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ÉPÎTRE DE JUDE

 

Résumé de réunions d’étude de Paris 1946

ME 1964 p.187 à 1965 p.222

Table des matières :

1       Introduction

2       Jude 1, 2

3       Jude 3

4       Jude 4

5       Jude 5

6       Jude 6

7       Jude 7

8       Jude 8

9       Jude 9

10     Jude 10

11     Jude 11

12     Jude 12 et 13

13     Jude 14-16

14     Jude 17-19

15     Jude 20

16     Jude 21

17     Jude 22-23

18     Jude 24-25

 

1        Introduction

Dieu, dans sa bonté, a donné, outre l’apôtre Paul dont certaines épîtres sont par endroits proprement prophétiques (2 Thess. 2 ; 2 Tim. 3, 4), trois fidèles sentinelles pour dénoncer d’avance le mal qui commençait à s’introduire dans la chrétienté ; ce sont : l’apôtre Pierre dans sa seconde épître, puis Jean dans sa première épître, et enfin Jude.

Il y a ceci de particulier dans l’épître de Jude, qu’elle traite uniquement et entièrement de l’histoire de l’apostasie, c’est-à-dire de l’abandon des vérités que Dieu nous a données pour notre bonheur et notre joie. Très courte, elle revêt cependant un caractère bien important ; dans un style prophétique énergique, l’auteur inspiré nous dévoile que l’apostasie avait déjà commencé de son temps, qu’elle continuerait et arriverait à maturité juste avant le jour du Seigneur, car ce jour commencera par le jugement de cette apostasie après l’enlèvement de l’Église. Nous trouverons, tout au long de l’épître, les caractères de cette apostasie, comment elle se manifeste et se développe. Il est bon pour le chrétien d’avoir toutes les pensées de Dieu pour qu’il puisse discerner ce qui n’est pas de Dieu, mais est de l’antichrist ; mais la partie la plus précieuse pour nous — et que Dieu nous accorde de la considérer avec soin — ce sont les ressources que Dieu nous donne pour faire face au mal. Ces ressources, actuelles au temps de Jude, le sont encore, et elles sont la sauvegarde de tous les saints jusqu’à la venue du Seigneur. Dieu est fidèle, et Il ne délaisse jamais l’homme pieux.

Les premiers versets sont l’entrée en matière ; ensuite, jusqu’au verset 16, c’est le corps du sujet ; les versets 17 à 23 donnent les ressources ; enfin les derniers versets, si précieux, nous montrent que Dieu est capable de garder dans tous les temps.

Le verset 17 nous fait penser que cette épître a été écrite une des dernières. Les apôtres commençaient à disparaître ; mais le mal, hélas, s’était déjà infiltré ; et voilà un homme de Dieu qui laisse tout le sujet de joie qu’il avait à écrire « de notre commun salut », et qui dit : Non, il faut que j’avertisse ! Il est la sentinelle qui crie : Voilà le mal, attention !

Cette épître suffirait, à elle seule, à annuler tous les enseignements qui, dans la chrétienté, laissent supposer que le christianisme peut avoir le dessus sur l’homme. Elle nous enseigne, à nous qui sommes en présence de la parole de Dieu et devons être touchés personnellement, la corruption totale de l’homme et l’échec de la profession chrétienne sans la vie. Dans ce sens nous trouvons ici le résultat de l’expérience la plus complète que Dieu ait faite de l’homme. Une telle constatation doit nous remplir à la fois d’humilité et de crainte. Elle nous intéresse par le fait que nous sommes aux derniers jours, où s’affirme la puissance du mal, et où la chair montre chez l’inconverti — elle est la même aussi chez le chrétien, ce qui est une raison de plus pour craindre — ce qu’elle peut faire, même placée sous la bénédiction extérieure du christianisme. Dieu ne joue pas avec la chair et ceux qui ont voulu jouer avec elle ont sombré d’une façon terrible. L’intelligence générale de l’épître nous sera rendue plus sensible par ces quelques réflexions.

 

Nous entendons souvent dire, même dans les milieux chrétiens, qu’il faut faire tout son possible pour l’avancement du royaume de Dieu. Dieu répond : Ce ne sera que faillite complète. Nos cœurs doivent être soumis à cette pensée : tout ce qui est mis entre les mains de l’homme, il le gâte. L’expérience a été faite en Israël ; que reste-t-il ? Après la captivité, Dieu ramène un résidu ; ses descendants clouent le Fils de Dieu à la croix. Le christianisme, qui introduit la pleine révélation de Dieu, est mis entre nos mains ; on en vient, dans certains milieux, à renier et le Père et le Fils. Quel cœur que le nôtre ! mais quelle grâce aussi s’est occupée de nous !

Dieu fasse que la lecture de cette épître nous pénètre un peu mieux du sentiment que tout est grâce, comme cette pensée éclate dans l’épître au commencement et à la fin, mais qu’il en est ainsi parce que véritablement il n’y a rien de bon en nous, pas plus en nous, croyants, que chez les inconvertis, en nous, frères et sœurs avancés peut-être dans la vie chrétienne. Ce sentiment était certainement l’un de ceux qui donnaient leur caractère à ceux qui nous ont enseignés.

 

2        Jude 1, 2

« Jude, esclave de Jésus Christ et frère de Jacques, aux appelés, bien-aimés en Dieu le Père et conservés en Jésus Christ : Que la miséricorde, et la paix, et l’amour vous soient multipliés ! »

 

La Parole nous donne peu de détails sur Jude mais quand il se présente à nous, nous savons qu’il avait un maître : Jésus Christ. Il est l’esclave de ce maître et il est jaloux de sa gloire ; il ne peut pas souffrir qu’on y porte atteinte ; il est heureux de déclarer tout de suite son titre d’esclave et la seigneurie de Jésus Christ à son égard. Précisément l’un des maux graves signalés dans cette épître est le mépris de toute autorité, de celle du Seigneur en particulier. Jude, lui, met son titre d’esclave en avant. Aujourd’hui, nous avons à faire comme lui, à montrer que nous avons un Maître, un Seigneur. Le Seigneur lui-même a dit cette vérité si simple, si profonde, qui touche à toutes les activités de notre cœur et de notre vie : « Nul ne peut servir deux maîtres ». Cela va loin, car ce qui caractérise un esclave, c’est qu’il est entièrement soumis à la volonté de son maître et qu’il n’a aucune volonté propre ; c’est ce qui doit nous caractériser aussi.

L’apostasie n’est pas autre chose, au fond, que le déploiement complet de la volonté de l’homme. C’est pourquoi il y a plusieurs apostasies, chacune en rapport avec un des caractères de la responsabilité de l’homme : apostasie chrétienne, apostasie juive et, d’une manière beaucoup plus générale, apostasie de l’homme dans son ensemble, dont on trouve le germe à l’origine du monde sans Dieu. L’antichrist manifeste à son apogée ce qu’est l’homme sans Dieu, dressé dans sa volonté contre Dieu. C’est exactement le contraire de l’attitude chrétienne : nous sommes croyants pour obéir ; la volonté propre dans la chrétienté actuelle est un des signes de l’apostasie que nous voyons venir.

Jude était un heureux serviteur, puisque Dieu a permis qu’il écrivît son titre à la suite de son propre nom. Est-ce notre ambition que Dieu puisse nous approuver d’une semblable manière ? Ce serait le sûr moyen d’être gardé de toute la corruption qui est dépeinte ici. Dans sa première épître, Pierre dit que nous avons été « élus... en sainteté de l’Esprit pour l’obéissance et l’aspersion du sang de Jésus Christ » (1 Pierre 1:2) ; nous entrons dans le même chemin d’obéissance que le Seigneur lui-même. Nous sommes constitués des adorateurs à notre conversion ; mais ici, quand le chemin est en vue, il s’agit d’obéir et de manifester dans ce monde la valeur du sang de Christ.

Il est bon de nous répéter, à nous tous qui vivons dans un monde où la propre volonté se développe de plus en plus dans tous les domaines, que l’énergie du croyant est dans l’obéissance. Il n’y a pas de fermeté comparable à celle-là. Si nous étions parfaitement obéissants, nous serions fermes jusqu’à la mort, rien ne nous ferait reculer.

Le témoignage est avant toutes choses l’amour pour le Seigneur, l’obéissance au Seigneur ; c’est cela seul qui nous séparera de beaucoup de choses. Pensons davantage que nous sommes entièrement à Lui, que notre vie est à Lui ! Que de fois nous parlons du Seigneur comme de notre maître tout en Lui désobéissant ; nous invoquons son nom sur nos désobéissances, sur nos décisions de propre volonté.

Il semble que Jude veut nous entraîner après lui quand il ajoute « frère de Jacques ». Il dit : J’ai un maître, je suis son esclave, son heureux esclave ; mais j’ai aussi un frère qui court après lui. Car certainement ils étaient frères selon la chair, mais frères dans le Seigneur ; il y a de la place pour tous.

Les trois qualificatifs de ceux auxquels il s’adresse sont bien remarquables : « aux appelés, bien-aimés en Dieu le Père et conservés en Jésus Christ ». De ces trois caractères, aucun ne vient de l’homme naturel, c’est Dieu qui les donne. Ainsi, avant de décrire le naufrage, l’apôtre nous présente la place sûre de ceux qui sont sur le rocher où Dieu les a mis. Il va faire un tableau très sombre ; par contraste, il n’y a pas d’hésitation, pas de doute quant à la position des vrais croyants. Ce n’est pas parce que tout va crouler que le fidèle n’est pas sur le roc, et qu’il n’a pas à le sentir ; au contraire, Dieu nous le dit, et c’est un réel encouragement pour la foi. Il n’y a que celui-là d’ailleurs. Dieu met les siens à l’abri, et il le leur dit avant de leur parler de la ruine de tout. Nous trouvons plusieurs fois dans le Nouveau Testament, d’une part la certitude chrétienne de la vraie foi ; d’autre part, l’affirmation, de la part de Dieu, de la puissance du mal et de la ruine complète qui atteindra le témoignage. Pour que nous ne perdions pas de vue que Dieu est avec nous, que nous n’avons rien à craindre, les ressources sont données, elles ne font pas défaut, jusqu’au bout.

Il est donc particulièrement doux de lire le souhait du verset 2. Dans bien des épîtres nous voyons la grâce et la paix souhaitées aux saints ; mais ici nous trouvons : « Que la miséricorde et la paix, et l’amour vous soient multipliés ». Dieu veut nous bénir tels que nous sommes. Il sait de quoi nous sommes faits, il comprend notre faiblesse et use de compassion à notre égard. Cela est, répétons-le, d’une grande douceur, car chacun de nous sent combien nous avons besoin de ces tendres compassions de notre Dieu qui veut continuer à nous bénir malgré tout ce que nous sommes. Ses bien- aimés ont du prix pour Lui, et le Seigneur Jésus nous tient dans sa main, selon la pensée de Dieu Lui-même ; cela n’empêche pas que, dans la pratique, nous sentions notre faiblesse, et il est bon de la sentir pour nous attendre à ses compassions « qui se renouvellent chaque matin ». Puis il y a la paix, terrain précieux sur lequel l’œuvre de Christ nous a placés ; de plus, en nous tenant près de Lui, nous réalisons un peu sa paix à Lui dans une conformité de marche et de pensée avec Lui. Et enfin l’amour, la chose la plus précieuse pour nos cœurs ; l’amour de Dieu, l’amour du Fils, cet amour qui est versé dans nos cœurs par le Saint Esprit ! Et il est heureux de voir que, pour un temps de ruine comme celui de Jude, ces choses sont multipliées ; il y a abondance, Dieu n’est pas à court pour bénir les siens dans ces temps où l’apostasie finale se prépare. Heureux sommes-nous si nous ne mettons pas d’entrave à la bénédiction. La tempête est forte ; tout va de mal en pis ; mais pour le cœur du croyant tout est stable parce que c’est le travail de Dieu. Il est bon de noter que nous n’avons pas ici de pensée en rapport avec une assemblée mais en rapport avec l’ensemble des croyants, cela mérite d’être retenu parce qu’ainsi nous sont montrées la large portée de cette épître et les ressources inépuisables mise à la disposition de tout croyant dans le temps de son pèlerinage.

 

3        Jude 3

« Bien-aimés, quand j’usais de toute diligence pour vous écrire de notre commun salut, je me suis trouvé dans la nécessité de vous écrire afin de vous exhorter à combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints ».

 

Avec le verset 3, commence le sujet de cette lettre. Jude désirait écrire aux saints pour leur parler du salut dont nous allons hériter, il était heureux de s’en occuper avec eux : mais quelque chose s’est présenté à son esprit : le mal était à l’horizon, il allait grandissant ; on essayait de renverser ce que Dieu avait donné et, comme dit un Psaume : « Si les fondements sont détruits, que fera le juste ? » Aussi l’apôtre doit-il jeter un cri d’alarme. Il n’est pas maître de ce qu’il a à dire ; il ne fixe pas lui-même la nature de ses enseignements, il est dans la nécessité de leur écrire sur un autre sujet. Nous trouvons bien là le caractère de l’esclave, ce titre qu’il a invoqué au commencement. Quel exemple pour tout serviteur ! Pouvons-nous regretter de ne pas savoir ce qu’il aurait pu dire avec intelligence ? Dieu n’a pas permis que nous le sachions, mais Il a voulu que nous sachions ce qu’il a écrit pour établir un barrage contre le mal et, à de certains moments, cela est plus important qu’une activité proprement positive. Combien ce qu’il écrit est de circonstance pour nous qui, aujourd’hui, approchons du dénouement ! Il nous appartient de retenir tout particulièrement les termes de la lettre qu’il a écrite sous l’empire de la nécessité.

L’apôtre exhorte « à combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints ». Depuis bientôt deux mille ans, de quel profit ont été ces versets pour ceux qui ont su les lire ! Que de fois il a fallu livrer des batailles «  pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints » ! La foi, ici, c’est la doctrine.

L’activité des saints doit être dans la communion de Dieu en tout temps ; ainsi en était-il pour ceux qui étaient revenus de la captivité, il fallait d’abord que l’autel fût établi sur son emplacement, et que les fondements de la maison fussent posés. C’était nécessaire ; mais vient un moment où il faut penser aux murailles ; il faut qu’elles ne soient pas renversées. Les ennemis disaient que, les murailles n’étant pas fortes, un renard les ferait tomber ; c’est ce qu’ici l’ennemi cherche à faire. Il fallait poser les fondements, mais aussi réaliser la séparation d’avec le monde : être pour Christ, tandis que l’homme et son iniquité prévalent.

Ce qui est appelé ici la foi est un grand trésor. Saurons-nous jamais le prix de toutes les vérités que Dieu a consignées dans sa Parole et que nous possédons, établies dès le commencement ? Il faut combattre pour garder cette foi, parce que l’ennemi est vigilant pour l’attaquer.

On voit la fidélité du Seigneur envers les siens ; il savait d’avance que le témoignage chrétien ferait faillite extérieurement et il donne d’avance une provision d’avertissements et d’encouragements pour le fidèle. Nous en avons bien besoin aujourd’hui, plus même que les croyants du temps de Jude. II n’y a plus un Jude aujourd’hui, à proprement parler, mais il peut y avoir cependant des Jude qui, appelés par le Seigneur Lui-même se trouvent dans la nécessité de faire comme lui, chacun selon sa mesure. Nul, que le Seigneur et l’Esprit Saint, ne dictait à Jude ce qu’il avait à écrire. Nul ne savait comme le Seigneur les besoins divers et profonds de son peuple dans ce temps-là et dans les temps à venir.

Le ministère inspiré, dans son principe, est d’une valeur et d’une importance que rien ne remplace. Le temps de ce ministère est révolu. Mais tout service exige beaucoup de dépendance ; alors il s’accomplit sans aucune préméditation, sans aucun conseil humain et sous la seule nécessité d’être obéissant au Seigneur. Nous devrions nous appliquer à réaliser cela, non pas pour donner une parole inspirée comme Jude, mais pour lire la parole inspirée que nous avons ; que le Seigneur veuille maintenir et susciter au milieu des siens de tels « esclaves ».

 

4        Jude 4

« Car certains hommes se sont glissés parmi les fidèles, inscrits jadis à l’avance pour ce jugement, des impies, qui changent la grâce de notre Dieu en dissolution, et qui renient notre seul maître et seigneur, Jésus Christ ».

 

Combattre pour la foi, cela peut s’entendre de plusieurs manières. Souvent, c’est simplement présenter la vérité en face de la corruption. Car, dans Jude, nous avons essentiellement le reniement de l’autorité du Seigneur et maître, et la dissolution, la corruption morale. Il y a lieu de présenter la vérité en rapport avec ces deux choses-là. Que de fois aussi des saints ont combattu en attaquant l’adversaire, en répondant même par des écrits, à ses insinuations et à ses attaques ! La vie chrétienne toute entière est un combat, c’est l’un de ses caractères. Il s’agit ici de mettre en garde contre des gens qui se sont glissés dans le christianisme naissant. Depuis lors, ils sont devenus légion, plus nombreux probablement que les vrais chrétiens. Nous trouvons chez tous les apôtres cette douleur de prévoir ce que l’ennemi ferait dans le témoignage ; elle est, malgré tout, contrebalancée par la confiance dans le Seigneur. Pour nous qui n’avons pas à prévoir mais qui constatons les dégâts dans la maison de Dieu, y aurait-il place pour l’indifférence, pour le laisser-aller ou pour le repos ? Jamais.

Si nous avons compris ce qu’est l’Assemblée, si nous avons été rendus attentifs au témoignage que le Seigneur a suscité pour nos temps, si nous avons conscience que le Seigneur nous y a conduits, pensons-nous que ce soit un lieu où nous puissions nous laisser vivre ? Aurions-nous trouvé sur la terre un lieu de repos ? En un sens, moralement, spirituellement, oui ; mais dans un autre, pas du tout : en présence de la ruine et au milieu des dangers qui nous menacent, nous ne pouvons pas nous reposer. Celui qui est esclave du Seigneur combattra toujours pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints.

