[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index ouvrages | Index auteurs | Index sujets | Centres d'intérêt ]
Les paraboles de Matthieu 13
Christian Briem
Table des matières abrégée :
Table des matières détaillée :
1.1 Vue d’ensemble des paraboles de Matthieu 13
1.5.3 Encouragement et avertissement
1.6 Semé dans les endroits rocailleux
1.6.1 La réception joyeuse de la Parole
1.6.2 Repentance et confession du péché
1.8.2 Comprendre la Parole de Dieu
1.8.3 Différences dans la production de fruit
2.1.1 Ce à quoi le Seigneur Jésus a droit
2.3 Le bien et le mal l’un à côté de l’autre
2.3.2 Le ‘royaume des cieux’ n’est pas ‘l’assemblée’
2.4.2 La consommation du siècle
4.2 Une manière collective de considérer les choses
5.2 La parabole et son interprétation
5.2.2 Le trésor caché dans le champ
5.2.2.2 Une symbolique changée
5.2.3 Comment le Seigneur trouve
6.3 De quoi parle la ‘perle’ ?
7.1.3 Le rassemblement des bons poissons
Dans ces méditations sur les paraboles de notre Seigneur, nous arrivons maintenant au chapitre 13 de l’évangile de Matthieu, chapitre important qui contient à lui seul huit paraboles. Avant de nous occuper de la première, celle du ‘semeur’, nous voulons, avec l’aide du Seigneur, donner une vue d’ensemble de ce chapitre. Puisque sur les huit paraboles, six d’entre elles sont directement des paraboles du royaume des cieux, il sera bon, aussi, de commencer par clarifier la signification de cette notion. Matthieu donne en tout dix paraboles du royaume des cieux.
Il est arrivé au Seigneur de donner des paraboles isolées, mais très souvent il les reliait par groupes de deux ou plus. En Luc 5 Il commence par parler des ‘pièces de rapiéçage sur un vieil habit’ et Il y ajoute la parabole du ‘vin nouveau dans de vieilles outres’ (5:36-39). Au ch. 13 de ce même évangile, nous trouvons deux paraboles du ‘royaume de Dieu’ placées directement côte à côte (Luc 13:18-21).
Et qui ne connaît pas les trois paraboles de Luc 15, qui sont reliées par la pensée commune de quelque chose de perdu qui est retrouvé ? Il est évident qu’au moyen de ces groupements, il faut s’attacher à comparer les paraboles les unes avec les autres, et à reconnaître les parallèles et les contrastes.
Sous cet aspect, le chapitre 13 de Matthieu est unique en son genre. Il contient, comme déjà vu, pas moins de huit paraboles. Je sais qu’on dit en général qu’il en contient sept. Il est étrange que la huitième, celle du maître de maison (13:52), soit presque toujours omise. Pourtant c’est par cette petite et huitième parabole que le Seigneur termine Son enseignement de Matt. 13 qui se présente sous forme de sept paraboles.
Nommons d’abord les huit paraboles de ce chapitre pour en avoir une première vue d’ensemble.
· la parabole du ‘semeur’
· la parabole de ‘l’ivraie du champ’
· la parabole du ‘grain de moutarde’
· la parabole du ‘levain’
· la parabole du ‘trésor dans le champ’
· la parabole de ‘la perle de grand prix’
· la parabole du ‘filet’
· la parabole du ‘maître de maison’.
En tête de toutes les paraboles, il y a donc la parabole du ‘semeur’. Elle a une valeur particulière du fait que le Seigneur laisse entendre que cette parabole est la clef de la compréhension des autres paraboles ; Il dit en effet de cette parabole : « Ne connaissez-vous pas cette parabole ? et comment connaîtrez-vous toutes les paraboles ? » (Marc 4:13). Il ne voulait bien sûr pas dire par là que cette parabole soit la plus simple de toutes, mais qu’ils ne pourraient pas comprendre le changement de dispensation qui allait intervenir s’ils ne comprenaient pas cette parabole. Le royaume promis à Israël serait différé pour un temps ; cependant il commencerait entre temps sous une autre forme. Disons immédiatement quelque chose de plus là-dessus. La parabole du ‘semeur’ n’est en tout cas pas directement une parabole du royaume des cieux, mais elle situe les conditions pour les paraboles suivantes.
La parabole du ‘semeur’ est suivie par trois paraboles dont les deux premières commencent par les paroles « Il leur proposa une autre parabole » ; à la troisième parabole, on a « il leur dit une autre parabole ». Toutes les trois sont des paraboles du ‘royaume des cieux’ car elles sont introduites par les paroles « le royaume des cieux est semblable… ». Le Seigneur a adressé ces quatre paraboles aux foules, et ce premier groupe se termine par la remarque « Jésus dit toutes ces choses aux foules en paraboles » (Matt. 13:34).
Une certaine rupture est alors marquée dans ce chapitre, et aussi un changement de position. De grandes foules s’étaient rassemblées auprès du Seigneur Jésus, en sorte qu’Il monta dans un bateau, et que de là, Il enseignait les gens sur la rive (13:2). Ensuite Il laissa les foules et entra avec les disciples « dans la maison » (13:36). « Et quand il fut en particulier, ceux qui étaient autour de lui, avec les douze, l’interrogèrent touchant la parabole » (Marc 4:10). Là-dessus, le Seigneur leur donne d’abord l’explication de la deuxième parabole (celle de ‘l’ivraie du champ’), et ensuite viennent trois autres paraboles qu’Il introduit avec la tournure « le royaume des cieux est semblable », « encore, le royaume des cieux est semblable ». À la fin on trouve la parabole du ‘maître de maison’, petite, mais si significative, et qui en un sens résume les sept paraboles précédentes ; elle nous montre en tout cas l’usage qu’on doit en faire. Ce deuxième groupe de paraboles se termine au v. 53 par la remarque qui ressemble beaucoup à celle qui termine les premières au v. 34: « Et il arriva que, quand Jésus eut achevé ces paraboles, il se retira de là » (Matt. 13:53).
On a fait correspondre le premier groupe de paraboles à la formule 1 + 3, et le second groupe à la formule 3 + 1. Les paraboles centrales du royaume des cieux peuvent se répartir comme suit : 1 + 2 et 2 + 1. En fait, la première parabole [de ‘l’ivraie’] et la dernière [du ‘filet’] se ressemblent clairement.
Les sept premières paraboles nous montrent d’une manière symbolique les traits de caractère moraux du royaume des cieux dans un ordre systématique et dans une suite historique, en regardant
· l’origine
· le développement extérieur,
· le déclin,
· l’accomplissement.
Le royaume est considéré comme quelque chose confié aux mains de l’homme et qui en conséquence peut prendre un développement malheureux. Mais en même temps, l’aspect intérieur et caché de ce royaume est dévoilé, expliquant les mobiles pour agir du Seigneur. En ce sens, ce royaume est invulnérable. Nous voyons ainsi dans ces paraboles ces trois choses supplémentaires :
· ce que Christ fait
· ce que Satan fait
· ce que l’homme fait.
Si nous remettons devant nous l’expression ‘royaume des cieux’, il apparaît opportun d’abord de mieux pénétrer ce sujet important, avant d’approfondir les paraboles elles-mêmes. Trop de choses dépendent d’une compréhension correcte de cette pensée pour ne la mentionner qu’en passant. Beaucoup de ce qu’on va dire dans ce qui suit trouvera sa confirmation plus tard dans les paraboles. J’espère que cette petite digression sur le royaume des cieux sera en aide à bien des lecteurs pour comprendre les paraboles elles-mêmes et les différentes dispensations.
Que signifie le ‘royaume des cieux’ et que faut-il comprendre par cette expression ? Commençons par voir ce qu’il n’est pas. Le royaume des cieux n’est pas le ‘royaume au ciel’ comme on le conçoit souvent. Cette désignation pourrait laisser penser qu’il s’agit d’une image du ciel lui-même. Ce serait, à vrai dire, un triste ciel ! Non le royaume des cieux est un royaume sur la terre. Le ‘royaume des cieux’ n’est pas non plus un autre nom pour l’assemblée, ou église de Dieu. Dans le royaume des cieux règne le principe selon lequel il faut laisser croître ensemble le ‘froment’ et ‘l’ivraie’ jusqu’au temps de la moisson (Matt. 13:29-30), tandis que l’assemblée de Dieu sur la terre est tenue d’ôter le méchant de son milieu, et donc d’exercer la discipline (1 Cor. 5:13).
Le ‘royaume des cieux’ est une expression que seul Matthieu utilise. Il écrivait sous l’inspiration du Saint Esprit, comme Juif s’adressant aux Juifs, et tout Juif instruit dans l’Ancien Testament savait que le prophète Daniel avait parlé de ce que le « Dieu des cieux » établirait un royaume sur la terre, qui ne serait pas détruit — le royaume des cieux (Dan. 2 et 7). Les Juifs attendaient ce royaume, et le précurseur du Seigneur comme Messie, Jean le Baptiseur, annonça même que le royaume des cieux s’était approché (Matt. 3:2).
