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Entretiens sur le premier livre de Samuel

 

Histoire des rois d’Israël

 

Adrien Ladrierre (famille ; auteur probable)

 

Table des matières abrégée :

1     Samuel avant Saül

2     Histoire des rois d’Israël. Saül

3     Histoire des rois d’Israël. David

 

 

Table des matières détaillée :

1     Samuel avant Saül

1.1      La maison d’Elkana — 1 Samuel 1

1.2      La prière d’Anne — 1 Samuel 1

1.3      La naissance de Samuel et le cantique de Anne — 1 Samuel 1 et 2

1.4      La maison d’Éli — 1 Samuel 2:12-36

1.5      L’appel de Samuel — 1 Samuel 3

1.6      Défaite d’Israël. Prise de l’arche — 1 Samuel 4

1.7      L’arche de l’Éternel chez les Philistins — 1 Samuel 5 et 6

1.8      Le retour de l’arche — 1 Samuel 6

1.9      Samuel, juge d’Israël — 1 Samuel 7

1.10     Les fils de Samuel. Les Israélites demandent un roi — 1 Samuel 7 et 8

2     Histoire des rois d’Israël. Saül

2.1      Le choix de Saül et son onction — 1 Samuel 9

2.2      Avertissements donnés à Saül et son intronisation — 1 Samuel 10

2.3      Saül, ses premier pas dans la royauté — 1 Samuel 11

2.4      Samuel se démet de ses fonctions de juge — 1 Samuel 12

2.5      La première faute — 1 Samuel 13

2.6      Jonathan délivre Israël — 1 Samuel 14

2.7      Jonathan en danger de mort — 1 Samuel 14:23-46

2.8      Saül rejeté — 1 Samuel 15

3     Histoire des rois d’Israël. David

3.1      Dieu choisit David — 1 Samuel 16

3.2      David commence à délivrer Israël — 1 Samuel 16 et 17

3.3      David délivre Israël. Le combat avec Goliath — 1 Samuel 17

3.4      David se lie à Jonathan — 1 Samuel 17:52 à 18:4

3.5      Saül commence à haïr David— 1 Samuel 18:5-19

3.6      Mical devient femme de David. Intervention de Jonathan pour David — 1 Samuel 18:20 à 19:10

3.7      Saül cherche à tuer David chez lui — 1 Samuel 19:10-18

3.8      Saül prophétisant. David et Jonathan se quittent — 1 Samuel 19:19 à ch. 20

3.9      David persécuté par Saül. Chez Akhimélec — 1 Samuel 21:1-10

3.10     La caverne d’Adullam — 1 Samuel 21:10 à 22:2

3.11     David persécuté par Saül. Doëg et le massacre des sacrificateurs — 1 Samuel 22:3-23

3.12     David persécuté par Saül. Kehila et les Ziphiens — 1 Samuel 23

3.13     David épargne la vie de son ennemi — 1 Samuel 24 et 26

3.14     Histoire d’Abigaïl — 1 Samuel 25

3.15     David chez les Philistins — 1 Samuel 27, 29, 30

3.16     Mort de Saül et de ses fils — 1 Samuel 28 et 31

 

 

1                        Samuel avant Saül

1.1   La maison d’Elkana — 1 Samuel 1

 

Bonne Nouvelle 1889 pages 145 à 149 et 189 à 195.

— Le dernier juge d’Israël dont nous ayons parlé dans le livre des Juges, c’est Samson qui mourut en faisant tomber le temple des Philistins et en entraînant avec lui, dans la mort, quantité d’ennemis. Il y eut encore deux juges dont l’histoire est rapportée au commencement du premier livre de Samuel qui fut le dernier des juges. Après cela, les livres de Samuel nous rapportent l’établissement de la royauté chez le peuple d’Israël et l’histoire des deux premiers rois, Saül et David, l’homme selon le cœur de Dieu et l’ancêtre du Seigneur Jésus Christ (1 Sam. 13:14, Matthieu 1:1 ; Romains 1:3).

— Samuel a-t-il écrit ces livres ?

— Non, au moins pas tout entiers car nous lisons au chapitre 25 de 1 Samuel : « Et Samuel mourut ». Il a sans doute écrit les chapitres qui précèdent ; quant au reste on peut penser que ce furent les deux prophètes, Nathan et Gad (1 Chron. 29:29). Les Juifs les nommaient les livres de Samuel parce qu’ils commencent par l’histoire de ce prophète. Mais l’important pour nous n’est pas de savoir de quel instrument Dieu s’est servi pour écrire l’histoire de son peuple mais d’être assurés que c’est lui-même qui l’a donnée.

— Quel était le premier de ces deux juges ?

— C’est Éli. Il était souverain sacrificateur d’Israël et jugea le peuple durant quarante ans. Mais nous ne savons rien de lui sauf ce qui eut lieu dans les dernières années de sa longue vie. Il mourut âgé de quatre-vingt dix-huit ans.

— Puisque c’était le souverain sacrificateur qui jugeait les Israélites, ils servaient donc fidèlement l’Éternel et non plus les idoles.

— Je crois que, tout en rendant un certain culte extérieur à l’Éternel qui avait son tabernacle au milieu d’eux (1 Sam. 1:3), les Israélites n’en continuaient pas moins à adorer de fausses divinités. C’est ce que nous voyons un peu plus loin quand Samuel dit au peuple repentant : « Si de tout votre coeur vous retournez à l’Éternel, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers, et les Ashtoreths, et attachez fermement votre coeur à l’Éternel, et servez-le lui seul ; et il vous délivrera de la main des Philistins » (1 Samuel 7:3).Ce passage nous montre en même temps que les Israélites étaient toujours asservis aux Philistins à cause de leur infidélité.

— Mais, à cette époque, il y avait bien des Israélites qui n’adoraient pas les idoles, n’est ce pas ?

— Sans doute. Dieu se réserve dans tous les temps, même les plus fâcheux, de fidèles serviteurs qui lui rendent témoignage. Tel était Éli, le souverain sacrificateur, tels étaient les parents de Samuel, 1 Sam. 1:3, 11 ; 2:1-10). Ceux-là savaient que l’Éternel est le seul vrai Dieu, et qu’il fallait le servir et l’adorer seulement dans son tabernacle à Silo où il avait été placé aux jours de Josué (Josué 18:1). Il y avait aussi, en ce temps, des prophètes de Dieu en Israël, bien que la parole de l’Éternel fût rare en ces jours-là à cause du misérable état du peuple (1 Sam. 2:27 ; 3:1). La premier livre de Samuel commence en nous parlant des parents de ce prophète, et en nous racontant sa naissance. Non seulement l’histoire de Samuel enfant renferme beaucoup d’enseignements, mais celle de toute sa vie et de l’époque où il vécut est aussi très instructive. Comme toujours, nous y voyons la bonté, la patience et les soins de Dieu envers son peuple ; et dans ce peuple nous avons la triste peinture de notre cœur naturel.

— Éli, comme souverain sacrificateur, était de la tribu de Lévi. Aucun des juges précédents n’était de cette tribu, n’est-ce pas ?

— Non, ils avaient été issus des tribus de Juda, de Benjamin, de Manassé et d’autres, mais point de Lévi. Samuel aussi était Lévite. Mais afin de commencer son histoire, lis le verset 1 du premier chapitre. Nous y apprenons le nom du père de Samuel.

— « Et il y avait un homme de Ramathaïm-Tsophim, de la montagne d’Éphraïm, et son nom était Elkana, fils de Jerokham, fils d’Élihu, fils de Thohu, fils de Tsuph, Éphratien ». Elkana est le père de Samuel, mais comment sait-on qu’il était Lévite ?

— Par le sixième chapitre du premier livre des Chroniques, versets 22-28 et 34-38. Nous y apprenons qu’Elkana était de la famille des Kehathites qui avaient la charge du sanctuaire, de l’arche, de la table, du chandelier, des autels, des ustensiles qui servaient au culte divin, etc. Au désert, ils portaient les choses saintes (Nombres 3: 28, 32). Les sacrificateurs étaient aussi de la famille des Kehathites.

— C’est parce que le jeune Samuel était de cette famille qu’il pouvait servir dans le tabernacle, n’est-ce pas ?

— Précisément. Mais tu vois que son père ne demeurait pas à Silo où était le tabernacle. Il habitait Rama, ce qui veut dire « hauteur, colline ». Plusieurs villes d’Israël situées sur des collines portaient ce nom. Ici Rama est appelée Ramathaïm-Tsophim, ce qui veut dire les hauteurs du pays de Tsouph. Cette Rama était une ville de la tribu de Benjamin, mais située dans la montagne d’Éphraïm. C’est pour cela qu’Elkana est dit Éphratien ou Éphraïmite. Les Lévites demeuraient non seulement dans les villes qui leur avaient été données en héritage dans les diverses tribus, mais ils habitaient aussi d’autres villes. Dans tout le reste de l’histoire de Samuel, Ramathaïm-Tsophim est désignée simplement sous le nom de Rama.

— Au début de l’évangile de Matthieu, quand le roi Hérode a fait tuer les enfants de Bethléhem, il est parlé de Rama : « Une voix a été ouïe à Rama, [des lamentations, et] des pleurs, et de grands gémissements, Rachel pleurant ses enfants ; et elle n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont pas » (Matthieu 2:17-18). Est-ce le même Rama que celui de Samuel ?

— Non, on donnait ce nom à toute la contrée qui entourait Bethléhem et qui est essentiellement une montagne de vignobles, entourée de vallées avec des pâturages et des champs fertiles et renfermant beaucoup de plantations d’arbres de diverses espèces. La Rama de Samuel était plus au nord. Ainsi le père de Samuel s’appelait Elkana, il était Lévite et habitait la ville de Rama. Lis maintenant le second verset. Nous y trouverons quelque chose concernant la famille d’Elkana.

— « Et il avait deux femmes : le nom de l’une était Anne, et le nom de la seconde, Peninna. Et Peninna avait des enfants, mais Anne n’avait pas d’enfants ». Est-ce bien pour un homme d’avoir deux femmes ?

— Non, c’était un désordre. Dieu ne l’avait pas institué ainsi au commencement. Il donna Ève seule pour femme à Adam. Ce fut Lémec, un descendant de Caïn qui, le premier, prit deux femmes (Gen. 4:19-24).

— Mais ce qui m’étonne c’est de voir des hommes pieux, comme Abraham et d’autres, suivre cet exemple.

— Dieu n’avait pas fait de défense positive à cet égard, mais ce qui nous montre que c’était contraire à l’ordre établi de Dieu c’est que tous ceux qui suivirent l’exemple de Lémec eurent beaucoup de chagrins dans leur vie de famille. Le Nouveau Testament suppose toujours qu’un homme a une seule femme, et pour les nations chrétiennes faire autrement est un crime puni par la loi. Lis maintenant le verset trois qui nous fait connaître le caractère religieux d’Elkana et de sa maison.

— « Et cet homme montait chaque année de sa ville pour adorer l’Éternel des armées et lui sacrifier à Silo ; et là étaient les deux fils d’Éli, Hophni et Phinées, sacrificateurs de l’Éternel ». Elkana était donc un Israélite fidèle qui n’adorait pas les idoles mais rendait son culte à l’Éternel.

— En effet. Et en même temps qu’Elkana rendait culte au vrai Dieu, il le faisait, non selon ses convenances, mais selon les directions de la parole de Dieu. Où est-ce qu’Elkana allait adorer l’Éternel ?

— À Silo, parce que là se trouvait le tabernacle avec les autels et l’arche de Dieu depuis les jours de Josué (Jos. 18:1).

— Tu as raison. Par la bouche de Moïse, l’Éternel avait ordonné à son peuple une fois entré dans le pays de Canaan de n’offrir des sacrifices qu’au lieu où Il aurait mis son nom (Deut. 12: 10-14). C’était l’endroit où se trouvait le tabernacle, demeure de Dieu. Elkana savait cela. Il ne sacrifiait donc pas sur un autel près de sa maison, ce qui aurait été plus commode, mais il faisait le voyage de Silo, sans craindre le dérangement et la fatigue, pour obéir à la parole de l’Éternel. L’Éternel voulait qu’ils se souvinssent toujours qu’ils étaient un seul peuple, son peuple. C’est pour cela qu’ils n’avaient tous qu’un seul et même lieu de rassemblement pour adorer leur Dieu et lui offrir des sacrifices. Et ce lieu était celui où l’Éternel avait mis son nom. Peux-tu me dire ce qui aujourd’hui rassemble les croyants, le peuple céleste ?

— C’est le nom de Jésus. Il a dit : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matthieu 18:20).

— C’est cela. Maintenant, dis-moi, quand Elkana allait-il à Silo ?

— Chaque année. L’Éternel avait prescrit à son peuple de se présenter devant Lui trois fois l’an : à la fête de Pâques, à celles des semaines et des tabernacles (Deut. 16:16). Les parents de Jésus montèrent avec lui à Jérusalem à la fête de Pâques, Il alla lui-même à celle des tabernacles, et à celle de la Pentecôte beaucoup de Juifs s’étaient rendus à Jérusalem quand le Saint Esprit descendit sur les disciples (Luc 2, Jean 7, Actes 2). Elkana allait-il trois fois par an à Silo ?

— Probablement, car l’Éternel avait dit : « trois fois l’an, tout mâle d’entre vous paraîtra devant l’Éternel, ton Dieu, au lieu qu’il aura choisi ». Je ne pense pas qu’ici il soit question d’aucune de ces fêtes. Le sacrifice qu’Elkana va offrir est appelé le sacrifice annuel, 1 Sam.1:21 et 2:19, et quand il l’offre, il va à Silo avec toute sa famille. Je crois donc qu’il s’agit de ce que l’Éternel avait commandé au sujet des premiers-nés mâles des bêtes. Lis ce qui est dit en Deut. 15:19-20.

— « Tu sanctifieras à l’Éternel, ton Dieu, tout premier-né mâle qui naîtra parmi ton gros bétail ou ton menu bétail. Tu ne laboureras pas avec le premier-né de ta vache ; et tu ne tondras pas le premier-né de tes brebis : tu le mangeras, toi et ta maison, devant l’Éternel, ton Dieu, d’année en année, au lieu que l’Éternel aura choisi ».

— Et nous voyons en cela la fidélité d’Elkana à accomplir tout ce que la loi de l’Éternel prescrivait. Il nous donne un bel exemple.

— Pourquoi Dieu est-il appelé ici l’Éternel des armées ?

— C’est le titre qu’il prend comme marchant à la tête de son peuple contre ses ennemis. Les Israélites sortant d’Égypte sont désignés sous le nom des armées de l’Éternel. « Et je ferai sortir mes armées, mon peuple, les fils d’Israël, hors du pays d’Égypte », dit Dieu. Et plus loin : « Il arriva, en ce même jour, que toutes les armées de l’Éternel sortirent du pays d’Égypte » (Exode 7:4 ; 12:41). Quand les Israélites sont sur le point d’entrer en Canaan, Dieu apparaît à Josué comme « le chef de l’armée de l’Éternel » (Jos. 5:13-15). Il était comme leur général, pour ainsi dire, marchant à leur tête. Nous le voyons par exemple quand Jéricho est prise. L’arche, le trône de l’Éternel, marchait devant le peuple. Mais ce qu’il y a de touchant dans ce nom c’est que Dieu le prend souvent quand son peuple est chétif et misérable, comme pour lui dire : « Je suis toujours avec ma puissance à votre tête pour vous délivrer ». C’était le cas aux jours d’Elkana alors que les Philistins opprimaient Israël. Il en était de même au temps d’Aggée quand le faible résidu reconstruisait le temple. « Je suis avec vous, dit l’Éternel des armées », pour les encourager (Aggée 2:4).

— Mais, Dieu est aussi le chef et le roi des armées célestes, de tous les anges puissants, n’est-ce pas ?

— Sans doute, mais dans l’Ancien Testament il s’agit des armées d’Israël. Maintenant il y a un petit détail à la fin du verset 3 que tu as lu. Il nous apprend en quel temps Elkana vivait.

— C’est qu’à Silo se trouvaient les deux fils d’Éli, Hophni et Phinées, sacrificateurs de l’Éternel. Pourquoi cela est-il dit ?

— Éli était le souverain sacrificateur et le juge d’Israël. Ses fils avaient le grand privilège d’approcher de l’Éternel pour Lui présenter les offrandes du peuple. Et cela demandait d’eux la sainteté et la pureté de la vie. Au lieu de cela ils étaient, comme nous le verrons, de très méchants hommes. Le temps où Elkana vivait était donc une époque fâcheuse. Mais il ne se laissait pas détourner du service de l’Éternel parce que d’autres agissaient mal, et la mauvaise conduite des fils d’Éli fait d’autant plus ressortir sa piété.

— Cela nous donne une leçon. Quand même ceux qui se disent chrétiens n’agissent pas bien, cela ne doit pas nous empêcher d’être fidèles à Dieu.

— Tu as raison car chacun a à répondre pour lui-même (Rom. 14:12). Pour terminer ce que nous avons à dire de la maison d’Elkana, dis-moi ce qui t’a frappée dans les versets 4 à 8.

— Elkana amenait toute sa famille à Silo.

— Oui, on venait là, en famille, devant l’Éternel pour se réjouir en mangeant en commun une portion des sacrifices qu’on avait offerts.

— Il y avait aussi une chose très triste qui devait bien affliger Elkana et empêcher la fête d’être joyeuse. Peninna était méchante et tourmentait la pauvre Anne parce qu’elle n’avait pas d’enfants. Ce n’était pourtant pas sa faute.

— Certainement non. Dieu avait permis cette épreuve très douloureuse pour une femme juive parce que les Israélites regardaient comme une preuve directe de la faveur de Dieu d’avoir une nombreuse famille. Anne souffrait donc beaucoup de ne pas avoir des fils et des filles comme Peninna et c’était une grande méchanceté de la part de celle-ci d’aggraver les souffrances d’Anne par de méchantes paroles. Si quelqu’un souffre de quelque privation, qu’avons-nous à faire ?

— Le consoler, bien sûr.

— Sans doute. Et Peninna se privait du grand bonheur d’adoucir l’épreuve d’Anne. Mais Dieu voulait faire tourner cette épreuve à sa gloire. Il s’élève au dessus de la méchanceté de l’homme et sa grâce change les larmes en joie, comme nous le verrons.

— Elkana se montre bien bon, n’est-ce pas ? Il donne à Anne une double portion. C’était pour l’honorer devant tous, je pense, et montrer que lui ne la méprisait pas. Et puis, quelles douces paroles ! Cela devait bien consoler Anne de voir combien Elkana l’aimait.

— Certainement, mais les vraies consolations viennent de Dieu. Anne allait en faire l’expérience.

 

 

1.2   La prière d’Anne — 1 Samuel 1

Bonne Nouvelle 1889 pages 202 à 210

— Quand nous avons parlé de la maison d’Elkana, nous avons vu l’affliction de Anne qui était privée d’enfants et en butte à la méchanceté de Peninna.

— Oui, mais Elkana faisait tout son possible pour la consoler, il l’aimait tendrement, sans doute parce qu’elle était douce et pieuse.

— C’est vrai, et c’est ainsi que nous devons consoler ceux qui sont affligés. Mais la sympathie et la tendresse de ceux qui nous aiment, bien que nous soulageant dans nos peines, n’en ôtent pas le sujet. Ainsi les Juifs qui consolaient Marthe et Marie pouvaient bien pleurer avec elles, mais non leur rendre leur frère Lazare (Jean 11). Un seul console efficacement parce qu’il ôte ce qui cause la peine et nous donne infiniment plus et mieux que ce que nous désirons.

— Tu veux parler du Seigneur, n’est-ce pas ?

— Tu as raison. C’est Lui qui a dit : « Venez à Moi … et je vous donnerai du repos », et qui seul pouvait dire à une mère affligée de la perte de son fils unique : « Ne pleure pas » (Matthieu 11:28, Luc 7:13). Et c’est Lui qui consola Anne. Mais que faut-il faire pour jouir du repos et de la consolation que le Seigneur donne ?

— Venir à Lui.

— Oui, venir et tout Lui dire, tout Lui confier et attendre tout de Lui. C’est ce que fit Anne. Nous allons le voir dans la suite du chapitre.

— Le temple dont il est parlé ici, c’est bien le tabernacle, n’est-ce pas ?

— Oui, c’était le lieu où l’on venait adorer l’Éternel. Il est aussi appelé « la maison de l’Éternel » (v. 7 et 24), parce que c’était là que l’Éternel avait dit qu’il habiterait. Plus tard, quand le pays fut en repos sous le roi Salomon, l’habitation de Dieu ne fut plus une tente ou tabernacle, mais un splendide édifice, bâti de pierres de prix (1 Rois 5:17).

— Pauvre Anne ! Pendant que les autres se réjouissaient au festin, elle ne mangeait pas et n’avait pour elle que le chagrin et les larmes.

— Elle aurait pu dire comme le psalmiste dans la détresse : « Mes larmes ont été mon pain » (Ps. 42:3). Mais Dieu permet que nous ayons des épreuves et des peines pour nous pousser auprès de Lui. Il veut que nous allions verser nos larmes dans son sein, et c’est alors que nous trouvons la paix et le vrai soulagement pour notre cœur. David disait : « Il est bon pour moi que j’aie été affligé, afin que j’apprenne tes statuts » (Ps. 119:71). Jusqu’alors, Anne avait pleuré solitaire, loin de Dieu, et n’avait pas été consolée. Au contraire, sa tristesse était toujours plus grande. Maintenant elle se lève et va pleurer au bon endroit, devant Dieu. Et c’est ce qu’il nous faut faire aussi.

— Pourquoi est-il dit qu’Éli était assis près de l’un des poteaux du temple ?

— C’est pour nous montrer qu’Éli était heureux de rester auprès de la maison de l’Éternel qu’il aimait. Les saints hommes de Dieu autrefois éprouvaient avec force le bonheur de se trouver là où Dieu habitait. Le psaume 84 l’exprime d’une bien belle manière. Lis les versets 1, 2 et 10.

— « Combien sont aimables tes demeures, ô Éternel des armées ! Mon âme désire, et même elle languit après les parvis de l’Éternel ; mon coeur et ma chair crient après le Dieu vivant…Car un jour dans tes parvis vaut mieux que mille. J’aimerais mieux me tenir sur le seuil dans la maison de mon Dieu, que de demeurer dans les tentes de la méchanceté ». C’est en effet bien beau. Cela fait penser au ciel où nous serons toujours en présence de Dieu.

— C’est vrai. Mais maintenant déjà, le chrétien peut jouir de la présence de Dieu. L’apôtre nous invite à entrer dans les lieux saints et à nous approcher de Dieu parce que Jésus nous en a ouvert le chemin par sa mort (Héb. 10:19-22). Le chrétien a le privilège d’être toujours heureux auprès de Dieu.

— Anne devait être encouragée de voir le souverain sacrificateur près d’elle.

— Peut-être au premier moment, mais ce qu’il lui dit ensuite dût être bien pénible pour elle. Il la crut ivre et lui adressa des paroles sévères. Dieu permet quelquefois que, dans nos afflictions, nous ne soyons pas compris, même par des personnes pieuses qui jugent mal nos motifs. Sais-tu pourquoi ?

— Peut-être est-ce pour que nous comptions sur Dieu seul ?

— C’est bien cela, en effet. Notre précieux Sauveur a fait sur la croix la douloureuse expérience de ne pas être compris et de se trouver seul. On l’estimait « battu de Dieu », et on disait de Lui : « Il s’est confié en Dieu ; qu’il le délivre maintenant, s’il tient à lui ; car il a dit : Je suis fils de Dieu » (Ésaïe 53:4 ; Matthieu 27:43). Il était seul, absolument seul, mais il ne cessa pas de s’attendre à Dieu. Revenons maintenant à Anne. Elle fit deux choses. Peux-tu me dire lesquelles ?

— « Elle pria l’Éternel et pleura abondamment ».

— Sais-tu ce qu’indiquaient les pleurs d’Anne ?

— Ils montraient son chagrin. Elle pleurait abondamment parce qu’elle avait beaucoup de peine.

— Mais Anne pleurait devant Dieu. Et Dieu voit l’affliction du cœur de ceux qui viennent à Lui. David en avait fait l’expérience quand il disait : « L’Éternel a entendu ma supplication* ; l’Éternel a reçu ma prière » (Ps. 6:9) (*). Et Anne l’éprouva aussi. Mais que fit encore Anne ?

 

(*) Certaines versions disent : la voix de mes pleurs

 

— « Elle pria ». Elle demanda à Dieu ce qu’elle désirait ardemment.

— Elle exprimait ainsi sa confiance en l’Éternel. Il était sa ressource et il ne manque jamais. Nous avons à faire comme elle dans toutes nos peines et nos épreuves, petites ou grandes. L’apôtre Paul nous y exhorte quand il nous dit : « Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces » (Philippiens 4:6, et Dieu lui-même dit : « Invoque-moi au jour de la détresse : je te délivrerai, et tu me glorifieras » (Ps. 50:15).

— Je suis bien heureuse de savoir que le Seigneur voit quand j’ai du chagrin et qu’il m’écoute quand je prie. Cela me rappelle un cantique :

 

Et bien que je ne sois encore

Qu’un jeune enfant,

Le Sauveur, quand ma voix l’implore,

Toujours m’entend.

Il sait si je verse des larmes

ou suis joyeux,

Et peut dissiper mes alarmes

En tous lieux.

 

— Puisses-tu toujours garder cette confiance et en toute circonstance venir au Seigneur qui entend nos prières. Mais dans la prière de Anne, il y a quelque chose de remarquable. Y as-tu fait attention ?

— Elle a fait un vœu. C’est cela, n’est-ce pas ? Elle promet à l’Éternel que, si elle a un fils, elle le lui donnera pour tous les jours de sa vie.

— Oui, elle ne désirait pas un fils pour sa propre satisfaction, mais pour qu’il soit tout entier au service de l’Éternel. Elle avait à cœur la gloire de l’Éternel dans ces temps où le peuple d’Israël était dans un triste état. C’est le sentiment qui doit aussi nous animer quand nous présentons à Dieu nos prières. Nous n’avons pas à chercher nos propres intérêts mais, avant tout, ce qui glorifie le Seigneur. Par exemple, si tu demandes à Dieu d’être patiente et obéissante, ce n’est pas pour qu’on te loue mais parce que cela honore Dieu.

— Anne dit que le rasoir ne passerait pas sur la tête de son enfant.

— Nous avons lu en Nombres 6 un passage où il est question de ceux qui pour un temps se consacraient à l’Éternel, et le signe du nazaréat pour un homme était qu’il laissait croître ses cheveux. « Pendant tous les jours du voeu de son nazaréat, le rasoir ne passera pas sur sa tête ; jusqu’à l’accomplissement des jours pour lesquels il s’est séparé [pour être] à l’Éternel, il sera saint ; il laissera croître les boucles des cheveux de sa tête » (Nombres 6:5).

— C’était ainsi pour Samson. Anne promettait à l’Éternel que son fils Lui serait consacré dès sa naissance.

— C’est cela. Pour Samson, il était nazaréen selon le commandement de Dieu ; pour le fils de Anne, c’était par le dévouement de la mère pour le service de Dieu. Comme Lévite, le fils de Anne appartenait au service de l’Éternel depuis l’âge de vingt-cinq ans, mais Anne le donnait à Dieu dès sa naissance. Et c’est ainsi que le plus cher désir des parents chrétiens est que leurs enfants soient de bonne heure et entièrement consacrés à Dieu.

— Éli a été bien dur avec la pauvre Anne.

— Éli se trompait, sans doute, et parla peut-être précipitamment. Avant de juger, il aurait dû s’assurer si sa pensée à son égard était bien fondée. Il montrait qu’il était un homme sujet à l’erreur, bien qu’il fût souverain sacrificateur (Héb. 5:2). Ne t’est-il pas souvent arrivé de mal juger une de tes camarades ?

— Oh oui, et il m’est arrivé après de me rendre compte que je m’étais trompée, et d’en être très triste.

— Le Seigneur nous exhorte à ne pas juger les autres, à ne pas être prompts à penser mal à leur égard (Matthieu 7:1, 1 Cor. 13:5). Mais il ne faut pas oublier non plus qu’Éli avait à cœur la gloire de la maison de Dieu et, comme un gardien vigilant, il ne pouvait souffrir rien qui l’aurait déshonorée, ce qui aurait été le cas si une personne ivre s’en était approchée.

— Comme la réponse de Anne est douce et humble ! Elle ne se fâche pas ni ne se plaint d’être mal jugée. Et elle parle à Éli avec un si grand respect.

— L’esprit de Christ était en elle. « Lui qui, lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas » (1 Pierre 2:23), et tels nous devons être. De plus, Éli était un vieillard et le souverain sacrificateur de l’Éternel. Sous ces deux rapports, Anne le respectait car la loi de Moïse disait : « Tu te lèveras devant les cheveux blancs, et tu honoreras la personne du vieillard » (Lévitique 19:32), et « Tu n’outrageras pas les juges, et tu ne maudiras pas le prince de ton peuple » (Exode 22:28). Ces sentiments devraient aussi être aujourd’hui ceux des enfants et des jeunes gens, mais malheureusement ils l’oublient trop souvent.

— Éli avait changé de pensée en l’entendant, et comme Anne dut être heureuse de l’entendre dire ces bonnes paroles : « Va en paix ; et que le Dieu d’Israël t’accorde la demande que tu lui as faite » (1 Samuel 1:17).

— En effet, Anne était heureuse. La paix et la confiance remplissaient maintenant son cœur au lieu des larmes et de l’amertume. « Elle n’eut plus le même visage ». Elle put s’asseoir à table avec son mari et Peninna et ses enfants, et y être joyeuse. C’est ce qui arrive quand on a été près de Dieu et qu’on a déposé à ses pieds toutes ses douleurs et ses peines. « La paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence » garde alors nos cœurs (Philippiens 4:7).

— Et pourtant Dieu ne lui avait rien dit et elle ne savait pas si elle serait exaucée.

— C’est vrai, mais elle n’avait pas besoin de cela pour avoir la parfaite confiance que Dieu lui donnerait ce qu’elle avait demandé. Elle n’avait pas demandé un fils pour elle-même mais pour qu’il servît à la gloire de Dieu. C’était selon la volonté de Dieu, et Dieu accorde les choses qui sont selon sa volonté. Lis à ce sujet le beau passage de 1 Jean 5 verset 14.

— « Et c’est ici la confiance que nous avons en lui, que si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute ».

— C’est une grande consolation pour les parents qui demandent la conversion de leurs enfants en vue de la gloire de Dieu. Nous verrons comment Dieu exauça la prière de Anne.

 

 

1.3   La naissance de Samuel et le cantique de Anne — 1 Samuel 1 et 2

Bonne Nouvelle 1889 pages 226 à 233

— Après avoir prié dans le sanctuaire, Anne n’avait plus le même visage. C’est qu’elle n’avait plus la même chose dans le cœur, n’est-ce pas ?

— En effet, au lieu de l’amertume et du chagrin, elle avait confiance que Dieu l’avait entendue. Le poids si lourd qui pesait sur elle avait été ôté et ce fut avec un cœur heureux, après s’être prosternée devant l’Éternel avec les autres membres de la famille, qu’elle revint à Rama. Tout change dans notre vie quand nous avons remis à Dieu nos soucis et nos peines. C’est comme la lumière du soleil qui, après une pluie d’orage, écarte les nuages et vient réjouir la terre.

— Et bientôt Anne vit sa prière exaucée. Elle eut la joie d’avoir un cher petit enfant à soigner et à serrer sur son cœur.

— Oui, et plus encore, c’était un fils qu’elle voulait consacrer à l’Éternel. As-tu remarqué le nom qu’elle lui donne ?

— C’est Samuel, « car », dit-elle, « je l’ai demandé à l’Éternel ». C’est ce que veut dire ce nom, n’est-ce pas ? Anne, en appelant son fils, devait toujours se rappeler la grâce que Dieu lui avait faite.

— Et Samuel se souvenait sans doute, dans sa vie, qu’il était l’enfant de la prière. Aussi le voyons-nous être lui-même un homme de prière et souvent crier à l’Éternel (7:5, 9 ; 8:6 ; 12:18, 23 ; 15:11).

