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Paraboles de Luc 12 et 13

 

Christian Briem

 

Traduit de l’allemand de : Er lehrte sie vieles in Gleichnissen — Vol. 2 p. 125

 

 

Table des matières :

1     Le riche cultivateur — Luc 12:13-21

1.1     Les trois paraboles faisant suite à une demande

1.2          Avertissement contre l’avarice

1.3     Riche — mais insensé

1.3.1             Rien d’inconvenant

1.3.2             Des considérations raisonnables ?

1.3.3             Quand Dieu redemande l’âme

1.3.4             Riche quant à Dieu

2     Le figuier stérile — Luc 13:6-9 (+ 13:1-5)

2.1     Une erreur fréquente — Luc 13:1-5

2.2     Le figuier

2.3     Un dialogue divin

2.4     Une deuxième occasion

 

 

 

1                        Le riche cultivateur — Luc 12:13-21

1.1   Les trois paraboles faisant suite à une demande

Il est toujours impressionnant de voir le Seigneur Jésus autant présenter Son enseignement divin dans l’habillage de paraboles. Les raisons de le faire sont toujours bien différentes. En trois occasions Il parle en paraboles à la suite de demandes qui lui ont été exprimées.

Quand les disciples du Maître avaient demandé « Seigneur, enseigne-nous à prier » (Luc 11:1), le Seigneur ne leur avait pas seulement donné ce qu’on appelle le « notre Père », mais Il y avait ajouté la parabole des « trois amis ». Comme nous l’avons vu, Il illustrait par là l’urgence et l’importance de la prière. En second lieu, il y a la parabole du « riche cultivateur de blé » que nous avons devant nous ; elle est précédée de la demande d’un Juif : « Seigneur, dis à mon frère de partager l’héritage avec moi » (12:13). La troisième parabole faisant également suite à une demande est celle du « grain de blé ». Le Seigneur l’a prononcée à la suite de la prière adressée par quelques Grecs à Philippe : « Seigneur, nous désirons voir Jésus » (Jean 12:21).

 

1.2   Avertissement contre l’avarice

Le Seigneur repousse absolument ce qu’on voulait obtenir de lui : « Homme, qui est-ce qui m’a établi sur vous pour être votre juge et pour faire vos partages ? » (Luc 12:14). S’Il s’était laissé entraîné dans cette affaire, Lui serait-il arrivé autre chose qu’à Moïse quand celui-ci voulut arbitrer une querelle entre deux frères ? « Mais celui qui faisait tort à son prochain, le repoussa, disant : Qui t’a établi chef et juge sur nous ? » (Actes 7:27). Étienne le rappela plus tard aux conducteurs du peuple juif. La similitude de langage n’est-elle pas frappante ? Le Seigneur utilise presque les mêmes mots que l’homme du milieu de la foule, de sorte qu’on ne peut guère ne pas voir le parallèle. Non, dans les deux cas le peuple n’était pas prêt à recevoir le Sauveur et Libérateur.

À l’époque de cet incident, le Seigneur se voyait déjà rejeté. Ce n’est pas par hasard qu’Il préparait Ses disciples à être persécutés et à être menés devant les synagogues et les magistrats (Luc 12:1-12). S’il avait été reçu avec foi par Son peuple terrestre, Il aurait certainement fait ce dont les prophètes avaient parlé : « Et il ne jugera pas d’après la vue de ses yeux, et ne reprendra pas selon l’ouïe de ses oreilles ; mais il jugera avec justice les misérables, et reprendra avec droiture les débonnaires de la terre » (Ésaïe 11:3-4). Mais L’ayant rejeté et finalement crucifié, ce peuple perdit sa position de bénédiction. Aussi il ne s’agissait plus d’introduire la justice sur la terre ni de « partager des héritages », mais d’amener des individus à leur juste position devant Dieu, — au salut pour tous ceux qui le recevraient par la foi. Pour ceux-là, il y avait maintenant une part meilleure en haut, un héritage céleste.

Selon la loi en Israël, le premier-né avait droit à hériter une double part, mais c’est tout ce qu’il en est dit (Deut. 21:15-17). On ne sait pas ce qui faisait la difficulté dans le cas présenté au Seigneur. Mais derrière le désir apparemment légitime de cet homme, le Seigneur voyait apparaître à nu l’avarice du cœur humain. Cela L’amène à avertir : « Voyez, et gardez-vous de toute avarice ; car encore que quelqu’un soit riche, sa vie n’est pas dans ses biens » (Luc 12:15).

