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Les paraboles de Matthieu 13

 

 

Christian Briem

 

Table des matières abrégée :

1     Le semeur

2     L’ivraie dans le champ

3     Le grain de moutarde

4     Le levain

5     Le trésor dans le champ

6     La perle de grand prix

7     Le filet et les poissons

8     Le maître de maison

 

Table des matières détaillée :

1     Le semeur

1.1     Vue d’ensemble des paraboles de Matthieu 13

1.2     Le royaume des cieux

1.3     Une œuvre nouvelle

1.4     La semence

1.5     Semé au bord du chemin

1.5.1             États des cœurs

1.5.2             Plusieurs applications

1.5.3             Encouragement et avertissement

1.6     Semé dans les endroits rocailleux

1.6.1     La réception joyeuse de la Parole

1.6.2             Repentance et confession du péché

1.6.3             Pas de racines

1.7     Semé parmi les épines

1.7.1             Les épines

1.7.2             Avertissements

1.7.3             Résumé

1.8     Semé sur la bonne terre

1.8.1     La bonne terre

1.8.2             Comprendre la Parole de Dieu

1.8.3             Différences dans la production de fruit

2     L’ivraie dans le champ

2.1          « Son » champ

2.1.1             Ce à quoi le Seigneur Jésus a droit

2.1.2     La bonne semence

2.2          L’œuvre du diable

2.2.1             Les fils du méchant

2.2.2     Le manque de vigilance

2.3     Le bien et le mal l’un à côté de l’autre

2.3.1             Arracher l’ivraie ?

2.3.2     Le ‘royaume des cieux’ n’est  pas ‘l’assemblée’

2.4     La moisson

2.4.1             Au temps de la moisson

2.4.2     La consommation du siècle

2.5     En résumé

3     Le grain de moutarde

3.1     Un petit commencement

3.2     Un développement étonnant

3.3     Hors du camp

4     Le levain

4.1     Que signifie le levain ?

4.2     Une manière collective de considérer les choses

4.3          Jugement spirituel

4.4     En résumé

5     Le trésor dans le champ

5.1     Un changement

5.1.1             Dans la maison

5.2     La parabole et son interprétation

5.2.1             ‘L’homme’

5.2.2     Le trésor caché dans le champ

5.2.2.1             Paraboles doubles

5.2.2.2             Une symbolique changée

5.2.3             Comment le Seigneur trouve

5.2.4     La joie

5.2.5             Abandonner pour gagner

5.2.6             L’achat du champ

6     La perle de grand prix

6.1     Le marchand

6.2     Il a cherché

6.3     De quoi parle la ‘perle’ ?

6.4          Comparaisons

7     Le filet et les poissons

7.1     Ce que font les pêcheurs

7.1.1     La prise de poissons

7.1.2     Le tri des poissons

7.1.3     Le rassemblement des bons poissons

7.2     Ce que font les anges

8     Le maître de maison

8.1     Les scribes d’aujourd’hui

8.2          Administrateurs

8.3          Parallèles

8.4          Aperçu

 

 

 

1                        Le semeur

Dans ces méditations sur les paraboles de notre Seigneur, nous arrivons maintenant au chapitre 13 de l’évangile de Matthieu, chapitre important qui contient à lui seul huit paraboles. Avant de nous occuper de la première, celle du ‘semeur’, nous voulons, avec l’aide du Seigneur, donner une vue d’ensemble de ce chapitre. Puisque sur les huit paraboles, six d’entre elles sont directement des paraboles du royaume des cieux, il sera bon, aussi, de commencer par clarifier la signification de cette notion. Matthieu donne en tout dix paraboles du royaume des cieux.

 

1.1   Vue d’ensemble des paraboles de Matthieu 13

Il est arrivé au Seigneur de donner des paraboles isolées, mais très souvent il les reliait par groupes de deux ou plus. En Luc 5 Il commence par parler des ‘pièces de rapiéçage sur un vieil habit’ et Il y ajoute la parabole du ‘vin nouveau dans de vieilles outres’ (5:36-39). Au ch. 13 de ce même évangile, nous trouvons deux paraboles du ‘royaume de Dieu’ placées directement côte à côte (Luc 13:18-21).

Et qui ne connaît pas les trois paraboles de Luc 15, qui sont reliées par la pensée commune de quelque chose de perdu qui est retrouvé ? Il est évident qu’au moyen de ces groupements, il faut s’attacher à comparer les paraboles les unes avec les autres, et à reconnaître les parallèles et les contrastes.

Sous cet aspect, le chapitre 13 de Matthieu est unique en son genre. Il contient, comme déjà vu, pas moins de huit paraboles. Je sais qu’on dit en général qu’il en contient sept. Il est étrange que la huitième, celle du maître de maison (13:52), soit presque toujours omise. Pourtant c’est par cette petite et huitième parabole que le Seigneur termine Son enseignement de Matthieu 13 qui se présente sous forme de sept paraboles.

Nommons d’abord les huit paraboles de ce chapitre pour en avoir une première vue d’ensemble.

·      la parabole du ‘semeur’

·      la parabole de ‘l’ivraie du champ’

·      la parabole du ‘grain de moutarde’

·      la parabole du ‘levain’

·      la parabole du ‘trésor dans le champ’

·      la parabole de ‘la perle de grand prix’

·      la parabole du ‘filet’

·      la parabole du ‘maître de maison’.

 

En tête de toutes les paraboles, il y a donc la parabole du ‘semeur’. Elle a une valeur particulière du fait que le Seigneur laisse entendre que cette parabole est la clef de la compréhension des autres paraboles ; Il dit en effet de cette parabole : « Ne connaissez-vous pas cette parabole ? et comment connaîtrez-vous toutes les paraboles ? » (Marc 4:13). Il ne voulait bien sûr pas dire par là que cette parabole soit la plus simple de toutes, mais qu’ils ne pourraient pas comprendre le changement de dispensation qui allait intervenir s’ils ne comprenaient pas cette parabole. Le royaume promis à Israël serait différé pour un temps ; cependant il commencerait entre temps sous une autre forme. Disons immédiatement quelque chose de plus là-dessus. La parabole du ‘semeur’ n’est en tout cas pas directement une parabole du royaume des cieux, mais elle situe les conditions pour les paraboles suivantes.

La parabole du ‘semeur’ est suivie par trois paraboles dont les deux premières commencent par les paroles « Il leur proposa une autre parabole » ; à la troisième parabole, on a « il leur dit une autre parabole ». Toutes les trois sont des paraboles du ‘royaume des cieux’ car elles sont introduites par les paroles « le royaume des cieux est semblable…  ». Le Seigneur a adressé ces quatre paraboles aux foules, et ce premier groupe se termine par la remarque « Jésus dit toutes ces choses aux foules en paraboles » (Matthieu 13:34).

Une certaine rupture est alors marquée dans ce chapitre, et aussi un changement de position. De grandes foules s’étaient rassemblées auprès du Seigneur Jésus, en sorte qu’Il monta dans un bateau, et que de là, Il enseignait les gens sur la rive (13:2). Ensuite Il laissa les foules et entra avec les disciples « dans la maison » (13:36). « Et quand il fut en particulier, ceux qui étaient autour de lui, avec les douze, l’interrogèrent touchant la parabole » (Marc 4:10). Là-dessus, le Seigneur leur donne d’abord l’explication de la deuxième parabole (celle de ‘l’ivraie du champ’), et ensuite viennent trois autres paraboles qu’Il introduit avec la tournure « le royaume des cieux est semblable », « encore, le royaume des cieux est semblable ». À la fin on trouve la parabole du ‘maître de maison’, petite, mais si significative, et qui en un sens résume les sept paraboles précédentes ; elle nous montre en tout cas l’usage qu’on doit en faire. Ce deuxième groupe de paraboles se termine au v. 53 par la remarque qui ressemble beaucoup à celle qui termine les premières au v. 34: « Et il arriva que, quand Jésus eut achevé ces paraboles, il se retira de là » (Matthieu 13:53).

On a fait correspondre le premier groupe de paraboles à la formule 1 + 3, et le second groupe à la formule 3 + 1. Les paraboles centrales du royaume des cieux peuvent se répartir comme suit : 1 + 2 et 2 + 1. En fait, la première parabole [de ‘l’ivraie’] et la dernière [du ‘filet’] se ressemblent clairement.

Les sept premières paraboles nous montrent d’une manière symbolique les traits de caractère moraux du royaume des cieux dans un ordre systématique et dans une suite historique, en regardant

·      l’origine

·      le développement extérieur,

·      le déclin,

·      l’accomplissement.

 

Le royaume est considéré comme quelque chose confié aux mains de l’homme et qui en conséquence peut prendre un développement malheureux. Mais en même temps, l’aspect intérieur et caché de ce royaume est dévoilé, expliquant les mobiles pour agir du Seigneur. En ce sens, ce royaume est invulnérable. Nous voyons ainsi dans ces paraboles ces trois choses supplémentaires :

·      ce que Christ fait

·      ce que Satan fait

·      ce que l’homme fait.

 

Si nous remettons devant nous l’expression ‘royaume des cieux’, il apparaît opportun d’abord de mieux pénétrer ce sujet important, avant d’approfondir les paraboles elles-mêmes. Trop de choses dépendent d’une compréhension correcte de cette pensée pour ne la mentionner qu’en passant. Beaucoup de ce qu’on va dire dans ce qui suit trouvera sa confirmation plus tard dans les paraboles. J’espère que cette petite digression sur le royaume des cieux sera en aide à bien des lecteurs pour comprendre les paraboles elles-mêmes et les différentes dispensations.

 

1.2   Le royaume des cieux

Que signifie le ‘royaume des cieux’ et que faut-il comprendre par cette expression ? Commençons par voir ce qu’il n’est pas. Le royaume des cieux n’est pas le ‘royaume au ciel’ comme on le conçoit souvent. Cette désignation pourrait laisser penser qu’il s’agit d’une image du ciel lui-même. Ce serait, à vrai dire, un triste ciel ! Non le royaume des cieux est un royaume sur la terre. Le ‘royaume des cieux’ n’est pas non plus un autre nom pour l’assemblée, ou église de Dieu. Dans le royaume des cieux règne le principe selon lequel il faut laisser croître ensemble le ‘froment’ et ‘l’ivraie’ jusqu’au temps de la moisson (Matthieu 13:29-30), tandis que l’assemblée de Dieu sur la terre est tenue d’ôter le méchant de son milieu, et donc d’exercer la discipline (1 Corinthiens 5:13).

Le ‘royaume des cieux’ est une expression que seul Matthieu utilise. Il écrivait sous l’inspiration du Saint Esprit, comme Juif s’adressant aux Juifs, et tout Juif instruit dans l’Ancien Testament savait que le prophète Daniel avait parlé de ce que le « Dieu des cieux » établirait un royaume sur la terre, qui ne serait pas détruit — le royaume des cieux (Daniel 2 et 7). Les Juifs attendaient ce royaume, et le précurseur du Seigneur comme Messie, Jean le Baptiseur, annonça même que le royaume des cieux s’était approché (Matthieu 3:2).

Mais le peuple juif au temps du Seigneur ne connaissait guère ce sujet et ne se rendait guère compte de l’état intérieur de cœur requis pour entrer dans ce royaume. Nicodème lui-même ne voyait dans ce royaume guère plus qu’une sorte de paradis terrestre qui serait à nouveau offert à l’homme. Il avait complètement perdu de vue que la nouvelle naissance est pourtant la qualification essentielle pour entrer dans ce royaume, même pour un Juif, et il était loin d’être le seul dans ce cas, bien que le prophète Ézéchiel en eût parlé (36:26). Et ainsi le Seigneur dut lui dire : « tu es docteur d’Israël, et tu ne connais pas ces choses ? » (Jean 3:10). C’est pourquoi l’appel de Jean le Baptiseur à la repentance était si important. Un changement total de cœur et de sentiments était nécessaire si les gens voulaient entrer dans ce royaume.

Moïse avait déjà parlé de ce que, quand les fils d’Israël obéiraient de cœur à la loi de Dieu, leurs jours seraient « comme les jours du ciel sur la terre » (Deutéronome 11:21). Dieu établirait « la semence de David » pour toujours, et ferait que son trône soit « comme les jours du ciel » (Psaume 89:29). Daniel le prophète avait reçu des communications sur le royaume allant encore plus loin ; il avait vu une scène céleste avec quelqu’un « comme un fils d’homme » amené à « l’Ancien des jours », et le royaume et la domination lui furent donnés. Ce devait être un royaume éternel (comp. Daniel 7). Jean le Baptiseur annonça ensuite que ce royaume « s’était approché ». Le roi était là dans la personne de Christ, mais allait-Il être reçu par le peuple Juif ? Nous savons ce qui est arrivé : le roi a été rejeté.

Tout était-il dès lors perdu, irrémédiablement perdu ? Dieu soit loué, et grâces à Dieu : non ! Certes le royaume des cieux n’était plus annoncé désormais comme s’étant approché ; on ne trouve plus cette annonce à partir de Matthieu 13. Bien plutôt l’établissement du royaume en puissance et en gloire a été différé pour un temps (Actes 3:21). Mais entre temps, le Seigneur Jésus est monté au ciel, et Il exerce maintenant Son influence sur la terre depuis là-haut, non pas d’une manière ouverte, mais d’une manière cachée, morale. C’est le royaume des cieux comme il existe aujourd’hui. C’est le royaume des cieux en mystère [ou : secret], en contraste avec le royaume dans sa forme et sa gloire extérieures et visibles encore à venir. Ainsi il y a deux formes sous lesquelles le royaume des cieux apparaît : le royaume des cieux dans sa forme d’aujourd’hui, mystérieuse (qui n’était pas révélée dans l’Ancien Testament) et le royaume des cieux dans sa forme visible, puissante et future (identique alors au règne de mille ans).

Quand ce royaume a-t-il commencé dans sa forme cachée ? Le royaume des cieux a commencé quand Christ est monté au ciel comme Celui qui a été rejeté ici-bas, et que là, il a pris Sa place à la droite de Dieu comme Celui qui a été glorifié. Partout sur la terre où s’étend l’influence du Seigneur demeurant au ciel, là est le royaume des cieux. Quand le royaume des cieux a commencé, il a commencé d’une bonne manière, avec de vrais disciples. Les paraboles de Matthieu 13 exposent cela, tout comme les récits du livre des Actes. Mais il n’en est pas resté là ; l’ennemi a semé l’ivraie parmi le froment. Le royaume des cieux (avec la permission de Dieu, et pour ce qui concerne son développement extérieur) est donc devenu une affaire mélangée, dans laquelle se trouvent côte à côte de l’authentique et du non authentique, des vrais croyants et des professants purement extérieurs, n’ayant pas la vie, — la distinction n’étant pas toujours faisable à nos yeux.

Quand j’ai dit que le royaume des cieux est partout où s’étend l’influence du Seigneur demeurant au ciel, ce domaine inclut aussi ce genre de chrétiens qui professent être pour Christ seulement par une profession extérieure, mais qui n’ont pas fait l’expérience d’une nouvelle naissance. Qu’il y ait eu une influence, c’est incontestable, car ils professent le christianisme ; mais cette influence n’est pas allée assez loin, et n’a pas pu atteindre les cœurs et les consciences. C’est là le drame. De telles personnes se croient en sécurité et se réclament du nom de Christ. Elles sont extérieurement dans le royaume des cieux, elles font partie de la chrétienté et sont par là à portée directe de toutes les bénédictions magnifiques du vrai christianisme, — et pourtant elles vont à la perdition éternelle si elles ne se convertissent pas et ne se repentent pas. Que le Seigneur veuille avoir encore pitié de beaucoup d’entre eux et les amener à la connaissance de la vérité.

Je ne poursuivrai pas ici avec les différences entre le ‘royaume des cieux’ et le ‘royaume de Dieu’. Ces deux expressions signifient en partie la même chose, mais seulement en partie. Certaines paraboles se rapportent aussi bien au royaume des cieux qu’au royaume de Dieu. Cependant on peut dire en général que le ‘royaume de Dieu’ est une notion supérieure, plus vaste. Elle inclut la pensée du royaume des cieux, mais a souvent un contenu moral (1 Corinthiens 4:20 ; Romains 14:17). À l’inverse, l’expression ‘royaume des cieux’ désigne la plupart du temps une dispensation, une époque déterminée dans les voies de Dieu avec la terre. D’ailleurs, cette époque continuera encore d’exister après l’enlèvement de l’assemblée, même au temps de la tribulation. Le ‘royaume des cieux’ est donc bien loin d’équivaloir à ‘l’assemblée de Dieu’ ! La persistance du royaume des cieux après l’enlèvement est une pensée importante qui échappe souvent. Elle est pourtant à la base des paraboles du royaume des cieux en Matthieu 13.

Jusqu’ici, nous nous sommes surtout occupés du royaume des cieux selon ce qui en est visible aux gens extérieurement. Sous ce point de vue, le royaume des cieux est aujourd’hui la chrétienté. Mais ce n’est pas dans tous les passages que le ‘royaume des cieux’ désigne ce domaine extérieur de la profession chrétienne. Par exemple, quand le Seigneur Jésus dit :

 

« Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux » (Matthieu 18:3),

 

ou bien

 

« Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car à de tels est le royaume des cieux » (Matthieu 19:14) ; ou encore :

« En vérité, je vous dis : parmi ceux qui sont nés de femme, il n’en a été suscité aucun de plus grand que Jean le baptiseur ; mais le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que lui » (Matthieu 11:11),

 

alors, par cette expression ‘royaume des cieux’, Il n’entend manifestement pas le développement extérieur qu’allait prendre le royaume, mais un domaine intérieur, divin, qui est qualifié ailleurs de ‘royaume de Dieu’. Que le royaume des cieux ait aussi ce côté intérieur que le Seigneur ne révèle qu’à ceux qui sont « dans la maison », c’est-à-dire aux Siens, cela nous est montré par les deux paraboles du ‘trésor dans le champ’ et du ‘marchand’ qui cherche de belles perles (13:44-46). Nous y apprenons pourquoi le Seigneur supporte aujourd’hui dans Son royaume extérieur de tels « développements malheureux », une telle juxtaposition du bien et du mal : Son cœur est dirigé vers les Siens ; Il voit en eux Son « trésor » ; ils forment ensemble la « perle de très grand prix », Son assemblée. À cause d’eux, Il a tout laissé, y compris Sa vie. Cela ne peut que nous conduire à adorer.

En Matthieu 13 nous trouvons pour la première fois l’expression ‘mystères du royaume des cieux’. Cela exprime que le royaume allait prendre une forme inconnue dans la prophétie. Les prophètes avaient bien décrit le Messie comme étant rejeté, comme Celui qui allait être mis à mort ; mais ils n’avaient rien dit sur une forme particulière et exceptionnelle que prendrait Son royaume à la suite de Son rejet. Le royaume terrestre, objet de la prophétie, était pour le moment différé, comme nous l’avons déjà remarqué. Durant cette période intermédiaire, les héritiers de la gloire céleste sont rassemblés.

Sur ce point, à la pensée du royaume des cieux se rattache aussi celle de l’appel céleste — un appel qui s’appuie sur l’œuvre rédemptrice de Christ. Et il est remarquable, dans ce contexte, que le royaume des cieux soit premièrement introduit dans la deuxième parabole de Matthieu 13. Or là, le champ est déjà acquis, ce qu’indique l’expression ‘ton champ’ du v. 27. Combien la Parole de Dieu est précise ! Le royaume des cieux ne pouvait commencer qu’une fois l’œuvre de la croix accomplie et après que le Fils de l’homme soit entré en possession du ‘champ’ par cette œuvre. Auparavant, une autre œuvre était cependant nécessaire, une œuvre préparatoire, et c’est ce que nous présente la parabole du ‘semeur’.

 

1.3   Une œuvre nouvelle

Dans les temps précédents, le Seigneur avait envoyé Ses disciples dans les villages d’Israël et leur avait donné l’ordre de ne pas aller sur le chemin des nations ni d’entrer dans aucune ville de Samaritains, mais plutôt « d’aller vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 10:5-6). Mais maintenant il se passait quelque chose de tout autre :

 

« Voici, le (*) semeur sortit pour semer » (Matthieu 13:3).

 

(*) Note du Traducteur : La version JN Darby traduit : « un semeur ». Le Nouveau Testament interlinéaire grec-anglais de A. Marshall donne « the [one] sowing » et grec-français de Carrez donnent « le semant ». Vu les explications données par l’auteur, nous laissons « le semeur » comme indiqué par l’auteur de l’article.

 

Notre parabole commence par cette déclaration étonnante. Il n’y a pas de question sur l’identité du semeur, car il n’y en a qu’Un pour lequel cette description est exacte. Cependant le Seigneur ne dit pas à Ses disciples de qui il s’agit, ni ici, ni dans Ses explications sur la parabole à partir du v. 18. Nous ne l’apprenons que dans la parabole suivante où la même personne est vue s’occupant de la même œuvre : le Fils de l’homme.

« Le semeur sortit pour semer ». C’est une phrase tout à fait déterminante. Elle marque un tournant dans les voies de Dieu envers les hommes. Dieu ne cherche plus du fruit de la ‘vigne’ d’Israël (Ésaïe 5:1 et suiv.), ni du fruit du figuier qui représente le Résidu rentré dans son pays (= planté dans Sa vigne ; Luc 13:6) après les 70 ans de captivité (Luc 13:6-9). Non, le Seigneur, dans Sa grâce, prend un caractère nouveau et devient le semeur. Comme tel, Il commence une œuvre nouvelle qui n’avait jamais existé sous cette forme. Et pour cela, Il sort, c’est-à-dire Il commence cette œuvre nouvelle dans une nouvelle sphère. Manifestement, ce domaine nouveau n’est plus Israël.

Si le Seigneur ne voulait plus, en somme, avoir de royaume sur la terre, il était nécessaire qu’Il commence à travailler de nouveau, sous un nouveau point de vue et selon un principe entièrement nouveau. Ce nouveau principe, c’est la grâce de Dieu, débordante et illimitée. Et ce sont Sa grâce divine et Son amour sans borne qui ont poussé le semeur à cette nouvelle tâche. Après que tous les efforts à l’égard du peuple terrestre se soient montrés vains, et que l’homme se soit montré entièrement corrompu, n’aurait-Il pas pu simplement exercer sur eux le jugement mérité ? Non : cela aurait été la justice, mais non pas la grâce. Certes Il ne s’est plus présenté au peuple d’Israël comme Messie, mais Il a commencé une œuvre nouvelle et a manifesté la grâce infinie de Dieu, s’adressant indifféremment à tous les hommes.

Il répand Sa semence, où qu’elle tombe. Comme il n’y avait rien là à récolter, Il s’est vu forcé, dans Sa grâce, à apporter quelque chose de nouveau dans le sol, et Il porte avec Lui ce qui est approprié pour susciter du fruit. Il n’examine pas le sol pour savoir s’il est bon ou mauvais ; Il jette simplement la semence sur la terre. La grâce de Dieu qui apporte le salut est apparue en Lui, accessible à tous les hommes » (Tite 2:11).

Ainsi, dans cette parabole, le caractère de l’œuvre de Christ nous est présenté d’une manière générale, — un caractère qui serait désormais caractéristique de Son service. Mais gardons présent à l’esprit que ce service du Seigneur n’a pas été limité aux jours où Il a séjourné sur la terre. Bien au contraire ! Aujourd’hui encore, il n’a pas cessé, et il garde cette caractéristique pour tout le temps de la grâce. C’est toujours Lui le semeur, et Il travaille du ciel ici-bas, dans la puissance de l’Esprit Saint et par le moyen de Ses serviteurs. C’est pourquoi les enseignements de cette parabole sont aussi pour nous aujourd’hui d’une grande importance — non seulement comme ceux qui reçoivent ou accueillent la semence, mais aussi comme ceux qui la répandent sous le regard du Seigneur et à Sa place. Nous pouvons apprendre de cette parabole ce à quoi il faut faire attention en rapport avec le fait de recevoir la semence, et nous pouvons aussi apprendre ce à quoi il faut faire attention quand le Seigneur veut nous utiliser pour apporter Sa semence au champ de semailles.

 

1.4   La semence

Qu’est-ce que répand le semeur ? en quoi consiste la ‘semence’ ? L’explication du Seigneur à partir du v. 18 dit clairement ce qu’elle est :

 

« Vous donc, écoutez la parabole du semeur. Toutes les fois que quelqu’un entend la parole du royaume… » (Matthieu 13:18-19).

 

Dans l’évangile de Luc, il est simplement dit « la semence est la Parole de Dieu » (Luc 8:11), et en Marc : « le semeur sème la Parole » (Marc 4:14). Voilà donc la ‘semence’ qui cache en elle la vie : la Parole de Dieu. L’expression plus spéciale ‘parole du royaume’ met plutôt l’accent sur les droits du Seigneur à établir l’autorité de Dieu dans ce nouveau domaine moral sur la terre qu’est le royaume de Dieu. L’établissement de ce royaume est de la grâce pure ; mais la ‘parole du royaume’ attend la soumission de l’homme à l’autorité de Dieu, sous Son gouvernement ici-bas sur la terre. C’est pourquoi entendre cette Parole rend l’individu personnellement responsable — une pensée qui est à la base de toute la parabole et qui lui donne son sérieux.

Ce que le Seigneur Jésus répand donc, c’est la Parole de Dieu. Que ce soit dans Son service (Marc 2:2), ou au milieu des tentations (Matthieu 4:1-10) ou comme ressuscité d’entre les morts (Luc 24:27) — le Seigneur attribue toujours la plus grande importance à la Parole. Ce que les gens doivent entendre en tout temps et en toutes circonstances, c’est la Parole de Dieu. Cependant les gens ont toujours cherché, et cherchent encore, à introduire autre chose. Non, chers amis, ce qui est semé doit être la Parole, et la Parole seule. Le cœur de l’homme désire du nouveau, quelque chose qui excite ses sens, quelque chose de spectaculaire. Sur cette ligne de pensées, il y a l’homme riche en Hadès avec sa requête à l’égard de ses frères sur la terre : la résurrection sensationnelle de Lazare les porterait à se convertir. Mais combien est frappante la réponse d’Abraham : « ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » (Luc 16:27-31). Paul aussi pouvait témoigner qu’il n’avait rien dit d’autre que ce que les prophètes et Moïse avaient indiqué comme devant arriver (Actes 26:22).

Qu’en est-il aujourd’hui avec nous ? De qui parlons-nous aux gens, qu’ils soient incroyants ou du Seigneur ? Ne leur disons-nous rien d’autre que ce qui est écrit ? Pensons-y : la semence de la nouvelle naissance est la Parole de Dieu, et cette Parole seule (Jacques 1:18 ; 1 Pierre 1:23). Utilisons cette ‘semence’ et annonçons « toutes les paroles de cette vie » (Actes 5:20) et ne faisons pas confiance à la sagesse et à l’éloquence humaines ou autres accessoires humains ! Dans la prédication de l’évangile, Paul ne perdait jamais de vue le but et le chemin de Dieu, et il ne rendait jamais vaine la croix de Christ (1 Corinthiens 1:17) par des ajouts humains. Et qu’enjoignait-il à la fin de sa vie, à son cher enfant Timothée, en ayant devant les yeux les ‘derniers jours’ et les ‘temps difficiles’ ? Lui recommandait-il de réfléchir à de nouvelles méthodes d’évangélisation plus efficaces, du fait que maintenant les gens avaient des oreilles qui leur démangeaient et qu’ils se tournaient vers les fables ? Mille fois non ! Il l’adjure « devant Dieu et le christ Jésus, qui va juger vivants et morts… prêche la parole » (2 Timothée 4:1-2).

C’est pourquoi chers amis, en ce qui concerne aussi bien le contenu, que l’art et la manière de la prédication, revenons au commencement ! Ayons devant les yeux avant toutes choses l’exemple que nous a donné le Seigneur : Il semait la bonne semence de la Parole de Dieu. Ne faisons pas confiance aux méthodes humaines modernes de spectacles de la Parole, mais à la puissance de la Parole elle-même ! Cette Parole vise en premier lieu la conscience des gens.

Seule une conscience labourée par le soc de la charrue de la Parole divine est prête et capable de recevoir la semence de la nouvelle naissance. Nous allons bientôt retrouver cela dans notre parabole. Les « solutions de remplacement » humaines au contraire, s’adressent avant tout aux sens des gens, à leurs sentiments, à leur intellect, plutôt qu’à leur conscience, et cela conduit absolument dans la mauvaise direction.

Paul évitait soigneusement tout ce qui aurait pu détourner ses auditeurs du véritable objet de sa prédication, à savoir « Jésus Christ », et Jésus Christ « crucifié ». « L’excellence de parole » et la « sagesse » humaine s’adressent, comme d’autres choses, à la chair de l’homme. C’est pourquoi il s’étudiait à parler d’une manière simple : « ma parole et ma prédication n’ont pas été en paroles persuasives de sagesse, mais en démonstration de l’Esprit et de puissance, afin que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Corinthiens 2:1-5). Oui, seule la force de Dieu est capable de susciter la foi et la vie dans le cœur.

Comme moyen dont l’Esprit de Dieu se sert cependant toujours, il y a la Parole de Dieu. Faisons-lui confiance, à elle et à la puissance de l’Esprit Saint ! Aujourd’hui encore, personne ne naît de nouveau autrement que « d’eau et de l’Esprit » (Jean 3:5). Que ‘l’eau’ soit une image de la Parole de Dieu dans sa puissance purifiante sous l’influence de l’Esprit de Dieu, c’est une notion courante pour la plupart d’entre nous. Certainement nous devons être « inventifs » sur la manière d’éveiller l’intérêt des gens et d’atteindre les cœurs. L’amour rend inventif. Paul nous en donne un bel exemple devant l’Aréopage d’Athènes (Actes 17:22 et suiv.). Mais ce que nous avons alors à dire aux gens, ce sont les paroles [ou : oracles] de Dieu (1 Pierre 4:11).

