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Les Paraboles de Matthieu 15 à 22
Christian Briem
Traduit de l’allemand de : Er lehrte sie vieles in Gleichnissen — vol. 1, p. 291-378
Les sous-titres proviennent en partie de l’auteur, et en partie de Bibliquest
Table des matières abrégée :
1 Aveugles conducteurs d’aveugles — Matthieu 15:14
2 Le ciel rouge, le nuage à l’ouest et le vent du midi — Matthieu 16:1-4 — Luc 12:54-56
3 La brebis égarée [dans les montagnes] — Matthieu 18:1-14 (surtout 18:10-14)
4 Le serviteur impitoyable. Matthieu 18:23-35 et Luc 7:41, 42
5 Les ouvriers dans la vigne — Matthieu 19:30 à 20:16
6 Les deux fils — Matt. 21:28-32
7 Les méchants cultivateurs — Matt. 21:33-46
8 Le roi qui fit des noces pour son fils — Matt. 22:1-14
Table des matières détaillée :
1 Aveugles conducteurs d’aveugles — Matthieu 15:14
1.1 Besoin de nouvelle naissance, pas seulement d’amélioration
1.2 Abandonnés à leurs propres voies
1.4 Origine et jugement de cet aveuglement
1.5 La grâce envers les aveugles
2 Le ciel rouge, le nuage à l’ouest et le vent du midi — Matthieu 16:1-4 — Luc 12:54-56
2.1 Ceux qui exigeaient des signes
2.2 L’avertissement du Seigneur
2.3 Les nuages de l’ouest et le vent du sud
3 La brebis égarée [dans les montagnes] — Matthieu 18:1-14 (surtout 18:10-14)
3.1 Que se passe-t-il quand des enfants meurent ?
3.2 La Parabole [de la brebis égarée dans les montagnes]
4 Le serviteur impitoyable. Matthieu 18:23-35 et Luc 7:41, 42
4.3 Un croyant peut-il perdre son salut (le pardon de ses péchés) ?
4.3.2 Deux sortes de pardon (ou : rémission) des péchés [pardon éternel, pardon gouvernemental]
4.4 Signification de la parabole
4.5 Autres applications de la parabole
5 Les ouvriers dans la vigne — Matthieu 19:30 à 20:16
5.1.1 Le salut et les richesses
5.1.2 100 fois ce qu’on a laissé pour Christ
5.2.2.1 L’œuvre de Dieu est faite en tout temps
5.2.2.2 Les différents groupes d’ouvriers
5.2.3 Les derniers deviennent les premiers
5.2.3.1 Récompenses : Dieu n’oublie rien
5.2.3.2 Récompenses égales ou inégales ?
5.2.3.5 Des derniers qui sont les premiers
5.2.3.6 Inversion entre Matt. 19:30 et 20:16
5.2.4 Beaucoup d’appelés, peu d’élus (20:16 et 22:14)
5.2.5 Position de cette parabole dans l’évangile de Matthieu
6 Les deux fils — Matt. 21:28-32
6.1 Le contexte qui précède et qui suit
6.2 Les trois paraboles de Matt. 21 et 22
6.5 L’explication de la parabole
7 Les méchants cultivateurs — Matt. 21:33-46
7.1.1 Révolte contre Dieu et contre Sa grâce
7.1.2 Deux personnes de la Déité
7.2 « Me levant de bonne heure et [les] envoyant »
7.2.2 Le Maître s’en est allé. L’envoi de prophètes
7.2.3 L’envoi du Fils bien-aimé
7.2.4 Le rejet du Fils et ses conséquences
7.2.5 Impossible de Lui ôter l’héritage
7.2.6 Un jugement terrible, passé et futur
7.2.7 Le royaume ôté. Royaume des cieux, royaume de Dieu
8 Le roi qui fit des noces pour son fils — Matt. 22:1-14
8.1 Les pensées du roi au sujet de son fils — Matt. 22:1, 2
8.2.2 Après la croix — Matt. 22:4
8.4 Le jugement contre Jérusalem
8.5 Aux Juifs premièrement, et aux Grecs
8.6 L’habit [ou : robe] de noces
8.6.1 L’habit de noces nécessaire
Traduit de l’allemand de : Er lehrte sie vieles in Gleichnissen — vol. 1, p. 291-296
En Matthieu 15:14 le Seigneur emploie une image des scribes et des pharisiens que nous appellerions à peine une parabole à cause de sa brièveté. Mais dans le passage parallèle de l’évangile selon Luc, il est dit expressément :
« Et il leur disait aussi une parabole : Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans la fosse ? » (Luc 6:39).
Certes, c’est une très petite parabole mais ce n’est pas pour autant qu’elle ne contient pas de précieux enseignements pour nous. Comme Matthieu nous le montre, le Seigneur Jésus prononce ces paroles à la suite du reproche des pharisiens aux disciples de Jésus qui mangeaient le pain sans s’être lavé les mains. Le Seigneur les dénonce comme hypocrites, car eux-mêmes transgressaient le commandement de Dieu à cause de leur tradition, et ainsi l’annulaient (Matt. 15:1-6). Les doctrines qu’ils enseignaient au peuple n’étaient rien d’autre que des commandements d’hommes, comme le Seigneur le dit clairement à l’aide d’une citation d’Ésaïe (Matt. 15:9). Ils commettaient l’erreur habituelle de croire qu’on peut plaire à Dieu par des choses extérieures, et ils oubliaient que même Satan peut se servir d’un système religieux (comme le leur) pour atteindre son but de faire du mal. Leur formalisme creux ne les menait pas seulement à l’hypocrisie, comme on l’observe de manière générale ; mais en rajoutant leurs règlements humains à la parole de Dieu, ils enlevaient la force à Sa sainte parole.
Tout à coup, le Seigneur se détourne d’eux et appelle la foule. C’est à celle-ci, et non aux pharisiens, qu’Il enseigne que ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais ce qui en sort. Le problème n’était pas le fait de manger avec des mains non lavées. Il se trouvait beaucoup plus dans le cœur méchant de l’homme et dans tout ce qui découle de cette source (Matt. 15:19-20). Entendre cela était une pierre d’achoppement pour les pharisiens de l’époque, et il en est encore ainsi de nos jours pour l’homme religieux. On ne veut pas admettre que l’homme a une nature corrompue et que, pour cette raison, ce n’est pas d’amélioration qu’il a besoin, mais de nouvelle naissance (Jean 3:3-5). Il n’y a que l’implantation d’une vie nouvelle et divine qui peut apporter remède et salut. Ceux qui possèdent cette vie, le Seigneur les compare aux « plantes » que Son Père céleste a plantées. Les pharisiens n’en faisaient pas partie. Toutes les plantes que le Père n’avait pas plantées seraient déracinées — une image sérieuse du jugement à venir (Matt. 15:13).
Après cette déclaration assez générale du verset 13, le Seigneur recommence à parler directement des pharisiens, et dit ceci aux disciples à leur sujet :
« Laissez-les ; ce sont des aveugles, conducteurs d’aveugles : et si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse » (Matt. 15:14)
Cette expression « Laissez-les » est extrêmement sérieuse. Ces hommes n’avaient rien d’autre à attendre que le jugement, aussi les disciples devaient les laisser, les laisser faire. Ils ne devaient pas discuter avec eux dans l’espoir d’arriver finalement à les convaincre. De façon similaire, l’apôtre Paul met le jeune Timothée en garde contre Alexandre, l’ouvrier en cuivre, qui lui avait fait beaucoup de mal : « Garde-toi aussi de lui, car il s’est fort opposé à nos paroles » (2 Tim. 4:14-15). Qu’y a-t-il de plus sérieux que Dieu abandonnant un homme et le laissant poursuivre ses propres voies ? Certes, Il rend témoignage de Lui-même à chaque homme, et cela plusieurs fois (voir Job 33:29, 30). Mais si celui-ci ne veut définitivement pas revenir, Dieu le laisse finalement aller. Ces paroles « laissez-les ! » s’adressent également à nous aujourd’hui à l’égard de ceux qui sont des adversaires déclarés de la vérité.
À quoi sert-il de discuter sur des questions de doctrine avec quelqu’un qui est encore spirituellement mort, et qui est peut-être un opposant déclaré à la vérité ? Ce n’est pas seulement inutile, mais c’est même dangereux. Dans le Sermon sur la montagne, le Seigneur Jésus avertit Ses disciples de ne pas donner ce qui est saint aux chiens, ni de jeter les perles aux pourceaux, « de peur qu’ils ne les foulent à leurs pieds, et que, se retournant, ils ne vous déchirent » (Matt.7:6). Il ne faut pas tendre la main à un mauvais usage de la grâce.