Le diable a semé l’ivraie et nous verrons ce que sera la moisson. Il suffit d’avoir une notion même très vague de l’histoire de l’Église pour être épouvanté et comprendre la solennité des prophéties que nous trouvons ici. Et aujourd’hui, est-ce que le fait que nous sommes à part, séparés, nous abrite contre le danger que dénonçait Jude ? Que de personnes se glissent parmi les saints ! Nul n’oserait affirmer que parmi tous ceux qui se sont rangés dans le témoignage actuel, il n’en est pas qui « se soient glissés ». Cela fait sentir la responsabilité de ceux qui ont à ouvrir la porte ou à la fermer. Pour que personne ne se glisse, de ceux qui ne sont pas du Seigneur, c’est de dépendance que nous avons besoin et non de sagesse humaine. Nous touchons là des points vitaux du témoignage de tous les temps. Ces hommes qui se sont glissés sont, avons-nous dit, caractérisés par deux faits : ils changent la grâce de Dieu en dissolution et ils renient notre Seigneur. Cela peut se faire de bien des manières. Évidemment ici c’est le reniement ouvert ; mais il y a des degrés dans la façon de renier pratiquement. De même il y a diverses façons de changer la grâce de Dieu en dissolution. Le niveau moral baisse dans le témoignage, on tolère ce que l’on ne tolérait pas, et en continuant dans cette voie, on en viendrait dans quelques années à tout tolérer, c’est-à-dire qu’il n’y aurait plus de témoignage. La fidélité des saints exige — et le Seigneur seul peut la donner — cette sagesse qui rend intransigeant pour combattre et fait comprendre que tel fléchissement aujourd’hui entraîne la ruine demain.

Une telle exigence peut paraître charnelle et arbitraire, alors que, s’il y avait un Jude ou un Paul, elle serait l’effet de l’autorité ; mais c’est la spiritualité qui voit le danger avant qu’il ait éclaté ; et c’est la fidélité pure et simple au Seigneur et en même temps l’amour pour les saints qui poussent à signaler ce danger. Il y a des moments, comme ici, où le destin du peuple de Dieu se joue et, à ce moment-là, un Jude se lève et dit : Voilà ce qu’il en est et il n’y a pas de transaction, de fléchissement possible ; ou alors il n’y a pas de témoins, pas de fidèles. Que le Seigneur veuille faire qu’il y en ait jusqu’au bout. Mais quel appel pour chacun de nous, afin qu’à un degré ou à un autre nous ne soyons pas comme ceux qui se glissent et qui contribuent, sans être proprement comme les apostats, à affaiblir l’autorité de notre seul maître et Seigneur et à faire baisser le niveau moral en tournant la grâce de Dieu en dissolution. Il y a un appel pour chacun de nous dans ces jours de la fin.

L’apôtre voit, et décrit ce qu’il voit en termes que nous n’aurions jamais osé employer ; il dit : c’est la ruine, le naufrage ; mais il dit : combattez. Voilà la foi. Au nom de la ruine on a fait des concessions. L’apôtre n’en fait pas, parce que Dieu n’en fait pas.

Il y a toujours eu des moments d’où le sort du peuple a dépendu d’une manière de faire particulière. Nous pensons à Moïse après le veau d’or ; Dieu aurait pu prendre l’affaire en main et détruire son peuple. D’un autre côté Moïse a intercédé pour ce peuple, mais il a revendiqué les droits de l’Éternel et des fidèles ont brandi leur épée pour s’en servir contre leur propre chair. Cela a été selon Dieu, puisqu’il a pris Lévi pour remplir un office d’honneur. Et Dieu est toujours le même comme la foi est toujours la même. Elle sait ce qu’il faut faire pour honorer Dieu et elle le fait.

Un mot sur cette expression : « la foi qui a été une fois enseignée ». Elle avait été enseignée oralement par les apôtres. Nous, nous avons l’Écriture et nous sommes d’autant plus responsables que, pour nous aider dans sa lecture, nous avons été enseignés et nous avons reçu des lumières par des instruments que Dieu avait choisis et formés. Nous avons reçu cela « une fois » et nous sommes donc responsables de combattre pour ce que nous avons reçu. Ceux qui rejettent cet enseignement auront affaire au Seigneur. Dieu n’a pas renouvelé la qualité des serviteurs de la première heure du siècle dernier et on n’arrivera pas à retrouver ce qu’Il a donné par leur moyen, si on le néglige, car Dieu ne le donnera pas deux fois.

« Certains hommes se sont glissés parmi les fidèles » ; ce ne sont pas des chrétiens ; mais ils aiment le prestige que donne la présence des vrais chrétiens ; ce sont « des hommes naturels, n’ayant pas l’Esprit », comme nous le verrons plus loin. Par conséquent, ils n’ont que la chair, et la chair, lorsqu’elle s’imprègne de christianisme, est ou légale ou dissolue. Ici c’est le côté de la dissolution qui nous est présenté, c’est-à-dire la destruction de tout principe moral, c’est l’apostasie morale. Cela peut du reste très bien aller de pair avec la prétention à la justice. C’est la chose la plus affreuse qui soit, parce que c’est, au fond, dire : Dieu est bon, abusons-en. C’est un principe satanique qui s’est glissé parmi les fidèles, non pas comme une doctrine seulement, mais incarné dans les personnes qui vivent ce principe ; elles sont devenues innombrables. La Parole nous parle de la grâce et de la vérité, inséparablement liées. Ceux-là ne parlent que de la grâce sans la vérité ; par conséquent, c’est la dissolution, ils n’ont plus de crainte de Dieu, tout en ayant la prétention d’être justes. Ce principe se développe d’une façon inouïe aujourd’hui et il risque de nous gagner. Ce n’est pas tant le légalisme pur qui est un danger aujourd’hui pour nous ; on ne le voit guère retenu comme principe général. À une âme qui tend à tomber dans le légalisme il faut lire Romains 7 ; mais aujourd’hui on éprouve si peu le besoin de lire Romains 7, que c’est symptomatique !

Un point pratique à souligner pour nous tous, c’est que dans cet effort pour changer la grâce de Dieu en dissolution, s’affirme un manque de conscience. Il est bon de rappeler que l’accroissement des connaissances peut très bien aller avec un abaissement de la conscience. Le monde aujourd’hui est d’un niveau plus élevé qu’au temps de Jude à certains égards, mais sa conscience n’est pas délicate ; elle n’est pas plus près de Dieu. Et si la connaissance chrétienne ne rend pas notre conscience plus délicate, elle se tourne contre nous, car nous changeons la grâce de Dieu en dissolution. Ici, il s’agit des inconvertis, des incrédules, des simples professants, mais si nous ne veillons pas, nous risquons tous, à quelque degré, de contribuer à changer la grâce de Dieu en dissolution en disant : Puisque le sang de Jésus Christ purifie de tout péché, Dieu supporte, Dieu pardonne, Dieu oublie, etc... On lâche la bride à la chair, et c’est de cette façon que le témoignage fléchit. Non pas que l’on traduise toujours cela en doctrine, mais les faits, dans leur détail, introduisent la faiblesse morale.

Il ne faut pas lire cette épître pour les catholiques, ou pour les protestants, ou telle ou telle dénomination, il faut la lire pour nous. Faire autrement c’est oublier deux choses : d’abord le gouvernement de Dieu, autrement dit son jugement temporel et temporaire, et puis le jugement total de toutes choses, même pour le chrétien, celui où Christ appréciera tout. Là où il n’y avait pas de vie, ce sera le jugement éternel. Nous pouvons donc nous encourager à veiller, comme nous le chantons : « Que notre âme soit vigilante ». Trop souvent nous nous contentons d’un christianisme facile, marqué de laisser-aller et d’abandon moral. Ce n’est pas là la vérité de Dieu. À chacun de nous d’y prendre garde. Que de fois l’apôtre Paul parle de la conscience, de sa conscience d’apôtre ! Nous avons assurément à reconnaître que nous manquons tous de diverses manières, mais il y a une différence : ici, ceux qui manquent ne se jugent pas, la chair est nourrie et entretenue ; le chrétien, s’il a de la piété, lorsqu’il manque se juge, et il souffre ; c’est là ce que nous devons nous encourager à faire. Ainsi cette première expression : « qui changent la grâce de Dieu en dissolution » place devant nous un sujet que chacun doit considérer attentivement ; toute notre vie nous avons à y prendre garde. Ce qui rend ce sujet si solennel, c’est qu’il s’agit de la grâce de Dieu. Faire servir au mal ce qu’il y a de plus grand, de plus beau, de plus pur, mépriser et tordre à ce point l’enseignement de cette grâce ! Certainement mieux vaudrait un catholique sans connaissance mais converti, et qui tremble à la Parole de Dieu, qui craigne Dieu selon la bonne crainte, plutôt qu’un « frère » chargé de connaissance et à la conscience endurcie. Entre les deux, le Seigneur n’hésite pas. Les frères qui ouvrent la bouche dans diverses réunions sont responsables pour eux-mêmes encore plus que les autres, et responsables aussi de la manière dont ils exposent la Parole (2 Tim. 2:15) à d’autres. Quand un homme est converti, est-ce qu’on aime à trouver chez lui un étalage de beaucoup de connaissance ? Non ; ce qu’on aime à trouver c’est la crainte de Dieu, l’amour du Seigneur, la paix, le besoin de communion avec Dieu. Voilà un critère qui ne ment pas. La crainte du Seigneur n’est-elle pas maintenant souvent remplacée par l’indépendance qui peu à peu a gagné dans tous les domaines ?

Remarquons que cette épître s’adresse à « vous qui une fois saviez tout ». L’apôtre n’écrit pas à des ignorants. Nous aussi nous avons été instruits dans les vérités qui ont été présentées une fois, nous avons la responsabilité de marcher selon l’enseignement que nous avons reçu et de regarder en particulier aux avertissements qui sont donnés ici. Il faut prendre garde chacun pour son compte, selon les enseignements de la Parole, de peur que nous ne glissions vers ceux qui renient le Seigneur ; nous disons que Jésus est notre Seigneur et Maître, l’est-Il en réalité pour nous ?

Pensons aussi que nous devons garder dans nos cœurs la grâce de Dieu, « la vraie grâce dans laquelle nous sommes » (1 Pierre 5:12). Mais il faut nous souvenir que son action est basée sur la justice. Si Dieu opère envers nous en bonté comme Il le fait, c’est que cela a été payé fort cher. Y penser lie nos âmes au sacrifice de Christ et leur donne un sentiment de reconnaissance, de respect, de soumission et de dévouement, le Seigneur est honoré par une sainte crainte. Tandis que ceux dont Jude parle ici font juste le contraire : ne se souciant pas des droits que le Seigneur a acquis sur nous par sa mort, ils le renient comme leur Seigneur et Maître.

Un des caractères essentiels du peuple de Dieu (le peuple terrestre et à plus forte raison le peuple céleste, le vrai peuple de Dieu) est la sainteté, une sainteté non pas extérieure, mais dans l’obéissance et la soumission au Seigneur. Comme la vie chrétienne est simple, droite, heureuse, puissante, mais à cette condition ! Le chrétien le plus précieux au Seigneur est celui qui marche dans la sainteté et qui veille à l’obéissance. Nous qui baignons d’une façon privilégiée dans l’atmosphère chrétienne, nous avons à veiller pour être gardés de la chair religieuse. C’est difficile, mais le Seigneur veut nous tenir en éveil par toutes sortes d’exercices. Il veut que nous nous attendions à Lui, que nous priions beaucoup pour son peuple, mais il veut que nous soyons fidèles et que nous n’appelions pas le mal bien, le bien mal, la chair l’Esprit, et l’Esprit la chair.

Quel repos l’on trouve dans la poursuite de ces choses : la sainteté, l’obéissance au Seigneur, le sentiment des droits du Seigneur ! Le cœur est en paix et jouit de Dieu. La présence de Dieu se fait sentir, c’est le ciel sur la terre. Tandis que le cœur des méchants est comme une mer agitée ; que de fois le cœur des chrétiens est comme une mer agitée qui rejette dehors la vase et la boue (És. 57:20) !

 

5        Jude 5

« Or je désire vous rappeler, à vous qui une fois saviez tout, que le Seigneur, ayant délivré le peuple du pays d’Égypte, a détruit ensuite ceux qui n’ont pas cru ».

 

Dans les versets suivants, plusieurs exemples montrent que les caractères de l’apostasie étaient apparus dès longtemps. Il est d’abord parlé du peuple d’Israël, qui avait été délivré du pays d’Égypte, de la servitude ; et pourtant, sur un peuple qui comptait près de six cent mille hommes sur le pied de guerre lorsqu’ils sont sortis du pays d’Égypte, deux seulement sont entrés dans le pays de la promesse, deux seuls ont été fidèles jusqu’au bout. « Dieu a détruit ensuite ceux qui n’ont pas cru » : un jugement était prononcé contre eux, ils sont tous tombés dans le désert pour ne pas avoir su glorifier Dieu en croyant à sa Parole et en lui obéissant.

Ce premier exemple est peut-être celui des trois qui est le moins frappant quant au mal ; il semble moins frappant que celui des anges qui ont péché ou que celui de Sodome. Mais le jugement n’est pas moins sévère. Tout ce peuple avait connu la nuit de la Pâque, la traversée de la mer Rouge, il avait chanté le cantique, il avait entendu annoncer la Parole de Dieu, et puis il a été décimé le long du désert, bien qu’ils eussent tous été « baptisés pour Moïse dans la nuée et dans la mer ». C’est une image de la profession chrétienne. Mais, dit l’épître aux Hébreux, « la parole n’était pas mêlée avec de la foi dans ceux qui l’entendirent ». Il ne suffit pas d’entendre la Parole et de savoir beaucoup de choses sur elle ; il faut l’avoir crue et reçue, c’est la Parole implantée. Et Dieu ne parle pas des Israélites aux chrétiens que nous sommes pour faire de l’histoire ancienne mais pour développer le principe moral de tous les temps, à savoir qu’on n’est en relation vivante avec Dieu que par la foi. Tout ce qui n’est qu’extérieur sans vie est une forme d’apostasie, quelque fidélité apparente qu’il puisse y avoir. Que de fois ce peuple, le long du désert, a provoqué Moise à la colère et Dieu aussi ! Pas de foi, pas de vie, pas de réalité : une profession qui couvre le germe de l’apostasie. C’est vrai aujourd’hui plus que jamais. De l’immense peuple chrétien qui s’est engagé dans le chemin du ciel, a été baptisé dans la nuée et dans la mer, combien seront tombés en route ! Dieu sera-t-il obligé de nous frapper nous aussi, nous qui possédons la révélation complète de Dieu ? Nous sommes plus responsables encore que n’était le peuple d’Israël à cette époque.

À ce sujet, il est terrible de constater qu’il y a une grande différence entre ce qu’est l’assemblée aujourd’hui et ce qu’elle était au commencement, où on pouvait dire qu’elle était une garantie pour le chrétien. Il y avait une telle puissance que la première tentative de l’ennemi pour introduire le mal par un simple mensonge a été enrayée tout de suite, et par la mort. Aujourd’hui l’on ne peut pas dire que l’assemblée soit une garantie, et non seulement ce qu’on pourrait appeler l’assemblée extérieure, mais même pas ce que le Seigneur a suscité comme témoignage représentant l’assemblée réelle dans ces derniers jours. De plus, l’autorité apostolique, quand elle était là, était une sauvegarde et s’il le fallait Paul usait de sa puissance ; cela n’est plus, et que de choses ont remplacé Paul pour ceux « qui se sont glissés » !

Il ne suffit pas de se réclamer du nom du Seigneur extérieurement, comme tout le peuple se réclamait du nom de l’Éternel ; il faut avoir cru ; ceux qui n’ont pas cru sont tombés. Lorsque la foi est réellement là, la foi que Dieu a donnée, elle regarde ces choses, en face, mais avec le tremblement qui convient. Les dix vierges s’étaient mises en route ensemble ; mais il y avait entre elles cette différence fondamentale que quelques-unes n’avaient point d’huile et c’est au bout d’un certain temps que la distinction s’est faite. Elles étaient parties ensemble, avaient suivi le même chemin, mais, au moment voulu, ce qu’il y avait dans les lampes des unes et des autres a été révélé. Nous nous souvenons aussi de toutes les paroles du Seigneur dans l’évangile : « luttez pour entrer par la porte étroite ; étroite est la porte, resserré le chemin ». « Il y a beaucoup d’appelés, peu d’élus ». Voilà les vérités élémentaires, mais immuables. Nous ne pourrions affaiblir ces déclarations et elles prennent toute leur portée au temps où nous vivons. On a souvent entendu dans les conversations des frères et des sœurs avancés en âge, expérimentés, ayant vu des générations, exprimer le regret que les conversions nettes se fassent rares. Nous pouvons prier pour que Dieu en manifeste.

Ce premier exemple montre donc qu’il ne suffit pas de posséder les oracles de Dieu ; il faut les garder dans son cœur, tenir ferme, comme Caleb et Josué.

Le peuple est tombé parce que c’était un peuple incrédule (Héb. 3:19) : délivré, il préfère l’Égypte, le monde. Et le chrétien qui n’est que professant, — les chrétiens fidèles sont aussi des « professants » — est au fond un mondain couvert de christianisme : il préfère le monde à Christ.

Jetons un coup d’œil sur le passage de Nombres 13:31 où Caleb dit : « Montons hardiment et prenons possession du pays, car nous sommes bien capables de le faire ». Ce passage est très instructif comparé à celui d’Hébreux : « la parole qu’ils entendirent... » Voilà comment parle un homme dont le cœur n’était pas en Égypte. La foi, l’énergie de la foi, l’activité, la vie se manifestent dans l’attitude de Caleb. « Montons hardiment et prenons possession du pays ». C’est là la clef de tout le problème. La parole reçue était mêlée avec de la foi, une foi vivante, opérante, qui déploie toute son énergie pour aller de l’avant, qui fait taire ceux qui veulent résister à la pensée de Dieu.

