreté et une telle assurance ? Car ce n’est pas seulement un espoir et une interprétation, mais cela est du savoir et de la conviction, résultant de la connaissance et de la foi.

Il est remarquable que Pierre ait utilisé auparavant exactement la même tournure, il est vrai en mettant les verbes dans l’ordre inverse : « et nous, nous croyons et nous savons, que toi, tu es le Saint de Dieu » avait-il dit au Seigneur, en Jean 6:69 (litt.: « nous avons cru et connu »). Dans un certain sens fondamental, la foi précède la connaissance, car la foi est nécessaire pour saisir les choses de Dieu. Sur ce plan, la foi vient en premier et débouche sur la connaissance.

D’un autre côté, la connaissance nourrit notre foi. Il est très beau de voir cette action réciproque. Dans la mesure précisément où nous connaissons et sommes familiers avec la personne de Christ, et les pensées et la volonté de Dieu, notre foi pratique fait l’expérience d’être affermie et fortifiée. C’est précisément cela la signification dans notre passage où il s’agit de l’amour de Dieu. « Nous avons connu et cru l’amour que Dieu a pour nous ». Connaître l’amour de Dieu pour nous, nous conduit à être convaincus de cet amour et à en rester convaincus, quoi qu’il nous arrive ici-bas sur la terre.

Nous avions déjà trouvé au v. 9 l’amour de Dieu « pour nous ». C’est l’amour que Dieu a « en rapport avec nous ». L’amour de Dieu s’est pour ainsi dire lié à nous, et il le reste. C’est la raison pour laquelle il est dit que Dieu « a » l’amour pour nous. C’est un fait présent qui peut nous rendre très heureux. La preuve de cet amour, il est vrai, réside dans le passé, en ce que Dieu a envoyé Son Fils dans le monde (1 Jean 4:9, 10, 14). Nous devrions toujours garder ces deux côtés étroitement liés l’un à l’autre dans notre cœur. Dieu nous aime maintenant, très certainement. Mais Il a montré cet amour pour nous d’une manière inimitable dans l’envoi de Son Fils.

Alors il est répété encore une fois, la déclaration brève et pourtant si profonde du v. 8 : « Dieu est amour ». L’amour est Son Être. Et cet amour est comme un océan sans fond et sans rivage. Celui qui demeure en lui, demeure en Dieu et Dieu en lui. Représentons-nous un bateau qui se trouve en haute mer. Si quelqu’un laisse descendre un récipient, disons un seau, dans l’océan, alors aussi petit que soit le récipient, l’océan est dans le seau et le seau dans l’océan. Quel fait admirable !

Demeurer dans l’amour signifie demeurer dans la jouissance de l’amour de Dieu, garder la conscience de Son amour quelles que soient les circonstances. Laissons notre « seau » s’enfoncer profondément dans l’océan de l’amour de Dieu ! Puis habitons ou demeurons directement en Dieu, parce que Dieu est amour, et Dieu demeure (ou : habite) en nous. Il n’est pas pensable d’avoir une plus grande expérience et une plus grande bénédiction. Dieu soit béni qu’elle nous soit déjà accessible aujourd’hui ! Dans le temps présent, il y a encore beaucoup de choses en conflit avec notre jouissance de l’amour de Dieu. Cependant le temps vient, et c’est là l’éternité, où nous évoluerons imperturbablement sur l’océan de l’amour de Dieu, ça et là, sans jamais rencontrer de limite. « Oh, notre Dieu, que sera-ce ! »

 

7.6.9       L’assurance au jour du jugement — 1 Jean 4:17a

« En ceci est consommé l’amour avec nous, afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement, c’est que, comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4:17).

 

Sous la rubrique « Dieu est amour » du ch. 4 de cette épître, nous avons eu devant nous jusqu’ici, deux sections importantes, et il est bon d’en résumer courtement le contenu encore une fois avant d’aller plus loin. Nous comprendrons d’autant plus facilement la troisième section qui embrasse les v. 17 à 19.

Dans les v. 7-10 nous avons vu le déploiement de l’amour de Dieu « pour nous » — « en rapport avec nous ». L’amour de Dieu s’est manifesté alors que nous étions encore spirituellement morts, et que nous n’étions rien d’autre que des pécheurs coupables ; et il s’est manifesté en ce que Dieu a envoyé Son Fils unique dans le monde pour nous donner la vie éternelle en plus de la propitiation pour nos fautes. Maintenant nous possédons la nature de Dieu, et nous nous aimons l’un l’autre. La pensée principale de la section est : la manifestation de l’amour de Dieu.

Les v. 11-16 nous occupent davantage de l’activité de cet amour « en nous », les saints et bien-aimés. Du fait que nous nous aimons l’un l’autre, l’amour de Dieu a atteint son but en nous, il est « consommé (accompli) en nous ». Demeurer dans cet amour signifie en jouir, et cela signifie aussi avoir communion avec Dieu dans la puissance de l’Esprit Saint, de sorte que nous demeurons (habitons) en Dieu, et Dieu demeure (habite) en nous. La pensée principale de cette section est : la jouissance de l’amour de Dieu.

 

7.6.9.1      Un autre but de l’amour de Dieu — 1 Jean 4:17b

Avec le v. 17 une troisième pensée est introduite en rapport avec l’amour de Dieu : l’assurance au jour du jugement.

« En ceci est consommé l’amour avec nous, afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement, c’est que, comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde » (1 Jean 4:17).

 

Déjà au v. 12 l’apôtre avait parlé de l’amour de Dieu consommé à notre égard, l’amour consommé en nous. Cela veut dire qu’un but de l’amour de Dieu était et est que notre amour qui en est la contrepartie soit toujours à nouveau stimulé (« aimons » est un verbe au présent !), de sorte que nous aimons constamment et sans exception tous ceux qui appartiennent à la famille de Dieu. Si nous en arrivons à cela dans la pratique, alors l’amour de Dieu a atteint son but en nous sur ce point.

Avec un nouveau « en ceci », l’écrivain indique maintenant un autre but de l’amour de Dieu à notre égard. Mais il ne dit pas : « … l’amour en nous », bien que ce soit sûrement juste aussi, mais il dit : « … l’amour avec nous ». On pourrait aussi traduire : « … l’amour auprès de nous ». Effectivement la chose est présentée ici de telle façon que l’amour de Dieu soit notre accompagnateur pour atteindre ce but, comme s’Il nous prenait par la main jusqu’au jour du jugement. L’amour de Dieu a justement aussi pourvu pour ce jour-là. Comment cela ? – nous l’apprenons tout de suite par notre verset. Cependant nous sommes amenés à adorer à genoux quand nous réfléchissons à cet amour, un amour qui n’a pas seulement trouvé le moyen de salut pour nous pécheurs, mais qui nous accompagne comme ses enfants jusqu’au jour du jugement.

