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Le chrétien doit-il observer le sabbat ?

ISBN 2-900319-30-7

1. La doctrine chrétienne sur le sabbat.

Une simple lecture des épîtres du Nouveau Testament, montre que le Sabbat n'occupe pas une place primordiale dans la doctrine chrétienne, et qu'il ne convient pas que le croyant s'y attarde trop. L'expérience montre toutefois que celui qui a été mai enseigné sur ce sujet, éprouve beaucoup de difficultés à se libérer de l'obligation du sabbat. Même s'il ne l'observe plus, il conserve souvent le sentiment de désobéir à la volonté de Dieu. Que le Seigneur bénisse, pour une personne qui serait dans cet état, la lecture de ce texte rédigé dans un esprit d'entraide fraternelle.

Rappelons d'abord l'autorité et le but de la loi, avant d'expliquer la position du chrétien à l'égard du sabbat. Le lecteur pourra constater ainsi que nous ne négligeons aucune partie de la Parole de Dieu.

1.1. L'autorité et l'importance de la loi et du sabbat

La loi a été donnée à Israël au Sinaï de la manière la plus solennelle : « ... il y eut des tonnerres et des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne et un son de trompette très fort ; et tout le peuple qui était dans le camp trembla... Et toute la montagne de Sinaï fumait, parce que l'Eternel descendit en feu sur elle » (Exode 19. 16,18 ). L'Ancien Testament tout entier atteste l'autorité de la loi, car il y va de la gloire de l'Eternel qui l'a donnée. Les prophètes insistent autant sur le côté moral de la loi, que sur le sabbat qui en est le quatrième commandement. Le Nouveau Testament est également très net quant à l'autorité de la loi :
« Jusqu'à ce que le ciel et la terre passent, un seul iota ou un seul trait de lettre ne passera point de la loi, que tout ne Soit accompli. » (Matthieu 5. 18 ; voir aussi tout le paragraphe.) Cette autorité sera enfin pleinement reconnue quand Dieu jugera les secrets des coeurs : « Tous ceux qui ont péché sous la loi, seront jugés par la loi. » (Romains 2. 12; voir aussi Jean 5. 45)

On comprend bien qu'un chrétien pieux s'interroge à propos de la loi et du sabbat. Il ne s'agit pas de lui dire que la loi est vieillie ou annulée. Pour celui qui respecte la Parole, une telle explication est insuffisante : n'est-ce pas Dieu qui a donné la loi ? Voyons plutôt dans quel but elle a été donnée et à qui elle s'applique, c'est-à-dire qui est tenu de la suivre.

1.2. Quel est le rôle de la loi ?

La loi a été donnée à Israël et la vie était promise à celui qui l'accomplirait. Seulement aucun homme n'a pu l'observer parfaitement, si ce n'est le Seigneur Jésus. Dieu a pourtant permis cette expérience pour nous prouver que l'homme ne peut obtenir la vie par lui-même en réalisant la loi. Il voulait ainsi nous amener au seul moyen de salut : Jésus Christ. La loi est donc notre conducteur jusqu'à Christ ; c'est elle qui nous fait connaître le péché (Galates 3. 24; Romains 3. 20; 7. 7 et Galates 3. 19).

D'autre part, l'Écriture nous dit que la loi est la puissance du péché (1 Corinthiens 15. 56). Le péché trouve toute sa force dans l'homme quand il y a un commandement légal à transgresser. C'est pour cela que la loi devient un ministère de malédiction et de mort (2 Corinthiens 3. 7,9 ; Galates 3. 13): placez un homme sous la loi, elle devient une malédiction pour lui, parce qu'il est incapable de l'accomplir.

Mais alors comment échapper à cette malédiction de la loi tout en reconnaissant son origine divine et son autorité immuable ? Eh bien, le chrétien n'est plus obligé vis-à-vis de la loi parce qu'il est mort à cette loi (Galates 2. 19) qui reste pourtant éternellement valable en elle-même. Regardons donc quelle est la véritable position du croyant.

