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LES SOIRS DES ÉVANGILES

 

 

Benjamin Rossel

ME 1974 p. 34

 

Table des matières :

1     1° circonstance : la maladie

2     2° circonstance : la première tempête

3     3° circonstance : la foule affamée

4     4° circonstance : la seconde tempête

5     5° circonstance : la sortie de Jérusalem

6     6° circonstance : la trahison de Judas

7     7° circonstance : la mise au tombeau

8     8° circonstance : la marche vers Émmaüs dans la tristesse

9     9° circonstance : la première réunion, après la résurrection, dans la crainte.

 

 

«Au temps du soir il y aura de la lumière», écrit le prophète (Zacharie 14:7). Cette parole se réalisera pleinement lorsque Christ régnera en Sion, mais déjà dans les Évangiles elle trouve une application répétée. Si la nuit étend son voile d’obscurité, une lumière brille, émanant de la personne adorable de Jésus. Ténèbres et lumière, soir et matin, de même que d’autres éléments physiques de la création, revêtent, dans la Parole, une signification spirituelle, liée intimement au sens premier, littéral.

En étudiant les divers soirs des Évangiles, on distingue chaque fois trois éléments :

a)     le soir lui-même amenant l’obscurité,

b)     une circonstance affligeante qui lui est rattachée,

c)     enfin la radieuse présence de Jésus qui permet aux siens de recevoir les consolations dont son coeur est rempli.

 

Examinons les circonstances, au nombre de neuf, qui se produisent le soir, et prenons garde chaque fois à la manière dont les auteurs inspirés situent leur récit dans le temps.

 

1                    1° circonstance : la maladie

 

Matthieu 8:16           Et le soir étant venu...

Marc 1:32                 Et, le soir étant venu, comme le soleil se couchait...

Luc 4: 40                  Et comme le soleil se couchait...

 

C’est en Galilée que descend le premier soir mentionné dans les Évangiles. Les Juifs méprisaient cette région et ses habitants, selon Jean 7:52, entre autres. Les pharisiens en effet répondent à Nicodème, qui voulait qu’on ne jugeât pas Jésus «avant de l’avoir entendu et d’avoir connu ce qu’il fait... : Et toi, es-tu aussi de Galilée ? Enquiers-toi, et vois qu’un prophète n’est pas suscité de Galilée». Nazareth, Cana (lieu du premier miracle accompli par le Seigneur), Capernaüm, d’autres villes et villages de cette région de la Palestine ont reçu la visite bienfaisante du Sauveur, toujours attentif aux pauvres du troupeau. L’Homme humble soulage les misères des faibles, des malades, des démoniaques : «tous ceux qui se portaient mal», dit l’Écriture. Sa présence à Capernaüm, au début de son ministère, à l’heure où la clarté du jour s’efface, est significative. L’obscurité, le mépris, la maladie, voilà les éléments au coeur desquels Jésus se place d’emblée pour y faire rayonner la lumière, l’amour, la guérison. Ce soir de Capernaüm, soir de la maladie physique ou morale, est bien propre à encourager les malades. Quand les jours succèdent aux jours, que l’inactivité forcée se prolonge, que la souffrance produit l’ardent désir d’un soulagement, la vision de Jésus, seule personne capable d’une sympathie totale, à Capernaüm, à l’heure du soir, n’apporterait-elle pas quelque réconfort, réconfort que des amis, si dévoués soient-ils, ne sauraient dispenser de la même manière ?

Dans notre passage, Jésus guérit ; à Béthanie (Jean 11), il permet que le mal dont son ami Lazare était atteint provoque la mort. Dans les deux circonstances, le coeur de Jésus est le même pour les siens. Ce qu’il a fait dans les jours de son ministère, il le fait aujourd’hui encore.

 

2                    2° circonstance : la première tempête

 

Marc 4:35                 Et en ce jour-là, le soir étant venu... (même circonstance en Matt. 8:18 et 23-27 ; en Luc 8:22-25)

 

En général, le soir amène le moment du repos. Le Seigneur, parfaitement homme, éprouve le besoin de dormir ; son activité inlassable rendait nécessaire ce bref répit. Qu’importaient pour lui le grand tourbillon de vent et les vagues furieuses, puisqu’il était le créateur de toutes choses ?

En revanche, qu’en est-il des disciples auxquels nous ressemblons tellement ? Bien que Jésus soit avec eux dans la nacelle, qu’il leur ait dit «Passons à l’autre rive» (et comment ne parviendraient-ils pas à l’endroit indiqué s’il le leur a formellement déclaré ? ), ils mettent en doute et sa sollicitude et sa puissance. C’est le soir de la tempête assurément, mais aussi celui de l’incrédulité.