Mais le peuple juif au temps du Seigneur ne connaissait guère ce sujet et ne se rendait guère compte de l’état intérieur de cœur requis pour entrer dans ce royaume. Nicodème lui-même ne voyait dans ce royaume guère plus qu’une sorte de paradis terrestre qui serait à nouveau offert à l’homme. Il avait complètement perdu de vue que la nouvelle naissance est pourtant la qualification essentielle pour entrer dans ce royaume, même pour un Juif, et il était loin d’être le seul dans ce cas, bien que le prophète Ézéchiel en eût parlé (36:26). Et ainsi le Seigneur dut lui dire : « tu es docteur d’Israël, et tu ne connais pas ces choses ? » (Jean 3:10). C’est pourquoi l’appel de Jean le Baptiseur à la repentance était si important. Un changement total de cœur et de sentiments était nécessaire si les gens voulaient entrer dans ce royaume.
Moïse avait déjà parlé de ce que, quand les fils d’Israël obéiraient de cœur à la loi de Dieu, leurs jours seraient « comme les jours du ciel sur la terre » (Deut. 11:21). Dieu établirait « la semence de David » pour toujours, et ferait que son trône soit « comme les jours du ciel » (Ps. 89:29). Daniel le prophète avait reçu des communications sur le royaume allant encore plus loin ; il avait vu une scène céleste avec quelqu’un « comme un fils d’homme » amené à « l’Ancien des jours », et le royaume et la domination lui furent donnés. Ce devait être un royaume éternel (comp. Dan. 7). Jean le Baptiseur annonça ensuite que ce royaume « s’était approché ». Le roi était là dans la personne de Christ, mais allait-Il être reçu par le peuple Juif ? Nous savons ce qui est arrivé : le roi a été rejeté.
Tout était-il dès lors perdu, irrémédiablement perdu ? Dieu soit loué, et grâces à Dieu : non ! Certes le royaume des cieux n’était plus annoncé désormais comme s’étant approché ; on ne trouve plus cette annonce à partir de Matt. 13. Bien plutôt l’établissement du royaume en puissance et en gloire a été différé pour un temps (Actes 3:21). Mais entre temps, le Seigneur Jésus est monté au ciel, et Il exerce maintenant Son influence sur la terre depuis là-haut, non pas d’une manière ouverte, mais d’une manière cachée, morale. C’est le royaume des cieux comme il existe aujourd’hui. C’est le royaume des cieux en mystère [ou : secret], en contraste avec le royaume dans sa forme et sa gloire extérieures et visibles encore à venir. Ainsi il y a deux formes sous lesquelles le royaume des cieux apparaît : le royaume des cieux dans sa forme d’aujourd’hui, mystérieuse (qui n’était pas révélée dans l’Ancien Testament) et le royaume des cieux dans sa forme visible, puissante et future (identique alors au règne de mille ans).
Quand ce royaume a-t-il commencé dans sa forme cachée ? Le royaume des cieux a commencé quand Christ est monté au ciel comme Celui qui a été rejeté ici-bas, et que là, il a pris Sa place à la droite de Dieu comme Celui qui a été glorifié. Partout sur la terre où s’étend l’influence du Seigneur demeurant au ciel, là est le royaume des cieux. Quand le royaume des cieux a commencé, il a commencé d’une bonne manière, avec de vrais disciples. Les paraboles de Matt. 13 exposent cela, tout comme les récits du livre des Actes. Mais il n’en est pas resté là ; l’ennemi a semé l’ivraie parmi le froment. Le royaume des cieux (avec la permission de Dieu, et pour ce qui concerne son développement extérieur) est donc devenu une affaire mélangée, dans laquelle se trouvent côte à côte de l’authentique et du non authentique, des vrais croyants et des professants purement extérieurs, n’ayant pas la vie, — la distinction n’étant pas toujours faisable à nos yeux.
Quand j’ai dit que le royaume des cieux est partout où s’étend l’influence du Seigneur demeurant au ciel, ce domaine inclut aussi ce genre de chrétiens qui professent être pour Christ seulement par une profession extérieure, mais qui n’ont pas fait l’expérience d’une nouvelle naissance. Qu’il y ait eu une influence, c’est incontestable, car ils professent le christianisme ; mais cette influence n’est pas allée assez loin, et n’a pas pu atteindre les cœurs et les consciences. C’est là le drame. De telles personnes se croient en sécurité et se réclament du nom de Christ. Elles sont extérieurement dans le royaume des cieux, elles font partie de la chrétienté et sont par là à portée directe de toutes les bénédictions magnifiques du vrai christianisme, — et pourtant elles vont à la perdition éternelle si elles ne se convertissent pas et ne se repentent pas. Que le Seigneur veuille avoir encore pitié de beaucoup d’entre eux et les amener à la connaissance de la vérité.
Je ne poursuivrai pas ici avec les différences entre le ‘royaume des cieux’ et le ‘royaume de Dieu’. Ces deux expressions signifient en partie la même chose, mais seulement en partie. Certaines paraboles se rapportent aussi bien au royaume des cieux qu’au royaume de Dieu. Cependant on peut dire en général que le ‘royaume de Dieu’ est une notion supérieure, plus vaste. Elle inclut la pensée du royaume des cieux, mais a souvent un contenu moral (1 Cor. 4:20 ; Rom. 14:17). À l’inverse, l’expression ‘royaume des cieux’ désigne la plupart du temps une dispensation, une époque déterminée dans les voies de Dieu avec la terre. D’ailleurs, cette époque continuera encore d’exister après l’enlèvement de l’assemblée, même au temps de la tribulation. Le ‘royaume des cieux’ est donc bien loin d’équivaloir à ‘l’assemblée de Dieu’ ! La persistance du royaume des cieux après l’enlèvement est une pensée importante qui échappe souvent. Elle est pourtant à la base des paraboles du royaume des cieux en Matt. 13.
Jusqu’ici, nous nous sommes surtout occupés du royaume des cieux selon ce qui en est visible aux gens extérieurement. Sous ce point de vue, le royaume des cieux est aujourd’hui la chrétienté. Mais ce n’est pas dans tous les passages que le ‘royaume des cieux’ désigne ce domaine extérieur de la profession chrétienne. Par exemple, quand le Seigneur Jésus dit :
« Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux » (Matt. 18:3),
ou bien
« Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car à de tels est le royaume des cieux » (Matt. 19:14) ; ou encore :
« En vérité, je vous dis : parmi ceux qui sont nés de femme, il n’en a été suscité aucun de plus grand que Jean le baptiseur ; mais le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui » (Matt. 11:11),
alors, par cette expression ‘royaume des cieux’, Il n’entend manifestement pas le développement extérieur qu’allait prendre le royaume, mais un domaine intérieur, divin, qui est qualifié ailleurs de ‘royaume de Dieu’. Que le royaume des cieux ait aussi ce côté intérieur que le Seigneur ne révèle qu’à ceux qui sont « dans la maison », c’est-à-dire aux Siens, cela nous est montré par les deux paraboles du ‘trésor dans le champ’ et du ‘marchand’ qui cherche de belles perles (13:44-46). Nous y apprenons pourquoi le Seigneur supporte aujourd’hui dans Son royaume extérieur de tels « développements malheureux », une telle juxtaposition du bien et du mal : Son cœur est dirigé vers les Siens ; Il voit en eux Son « trésor » ; ils forment ensemble la « perle de très grand prix », Son assemblée. À cause d’eux, Il a tout laissé, y compris Sa vie. Cela ne peut que nous conduire à adorer.
En Matt. 13 nous trouvons pour la première fois l’expression ‘mystères du royaume des cieux’. Cela exprime que le royaume allait prendre une forme inconnue dans la prophétie. Les prophètes avaient bien décrit le Messie comme étant rejeté, comme Celui qui allait être mis à mort ; mais ils n’avaient rien dit sur une forme particulière et exceptionnelle que prendrait Son royaume à la suite de Son rejet. Le royaume terrestre, objet de la prophétie, était pour le moment différé, comme nous l’avons déjà remarqué. Durant cette période intermédiaire, les héritiers de la gloire céleste sont rassemblés.
Sur ce point, à la pensée du royaume des cieux se rattache aussi celle de l’appel céleste — un appel qui s’appuie sur l’œuvre rédemptrice de Christ. Et il est remarquable, dans ce contexte, que le royaume des cieux soit premièrement introduit dans la deuxième parabole de Matt. 13. Or là, le champ est déjà acquis, ce qu’indique l’expression ‘ton champ’ du v. 27. Combien la Parole de Dieu est précise ! Le royaume des cieux ne pouvait commencer qu’une fois l’œuvre de la croix accomplie et après que le Fils de l’homme soit entré en possession du ‘champ’ par cette œuvre. Auparavant, une autre œuvre était cependant nécessaire, une œuvre préparatoire, et c’est ce que nous présente la parabole du ‘semeur’.
Dans les temps précédents, le Seigneur avait envoyé Ses disciples dans les villages d’Israël et leur avait donné l’ordre de ne pas aller sur le chemin des nations ni d’entrer dans aucune ville de Samaritains, mais plutôt « d’aller vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Matt. 10:5-6). Mais maintenant il se passait quelque chose de tout autre :
« Voici, le (*) semeur sortit pour semer » (Matt. 13:3).
