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Paraboles de Luc 14 à 18

 

Christian Briem

 

Traduit de l’allemand : 2 volumes — « Il les enseignait en beaucoup de paraboles »

 

Table des matières abrégée :

1     La tour et les deux rois — Luc 14:25-33

2     L’économe [ou : administrateur] injuste — Luc 16:1-13

3     L’homme riche et Lazare

4     L’esclave qui revient des champs — Luc 17:7-10

5     Le juge inique — Luc 18:1-8

6     Le pharisien et le publicain — Luc 18:9-14

 

Table des matières détaillée :

1     La tour et les deux rois — Luc 14:25-33

1.1      Être un disciple du Seigneur : ce que cela implique

1.2      La tour— Luc 14:28-30

1.3      Les deux rois — Luc 14:31-32

1.4      Luc 14:33

2     L’économe [ou : administrateur] injuste — Luc 16:1-13

2.1      16:1-2 — Destitué de son administration

2.2      16:3-7 — La prudence de l’économe

2.3      16:8 — fils de ce monde, fils de lumière

2.4      16:9-12 — Quand les richesses injustes [ou : le Mammon] viennent à manquer

2.4.1       Ne pas se tromper dans l’interprétation — Parallèles et contrastes

2.4.2       16:9 — Les richesses injustes — Les amis qui reçoivent

2.4.3       16:9 — Quand les richesses manquent

2.4.4       16:10 — Ce qui est très petit — Ce qui est grand

2.4.5       16:11 — Les vraies richesses

2.4.6       16:12 — Ce qui est vôtre

2.5      Servir deux maîtres ?

3     L’homme riche et Lazare

3.1      La vie présente

3.2      Un changement significatif dans les voies de Dieu

3.3      Le temps de l’au-delà

3.3.1       Dans le sein d’Abraham

3.3.2       En hadès

3.3.2.1     Qu’est-ce que le hadès ?

3.3.2.2     Un lieu de tourment

3.3.2.3     Une prière qui arrive trop tard

3.3.2.4     Langage symbolique

3.3.2.5     Caractère définitif de ce qu’il y a après la mort

3.3.2.6     La Parole de Dieu : seul moyen de salut

3.3.3       Le résultat de tout

4     L’esclave qui revient des champs — Luc 17:7-10

4.1      La foi comme un grain de moutarde

4.2      Un service qui va de soi

4.3      Esclaves inutiles

4.4      N’y a-t-il donc aucun salaire ?

5     Le juge inique — Luc 18:1-8

5.1      Trois dernières paraboles

5.2      Double signification de la parabole

5.3      Le Résidu Juif dans l’avenir

5.3.1       La veuve et son adversaire

5.3.2       Une requête qui n’est pas chrétienne

5.4      Quand le Fils de l’homme viendra

6     Le pharisien et le publicain — Luc 18:9-14

6.1      La propre justice

6.1.1       Luc 18:9

6.1.2       Luc 18:10

6.1.3       Luc 18:11-12

6.2      « Loin » — Luc 18:13

6.3      La sentence du juge

 

1                        La tour et les deux rois — Luc 14:25-33

1.1   Être un disciple du Seigneur : ce que cela implique

Après la parabole du ‘grand souper’ de Luc 14:16-24 — déjà considérée dans le livre sur les paraboles à l’occasion de l’image du ‘roi qui fit des noces pour son fils’ en Matt. 22 — à la fin de ce même chapitre de Luc 14 figure une petite parabole double : la parabole de la ‘tour’ et la parabole des ‘deux rois’. Le Seigneur s’en sert pour souligner l’enseignement précédent, adressé à une grande foule : être un vrai disciple, ça « coûte » quelque chose.

 

C’était relativement simple de Le suivre au sein d’une foule, lorsqu’Il allait d’un lieu à l’autre (14:25). Mais être un vrai disciple est une affaire personnelle, qui implique un renoncement à soi-même. Les gens étaient-ils vraiment prêt à Le suivre personnellement ? Assumeraient-ils les conséquences qui s’y rattachent ? ou préféreraient-ils leurs propres intérêts, comme ce que l’homme fait précisément ? Mais cela, ce ne serait pas être un disciple.

C’est pourquoi le Seigneur Jésus répète trois fois dans ce paragraphe l’expression « … ne peut pas être mon disciple ». Il met par là l’accent sur le sérieux de la décision d’être Son disciple, et Il montre que Le suivre ne peut pas être uniquement une profession creuse, mais qu’elle doit avoir, et aura, une influence sur

·               les sentiments du cœur : « si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère et sa femme et ses enfants et ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (14:26)

·               la conduite dans notre vie personnelle : « quiconque ne porte pas sa croix, et ne vient pas après moi, ne peut être mon disciple » (14:27)

·               l’usage des possessions personnelles : « ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il a, ne peut être mon disciple » (14:33).

 

Les disciples du Seigneur auront aussi à endurer, à cause de Son nom, séparation, souffrance et privation. C’est à cette pensée qu’Il sensibilisait les foules d’alors, et qu’Il nous sensibilise aujourd’hui. En un sens, il est nécessaire pour cela de commencer par évaluer les coûts. Les deux paraboles vont montrer maintenant que ceci doit se passer d’une double manière.

 

1.2   La tour— Luc 14:28-30

« Car quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne s’asseye premièrement et ne calcule la dépense, pour voir s’il a de quoi l’achever ? de peur que, en ayant jeté le fondement et n’ayant pu l’achever, tous ceux qui le voient ne se mettent à se moquer de lui, disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever » (Luc 14:28-30).

 

L’image est simple. Si quelqu’un veut construire une tour, il ne commence pas la construction avant de s’être assuré qu’il est en mesure de la mener jusqu’au bout. Autrement il deviendrait la risée de tous ceux qui apprendraient son comportement.

C’est ainsi que tous ceux qui veulent devenir Ses disciples doivent au préalable en calculer la dépense. Suivre un Christ rejeté dans ce monde ne représente pas une simple joie frivole. Bien sûr, des joies sans mesure s’y rattachent, mais ce qu’on trouve sur le chemin où l’on suit Christ, ce n’est pas seulement la joie. Beaucoup de choses mettront le disciple à l’épreuve, lui causeront de l’affliction et lui demanderont du renoncement. Mais c’est justement ce à quoi il doit penser dès le commencement ; il lui faut se familiariser avec cette pensée. Il ne s’agit pas du tout de manquer de foi, ou de faire peur, mais bien d’être pragmatique et réfléchi.

Pourtant, quand la vraie foi manque, la peur de s’attirer les moqueries de ses compagnons l’emporte, et on n’ose même pas se mettre en route. Beaucoup ont reculé devant le chemin de suivre Christ par peur des moqueries de leurs amis. Mais le Seigneur montre que la seule moquerie à craindre, c’est celle qu’on mérite effectivement : quand, ayant jeté le fondement, on ne peut aller au-delà — quand on se contente d’une profession sans réalité — quand on commence et qu’on n’achève pas.

En même temps, être disciple n’est pas une affaire minime ou médiocre. C’est ce qui ressort clairement des paroles prononcées par le Seigneur. Il ne parle pas de construire une maison ordinaire, ou seulement une baraque, mais une tour. Une tour se dresse bien haut, et on la voit, elle impressionne. Suivre le Seigneur Jésus en vérité, c’est comme élever une tour puissante, ou comme triompher d’un ennemi bien plus fort que soi (14:31). On ne peut pas commencer une entreprise aussi audacieuse à l’aveuglette ; on ne se jette pas dans un tel projet avec précipitation. Car à quoi sert de poser le fondement, puis de voir qu’on n’est pas en état de faire plus ? On ne ferait que se livrer à la risée de tous, comme on l’a déjà remarqué.

Mais par ailleurs, il faut faire attention que le Seigneur ne dit pas que l’homme en question ferait mieux de ne pas bâtir de tour. Certes, c’est comme cela qu’on résume souvent ces paroles du Seigneur, mais elles ne supportent point une telle interprétation. Le Maître ne veut-Il pas que nous devenions Ses disciples ? Bien sûr que si ! Mais personne ne peut accomplir pareille tâche par sa propre force, et les ressources de la nature humaine n’y suffisent pas : après avoir jeté le fondement, on n’arriverait pas à aller plus loin ; autrement dit : il ne suffit pas de se borner à une profession de foi extérieure, à n’avoir avec Christ qu’une relation extérieure.

D’où obtient-on le capital nécessaire pour bâtir une tour ? Seule la grâce de Dieu peut accorder tout le nécessaire pour le chemin du vrai disciple, vraiment la grâce seule. Nous nous voyons, en quelque sorte, nous asseoir et calculer la dépense, et si nous constatons que notre « capacité » à assumer la grande tâche envisagée est trop maigre, alors nous élevons nos regards vers le Seigneur, pleins de confiance, car ce n’est que de Lui seul que vient toute l’aide : « Seigneur, donne-nous Ta grâce pour le chemin à Ta suite » — Ne devons-nous pas apprendre cette leçon de cette parabole ?

 

1.3   Les deux rois — Luc 14:31-32

La parabole de la ‘tour’ nous a montré qu’il fallait évaluer les coûts pour devenir ou pour être Son disciple. La parabole qui suit maintenant, celle des ‘deux rois’, nous enseigne combien il est important d’évaluer le coût qu’il y a à ne pas devenir Son disciple.

 

« Ou, quel est le roi qui, partant pour faire la guerre à un autre roi, ne s’asseye premièrement et ne délibère s’il peut, avec dix mille [hommes], résister à celui qui vient contre lui avec vingt mille ? Autrement, pendant qu’il est encore loin, il lui envoie une ambassade et s’informe des conditions de paix » (Luc 14:31-32).

 

Dans cette parabole, il n’est pas question de construire, mais de faire la guerre, de triompher d’un ennemi. Ce n’est pas le côté positif, mais au contraire négatif : un ennemi puissant se dresse devant nous. Or être disciple a aussi à faire avec cela, et il faut y être attentifs.