1.3. La position chrétienne

Le Nouveau Testament nous enseigne que l'homme est irrémédiablement mauvais (Romains 3. 9,20) et perdu. Il n'y a qu'une issue à sa terrible situation : la mort. C'est en fait ce qui se passe pour le croyant : il est mort, mais mort avec Christ (Romains 6.5-11) et par conséquent mort au péché (Romains 6. 11) et mort à la loi (Romains 7. 4 et Galates 2. 19). Il n'existe plus dans son premier état, ni en tant qu'enfant d'Adam responsable selon sa conscience, ni en tant qu'enfant d'Israël légalement obligé de se soumettre à la loi. Sa vie, la seule qu'il reconnaît comme sienne, est une vie de résurrection. D'une part elle est cachée avec le Christ en Dieu (Colossiens 3. 3), d'autre part elle est la vie même de Christ en lui. « Je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi.» (Galates 2. 20)
En devenant chrétien l'homme meurt quant à sa première condition et son obligation vis-à-vis de la loi est à tout jamais annulée (Romains 7. 1-4). Il est maintenant uni à Christ : sa seule règle de conduite consiste à imiter Dieu, Dieu dans un homme, c'est-à-dire Jésus Christ (Éphésiens 5. 1-2). Cette règle s'exprime non par des ordonnances précises, mais plutôt par des principes : marcher dans l'amour, dans la lumière, par le Saint Esprit.

Une telle marche est moralement plus élevée que celle qu'imposait la loi. Par exemple la loi dit : «Tu ne déroberas point» (Exode 20. 15), alors que l'apôtre exhorte : « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu'il travaille... afin qu'il ait de quoi donner. » (Éphésiens 4. 28) La grâce non seulement condamne le vol, mais de plus encourage à donner selon l'élan d'un coeur rendu capable d'aimer, et par la puissance du Saint Esprit. Si bien que: « Celui qui aime les autres a accompli la loi. » (Romains 13. 8,10) Dans ces conditions, puisque le chrétien a une nature et une énergie qui se situent au-dessus de ce qu'exige la loi, pourquoi n'observe-t-il pas spontanément le sabbat qui fait partie de la loi ? La réponse à cette question - qui a troublé plus d'un croyant sincère - est que le sabbat occupe une place particulière dans la loi.

1.4. La place du sabbat dans la loi

Le sabbat a une place très importante dans la loi. Si l'on regarde aux ordonnances de Moïse, on s'aperçoit que le sabbat est rattaché à chacune d'elles; si l'on regarde aux prophètes on constate de même qu'ils insistent presque tous sur le sabbat (par exemple Jérémie 17. 19-27). Enfin, parmi les dix commandements donnés au Sinaï, le sabbat a une place particulière, puisqu'avec le devoir d'honorer ses parents, il comporte un côté positif, celui de se souvenir du repos de Dieu lors de la création alors que les autres sont uniquement constitués d'interdictions. On comprend par conséquent que l'Israélite pieux ait trouvé ses délices à le tenir en honneur (Esaïe 58. 13).

Le sabbat a une autre particularité qui le distingue totalement des autres commandements : il se rattache seulement à l'autorité de Dieu. Pourquoi fallait-il observer le sabbat ? Parce que l'Éternel l'avait dit. C'était la seule raison, alors que pour les autres commandements, il y en avait une deuxième dans le fait qu'ils correspondaient au langage de la conscience.

La loi a deux côtés

- un côté moral qui correspond à la conscience naturelle de tout homme. Ainsi, un païen guidé par sa seule conscience pourrait suivre la plupart des commandements de la loi (Romains 2. 14-15).

