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Actes 9 v. 32-43 — Pierre à Lydde et à Joppé

Briem Chr.

Traduit de l’allemand: Un peuple pour Son Nom, Partie 5, Actes ch. 8 à 10, Ed. CSV Hückeswagen, 2006

Quelques particularités de la traduction allemande de la Bible ont été conservées, et signalées par le soulignement.

Table des matières :

1     Actes 9 v. 32-43 — Pierre à Lydde et à Joppé

1.1      Pierre à Lydde

1.1.1             … Qui guérit toutes tes maladies

1.1.2             Quand des enfants de Dieu sont malades

1.1.3             La guérison et ses effets

1.2      Pierre à Joppé

1.2.1             De bonnes œuvres

1.2.2             Une disciple du Seigneur meurt

1.2.3             La foi met son espérance en Dieu

1.2.4             Un monument d’étoffe et de tissu

1.2.5             Tabitha, lève-toi !

1.2.6             Beaucoup crurent au Seigneur

 

1                        Actes 9 v. 32-43 — Pierre à Lydde et à Joppé

La trace de Saul de Tarse se perd pour quelque temps dans le livre des Actes. À sa place le récit se tourne de nouveau vers l’apôtre Pierre. Avant que l’apôtre des nations, Paul, puisse commencer ce qui a été proprement son service, quelque chose d’autre devait d’abord se passer, outre sa préparation personnelle : il fallait que la porte d’accès au royaume des cieux soit maintenant ouverte aux nations après l’avoir déjà été aux Juifs et aux Samaritains. Le Seigneur Jésus avait donné à cet effet les clefs du royaume des cieux à l’apôtre Pierre (Matt. 16:19). Maintenant que Pierre entreprend un voyage à travers la Judée, ce voyage sert précisément à ce but sous la direction du Saint Esprit, et aboutit à ce résultat, même si ni Pierre ni quiconque n’en avait la connaissance dans ce moment-là.

Les versets 19 et 20 du ch. 10 montrent clairement que Pierre se tenait en tout sous la direction spéciale du Saint Esprit : « Et comme Pierre méditait sur la vision, l’Esprit lui dit : Voilà, trois hommes te cherchent ; mais lève-toi, et descends, et va avec eux sans hésiter, parce que c’est moi qui les ai envoyés ». Et plus tard devant les apôtres et les anciens à Jérusalem, il dit aussi : « Hommes frères, vous savez vous-mêmes que, dès les jours anciens, Dieu m’a choisi d’entre vous, afin que par ma bouche les nations ouïssent la parole de l’évangile, et qu’elles crussent » (15:7). Le temps pour cet événement important était maintenant arrivé.

 

1.1   Pierre à Lydde

« Or il arriva que, comme Pierre parcourait toute la contrée, il descendit aussi vers les saints qui habitaient Lydde » (9:32).

 

Nous ne faisons pas erreur en supposant que c’était l’amour d’un berger (pasteur) qui animait Pierre pour parcourir toute la Judée et y visiter les saints. Auparavant, lui et Jean avaient déjà visité la Samarie, et y avaient annoncé l’évangile dans beaucoup de villages (8:14-25). Un peu plus tard Philippe aussi, sur le chemin de Césarée avait annoncé l’évangile à « toutes les villes » (8:40). En cela ils étaient les imitateurs de leur grand Maître dont il est dit qu’« Il passait par les villes et par les villages les uns après les autres en prêchant et annonçant le royaume de Dieu » (Luc 8:1). « Et il allait par les villes et par les villages l’un après l’autre, enseignant, et poursuivant son chemin vers Jérusalem » (Luc 13:22). « Et il prêchait dans leurs synagogues par toute la Galilée, et chassait les démons » (Marc 1:39). Quel service plein de dévouement est ainsi décrit en peu de mots !

Quand dans notre chapitre maintenant, Pierre revient au premier plan et que nous y voyons présenté une tranche de sa vie et de son activité, nous devons nous rappeler que l’activité des autres apôtres n’est pas le sujet du livre des Actes. Ce livre nous apprend bien quelques éléments en rapport avec Jean, mais rien sur ce que les autres apôtres ont fait pour le Seigneur. Dieu ne nous a pas donné ce livre pour nous instruire du déroulement de tous les événements historiques de l’époque, ni pour nous accorder une vue d’ensemble complète de l’activité des apôtres et des premiers chrétiens. Non, c’est l’expansion de l’évangile qui est devant les yeux de l’écrivain. Et maintenant il faut que le royaume des cieux soit ouvert aux nations, et pour cela une seule personne entre en jeu : c’est Pierre. C’est pourquoi nous le trouvons ici, lui tout seul au service du Seigneur.