(*) Note du Traducteur : La version JN Darby traduit : « un semeur ». Le Nouveau Testament interlinéaire grec-anglais de A. Marshall donne « the [one] sowing » et grec-français de Carrez donnent « le semant ». Vu les explications données par l’auteur, nous laissons « le semeur » comme indiqué par l’auteur de l’article.
Notre parabole commence par cette déclaration étonnante. Il n’y a pas de question sur l’identité du semeur, car il n’y en a qu’Un pour lequel cette description est exacte. Cependant le Seigneur ne dit pas à Ses disciples de qui il s’agit, ni ici, ni dans Ses explications sur la parabole à partir du v. 18. Nous ne l’apprenons que dans la parabole suivante où la même personne est vue s’occupant de la même œuvre : le Fils de l’homme.
« Le semeur sortit pour semer ». C’est une phrase tout à fait déterminante. Elle marque un tournant dans les voies de Dieu envers les hommes. Dieu ne cherche plus du fruit de la ‘vigne’ d’Israël (És. 5:1 et suiv.), ni du fruit du figuier qui représente le Résidu rentré dans son pays (= planté dans Sa vigne ; Luc 13:6) après les 70 ans de captivité (Luc 13:6-9). Non, le Seigneur, dans Sa grâce, prend un caractère nouveau et devient le semeur. Comme tel, Il commence une œuvre nouvelle qui n’avait jamais existé sous cette forme. Et pour cela, Il sort, c’est-à-dire Il commence cette œuvre nouvelle dans une nouvelle sphère. Manifestement, ce domaine nouveau n’est plus Israël.
Si le Seigneur ne voulait plus, en somme, avoir de royaume sur la terre, il était nécessaire qu’Il commence à travailler de nouveau, sous un nouveau point de vue et selon un principe entièrement nouveau. Ce nouveau principe, c’est la grâce de Dieu, débordante et illimitée. Et ce sont Sa grâce divine et Son amour sans borne qui ont poussé le semeur à cette nouvelle tâche. Après que tous les efforts à l’égard du peuple terrestre se soient montrés vains, et que l’homme se soit montré entièrement corrompu, n’aurait-Il pas pu simplement exercer sur eux le jugement mérité ? Non : cela aurait été la justice, mais non pas la grâce. Certes Il ne s’est plus présenté au peuple d’Israël comme Messie, mais Il a commencé une œuvre nouvelle et a manifesté la grâce infinie de Dieu, s’adressant indifféremment à tous les hommes.
Il répand Sa semence, où qu’elle tombe. Comme il n’y avait rien là à récolter, Il s’est vu forcé, dans Sa grâce, à apporter quelque chose de nouveau dans le sol, et Il porte avec Lui ce qui est approprié pour susciter du fruit. Il n’examine pas le sol pour savoir s’il est bon ou mauvais ; Il jette simplement la semence sur la terre. La grâce de Dieu qui apporte le salut est apparue en Lui, accessible à tous les hommes » (Tite 2:11).
Ainsi, dans cette parabole, le caractère de l’œuvre de Christ nous est présenté d’une manière générale, — un caractère qui serait désormais caractéristique de Son service. Mais gardons présent à l’esprit que ce service du Seigneur n’a pas été limité aux jours où Il a séjourné sur la terre. Bien au contraire ! Aujourd’hui encore, il n’a pas cessé, et il garde cette caractéristique pour tout le temps de la grâce. C’est toujours Lui le semeur, et Il travaille du ciel ici-bas, dans la puissance de l’Esprit Saint et par le moyen de Ses serviteurs. C’est pourquoi les enseignements de cette parabole sont aussi pour nous aujourd’hui d’une grande importance — non seulement comme ceux qui reçoivent ou accueillent la semence, mais aussi comme ceux qui la répandent sous le regard du Seigneur et à Sa place. Nous pouvons apprendre de cette parabole ce à quoi il faut faire attention en rapport avec le fait de recevoir la semence, et nous pouvons aussi apprendre ce à quoi il faut faire attention quand le Seigneur veut nous utiliser pour apporter Sa semence au champ de semailles.
Qu’est-ce que répand le semeur ? en quoi consiste la ‘semence’ ? L’explication du Seigneur à partir du v. 18 dit clairement ce qu’elle est :
« Vous donc, écoutez la parabole du semeur. Toutes les fois que quelqu’un entend la parole du royaume… » (Matt. 13:18-19).
Dans l’évangile de Luc, il est simplement dit « la semence est la Parole de Dieu » (Luc 8:11), et en Marc : « le semeur sème la Parole » (Marc 4:14). Voilà donc la ‘semence’ qui cache en elle la vie : la Parole de Dieu. L’expression plus spéciale ‘parole du royaume’ met plutôt l’accent sur les droits du Seigneur à établir l’autorité de Dieu dans ce nouveau domaine moral sur la terre qu’est le royaume de Dieu. L’établissement de ce royaume est de la grâce pure ; mais la ‘parole du royaume’ attend la soumission de l’homme à l’autorité de Dieu, sous Son gouvernement ici-bas sur la terre. C’est pourquoi entendre cette Parole rend l’individu personnellement responsable — une pensée qui est à la base de toute la parabole et qui lui donne son sérieux.
Ce que le Seigneur Jésus répand donc, c’est la Parole de Dieu. Que ce soit dans Son service (Marc 2:2), ou au milieu des tentations (Matt. 4:1-10) ou comme ressuscité d’entre les morts (Luc 24:27) — le Seigneur attribue toujours la plus grande importance à la Parole. Ce que les gens doivent entendre en tout temps et en toutes circonstances, c’est la Parole de Dieu. Cependant les gens ont toujours cherché, et cherchent encore, à introduire autre chose. Non, chers amis, ce qui est semé doit être la Parole, et la Parole seule. Le cœur de l’homme désire du nouveau, quelque chose qui excite ses sens, quelque chose de spectaculaire. Sur cette ligne de pensées, il y a l’homme riche en Hadès avec sa requête à l’égard de ses frères sur la terre : la résurrection sensationnelle de Lazare les porterait à se convertir. Mais combien est frappante la réponse d’Abraham : « ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » (Luc 16:27-31). Paul aussi pouvait témoigner qu’il n’avait rien dit d’autre que ce que les prophètes et Moïse avaient indiqué comme devant arriver (Actes 26:22).
Qu’en est-il aujourd’hui avec nous ? De qui parlons-nous aux gens, qu’ils soient incroyants ou du Seigneur ? Ne leur disons-nous rien d’autre que ce qui est écrit ? Pensons-y : la semence de la nouvelle naissance est la Parole de Dieu, et cette Parole seule (Jacq. 1:18 ; 1 Pier. 1:23). Utilisons cette ‘semence’ et annonçons « toutes les paroles de cette vie » (Actes 5:20) et ne faisons pas confiance à la sagesse et à l’éloquence humaines ou autres accessoires humains ! Dans la prédication de l’évangile, Paul ne perdait jamais de vue le but et le chemin de Dieu, et il ne rendait jamais vaine la croix de Christ (1 Cor. 1:17) par des ajouts humains. Et qu’enjoignait-il à la fin de sa vie, à son cher enfant Timothée, en ayant devant les yeux les ‘derniers jours’ et les ‘temps difficiles’ ? Lui recommandait-il de réfléchir à de nouvelles méthodes d’évangélisation plus efficaces, du fait que maintenant les gens avaient des oreilles qui leur démangeaient et qu’ils se tournaient vers les fables ? Mille fois non ! Il l’adjure « devant Dieu et le christ Jésus, qui va juger vivants et morts… prêche la parole » (2 Tim. 4:1-2).
C’est pourquoi chers amis, en ce qui concerne aussi bien le contenu, que l’art et la manière de la prédication, revenons au commencement ! Ayons devant les yeux avant toutes choses l’exemple que nous a donné le Seigneur : Il semait la bonne semence de la Parole de Dieu. Ne faisons pas confiance aux méthodes humaines modernes de spectacles de la Parole, mais à la puissance de la Parole elle-même ! Cette Parole vise en premier lieu la conscience des gens.
Seule une conscience labourée par le soc de la charrue de la Parole divine est prête et capable de recevoir la semence de la nouvelle naissance. Nous allons bientôt retrouver cela dans notre parabole. Les « solutions de remplacement » humaines au contraire, s’adressent avant tout aux sens des gens, à leurs sentiments, à leur intellect, plutôt qu’à leur conscience, et cela conduit absolument dans la mauvaise direction.
Paul évitait soigneusement tout ce qui aurait pu détourner ses auditeurs du véritable objet de sa prédication, à savoir « Jésus Christ », et Jésus Christ « crucifié ». « L’excellence de parole » et la « sagesse » humaine s’adressent, comme d’autres choses, à la chair de l’homme. C’est pourquoi il s’étudiait à parler d’une manière simple : « ma parole et ma prédication n’ont pas été en paroles persuasives de sagesse, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance, afin que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Cor. 2:1-5). Oui, seule la force de Dieu est capable de susciter la foi et la vie dans le cœur.