Ceux qui sont tombés dans le désert représentent donc les professants sans vie et les apostats. Un homme peut avoir une vie extérieurement irréprochable jusqu’à sa mort ; s’il n’a pas la vie de Dieu, mais seulement une profession chrétienne, il est de ceux qui tombent dans le désert, qui subissent le châtiment sans rémission : il n’entrera pas dans le ciel.

Remarquons à ce propos que la question de la discipline chrétienne n’est pas soulevée dans l’épître de Jude. Un vrai chrétien, quelqu’un qui a la vie, qui a cru, qui fait partie du peuple, peut avoir manqué au point qu’il soit retiré de la scène ; mais il n’est pas de ceux qui sont « tombés dans le désert ». On pourrait dire en un certain sens que Moise, qui n’est pas entré dans le pays mais que Dieu a pris sur la montagne, représente ce cas, tandis que les hommes qui sont tombés dans le désert représentent tous les professants qui n’ont pas la vie, même s’ils en ont l’apparence.

Notre temps est, au moins d’un côté, plus difficile que celui du commencement du christianisme. Au commencement il y avait les Juifs, l’assemblée et les Grecs ou les païens. Très vite il y a eu une catégorie de personnes de plus : les professants sans vie, et nous sommes mêlés à eux, ils se sont mis partout. Il n’y a certainement pas une région chrétienne qui soit exempte de la présence de ces professants sans vie. Il faut donc beaucoup de vigilance pour la vie de chacun et pour le témoignage lorsque le Seigneur nous a ouvert les yeux sur ce qu’est ce témoignage. Si nous n’avions pas toutes ces épîtres qui nous parlent de la ruine, nous pourrions être parfois assez embarrassés. Heureusement Dieu nous a avertis d’avance de ces choses, et l’Apocalypse elle-même nous prévient, pour que nous ne soyons pas surpris de voir cet acheminement de la chrétienté et pour que nous nous tenions sur nos gardes, afin d’éviter d’être emportés par ce courant, non seulement comme individus mais comme témoignage collectif.

Il ne faudrait pourtant pas que nous soyons découragés en lisant ces lignes de l’apôtre. Il nous faut regarder en haut vers le Seigneur, fixer nos yeux sur Lui et être occupés non pas du mal mais du bien ; si nous sommes occupés uniquement du bien, Dieu nous gardera du mal. Dieu nous parle du mal pour nous mettre en garde contre lui, non pas pour que nous en nourrissions nos âmes. Mais il est indispensable que nous ayons ces écrits pour que nos yeux soient ouverts, afin de discerner le chemin de l’erreur et le chemin de Dieu.

 

6        Jude 6

« Et qu’il a réservé dans des liens éternels, sous l’obscurité, pour le jugement du grand jour, les anges qui n’ont pas gardé leur origine, mais qui ont abandonné leur propre demeure ».

 

Puis nous avons un deuxième exemple : « les anges qui n’ont pas gardé leur origine, mais qui ont abandonné leur propre demeure ».

Voilà une catégorie d’êtres que nous ne nous serions pas attendus à trouver ici. Ce qui les caractérise a été lié à un moment donné à l’histoire de l’homme, avant le déluge. C’est un fait mystérieux sur lequel la Parole est très sobre (voir Gen. 6) mais qui nous montre à quel degré de corruption l’humanité était arrivée : des anges ont participé à cette corruption et à ce désordre moral que le déluge a balayés. Ce n’est pas la chute de Satan et de ses anges, c’est la chute d’anges qui ont péché avec des êtres humains, qui n’ont pas gardé leur origine ; c’est une forme d’apostasie. Ils ne sont pas restés dans l’état où Dieu les avait placés. Juste avant le déluge, à propos de ce fait, Dieu dit que « toute chair avait corrompu sa voie sur la terre », la voie où Dieu l’avait mise. Dieu nous montre par là combien il est sensible au désordre moral, sensible au fait que ses créatures sortent de leur place.

Aujourd’hui on oublie aussi la pensée de Dieu à l’égard de beaucoup de choses. Les libertés d’allure que les hommes prennent dans le monde chrétien, ce que l’on appelle être « avancé », sont donc une forme et un fruit de l’apostasie : évidemment on a avancé vers le moment où l’apostasie sera générale.

 

7        Jude 7

« Comme Sodome et Gomorrhe, et les villes d’alentour, s’étant abandonnées à la fornication de la même manière que ceux-là, et étant allées après une autre chair, sont là comme exemple, subissant la peine d’un feu éternel ».

 

Maintenant, il est question de Sodome et Gomorrhe « abandonnées à la fornication de la même manière que ceux-là ». Elles « sont là comme exemple, subissant la peine d’un feu éternel ». Les anges sont gardés pour le jugement du grand jour, sous l’obscurité, réservés dans des liens éternels ; ce n’est pas encore le jugement final mais ils sont là en attendant ce jugement ; tandis que pour Sodome et Gomorrhe le jugement était définitif ; elles subissent la peine d’un feu éternel : on ne se moque pas de Dieu et ce n’est pas en vain qu’on lui désobéit ou qu’on abandonne la position où Il nous a mis. Ainsi le jugement de Dieu est tombé sur son peuple, sur les anges qui n’ont pas gardé leur origine, et sur ces villes qui ont été détruites.

Tout cela doit produire en nous de la crainte et aussi de la reconnaissance envers Dieu de ce qu’il nous a fait connaître sa sainteté ; il a répondu à la corruption où nous étions, dans notre nature, par la croix de Jésus. Il disait à son peuple terrestre, qui n’était pas converti, en tout cas pas dans la masse : « Soyez saints car moi je suis saint » ; c’est là la première manière de glorifier Dieu. S’il n’y a pas de sainteté, on peut se réclamer de tous les titres, avantages et privilèges, on jette par terre la première gloire de Dieu.

Il est une chose que nous pouvons méditer : Dieu, qui est saint, a trouvé bon pourtant de nous occuper du mal. On aurait pu s’attendre à ce que Dieu ne parle que du bien ; eh bien non, sa Parole est un livre où le bien et le mal se mêlent sans cesse. Pourquoi présente-t-Il ainsi le mal ? Parce qu’Il décrit l’homme ; Il en donne une image vraie ; alors si l’on a quelques prétentions à moraliser l’homme et à l’améliorer il suffit d’être placé devant ces faits qui prouvent que cet homme ne peut être changé pour que l’on n’ait plus rien à dire.

Répétons que ces avertissements ne sont pas donnés à des païens mais à des chrétiens ; c’est donc que Dieu ne fait pas plus fond sur la chair du chrétien que sur celle du païen ; quand nous sommes amenés à penser comme Lui, c’est une bienheureuse délivrance. Et par là les souffrances expiatoires du Seigneur sont mises en honneur et en évidence. Le Seigneur n’est pas mort pour rien, la coupe qu’Il a bue est celle de la colère de Dieu contre ces choses-là que nous étions capables de faire, et contre leur source profonde, le péché.

C’est dans le ciel que nous aurons l’intelligence de ce que le Seigneur a fait, parce que nous comprendrons alors la sainteté et la gloire de Dieu. Mais, chose étonnante, les principes de corruption qui ont marqué dès anciennement l’histoire de l’homme se retrouvent dans le christianisme. Et en lisant le tableau qui est donné de la grande prostituée, nous voyons que parmi ses caractères figure l’immoralité. Aussi quel jugement tombe sur elle !

Souvenons-nous qu’à Sodome il y avait un juste qui aurait mieux fait de ne jamais entrer là ; ce fait annule les déclarations d’après lesquelles il faudrait nous mêler au monde pour aider à le remettre en bon état devant Dieu.

Nous avons à être vigilants quant à la corruption morale ; il semble bien que ce sera le côté faible du témoignage dans les derniers temps. Et cette corruption morale, l’absence de sainteté pratique, peut très bien aller de pair avec des discours vains et orgueilleux, de fausses doctrines, dans l’abandon plus ou moins marqué du christianisme.

 

8        Jude 8

« De la même manière, ces rêveurs aussi souillent la chair, et méprisent la domination, et injurient les dignités ».

 

Ces rêveurs sont ceux qui s’abandonnent à leur imagination et ne laissent pas agir l’Esprit de Dieu en eux. Nous n’avons pas le droit d’avoir de pensée propre sur les choses de Dieu. Les pensées que nous avons sont nulles, ce sont des pensées de pauvres pécheurs. Ce qui compte, c’est la pensée de Dieu ; nous en sommes remplis dans la mesure où nous nous tenons devant Lui, où nous lisons la Parole, où nous ne contristons pas l’Esprit ; alors au lieu de mettre en avant notre façon de voir et de nous justifier, nous disons : Voilà ce que Dieu pense. Un abîme sépare le fait d’avoir une pensée sur la Parole de Dieu et celui d’avoir la pensée de Dieu dans sa Parole.

Nous pouvons bien chacun sentir le besoin, non pour les autres mais pour soi-même, d’être gardés dans la crainte du mal, de la souillure, et d’avoir une volonté brisée. « Les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé ». Et c’est là le vrai bonheur sur la terre, le bonheur du ciel.

 

9        Jude 9

« Mais Michel l’archange, quand, discutant avec le diable, il contestait touchant le corps de Moïse, n’osa pas proférer de jugement injurieux contre lui ; mais il dit : Que le Seigneur te censure ».

 

Après Sodome vient l’exemple de Michel l’archange « quand, discutant avec le diable » il n’a pas osé « proférer de jugement injurieux contre lui ». Cette scène ne nous est pas rapportée dans l’Ancien Testament, mais Jude avait la pensée de Dieu. Dieu ne nous a pas tout dit, ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament, comme nous le voyons à la fin de l’évangile de Jean. Mais il nous en a dit assez pour que nous n’ayons pas d’excuses si nous marchons mal. Tous ces exemples nous font comprendre l’importance qu’il y a à ne jamais donner dans le courant du présent siècle qui dit : il faut s’adapter au temps, se moderniser, on ne peut vivre et avoir les principes d’il y a vingt, cinquante ou cent ans ! Il nous faut vivre avec les principes du début, ceux mêmes de la Genèse à certains égards. Il nous faut remonter au début du christianisme ou à la création. Ne contribuons pas, par notre façon d’être, à affaiblir le poids de la Parole de Dieu, à créer ou à entretenir ce courant de l’apostasie dans les esprits.

Quant au mépris du diable, nous en sommes les témoins quotidiens. Si nous avions conscience de la puissance du diable en séduction, nous tremblerions d’une crainte salutaire. Nous nous rejetterions davantage sur Dieu, nous ne jouerions pas avec le mal, nous nous en tiendrions le plus loin possible. La Parole nous dit qu’il rôde, cherchant qui il pourra dévorer ; c’est un fait permanent ; non pas qu’il soit partout, comme Dieu l’est, mais il a les moyens d’aller çà et là, « de se promener », comme il est dit dans Job ; il connaît le cœur de l’homme depuis longtemps et il sait comment le prendre. À cet égard encore l’assemblée n’est plus une garantie : « certains hommes se sont glissés ». Dans une des lettres aux sept assemblées nous lisons : « Tu habites là où est le trône de Satan ». C’est une raison de plus d’être vigilant. On pose quelquefois la question : pourquoi semble-t-on si difficile, pour les admissions à la table du Seigneur par exemple ? C’est qu’on est bien obligé de veiller, parce que Satan a pénétré dans la chrétienté même. Un chrétien qui n’aurait pas la doctrine de Dieu, qui renverserait la vérité, soit doctrinale, soit morale, nous ne pourrions pas le recevoir sans être infidèles au Seigneur, bien qu’il soit un vrai chrétien. Ces deux choses, un vrai chrétien et une fausse doctrine, hélas, ne sont pas incompatibles.

Tout est grâce, tout est bonté de la part de Dieu. Mais on ne jouit pas de la grâce et de la bonté sans poursuivre la sainteté. C’est inséparable. Dieu n’abandonne aucune de ses gloires, aucun de ses droits, et c’est précisément pour n’abandonner aucun de ses droits qu’il a dû frapper son Fils. On dit : Dieu est tout amour. Sans doute ; mais qu’ont été les trois heures pour le Seigneur sur la croix ?

 

10   Jude 10

« Mais ceux-ci, ils injurient tout ce qu’ils ne connaissent pas, et se corrompent dans tout ce qu’ils comprennent naturellement comme des bêtes sans raison ».

 

Quelle comparaison ! « Ceux-ci » (en contraste avec les « bien-aimés » auxquels écrit Jude) n’ont aucune intelligence des pensées de Dieu. On retrouve les deux caractères vus précédemment : « ils injurient » et « se corrompent ». Aussi un jugement doit-il être prononcé contre eux : « Malheur à eux ». « Ceux-ci » font partie de la chrétienté, non pas d’une autre dispensation ; ils « se sont glissés parmi les fidèles », ils sont là, nous pouvons les coudoyer.

Seul « celui qui est spirituel discerne toutes choses » (1 Cor. 2:15). « Vous avez l’onction de la part du Saint et vous connaissez toutes choses » (1 Jean 2:20). « Ceux-ci injurient tout ce qu’ils ne connaissent pas » ; le chrétien spirituel a la connaissance des pensées de Dieu révélées dans sa Parole, ceux-ci ne connaissent rien. Ils se corrompent dans tout ce que l’intelligence humaine peut comprendre naturellement ; ils n’ont aucune pensée de Dieu « comme des bêtes sans raison ».

Nous devons donc désirer la sagesse qui est de Dieu, la seule sagesse qui soit pour connaître les pensées de Dieu, comprendre ce qu’Il nous révèle et qui est à notre portée. Job 28:28 donne un enseignement quant à la sagesse et quant à l’intelligence : « Voici la crainte du Seigneur c’est là la sagesse, et se retirer du mal est l’intelligence ».

Du fait que des éléments se sont glissés parmi les fidèles et sont entrés dans ce qui constituait le témoignage de Dieu, il est évident que la puissance de l’Esprit de Dieu ne s’est plus manifestée de la même manière. Cela explique bien des choses. Dieu supporte ce mal jusqu’à l’heure où II le jugera ; mais en attendant qu’Il le juge et tout en le supportant, Dieu montre qu’Il ne l’approuve pas, en restreignant la puissance qu’Il manifeste au milieu des croyants.

Il nous faut veiller soigneusement à ce qu’il ne se glisse rien parmi les fidèles qui soit susceptible d’affaiblir ou même de détruire la force pratique du témoignage. Il faut que nous ayons à tout prix cette pensée que le témoignage des dernières heures où nous sommes arrivés n’est pas la restauration de l’Église, et que nous n’avons pas à en avoir la prétention. Ce serait nier le mal qui s’est glissé à l’origine et ce serait par conséquent de l’orgueil et de l’inconscience. Nous devons avoir conscience de ce que l’ennemi a fait au milieu des croyants, de ce qu’il a continué à faire et de ce que nous avons laissé faire. C’est une chose solennelle de penser que dans le vase du témoignage chrétien se sont introduits des éléments qui étaient du mal. Le témoignage est en ruine et c’est une saine pensée que d’en être convaincu, alors qu’autour de nous il y a souvent des rêveurs qui prétendraient bâtir un témoignage analogue à celui du commencement.

Deux caractères essentiels de ces rêveries se constatent dans la chrétienté : d’une part, la superstition, et d’autre part, le rationalisme, les deux produisant des effets analogues, savoir l’éloignement de Dieu et la corruption.

« Ceux-ci », qui injurient ainsi les dignités, ne sont pas des païens ; ce sont des gens qui ont été imprégnés du christianisme et qui vivent au sein de la sphère chrétienne. Nous voyons cela tous les jours. On jure au nom de Dieu, au nom du diable, indistinctement, sans crainte. Nous trouvons dans cette épître plusieurs fois « sans crainte ». L’absence de crainte, ou l’affaiblissement du sentiment de la crainte, même chez les croyants, est un des signes les plus marquants de ces derniers jours, beaucoup plus marquant qu’un fléchissement quant à la connaissance. Ils faisaient des festins avec les fidèles, « sans crainte », mêlant le bien et le mal. Combien de gens aujourd’hui ont fait, comme on dit, leur première communion, ont été plus ou moins élevés au contact de la Bible jusqu’à dix, douze ou quinze ans, puis jettent tout par-dessus bord et injurient Dieu, le diable, tout ce qui est au-dessus d’eux, dans une folie qui se généralise.

Le chrétien doit trancher au milieu de cette masse. Si Dieu nous a appris comment les choses se sont passées, comment le mal s’est introduit, cela nous rejette sur Lui pour que nous fassions, en effet, contraste. Dans les Psaumes, ces petits mots « mais moi » sont souvent répétés en contraste avec les méchants, ceux qui ne craignent pas Dieu et vivent dans l’impiété. Il est humiliant de penser que nous avons gâté tout ce que Dieu a mis entre nos mains. Si le témoignage est dans un état de ruine bien grande, nous en avons chacun notre part de responsabilité ; il faut que nous le confessions et que nous en menions deuil. Cela rappelle ce que le Seigneur enseigne dans les Évangiles : le mal a été introduit, ceux qui avaient la responsabilité de veiller dormaient et l’ennemi a fait son travail. Dans quelle mesure n’avons-nous pas dormi et ne dormons-nous pas ?