— Le nom de Anne a-t-il une signification ?

— Il veut dire « grâce », et il s’applique bien à celle qui le portait, que l’on pense à son caractère ou à la manière dont Dieu usa avec elle. Il se montra plein de grâce, en voyant ses larmes et en l’exauçant.

— Pourquoi Anne ne voulut-elle pas monter à Silo avec Elkana ? Elle devait avoir hâte de remercier Dieu.

— Anne ne cessait, sans doute, de le remercier dans son cœur, mais elle se souvenait qu’elle avait donné son enfant à l’Éternel. Il n’était pas à elle, c’était un trésor dont elle avait la charge et qu’elle ne voulait pas quitter un instant jusqu’à ce qu’elle le remette à Celui qui le lui avait confié. C’est pour Lui qu’elle le nourrissait et lui donnait tous ses soins. Le petit enfant ne pouvait se passer d’elle jusqu’à ce qu’il soit sevré, et elle ne voulait pas monter avec lui à Silo pour avoir ensuite à le ramener à Rama. Dès que le petit Samuel fut sevré et qu’il n’eut plus besoin d’elle, elle le conduisit à la maison de l’Éternel.

— Mais Samuel devait être encore tout petit après avoir été sevré.

— C’est bien ce que la Parole de Dieu nous fait remarquer : « Et l’enfant était très jeune ». Mais Anne ne voulait pas tarder à accomplir son vœu et garder pour elle ce qui était à Dieu, et elle montrait aussi de cette manière toute sa confiance en l’Éternel qui saurait bien garder dans sa maison un tout petit enfant et en prendre soin. N’est-il pas le meilleur des pères, un Père tout puissant ?

— Oh, oui ! On est heureux de savoir comme Dieu nous aime et garde les petits enfants. Le Seigneur Jésus nous le dit d’une manière si touchante (Matthieu 18:10-14). Pourquoi Anne amena-t-elle trois jeunes taureaux, de la farine et du vin ?

— C’étaient des sacrifices et des offrandes à l’Éternel pour la consécration à Dieu du petit Samuel (Nomb. 8:8, 12). Dieu avait dit : « On ne paraîtra pas à vide devant ma face » (Ex.23:15, 34:20). Tu vois aussi qu’ils égorgèrent le taureau. C’était sans doute celui qui était réservé pour l’holocauste, le sacrifice par lequel on était agréé de Dieu. Samuel, bien qu’enfant, était un pécheur et il avait besoin d’un sacrifice pour approcher Dieu. Un second taureau était peut-être un sacrifice pour le péché, et le troisième un sacrifice de prospérité. Dans ce dernier, celui qui offrait pouvait, avec sa famille, manger une partie de la chair. Quant à la farine, c’était probablement pour des offrandes de gâteau, et le vin, en plusieurs cas, était répandu devant l’Éternel en signe de joie. Les sacrifices ayant été offerts, le jeune garçon fut amené à Éli auquel Anne raconta comment Dieu avait merveilleusement répondu à sa prière, et comment elle désirait que son enfant soit dès ce jour consacré à l’Éternel tous les jours de sa vie.

— C’était un bel acte de foi. Mais combien il devait lui en coûter de se séparer de son petit garçon après l’avoir tant désiré !

— C’est vrai. Mais Anne appréciait par-dessus tout pour son fils le bonheur d’être élevé dans le sanctuaire même de Dieu et pour Son service. Pour cela, elle était prête à tous les sacrifices. Il en est ainsi pour les parents chrétiens. Leur plus ardent désir, et ce pour quoi ils feraient tous les sacrifices, c’est de voir leurs enfants appartenir au Seigneur. Lis pour toi maintenant les onze premiers versets du chapitre deux.

— Cette prière d’Anne est bien belle. Elle ne pleure plus abondamment. Elle rend grâces, elle est pleine de joie, elle loue et adore l’Éternel.

— Ce qu’elle exprime d’abord c’est, en effet, la joie qui déborde de son cœur, mais il faut remarquer qu’elle la fait remonter à Celui qui en est la source. L’Éternel l’avait délivrée de son fardeau et mis fin à sa grande épreuve, et elle se réjouissait en Lui. Et nous, nous sommes appelés à nous réjouir dans le Seigneur qui nous a accordé un salut bien plus grand encore (Phil. 3:1 ; 4:4).

— Que veut dire Anne par ces paroles : « Il élèvera la corne de son oint » ?

— La corne est le symbole de la force. Jusqu’alors Anne avait été abattue sous le mépris de Peninna. Mais maintenant elle est relevée par l’Éternel. Elle se sentait forte par la puissance de son Dieu et elle avait de quoi répondre à ses ennemis qui la tourmentaient parce qu’elle n’avait pas d’enfants. On voit ensuite de quelle manière elle célèbre toute la grandeur de l’Éternel. Quels caractères de Dieu fait-elle ressortir ?

— D’abord elle dit qu’Il est saint, Il ne peut supporter le mal ; ensuite elle dit qu’il n’y a pas de rocher comme notre Dieu. Cela veut dire qu’on peut se confier en Dieu sans craindre que jamais Il ne nous manque, n’est-ce pas ?

— Tu as raison. Que dit-elle encore de l’Éternel ?

— Qu’Il est un Dieu de connaissance et que par Lui les actions sont pesées. Il connaît tout ce que nous pensons et faisons. C’est bien sérieux. Un verset dit : Toutes choses sont nues et découvertes aux yeux de Celui à qui nous avons à faire » (Héb. 4:13).

— Le roi David nous montre aussi d’une manière frappante cette toute connaissance de Dieu qui s’étend même à nos moindres actions. « Éternel ! Tu m’as sondé, et tu m’as connu. Tu connais quand je m’assieds et quand je me lève, tu discernes de loin ma pensée ; tu connais mon sentier et mon coucher, et tu es au fait de toutes mes voies. Car la parole n’est pas encore sur ma langue, que voilà, ô Éternel ! tu la connais tout entière » (Psaumes 139:1-4). Ainsi, nos actions les plus indifférentes, toutes nos pensées et nos paroles, Dieu les connaît et y prend garde. Son œil nous suit partout, son oreille nous entend. C’est à la fois bien solennel et propre à nous remplir d’une crainte salutaire, mais aussi d’une sainte confiance. C’est terrible pour les méchants mais consolant pour les saints.

— Ensuite Anne parle de la grande puissance de l’Éternel et de sa domination sur toutes choses. Elle dit : « L’Éternel fait mourir et fait vivre ; il fait descendre au shéol et [en] fait monter. L’Éternel appauvrit et enrichit ; il abaisse, et il élève aussi ».

— En effet, il n’y a pas de puissance plus grande que celle de tenir dans ses mains la vie et la mort, et c’est celle que possède maintenant notre précieux Sauveur. Il dit à Jean, son disciple bien-aimé, qui était tombé à ses pieds comme mort : « Ne crains point ; moi, je suis le premier et le dernier, et le vivant ; et j’ai été mort ; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles ; et je tiens les clefs de la mort et du hadès » (Apocalypse 1:17-18).

— Que veulent dire les mots : le shéol et le hadès ?

— Le premier mot est un mot Hébreu employé dans l’Ancien Testament, et le second un mot grec qui se trouve dans le Nouveau Testament. L’un et l’autre désignent le séjour des âmes après qu’elles ont quitté le corps. Rien n’arrive sans la volonté de notre Dieu. « Pas un seul d’entre les passereaux ne tombe en terre, sans votre Père » (Matthieu 10:29). La pauvreté et la richesse viennent de Lui. Notre position sur la terre, c’est Lui qui la dispense, et tout est pour le bien des siens. Cela est bien consolant. Celui qui a fondé la terre, qui a créé les mondes et les soutient par la parole de sa puissance, c’est Celui-là qui prend soin de nous. Que pourrions-nous craindre ?

— Rien assurément. Mais Anne parle aussi de Dieu comme juge. Elle dit : « L’Éternel jugera les bouts de la terre », c’est-à-dire tout le monde, n’est-ce pas ?

— Oui, et c’est ce que toute la Parole de Dieu proclame. Il y a un jour assigné où « Dieu amènera toute oeuvre en jugement, avec tout ce qui est caché, soit bien, soit mal » (Écclésiaste 12:14). Les Psaumes comme les prophètes annoncent fréquemment ce jugement : « Il vient, car il vient pour juger la terre : il jugera le monde avec justice, et les peuples selon sa fidélité » (Psaume 96:13). Mais sais-tu par qui Dieu exercera ce jugement ?

— C’est le Seigneur Jésus qui jugera. Il dit lui-même : « Quand le fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il s’assiéra sur le trône de sa gloire, et toutes les nations seront assemblées devant lui pour être jugées » (Matthieu 25:31-32).

— Oui, c’est le Seigneur Jésus à qui, comme Fils de l’homme, Dieu a donné l’autorité de juger, de même que, comme Fils de Dieu, il donne la vie à qui Il veut (Jean 5: 21, 26). L’apôtre Paul dit aussi : « Dieu donc, ayant passé par-dessus les temps de l’ignorance, ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, ils se repentent ; parce qu’il a établi un jour auquel il doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné [à cela], de quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les morts » (Actes des Apôtres 17:30-31). Nous reparlerons du beau cantique de Anne, mais peux-tu me redire les caractères sous lesquels Dieu y est présenté ?

— Dieu est saint, Il est ferme comme un rocher sur qui on peut s’appuyer en sécurité, Il connaît toutes choses, Il est puissant pour faire vivre et mourir, il tient toutes choses dans ses mains, et enfin Il est le juge de tous.

 

 

1.4   La maison d’Éli — 1 Samuel 2:12-36

Bonne Nouvelle 1890 pages 7 à 15

— Anne dans son beau cantique, célèbre la grandeur de l’Éternel qui élève les misérables et les petits, et abaisse les orgueilleux et les puissants. C’était ce qui lui était arrivé à elle. Mais l’Esprit de Dieu parlait par sa bouche et annonçait aussi les choses qui devaient arriver à Israël. Par ses péchés, Israël était devenu un peuple déchu et misérable, mais il y avait dans son sein un petit nombre de personnes comme Anne qui sentaient cette misère et cette ruine, et qui s’attendaient à l’Éternel pour la délivrance. C’est ce qu’exprime Anne à la fin de son cantique quand elle dit : « L’Éternel jugera les bouts de la terre, et il donnera la force à son roi, et élèvera la corne de son oint ».

— Que voulait-elle dire par là ? Il n’y avait alors point de roi établi sur le peuple d’Israël.

— C’est vrai, mais Dieu allait bientôt lui donner un roi – son roi – un homme selon son cœur, qui délivrerait Israël de la main de ses ennemis. C’était David. Mais, dans les paroles de Anne, l’Esprit de Dieu étend nos pensées plus loin. Il va jusqu’aux derniers jours, quand l’Éternel jugera les bouts de la terre (Ps. 96:13, 98:9). Et par qui ? Par le Seigneur Jésus, Fils de Dieu et Fils de David (Rom. 1:3-4), l’Oint de l’Éternel, selon ce que nous lisons dans le Psaume 2 versets 2 à 8.

— « Les rois de la terre se lèvent, et les princes consultent ensemble contre l’Éternel et contre son Oint : rompons leurs liens, et jetons loin de nous leurs cordes ! Celui qui habite dans les cieux se rira [d’eux], le Seigneur s’en moquera. Alors il leur parlera dans sa colère, et, dans sa fureur, il les épouvantera : et moi, j’ai oint mon roi sur Sion, la montagne de ma sainteté. Je raconterai le décret : l’Éternel m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je t’ai engendré. Demande-moi, et je te donnerai les nations pour héritage, et, pour ta possession, les bouts de la terre ». C’est le Seigneur Jésus qui sera ainsi établi Roi, n’est-ce pas ?

— Oui. Ces paroles lui sont appliquées dans le livre des Actes, 4:25-27, et dans l’épître aux Hébreux, 1:5, et nous en voyons l’accomplissement dans l’Apocalypse (19:11-16 ; 12:5), comparé avec Ps. 2:9. Alors le peuple d’Israël si abaissé maintenant et qui aura encore à passer par de grandes tribulations, sera délivré et le Seigneur Jésus règnera en justice. Lorsque Anne eut achevé de prononcer ses paroles de louanges, que firent Elkana et elle ?

— Ils retournèrent dans leur maison à Rama, et le petit Samuel resta avec Éli. « Le jeune garçon servait l’Éternel en la présence d’Éli, le sacrificateur ». Éli lui apprenait ce qu’il y avait à faire pour servir l’Éternel, n’est-ce pas ?

— Oui, Le bonheur de Anne qui avait donné son enfant à l’Éternel et la paix de la maison d’Elkana, forment un contraste étrange avec la maison d’Éli. Il avait deux fils, Hophni et Phinées. Comme lui, ils étaient sacrificateurs. Quel beau privilège était le leur, de pouvoir approcher du sanctuaire de l’Éternel et lui offrir les sacrifices du peuple pour purifier celui-ci de ses péchés. Mais, au lieu de comprendre la sainteté de leur position, et combien leur conduite aurait dû y répondre, ils étaient, dit l’Écriture, « des fils de Bélial », c’est-à-dire des hommes méchants ; « ils ne connaissaient pas l’Éternel ».

— Est-ce qu’Éli ne les avait pas instruits dans la connaissance de Dieu et de sa volonté ?

— Nous n’avons pas de raison pour en douter, mais ils avaient probablement fait comme bien des enfants et des jeunes gens qui n’écoutent pas et ne reçoivent pas dans leur cœur les enseignements qui leur sont donnés. Peut-être aussi leur père ne les avait-il pas repris assez sévèrement quand ils étaient jeunes et agissaient mal ; lis Proverbes 23:13-14.

— Que faisaient-ils de mauvais ?

— Au lieu de se contenter de la portion des sacrifices que la loi de Moïse leur assignait, ils exigeaient du peuple et prenaient même de force les meilleurs morceaux choisis à leur gré, et même ce qui était exclusivement réservé à l’Éternel, c’est-à-dire la graisse. Ils s’enrichissaient ainsi, dit plus loin un prophète, des prémices de toutes les offrandes d’Israël. Ils méprisaient et foulaient aux pieds les sacrifices et les offrandes de l’Éternel, et la conséquence de leur manière de faire est que le peuple n’avait plus de respect pour les choses saintes. Aussi « le péché de ces jeunes hommes fut très grand devant l’Éternel » est-il dit. Ils ne faisaient servir leur position religieuse que pour satisfaire leurs convoitises.

— En donnant un si mauvais exemple, ils entraînaient les autres dans le mal, et cela d’autant plus qu’ils étaient des sacrificateurs, des gens qui auraient dû les premiers servir Dieu fidèlement ?

— Et leur mauvaise conduite ne s’arrêtait pas là. Ils commettaient des actions honteuses. Ils se livraient sans retenue à des péchés très grossiers. Comment en aurait-il été autrement ? Ils n’avaient pas la crainte de l’Éternel, il n’y avait aucun frein pour les retenir. C’est ce qui arrive à ceux qui n’ont pas voulu recevoir la connaissance de Dieu dans leur cœur. Combien il y a de jeunes gens et de jeunes filles qui, ne craignant pas Dieu, s’abandonnent sans frein à leurs mauvais désirs ! La crainte de l’Éternel est le commencement de la sagesse et la garantie contre le mal. C’est pourquoi il est écrit : « Écoutons la fin de tout ce qui a été dit : Crains Dieu, et garde ses commandements ; car c’est là le tout de l’homme (Écclésiaste 12:13).

— Mais Éli ignorait-il ce que faisaient ses fils ?

— Non, il l’avait appris. Il était alors très âgé, et combien, dans sa vieillesse, il devait en être affligé ! Il n’y a rien qui soit plus douloureux pour le cœur des parents que de voir leurs enfants mal se conduire. Il les exhorta et les réprimanda même très sérieusement. « Vous entraînez à la transgression le peuple de l’Éternel », leur dit-il. « Si un homme a péché contre un homme, Dieu le jugera ; mais si un homme pèche contre l’Éternel, qui priera pour lui ? (1 Samuel 2:24-25). Il voulait dire que si un homme péchait délibérément, par fierté, la loi le condamnait sans miséricorde (Nombres 15:30-31). Mais la répréhension n’était pas suffisante. Ces méchants fils ne craignaient pas l’Éternel, comment auraient-ils écouté leur père ? Éli avait bien un moyen que la loi de Moïse lui indiquait pour mettre un terme au mal que ses fils commettaient. C’était de les signaler au peuple comme désobéissants et rebelles, et alors le peuple devait les lapider (Deut. 21:18-21). Mais il recula devant cette chose terrible. Alors l’Éternel prit lui-même la chose en main, et fit savoir à Éli le jugement qu’il allait exécuter.

— Comment le lui fit-il savoir ?

— Il lui envoya un prophète qui lui rappela comment Dieu avait choisi son ancêtre Aaron pour être sacrificateur et avoir une large part des sacrifices et des offrandes d’Israël. Éli et ses fils, comme descendants d’Aaron jouissaient de ces privilèges. Ensuite le prophète lui reprocha les péchés de ses fils qu’il aurait dû arrêter dans leur mauvaise voie. Il lui annonça que la sacrificature serait ôtée de sa maison et donnée à un sacrificateur fidèle et que, quant à ses méchants fils, il aurait la douleur de les voir mourir tous deux le même jour.

— Quelles terribles paroles pour Éli, et quel chagrin pour son cœur !

— En effet, mais Dieu veut maintenir sa gloire et la sainteté de sa maison. Son peuple ne pouvait être en relation avec Lui sans une sainte sacrificature. « Ceux qui m’honorent », dit Dieu, « je les honorerai ; et ceux qui me méprisent seront en petite estime ». Les paroles du prophète s’accomplirent. Quant au reste de sa prophétie, il eut son accomplissement au temps de David et de Salomon. Abiathar, l’arrière petit fils d’Éli, se mit du parti d’Adonija contre Salomon, le roi choisi de Dieu. Il fut déposé de la sacrificature et remplacé par Tsadok qui descendait d’Éléazar, le fils aîné d’Aaron (1 Rois 1:7 ; 2:26-27 ; 1 Chron. 6:1-8). Lis maintenant 1 Samuel 2:35.

— « Et je me susciterai un sacrificateur fidèle : il fera selon ce qui est dans mon coeur et dans mon âme, et je lui bâtirai une maison stable, et il marchera toujours devant mon oint ». C’est de Tsadok et de Salomon que le prophète parle, n’est-ce pas ?

— Oui, mais le roi Salomon n’est pas resté fidèle ; ses successeurs non plus ; la royauté et la sacrificature ont cessé pour Israël à cause de ses péchés, de sorte que Dieu veut parler d’un autre oint devant qui le sacrificateur marchera toujours.

— C’est le Seigneur Jésus, n’est-ce pas ?

— En effet, Il est l’Oint de l’Éternel par excellence. Et nous lisons en Ézéchiel 43: 19 et 44:15 que, dans le millénium, quand le temple aura été rebâti et que le Seigneur Jésus règnera, c’est la famille de Tsadok qui sera établie dans la sacrificature. Pendant cette époque bienheureuse pour toute la terre, ce sera un prince de la famille de David qui gouvernera sur la terre les enfants d’Israël.

— Comment retrouvera-t-on les descendants de David et de Tsadok puisque le peuple d’Israël a été dispersé ?

— Dieu saura bien les retrouver, comme il retrouvera aussi les dix tribus dont il semble n’y avoir plus de trace. Toutes les paroles de Dieu s’accompliront sans qu’il en manque une. « Jusqu’à ce que le ciel et la terre passent », dit le Seigneur, « un seul iota ou un seul trait de lettre ne passera point de la loi, que tout ne soit accompli (Matthieu 5:18 ; 24:34-35).

— Mais le Seigneur Jésus est aussi sacrificateur, n’est-ce pas ?

— Oui, Il est notre grand souverain sacrificateur dans le ciel où il paraît pour nous devant Dieu et où il intercède pour nous (Héb.9:24 ; 7:25). Mais il sera pour son peuple d’Israël, durant les mille ans de son règne, roi et sacrificateur comme Melchisédec : « Il sera sacrificateur sur son trône » (Zacharie 6:12-13).

— Ce ne sera plus comme aux jours d’Éli, il n’y aura plus de méchants sacrificateurs. Que devenait le petit Samuel à côté des méchants fils d’Éli ?

— Dieu le gardait, lui l’enfant de la prière, Il le préparait pour commencer la délivrance de son peuple. Ce devait être une consolation pour le vieil Éli d’avoir auprès de lui cet enfant doux et obéissant. Après avoir parlé du grand péché des fils d’Éli, l’Écriture dit : « Et Samuel servait devant l’Éternel ». Anne n’oubliait pas son cher enfant. Chaque année, à l’époque du sacrifice annuel, elle venait à Silo avec Elkana et apportait à Samuel une petite robe que, sans doute, elle avait confectionnée avec amour pour son premier-né. Car Dieu avait accordé à Anne une grande grâce. Éli avait béni Elkana et Anne et dit : « Que l’Éternel te donne des enfants de cette femme, à la place du prêt qui a été fait à l’Éternel ! » Et Anne avait maintenant toute une famille, trois fils et deux filles. Mais je suis sûre que ce qui la rendait surtout heureuse, c’était ce qui est dit de Samuel : « Le jeune garçon Samuel grandissait auprès de l’Éternel ».

— Est-ce parce qu’il demeurait près du tabernacle que cela est dit ?

— Ce n’est pas seulement pour cela, mais parce que dans son cœur, il vivait dans la présence de Dieu et s’abstenait du mal. Et c’est ainsi que tout enfant peut grandir. Lis maintenant le verset 26 qui vient après les terribles paroles prononcées contre les fils d’Éli que l’Éternel avait résolu de faire mourir car leur péché ne pouvait être pardonné.

— « Et le jeune garçon Samuel allait grandissant, agréable à l’Éternel et aux hommes ». Cela me rappelle ce qui est dit du Seigneur : « Et Jésus avançait en sagesse et en stature, et en faveur auprès de Dieu et des hommes » (Luc 2:52). Samuel d’avance marchait sur les traces de Jésus. Je voudrais être comme Lui !

— Si tu prends Jésus pour modèle et que tu demandes à Dieu la grâce de pouvoir l’imiter, il te l’accordera et te rendra capable par Son Esprit de croître en sagesse, de jouir de sa faveur et ainsi honorer le Seigneur par ta conduite au milieu de tes amies, par ton obéissance envers tes parents et tes professeurs, par ta douceur envers tous.

 

 

1.5   L’appel de Samuel — 1 Samuel 3

Bonne Nouvelle 1890 pages 21 à 28.

Ce chapitre nous parle de la partie la plus importante de la vie de Samuel, l’appel que Dieu lui adressa. Jusqu’alors Samuel avait appris, sous la direction d’Éli, ce qui concernait le service de l’Éternel. « Le jeune garçon Samuel servait l’Éternel devant Éli ». Il avait été un écolier docile, mais Dieu ne lui avait pas parlé directement et ne l’avait chargé d’aucune mission. C’est en cela que consiste l’appel, et c’est ce que l’Éternel allait faire à l’égard de Samuel. Dès lors, Samuel devait être un prophète de l’Éternel. Il y a, soit dans l’Ancien, soit dans le Nouveau Testament, bien des exemples d’hommes que Dieu appela à accomplir quelque mission. Peux-tu en citer quelques-uns ?

— D’abord Moïse. L’Éternel l’appela du milieu du buisson en feu et l’envoya pour être le libérateur des enfants d’Israël (Ex. 3:4-10). Et le Seigneur Jésus appela Jacques et Jean et Pierre pour être ses apôtres et annoncer l’évangile (Matthieu 4:18-22). Mais tu as dit que Samuel fut un prophète de l’Éternel. Qu’est-ce qu’un prophète ?

— C’était un homme à qui Dieu donnait la charge de communiquer les pensées qu’Il lui révélait. Il était comme la bouche de Dieu (Héb. 1:1 ; Nomb. 12:6 ; comparez Exode 4:12-16 et 7:1). Il n’annonçait pas seulement des choses à venir mais il dévoilait au peuple ce que Dieu pensait de son état et lui adressait des reproches et des exhortations. Les prophètes accomplissaient quelquefois des miracles pour prouver leur mission divine.

— Samuel n’était-il pas bien jeune pour être un prophète ?

— Dieu choisit les instruments qu’il veut. Il se glorifie toujours dans la faiblesse (2 Cor. 12:9). Moïse avait quatre-vingts ans quand Dieu l’appela à être le conducteur de son peuple, et Samuel n’était qu’un jeune garçon quand Dieu le désigna comme prophète pour Israël.

— Comment l’Éternel parlait-il aux prophètes ?

— Par des songes et des visions (Nomb. 12:6 ; Ézéchiel 1:1 ; Daniel 7:1). À l’époque où vivait Samuel, l’Éternel faisait rarement entendre sa voix par le moyen des prophètes. « La parole de l’Éternel était rare en ces jours-là ; la vision n’était pas répandue », est-il dit. C’était à cause du mauvais état du peuple qui, à l’exemple des fils d’Éli, marchait dans le péché et joignait l’idolâtrie au culte de l’Éternel (1 Sam. 7:3). Mais Dieu n’oubliait pas ses promesses à l’égard de son peuple et il appelait Samuel pour être son prophète auprès des enfants d’Israël et les ramener à Lui. Mais avant de les bénir ainsi, Dieu voulait châtier les méchants.

— Comment l’Éternel appela-t-il Samuel ?

— Une nuit, Samuel était couché selon sa coutume dans le temple de l’Éternel, c’est-à-dire dans le tabernacle, non loin de l’endroit où Éli lui-même reposait. Il était, pour ainsi dire, le gardien de ce saint lieu où était l’arche de Dieu, son trône. Quel endroit pour la demeure d’un jeune garçon ! C’était vers le matin. Les lampes sur le chandelier d’or n’étaient pas encore éteintes car elles devaient brûler toute la nuit (Lév. 24:3). Malgré les fautes de son peuple, l’Éternel habitait encore au milieu de lui, et il allait faire entendre sa voix, non au vieux sacrificateur mais au jeune serviteur qui Lui avait été consacré et qu’Il avait choisi. Dans le silence profond de la nuit, dans le lieu où tout parlait de la majesté et de la sainteté de Dieu, une voix se fit soudain entendre : « Samuel ! » disait-elle, et le jeune homme s’éveilla.

— Comme il dut être étonné !

— Il ne connaissait pas encore la voix de l’Éternel et crut qu’Éli l’avait appelé. Éli et lui étaient les seuls à habiter dans le tabernacle. Samuel était un jeune homme obéissant. Il n’était pas comme certains enfants qu’il faut appeler deux ou trois fois avant qu’ils se décident à bouger. Il ne trouvait pas non plus ennuyeux d’être tiré de son sommeil et ne murmurait pas. Aussi, dès qu’il s’entendit appeler, il s’écria : « Me voici ! » et courut promptement vers le vieillard. « Me voici », répéta-t-il, « car tu m’as appelé ». Éli ne comprenait pas ce que voulait dire Samuel. Peut-être pensait-il qu’il avait rêvé. « Je ne t’ai pas appelé », lui dit-il, « retourne, couche-toi ». Le jeune homme docile retourna à sa couche. Mais bientôt la voix se fit entendre de nouveau : « Samuel ! ». Il ne se trompait pas, on l’avait bien appelé. Et quel autre qu’Éli cela pouvait-il être ? Aussi accourut-il encore auprès de lui, disant : « Me voici, car tu m’as appelé ». Pour la seconde fois, Éli le renvoya. En regagnant sa couche, il devait se demander qui avait bien pu l’appeler. C’est qu’il y avait quelqu’un dans le tabernacle que Samuel servait depuis plusieurs années, mais sans connaître cet hôte mystérieux qui habitait dans l’obscurité du sanctuaire. C’était l’Éternel. Il ne le connaissait pas encore, mais son ignorance n’était pas comme celle des fils d’Éli qui avait sa source dans la méchanceté. Samuel craignait l’Éternel et le servait, mais « la parole de l’Éternel ne lui avait pas encore été révélée ». C’est dans ce sens qu’il ne le connaissait pas, il n’avait pas encore entendu sa voix. Et c’était cette voix qui l’appelait sans qu’il le sache.

— Nous ne pouvons plus jouir d’un tel bonheur.

— Non, pas de la même manière que Samuel. Il était appelé à être prophète et pour cela il devait connaître la voix de l’Éternel pour apprendre ce qu’il aurait à communiquer au peuple. Mais pour nous, nous avons les pensées de Dieu dans sa parole écrite. C’est là que nous entendons sa voix, c’est par elle qu’il nous appelle à venir à Jésus, à Le suivre, à vivre pour Lui. Aussi les chrétiens sont-ils nommés « des appelés de Jésus Christ », « saints appelés » et « participants à l’appel céleste » (Rom. 1:6-7 ; Héb. 3:1). Cela n’est-il pas un aussi grand bonheur que celui de Samuel ?

— C’est vrai ! Jésus nous dit : « Venez à moi », c’est son appel. Et quand on l’a écouté, on est de ses brebis et on connaît sa voix et on le suit. Il nous dit dans sa parole qu’il nous aime et cela rend tout heureux. Comment Samuel sut-il que la voix qui l’appelait était celle de l’Éternel ?

— Ce fut par le moyen d’Éli. Une troisième fois, la voix appela : « Samuel ! » Et le jeune garçon, sans se rebuter, s’empressa de courir auprès d’Éli, ne voulant pas que le vieillard pût manquer de ses soins. Samuel avait un cœur dévoué à celui qu’il servait et dit encore : « Me voici, car tu m’as appelé ». Éli, cette fois, comprit que ce n’était pas une illusion de Samuel et que l’Éternel lui-même appelait son jeune serviteur. « Va, couche-toi », lui dit-il, « et s’il t’appelle, alors tu diras : Parle, Éternel, car ton serviteur écoute ». C’est ce que fit Samuel. L’Éternel vint comme les autres fois et appela : « Samuel, Samuel ! » et Samuel dit : « Parle, car ton serviteur écoute ».

— Samuel n’était-il pas effrayé en sachant que l’Éternel était là et lui parlait ?

— Non. Samuel ne connaissait pas jusqu’alors la voix de l’Éternel, mais il savait qu’Il était le Dieu du peuple d’Israël, son Dieu à lui aussi, le Dieu qu’il servait. Il était un enfant pieux, vivant dans le sanctuaire. Pourquoi aurait-il eu peur ? As-tu peur de quelqu’un qui t’aime, de ton père quand il te parle ? Nous n’avons pas à avoir peur de Dieu quand nous sommes simples de cœur, que nous connaissons sa bonté et que nous marchons avec Lui. Abraham, l’ami de Dieu, n’avait pas peur de l’Éternel qui venait le visiter, mais Jacob eut peur quand l’Éternel lui parla, à cause de sa mauvaise conscience (Ésaïe 41:8 ; Gen. 18:1-5 et 16-19 ; 28:16-17).

— Et qu’est-ce que l’Éternel dit à Samuel après l’avoir appelé ?

— Des choses terribles pour Éli et pour Israël car Dieu ne pouvait bénir son peuple avant de lui avoir fait sentir sa verge pour l’amener à se repentir. L’Éternel dit qu’il allait accomplir tout ce qu’il avait annoncé à Éli par le prophète venu vers lui.

— Samuel fut sans doute bien affligé en entendant cela.

— Certainement. Aussi il ne se hâta pas de rapporter à Éli les paroles de l’Éternel. Il laissa reposer le vieillard jusqu’au matin. Alors, suivant sa coutume, il ouvrit les portes de la maison de l’Éternel. Mais il ne dit encore rien ; il craignait de briser le cœur d’Éli en lui racontant sa vision. Éli, cependant, désirait savoir ce que l’Éternel avait dit au jeune homme car, quelle qu’elle soit, il aimait la parole qui venait de Dieu. « Samuel, mon fils », lui dit-il. Éli aimait Samuel, le jeune homme obéissant, comme un fils. Ses propres fils avaient affligé et déshonoré sa vieillesse, mais le fils de Anne était sa consolation. Comme dans la nuit, Samuel répondit : « Me voici ». Alors Éli lui demanda ce que l’Éternel lui avait révélé, le conjurant de ne rien lui cacher, et Samuel lui rapporta toutes les paroles de l’Éternel. « C’est l’Éternel », répondit le vieillard, « qu’il fasse ce qui est bon à ses yeux ».

