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Le Fils de Son amour

 

W.J. HOCKING

Écrit aux environs de 1925-1940 (?) ; réédité en 1970

 

Table des matières abrégée :

1     Ch.1. Remarques préliminaires : Sorti d’auprès du Père

2     Ch.2. L’amour du Père

3     Ch.3. Le Bien-aimé du Père

4     Ch.4. Aimé, et dans la gloire de la relation de Fils avant la fondation du monde [Jean 17]

5     Appendice A : Les trois Personnes de la Déité

6     Ch.5. Le Fils unique de Dieu

7     Appendice B : le défi d’Agur — Proverbes 30:4

8     Ch.6. La Parole auprès de Dieu : le Fils unique auprès du Père

9     Ch.7. L’Éternel salue Son Fils

10   Appendice C : Au commencement et dès le commencement — Jean 1:1 et 1 Jean 2:13

 

Table des matières détaillée :

1     Ch.1. Remarques préliminaires : Sorti d’auprès du Père

1.1    Sorti d’auprès du Père

1.2    Sorti d’auprès de Dieu

1.3    Sorti et envoyé

1.4    D’auprès de Dieu et d’auprès du Père

1.5    Confesser le Fils ou Le nier

1.6    La connaissance du Père et du Fils

2     Ch.2. L’amour du Père

2.1    Quelle sorte d’amour est-ce ?

2.2    Un amour incompréhensible

2.3    L’amour du Père appris dans le Fils

2.4    Dieu invisible, le Père révélé

2.5    Le secret de l’amour du Père

3     Ch.3. Le Bien-aimé du Père

3.1    Le Fils Bien-aimé

3.2    L’amour du Père pour le Fils

3.3    De la nourriture pour le cœur

3.4    L’amour du Père qui n’a pas de commencement

4     Ch.4. Aimé, et dans la gloire de la relation de Fils avant la fondation du monde [Jean 17]

4.1    Qui parle en Jean 17 ?

4.2    Jésus Christ le Fils de Dieu

4.3    Jésus Christ, le Fils du Père

4.4    La glorification du Fils incarné

4.5    La gloire du Fils avant que le monde fût

5     Appendice A : Les trois Personnes de la Déité

5.1    La Trinité

5.2    Le nom au pluriel et le verbe au singulier

5.3    Un Dieu, Trois Personnes

5.4    Chaque mot est inspiré

6     Ch.5. Le Fils unique de Dieu

6.1    Le Don du Fils Unique de Dieu

6.2    Sa relation de Fils avant de devenir le don de Dieu au monde

6.3    Croyant en Son nom

6.4    La manifestation de l’amour de Dieu

7     Appendice B : le défi d’Agur — Proverbes 30:4

8     Ch.6. La Parole auprès de Dieu : le Fils unique auprès du Père

8.1    Les versets introductifs de l’évangile de Jean (1:1-18)

8.2    La Parole au commencement

8.3    La Parole devint chair

8.4    Autres développements concernant la Parole

8.5    Quatre murs protecteurs, forts et hauts.

8.6    La Parole comme Personne (Logos) au commencement

8.7    La négation de ce que la Parole était éternelle

8.8    Le Logos [Verbe, Parole] comme Personne avant l’incarnation

8.9    La Parole incarnée, pleine de grâce et de vérité.

8.10      L’Unique

8.11      Dans le Sein du Père

9     Ch.7. L’Éternel salue Son Fils

9.1    Le témoignage de l’Esprit au Psaume 2

9.2    Le thème du Psaume 2

9.3    La structure du Psaume 2

9.3.1             Une alliance mondiale

9.3.2             Roi sur la montagne de Sion

9.3.3             La relation de Fils et l’engendrement

9.3.4             La demande

9.3.5             L’avertissement : « Baisez le Fils »

10   Appendice C : Au commencement et dès le commencement — Jean 1:1 et 1 Jean 2:13

 

1                    Ch.1. Remarques préliminaires : Sorti d’auprès du Père

La série d’articles qui suit fut écrite comme une humble tentative de considérer à nouveau ce que l’Écriture nous enseigne concernant la relation éternelle de notre Seigneur Jésus Christ en tant que Fils. Cette doctrine a été récemment niée, et la négation d’une croyance chère à nos coeurs touchant Celui que nous aimons, révérons et adorons, nous atteint au plus profond de nos sensibilités, et pousse tout notre être à la défendre.

La première impulsion de notre nature renouvelée est de ressentir une telle négation comme un affront mortel fait à la gloire de l’Être même de notre précieux Seigneur, et de rejeter ce qu’elle implique comme l’une des nombreuses phases de la doctrine anti-chrétienne contre laquelle nous sommes mis en garde. En effet, un refus abrupt d’envisager, ne serait-ce qu’un instant, quoi que ce soit qui soit dépréciateur du Fils de Dieu est une sauvegarde efficace pour les simples croyants ; en se détournant immédiatement de ce qui semble mal, ils sont préservés de l’erreur et de sa souillure.

Mais, en second lieu, tandis que c’est notre sûreté d’être simple quant au mal, l’apôtre nous exhorte aussi à être sage quant au bien (Rom. 16:19). Et nous nous rappelons qu’à cette fin, les Écritures seules peuvent nous rendre « sages à salut », nous sauvant des enseignements erronés des hommes. Pour cette raison, on a fait spécialement référence dans ces articles à cette autorité, et particulièrement aux paroles de notre Seigneur Lui-même, et au témoignage de l’Esprit concernant la relation de Fils avant l’incarnation.

On a cherché à éviter les simples disputes charnelles, et à peser chaque mot écrit de Dieu dans un esprit d’humilité et de sainte crainte, et à recevoir ces profonds développements comme en la présence de Celui à la Personne duquel ils se réfèrent. C’est toujours une expérience salutaire pour nos âmes quand les provocations hardies de l’ennemi nous conduisent aux pieds de notre Seigneur pour recevoir instruction. Quand Ézéchias reçut la lettre du roi d’Assyrie insultant le Dieu vivant, il chercha la présence de l’Éternel des armées, et le Seigneur entendit sa prière demandant d’être guidé et délivré, et y répondit.

La provocation moderne et insultante, c’est que les noms de Dieu révélés dans le Nouveau Testament (le Père, le Fils et le Saint Esprit) ne s’appliquent pas à Lui dans la Divinité ou la Déité. Il est dit, par exemple, en se référant à ces noms de la Trinité : « Insister sur le fait que cet ordre, et la relation des Personnes l’une avec l’autre, y compris les noms qui leur sont attachés vus ainsi, sont les mêmes qui existaient dans les conditions absolues (ce mot est utilisé comme le contraire de « relatives ») de la pré-incarnation de la Déité, c’est forcer l’Écriture ou ne pas en tenir compte, et c’est s’ingérer dans les choses qu’on n’a pas vues » (J.T.).

Le fond de cette longue phrase, c’est que, dans les « conditions » absolues de la pré-incarnation de la Déité, et selon leur vue de l’Écriture, il n’y avait pas de relations de Père, Fils et Saint Esprit. Cela implique que ces relations, exprimées dans ce triple nom (Matt. 28:19), sont associées à l’incarnation de notre Seigneur, et que c’est alors qu’Il devint le Fils. C’est cette dernière partie de la triple dénégation, que nous désirons examiner maintenant à la lumière de l’Écriture.

 

1.1   Sorti d’auprès du Père

Qu’a dit notre Seigneur Lui-même sur Sa propre apparition dans ce monde ? Rares sont Ses expressions concernant Son état antérieur à l’incarnation ; mais nous devons porter la plus grande attention à celles qui en parlent, cherchant cependant à y trouver de quoi nourrir le cœur, plutôt que de la matière pour occuper l’intellect. Une seule de Ses paroles déclarant qu’Il était le Fils avant Son entrée dans le monde, suffirait à établir la vérité pour nous, sans nous soucier de tous les raisonnements humains tendant à soutenir le contraire.

Dans les dernières phrases de Ses instructions d’adieu à Ses disciples, la nuit où il fut livré, le Seigneur fit référence à Sa venue dans le monde, et aussi à Son départ du monde. Il était venu d’auprès d’une Personne vers un lieu, et quittait ce lieu pour revenir à cette Personne. Il nomma la Personne (le Père), et le lieu (le monde). Ses paroles furent : « Je suis sorti d’auprès du Père, et je suis venu dans le monde ; et de nouveau je laisse le monde, et je m’en vais au Père » (Jean 16:28).

Ici nous avons le fait de l’incarnation, vu du côté divin et décrit comme « la venue dans le monde ». Le Fils parle de ce dont Lui-même a connaissance en son for intérieur, ou dans la conscience de Lui-même, comme on dit souvent. Dans une occasion précédente, le Seigneur avait dit aux pharisiens : « Je sais d’où je suis venu et où je vais » (Jean 8:14). Maintenant, aux « Siens », il déclare plus explicitement d’où Il est venu, mais ce n’est pas d’un lieu : « Je suis sorti d’auprès du Père ». Alors Il ajoute qu’Il allait vers cette même Personne d’auprès de laquelle Il était venu : le Père.

Ces paroles impliquent évidemment que la relation de Père existait avant que Lui (le Fils) ne sorte d’auprès de Lui. Et la même relation avant l’incarnation se trouve révélée dans ce qu’exprime fréquemment le Seigneur, disant que le Père L’avait envoyé, Lui le Fils ; voyez Jean 5:30, 37 ; 6:29 ; 8:16, 18 ; 10:36 ; 12:49 ; 14:24. Le sens de ces passages, sans forcer leur signification, est clair et ne laisse aucune place au doute : c’est que le Seigneur venait d’auprès de Celui qui était le Père, et qu’Il venait dans le monde ; et qu’Il était envoyé dans le monde par Celui dont Il parle comme « le Père » et comme « Mon Père » (Jean 10:29 ; 14:28 ; 20:17, 21).

La relation, alors, de Père et de Fils existait avant que la grande mission du Fils ne soit entreprise dans l’incarnation. À tire d’illustration, Isaï était père et David était fils avant que ce dernier n’apparaisse dans le camp d’Israël avec son présent de nourriture (1 Samuel 17). Combien le don est mis en valeur par le fait que le porteur venant de Bethléem n’était pas le serviteur mais le fils du donateur !

Mais en décrivant Son incarnation par l’expression : « Je suis sorti (exerkomai) d’auprès du Père », il nous en est plus dit que seulement l’existence séparée de deux Personnes, et que le Père Lui était connu comme Père avant cette venue. Le nom, Père, n’est pas un simple terme abstrait, mais un nom lourd de la signification spirituelle la plus profonde et la plus précieuse. Venu d’auprès du Père, le Fils vint dans le monde jouissant de la pleine communion avec l’affection profonde du Père, avec la volonté secrète du Père, avec le conseil éternel du Père. Comme Il le dit en connexion avec la garantie de sécurité de Ses brebis : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:30).