Si ce que le Seigneur a suscité au siècle dernier était déjà appelé un témoignage de la ruine, de sorte que l’humilité caractérisait cette attitude dictée par la piété, que devrions-nous dire aujourd’hui ? C’est la ruine de cette ruine. Combien nous pouvons demander au Seigneur qu’Il nous donne de le prendre à cœur. Que de fois, si on se laissait aller, on dirait : Il ne faut pas s’occuper de ces tristes choses. Et pourtant la Parole nous en occupe pour nous avertir ; la vigilance est nécessaire toujours. On ne peut pas faire fond sur l’homme, chrétien ou non, et le Seigneur avertit, par Jude et par d’autres apôtres, que le mal le plus grave aura lieu à la fin, et au sein du christianisme ; Dieu ayant donné sa Parole, son Esprit, la révélation totale de sa pensée, l’homme se corrompt. Il ne faut pas que nous soyons ignorants de ce dont nous sommes capables, parce que, alors, ce sont des surprises douloureuses. Notre ressource c’est le Seigneur. Il nous faut prier beaucoup le Seigneur pour qu’Il se souvienne de son témoignage, et de sa propre gloire. Nous verrons plus loin l’attitude que les fidèles peuvent avoir à prendre à l’égard de cet état de choses. Ils ne sont pas nécessairement passifs, au contraire : « Les uns qui contestent, reprenez-les, les autres sauvez-les ». Mais pour qu’ils puissent avoir cette attitude positive et active, nous verrons qu’ils doivent s’édifier eux-mêmes sur leur très-sainte foi. Pour le moment c’est le tableau du mal qui est présenté ; l’attitude convenable aux fidèles sera donnée ensuite. Quoi qu’il en soit, au milieu de cette ruine, gardons-nous de découragement. S’il s’agissait de chercher la force en nous, hélas, nous n’arriverions à rien ; mais il faut regarder au Seigneur qui est capable de nous amener jusqu’au bout sans que nous bronchions. Quel jugement de soi-même dans toutes ces choses ! Dieu veut nous rappeler la position qu’Il nous a donnée : le vrai nazaréat.

 

11   Jude 11

« Malheur à eux, car ils ont marché dans le chemin de Caïn, et se sont abandonnés à l’erreur de Balaam pour une récompense, et ont péri dans la contradiction de Coré ».

 

Veillons donc afin de ne pas tomber dans les trois pièges que nous signale le v. 11 : le chemin de Caïn, l’erreur de Balaam, la contradiction de Coré.

En contraste avec Abel qui avait compris qu’il fallait une victime, Caïn a offert ce qui venait de l’homme, de son cœur, de son propre travail ; sa propre imagination l’avait conduit à offrir le fruit du sol maudit. Il fut jaloux de ce que son frère avait  offert, et il le tua. C’est la « chair religieuse », qui se manifeste bien avant la loi ; qu’elle soit païenne, juive, israélite ou qu’elle soit chrétienne, quelle que soit la religion qui l’imprègne, la chair produit toujours la même chose.

Quelle profondeur dans la déclaration si simple donnée dans Jean : « Pourquoi Caïn tua-t-il son frère ? Parce que les œuvres de son frère étaient justes et que les siennes étaient mauvaises ». Le sentiment qu’Abel faisait bien avait poussé Caïn à frapper son frère. L’homme a haï le Seigneur pour cette raison-là seulement ; les œuvres du Seigneur étaient toutes parfaites et c’est à cause de cela qu’on l’a mis à mort. Aujourd’hui, dans la chrétienté, plus le chrétien sera fidèle, plus ses œuvres seront bonnes selon Dieu et plus se montrera l’inimitié de la chair contre ce qui est de Dieu. C’est là un fait lié à la nature même de l’homme ; elle hait Dieu et ceux qui sont de Dieu. Cette même haine a animé beaucoup de persécuteurs des croyants dans tous les temps depuis que l’épître de Jude a été écrite. Combien de gens qui se réclamaient de Dieu ont allumé des bûchers par haine pour les vrais chrétiens ! Ils ont marché dans le chemin de Caïn et il peut en être ainsi à des degrés bien divers sans qu’on aille jusqu’au meurtre.

On lit en Romains 8:7 : « La pensée de la chair est inimitié contre Dieu ». Ce n’est pas seulement la chair chez les autres, c’est la chair chez moi d’abord. Il faut toute la puissance de Dieu pour nous faire accepter une telle réalité ; mais quelle grâce et quelle délivrance quand nous avons reçu une nouvelle vie et que nous restons près de Dieu, aimant Dieu !

Hélas, le mal ne s’arrête pas à suivre le chemin de Caïn : « Ils se sont abandonnés à l’erreur de Balaam pour une récompense ». Ici le mal prend une tournure ecclésiastique, car Balaam était un prophète, mais un prophète qui, au lieu de rester devant Dieu, de dépendre de Lui, convoitait une récompense et ne craignait pas de suivre, pour l’obtenir, des voies qui sont appelées « l’erreur ». Pour lui le tout était d’avoir sa récompense, la vérité n’avait aucun prix. C’est là un terrain où se plaît l’homme naturel : prendre une religion, des apparences, sans se préoccuper de mettre les âmes en contact avec la vérité ; le tout est d’avoir son salaire. Balaam a fait beaucoup de mal au peuple de Dieu. Il est sérieux de penser qu’un prophète qui n’accomplit pas son service sous le regard de Dieu, non seulement tombe, mais en fait broncher d’autres. L’apôtre Pierre parle lui aussi du chemin de Balaam en des termes extrêmement énergiques.

L’appât du gain a conduit Balaam à deux choses : il pensait maudire le peuple ; et il a entraîné le peuple à la fornication, il a une grande culpabilité dans l’affaire de Péor (Nomb. 31:15). Il s’agit ici du clergé dans ce qu’il a de plus mauvais. On peut dire que tous les mauvais bergers d’Israël dont il est parlé dans les prophètes ont plus ou moins suivi le chemin de Balaam en trompant le peuple pour une récompense. Et les mauvais bergers chrétiens ne font pas autre chose.

Balaam a « enseigné à Balak à mettre une pierre d’achoppement devant les fils d’Israël ». Prenons garde nous aussi à ne pas mettre par notre conduite des pierres d’achoppement devant les enfants de Dieu. Tout ce qui touche à l’activité dans le domaine des choses de Dieu doit être pur de tout motif matériel, à quelque degré que ce soit. Pierre pouvait dire : « Je n’ai ni argent, ni or, mais ce que j’ai, je te le donne ». Paul aurait pu recevoir des biens des saints, le salaire du « bœuf qui foule le grain » ; mais il refuse de le recevoir. « Je n’ai convoité, dit-il, ni l’argent, ni l’or, ni la robe de personne ». Il y a là un enseignement que nous avons à ne pas perdre de vue. « À la fin des temps ils s’amasseront des docteurs selon leurs propres convoitises » : les bergers seront dignes du troupeau. Le serviteur doit servir en étant absolument pur dans tous ses motifs et inversement on doit veiller à ne le corrompre en aucune manière. Cette corruption peut commencer à l’égard des choses matérielles, mais s’étendre aussi à l’activité spirituelle et c’est peut-être plus dangereux. On a plus d’une fois fait la perte d’un serviteur en le flattant. Un serviteur de Dieu est à traiter « d’une manière digne de Dieu » (3 Jean 6), mais ce n’est pas par des flatteries qu’on l’honorera, mais plutôt en marchant soi-même d’une manière digne de Dieu et qui montrera que son service a été profitable.

L’apôtre Paul pouvait dire qu’il n’avait pas falsifié la Parole de Dieu. Il n’en cachait pas une partie car il n’était gouverné ni par la crainte, ni par l’intérêt. Ces considérations-là nous sondent et cela est bon pour nous faire garder le sain enseignement.

Ce qui fait que Balaam est tombé dans cette erreur, avons-nous dit, c’est qu’il ne se tenait pas dans la présence de Dieu. Il ne pouvait pas dire comme Élie : « L’Éternel devant qui je me tiens est vivant ». Il est dit en Nombres 24:1 qu’il allait « à la rencontre des enchantements ». La Parole de Dieu ne lui suffisait pas, il lui fallait quelque autre chose ; ce n’était pas un cœur droit, et l’ennemi a aisément trouvé le moyen de le faire broncher en lui faisant désirer une récompense que du reste il n’a jamais eue. Il est sérieux qu’un serviteur de Dieu soit exposé à une pareille « erreur ».

Un serviteur est le serviteur de tous, mais ce qu’il n’a pas le droit de faire, c’est d’altérer la vérité ; elle n’est pas à lui. Il dépend de Dieu, se fait tout à tous autant que possible, mais il est esclave de Dieu seul ; « si je cherchais à plaire à des hommes, je ne serais pas un esclave de Christ », disait Paul.

Dans 2 Pierre 2:15 il est dit : « Ayant laissé le droit chemin, ils se sont égarés ayant suivi le chemin de Balaam... qui aima le salaire d’iniquité ; mais il fut repris de sa propre désobéissance ». Quel contraste saisissant entre ces hommes qui font des discours avec un semblant de vérité pour avoir un salaire, et les serviteurs de Dieu dont il est dit : « Combien sont beaux... les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles » ! Voilà des hommes dont la marche est conforme à cet évangile ; combien est belle la marche de tels serviteurs de Dieu qui annoncent l’évangile, mais aussi qui en jouissent, qui le vivent.

L’apogée du mal arrive avec ce qui est appelé « la contradiction de Coré ». Coré était au service du sanctuaire, c’était un lévite, mais il ne se contentait pas de ce que Dieu lui avait départi ; il convoitait une charge dont Dieu ne l’avait pas investi. Alors il y a eu rébellion, et devant l’excessive gravité de ce péché Dieu a exercé un jugement terrible.

La révolte de Coré est une figure de ce que fera l’antichrist. Il était en révolte ouverte contre Moïse, roi en Jeshurun (Deut. 33:5) et contre Aaron, le souverain sacrificateur. Ces deux caractères sont ceux de Christ, il est à la fois roi et sacrificateur, et ce sont ces caractères de Christ que la rébellion ouverte nie et niera, mais cela se montrait dès le temps de Jude. Depuis longtemps on a nié les titres de Christ ; on a parlé et écrit contre ces titres, établis et définis par la Parole de Dieu. Telle est la contradiction de Coré. Caïn, c’est l’inintelligence de la chair ; Balaam, la cupidité et la corruption ; Coré, l’audace, la révolte ouverte contre Dieu et contre Christ.

Aujourd’hui il serait très facile de trouver des faits portant le caractère de cette contradiction de Coré ; on nie les Écritures, on lutte contre les Écritures, on s’attaque ouvertement à Christ. Voilà dans quelle atmosphère nous baignons tous les jours dans le monde ; heureusement nous avons un autre air à respirer.

Pour éviter le jugement qui tombait sur Coré et sur ceux qui étaient avec lui, il fallait s’éloigner de leur demeure. Ceux qui restaient à côté d’eux ont été engloutis avec eux. Il faut s’en séparer ; c’est ce que Dieu nous demande, la séparation du mal. Quel jugement solennel : la terre les engloutissant vivants ! Coré n’était pas seul : deux cent cinquante autres qui présentaient l’encens furent consumés. L’affaire n’a pas été réglée entre Moïse et Aaron d’une part et Coré de l’autre, l’affaire a été réglée par Dieu ; le sort de ces âmes est l’affaire de Dieu. De sorte que s’il se rencontre des personnes privilégiées comme l’était Coré, qui à un moment donné se sont rebellées contre l’autorité de Christ, on n’a pas à les attaquer, mais à s’en séparer. Nous nous imaginons quelquefois que nous pouvons, dans quelque mesure, arracher un Caïn à son chemin, ou un Balaam à son erreur, ou un Coré à son audace. Il n’y a rien à faire, sinon présenter Christ. Il suffit d’aborder ces états d’âme lorsqu’on en a l’occasion pour se rendre compte à quelle puissance on a à faire, et qu’il faut la puissance de Dieu pour briser un cœur dans cet état et ouvrir les yeux de ces aveugles. Il faut la conversion. Souvenons-nous que nous n’avons pas à user d’armes charnelles, mais des armes de Dieu pour amener toute pensée captive à l’obéissance du Christ. Mais c’est Dieu qui fait l’œuvre.

 

12   Jude 12 et 13

« Ceux-ci, ils sont des taches dans vos agapes, faisant des festins avec vous sans crainte, se repaissant eux-mêmes : nuées sans eau, emportées par les vents ; arbres d’automne, sans fruit, deux fois morts, déracinés ; vagues impétueuses de la mer, jetant l’écume de leurs infamies ; étoiles errantes, à qui l’obscurité des ténèbres est réservée pour toujours ».

 

Maintenant Jude prend quelques figures dont chacune donne un côté de la manière d’être de ces hommes qui s’introduisent au milieu des chrétiens. « Ceux-ci », en contraste avec les fidèles, « ils sont des taches dans vos agapes... » Cette première figure est relative aux repas d’amour fraternel que les saints prenaient ensemble. La joie d’appartenir au Seigneur remplissait leur cœur ; sa personne était l’occupation et le bonheur de tous ; l’amour présidait à ces agapes sous le regard de Dieu, dans l’amour pour le Seigneur et l’amour entre frères. L’apôtre dit : Ceux-là viennent à vous, mais ce sont des taches. Ils font contraste et cela de plusieurs manières. D’abord celui qui n’est que professant et n’a pas la vie de Dieu est déjà une tache par nature ; un mort avec des vivants, cela ne va pas ensemble. Puis leur caractère les démasque ; il est dit : « ils font des festins avec vous », ils n’ont aucun scrupule ; ils prennent facilement « le patois de Canaan » sur leurs lèvres, mais en réalité ils ne savent pas prononcer le langage du vrai croyant. Enfin ils sont occupés d’eux, « ils se repaissent eux-mêmes » ; tandis que, dans ces repas d’affection fraternelle, l’un pense à l’autre, a soin de l’autre, matériellement et spirituellement, ceux-là pensent à eux en égoïstes ; c’est le moi, la chair tout simplement.

On trouve la même figure dans 2 Pierre 2:13 : « Mais ceux-ci ... des taches et des souillures, s’abandonnant aux délices de leurs propres tromperies tout en faisant des festins avec vous ».

Ces hommes sont évidemment des taches aux yeux de Dieu, mais il devrait y avoir, chez les vrais croyants, assez de discernement pour les reconnaître ; une tache est manifestée par la lumière. De sorte que ces étrangers sont manifestés comme tels pour ceux qui vivent dans la lumière ; avec du discernement spirituel cela se verrait tout de suite. Au début des Actes, la moindre tache n’aurait pas duré : alors même qu’il s’agissait de vrais croyants, un écart était mis en évidence tout de suite. Aujourd’hui, parce que nous sommes pour ainsi dire noyés dans une masse dite chrétienne, nous avons à prendre garde précisément à cela. C’est un appel qui correspond à l’enseignement de toute l’Écriture vis-à-vis des croyants de tous les temps. Si nous ne connaissons plus guère les agapes au sens propre du mot, par la grâce de Dieu nous connaissons un peu la communion fraternelle, les joies que les saints goûtaient dans ces agapes ; de sorte que l’application morale demeure. Les joies du culte, si nous les réalisons, sont même supérieures à celles de ces agapes. Nous pensons à ce début de la première épître de Jean : « Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ... afin que votre joie soit accomplie ». Nous sommes arrachés à nous-mêmes et l’Esprit produit l’unité en nous nourrissant de Christ.

L’ennemi cherche à gâter le plus possible même des agapes, à enlever l’amour du Seigneur et selon le Seigneur entre les saints pour en faire simplement de la fraternité, quelque chose que l’homme naturel peut imiter ; et cela a un tout autre caractère.

L’épître de Jude ne traite pas ces questions du point de vue ecclésiastique, mais du point de vue moral. Nous trouvons ailleurs les enseignements relatifs à la manière dont, ecclésiastiquement, c’est-à-dire en rapport avec l’assemblée, les saints ont à se comporter. Ici, c’est le côté moral et la ruine morale. D’autres épîtres nous apprennent que les vrais chrétiens n’ont pas à prendre leur parti du mal. Il ne s’agit pas de l’ôter du monde, mais de s’en séparer. Quelque rapide que soit l’avance vers l’apostasie, la séparation du mal est un devoir absolu pour le chrétien et pour l’Assemblée. Paul, en particulier, nous instruit sur la discipline qui conditionne l’existence pratique de cette dernière.

Les agapes sont l’image de la communion : joie commune, amour fraternel alimenté par l’amour de Dieu, tel est le sens et la valeur de ces agapes. Ceux qui sont des taches n’ont pas de vraie communion avec les saints ; il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de communion entre les ténèbres et la lumière. Ces considérations expliquent que les vrais croyants auront toujours l’air d’être intransigeants, mais c’est une question de nature. On nous dit quelquefois : il ne faut pas être trop difficile ; mais nous devons être aussi difficiles que Dieu, c’est une exigence qui n’est pas humaine. Mais cette exigence est celle de l’amour, elle est à l’opposé de la dureté de cœur qui se cache sous le pharisaïsme (Marc 3:5), et elle doit se montrer telle, — la grâce unie à la vérité.

On est heureux de penser au moment où l’on jouira de l’agape éternelle ; lorsque nous serons avec le Seigneur notre bonheur sera la communion avec Lui et avec les saints. Mais ces hommes- là n’ont d’autre souci qu’eux-mêmes, alors que la vie divine a justement cet effet de mettre le moi de côté et d’introduire la communion avec le Seigneur et avec les objets de son amour. C’est pourquoi Dieu fait le nécessaire pour que les saints soient délivrés du moi que nous cultivons si facilement.

La vigilance, relativement à ces taches, s’exerce non seulement à l’égard des éléments qui n’ont pas la vie mais à l’égard de tous ceux qui pourraient dissoudre le témoignage par une influence charnelle ou mondaine. Dans le verset de Pierre déjà cité il est dit « des taches et des souillures » ; nous avons à nous garder de tout ce qui est une souillure, parce qu’un vrai chrétien peut conserver des souillures et par conséquent faire œuvre de corruption.

