[ Page principale | Nouveautés | La Bible | la Foi - l'Évangile | Plan des sujets | Études AT | Études NT | Index auteurs + ouvrages + sujets | Centres d'intérêt ]

 

Une parole solennelle dans un temps fâcheux

 

Christian Briem

Traduit de l'allemand

Les sous-titres (de deuxième rang) ont été ajoutés par Bibliquest

 

Table des matières abrégée :

1     Avant-propos

2     Des principes, non des règles

3     Séparation du mal

4     Comment agir pratiquement

5     S’éloigner de ce qui est pervers

6     Comment le Saint Esprit opère — pas de démocratie

7     Pas d’indépendance

8     Arguments

 

 

Table des matières détaillée :

1     Avant-propos

1.1    Danger de superficialité

1.2    Relations entre assemblées — Séparations — Début de fraction du pain

2     Des principes, non des règles

2.1    Des principes, non pas des règles

2.2    Quand un principe faux se cache derrière un système de rassemblement

3     Séparation du mal

3.1    Hors du camp — Exode 33

3.2    Le Bon Berger qui fait sortir les brebis

3.3    Instruction par rapport à Babylone

3.4    2 Timothée 2 et la grande maison

4     Comment agir pratiquement

4.1    Lévitique 14

4.2    Deutéronome 21

4.3    Matthieu 18:15 et suiv.

5     S’éloigner de ce qui est pervers

5.1    Par rapport à des individus — Romains 16:17-18

5.2    Par rapport à des rassemblements

5.3    Cas inverse : communion établie

6     Comment le Saint Esprit opère — pas de démocratie

6.1    Surveillants et anciens

6.2    Gouvernements ; ceux qui sont à la tête

6.3    Conducteurs

6.4    Cléricalisme ? Qui participe à l’administration ?

7     Pas d’indépendance

7.1    Deutéronome 17:9-12

7.2    Actes 15

7.3    Acceptation des jugements d’assemblées

8     Arguments

8.1    Ne pas ignorer les autres membres du corps

8.2    Décisions fausses ?

8.3    Obligation de rester dans une assemblée ?

8.4    Privilèges et responsabilité

 

 

 

1                        Avant-propos

1.1   Danger de superficialité

Nous vivons dans des jours sérieux, les derniers du temps de la grâce. La Parole de Dieu les appelle « des temps fâcheux » (2 Tim. 3:1). Satan a réussi, par notre infidélité, à causer beaucoup de mal, non seulement dans la chrétienté en général, mais aussi parmi nous, les croyants, en particulier. Parallèlement à une mondanité indéniable et une superficialité spirituelle s’est développé au milieu de nous un esprit de libéralisme et d’indifférence, à l’égard duquel le Seigneur nous avertit dans la lettre à Laodicée.

 

1.2   Relations entre assemblées — Séparations — Début de fraction du pain

Avec un tel arrière-plan, il n’est pas étonnant — même si nous devons le déplorer — que non seulement des individus, mais aussi des groupes entiers ou des assemblées entières aient adopté des conceptions fausses au sujet du rassemblement des croyants, de sorte qu’il est devenu nécessaire de se séparer d’eux. On a alors posé la question : trouvons-nous dans les Saintes Écritures des exemples d’assemblées se séparant d’une ou de plusieurs assemblées, c’est-à-dire ne la (les) reconnaissant plus comme étant en communion à la table du Seigneur avec elle ?

Nous répondons tout de suite : non, il n’existe pas de tel exemple (d’ailleurs les exemples pour la vie pratique d’assemblée en général sont eux aussi rares). Mais nous ne trouvons pas non plus d’exemples dans la Parole qu’une assemblée est « reçue » en communion. Ainsi nous ne devons pas supposer, par exemple, que les croyants d’Antioche n’ont commencé la fraction du pain, le plus grand privilège commun des chrétiens, que lorsque Barnabas vint vers eux (Actes 11). S’ils étaient chrétiens, ce privilège leur appartenait, et certainement ils l’ont exercé sans invitation particulière, de quelque côté qu’elle vienne. Il n’en avait pas été autrement pour les chrétiens de Jérusalem (Actes 2:42 et suivants). Il n’existait que ce seul « terrain » de communion chrétien, et les premiers chrétiens l’occupaient. Tous les autres hommes étaient ou Juifs ou païens ; et ils n’avaient aucune part à ce privilège.