Si le v. 12 contient une condition pour que l’amour de Dieu soit consommé en nous (« si nous nous aimons l’un l’autre… »), il en est maintenant tout autrement. Notre verset 17 présente un fait accompli et persistant, car il est dit : « En ceci est consommé  [litt.: a été consommé] l’amour avec nous… ». Oui d’un certain point de vue, l’amour a déjà atteint son but avec nous (ou : auprès de nous). Le verbe « est consommé » est au parfait (litt.: « a été consommé ») ce qui montre un état atteint et, selon ce que montre le contexte, qui reste atteint y compris lorsque le jour du jugement sera venu.

Et alors suit l’explication du « en ceci » par le moyen de deux propositions qui commencent, l’une par ‘afin que’, et l’autre par ‘c’est que’. La proposition qui commence par ‘afin que’, montre l’intention de l’amour de Dieu ; la proposition qui commence par ‘c’est que’ montre son résultat. Sous ce point de vue, faisons repasser encore une fois notre verset sous nos yeux spirituels :

« En ceci est consommé l’amour avec nous,

afin que nous ayons toute assurance au jour du jugement,

c’est que, comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde ».

 

7.6.9.2      Christ, comme juge — 1 Jean 4:17c

Nous voulons un peu inverser l’ordre, et prendre en premier la partie de phrase qui commence par ‘c’est que’. De cette manière nous comprenons plus facilement pourquoi nous pouvons avoir toute assurance au jour du jugement (nous pourrions dire aussi : en rapport avec ce jour). En quoi l’amour de Dieu a-t-il été consommé avec nous ? « C’est que comme Il est, Lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde ».

C’est une déclaration très profonde, une déclaration qui n’a ni Si, ni Mais. Nous sommes dans ce monde comme Il est, Lui, Christ. Il n’est pas dit ‘comme Il était, Lui’ mais ‘comme Il est, Lui’. Cela dit que notre regard est dirigé sur Lui dans la gloire. Et ce qui est merveilleux et que nous apprenons ici, c’est que la vie de Christ glorifié est déjà maintenant en nous. Sa vie est notre vie. Oui, Lui-même est notre vie — Lui qui est maintenant « en-haut », assis à la droite de Dieu (Col. 3:1-3). Si Dieu nous a donné la vie éternelle, Sa Parole ne laisse aucun doute sur ce que « cette vie est dans son Fils » (1 Jean 5:11). Il a la vie en Lui-même (Jean 5:26), nous avons la vie en Lui, mais c’est la même vie.

Sur ce point, nous sommes dans ce monde, comme Il est, Lui (aujourd’hui). Cela nous place devant Dieu dans la même position où le Seigneur Jésus est Lui-même. Nous avons reçu de Dieu cette vie contre laquelle il n’y a pas de jugement, parce qu’elle est divine. De cette manière donc, l’amour de Dieu est consommé avec nous !

Cela rend clair que cette position et cet état ne nous seront pas donnés seulement au jour du jugement, mais qu’ils sont notre part déjà aujourd’hui. La tournure d’expression « … nous sommes nous aussi dans ce monde » le confirme.

Le Seigneur, en tant que Fils de l’Homme, sera un jour le juge du monde, comme nous allons le voir tout de suite de plus près. Cependant qu’est-ce qui pourrait nous conférer davantage de sûreté en rapport avec le jour du jugement, que la conscience d’être déjà maintenant comme Christ est, semblable au juge ? Nous nous réjouissons déjà de la position devant Dieu qui sera appropriée à ce jour-là.

 

7.6.9.3      Pas de jugement pour les enfants de Dieu — 1 Jean 4:17b

Nous arrivons presque inévitablement au dessein que Dieu poursuivait dans Son amour avec ce but : « … que nous ayons toute assurance au jour du jugement » (ou : en rapport avec le jour du jugement). Ceci n’est pas moins émouvant. Dieu ne voudrait pas que nous soyons apeurés à l’égard du jour du jugement. Au contraire ! Nous devons et pouvons avoir assurance et hardiesse, non seulement lors du jour lui-même, mais aussi aujourd’hui quand nous y pensons. Nous avons déjà eu deux fois dans cette épître la pensée de l’assurance (2:28 et 3:21), et on la rencontre encore une fois à la fin de l’épître (5:14). Le contexte donne chaque fois à cette pensée une coloration un peu différente. Mais ici où il s’agit du jour du jugement, ce qui brille, semble-t-il, c’est cette pleine liberté, cette hardiesse, cette assurance pleine de foi ; et cela est spécialement précieux.

Il n’est pas encore directement mentionné que la raison de cette assurance n’est pas à chercher dans notre amour. Cela est à rechercher maintenant. D’une manière étrange, certains interprètent le v.17 comme parlant de l’imperfection de notre amour. Cependant hormis le contexte où ce verset se trouve, un peu de réflexion suffit à montrer clairement qu’il ne peut jamais être ici question de notre amour. Si effectivement il s’agissait de l’imperfection de notre amour pour les frères, serait-il pertinent de nous procurer de l’assurance pour le jour du jugement ? Absolument pas ! Cela nous plongerait bien plutôt dans un état de tristesse et de doute, car nous ne saurions jamais si notre amour serait suffisamment parfait. Cependant, Dieu soit loué ! notre assurance pour le jour du jugement repose, comme nous l’avons vu, sur Son amour pour nous.

En ce qui concerne maintenant le jour du jugement lui-même, nous savons par d’autres passages de l’Écriture, qu’il est constitué de plusieurs phases ou sessions séparées les unes des autres dans le temps, par exemple : le jugement des vivants, le jugement des morts. Entrer plus en détail dans ce sujet ici nous entraînerait trop loin. Nous voulons nous tourner vers un seul passage, parce qu’il se rapporte directement à nous, les enfants de Dieu.

 

« Car il faut que nous soyons tous manifestés devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive les choses accomplies dans le corps, selon ce qu’il aura fait, soit bien, soit mal » (2 Cor. 5:10).

 

Ceci est l’un des rares versets du Nouveau Testament où le « nous » désigne tous les hommes, croyants ou non croyants. Nous devons tous être manifestés devant le tribunal de Christ. Dans le cas des incrédules, la manifestation inclut nécessairement un jugement. Il n’en est pas ainsi quand il s’agit des enfants de Dieu. Nous serons certes aussi manifestés, et cela sera certainement un instant grave et solennel pour nous. Cependant la mesure avec laquelle nous aurons vécu pour Christ dans notre vie, sera alors visible. Tout le reste sera considéré comme une perte. Mais nous ne comparaîtrons pas en jugement.