— Comme il était soumis ! Pas une plainte ni un murmure ne lui échappe, et pourtant comme il devait être triste.

— Sans doute, mais il reconnaissait que le jugement de Dieu était juste et il s’humiliait sous la main puissante de Dieu. Tel fut l’appel de Samuel et la première révélation qui lui fut faite. Depuis ce moment, l’Éternel continua d’apparaître à Silo, et de se révéler à Samuel par sa parole. Et tout Israël, d’un bout à l’autre du pays, sut qu’il était établi prophète de l’Éternel. C’était une grâce que Dieu faisait à son peuple. Et bien que d’abord ce fût pour annoncer le jugement, plus tard il devint le libérateur du peuple.

 

 

1.6   Défaite d’Israël. Prise de l’arche — 1 Samuel 4

Bonne Nouvelle 1890 pages 43 à 49.

L’Éternel avait appelé le jeune Samuel à être prophète au vu et au su de tout le peuple. Le premier message dont il fut chargé était bien pénible, comme nous l’avons vu, mais l’Éternel avait parlé, et « ce que Samuel avait dit arriva à tout Israël ».

— Comment cela eut-il lieu ?

— Les Israélites se rassemblèrent pour combattre les Philistins qui vinrent à leur rencontre.

— Pour quelle raison les Israélites firent-ils cela ? Dieu le leur avait-il commandé ?

— Non, ils le firent de leur propre chef. Ils voulaient, sans doute, secouer le joug des Philistins et pensaient être assez forts pour cela. Mais que pouvaient-ils si Dieu n’était pas avec eux et s’ils agissaient sans son ordre ? Nous aussi, nous ne pouvons vaincre nos ennemis que si Christ est avec nous. D’ailleurs, les Israélites toléraient le péché des fils d’Éli au milieu d’eux, ils péchaient eux-mêmes et Dieu ne pouvait être avec eux. Ils furent battus et perdirent quatre mille hommes. Te rappelles-tu une autre occasion où les Israélites subirent une défaite parce qu’il y avait au milieu d’eux quelqu’un qui avait péché ?

— N’est-ce pas quand Acan avait pris de l’interdit (Josué 7:1) ? Mais Josué ne le savait pas.

— C’est vrai, mais cela nous montre que Dieu ne peut tolérer le mal, connu ou non, au milieu de son peuple et que, si ce mal n’est pas ôté, il ne peut le bénir. C’est pourquoi David disait : « Purifie-moi de mes fautes cachées » (Ps 19:12). Et nous devons faire comme lui car notre Dieu est saint et nous appelle à la sainteté (1 Pierre 1:15-16). Mais au temps de notre histoire, ce n’était pas un mal caché, il était évident à tous les yeux. Chacun connaissait l’horrible conduite des fils d’Éli, et chacun savait bien ce que le prophète et Samuel avaient dit de la part de l’Éternel à ce sujet. Et tel était l’aveuglement des anciens d’Israël qu’au lieu de voir dans leur défaite une marque de la désapprobation de Dieu et un appel à se repentir et à se détourner de leur mauvaise voie, ils dirent : « Pourquoi l’Éternel nous a-t-il battus aujourd’hui devant les Philistins ? » Rien de plus dangereux pour une âme que de ne pas voir son mauvais état. Mais qu’avaient fait autrefois Josué et les anciens d’Israël après que le peuple ait été battu ?

— Ils s’étaient humiliés la face contre terre, et dès qu’ils avaient connu le méchant, ils s’étaient dépêchés de le punir comme Dieu l’avait dit (Josué 7:6, 25).

— C’est ce que ne firent pas les anciens au temps d’Éli. Au contraire, ils dirent : « Prenons à nous, de Silo, l’arche de l’alliance de l’Éternel, et qu’elle vienne au milieu de nous et nous sauve de la main de nos ennemis ». Ils se rappelaient sans doute que leurs pères avaient passé le Jourdain à pied sec, l’arche y étant descendue avant eux, et que les murs de Jéricho étaient tombés après les solennelles processions faites autour de la ville avec l’arche. Mais leur cas était bien différent. L’Éternel était alors avec son peuple, il marchait à leur tête et eux aussi suivaient ses ordres, Josué 3 et 4, tandis que maintenant, il n’avait rien commandé. « Prenons à nous », avaient dit les anciens. C’était leur volonté et non celle de Dieu qu’ils suivaient, et Dieu ne pouvait pas être avec eux.

— Faire venir l’arche, ce n’est pas faire venir l’Éternel.

— Et surtout, quand ce sont des rebelles qui le prennent au milieu d’eux. Au lieu d’avoir l’Éternel avec eux, voici ce qu’ils eurent : « Le peuple envoya à Silo, et on apporta de là l’arche de l’alliance de l’Éternel des armées, qui siège entre les chérubins ; et les deux fils d’Éli, Hophni et Phinées, étaient là avec l’arche de l’alliance de Dieu ». L’Éternel des armées qui siège entre les chérubins ne vint pas avec l’arche pour faire triompher un peuple rebelle. Sans Lui, l’arche n’était rien. Ceux qui l’accompagnaient étaient au contraire les méchants fils d’Éli qui appelaient sur eux le jugement du Dieu saint. Extérieurement, il y avait au milieu des Israélites ce qui y était quand les murs de Jéricho tombèrent, c’est-à-dire l’arche et les sacrificateurs. Mais Dieu n’y était pas et ne pouvait y être parce qu’il ne peut s’associer au péché. Par conséquent il manquait aux Israélites la puissance contre leurs ennemis.

— Cela nous apprend quelque chose, n’est-ce pas ?

— Oui, les formes religieuses ne sont rien si le cœur n’est pas humble et pur devant Dieu. C’est au cœur que Dieu regarde (1 Samuel 16:7). On peut avoir « la forme de la piété mais en ayant renié la puissance » (2 Tim. 3:5).

— Que firent les Israélites quand ils virent l’arche entrer dans leur camp ? Ils auraient dû avoir peur de ce Dieu si saint.

— Loin de là. Leur conscience était endurcie. Quand l’arche entra dans le camp, les Israélites, ne se souvenant que des victoires de leurs pères et ne pensant pas à leurs péchés et à ceux des fils d’Éli qui les rendaient anathème (Josué 7:11-12), crurent qu’ils allaient être victorieux des Philistins. Ils se mirent à pousser de grands cris de joie, tellement que la terre en frémit. Ils ne pensaient pas que le jugement allait les atteindre.

— Les Philistins durent être bien surpris. Ne se demandèrent-ils pas ce que cela signifiait ?

— Sans doute, et en apprenant que l’arche était venue dans le camp d’Israël, ils furent saisis de frayeur. Quoique ignorants à bien des égards, ils avaient entendu parler de la puissance du Dieu d’Israël. « Dieu est venu dans le camp. Malheur à nous ! » dirent-ils « car il n’en a jamais été ainsi auparavant. Malheur à nous ! Qui nous délivrera de la main de ces dieux puissants ? Ce sont là les dieux qui ont frappé les Égyptiens de toutes sortes de plaies dans le désert ». Ils ignoraient sans doute que ce Dieu puissant n’était pas venu avec l’arche, que les Israélites coupables n’avaient aucune force et qu’eux, Philistins, allaient être l’instrument de Dieu pour les châtier. Toutefois au lieu de se laisser abattre, ils prirent courage et se dirent les uns aux autres : « Philistins, fortifiez-vous et soyez hommes, de peur que vous ne soyez asservis aux Hébreux, comme ils vous ont été asservis ! Soyez hommes, et combattez ! » C’est ce qu’ils firent, et Dieu leur donna de remporter une grande victoire. Les malheureux Israélites éprouvèrent que, sans l’Éternel avec eux, ils étaient les plus faibles d’entre les hommes et que leur apparence religieuse ne les garantissait pas. Leur défaite fut terrible. Trente mille hommes furent tués, et avec eux les deux fils d’Éli, et l’arche fut prise.

— Quelle humiliation pour eux !

— Oui, tout cela était bien triste. Le peuple de Dieu battu, les sacrificateurs de Dieu tués, l’arche de Dieu prise par des païens et devenant un trophée de leur victoire ; il semblait que l’Éternel lui-même fût vaincu. C’est ainsi que les péchés des chrétiens déshonorent leur Dieu devant le monde. Mais l’Éternel est au-dessus de tout. Si son peuple ne sait pas maintenir sa gloire, Lui la maintient. Les Philistins apprirent à faire la différence entre Israël et le Dieu d’Israël, comme entre ce Dieu et leurs idoles.

— Combien Éli dut être affligé en apprenant ces tristes nouvelles, et surtout la mort de ses fils !

— Il y avait quelque chose à quoi Éli tenait encore plus qu’à ses fils. Le pauvre vieillard aveugle « était assis sur un siège, aux aguets, à côté du chemin ». Pourquoi aux aguets ? Il cherchait à entendre le moindre bruit qui lui ferait connaître l’issue de la bataille. Était-ce à cause des Israélites ou de ses fils ? Non, mais « son cœur tremblait pour l’arche de Dieu ». Ce qu’Éli avait à cœur avant tout, c’était la gloire de l’Éternel. Et en cela nous avons à imiter le pieux vieillard.

— Et comment les nouvelles lui parvinrent-elles ?

— Il entendit des cris dans la ville. Un homme de Benjamin qui s’était enfui de la bataille et qui était venu à Silo le même jour, ayant ses vêtements déchirés en signe de deuil, avait annoncé ce qui était arrivé, et toute la ville jeta des cris. Éli s’informa de ce que c’était et l’homme vint à lui et dit : « Je me suis enfui de la bataille aujourd’hui ». « Qu’est-il arrivé, mon fils ? » lui demanda le vieillard tremblant. « Israël a fui devant les Philistins », répondit le messager, « et même il y a eu une grande défaite du peuple, et aussi tes deux fils, Hophni et Phinées, sont morts, et l’arche de Dieu est prise ».

— Quelles nouvelles douloureuses pour Éli !

— Oui, tout se réunissait pour accabler le cœur du vieillard. Il avait vécu quatre-vingt dix-huit ans, près d’un siècle, et au lieu de s’endormir en paix, il voyait la ruine de tout ce qui lui était le plus cher. L’arche de Dieu prise, c’était pour lui le dernier coup, il ne put le supporter. Lorsque le messager mentionna l’arche de Dieu, « Éli tomba à la renverse de dessus son siège, à côté de la porte, et se brisa la nuque et mourut ».

— Ainsi le pauvre peuple d’Israël n’avait plus rien, ni l’arche, ni sacrificateurs, ni juge.

— Non, rien, et ses ennemis dominaient sur lui, et tout cela à cause de ses péchés. Mais c’est une figure de l’état actuel des Juifs bien plus triste encore. Le prophète Osée le décrit ainsi : « Car les fils d’Israël resteront beaucoup de jours sans roi, et sans prince, et sans sacrifice, et sans statue, et sans éphod ni théraphim » (Osée 3:4). Ils sont dispersés, assujettis aux nations et sans être idolâtres, ils ne peuvent cependant offrir leurs sacrifices, ni rendre leur culte à Dieu.

— Mais Dieu les ramènera.

— Sans doute, comme aussi l’Éternel délivra les Israélites d’autrefois.

— La peuple fut sans doute affligé par ces tristes évènements. On n’en saurait douter. Au lieu d’avoir secoué le joug des Philistins, les malheureux Israélites leur étaient asservis plus que jamais. Mais il y eut une personne en particulier qui ressentit profondément, comme Éli, la prise de l’arche. Ce fut la belle-fille d’Éli, femme de Phinées. Elle mit au monde un fils dans ces circonstances affligeantes, puis elle mourut de douleur. Comme elle se mourait, on voulait la consoler en lui disant qu’elle avait un fils, le grand désir de toutes les femmes d’Israël. Mais elle n’y fit pas attention. Son cœur n’était occupé que d’une chose – le déshonneur jeté sur le nom de l’Éternel par la prise de l’arche. Elle nomma son fils I-Cabod, ce qui veut dire « privé de gloire » car, disait-elle, « la gloire s’en est allée d’Israël ; — parce que l’arche de Dieu est prise ».

— C’est une douloureuse histoire. Mais on voit combien Éli et sa belle-fille étaient attachés à l’Éternel. Et cela nous apprend que nous devrions être aussi attachés au Seigneur Jésus et tenir à ce qu’il soit honoré, et être attristés quand il ne l’est pas, n’est-ce pas ?

— Oui, Dieu regarde au cœur fidèle.

— Que faisait Samuel en ces tristes temps ?

— Il n’est pas parlé de lui. Nous pouvons bien penser qu’il ressentait aussi vivement ce qui se passait et qu’il criait à Dieu pour ce pauvre peuple. Nous le retrouverons plus tard lors de la restauration d’Israël.

 

 

 

1.7   L’arche de l’Éternel chez les Philistins — 1 Samuel 5 et 6

Bonne Nouvelle 1890 pages 64 à 70

Le peuple d’Israël a été vaincu et l’arche de l’alliance de l’Éternel a été prise par les Philistins. Ils l’emportèrent comme un trophée de leur victoire et la transportèrent à Asdod, l’une des cinq villes principales de leur territoire. Là se trouvait un temple consacré à leur faux dieu Dagon dont nous avons vu le nom dans l’histoire de Samson (Juges 16:23), et c’est dans ce temple, à côté de l’idole, qu’ils placèrent l’arche sainte de Dieu.

Quelle triste place pour l’arche, à l’abri du temple d’un faux dieu au lieu d’être dans le sanctuaire !

— C’était une chose humiliante pour Israël, mais non pour Dieu. L’Éternel ne pouvait rester associé à une idole et il allait bientôt le montrer. Les Philistins attribuaient sans doute leur victoire à Dagon, leur dieu, comme lorsqu’ils avaient pris Samson et disaient : « Notre dieu a livré entre nos mains Samson, notre ennemi » (Juges 16:23-24). Ils placèrent donc l’arche à côté de leur idole, comme hommage à sa puissance sur le Dieu d’Israël.

— Ils auraient dû se souvenir de ce qui était arrivé quand Samson, après avoir invoqué l’Éternel, fit tomber la maison sur ceux qui étaient rassemblés pour célébrer leur Dieu.

— Sans doute. Ils avaient vaincu Israël parce que l’Éternel avait châtié son peuple à cause de ses péchés, mais ni eux ni leur dieu n’avaient vaincu l’Éternel. Il le leur montra en prenant lui-même sa cause en main, comme il le leur dit dans Ésaïe 63:5 : « Je regardai, et il n’y avait point de secours … et mon bras m’a sauvé ». Lis aussi Ésaïe 40:19-20 ; 44:9-20, pour voir la folie de l’homme qui remplace Dieu par des idoles. Sans le secours d’aucun bras d’homme, il fit tomber l’idole des Philistins.

— Sait-on comment était cette idole ?

— Oui, elle avait une tête et des bras d’homme et se terminait en forme de poisson. Les Grecs aussi avaient ces sortes de divinités qu’ils disaient habiter la mer.

— Quelle folie d’adorer de telles choses qui n’existent même pas !

— C’est bien vrai. L’apôtre Paul nous dit la raison de cette folie des hommes : « Ce qui se peut connaître de Dieu est manifeste parmi eux ; car Dieu le leur a manifesté ». C’est « sa puissance éternelle et sa divinité, qui se discernent par le moyen de l’intelligence, par les choses qui sont faites », c’est-à-dire les œuvres de la création. Mais les hommes, « ayant connu Dieu, ils ne le glorifièrent point comme Dieu, ni ne lui rendirent grâces ; mais ils devinrent vains dans leurs raisonnements, et leur cœur destitué d’intelligence fut rempli de ténèbres : se disant sages, ils sont devenus fous, et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de l’image d’un homme corruptible et d’oiseaux et de quadrupèdes et de reptiles » (Romains 1:18-23). Mais à côté de la folie des idolâtres, il y a celle de ceux qui disent : « Il n’y a pas de Dieu » (Ps. 14:1), et de ceux qui, connaissant les paroles du Seigneur, ne les mettent pas en pratique (Matthieu 7:26-27). Tous ceux-là sont nombreux autour de nous. Mais continuons notre histoire. Lorsqu’au matin les sacrificateurs de Dagon entrèrent dans la maison de leur dieu, ils trouvèrent leur idole abattue la face contre terre devant l’arche de l’Éternel.

— Ils durent être bien frappés !

— En effet, ils auraient dû l’être selon ce que le roi David dit plus tard : « Que tous ceux qui servent une image taillée, qui se vantent des idoles, soient honteux. Vous, tous les dieux, prosternez-vous devant lui » (Ps. 97:7). Mais le cœur de l’homme cherche toujours à se séduire, il tient à l’œuvre de ses mains et les sacrificateurs de Dagon s’imaginèrent peut-être que c’était un fait accidentel. Ils tenaient sans doute aussi à leur idole à cause du profit qu’ils en retiraient. Ils la relevèrent donc et la remirent en place.

— Quel pauvre dieu que celui qui ne peut même pas se relever !

— Oui. Cela me rappelle un beau passage du Psaume 135, versets 15 à 18. Lis-les.

— « Les idoles des nations sont de l’argent et de l’or, ouvrage de mains d’homme : elles ont une bouche, et ne parlent pas ; elles ont des yeux, et ne voient pas ; elles ont des oreilles, et n’entendent pas ; il n’y a pas non plus de respiration dans leur bouche. Ceux qui les ont faites, tous ceux qui se confient en elles, sont comme elles ». Mais qu’arriva-t-il ensuite à l’idole des Philistins ?

— Le lendemain, de bonne heure, les sacrificateurs revinrent. Cette fois, ce ne pouvait plus être un fait accidentel. Non seulement l’idole était abattue devant l’arche de l’Éternel, mais sa tête et ses mains détachées du tronc gisaient sur le seuil.

— Comme ils durent être saisis !

— Ils le furent, sans doute, car le souvenir de ce fait se conserva dans leurs rites religieux. Depuis ce jour, les serviteurs de Dagon ne marchèrent plus sur le seuil de leur temple. Ils pensaient sans doute que cela aurait été une profanation. Ils le franchissaient sans y toucher. Mais est-ce là tout ce qu’ils auraient eu à faire ?

— Oh, non ! Ils auraient dû abandonner leur idole et reconnaître l’Éternel comme leur Dieu.

— Ils ne le firent pas. Alors l’Éternel leur fit sentir sa puissance d’une autre manière bien plus sensible. Il avait abattu leur dieu, il frappa leurs personnes. Ces fiers Philistins qui avaient mis en déroute les Israélites, se virent atteints d’une maladie à la fois honteuse et douloureuse qui en fit mourir plusieurs. De plus, des souris en nombre considérable se répandirent dans leurs champs et détruisirent leurs récoltes. La ville d’Asdod et tout son territoire étaient désolés. Ils virent dans ces deux fléaux la main du Dieu d’Israël et dirent : « L’arche du dieu d’Israël ne restera pas avec nous ; car sa main pèse durement sur nous et sur Dagon, notre dieu ». Ils assemblèrent tous les princes des Philistins et leur demandèrent : « Que ferons-nous de l’arche du dieu d’Israël ? Et ils dirent : Qu’on dirige l’arche du dieu d’Israël vers Gath ». Gath était une autre ville du pays des Philistins.

— C’est étrange. Voulaient-ils donc envoyer la maladie et la désolation à Gath ?

— Dans leur raisonnement, ils se disaient : Peut-être que ces fléaux qui frappent Asdod sont-ils dus à une cause accidentelle. Nous saurons bien, en envoyant l’arche autre part si le mal est dû à sa présence. Ils ne voulaient pas s’avouer vaincus si facilement. L’homme résiste à Dieu tant qu’il peut. Mais dès que l’arche de l’Éternel fut à Gath, « il arriva que la main de l’Éternel fut sur la ville : il y eut un très grand trouble, et il frappa les hommes de la ville, depuis le petit jusqu’au grand ». Il était évident que le mal venait directement de Dieu dont l’arche qui était son trône ne pouvait être comme un trophée de victoire chez les ennemis de son peuple, ni être associée à des idoles. Il a dit : « Je ne donnerai pas ma gloire à un autre, ni ma louange à des images taillées » (Ésaïe 42:8).

— Que firent alors les habitants de Gath ?

— « Ils envoyèrent l’arche de Dieu à Ékron », une autre ville du pays des Philistins. « Et il arriva, comme l’arche de Dieu entrait à Ékron, que les Ékroniens poussèrent des cris, disant : Ils ont dirigé vers nous l’arche du dieu d’Israël, pour nous faire mourir, nous et notre peuple ». Et en effet, « la main de Dieu s’appesantissait sur la ville » remplie d’une « consternation mortelle » à cause de la maladie qui sévissait et de la mortalité qui régnait. Que faire dans ces terribles circonstances ? Les Ékroniens le comprirent. Ils firent assembler tous les princes des Philistins et dirent : « Renvoyez l’arche du dieu d’Israël, et qu’elle retourne en son lieu, afin qu’elle ne nous fasse pas mourir, nous et notre peuple ». C’était tout ce qu’il y avait à faire. Le lieu de l’arche n’était pas le temple de Dagon, ni le pays des Philistins, mais le tabernacle au pays d’Israël. C’est là que devait être le trône de l’Éternel, au milieu de son peuple, quand bien même celui-ci pouvait se montrer infidèle.

— Cette frayeur des Philistins me rappelle celle des Égyptiens quand Dieu les eut frappés de plaies, et qu’enfin il eut fait mourir leurs premiers-nés parce que le Pharaon ne voulait pas laisser partir les Israélites. Ils pressaient le peuple de s’en aller car ils disaient : « Nous sommes tous morts » (Exode 12:31-33).

— Et chose très remarquable, le souvenir de ces jugements terribles dont Dieu avait frappé les Égyptiens s’était conservé, après plus de trois siècles, chez les Philistins. Ils en avaient ouï parler, car nous lisons dans le cantique d’Israël, après le passage de la mer Rouge : « Les peuples l’ont entendu, ils ont tremblé ; l’effroi a saisi les habitants de la Philistie » (Ex. 15:14) ; Israël était et sera toujours, malgré ses égarements, « un peuple merveilleux » (Ésaïe 18:2).

 

 

1.8   Le retour de l’arche — 1 Samuel 6

Bonne Nouvelle 1890 pages 82 à 88.

— Pendant sept mois, l’arche était restée chez les Philistins. Et pendant ce temps-là les pauvres Philistins avaient été cruellement frappés dans leurs personnes et dans leurs biens. Le saint Dieu d’Israël ne pouvait demeurer au milieu des païens sans leur faire sentir sa puissance et sans leur montrer l’impuissance de leur dieu Dagon pour les délivrer. Les Philistins, dans leur anxiété, ne savaient que faire ni comment se débarrasser de cette arche. Alors ils s’adressèrent à leurs sacrificateurs et à leurs devins comme étant les seuls capables de leur donner un bon conseil.

— Mais ne pouvaient-ils pas reporter l’arche tout simplement dans le pays d’Israël ?

— Bien qu’ils ne connussent pas le vrai Dieu, ils regardaient son arche comme un objet sacré et craignaient, s’ils ne la renvoyaient pas d’une manière convenable, d’attirer encore plus sur eux la colère de ce Dieu redoutable. « Que ferons-nous de l’arche de l’Éternel ? » dirent-ils donc aux sacrificateurs et aux devins ; « faites-nous savoir comment nous la renverrons en son lieu ». Les sacrificateurs et les devins leur dirent : « Si vous renvoyez l’arche du dieu d’Israël, ne la renvoyez pas à vide ; ne manquez pas de lui rendre un sacrifice pour le délit ». Quel sacrifice ? demandèrent les princes des Philistins, n’osant rien faire par eux-mêmes. Et ils répondirent : « Vous ferez des figures de vos hémorroïdes, et des figures de vos souris qui détruisent le pays, et vous donnerez gloire au dieu d’Israël ». Les sacrificateurs et les devins dirent qu’il devait y avoir cinq offrandes de chaque sorte parce qu’il y avait cinq princes qui régnaient sur les Philistins. Mais ils ajoutèrent quelque chose de très frappant. « Peut-être le dieu d’Israël allégera-t-il sa main de dessus vous, et de dessus vos dieux, et de dessus votre pays. Et pourquoi endurciriez-vous votre cœur, comme les Égyptiens et le Pharaon ont endurci leur cœur ? Après qu’il eut opéré puissamment parmi eux, ne les laissèrent-ils pas aller ? Et ils s’en allèrent ». Ainsi, après plus de trois cent cinquante ans, le souvenir des merveilles que l’Éternel avait opérées en faveur de son peuple en Égypte, était encore vivant chez ces peuples idolâtres.

— Les princes des Philistins durent se hâter de ramener l’arche, n’est-ce pas ?

— Oui, et leurs sacrificateurs et leurs devins leur dirent aussi comment ils devaient la renvoyer. « Faites un chariot neuf, et prenez deux vaches qui allaitent, sur lesquelles le joug n’ait jamais été mis », ils voulaient dire qui n’ont jamais rien traîné. Le joug est la pièce de bois que l’on met par-dessus la tête des bœufs ou des vaches et à laquelle on attache les cordes qui servent à tirer. « Et attelez les vaches au chariot, et faites ramener à la maison leurs petits d’auprès d’elles ».

— Pourquoi donc voulaient-ils qu’on prenne toutes ces précautions ?

— Le chariot neuf était, je pense, une marque d’honneur rendue au Dieu d’Israël. Quant au choix des jeunes vaches qui n’avaient pas porté le joug et que l’on éloigne de leurs petits, on va en voir la raison. Quand les vaches allaitent elles ne veulent pas être séparées de leurs veaux et, si elles le peuvent, retournent toujours auprès d’eux quand on les en a séparées. Les sacrificateurs et les devins dirent encore aux princes des Philistins : « Prenez l’arche de l’Éternel, et mettez-la sur le chariot, et mettez dans un coffret, à côté d’elle, les objets d’or que vous lui rendez comme offrande pour le délit ; et vous la renverrez, et elle s’en ira ».

— Sans conducteur ?

— Oui, et c’était là l’épreuve que voulaient faire ces hommes qui ne manquaient pas de sagesse humaine. « Et vous verrez », dirent-ils, « si elle monte par le chemin de sa frontière, vers Beth-Shémesh, (ville de la tribu de Juda, une de celles données aux Lévites (Josué 15:10 ; 20:16), c’est l’Éternel qui nous a fait ce grand mal ; sinon, nous saurons que ce n’est pas sa main qui nous a frappés, [mais] que c’est une chose accidentelle qui nous est arrivée ». Nous comprenons donc maintenant pourquoi ils voulaient qu’on prît deux jeunes vaches et qu’on enfermât leurs veaux loin d’elles.

— Oh, oui ! À moins que l’Éternel ne l’empêchât, les jeunes vaches seraient vite retournées vers leurs petits.

— Sans doute. Les princes des Philistins firent comme leurs sacrificateurs et leurs devins leur avaient dit. Comme ils devaient attendre avec anxiété le résultat ! Et qu’arriva-t-il ? Dieu prit soin de sa gloire ; il montra qu’il gouverne toutes choses et que, malgré leurs fautes, les Israélites étaient le peuple de son choix. Les jeunes vaches sans hésiter se dirigèrent tout droit du côté de Beth-Shémesh.

« Et les vaches allèrent tout droit par le chemin, du côté de Beth-Shémesh ; elles marchèrent par une seule route, allant et mugissant, et elles ne se détournèrent ni à droite ni à gauche ». Tout étonnés, les princes des Philistins suivaient et allèrent après elles jusqu’à la frontière de Beth-Shémesh.

— Les plaies des Philistins cessèrent-elles alors ?

— L’Écriture ne nous en dit rien, mais nous pouvons bien le penser sans cela ces pauvres idolâtres auraient cru que c’était une chose accidentelle. Ils avaient fait ce qu’ils pouvaient pour honorer le Dieu d’Israël et Dieu accepta avec bonté leur offrande, et les délivra de leurs fléaux.

— Ne craignirent-ils pas, dès ce moment, d’attaquer encore les Israélites ?

— Non, Ils restèrent toujours leurs ennemis. Dieu lui-même ramenait son trône chez le peuple dont il était le Roi. Il n’avait eu besoin d’aucun bras d’homme, d’aucune armée. Les habitants de Beth-Shémesh étaient alors occupés à moissonner leurs blés dans la vallée. Quel dut être leur étonnement en voyant ce chariot avancer seul, sans conducteur pour aiguillonner les bêtes, et à une certaine distance ce groupe d’hommes qui suivait ! Qu’y a-t-il sur ce chariot ? Il approche et les premiers près desquels il se trouve reconnaissent l’arche. Peut-être quelques-uns avaient-ils assisté à cette funeste bataille où elle avait été prise ? Ils la croyaient perdue pour toujours, mais c’est bien elle qui revient. Voilà son couvercle en or, voilà les chérubins de gloire qui étendent leurs ailes, voilà ses barres. La nouvelle se répand et tous viennent contempler l’arche, et une grande joie remplit leurs cœurs. Et ce sont les princes des Philistins qui l’accompagnent humblement ! Quelle merveille que l’Éternel avait accomplie en faveur de son pauvre peuple. Le chariot s’arrêta dans un champ où se trouvait une grande pierre. En signe de gratitude, les Beth-Shémites fendirent le bois du chariot et offrirent les deux jeunes vaches en holocauste à l’Éternel. Ensuite les Lévites qui demeuraient à Beth-Shémesh prirent l’arche, la descendirent de dessus le chariot et le placèrent sur la grande pierre, avec le coffret qui renfermait l’offrande des Philistins. Ces Lévites étaient justement de la famille de Kéhath (Josué 20:16), et c’est à eux que Moïse avait donné la charge de porter les choses saintes qui étaient dans le tabernacle et particulièrement l’arche (Nomb. 4:4-6 et 15). Puis les gens de Beth-Shémesh offrirent encore des holocaustes et sacrifièrent des sacrifices de prospérité en signe de joie. Les princes des Philistins contemplèrent toute cette scène, virent comment les Israélites honoraient leur Dieu, puis s’en retournèrent à Ékron, dans leur pays.

— Il est étonnant qu’ils ne se soient pas convertis à l’Éternel.

— Ils regardaient le Dieu des Israélites comme un dieu plus puissant que le leur, voilà tout, et ils étaient bien contents d’être débarrassés de Lui. Il n’y avait point chez eux de vraie crainte de Dieu, mais une crainte superstitieuse.

— Reportèrent-ils l’arche à Silo ?

— Non, mais elle ne resta pas non plus à Beth-Shémesh. Il se passa là un fait qui montre la sainteté de l’Éternel. Des habitants de cette ville ne comprirent pas tout l’honneur que l’Éternel leur faisait et le saint respect qui convient à sa présence. Poussés par une curiosité profane, ils regardèrent dans l’arche comme pour pénétrer les choses secrètes de Dieu. Nous ne pouvons savoir des secrets de Dieu que ce qu’Il veut bien nous faire connaître (Deut. 29:29). Et qu’arriva-t-il ? L’Éternel avait frappé de plaies les Philistins qui se glorifiaient de leur victoire et avaient conduit l’arche en triomphe dans le temple de leur dieu, et il frappa de mort ces profanes de Beth-Shémesh qui avaient osé porter les yeux dans son arche sainte. Soixante-dix hommes moururent et ne purent aller dire aux autres ce qu’ils avaient vu.

— Quelle frayeur dut saisir les autres !

— Oui, et ils agirent comme les Philistins. Ils dirent : « Qui peut tenir devant l’Éternel, ce Dieu saint ? », et au lieu de s’humilier, ils préférèrent se débarrasser de l’arche. C’est une chose bien triste quand, au lieu de reconnaître ses péchés et de les abandonner, on aime mieux éloigner Dieu de sa pensée. Le Seigneur Jésus disait : « Les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3:19, voyez aussi Marc 5:17). Et il nous est dit aussi de servir Dieu « d’une manière qui lui soit agréable, avec révérence et avec crainte. Car aussi notre Dieu est un feu consumant » (Hébreux 12:28-29).