- un côté relationnel qui ne concerne que le peuple d'Israël, le peuple terrestre de Dieu auquel la loi a été donnée comme alliance. Vu sous cet aspect, le sabbat est le commandement essentiel de la loi ; il est en lui-même une alliance, un signe entre l'Éternel et son peuple terrestre : « Pendant six jours le travail se fera, et le septième jour est le sabbat de repos consacré à l'Éternel : quiconque fera une oeuvre le jour du sabbat, sera certainement mis à mort. Et les fils d'Israël garderont le sabbat, pour observer le sabbat en leurs générations, - une alliance perpétuelle. C'est un signe entre moi et les fils d'Israël, à toujours ; car en six jours l'Éternel a fait les cieux et la terre, et le septième jour il s'est reposé, et a été rafraîchi. » (Exode 31. 15-17 et Ézéchiel 20. 12) Ce signe correspond au désir de Dieu d'associer son peuple terrestre à son repos dans la création.

Dans ce sens le sabbat est même antérieur à la loi (Exode 16. 22-30) quoique repris par elle dans le quatrième commandement ; il correspond exactement au rachat du peuple d'Israël de la servitude de l'Égypte : « ... l'Éternel, ton Dieu, t'a fait sortir de là (l'Égypte) à main forte et à bras étendu ; c'est pourquoi l'Éternel ton Dieu, t'a commandé de garder le jour du sabbat. » (Deutéronome 5. 12-15)

Si la circoncision était le signe de l'élection en Abraham (Genèse 17. 11), le sabbat était le signe de l'alliance avec l'Eternel qui s'était sanctifié un peuple pour qu'il jouisse de son repos dans la première création (Exode 33. 14). Pour être réellement un signe distinctif, le sabbat devait être neutre par rapport à la conscience.

1.5. Le chrétien et le sabbat

La loi mosaïque, et par conséquent le sabbat, demeure toujours revêtue de l'autorité divine. Le chrétien, tout en reconnaissant cela, ne lui est plus assujetti. En effet, il est délivré de la malédiction de cette loi qui était au-dessus de son pouvoir, parce qu'il est mort avec Christ, et en particulier mort à la loi, et qu'il est ressuscité avec Christ pour lequel il doit vivre désormais par la puissance du Saint Esprit.

Cette vie de résurrection accomplit spontanément le côté moral de la loi en harmonie avec la conscience naturelle. Par contre elle n'a rien à voir avec le côté relationnel de la loi, lequel concernait le peuple d'Israël. Le sabbat, signe d'alliance et de communion entre l'Eternel et son peuple terrestre, sans rapport avec la conscience, appartient uniquement à ce deuxième côté de la loi. Le chrétien est donc libre à son égard.

2. Le sabbat dans le Nouveau Testament.

Les développements doctrinaux présentés jusqu'ici devraient être suffisants pour affranchir le croyant qui hésiterait à propos du sabbat. Regardons cependant comment le sabbat a été observé par le Seigneur et par l'Église à son début. Le sabbat est cité une soixantaine de fois (Ce compte exclut les passages où le mot grec « sabbaton » signifie « semaine ».) dans le Nouveau Testament ; la plupart des mentions se trouve dans les Évangiles et les Actes des Apôtres ; un seul emploi est fait dans les Épîtres.

2.1. Le sabbat dans les Évangiles

Né «sous la loi» (Galates 4. 4), le Seigneur fut circoncis son huitième jour et observa le sabbat comme les autres fêtes juives. Cependant, tout en suivant la loi, le Seigneur montre qu'un nouveau mode de relations avec Dieu va être établi. Ainsi, pour plusieurs mentions du sabbat dans les évangiles, l'accent est mis sur le fait que le Seigneur heurtait la pensée des Juifs à ce sujet. Si la volonté de Dieu était que nous l'observions, il n'en serait certainement pas ainsi. Le Seigneur donne trois raisons principales qui lui permettent d'enfreindre le sabbat :

*D'abord il est «Seigneur du sabbat. » (Matthieu 12. 1-8) Les sacrificateurs profanaient le sabbat à l'occasion du service du temple parce que ce dernier avait la prééminence sur le sabbat. Combien plus celui-ci s'efface-t-il devant la Personne du Seigneur qui est infiniment plus que le temple. Il peut disposer du sabbat parce que c'est lui qui a établi cette ordonnance : il en est le seigneur. Prenons l'exemple d'une maison dans laquelle le maître a interdit l'accès à une chambre. Lui seul peut y entrer et bien sûr y faire entrer ceux qu'il s'associe. Les disciples qui faisaient un avec leur maître n'étaient pas coupables à l'égard du sabbat. Nous savons que nous sommes nous-mêmes unis encore plus intimement au Seigneur en toutes choses (Romains 8. 14-17).