Gardons fermement dans notre cœur que la semence, c’est la Parole de Dieu ! Il est frappant dans chaque cas dans notre parabole, combien ce qui est présenté est l’attitude vis-à-vis de la Parole, aussi bien au moment où on l’entend, qu’après. Celui qui a été semé au bord du chemin ne comprend pas la Parole. Celui qui a été semé dans un endroit rocailleux reçoit la Parole avec joie ; mais quand vient la tribulation à cause de la Parole, il est scandalisé. Dans le troisième cas les épines étouffent la Parole. Dans le quatrième cas, la Parole est entendue et comprise. Dans tous les cas où il y a refus ou faute, nous voyons une mauvaise disposition vis-à-vis de la Parole de Dieu. Ne devons-nous pas en tirer un enseignement pour nous ? Notre disposition vis-à-vis de la sainte Parole de Dieu est plus importante que toute autre chose. Elle donne à tout dans nos vies la direction décisive, que ce soit pour le bien ou pour le mal, pour la vie ou pour la mort.

 

1.5   Semé au bord du chemin

La parabole du ‘semeur’ nous présente, comme nous l’avons vu, la prédication de la Parole de Dieu par Christ. Israël, en tant que nation, était et reste sourd vis-à-vis de cette prédication : c’est un jugement de Dieu. Mais cette prédication de la Parole porte un caractère entièrement différent de l’annonce du royaume des chapitres précédents de l’évangile de Matthieu. Il y avait dans ces chapitres la prédication du royaume à une nation qui, bien que rebelle, était pourtant encore reconnue de Dieu dans un certain sens, et pour cela, elle était appelée à se repentir. Ce n’est que de cette manière qu’ils peuvent avoir part aux bénédictions et à la gloire du royaume à venir. Mais maintenant le semeur semait la Parole sur le champ de ce monde, et cela signifiait que Dieu offre maintenant Sa grâce à tout homme, indépendamment des différences de race, de caractère ou d’état.

 

1.5.1        États des cœurs

Conformément à cela, le Seigneur présente maintenant dans notre parabole quatre ‘terrains’ ou états sur lesquels la semence arrive à l’occasion des semailles. Il est certain que le Seigneur, par le moyen de chacun de ces « terrains », n’indique pas l’état naturel des gens, sinon cela voudrait dire qu’il y a par nature des gens bons — des gens qui seraient bons avant d’avoir entendu la Parole, — ce que contredit entièrement l’enseignement de l’Écriture sainte. Comment se fait-il que le terrain est bon dans le quatrième cas, cela n’est absolument pas pris en considération ici. Il s’agit simplement du fait que la semence est répandue, et qu’elle atteint des états différents qui, ou bien empêchent de porter du fruit, ou bien en font porter.

Il semble aussi que ‘le semeur’ ne se donne pas spécialement de la peine pour qu’aucune semence ne tombe sur le chemin en bordure du champ. Au contraire, il s’y attend :

 

« Voici, un semeur sortit pour semer. Et comme il semait, quelques grains tombèrent le long du chemin, et les oiseaux vinrent et les dévorèrent » (Matthieu 13:4).

 

Que les quatre terrains représentent quatre états de cœurs différents que la Parole de Dieu rencontre chez les gens, c’est ce que l’expression du v. 19 montre clairement : « ce qui est semé dans son cœur ». C’est un point crucial : la Parole de Dieu est semée dans le cœur de l’homme, non pas dans son intelligence. Dieu agit par cette Parole sur son cœur et sa conscience, et l’état du cœur est déterminant pour ce qui arrive à la ‘semence’. C’est pourquoi chaque auditeur de la Parole est individuellement responsable. Chaque grain porte la force de vie en lui, où qu’il tombe ; et ce qui en résultera individuellement dépend de la responsabilité personnelle de l’individu.

Dans le premier cas, la Parole de Dieu arrive sur quelque chose comme un ‘chemin’. L’homme entend certes la Parole, mais son cœur est vis-à-vis d’elle comme un chemin durement piétiné. C’est donc le cas le plus désespéré. Beaucoup de choses ou de gens ont déjà passé sur ce ‘chemin’ et en ont durci le sol. En fait des choses innombrables du monde occupent le cœur des gens sans interruption, aujourd’hui plus que jamais. Combien nombreuses sont les influences auxquelles l’homme d’aujourd’hui est exposé, sous l’effet du flot d’information et de la multiplicité des médias, combien d’occupations des loisirs et de passe-temps captivent son intérêt ! et tout cela a des répercussions sur son être intérieur, qu’il l’admette ou non. L’homme est entièrement insensible au message de Dieu, il ne le « comprend » pas. Les préjugés religieux ont aussi le même résultat, comme on le voit clairement dans le cas des Juifs : l’homme ne comprend pas la Parole.

 

« Toutes les fois que quelqu’un entend la parole du royaume, et ne la comprend pas, le méchant vient et ravit ce qui est semé dans son cœur ; c’est là celui qui a été semé le long du chemin » (Matthieu 13:19).

 

Quand le Seigneur parle de comprendre, il ne s’agit pas d’examiner ou de saisir de manière purement intellectuelle, mais c’est une compréhension du cœur, une volonté de comprendre. C’est pourquoi en Luc 8 il est montré la nécessité d’un « cœur honnête et bon » pour que la Parole puisse trouver son entrée (8:15). Car du cœur, on croit à salut (Romains 10:10). Et l’apôtre Paul se recommande à toute conscience d’homme devant Dieu par la manifestation de la vérité (2 Corinthiens 4:2).

« Semé dans son cœur » — combien cet formule du Seigneur est frappante ! Dans l’Écriture sainte, le ‘cœur’ ne représente pas seulement le siège des affections. Très souvent ce terme désigne l’homme lui-même, l’homme responsable et son centre de volonté. Il y a ici en grec une construction de mots parallèle intéressante qui souligne la responsabilité personnelle par laquelle l’homme prend des décisions, en contraste avec les bêtes. Au v. 19, dans le texte original, pour « ce qui est semé dans son cœur », il y a simplement « le semé dans son cœur », et c’est ce que le diable ravit. À la fin du verset, il est dit de manière tout à fait semblable : « celui semé le long du chemin ». Autrement dit, « ce qui est semé dans le cœur » et « celui qui est semé le long du chemin » sont mis sur le même plan. La semence dans le cœur n’est pas responsable en soi, mais l’homme qui ne la désire pas, l’est. Cette mise sur le même plan du symbole et de la chose se trouve souvent dans l’Écriture, par exemple dans les paroles bien connues du Seigneur : « ceci est mon corps » (Luc 22:19 ; 1 Corinthiens 11:24). Le pain qu’Il « prend » n’est qu’une image de Son corps, et pourtant le Seigneur ne dit pas : « ceci est un symbole de mon corps », mais simplement : « ceci est mon corps ».

 

1.5.2        Plusieurs applications

L’image d’un terrain du cœur piétiné dur et qui n’est pas prêt à recevoir la semence répandue, peut être appliquée dans plusieurs sens. D’abord, d’un point de vue historique et prophétique, nous y voyons une image d’Israël comme nation. Ce n’est pas seulement au temps de la vie du Seigneur que les Juifs n’ont pas reçu la Parole du royaume, mais la parabole nous montre aussi que, plus tard également, ils ont refusé de la recevoir.

L’application aux pécheurs qui entendent l’évangile tombe sous le sens également. Combien souvent nous avons déjà vu des personnes qui venaient de temps en temps, ou même régulièrement, pour écouter l’évangile, puis qui s’en sont allées entièrement impassibles et insouciantes. Les nombreuses influences dont nous avons déjà parlé ont enchaîné leur cœur et endurci leur conscience au point que la semence de la Parole est demeurée en surface. Ils écoutaient volontiers la Parole, mais l’oubliaient aussitôt, toujours de nouveau. Le diable a alors la tâche facile pour ravir entièrement la semence. Nous y reviendrons bientôt encore une fois.

Mais cette image peut être appliquée aussi à nous les croyants. La plupart du temps nous ne le faisons pas, et nous ne pensons qu’aux non croyants, mais c’est un tort. Avec Sa parabole du ‘semeur’, le Seigneur Jésus a aussi quelque chose à nous dire à nous, spécialement avec ‘celui qui est semé le long du chemin’. Même si chaque enfant de Dieu a fondamentalement un bon terrain de cœur et porte du fruit pour Dieu, il peut pourtant y avoir des compartiments dans nos vies où l’image de ‘celui qui est semé le long du chemin’ nous concerne directement. Nous pouvons par exemple, du point de vue religieux ou ecclésiastique, avoir des idées préconçues et non fondées. Si une parole claire de la bouche du Seigneur nous atteint, nous ne nous trouvons pas prêt à la recevoir. Sur ce point, ou d’autres plus complexes, notre cœur est dur, et nous ne comprenons ni ce que le Seigneur nous dit, ni surtout qu’Il a quelque chose à nous dire. Cela peut avoir des conséquences très néfastes sur notre chemin personnel et en commun comme enfants de Dieu.

Ne sommes-nous pas non plus tous en danger de laisser le monde entrer dans notre cœur, avec tous ses principes et toutes ses tendances, au point qu’il devient toujours moins réceptif à la Parole de Dieu ? Combien le Seigneur nous a déjà souvent parlé dans Sa bonté, et combien nous en avons peu fait cas et l’avons peu réalisé ! C’est avec honte que nous devons dire : souvent, sur tel ou tel point, nous ne voulions simplement pas accepter. Nous ne voulions plus rien entendre sur la conformité au monde, sur la séparation et sur porter sa croix. Nous étions fâchés d’être encore enseignés sur la chevelure des sœurs, sur la piété et sur l’ordre dans l’assemblée. Alors la bonne Parole est restée en surface, et le diable est venu et a ravi de nos cœurs ce qui n’était pas bienvenu pour nous.

Il est dit du ‘méchant’ qu’il vient et « ravit » ce qui est semé dans le cœur, autrement dit, il le « dérobe ». Il ne pouvait pas empêcher que la semence soit semée dans le cœur, mais quand la Parole n’est pas la bienvenue dans le cœur, il est alors facile à l’ennemi de tout dérober. Il sait souvent bien mieux que nous quelle bénédiction il y a dans ce que nous refusons si légèrement et si volontairement. C’est un principe qui vaut aussi pour nous chrétiens, que la vérité de Dieu est, ou bien reçue ou bien refusée par l’âme. Ce principe nous teste pour savoir jusqu’à quel point nous sommes réellement, dans notre vie pratique, « de la vérité » (Jean 18:37 ; 1 Jean 4:6). Le déclin moral au milieu de nous, l’abandon de vérités jusqu’alors hautement appréciées et l’acceptation d’opinions erronées ne sont pas le résultat d’une simple ignorance, mais d’un refus de la vérité, ne serait-ce que dans des domaines partiels. Pensons à ce que le Seigneur Jésus a dit : « si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jean 14:23) ! Si nous pensons autrement aujourd’hui, nous pensons faux.

En résumé on peut dire que dans ‘celui qui est semé le long du chemin’ nous avons l’auditeur de la Parole au cœur dur. De plus, la Parole de Dieu nous enseigne qu’il y a trois ennemis qui agissent à l’encontre d’une réception effective de la Parole : le diable, la chair et le monde. Tout manque à produire du fruit peut être ramené à l’un ou l’autre de ces ennemis ou de ces principes. Nous avons ici le premier ennemi, le diable et ses démons, présenté par le moyen des ‘oiseaux’. Il vient du dehors et tire parti de l’état intérieur. Il ravit la Parole.

 

1.5.3        Encouragement et avertissement

Quelque chose encore rend claire cette parabole : Même si le grand Maître opère Lui-même les semailles, et qu’Il utilise pour cela une semence exclusivement bonne, le travail n’est pas couronné de succès dans tous les domaines. Dans les trois premiers cas, la semence ne produit en somme aucun fruit, et même quand elle tombe dans de la bonne terre, le résultat varie. N’est-ce pas propre à inspirer du courage à tous ceux qui se donnent de la peine sous le regard du Seigneur pour répandre Sa bonne semence dans le monde ? Il ne faut pas nous laisser décourager quand nous voyons peu ou pas de fruit. Il n’est rien advenu d’autre à notre cher Seigneur. Et pourtant il est dit de Lui : « Voici, le semeur sortit pour semer ». Continuons à répandre la bonne semence de la Parole de Dieu sur la terre en faisant confiance à Dieu. Nous verrons dans l’éternité qu’elle aura produit du fruit.

 

Nous répandons notre peine

Comme la semence sur le champ ;

On s’en remet à Toi,

Pour qu’elle fleurisse en bénédiction.

 

Notre parabole corrige totalement une notion qu’on rencontre souvent, à savoir que dans l’ère de la grâce, il y aurait une acceptation universelle de la Parole de Dieu : ce ne sera pas le cas. Les gens peuvent rêver de voir le monde entier se convertir, mais le Seigneur montre clairement et de manière non équivoque, ici et ailleurs, que la plupart des auditeurs de la Parole ne portent aucun fruit pour Dieu. Dans la parabole de ‘la porte étroite et de la porte large’, Il établit que peu nombreux sont ceux qui trouvent le chemin étroit qui mène à la vie, alors que beaucoup se trouvent sur le chemin large qui mène à la perdition (Matthieu 7:13-14).

Les paraboles ultérieures du ch. 13 nous montrent aussi un développement du déclin du royaume des cieux dans sa forme visible. Ce n’est pas sombrer dans le pessimisme ni manquer de foi que de ne pas croire à un essor dans le domaine chrétien. La Parole de Dieu parle autrement, et les livres ultérieurs du Nouveau Testament ne laissent aucun doute sur le fait que tout dans la chrétienté tend vers « l’apostasie » finale — l’abandon de tout ce qui est réellement « chrétien ». La réception de l’antichrist constituera le triste point culminant de ce développement.

Aussi effrayant que soit l’aboutissement de ce développement, — pour l’individu, pour l’auditeur au cœur dur, il commence en fait par ne pas permettre à la Parole de Dieu de laisser une influence dans son cœur. Il se trouve si entièrement sous la puissance de Satan, que celui-ci peut facilement dérober ce qui n’est pas bienvenu dans le cœur. C’est en fait le cas le plus désespéré qu’on puisse imaginer.

 

1.6   Semé dans les endroits rocailleux

Le deuxième cas décrit par le Seigneur semble autoriser plus d’espoir :

 

« Et d’autres tombèrent sur les endroits rocailleux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; et aussitôt ils levèrent, parce qu’ils n’avaient pas une terre profonde » (Matthieu 13:5).

 

Ici, la semence lève toujours, alors que, dans le cas précédent, elle ne levait jamais. Mais la raison de cette germination rapide (« parce qu’ils n’avaient pas une terre profonde ») indique une sérieuse carence chez ce genre d’auditeurs de la Parole : ils n’ont pas été pénétrés en profondeur. Certes une levée rapide est favorisée par la couche mince de poussière ou de terre et par le calcaire chaud sous-jacent, mais la pierre elle-même fait obstacle à un quelconque accès à l’eau nécessaire à la vie. Et alors que le ‘chemin’ était déjà dur, ce qui se trouve sous la surface prometteuse de succès est ici encore plus dur. La semence levée n’a aucune possibilité de prendre racine et de pénétrer plus profond.

 

1.6.1        La réception joyeuse de la Parole

Le Seigneur explique de la manière suivante la levée rapide de la semence :

 

« Et celui qui a été semé sur les endroits rocailleux, c’est celui qui entend la parole, et qui la reçoit aussitôt avec joie » (Matthieu 13:20).

 

Une réception avec joie de la Parole de Dieu, n’est-ce pas quelque chose de bon, méritant qu’on fasse des efforts ? Peut-il y avoir pour les hommes quelque chose de mieux adapté au fond ? Beaucoup l’ont pensé et ont aussi agi en conséquence. Mais c’est une erreur funeste ! On méconnaît entièrement le sérieux inhérent au message de Dieu, et on méconnaît pareillement son propre état corrompu.

Si dans l’exemple précédent, nous avons trouvé Satan comme le véritable adversaire, ainsi ici nous rencontrons la chair dans sa résistance contre la Parole — et la chair sous sa forme la plus attrayante. Il y en a bien qui étaient prêts à se donner avec joie au Seigneur. Mais les brisures de cœur dont parle la Parole de Dieu, ils ne les ont jamais connues. « Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé. Ô Dieu ! tu ne mépriseras pas un cœur brisé et humilié » (Psaume 51:17). Quand l’esprit de grâce et de supplications sera versé un jour sur les habitants de Jérusalem, alors ils se lamenteront, chaque famille pour elle-même (Zacharie 12:10, 12).

Il en est toujours ainsi où et quand l’Esprit de Dieu opère : le soc de charrue de la Parole de Dieu laboure le cœur des gens et les amène à prendre conscience de leurs péchés. Mais ce qui s’y rattache d’abord, c’est tout sauf la joie. Se reconnaître par la foi comme pécheur perdu, ne recèle pas de la joie, mais de l’effroi et de la détresse intérieurs. Certes quand la question des péchés est réglée, Dieu accorde la joie du salut. Mais la « repentance à salut » (2 Corinthiens 7:10) vient avant la joie, les « lamentations » avant la restauration.

Cependant, là où la Parole est reçue avec légèreté, « avec joie », c’est la preuve qu’il n’y a jamais eu de travail en profondeur. Jamais le soc de la charrue de Dieu n’a scruté à fond le cœur et la conscience, et jamais la nature corrompue de l’homme n’a été reconnue par lui. De fait, le cœur naturel de l’homme est un cœur de pierre, quand on considère le comportement de l’homme vis-à-vis de Dieu (comp. Ézéchiel 36:26). Le jugement de soi-même est étranger à la nature humaine. Mais ce cœur de pierre peut se montrer quand même très religieux, il peut en même temps se revêtir d’une mince couche de terre cultivable. N’est-ce pas d’ailleurs la caractéristique de la chrétienté aux derniers jours, que d’avoir une certaine « forme de piété », tout en en ayant renié la puissance (2 Timothée 3:5) ? Combien de gens dans nos pays christianisés qui ne professent le christianisme que parce que leurs parents le faisaient, ou que c’est l’habitude du pays ! Ils « croient » donc, ils reçoivent la Parole dans un sens limité, mais ils ne la possèdent pas réellement, et — comme la suite le montre — ils ne la gardent pas.

L’homme, spécialement celui qui est orienté par un idéal, est tout à fait à même de se laisser influencer par certaines pensées de Dieu. Il peut, par exemple, trouver le plan du salut de Dieu grandiose, et faire extérieurement des progrès rapides pour saisir certaines vérités. Il peut manifester un grand intérêt pour la prophétie, et classer les principes du sermon sur la montagne à un très bon niveau éthique. Mais il y a un grand danger dont le Seigneur veut avertir ceux qui entendent la Parole : c’est qu’avec tout cela, la conscience ne soit pas touchée, que le rocher non brisé reste inchangé par dessous. Certes la semence de Dieu de la Parole de Dieu est présente, mais il ne lui est pas permis de prendre racine à l’intérieur. La Parole n’est reçue que superficiellement avec un certain enthousiasme, la conscience n’entrant toutefois pas en activité.

Ceux qui annoncent la Parole contribuent eux-mêmes en partie à cette tendance. Un bon nombre d’entre eux ne cherchent-ils pas coûte que coûte à donner meilleur goût à l’évangile ? Faites donc la vérification : vise-t-on encore la reconnaissance des péchés et la confession des péchés ? Parle-t-on encore du péché ? Parle-t-on seulement de se donner avec joie au Seigneur ? Parler en faveur d’une acceptation purement sentimentale de l’évangile, ce n’est rien d’autre que du « feu étranger » (Lévitique 10:1). En outre le mot ‘évangile’ ne signifie pas, comme on l’entend trop souvent, un ‘heureux message’. Non, le sens est un ‘bon message’. Ce n’est pas un heureux message que de dire aux gens qu’ils doivent se convertir s’ils ne veulent pas être perdus pour l’éternité. Mais dans ce message lui-même, il y a quelque chose de bon s’il est propre à pousser les gens à se convertir. Et n’est-ce pas réellement un bon message que le Père ait envoyé le Fils comme Sauveur du monde ?

Mais la joie ne peut être ni le premier ni le seul sentiment du pécheur à l’ouïe de la Parole de Dieu. Le Seigneur montre bien qu’il est manifeste que l’absence de racine est justement due à ce que, dans ce deuxième cas, on ne trouvait que de la joie. Est-ce par exemple un signe d’amour pour le Seigneur quand on n’a aucun sentiment du jugement terrible qui a dû tomber sur notre Seigneur à cause de nos péchés ? Ou encore, est-ce une indication de l’opération de la grâce de Dieu quand on a tellement de joie à être sauvé personnellement, qu’on n’estime pas nécessaire de repenser au péché ? Le Seigneur Jésus démasque le vrai caractère d’un telle « joie ». Ce n’est rien d’autre que l’égoïsme inné et la preuve d’un cœur dur en face de Dieu. Des gens très religieux, chrétiens, peuvent être tellement durs de cœur qu’ils n’ont encore jamais rien éprouvé de ce que leurs péchés ont coûtés au Seigneur Jésus. Ils peuvent être profondément remués en écoutant des Passions (mise en musique du récit des souffrances) au moment des passages sur les traitement injustes et les souffrances de Jésus ; mais la pensée que le Seigneur Jésus soit allé à la croix à cause de leurs péchés, ne les a même jamais effleurés. Quand des sentiments chaleureux sont réveillés, mais qu’on passe par-dessus le péché, on se trouve en présence du cas décrit ici. Dès lors, ce qui a l’apparence d’un grand succès, ce n’est malgré tout que de la mort. « Je connais tes œuvres, que tu as le nom de vivre, mais tu es mort » (Apocalypse 3:1).

Mais n’avons-nous pas aussi nous-mêmes en tant qu’enfants de Dieu déjà eu bien des fois honte d’avoir un si faible sentiment du péché et de ce que nos péchés ont causé à notre Sauveur ? Ne nous occupons-nous pas trop souvent de « joies » qui ne sont pas « dans le Seigneur » (Phil. 4:4) ? Bien des joies qui nous remplissent ne sont finalement rien d’autre que de l’égoïsme et de l’orgueil. La joie est certes un élément essentiel d’un vrai christianisme, mais ce doit être la joie de l’Esprit Saint (1 Thesessaloniciens 1:6). Chez les Thessaloniciens, elle allait de pair avec de « grandes tribulations ». Jamais le Saint Esprit ne conduira à une idée superficielle et plate du péché, comme nous l’avons déjà rappelé en nous appuyant sur Zacharie 12:10.

 

1.6.2        Repentance et confession du péché

L’essence d’une vraie confession, c’est le jugement de soi-même. Job lui-même, bien qu’il fut un saint, dut être amené au point d’avoir horreur de lui-même. Ce n’est que quand il eut vu Dieu, et pas avant, qu’il reconnut : « c’est pourquoi j’ai horreur de moi, et je me repens dans la poussière et dans la cendre » (Job 42:6). Au sens du Nouveau Testament, nous pouvons dire que là où il y a la foi au Seigneur Jésus Christ, là aussi on verra la repentance envers Dieu (Actes 20:21).

La ‘repentance’ n’est pas qu’un changement de sentiments comme on l’a souvent définie. Sans aucun doute, quand il y a une repentance produite par le Saint Esprit, il s’y rattache aussi un changement de manière de penser. Cependant on ne pourrait absolument pas se représenter un vrai changement de sentiments sans qu’on se courbe devant le jugement de Dieu. Quand un homme se courbe devant le jugement que Dieu a sur lui, alors il se manifeste aussi un changement de manière de penser. Ce qu’on déduit sur un mot grec à partir de sa racine n’est pas à lui seul décisif pour la signification d’un mot, mais il faut aussi tenir compte du contexte et de l’usage que le Saint Esprit fait du mot (*).

 

(*) L’étymologie du mot grec ‘metanoia’ est quelque chose comme « le sentiment après cela » = changement de sentiment

 

La syrophénicienne de Marc 7 est un exemple de quelqu’un qui s’est repenti au temps de la vie du Seigneur. Ce n’est que quand elle confessa équivaloir à un « petit chien » impur et méprisé qu’elle reçut la bénédiction du Seigneur. Que la joie résulte de la repentance, c’est ce que montre clairement l’exemple du fils prodigue. Il a confessé être indigne d’être appelé « fils » parce qu’il avait péché contre le ciel et devant son père. C’est alors qu’il est parlé de joie à plusieurs reprises : « il fallait faire bonne chère et se réjouir » (Luc 15:32).

Beaucoup de ceux qui écoutaient les paroles de notre Seigneur correspondaient tout à fait à ceux semés dans les endroits rocailleux. Ils voulaient avoir la joie en la présence du Seigneur, sans se repentir. Les uns voulaient Le faire roi, les autres le recherchaient, non pas à cause de Ses paroles, mais parce qu’ils avaient mangé du pain et qu’ils avaient été rassasiés. Et beaucoup l’ont entourés de leurs cris « Hosannah » lors de Son entrée à Jérusalem. Il y avait alors effectivement de la joie. Mais que valait-elle alors que leurs cœurs n’étaient pas touchés ? Peu après, toute la foule s’écria : « Ôte celui-ci, et relâche-nous Barabbas » (Luc 23:18).

Je pense que le groupe de ceux qui font une confession de péché mécanique et superficielle appartient à ceux qui sont semés dans les endroits rocailleux. Il n’y a rien de tel pour endurcir le cœur que l’habitude de confesser des péchés sans les ressentir. Quand une prière telle que « pardonne-nous nos offenses comme nous nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé » ne fait que sortir des lèvres sans affliction intérieure, alors la conscience endurcie ne fait que devenir encore plus dure. Croit-on vraiment que Dieu écoute de telles « prières » ? La confession « j’ai péché » est facile à exprimer, et si elle l’est de manière empressée, on a tout lieu de douter de son authenticité.

Dans l’Ancien Testament comme dans le Nouveau, on trouve bon nombre de personnes qui ont reconnu « j’ai péché ».

Le Pharaon (Exode 10:16),

Balaam (Nombres 22:34),

Acan (Josué 7:20),

Saül (1 Samuel 15:24, 30)

David (2 Samuel 12:13 ; 24:10, 17 ; 1 Chroniques 21:8 ; Psaume 51:4),

Shimhi (2 Samuel 19:20),

Judas Iscariote (Matthieu 27:4),

Le fils prodigue (Luc 15:18, 21).

 

N’est-ce pas très frappant, et même effrayant, que sur ces huit personnes, deux seulement étaient croyantes (ou figuraient des croyants) et que six sont allées à la perdition, pour autant que nous le sachions ? Non, une confession faite rapidement n’est souvent que la marque d’une conscience endurcie. Combien souvent les Israélites, au cours de leur histoire, se sont écriés « nous avons péché » — bien souvent seulement pour se sortir à nouveau d’une détresse dont ils étaient eux-mêmes la cause ! Une fois — alors qu’ils se trouvaient au début de leur pèlerinage dans le désert, mais déjà à la frontière du pays promis, et qu’à cause de leur incrédulité dans l’affaire des espions, ils reçurent l’ordre de l’Éternel de faire demi-tour et de se mettre en route vers le désert — alors ils répondirent « nous avons péché contre l’Éternel », et ils firent le contraire de ce que l’Éternel avait commandé. Puis, ayant dû subir une sévère défaite de la part des Amoréens, ils revinrent et pleurèrent devant l’Éternel. Pourtant, Moïse dut plus tard leur rappeler que l’Éternel n’avait pas écouté leur voix, et ne leur avait pas prêté l’oreille (Deutéronome 1:45). Ils avaient pensé pouvoir régler l’affaire avec Dieu par un rapide « nous avons péché ».

Nous, enfants de Dieu, avons aussi des leçons à apprendre de cela. Combien nous sommes rapides à préparer certaines formules de confession de nos péchés devant Dieu, et combien souvent nos cœurs en restent froids ! Ne devons-nous pas tous plus ou moins le confesser ? Que le Seigneur nous donne la profondeur nécessaire quand il s’agit de la confession de nos fautes ! Le regard plein de foi sur notre Sauveur souffrant sur la croix nous aidera à cela.

 

1.6.3        Pas de racines

« Et, le soleil s’étant levé, ils furent brûlés, et parce qu’ils n’avaient pas de racine, ils séchèrent » (Matthieu 13:6).

 

C’est ainsi que le Seigneur Jésus continue la parabole. Ce qui avait conduit à une levée rapide, entraîna en même temps une fin rapide et le dessèchement : c’était le peu de terre, et l’absence de racines. Cette vie apparente n’a été que de courte durée, car la relation avec la vraie source de vie manquait.

 

« mais il n’a pas de racine en lui-même, mais n’est que pour un temps : et quand la tribulation ou la persécution survient à cause de la parole, il est aussitôt scandalisé » (Matthieu 13:21).

 

Le soleil met à jour les vraies situations (dans bien des passages de l’Écriture sainte, ici et ailleurs, le soleil est une figure de la tribulation et de la persécution). Aussi longtemps que les circonstances extérieures sont favorables dans le domaine chrétien, on ne voit pas le manque de racines ni l’absence de la vie de Dieu. Or le domaine où on professe être chrétien est vaste, et il y a beaucoup de gens qui prétendent croire à la Parole de Dieu. En un certain sens, ceux dont nous parlent ce verset font cela aussi, mais cela ne dépasse souvent pas l’intelligence qui accepte de tenir-pour-vrai, une foi purement humaine et sentimentale (comp. Jean 2:23-25 ; Actes 8:13 et suiv.). Mais si on y regarde de plus près et qu’on élimine la mince couche de poussière, on tombe droit sur le dessous en pierre : ils ne se sont jamais courbés devant l’autorité du Seigneur, et ils ne sont pas non plus prêt à le faire maintenant. Quelqu’un de mes lecteurs appartiendrait-il peut-être à cette catégorie ? Ô pensez à ce que le Seigneur a dit : ils n’ont pas de racine en eux, et ils ne sont que pour un temps ! À la fin tout est desséché.

En fait de telles personnes, quand les persécutions à cause du témoignage chrétien sont arrivées, elles ont laissé tomber leur profession encore toujours faible, ou même se sont transformées en ennemis des vrais chrétiens. Le Seigneur Jésus dit qu’ils sont « aussitôt scandalisés ». La Parole avait été reçue aussitôt avec joie, et aussitôt on en est scandalisé. Une telle personne n’a aucune force de résistance quand arrivent des mises à l’épreuve de quelque sorte que ce soit. Et pourquoi n’en a-t-elle pas ? parce qu’il n’y a pas de racine qui la relie à la source cachée de secours de la grâce de Dieu. Luc dit : « parce qu’ils n’avaient pas d’humidité » (Luc 8:6).