 

1.2   Sorti d’auprès de Dieu

Être Fils est en relation avec Dieu, aussi bien qu’avec le Père, et le Seigneur se réfère à ces deux noms dans cette occasion. Il parle d’abord comme le Fils demeurant dans une communion intime avec Son Père durant Son service en humilité dans le monde ; et Il fait connaître à Ses disciples l’amour spécial du Père pour eux parce qu’ils avaient cru en Lui, le Fils, tandis que le monde en général Le désavouait et Le haïssait. Il leur dit d’une manière encourageante : « Le Père lui-même vous aime, parce que vous M’avez aimé et que vous avez cru que moi je suis sorti (exerkomai) d’auprès de Dieu » (Jean 16:27).

Quels mots d’appréciation, pleins de grâce, que ceux-ci, adressés à « tous » ceux qui, cette même nuit, « Le laissèrent et s’enfuirent » (Marc 14:50) ! Le Seigneur consignait et appréciait leur affection pour Lui, « le méprisé et rejeté des hommes », — cette affection qui avait suscité l’affection du Père pour eux. Il notait aussi leur foi, quant au fait qu’Il était venu d’auprès de Dieu ; Il ne dit pas « d’auprès du Père » tant qu’Il n’avait pas encore dit : « d’auprès de Dieu » (Jean 16:28). Leur foi n’en était pas encore à ce stade. La mesure de leur attachement dans la connaissance était faible, car le Saint Esprit n’était pas encore venu. Mais ils avaient reçu par la foi les propres enseignements du Seigneur, car Il avait dit aux Juifs : « Moi Je procède de Dieu et Je viens de Lui » (Jean 8:42).

Cette dernière phrase est remarquable par sa portée double. « Je procède de Dieu » exprime l’auguste mouvement du Fils dans la Déité. « Je suis venu » exprime Son apparition historique dans le monde. Dans la Déité, Il avait Sa place propre, étant « sur toutes choses, Dieu béni éternellement » (Rom. 9:5). Cependant c’est d’auprès de Dieu, qu’Il était venu, comme Il dit ; mais non pas comme Quelqu’un à part de Dieu, car « Dieu était en Christ » (2 Cor. 5:19). Bien que venu en chair, Il comprenait encore en Lui-même tout ce que Dieu est en lumière et en amour ; car Dieu est lumière et Dieu est amour (1 Jean 1:5 ; 4:16).

Oh, les merveilles de la grâce ! Un tel plénipotentiaire divin comme Lui, qui venait d’auprès de Dieu, ne pouvait être personne d’autre que Son Fils, Dieu manifesté en chair. Cet état de Fils du Dieu vivant, Simon Bar-Jonas, enseigné par la révélation du Père, le confessa et fut béni en le faisant (Matt. 16:16). Et d’autres bouches peuvent aussi le reconnaître, car « Quiconque confessera que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu » (1 Jean 4:15).

On aura observé que, dans le Nouveau Testament, « le Fils du Béni » est parfois appelé « le Fils de Dieu », et parfois simplement « le Fils ». Chaque forme est adaptée à son contexte, où il faut chercher sa signification particulière. On peut faire la distinction générale, avec diverses nuances, que « le Fils de Dieu » paraît être le nom exprimant qu’Il est sorti d’auprès de Dieu, tandis que « le Fils » exprime qu’Il est sorti d’auprès du Père ; Il est le Fils du Père, le Fils de Son amour (2 Jean 3, Col. 1:13).

 

1.3   Sorti et envoyé

En continuant à suivre l’enseignement du Saint Esprit sur ce thème, nous ne devons pas négliger la distinction faite dans l’Écriture entre la venue du Fils d’auprès de Dieu et du Père, et le fait qu’Il ait été envoyé par Dieu et par le Père. Les deux vérités intéressent l’existence du Fils avant l’incarnation, mais elles sont absolument différentes, spécialement quand les expressions se trouvent dans la même phrase.

Ainsi, en parlant à Son Père, le Fils dit de Ses disciples : « Je leur ai donné les paroles que Tu M’as données, et ils les ont reçues ; et ils ont vraiment connu que Je suis sorti d’auprès de Toi, et ils ont cru que Toi Tu M’as envoyé » (Jean 17:8). Et pour les Juifs, le Seigneur dit : « Moi Je procède de Dieu et Je viens de Lui ; car Je ne suis pas venu de Moi-même, mais c’est Lui qui M’a envoyé » (Jean 8:42). Dans les deux passages, venir et envoyer sont utilisés séparément et dans la même phrase.

Il est de la première importance d’observer que ces déclarations sont complémentaires l’une de l’autre, et ne sont pas une simple répétition avec des mots différents. Dans le fait de sortir, le Fils agissait selon Ses droits personnels et Sa propre volonté ; dans le fait d’être envoyé, le Fils est venu dans le monde comme Délégué accrédité de Dieu.

« Sorti » (exerkomai) est rarement appliqué au départ d’une personne ; il signifie plus souvent qu’on quitte un lieu, comme par exemple quand le Seigneur sortit du prétoire de Pilate : « Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le vêtement de pourpre » (Jean 19:5). Dans l’Ancien Testament (version des Septante), nous avons un exemple de ce verbe utilisé pour le départ d’une personne : « Moïse sortit d’auprès du Pharaon (exerkomai) » (Exode 8:30, 10:18.

Le récit de ce dernier incident peut servir à illustrer (bien qu’il n’en soit guère besoin) les paroles du Seigneur. On verra cependant que l’attention est attirée sur deux personnes à chaque fois. En Égypte Moïse, le serviteur de Dieu, quitte le Pharaon, le roi obstiné. Dans les paroles du Seigneur, « je suis sorti d’auprès du Père », il y a deux personnes antérieurement à la venue, l’incarnation : « Je » et le Père. « Je » représente le Fils, et Il était tout le temps avec le Père avant de sortir d’auprès de Lui. Et le Père était là, et s’il y avait le Père, le Fils était aussi là dans une relation filiale bénie avec Lui.

Le Fils sortit d’auprès de Dieu et du Père, venant dans le monde où s’appliquent les mesures de la créature relativement au temps et à l’espace. Mais dans la Divinité, de tels termes finis n’ont pas d’application, et dans cet état sans limite de temps et d’espace où la Déité est tout, le Père et le Fils demeurent en union et communion continuelles. Alors, dans la plénitude du temps, le Fils sortit d’auprès de Dieu, d’auprès du Père, et vint dans la sphère de la création.

De la même manière, deux Personnes sont impliquées dans le fait d’envoyer — l’Envoyeur et l’Envoyé, et « le Père a envoyé le Fils [pour être le] Sauveur du monde » (1 Jean 4:14). « Le Fils », c’est ce qu’Il était avant d’être envoyé ; « le Sauveur du monde » c’est ce qu’Il devait devenir quand Il serait envoyé. Dans ce verset, l’état de Fils de notre Seigneur avant l’incarnation se trouve mis au grand jour comme aussi dans d’autres passages. Cette gloire éternellement intrinsèque est ainsi révélée au plus simple des croyants pour que sa foi adore.

 

1.4   D’auprès de Dieu et d’auprès du Père

La connaissance du Père et du Fils n’a pas été donnée à connaître au peuple terrestre de l’Éternel. Au temps voulu, par cette révélation de Ses propres relations personnelles avec Dieu et avec le Père, le Seigneur a posé le fondement du caractère céleste du christianisme. Ce furent Ses dernières paroles à Ses disciples pour lesquels Il avait gardé le « bon vin » jusqu’à la fin de Son ministère.

Ayant été rejeté par Israël et par le monde en tant que Messie et que Fils de Dieu, Il déclara qu’Il était venu d’auprès du Père. En Lui, le Fils, étaient cachées des réserves de bénédiction supérieures aux promesses faites à Abraham, et à toutes les voies dispensationnelles de Dieu avec la terre. Et le Seigneur rattacha ces paroles révélatrices adressées aux Siens, à l’affection que le Père avait à leur égard parce qu’ils avaient de l’affection pour le Fils, et qu’ils avaient cru qu’Il était venu d’auprès de Dieu (Jean 16:27).

À cette foi qu’Il était sorti d’auprès de Dieu, le Seigneur leur fit connaître en plus qu’Il était sorti d’auprès du Père et d’autre part, qu’Il laissait le monde pour s’en aller au Père (Jean 16:27-28). Ils étaient ainsi mis en possession de ces relations divines secrètes, bien qu’ils pensassent peu quelle richesse de bénédiction y était contenue pour eux, et leur serait bientôt impartie. Car la connaissance du Père et du Fils était la base de la vérité que le Saint Esprit confirmerait à Sa venue et développerait pour eux et en eux pendant l’absence du Seigneur.

De plus, le Seigneur Lui-même avait réservé quelque chose de plus qu’Il voulait leur dire concernant Dieu et le Père, avant qu’Il ne remonte au Père. Après Sa mort et Sa résurrection, Son premier message aux Siens se rapportait à Dieu et au Père. Il ne leur rappelait pas seulement Ses paroles d’adieu sur ce thème, mais ajoutait que désormais ils partageraient cette relation. À Marie de Magdala le Seigneur dit : « Va vers Mes frères, et dis-leur : Je monte vers Mon Père et votre Père, et vers Mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Il liait ainsi leur nouvelle relation avec celle qui avait été la Sienne éternellement.

Plus tard, nous notons une étape supplémentaire. Quand le Saint Esprit, par le moyen de Paul, révéla à l’église le caractère unique de notre appel céleste en Christ, Il commença par déclarer que toute la bénédiction spirituelle que nous possédons est associée avec le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ (Éph. 1:3). Comme Dieu, Il nous a choisis en Christ avant la fondation du monde (Éph. 1:4) ; comme Père, il nous a élus à l’avance pour nous adopter (relation de fils) pour Lui-même (Éph. 1:5).

Si nous continuons à suivre l’exposé du mystère céleste dans cette épître qui déploie les dignités de l’assemblée, nous ne manquerons pas de noter à plusieurs reprises combien ces vérités sont étroitement liées à Dieu et au Père. En effet, c’est Dieu, désigné par ce nom, qui seul rend les saints capables de saisir ces vérités élevées (voir les prières de Éph. 1:17 et 3:14). Ces bénédictions dans les lieux célestes, tellement différentes de celles du royaume terrestre, découlent du message du Seigneur envoyé aux Siens par Marie de Magdala : « Mon Père et votre Père… Mon Dieu et votre Dieu ». Nous sommes bénis par Lui, en Lui et avec Lui, qui est le Fils de l’amour du Père.

La compagnie [= troupe] des Siens dans le monde, sans être du monde, c’est le don du Père à Lui, le Fils. Et par Sa résurrection, les croyants furent mis dans la relation la plus intime avec le Père et le Fils : « Mon Père et votre Père ». Les bénédictions promises par Lui à Abraham et à David étant différées parce que Sa propre nation Le refusait, le Fils introduisit un plan de bénédiction céleste fondé sur Sa propre Personne, à part de Ses offices terrestres comme Roi, Sacrificateur et Prophète. Et les paroles du Seigneur en privé à Ses proches, « Je suis sorti d’auprès du Père », préparaient la voie à l’enseignement du Saint Esprit, selon lequel ceux qui croiraient au Fils pendant le temps de Son rejet seraient spécialement et particulièrement bénis avec le Fils selon le bon plaisir de la volonté du Père.