Comme moyen dont l’Esprit de Dieu se sert cependant toujours, il y a la Parole de Dieu. Faisons-lui confiance, à elle et à la puissance de l’Esprit Saint ! Aujourd’hui encore, personne ne naît de nouveau autrement que « d’eau et de l’Esprit » (Jean 3:5). Que ‘l’eau’ soit une image de la Parole de Dieu dans sa puissance purifiante sous l’influence de l’Esprit de Dieu, c’est une notion courante pour la plupart d’entre nous. Certainement nous devons être « inventifs » sur la manière d’éveiller l’intérêt des gens et d’atteindre les cœurs. L’amour rend inventif. Paul nous en donne un bel exemple devant l’Aréopage d’Athènes (Actes 17:22 et suiv.). Mais ce que nous avons alors à dire aux gens, ce sont les paroles [ou : oracles] de Dieu (1 Pierre 4:11).
Gardons fermement dans notre cœur que la semence, c’est la Parole de Dieu ! Il est frappant dans chaque cas dans notre parabole, combien ce qui est présenté est l’attitude vis-à-vis de la Parole, aussi bien au moment où on l’entend, qu’après. Celui qui a été semé au bord du chemin ne comprend pas la Parole. Celui qui a été semé dans un endroit rocailleux reçoit la Parole avec joie ; mais quand vient la tribulation à cause de la Parole, il est scandalisé. Dans le troisième cas les épines étouffent la Parole. Dans le quatrième cas, la Parole est entendue et comprise. Dans tous les cas où il y a refus ou faute, nous voyons une mauvaise disposition vis-à-vis de la Parole de Dieu. Ne devons-nous pas en tirer un enseignement pour nous ? Notre disposition vis-à-vis de la sainte Parole de Dieu est plus importante que toute autre chose. Elle donne à tout dans nos vies la direction décisive, que ce soit pour le bien ou pour le mal, pour la vie ou pour la mort.
La parabole du ‘semeur’ nous présente, comme nous l’avons vu, la prédication de la Parole de Dieu par Christ. Israël, en tant que nation, était et reste sourd vis-à-vis de cette prédication : c’est un jugement de Dieu. Mais cette prédication de la Parole porte un caractère entièrement différent de l’annonce du royaume des chapitres précédents de l’évangile de Matthieu. Il y avait dans ces chapitres la prédication du royaume à une nation qui, bien que rebelle, était pourtant encore reconnue de Dieu dans un certain sens, et pour cela, elle était appelée à se repentir. Ce n’est que de cette manière qu’ils peuvent avoir part aux bénédictions et à la gloire du royaume à venir. Mais maintenant le semeur semait la Parole sur le champ de ce monde, et cela signifiait que Dieu offre maintenant Sa grâce à tout homme, indépendamment des différences de race, de caractère ou d’état.
Conformément à cela, le Seigneur présente maintenant dans notre parabole quatre ‘terrains’ ou états sur lesquels la semence arrive à l’occasion des semailles. Il est certain que le Seigneur, par le moyen de chacun de ces « terrains », n’indique pas l’état naturel des gens, sinon cela voudrait dire qu’il y a par nature des gens bons — des gens qui seraient bons avant d’avoir entendu la Parole, — ce que contredit entièrement l’enseignement de l’Écriture sainte. Comment se fait-il que le terrain est bon dans le quatrième cas, cela n’est absolument pas pris en considération ici. Il s’agit simplement du fait que la semence est répandue, et qu’elle atteint des états différents qui, ou bien empêchent de porter du fruit, ou bien en font porter.
Il semble aussi que ‘le semeur’ ne se donne pas spécialement de la peine pour qu’aucune semence ne tombe sur le chemin en bordure du champ. Au contraire, il s’y attend :
« Voici, un semeur sortit pour semer. Et comme il semait, quelques grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux vinrent et les dévorèrent » (Matt. 13:4).
Que les quatre terrains représentent quatre états de cœurs différents que la Parole de Dieu rencontre chez les gens, c’est ce que l’expression du v. 19 montre clairement : « ce qui est semé dans son cœur ». C’est un point crucial : la Parole de Dieu est semée dans le cœur de l’homme, non pas dans son intelligence. Dieu agit par cette Parole sur son cœur et sa conscience, et l’état du cœur est déterminant pour ce qui arrive à la ‘semence’. C’est pourquoi chaque auditeur de la Parole est individuellement responsable. Chaque grain porte la force de vie en lui, où qu’il tombe ; et ce qui en résultera individuellement dépend de la responsabilité personnelle de l’individu.
Dans le premier cas, la Parole de Dieu arrive sur quelque chose comme un ‘chemin’. L’homme entend certes la Parole, mais son cœur est vis-à-vis d’elle comme un chemin durement piétiné. C’est donc le cas le plus désespéré. Beaucoup de choses ou de gens ont déjà passé sur ce ‘chemin’ et en ont durci le sol. En fait des choses innombrables du monde occupent le cœur des gens sans interruption, aujourd’hui plus que jamais. Combien nombreuses sont les influences auxquelles l’homme d’aujourd’hui est exposé, sous l’effet du flot d’information et de la multiplicité des médias, combien d’occupations des loisirs et de passe-temps captivent son intérêt ! et tout cela a des répercussions sur son être intérieur, qu’il l’admette ou non. L’homme est entièrement insensible au message de Dieu, il ne le « comprend » pas. Les préjugés religieux ont aussi le même résultat, comme on le voit clairement dans le cas des Juifs : l’homme ne comprend pas la Parole.
« Toutes les fois que quelqu’un entend la parole du royaume, et ne la comprend pas, le méchant vient et ravit ce qui est semé dans son cœur ; c’est là celui qui a été semé le long du chemin » (Matt. 13:19).
Quand le Seigneur parle de comprendre, il ne s’agit pas d’examiner ou de saisir de manière purement intellectuelle, mais c’est une compréhension du cœur, une volonté de comprendre. C’est pourquoi en Luc 8 il est montré la nécessité d’un « cœur honnête et bon » pour que la Parole puisse trouver son entrée (8:15). Car du cœur, on croit à salut (Rom. 10:10). Et l’apôtre Paul se recommande à toute conscience d’homme devant Dieu par la manifestation de la vérité (2 Cor. 4:2).
« Semé dans son cœur » — combien cet formule du Seigneur est frappante ! Dans l’Écriture sainte, le ‘cœur’ ne représente pas seulement le siège des affections. Très souvent ce terme désigne l’homme lui-même, l’homme responsable et son centre de volonté. Il y a ici en grec une construction de mots parallèle intéressante qui souligne la responsabilité personnelle par laquelle l’homme prend des décisions, en contraste avec les bêtes. Au v. 19, dans le texte original, pour « ce qui est semé dans son cœur », il y a simplement « le semé dans son cœur », et c’est ce que le diable ravit. À la fin du verset, il est dit de manière tout à fait semblable : « celui semé le long du chemin ». Autrement dit, « ce qui est semé dans le cœur » et « celui qui est semé le long du chemin » sont mis sur le même plan. La semence dans le cœur n’est pas responsable en soi, mais l’homme qui ne la désire pas, l’est. Cette mise sur le même plan du symbole et de la chose se trouve souvent dans l’Écriture, par exemple dans les paroles bien connues du Seigneur : « ceci est mon corps » (Luc 22:19 ; 1 Cor. 11:24). Le pain qu’Il « prend » n’est qu’une image de Son corps, et pourtant le Seigneur ne dit pas : « ceci est un symbole de mon corps », mais simplement : « ceci est mon corps ».
L’image d’un terrain du cœur piétiné dur et qui n’est pas prêt à recevoir la semence répandue, peut être appliquée dans plusieurs sens. D’abord, d’un point de vue historique et prophétique, nous y voyons une image d’Israël comme nation. Ce n’est pas seulement au temps de la vie du Seigneur que les Juifs n’ont pas reçu la Parole du royaume, mais la parabole nous montre aussi que, plus tard également, ils ont refusé de la recevoir.
L’application aux pécheurs qui entendent l’évangile tombe sous le sens également. Combien souvent nous avons déjà vu des personnes qui venaient de temps en temps, ou même régulièrement, pour écouter l’évangile, puis qui s’en sont allées entièrement impassibles et insouciantes. Les nombreuses influences dont nous avons déjà parlé ont enchaîné leur cœur et endurci leur conscience au point que la semence de la Parole est demeurée en surface. Ils écoutaient volontiers la Parole, mais l’oubliaient aussitôt, toujours de nouveau. Le diable a alors la tâche facile pour ravir entièrement la semence. Nous y reviendrons bientôt encore une fois.