Avant de nous occuper des conducteurs religieux d’Israël, nous aimerions jeter un coup d’œil sur ceux qu’ils enseignaient. Le Seigneur jugeait que, dans l’ensemble, les Juifs étaient des « aveugles », — aveugles quant à eux-mêmes et aveugles quant aux pensées de Dieu. C’est vraiment un jugement sérieux ! Comme nous le verrons plus tard, cela implique rien moins, pour ces Juifs, que de partager plus tard le sort terrible de ceux qui les enseignaient. Le jugement des pharisiens sur leur propre peuple était pourtant méprisant : « cette foule qui ne connaît pas la loi est maudite » (Jean 7:49). Quel orgueil émane de ces paroles !
Outre la propre justice, cet orgueil était l’un des caractères principaux des conducteurs religieux. Dans la parabole du « pharisien et du publicain », le Seigneur place ces deux caractères l’un à côté de l’autre : ces gens mettaient leur confiance en eux-mêmes, se croyant justes ; et ils méprisaient les autres (Luc 18:9). Ils avaient pourtant pris parmi le peuple d’Israël la position de docteurs [enseignants], et selon l’expression du Seigneur, ils s’étaient « assis dans la chaire de Moïse » (Matt. 23:2). Ils se croyaient compétents et seuls autorisés à prendre des décisions quant à toutes les questions religieuses. Cette prétention venait de ce qu’ils possédaient les rouleaux de la Loi, et qu’ensemble avec les scribes, ils prenaient soin du texte sacré et veillaient à son respect et à son maintien. Étant instruits dans la loi, ils osaient se faire conducteurs d’aveugles (Rom. 2:19). Dans les synagogues, ils enseignaient le peuple, et exposaient en détails les dispositions de la loi.
Cela ne veut pas dire qu’ils les avaient comprises. Certes ils pensaient les avoir comprises, mais le Seigneur Jésus dit qu’ils étaient des aveugles conducteurs d’aveugles. Celui qui comprenait réellement les Écritures, devait reconnaître qu’elles rendent témoignage de Lui, et venir à Lui pour avoir la vie éternelle (Jean 5:39, 40). Mais ils ne venaient pas à Lui, et cela montre qu’ils n’avaient pas compris les Écritures, qu’ils étaient aveugles.
Cet aveuglement spirituel n’était pas seulement un simple hasard malheureux ; ce n’était pas non plus seulement l’aveuglement naturel de l’homme à cause de son état de péché. Non, c’est parce qu’ils croyaient voir, qu’ils étaient véritablement aveugles (Jean 9:39-41). Nous traiterons ces versets de manière plus détaillée quand nous nous occuperons de la parabole de « la porte des brebis » en Jean 10. En tout cas, les pharisiens avaient refusé de « voir », et pour cela, eux qui voyaient (c’est-à-dire qui croyaient voir), ils allaient devenir aveugles. C’était un jugement de la part du Seigneur. Ils préféraient les ténèbres à la lumière (Jean 3:19), et ainsi s’accomplissait en eux la prophétie de Sophonie 1 (1:17) : « Et je ferai venir la détresse sur les hommes, et ils marcheront comme des aveugles ; car ils ont péché contre l’Éternel ; et leur sang sera répandu comme de la poussière, et leur chair comme de la fiente ». Être condamné à l’aveuglement — quel jugement sérieux ! Il commence déjà au temps actuel, et a des conséquences éternelles.
Il est presque effrayant de constater le nombre de fois, et la manière dont le Seigneur Jésus qualifie d’aveugles ces conducteurs spirituels dans Son discours de Matthieu 23. « Malheur à vous, guides aveugles ! » (23:16) ; « fous et aveugles ! » (23:17) ; « aveugles ! » (23:19) ; « guides aveugles ! » (23:24) ; « pharisiens aveugles ! » (23:26). S’ils avaient eu des yeux oints par l’Esprit, ils auraient été gardés de tomber dans la fosse. Mais comme ils croyaient voir, ils étaient en réalité aveugles, et ce sort tomberait justement sur eux. « Si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse ». Ainsi cette petite parabole se termine par cette allusion au jugement à venir qui porterait aussi bien sur les conducteurs que sur ceux qui étaient conduits.
Ne pouvons-nous pas appliquer cette parabole au temps actuel et aux différents états dans la chrétienté ? Très certainement ! Aujourd’hui comme autrefois, le « dieu de ce siècle », Satan, aveugle « les pensées des incrédules pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ ne resplendît pas pour eux » (2 Cor. 4:4). Mais quel jugement tombera sur ceux qu’il peut utiliser comme conducteurs spirituels pour opérer cet aveuglement ! Ceci ne place-t-il pas sur nous cette grande responsabilité de ne pas déformer la parole de Dieu, mais de présenter simplement la vérité devant les consciences des gens ?
Nous ne voulons cependant pas terminer le commentaire sur cette petite parabole sans présenter la grâce de Dieu qui peut agir malgré tout. Saul de Tarse était aussi un pharisien, et même un persécuteur de l’assemblée. Pourtant Dieu lui a ouvert les yeux, les yeux du corps comme les yeux spirituels (Actes 9:12-18). Et non seulement cela, mais le Seigneur qui lui était apparu l’envoya vers d’autres, vers les nations, « pour ouvrir leurs yeux, pour qu’ils se tournent des ténèbres à la lumière » (Actes 26:17, 18).
Tandis que dans notre parabole les aveugles sont égarés par des aveugles, et finissent ensemble dans la fosse, les esclaves de la parabole du « grand souper », sur l’ordre du maître de la maison, amènent entre autres des aveugles trouvés dans les rues et les ruelles de la ville (Luc 14:21). Eux aussi conduisent des aveugles, mais ils ne sont pas des aveugles conducteurs d’aveugles. Et où finit leur chemin commun ? Dans la salle de fêtes du Maître ou — selon la présentation correspondante de Matthieu 22 — dans la salle des noces du roi. Si le Seigneur amène à Lui de tels aveugles, ne peut-on pas penser qu’Il leur a d’abord ouvert les yeux avant qu’ils prennent place à Sa table ? Le prophète Élisée nous en donne un bel exemple. Quand il accompagna à Samarie les Syriens ennemis frappés d’aveuglement, il pria : « Éternel, ouvre les yeux à ces hommes, afin qu’ils voient. Et l’Éternel ouvrit leurs yeux, et ils virent… » Et alors un grand repas leur fut préparé (2 Rois 6:19-23).
Quel triomphe de la grâce de Dieu ! Malgré l’aveuglement moral croissant des hommes, ce triomphe de la grâce se poursuit encore de nos jours.
Traduit de l’allemand de : Er lehrte sie vieles in Gleichnissen — vol. 1, p. 297-305
Deux fois, dans Ses discours, le Seigneur Jésus se réfère aux « signes du ciel », c’est-à-dire à l’aspect du ciel, au moyen desquels les habitants de Palestine avaient l’habitude de prédire le temps qu’il fait. En Matthieu 16, Il parle du ciel rouge, le soir et le matin (11:2, 3), et en Luc 12 il met en contraste un nuage à l’ouest avec le vent du midi. La question se pose de savoir s’Il se servait de ces images seulement par comparaison, ou bien s’Il voulait leur en faire dire plus — autrement dit, comportent-elles une signification symbolique ? Nous croyons que la seconde pensée est la bonne, car en Matt. 13 il est dit : « Jésus dit toutes ces choses aux foules en paraboles, et sans parabole il ne leur disait rien » (Matt. 13:34). Nous ne pouvons pas non plus admettre que le Seigneur choisissait Ses illustrations superficiellement ou sans intention particulière.
Jetons d’abord un coup d’œil sur le contexte où se trouve la parabole du ‘ciel rouge’.
Le début du ch. 16 montre quelque chose d’extraordinaire : pour la première fois les pharisiens et les sadducéens s’associent pour attaquer ensemble le Seigneur Jésus (ces groupes ou sectes étaient ennemis acharnés l’un de l’autre en matière de politique et de religion). Les pharisiens étaient la plus rigoureuse de toutes les sectes religieuses du peuple juif. C’était des ritualistes, faisant rigoureusement attention à l’observation extérieure et littérale de la loi — et non pas seulement de la loi, mais aussi des traditions qu’ils y avaient eux-mêmes ajoutées. Au chapitre précédent, le Seigneur avait démasqué les pharisiens comme étant des hypocrites. Nous nous sommes occupés de ce sujet dans la parabole des ‘aveugles conducteurs d’aveugles’.
