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Réflexions pratiques sur Colossiens 3:5

Bremicker Ernst August

Truth & Testimony 2023-4 p173

 

1        Le contexte

2        Les deux natures du croyant

3        La mise à mort en pratique

4        Mieux vaut prévenir que guérir

 

«Mortifiez donc vos membres qui sont sur la terre» (Col. 3:5).

 

Par ces paroles, l’apôtre Paul s’adressait aux croyants de Colosses, mais l’Esprit nous les adresse à nous aussi. Tenir compte de cet appel est d’une grande importance pratique pour tout enfant de Dieu.

 

1        Le contexte

La lettre aux Colossiens considère le croyant selon sa position sur terre. Il est mort et a été enseveli avec Christ, mais il a aussi été vivifié et ressuscité avec Lui. Christ Lui-même est la vie du croyant sur cette terre et son espérance. Parce que nous sommes ainsi unis au Seigneur, notre perspective est vers le haut et vers le ciel, où se trouve Christ (2:11-15 ; 3:3-4).

Lorsqu’au ch. 2 v.20 Paul commence à donner des conseils pratiques pour notre vie quotidienne, il le fait sur la base du fondement doctrinal qu’il a posé auparavant dans le chapitre. Sa ligne de pensée commence par les mots «Si vous êtes morts...» (v. 20) et «Si donc vous avez été ressuscités...» (3:1). Ces deux préludes sont vrais en principe (nous sommes morts et nous sommes ressuscités), mais en même temps, ils sont faits dans le but de souligner les conséquences pratiques qui devraient être évidentes dans nos vies.

 

2        Les deux natures du croyant

Notre vieil homme (c’est-à-dire ce que nous étions avant notre conversion en tant que pécheurs responsables devant Dieu) a été crucifié (Rom. 6:6). Le croyant s’en est également dépouillé (Col. 3:9). Nulle part il ne nous est dit de faire mourir le vieil homme. Nous ne pouvions pas le faire nous-mêmes. C’est Dieu qui l’a fait (à la croix).

Dieu ne nous voit plus dans le vieil homme, mais dans le nouveau (Éph. 4:24 ; Col. 3:10). Le vieil homme n’existe plus à Ses yeux, car il a été jugé judiciairement et éliminé à la croix. Nous pouvons et devons saisir cela par la foi, car c’est notre position (la manière dont Dieu nous voit).

Les conséquences pratiques pour nous d’être morts (Col. 2:20) sont exposées dans notre verset : «Mortifiez donc vos membres qui sont sur la terre». En tant que morts aux yeux de Dieu, nous devrions être dans un état pratique de mortifier ces membres. Cela peut sembler à première vue une contradiction, mais quand nous aurons saisi la distinction entre le vieil homme et nos membres, nous verrons que c’est tout à fait cohérent.

Quels sont donc les membres dont Paul dit qu’ils doivent être mortifiés ? Romains 6:13 parle également de membres, mais là il s’agit ici de nos capacités naturelles. Ces membres ne peuvent pas être mis à mort, mortifiés, mais il nous est demandé de les présenter à Dieu comme des instruments de justice. En Colossiens 3:5, Paul parle de nos «membres» de manière symbolique : il s’agit des excroissances de la vieille nature que tout croyant a encore en lui. La vieille nature (ou la chair) n’a pas encore été éliminée. Elle est présente en tout croyant tant qu’il est encore sur cette terre (comme nous le ressentons probablement tous chaque jour). Elle cherche toujours à se démener, et tout ce qu’elle produit est nécessairement mauvais.

Cependant, contrairement au non-croyant qui est entièrement gouverné par le principe du péché (c’est-à-dire de la chair ou de la vieille nature), le croyant ne pèche pas nécessairement, bien que cela peut lui arriver (Rom. 6:12). Si un croyant pèche, c’est que la chair s’est démené en lui, et donc que la vieille nature est devenue active (mais pas le vieil homme, car il n’existe plus devant Dieu).