* Ensuite le Seigneur précise que le sabbat a été fait pour l'homme et non pas l'homme pour le sabbat (Marc 2. 23-28 et lire tout le paragraphe). Le sabbat a été donné pour que l'homme se repose et jouisse du fruit de son labeur et non pour que l'homme devienne esclave du sabbat. Là aussi, Jésus, le Fils de l'homme, peut disposer du sabbat en prenant la même liberté à l'égard des ordonnances que celle prise par David quand il était rejeté et dans le besoin. D'autre part le Seigneur apporte à l'homme pécheur un repos combien supérieur à celui du septième jour.

* Enfin, le Seigneur parle du sabbat en relation avec l'activité du Père : « Mon Père travaille et moi je travaille. » (Jean 5. 17) Après les six jours de la création, Dieu, voyant que tout ce qu'il avait fait était très bon, pouvait se reposer (Genèse 2. 2): tout était parfait, il n'y avait plus rien à faire. Mais depuis que le péché est entré dans le monde, Dieu ne peut plus se reposer, il a comme recommencé à travailler et cela principalement sur le plan de la nouvelle création. Il n'y a plus de repos dans une création souillée (Michée 2. 10). Le Fils, l'envoyé du Père, travaille comme Lui et cela même le jour du sabbat.

2.2. Le sabbat dans les Actes des Apôtres

Le sabbat est cité neuf fois dans les Actes des Apôtres. La première mention précise une distance qui correspondait au chemin que les Juifs étaient autorisés par la tradition à parcourir le jour du sabbat (Actes 1. 12). Les autres mentions (Actes 13.14,27,42,44; Actes 15. 21 ; 16.13; 17. 2; 18.4) nous montrent que Paul et ses compagnons saisissaient l'occasion fournie par le repos hebdomadaire national du septième jour pour rencontrer les Juifs, soit dans leurs synagogues, soit dans les lieux où ils étaient assemblés. Cela ne doit pas nous surprendre parce que Paul annonçait d'abord l'Evangile aux Juifs et, en serviteur zélé et intelligent, il s'adaptait aux habitudes du judaïsme établi, pour enseigner avec efficacité (1 Corinthiens 9. 20). Ne déduisons donc pas de ces passages que les chrétiens doivent se réunir dans les synagogues et le jour du sabbat. Par contre, il faut noter que c'était le dimanche qu'ils célébraient la cène (Actes 20. 7).

Enfin, en conclusion de la réunion qui fut appelée plus tard par certains le «concile de Jérusalem», les apôtres, les anciens et les frères déclarèrent aux croyants des nations qu'ils n'avaient aucune ordonnance juive à respecter, si ce n'est de s'abstenir des choses sacrifiées aux idoles, du sang, de ce qui est étouffé et de la fornication (Actes 15. 28-29).

2.3. Le sabbat dans les Épîtres

Le mot sabbat n'est employé qu'une fois dans l'ensemble des Épîtres qui fixent la doctrine chrétienne. Cela devrait suffire à montrer que l'on ne doit pas lui attribuer une importance primordiale. De plus, le passage qui le cite exhorte le croyant à se détacher des formes légales et en particulier du sabbat : « Que personne donc ne vous juge en ce qui concerne le manger ou le boire, ou à propos d'un jour de fête ou de nouvelle lune, ou de sabbat, qui sont une ombre des choses à venir; mais le corps est du Christ. » (Colossiens 2. 17) Ainsi il ne faut absolument pas faire du sabbat ou des autres éléments judaïques un sujet de discussion ou de jugement entre les chrétiens. Ces choses doivent être mises maintenant au second plan dans les valeurs spirituelles car elles étaient seulement l'ombre de celles qui devaient venir. Laissons donc les ombres pour nous attacher à la réalité, c'est-à-dire à Christ Lui-même.