L’avarice (ou aussi la cupidité) est un mauvais défaut. En Colossiens 3:5 elle est appelée une « idolâtrie », et celui chez qui elle domine, est un « méchant », et en tant que tel, même s’il est « appelé frère », il doit être mis sous la discipline de l’assemblée (1 Cor. 5:11-13).

Mais la soif de biens terrestres est plus que seulement un mal : elle est aussi une folie. C’est ce que montre le Seigneur dans la parabole qui suit. Car même quand quelqu’un a tout en surabondance, sa vie n’est pas dans ses biens. Cela veut dire que la vie (comme principe de vie, non pas comme manière de vivre) ne dépend nullement du fait d’être riche ou pauvre. On n’a pas un brin de vie de plus quand on possède beaucoup, ni un brin de vie de moins quand on a peu à soi. Comme la parabole le montre clairement, la possession de la vie dépend seulement et uniquement de Dieu.

Mais cela n’est pas encore tout le message de la parabole. Car quelle folie d’amasser des trésors pour soi sur cette terre, et de ne pas être riche quant à Dieu, riche du point de vue du ciel !

 

1.3   Riche — mais insensé

L’avertissement du Seigneur contre l’avarice n’a vraisemblablement pas été saisi dans toute sa portée. Aujourd’hui il n’en va pas autrement. Aussi explique-t-Il par une parabole le sérieux et la portée de cette question, comme du reste Il le faisait aussi en d’autres occasions. La parabole suivante est l’illustration et en même temps la pleine vérité de ce qu’Il dit sur l’avarice.

 

1.3.1        Rien d’inconvenant

« Les champs d’un homme riche avaient beaucoup rapporté » (Luc 12:16).

 

Tout ce que le Seigneur peut dire d’abord de l’homme dans Sa parabole, c’est qu’il était riche. Il n’y a pas de honte à être riche. Abraham l’était, mais il était aussi beaucoup plus qu’un « certain homme riche ». Rien ne permet de conclure, dans le récit, qu’il s’agissait de richesses acquises malhonnêtement. Au contraire, l’homme possédait de grandes propriétés rurales dont, selon toute vraisemblance, il avait hérité ou qu’il avait acquises honnêtement.

La description que le Seigneur fait de cet homme n’est pas celle d’un oppresseur qui exploite les pauvres travailleurs ruraux ou les frustre de leur salaire. Non, il s’agit bien plutôt de quelqu’un de correct et d’estimé. Beaucoup pouvaient l’envier, surtout de s’être accru continuellement par le bon revenu de ses terres. La nouvelle récolte était en tout cas tellement bonne que les celliers et les greniers existants ne pouvaient pas la contenir.

Quand le Seigneur Jésus illustre le vrai caractère de l’avarice à l’aide de cette parabole, Il montre ce vice effrayant dans sa forme la moins repoussante. L’« homme » n’est pas dépeint de manière choquante. Même son avarice ne paraît pas détestable en soi, à première vue. Il vit simplement pour les choses de la terre. Ce sont elles, et elles seules, qui remplissent ses pensées, sa vie. C’est tout. N’y en a-t-il pas d’innombrables exemplaires semblables dans le monde aujourd’hui ?

 

1.3.2        Des considérations raisonnables ?

« Et il raisonnait en lui-même, disant : Que ferai-je, car je n’ai pas où je puisse assembler mes fruits ? Et il dit : Voici ce que je ferai : j’abattrai mes greniers et j’en bâtirai de plus grands, et j’y assemblerai tous mes produits et mes biens ; et je dirai à mon âme : [Mon] âme, tu as beaucoup de biens assemblés pour beaucoup d’années ; repose-toi, mange, bois, fais grande chère » (Luc 12:17-19).

 

Ce que l’homme fait maintenant, n’est-ce pas tout à fait raisonnable ? Il s’assied, et réfléchit sur ce qu’il peut entreprendre pour bien mettre à l’abri son blé et ses autres fruits. — Mais remarquez bien combien de fois figurent les mots « je », « mon », « mes » dans la conversation que l’homme tient avec lui-même et avec son âme : treize fois en si peu de mots ! Cela ne montre-t-il pas à quel point il était égoïste ? Entendons-nous le moindre remerciement à Dieu pour ces riches bénédictions ? Non, Dieu ne fait pas l’objet de ses considérations. Y penser, ne serait-ce pas du temps perdu ?

