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ÉTUDE SUR LA PREMIÈRE ÉPÎTRE À TIMOTHÉE

 

Résumé de réunions d’étude à Paris 1946-1947

 

Table des matières abrégée :

1     Chapitre 1

2     Chapitre 2

3     Chapitre 3

4     Chapitre 4

5     Chapitre 5

6     Chapitre 6

 

 

Table des matières détaillée :

1     Chapitre 1

1.1      Chapitre 1:1-2

1.2      Chapitre 1:3-4

1.3      Chapitre 1:5

1.4      Chapitre 1:6-10

1.5      Chapitre 1:11

1.6      Chapitre 1:12-13

1.7      Chapitre 1:14

1.8      Chapitre 1:15-16

1.9      Chapitre 1:17

1.10     Chapitre 1:18-20

2     Chapitre 2

2.1      Chapitre 2:1-3

2.2      Chapitre 2:4-6

2.3      Chapitre 2:7-15

3     Chapitre 3

3.1      Chapitre 3:1-7

3.2      Chapitre 3:8-13

3.3      Chapitre 3:14-15

3.4      Chapitre 3:16

3.4.1       Manifesté en chair

3.4.2       Justifié en Esprit

3.4.3       Vu des anges

3.4.4       Prêché parmi les nations

3.4.5       Cru au monde

3.4.6       Élevé dans la gloire

4     Chapitre 4

4.1      Chapitre 4:1-6

4.2      Chapitre 4:7-9

4.3      Chapitre 4:10-14

4.4      Chapitre 4:15-16

5     Chapitre 5

6     Chapitre 6

6.1      Chapitre 6:1-6

6.2      Chapitre 6:6-10

6.3      Chapitre 6:11

6.4      Chapitre 6:12-16

6.5      Chapitre 6:17-19

6.6      Chapitre 6:20-21

 

 

1                        Chapitre 1

1.1   Chapitre 1:1-2

Les épîtres à Timothée et à Tite revêtent un caractère particulièrement doux et empreint d’affection du fait que c’est un serviteur de Dieu ayant derrière lui une longue carrière exceptionnellement remplie, qui écrit à un jeune dans le chemin de la foi. Dieu sait toujours pourvoir les siens du soutien nécessaire. Il donne toujours à la jeunesse de l’aide par ceux qui ont déjà parcouru une partie de la course et dont les expériences et les conseils lui sont utiles. Christ lui-même a pris le caractère de celui qui a parcouru le chemin de la foi avant nous.

De plus Paul est apôtre, il sent la grandeur et la responsabilité de son service ; et, comme tel, il confie un service à son enfant Timothée à qui il dit ce qui est nécessaire pour que son service soit fidèle. Ce qui tenait beaucoup au coeur de l’apôtre et que Dieu lui avait confié spécialement, c’est ce qui se rapporte à l’Assemblée de Dieu. Aussi va-t-il entretenir Timothée de ce corps, l’Assemblée, et lui montrer les privilèges et aussi la responsabilité qui sont la part de ceux qui en font partie. Dans ce monde, il y a un tel corps, l’Assemblée, qui est la colonne et le soutien de la vérité, c’est-à-dire le lieu où la vérité est connue et maintenue. Quand on réalise ce privilège, on sent le besoin d’être gardé pour marcher d’une manière qui honore le Seigneur, le Chef de l’Assemblée. Timothée était jeune, et, malgré sa jeunesse, il possédait beaucoup de gravité ; dès son départ (Actes 16), nous voyons qu’il avait un bon témoignage de la part des frères. L’apôtre rend témoignage à sa foi, à sa piété, à son dévouement pour le Seigneur. Paul l’aimait et avait confiance en lui. Il lui révèle les pensées de Dieu. Si Dieu révèle les pensées de son coeur, il le fait dans la mesure où la piété et la foi sont là.

Pour bien comprendre l’épître, il faut se souvenir que Timothée était serviteur de Paul et par là, serviteur du Seigneur. Il servait le Seigneur en servant Paul. Le Seigneur l’avait arrangé ainsi. C’est pourquoi, dans certaines épîtres, nous voyons que Paul envoie Timothée dans une assemblée où il y avait des difficultés et où il ne pouvait aller lui-même.

Les relations entre Paul et Timothée sont les relations de deux serviteurs dans la présence de Dieu, dans la conscience de l’appel dont ils ont été appelés. Le vrai lien entre ces deux hommes, c’était Christ. C’est ce qui ressort des deux premiers versets de l’épître. L’appel de l’apôtre venait de « Dieu notre Sauveur et du Christ Jésus notre espérance ». Si Dieu parle de salut, c’est qu’il a tout fait pour cela. Quel repos ! Ensuite le Seigneur Jésus est présenté comme notre espérance. Cela nous amène jusque dans l’éternité, là où nos coeurs seront pleinement satisfaits dans la connaissance et la jouissance du Seigneur. Nous trouvons là le christianisme dans toute sa simplicité et toute sa beauté. Ce sont des fondements solides que l’Esprit de Dieu place sous nos pieds. La connaissance du Dieu Sauveur et de son Fils Jésus Christ (notre espérance) est appelée la vie éternelle en Jean 17:3. Dieu ne demande rien à l’homme ; la preuve a été faite, à la croix, qu’il est impossible de rien obtenir de lui. Aussi Dieu, maintenant, donne selon sa grâce et son amour ; il a tout fait pour cela dans la personne de son Fils. Combien cela devrait nous attacher au Seigneur Jésus !

Paul souhaite à son enfant dans la foi, la grâce, la miséricorde et la paix de la part de Dieu et du Seigneur Jésus. On comprend la ferveur de ce souhait de la part de quelqu’un qui avait passé par le chemin du service et de la souffrance pour Christ, mais où il avait fait l’expérience de l’amour et de la fidélité du Seigneur qui remplissaient son coeur de joie, s’adressant à un jeune homme qui s’avançait dans un chemin semblable et passablement solitaire.

La grâce c’est l’amour de Dieu qui se manifeste soit pour sauver le pécheur, soit pour entourer, garder et délivrer les siens dans leurs diverses circonstances. La miséricorde c’est l’amour de Dieu qui se manifeste dans notre misère. Nous sommes misérables de bien des manières. La miséricorde est toujours mentionnée à l’égard des individus : le croyant est vu comme un pèlerin aux prises avec toutes les difficultés, les misères, les souffrances, les faiblesses rencontrées ici-bas. La miséricorde n’est pas souhaitée à une assemblée : l’Assemblée est vue telle qu’elle est dans la pensée de Dieu ; non que le côté de sa misère n’existe pas mais il n’est pas considéré dans la salutation.

Ces trois mots, grâce, miséricorde, paix, avaient du poids dans la bouche de l’apôtre ; il avait eu maintes fois l’occasion d’apprécier leur prix et leur vertu pratique. Ce sont trois choses dont l’âme doit jouir pratiquement. Sans cela on ne peut ni tenir, ni servir. Ces trois bénédictions sont indispensables pour la marche individuelle : sentir que l’on est un objet de grâce, connaître l’amour de Dieu ainsi ; puis ne pas se croire fort, ne pas lever la tête, sentir sa misère ; enfin jouir de la paix de Dieu. Elles sont indispensables pour partir dans le chemin avec Dieu. Sans cela, on ne sait pas qu’on est porté par la grâce et on ne l’apprécie pas ; on n’a pas non plus le sentiment de sa misère et on est indifférent, on n’a pas conscience de tous les dangers que l’on côtoie, ni de ce que l’on est et on ne sait pas du tout ce que c’est que la miséricorde et le besoin que l’on en a ; quant à la paix, qui est le résultat de la grâce et de la miséricorde, on n’en jouit pas dans son coeur. Ces trois compagnes nous sont présentées pour partir avec elles et poursuivre avec elles le chemin de la foi, comme dans le Psaume 23, la bonté et la gratuité sont les deux compagnes qui ne quittent pas le pèlerin.

 

1.2   Chapitre 1:3-4

Paul avait prié Timothée de rester à Éphèse lorsqu’il allait en Macédoine ; il était nécessaire que Timothée restât là, avec cette assemblée d’Éphèse où l’ennemi cherchait à corrompre le travail de Dieu (Actes 20:29). Timothée avait reçu de l’apôtre l’autorité nécessaire pour ordonner à certaines personnes de ne pas enseigner des doctrines étrangères et de ne pas s’attacher aux fables et aux généalogies interminables. Timothée était revêtu de cette autorité apostolique pour démasquer ces personnes, leur résister en démontrant que leur enseignement était un enseignement humain. Actuellement, il est également nécessaire de veiller pour que l’enseignement dans l’assemblée ne soit pas le résultat de l’activité et de la propre volonté humaines. Timothée aurait peut-être désiré partir avec Paul qu’il aimait, mais l’apôtre l’avait prié de rester, l’assemblée d’Éphèse et son bon ordre étant une chose qui lui tenait au coeur, comme à celui de Paul, parce que cette chose était précieuse aux yeux et au coeur du Seigneur, il a répondu à la prière de l’apôtre et est resté à Éphèse. La lettre de l’apôtre vient le soutenir et lui donner les directions utiles pour l’accomplissement de la tâche qui était devant lui. Actuellement, il devrait en être de même dans l’assemblée. Le fidèle ne peut pas, par fidélité à Christ, rester indifférent à ce dont il est témoin ; il ne peut pas adopter une attitude de laisser-aller à l’égard de tout ce qui peut se présenter.

L’attitude des deux serviteurs de Dieu est propre à nous enseigner. Dans la dépendance et dans l’amour, Paul allait en Macédoine et Timothée restait à Éphèse. Quelle que soit la mission reçue, agréable ou non pour la chair, ils obéissent, mettant de côté leurs préférences, leurs désirs personnels, et leur propre volonté.

Les versets 3 et 4 se lient à la fin du chapitre ; les versets 5 à 17 forment une parenthèse. A la fin du chapitre, nous voyons que Paul n’avait pas attendu que Timothée eût agi pour manifester son autorité puisqu’il dit que c’est à propos de mauvaises doctrines et de blasphèmes qu’il avait livré Hyménée et Alexandre à Satan.

Nous n’avons plus l’autorité apostolique, ni celle de Timothée qui en procédait, mais nous avons à être exercés sur la façon dont les saints peuvent être appelés à réaliser la pensée du Seigneur en présence d’une mauvaise doctrine ou de tout autre mal. L’un des intérêts de la lecture des épîtres à Timothée sera précisément de nous instruire à ce sujet. Dans ces épîtres, il n’y a pas beaucoup de doctrine, mais des enseignements pratiques.

Du temps de l’apôtre, l’imagination des faux docteurs travaillait au milieu des saints ; il y avait beaucoup d’écrits apocryphes ; les personnes qui se disaient inspirées écrivaient ce qui traversait leur propre esprit, comme on en trouve aujourd’hui qui ont leurs idées à elles sur beaucoup de questions. Nous avons le privilège et le devoir de contrôler ce qu’on nous dit être la vérité ; il faut examiner si cela s’appuie sur la Parole et est bien conforme, non pas seulement à la lettre, mais à l’esprit de la Parole. Le fruit de l’enseignement des faux docteurs était des disputes parmi les saints ; c’est toujours le résultat de l’enseignement charnel, tandis que le résultat de l’enseignement selon le Seigneur est l’amour.

 

1.3   Chapitre 1:5

L’amour est en effet le grand but du ministère selon Dieu : « la fin de l’ordonnance, c’est l’amour ». Par l’enseignement dans l’assemblée, la conscience doit être touchée et le coeur ouvert. Si ces choses sont opérées par la puissance de l’Esprit, le résultat que le Seigneur cherche est obtenu : l’amour, l’affection pour lui dans les siens.

La vérité accompagne l’amour pour produire ce qui est selon « l’administration de Dieu », c’est-à-dire l’édification, l’ordre divin établi par la Parole. Cet ordre est le reflet des caractères de Dieu, de Christ, et est assuré par la foi qui attache nos coeurs à la personne du Seigneur.

Au verset 5, l’apôtre pose tout de suite le solide fondement, ce qui est de Dieu et ce qui produit des fruits à la gloire de Dieu. C’est la révélation divine qui est la seule base d’édification de l’assemblée ; même dans la lecture de la Parole et sa présentation, il faut beaucoup de discernement spirituel ; la loi, par exemple, fait partie de la Parole, mais elle peut être mal appliquée et faire beaucoup de mal ; si on la laisse à sa place, elle fait du bien. Nous avons à demander au Seigneur le discernement spirituel pour garder et savoir appliquer les portions de la Parole à leur place. Lorsque des divergences se produisent entre les saints, il n’est pas toujours aussi clair que dans notre épître, de savoir quelle est la pensée de Dieu. Il faut parfois longtemps pour la discerner, mais ce qu’il faut éviter, ce sont les disputes de mots où les esprits s’opposent les uns aux autres. Il est à souhaiter que, dans de pareils cas, il y ait un ou plusieurs frères qui, avec l’autorité de l’Esprit et de la Parole, puissent faire connaître la pensée de Dieu ; cela est de toute importance. Il ne s’agit pas de celui qui a raison ou de celui qui a tort, mais il s’agit de Dieu qui entre en scène et pratiquement cela se fait par la parole à propos donnée par un frère. On avait parlé, discuté sans Dieu, et alors, devant la parole à propos et l’intervention de Dieu, les coeurs s’inclinent s’ils sont droits.

La parole de Dieu est incomprise de la chair, elle est incomprise par le croyant même qui la lit sans le secours de l’Esprit. Nous ne comprenons la Parole et n’avons le droit d’en user que par l’Esprit ; alors Dieu est là et nous prenons notre place. C’est ce que nous trouvons dans les versets 5 et suivants. Le coeur pur, la bonne conscience, la foi sincère sont des pierres de touche pour la réalité de l’amour en présence de toutes les questions qui se posent. Nous devons laisser la parole de Dieu toucher notre coeur et notre conscience ; alors nous sommes placés devant Dieu dont la présence met tout en ordre. Ce n’est pas ce que nous pensons qui doit compter, c’est ce que Dieu pense. Faisons donc toujours intervenir Dieu ; la solution à toutes les questions se trouve là et non ailleurs. La présence de Dieu demande toujours l’exercice de la conscience, du coeur, de la foi. Aussi est-il d’une importance vitale pour nous, d’ouvrir nos oreilles et nos coeurs à ce que le Seigneur nous dit dans l’assemblée. Personne n’a d’autorité par lui-même, personne ne peut en donner, seule la Parole peut donner l’autorité à celui qui s’en sert par l’Esprit.

Quand il y a des contestations, des disputes de mots, c’est que l’on n’est pas dans la clarté de la présence de Dieu. Qu’est-ce qui l’empêche ? Quelque chose qui est à juger, qui est à mettre en ordre au-dedans de soi, des choses que Dieu connaît et qu’il sonde.

 

1.4   Chapitre 1:6-10

Dans le verset précédent (v. 5) Dieu nous donne en quelques mots le précieux résumé de tout service fidèle devant lui. A partir du verset 6, l’apôtre revient à ces personnes qui enseignaient des doctrines étrangères et, en particulier, à ceux qui prétendaient être docteurs de la loi et qui par leur action tendaient à faire retourner les saints à une position d’où la grâce de Dieu les a retirés. Ce qu’il est important de saisir c’est la place qu’occupe la loi et à quoi elle sert, pourquoi Dieu l’a donnée.

L’enseignement de ces docteurs de la loi n’a pas de portée ; ils n’entendent rien à ce qu’ils disent et ne sont pas eux-mêmes persuadés. Il ne peut en être autrement puisque leur enseignement est le mensonge. Aucun effet n’est produit pour Dieu parce que rien n’est présenté par la puissance de l’Esprit. La chair peut, et c’est un fait d’expérience, raisonner sur les choses de Dieu, sur la loi, sur l’évangile. Ce qui est remarquable, c’est que, dans cette épître, l’égarement des personnes qui agissent ainsi nous est présenté comme le résultat d’une mauvaise conscience, l’absence d’une foi sincère et d’un coeur pur. L’hérésie est le fruit d’un mauvais état intérieur ; le vrai mal gît à l’intérieur de l’âme.

Ce n’est pas la doctrine qui donne une bonne conscience, mais l’abandon d’une bonne conscience entraîne l’abandon de la saine doctrine. Un des grands enseignements de l’épître est la nécessité d’être vigilant à l’égard de ces trois choses : un coeur pur, une bonne conscience, une foi sincère. C’est de là que, pratiquement, résultera tout le bien. Il est possible d’acquérir des connaissances quant à la loi, même quant à l’évangile, mais si ces trois choses ne sont pas gardées, ces connaissances se traduiront par un vain babil, on peut se séduire soi-même et en séduire d’autres. L’Esprit et la Parole ne mettent pas la loi de côté (Matt. 5:17). La loi est comme un glaive suspendu sur la chair ; partout où il y a la chair à juger, la loi est là : Guilgal. Aucun principe de grâce n’annule la force de la loi, au contraire. L’épître aux Romains règle la question et Dieu le fait avec un soin extrême, afin que ceux qui ont été broyés par la loi, qui en ont souffert, apprécient mieux la sainte grâce de Dieu. La loi est sainte, juste et bonne ; Dieu ne l’a pas retirée et le tranchant de cette loi n’est pas détourné. La loi (les dix commandements) nous rappelle la mesure de ce qu’est Dieu, sa sainteté ; nous l’oublions facilement. La considération de la loi a un autre heureux effet, c’est de nous faire apprécier l’oeuvre de Christ ; il s’est placé sous la malédiction de la loi ; il nous en a délivrés ; pendant les trois heures sombres de la croix, il a pris sur lui tout le poids de la malédiction de la loi qui était sur nous, une loi sainte sur nous pécheurs. C’est pour cela que sur la montagne d’Ebal (Deut. 27) on devait écrire la loi sur les pierres enduites de chaux et dire « Maudit... » car la loi, si elle n’est pas accomplie, amène à la malédiction. Mais Christ est venu et a pris cette malédiction sur lui.

La loi n’a pas de pitié, la loi tue ; il en est ainsi pour la chair du chrétien. La mesure de la morale n’est pas inférieure chez le chrétien par rapport à un inconverti, bien au contraire ! Toutefois le chrétien n’est pas dans la chair ; l’inconverti est dans la chair, c’est-à-dire sous la loi. Voilà le terrain des relations avec Dieu. Toutes les fois que la chair se montre, la loi frappe sans pitié. Israël n’a jamais été sous la loi sans grâce, sans quoi il serait mort tout de suite. Quand le peuple a fait le veau d’or, la loi devait être brisée ou le peuple anéanti ; Moïse a la pensée de Dieu, il brise les tables de la loi. Dès le départ, c’est l’échec de l’homme vis-à-vis de la loi ; aussi Dieu intervient-il en grâce. Mais Dieu n’a pas changé parce qu’il use de grâce ; la loi montre ce que Dieu est, et donne la mesure de la sainteté de l’homme vis-à-vis de Dieu. Le chrétien accomplit la loi, bien qu’il ne soit pas sous la loi, et, en réalité, parce qu’il n’est pas sous la loi. S’il vit de Christ, si Christ est sa vie, il aimera Dieu de tout son coeur et son prochain comme lui-même. Il ne s’agit évidemment pas du salut de l’âme, mais des conséquences pratiques de notre vie ici-bas. La loi n’est pas pour le juste ; elle n’est pas pour l’enseignement du juste qui est sur un autre terrain. Mais le juste peut la considérer avec profit ; elle nous aide à voir ce que nous sommes, bien que la grâce seule nous le fasse vraiment voir. Le tableau du péché dans le verset 10 est affreux ; il ne s’agit pas de couvrir cela sous le manteau de la charité, mais de frapper par la loi, et la loi est un glaive. Évidemment, il ne faudrait pas aller vers des âmes qui sont dans cet état rien qu’avec la loi ; il faut savoir aller avec les pieds chaussés de la préparation de l’évangile de paix. Mais d’autre part, on ne peut parler seulement de grâce à quelqu’un qui, délibérément, vit dans ces péchés ; il est nécessaire de lui dire aussi ce que Dieu dit dans la loi. La loi démontre ce qui est dit dans un autre passage de la Parole, que le coeur est incurable. Nous devons apprendre ce que nous sommes et, pour cela, Dieu nous fait descendre dans les profondeurs intimes de notre coeur ; sa lumière nous éclaire et nous fait voir ce que nous sommes et ce que nous sommes capables de faire. Le point de départ d’un tel état de corruption, c’est l’iniquité (v. 9), c’est-à-dire la marche selon sa propre volonté, sans loi, sans frein, sans jugement, sans Dieu, sans maître. C’est le caractère des derniers jours. Exemple du péché de Jéroboam. Pour nous, le Seigneur Jésus a pris notre culpabilité et, pour nous, il a été compté parmi les iniques ; quelle grâce ! L’homme parfaitement obéissant a supporté le jugement sur l’iniquité. Il faut nous souvenir de cela avec révérence, avec amour, et marcher ici-bas dans l’obéissance, comme disciples du Seigneur, avec un coeur rempli d’affection pour lui. L’obéissance est une des plus belles vertus chrétiennes. La propre volonté est terrible, indomptable. C’est elle qui nous fait tant de mal, soit individuellement, soit collectivement. Les premiers péchés énoncés dans les versets 9 et 10 sont à l’égard de Dieu (iniques, insubordonnés, impies, pécheurs, profanes), les suivants vis-à-vis des hommes. Dans la loi, il y avait des commandements pour Dieu et pour les hommes. Si on disait « j’aime Dieu » et qu’on méprisât les hommes, on péchait sur toute la loi (1 Jean 4:20, 21 ; 5:1-5).

Nous n’avons pas besoin d’aller dans le monde pour savoir ce qui s’y passe ; nous sommes assez avertis, tout en restant séparés du monde. Il faut nous en tenir le plus loin possible, nous souvenant que nous portons en nous la même puissance de mal. Ne nous laissons pas entraîner dans un chemin où on nous dirait que la morale des vrais chrétiens au 20e siècle n’est pas la même qu’au premier ; la morale des chrétiens, c’est la morale éternelle de Dieu, en rapport, non avec une dispensation quelconque, mais avec la nature de Dieu, connue maintenant en Christ, mais toujours le « seul vrai Dieu ». Les commandements de la loi sont presque tous négatifs c’est-à-dire qu’ils disent : « Ne fais pas ». Pour que l’homme ne pèche pas, il faudrait qu’il n’agisse pas ; dès qu’il agit, il pèche. Notre chair n’est pas meilleure ; pour être heureux devant Dieu et pour marcher devant lui, la chair ne doit pas agir, même la chair avec de bons désirs (mortifier la chair). Notre bonheur c’est de traiter la chair comme Dieu la traite, la tenir à la place où la grâce de Dieu l’a mise, à la croix.

 

1.5   Chapitre 1:11

Le verset 11 nous présente le contraste avec la loi, c’est « l’évangile de la gloire du Dieu bienheureux ». « Christ est la fin de la loi pour justice à tout croyant », Christ qui a supporté la condamnation que la loi appelait sur nous. Cela nous rend précieuse la personne de Christ, de notre Sauveur. La loi reste avec toute son autorité et elle trouve satisfaction dans la personne du Seigneur Jésus qui, bien plus que ne pouvait le faire Israël, l’a rendue grande et honorable, et qui, à la croix, a satisfait pleinement toutes les exigences de Dieu. Et maintenant Dieu donne au lieu d’exiger, et il donne l’évangile non seulement de la grâce, mais « de la gloire du Dieu bienheureux ». Tous les attributs de Dieu, toutes ses perfections, sont révélés par l’évangile qui présente la personne du Seigneur Jésus et qui révèle Dieu, comme le Père ; il est celui en qui Dieu trouve toutes ses délices. Pour nous, nous sommes invités à entrer dans ce qui fait les délices du Dieu bienheureux, c’est-à-dire dans la connaissance de Christ (Matt. 3:17). Tout ce que Dieu nous a révélé est mis en lumière dans l’évangile, dans la personne de Christ.

 

1.6   Chapitre 1:12-13

L’apôtre dit cela en passant parce que son coeur était plein de la personne de Christ et cela d’autant plus qu’il savait ce que c’est que d’être sous la loi, mais il avait trouvé la justice de Dieu. En pratique, il n’est pas mauvais qu’une âme ait plus ou moins senti l’aiguillon de la loi, à condition de sortir de cet état. Les efforts de la chair, de quelque nature qu’ils soient, devant les exigences du Dieu saint, sont une expérience bienfaisante, à condition que la grâce de Dieu nous en fasse sortir ; l’âme du croyant s’en trouve trempée. L’affranchissement selon Dieu est quelque chose du plus grand prix. On peut avoir la vie et n’être pas affranchi, on gémit parce qu’on veut lutter contre le péché, tout en restant dans la chair. C’est un heureux jour que celui où l’on reconnaît qu’on est un misérable homme et qu’on regarde à celui qui a tout accompli ; alors on rend grâces ; on a fait la grande expérience de Job. L’affranchissement est une chose très importante dans les conseils de Dieu. C’est le Fils qui affranchit (Jean 8:36). Quelle délivrance quand on a appris qu’en soi, c’est-à-dire en la chair, il n’habite point de bien (Rom. 7:18). La chair, même dans ce qu’elle a de meilleur, est toujours ce qui gêne le chrétien dans sa marche.

Dans nos temps de déclin, les hommes qui gémissent sous la loi sont rares ; on n’en entend guère parler. Est-ce une expérience qu’on ne fait plus ? Il est à souhaiter qu’il n’en soit pas ainsi. On parle de chrétiens qui, dans des temps précédents, sont restés longtemps sous la loi, dans la position de l’âme de Romains 7, et qui, du jour de l’affranchissement véritable, appréciaient comme il convient la grâce de Dieu qu’ils n’étaient point alors portés à tourner en dissolution (Jude 4) ; ils ne recherchaient plus leur propre justice. Il est beau de voir chez l’apôtre cette absence de propre justice ; il exalte la grâce toute pure, et, quoiqu’il fût, selon la loi, sans reproche (Phil. 3:6), il se reconnaît le premier des pécheurs et il dit : « miséricorde m’a été faite », il ne s’estimait pas digne de la grâce qui lui avait été manifestée. Ce que la loi ne serait jamais arrivée à faire, la grâce l’a fait ; la conviction d’avoir observé la loi aurait amené Paul à se considérer toujours comme honorable ; la grâce touche son coeur, ouvre ses yeux et l’amène à proclamer ce qu’il est en vérité. La conscience a été pénétrée à fond et chaque fois qu’il a parlé de lui, il l’a fait dans des termes semblables (1 Cor. 15:8, 9 ; 13:2). Il faut que nous arrivions à nous voir comme Dieu nous voit, sans cela rien n’est fait dans nos âmes. D’ailleurs, Dieu est fidèle et il arrive bien à nous obliger à cette confession, mais le plus tôt est le mieux. Quand on est jeune converti, on s’imagine qu’on est capable de quelque chose et on a de l’estime pour soi-même, mais quand on avance dans le chemin, on baisse dans sa propre estime et on est heureux de se ranger loin, bien loin derrière l’apôtre Paul.

Ce n’est pas la loi qui donne l’horreur du mal, c’est la grâce ; un chrétien sait ce que c’est que d’offenser la grâce, de pécher contre la grâce.