On a souvent fait une application pratique de cet épisode : la traversée de la mer représente le voyage de la vie avec tout ce qu’il comporte : obscurité, vent et vagues ; le terme de cette traversée, l’autre rive, sera sûrement atteint, car nous ne sommes pas seuls : Jésus, en dépit de nos craintes et de nos doutes, est avec nous dans la nacelle, veillant sur nous, même si parfois nous lui disons, à cause de notre manque de foi : «Maître, ne te mets-tu pas en peine que nous périssions ?»

 

3                    3° circonstance : la foule affamée

 

Matthieu 14:15         Et le soir étant venu...

Marc 6:35                 Et comme l’heure était déjà fort avancée...

Luc 9:12                   Et le jour commença à baisser...

 

Ne nous est-il pas arrivé, au moment où il aurait fallu apporter une nourriture adaptée aux besoins des âmes, d’éprouver notre incapacité d’une manière aiguë et de songer à la parole du Seigneur : «Vous, donnez-leur à manger» ? Peut-être même, alors que le Seigneur est ému de compassion à la vue des misères humaines, avons-nous ressenti l’aridité d’un lieu désert, qui, d’une certaine manière, a reflété l’état de nos coeurs ? C’est bien le soir de notre insuffisance à tous égards, mais la présence de Jésus transforme tout. Non seulement il regarde vers le ciel, ne prêtant nulle attention à l’endroit sans ressources, et bénit, mais encore il rompt les pains, les donne aux disciples et les disciples aux foules. Il veut que ce soient les siens, pleinement dépendants de lui seul, qui rassasient les affamés. Il daigne associer étroitement ses disciples à son travail d’amour. Encore est-il nécessaire que ceux-ci se tiennent tout près de lui pour recourir à sa puissance. En effet, il peut en tout temps accomplir la parole du Psaume (132:15) : «Je bénirai abondamment les vivres de Sion, je rassasierai de pain ses pauvres».

 

4                    4° circonstance : la seconde tempête

 

Matt. 14:23-25         … et le soir étant venu... Et à la quatrième veille de la nuit...

Marc 6:47-48           Et le soir étant venu... …vers la quatrième veille de la nuit...

Jean 6:16                  Et quand le soir fut venu...

 

Matthieu, Marc et Jean marquent une liaison très forte entre les deux soirs, celui de la multiplication des pains et celui de la tempête. Les disciples ont été les témoins de la puissance du Seigneur rassasiant les foules, et pourtant, quand les vagues sont déchaînées, ils ne le reconnaissent pas. Les difficultés de la vie, les combats parfois épuisants peuvent nous faire oublier, même si nous avons reçu des marques insignes de Sa bonté, que Jésus dirige tout, qu’il est le maître de chacune de nos circonstances. C’est seulement après la délivrance que les disciples reconnaissent le Seigneur. Il est possible de donner à ce fait une double signification. D’une part, nombre de croyants ont discerné la main du Seigneur non pas au cours de l’épreuve elle-même, mais plus tard. La souffrance a constitué un voile d’abord, une expérience bénie dans la suite. D’autre part, quand nous serons parvenus dans la maison du Père (le lieu où nous allons, pour reprendre l’expression de Jean 6:21), nous verrons, dans une lumière complète, comment le Seigneur a dirigé tous les détails de nos vies, si mystérieux qu’ils nous aient paru.

Entre les deux récits de la multiplication des pains et de la tempête, Jésus prend une position bénie pour les siens. «Et le soir étant venu, il était là, seul», sur la montagne, lieu de la proximité de Dieu. Remplissant son office sacerdotal, il prie pour ceux qui luttent contre les flots. Que nous en ayons conscience ou non, lorsque la route du chrétien devient obscure, le Seigneur, maintenant dans le ciel, prie pour lui d’une manière parfaite en relation avec les besoins de son racheté.

En outre, il fixe lui-même la durée de l’épreuve, Matthieu et Marc parlent de la quatrième veille — entre trois et six heures du matin — Jean de vingt-cinq ou trente stades, soit environ cinq kilomètres.

Nous terminerons ces quelques réflexions sur le soir de la tempête par les versets 29 et 30 du Psaume 107 : «Il arrête la tempête, la changeant en calme, et les flots se taisent. Et ils se réjouissent de ce que les eaux sont apaisées, et il les conduit au port qu’ils désiraient».