Cependant il fallait d’abord que la puissance du nom de Christ soit placée à nouveau devant les hommes, comme aussi la puissance de la prière. En rapport avec la première, on a la guérison d’Énée (à Lydde) et en rapport avec la seconde, on a la résurrection d’entre les morts de Dorcas (à Joppé).

Quand Pierre arriva à Lydde (cette localité juive importante se trouve sur le chemin de Jérusalem à Joppé, et correspond au Lod de l’Ancien Testament, 1 Chr. 8:12 et Néh. 11:35), il s’y trouvait déjà des saints. L’évangile de la grâce de Dieu avait déjà fait son entrée dans cette région, avant que l’apôtre y vint, sans qu’il nous soit dit par qui cela avait eu lieu.

Nous trouvons déjà le terme « saints » au v. 13 : « tes saints dans Jérusalem ». Oui, ce sont les saints du Seigneur : ils sont séparés pour Lui, et Lui appartiennent. Combien il est consolant de savoir qu’aujourd’hui encore il y a de tels gens en beaucoup d’endroits sur la terre : ce sont ceux qui ont été retirés au présent siècle mauvais par la mort du Seigneur Jésus Christ et selon la volonté de notre Dieu et Père (Gal. 1:4), pour servir Celui qui pour eux est mort et est ressuscité (2 Cor. 5:15).

 

1.1.1        … Qui guérit toutes tes maladies

« Et il trouva là un certain homme nommé Énée, qui depuis huit ans était couché sur un petit lit ; et il était paralytique. Et Pierre lui dit : Énée ! Jésus Christ, te guérit ; lève-toi, et fais-toi toi-même ton lit. Et aussitôt il se leva. » (9:33-34).

 

Le récit de la guérison de cet homme est très bref parce que Luc veut relater non pas tellement ce qui concerne ce paralytique, mais bien plutôt les résultats de sa guérison. Nous avons déjà eu une fois dans les Actes la guérison d’un paralytique, celui à la Belle Porte du temple au ch. 3. Le parallèle entre ces deux cas est frappant : dans les deux cas la puissance du nom de Christ avait été annoncée devant les gens, et dans les deux cas il s’ensuivit que beaucoup vinrent à la foi au Seigneur Jésus (4:4 et 9:35). Nous allons voir tout de suite un troisième parallèle, sur la manière dont s’opéra la guérison.

Certains pensent que ce paralytique qui était couché sur un lit depuis huit ans était un disciple du Seigneur Jésus. Mais rien ne parle en faveur de cette supposition. Il est difficile de penser que Luc estimât qu’il fût un vrai enfant de Dieu puisqu’il parle d’« un certain homme », d’autant plus qu’un peu plus loin, en rapport avec Dorcas qui était croyante, il parle d’elle comme « une femme disciple » (9:36).

Si Pierre interpelle cet homme par son nom, c’est que d’autres lui avaient parlé de lui. « Et Pierre lui dit : Énée ! Jésus, le Christ, te guérit ; lève-toi, et fais-toi toi-même ton lit. Et aussitôt il se leva ». Quand le Seigneur guérit le paralytique dans la synagogue de Capernaüm, Il le fit par Sa propre force (Marc 2). Mais Pierre n’était qu’un serviteur du Seigneur et n’avait pas de force par lui-même. C’est pourquoi il guérit Énée au nom de Jésus Christ et dit : « Jésus Christ te guérit ». La même chose avait eu lieu à la Belle Porte : « Au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche » (3:6). Les deux paralytiques firent l’expérience de la guérison, une guérison instantanée, imprévue, complète et qui n’avait pas été demandée. C’est là le troisième parallèle.

Le reste de la phrase « et fais-toi toi-même ton lit » est touchant ; il rappelle que pendant des années, d’autres avaient dû remplir ce devoir, et que cette nécessité était maintenant passée. Quelle belle image de la grâce de Dieu !

Or ce que le paralytique a vécu, un jour Israël en fera l’expérience, car le paralytique est une figure de ce peuple. Même si aujourd’hui il est encore « paralytique », incapable au sens spirituel de bouger un seul membre à la gloire de Dieu, il arrivera pourtant le temps où sera vérifié ce que dit le Ps. 103 au sujet du résidu d’Israël : « Mon âme, bénis l’Éternel !… C’est lui qui pardonne toutes tes injustices, qui guérit toutes tes maladies » (Ps. 103:1, 3 - [JND traduit « infirmités »]). Dans ce contexte, il n’est certainement pas sans importance de savoir que le nom Énée signifie « louez ». Toutes les voies de Dieu, y compris celles à l’égard d’Israël, retentiront de Sa louange.