Dans l'Épître aux Hébreux nous trouvons encore l'expression «repos sabbatique. » (Hébreux 4. 9).
Comme cela sera expliqué plus loin, elle ne correspond pas au repos du septième jour, mais à un état de repos encore futur pour Israël et au repos de la foi pour le chrétien.

3. Comparaison entre le premier et le septième jour de la semaine.

La division du temps en semaines de sept jours est issue de l'oeuvre de Dieu en création. En effet elle ne s'appuie sur aucun phénomène naturel contrairement aux divisions en mois et en années.

Le premier et le dernier jour de la semaine, le dimanche et le samedi, ont une valeur symbolique et chacun d'eux caractérise une époque donnée dans les relations de Dieu avec les hommes.

Historiquement c'est le dernier jour de la semaine qui a d'abord été mis en valeur.

3.1. Le samedi et l'époque de la loi

On peut relever plusieurs éléments spécifiques du samedi :

a) C'est le dernier jour de la semaine.
b) C'était le jour auquel se rapportait un commandement de la loi, le quatrième.
c) C'était pour Israël le jour de repos dans le travail matériel, (précisons que le mot sabbat ne signifie pas « samedi » ou « septième jour » mais « repos » et qu'il y avait d'autres jours de sabbat que le septième jour (Lévitique 23. 30-32).

On peut établir un parallèle entre ces trois éléments et les traits caractéristiques du temps de la loi :

a) Dans un système légal, la bénédiction est toujours vue à la fin d'une période d'effort comme le repos était à la fin de la semaine de travail.

b) C'était une époque où les relations de Dieu avec les hommes étaient réglées par des commandements autoritaires pour l'accomplissement desquels l'homme ne trouvait aucune ressource en lui-même.

c) C'était enfin une époque où la bénédiction consistait avant tout en une prospérité matérielle. La vie était promise à celui qui accomplissait la loi (Lévitique 18. 5 par exemple) mais quand on parlait de vie, il s'agissait de relations heureuses avec Dieu dans le cadre des choses terrestres. C'était donc une communion avec le Dieu créateur ; Israël avait et aura toujours une vocation terrestre. Notons que bientôt Dieu parlera à nouveau de bénédictions terrestres quand les relations avec Israël seront rétablies sur la base du sang de Christ : le sabbat retrouvera alors normalement sa place (Ésaïe 66. 23 et Ezéchiel 46. 3).

3.2. Le dimanche et l'époque de la grâce

Le dimanche a, lui aussi, des caractères particuliers.

a) C'est un point de départ, le premier jour de la semaine.
b) C'est le jour de la résurrection du Seigneur Jésus.
c) C'est enfin le « huitième jour », notion que l'on trouve dans les ordonnances lévitiques, c'est-à-dire un jour de renouveau, un jour qui échappe au cycle de la première création, un jour où l'esprit de Dieu est répandu (On voit dans la loi cette notion de huitième jour dans le « lendemain du sabbat » : Lévitique 23. 11-16 et voir aussi Lévitique 9. 1, 23-24).

Le parallèle avec l'époque de la grâce est bien significatif :

a) Dans cette période, la vie est donnée comme point de départ à toute carrière chrétienne : « Si quelqu'un n'est né de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » (Jean 3. 3)

b) Quand on parle de vie, il s'agit d'une vie de résurrection, quelque chose de tout à fait étranger à la nature : « Si quelqu'un est en Christ, c'est une nouvelle création, les choses vieilles sont passées ; voici toutes choses sont faites nouvelles et toutes sont de Dieu. » (2 Corinthiens 5. 17)

C) L'époque de la grâce est caractérisée par la venue du Saint Esprit, un dimanche, le jour de Pentecôte (Actes 2. 1). D'une part les croyants furent « baptisés d'un seul Esprit pour être un seul corps » (1 Corinthiens 12. 13), le peuple céleste de Dieu, d'autre part « les miracles du siècle à venir » (Hébreux 6. 5) qui eurent lieu, anticipèrent le grand huitième jour sur la terre, le jour du millénium.