C’est pourquoi on a désigné ce groupe d’auditeurs, malgré le dessous en pierre qui se trouve partout dans leurs cœurs, comme étant les faibles de cœurs. Quand les circonstances favorables changent, le manque de toute racine, de toute vraie relation avec Christ, le manque de la vraie source de vie, — tout cela fait que ces personnes sont remplies de peur, et qu’elles deviennent rapidement sans énergie, et qu’elles se dessèchent à vue d’œil en ce qui concerne leur profession de christianisme. Tout leur enthousiasme chrétien, toute leur passion pour l’amélioration chrétienne du monde, — tout cela disparaît rapidement sous le soleil de la tribulation.

Ne « croire que pour un temps », et ensuite « se retirer » (Luc 8:13 ; ou : apostasier) a en fait des conséquences éternelles. Car si la grâce de Dieu n’intervenait, pour délivrer les professants sans vie de leur triste état, ils trouveraient leur jugement dans l’étang de feu brûlant de feu et de soufre.

C’est pourquoi la question se repose à chacun des lecteurs de ces lignes : Me suis-je déjà tenu une fois devant la face de Dieu avec mes péchés ? Tôt ou tard, cette question des péchés doit être réglée devant Dieu. Je n’aurai jamais pour part une paix solide, et qui demeure, tant que je ne me serai pas courbé devant le jugement de Dieu à mon égard, et que je ne me serai pas réfugié dans l’œuvre rédemptrice de Christ. Si quelqu’un manque de le faire ici sur la terre, la question sera mise sur le tapis pour lui au tribunal de Christ (2 Corinthiens 5:10). Mais cela signifiera alors sa perdition éternelle.

 

1.7   Semé parmi les épines

Pour le troisième cas que le Seigneur nous présente, il ne nous est pas difficile de reconnaître le troisième des trois ennemis qui s’opposent à la réception de la Parole : le monde. Ce qui est placé devant nous n’est plus la dureté de cœur, ni la faiblesse de cœur de l’auditeur, mais son cœur partagé.

 

« Et d’autres tombèrent entre les épines, et les épines montèrent et les étouffèrent » (Matthieu 13:7).

 

Il est remarquable que l’expression « tombèrent entre les épines » du v. 7 utilise un mot différent du v. 22 « semé dans les épines ». Au v. 7, le mot grec (epi) signifie « sur », et l’expression correspond à : « d’autres tombèrent sur les épines », comme au v. 5 « tombèrent sur un endroit rocailleux ». Par contre au v. 22, le Seigneur utilise une autre préposition (grec : en), qui peut être traduit par « dans, au milieu de, au sein de » : « Mais celui qui est semé au milieu des épines ».

De ces deux expressions qui ne se contredisent nullement, il ressort la véritable figure que le Seigneur dépeint. Dans le champ sur lequel la semence est semée, il y avait déjà quelque chose de présent qu’on ne pouvait pas voir du dehors : des racines d’épines que la charrue a rencontrées. Littéralement, la semence tombe sur la terre, mais en fait elle tombe sur des épines, et même elle est au milieu d’elles pour ce qui concerne ses perspectives de croissance. Les épines jouent ici un rôle tellement important, qu’il n’est parlé que de leur levée à elles. La semence a-t-elle crû ? cela n’est même pas indiqué. Il est vrai que Luc mentionne cette croissance de la semence, mais seulement pour montrer combien les épines ont bien prospéré (Luc 8:7) : les épines levèrent avec les grains semés et les étouffèrent.

L’œil spirituel de celui qui observe voit déjà la semence au milieu des épines et sous elles, bien qu’au début elles ne fussent tombées que sur elles. Comprendre cela aide beaucoup pour l’interprétation de la parabole.

 

1.7.1        Les épines

« Et celui qui a été semé dans les épines, c’est celui qui entend la parole ; et les soucis de ce siècle et la tromperie des richesses étouffent la parole, et il est sans fruit » (Matthieu 13:22).

 

Dans ce troisième exemple d’auditeurs de la Parole, le terrain du cœur est déjà plein ‘d’épines’, plein de mauvaises racines avant même que la bonne semence ait été semée. Le résultat final est qu’« il est sans fruit » (Matthieu 13:22), « ils ne portent pas de fruit à maturité » (Luc 8:14).

Le Seigneur montre qu’il est complètement impossible de porter du fruit pour Dieu quand le cœur est rempli du monde. Si un auditeur de la Parole n’est pas vraiment droit dans son cœur quand il écoute cette parole, les épines croîtront toujours plus vite et plus haut que le froment (qui ressemble aux herbes), ou que l’orge (qui est de basse taille) — et elles étoufferont la Parole. Comme Luc le montre, il y a trois influences qui, ou bien coopèrent en une puissante synergie, ou bien produisent leur effet séparément. Si on les regroupe avec celles nommées en Matthieu, ce sont les soucis de la vie, la tromperie des richesses et les voluptés de la vie. Bien que la Parole soit écoutée, et qu’on soit même d’accord avec elle dans son fors intérieur, la Parole ne peut susciter aucune foi dans le cœur, aucune vie, parce qu’il manque de se tourner positivement vers Dieu, et parce qu’on n’est pas prêt à rompre avec le monde.

Il semble que par les ‘soucis de la vie’ (ou : des circonstances) il faille plutôt entendre la convoitise, que les soucis au sens d’inquiétude. Par la combinaison de ces ‘soucis de la vie’ avec la ‘tromperie des richesses’ et les ‘voluptés de la vie’, le Seigneur décrit un état de cœur caractérisé par la conformité au monde. Là où la conformité au monde prévaut, la Parole de Dieu ne peut pas prendre pied. Ce principe vaut autant pour les non croyants que pour les croyants, même s’il y a des différences au niveau des conséquences.

Il ressort de cela que, quand le Seigneur parle des soucis de la vie (ou : des circonstances), Il ne veut pas dire les occupations de la vie. Un chrétien doit prendre soin des siens (1 Timothée 5:8), il doit se proposer « ce qui est honnête devant tous les hommes » (Romains 12:17). Se soucier de telles choses ne doit pas être considéré comme des ‘épines’ pour autant que cela ne prenne pas la place du Seigneur (ce qui n’est pas une condition secondaire) ni Le supplante dans le cœur. Le secret, la sauvegarde pour qu’un souci relatif aux choses de la terre soit juste et selon la volonté de Dieu, c’est qu’on ait devant les yeux de glorifier le Seigneur et non pas soi-même. Si nous travaillons de cœur, comme pour le Seigneur (Colossiens 3:23) et si nous faisons tout pour la gloire de Dieu et au nom du Seigneur (1 Corinthiens 10:31 ; Colossiens 3:17), alors tout est en ordre. Autrement Satan lui-même est capable de manipuler et de manœuvrer le souci nécessaire, pour faire sérieusement tort à l’âme. Chez les non croyants, cela peut conduire à la perdition éternelle, et chez les croyants à l’absence de paix, au déchirement intérieur, et même au doute.

La tromperie des richesses présente pareillement un danger sournois. Qu’on possède des richesses ou qu’on n’en possède pas, elles trompent. C’est inhérent aux richesses elle-mêmes. Elles promettent une satisfaction qu’elles ne donneront pas et ne peuvent pas donner. Et elles trompent aussi bien celui qui en a que celui qui n’en a pas.

En troisième lieu viennent les voluptés de la vie (Luc 8:14). Marc les désigne de manière caractéristique par l’expression « la convoitise à l’égard des autre choses » (Marc 4:19). Le mot « voluptés », quand il est au pluriel, est souvent traduit par « convoitises ». Il désigne une ‘jouissance’, mais surtout au sens mauvais. Il faut encore remarquer que pour le mot « vie » dans « voluptés de la vie », il y a ici un mot autre que celui qualifiant les ‘souci(s) ; ceux-ci sont appelés les « soucis de ce (du) siècle » (Matthieu 13:22 ; Marc 4:19) ; il s’agit de soucis de la vie en rapport avec les circonstances (en grec : aion ; le cours de la vie), tandis que les voluptés [de la vie] sont liées avec la conduite, avec la manière de vivre (en grec : bios).

 

1.7.2        Avertissements

L’exemple du jeune homme riche nous montre l’influence paralysante des richesses, surtout de l’amour du monde. Ce jeune homme avait entendu la parole de Jésus, et elle avait eu une certaine influence sur lui. Aussi vint-il au Seigneur pour apprendre ce qu’il devait faire pour obtenir la vie éternelle. Il possédait un caractère aimable de nature, mais il n’était pas à la hauteur de l’examen auquel le Maître [qui enseigne] le soumettait : vendre tout son bien et le donner aux pauvres, tout abandonner et Le suivre. La tromperie des richesses étouffait la Parole. Ni le désir de la vie éternelle dans le cœur du jeune homme, ni l’assurance du Seigneur d’un trésor donné dans le ciel, — rien ne fut assez fort pour surmonter l’amour des richesses présentes. Aussi « s’en alla-t-il tout triste, car il avait de grands biens » (Matthieu 19:16-22).

Quand le roi fit des noces pour son fils, et invita beaucoup de gens au mariage avec l’assurance que tout était prêt, les invités ne vinrent pas (Matthieu 22 ; Luc 14). Ils avaient reçu l’invitation, mais ils la déclinèrent. Qu’est-ce qui les empêchait de venir ? Les choses les plus normales du monde ! Il n’est certainement pas interdit d’acheter un champ et de le voir. Il n’y a rien de mauvais à acheter des bœufs et à vouloir les tester. Il est tout à fait honorable d’épouser une femme : c’est la volonté de Dieu en principe pour l’homme. Mais mettre toutes ces choses en opposition à la Parole du roi, c’était en faire des ‘épines’. Du fait que ces choses légitimes prenaient la première place dans leur cœur, elles devenaient des ‘épines’, et elles étouffaient la Parole de la grâce. Aussi ces gens restèrent-ils dehors et tombèrent sous le jugement du roi. « Tiens-moi pour excusé » — combien nombreux ceux qui désirent le dire aujourd’hui ! Leur cœur est rempli de mille choses du monde, et ils déclinent l’offre de la grâce de Dieu — pour leur perdition éternelle.

Mais tout cela parle aussi sérieusement pour nous enfants de Dieu. Nous étonnons-nous quelquefois que notre joie dans le Seigneur et dans les bénédictions célestes soit si maigre, et que s’occuper de la Parole de Dieu nous soit si pénible et infructueux ? Peut-être cela tient-il aux ‘épines’ que nous tolérons dans notre cœur. Plus nous laissons de place dans notre cœur à ce qui n’est pas du Père, mais est du monde (1 Jean 2:15-16), plus notre vie sera sans fruit pour Dieu. Soyons sur nos gardes pour ne pas excuser de plus en plus les principes mondains dans nos vies.

 

1.7.3        Résumé

Dans les trois ‘terrains’ que nous avons eus devant nous jusqu’ici, nous avons vu les trois ennemis qui cherchent à empêcher la réception de la Parole par les hommes. Le diable ravit tout simplement la bonne semence, parce que les gens ne la veulent pas. La chair peut se montrer attrayante, mais elle n’est pas disposée à se soumettre à l’autorité de la Parole. Et le monde étouffe tout ce qui est de Dieu. Les trois sont alliés dans leur inimitié contre Christ, contre le Saint Esprit et contre le Père.

Bien que tous les cas soient très différents, le résultat est toujours le même : pas de fruit. Qu’il s’agisse de la stupidité et de la lourdeur d’esprit des uns qui refusent simplement la Parole de Dieu, qui ne veulent pas croire, — qu’il s’agisse de la prétendue intelligence d’autres, et de leurs prétentions religieuses pour recevoir la Parole avec joie, mais sans repentance devant Dieu, — ou qu’il s’agisse de gens sérieux, plus réfléchis, qui, jusqu’à un certain degré, ont une pensée juste sur la Parole de Dieu, mais sont tellement occupés des choses de cette vie, que la Parole est étouffée dans leur cœur, — tous ces gens ont ceci en commun qu’ils n’ont pas la vie de Dieu. Qu’on soit un auditeur de la Parole dur de cœur, ou faible de cœur ou au cœur partagé, tous convergent vers un seul point : ils vont à la perdition. Nous pensons à ce que le Seigneur Jésus dit dans le premier des cas au sujet de l’intention du diable : il ravit la Parole de leur cœur « de peur qu’en croyant, ils ne soient sauvés » (Luc 8:12). Combien cela est sérieux !

Quels enseignements profonds contient cette parabole ! Nous ne nous y attendions peut-être pas dans toute cette étendue, mais celui qui révèle les secrets parle, et Il connaît ce qui est caché dans les cœurs.

 

1.8   Semé sur la bonne terre

Ce n’est qu’au quatrième exemple qu’on rencontre un genre d’auditeurs fondamentalement différent : les auditeurs honnêtes. Ce n’est que dans leur cas qu’il y a du fruit.

 

1.8.1        La bonne terre

 

« Et d’autres tombèrent sur une bonne terre et produisirent du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente » (Matthieu 13:8).

 

Nous avons déjà remarqué que le Seigneur ne montre pas dans cette parabole comment il se fait qu’il y ait de la « bonne terre ». Il ne le dit pas non plus dans Son explication du v. 23 :

 

« Et celui qui a été semé sur la bonne terre, c’est celui qui entend et comprend la parole, qui aussi porte du fruit, et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente » (Matthieu 13:23).

 

La ‘bonne terre’ est évoquée comme étant un fait ; il est expliqué en quoi elle consiste ; mais comment du terrain dur ou épineux devient de la ‘bonne terre’, ce n’est pas l’objet de la parabole. L’Écriture sainte nous montre ailleurs que « le cœur de l’homme est mauvais dès sa jeunesse » et que « toute l’imagination des pensées de son cœur n’est que méchanceté en tout temps » (Genèse 8:21 ; 6:5). «Il n’y a point de juste, non pas même un seul ; il n’y a personne qui ait de l’intelligence, il n’y a personne qui recherche Dieu ; … il n’y en a aucun qui exerce la bonté, il n’y en a pas même un seul» » nous dit l’épître aux Romains (3:10-12). Aucun homme n’est en état de porter de porter du fruit pour Dieu, et pas même un seul n’a de l’intelligence. S’il n’y avait pas d’œuvre cachée du Saint Esprit, notre cas serait sans espoir.

Mais le Saint Esprit opère dans l’homme. Il applique la Parole de Dieu au cœur et à la conscience avec l’intention de le conduire à la foi, à la repentance et à la vie éternelle. De cette manière les cœurs sont purifiés par la foi (Actes 15:9) ; de cœurs remplis de fraude, ils deviennent des cœurs honnêtes et bons (Luc 8:15 ; voir aussi Jérémie 4:3).

Cependant dans notre parabole, le Seigneur ne parle pas du travail intérieur de l’Esprit de Dieu, mais Il ne cite que les faits extérieurement perceptibles : c’était de la bonne terre ; de la bonne semence a été apportée sur ce sol, et il en est sorti du fruit. L’expression « il n’a pas de racine » d’un cas précédent (v. 21) est bien plutôt la déclaration d’un fait qu’une indication sur le terrain. Pour la compréhension des paraboles, il est important de comprendre cette manière de parler du Seigneur. Dans une parabole, tous les aspects de la vérité ne sont pas montrés d’un coup. Ce qui fait justement leur valeur, c’est qu’elles poursuivent une grande ligne quant au fond.

 

1.8.2        Comprendre la Parole de Dieu

Cette grande ligne continue, dans notre parabole, est la pensée de porter du fruit. Quand le semeur apporte la semence sur la terre, il le fait pour obtenir du fruit. Le but des voies de Dieu avec les hommes, c’est le fruit. Il y a droit.

Dans les trois premiers cas, il n’y a pas de fruit, malgré les efforts du semeur. Dans le quatrième cas il y a des gens qui non seulement entendent la Parole, mais aussi la comprennent et portent du fruit. À cet égard, ils sont en contraste complet avec les trois autres groupes qui certes ont bien aussi entendu la Parole, et en sont donc responsables, mais qui n’ont rien amené à maturité. Justement à propos de celui semé le long du chemin, il est dit qu’il ne comprend pas la Parole, c’est-à-dire qu’il ne veut pas la comprendre, comme on se le rappelle. Ici pourtant, il y en a qui ont compris la Parole, et cela nous rappelle 1 Jean 5:20 : « Or nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné une intelligence afin que nous connaissions le Véritable ».

Quelle satisfaction ce doit être pour Dieu que de voir des gens amenés par Son Fils à comprendre Sa Parole et à entrer dans Ses pensées. Les enfants de Dieu connaissent Dieu, le Véritable. Ils ont Sa nature et sont rendus par là capables de porter du fruit pour Lui. En eux se réalise déjà en partie la prophétie d’Ésaïe (53:11) : « Il verra du fruit du travail de son âme, et sera satisfait » ! Oui, à cause de ce fruit, le Fils de Dieu a entrepris le lourd travail de la rédemption, et Il s’est assujetti à toute la peine des semailles. Que Son nom en soit loué !

 

1.8.3        Différences dans la production de fruit

Tout enfant de Dieu a bien reçu la Parole et la garde, et tout enfant de Dieu porte du fruit avec patience (Luc 8:15). Autrement, il n’y aurait pas de fruit. Il y a pourtant des différences comme le montre clairement notre parabole. Le Seigneur indique trois degrés de production de fruit. Tous avaient la bonne terre (un bon auditeur de la Parole), tous avaient reçu la même bonne semence, et malgré tout quelles différences dans le fruit produit ! Comment l’expliquer ?

Quand nous connaissons quelque chose de la folie de nos propres cœurs, il n’est pas difficile de trouver la réponse. Le Seigneur ressuscité devait faire le reproche aux disciples en chemin vers Emmaüs : « Et lui leur dit : Ô gens sans intelligence et lents de cœur à croire toutes les choses que les prophètes ont dites ! » (Luc 24:25). Ses paroles de réprimande ne sont-elles pas aussi souvent vraies pour nous ? Bien qu’en principe nous portions du fruit pour Dieu, il peut cependant y avoir dans nos cœurs des éléments de blocage. Par la parole de Dieu, nous savons que notre cœur reste mauvais jusqu’à la fin. Il est bien purifié par la foi, et par là rendu capable de pensées saintes et de sentiments saints. Mais en lui-même, notre cœur reste aussi mauvais et aussi trompeur que jamais.

Y a-t-il donc lieu de s’étonner que les trois ennemis dont nous avons considéré la manière d’agir dans les trois premiers cas, cherchent à susciter dans nos cœurs de la résistance à la Parole ?

Si nous ne veillons pas et si nous ne nous jugeons pas nous-mêmes, ces ennemis auront plus ou moins de succès à cet égard, et cela explique les différences dans le fruit porté. Colossiens 1:6 nous montre un principe important : toute Parole de Dieu porte du fruit et va croissant. Si elle ne porte pas de fruit chez moi, la faute n’en tient qu’à moi. Je suis très affecté de ce que, dans tel domaine particulier de mon cœur, le terrain soit dur au point d’être comme un chemin durement piétiné ! Si Dieu me parle alors dans cette direction, je ne suis probablement pas prêt à recevoir Sa parole ; et Satan n’aura pas de peine à me la ravir totalement. Ne devons-nous pas tous nous demander s’il y a des versets de la Parole de Dieu qui sont semés chez nous comme si c’était le long du chemin ? Et n’y a-t-il pas d’autres versets sur lesquels nous nous sommes d’abord profondément réjouis, mais qui sont devenus un choc, ou scandale, quand ils nous ont mis à l’épreuve ? Il y a peut-être aussi des passages de la Parole de Dieu que nous avons entre temps comme étouffés par notre amour du monde, parce que nous nous considérons aujourd’hui comme plus malins et plus éclairés qu’autrefois ? Ou croyons-nous réellement que des ‘épines’ ne peuvent pas lever dans nos cœurs, et étouffer la Parole ? Combien il est nécessaire de rester près du Seigneur pour les reconnaître et pour les juger ! Le ‘vigneron’ (Jean 15) ne va pas se désintéresser de ce que nous portions si peu de fruit. Il sait ce qu’Il doit faire — mais c’est une autre pensée.

Il y a quand même aussi — grâces à Dieu — des parties de vérité qui portent réellement du fruit dans nos vies. Pourtant, il peut aussi arriver que nous ne soyons pas ouverts de la même manière pour toutes. L’enseignement sur les nécessités de la prière ne porte peut-être chez nous que 30 fois le fruit, tandis que les vérités sur le retour du Seigneur s’arrêtent à 60 fois. Que Dieu nous donne, en ce qui concerne Sa volonté, de nous efforcer d’arriver à la pleine mesure de fruit porté !

Nous nous satisfaisons rapidement, comme déjà remarqué, de porter peu de fruit, mais Dieu voudrait que nous en portions beaucoup. « En ceci mon Père est glorifié, que vous portiez beaucoup de fruit » (Jean 15:5-8). Combien l’exemple d’Isaac est encourageant ! « Et Isaac sema dans cette terre ; et il recueillit cette année-là le centuple ; et l’Éternel le bénit » (Genèse 26:12).

Pour finir, nous pouvons dire que la présence de fruit est le test divin pour savoir si la profession de christianisme est authentique. Si ‘l’arbre’ est bon, on le reconnaît au fruit qu’il porte (Matthieu 3:10 ; 7:16-20). Si le ‘figuier’ est coupé ou pas, cela se décide sur la question du fruit porté (Luc 13:6-9). C’est en portant du fruit que les ‘sarments’ montrent une relation intérieure avec le ‘cep’.

De tout cela, nous apprenons que la parabole du ‘semeur’ ne porte pas seulement sur des questions dispensationnelles, mais qu’elle sonde aussi profondément notre propre vie. Le cœur de Josias avait été rendu sensible en écoutant la Parole de Dieu (2 Chroniques 34:27). Si l’occupation de la Parole de Dieu nous conduit aussi dans cette direction, nos vies seront aussi riches en fruit.

 

Le fruit est la réponse à l’amour de Celui qui s’est livré Lui-même pour nous.

 

 

2                        L’ivraie dans le champ

 

Note du traducteur : Les termes « ivraie » et « froment » ont été presque partout utilisés selon la version JN Darby de la Bible, mais l’auteur de cet article utilise généralement, en allemand, les termes de « mauvaise herbe » et de « blé ». En français, l’ivraie est une mauvaise herbe particulière, et le froment est une variété de blé particulière.

 

La parabole du ‘semeur’ est suivie en Matthieu 13 par la parabole de ‘l’ivraie dans le champ’, la première des six paraboles du royaume des cieux. La parabole du ‘semeur’ forme la base de tous les enseignements ultérieurs et de toutes les autres paraboles du Seigneur dans ce chapitre. Elle nous montre, comme nous l’avons vu, l’œuvre préparatoire du Seigneur Jésus sur la terre.

Souvenons-nous encore une fois que le royaume des cieux ne décrit ni le ciel, ni l’assemblée de Dieu, mais ce domaine sur la terre où est reconnu — même si n’est que selon une forme extérieure — le Seigneur qui demeure au ciel. Ce royaume, que nous pouvons identifier aujourd’hui avec la chrétienté ne pouvait pas commencer avant que le roi rejeté sur la terre soit monté au ciel et y ait pris place à la droite de la puissance. Ce royaume devait exister en mystère (ou : en secret), ce qui était autre chose que le royaume de Dieu visible attendu par les Juifs. C’est pourquoi le Seigneur parle des « mystères [ou : secrets] du royaume des cieux » — il s’agissait d’un mystère parce que le roi serait absent, dans le ciel. Une autre caractéristique, non moins importante, serait que ce royaume serait caractérisé par la grâce.

Cette forme du royaume était alors totalement inconnue aux disciples de Jésus. Il devait aussi être étrange pour eux que ce royaume doive prendre un développement extérieur formant un contraste total avec ce que les prophètes avaient prédit au sujet du royaume à venir. Comme l’un des prophètes l’avait annoncé, la terre devait être, à la fin, « pleine de la connaissance de l’Éternel », et « on ne ferait pas de tort et on ne détruirait pas » dans toute Sa sainte montagne (Ésaïe 11:9). Quel étonnement devait être le leur en entendant que le royaume dont leur parlait maintenant leur Seigneur allait être envahi de mauvaises herbes (ivraie).

La vérité était que le royaume promis à Israël dans l’Ancien Testament devait être différé pour un temps à cause du rejet du Messie par le peuple juif, pour faire place intermédiairement à un autre royaume dont le Seigneur présente le développement extérieur dans les trois premières paraboles du royaume des cieux. Ces trois paraboles sont adressées aux foules (Matthieu 13:34), mais Il ne leur en donne pas l’explication, pas plus qu’Il n’explique pourquoi Dieu permettait un tel développement fâcheux ; ces explications, Il les donne à Ses disciples, une fois seul avec eux dans la ‘maison’ (13:36 et suiv.). Et Il se sert alors à nouveau de trois paraboles pour leur décrire la véritable intention de Son Père dans tout cela, et la valeur intérieure du royaume pour Lui.

Les trois premières paraboles (‘l’ivraie du champ’, le ‘grain de moutarde’, le ‘levain dans la pâte’) nous montrent donc le caractère public et le résultat visible du royaume dans le monde. C’est une représentation de la chose du côté historique. Il n’en est pas de même pour les trois dernières paraboles (‘le trésor dans le champ’, ‘la perle de grand prix’, ‘le filet dans la mer’). Dans celles-ci, on reconnaît plutôt le conseil caché de Dieu et la valeur intérieure de la chose, les pleins résultats dans la main de Dieu.

Il y a une grâce merveilleuse dans la manière dont le Seigneur instruit les Siens. Il veut réveiller leurs pensées et leurs affections et faire naître amour et actions de grâces. Que cela puisse aussi avoir lieu pour nous à Son égard en méditant maintenant cette parabole de ‘l’ivraie du champ’ ! Et même si cette parabole ne nous présente que l’aspect extérieur du royaume, nous pouvons quand même apprendre à reconnaître les principes actifs, et à faire la différence d’avec les conseils de Dieu, et à juger ces principes. Cela est justement d’une si grande importance pour notre marche pratique dans notre temps et dans ce monde. Les développements extérieurs peuvent être comme ceci ou comme cela, mais quels sont les principes qui sont derrière ? C’est ce qu’il faut toujours nous demander, et reconnaître cela peut seul nous garder de mauvaises décisions.

 

2.1   « Son » champ

Avant de réfléchir à chacun des versets de cette parabole, commençons par deux sortes de remarques préalables. La première concerne notre manière de procéder, la seconde la liaison globale des éléments de la parabole. Du fait que nous avons le privilège inestimable d’apprendre l’interprétation des parties essentielles de la parabole de la bouche du Seigneur Lui-même, nous allons tirer parti immédiatement des explications du Seigneur à l’occasion de chaque point particulier, même si ces explications nous sont données comme un tout, plus loin dans le chapitre. Nous avons procédé de la même manière pour la parabole du ‘semeur’. — Et pour ne pas perdre la liaison globale des éléments de la parabole, il est important de comprendre que celle-ci (et elle seulement, la parabole de ‘l’ivraie du champ’) nous présente le développement du royaume des cieux, du début jusqu’à la fin, en tant que confié à l’homme. Dans cette parabole, le point où l’on se place pour considérer le royaume, c’est la terre. Pour le monde, il reste un mystère (ou : secret). Ne comprennent ces mystères, que ceux qui sont auprès de Jésus dans la ‘maison’, et ce n’est qu’à eux que le Seigneur explique cet état anormal, et la raison pour laquelle Dieu le supporte.

 

« Il leur proposa une autre parabole, disant : Le royaume des cieux a été fait semblable à un homme qui semait de bonne semence dans son champ » (Matthieu 13:24).

 

Les trois paraboles adressées aux foules sont introduites par la phrase « Il leur proposa une autre parabole, disant ». La signification originale du mot ‘proposer’ est ‘poser à côté’. Le Seigneur leur pose une autre parabole à côté de celle déjà communiquée, et Il explique. L’expression ‘a été fait semblable’ met l’accent sur l’aboutissement du développement, et non pas tellement sur son commencement ni sur son déroulement. Le Seigneur a devant Lui le plein développement de la chose, et montre comment cela est arrivé historiquement : d’où l’usage constant du passé pour les verbes : « semait », « vint », « sema », « monta », « produisit », « parut », etc. En fin de compte, la signification de « a été fait semblable » répond à la signification de « est semblable » des versets 31, 33, 44, 45, 47.

 

2.1.1        Ce à quoi le Seigneur Jésus a droit

L’« homme » qui semait de la bonne semence dans son champ est le Fils de l’homme (13:37) — il n’est pas dit « Christ ». Le titre de ‘Fils de l’homme’ fait ressortir Son rejet comme Messie de Son peuple terrestre, et Son élévation à la droite de Dieu.

C’est aussi la raison pour laquelle ce n’est que dans cette parabole qu’il est parlé du champ comme étant « son champ » (13:24-27). Dans la parabole précédente du ‘semeur’, il n’y a rien de pareil. Entre temps, le Seigneur est, en figure, mort et ressuscité.

Quand Il parle maintenant de Son champ et qu’Il explique que « le champ, c’est le monde » (13:38), il est clair que le monde entier (en grec : kosmos) Lui appartient. Y a-t-il là quelque chose de particulier ? Ne Lui appartient-il pas déjà depuis toujours ? Bien sûr, comme Créateur, Il est propriétaire en droit de tout ce qu’Il a créé. Mais il y a ceci de spécial que, comme homme, comme Fils de l’homme, Il se l’est acquis d’une manière nouvelle — par sa mort à la croix de Golgotha.

C’est dans le même sens que les Juifs remplis de haine contre Lui, ont dit de Lui, quand Il est venu dans Sa ‘vigne’ : « Celui-ci est l’héritier ; venez, tuons-le, et possédons son héritage » (21:38). Selon le conseil de Dieu, Il ne devait pas seulement posséder seul la ‘vigne’ d’Israël, mais aussi le monde entier en tant que Fils de l’homme (Hébreux 1:2 ; 2:5-8). C’est au prix de Son sang, qu’Il a acheté non pas seulement ceux qui croient en Lui (1 Corinthiens 6:20 ; 7:23 ; Apocalypse 5:9 ; 14:3-4), mais aussi tous les hommes, y compris ces faux prophètes qui le reniaient comme leur maître (2 Pierre 2:1). ‘Acheter’ n’est pas synonyme de ‘racheter’. ‘Acheter’ inclut l’acquisition de droits (sur quelque chose ou sur quelqu’un), et met l’accent sur cette conséquence de Son œuvre.