 

1.1.2        Quand des enfants de Dieu sont malades

La promesse de guérir toutes tes maladies (Ps. 103:3) ne peut pas être appliquée directement aux croyants d’aujourd’hui. Certainement Dieu délivre encore aujourd’hui Ses enfants de telle ou telle maladie quand c’est selon Son plan pour eux, et alors Il guérit habituellement d’une manière non spectaculaire. Mais « toutes tes maladies » ne peut être dit que d’Israël dans le règne millénaire. Nous chrétiens n’avons pas cette promesse. Quand nous parcourons le Nouveau Testament pour savoir ce qui est dit de l’état de maladie des enfants de Dieu pendant le temps de la grâce, voilà ce que nous pouvons dire avec certitude : Quand des croyants étaient malades, en règle générale ils n’étaient pas guéris par un déploiement surnaturel de puissance divine, si tant est qu’ils fussent guéris. Très souvent Dieu utilisait et utilise beaucoup plutôt la maladie précisément pour l’éducation de Ses enfants. Quelquefois la maladie est même directement le résultat de Sa discipline punitive. C’était le cas des croyants à Corinthe auxquels l’apôtre devait expliquer : « c’est pourquoi beaucoup parmi vous sont faibles et malades, et une bonne partie sont endormis » (1 Cor. 11:30). Il ne les laissa pas dans l’incertitude sur la raison de leurs faiblesses et de leurs maladies.

Dans l’épître aux Philippiens, nous voyons quelque chose de différent, mais une image touchante. L’apôtre Paul avait été très inquiet de la maladie d’Épaphrodite. Combien avait-il été alors heureux et reconnaissant que Dieu rétablisse ce compagnon d’armes (Phil. 2:25-30) ! L’apôtre possédait le don de guérison, mais nous ne trouvons pas qu’il s’en soit jamais servi en faveur des saints de Dieu. Si Dieu avait une leçon à donner à Ses enfants ou s’Il pensait se glorifier d’une manière spéciale à leur égard, alors l’apôtre laissait les choses en l’état. N’avons-nous pas, nous aussi, à apprendre quelque chose de cette manière de voir de l’apôtre, pour nous-mêmes et pour nos prières pour les malades ?

Timothée était un jeune homme plein de dévouement, mais de constitution délicate. Quel remède recommandait l’apôtre à son compagnon de travail pour sa faiblesse corporelle ? « Ne bois plus de l’eau seulement, mais use d’un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions » (1 Tim. 5:23). Aucune suggestion relative à la possibilité d’un miracle, mais « un peu de vin » !

Au cours d’un de ses derniers voyages, l’apôtre Paul s’est vu dans la nécessité de laisser Trophime, un autre de ses collaborateurs, malade à Millet (2 Tim. 4:20). Lui faisait-il espérer une prompte guérison par sa prière de la foi, une prière d’apôtre ? ou par l’exercice de son « don de grâce de guérison » (1 Cor. 12:9, 28, 30) ? Non. Il le remettait entre les mains de Dieu. Si Dieu estimait nécessaire la maladie de Son serviteur, lui l’apôtre ne voulait pas s’interposer. Si cela avait été pourtant pour son bien spirituel, Trophime aurait été certainement guéri.

 

1.1.3        La guérison et ses effets

Nous voyons bien que le cas d’Énée qui est devant nous est tout autre. Il ne s’agissait pas d’un croyant, mais la grâce de Dieu voulait justement se manifester envers lui par la puissance du nom de Jésus Christ — en témoignage aux Juifs incrédules. Sur l’ordre de l’apôtre Pierre « lève-toi, et fais-toi toi-même ton lit ! », le paralytique se leva aussitôt. Dans certains cas où une guérison surnaturelle s’opérait par la puissance de Dieu, l’affaire en restait là. Dans d’autres cas la guérison extérieure s’accompagnait d’une guérison intérieure et spirituelle. Ce fut le cas à Lydde. La guérison d’Énée attira l’attention sur le fait qu’un prédicateur chrétien doté du don de grâce de guérison était venu à Lydde.

 

« Et tous ceux qui habitaient Lydde et le Saron le virent ; et ils se convertirent au Seigneur » (9:35). [JND : « se tournèrent vers le »]

 

En ce temps-là Dieu bénissait encore quelques individus du peuple juif par des miracles particuliers, mais seulement au nom du Sauveur méprisé sur la terre, alors qu’Il est glorifié dans le ciel. La nouvelle de la guérison se répandit rapidement et eut un effet tout à fait salutaire parmi la population de Lydde et du Saron. Le Saron désigne le district (une plaine), tandis que Lydde désigne une ville.

Les habitants du lieu faisaient partie de la descendance d’Abraham, et c’est ce qu’explique la manière de s’exprimer « ils se convertirent au Seigneur ».