À partir des considérations précédentes, nous croyons donc : 1) que la condition éternelle de Fils, du Seigneur est impliquée dans Ses propres paroles : « Je suis sorti d’auprès du Père » ; 2) que Sa révélation du Père, et de notre association au Fils pour la bénédiction, est l’essence même du christianisme, le distinguant, par le moyen de ce caractère céleste, de toutes les autres voies divines, passées et futures ; et 3) que la négation de la relation éternelle en tant que Fils du Christ Jésus est anti-chrétienne dans son effet, puisqu’elle porte atteinte à la doctrine du Père et du Fils, et aussi, par conséquent, à la vérité centrale de l’assemblée, et aux privilèges de celle-ci.

 

1.5   Confesser le Fils ou Le nier

L’apôtre Jean, dans ses épîtres, met l’accent sur la gravité qu’il y a à altérer la doctrine du Fils, dont il est dit qu’elle est inséparable de la doctrine du Père : « Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père » (1 Jean 2:23). Le christianisme, c’est confesser le Fils. Parler de manière désobligeante du Fils, c’est déshonorer à la fois le Fils et le Père qu’Il a révélé.

Dans la chrétienté, la négation du Fils a pris bien des formes, les unes grossières, les autres subtiles. La doctrine des unitariens comprend de nombreuses variantes d’incrédulité quant à la déité de Christ. Le christadelphianisme et les croyances perverties de ce genre, nient la relation éternelle de Fils qui est celle de Christ, enseignant que le « titre » de Fils de Dieu ne devrait être prêché qu’à l’égard de Sa nature humaine, né dans le temps. Les adhérents de la Science Chrétienne, et d’autres cultes modernes, soutiennent dans un sens restrictif que Jésus Christ était le Fils de Dieu, mais tous nient qu’Il l’était de toute éternité, c’est-à-dire en vertu de ce que Son Être était intrinsèquement.

Ces formes variées de déni antichrétien sont toute repoussantes et détestables pour l’esprit spirituel, car elles sont toutes d’accord pour nier que Christ est Dieu. Il y a encore une autre forme, peut-être plus spécieuse, que les catégories qui viennent d’être mentionnées, mais qui ne semble guère moins mortelle dans sa nature.

Dans ce cas, un auteur (James Taylor, 1870-1953), se référant à « la relation de Fils, de Christ », soutient qu’« il n’y a aucune base pour admettre que la condition de Fils était une relation de la Déité qui s’est transmise jusque dans la condition humaine ». Et à cette affirmation que Sa condition de Fils commença avec Son humanité, l’auteur ajoute : « Luc base clairement la condition de Fils de notre Seigneur sur la grande transaction divine de l’incarnation », citant comme preuve Luc 1:35 [« la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu »].

Ce passage de Luc a souvent été mal compris et honteusement mal traité en relation avec notre sujet. Les christadelphiens, swedenborgiens, et autres, l’ont mal appliqué dans le même but, qui est précisément de nier que Christ était le Fils de Dieu avant Sa conception par la vierge Marie sous l’effet de la puissance du Saint Esprit et de l’ombre du Tout-puissant. Ils s’unissent tous pour ignorer la vraie signification des paroles de l’ange à Marie, « la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu », et pour en affaiblir le sens en déclarant qu’Il devait être appelé Fils de Dieu simplement à cause de Sa naissance miraculeuse.

Mais la vérité est que, tandis qu’Il était Fils de Dieu à Sa naissance, Il l’était avant Sa naissance. Ce nom était Son droit Personnel à Son incarnation, parce qu’Il était le Fils du Père de toute éternité. D’autres passages de l’Écriture comme l’évangile selon Jean, les épîtres aux Colossiens et aux Hébreux, établissent pleinement la vérité de la condition éternelle de Fils, et Luc 1:35 ne les contredit pas. L’évangile de Luc traite spécialement de l’humanité de Christ, et dès le début nous y apprenons que la sainte chose qui naîtrait de Marie serait appelée le Fils de Dieu. Ce nom n’est pas un nouveau nom conféré, mais le nom originel confirmé pour de nouvelles conditions.

Ce passage est profond, son sujet sacré, et tout commentaire à son sujet est risqué. Mais il est certain que l’action du Saint Esprit consistait à exclure la corruption empoisonnée que l’on tire par ailleurs de Marie, et à garantir la sainteté immaculée de Celui qui allait naître de cette conception miraculeuse. De plus, l’énergie de la Déité était engagée à mettre cette sainte humanité dans une union indissoluble avec le Fils. « C’est pourquoi », dit l’ange, « la sainte chose qui naîtra sera appelée Fils de Dieu » (Luc 1:35).

En raison de Sa condition de Fils avant l’incarnation, le Seigneur Jésus différait totalement d’Adam et des anges qui sont aussi appelés fils de Dieu dans l’Écriture. Ils sont désignés ainsi à cause de la manière dont ils ont été créés, et de la position qui leur a été donnée. Mais notre Seigneur a apporté Son nom de Fils dans son état d’incarnation. Dans la Déité, Il était le Fils ; en chair, Il était le Fils de Dieu. Les paroles de l’ange préservaient Sa sainte Personne contre toute mauvaise pensée que Sa relation éternelle de Fils pourrait avoir été à aucun degré affaiblie ou déshonorée quand Il devint chair. Quand il apparut dans l’humanité, non pas en pleine maturité comme Adam en Éden, mais comme le Bébé de Bethléem, il devait être appelé par décret divin le Fils de Dieu, et le Fils du Très-haut.

 

1.6   La connaissance du Père et du Fils

Le Fils unique a fait connaître Dieu et a révélé le Père (Jean 1:18 ; Matt. 11:27), tandis que le Père révèle le Fils (Matt. 16:17 ; Gal. 1:16), et la connaissance du Fils de Dieu est le thème du ministère de l’Esprit dans l’assemblée (Éph. 4:13), et tout croyant enseigné par l’Esprit a pour ambition de posséder cette connaissance (Phil. 3:8-10).

Dans l’Ancien Testament, l’unicité de l’Éternel, leur Dieu, était enseignée à la nation d’Israël (Deut. 6:4) ; dans le christianisme du Nouveau Testament, il nous est révélé la Trinité de la Déité, le « nom » des trois Personnes à confesser dans le baptême (Matt. 28:19). Non seulement le Fils est sorti d’auprès du Père qui L’a envoyé, mais l’Esprit procède du Père, et a été envoyé par le Père et le Fils (Jean 15:26 ; 14:26).

Mais voilà qu’on vient nous dire qu’il reste un voile non déchiré d’« inscrutabilité infinie » entre nous et le vrai Dieu. Bien que « nous marchions dans la lumière comme Lui est dans la lumière », la Déité demeure encore dans une obscurité épaisse, et que « Dieu dans Son absolu » est inconnu et inconnaissable. Les noms de Père, Fils et Saint Esprit, ne s’appliqueraient pas aux Personnes dans la Déité parce que ces termes impliquent des « relations selon des rangs » et une « infériorité relative » entre les Personnes révélées !

Or de tels discours ne sont-ils pas des « paroles enseignées de sagesse humaine », et non pas des « paroles enseignées de l’Esprit » ? Nous ne trouvons pas que de tels propos soient justifiés par ce que Dieu rapporte de Son Fils. Au lieu de gradation et d’infériorité, l’Écriture enseigne l’unité et l’égalité parmi les Personnes divines révélées.

Il nous est enseigné par exemple en Matt. 28:19, que le Père, le Fils et le Saint Esprit sont compris sous un seul « nom ». Bien qu’il y ait trois Personnes, il n’y a pas trois noms, mais un seul ; il n’y a pas trois « grades », mais une Unité tri-personnelle (voir Appendix A). Le Seigneur dit aussi : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10:30) ; et « Le Fils ne peut rien faire de lui-même, à moins qu’il ne voie faire une chose au Père » (Jean 5:19) ; et « Le Père me connaît et moi je connais le Père » (Jean 10:15). Ces passages, et d’autres, enseignent l’unité et la communauté de nature entre le Père et le Fils.

Tandis que le Fils incarné manifestait continuellement une soumission absolue à la volonté du Père, cette servitude sacrée était également l’exercice de Sa volonté propre, uniforme comme cette volonté l’était à la fois dans la Déité et dans l’humanité. Mais cette gloire unique de l’obéissance du Fils est de suite ternie par l’affirmation audacieuse qu’Il était inférieur au Père, que ce soit quant à la nature essentielle, ou quant à la relation. Même dans les relations humaines, l’infériorité filiale n’est pas vraie dans tous les cas. Pourrait-on dire qu’Abraham était inférieur à Térakh ? ou Moïse à Amram ? ou David à Isaï ? Est-il juste alors de supposer une infériorité entre les Personnes divines, le Fils et le Père ?

On vient aussi nous alléguer que l’ordre de présentation des noms dans l’Écriture indique qu’Ils ne sont pas co-égaux. Mais tandis que l’ordre Père et Fils, l’emporte selon le plan de la révélation, cet ordre n’est pas invariable, mais il est inversé en Jean 8:16,18 ; 10:30 ; 14:10-11 ; 1 Jean 2:24. Dans ces exemples, il y a des raisons didactiques pour l’inversion, mais ces exceptions suffisent pour réfuter la théorie déplaisante que le Fils est inférieur au Père parce qu’Il est mentionné en second lieu.

On vient par ailleurs nous dire encore que les méditations des saints chéries dans le passé, sur Jean 1:18, ont été exagérées d’une manière injustifiable. On nous dit que le passage est vrai quant au Fils dans l’humanité, mais qu’il n’est pas vrai éternellement dans la Déité. « Dans le sein du Père » serait la position « atteinte » par le Fils unique faisant connaître Dieu, mais n’aurait pas d’application antérieure !

De telles affirmations se condamnent certainement elles-mêmes. Et à cet égard, il n’y a pas lieu de s’attarder ici sur la tentative maladroite et stérile de prouver cette interprétation par la préposition grecque. Toute âme pieuse et honnête sera immédiatement choquée qu’on vienne lui dire que « Le Fils unique, qui est dans le sein du Père » devrait être compris comme signifiant que le Fils unique est venu dans le sein du Père. Un tel exposé n’honore ni le Père ni le Fils, et est opposé à tout le sens général de l’Écriture, spécialement l’évangile et les épîtres de Jean.

Bien que le Fils, en parlant à Son Père, disait avoir été aimé par Lui avant la fondation du monde (Jean 17:24), on vient nous dire maintenant que c’est seulement dans Son humanité qu’Il est entré dans les affections du Père, dans le sein du Père. On nous cite Luc 16:22 par un effort de prouver que l’analogie de phrase montrerait que telle est la signification de Jean 1:18. Cependant s’il est vrai que Lazare n’était pas dans le sein d’Abraham avant que les anges ne l’y portent, allons-nous être contents de croire que, de la même manière, Celui qui est le Fils unique n’était pas dans le sein du Père avant d’y venir dans les jours de Sa chair ?

Que gagne-t-on par ces multiples négations de l’éternité de la relation de Fils ? S’il est nié que Celui qui est apparu parmi les hommes comme le Fils, fût dans le sein du Père, où était-Il donc ? Si Celui qui est révélé maintenant comme le Fils n’a pas toujours été l’objet de l’affection suprême pour Celui qui est maintenant révélé comme le Père, de quelle façon était-Il considéré par Lui avant la présente révélation ? Ils ne donnent aucune réponse car, disent-ils, on ne sait rien. Ils ôtent la gloire éternelle du Fils unique, qui est la joie de l’adoration de l’âme croyante, et qu’offrent-ils en échange ? Seulement une porte close, et une barrière infranchissable : l’inscrutabilité de la forme abstraite et des relations abstraites, une Déité inconnue !