 

2                        Des principes, non des règles

2.1   Des principes, non pas des règles

Aujourd’hui, la scène chrétienne est devenue beaucoup plus difficile ; aussi, pour nous conduire, Dieu, selon sa sagesse, ne nous a pas donné dans la Parole un ensemble de règles et d’exemples, mais des principes divins qui couvrent chaque situation. Nous aurions trop facilement agi selon un schéma pour résoudre les problèmes sans être exercés intérieurement. Ces principes se rattachent habituellement à des situations particulières qui ont existé. Les situations elles-mêmes peuvent être passées, mais les principes demeurent. Prenons un exemple, qui touche aussi notre sujet, pour illustrer ce point.

 

2.2   Quand un principe faux se cache derrière un système de rassemblement

Les croyants à Corinthe pensaient avoir la liberté d’aller au temple des idoles et de manger les sacrifices offerts aux idoles, parce qu’ils savaient que les idoles ne sont rien. Sur ce dernier point ils avaient raison, mais leur manière d’agir était tout de même fausse. Pourquoi ? Ils violaient — sans le savoir il est vrai — deux principes divins, que l’apôtre Paul leur expose :

·        Derrière les choses visibles on trouve des puissances, des principes, des ordres, des systèmes invisibles, qu’ils soient bons ou mauvais.

·        Par une participation extérieure à ces choses, on entre en communion intérieure avec ces systèmes, qu’on le sache et qu’on le veuille ou non.

Derrière les sacrifices aux idoles se trouvaient des démons, et si les Corinthiens allaient dans le temple et y mangeaient de tels sacrifices, ils étaient en communion avec les démons (1 Cor. 10). Il était et il est impossible, moralement impossible, de participer à la table du Seigneur et à la table des démons. Il est vrai que ce danger particulier ne peut guère se présenter pour nous aujourd’hui, mais les principes qui viennent d’être rappelés gardent leur valeur, et il s’agit d’en faire une application juste aux problèmes qui se posent actuellement. Quand bien même nous ne pouvons pas caractériser de « tables de démons » des rassemblements de croyants qui ne se trouvent pas sur un terrain scripturaire (cela serait absurde et fanatique), nous devons toutefois examiner sur quel fondement ils se réunissent, quel système se cache derrière. Si le système, l’ordre qui y règne est faux, parce qu’on admet, par exemple, une pratique d’admissions « large », je me fais un avec l’erreur qui se trouve là en y allant et en participant [à la table]. Qu’il soit possible, par une participation extérieure, même par une simple salutation, d’entrer en communion avec un mal que l’on ne commet pas soi-même, nous est aussi montré par 2 Jean verset 11. Qu’on l’admette ou non, qu’on l’ait voulu ou non, cela est secondaire : c’est ainsi que Dieu le voit.

 

3                        Séparation du mal

Le chemin et la ressource de Dieu dans les jours de ruine est la séparation de ce qui n’est pas selon ses pensées. Si, malgré l’existence du mal, nous ne voulons pas perdre la présence du Seigneur, la séparation du mal est le seul chemin. Nous trouvons ce principe dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament — un principe qui conduit à l’unité quand on le suit.

 

3.1   Hors du camp — Exode 33

Lorsque le peuple d’Israël s’était corrompu et était tombé dans l’idolâtrie, Moïse prit la tente d’assignation et la tendit pour lui « hors du camp, loin du camp ». « Et il arriva que tous ceux qui cherchaient l’Éternel sortirent vers la tente d’assignation qui était hors du camp » (Exode 33:7). Ainsi Moïse, le serviteur de Dieu, conduisait les fidèles au dehors du camp. Dans ce temps là, mauvais, le chemin de la vérité, pour tous ceux qui cherchaient l’Éternel, était hors du camp. C’est là, et non pas dans le camp, que Dieu pouvait parler face à face avec Moïse, comme un homme parle avec son ami (verset 11).