La nature nous aide à mieux comprendre cela. Imaginons un champ d’orge. Un tel champ ne pousse jamais spontanément dans la nature. C’est impossible. La nature produit des épines et des chardons, mais pas des champs d’orge. Ce n’est que suite à l’intervention d’un agriculteur qu’un champ d’orge peut exister et croître. Ainsi, le cœur de l’homme naturel (sans la vie nouvelle de Dieu) est comme un champ sauvage où poussent les épines et les chardons. Pour qu’un tel champ porte du bon fruit, il faut y planter quelque chose de tout à fait nouveau. L’agriculteur plante un champ d’orge en semant des graines d’orge, qui produisent ensuite l’épi avec les grains. Ainsi, dans la nouvelle naissance, Dieu plante en nous la nouvelle nature par la semence de la Parole (Jacq. 1:21 ; 1 Jean 3:9). Cette nouvelle nature ne peut pas pécher, tout comme aucune épine ne germe à partir d’une semence d’orge. Mais comme la vieille nature existe encore en nous, le champ peut encore produire des épines et des chardons.

Dieu a déjà prononcé la sentence de mort sur la chair en l’exécutant sur le Seigneur Jésus sur la croix (Rom. 8:3 ; Col. 2:11). Néanmoins, la chair demeure en nous tant que nous sommes sur cette terre, et elle peut produire des fruits. Galates 5:19 appelle ces fruits «les œuvres de la chair». Ce sont les vilaines excroissances qui caractérisent le non-croyant et qui, malheureusement, peuvent se voir en nous si nous ne les mortifions pas (si nous ne les faisons pas mourir). Ne nous trompons pas : même en tant que croyants, nous sommes capables de commettre toutes les choses que font les non-croyants. Mais contrairement à eux, nous possédons un moyen d’éliminer ces choses : nous les mortifions (faisons mourir).

 

3        La mise à mort en pratique

Mortifier ne signifie pas confesser des péchés en vue d’obtenir une nouvelle purification de nos péchés par le sang de Christ. Ce point de vue est très répandu dans la chrétienté, mais il n’est pas conforme à l’Écriture. Pour Israël, le sang de l’agneau de la Pâque n’a été mis sur le linteau et les montants des portes de leurs maisons qu’une seule fois dans leur histoire. Pour nous, le sang de Jésus Christ nous purifie de tout péché (1 Jean 1:7), passé, présent et futur. Suggérer qu’après avoir péché, nous devions à nouveau nous réfugier dans Son sang, comme nous l’avons fait lorsque nous nous sommes reconnus pécheurs devant Dieu, c’est nier sa valeur éternelle aux yeux de Dieu et nous priver ainsi de l’assurance du salut. Aux yeux de Dieu, les sanctifiés sont rendus parfaits pour toujours (Héb. 10:14). Si nous péchons en tant qu’enfants de Dieu, c’est une chose grave et triste, mais notre sécurité éternelle vis-à-vis du jugement à venir n’en est pas du tout affectée (bien que notre communion pratique avec Dieu puisse être entravée jusqu’à ce que nous ayons confessé le péché).

Le processus de mortification est différent. D’un certain point de vue, il s’agit (ou devrait s’agir) d’une action unique, puisque l’expression «mortifier» est à l’aoriste, un temps de la langue grecque qui désigne quelque chose de ponctuel, et que nous restons dans le bienfait de cette action. Nous avons donc à accepter et à tenir comme une vérité ferme dans nos pensées le fait que nos «membres» (voir ci-dessous) ont été mis à mort lorsque le Seigneur Jésus-Christ est mort sur la croix. En même temps, il est nécessaire que nous vivions dans l’attitude d’avoir jugé ces membres. Cela requiert une vigilance constante tout au long de notre vie. Comme déjà mentionné, Paul utilise le terme «membres» de manière symbolique. Il s’agit des actes (excroissances) de la vieille nature que nous avons encore en nous. Nous ne mortifions pas et ne pouvons pas mortifier la chair elle-même, parce que c’est impossible. Elle a été jugée par Dieu, mais elle est toujours en nous. Mais nous pouvons et devons mortifier les excès de notre chair en prenant des mesures radicales contre eux par la puissance de l’Esprit Saint (Rom. 8:13). Cela est particulièrement nécessaire dans le cas des péchés qui concernent nos pensées et qui sont commis en secret : la fornication, l’impureté, les passions viles (ou affections déréglées), la mauvaise convoitise et les désirs effrénés (ou cupidité). Les gens peuvent ne jamais remarquer ces péchés, et par conséquent ne jamais nous réprimander à leur sujet, c’est pourquoi nous devons être radicaux à leur égard. Nous ne devons pas nourrir les mauvaises pensées et nous y complaire, mais nous devons les éradiquer sans pitié. L’œil qui devient notre piège doit être arraché.