— Et que fit-on de l’arche ?

— Sans rien faire savoir, semble-t-il, de ce qui leur était arrivé, les Beth-Shémites envoyèrent des messagers dans une ville nommée Kiriath-Jéarim, pour dire aux habitants : « Les Philistins ont ramené l’arche de l’Éternel : descendez, faites-la monter vers vous ». Les hommes de Kiriath-Jéarim furent tout heureux d’apprendre cette nouvelle et d’avoir l’arche chez eux. Ils vinrent la chercher, la mirent dans la maison d’un homme nommé Abinadab, sans doute un Lévite, et sanctifièrent, c’est-à-dire mirent à part, Éléazar, son fils, pour la garder. Elle ne retourna point à Silo, mais resta là durant environ soixante-dix ans, et nous ne pouvons douter que cela fut une bénédiction pour Abinadab et toute sa famille (comparez 2 Samuel 6:11-12).

 

 

1.9   Samuel, juge d’Israël — 1 Samuel 7

Bonne Nouvelle 1890 pages 112 à 116.

L’arche de l’Éternel était revenue au pays d’Israël. Dieu lui-même l’y avait ramenée, par sa force, sans le secours d’aucun homme. On aurait pu croire que tout Israël serait heureux d’avoir de nouveau le trône de Dieu au milieu d’eux et que, dans leur reconnaissance, ils rapporteraient l’arche à Silo, et serviraient ce Dieu si fidèle qui n’abandonnait pas son peuple malgré ses fautes. Mais non. Ils laissèrent l’arche à Kiriath-Jéarim, continuèrent à servir des idoles et, par conséquent, demeurèrent sous la domination des Philistins. Un long temps s’écoula ainsi, vingt années.

— Samuel ne faisait-il rien pour le peuple pendant ce temps ?

— Il ne nous en est rien dit, mais nous pouvons bien penser qu’il priait l’Éternel pour ce pauvre peuple. C’est Dieu qui agit enfin dans les cœurs des Israélites de sorte qu’après ces vingt années de sommeil, d’indifférence et d’infidélité, ils se réveillèrent et « toute la maison d’Israël se lamenta après l’Éternel ». Ils n’avaient trouvé loin de Lui, ni bonheur ni bénédiction.

— Le fils prodigue aussi revint enfin à lui-même et pensa à la maison de son père (Luc 15:17-18).

— C’est juste. Et c’est alors que Samuel reparaît et vient dire aux Israélites : « Si de tout votre cœur vous retournez à l’Éternel, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers, et les Ashtoreths, et attachez fermement votre cœur à l’Éternel, et servez-le lui seul ; et il vous délivrera de la main des Philistins ». Retourner à l’Éternel, c’est la conversion comme Paul le disait aux Thessaloniciens : « vous vous êtes tournés des idoles vers Dieu » (1 Thess. 1:9). Mais la conversion doit être réelle, du cœur, du cœur tout entier. Et quelle en est la preuve ? C’est qu’on abandonne le mal, le péché, et qu’on recherche le bien, c’est-à-dire Dieu. « Lavez-vous, purifiez-vous ; ôtez de devant mes yeux le mal de vos actions ; cessez de mal faire, apprenez à bien faire », voilà ce qu’Ésaïe dit (És. 1:16-17). Se dire converti quand il n’y a pas de changement de vie, n’est pas vrai. Ensuite Dieu veut un cœur décidé : « Attachez fermement votre cœur à l’Éternel ». C’est ce que à quoi Barnabas exhortait les nouveaux convertis à Antioche : « Il les exhortait tous à demeurer [attachés] au Seigneur de tout leur cœur » (Actes 11:23). C’est une pauvre conversion que celle qui ne lie pas le cœur au Seigneur, de sorte qu’il devienne tout pour nous. Et ensuite le Seigneur ne veut pas un cœur partagé : « Servez-le lui seul ». Il demande que le cœur, et par conséquent la vie, soit pour Lui seul. Il a dit : « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres » (Luc 16:13). Les Israélites avaient essayé de mêler le culte de l’Éternel à celui des idoles, c’était une abomination. L’Éternel ne souffre pas de partage. De même, le chrétien ne peut associer le monde à sa vie qui doit être pour Dieu seul (voyez 2 Cor. 6:14-18, Jacques 4:4). Mais, dans les paroles de Samuel, il y a une promesse. As-tu remarqué laquelle ?

— Il dit : « Il vous délivrera de la main des Philistins ».

— Une fois que les Israélites s’étaient purifiés de leurs souillures, avaient abandonné le culte des idoles avec leurs fêtes et montré en cela la réalité de leur conversion, Dieu pouvait être de nouveau en relation avec eux et les bénir. Et c’est ce qu’ils firent à la voix de Samuel : « Et les fils d’Israël ôtèrent les Baals et les Ashtoreths, et servirent l’Éternel seul ». Samuel voulut ensuite qu’il y eût un témoignage public du retour d’Israël à son Dieu, de même que maintenant aussi une âme convertie ne doit pas cacher ce que Dieu a fait pour elle (Marc 5:19, Luc 8:45-48). Samuel fit donc assembler tout le peuple dans un endroit nommé Mitspa et dit : « Je prierai l’Éternel pour vous ». Les Israélites se rassemblèrent au lieu indiqué, puisèrent de l’eau et la répandirent devant l’Éternel en signe de repentance, puis ils jeûnèrent et confessèrent leur péché. Ainsi fut rétablie la relation entre l’Éternel et son peuple, et la bénédiction ne tarda pas à se montrer. Depuis ce moment, Samuel jugea, c’est-à-dire gouverna Israël.

— Comment l’Éternel délivra-t-il les Israélites de la domination des Philistins ?

— Les Philistins apprirent ce grand rassemblement du peuple à Mitspa. Ils pensèrent, sans doute, que c’était pour venir leur faire la guerre et, les premiers, ils marchèrent en armes contre les Israélites, leurs princes à leur tête. Ceux-ci, qui connaissaient la valeur des Philistins, eurent peur car ils se rappelaient leurs dernières défaites. Mais ils savaient maintenant à qui s’adresser pour être secourus. Ils ne se confiaient pas en leur force mais en Dieu, et ils dirent à Samuel : « Ne cesse pas de crier pour nous à l’Éternel, notre Dieu, afin qu’il nous sauve de la main des Philistins ». Alors « Samuel prit un agneau de lait, et l’offrit tout entier à l’Éternel en holocauste ; et Samuel cria à l’Éternel pour Israël, et l’Éternel l’exauça ».

— Pourquoi Samuel offrit-il cet agneau ?

— Lorsque nous nous approchons de Dieu, nous avons à nous souvenir que nous sommes des pécheurs, et que nous ne pouvons avoir accès auprès de Lui qu’en vertu d’un sacrifice agréable à Dieu. Tel était l’holocauste où l’animal était offert tout entier en signe de dévouement complet à Dieu. Et celui qui offrait l’holocauste était agréé de Dieu à cause du sacrifice (Lévitique 1:2-4 ; Lisez aussi ce que dit la Parole : Genèse 4:4 ; 8:20-21). Voilà pourquoi Samuel offre d’abord l’holocauste. Ensuite il pria et fut exaucé. Et qui est pour nous l’holocauste ? Avons-nous encore à offrir des agneaux ?

— Non. C’est le Seigneur Jésus qui est notre holocauste, notre sacrifice, et il a été offert une fois pour toutes. Et c’est par Lui que nous approchons de Dieu (Éphésiens 5:2 ; Hébreux 9:12 ; 10:10 ; 13:15).

— C’est cela. C’est Lui qui nous rend agréables à Dieu, et c’est par Lui que nos prières montent à Dieu (Jean 15:16 ; 16:23-24). L’Éternel exauça Samuel qui intercédait pour le peuple, et Dieu exauce aussi Jésus qui intercède pour nous (Hébreux 7:25 ; Romains 8:34), afin que nous soyons soutenus dans notre faiblesse. Au moment où Samuel s’occupait ainsi d’Israël devant l’Éternel, les Philistins s’approchèrent pour livrer bataille aux Israélites. Mais Dieu prit en mains la cause de son peuple. Comme autrefois aux jours de Josué et de Débora (Josué 10:7-11, Juges 4:15 ; 5:20-21), Il combattit des cieux contre ses ennemis, fit retentir sa voix puissante, un grand tonnerre, sur les Philistins et les mit en déroute, et les Israélites n’eurent qu’à les poursuivre et les frapper. Depuis ce jour et durant tout le temps où Samuel jugea, les Philistins ne rentrèrent plus sur le territoire d’Israël. Les villes qu’ils avaient prises furent recouvrées et le peuple fut en paix. Ainsi, l’Éternel accomplit sa promesse. Et quand nous aussi nous marchons fidèlement, Dieu nous exauce, Dieu nous garde, Dieu nous délivre et nous n’avons plus qu’à rendre grâces. C’est ce que fit Samuel. Il voulut qu’il y eût un monument public de la délivrance que Dieu avait accordée à son peuple. Il dressa une pierre à l’endroit où avait cessé la poursuite des Philistins et la nomma Ében-Ézer, ce qui veut dire « la pierre de secours » parce que, dit-il, « l’Éternel nous a secourus jusqu’ici ». Et nous pouvons de jour en jour dresser aussi notre Ében-Ézer, et chaque soir dire avec reconnaissance : Dieu m’a secouru jusqu’ici, il est un Dieu fidèle, il me gardera jusqu’au bout.

 

 

1.10                      Les fils de Samuel. Les Israélites demandent un roi — 1 Samuel 7 et 8

Bonne Nouvelle 1890 pages 125 à 130.

Dieu donna aux Israélites une merveilleuse victoire sur les Philistins en réponse aux prières de Samuel. Ils furent ainsi délivrés pour un temps de ces ennemis acharnés. « La main de l’Éternel fut sur les Philistins pendant tous les jours de Samuel ». Israël était aussi en paix avec les autres peuples et goûtait ainsi des jours heureux après tant de troubles. Pendant ce temps de tranquillité, Samuel jugeait le peuple, c’est-à-dire rendait la justice. Pour cela, il se rendait chaque année successivement à Béthel, à Guilgal et à Mitspa, puis il retournait à Rama où était sa maison et où il bâtit un autel.

— Pourquoi Samuel allait-il dans ces différents endroits pour juger le peuple ? N’aurait-il pas pu rester à Rama pour cela ?

— Sans doute, mais chacun de ces endroits rappelait quelque bénédiction spéciale que Dieu avait accordée à son peuple, et Dieu voulait qu’il s’en souvînt. Qu’est-ce qui avait eu lieu à Béthel ?

— C’est là que Jacob eut ce songe merveilleux où il vit une échelle dressée sur la terre et dont le sommet touchait aux cieux, et les anges montaient et descendaient sur elle (Genèse 28).

— Cela montrait à Jacob qu’il y avait une relation établie entre l’Éternel, le Dieu fidèle, et lui-même, l’objet de ses soins. C’est là que l’Éternel lui promit la possession de Canaan et la bénédiction pour sa postérité. À Béthel, les Israélites pouvaient se souvenir des promesses de Dieu. Guilgal était l’endroit où le peuple avait campé après avoir passé le Jourdain (Josué 5). C’est de là qu’il partait pour combattre et revenait après la victoire. Cela rappelait comment l’Éternel avait été avec son peuple et avait accompli ses promesses en le mettant en possession du pays. Et enfin, Mitspa rappelait la dernière victoire, l’intervention de Dieu en grâce envers son peuple qui avait péché, mais s’était humilié. Ces endroits étaient donc bien choisis pour que le peuple se souvienne de tout ce que l’Éternel avait fait pour eux.

— Mais d’où vient que Samuel bâtit un autel à Rama ? N’y avait-il pas toujours l’autel à Silo devant le tabernacle ?

— Par suite des péchés d’Israël, tout était en désordre. L’arche n’était pas à sa place dans le sanctuaire, et Dieu n’avait pas dit qu’on l’y replaçât. Il fallait attendre un autre moment. Tout dépendait de Samuel qui soutenait le peuple, en marchant par la foi devant Dieu. Il était à la fois le prophète, le sacrificateur et celui qui gouvernait, et était ainsi comme un type du Seigneur. Mais Samuel vieillissait et aurait aimé être remplacé dans sa charge. Qu’aurait-il dû faire ? S’adresser à Dieu, n’est-ce pas, comme il l’avait fait si souvent. Mais l’homme le plus excellent manque, et au lieu de s’attendre à Dieu, il agit selon sa propre pensée et « il établit ses fils juges sur Israël » (1 Samuel 8:1). Samuel cédait, sans doute, à son cœur paternel. Il les avait peut-être très bien élevés, et peut-être aussi avaient-ils été des fils soumis ? Il pouvait donc penser que c’était un bon choix ; mais ce n’était pas le choix de Dieu qui seul lit dans les cœurs. Et puis, être fils de Samuel ne leur donnait pas la foi de Samuel. Et c’est la foi qui seule nous fait marcher dans le chemin de Dieu. Aussi qu’arriva-t-il ? C’est que, dans leur nouvelle position, l’amour de l’argent se développa dans leur cœur et, au lieu de rendre la justice équitablement, ils favorisaient ceux qui leur faisaient des présents quand bien même leur cause n’était pas juste. « Et ses fils ne marchaient pas dans ses voies ; mais ils se détournaient après le gain déshonnête, et prenaient des présents, et faisaient fléchir le jugement ».

— Samuel le savait-il ?

— Ils n’étaient pas sous ses yeux, ils demeuraient à Beër-Shéba où Abraham et Isaac avaient séjourné. Comme cela aurait dû leur rappeler la piété, la droiture et la fidélité de ces anciens patriarches qui, eux, ne couraient pas après le gain (voyez dans Genèse 13 et 14, la manière de faire d’Abraham envers Lot et le roi de Sodome) ! Mais ni l’exemple de leur père, ni le souvenir de leurs ancêtres n’agissaient sur leur cœur. Sans doute, les fils de Samuel n’en vinrent là que peu à peu. Mais si nous ne veillons pas sur les penchants de nos cœurs et ne les réprimons pas, ils nous entraînent toujours plus loin dans le mal.

— Mais est-ce que ceux envers qui les fils de Samuel agissaient injustement ne se plaignaient pas ?

— Sans doute, et le mécontentement contre eux devint partout très grand de sorte que tous les anciens d’Israël s’assemblèrent et vinrent vers Samuel, à Rama, et lui dirent : « Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent pas dans tes voies ». Jusque-là c’était bien, mais qu’auraient-ils dû dire ensuite ?

— Ils auraient dû demander à Samuel ce qu’il fallait faire puisqu’il était prophète et il aurait consulté Dieu.

— Tu as raison. Au lieu de cela, ils expriment leur propre volonté, sans s’inquiéter de la pensée de Dieu, ni de Samuel, et disent : « Établis sur nous un roi pour nous juger, comme toutes les nations ».

— Samuel obéit-il à leur demande ?

— Non. Samuel ne pouvait pas obéir à une parole d’homme. Il voulait obéir à Dieu seulement, et la conduite des Israélites l’affligea beaucoup. « Et la chose fut mauvaise aux yeux de Samuel, qu’ils eussent dit : Donne-nous un roi pour nous juger ». Mais Samuel avait une grande ressource dans ses peines, comme dans les dangers et les difficultés. « Et Samuel pria l’Éternel ». Et il nous donne ainsi un bel exemple de ce que plus tard l’apôtre Paul exhortait les chrétiens à faire : « En toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu » (Phil. 4:6). Et l’Éternel répondit à la prière de son serviteur et le consola. Il lui dit : « Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te disent ; car ce n’est pas toi qu’ils ont rejeté, mais c’est moi qu’ils ont rejeté, afin que je ne règne pas sur eux ». En rejetant le prophète serviteur de Dieu, ils rejetaient l’Éternel lui-même (voyez Luc 10:16. Combien c’est une chose solennelle de rejeter et de ne pas écouter les serviteurs du Seigneur. C’est le rejeter lui-même). Ils aimaient mieux avoir à faire à un homme comme eux que de dépendre d’un Dieu saint dont ils oubliaient les soins, la patience et la tendre bonté. C’était un acte de révolte, tout comme de tomber dans l’idolâtrie. Aussi Dieu ajoute-t-il : « Selon toutes les actions qu’ils ont commises, depuis le jour où je les ai fait monter d’Égypte, jusqu’à ce jour, en ce qu’ils m’ont abandonné et ont servi d’autres dieux : ainsi ils font aussi à ton égard ». On voit bien comme Dieu blâmait leur démarche et en était affligé. Mais Dieu avertit toujours l’homme, il nous montre quelles seront les conséquences de notre conduite si nous agissons contrairement à ses pensées. Il dit donc à Samuel : « Écoute leur voix ; seulement tu leur rendras clairement témoignage, et tu leur annonceras le régime du roi qui régnera sur eux ». Et c’est ce que fit Samuel. Il dit au peuple : « Ce sera ici le régime du roi qui régnera sur vous : il prendra vos fils et les mettra pour lui sur son char et parmi ses cavaliers, et ils courront devant son char ; et il les prendra pour s’en faire des chefs de milliers et des chefs de cinquantaines, et pour labourer ses champs, et pour récolter sa moisson, et pour faire ses instruments de guerre et l’attirail de ses chars. Et il prendra vos filles pour parfumeuses et pour cuisinières et pour boulangères. Et il prendra vos champs et vos vignes et vos oliviers, les meilleurs, et les donnera à ses serviteurs ; et il prendra la dîme de vos semences et de vos vignes, et la donnera à ses eunuques et à ses serviteurs ; et il prendra vos serviteurs et vos servantes et vos jeunes hommes d’élite, les meilleurs, et vos ânes, et les emploiera à ses ouvrages ; il dîmera votre menu bétail, et vous serez ses serviteurs ». C’est comme s’il leur avait dit : Vous ne voulez pas pour vous gouverner de la main miséricordieuse de Dieu qui a égard à la faiblesse et qui a tout réglé dans sa Parole afin que vous ne soyez pas accablés ; eh bien, vous aurez pour dominer sur vous la lourde main d’un homme qui ne s’inquiètera pas si vous êtes ou non trop chargés, voir 1 Rois 12:4, et qui ne pensera qu’à lui-même. Et l’Éternel ajouta : « En ce jour-là vous crierez à cause de votre roi que vous vous serez choisi ; mais l’Éternel ne vous exaucera pas, en ce jour-là ».

— C’était bien bon à Dieu de les avertir ainsi.

— Oui, et qu’auraient-ils dû faire ? Écouter cet avertissement, n’est-ce pas, s’humilier et demander à Dieu de les conduire comme il Lui conviendrait. Combien nous serions heureux si nous suivions toujours cette parole de Salomon : « Mon fils, ne méprise pas l’instruction de l’Éternel (Proverbes 3:11). Les Israélites n’écoutèrent pas la voix de Samuel qui était celle de Dieu, et répondirent avec obstination : « Non, mais il y aura un roi sur nous, et nous serons, nous aussi, comme toutes les nations ». C’était bien mal à eux, car Dieu les avait pris du milieu des nations et les en avait séparés pour qu’ils soient à Lui, « le peuple de sa possession » (Deut. 4:20), « un peuple qui lui appartienne en propre, d’entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre » (Deut. 7:6). Et ils méconnaissaient ce grand privilège et voulaient être comme les autres nations. On voit combien leur péché était grand. Eh bien, le chrétien n’agit pas mieux qu’eux quand il se conforme aux mœurs, au langage, aux coutumes du monde (Romains 12:2).

— Qu’est-ce que Dieu dit à Samuel après que le peuple ait ainsi manifesté sa mauvaise volonté ?

— Il les laissa suivre leur propre chemin et dit à Samuel : « Écoute leur voix, et établis sur eux un roi ». C’est à cela que se rapportent les paroles du prophète Osée : « Je t’ai donné un roi dans ma colère » (Osée 13:11). Les pauvres Israélites devaient faire la triste expérience que ce n’était pas d’avoir un roi qui les rendrait plus heureux. Il n’y a de bonheur que dans une volonté humblement soumise à Dieu.

 

 

2                        Histoire des rois d’Israël. Saül

2.1   Le choix de Saül et son onction — 1 Samuel 9

Bonne Nouvelle  1890 n°8

Samuel, après avoir entendu les paroles de l’Éternel qui lui disait d’établir un roi sur Israël, renvoya le peuple et attendit que Dieu lui montrât qui il avait désigné pour occuper cette haute position. Samuel n’avait pas la prétention de faire quelque chose sans être conduit de Dieu. Et nous avons à l’imiter. L’Éternel répondit à son attente, et nous allons voir de quelle manière.

Il y avait un jeune homme de la tribu de Benjamin, nommé Saül, qui était d’une beauté remarquable, plus grand de toute la tête qu’aucun autre Israélite. Ce sont des qualités qui frappent les yeux des hommes. Mais quel était le caractère de Saül ? La suite de son histoire vous le montrera, mais je crois pouvoir déjà vous dire qu’il y avait chez lui une grande volonté propre et si, par la grâce de Dieu, cette volonté n’est pas brisée, il en résulte toujours de tristes conséquences. Je ne serais pas non plus étonné que Saül eût pensé que ce serait bien beau si lui était nommé roi. Les jeunes gens se laissent aisément aller à des imaginations ambitieuses. Mais il est plus heureux de n’avoir d’autre ambition que de connaître et de servir Dieu.

Le père de Saül se nommait Kis. Un jour, on vint lui annoncer que ses ânesses s’étaient perdues. C’étaient un grand dommage pour lui, aussi envoya-t-il immédiatement son fils Saül avec un serviteur pour les chercher. Après trois jours de recherches inutiles, Saül dit à son serviteur : « Viens, et retournons-nous-en, de peur que mon père n’ait cessé de penser aux ânesses, et qu’il ne soit en peine de nous » (1 Sam. 9:5). Mais Dieu mit au cœur du serviteur une bonne pensée. « Voici, je te prie, il y a un homme de Dieu dans cette ville, et c’est un homme considéré ; tout ce qu’il dit arrive infailliblement : allons-y maintenant, peut-être nous enseignera-t-il le chemin par lequel nous devons aller » (v. 6). N’était-ce pas une bonne idée ? Nous devrions toujours agir ainsi : consulter Dieu pour savoir ce que nous avons à faire quand nous nous trouvons dans l’embarras. Mais, direz-vous, il n’y a plus de prophètes. Non, mais nous avons la parole de Dieu et la prière.

Cet homme de Dieu dont parlait le serviteur sans le connaître, était Samuel. Saül approuva le conseil de son serviteur et dit : « Tu dis bien, allons », et ils se dirigèrent vers la ville. En y montant, ils rencontrèrent des jeunes filles qui sortaient pour puiser de l’eau. « Le voyant (c’est-à-dire le prophète) est-il ici ? » leur demandèrent-ils. « Oui », dirent les jeunes filles, « il y est ; le voilà devant toi : hâte-toi maintenant, car aujourd’hui il est venu à la ville, parce que le peuple a aujourd’hui un sacrifice sur le haut lieu » (v. 11-12). Saül et son serviteur se dirigèrent donc vers la ville, et comme ils y entraient, Samuel en sortait pour se rendre au haut lieu où l’on offrait le sacrifice.

Saül ignorait totalement ce qui allait lui arriver et qui était celui qu’il rencontrait. Il n’en était pas ainsi de Samuel. Le jour avant que Saül vint, l’Éternel lui avait dit : « Demain, à cette heure, je t’enverrai un homme du pays de Benjamin, et tu l’oindras pour être prince sur mon peuple Israël, et il sauvera mon peuple de la main des Philistins : car j’ai regardé mon peuple, car son cri est parvenu jusqu’à moi » (v. 16).

Nous apprenons plusieurs choses dans ces paroles de l’Éternel. En premier lieu, c’est que les Philistins opprimaient de nouveau le peuple de Dieu. Pourquoi ? Vous vous rappelez, n’est-ce pas, qu’aussi longtemps que Samuel avait jugé Israël, la main de l’Éternel avait été sur les Philistins et qu’ils n’avaient rien pu faire contre les Israélites. Mais les fils de Samuel n’avaient pas suivi les traces de leur père, les Israélites aussi avaient cessé de s’attendre à leur Dieu, et la conséquence était que les ennemis du peuple avaient repris le dessus. Ah ! chers lecteurs, quand nous cédons au mal et que nous cessons d’être soumis à Dieu, le diable en prend occasion pour dominer sur nous (Jacq. 4:7).

Les Philistins avaient mis des garnisons dans les lieux forts du pays et leur pouvoir était devenu si grand qu’ils avaient interdit à aucun forgeron de s’établir dans le pays d’Israël, afin que le peuple ne pût se procurer des armes. Même pour faire réparer les instruments aratoires, il fallait que les Israélites aillent chez les Philistins. C’était une tyrannie sans pareille qui nous montre jusqu’où ils étaient tombés. Les Philistins, maîtres ainsi du pays, envoyait des bandes d’hommes armés s’emparer des récoltes et ravager les campagnes, et les pauvres Israélites sans armes ne pouvaient se défendre. Dans leur détresse ils avaient crié à l’Éternel et, bien que l’Éternel eût à leur reprocher d’avoir voulu un roi pour les délivrer, et qu’ils n’eussent pas mis leur confiance en Lui seul, il eut cependant compassion d’eux et voulu bien se servir de ce roi même pour être l’instrument de leur délivrance : « Il sauvera mon peuple de la main des Philistins », dit Dieu.

Ne voyons-nous pas en cela, chers lecteurs, la merveilleuse miséricorde et la grâce de Dieu envers ceux-là même qui l’ont offensé ? Et cela ne nous rappelle-t-il pas que Dieu, pour une délivrance infiniment plus grande, a donné son Fils bien-aimé ? L’ange dit à Joseph : « Tu appelleras son nom Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés » (Matt. 1:21). Les Philistins pouvaient faire souffrir les Israélites sur la terre, mais les péchés attirent sur le pécheur une condamnation éternelle.

Reprenons notre histoire. Quand Samuel aperçut Saül, l’Éternel lui dit : « Voilà l’homme dont je t’ai parlé ». Au même moment, Saül approchant de Samuel, lui demanda : « Je te prie, montre-moi où est la maison du voyant ». « Moi, je suis le voyant », répondit Samuel « monte devant moi au haut lieu, et vous mangerez avec moi aujourd’hui, et le matin je te laisserai aller ». Ne pensez-vous pas que Saül dût être fort surpris d’une semblable invitation ? Mais Samuel ajouta : « Et je te déclarerai tout ce qui est dans ton cœur » (1 Sam. 9:17-19). Je me demande, chers lecteurs, si vous aimeriez que l’on déclare et mette à nu tout ce que est dans votre cœur ? Il y aurait bien des mauvaises choses, n’est-ce pas ? Et Dieu qui découvrait à Samuel tout ce qui était dans le cœur de Saül, ne voit-il pas ce qui est dans le vôtre ? (Lisez le Psaume 139 et Rom. 2:16).

Qu’y avait-il dans le cœur de Saül ? Il était sans doute préoccupé de la commission dont son père l’avait chargé et au sujet de laquelle il était venu consulter le prophète. À cet égard, Samuel le rassure : « Et quant aux ânesses que tu as perdues, il y a aujourd’hui trois jours, n’en sois pas en peine, car elles sont trouvées ». Puis il ajoute quelque chose qui dut faire tressaillir Saül, en lui montrant que le prophète savait ce qu’il avait peut-être caressé dans son cœur : « Vers qui est [tourné] tout le désir d’Israël ? N’est-ce pas vers toi et vers toute la maison de ton père ? » (1 Sam. 9:20). Saül répondit avec humilité : « Ne suis-je pas Benjaminite, de la plus petite des tribus d’Israël ? et ma famille n’est-elle pas la moindre de toutes les familles de la tribu de Benjamin ? » (v. 21). Mais ne pensez-vous pas qu’au fond de son cœur, Saül fut flatté d’avoir été choisi pour régner su Israël ? Je le crois, car notre cœur naturel aime à être au-dessus des autres, et je suis sûr que chacun de vous le sait.

Samuel donna à Saül la première place au festin et fit mettre devant lui une portion qu’il avait fait réserver pour lui, sachant bien que Dieu accomplirait sa parole. Quel changement déjà ! Saül occupe la première place dans un festin présidé par un prophète ! Samuel emmena ensuite le jeune homme chez lui et le conduisit sur le toit en terrasse de la maison. Là, Samuel parla avec Saül. Sur quels sujets ? Ah ! ce ne pouvait être que des choses que Samuel avait à cœur : la gloire de l’Éternel et le bien de son peuple. Ils passèrent la nuit sur le toit, comme c’est souvent la coutume dans ces pays chauds. Le matin, à l’aurore, Samuel appela Saül et ils partirent ensemble. Lorsqu’il furent au bout de la ville, Samuel, ayant fait passer en avant le serviteur de Saül, dit à celui-ci : « Arrête-toi maintenant, et je te ferai entendre la parole de Dieu » (v. 27).

C’était pour le jeune homme un moment solennel. Et n’est-ce pas aussi toujours pour nous bien sérieux quand nous entendons la parole de Dieu ? Oh ! comme nos oreilles devraient y être attentives ! Et quelle était la parole de Dieu pour Saül ? Samuel prit une fiole d’huile, la versa sur la tête de Saül, le baisa et lui dit : « L’Éternel ne t’a-t-il pas oint pour prince sur son héritage ? » (1 Sam. 10:1). L’héritage de Dieu, c’est son peuple. Dès ce moment, Saül, fils de Kis, était devant Dieu et pour Samuel, le roi d’Israël. Nous verrons une autre fois comment Saül fut présenté au peuple. Dieu l’avait tiré de son obscure condition pour l’élever à la plus haute dignité. Quel honneur n’était-ce pas, en effet, que d’être appelé à gouverner et conduire le peuple de Dieu ?

Dieu ne nous appelle pas, chers lecteurs, à occuper une place élevée dans ce monde. Il nous fait entendre sa parole pour nous tirer de notre misérable condition de péché et nous amener à Jésus, afin que nous soyons sauvés. Et si nous écoutons et croyons sa parole, nous sommes dès à présent enfants de Dieu et cohéritiers de Christ, et le temps viendra où nous régnerons avec lui. N’est-ce pas un honneur et une gloire infiniment supérieurs à ce que Saül reçut ? Et cela est pour le plus faible enfant de Dieu qui croit au Sauveur.

 

 

2.2   Avertissements donnés à Saül et son intronisation — 1 Samuel 10

Bonne Nouvelle  1890 n° 9

Saül avait donc été oint roi sur Israël, d’après le choix de l’Éternel. Mais, sauf Samuel et lui, personne ne le savait. Il devait maintenant être présenté au peuple.

Avant que Saül ne quittât le prophète, celui-ci lui annonça plusieurs choses qui devaient lui arriver ce jour-là. « En t’en allant aujourd’hui d’avec moi », lui dit-il, « tu trouveras deux hommes près du sépulcre de Rachel, sur la frontière de Benjamin, à Tseltsakh, et ils te diront : Les ânesses que tu étais allé chercher sont trouvées ; et voici, ton père a oublié l’affaire des ânesses, et il est en peine de vous » (1 Sam. 10:2). C’était la première chose.

« Et de là tu passeras plus loin », continua Samuel, « et tu viendras au chêne de Thabor ; et là te trouveront trois hommes qui montent vers Dieu à Béthel, l’un portant trois chevreaux, l’autre portant trois gâteaux de pain, et l’autre portant une outre de vin. Et ils te demanderont comment tu te portes, et ils te donneront deux pains, et tu les prendras de leurs mains » (v. 3-4). C’était le deuxième signe.

« Après cela », dit le prophète, « tu viendras au coteau de Dieu, où sont des postes des Philistins ; et il arrivera qu’en entrant là, dans la ville, tu rencontreras une troupe de prophètes descendant du haut lieu, ayant devant eux un luth, un tambourin, une flûte, et une harpe, et eux-mêmes prophétisant. Et l’Esprit de l’Éternel te saisira, et tu prophétiseras avec eux, et tu seras changé en un autre homme » (v. 5-6). C’était le troisième signe.