Nous le savons aussi de la bouche du Seigneur Lui-même. C’est une parole précieuse qui a déjà procuré consolation et sécurité à des millions de croyants sur cette question :

 

« En vérité, en vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole, et qui croit celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » (Jean 5:24).

 

Le Seigneur lie trois résultats au fait d’entendre Sa parole avec foi : la possession de la vie éternelle, la préservation du jugement et le passage de la mort à la vie. Le premier et le dernier sont deux manières différentes de considérer la vie éternelle : une fois c’est la nature et l’autre fois, c’est un domaine, un état. Nous avons parlé en détail du dernier point en rapport avec le ch.3 v.14.

Ce qui nous intéresse particulièrement maintenant, c’est l’élément du milieu : « … et ne vient pas en jugement ». Merveilleuse grâce ! Comment quelqu’un qui possède la vie éternelle et qui est passé une fois pour toute de l’état de mort au domaine de la vie, comment donc un enfant de Dieu pourrait-il encore venir en jugement ? Le chrétien n’a-t-il pas reçu la vie de Christ, son Rédempteur ? Christ ne devrait-Il pas se condamner Lui-même, s’Il condamnait ceux avec lesquels Il partage Sa vie ? Nous prenons ici conscience justement de la signification de la parole que nous avons considérée plus haut « … c’est que, comme il est, lui, nous sommes, nous aussi, dans ce monde ».

Tant dans l’évangile de Jean que dans sa première épître, l’amour de Dieu est lié au fait que nous ne serons pas jugés. Le passage bien connu qui commence avec les paroles si élevées « car Dieu a tant aimé le monde », établit finalement que « celui qui croit en lui (au Fils) n’est pas jugé » (Jean 3:16-18).

Il a souvent été souligné un autre fait en relation avec notre manifestation devant le tribunal de Christ. Avant qu’arrive ce moment-là, notre corps d’abaissement sera changé en la conformité de Son corps de gloire (Phil. 3:21). Nous serons semblables à notre Rédempteur y compris sur ce plan, car nous Le verrons comme Il est (1 Jean 3:2). Nous nous tiendrons devant le tribunal de Christ comme des hommes glorifiés, nous porterons Sa gloire (1 Cor. 15:49), déjà, avant d’être manifestés devant Lui.

Pour justifier le fait que les enfants de Dieu ne viennent pas en jugement, je laisse consciemment de côté tous les aspects que le Seigneur a confiés et révélés à l’apôtre Paul sur cette question importante. C’est de lui que nous apprenons, par exemple, que nous sommes de Dieu dans le Christ Jésus et qu’Il nous a été fait justice et sainteté et rédemption (1 Cor. 1:30) ; qu’il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus (Rom. 8:1).

L’apôtre Jean, au contraire, se situe selon la volonté de Dieu dans le cadre de la nature, de l’être (essence) de Dieu. Sa conclusion est alors celle-ci : si Dieu accorde Sa propre vie à quelqu’un qui croit au nom de Son Fils unique, comment pourrait-Il encore amener cette vie en jugement ?

Ainsi nous avons, en fait, de l’assurance à la fois aujourd’hui déjà, et au jour du jugement ! Pourrions-nous assez rendre grâces à Dieu, notre Père, et à notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ pour cela ?

 

7.7      Pas de crainte dans l’amour — 1 Jean 4:18

Le contraire de l’assurance est la crainte. Parce que les croyants peuvent en être aussi atteints, soit par rapport au tribunal de Christ soit pour toute autre question, l’apôtre en vient maintenant à parler là-dessus.

« Il n’y a pas de crainte dans l’amour, mais l’amour parfait chasse la crainte, car la crainte porte avec elle du tourment ; et celui qui craint n’est pas consommé dans l’amour » (1 Jean 4:18).

 

L’assurance (ou : pleine liberté, hardiesse) et la crainte sont totalement opposées l’une à l’autre. Quand il y a l’une, il n’y a pas l’autre. « Il n’y a pas de crainte dans l’amour ».

Cette déclaration de l’apôtre Jean ne va pas autant de soi que nous pouvons le croire, et elle n’est pas d’ordre général. C’est ce que rend clair la présence de l’article (en grec) devant le mot amour : « … dans l’amour ». Grammaticalement il s’agit ici de « l’article de référence », qui sert à faire référence à ce qui est nommé avant. L’apôtre fait donc référence à l’amour dont il vient juste de parler, c’est-à-dire l’amour de Dieu.

Il n’y a pas de place pour la crainte de notre côté au vu de l’amour du côté de Dieu. Au contraire l’amour parfait de Dieu chasse la crainte de nos cœurs — cette crainte dont il est également question (le mot ‘crainte’ comporte lui aussi l’article, maintenant) — et il met à sa place une assurance hardie. « L’amour parfait », c’est ce que Dieu est Lui-même, c’est ce qu’Il a manifesté de Lui-même dans Son Fils, et ce qui nous est accessible pour en jouir, comme nous l’avons vu. Car il n’y a rien à craindre, si Dieu m’aime parfaitement, s’Il ne fait rien d’autre que m’aimer.

Ici il n’est naturellement pas question de la crainte de révérence, que les enfants doivent toujours témoigner à leur Père. Mais il est question ici de cette crainte ou peur, qui a du tourment pour conséquence. Le mot ‘tourment’ n’apparaît encore qu’une autre fois dans le Nouveau Testament : « Et ceux-ci s’en iront dans les tourments éternels » (Matt. 25:46). Outre le sens de ‘tourment’, ce mot signifie aussi ‘discipline, punition’, de sorte que cette partie de phrase dans notre verset peut être traduite de la manière suivante : « car la crainte a à faire à la punition, elle voit le châtiment devant elle ».

Ne devons-nous pas tous plus ou moins confesser, que malgré toutes les assurances de Dieu, la crainte nous submerge parfois, une crainte quant au tourment ou à la punition attendus ? La dernière phrase de notre v. 18 s’applique alors à nous : « celui qui craint n’est pas consommé dans l’amour ». Car nous n’avons pas encore appris la leçon que Dieu nous enseigne si nous n’avons pas regardé d’assez près à la face de Christ qui est la manifestation de l’amour de Dieu. Bien que cet amour soit parfait à notre égard, et que Dieu veuille arracher la peur de nos cœurs comme une mauvaise herbe nuisible, et y insuffler la confiance à la place, il nous arrive souvent de notre côté de ne pas être consommé dans l’amour. Et il est caractéristique que les mots ‘parfait’ et ‘consommé’ ont la même racine en grec, sauf que l’un est un adjectif et l’autre un verbe. L’amour de Dieu est parfait, mais notre jouissance en est malheureusement souvent imparfaite.