 

3.2   Le Bon Berger qui fait sortir les brebis

Et que faisait le « bon berger » avec ses brebis, lorsque la « bergerie » d’Israël était envahie de toute sorte de mal ? A-t-il entrepris de la réformer ? C’est bien ce que les hommes ont toujours essayé de faire : réformer, améliorer ce qui est tombé en ruine. Non, le Seigneur Jésus devint pour elles la « porte » pour sortir de la « bergerie », du système juif corrompu. Il appelle ses propres brebis par leur nom et « les mène dehors » (Jean 10:3). C’est ce qu’il fait aussi aujourd’hui avec les siens : Il les mène loin de ce qui n’est pas ou n’est plus selon Lui. Il est lui-même l’autorité pour cela, la « porte ».

 

3.3   Instruction par rapport à Babylone

Si nous faisons maintenant un grand saut dans le Nouveau Testament et allons directement à son dernier livre, l’Apocalypse, il est dit là au résidu croyant des derniers jours à l’égard de « Babylone », la « grande prostituée » et la « demeure des démons » : « Sortez du milieu d’elle, mon peuple, afin que vous ne participiez pas à ses péchés... » (chapitre 18, verset 4). C’est le même principe, dans des circonstances complètement différentes. En l’appliquant aujourd’hui, nous ne transformons pas en « Babylone » ceux dont nous nous séparons. Il est absurde de soutenir cela. Le principe de la séparation du mal demeure immuable, qu’il s’agisse de la « bergerie » ou de « Babylone » ou des faux systèmes actuels dans la chrétienté.

 

3.4   2 Timothée 2 et la grande maison

Si nous passons aux épîtres du Nouveau Testament nous rencontrons le même principe. Le côté de l’homme du sceau dans 2 Timothée 2 est : « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » (verset 19). L’« iniquité » [ou injustice] est tout ce qui est en contradiction avec Dieu et avec sa volonté révélée. Si l’iniquité ne peut pas être éloignée, celui qui veut être fidèle doit s’en séparer.

Pour illustrer cela, l’apôtre Paul prend l’image d’une grande maison, dans laquelle il y a différents vases, qui sont distingués les uns des autres de deux manières : selon le matériau et selon l’usage. L’appel consiste maintenant à se séparer des « vases à déshonneur », en s’en éloignant — non pas seulement de leur doctrine, mais des vases, des personnes elles-mêmes. Le fait que, en agissant ainsi, on devient soi-même un « vase à honneur » (verset 21), témoigne clairement que n’avons pas à voir dans les « vases à déshonneur » seulement les simples professants, mais également tous les croyants qui sont souillés par le mal de quelque nature qu’il soit, ou qui sont associés avec quelque chose qui déshonore le nom du Seigneur. Les croyants peuvent donc aussi être des « vases à déshonneur », et cela lorsqu’ils sont en relation avec l’injustice. Et c’est la responsabilité personnelle de chacun individuellement de s’en séparer. L’expression « Si quelqu’un » met d’ailleurs clairement en évidence que tous les chrétiens sont concernés, pas seulement des serviteurs particuliers du Seigneur (comme on le prétend souvent). Chacun est tenu d’agir ainsi.

L’injonction ici se rattache certes à ce que l’apôtre Paul écrivait à Timothée, afin qu’il sache « comment il faut se conduire dans la maison de Dieu » (1 Timothée 3:15) — dans un temps (et c’est le point de vue de la seconde épître à Timothée), où l’expression extérieure de l’Assemblée est bien éloignée des pensées de Dieu.

Le complément encourageant donné par le verset 22 met en lumière que, malgré la forme d’expression personnelle (« quelqu’un », « mais toi »), il s’agit aussi d’une affaire collective : « avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ». Si Timothée se purifiait des vases à déshonneur et poursuivait la justice, la foi, l’amour, la paix, il en trouverait d’autres qui ont fait et font la même chose. S’écarter de l’injustice — qu’il s’agisse d’individus ou d’assemblées entières — ne conduit pas à l’isolement, mais est une obligation pour ceux qui veulent maintenir l’ordre dans la maison de Dieu et invoquer le Seigneur d’un cœur pur. Cela peut de fait signifier que l’on doive refuser la communion à une voire à plusieurs assemblées.

2 Timothée 2 présente un principe général qui inclut toute forme d’injustice. L’injustice peut revêtir diverses formes et prendre des dimensions différentes, et il est donc tout à fait logique qu’il en aille de même du retrait vis-à-vis de l’iniquité que la Parole impose.