 Puisque le premier jour de la semaine caractérise ainsi l'époque de la grâce, on peut être surpris qu'il n'y ait pas d'enseignement précis sur le respect de ce jour. En fait, cela souligne une autre opposition entre le premier et le dernier jour de la semaine : le dimanche n'est en aucun cas le «sabbat chrétien», car le chrétien n'observe pas des jours, des mois, des temps et des années (Galates 4. 10-11). Le Seigneur ne s'impose pas à ses rachetés, il ne leur répète pas de nombreuses fois ses désirs, il voudrait que nos coeurs soient attentifs à la plus légère expression de sa volonté : cela est aussi vrai pour la manière d'adorer le Père que pour le jour où il est souhaitable de le faire en assemblée. Nous considérons donc comme un privilège, et non comme un commandement, de pouvoir nous réunir en assemblée chaque dimanche pour l'adoration et la célébration de la cène.

Pour bien nous faire comprendre sa pensée à ce sujet, le Seigneur s'est trouvé avec ses disciples les deux premiers dimanches après sa résurrection (Jean 20. 19-26). De plus c'était le dimanche que les premiers chrétiens se réunissaient pour «rompre le pain» (Actes 20. 6-7 et 1 Corinthiens 10. 16 ; 11. 23 54. 1 Corinthiens 16. 2) en mémoire de l'oeuvre du Seigneur Jésus. Enfin signalons que les collectes pour les croyants dans le besoin se faisaient également le premier jour de la semaine, et que le Seigneur a choisi ce même jour, pour confier les dernières révélations des Écritures à l'apôtre Jean (Apocalypse 1. 10).

En conclusion, le premier jour de la semaine, le dimanche, est réellement le «jour du Seigneur. » (Dimanche vient de « jour du Seigneur » en latin « dies dominica » ; voir aussi Apocalypse 1. 10) Il est comme sanctifié pour le chrétien qui se rappelle qu'après avoir passé le sabbat dans le sépulcre, le Seigneur est ressuscité victorieux, le premier jour de la semaine. Ce fait touche profondément le coeur du croyant et beaucoup de beaux cantiques y font écho :

« Vainqueur de Satan et du monde,
Le Fils de Dieu sort du tombeau
Aux horreurs d'une nuit profonde
Succède le jour le plus beau. »

4. Réponse à quelques questions.

4.1. Genèse 2. 3: « Dieu bénit le septième jour et le sanctifia ». Ce passage ne montre-t-il pas que le sabbat est immuable et pour tous les hommes ?

Le verset cité ne contient aucun ordre : Dieu bénit le septième jour et le sanctifie pour lui-même, d'une manière probablement immuable, mais rien n'est demandé aux hommes dans ce passage. Le sabbat d'ailleurs n'a pas été connu pendant les siècles qui s'écoulèrent avant Moïse. Les détails ne manquent pas sur la vie religieuse des patriarches, il est question d'autel, de sacrifice, de dîme, de fête, de circoncision, mais pas un mot ne laisse supposer l'observation du sabbat.

Le sabbat a été connu par Moïse seulement après que le peuple eut été racheté d'Egypte, d'abord à l'occasion de la collecte de la manne (Exode 16. 23,29-30), puis plus précisément au Sinaï lors de la promulgation de la loi (Exode 20. 1,2,8-11). C'est là seulement que la signification du sabbat en rapport avec l'oeuvre de Dieu en création a été révélée comme le précise un verset de Néhémie : « Et tu descendis sur la montagne de Sinaï... Tu leur fis connaître ton saint sabbat. » (Néhémie 9. 13-14)

En conclusion, malgré la mention du septième jour dès le début de la Genèse, le sabbat n'a pas été connu avant Moïse (Deutéronome 5. 2-3) et ne concerne que le peuple d'Israël pour lequel il constitue un signe d'alliance comme cela a déjà été expliqué.