Maintenant, qu’est-ce que Dieu voulait enseigner à Saül par ces choses ? C’était un enseignement très important pour lui et dont il aurait toujours dû se souvenir pour jouir de la bénédiction de Dieu.

C’est près du sépulcre de Rachel que Saül rencontre les hommes qui lui font part de l’inquiétude de son père à son sujet. Saül était un descendant de Benjamin, second fils de Rachel, et dernier enfant de Jacob. Rachel était morte presque aussitôt après la naissance de Benjamin. En mourant elle avait donné à son fils le nom de Benoni, ce qui veut dire « fils de ma douleur ». Mais Jacob avait changé son nom en celui de Benjamin, c’est-à-dire « fils de ma droite », ou de ma force (Gen. 35:16-20). Le sépulcre de Rachel devait rappeler à Saül, maintenant élevé à la dignité royale et devenu ainsi « fils de la droite », qu’il n’était qu’un homme comme les autres, « un fils de douleur ».

Que voulait dire sa rencontre avec les trois hommes qui montait à Béthel pour adorer Dieu ? D’une part, c’était pour lui remettre en mémoire les scènes merveilleuses qui s’étaient passées à Béthel, la maison de Dieu. Là, l’Éternel avait promis solennellement à Jacob fugitif de lui donner le pays de Canaan et lui avait dit : « Je te garderai partout où tu iras, … car je ne t’abandonnerai pas » (Gen. 28:10-15). Saül avait ainsi devant les yeux la bonté et la fidélité de l’Éternel envers son peuple. Ces trois hommes qui allait adorer Dieu à Béthel, l’endroit où Jacob avait dressé un autel (Gen 35:1-7), montraient à Saül que, dans ces jours difficiles où était le peuple, il y avait des cœurs fidèles qui se souvenaient de Dieu. Et c’était d’eux que Saül recevait la nourriture pour le fortifier dans le chemin. Cela devait lui enseigner à rechercher en Israël, pour l’appui de son royaume, ceux qui s’attachaient à l’Éternel. Hélas ! le pauvre Saül, comme nous le verrons plus loin, ne comprit pas ou oublia les leçons de Dieu.

Mais ensuite vint une circonstance qui devait lui rappeler le triste état du peuple sous la domination de l’ennemi. Il allait passer au coteau de Dieu où étaient les postes des Philistins. Les Philistins, ennemis d’Israël, possédaient la terre que Dieu lui avait donnée ! C’était bien douloureux et humiliant. Et à quoi était appelé un roi d’Israël ? N’était-ce pas à délivrer le peuple ? Oui, mais par quelle force Saül pouvait-il le faire ? Non point par la sienne, mais par celle de Dieu. Voila pourquoi Samuel annonçait à Saül que l’Esprit de Dieu le saisirait et qu’il serait changé en un autre homme. Sans ce secours tout puissant, quelle que fût la force et la beauté de Saül, ainsi que l’énergie de son caractère, il ne pouvait rien. Et nous, pouvons-nous servir Dieu et combattre Satan ? Non, nous ne sommes vainqueurs que par le Seigneur.

Samuel ajouta : « Et lorsque ces signes te seront arrivés, tu feras ce qui se présentera à toi ; car Dieu est avec toi » (1 Samuel 10:7). Quelle précieuse assurance pour David, n’est-ce pas ? Mais rappelez-vous que Dieu n’est avec nous que dans le chemin d’obéissance. Saül avait tout ce qu’il fallait pour accomplir sa tâche de roi ; mais il devait rester soumis à la parole du prophète qui était celle de Dieu et qui devait le diriger. Et voici ce que Samuel lui commanda : « Et tu descendras devant moi à Guilgal ; et voici, je descendrai vers toi pour offrir des holocaustes et sacrifier des sacrifices de prospérités ; tu attendras sept jours, jusqu’à ce que je vienne vers toi, et je te ferai savoir ce que tu devras faire ». C’était l’épreuve de l’obéissance, nous verrons comment il la rencontra.

Tous les signes annoncés par Samuel arrivèrent à Saül ce jour-là. Grand fut l’étonnement de ceux qui le connaissaient quand ils le virent prophétiser. « Qu’est-il donc arrivé au fils de Kis ? » disaient-ils ; « Saül aussi est-il parmi les prophètes ? ». Saül ne leur dit rien de ce qui lui était survenu, ni même à son oncle de l’affaire du royaume quand il lui demande : « Déclare-moi ce que vous a dit Samuel » ? Il répond simplement : « Il nous a déclaré expressément que les ânesses étaient trouvées ». Jusqu’à ce que Dieu lui-même le fit connaître, c’était un secret entre Lui, Samuel et Saül. Ce dernier ne se montre-t-il pas ici sous un beau jour ? Combien de jeunes gens, à sa place, n’auraient rien eu de plus pressé que de proclamer l’honneur qui leur aurait été fait !

Mais le moment était venu de dire au peuple le choix de l’Éternel. Samuel convoqua donc le peuple à Mitspa, lieu qui devait rappeler aux Israélites la grande délivrance que, quelques années auparavant, Dieu leur avait accordée (1 Samuel 7). Mais avant tout, l’Éternel voulait encore une fois faire appel à leur cœur et leur faire sentir leur ingratitude, et Il leur adresse des paroles touchantes par la bouche de Samuel : « Moi, j’ai fait monter Israël hors d’Égypte, et je vous ai délivrés de la main des Égyptiens et de la main de tous les royaumes qui vous opprimaient ». Un roi, un homme, si grand fût-il, aurait-il pu faire cela ? L’Éternel avait été pour eux un libérateur et un protecteur. N’aurait-il pas dû toujours leur suffire ? Puis l’Éternel continue : « Et vous, aujourd’hui, vous avez rejeté votre Dieu, lui qui vous a sauvés de tous vos maux et de toutes vos détresses, et vous lui avez dit : Non, mais établis un roi sur nous ». Ne vous semble-t-il pas que le peuple aurait dû être touché et dire : Éternel nous ne voulons pas d’autre Roi que toi ? ». Mais notre pauvre cœur naturel est ingrat. Il oublie les bontés de Dieu, ses délivrances, et cherche plutôt les secours humains. Les Israélites ne répondent rien, et Samuel leur dit : « Tenez-vous devant l’Éternel, selon vos tribus et selon vos milliers », c’est-à-dire que chaque tribu, et chaque famille dans les tribus, se rassemblent à part.

Il fallait que la main de Dieu seule se fit voir dans cette circonstance si solennelle. Aussi Samuel ne dit pas aux Israélites : C’est Saül, fils de Kis, que l’Éternel a choisi comme roi, mais il fit approcher successivement les tribus d’Israël pour les présenter au choix de l’Éternel. L’Éternel désigna la tribu de Benjamin, puis dans cette tribu la famille de Matri, et enfin dans cette famille, Saül fils de Kis. Le choix de Dieu était clairement indiqué. On chercha donc Saül, mais sans le trouver. Ici encore apparaît à nos yeux un beau trait du caractère de Saül : il ne se met pas en avant bien qu’il sût que l’Éternel l’avait élu. Ne le trouvant pas, on consulta l’Éternel qui dit : « Voici, il s’est caché parmi les bagages ». On courut le chercher et on l’amena au milieu du peuple. Là, le jeune homme parut avec tous ses avantages de stature et de beauté : « Il était plus grand que tout le peuple, depuis les épaules en haut ». Et Samuel dit : « Voyez-vous celui que l’Éternel a choisi ? Il n’y en a point comme lui dans tout le peuple ». Et tout le peuple, satisfait d’avoir un roi selon son désir et qui avait tout ce qui plaît aux yeux et au cœur naturel, s’écria : « Vive le roi ! ». Mais croyez-vous qu’en tout cela il y eût beaucoup de cœur pour Dieu ? Le peuple était satisfait pour lui-même, le désir de son cœur était accompli, il pouvait se glorifier dans son roi, mais Dieu était mis de côté. Combien il est triste que les circonstances extérieures, quand elles plaisent à notre cœur naturel, nous fassent oublier Dieu !

Samuel, toujours occupé du bien du peuple et conduit par l’Éternel, dit aux Israélites « le droit du royaume », c’est-à-dire les droits et les obligations réciproques du roi et du peuple, ce que nous appelons de nos jours une constitution, « et il l’écrivit dans un livre, et le posa devant l’Éternel ». L’Éternel était ainsi le témoin de ce à quoi s’engageaient le roi et le peuple.

Le royaume d’Israël était ainsi fondé. Il avait eu pour origine une faute grave du peuple — il avait rejeté l’Éternel. Mais la miséricorde et la compassion de Dieu sont au-dessus de toutes ses œuvres et, selon ses pensées et ses desseins de grâce, la bénédiction devait venir plus tard par le moyen du roi. Non point par Saül cependant, celui qui plaisait au peuple par des avantages extérieurs, mais par le roi selon le cœur de Dieu, David, et plus tard par le glorieux fils de David, le Christ, le Seigneur Jésus.

Samuel congédia le peuple, et Saül aussi s’en retourna dans sa maison à Guibha. Il n’y revint pas seul. « Et la troupe de ceux dont Dieu avait touché le cœur alla avec lui ». Mais en même temps, il commença à faire l’expérience des difficultés de sa position royale. De méchants hommes le méprisèrent et ne le reconnurent pas. Ils dirent : « Comment celui-ci nous sauverait-il ? … Et ils ne lui apportèrent point de présent ». Et cela dut être sensible au cœur du jeune roi. Toutefois, il usa de patience ; « et il fit le sourd ».

 

 

2.3   Saül, ses premier pas dans la royauté — 1 Samuel 11

Bonne Nouvelle 1890 n° 10 pages 208 à 213.

Saül, élu roi d’Israël, était retourné à l’endroit où il habitait. Il n’y avait point alors de capitale du pays, comme le fut plus tard Jérusalem. Vous pourriez penser, chers lecteurs, que Saül éleva un palais et s’entoura de gardes et de soldats. Mais non ; il était encore simple de cœur ; il reprit ses occupations habituelles et continua à labourer ses terres, comme tout autre Israélite. Il attendait que Dieu lui montrât ce qu’il aurait à faire, comme Samuel le lui avait dit : « Tu feras ce qui se présentera à toi ; car Dieu est avec toi » (1 Sam. 10:7).

L’occasion ne tarda pas à venir. Il y avait deux peuples qui habitaient à l’est du pays que Dieu avait donné aux enfants d’Israël en deçà du Jourdain. C’étaient les Ammonites et les Moabites, descendants de Lot, le neveu d’Abraham, et par conséquent proches parents des Israélites. Mais ceux-ci n’eurent pas de pires ennemis. Dieu avait défendu aux fils d’Israël, quand ils se dirigeaient vers Canaan, d’attaquer soit les Moabites, soit les Ammonites, Deut. 2:9, 19-20. Mais nous voyons, par le livre des Juges, que ceux-ci ne firent pas faute, lorsqu’ils en eurent l’occasion, de combattre et d’opprimer Israël (Jug. 3:12, 14 ; 10:6-9). Il est vrai que Dieu le permettait pour châtier son peuple quand celui-ci se détournait de Lui ; mais cela n’excusait pas la haine que ces peuples portaient à Israël. C’étaient du reste des idolâtres. Les Moabites adoraient Kemosh et les Ammonites l’affreuse idole Moloc, à laquelle on offrait des enfants que l’on brûlait vifs (1 Rois 11:7 ; 2 Rois 23:10). Les prophètes renferment quantité de prédictions contre ces deux peuples et annoncent leur ruine totale (Soph. 2:8-11 ; Jér. 48:49). Leur nom, en effet, a disparu de la terre, car la parole de Dieu a toujours son accomplissement.

Au temps de Saül, comme au temps de Jephté, les Ammonites voulurent profiter de la faiblesse des Israélites pour les attaquer. Ils vinrent assiéger la ville de Jabès, dans le pays de Galaad, qui s’étendait le long du Jourdain. Ce n’était plus le temps où les Israélites assiégeaient leurs ennemis et voyaient les murailles tomber devant eux (Jos. 6). Ils étaient assiégés à leur tour et sans force pour se défendre. Et d’où venait cela ? De leur infidélité envers Dieu.

Serrés de près par Nakhash, le chef des Ammonites, les hommes de Jabès lui dirent : « Fais alliance avec nous, et nous te servirons » (1 Sam. 11:1). Quelle honte pour ceux qui étaient du peuple de l’Éternel de vouloir faire alliance avec des idolâtres et de devenir leurs serviteurs ! Mais voilà où leur péché les avait réduits. Le péché rend l’homme esclave du diable (1 Jean 3:8).

Nakhash les traita avec mépris. Dans sa réponse, il joignit l’insulte à la cruauté : « Je traiterai avec vous », dit-il, « à la condition que je vous crève à tous l’œil droit et que j’en mette l’opprobre sur tout Israël » (1 Sam. 11:2). C’était les rendre impropres à la guerre, et ensuite c’était dire : « Les Israélites ne se sont pas souciés de leurs frères et n’ont pas su les délivrer ». Vous voyez comme c’était en effet mettre l’opprobre sur tout Israël, car le peuple de Dieu était un, et toucher aux uns, c’était toucher aux autres.

Que devait faire les habitants de Jabès ? S’adresser à l’Éternel, n’est-ce pas ? Il ne nous est pas dit s’ils le firent, mais l’Éternel eut compassion d’eux et montra à Nakhash qu’Israël était toujours son peuple et qu’il ne voulait pas laisser mettre cet opprobre sur lui. Il mit au cœur des habitants de Jabès d’adresser un appel à tout Israël. « Et les anciens de Jabès lui dirent : Donne-nous un délai de sept jours, et nous enverrons des messagers dans tous les confins d’Israël ; et s’il n’y a personne qui nous sauve, alors nous sortirons vers toi » (v. 3).

Les messagers partirent, laissant leurs pauvres concitoyens dans l’angoisse et la crainte. Viendrait-on ou non à leur secours, pouvaient-ils se dire ? Et n’est-ce pas une vive image du pécheur qui voit sa misère mais ne connaît pas la voie du salut ? Rien ne nous est dit du voyage des messagers jusqu’à ce qu’ils viennent à Guibha où demeurait Saül et y apportèrent la triste nouvelle du sort qui menaçait Jabès. En les entendant, le peuple de Guibha ne répondit que par des larmes. Point de courage, point de force pour aider leurs pauvres frères ! Ah, chers lecteurs, un homme ne peut sauver un autre ; Dieu seul le peut (Ps. 49:7-9) !

Mais Saül, où était-il ? Il était aux champs. Et comme il revenait derrière ses bœufs, il entendit les gémissements du peuple. « Qu’a donc le peuple, pour qu’ils pleurent ? » (1 Sam. 11:5). Et on lui raconta les paroles des hommes de Jabès. Alors il se souvint qu’il était roi d’Israël, « un autre homme » que le Saül d’autrefois, qu’il avait à faire ce qui se présenterait devant lui, que « Dieu était avec lui » et l’avait choisi pour délivrer son peuple.

L’Esprit de Dieu le saisit et une sainte colère s’embrasa en lui contre les ennemis d’Israël. Il prit une paire de bœufs qu’il coupa en morceaux, puis il envoya des messagers partout en Israël pour dire : « Celui qui ne sortira pas après Saül et après Samuel, on fera ainsi à ses bœufs » (v. 7). L’Éternel agit dans les cœurs des Israélites qui vinrent en foule se rassembler autour de Saül. Il se vit à la tête d’une armée de 300 000 hommes. Les messagers de Jabès furent renvoyés avec cet heureux message : « Demain vous serez délivrés, quand le soleil sera dans sa chaleur » (v. 9). Imaginez le soulagement des pauvres habitants de Jabès. Ils se réjouirent, et nous le comprenons bien. Mais quel soulagement plus grand et quelle joie plus vive éprouve le pécheur accablé sous la crainte du jugement et à qui est apportée la bonne nouvelle du salut : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé » (Actes 16:31). Avez-vous connu ce bonheur, cher lecteur ?

Les habitants de Jabès dirent aux Ammonites : « Demain nous sortirons vers vous, et vous nous ferez selon tout ce qui sera bon à vos yeux » (v. 10). Voyez-vous le contraste frappant ? Les habitants de Jabès attendent avec confiance la délivrance qui approche ; se confiant dans leur force, les Ammonites aussi attendent le moment d’assouvir leur cruauté, ne se doutant pas que c’est la destruction qui va fondre sur eux. Ainsi, chers lecteurs, le Seigneur Jésus, « offert une fois pour porter les péchés de plusieurs, apparaîtra une seconde fois, sans péché, à salut à ceux qui l’attendent » (Héb. 9:28), tandis que, pour le monde, « quand ils diront : « Paix et sûreté », alors une subite destruction viendra sur eux, comme les douleurs sur celle qui est enceinte, et ils n’échapperont point » (1 Thes. 5:3).

C’est ce qui arriva aux Ammonites. Dieu était avec Saül et lui donna la sagesse et la vaillance nécessaire à un général d’armée. Il divisa ses troupes en trois corps, qui enveloppèrent les Ammonites et, de grand matin, inopinément, ils pénétrèrent dans le camp et frappèrent leurs ennemis jusqu’à la chaleur du jour. Ceux qui ne furent pas tués furent dispersés, de sorte qu’il n’en resta pas deux ensemble. Les habitants de Jabès étaient délivrés, et nous verrons plus tard, dans l’histoire de Saül, combien ils lui restèrent dévoués. Ainsi, chers lecteurs, un cœur qui connaît le salut opéré par Christ n’a pas de plus grand désir désormais que de servir le Sauveur. Vous voyez aussi qu’ainsi tout Israël échappa à l’opprobre que le méchant Nakhash voulait lui infliger. Le salut était pour tout le peuple. L’Éternel avait aussi mis son approbation sur Saül reconnu aux yeux de tous comme roi, et le peuple le comprit bien. Il dit à Samuel : « Qui est-ce qui a dit : Saül régnera-t-il sur nous ? Livrez ces hommes, et nous les ferons mourir » (1 Sam. 11:12). Ils auraient bien mérité la mort pour avoir méprisé l’oint de l’Éternel, mais Saül s’y opposa et, oubliant l’injure et avec une grande générosité de cœur dit : « On ne fera mourir personne en ce jour, car l’Éternel a opéré aujourd’hui une délivrance en Israël » (v. 13). Nous voyons que Saül ne s’attribue en rien la gloire de la victoire, mais la rapporte à Dieu. En tout cela, il agit selon la pensé de Dieu, et nous donne un bel exemple.

Alors Samuel dit au peuple : « Venez, et allons à Guilgal, et nous y renouvellerons la royauté » (v. 14). C’était un endroit bien choisi, car c’était là qu’au temps de Josué le peuple revenait toujours après ses victoires. Cela rappelait à Israël cet heureux temps et devait l’encourager. L’Éternel avait montré qu’il n’abandonnait pas son peuple. Les Israélites allèrent donc à Guilgal et, avec de grandes réjouissances et des sacrifices de prospérité offerts à l’Éternel, ils confirmèrent la royauté à Saül devant l’Éternel.

Les premiers temps de Saül avaient été heureux.

 

 

2.4   Samuel se démet de ses fonctions de juge — 1 Samuel 12

Bonne Nouvelle 1890 pages 222 à 228.

Comme nous l’avons vu, chers lecteurs, la royauté avait été confirmée à Saül, à Guilgal, après sa victoire sur les Ammonites. Samuel prit occasion de ce rassemblement du peuple pour se démettre publiquement de ses fonctions de juge. Saül, qui avait jusqu’alors agi de concert avec Samuel, devait désormais, comme roi, avoir toute la responsabilité de ses actes. Cependant Samuel restait, au milieu d’Israël, le prophète, la bouche de Dieu.

C’était pour les Israélites un moment très sérieux. Ils allaient vivre sous un nouveau régime qu’ils avaient choisi, mais où ils ne pourraient pas échapper au devoir d’obéir à l’Éternel qui conservait tous ses droits sur eux. C’est ce que leur rappela Samuel, en prenant congé d’eux comme juge. Le discours très touchant qu’il leur adressa nous fait voir combien il avait à cœur la gloire de l’Éternel et le bien de son peuple, deux choses qui caractérisent tous les vrais serviteurs de Dieu. À ce propos, je vous engage, chers lecteurs, à comparer ce discours avec celui que Paul adresse aux anciens de l’église d’Éphèse, en prenant congé d’eux en Actes 20.

Samuel commença en faisant appel aux Israélites relativement à son service. « J’ai marché », dit-il, « devant vous depuis ma jeunesse jusqu’à ce jour » (1 Sam. 12:2). Depuis le moment où « tout Israël… sut que Samuel était établi prophète de l’Éternel » (1 Sam. 3:20), sa vie n’avait rien eu de caché ; chacun avait pu juger de ses actions. « Me voici », continue-t-il, « témoignez contre moi, devant l’Éternel et devant son oint (Saül). De qui ai-je pris le bœuf ? ou de qui ai-je pris l’âne ? ou à qui ai-je fait tort ? à qui ai-je fait violence ? ou de la main de qui ai-je pris un présent pour que par lui j’eusse fermé mes yeux ? et je vous le rendrai » (12:3). Et que répond le peuple à qui toute la vie du prophète était bien connue ? « Et ils dirent : Tu ne nous as point fait tort, et tu ne nous as point fait violence, et tu n’as rien pris de la main de personne » (12:4). Quel beau témoignage n’est-ce pas ? Quelle vie irréprochable ! C’est là ce qui glorifie Dieu, chers lecteurs. Si vous vous dites chrétiens, vous avez à marcher de manière à ne jeter aucun blâme sur l’évangile, mais, comme Paul le disait même à de pauvres esclaves, à orner « en toutes choses l’enseignement qui est de notre Dieu Sauveur » (Tite 2:6-10). Et c’est ce que cet apôtre lui-même faisait. Il jouissait du témoignage de sa conscience qu’il s’était conduit dans le monde « avec simplicité et sincérité de Dieu, non pas avec une sagesse charnelle, mais par la grâce de Dieu » (2 Cor. 1:12). Voilà comment nous aussi, nous avons à nous conduire.

Mais revenons à Samuel. Il rappela aux Israélites toute la bonté et la fidélité de l’Éternel envers eux, malgré leurs nombreuses rébellions. « Il vous délivra de la main de vos ennemis tout autour », dit-il, « et vous avez habité en sécurité » (1 Sam. 12:11). Puis il leur fait sentir l’ingratitude et le manque de confiance envers l’Éternel que témoignait leur demande d’un roi : « Et vous avez vu que Nakhash, roi des fils d’Ammon, venait contre vous, et vous m’avez dit : Non, mais un roi régnera sur nous, — et l’Éternel, votre Dieu, était votre roi » (v. 12). Ils avaient plus confiance en un homme qu’en Dieu. C’est, hélas, ce que nous sommes tous enclins à faire, et ce que Dieu blâme (Jér. 17:5). Samuel en appelle à l’Éternel pour confirmer ses paroles : « Aussi, tenez-vous là maintenant, et voyez cette grande chose que l’Éternel va opérer devant vos yeux. N’est-ce pas aujourd’hui la moisson des froments ? » (pendant laquelle, dans ces contrées, il n’y a pas de pluies) « Je crierai à l’Éternel, et il enverra des tonnerres et de la pluie ; et vous saurez et vous verrez que le mal que vous avez fait est grand aux yeux de l’Éternel, d’avoir demandé un roi pour vous » (1 Samuel 12:16-17). Et l’Éternel confirma la parole de son serviteur en envoyant des tonnerres et de la pluie de sorte que le cœur des Israélites fut rempli de crainte. Ils dirent au prophète : « Prie l’Éternel, ton Dieu, pour tes serviteurs, afin que nous ne mourions point ; car, à tous nos péchés, nous avons ajouté ce mal d’avoir demandé un roi pour nous » (v. 19). Cette confession, arrachée par la crainte venait trop tard. Il leur aurait mieux valu ne pas suivre leur propre volonté et plutôt écouter et suivre les conseils de Samuel qui les avait engagés à ne pas vouloir un roi et rester sous la royauté de l’Éternel. Rien n’est plus fatal, chers lecteurs, que de vouloir faire prévaloir sa propre volonté.

Toutefois l’Éternel eut compassion de son peuple. Il consentit à éprouver son obéissance sous ce nouveau régime. Faites bien attention à ce que je vais vous dire, chers lecteurs. Toute l’histoire que la Bible nous présente jusqu’à la venue du Seigneur Jésus est celle de l’homme pécheur, enfant d’Adam, que Dieu met à l’épreuve pour voir si de lui peut sortir quelque chose de bon. Avant le déluge, bien qu’ayant la connaissance de Dieu par ses œuvres, les hommes s’étaient corrompus et adonnés à la violence de telle manière que Dieu dut les détruire. Après le déluge, les descendants de Noé se livrèrent à l’idolâtrie. Alors Dieu se choisit un peuple, dépositaire de sa connaissance et de ses promesses, et il lui donna une loi. Mais à peine le peuple d’Israël a-t-il reçu cette loi, qu’il la transgresse en se faisant une idole. Dieu usa de patience et conduisit les Israélites en Canaan. Tout ce qu’il leur demandait était d’obéir à ce qu’il leur prescrivait dans le Deutéronome, leur promettant de les bénir s’ils étaient fidèles. Ils n’étaient pas depuis longtemps dans le bon pays, que déjà ils se livraient à l’idolâtrie. Dieu les châtia à diverses reprises en les livrant à leurs ennemis. Quand ils se repentaient, il les délivrait par le moyen des Juges. Mais vous voyez par là, chers lecteurs, que tous les essais sont vains. Dieu a beau faire en plaçant l’homme dans les meilleures conditions pour qu’il obéisse, il échappe toujours. C’est un cœur rebelle que le sien. Il ne veut pas se soumettre à Dieu. Connaissez-vous ce cœur-là ? Je serais bien étonné que vous ne le connaissiez pas car c’est le vôtre comme le mien. N’en n’avez-vous pas fait souvent l’expérience ? Que faire donc de ce mauvais cœur, de cette mauvaise nature ? L’améliorer ? C’est impossible ; « Ce qui est né de la chair est chair », a dit le Seigneur (Jean 3:6). On peut revêtir de beaux habits, mais cela ne la change pas. Il faut qu’elle prenne fin, et cela ne se peut que par la mort. Faut-il donc que nous attendions de n’être plus dans ce corps pour en avoir fini avec ce méchant cœur ? Non, chers lecteurs. Devant Dieu, la mauvaise nature a pris fin à la croix. « Sachant ceci », dit l’apôtre, « que notre vieil homme a été crucifié avec lui » (Jésus) (Rom. 6:6). Là elle a été jugée et condamnée et Dieu ne nous condamne plus à cause d’elle. Quoi, direz-vous ! Ma mauvaise nature est morte ? Oh, non ! Nous ne le savons que trop que notre mauvais cœur est toujours là. Mais si nous croyons au Seigneur Jésus, non seulement nos péchés sont pardonnés, mais nous recevons une nouvelle nature qui, celle-là, n’aime pas le péché mais qui au contraire se plaît aux choses de Dieu. Alors Dieu nous dit : Tenez-vous pour morts au péché, ne l’écoutez plus ; mais vivez selon la nouvelle nature dans les choses qui me plaisent. Et comment pouvons-nous faire cela ? Par la grâce de Dieu, par la puissance de son Saint Esprit en nous.

Dieu fait donc un nouvel essai avec le peuple d’Israël. C’est comme s’il lui disait : Eh bien, nous verrons si cela ira mieux avec un roi. Mais je ne puis me départir de mes droits. Avec un roi, comme sans roi, il faut que vous obéissiez : « Ne vous détournez pas de l’Éternel, et servez l’Éternel de tout votre cœur » (1 Sam. 12:20). Et cette obéissance, Dieu la demande de tous, chrétiens ou non. Seulement, si l’homme veut obéir en s’appuyant sur ses propres forces, il fera bientôt l’expérience de son impuissance. Mais quand on est à Christ, on obéit par amour et avec joie. Ce n’est plus la loi, mais la grâce. Nous l’aimons parce qu’il nous a aimés le premier, et il a dit : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements » (Jean 14:15).

Samuel termine en disant : « Mais si vous vous adonnez au mal, vous périrez, vous et votre roi » (v. 25). Les Israélites ont-ils été fidèles avec un roi à leur tête ? Non. Cette nouvelle épreuve a montré une fois de plus que le cœur naturel de l’homme est incurablement mauvais (Jér. 17:9). Les enfants d’Israël, leurs rois en tête, sont allés après des faux dieux comme leur histoire le montre ; et cette même histoire nous fait voir aussi que la menace de l’Éternel a eu son effet. Israël et son roi ont péri. Toute désobéissance attire le châtiment sur le coupable, car Dieu est vrai et juste. N’est-ce pas bien sérieux ?

Cependant, avant de terminer, Samuel adresse aux Israélites deux paroles bien encourageantes et propres à toucher leur cœur, si le cœur naturel pouvait être touché. D’abord il leur dit : « Car l’Éternel, à cause de son grand nom, n’abandonnera point son peuple, parce que l’Éternel s’est plu à faire de vous son peuple » (1 Sam. 12:22). Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentir (Rom. 11:29). Il s’est plu à choisir un peuple du milieu des nations pour qu’il fût à Lui. Il maintiendra, à cause de son grand nom et pour sa gloire, ce qu’il a décidé de faire pour Israël. Maintenant, Israël est abaissé, rejeté, dans la poussière ; mais l’Éternel, le Dieu fidèle, ne l’abandonne pas. Il le rétablira bientôt (lisez Ésaïe 54:7-8 ; Jér. 31).

En second Lieu, Samuel promet au peuple de ne pas l’oublier. « Quant à moi aussi, loin de moi que je pèche contre l’Éternel, que je cesse de prier pour vous ; mais je vous enseignerai le bon et le droit chemin » (1 Sam. 12:23). Que manquait-il aux Israélites ? Ils avaient l’assurance que l’Éternel ne les abandonnerait pas, ils avaient l’intercession de Samuel que Dieu venait d’exaucer d’une manière si remarquable et ils avaient l’enseignement du prophète de Dieu pour connaître le bon et le droit chemin. Que leur restait-il à faire ? C’était de marcher dans ce chemin. « Craignez l’Éternel, et servez-le en vérité, de tout votre cœur » dit Samuel (v. 24).

Chers amis, Dieu n’est-il pas pour nous ? Veut-il nous abandonner ? Certes, non (Rom 8:31 ; Héb. 13:5-6). Et ne savons nous pas que nous avons un grand Intercesseur qui prie pour nous (Héb. 7:25) ? Et n’avons-nous pas pour nous instruire et nous conduire, la parole et la voix du bon Berger ? Que nous reste-t-il à faire ? Marcher d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à tous égards.

 

 

2.5   La première faute — 1 Samuel 13

Bonne Nouvelle 1891 n°1 — pages 22 à 27

 

Après sa victoire sur les Ammonites, Saül ne retourna pas chez lui vaquer à ses travaux, comme il l’avait fait quand il avait été élu roi. Il se choisit trois mille hommes d’Israël dont il garda deux mille auprès de lui à Micmash et sur la montagne de Béthel. Il laissa les mille autres à Guibha sous le commandement de son fils Jonathan. Le reste de l’armée fut renvoyé chacun dans sa demeure.

Vous vous demandez pourquoi Saül resta ainsi sous les armes avec une partie des Israélites. C’est que les Philistins, ces ennemis acharnés du peuple de Dieu, dominaient de nouveau sur lui. Leurs garnisons occupaient des lieux forts dans le pays de Benjamin et en descendaient pour ravager le pays. Or Saül se rappelait qu’il avait été choisi par l’Éternel pour délivrer son peuple de la main des Philistins. Voilà la raison pour laquelle il était sur ses gardes et attendait une occasion d’attaquer les ennemis d’Israël.