Or le Seigneur Jésus, par Sa mort, s’est acquis des droits sur tous les hommes, et sur le monde entier en tant que lieu d’habitation de ces hommes. Ces droits sont-ils reconnus ? pas du tout ! La plupart des gens ne se soucient pas des droits par lesquels Il les a achetés. Ils pensent que le monde, ou au moins des parties du monde, leur appartiennent, et qu’ils peuvent donc agir avec comme ils se l’imaginent.

Pourtant ils se trompent : le monde appartient à Christ, et ils devront répondre un jour devant Lui de ce qu’ils se sont immiscés dans Ses droits.

 

2.1.2        La bonne semence

Tandis que dans la précédente parabole, le ‘semeur’ semait sa semence dans les cœurs, le Fils de l’homme sème ici sa bonne semence dans Son champ. Cela correspond d’abord à Jean 3:16 : « car Dieu a tant aimé le monde » — le monde comme le total des gens. En second lieu, il faut comprendre le monde comme le lieu d’habitation des gens, comme la scène sur laquelle se déroulent les événements rapportés. Dans ce ‘champ’ donc, ‘l’homme’ introduit quelque chose qui ne s’y trouvait pas auparavant, quelque chose qui ne se trouve pas naturellement dans le sol. C’est ce qui rend clair qu’il ne peut s’agir ni de la nation juive ni du système juif, car ils étaient présents avant la période mentionnée ici.

Qu’est-ce donc que la ‘bonne semence’ ? Le Seigneur l’explique ainsi : « la bonne semence, ce sont les fils du royaume » (13:38). Dans la parabole du ‘semeur’, la semence était une image de la Parole de Dieu ; ici c’est une image de ceux qui l’ont reçue. Le fruit correspond à la semence. La ‘bonne semence’ — ce sont des croyants qui font partie du fruit du vrai grain de blé, qui est mort pour eux afin qu’ils aient la vie (Jean 12:24). Ce sont eux que le Seigneur met dans Son champ. Les fils du royaume Lui appartiennent, et Il les envoie dans le monde.

Répandre la bonne semence, c’est l’œuvre du grand Maître Lui-même. S’Il gardait la précieuse semence dans Sa corbeille, il n’y aurait ni croissance ni moisson. Il utilise différentes voies pour répandre les fils du royaume sur tout le champ. Il s’est servi par exemple de la persécution à l’occasion de la mort d’Étienne pour atteindre ce but, car nous lisons : « Et tous furent dispersés dans les contrées de la Judée et de la Samarie, excepté les apôtres… Ceux donc qui avaient été dispersés allaient çà et là, annonçant la parole » (Actes 8:1, 4). Ce que Satan a fait pour empêcher les témoins de se répandre plus loin a abouti au résultat exactement contraire dans les mains du Seigneur.

N’y a-t-il pas là des leçons à tirer personnellement ? Plus d’une fois le Seigneur permet des circonstances dans nos vies qui nous éprouvent, qui nous donnent bien de la peine, et que nous attribuons peut-être à l’adversaire. Mais si nous les appliquons correctement, nous pouvons être par là en bénédiction à d’autres. C’est dans ce but que le semeur a mis les fils du royaume dans Son champ. Mais le champ, c’est le monde.

Par ailleurs, le champ n’est pas l’assemblée ou église de Dieu. Notre parabole n’a rien à faire avec les principes de l’assemblée, comme on le verra plus loin encore plus clairement. On ne saurait trop mettre en garde contre une telle méprise. Certes le royaume des cieux prend, dans le temps présent, les traits et les formes de l’église, cela est indiscutable. Mais les principes selon lesquels Dieu agit dans le royaume des cieux sont autres que ceux qu’Il veut voir respectés dans Son assemblée.

 

2.2   L’œuvre du diable

Dans la parabole du ‘semeur’, l’adversaire ravit ce qui est bon ; dans la parabole de ‘l’ivraie du champ’, il ajoute quelque chose de mauvais. Ces deux activités sont dangereuses, et il les exerce les deux.

 

« Mais pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint et sema de l’ivraie parmi le froment, et s’en alla » (Matthieu 13:25).

 

Remarquons en premier lieu que nous apprenons ici quelque chose sur la nature de la ‘bonne semence’ : il s’agit de froment (ou : blé). C’est pourquoi cela fait penser à Jean 12. Le Seigneur Jésus se compare Lui-même à un grain de blé, et ceux qui germent à la suite de Sa mort, et font partie de Son fruit, portent les mêmes caractères que Lui.

 

2.2.1        Les fils du méchant

Voilà maintenant quelque chose de bien sérieux devant nous : le Seigneur a un ennemi, le diable (12:39), et celui-ci se sert du manque de vigilance des hommes pour faire du mauvais travail. Il marche « sur les talons » de Celui qui a semé la bonne semence dans Son champ, et il sème l’ivraie au milieu du froment. Le mot grec pour ‘semer’ est ici renforcé par un préfixe, ce qui lui donne le sens de « inonder de semence » : l’ennemi inonde de semence le froment déjà semé dans le sol. Pour cela il se sert d’une mauvais herbe, l’ivraie, très semblable au froment dans la première phase de croissance, et qui mêle ses racines à celle du froment. Ce n’est que quand les épis sont visibles qu’on peut différencier l’ivraie du froment (13:26, 27).

Tout cela éveille une foule de pensées en nous. Sommes-nous vraiment conscients de ce que le Seigneur Jésus a un ennemi perpétuel dans ce monde ? Il est aussi l’ennemi de nos âmes, et cherche à tout détruire ce que le Seigneur a fait de bien. Il travaille tout spécialement à calomnier la personne de Christ et Sa Parole. Et comme Christ est la vérité et le témoin véritable (Jean 14:6 ; Apocalypse 3:14), ainsi le diable est menteur et le père du mensonge (Jean 8:44). Il séduit toute la terre (Apocalypse 12:9 ; 20:3). Comment le fait-il ? En introduisant des ‘fils du méchant’ (Matthieu 13:38) au milieu du peuple de Dieu pour le disperser. C’est une perfidie intentionnelle : S’il ne peut déraciner les fils du royaume, il peut quand même les disperser.

C’est ce que montre clairement Jean 10. Le Seigneur Jésus dit, dans ce passage, que le voleur vient « pour voler, tuer et détruire » (Jean 10:10). Cela ne signifie pas qu’il y arrive effectivement, quoique ce soit son intention ; car personne ne peut ravir une de Ses brebis de Sa main ni de la main de Son Père (Jean 10:28, 29). Mais quand Il parle du loup, Il dit quand même qu’il ravit et disperse les brebis (Jean 10:12) ; c’est ce que nous retrouvons dans notre parabole.

Comme les fils du royaume sont le résultat de la Parole de Dieu, ainsi les fils du méchant sont le résultat d’enseignements faux et mauvais. L’expression « fils du méchant » est même effrayante en soi ; elle est à comparer avec « fils de Bélial » (2 Samuel 23:6) et « fils de perdition » (Jean 17:12). « Comme Caïn était du méchant » (1 Jean 3:12), ainsi ces gens sont de leur père le diable (Jean 8:44).

L’image de la ‘mauvaise herbe’, ou ‘ivraie’, ne se rapporte pas seulement à des personnes non converties. Ce sont bien plutôt des personnes que Satan a introduit dans le royaume des cieux pour détruire la moisson de Dieu sur la terre. C’est ainsi qu’il se trouve aujourd’hui dans la chrétienté (non pas dans l’assemblée !) des fils du méchant à côté des fils du royaume. Cela se traduit chez ces derniers par une sérieuse mise à l’épreuve et par une détresse intérieure. Et voilà que le champ chrétien est recouvert ‘d’ivraie’ au point qu’on peut à peine encore reconnaître le ‘froment’. Ce n’est pas le ‘froment’ qui caractérise le ‘champ’, mais ‘l’ivraie’. N’est-il pas tout à fait caractéristique que, quand les disciples demandent l’explication de la parabole, ils ne disent pas (13:36) « expose-nous la parabole du froment du champ », mais « expose-nous la parabole de l’ivraie du champ » ? Nous allons revenir sur ce point.

Ne pouvons-nous pas non plus tirer de la grande similitude entre le froment et l’ivraie la leçon que le diable ne cherche pas tellement aujourd’hui à détruire le domaine chrétien par la persécution, mais plutôt par l’imitation ? 2 Timothée 3 cite comme exemples de cela dans l’Ancien Testament, Jannès et Jambrès qui résistèrent à Moïse en imitant par la force du méchant ce que Moïse accomplissait par la force de Dieu (2 Timothée 3:8).

En relation avec ce point, n’est-il pas remarquable que le mot grec pour ‘mauvaise herbe’ est zizanion, qui dérive d’un mot signifiant « ouvrir par effraction » ? On dit que l’ivraie est la seule sorte d’herbe qui est poison pour les animaux comme pour les gens, et qui agit par assoupissement, puis par des nausées, pour finir par la mort. Le parallèle spirituel est effectivement d’une immense portée, et bien propre à nous inciter à une plus grande vigilance.

 

2.2.2        Le manque de vigilance

En fait, c’est le manque de vigilance qui a, en premier lieu, permis à l’adversaire un travail de cette ampleur. Il est frappant que le Seigneur Jésus ne dit pas : « quand la nuit vient, son ennemi vint aussi », mais « pendant que les hommes dormaient… ». Il veut assurément nous faire connaître par là non seulement la ruse et la malice de l’adversaire, mais Il veut nous signaler un sérieux manquement. Le semeur lui-même ne dormait certes pas (comp. Psaume 121:4), mais les hommes, eux, dormaient. Sans aucun doute l’ennemi est coupable, mais il tire parti du manque de vigilance chez les chrétiens. Déjà au commencement de l’histoire de l’église, quand les choses étaient encore largement en bon état, le Seigneur devait déplorer : « j’ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour » (Apocalypse 2:4). L’abandon des meilleures affections pour le Seigneur est la clef de toute la ruine dans la chrétienté. Sans cela, l’ennemi n’aurait pas pu réussir dans son œuvre méchante. Et comme la dispensation de la grâce a commencé par l’assoupissement, ainsi elle se termine par la tiédeur, l’absence total d’amour pour le Seigneur (Apocalypse 3:16).

Combien nous avons besoin aujourd’hui, au temps de la fin, d’une vigilance multipliée afin qu’au moins dans notre vie et notre domaine, il y ait, avant la moisson, une séparation positive entre le bien et le mal. Car il doit être complètement clair pour nous que le processus de semer du mal par dessus le bien se poursuit encore aujourd’hui sans interruption. Ne devons-nous pas nous plaindre que l’état spirituel de nous, les croyants, est très bas ? Ne s’est-il pas introduit dans bien des domaines de notre vie un mélange de ce qui est spirituel avec ce qui est du monde ?

C’est la raison pour laquelle nous trouvons ici « pendant que les hommes dormaient ». C’est pourquoi la Parole de Dieu nous avertit à multiples reprises contre la tendance au sommeil. « Ainsi donc ne dormons pas comme les autres, mais veillons et soyons sobres » (1 Thessaloniciens 5:6) ; « et encore ceci : connaissant le temps, que c’est déjà l’heure de nous réveiller du sommeil » (Romains 13:11). Si nous avons conscience, et si nous souffrons, de ce que notre défaillance et notre manque de vigilance ont facilité la tâche à l’adversaire pour s’introduire, il y a encore un plus profond sujet de tristesse en ce que le Seigneur Jésus parle de « Son ennemi ». Il nous nomme « Ses frères », et voilà qu’Il désigne l’adversaire comme « Son ennemi ». Il fait de nos affaires, Ses affaires — de notre ennemi, Son ennemi. Le combat que nous avons à combattre est en réalité Son combat. L’ennemi auquel nous avons affaire, est en réalité Son ennemi. Aussi faut-il que nous regardions à Lui qui peut pourvoir à tout le nécessaire pour le combat (comp. Éphésiens 6:10-18).

 

2.3   Le bien et le mal l’un à côté de l’autre

Les conséquences du manque de vigilance et de la négligence des chrétiens se sont déjà montrées très tôt, du vivant des apôtres. C’est ce que décrit l’apôtre Paul dans l’une de ses premières épîtres : « Car le mystère d’iniquité opère déjà » (2 Thessaloniciens 2:7). Et l’apôtre Jean devait écrire aux ‘petits enfants’ que « maintenant aussi, il y a plusieurs antichrists » (1 Jean 2:18 et suiv.). Cela souligne ce que notre parabole présente au figuré : que l’ivraie est venue très tôt à la suite du froment dans le champ, et a grandi ensemble avec lui :

 

« Et lorsque la tige monta et produisit du fruit, alors l’ivraie aussi parut. Et les esclaves du maître de la maison, s’approchant, lui dirent : Seigneur, n’as-tu pas semé de bonne semence dans ton champ ? D’où vient donc qu’il a l’ivraie ? Et il leur dit : Un ennemi a fait cela » (Matthieu 13:26-28).

 

Non seulement la mauvaise herbe (ou : ivraie) apparaît avec le froment et en même temps, mais elle devient l’élément prépondérant dans le champ. Nous avons déjà rappelé que les disciples nommaient cette parabole, la parabole de ‘l’ivraie du champ’. Ils avaient compris que l’histoire de ‘l’ivraie’ était l’objet principal de l’image, et non pas le ‘froment’.

Nous trouverons la même chose quand nous considérerons les événements au temps de la ‘moisson’. Il semble que le ‘froment’, les fils du royaume, soit si insignifiant en comparaison de ‘l’ivraie’, les fils du méchant, qu’il ne confère même pas son caractère à l’affaire. On perd en même temps complètement de vue les croyants. Ce n’est pas qu’ils soient absents — le Seigneur aura toujours un Résidu sur la terre — mais ils ne marquent plus la scène (chrétienne) de leur empreinte.

Finalement, notre parabole montre encore la différence entre les professants authentiques et non authentiques. Dans les deux paraboles suivantes, cette distinction disparaît, et cela est bien typique. Les observateurs humains n’ont plus rien à faire des fils du royaume et de leur position — un développement des plus malheureux.

Nous en voyons partout les conséquences autour de nous. ‘L’ivraie’ est si abondante et prédominante que le caractère original du royaume est complètement détruit.

 

2.3.1        Arracher l’ivraie ?

Au vu de cette disproportion, comment réagir à ce développement malheureux ? C’est aussi la question qui préoccupait les esclaves du maître :

 

« Et les esclaves lui dirent : Veux-tu donc que nous allions et que nous la cueillions ? Et il dit : Non, de peur qu’en cueillant l’ivraie, vous ne déraciniez le froment avec elle. Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson » (Matthieu 13:28-30).

 

C’est une bonne chose que les esclaves, s’apercevant maintenant du mal commis, n’aient pas agi à leur guise, mais aient montré leur dépendance en s’enquérant de la volonté du maître : « veux-tu donc… ? ». N’était-ce pas le plus important dans une telle situation ? Ils avaient leur propre idée sur la manière d’en finir avec le mal, mais c’était seulement humain et charnel, et cela aurait conduit à un désastre encore plus grand. Ce n’était que corriger une faute par une faute supplémentaire. En fait on peut se demander ce qui était le plus à craindre, la première faute ou la réponse charnelle proposée. Nombreux sont les cas où l’utilisation de mauvais moyens a conduit à plus de malheur que la faute initiale.

Mais le Seigneur qui pense toujours au bien du ‘froment’ répondit négativement à la proposition des esclaves qui partait d’une bonne intention : « Non, de peur qu’en cueillant l’ivraie, vous ne déraciniez le froment avec elle ». Il savait bien ce que le zèle aveugle de la chair occasionnerait. Il aimait trop Son froment pour l’exposer au danger d’être arraché avec l’ivraie. Non, Il prendrait Lui-même l’affaire en main, et ne se fiait pas à Ses esclaves.

Mais il ne s’agissait pas seulement de se livrer à une illusion funeste, pensant qu’on pourrait purifier l’Église et l’État de toutes les choses mauvaises qui s’y sont logées. Cueillir ‘l’ivraie’ ne signifie rien moins que d’ôter entièrement les fils du méchant hors du ‘champ’, c’est-à-dire leur ôter la vie. L’histoire de l’église nous montre que c’est justement ce qui s’est passé. Déjà au commencement du 4ème siècle, l’empereur Constantin a commencé à agir par l’épée contre les hérétiques, et au cours des siècles suivants, ceux qui étaient considérés comme hérétiques, ont été continuellement livrés à la puissance publique pour être punis.

Or c’est ce que notre Seigneur et Sauveur ne veut absolument pas. Les enfants de Dieu sont dans la grâce (Romains 5:2 ; 1 Pierre 5:12), et c’est pourquoi Il ne les a pas destinés à l’exercice du jugement, celui-ci étant réservé aux anges. « Laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson ». Pour qu’aucun épi de Son ‘froment’ ne subisse de dommage, « laissez-les croître tous deux ensemble, laissez la petite troupe des Miens s’épanouir sans empêchement, jusqu’à ce que Je vienne exercer le jugement sur les fils du méchant ! ».

En général Dieu est « miséricordieux, et plein de grâce, lent à la colère et d’une grande bonté » (Psaume 103:8). Nous l’oublions bien des fois. À cause des justes, Il tarde à juger les impies. N’a-t-on pas un exemple particulièrement précieux de Sa patience parfaite, quand, après avoir fermé Lui-même l’arche sur Noé, Il a encore attendu sept jours avant de déverser l’eau du déluge sur la terre (Genèse 7:4, 10, 16). Et n’avait-Il pas décidé fermement le jugement sur Sodome ? Pourtant Il a fait savoir à Lot, si hésitant, par l’ange chargé du jugement, que celui-ci ne pourrait rien faire tant que Lot ne serait pas arrivé au lieu où il serait en sécurité (Genèse 19:22). Rahab, la prostituée, fut conduite hors de Jéricho par les espions avant que la ville soit consumée par le feu (Josué 6:22 et suiv.). Plus tard, le Résidu juif sera averti de fuir dans les montagnes avant que Jérusalem soit détruite (Matthieu 24:16 et suiv.).

Tout cela touche notre cœur. Aujourd’hui le Saint Esprit habite dans l’assemblée ; or c’est Lui qui « retient » (2 Thessaloniciens 2:7) le plein développement du mal, et là-dessus le jugement. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (1 Timothée 2:4). C’est pourquoi nous devons « estimer que la patience » de notre Seigneur avec le monde « est salut » (2 Pierre 3:15), et nous ne devons pas l’interpréter à tort comme étant de l’indifférence ou de l’impuissance. Dieu ne s’occupe pas aujourd’hui de jugement. Il agit en grâce, et appelle les gens hors du monde, pour les conduire des ténèbres à Sa merveilleuse lumière.

Pour toutes ces raisons, le mal doit subsister à côté du bien dans le royaume des cieux jusqu’à la ‘moisson’. Les esclaves, à cause de leur inattention, n’avaient pas pu empêcher l’introduction du mal. Maintenant qu’il était là, il ne fallait pas chercher à l’ôter de force. Même si le caractère originel du royaume des cieux était détruit — et même irrémédiablement — cet état de mélange devait, selon les pensées de Dieu, subsister jusqu’à la fin. C’est ce qui fait le caractère de la dispensation présente, en ce qui concerne la présentation extérieure du royaume des cieux.

 

2.3.2        Le ‘royaume des cieux’ n’est  pas ‘l’assemblée’

Finalement, on voit clairement les conséquences funestes qu’il y a à mettre sur le même plan le ‘royaume des cieux’ et ‘l’assemblée’, ou de les confondre. Le principe qui vaut dans le royaume des cieux, c’est « laissez-les croître tous deux ensemble jusqu’à la moisson », tandis qu’il est commandé à l’assemblée « d’ôter le méchant du milieu de vous-mêmes » (1 Corinthiens 5:13). S’il n’y avait pas de différence entre les deux, cela voudrait dire que, sur la seule base que les gens professent être chrétiens, il faudrait avoir communion à la table du Seigneur avec les gens les plus immoraux et avec ceux qui enseignent les pires hérésies. Nous devrions même marcher avec les ivrognes, les sectaires, les adultères, et carrément avec les « antichrists ».

Naturellement, ce n’est pas l’enseignement de la sainte Écriture. S’agissant de l’assemblée et de la communion pratique, l’assemblée locale a — comme le montre le Seigneur en Matthieu 18 — l’autorité de lier et délier, c’est-à-dire d’exercer la discipline (18:20).

Si quelqu’un tombe dans un péché manifeste, l’assemblée ne peut pas continuer à être en communion avec lui. Même s’il s’agit « seulement » d’une marche dans le désordre, il y a l’instruction : « mais nous vous enjoignons, frères, au nom de notre seigneur Jésus Christ, de vous retirer de tout frère qui marche dans le désordre » (2 Thessaloniciens 3:6). Vis-à-vis aussi de ceux qui causent des divisions ou des occasions de chute, les croyants doivent s’éloigner d’eux (Romains 16:17). Quant à ceux qui n’apportent pas la doctrine du Christ, il ne faut pas les recevoir dans sa maison, ni même les saluer (2 Jean 10).

Même si l’assemblée de Dieu dans son aspect extérieur est tombée en ruine, tout comme le royaume des cieux, le principe et le commandement de Dieu restent immuables : « qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (2 Timothée 2:19). Mais cela n’a rien à voir avec ôter de tels gens du royaume des cieux. Cela signifierait les tuer, comme nous l’avons vu.

 

2.4   La moisson

À la fin de la parabole, le Seigneur Jésus en vient à parler de la ‘moisson’ qui est l’aboutissement de tout dans la parabole et dans les voies de Dieu :

 

« Et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Cueillez premièrement l’ivraie, et liez-la en bottes pour la brûler, mais assemblez le froment dans mon grenier » (Matthieu 13:30).

 

Si l’on compare dans le détail les derniers versets de la parabole avec leur explication à partir du v. 39, on est frappé de la particularité suivante : sur bien des points, l’explication ne coïncide pas directement avec la parabole. Cela veut dire que la parabole et son explication ne décrivent pas exactement les mêmes scènes du temps de la fin, et dans la parabole, le Seigneur parle en partie de choses autres que dans l’explication. La raison en est que le Seigneur, dans Son explication, dépasse l’image prophétique parce qu’Il voit devant Lui le plein développement de tout. Je fais cette remarque préliminaire pour qu’on comprenne mieux. Si on garde cela à l’esprit, je pense que cela peut être extrêmement utile pour saisir les rapports entre les diverses choses qui nous sont présentées.

 

2.4.1        Au temps de la moisson

L’expression ‘au temps de la moisson’ est un premier exemple de cette manière particulière de parler du Seigneur. Il n’utilise pas cette expression dans l’explication, mais Il dit : « la moisson est la consommation du siècle (*), et les moissonneurs sont des anges » (13:39). ‘Au temps de la moisson’ paraît désigner le temps qui précède immédiatement la ‘moisson’, sans qu’on puisse pourtant le séparer de la ‘moisson’ elle-même. Ce temps englobe une certaine période, au cours de laquelle différents processus se déroulent, tant pour ‘l’ivraie’ que pour le ‘froment’. Ce qui détermine l’époque, c’est l’état du ‘froment’, sa maturité, non pas l’état de ‘l’ivraie’. Autant ‘l’ivraie’ marque de son empreinte toute la période du royaume des cieux, autant elle n’est pas décisive pour déterminer quand le temps de la moisson est venu. Toute la question, c’est le ‘froment’. Dieu laisse Son ‘froment’ arriver à maturité dans ce monde, et quand il est mûr, le temps de la moisson est arrivé.

 

(*) Note du traducteur : L’expression « consommation du siècle » est utilisée ici selon la version JN Darby de la Bible. L’auteur de l’article utilise en allemand une expression qui signifie plutôt « l’achèvement de l’ère ». Le mot « siècle » a été utilisé ici alors qu’en allemand le mot employé correspond plutôt aux mots « ère », « âge » ou « époque » ; il ne s’agit pas de « siècle » au sens de 100 ans. Ces remarques valent presque partout où on trouve ces expressions.

 

Le premier événement de cette période doit être que ‘l’ivraie’ est cueillie et liée en bottes. Remarquons bien qu’il n’est pas dit dans la parabole, que ‘l’ivraie’ est brûlée au temps de la moisson, mais il n’est mentionné que l’intention pour laquelle elle est mise en bottes : « pour la brûler ». La mise au feu elle-même dans une fournaise fait partie de la ‘moisson’, du jugement (comparer les v. 40 à 42). La ‘mise en bottes’ décrit manifestement une préparation de ‘l’ivraie’ pour le jugement. Le ‘froment’ n’a besoin d’aucune préparation préalable pour être assemblé dans le ‘grenier’. La ‘mise en bottes’ correspond-elle à l’émergence de grandes unions mondiales, ou plutôt à une forte croissance de sectes anti-chrétiennes et de faux enseignements dans les derniers jours ? — je laisse la question ouverte. Je penche plutôt pour la seconde suggestion.

Au temps de la moisson, le ‘froment’ est assemblé dans le ‘grenier’ du Seigneur. L’explication n’en dit pas un mot. Il est bien dit dans cette explication, que les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père (13:43), mais nous ne voyons pas d’assemblage du ‘froment’ dans le ‘grenier’ céleste. Ce sont effectivement des scènes différentes, ou des événements différents, dont le Seigneur parle. ‘Assembler le froment dans le grenier’, ce n’est pas la même chose que ‘le resplendissement des justes dans le royaume de leur Père’. Même la ‘mise en bottes pour être brûlé’, ce n’est pas la même chose que ‘cueillir de son royaume tous les scandales’ et ‘les jeter dans la fournaise de feu’.

Même si l’enlèvement des saints (1 Thessaloniciens 4:15-17 ; 1 Corinthiens 15:23, 51, 52) n’est pas l’objet de notre parabole — il s’agit d’une vérité qui n’était alors pas encore révélée — il y a quand même place pour lui dedans. Le Seigneur s’exprime d’une manière qu’il y trouve place. D’un côté Il laisse parfaitement la place pour la pensée que le ‘froment’ est assemblé dans Son ‘grenier’ avant que ‘l’ivraie’ soit brûlée. En fait, assembler le ‘froment’ dans le ‘grenier’ de Dieu inclut le fait d’amener « à la maison » les croyants qui constituent le ‘froment’ à cette époque-là. Car la première partie de la parabole décrit précisément l’état de choses tel qu’il est maintenant : du froment et de l’ivraie côte à côte dans le champ. Mais d’un autre côté les paroles du Seigneur laissent aussi ouverte la possibilité qu’il y ait encore des saints sur la terre après l’enlèvement de l’église.

 

2.4.2        La consommation du siècle

On peut donc dire que l’enlèvement des croyants constitue le premier acte ou la première partie de la ‘moisson’. Mais la moisson n’est pas engrangée en un seul jour. Une fois que le Seigneur aura amené Son assemblée au ciel, le siècle [ou : ère] du royaume des cieux continuera, mais il arrivera bientôt à son achèvement. Il faut introduire ici une considération qui peut aider à comprendre les connexions des divers éléments.

Quand le Seigneur parlait de laisser croître ensemble jusqu’à la moisson le froment et l’ivraie, il regroupait l’affaire en un tout, allant de Sa première à Sa seconde venue. Beaucoup de générations de bons, comme de méchants, se sont suivies les unes les autres, chacune prenant la relève de la précédente. Mais quand on arrive à la consommation du siècle, les choses se passent différemment. Il ne faut pas alors penser aux générations précédentes qui allaient et venaient, mais à une génération tout à fait précise, vivant en ce temps-là et dont le Seigneur s’occupera en ce temps-là. Il est vrai que l’assemblée est enlevée du ‘champ’ pour être mise dans le grenier céleste, tandis que les ‘bottes’ d’ivraie sont laissées là en arrière. Mais il y aura d’autres saints que le Seigneur assemblera dans Son ‘grenier’ terrestre — les croyants du Résidu juif et des saints des nations. C’est d’eux que parle Jean le baptiseur en Matthieu 3 : « Il a son van dans sa main, et il nettoiera entièrement son aire et assemblera son froment dans le grenier ; mais il brûlera la balle au feu inextinguible » (Matthieu 3:12). Ce qui est désigné par ‘la balle’ en Matthieu 3, c’est ‘l’ivraie’ dans notre parabole.

Quand l’assemblée sera enlevée, les ‘bottes’ resteront pour le moment sur le ‘champ’. Le Seigneur s’occupera d’eux en son temps en jugement. Mais le ‘froment’ qui existera alors, Il l’amènera dans le grenier terrestre de Son règne de paix de mille ans. C’est alors qu’il y aura proprement la ‘moisson’. Comme autrefois la moisson commençait en Israël par l’offrande de la gerbe des prémices (Christ et l’assemblée) (Lévitique 23:10 et suiv.), et que le reste ne s’achevait que plus tard, ainsi la ‘moisson’ à la fin de ce siècle commencera par la résurrection de tous ceux qui sont du Christ à Sa venue (1 Corinthiens 15:23). Mais la ‘moisson’ au sens de notre parabole n’aura lieu que quand le siècle dont parle cette parabole sera achevé.

L’annonce de l’évangile du royaume dans la dernière semaine de Daniel par les Juifs pieux, portera une abondance de fruits. Une foule innombrable viendra de la grande tribulation ; ils auront lavés leurs vêtements dans le sang de l’Agneau (Apocalypse 7:9-17). Ils seront tous déjà introduits d’une certaine manière dans le grenier terrestre, avant que ‘l’ivraie’ soit jetée dans la fournaise de feu. Ce jugement sur les iniques est ainsi décrit par le Seigneur :

 

« Le fils de l’homme enverra ses anges, et ils cueilleront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise de feu : là seront les pleurs et les grincements de dents » (Matthieu 13:41-42).

 

Le Seigneur Jésus, comme Fils de l’homme, se servira alors des anges pour exercer le jugement duquel personne n’échappera. Dans ce temps-là, les anges joueront à nouveau un rôle important. Au temps de l’Ancien Testament, ils occupaient d’une certaine manière une position d’autorité (faisant loi) (Galates 3:19). Dans le temps présent, ils sont des serviteurs, envoyés pour servir en faveur de ceux qui vont hériter du salut (Hébreux 1:14). Mais dans ce temps-là, ils exerceront, comme anges de Sa puissance, le jugement de Dieu sur tout le mal et tous les méchants.