Mais cette image peut être appliquée aussi à nous les croyants. La plupart du temps nous ne le faisons pas, et nous ne pensons qu’aux non croyants, mais c’est un tort. Avec Sa parabole du ‘semeur’, le Seigneur Jésus a aussi quelque chose à nous dire à nous, spécialement avec ‘celui qui est semé le long du chemin’. Même si chaque enfant de Dieu a fondamentalement un bon terrain de cœur et porte du fruit pour Dieu, il peut pourtant y avoir des compartiments dans nos vies où l’image de ‘celui qui est semé le long du chemin’ nous concerne directement. Nous pouvons par exemple, du point de vue religieux ou ecclésiastique, avoir des idées préconçues et non fondées. Si une parole claire de la bouche du Seigneur nous atteint, nous ne nous trouvons pas prêt à la recevoir. Sur ce point, ou d’autres plus complexes, notre cœur est dur, et nous ne comprenons ni ce que le Seigneur nous dit, ni surtout qu’Il a quelque chose à nous dire. Cela peut avoir des conséquences très néfastes sur notre chemin personnel et en commun comme enfants de Dieu.
Ne sommes-nous pas non plus tous en danger de laisser le monde entrer dans notre cœur, avec tous ses principes et toutes ses tendances, au point qu’il devient toujours moins réceptif à la Parole de Dieu ? Combien le Seigneur nous a déjà souvent parlé dans Sa bonté, et combien nous en avons peu fait cas et l’avons peu réalisé ! C’est avec honte que nous devons dire : souvent, sur tel ou tel point, nous ne voulions simplement pas accepter. Nous ne voulions plus rien entendre sur la conformité au monde, sur la séparation et sur porter sa croix. Nous étions fâchés d’être encore enseignés sur la chevelure des sœurs, sur la piété et sur l’ordre dans l’assemblée. Alors la bonne Parole est restée en surface, et le diable est venu et a ravi de nos cœurs ce qui n’était pas bienvenu pour nous.
Il est dit du ‘méchant’ qu’il vient et « ravit » ce qui est semé dans le cœur, autrement dit, il le « dérobe ». Il ne pouvait pas empêcher que la semence soit semée dans le cœur, mais quand la Parole n’est pas la bienvenue dans le cœur, il est alors facile à l’ennemi de tout dérober. Il sait souvent bien mieux que nous quelle bénédiction il y a dans ce que nous refusons si légèrement et si volontairement. C’est un principe qui vaut aussi pour nous chrétiens, que la vérité de Dieu est, ou bien reçue ou bien refusée par l’âme. Ce principe nous teste pour savoir jusqu’à quel point nous sommes réellement, dans notre vie pratique, « de la vérité » (Jean 18:37 ; 1 Jean 4:6). Le déclin moral au milieu de nous, l’abandon de vérités jusqu’alors hautement appréciées et l’acceptation d’opinions erronées ne sont pas le résultat d’une simple ignorance, mais d’un refus de la vérité, ne serait-ce que dans des domaines partiels. Pensons à ce que le Seigneur Jésus a dit : « si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14:23) ! Si nous pensons autrement aujourd’hui, nous pensons faux.
En résumé on peut dire que dans ‘celui qui est semé le long du chemin’ nous avons l’auditeur de la Parole au cœur dur. De plus, la Parole de Dieu nous enseigne qu’il y a trois ennemis qui agissent à l’encontre d’une réception effective de la Parole : le diable, la chair et le monde. Tout manque à produire du fruit peut être ramené à l’un ou l’autre de ces ennemis ou de ces principes. Nous avons ici le premier ennemi, le diable et ses démons, présenté par le moyen des ‘oiseaux’. Il vient du dehors et tire parti de l’état intérieur. Il ravit la Parole.
Quelque chose encore rend claire cette parabole : Même si le grand Maître opère Lui-même les semailles, et qu’Il utilise pour cela une semence exclusivement bonne, le travail n’est pas couronné de succès dans tous les domaines. Dans les trois premiers cas, la semence ne produit en somme aucun fruit, et même quand elle tombe dans de la bonne terre, le résultat varie. N’est-ce pas propre à inspirer du courage à tous ceux qui se donnent de la peine sous le regard du Seigneur pour répandre Sa bonne semence dans le monde ? Il ne faut pas nous laisser décourager quand nous voyons peu ou pas de fruit. Il n’est rien advenu d’autre à notre cher Seigneur. Et pourtant il est dit de Lui : « Voici, le semeur sortit pour semer ». Continuons à répandre la bonne semence de la Parole de Dieu sur la terre en faisant confiance à Dieu. Nous verrons dans l’éternité qu’elle aura produit du fruit.
Nous répandons notre peine
Comme la semence sur le champ ;
On s’en remet à Toi,
Pour qu’elle fleurisse en bénédiction.
Notre parabole corrige totalement une notion qu’on rencontre souvent, à savoir que dans l’ère de la grâce, il y aurait une acceptation universelle de la Parole de Dieu : ce ne sera pas le cas. Les gens peuvent rêver de voir le monde entier se convertir, mais le Seigneur montre clairement et de manière non équivoque, ici et ailleurs, que la plupart des auditeurs de la Parole ne portent aucun fruit pour Dieu. Dans la parabole de ‘la porte étroite et de la porte large’, Il établit que peu nombreux sont ceux qui trouvent le chemin étroit qui mène à la vie, alors que beaucoup se trouvent sur le chemin large qui mène à la perdition (Matt. 7:13-14).
Les paraboles ultérieures du ch. 13 nous montrent aussi un développement du déclin du royaume des cieux dans sa forme visible. Ce n’est pas sombrer dans le pessimisme ni manquer de foi que de ne pas croire à un essor dans le domaine chrétien. La Parole de Dieu parle autrement, et les livres ultérieurs du Nouveau Testament ne laissent aucun doute sur le fait que tout dans la chrétienté tend vers « l’apostasie » finale — l’abandon de tout ce qui est réellement « chrétien ». La réception de l’antichrist constituera le triste point culminant de ce développement.
Aussi effrayant que soit l’aboutissement de ce développement, — pour l’individu, pour l’auditeur au cœur dur, il commence en fait par ne pas permettre à la Parole de Dieu de laisser une influence dans son cœur. Il se trouve si entièrement sous la puissance de Satan, que celui-ci peut facilement dérober ce qui n’est pas bienvenu dans le cœur. C’est en fait le cas le plus désespéré qu’on puisse imaginer.
Le deuxième cas décrit par le Seigneur semble autoriser plus d’espoir :
« Et d’autres tombèrent sur les endroits rocailleux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; et aussitôt ils levèrent, parce qu’ils n’avaient pas une terre profonde » (Matt. 13:5).
Ici, la semence lève toujours, alors que, dans le cas précédent, elle ne levait jamais. Mais la raison de cette germination rapide (« parce qu’ils n’avaient pas une terre profonde ») indique une sérieuse carence chez ce genre d’auditeurs de la Parole : ils n’ont pas été pénétrés en profondeur. Certes une levée rapide est favorisée par la couche mince de poussière ou de terre et par le calcaire chaud sous-jacent, mais la pierre elle-même fait obstacle à un quelconque accès à l’eau nécessaire à la vie. Et alors que le ‘chemin’ était déjà dur, ce qui se trouve sous la surface prometteuse de succès est ici encore plus dur. La semence levée n’a aucune possibilité de prendre racine et de pénétrer plus profond.
Le Seigneur explique de la manière suivante la levée rapide de la semence :
« Et celui qui a été semé sur les endroits rocailleux, c’est celui qui entend la parole, et qui la reçoit aussitôt avec joie » (Matt. 13:20).
Une réception avec joie de la Parole de Dieu, n’est-ce pas quelque chose de bon, méritant qu’on fasse des efforts ? Peut-il y avoir pour les hommes quelque chose de mieux adapté au fond ? Beaucoup l’ont pensé et ont aussi agi en conséquence. Mais c’est une erreur funeste ! On méconnaît entièrement le sérieux inhérent au message de Dieu, et on méconnaît pareillement son propre état corrompu.
Si dans l’exemple précédent, nous avons trouvé Satan comme le véritable adversaire, ainsi ici nous rencontrons la chair dans sa résistance contre la Parole — et la chair sous sa forme la plus attrayante. Il y en a bien qui étaient prêts à se donner avec joie au Seigneur. Mais les brisures de cœur dont parle la Parole de Dieu, ils ne les ont jamais connues. « Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé. Ô Dieu ! tu ne mépriseras pas un cœur brisé et humilié » (Ps. 51:17). Quand l’esprit de grâce et de supplications sera versé un jour sur les habitants de Jérusalem, alors ils se lamenteront, chaque famille pour elle-même (Zach. 12:10, 12).
Il en est toujours ainsi où et quand l’Esprit de Dieu opère : le soc de charrue de la Parole de Dieu laboure le cœur des gens et les amène à prendre conscience de leurs péchés. Mais ce qui s’y rattache d’abord, c’est tout sauf la joie. Se reconnaître par la foi comme pécheur perdu, ne recèle pas de la joie, mais de l’effroi et de la détresse intérieurs. Certes quand la question des péchés est réglée, Dieu accorde la joie du salut. Mais la « repentance à salut » (2 Cor. 7:10) vient avant la joie, les « lamentations » avant la restauration.