Leurs adversaires déclarés étaient les sadducéens. Ils se positionnaient comme un mouvement d’opposition ou de réforme contre le pharisaïsme, et niaient tout surnaturel — tout ce qui ne peut pas être expliqué par la raison humaine. C’était les libres-penseurs et rationalistes du peuple juif. N’est-il pas caractéristique que ces deux partis directement opposés l’un à l’autre et ennemis (dans leur principe, on les retrouve de notre temps), se trouvaient réunis pour tenter le Seigneur ? Qu’est-ce qui les unissait, sinon leur haine commune contre le Seigneur Jésus ? Ils intervenaient donc comme un groupe uni, ce que souligne, dans notre verset 1, l’article commun [dans l’original grec] aux deux noms ‘pharisiens’ et ‘sadducéens’ : les pharisiens et sadducéens. Mais le Seigneur met à nu leur ignorance et leur méchanceté. Ce qui est grave dans cette affaire, c’est que le Seigneur ne les enseigne plus ni ne les avertit plus ; et quand ils cherchent un signe, ils obtiennent un avertissement.
Ils lui demandent s’Il pourrait leur montrer un signe du ciel. Déjà au ch. 12:38, les scribes et les pharisiens étaient venus Lui réclamer « Maître, nous désirons voir un signe de ta part ». Nous avons déjà exprimé quelques pensées sur ce sujet en rapport avec la parabole de ‘l’esprit immonde’. Mais cette fois-ci, ils demandaient de Lui un signe du ciel. Un signe peut être un miracle, ou toute autre action extraordinaire ; il signifie toujours quelque chose, et signale une révélation particulière sur soi-même. Ici, Jésus devait prouver par un signe qu’Il était le Messie envoyé par Dieu à Son peuple. Le fait qu’ils demandaient maintenant un signe venant du ciel, démontre combien grande était la suspicion et l’incrédulité de ces conducteurs juifs contre Lui.
Il y avait effectivement eu de tels signes en Israël, par exemple quand Josué avait fait arrêter le soleil et la lune (Jos. 10:12 et suiv.), ou quand Élie avait fait descendre le feu du ciel (1 Rois 18:36 et suiv.), ou quand, à la suite de la prière de Samuel, un fort tonnerre avait mis en déroute les Philistins (1 Sam. 7:9 et suiv.). Le raisonnement des pharisiens et sadducéens semble avoir été que, du fait que le Messie devrait être plus grand que tous les prophètes et que Moïse lui-même, Il se devait d’accomplir des signes dont la grandeur et la majesté laisseraient dans l’ombre tous les autres signes opérés jusqu’alors. C’est la raison pour laquelle ils voulaient maintenant voir un signe venant du ciel.
Mais on ne vient pas à bout de l’incrédulité par des signes et des miracles. On voit toujours cela se répéter dans l’Écriture. Les signes opérés par Moïse devant le pharaon avaient-ils pu atteindre le cœur endurci de ce roi ? La logique de l’incrédulité se révèle toujours comme de la folie. Même l’homme riche en hadès était d’avis que ses frères viendraient à la foi si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts : « Je te prie donc, père, de l’envoyer dans la maison de mon père, car j’ai cinq frères, en sorte qu’il les adjure ; de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de tourment. Mais Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Mais il dit : Non, père Abraham ; mais si quelqu’un va des morts vers eux, ils se repentiront. Et il lui dit : s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seront pas persuadés non plus si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts » (Luc 16:27-31). L’incrédulité trouvera toujours un moyen d’éliminer un miracle par une explication quelconque. Voltaire avait dit une fois : « Si on faisait publiquement, sur la place du marché, un miracle devant mille témoins ayant du bon sens, je me méfierais plutôt de mes sens que de reconnaître un miracle ». C’est le point-clé : on ne veut pas croire. Il en était de même au temps du Seigneur. Supposons que le Seigneur ait accédé au désir des pharisiens et leur ait donné un miracle venant du ciel : qu’est-ce qui les aurait empêchés de prétendre sans hésiter qu’Il l’avait accompli avec l’aide de Béelzébuth, le chef des démons ? C’est pourquoi Il ne leur accorde aucun signe du ciel. Par contre, Il leur donne un sérieux avertissement. Certes Il le revêt de la forme d’une parabole où Il parle de signes du ciel. Ceux-ci Lui servent à leur tour de symboles des signes des temps qu’il était si crucial, pour Ses auditeurs, de reconnaître et d’apprécier.
« Mais lui, répondant, leur dit : Quand le soir est venu, vous dites : Il fera beau temps, car le ciel est rouge ; et le matin : Il y aura aujourd’hui de l’orage, car le ciel est rouge et sombre. Vous savez discerner l’apparence du ciel ; et ne pouvez-vous pas discerner les signes des temps ? » (Matt. 16:2-3).
En Palestine, quand le ciel est rouge le soir, c’est que le vent a chassé les nuages et la brume vers l’ouest sur la Méditerranée, et qu’alors le soleil se couche rouge, derrière eux. C’est en général un signe annonciateur de beau temps le jour suivant, car dans ce pays, la pluie vient de l’ouest, de la mer, non pas de l’est. Inversement, si le ciel est rouge le matin, c’est que le vent a entraîné les nuages et la brume pendant la nuit au-dessus du pays, en sorte que le soleil se lève rouge, derrière eux. Cela fait s’attendre à un temps pluvieux et orageux. Les pharisiens et les sadducéens comprenaient tout cela bien sûr. Pourtant, il y a un accent d’ironie triste dans les paroles du Seigneur, quand Il dit : « Vous savez discerner l’apparence du ciel ; et ne pouvez-vous pas discerner les signes des temps ? » (Matt. 16:3). Marc nous dit qu’à cette occasion le Seigneur soupira en Son esprit (Marc 8:12). Il Lui était douloureux que ces gens ne soient pas capables de discerner les signes des temps. Mais cela montre clairement que derrière l’image qu’Il utilisait, il y avait un sens plus profond. Qu’étaient donc ces signes des temps ?
Par la miséricorde de Dieu, l’Orient d’en haut les avait visités, afin de luire sur ceux qui étaient assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, pour conduire leurs pieds dans le chemin de la paix (Luc 1:78-79). Il vint chez les Siens, et les Siens ne L’ont pas reçu (Jean 1:11). Aussi le ‘soir’ de sa présence s’approchait rapidement. Il allait bientôt mourir à la croix de Golgotha. Par cela, la ‘lumière du monde’ allait disparaître derrière l’horizon de ce monde, mais ce ne serait cependant pas sans faire paraître un signe dans le ciel. Nous tous qui avons appris par la foi la signification du ciel rouge, c’est-à-dire de la mort du Seigneur, nous savons que le matin d’un jour nouveau va se lever, un matin sans nuages (2 Sam. 23:4). Et il n’y a pas que cela. Nous savons déjà aujourd’hui ce qu’est le « beau temps » : nous nous réjouissons de la faveur de Dieu, nous avons la paix avec Dieu et nous nous reposons dans la communion avec le Père et Son Fils Jésus Christ. Quelle part bienheureuse !
Combien pourtant sont nombreux les gens qui, alors comme aujourd’hui, n’ont pas compris, par la foi, la signification du ‘ciel rouge le soir’ ! Bien que le Seigneur ne se soit pas laissé sans témoignage, et ait en quelque sorte coloré en rouge le ciel par Sa mort, leurs yeux sont malgré tout restés fermés devant cela.
Que c’est effrayant : pour eux, il n’y a pas de ‘beau temps’, pas de bénédiction ‘au matin’ ; ils n’ont pas de promesses et ne verront jamais la vie éternelle. Au contraire ! Le même ‘soleil’ qui s’est autrefois couché rouge sur Golgotha, se lèvera rouge dans un jour à venir, et apportera la tempête du jugement sur les impies, sur toute la terre. Ne comprenons-nous pas que le Seigneur ait soupiré profondément dans Son esprit à cette pensée ? Ce n’était pas seulement parce qu’une génération méchante et adultère demandait un signe, mais Son cœur était plein de douleur au vu du ciel rouge et sombre qu’Il voyait venir en Esprit, accompagné de malheur terrible pour tous ceux qui auront laissé passer, sans l’utiliser, le jour de la grâce.