Son seul problème, c’est de savoir comment mettre à l’abri son abondante récolte, et comment agir pour ce faire. Mais en réalité il ne pense qu’à multiplier sa richesse. Ses pensées ne vont absolument pas au-delà de ce but et de ce temps. Ce qui vient après ne l’intéresse pas. L’« économe injuste » de Luc 16 se comporte d’ailleurs de manière tout à fait opposée. Il abandonne les avantages présents pour ne pas se trouver à vide le jour où les richesses (le mammon) viendront à manquer. C’est la direction vers laquelle regarde le vrai croyant qui ne se considère que comme un administrateur de biens terrestres, en route vers les « tabernacles éternels ».

Remplacer de vieux greniers par des neufs, plus grands, est certainement un progrès aux yeux des hommes, et c’est justement de cette manière que le riche cultivateur voit les choses. Combien il est dramatique de se relaxer dans le contentement de soi, et de tout oublier quant au salut de son âme immortelle ! Il peut bien se parler à lui-même, et se féliciter de tous ses biens, et se promettre du repos, de la jouissance, et d’être heureux. L’autosatisfaction ne peut guère être plus manifeste et présomptueuse. Mais peut-on trouver la vraie paix sur un tel chemin, la paix avec Dieu ?

Cet homme n’a devant les yeux que des biens matériels et passagers. Il en attend le bonheur. Des millions de gens lui ressemblent en cela. Et n’y a-t-il pas, pour nous croyants, le danger d’être plus ou moins saisi par cet esprit ? Nous ne parlons peut-être pas aussi crûment « à notre âme », mais nos actes ne manifestent-ils pas souvent le même langage ?

Un peintre français a représenté une fois le riche cultivateur dans l’attitude où il était quand il venait de prendre sa décision. L’homme a soigneusement compté son or et son argent, et a posé les sacs les uns à côté des autres. Il s’est ancré dans la tête une certaine somme réservée à d’autres usages. L’argent dont il a besoin pour les nouveaux bâtiments est entassé sur une table. Il est assis, renversé sur le dossier de son fauteuil ; son front plissé trahit ses réflexions, le regard est fixé sur le lointain. Il pense aux nouveaux greniers, et au grand changement qu’ils apporteront ; il voit les beaux bâtiments, il les voit regorger de tout son blé et des autres biens. Avec cela, il se laisse vivre un grand nombre d’années ; mais voilà ! quand on tourne la page, que voit-on ? Le même homme, mais il est mort, les bras croisés sur la poitrine.

 

1.3.3        Quand Dieu redemande l’âme

« Mais Dieu lui dit : Insensé ! cette nuit même ton âme te sera redemandée ; et ces choses que tu as préparées, à qui seront-elles ? » (Luc 12:20).

 

Quoi que l’homme dise à son âme, Dieu la lui redemande, de manière soudaine, inattendue, cette nuit-là. Il n’avait pas compté là-dessus. Dans la multiplication de ses richesses terrestres, il avait oublié Dieu. Il ne découvre son erreur et sa folie que lorsqu’il est trop tard. Il était un insensé, Dieu le dit.

Combien il est sérieux quand ce que Dieu dit contredit entièrement ce que l’homme dit. C’est le cas ici. Quel contraste éclate ici ! Beaucoup d’années… c’était le langage de l’homme. Cette nuit-même… c’est le langage de Dieu. Salomon avertissait déjà : « Ne te glorifie pas du jour de demain, car tu ne sais pas ce qu’un jour enfantera » (Prov. 27:1). À l’inverse, cet homme riche considérait que demeurer encore longtemps ici-bas allait de soi. Il avait construit là-dessus tous ses plans. Mais c’était une mauvaise base. Il avait fait tous ses calculs sans tenir compte de la Personne la plus importante. C’est ce que Dieu appelle un insensé. Quelqu’un de mes lecteurs en serait-il un ? Il est encore temps de tirer la leçon de la folie du riche cultivateur.

Quand Dieu redemande l’âme à quelqu’un, Il reprend la vie naturelle qu’Il a donnée. Le sort en est alors jeté pour l’éternité. L’« âme » est la partie responsable de l’homme. Quand elle quitte le corps, elle va dans un autre endroit, ou bien le paradis auprès du Seigneur Jésus, ou bien le Hadès — selon qu’il s’agit d’un croyant ou d’un non croyant (Luc 23:43 ; 16:22, 23). Il ne peut pas y avoir différence plus grande. C’est la différence entre le ciel et l’enfer.