 

1.7   Chapitre 1:14

L’apôtre ajoute que « la grâce... a surabondé avec la foi et l’amour qui est dans le Christ Jésus ». C’est l’oeuvre de Dieu. Dieu voulait pour lui ce pécheur et l’établir pour annoncer l’évangile (Actes 9:15) et Paul rend grâces non seulement de ce que Dieu l’a converti, mais aussi de ce qu’il l’a choisi pour être porteur de bonnes nouvelles. Chez cet homme de Dieu, la connaissance de soi-même a été en rapport avec le service qui lui a été confié. Il était un vase d’élection mais il a fallu qu’il soit vidé de lui-même pour que Dieu le remplisse. Dans la pratique, c’était un chrétien qui se jugeait constamment afin que la puissance de Dieu pût avoir son efficace. Dans le verset 14, nous voyons que la source se trouve en Christ. Il faut être en contact avec lui ; c’est de sa plénitude que nous avons reçu et grâce sur grâce. Là nous trouvons un principe qui n’existait pas sous la loi : la foi, un effet, et l’amour, une cause ; ce sont des choses inconnues sous la loi. La loi disait : « aime », mais ne donnait pas le moyen d’aimer ; la grâce donne le moyen d’aimer, elle apporte l’amour. Pour l’apôtre qui avait été arraché à la loi, ces déclarations avaient du prix. Pour lui, connaître Dieu, la foi qui sauve, la grâce, l’amour de Dieu, l’amour pour Dieu, avait un sens tout particulier.

 

1.8   Chapitre 1:15-16

Les versets 15 à 17 terminent la parenthèse ouverte au verset 5. Dans cette parenthèse, nous avons trouvé la place que la loi occupe, et à qui elle s’adresse. En contraste avec cette loi, Dieu présente l’évangile, la bonne nouvelle ; au lieu de demander, il donne et a le désir de donner la gloire et le bonheur à ses créatures rachetées. Le terrain de l’évangile est solide et élevé ; Dieu a fait tout ce qui était nécessaire pour nous attirer à lui ; il a trouvé le remède à notre propre nature, à notre incrédulité, à notre ignorance et a fait surabonder la grâce envers des coupables. Dans le verset 15, le moyen employé par Dieu pour cela nous est révélé, c’est le don de Jésus, le Christ Jésus qui est venu dans ce monde pour sauver des pécheurs, dans un plein accord avec le Père. C’est une « parole certaine », un roc sur lequel on peut être établi et fondé, mais c’est aussi une « parole digne de toute acceptation ». Cette bonne nouvelle est pour tous les pécheurs, sans exception et l’oeuvre de Christ à la croix est suffisante pour tous. L’apôtre en est un exemple remarquable. Par la loi, Dieu enseignait l’homme. Sous l’économie de la grâce, il est venu dans la personne de son Fils pour sauver. Au chapitre 2, la même vérité est soulignée : le médiateur est venu ; au chapitre 3, nous trouvons que Dieu a été manifesté en chair. Cette affirmation répétée présente une beauté remarquable. Le trait important relatif à l’évangile, dans cette épître, est celui-ci : « Cette parole est certaine que Dieu est venu dans la personne du Christ Jésus ». La loi demandait la vie à un pécheur et ne le sauvait point, elle le tuait. Mais le Christ Jésus, le Fils de Dieu, est venu ici-bas, il est mort pour les pécheurs et leur donne la vie par sa mort. La position de l’homme dans la chair et celle que la croix fait au croyant forment un contraste remarquable (Rom. 11:32). Christ a fait la purification des péchés (Héb. 1:1, 3). L’apôtre Paul avait été sauvé par grâce ; il savait ce que cela voulait dire. Il n’est pas sûr que nous sachions toujours bien ce que cela veut dire ; nous répétons ce que nous avons entendu, mais nous n’avons pas conscience de l’abîme d’où nous avons été tirés ; il faut souvent toute une vie pour l’apprendre un peu. Paul était un pharisien sans reproche, ce n’étaient pas des fautes grossières qui l’avaient amené à cette conviction qu’il était le premier des pécheurs. La grâce avait fait cela. Rien n’humilie comme l’évangile, rien ne nous abaisse comme la grâce, parce que la grâce, c’est Dieu ; devant Dieu nous prenons notre place avec reconnaissance. Deux raisons sont données par l’apôtre à la miséricorde dont il a été l’objet : la première c’est qu’il avait agi par ignorance, la seconde, c’est qu’il devait être un exemple type de la grâce de Dieu envers les pécheurs. Cette pensée de la miséricorde de Dieu envers lui ne quittait pas ce cher serviteur, il est à souhaiter qu’elle ne nous quitte pas non plus ; c’est ce qui nous maintiendra dans l’humilité. L’apôtre n’avait pas une bonne opinion de lui-même ; il n’était pas non plus inconscient de ce qu’il avait été. On peut ne pas avoir une bonne opinion de soi-même, mais être inconscient de ce que l’on est, ne vaut guère mieux qu’une bonne opinion. Paul était conscient de ce qu’il était ; Dieu lui avait dit : « Je ne me souviendrai plus de tes péchés » ; mais Paul disait : « Moi je me souviens de ce que j’ai été ». Ce souvenir doit s’allier en nous à la certitude que Dieu ne se souvient plus. L’évangile serait trop commode sans cela et serait contraire à la vérité de Dieu. Mais il est à remarquer avec quelle tranquillité Paul parle ; quel repos il y a dans son coeur ! C’est une âme affranchie qui peut dire d’où la grâce de Dieu l’a sortie. Nous n’apprécions la grâce et la miséricorde de Dieu que dans la mesure où nous avons conscience de l’état d’où nous avons été délivrés.

Dans le verset 16, une expression remarquable est à souligner : « Afin qu’en moi, le premier, Jésus Christ montrât toute sa patience ». On voit en effet quelle a été cette patience depuis le moment où il gardait les vêtements d’Étienne jusqu’au chemin de Damas. Cette même patience s’exerce envers nous et nous supporte. Nous pouvons aussi remarquer la droiture avec laquelle l’apôtre écrivait des choses qui le concernaient et qui devaient être lues par toutes les générations de chrétiens ; il le faisait par l’Esprit, il ne pouvait pas faire autrement. Cette droiture se manifeste toujours lorsque la grâce agit dans une âme ; c’est là un des traits sûrs de l’opération de l’Esprit dans cette âme.

L’apôtre nous donne l’exemple d’une conversion très nette. La conversion est un changement qui peut se produire de diverses façons et dans un temps plus ou moins long. Quelqu’un qui naît dans ce monde n’est pas sur le chemin de la vie éternelle ; il est sur la route qui conduit à la mort éternelle ; par la conversion une orientation nouvelle lui est donnée. Quelle que soit la nature des exercices, il faut que cela se produise. Il ne s’agit pas d’influencer, ni d’enseigner quelqu’un, ni que quelqu’un sache beaucoup de choses. Il s’agit de savoir si ce quelqu’un peut dire : « Le Christ Jésus est venu pour sauver des pécheurs dont je suis ». L’apôtre est présenté comme exemple de ceux qui viendront à croire après lui ; cela ne veut pas dire que les mêmes éléments, les mêmes circonstances se retrouveront, mais que le résultat sera le même. Être imprégné d’un peu de christianisme n’est pas la conversion. Paul appréciait trop la croix pour ne pas prêcher le pur évangile ; nous n’avons pas le droit de prêcher autre chose ; nous n’avons pas le droit de laisser croire aux âmes qu’elles peuvent être sauvées par un autre moyen que la croix. Il faut prêcher Christ. Il est très facile d’apprendre à une mémoire d’homme un minimum de vérités touchant l’évangile, et de vérités doctrinales, mais avec cette connaissance, cet homme sera, s’il n’est pas converti, aussi loin de Dieu qu’avant de connaître ces choses, quelquefois davantage parce qu’il a sur lui un manteau de plus.

Il faut donc prier pour que les âmes qui entendent la prédication de l’évangile puissent dire : « Le Christ Jésus est venu dans ce monde pour sauver des pécheurs », dont je suis. Il n’est pas toujours facile de voir si une âme peut dire cela, mais si nous constatons les caractères de la vie de Dieu dans cette âme, confession de Christ, amour pour Christ, c’est que le coeur brûle ; quelque chose a été brisé dans l’homme naturel, les beaux fruits de la grâce sont apparents, manifestant une conversion réelle ; c’est une chose incomparable.

Il y a certainement des âmes qui savent beaucoup de choses sur Jésus, qui savent que Jésus est mort pour sauver les pécheurs, et qui ne sont pas sauvées ; pour être sauvé, il ne s’agit pas de connaître des vérités générales, il faut que l’âme les saisisse et se les approprie ; c’est la foi ! Pour cela, il faut une lumière plus vive et plus brillante que celle du soleil, comme celle qui apparut à Saul sur le chemin de Damas et qui l’a terrassé, il faut toute la puissance de Dieu en grâce pour nous amener à cette conviction que nous sommes des pécheurs perdus et que Christ est mort pour ces pécheurs.

Lorsque nous avons affaire à des âmes qui sont dans une fausse sécurité, notre devoir est de les aider : l’amour nous oblige, de la part de Dieu, à déchirer le voile de leurs illusions, quelque pénible que cela soit ; évidemment en demandant à Dieu de nous enseigner le moyen. Quand nous avons affaire à un homme, pour voir s’il est chrétien il faut trouver la confession de Christ et le sentiment, chez cet homme, d’être un pécheur. Au temps d’Israël, les enfants étaient Israélites par naissance, tandis qu’il n’en est pas de même aujourd’hui, lorsqu’il s’agit des enfants de chrétiens. Il est bon de le rappeler et de ne pas reculer devant le travail d’âme que suppose une conversion. Si ce travail ne se fait pas au commencement, Dieu, qui est fidèle, le fera au milieu de la vie ou à la fin de la vie, ou peut-être durant toute la vie. Si le coeur n’est pas vidé les premières années, il faudra qu’il le soit d’une façon ou d’une autre parce que nous n’entrerons pas dans les joies éternelles de Dieu avec nos propres pensées. Dans la mesure où nous les conservons sur la terre, nous nous privons de la jouissance des bénédictions du ciel et de l’entrée dans le sanctuaire.

 

1.9   Chapitre 1:17

Ce verset souligne un caractère de l’épître quant à la manière dont Dieu y est présenté. Dieu n’y est pas présenté comme le Père, sauf dans la salutation du verset 2, les saints n’y sont pas vus comme des enfants de Dieu ni comme des membres du corps de Christ. L’épître nous présente Dieu et l’homme, Dieu et les hommes, les caractères de Dieu en contraste avec ceux des hommes pécheurs, fragiles et éphémères. L’épître ne développe pas le privilège de la position chrétienne. La louange du verset 17 est pleine de la grandeur qui convient à Dieu ainsi présenté, en face de l’homme dans l’état où celui-ci se trouve. Pour les saints, cela leur rappelle qui est celui qui leur donne le droit d’être appelés ses enfants et dont ils reçoivent ce droit par grâce. La gloire de ce Dieu qui n’a pas honte d’être appelé leur Dieu est un sujet de méditation pour tous les enfants de Dieu (Héb. 11:16). Ce Dieu est leur Dieu. Ce qui accentue la grandeur de cette louange et son sens, c’est le contraste entre la manière dont Dieu s’était manifesté dans les dispensations précédentes et l’évangile dans lequel est révélé le Dieu invisible.

Dieu est présent dès le commencement (Gen. 1:1), dans tous les temps, dans le passé et dans l’avenir. Il fait des choses merveilleuses dans tous les temps. Quelle grandeur ! Surtout, cette grandeur apparaît magnifiquement quand, sachant ce qu’il a voulu obtenir, on considère que, pour l’obtenir, il s’est glorifié en nous sauvant. Alors il nous convient de nous prosterner avec adoration devant le Dieu éternel qui a préparé d’une manière si merveilleuse notre bénédiction, tout en rendant grâces au Père (Col. 1:12 ; 3:17 ; 1 Thess. 5:17).

Nous pouvons louer Dieu pour ce qu’il est et pour ce qu’il a fait, en particulier de nous avoir introduits dans la relation bénie d’enfants de Dieu. Le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité. Ces adorateurs n’oublient pas que celui qu’ils adorent comme Père, c’est le Dieu qui les a sauvés, le Dieu qui est le même dans tous les temps. Avant qu’il eût établi cette relation avec eux, Dieu était ce qu’il est et ce qu’il sera toujours. Il est le maître souverain du temps dont il dispose à son gré dans les diverses dispensations qu’il a établies comme il lui a plu de le faire. Mais nous louons en lui celui pour qui le temps n’existe pas ; le temps n’est pour nous, et pour lui, qu’une parenthèse dans l’éternité. Quelle grâce de connaître Dieu en dehors d’une dispensation momentanée ! Cela dépasse la portée de notre pensée. Nous nous inclinons devant la grandeur des faits, mais ce qu’est Dieu dans ses caractères présentés dans ce verset 17 échappe à notre pensée et à notre entendement. Pour comprendre Dieu, il faut être Dieu. C’est ce que ne voient pas les raisonneurs.

Les caractères éternels de Dieu donnés dans ce verset sont un sujet de profonde méditation pour la foi. Ils prennent un grand prix pour le coeur si nous pensons à la manière dont Satan a troublé les pensées des hommes au sujet même de Dieu ; Satan a donné aux hommes des dieux corrompus, visibles, nombreux ; alors les caractères de Dieu sont rappelés ici, caractères qui passent par-dessus tous les temps et toutes les dispensations. Ce verset nous présente la grandeur sans pareille et la gloire souveraine de Dieu. C’est un Dieu dont la miséricorde et la grâce immenses sont manifestées envers les saints dans tous les temps et se montrent aussi à tous les hommes ; mais en lui-même, il est un Dieu plein de gloire et de majesté. La considération de ces caractères nous fait voir notre petitesse et nous met à notre place d’humilité, mais nous donne en même temps confiance et foi en ce Dieu qui est notre Père. Dans ce verset, pas une seule expression, parmi les titres donnés à Dieu, ne nous présente un caractère de relation, soit celui d’Éternel, soit celui de Père, caractères que nous trouvons ailleurs. Ici, nous trouvons la gloire magnifique de Dieu qui est plein de grâce et de miséricorde envers les hommes. Il exerce une suprématie continue et souveraine dans la suite des âges, d’éternité en éternité. S’il est visible pour nous, c’est dans la personne du Fils de son amour qui a pris une forme visible pour le faire connaître (Jean 1:18). A part cette manifestation, aucun oeil humain ne peut voir les perfections de Dieu.

Dans ce verset 17, il est devant nos coeurs dans toute sa grandeur, dans toute sa majesté, et nous pouvons unir nos faibles voix au cantique de l’apôtre : « honneur et gloire aux siècles des siècles ». Nous avons peu, pratiquement, le sentiment de cette grandeur et de cette gloire. Que de choses ne se passeraient pas dans les assemblées si nous avions un sentiment plus sincère, plus précis de la gloire de Dieu dont il est dit ailleurs qu’il est parmi les saints, notamment en 1 Corinthiens 14:33. Ce sujet a une telle importance que, dans sa Parole, Dieu attire constamment notre attention sur sa gloire ; et c’est, pour n’avoir pas eu le sentiment et le respect de cette gloire, la gloire de la présence de Dieu dans son sanctuaire, que les Israélites autrefois se sont laissés aller à commettre tant de fautes (premier chapitre d’Ézéchiel). Il est bon pour nous d’être occupés de la grâce de notre Dieu Sauveur ; mais il importe que nous soyons occupés de sa gloire, que nous sachions la discerner, l’admirer, la révérer et l’adorer.

Dieu seul peut nous donner le sentiment de ce qu’il est. C’est par sa Parole, par son Esprit, que nous pouvons avoir la connaissance et la jouissance de ce qu’est Dieu. L’inconverti, le chrétien mal affermi peuvent essayer de découvrir Dieu, dans la création ou de toute autre manière ; combien d’âmes inventent un Dieu selon leurs propres pensées, tous les philosophes en sont là. Mais dans le verset 17, c’est le seul Dieu qui s’impose à l’âme, devant lequel l’âme se prosterne et se tait, heureuse d’adorer devant l’infini des gloires de Dieu ; la jouissance de la présence de Dieu produit toujours ce saint sentiment.

Ce n’est pas par un effet de notre esprit que nous pouvons sonder ce qu’est Dieu (Job 11:7). Quand Moïse dit : « Fais-moi voir ta gloire », Dieu la fait passer devant lui après l’avoir mis à l’abri. Moïse ne pouvait pas apprécier la gloire de Dieu ; cela est hors de la portée de l’homme. Nous jouissons de ce qu’est Dieu quand nous le contemplons par la foi et que nous nous prosternons devant lui. Que personne ne perde son temps à vouloir sonder ce qu’est Dieu, c’est de la folie et de l’orgueil. Mais nous ne perdrons jamais notre temps à contempler ses gloires en Christ et à nous prosterner devant lui ; c’est la place qui nous convient en tant que créatures et que rachetés. Le Dieu qui nous a sauvés est le Dieu incorruptible, le seul Dieu ; le Dieu des Juifs est le même que celui des chrétiens, il n’a rien abdiqué de ses droits et de sa gloire ; en lui il n’y a pas de variations ni d’ombre de changement. C’est ce Dieu dont nous jouissons et que nous connaissons, et éternellement nous célébrerons ses gloires éternelles, nous les objets de sa grâce. Dans le parfum présenté à Dieu il doit y avoir la célébration de son être éternel, de sa gloire éternelle et, par-dessus tout, de sa grâce. Il faut insister là-dessus, parce que nous pourrions croire qu’il suffit de penser à Dieu pour l’honorer ; nous ne sommes pas capables de penser à Dieu comme il convient. Les pensées de l’homme vis-à-vis de Dieu ne vont jamais bien loin. Nous voyons en Romains 1:23 le résultat des pensées de l’homme.

Dans la présentation des caractères de Dieu, au verset 17, il y a un appel à la conscience. Ce n’est pas seulement la grandeur de Dieu, mais aussi un caractère moral : un seul Dieu, incorruptible. Cela exclut tout de l’homme, et le sentiment des gloires de Dieu nous écraserait si la Parole tout entière ne nous rassurait en nous disant ce que ce Dieu, le Dieu fort, a fait pour les pécheurs que nous étions ; l’Esprit rend témoignage avec notre esprit que nous sommes enfants de Dieu, sans quoi nous serions anéantis. Ce que nous savons de Dieu pour la jouissance de nos âmes et la paix de nos coeurs a pour fondement les déclarations de Dieu lui-même dans sa Parole.

Nous avons besoin de demander au Seigneur d’être des adorateurs intelligents, d’avoir les yeux ouverts dans une contemplation qui soit celle que Dieu nous donne et nous réserve.

Il n’y a que cela qui nous tient à notre place. Dieu ne donnera pas sa gloire à un autre. Quel bonheur qu’il en soit ainsi ! Dans cette humilité qui lui convient, à cette place que nous donne la contemplation de Dieu, le croyant connaît Dieu qui n’est pas un Dieu de loin, mais de près. Tout infini qu’il soit, le racheté le connaît, et c’est le Dieu dont il jouit. Par conséquent, qu’est-ce que le croyant peut envier puisqu’il a à faire avec Dieu et à Dieu ? Le sentiment de la grandeur de Dieu éclipse pour la foi tout le reste, tout au monde. Ce caractère devrait se lire chez les enfants de Dieu.

 

1.10                      Chapitre 1:18-20

Le verset 18 se relie au commencement de l’épître. L’apôtre parle à Timothée du service qu’il lui a confié. Le mandat que Timothée tenait de la part de Paul et de Dieu va nous être expliqué. Nous allons voir en quoi consiste ce service et comment Timothée devait l’accomplir. Il en est de même pour chaque croyant. Chacun a un service à accomplir ; il faut d’abord savoir en quoi il consiste, ensuite connaître les ressources divines mises à notre disposition. L’apôtre encourage Timothée avec une grande douceur ; il lui parlera des combats à livrer mais lui parlera aussi de celui qui le soutiendra. Dieu avait pourvu à l’encouragement de Timothée avant même qu’il entreprît sa tâche ; il y avait eu des prophéties faites précédemment à son sujet ; Dieu serait fidèle pour le former. Si Timothée a été engagé à la suite de l’apôtre, ce n’est pas par l’effet d’une entente entre eux ; la main de Dieu était dans cette affaire ; c’est là une leçon pratique d’une grande importance. Dans la vie de chacun de nous, il importe d’avoir conscience de l’appel de Dieu. Nous n’avons pas à chercher des choses extraordinaires, mais dans la vie, la marche, le service de chacun il doit y avoir avant tout la main de Dieu au départ et tout le long de la route. Paul n’a pas poussé Timothée et s’il l’a encouragé, c’est dans la connaissance de la pensée de Dieu à l’égard de Timothée. Il nous arrive souvent d’oublier cette leçon et alors nous éprouvons des mécomptes.

Les prophéties faites précédemment étaient un motif de force pour Timothée qui avait besoin d’avoir cette confirmation intérieure pour son âme. C’était un cas tout spécial que celui-là. Il y a bien eu l’appel de Dieu pour d’autres serviteurs, mais nous ne voyons pas ailleurs que des prophéties aient été faites à leur sujet. La façon dont le don de grâce a été conféré à Timothée est aussi toute spéciale. Ce point avait une grande importance pratique pour Timothée, qui paraît avoir été modeste et timide et pour qui les luttes et les combats de la foi devaient être pénibles ; il est dit au verset 18 : « Afin que par elles », c’est-à-dire selon la puissance que ces prophéties comportaient, il pût combattre le bon combat. La source remontait à Dieu lui-même, et c’est ce qui donnait au combat de Timothée son caractère et aussi sa puissance. Au milieu des dangers et des difficultés il est de toute importance de pouvoir regarder à Dieu et remonter à Dieu lui-même.

Cette pensée qui était une source de force pour Timothée habitait certainement en Paul qui pouvait dire que Dieu l’avait mis à part dès le ventre de sa mère. Certitude divine de l’approbation de Dieu qui donne l’assurance que nous sommes là où Dieu nous a mis. Il peut y avoir bien des faiblesses, mais le coeur est en repos quand on a ce sentiment ; la tempête peut faire rage, mais on demeure sur le rocher inébranlable.

Dans le passé, il y avait eu l’appel divin de Timothée, les prophéties spéciales, tout ce qui venant de Dieu pouvait donner une entière confiance et une pleine assurance, mais dans le présent il lui fallait garder la foi et une bonne conscience, c’était le seul moyen pour tenir ferme. Il y a donc deux choses : 1° l’appel, 2° l’état moral. L’appel est un secret avec Dieu, mais l’état moral est l’affaire de tout chrétien, parce qu’un chrétien est, par définition, engagé pour le combat, à moins qu’il ne soit un déserteur. Être chrétien signifie, d’une part, être lié au Seigneur, et, d’autre part, combattre. Au début du christianisme la vie était faite autant de combats que de service. Nous l’avons un peu oublié. Nous nous imaginons trop que la vie chrétienne appelle succès et honneur chez celui qui sert ; elle appelle d’abord des peines, des luttes, des combats à soutenir, et l’apôtre le souligne ici. Ces combats ne sont pas à livrer contre le monde qui n’en est pas à un péché près, mais contre un ennemi qui connaît notre point faible, par où nous laissons le mal entrer dans nos coeurs ; il faut donc la foi et une bonne conscience.

Dans ce passage, le mot « foi » présente un sens intermédiaire entre les deux acceptions qui lui sont données dans cette épître. C’est aussi bien la foi qui, comme telle, dans sa pureté, continue de s’attacher à la personne de Christ, que la foi qui saisit pour les maintenir les vérités du christianisme dont le Seigneur lui-même est le centre et dont il est aussi l’objet : garder la foi. Plus loin, dans l’épître, à propos des serviteurs, nous trouverons une autre expression qui comporte surtout le second sens : « gardant le mystère de la foi dans une conscience pure » ; nous voyons de nouveau la foi et la conscience unies ; ce sont des principes utiles pour tous les croyants et qui trouvent une application dans la vie de chacun selon le plan de Dieu pour peu qu’ils se soumettent humblement à ce plan. L’état moral des serviteurs de Dieu est de toute importance parce que, dès que cet état n’est pas bon, il se produit une déviation qui peut conduire aux abîmes comme dans le cas d’Hyménée et d’Alexandre. Blasphémer, c’est parler des vérités divines, de Dieu lui-même, de ce qui est saint, d’une manière malsonnante et injurieuse. Si nous nous écartons de l’humilité, de la simplicité, si nous laissons un mauvais état moral s’installer en nous, la porte est ouverte à toutes les erreurs et à tous les écarts ; nous pouvons très bien nous mettre dans le cas d’avoir des pensées, de prononcer des paroles qui constituent des blasphèmes, un outrage pour le Seigneur de gloire et pour Dieu lui-même. En matière doctrinale, nous pouvons faire fausse route avec une grande facilité et, après un faux pas, être entraînés très loin, parfois très rapidement. C’est pour cela que nous devons être vigilants pour que les doctrines étrangères, hétérodoxes, ne puissent avoir cours parmi nous.

Nous voyons avec quel souci l’apôtre plus d’une fois affirme sa vigilance à l’égard de sa conscience. C’est un point important parce que c’est par le manque de vigilance que les maux arrivent dans une vie et dans un témoignage. L’ennemi trouve une entrée par la mauvaise conscience ; on tolère du mal quel qu’il soit, l’ennemi le sait et alors c’est la misère. Dans la vigilance, la vraie crainte de Dieu se manifeste. Nous pouvons bien dire que nous craignons Dieu, mais nous le montrons par le fait que nous avons souci d’avoir une bonne conscience. Si l’on n’a pas bonne conscience, on n’a pas Dieu, on ne réalise pas la présence de Dieu. Notre conscience, même quand rien ne vient la charger, n’est jamais à la mesure de la sainteté de Dieu (1 Cor. 4:4). On a souvent dit que la conscience ne ment pas devant Dieu ; la conscience du chrétien est autre chose que la conscience naturelle : elle est éclairée par la Parole, par l’Esprit, par le sentiment que Dieu nous parle, nous reprend. Il est de toute importance de ne pas fermer notre conscience aux paroles de Dieu, de ne pas l’endurcir. Veillons sur son état ; on ne peut pas garder la foi et une mauvaise conscience ; avec cette dernière, on fera naufrage quant à la foi et on finira par blasphémer. L’apôtre Paul prêchait d’abord d’exemple ; cela lui donnait toute autorité ; il vivait ce qu’il prêchait et ce qu’il demandait aux autres.

Il faut veiller aussi à ce que la conscience de l’assemblée soit entretenue délicate et bonne, surtout quand il y a des sujets d’exercices ; la conscience s’endurcirait facilement et on s’habituerait au mal.

Si notre foi s’attache au Seigneur de gloire avec le désir de maintenir les saintes vérités du christianisme à son honneur, et si nous gardons une bonne conscience par des exercices continuels, dans la douceur de sa présence et de sa communion, alors nous serons gardés de chute et de naufrage (v. 19). C’est là que nous aboutirions si la grâce ne nous éclairait pas, ne nous soutenait pas, ne nous protégeait pas, ne nous conduisait pas sans cesse. Quant à l’attitude et à l’activité blasphématoires d’Hyménée et d’Alexandre, elles offraient un caractère si grave que l’apôtre avait dû les livrer à Satan. C’était un acte apostolique. Nous ne pourrions pas, dans le temps actuel, en tant qu’assemblée, livrer quelqu’un à Satan ; mais l’apôtre le pouvait. C’est d’ailleurs le seul passage de la Parole où il soit question d’un tel acte comme ayant été exécuté. En 1 Corinthiens 5:5, Paul avait considéré une telle mesure comme convenable, mais elle n’a pas été exécutée parce que l’intéressé s’était repenti en temps utile. Ce qu’une assemblée est appelée à faire, dans le temps actuel comme alors, c’est d’ôter le méchant du milieu d’elle.