 

4                        Comment agir pratiquement

Si maintenant un groupe de frères et sœurs ou une assemblée locale se place par la doctrine et la pratique sur un terrain qui n’est plus en accord avec l’Écriture, que faut-il faire ? Comme il a déjà été mentionné dans l’introduction, le Nouveau Testament ne donne pas beaucoup d’exemples pour la vie collective des assemblées. Mais en considérant des passages comme Romains 15:4 ; 1 Corinthiens 10:6-11 et 2 Timothée 3:16 (« Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner... ») nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que l’Ancien Testament nous propose aussi des exemples et des conseils pour notre sujet. Nous voulons maintenant examiner quelques-uns de ces conseils dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

 

4.1   Lévitique 14

Une indication quant à la distance à prendre par rapport à un rassemblement local peut être discernée en Lévitique 14, quand il est parlé d’une maison qui est tout entière atteinte d’une plaie de lèpre. Elle devait être démolie (verset 45). Mais ce que je voudrais souligner ici, c’est la prudence, la circonspection et le soin avec lesquels l’affaire était d’abord examinée par le sacrificateur. Nous avons à apprendre de cela qu’un pas selon 2 Timothée 2 ne peut en aucun cas être fait d’une manière légère et précipitée ; il ne doit être franchi que quand tous les moyens et tous les efforts, pour ôter l’iniquité, sont restés sans résultat.

 

4.2   Deutéronome 21

Nous retirons une directive supplémentaire du chapitre 21 de Deutéronome : en règle générale c’est aux assemblées avoisinantes que revient le devoir de s’occuper des problèmes d’une assemblée. Il est vrai que nous ne trouvons pas dans le Nouveau Testament l’expression « assemblée avoisinante » de sorte que je n’insisterais pas trop sur cette pensée. Si les assemblées avoisinantes sont trop faibles ou ne sont pas disposées à répondre à leur devoir, des assemblées plus éloignées devront alors s’en charger. Le corps de Christ ou la maison de Dieu ne se limite pas à la circonscription d’une ville ou à la frontière d’un pays.

 

4.3   Matthieu 18:15 et suiv.

En outre, il me semble que Matthieu 18 à partir du verset 15 nous offre une aide précieuse. Évidemment il s’agit là du péché d’un frère contre un autre frère ; mais les principes donnés du Seigneur peuvent certainement aussi être appliqués plus largement. L’effort devait d’abord porter à régler la chose dans un cercle restreint, à « gagner » le ou les autres. Quand cela n’aboutissait pas, deux ou trois témoins devaient « établir » le fait. Ici le Seigneur ne parle déjà plus seulement de « gagner » : l’affaire prenait un caractère plus solennel. Mais si l’on ne les écoutait pas non plus, alors il fallait le dire à l’assemblée : c’est-à-dire le mal devenait maintenant public, il était mis sur la conscience de l’assemblée. Nous avons là une procédure qui est digne de toute notre attention. Mais si on ne voulait pas non plus écouter l’assemblée, la rupture était inéluctable.

 

5                        S’éloigner de ce qui est pervers

5.1   Par rapport à des individus — Romains 16:17-18

Nous trouvons en Romains 16 un exemple relatif à l’application pratique du principe de 2 Timothée 2. La question qui est traitée ici peut être formulée ainsi : Que faire si ce que l’apôtre Paul avait annoncé d’avance aux anciens à Milet se confirmait, et que d’entre les croyants ou d’entre les surveillants mêmes se levaient des hommes qui annoncent des doctrines perverses « pour attirer les disciples après eux » (Actes 20:30) ? La directive de l’apôtre Paul en Romains 16 nous donne la réponse : « Or je vous exhorte, frères, à avoir l’œil sur ceux qui causent les divisions et les occasions de chute par des choses qui ne sont pas selon la doctrine que vous avez apprise ; et éloignez-vous d’eux. Car ces sortes de gens ne servent pas notre seigneur Christ, mais leur propre ventre ; et par de douces paroles et un beau langage, ils séduisent les cœurs des simples » (verset 17 et 18).