Cependant, là où la Parole est reçue avec légèreté, « avec joie », c’est la preuve qu’il n’y a jamais eu de travail en profondeur. Jamais le soc de la charrue de Dieu n’a scruté à fond le cœur et la conscience, et jamais la nature corrompue de l’homme n’a été reconnue par lui. De fait, le cœur naturel de l’homme est un cœur de pierre, quand on considère le comportement de l’homme vis-à-vis de Dieu (comp. Éz. 36:26). Le jugement de soi-même est étranger à la nature humaine. Mais ce cœur de pierre peut se montrer quand même très religieux, il peut en même temps se revêtir d’une mince couche de terre cultivable. N’est-ce pas d’ailleurs la caractéristique de la chrétienté aux derniers jours, que d’avoir une certaine « forme de piété », tout en en ayant renié la puissance (2 Tim. 3:5) ? Combien de gens dans nos pays christianisés qui ne professent le christianisme que parce que leurs parents le faisaient, ou que c’est l’habitude du pays ! Ils « croient » donc, ils reçoivent la Parole dans un sens limité, mais ils ne la possèdent pas réellement, et — comme la suite le montre — ils ne la gardent pas.
L’homme, spécialement celui qui est orienté par un idéal, est tout à fait à même de se laisser influencer par certaines pensées de Dieu. Il peut, par exemple, trouver le plan du salut de Dieu grandiose, et faire extérieurement des progrès rapides pour saisir certaines vérités. Il peut manifester un grand intérêt pour la prophétie, et classer les principes du sermon sur la montagne à un très bon niveau éthique. Mais il y a un grand danger dont le Seigneur veut avertir ceux qui entendent la Parole : c’est qu’avec tout cela, la conscience ne soit pas touchée, que le rocher non brisé reste inchangé par dessous. Certes la semence de Dieu de la Parole de Dieu est présente, mais il ne lui est pas permis de prendre racine à l’intérieur. La Parole n’est reçue que superficiellement avec un certain enthousiasme, la conscience n’entrant toutefois pas en activité.
Ceux qui annoncent la Parole contribuent eux-mêmes en partie à cette tendance. Un bon nombre d’entre eux ne cherchent-ils pas coûte que coûte à donner meilleur goût à l’évangile ? Faites donc la vérification : vise-t-on encore la reconnaissance des péchés et la confession des péchés ? Parle-t-on encore du péché ? Parle-t-on seulement de se donner avec joie au Seigneur ? Parler en faveur d’une acceptation purement sentimentale de l’évangile, ce n’est rien d’autre que du « feu étranger » (Lév. 10:1). En outre le mot ‘évangile’ ne signifie pas, comme on l’entend trop souvent, un ‘heureux message’. Non, le sens est un ‘bon message’. Ce n’est pas un heureux message que de dire aux gens qu’ils doivent se convertir s’ils ne veulent pas être perdus pour l’éternité. Mais dans ce message lui-même, il y a quelque chose de bon s’il est propre à pousser les gens à se convertir. Et n’est-ce pas réellement un bon message que le Père ait envoyé le Fils comme Sauveur du monde ?
Mais la joie ne peut être ni le premier ni le seul sentiment du pécheur à l’ouïe de la Parole de Dieu. Le Seigneur montre bien qu’il est manifeste que l’absence de racine est justement due à ce que, dans ce deuxième cas, on ne trouvait que de la joie. Est-ce par exemple un signe d’amour pour le Seigneur quand on n’a aucun sentiment du jugement terrible qui a dû tomber sur notre Seigneur à cause de nos péchés ? Ou encore, est-ce une indication de l’opération de la grâce de Dieu quand on a tellement de joie à être sauvé personnellement, qu’on n’estime pas nécessaire de repenser au péché ? Le Seigneur Jésus démasque le vrai caractère d’un telle « joie ». Ce n’est rien d’autre que l’égoïsme inné et la preuve d’un cœur dur en face de Dieu. Des gens très religieux, chrétiens, peuvent être tellement durs de cœur qu’ils n’ont encore jamais rien éprouvé de ce que leurs péchés ont coûtés au Seigneur Jésus. Ils peuvent être profondément remués en écoutant des Passions (mise en musique du récit des souffrances) au moment des passages sur les traitement injustes et les souffrances de Jésus ; mais la pensée que le Seigneur Jésus soit allé à la croix à cause de leurs péchés, ne les a même jamais effleurés. Quand des sentiments chaleureux sont réveillés, mais qu’on passe par-dessus le péché, on se trouve en présence du cas décrit ici. Dès lors, ce qui a l’apparence d’un grand succès, ce n’est malgré tout que de la mort. « Je connais tes œuvres, que tu as le nom de vivre, mais tu es mort » (Apoc. 3:1).
Mais n’avons-nous pas aussi nous-mêmes en tant qu’enfants de Dieu déjà eu bien des fois honte d’avoir un si faible sentiment du péché et de ce que nos péchés ont causé à notre Sauveur ? Ne nous occupons-nous pas trop souvent de « joies » qui ne sont pas « dans le Seigneur » (Phil. 4:4) ? Bien des joies qui nous remplissent ne sont finalement rien d’autre que de l’égoïsme et de l’orgueil. La joie est certes un élément essentiel d’un vrai christianisme, mais ce doit être la joie de l’Esprit Saint (1 Thes. 1:6). Chez les Thessaloniciens, elle allait de pair avec de « grandes tribulations ». Jamais le Saint Esprit ne conduira à une idée superficielle et plate du péché, comme nous l’avons déjà rappelé en nous appuyant sur Zach. 12:10.
L’essence d’une vraie confession, c’est le jugement de soi-même. Job lui-même, bien qu’il fut un saint, dut être amené au point d’avoir horreur de lui-même. Ce n’est que quand il eut vu Dieu, et pas avant, qu’il reconnut : « c’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre » (Job 42:6). Au sens du Nouveau Testament, nous pouvons dire que là où il y a la foi au Seigneur Jésus Christ, là aussi on verra la repentance envers Dieu (Actes 20:21).
La ‘repentance’ n’est pas qu’un changement de sentiments comme on l’a souvent définie. Sans aucun doute, quand il y a une repentance produite par le Saint Esprit, il s’y rattache aussi un changement de manière de penser. Cependant on ne pourrait absolument pas se représenter un vrai changement de sentiments sans qu’on se courbe devant le jugement de Dieu. Quand un homme se courbe devant le jugement que Dieu a sur lui, alors il se manifeste aussi un changement de manière de penser. Ce qu’on déduit sur un mot grec à partir de sa racine n’est pas à lui seul décisif pour la signification d’un mot, mais il faut aussi tenir compte du contexte et de l’usage que le Saint Esprit fait du mot (*).
(*) L’étymologie du mot grec ‘metanoia’ est quelque chose comme « le sentiment après cela » = changement de sentiment
La syrophénicienne de Marc 7 est un exemple de quelqu’un qui s’est repenti au temps de la vie du Seigneur. Ce n’est que quand elle confessa équivaloir à un « petit chien » impur et méprisé qu’elle reçut la bénédiction du Seigneur. Que la joie résulte de la repentance, c’est ce que montre clairement l’exemple du fils prodigue. Il a confessé être indigne d’être appelé « fils » parce qu’il avait péché contre le ciel et devant son père. C’est alors qu’il est parlé de joie à plusieurs reprises : « il fallait faire bonne chère et se réjouir » (Luc 15:32).
Beaucoup de ceux qui écoutaient les paroles de notre Seigneur correspondaient tout à fait à ceux semés dans les endroits rocailleux. Ils voulaient avoir la joie en la présence du Seigneur, sans se repentir. Les uns voulaient Le faire roi, les autres le recherchaient, non pas à cause de Ses paroles, mais parce qu’ils avaient mangé du pain et qu’ils avaient été rassasiés. Et beaucoup l’ont entourés de leurs cris « Hosannah » lors de Son entrée à Jérusalem. Il y avait alors effectivement de la joie. Mais que valait-elle alors que leurs cœurs n’étaient pas touchés ? Peu après, toute la foule s’écria : « Ôte celui-ci, et relâche-nous Barabbas » (Luc 23:18).
Je pense que le groupe de ceux qui font une confession de péché mécanique et superficielle appartient à ceux qui sont semés dans les endroits rocailleux. Il n’y a rien de tel pour endurcir le cœur que l’habitude de confesser des péchés sans les ressentir. Quand une prière telle que « pardonne-nous nos offenses comme nous nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé » ne fait que sortir des lèvres sans affliction intérieure, alors la conscience endurcie ne fait que devenir encore plus dure. Croit-on vraiment que Dieu écoute de telles « prières » ? La confession « j’ai péché » est facile à exprimer, et si elle l’est de manière empressée, on a tout lieu de douter de son authenticité.
Dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, on trouve bon nombre de personnes qui ont reconnu « j’ai péché ».
Le Pharaon (Exode 10:16),
Balaam (Nombres 22:34),
Acan (Josué 7:20),
Saül (1 Sam. 15:24, 30)
David (2 Sam. 12:13 ; 24:10, 17 ; 1 Chr. 21:8 ; Ps. 51:4),
Shimhi (2 Sam. 19:20),
Judas Iscariote (Matt. 27:4),
Le fils prodigue (Luc 15:18, 21).