 

 

2                    Ch.2. L’amour du Père

Sans nul doute l’amour du Père est le thème le plus élevé dans la révélation du christianisme. « Voyez de quel amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu » (1 Jean 3:1). L’amour du Père irradie spécialement le cercle familial de la grâce. L’amour de Dieu est pour le monde entier en mesure illimitée, et est proclamé à tous les hommes pour les oreilles de la foi. « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » (Jean 3:16). Et rien ne peut séparer ceux qui croient de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus, notre Seigneur (Romains 8:39). Mais l’amour du Père !

 

2.1   Quelle sorte d’amour est-ce ?

Quelle est cette sorte (*) d’amour que le Père nous a donné, et que nous sommes exhortés à voir ? Est-ce un amour éveillé par notre terrible besoin, ou provoqué par lui ? Nous ne sommes que trop enclins à assumer hâtivement, et quelque peu égoïstement, que l’amour du Père tire son caractère spécial du fait que nous, les sujets de la grâce divine, pécheurs et indignes, sommes, à cause de son énergie abondante, rendus capables de nous tenir devant Lui dans la relation d’enfants bien-aimés. Si c’est notre unique point de vue sur Son amour, nous pouvons peut-être en apprendre un peu les profondeurs vertigineuses, mais il nous manquera complètement ses hauteurs invisibles, ainsi que sa longueur et sa largeur sans limite.

 

(*) note Bibliquest : Nous avons conservé ici et ailleurs cette expression qui traduit exactement ce que dit l’auteur, mais cette expression provient de la version autorisée anglais qui dit en 3:1 « voyez de quelle sorte d’amour le Père nous a fait don… », alors que J.N. Darby, en anglais comme en français, dit plus simplement « voyez de quel amour le Père nous a fait don… ».

 

Non, l’amour tire sa qualité première de Celui qui aime, plutôt que de ceux qui sont aimés. Et notre joie la plus élevée n’est donc pas d’être les objets de l’amour divin, bien qu’il ne nous faille jamais oublier l’amour qui a fait de nous les enfants de Dieu, et qui nous appelle de ce nom. Nous qui connaissons Celui qui est dès le commencement, nous nous réjouissons, non pas seulement dans l’amour qui est de Dieu, mais dans le Dieu qui est amour (1 Jean 4:7-8), en Lui qui aime comme seul le Dieu d’amour peut aimer. De plus, dans une intimité encore plus profonde, nous bénissons le Père, non pas simplement, ni même à titre principal, parce que nous sommes aimés de Lui, mais parce que le Père Lui-même nous aime, et parce qu’Il nous aime comme seul le Père qui est Dieu peut aimer. L’amour du Père !

 

2.2   Un amour incompréhensible

Il conviendrait ici de nous arrêter pour adorer en contemplant le Père dont l’amour nous a été révélé. Nous pouvons aussi nous demander si nous comprenons réellement quelle sorte d’amour est l’amour du Père. Nous parlons l’un à l’autre de Son amour, nous chantons cet amour, nous nous réjouissons dans cet amour, mais que connaissons-nous de l’étendue de cet amour et de sa manière d’être ? Nous croyons parfois que les vases minuscules de nos pauvres cœurs sont remplis jusqu’à déborder de cet amour ; mais pouvons-nous prendre la mesure de la plénitude de l’océan de cet amour, à partir de notre propre conception ou expérience de cet amour ?

Il est bien sûr inutile d’essayer de mesurer l’amour de Dieu avec des coudées et des éphas d’homme, et cependant comment adorer le Père en esprit et en vérité à moins de connaître de quelle sorte d’amour Il nous a fait don ? Son immensité bouleversante peut nous remplir d’étonnement, comme les disciples furent étonnés quand ils virent le comportement du Seigneur dans la tempête, disant : « Quel est celui-ci [litt. « quelle sorte d’homme est celui-ci »], que les vents même et la mer lui obéissent ! » (Matthieu 8:27). La toute-puissance du Seigneur les rendait abasourdi, mais l’étonnement n’est pas un aspect important de l’adoration en esprit et en vérité que le Père cherche de la part de Ses adorateurs.

 

2.3   L’amour du Père appris dans le Fils

Or nous qui sommes nés de Dieu, nous ne devrions pas être abasourdis par l’amour du Père. Sa grandeur dépasse absolument notre compréhension, mais sa beauté et sa douceur ne dépassent pas notre contemplation et notre délice, car nous voyons le caractère béni du nom du Père révélé dans le doux rayonnement du Fils. Quiconque a vu le Fils, a vu le Père. Jésus dit à Philippe : « Ne crois-tu pas que moi je suis dans le Père, et que le Père est en moi ? » (Jean 14:10). Nous connaissons donc le Père dans le Fils, et dans le Fils nous apprenons l’amour du Père, qui autrement déconcerterait nos entendements et accablerait nos cœurs.

Nous ne devrions pas du tout perdre de vue que l’amour de Dieu le Père est en Lui-même, intrinsèquement, un sujet incompréhensible pour nous. Sa grandeur incommensurable nous humilie. Nous ne pouvons décrire Son amour aux autres, ni leur communiquer sa douceur. Nous ne pouvons même pas le comprendre pour nous-mêmes. En même temps, la connaissance du Père est caractéristique des plus jeunes de la famille de Dieu : « Je vous écris, petits enfants, parce que vous connaissez le Père » (1 Jean 2:13). Il est dit ici des nouveaux-nés (*) qu’ils sont en situation de relation réalisée (*) avec Dieu le Père. Même les petits enfants connaissent Celui qui est leur Père, Dieu Lui-même, et ils savent aussi qu’ils dépendent de Lui pour nourrir leur nature divine, pour l’amour et pour le conseil. Comment pourraient-ils, dans leur immaturité, connaître l’amour du Père en dehors du Fils ?

 

(*) note Bibliquest : nous pensons que les nouveaux-nés proprement dit ne sont pas identiques aux « petits enfants », et qu’ils ont la vie de Dieu sans avoir la réalisation de la connaissance du Père qu’ont les « petits enfants ».

 

2.4   Dieu invisible, le Père révélé

Nous considérons maintenant spécialement l’amour du Père tel que le Nouveau Testament nous le fait connaître. Dieu est le nom général de la Déité, reflétant Sa nature absolue comme Celui qui se suffit à Lui-même et qui est au-delà de la connaissance de la créature. Mais le nom de « Père » implique aussi le nom de « Fils », les deux termes étant corrélés. De plus le nom « Fils » implique, entre autres, la connaissance tout à fait familière des affections du Père. C’est pourquoi nous lisons : « Personne ne vit jamais Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, Lui, l’a fait connaître » (Jean 1:18). Le Père donc est maintenant donné à connaître dans les activités de Son ineffable amour manifesté dans le Fils Éternel.

Dans ce passage instructif de Jean, on trouve les deux noms, Dieu et Père. D’un côté il est affirmé en premier lieu l’inscrutabilité de Dieu dans Son Être essentiel ; « Lui qui habite la lumière inaccessible, lequel aucun des hommes n’a vu, ni ne peut voir » selon les expressions d’un autre passage (1 Tim. 6:15-16). D’un autre côté, le même texte montre que ce que la créature ne pouvait découvrir en aucune façon, a été révélé par le Fils, qui seul Le connaissait, étant le Fils unique dans le sein du Père. Quelle merveilleuse révélation ! car elle inclut non seulement la main de Dieu dans sa toute-puissance, non seulement les pensées de Dieu dans Sa sagesse et Sa connaissance omniscientes, mais aussi, et principalement dans ce passage, le cœur de Dieu dans Son amour infini et éternel de Père.

 

« L’amour du Père suscitera

Une joie encore plus profonde,

Même si elle est plus calme,

Et tous les cœurs s’emploieront avec bonheur

À Sa louange éternelle.

 

Sa douceur n’est pas maintenant inconnue,

Elle est bien avérée dans Ses actes ;

Nous reconnaissons avec joie l’amour du Père

Révélé en Christ, le Fils ».

 

2.5   Le secret de l’amour du Père

Les secrets du sein du Père nous sont donc maintenant donnés à connaître, l’amour du Père étant déclaré par et dans le Fils.

 

« Le Fils qui connaît —

Lui seul — tout Son amour,

Demeure dans Son sein — Il sait tout

Ce qui existe dans ce sein ;

Il vint sur la terre le révéler

Pour que nous partagions Ses joies ».

 

En effet, qui pouvait connaître le cœur de Dieu sinon le Fils de Dieu ? Qui, sinon le Fils unique, pouvait interpréter pour l’homme les profondes émotions de la Déité ? Il y a une profondeur insondable de richesses dans la sagesse et la connaissance de Dieu ; Ses jugements sont insondables et Ses voies introuvables (Rom. 11:33), mais combien l’amour du Père est associé beaucoup plus intimement aux mystères de la Déité ! Car Dieu Lui-même est amour (1 Jean 4:8, 16), aussi véritablement et absolument que Dieu est lumière (1 Jean 1:5).

La compétence à entreprendre la révélation de cet amour du Père se trouve seulement chez Celui qui est décrit dans la brève expression de Jean 1:18 comme « le Fils unique qui est dans le sein du Père ». L’amour dans son essence est contenu dans les relations du Père et du Fils. « Le Père aime le Fils, et a mis toutes choses entre ses mains » (Jean 3:35). « Afin que le monde connaisse que J’[le Fils] aime le Père ; et selon que le Père M’a commandé, ainsi Je fais » (Jean 14:31). Il y avait donc, selon le témoignage du Fils Lui-même sur la terre, un amour mutuel entre le Père et le Fils. Cet amour n’était pas une expérience nouvelle pour le Fils, car Il déclarait aussi : « Tu [le Père] M’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24), se révélant par là comme étant le Fils Éternel de l’amour du Père, et se réjouissant comme tel en communion avec Son Père, et cette joie pouvait s’entendre.

 

3                    Ch.3. Le Bien-aimé du Père

Il est bon de continuer à méditer sur le Fils comme étant le Révélateur du Père. Dans cette œuvre, Lui seul est devant nos cœurs qui adorent, car Lui seul est compétent pour faire connaître le Père. Ses propres paroles nous sont données : « Le monde ne T’a pas connu, mais Moi Je T’ai connu » (Jean 17:25, et aussi 8:55). Cette connaissance consciente du Père par le Fils Lui était personnelle, et le monde des créatures intelligentes était nécessairement exclu d’une telle intimité. Mais si l’omniscience du Fils embrassait tout ce qui concernait le Père, combien Il connaissait pleinement et parfaitement l’amour du Père ! et combien Il était aussi capable de déclarer cet amour !

Dans le langage du ciel, le Fils doit être Celui sur lequel repose l’amour céleste. En conséquence quand le titre « Jésus Christ notre Seigneur » est associé dans l’Écriture au Fils de Dieu (comme en Rom. 1:3), ce nom de « Fils » implique que l’amour de la Déité (car « Dieu est amour ») est en exercice actif envers Lui. De plus, là où est le Fils qui est aimé, là aussi se trouve le Père dont l’amour s’exerce toujours vers le Fils. Pourrait-il y avoir un sein du Père ou une maison du Père sans le Fils de l’amour du Père ?