Le nom du Seigneur peut souvent être sur les lèvres de ces hommes, mais il manque la véritable soumission au Seigneur et à Sa Parole. Leurs paroles peuvent être très belles, mais elles doivent être mesurées par rapport à la doctrine des apôtres. Si ce que ces docteurs apportent est contraire à la doctrine que nous avons apprise, il en résultera inévitablement des divisions et des occasions de chute ; car il se trouvera des personnes pour partager leurs conceptions et se joindre à eux. Les divisions qui en résulteront alors révèlent très distinctement que leurs auteurs et leurs acolytes, malgré tout le zèle qu’ils peuvent montrer, servent en réalité leurs propres intérêts (« leur propre ventre ») et non pas ceux du Seigneur. Les enfants de Dieu devaient s’éloigner de tels hommes, même si les séducteurs et leurs adeptes avaient leur place parmi les croyants, comme c’était manifestement le cas à Rome. Le sectarisme est de l’injustice et les sectes sont les œuvres de la chair (Galates 5:20). Nous devons nous éloigner d’eux et de leurs protagonistes.

 

5.2   Par rapport à des rassemblements

Selon 2 Timothée 2:19 à 22 ce principe subsiste aussi lorsque toute une assemblée est entraînée sur un faux terrain. Alors d’autres assemblées, de préférence les assemblées environnantes — comme nous l’avons déjà vu — devront se charger de l’affaire.

En règle générale, ce seront des frères qui ont du discernement et qui jouissent de la confiance des frères et sœurs locaux qui s’occuperont d’une autre assemblée. Si tous les efforts pour redresser les frères et sœurs d’une localité échouent, et si le fondement pour continuer la marche ensemble fait complètement défaut, alors il ne reste rien d’autre à ces assemblées qu’à en prendre note, et finalement à s’éloigner d’eux, même si ce pas est très douloureux.

Cela ne signifie évidemment pas une exclusion de cette assemblée. Par la présence du Seigneur au milieu d’elles, des assemblées locales ont bien l’autorité de lier et de délier dans le cas de personnes individuelles (Matthieu 18:18 à 20) qui font partie de leur rassemblement local, et il est tout à fait clair qu’en Matthieu 18 le Seigneur parle de l’assemblée dans une localité particulière. Cependant, des assemblées locales ne peuvent admettre ni exclure une autre assemblée. Elles n’ont aucune autorité pour cela.

Si maintenant, à la suite de tristes développements, les frères et sœurs d’une assemblée locale se détournent de ce qu’ils avaient eux-mêmes une fois confessé, ils ne sont alors pas « mis hors de communion » par qui que ce soit, mais ils se sont eux-mêmes mis hors de communion. Ils ont de fait abandonné eux-mêmes le terrain commun qu’ils avaient jusque-là reconnu et accepté. Alors ce ne sont pas ceux qui tiennent ferme les principes des Saintes Écritures qui provoquent une séparation, mais ceux qui les abandonnent.

 

5.3   Cas inverse : communion établie

Pour rendre cela encore un peu plus compréhensible, il est peut-être utile de s’occuper du cas inverse, du cas positif, qui heureusement s’est déjà produit souvent. Supposons que, par le travail de quelques missionnaires dans un pays lointain, un certain nombre de personnes viennent à la foi au Seigneur Jésus. À un moment donné elles auront le désir de rompre le pain. Si les conditions requises sont remplies, qui pourrait leur refuser la communion à la table du Seigneur ? Mais comment procéder, d’un point de vue purement pratique, pour éviter la formation d’un groupe indépendant ?

Eh bien, quelques frères dignes de confiance viendront de près ou de loin et, comme représentants des assemblées de leur localité ou de leur pays, exprimeront la communion avec ces frères et sœurs ! Dans un tel cas, ces frères ne « dressent » pas « la table du Seigneur » en cet endroit. Cela le Seigneur lui-même le fait. Il ne s’agit pas non plus de l’« admission » de ce groupe de croyants. Ni des frères, ni des assemblées locales ne peuvent admettre d’autres assemblées. Mais des assemblées locales peuvent discerner et reconnaître un ou plusieurs groupes de croyants comme étant sur le même terrain scripturaire. Cela peut aussi se produire, comme remarqué plus haut, par le moyen de quelques frères, non toutefois sans les assemblées locales, comme nous l’avons vu.

Les chapitres 8 et 11 des Actes présentent de beaux exemples d’une telle manière de procéder.