Quand il s’agit de gens des nations qui venaient à la foi, il est dit qu’ils se convertissaient à Dieu [se tournaient vers Dieu]. Par exemple il est dit des Thessaloniciens qu’ils s’étaient convertis des idoles au Dieu vivant et vrai (1 Thes. 1:9 [JND : « tournés des idoles vers le Dieu… »]). On ne pouvait guère dire d’un Juif qu’il se convertissait à Dieu [JND : tournait vers Dieu], car selon sa confession et sa position, il était déjà un adorateur de Dieu. Pour lui, il était d’autant plus important de se convertir au Seigneur Jésus Christ, c’est-à-dire de reconnaître comme Seigneur sur lui-même ce Jésus Christ qu’il avait jusque-là méprisé. Nous voyons une fois de plus combien la manière de s’exprimer de l’Écriture sainte est précise.

Il y eut tellement de gens qui virent l’homme, qui reconnurent le miracle dans sa vraie signification et se tournèrent par la foi vers le Seigneur, que Luc peut écrire « tous ». Toute la région fut sous l’effet de l’action de Dieu et de Sa Parole. Ce n’est pas seulement de l’émerveillement ou de l’étonnement qui remplirent les gens devant le miracle, comme auparavant à Jérusalem (Jean 2:23-25), mais il y eut une œuvre véritable de l’Esprit de Dieu en eux.

Il n’est pas dit expressément que Pierre ait annoncé l’évangile du Seigneur, mais on peut le présumer, car « la foi est de ce que l’on entend, et de ce que l’on entend par la Parole de Dieu » (Rom. 10:17). Nous n’apprenons pas non plus que les convertis aient été baptisés, ni rien sur le baptême pendant tout le séjour de Pierre à Lydde. Tout cela est passé sous silence par le Saint Esprit. Son intention était manifestement de mettre en relief l’étendue extraordinaire, la grande extension de l’œuvre de la grâce.

 

1.2   Pierre à Joppé

Joppé se trouve à environ 15 km au nord-ouest de Lydde. Joppé, actuellement Jaffa, a été depuis les temps les plus anciens une ville portuaire et commerciale importante, et plus tard son importance a été grande pour Israël et Jérusalem (2 Chr. 2:15 ; Esdras 3:7). C’est là que nous conduit maintenant le récit de Luc, car c’est là que Dieu conduisit les pas de l’apôtre Pierre. Avec cet événement, nous faisons un grand pas de plus vers ce qui est d’importance primordiale pour nous, croyants des nations, et dont la description occupe le chapitre suivant (ch. 10) du livre des Actes.

 

1.2.1        De bonnes œuvres

« Or il y avait à Joppé une femme disciple, nommée Tabitha, qui, interprété, signifie Dorcas ; elle était pleine de bonnes œuvres et d’aumônes qu’elle faisait » (9:36).

 

Il y avait déjà à l’époque une assemblée locale (chrétienne) à Joppé. Sans doute Philippe avait évangélisé là le longe de son chemin vers Césarée (8:40), et beaucoup des premiers chrétiens de la région autour de Joppé étaient probablement des réfugiés issus de Jérusalem (8:1).

Une disciple du Seigneur dénommée Tabitha vivait là ; Tabitha est une désignation araméenne correspondant au grec Dorcas. Ce nom qui signifie « gazelle » était souvent donné à des jeunes filles car il donne l’idée de beauté et de charme. En ce qui concerne cette disciple, le récit donne l’impression qu’elle n’avait aucune parenté et qu’elle vivait seule. Son intérêt particulier pour les veuves nous fait présumer qu’elle était veuve elle-même, sans enfant. Bien que, quant à elle, elle vécût seule et sans famille dont elle dût prendre soin, elle avait pris les pauvres à la place, comme ses enfants, et elle consacrait de cette manière au Seigneur son temps, ses forces et ses capacités. Elle occupait par-là une place remarquable dans la vie de la jeune assemblée de Joppé.

Avant de voir de plus près les bonnes œuvres qu’elle faisait, notons une circonstance que notre verset indique au moins indirectement : À Joppé, on ne pratiquait pas la communauté de biens comme en son temps à Jérusalem (2:44-45). Cela souligne ce que nous avons déjà eu l’occasion de dire sur ce sujet [voir le commentaire sur Actes 2]. S’il y avait eu parmi les saints à Joppé l’état de choses qui prévalait à Jérusalem au commencement, le service particulier de Dorcas n’aurait pas été nécessaire et n’aurait même pas eu lieu d’être. Ce que nous avons ici quant à la manière de faire face à la pauvreté parmi les croyants, c’est l’état normal ; Jérusalem était un état d’exception.