Si nous avons une mauvaise conscience, nous pouvons parler des choses de Dieu, mais c’est la porte ouverte aux blasphèmes de toute sorte ; nous en parlons alors d’après nos propres pensées au lieu de confesser simplement celles de Dieu. Lorsque nous avons une bonne conscience, l’Esprit de Dieu nous conduit ; il nous révèle les choses profondes de Dieu et nous en fait jouir ; mais si nous sommes en mauvais état, nous cherchons à justifier nos pensées par des passages de la Parole au lieu de conformer nos pensées aux enseignements de cette Parole avec simplicité et une foi sincère. C’est rabaisser les pensées de Dieu au niveau des nôtres et nous ne sommes pas loin de blasphémer. De fait, la racine des hérésies est un mauvais état moral souvent caché et vu de Dieu seul. Un mal doctrinal, un mauvais enseignement ont pour source un mauvais état moral. Un esprit en mauvais état peut emmagasiner beaucoup de choses, parler beaucoup, travailler beaucoup, se servir des pensées de Dieu pour se justifier et émettre des pensées à lui. Nous devons être d’abord chrétien, c’est-à-dire quelqu’un qui reflète les caractères de Christ ; le service vient ensuite. Le plus puissant témoignage du chrétien, c’est son caractère de chrétien, non ce qu’il sait. C’est une chose difficile à réaliser parce que cela touche au fond de notre caractère moral, de notre coeur, de notre conscience. Soyons pour cela gardés dans la simplicité quant au Christ, celle qui honore Dieu.

 

2                        Chapitre 2

2.1   Chapitre 2:1-3

Dieu, dans sa grâce, donne à chacun des instructions selon sa situation qui comporte avec elle ses exercices ; il dit à chacun : « Voilà comment, dans ta position, tu peux me glorifier ». Nous sommes tous à l’école de Dieu.

Avec le chapitre 2 commencent les exhortations. Celle du verset 1 a une portée générale ; elle concerne les relations de l’âme avec Dieu, ses rapports personnels et de confiance avec Dieu chez quelqu’un qui peut s’approcher de lui : prières, supplications, intercessions, actions de grâces. La prière est le premier fruit de la conversion (Actes 9:11). Le caractère de la prière est très étendu ; ici la prière embrasse tous les hommes. Dieu veut que nous ayons des coeurs très larges, à l’exemple du Seigneur quand il était sur la terre. La connaissance de l’amour de Dieu envers nous produit dans nos coeurs le désir que nos semblables goûtent aussi à cette source de l’amour. Dans les choses de Dieu, on est abreuvé de telle sorte que le coeur déborde. On n’épuise jamais ce qui est dans le coeur de Dieu ; c’est ce qui fait que dans la communion fraternelle, plus on est, plus il y a de bonheur et de jouissance ; la source n’est pas diminuée pour cela.

Bien que la bonté de Dieu envers tous les hommes soit clairement indiquée dans l’Ancien Testament, les Juifs sous l’ancienne économie n’avaient qu’eux-mêmes comme objet de leurs préoccupations ; maintenant sous l’économie de la grâce, tout est changé, nous recevons des exhortations comme étant les disciples et les témoins du Dieu Sauveur qui s’intéresse à tous les hommes. C’est une chose infiniment précieuse qu’à l’exemple du Seigneur, nous puissions prier, intercéder pour tous les hommes en pensant au salut et au bien de chacun d’eux.

Ces exhortations à prier pour tous les hommes étaient très importantes à une époque où les croyants pouvaient être persécutés et auraient été portés, comme nous le sommes par nature, à s’irriter contre les hommes, c’est pourquoi un peu plus loin nous sommes exhortés à élever des mains saintes sans colère et sans raisonnement. C’était un état d’esprit nouveau. L’apôtre exhorte à avoir un esprit de douceur, d’intercession pour ceux-là mêmes qui persécutaient la foi, chose que le Seigneur a enseignée et dont il a donné l’exemple. C’est l’état d’esprit chrétien vis-à-vis du monde, même hostile, ennemi et persécuteur (Matt. 5:44). La force de l’expression « avant toutes choses » est qu’avant toute autre activité envers les hommes, il nous faut prier. Dieu lorsqu’il s’est révélé entièrement, et non pas partiellement comme dans l’Ancien Testament, s’est révélé à tous les hommes. Dieu s’est manifesté en chair (chap. 3) pour tout le monde, Dieu a pensé à tous les hommes ; le chrétien est appelé à imiter Dieu et à penser à tous les hommes, cela élargit notre coeur et notre esprit et n’exclut en aucune manière l’ardeur et le zèle de la prière pour tous les saints. L’Esprit nous conduira à nous souvenir des uns et des autres.

Dans le verset 2, nous trouvons des prières particulières pour les rois et ceux qui sont haut placés, en rapport avec l’autorité qu’ils détiennent de la part de Dieu et avec le maintien de l’ordre qu’ils sont chargés d’assurer afin que les saints puissent mener une vie paisible et tranquille en toute piété et honnêteté. C’est une prière particulière qui s’ajoute en quelque sorte à la prière générale du verset 1 qui est étroitement en rapport avec le salut pour tous, y compris les rois et haut placés. Nous avons à prier pour tous les hommes, pour leur salut, même pour ceux qui nous en veulent ou nous ont fait du mal et pour les hommes qui détiennent l’autorité, même s’ils en abusent contre les chrétiens. Il y a là pour nous une leçon bien actuelle (Luc 23:34). Nous n’avons pas à participer à l’établissement des autorités, mais nous avons à prier pour elles, car elles sont établies et permises par Dieu, même si ces autorités nous mettaient en prison. Pour prier ainsi, il ne faut évidemment pas participer à leur activité, même par le coeur (Rom. 13:1). Nous pouvons lire aussi entre les lignes de ces versets cet autre important enseignement que le chrétien n’est pas appelé à faire partie de ces autorités. Le Seigneur nous a promis ici-bas, non pas un trône ou une couronne, mais une croix, car notre bourgeoisie est dans les cieux.

Le chrétien qui se laisse enseigner par la Parole pourrait-il mettre sa confiance en un homme ? Voter, c’est affirmer de la confiance en quelqu’un. Dieu ne se confie en aucun homme et nous ne pouvons nous confier en personne : nous nous confions en Dieu. Nous reconnaissons ce que Dieu reconnaît, ce qu’il supporte ; mais notre coeur est libre à l’égard de cela et la seule obligation que nous ayons c’est de prier en obéissant aux autorités dans toute la mesure où elles ne nous commandent pas de désobéir à Dieu. Nous n’allons peut-être pas vers des temps plus faciles à cet égard, et il est bon de veiller à ce que notre coeur soit libre. Dieu ne perd pas de vue son peuple céleste ; dans la prière pour les autorités, nous avons à demander la bénédiction de son peuple. Évidemment si les chrétiens font de la politique, ils auront la bouche fermée pour demander à Dieu qu’il leur permette de mener une vie paisible. Faire de la politique, ce n’est ni de la piété, ni de l’honnêteté ; ce serait le bon moyen de se faire supprimer la faveur de cette vie paisible. Dès que nous quittons le chemin de la séparation avec le monde, les difficultés commencent et elles deviennent insurmontables, la chair est impuissante à nous faire sortir des chemins dans lesquels elle nous a entraînés. Le chemin de Dieu est pour le chrétien un chemin à l’écart du commencement à la fin ; si nous en sortons, c’est du temps perdu. Le monde sait d’ailleurs très bien que les chrétiens ne sont pas de son côté quand ils se mêlent à lui, car il sait très bien qu’ils ne sont pas de lui, et alors le chrétien perd son autorité morale même aux yeux du monde. Lot n’avait pas d’autorité morale à Sodome. Ces caractères de la vie de la foi sont immuables, invariables, et si nous cherchons à les atténuer, ce ne sera certainement pas au nom du Seigneur ou de sa Parole (Prov. 24:21). Dès que l’on donne la main au pouvoir temporel, l’opprobre disparaît, mais l’on n’a plus Dieu avec soi, on renie le Seigneur. Dieu soit béni, il n’y a pas deux chemins pour le chrétien, mais un seul, celui de Christ. Plus nous serons petits, plus il nous sera facile d’échapper à ce danger. Il nous faut veiller à ne pas laisser dans nos vies se nouer des relations que peut-être Dieu ne coupera pas, sauf tout à la fin. Il se peut qu’il y ait, ou qu’il y ait eu des chrétiens qui ont occupé des positions d’autorité : nous n’avons pas à les juger, ni non plus à les suivre. Le seul que nous ayons à suivre, c’est le Seigneur. Pesons cela sérieusement devant Dieu. Une vie paisible c’est une vie exempte de guerre : « autant qu’il dépend de vous, vivant en paix avec tous les hommes ». Une vie tranquille, une vie exempte de l’agitation du monde, ce sont là les conditions pour que la piété se développe. La piété et l’honnêteté ne devraient-elles pas briller aujourd’hui dans un monde où ces deux vertus tendent de plus en plus à disparaître ?

 

2.2   Chapitre 2:4-6

Toutes les expériences antérieures ayant pris fin, Dieu s’est révélé extérieurement, par son Fils, et s’il se révèle entièrement, ce ne peut être qu’à tous les hommes et non pas seulement à une classe, à un ou plusieurs individus. Dieu est véritablement le Dieu Sauveur pour tous les hommes, c’est une vérité de toute beauté, caractéristique du christianisme. Le verset 4 nous fait admirer les voies du Dieu Sauveur envers tous les hommes. Il ne faut pas confondre les voies de Dieu avec ses conseils éternels ; ce sont deux sujets différents. Ici, il s’agit des voies de Dieu qui concernent, intéressent tous les hommes et s’étendent sans exception ni restriction à chacun d’eux ; tandis que les conseils de Dieu sont révélés à ses enfants comme membres de la grande famille de la foi. En rapport avec ces conseils de Dieu, nous avons le sujet béni de l’élection qui, comme disait un ancien frère, ne regarde pas le monde, ne concerne pas tous les hommes, mais est comme un secret de famille pour les enfants de Dieu. Ici (v. 4), il s’agit des droits de la grâce, c’est le fleuve de la grâce qui coule abondamment et apporte ses bienfaits à tous les hommes sans exception. Les voies de Dieu tendent au salut de tous les hommes. Il veut que tous soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité. Comment en effet peuvent-ils être sauvés ? En venant à la connaissance de la vérité, vérité révélée par la Parole, vérité au sujet de Dieu et de son Fils, vérité en ce qui concerne les hommes et la condition misérable où le péché les a plongés, vérité à l’égard de toutes choses. Le salut est offert à tous les hommes ; mais d’autre part un travail est nécessaire en eux pour qu’ils reçoivent la vérité. Le ciel est ouvert, mais tout le monde n’y entre pas ; le salut est pour tous, mais n’est pas reçu par tous. Il faut la foi en même temps qu’un travail de Dieu dans le coeur. La grâce et la vérité, vinrent par Jésus Christ. La vérité, c’est Christ (Jean 14:6). Le nouveau converti trouve Christ et apprend à le connaître de mieux en mieux, mais du moment qu’il connaît Christ, le but de Dieu est atteint, à savoir de l’avoir fait passer des ténèbres à la lumière, du pouvoir de Satan à Dieu lui-même. Nous avons à croître dans la connaissance de la vérité et à comprendre la force de l’expression : « venir à la connaissance de la vérité ». Nous avons le privilège d’avoir cru la Parole qui est la vérité, par l’Esprit qui nous conduit dans toute la vérité, et d’être venus ainsi à Christ qui est la vérité. C’est la responsabilité des chrétiens de présenter la Parole, la vérité, Dieu et tous ses droits sur l’homme (Jér. 10:10), et Christ comme le médiateur, savoir celui qui s’est placé entre Dieu et l’homme pour que la bénédiction de Dieu puisse être donnée à l’homme. Il y a, d’une part, Dieu dans son auguste grandeur et sa gloire magnifique et, d’autre part, les hommes dans leur faiblesse, leur infirmité et leur misère ; d’où la nécessité d’une médiation et il y en a une seule ; nul besoin d’en chercher ou d’en inventer une autre. Le Seigneur de gloire est devenu homme pour être notre médiateur, celui qui, à tout instant, nous met en contact avec le Dieu vivant et vrai, le seul Dieu ; et pour cela il s’est donné lui-même en rançon pour tous, en propitiation pour le monde entier (1 Jean 2:2 ; 4:14 ; Jean 12:32). Mais pour participer aux grâces et aux joies du salut, pour être au bénéfice de l’expiation, il faut un acte individuel et personnel de foi dans la personne et dans le sacrifice de Christ, du médiateur (Rom. 10:9). Dieu est inconnaissable pour l’homme ; nous ne connaissons de Dieu que ce qu’il lui a plu de nous révéler dans les Écritures et par le Saint Esprit ; l’importance de la présentation de la personne du Seigneur se comprend si nous nous souvenons qu’il est Dieu, (et c’est ce qu’il faut à l’homme : trouver Dieu qui est la source de tout bien pour lui) et que, d’autre part, il est parfaitement homme. Le Fils est devenu homme sans cesser d’être Dieu, et il reste éternellement homme tout en étant Dieu.

 

2.3   Chapitre 2:7-15

Paul dit que Dieu l’avait établi prédicateur et apôtre ; il avait conscience de la mission qui lui avait été confiée. Il se présente avec toute l’autorité que Dieu lui donne. Il se réclame aussi du don qui lui avait été conféré, celui de docteur (Éph. 3:2) ; sa doctrine c’est le développement de l’enseignement de l’évangile, dans la foi et la vérité. Au verset 8 l’apôtre revient aux exhortations relatives à la prière. Les enseignements que nous trouvons ici n’ont pas besoin d’explications ; nous avons à nous y soumettre en toute simplicité. C’est pourquoi l’obéissance est la première qualité requise. Être placé au bénéfice de l’oeuvre expiatoire de Christ nous conduit à être obéissants, à l’exemple du Seigneur quand il était ici-bas. Son sang réclame de nous l’obéissance, non pas sur un principe légal, parce que la chair est complètement mise de côté, mais dans l’amour (Jean 14:15, 21, 23 ; 1 Jean 5:3 ; 2:3), parce que nous le connaissons. Notre bonheur, c’est d’obéir à cause de Christ qui prend connaissance de l’état de nos coeurs et de l’état de l’assemblée (Apoc. 2 et 3), à cause des anges qui regardent dans l’assemblée (1 Cor. 11:10). C’est du coeur (Col. 3:23) que nous avons à obéir au Seigneur. Nous avons la responsabilité de marcher à la gloire du Seigneur ici-bas, d’après les enseignements de la Parole. Nous serons tous reçus comme des enfants par le Père, c’est un côté d’une douceur infinie, mais nous serons aussi manifestés devant le tribunal de Christ. Mais pour obéir, il faut d’abord prier, et prier en élevant des mains saintes, sans colère et sans raisonnement. Il nous faut ensuite pardonner comme le Seigneur nous l’a enseigné et montré. Ce qu’il n’avait pas ravi, il l’a rendu (Ps. 69:4). Il faut enfin nous abstenir de tout raisonnement. Le Seigneur réalisait toujours cette triple attitude, c’est pourquoi ses prières étaient toujours exaucées. Nous pourrons la réaliser à notre tour dans notre vie pratique, mais seulement dans la mortification de la chair. Le grand sujet de l’épître c’est de nous faire connaître comment nous devons nous conduire dans la maison de Dieu. Cela doit nous exercer quand nous venons devant Dieu, et nous amène à nous laisser laver les pieds par le Seigneur (Jean 13). La maison de Dieu est solennelle. Jacob en Genèse 35 ôte toutes les idoles qui sont chez lui et les enfouit sous un térébinthe avant de rencontrer Dieu dans sa maison (Béthel). Il en est de même pour nous ; tout ce qui ne peut être conservé dans la présence de Dieu doit être enfoui, tout ce qui est à l’intérieur, dans nos coeurs, aussi bien que ce qui est à l’extérieur, dans notre tenue, dans nos vêtements. Nous avons reçu un vêtement précieux, Christ. Nous devons bannir toute mondanité de la maison de Dieu ; Satan s’efforce d’y introduire cette mondanité. Nous avons à veiller et à prier, prier aussi les uns pour les autres. Nous devons nous aider les uns les autres pour que chacun paraisse dans la présence de Dieu tel qu’il nous désire.

Quelle douceur si nous devons abandonner quelque chose pour la gloire du Seigneur ! Le Seigneur nous en tiendra compte et cela sera manifesté.

Nous sommes naturellement portés à rechercher le côté extérieur des choses, tout ce qui nous donne une certaine considération de la part des autres. Le Seigneur veut que nous recherchions seulement ce qui lui est agréable, dans la communion avec lui. Pour que nous soyons revêtus à la gloire du Seigneur, il place lui-même devant nous les bonnes oeuvres préparées à l’avance. L’Épouse, au banquet des noces de l’Agneau, sera revêtue de fin lin éclatant et pur, ce sont les justices des saints (ou leurs justes faits). En somme, nous travaillons actuellement aux vêtements de gloire de l’Épouse. La gloire de l’Épouse c’est d’être revêtue de la gloire que Christ lui a donnée, de la personne même de Christ ; mais en plus de cela, il y a ce que Dieu produit dans les saints qui constituera aussi les vêtements de l’Épouse. Nous avons à veiller à ce que notre extérieur soit selon le Seigneur. Dans les versets 9 à 11, il est recommandé aux femmes de faire attention à leur tenue extérieure. Dans l’Ancien Testament (Deut. 22:5) l’échange des vêtements entre homme et femme était interdit. Celui qui faisait ces choses était en abomination à l’Éternel. Aujourd’hui, Satan cherche à jeter la confusion partout. C’est comme si le Seigneur disait : « Je tiens à ce que ma servante (ou mon serviteur) ait une tenue conforme à ma Parole, et pas une autre que celle-là ». En Pierre, nous trouvons le même sujet de la tenue extérieure vue par les incrédules. Cette tenue peut constituer un puissant témoignage (1 Pierre 3:1-5). La tenue extérieure est, d’ailleurs, le reflet de l’état du coeur (l’homme caché du coeur).

Dieu veut que les soeurs progressent, comme les frères, dans la connaissance du Seigneur. Une soeur est considérée comme un vase plus faible (1 Pierre 3:7), mais Dieu veut remplir ce vase aussi bien que le coeur du frère. La femme ne doit pas enseigner, ni parler en public (1 Cor. 14:34), Dieu le lui défend, et si elle le fait elle déshonore Dieu et se déshonore elle-même. Mais son âme peut progresser dans la jouissance et la connaissance du Seigneur dans la communion avec lui. Elle doit apprendre dans le silence, en toute soumission, elle doit profiter de tous les moyens que Dieu ne manquera pas de mettre à sa disposition pour cela ; nous en avons un bel exemple dans Marie aux pieds du Seigneur (Luc 10:39). Dieu peut employer le mari pour instruire la femme, mais il a aussi tous les moyens en sa main et si la femme n’a pas de mari, elle fera comme Ruth la Moabite à qui Boaz a dit : « Tu iras aux vases, et tu boiras de ce que puisent les jeunes hommes (serviteurs) » (Ruth 2:9). Le Seigneur suscite des serviteurs pour lui à qui il donne la force, la capacité nécessaire et, par leur moyen, il donne des rafraîchissements à tous. Profitons-nous des réunions précieuses que Dieu nous donne ? Il faut encore se rappeler que Boaz recommande à Ruth de ne pas aller dans un autre champ. Le bon Berger nous conduit dans les verts pâturages qui répondent à tous les besoins pour tous les temps, mais il ne faut pas aller ailleurs vers une nourriture donnée par l’homme dans la chair. C’est un fait général qui remonte plus haut que le christianisme. La chrétienne qui oublie ces versets déshonore Dieu et n’attire pas sur elle de la bénédiction. Si la femme veut être bénie elle doit rester à sa place. Les femmes qui sont restées fidèles à leur place, Dieu les a honorées. Dieu nous explique pourquoi la femme ne doit pas user d’autorité sur l’homme et doit apprendre dans le silence. Pour celle qui se soumet, la bénédiction est donnée par Dieu, une richesse de miséricorde en face de tout ce que l’état de la femme demande (salut du corps à travers l’enfantement. Le privilège de la femme chrétienne étant de pouvoir se confier en Dieu dans la foi et l’obéissance).

 

3                        Chapitre 3

3.1   Chapitre 3:1-7

Dans le chapitre 3, il est question des charges dans l’assemblée. Actes 6 nous dit qu’il y avait des serviteurs établis pour servir aux tables. Tite avait été chargé par Paul d’établir des anciens. Ici, il est seulement parlé des caractères que doivent revêtir ceux qui occupent des charges dans l’assemblée. Les apôtres avaient reçu l’autorité pour établir des anciens (ou surveillants) dans les assemblées. Il y avait des anciens à Éphèse (Actes 20:17) : c’est l’Esprit Saint qui les avait établis (Actes 20:28). En 1 Pierre 5, l’apôtre s’adresse aux anciens, lui qui était ancien avec eux. Nous voyons par ces passages que la fonction des anciens était de surveiller et de paître le troupeau, étant eux-mêmes des modèles. La fonction de serviteur était différente ; d’après Actes 6, on pourrait comprendre que les serviteurs peuvent être établis par les frères, ce ne sont pas les apôtres seuls qui les ont nommés. La fonction de conducteur est aussi un peu différente de celle d’ancien ; un conducteur, c’est un ancien, avec quelque chose en plus, un don (1 Cor. 12). Actuellement, il n’existe pas d’autorité sur la terre pour établir les anciens et les conducteurs ; c’est le Seigneur qui donne à ceux qu’il désigne l’autorité morale et la capacité nécessaires pour remplir ces services.

Les qualités indiquées dans le chapitre 3 ne font pas l’ancien ; tous les frères qui avaient ces qualités n’étaient pas nécessairement des anciens. Ceux qui étaient des anciens devaient avoir ces qualités. Nous avons à reconnaître les frères que le Seigneur a qualifiés pour être des anciens et désirer qu’il en suscite. Si nous ne le faisons pas, ce sera à notre détriment et il en résultera du désordre dans l’assemblée. Les charges très importantes sont la partie qui, dans l’église, a le plus vite manqué ; elles ont sombré dans le clergé. Ce que nous avons dans le chapitre 3 de cette épître, ce sont plutôt les devoirs de l’ancien, ses caractères nécessaires ; dans l’épître de Pierre, nous avons la fonction de l’ancien, la surveillance du troupeau de Dieu. La surveillance est intimement liée au caractère d’ancien ; surveillant et ancien sont deux expressions équivalentes. L’épître de Pierre exhorte les jeunes à être soumis aux anciens (1 Pierre 5:5 ; voir aussi Héb. 13:7, 17). Cela nécessite pour tous une profonde humilité afin de recevoir le bénéfice de l’instruction qui nous est donnée. Il faut que nous soyons persuadés qu’il n’y a pas d’autre autorité officielle que celle du Seigneur. L’autorité d’un ancien, de quelqu’un qui a ce caractère, est morale et donnée par le Seigneur. Il est important et solennel de remarquer que dans l’assemblée où tout est grâce, et pour chacun au même titre, la porte n’est pas ouverte à toutes les licences et à tous les désordres, au contraire. Dans l’assemblée, il doit y avoir l’ordre de la grâce, pas celui de la loi ; mais cet ordre n’en est que plus beau et, pourrait-on dire, plus impérieux.

Les apôtres avaient une autorité qui n’a pas été redonnée par le Seigneur. On peut souhaiter vivement que le Seigneur forme et suscite des frères pour surveiller le troupeau de sa part et avec son autorité. Dans l’épître de Pierre, il est dit : « et tous, les uns à l’égard des autres, soyez revêtus d’humilité » (1 Pierre 5:5) ; les anciens en tout premier lieu doivent revêtir ce caractère d’humilité, l’autorité morale va de pair avec l’humilité. Mais il ne faut pas penser que le troupeau n’a pas à être surveillé ; dans un troupeau où il n’y a pas de surveillance, il faut s’attendre à toutes sortes de désordres. Quand un surveillant voit quelqu’un en danger, il l’avertit ; quelqu’un qui se souille, il se met à ses pieds pour les lui laver ; il faut l’autorité du Seigneur pour faire cela, n’importe qui ne peut pas le faire. Il y a une façon d’agir que le Seigneur donne et qu’on ne peut s’attribuer soi-même. S’il n’y a pas de surveillants, il se peut qu’une assemblée prenne une mauvaise direction, que le témoignage disparaisse.

Le surveillant (ou ancien) peut être doublé d’un conducteur ; en ce cas, il a un don en plus de la charge. Un ancien peut être un frère qui n’exerce pas de ministère, souvent il en est ainsi, mais les deux choses peuvent aussi aller ensemble ; toutefois, elles sont distinctes. Pour l’exercice de la charge d’ancien, comme aussi pour l’exercice d’un don, il est nécessaire que le frère soit revêtu d’une autorité morale donnée par Dieu. C’est la chose la plus difficile à avoir ; pourquoi ? parce qu’on ne l’a pas sans Dieu. Il faut pour avoir cette autorité, réaliser la présence de Dieu, et c’est toujours ce qu’il y a de difficile. Cette autorité va de pair avec l’humilité. L’ancien, s’il doit être un modèle (1 Pierre 5:3), doit l’être d’abord en humilité et en sainteté. La charge d’ancien nécessite des qualités d’impartialité, d’absence de toute flatterie, de renoncement à soi-même ; il ne doit pas faire acception de personnes. Tout cela n’est pas facile à réaliser ; il faut être un homme de Dieu.

Ce n’est pas le désir qui est une « oeuvre bonne », mais la surveillance, objet de ce désir. Elle est toujours une « oeuvre bonne », en elle-même. Le surveillant doit être formé à l’école de Dieu ; on ne s’improvise pas surveillant du jour au lendemain. L’exercice de la charge doit être le résultat d’un coeur renouvelé, dirigé et conduit par Dieu. Cet exercice nécessite une complète soumission à la volonté de Dieu et à sa Parole. Il est bon que chacun ait le sentiment précis de la place où le Seigneur l’a mis et qu’il n’en sorte pas. Beaucoup de souffrances dans l’assemblée de Dieu proviennent du fait que ce sentiment n’existe pas assez. Il y a des services plus évidents que d’autres ; c’est le Seigneur qui est le Maître, et il place l’un ici, l’autre là selon sa souveraineté. Il est le Souverain Pasteur (1 Pierre 5:4). Les récompenses ne seront pas en rapport avec l’importance des fonctions, mais elles seront données par le Maître selon la fidélité dans la fonction. Si c’est le Seigneur qui l’a placé, un frère sera aussi humble dans une place bien en évidence, que dans une place à l’arrière ; le tout est d’être là où le Seigneur nous place. Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a une autorité effective dans l’assemblée et, dans une assemblée en bon état, il pourra même y avoir une autorité visible. Les surveillants ne doivent pas laisser entrer n’importe quoi dans l’assemblée, sinon ils sont disqualifiés comme anciens. Il se peut que des anciens paissent le troupeau par contrainte et n’agissent pas selon Dieu. Que faire dans ce cas ? Crier au Seigneur pour qu’il maintienne les siens dans l’attitude où il faut qu’ils soient. On n’a pas l’autorité que l’on prend soi-même ; si nous cherchons à en prendre, nous péchons. D’ailleurs on ne doit pas penser à l’autorité qu’on a ou qu’on n’a pas, on doit obéir au Seigneur, avoir devant soi les intérêts et la gloire du Seigneur et rien d’autre.