Le Seigneur ne laisse planer aucun doute sur le fait que ‘l’autre roi’ est plus puissant que nous. De quel roi ennemi parle-t-Il ? Je suis certain qu’il s’agit du diable, et de rien moins que lui. Or si nous ne voulons pas rendre les armes d’emblée devant cet ennemi puissant, il ne reste aucun autre chemin que de devenir et d’être disciples du Seigneur. Si nous ne le devenions pas, ou ne l’étions pas, il ne nous resterait qu’une solution, celle de conclure la paix avec Satan en acceptant ses conditions.

Tel est l’enseignement de cette parabole, et dans ce sens, nous devons ici évaluer les coûts. Si la première parabole nous laisse peut-être dans l’hésitation, la seconde nous montre que nous n’avons pas d’autre choix. Nous devons être Ses disciples si nous ne voulons pas être terrassés par l’adversaire, ou si nous ne voulons pas qu’il nous dicte ses conditions de paix. Cela ne signifierait rien d’autre que la ruine éternelle. Le coût d’être un vrai disciple peut paraître élevé, mais le coût de ne pas être un disciple du Seigneur est à perte de vue : être un vrai disciple peut signifier la perte de maintes choses dont nous faisons grand cas ici-bas, mais ne pas être disciple du Seigneur garantit la perte de tout ultérieurement.

Le Seigneur conseillait-Il aussi de ne pas accepter le combat et de rechercher plutôt les conditions de paix ? Comment le pourrait-Il ! Il veut le combat, Il veut avoir des disciples qui mènent ce combat. Mais Il leur fait aussi savoir qu’ils ne peuvent pas sortir vainqueurs d’un tel ennemi par leurs propres forces. Il ne le leur dit pas davantage que dans la première parabole ; mais même si cela n’est pas exprimé, l’invitation est quand même bien dans l’air  : faire confiance à Lui et à Sa grâce, y compris pour le combat de la foi. Ce n’est que plus tard dans le Nouveau Testament que nous apprenons que Dieu fournit une armure pour ce combat (Éph. 6:10-17).

 

1.4   Luc 14:33

Avec la phrase « ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il a, ne peut être mon disciple » le Seigneur résume l’enseignement qu’Il vient de donner. Il montre encore une fois le coût qui s’attache au fait d’être un vrai disciple. Et quel est ce coût ? c’est se livrer sans réserve à Celui qui nous a aimé et qui s’est livré Lui-même pour nous. Est-ce vraiment un coût trop élevé pour nous ?

 

 

2                        L’économe [ou : administrateur] injuste — Luc 16:1-13

Après les trois paraboles de Luc 15 vient tout de suite la parabole de ‘l’économe [ou : administrateur] injuste’ au ch. 16. Ce que nous devons apprendre dans cette parabole est confirmé ensuite dans l’histoire de ‘l’homme riche et du pauvre Lazare’. Dans cette dernière, le Seigneur tire quelque peu le voile pour permettre un coup d’œil sur le monde invisible — le monde des esprits des trépassés.

Contrairement aux trois paraboles précédentes de Luc 15, le Seigneur dépeint en Luc 16 un tableau d’atmosphère typiquement mondaine. On ne cherche pas ici des perdus, que ce soit dans le domaine d’un berger, ou celui d’une maison ou d’une famille, mais il est montré à quoi doit ressembler dans ce monde la vie des trouvés — ou, dit plus précisément, comment les disciples du Seigneur doivent s’y prendre avec des possessions terrestres.

Selon 16:14 et 15:1-2, il est clair que toutes les paraboles de ces chapitres 15 et 16 ont été prononcées devant un auditoire bien mélangé. Outre un certain nombre de disciples, il y eut aussi des scribes et des pharisiens pour entendre les paroles du Seigneur Jésus, et aussi beaucoup de publicains et de pécheurs.

 

2.1   16:1-2 — Destitué de son administration

« Et il dit aussi à ses disciples : Il y avait un homme riche qui avait un économe ; et celui-ci fut accusé devant lui comme dissipant ses biens. Et l’ayant appelé, il lui dit : Qu’est-ce que ceci que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton administration ; car tu ne pourras plus administrer » (Luc 16:1-2).

 

Que le Créateur ait confié à l’homme des ‘biens’, la parabole du ‘fils prodigue’ l’a déjà montré. Outre l’esprit, l’âme et le corps, Dieu l’a pourvu de capacités qu’il doit utiliser pour glorifier son Créateur. Dans cette mesure il est un administrateur [ou : économe] de Dieu ; mais il n’a pas répondu à ce devoir. Le fils prodigue gaspilla (ou : dissipa) son bien, tout comme l’administrateur injuste le fit avec l’avoir de son maître. L’un l’a fait dans un pays éloigné, l’autre dans la maison de son Maître.

Cette dernière indication laisse penser qu’outre le point de vue général, l’administrateur injuste est aussi en particulier une image d’Israël. Dieu avait donné la loi à ce peuple dans un domaine établi par Lui, et avec elle les promesses et le service divin (Rom. 9:4-5). Mais ce peuple a, lui aussi, été infidèle vis-à-vis des biens extraordinaires qui lui avaient été confiés.

Au lieu de transmettre aux peuples de la terre la connaissance qu’ils avaient reçue du seul vrai Dieu, ils violèrent la loi de Dieu, tombèrent dans l’idolâtrie et tuèrent finalement leur propre Messie, alors qu’Il était venu à eux comme une lumière pour la révélation des nations et la gloire du peuple d’Israël (Luc 2:32).

À la suite de cela, ils furent destitués de leur administration. Dieu ne les a plus considérés comme Ses administrateurs. Déjà le prophète Osée avait dû crier au peuple : « vous n’êtes plus mon peuple, et moi, je ne suis plus à vous » (Osée 1:9). Mais ce n’est pas seulement Israël en particulier que Dieu ne considère plus comme Ses administrateurs, mais aussi l’homme en général. Il a perdu cette position par sa propre infidélité. Malgré tout, sa responsabilité subsiste vis-à-vis de son Créateur, car Dieu l’a encore laissé en possession des biens terrestres.

Même si dans notre parabole, la destitution de l’administrateur injuste de son poste d’administrateur est imminente pour lui, comment va-t-il agir entre temps avec les biens qui appartiennent à son maître, non pas à lui ? Comment va-t-il utiliser les possibilités et capacités qui lui restent ? C’est alors qu’intervient une application de la parabole à laquelle nous ne nous serions pas attendus de cette manière.

 

2.2   16:3-7 — La prudence de l’économe

 

« Et l’économe dit en lui-même : Que ferai-je, car mon maître m’ôte l’administration ? Je ne puis pas bêcher la terre ; j’ai honte de mendier : je sais ce que je ferai, afin que, quand je serai renvoyé de mon administration, je sois reçu dans leurs maisons. Et ayant appelé chacun des débiteurs de son maître, il dit au premier : Combien dois-tu à mon maître ? » Et il dit : Cent baths d’huile. Et il lui dit : Prends ton écrit, et assieds-toi promptement et écris cinquante. Puis il dit à un autre : Et toi, combien dois-tu ? Et il dit : Cent cors de froment. Et il lui dit : Prends ton écrit, et écris quatre-vingts » (Luc 16:3-7).

 

Tandis que les paroles introductives de la parabole sont fort brèves, la prudence de l’administrateur est largement dépeinte. On entend ses réflexions, et on voit sa décision rapide et comment il l’a aussitôt traduite dans les faits. Il n’a pas non plus perdu beaucoup de temps pour échapper aux conséquences amères de sa destitution de fonction. Il est vrai qu’il exclut d’emblée deux possibilités. Il n’envisage pas de gagner sa vie en bêchant, car il n’a pas la force pour un travail aussi dur. Il a honte d’avoir tout juste de quoi vivre en mendiant. Finalement, il occupait jusqu’alors une positions influente ; devrait-il maintenant avouer qu’il a sombré si bas ? Non, il ne se pose même pas la question !

N’avons-nous pas ici un tableau de l’homme naturel ? D’un côté il est entièrement sans force pour répondre aux exigences de Dieu — « alors que nous étions encore sans force » (Rom. 5:6). C’est une des constatations les plus humiliantes que l’homme, qu’il soit Juif ou païen, ne possède aucune force pour faire le bien et pour laisser le mal. D’un autre côté, il a honte d’admettre son véritable état. Sa fierté lui interdit d’adopter une attitude de demandeur. Ce sont là les deux raisons principales pour lesquelles les gens refusent l’évangile et haïssent la grâce de Dieu. Car la grâce met en relief que nous sommes sans force, et qu’on ne peut la recevoir qu’en tant que suppliant, sans la mériter.

Mais l’administrateur arrive alors à une décision qui n’est pas typique de tout le monde. C’est pourquoi on peut parler d’un virage inattendu. Pour la plupart, les gens ne s’engagent justement pas dans les réflexions sur lesquelles l’administrateur a médité dans sa prudence. Ils vivent beaucoup plutôt dans l’insouciance du jour, sans réfléchir à ce qui arrivera au moment où les richesses [le Mammon] viendront à manquer (16:9 ; (*)).

 

(*) note du traducteur : Le v. 9 est traduit ainsi par l’auteur en allemand : « Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec le Mammon injuste, afin que, quand il viendra à manquer, vous soyez reçus dans les cabanes éternelles ». J.N. Darby traduit : « Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, afin que, quand vous viendrez à manquer, vous soyez reçus dans les tabernacles éternels » (16:9). — Le mot traduit par J.N.D. par « tabernacle » signifie proprement « cabane » (voir note de la traduction J.N.D. à Lév. 23:42).