Cependant en résumé, mettons encore une fois le côté positif devant nos cœurs ! Car c’est la seule manière d’apprendre à demeurer continuellement dans l’amour. Si nous croyons et savons ce que Dieu a fait de nous dans Sa grâce infinie ; si nous saisissons de cœur ce que Christ est, et que, comme Il est Lui, nous sommes nous aussi dans ce monde, — peut-il y avoir encore de la crainte de notre côté ? Attendons-nous le jour du jugement non seulement sans crainte, mais avec assurance ? Car ce jour ne nous apportera pas seulement la pleine manifestation de ce que Christ est, mais il manifestera aussi ce que nous sommes en Lui. Et quant au chemin jusque-là, l’amour qui s’est abaissé si profondément vers nous, et qui nous élèvera si haut, ne manquera pas dans l’intervalle, et il chassera toute crainte. Soyons certains, bien-aimés, que cet amour atteindra son but avec nous, si seulement nous nous exposons à ses rayons de soleil !

 

7.7.1       Encore une fois : l’amour des frères

Dans la section précédente, l’apôtre avait parlé de l’amour du côté de Dieu, et il avait montré ce que cet amour a fait pour nous, et ce qu’il fait encore. Il avait aussi touché la question de notre amour (1 Jean 4:7, 11, 12), et ce n’est certainement pas par hasard qu’il revient encore une fois là-dessus, maintenant à la fin de cette section que nous avons intitulée « Dieu est amour ».

 

7.7.1.1      Pourquoi nous aimons — 1 Jean 4:19

Il commence d’abord par une déclaration générale. C’est de nouveau une de ces phrases brèves et pourtant si lourdes de sens, qui sont typiques de Jean :

« Nous, nous aimons (*) parce que lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19).

 

(*) NdT : la traduction J.N.Darby de la Bible en français dit : « nous l’aimons…. ». J.N.Darby en anglais et W.Kelly disent tous les deux comme ici : « nous aimons… ».

 

7.7.1.1.1        1 Jean 4:19a

Nous nous sommes déjà occupés au v. 10 de ce que de notre côté il n’y avait aucun amour envers Dieu : « non en ce que nous, nous ayons aimé Dieu … ». Mais maintenant il est dit brièvement et de manière condensée : « nous aimons ». Les objets de notre amour ne sont pas discutés pour le moment, et à cause de cela ils ne sont pas nommés. Il s’ensuit que la déclaration a une portée illimitée. C’est une déclaration réjouissante dans sa simplicité : « nous aimons ». Non seulement nous possédons la capacité d’aimer, mais nous aimons effectivement.

 

7.7.1.1.2        1 Jean 4:19b

Nous apprenons alors pourquoi il en est ainsi : « … parce que lui nous a aimés le premier ». C’est un mobile précieux pour notre amour ! Cependant notons d’abord l’accent mis sur le pronom personnel dans le texte original : nous aimons — Lui a aimés. Notre amour est placé à côté de l’amour de Dieu. La forme du temps du verbe montre une différence supplémentaire : nous aimons — Lui a aimé. La comparaison est donc faite entre notre amour présent et l’amour de Dieu dans le passé. Ce point est encore renforcé par : « le premier » qui est placé dans une position qui le met en relief. Avant même qu’il y ait eu un amour de notre côté, Dieu nous a aimés, Il nous a aimés le premier.

De tout cela il ressort clairement, que quand il parle ici de notre amour, l’apôtre ne le comprend pas simplement comme une réponse, comme un reflet de l’amour de Dieu pour nous, bien que cette manière de voir soit également là (voir 1 Jean 4:11). Son intention est beaucoup plus de montrer ceci : un amour de notre côté est totalement impossible, à moins que du côté de Dieu Il ne nous ait aimés le premier, et que par cela la capacité d’aimer nous ait été accordée en principe. Il a déjà été parlé de cet amour de Dieu aux v. 9 et 10. La tournure ‘Il nous a aimés’ se trouve au v. 10 de manière identique à celle du v. 19 ici.

L’amour de Dieu doit nécessairement précéder le nôtre. Et si aujourd’hui nous nous « aimons l’un l’autre », — ce à quoi nous avons été exhortés au v. 7, — il  en est ainsi parce que l’amour est « de Dieu ». L’amour de Dieu est la source de notre amour, qui que soit la personne particulière vers qui celui-ci se dirige, vers Dieu Lui-même ou vers Ses enfants. Comme déjà remarqué, ceci est pour le moment laissé ouvert ici. Aucun objet de notre amour n’est nommé ; mais cela change complètement au verset suivant, de sorte qu’on peut considérer le v. 19 comme une introduction ou une transition. Cette phrase abstraite « nous aimons », c’est comme si ensuite elle était remplie d’objets.

 

7.7.1.2      Un dernier test — 1 Jean 4:20

« Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, il est menteur ; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? » (1 Jean 4:20).

 

Ici nous avons pour la dernière fois un « test », une pierre de touche pour démasquer ceux qui professent bien appartenir à la chrétienté, mais dont la profession n’est pas authentique et même fausse. Nous avons vu précédemment que dans la ‘dernière heure’ beaucoup sont devenus des antichrists, et qu’il s’agit de rester préservés de leurs erreurs. Déjà trois fois, l’apôtre a fait précéder un tel test par la tournure « si nous disons » (1:6, 8, 10), et aussi trois fois par la tournure « celui qui dit » (2:4, 6, 9). Maintenant on trouve la formule : « si quelqu’un dit ». C’est manifestement une affaire très personnelle dont il s’agit, une confession personnelle.

Si quelqu’un professe et dit « j’aime Dieu », ce n’est pas un détail accessoire. En fin de compte c’est le plus essentiel de notre amour, c’est d’aimer Dieu. Nous devrions arriver à en prendre justement conscience, bien qu’à vrai dire cela aille de soi. Du fait que Dieu nous a aimés, notre amour Le concerne Lui en premier. Personne ne mettra en doute cette vérité, ni ne la contredira. Et ainsi l’apôtre poursuit en partant du fait qu’il en est ainsi. Il voit cela comme bien établi : tout vrai enfant de Dieu aime Dieu.