N’est-ce pas très frappant, et même effrayant, que sur ces huit personnes, deux seulement étaient croyantes (ou figuraient des croyants) et que six sont allées à la perdition, pour autant que nous le sachions ? Non, une confession faite rapidement n’est souvent que la marque d’une conscience endurcie. Combien souvent les Israélites, au cours de leur histoire, se sont écriés « nous avons péché » — bien souvent seulement pour se sortir à nouveau d’une détresse dont ils étaient eux-mêmes la cause ! Une fois — alors qu’ils se trouvaient au début de leur pèlerinage dans le désert, mais déjà à la frontière du pays promis, et qu’à cause de leur incrédulité dans l’affaire des espions, ils reçurent l’ordre de l’Éternel de faire demi-tour et de se mettre en route vers le désert — alors ils répondirent « nous avons péché contre l’Éternel », et ils firent le contraire de ce que l’Éternel avait commandé. Puis, ayant dû subir une sévère défaite de la part des Amoréens, ils revinrent et pleurèrent devant l’Éternel. Pourtant, Moïse dut plus tard leur rappeler que l’Éternel n’avait pas écouté leur voix, et ne leur avait pas prêté l’oreille (Deut. 1:45). Ils avaient pensé pouvoir régler l’affaire avec Dieu par un rapide « nous avons péché ».
Nous, enfants de Dieu, avons aussi des leçons à apprendre de cela. Combien nous sommes rapides à préparer certaines formules de confession de nos péchés devant Dieu, et combien souvent nos cœurs en restent froids ! Ne devons-nous pas tous plus ou moins le confesser ? Que le Seigneur nous donne la profondeur nécessaire quand il s’agit de la confession de nos fautes ! Le regard plein de foi sur notre Sauveur souffrant sur la croix nous aidera à cela.
« Et, le soleil s’étant levé, ils furent brûlés, et parce qu’ils n’avaient pas de racine, ils séchèrent » (Matt. 13:6).
C’est ainsi que le Seigneur Jésus continue la parabole. Ce qui avait conduit à une levée rapide, entraîna en même temps une fin rapide et le dessèchement : c’était le peu de terre, et l’absence de racines. Cette vie apparente n’a été que de courte durée, car la relation avec la vraie source de vie manquait.
« mais il n’a pas de racine en lui-même, mais n’est que pour un temps : et quand la tribulation ou la persécution survient à cause de la parole, il est aussitôt scandalisé » (Matt. 13:21).
Le soleil met à jour les vraies situations (dans bien des passages de l’Écriture sainte, ici et ailleurs, le soleil est une figure de la tribulation et de la persécution). Aussi longtemps que les circonstances extérieures sont favorables dans le domaine chrétien, on ne voit pas le manque de racines ni l’absence de la vie de Dieu. Or le domaine où on professe être chrétien est vaste, et il y a beaucoup de gens qui prétendent croire à la Parole de Dieu. En un certain sens, ceux dont nous parlent ce verset font cela aussi, mais cela ne dépasse souvent pas l’intelligence qui accepte de tenir-pour-vrai, une foi purement humaine et sentimentale (comp. Jean 2:23-25 ; Actes 8:13 et suiv.). Mais si on y regarde de plus près et qu’on élimine la mince couche de poussière, on tombe droit sur le dessous en pierre : ils ne se sont jamais courbés devant l’autorité du Seigneur, et ils ne sont pas non plus prêt à le faire maintenant. Quelqu’un de mes lecteurs appartiendrait-il peut-être à cette catégorie ? Ô pensez à ce que le Seigneur a dit : ils n’ont pas de racine en eux, et ils ne sont que pour un temps ! À la fin tout est desséché.
En fait de telles personnes, quand les persécutions à cause du témoignage chrétien sont arrivées, elles ont laissé tomber leur profession encore toujours faible, ou même se sont transformées en ennemis des vrais chrétiens. Le Seigneur Jésus dit qu’ils sont « aussitôt scandalisés ». La Parole avait été reçue aussitôt avec joie, et aussitôt on en est scandalisé. Une telle personne n’a aucune force de résistance quand arrivent des mises à l’épreuve de quelque sorte que ce soit. Et pourquoi n’en a-t-elle pas ? parce qu’il n’y a pas de racine qui la relie à la source cachée de secours de la grâce de Dieu. Luc dit : « parce qu’ils n’avaient pas d’humidité » (Luc 8:6).
C’est pourquoi on a désigné ce groupe d’auditeurs, malgré le dessous en pierre qui se trouve partout dans leurs cœurs, comme étant les faibles de cœurs. Quand les circonstances favorables changent, le manque de toute racine, de toute vraie relation avec Christ, le manque de la vraie source de vie, — tout cela fait que ces personnes sont remplies de peur, et qu’elles deviennent rapidement sans énergie, et qu’elles se dessèchent à vue d’œil en ce qui concerne leur profession de christianisme. Tout leur enthousiasme chrétien, toute leur passion pour l’amélioration chrétienne du monde, — tout cela disparaît rapidement sous le soleil de la tribulation.
Ne « croire que pour un temps », et ensuite « se retirer » (Luc 8:13 ; ou : apostasier) a en fait des conséquences éternelles. Car si la grâce de Dieu n’intervenait, pour délivrer les professants sans vie de leur triste état, ils trouveraient leur jugement dans l’étang de feu brûlant de feu et de soufre.
C’est pourquoi la question se repose à chacun des lecteurs de ces lignes : Me suis-je déjà tenu une fois devant la face de Dieu avec mes péchés ? Tôt ou tard, cette question des péchés doit être réglée devant Dieu. Je n’aurai jamais pour part une paix solide, et qui demeure, tant que je ne me serai pas courbé devant le jugement de Dieu à mon égard, et que je ne me serai pas réfugié dans l’œuvre rédemptrice de Christ. Si quelqu’un manque de le faire ici sur la terre, la question sera mise sur le tapis pour lui au tribunal de Christ (2 Cor. 5:10). Mais cela signifiera alors sa perdition éternelle.
Pour le troisième cas que le Seigneur nous présente, il ne nous est pas difficile de reconnaître le troisième des trois ennemis qui s’opposent à la réception de la Parole : le monde. Ce qui est placé devant nous n’est plus la dureté de cœur, ni la faiblesse de cœur de l’auditeur, mais son cœur partagé.
« Et d’autres tombèrent entre les épines, et les épines montèrent et les étouffèrent » (Matt. 13:7).
Il est remarquable que l’expression « tombèrent entre les épines » du v. 7 utilise un mot différent du v. 22 « semé dans les épines ». Au v. 7, le mot grec (epi) signifie « sur », et l’expression correspond à : « d’autres tombèrent sur les épines », comme au v. 5 « tombèrent sur un endroit rocailleux ». Par contre au v. 22, le Seigneur utilise une autre préposition (grec : en), qui peut être traduit par « dans, au milieu de, au sein de » : « Mais celui qui est semé au milieu des épines ».
De ces deux expressions qui ne se contredisent nullement, il ressort la véritable figure que le Seigneur dépeint. Dans le champ sur lequel la semence est semée, il y avait déjà quelque chose de présent qu’on ne pouvait pas voir du dehors : des racines d’épines que la charrue a rencontrées. Littéralement, la semence tombe sur la terre, mais en fait elle tombe sur des épines, et même elle est au milieu d’elles pour ce qui concerne ses perspectives de croissance. Les épines jouent ici un rôle tellement important, qu’il n’est parlé que de leur levée à elles. La semence a-t-elle crû ? cela n’est même pas indiqué. Il est vrai que Luc mentionne cette croissance de la semence, mais seulement pour montrer combien les épines ont bien prospéré (Luc 8:7) : les épines levèrent avec les grains semés et les étouffèrent.
L’œil spirituel de celui qui observe voit déjà la semence au milieu des épines et sous elles, bien qu’au début elles ne fussent tombées que sur elles. Comprendre cela aide beaucoup pour l’interprétation de la parabole.
« Et celui qui a été semé dans les épines, c’est celui qui entend la parole ; et les soucis de ce siècle et la tromperie des richesses étouffent la parole, et il est sans fruit » (Matt. 13:22).
Dans ce troisième exemple d’auditeurs de la Parole, le terrain du cœur est déjà plein ‘d’épines’, plein de mauvaises racines avant même que la bonne semence ait été semée. Le résultat final est qu’« il est sans fruit » (Matt. 13:22), « ils ne portent pas de fruit à maturité » (Luc 8:14).
Le Seigneur montre qu’il est complètement impossible de porter du fruit pour Dieu quand le cœur est rempli du monde. Si un auditeur de la Parole n’est pas vraiment droit dans son cœur quand il écoute cette parole, les épines croîtront toujours plus vite et plus haut que le froment (qui ressemble aux herbes), ou que l’orge (qui est de basse taille) — et elles étoufferont la Parole. Comme Luc le montre, il y a trois influences qui, ou bien coopèrent en une puissante synergie, ou bien produisent leur effet séparément. Si on les regroupe avec celles nommées en Matthieu, ce sont les soucis de la vie, la tromperie des richesses et les voluptés de la vie. Bien que la Parole soit écoutée, et qu’on soit même d’accord avec elle dans son fors intérieur, la Parole ne peut susciter aucune foi dans le cœur, aucune vie, parce qu’il manque de se tourner positivement vers Dieu, et parce qu’on n’est pas prêt à rompre avec le monde.