Comme donc on cueille l’ivraie et on la lie en bottes dans le but de l’éliminer définitivement, ainsi aussi, les iniques trouveront, à la consommation du siècle, leur jugement définitif de la part du Seigneur dans leurs efforts groupés contre Christ et contre les Siens. Leur fin terrible sera la fournaise de feu, où « seront les pleurs et les grincements de dents ».

Mais revenons encore une fois brièvement sur les fêtes de l’Éternel en Lévitique 23. Les quatre premières fêtes parlent prophétiquement de vérités et d’événements qui appartiennent à la dispensation chrétienne. Les trois dernières fêtes, qui sont séparées des premières par un espace de temps considérable, présentent symboliquement la restauration d’Israël aux derniers jours. Or n’est-il pas remarquable qu’entre ces deux sections du chapitre, il y a un verset unique qui sonne comme un appendice à la première section et comme une remarque préalable à la suivante : « Et quand vous ferez la moisson de votre terre, tu n’achèveras pas de moissonner les coins de ton champ, et tu ne glaneras pas la glanure de ta moisson ; tu les laisseras pour le pauvre et pour l’étranger. Moi, je suis l’Éternel, votre Dieu » (Lévitique 23:22).

Quand il est parlé après la fête des semaines et avant la fête des trompettes de ce que le bord du champ ne doit pas être moissonné complètement, c’est une indication supplémentaire de ce qu’après le temps de l’assemblée, il y aura encore du ‘froment’ — des saints — sur le ‘champ’, outre ‘l’ivraie’. L’indication ‘pour le pauvre et pour l’étranger’ montre clairement de quels saints il s’agit — de saints d’entre les Juifs (le ‘pauvre’) et des saints d’entre les nations (‘l’étranger’). Nous les retrouvons, comme déjà remarqué, dans le livre de l’Apocalypse en un temps où les ‘24 anciens’ sont depuis longtemps dans le ciel. Le Seigneur veillera sur ces ‘pauvres’ et ces ‘étrangers’ pour Son royaume terrestre.

L’explication de la parabole par le Seigneur et la description de la consommation du siècle qui s’y trouve, culminent par ces paroles :

 

« Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (Matthieu 13:43).

 

Nous rencontrons ici une expression particulière : ‘le royaume de leur Père’. Il décrit, si l’on peut dire, la partie céleste du royaume, tandis que le ‘royaume du Fils de l’homme’ en forme la partie terrestre.

Les ‘justes’ sont manifestement ces ‘fils du royaume’ qui ont été assemblés dans le ‘grenier’ céleste avant l’établissement du royaume terrestre. En font partie non seulement tous les croyants de la période allant d’Adam à l’enlèvement de l’église, mais aussi les martyrs juifs mis à mort à cause de leur témoignage pendant la dernière semaine de Daniel (Apocalypse 20:4). Il s’agit de tous ceux qui auront part à la première résurrection. Tous vivront le royaume de son côté céleste, et seront avec le Seigneur Jésus dans la gloire céleste. C’est pourquoi il est dit qu’ils « resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père ». Cela rappelle Daniel 12 : « Et les sages brilleront comme la splendeur de l’étendue … à toujours et à perpétuité » (Daniel 12:3).

Combien ce que le Seigneur nous communique ici est incroyablement grand ! Quel triomphe visible et décisif de Dieu sur tout le mal ! Ses voies envers les hommes et envers les Siens peuvent paraître obscures et être mal comprises. Pendant beaucoup d’années, il aura semblé que Satan et ses ‘fils’ contrôlaient tout, et que toute la méchanceté et l’infamie restaient impunies sur la terre. Mais alors tout trouvera sa réponse juste. Le triomphe du Seigneur Jésus sur toutes les puissances et les dominations éclatera au grand jour. La justice et l’amour de Dieu trouveront leur pleine satisfaction. Et les justes qui auront longtemps souffert sous l’effet oppressant de ‘l’ivraie’, et auront paru entièrement écrasés — ils resplendiront dans le royaume de leur Père !

Quel aboutissement des choses ! quel privilège infini d’avoir Dieu pour Père, et non pas le diable !

 

2.5   En résumé

Cette parabole significative nous montre le développement extérieur du royaume des cieux du commencement à la fin. Déjà tout au début de ce siècle, le diable a commencé son œuvre destructrice en imitant le bien. Depuis, ce royaume — actuellement : la chrétienté — est caractérisé par un mélange de bien et de mal, un état qui subsiste jusqu’à la fin.

Bien que le ‘froment’ paraisse submergé, le ‘semeur’ a toujours les yeux sur lui. Il veille à ce qu’il arrive à maturité sans dommage. Ils interdit donc à Ses disciples d’éliminer par la force les méchants de Son royaume, car ils risqueraient d’arracher les bons avec les mauvais. Les principes du royaume des cieux sont différents de ceux de l’assemblée de Dieu.

Quand le temps de la moisson approchera, les fils du méchant donneront forme à leur inimitié contre le Seigneur et contre les Siens. Mais cela ne peut pas empêcher que le ‘froment’ soit justement à ce moment-là amené dans le grenier céleste — tous les rachetés qui ont part à la première résurrection. Ce sera le commencement de la ‘moisson’, la consommation du siècle. Après la période de l’Église il y aura aussi des saints sur la terre. Venant des Juifs comme des nations, ils devront traverser la grande tribulation, mais ils seront conservés pour le règne de mille ans, le grenier terrestre du Seigneur.

Tandis que les iniques seront ôtés du royaume terrestre du Fils de l’homme par le jugement, les saints resplendiront en haut comme le soleil dans le royaume de leur Père, la partie céleste du royaume.

Il sera ainsi établi que le conseil de Dieu et l’œuvre du ‘semeur’ n’ont pas été une mauvaise décision, mais qu’ils ont eu leur source dans Son amour et Sa sagesse. Que pour tout cela le nom de Dieu et de Son Fils soit loué et glorifié !

 

 

3                        Le grain de moutarde

Jusqu’à présent, dans Matthieu 13, nous avons considéré les deux premières paraboles : la parabole introductive du ‘semeur’ et la première parabole du royaume des cieux, celle de ‘l’ivraie du champ’.

À la suite, nous avons maintenant une seconde paire de paraboles, celle du ‘grain de moutarde’ et celle du ‘levain’. Ce qu’il y a de commun à ces deux paraboles, c’est la manière collective de considérer les mystères du royaume des cieux, tandis que dans les deux premières paraboles le Seigneur décrit des personnes individuelles. Le semeur avait semé la bonne semence dans les cœurs de personnes individuelles ; elle y avait été soit bien soit mal reçue. Ensuite, il avait été semé de la bonne semence et de la mauvaise, représentant les ‘fils du royaume’ et les ‘fils du méchant’. Par contre dans le ‘grain de moutarde’, la chose est considérée comme un objet, de même que, dans la parabole suivante, la pâte mélangée au levain forme un tout.

Arrivés à ce point du chapitre, il est utile et intéressant d’en considérer la structure. Tout dans l’Écriture sainte est bien important, y compris l’arrangement des sujets dans une section. Avant d’examiner une petite représentation imagée, remarquons que dans les huit paraboles de notre chapitre, on trouve deux paires de paraboles, ou deux paraboles doubles. Ces deux paires sont placées au milieu. Ainsi le ‘grain de moutarde’ et le ‘levain’ vont ensemble (comme en Luc 13:18-21), comme le ‘trésor du champ’ et la ‘perle de grand prix’ sont liées par la pensée commune d’acheter et de vendre. La structure peut donc être représentée de la manière suivante :

 

A. Le semeur (personnel ; il n’est pas dit « le royaume des cieux est semblable »)

B. le froment et l’ivraie

C (1). Le grain de moutarde

C (2). Le levain (caché)

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C (2). Le trésor (caché)

C (1). La perle de grand prix

B. le filet avec les bons et les mauvais poissons

A. Le maître de maison (personnel ; il n’est pas dit « le royaume des cieux est semblable »)

 

 

Dans ce schéma, la ligne de séparation en pointillé indique une distinction supplémentaire : le premier groupe de quatre paraboles a été adressé aux foules, tandis que les quatre dernières n’étaient que pour les disciples.

Passons maintenant à la parabole du grain de moutarde :

 

« Il leur proposa une autre parabole, disant : Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde qu’un homme prit et sema dans son champ : lequel est, il est vrai, plus petit que toutes les semences ; mais quand il a pris sa croissance, il est plus grand que les herbes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent et demeurent dans ses branches » (Matthieu 13:31-32).

 

L’expression introductive « il leur proposa une autre parabole », qui se trouve dans chacune des trois premières paraboles du royaume des cieux (‘l’ivraie du champ’, le ‘grain de moutarde’, le ‘levain’), réunit donc ces trois paraboles pour former un sous-groupe. Comme déjà remarqué, le Seigneur les a adressées aux foules, dehors, au bord de la mer, tandis que les trois dernières (le ‘trésor’, la ‘perle’, le ‘filet’) n’ont été dites qu’aux disciples, dans la maison. Cela correspond bien au fait que le premier groupe de paraboles montre le développement du royaume des cieux dans son aspect extérieur. Le Seigneur a-t-Il prédit un bon développement ? La première parabole donne clairement la réponse : non ! ‘L’ivraie’ avait changé le royaume dans sa manifestation extérieure, au point que ce royaume ne correspondait absolument plus à l’intention initiale du semeur.

Maintenant le Seigneur ajoute deux paraboles supplémentaires dans lesquelles nous apprenons comment le développement du royaume des cieux devait continuer du point de vue historique. Après avoir montré un développement négatif, le Seigneur voulait-Il indiquer qu’il y aurait tout d’un coup un essor du royaume ?

Il est étrange que tant de commentateurs aient vu les choses ainsi, et les voient encore de cette manière ! Dans le ‘grain de moutarde’ et dans le ‘levain’, ils pensent pouvoir reconnaître une image de la diffusion générale de l’évangile (*) — une manière de voir qui n’est supportée dans le Nouveau Testament ni ici ni ailleurs. Certes, si l’on sort les paraboles de leur contexte, et si on les considère en soi, on pourrait arriver à l’opinion que le Seigneur expose ici quelque chose de bon. Mais si l’on prend en considération le contexte, et qu’on tient compte du sens qu’ont les symboles dans les autres passages où on les trouve, alors il est impossible de voir quelque chose de positif dans le développement signalé pour le royaume.

 

(*) Cette interprétation positive touche surtout parce qu’on prend à tort le royaume des cieux pour l’assemblée, la vraie église de Dieu.

 

3.1   Un petit commencement

Nous voyons de nouveau ‘l’homme’ semer la semence ; c’est de nouveau ‘Son champ’, et nous savons que « le champ, c’est le monde » (13:38). Mais cette fois-ci il ne s’agit pas de bonne ou de mauvaise semence, mais d’une très petite semence, qui monte rapidement (Marc 4:32) et qui atteint une hauteur étonnante par rapport au reste de ce qui pousse dans le jardin. Tel est le point de départ de la comparaison. La petitesse du grain de moutarde était proverbiale chez les Juifs, et en bordure nord de la plaine de Génésareth où règne une végétation particulièrement abondante, on a découvert des arbrisseaux de moutarde des champs allant jusqu’à 4 mètres de haut.

Le Seigneur Jésus a reparlé ailleurs de la petitesse du grain de moutarde, et Il s’en est servi comme instrument de mesure de la foi. « Car, en vérité, je vous dis : si vous aviez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d’ici là, et elle se transporterait ; et rien ne vous serait impossible » (Matthieu 17:20). « Si vous avez de la foi comme un grain de moutarde, vous diriez à ce mûrier : Déracine-toi, et plante-toi dans la mer ; et il vous obéirait » (Luc 17:6).

On dit souvent que dans ces passages le Seigneur compare la foi à un grain de moutarde, et qu’en conséquence la comparaison de Matthieu 13 indique aussi quelque chose de positif. Mais en y regardant de plus près, on s’aperçoit qu’il n’en est pas ainsi. Le Seigneur ne fait aucune comparaison entre la foi et un grain de moutarde. Il compare plutôt la foi avec une force secrète, plus forte que la dynamite — pour utiliser un mot moderne. Une toute petite quantité de cette force cachée, aussi petite qu’un grain de moutarde, pourrait provoquer un « tremblement de terre » et serait suffisante pour déplacer une montagne et transplanter un arbre. C’est aussi la pensée de la petitesse du grain de moutarde dont le Seigneur se sert, et qu’on retrouve dans notre parabole.

Effectivement, le royaume des cieux a commencé par quelque chose de petit, d’insignifiant dans ce monde. Il présupposait, dans sa forme secrète (ou : en mystère), le rejet du Messie par les Juifs. Certes le royaume de Dieu était déjà présent dans la personne du Seigneur Jésus, mais pour le moment, et contrairement aux attentes juives, il ne devait pas paraître en puissance et en gloire. C’est la manière de voir les choses en Marc et en Luc où nous retrouvons cette parabole dans ces deux évangiles (Marc 4:30-32 ; Luc 13:18-19). Christ était certes ici-bas, mais non pas comme souverain de Son royaume ; Il était là plutôt comme « homme », dans l’humilité et l’abaissement, qui a l’intention précise de jeter un grain de moutarde dans son jardin. Tel a été le commencement de la chose, tout à fait bon, mais petit et sans apparence. Les 120 du début du livre des Actes correspondent à cela (Actes 1:15) ; nous pouvons penser à eux ici. Naturellement ils ont aussi été le commencement de l’assemblée, du corps de Christ, de la maison de Dieu ; mais c’est une pensée différente de celle du royaume. Il est vrai qu’en ce qui concerne les personnes, l’assemblée et le royaume se recouvraient, tous deux à l’identique au commencement. Même si le royaume des cieux et l’assemblée sont très différents l’un de l’autre quant à leur caractère, les personnes qui les formaient dans les deux cas au commencement, étaient les mêmes.

 

3.2   Un développement étonnant

Le Seigneur prédit alors un développement qu’on doit qualifier d’étonnant : le grain de moutarde, allait croître, « monter » et devenir un grand arbre dans les branches duquel les oiseaux du ciel demeureraient. Il n’est pas question ici, pas plus que dans la parabole précédente, de savoir si ‘l’homme’ a voulu cela. Mais c’est de cette manière que se poursuivrait le développement extérieur de la chose : le royaume des cieux allait devenir un grand système sur la terre, qui apporterait protection et abri à d’autres.

On a objecté que, si Christ a apporté la semence dans le sol, le résultat du développement devrait aussi correspondre à Ses pensées. Pourtant, l’Écriture sainte dépeint un autre tableau. L’Éternel Lui-même n’a-t-il pas planté et cultivé Sa « vigne » ? Et pourtant, au lieu des raisins attendus, elle n’a porté que des raisins sauvages (Ésaïe 5:2). Dans Jérémie 2, Il se plaint aussi : « Et moi je t’avais plantée, un cep exquis, une toute vraie semence ; comment t’es-tu changée pour moi en sarments dégénérés d’une vigne étrangère ? » (Jérémie 2:21). Il faut même affirmer, au contraire, que tout ce que Dieu a commencé de bon, l’homme l’a gâté par son infidélité. Le jardin d’Éden ne nous en donne-t-il pas le premier exemple, et le plus lourd de conséquences ?

On trouve déjà en Ézéchiel 31 le symbole d’un grand arbre. Dans ce passage, l’Esprit de Dieu compare l’Assyrie avec un grand arbre, un cèdre du Liban. Sous les branches puissantes de cet ‘arbre’, tous les oiseaux du ciel et toutes les bêtes des champs trouvaient refuge. C’est une description imagée de la grande puissance de ce royaume. Son caractère moral n’est pas en cause, là ; il pouvait être aussi bien bon que mauvais. Mais le fait était que les peuples environnants se réjouissaient de trouver sous lui protection et refuge. Cet ‘arbre’ était tellement beau et magnifique, que tous les arbres d’Éden qui étaient dans le jardin de Dieu, lui portaient envie (Ézéchiel 31:9).

En Daniel 4, le même symbole est utilisé pour le roi Nebucadnetsar. Il est aussi comparé à un arbre grand et fort, sous lequel les animaux des champs trouvent ombrage et dans les branches duquel nichent les oiseaux du ciel. La raison pour laquelle Nebucadnetsar lui-même est mentionné, et non pas son royaume, réside dans le fait que toute la puissance, aussi bien législative (faire les lois) qu’exécutive (les appliquer) était concentrée dans sa main. Cela n’a pas été le cas dans les royaumes suivants : Nebucadnetsar était la tête d’or, les autres étaient moins considérables. C’est pourquoi il était lui-même le grand arbre dont le sommet atteignait jusqu’au ciel.

Lorsqu’en Ézéchiel 17 il est parlé du royaume à venir de notre Seigneur, le Saint Esprit utilise aussi l’image d’un cèdre magnifique, et Il ajoute : « et tout oiseau de toute aile demeurera sous lui ; ils habiteront à l’ombre de ses branches » (Ézéchiel 17:23). Notons qu’il est aussi ici parlé d’oiseaux. Nous reviendrons là-dessus.

Ainsi donc, l’Assyrie, Babylone et le royaume de mille ans nous sont montrés sous l’image d’un grand arbre qui offre à d’autres refuge et protection. Il est ainsi prouvé clairement qu’un ‘grand arbre’ représente dans l’Écriture une grande puissance sur la terre, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Et nous apprenons ensuite par notre parabole que le royaume des cieux se développerait aussi de cette manière. Ce qui était d’origine et de caractère céleste, deviendrait un grand système de puissance mondial offrant aux autres refuge et protection. Ceci correspond, dans l’histoire de l’église, à toute la période de Pergame (Apocalypse 2:12 et suiv.). Historiquement, cela a commencé avec l’empereur Constantin le Grand en l’an 312. La chrétienté cessa alors d’être quelque chose de persécuté et méprisé, et au lieu de cela, elle en arriva à être hautement considérée par l’empereur de l’empire romain, et elle fut élevée au niveau de religion d’état ; parmi tous ces résultats fâcheux, l’un des plus tristes fut que le moyen pour obtenir puissance et gloire dans le monde fut d’être bien considéré dans l’église. Est-il étonnant que des « loups ravisseurs » s’introduisirent alors, qui n’épargnèrent pas le troupeau (Actes 20:29) ?

L’église chrétienne en tant que système religieux humain est devenue une grande puissance mondiale, ce qu’elle est restée jusqu’à aujourd’hui en principe. Au lieu de garder son caractère céleste dans la séparation du monde, dans la sainteté devant les hommes et dans l’humilité devant Dieu, elle est devenu un facteur de puissance considérable dans le monde. Ce n’est pas « les cieux » qui ont régi ce royaume, mais les intérêts terrestres et politiques liés à la puissance. Quel développement malheureux ! De l’église souffrante (Smyrne signifie « myrrhe »), on est passé à l’église dominante (Pergame signifie « forteresse »). À la longue, elle est devenu un élément constitutif du monde. Le Seigneur n’avait-Il pas dit au sujet de Ses disciples « ils ne sont pas du monde comme, moi, je ne suis pas du monde » (Jean 17:16) ? Cependant, les grands systèmes de la chrétienté ont continué à prêter leur influence aux gouvernants de ce monde, et à faire mauvais usage du Nom de Christ pour poursuivre leurs buts politiques et étendre leur puissance. Enraciné profondément dans la terre, ‘l’arbre’ a poussé ses branches bien loin dans le monde, et nombreux sont ceux qui ont trouvé auprès de lui ombrage et refuge.

Cet arbre grand et très large de notre parabole ne nous rappelle-t-il pas l’épine de la parabole de Jotham (Juges 9) ? Il s’agissait justement et typiquement de « régner sur [couvrir] les arbres ». Après l’olivier, le figuier et la vigne, l’épine fut aussi invitée par les arbres de la forêt : « Viens, toi, règne sur nous. Et l’épine dit aux arbres : Si vraiment vous voulez m’oindre roi sur vous, venez, mettez votre confiance en mon ombre » (Juges 9:8-15).

Nous arrivons avec cela aux ‘oiseaux du ciel’ qui, dans notre parabole, se posent sur les branches de l’arbre devenu grand. Que faut-il comprendre au sujet de ces oiseaux ? Dans la parabole du ‘semeur’, il est indiscutable qu’ils symbolisaient le « méchant » (Matthieu 13:19), « Satan » (Marc 4:15), le « diable » (Luc 8:12) et ses instruments. Mais en relation avec les passages déjà cités de l’Ancien Testament et le ‘grand arbre’, il semble qu’ils ne représentent pas ici directement des esprits mauvais, instruments de Satan. Comme à propos de l’Assyrie, de Babylone et du royaume du Seigneur, ils paraissent beaucoup plus parler du fait que le système de puissance a une telle domination que d’autres peuvent y trouver refuge et protection. Nous retrouverons une pensée pareillement dépourvue de jugement de valeur dans le ‘levain’ de la parabole suivante.

Dans ces premières paraboles adressées aux foules, il ne semble pas que l’intention du Seigneur soit de donner une évaluation morale du développement du royaume sur la terre. Il ne cherche pas à montrer ce qui est bon ou mauvais du point de vue spirituel. La manière de considérer les choses est beaucoup plus historique, axée sur le développement extérieur, selon qu’il se présente aux gens. Naturellement quelqu’un de spirituel reconnaîtra à la lumière d’autres passages de l’Écriture le vrai caractère, le caractère profond des choses, et il est bon qu’il en soit ainsi, et cela mérite absolument qu’on fasse les efforts correspondants. Nous sommes ainsi obligés de constater qu’à « l’ombre » de la prétendue église, il s’est installé des gens qui sont ouvertement ennemis de la chrétienté et des agents directs de Satan. Mais à mon avis cela sort de la signification propre de la parabole. Le royaume nous est présenté comme un fait historique, et il allait prendre le caractère suivant : il deviendrait un grand système de puissance, et beaucoup de gens, et même des nations, y chercheraient et y trouveraient refuge et protection.

L’apogée de ce développement quand l’église intronisait et démettait les rois, appartient certainement au passé ; cependant son influence et sa puissance sont encore considérables. Il est aussi frappant que le Seigneur ne parle ici ni de la fin des temps ni de jugement. Il en est autrement dans la première et la dernière parabole du royaume des cieux (‘l’ivraie’ et ‘le filet’) où nous n’avons pas cet aspect collectif. Dans ces paraboles, les fils du royaume sont distingués des fils du méchant, et les bons poissons sont distingués des mauvais, et il est indiqué ce qui leur arrive à la consommation du siècle.

 

3.3   Hors du camp

Il est incontestable qu’avec la parabole du ‘grain de moutarde’, le Seigneur prédit un développement du royaume des cieux très fâcheux. Pour mettre en évidence la déviation par rapport au plan de Dieu dans la chrétienté, nous voulons pour finir attirer encore une fois brièvement l’attention sur la position que les croyants possèdent selon les pensées de Dieu, et la place qu’ils doivent occuper dans notre époque et dans notre monde.

Ils ne sont « pas du monde » comme nous l’avons rappelé. Et parce qu’ils ne sont pas du monde, mais que Christ les a choisi du monde, ils sont les objets de la haine du monde religieux. Le monde aime bien ceux qui sont siens, mais il hait les enfants de Dieu et les persécute (Jean 15:18-20). Le seul fait qu’ils ont reçu de Dieu une vie nouvelle et que par là, ils sont devenus enfants de Dieu, conduit à ce que le monde « ne les connaît pas, parce qu’il ne L’a pas connu » (1 Jean 3:1).

Christ est mort pour eux afin de les retirer du présent monde (ou : siècle) mauvais (Galates 1:4). Ils ont leur citoyenneté dans les cieux d’où ils attendent aussi le Seigneur Jésus Christ comme Sauveur (Philippiens 3:20). Dans ce monde, ils sont forains et étrangers (Hébreux 11:13 ; 1 Pierre 2:11), les balayures du monde, le rebut de tous jusqu’à maintenant (1 Corinthiens 4:13). Ils n’ont pas ici de cité permanente, mais ils attendent celle qui est à venir (Hébreux 13:14).

Pendant le temps du rejet du Seigneur, ils ne sont pas appelés à régner dans le monde, mais à persévérer et souffrir avec Lui (2 Timothée 2:12 ; Romains 8:17). Leur appel (ou : vocation) est céleste ; Dieu Lui-même les a appelés à Sa gloire éternelle dans le Christ Jésus, mais les souffrances sont leur part ici-bas pour « un peu de temps » (1 Pierre 5:10). Leurs bénédictions ne sont pas de nature terrestre, mais ils sont bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ (Éphésiens 1:3). C’est pourquoi ils ont à chercher les choses qui sont en haut, non pas celles qui sont sur la terre (Colossiens 3:1, 2). Ils constituent en Christ une nouvelle création, et ils sont déjà transportés dans le royaume du Fils de l’amour du Père (2 Corinthiens 5:17 ; Colossiens 1:13). Pour le temps de leur séjour sur la terre, ils sont appelés à marcher d’une manière digne de Dieu, digne du Seigneur, digne de l’évangile et digne de l’appel dont ils ont été appelés (1 Thessaloniciens 2:12 ; Colossiens 1:10 ; Philippiens 1:27 ; Éphésiens 4:1).

Ce qui est vrai d’un seul racheté, vaut en principe pour tous les rachetés, l’assemblée du Dieu vivant. Cette assemblée ou église est la maison de Dieu, Son habitation, un temple saint dans le Seigneur, une maison spirituelle (1 Timothée 3:15 ; Éphésiens 2:20-22 ; 1 Pierre 2:5). Elle appartient au Seigneur Jésus, et c’est Lui qui la construit (Matthieu 16:18). Dieu se l’est aussi acquise par le sang de Son propre Fils (Actes 20:28). Comme colonne et soutien de la vérité, elle est appelée à maintenir la vérité de Dieu sur la terre (1 Timothée 3:15). À sa tête, il n’y a pas un simple homme, mais Christ glorifié (Colossiens 2:19), et dans ses réunions, elle est soumise à la direction du Saint Esprit (1 Corinthiens 12:4, 11). Ses « statuts » sont la Parole de Dieu, spécialement les « commandements du Seigneur » donnés par les apôtres (1 Corinthiens 14:37 ; 1 Timothée 2:8, 12).

Cette esquisse devrait suffire à montrer combien le système religieux de la chrétienté, le royaume des cieux dans sa forme présente, a peu en commun avec la vraie église. Dans ce système mort, presque tout n’est-il pas directement contraire aux pensées de Dieu ? Faisons une fois la comparaison point par point ; le résultat est effrayant !

Alors, que doit faire l’enfant de Dieu qui désire rester fidèle dans les « derniers jours » ? Faut-il chercher à améliorer autant que possible ce qui ne va pas ? La réponse de Dieu est simple, mais sérieuse : « qu’il se retire de l’iniquité quiconque prononce le nom du Seigneur » (2 Timothée 2:19). S’Il nous montre dans Sa Parole combien est mauvais à Ses yeux tout le système, alors il ne reste qu’une chose à faire pour un fidèle témoin : le quitter.

Dieu ne « réforme » jamais quelque chose qui s’est détourné de Lui. Comme le Seigneur Jésus conduisait autrefois les disciples hors du système juif apostat, la « bergerie », et qu’il devint Lui-même la « porte » pour cela (Jean 10:3, 7), ainsi aussi aujourd’hui Il conduit les Siens à sortir « hors du camp » (Hébreux 13:11-14). Nous ne pouvons pas, ni ne devons, quitter la chrétienté comme telle — pour cela il nous faudrait nous faire juifs ou mahométans. Mais nous sommes invités à sortir vers Lui, hors du camp, portant Son opprobre. À ce moment-là, le camp était le système de religion juif ; aujourd’hui nous devons comprendre, par cette expression, les grands systèmes religieux de la chrétienté. Ce n’est pas qu’il n’y ait pas de vrais croyants en leur sein, mais ces enfants de Dieu ne sont ni le résultat de ces systèmes, ni ils en sont caractéristiques. Non, ces systèmes religieux sont des systèmes morts, et Dieu veut que les Siens les quittent.

Christ a, en son temps, « souffert hors de la porte », mais maintenant Il demeure au cœur du sanctuaire céleste (Hébreux 6:20 ; 8:1). Maintenant, nous dit la Parole de Dieu, c’est aussi la part des Siens. Ils ont accès au sanctuaire, ils peuvent déjà séjourner là par la foi, — là où est Christ (Hébreux 10:19 et suiv. ; 4:16). Quel privilège immense ! Mais sont-ils, — sommes-nous prêts à endosser l’autre côté de la position de Christ (hors du camp) et à porter Son opprobre ? Ce n’est pas dans ce ‘camp’ que nous Le trouvons. Et si, quittant les systèmes humains, nous « sortons », nous n’allons pas dans le vide ; non, nous sortons vers Lui. C’est LUI le but de la séparation du mal. Combien cela est réjouissant !

 

4                        Le levain

Le Seigneur complète la description sur la manière dont le royaume des cieux devait se développer historiquement au moyen de la courte parabole du ‘levain’ :

 

« Il leur dit une autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme prit et qu’elle cacha parmi trois mesures de farine, jusqu’à ce que tout fût levé » (Matthieu 13:33).

 

Il ne nous est pas présenté ici, comme dans la parabole précédente, la grandeur extérieure qu’allait prendre le royaume des cieux dans le monde, mais le processus intérieur qui allait se passer à l’intérieur de ce royaume. Par ailleurs, ce n’est pas un ‘homme’, c’est-à-dire le Seigneur Lui-même, qui sème la bonne semence ou qui plante quelque chose. Bien plutôt, nous voyons une femme en activité, qui prend un peu de levain et le mêle avec trois mesures de farine. Il semble que ce soit ici la signification simple de « cacha ». Il n’est ni utile ni nécessaire d’établir une liaison avec les v. 35 et 44, où ce mot de « cacher » est de nouveau utilisé. Non, la femme n’a rien fait de secret, mais quelque chose de tout à fait banal. Elle voulait cuire du pain levé, et c’est la manière normale de faire.