Mais alors il peut arriver qu’une confession bonne en soi et pour soi, soit jointe à de la haine contre un frère. Voilà donc quelqu’un qui feint d’aimer Dieu. Or il lui manque l’amour à l’égard de celui qu’il professe être son frère. Nous nous rappelons que ne pas aimer son frère est la même chose que le haïr (2:11 ; 3:14, 15).

L’apôtre n’hésite pas à qualifier une telle personne de menteur. Il a déjà parlé deux fois de cette manière. « Celui qui dit : Je le connais, et qui ne garde pas ses commandements, est menteur, et la vérité n’est pas en lui » (1 Jean 2:4). Et plus loin dans le même chapitre : « Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? » (1 Jean 2:22). Et maintenant il est dit : « Si quelqu’un dit : J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, il est menteur » (4:20). En fait un jugement terrible de Dieu est applicable à ces trois cas !

Inversement la déclaration de la première moitié du verset signifie aussi que celui qui revendique aimer Dieu, et qui aime son frère, parle la vérité. C’est rassurant de le voir.

Le « car » de la deuxième moitié du verset explique comment il faut comprendre celui qui est menteur. « Car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? ». Le v. 12 de notre chapitre nous a déjà occupés de ce que Dieu ne peut pas être vu par la créature. Mais la deuxième moitié de ce v. 12 avait donné une explication hautement significative de ce que Dieu peut quand même être vu : « si nous nous aimons l’un l’autre, Dieu demeure (habite) en nous ».

Cela nous aide aussi à mieux comprendre notre verset. Dieu, comme tel, est certes invisible, mais Il a fait qu’on puisse Le connaître dans « Ses enfants », les frères. Si Son image dans les saints ne suscite aucune affection chez quelqu’un, celui-ci n’aime pas réellement Dieu. Si au contraire une foi vivante est présente, la vie divine chez un autre suscitera l’amour chez moi. Nous ne pouvons pas aimer quelqu’un, sans avoir un intérêt plein d’amour pour ses enfants. Il en est de même avec Dieu et Ses enfants.

Voilà une sérieuse pierre de touche que Dieu place ici devant nous. Même si au premier chef elle a pour but de distinguer les simples professants d’avec les vrais enfants de Dieu, elle parle pourtant à nos cœurs et à nos consciences. Combien il nous vient facilement à la bouche que nous aimons Dieu, tandis que nous ne nous donnons guère de peine pour reconnaître Son image dans notre frère, et pour l’aimer en conséquence ! Nous ne devons pas oublier que ce qui opère à fond chez un faux professant, peut aussi opérer partiellement chez un vrai professant : la haine !

C’est pourquoi le verset suivant a une si grande importance pour notre vie pratique parmi les enfants de Dieu.

 

7.7.1.3      Pour la dernière fois un « commandement » — 1 Jean 4:21

« Et nous avons ce commandement de sa part, que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère » (1 Jean 4:21).

 

Ce qui était un test dans le verset précédent, devient ici un commandement exprès : l’amour pour notre frère. En vérité ce n’est pas la première fois que nous sommes exhortés à l’amour fraternel dans cette épître. Si nous regardons encore une fois les passages un à un, cela imprime sur nos cœurs un profond sérieux :

o   « Car ceci est le message … que nous nous aimions l’un l’autre » (3:11) ;

o   « Enfants, n’aimons pas de parole ni de langue, mais en action et en vérité » (3:18) ;

o   « C’est ici son commandement, … que nous nous aimions l’un l’autre » (3:23) ;

o   « Bien-aimés, aimons-nous l’un l’autre » (4:7) ;

o   « … nous devons nous aimer l’un l’autre » (4:11) ;

o   « Et nous avons ce commandement de sa part, que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère » (4:21).

 

Les motifs de l’exhortation à aimer son frère varient d’une citation à l’autre, mais ils sont toujours élevés parce qu’ils sont divins. Plusieurs fois il est parlé de manière autoritaire d’un commandement, et une fois l’amour est mis en liaison avec la vérité. Puis l’attention est de nouveau attirée sur l’amour de Dieu comme la source, et puis sur l’amour de Dieu comme modèle. Et maintenant dans notre verset, le fait que nous aimons Dieu sert de motif à aimer aussi notre frère. Or c’est un commandement que nous avons reçu de Lui, de Dieu.

Ce que signifie le mot ‘commandement’, nous l’avons déjà vu en rapport avec les v. 3-8 du ch.2. Le ‘commandement’ n’a rien à faire avec la ‘loi’. La loi teste et met à l’épreuve l’homme dans son état naturel de pécheur. Les commandements du Nouveau Testament, par contre, conduisent les croyants, conduisent la vie nouvelle en nous sur le chemin de l’obéissance. Même l’amour en exercice ne délaisse pas la place d’obéissance. Aussi bénis que puissent être les effets de la nouvelle nature en nous, celle-ci est toujours aussi obéissante. Nous voyons cela en perfection dans le Seigneur Jésus. Il aimait son Père, mais cet amour se manifestait sous la forme de l’obéissance (Jean 10:18 ; 14:31).

Cette « obéissance de Jésus Christ » pour laquelle nous sommes élus (1 Pierre 1:1, 2), n’est pas une obéissance d’esclavage, mais une obéissance par amour, une obéissance qui prend plaisir à faire ce que Dieu veut. Si une mère dit à son enfant : « maintenant va courir dehors, et joue ! », alors l’enfant est obéissant de cœur parce qu’il doit justement faire ce que lui-même aime faire. C’est de cette manière que nous pouvons, nous aussi, être obéissants. Nous allons bientôt encore entendre que les commandements de Dieu « ne sont pas pénibles » (1 Jean 5:3). Il en est ainsi avec le commandement d’aimer les frères. L’amour, nous pouvons aussi dire ‘la nouvelle nature’, fait que nous nous plaisons à aimer les frères, et à leur faire du bien, et cependant c’est de l’obéissance.

Ce qui est bien clair et simple selon la doctrine, nous donne pourtant souvent de la peine quant à la réalisation pratique. Et il semble que ce soit la raison pour laquelle, dans cette courte épître, Dieu nous exhorte si souvent et sous différents points de vue à l’amour des frères. Combien il est facile d’être blessé par notre frère, et alors il nous en coûte de l’aimer ! Ou bien le frère est dans un mauvais état spirituel, et sa conduite nous cause une grande peine de cœur. Cela peut bien donner à notre amour une autre forme d’expression, mais nous devons quand même l’aimer. Ah ! combien de malheurs parmi le peuple de Dieu sont nés de ce que nous n’avons pas appliqué le commandement de Dieu d’aimer notre frère, ou l’avons insuffisamment appliqué !