Nous répétons que l’assemblée n’est plus une sauvegarde absolue comme elle a pu l’être au commencement, quand la présence des apôtres était une garantie et qu’il y avait puissance et sainteté ; toutefois, même aujourd’hui, l’assemblée peut avoir ce rôle protecteur dans la mesure où elle est exercée pour être fidèle ; mais du jour où elle se prête à un fléchissement quelconque, la garantie disparaît.

Le sentiment du témoignage et de ce qu’est l’assemblée doit être de plus en plus sérieux, à mesure qu’on avance. C’est le témoignage pour Dieu, pour Christ, contre Satan, contre le monde : on comprend que ce n’est pas une petite chose et qu’il ne faut pas en mesurer la portée à la faible importance, numérique et autre, de ceux qui le composent, caractère qui le rend méprisable aux yeux des hommes. Heureux sommes-nous si nous avons le sentiment de notre néant, c’est la seule place qui nous convienne ; mais puissions-nous croître dans l’intelligence de ce que l’assemblée est pour Dieu et pour Christ. Ce qui lui donne son importance, ce n’est ni le nombre, ni la qualité des personnes qui sont là, mais la présence de Dieu, du Seigneur et du Saint Esprit. Si nous avons la conscience que le Seigneur est là, nous aurons celle que ses caractères doivent être maintenus. Être assemblés au nom de Jésus demande et implique beaucoup d’exercice, parce qu’il faut que la chose corresponde à la Personne qui est le centre du rassemblement. Il ne suffit pas de lire et de rappeler Matthieu 18:20, il faut le réaliser. Mais le Seigneur peut abandonner un rassemblement ; c’est arrivé. Alors le rassemblement avec son témoignage est pratiquement dissous de ce fait même.

La deuxième image, « nuées sans eau, emportées par les vents » est simple, mais combien expressive. La terre a besoin de pluie ; que faut-il pour qu’elle soit abreuvée ? un nuage contenant de l’eau. Or, voici des hommes en contact avec des âmes qui ont des besoins, ils ont l’apparence et la prétention de porter de l’eau, mais, hélas, ils n’ont jamais été à la source pour eux-mêmes et par conséquent ils ne pourront pas abreuver les autres. « Emportées par les vents » : rien de stable. Il ne faut pas aller loin pour en trouver des applications, mais ne manquons pas de nous l’appliquer aussi à nous parce qu’il peut nous arriver de revêtir ce caractère de nuée sans eau ; il faut puiser d’abord pour pouvoir rafraîchir ; il faut avoir bu une fois d’abord pour soi-même et boire toujours. « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son ventre ». Sinon les mots que l’on prononce sont secs. Le Seigneur était toujours prêt à abreuver ; la Samaritaine l’a su. Un service confié à l’assemblée nous est présenté à ce sujet à la fin de l’Apocalypse : « Que celui qui a soif vienne ; que celui qui veut prenne gratuitement de l’eau de la vie ». Combien de personnes parlent des choses de Dieu, parlent du Seigneur sans que les âmes innombrables auxquelles elles s’adressent reçoivent aucune bénédiction ! Heureusement Dieu sait arroser sans se servir de personne, quand Il le veut. Mais combien nous avons à désirer d’être le moyen d’apporter à d’autres l’eau vivifiante dont nous buvons nous-mêmes ! Quel précieux service et quelle responsabilité !

Puis vient la troisième figure : « arbres d’automne, sans fruit, deux fois morts, déracinés ». Si c’était au printemps, on pourrait espérer du fruit ; mais ici la saison est arrivée où le fruit devrait être manifesté, et il n’y en a pas. Pourquoi, alors que le Seigneur dit : « en ceci mon Père est glorifié, c’est que vous portiez beaucoup de fruit » ? C’est parce que : « séparés de moi vous ne pouvez rien faire ». Ces pauvres âmes n’ont jamais été en contact avec le Seigneur ; elles ne sont que du bois mort. Si au printemps il y a eu une certaine apparence de profession, maintenant que le temps est révolu la preuve est faite que la vie n’y est pas. Deux fois morts : ils étaient morts par nature, comme enfants d’Adam et ils le sont aussi quant à leur profession ; combien c’est triste ! Mais la grâce de Dieu nous a donné de connaître autre chose que ces âmes-là qui enseignent et qui n’ont jamais bu à la source ; quelle grâce d’avoir été amenés là où Dieu fait son œuvre !

« Ceux-ci » sont encore comparés aux « vagues impétueuses de la mer, jetant l’écume de leurs infamies ». Ce sont des personnes qui ne sont pas assises sur le roc. Les vagues caractérisent l’agitation. Quand la mer est agitée les vagues viennent se briser sur le récif. Ces cœurs qui n’ont jamais su ce qu’est l’amour du Sauveur et qui n’ont jamais, hélas, goûté pour eux-mêmes combien il fait bon de connaître le Seigneur Jésus n’ont pas la paix ; ils n’ont aucune ressemblance avec Marie qui, dans la tranquillité, était assise aux pieds de Jésus. Ils ont bien de l’activité en apparence, mais c’est une activité charnelle ; le résultat ne peut être que la mort pour eux et pour ceux qui les écoutent. Dans Ésaïe 57:20 on lit : « Mais les méchants sont comme la mer agitée, qui ne peut se tenir tranquille et dont les eaux jettent dehors la vase et la boue. Il n’y a pas de paix, dit mon Dieu, pour les méchants ».

Un second trait de cette image est que l’activité de telles gens se traduit par du mal : « ils rejettent dehors la vase et la boue », ils jettent « l’écume de leurs infamies ». L’absence de la connaissance de Dieu entraîne fatalement l’instabilité morale, l’agitation, le trouble, et puis un moment ou l’autre et d’une façon ou d’une autre, du mal. La profession chrétienne ne protège pas du mal.

Il faut la foi pour pouvoir démasquer de telles gens ; l’homme naturel se laisse volontiers influencer par ce qu’ils disent, tandis que la foi sait bien discerner ce qu’ils sont. Il est humiliant de penser que parmi les vrais chrétiens aient pu se glisser de telles personnes ; nous nous sommes endormis, et l’ennemi a semé l’ivraie ; il faut que nous sachions discerner ce mélange qui existe dans la profession chrétienne. La Parole montre que la foi a ce discernement ; c’est ce que nous trouvons dans la deuxième épître à Timothée : « Qu’il se retire de l’iniquité, quiconque prononce le nom du Seigneur » ; et non seulement elle peut discerner l’iniquité, mais elle peut aller « avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur ». Dans le système chrétien où nous nous mouvons, ne trouve-t-on pas des conducteurs qui se laissent influencer par tous les vents politiques ou religieux, manquant de cette assise que donne la connaissance de Dieu ; qui ne prennent pas le temps d’écouter et d’apprendre ; qui veulent tout de suite enseigner et ne restent pas à l’école de Dieu parce qu’ils n’ont jamais connu ni Dieu ni son école ? De sorte qu’on est frappé du vide qui caractérise la masse des enseignements donnés dans toute la chrétienté ; on en souffre beaucoup ; on sent très bien qu’il n’y a pas l’arrosage que la foi désire. La littérature chrétienne est très abondante aujourd’hui mais elle s’est éloignée de la source. Elle n’arrose pas ou peu. Plus l’on compare ces enseignements avec ce que la Parole de Dieu nous donne — le vrai chrétien, celui qui a la vie de Dieu, en a vite fait l’expérience — plus on peut demander au Seigneur qu’Il nous tienne attachés à sa Parole, et le bénir de ce qu’Il veut nous y tenir. Il importe avant tout que la Parole soit lue, car la personne du Seigneur est présentée par la Parole. Ne ferions-nous que la lire, tout est là.

Notre sauvegarde, c’est ce que Paul écrivait dans 2 Tim. 3:14-17 : « Mais toi, demeure dans les choses que tu as apprises et dont tu as été pleinement convaincu... qui peuvent te rendre sage à salut par la foi qui est dans le Christ Jésus », et : « Toute écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et parfaitement accompli pour toute bonne œuvre ». Il n’est pas besoin de couper les feuilles de beaucoup de livres et nous risquons de perdre du temps en le faisant.

Ce ne sont pas les qualités extérieures qui font le serviteur. Celui-ci doit présenter Christ et nourrir le troupeau. Quel malheur si nous nous attachons à l’apparence et si nous abandonnons l’essentiel ! Quel bonheur lorsqu’un frère présente Christ ! Fasse le Seigneur qu’il en soit toujours ainsi. Soyons conservés dans cette heureuse simplicité ; il y aura liberté de l’Esprit, arrosage, bénédiction, paix.

Dans le dernier tableau, les hommes contre lesquels Jude nous met en garde sont comparés à des « étoiles errantes à qui l’obscurité des ténèbres est réservée pour toujours ». Une étoile émet de la lumière. Elle est placée par Dieu selon un ordre voulu pour luire en un endroit voulu ; ici, hélas ! il n’y a que ténèbres. Elles sont errantes ; on ne peut pas se fier à leur position ; elles changent et moralement cela dit beaucoup. On trouve cette image dans l’Apocalypse plusieurs fois ; des étoiles tombent, elles ont perdu toute autorité morale ; elles font venir des désordres inouïs, perdent leur caractère et laissent les masses désemparées. Ces chefs religieux, ici, sont tels ; un professant sans vie n’a pas une ligne de conduite suivie, une doctrine suivie. Au cours de sa vie il a le temps de varier bien des fois. On ne peut donc pas faire fond sur la doctrine et l’exemple qu’il donne. Leurs propres pensées et les circonstances les dirigent alors qu’un chrétien ne doit être dirigé que par Christ. Un chrétien devrait être comme une étoile à sa place, de position invariable, qu’il s’agisse de la doctrine, de la marche, de la tenue morale, — une étoile permanente dans sa lueur.

Ces étoiles errantes sont en contraste bien frappant avec ceux dont il est dit : « Considérant l’issue de leur conduite, imitez leur foi ». Voilà des étoiles qui sont restées à leur place. Cela fait penser à Hébreux 11 où une pléiade d’étoiles brillent, chacune à sa place, d’un éclat céleste et divin. Dans Philippiens 2:15 il est dit que les croyants reluisent comme des luminaires parmi une génération tortue et perverse et dans Éphésiens 5:8 « Vous êtes lumière dans le Seigneur ». Prions pour que ce caractère ait la fixité désirable en chacun de nous et que nous ne soyons pas un feu intermittent ni errant. Cela rappelle aussi les sept étoiles des sept assemblées : les sept étoiles sont les sept anges, chaque étoile ayant sa responsabilité propre dans l’assemblée correspondante. Si dans l’une des assemblées l’étoile est errante, c’est à elle que le Seigneur s’adressera en premier lieu parce qu’il parle aux anges des assemblées.

Et quelle triste fin pour ces étoiles errantes ! « L’obscurité des ténèbres leur est réservée pour toujours ». Point de lumière ; tout est ténèbres, et pour toujours.

 

13   Jude 14-16

« Or Énoch aussi, le septième depuis Adam, a prophétisé de ceux-ci, en disant : Voici, le Seigneur est venu au milieu de ses saintes myriades, pour exécuter le jugement contre tous, et pour convaincre tous les impies d’entre eux de toutes leurs œuvres d’impiété qu’ils ont impiement commises et de toutes les paroles dures que les pécheurs impies ont proférées contre lui. Ceux-ci, ils sont des murmurateurs, se plaignant de leur sort, marchant selon leurs propres convoitises (tandis que leur bouche prononce d’orgueilleux discours), et admirant les hommes en vue de leur propre profit ».

 

Les versets 14 à 16 nous donnent une révélation faite à Énoch ; déjà de son temps Dieu lui avait accordé de voir le jugement de ces impies et il avait prophétisé à ce sujet. Il est frappant qu’il faille arriver à l’avant-dernier livre de la Parole de Dieu pour savoir ce que Dieu a révélé en son temps, dès avant le déluge, sur l’homme impie et sur les conséquences de son impiété.

L’unité de la Parole de Dieu et la puissance de l’Esprit de Dieu brillent ainsi d’un vif éclat : par l’Esprit Jude remonte dans le passé jusqu’à Caïn ; par le même Esprit de Dieu Énoch avait plongé dans l’avenir ; l’un et l’autre n’ont pu écrire et parler que par cette puissance de l’Esprit de Dieu. Nous ne pouvons considérer les Écritures que par le même Esprit. Les pensées de Dieu ne varient pas ; Il connaît le mal, Il le juge et son verdict, malgré le temps, n’a pas varié.

En contraste avec Noé qui a traversé le jugement, Énoch a été enlevé au ciel. Cet homme béni dont l’enlèvement parle à nos cœurs d’une manière particulière, connaissait aussi le jugement qui allait atteindre les hommes impies. Le mal se commet ; quelquefois il semble que Dieu ne s’en occupe pas, parce qu’Il patiente ; mais quand l’heure du jugement sonne, on ne peut y échapper. On ne se moque pas de Dieu.

Il est dit d’Énoch qu’il a marché avec Dieu trois cents ans ; comme il marchait avec Dieu, il a pu avoir sa pensée. Si nous marchons aussi avec Dieu, nous pourrons connaître sa pensée qu’Il nous révèle dans sa Parole. Nous sommes arrivés à la veille du jugement qui va fondre sur le monde quand l’apostasie sera pleinement révélée. Veillons à garder la pensée de Dieu afin que nous ne soyons pas comme ceux sur qui tombera le jugement ; nous n’aurons aucune excuse à faire valoir si nous ne marchons pas dans les pensées de Dieu.

Énoch vivait alors qu’Adam vivait encore et Dieu lui a, dès ce moment, révélé la venue du Seigneur. Il a grandement honoré cet homme de plus d’une façon ; mais soyons certains que marcher trois cents ans avec Dieu ne devait pas être plus facile à ce moment-là qu’aujourd’hui. Dans Hébreux 11 il est dit : « Par la foi Énoch fut enlevé pour qu’il ne vît pas la mort... il a reçu le témoignage d’avoir plu à Dieu... Or sans la foi il est impossible de lui plaire ». Quel beau témoignage ! Est-ce que cela pourrait être dit de chacun de nous ?

C’est une triste histoire que celle de l’homme. Dieu a dû parler de jugement si tôt, et en parler si tard, en parler de tous les temps. La patience de Dieu est bien grande, mais un moment vient où elle prend fin. Il est remarquable qu’Énoch dans sa prophétie ne s’arrête pas au déluge : il annonce un jugement de la fin. C’est une prophétie qui s’applique au jugement de la chrétienté ; ceux qui seront jugés à la fin seront moralement les mêmes que ceux de tous les temps, et du temps d’Énoch en particulier.

Le jugement commence par la maison de Dieu. C’est solennel ; on parle beaucoup de la grâce ; nous en avons besoin, mais n’oublions pas que Dieu est un Dieu saint, et que si le Seigneur est le Sauveur maintenant, c’est le même qui sera le juge. Il est montré ici comme exécutant le jugement. En effet Dieu ne supportera pas toujours ce qui se passe ; Dieu n’est ni sourd, ni aveugle, ni indifférent. Les croyants désirent que ce jour arrive, puisque la terre connaîtra enfin la justice et le repos, et on en a soif même pour la terre. « Car lorsque tes jugements sont sur la terre, les habitants du monde apprennent la justice » (Ésaïe 26:9). Ils ne l’apprennent pas avant.

Énoch a prophétisé cette scène solennelle du jugement, mais Dieu lui a accordé aussi la grâce de voir le Seigneur « au milieu de ses saintes myriades » ; c’est bien réjouissant parce que si, d’un côté on voit le mal, dans ceux qui font le mal, d’un autre côté on voit le travail de Dieu et ceux qu’Il aura recueillis et qui accompagneront le Seigneur. S’il y a une telle séparation entre les deux classes, nous devons avoir le désir de maintenir cette séparation morale dans le temps présent. Nous serons avec Celui qui jugera. Un moyen d’ailleurs de rendre service à ceux qui risquent d’être jugés c’est de rester séparés d’eux.

Le verset 16 montre que ces hommes ne sont pas heureux. Ils murmurent et se plaignent toujours. Le chrétien a la possibilité de vivre tranquille, paisiblement ; il peut être content et il a bien raison de l’être dans l’amour dont il est entouré et dont il est aimé. « Ceux-ci sont des murmurateurs », qui ne savent même pas apprécier les bénédictions que Dieu a mises à leur portée ; ils n’en profitent pas et pourtant ce sont des professants chrétiens responsables de la connaissance chrétienne.

Ils font profession d’être conduits par un idéal très élevé, « ils font d’orgueilleux discours » alors qu’en réalité ils sont tout simplement menés par leurs convoitises. On veut être un chrétien distingué. Un chrétien ne devrait avoir qu’une ambition : faire toujours la volonté du Seigneur. « Le monde s’en va et sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement ».

La fin de notre verset montre encore qu’ils flattent les autres, « ils admirent les hommes en vue de leur propre profit ». Ils flattent mensongèrement pour recevoir.

Quelle chose que Dieu descende dans cet abîme ! « Mais Dieu constate son amour envers nous en ce que lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous ».

 

14   Jude 17-19

« Mais vous, bien-aimés, souvenez-vous des paroles qui ont été dites auparavant par les apôtres de notre Seigneur Jésus Christ, comment ils vous disaient que, à la fin du temps, il y aurait des moqueurs marchant selon leurs propres convoitises d’impiétés ; ceux-ci sont ceux qui se séparent eux-mêmes, des hommes naturels, n’ayant pas l’Esprit ».

 

Le commencement de cette lettre montre la progression du mal jusqu’à la fin, c’est-à-dire l’apostasie ; maintenant l’apôtre Jude s’adresse aux « bien-aimés », pour ouvrir devant eux les ressources qui sont à même de faire face à tout ce mal ; il montre comment les croyants peuvent être gardés et sont gardés. Non seulement il leur fait discerner tout ce qui se trouve dans ce monde pour en comprendre les caractères, mais Il donne, heureusement, ce qui est nécessaire pour marcher avec Dieu ; le remède est là, mais il faut l’employer.