Dorcas était une disciple, riche en bonnes œuvres et en aumônes qu’elle faisait. Notons bien l’ordre des choses ! La première partie du verset indique la source ou la racine ; la seconde partie indique les résultats ou les fruits. En premier lieu, elle était une disciple, voilà la racine ; en second lieu elle était riche en bonnes œuvres, voilà les fruits. Elle ne faisait pas des bonnes œuvres pour devenir disciple et se mériter le ciel. Non, elle était disciple, et comme telle elle était pleine de bonnes œuvres. Or ce n’est pas seulement la succession de ces choses qui est importante, mais aussi le fait qu’elles sont étroitement liées. Dieu les a liées ensemble, et nous ne devons pas les dissocier. Quand Dieu fait de nous des disciples du Seigneur, alors Il voudrait que nous soyons riches en bonnes œuvres. Les bonnes œuvres sont le résultat de la foi ; elles sont en quelque sorte la Parole de Dieu exposée pratiquement.

L’œuvre de Dorcas était d’un genre purement personnel, et elle était accomplie de bon gré. C’est la manière précieuse d’exercer la bienfaisance, aussi bien pour celui qui donne que pour celui qui reçoit. Elle connaissait chaque veuve qu’elle habillait, chaque enfant dont elle prenait soin. Elle ne possédait vraisemblablement pas beaucoup d’argent pour donner aux pauvres, mais elle les aidait avec ce qu’elle pouvait faire de ses mains. Elle ne se laissait pas non plus décourager par ses peines, elle ne se relâchait pas. C’est ce que fait ressortir la fin de la phrase, exprimée en grec à l’imparfait duratif (qui exprime une action qui dure) : « qu’elle exerçait continuellement ». Quelle belle image, quel exemple digne d’être imité se déploie ici devant nos cœurs !

 

1.2.2        Une disciple du Seigneur meurt

Pourtant cette vie de dévouement pour le Seigneur trouva une fin soudaine :

 

« Et il arriva en ces jours-là, qu’étant tombée malade elle mourut ; et quand ils l’eurent lavée, ils la mirent dans la chambre haute. Et comme Lydde est près de Joppé, les disciples ayant appris que Pierre était dans cette [ville], envoyèrent vers lui deux hommes, le priant : Ne tarde pas de venir jusqu’à nous » (9:37-38).

 

Oui, il arrive aussi aux enfants de Dieu d’être malades et de mourir. Mais leur mort ne consiste en réalité qu’à s’endormir d’un sommeil qui ne concerne que le corps, non pas l’âme. Certes les proches de ceux qui sont repris auprès du Seigneur et qui sont croyants éprouvent bien une profonde tristesse en rapport avec la perte subie, mais ils ne sont pas affligés comme « les autres qui n’ont pas d’espérance » (1 Thes. 4:13-15), justement parce que, eux, ont une espérance. Quand il est dans le dessein de Dieu de prendre à Lui l’un des Siens par la mort, Il se sert habituellement d’une quelconque maladie. Comme il est dit à l’égard du prophète Élisée : « Et Élisée était malade de la maladie dont il mourut » (2 Rois 13:14). Nous voyons ici la même chose : la maladie, puis la mort de Tabitha. Les veuves n’avaient pas à avoir honte de leurs larmes, car c’est l’amertume de la mort : elle déchire les liens terrestres même les plus intimes.

Cependant le croyant peut regarder la mort en face sans peur, car pour lui elle a perdu son aiguillon (1 Cor. 15:55-56), et même elle n’est qu’une « servante » qui lui ouvre la porte du paradis. C’est pourquoi l’apôtre Paul avait « le désir de déloger et d’être avec Christ car cela est de beaucoup meilleur » (Phil. 1:23). Mais cela ne l’empêchait pas le moins du monde de rendre grâces à Dieu de ce qu’Il avait eu pitié de lui et d’Epaphrodite en préservant ce dernier de la mort, « afin que je n’eusse pas tristesse sur tristesse » (Phil. 2:25-27). Combien il est beau d’avoir ces deux sentiments si différents placés l’un à côté de l’autre ! Le Saint Esprit les a fait naître tous les deux.

Quand il est écrit que « il arriva en ces jours-là, qu’étant tombée malade elle mourut », le Saint Esprit semble indiquer par-là que, selon la prévoyance [Providence] de Dieu, la maladie et la mort de Tabitha arrivèrent juste au moment où Pierre était dans les parages. Dieu avait devant Lui d’honorer d’une manière spéciale cette femme humble et toute simple en la ressuscitant d’entre les morts. La puissance apostolique était présente, en Pierre, et elle devait encore une fois se rendre visible selon la volonté de Dieu.