Dans la conscience de nos manquements, nous voulons nous rejeter sur la bonté de Dieu notre Père, et implorer Son secours et Sa patience ! Car ceci est bien avéré : nous n’avons nulle part davantage besoin de Lui que pour aimer les frères. Et n’oublions pas que Dieu relie ensemble ces deux choses que nous séparons si facilement : l’amour pour Lui et l’amour pour Ses enfants :

« … que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère ».

 

7.7.1.4      Qui est mon frère ? — 1 Jean 5:1

Après qu’il ait été parlé du commandement d’aimer notre frère, il est maintenant posé la question suivante, comme pour prévenir toute échappatoire : « Qui est mon frère ? ». Et la réponse divine est la suivante :

« Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu ; et quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de lui » (1 Jean 5:1).

 

Ici ce n’est pas un test d’authenticité de l’amour. Bien plutôt il est montré qui, en vérité, est « né de Dieu », de sorte que nous savons qui nous avons à aimer. Car le monde aussi a ses corporations fraternelles ; même des antichrétiens se vantent des leurs. Si de tels « frères » s’aiment entre eux, ce n’est pas l’expression de ce qu’ils aiment Dieu. Seuls, ceux qui sont « nés de Dieu » (2:29 ; 3:9), et ceux qui appartiennent à la famille des « enfants de Dieu » (3:1, 10), peuvent s’aimer l’un l’autre en tant que « frères » comme il est dit au ch.4 v.20-21. Leur amour est effectivement la preuve de la réalité de leur amour pour Dieu.

 

7.7.1.4.1        Jésus, le Christ

Si quelqu’un est né de Dieu, et est par conséquent Son enfant, cela se reconnaît sans aucun doute à ce qu’il retient de Jésus, à ce qu’il « croit » de Lui, — de ce Jésus Homme qui était ici-bas sur la terre, y a vécu, et y est mort. Les faux docteurs prétendent que tout ce qu’Il était, c’était un homme, et rien de plus.

En face de cela, nous avons déjà eu devant nous la haute confession « que Jésus est le Fils de Dieu » (4:15). Maintenant pourtant, il est seulement dit : « quiconque croit que Jésus est le Christ … ». Cette foi ou cette confession est d’un caractère plus bas que la première, cependant elle suppose l’Esprit Saint. Croire que Jésus est le Christ, ne va pas plus loin que ce que l’apôtre Pierre annonçait à ses frères Juifs : « Que toute la maison d’Israël donc sache certainement que Dieu a fait et Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié » (Actes 2:36).

Il peut arriver qu’un enfant de Dieu, parce qu’il est encore jeune dans la foi ou qu’il n’a pas reçu les enseignements nécessaires, ne comprenne que fort peu la personne du Seigneur Jésus, Ses gloires, Ses excellences, et Ses différents offices. Mais cependant il y a la foi que :

o   Jésus est l’oint de Dieu ;

o   Dieu L’a envoyé pour qu’Il donne aux hommes la vie éternelle ;

o   l’œuvre étant accomplie, Christ est maintenant exalté à la droite de Dieu —

voilà tout ce que contient le titre de ‘Christ’, pour le principal ; et alors cette personne est un « frère » qui a droit à notre amour.

Ni en Actes 2, ni en 1 Jean 5, le titre « Christ » ne se réfère à la dignité purement messianique du Seigneur à l’égard d’Israël. Il n’a pas dû être « fait » Messie (qui est la forme hébreu du mot ‘Christ’) seulement au jour de la Pentecôte, car cette dignité était la Sienne depuis longtemps. Dans les deux passages et dans beaucoup d’autres du Nouveau Testament (par exemple Éph. 1:10), le titre de ‘Christ’ se rapporte à Sa glorification à la droite de Dieu. Croire que Jésus est le Christ va donc au-delà de la foi et de l’attente purement juives. Nous ne pourrions donc pas traduire notre verset comme suit : « quiconque croit que Jésus est le Messie… », car ce n’est pas le sens de cette parole. Il paraît nécessaire de signaler spécialement ce détail. Nous avons ici la forme la plus simple de connaissance de Sa personne. Elle n’est cependant pas juive, mais absolument chrétienne.

Si la première moitié de notre verset a montré que quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu, et que par conséquent il est un enfant de Dieu et il est mon frère, alors la seconde moitié nous rend familiers avec un élément qui éclaire bien : « quiconque aime celui qui a engendré, aime aussi celui qui est engendré de lui ». Autrement dit : si nous aimons Dieu, le Père, nous aimons aussi Ses enfants. Il en est ainsi dans l’ordre naturel. Le vrai amour pour les parents nous fait aussi aimer leurs enfants, — tous leurs enfants. Nous les aimons à cause des parents. Partout où l’amour divin est actif en nous, son authenticité se démontre en ce qu’il ne s’étend pas seulement à Dieu, mais aussi à Ses enfants. Mais cela était justement le contenu du ‘commandement’ du ch.4 v.21.

 

7.7.1.4.2        Des dangers de l’amour fraternel

Si nous laissons agir sur notre cœur les déclarations de notre verset, elles peuvent nous préserver de certains dangers, de penchants auxquels nous succombons facilement en rapport avec l’amour des frères.

Nous avons déjà parlé du danger de n’aimer que ceux qui nous aiment et qui nous apprécient, en faisant référence aux publicains de Matthieu 5:46. Nous rappelons encore une fois le chien qui est très « gentil » à l’égard de ceux qui le sont envers lui ! Nous devons apprendre à aimer les frères parce qu’ils sont nés de Dieu, parce qu’ils sont Ses enfants, et non pas parce que leur fréquentation nous est agréable.

Un autre danger consiste à mesurer notre amour envers notre frère d’après son niveau plus ou moins grand de connaissance. Beaucoup d’enfants de Dieu n’ont malheureusement que peu de connaissance de la vérité de Dieu. Ils peuvent par exemple ne guère comprendre la grâce. Nous avons d’autant plus besoin de grâce pour avoir à faire avec eux en amour. Si Dieu les aime, même qu’ils soient faibles, alors il n’y a pas de raison pour nous de ne pas les aimer.

Peut-être que Dieu nous rend témoins de ce qu’un frère bronche et se trouve dans un mauvais état spirituel. Pouvons-nous laisser simplement l’affaire reposer sur lui dans l’idée qu’elle ne nous concerne pas ? Pas du tout, car elle nous concerne ! N’est-il pas mon frère, qui est dans le besoin et qui, dans cette disposition, ne peut pas être heureux ? Le vrai amour fraternel s’occupera de lui, et cherchera à « couvrir » son péché (1 Pierre 4:8). Ou devons-nous, en spectateur, regarder notre frère s’enfoncer toujours plus ? — Ce serait la mauvaise réponse que Caïn donna quand Dieu l’interrogea au sujet de son frère Abel : « Suis-je, moi, le gardien de mon frère ? » (Gen. 4:9).