 

Pourtant l’administrateur, aussi injuste fût-il, pensait à ce qui allait se passer « après ». Que fallait-il faire, réfléchissait-il, pour que les gens le « reçoivent dans leurs maisons » quand il serait destitué de son administration ? C’est cela qui constituait sa prudence : il ne s’occupait pas du présent, mais dirigeait ses pensées vers l’avenir. Sans aucun doute, il aurait pu s’enrichir sur les biens de son maître tant qu’il en avait encore le pouvoir, mais il ne l’a pas fait. Il a plutôt cherché à transformer les débiteurs de son maître (il devait y en avoir beaucoup), en ses propres débiteurs, pour assurer son propre avenir. Il fit donc un usage des biens de son maître qu’on ne peut bien sûr pas qualifier de juste, mais de prudent.

Il n’est cité que deux exemples de débiteurs. Il semble qu’il s’agissait dans la parabole, non pas d’un fermier responsable de terres, mais d’un marchand — une sorte de commerçant en gros — devant des sommes d’argent considérables à son maître pour des quantités correspondantes d’huile et de blé fournies par ce maître. Autrement on ne peut guère expliquer que l’un ne devait à son maître que de l’huile, et l’autre que du blé (ou : froment). En outre 100 baths d’huile correspondent à environ 4000 litres et 100 cors de blé à environ 40 mètres cube. L’administrateur remit « libéralement » à ces deux débiteurs une partie considérable de leur dette. Il fit la même chose avec « chacun des débiteurs de son maître ».

 

2.3   16:8 — fils de ce monde, fils de lumière

« Et le maître loua l’économe injuste parce qu’il avait agi prudemment. Car les fils de ce siècle (*) sont plus prudents, par rapport à leur propre génération, que les fils de la lumière » (Luc 16:8).

 

(*) Note du traducteur : l’auteur traduit « fils de ce monde ».

 

Que le comportement de l’administrateur ait été injuste, cela n’est nullement passé sous silence. Il est expressément appelé, selon la traduction littérale, ‘administrateur de l’injustice’, ce qui ne signifie naturellement rien d’autre ‘qu’administrateur injuste’ ; mais cette expression insiste spécialement sur l’injustice de cet homme et de ses agissements.

Mais pourquoi son maître le loue-t-il, et à quel sujet le loue-t-il quand il apprend la réalité de toute l’affaire ? En fait, il ne peut s’empêcher de reconnaître la prudence de son administrateur injuste. Celui-ci avait finalement sacrifié le présent à l’avenir, ce qui n’est pas banal du tout, et est pour cela digne de louange. On remarque bien que l’administrateur n’est pas loué pour son injustice, mais « parce qu’il avait agi prudemment ». Il avait su se faire des amis avec ce qui ne lui appartenait pas en vue du temps qui arriverait « après ».

Les gens n’agissent-ils pas en général de manière diamétralement opposée, et ne sacrifient-ils pas l’avenir au présent ? Leurs pensées ou leurs visées sont surtout tournées vers des événements et des évolutions présents, et si quand même ils se soucient de l’avenir, ce n’est alors qu’en vue d’un avenir dans ce monde. Leur prudence ne va pas plus loin. Ils vivent pour ce monde, et ce qui vient après ne les intéresse pas. C’est pourquoi ils sont appelés ‘fils de ce monde’. L’homme riche dans le dernier paragraphe du chapitre était comme un fils de ce monde’, tandis que le pauvre Lazare était un vrai ‘fils de la lumière’. Mais une fois morts, qu’arriva-t-il ? Nous le verrons en son temps.

D’habitude on tire de ceci que la parabole se termine par la louange du maître au sujet de l’administrateur injuste. Pourtant ce n’est qu’à partir du v. 9 que le Seigneur Jésus applique la parabole à Ses disciples. Entre deux, il y a cette remarque de 16:8b « car les fils de ce siècle [ou : monde] sont plus prudents, par rapport à leur propre génération, que les fils de la lumière » ; elle appartient encore à la parabole.

Certes cette phrase n’ajoute rien au récit, mais la parabole est ainsi replacée dans son ensemble dans une juste lumière pour les auditeurs. Elle parle de la prudence des fils de ce monde par rapport à leur « génération ». Ils s’entendent à obtenir des avantages pour eux-mêmes, et ils ne s’embarrassent pas de scrupules de conscience ou de questions morales. En cela ils sont sans aucun doute supérieurs aux fils de la lumière.

Le personnage principal de notre parabole, l’administrateur, est directement la personnification de l’injustice, du début à la fin. Ce n’est pas par hasard que son injustice a donné son titre à la parabole, la parabole de ‘l’économe injuste’. Et pourtant le Seigneur profite de la prudence de cet homme pour nous communiquer des enseignements importants.

 

2.4   16:9-12 — Quand les richesses injustes [ou : le Mammon] viennent à manquer

 

« Et moi, je vous dis : Faites-vous des amis avec les richesses injustes, afin que, quand vous (*) viendrez à manquer, vous soyez reçus dans les tabernacles éternels. Celui qui est fidèle dans ce qui est très-petit, est fidèle aussi dans ce qui est grand ; et celui qui est injuste dans ce qui est très-petit, est injuste aussi dans ce qui est grand. Si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera les vraies ? Et si, dans ce qui est à autrui, vous n’avez pas été fidèles, qui vous donnera ce qui est vôtre ? » (16:9-12).

 

(*) note du traducteur : l’auteur traduit « quand il [Mammon] viendra à manquer », comme la traduction anglaise de J.N.D. et selon une variante signalée par J.N.D. en français. La traduction française de J.N. Darby a retenu « quand vous viendrez à manquer ». — Quoi qu’il en soit, la pensée est la même, car il s’agit dans tous les cas du fait que les richesses se mettent à manquer.

 

2.4.1        Ne pas se tromper dans l’interprétation — Parallèles et contrastes

Il n’y a guère de parabole qui ait donné lieu à plus de commentaires contradictoires que celle-ci : comme si on pouvait s’acheter le ciel avec des richesses injustes ! Les exposés fantaisistes et se contredisant souvent les uns les autres proviennent pour la plupart de ce qu’on oublie à qui le Seigneur s’adressait avec cette parabole. Le v. 1 dit expressément « et il dit aussi à ses disciples », ce qui veut dire que les paroles du Seigneur ne concernent pas la manière dont on devient disciple, mais elles s’adressent à des gens qui le sont déjà. Nous ne devons donc pas interpréter de travers les explications du Seigneur comme si elles traitaient de la manière dont on parvient à la vie éternelle, dont on accède au ciel.

Ensuite, on fait souvent l’erreur de prendre tel ou tel détail de la parabole comme base de son interprétation, au lieu de voir la parabole comme un tout. Considérons encore une fois la ligne de la parabole, et traçons à côté une deuxième ligne parallèle — la ligne de l’application à nous les enfants de Dieu ! La correspondance est manifeste.

En image, cette correspondance s’exprime sous forme de deux flèches parallèles dirigées dans le même sens.

L’homme est l’administrateur — nous le sommes aussi. Des biens lui sont confiés — à nous aussi. Il s’agit de richesses [ou : Mammon] injustes — c’est aussi notre cas. Il s’en fait des amis avec — c’est aussi ce que nous devons faire. Elles viennent à manquer — pour nous aussi. Mais alors un contraste apparaît : les fils de ce monde recherchent des maisons terrestres — les fils de la lumière recherchent des tabernacles éternels, des habitations célestes. Cela retourne la flèche en sens contraire. En fait, les uns sont motivés par l’injustice, les autres au contraire, par la justice.

En image, cela fait symboliquement deux flèches parallèles dirigées en sens contraire.

 

2.4.2        16:9 — Les richesses injustes — Les amis qui reçoivent

Entrons maintenant d’encore plus près dans les paroles du Seigneur. Il parle de ‘Mammon injuste’ [richesses injustes], l’expression littérale étant ‘Mammon de l’injustice’, comme il avait parlé précédemment ‘d’administrateur de l’injustice’. Autrement dit, ‘Mammon’ comme désignation (dévalorisante) des richesses et des biens terrestres est caractérisé par l’injustice. L’explication de ce qualificatif ne réside pas seulement dans ce que la possession terrestre peut facilement conduire à l’injustice ; ce serait certainement un sens trop faible. L’argent et les richesses ne sont-ils pas marqués par la tache d’avoir circulé dans les mains d’hommes déchus et pécheurs, et d’avoir servi d’une manière pécheresse à des desseins de péché ? — sans parler de ce qu’ils ont souvent été acquis de manière injuste.

Ils ne perdent pas ce caractère d’injustice quand ils arrivent dans les mains d’enfants de Dieu. Pourtant ils peuvent et ils doivent nous servir précisément à nous faire des amis. Comment cela ? en se servant de ce qui ne nous appartient pas à nous-mêmes pour la bénédiction des autres, dans un esprit de grâce. Cela ne devrait-il pas nous être facile à faire quand nous pensons que nous ne sommes que des administrateurs de ce que Dieu nous a confié comme biens et capacités ? Quand, au lieu de nous y attacher et de les garder pour nous, nous les utilisons pour le bien des autres, alors nous nous faisons des ‘amis’, — mais non pas au sens « qu’une main lave l’autre », ou que nous nous rendons les gens du monde dociles et bien disposés. Non, les ‘amis’, pour nous, sont au ciel. Cela échappe souvent. Puis le Seigneur continue : « … afin que, quand vous viendrez à manquer, vous soyez reçus dans les tabernacles éternels ». Seul Dieu peut nous recevoir au ciel. Certes l’expression « afin que … vous soyez reçus » est très imprécise, même pour une parabole ; mais personne d’autre que Dieu Lui-même n’est envisagé pour recevoir.