Le Seigneur utilise donc une image toute ordinaire de la vie quotidienne. Les ‘trois mesures de farine’ sont la figure d’un domaine limité — tout à fait en contraste avec le ‘champ’ [qui est le monde] — qui est travaillé par un processus intérieur particulier, — qui allait être ainsi travaillé dans son entier. Nous comprenons que ce domaine limité correspond à la chrétienté, le royaume des cieux dans sa forme présente. Dans ce domaine, un principe allait se faire de la place, et donner son caractère au tout. C’est ce que suggère l’activité du ‘levain’ : « jusqu’à ce que tout fut levé ».

 

4.1   Que signifie le levain ?

Que le levain, dans la Parole, ne soit jamais l’image de quelque chose de bon, c’est vrai et il faut en tenir compte (Exode 12:15 ; Lévitique 2:11 ; Matthieu 16:6 ; 1 Corinthiens 5:6, 7 ; Galates 5:9). Tout Juif le savait. C’est pourquoi il est complètement erroné d’y voir une image de l’évangile, qui à un moment ou à un autre pénètre le monde entier. Ce n’est pas de cette manière que la vérité de Dieu se ménage un accès au cœur de l’homme, comme le levain qui fait lever tout ce avec quoi il est mis en contact, — obligatoirement et sans entrave. La parabole du ‘semeur’ suffit à elle seule à le prouver. Ce n’est pas tous ceux qui entendent la Parole qui la reçoivent. Bien au contraire, le résultat recherché n’a pu être atteint que dans un seul des groupes. Et le fait que le monde entier n’est pas converti est souligné par la parabole de ‘l’ivraie du champ’. Les fils du méchant ne subsistent-ils pas jusqu’à la ‘moisson’, jusqu’à la consommation du siècle, pour n’être jugés qu’alors ?

Et pourtant, il ne semble pas que ce soit l’intention du Seigneur d’utiliser l’image du ‘levain’ pour présenter un principe mauvais dans tous les cas, un mauvais enseignement par exemple. Nous avons déjà vu une pensée semblable à propos des ‘oiseaux’ de la parabole du ‘grain de moutarde’. Dans une autre occasion, le Seigneur met Ses disciples en garde contre le « levain des Pharisiens et des Sadducéens », et il visait par là leur enseignement (Matthieu 16:11, 12). Il semble que ce soit ici le sens encore général de la pensée : un certain enseignement, ou un principe particulier, allait pénétrer et caractériser toute la masse dans des limites définies.

 

4.2   Une manière collective de considérer les choses

Par cette manière collective (vue globale) de considérer le royaume des cieux, par laquelle Il rassemble tout en une image, sans laisser de place pour des distinctions, le Seigneur n’a manifestement pas pour but un jugement moral de l’état de choses. S’Il avait voulu décrire directement le développement du mal, Il aurait certainement montré des exceptions à la dérive générale, comme Il l’a fait dans la parabole de ‘l’ivraie du champ’.

Si les fils du royaume étaient presque disparus du champ de vision, ils étaient quand même encore présents, et il n’allait pas être oublié de montrer leur part à venir. Dans la parabole du ‘filet dans la mer’, une distinction est faite entre les ‘bons’ et les ‘mauvais’. ‘L’ivraie’ ne devient pas du ‘froment’, ni les ‘mauvais’ poissons’ ne deviennent des ‘bons’. Dans les deux paraboles, le jugement sur les méchants est alors introduit.

Mais ici, nous ne trouvons aucun jugement, car il ne s’agit ni des semailles initiales de la Parole, ni de ce qui en est résulté pour les individus. On a plutôt la masse de la chrétienté, et elle est caractérisée par une profession générale de Christ. Il y a quelque chose sur la terre où on professe extérieurement le nom de Christ, et ce système d’enseignement est caractéristique de tout le domaine. Il n’est pas pris en compte de savoir si la profession est authentique ou pas, car l’exposé de ce point n’est pas le but de la parabole. Le Seigneur nous donne beaucoup plutôt ici une vue historique, une image extérieure du royaume.

 

4.3   Jugement spirituel

Le Seigneur laisse à la capacité de jugement spirituel des Siens, de reconnaître le vrai état des choses, et d’en juger. Ne sommes-nous pas aidés pour cela justement par le fait que le Seigneur Jésus parle ici de ‘levain’ ? Si le levain est utilisé partout dans l’Écriture comme une figure de corruption, n’est-il pas alors plus que clair pour nous que le Seigneur se sert de la parabole du ‘levain’ pour dire qu’au fond le développement n’est pas bon ? Effectivement le ‘levain’ et son activité ne représentent pas le vrai christianisme, la foi et la vie éternelle. Un croyant spirituel le saisit rapidement.

Quel genre d’enseignement chrétien est-ce, qui pénètre tout le domaine s’il trouve de la résonance chez une chrétienté devenue mondaine et en recherche de puissance et d’influence, comme nous la décrit la parabole du ‘grain de moutarde’ ?

Que le Seigneur fidèle veuille nous ouvrir les yeux sur le vrai état de la chrétienté ! Nous ne disons pas cela dans un état d’esprit orgueilleux et accusateur. Nous ne visons pas des personnes, mais le système comme tel. N’est-ce pas profondément douloureux pour nous aujourd’hui, qu’on annonce dans presque toute la chrétienté un évangile social, tandis qu’on a largement abandonné la vraie ‘foi de l’évangile’, l’enseignement proprement chrétien (Philippiens 1:27) ? N’y a-t-il pas le danger que même de vrais enfants de Dieu soient entraînés par le courant général ? Ne devons-nous pas craindre qu’il n’entre aussi dans le domaine de la vraie communion chrétienne, toujours plus de principes sociaux, philanthropiques et démocratiques ? ne devons-nous pas y être attentifs ?

Ces paraboles du Seigneur ont donc certainement aussi pour nous, enfants de Dieu, une portée d’avertissement, et non pas simplement d’enseignement.

 

4.4   En résumé

Dans les trois paraboles du royaume des cieux (‘l’ivraie du champ’, le ‘grain de moutarde’ et le ‘levain’), le Seigneur nous donne trois descriptions du développement qu’allait prendre le royaume des cieux sur la terre en l’absence du roi. Rappelons encore une fois que le royaume des cieux est le domaine sur la terre où l’autorité du Seigneur, sous quelque forme que ce soit, est reconnue sur la terre. C’est un domaine extérieur dont le développement est reconnaissable par tous.

La première image nous montre un mélange de bien et de mal. ‘L’ivraie’ envahit le ‘froment’, la moisson comme telle est gâtée. Nous voyons ensuite un ‘grand arbre’ — une grande puissance politique dont le commencement a été insignifiant. Et finalement une profession générale (et un enseignement général) de Christ, sans qu’il soit rien dit sur l’état personnel des individus.

Là s’achève l’enseignement du Seigneur adressé aux foules, et Il quitte le bord de la mer. Dans la maison, Il explique à Ses disciples la parabole de ‘l’ivraie du champ’, comme nous l’avons déjà considéré. Et puisque la question pourrait être soulevée de savoir si tout cela n’est pas un énorme développement raté, et pourquoi le Seigneur le supporte, le Seigneur ajoute quatre autres paraboles. C’est ce dont nous allons nous occuper.

 

 

5                        Le trésor dans le champ

5.1   Un changement

À partir du v. 36 du ch. 13 de Matthieu, intervient un changement très significatif, portant tant sur le lieu que sur les personnes. Il se manifeste par les mots-clés « la mer – la maison », et « la foule – les disciples ». Le Saint Esprit sépare les quatre premières paraboles des quatre dernières, d’une part en faisant une citation du Psaume 78 et d’autre part en ce que, « ayant congédié les foules, il entra dans la maison ». À partir de là, le Seigneur est seul avec Ses disciples, seul avec ceux qui sont dans la maison, ne restant pas plus longtemps avec les foules qui sont dehors au bord de la mer. Le moment était venu de révéler les « choses qui ont été cachées dès la fondation du monde » (Matthieu 13:35 ; Psaume 78:2) et qui n’étaient destinées qu’aux Siens.

Dans le même sens, les premières paroles du Seigneur dans la maison sont des paroles d’explication, d’interprétation. Nous avons déjà médité là-dessus à propos de la parabole de ‘l’ivraie dans le champ’. Quelle différence sérieuse nous est révélée entre le sort effrayant des professants sans la foi et l’avenir glorieux des vrais enfants de Dieu ! Le contraste entre la fournaise de FEU et le resplendissement comme le SOLEIL ne parle-t-il pas non plus à nos cœurs ? Quand le Seigneur nous amène à voir si loin dans l’avenir, ne devons-nous pas nous poser la question : pourquoi cette révélation influence-t-elle si peu nos vie aujourd’hui ? Si telle est la fin des uns d’une part, et des autres d’autre part, quels gens devrions-nous être en sainte conduite et en piété (2 Pierre 3:11) !

Les paroles du Seigneur sont aussi toujours pratiques, et ainsi Il conclut Son interprétation de la parabole de ‘l’ivraie du champ’ par ces paroles : « qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende » (13:43). Il voudrait que nous tenions compte des avertissements contenus dans Sa Parole. Écouter avec foi, et tirer parti des paroles du Seigneur, c’est ce qui caractérise les croyants en tout temps, tandis que les incrédules vont leur chemin vers la perdition, sans tenir compte de rien.

 

5.1.1        Dans la maison

Dans les trois paraboles de ‘l’ivraie du champ’, du ‘grain de moutarde’ et du ‘levain’, le Seigneur a fait voir le développement extérieur du royaume des cieux. Il n’a pas prévu un bon développement, et nous pouvons bien penser que Son cœur en était triste. Comment aurait-Il  pu se réjouir quand cette chose si bien commencée allait dégénérer pareillement ? D’autres questions encore s’imposent à nous : n’était-il pas en Son pouvoir d’arrêter ce développement du mal ? Pourquoi le supporte-t-Il ? Le royaume des cieux et la chrétienté sont-ils un échec total ? Satan peut-il entraver et anéantir les plans de Dieu au point qu’il ne reste pratiquement plus rien de ce qu’il y avait au début ?

Bien loin d’être découragé et impuissant, le Seigneur donne dans les deux paraboles suivantes de Matthieu 13 le côté intérieur et lumineux de l’image, le côté divin, le côté de la foi. Les sages (Daniel 12:3, 10), les disciples du royaume des cieux les comprendraient. Qu’est-ce qui rend si attirantes les deux paraboles du trésor dans le champ et la perle de grand prix ? C’est que le Seigneur Jésus fait connaître les motifs véritables de Son cœur, ce qui a influencé Son cœur, à agir de la sorte. Indépendamment de la forme que Son royaume prendrait dans le monde, il y avait quelque chose dans ce royaume qui était en dehors du monde, quelque chose qui attirait Son cœur et qui correspondait aux pensées de Dieu.

Ces deux paraboles nous montrent donc le but véritable qu’a poursuivi le Seigneur avec le royaume. Elles nous donnent la réponse aux questions évoquées plus haut, et qui surgissent devant nous quand nous considérons la chrétienté avec toutes ses incrédulités, ses séparations, sa conformité au monde. Pourtant, auprès du Seigneur dans la ‘maison’, nous pouvons bien reprendre les expressions d’Asaph : « Quand j’ai médité pour connaître cela, ce fut un travail pénible à mes yeux, jusqu’à ce que je fusse entré dans les sanctuaires de Dieu... : j’ai compris leur fin » (Psaume 73:16, 17). Quand le roi nous conduit dans Ses chambres (Cantique des Cantiques 1:4), et nous parle de la richesse de la gloire de Son héritage dans les saints, cela ne peut que nous rendre heureux, car nous reconnaissons derrière toutes choses Son amour merveilleux et Sa grâce. Le Seigneur part de ce que Ses disciples comprendraient ce qui était véritablement l’objet de Son cœur, et de ce qu’ils feraient la différence entre le ‘champ’ et le ‘trésor’ qu’il contient.

 

5.2   La parabole et son interprétation

« Encore, le royaume des cieux est semblable à un trésor caché dans un champ, qu’un homme, après l’avoir trouvé, a caché ; et de la joie qu’il en a, il s’en va, et vend tout ce qu’il a, et achète ce champ-là » (Matthieu 13:44).

 

En orient il est courant, en cas de danger, d’enterrer les objets précieux, par exemple les bijoux et les pierres précieuses. On a même rapporté que des gens riches partageaient souvent leurs richesses en trois : avec le premier tiers, ils faisaient des affaires ; avec le second tiers, ils achetaient des pierres précieuses pour servir au cas où ils seraient obligés de fuir ; quant au troisième tiers, ils l’enterraient. Quelquefois il arrivait que le propriétaire mourait, ou que la fuite échouait, et personne hormis lui, ne savait rien du trésor enterré. C’est la situation qui sert de point de départ à la parabole du Seigneur.

Mais il n’y a pas qu’en orient qu’on se conduit ainsi. J’ai le souvenir vers la fin de la seconde guerre mondiale, peu avant l’invasion de l’armée russe, que mes parents enterrèrent dans le jardin derrière la maison le peu de bien qui leur restaient, ainsi que des documents. Et je me souviens des officiers russes piquant le sol avec leur épée, pour repérer des biens enterrés — mais ils ne les trouvèrent pas, ce dont nous avons remercié le Seigneur.

Il est important, dans la parabole, de bien noter ce que le Seigneur dit et ce qu’Il ne dit pas. Ainsi, Il ne dit pas qui a enterré le trésor, ni pourquoi cette personne l’a fait. Nous ne savons pas non plus quand cela eut lieu, ni combien de temps le trésor est resté en terre. Il n’est pas non plus parlé que l’homme ait cherché le trésor. Malgré cela, cette courte parabole qui ne comprend que 30 mots en grec, met en avant des mots et des pensées significatifs et sujets à méditation : le trésor, le fait de cacher, l’homme, le champ, le fait de trouver, le fait de cacher une nouvelle fois, la joie, le fait de s’en aller, la vente, ce que l’homme possédait, l’achat.

Ces mots significatifs peuvent servir de fils conducteurs à la méditation de cette parabole.

 

5.2.1        ‘L’homme’

En premier lieu, posons la question : qui donc est cet ‘homme’ qui a vendu tout ce qu’il avait pour acheter un champ ?

Ce qui vient de suite à l’esprit est qu’il s’agit du même ‘homme’ que dans la parabole de ‘l’ivraie’. Cette expression « un homme » est déjà utilisée dans cette parabole de l’ivraie (13:24), et elle est appliquée plus loin directement au « fils de l’homme » (13:37). On retrouve cette expression dans la parabole du grain de moutarde (13:31), et nous avons vu qu’elle visait déjà là le Seigneur Jésus. La première parabole, sous la forme du semeur, nous avait aussi déjà présenté la même personne et Son activité.

Il n’y a donc aucun doute permis, que l’homme qui a vendu tout ce qu’il avait et a acquis avec cela un champ, est une image de la personne et de l’œuvre de notre Seigneur et Sauveur. Nous allons le trouver confirmé par plusieurs détails.

Il est d’autant plus étrange que, de tous temps, dans la chrétienté, on a été d’avis que Christ est le trésor (et la perle pour la parabole suivante), et que les gens doivent tout donner pour L’avoir. Luther considérait ainsi que le trésor, c’était l’évangile. On trouve partout, dans les commentaires, la pensée que les pécheurs doivent renoncer à tout dans le monde, pour arriver à posséder la vie éternelle. En fait cet « évangile » est encore largement prêché aujourd’hui dans la chrétienté.

Une telle explication fait violence à notre parabole, comme nous l’avons déjà vu dans la parabole du ‘levain’ ; en outre elle altère le vrai caractère de l’évangile. Est-ce vraiment l’évangile de Dieu, que le pécheur ait quelque chose à faire au préalable, qu’il ait à apporter une sorte d’offrande pour s’acquérir le salut en Jésus Christ ? Mille fois non ! Ce serait la loi et non la grâce, et ce serait mettre les œuvres à la place de la foi. Qu’est-ce que le pécheur peut offrir à Dieu en dehors de la souillure de ses péchés ? Ses justices ne sont-elles pas toutes comme un vêtement souillé ? (Ésaïe 64:6).

N’y a-t-il pas eu autrefois un jeune homme riche, venant au Seigneur Jésus pour acquérir la vie éternelle en observant les commandements ? Or le Seigneur lui donna bien la parole caractéristique : « va, vends tout ce que tu as, … et tu auras un trésor dans le ciel » (Luc 18:22). Mais était-ce là l’annonce de l’évangile, l’expression de la grâce de Dieu ? pas du tout. Bien plutôt, le Seigneur allait au-devant de ce chef des Juifs en se plaçant sur le même terrain que celui sur lequel il venait à Lui, celui de la loi : « Fais ceci et tu vivras » (10:28). Mais l’évangile de la grâce nous montre que l’homme ne doit rien offrir à Dieu pour être sauvé, mais que Dieu a offert quelque chose pour lui et a donné Son Fils en rançon pour nos péchés (1 Jean 4:10). Dieu est le grand Donateur, et Son don de grâce est la vie éternelle dans le Christ Jésus, notre Seigneur (Romains 6:23).

Mais l’Écriture ne parle-t-elle pas d’un « achat » du côté de l’homme ? certes, mais c’est un achat sans argent et sans prix (Ésaïe 55:1). Dans la parabole des ‘dix vierges’, il est aussi parlé d’acheter, et il semble que par cette expression, l’Écriture veuille signaler une manifestation précise de la volonté de l’homme prouvant sa sincérité quant à une volonté réelle de faire la chose. C’est pourquoi à la dernière page de la Bible, il est dit : « Que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie » (Apocalypse 22:17).

Bien sûr il y a un renoncement aux choses de la terre dans le but de gagner les biens célestes à leur place (Matthieu 6:20 ; Luc 16:1-13 ; 2 Corinthiens 4:18 ; Philippiens 3:7-16 ; 1 Timothée 6:9-11, 17). Un disciple du Seigneur doit fondamentalement être amené à saisir qu’il a à renoncer à tout ce qu’il a, s’il veut vraiment suivre son maître (Luc 14:33). Mais de tels passages concernent des gens qui sont déjà croyants, et non pas des pécheurs perdus. Certes je ne veux pas dire que notre parabole n’a rien à voir avec la pensée de renoncement du côté du croyant, mais nous reviendrons sur ce point.

Dans cette parabole du royaume des cieux, le Seigneur montre bien le côté extérieur et le côté intérieur du royaume, mais non pas le chemin par lequel le pécheur peut venir à Dieu. Il parle des « mystères du royaume des cieux » (Matthieu 13:11). En outre, combien il serait funeste que le chemin du pécheur vers Dieu soit un mystère qui ne nous soit pas accessible à tous.

 

5.2.2        Le trésor caché dans le champ

Il y a encore une autre pensée qui appuie l’interprétation selon laquelle il faut voir le Seigneur Jésus dans ‘l’homme’ qui vend tout, — et non pas le pécheur qui cherche à être sauvé. Il faut d’abord remarquer que les explications deviennent bien compliquées quand on met de côté la pensée simple de l’Écriture pour la remplacer par ses propres constructions de pensées. Au contraire, si la direction vient de l’Esprit, et non pas de l’intelligence humaine, comme tout devient simple, et combien chaque aspect de l’image est approprié !

Dans notre parabole, l’homme finit par acheter le champ dans lequel il a découvert le trésor. Le Seigneur n’a-t-il pas déjà clarifié ce que nous devons entendre par « le champ » ? « Le champ, c’est le monde » (13:38). Comment le pécheur pourrait-il acheter le monde pour acquérir la possession du trésor ? Les tenants de cette fausse interprétation ont bien reconnu cette difficulté. Pour y faire face, ils se voient contraints de donner au ‘champ’ une autre signification, et d’y voir ici une image des saintes Écritures ou quelque chose de ce genre. Mais rien ne nous autorise à nous écarter de l’interprétation donnée par le Seigneur lui-même. Le ‘champ’, c’est le monde.

Parmi les commentateurs qui s’accordent à voir le Seigneur Jésus dans « l’homme », il y a pourtant des différences d’opinion sur ce qu’il faut comprendre par le ‘trésor’. Que la ‘perle de grand prix’ soit une image de l’assemblée, les gens sont généralement d’accord. Mais dans le cas du ‘trésor’, les opinions divergent. Les uns y voient une image de l’assemblée de Dieu. D’autres pensent qu’il s’agit d’Israël. Ces derniers pensent que des passages comme Exode 19:5 et Psaume 135:4 sont des arguments forts en leur faveur (ce sont des passages où Dieu qualifie le peuple d’Israël comme étant ‘Sa possession’). Ils ne croient pas non plus que le Seigneur puisse parler d’exactement la même chose dans deux paraboles.

Commençons par le dernier argument : pourquoi le Seigneur Jésus ne parlerait-Il pas de la même chose, de l’assemblée ? Ne veut-Il pas montrer deux côtés différents d’une seule et même chose ? Avec le ‘trésor’ qui forme bien une unité, mais composée de beaucoup de pièces individuelles, comme des bijoux ou des pièces de monnaie, Il veut représenter le côté individuel (des personnes), tandis que la ‘perle’ donne le côté collectif (d’ensemble) de l’assemblée. Ainsi les deux paraboles se complètent l’une l’autre, croyons-nous, et elles vont étroitement ensemble

 

5.2.2.1                 Paraboles doubles

Selon toute apparence, ces deux paraboles constituent une paire, c’est-à-dire qu’il s’agit de deux paraboles au contenu semblable, mais avec une symbolique différente. L’interprétation de ce genre d’images doubles ressort clairement des paroles de Joseph au Pharaon : « Et que le songe ait été répété deux fois au Pharaon, c’est que la chose est arrêtée de la part de Dieu, et que Dieu se hâte de la faire » (Genèse 41:32). Dans ces deux songes, il y avait aussi une symbolique double. L’une portait sur des animaux, l’autre sur des végétaux. Les songes de Joseph avaient aussi ce genre de dualité (les « gerbes » — « le soleil, la lune et les étoiles » ; Genèse 37:5 et suiv.). Si le Seigneur met côte à côte deux images de natures différentes et de contenu semblable, c’est qu’Il veut nous laisser une impression certaine de la chose, et qu’Il veut insister sur son importance et son caractère inexorable.

Que le ‘trésor’ ne représente pas Israël, cela ressort de la simple pensée suivante : Israël ne fait pas partie du ‘mystère’ (Éphésiens 3:4-12), ni du point de vue du rejet de ce peuple, ni du point de vue de son rétablissement. Contrairement à l’assemblée, ce qui concernait ce peuple n’était pas chose nouvelle. Le fait même que les nations seraient un jour bénies avec Israël, cela était abondamment prévu dans les écrits de l’Ancien Testament, et Paul insiste spécialement là-dessus dans l’épître aux Romains.

 

5.2.2.2                 Une symbolique changée

Arrivés à ce point, il est temps maintenant, et c’est fondamental, d’indiquer le changement de symboles dont se sert le Seigneur. La première parabole prononcée dans la maison, celle du ‘trésor’, est certes en relation avec un ‘champ’, comme celle du ‘semeur’ et celle de ‘l’ivraie’, mais il ne s’agit plus ici d’implanter la vie nouvelle là où il n’y en a pas. Le ‘champ’ est bien aussi ici le monde, mais il sert maintenant de lieu de conservation à quelque chose déjà présent.

Il est frappant que le champ ne soit pas appelé ici ‘son champ’ (cf 13:44 et 13:24). En contraste avec la parabole de ‘l’ivraie’, le fils de l’homme doit ici premièrement acquérir le champ. Autrement dit, notre parabole n’a pas pour point de départ l’œuvre de rédemption déjà accomplie.

Et tandis que dans la quatrième parabole il y avait quelque chose de mauvais qui était caché, — le levain — notre parabole montre quelque chose de très précieux caché dans un champ, et qui est ensuite caché de nouveau. Le royaume, tel qu’il était dépeint aux foules, allait dégénérer, et se gâter. Pourtant le dessein du Seigneur ne peut être contré par rien ni par personne. Ainsi les disciples apprennent maintenant quelque chose au sujet de Son vrai peuple, et ils sont mis dans la situation de reconnaître le vrai et l’authentique à l’intérieur, au milieu de toute la corruption de la scène extérieure. Ce trésor d’une valeur extraordinaire pour le Seigneur, ne serait pas sali en terre, même qu’il y soit caché. Bienheureuse pensée !

Il y a comme un voile, un silence voulu — on peut même bien dire un silence inspiré — qui recouvre la question de savoir qui a caché le trésor la première fois, et pourquoi l’a-t-il fait. Est-ce peut-être une indication qu’il n’est pas question ici des raisons secrètes d’une telle manière de faire, comme nous les avons appelées précédemment. Cela ne nous renvoie-t-il pas au conseil éternel de Dieu, concernant Christ et l’assemblée ? Dans les siècles précédant la croix, ce mystère était « caché en Dieu » (Éphésiens 3:9). L’assemblée n’existait pas encore, et personne n’en savait encore rien. Dans Son conseil, Dieu a vu Ses élus dans le ‘champ’ du monde. Il la tenait là pour ainsi dire comme cachée ; Il l’a fait en vue de Son Fils bien-aimé : C’est Lui qui, au temps convenable, viendrait comme homme dans le monde, trouverait le trésor, et le recacherait à nouveau temporairement, pour opérer l’œuvre nécessaire à son rachat. Le Fils, lorsqu’Il séjournait sur la terre, a effectivement parlé de tels hommes que le Père Lui a « donnés du monde » afin qu’Il leur donne la vie éternelle (Jean 17:2, 6). Il était venu pour amener « plusieurs fils à la gloire ». C’est en vue d’eux, qu’après avoir accompli l’œuvre à Golgotha, Il dit : « Me voici, moi, et les enfants que Dieu m’a donnés » (Hébreux 2:10, 13).

 

5.2.3        Comment le Seigneur trouve

En accord avec ce qui vient d’être dit, notre parabole comporte une petite particularité qui accentue sa signification. Elle se tait sur le fait de savoir si l’homme a cherché quelque chose dans le champ avant de le trouver — en contraste avec la parabole suivante. Ici il n’est parlé que de trouver, non pas de chercher. ‘L’homme’ savait-il quelque chose de la présence du ‘trésor’, et du lieu où il était caché ? Je pense que oui. Le Seigneur Jésus était le Fils de Dieu, et Il était complètement dans la confidence des conseils de Dieu. Ce conseil n’avait pas été pris sans le Fils, et il correspondait bien au bon plaisir de toute la plénitude (de la déité) (comp. Colossiens 1:19 ; 2:9). Ainsi, la manière d’exposer notre parabole laisse l’impression, ou tout au moins laisse place à la pensée que ‘l’homme’ savait précisément où Il avait à regarder pour voir le ‘trésor’ caché. Il creusa immédiatement au bon endroit, et le trouva.

Cette découverte Lui était réservée, à Lui seul. Nous avons en Jean 1:43 une belle illustration de cette manière dont le Seigneur trouve : « Il trouve Philippe ». On dit souvent que ceci montre que le Seigneur l’a cherché. Certes, mais pas dans le sens qu’Il ne savait pas où était Philippe. À Nathanaël, Il dit : « Avant que Philippe t’eût appelé, quand tu étais sous le figuier, je te voyais » (Jean 1:49). Nous, nous cherchons quelque chose parce que nous ne savons pas où cela se trouve, et nous trouvons quelque chose d’imprévu, par hasard. Mais dans la vie et l’œuvre du Seigneur Jésus, il n’y a pas de hasards, pas de surprises. Quand Il va chercher Sa brebis perdue, « jusqu’à ce qu’Il la trouve » (Luc 15:4), Il sait bien quel chemin elle a pris. Ainsi le Seigneur Jésus a vu les Siens selon le conseil de Dieu dans le champ du monde, et Il est venu pour se les acquérir.

Du point de vue de l’élection de Dieu, Son peuple était un ‘trésor’ ; mais en ce qui concerne l’état personnel des individus, ils étaient perdus. N’est-ce pas touchant que le Seigneur Jésus les a « trouvés » de deux manières : Il les a vus selon ce qu’ils étaient dans le conseil de Dieu, un ‘trésor’ ; et ils les a vus selon ce qu’ils étaient en eux-mêmes, perdus.

Il nous faut toujours penser que Dieu a une autre façon que nous de compter le temps ou de considérer les choses. N’est-il pas remarquable que dans la parabole du ‘semeur’ comme dans celle de ‘l’ivraie du champ’, les semailles ont lieu tout au début, et une fois seulement, tandis que chaque fois, le fruit qui en est produit n’est vu que tout à la fin ? De la même manière, le ‘trésor’ était visible dans son entier pour le Seigneur Jésus, et pareillement Lui a aussi porté tous les péchés de Son peuple. Pour Dieu toutes choses sont présentes, ou sont le présent, indépendamment de la manière dont nous, humains, nous nous représentons le temps.

 

5.2.4        La joie

Pourquoi l’homme a-t-il à nouveau caché le trésor une seconde fois, après l’avoir trouvé ? C’est que le champ ne Lui appartenait pas ! S’il voulait posséder le trésor, il fallait d’abord acquérir le champ. Autrement il aurait été injuste de simplement prendre le trésor pour Lui.

Si nous appliquons cela au Seigneur Jésus, cela nous crée d’abord quelques difficultés. Mais en méditant dans cet ordre de pensées, nous éprouvons la manière si merveilleuse avec laquelle notre Sauveur a choisi Ses mots. Il laisse effectivement ouverte la question de savoir qui est le propriétaire légal du champ, car maintenant il est manifeste qu’un autre que Lui est en possession du ‘champ’. Par d’autres passages de l’Écriture nous apprenons que Dieu a permis qu’un autre, Satan, s’empare du monde sans absolument rien savoir du ‘trésor’ qui y était caché. Mais le Seigneur Jésus le savait, et c’est pourquoi Il s’est réjoui de cette certitude, et a voulu reprendre la propriété en achetant la totalité du ‘champ’.

Nous méditerons sur le prix qui a été nécessaire pour cela, et nous verrons qu’en relation avec cet achat de reprise de possession, il nous est laissé entendre qu’il y a eu non seulement Sa vie et Sa mort, mais aussi Sa résurrection et Sa glorification ultérieure. Cela nous fait voir aussi quelque chose de Sa grâce, de Son merveilleux caractère, en sorte que nous ne pouvons que nous prosterner en adorant.