Nous avons dans les versets 2 et 3 des qualités que chacun doit lire et relire, qualités que le surveillant doit avoir. Au verset 6, il est ajouté : « qu’il ne soit pas nouvellement converti » ; il y a là un piège. Une chose est à noter, c’est l’ordre dans les maisons ; le désordre dans la maison disqualifie le surveillant pour cette charge, cela est dit dans la parenthèse du verset 5.

Un nouveau converti, nouveau-né dans la foi, ne peut pas aspirer à la surveillance, ce n’est pas sa place. S’il aspirait à la surveillance, il serait enflé d’orgueil et risquerait de tomber dans la faute du diable, l’orgueil (És. 14:14). Un nouveau converti ne se connaît pas encore lui-même. Quand on est converti, on connaît le Sauveur, mais il y a une autre connaissance expérimentale à acquérir, c’est la connaissance de soi-même, étude qui dure toute la vie (voir Deut. 8). Nous sommes à l’école de Dieu toute la vie ici-bas. S’il y a un danger pour le nouveau converti de tomber dans la faute du diable, ce danger est aussi pour tous. De plus, il y a aussi un autre danger également pour tous, celui de ne pas avoir un bon témoignage de ceux du dehors et de tomber dans l’opprobre et dans le piège du diable. La faute du diable, c’est pécher comme le diable a péché, par orgueil, c’est tomber dans le piège que le diable nous tend, parce que nous ne marchons pas dans la fidélité et que nous n’avons pas un bon témoignage de ceux du dehors (nous avons alors une mauvaise conscience). Ces vérités sont d’une importance très grande dans la pratique de la vie chrétienne. Dieu les place devant nous pour que nous soyons exercés et parce qu’il veut qu’il y ait des frères qui aspirent à la surveillance.

Quelle importance, dans l’assemblée, qu’il y ait des frères revêtant les caractères d’ancien, qui ne se laissent influencer par rien ni par personne, qui ne cherchent que la pensée du Seigneur, qui cherchent quel est le chemin du Seigneur en tout temps et notamment quand il y a de l’hésitation ou des difficultés ! Les conséquences de l’absence de tels frères, ou, s’il y en a, de leur attitude contraire aux pensées de Dieu, peuvent être incalculables ; on est alors soumis à tout vent de doctrine et on risque d’être emporté à droite ou à gauche par les pensées de chacun. Or, ce ne sont pas les pensées des frères ou des soeurs qui doivent nous occuper, mais seulement la pensée du Seigneur recherchée dans l’humilité et dans le sentiment de notre néant. Un des rôles des frères qui ont ces qualités d’ancien, si le Seigneur en suscite, est aujourd’hui de maintenir le témoignage dans la ligne tracée par le Seigneur, ligne que les devanciers ont suivie. L’ancien fidèle discernera le moment où une fausse direction risquerait d’être prise, et il a à faire preuve de fidélité. L’état général du troupeau dépend d’une multitude de soins et d’une grande vigilance. S’il y a souffrance dans l’ensemble, s’il y a quelque chose qui ne va pas dans le détail, l’ancien doit s’occuper de cela, soigner les plaies, redresser les erreurs, avertir les déréglés, veiller à l’absence de mondanité, de mal, laver les pieds, veiller à l’état moral. Tout cela demande de la vigilance et de l’humilité, de l’amour, mais aussi de la vérité, de la lumière dans la présence de Dieu. C’est un devoir, un service de la part de l’ancien de s’occuper des autres. Dans l’assemblée on pense couramment qu’il suffit de se réunir et que tout marche tout seul, on pense aussi qu’en dehors des réunions chacun peut agir comme il l’entend. C’est une erreur.

 

3.2   Chapitre 3:8-13

Nous avons ici les caractères que doivent revêtir les serviteurs et les servantes, charges importantes dans l’assemblée et qu’on ne peut pas accomplir à la légère ; il faut que le service soit donné par Dieu et que toutes les qualités indiquées ici existent chez les serviteurs et servantes afin que le service soit accompli selon la pensée du Seigneur et pour le bien des siens.

Nous ne pouvons prétendre à faire ce que les disciples ont fait en Actes 6, parce que la puissance est partie, mais le principe reste. L’acte d’Actes 6 nous montre que les serviteurs, non pas officiellement, mais moralement, ont à recevoir l’approbation des frères, et même de l’assemblée.

Il faut que la maison de Dieu soit en ordre. Dans le monde, les hommes se freinent réciproquement ; ils ont des autorités qu’ils établissent, une hiérarchie qui maintient l’ordre. Il ne faut pas croire que l’assemblée est le lieu du laisser-aller, le lieu où règne la liberté de la chair. La liberté qui doit y exister est la liberté de l’Esprit, car là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Cette liberté est celle que nous avons, de ne pas accomplir la volonté et les pensées de la chair ; la puissance nous en est fournie par l’Esprit par qui nous pouvons mortifier la chair et marcher en nouveauté de vie (voir Rom. 8). Tous, dans l’assemblée, doivent rester dans la dépendance du Saint Esprit, les serviteurs en particulier. Alors tout est en ordre dans l’assemblée. Les serviteurs s’occupent des questions matérielles, de la charité, de la répartition des collectes, de tout ce qui touche le service de l’assemblée, et il est évident que ces choses intéressent la gloire du Seigneur, qu’elles ne sont laissées à l’initiative de personne et qu’elles doivent être faites pour le Seigneur et pour sa gloire, concourant ainsi avec l’exercice des dons et celui de la charge de surveillant, à la bénédiction spirituelle. S’il y a du désordre dans l’administration de l’assemblée, la bénédiction spirituelle en souffre. Il ne s’agit pas de se placer sous une loi de commandements, le serviteur moins que tout autre, mais d’être exercé par la foi dans la présence de Dieu. Dieu ne manquera pas. Il est fidèle. Tout ce qui se fait dans l’assemblée doit être empreint des caractères célestes de sérieux, de paix, de bonheur, de joie, d’amour. Si l’on s’attend au Seigneur, lui se chargera de qualifier, de placer chacun là où il le veut, de donner son approbation et de sanctionner lui-même dans les esprits et les coeurs la place qu’il a assignée à chacun, soit le surveillant, soit le serviteur, etc. Nous n’avons pas à chercher dans l’assemblée une approbation officielle, mais une approbation morale résultant de l’action du Saint Esprit dans les coeurs. L’imposition des mains n’est qu’un signe extérieur d’approbation, de communion, et ne confère aucun don, aucune grâce.

Les anciens et les serviteurs, ainsi que les servantes, peuvent parfois être appelés à pénétrer dans des secrets personnels ; il faut qu’ils portent cela avec Dieu, ou alors ils sont disqualifiés. Cela demande de grandes qualités morales : graves, non doubles en paroles, sobres, non avides d’un gain honteux, gardant dans une conscience pure, le mystère de la foi, c’est-à-dire de la doctrine et de la vérité chrétiennes mises en lumière par la mort et la résurrection de Christ. Ces fonctions exigent une vie près de Dieu, un reflet de la personne de Christ qui font que l’ancien ou le serviteur, sans même rien dire dans l’assemblée, pourra être un bon témoignage et une bénédiction pour l’assemblée. Dans le temple de l’Éternel, tout dit : Gloire ! (Ps. 29:9) ; à plus forte raison dans l’assemblée de Dieu ; c’est là que devrait être visible, évident, frappant, le reflet de la gloire de Dieu. C’est ce que nous devrions chercher à réaliser par la puissance de l’Esprit.

En Actes 6:3, ce qui est requis des serviteurs c’est qu’ils aient un bon témoignage et qu’ils soient remplis de l’Esprit Saint. Le bon témoignage, c’est ce que l’apôtre requiert du serviteur dans l’expression du verset 10 du chapitre 3 : « étant trouvés irréprochables ». Les frères et les soeurs apprécient ce qu’ils voient, les secrets des coeurs sont l’affaire de Dieu. L’assemblée est responsable de ce qui se voit, de ce qui s’entend, et de maintenir l’ordre extérieur et visible au milieu d’elle. Il ne faut pas, sous prétexte que nous sommes tous faillibles ou fautifs, que le règne du laisser-aller s’instaure dans l’assemblée.

Au verset 11, il est question des femmes. Il s’agit spécialement des femmes des anciens et des serviteurs, mais les caractères mentionnés s’appliquent à toutes. Elles doivent être graves, non médisantes, sobres, fidèles en toutes choses. Les anciens et les serviteurs peuvent être appelés, comme il est dit plus haut, à pénétrer dans certains secrets. Il faut savoir ensevelir dans son coeur beaucoup de choses et n’en parler qu’à Dieu. Si on faisait état de tout ce que l’on entend, de tout ce que l’on sait, ce serait un état de trouble perpétuel. Avant de jeter quelque chose en public, il est nécessaire que le frère qui le fait ait affaire à Dieu et soit bien assuré que c’est la volonté de Dieu d’agir ainsi. Pour les femmes, il en est de même. La Parole ne néglige rien ; au chapitre 2, elle nous dit ce que doit être la tenue extérieure des femmes ; ici elle nous présente un état intérieur plus profond. La tenue extérieure et l’état intérieur doivent être en harmonie. La tenue extérieure doit résulter de l’état intérieur. Cet état intérieur doit être désiré par tous ; celui qui, bien que n’étant pas ancien ou serviteur, ou celle qui, n’étant pas femme d’ancien ou de serviteur, dirait : « Cela ne me concerne pas », montrerait par là son peu d’attachement au Seigneur et révélerait que son coeur ne désire pas suivre le Seigneur de près. De plus cet état mauvais influerait sur l’assemblée tout entière. Certains disent que c’est chaque individu qui est responsable, et non pas l’assemblée. Cela est une erreur, car c’est l’acheminement vers l’état du peuple d’Israël au temps des Juges où chacun faisait ce qui semblait bon à ses yeux. La Parole nous dit : l’assemblée est souillée lorsqu’elle tolère le mal (voir la première épître aux Corinthiens). Du jour où le principe que la responsabilité individuelle seule compte serait admis, ce ne serait plus l’assemblée de Dieu. Et les frères que le Seigneur garderait dans les principes de la Parole seraient obligés de se séparer de cela sans hésitation. Être mari d’une seule femme n’est pas dit seulement pour les anciens et les serviteurs, c’est ce qui est requis de tous les frères, nous le savons par ailleurs. Ici, cela est souligné à cause de l’importance de l’ordre dans le service qui ne peut aller de pair avec le désordre dans les maisons. L’ordre familial, dont il est question deux fois dans ce chapitre, revêt une importance considérable en présence de la tendance actuelle à oublier dans la famille les vérités que Dieu, lui, n’oublie pas. Cette tendance, dont l’origine est fort ancienne, n’est que de l’indépendance. L’autorité a été donnée à l’homme dans la famille, il est le chef du foyer, et tous les raisonnements et les théories humaines ne changeront rien à la parole de Dieu.

Au verset 13, il est question de ceux qui ont bien servi, et qui acquièrent un bon degré et une grande hardiesse dans la foi. Nous avons l’exemple d’Étienne qui commence serviteur, prêche l’évangile et finit martyr. Il est dit plusieurs fois de lui qu’il était plein de l’Esprit Saint.

 

3.3   Chapitre 3:14-15

Comme Timothée, nous avons besoin de savoir comment il faut se conduire dans la maison de Dieu où la grâce nous a introduits. Nous sommes chez Dieu, dans sa demeure, là où il habite, et nous devons suivre les règles de cette maison. Nous n’avons pas à y faire ce qui nous plaît, à marcher à notre guise, mais à y glorifier Dieu en faisant sa volonté. Dans cette maison, nous avons des privilèges, mais aussi des responsabilités. Dans l’Ancien Testament, les sacrificateurs qui entraient dans le tabernacle devaient être revêtus de vêtements en rapport avec la position qu’ils occupaient et ils devaient tout accomplir « selon le commandement de l’Éternel ». La parole de Dieu est la seule règle pour le service dans la maison de Dieu. Nous sommes dans cette maison comme enfants de Dieu, mais la maison elle-même est constituée par les enfants de Dieu, ces pierres vivantes édifiées sur le fondement. Dieu nous dit comment nous devons nous comporter dans cette maison. Cela implique la mise de côté de nos façons de voir, de nos préférences, de nos goûts personnels, du moi, en un mot ; pour cela il nous faut passer à la croix de Christ qui réduit à néant toutes nos prétentions et met de côté toutes nos volontés ; on y trouve Christ mort pour nous, mais aussi notre vieil homme crucifié avec lui avec tous ses désirs et ses volontés. C’est dépouillés de nous-mêmes, remplis des instructions divines, que nous pouvons nous comporter en conséquence dans la maison de Dieu. Dans la première épître à Timothée, il s’agit de la maison de Dieu sur la terre en rapport avec notre responsabilité : nous avons un témoignage à rendre à Dieu, un témoignage à rendre au Seigneur, un témoignage à rendre devant le monde. Cette maison, dont la grandeur est merveilleuse, garde toujours son caractère dans le plan de Dieu malgré l’infidélité des hommes. Ici, Dieu la voit dans son état normal et c’est pour cela qu’elle est appelée « l’Assemblée du Dieu vivant ». C’est une chose absolument unique au monde, dans laquelle la gloire de Dieu est appelée à briller ; aussi comprenons-nous que, dans un tel lieu, ce ne sont pas nos caprices qui doivent nous conduire. C’est l’Assemblée de Dieu, laquelle il a acquise par le sang de son propre Fils (Actes 20:28). Ce qui est dit d’elle, qu’elle est la colonne et le soutien de la vérité, est une chose extraordinaire et vraiment digne de retenir notre attention. En Éphésiens 2, nous voyons l’Assemblée être une habitation de Dieu par l’Esprit sur la terre, mais ce chapitre commence par nous faire voir les saints ressuscités assis ensemble dans les lieux célestes dans le Christ Jésus ; de sorte qu’en un certain sens, aujourd’hui, les saints remplissent leur fonction d’habitation de Dieu par l’Esprit sur la terre en étant sortis du ciel pour rendre un tel témoignage, pensée précieuse et qui est de nature à donner à notre témoignage pratique le caractère que Dieu désire. Ainsi le Seigneur était-il descendu du ciel pour rendre témoignage sur la terre. En Éphésiens, naturellement, le sujet offre une plénitude unique parce qu’il s’agit surtout de la grâce et des conseils éternels de Dieu. Dans Timothée, Dieu nous voit sur le terrain de notre responsabilité ; il s’agit de saints en passage sur la terre et de leur témoignage sur la terre. Et l’Assemblée, malgré tous ses privilèges, n’est pas la vérité elle-même ; elle est la colonne et le soutien de la vérité. Comment ? En maintenant avec un soin jaloux et avec zèle la vérité relativement à la personne du Seigneur Jésus. C’est lui qui est la vérité, l’expression par excellence de tout ce que Dieu est, de tout ce que Dieu pense, de tout ce que Dieu dit. L’Assemblée est là pour maintenir ces vérités et rendre hommage à la personne de celui qui est venu ici-bas comme le Dieu manifesté en chair, l’homme en qui toute la plénitude de la déité habite corporellement. L’Esprit est appelé de vérité parce qu’il prend ce qui est du Seigneur pour nous le communiquer. Sans doute, nous sommes dans des temps de déclin, et il y a d’autres vérités à maintenir en rapport avec la ruine (2e épître à Timothée), mais dans la première épître à Timothée où, malgré les fissures qui peuvent exister déjà, la maison de Dieu est encore considérée comme étant dans son état normal, la grande affaire c’est de rendre témoignage et hommage à la personne de Christ.

L’Assemblée a le dépôt de toutes les vérités essentielles : l’homme, Dieu, le péché, le ciel, le jugement, l’avenir, etc... Le chrétien a le dépôt de beaucoup de pensées de Dieu sur ces sujets impénétrables à l’esprit de l’homme naturel. L’Assemblée a reçu ce dépôt ; sa mission est de garder la vérité. Christ est la vérité. L’Esprit est la vérité. La Parole est la vérité. Ces trois choses constituent le témoignage même que l’Assemblée est appelée à maintenir, à rendre. Quand nous pensons à l’Assemblée, nous devons y penser de la manière la plus large, mais nous devons y penser aussi en considérant la responsabilité de ceux qui sont enseignés à l’égard de ce qu’est l’Assemblée, afin qu’ils aient conscience de ce que le Seigneur et l’Esprit leur ont confié. Les saints, rassemblés sur ce terrain-là, ne l’ont pas été de leur propre volonté, par suite d’un accord entre eux ; c’est l’Esprit et le Seigneur qui les ont ainsi groupés et le dépôt de la vérité leur a été confié. L’Assemblée ne donne pas de poids à la vérité, comme le prétend à tort l’église catholique ; c’est la vérité qui crée l’Assemblée ; mais l’Assemblée est dépositaire de la vérité, de la pensée de Dieu. L’Assemblée a reçu en dépôt la révélation entière de Dieu et non pas seulement une manifestation partielle comme cela a eu lieu pour Israël. Dieu avait parlé aux pères par les prophètes, il nous a parlé dans le Fils, c’est là le fait essentiel. C’est tout un monde de pensées et un sujet infini de méditation qui nous sont présentés. Les deux ou trois assemblés au nom du Seigneur sont l’expression de l’Assemblée et représentent l’Assemblée dépositaire de la vérité de Dieu. Quelle chose solennelle ! C’est ce qui donne du prix aux rassemblements, si petits soient-ils. Avec quel coeur brûlant d’amour et de reconnaissance les saints ne devraient-ils pas veiller à être fidèles à la mission que Dieu leur a confiée par pure grâce ! Ils n’ont pas trouvé la vérité par un effort de leur esprit. Dieu a mis cela entre leurs mains, c’est un dépôt confié, une révélation de la Parole et de l’Esprit de Dieu. Quand on entre dans ce témoignage, on doit avoir le sentiment que l’on entre dans cette sphère où Dieu conserve sa vérité. Nous avons cherché la vérité dans des chemins divers, expériences intellectuelles, morales, spirituelles, angoisses diverses, nous l’avons trouvée en Christ et nous en jouissons dans l’Assemblée. Une poignée de chrétiens qui sont l’expression de l’Assemblée sont gênants pour l’ennemi parce que la vérité est là et que l’un des éléments de cette vérité c’est que l’ennemi est vaincu. C’est pour cela qu’il cherche à faire perdre aux diverses assemblées locales leur caractère, en introduisant des choses où l’homme dans la chair sera mis en avant et prendra dans les choses de Dieu, des initiatives contraires à la Parole, ayant pour conséquence de mettre Christ et la vérité de côté. Aussi devons-nous veiller constamment et persévérer dans la prière pour que ce qui est de la chair ne vienne pas empêcher la libre et puissante action de l’Esprit et que la vérité soit manifestée publiquement. Si l’assemblée est fidèle, quel témoignage et quel centre d’attraction, quel foyer de lumière et d’amour, trouveraient là des pécheurs perdus, gémissant sous le poids de leur culpabilité et plongés dans leur misère ! Nous aussi, nous réaliserions alors que c’est le lieu où a passé le souffle du prophète : « Finissez-en avec l’homme,... car quel cas doit-on faire de lui ? » (És. 2:22). Si nous réalisions cela, quelle gloire pour Dieu, pour Christ et quel bonheur pour nos âmes ! On cultive l’homme partout ; l’assemblée devrait être le témoignage que l’homme est mort, c’est la vérité quant à l’homme. En même temps nous réaliserions pleinement que Christ a été donné comme chef sur toutes choses à l’Assemblée. Un chrétien qui a réalisé cela ne pourrait pas vivre dans un milieu où on n’a pas Christ. Marie de Magdala disait : « on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis ». Le « mystère de la piété » a été confié par Dieu à l’Assemblée.

 

3.4   Chapitre 3:16

3.4.1        Manifesté en chair

Le mystère de la piété est grand parce qu’il s’agit du Seigneur de gloire dans son humanité parfaite. Le Seigneur était parfaitement homme semblable à nous, mais sans péché ; son humanité était pure. C’est un fait merveilleux que l’incarnation du Fils de Dieu. C’est à la croix que nous trouvons la manifestation complète de la grâce et de la vérité de Dieu, et c’est pour venir mourir sur la croix que le Seigneur a pris une forme humaine dans son obéissance absolue à la volonté de son Père, un corps formé par Dieu lui-même. Il a participé au sang et à la chair afin que, par la mort, il rendît impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable ; et qu’il délivrât tous ceux qui, par la crainte de la mort, étaient, pendant toute leur vie, assujettis à la servitude (Héb. 2:14, 15). Hébreux 5:7, 8 nous montre le Seigneur de gloire durant les jours de sa chair, à propos de ses souffrances en Gethsémané où il a accepté des mains de son Père la coupe amère qu’il devait boire à la croix. Il a été mis à mort en chair (1 Pierre 3:18). Il a souffert pour nous, et nos pensées sont élevées quand nous pensons à la façon dont le Seigneur a souffert pour la gloire et pour l’amour de Dieu. L’humanité du Seigneur demeure par-delà la croix (Luc 24:39) ; sa chair ne pouvait voir la corruption (Ps. 16). I1 est l’homme en qui la déité habite pleinement (Col. 2:9). Le Seigneur est Fils de l’homme, comme il s’appelle lui-même, dans la gloire. L’homme est représenté aux cieux dans son humanité parfaite sans ses infirmités ; cela donne confiance pour nous adresser à Dieu. Dieu, par Christ, s’est approché de nous. Le Seigneur peut nous aider, nous soutenir dans les tentations, sympathiser avec nous, nous donner la consolation dans l’épreuve, intercéder pour nous (Héb. 2:17, 18 ; 4:14-16 ; 7:25).

 

3.4.2        Justifié en Esprit

Le Seigneur a été conçu de l’Esprit Saint (Luc 1:35) ; il s’est présenté comme étant oint de l’Esprit (Luc 3:21 ; 4:14 ; Actes 10:38 ; Héb. 9:14).

 

3.4.3        Vu des anges

Grande et précieuse proposition du mystère de la piété (Luc 2:13). C’était pour les anges un fait tout nouveau de contempler Dieu dans une personne visible ; ils nous donnent un exemple, par la diligence et l’attention avec lesquelles ils se sont appliqués à contempler le Seigneur dans sa sainte humanité (Marc 1:13). Après la tentation, les anges s’approchent et servent le Seigneur (Matt. 4:11). Avant la croix, un ange du ciel vient fortifier le Seigneur (Luc 22:43) ; il s’agissait de soutenir ses forces physiques. Nous retrouvons les anges au sépulcre, à la résurrection du Seigneur (Matt. 28:2 ; Marc 16:5 ; Luc 24:3-6 ; Jean 20:11). Maintenant que le Seigneur est dans la gloire, les résultats de l’oeuvre de la rédemption, la sagesse si diverse de Dieu sont donnés à connaître aux anges par l’Assemblée (Éph. 3:10). Les saints ont la précieuse mission de refléter ses caractères et de le représenter ici-bas. Les anges sont témoins de tout ce qui prend place dans nos vies, même des plus petits détails (1 Cor. 11:10). Les anges sont spectateurs du témoignage de chacun de nous, du témoignage de l’Assemblée. Nous devons donc, à cause des anges, veiller à laisser au Seigneur sa place de suprématie absolue sur toutes choses. C’est l’enseignement de l’épître aux Colossiens et du début de l’épître aux Hébreux. Dans l’Apocalypse quand nous voyons l’Agneau immolé revêtu des attributs du pouvoir suprême, les anges sont là pour le louer et l’adorer (Apoc. 5:11, 12). Le caractère de leur louange est des plus instructifs ; ils ne sont pas, comme nous, les bénéficiaires de la rédemption, mais ils ont contemplé le Seigneur dans tous les événements, les circonstances et les caractères de sa vie ici-bas, de son ministère, de son activité sur la terre, dans sa mort et dans sa résurrection, et ils sont là, beaucoup d’anges, une multitude immense, disant à haute voix : « Digne est l’Agneau qui a été immolé... ». Ils disent : puissance à celui qui a été crucifié en infirmité, richesse à celui qui s’est appauvri pour nous enrichir, sagesse à celui qui a été tourné en dérision et que les hommes ont traité comme s’il avait un démon, force à celui qui n’a pas pu porter la croix jusqu’au lieu de son exécution, honneur à celui qui a été méprisé au point d’être vendu pour le prix d’un esclave, gloire à celui qui a subi la honte et l’ignominie du supplice de la croix, bénédiction à celui qui a été fait malédiction sur la croix du Calvaire. Sur tous ces sujets, ils se sont penchés, ils ont regardé de près (1 Pierre 1:12) avec respect et attention, et le résultat de cette contemplation c’est la louange infinie. A cette louange nous pouvons ajouter nos hommages et c’est ce que nous ferons pendant l’éternité.

En Colossiens, il est parlé du culte des anges dans lequel certains font leur propre volonté, s’ingérant dans les choses qu’ils n’ont pas vues. C’est un des péchés de l’église professante d’avoir placé les anges entre les coeurs et le Seigneur, alors que les anges en voyant Dieu manifesté en chair, voient celui qui les a créés et ne sortent jamais de leur place de créatures ; ils bénissent le Créateur et le Rédempteur. Pour ce monde invisible des anges, quel sujet d’adoration que la vie de Jésus de la crèche à la croix et après la croix ! Nous oublions souvent que l’univers tout entier, toutes les créatures sont engagées dans la gloire de Christ, d’une façon ou d’une autre. Dans les Actes, il y a un passage qui dit que la loi a été donnée par la disposition des anges ; les anges ont été mêlés aux manifestations de Dieu dans l’Ancien Testament ; mais en Christ, ils ont vu Dieu manifesté en chair, Dieu a brillé d’une façon visible pour toutes les créatures.

Le grand fait contenu dans ce verset, c’est que Dieu s’est rendu visible et c’est la chose que l’Assemblée a à garder comme dépôt. Les anges ont été créés immortels ; quelle vision pour eux de voir le créateur revêtir un corps pour devenir moindre que les anges et aller à la mort. Mais il ne faut pas nous égarer, ce ne sont pas les anges qui sont placés devant nous, mais celui qui a été vu des anges. Quelle grâce et quelle gloire pour nous que Dieu nous ait liés à celui que les anges ont vu, celui en qui la souveraine suprématie de la gloire de Dieu pouvait habiter (dans un corps semblable au nôtre à part le péché) et rayonner moralement de telle façon qu’elle attirait le regard des anges.