 

2.4.3        16:9 — Quand les richesses manquent

Pour chacun de nous tous, il arrive un moment où les richesses [le Mammon] viennent à manquer. Ce peut être à l’heure de la mort ou à celle de l’enlèvement. En tous cas, on passe à l’heure de la vérité. Si nous avons parcouru notre chemin les regards fixés sur la patrie céleste ; si par la foi nous avons sacrifié le temporel à l’éternel ; si nous n’avons pas considéré nos biens comme notre propriété, mais que nous nous en sommes servis comme étant la propriété de Dieu, avec la libéralité qui Lui est propre — alors, oui alors, Il nous recevra dans les tabernacles éternels.

Exprimons-le encore autrement : il y en aura qui sont sur le chemin du ciel, et qu’Il recevra aussi là-haut, le moment venu. Certes on ne peut pas s’acheter ni se mériter le ciel. Ce n’est nulle part l’enseignement de l’Écriture. Mais l’Écriture sainte enseigne qu’un usage juste de nos biens tournera en bien pour nous dans le monde à venir. On peut amasser des trésors pour le ciel et amasser un bon fondement pour l’avenir (Matt. 6:20 ; 1 Tim. 6:19). Si nous ne pouvons certes pas être justifiés par des bonnes œuvres, — si elles sont accomplies par la foi, elles peuvent être un preuve de la grâce de Dieu opérant en nous. Et par cela nous sommes affermis dans le chemin de la foi.

 

2.4.4        16:10 — Ce qui est très petit — Ce qui est grand

Il y a aussi de sérieuses exhortations pour nous dans les paroles du Seigneur. Il sait combien les Siens pensent légèrement à leurs intérêts dans notre époque si superficielle, au lieu de penser aux tabernacles éternels. On est aussi frappé de ce que, dans l’application de la parabole que le Seigneur fait à nous, Il ne parle plus directement de la prudence de l’administrateur injuste, mais Il met l’accent sur l’injustice de son comportement. Dans les v. 9 à 12, le mot ‘injuste’ revient quatre fois, et deux fois l’expression ‘ne pas être fidèle’.

« Celui qui est fidèle dans ce qui est très-petit, est fidèle aussi dans ce qui est grand ; et celui qui est injuste dans ce qui est très-petit, est injuste aussi dans ce qui est grand » (16:10). Aux yeux du Seigneur, Mammon (= les richesses) n’est que ce qui est très petit, et nous devons apprendre à partager Son estimation. L’administrateur injuste était injuste dans ce qui est très petit, et par conséquent aussi dans tout ce qui s’ensuivait. À l’inverse, nous devons être fidèles dans ce qui est très petit, et nous devons gérer fidèlement pour Lui ce que nous possédons, nos capacités, notre temps, notre force et notre santé. C’est souvent justement la fidélité dans les petites choses qui nous met à l’épreuve. Si nous le réussissons, la porte nous sera ouverte pour ce qui est ‘grand’, dont parle le Seigneur. Dans cette expression « ce qui est grand », Il inclut tout ce dont, comme enfants de Dieu, nous pouvons nous réjouir dans le Seigneur, tout le domaine spirituel de notre vie. Nous ne nous attendions certainement pas à ce que les richesses (Mammon) temporelles et les bénédictions éternelles soient liées de cette manière.

 

2.4.5        16:11 — Les vraies richesses

Une deuxième comparaison suit. Les richesses (= le Mammon) injustes ne sont pas seulement ce qui est ‘très petit’, mais elles sont aussi fausses, superficielles, fugaces, trompeuses ; c’est pourquoi le Seigneur les met maintenant en contraste avec les ‘vraies’ : « Si donc vous n’avez pas été fidèles dans les richesses injustes, qui vous confiera les vraies ? » (16:11). Il arrive un moment où les richesses (le Mammon) viennent à manquer (16:9) : quelle folie, dès lors, d’y mettre son cœur ! Notre vraie richesse est spirituelle, elle est dans le ciel. Tout ce qui est en rapport avec Christ glorifié, c’est les ‘vraies [richesses]’.

Quand nous n’utilisons pas le privilège accordé par grâce de nous servir des biens terrestres pour la bénédiction des autres, il n’y a plus aucune raison pour que le Seigneur nous confie les vraies richesses. Non seulement nous nous enlevons la joie à nous-mêmes, mais nous ne sommes même pas en mesure d’en redonner à d’autres. C’est pourquoi le Seigneur attend en premier lieu de nous la fidélité dans ce qui est ‘très petit’, la fidélité dans les ‘richesses (Mammon) injustes’.

 

2.4.6        16:12 — Ce qui est vôtre

En troisième lieu se rajoute la fidélité dans ce qui est ‘à autrui’ : « Et si, dans ce qui est à autrui, vous n’avez pas été fidèles, qui vous donnera ce qui est vôtre ? » (16:12).

Nous sommes administrateurs, et ce que nous possédons sur la terre appartient à Un autre. Si nous l’utilisons au gré de notre Seigneur et Maître — et en outre des milliers d’occasions se présenteront — Il nous donnera ce qui est ‘nôtre’. Tout ce qui appartient à Christ est à nous (1 Cor. 3:21-23). Voilà ce qui est ‘nôtre’, et Il nous le donnera pour notre joie — ici-bas dans le temps présent, et là-haut dans la gloire éternelle.

Ce qui est ‘vôtre’ au v. 12 est naturellement identique à ce qui est ‘vrai’ au v. 11 et à ce qui est ‘grand’ au v. 10. Cette triple répétition donne un grand poids à ce qui est dit — au vrai caractère des richesses (Mammon) ; à la fidélité de les administrer justement ; à la vraie possession des croyants. Ce sont trois points que nous devons apprendre ici.

 

2.5   Servir deux maîtres ?

Le Seigneur achève Ses enseignements avec les paroles suivantes :

 

« Nul serviteur ne peut servir deux maîtres ; car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre : vous ne pouvez servir Dieu et les richesses » (16:13).

 

Il nous arrive trop souvent de nous illusionner en croyant qu’on peut ménager la chèvre et le chou. C’est un grand danger de nos jours, de penser que d’un côté on pourrait servir le Seigneur, et de l’autre nos intérêts mondains. Le Seigneur dit que nous ne pouvons pas servir deux maîtres, que nous ne pouvons pas servir Dieu et les richesses (Mammon).

Croyons-nous vraiment que Dieu nous a donné la vie éternelle pour gagner le plus d’argent que possible ? N’oublions-nous pas parfois que nous avons été achetés à un prix très élevé, le prix de Son sang (1 Cor. 6:20) ? Nous ne nous appartenons plus à nous-mêmes. C’est pourquoi notre maître ne peut être qu’unique.

Si nous n’y prenons pas garde, les richesses (Mammon) vont croître facilement pour devenir l’élément dominant dans notre vie, sans que nous n’en ayons bien conscience. On comprend bien que nous devons répondre à nos obligations terrestres avec fidélité et soin, mais c’est toute autre chose que de diriger nos pensées sur la multiplication de notre avoir terrestre. Prenons au sérieux la parole de notre Seigneur et Rédempteur ! Si nous servons les richesses (Mammon) sous une forme ou sous une autre, nous ne pouvons pas servir Dieu.

‘Servir’ signifie ‘servir comme esclave’. Nous ne pouvons pas être esclave de Dieu et en même temps esclave des richesses (Mammon). Le Seigneur explicite cela du point de vue d’un esclave, car deux maîtres pourraient arriver à s’entendre sur l’usage partagé d’un même esclave. Mais il est impossible à un esclave ou un domestique, de servir deux maîtres. Ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Autrement dit, dans son cœur et ses pensées il n’y aura qu’un seul des deux maîtres qu’il considérera comme son maître réel, et c’est à lui qu’il consacrera son service de cœur. L’autre ne sera servi qu’extérieurement ; ce ne sera qu’un service apparent.

Effectivement, dans notre cas, il ne peut y avoir qu’un Seigneur et Maître dans notre cœur. Nous nous imaginons certes souvent en train d’accorder le service apparent à l’autre maître, Mammon, tandis que nous servirions Dieu en réalité. Cependant le danger se trouve exactement en sens inverse : que nous servions Mammon de cœur et que nous cherchions à cacher cela par un service apparent vis-à-vis de Dieu.

 

 

3                        L’homme riche et Lazare

L’histoire de ‘l’homme riche et du pauvre Lazare’ est une confirmation extrêmement sérieuse de ce que nous avons vu dans la parabole de ‘l’économe injuste’ au commencement de ce même chapitre. Je dis bien ‘histoire’ et non pas ‘parabole’, car le Seigneur ne parle pas directement de parabole. En outre, l’une des deux personnes porte un nom, ce qui, pour une parabole, est totalement inhabituel.

Si nous nous occupons de cette histoire malgré le cadre fixé [l’étude des paraboles], c’est avant tout parce qu’elle est une sorte de continuation de la parabole de ‘l’économe injuste’. En outre, elle comporte des aspects absolument typiques de paraboles, au moins dans la deuxième partie où le Seigneur soulève quelque peu le voile du monde invisible. Cependant, le Seigneur parle tout du long de faits, Il ne présente pas seulement des images. Il s’agit d’un épisode qui a réellement eu lieu.

Tandis que les paraboles de Luc 15 sont une réponse aux murmures des pharisiens, nous voyons au ch. 16 qu’ils vont un pas plus loin, et qu’ils se mettent à se moquer de Lui. Parce qu’ils aimaient l’argent, ils se sentaient condamnés par la parabole de ‘l’économe injuste’ ; c’est pourquoi ils se dressèrent contre Lui.

Mais Dieu connaissait leurs cœurs, et Il savait ce qui avait, en vérité, de la valeur pour eux. Aussi le Seigneur ajoute : « car ce qui est haut estimé parmi les hommes est une abomination devant Dieu » (16:15). Le tableau dressé ensuite par le Seigneur dépeint ces deux choses clairement, mais avec gravité.