 

6                        Comment le Saint Esprit opère — pas de démocratie

Pour contrecarrer la tendance qui se répand aujourd’hui de faire de plus en plus de l’assemblée un instrument démocratique, parlementaire, j’indiquerai encore un certain nombre de passages qui montrent comment Dieu veut voir sa volonté réalisée dans son Assemblée. Sous la direction et la puissance de l’Esprit Saint, cette volonté doit être mise en avant pour la protection du troupeau par des hommes qu’Il a qualifiés à cet effet. Cela n’a rien à faire avec le fait de dominer, comme nous le montre 1 Pierre 5, verset 3. Il s’agit du maintien des droits de Dieu face au mal. On pourrait bien aussi employer pour cela le terme « administration ».

Les passages qui suivent montrent clairement deux points : premièrement qu’il existe une telle administration ou une fonction de direction ; et deuxièmement qu’elle n’est pas confiée à tous les croyants.

 

6.1   Surveillants et anciens

Dieu a donné des « surveillants » à son troupeau, afin qu’ils veillent aux dangers intérieurs et extérieurs et qu’ils paissent son assemblée (Actes 20:28-30). Prendre soin de l’assemblée de Dieu, telle est la tâche bénie mais pas facile de surveillant (1 Timothée 3:5).

Pierre parle des « anciens » dans un sens général et entend par là simplement des frères plus âgés, des hommes mûrs, en contraste avec les plus jeunes (1 Pierre 5:1-5). Ils sont appelés à paître et à surveiller le troupeau de Dieu. Les plus jeunes, en revanche, doivent être soumis aux plus âgés.

 

6.2   Gouvernements ; ceux qui sont à la tête

Parmi plusieurs autres dons, Dieu a donné aussi des « gouvernements » (ou le fait de conduire, des directions, des administrations) (1 Corinthiens 12:28).

Dans la description des différents dons de grâce en Romains 12, on trouve aussi celui dont il est dit qu’il « est à la tête », et il lui est enjoint de conduire soigneusement (verset 8).

En 1 Thessaloniciens 5, verset 12, il est aussi fait mention de ceux qui sont à la tête des saints dans le Seigneur et qui les avertissent. Ils doivent être connus et estimés très-haut en amour. Et en 1 Timothée 5, il est également parlé d’anciens qui président dûment (verset 17) — l’assemblée naturellement. Bien conduire sa propre maison est, à cet égard, une des conditions fondamentales pour celui qui aspire à exercer le service d’ancien (1 Timothée 3:4-5). Ce sont là deux domaines d’activité, mais avec la même manière de procéder.

 

6.3   Conducteurs

Depuis le début, on a trouvé dans l’assemblée ceux qui « tenaient la première place parmi les frères » (Actes 15:22), ceux « qui étaient considérés comme étant des colonnes » (Galates 2:9). En Hébreux 13, il est donné comme signe distinctif des conducteurs qu’ils « ont annoncé la parole de Dieu » (verset 7) ; et un peu plus loin suit alors l’exhortation : « Obéissez à vos conducteurs et soyez soumis ; car ils veillent pour vos âmes, comme ayant à rendre compte » (verset 17).

 

6.4   Cléricalisme ? Qui participe à l’administration ?

Attirer l’attention sur les relations entre ces passages ne signifie pas donner raison au cléricalisme sous quelque forme que ce soit. Ce dernier est de fait tout aussi condamnable que la rébellion contre l’autorité donnée de Dieu. Nous ne devrions pas non plus donner place à la pensée que les « anciens » agiraient dans une complète indépendance des frères ou de l’assemblée, ou même contre ces derniers. Ils agissent pour eux, comme les représentant.

Il en est également ainsi dans des passages comme Romains 16:17 ; 1 Thessaloniciens 5:14 et 2 Thessaloniciens 3:6-15 où chaque fois, les « frères » sont exhortés à faire quelque chose de précis. Naturellement, il faut entendre par « frères » toute l’assemblée de l’endroit en question : tout l’ensemble des frères doit agir ainsi. Mais cela ne veut certainement pas dire que chacun, individuellement, se trouve aussi dans la disposition spirituelle pour exercer directement lui-même le service nécessaire dans le cas particulier. Les « simples » en Romains 16 ne sont justement pas en mesure d’avoir l’œil sur d’autres et leur doctrine. Le Saint-Esprit aura, pour cela, des instruments appropriés et toute l’assemblée se soumettra à l’Esprit Saint et à ce qu’Il dit. C’est le cas normal. Ou est-ce que quelqu’un croit, en toute sincérité, que « réprimander ceux qui marchent dans le désordre » est une tâche qui incombe à n’importe quel enfant de Dieu si jeune et si inexpérimenté soit-il ? Ici aussi le Saint-Esprit saura utiliser les instruments appropriés qui possèdent, pour ce service difficile, le poids moral nécessaire. Mais tous les frères et sœurs s’uniront à ce service et dans ce sens tous se conforment à l’exhortation donnée. Il n’en est pas autrement pour ce qui concerne le fait de « noter » quelqu’un qui marche dans le désordre (2 Thessaloniciens 3).