 

3.4.4        Prêché parmi les nations

L’Ancien Testament nous parle d’un seul peuple qui avait la connaissance de Dieu et de la bénédiction de ce peuple. Maintenant Dieu manifesté en chair est donné à connaître à toutes les nations (Rom. 11:25, 32). Non seulement il s’est révélé, mais il le fait savoir à tous (Matt. 28:19 ; Marc 16:20) ; il a suscité des serviteurs pour cela (Actes 9:15 ; 10:9-20). Dieu manifesté en chair est pour tout homme (Jean 3:16), pour le monde entier. Déjà, en Genèse 49:22, nous trouvons ce verset caractéristique : « Joseph est une branche qui porte du fruit... par-dessus la muraille » ; les limites d’Israël sont débordées. Si le Seigneur est prêché parmi les nations, c’est la conséquence du refus du peuple juif de le recevoir (Jean 1:11). C’est Christ qui est et qui doit être l’objet de la prédication. Christ a été prêché premièrement aux Juifs, mais ceux-ci ayant persisté dans leur orgueil et leur refus, ce sont les nations qui deviennent les objets de la grâce du Dieu Sauveur (Actes 13:45). Dieu est le Dieu Sauveur de tous les hommes (1 Tim. 2:5-7). La bénédiction des nations repose sur le sacrifice du Seigneur, sur sa mort. L’oeuvre de la rédemption a été accomplie, et maintenant les douces et précieuses conséquences se font sentir dans le temps présent pour l’éternité, par la formation de l’Église, Juifs et Gentils formant un seul corps et ayant accès auprès d’un seul et même Père par un seul et même Esprit. Dans Jean, le bon Berger parle de ses brebis qui n’appartiennent pas à la bergerie d’Israël, et maintenant toutes ses chères brebis sont réunies en un seul et même troupeau autour d’un seul et même Berger. L’Assemblée est constituée d’une façon toute différente du peuple juif.

Pierre, au début des Actes, prêche Christ et si les Juifs avaient reçu le Seigneur, à ce moment-là le Seigneur serait venu. Mais ils l’ont rejeté d’une manière définitive en rejetant Étienne et alors le champ du témoignage et de la prédication s’élargit. L’apôtre Paul a été le grand artisan de la prédication de l’évangile aux nations. La révélation du mystère de l’Église et son administration lui ont été confiées et Christ a été prêché aux nations de cette façon.

 

3.4.5        Cru au monde

Dans Jean 14, le Seigneur dit à ses disciples : « vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ». Le Seigneur devient pour les siens un objet de foi dans ce monde qui l’a rejeté et qu’il a quitté pour retourner au Père en passant par le chemin du Calvaire. Ceci est en contraste avec ce qui aura lieu plus tard quand le Seigneur viendra pour être glorifié dans ses saints et être admiré dans tous ceux qui auront cru (2 Thess. 1:10). En ce jour-là, il sera manifesté au monde et vu de tous les hommes dans sa gloire ; mais dans le temps présent il est un objet de foi. Le temps actuel est celui de la foi. Nous croyons en Dieu sans l’avoir vu, et Dieu manifesté en chair, Dieu révélé dans son Fils, est un objet de foi (Jean 20:29 – Bienheureux... ; Jean 20:31 ; 1 Jean 5:13). L’apôtre Paul dit ailleurs : « nous marchons par la foi, non par la vue ». Nous n’avons rien vu de nos yeux, rien possédé, nous n’avons mis nos pieds sur aucune possession, mais nous savons que toutes choses sont à nous. Ce principe de la foi est antérieur à la période chrétienne ; Abraham est appelé le père des croyants, mais dans ce verset 16 du chapitre 3 de 1 Timothée, il s’agit de la révélation de Dieu objet de la foi. Dans tous les temps la foi caractérise la vie du juste (Hab. 2:4), mais maintenant la foi a pour caractère de s’attacher à la personne (Gal. 2:20). Le chapitre 11 des Hébreux, qui nous parle des témoins de la foi de l’Ancien Testament, emploie une expression remarquable : « Comme voyant celui qui est invisible » ; mais maintenant nous avons quelque chose de plus précis et de meilleur que les saints de l’Ancien Testament, nous avons Dieu manifesté en chair que nous voyons par la foi (Héb. 12:1-3). Il ne s’agit pas de faire des efforts d’imagination ; voir Jésus par la foi, avoir à faire avec lui par la foi, c’est être sous l’action du Saint Esprit qui prend les choses de Christ dans la Parole, nous les communique et nous en fait jouir. L’imagination n’est pas la foi. Le Saint Esprit nous donne de contempler le Seigneur dans sa vie, dans sa mort et dans sa gloire. Si nous sommes sous l’action de l’Esprit, c’est une réalité ; alors nos coeurs et nos consciences entrent par la foi dans ces choses, alors nous avons le Seigneur devant les yeux de nos coeurs (Éph. 1:18 ; 1 Pierre 1:7-9). On ne saurait trop insister sur ce fait que notre joie dans les choses de Dieu, notre possession de ces choses, notre possession pratique de Christ, nous ne les réalisons que par la Parole et par l’Esprit. C’est ce qui caractérise la foi. Nous aurons l’Esprit éternellement et il nous fera toujours jouir de ces choses ; plus tard nous verrons Jésus face à face, nous aurons alors des corps glorifiés semblables au sien ; mais actuellement c’est par la foi que nous saisissons ces choses, par la puissance de l’Esprit agissant en nous. Dieu, pour se révéler entièrement, ne l’a pas fait d’une façon puissante de manière à briser et courber tous les esprits ; il est venu dans l’humilité, l’abaissement et a mis à l’épreuve le coeur de l’homme dans cette révélation qu’il a faite de lui-même. L’épreuve définitive de l’homme a été faite quand Dieu a été manifesté en chair ; les épreuves précédentes étaient partielles, celle-là était totale. Venu ainsi, la foi seule peut le discerner et le connaître : c’est le christianisme.

 

3.4.6        Élevé dans la gloire

La gloire du Seigneur est le couronnement du mystère de la piété. Ce mystère est grand parce que la gloire du Seigneur est merveilleuse et bien propre à captiver nos pensées et nos coeurs. En Jean 17, nous lisons : « et maintenant glorifie-moi, toi, Père, auprès de toi-même, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde fût ». Être glorifié de gloire divine, cette gloire qui était sienne depuis l’éternité passée, mais chose toute nouvelle, l’être comme homme ressuscité, c’est ce que nous trouvons en Philippiens 2:6 à 11. Cette sixième proposition du mystère de la piété contient implicitement la croix (Luc 9:51 ; Jean 13:1). Christ a été élevé dans la gloire, mais est passé pour cela par la croix. Être élevé dans la gloire est une position que Christ a prise pour l’éternité. Il y a, dès maintenant et pour l’éternité, dans la gloire de Dieu, un homme au sujet duquel nous trouvons à ce sujet d’autres déclarations dans la Parole. Jésus, après avoir vécu sur la terre, et traversé la mort, a tellement satisfait Dieu de toutes manières que la gloire de Dieu l’a reçu. Il est dans la position où il nous introduira un jour et où il nous donne le droit d’entrer. Notre sort n’est plus lié au premier Adam, mais à Jésus glorifié. La foi saisit que notre destinée, c’est la destinée de Christ. Le paradis terrestre a été fermé à l’homme à la suite du péché ; Jésus a acquis un droit d’entrée pour l’homme dans la présence de Dieu. La gloire est la fin de l’homme selon le coeur de Dieu ; Christ y est et les siens y seront avec lui. Le plein évangile ne s’arrête pas à la croix ; il va plus loin que la résurrection, à l’ascension, l’élévation de Christ à la droite de Dieu, à la gloire de Dieu. Notre christianisme dépend de la manière dont nos coeurs sont liés à lui qui est dans la gloire. Notre foi nous lie à un Sauveur méprisé sur la terre ; la compensation c’est que nous sommes en même temps liés au Seigneur de gloire. Si, en le suivant, nous sommes dans le monde à la dernière place, lui nous conduit à la première dans le ciel. Ne disputons pas le monde aux gens de ce monde, nous le pouvons sans effort pour le Seigneur que nous aimons. Nous avons tout en lui.

Quelle pensée, quel sujet de reconnaissance, de bénédiction que ce grand mystère de la piété ! Nous sentons bien que c’est là la vérité centrale et fondamentale à laquelle viennent se lier toutes les autres vérités de la Parole. Plus nous nous tenons près du texte de la parole de Dieu, plus nous sommes conduits par le Saint Esprit à donner de l’importance, à attacher de la valeur et du prix à la personne du Seigneur. Nous voyons par les Actes que, dans les débuts du christianisme, les évangélistes ne prêchaient pas seulement le Sauveur comme on fait souvent aujourd’hui, mais aussi le Seigneur, vérité plus complète, plus puissante et plus efficace.

 

4                        Chapitre 4

4.1   Chapitre 4:1-6

Dans le premier chapitre, nous sommes exhortés à garder la foi et une bonne conscience ; dans ce quatrième chapitre, nous voyons qu’aux derniers temps, quelques-uns apostasieront de la foi. Ce qui se dessine ici est en contraste avec le mystère de la piété ; ce n’est pas encore le mystère d’iniquité (2 Thess. 2), mais il y a déjà les premiers signes de l’apostasie qui est seulement le fait de quelques-uns. C’est la situation actuelle ; il n’y a pas encore l’apostasie finale, mais dans la maison il y a des personnes qui ont apostasié de la foi. Cela s’est produit dans les temps apostoliques, dès le début de l’histoire de l’Église, d’une façon bien frappante et solennelle. Nous sommes mis en garde contre ce danger pernicieux et corrupteur. Lorsqu’on ne s’attache pas à la vérité, on acquiesce au mensonge, à des esprits séducteurs dont l’enseignement n’a pas Christ pour objet, on écoute celui qui est menteur et meurtrier dès le commencement, on en vient soi-même à enseigner « des mensonges par hypocrisie », c’est-à-dire qu’on les couvre d’une certaine apparence de vérité ; puis la conscience s’habitue au mal et se cautérise ; les pensées humaines viennent remplacer les pensées de Dieu. C’est une chose bien solennelle que l’Esprit ait annoncé cela. Les apôtres l’ont vu poindre et, malheureusement, le mal une fois entré, on n’a pas pu le faire sortir ; au contraire il s’est vite répandu et il est toujours dans la chrétienté. Le célibat, l’ascétisme existaient aussi chez les païens, le diable a réussi à faire entrer ces principes dans l’Église et ils y sont demeurés. La sécurité consiste à tenir la porte fermée au mal ; une fois qu’elle est seulement entrouverte, il est bien difficile de la refermer. Nous ne pouvons prétendre à de grandes choses, mais dans notre petitesse et notre faiblesse nous avons à garder la foi et la Parole avec une bonne conscience. Il y a eu très tôt dans l’Église des esprits actifs qui, au lieu de dépendre du Seigneur et de se laisser diriger par l’Esprit, ont introduit leurs propres pensées dans le christianisme, tout en lisant la Parole. Il est de toute importance que nous soyons persuadés que nous ne sommes pas capables d’avoir par nous-mêmes une seule pensée de Dieu. L’Esprit seul peut nous communiquer les pensées de Dieu, ce qui est du Seigneur. Ce début du chapitre 4 fait allusion à une très grande activité intellectuelle qui a eu lieu au début du christianisme. Nous avons à être en garde contre cette activité intellectuelle ; cela nous est présenté en figure dans l’Ancien Testament. Du temps de Néhémie, il fallait réparer la muraille et munir les portes de verrous et de barres ; il fallait aussi des tours d’observation et prendre des précautions de surveillance, autrement dit tout un travail défensif était à faire. Il y avait aussi un travail actif, chacun était appelé à travailler selon sa mesure pour le bien commun. Il doit en être de même pour nous ; nous avons à nous montrer pleins de support, dans l’amour, pour les manifestations de l’infirmité individuelle, mais quand il s’agit des vérités de la Parole qui touchent de près à la personne, à l’autorité et aux gloires du Seigneur, nous devons veiller pour qu’aucun faux enseignement ne pénètre dans l’assemblée. Ici, le mal venait de ce que certains docteurs disaient, comme des docteurs païens l’avaient dit avant eux, que la matière était mauvaise, que le mal était dans la matière alors que l’esprit était sans tache, sans souillure. Il fallait donc se libérer de la matière et atteindre à une sainteté supérieure. On a voulu ainsi introduire dans le christianisme la préoccupation de se libérer le plus tôt possible de la matière ; d’où les prescriptions sur le célibat et l’ascétisme. Il est beau de voir la belle ordonnance de la parole de Dieu : c’est tout de suite après avoir parlé de Dieu manifesté en chair que l’Esprit va au-devant des erreurs présentées par l’homme conduit par Satan. Dire que le mal est dans la matière, c’est dire que Dieu s’est trompé en créant la matière. Mais souvenons-nous que Dieu a été manifesté en chair ; et les apôtres, Jean en particulier, le signalent avec une énergie divine (1 Jean 4:1-6). Le mal n’est pas dans la matière, il est dans le coeur de l’homme ; par conséquent la Parole nous donne l’attitude du chrétien vis-à-vis de la matière et du milieu dans lequel il vit. Nous serons gardés de toutes les doctrines et de tous les égarements de l’esprit humain si nous nous attachons au Seigneur de gloire, si nous confessons Jésus Christ venu en chair (Éph. 4:13, 14). Et si l’ennemi cherche à nous égarer, rappelons-lui que le Seigneur l’a vaincu, une fois pour toutes, définitivement, à la croix, et il s’enfuira loin de nous. La position chrétienne est infiniment précieuse et plus élevée que celle des docteurs prêchant l’ascétisme, prescrivant de ne pas manger de viandes : nos corps sont « le temple du Saint Esprit » (1 Cor. 6:19) ; « Ce que je vis... dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi » (Gal. 2:20), la puissance de Dieu se manifeste dans notre chair mortelle (Rom. 6:13). Nous devons tout lier à la doctrine de l’évangile, à la rédemption, au salut accompli par le Seigneur. Quand on a Christ et qu’on jouit de ces choses, on comprend la folie de l’homme et on discerne celui qui dicte ces erreurs aux hommes afin qu’ils ne trouvent pas Christ.

Plus tard, nous serons dans des corps glorifiés, mais pour le moment nous sommes dans le monde, liés à la matière telle qu’elle est, et la parole de Dieu nous dit : « Attention, ne péchez pas, veillez ; vous avez la chair en vous, tenez-la pour morte ». Mais quand l’ennemi vient dire qu’il faut s’abstraire du corps, Dieu au contraire, nous dit : « Vous avez un corps, et c’est dans le corps que vous êtes ». Nous sommes donc liés à la matière. C’est dans la création telle qu’elle est, souillée par le péché, que Dieu manifeste sa grâce et que le christianisme est introduit sans qu’il change les lois de la création. Des hommes veulent être de purs esprits et des philosophies se bâtissent là-dessus ; derrière cela, il y a Satan qui réussit à entraîner des hommes loin de Dieu. L’apôtre Paul n’oublie pas qu’il avait un corps : « Portant toujours... dans le corps... » (2 Cor. 4:10). Satan cherche toujours à rompre le lien entre l’homme et Dieu, dans nos vies. Chaque fois qu’un frère ou une soeur laisse le lien se rompre, il est en mauvais état et capable de tout, même avec la meilleure volonté. Volontairement ou non, Dieu est rejeté, et une distance morale le sépare de Dieu. Combien il est important pour nous de veiller à ce que le lien du coeur et de la conscience avec Dieu soit maintenu.

Ayant touché le fond de la question, l’apôtre entre dans les détails : le mariage, la nourriture. Aucune question ne peut se poser quant au mariage pour quiconque lit le Nouveau Testament en toute droiture. Il y a des serviteurs qui se consacrent entièrement à Dieu, l’apôtre Paul le premier, mais alors c’est un don de grâce, un appel particulier (1 Cor. 7:37). Satan cherche toujours à ruiner ce que Dieu a fait, et l’institution du mariage remonte à la création. Il en est de même pour la nourriture. Dieu a donné à l’homme tout ce qui se meut et qui est vivant, ainsi que l’herbe verte, au temps de Noé (Gen. 9:3). Seule, la défense de manger le sang avait été faite et a été maintenue dans toutes les économies. Et l’apôtre Paul nous dit au verset 4 que toute créature de Dieu est bonne étant prise avec action de grâces car elle est sanctifiée par la parole de Dieu et par la prière. Nous faisons intervenir Dieu par la Parole et par la prière ; il y a un lien entre l’âme et Dieu, et Dieu est honoré. Si nous sommes heureux de prendre de la nourriture, nous honorons d’abord Dieu le premier. Il est juste que nous honorions Dieu et que nous le remerciions avant de jouir des biens qu’il nous donne. Cela rejoint la pensée du sacrifice de prospérités. Lorsque nous recevons les biens matériels de la main de Dieu, il y a communion avec Dieu et il est le premier honoré dans les joies mêmes qu’il nous dispense (Actes 2:46). Quelle valeur cela donne à l’action de grâces quand nous prenons le repas ! Du pain pour lequel il vient de rendre grâces, le chrétien peut dire : « c’est le pain que Dieu m’a donné, je rends grâces à mon Dieu pour ce pain que je prends de la main de mon Père ». En cela, comme en toutes choses, nous avons à nous appliquer : 1° à ne rien faire qui puisse rompre notre lien avec Dieu ; 2° à renforcer toujours plus ce lien en manifestant la vie de Jésus dans nos corps, car où il y a la vie manifestée, le lien existe toujours et c’est dans la mesure où nous en avons conscience que nous marchons à la gloire de Dieu (1 Cor. 10:31). Le secret c’est l’obéissance à la Parole ; nous avons à nous aider les uns les autres pour cela.

Au verset 6, l’apôtre montre que pour être un bon serviteur du Christ Jésus, il faut être nourri de la Parole et de « la bonne doctrine que tu as pleinement comprise ». Se nourrir de la Parole est le travail profond et intérieur ; la vérité doit être assimilée pour que l’homme soit qualifié comme serviteur, et même, dans d’autres passages, pour avoir la vie (Deut. 8:3 ; Jér. 15:16). L’être intérieur doit trouver sa force et sa vie dans la Parole, ainsi que sa joie. Un serviteur a besoin de force, de sagesse, de lumière, il trouve cela en « mangeant » la parole de Dieu. C’est simple, mais c’est le secret de tout service, il s’agit de tirer sa vie pratiquement des saintes paroles de Dieu. Timothée, avant de proposer aux frères les choses que l’apôtre venait de lui indiquer, devait au préalable avoir appris pour lui-même la vertu de ces paroles. Or, d’une manière ou d’une autre, tous les saints sont des serviteurs (2 Cor. 5:15), il faut donc que tous nous nous nourrissions de la Parole. Cela implique un profond et continuel exercice pour la lecture et l’étude de la Bible, non un simple exercice d’intelligence et de mémoire, mais un exercice de coeur et de conscience afin que la Parole s’identifie avec le croyant et devienne la parole implantée. Nous sommes obligés d’occuper notre esprit et de le fixer sur bien des choses ici-bas pour nos travaux, nos occupations, etc... mais nous ne devrions avoir qu’une nourriture : la Parole de Dieu. Cette Parole, assimilée, nous fait croître vers l’état d’homme fait. S’il n’y a pas croissance, c’est parce qu’il n’y a pas de nourriture. Dieu sait conduire nos lectures pour que la nourriture qu’il nous donne soit en rapport avec l’état de nos âmes. Le serviteur ne doit pas manger pour donner à manger aux autres ; il doit manger pour lui-même, pour se nourrir et croître ; puis, le cas échéant, si l’occasion se présente, il peut présenter aux autres la Parole qui l’a nourri (Ézéch. 3:1-3, 10, 11). Le serviteur n’a pas à se nourrir des erreurs ou des fausses doctrines afin de les juger et de présenter la bonne doctrine. Un bon serviteur se forme en se nourrissant de la vérité. Dans « les paroles de la foi », il faut voir l’ensemble des vérités qui sont l’objet de la foi, comme au verset 9 du chapitre 3. La théologie est ce que l’homme pense sur la Bible, alors que nous devons chercher dans cette Parole ce que Dieu a dit, et pas autre chose, dans la prière et l’humilité, en nous nourrissant de cette Parole par le Saint Esprit. L’apôtre ajoute en parlant de la bonne doctrine : « que tu as pleinement comprise » ; il est nécessaire que, nous aussi, nous ayons bien compris les vérités de la Parole, que nous les ayons saisies et que notre coeur ait été saisi par elles ; cela se traduira dans notre vie où ces vérités agiront avec force. Si nous avions bien compris la bonne doctrine, beaucoup de questions qui se posent parmi nous ne se poseraient pas. Comprendre la saine doctrine est de toute importance pour la vie de l’assemblée. La doctrine c’est plus particulièrement l’ensemble des vérités concernant Christ, l’Assemblée, la vie de l’assemblée, la vie de l’individu, les vérités que la Parole nous fait connaître par le Saint Esprit. Si nous étions ainsi fondés et fermes, nous ne serions pas désemparés en présence des événements, nous ne nous laisserions pas entraîner par des nouveautés souvent néfastes ; les fables profanes et les histoires de vieilles femmes n’auraient pas de prise sur nous. Il est évident que si nous comprenions bien ce qu’est l’Assemblée et si nous le réalisions, nous aurions le ciel avec nous et nous ne nous laisserions pas influencer par tout ce qui ne serait pas Christ, nous comprendrions que ce qu’il nous faut, c’est Christ tel que la Parole nous le présente ; ce qu’il nous faut ce n’est pas seulement du bien, mais le bien, non pas seulement de la vérité, mais la vérité, la vérité de Dieu. Nous ne perdrions pas de temps à regarder à droite ou à gauche et peut-être à lire ou à suivre certaines choses qu’on nous présente, il n’y aurait pas le besoin d’aller ailleurs. Nous n’en reconnaîtrions pas moins que Dieu produit du bien là où il trouve bon de le faire. Quelqu’un l’a dit : « L’Esprit souffle où il veut, mais moi je dois obéir ».

 

4.2   Chapitre 4:7-9

Non seulement les fables profanes et les histoires de vieilles femmes ne doivent pas retenir notre attention, mais nous devons les rejeter. Ce que l’imagination de l’homme peut produire ne fait que profaner les choses saintes. Le Saint Esprit seul peut nous faire entrer dans les choses de Dieu ; lui nous conduit dans toute la vérité (Jean 16:13). Le vieil homme se tourne toujours vers les fables (2 Tim. 4:4), les généalogies interminables (Tite 3:9), les fables judaïques, les commandements d’hommes (Tite 1:14) et se détourne de la vérité. Ces fables, ces enseignements d’hommes sont souvent présentés sous une forme agréable, avec éloquence, parfois avec des termes bibliques et avec des citations de la Parole, de sorte qu’on les écoute volontiers parce qu’elles plaisent à la chair. L’apôtre dit : « Rejette-les ».

La pierre de touche est la suivante : Ce que nous entendons, ce que nous lisons, nous fait-il apprécier la personne de Christ ? Nous fait-il voir sa gloire ? Si Dieu nous dit de rejeter les fables et les histoires, il place en contraste devant nos coeurs quelque chose d’infiniment doux et précieux : la piété. « Exerce-toi toi-même à la piété ». Par cet exercice, les fables et les histoires sont rejetées tout naturellement et sans effort. Toutes les relations de l’âme avec Dieu par Jésus Christ doivent être développées et cultivées. Cet exercice doit commencer dès le matin de la journée (Ps. 5:3), où il nous faut demander à notre Père de nous garder, de nous protéger, de nous enseigner, de nous encourager, etc..., dans l’humilité, la dépendance et la confiance, et en même temps lui demander de nous maintenir par sa grâce dans la relation dans laquelle son amour nous a placés, afin que, par le Saint Esprit, nous puissions jouir de cette relation bénie avec lui ainsi que de la communion avec le Père et avec son Fils. L’exercice à la piété doit être un exercice personnel – « Exerce-toi toi-même... ». Nous ne pouvons pas vivre sur la piété des autres, de nos parents, de nos familles ; la piété et la communion sont personnelles. La grâce de Dieu nous enseignera à vivre pieusement (Tite 2:12), et dans sa grâce miséricordieuse, Dieu porte son choix sur l’homme pieux, il l’écoute (Jean 9:31 ; Ps. 4:3). Nous nous privons de beaucoup de bénédictions en ne nous exerçant pas nous-mêmes à la piété. On sacrifie volontiers un certain temps pour l’exercice corporel ; il a sa place, mais l’apôtre nous dit qu’il est utile à peu de chose ; les exercices physiques ne sont que pour la vie présente, alors que la piété porte avec elle un profit non seulement pour la vie présente, mais pour l’éternité. Le développement de notre communion avec Dieu sous tous les rapports, l’intimité avec lui et avec le Seigneur, la connaissance de Dieu que nous aurons réalisés, restent pour l’éternité. Dans le ciel, la mesure de chaque racheté sera comble, mais les mesures ne seront pas pareilles ; il y en aura de plus grandes que d’autres selon le degré de piété réalisé sur la terre. L’exercice de la piété nous amène à dépouiller le vieil homme, à nous juger devant Dieu, à mortifier la chair et à n’agir dans le service qu’avec les matériaux que le Seigneur lui-même nous a donnés, l’or, l’argent, les pierres précieuses (1 Cor. 3:12). De plus, l’exercice de la piété nous fait attendre le retour du Seigneur et réaliser ainsi le caractère céleste qui est celui de l’enfant de Dieu. Cet exercice de la piété donne ainsi un caractère élevé à la vie chrétienne, et il remplit le coeur de joie ! Un chrétien ne peut pas être heureux ici-bas en menant une vie de mondain. Si en vivant ainsi, il a peut-être un peu plus d’aise, une certaine satisfaction charnelle, qu’est-ce en comparaison de la joie d’un coeur en communion avec le Seigneur ? La vraie bénédiction de l’enfant de Dieu se trouve en marchant dans la lumière, la communion et l’approbation du Seigneur. Et l’apôtre ajoute que cette parole est certaine et digne de toute acceptation, afin que nos coeurs soient pénétrés de la certitude de ces vérités et soient remplis de foi à l’égard de la fidélité de Dieu à ses promesses. Cette certitude qui nous vient d’en haut est infiniment précieuse alors que nous cheminons dans un monde de déceptions et de désillusions, qui ne peut rien offrir pour le coeur, où tout est instable. Seules les choses de Dieu sont stables et ses promesses immuables – Dieu nous donne des assurances, pour la marche dans le désert, son secours ne peut manquer et la promesse de la vie à venir remplit nos coeurs d’espérance et de joie. Tout ce qui est de lui est certain. La Parole, qui s’impose d’elle-même avec certitude, se présente à nous avec toute son autorité, parce qu’elle est la vérité ; c’est Dieu qui parle et qui nous enseigne. Ce verset 9 s’applique à tout ce que Dieu nous dit et nous enseigne, ainsi qu’à toutes ses promesses. Aussi, le bonheur de la foi, c’est de croire Dieu. La marche de la foi, c’est croire Dieu et se reposer tranquillement sur ce qu’il dit.

 

4.3   Chapitre 4:10-14

Le travail et l’opprobre sont le résumé d’une vie fidèle pour le Seigneur, d’une marche à la suite d’un Seigneur qui a travaillé sur cette terre (Jean 5:17) et qui a été rejeté et méprisé par les hommes. Le serviteur n’est pas plus grand que son maître (Jean 15:20). Ce travail et cet opprobre sont la conséquence de l’espérance dans le Dieu vivant, toujours à même de réaliser ses promesses. Dieu n’est pas seulement le Dieu Sauveur, il est aussi le conservateur des fidèles et même de tous les hommes, et la foi reconnaît que, dans son amour, Dieu prend soin de nous à tout instant, qu’il prépare notre chemin, chaque soir notre lendemain, et qu’il vient au-devant de tous nos besoins. Dans Actes 14, les apôtres rendent témoignage et disent : « Nous vous annonçons que de ces choses vaines vous vous tourniez vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel, et la terre... remplissant vos coeurs de nourriture et de joie » (v. 15-17). En Hébreux 1:3 il est dit : « Soutenant toutes choses par la parole de sa puissance ». Et en Romains 5:11 nous nous glorifions en Dieu. L’apôtre dit à Timothée d’ordonner ces choses, de les enseigner tout en étant lui-même le modèle des fidèles. Le service extérieur doit être en harmonie avec l’état intérieur.