 

5                    5° circonstance : la sortie de Jérusalem

 

Marc 11:11               ... comme le soir était déjà venu...  (voir aussi v. 19)

 

Les soirs qui ont précédé la mort du Sauveur sont émouvants à considérer. Il s’agit sans doute du parfait ouvrier qui a terminé sa journée de travail. Job s’exprime en ces termes au sujet de l’homme : «...comme un mercenaire, il achève sa journée» (Job 14:6). Mais le soir de Marc 11:11 n’est pas seulement le soir du ministère béni du Seigneur. C’est aussi l’obscurité morale s’étendant sur le peuple qui a rejeté son Messie. «C’est ici votre heure, et le pouvoir des ténèbres» (Luc 22:53). Mais si la nuit envahit Jérusalem et ses habitants, quelle lumière brille à Béthanie où le Fils de Dieu est reçu ! C’est au cours de l’un de ces derniers soirs que Marie a répandu le nard pur sur les pieds de Jésus.

Le verset 11 de Marc 11 a quelque chose de saisissant : le Seigneur entrant dans Jérusalem et dans le temple ; puis promenant ses regards de tous côtés sur tout : rien qui répondît à son amour et à sa sainteté... Le soir de sa réjection est venu, il sort, et Béthanie apparaît pour le Sauveur lassé comme un havre de paix, une étape bienfaisante.

 

6                    6° circonstance : la trahison de Judas

 

Matthieu 26:20         Et le soir étant venu... (de même Marc 14:17)

 

C’est le dernier soir de la vie du Sauveur. La chambre a été préparée pour que la Pâque pût être célébrée. «Il se mit à table avec les douze» (Matt. 26:20). Une communion bien douce entre le maître et ses disciples est exprimée et pourtant, dès le début du repas, Jésus évoque la trahison de Judas. Au moment où le soir tombe, la tristesse envahit les coeurs, le Seigneur est troublé dans son esprit. La longue histoire des relations entre lui-même et son disciple insensible à son amour va connaître son dénouement. Judas reçoit le morceau, sort aussitôt. «Or il était nuit» (Jean 13:30). Ces quatre mots sont si expressifs qu’il n’est nul besoin de dépeindre d’une autre manière la puissance des ténèbres morales sur une âme.

Après le départ du traître, Jésus peut épancher les sentiments de son coeur et instituer la Cène. Quelle douceur dans cet entretien et dans ce repas d’amour en dépit de l’obscurité au-dehors !

 

7                    7° circonstance : la mise au tombeau

 

Matthieu 27:57         Et le soir étant venu...

Marc 15:42               Et le soir étant déjà venu...

Luc 23:54                 Et c’était le jour de la préparation et le crépuscule du sabbat.

 

Le Seigneur a été crucifié un vendredi, jour que les Juifs appelaient la Préparation. Il finissait au coucher du soleil, soit la veille du sabbat. Dès cet instant en effet, c’est déjà le début du sabbat. D’où l’expression de Luc «le crépuscule du sabbat», qui, traduite littéralement, donne : «le sabbat commençait à luire», allusion peut-être à l’étoile du soir ou aux lampes qu’on allumait pour célébrer cette solennité. Si Matthieu et Marc font mention d’un soir qui est venu, au moment où le corps de Jésus est descendu de la croix, puis déposé dans le sépulcre neuf, Luc ne parle que de lumière lorsqu’il situe cet événement dans le temps. La mort du Seigneur, défaite apparente, est en réalité l’éclatante victoire de la lumière sur les ténèbres. Non seulement la sainte victime ne connaîtrait pas la corruption, mais, le premier jour de la semaine, elle ressusciterait dans tout l’éclat de sa gloire.

Dans le soir qui tombe, le petit groupe qui transporte le corps du Sauveur dans le tombeau ignore encore la lumière qui se dégage d’un tel ensevelissement : les conséquences immenses et bénies de la mort du Seigneur.

La loi interdisait qu’on laissât un condamné sur la croix pendant la nuit (Deut. 21:22-23). Il fallait que le Fils connût, dans les conditions fixées par Dieu lui-même, les honneurs de la sépulture. Rappelons que les titres de Joseph d’Arimathée correspondent aux caractères mêmes de chaque évangile : le roi d’Israël est enseveli par un homme riche (Mat. 27:57) ; le parfait serviteur, par un conseiller honorable (Marc 15:43) ; l’homme sans péché, par un homme de bien et juste (Luc 23:50) ; le Fils éternel de Dieu, par un disciple de Jésus (Jean 19:38).