En premier lieu, ce qui a rempli le cœur de l’homme après avoir trouvé le trésor, c’est la joie, et cette joie a été ensuite le ressort de Son action. Pouvons-nous mesurer, ne serait-ce que quelque peu, ce que signifie que le Seigneur Jésus éprouve de la joie à propos de Son ‘trésor’, — de la joie à notre égard, nous qui sommes Siens ? Il est le Dieu tout-puissant et bienheureux, parfaitement un avec le Père, et pourtant Il a un « trésor » précieux sur la terre, et Il s’en réjouit. Et aussi, mesurons-nous quelque peu le coût qui a pu se rattacher à cette acquisition du trésor ? — de Son point de vue, le résultat en est la joie.

Sur la joie du Seigneur, l’Écriture sainte nous en dit quelque chose dans plusieurs passages, et il est réjouissant qu’à cette occasion elle se réfère souvent à ce qui était si précieux pour Lui. Ainsi nous apprenons de Proverbes 8 que « Ses délices étaient avec les fils des hommes » (v. 31) ; le Psaume 45 nous parle d’une huile de joie avec laquelle Il a été oint plus que Ses compagnons (v. 7). « En cette même heure, Jésus se réjouit en esprit et dit : Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu … révélé [ces choses] aux petits enfants » (Luc 10:21) ; « Bien, bon et fidèle esclave ! … entre dans la joie de ton maître » (Matthieu 25:21).

Oui, bien-aimés, nous adorons notre Seigneur et Sauveur. Sa joie a été en rapport avec de pauvres pécheurs perdus, qu’il est venu racheter — une joie à l’égard des élus de Dieu. Rien ni personne n’a pu Le retenir de choisir le chemin nécessaire pour leur salut. Il était prêt à endurer la croix à cause de la joie qui était devant Lui (Hébreux 12:2).

Et c’est pourquoi Il « s’en est allé », selon l’expression de notre parabole, pour payer le prix. Nous voyons souvent, dans l’évangile de Jean, Jésus utiliser justement cette expression « je m’en vais » pour parler de Sa mort et de Sa résurrection (voir par exemple Jean 8:21, 22 ; 13:36).

 

5.2.5        Abandonner pour gagner

À cause de la joie à l’égard du trésor, l’homme s’en va et « vend tout ce qu’il a » pour acheter le champ. Quelle description du chemin où le Seigneur s’est engagé ! En devenant homme, Lui qui était riche, il a vécu dans la pauvreté pour nous (2 Corinthiens 8:9). Il s’est anéanti comme nous dit Phil. 2. C’était un pas d’une portée incommensurable. Et plus encore, même comme homme, Il s’est abaissé. Son chemin a été un chemin de continuel abaissement, jusqu’à ce que finalement, par obéissance à Son Père, Il trouve Sa place et Sa mort à la croix. Nous pensons à l’outrage des soldats romains, comment ils Lui ont tout pris, y compris ses vêtements. Mais ce n’était pas là proprement le fait de « vendre » ; car « vendre » était Son œuvre propre, personnelle. Et Il a tout abandonné, tout vendu ce qu’Il avait.

En premier lieu il semble que cela se rapporte au fait de devenir le Messie, ce à quoi Il a renoncé sur le plan officiel, au moins pour un temps. « Mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici » (Jean 18:36). Et qui pourrait rester insensible aux paroles émouvantes quand Lui, le vrai Messie de Son peuple, répandait Sa plainte devant l’Éternel : « Tu m’as élevé haut, et tu m’as jeté en bas » (Psaume 102:10). C’était selon la pensée de Dieu que Son Messie « soit retranché et n’ait rien » (Daniel 9:26). Mais cela incluait aussi Sa mort. En fait, Il « a tout vendu », Il n’a rien gardé pour Lui-même ! Il n’a pas seulement abandonné Ses droits comme Messie, mais aussi Sa propre vie, et même Il s’est abandonné Lui-même, ce qui va encore plus loin.

Voilà, chers amis, le prix d’achat qui a été payé pour le monde, le ‘champ’ d’un montant inimaginable. Il a acheté tout le ‘champ’, mais l’objet spécial de Son intérêt et de Son cœur, c’était l’assemblée. Oui, Il nous a aimés, et s’est donné Lui-même pour nous (Éphésiens 5:2), en sorte que maintenant, tous les traits caractéristiques qui sont en Lui, hormis Sa déité, nous appartiennent. Oh ! l’amour inconcevable de Christ ! Il a tout laissé et a tout gagné — non seulement l’assemblée, mais aussi le monde. Nous allons revenir brièvement tout de suite là-dessus.

Nous les rachetés, ne devons-nous pas agir dans notre petit domaine comme notre Rédempteur ? Certes, nous n’avons pas de ‘champ’ à acheter, et nous ne pourrions même pas en acheter. Mais quand le royaume prend ce caractère, quand nous le voyons en Christ, ne devrions-nous pas aussi renoncer pour l’amour de Christ à tout ce qui nous est un empêchement d’aller à Christ ? L’exemple parfait qu’Il a donné d’abandon à Son père peut nous encourager à l’imiter. Même si nous ne pouvons pas nous appliquer les détails de cette parabole, néanmoins dans l’histoire des individus il se passe souvent la même chose : Par la grâce de Dieu, nous sommes conduits, de joie, à abandonner à Christ ce qui est un empêchement à la jouissance de ce ‘trésor’. Paul pouvait dire : « Mais les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ » (Philippiens 3:7, 8).

Ainsi la joie est l’objet principal de cette parabole — la joie de Christ devant la valeur précieuse de Son assemblée.

 

5.2.6        L’achat du champ

On dit souvent que cette parabole se termine par l’image de la mort de Christ. Ce n’est pas tout à fait vrai : elle se termine par l’achat du champ. Comme homme ressuscité d’entre les morts et glorifié, c’est au prix de Sa vie qu’il est propriétaire du monde, dans lequel l’assemblée est encore cachée. Certes, Il a acquis le ‘champ’ à cause du ‘trésor’ ; et ainsi, même que le monde « gise encore dans le méchant » (1 Jean 5:19) aujourd’hui, Il a tous les droits sur ce monde. Personnellement comme Dieu, et comme Créateur de l’univers, Il est depuis toujours propriétaire en droit de toute la création. Mais comme homme, Il a ré-acquis le monde (au sens de lieu d’habitation des hommes) de la main du prince de ce monde.

C’est une pensée qui n’est nullement secondaire dans la Parole de Dieu. Pensons un moment à ceci : si Christ n’avait pas regagné, au prix de Sa vie, le  monde de la main de Satan, nous aurions été pour toujours exclus de régner avec Lui et d’hériter avec Lui. Comme Créateur, Il aurait bien été possesseur de tout, mais Il serait resté seul à le posséder, Il n’aurait pas pu le partager avec nous.

Mais maintenant Christ a le droit de possession sur ce ‘champ’, et cela signifie aussi que Son autorité doit être reconnue dans ce domaine. Si aujourd’hui il n’y en a que quelques-uns qui le font, cela ne change en rien les droits qu’Il a sur ce monde. Sous ce jour, on comprend mieux le passage de 2 Pierre 2, où il est dit des faux prophètes que leur maître les a « achetés », bien qu’ils l’aient renié (v. 1). Nous avons déjà considéré la différence entre « acheter » et « racheter » en rapport avec la parabole de ‘l’ivraie du champ’, en sorte qu’il n’est pas nécessaire ici d’y revenir.

Notre parabole se termine assez brusquement. Il est encore dit que l’homme a acquis « ce champ-là », mais il n’est fait aucune mention de ce qui est arrivé à l’homme ni au trésor.. Manifestement, le Seigneur Jésus ne voulait ni ne pouvait rien en dire à ce moment-là. Il est cependant certain que l’homme voulait en réalité entrer en possession du trésor, et qu’Il ne devait guère le laisser dans le champ. Pour y rester longtemps, la terre n’est point le lieu approprié pour un trésor aussi précieux. S’Il se voyait forcé de le cacher encore une fois pour un certain temps, il irait certainement l’y chercher aussi vite que possible pour le ramener au bon endroit.

Certainement, ces dernières conclusions tirées sur la parabole sortent de ce qu’elle dit, mais ne dépassent pas ce que l’Écriture nous dit ailleurs sur l’assemblée et sur les rachetés du temps de la grâce. Nous avons déjà rappelé la merveilleuse prière du Seigneur en Jean 17 et nous avons vu que le Père a donné du monde, au Fils, des hommes pour qu’Il leur donne la vie éternelle. Ils Lui appartiennent maintenant à un double point de vue : le Père les Lui a donnés, et Il les a achetés pour Lui-même. Mais alors il ne reste plus aucun doute quant au lieu où ils se trouvent : comme le trésor dans le champ, ils sont dans le monde, et ont besoin d’être gardés par le Père (Jean 17:11, 15). Pour le moment, Il ne prie pas encore le Père de les ôter du monde.

Jusqu’ici Jean 17 coïncide entièrement avec notre parabole. Dans les deux passages, le ‘trésor’ est encore dans le ‘champ’, les croyants sont dans le monde. Mais en Jean 17, le Seigneur prolonge la ligne de pensée de la parabole, et Il parle de ce moment où le trésor sera amené au lieu de destination qui lui est réservé : « Père, je veux, quant à ceux que tu m’as donnés, que là où moi je suis, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils voient ma gloire, que tu m’as donnée ; car tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). Qu’y a-t-il de plus grand, de plus merveilleux, de plus réjouissant !

Encore une pensée à considérer. Le ‘champ’ a bien été acheté à cause du ‘trésor’. Mais il sera encore une fois la scène appropriée pour le déploiement de la gloire de Dieu. L’assemblée est certes le résultat le plus glorieux de la Rédemption, mais elle n’en est pas le seul résultat. Une fois que le Sauveur l’aura prise auprès de Lui, le propriétaire se servira à nouveau de Son ‘champ’ et se glorifiera par lui de plusieurs et diverses manières. Cela laisse de la place pour le rétablissement d’Israël.

 

6                        La perle de grand prix

C’est avec les mots « Encore, le royaume des cieux est semblable » que le Seigneur Jésus introduit une deuxième parabole ‘dans la maison’, celle de la ‘perle de grand prix’, placée juste à côté de celle du ‘trésor dans le champ’. Nous avons déjà vu que ces deux paraboles vont étroitement ensemble. Elles se complètent l’une l’autre, présentant à la fois des parallèles et des contrastes. C’est comme si l’une des paraboles ne suffisait pas au Seigneur pour exposer le vrai caractère et la valeur de ce dont Son cœur est occupé.

 

« Encore, le royaume des cieux est semblable à un marchand qui cherche de belles perles ; et ayant trouvé une perle de très-grand prix, il s’en alla, et vendit tout ce qu’il avait, et l’acheta » (Matthieu 13:45-46).

 

Quant au fait de trouver, de s’en aller, d’acheter et de vendre, nous en avons déjà parlé à l’occasion de la parabole du ‘trésor dans le champ’. On retrouve les mêmes pensées ici. Mais dans cette nouvelle image, il y a de nouveaux mots et de nouvelles pensées.

 

6.1   Le marchand

Dans cette parabole, il ne s’agit pas simplement d’un ‘homme’ qui a trouvé un trésor, et qui, selon le langage de la parabole, aurait pu être n’importe quel ouvrier des champs. Cette fois-ci, la personnalité de l’homme est décrite comme celle d’un ‘marchand’, et ce marchand s’y connaît en belles perles, et il en cherche de précieuses de ce genre.

Nous comprenons qu’on puisse trouver en apparence « par hasard » un trésor ‘inattendu’. Cependant, pour aller à l’encontre d’une telle pensée en rapport avec le Seigneur et avec Son œuvre, il a fallu une parabole supplémentaire, celle dont nous nous occupons et qui nous révèle quelque chose de plus. Dans l’œuvre merveilleuse de notre Seigneur et notre Rédempteur, rien n’est dû au hasard, rien n’est l’effet de la surprise, comme nous l’avons déjà rappelé. Il est venu pour avoir un peuple qui soit Sa possession. Il a « cherché » exprès quelque chose de très précieux. Il n’est pas seulement allé ici ou là pour déployer la bonté et la miséricorde de Dieu d’une manière générale ; ni seulement pour « trouver » ce qui était caché dans un champ. Le Seigneur Jésus est bien plutôt venu pour donner une expression tout à fait spéciale de Sa grâce et de Son amour. Tel est l’objet de cette nouvelle parabole.

Mais cela ne suffisait pas. Le ‘marchand’ était aussi un connaisseur distingué, qui savait tout sur les perles et qui avait du goût pour la beauté des perles. Il ne se laisserait pas tromper par une perle qui ne soit pas authentique ; les défauts ne lui échapperaient pas ; il ne manquerait pas de voir les tares d’une perle, et ne risquerait donc pas de devoir, déçu, la mettre de côté plus tard. Il avait une connaissance accomplie de la valeur des perles, et n’hésiterait pas à tout donner son bien et son avoir s’il y avait ne serait-ce qu’une perle de la bonne sorte qu’il cherchait.

Notre cœur n’est-il pas ému quand, devant tout cela, nous pensons au Seigneur Jésus et que nous pouvons Le reconnaître comme étant le ‘marchand’ ? Quel bonheur pour nous que Son examen complet et Son appréciation de la valeur ne soient jamais pris en défaut, et qu’il ne puisse jamais y avoir de déception de Son côté ! S’Il attribue telle valeur à la ‘perle’ qu’Il a cherchée et trouvée, c’est qu’elle a cette valeur, et qu’elle la conservera toujours à Ses yeux. D’un côté, notre paix repose sur ce qu’Il nous connaît avec toutes nos carences (Psaume 139), et d’un autre côté, parallèlement, notre bonheur repose sur ce qu’Il a une parfaite appréciation de la valeur de ce qu’Il a acheté si cher.

 

6.2   Il a cherché

À l’occasion de la parabole précédente, nous avons rappelé qu’au sens littéral, le Seigneur ne s’est jamais mis à chercher dans l’ignorance ou avec incertitude. Quand le Seigneur Jésus a « trouvé » l’aveugle-né de Jean 9, Il savait exactement où il était, et où il fallait le chercher. Mais il y a aussi un sens figuré pour le fait que Dieu cherche. Dans ce cas, cela signifie qu’il y a un désir pour quelque chose, une chose ou une personne. C’est ainsi, par exemple, que le Seigneur dit en Jean 4:23 que « le Père en cherche de tels qui l’adorent ». C’est dans ce sens qu’il faut comprendre que le ‘marchand’ cherchait de belles perles. Il désirait en avoir. La perle était dans Ses pensées avant qu’Il la trouve comme l’objet de Son amour.

Certains peuvent alors voir une difficulté dans le fait que le ‘marchand’ « cherchait de belles perles » (au pluriel), non pas seulement une perle de très grand prix (au singulier). Mais la difficulté s’en va bien vite si nous incluons Israël dans cette recherche faite par Dieu. Dieu n’avait-Il pas mis Son peuple à l’épreuve par la loi dans les siècles passés ? N’avait-Il pas cherché du fruit de Sa vigne, attendant qu’elle en porte — en vain comme nous le savons (Ésaïe 5:2). Plus encore : « L’Éternel a regardé des cieux sur les fils des hommes, pour voir s’il y a quelqu’un qui soit intelligent, qui recherche Dieu » (Psaume 14:2). Même à propos du ‘figuier’ (qui est un symbole du résidu juif après les 70 ans d’exil), le Seigneur a dû dire : « Voici trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve point » (Luc 13:7). Il est venu parmi les Siens, et les Siens ne l’ont pas connu (Jean 1:11). Il cherchait de ‘belles perles’ ; Il cherchait chez les hommes ce qu’il y avait de beau pour Dieu, mais Il ne l’a pas trouvé. L’homme a manqué entièrement — sans loi, sous la loi, dans toutes les dispensations.

Mais quel changement remarquable d’expression trouvons-nous dans notre parabole. Le Seigneur Jésus se met à ne plus parler de belles perles (au pluriel), mais seulement d’une perle (au singulier), et d’une perle de très grande valeur. « Et ayant trouvé une perle de très grand prix… ». C’est un contraste béni. Comme déjà indiqué, Il ne pouvait pas manquer Lui-même, ni accepter d’être définitivement déçu par Israël en particulier ou par les hommes en général. Mais ce que nous trouverons, c’est qu’Il a « trouvé » cette perle unique de très grand prix d’un coup d’œil bien précis, et qu’entre autres choses, Il a fait cela Lui-même.

 

6.3   De quoi parle la ‘perle’ ?

Sans aucun doute, la ‘perle’ est en premier lieu le symbole de la beauté. L’expression de ‘belles perles’ le fait bien ressortir. Dans le sermon sur la montagne, le Seigneur met la perle en relation avec ce qui est saint et qui a de la valeur (Matthieu 7:6). Nous apprenons ainsi ici une vérité d’une portée incommensurable : avec l’assemblée, le Seigneur Jésus a trouvé l’objet qu’Il cherchait — la beauté morale de ce qui est en accord parfait avec les pensées de Dieu. Ce n’est pas seulement qu’Il a « découvert » ce ‘trésor’ dans le ‘champ’ (le temps était venu pour cela), mais Il a vu aussi l’assemblée comme correspondant aux conseils de Dieu, et Il l’a désirée avant qu’elle existe. Il l’a déjà vue auparavant, depuis l’éternité passée, dans sa beauté morale, et sans tache, et Il a désiré depuis toujours la posséder. Pour atteindre ce but, Il était prêt, dans le temps, à tout laisser ce qu’il avait. C’est ce qui nous est dit dans l’épître aux Éphésiens : « … comme aussi Christ a aimé l’assemblée et s’est livré Lui-même pour elle » (5:25). Elle nous touche toujours à nouveau cette pensée que le Seigneur n’est pas mort pour nous seulement, parce que nous en avions besoin, et parce que, sinon, nous étions éternellement perdus. Cela est vrai, et reste absolument vrai, et un sujet éternel de louange. Mais ici nous avons un autre motif, plus profond, de la mort de notre Seigneur : Il aimait l’assemblée, Il a vu en elle quelque chose de beau et précieux, et Il l’a désirée pour Lui. Nous n’oserions même pas penser à cela, si la Parole de Dieu ne nous montrait qu’il en est ainsi.

Quand le temps de la grâce viendra à sa fin, Christ, à Sa venue, prendra dans la gloire auprès de Lui tous ceux qui sont Siens (1 Corinthiens 15:23 ; 1 Thessaloniciens 4:15-17). Alors Il se présentera l’assemblée à Lui-même, glorifiée, « n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais […] sainte et irréprochable » (Éphésiens 5:27). Mais réfléchissons : cette absence de tache, elle la possède en position devant Dieu déjà maintenant, comme nous l’enseigne un simple coup d’œil sur Éphésiens 1 : Dieu nous a élu en Christ dès avant la fondation du monde « afin que nous fussions saints et irréprochables, devant Lui en amour » (Éphésiens 1:4). Selon ce qui devrait toujours être notre état pratique, Dieu nous voit toujours « dans le Bien-aimé », et Il nous voit en Lui saint et irréprochable. Et en ce qui concerne le Seigneur Jésus et Son assemblée, Il la voit déjà dans sa perfection accomplie et dans toute sa beauté. Il s’agit, comme nous le verrons, d’une beauté et d’une perfection accomplie conférées. Il ne la voit rien moins que dans toute sa valeur, selon la position qu’elle a dans les conseils de Dieu. Bien que l’Écriture soit beaucoup plus sobre que nous en matière d’attributs (ajouts) ornementaux, ici il est quand même question d’une perle « de très grand prix » (*).

 

(*) le mot grec pour « de très grand prix », polytimos, ne signifie pas seulement « très cher », mais aussi « évalué très haut, ayant une très grande valeur, très précieux ». Dans le Nouveau Testament on ne retrouve ce mot qu’en Jean 12:3 et 1 Pierre 1:7.

Justement de nos jours, dans les jours de la fin, il ne nous faut rien perdre de cette manière de voir. Il est vrai que l’assemblée comme témoignage de Dieu sur la terre a entièrement failli. Des séparations innombrables déchirent les saints. Nous sommes responsables de tout cela. Cependant, cela ne doit pas modifier notre vision à l’égard de l’assemblée, à l’égard de ce que l’assemblée représente pour le cœur du Seigneur quant à sa beauté, sa valeur précieuse et son unité. Ce n’est qu’alors que nous pouvons nous rendre compte du vrai degré de notre éloignement pratique, et ce n’est que de cette manière que nous pouvons être gardés du découragement.

À cet égard un autre mot-clé est frappant : l’unité de l’assemblée. Dans le ‘trésor’ nous avions devant nous l’aspect individuel de l’assemblée. En fait, elle se compose de personnalités individuelles distinctes, comme un trésor peut comprendre une foule de pièces de monnaie. Chaque ‘fils du royaume’ peut parler personnellement de l’amour de son Seigneur et confesser que « Il m’a aimé et s’est livré Lui-même pour moi » (Galates 2:20). Chaque croyant individuellement est précieux pour le Seigneur Jésus. Mais dans la ‘perle’ nous avons une image collective (de groupe). Ici et en Éphésiens 5, nous apprenons à connaître un autre côté, à savoir que l’assemblée, dans son unité, a une beauté qui attire le cœur du Seigneur. Quel bonheur pour nous de savoir qu’Il est satisfait de ce fruit particulier du travail de Son âme (Ésaïe 53:11) !

Cette double manière de considérer un seul et même objet se trouve déjà dans une belle figure de l’amour de Christ pour les Siens, celle d’Exode 21, où le ‘serviteur hébreu’ dit : « j’aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas sortir libre » (v. 5). Dans ‘ma femme’ nous avons une figure du côté collectif, dans ‘mes enfants’, une figure du côté individuel de l’assemblée. Le serviteur hébreu aimant aussi « son maître » trouve une contrepartie dans Jean 14 : « mais afin que le monde connaisse que j’aime le Père ; et selon que le Père m’a commandé, ainsi je fais » (Jean 14:31). C’est le seul passage du Nouveau Testament où le Seigneur Jésus parle de Son amour pour le Père.

Dans la création, il y a effectivement de très belles perles. Mais la beauté de la perle unique, celle qui a captivé le cœur du Seigneur, est de nature céleste. C’est, comme nous l’avons déjà dit, une beauté conférée. Ce n’est pas seulement que le Seigneur Jésus « trouve » la ‘perle’, mais elle est aussi le fruit de Son propre travail. Quand un corps étranger, ou un parasite, s’introduit dans une huître perlière posée au fond de la mer, et qu’il la blesse, l’huître vivante a une réaction de protection par laquelle elle enveloppe petit à petit le corps étranger dans une couche-mère de perle qui devient de plus en plus dure, et c’est ainsi que naît la perle à l’intérieur de l’huître vivante. Toutefois, cette perle n’est accessible que si l’on casse l’huître qui la contient et qu’on la tue.

Quelle image saisissante de ce que le Seigneur Jésus a fait pour l’assemblée ! Ce qui L’a blessé est l’origine de son existence et de sa beauté, et ce n’est que par Son sang précieux qu’Il pouvait faire Sienne la ‘perle de très grand prix’, parce qu’elle avait besoin de rédemption. Nous avons ainsi ici devant nous une double image de la mort du Seigneur. L’une se trouve dans le symbole de la perle elle-même, l’autre dans le fait que le ‘marchand’ a ‘vendu’ tout ce qu’il avait.

 

6.4   Comparaisons

Dans notre parabole, il n’est pas parlé que le Seigneur Jésus ait acheté la ‘mer’ pour posséder la ‘perle’. C’est heureux qu’Il ne l’ait pas fait parce que les méchants sont comme la mer agitée, qui ne peut pas se tenir tranquille (Ésaïe 57:20), et cela, le Seigneur ne l’achète pas. L’acquisition souveraine du monde était l’objet de la parabole précédente. Mais ici nous avons une autre pensée : les Siens sont le fruit de Son propre travail. Ainsi nous pouvons dire : le ‘trésor dans le champ’ nous parle de l’élection opérée par Dieu, tandis que la ‘perle de grand prix’ parle de la rédemption opérée par le Seigneur Jésus Christ, et les ‘bons poissons’ de la parabole suivante parlent du rassemblement opéré par le Saint Esprit. Le ‘trésor’ était caché, la ‘perle’ a été formée, et les ‘poissons’ sont tirés individuellement de la mer.

Il n’est pas non plus parlé ici d’acheter l’huître avec sa coquille. Il semble que l’huître, comme les couvertures et tapis du tabernacle, nous parlent de l’abaissement du Seigneur Jésus aux jours de Sa chair sur la terre. Les hommes n’ont rien vu d’attirant qu’ils auraient désiré chez les Siens. Mais maintenant Lui est glorifié.

Un autre point encore nous frappe en comparant les deux paraboles. Dans la parabole du ‘trésor dans le champ’, le Seigneur parle au présent : … de la joie qu’il a, il s’en va et vend tout ce qu’il a, et achète le champ ». Dans la parabole de la ‘perle de grand prix’, le Seigneur utilise le passé et dit : « et ayant trouvé une perle de très grand prix, il s’en alla, et vendit tout ce qu’il avait, et l’acheta ». Pourquoi ces différences de manière de s’exprimer du Seigneur ? Il n’est pas possible qu’elles n’aient pas de signification.

Dans la première parabole, c’est la joie qui est la pensée principale, et le motif déterminant animant le cœur du Seigneur. Cette joie est une joie durable et présente, qui ne prend pas fin avec la « transaction » si l’on peut s’exprimer ainsi. D’où l’usage du temps présent pour les verbes. Dans la seconde parabole, c’est la beauté de la perle qui est le motif déterminant animant le ‘marchand’. C’est elle qui constituait tout ce qui était nécessaire pour mettre en route le processus d’acquisition de la perle. Comme le ‘marchand’, le Seigneur savait la valeur de la ‘perle’, et c’est dans une parfaite estimation de cette valeur qu’Il s’est engagé jusqu’au bout dans le chemin pour l’acquérir. D’où l’usage du temps passé pour les verbes, ce qui exprime une action définitive, précise et sans retour.

Les deux paraboles — celle du ‘trésor dans le champ’ et celle de ‘la perle de grand prix’ — s’achèvent au même point : l’achat. Dans les deux paraboles il n’est rien dit sur la suite de l’affaire, bien que cette suite ait lieu à n’en pas douter. Quand le ‘marchand’ cède tout son bien pour la ‘perle’ de très grand prix, est-ce aller trop loin que d’admettre que cette ‘perle’ est destinée à orner le Seigneur Jésus Lui-même au temps convenable ? Oui, le jour viendra où Il sera glorifié « dans Ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru » (2 Thessaloniciens 1:10). La Jérusalem céleste — l’église glorifiée dans le ciel — aura trois portes pour chacune des (quatre) directions du ciel, et chacune de ces douze portes sera constituée d’une perle (Apocalypse 21:12, 21). Quelque soit le côté par lequel on s’approchera de cette ‘ville’, on verra toujours la beauté éternelle de l’assemblée — le fruit des souffrances de Celui qui l’a aimée et qui s’est livrée Lui-même pour elle.

Encore une comparaison pour finir. Entre les paraboles par ailleurs si dissemblables, du ‘grain de moutarde’ et de la ‘perle de grand prix’, il y a quand même un point sur lequel elles s’accordent : le grain de moutarde, comme la perle, commencent par quelque chose de très petit avant de croître. L’arbre croît à partir d’un petit grain de moutarde, et la perle croît à partir d’un petit grain de sable qui a pénétré dans l’huître. Mais quelle différence de résultat ! La perle ne devient jamais très grande en taille, mais sa valeur peut être inestimable. Nous retirons dons de ces deux paraboles la leçon que la grandeur extérieure n’est pas tout. Ce n’est pas d’après cela que la vraie valeur peut être déterminée.

 

7                        Le filet et les poissons

Nous arrivons à dernière et sixième parabole du royaume des cieux de Matthieu 13. Pour la sixième fois, une parabole est introduite par l’expression « le royaume des cieux est semblable ». Le premier mot « Encore » insiste en outre sur la liaison avec les deux paraboles précédentes (le ‘trésor dans le champ’ et la ‘perle de grand prix’). La parabole du ‘filet et des poissons’ dont nous nous occupons maintenant ressemble beaucoup par sa structure et son langage à la parabole de ‘l’ivraie du champ’, la première des six paraboles. Dans les deux paraboles, il est question de bons et de méchants, et dans les deux le Seigneur introduit dans Son explication la ‘consommation du siècle’ [litt. : l’achèvement de l’ère] à la quelle se rattache le jugement.

À un certain point de vue, l’interprétation de la sixième parabole du royaume des cieux (la septième parabole au total) offre les plus grandes difficultés. On ne s’étonne donc pas des différences qu’on trouve dans les commentaires. Beaucoup de commentateurs différent la scène qui s’y déroule, et que nous dépeint la parabole, au temps qui suit l’enlèvement de l’église, et ils voient, par exemple, dans les ‘bons poissons’ une image des nations qui seront introduites dans le royaume au temps de la fin (Apocalypse 7:9 et suiv.). Pourtant, comme nous l’avons vu avec le ‘trésor dans le champ’, l’introduction des nations dans le royaume de paix du Seigneur n’appartient pas aux ‘mystères’ du Nouveau Testament, ni aux vérités cachées dans l’Ancien Testament. La difficulté principale paraît résider en ce que l’on ne reconnaît pas la différence existant entre la parabole elle-même et l’explication ajoutée par le Seigneur. Si l’on ne comprend pas que, dans Son explication de la parabole, le Seigneur va chaque fois bien plus loin que ce qu’Il a dit dans la parabole, on ne trouve pas la clef à une interprétation correcte. On a vu aussi dans la parabole de ‘l’ivraie du champ’ que la parabole décrit une scène autre que celle de l’explication. Il en est de même dans cette parabole du ‘filet et des poissons’.

 

« Encore, le royaume des cieux est semblable à une seine jetée dans la mer et rassemblant [des poissons] de toute sorte ; et quand elle fut pleine, ils la tirèrent sur le rivage, et s’asseyant, ils mirent ensemble les bons dans des vaisseaux, et jetèrent dehors les mauvais. Il en sera de même à la consommation du siècle : les anges sortiront, et sépareront les méchants du milieu des justes, et les jetteront dans la fournaise de feu : là seront les pleurs et les grincements de dents » (Matthieu 13:47-50).