Nous devrions toujours garder à l’esprit que le Seigneur Jésus a dû mourir pour chacune des transgressions sur notre chemin, pour chacun des péchés que nous pouvons commettre en tant que croyants. Sur la croix, pendant les trois heures de ténèbres, le Seigneur Jésus n’a pas seulement porté les péchés que nous avons commis avant notre conversion ; non, Il a également dû porter les péchés que nous commettrions encore après notre conversion. Mais notons-le bien : Il les a portés (au passé) ; ils ont été expiés. Pierre dit : «qui Lui-même a porté nos péchés en Son corps sur le bois» (1 Pierre 2:24). Cette prise en charge de tous nos péchés a eu lieu une fois pour toutes. Sur la croix, le Seigneur Jésus a porté chaque péché, chaque mauvaise action que j’ai commise, chaque mauvaise pensée que j’ai eue. Il a pris sur Lui le jugement pour toute la grande montagne de dettes. Le souvenir de cet acte d’amour, de cette œuvre puissante, nous remplit d’une part d’une grande admiration et d’une grande gratitude, et d’autre part, il nous est douloureux de penser que chaque péché a augmenté la souffrance du Seigneur Jésus.

Nous réalisons à quel point nous avons besoin de cette mortification. Les nombreuses mauvaises actions que nous commettons encore, la méchanceté qui surgit de temps en temps de nos cœurs — pour tout cela, le Seigneur Jésus a dû prendre sur Lui le jugement divin. Lorsque nous avons péché, nous ne venons pas seulement à Lui pour prononcer quelques paroles des lèvres, mais nous regardons aussi vers la croix, vers les heures sombres du Calvaire et nous disons : «Seigneur Jésus, tu as dû mourir pour ce péché aussi. Tu l’as porté sous le terrible jugement d’un Dieu saint et juste qui ne peut pas regarder un seul péché. Mon péché a augmenté Ta souffrance. Tu as dû mourir pour cela». C’est en effet une pensée douloureuse pour nous.

 

4        Mieux vaut prévenir que guérir

Il y a un autre aspect dans cette pensée de mortifier nos membres. Seule l’élimination précoce de tout regain d’activité de la chair en nous peut nous sauver de bien des mauvaises actions. Les vilaines choses mentionnées en Colossiens 3:5 n’apparaissent pas subitement chez un croyant. Elles sont plutôt la conséquence d’un mauvais état d’esprit, qui ne se manifeste ouvertement qu’après une longue période. C’est pourquoi la pensée même de ces choses doit être tuée dans l’œuf et jugée à la lumière de la mort de notre Seigneur Jésus. Nos pensées sont d’une importance extraordinaire (même si personne d’autre ne les voit). Les pensées d’aujourd’hui deviendront très probablement les actions de demain. Il est donc extrêmement important de nous rappeler la mort du Seigneur à la moindre pensée de péché. Cela nous sauvera de nombreuses mauvaises actions.

Si nous nous sommes déjà demandé comment vivre une vie de sainteté pratique qui n’attriste pas le Seigneur, nous avons la réponse dans notre verset. D’une part, nous contemplons ce qui est en haut, et nous nous attachons à Christ avec affection et dévouement, et d’autre part, nous jugeons toute impulsion de la chair à la lumière de la mort du Seigneur Jésus, nous souvenant que notre vieil homme a été crucifié avec Lui, que la chair est déjà condamnée (a déjà reçu sa sentence) et que Dieu nous voit revêtus du nouvel homme. Ainsi, Christ sera formé en nous et nous vivrons une vie par laquelle Il sera glorifié.