 

3.1   La vie présente

 

« Or il y avait un homme riche qui se vêtait de pourpre et de fin lin, et qui faisait joyeuse chère, chaque jour, splendidement. Et il y avait un pauvre, nommé Lazare, couché à sa porte, tout couvert d’ulcères, et qui désirait de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; mais les chiens aussi venaient lécher ses ulcères » (16:21)

 

Dans la parabole de Luc 12, nous avons déjà vu un ‘riche cultivateur de blé’. Être riche n’est pas en soi une honte. Abraham lui-même, dont le Seigneur parle juste après, avait été un homme riche, et même très riche ; mais il avait été un homme de foi, et pendant sa vie, il avait habité dans des tentes. Par contre l’homme riche de notre chapitre se donnait du bon temps dans ce monde, mais sans Dieu. Non seulement il se vêtait des meilleurs habits — la pourpre et le fin lin (byssus) se retrouvent nommés ensemble en Esther 1:6 et Apocalypse 18:12 — mais il faisait joyeuse chère chaque jour, splendidement. Il était certainement hautement considéré parmi les hommes, car « on te louera si tu te fais du bien » dit la Parole de Dieu (Ps. 49:18) ; mais devant Dieu, sa manière de vivre était une abomination.

Ne faisait-il pas précisément ce contre quoi la Seigneur mettait en garde dans la parabole de ‘l’économe injuste’ ? Il ne vivait que pour le temps présent, que pour le temps avant l’au-delà, que pour lui-même. Il ne souciait pas le moins du monde du temps de l’au-delà, « quand les richesses (le Mammon) viendraient à manquer ».

Sa manière de penser était celle de beaucoup de gens aujourd’hui, à savoir que l’avenir prendra soin de lui-même. Quelle folie ! Sur ce plan, ‘l’économe injuste’ était plus prudent. Il se révéla donc que ce riche, malgré toute sa vie splendide et toute sa gaieté extérieure, n’était qu’un ‘fils de ce siècle’ [de ce monde]. Il ne faisait pas partie des ‘fils de la lumière’. Redisons-le encore une fois : devant Dieu, cette manière de vivre était une abomination.

Cela ressort encore plus clairement quand nous donnons un coup d’œil sur le pauvre dont le nom était Lazare. Plein d’ulcères, il était couché à la porte du riche. Cela situe la relation entre le pauvre Lazare et l’homme riche. On avait jeté le pauvre à la porte du riche, et maintenant il gisait là, incapable même de se déplacer sur des béquilles.

Cette porte qui rayonnait certainement d’une blancheur éblouissante, le riche devait la passer avec ses amis, et il devait voir la misère du pauvre, et entendre sa voix qui quémandait. Il lui était impossible d’échapper à cette main suppliante tendue vers lui, pour qu’il donne quand même quelque chose de ce qui tombait de sa table. N’était-ce pas là l’occasion de faire du bien ?

Or il n’est pas dit qu’il l’ait fait. Le riche se détournait avec dégoût. Aucun des commandements de l’Ancien Testament d’aider les pauvres ne lui venait à l’esprit. Les chiens errants avaient plus de miséricorde que lui. Ils léchaient les ulcères du pauvre. Ils étaient ses seuls « amis ». Ce que les gens ne faisaient pas, les chiens le faisaient.

Or malgré tout, ce pauvre portait un nom : Lazare (Dieu est le secours). C’est comme si le Seigneur Jésus lisait dans le livre de vie et y voyait le nom inscrit, alors que celui du riche manquait. Le Seigneur connaît ceux qui sont Siens. Lazare était manifestement quelqu’un sur qui l’œil de Dieu reposait en bonté, malgré toute sa pauvreté et sa misère — quelqu’un qu’Il connaissait par nom. La suite de l’histoire le confirme.

 

3.2   Un changement significatif dans les voies de Dieu

Arrivés à ce point, il est nécessaire de souligner un changement significatif dans les voies de Dieu avec les hommes – un changement qui est à la base de tout ce qui est dit. Si nous ne le saisissons pas, l’enseignement du Seigneur dans ce récit nous restera largement incompréhensible. Car nous pouvons nous poser à juste titre la question suivante : la richesse n’était-elle pas un signe de la bénédiction de Dieu — justement pour les Juifs — et la pauvreté une punition ?

Oui, quand Israël était encore le peuple de Dieu, dans la dispensation de la loi, il en avait été ainsi. Mais l’homme en général s’est montré entièrement corrompu, et Israël en particulier n’a pas satisfait à sa responsabilité. Ils ont plutôt rejeté Dieu et Son Christ. Un des résultats en est qu’ils sont déchus de tout droit aux bénédictions terrestres.

Mais à cause de la miséricorde de Dieu et sur la base de l’œuvre rédemptrice de Christ, une nouvelle époque, le temps de la grâce, devait prendre la relève de l’époque de la loi. Le Seigneur Jésus avait parlé de ce changement devant les pharisiens, et Il avait dit : « La loi et les prophètes ont été jusqu’à Jean ; dès lors le royaume de Dieu est annoncé et chacun use de violence pour y entrer » (16:16). Le temps du gouvernement de Dieu sur la terre était par conséquent passé. Il reviendra un jour, mais entre temps, tout est une question de foi ; « nous marchons par la foi, non par la vue » (2 Cor. 5:7). Le royaume de Dieu n’existe pas sous forme visible aujourd’hui, mais sous une forme invisible, morale (Rom. 14:17 ; 1 Cor. 4:20).

En accord avec cela, le Seigneur donne maintenant, par ce récit, un enseignement révolutionnaire pour l’époque, selon lequel les circonstances extérieures de quelqu’un ici-bas et maintenant, ne sont pas le reflet de ses relations avec Dieu. Le bien-être et la richesse ne sont nullement la preuve que la personne concernée est juste ; elles ne sont absolument pas un signe de la faveur de Dieu. C’était une leçon nécessaire pour les Juifs d’alors, et l’est aussi pour nous aujourd’hui, justement parce que dans l’Ancien Testament les biens et la richesse étaient promis au juste. « La génération des hommes droits sera bénie. Les biens et la richesse seront dans sa maison » (Ps. 112:2, 3). Ailleurs, le psalmiste dit : « je n’ai jamais vu le juste abandonné, ni sa semence cherchant du pain » (Ps. 37:25).

Tout cela est maintenant changé fondamentalement, et l’exemple en est ce pauvre Lazare, souffrant et mendiant. Ni la richesse ni la santé ne lui ont été accordées dans cette vie, et pourtant son nom est inscrit dans le ciel. Aux jours de l’Ancien Testament, la pauvreté et la maladie était des signes du jugement de Dieu sur le péché. Mais le Nouveau Testament nous enseigne qu’il n’en est absolument plus de même. Au contraire, les enfants de Dieu de nos jours n’ont absolument aucune garantie de santé et de bien-être. « Vous avez de la tribulation dans le monde » (Jean 16:33), dit le Seigneur Jésus à Ses disciples au moment de les quitter.

C’est pourquoi il est tellement important de bien distinguer entre l’ancienne dispensation (époque) et la nouvelle. Sous l’ancienne dispensation, Dieu répondait à l’obéissance à Son égard par des bénédictions et des biens terrestres. Sous la nouvelle dispensation, ce sont des bénédictions célestes qui sont la part de l’enfant de Dieu (Éph. 1:3), tandis que Dieu utilise souvent les circonstances extérieures et toutes leurs afflictions pour éduquer Ses enfants et les purifier pour qu’ils portent plus de fruit pour Lui (Héb. 12:4-11 ; Jean 15:2).

 

3.3   Le temps de l’au-delà

Pour les croyants, il est profondément réjouissant qu’après tout ce qu’offre la terre, il y ait un « au-delà », ou comme Jean l’exprime dans l’Apocalypse, un « après ces choses » (Apoc. 4:1). Pour l’incrédule cependant, c’est un sujet d’effroi au plus haut point. L’un comme l’autre arrivent à la fin de leur course terrestre, d’une manière ou d’une autre. Et là où l’arbre tombe, là il est (Eccl. 11:3).

 

3.3.1        Dans le sein d’Abraham

Le Seigneur dirige d’abord le regard sur le pauvre, et montre ce qui lui est arrivé. Il soulève par là le voile recouvrant le monde invisible. Il est seul à pouvoir le faire. N’attendons pas, comme certains disent en se moquant, que quelqu’un revienne de là pour nous dire ce qu’il y a. Jésus le Fils du Dieu vivant nous le dit.

 

« Et il arriva que le pauvre mourut, et qu’il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Et le riche aussi mourut, et fut enseveli » (16:22).

 

Oui, les enfants de Dieu meurent aussi, quand Dieu le veut et qu’ils ne sont pas appelés à vivre l’enlèvement. Ils ont vécu « au Seigneur » [ou : « ayant égard au Seigneur »], et de même, ils meurent « au Seigneur » [ou : « ayant égard au Seigneur »]. « Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes du Seigneur » (Rom. 14:8). Parole de triomphe ! Aussi avilissantes et humiliantes qu’aient pu être les circonstances dans la vie et dans la mort, nous sommes du Seigneur.

C’est ce qui arrive clairement dans le cas du pauvre Lazare d’une manière si grandiose. Pour lui aussi, « il arriva » qu’il mourut ; il n’est pas parlé une seule fois qu’il ait été enterré. Vraisemblablement son corps fut simplement jeté dans quelque trou sombre. Mais son âme fut transportée par les anges de Dieu dans le lieu de la félicité céleste ; c’est ce dont parle le ‘sein d’Abraham’. Il n’avait pas eu la possibilité de se faire des amis dans le ciel avec les richesses injustes, et pourtant c’est bien là qu’il arrive.

Réfléchissons à cela : les anges de Dieu, les habitants naturels du ciel s’intéressent vivement quand un des enfants de Dieu meurt ! Je suis profondément convaincu de ceci, que les critiques incroyants ont toujours cherché à éliminer par leurs explications : si un jour je meurs (bien que je n’attende pas cela, mais j’attends le Seigneur Lui-même), les anges de Dieu entourerons mon lit de mort et porteront mon âme au ciel.