Le Fils peut, dans la plénitude du temps, assumer la fonction de Serviteur, et revêtir par là Son service de Sa dignité incomparable, de Sa fidélité absolue, et de Sa valeur infinie, mais à côté de ce service et avant ce service, l’affection la plus profonde est transmise dans la relation de Fils. Il en est même ainsi dans les exemples imparfaits de relation de fils qu’on trouve dans ce monde chargé de péché. Quand David fut « très ému » à la nouvelle de la mort du méchant et rebelle Absalom, l’amour paternel de son cœur qui saignait fut révélé dans la répétition pathétique de deux mots : « Mon fils ». Avec des larmes amères, il disait : « Mon fils Absalom ! mon fils ! mon fils Absalom ! Fussé-je mort à ta place ! Absalom, mon fils, mon fils ! » (2 Samuel 18:33). Bien que détachée de toute qualité princière, la relation filiale d’Absalom avec David demeurait. « Mon fils », dit le roi. La mort avait touché une corde dans l’amour du père, même si son objet en était indigne et même si ce fils avait tant fait tort à son père.

 

3.1   Le Fils Bien-aimé

Le thème que nous venons de méditer est le plus élevé et le plus saint, et nous pouvons certainement dire le plus doux, de tous les thèmes sacrés — le Fils bien-aimé de Dieu. Nous mettant de côté, et tout le monde avec, comme des objets indignes de l’amour divin, nous désirons contempler l’amour ineffable qui lie le Père et le Fils. Cet amour n’est pas quelque chose de vague et visionnaire, mais un fait positif qui est le sujet d’une révélation précise. L’Écriture contient des expressions effectives d’amour mutuel entre Eux. De telles déclarations relèvent du domaine suprême de la communion dans la Déité, et ont été conservées par le Saint Esprit pour que nous méditions et adorions avec révérence. Rien ne peut être plus précieux que ces expressions de tendresse Divine formulées avec des mots humains pour des oreilles terrestres.

Oh ! Quels trésors célestes contient la parole de Dieu ! Sommes-nous sensibles à leur valeur intrinsèque ? Quelle grâce transcendante de posséder le récit inspiré de ce que le Père disait au Fils, et de ce que le Fils disait au Père ! C’est en effet remarquable d’avoir les paroles du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé » (Marc 1:11 ; Luc 3:22), et d’avoir aussi ce que Lui disait Son Fils : « L’amour dont tu m’as aimé » (Jean 17:26). En présence d’hommes en train d’écouter, le Père reconnaît Son Fils bien-aimé, et le Fils reconnaît l’amour du Père pour Lui. C’est en effet le dévoilement d’un saint mystère ; or nous avions besoin de le savoir afin de mieux comprendre la vérité révélée concernant les Personnes du Père et du Fils, et afin de pouvoir ainsi adorer le Père « en vérité », comme Il le cherche (Jean 4:23).

 

3.2   L’amour du Père pour le Fils

En toute soumission et humilité d’esprit, nous écoutons chacune des paroles du Fils incarné lorsqu’Il révèle le Père au cours de Son ministère ici-bas. Mais quand Son sujet est l’amour que le Père Lui porte, à Lui le Fils, notre intérêt prend toute son intensité. C’est un secret du plus haut du ciel, des « choses célestes » de la demeure de Dieu, et cela concerne le Bien-aimé Fils du Père, qui est aussi notre Bien-aimé.

« Le Père aime le Fils » (Jean 3:35 ; 5:20). Le thème est puissant, mais les mots simples. De telles paroles, facilement prononcées, facilement remémorées conviennent aux « petits enfants » de la maison de Dieu, auxquels le Saint Esprit révèle « les choses profondes de Dieu » (1 Cor. 2:10). Le Fils, exprimant cette connaissance intime du Père, que Lui seul a toujours possédée toujours et dont Il a toujours joui seul, déclare à nos oreilles émerveillées : « Le Père aime le Fils » (Jean 5:20).

Nous remarquons que l’action d’aimer est au présent : « Le Père aime », non pas « a aimé ». C’était vrai sans doute au jour où cela fut prononcé à Jérusalem, et assurément dans tous les jours de Son humiliation. Mais ces paroles dévoilent bien plus encore. Cet amour est nécessairement vrai tout au long de la coexistence du Père et du Fils. Regardant vers le futur ou le passé, quand il y avait un Père pour aimer et un Fils pour être aimé, il demeure vrai que « Le Père aime le Fils, et Lui montre toutes les choses qu’Il fait Lui-même ». Un tel amour déborde par-dessus toutes les barrières du commencement et de la fin, et est le courant intarissable de la relation éternelle.

Combien ces précieuses paroles nous submergent, exhalant la joie ineffable de tout ce que cette relation de Fils signifiait pour le cœur de Celui qui les prononçait ! L’amour du Père pour le Fils est sans mesure et indéfinissable. Nous sommes perdus dans son immensité. Dans l’amour humain nos pensées sont plus à l’aise. Nous comprenons les récits où l’amour de David dépassait celui de Jonathan, où Jacob aimait Rachel plus que Léa, et où l’assemblée à Éphèse a perdu son « premier » amour ; ceux-ci qui aimaient, avaient des passions semblables aux nôtres (Actes 14:15 ; Jacques 5:17). Mais l’affirmation : « Le Père aime le Fils » ne peut être traitée avec nos intelligences, car, en dehors de ce qui nous est divinement dévoilé, nous ne connaissons ni le Père, ni le Fils dans leur Être essentiel ; comment pouvons-nous alors connaître Leur amour mutuel, si ce n’est partiellement ?

 

3.3   De la nourriture pour le cœur

Pourquoi donc le Seigneur s’est-Il fait connaître à nous comme le Bien-aimé du Père ? Non pas pour que l’esprit cherche à comprendre ce qui est incompréhensible, mais pour que le cœur des Siens croie Ses paroles, et chérisse cet aperçu des profondeurs d’un amour qui dépasse les limites du temps et de l’espace.

« Le Père aime ! » Quelles émotions infinies, quelles profondeurs insondables d’affections sont dans le cœur du Père, puisque dans l’essence de Son Être « Dieu est amour » ! Il est vrai que « Dieu seul connaît l’amour de Dieu ». Et nous pouvons dire aussi que seul le cœur infini et sans mesure du Fils pouvait recevoir, dans leur plénitude et leur réciprocité, avec une égale plénitude, les épanchements du cœur infini et sans mesure du Père. « Le Père aime le Fils ! » Telle est la communion au-dessus du ciel, révélée à ceux qui maintenant adorent dans le « lieu très saint ». Quel que soit l’amour qui remplit le cœur du Père, il trouve sa parfaite acceptation et sa plus complète réponse dans le cœur du Fils. Cet amour qui transcende tout, ne devrait-il pas être la note dominante de notre louange la plus élevée ?

Cette suprême révélation d’un amour sans égal n’a-t-elle que peu ou pas d’intérêt pour nos cœurs ? Le Père ! C’est Lui qui a envoyé le Fils pour être la propitiation pour nos péchés. Le Fils ! C’est Lui qui nous a révélé le Père. Nous sommes émus à la pensée que le Père Lui-même nous aime, et que le Fils de Dieu nous aime, et s’est livré Lui-même pour nous. Il est convenable en effet de nous réjouir de ce que l’amour du Père et du Fils repose sur nous. Mais ne devrions-nous pas être émus plus profondément de savoir que, en dehors de nous, l’amour est le lien éternel entre le Père et le Fils ? L’épouse sera-t-elle insensible aux gloires de son Bien-aimé, qui est plus que tous les autres bien-aimés, puisqu’Il est le Bien-aimé du Père avant que le temps commençât ?

 

3.4   L’amour du Père qui n’a pas de commencement

Le contexte (Jean 5:17-21) de la déclaration du Seigneur : « Le Père aime le Fils », contient un témoignage de très grande poids à la gloire personnelle du Fils. Le Seigneur ne nie pas, mais confesse l’accusation des Juifs de ce qu’Il « disait que Dieu était son propre Père » (Jean 5:18), car « Le Fils ne peut rien faire de Lui-même, à moins qu’Il ne voie faire une chose au Père, car quelque chose que Celui-ci fasse, cela, le Fils aussi de même le fait » (Jean 5:19). Le Fils fait les mêmes choses que le Père et de la même manière. Il y avait donc égalité absolue sans indépendance.

« Il a daigné prendre la place de l’homme, sans perdre un instant Sa nature divine ni Ses droits divins ; et comme tel Il renonce à absolument toute exaltation personnelle et à toute indépendance vis-à-vis de Son Père » (W.K.). Il y avait une parfaite communion avec le Père, car il ne fait rien en dehors du Père, mais Il fait ce qu’Il voit faire au Père. De plus, en exerçant la fonction divine de donner la vie, le Fils, à l’égal du Père, « vivifie qui Il veut » (Jean 5:21), agissant selon Son propre droit, mais restant pourtant toujours en parfaite concordance avec la volonté du Père.

Ces déclarations (Jean 5:19) d’union et de communion avec le Père (qui caractérisent une Personne de la Déité), et de vivifier ceux qu’Il veut (Jean 5:21), sont associées à la déclaration que le Père aime tendrement (philei) le Fils, et Lui montre toutes les choses que Lui-même fait (Jean 5:20). Combien cette triple déclaration éclaircit pleinement la coopération du Père et du Fils : « Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille » (Jean 5:17). Comme l’amour est l’essence de l’Être divin, l’amour est aussi le mobile ou motif principal du travail divin conjoint du Père et du Fils.

L’amour étant essentiel à la Déité parce que « Dieu est amour », l’amour n’a ni commencement ni fin. Parce que Dieu est éternel (Deut. 33:27 ; Romains 16:26), l’amour est éternel. Avant qu’il y eût une créature à aimer, « Dieu est amour ». Mais cet amour dans l’éternité passée nécessitait un objet. Un amour inerte et dormant, qui n’est qu’une simple abstraction, n’a rien de commun avec l’amour de Dieu (1 Jean 3:17 ; 4:20-21). L’amour doit aimer, et aimer quelqu’un d’autre.

Avant la fondation du monde, où donc l’amour trouvait-il son objet nécessaire et digne ? Le Fils Lui-même incréé fournit la réponse : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). À l’intérieur du cercle de la Déité, l’amour imprégnait toujours tout. L’amour du Père reposait toujours sur le Fils qui, devenu chair, a témoigné de ce qu’Il avait vu, et a parlé de ce qu’Il connaissait (Jean :11) : « Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24). Toi, le Père, Tu M’aimais, Moi, Ton Fils, avant la fondation du monde : à la lumière de cette déclaration solennelle, qui oserait douter que Celui qui parle est le Fils Éternel ?