Il semble que par les ‘soucis de la vie’ (ou : des circonstances) il faille plutôt entendre la convoitise, que les soucis au sens d’inquiétude. Par la combinaison de ces ‘soucis de la vie’ avec la ‘tromperie des richesses’ et les ‘voluptés de la vie’, le Seigneur décrit un état de cœur caractérisé par la conformité au monde. Là où la conformité au monde prévaut, la Parole de Dieu ne peut pas prendre pied. Ce principe vaut autant pour les non croyants que pour les croyants, même s’il y a des différences au niveau des conséquences.
Il ressort de cela que, quand le Seigneur parle des soucis de la vie (ou : des circonstances), Il ne veut pas dire les occupations de la vie. Un chrétien doit prendre soin des siens (1 Tim. 5:8), il doit se proposer « ce qui est honnête devant tous les hommes » (Rom. 12:17). Se soucier de telles choses ne doit pas être considéré comme des ‘épines’ pour autant que cela ne prenne pas la place du Seigneur (ce qui n’est pas une condition secondaire) ni Le supplante dans le cœur. Le secret, la sauvegarde pour qu’un souci relatif aux choses de la terre soit juste et selon la volonté de Dieu, c’est qu’on ait devant les yeux de glorifier le Seigneur et non pas soi-même. Si nous travaillons de cœur, comme pour le Seigneur (Col. 3:23) et si nous faisons tout pour la gloire de Dieu et au nom du Seigneur (1 Cor. 10:31 ; Col. 3:17), alors tout est en ordre. Autrement Satan lui-même est capable de manipuler et de manœuvrer le souci nécessaire, pour faire sérieusement tort à l’âme. Chez les non croyants, cela peut conduire à la perdition éternelle, et chez les croyants à l’absence de paix, au déchirement intérieur, et même au doute.
La tromperie des richesses présente pareillement un danger sournois. Qu’on possède des richesses ou qu’on n’en possède pas, elles trompent. C’est inhérent aux richesses elle-mêmes. Elles promettent une satisfaction qu’elles ne donneront pas et ne peuvent pas donner. Et elles trompent aussi bien celui qui en a que celui qui n’en a pas.
En troisième lieu viennent les voluptés de la vie (Luc 8:14). Marc les désigne de manière caractéristique par l’expression « la convoitise à l’égard des autre choses » (Marc 4:19). Le mot « voluptés », quand il est au pluriel, est souvent traduit par « convoitises ». Il désigne une ‘jouissance’, mais surtout au sens mauvais. Il faut encore remarquer que pour le mot « vie » dans « voluptés de la vie », il y a ici un mot autre que celui qualifiant les ‘souci(s) ; ceux-ci sont appelés les « soucis de ce (du) siècle » (Matt. 13:22 ; Marc 4:19) ; il s’agit de soucis de la vie en rapport avec les circonstances (en grec : aion ; le cours de la vie), tandis que les voluptés [de la vie] sont liées avec la conduite, avec la manière de vivre (en grec : bios).
L’exemple du jeune homme riche nous montre l’influence paralysante des richesses, surtout de l’amour du monde. Ce jeune homme avait entendu la parole de Jésus, et elle avait eu une certaine influence sur lui. Aussi vint-il au Seigneur pour apprendre ce qu’il devait faire pour obtenir la vie éternelle. Il possédait un caractère aimable de nature, mais il n’était pas à la hauteur de l’examen auquel le Maître [qui enseigne] le soumettait : vendre tout son bien et le donner aux pauvres, tout abandonner et Le suivre. La tromperie des richesses étouffait la Parole. Ni le désir de la vie éternelle dans le cœur du jeune homme, ni l’assurance du Seigneur d’un trésor donné dans le ciel, — rien ne fut assez fort pour surmonter l’amour des richesses présentes. Aussi « s’en alla-t-il tout triste, car il avait de grands biens » (Matt. 19:16-22).
Quand le roi fit des noces pour son fils, et invita beaucoup de gens au mariage avec l’assurance que tout était prêt, les invités ne vinrent pas (Matt. 22 ; Luc 14). Ils avaient reçu l’invitation, mais ils la déclinèrent. Qu’est-ce qui les empêchait de venir ? Les choses les plus normales du monde ! Il n’est certainement pas interdit d’acheter un champ et de le voir. Il n’y a rien de mauvais à acheter des bœufs et à vouloir les tester. Il est tout à fait honorable d’épouser une femme : c’est la volonté de Dieu en principe pour l’homme. Mais mettre toutes ces choses en opposition à la Parole du roi, c’était en faire des ‘épines’. Du fait que ces choses légitimes prenaient la première place dans leur cœur, elles devenaient des ‘épines’, et elles étouffaient la Parole de la grâce. Aussi ces gens restèrent-ils dehors et tombèrent sous le jugement du roi. « Tiens-moi pour excusé » — combien nombreux ceux qui désirent le dire aujourd’hui ! Leur cœur est rempli de mille choses du monde, et ils déclinent l’offre de la grâce de Dieu — pour leur perdition éternelle.
Mais tout cela parle aussi sérieusement pour nous enfants de Dieu. Nous étonnons-nous quelquefois que notre joie dans le Seigneur et dans les bénédictions célestes soit si maigre, et que s’occuper de la Parole de Dieu nous soit si pénible et infructueux ? Peut-être cela tient-il aux ‘épines’ que nous tolérons dans notre cœur. Plus nous laissons de place dans notre cœur à ce qui n’est pas du Père, mais est du monde (1 Jean 2:15-16), plus notre vie sera sans fruit pour Dieu. Soyons sur nos gardes pour ne pas excuser de plus en plus les principes mondains dans nos vies.
Dans les trois ‘terrains’ que nous avons eus devant nous jusqu’ici, nous avons vu les trois ennemis qui cherchent à empêcher la réception de la Parole par les hommes. Le diable ravit tout simplement la bonne semence, parce que les gens ne la veulent pas. La chair peut se montrer attrayante, mais elle n’est pas disposée à se soumettre à l’autorité de la Parole. Et le monde étouffe tout ce qui est de Dieu. Les trois sont alliés dans leur inimitié contre Christ, contre le Saint Esprit et contre le Père.
Bien que tous les cas soient très différents, le résultat est toujours le même : pas de fruit. Qu’il s’agisse de la stupidité et de la lourdeur d’esprit des uns qui refusent simplement la Parole de Dieu, qui ne veulent pas croire, — qu’il s’agisse de la prétendue intelligence d’autres, et de leurs prétentions religieuses pour recevoir la Parole avec joie, mais sans repentance devant Dieu, — ou qu’il s’agisse de gens sérieux, plus réfléchis, qui, jusqu’à un certain degré, ont une pensée juste sur la Parole de Dieu, mais sont tellement occupés des choses de cette vie, que la Parole est étouffée dans leur cœur, — tous ces gens ont ceci en commun qu’ils n’ont pas la vie de Dieu. Qu’on soit un auditeur de la Parole dur de cœur, ou faible de cœur ou au cœur partagé, tous convergent vers un seul point : ils vont à la perdition. Nous pensons à ce que le Seigneur Jésus dit dans le premier des cas au sujet de l’intention du diable : il ravit la Parole de leur cœur « de peur qu’en croyant, ils ne soient sauvés » (Luc 8:12). Combien cela est sérieux !
Quels enseignements profonds contient cette parabole ! Nous ne nous y attendions peut-être pas dans toute cette étendue, mais celui qui révèle les secrets parle, et Il connaît ce qui est caché dans les cœurs.
Ce n’est qu’au quatrième exemple qu’on rencontre un genre d’auditeurs fondamentalement différent : les auditeurs honnêtes. Ce n’est que dans leur cas qu’il y a du fruit.
« Et d’autres tombèrent sur une bonne terre et produisirent du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente » (Matt. 13:8).
Nous avons déjà remarqué que le Seigneur ne montre pas dans cette parabole comment il se fait qu’il y ait de la « bonne terre ». Il ne le dit pas non plus dans Son explication du v. 23 :
« Et celui qui a été semé sur la bonne terre, c’est celui qui entend et comprend la parole, qui aussi porte du fruit, et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente » (Matt. 13:23).
La ‘bonne terre’ est évoquée comme étant un fait ; il est expliqué en quoi elle consiste ; mais comment du terrain dur ou épineux devient de la ‘bonne terre’, ce n’est pas l’objet de la parabole. L’Écriture sainte nous montre ailleurs que « le cœur de l’homme est mauvais dès sa jeunesse » et que « toute l’imagination des pensées de son cœur n’est que méchanceté en tout temps » (Gen. 8:21 ; 6:5). «Il n’y a point de juste, non pas même un seul&