4. 2 Exode 20. 8: « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier ». Faisant partie des dix commandements et non de la loi cérémonielle, le sabbat ne doit-il pas être observé par les chrétiens ?

Les dix commandements sont distingués effectivement du reste de la loi par le côté solennel de leur promulgation (Exode 19 et 20), par le fait qu'ils ont été écrits du doigt de Dieu (Exode 31. 18) et qu'ils ont été placés dans l'arche (Deutéronome 10. 5). Cette distinction était utile au peuple pour qu'il craigne Dieu (Exode 20. 20). Néanmoins Dieu n'a pas permis que les tables de la loi soient conservées, probablement afin qu'elles ne deviennent pas un objet d'idolâtrie comme ce fut le cas pour le serpent d'airain (2 Rois 18. 4).

Après les livres de Moïse, il n'y a plus de distinction concernant les dix commandements dans la Parole.

Dans le Nouveau Testament, la loi est vue comme un tout, sans que jamais une insistance particulière ne soit faite sur les dix commandements. Au contraire, le Seigneur Jésus déclare que le plus grand des commandements est celui d'aimer le Seigneur (Matthieu 22. 36-39), puis il ajoute que le second est celui d'aimer son prochain comme soi-même; ces deux injonctions ne font pas partie du décalogue. La seconde est d'ailleurs présentée comme résumant plusieurs des dix commandements (Romains 13. 9).

Bien que l'on puisse faire la différence entre les «ordonnances pour le culte » (Hébreux 9. 1) et l'enseignement moral, il est faux de dire que l'on peut distinguer le décalogue du reste de la loi dans le Nouveau Testament. Des tournures comme «Dieu a commandé » ou « Moïse a dit » y sont employées indifféremment (Matthieu 15. 4 et Marc 7.10-11. Comparer les 2 versets parallèles.) et souvent « la loi de Moïse » comprend manifestement tout l'enseignement de Dieu dans le Pentateuque (Luc 24. 44 et Actes 28. 23).

Quelle que soit la place du sabbat dans la loi, rappelons que la liberté du chrétien à l'égard du sabbat ne vient pas du fait que la loi serait partiellement ou totalement abolie, mais que c'est le chrétien qui est mort à la loi (Cf paragraphe 1. 5).

4.3. Matthieu 24.20 : « Priez que votre fuite n'ait pas lieu en hiver ni un jour de sabbat. » Ces paroles du Seigneur prouvent-elles que le sabbat sera observé à l'avenir ?

Oui, effectivement, mais il s'agit d'un temps encore futur. Le peuple Juif apostat sera alors rassemblé et le temple rebâti sera souillé par «l'abomination de la désolation ». A cette époque, l'Église aura déjà été enlevée (1 Thessaloniciens 4. 15-18 ; Apocalypse 3. 10).

On peut penser que le sabbat sera alors observé en Israël comme il l'est actuellement dans les milieux juifs et que cela constituera une entrave pour les fuyards du peuple, auxquels s'adresse l'évangile de Matthieu.

Redisons encore que le sabbat sera légitimement observé pendant le millénium (Ésaïe 66. 23 et Ézéchiel 46. 3). En effet le désir inchangé de Dieu que l'homme entre dans son repos sera réalisé sur la terre, en vertu de l'oeuvre de la rédemption, pendant le règne de Christ.

4.4. Hébreux 4. 9 - « Il reste donc un repos sabbatique pour le peuple de Dieu ». Quelle est la signification de ce verset ?