C’est ainsi que cette petite parabole parle de la mort du Seigneur et de Son retour en puissance et en gloire. Mais qu’il est effrayant que ce signe des temps n’ait pas été compris par les pharisiens du temps du Seigneur, et qu’il ne soit pas mieux compris par beaucoup de gens d’aujourd’hui !
Cependant, avant que le Seigneur abandonne Ses adversaires et s’en aille, Il leur dit encore une fois qu’il ne leur sera donné aucun autre signe que le signe de Jonas. Or ce signe ne serait que le jugement qui les atteindrait, encore aggravé. Jonas était une figure de Christ — un homme qui est sorti de la mort et a prêché aux nations. Mais cela implique la mise de côté temporaire d’Israël, jusqu’à ce que le nombre complet [la plénitude] des nations soit entré (Rom. 11:25).
En outre, il y a ici un exemple évident de ce que le Seigneur a prononcé les mêmes paroles en plusieurs occasions différentes (comparer Matt. 12:39). Il a fait cela à plusieurs reprises, et c’est ce qui fait que beaucoup de prétendues contradictions se réduisent ainsi à rien.
Avant de quitter notre sujet, nous voulons donner rapidement un coup d’œil à la parabole parallèle de Luc 12 :
« Et il dit aussi aux foules : Quand vous voyez une nuée se lever de l’occident, aussitôt vous dites : Une ondée vient ; et cela arrive ainsi. Et quand vous voyez souffler le vent du midi, vous dites : Il fera chaud ; et cela arrive. Hypocrites ! vous savez discerner les apparences de la terre et du ciel, et comment ne discernez-vous pas ce temps-ci ? » (Luc 12:54-56).
Le Seigneur utilise ici un autre « signe du ciel » : un nuage montant de l’ouest et d’autre part le vent du sud [= du midi]. Le nuage montant de l’ouest amène la pluie, comme nous l’avons déjà vu, tandis que le vent du sud suscite la sécheresse et la chaleur.
La pluie est, sans exception dans l’Écriture, une image de la bénédiction. Comparer seulement les versets bien connus d’Hébreux 6 : « Car la terre qui boit la pluie qui vient souvent sur elle, et qui produit des herbes utiles… reçoit de Dieu de la bénédiction » (Héb. 6:7 ; comparer Lév. 26:4 ; Deut. 11:11, 14, 17). Mais la ‘pluie’, dans l’Ancien Testament, renvoie aussi symboliquement et directement au Seigneur Jésus, le Messie du peuple d’Israël. C’est ainsi que le Psaume 72 parle de Lui : « Il descendra comme la pluie sur un pré fauché, comme les gouttes d’une ondée sur la terre » (Ps. 72:6). Et Salomon a ainsi parlé du plus grand que lui : « Dans la lumière de la face du roi est la vie, et sa faveur est comme un nuage de pluie dans la dernière saison » (Prov. 16:15).
Ainsi nous ne faisons pas fausse route en admettant que le Seigneur parlait en premier lieu de Lui-même dans cette petite parabole. « Ce temps-ci » que les Juifs d’alors ne comprenaient ni ne discernaient, était le temps de Sa présence, et il était comme une ondée sur une terre sèche. C’est de ce temps que les prophètes de l’ancienne alliance avaient prophétisé. Maintenant leurs prophéties s’étaient accomplies, le roi Lui-même était venu au milieu d’eux, et déversait Ses bénédictions sur eux. Malgré cela, ils ne l’avaient pas reconnu et ne voulaient pas le reconnaître.
C’est la raison pour laquelle le Seigneur les qualifie ‘d’hypocrites’, et qu’après la ‘pluie’ il mentionne la venue du ‘vent du sud’. Venant des déserts brûlant du sud, il apporte généralement une chaleur (*) torride sur le pays. N’était-ce pas aussi un signal sérieux du jugement qui allait venir sur eux s’ils Le rejetaient, et « ne connaissaient pas le temps de leur visitation » (Luc 19:44) ?
(*) En Jacques 1:11 ce mot « chaleur » est utilisé pour l’ardeur du soleil qui dessèche tout.
Si nous appliquons tout cela à nous et à notre temps, ne devons-nous pas dire que nous vivons aujourd’hui dans un temps spécial de bénédiction, le temps de la grâce ? Dans ce temps, Dieu fait annoncer par Ses serviteurs l’évangile de Jésus Christ, comme jamais auparavant, et comme cela ne sera jamais répété. Celui qui accepte par la foi ce témoignage, Il le bénit, non pas seulement de bénédictions terrestres comme Israël en avait la promesse, mais « de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ » (Éph. 1:3). Mais si les efforts de l’Esprit de Dieu pour amener des pécheurs au Sauveur, restent sans fruit, si le ‘pays’ qui reçoit la ‘pluie’ porte des épines et des chardons, au lieu de fruit pour Dieu, alors la malédiction est proche pour lui, et sa fin est d’être brûlé (Héb. 6:7-8).
Qu’est-ce que le ‘pays’ ? c’est ce domaine où Christ a été connu et pourtant rejeté : la chrétienté. Le Seigneur Jésus ne va pas seulement anéantir bientôt ‘l’homme de péché’ par le souffle de Sa bouche, mais le ‘vent du sud’ atteindra de sa chaleur torride tous ceux qui auront plutôt cru le père du mensonge, et qui n’ont pas reçu l’amour de la vérité (Comp. 2 Thess. 2:8-12).
Combien sont sérieux les contrastes que le Seigneur signale dans ces deux petites paraboles : le beau temps / le temps d’orage — la pluie / la chaleur ! Nous avons vu un petit peu ce qui est caché derrière ces mots. Alors demandons-nous : quelle sera notre part ? Avons-nous ajouté foi à l’évangile de Dieu touchant Son Fils, ou nous sommes-nous contenté d’une profession creuse de christianisme ? Avons-nous reconnu et compris les signes du temps, que le juge se tient à la porte (Jacq. 5:9) ?
À l’horizon de ce monde, on voit déjà les éclairs, les signes avant-coureurs du jugement qui vient. Le merveilleux temps de la grâce va prendre fin, vraisemblablement très bientôt. En sommes-nous conscients, chers amis, ou le Seigneur doit-Il nous demander : « comment se fait-il que vous ne discernez pas ce temps-ci ? »
Traduit de l’allemand de : Er lehrte sie vieles in Gleichnissen — vol. 1, p. 307-312
La Parabole de « la brebis égarée » en Matthieu 18 ressemble beaucoup à celle de « la brebis perdue » de Luc 15, mais le contexte dans lequel le Seigneur a donné ces deux paraboles est tout autre. En Matthieu 18, Il place un petit enfant (*) « au milieu d’eux » pour montrer à Ses disciples l’état d’esprit approprié au royaume des cieux. Et même si à partir du verset 6, Il parle en général des « petits », des « insignifiants » qui croient en Lui, en pensant ainsi à ceux dont on fait peu cas parmi les Siens, Il revient aux versets 10 et 14 sur ceux qui sont littéralement des petits enfants. Même s’Il ne délaisse pas l’usage du terme « les petits » utilisé précédemment, le contexte montre clairement qu’Il a en vue ici exclusivement les petits enfants. De cette manière le petit enfant ne Lui a pas seulement servi d’image d’humilité pour les disciples, mais Il en profite pour faire deux constatations de grande portée en rapport avec les petits enfants. La première est liée à la question suivante :
(*) Le terme grec paidíon désigne aussi bien un nouveau-né, un bébé (Héb. 11:23) qu’un petit enfant ou un jeune enfant (Matt. 2:8, 11 ; 11:16). La frontière entre les deux n’est pas déterminée.
Beaucoup de parents se sont demandés avec inquiétude ce qui arrivait à leurs enfants qui mourraient en bas âge. Sont-ils perdus ou vont-ils au ciel ? Il semble que le Seigneur Jésus répond à cette question au verset 10 lorsqu’Il dit : « Prenez garde de ne pas mépriser un de ces petits ; car Je vous dis que, dans les cieux, leurs anges voient continuellement la face de Mon Père qui est dans les cieux. Car le Fils de l’homme est venu pour sauver ce qui était perdu ».