 

7                        Pas d’indépendance

7.1   Deutéronome 17:9-12

Un passage remarquable de Deutéronome 17 souligne ce qui vient d’être dit. Lorsqu’en Israël survenait entre deux parties une affaire « trop difficile à juger » on devait monter au lieu que l’Éternel avait choisi. « Et tu viendras vers les sacrificateurs, les Lévites, et vers le juge qu’il y aura en ces jours-là, et tu rechercheras, et ils te déclareront la sentence du jugement. Et tu agiras conformément à la sentence qu’ils t’auront déclarée, de ce lieu que l’Éternel aura choisi, et tu prendras garde à faire selon tout ce qu’ils t’auront enseigné. Tu agiras conformément à la loi qu’ils t’auront enseignée, et selon le droit qu’ils t’auront annoncé ; tu ne t’écarteras, ni à droite ni à gauche, de la sentence qu’ils t’auront déclarée. Et l’homme qui agira avec fierté, n’écoutant point le sacrificateur qui se tiendra là pour servir l’Éternel ton Dieu, ou le juge, cet homme là mourra, et tu ôteras le mal du milieu d’Israël » (versets 9 à 12). Cette instruction nous montre deux choses : ici aussi c’étaient les sacrificateurs, les Lévites, le juge qui déclaraient une sentence — un jugement qui correspondait aux pensées de Dieu. Et tous devaient agir conformément à cette sentence. Dieu ne tolérait aucune indépendance en Israël.

 

7.2   Actes 15

Le Nouveau Testament ne reconnaît pas plus des assemblées locales indépendantes les unes des autres. L’exemple de Actes 15 le prouve de la manière la plus claire. Même si la manière de procéder comme telle ne peut pas être répétée aujourd’hui, les principes demeurent les mêmes. Et qu’apprenons-nous de ce chapitre remarquable ? Que Dieu ne permet aucune indépendance entre assemblées. Il s’agissait de savoir si les croyants des nations devaient être circoncis et garder la loi de Moïse (versets 1 et 5). Bien que l’assemblée à Antioche, où surgit la question, ait été en bon état, et alors que l’apôtre Paul et Barnabas s’y trouvaient en ce moment, Dieu ne permit pas que cette question soit résolue par eux. Ils durent se rendre à Jérusalem, et c’est là qu’elle fut réglée. De cette manière l’unité fut gardée et une rupture en deux blocs différents, une de tendance judaïque et l’autre de tendance grecque, fut évitée.

 

7.3   Acceptation des jugements d’assemblées

L’unité pratique parmi les croyants du début est soulignée encore par le fait que, par la suite, Paul et Timothée passèrent par les villes où il y avait des assemblées, et leur remirent les ordonnances établies par les apôtres et les anciens qui étaient à Jérusalem (Actes 16:4). Tout était simple alors : on s’inclinait volontairement devant ces ordonnances ! Serons-nous dès lors étonnés de la constatation qui suit : « Les assemblées donc étaient affermies dans la foi et croissaient en nombre chaque jour » ?

Et que voyons-nous de nos jours ? Certes nous n’avons plus d’apôtres et des ordonnances d’un tel genre ne peuvent plus être établies. Mais nous avons le Seigneur — et lui au milieu de ceux qui se réunissent en son nom. N’est-il pas alors douloureux de voir tant de cas où l’on oppose aujourd’hui son propre jugement à des jugements d’assemblées (je ne dis pas « décisions ») ? Ce n’est rien d’autre que de l’indépendance. Le résultat ne peut être qu’une progression dans la ruine. C’est à cela que conduit toujours l’esprit d’indépendance.