Il me revient un souvenir qui m’a profondément impressionné, bien que je n’eusse alors qu’une dizaine d’années. Il y avait à Berlin une conférence de trois jours pour étudier la Parole de Dieu. Le sujet était alors le livre des Juges. Je vois encore clairement un très cher serviteur du Seigneur se lever et faire un développement qui touchait les cœurs sur la parabole de Jotham, le fils de Gédéon. Et voilà que soudain il s’arrête, se rassied rapidement et penche la tête en arrière. Il était mort. De jeunes hommes le portèrent sur un brancard à travers la foule des frères et sœurs jusqu’à l’hôpital le plus proche, où on ne put que constater que la mort avait fait son œuvre. Nous étions tous bouleversés, et remplis de tristesse quand nous reçûmes la nouvelle. Comment pouvait-on continuer la conférence ? Alors le frère Paul Schwefel se leva et dit d’une voix affectueuse et douce, que nous ne devions pas être effrayés. Nous avions vécu quelque chose de tout à fait extraordinaire : des anges étaient venus parmi nous et avaient porté l’âme de notre frère au ciel…

 

3.3.2        En hadès

« Et il arriva que le pauvre mourut, et qu’il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Et le riche aussi mourut, et fut enseveli. Et, en hadès, levant ses yeux, comme il était dans les tourments, il voit de loin Abraham, et Lazare dans son sein » (16:22-23).

 

Quand le riche dut aussi quitter cette terre, il eut droit à un ensevelissement probablement splendide. Des centaines d’amis devaient se trouver là, on prononça de grands discours en son honneur. Mais il n’est pas question d’anges. Et alors le Seigneur Jésus mentionne une circonstance qui est vraie de quiconque meurt sans être réconcilié avec Dieu. À l’instant où il ferme les yeux ici-bas, il les ouvre en hadès, et Il ajoute : « comme il était dans les tourments ».

 

3.3.2.1                 Qu’est-ce que le hadès ?

Le hadès n’est pas encore l’enfer. L’Écriture différencie clairement ces deux endroits et ces deux états. L’enfer est le lieu du séjour éternel de ceux qui meurent sans être réconciliés avec Dieu — l’étang de feu, embrasé de feu et de soufre. Ce n’est qu’après leur résurrection et leur jugement devant le grand trône blanc qu’ils seront « jetés dans l’étang de feu » (Matt. 5:22, 29, 30 ; 10:28 ; Marc 9:45 ; Apoc. 20:11-15 ; 21:8).

Le hadès, par contre, n’est qu’un état intermédiaire, le lieu invisible des esprits des trépassés. Dans plusieurs passages du Nouveau Testament, le ‘hadès’ est pris simplement comme l’équivalent grec du ‘Shéol’ hébreu (Matt. 11:23 ; 16:18 ; Luc 10:15 ; Apoc. 2:27, 31). Il traduit le séjour des morts, sans vouloir dire plus, et il correspond à peu près au terme ‘l’au-delà’ que nous utilisons souvent. Le ‘Sheol’ dans l’Ancien Testament s’applique aussi bien aux justes qu’aux injustes. L’Ancien Testament ne fait pas de distinction.

Ce n’est que dans notre passage que le Seigneur Jésus donne plus de lumière sur le hadès, et montre qu’y accèdent tous les gens qui meurent sans être réconciliés avec Dieu. C’est là que le riche ouvre les yeux alors qu’il était mort. De Lazare, par contre, il n’est pas dit qu’il ait été en hadès. Il est vu dans le sein d’Abraham. Cette distinction est encore plus claire en Luc 23, dans cette promesse merveilleuse que le Sauveur, crucifié et mourant, fait au brigand sauvé à Son côté : « En vérité, je te dis : Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (23:43). Être « avec Christ » est la part bienheureuse de tous ceux qui meurent dans le Seigneur (Phil. 1:23).

Le passage déjà mentionné d’Apoc. 20 fait une distinction supplémentaire remarquable entre la ‘mort’ et le ‘hadès’ : « Et la mort et le hadès rendirent les morts qui étaient en eux » (Apoc. 20:13). Cette expression ne décrit rien d’autre que la résurrection des morts pour le jugement, à savoir la réunion d’éléments de l’homme, jusque là séparés, le corps et l’esprit. La mort s’est emparée du corps et le hadès de l’esprit ou de l’âme des gens. Cela confirme que le hadès n’est qu’un état intermédiaire, mais aussi un endroit où se trouvent les esprits des trépassés. Quand la dernière résurrection a lieu, la mort et le hadès sont dès lors tous les deux dépourvus de signification, et ils sont symboliquement jetés dans l’étang de feu (20:14).

 

3.3.2.2                 Un lieu de tourment

Nous avons déjà abordé la question que le hadès est un lieu de tourment. Le riche ouvre les yeux en hadès « comme il était dans les tourments ». Il aperçoit immédiatement Lazare, de loin, dans le sein d’Abraham.

 

« Et s’écriant, il dit : Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare, afin qu’il trempe dans l’eau le bout de son doigt, et qu’il rafraîchisse ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme » (16:24).

 

Ce passage nous apprend d’abord ceci : Avant même de recevoir son jugement définitif devant le grand trône blanc et d’être jeté dans l’étang de feu, l’injuste, quand il meurt, vient dans un lieu de tourment et souffre d’une grande douleur. La résurrection des impies n’a certes lieu qu’après les mille ans de règne de paix de Christ, mais leur sort immédiat après la mort est le tourment et la douleur.

C’est le Seigneur Jésus qui nous fait cette description, et pas un seul des termes qu’Il utilise ne laisse entendre qu’il y ait une échappatoire à cet état. Bien au contraire ! Certains parlent d’un ‘purgatoire’, mais c’est une invention de Satan, et beaucoup de gens ont déjà été victime de cette tromperie. Si nous ne recevons pas les paroles du Fils de Dieu par la foi, nous Le faisons menteur, et la vérité n’est pas en nous.

Il n’est parlé pas moins de quatre fois au cours de cette description, de tourment ou de douleur :

 

« Et, en hadès, levant ses yeux, comme il était dans les tourments, … » (16:23),

« … car je suis tourmenté dans cette flamme » (16:24),

« maintenant lui est consolé ici, et toi tu es tourmenté » (16:25),

« … de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de tourment » (16:28).

 

Quand un homme meurt, son sort éternel est fixé une fois pour toutes. Que beaucoup de gens prennent à cœur ce fait sérieux avant qu’il ne soit éternellement trop tard pour eux ! Il est bien vrai que « il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela le jugement » (Héb. 9:27). Tout n’est pas fini après la mort. Le diable peut bien le susurrer aux hommes, mais le Seigneur Jésus témoigne du contraire ; et Son témoignage concorde entièrement avec tout le reste du témoignage de l’Écriture sainte. Ne vaut-il pas mieux écouter Christ, le Fils de Dieu, plutôt que le diable, le père du mensonge (Jean 8:44) ?

 

3.3.2.3                 Une prière qui arrive trop tard

Dans ses paraboles, le Seigneur Jésus, le grand Maître qui enseigne, donne des exemples de différentes sortes de prières, ou de négligences quant à la prière. Voilà une série de ces passages :

 

·               Chez la veuve de Luc 18 nous avons une prière pressante pour un besoin personnel

·               Chez l’ami de Luc 11, nous avons une prière pressante pour les besoins des autres

·               La prière du pharisien de Luc 18 n’est en réalité même pas une prière

·               Chez le publicain de Luc 18, nous trouvons une prière qui justifie

·               Le fils prodigue de Luc 15 commence par une prière de travers

·               Plus tard, chez le fils prodigue, nous trouvons un projet de prière, que de toute façon il n’a jamais exprimé sous cette forme

·               Chez le fils aîné de Luc 15, nous ne trouvons aucun sujet de prière

·               Les cinq vierges folles de Matt. 25 arrivent avec une prière qui est trop tard.

 

C’est dans cette dernière catégorie que tombe la demande de l’homme riche en hadès. Sa supplication pour qu’on ait pitié de lui est venue absolument trop tard. S’il avait prié pour cela pendant sa vie, sa prière aurait certainement été entendue ; mais quand on quitte cette terre sans être réconcilié, il n’y a plus de miséricorde de Dieu. Il avait eu assez de temps pendant sa vie pour la rechercher, mais ses pensées n’étaient qu’à être rempli de « ses biens » (v. 25). Une prière qui vient trop tard n’est pas écoutée.

Remarquez bien comment cet homme est devenu sans prétentions ! « Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare, afin qu’il trempe dans l’eau le bout de son doigt, et qu’il rafraîchisse ma langue, car je suis tourmenté dans cette flamme » (16:24). Comme descendant d’Abraham, il s’adresse à lui en le qualifiant de « père Abraham ». Mais il n’avait jamais été un vrai fils d’Abraham, le père de tous les croyants (Rom. 4:11-18 ; Gal. 3:7). Et lui dont la langue pouvait goûter autrefois les vins fins et les mets savoureux, il ne désirait maintenant que le rafraîchissement apporté par quelque gouttes d’eau au bout du doigt de Lazare.

Il connaissait cet homme. Jour après jour, il était couché à sa porte en train de mendier. Lui avait-il  montré de la miséricorde ? Non, et c’est lui-même maintenant qui demande cette miséricorde : « père Abraham, aie pitié de moi ».

Il y a encore un point remarquable : cet homme en hadès ne met pas en doute la justice de Dieu qui l’a mis dans ce lieu de tourment. Aussi ne demande-t-il pas d’en être délivré. Ce qu’il demande, ce n’est qu’un peu de soulagement à sa douleur. Mais même cette requête, comme nous allons le voir, n’est pas satisfaite.