Comme nous l’avons déjà remarqué, les premiers mots que nous trouvons, « mais vous », répétés au verset 20, sont en contraste avec l’expression employée précédemment en parlant de ces hommes qui se sont glissés parmi les chrétiens et qui sont appelés « ceux-ci ». Heureux qui peut se ranger dans cette catégorie des « bien-aimés ». Dans Daniel 10:11 Dieu ne trouve pas un autre nom pour qualifier son serviteur qui était dans la stupeur devant la révélation des conseils de Dieu. Il dit : « Daniel homme bien-aimé ». Il reconnaît ainsi la fidélité de Daniel et montre combien Il y attache d’importance. C’est le même titre que Dieu a donné à son Fils : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », et : « Il nous a rendus agréables dans le Bien-aimé ».

La première chose que les « bien-aimés » sont exhortés à garder, c’est la Parole de Dieu, cette parole que nous avons entendue. Le mal est grand, il va toujours en grandissant jusqu’à la fin, il ne faut pas attendre une amélioration, bien au contraire. Mais il y a une ressource pour tous les temps ; c’était celle d’hier, c’est celle d’aujourd’hui et ce sera celle de demain. C’est la parole immuable de Dieu. Si le mal y est appelé par son nom, il y a aussi la contrepartie : ce qui nous en garde.

Jude n’enseigne pas quelque chose de nouveau ; il renvoie à ce que les saints connaissaient déjà ; au verset 5 il disait : « Vous qui une fois saviez tout », et au verset 17 « souvenez-vous des paroles... », de même que l’apôtre Jean dit au début de la première épître « ce qui était dès le commencement... » Il n’y a rien de nouveau pour nous ; ce qui était au commencement c’est ce que nous devrions savoir, garder dans nos cœurs et aussi pratiquer.

Il est dit à Philadelphie : « Tu as gardé ma parole, et tu n’as pas renié mon nom ». C’est une grande grâce, et donc une responsabilité d’avoir entre nos mains tout ce qui est nécessaire pour être gardés du mal et du monde. Dieu, dans sa grâce, nous rappelle ces choses parce que trop souvent nous les oublions. Il ne fait pas de reproche à ses « bien-aimés » : il les avertit.

La première sauvegarde des saints c’est donc, peut-on dire, ce titre de bien-aimés que nous avons déjà trouvé dans le premier verset où il est dit « bien-aimés en Dieu le Père ». Avant de décrire le naufrage, l’apôtre présente ceux qui sont à l’abri ; puis, après avoir terminé le triste tableau, il leur parle à nouveau. N’ont-ils pas ressenti, en présence de toutes ces misères, et de tous ces succès de l’ennemi, que le repos et la sécurité sont seulement en Dieu lui-même et dans sa Parole ? Plus on ira, plus il faudra de foi et de fermeté pour garder simplement la parole du commencement et résister à la tendance à moderniser même la Parole de Dieu et, plus ceux qui auront la foi auront à se souvenir des paroles des apôtres, des paroles du Seigneur. Ce n’est pas toujours facile puisque l’apôtre Jude parle, dès son début, de « combattre pour la foi ». Notre sécurité absolue c’est la pure grâce de Dieu ; le moyen d’en jouir c’est de garder sa parole, de ne s’en écarter à aucun prix. C’est ce que l’apôtre Paul avait réalisé : dans 2 Tim. il dit « J’ai combattu le bon combat... j’ai gardé la foi ». Il était demeuré fidèle, non sans peine, ni souffrances.

Le témoignage de Dieu est un témoignage de résidu, de reste, de petites choses, de petit nombre. Le titre des saints ici, ce n’est pas leur force, c’est la place que Dieu leur a donnée, la grâce qu’Il leur fait. Dieu a parlé du mal à ses bien-aimés.

On entend dire quelquefois qu’il ne faut pas s’occuper du mal. Combien il serait souhaitable de n’avoir pas à le faire ! Le repos, c’est d’être occupé du bien. Hélas, le mal est là, Dieu doit s’en occuper et les saints sont obligés quelquefois de s’en occuper et de ne pas croire que tout est bien, ni en eux ni autour d’eux. Mais Dieu, pour les encourager, s’adresse aux croyants avec la tranquillité de celui qu’aucun mal ne touche et qu’aucune difficulté ne trouble.

Il leur dit que, « à la fin du temps », les fidèles se trouveraient environnés de gens qui traiteraient le christianisme comme une doctrine périmée et comme un essai qui a fait faillite. Ce sont là des choses que nous entendons. Nous n’avons pas à en être surpris : l’apôtre Pierre nous a déjà appris qu’ « aux derniers jours des moqueurs viendront marchant dans la moquerie selon leurs propres convoitises » (2 Pierre 3:3). Le tableau qui a été fait de la chrétienté professante justifierait les moqueries des incrédules, mais la foi sait à quoi s’en tenir.

Le chemin du chrétien au milieu de la masse dite chrétienne n’est pas facile. Les difficultés qu’il y faut surmonter s’ajoutent à celles qui tiennent à nos circonstances, à nos épreuves, à nos propres défaillances. Ce sont les temps des eaux basses où la foi est mise à l’épreuve : il y a beaucoup d’écueils partout et il faut la sagesse que Dieu donne pour mener à bien cette navigation périlleuse. Il faut rester comme de petits enfants attachés à la vérité du commencement. Heureux ceux que la grâce de Dieu maintiendra dans la simplicité et la fermeté de la foi, ceux-là n’auront pas perdu leur récompense.

La Parole de Dieu a été donnée complète. En elle est la ressource pour aller jusqu’au bout malgré tout. Les apôtres du Seigneur Jésus ont dit ce qui était nécessaire pour que la foi soit soutenue et que les chrétiens soient gardés. Pierre montre que non seulement nous devons nous souvenir des paroles des apôtres (dont il était), c’est-à-dire du Nouveau Testament, mais aussi de l’Ancien Testament. Il dit (2 Pierre 3:2) : « Afin que vous vous souveniez des paroles qui ont été dites à l’avance par les saints prophètes », c’est l’Ancien Testament, et « du commandement du Seigneur et Sauveur par vos apôtres », c’est le Nouveau Testament. Donc pour être gardés au milieu du mal il nous faut lire toute notre Bible. On pourrait dire : l’Ancien Testament ne concerne que le peuple juif, donc nous n’en avons pas besoin ; ce serait une totale erreur, car la manière selon laquelle Dieu garde est toujours la même ; il faut rester petit, écouter sa voix, être « celui qui tremble à sa parole ». Demandons dans nos prières que le Seigneur garde les saints dans ce qui leur a été enseigné. Lorsqu’un frère sait ce qu’il en adviendra de la chrétienté et se laisse plus ou moins influencer par un croyant moderniste, il n’a aucune excuse ; il sera terriblement coupable devant Dieu ; il n’a rien compris aux enseignements qu’il a pu recevoir.

C’est une grâce si nous savons rester petits, parce que ce qui ne se voit pas et ce qui est petit aux yeux des hommes, c’est la communion avec Dieu et son approbation. Ils ne s’aperçoivent pas de cela mais il est précieux pour le croyant de savoir qu’il a la pensée de Dieu, qu’il est en communion avec Lui ; alors l’océan peut être houleux, il sait qui tient la barre. En rapport avec la garantie que nous donne la Parole, il est dit : « Les paroles qui avaient été dites auparavant par les apôtres de notre Seigneur Jésus Christ » ; les titres du Seigneur sont rassemblés là pour nous montrer que cette parole est quelque chose de merveilleux, de glorieux.

Les moqueurs « marchent selon leurs propres convoitises d’impiétés » ; il n’y a aucune relation avec Dieu, c’est la propre volonté du cœur naturel qui est en jeu. Ils ne sont pas à l’école de Dieu, tant s’en faut. Ils ont pour guide leur propre pensée ; ce sont des « hommes naturels, n’ayant pas l’Esprit ».

Pour le chrétien il y a une bénédiction réelle et éternelle : le Saint Esprit nous est donné pour être avec nous éternellement. Il est le sceau que nous sommes à Dieu ; il est l’onction ; par lui nous connaissons les choses de Dieu ; c’est un esprit d’adoption par lequel nous crions : Abba Père. Les « hommes naturels » n’ont rien de Dieu. Il ne peut donc y avoir de communion entre les uns et les autres. Combien cela fait apprécier la grâce qui nous a sauvés, convertis, nous a donné une nouvelle vie, donné aussi un cœur simple pour écouter Dieu quand Il nous parle et la foi des petits enfants pour croire ce qu’Il nous dit.

 

15   Jude 20

« Mais vous bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi, priant par le Saint Esprit, conservez-vous dans l’amour de Dieu ».

 

L’amour de Dieu nous prend par la main pour nous conduire au travers des épais brouillards qui envahissent le monde religieux et qui l’envahiront toujours plus. Il est précieux d’avoir une main fidèle qui nous amène avec sûreté au port désiré. La Parole de Dieu est une lampe à nos pieds, et une lampe n’est utile que dans l’obscurité. Si les ténèbres deviennent de plus en plus épaisses, nous avons cette lumière divine, certaine, sûre pour la foi ; malgré tout, Dieu veut nous donner du courage en nous faisant connaître ses ressources infaillibles.

Nous avons déjà remarqué que Dieu nous ramène toujours à toute sa Parole. C’est la connaissance des pensées de Dieu qui déploie devant nous tout ce qu’il en est et tout ce qu’il en sera du mal, mais aussi ce qui nous en préserve. Si nous avions fait attention à la Parole de Dieu, nous aurions été gardés de chutes. Dieu nous parle bien souvent de chutes dans son Livre ; Il le fait avec sagesse. Il nous montre, quand c’est utile pour notre instruction, comment tels de ses bien-aimés, qui pourtant L’ont glorifié d’une manière générale, sont tombés, et quelle a été la cause de leur chute. On pense à un David, qui marcha avec Dieu sauf en quelques circonstances, dont une est particulièrement triste ; alors Dieu nous dévoile le pourquoi. On pense à Salomon qui avait si bien commencé et continué sa vie de croyant. Pourquoi la fin de ses jours devient-elle si sombre ? simplement parce qu’il a oublié quelques versets de la Parole de Dieu qui étaient pourtant bien simples et qu’il devait écrire, puis lire tous les jours de sa vie ; c’est ce par quoi Salomon est tombé. Nous avons besoin de lire humblement mais continuellement la Parole de Dieu ; ainsi notre chemin sera éclairé. Les trois péchés que Salomon a accomplis, par lesquels il s’est laissé prendre se résument dans les versets 17 à 20 de Deut. 17 ; pourtant il était averti de telle manière qu’il ne pouvait pas se tromper.

Dieu ne nous donne pas toujours d’une façon littérale ce que nous ne devons pas faire. Souvent l’enseignement est général, comme dans 1 Jean 2:15 « N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde ». Tous les détails ne sont pas donnés des choses qui sont dans le monde, mais Dieu nous le fait bien comprendre par le simple fait que ce qui est du monde se résume en trois convoitises et que ces choses n’ont aucune communion avec le Père.

La Parole de Dieu forme et éclaire le champ visuel de l’homme de foi : Dieu veut lui faire discerner quelle est sa volonté dans le chemin et les embûches que Satan met devant lui. Mais il faut éviter ces embûches, et la Parole de Dieu nous en rend capables. Si elle est lumière pour éclairer le chemin, elle donne aussi la force pour courir dans le sentier de Dieu.

Nous avons déjà remarqué que Daniel était également un homme bien-aimé. Parce que Dieu lui a révélé un avenir très sombre, que beaucoup de mal devait arriver, il est angoissé, dans la stupeur ; mais Dieu vient lui parler et aussitôt qu’il a entendu la voix il reprend des forces. C’est la voix de Dieu, la Parole de Dieu qui non seulement fait voir le mal, mais donne aussi la force pour le surmonter. Il semble que Dieu nous dit : Les temps deviennent mauvais, l’ennemi fait son œuvre, le mal doit aller en grandissant ; il faut que tu coures dans ce chemin ; mais je te donnerai la force.

« Mais vous, bien-aimés », répète l’apôtre, établissant ainsi qu’au milieu d’un état général mauvais, il y a une exception, un chemin distinct, totalement différent de celui qui a été décrit, et dans lequel les ressources abondent. D’abord : « vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi ». Par la foi le croyant est en relation avec Dieu lui-même ; il est exhorté à faire des progrès dans la connaissance de Dieu, en vivant dans sa sainte présence.

Dans la première épître de Jean les enfants de Dieu sont vus dans une croissance normale ; quand Dieu nous convertit nous sommes de petits enfants ; c’est une position normale ; ils ont quelque chose qui est tout à fait caractéristique pour eux, ils connaissent le Père. S’ils ne s’édifient pas eux-mêmes sur leur très sainte foi, sur leur connaissance de Dieu comme Père, il n’y aura pas de croissance, ils seront dans un état anormal. Mais s’ils s’édifient eux-mêmes, ils croîtront et ils deviendront des jeunes gens ; cela se fera normalement. Pour nous édifier nous-mêmes sur notre très sainte foi, il faut nous nourrir chaque jour de la Parole. Le Seigneur lui-même a dit : « Sondez les Écritures, car ce sont elles qui rendent témoignage de moi ».

La seconde ressource c’est : « Priant par le Saint Esprit ». Que Dieu nous garde de prier autrement. Mais comment reconnaître que l’on prie par le Saint Esprit ? La Parole nous enseigne que le rôle du Saint Esprit est toujours de glorifier le Seigneur, il faut donc que nos prières aient pour but la gloire du Seigneur. Le Saint Esprit agissant en nous, nous détourne du souci égoïste de nous-mêmes et de notre tendance à ne songer, dans nos prières mêmes, qu’à nous-mêmes et à notre bien-être. Mais pour toute demande faite dans la simplicité, avec Christ devant le cœur, il y a réponse. Dans Rom. 8:26, il est dit : « De même aussi l’Esprit nous est en aide dans notre infirmité ». Si nous nous laissons diriger et conduire par lui nous ne ferons que des demandes qui glorifient Dieu.

Nos prières sont toujours faibles et imparfaites parce que nous sommes des vases imparfaits ; c’est une grande grâce que l’Esprit vienne nous aider. Sans lui notre langage, notre manière de penser n’atteindraient pas à Dieu. L’Esprit, lui, a son langage propre ; c’est le soupir dont Dieu connaît toute la signification et qui traduit notre réel besoin ; ce soupir s’échappe de nos cœurs, nous n’avons pas toujours conscience de son importance pour Dieu qui sait discerner tout, et qui répond.

La prière va de pair avec la connaissance du Seigneur. Aussitôt que Paul a été converti, la Parole de Dieu commence à faire son travail ; il est dit : « Il prie ». Cette prière a débuté ainsi : « Que dois-je faire, Seigneur ? » Voilà toute la vie chrétienne.

 

16   Jude 21

« Conservez-vous dans l’amour de Dieu, attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle ».

 

Deux caractères sont maintenant présentés, qui complètent les deux premiers. D’abord, nous sommes exhortés à nous conserver dans l’amour de Dieu. L’atmosphère dans laquelle les bien-aimés se trouvent est celle de l’amour. Quelle douceur de penser à l’amour de Dieu, si grand, si profond, si vaste et qui est cependant pour nous ! Dieu est amour. L’amour du Père et l’amour du Fils ne font qu’un, comme on le remarque en 2 Thess. 2:16 : « Or notre Seigneur Jésus Christ lui-même et notre Dieu et Père qui nous a aimés » ; les deux sont liés en un. Cet amour date de l’éternité passée ; il a été manifesté aussitôt que la création est sortie des mains de Dieu et que l’homme a été là ; la première pensée qui nous est donnée dans Gen. 2, c’est la pensée de l’amour : Dieu entoure de bénédiction ceux qu’Il avait créés et établis sur la terre.

L’amour de Dieu est le terrain immuable sur lequel sont établies notre relation avec Dieu et nos bénédictions ; c’est un amour profond que rien ne peut tarir. Notre amour pour Lui provient de ce que Dieu nous a aimés le premier, il est le fruit de sa grâce en nous, et non une capacité de la chair. Dieu nous a aimés entièrement et gratuitement, en nous donnant son Fils. Puis Il a versé son amour dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné.

Bien que notre amour pour Dieu soit une chose désirable, que la Parole nous enseigne, nous n’osons guère en parler ; il convient bien moins d’en parler que de le réaliser. C’est la nouvelle vie qui aime Dieu et s’attache au Seigneur Jésus d’une manière réelle et profonde, par la puissance du Saint Esprit.

Pour le chrétien Christ est tout. Le Seigneur Jésus disait à ses disciples : « Demeurez dans mon amour ». Il en donne le moyen : avoir constamment cette pensée que l’amour de Dieu est là en activité pour nous. Une des ruses de l’ennemi, nous le sentons dans la marche de chaque jour, c’est qu’il voudrait nous faire voir la main de Dieu séparée de son cœur parce que Dieu exerce la discipline quand c’est utile ; mais même quand sa main nous serre de près pour nous faire lâcher ce qui n’est pas de lui, son cœur dirige toujours sa main. Dans Rom. 8, Dieu nous dit : « Nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu ». Dieu ne dit pas « nous comprenons » — souvent nous ne comprenons pas les voies de Dieu — mais il dit « nous savons ». C’est la confiance entière que le cœur de Dieu s’ouvre pour bénir les saints en toutes circonstances. De sorte que nous sommes dans une atmosphère bienheureuse : « Conservez-vous dans l’amour de Dieu » ; au commencement de l’épître nous avons trouvé « conservés en Jésus Christ » ; c’est l’expression de l’amour de Dieu ; c’est aussi la position dans laquelle Dieu nous a placés. Dans un temps où le mal abonde — car c’est bien là ce que nous ressentons — nous ne pouvons rien faire ; et pourtant le chemin de la foi est certain, tranquille, heureux parce qu’on y marche avec Dieu, on y a sa pensée ; le Saint Esprit dirige et on a la conscience que l’amour de Dieu ne peut manquer puisqu’il nous environne de tous côtés. On n’est pas indifférent au mal, mais confiant dans le cœur de Dieu.