Ce ne fut pas lui, mais Jonathan qui commença l’attaque. Jonathan était un jeune homme courageux et rempli de confiance en l’Éternel. C’est ce qui faisait sa force, comme c’est aussi la nôtre. Il frappa le poste des Philistins qui était à Guéba, et la nouvelle en fut portée au pays des Philistins. La guerre était ainsi déclarée, et Saül se hâta d’avertir tout le peuple de se rassembler auprès de lui. Pour cela, il fit sonner de la trompette dans tout le pays disant : « Que les Hébreux entendent ! ». Quelle chose étrange que Saül se serve du nom d’Hébreux pour désigner le peuple de Dieu ! C’était le nom que les autres nations lui donnaient parce qu’ils descendaient d’Héber, ancêtre d’Abraham (Genèse 10:14-27). Mais le nom que Dieu donne à son peuple, c’est Israël, le nom qu’il donna à Jacob. Saül avait donc tort de se servir d’un terme qui mettait le peuple de Dieu au rang des nations du monde. Il avait été oint prince, non sur les Hébreux mais « sur mon peuple Israël » comme l’avait dit l’Éternel. Aussi l’Écriture ajoute-t-elle tout de suite après la proclamation de Saül : « Et tout Israël ouït dire : Saül a frappé le poste des Philistins, et aussi Israël est détesté par les Philistins ». Lorsque Moïse parlait au Pharaon, il disait : « Voici ce que dit l’Éternel, le Dieu des Hébreux » parce que, pour le Pharaon, c’était leur nom. Mais lorsqu’il s’agissait du peuple, c’est : « Parle aux fils d’Israël ».

Le peuple d’Israël se rassembla à Guilgal auprès de Saül. C’est là qu’était le rendez-vous pour la guerre, comme au temps de Josué. Samuel avait dit à Saül : « Tu descendras devant moi à Guilgal ; et voici, je descendrai vers toi pour offrir des holocaustes et sacrifier des sacrifices de prospérités ; tu attendras sept jours, jusqu’à ce que je vienne vers toi, et je te ferai savoir ce que tu devras faire » (1 Samuel 10:8). L’ordre était clair et Saül l’avait bien compris. C’était le commandement de l’Éternel par la bouche de son prophète. Ce que Dieu nous commande est toujours clair ; rappelez-vous-le !

Les Philistins, de leur côté, n’étaient pas restés oisifs. Ils s’assemblèrent pour faire la guerre contre Israël et mirent sur pied des forces considérables : trente mille chars de guerre, six mille cavaliers, et un peuple nombreux comme le sable de la mer. Les Israélites avaient, plus d’une fois, eu à faire avec des ennemis aussi nombreux et aussi redoutables, et Dieu leur avait donné la victoire. Guilgal devait le leur rappeler. Au temps de Samuel, ils avaient battu les Philistins. De plus, ils avaient maintenant un roi comme ils l’avaient demandé, et ce roi venait de remporter une grande victoire sur les Ammonites. Malgré cela, les pauvres Israélites furent saisis de crainte. Les uns se cachèrent dans les cavernes, les rochers, les lieux forts et les fosses ; d’autres, que l’Écriture appelle des Hébreux parce qu’en quittant le pays ils n’agissaient pas en vrais fils d’Israël confiants en leur Dieu, passèrent le Jourdain et se réfugièrent au pays de Gad et de Galaad. Même ceux qui restaient avec Saül ne le suivaient qu’en tremblant.

D’où venait cette frayeur ? Simplement de ce que les Israélites n’avaient pas confiance en l’Éternel, leur Dieu. Le secret pour être fort contre nos ennemis, c’est de « se fortifier dans le Seigneur ». Mais pour cela, il faut avoir une bonne conscience, et c’est ce qui manquait à ces pauvres Israélites. Ils avaient fait leur propre volonté en demandant un roi au lieu d’être heureux d’avoir l’Éternel pour Roi, et maintenant, dans le danger, ils ne voient en Saül qu’un homme faible comme eux et qui, malgré sa beauté et sa haute stature, ne peut les délivrer. David dit : « Le cheval est une chose vaine pour sauver, et il ne délivre point par la grandeur de sa force. Voici, l’œil de l’Éternel est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui s’attendent à sa bonté, pour délivrer leur âme de la mort » (Psaume 33:17-19). Bienheureux auraient été les Israélites s’ils avaient pu dire : « Notre âme s’attend à l’Éternel ; il est notre aide et notre bouclier. Car notre cœur se réjouira en lui, puisqu’en son saint nom nous avons mis notre confiance » (v. 20-21). Puissiez-vous le dire pour vous-mêmes.

Jusqu’ici, Saül avait agi comme il le devait. Il était resté ferme et sans crainte à son poste. Mais maintenant vient l’épreuve de son obéissance. Il devait attendre Samuel sept jours à Guilgal, et voilà qu’un jour, deux jours se sont écoulés, et Samuel n’est pas venu ! Le septième jour est arrivé, et le prophète n’est pas là ! La petite troupe autour de Saül diminuait de plus en plus. C’était bien éprouvant, n’est-ce pas ? Mais le prophète avait dit : « Je descendrai vers toi », la chose était positive, et Saül aurait dû attendre jusqu’à la dernière minute de la dernière heure du septième jour. Cela aussi aurait été de la confiance en Dieu.

Hélas ! Saül ne sut pas attendre. Voyant que ses hommes se dispersaient, il suivit sa propre pensée et transgressa l’ordre de Dieu, tout en se figurant qu’il faisait bien. Il dit : « Amenez-moi l’holocauste et les sacrifices de prospérité ». Et il offrit l’holocauste ce qui ne lui appartenait nullement car Samuel avait dit : « Je descendrai vers toi pour offrir des holocaustes ». La désobéissance de Saül était consommée, et le châtiment ne se fait pas attendre. Comme il achevait d’offrir l’holocauste, Samuel arriva. « Qu’as-tu fait ? » demanda le prophète au roi qui s’avançait pour le saluer. Cette question aurait dû faire rentrer Saül en lui-même, et ce qu’il aurait eu à faire c’était de s’humilier en reconnaissant sa faute. Au lieu de cela, comme Adam autrefois, il cherche à s’excuser. Le cœur de l’homme se montre toujours le même, n’est-ce pas ? N’avez-vous pas souvent agi comme Adam et Saül ?

Je voudrais placer devant vous les excuses de Saül en cherchant à vous en montrer la faiblesse. « Parce que je voyais que le peuple se dispersait d’auprès de moi » — qu’importait cela si Dieu restait près de lui, et lui près de Dieu ? « Et que tu ne venais pas au jour assigné » — ce jour n’était pas encore terminé ; « et que les Philistins étaient assemblés à Micmash » — qu’avait-il à craindre, le bras de Dieu était-il raccourci pour les retenir ? « J’ai dit » — voici le moi ; j’ai dit et non pas Dieu a dit. « Maintenant les Philistins descendent contre moi à Guilgal », — qu’en savait-il ? c’était une crainte humaine ; « et je n’ai pas supplié l’Éternel » — l’acte religieux sans l’obéissance a-t-il aucune valeur aux yeux de Dieu ? « Et je me suis fait violence et j’ai offert l’holocauste », c’est-à-dire finalement : j’ai désobéi.

Mais rien ne peut excuser la désobéissance. Rappelez-vous bien cela et ne vous laissez jamais entraîner, sous aucun prétexte, quelque plausible qu’il paraisse, à enfreindre le commandement de Dieu, et de vos parents et maîtres. Saül doit maintenant écouter sa sentence, car Dieu ne peut laisser l’homme enfreindre impunément ce qu’il a prescrit. Et cela est vrai de l’homme converti comme de l’inconverti. Le Seigneur Jésus a été l’homme parfaitement obéissant, et nous avons à marcher sur ses traces.

Samuel fait entendre à Saül ces paroles sévères : « Tu as agi follement, tu n’as pas gardé le commandement de l’Éternel, ton Dieu ». Vous voyez comment Dieu envisage la désobéissance : c’est pour lui une folie. Samuel continue et dénonce le jugement que Dieu prononce sur Saül : « Maintenant l’Éternel aurait établi ton règne pour toujours sur Israël ; et maintenant ton règne ne subsistera pas ». Cela ne veut pas dire encore que Saül cesserait d’être roi, mais qu’il ne laisserait pas son trône à quelqu’un de ses enfants, et cela dut lui être très douloureux. Puis Samuel ajoute : « L’Éternel s’est cherché un homme selon son cœur, et l’Éternel l’a établi prince sur son peuple, car tu n’as pas gardé ce que l’Éternel t’avait commandé ». Qui est cet homme selon le cœur de Dieu ? Nous apprendrons à le connaître plus tard. C’est David, le type du Seigneur Jésus qui fut parfaitement selon le cœur de Dieu.

Telle fut la première faute du premier roi d’Israël, et ses terribles conséquences. Que Dieu vous donne un cœur soumis et obéissant ; c’est ce qui est selon son cœur.

 

2.6   Jonathan délivre Israël — 1 Samuel 14

Bonne Nouvelle 1891 n° 2, pages 45 à 49.

Les malheureux Israélites, bien qu’ayant maintenant un roi, étaient dans un très triste état. Les Philistins étaient campés dans leur pays, occupant des lieux forts d’où descendaient des bandes de pillards qui ravageaient le pays. Saül n’avait auprès de lui que six cents hommes, et encore ils n’avaient point d’armes de guerre. Saül et Jonathan seuls en avaient. Les Philistins dominaient avec une telle tyrannie qu’ils ne permettaient pas qu’un seul forgeron s’établisse chez les Israélites de peur que ceux-ci ne fabriquent des armes. Quelle faiblesse et quelle honte pour le peuple de Dieu d’en être réduit là !

Mais c’est dans la faiblesse, l’impuissance et la misère de son peuple que Dieu montre sa miséricorde envers lui et déploie sa force en sa faveur. Il suscite des hommes de foi pour le délivrer. Il y avait alors en Israël un de ces hommes. Ce n’était pas Saül dont nous avons vu la première faute, c’était un jeune homme, Jonathan, qui mettait sa confiance en l’Éternel, le Dieu d’Israël.

Le poste avancé des Philistins se trouvait dans un endroit élevé, où l’on n’avait accès que par un chemin très escarpé entre deux pointes de rochers. Sans faire connaître son dessein à personne d’autre qu’à celui qui portait ses armes, Jonathan lui dit : « Passons jusqu’au poste de ces incirconcis ». Il donnait ce nom aux Philistins en contraste avec les Israélites, le peuple de Dieu. Les incirconcis étaient les ennemis du peuple de Dieu.

‘Peut-être », dit ensuite Jonathan, « que l’Éternel opérera pour nous, car rien n’empêche l’Éternel de sauver, avec beaucoup ou avec peu [de gens] » (1 Samuel 14:6). Comme vous le voyez, Jonathan ne comptait pas sur sa force et son courage, mais uniquement sur l’Éternel qui peut opérer des merveilles avec les plus faibles instruments. Jonathan se souvenait peut-être de Shamgar qui, avec un aiguillon à bœufs, tua six cents Philistins, et de Samson qui en tua mille avec une mâchoire d’âne. Pourquoi l’Éternel ne lui donnerait-il pas la même force ? Le Dieu d’Israël n’avait pas changé. Et en effet, Dieu est toujours le même pour délivrer celui qui se confie en Lui.

Le jeune serviteur de Jonathan était animé des mêmes sentiments que son maître : « Fais tout ce qui est dans ton cœur », lui dit-il ; « va où tu voudras, voici, je suis avec toi selon ton cœur ». Ne trouvez-vous pas bien belle la position de ce serviteur ? Eh bien, c’est celle que nous devrions avoir pour Christ, être toujours selon le cœur de ce précieux Sauveur pour le suivre partout.

Mais Jonathan avait aussi de la sagesse. Il ne voulait pas faire un pas sans être bien sûr que c’était selon Dieu. Au lieu de se lancer aveuglément dans son entreprise, il dit à son serviteur : « Voici, nous allons passer vers ces hommes et nous nous montrerons à eux. S’ils nous disent ainsi : Tenez-vous là jusqu’à ce que nous vous joignions, alors nous nous tiendrons à notre place, et nous ne monterons pas vers eux ; et s’ils disent ainsi : Montez vers nous, alors nous monterons, car l’Éternel les aura livrés en notre main ; et ce sera pour nous le signe ». Et c’est ce qui arriva. En voyant ces deux Israélites, les Philistins, avec un souverain mépris, dirent : « Voici les Hébreux qui sortent des trous où ils se sont cachés ». Et comme pour se moquer d’eux, confiants dans leur nombre et dans leur force et ne supposant pas que ces hommes oseraient bouger, ils ajoutèrent : « Montez vers nous, et nous vous ferons savoir quelque chose ». Ils ne se doutaient pas que leurs paroles attireraient sur eux le châtiment de l’Éternel.

Jonathan avait maintenant l’assurance que Dieu lui ouvrait le chemin. Plein de courage et de confiance il dit à son serviteur : « Monte après moi, car l’Éternel les a livrés en la main d’Israël ». Jonathan ne cherchait pas sa propre gloire mais le bien d’Israël. Il s’oubliait lui-même pour ne penser qu’à son peuple. Et c’est ce qui plaît à Dieu qui a donné à Jonathan une place glorieuse dans son livre.

Les deux vaillants jeunes hommes se mirent donc à grimper des mains et des pieds. C’était bien difficile et dangereux. Une seule pierre lancée par l’ennemi aurait suffi pour les briser. Mais l’Éternel était leur bouclier ; les ennemis étaient frappés d’aveuglement et bientôt le furent de stupeur. Quand Jonathan fut arrivé en haut, sa seule présence glaça d’épouvante les Philistins qui tombèrent devant lui. Son serviteur n’avait qu’à les tuer. L’Éternel avait répondu à la confiance que Jonathan avait en Lui. « Oh ! Bienheureux l’homme qui se confie en toi, Éternel des armées ! »

Mais le résultat fut bien plus grand encore. Ce que l’Éternel avait commencé par Jonathan pour délivrer son peuple, il l’acheva. À l’ouïe de l’exploit de Jonathan, l’épouvante se répandit dans le camp des fiers Philistins. Eux aussi se souvinrent peut-être des défaites qu’autrefois un seul homme leur avait infligées, et dans leur effroi, virent dans Jonathan un autre Samson. Ils se mirent à fuir dans le plus grand désordre et, hors de sens, se prenant les uns les autres pour des ennemis, ils s’entretuaient.

Les sentinelles de Saül, à Guibha, s’aperçurent de cette déroute et Saül, sans en connaître la cause, assembla le peuple et se mit à la poursuite des Philistins. Le désordre et la confusion augmentaient chez ceux-ci. Des Hébreux infidèles à leur Dieu et à leur pays s’étaient joints à eux quand ils semblaient les plus forts, mais maintenant, les voyant fuir, ils se tournèrent contre eux, et ceux des Israélites qui s’étaient cachés dans la montagne, apprenant la défaite de leurs ennemis, accoururent prêter leur concours à Saül et Jonathan. Ce fut une grande victoire que l’Éternel accorda à la foi de Jonathan. Nous verrons une autre fois le grand danger que courut Jonathan, non de la part des Philistins, mais de la part de son propre père, et comment Dieu le délivra.

En attendant, nous voyons comment, nous aussi, nous pouvons vaincre. Nous n’avons pas à combattre des ennemis de chair et de sang, mais Satan et le monde avec leurs pièges et leurs tentations. Comment serons-nous vainqueurs ? Le chemin peut paraître bien escarpé, les ennemis bien puissants, mais l’apôtre dit : « Je puis tout par celui qui me fortifie ». « Nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés ». C’est Christ, Celui qui fortifie et qui aime. Que ce soit donc sur Lui que nous nous appuyions. Ayons bon courage, le Chef de notre salut a vaincu le monde et le diable. Devant Lui, l’ennemi s’enfuira ; si nous sommes avec Lui, nous serons vainqueurs.

 

 

2.7   Jonathan en danger de mort — 1 Samuel 14:23-46

Bonne Nouvelle 1891 n°3 – pages 68 à 74.

Le fidèle et courageux Jonathan fut en danger de mort, mais il en fut délivré. Et chose remarquable, ce ne furent pas les Philistins qui menacèrent sa vie, mais son propre père. Que c’est étrange, n’est-ce pas ?

Saül, avant de poursuivre les Philistins en déroute, avait voulu consulter l’Éternel. C’était une bonne pensée, mais avoir de bonnes pensées ne suffit pas, il faut les mettre à exécution. C’est ce que Saül ne fit pas. Comment consultait-on Dieu ? C’était le souverain sacrificateur qui remplissait cette sainte fonction et donnait la réponse divine. Il la recevait de Dieu au moyen des Urim et des Thummim placés sur le pectoral (Exode 28:30 ; Lévitique 8:8) ; mais nous ignorons de quelle manière Dieu donnait la réponse. Saül voulant consulter Dieu dit au souverain sacrificateur de faire approcher l’arche qui était avec eux, dans le camp. Mais voyant le tumulte augmenter au camp des Philistins, il craignit sans doute de les laisser échapper et pensa pouvoir se passer de la direction divine. Il arrêta donc le sacrificateur. Pauvre Saül ! Ce fut une première faute qui eut de tristes conséquences. Il croyait peut-être bien faire, mais le peut-on quand on n’a pas cherché à connaître la volonté de Dieu ? Non !

Saül continua à suivre ses propres pensées. Il crut qu’il lui fallait poursuivre l’ennemi sans relâche et, sans tenir compte des besoins du peuple et de la fatigue qu’il pourrait éprouver, il lui fit faire un serment en disant : « Maudit soit l’homme qui mangera du pain, jusqu’au soir, et [jusqu’à ce] que je me sois vengé de mes ennemis ». C’était prononcer la sentence de mort contre quiconque violerait le serment. Était-ce la gloire de l’Éternel ou bien d’Israël que recherchait Saül en faisant cela ? Non, c’était pour se venger complètement de ses ennemis. Il en faisait une affaire personnelle, bien différent en cela de Jonathan. C’est une grande faute d’agir comme Saül. Quand on combat ou que l’on travaille pour Dieu, il faut que ce soit toujours sans penser à nous-mêmes, ni à nos propres intérêts.

Jonathan s’était mêlé aux Israélites pour poursuivre les Philistins. Étant absent, il ignorait le serment que son père avait fait prêter au peuple. Fatigué et affamé plus qu’aucun autre puisqu’il avait combattu depuis plus longtemps, il vit en passant dans une forêt du miel déposé dans un arbre par des abeilles sauvages. Il prit un peu de ce miel, le mangea et se trouva restauré. Mais un de ceux qui étaient auprès de lui, lui dit : « Ton père a fait expressément jurer le peuple, en disant : Maudit soit l’homme qui mangera du pain aujourd’hui ! et le peuple était fatigué » (Le pain désigne une nourriture quelconque, voyez Luc 14:1). À cela Jonathan répondit : « Mon père a troublé le pays. Voyez donc comme mes yeux ont été éclaircis parce que j’ai goûté un peu de ce miel ! Qu’eût-ce été, si le peuple avait aujourd’hui mangé du butin de ses ennemis qu’il a trouvé ? Maintenant la défaite des Philistins n’aurait-elle pas été plus grande ? » C’est peut-être vrai, mais Jonathan avait-il raison de parler ainsi de son père devant le peuple ? Non et cela pour deux raisons : il manquait de respect à son père en le blâmant, et donnait au peuple un mauvais exemple. Les parents peuvent se tromper, mais ce n’est pas aux enfants de le relever devant les autres. Ce serait agir comme Cham à l’égard de Noé, son père (Genèse 9:20-27). Jonathan n’aurait-il pas mieux fait de dire simplement : Je suis fâché de ce que j’ai fait, mais c’était par ignorance, puis de donner au peuple l’exemple de l’obéissance ? Assurément. Dans sa manière d’agir il donne un exemple à éviter et cela est bien important de nos jours où l’on voit un si grand esprit d’indépendance chez les jeunes gens.

Après avoir poursuivi les Philistins durant toute la journée, sans oser prendre aucune nourriture à cause du serment de Saül, vous comprenez que les Israélites étaient très fatigués. Le soir venu ils s’arrêtèrent pour prendre du repos. Ils étaient maintenant déliés du serment et, affamés comme ils étaient, ils se jetèrent sur le menu et gros bétail pris aux Philistins, égorgèrent les bêtes sur le sol et se mirent à en manger la chair avec le sang. C’était une chose positivement défendue, non seulement par la loi de Moïse (Lév. 3:17 ; Deut. 12:16), mais aussi après le déluge (Gen. 9:4) car l’Éternel avait dit que le sang c’est la vie, et que la vie Lui appartient. Mais les Israélites fatigués et affamés oublièrent la prescription divine.

C’était bien une conséquence du serment irréfléchi de Saül ; cependant, quand il apprit ce que le peuple faisait, il en fut très peiné et dit : « Vous avez agi infidèlement ». Puis il fit rouler une grande pierre et donna l’ordre que l’on vint égorger là, devant lui, les bêtes que l’on voulait manger. On les tuait sur la pierre et on laissait le sang s’écouler par terre (Deutéronome 12:24).

Ensuite Saül éleva un autel à l’Éternel. C’était une bonne chose, sans doute ; Saül avait sujet d’être reconnaissant envers Dieu mais, aussitôt après, nous le voyons agir de sa propre volonté. « Descendons de nuit après les Philistins, et pillons-les jusqu’à la lumière du matin, et n’en laissons pas un homme de reste ». C’était bien d’un habile capitaine de poursuivre de nuit des ennemis effrayés, mais était-ce la volonté de Dieu ? C’est là la question que le roi établi sur le peuple de Dieu aurait dû se poser d’abord. Car sans l’approbation de Dieu, Israël même victorieux aurait pu être mis en déroute par les Philistins vaincus. Il l’aurait même été certainement parce qu’il y avait dans le camp quelqu’un qui avait contrevenu au serment (voyez Josué 7).

Heureusement l’Éternel veillait sur son peuple. Il voulait que tout fût mis en lumière, la faute de Jonathan comme celle de Saül en imposant au peuple un serment téméraire. Le sacrificateur dit : « Approchons-nous ici de Dieu ». C’était pour le consulter. Mais quand Saül eut demandé à Dieu : « Descendrai-je après les Philistins ? Les livreras-tu en la main d’Israël ? » Dieu ne lui répondit pas. Saül comprit tout de suite que quelqu’un devait avoir désobéi et dit aux principaux du peuple de chercher quel était le coupable, ajoutant : « Si c’était Jonathan, mon fils, il mourra certainement ». Paroles bien sévères et qui semblent cruelles venant de la bouche d’un père. Encore ici, Saül aurait dû attendre ce que Dieu lui-même prononcerait. C’était de nouveau s’engager témérairement.

Le peuple connaissait bien le coupable mais, par affection pour Jonathan, personne ne le dénonça. Et Jonathan, qu’aurait-il dû faire ? Confesser sa faute. Tel était son chemin devant Dieu qui dit dans sa parole : « Celui qui cache ses transgressions ne prospérera point, mais celui qui les confesse et les abandonne obtiendra miséricorde » (Proverbes 28:13). Oui, que la crainte du châtiment ne vous porte jamais à cacher une faute. Le pauvre Jonathan n’en fit rien. Alors Saül, pour découvrir le coupable, eut recours à un moyen que l’on employait autrefois et par lequel on pensait connaître la volonté de Dieu. C’était de jeter le sort entre le peuple d’un côté et Jonathan de l’autre. Mais avant de le faire, Saül pria l’Éternel de diriger le sort (Prov. 16:33), et le peuple échappa. C’était donc maintenant entre Saül et Jonathan, et Jonathan fut pris. Il ne pouvait en être autrement car Dieu est véritable et juge justement au milieu de son peuple. Il ne faut pas penser que maintenant nous ayons à consulter Dieu par le sort pour connaître sa volonté. Nous apprenons cette volonté par sa parole, en vivant près de Lui dans la soumission et l’humilité, et par son Esprit qui nous guide (Col. 1:9-10). Les apôtres jetèrent le sort pour choisir celui qui devait remplacer Judas mais c’était avant la venue du Saint Esprit.

Quel moment ce dut être pour Jonathan ! « Déclare-moi ce que tu as fait », dit Saül à Jonathan. Le voilà obligé de confesser sa faute : « Je n’ai fait que goûter un peu de miel avec le bout du bâton que j’avais à la main, [et] voici, je meurs ! ». La faute lui semble légère et de plus elle était involontaire, et il lui faut mourir ! Mais devant Dieu, une faute est une faute. Saül avait placé lui, le peuple et Jonathan sous la loi d’un serment, il ne pouvait se dédire. La loi de Moïse, c’est-à-dire de l’Éternel, lui faisait une obligation de tenir son serment (Nombres 30:3 ; Deut. 13:21-23). Il doit donc prononcer lui-même la sentence de mort sur Jonathan : « Que Dieu [me] fasse ainsi, et ainsi y ajoute, si tu ne meurs certainement, Jonathan ! » Cela paraît cruel, n’est-ce pas ? Mais c’est que la loi ne pardonne pas, la sentence doit être exécutée sans acception de personnes (Romains 2:11).

Pauvre Jonathan ! Comment échappera-t-il si son père même le condamne impitoyablement ? L’Éternel déploya alors sa miséricorde, et mit au cœur du peuple de prendre sa défense. Il entra ainsi dans les pensées de Dieu qui ne veut pas la mort du pécheur et qui peut faire grâce. Le peuple dit à Saül : « Jonathan, qui a opéré cette grande délivrance en Israël, mourra-t-il ? Qu’ainsi n’advienne ! L’Éternel est vivant, s’il tombe à terre un des cheveux de sa tête ! car il a opéré avec Dieu aujourd’hui ». Ainsi le peuple reconnaissant et appréciant la foi de Jonathan et voyant en lui l’instrument dont Dieu s’était servi pour abattre les ennemis d’Israël, s’opposa à ce qu’il mourût. C’était Dieu qui avait tout dirigé pour cela. Mais, si l’Écriture nous parle encore quelquefois de Jonathan, et nous le montre avec un cœur toujours chaud et dévoué ce n’est plus comme délivrant Israël. Cela était réservé à un autre.

 

 

2.8   Saül rejeté — 1 Samuel 15

Bonne Nouvelle 1891 n° 4 – Pages 89 à 96.

C’est une triste histoire que celle de Saül. Commencée brillamment, elle se termine de la manière la plus lamentable. Nous avons vu que la propre volonté caractérisait ce premier roi d’Israël ; c’est aussi ce qui nous caractérise tous comme enfants d’Adam. « La chair », dit l’apôtre Paul, « ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas » (Romains 8:7). La grâce seule et la puissance de l’Esprit de Dieu en nous peuvent la dompter.

Une dernière désobéissance formelle de Saül fit que l’Éternel le rejeta définitivement. Si nous lisons Exode 17, nous y trouverons que, tandis que les Israélites cheminaient tranquillement dans le désert, ils furent attaqués traîtreusement par les Amalékites, peuple très ancien qui habitait au sud du pays de Canaan. Josué, à la tête d’une troupe d’hommes d’élite et soutenu par l’intercession de Moïse, repoussa cette agression et l’Éternel prononça cette sentence contre les Amalékites : « J’effacerai entièrement la mémoire d’Amalek de dessous les cieux ». Cette menace fut réitérée dans la prophétie de Balaam et dans les ordres que Moïse donna aux Israélites avant qu’ils entrent en Canaan (Nombres 24:20, Deutéronome 25:17-19).

Près de quatre cents ans s’étaient écoulés depuis ce moment. Les Amalékites étaient toujours un peuple nombreux, et avaient même été, au temps des Juges, parmi les oppresseurs d’Israël (Juges 6:3, 33). On aurait pu croire que les menaces de Dieu ne s’exécuteraient pas. Mais le Seigneur Jésus, en annonçant les jugements qui doivent un jour frapper le monde, a dit : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Matt. 24:35). Dieu n’oublie ni ses paroles, ni ses menaces. Il est patient, mais le temps vient où la sentence contre les méchants doit s’exécuter (2 Pierre 3:9-10). Ce temps était arrivé pour les Amalékites, comme il arrivera aussi certainement pour le monde incrédule (1 Thess. 5:3).

Un jour donc Samuel vint trouver Saül et lui dit : « Ainsi dit l’Éternel des armées : J’ai considéré ce qu’Amalek a fait à Israël, comment il se plaça contre lui sur le chemin quand il montait d’Égypte. Va maintenant, et frappe Amalek, et vous détruirez entièrement tout ce qui est à lui, et tu ne l’épargneras pas, mais tu feras mourir les hommes et les femmes, les enfants et ceux qui tètent, les bœufs et les moutons, les chameaux et les ânes ». Quel jugement terrible ! Image de celui qui est réservé aux hommes impies quand la terre et les œuvres qui sont en elle seront brûlées entièrement !

Remarquons combien l’ordre donné à Saül était positif et complet. Nous verrons comment Saül l’exécuta, mais auparavant il se passa un fait montrant que, si Dieu se souvient de ses menaces contre les méchants, il se rappelle aussi le bien fait à son peuple, et qu’il épargne et bénit ceux qui l’ont secouru. On peut lire à ce sujet Matthieu 25:31-46. Parmi les Amalékites demeuraient les Kéniens qui étaient les descendants de Hobab, beau-père de Moïse, qui avait accompagné les Israélites quand ils sortirent d’Égypte, et leur avait servi de guide dans le désert (Nombres 10:29-32 ; Juges 1:16). L’Éternel ne voulait pas qu’ils soient frappés avec les Amalékites. Aussi, quand Saül eut rassemblé l’armée des Israélites, il fit dire aux Kéniens de se retirer du milieu des Amalékites de peur d’être détruits avec ceux-ci. Ainsi Dieu épargnera aux derniers jours le résidu fidèle qui devra se tenir séparé des méchants (Apocalypse 18:4).

Ensuite Saül, à la tête de son armée, marcha contre les Amalékites et les frappa dans toute l’étendue de leur territoire, et détruisit tout le peuple au tranchant de l’épée. Mais là s’arrêta son obéissance à la parole de Dieu. Lui et le peuple épargnèrent Agag, roi d’Amalek, ainsi que le meilleur du menu et du gros bétail. Ils ne détruisirent entièrement que ce qui était misérable, chétif et de peu de valeur. Était-ce là obéir à la parole de Dieu ? Non, Dieu veut une obéissance complète. De la loi il est dit que si quelqu’un manque en un seul point, eût-il gardé tout le reste, il est coupable comme s’il l’avait toute violée (Jacques 2:10). Saül et le peuple désobéirent de concert. Le peuple estimait sans doute dommage de détruire tous ces beaux troupeaux et d’être privé de butin, et Saül les laissa faire. Saül voulait orner son triomphe en emmenant vivant le roi vaincu, et le peuple ne s’y opposa pas. Mais en tout cela, Saül était responsable comme chef du peuple, il n’aurait pas dû permettre la désobéissance, ni la favoriser par son exemple. Mais, comme il le dit lui-même : « J’ai craint le peuple et j’ai écouté leur voix ». Il craignit les hommes plus que Dieu, c’était de l’incrédulité, et une désobéissance flagrante en fut la conséquence.

Dieu ne pouvait pas laisser à la tête de son peuple un roi qui ne donnait pas l’exemple de l’obéissance, et il le fit savoir à Samuel. « Je me repens », dit l’Éternel, « d’avoir établi Saül pour roi ; car il s’est détourné de moi et n’a point exécuté mes paroles ». Comme c’est sérieux de se détourner de Dieu pour suivre sa propre volonté ! Peut-on être heureux dans ce chemin-là ? Non, certainement, et Saül en fit l’amère expérience.

Samuel aimait Saül et fut très affligé d’apprendre qu’il avait désobéi à l’Éternel. Toute la nuit, il pria Dieu pour ce malheureux roi ; puis de bon matin, il se leva pour aller le trouver. Saül s’était rendu à Guilgal. C’était là qu’après sa victoire sur les Ammonites, le peuple l’avait acclamé une seconde fois comme roi, au milieu de grandes réjouissances, et c’est là que Samuel va lui apporter les sévères paroles et la sentence de l’Éternel.