Pour les chrétiens en deuil, le soir de la mort ne peut être que transitoire. Le corps du croyant en effet, comme celui du Seigneur, présente une différence fondamentale d’avec celui de l’incrédule. Il est l’habitation du Saint Esprit et, à cause de ce fait même, «celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts vivifiera vos corps mortels aussi à cause de son Esprit qui habite en vous» (Rom. 8:11).

 

8                    8° circonstance : la marche vers Émmaüs dans la tristesse

 

Luc 24:29           …le soir approche et le jour a baissé...

 

Luc emploie deux expressions (nous avons déjà rencontré la seconde en Luc 9:12) pour insister sur l’idée du jour qui finit : le soir approche, le jour a baissé. C’est le soir des espoirs déçus, de la tristesse. Quelle question pleine de tendresse est posée à ces deux disciples : «Vous êtes tristes ?» (24:17). Comme le Seigneur connaît l’état des coeurs sans qu’aucune explication ne lui soit donnée ! Il ne laisse pas les siens dans l’obscurité du soir seuls sur la route. «Il se mit à marcher avec eux» (v. 15). Il ne les laisse pas davantage dans l’ignorance et l’isolement lorsqu’ils sont de retour chez eux. «Il entra pour rester avec eux» (v. 30). Et si l’heure du soir nous suggère non seulement la tristesse des disciples, mais encore leur difficulté à discerner la portée des événements qui se sont déroulés à Jérusalem, leurs yeux retenus (v. 16) sont ouverts (v. 31), et leur incompréhension des Écritures relatives au Messie (v. 21) est changée en une claire intelligence de la pensée de Dieu (v. 32). L’obscurité de la nuit une fois encore est remplacée par la lumière que répand le divin compagnon de route.

Marcher avec Jésus, s’entretenir avec lui, demeurer et manger avec lui (la pensée du soir qui descend est liée ici, comme lors de la Pâque, à celle d’un repas exprimant la communion) est la part heureuse du racheté.

 

La vie est-elle sombre

Quelquefois à mes yeux ?

Tu dissipes toute ombre,

Ô Sauveur glorieux !

 

9                    9° circonstance : la première réunion, après la résurrection, dans la crainte.

 

Jean 20:19                Le soir donc étant venu, ce jour-là, le premier de la semaine...

 

Les disciples ont reçu de Marie de Magdala l’assurance «qu’elle a vu le Seigneur, et qu’il lui a dit ces choses» (Jean 20:18). Le fait même que Jésus est ressuscité et qu’il a chargé la pécheresse pardonnée d’un message merveilleux ne suffit pas à dissiper leur crainte. Bien au contraire, cette première réunion après la croix, a lieu le soir ; les portes sont fermées. L’ombre s’étend sur la ville et dans les coeurs, mais Jésus paraît, occupe la place centrale («au milieu d’eux») et change la crainte en joie de deux manières : par une parole deux fois répétée «Paix vous soit !» et par un geste «Il leur montra ses mains et son côté».

Dans le rassemblement — il s’agit en effet dans notre passage de la réalisation pratique de Matthieu 18:20 — il peut y avoir des ombres, parfois même profondes. Mais entendre la voix de Jésus, voir ses plaies, gage de son immense amour, amènent une lumière incomparable. Le secret de la joie dans la présence du Seigneur ne saurait être les circonstances ambiantes. C’est la seule audition des paroles qu’il nous adresse, la seule contemplation de sa personne qui peuvent faire de nous des disciples «qui se réjouissent».

Arrivés au terme de ce rapide examen des soirs des Évangiles, nous remarquons que les neuf occasions forment trois groupes distincts. La guérison des malades, la première tempête, la foule affamée, la seconde tempête enfin constituent le premier groupe, qui nous révèle les soins du bon berger pour ses brebis. Le second nous présente la sortie de Jérusalem, la trahison de Judas, la mise au tombeau : c’est la réjection du Seigneur par son peuple et même par un disciple, c’est sa mort ignominieuse, mais aussi sa sépulture revêtue d’un honneur incomparable. Le troisième groupe enfin fait ressortir la présence bienfaisante du ressuscité dans la marche des siens et dans leur rassemblement.

Si, dans le glorieux règne millénial, «au temps du soir il y aura de la lumière», dans l’état éternel, «il n’y aura plus de nuit, ni besoin d’une lampe et de la lumière du soleil ; car le Seigneur Dieu fera briller sa lumière sur ses esclaves ; et ils régneront aux siècles des siècles» (Apoc. 22:5).