 

Commençons par considérer la parabole elle-même (v. 47-48), puis nous verrons ensuite l’explication ajoutée par le Seigneur (v. 49-50). On pourrait résumer la parabole elle-même en disant qu’elle concerne « ce que font les pêcheurs », et que l’explication du Seigneur concerne « ce que font les anges ».

 

7.1   Ce que font les pêcheurs

Dans la parabole, les pêcheurs laissent traîner une seine (le mot ne se trouve qu’ici dans le Nouveau Testament ; c’est un grand filet permettant d’encercler des poissons entre la mer et le rivage, et de ramener ces poissons au bord en tirant le filet qui reste en position à peu près verticale dans l’eau), et la tirent lentement, tendue entre deux bateaux. Le filet se remplit ainsi progressivement de divers poissons, les rassemblant ‘de toute sorte’.

 

7.1.1        La prise de poissons

Nous sommes frappés ici que ce sont des pêcheurs qui sont au travail, non pas un ‘homme’, ni non plus le Fils de l’homme Lui-même. Manifestement, il faut comprendre ce mot les ‘pêcheurs’ comme désignant les serviteurs du Seigneur qui jettent le filet de l’évangile dans la mer des nations (cf Apocalypse 17:15), pour gagner des âmes pour le Seigneur. Il s’agit d’une activité typique du temps du royaume des cieux et que nous devons en aucune manière perdre de vue. La mission du Ressuscité à Ses disciples dit bien : «Allez dans tout le monde, et prêchez l’évangile à toute la création » (Marc 16:15).

Le Saint Esprit qui devait descendre sur eux, une fois l’œuvre de la rédemption accomplie, leur donnerait la force, et « vous serez mes témoins », avait-Il dit, « à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au bout de la terre » (Actes 1:8).

Avons-nous conscience de cette mission et de son importance ? Comment pourraient s’accomplir en pratique les conseils de Dieu en rapport avec le ‘trésor dans le champ’ et la ‘perle de très grand prix’ si les ‘poissons’ n’étaient pas effectivement tirés de la mer de ce monde ?

Par Sa mort et Sa résurrection, le Seigneur a établi la base pour cela, mais cette œuvre incombe aux ‘pêcheurs’. C’est un devoir béni, et grand. Comme « pêcheurs d’hommes » pour « prendre des hommes », peut-il y avoir un travail béni à notre époque ? Or il n’est pas confié seulement aux pêcheurs professionnels (Marc 1:16 ; Luc 5:10).

Avec le ‘filet’ qui rassemble toute sorte de poissons, il est clair que d’un côté nous avons ici, devant nous, une œuvre de l’homme (inachevée). D’un autre côté, nous y reconnaissons la bonne nouvelle s’adressant non pas seulement à une classe d’hommes particulière, mais à tous les hommes, quelque soient leur race ou leur condition sociale ; c’est la même pensée que dans la parabole du ‘semeur’. On ne trouve pas d’indication de l’exclusion d’aucune sorte de gens, ou de nation. C’est donc le résultat de la prédication de l’évangile : des ‘poissons’ de toute sorte sont rassemblés.

Cependant ce ne sont pas tous les poissons de la mer qui sont rassemblés dans le filet. Cela s’accorde avec les paroles de Jacques en Actes 15 : « Siméon a raconté comment Dieu a premièrement visité les nations pour en tirer un peuple pour son nom » (v. 14). On ne trouve dans l’Écriture ni un salut de tous les hommes ni une christianisation universelle du monde. Il est heureux que ce soit la volonté de Dieu que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité (1 Timothée 2:4). Et aucun de ceux qui iront un jour en enfer ne pourra objecter à Dieu que lui-même aurait voulu être sauvé, mais que pourtant il n’avait pas été élu de Dieu. Le résultat de la prédication de l’évangile est donc qu’une quantité limitée de poissons va dans le filet tandis que les autres restent dans la mer.

Il n’est pas non plus parlé que la pêche recommence une nouvelle fois. Bien plutôt, la totalité de l’œuvre, qui s’est étendue sur beaucoup de siècles pendant le temps de la grâce, se trouve incluse dans le cours de cette seule pêche.

 

7.1.2        Le tri des poissons

Mais voilà que l’activité des pêcheurs change, et on passe manifestement à la fin de la période, un temps de crise : « … quand elle [la seine, ou : filet] fut pleine, ils la tirèrent vers le rivage ». Je ne doute point que par les mots « quand elle fut pleine », le Seigneur faisait allusion aux derniers jours du temps de la grâce. Déjà avant la mort du dernier apôtre la dernière heure avait commencé. Le fait que plusieurs antichrists soient apparus, était pour l’apôtre Jean une preuve suffisante que la dernière heure était déjà là (1 Jean 2:18). L’apôtre Paul parle aussi des « derniers jours » et il les caractérise comme des « temps fâcheux » (2 Timothée 3:1). En ce temps-là, les pêcheurs ont à faire aux poissons d’une autre manière que précédemment. Ils trouvent dans leurs filets des bons et des mauvais poissons. Et en contraste avec la parabole de ‘l’ivraie du champ’ où il fallait laisser croître l’ivraie avec le froment jusqu’à la moisson, on voit ici les pêcheurs occupés à séparer les bons poissons des mauvais.

À soit tout seul, ce point est déjà très remarquable. Cela montre clairement que l’état de mélange du bien et du mal n’est pas selon la pensée du Seigneur. Certes Il le supporte, comme nous l’avons vu, mais il n’est pas selon Sa pensée. Pour que ce soit bien clair, il fallait cette parabole. Mais le Seigneur ne le dit qu’à Ses disciples dans la ‘maison’. Ce n’est qu’à eux qu’il découvre Ses intentions véritables. Le filet avait bien amené toute sorte de poissons ensemble, des bons et des mauvais (sans valeur), comme on voit beaucoup de gens qui professent le christianisme, et parmi ces professants, certains sont authentiques, d’autres non. Le Seigneur veut faire une séparation entre eux, déjà ici-bas sur la terre. On voit donc ici les pêcheurs procéder à un examen. Ils comprennent ce que sont les poissons, lesquels sont bons et lesquels sont mauvais, et ils agissent en conséquence ; ils séparent les uns des autres.

Instinctivement on se rappelle la circonstance d’Actes 19. Comme quelques-uns des Juifs parlaient mal de la voie chrétienne et ne croyaient pas, Paul se retira d’eux et sépara les disciples (v. 9). La séparation du mal est un principe essentiel du Nouveau Testament, et même de toute l’Écriture (voir Exode 33:7 ; 1 Thessaloniciens 5:22 ; 2 Timothée 2:19 ; Hébreux 13:13 ; Apocalypse 18:4). Dans des temps de ruine et de mélange, si nous voulons jouir de la communion du Seigneur, nous devons nous purifier du mal et de ceux qui le supportent (2 Timothée 2:21). Le Seigneur ne se joindra jamais au mal. De notre côté, il est nécessaire d’avoir les sens exercés à discerner le bien et le mal et à savoir faire la différence entre les deux (Hébreux 5:14).

 

7.1.3        Le rassemblement des bons poissons

Encore un point à la suite de ce qui précède. Les pêcheurs avaient jeté leur filet pour prendre des bons poissons. Ce sont ceux-ci qui les intéressaient. Mais leur filet a aussi pris des mauvais. Une fois celui-ci plein, ils s’asseyent (une image du soin qu’ils prennent) et ils rassemblent les bons dans des récipients (ou : vaisseaux), tandis qu’ils sortent les mauvais du filet, les jettent dehors et les y laissent. Ils s’occupent des bons, pas des mauvais. Comme habituellement les récipients sont la propriété de ceux à qui appartient aussi le filet, ce traitement des poissons jette une lumière particulière sur l’œuvre du Seigneur dans les derniers jours. Il voudrait non seulement voir les Siens séparés de toute sorte de mal, mais aussi Il voudrait les voir amenés et réunis dans des « récipients », dans des communautés locales. Pour cela Il utilise ses serviteurs, qu’Il a muni de discernement et force spirituels.

N’est-elle pas heureuse cette pensée de réunir dans des récipients ? La chrétienté peut bien se détacher de plus en plus de toutes les valeurs chrétiennes, et s’éloigner de Dieu et de l’ordre de Dieu ; elle va courir toujours plus rapidement vers l’effondrement final, l’apostasie complète de Dieu. Pourtant, avant que le jugement la frappe, les serviteurs de Christ sont à l’œuvre. Instruments dans Sa main, ils amènent les croyants dans des assemblées locales, selon ce qui correspond à Sa pensée. Même si nous n’en avons qu’une indication ici, l’enseignement sur l’assemblée dans son caractère général et son caractère local est pleinement développé plus tard dans le Nouveau Testament, spécialement dans l’épître aux Corinthiens.

Les « récipients » appartiennent au Seigneur, et Ses saints y trouvent protection et bénédiction. La parabole de ‘l’esclave fidèle et du méchant esclave’ de Matthieu 24 n’est-elle pas en heureuse harmonie avec la belle manière d’agir des ‘pêcheurs’ ici ? Le Seigneur a du ‘personnel’, et Il prend soin de ceux qui appartiennent à Sa maison. C’est pourquoi Il a établi un esclave sur son personnel, pour qu’en Son absence, il leur donne la nourriture convenable au moment convenable. Il apprécie tellement ce service (chrétien), qu’Il dit : « bienheureux sont ces esclaves, que le maître, quand il viendra, trouvera faisant ainsi » (Matthieu 24:45-46). Il ne s’agit pas ici de l’annonce de l’évangile, mais du soin pris envers ceux qui sont dedans — le service au vrai sens chrétien.

Dans cette parabole de Matthieu 24 dont on vient de parler, pas plus que dans celle ‘du filet et des poissons’, on ne trouve de changement des personnes. L’esclave établi par le Seigneur sur Son personnel est le même qui vit encore à la venue du Seigneur. Il en est aussi de même dans la parabole des ‘dix vierges’. Les vierges sorties au commencement sont les mêmes que celles qui, à la venue de l’époux, entrent aux noces avec Lui. Il en est de même ici. Les pêcheurs qui ont jeté le filet dans la mer, sont les mêmes qui, quand il est plein, rassemblent les bons poissons dans les récipients. Quelle leçon faut-il en retirer ? que l’Écriture n’a déterminé aucun espace de temps important jusqu’au retour du Seigneur pour les Siens. Il vient bientôt ! Attendons-Le donc chaque jour !

Il vaut aussi la peine de noter le contraste avec la parabole de ‘l’ivraie du champ’. Cette parabole prononcée devant les foules montre une mise en botte et un rassemblement des méchants sur la terre ; ils attendent le jugement. La parabole prononcée pour les disciples montre un rassemblement des bons dans des récipients sur la terre ; ils attendent leur maître.

Naturellement, les croyants du début de l’ère chrétienne étaient aussi amenés dans des ‘récipients’. Ce n’est pas limité au temps de la fin. Mais ils n’étaient pas pris dans un ‘filet’ plein de toute sorte de poissons. Dans les premiers temps de la chrétienté, le Seigneur ajoutait ceux qui devaient être sauvés (Actes 2:47). Ils sortaient tous du monde, que ce soit le monde juif ou le monde païen, mais il n’y avait pas de monde chrétien ni christianisé. Cela rendait simple la manière d’agir, bien que de faux frères aient déjà alors trouvé l’entrée. Mais aujourd’hui le filet est pratiquement plein, et les bons poissons côtoient les mauvais. Tous ils professent Christ ; si c’est à tort ou à raison, c’est là la question. Il est donc nécessaire d’avoir une capacité de discernement spirituel pour n’amener que des bons dans les récipients. Si le Seigneur Jésus dit maintenant « quand elle [la seine ; ou : filet] fut pleine, c’est aussi lié à la pensée qu’après cela, il n’y a plus de ‘filet’ pour la chrétienté qui puisse modifier leur sort. Combien cela est sérieux !

 

7.2   Ce que font les anges

La scène du v. 49 n’est pas quelque chose qui a directement à faire avec la parabole, car elle se termine au v. 48. Mais il a plu au Seigneur, comme dans la parabole de ‘l’ivraie du champ’, d’ajouter une explication ; dans les deux Il décrit le jugement des impies à la « consommation du siècle ». Mais rien dans Ses paroles ne suggère que ce qui se passe dans l’explication suive directement ce qui est dit dans la parabole, ni que les deux aient la même signification. Au v. 30 aussi, il n’est pas dit que la mise au feu de l’ivraie suive immédiatement. « Pour la brûler » ne fait qu’indiquer l’intention, mais non pas l’exercice du jugement selon l’expression « ils les jetteront dans la fournaise de feu » du v. 42. Dans notre parabole aussi, le rejet des mauvais poissons n’est pas suivi immédiatement de l’exercice du jugement. Dans les deux cas, le Seigneur laisse la question ouverte. Les deux scènes sont différentes et ont lieu à des moments différents : cela deviendra encore plus clair en entrant dans les détails.

Nous avons déjà vu que les pêcheurs sont d’abord occupés avec les bons poissons, les justes. Ils les rassemblent dans des récipients. Avec les mauvais poissons, ils n’ont rien d’autre à faire que de les jeter dehors. Mais à la consommation du siècle, c’est le contraire qui se passe : « les anges sortiront, et sépareront les méchants du milieu des justes, et les jetteront dans la fournaise de feu » (Matthieu 13:49-50). Les pêcheurs avaient séparés les bons poissons du milieu des mauvais (les professants sans vie), et ils les avaient mis dans des récipients. À l’inverse, les anges ne sont pas occupés des bons, mais des méchants. Ils les séparent du milieu des justes, et les jettent finalement dans la fournaise de feu. N’est-il pas clair qu’il s’agit de deux scènes différentes ?

Il s’ensuit que la parole du Seigneur « il en sera de même à la consommation du siècle » ne doit pas être interprété avec l’explication qui suit, comme s’Il avait dit « de la même manière que décrit dans la parabole, les choses se passeront aussi à la consommation du siècle ». Bien plutôt, avec le « de même », le Seigneur amène à ce qu’Il a encore à dire, à savoir ce qui doit se passer à la consommation du siècle : « les anges sortiront… ». Cependant, entre les événements dans la parabole et dans l’explication, il y a un parallèle : les deux ont lieu aux derniers jours. Les pêcheurs développent leur activité quand le filet est plein, c’est-à-dire au moment de la fin du temps de la grâce. Les anges entrent en action quand est achevé (= consommé) le siècle dans lequel le royaume des cieux existe en mystère.

Les deux époques ne sont pourtant pas identiques. Nous devons penser que le royaume des cieux se poursuit aussi après l’enlèvement de l’église. Il y aura alors encore des saints sur la terre. Ce ne seront plus des chrétiens, mais des Juifs croyants, et des gens des nations qui croiront la prédication du royaume par les envoyés juifs. Le livre de l’Apocalypse s’occupe à partir du ch. 7 dans différents groupes de ces croyants. Il leur faudra passer par une tribulation sans pareille. De quelle manière le Seigneur les sauvera-t-Il de leur adversaires ? par le fait que, Lui-même, suivi de Ses armées célestes, viendra du ciel et exterminera leurs ennemis (Apocalypse 19:11 et suiv.). Que les anges soient  particulièrement les exécuteurs du jugement, cela ressort clairement d’autres passages du Nouveau Testament (par exemple Matthieu 16:27 ; 2 Thessaloniciens 1:7 ; Hébreux 1:7). Si les saints jugeront le monde et même les anges (1 Corinthiens 6:2, 3), ce n’est pas à eux mais aux anges que Dieu a confié l’exercice de Ses châtiments qu’Il doit infliger sur la terre dans Sa providence et Son gouvernement. Les injustes seront donc retirés du milieu des justes et conduit pour le jugement. Les justes au contraire, entreront dans le royaume de mille ans et auront part à sa bénédiction.

Quand le Seigneur Jésus dans Son grand discours prophétique de Matthieu 24 en vient à parler de la venue du Fils de l’homme, Il leur montre le même ordre : « Alors deux hommes seront au champ, l’un sera pris et l’autre laissé ; deux femmes moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre laissée » (Matthieu 24:40-41). Ceux qui seront « pris », seront emportés pour le jugement, tandis que ceux qui seront « laissés » seront laissés ici pour le royaume. À l’enlèvement des saints qui aura eu lieu auparavant, ce sera exactement l’inverse : ceux qui seront enlevés sont les croyants, et ils iront avec le Sauveur dans la maison du Père ; mais ceux qui resteront, sont les incrédules, et ils resteront ici, pour être jugés.

Résumons encore une fois les différents parallèles entre les paraboles de ‘l’ivraie du champ’ et du ‘filet et des poissons’, en regroupant les mots-clés. Un champ – un filet ; du froment – des bons poissons ; de l’ivraie – des mauvais poissons ; le froment et l’ivraie, les bons et les mauvais poissons – d’abord côte à côte, ensuite séparés ; dans les deux, la consommation du siècle et les anges comme exécuteurs du jugement ; le rassemblement de l’ivraie – la séparation des méchants ; dans les deux, le sort final dans la fournaise de feu, où sont les pleurs et les grincements de dents.

Quand nous considérons ces événements sérieux, nous ne voulons pas nous contenter d’un exposé aussi précis que possible, mais nous voulons laisser s’exercer sur nos cœurs l’impression reçue. Il faut nous demander : sommes-nous prêts pour la venue du Seigneur ? Sommes-nous conscients que nous vivons les derniers moments du temps de la grâce ? Nous soucions-nous de ceux qui ne connaissent pas le Seigneur et qui ne craignent pas les pleurs et les grincements de dents ? Réalisons-nous la séparation selon Dieu de toute sorte de mal ? Avons-nous un attachement particulier pour ceux qui sont dedans, et exerçons-nous notre service envers eux ? Tout ce que le Seigneur a exprimé est tout à fait pratique et utile pour nous-mêmes, et aussi pour que ce soit utile à d’autres.

 

 

8                        Le maître de maison

Avec la parabole du ‘maître de maison’, nous arrivons à la dernière des paraboles de Matthieu 13, la huitième. Comme souvent dans le Nouveau Testament, le huitième élément d’une série signale quelque chose de nouveau, souvent la résurrection elle-même. Ici, dans cette huitième parabole, il nous est montré une nouvelle sorte de « scribe » (*) sur le terrain de la résurrection.

 

(*) Note du traducteur : Le terme « scribe » a été utilisé comme dans la version JN Darby de la Bible. L’auteur de l’article utilise l’expression « instruit dans l’écriture ».

 

« Jésus leur dit : Avez-vous compris toutes ces choses ? Ils lui disent : Oui, [Seigneur]. Et il leur dit : C’est pour cela que tout scribe qui a été fait disciple du (*) royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui produit de son trésor des choses nouvelles et des choses vieilles » (Matthieu 13:51-52).

 

Note du Traducteur : L’auteur de l’article traduit « qui a été instruit dans » au lieu de « qui a été fait disciple du » ; mais il dit plus loin qu’on peut traduire comme dans la version JN Darby.

 

La question du Seigneur à Ses disciples « avez-vous compris toutes ces choses ? » donne à cette parabole une position spéciale par rapport aux paraboles précédentes de ce chapitre : elle est séparée des autres, et d’une certaine manière, elle est au-dessus d’elles, car elle les regroupe toutes. « Avez-vous compris toutes ces choses ? ». Son importance réside en ce qu’elle englobe toutes les autres paraboles. Laissons de côté la prétention quelque peu téméraire des disciples d’avoir « tout » compris. Dans Sa grâce, le Seigneur laisse subsister leur « oui », malgré qu’ils n’aient en réalité guère compris dans ce moment-là, et Il compare alors tout scribe instruit à l’égard du royaume des cieux à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses vieilles.

 

8.1   Les scribes d’aujourd’hui

D’une part cette parabole du maître de maison n’est pas une parabole du royaume des cieux, et d’autre part elle est une parabole personnelle : « tout scribe ». Elle a ces deux points en commun avec la première des paraboles. Mais tandis que dans la première parabole, nous avons vu que le ‘semeur’ sur le ‘champ’ était Christ, nous avons ici une figure des Siens en tant qu’administrateurs fidèles dans la ‘maison’, mais considérée du point de vue de leur responsabilité et de leur activité personnelles.

Ceux qui avaient compris Ses paraboles, le Seigneur les désigne comme scribes [ou : instruits dans l’Écriture] qui ont été instruits dans le royaume des cieux, ou, ou selon une autre manière de traduire, qui ont été faits disciples du royaume des cieux (dans ce sens, le mot grec se retrouve en Matthieu 28:19 : « faîtes disciples »). Par cette expression, le Seigneur ne pense bien sûr pas aux scribes de Son temps, ni en général à un état spirituel ou religieux. Tout au contraire, Il désigne ceux qui sont enseignés de Dieu (Jean 6:45), ces « sages » de Daniel 12 qui « comprendraient » les mystères de Dieu (Daniel 12:3, 10). Maintenant donc, Il met de côté les scribes de Son temps, et introduit une nouvelle sorte de scribes, qui ne sont pas sur un terrain juif, mais sur le terrain de la résurrection.

En rapport avec ceci, il est intéressant de voir combien d’expressions du judaïsme ont été reprise dans le christianisme. Pensons simplement aux notions d’assemblée, de sacrificature, d’anciens, et bien d’autres encore. Ici ce sont des ‘scribes’. Ces expressions ont, dans le christianisme, une signification autre, bien plus profonde ; mais il y a plus. C’est comme si le Seigneur voulait, en les réutilisant dans l’ère nouvelle, que ce qui a échoué chez Son peuple terrestre, trouve son accomplissement chez Son peuple céleste. Nous ne pouvons donc que demander que le Seigneur veuille nous aider à occuper fidèlement et pratiquement la position dans laquelle Sa grâce nous a amenés.

Ce qui caractérise donc les ‘scribes’ de nos jours, c’est premièrement qu’ils sont initiés aux mystères du royaume des cieux, et qu’ils ont acquis par là un riche trésor de connaissance de la vérité de Dieu. Si nous repensons à la parabole du ‘trésor dans le champ’, il y a clairement un contraste béni. Dans cette dernière, c’est l’ensemble des rachetés qui constituent le trésor du Seigneur Jésus ; mais ici il s’agit du trésor de Sa vérité dans les Siens. Il la leur a confiée, Il l’a déposée en eux, et ils l’ont saisie dans leur cœur, et peuvent se réjouir de ce trésor.

Nous avons une pensée semblable en 2 Corinthiens 4:1-7, où il est parlé du trésor de la connaissance de Dieu dans la face de Christ.

 

8.2   Administrateurs

La comparaison avec un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses vieilles, fait comprendre un second point : Le Seigneur voudrait que ceux qui possèdent quelque chose de Lui en fassent usage pour d’autres. Il ne nous a pas donné la vérité seulement pour notre usage et notre bénédiction personnelles, mais Il nous a confié une administration afin que d’autres aussi apprennent quelque chose de ce trésor. Le « c’est pour cela » avec lequel Il introduit cette petite parabole inclut manifestement la responsabilité.

La vérité divine forme toujours un tout unitaire. Cependant, elle a différentes parties et différents côtés, en sorte qu’on peut tout à fait parler de telle ou telle « vérité » particulière. C’est ainsi que le Seigneur parle ici de choses nouvelles et de choses vieilles. Il y a des vérités ou des communications de Dieu qui sont nouvelles, et d’autres qui sont vieilles.

Que Christ établisse un jour Son royaume sur la terre, en puissance et en justice, cela fait partie, par exemple, des choses vieilles ; c’était une vérité bien connue, révélée dans l’Ancien Testament. Que Christ dût souffrir et mourir, les prophètes de l’ancienne alliance l’avaient même aussi prédit, et dans cette mesure, ce n’était pas nouveau (1 Pierre 1:11). Mais que le royaume des cieux existât dans cette forme en mystère pendant le temps de Son rejet, et qu’il inclût l’assemblée, c’était quelque chose d’entièrement nouveau. Le Seigneur le leur avait annoncé maintenant sous la forme de ces paraboles, et ils devaient être désormais comme un maître de maison qui sert ses biens à ses invités.

C’est un privilège merveilleux de connaître les voies de Dieu au travers de l’Ancien comme du Nouveau Testament. Les unes comme les autres appartiennent au trésor qui nous est confié. Mais il faut que la vérité divine nous devienne premièrement précieuse à nous-mêmes avant que nous la présentions à d’autres. Et comme la Bien-aimée du Cantique des cantiques (7:13) avait gardé de tous les fruits exquis, nouveaux et anciens, pour son Bien-aimé, ainsi que le Seigneur nous aide à tirer des choses nouvelles et des chose vieilles du trésor qui nous a été confié, selon les nécessités du temps et selon les occasions — pour glorifier le Seigneur et pour la bénédiction des autres.

Pour cela, il ne fallait pas que les serviteurs du Seigneur — passons maintenant à de l’enseignement pratique — craignent d’apporter à leurs auditeurs des choses anciennes ou connues, en plus des choses nouvelles. Ce dont les saints ont justement besoin, ce n’est pas toujours des vérités les plus élevées du Nouveau Testament. Souvent, le Saint Esprit conduit le serviteur à indiquer des principes simples, déjà connus dans l’Ancien Testament. Pensons en outre à ceci : il est d’une grande valeur de se ressouvenir de ce qui est déjà connu. Les auditeurs devraient aussi prendre cela à cœur, et en tirer parti. Je ne parle pas d’un ministère de la Parole superficiel et dénué de puissance. Bien au contraire ! Mais ne devons-nous pas tous confesser qu’il y a beaucoup de vérités de la Parole de Dieu que nous connaissons bien et depuis longtemps, sans qu’elles aient encore exercé aucune influence sur nous ? En tout cas, l’apôtre Pierre s’appliquait à ce que les destinataires de sa seconde épître «  se souviennent toujours de ces choses », bien qu’ils les connussent et qu’ils fussent affermis dans la vérité présente (2 Pierre 1:12).

 

8.3   Parallèles

Comme le huitième ton d’une gamme musicale recommence le premier, simplement décalé d’une octave, ainsi la huitième parabole est un complément de la première et est en plein accord avec elle. On a déjà indiqué quelques parallèles entre elles. Dans les deux paraboles (le ‘semeur’ et le ‘maître de maison’), il s’agit de comment l’individu accueille la Parole de Dieu. La première nous la montre reçue dans le cœur et portant du fruit. Dans la seconde, le cœur n’est pas comparé au sol d’un champ, mais à un endroit où gît un trésor, et de ce trésor le maître de maison tire quelque chose à l’usage des autres. Porter du fruit représente le côté dirigé vers Dieu, tandis que tirer quelque chose du trésor représente le côté dirigé vers l’homme. Dans la parabole du ‘semeur’, porter du fruit consiste en ce que la Parole est reçue, comprise et gardée. La parabole du ‘maître de maison’ nous montre que le meilleur moyen de garder consiste à redonner à d’autres.

Tandis que le semeur répand son trésor sur le champ de ce monde, le maître de maison s’applique à tirer du trésor pour distribuer de la nourriture à la famille (ou : ‘maison’) et au personnel (ou : domestiques de la maison). On pourrait relier l’un surtout avec le don d’évangéliste, et l’autre avec le don de pasteur ou docteur. Sur ce point, il existe aussi un parallèle avec la parabole du ‘filet et des poissons’, où on trouve la prise de poissons et ensuite le regroupement des bons dans des récipients.

Bien que la première et la dernière parabole ne soient pas, comme nous l’avons vu, des paraboles du royaume des cieux, néanmoins elles s’y rattachent étroitement toutes les deux. La parabole du ‘semeur’ est la clef pour comprendre les mystères du royaume des cieux, tandis que la parabole du ‘maître de maison’ nous montre l’usage à faire de ces paraboles quand on les a comprises. La dernière parabole termine donc le cercle ouvert par la première.

 

8.4   Aperçu

Combien les paroles de notre Seigneur sont merveilleuses et divines ! Dans huit paraboles, simples mais profondes, Il nous dévoile les conseils du cœur de Dieu. Une fois armés de la connaissance des mystères du royaume des cieux, nous pouvons tranquillement et calmement apercevoir les différents développements qui se déroulent sur le grand champ de moisson. Il est vrai que le diable entre toujours en jeu pour tout corrompre ce que Dieu a produit. Dans cette mesure, le monde — mais aussi ce chapitre — est un immense et unique champ de bataille. On voit partout le conflit entre le bien et le mal, entre la puissance de Dieu et la puissance de Satan.

Mais la première grande prophétie de l’Écriture sur le Seigneur Jésus trouvera son accomplissement ultérieur comme elle a déjà été accomplie dans des parties essentielles : « et je mettrai inimitié entre toi et la femme, et entre ta semence et sa semence. Elle te brisera la tête, et toi tu lui briseras le talon » (Genèse 3:15).

N’avons-nous pas vu toujours à nouveau dans ces paraboles cette inimitié entre l’adversaire et la ‘semence de la femme’ ? Le Seigneur en parle directement dans la première et la seconde parabole (le ‘semeur’ et ‘l’ivraie du champ’), et dans la seconde, le Seigneur désigne l’adversaire comme « Son ennemi ». Mais l’influence de cette inimitié se retrouve aussi dans les autres paraboles, si nous pensons seulement au ‘grain de moutarde’ et au ‘levain’. Qui était l’instigateur de ce développement malheureux, sinon Satan ? Et que ‘l’homme’ ait dû réacquérir le champ en l’achetant d’une main étrangère pour gagner le ‘trésor’, cela nous ramène au même auteur.

Mais même si beaucoup de gens aujourd’hui se représentent le contraire, même si la méchanceté de l’homme peut beaucoup s’aggraver, et malgré toute l’inimitié de Satan, — Dieu amènera jusqu’à l’achèvement le propos de Son cœur pour la gloire de Son Fils. Même si cela paraît tarder, comme si Satan réussissait mieux que le Seigneur, la victoire décisive finale sera du côté de Celui qui est plus fort que Satan. Cela donnera donc une ‘moisson’ immensément riche. Il se réjouira éternellement du ‘trésor’ précieux et de la ‘perle’ de grand prix, et Il sera satisfait du fruit du travail de Son âme. Ils seront le reflet de Sa propre gloire jusque dans l’immense éternité.

Que le nom de notre Dieu et Père soit glorifié, Lui qui a conçu un tel plan ! Que soit haut élevé et loué le nom de Son Fils, notre Seigneur, qui dans des souffrances indicibles, a posé le fondement pour l’accomplissement du propos de Dieu.