 

 

4                    Ch.4. Aimé, et dans la gloire de la relation de Fils avant la fondation du monde [Jean 17]

« Tu m’as aimé avant la fondation du monde » (Jean 17:24), voilà les paroles du Fils incarné qui nous sont rapportées, des paroles prononcées dans un entretien intime et solennel avec Son Père. Nous ne voulons pas chercher à être « sage outre mesure » (Ecc. 7:16) sur des sujets ayant trait à la Déité, et nous n’oserions pas nous ingérer dans des choses qui n’ont pas été révélées (Col. 2:18) ; mais une question s’est récemment imposée à nous en relation avec ce passage. Le Fils parlait-Il de l’amour qui reposait sur Lui en tant que Fils avant la fondation du monde, ou parlait-Il de l’amour qui reposait sur Lui alors, mais tout à fait indépendamment et antérieurement à Sa relation de Fils ? En bref, parlait-Il d’être aimé comme Fils avant la fondation du monde, ou d’être aimé comme une Personne anonyme, inconnue et dans la Déité absolue ?

C’est avec réticence que nos cœurs sont conduits malgré tout à cette investigation absconse parce que certains ont affirmé que le Fils n’était tel que « dans son humanité » et que donc, il ne pouvait pas avoir été aimé en tant que Fils par le Père avant la fondation du monde.

Nous croyons cependant que ce passage même de l’Écriture, et son contexte, fournissent une réponse concluante à la question pour tout esprit simple. Ils nous enseignent que le Seigneur se réclamait de l’amour du Père comme d’un amour qui était particulièrement et exclusivement Sien de toute éternité, alors qu’Il était, Lui, alors et toujours, le Fils Bien-aimé du Père. Car qui est Celui qui est représenté ici, épanchant Son cœur en intercession auprès du Père pour les Siens qui sont dans le monde ? « Tu M’as aimé ». Qui parle ? Est-ce quelqu’Un d’inconnu au Père en tant que Fils avant les jours de Sa chair ? Laissons ce passage donner lui-même la réponse.

 

4.1   Qui parle en Jean 17 ?

Examinant ce passage, nous voyons : (1) que l’évangéliste décrit Celui qui parle comme étant Jésus (v. 1) ; (2) que Celui qui parle se décrit Lui-même au Père comme étant « Ton Fils » et comme « Jésus Christ » (v. 1-4) ; et (3) que Celui qui parle (v. 5) déclare avoir eu de la gloire auprès du Père avant que le monde fût, et avoir été alors auprès du Père, non pas comme Son Serviteur, mais comme Son Fils.

Celui qui parle est donc le Fils Éternel, le Fils « de toute éternité », le Fils « avant que le monde fût », et maintenant Il cherche à être glorifié en tant que Fils incarné dans le ciel. Arrêtons-nous pour contempler un peu plus ces grandes vérités.

 

4.2   Jésus Christ le Fils de Dieu

1) Dans le récit historique de Jean, le Saint Esprit rapporte que Jésus parlait : « Jésus dit ces choses, et leva ses yeux au ciel, et dit… » (Jean 17:1). Le nom de Jésus, sans ajout de titre, est un aspect caractéristique du quatrième évangile beaucoup plus fréquent que dans les autres. On le trouve environ 250 fois dans l’évangile de Jean, et seulement 350 fois en tout pour Matthieu, Marc et Luc. Nous lisons ici : « Jésus dit » ; c’était l’Éternel Sauveur, selon la signification de Son nom ; c’était « Jésus Christ, le Fils de Dieu ». Qu’il est merveilleux d’être admis à entendre les paroles de Jésus adressées au Père !

 

4.3   Jésus Christ, le Fils du Père

2) dans la première partie de Son intercession, nous voyons que le Seigneur Jésus parle de Lui-même à la troisième personne, et Il parle au Père comme étant le Fils et comme étant Jésus Christ. « Père, l’heure est venue ; glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie… Et c’est ici la vie éternelle, qu’ils Te connaissent seul vrai Dieu, et Celui que Tu as envoyé, Jésus Christ » (17:1-3). Il se désigne comme « Ton Fils » et « Jésus Christ ».

Ce passage est des plus instructifs pour nous. Les paroles à la troisième personne nous communiquent d’une manière marquée et emphatique le caractère spécial sous lequel le Seigneur présente Son intercession. Il ne plaide pas comme Fils de David ni comme Fils de l’homme pour Israël ou les Gentils, mais comme Fils de Dieu pour ceux qui Lui ont été donnés à l’heure où Son peuple terrestre Le reniait.

Devant le Père, les yeux levés vers le ciel, sur le point de partir auprès du Père, le Seigneur Jésus prend, dans Son intercession, la place du Fils du Père (« Ton Fils »). Il n’intercède pas en tant que Fils de l’homme, ni en tant que Messie. Il ne s’adresse pas à l’Éternel, mais au Père. Ses supplications ne sont pas en faveur d’Israël pour qu’ils soient bénis nationalement, ni pour les choses créées afin qu’elles soient purifiées de la plaie du péché. La promesse et la prophétie de l’Ancien Testament qui traitent de ces sphères de réconciliation, et de la manifestation mondiale de la justice et de la gloire divines, sont mises en suspens à cause de Son rejet par le monde. Néanmoins, comme Fils du Père, Il a des droits et des privilèges Personnels qui ne sont pas affectés par cette incrédulité pécheresse de l’homme ; et en vertu de ces droits, Il intercède maintenant pour les Siens — pour ceux qui L’ont reçu, et qui ont cru en Son nom (Jean 1:10-13).

En conséquence, le Seigneur Jésus présente comme base de Son intercession Sa propre relation personnelle de Fils avec le Père, une relation antérieure à l’existence du monde, et donc indépendante des plans divins pour la régénération complète du monde, bien que, comme Fils, Il en sera, le moment venu, l’unique canal de bénédiction, toutes choses étant placées entre Ses mains.

La révélation prophétique de la justice administrative dans le monde doit encore attendre pour être accomplie, mais cet accomplissement reste certain ; or l’amour du Père n’est pas retenu dans son épanchement par l’endurcissement de l’homme, car il est donné à connaître par le Fils, qui est toujours demeuré dans cet amour, jamais plus ni moins que quand Il était dans Son humanité. De plus, cet amour a été donné à connaître par Lui à un cercle dont il n’est pas fait mention prophétiquement dans le cours de l’histoire du monde de l’Ancien Testament, mais ce cercle d’humbles croyants est maintenant mis en contact avec l’amour dont le Fils jouissait avant la fondation du monde.

Mais le Fils avait déjà révélé sur la terre le nom et l’amour du Père à ceux que le Père Lui avait donnés du monde. Le Fils prie pour ce groupe de croyants, les décrivant comme le don que le Père Lui a fait (Jean 17:2, 6, 9, 11, 12, 24 ; et aussi 18:9 ; 6:37, 39). Il demande au Père pour eux parce que, ayant glorifié le Père sur la terre, Il s’attend à être glorifié par Lui dans les cieux, tandis qu’ils seront encore dans le monde.

Mais dans Sa prière au Père, le Fils parle dans la pleine conscience de Sa propre égalité avec le Père, comme Celui qui peut statuer sur l’achèvement de Son œuvre, et qui peut estimer la gloire que cette œuvre présente aux yeux du Père. Quelle était cette œuvre ? « Qu’ils Te connaissent ». Et afin que les Siens puissent avoir cette connaissance du Père, le Fils leur a donné la vie éternelle (Jean 17:3).

Ce n’est donc pas comme Médiateur entre Dieu et les hommes, ni comme Serviteur de l’Éternel que le Seigneur Jésus parle, mais comme le Fils, dans la gloire essentielle de Sa propre Personne comme Fils du Père, qui a glorifié le Père sur la terre à l’égard de Sa manifestation de cet amour qui n’avait pas de commencement, car « Dieu est amour ».

Ayant donc, dans Son humanité, révélé cet amour sur la terre, Lui, le Fils incarné, cherche maintenant à être glorifié dans le ciel. Comme quelqu’un a dit : « Il était Fils avant le commencement du temps ; Il avait donc, bien sûr, la gloire avec le Père avant que le monde fût. Mais Il avait pris la place de serviteur en tant qu’homme sur la terre, et maintenant Il demande que le Père Le glorifie auprès de Lui-même de la gloire qu’Il avait auprès de Lui éternellement. Étant un homme pour l’éternité, Il voulait tout recevoir du Père, bien qu’étant Fils de toute éternité ; et une fois qu’Il serait glorifié, il voulait cela afin de glorifier le Père. Tel sont l’amour et le dévouement parfaits » au Père — l’amour et le dévouement uniques du Fils.

 

4.4   La glorification du Fils incarné

3) À partir du verset 4, la prière passe à la première personne, et à partir de là, le Seigneur parle de Lui en disant « Je » ou « Moi ». Au verset 1 il avait demandé « Glorifie Ton Fils » ; maintenant c’est « glorifie-Moi, Toi, Père, auprès de Toi-même, de la gloire que J’avais auprès de Toi avant que le monde fût » (Jean 17:5). Il y a, comme nous l’avons noté, une signification sous-jacente au changement de manière de s’exprimer dans ces deux versets, et cette signification sert à nous enseigner, mais ces deux phrases ont été prononcées par la même Personne. Elles montrent que Celui qui allait être glorifié voulait entrer dans la gloire qu’Il avait auprès du Père « avant que le monde fût », et que Celui qui parlait était le Fils Éternel dans Son humanité.

Avec la plus profonde révérence, considérons encore ces paroles pour en apprendre davantage sur leur véritable portée, tandis que nous notons leur liaison intime. D’abord, le Seigneur Jésus dit : « Glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie » (Jean 17:1). Dévoré par le zèle pour la maison du Père, le Fils qui avait glorifié le Père sur la terre, cherchait maintenant à être glorifié en haut pour pouvoir continuer, de là, à glorifier le Père.

S’étant présenté comme le Fils (17:1), Celui qui parlait, les yeux toujours fixés sur le ciel et les lèvres toujours pleines de grâce (17. 5), dit : « Glorifie-moi ». Il n’y a pas une syllabe suggérant un changement d’identité chez Celui qui prononce ces deux phrases étroitement reliées, la seconde remontant jusque dans l’éternité. Car Celui qui parle parlait au Père de manière précise et emphatique (« Toi, Père »), et Il Lui exprimait le désir d’être Lui-même glorifié « auprès [para] de Toi-même », à Ton propre côté ; et de plus, Il déclarait que cette gloire était exactement la même gloire que Celui qui parle avait « auprès [ para] de Toi-même », à Ton côté, « avant que le monde fût ».

Le langage de cette demande nous interdit de penser que cette gloire de Celui qui parle n’était pas éternelle, puisque la gloire n’en était pas une qu’Il commença d’avoir à un moment quelconque déterminé du passé, ni une gloire qu’Il aurait pour la première fois quand la prière serait accomplie, mais c’est la gloire qu’Il « avait » avant que le monde fût.

En considérant encore davantage cette gloire, nous apprenons que la gloire de Celui qui parle n’était pas celle qui provenait d’activités créatrices, puisqu’Il la possédait « avant que le monde fût ». C’est la gloire, extérieure et antérieure à la création, qui brillait dans une excellence infinie « avant que le monde fût ». C’est la gloire intrinsèque, ineffable que Celui qui parle avait quand, distinct personnellement du Père, Il était auprès du Père « avant que le monde fût ». C’est la gloire transcendante que le Père demeurant dans l’amour mutuellement suffisant de la Déité, voyait dans le Fils Éternel Incréé, qui était dans Son sein avant la fondation du monde.