Samuel vint donc vers Saül qui lui dit : « Béni sois-tu de l’Éternel ! J’ai exécuté la parole de l’Éternel ». Il se hâte de parler comme pour excuser d’avance sa désobéissance ; mais comment pouvait-il se mentir ainsi à lui-même quand les preuves de sa faute étaient là sous ses yeux ? Samuel ne s’y laissa pas prendre, mais il voulut d’abord réveiller la conscience de Saül. « Quel est donc », dit-il, « ce bêlement de brebis à mes oreilles, et ce beuglement de bœufs que j’entends ? ». Devant ces paroles, Saül aurait pu et dû confesser son péché. Au lieu de le faire, il répondit : « Ils les ont amenés des Amalékites, car le peuple a épargné le meilleur du menu et du gros bétail, pour sacrifier à l’Éternel, ton Dieu ». Ainsi il rejette la faute sur le peuple et cherche à la couvrir d’un prétexte religieux. N’est-ce pas ainsi que même les enfants font souvent en cherchant à s’excuser d’une désobéissance ? On dit : un tel m’a entraîné, ou je croyais bien faire, quand on devrait simplement dire : Oui, j’ai mal agi.

En voyant que Saül cherchait à échapper, Samuel fait une dernière tentative pour atteindre sa conscience : « Arrête, et je te déclarerai ce que l’Éternel m’a dit cette nuit. Et il lui dit : Parle. Samuel dit : N’est-ce pas, quand tu étais petit à tes propres yeux, tu es devenu chef des tribus d’Israël, et l’Éternel t’a oint pour roi sur Israël ? Et l’Éternel t’avait envoyé par un chemin, et t’avait dit : Va et détruis entièrement ces pécheurs, les Amalékites, et fais-leur la guerre jusqu’à ce qu’ils soient consumés. Et pourquoi n’as-tu pas écouté la voix de l’Éternel, et t’es-tu jeté sur le butin, et as-tu fait ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel ? » Ainsi la porte était encore ouverte à la confession et à la repentance. Mais Saül s’obstine comme le font tant d’hommes et d’enfants ; il veut absolument se justifier. Saül répond : « J’ai écouté la voix de l’Éternel, et je suis allé par le chemin par lequel l’Éternel m’a envoyé ; et j’ai amené Agag, roi d’Amalek, et j’ai entièrement détruit Amalek. Et le peuple a pris, dans le butin, du menu et du gros bétail, comme prémices de ce qui était voué à l’exécration, pour sacrifier à l’Éternel, ton Dieu, à Guilgal ». Ainsi Saül affirme de nouveau qu’il a bien fait, qu’il a obéi, quand ses propres paroles le condamnent et montrent qu’il a suivi sa propre volonté. Il devait tuer tous les hommes sans distinction, mais il a épargné Agag. Il devait détruire entièrement toutes les bêtes, mais il a laissé le peuple emmener du gros et du menu bétail, soi-disant pour sacrifier à l’Éternel. Toute sa conduite porte ainsi le cachet de la désobéissance et il dit : « J’ai écouté la voix de l’Éternel ». N’est-ce pas profondément triste de voir une conscience aussi endurcie ? Oh ! Prenons garde de ne pas entrer dans un semblable chemin.

Que restait-il à faire ? Rien, sinon de prononcer la sentence sur le roi coupable. C’est ce que fit Samuel. Saül avait donné comme prétexte pour épargner le menu et le gros bétail, d’avoir voulu sacrifier à l’Éternel. Samuel lui dit : « L’Éternel prend-il plaisir aux holocaustes et aux sacrifices, comme à ce qu’on écoute la voix de l’Éternel ? Voici, écouter est meilleur que sacrifice, prêter l’oreille, meilleur que la graisse des béliers ; car la rébellion est comme le péché de divination, et l’obstination comme une idolâtrie ». Et Saül avait commis ces deux fautes : la rébellion en désobéissant, l’obstination en persistant à dire qu’il avait bien fait. Nul sacrifice ne pouvait compenser cela aux yeux de Dieu. Ce qu’il demande de nous, c’est une obéissance entière, le renoncement complet à notre volonté propre. Sans cela, tout le service religieux que nous pourrions accomplir n’est rien. Que dirait-on d’un enfant qui prodiguerait à ses parents toutes les marques de respect, mais qui désobéirait à leurs ordres, ou ne les observerait qu’en partie, ou n’en ferait qu’à sa tête dans la manière de les accomplir ? Serait-ce un enfant obéissant ?

C’est ainsi que Saül avait agi. Or, un roi désobéissant à Dieu ne pouvait que conduire le peuple dans la désobéissance. Il avait perdu tout droit à régner, et Samuel lui déclare avec douleur : « Parce que tu as rejeté la parole de l’Éternel, il t’a aussi rejeté comme roi ».

Alors la terrible vérité se fit jour chez Saül. Il vit que l’on ne se moque pas de Dieu, et que Dieu ne se satisfait point des apparences de piété, mais qu’il veut la réalité dans le cœur, l’obéissance dans la vie. Saül se repent mais, hélas, c’est à cause du châtiment et non parce qu’il est fâché d’avoir offensé Dieu. Il espère qu’en s’humiliant, il échappera à la peine : « J’ai péché, car j’ai transgressé le commandement de l’Éternel et tes paroles, car j’ai craint le peuple et j’ai écouté leur voix. Et maintenant, pardonne, je te prie, mon péché, et retourne-t’en avec moi, et je me prosternerai devant l’Éternel ». Mais la sentence était irrévocable. Samuel ne peut que répéter les terribles paroles : « Je ne retournerai point avec toi ; car tu as rejeté la parole de l’Éternel, et l’Éternel t’a rejeté pour que tu ne sois plus roi sur Israël ». Et comme Samuel s’éloignait, Saül tenta de le retenir par le pan de sa robe qui se déchira. Ce fut une nouvelle occasion pour le prophète de répéter la sentence divine : « L’Éternel a déchiré aujourd’hui la royauté d’Israël de dessus toi, et l’a donnée à ton prochain, qui est meilleur que toi. Et aussi, la sûre Confiance d’Israël ne ment point et ne se repent point ; car il n’est pas un homme pour se repentir ».

Saül craignait qu’en voyant s’éloigner Samuel, le peuple ne perde son respect pour lui ; il insista donc encore pour que le prophète vienne avec lui quand il se prosternerait devant l’Éternel. Samuel y consentit mais, pour montrer qu’il ne tolérait pas le mal et que la parole de l’Éternel contre Amalek devait être pleinement exécutée, il dit : « Amenez-moi Agag, roi d’Amalek ». Malheureux Agag ! Il croyait avoir échappé à la mort et vint gaiement vers Samuel. Mais d’un mot, celui-ci lui rappela ses crimes, et lui en fit subir le châtiment. Il mit Agag en pièces devant l’Éternel. Ainsi, au temps déterminé, les méchants seront punis par une désolation éternelle, par la présence du Seigneur et par la gloire de sa force (2 Thessaloniciens 1:9).

Après cela le vieux prophète se sépara pour toujours du roi qu’il avait aimé. Il retourna dans sa maison à Rama, où il mena deuil sur Saül. Celui-ci de son côté s’en alla à Guibha, roi encore de nom, roi pour ceux qui lui restèrent associés, mais non plus roi devant Dieu. À cet égard, son histoire est finie. Elle s’est terminée sur une désobéissance. Dieu n’est plus avec lui. Il n’y aura plus désormais pour Saül que douleur et trouble.

 

 

3                        Histoire des rois d’Israël. David

3.1   Dieu choisit David — 1 Samuel 16

Bonne Nouvelle 1891 n° 5 et 6 pages 107 à 112, et 126 à 130.

Saül ayant été rejeté par l’Éternel, commence alors l’histoire du second roi d’Israël. Y eut-il donc deux rois, puisque Saül vivait encore ? Dans un sens, oui. Saül continue à exercer la royauté, extérieurement du moins, et d’une manière misérable, comme nous le verrons. Mais aux yeux de Dieu, il n’était plus roi. Le vrai roi fut celui que l’Éternel choisit, mais qui resta pour ainsi dire caché pendant un certain temps où il eut à souffrir de la part du roi rejeté, Saül.

Cela nous fait souvenir de quelqu’un qui était aussi venu pour être roi d’Israël, mais qui ne fut pas reconnu comme tel, et demeura caché, méprisé, persécuté, et enfin mis à mort. Oui, du Seigneur Jésus, Lui dont David était un type. Il était né dans le monde pour être roi et, quand il était un petit enfant, les mages venus de l’orient l’adorèrent comme tel. Il entra aussi dans Jérusalem comme un roi humble et débonnaire, et les foules criaient : « Hosanna au fils de David ! » Mais les principaux du peuple ne voulurent pas le recevoir et le firent pendre comme un malfaiteur. On lui donna pour couronne des épines, pour sceptre un roseau, et pour trône la croix. Mais là encore, le gouverneur romain, sans savoir ce qu’il faisait, rendit hommage à sa royauté en plaçant au dessus de sa tête ces mots : « Celui-ci est le roi des Juifs ». Son royaume n’était pas alors de ce monde, d’autres rois régnaient et Lui passa inaperçu, méconnu, méprisé et haï, jusqu’à ce qu’il eût donné sa vie sur la croix. Et maintenant il est caché dans le ciel. Mais il n’en sera pas toujours ainsi. Jésus reviendra couronné de gloire ; il mettra ses ennemis sous ses pieds et règnera sur l’univers. Son règne sera un règne de paix et de justice. Nous verrons comment David et Salomon son fils ont été des figures de Jésus à ces différents égards. Mais maintenant commençons l’histoire de David.

Samuel était toujours très affligé de ce que Saül avait été rejeté. Mais l’Éternel voulait consoler son vieux serviteur et lui faire connaître enfin « l’homme selon son cœur » qui devait remplacer Saül. Il lui dit donc : « Jusques à quand mèneras-tu deuil sur Saül, vu que moi je l’ai rejeté … Remplis ta corne d’huile, et va : je t’enverrai vers Isaï, le Bethléhémite ; car j’ai vu parmi ses fils un roi pour moi ». C’était pour oindre le fils d’Isaï qui serait choisi que Samuel devait prendre avec lui sa corne remplie d’huile. Que signifiait cette action ? C’était la marque que la personne ointe était mise à part pour remplir une charge, et l’huile représentait le Saint Esprit donnant la sagesse et l’énergie nécessaire pour l’accomplir. Les sacrificateurs étaient oints (Ex. 28:41, Lév. 8:12), les prophètes aussi (1 Rois 19:16), de même que les rois comme nous l’avons vu pour Saül et maintenant pour le fils d’Isaï. Et du Seigneur Jésus, qui était à la fois roi, prophète et sacrificateur, il est dit : « Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance » (Actes 10:38). Tout ce qui servait au culte israélite, le tabernacle, les autels, les vases et les ustensiles, étaient aussi oints d’huile pour indiquer qu’ils étaient sanctifiés, c’est-à-dire consacrés à l’Éternel.

Cet Isaï de Bethléhem était de la tribu de Juda, et petit-fils de Booz qui avait épousé Ruth la Moabite. En Genèse 49:8-12, nous voyons que le patriarche Jacob, dans ses bénédictions prophétiques, avait assigné à Juda un rang royal parmi les tribus : « Toi, Juda, tes frères te loueront … les fils de ton père se prosterneront devant toi. Juda est un jeune lion … Le sceptre ne se retirera point de Juda, ni un législateur d’entre ses pieds, jusqu’à ce que Shilo vienne ; et à lui sera l’obéissance des peuples » (Genèse 49:8-10). Ainsi Juda devait être à la tête des tribus, et dans cette tribu devait être placée l’autorité royale. Aussi voyons-nous que dans l’ordre de marche au désert, la bannière du camp de Juda marchait la première, et dans les dénombrements elle apparaît la plus nombreuse (Nombres 2 et 26). Caleb, un des espions fidèles, était de cette tribu ainsi qu’Othniel, le premier juge. Dieu n’oubliait pas ses desseins et ses promesses, et en choisissant le fils d’Isaï, il les accomplissait plus entièrement. Mais ils ne l’ont été dans leur plénitude que quand le grand fils de David, Shilo, l’Envoyé, le Seigneur Jésus est venu, Lui duquel l’ange disait à Marie sa mère : « Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera sur la maison de Jacob à toujours, et il n’y aura pas de fin à son royaume » (Luc 1:32-33). C’est ce qui aura lieu bientôt ; à Jésus appartiendra « l’obéissance des peuples », quand tout genou ploiera devant Lui (Phil. 2). En même temps qu’Il est l’Agneau qui a été immolé, Il est aussi « le lion qui est de la tribu de Juda » (Apoc. 5). Quelles choses glorieuses, n’est-ce pas ? Bien plus que tout ce que les histoires des grands hommes de la terre peuvent nous dire. Comme il est beau de voir Dieu poursuivant ses desseins et accomplissant ses paroles. « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point ».

Il semblerait que Samuel dut s’empresser d’exécuter la parole de l’Éternel ; mais non, il a peur. Et de quoi ? Il a peur de Saül. « Dès que Saül l’entendra », dit-il, « il me tuera ». Samuel devait avoir une triste idée de l’état du cœur de Saül pour dire cela, mais la suite, hélas, nous montrera qu’il n’avait pas tort et que Saül était bien capable de vouloir tuer celui qui attenterait à la royauté qu’il prétendait posséder encore, en dépit de la déclaration de l’Éternel. Voilà où peuvent conduire l’orgueil et la volonté propre.

L’Éternel eut compassion de son vieux serviteur dont la confiance semblait défaillir, et il lui dit : « Tu prendras avec toi une génisse, et tu diras : Je suis venu pour sacrifier à l’Éternel. Et tu appelleras Isaï au sacrifice, et moi je te ferai savoir ce que tu auras à faire, et tu oindras pour moi celui que je te dirai ». Quel repos pour l’âme de n’avoir à faire que ce que Dieu nous dit ! Samuel pouvait aller tranquillement.

Il partit donc pour Bethléhem. Mais s’il avait craint en recevant l’ordre de l’Éternel, les anciens de Bethléhem n’eurent pas moins peur en voyant arriver le prophète. « Ils allèrent tremblants à sa rencontre, et dirent : Ta venue est-elle la paix ? » N’est-ce pas une chose étrange ! Ah ! Ce malaise devant Dieu ou devant un de ses envoyés porteurs de sa parole, montre qu’au fond on se sent coupable, sans peut-être se rendre compte de quoi. Et je serais bien étonné s’il ne vous est pas arrivé quelque chose de semblable quand quelqu’un que vous respectez, s’est trouvé inopinément près de vous.

D’un mot Samuel rassura les anciens : « La paix », dit-il. « Je suis venu pour sacrifier à l’Éternel ; sanctifiez-vous, et venez avec moi au sacrifice ». C’était en effet un gage de paix que d’aller avec le serviteur de Dieu participer à un sacrifice. Mais je ne puis m’empêcher de penser à une autre scène qui se passa aussi à Bethléhem plus de mille ans plus tard. Des hommes de Bethléhem furent alors aussi bien effrayés par l’apparition soudaine d’un messager de Dieu auprès d’eux. Vous savez de qui je parle. Quand l’ange se présenta aux bergers, ils eurent peur. Mais que leur dit-il ? « N’ayez point de peur ; je vous annonce un grand sujet de joie », et il leur annonça la naissance du Sauveur, du descendant de David ; puis d’autres anges vinrent qui chantaient : « Paix sur la terre ! » Et vous savez que, plus tard, il y eut aussi un sacrifice pour fonder cette paix que Dieu envoyait aux hommes ; ce fut le sacrifice de Jésus. Dieu vous invite aussi à jouir de ce sacrifice ; c’est celui qui ôte les péchés et qui donne la paix.

 

Samuel se rendit chez Isaï afin d’accomplir la partie importante de sa mission, celle de choisir un roi parmi les fils de ce descendant des princes de Juda. Isaï était le petit fils de Booz et de Ruth, et au temps de Saül, c’était un homme très avancé en âge qui avait huit fils. Samuel, en allant chez lui, lui avait sans doute dit le but de sa visite car Isaï fit appeler ses fils pour les présenter au prophète par ordre de naissance.

Quand Samuel vit l’aîné, il fut frappé de sa haute taille et de sa belle apparence, et il se dit que certainement l’oint de l’Éternel était devant lui. Il se souvenait, sans doute, de la beauté du premier roi dont il disait au peuple : « Il n’y en a point de tel », et il aurait bien aimé le remplacer par quelqu’un de semblable. Mais qu’est-ce que la beauté extérieure seule ? Saül avait bien montré que tous les avantages qui frappent la vue des hommes ne suffisent pas.

L’Éternel qui avait dit à Samuel : « Je te ferai savoir ce que tu auras à faire », ne le laissa pas suivre la première impulsion de son cœur. Il lui dit : « Ne regarde pas son apparence, ni la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté ; car l’Éternel ne regarde pas ce à quoi l’homme regarde, car l’homme regarde à l’apparence extérieure, et l’Éternel regarde au cœur ».

C’est une grande parole que nous ferions bien de garder dans notre cœur. Ce ne sont pas les avantages extérieurs, beauté, force, savoir, richesses, qui comptent pour Dieu. Il peut nous donner toutes ces choses et c’est à nous d’en faire bon usage, mais ce que Dieu recherche, ce qui Lui plaît, c’est un cœur obéissant, dévoué, dépendant de Lui, et qui l’aime. Si on a un tel cœur, on peut être pauvre, chétif, laid, contrefait, sans savoir et sans intelligence – l’Éternel prend plaisir en vous. Et David avait ce cœur.

Les six fils suivants d’Isaï passèrent successivement devant Samuel, mais pour chacun le prophète dit : « L’Éternel n’a pas non plus choisi celui-ci ». Alors il dit à Isaï : « Sont-ce là tous les jeunes gens ? » Non, répondit le père. « Il reste encore le plus jeune, et voici, il paît le menu bétail ». Humble occupation, n’est-ce pas ? C’était ce dont on l’avait trouvé digne dans la famille. Il était berger et le dernier de tous les fils, bien plus petit sans doute qu’Éliab, et c’était celui-là que Dieu choisissait. C’est ainsi que nous voyons se réaliser toujours cette parole de l’apôtre : « Dieu a choisi les choses humbles du monde » (1 Cor. 1:27).

Et Samuel dit à Isaï : « Envoie, et fais-le amener ; car nous ne nous placerons point autour de la table, jusqu’à ce qu’il soit venu ici ». Comme autrefois le serviteur d’Abraham, Samuel voulait avant tout accomplir sa mission. On fit donc chercher David. Combien l’humble berger dut être surpris à l’ouïe de ce message : Ton père te demande et Samuel, le prophète, est avec lui ! Il vint et si l’Écriture nous dit que Saül et Éliab étaient d’une belle stature, elle ne se tait pas non plus sur les avantages extérieurs de David. « Il avait le teint rosé, avec de beaux yeux, et était beau de visage », nous est-il dit. Tel était le jeune homme de Juda, choisi de Dieu pour devenir le conducteur de son peuple. Mais il avait une autre beauté encore que celle qui frappe les yeux ; il avait celle qui plaît à Dieu, la beauté d’une âme qui craint, honore et sert Dieu. Celle-là ne se flétrit point.

Le jeune berger était aussi un poète et un musicien habile à jouer de la harpe. Plus tard, il est nommé « le doux psalmiste d’Israël ». Nous pouvons nous représenter qu’en gardant ses troupeaux durant les veilles de la nuit, il élevait ses yeux vers le ciel étoilé et qu’en le contemplant, rempli de l’Esprit Saint, il célébrait les merveilles de la création dans les cieux et sur la terre. Puis allant plus loin, il prophétisait touchant le Fils de l’homme qui un jour s’assujettira toutes choses (Psaume 8). Il voyait aussi le soleil se lever le matin, et il chantait sa splendeur ; mais aussitôt son âme se tournait vers une autre lumière, celle de l’âme, la parole de Dieu (Psaume 19). C’est ainsi que, dans les diverses circonstances de sa vie, plus tard si agitée, que David composa ses psaumes.

En même temps, ce beau jeune homme au teint rosé était loin d’être dépourvu d’énergie. C’était un courageux berger qui savait exposer sa vie pour ses brebis et qui accomplissait des exploits ignorés des autres. Et c’était un jeune homme dont l’intelligence était connue.

Lorsqu’il entra devant le prophète, l’Éternel dit à celui-ci : « Lève-toi, oins-le ; car c’est celui-là ». Et il oignit le jeune David au milieu de ses frères. Que pensèrent ceux-ci en voyant leur frère cadet choisi de préférence à eux-mêmes ? D’après quelques paroles rapportées plus loin, il semble qu’ils n’avaient pas des sentiments bienveillants envers lui. Mais Joseph fut aussi haï de ses frères, et Jésus, dont Joseph et David étaient les types, fut méconnu de ses frères (Jean 7:5). C’est à quoi doivent s’attendre de la part du monde ceux qui sont de Dieu : « Le monde ne nous connaît pas, parce qu’il ne l’a pas connu » (1 Jean 3:1). Le monde ne connaît pas les enfants de Dieu parce qu’il ne connaît pas Dieu.

C’est un doux nom que celui de David. Il veut dire « bien-aimé » et désigne bien l’homme selon le cœur de Dieu, n’est-ce pas ? Puissions-nous tous être des David, des « bien-aimés de Dieu ».

Une fois oint pour roi sur Israël, l’Esprit de l’Éternel saisit David depuis ce jour-là et dans la suite, afin de le conduire et de lui donner d’agir en roi. Il faut nous rappeler, relativement à l’Esprit Saint, qu’il n’en était pas alors comme maintenant. L’Esprit de Dieu venait sur un homme revêtu d’une charge spéciale pour la lui faire remplir, pour accomplir des actions de valeur ou pour prophétiser (voyez Juges 6:34 ; 11:29 ; 14:6 et 19 ; 15:14 ; 1 Sam. 10:10), mais il ne restait pas toujours sur cette personne. Tandis que, maintenant, l’Esprit Saint est donné à tous ceux qui croient au Seigneur Jésus, à tous les enfants de Dieu pour demeurer toujours en eux.

Quel changement pour ce jeune berger ! C’était la réalisation de cette parole que, bien des siècles après, la descendante de David, Marie, la mère de Jésus, prononçait dans son cantique de louange : « Il a fait descendre les puissants de leurs trônes, et il a élevé les petits » (Luc 1:52). Et l’Éternel le rappelle une fois à David quand il fut monté sur son trône : « Je t’ai pris des parcs, d’auprès du menu bétail, pour que tu fusses prince sur mon peuple, sur Israël » (2 Samuel 7:8), et David lui-même ne l’oublia jamais.

 

3.2   David commence à délivrer Israël — 1 Samuel 16 et 17

Bonne Nouvelle 1891 n° 7 pages 141 à 146.

David était maintenant oint roi sur Israël et l’Esprit de l’Éternel était venu sur lui, mais il devait encore attendre avant que sa royauté soit publiquement reconnue. Que devenait Saül ? C’est triste à dire : « L’Esprit de l’Éternel se retira d’avec Saül, et un mauvais esprit envoyé par l’Éternel le troublait » (1 Samuel 16:14). Voilà la conséquence de sa rébellion aux ordres de Dieu et de son manque de repentance. L’Esprit de l’Éternel n’était plus sa lumière et sa force et, au lieu de cela, c’était un mauvais esprit qui venait le tourmenter. Il était malheureux. Il ne peut jamais en être autrement : ou bien Dieu est avec nous et alors nous sommes heureux, ou bien le péché nous tient éloignés de Lui et nous sommes misérables.

Saül ne connaissait pas encore le jeune David et nous allons voir comment ils se rencontrèrent. Les serviteurs de Saül étaient affligés de voir leur maître ainsi tourmenté et misérable. Ils comprenaient bien que cela venait de Dieu, et en effet tout ce qui arrive à l’homme vient de Lui, soit en bénédiction, en avertissement ou en châtiment, et nous ne devons jamais l’oublier. Ils cherchaient comment soulager Saül dans ces tristes moments de mélancolie où de sombres pensées remplissaient son cœur. Ils pensèrent que les sons harmonieux de la harpe pourraient le calmer, et lui dirent : « Tes serviteurs sont devant toi, ils chercheront un homme qui sache jouer de la harpe ; et il arrivera que, quand le mauvais esprit [envoyé] de Dieu sera sur toi, il jouera de sa main et tu t’en trouveras bien ». Saül répondit : « Je vous prie, trouvez-moi un homme qui sache bien jouer, et amenez-le-moi ».

Nous avons vu précédemment que David était un habile joueur de harpe. Un des serviteurs de Saül le connaissait et dit : « Voici, j’ai vu un fils d’Isaï, le Bethléhémite, qui sait jouer, un homme fort et vaillant, et un homme de guerre, et qui a l’intelligence des choses, et un bel homme, et l’Éternel est avec lui ». Quel magnifique éloge, mais surtout cette dernière parole qui vient couronner le tout : « L’Éternel est avec lui ! » Cela frappait ceux qui étaient avec David, non moins que sa vaillance, son intelligence et sa beauté. Pourquoi l’Éternel était-il avec lui ? C’est que David l’aimait et le servait. Ne désirez-vous pas que l’on voie, non que vous êtes beau et bien doué mais que Dieu est avec vous ?

Saül fit donc demander à Isaï de lui envoyer son fils, et David vint auprès du roi en lui apportant un présent de la part de son père. N’est-ce pas une réunion frappante que celle du pauvre roi Saül tourmenté par un mauvais esprit et de l’heureux berger David avec qui l’Éternel était ? Dieu conduisait tout cela. Saül d’abord aima beaucoup David. Lorsque son esprit était troublé et agité, David prenait sa harpe et en jouait, et Saül peu à peu était soulagé et le mauvais esprit le quittait. Voilà comment David et Saül se trouvèrent pour la première fois en présence l’un de l’autre, et comment le premier fut employé à faire du bien au second. David resta toujours fidèle et attaché au roi. David ne demeurait pas toujours auprès de Saül. Il continuait à remplir ses humbles occupations de berger, et allait et revenait d’auprès de Saül pour paître les brebis de son père. Son élévation n’avait pas enorgueilli son cœur, il ne méprisait pas sa condition première, et restait soumis son père. Il nous donne un bel exemple à suivre.

Mais nous arrivons maintenant à un évènement important destiné à montrer quel était le vrai roi d’Israël. Les Philistins étaient les ennemis constants des Israélites. Ils assemblèrent de nouveau leurs armées pour faire la guerre à Israël. Ils voulaient prendre leur revanche et espéraient bien réussir. De son côté, Saül assembla aussi les hommes d’Israël et sans se demander si Dieu était avec lui, il marcha à la rencontre des ennemis. Il pensait sans doute que les ayant vaincus une fois, il remporterait encore la victoire. Il ignorait l’obstacle qui allait l’arrêter et qu’un autre que lui vaincrait les Philistins. Les deux armées étaient campées chacune sur les pentes d’une montagne, et entre elles s’étendait la vallée d’Éla au fond de laquelle coulait un torrent.

Mais d’où vient que les Israélites, ayant à leur tête leur roi autrefois si vaillant et Jonathan le jeune héros, se tiennent à leur place au lieu de marcher contre l’ennemi ? Pourquoi ont-ils l’air abattus et effrayés ? Ah ! Quand Dieu n’est pas avec nous, nous sommes sans force devant l’ennemi. C’est ce qui arrivait aux Israélites, et cette fois l’ennemi venait avec une puissance qu’ils n’avaient pas connue jusqu’alors.

Les Philistins restaient aussi à leur poste, mais de leur camp était sorti celui qui glaçait de terreur le cœur des pauvres Israélites. C’était un géant nommé Goliath, c’est-à-dire le grand ou l’illustre. C’était sur sa taille, sa force et sa renommée que se confiaient les Philistins. Et on peut comprendre la frayeur des Israélites devant un tel ennemi, et l’assurance des Philistins avec un semblable champion. Goliath avait six coudées et un empan de hauteur, c’est-à-dire environ trois mètres et un tiers, presque le double de la taille d’un homme ordinaire. Et il était aussi fort que grand comme nous le verrons par le poids de son armure. La cotte de maille d’airain dont il était couvert pesait plus de cinquante-huit kilos, et le fer de sa lance, dont le bois était épais comme l’ensouple des tisserands avait un poids de sept kilos. Outre cela un casque d’airain protégeait sa tête et des jambières d’airain lui couvraient les jambes. Comme armes offensives, il avait une lance, un javelot et une épée proportionnés à sa taille. La vue d’un tel colosse, armé d’une manière si complète, pouvait donc effrayer les pauvres Israélites. Comme les espions d’autrefois, ils devaient se dire : « Nous ne paraissons auprès de lui que comme des sauterelles ».

Et le géant avait bien la même idée de sa force et de la faiblesse de ses adversaires. Plein de son importance et de l’orgueil que lui inspiraient sa taille et sa vigueur, pensant bien que personne n’oserait se mesurer à lui, il s’avançait entre les deux armées et portait un défi aux troupes d’Israël : « Choisissez-vous un homme », disait-il, « et qu’il descende contre moi. S’il est capable de combattre avec moi et qu’il me tue, nous serons vos serviteurs ; et si moi j’ai l’avantage sur lui et que je le tue, c’est vous qui serez nos serviteurs et qui nous servirez ». Mais tous ceux d’Israël tremblaient, pas un n’osait s’avancer, de sorte que le fier Philistin disait : « Moi, j’ai outragé aujourd’hui les troupes rangées d’Israël ! » Et en outrageant le peuple de Dieu, il outrageait Dieu lui-même. Et c’était là une triste conséquence du péché de Saül.

Mais direz-vous, Saül, roi d’Israël, qui dépassait de toute la tête tous les autres hommes de son peuple, ne pouvait-il pas, ne devait-il pas combattre et exposer sa vie pour son peuple ? Sans doute c’était sa place et son devoir, mais Dieu n’était pas avec lui, l’Esprit de l’Éternel s’était retiré de lui et dès lors que pouvait-il faire ? Rien que trembler comme les autres.

Et ici je voudrais que nous tirions de ces faits une grande leçon. Que représente Goliath ? Le grand ennemi Satan qui tient l’homme sous sa puissance à cause du péché. Qui peut lutter contre Satan et le vaincre ? Personne, il est trop fort pour l’homme livré à ses propres ressources, trop fort pour l’homme pécheur. Prenez l’homme le plus intelligent, le plus sage, le plus pieux, le plus religieux. Il sera toujours vaincu par Satan s’il lutte avec ses propres forces. Voyez le démoniaque dont l’histoire nous est racontée dans l’évangile. On essayait de le lier avec des chaînes et de lui mettre des fers aux pieds, mais il brisait tout. Et comme Goliath était armé de sa redoutable épée avec laquelle il donnait la mort, Satan aussi a le pouvoir de la mort. C’est son domaine où il règne par le péché. Vous ne pouvez tuer Satan, ni briser son pouvoir, mais lui a le pouvoir de vous tuer. Il vous tient déjà. Pour être délivré, il faut que Dieu intervienne, et c’est ce qu’il a fait comme nous le verrons.

Pendant quarante jours, matin et soir, le géant se présenta et renouvela son défi. Les quarante jours désignent le temps d’une épreuve complète. Pensons aux quarante jours durant lesquels Moïse fut sur le Sinaï, les quarante ans dans le désert, les quarante jours de la tentation du Seigneur. Après ces quarante jours, l’impuissance de Saül et d’Israël contre les ennemis était complètement démontrée. Mais où les hommes avaient démontré leur faiblesse, Dieu allait montrer sa puissance. Mais où était Jonathan, le jeune et vaillant guerrier qui autrefois seul, plein de foi et de confiance en l’Éternel, avait frappé les avant-postes des Philistins et jeté l’effroi dans leur armée ? Avait-il peur comme les autres ?

Jonathan était là, la suite le montre, et je ne crois pas qu’il eut peur. L’Écriture ne nous dit rien de lui, mais je pense qu’il aurait été heureux de délivrer Israël au péril de sa vie d’après ce que nous savons de lui ; mais Dieu ne lui avait pas dit de le faire. Or l’homme de foi est aussi l’homme obéissant. Dieu réservait la gloire de la délivrance de son peuple à « l’homme selon son cœur ». Saül était rejeté et le véritable roi n’était pas le fils de Saül, ainsi Jonathan ne pouvait être mis en avant dans cette occasion.