L’âme est immortelle. C’est ce que le Seigneur Jésus souligne par ces paroles : « Et ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent pas tuer l’âme ; mais craignez plutôt celui qui peut détruire et l’âme et le corps, dans la géhenne » (Matt. 10:28). Prétendre qu’avec la mort tout est fini, est un terrible mensonge de Satan, le père du mensonge.

L’âme n’est pas redemandée à l’enfant de Dieu, mais le croyant la recommande au Seigneur quand il déloge, et se confie en Lui en face de la mort (Actes 7:59 ; 2 Tim. 4:18). Par contre, au pécheur qui, sa vie durant, a asservi son âme et subordonné ses besoins aux désirs du corps, à lui l’âme est redemandée. Le riche cultivateur est allé au lit comme toutes les autres nuits, sans autre pensée que celle de ses biens matériels. Et dans la nuit où son âme lui était redemandée, il en a encore été pareil : pas d’autre pensée !

Le Seigneur Jésus fait aussi ressortir la folie de cet homme par les propos qu’il ajoute : « et ces choses que tu as préparées, à qui seront-elles ? » (Luc 12:20). Tout son temps, toutes ses pensées, tous ses efforts, toute sa vie même, l’homme les a employées à se préparer des biens pour lui-même. Il s’est fermé à des pensées plus élevées. Et maintenant quand sa vie se termine de manière imprévue, la question est posée : pour qui sera tout cela ? Peut-être que les héritiers se le partageront en riant, peut-être se battront-ils là-dessus, comme les deux frères du v. 13. Eux aussi sont insensés. Est-ce bien pour cela qu’il s’est battu au prix de la perte de sa propre âme qu’il a trompée ?

 

1.3.4        Riche quant à Dieu

« Il en est ainsi de celui qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche quant à Dieu » (Luc 12:21).

 

Avec cette dernière phrase de conclusion, le Seigneur fait une application morale du contenu de la parabole pour chacun. Tous les détails ne s’appliquent pas à tous. Mais il en est ainsi avec celui qui amasse des trésors pour lui-même et qui n’est pas riche quant à Dieu : il est un insensé, et à la fin il n’a rien.

Quand nous arriverons à la parabole de « l’économe injuste » de Luc 16 déjà mentionnée, nous trouverons qu’un croyant n’utilise pas ce qu’il possède seulement pour lui-même, mais aussi pour d’autres. Il montre par là qu’il est riche quant à Dieu. Il introduit Dieu aussi dans ces questions-là, et dans un esprit de grâce, il peut remettre à d’autres une partie de ce qu’il possède.

Mais c’est le contraire de ce que fait le riche cultivateur. Ce contraste dans la parabole met donc encore plus en relief sa folie. Il a amassé des trésors « pour lui-même », or la question posée est : « pour qui cela sera-t-il finalement ? »

Être riche quant à Dieu signifie avoir la foi — avoir la richesse qui se trouve en Dieu. Le croyant ne se réjouit pas seulement du pardon de ses péchés et de posséder la vie éternelle, mais il est aussi béni de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ (Éph. 1:3). Ici, le Seigneur Jésus ne va naturellement pas encore jusque là, parce que l’œuvre de la rédemption n’était pas encore accomplie. Pourtant dans ce qui suit, Il parle aux disciples du « petit troupeau », et dit de lui : « Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume » (Luc 12:32). Autant ils sont pauvres quant aux possessions et aux biens terrestres, autant ils sont riches quant à Dieu.

Il est surtout instructif de voir comment, à la suite de la parabole du « riche cultivateur », le Seigneur se sert d’un contraste pour continuer à montrer le chemin meilleur.

« Considérez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’ont pas de cellier ni de grenier ; et Dieu les nourrit : combien valez-vous mieux que les oiseaux ! Et qui d’entre vous, par le souci qu’il se donne, peut ajouter une coudée à sa taille ? Si donc vous ne pouvez pas même ce qui est très-petit, pourquoi êtes-vous en souci du reste ? Considérez les lis, comment ils croissent : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant je vous dis que même Salomon, dans toute sa gloire, n’était pas vêtu comme l’un d’eux » (Luc 12:24-27).