Les petits enfants ne sont pas innocents, comme beaucoup l’admettent, mais ils ne sont pas non plus endurcis par une vie de péché. Descendant d’une race déchue, ils sont pourtant perdus et ont besoin d’un sauveur. Le Fils de l’homme est effectivement venu pour les sauver, et ce n’est pas la volonté du Père qu’un seul de ces petits périsse.
Contrairement à Luc 19:10, il n’est pas parlé ici du fait de chercher. S’il faut chercher quelqu’un, c’est qu’il y a eu au préalable un éloignement volontaire de Dieu. Mais on ne peut pas dire cela des petits enfants. C’est la raison pour laquelle le Seigneur parle ici uniquement du fait d’être venu pour sauver ce qui était perdu. Quel contraste merveilleux en effet : perdu, parce qu’Adam a péché ; sauvé, parce que Jésus est mort !
Mais qu’est-ce que le Seigneur Jésus veut dire en disant que leurs anges voient continuellement la face de Son Père qui est dans les cieux ? Est-ce finalement vrai que les enfants ont un ange gardien ? L’Écriture n’en parle nulle part. Il est vrai que les anges sont des esprits administrateurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui doivent hériter du salut (Héb. 1:14). Mais cela ne concerne pas les croyants envisagés individuellement, et encore moins les enfants, comme si les croyants ou les enfants avaient chacun un ange qui lui était affecté. Les livres prophétiques de Daniel et Zacharie nous apprennent bien qu’un ange se tenait là pour un peuple. Mais l’idée qu’un ange particulier soit là pour une personne particulière, est dénuée de tout fondement dans la Parole de Dieu.
Ici, il faut certainement comprendre les anges d’une manière générale, et non pas y voir les habitants du ciel. Mis à part le fait que « ange » signifie « messager », on trouve dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament que l’ange exprime la pensée de la représentation ou suppléance : L’ange représente quelqu’un d’autre, sans que ce dernier soit présent personnellement ou dans son ensemble. C’est ainsi que nous trouvons souvent dans l’Ancien Testament « l’Ange de l’Éternel », c’est-à-dire la représentation de l’Éternel sous une forme visible et supportable pour l’homme. Les « anges des sept assemblées » en Apocalypse 2 et 3 sont également considérés comme des représentants des rassemblements locaux dans leur responsabilité.
Il y a en Actes 12 un exemple particulièrement utile d’ange vu dans ce sens. L’assemblée à Jérusalem avait fait d’instantes prières à Dieu pour Pierre emprisonné. Quand ce dernier, libéré miraculeusement, se trouva effectivement devant la porte, il frappa et fut reconnu par Rhode, mais ils ne crurent pas que c’était réellement lui. Ils le croyaient mort et dirent alors : C’est son ange (Actes 12:15). Ils pensaient apparemment à la partie représentative de sa personne — son esprit.
C’est sans doute également la signification de l’ange dans notre passage. Les « anges » des petits enfants sont leurs esprits après la mort et ils voient continuellement la face du Père qui est dans les cieux. La forme verbale au présent « ils voient » facilite la compréhension. Ce temps exprime, comme ailleurs dans l’Écriture sainte, une vérité valable sur un plan général (usage absolu du présent). Le Seigneur parle d’un certain groupe ou d’une classe, et non pas d’individus, et la chose est vraie en principe pour cette classe : Ils voient la face du Père.
Si donc des enfants meurent à un âge où ils ne sont pas encore responsables du péché, ils ne sont pas perdus, mais sont dans le ciel, et se réjouissent de la présence de Dieu. Ceci ne concerne pas seulement les enfants de parents croyants, mais tous les enfants qui quittent tôt la terre.
Cela ne nous réjouit-il pas beaucoup que tous ces innombrables milliards de petits enfants morts pendant tous les millénaires dans les pays sous-développés ou païens, souvent dans des conditions terribles, fassent également parti du fruit du travail de l’âme de notre Seigneur ? Nous allons tous les retrouver au ciel quand nous y irons. Et s’il Lui a plu d’établir Sa louange par la bouche des petits enfants et de ceux qui tètent déjà sur cette pauvre terre, combien leur louange unie Le glorifiera un jour dans le ciel ! (Matt. 21:16).
Note Bibliquest : Nous approuvons l’enseignement donné sur le sort des enfants, mais nous ne sommes pas persuadés par le sens donné par l’auteur à l’expression « leurs anges voient continuellement la face de Mon Père»
Le Seigneur se sert d’une petite parabole pour étayer ce qu’Il vient de dire en disant :
« Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis, et que l’une d’elles se soit égarée, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf sur les montagnes, pour s’en aller chercher celle qui s’est égarée ? Et s’il arrive qu’il la trouve, — en vérité, je vous dis qu’il a plus de joie de celle-là que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. Ainsi, ce n’est pas la volonté de votre Père qui est dans les cieux, qu’un seul de ces petits périsse » (Matt. 18:12-14).
Il est montré ici une nouvelle raison de ne pas mépriser ces petits ou ces insignifiants : Le berger et le Père en prennent soin. La première raison était que leurs anges voient continuellement la face du Père qui est dans les cieux. C’est-à-dire qu’au cas où ils mourraient ici-bas, ils continueraient à vivre en présence du Père céleste dans des conditions incomparablement meilleures. Mais maintenant nous apprenons un autre côté précieux : Chacun individuellement est précieux pour le bon Berger ; et aussi ce n’est pas la volonté du Père céleste qu’un seul de ces petits périsse. Quelle sécurité leur est ainsi donnée !
Il ne faut pas voir au verset 14 des croyants qui sont pauvres en esprit ou inférieurs en esprit ; en effet ceux-ci sont les plus grands dans le royaume des cieux (Matt. 5:3). Ce serait en outre une affirmation comparativement faible et légère de dire d’eux, que ce n’est pas la volonté du Père qu’un seul d’entre eux périsse. Non, le Seigneur parle ici de petits au sens littéral, d’enfants.
Il en va autrement dans la parabole. Son application s’étend à toute brebis égarée, qu’elle soit jeune ou âgée. Cependant, si dans la parabole de la brebis perdue en Luc 15, il est question de pécheurs, la parabole de la brebis égarée fait plutôt penser à des croyants. C’est le contexte qui le montre clairement comme nous l’avons déjà vu : Les disciples du Seigneur devaient avoir des sentiments corrects vis-à-vis de ceux qui appartenaient au royaume des cieux.
Si donc une brebis s’égare dans les montagnes, le désir qu’Il a de son rétablissement est tel qu’Il laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, pour s’en aller vers l’égarée, jusqu’à ce qu’Il la trouve. Et quand Il la trouve, Il a plus de joie du rétablissement de celle-là que des quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont pas égarées. Cela ne veut certainement pas dire que, par principe, Il a plus de joie des brebis égarées que de celles qui sont restées sur le chemin. Cela mettrait tout sens dessus dessous. Le « bon Berger » veut bien plutôt souligner toute l’importance qu’a pour Lui chacune de Ses brebis individuellement. Si une brebis s’égare, Ses soins, Sa peine pour celle-là sont si grands qu’Il fera tout pour son rétablissement et qu’Il laisse les autres brebis de côté pour un moment. Son amour pour cette seule brebis ne sera cependant jamais aux dépens de tout le troupeau ; car c’est Son désir que le troupeau ne perde aucune des siennes.
Si nous comparons les images du berger et de ses brebis en Matthieu 18 et Jean 10 nous sommes frappés par des différences remarquables. Dans l’une le bon Berger va après la brebis égarée, dans l’autre Il marche devant les brebis. Si une de Ses brebis ne veut pas Le suivre dans la vie pratique journalière, Il se voit contraint d’aller après elle, de la suivre. L’un ou l’autre de ces deux cas sera toujours le nôtre. Mais combien il est beaucoup plus béni que ce soit nous qui Le suivions, plutôt que Lui nous suive ! Si nous Le suivons, nous sommes en sécurité ; si c’est Lui qui nous suit, c’est que nous sommes en danger. Ainsi ces deux images se complètent. En Matthieu le Berger cherche Sa brebis ; en Jean 10, Il meurt pour les brebis. Mais les deux fois c’est Son amour pour elles qui en est la source.
Traduit de l’allemand de : Er lehrte sie vieles in Gleichnissen — vol. 1, p. 313-321
Il y a toute une série de paraboles qu’on peut relier les unes aux autres par le fait qu’elles utilisent les mêmes symboles, soit dans le sujet principal soit dans les détails.