 

3.3.2.4                 Langage symbolique

Avant de se tourner vers la réponse significative d’Abraham, occupons-nous encore quelque instants de la manière dont le Seigneur Jésus parle ici. Il utilise maintenant partout des symboles, des expressions imagées, qui sont tirées du monde que nous connaissons : le sein d’Abraham, le rafraîchissement de la langue avec de l’eau, la souffrance dans la flamme, le grand gouffre que personne ne peut traverser. Mais Il décrit par là des choses qui se passent et des états dans ce monde qui nous est entièrement fermé et sur lequel nous ne savons rien. Il décrit donc l’insaisissable avec un vocabulaire qu’on peut saisir.

C’est effectivement la seule façon de susciter en nous quelques représentations de ce qui caractérise ce monde des trépassés. C’est une grande grâce que le Seigneur condescende à nous parler ainsi. Car s’Il avait parlé de manière absolue, nous ne comprendrions rien du tout. C’est comme quand des parents veulent parler à leur petit enfant sur des choses qui sont encore bien au-delà de ce qu’un enfant peut se représenter. Ou bien ils doivent prendre leurs distances, ou bien ils doivent se servir d’un langage infantile avec des mots simples monosyllabiques.

Cela rend aussi clair que nous ne puissions pas transposer un à un les éléments de ce que le Seigneur nous communique sur le monde des trépassés, dans le cadre du monde sensible où nous sommes. Nous pouvons recevoir tout, juste comme Il l’a dit, et alors nous sommes du bon côté, du côté sûr. Mais nous ne pouvons pas en tirer de conclusions allant plus loin, et qu’il ne nous appartient pas de tirer.

C’est ainsi que la question de savoir si, en principe, les incroyants en hadès peuvent voir les saints dans le paradis, ne peut pas être tranchée définitivement, à mon avis. Bien sûr, à cela s’oppose l’idée que les injustes aient alors une certaine représentation du bonheur des rachetés. Mais la conscience qu’ils auraient pu avoir eux-mêmes ce bonheur céleste et qu’ils ne l’ont pas voulu (comparer Apoc. 22:17) multipliera leur souffrance ; elle ne les lâchera pas pendant l’éternité. Cela me paraît être, ici, l’enseignement du Seigneur.

Encore un point que nous pouvons tirer des paroles du Seigneur. Les âmes des trépassés ont en fait quelque chose comme des « yeux », avec lesquels ils peuvent voir et reconnaître. Sur ce point, il est aussi juste de dire que nos chers endormis dans le Seigneur Jésus peuvent voir maintenant Celui en qui ils ont cru autrefois.

Et encore, nous apprenons que la personnalité des gens reste inchangée, même après la mort. L’homme riche pouvait reconnaître Abraham, bien qu’il ne l’ait jamais vu — tout comme Pierre, Jacques et Jean pouvaient reconnaître Moïse et Élie sur la montagne de la transfiguration. Dans l’autre monde, il n’est pas nécessaire de « se présenter » l’un à l’autre.

 

3.3.2.5                 Caractère définitif de ce qu’il y a après la mort

Nous entendons maintenant la réponse faite à l’appel et à la supplication de l’homme qui était riche autrefois :

 

« Mais Abraham dit : [Mon] enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement les maux ; et maintenant lui est consolé ici, et toi tu es tourmenté » (16:25)

 

Abraham reconnaît que l’homme riche fait partie de sa descendance naturelle, et c’est pourquoi il s’adresse à lui en utilisant ce terme ‘enfant’. Mais il confirme que les rapports de l’un et de l’autre ont évolué en sens opposés. Il peut arriver, et c’était le cas ici, que l’homme le plus pauvre de ce monde obtienne après la mort les bénédictions célestes les plus élevées, et que l’homme le plus riche de ce monde arrive dans les plus grands tourments, sans fin.

Mais cela ne dérive pas de ce que, dans sa vie, l’un a été si pauvre ici-bas et l’autre si riche. Abraham ne le dit pas, et ce n’aurait pas été la vérité. Non, le cas se situe autrement : si un homme en hadès demande de la pitié, ou si des personnes vivantes en arrivaient à penser que la souffrance en hadès, voire en enfer, pourrait être changée, ou adoucie, par quelque chose, alors qu’ils se rappellent ce qu’Abraham dit à l’homme riche en hadès : « tu as reçu tes biens pendant ta vie ». Sur Lazare, il ne dit d’ailleurs pas : « … ses maux ».

Oui, cet homme riche avait reçu dans sa vie ses biens. C’est ainsi qu’il les avait considérés, sans considérer Dieu. Il ne s’était pas soucié des trésors spirituels et célestes, les circonstances favorables de ce côté-ci de la vie lui avaient suffi. Vivre tous les jours joyeusement et splendidement, c’était le « bien » qu’il avait apprécié et aimé. Il avait richement savouré cela, comme étant « ses biens » — sans Dieu. Il n’est pas présenté directement comme quelqu’un de méchant, enivré du péché. Il est bien plutôt le type de ceux qui sont satisfaits de circonstances terrestres agréables et qui cherchent à en jouir à pleins traits, sans s’intéresser à la foi. L’un de mes lecteurs se reconnaîtrait-il peut-être dans cette description ?

En ce qui concerne Lazare, il avait reçu les maux pendant sa vie. Non pas « ses maux », comme déjà remarqué ; car ce n’étaient que des circonstances éprouvantes envoyées pour purifier sa foi, et diriger sa confiance entièrement sur Dieu. Il avait reçu les maux que Dieu lui avait envoyés, et les avait supportés avec patience. Cela avait peut-être même été l’occasion de sa conversion, de ce qu’il se tourne vers Dieu. Son espérance n’était en tout cas pas dirigée vers la terre, mais vers le ciel, et c’est là qu’il était maintenant, et qu’il était consolé avec les biens du ciel. Inversement, l’homme riche devait maintenant faire sans ses biens — et souffrir la douleur en hadès.

Répétons le encore : ce n’était pas la pauvreté ni le besoin qui rendaient Lazare juste, pas plus que la richesse et la splendeur n’avaient fait du riche un injuste. Le Seigneur Jésus ne montre pas ici (pas plus que dans la parabole précédente de ‘l’économe injuste’) comment l’on devient juste devant Dieu, et comment on parvient au ciel. Pour l’apprendre, ce sont d’autres passages de la Parole de Dieu qu’il faut ouvrir. Ce qu’il nous faut apprendre ici, c’est beaucoup plutôt de reconnaître ce qui caractérise ce monde et le monde à venir. Les principes de l’un et de l’autre ne sont pas compatibles.

L’un des principes du monde invisible est formulé maintenant encore plus clairement par Abraham :

 

« Et outre tout cela, un grand gouffre est fermement établi entre nous et vous ; en sorte que ceux qui veulent passer d’ici vers vous ne le peuvent, et que ceux qui [veulent passer] de là ne traversent pas non plus vers nous » (16:26).

 

Il y a donc un grand gouffre entre les saints endormis (« nous ») et ceux qui sont morts dans leurs péchés (« vous »). Le verbe « est établi » est en réalité dans l’original au temps « parfait », ce qu’on peut exprimer ainsi : Le grand gouffre entre les deux domaines a été une fois établi, et maintenant il est établi et le reste.

L’expression ‘ceux qui veulent passer d’ici vers vous’ ne dit pas qu’il y aura vraiment des gens qui le voudront ; c’est plutôt l’inverse qu’on peut penser. Mais la signification réelle de cette affirmation est autre, et est extrêmement sérieuse : la mort décide pour toujours où on passera l’éternité, dans le ciel ou en enfer. Un passage de l’un de ces domaines à l’autre est et demeure impossible.

Si quelqu’un ne laisse pas ces déclarations comme elles sont, il rejette le témoignage du Fils de Dieu et il présume qu’Il n’a pas dit la vérité. Quand ce Fils de Dieu fait le constat qu’ils ne peuvent pas passer [d’un domaine à l’autre], voulait-Il dire qu’il y aurait un moment où on pourrait quand même passer ? On ne doit jamais manipuler ainsi les paroles de quelqu’un d’intègre : combien moins la Parole de Dieu ! Dieu dit toujours ce qu’Il veut dire, et Il veut dire ce qu’Il dit. La souffrance sera « éternelle », c’est-à-dire « non temporaire », « sans fin ». En rapport avec le jugement des vivants, le Seigneur Jésus confirme ceci : « Et ceux-ci s’en iront dans les tourments éternels, et les justes, dans la vie éternelle » (Matt. 25:46).

En face de déclarations aussi claires de l’Écriture sainte, comment ose-t-on encore prier pour les morts ? — cela reste incompréhensible, et c’est aussi inexcusable. Car cela suscite dans le cœur des gens des espérances qui ne s’appuient sur rien du tout dans l’Écriture sainte. La prière pour les morts est autant une invention de Satan que le purgatoire dont on sort purifié à un certain moment. Nous devons nous tenir absolument loin de telles pensées et de telles pratiques !

 

3.3.2.6                 La Parole de Dieu : seul moyen de salut

Quand Abraham ne peut pas donner suite à la demande d’adoucissement du tourment, l’homme riche exprime alors une autre demande qui concerne non pas son sort, mais celui de ses frères.

 

« Et il dit : Je te prie donc, père, de l’envoyer [Lazare] dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères, en sorte qu’il les adjure ; de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de tourment » (16:27-28).

 

À première vue, cette requête semble présenter un caractère presque évangélique, car il voudrait que ses cinq frères n’aillent pas eux aussi dans ce lieu de tourment, mais dans le lieu de la félicité. Ils menaient manifestement une vie fort semblable à la sienne du temps où il était encore sur la terre. Bien qu’il soit maintenant en hadès, il revoit toujours que c’est son incrédulité qui l’a amené dans ce lieu de tourment.