 

1.2.3        La foi met son espérance en Dieu

C’est justement cela que les disciples paraissent avoir attendu en silence, ou tout au moins espéré. Car si leur désir n’avait porté que sur la consolation de Pierre, ils n’auraient pas envoyé le chercher de cette manière pressante. Mais ainsi la défunte fut lavée selon la coutume juive et couchée dans une chambre haute, tandis que deux hommes d’entre les disciples étaient envoyés à Lydde pour chercher Pierre, disant « ne tarde pas de venir jusqu’à nous ».

Vraisemblablement les disciples à Joppé avaient attendu sa visite de toutes manières, mais maintenant sa venue immédiate était devenue nécessaire. Car à cause du climat de la région, les morts étaient ensevelis le jour du décès (8:2), au plus tard le lendemain matin si la mort intervenait tard dans la journée. Si Pierre avait trop tardé, il aurait été tout à fait possible qu’à son arrivée la défunte fusse déjà ensevelie.

Si donc la demande faite à Pierre de venir rapidement répercutait l’espérance secrète que le Seigneur, dans Sa grâce, puisse utiliser Pierre pour rendre Tabitha à l’assemblée à Joppé, ils savaient cependant tout à fait que, jusqu’alors, le Seigneur n’avait jamais conféré une telle puissance à une personne autre que son apôtre (Matt. 10:8). Le Seigneur n’avait donné une telle puissance ni aux soixante-dix (Luc 10) ni aux témoins de sa résurrection de Marc 16 (v. 17-20). Bien qu’il y eut des saints à Joppé, ils ne possédaient cependant pas la puissance d’opérer des miracles. Seule la puissance divine pouvait réveiller Tabitha à la vie.

Il apparaît par-là que la manière de raconter l’affaire, et spécialement le message communiqué à Pierre, indiquent quelque chose de plus : Les disciples n’ont prié ni le Seigneur ni Pierre de leur rendre Tabitha par un miracle. Personne n’osait dire ce qu’était la volonté de Dieu dans ce cas. Ils remettaient donc l’affaire entièrement à Celui qui, seul, sait ce qui est bon. La foi espère en Dieu. N’est-ce pas là toujours ce qu’il y a de mieux, quelle que soit la situation à laquelle elle est confrontée ?

 

1.2.4        Un monument d’étoffe et de tissu

« Et Pierre, se levant, s’en alla avec eux. Et quand il fut arrivé, ils le menèrent dans la chambre haute ; et toutes les veuves vinrent auprès de lui en pleurant, et en montrant les sous-vêtements et les vêtements, toutes les choses que Dorcas avait faites pendant qu’elle était avec elles » (9:39).

 

Pierre prêta l’oreille à la requête des hommes et alla sans tarder avec eux. Arrivé à Joppé (l’aller et retour prend cinq à six heures), les disciples le conduisirent directement à la chambre haute. Là encore ils ne formulèrent aucune demande. Sans un mot ils l’amenèrent vers la défunte, et ils les trouva prêts à faire l’enterrement. Une scène touchante se déroule alors. Toutes les veuves pour qui Dorcas avait fait des habits et des vêtements sont là présentes. Comment aucune d’entre elles aurait pu manquer ? c’est pourquoi il est dit : « toutes les veuves ». En pleurant, elles viennent auprès de l’apôtre et lui montrent ce que cette femme représentait pour elles, et ce que l’assemblée avait perdu en elle.

L’art et la manière dont elle firent cela touche le cœur. Certes les mains diligentes de Tabitha étaient maintenant au repos dans la mort, mais les veuves montraient ce que ces mains avaient accompli auparavant, actionnées par un cœur d’amour. Beaucoup portaient sur leur propre corps les vêtements manufacturés — des monuments vivants ! Beaucoup de monuments d’hommes célèbres ou d’événements célèbres, coulés en bronze ou taillés dans la pierre se sont écroulés depuis longtemps, ou sont oubliés. Mais ces monuments manufacturés avec des étoffes et des aiguilles, qui témoignent de l’amour actif de Dieu dans une simple femme nous parlent encore aujourd’hui à nous.

Les femmes ne pouvaient pas retenir leurs sentiments de tristesse, elles pleuraient tout fort. Mais ces pleurs audibles, remplis de douleur doivent être absolument distingués des puissantes plaintes et lamentations de commande des Juifs dans la maison de Jaïrus (Marc 5:38-39). Ici chez les veuves, il n’y avait pas de tumulte avec de grands cris, mais l’expression d’une tristesse profonde et authentique. Elles avaient perdu une vraie amie qui les avait servies. Cela nous rappelle cette parole : « par amour servez-vous l’un l’autre » (Gal. 5:13). Dorcas l’avait fait. Les vêtements fabriqués pour les pauvres, elle les faisait en réalité pour le Seigneur. Elle n’avait qu’un talent, qu’une aiguille, mais elle s’en servait pour Lui. Et elle avait fait beaucoup avec cela !