La parabole du « serviteur impitoyable » de Matthieu 18:23-35 en fait partie. Il lui correspond la parabole « des deux débiteurs » de Luc 7:41,42. Dans les deux paraboles des hommes sont présentés comme débiteurs, mais le point est différent dans l’une et l’autre.
Dans la parabole de Luc 7, l’accent est mis sur la grâce souveraine de Dieu. Les deux débiteurs « n’avaient pas de quoi payer », et le créancier, dans sa miséricorde, remis la dette à l’un et à l’autre. La différence entre les deux dettes remises était relativement petite : 500 deniers / 50 deniers. Quand il s’agit des dettes des hommes vis-à-vis de Dieu, les différences ne sont pas tellement grandes. En plus elles se situent beaucoup plus dans l’idée qu’on s’en fait chacun, que dans l’absolu. Mais elles suffisent pour expliquer différentes mesures d’amour — d’un amour qui se manifeste en réponse à la miséricorde. Celui, à qui (selon son avis) il a été beaucoup pardonné, aime beaucoup ; celui à qui (selon son avis) il a été peu pardonné, aime peu.
Le but visé dans la parabole du « serviteur impitoyable » de Matthieu 18 n’est pas le même. Ici aussi, il y a deux débiteurs, mais dans ce cas, c’est la dette de l’homme vis-à-vis de Dieu qui est comparée avec la dette de l’homme vis-à-vis de son prochain ; et là, les différences de dettes sont gigantesques : 10.000 talents d’un côté, 100 deniers de l’autre côté. C’est ainsi que l’accent est mis sur le résultat que la bonté de Dieu, dont on a fait l’expérience, devrait produire dans notre comportement vis-à-vis des autres. Mais nous verrons cela de plus près. Dans les deux paraboles, le créancier est une image de Dieu.
Après que le Seigneur ait donné des enseignements sur ce qui devrait se passer si un frère pèche contre un autre (18:15 et suiv.), Pierre demande combien de fois il devrait pardonner à son frère qui péchait contre lui : « Sera-ce jusqu’à sept fois ? » (18:21). C’est l’occasion pour le Seigneur de montrer l’état d’esprit qui doit dominer dans le royaume des cieux : On devrait pardonner à son frère non pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. Il insiste donc sur un pardon illimité. Pour être encore plus clair, Il ajoute la parabole du « serviteur impitoyable » :
« C’est pourquoi le royaume des cieux a été fait semblable à un roi qui voulut compter avec ses esclaves. Et quand il eut commencé à compter, on lui en amena un qui lui devait dix mille talents. Et comme il n’avait pas de quoi payer, son seigneur ordonna qu’il fût vendu, lui, et sa femme, et ses enfants, et tout ce qu’il avait ; et que le payement fût fait. L’esclave donc, se jetant à ses pieds, lui rendit hommage, disant : Seigneur, use de patience envers moi, et je te payerai tout. Et le seigneur de cet esclave-là, touché de compassion, le relâcha et lui remit la dette. Mais cet esclave, étant sorti, trouva un de ceux qui étaient esclaves avec lui, qui lui devait cent deniers ; et l’ayant saisi, il l’étranglait, disant : Paie, si tu dois quelque chose. Celui donc qui était esclave avec lui, se jetant à ses pieds, le supplia, disant : Use de patience envers moi, et je te payerai. Et il ne voulut pas ; mais il s’en alla et le jeta en prison jusqu’à ce qu’il eût payé la dette. Or ceux qui étaient esclaves avec lui, voyant ce qui était arrivé, furent extrêmement affligés, et s’en vinrent et déclarèrent à leur seigneur tout ce qui s’était passé. Alors son seigneur, l’ayant appelé auprès de lui, lui dit : Méchant esclave, je t’ai remis toute cette dette, parce que tu m’en as supplié ; n’aurais-tu pas dû aussi avoir pitié de celui qui est esclave avec toi, comme moi aussi j’ai eu pitié de toi ? Et son seigneur, étant en colère, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qui lui était dû. Ainsi aussi mon Père céleste vous fera, si vous ne pardonnez pas de tout votre cœur, chacun à son frère » (Matthieu 18:23-35).
L’idée des rabbins juifs était qu’on devait pardonner jusqu’à trois fois à un frère qui se repent. Pierre était prêt à aller jusqu’à sept fois. Mais le Seigneur lui répond en quelque sorte : « Combien est grande à votre égard la grâce de Dieu qui restaure ! Ne l’avez-vous pas vécu de très nombreuses fois ? Si vous vivez dans la conscience de cette grâce, alors manifestez-la aussi à l’égard des autres sans aucune limite ». « …Vous supportant l’un l’autre et vous pardonnant les uns aux autres, si l’un a un sujet de plainte contre un autre ; comme aussi le Christ vous a pardonné, vous aussi faites de même » (Col. 3:13).
Dans le passage parallèle de Luc 17, Il ajoute encore une condition remarquable pour ce pardon réclamé : « Si ton frère pèche, reprends-le, et s’il se repent, pardonne-lui ; et si sept fois le jour il pèche contre toi, et que sept fois il retourne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras » (17:3,4). Nous avons quelquefois tendance à négliger cette condition indispensable pour tout vrai pardon : il doit y avoir repentance au sujet du mal commis, et il faut être prêt à avouer la faute, non seulement à soi-même ou à Dieu, mais aussi à celui contre qui on a manqué. En d’autres termes, le coupable doit confesser son péché à son frère. Très souvent cela n’a pas lieu, et la conséquence en est que bien des incidents fâcheux parmi les enfants de Dieu ne sont jamais vraiment réglés. Ils continuent à couver, des racines d’amertumes se répandent, et beaucoup en sont troublés et souillés (Héb. 12:15). Ne nous trompons pas : Dieu Lui-même ne pardonne que si le péché Lui est confessé. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés et nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9). Mais même si le coupable n’est pas prêt à confesser sa faute, nous devrions être toujours remplis d’un esprit de pardon, et rester ainsi en accord avec Dieu.
C’est la première chose à retenir de cette parabole. Les deux derniers versets nous révèlent ce qui arrive si nous ne le faisons pas, si nous ne pardonnons pas de cœur à notre frère. Mais nous y reviendrons quand nous aurons mieux approfondi la parabole, et que nous aurons compris les autres leçons qu’elle comporte.
Certains chrétiens se fondent sur la parabole du « serviteur impitoyable » pour étayer l’idée que, dans certaines conditions, un croyant chrétien peut à nouveau perdre le pardon qu’il a reçu. Leur argument est que le roi avait remis à l’esclave la dette de dix mille talents, mais comme celui-ci a manifesté un esprit implacable, il l’a finalement livré aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût tout payé. Or dans beaucoup de passages, l’Écriture enseigne de manière claire et nette qu’un vrai enfant de Dieu ne peut plus périr :
· Personne ne peut nous ravir de la main du Père et du Fils (Jean 10:28-30).
· Dieu ne se souvient plus jamais de nos péchés parce qu’Il nous a pardonné et nous a rendu parfaits « à perpétuité », c’est-à-dire sans interruption (Héb. 10:14-18).
· Dieu nous a rendus propres pour Sa lumière, et nous a délivrés du pouvoir des ténèbres, et nous a transportés dans le royaume du Fils de Son amour (Col. 1:12-14).
· Nous avons la rédemption par le sang de Christ, la rémission des fautes (Éph. 1:7). C’est une rédemption éternelle (Héb. 9:12).
· Nous avons reçu l’Esprit saint, qui demeure avec nous et qui est en nous éternellement, comme sceau d’une rédemption accomplie (Jean 14:16,17).
· Nous avons la vie éternelle parce que nous croyons au nom du Fils de Dieu. Celui qui a le Fils a la vie (1 Jean 5:12,13).
· Cette vie éternelle n’a pas son siège en nous, mais dans le Christ glorifié. IL est notre vie (Col. 3:3,4), et si cette vie devait nous être ôtée, elle devrait d’abord Lui être ôtée. Mais ceci est absolument impossible, car Il est en Lui-même le Dieu véritable et la vie éternelle (1 Jean 5:20).