L’homme riche avait pensé devoir amasser beaucoup de biens dans ses greniers pour plusieurs années. Pourtant les corbeaux ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’ont ni celliers, ni greniers. L’homme riche avait travaillé dur, et voulait se mettre au repos. À l’inverse, les lis ne travaillent ni ne filent. Et pourtant Dieu nourrit les corbeaux et habille les lis. De combien plus de soins entourera-t-Il ses enfants !

On peut résumer l’enseignement de la parabole du « riche cultivateur » par les paroles suivantes de la première épître à Timothée : « Or la piété avec le contentement est un grand gain. Car nous n’avons rien apporté dans le monde, et il est évident que nous n’en pouvons rien emporter. Mais ayant la nourriture et de quoi nous couvrir, nous serons satisfaits. Or ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans un piège, et dans plusieurs désirs insensés et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition ; car c’est une racine de toutes sortes de maux que l’amour de l’argent : ce que quelques-uns ayant ambitionné, ils se sont égarés de la foi et se sont transpercés eux-mêmes de beaucoup de douleurs. Mais toi, ô homme de Dieu, fuis ces choses, et poursuis la justice, la piété, la foi, l’amour, la patience, la douceur d’esprit » (1 Timothée 6:6-11).

Si nous avions vu le riche cultivateur et tous ses biens, nous aurions peut-être pensé : « quelle belle propriété possède cet homme ! ». Mais le Seigneur Jésus dit que les gens possédant de pareilles belles possessions n’entrent que difficilement dans le royaume des cieux (Marc 10:23). Déjà dans l’Ancien Testament, il est donné un sérieux avertissement tout à fait en accord avec notre parabole : « Ne crains pas quand un homme s’enrichit, quand la gloire de sa maison s’accroît ; Car, lorsqu’il mourra, il n’emportera rien ; sa gloire ne descendra pas après lui, Quoique pendant sa vie il bénît son âme (et on te louera, si tu te fais du bien), Il s’en ira jusqu’à la génération de ses pères : ils ne verront jamais la lumière » (Psaume 49:16-19). Combien il est important de laisser la Parole de Dieu former nos pensées, et non pas laisser celles-ci être formées par les idées du monde !

 

 

2                        Le figuier stérile — Luc 13:6-9 (+ 13:1-5)

Traduit de l’allemand de : Er lehrte sie vieles in Gleichnissen — Vol. 2 p. 137

2.1   Une erreur fréquente — Luc 13:1-5

La parabole du « figuier stérile » de Luc 13 est précédée d’une leçon qui n’est pas sans importance pour la compréhension de la parabole elle-même. Elle corrige en outre une erreur qu’on rencontre souvent dans la manière de penser des gens.

Deux événements avaient excité à cette époque les cœurs des Juifs. Pilate, le gouverneur romain, avait fait publiquement tuer quelques Galiléens au moment où ils étaient en train d’offrir des sacrifices au temple. Dieu ne les avait pas protégés, et leur sang avait été mêlé à leurs sacrifices. Pourquoi l’autel de Dieu ne leur avait-il offert aucune protection (Exode 21:14) ? Et dans le même temps encore, la tour de Siloé s’était écroulée sur 18 personnes, qui s’étaient retrouvées ensevelies sous les décombres. — Pourquoi Dieu avait-Il laissé faire tout cela ? N’était-ce pas des signes clairs du déplaisir de Dieu vis-à-vis de ces personnes ? Plusieurs pouvaient penser ainsi, mais le Seigneur dut rectifier leur manière de penser, tout comme celle de ces disciples qui Lui demandaient à propos d’un aveugle-né : « Rabbi, qui a péché : celui-ci, ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jean 9:1, 2). Ces Galiléens et ces habitants de Jérusalem qui avaient tous trouvés la mort d’une manière si extraordinaire n’étaient pas plus mauvais que les autres gens de cette ville.

Les gens tirent leurs conclusions de ce genre d’événements spectaculaires, mais elles sont souvent fausses comme dans le cas de l’aveugle-né. Le Seigneur donne aux Juifs, et pas seulement à eux, une leçon importante : « Si vous ne vous repentez, vous périrez tous pareillement » (Luc 13:1-5). Ces événements ne parlent pas seulement à propos des morts, mais pour les vivants.