 

1.2.5        Tabitha, lève-toi !

« Mais Pierre, les ayant tous mis dehors et s’étant mis à genoux, pria ; et, se tournant vers le corps, il dit : Tabitha, lève-toi. Et elle ouvrit ses yeux, et voyant Pierre, elle se mit sur son séant ; - et lui ayant donné la main, il la leva ; et ayant appelé les saints et les veuves, il la [leur] présenta vivante » (9:40-41).

 

Ce qui est raconté ici ressemble un peu à ce qui s’était passé avec le Seigneur Jésus quand Il avait ressuscité la petite fille de Jaïrus, mais il y a davantage de contrastes. Comme le Seigneur (Marc 5:40), Pierre fait sortir dehors tous ceux qui se trouvaient présents. Dans les deux passages, l’expression utilisée en grec est très forte, car c’est proprement « il les jeta (ou : poussa) dehors ». Manifestement ils ne suivirent qu’avec réticences la demande de Pierre qu’ils sortent.

Et pour quelles raisons les fit-il sortir ? La suite du verset donne la réponse : Pierre voulait être seul avec le Seigneur, il voulait Le prier. Pour cela il se mit à genoux (littéralement : « il fléchit les genoux ») — une attitude qui nous convient aussi quand nous voulons parler au Seigneur de gloire. Ne pensons pas que l’attitude extérieure dans la prière est absolument sans importance du fait que Dieu regarde au cœur ! Certainement Dieu regarde au cœur, mais c’est justement la raison pour laquelle la crainte respectueuse devant l’autorité supérieure est aussi manifestée chez nous, chaque fois que cela est possible, par le moyen d’une attitude extérieure appropriée. Ces mots me saisissent chaque fois à nouveau : « Pierre… s’étant mis à genoux, pria ». Au sujet de l’apôtre Paul, il est également dit : « Et ayant dit ces choses, il se mit à genoux et pria avec eux tous » (20:36). Et un peu plus loin : « et nous étant mis à genoux sur le rivage, nous priâmes » (21:5). Dans le ciel aussi il arrivera un jour que nous nous prosternerons et nous adorerons devant Celui qui est assis sur le trône et devant l’Agneau (Apoc. 5:14).

Dans sa prière, Pierre exprime sa dépendance vis-à-vis de Dieu, car il savait bien qu’il ne pouvait pas ressusciter la défunte par sa propre force. Dieu est Celui qui donne la vie, et en dehors de Lui personne ne le peut. C’est dans la conscience de cela que, dans des situations semblables, Élie (1 Rois 17:20-22) et Élisée (2 Rois 4:33) ont fait appel à Dieu et ont trouvé de l’écoute. Le Fils de Dieu, Lui, saisit simplement la main de l’enfant, et à Sa parole « Talitha koumi », la fille se leva et marcha (Marc 5:41-42). Pierre était alors présent et avait été témoin de cette résurrection merveilleuse. Mais ici, il se tient aux pieds de Celui qui, comme le Père, peut vivifier « qui Il veut » (Jean 5:21). Il met son espérance en Dieu, et Dieu lui donne la réponse.

Redisons-le encore : le privilège et la puissance de donner la vie à une créature n’appartient qu’à Dieu seul. Le Seigneur peut utiliser autrui pour rouler la pierre du sépulcre (Jean 11:39-41), comme Il utilise aussi Ses serviteurs dans l’œuvre de l’évangile pour ôter les difficultés du chemin. Mais donner la vie, c’est Lui-même qui le fait. Seul le Seigneur pouvait commander à un mort : « Lazare, sors dehors ! ». Quand celui qui avait été appelé est sorti, il avait alors encore entièrement l’aspect d’un mort, les pieds et les mains liés par des bandes (comme on faisait pour les morts). Le Seigneur ne l’en libéra point, mais Il commanda à d’autres de le faire. Mais la communication directe de la vie n’est jamais confiée à une créature.

Pierre se tourne maintenant vers le corps ; cependant il ne lui parle pas (ç’aurait été une folie), mais il parle à la personne : « Tabitha, lève-toi ! ». Le Seigneur fit que Tabitha entendit ; Il fit revenir l’âme dans le corps. Tabitha se réveilla comme d’un profond sommeil. Elle ouvrit les yeux, s’assit, Pierre la regardant ; puis celui-ci lui donna la main, et la redressa. Dorcas fut instantanément et complètement réveillée à la vie, non pas par étapes. Luc ne décrit que les détails extérieurs qui ont accompagné ce réveil, et il n’indique nullement des stades particuliers de la vie qui revient, comme certains l’ont prétendu. Quand quelqu’un se réveille de son sommeil (et c’est là l’image que Luc a devant lui), il commence par ouvrir les yeux. C’est ce qui a eu lieu avec cette Tabitha endormie. Quand le Seigneur lui redonna la vie, elle commença par ouvrir les yeux, — ces yeux qui sont éteints dans la mort. Merveilleuse puissance de Dieu ! Pierre aida ensuite la ressuscitée à se lever sur ses pieds. Car nous pensons bien qu’elle était encore liée de linceuls et de bandes.