Beaucoup de difficultés et d’erreurs proviennent de ce qu’on ne fait pas la différence entre les deux sortes de pardon des péchés dont parle l’Écriture. En premier lieu nous avons besoin, — et Dieu le donne, — du pardon pour les pécheurs, ou pardon éternel, c’est-à-dire le pardon en vue de l’éternité. C’est de ce pardon que parlent les passages cités ci-dessus. Dieu dit : « Je vous écris, enfants, parce que vos péchés vous sont pardonnés par son (celui de Son Fils) nom » (1 Jean 2:12). La grâce l’offre, le sang l’assure, l’Esprit de Dieu le proclame, et la foi le saisit.
Mais en second lieu, l’Écriture parle en bien des passages d’un pardon en rapport avec les voies gouvernementales de Dieu à l’égard des hommes. Le gouvernement de Dieu, ou Son action à l’égard des hommes, peut s’exercer sur Ses enfants, sur le peuple juif ou sur ceux qui professent être chrétiens. C’est justement ce dont traite notre parabole. Ce n’est ni une parabole du ciel ni de l’église, mais une parabole du royaume des cieux, c’est-à-dire du domaine de la profession chrétienne sur la terre. En outre, notre parabole ne parle pas de l’expiation du péché, mais de pardonner ou de retenir les péchés en rapport avec les voies gouvernementales de Dieu. Si nous saisissons clairement cette pensée, toutes les questions douteuses disparaissent. Considérons donc maintenant cette parabole d’un peu plus près.
Comme nous l’avons déjà fait remarquer, le « roi » est une image de Dieu. L’« esclave » qui devait la somme impossible à payer de dix mille talents est une figure du peuple d’Israël. La grande dette consiste en ce qu’à la plénitude de bénédictions et de privilèges que Dieu lui a offerts pendant des siècles, le peuple d’Israël n’a répondu que par la désobéissance et la rébellion, et finalement par la crucifixion de Son Fils. Dieu était prêt à « faire les comptes », c’est-à-dire à exercer le jugement sur le peuple, et déjà la cognée [hache] était mise à la racine des arbres (Matt. 3:10). Mais le Seigneur Jésus a prié à la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! » (Luc 23:34). Pierre aussi, en Actes 3:17, leur concède l’ignorance, et ajoute : « Repentez-vous donc et vous convertissez, pour que vos péchés soient effacés : en sorte que viennent des temps de rafraîchissement de devant la face du Seigneur » (Actes 3:20).
Ainsi ils avaient entendu la voix du pardon sans y prêter l’oreille et sans y ajouter foi. Bien plus ils « étranglaient » celui « qui était esclave avec eux » et qui leur devait beaucoup moins. Cela nous montre l’attitude hostile des Juifs vis-à-vis des nations, que l’apôtre Paul décrit de la manière suivante : « …Qui ont mis à mort et le Seigneur Jésus et les prophètes, et qui nous ont chassés par la persécution, et qui ne plaisent pas à Dieu, et qui sont opposés à tous les hommes, nous empêchant de parler aux nations afin qu’elles soient sauvées, pour combler toujours la mesure de leurs péchés ; mais la colère est venue sur eux au dernier terme » (1 Thess. 2:15,16 ; voir aussi Actes 13:45 ; 14:2 ; 17:5 ; 21:27). À cause de cette attitude, Dieu les a livrés aux « bourreaux », les nations où ils se trouvent jusqu’à ce jour ; et la dette qu’Il leur avait remise dans Ses voies à leur égard, Il l’a à nouveau exigée d’eux, jusqu’au temps dont parle Ésaïe: « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem, et criez-lui que son temps de détresse est accompli, que son iniquité est acquittée ; qu’elle a reçu de la main de l’Éternel le double pour tous ses péchés » (Ésaïe 40:1,2).
L’Israël incrédule ne sortira jamais de la prison, à l’inverse du Résidu croyant représenté par « Jérusalem » — et cela uniquement par la grâce de Dieu et sur la base du sacrifice de Christ.
Il est évident qu’on peut aussi appliquer cette parabole à quiconque entend aujourd’hui l’évangile, mais qui n’y obéit pas. Si quelqu’un a cet esprit de ne pas pardonner, selon ce que manifeste cet « esclave » [le « serviteur impitoyable »] — un esprit totalement opposé à celui du christianisme —, il n’y a alors rien qui indique qu’il soit un vrai chrétien. Mais pour nous aussi, les enfants de Dieu, cette parabole contient un enseignement profond, et un avertissement sérieux, comme le déclare le Seigneur Jésus dans le verset final : Les voies gouvernementales de Dieu envers Ses enfants sont déterminées d’après la mesure dans laquelle nous manifestons un esprit de pardon.
Tel est donc l’enseignement du Seigneur dans cette parabole. Rien de ce qu’Il dit ne laisse entendre qu’aucune de Ses brebis pour lesquelles Lui, le bon berger, allait donner Sa vie, pourrait en définitive quand même périr ; pas un seul mot ne nous dit qu’on peut acquérir le pardon du péché en vue de l’éternité, et quand même le perdre sous certaines conditions. Dieu, qui a jeté nos péchés derrière Son dos, qui ne s’en souvient plus, pourrait-Il un jour nous les remettre à charge, peut-être juste avant de passer dans l’éternité ? Pourrait-Il méconnaître l’œuvre de Son Fils au point de laisser périr ceux qui s’appuient sur elle par la foi, à cause de leur infidélité sur tel ou tel point ?
C’est une doctrine misérable et déplorable, œuvre de Satan, qui résulte de ce qu’on n’a pas « découpé droit » la Parole de vérité (2 Tim. 2:15). Mais Dieu soit loué : Notre rédemption repose sur notre Rédempteur, et non pas sur le racheté ou sur quoi que ce soit en nous ! Elle a son origine dans le cœur même de Dieu. Et de plus, quand on ne jouit pas du pardon des péchés comme d’un fait accompli, il ne peut pas y avoir de paix ferme (Rom. 5:1), l’Esprit ne peut pas conduire dans toute la vérité (Jean 16:13), et on ne peut pas être un adorateur en esprit et en vérité (Jean 4:23). C’est pour cela que Satan s’intéresse autant à détruire la vérité. Ne lui prêtons pas l’oreille, mais faisons confiance à Celui qui est la vérité !
Mais n’oublions pas non plus l’enseignement de cette parabole, et gardons-nous d’un esprit implacable ! Dieu, dans Ses voies à notre égard, ferait retomber sur nous les conséquences d’un tel état d’esprit, qui Lui est étranger. « Mais soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant les uns aux autres comme Dieu aussi, en Christ, vous a pardonné » (Éph. 4:32).
Er lehrte sie vieles in Gleichnissen, Vol. 1 p. 323-336
La parabole des « ouvriers dans la vigne » de Matthieu 20, recrutés à différentes heures du jour et recevant en fin de compte chacun un denier, est en relation directe avec ce qui est dépeint au ch. 19. Le jeune homme riche s’en alla tout triste d’auprès du Seigneur. Il n’était pas prêt à renoncer à ses richesses pour suivre le Seigneur. Le chemin à la suite de Christ était trop étroit pour lui. Combien y en a-t-il de ce genre aujourd’hui ?
Les disciples, imprégnés de notions juives, considéraient les richesses comme une preuve certaine de la faveur de Dieu (voir Deut. 28:1 et suiv.). Au moins permettent-elles de faire beaucoup de bien. Mais si absolument personne n’est réellement « bon », si les richesses sont sans valeur pour acquérir la vie éternelle,et constituent plutôt pour cela un obstacle sérieux, « qui », voilà la question des disciples, « qui donc peut être sauvé » ? La réponse du Seigneur est très nette, presque accablante : Personne ! Il serait plus facile qu’un chameau passe par un trou d’aiguille, qu’un riche qui se confie dans ses richesses n’entre dans le royaume de Dieu. Mais Dieu soit loué : Pour Lui, toutes choses sont possibles ! Dans Sa grâce, Il ne tient pas compte de ce qu’est l’homme, s’il fait partie de la classe la plus noble ou la plus mauvaise. Le salut vient de Dieu et ne se trouve qu’auprès du Sauveur. Ainsi Dieu, dans Sa grâce infinie, appelle des hommes de toutes les couches de la société, à la fois de la maison de l’empereur et des publicains et des pécheurs.
Le jeune homme riche avait préféré ses richesses au Seigneur Jésus, et Pierre l’avait vu repartir visiblement triste. Il se permet donc de L’interroger : « Voici, nous avons tout quitté et nous t’avons suivi ; que nous adviendra-t-il donc » ? (Matt. 19:27). La réponse du Seigneur est un encouragements des plus précieux pour tous ceux qui Le suivraient un jour : Il récompensera toute fidélité montrée envers Lui — dans un sens, déjà dans cette vie, mais à titre principal dans Son royaume à venir, dans la gloire. N’est-il pas réjouissant, même si c’est une pensée sérieuse, que notre vie et notre témoignage ici-bas aient une influence directe sur notre position future dans Son royaume ?