 

4.4   Chapitre 4:15-16

Le serviteur doit être occupé des choses de Dieu ; il doit y être tout entier ; il doit être nourri, comme l’apôtre le dit au verset 6. Cela est souhaitable pour tous les enfants de Dieu ; nous devrions rechercher toujours les intérêts du Seigneur et sa gloire, agir avec zèle, comme Néhémie dans la reconstruction de la muraille. Il en résulterait un témoignage à la gloire du Seigneur qui serait évident à tous. Le service serait le fruit d’un coeur heureux d’être au service du Maître ; le Maître donne alors tous les moyens pour accomplir ce service à sa gloire. Aussi l’apôtre dit-il à Timothée de prendre garde à lui-même, d’être attentif à lui-même et à l’enseignement. L’enseignement n’a de valeur qui si celui qui enseigne pratique ce qu’il dit ; il faut être chrétien avant d’être serviteur. Dieu en soi d’abord, puis la manifestation de Dieu par le serviteur après. En Romains 1:9 l’apôtre servait Dieu dans son esprit avant de le servir en public. L’état moral est inséparable du service. L’ouvrier doit sentir sur son coeur et sur sa conscience tout le poids de la saine doctrine, de la vérité ; si cet exercice manque, l’équilibre est rompu. La vérité de Dieu n’est pas une vérité théorique ; elle fait vivre, tue ce qui doit être mis à mort en nous et nourrit ce qui doit être nourri. Les paroles de nos lèvres doivent provenir du fond de nos coeurs par la puissance de l’Esprit. Timothée devait persévérer, et, en faisant cela, il se sauvait lui-même et ceux qui l’écoutaient. L’influence du serviteur doit s’opérer en vue du salut des autres ; si elle ne s’exerce pas de cette façon, la conséquence sera de faire broncher ceux qui écoutent. Pierre a failli tomber dans un mauvais enseignement et Paul le reprend devant tous (Gal. 2:14). Entraîner quelqu’un dans un mauvais chemin peut être la ruine complète pour lui et la dispersion des brebis.

 

5                        Chapitre 5

Le chapitre 5 traite de ce qui est extérieur ; nous n’y trouvons pas de révélation d’ordre spirituel ; c’est la façon dont il faut se conduire extérieurement à soi-même dans la maison de Dieu. L’Esprit indique ici la façon, pleine de délicatesse, avec laquelle on doit agir pour reprendre et exhorter. Dans la famille de Dieu, les distances entre les frères âgés et les jeunes doivent être maintenues par ces derniers ; l’amour n’agit pas avec inconvenance. L’Esprit donnera le tact spirituel qui guidera chacun pour agir à la gloire du Seigneur dans les situations délicates. La beauté des sentiments de Dieu se montre dans ces versets ; cette beauté devrait se voir chez les siens ; il devrait toujours y avoir chez les enfants de Dieu un mélange de liberté et de crainte. Dieu connaît les folies du coeur naturel, il voit tous les dangers, et toujours il élève ou il maintient cette barrière morale qu’est la pureté pour arrêter le coeur naturel qui se prévaudrait des titres chrétien et spirituel pour oublier ce qui convient à Dieu sur le plan moral. La camaraderie et l’oubli des distances amènent la dissolution des moeurs. Le Seigneur nous fera toujours tenir sur ce terrain élevé dans les divers cas où nous aurons à entrer en rapport avec les éléments de l’assemblée. D’un côté, défiance de nous-mêmes ; de l’autre, crainte de Dieu et souci de rendre à chacun ce qui lui est dû.

En ce qui concerne les veuves, le Saint Esprit attire notre attention et notre spiritualité sur la discrimination à faire entre celles qui sont vraiment veuves et celles qui ne le sont pas. On ne fait pas la charité sans discernement. L’absence de discernement dans son exercice peut produire du trouble et du désordre dans l’assemblée et risque d’encourager le mal. L’exercice de la charité sans discernement est opposé à la gloire de Dieu et au bien des saints. Les chrétiens doivent être profondément exercés à la lumière de la Parole pour savoir comment il faut agir dans un cas déterminé. Agir sans discernement, c’est désobéir au Seigneur, c’est, dans le cas des veuves, faire du tort à la veuve qui n’est pas vraiment veuve selon le Seigneur, à ceux qui devraient en être chargés, à l’assemblée. L’examen de ce qu’avait été la vraiment veuve devait prouver qu’avant de profiter de la charité chrétienne elle avait vécu avec Dieu, que Dieu avait tenu de la place dans sa vie. Cela est vrai pour tous les actes qui concernent la vie de l’assemblée. Nous n’avons pas à laisser parler notre coeur seul ; Dieu, au contraire, parle de telle manière que la conscience et le coeur de tous soient atteints. Ce n’est pas parce qu’on est sous la grâce qu’il faut agir à tort et à travers dans l’assemblée et qu’il faut satisfaire la chair au nom de la charité chrétienne. L’exercice de la charité doit placer celui qui en est l’objet, non devant le don, mais devant Dieu, en rapport avec Dieu. Il en est ainsi de toutes choses. Une libéralité qui éloigne une âme de Dieu est un mal. Dieu montre, dans ces versets, que les affaires matérielles sont un sujet délicat et que l’amour ne doit pas être séparé de la vérité. L’exercice aveugle, irréfléchi et désordonné de la charité a fait souvent du mal dans les assemblées. D’autre part, les relations des membres des familles naturelles les uns vis-à-vis des autres sont indiqués ; si quelqu’un a des veuves, il doit les assister. Ne pas faire comme les pharisiens en Matthieu 15:5. L’amour doit être à la base de ces relations (1 Jean 4:20). Le christianisme montre sa force dans la vie ordinaire, dans les liens naturels que Dieu a créés. Toute relation crée des devoirs, et accomplir ces devoirs c’est honorer Dieu. Un devoir est quelque chose qui coûte ; se plier à un devoir, quoi qu’il en coûte, est une bonne discipline dont Dieu se sert pour nous faire du bien. Toutes les relations de famille créent des devoirs impératifs et absolus. Les méconnaître, sous n’importe quel prétexte, c’est désobéir à Dieu, même sous le prétexte des pharisiens de Matthieu 15 qui disaient que ce qu’ils auraient pu donner à leurs parents, ils le donnaient à Dieu. Si on désobéit à ses parents, on ne peut pas dire qu’on est un frère fidèle. Renier la foi, c’est renier les enseignements de la parole de Dieu qui met à leur vraie place les liens que Dieu a créés.

Au verset 17, nous avons l’attitude que l’on doit avoir vis-à-vis des anciens qui sont établis par Dieu et qui « président dûment ». Les anciens ont vraiment à coeur le bien du troupeau et s’y emploient de toute manière. On doit les estimer dignes d’un double honneur et ne pas les empêcher d’accomplir leur service. Cela ne veut pas dire qu’un ancien soit irrépréhensible, mais une défaillance ne met pas en question la nécessité d’avoir des anciens. On se demande parfois si les frères et les soeurs ont assez conscience de l’importance de ces éléments dans l’assemblée. Quelquefois on entend parler comme si tous, même les derniers convertis venus à la Table du Seigneur, avaient qualité pour juger telle ou telle chose aussi bien qu’un frère que le Seigneur a revêtu du caractère d’ancien ; quelquefois même, on laisse des personnes non en communion porter des jugements sur telle ou telle chose concernant la vie de l’assemblée ; c’est un renversement complet de la pensée de Dieu. Il est à désirer que dans les assemblées, il y ait des frères revêtus des caractères d’ancien, des frères de confiance qui se tiennent à la brèche, agissant et parlant comme le Seigneur leur donne de le faire. Les assemblées où il y a de tels frères sont des assemblées heureuses, marchant en ordre. Il n’y a rien de si beau qu’une assemblée marchant ainsi ; mais aussi il n’y a rien de plus douloureux qu’une assemblée où le désordre règne dans les esprits et dans les faits.

Tous les anciens n’enseignent pas nécessairement (v. 17). Le mot présider veut dire aller devant, être le modèle (1 Pierre 5:3). Le double honneur dû aux anciens est l’honneur moral et le secours matériel, d’après les versets qui suivent. Il convient que les anciens, qui sont à la tâche d’une manière toute particulière, soient entourés de toute l’affection et de toute l’estime que demande tout service pour le Seigneur (1 Thess. 5:12). Il importe qu’ils se sentent soutenus par les prières et la communion des saints, et cela pour le bien de l’assemblée. Il est facile d’honorer un frère qui ne dit que des choses douces et agréables ; mais quand un ancien est obligé d’avertir, de remplir des fonctions qui ne sont pas agréables, il faut tout de même l’honorer et l’estimer selon Dieu. Il ne s’agit pas d’une confiance aveugle envers les anciens, car immédiatement après, l’hypothèse d’une défaillance de leur part est présentée.

Au verset 19, il nous est donné une leçon de prudence, de sobre bon sens, au sujet de recevoir ce que nous entendons, de le peser devant Dieu avant d’en tenir compte. Il y a beaucoup de choses que nous devons ensevelir dans nos coeurs. Toutefois, il ne s’agit pas de couvrir à tort le péché ; chaque chose doit être à sa place. En Lévitique 4:1 à 12, le péché du sacrificateur était plus grave et nécessitait un cérémonial plus long et plus compliqué que celui d’un simple individu. S’il y a du mal chez un frère, même chez un ancien, ou une soeur, les choses sont manifestées et jugées, et cela d’une manière d’autant plus solennelle que le frère ou la soeur sont plus en évidence dans l’assemblée et que leur connaissance est plus grande. On voit ici, pour le cas d’un ancien, qu’après le témoignage de deux ou trois, il devait y avoir une répréhension publique profondément sérieuse. Lorsque les droits du Seigneur sont en jeu, que tout le troupeau peut être entraîné, il ne s’agit pas de reculer, mais d’agir de telle sorte que Dieu soit glorifié et qu’il y ait une sainte crainte (la crainte de Dieu) dans le coeur de tous.

Le péché d’un seul a des conséquences chez d’autres (frères ou soeurs) et parfois dans toute l’assemblée. Si la Parole souligne la gravité de ces enseignements c’est que Dieu se plaît à nous voir heureux ; nous ne le serons qu’à la condition de suivre de très près les enseignements de la Parole.

Au verset 21, l’apôtre adjure Timothée (et nous aussi) à garder ces choses ; il l’adjure devant trois témoins : Dieu, le Christ Jésus et les anges élus. Nous devrions penser constamment que ces trois témoins prennent connaissance continuellement de tous les détails de la vie de l’assemblée, qu’ils sont toujours là, invisibles pour les yeux de la chair, mais observant tout ce qui se passe, ainsi que l’état de nos coeurs. La réalisation de la présence de Dieu devrait être notre souci continuel et toutes les questions devraient se ramener à ceci : Qu’est-ce que Dieu pense ? Qu’est-ce que la gloire de Dieu demande ? La présence de Dieu réalisée donne une intégrité morale, une sainte crainte, du discernement et un poids moral qui nous gardent de faire les choses avec partialité. Cela nécessite de la foi, un exercice de coeur, de la piété et le jugement de soi-même. La partialité, l’esprit de parti (Phil. 2:3), l’acception de personnes ont amené la ruine de bien des témoignages. Si, dans une assemblée, on fait des concessions à l’un ou à l’autre, si on tolère telle ou telle chose parce que c’est un tel qui l’a faite, la gloire de Dieu est mise de côté et l’assemblée n’est plus la colonne et le soutien de la vérité. Il faut beaucoup de courage moral pour ne rien faire avec partialité. Nous avons l’exemple du Seigneur, qui a maintenu la vérité jusqu’à la mort. Quelle vigueur spirituelle et quel ordre selon Dieu il y aurait dans les assemblées si les frères et les soeurs réalisaient davantage la présence de Dieu dans leur vie, présence qui les rendrait non influençables par tout ce qui n’est pas Dieu, tout ce qui n’est pas le Seigneur !

Au verset 22, l’apôtre exhorte Timothée à la prudence, afin de ne pas s’associer avec quelqu’un à la légère et s’identifier avec son travail, ce que représente l’imposition des mains. Il faut être certain que ce travail est bien un travail de Dieu. Et cet appel à la prudence, à la pondération, à la sagesse, au discernement spirituel, peut être appliqué à beaucoup de choses. En Actes 13:3, l’imposition des mains est précédée du jeûne et de la prière. En Actes 6:6, également. Imposition des mains signifie communion. Actuellement, la pratique de l’imposition des mains ne se pose pas ; il s’agit de son application morale et spirituelle. La grande chose, en toute occasion et surtout quand il s’agit du service, c’est de dépendre du Seigneur. En faisant les choses à la légère, en s’associant avec quelqu’un sans discernement spirituel, on peut participer au péché d’autrui. On peut se souiller non seulement en agissant activement dans le mal, mais aussi par la participation passive, par une approbation accordée sans discernement. Ce verset est applicable dans la vie du croyant, dans ses affaires, dans ses relations avec le monde, dans le service et dans tout ce qui intéresse sa vie. « Garde-toi pur toi-même » (ou garde-toi saint) est une recommandation importante pour tous (2 Cor. 7:1) et demande une vigilance constante et une vie près du Seigneur. Cette expression « garde-toi pur... » ne concerne pas seulement la sainteté pratique dans les questions de morale et de moeurs, mais le maintien de la saine doctrine et la séparation de ce qui n’est pas la saine doctrine.

Les versets 24 et 25 justifient la réserve conseillée par Paul à Timothée. En agissant à la légère, on risquerait de s’associer à de mauvaises oeuvres cachées qui seront manifestées en leur temps, soit dans la vie présente, soit plus tard. Il y a des personnes que leur péché précède sur la route du jugement ; il y en a d’autres dont les péchés ne paraissent pas à la vue de tous, mais plus tard devant le tribunal de Christ, tout sera manifesté. De même tout le bien qui aura été fait pour le Seigneur, dans le secret, sera manifesté le moment venu.

Si nous étions plus spirituels, plus exercés devant Dieu, le mal serait plus rapidement jugé ou plus vite manifesté. Le fait qu’un mal puisse subsister longtemps sans être ou jugé ou manifesté prouve la grande faiblesse spirituelle et morale. Il nous faut aller avec Dieu bien doucement, veillant sur nous-mêmes et étant prudents et sages dans tout acte qui engage les saints, veillant aussi à ce qu’aucun parti pris, aucune pensée autre que celle de la gloire du Seigneur et le désir du bien de tous, ne nous anime. Il s’agit toujours pour nous de rechercher ce que Dieu pense et ce qu’il veut. Notre privilège est d’anticiper la lumière dans laquelle nous serons un jour. La sainteté que nous sommes appelés à manifester ici-bas est la même que celle que nous manifesterons dans le ciel (1 Jean 4:17) ; là-haut, ce sera pour l’éternité dans la perfection, ici-bas, ce n’est qu’une réalisation partielle, mais c’est la même sainteté (1 Thess. 3:13). Il y a le danger de rechercher une belle façade et de nous contenter de l’apparence. Dieu veut la réalité dans l’homme intérieur. Et si, sous de belles apparences, il y a des choses mauvaises cachées, un jour viendra où rien de mauvais ne restera caché (2 Cor. 5:9). Si nous ne réalisons pas la présence de Dieu, nous nous habituons à parler et à agir sans cette présence et nous aboutissons à la chute, d’où il résulte une perte pour tous.

 

6                        Chapitre 6

6.1   Chapitre 6:1-6

Ce chapitre nous présente des sujets bénis et de précieuses leçons que l’apôtre met en relief en parlant des esclaves sous le joug. Dans la nouvelle création, il n’y a ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre ; tous sont un dans le Christ Jésus (Gal. 3:28). C’est ce qui sera réalisé parfaitement dans la gloire future. Mais jusqu’à la venue du Seigneur nous sommes appelés à lui rendre témoignage dans les conditions dans lesquelles nous nous trouvons ici-bas dans l’ancienne création, et dans cette situation, à la place que nous occupons, tout doit être fait en ayant égard à la personne du Seigneur et pour sa gloire. Ici, il y a des croyants qui sont esclaves et les exhortations qui leur sont adressées ont une portée générale pour tous les saints. Tous nous sommes des esclaves de Christ et nous avons à orner en toutes choses l’enseignement qui est de notre Dieu Sauveur (Tite 2:10). C’est d’une importance extrême, car il s’agit de l’honneur qui est dû à Dieu et à la saine doctrine. C’est l’attachement de coeur au Seigneur dans le respect de ses droits et de son autorité nous tenant à ses pieds, vivant de lui et pour lui, qui permettra aux serviteurs d’estimer leurs maîtres dignes de tout honneur (Col. 3:22 ; 1 Pierre 2:18 ; Éph. 6:5). Nous avons à marcher dans l’humilité (Jacq. 1:9). Il faut la puissance de Dieu pour réaliser cela. Que nous soyons maître ou serviteur, la question capitale et difficile, c’est de refléter Christ. Nous devons vivre près de Christ, alors nous serons rendus capables, par le Saint Esprit, de supporter ce que nous avons à supporter de la part de maîtres qui peuvent être fâcheux (1 Pierre 2:18), et de les estimer dignes de tout honneur, non pas seulement d’une façon extérieure, mais dans le fond et la vérité de notre coeur. Dieu regarde aux mobiles qui nous font agir et il veut la vérité en nous. Nous avons à servir Dieu dans la situation dans laquelle nous étions lorsque nous avons été appelés (1 Cor. 7:20). Dieu peut nous faire changer d’état, mais nous avons à être soumis, à être « dans le Seigneur » (1 Cor. 7:22) et à prendre garde à Dieu et à sa volonté dans les changements de notre vie. En toutes choses, nous avons à manifester Christ dans notre vie ; on comprend alors que le métier que nous professons, le cadre dans lequel nous vivons ne sont à considérer qu’à ce point de vue (voir v. 8). D’une façon générale, il est plus facile de servir le Seigneur dans une situation humble, de subordination, que dans une position élevée ; en un sens, on peut dire qu’il faut plus de piété dans une situation élevée pour ne pas craindre le monde et les contacts avec le monde ; de sorte que quand nous nous engageons dans telle ou telle voie, nous devons peser tout cela devant Dieu ; c’est là que se manifeste la puissance de la vie de Dieu. Le Seigneur a été le parfait Serviteur ; il a pris la forme d’esclave. L’exhortation doit tout rattacher à la personne du Seigneur. Il nous faut toujours réaliser la présence du Seigneur dans l’accomplissement de notre tâche quotidienne, même si nous devons être méconnus ou incompris de la part du monde. Il faut avoir le sentiment de sa propre faiblesse pour être fort de la force de Dieu. Cela ne peut s’accomplir que dans le dépouillement du moi pour être rempli de Christ (2 Cor. 12:10). Cela pourra passer inaperçu des hommes et même des frères, mais le Seigneur sera glorifié et son approbation suffira. A la fin du verset 2, l’apôtre exhorte Timothée à enseigner ces choses et à exhorter. La matière de cet enseignement et de cette exhortation était le contenu de toute l’épître où la saine doctrine et les saines paroles tiennent une si grande place. Ce qui donne de l’importance à cette doctrine et à ces paroles, c’est qu’elles sont considérées comme étant celles du Seigneur lui-même. Telle est la doctrine qui est selon la piété, cette piété qui est toujours alimentée et nourrie par le Seigneur (1 Cor. 14:37). Le sain enseignement, la saine doctrine mettent toujours en honneur la personne du Seigneur et celle du Père. Il n’y a qu’un Seigneur, il n’y a qu’une seule vraie doctrine et il n’y a qu’une sorte de saines paroles d’après l’Écriture. Aussi l’apôtre dit au verset 3 que si quelqu’un enseigne autrement, il est enflé d’orgueil, ne sachant rien. Un autre enseignement ne peut mettre en avant que des ressources humaines, la propre volonté de l’homme et les pensées de la chair ; cela ne concourt pas, et ne peut pas concourir à la gloire du Seigneur, cela n’attache pas l’âme des saints aux vérités éternelles, au Seigneur ; les âmes sont ramenées aux choses de la terre, aux choses qui passent, et le christianisme se trouve de ce fait affaibli, altéré et corrompu.

Deux choses sont requises pour le sain enseignement : l’autorité des écritures et l’autorité morale de celui qui enseigne. Ceux qui écoutent le sain enseignement doivent être soumis à cet enseignement revêtu de l’autorité divine. Un signe certain de la piété est cette soumission à l’enseignement du Seigneur. On peut penser que Timothée accomplissant son service d’après les instructions de l’apôtre a eu des contradicteurs ; aussi avait-il besoin d’être encouragé et les versets 3, 4 et 5 étaient certainement un encouragement pour lui. Lorsque l’enseignement devient pratique, on se heurte à tous les motifs du coeur naturel. Lorsque l’on s’en tient à des généralités abstraites ou lointaines, tout le monde a l’air bien d’accord. La source morale de toutes les erreurs est indiquée au verset 5 ; ces erreurs sont le fait d’hommes corrompus dans leur entendement et privés de la vérité. Tandis que nous devons, comme le dit 1 Pierre 1:13 et 14, ceindre les reins de notre entendement, être sobre et espérer parfaitement dans la grâce qui nous sera apportée à la révélation de Jésus Christ, comme des enfants d’obéissance, ne nous conformant pas à nos convoitises d’autrefois pendant notre ignorance. Nous avons à nous souvenir que les vérités de l’évangile sont des vérités simples, mais profondes et grandes, que tout ce que nous savons, nous le savons par révélation ; nous ne connaissons que ce que Dieu nous a fait connaître ; notre connaissance n’est pas le fruit de notre effort, mais un don de la grâce de Dieu par l’action de la Parole et de l’Esprit. Il y a une certaine connaissance, même exacte, des vérités chrétiennes qui produit l’enflure et l’orgueil (1 Cor. 8:1), mais il est bon de rappeler qu’il y a une connaissance qui nous élève et qui ne nous enfle jamais, c’est la connaissance pratique du Seigneur, et c’est de cette connaissance que nous avons essentiellement besoin.

Nous devons désirer connaître la pensée du Seigneur, non pour nous en vanter, mais pour nous y soumettre. Ce qui importe, ce n’est pas ce que nous pensons ou disons, mais ce que Dieu pense et dit. Nous avons à tenir en honneur la Parole et à nous ranger sous son autorité. C’est en elle que nous trouvons la pensée de Dieu révélée. Le centre de la Parole, c’est la personne de Christ, c’est pour cela qu’elle est appelée la doctrine selon la piété (v. 3). Les personnes qui ne se soumettent pas à la Parole, qui ne se rangent pas à ce sain enseignement peuvent avoir l’apparence, la forme de la piété, mais elles en ont renié la puissance (2 Tim. 3:5) ; elles estiment que la piété est une source de gain. Or l’apôtre nous montre que c’est la piété elle-même qui est le profit, le vrai gain ; le contentement d’esprit s’y ajoute. L’âme qui vit dans la piété apprend à attendre tout de Dieu et est heureuse et contente de ce que le Père, dont elle connaît l’amour, lui donne. En Philippiens 4:11, l’apôtre dit qu’il a appris à être content en lui-même dans les circonstances où il se trouve ; au verset 10, il avait dit auparavant qu’il s’était fort réjoui dans le Seigneur. Le contact constant, la communion permanente avec le Seigneur dans les diverses circonstances où il se trouvait produisait chez lui le contentement intérieur qui lui permettait d’exhorter les autres ; il pouvait ainsi passer au travers des circonstances les plus diverses, soit dans l’abondance, soit dans les privations, avec toujours la même joie dans le Seigneur.

 

6.2   Chapitre 6:6-10

Dans la fin de cette épître, l’Esprit s’adresse à nous tous, pauvres ou riches, pour nous montrer ce qui doit gouverner notre coeur ; il nous montre comment, par la puissance de Dieu, les coeurs des pauvres et des riches peuvent être à l’unisson. Il est très difficile pour un pauvre de ne pas vouloir des richesses et pour un riche d’être comme un pauvre ; la position est aussi dangereuse pour l’un que pour l’autre, si la puissance de Dieu n’est pas là pour faire taire les aspirations de la chair et pour faire tenir cette dernière pour morte. Souvent dans la Parole, les richesses sont présentées comme un objet d’idolâtrie. Les richesses, l’or ont un pouvoir inexplicable sur le coeur de l’homme ; le fait est là ; le chrétien, soit pauvre, soit riche, doit écouter ce que le Seigneur lui dit et lui répète si souvent au sujet de ces richesses. Si le Seigneur a confié des richesses à quelqu’un, il lui en redemandera compte comme d’un talent qu’il lui a confié. Le riche a la faculté de transmuer son or en richesses célestes, selon la parabole de Luc 16. Nous sommes mis en garde contre deux dangers : 1° vouloir devenir riche ; 2° mettre notre confiance dans les richesses et leur incertitude. Si notre coeur est en communion avec le Seigneur, s’il jouit de lui, nous serons préservés de ces deux dangers. La chose importante à considérer, c’est la place que Christ tient dans notre coeur et dans notre vie. Le Seigneur sait ce qui est au fond des coeurs. Celui qui vit avec lui, qui jouit de lui, est infiniment plus riche que celui qui court après les richesses terrestres (Prov. 10:22 ; 2 Cor. 8:9). Les richesses sont un danger souligné à maintes reprises dans la Parole parce qu’elles éloignent le coeur du Seigneur, de Dieu. Tel le cas du jeune homme riche (Matt. 19:22). Judas aimait l’argent (Matt. 27:5). En Matthieu 6, le Seigneur lui-même nous dit que nous ne pouvons servir deux maîtres, Dieu et les richesses, et traite tout au long le problème de la nourriture et du vêtement. L’argent est un dieu qui ne peut pas subsister dans la présence du Seigneur. Au verset 10, l’expression « est une racine de toutes sortes de maux » est bien frappante. Une racine qu’on laisse dans le sol produit des rejetons, elle ne reste pas inactive, elle ne meurt pas.

Nous avons, heureusement, des exemples de personnes riches qui ont utilisé leurs biens selon Dieu. Boaz qui rachète l’héritage d’Élimélec, Barzillaï (2 Sam. 19:31) qui a employé ses richesses à nourrir et à vêtir la troupe de David, la Sunamite qui a fait construire la chambre pour le prophète Élisée (2 Rois 4:10).