 

8                        Arguments

8.1   Ne pas ignorer les autres membres du corps

Il est vain d’argumenter que les membres du corps ne sont dépendants que de Christ, la tête. Cela n’est qu’un aspect de la vérité. Dieu a aussi fait les membres du corps de Christ dépendants les uns des autres. Il suffit de lire le douzième chapitre de la première épître aux Corinthiens ! « L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi » (verset 21). Les membres individuels avaient besoin les uns des autres, et les assemblées individuelles avaient besoin les unes des autres. Ils étaient liés ensemble, ils représentaient ensemble le seul corps de Christ. Pouvait-il, et peut-il se trouver la moindre indépendance dans cet organisme divin ?

En outre, l’assemblée est aussi la maison de Dieu, la colonne et le soutien de la vérité (1 Timothée 3:15). Le même « règlement de maison » divin s’applique dans chaque « pièce », dans chaque endroit de cette maison. Et si, dans une affaire, par son opération, plusieurs assemblées parviennent à un certain jugement, ne correspond-il pas à l’ordre qu’il a institué, que toutes les assemblées reconnaissent ce jugement ? Ainsi, ignorer des lettres, relatives à une affaire, envoyées par des assemblées, ou en cacher l’existence à l’assemblée locale représente une sévère violation de cet ordre. N’est-ce pas précisément ce que faisait Diotrèphe, même si dans son cas, il s’agissait d’un rejet de l’autorité apostolique (3 Jean 9) ?

 

8.2   Décisions fausses ?

Aujourd’hui on utilise souvent l’argument que le jugement de frères et d’assemblées pourrait être faux. Certes elle peut l’être, mais en règle générale, cela demeure un cas d’exception qu’on ne devrait pas invoquer constamment pour être à un jugement qui ne plaît pas. La Parole de Dieu part toujours du cas normal (voir les nombreux passages que nous avons cités précédemment) et nous devrions aussi partir de ce principe là : que le jugement de ceux qui se sont occupés d’une affaire correspond aux pensées de Dieu et a été produit par Son Esprit. Constamment mettre en doute des jugements ne trahit rien d’autre qu’un esprit d’indépendance et d’orgueil. En revanche, si un jugement devait s’avérer vraiment faux, il doit être revu.

 

8.3   Obligation de rester dans une assemblée ?

Contre le fait de s’éloigner d’assemblées on utilise aussi l’argument que le Seigneur ne demande pas aux fidèles à Sardes de quitter cette assemblée mais qu’Il considère Sardes comme une assemblée. À cela il faut répondre que, dans les lettres aux sept assemblées, il n’est pas question du tout de discipline des assemblées, mais que nous y trouvons le Seigneur lui-même — marchant au milieu des sept lampes d’or — qui juge leur état et agit à l’égard de ces assemblées en conséquence. De plus, du point de vue historique, le mal était en ce temps plus ou moins en germe seulement ou à son commencement, même si le Seigneur prévoyait son plein déploiement et, par conséquent, parlait comme il le faisait. Dans une vue prophétique, il esquisse une image des différents états et époques de l’Église, de la chrétienté, et il est évident que nous ne pouvons ni ne devons quitter le christianisme. Mais lors de la présentation d’un système religieux méchant comme « Babylone », nous entendons également dans le livre de l’Apocalypse l’appel clair du Seigneur : « Sortez du milieu d’elle, mon peuple ».

 

8.4   Privilèges et responsabilité

Que le Seigneur nous aide à maintenir ses droits dans un temps où beaucoup font ce qui est bon à leurs yeux ! Qu’il veuille aussi nous donner les sentiments qui conviennent au fait que nous l’avons si gravement déshonoré ! Et n’oublions pas la sainteté de Celui qui est au milieu de nous ! Au grand privilège de sa présence est liée aussi une responsabilité solennelle.

Cependant quelle bénédiction lorsque nous allons notre chemin dans la conscience de notre dépendance de la Tête et de notre dépendance les uns des autres ! La dépendance et l’obéissance sont des principes moraux qui sont de Dieu et ils conduisent nécessairement à l’ordre et à la paix. L’indépendance et la désobéissance sont, en revanche, des principes inspirés du diable. Ils sont destructifs au plus haut degré.