Si les hommes ne se repentent pas, et ne reçoivent pas le Seigneur Jésus par la foi, le jugement de Dieu les atteindra pareillement. Cela vaut pour la nation juive en tant que telle, comme pour chaque homme en particulier. Ce jugement comporte un aspect temporel et un aspect éternel, comme nous l’avons déjà vu en considérant la parabole du « roi qui fit des noces pour son fils » en Matthieu 22.

 

2.2   Le figuier

Le Seigneur Jésus approfondit l’enseignement avec la parabole du « figuier stérile ».

 

« Et il disait cette parabole : Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne ; et il vint y chercher du fruit, et il n’en trouva point. Et il dit au vigneron : Voici trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve point : coupe-le ; pourquoi aussi occupe-t-il inutilement la terre ? » (Luc 13:6-7).

 

Le « figuier » est une image d’Israël, et plus précisément du Résidu juif après la déportation de 70 ans. Dieu dans Sa grâce avait ramené ce Résidu de leur exil à Babylone jusque dans le pays de la promesse, et maintenant Il attendait du fruit de sa part. Mais il n’en portait aucun.

Il est typique pour le figuier, comme pour l’amandier, de commencer par porter des fleurs, et les feuilles ne viennent qu’après. Un beau feuillage est une promesse de bons fruits. C’est pourquoi le figuier est une image frappante de la « profession », c’est-à-dire de ce qu’on professe être ou posséder du point de vue religieux. Les Juifs étaient comme un figuier. Il y avait beaucoup de « feuillage » — de hautes revendications, comme celle d’être le peuple élu de Dieu. Mais du fruit pour Dieu, on n’en trouvait pas.

Quelle différence avec le Seigneur Jésus dans Son service de Son Dieu et Père ici sur la terre ! La description du Psaume 1 s’appliquait parfaitement à Lui : « Et il sera comme un arbre planté près des ruisseaux d’eaux, qui rend son fruit en sa saison, et dont la feuille ne se flétrit point ; et tout ce qu’il fait prospère » (Psaume 1:3). Le fruit pour Dieu et la profession devant les hommes allaient de pair chez Lui, en une manière et une harmonie parfaite.

Que Dieu ait cherché du fruit du figuier pendant trois ans, c’est une référence touchante aux trois ans de service du Seigneur Jésus au milieu du peuple d’Israël. Il était Lui-même le vigneron, et pendant tout le temps de Son ministère public, Il avait fait tout ce qui était possible pour amener le figuier à porter du fruit. Mais cela avait été vain. Il devait faire monter cette lamentation : « J’ai travaillé en vain, et j’ai consumé ma force pour le néant » (Ésaïe 49:4). Ce côté du service de notre Seigneur ne nous est pas toujours bien connu. Mais il nous conduit à L’adorer quand nous pensons combien Il s’est fatigué pour le « figuier » qui appartenait à Son Dieu et Père, et quelle réponse Lui fut donnée. Cela n’a-t-il pas été douloureux pour Lui ? Les hommes de Juda étaient « la plante de ses délices. Et il s’attendait au juste jugement, et voici l’effusion de sang, — à la justice, et voici un cri ! » (Ésaïe 5:7).

 

2.3   Un dialogue divin

 

« Et il dit au vigneron : Voici trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve point : coupe-le ; pourquoi aussi occupe-t-il inutilement la terre ? Et répondant, il lui dit : Maître, laisse-le cette année aussi, jusqu’à ce que je l’aie déchaussé et que j’y aie mis du fumier ; et peut-être portera-t-il du fruit : sinon, après, tu le couperas » (Luc 13:7-9).

 

Ici et là dans l’Écriture, il y a des indications sur des dialogues entre les personnes de la Déité. Ce ne sont souvent que quelques mots ou phrases qu’il nous est permis d’entendre. Mais ils sont riches d’enseignements pour nous. Déjà à la première page de nos bibles nous trouvons comme une allusion à un tel entretien : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gen. 1:26). Et quand l’homme fut tombé dans le péché, il nous est permis d’entendre juste le début d’une phrase interrompue : « Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ; et maintenant, — afin qu’il n’avance pas sa main et ne prenne aussi de l’arbre de vie et n’en mange et ne vive à toujours... ! » (Genèse 3:22).