Nous devons être spécialement en garde contre l’étroitesse de cœur quand nous avons à faire à des frères et sœurs dans le Seigneur qui marchent dans un chemin autre que le nôtre du point de vue ecclésiastique. Nous restreignons facilement notre amour et notre intérêt à ceux qui vont le même chemin que nous ! Dans l’Écriture Sainte il est cependant parlé de l’amour pour tous les saints, y compris des supplications pour tous les saints (Éph. 1:15 ; 6:18 ; Col. 1:4). C’est la vie divine, non pas la communion ecclésiastique, qui nous commande à nous qui sommes nés de Dieu, d’aimer tous ceux qui sont pareillement nés de Lui. Il est incontestable que nous avons besoin pour cela de la direction du Saint Esprit dans de telles circonstances qui sont souvent embrouillées.

Nous avons spécialement besoin de cette direction quand nous entrons en contact avec un frère qui est d’une manière ou d’une autre sous discipline. Car nous ne pouvons pas lui montrer notre amour sans contrainte et amicalement comme cela est normalement possible parmi les enfants de Dieu. Même si dans un tel cas nous ne devons pas cesser d’aimer, l’amour doit pourtant s’exercer d’une manière correspondante à l’état de celui qui en est l’objet. Joseph aimait ses frères, mais au début il n’a pas pu se faire reconnaître d’eux, et il leur parla durement pour susciter dans leurs cœurs l’examen de leurs mauvaises actions (Gen. 42:7). L’amour ne se réjouit pas avec l’injustice, mais il se réjouit avec la vérité (1 Cor. 13:6).

Cette dernière remarque nous ouvre la voie au verset suivant de notre texte biblique.

 

7.7.1.5      Un contre-test — 1 Jean 5:2

« Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements (1 Jean 5:2).

 

Combien cela est remarquable ! Précédemment il était dit : « … celui qui aime Dieu, aime aussi son frère » (1 Jean 4:21). Maintenant le sujet est présenté à l’envers, et il est dit : « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu … ». Dans le premier passage l’amour pour les frères est la preuve que nous aimons Dieu. Dans le second c’est l’amour pour Dieu qui est la preuve qu’on aime les enfants de Dieu.

Sommes-nous en train de tourner en rond ? Pas du tout ! Les déclarations des deux versets sont vraies, et les deux sont nécessaires. Si dans le premier passage l’insistance est mise sur l’amour pour le frère, dans le second l’insistance est sur l’amour pour Dieu. Autrement dit, l’amour pour le frère qui était auparavant requis comme un commandement, est maintenant lui-même soumis à contre-test : l’amour pour mon frère est-il en harmonie avec mon amour pour Dieu à qui je dois l’obéissance ?

Le ‘Par ceci’ au commencement du verset se relie au ‘quand’ de la deuxième moitié du verset : « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ». L’amour pour les enfants de Dieu doit être accompagné (c’est ce que la phrase montre clairement) et être conduit par l’amour pour Dieu et par l’obéissance à Dieu. Combien ce point est important, et combien nous l’omettons facilement ! Nous pensons souvent aimer correctement les enfants de Dieu quand nous leur complaisons en tout. Mais l’exemple mentionné de Joseph montre que l’amour ne peut pas toujours fléchir, mais il doit parfois être dur, — précisément quand il a à faire à de la désobéissance à Dieu.

Nous n’aimons réellement les enfants de Dieu que quand nous sommes aussi obéissants aux commandements de Dieu. L’amour est fidèle, fidèle à l’égard de la volonté révélée de Dieu. Il ne prend pas le péché à la légère. Il n’excuse pas le mal. Il nous conduit à placer la vérité de Dieu au premier rang, et à lui subordonner tout le reste.

Je n’aime pas mon frère quand j’excuse son faux comportement, ou que j’approuve par gain de paix ce qui contredit directement la volonté de Dieu. Est-ce de l’amour pour mon frère quand je le suis dans une voie impie ou qu’à cause de lui, je prends une place fausse du point de vue ecclésiastique, même si ce n’est que pour un peu de temps ou en passant seulement ? Ne suis-je pas en train de le conforter dans ce qui est faux et qu’il fait ? L’amour divin ne fera jamais cela. Nous devons nous garder de mettre une sorte d’approbation du mal chez les autres, soit en doctrine soit en pratique, par le fait d’y être indifférents et ou même de nous identifier à ce mal d’une manière quelconque.

Encore moins avons-nous le droit de pousser notre frère à la désobéissance à son Dieu et Père. La désobéissance n’est jamais de l’amour, que ce soit du point de vue de Dieu ou de Ses enfants. Nous ne pouvons pas séparer l’obéissance de l’amour. S’il n’y a pas l’obéissance, ce n’est pas de l’amour.

On entend dire quelquefois : « j’aime trop ces croyants pour pouvoir blesser leurs sentiments ». Mais ceux qui parlent ainsi aident souvent les gens à faire quelque chose qui contredit la Parole de Dieu. Ce n’est pas l’amour des frères, car ce n’est pas l’amour pour Dieu. « Par ceci nous savons que nous aimons les enfants de Dieu, c’est quand nous aimons Dieu et que nous gardons ses commandements ». Si nous plaçons la volonté de Dieu au premier rang, et que nous cherchons à manifester l’amour pour les Siens en accord avec Sa Parole ; si nous cherchons à conduire nos frères sur le chemin de l’obéissance à Ses commandements, voilà chers amis, le vrai amour, l’amour chrétien, l’amour des frères !

 

7.7.1.6      Pas de commandements pénibles — 1 Jean 5:3

« Car c’est ici l’amour de Dieu, que nous gardions ses commandements, et ses commandements ne sont pas pénibles » (1 Jean 5:3).

 

Ce verset poursuit le courant de pensées précédent. Cependant nous devons d’abord nous occuper de l’expression « amour de Dieu ».

Quand il est dit : « C’est ici l’amour de Dieu », cela peut avoir deux sens : il peut s’agir de l’amour de Dieu pour nous ou de notre amour pour Dieu. C’est le contexte qui tranche chaque fois entre les deux significations, et dans notre cas ce contexte montre clairement qu’il y a ici le génitif objectif (voir à 1 Jean 2:5 sous la rubrique une particularité du texte, les génitifs objectifs et subjectifs). Il s’agit ainsi de notre amour pour Dieu.