Pour être conservés dans l’amour de Dieu, il faut un exercice incessant ; avoir la conscience et la jouissance de l’amour de Dieu n’est pas une chose qui suive les croyants d’une façon égale. Entre savoir cela et en avoir la conscience, en jouir, il y a une bien grande différence. Ce que veut dire l’Esprit ici c’est d’être conservés dans la jouissance de l’amour de Dieu, la puissance de cet amour, d’en garder dans le cœur tout le prix ; l’expérience de chacun prouve que cela ne se réalise que par « notre très sainte foi » et si nous « prions par l’Esprit ».

Être conservés dans l’amour de Dieu constitue le ressort de la vie chrétienne dans les temps de ruine. Voilà où nous devrions être continuellement. Misère partout, autour de nous et d’abord en nous ; eh bien, l’amour de Dieu peut remplir nos cœurs parce que son cœur à Lui est toujours le même. Mais il faut la foi. Dans les temps de sécheresse générale, Dieu peut maintenir des vases pleins et Il nous exhorte à ce qu’il en soit ainsi pour nous. On peut penser, dans notre temps, au début de l’évangile de Luc. C’était aussi un état de ruine extraordinaire très affligeant ; mais il y avait là quelques âmes qui étaient conservées, des âmes heureuses qui jouissaient de Dieu, et que tous les ravages que l’ennemi avait faits parmi le peuple n’avaient pu abattre.

D’ailleurs, si nous n’avons pas l’amour de Dieu, que nous reste-t-il, et que sommes-nous ?

Cette exhortation, quoiqu’il s’agisse d’un temps de ruine, est collective ; l’Esprit envisage qu’il y en a plusieurs qui sont susceptibles d’entendre ce qu’il a à dire : Conservez-vous, frères et sœurs. Nous devons donc nous demander si nous nous aidons mutuellement à nous conserver dans l’amour de Dieu. Il n’y a pas d’autre moyen que les deux qui nous sont donnés : « vous édifiant sur votre très sainte foi » et en second lieu « priant par le Saint Esprit ». Tout ce qui n’a pas cet exercice pour base ne conserve pas dans l’amour de Dieu, quelles que soient les apparences. Mais on est bien payé de ses peines si, en priant et en s’exhortant, on jouit ensemble de l’amour de Dieu !

Nous ne saurions trop insister sur le fait que, dans les temps extrêmement difficiles où nous sommes, ce qui prime c’est l’amour de Dieu, parce qu’il est la source, l’origine de tout amour vrai. Toutes choses sont précieuses à leur place, et en particulier les démonstrations d’amour fraternel, mais il est beau de voir que, dans ces temps de ruine, c’est l’amour de Dieu qui est présenté comme la ressource de la foi, la sûreté du cœur, le remède à beaucoup de maux. Toutes nos relations fraternelles devraient tendre à nous conserver dans l’amour de Dieu ; elles seront marquées alors par un amour sans égoïsme ni hypocrisie, un amour qui a sa source dans le cœur de Dieu et qui ne pense qu’à la gloire de Dieu et aux intérêts des siens. Que de fois, notre cœur étant vide, nous laissons croire qu’il est plein ; pourtant nous avons la ressource de la prière et de l’édification mutuelle pour que notre cœur soit rempli ; c’est alors seulement qu’il pourra se reporter sur d’autres, dans l’amour de Dieu. Il n’est pas dit que nous soyons amour, parce que la créature ne peut pas l’être ; il lui faut un objet et c’est pourquoi il nous faut puiser à la source de l’amour, qui est Dieu.

Mais soyons encouragés parce que ces choses sont dites à des chrétiens, et, par la grâce de Dieu, nous en sommes ; elles sont dites à des chrétiens dans des temps de ruine, et nous y sommes. Que le désir de chacun soit de jouir beaucoup de l’amour de Dieu. Si nous le réalisions, que de choses seraient changées en nous, au milieu de nous, d’elles-mêmes, comme un fruit mûr porté par nous et au milieu de nous. Dieu demeure, son amour demeure et il demeure à la portée de nos cœurs ; de sorte que lorsque nous nous lamentons, peut-être trop, sur la faiblesse et la ruine de tout, Dieu pourrait nous dire : Mais mon amour est toujours à la portée de vos cœurs ; au milieu du désert vous avez une source, buvez !

Les trois grandes ressources que Dieu donne à la foi pour traverser les temps de ruine, savoir la connaissance et la pratique de la Parole de Dieu, ensuite la prière, puis le fait de demeurer dans l’amour de Dieu, se lient ensemble : la connaissance des pensées de Dieu, nous révélant ce qu’Il est et ce que nous sommes, nous apprend à prendre un caractère de dépendance et de confiance exprimé par la prière, et dans cette attitude nous expérimentons toujours l’amour de Dieu. Cet amour date de longtemps, il se continue, il demeure, et enfin il va encore se manifester d’une manière merveilleuse, en envoyant le Seigneur Jésus pour nous prendre. C’est ce qu’exprime la dernière partie du verset 21 : « attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour la vie éternelle ». Le Seigneur a compassion des siens qui font le chemin ; Il sait bien dans quelle misère nous sommes, mais son amour veut faire face à tout et, au moment où le Père lui dira de venir nous chercher, cette précieuse espérance se réalisera. Les temps fâcheux qui ont déjà commencé se développeront sans doute beaucoup plus ; combien il fait bon être dans cette atmosphère divine, où la foi peut nous maintenir et dans laquelle nous avons les ressources qui ne manquent pas. Nous baignons dans l’amour de Dieu, amour partout, amour quand nous n’étions que de pauvres pécheurs, amour depuis que Dieu nous a trouvés, amour dans le chemin que nous poursuivons bien faiblement mais pourtant soutenus par lui. Et maintenant Dieu dirige nos cœurs en avant en disant : J’ai compassion de vous, je vous enverrai chercher, vous ne resterez pas toujours dans le mal.

Cela rappelle un passage d’Ésaïe 33 relatif au peuple terrestre le jour où le résidu verra le roi dans sa beauté, et où il n’entendra plus le langage obscur de l’ennemi ; quelle délivrance ! Non seulement la miséricorde du Seigneur vient nous retirer de la scène du mal, mais il y aura autre chose : la vie éternelle, la communion avec le Père et le Fils connue éternellement, sans entrave, sans nuage ; quelles délices, quel paradis de Dieu !

Nous savons que la miséricorde du Seigneur de gloire s’applique à notre condition actuelle qui est une condition d’infirmité ; les compassions de Dieu reposent sur nous, la miséricorde du Seigneur est sans cesse en exercice à notre égard et c’est une douce consolation pour nous qui nous sentons si faibles, si petits, si chétifs, et qui avons à vivre et à rendre témoignage dans un monde où tout est difficulté et danger. Mais pourquoi nous est-il dit ici d’attendre la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ pour recevoir cette vie éternelle ? Nombreux et précieux sont les enseignements et les textes de la Parole au sujet de la vie éternelle. Il nous est dit que Jésus Christ est la vie éternelle ; il en est la source pour nous ; mais il la donne à ses chers rachetés, ils la possèdent déjà comme un trésor actuel, eux qui connaissent Celui qui révèle le Père et qui conduit au Père. Mais quand il est question d’attendre la vie éternelle, il s’agit de la vie éternelle en gloire, de sa plénitude glorieuse, et c’est ce que nous trouvons ici ; nous possédons la vie éternelle et c’est la même vie de laquelle nous jouirons à jamais dans le ciel ; mais nous ne la connaissons pas encore dans sa plénitude infinie. Ce passage fait pendant à Rom. 6:22 : « Mais maintenant, ayant été affranchis du péché et asservis à Dieu, vous avez votre fruit dans la sainteté et pour fin la vie éternelle ». C’est la vie éternelle en gloire, dans sa plénitude glorieuse.

On comprend qu’après le tableau fait par le Saint Esprit de la chrétienté où toutefois de vrais saints se trouvent, la miséricorde soit mise en avant en vue de cette vie éternelle ; cette pensée nous est sensible, à nous qui sommes environnés de toutes parts de misère et de faiblesse. Il faut que ce soit l’amour du Seigneur, en considération de notre misère et de notre faiblesse, qui soit le gage assuré de notre entrée dans cette vie éternelle en gloire. Jude nous fait relever la tête en nous présentant cette espérance, qui mettra fin à tous les exercices supposés dans les versets 20 et 21. Toujours avoir à s’édifier, toujours avoir à prier comporte de la peine, c’est une attitude de combat et de vigilance ; mais c’est une attitude que nous ne pouvons abandonner un seul instant. Il n’y a pas de détente possible ; si nous nous laissons aller, l’ennemi se charge de nous faire sentir que nous sommes chez lui. Alors nous avons un encouragement présenté dans cette espérance et nos cœurs brûlent à la pensée qu’elle peut devenir réalité en cet instant même. Nous trouvons ici un aspect de la venue du Seigneur présentée comme consolation et encouragement pour les saints harassés de toutes parts.

La vie éternelle est un trésor bien précieux. Si elle a la gloire et l’éternité pour fin, il faut nous souvenir aussi qu’elle a ses origines dans l’éternité. Au début de l’épître à Tite, nous trouvons exprimée cette vérité : « Paul, esclave de Dieu, ... dans l’espérance de la vie éternelle que Dieu, qui ne peut mentir, a promise avant les temps des siècles ». Si la vie éternelle est promise avant les temps des siècles, nous comprenons par là même qu’elle est à l’abri de toute injure du temps et de l’erreur ; notre foi trouve là un fondement sûr que Dieu a posé, et ce qui est de Dieu ne peut être altéré, mais est immuable, d’éternité en éternité.

Nous sommes conservés en Jésus Christ par grâce, comme nous le voyons au début de cette courte épître et c’est Dieu seul qui peut nous garder comme nous le voyons à la fin. Mais il nous appartient d’entrer dans le plan de Dieu et d’aller pour ainsi dire à la rencontre de Dieu dans les dispositions de notre âme et par l’attitude que nous prenons en ce bas monde ; c’est une vérité développée dans le paragraphe que nous avons sous les yeux.

Dans ces versets les trois personnes divines sont placées devant nous, toutes les trois en notre faveur : « priant par le Saint Esprit » — « conservez- vous dans l’amour de Dieu » — « la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ » ; rien ne nous manque. Si la ruine est autour de nous, toutes les ressources de la Trinité sont à la disposition du chrétien individuellement et du témoignage collectif.

Au commencement de l’épître aux Thessaloniciens, qui présente des chrétiens dans leur première fraîcheur, on trouve aussi Jésus Christ, Dieu le Père, la puissance de l’Esprit Saint, donc la Trinité en activité ; il est précieux de trouver les mêmes personnes divines actives ensemble dans un autre temps et dans d’autres circonstances. Nous avons affaire à un Dieu immuable, dont les conseils demeurent quelle que soit la situation des chrétiens ici-bas. Et cela montre la divine harmonie de la Parole de Dieu.

 

17   Jude 22-23

« Et les uns qui contestent, reprenez-les ; les autres sauvez-les avec crainte, les arrachant hors du feu, haïssant même le vêtement souillé par la chair ».

 

Le verset 22 nous enseigne à avoir du discernement, de façon à ne pas confondre ceux qui mènent avec ceux qui sont menés. Les premiers sont de grands responsables ; ils ont la prétention d’enseigner et de conduire, introduisant des contestations et des discussions ; ils font en quelque sorte ce que l’apôtre dit plus haut de Satan qui contestait et discutait avec l’archange Michel ; quand il s’agit de cette catégorie de personnes il faut les reprendre et les faire taire ; c’est ce qui convient dans l’assemblée de Dieu. Mais il y a les autres, qui se laissent séduire et attirer par des voix étrangères sur un terrain glissant. Ceux-là nous avons à les sauver avec crainte et à les arracher hors du feu. Une telle attitude à leur égard est l’attitude de l’amour ; l’amour se réjouit avec la vérité et s’applique, partout où cela est possible et désirable, à couvrir une multitude de péchés. Et il faut que nous remplissions la mission qui nous est départie avec cette crainte qui convient dans une telle activité et qui ne peut trouver une expression pratique que dans la mesure où nous dépendons du Seigneur et où nous sommes petits à nos propres yeux pour tout recevoir de Lui.

Dans Amos 4:11, il est dit : « Et vous avez été comme un tison sauvé d’un incendie » et dans Zacharie 3:2 : « Et l’Éternel dit à Satan : ... Celui-ci n’est-il pas un tison sauvé du feu ? » Ce sont là des rayons de la grâce divine et ces rayons nous avons à les refléter. À la fin de l’épître de Jacques il y a aussi un passage bien précieux : « Mes frères, si quelqu’un parmi vous s’égare de la vérité et que quelqu’un le ramène, qu’il sache que celui qui aura ramené un pécheur de l’égarement de son chemin sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ». Quand la Parole de Dieu emploie cette expression « couvrir une multitude de péchés », il s’agit des manifestations de l’infirmité individuelle qui peuvent être supportées, soulagées, guéries dans l’amour. Il ne s’agit nullement de dissimuler un péché grave qui constitue par sa présence une offense au Seigneur et un outrage direct à sa sainte majesté. Là les enseignements de la Parole sont tout différents. Il faut que le péché qui revêt ce caractère soit manifesté et jugé. Cela ne veut pas dire que nous ne puissions pas, dans le secret de nos cœurs et dans le secret de nos vies, faire beaucoup en pareil cas.

Les figures de l’Ancien Testament donnent des instructions précieuses à cet égard. Nous voyons que quand il s’agit de certaines fautes particulières, d’ailleurs très graves, nous sommes appelés à manger le sacrifice pour le péché dans un lieu saint. C’est une chose très remarquable et que nous savons hélas bien peu pratiqué ; mais il y a aussi des cas où cette ressource n’existe pas ; quand il s’agissait du sacrificateur oint, nous ne trouvons pas qu’il soit question de manger les sacrifices pour le péché ; non plus quand il s’agit du péché qui concerne l’Assemblée dans son entier. Mais quand il s’agit de certaines fautes particulières, même de toute gravité, il y a cette ressource. Eh bien, quand nous mangeons le sacrifice pour le péché dans un lieu saint à l’occasion de certaines fautes individuelles qui sont des fautes graves, le Seigneur est honoré ; nous entrons dans la pensée de Dieu, nous mettons cette pensée en pratique. Ce sont les ressources que la grâce met à notre disposition.

Nous trouvons quelque chose de semblable à cette attitude énergique du verset 22 dans 1 Tim. 5:20 : « Ceux qui pèchent, convaincs-les devant tous, afin que les autres aussi aient de la crainte ». Nous voyons en note qu’on peut lire également « reprends-les ». Si quelqu’un est repris publiquement, ouvertement, parce que la gloire du Seigneur et le témoignage sont foulés aux pieds, c’est qu’il y a eu assez de discernement et d’énergie pour démasquer le mal publiquement.

Au commencement de l’épître nous avons vu que les saints étaient invités à combattre pour la foi ; ici à la fin nous trouvons quelques précisions sur l’attitude requise des saints en présence des difficultés. Les deux versets précédents nous ont montré l’exercice nécessaire pour que l’état intérieur du croyant soit en ordre. Il faut d’abord que notre cœur soit en ordre. Ce n’est pas à des apôtres que ce verset 22 est adressé, c’est aux saints ; l’apôtre avait son autorité, le pouvoir de livrer à Satan, etc... mais ici c’est une invitation qui est faite aux saints. Il est évident, et la suite des versets nous le montre, qu’une telle attitude requiert une autorité morale qui ne peut être acquise que par l’exercice indiqué aux versets 20 et 21. Nous trouvons un exemple de contestation précisément, non pas vis-à-vis des incrédules, mais des personnes de l’assemblée, dans 1 Cor. à propos des cheveux ; dans ce chapitre où il est dit précisément : « s’il y en a qui contestent... ». L’apôtre coupe court à toute discussion : « Nous n’avons pas une telle coutume, ni les assemblées de Dieu ». Il n’est pas bon qu’un croyant supporte absolument tout indéfiniment sans rien dire. Une des exhortations que l’apôtre donne à Timothée c’est : « exhorte, reprends ».

Si nous étions assez pieux, assez spirituels, nous pourrions réaliser toute cette gamme d’interventions les uns vis-à-vis des autres ; et ces choses, accomplies avec Dieu, auraient d’excellents effets. Ce qui rend la chose difficile pratiquement aujourd’hui, c’est que nous n’avons plus d’apôtres ; l’apôtre pouvait trancher certains cas et aller jusqu’à livrer quelqu’un à Satan ; c’était son privilège exclusif et cela résolvait des cas difficiles. De même, Timothée était investi d’une autorité particulière par l’apôtre à Éphèse. Quant à nous, nous sommes obligés d’avoir beaucoup de dépendance dans notre misère. Mais le Seigneur est toujours là.

La répréhension fait partie de l’exercice de l’amour fraternel mais elle doit être exercée sous l’empire de cet amour. Nous nous imaginons fréquemment que l’amour consiste à tout laisser aller, et alors la vigilance et les devoirs envers nos frères ne s’éveillent que lorsque le mal est là. L’amour, au contraire, prévient le mal et parle en temps utile ; notons que ces choses nous sont dites dans une épître où la ruine est décrite, par conséquent c’est applicable à notre temps.

La question est de savoir si l’autorité morale donnée par le Seigneur est respectée ou ne l’est pas. Il y a eu des situations très graves et très critiques où l’autorité morale d’un serviteur du Seigneur a été respectée, où sa voix a été écoutée et où une situation, qui paraissait sans espoir, s’est trouvée modifiée du tout au tout, améliorée et rétablie rapidement. Mais dans d’autres cas, certaines personnes ne veulent pas écouter ce qui est dit de la part du Seigneur et alors la situation empire. Il est donc à désirer qu’il y ait des frères et des sœurs — quelquefois une sœur a été invitée à remplir un service de ce genre auprès d’une sœur — qualifiés pour, le cas échéant, intervenir. Si on marche avec Dieu, on remet les conséquences à Dieu. C’est un service que l’on doit recevoir comme tout autre de la part du Seigneur.