En hadès, il n’y a en fait ni foi ni repentance ; c’est trop tard pour cela. Au lieu de reconnaître son incrédulité, l’homme riche invente un nouveau « moyen de grâce » pour ses frères. Si Dieu l’appliquait, ses frères se détourneraient de leurs voies. Oui, il résonne dans ses paroles quelque chose comme une accusation contre Dieu qui n’a pas agi dans son propre cas selon la méthode proposée, sinon il ne serait pas aujourd’hui dans ce lieu de tourment.

Indirectement, il fait le reproche à Dieu qu’il savait mieux que Lui comment ses frères sur la terre pourraient être sauvés — discours outrecuidant de quelqu’un qui est déjà lui-même sous le jugement de Dieu !

La réponse d’Abraham nous amène au point culminant de son entretien avec l’homme riche, et par là au point culminant de toute cet épisode :

 

« Mais Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent » (16:29).

 

Avoir Moïse et les prophètes, signifie avoir toute la Parole de Dieu de l’Ancien Testament. Ce privilège avait été accordé au peuple d’Israël, spécialement à ses conducteurs, les pharisiens et les scribes. Mais bien qu’ils tinssent Moïse en grande estime, et que celui-ci avait écrit de Christ, ils ne croyaient pas son témoignage (Jean 5:46). Certes ils construisaient des tombeaux aux prophètes (Luc 11:47), mais ils ne croyaient pas leur témoignage.

L’homme riche, qui paraît être une personnalisation de l’incrédulité d’Israël, s’était ainsi comporté. Lui aussi s’était refusé à « écouter » Moïse et les prophètes, c’est-à-dire à recevoir dans son cœur ce qu’ils disaient. C’est la raison pour laquelle il était maintenant en hadès. Le même sort attendait aujourd’hui le peuple incrédule et ses conducteurs s’ils n’écoutaient pas ce que le Seigneur Jésus leur présentait.

Ces paroles-ci ne sont-elles pas aussi valables aujourd’hui : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » ? À nous qui vivons au temps de la grâce, nous est confiée toute la Parole de Dieu, l’Ancien et le Nouveau Testament. Et cette Parole est le seul moyen dans la main de Dieu qui puisse amener au salut des hommes pécheurs. « La foi est de ce que l’on entend, et de ce que l’on entend par la Parole de Dieu » (Rom. 10:17).

Ce qu’on avait besoin en ce temps-là et ce qu’on a besoin aujourd’hui, c’est d’écouter cette Parole. Ce terme ne se limite pas à entendre les sons, mais il signifie écouter avec foi, une réception par la foi de ce qui est dit.

C’est justement ce qui avait manqué à l’homme riche. Son égoïsme sans cœur et toute sa vie en étaient la preuve. Et cet homme, déjà en hadès et dans les tourments, osait maintenant contredire Abraham avec un « non » déterminé (cela ressort du mot grec) :

 

« Mais il dit : Non, père Abraham ; mais (ou : c’est le contraire) si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront » (16:30).

 

En contredisant Abraham, il contredisait aussi Moïse et les prophètes. Mais par là il déclinait la Parole de Dieu comme moyen de salut. Peut-on encore aller plus loin dans cette dureté de cœur ? Il voit Abraham dans le ciel ; il sait que Moïse et les prophètes y sont ; et malgré tout, à toute leur raison d’être, il dit : « non ». Il a l’audace d’avoir une opinion personnelle et de l’exprimer, à savoir que la résurrection d’un mort exercerait un meilleur effet sur ses frères que la Parole de Dieu.

N’est-ce pas aussi la pensée de bien des chrétiens de notre temps ? Ils paraissent plus se confier en des signes et des miracles qu’en la Parole de Dieu. Mais Abraham corrige cette pensée erronée :

 

« Et il lui dit : s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts » (16:31).

 

Si quelqu’un n’écoute pas la Parole que Dieu a prononcée par Ses serviteurs et ne la prend pas à cœur, alors il ne sera pas non plus convaincu par un miracle aussi puissant que celui d’une résurrection de mort. Il ne sera jamais convaincu de ce que l’homme est réellement ressuscité des morts. Nous pouvons nous représenter de façon vivante ce que des gens d’aujourd’hui penseraient et répondraient en entendant la nouvelle que un tel ou un tel est ressuscité des morts. S’ils ne le tenaient pas simplement pour une blague, ils trouveraient mille raisons certaines pour affirmer qu’il n’avait pas été réellement mort, mais que ce n’était peut-être qu’une apparence d’être mort ; que tout cela n’est que symbolique, qu’il faut le comprendre spirituellement, etc

Au temps où le Seigneur Jésus fit ce tableau du pauvre Lazare et de l’homme riche, il y eut peu après un homme effectivement ressuscité d’entre les morts, un autre Lazare. Quel en fut le résultat ? Bien que les conducteurs spirituels du peuple n’aient pu nier la résurrection, ils « tinrent conseil, afin de faire mourir aussi Lazare, car, à cause de lui, plusieurs des Juifs s’en allaient et croyaient en Jésus » (Jean 12:10-11). Et que se passa-t-il encore peu de jours après, quand Lui-même, le crucifié, ressuscita d’entre les morts ? Cette fois-là aussi, les souverains sacrificateurs possédaient un témoignage crédible, celui de la garde romaine qu’ils avaient eux-mêmes mise en place, et qui leur fit le récit de tout ce qui s’était passé. À nouveau ils tinrent conseil avec les anciens, soudoyèrent les soldats avec de l’argent, et leur commandèrent : « Dites : ses disciples sont venus de nuit, et l’ont dérobé pendant que nous dormions ; et cette parole s’est répandue parmi les Juifs jusqu’à aujourd’hui » (Matt. 28:11-15). — Pouvait-on confirmer de manière plus manifeste les paroles que le Seigneur Jésus mettait dans la bouche d’Abraham ?

 

3.3.3        Le résultat de tout

Nous arrivons ainsi à la fin de cet épisode si remarquable de ‘l’homme riche et du pauvre Lazare’. Le Seigneur nous accorde un aperçu sur le temps de « l’au-delà ». Dans sa description du monde invisible, Il se sert d’un langage imagé, parabolique, pour que nous puissions bien comprendre ce qui nous est, en soi, inaccessible.

Combien Son enseignement est simple, mais extrêmement sérieux : c’est que l’homme, s’il ne veut pas aller dans le lieu de tourment, doit écouter la Parole de Dieu, pendant cette vie. Après, aucun changement n’est plus possible.

Cette parole, et la foi qui s’y rapporte, est le seul moyen du salut. Dieu Lui-même n’en a pas d’autre plus efficace, sinon Il l’aurait donné.

Si des gens offrent d’autres moyens qui ne font pas appel à la foi en la Parole de Dieu, mais la mettent de côté, ne serait-ce qu’en partie, ils ne sont pas de Dieu, et conduisent immanquablement dans l’égarement, dans l’éloignement éternel de Dieu.

Si quelqu’un, ici-bas, est pauvre ou riche — seule la foi en la Parole de Dieu et en Celui que Dieu a envoyé, lui ouvre le chemin de la vie éternelle.

Mais cela ne devrait-il pas aussi nous marquer d’une sainte gravité — si nous pensons au sort éternel des perdus — pour leur montrer le chemin du salut aussi longtemps qu’il est dit « aujourd’hui » ? (Héb. 3:13).

 

4                        L’esclave qui revient des champs — Luc 17:7-10

 

Christian Briem

ME 2004 p.104 (Traduction revue et complétée par Bibliquest pour être plus proche de l’original)

Nous trouvons là une courte parabole que le Seigneur a prononcée seulement devant ses disciples, juste avant son dernier voyage vers Jérusalem. Au premier abord, sa relation avec les versets précédents n’est pas évidente, mais elle existe pourtant.

 

4.1   La foi comme un grain de moutarde

Comme le montrent les premiers versets du chapitre, les apôtres éprouvaient, pour marcher dans le chemin que le Seigneur venait de placer devant eux, qu’ils avaient besoin de plus de foi qu’ils n’en avaient alors — un sentiment que nous connaissons certainement tous. C’est ainsi qu’ils lui ont demandé : « Augmente-nous la foi ! » (v. 5). À cette prière certainement juste, le Seigneur a donné la réponse : « Si vous avez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi, et plante-toi dans la mer ; et il vous obéirait » (v. 6).

Ces paroles du Seigneur sont en effet mal comprises et mal interprétées de plusieurs manières.

C’est ainsi, par exemple, que certains commentateurs estiment que le Seigneur parle ici d’une « foi charismatique » — d’une foi donc par laquelle on peut opérer des guérisons, accomplir des miracles et transporter des montagnes (1 Cor. 12:9, 10, 28 ; 13:2). D’autres comprennent qu’il s’agit d’un sérieux blâme envers la petitesse de la foi des disciples.

Je ne crois pas cependant que ces explications soient satisfaisantes. Car pour les premiers, peut-on vraiment déduire de ce passage que les apôtres priaient à ce moment-là pour avoir plus de foi, afin de pouvoir opérer de plus grands miracles ? Était-ce là le genre de foi nécessaire pour ce dont le Seigneur Jésus avait parlé ? S’ils devaient ne donner lieu à aucun scandale, s’ils devaient prendre garde à eux-mêmes, s’ils devaient montrer de la grâce envers les autres et toujours pardonner à leurs frères, avaient-ils besoin, en plus, d’une « foi charismatique » ?

Quant aux autres, le Seigneur ne blâmait pas la petite foi, mais il fortifiait les disciples dans leur foi, si petite pouvait-elle être, et ainsi il l’augmentait. Ils devaient apprendre, comme nous aussi, à faire intervenir Dieu en toute circonstance — c’est là ce que fait la foi — et ils seraient en mesure d’accomplir des œuvres de foi qui, pour l’entendement humain, semblent impossibles. Dieu répond à la plus faible foi, p