Cela est tout à fait dans la ligne de ce que nous avons considéré jusqu’ici. Notre amour pour les enfants de Dieu est testé au moyen de la question de savoir dans quelle mesure nous aimons Dieu et gardons Ses commandements. C’était le v. 2, et maintenant au v. 3, la pensée du v. 2 est encore soulignée par le fait qu’il est montré sans ambiguïté en quoi notre amour pour Dieu se fait connaître : en ce que « nous gardions ses commandements ». Notre amour pour Dieu (et aussi celui pour nos frères) ne peut être prouvé que par l’obéissance vis-à-vis de la Parole de Dieu.

Ce n’est pas la première fois que nous trouvons ce principe dans le Nouveau Testament. Déjà dans le discours d’adieu émouvant dans la chambre haute, le Seigneur Jésus en avait parlé. « Si vous m’aimez, gardez mes commandements… Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime » (Jean 14:15, 21). Il ne sert à rien d’affirmer solennellement que nous L’aimons, et si nous ne pensons pas à faire ce qu’Il dit. Le test pour notre amour pour le Seigneur est l’obéissance. Or cette obéissance n’est pas seulement la preuve de notre amour, mais elle s’exerce aussi dans l’amour. Comme nous l’avons vu, ce n’est pas une obéissance d’esclave, mais une obéissance d’amour.

C’est pourquoi Ses commandements ne sont pas pénibles, en tout cas pas pour la foi. Cependant, s’ils nous paraissent quand même quelquefois comme un fardeau, cela provient de ce que nous n’avons pas assez regardé dans la loi parfaite, celle de la liberté, — de la liberté précisément de pouvoir obéir en tant que nés de Dieu (Jacq. 1:25). La nouvelle nature en nous veut obéir. Cependant, dans la mesure où nous laissons en nous de la place à la vieille nature, les revendications divines perdent de leur attrait, la personne de notre Sauveur s’estompe, et notre joie et notre force s’effacent.

N’avons-nous pas honte quand nous entendons à maintes reprises le poète du Psaume 119 dire combien les commandements, les lois, et les témoignages du Seigneur sont précieux et de grande valeur ? Prenons seulement quelques versets tirés de ce Psaume :

o   « Je fais mes délices de tes statuts, je n’oublierai pas ta parole » (v. 16).

o   Tes témoignages sont aussi mes délices, les hommes de mon conseil » (v. 24).

o   « Je suis attaché à tes témoignages » (v. 31).

o   « Voici, j’ai ardemment désiré tes préceptes » (v. 40).

o   « Et je trouverai mes délices en tes commandements que j’ai aimés » (v. 47).

o   « La loi de ta bouche est meilleure pour moi que des milliers de pièces d’or et d’argent » (v. 72).

o   « Combien j’aime ta loi ! Tout le jour je la médite » (v. 97).

o   « Que tes paroles ont été douces à mon palais, plus que le miel à ma bouche ! » (103).

o   « Tes témoignages me sont un héritage à toujours ; car ils sont la joie de mon cœur » (v. 111).

o   « C’est pourquoi j’aime tes commandements plus que l’or, et que l’or épuré » (v. 127).

o   « Ta parole est bien affinée, et ton serviteur l’aime » (v. 140).

o   « J’ai de la joie en ta parole, comme un homme qui trouve un grand butin » (v. 162).

 

Ces citations ne sont-elles pas déjà, à elles seules, une prédication ? Ne nous exhortent-elles pas, au cas où nous avons perdu la joie en la Parole de Dieu, à rechercher davantage la proximité du Seigneur, et à chasser de nos vies tout ce qui est contraire à Sa volonté ? Nous serons étonnés de constater à quel point les pensées de Dieu redeviennent grandes et précieuses, même si elles portent le caractère de « commandements ».

Tandis que la loi, selon ce que Pierre dit à ses frères, était « un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter », et qu’on ne devait pas recommencer à mettre sur le cou des disciples (Actes 15:10), inversement le joug du Seigneur que nous pouvons porter aujourd’hui est doux et son fardeau léger (Matt. 11:30). Certes nous sommes sous l’autorité du Seigneur, sous l’autorité de Dieu. Mais n’est-ce pas le mieux de ce qu’il peut y avoir à cet égard ? Si Dieu nous a donné ses commandements pour nous diriger, Il nous a conféré, dans Sa grâce, Sa nature divine qui trouve de la joie dans Ses commandements. Peuvent-ils alors, être encore pénibles ? En tout cas, Jean dit : « ses commandements ne sont pas pénibles ». Et c’est ce que verront tous ceux qui mettent leur confiance dans la grâce de Dieu.

 

7.7.2       Être victorieux du monde

Dans les deux derniers versets de cette grande section qui commence avec le v. 24 du ch. 3, l’apôtre en vient à parler de la victoire sur le monde, et il est caractéristique qu’à cette occasion la foi revient au premier plan. Il a déjà été quatre fois question de la foi dans cette épître (3:23 ; 4:1, 16 ; 5:1), et jusqu’au deuxième passage, la foi des enfants de Dieu a toujours été mise en relation, sous une forme ou sous une autre, avec l’amour. Maintenant il s’agit de la puissance de la foi dans laquelle des victoires sont à remporter.

 

7.7.2.1      Trois ennemis — 1 Jean 5:4

« Parce que ce que tout ce qui est né de Dieu est victorieux du monde ; et c’est ici la victoire qui a vaincu le monde, savoir notre foi » (1 Jean 5:4).

 

Le verset précédent commençait par ‘car’ et celui-ci par ‘parce que’ ; les deux expliquent, poursuivent plutôt qu’ils ne justifient. Nous trouvons aussi souvent chez l’apôtre Paul cette liaison stylistique. Le ‘car’ du v. 3, (« car c’est ici l’amour de Dieu, — amour pour Dieu — que nous gardions ses commandements ») servait à expliquer ce que signifiait le « aimer Dieu » du verset précédent.

Le ‘parce que’ du v. 4 se réfère à son tour au v. 3 et montre que quelque chose s’oppose à garder Ses commandements, et a donc besoin d’être vaincu : c’est le monde.

Nous pouvons nous étonner de ce que soit mis au premier plan justement cet « ennemi », le monde, et non pas le diable ou la ‘chair’. Effectivement tout ce qui est dans le monde est en conflit contre Dieu, et entrave la vraie obéissance.

Cependant le ‘monde’ comme système moral ne doit pas être vu comme déconnecté des deux autres ennemis du chrétien. En définitive Satan est l’auteur de ce système, et il sait très bien utiliser son système avec une ruse diabolique pour pervertir les hommes. Il a