Dans la « régénération », c’est-à-dire dans le royaume messianique du Seigneur sur cette terre, les douze apôtres auront une position particulière, réservée à eux seuls. Quand le Fils de l’Homme sera assis sur Son trône de gloire, ils seront eux aussi assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël. Mais le Seigneur montre alors un principe plus vaste en rapport avec la récompense. Il concerne tous ceux qui, pour l’amour de Son nom, font passer au second plan les relations de famille et les biens terrestres : Ils recevront cent fois autant, et hériteront de la vie éternelle. En Marc 10 il est même dit que, déjà en ce temps-ci, ils recevront maisons et frères, et sœurs, et mères, et enfants, et champs, avec des persécutions, et dans le siècle qui vient, la vie éternelle (v. 29, 30). Combien de serviteurs du Seigneur ont déjà fait l’expérience de la première partie de cette promesse, dans leur service pour Lui ! Ils ont trouvé ici-bas en Christ bien plus d’amis que tous ceux qu’ils avaient perdus pour l’amour de Lui. Mais il est certain que la deuxième partie de la promesse s’accomplira elle aussi.
Lorsque Dieu place devant nos cœurs une vérité particulière dans Sa Parole, Il met presque toujours en face de cette première vérité, une autre vérité constituant la contrepartie de la première. Bien sûr, cette contrepartie ne contredit pas la première vérité, mais bien plutôt la complète. Pourquoi Dieu fait-Il ainsi ? Parce que nous, les hommes, sommes très portés à être unilatéraux, et que dans les choses divines, il y a plus d’un côté. Plus précisément, si nous nous fixons exclusivement sur un côté déterminé de la vérité, mais que nous oublions qu’il y a encore un autre côté à considérer, nous pouvons facilement nous engager dans une direction totalement fausse, et causer du tort à l’homme intérieur.
C’est pour cela que le dernier verset du ch. 19 contient déjà un avertissement : « Mais plusieurs [ou : beaucoup] qui sont les premiers seront les derniers, et des derniers seront les premiers ». Cela est vrai, et demeure absolument vrai, qu’un jour le Seigneur Jésus récompensera de manière merveilleuse tout ce qui Lui a été montré comme fidélité. Mais nous pourrions trop facilement oublier que tout n’est que grâce illimitée, et que nous ne pouvons absolument rien revendiquer. Pierre attribuait peut-être beaucoup d’importance à son bateau et à ses filets, et nous sommes tous en danger de faire la même chose en principe. Or les disciples avaient réellement tout laissé et L’avaient suivi Lui. C’est cela qui compte. Ce n’est pas pour une rétribution qu’ils avaient tout laissé, mais par amour pour Lui. Et rien de ce qui est fait par un amour vrai pour Lui n’est petit aux yeux du Seigneur. Il le récompensera selon une mesure appropriée.
Mais pour que nous ne prenions pas une mauvaise orientation, et que nous ne donnions pas trop d’importance à notre travail pour Lui, le Seigneur Jésus ajoute la parabole des « ouvriers dans la vigne ». C’est une explication ou un exposé du dernier verset du ch. 19 : « Mais plusieurs [ou : beaucoup] qui sont les premiers seront les derniers, et des derniers seront les premiers ». Dieu est souverain également dans Sa grâce, et Il fait exactement ce qu’il Lui plait. Il ne se laisse devenir le débiteur d’aucun de nous. Et si quelqu’un, imbu de propre justice et d’autosatisfaction pense être parmi « les premiers », le jugement divin peut bien le renvoyer un jour à la place des « derniers ». C’est ce que le Seigneur développe dans la parabole qui suit, et Il montre que la récompense dans Son royaume est en accord avec le principe de la souveraineté de Dieu et celui de la grâce de Dieu.
« Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit dès le point du jour afin de louer des ouvriers pour sa vigne. Et étant tombé d’accord avec les ouvriers pour un denier par jour, il les envoya dans sa vigne » (Matt. 20:1, 2).
Rappelons-nous encore une fois qu’il ne s’agit pas ici de l’assemblée, mais du royaume des cieux — ce domaine terrestre où l’on professe reconnaître l’autorité du Seigneur.
Le mot préliminaire « car » confirme ce qui a déjà été dit : Le dernier verset du ch. 19 fait déjà partie de la parabole, et il en constitue l’introduction ; et ce sont à peu près les mêmes paroles qui la terminent (20:16).
Un maître de maison, image de Dieu, sort au point du jour pour louer des ouvriers pour sa vigne. N’est-ce pas déjà une expression de grâce ? Certes, ici il ne s’agit pas de la grâce qui amène les pécheurs au salut (il n’est pas du tout question de cela dans notre parabole), mais c’est la grâce qui appelle des hommes à venir travailler dans Sa « vigne ». Avons-nous déjà bien pris conscience de cette grâce ? Il ne va pas du tout de soi que des personnes telles que nous sommes puissent Le servir, et qu’Il veuille nous utiliser pour faire avancer les choses de Sa « vigne » selon Sa pensée. Paul glorifiait la miséricorde du Seigneur qui s’était manifestée en établissant « dans le service celui qui auparavant était un blasphémateur, et un persécuteur, et un outrageux » (1 Tim. 1:12, 13). Ne devrons-nous pas tous pareillement glorifier la grâce de Dieu ?
Encore une brève indication sur le contrat passé pour un denier par jour. On a déjà dit et écrit bien des choses sur ce denier, et aussi de l’accord passé entre le maître de maison et les ouvriers. Du fait que finalement ils ont tous obtenu un denier, beaucoup y ont vu et y voient encore une image de la rédemption, et de la vie éternelle que tous les croyants partagent dans la même mesure. Mais cela ne peut pas être le sens, car cela voudrait quand même dire qu’on peut gagner la vie éternelle par son travail, la mériter. Or cela ne serait plus la grâce, car l’Écriture dit expressément : « Or à celui qui fait des œuvres, le salaire n’est pas compté à titre de grâce, mais à titre de chose due ; mais à celui qui ne fait pas des œuvres, mais qui croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est comptée à justice » (Rom. 4:4, 5). La grâce du côté de Dieu, la foi du côté de l’homme, voilà les moyens par lesquels les hommes trouvent le salut. « Car vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Éph. 2:8, 9).
Il ne faut absolument pas chercher à mettre une signification spirituelle sur chaque détail de la parabole. Nous l’avons déjà dit au tout début de notre étude sur les paraboles. Dans une parabole, le Seigneur suit une ligne principale d’enseignement, qu’on risque justement de manquer en essayant de « spiritualiser » chaque détail, et on risque même, à la place, d’arriver à des conclusions totalement fausses. L’exemple du « denier » en est un exemple tout à fait clair. On cherche une signification spirituelle pour le « denier », et en pensant l’avoir trouvée, on tire des conclusions que l’Écriture contredit totalement. Nous pouvons en toute sécurité partir du fait que le « denier » n’a aucune signification particulière. Il représente tout simplement ce qu’on reçoit. Il en va de même pour bien d’autres détails accessoires de cette parabole : Il n’y a pas lieu de leur donner une valeur spirituelle. Ce sont bien plutôt des composants de l’image utilisée ; et si des hommes agissent de telle ou telle manière, cela ne veut pas davantage dire qu’on peut y faire correspondre directement telle action de Dieu.
« Et sortant vers la troisième heure, il en vit d’autres qui étaient sur la place du marché à ne rien faire ; et il dit à ceux-ci : Allez, vous aussi, dans la vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste ; et ils s’en allèrent. Sortant encore vers la sixième heure et vers la neuvième heure, il fit de même. Et sortant vers la onzième heure, il en trouva d’autres qui étaient là ; et il leur dit : Pourquoi vous tenez-vous ici tout le jour sans rien faire ? Ils lui disent : Parce que personne ne nous a engagés. Il leur dit : Allez, vous aussi, dans la vigne (*) » (Matt. 20:3-7).
(*) note Bibliquest : la traduction JND ajoute ici : « et vous recevrez ce qui sera juste ». Cette phrase manque dans les meilleurs manuscrits selon l’auteur (voir ci-dessous)