Dans notre courte parabole, il nous est également permis d’écouter un dialogue entre les personnes divines, entre le Père et le Fils. Et ce qui nous touche particulièrement, c’est le caractère sous lequel le Seigneur Jésus se fait reconnaître : Il est un intercesseur, qui prête appui aux coupables. À première vue il semblerait y avoir une divergence entre le propriétaire de la vigne et le vigneron. Car le propriétaire suggère de couper l’arbre tandis que le vigneron insiste pour surseoir. Mais il n’y a en réalité aucune discordance entre les deux. Cela apparaît clairement du fait que le propriétaire est tout de suite d’accord avec la proposition du vigneron pour accorder une chance supplémentaire au figuier.

Il n’y pas non plus la moindre base, ni dans cette parabole ni ailleurs dans l’Écriture, pour se figurer que seul le Seigneur Jésus serait plein de tendresse et de compassion, et qu’Il devrait détourner un Dieu courroucé de l’exercice du jugement. Car non seulement le propriétaire donne son accord à la proposition du vigneron, mais celui-ci aussi approuve l’abattage final de l’arbre. Nous ne devons pas chercher à neutraliser la colère par la miséricorde, ni la miséricorde par la colère. Les deux sont des traits essentiels de Dieu.

Le cœur du Père n’aime pas moins que le Fils, et le Fils est la parfaite expression du Père (Jean 14:7-10). Sa parole est celle du Père, aussi bien quand elle s’adresse aujourd’hui à Israël, au monde ou à Son peuple. Le Fils est courroucé contre le péché tout comme le Père (Marc 3:5 ; Jean 3:36). Et si Dieu a tant aimé le monde qu’Il a envoyé Son Fils unique, c’était aussi l’expression de l’amour du Fils de venir dans le monde (Jean 3:16, 19 ; 6:38). Et n’est-Il pas venu pour faire la volonté de Son Père ? C’est pourquoi la parabole Le montre comme Celui qui se soucie de la vigne, et qui s’adresse au propriétaire en disant « Maître ». Néanmoins le vigneron n’agit pas et ne parle pas comme un serviteur qui se borne à exécuter des ordres, car il est autant intéressé à l’arbre que le propriétaire lui-même. Le propriétaire se comporte aussi à l’avenant.

Il y a une harmonie merveilleuse à tous égards entre les deux interlocuteurs. Ce que nous trouvons en type avec Abraham et Isaac en chemin vers la montagne de Morija, s’accomplit en perfection sur le chemin du Fils allant à la croix : « ils allaient les deux ensemble » (Gen. 22:8). Pourtant c’est là que, par Son sacrifice pour le péché, Il a apaisé la colère de Dieu contre le péché, et Il est maintenant la propitiation(*) pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour le monde entier (1 Jean 2:2). Oui, Il est le seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Christ Jésus, qui s’est donné Lui-même en rançon pour tous (1 Tim. 2:5-6).

 

(*) La propitiation n’est pas la même chose que le pardon, ou rémission. La propitiation a eu lieu pour tous les hommes, de sorte que tout pécheur peut maintenant venir à Dieu en confessant sa faute. La rançon suffit « pour tous ». Quant au pardon ou rémission des péchés, ne la reçoivent que ceux qui ont effectivement cru au Seigneur Jésus Christ (Actes 10:43).

 

La question du propriétaire : « pourquoi aussi occupe-t-il inutilement la terre ? » nous fait connaître un autre côté important de la vérité. Le fait que l’arbre ne porte aucun fruit, n’est que l’un des côtés de la vérité, bien que ce soit déjà un côté assez sérieux. Mais un autre côté non moins important, est que, par son absence de fruit, l’arbre empêche que le propriétaire puisse cultiver d’autres plantes à sa place. Si quelqu’un dédaigne la grâce de Dieu et la position privilégiée qu’elle lui confère, il fait par là obstacle à d’autres sur leur chemin ; car il réduit à néant la révélation de la grâce de Dieu, pour ce qui concerne le témoignage extérieur. Dieu se voit dès lors obligé, tôt ou tard, de l’ôter par le jugement, ou au moins de le mettre de côté, pour tourner Sa grâce vers d’autres qui portent du fruit à la place du sien. Telles sont les voies de Dieu envers les hommes.

La fin tragique de Judas Iscariote explique ce principe. Tous les efforts de l’amour du Seigneur sont restés vains. C’est pourquoi sa demeure devait rester déserte, et sa charge de surveillant devait être prise par un autre (Actes 1:20, 25). L’exemple d’Israël, comme nous le trouvons dans notre parabole, parle aussi le même langage si sérieux. Nous y reviendrons brièvement. Pourtant le Seigneur avait déjà indiqué les conséquences dans la parabole des « méchants cultivateurs » : « Il fera périr misérablement ces méchants, et louera sa vigne à d’autres cultivateurs qui lui remettront les fruits en leur saison » (Matt. 21:41).