« Avant que le monde fût ». Quelles perfections brillent dans chaque parole du Fils ! Le monde est l’arène où le péché a déshonoré Dieu, et où, à dessein, la gloire de Dieu sera finalement manifestée avec encore plus d’éclat qu’à la création. Mais la venue du Sauveur du monde fut accompagnée d’une telle éruption d’hostilité de la part de l’homme, que les plans divins pour la rédemption du monde de son esclavage du péché et de Satan furent ajournés.

Le Fils donc, « sachant toutes les choses qui devaient lui arriver » (Jean 18:4), se tourne vers ce qui était au commencement avant que le monde existât — les choses associées à Sa propre gloire auprès du Père, et à l’amour que le Père avait pour Lui. Comme Fils incarné, Il cherchait à entrer dans cette gloire à Son ascension, et à être manifesté en elle auprès du Père.

Mais tandis que le Fils, laissant les circonstances de Son humiliation, entrait dans cette gloire à Son ascension, il ressort clairement de la formulation de sa demande, que Celui qui parle « avait » cette même gloire au commencement. Car si le Père auquel Celui qui parle s’adresse était Père avant que le monde fût, alors Celui qui parle, qui était avec Lui avant que le monde fût, était Son Fils avant que le monde fût.

Certains admettent que « la Personne était là » au commencement, mais ils soutiennent que c’est aller au-delà de l’Écriture que de « Lui donner un nom ou une désignation personnelle ». Mais ici l’Écriture elle-même, c’est-à-dire le Saint Esprit, Lui donne le nom de Fils. Celui qui parle, ou la Personne qui parle, révèle au verset 5 qu’Il était avec le Père avant que le monde fût ; et la même Personne au verset 1 se décrit au Père comme « Ton Fils », c’est-à-dire le Fils du Père, tandis que dans les deux versets Celui qui parle s’adresse directement au « Père » par Son nom.

Ce passage de l’Écriture nous présente donc, pour que cela devienne un élément de notre adoration, une continuité merveilleusement ininterrompue dans la Personne toujours-bénie du Fils. Avant la fondation du monde, le Fils est au côté du Père dans Sa propre gloire caractéristique de Sa Personne, bien-aimé du Père comme tel. Dans l’incarnation du Fils, l’union des deux natures de Dieu et de l’homme est si absolue que la Personnalité du Fils demeure intacte, et Lui dans Son humanité est comme toujours « sur toutes choses Dieu béni éternellement » (Romains 9:5). Puis à Son ascension, le Fils incarné assume Sa propre gloire d’avant l’incarnation, mais la Personne est la même. Le Fils est le « JE SUIS » inchangeable et absolu, au commencement, maintenant et à toujours ; et nous tombons sur nos faces en adoration devant Celui qui est le Fils Éternel.

 

4.5   La gloire du Fils avant que le monde fût

Quand le Fils parle de Sa gloire éternelle auprès du Père, Sa dignité et Sa valeur personnelles ne sont pas diminuées à nos yeux, mais rehaussées au-delà de toute mesure. Nous adorons avec bonheur le Fils comme nous adorons le Père, sachant que le Fils incarné est maintenant glorifié auprès du Père de la gloire qu’Il avait dans Son Être personnel de toute éternité.

Le Seigneur ne demandait pas d’être revêtu à nouveau de cette gloire comme s’Il avait laissé la gloire de la Déité quant à la forme et à la position extérieures. Pouvait-il y avoir Déité sans la gloire de la Déité ? Et il n’est pas correct de parler de forme et de position extérieures de la Déité, sauf en se référant seulement à ce qui apparaissait aux yeux des hommes. La gloire peut être présente, mais invisible aux yeux des hommes. La gloire de l’Éternel passa devant Moïse, caché dans la fente du rocher et couvert par la main divine. L’Éternel dans Sa gloire était là, mais Moïse ne Le vit que « par derrière » (Exode 33:23). La gloire de la Déité peut être voilée ou cachée entièrement ou partiellement aux hommes, mais elle n’est jamais effacée au point de nécessiter un renouvellement ou une restauration. Comme l’Être essentiel de la Déité ne peut être changé, ainsi en est-il de Sa gloire Essentielle.

L’Écriture est silencieuse quant à une éventuelle abdication, par le Fils, de la gloire particulière et propre à Sa Personne. En effet, le fait même qu’Il était le Fils Éternel dans Son humanité imprimait à Son service sa qualité unique. Son obéissance jusqu’à la mort, et à la mort de la croix, fut magnifiée au-delà de toute comparaison ou estimation parce qu’Il était « en forme de Dieu », conservant la pleine gloire de Sa condition de Fils.

Les paroles mêmes que nous considérons fournissent une illustration vivante de cet esprit d’obéissance : « Maintenant glorifie-moi, toi, Père ». Lui qui s’est humilié, attend qu’il plaise au Père de L’exalter. Le Fils, devenu un serviteur qui a glorifié le Père sur la terre, s’abstient pourtant de Se glorifier dans le ciel. Bien que possédant tous les droits personnels à la gloire qu’Il avait auprès du Père avant que le monde fût, Il se soumet, selon la perfection du Fils incarné, au bon plaisir du Père pour Sa glorification en haut.

Il y a donc une gloire morale exquise dans la demande elle-même. Jamais une telle supplique n’aurait pu monter au Père d’autres lèvres que les Siennes. Comme Fils, il demande que, comme Homme, Il soit glorifié dans le ciel de la gloire personnelle qui était la Sienne de toute éternité. De plus, Il fonde cette requête, non pas sur Sa gloire personnelle et Sa relation éternelle comme Fils, mais sur le fait qu’Il ait glorifié le Père sur la terre, et qu’Il ait achevé l’œuvre qu’Il Lui avait donnée à faire ; or là dessus, IL est Lui-même compétent pour exprimer un jugement vrai devant le Père : « Je T’ai glorifié… J’ai achevé l’œuvre ».

Un tel langage serait extravagant pour quiconque ne serait pas dans la gloire de la relation de Fils avant que le monde fût. Or c’est effectivement avant que le monde fût que le Fils était auprès du Père, manifestant en Lui-même la pleine excellence de cette gloire qui Lui était particulière comme Fils, et que le Fils dans cette gloire faisait les délices ineffables du Père. Combien cela inspire les cœurs de ceux qui sont nés de Dieu de savoir que l’amour éternel dans le sein du Père trouvait une réponse parfaite dans le cœur du Fils Éternel ! Quelle gloire les yeux du Père voyaient dans le Fils tout au long de l’éternité passée quand Dieu était tout ! Quel profond contentement remplissait le cœur du Père quand Il contemplait la gloire du Fils avant que le monde fût ! — et tout autant quand Il voyait ce Fils dans Son humanité, Son Fils unique en qui Il trouvait Son plaisir !

Qu’il est doux d’avoir cet aperçu du passé inscrutable par Celui qui, sur la terre, était seul à le connaître ! Car nous savons maintenant qu’avant tous les siècles et toutes les générations, l’amour du Père reposait dans une tranquillité ininterrompue de délices sur le Fils qui était auprès de Lui dans Sa gloire personnelle. Cet amour personnel et cette gloire personnelle, le Fils les possédait et en jouissait de toute éternité avant que les mondes fussent. Maintenant, ayant glorifié le Père sur la terre en tant que Fils obéissant dans Son humanité, Il désire être glorifié de cette gloire qui était toujours la Sienne comme le Fils Éternel du Père.

 

 

5                    Appendice A : Les trois Personnes de la Déité

W. Kelly sur Lév. 16:5-10

 

Aucun chrétien ne nie qu’il y ait unité dans la Déité, tandis qu’il croit pleinement qu’il y a trois Personnes dans la Déité, le Père, le Fils et le Saint Esprit (Matt. 28:19).

Or cette vérité ne doit absolument pas être affaiblie. Celui qui n’admet rien de plus dans le Déité que trois aspects d’une seule Personne n’est pas un chrétien, mais un séducteur et un antichrist. Il ne confesse pas le vrai Dieu pleinement révélé, mais simplement la Déité sous trois caractères ; les trois personnes sont tellement distinctes, que le Père pouvait envoyer le Fils (Jean 5:37 ; 1 Jean 4:14), et le Saint Esprit descendre sur ce Fils en présence du Père (Matt. 3:16, 17), et dans le Fils conscient de l’être, tout ceci ayant même lieu visiblement devant l’homme.

 

5.1   La Trinité

C’est là un fait immense rapporté très tôt dans les évangiles, un témoignage clair à « la Trinité ». Peut-on avoir de la sympathie pour ceux qui, négligeant un pareil fait, achoppent contre le terme même de Trinité ? Pourquoi être si servile vis-à-vis de la lettre, et si soucieux de se débarrasser d’un mot parce qu’il n’est pas dans la Bible ? La chose elle-même y est, ouvertement dans le Nouveau Testament, imprégnant toute la Bible du premier au dernier chapitre, quoique de manière plus voilée dans l’Ancien Testament comme d’habitude. On ne peut pas lire intelligemment le premier chapitre de la Genèse sans y voir plus d’une personne dans la Déité, ce dont même le premier verset de ce premier chapitre en prépare positivement la divulgation, quoique graduellement, même si on ne s’en rend compte qu’après qu’en soit intervenue la révélation.

 

5.2   Le nom au pluriel et le verbe au singulier

Demandez-vous comment cela se fait-il ? « Au commencement Dieu créa » (Gen. 1:1). Il n’est peut-être pas connu de tous — mais pourtant c’est vrai — que le terme hébreu original pour « Dieu » est au pluriel, ce qui oriente naturellement vers l’existence de plus d’une personne ; pourtant le mot « créa » est au singulier, une forme utilisée quand on parle du Dieu vivant, mais non pas des dieux païens. Avec les dieux des nations, le verbe qui suit est au pluriel. Avec le vrai Dieu, le verbe est souvent au singulier, malgré le sujet au pluriel. Des cas comme Gen. 20:13 où le verbe est aussi au pluriel prouvent que le mot « Dieu » (= Elohim) était connu pour être un vrai pluriel.

 

5.3   Un Dieu, Trois Personnes

Quoi de mieux pour préparer à la révélation de l’unité de nature et de la pluralité des personnes ? Je suis d’accord que l’Ancien Testament ne suffirait pas à faire voir les trois personnes comme elles sont révélées plus tard ; même le croyant doit attendre le Nouveau Testament pour avoir une pleine lumière et une pleine vérité sur ce sujet. Mais quand cette lumière et cette vérité sont venues en Christ et par l’Esprit, l’harmonie particulière (grammaticale) des passages où on trouve le nom de Dieu autrefois ne peut que frapper celui qui tient compte de chaque mot de l’Écriture Sainte.

 

5.4   Chaque mot est inspiré

Ceux qui ont des vues relâchées sur l’inspiration peuvent évidemment contester la force de n’importe quel mot, parce que leurs vues sont incrédules et pernicieuses ; en effet, de telles vues ne peuvent qu’affaiblir et saper l’inspiration comme Dieu l’a révélée et comme le Saint Esprit raisonne à son propos. Il n’y a pas d’erreur plus contaminante que de limiter l’inspiration aux pensées de Dieu en général, en la niant pour Ses mots écrits.