Il semble qu’à ce moment-là, Pierre a ouvert la porte et a appelé à entrer les disciples qui attendaient. Quelle scène cela a dû être quand Pierre a présenté Dorcas vivante aux disciples inquiets et aux veuves en pleurs ! Luc qui raconte l’histoire est silencieux à ce sujet. Cela est tout à fait typique des écrivains inspirés de la Parole de Dieu. Des événements prodigieux sont dépeints brièvement et avec des mots simples. Ils laissent les événements et les faits inouïs parler d’eux-mêmes.

En présence de Lazare, le Seigneur donna l’instruction : « déliez-le et laissez-le aller ». Avec la fille du chef de synagogue, il ordonna de lui donner à manger. Mais pour Tabitha, Pierre lui donna la main pour la lever. Ne pouvons-nous pas dire que nous trouvons là la triple mission que le Seigneur nous indique : délivrer les jeunes croyants de leurs attaches, leur donner de la nourriture spirituelle, et les prendre par la main pour les accompagner plus loin sur le chemin ?

 

1.2.6        Beaucoup crurent au Seigneur

« Et cela fut connu dans tout Joppé ; et beaucoup crurent au Seigneur » (9:42).

 

Par comparaison avec le miracle de la guérison du paralytique opéré à Lydde, le miracle fait à Joppé était bien plus grand : un mort était revenu à la vie. Mais tandis que tous ceux qui habitaient Lydde et le Saron et qui virent l’homme guéri, se convertirent au Seigneur, à Joppé il est parlé seulement de beaucoup de gens qui crurent au Seigneur. Comme nous l’avons déjà vu, la foi ne repose pas sur des miracles, mais sur la Parole de Dieu. Dans ce temps du commencement, Dieu faisait encore se produire de grands miracles pour éveiller l’attention des gens et les diriger vers l’évangile tandis qu’il était encore nouveau.

Encore un mot sur la déclaration « beaucoup crurent au Seigneur ». La construction de la phrase en grec voudrait plutôt dire ici : « beaucoup mirent leur confiance sur le Seigneur ». C’est une explication belle et simple de ce que signifie croire au Seigneur Jésus : c’est mettre sa confiance sur la grâce et la puissance du Seigneur pour le salut. Au ch. 10 nous trouvons la même construction, et il est alors ajouté : « … que, par son nom, quiconque croit en lui (litt : met sa confiance sur lui) reçoit la rémission (ou : pardon) des péchés » (10:43). Si en face de ses péchés, quelqu’un met sa confiance en Jésus et en Son œuvre de rédemption accomplie à la croix, Dieu lui accorde le pardon des péchés pour le temps et l’éternité. Et quand Dieu pardonne des péchés, Il ne s’en souvient « plus jamais » (Héb. 10:17).

Avec la déclaration du v. 42 de notre texte, Luc est revenu à son sujet principal : la diffusion de l’évangile et la croissance de l’assemblée de Dieu. Un grand miracle a été opéré par Pierre à Joppé, et la moisson y a été grande. Il semble que dans cette région il y avait encore beaucoup à faire, et c’est pourquoi Luc ajoute :

 

« Et il arriva qu’il demeura plusieurs jours à Joppé, chez un certain Simon, tanneur » (9:43).

 

Il n’est pas dit combien de temps Pierre est resté à Joppé, mais ce fut bien plus que deux ou trois jours. La remarque faite sur Simon qui l’hébergeait est intéressante. Manifestement il habitait en dehors de la ville, auprès de la mer (10:6). Sa profession de tanneur [JND : corroyeur = fabricant de courroies] donnait aux Juifs le sentiment qu’il était marqué par l’impureté cérémonielle, car cette profession l’amenait à avoir constamment contact avec les peaux d’animaux morts. Mais Simon, le tanneur, était manifestement un chrétien qui ne s’en souciait pas.

Pierre aussi mit les pensées juives de côté, et séjourna chez Simon tout le temps qu’il demeura à Joppé. Après tout, il avait aussi visité avec Jean la Samarie que les Juifs considéraient comme impure. Or c’est justement dans ce territoire chez Simon, le tanneur, que Pierre avait encore à apprendre une leçon importante. Pierre lui-même était précisément encore emprisonné étroitement par le système légal juif. Nous verrons dans le ch. 10 suivant quelle peine le Seigneur eut à en détacher Son serviteur, et quel nouveau chemin la grâce de Dieu emprunta.