 

2.4   Une deuxième occasion

Nous avons vu comment le vigneron a le rôle d’intercesseur et prête son appui au figuier stérile. Quand le propriétaire parle de le couper, le vigneron réplique : « Maître, laisse-le cette année aussi, jusqu’à ce que je l’aie déchaussé et que j’y aie mis du fumier ; et peut-être portera-t-il du fruit : sinon, après, tu le couperas » (Luc 13:8-9).

Cela ne nous rappelle-t-il pas la prière de Jésus à la croix : « Père pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font » ? En réponse à cette prière, Pierre et les autres apôtres furent envoyés à la nation coupable avec un message renouvelé de la grâce.

L’expression « cette année aussi », ou « cette année encore », ne doit pas être prise au sens littéral. Elle embrasse tout l’intervalle de temps entre la descente du Saint Esprit en Actes 2 et la lapidation d’Étienne en Actes 7. Dans cette période remarquable, le Saint Esprit a opéré par les douze apôtres et par Étienne parmi le peuple juif d’une manière particulièrement remarquable. C’était de nouveau l’activité du « vigneron », mais Lui était au ciel pour l’exercer, — une activité intense comme les expressions « mettre du fumier » et « déchausser » le font comprendre. Nous retrouvons cette deuxième offre de la grâce dans la parabole du « roi qui faisait des noces pour son fils » : « Il envoya encore d’autres esclaves… » (Matt. 22:4).

Cependant le « figuier », la nation juive en tant que telle, produisit aussi peu de fruit pour Dieu pendant cette période de temps rajoutée par la grâce, que pendant les trois années où Christ séjourna et servit parmi eux. Certes la parabole laisse ouverte l’issue de la circonstance rapportée, mais nous savons par d’autres passages que le résultat de la période rajoutée fut effectivement négatif. Et c’est ainsi que le figuier fut effectivement coupé — non pas déraciné, mais bien coupé. C’est l’état de ce peuple aujourd’hui. Comme témoin particulier de Dieu, ce peuple a perdu sa place sur la terre.

Jean le baptiseur avait déjà avertit précédemment, disant : « Et déjà la cognée est mise à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit est coupé et jeté au feu » (Matt. 3:10). En Romains 11 où une figure semblable, celle de l’olivier, est utilisée, nous apprenons que l’arrachage d’une branche n’est pas définitif, n’est pas pour toujours. Les branches naturelles seront greffées de nouveau sur leur propre olivier (Rom. 11:24). Un Résidu d’Israël fleurira à nouveau, et sera pour Dieu un champ fertile en fruits (És. 32:15).

C’est pourquoi il est si important que le figuier ne soit pas déraciné, mais simplement coupé. Les racines sont encore dans la terre. Dans le livre de Job, il y a un passage très précieux à cet égard : « Car il y a de l’espoir pour un arbre : s’il est coupé, il repoussera encore, et ses rejetons ne cesseront pas. Si sa racine vieillit dans la terre, et si son tronc meurt dans la poussière, à l’odeur de l’eau il poussera, et il fera des branches comme un jeune plant » (Job 14:7-9).

Cela fournit l’occasion d’une dernière remarque : La parabole du figuier stérile de Luc 13 précède chronologiquement la parabole du « figuier portant des feuilles » de Matt. 24:32-33. Il s’agit en fait d’une double parabole, la deuxième étant la suite de la première. La première fois que le Seigneur s’est trouvé là, Il n’a trouvé aucun fruit en Israël. Mais avant qu’Il y revienne pour la deuxième fois, le « figuier » présentera des marques d’un retour de la vie, et ce sera de nouveau le signe que l’été est proche (comparer Luc 21:29-31). Alors, oui alors, le « vigneron » trouvera finalement le fruit auquel Lui et Son Père aspiraient, et la parole du prophète Ésaïe s’accomplira : « Dorénavant Jacob prendra racine, Israël fleurira et poussera, et remplira de fruits la face du monde » (Ésaïe 27:6).

Quelle fin merveilleuse des voies de Dieu envers ce peuple ! Que Ses jugements sont insondables et Ses voies introuvables ! (Rom. 11:33).