 

 

6                    Ch.5. Le Fils unique de Dieu

C’est le Fils unique de Dieu qui révéla dans le monde l’amour de Dieu. Cette révélation fut une présentation personnelle, et non pas une communication qui Lui aurait été donnée pour la transmettre. Aucune créature n’était qualifiée pour se charger de cette révélation. Un ange aurait pu communiquer à l’homme un message de ce qui était dû par l’homme à Dieu, mais la plus haute intelligence céleste ne pouvait ni manifester ni communiquer ce qui était dans le cœur du Dieu d’amour envers l’homme. Puisque « Dieu est amour », seule l’omniscience peut connaître pleinement cet amour infini, et seule la toute-puissance peut le déclarer correctement. Le Fils de Dieu dans l’essence de Son Être possède pleinement ces attributs qui comprennent tout, et aucune créature ne pourrait les posséder. De plus cette connaissance et cette qualification à être le Révélateur de l’amour divin s’expriment simplement dans l’Écriture par la désignation du Fils de Son amour : « le Fils unique de Dieu ».

 

6.1   Le Don du Fils Unique de Dieu

Le terme « unique » (monogenees) est appliqué cinq fois au Fils de Dieu dans le Nouveau Testament, et seulement dans les écrits de Jean (Jean 1:14, 18 ; 3:16, 18 ; 1 Jean 4:9). Dans la plupart de ces passages, l’association particulière de cette expression avec la manifestation de l’amour de Dieu détermine son sens. Le Fils unique de Dieu est le seul à avoir la qualification spéciale pour être le Révélateur de l’amour éternel de Dieu ; en conséquence, Il est présenté comme tel dans le récit que fait le Saint Esprit de cette révélation.

Ainsi, après que le Seigneur eut instruit Nicodème des choses terrestres du royaume de Dieu, Il passa aux thèmes célestes, et c’est alors qu’Il se présenta comme le Fils Unique de Dieu (Jean 3:16, 18). Comme « Fils de l’homme qui est dans le ciel », Lui, l’Omniprésent, parlait de l’amour de Dieu pour le monde dont Il avait été éternellement conscient dans la demeure de Dieu. Y avait-il un thème céleste mieux approprié que celui de l’amour de Dieu ? Y avait-il un don céleste au monde plus transcendant que celui du Fils unique ? Et Il déploie ceux-ci, le don et le motif, et les enrobe dans la précieuse combinaison de termes : « Fils » et « amour ».

Le Seigneur annonçait cet amour de Dieu en des termes heureusement familiers : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné Son Fils unique ». Il y a de nombreuses merveilles dans cette déclaration profonde. Il est merveilleux à nos yeux que Dieu ait aimé, et il est merveilleux également qu’Il ait aimé le monde tel qu’il est, tombé dans le péché et dominé par Satan. Et ces merveilles font partie des « choses célestes » présentées à notre foi dans cette phrase.

De plus, l’intensité de cet amour est aussi déclarée : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné Son Fils unique ». La mesure de l’amour de Dieu à l’égard du monde se voit dans le don de Celui qui était particulièrement et exclusivement l’objet de Son affection, Son Fils Unique. Le sujet prodigieux d’étonnement pour notre foi est qu’une seule Personne était auprès du Père dans Sa relation unique de Fils, et que Dieu a donné cette seule Personne ! C’est certainement ce qu’enseigne ce texte, non pas que le don de Dieu était Quelqu’un qui devint Son Fils unique dans l’humanité, c’est-à-dire dans le processus du don et au moment du don. Si l’état de Fils commençait lors de l’incarnation, pourquoi ne lisons-nous pas que Dieu a donné le Fils de l’homme ? Mais non ! C’est le Fils unique de Dieu qui a été donné.

Nous citons ce qu’un autre (W.K.) a écrit sur ce passage : « Quelle vérité infinie est cette affirmation : « Le Fils de l’homme qui est dans le ciel » (Jean 3:13). Il était impossible de le dire s’Il n’avait pas été Dieu, le Fils du Père ; pourtant, ce qui est de la plus grande importance, c’est que c’est de Lui comme homme, le Messie rejeté, qu’il est dit « le Fils de l’homme qui est dans le ciel ». L’incarnation n’était pas une simple émanation de la divinité, ni une Personne autrefois divine qui a cessé de l’être en devenant homme (en soi une absurdité impossible), mais c’était Celui qui, pour glorifier le Père et accomplir le propos de grâce pour la gloire de Dieu, a pris l’humanité en union avec la Déité dans sa Personne. C’est pourquoi Il pouvait dire de Lui (c’est de Lui seul que cela pouvait être dit) : « Le Fils de l’homme qui est dans le ciel », même s’Il est le Fils unique qui est (non pas simplement qui était) dans le sein du Père. C’est Lui qui répond au défi d’Agur, et même au-delà, lorsqu’Agur parlait prophétiquement (Prov. 30:4) à Ithiel et Ucal : « Qui est monté dans les cieux, et qui en est descendu ? Qui a rassemblé le vent dans le creux de ses mains ? Qui a serré les eaux dans un manteau ? Qui a établi toutes les bornes de la terre ? Quel est son nom, et quel est le nom de son fils, si tu le sais ? » C’est Dieu, et non pas l’homme, qui peut soutenir ce défi ; mais c’est Dieu devenu homme, oui, le Fils de l’homme. Combien Il était approprié, et à la fois qualifié, pour manifester toutes choses, les choses célestes, terrestres, humaines et divines ! Il est bien en effet la vérité ».

Rappelons-nous qui est Celui qui a prononcé ces paroles : « … Celui qui est descendu du ciel, le fils de l’homme qui est dans le ciel » (Jean 3:13). Il parle en témoin qualifié d’une relation céleste, de Lui-même, le Fils unique de Dieu. « Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous… et de ce qu’il a vu et entendu, de cela il rend témoignage » (Jean 3:31-32). Le Fils témoignait sur la terre de ce qui était vrai dans le ciel, et donc, la relation de Fils dans la Déité était effective avant l’incarnation et avant qu’Il ne descende du ciel comme le Fils donné. C’est le témoignage même du Fils concernant Lui-même en tant que don du Père.

Ensuite, qui Dieu n’a-t-Il pas épargné (Rom. 8:32), mais L’a livré pour nous tous ? Le Saint Esprit répond : « Son propre Fils ». Dieu n’a pas refusé ce don inexprimable, mais Il a donné Son propre Fils dans la spontanéité de Son amour. Penser à Lui autrement que comme le Fils éternel, c’est amoindrir la gloire personnelle du don incomparable de Dieu. Quand le Fils de l’homme est monté au ciel, Il entra là où Il avait été auparavant, selon Sa question posée à Ses disciples incrédules : « Si donc vous voyez le fils de l’homme monter où il était auparavant... ? » (Jean 6:62). Il revendiquait pour Lui l’omniprésence de l’Éternel qui est « Dieu dans les cieux en haut, et sur la terre en bas : il n’y en a point d’autre » (Deut. 4:39), car, comme Fils, il était simultanément à la fois dans les cieux et sur la terre (Jean 3:13) (voir Appendice B).

 

6.2   Sa relation de Fils avant de devenir le don de Dieu au monde

Dieu a donné Son Fils, non pas un serviteur. On ne peut percevoir la force et la portée exacte de ce grand texte qu’en notant que Dieu a donné au monde Celui qui était Son Fils unique. Considérer que cela signifie que Dieu a donné Celui qui, dans l’humanité, voulait entrer dans la relation entièrement nouvelle de Fils unique, c’est rabaisser la sublime déclaration du Seigneur au niveau de l’emploi fait par Dieu de divers serviteurs dans Ses relations gouvernementales avec Israël et avec le monde.

Nous lisons, par exemple, que Dieu a donné au peuple d’Israël des juges (Actes 13:20), c’est-à-dire des hommes qui devinrent des chefs et des conducteurs du peuple. Mais il n’y avait rien chez Gédéon, Samson, ou n’importe quel autre pour magnifier l’amour de Dieu. Ces serviteurs ne possédaient en eux-mêmes que peu de valeur morale. Ils n’ont pas magnifié leur fonction par leur excellence personnelle ; c’était plutôt leur fonction qui les rendait grands. Dieu a donné ces serviteurs pour accomplir des tâches précises ; non seulement ils Lui étaient subordonnés dans leur fonction, mais ils Lui étaient inférieurs en nature.

Mais le don de Jean 3:16 est d’un ordre tout à fait différent. Rien n’est dit dans ce verset sur la tâche confiée au Fils. La valeur du don se mesure par la personnalité unique de Celui qui a été donné, le Fils unique de Dieu. À titre d’illustration, considérons un exemple de l’Ancien Testament. Qu’est-ce qui a tellement rehaussé la valeur de l’acte par lequel Abraham s’abandonna à Dieu ? C’est le fait que le patriarche a offert son fils unique (Héb. 11:17). Isaac était son fils avant qu’ils ne montent ensemble sur le mont Morija, et avant d’être placé sur l’autel. Aux yeux de l’Éternel, la valeur éthique de l’acte de foi d’Abraham se mesurait par celui qu’il donnait à la demande de l’Éternel — non pas Ismaël, mais son fils Isaac, son fils unique, celui qu’il aimait, et sur lequel étaient centrées les promesses que l’Éternel lui avait faites. Abraham abandonna le trésor de son cœur, et Dieu apprécia son obéissance de foi en utilisant des expressions se rapportant à son affection pour Isaac (Gen. 22:12, 16).

De la même manière, le don de Dieu se mesure à la Personne donnée. Le degré de l’amour de Dieu — le « tant » — n’est proportionnel qu’à la valeur de Son Fils unique. Il était le Fils unique  avant d’être donné, et avant d’être envoyé dans le monde. La relation de Fils est inséparable de Sa Personne, et ne décrit pas une relation officielle ou médiatoriale qu’Il assumerait ou qui Lui aurait été conférée en vue d’un service. Dieu a donné Son Fils, non pas un serviteur ; cependant, béni soit Son saint nom, bien qu’il fût Fils, Il devint Serviteur pour servir à la fois Dieu et l’homme.

 

6.3   Croyant en Son nom

Au verset 16 de Jean 3, il est question de « croire en Lui », et au verset 18 de « croire au nom ». « Celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu ». Il est remarquable ici que le mot utilisé soit le « nom » et non pas le « titre ».

Un nom indique l’identité de la personne, c’est le terme qui distingue cette personne des autres. Un titre est un terme désignant une fonction ou un service, et le même titre peut s’appliquer à un certain nombre de personnes différentes. « Roi » est un titre qui dénote une dignité royale et qui a appartenu à David, à Salomon, à Josias, à Nébucadnetsar, et à tous ceux qui ont occupé cette fonction. David, par contre, était le nom du fils oint de Isaï / Jesse. Nombreux ont été les rois en Israël, mais un seul fut appelé David.

Le nom donc est personnel à celui qui le porte, et quand il était donné par Dieu, il convenait parfaitement : ainsi, le Seigneur dit à l’un des apôtres : « Tu es Pierre ». Le nom exprime ce qu’e