La dernière partie du chapitre 3 et le chapitre 4 des Hébreux présentent quelques difficultés de compréhension. Voici, semble-t-il, l'essentiel du raisonnement de l'auteur de l'épître : Dieu a racheté un peuple pour qu'il jouisse de son repos sur la terre et lui a donné, en quelque sorte, le sabbat comme arrhes de cette bénédiction (Exode 33. 14 et Néhémie 9. 14). A cause de son incrédulité la plus grande partie du peuple a péri dans le désert et ceux que Josué a introduits en Canaan ne sont eux-mêmes pas entrés dans le repos de Dieu, puisque l'exhortation à y entrer a été faite en David longtemps après : « Il reste donc un repos sabbatique pour le peuple de Dieu »... Dans ce chapitre, le lieu du repos n'est pas donné, mais nous savons par ailleurs que pour le peuple terrestre de Dieu, ce sera le millénium en Israël, alors que la maison du Père est le repos attendu de l'Église. Par contre, les conditions pour entrer dans le repos sont bien précisées : ce sont la foi et l'obéissance. Par la foi, nous entrons dès à présent dans le repos de la conscience; par l'obéissance au Seigneur nous pouvons participer maintenant au travail de sa grâce et nous préparer à partager aussi demain le repos de son amour dans le ciel comme Israël le fera sur la terre (Sophonie 3. 17). Le repos sabbatique de ce chapitre n'est donc pas le repos hebdomadaire du septième jour, mais un état de repos durable et encore futur dans lequel on ne peut entrer que par la foi.

4.5.  Le sabbat et la liberté chrétienne : celle-ci nous permet-elle d'observer volontairement le sabbat sans rien perdre de ce qu'apporte la grâce ?

Non certainement pas, parce que la liberté chrétienne consiste justement à être libéré des oeuvres de la loi pour servir Dieu par l'Esprit : « Toutes choses me sont permises, mais je ne me laisserai, moi, asservir par aucune. » (1 Corinthiens 6. 12) Toute l'épître aux Galates est là pour condamner avec une extrême gravité ceux qui mélangent la grâce et la loi. Citons quelques versets : « Christ nous a placés dans la liberté en nous affranchissant ; tenez-vous donc fermes et ne soyez pas de nouveau retenus sous un joug de servitude. » (Galates 5. 1) « Je suis mort à la loi afin que je vive à Dieu » (Galates 2. 19), ce qui sous-entend « je suis mort au sabbat afin que je vive à Dieu » ; sinon je ne peux vivre à Dieu, l'aimer et le servir librement.

Encore une citation de la même épître: « Je proteste de nouveau - dit l'apôtre Paul - à tout homme circoncis qu'il est tenu d'accomplir toute la loi » (Galates 5. 3) . Pour le sabbat, nous pourrions lire tout aussi bien -. « Je proteste de nouveau à tout homme qui observe le sabbat, qu'il est tenu d'accomplir toute la loi ». Et l'apôtre Jacques ajoute : « Quiconque gardera toute la loi et faillira en un seul point est coupable Sur tous. » (Jacques 2. 10). Quel terrible engrenage que de vouloir ajouter un quelconque commandement légal à l'évangile de la grâce ! L'apôtre emploie les expressions les plus fortes pour que les yeux de « ses enfants pour l'enfantement desquels il travaillait de nouveau » (Paraphrase de Galates 4. 19) soient ouverts. Puissent-ils l'être pour chacun de nos lecteurs.

Pour l'apôtre, mélanger la loi et la grâce, c'est :

- « un évangile différent, qui n'en est pas un autre. » (Galates 1.6)

- annuler la grâce de Dieu et la portée de la mort de Christ (Galates 2. 21).

- avoir commencé par l'Esprit et finir par la chair (Galates 3. 3).

avoir souffert en vain pour le Seigneur (Galates 3. 4). se remettre sous la malédiction (Galates 3. 10).

être retenu sous un joug de servitude (Galates 5. 1), être déchu de la grâce (Galates 5. 4).

L'épître aux Colossiens traite aussi abondamment cette question qui touche à la base de nos relations avec Dieu, mais nous ne désirons pas allonger. Citons seulement comme conclusion l'exemple de l'apôtre Paul parlant de la merveilleuse justice que nous avons en Christ seul : « J'ai fait la perte de toutes choses et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ et que je sois trouvé en lui n'ayant pas ma justice qui est de la loi, mais celle qui est par la foi en Christ, la justice qui est de Dieu moyennant la foi. » (Philippiens 3. 8-9)