Les malheurs qui guettent ceux qui ambitionnent les richesses guettent aussi, disons-le en passant, ceux qui ambitionnent l’acquisition de richesses intellectuelles (Prov. 23:4) ; ils abandonnent le terrain béni de la foi comme ceux qui désirent devenir riches quant aux choses de la terre. Par amour des richesses terrestres, l’âme perd complètement de vue le chemin et la pratique de la vie chrétienne, la crainte de Dieu, la présence de Dieu ; elle n’est pas hostile à la vie chrétienne et à la doctrine, elle a perdu ce chemin. Quelqu’un qui est enlisé dans les richesses de la terre s’est égaré de la foi ; il ne marche plus comme un chrétien ; les choses de Dieu, du ciel, ont perdu pour lui toute saveur et sur lui toute force ; il n’aime plus Christ, il n’a plus ni le temps ni le goût de s’occuper des choses d’en haut parce que les choses du monde dessèchent l’âme ; il n’a plus de communion avec le Seigneur, il n’est plus dans le chemin du témoignage. Vivons dans la communion avec le Seigneur, notre coeur rempli de lui, jouissons de lui, qu’il soit le trésor de notre coeur, dans notre vie tout entière, et la tentation des richesses n’aura pas d’effet sur nous si nous sommes pauvres, et, si nous sommes riches, nous ne mettrons pas notre confiance dans les richesses. Nous ne pouvons pas nous heurter les uns les autres parce qu’il y a des différences chez les saints eu égard aux richesses, mais nous devons nous aider les uns les autres dans l’amour et aimer le Seigneur toujours un peu plus ; alors chacun, par la grâce de Dieu aura dans son coeur les sentiments convenant à son état extérieur et à ses circonstances. L’intérieur sera en accord avec l’extérieur (Phil. 4:11). Le côté positif de la vie chrétienne, c’est Christ dans le cœur, objet de toutes les affections, de toutes les pensées, de tout service, de tout ministère, de toute édification. Alors, tout ce que Dieu nous a confié, un talent, qu’il soit d’ordre matériel ou d’un autre ordre, sera utilisé pour le Seigneur ; il nous en sera demandé compte. Près de Dieu, tout ce que Dieu nous donne est à la gloire de Dieu ; loin de Dieu, tout ce que Dieu nous donne remplit nos coeurs, nous cache Dieu et est pour nous un piège. Il nous faut bien être vigilants pour garder la communion avec Christ tout un jour sans interruption ; ce n’est pas facile. Il serait grave d’en arriver à ne pas souffrir du manque de communion avec lui. Il est utile de se remémorer ces versets 9 et 10, surtout dans les cas où le choix d’une position, d’une situation se pose ; il faut alors voir les choses devant Dieu et le laisser nous diriger dans le choix à faire.

 

6.3   Chapitre 6:11

L’expression employée au début du verset 11 : « Mais toi... fuis ces choses », souligne le danger des choses indiquées plus haut, même pour un enfant de Dieu comme Timothée, car si l’on fuit une chose, il semble qu’elle nous poursuit ; de même l’apôtre lui dit un peu plus loin : « poursuis la justice... » ; ce que l’on poursuit, ce sont les choses qui tendent à nous échapper. On retrouve ces deux attitudes recommandées dans la 2e épître (2:22). A l’égard des choses qui mènent le monde, le coeur du chrétien ne peut pas rester neutre ; il faut qu’il ait le dos tourné à ces choses et qu’il garde le dos tourné. On voit dans l’exemple de Judas combien l’argent avait de l’influence sur son coeur et cela dans la présence du Seigneur, en vivant avec lui. Dans le cas de Balaam, on voit dans l’amour du « salaire d’iniquité » (2 Pierre 2:15) une source de corruption ecclésiastique ; l’argent contribue à corrompre les choses que Dieu avait établies ; c’est une chose affreuse.

L’appellation d’« homme de Dieu », donnée à Timothée ne se trouve que deux fois dans le Nouveau Testament, précisément dans les épîtres à Timothée. On la trouve plusieurs fois dans l’Ancien Testament. L’homme de Dieu est un homme qui représente Dieu, en contraste avec les hommes du monde qui habitent sur la terre, comme il est dit dans l’Apocalypse. Ce titre est donné ici à un jeune homme. Le Seigneur seul a pleinement, parfaitement, absolument représenté Dieu sur la terre ; en voyant Jésus on voyait moralement tout ce qu’est Dieu ; il a rendu visible la gloire morale de Dieu. Les croyants sont aussi appelés à cela, c’est leur rôle dans le monde ; mais combien faiblement nous le réalisons. Au lieu d’ambitionner les choses de la terre le croyant devrait aspirer à être un homme de Dieu. La vie chrétienne, même pour un homme de Dieu, ne consiste pas à faire de grandes choses ; elle consiste à fuir certaines choses, à en poursuivre d’autres, et se traduit au fond par faire ce qui est bien selon Dieu dans la vie courante ; la puissance et la vie de Dieu se montreront là dans la vie du croyant. De grandes choses pourront être accomplies, mais elles seront, comme les choses ordinaires de la vie courante, le résultat de la vie et de la puissance de Dieu. Les apôtres, Paul, Timothée, et d’autres étaient des chrétiens, des hommes de Dieu, avant d’être apôtres, évangélistes, serviteurs, etc... Ils étaient bénis et avaient une puissance remarquable, un ministère unique parce qu’ils marchaient avec Dieu soigneusement. L’emballement charnel n’existait pas pour eux, mais leur vie se passait dans la sobriété, le jugement de sens rassis dans la présence de Dieu, la prudence, le jugement de soi-même, ainsi que la méfiance à l’égard des choses du monde et le sentiment du danger qu’elles présentent et cela d’une façon continue. Pour fuir devant un ennemi comme pour poursuivre une bonne chose, il faut avoir constamment les reins ceints et marcher devant Dieu. La nonchalance spirituelle ou morale ne permet pas de manifester pratiquement la vie chrétienne ; on ne peut pas faire de réserves dans la jouissance du Seigneur ; il faut s’exercer continuellement à la piété (4:7) ; il faut réaliser que nous avons besoin du Seigneur constamment et que nous avons à veiller toujours (Phil. 3:12).

En contraste avec les choses que nous devons fuir, nous trouvons tout de suite après, les choses que nous avons à poursuivre ; elles sont au nombre de six. La première est la justice. Cette pensée de la justice traverse la parole de Dieu. Il ne s’agit pas de la justice de Dieu en Christ, celle qui est conférée à tous les saints, à tous ceux qui ont cru ; il ne s’agit pas de la justice qui nous donne droit à l’accès de la présence de Dieu. Il s’agit de la justice pratique qui consiste à marcher d’une manière qui soit juste devant Dieu et, en conséquence, aussi devant les hommes. La grâce nous enseigne à marcher justement (Tite 2:12). Être juste pratiquement c’est répondre à toutes les exigences de nos relations avec Dieu. C’est pourquoi il n’y a pas un seul juste sauf Jésus Christ (le Saint et le Juste). Le Seigneur seul a répondu à tous les droits de Dieu, dans sa position d’homme sur la terre, il a manifesté la justice pratique absolue. Par son oeuvre et sa résurrection, il nous confère la justice et nous place en relation avec Dieu sur le terrain de la nouvelle naissance et c’est avec la nouvelle nature qui nous a été donnée que nous avons à marcher maintenant dans la justice, c’est-à-dire répondre aux exigences de Dieu dans cette nouvelle relation créée par Dieu entre lui et nous. C’est la justice pratique. Nous avons à honorer Dieu pratiquement dans notre vie dans les relations où nous sommes avec lui. Pour cela, marchant en nouveauté de vie, nous nous laissons conduire par le Bon Berger qui nous conduit dans des sentiers de justice à cause de son nom (Ps. 23:3), c’est-à-dire dans des sentiers où Dieu est honoré et d’où le péché est exclu. Il est clair que ce souci de respecter et d’honorer Dieu dans les relations où il nous a placés avec lui embrasse le respect de nos devoirs envers tous les hommes et d’une manière particulière envers tous les saints. C’est un exercice continuel de tous les jours et avec quelle crainte et quel tremblement nous devrions le pratiquer ; nous sommes dans un monde de telles ténèbres que nous avons besoin de nous tenir constamment devant Dieu pour avoir un peu le sentiment de ce qui est juste à ses yeux. Mais cet exercice est à la base d’une vie heureuse, d’une vie selon Dieu. A l’exemple du Seigneur, nous devons peser toutes choses à la balance du sanctuaire et rechercher toujours la pensée de Dieu. Cela implique la nécessité de veiller constamment. Nous ne sommes jamais parfaitement justes en pratique, mais ce qui est normal c’est que nous croissions dans la justice pratique. Combien il est digne de remarque et d’attention que l’apôtre commence par cette vertu qui appelle un contrôle intérieur. Au lieu de pousser Timothée en premier lieu à des manifestations extérieures, il l’invite d’abord à ce contrôle intérieur de lui-même et à se tenir en bon état. Il faut revêtir la cuirasse de la justice (Éph. 6:14). C’est une pièce indispensable pour le combat dont l’apôtre va parler plus loin à Timothée ; le terrain est dangereux, l’ennemi puissant ; sans la justice, on est battu d’avance. Que de chutes qui s’expliquent par l’oubli de cette pièce de l’armure ! Si nous ne sommes pas justes pratiquement et ne nous jugeons pas, Dieu le sait, mais l’ennemi aussi le sait. La justice pratique consiste à marcher dans ce monde d’une façon juste aux yeux de Dieu et, comme conséquence, aux yeux des hommes. Cette marche soigneuse porte sans doute des fruits pour le temps présent, Dieu est glorifié, le croyant est heureux dans son âme parce qu’il est en communion avec Dieu et avec le Seigneur, mais nous savons aussi que des fruits sont produits pour l’éternité et les justices des saints constitueront une parure de gloire pour eux quand ils seront manifestés avec Christ (Apoc. 19:8).

Le croyant a le privilège de porter dès maintenant sur les choses, les faits, les actes le même jugement que Dieu, le même jugement que le jugement final portera sur ces choses ; moralement, il connaît la lumière de Dieu et cela lui donne le sentiment de la justice selon Dieu en même temps que les directions utiles pour agir à l’égard de ces choses selon la justice. Ces deux choses doivent aller de pair dans la vie du chrétien. La lumière divine nous fait juger les choses comme Dieu, c’est la justice et nous amène à nous séparer du mal, c’est la sainteté (Fuis ces choses). Lot jugeait le mal, il tourmentait son âme juste, la Parole l’appelle le juste Lot, mais il ne se séparait pas du mal ; son attitude a été incomplète, aussi sa fin est triste.

Dieu est saint, c’est-à-dire qu’il est absolument séparé de tout mal, le mal ne peut pas le toucher, et il est juste, c’est-à-dire qu’il juge le mal absolument comme il est. Sans cette justice et cette sainteté tout ce qui suit dans le verset 11 est gâté, toutes les manifestations extérieures sont gâtées. Une marche dans la justice pratique nous donne une bonne conscience et sans une bonne conscience on ne peut ni s’exercer à la piété, ni vivre de foi, ni aimer, ni manifester la patience et la douceur d’esprit.

Peut-être limite-t-on quelquefois le sens du mot « juste » à l’accomplissement des actes ? Mais la justice pratique s’applique aussi aux paroles que nous prononçons. On peut ne pas faire tort à son frère, mais si on l’outrage, si on lui cause du déshonneur, on est injuste à son égard. Un homme, même un inconverti, peut être juste dans ses relations avec les autres hommes, mais s’il insulte Dieu, il commet une injustice, il ne respecte pas sa relation de créature vis-à-vis de Dieu et commet une iniquité vis-à-vis de Dieu. L’injustice peut être commise en actions ou en paroles. Si nous ne veillons pas, que d’injustices nous commettrons facilement vis-à-vis de nos frères et, par conséquent, vis-à-vis de Dieu. La présence de Dieu éclaire tout, il est un juste juge, il juge justement tandis que nous le faisons bien souvent avec partialité et sommes alors injustes. La médisance est une injustice ; celui qui en est l’objet n’en sait rien, mais c’est une injustice devant Dieu, notre Père à tous. Le Père entend la médisance qu’un enfant prononce contre un autre enfant.

Les hommes aujourd’hui sont très injustes parce qu’ils veulent rompre les liens que Dieu a créés dès le commencement. On ne verra pas une âme engagée dans l’exercice de la justice pratique se dérober ou se soustraire aux exigences de sa relation avec Dieu, au contraire, elle sent qu’elle honore Dieu en marchant dans la justice et qu’elle a à honorer Dieu en y marchant. Elle honore Dieu par ce souci de justice et Dieu le sait.

La seconde chose que le chrétien doit poursuivre, c’est la piété c’est-à-dire les rapports de l’âme avec Dieu, la communion avec Dieu comme Jésus nous en a donné l’exemple. L’âme doit être constamment en relation avec Dieu, ainsi elle a la pensée de Dieu. La justice est le côté extérieur de la vie du chrétien, la piété en est le côté intérieur. On ne peut pas être juste sans être pieux. La piété, c’est la vie avec Dieu, avec Christ, une vie de communion qui ne doit pas être affaiblie par une activité extérieure, danger fréquent (Ps. 4:3). La piété entretient un coeur en ordre, un coeur soumis à Dieu et à sa Parole et produit la joie de la communion dans le coeur, la joie de la présence de Dieu. Si notre volonté agit nous ne pouvons vivre dans la piété et nous sommes privés des fruits de la piété. La piété nous élève au-dessus des circonstances. La piété consiste à rechercher Dieu en toutes choses, en tout temps et en tout lieu : Dieu d’abord, Dieu toujours. C’est ce que faisait le Seigneur Jésus quand il était sur la terre (Ps. 16:8). La piété nous fait voir, par la foi, celui qui est invisible (Héb. 11:27). Dieu doit passer avant toutes choses ; si nous faisons passer les frères avant Dieu, notre piété est faible. Sans Dieu, il n’y a nulle activité, nul service, nulle vie qui ait du prix, rien ne compte. Ce n’est pas faire beaucoup qui honore Dieu, c’est faire ce que Dieu veut que l’on fasse. Un homme de Dieu, tel que Timothée, était invité à jouir de Dieu d’une telle manière, que la force et la grâce qu’il trouvait dans cette vie de communion pleine de richesses pouvaient se déverser sur les autres ; il trouvait ses forces auprès de Dieu et pouvait aider les autres. La piété collective n’existe pas. Il faut connaître Dieu chacun pour soi. Il y a des joies collectives, mais il faut que l’âme de chacun ait à faire avec Dieu. Le Seigneur n’a jamais trouvé de la force auprès de personne ici-bas et a toujours donné du secours à tous. Si la piété produit la joie dans la communion avec Dieu, elle amène aussi de la souffrance (2 Tim. 3:12), elle nous fait sentir l’animosité de la part du monde. Plus nous serons pieux, plus nous sentirons les choses qui nous feront souffrir, plus le mal nous sera odieux mais aussi plus nous serons consolés et plus nous aurons en nous la vraie force, la seule qui compte. Nous avons à prier pour rechercher cette vie de piété individuellement ; combien l’assemblée s’en ressentira !

Comment se nourrit, se développe la piété ? Par la prière et par la lecture de la Parole. Il nous faut prier pour que nous soyons préoccupés de Dieu plus que de quoi que ce soit. Si Dieu est dans notre coeur de cette façon pratique, alors nous penserons à nos frères comme il convient ; nous y penserons en Dieu, en Christ et nous serons amenés à prier pour eux dans la pensée du Seigneur. Il y a souvent beaucoup de bénédiction due à la présence et au témoignage d’un homme de Dieu pieux en un lieu quelconque. En 1 Pierre 3:1 à 4, nous avons un exemple de vie pieuse dans la conduite, sans que des paroles soient prononcées. On a constaté que telle soeur pieuse, dans une assemblée était une source de bénédiction qui a tari lorsque la soeur a disparu. Ce ne sont pas l’activité, les entreprises qui comptent devant Dieu et qui l’amènent à agir en bénédiction, c’est la piété. Aussi, sommes-nous exhortés à la poursuivre, car la piété est une chose qui s’en va vite (Osée 6:4). Un chrétien vit la vie de Christ, non pas par son activité mais par sa piété. La piété nous met en relation avec Dieu par Jésus Christ et si nous jouissons de la présence de Dieu, les autres vertus mentionnées dans ce verset sont relativement faciles à réaliser, car la piété est utile à toutes choses (4:8).

La troisième chose que le chrétien est exhorté à poursuivre est la foi qui compte sur Dieu, qui s’appuie sur lui, qui lie le coeur pratiquement à Dieu quant à la confiance et à la vie. Elle accompagne ainsi la piété et la justice ; le juste vivra de foi. Si nous donnons à Dieu la place qui lui revient dans nos coeurs, nous pouvons compter sur lui avec une confiance pratique et vivante qui ne sera pas seulement le sentiment vague que l’on connaît Dieu, que Dieu prend soin de nous, mais la foi vivante qui nous fera nous appuyer sur Dieu seul, jour après jour, au lieu de nous appuyer sur les choses et sur les hommes. La foi honore Dieu, sans la foi il est impossible de lui plaire.

L’amour en nous, quatrième vertu que nous sommes invités à poursuivre, revêt trois caractères aux termes de la parole de Dieu (1 Cor. 14:1 ; Éph. 5:2 ; Col. 3:14). Ces trois caractères de l’amour sont indiqués dans le chapitre 4 de la première épître de Jean ; ils sont très importants à méditer. L’exercice de l’amour dans l’assemblée ne peut avoir lieu que dans la mesure où nous avons appris aux pieds du Seigneur à réaliser les caractères qu’il revêt individuellement dans les siens.

Il est tout d’abord en nous un fruit de la nouvelle naissance, de la nouvelle nature. Il est versé dans nos coeurs par l’Esprit qui nous a été donné et c’est parce que nous sommes nés de nouveau que nous pouvons aimer de l’amour qui est celui de Dieu.

En second lieu, l’amour est un reflet du caractère moral du Dieu Sauveur en ceux qui sont ses enfants et ses témoins ici-bas.

En troisième lieu, l’amour est l’obéissance au commandement divin. Dans la Parole, l’amour et la foi sont souvent réunis. En Philémon, verset 5, il en est ainsi ; c’est un précieux passage qui jette beaucoup de lumière sur le sujet parce que le Seigneur y est présenté comme étant l’objet de la foi et comme étant par excellence l’objet des affections et de l’amour de ses rachetés. C’est quand cet amour, accompagné de la foi, a pour objet le Seigneur qu’il peut être ensuite manifesté aux rachetés ; c’est lui qui permet le bon fonctionnement des organes du corps de Christ ; c’est lui qui est le lien de la perfection. Pour connaître pratiquement l’amour et l’exercice de l’amour, nous n’avons qu’à contempler la personne du Seigneur dans son activité, son ministère, son douloureux sacrifice à la croix qui est comme le couronnement de son oeuvre d’amour. 1 Corinthiens 13, nous présente les caractères de l’amour. Nous ne finirons jamais de considérer les caractères et les effets de l’amour de Dieu puisque nous méditerons sur ce qu’il est et en jouirons éternellement ; nous jouirons des fruits de la victoire qu’il aura remportée sur tous les obstacles qu’il a rencontrés ; nous contemplerons l’amour de Dieu dans sa victoire éternelle et nous en jouirons pleinement. Si nous voulons à notre tour manifester l’amour, il nous faut vivre dans la communion avec Dieu et avoir le coeur rempli de l’amour de Dieu. Ce n’est pas parce que nous savons beaucoup de choses sur l’amour que nous aimons ; nous aimons dans la mesure où nous jouissons de l’amour de Dieu et seulement dans cette mesure. Voilà pourquoi l’amour est inséparable de la piété. Nous avons à prier pour que l’amour de Dieu remplisse nos coeurs d’une façon continue, sinon les difficultés seront plus fortes que notre coeur. L’amour n’est pas aveugle ; l’amour de Dieu ne l’a pas été, il s’est allié à un discernement infini de ce que nous sommes. L’amour, au sens chrétien du mot, demeure toujours lié avec la vérité et nous devons aimer dans la vérité de Dieu (2 et 3 Jean). Dieu est amour et il est lumière et il n’a cédé sur aucun de ces deux points. La lumière de Dieu a été revendiquée dans l’oeuvre de la grâce. L’amour se réjouit avec la vérité (1 Cor. 13:6). L’enseignement légal ne produira jamais le fruit de l’amour. Lorsque l’amour de Dieu agit avec puissance dans un coeur, il y a l’intelligence que cet amour seul peut donner pour agir à chaque moment ; ce sera une façon d’agir qu’aucun précepte, aucun enseignement ne peut dicter d’avance. Si nos coeurs sont plongés dans l’amour de Dieu, ils comprendront les passages qui parlent de cet amour et ils sauront les pratiquer ; mais si nos coeurs sont secs, malgré toute la connaissance que nous pourrons avoir de la Parole, nous ne saurons pas agir dans la puissance de l’amour de Dieu. Cela est si vrai que dans 1 Corinthiens 13, au début, un homme peut laisser sa vie et n’avoir pas l’amour ; il peut imiter quelqu’un qui a l’amour, imiter le Seigneur, et pourtant il peut faire ainsi sans avoir l’amour, sans avoir la vie de Dieu.

L’amour couvre une multitude de péchés. On prend prétexte de ce passage pour dire qu’il faut tout couvrir à tout prix. L’amour couvre une multitude de péchés mais il faut que Dieu les couvre dans la conscience de celui qui les a commis, sinon l’amour ne se réjouit pas avec la vérité. Nous trouvons dans le Lévitique déjà cet enseignement chez les Israélites à ne pas laisser pécher son frère sans le lui dire, sans l’avertir, pour le ramener.

Il nous faut vivre près de Dieu pour conserver à l’égard de nos frères des sentiments de grâce. Personne ne pourrait dire que d’autres sentiments ne naissent pas dans son coeur. La supériorité de la piété, c’est de surmonter ces sentiments par l’amour que Dieu entretient dans le coeur. L’amour de Jésus était sans fond, sans borne ; il a essuyé toutes les épreuves de la part des pécheurs et de la part des siens ; on l’a abandonné, traité de la pire des manières, et son amour n’a jamais cessé. Pratiquement, nous ne sommes pas assez près de Dieu et il nous faut un certain travail pour que notre amour surmonte tel choc que nous avons reçu, tandis que si nous étions près de Dieu cette victoire serait remportée à l’instant même. La chair aimable a vite trouvé son niveau ; elle peut, jusqu’à un certain point, imiter l’abnégation et l’amour, mais elle se manifeste toujours, tandis que l’amour de Dieu n’a pas de limites. Nous avons à veiller dans nos rapports entre frères à ce que les sentiments soient dépouillés d’égoïsme ; il faut être devant Dieu pour cela (2 Cor. 12:15). Si nous n’aimons que ceux qui nous aiment, notre justice ne dépasse pas celle des pharisiens. L’amour peut parfois avoir l’apparence d’être le contraire de l’amour ; le Seigneur a dit à Pierre : « Arrière de moi, Satan » parce qu’il l’aimait, il n’a pas eu en vue la réaction de Pierre, mais la gloire de Dieu et le bien de Pierre. L’amour mondain est vicié de flatterie : il ne faut faire de la peine à personne. La flatterie est tout le contraire de l’amour, c’est un mensonge ; elle doit être exclue des rapports entre les saints. L’amour selon Dieu a toujours un caractère de dignité et d’autorité morales. Dans Proverbes 27:6, nous voyons que les blessures faites par quelqu’un qui aime sont fidèles. C’est ce que le Seigneur faisait quand il reprenait un disciple. L’amour nous fait traiter nos frères en nous souvenant qu’ils sont à Dieu, qu’ils sont à Christ, et nous les fait voir en Christ. La source de l’amour est dans le coeur de Dieu, dans le coeur de Christ, et c’est dans la mesure où nous buvons à cette source que nous pouvons manifester l’amour dans la vérité.

La cinquième vertu à poursuivre est la patience. Nul plus que Christ n’a manifesté la patience alors qu’au cours de son ministère ici-bas, il était en butte à la contradiction des hommes. En 2 Pierre 3:9 nous avons un autre caractère de la patience du Seigneur ; il attend patiemment le moment où Dieu l’enverra pour prendre les siens et où il sera glorifié dans ses saints. Nous avons à regarder sans cesse à notre divin modèle pour pouvoir à notre tour manifester ces deux caractères de la patience : la patience pour supporter la contradiction du monde et la patience pour attendre le retour du Seigneur. En 2 Thessaloniciens 3:5, l’apôtre demandait que les coeurs soient inclinés à l’amour de Dieu et à la patience du Christ. En Jacques 5:7, nous trouvons aussi une exhortation précieuse à la patience, avec l’exemple du laboureur qui attend le fruit précieux de la terre, usant de patience jusqu’à ce qu’il reçoive les pluies de la première et de la dernière saison. Le laboureur ne peut rien pour faire germer le grain ; il faut l’oeuvre de Dieu ; il faut la pluie ; il faut aussi, quand le grain a levé, attendre patiemment que le temps de la maturité soit arrivé. Selon sa sagesse, Dieu a hâté ou ralenti la croissance et la maturité de l’épi et il faut que la patience ait son oeuvre parfaite dans l’épreuve de la foi (Jacq. 1:4). Nous aussi, nous devons user de patience jusqu’à la venue du Seigneur. Quel que soit son caractère, la patience s’acquiert à l’école du Seigneur et s’apprend dans la communion avec lui. Dans le Nouveau Testament, le mot patience est employé avec des nuances qu’il importe de souligner et de ne pas confondre. Dans le texte qui nous occupe, la patience, comme dans d’autres passages, signifie endurance ou persévérance ; dans d’autres passages le mot patience est employé dans le sens de longanimité ou de grandeur d’âme. Quelle que soit la nuance, c’est toujours le Seigneur qui en est le modèle et nous ne pouvons apprendre la patience et la manifester qu’en vivant dans l’intimité et dans la communion avec le Seigneur. Le mot patience avec le sens d’endurance ou de persévérance se trouve en Hébreux 12:1, en 2 Corinthiens 6:4, en Jacques 5:11, en 2 Pierre 1:6, en Romains 5:3, en Colossiens 1:11 ; c’est toujours la fin du Seigneur qui se manifeste le moment venu. En 2 Pierre 3:9 et 15 ; 1 Timothée 1:16 ; Romains 9:22 ; Jacques 5:7 ; Hébreux 6:12, le mot patience a le sens de longanimité ou constance. Dieu s’appelle dans la Parole le Dieu de patience (Rom. 15:5) ; la patience est un de ses caractères ; le Seigneur dans sa sainte humanité a été et est encore l’homme de patience par excellence. Il faut tout le travail de Dieu en chacun de nous pour produire ces différents et précieux caractères de la patience qui sont si étrangers et contraires à notre nature.

Quel que soit son caractère, la patience implique nécessairement l’idée de souffrance. C’est pourquoi, par nature, nous ne sommes pas patients. La patience est un caractère de la nouvelle nature. Dans 2 Pierre 1:6, elle fait partie de la chaîne d’or ; dans Romains 5 où la course chrétienne est tracée, la patience est produite par la tribulation. C’est à l’école de Dieu qu’on apprend la patience. On a dit que c’était la vertu chrétienne la plus difficile et la plus longue à acquérir jusqu’au moment où nous sommes appelés à partir avec Christ. Dieu use de patience envers nous, nous devons en user envers les hommes (parabole de Matt. 18). Ce sera un sujet de reconnaissance éternelle quand, auprès du Seigneur, nous verrons toute la patience, toute la miséricorde dont nous avons été les objets.

L’énumération des choses à poursuivre se termine avec la douceur d’esprit. C’est le caractère d’un homme qui n’insiste pas sur ses droits (Phil. 4:5). Le moi est mis de côté et la grâce remplit le coeur ; c’est le fruit de la vie de Christ dans nos coeurs. Dans 2 Timothée l’apôtre insiste sur ce caractère de douceur (2:24, 25) et Pierre, dans sa première épître parle de « l’incorruptibilité d’un esprit doux et paisible qui est d’un grand prix devant Dieu » (1 Pierre 3:4). Dans Matthieu 11:29 le Seigneur dit : « Apprenez de moi, car je suis débonnaire (ou doux) et humble de coeur ». La douceur d’esprit s’acquiert dans la proximité et la communion avec le Seigneur, en apprenant de lui et pas autrement. La douceur d’esprit implique nécessairement l’humilité.