Les versets que nous examinons se rattachent à la discipline paternelle. Il y a la discipline purement fraternelle (Matt. 18), puis la discipline paternelle, celle d’un frère qui peut avoir à parler à un autre frère mais avec une autorité morale. Ces diverses disciplines ont pour but précisément la restauration du frère ou de la sœur auquel on s’adresse. Et si tous ces exercices de discipline n’ont aucun effet, on peut être conduit à se séparer de quelqu’un ; mais le retranchement n’est pas la discipline. Il est au contraire, l’affirmation du fait que la discipline selon la Parole n’a pas eu d’effet sur l’âme en question et qu’on est obligé de s’en séparer.

Quelle vigilance doit produire, dans le croyant qui veut suivre la Parole, l’amour qu’il a pour ses frères ! Il ne faut pas dire : Ce que mon frère fait ne me regarde pas. Jamais la Parole ne parle ainsi. Et l’une des raisons de nos humiliations, c’est que précisément nous n’avons pas su penser assez à nos frères, pas su prier pour eux, pas su les reprendre à temps, les avertir à temps et, à temps peut-être, les arracher à l’ennemi.

Nous devons aussi haïr même le vêtement souillé par la chair. Il y a des choses que Dieu hait et que nous avons à haïr comme Dieu les hait. À l’assemblée d’Éphèse il est dit : « Tu hais les œuvres des Nicolaïtes, lesquelles moi aussi je hais » (Apoc. 2:6). « La crainte de l’Éternel, c’est de haïr le mal » (Prov. 8:13). « Vous qui aimez l’Éternel, haïssez le mal » (Ps. 97:10). Le mal n’est jamais une abstraction, il se concrétise et il est rattaché à des actes et à des personnes. Ce qu’il y a d’important et de grave concernant l’assemblée au sujet de ces questions-là, c’est de veiller à ce qu’il ne s’introduise pas de principe dissolvant du témoignage ; il y a ce qui touche à l’ensemble et ce qui touche à l’individu ; le plus grave est ce qui peut ruiner tout le corps ; c’est à cela qu’il faut tout d’abord veiller. Si quelqu’un veut contester et introduire des principes qui ruinent, il faut demander au Seigneur qu’il arrête ce mal, en se servant de qui il voudra, ou sans aucun instrument s’il trouve que cela est bon ainsi. Mais il ne faut pas sous prétexte d’amour tout laisser faire, tout laisser dire, et laisser s’introduire n’importe quelle doctrine ou n’importe quelle pratique. Si l’assemblée n’est pas le refuge de la vérité dans tous les sens, il n’y en a plus au monde, car elle perd son caractère de soutien de la vérité. C’est un chemin très dangereux parce que dès qu’on se refuse à juger le mal on perd toute force et toute puissance dans la suite. On perd la réalisation de la présence du Seigneur, même lorsque, des lèvres, on continue à se réclamer de sa présence.

 

18   Jude 24-25

« Or, à celui qui a le pouvoir de vous garder sans que vous bronchiez, et de vous placer irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie, — au seul Dieu, notre Sauveur, par notre Seigneur Jésus Christ, gloire, majesté, force, et pouvoir, dès avant tout siècle, et maintenant, et pour tous les siècles ! Amen ».

 

Maintenant l’Esprit tourne nos regards vers la ressource suprême. Cette courte épître nous a fait voir des temps bien solennels, où le mal abonde et où il est difficile de suivre le chemin sans broncher ; mais il y a une ressource de tous les temps et elle est divine. De notre côté, hélas, nous manquons, malgré les ressources qui nous sont proposées et que nous avons vues, mais Dieu dit : comptez sur moi ! je vous aime assez non seulement pour vous donner le salut de vos âmes, mais aussi pour vous donner le salut de la course afin que vous puissiez être placés devant ma face avec abondance de joie. Quelle fin heureuse et bénie pour le croyant ! Mais comment arriver ? Avons-nous fondé nos espoirs sur nous-mêmes, notre vigilance, nos désirs, nos soupirs ? Eh bien non, il vaut mieux nous abandonner à Celui qui veut et qui peut nous garder. Alors il s’agit pour nous de ne pas l’entraver dans tout ce qu’Il doit faire, pour que nous soyons gardés sans que nous bronchions, dociles, dépendants, méfiants de nous-mêmes, nous appuyant avec assurance sur Lui.

Notre précieux Sauveur a poursuivi et achevé sa course à la gloire de son Dieu et Père ; mais on l’entend dire dans le Ps. 16:1 : « Garde-moi ô Dieu, car je me confie en toi », et au v. 8 « Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi ». Il y a de la gloire pour Dieu quand Il sauve un pécheur, mais il y a aussi de la gloire pour Dieu quand Il tient un de ses rachetés par la main et quand Il lui fait sentir que Lui seul peut le porter, le garder et que, dans sa faiblesse extrême, Lui fait le nécessaire.

Le mal nous surprend facilement ; mais Dieu n’est pas surpris par le mal ; et comme nous le chantons quelquefois : chaque soir il prépare notre lendemain. Cela est bien reposant ; il ne faut que la simplicité de nos cœurs pour nous appuyer sur une telle déclaration.

Ce n’est pas par les instructions et les exhortations données à la fin du paragraphe précédent (vers. 17 à 23) que se termine l’épître. Le danger aurait été que ces exhortations nous portent à faire fond sur nos exercices spirituels, même les meilleurs et selon Dieu. Nous ne pouvons pas faire fond sur notre piété, ni sur le sentiment que nous pouvons avoir de notre responsabilité. Le rocher de notre confiance, l’Esprit l’évoque pour la foi à la fin de l’épître. Après la description de ce naufrage général, Dieu se présente et c’est bien Lui qu’il nous faut.

Sur cette scène d’affliction, de difficultés, de dangers où nous avons à vivre, à rendre témoignage au Seigneur et à Dieu et à combattre pour la foi qui a été une fois enseignée aux saints, nous ne pouvons apporter que notre faiblesse et notre incapacité. Il n’y a aucune force en nous qui nous permette de nous garder nous-mêmes. Mais Dieu, le seul Dieu notre Sauveur, possède, Lui, cette puissance efficace et fidèle qui seule peut nous garder, malgré toutes les difficultés que nous rencontrons autour de nous ou les mauvais penchants que nous trouvons en nous. La Parole de Dieu nous donne les instructions les plus solennelles mais aussi les plus encourageantes. Dans 1 Thess. 5:23 nous lisons : « Or le Dieu de paix lui-même » — la paix en contraste avec l’agitation de la chair et avec l’agitation de ce pauvre monde — « vous sanctifie entièrement et que votre esprit, votre âme et votre corps tout entiers, soient conservés sans reproche en la venue de notre Seigneur Jésus Christ ». Et il est ajouté : « Celui qui vous appelle est fidèle, qui aussi le fera ». Dans Phil. 1:9 l’apôtre dit : « Et je demande ceci dans mes prières... que vous ne bronchiez pas jusqu’au jour de Christ ».

Nous ne pouvons pas nous garder nous-mêmes, mais nous sommes invités par la Parole de Dieu à entrer pour ainsi dire dans le plan de Dieu. C’est ainsi que nous trouvons dans 2 Pierre 3:14 : « C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant ces choses, étudiez-vous à être trouvés sans tache et irréprochables devant lui en paix ; et estimez que la patience de notre Seigneur est salut ». Quel encouragement ! Nous sommes dans la petitesse et l’impuissance ; mais nous pouvons nous laisser instruire par Dieu lui-même et entrer dans les plans de son amour à notre égard en vue d’une marche et d’un témoignage fidèles jusqu’au beau moment où il nous sera donné d’être placés irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie ; et ici il ne s’agit pas seulement de la position merveilleuse que nous avons en Christ devant Dieu comme nous lisons dans l’épître aux Colossiens : « pour vous présenter saints et irréprochables et irrépréhensibles devant Lui » (1:22) mais il s’agit de ce que sera notre part quand nous atteindrons, étant les objets de la miséricorde de notre Seigneur Jésus Christ, la vie éternelle en gloire.

Nous sommes appelés à marcher dans la séparation du monde et dans la sainteté ; cette sainteté, qui doit nous caractériser ici-bas, est exactement la même que celle que nous posséderons dans le ciel. La différence est que, lorsque nous aurons nos corps spirituels et glorieux, cette sainteté sera plénière, tandis qu’ici-bas en raison de notre infirmité et des circonstances où nous vivons, elle ne l’est pas. Mais c’est la même sainteté.

Et nous voyons aussi dans ce beau verset 24 qu’il y a « abondance de joie » ; tout cela nous porte à louer, à bénir et à adorer le Dieu qui nous fait tant de bien, le « seul Dieu notre Sauveur ». Il est remarquable que dans cette épître qui nous dénonce l’apostasie, l’Esprit de Dieu fait briller devant nous ce titre merveilleux que nous trouvons plusieurs fois aussi dans les épîtres à Timothée et à Tite : Dieu est le « Dieu Sauveur ». Cela ne veut pas seulement dire que Dieu, qui est le Dieu d’amour, sauve les pécheurs en leur accordant le pardon de leurs péchés ; mais cela nous place en présence des enseignements multiples que la Parole de Dieu nous donne à l’égard du salut. Il y a le pardon des péchés, il y a le salut de l’âme, nous le savons bien, c’est par là qu’il faut commencer, c’est la base de tout le reste ; mais il y a aussi le salut du corps, c’est Phil. 3:21 ; il y a le salut en tant qu’ensemble des délivrances que Dieu nous accorde jour après jour dans ce monde de difficultés, d’afflictions, de périls et de dangers, c’est 2 Cor. 1:6 ; il y a aussi le salut en tant que se rapportant à la marche et au témoignage, jusqu’au moment où nous atteindrons le but glorieux qui est devant nous ; c’est de ce salut qu’il est dit dans Phil. 2:12 : « Travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement ». Dans Héb. 2:3, le salut embrasse toutes les vérités qui se rattachent à lui, « un si grand salut, qui, ayant commencé par être annoncé par le Seigneur, nous a été confirmé par ceux qui l’avaient entendu », c’est-à-dire par le moyen ou l’intermédiaire de notre Seigneur Jésus Christ, la personne même du Seigneur de gloire qui brille et resplendit devant la conscience et le cœur des saints, ses rachetés.

Nous avons déjà rappelé Ps. 16:1 : « Garde-moi, ô Dieu, car je me confie en toi ». Il est remarquable que nous trouvions cette parole appliquée au Seigneur. Ce n’était pas qu’il eût besoin d’être gardé comme nous, étant l’homme saint, juste et parfait ; mais il prenait en tant que tel la position de dépendance, d’obéissance et de confiance qui est la position de l’homme aux yeux de Dieu. Mais ailleurs, par exemple Ps. 84:12, nous lisons : « Bienheureux l’homme qui se confie en toi », celui dont la portion et dont le cœur sont les mêmes que ceux du Seigneur ; et cette pensée nous la retrouvons encore dans Jér. 17:7 : « Béni l’homme qui se confie en l’Éternel et de qui l’Éternel est la confiance. Il sera comme un arbre planté près des eaux ; ... il ne cessera de porter du fruit ».

Dieu a le pouvoir de nous garder sans que nous bronchions. La grande affaire donc pour nous c’est de nous confier en Celui qui a le pouvoir, et de ne pas nous confier en nous-mêmes, et c’est là une leçon difficile. Lorsque nous nous confions en nous-mêmes nous bronchons. Ézéchias a dû apprendre tout ce qui était dans son cœur, il ne s’est pas confié en Dieu pleinement ; à un moment donné Dieu lui lâche la main un instant. Dieu a le pouvoir de nous garder et nous devons demander que sa grâce nous accorde de nous confier en lui entièrement.

Rappelons encore ce verset : « Vous êtes gardés par la puissance de Dieu par la foi » (1 Pierre 1:5). Il y a le côté de Dieu qui nous garde ; mais il faut que la foi soit en exercice. Nous profitons par la foi de la puissance de Dieu et de tout ce qui nous est dit ici. Nous trouvons l’expression « broncher » dans 2 Sam. 6:6 ; là ce ne sont pas des hommes qui ont bronché : ce sont des bœufs. Le manque de foi de David l’a porté à imiter ce qu’avaient fait les païens. S’il avait consulté Dieu sur la manière de porter l’arche il ne l’aurait pas fait porter ainsi, et Dieu permet qu’il y ait chute. L’oubli de la Parole de Dieu a entraîné cette solennelle conséquence. De même, si des chrétiens chargés du témoignage bronchent, le témoignage tombe par terre. Combien il nous faut méditer ces versets dans les jours où nous sommes arrivés.

Nous avons besoin de Dieu et de Dieu seul, partout, toujours, ce qui veut dire que nous avons besoin de prier, de veiller, de haïr le mal. Que notre cœur soit tourné vers Dieu. Vivons assez près de Dieu pour le connaître, Lui, et nous connaître, nous. C’est un exercice qui doit être entretenu tous les jours. Dieu nous a gardés aujourd’hui, nous lui demanderons qu’Il nous garde demain quand demain sera là.

Le voyage du peuple d’Israël d’Égypte à travers le désert pendant quarante ans a mis en évidence la grandeur du pouvoir de Dieu. Il en est de même de nous. Dieu a fait faire ce trajet aux petits enfants, qui sont arrivés jusqu’au bout, alors que tous les hommes vaillants sont tombés sauf deux.

Un de nos plus ardents mais constants désirs dans nos prières devrait être que Dieu nous donne de voir clair, que nos cœurs soient remplis de lumière afin que nous marchions selon la lumière. Sinon nous marchons sous l’impulsion de nos propres pensées et affections, ou bien sous l’influence du monde, et nous bronchons. Mais celui qui marche de jour ne bronche pas, comme a dit le Seigneur ; ce devrait être là notre prière continuelle ; alors la paix et la joie de Dieu rempliraient nos cœurs.

L’ensemble de cette lettre de Jude, où l’Esprit de Dieu nous a montré le développement du mal, fait penser à un passage d’Ésaïe où le mal est vu comme un fleuve qui emporte tout, auquel rien ne peut résister. Mais Dieu dit : « Moi, j’ai des ressources en moi-même, moi je vous tiendrai ». De sorte que, au lieu d’être apeuré en voyant son incapacité, le croyant devient un adorateur ; c’est le triomphe de Dieu sur le mal. Qu’il est beau, ce cantique des vers. 24 et 25, à la fin de cette lettre ! Il donne gloire à Dieu par notre Seigneur Jésus Christ. Il vaut la peine d’entrer un peu par grâce dans ce chant de louanges. Il n’y a qu’un seul Dieu comme Lui, et c’est un Dieu Sauveur. La vue de tant de mal fait apprécier qu’il y ait un Sauveur, notre Seigneur. C’est Lui l’auteur de notre salut. Dieu se place devant nous dans toute sa grandeur et un chant de joie s’élève pour lui dire tout ce que l’âme ressent. En effet, quel triomphe de Dieu, combien notre Dieu est grand, qu’Il est merveilleux, qu’Il est puissant !

On aimerait ressentir davantage toute la force des mots dont la Parole de Dieu se sert. C’est ce qui arrivera bientôt car il s’agit là du salut de la course durant laquelle Dieu est capable de garder les siens pour les placer irréprochables devant sa gloire avec abondance de joie.

Les apostats sont tombés en chemin, mais la foi arrivera au but et nous ne pouvons pas être satisfaits à moins que cela ; c’est le point final de la course. Le Seigneur est là pour la gloire de Dieu. Comme homme, Il est le consommateur de la foi ; Il a fini. Dieu désire nous rendre conformes à son Fils. Pendant la course Dieu est capable de nous soutenir ; et c’est pourquoi on a même dit que les saints qui délogent ont plus de bonheur que les saints qui seront transmués parce que les saints qui délogent passent par le chemin où Christ est passé. Il a parcouru ce chemin qui aboutit à la gloire. Il y est arrivé et nous devons avoir les yeux sur Lui pour que nous puissions arriver aussi ; Il est le modèle dans toutes ses perfections.

Cette pensée que le terme final de la vie chrétienne s’achève dans la gloire produit chez l’apôtre, au moment même, la louange. C’est ce qui se réalise dans les saints ; si nous contemplons, nous louerons, nous anticiperons notre arrivée. Cette louange n’exclut pas le sentiment des difficultés et des combats de toutes sortes. Mais on peut louer avec la conscience que Dieu a le pouvoir de nous faire entrer ; et, en attendant, la joie de le voir bientôt compense la peine, les larmes même.

Dieu aime cette louange et la produit dans nos cœurs par son amour ; un Dieu si grand, si élevé, si majestueux, est heureux de la trouver dans nos bouches et nos cœurs. Ps. 22:3 : « Il habite au milieu des louanges d’Israël ». Sans doute c’est sa grâce qui produit cela ; mais c’est nous qui l’exprimons. Il est extrêmement doux et grand de penser que Dieu nous a choisis pour que le ciel soit rempli de l’odeur du parfum. Cela réalise la parole de Jean 4 : « le Père cherche des adorateurs ». Il en a maintenant ; bientôt nous serons parfaitement heureux, et toutes les bouches seront à l’unisson.

 

Dans l’espace immense,

Que le chant nouveau

Toujours recommence

Autour de l’Agneau !

 

Le cantique que nous chanterons là-haut ne sera pas différent de celui que nous chantons ici- bas ; c’est le même. Toutes les défaillances individuelles, collectives, tous les assauts de l’ennemi sont dans le temps ; la joie, le repos, la gloire sont pour toujours. L’heureuse éternité est à nous.