 

6.4   Chapitre 6:12-16

Les six choses à poursuivre sont des caractères moraux que nous avons à revêtir, non pour demeurer toujours passifs, mais pour déployer une activité, soutenir un combat comme il est dit au verset 12 : « Combats le bon combat de la foi ». Pour combattre ce bon combat, il faut que ces vertus soient en nous et que aussi, nous ayons revêtu l’armure complète d’Éphésiens 6. L’apôtre Paul a combattu ce bon combat (2 Tim. 4:7) et achevé sa course à la gloire de Dieu. Pour combattre le bon combat, il faut avoir réalisé le jugement et le dépouillement de soi-même et la mortification de la chair (circoncision pour les Israélites, Josué 5). Le combat doit être fait selon les lois (2 Tim. 2:5), c’est-à-dire selon les directions et les enseignements que Dieu nous donne par sa Parole. De plus, pour combattre le bon combat, il faut être un bon soldat de Jésus Christ et ne pas s’embarrasser dans les affaires de la vie (2 Tim. 2:4). Le mot « combat » ici (1 Tim. 6:12) n’a pas le sens de bataille guerrière, mais celui du combat dans l’arène. Dans l’antiquité, ces combats étaient en honneur et se passaient devant de nombreux spectateurs. Nous avons un trésor immense à défendre, les vérités, les principes du christianisme dont la foi s’empare et qui constituent la foi chrétienne. C’est ce combat que l’apôtre Paul a combattu en 2 Timothée 4:7 et qui nous est indiqué en 1 Corinthiens 9:24-27. Il s’agit donc du témoignage de Dieu et du Seigneur dans ce monde, dont nous trouvons les règles dans la Parole de vie et de vérité. A nous de respecter ces règles et de vivre de régime en restant séparés du monde et de tout ce qui n’est pas selon le Seigneur. Le combat de la foi est bon, beau, noble, pour résumer toutes les nuances que comporte le terme original traduit par bon. La couronne n’est pas donnée si l’on n’a pas combattu selon les lois. Notre responsabilité est engagée. Cette responsabilité et ce combat sont individuels, mais ils doivent intervenir pour concourir à la prospérité du témoignage collectif. Il est nécessaire que chacun mette en pratique les instructions, les indications de la Parole, en suivant le Seigneur, ayant le coeur nourri de sa personne et l’ayant sans cesse devant soi comme le modèle de la foi, lui qui a été le Chef et le Consommateur de la foi. Tout ce qui est de l’homme naturel, de ses pensées et de ses désirs, doit être mis de côté, tenu pour mort. C’est la portée de la croix de Christ, mais avec ce grand fait que nous ne sommes pas seulement en relation avec Christ crucifié, mais aussi avec le Seigneur de gloire qui a été ressuscité et élevé dans la gloire. Cela nous aide à comprendre la suite du texte (v. 12). « Saisis la vie éternelle », c’est-à-dire empare-toi dès maintenant de la vie éternelle dans sa plénitude glorieuse. Nous ne sommes pas exhortés ici à saisir une chose que nous possédons déjà. La vie éternelle se présente sous plusieurs aspects dans le Nouveau Testament. Le Seigneur est lui-même la vie éternelle ; il en est la source et il la donne à ses chères brebis ; cette vie éternelle qui n’a pas de fin, cette vie en abondance qui nous introduit dans l’intelligence et dans la jouissance des pensées et des sentiments de Dieu, nous la possédons actuellement comme un trésor précieux. Mais il y a des passages dans la Parole qui nous présentent la vie éternelle comme étant devant nous dans sa plénitude glorieuse (Rom. 6:22). Dans ce dernier verset, il s’agit de la vie éternelle en gloire, la fin vers laquelle nous tendons, la fin qui nous est proposée. De même dans Jude 21 la vie éternelle est la vie éternelle en gloire. C’est cette vie éternelle qu’avec Timothée, nous sommes exhortés à saisir ; c’est le propre de la foi ; c’est comme une transportation de notre existence présente dans la gloire et l’éternité. Cela donne un caractère céleste à notre passage ici-bas.

« Saisis la vie éternelle, pour laquelle tu as été appelé ». L’appel comporte deux injonctions : sortir d’un endroit et entrer dans un autre. C’est la pensée que nous avons dans Hébreux 13:13, sortons vers lui, hors du camp, pour entrer dans les lieux saints (Héb. 10:19). Dans Hébreux 11:8 nous avons un bel exemple de celui qui est appelé le « père des croyants » et qui obéissait avec docilité à l’appel divin, tout en gardant le sentiment de son indignité (Gen. 18:27 : « moi qui suis poussière et cendre »). Ici nous trouvons l’appel de Dieu en relation avec l’élection qui, dans le Nouveau Testament se rapporte toujours à quelque chose de céleste et d’éternel : Colossiens 3:15 – Éphésiens 1:18 ; 4:1-4 – Philippiens 3:14 – 1 Thessaloniciens 2:12 – Hébreux 3:1 – 1 Pierre 1:15 ; 5:10. Dieu nous a appelés à son propre royaume et à sa propre gloire (1 Thess. 2:12), à la gloire éternelle dans le Christ Jésus (1 Pierre 5:10) ; cela doit transformer notre vie pratique, éclairer notre route, illuminer et caractériser notre témoignage. Il ne nous est pas dit en quelle circonstance Timothée avait fait cette confession que l’apôtre appelle « la belle confession » ; cette confession avait eu lieu devant beaucoup de témoins et honorait le Seigneur. Timothée avait suivi l’exemple du Seigneur qui avait fait la belle confession devant Ponce Pilate, confession rapportée en Jean 18:37 et qui se rapporte à la royauté du Seigneur qui, bien qu’ayant été crucifié en infirmité, est le roi non seulement d’Israël, mais le roi d’un royaume céleste et éternel, le roi d’un royaume qui n’est pas de ce monde. Au moment du danger, à l’heure solennelle de son procès, Christ a fait cette belle confession ; ni plaintes, ni murmures, ni protestations, ni menaces ne sont sortis de sa bouche alors qu’il était maltraité et opprimé. C’est en rappelant cette belle confession du Seigneur que l’apôtre ordonne à Timothée de garder ce commandement sans tache et irrépréhensible jusqu’à l’apparition de notre Seigneur Jésus Christ. L’apparition est l’expression avec laquelle notre responsabilité est toujours en rapport. Elle s’applique aussi à la venue du Seigneur quand il entrera dans les joies excellentes de son royaume de justice et de paix (2 Tim. 4:8). La couronne de justice est réservée à ceux qui aiment son apparition quand il s’agit de la grâce ; nous trouvons pour le même événement le mot de révélation (1 Pierre 1:13). Il y a un temps fixé, un temps propre, comme il est dit au verset 15, un temps auquel cet événement appartient, où Dieu manifestera le Seigneur dans tout l’éclat de sa gloire. Les caractères de Dieu qui sont mentionnés dans les versets 15 et 16 (*), bienheureux, souverain, roi des rois, seigneur des seigneurs, possédant l’immortalité (**), habitant la lumière inaccessible relèvent d’une manière frappante les enseignements et les exhortations qui nous sont donnés dans cette épître. Ces déclarations sur la grandeur et la gloire de Dieu sont placées là comme pour nous rappeler que les exhortations qui nous sont données ne le sont pas au nom d’une morale humaine, mais nous sont données par Dieu lui-même et nous placent en présence de Dieu et de sa gloire ; cela donne un éclat et une élévation excessivement grands et beaux au contenu de cette épître. Elle nous est parvenue pour que nous sachions comment nous conduire dans la maison de Dieu et la fin de l’épître nous montre de quel Dieu il s’agit.

 

(*) Dans les versets 15 et 16, la partie inaccessible de la gloire de Dieu est présentée, nul oeil ne l’a vu ni ne peut le voir, mais dans sa grâce, le Dieu insondable, inexprimable, inaccessible, infini, dont nous ne pouvons pas savoir ce qu’il est, est révélé en Jésus. Quelle place cela donne à Jésus dans nos coeurs !

 

(**) Seul Dieu possède l’immortalité ; il l’a donnée aux croyants. Nous avons un corps mortel c’est-à-dire attaquable par la mort, mais nous aurons l’immortalité (1 Cor. 15:54). Dieu seul l’a essentiellement, par nature et le croyant dans l’éternité aura aussi l’immortalité et l’incorruptibilité mais données par Dieu !

 

Cela est aussi de nature à nous encourager, car si nous sentons notre faiblesse pour réaliser les exhortations de l’épître, ce Dieu dont la souveraineté et la gloire sont placées devant nos coeurs, nous prend par la main, nous donne le secours et la force dont nous avons besoin et nous amène à adorer et à bénir. La grandeur de Dieu ne nous écrase pas, elle nous fait nous agenouiller et adorer. Les saints sont déjà dans la présence de ce Dieu si grand et si glorieux ; cette pensée ne devrait jamais nous quitter et si les croyants sont appelés à souffrir dans ce monde, ils ont à se souvenir que la gloire de Dieu est déjà à eux. Moralement nous connaissons Dieu (Jean 1:18). Le Saint Esprit fait appel à cette connaissance dans le souci du témoignage et de la marche des saints : Dieu montrera Jésus au temps propre ; maintenant le monde ne le connaît pas, le monde ne sait pas qui est Jésus, mais les saints savent qui est Jésus et qui est Dieu. Si nos coeurs étaient remplis de Christ, de la gloire de Dieu qui éclipse toutes choses, le monde et ce qui est de l’homme n’auraient aucun attrait pour nous. C’est dans cette épître où l’Assemblée est appelée la colonne et le soutien de la vérité que l’éclat de la gloire de Dieu brille ; ce n’est pas pour satisfaire notre intelligence que ces choses sont dites, c’est pour nourrir nos coeurs et toucher nos consciences. Si nous étions toujours placés devant cette gloire de Dieu comme ces versets le font, nous ne nous arrêterions pas en chemin devant les fausses grandeurs humaines. Notre vie chrétienne ici-bas est faite de beaucoup de détails et Dieu nous dit : « Faites attention comment vous marchez, individuellement ou en assemblée ». Ce qui donne de la grandeur à ce que font les saints, ce qui les revêt de gloire, c’est qu’ils sont déjà en Dieu et que Dieu est leur Dieu. Avec un tel sentiment, nous devrions être humbles et dignes tout à la fois ; nous aurions le sentiment que devant Dieu nous sommes poussière et cendre (Gen. 18:27) et, en même temps, comme Jacob devant le Pharaon, que Dieu est avec nous, qu’il est pour nous, que nous sommes en lui et que devant Dieu que nous connaissons, rien d’autre ne compte, aucune grandeur humaine ne subsiste ; c’est Jacob qui bénit le Pharaon. Nous pouvons vivre dans ce monde et y marcher (et c’est ce que nous devrions faire constamment) d’une façon qui traduise que nous connaissons Dieu. Chez l’apôtre Paul, cette connaissance de Dieu le faisait se prosterner devant lui et l’adorer ; c’est ce qui arrive toujours dans la présence de Dieu ; cette présence fond notre coeur, nous anéantit d’un côté et nous fait nous prosterner devant lui (1 Chron. 29:14). Ce passage souligne la folie de ceux qui veulent chercher à connaître Dieu par leurs propres efforts ; c’est se faire égal à Dieu. Le croyant sait qu’il n’est rien et se prosterne. Le Dieu bienheureux sera la source éternelle, inépuisable de notre bonheur et de notre joie, un bonheur et une joie à la hauteur de la grâce de Dieu.

 

6.5   Chapitre 6:17-19

Nous retrouvons ici la suite de l’ordonnance. En contraste avec ceux qui veulent devenir riches (v. 9), nous trouvons ici ceux qui sont riches. Le Dieu souverain qui dispense les biens du présent siècle comme il lui plaît dit à ceux qui les tiennent de sa main de ne pas être hautains. Nous trouvons la même exhortation en Jacques 1:9. Il s’agit de mettre à profit les biens terrestres pour la gloire de Dieu, loin de toute hauteur d’esprit, sans mettre une confiance mal placée dans les avantages d’une position incertaine, mais en remontant jusqu’à Dieu qui est souverain donateur et qui donne toutes choses richement et libéralement pour en jouir selon lui. Il faut nous rappeler les enseignements de la Parole : c’est qu’on est agréable à Dieu selon ce qu’on a et non selon ce qu’on n’a pas. Ceux qui ont peu de chose peuvent le mettre au service du Seigneur aussi bien que ceux qui possèdent davantage. Les disciples du Seigneur sont appelés à faire le bien et à se montrer riches en bonnes oeuvres, prompts à donner, libéraux et s’amassant comme trésor un bon fondement pour l’avenir afin qu’ils saisissent ce qui est vraiment la vie, c’est-à-dire la vie éternelle. Dans le verset 19, l’apôtre attire notre attention sur la nature de cette vie plus que sur son caractère éternel (Matt. 6:19-21). Pour ce qui est des biens de ce monde, nous ne sommes que des administrateurs agissant pour le compte de Dieu (Luc 16). Nous aurons à rendre compte de notre administration et ce qui satisfait Dieu dans notre façon d’agir c’est la prudence et la fidélité. Les richesses sont appelées injustes parce que l’homme les a en quelque sorte accaparées à son propre profit au lieu d’en être l’administrateur selon Dieu. Nous avons à nous montrer prudents dans l’administration des biens de ce monde. Il y a un enseignement précieux à ajouter, c’est celui que nous trouvons en Hébreux 11:24. Bel exemple de Moïse qui, sauvé des eaux, aurait pu dire : la providence m’a placé là, j’y reste ; il aurait pu jouir des richesses du monde. Mais il a choisi — c’est le choix de la foi — d’être plutôt dans l’affliction ; il a estimé l’opprobre de Dieu un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte. La Parole tient un langage bien solennel aux hommes qui agissent selon l’élan de leur propre nature lorsqu’ils font servir à leurs propres intérêts les biens de ce monde ; ils jouissent pour un temps des délices du péché (Héb. 11:25), expression très forte. Nous avons à imiter la foi de Moïse qui regardait à ce qui est éternel et glorieux et à saisir ce qui est vraiment la vie. Dieu nous donne librement toutes choses avec Christ (Rom. 8:32).

En Matthieu 19 le jeune homme riche a été mis à l’épreuve comme il ne l’avait jamais été. Ce jeune homme avait beaucoup de qualités ; il devait représenter pour les disciples un type très rare du Juif et être pour eux digne du royaume de Dieu, de sorte qu’ils sont très étonnés quand ils voient le jeune homme s’en aller tout triste et qu’ils entendent Jésus leur dire qu’un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. Leur étonnement est sincère quand ils disent au Seigneur : « Qui peut être sauvé ? » Mais Jésus leur dit que si la chose est impossible aux hommes, pour Dieu toutes choses sont possibles. Nous trouvons dans la fin de la première épître à Timothée la confirmation de ce que le Seigneur a dit ; il y a des riches que la grâce de Dieu a fait entrer dans le royaume des cieux. La grâce a triomphé du pouvoir des richesses sur l’homme et a libéré son coeur de ce pouvoir ; cette même grâce se manifeste en gardant les chrétiens pour qu’ils marchent à la suite du Seigneur. Il faut la grâce de Dieu pour que le coeur du chrétien soit soustrait à l’influence des richesses. C’est la raison de l’exhortation adressée aux riches ; toutefois nous pouvons l’appliquer à chacun de nous, car si nous ne sommes pas riches dans le sens absolu du mot, nos coeurs peuvent être pris par ce que Dieu met à notre disposition et qui peut devenir une idole pour nous. L’amour des biens de ce monde peut tourner à l’idolâtrie et nous empêcher de mettre notre confiance en Dieu ; aussi chacun de nous doit prêter attention aux deux dangers signalés dans ce verset 17 : être hautain, c’est-à-dire s’enorgueillir de ce qu’il possède, et mettre sa confiance dans l’incertitude des richesses. L’heureux état que l’Esprit de Dieu, par le moyen de l’apôtre, souhaite aux riches, à quelque degré qu’ils le soient, c’est d’avoir un coeur confiant, appuyé sur Dieu et non pas sur les choses au milieu desquelles nous nous mouvons. La confiance dans les richesses a produit de grands maux parmi les chrétiens. L’affranchissement vis-à-vis des richesses est un des caractères de l’affranchissement. Nous avons tous à prendre garde à cela, car se confier uniquement en Dieu et ne se glorifier qu’en lui, demande une grande vigilance continuelle. Heureux sommes-nous si la grâce nous libère de ces choses dont la puissance se manifeste tous les jours dans la vie du monde et même, hélas ! dans la vie du chrétien ! Plus nous en serons libérés, plus nous jouirons de la communion et de l’approbation du Seigneur. Dans le royaume de Dieu, les richesses de la terre ne comptent pas. Toutefois, celui qui est riche peut glorifier Dieu avec cette forme de talent que le Maître lui a confiée ; ce sera une gloire de Christ en son jour et pour le bien de cet homme dont la responsabilité est accrue. Mais cela s’étend à tout ce que Dieu nous a confié. On ne peut être riche et fidèle, comme aussi pauvre et fidèle, que par la foi. Le secret, c’est évidemment que Jésus soit le trésor de notre coeur. Ce qu’il y a de difficile, c’est de posséder quelque chose sans en faire une idole. Aussi il arrive souvent que ce que nous appelons nos bénédictions extérieures tourne à notre détriment, si ces bénédictions nous cachent le donateur. Il faut toujours qu’entre notre coeur et un don de Dieu, il y ait Dieu. Plus on a de choses, plus le danger est grand (Ps. 62:10). La Parole nous montre qu’en principe les biens de ce monde n’aident pas à marcher, mais celui qui est pauvre et qui désire les richesses est dans un état encore plus fâcheux. Si, du jour au lendemain, Dieu nous rendait riches au sens propre du mot, nous aurions besoin d’être bien gardés ; et nous avons également besoin d’être bien gardés si nous ne sommes pas riches. Nous avons tous besoin d’être exercés pour que, riches ou pauvres, nos coeurs trouvent ensemble dans le Seigneur leur trésor commun.

 

6.6   Chapitre 6:20-21

Le verset 20 nous donne la dernière recommandation de l’apôtre à Timothée dans sa lettre. Cette exhortation est individuelle en vue du bien collectif et du maintien du témoignage du Seigneur dans ce monde. Ce qu’il faut garder (ou conserver), c’est le bon dépôt dont il est question en 2 Timothée 1:14. C’est par l’Esprit Saint qui habite en nous que nous pouvons et que nous devons garder ce beau, bon et noble dépôt de la saine doctrine. C’est toute la parole de Dieu que nous avons à garder, sans altération (2 Tim. 2:15 ; 2 Cor. 2:17 ; 1 Pierre 4:11). Pour que le Saint Esprit puisse agir librement à cette fin, il faut que nous mettions de côté tout ce qui vient de l’homme naturel, de la chair, et réaliser que nous ne sommes rien, que nous ne pouvons rien apporter et que nous avons tout à recevoir. C’est le Saint Esprit seul qui peut nous faire pénétrer dans l’intelligence et dans la jouissance des sujets divins et nous communiquer ce qui est de Dieu, ce qui plaît à son coeur et ce qui convient à sa gloire. Si nous discernons, en présence de la majesté divine, toute notre faiblesse, toute notre incapacité, nous serons disposés à fuir tous ces discours vains et profanes, ces objections et cette opposition de la connaissance faussement ainsi nommée. La glose, qui n’est qu’un développement fâcheux, est créée par l’esprit humain laissé à lui-même, entraîné par ses prétentions et résultat de son imagination. Les enseignements qui viennent de l’homme et des facultés naturelles de l’homme sont des enseignements étrangers, ils n’ont rien à voir avec la vérité de Dieu. C’est de bien bonne heure dans l’histoire de la chrétienté et dans l’histoire du témoignage que l’ennemi a cherché à mettre l’accent sur les connaissances intellectuelles ; c’est ce qui, depuis le début de l’histoire de l’Église, a fait dérailler tant de personnes qui ont voulu mettre en avant l’intelligence humaine et rechercher la science humaine. Tous les faux docteurs qui essayaient d’introduire dans l’église les hérésies que Paul combat avec tant d’autorité, de zèle et de compétence, se complaisaient dans leur intelligence et dans leur fausse science. Cette dernière exhortation de 1 Timothée est un résumé saisissant de toute l’épître ainsi que de la deuxième à Timothée et de l’épître à Tite. En lisant de tels passages, nous saisissons le prix de la vérité de Dieu, vérité contenue dans sa Parole et résumée dans la personne de Christ, de celui qui est le grand mystère de la piété.

Dans l’assemblée, on avait encore gardé à ce moment-là et en ce lieu (Éphèse, où Timothée se trouvait) les lignes et les principes essentiels de la doctrine. Cela peut expliquer que la doctrine ne soit point développée dans l’épître ; mais la conclusion (les deux derniers versets) fait allusion au danger que l’apôtre voyait poindre déjà et dont il a parlé au commencement, savoir l’effet de l’imagination des hommes et le judaïsme légal. Tout au long de l’épître, nous voyons que c’est le côté pratique qui intéresse Paul et sur lequel il insiste auprès de Timothée. Il devait y avoir relâchement de ce côté-là ; on devait conserver les vérités, mais pratiquement on fléchissait ; même au point de vue de la doctrine un danger menaçait déjà. Paul voyait venir l’orage qui allait passer dans les deux ans qui séparent les deux épîtres. Aussi adresse-t-il un appel plein d’affection et de sérieux à Timothée. Au point de vue doctrinal, le danger, c’est l’intrusion de l’activité de l’esprit humain dans le domaine qui est exclusivement celui du Saint Esprit. Ce danger s’est extrêmement développé, il est la racine de toute la théologie et nous avons à veiller, à être en garde contre lui, à prendre garde de ne pas nous tromper pratiquement et à tenir compte de tout ce qui nous est dit par la Parole pour la marche de l’assemblée. Il y a une perte pour nous toutes les fois que ce n’est pas le Saint Esprit qui nous conduit quand nous nous occupons de la parole de Dieu. Il ne faut pas penser que l’instruction est une clé qui ouvre les pensées de Dieu. L’instruction doit être localisée à son domaine propre ; le croyant peut avoir à s’en servir dans son activité, mais il est un domaine qui lui est interdit, sinon comme servante totale, comme instrument sans volonté propre : c’est le domaine des choses de Dieu. Un chrétien très intelligent ne pourra être utile qu’à condition de se laisser diriger exclusivement par l’Esprit de Dieu. Il faudra chez lui un travail de Dieu d’autant plus profond qu’il est plus intelligent et plus instruit. C’est un principe vital. L’intelligence peut très bien être un talent donné par le Maître, mais on ne peut l’utiliser que dans la mesure où la volonté est brisée et où l’Esprit peut agir dans le vase. C’est vrai pour tous ; un vase d’une petite capacité a souvent autant de mal à se laisser employer par le Saint Esprit qu’un autre. Tout dépend de la réalisation de la présence de Dieu et du travail préalable et constant de Dieu dans l’âme. Si nous voulons la bénédiction individuellement et dans l’assemblée, si nous voulons entrer dans la pensée de Dieu et dans la communion avec notre Père et avec le Seigneur, supplions Dieu que son Esprit et sa vérité nous conduisent dans la liberté sur le terrain de Dieu. Nous faisons l’expérience que même des vérités inattaquables sont sans effet, sans édification si ce n’est pas le Saint Esprit qui les place devant nos âmes ; à plus forte raison des erreurs et des fruits de l’imagination sont-elles funestes. Ce chemin qui, en principe, est très simple, est parsemé d’obstacles : nous-mêmes, notre volonté, notre manque de spiritualité, notre chair en un mot. Que le Seigneur nous donne d’être comme de petits enfants et de rester tels, nous souvenant que c’est l’Esprit qui sonde les choses profondes de Dieu et que personne ne les connaît en dehors de lui. Seule la présence de Dieu, dont la gloire brille à la fin de cette épître, fait taire nos propres pensées et arrête l’élan de l’imagination de nos coeurs, imagination qui est mauvaise dès notre jeunesse. Nous avons à être gardés dans la simplicité. Si nous réalisons la présence de Dieu, Dieu a sa place, nous la nôtre, et le Saint Esprit nous ouvre toutes les gloires et tous les trésors que la grâce de Dieu met à notre disposition.

L’intellectualisme chrétien a conduit à de grands égarements tous les rationalistes dans tous les temps. Dans le verset 21, il nous est dit que, déjà du temps de l’apôtre, quelques-uns faisant profession, se sont écartés de la foi. Nous savons ce que l’esprit de l’homme, essayant de sonder la personne de Christ, a pu produire de folie. Combien de personnes qui auront ainsi étudié la Bible et qui s’en iront dans la perdition éternelle !

Les divisions qui ont eu lieu dans l’Église, sont le résultat de l’activité du propre esprit de l’homme. Ceux qui les ont fomentées sont allés au-delà de ce que le Saint Esprit leur donnait ; s’il y avait eu de la dépendance, ils se seraient arrêtés à temps et bien des maux auraient été évités.

Un chrétien est grand par ce qu’il reçoit de la part de Dieu, non pas par ce qu’il donne aux autres. Nous ne sommes pas élevés par ce que nous arrivons à saisir ; ce qui nous élève c’est la grâce de Dieu, le don de Dieu. Actes 4:13 nous donne le secret de la vraie connaissance et de la vraie intelligence ; les disciples étaient illettrés et du commun, mais on les reconnaissait pour avoir été avec Jésus. Être avec Jésus, être en communion avec lui, c’est là la source de la vraie connaissance, de la connaissance qu’on acquiert de lui (Matt. 11:29 ; Tite 2:12), la connaissance de lui-même. En 2 Pierre 1:3 tout ce qui regarde la vie et la piété nous est donné par la connaissance de Christ. Nous devrions éviter avec soin toute activité intellectuelle de la sorte qui conduit à des discours vains et profanes et à la connaissance faussement ainsi nommée, mais qui aussi provoque les goûts pour les opinions hétérodoxes, les vues hérétiques. Même sans quitter les limites de la saine doctrine, il y a le danger de faire des choses de Dieu une affaire d’intelligence et de ne trouver de ce fait dans la parole de Dieu qu’une matière à discours sans qu’il y ait de résultats pratiques dans la conscience et dans le coeur, sans que l’existence se déroule dans la présence de Dieu, et dans la communion du Seigneur. Cet éloignement de la doctrine dans la vie pratique, risque de faire et fait déjà de grands ravages parmi nous. Dieu désire voir Christ dans les siens, et le Saint Esprit seul produit un Christ vécu ; c’est là le christianisme. Si nous étions plus exercés à réaliser la vie de Christ, notre vie aurait beaucoup plus de puissance, plus d’autorité morale, plus d’autorité spirituelle, plus de séparation du monde ; au lieu de nous nourrir de mots, nous nous nourririons de Christ. L’activité de l’Esprit doit se manifester dans toute la vie du chrétien : marchons par l’Esprit (Gal. 5:16), prions par l’Esprit (Éph. 6:18), adorons par l’Esprit (Jean 4:24), soyons conduits par l’Esprit (Jean 16:13), jouissons par l’Esprit de la communion avec le Seigneur et des choses que nous attendons (Éph. 1:14), laissons-nous enseigner par l’Esprit (1 Jean 2:27). Pour cela, nous devons fuir tout ce qui est de notre volonté, de notre imagination et de notre propre esprit pour laisser à Dieu et au Seigneur toute la place dans notre vie, dans notre coeur et dans l’assemblée de sorte que l’Esprit agissant en nous et dans l’assemblée, fasse jaillir la louange, descendre sur nous la bénédiction et produise l’édification.