 

 

3.3   David délivre Israël. Le combat avec Goliath — 1 Samuel 17

Bonne Nouvelle 1891 n° 8 pages 163 à 171.

Israël et son roi Saül étaient impuissants à se délivrer du terrible Goliath. Les trois frères aînés de David, Éliab, Abinadab et Shamma, avaient suivi Saül à la guerre. C’étaient ceux-là même qui avaient passé les premiers devant Samuel et que l’Éternel n’avait pas choisis. Ils n’étaient pas capables, en effet, de sauver le peuple, et nous les voyons confondus ici avec tous les autres qui tremblaient devant Goliath.

Le vieil Isaï désirait avoir des nouvelles de ses trois fils absents et exposés aux périls de la guerre. Il leur envoya donc David pour s’informer d’eux et leur porter en même temps des provisions. Isaï lui dit aussi de prendre pour le capitaine de leur millier dix fromages de lait, un met délicat, désirant ainsi lui témoigner de l’honneur (voyez Romains 8:7).

Comme autrefois Joseph envoyé à ses frères, David s’empressa d’obéir aux ordres de son père. Il arriva au camp au moment où les deux armées se rangeaient en ordre de bataille l’une contre l’autre. David s’empressa de courir vers ses frères pour s’enquérir de leur bien-être. Et c’est alors qu’il fut témoin d’un spectacle qui dut le remplir à la fois d’étonnement et de douleur. Le géant Goliath s’avançait hors des rangs des Philistins et portait aux guerriers d’Israël un défi outrageant. Et ni Saül ni aucun homme de guerre ne répondait à cette insulte, mais ils s’enfuyaient tout tremblants. Pour David, ces troupes effrayées étaient celles de l’Éternel et leur frayeur jetait le déshonneur sur le nom du Dieu d’Israël. C’est ainsi que, lorsque nous faisons profession d’être chrétiens et que nous cédons à Satan et au péché, nous déshonorons le Seigneur.

Que fera alors notre jeune berger qui se savait oint roi sur Israël ? Il entend des hommes d’Israël se dire entre eux : « Avez-vous vu cet homme-là qui monte ? Car c’est pour outrager Israël qu’il est monté. Et il arrivera que l’homme qui le frappera, le roi l’enrichira de grandes richesses, et il lui donnera sa fille, et affranchira la maison de son père en Israël ». Mais si grande que fût la récompense offerte, personne n’avait le courage ni se sentait la force de se mettre en avant et d’exposer sa vie. Pour faire l’œuvre de Dieu, il faut d’autres motifs que l’appât d’une haute position ou de richesses terrestres. Il faut avoir à cœur la gloire de Dieu et le bien de son peuple. C’était là ce que David éprouvait.

Cependant il ne se met pas en avant avec présomption, il attend que Dieu l’envoie. Il se contente de demander : « Que sera-t-il fait à l’homme qui aura frappé ce Philistin-là, et qui aura ôté l’opprobre de dessus Israël ? Car qui est ce Philistin, cet incirconcis, pour outrager les troupes rangées du Dieu vivant ? » Pour David, Goliath n’est pas un géant. Sa force, sa haute stature, sa puissante armure, ne sont pas ce qui frappe ses yeux. C’est un Philistin, un incirconcis, un ennemi du peuple de Dieu, quelqu’un qui jette l’opprobre et l’outrage sur Israël et l’Éternel. David ne voit pas autre chose et son cœur s’enflamme, et sa foi lui montre la puissance du Dieu vivant qui saura bien abattre la puissance du géant. Cela ne vous rappelle-t-il pas Josué et Caleb disant au peuple effrayé par les discours des espions : « Montons hardiment et ne les craignez pas ». C’est que la foi est toujours la même ; elle voit Dieu et alors, avec Lui, il n’y a rien qui ne soit possible (Marc 9:23).

Tandis que David s’entretenait avec le peuple, Éliab son frère aîné, l’entendit. Aussitôt il s’irrita de ce que son jeune frère, le berger, parlait de ces grandes choses comme s’il eût la pensée d’accomplir cet exploit, ou comme s’il blâmait les autres de leur lâcheté. Il dit : « Pourquoi donc es-tu descendu ? et à qui as-tu laissé ce peu de brebis dans le désert ? Je connais, moi, ton orgueil et la méchanceté de ton cœur ; car c’est pour voir la bataille que tu es descendu ». C’était témoigner son mépris pour David et comme s’il lui avait dit : Mêle-toi de tes brebis et non de ce qui ne te regarde pas et de ce qui est au-dessus de toi. Et pourtant Éliab savait que Samuel avait oint David pour roi. Mais c’était l’envie et la jalousie qui le faisaient parler ainsi. Il avait dans le cœur les mêmes sentiments que les frères de Joseph envers ce dernier (Genèse 37). Et cela nous rappelle quelqu’un de plus grand que David et Joseph. Les frères mêmes de Jésus ne croyaient pas en lui, nous est-il dit en Jean 7. Comme Jésus à ses frères, David au lieu de se fâcher, fit à ses frères une réponse pleine de douceur. Si vous aussi vous désirez obéir à Dieu, si vous vous efforcez de vivre chrétiennement, on vous accusera peut-être d’être orgueilleux, de prétendre être meilleurs que les autres ; ne vous irritez pas alors, mais soyez heureux d’être comme David dans le sentier de l’obéissance.

David ayant encore parlé à d’autres Israélites dans les mêmes termes, le bruit en vint aux oreilles de Saül qui fit chercher le jeune berger. C’est alors que David vit le moment venu de découvrir ouvertement la pensée que Dieu lui mettait au cœur, celle de délivrer Israël. « Que le cœur ne défaille à personne à cause de lui ! », dit-il. « Ton serviteur ira et combattra avec ce Philistin ». Grand dut être l’étonnement de Saül et de ses vieux guerriers. Un jeune berger, sans expérience de la guerre, veut aller combattre celui qu’eux n’osent affronter ! Aussi Saül lui dit-il : « Tu n’es pas capable d’aller contre ce Philistin pour combattre avec lui ; car tu es un jeune homme, et lui, il est homme de guerre dès sa jeunesse ». Saül et ses guerriers ne voyaient la chose qu’avec les yeux de la chair, mais David avait l’assurance que donne la foi qui, dit le Seigneur, transporte des montagnes, c’est-à-dire surmonte toutes les difficultés.

David découvre alors à Saül le secret de sa force en lui racontant une chose dont il n’avait jamais encore parlé à personne : « Ton serviteur paissait le menu bétail de son père, et un lion vint, et un ours : et il enleva un mouton du troupeau. Et je sortis après lui et le frappai, et je délivrai [le mouton] de sa gueule ; et il se leva contre moi, et je le saisis par sa barbe, et le frappai, et le tuai. Ton serviteur a frappé et le lion et l’ours ; et ce Philistin, cet incirconcis, sera comme l’un d’eux, car il a outragé les troupes rangées du Dieu vivant ». Il dit encore : « L’Éternel qui m’a délivré de la patte du lion et de la patte de l’ours, lui me délivrera de la main de ce Philistin ».

Quelle touchante et simple histoire ! David ne veut pas qu’une seule des brebis que son père lui a confiées, périsse. Pour elles il expose sa vie. Mais il ne s’avance pas avec sa propre force, il se confie en l’Éternel, et il est vainqueur de ces deux fiers animaux. Qu’est-ce que cela nous rappelle ? Jésus ne veut pas non plus laisser périr une seule des brebis que son Père lui a données, Il est allé les arracher de la gueule et des griffes de Satan, ce lion rugissant ; pour cela Il a donné sa propre vie et Il donne à ses brebis la vie éternelle (Jean 10). Béni soit Celui qui nous a aimés d’un tel amour !

En entendant les simples paroles de foi de David, en voyant sa confiance inébranlable en l’Éternel, le cœur de Saül est saisi et il ne peut dire que ces paroles : « Va, et que l’Éternel soit avec toi » (1 Samuel 17:37).

Mais Saül a toujours des pensées humaines. Il ne se confie pas simplement en Dieu, puissant pour délivrer. Il estime que, pour combattre, il faut à David l’armure d’un guerrier, et il le revêt de ses propres vêtements, lui fait endosser une cotte de maille, place sur sa tête un casque et le ceint de son épée. David se soumet au désir de Saül, mais il reconnaît bientôt que ce n’est pas l’équipement qu’il lui faut. Là-dedans il n’a pas de liberté, cette armure ne fait que l’entraver. Les secours humains, la sagesse humaine, les précautions humaines, ne font que gêner l’enfant de Dieu dans sa lutte contre Satan. Et puis, si David remporte la victoire, ne l’attribuera-t-on pas en partie à la fine trempe des armes de Saül, et n’en diminuera-t-on pas d’autant la gloire de l’Éternel ? Ce ne sont pas là les armes avec lesquelles il a vaincu le lion et l’ours. Aussi David dit-il résolument à Saül : « Je ne puis marcher avec ces choses, car je ne l’ai jamais essayé ». Et il ôte ces armes embarrassantes pour en prendre d’autres bien méprisables, bien faibles et même ridicules aux yeux du monde, mais qui seront puissantes par la foi. Que sont-elles ? Un bâton, peut-être celui dont il a frappé le lion et l’ours, cinq pierres lisses prises du torrent, et sa fronde, l’arme dont il se servait pour écarter les oiseaux et les bêtes de proie. C’était comme l’aiguillon à bœufs de Shamgar, les cruches de Gédéon et la mâchoire d’âne de Samson, les armes de l’arsenal de Dieu, néant aux yeux des hommes ; mais Dieu se sert des choses qui ne sont pas pour annuler celles qui sont (1 Corinthiens 1). David, comme les autres fidèles, avait d’autres armes que Saül ne connaissait pas. C’était le casque du salut et la cuirasse de la foi qui sont invulnérables. Puissiez-vous les revêtir pour résister à Satan !

C’est dans cet équipage de berger que le « jeune homme » s’avance contre le redoutable champion des Philistins. C’est ainsi que dans une apparente faiblesse, en infirmité et méprisé du monde, Jésus, le grand berger des brebis, s’est avancé contre Satan (2 Corinthiens 13:3-4 ; Hébreux 13: 20).

Le Philistin, voyant enfin un homme d’Israël s’avancer contre lui, en ressentit sans doute de la joie. L’orgueil gonfla son cœur ; il allait donc faire sentir la force de son bras. Il pensait assurément qu’on avait dû envoyer contre lui le plus fameux des guerriers d’Israël, le seul qui soit digne de lui. Et quel dut être son désappointement lorsque, sortant des rangs des Philistins et s’approchant, il vit à qui il avait à faire ! Ce n’était pas un guerrier au teint bronzé, endurci à la guerre, muni d’armes bien trempées. C’était un jeune homme au teint rosé, beau de visage, délicat d’apparence, en habits de berger, un bâton et une fronde à la main ! Quel misérable ennemi ! Est-ce pour se moquer de lui, Goliath ? Il n’aura aucune gloire à le vaincre, mais n’importe, le succès n’en sera que plus facile. Plein de mépris, le Philistin s’adresse à David et lui dit : « Suis-je un chien, moi, que tu viennes à moi avec des bâtons ? » Et le Philistin maudit David par ses dieux. Puis il dit : « Viens vers moi, et je donnerai ta chair aux oiseaux des cieux et aux bêtes des champs ».

Combien peu il se doutait, dans son orgueil et sa confiance en lui, du sort qui l’attendait ce jour même ! David ne défaille pas en entendant ces paroles. Il connaît l’Éternel qui est avec lui et duquel il pouvait dire : « L’Éternel est ma lumière et mon salut : de qui aurai-je peur ? L’Éternel est la force de ma vie : de qui aurai-je frayeur ? » (Psaume 27:1). Il répond donc au Philistin : « Toi, tu viens à moi avec une épée, et avec une lance, et avec un javelot ; et moi, je viens à toi au nom de l’Éternel des armées, du Dieu des troupes rangées d’Israël, que tu as outragé. En ce jour, l’Éternel te livrera en ma main ; et je te frapperai, et j’ôterai ta tête de dessus toi, et je donnerai en ce jour les cadavres du camp des Philistins aux oiseaux des cieux et aux animaux de la terre ; et toute la terre saura qu’il y a un Dieu pour Israël ; et toute cette congrégation saura que ce n’est ni par l’épée, ni par la lance, que l’Éternel sauve ; car la bataille est à l’Éternel, et il vous livrera entre nos mains ».

Quelle différence entre ces paroles et celles de Goliath ! David ne parle ni de lui-même, ni de ses armes. Il ne vient ni en son nom ni en sa force ; c’est au nom de l’Éternel, c’est l’Éternel qui combattra et qui sauve, Il livrera Goliath au faible berger. Et de plus, la délivrance aura lieu, non pour la gloire de David mais pour la gloire de l’Éternel qui sera ainsi connu de toute la terre. Puissions-nous mettre ainsi notre confiance en notre Dieu et rechercher avant tout sa gloire.

Le moment suprême était arrivé. Représentez-vous les deux armées assistant à cette lutte qui paraissait si inégale. Les Philistins se reposaient sur la force et la vaillance de leur homme de guerre. Les Israélites étonnés avaient-ils la même confiance dans le pauvre et humble berger ? Le monde encore maintenant a confiance dans ses ressources ; et nous regardons-nous à Jésus, nous appuyons-nous sur Lui ?

Le Philistin s’avança dans sa force, sûr de vaincre sans peine le faible adversaire qu’il méprisait. Mais David ne lui laisse pas le temps de le joindre. Il se hâte, court vers lui, met une pierre dans sa fronde et la lance d’un bras fortifié par la force toute puissante de Dieu. La pierre conduite par l’œil infaillible de Dieu, va droit au but, atteint le Philistin à la tête, s’enfonce dans son front, et le géant tombe la face contre terre. Et David, avec une fronde et une pierre, fut plus fort que le Philistin, parce que l’Éternel combattait avec lui. Ainsi, nous serons plus forts que le diable et le monde et les tentations de notre mauvais cœur, si nous nous attendons à Christ. « Nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés » (Romains 8:37).

David avait dit : « J’ôterai ta tête de dessus toi », mais il n’avait pas d’épée. Le Philistin impuissant était étendu par terre. David tira du fourreau la forte épée de son adversaire, lui trancha la tête et mit fin à sa vie.

Que représente pour nous cette scène ? Cela nous fait penser à notre bien-aimé Sauveur qui s’avança seul à la rencontre d’un ennemi tellement plus redoutable que Goliath, d’un ennemi invincible pour nous, de Satan, et remporta sur lui une complète victoire. Mais comment ? Par un instrument encore plus étrange et plus méprisable qu’une fronde et une pierre, par la croix où la tête de Satan fut brisée, où sa puissance fut annulée. Pour achever sa victoire, Jésus descendit dans la mort. « Par la mort, il rendit impuissant celui qui avait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable ; et il délivra tous ceux qui étaient assujettis à la servitude » (Hébreux 2:14-15). L’épée de Goliath donnait la mort. David la lui enlève et le tue avec sa propre arme. Ainsi le Seigneur à la croix a vaincu Satan, et lui a pris son arme, la mort, en la subissant Lui-même. Il a arraché à Satan l’arme que cet ennemi maniait contre nous, de sorte que, pour ceux qui croient en Jésus, la mort a perdu ses terreurs et Satan son pouvoir. La mort du Seigneur nous arrache à nos ennemis et nous acquiert la vie, une vie que la mort ne peut plus toucher. Que le nom de Jésus soit béni !

Quel fut le résultat de la victoire de David ? Les Philistins frappés de terreur, s’enfuirent. Les Israélites dont le courage était relevé et qu’une force nouvelle anime, s’élancent à la poursuite de leurs ennemis, et les refoulent dans leur pays jusqu’à Gath et Ékron. Les Philistins apprennent quelle est la puissance du Dieu d’Israël. Les Israélites reviennent de leur poursuite, pillent leur camp et s’enrichissent de leurs dépouilles. Quelle reconnaissance devait remplir leur cœur envers l’Éternel et David, leur libérateur ! Celui-ci s’était montré le vrai roi, en mettant sa vie pour les siens et les délivrant. C’était le sceau mis à son onction. Ainsi Jésus, par sa mort, a mis le sceau à son amour pour nous, et nous a sauvés, de sorte que maintenant, délivrés de l’esclavage du diable, nous sommes enrichis des bénédictions célestes et pouvons en jouir. Oh ! Quelle reconnaissance devrait remplir nos cœurs pour cet adorable Sauveur ! Que nos cœurs et notre vie soient tout à Lui !

 

 

3.4   David se lie à Jonathan — 1 Samuel 17:52 à 18:4

Bonne Nouvelle  1891 pages 191 à 198.

Le jeune berger David a eu la victoire sur le géant Goliath. Les Philistins, privés de leur homme fort, perdirent courage et s’enfuirent. Ils sentirent bien qu’il y avait, dans le camp d’Israël, une puissance à laquelle ils ne pouvaient résister.

— C’était celle de l’Éternel, n’est-ce pas ?

— En effet. L’Éternel avait opéré, par le moyen de David, une complète délivrance. Les Israélites n’eurent plus qu’à poursuivre leurs ennemis et à prendre leurs dépouilles. Mais il y a une délivrance bien plus grande, plus complète et plus glorieuse que celle que Dieu accorda alors aux Israélites.

— C’est la délivrance que nous avons par le Seigneur Jésus. Il a remporté la victoire sur Satan, sur le péché et sur la mort.

— Satan, le grand ennemi de Dieu et des hommes est comparé à un homme fort. Mais Jésus l’a lié et dépouillé de ses biens (Matthieu 12:29). Nous étions devenus ses prisonniers à cause du péché, mais Christ « Étant monté en haut, il a emmené captive la captivité, et a donné des dons aux hommes » (Éphésiens 4:8). Par quel moyen notre adorable Sauveur a-t-il ainsi triomphé de nos ennemis et nous a-t-il délivrés ?

— En mourant pour nous sur la croix (Colossiens 2:14-15). Et cela me rappelle un beau verset de cantique :

« Célébrons du Sauveur l’amour et la puissance,

L’abaissement profond, l’entière obéissance ;

Il vint et triompha de tous nos ennemis ;

Il les a, par sa croix, pour toujours asservis ».

 

— Après sa victoire, David dépouilla le Philistin de ses armes et les porta sous sa tente. Mais plus tard il les consacra, sans doute, à l’Éternel des armées, car l’épée du géant se trouvait sous la garde du sacrificateur (1 Samuel 21:8-9). Saül avait contemplé avec étonnement le jeune berger, armé seulement d’un bâton et d’une fronde, s’avançant contre le puissant Goliath. Sa surprise fut encore plus grande lorsqu’il vit ce redoutable champion renversé et mis à mort par son faible adversaire. Frappé de ce spectacle, il dit à Abner, le chef de l’armée : « Abner, de qui ce jeune homme est-il fils ? » Et Abner avait dit : « Ton âme est vivante, ô roi ! je n’en sais rien. Et le roi dit : Enquiers-toi de qui ce jeune homme est fils » (1 Samuel 17:55-56).

— C’est très étonnant. Saül devait bien connaître David puisque celui-ci était venu jouer de la harpe auprès du roi pour chasser le mauvais esprit.

— C’est vrai. Mais avant la guerre, David n’était venu auprès de Saül qu’à de rares intervalles, je pense. Et c’était quand le mauvais esprit agitait Saül. David, la plus grande partie du temps, continuait de garder les troupeaux de son père (17:15). Il se pouvait donc très bien que Saül eut oublié qui il était, d’autant plus que l’esprit de ce pauvre roi était bien troublé. Quant à Abner, rien d’étonnant à ce qu’il ne connût pas David, occupé qu’il était de ses fonctions de général de l’armée.

— Nous voyons en cela un exemple de ce qui nous arrive souvent : on oublie ceux qui nous ont fait du bien.

— En effet. C’est ainsi que le monde, que Dieu supporte à cause de Christ, ne connaît pas cet adorable Sauveur. Abner prit David qui portait dans ses mains la tête du Philistin et le mena à Saül. « Jeune homme, de qui es-tu fils ? dit le roi. Et David dit : Je suis fils de ton serviteur Isaï, le Bethléhémite » (1 Samuel 17:58). Dès ce jour-là, Saül voulut que David restât auprès de lui et ne lui permit pas de retourner chez son père.

— Saül était heureux d’avoir auprès de lui un si vaillant guerrier.

— Oui, il regardait à son avantage et à son intérêt particulier. Mais à côté de Saül, il y avait quelqu’un qui avait d’autres sentiments et appréciait bien autrement David. C’était Jonathan, le fils de Saül.

— Celui qui avait aussi remporté une grande victoire sur les Philistins, n’est-ce pas ? N’était-il pas jaloux de David ?

— Non, bien au contraire. Comme David achevait de parler à Saül, « l’âme de Jonathan se lia à l’âme de David, et il l’aima comme son âme ». Jonathan était sans doute heureux, comme tous les autres Israélites, de profiter de la victoire remportée par David, mais ce qui attirait son cœur c’était la personne même de David. En voyant son humilité, en même temps que sa grâce et sa grandeur, son âme fut entièrement gagnée à David. Il oublia ses propres exploits et ne vit plus que ceux de celui qu’il aimait. En cela, il y a pour nous une grande leçon et un bel exemple à suivre.

— Tu veux dire que nous ne devons pas seulement nous réjouir du salut que Jésus nous a acquis en remportant la victoire sur nos ennemis, mais qu’il nous faut Le connaître.

— Oui, la parole de Dieu place devant nous l’excellence et la beauté parfaite du Sauveur, le Fils de Dieu, en qui le Père a mis toute son affection. Elle nous dit sa gloire avant qu’il vînt sur la terre, Il est le Créateur de toutes choses. Elle nous raconte son humiliation, son abaissement, quand il devint un homme. Elle nous le montre humble, doux, débonnaire, plein de compassion, de tendresse, d’amour, de patience, tout en restant toujours le puissant Fils de Dieu qui commandait aux éléments, aux maladies, aux démons et à la mort. Nous le voyons encore le même sur la croix. Jamais son support, sa bonté, sa patience ne se démentent. Puis la Parole Le présente à nos cœurs vainqueur, ressuscité, glorifié, assis sur le trône du Père à la droite de la majesté, mais toujours le même Jésus aimant les siens jusqu’à la fin. Comme David pour Jonathan, nous avons sa Personne et ses paroles. Et qu’attend-il de nous ?

— Que nous l’aimions comme Jonathan aima David ; bien plus encore, que tout notre cœur soit à Lui et que nous ne pensions plus à nous-mêmes.

— Oui. Demandons à Dieu que nous sachions ainsi apprécier son Fils bien-aimé et que notre cœur soit lié au sien. De son amour à Lui, nous ne saurions douter. Que nos cœurs puissent aussi dire : « Nous l’aimons parce que Lui nous a aimés le premier ». Que Jésus ait à nos yeux tout son prix, comme il est précieux pour Dieu son Père. C’est ainsi que Jésus était tout pour Marie de Magdala qu’il avait délivrée de sept démons, pour Marie de Béthanie dont il avait ressuscité le frère Lazare, pour la pauvre pécheresse dont il avait ôté les nombreux péchés. Connaître et aimer Jésus est le seul vrai bonheur.

— Je pense à un autre cantique :

 

« De l’amour dont Il nous aime

Rien ne peut rompre le cours ;

Il nous acquit pour Lui-même,

Il est à nous pour toujours.

 

S’Il veut que notre cœur l’aime

Sans partage ni détour,

C’est qu’Il est d’abord, Lui-même,

Immuable en son amour ».

 

Jésus est digne d’être aimé. Combien nous serons heureux dans le ciel où nous le verrons comme il est et l’aimerons parfaitement !

— Ce temps approche. Mais Jonathan montra aussi son amour à David. Il voulut qu’un lien indestructible l’unît à son ami : « Jonathan fit alliance avec David, parce qu’il l’aimait comme son âme ». En faisant ainsi alliance, ils se promettaient mutuellement de rester toujours unis, de se soutenir l’un l’autre, et de ne rien faire l’un contre l’autre. Et nous verrons dans la suite de l’histoire que Jonathan ainsi que David furent fidèles à cette alliance. Leur amour l’un pour l’autre dura jusqu’à la mort.

— Et il en est ainsi de l’amour de Jésus, n’est-ce pas ?

— Oui, car il est écrit : « Qui est-ce qui nous séparera de l’amour du Christ ? » (Romains 8:35). Il surpasse toute intelligence et c’est pour cela que notre amour pour Lui subsiste aussi. Il nous dit : « Je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour » (Jean 15:9). Hors de Lui, nous ne pouvons rien faire. Mais l’amour de Jonathan se montra encore autrement. Il avait donné son cœur et sa vie entière à David. Il lui donne en même temps tout ce qu’il avait de précieux : « Et Jonathan se dépouilla de la robe qui était sur lui, et la donna à David, ainsi que ses vêtements, jusqu’à son épée, et à son arc, et à sa ceinture » (1 Samuel 18:4). Il se dépouille de tout ce qui faisait sa gloire et sa force comme homme, prince et guerrier. Il s’était donné lui-même, et avec lui tout ce qu’il possédait. N’est-ce pas là aussi ce que fait un cœur qui aime Jésus ?

— J’en suis sûr. Quand nous aimons vraiment quelqu’un, nous sommes prêts à lui donner tout ce que nous avons.

— Ne te souviens-tu pas de l’histoire dans les évangiles d’une personne qui aimait ainsi le Seigneur ?

— C’est l’histoire de la pécheresse avec ses nombreux péchés. Elle apporta un beau vase d’albâtre plein de parfum et elle en oignit les pieds de Jésus, les arrosa de ses larmes, et les essuya avec ses cheveux. Et le Seigneur dit qu’elle avait beaucoup aimé et que ses nombreux péchés étaient pardonnés. Que c’est beau de voir l’amour de Jésus pour une si misérable femme, mais elle y répondait bien, elle le connaissait.

— Oui. Si elle n’avait pas connu le cœur de Jésus, elle n’aurait pas osé entrer dans la maison du pharisien. Mais son amour pouvait tout braver car « l’amour est fort comme la mort » (Cant. 8:6). Rien ne lui résiste. Ainsi cette femme vient donner à Jésus ce qu’elle a de plus précieux, et ce qui ornait sa personne, ses cheveux, lui sert à essuyer les pieds du Sauveur. C’est ainsi que fit aussi Marie, sœur de Lazare.

— Elle était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole, n’est-ce pas ? Elle avait un vase d’albâtre plein d’un parfum de grand prix. Elle brisa le vase et oignit la tête et les pieds du Seigneur. Elle aussi essuya les pieds de Jésus avec ses cheveux.

— C’était leur amour pour Jésus qui les faisait agir ainsi. D’autres femmes l’assistaient de leurs biens. Mais l’apôtre Paul est aussi un bel exemple d’un cœur dévoué pour Christ et qui, pour Lui, abandonne tout ce qui faisait sa gloire devant le monde, tout ce à quoi il tenait : «  Mais les choses qui pour moi étaient un gain, je les ai regardées, à cause du Christ, comme une perte. Et je regarde même aussi toutes choses comme étant une perte, à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur, à cause duquel j’ai fait la perte de toutes et je les estime comme des ordures, afin que je gagne Christ » (Philippiens 3:7-8). Ainsi Paul ne désirait connaître qu’une chose, ne voulait jouir que d’une chose, et c’était Christ, de même que Jonathan ne voyait plus autre chose que David.

— Et Jonathan et David restèrent toujours unis, n’est-ce pas ?

— Oui. Que Dieu fasse que nous soyons des Jonathan pour le Seigneur, et que le Seigneur soit pour nous ce que David était pour Jonathan.

 

 

3.5   Saül commence à haïr David— 1 Samuel 18:5-19

Bonne Nouvelle  1891 n° 10

Après que Jonathan fut devenu l’ami de David, Saül ne voulut pas laisser David retourner chez son père. David resta donc au service du roi qui l’établit sur les hommes de guerre. Le jeune berger était ainsi devenu comme un général d’armée. C’était une haute position dans le monde, mais David ne s’en enorgueillissait pas, il restait humble et dépendant. De même qu’il obéissait autrefois à son père en gardant les troupeaux, de même il était soumis à Saül en commandant ses troupes : « Et David allait partout où Saül l’envoyait » (18:5). C’est ainsi que nous voyons Jésus soumis à ses parents et faisant en tout la volonté de Dieu (Jean 8:29), et ce sont des exemples que Dieu nous donne à suivre. « Que toute âme se soumette aux autorités qui sont au-dessus d’elle ; car il n’existe pas d’autorité, si ce n’est de par Dieu ; et celles qui existent sont ordonnées de Dieu » (Romains 13:1). David, en tout ce qu’il faisait pour le service du roi, prospérait « et il était agréable aux yeux de tout le peuple, et même aux yeux des serviteurs de Saül ».

— C’est comme pour Joseph en Égypte. Tout ce qu’il faisait prospérait (Genèse 39:5, 21-23).

— Oui, et nous pouvons aussi nous souvenir qu’il est dit du Seigneur qu’il avançait en sagesse et en faveur auprès de Dieu et des hommes (Luc 2:40, 52). L’Écriture ajoute quant à David qu’il « était sage dans toutes ses voies », ce qui est bien beau pour un jeune homme comme il l’était. Mais d’où venait à David cette sagesse, cette prudence, la prospérité qui l’accompagnait, la bienveillance dont il jouissait de la part de tous ?

— Cela venait de Dieu, n’est-ce pas ?

— En effet. Le grand secret est que « l’Éternel était avec lui ». Et Il lui avait donné le courage et la force pour combattre et vaincre Goliath, et c’est l’Éternel qui était avec lui et lui donnait le tact et la prudence nécessaires pour bien se conduire dans sa nouvelle position. C’est le secret pour nous aussi. Pour vaincre Satan et nous conduire sagement et saintement, nous avons besoin que Dieu soit avec nous.

— La guerre continua-t-elle contre les Philistins ?

— Oui, c’était un peuple belliqueux et un ennemi acharné du peuple de Dieu. Durant toute la vie de Saül il fallut les combattre. Cependant, après la mort de Goliath, ils furent découragés pendant quelque temps, de sorte que l’armée des Israélites revint dans ses foyers. Et sur leur passage les femmes sortaient des villes au-devant des vainqueurs avec des instruments de musique, chantant et dansant et disant : « Saül a frappé ses mille et David ses dix mille ». Elles donnaient ainsi la première place à David.

— Et c’était bien juste. Sans lui Goliath n’aurait pas été tué et les Philistins auraient battu les Israélites puisque l’Éternel avait abandonné Saül et que ce pauvre roi n’avait plus ni force ni courage.

— Sans doute, mais ce fut un coup très douloureux pour Saül qui cherchait sa propre gloire et ses propres intérêts, plus que la gloire de l’Éternel et le bien de son peuple. Le fond de son cœur méchant fut dévoilé. Il conçut à l’égard de David une amère jalousie qui se changea bientôt en une haine violente. Il avait pensé rehausser son mérite et sa dignité royale en approchant de sa personne un homme aussi vaillant que David, et maintenant David l’éclipsait, il passait avant lui. « Il fut très irrité » en entendant les femmes et dit : « On en a donné à David dix mille, et à moi, on m’a donné les mille : il n’y a plus pour lui que la royauté ». Et depuis ce moment Saül eut l’œil sur David, mais un œil défiant et envieux, cet « œil méchant » dont parle le Seigneur comme étant une des choses qui proviennent du cœur corrompu de l’homme (Marc 7:20-23), cet œil qui recherche toutes les occasions de faire du mal, et se réjouit du mal qui arrive à celui envers qui l’on ressent de l’envie.

— Pauvre Saül ! Il devait être bien malheureux.

— En effet, rien ne rend misérable comme la jalousie. Elle conduit à la haine qui à son tour conduit au meurtre même. Ne te rappelles-tu pas des exemples de cet affreux sentiment ?

— Oh, oui ! Caïn fut jaloux d’Abel et le tua. Et les méchants frères de Joseph eurent de l’envie contre lui parce que leur père l’aimait plus qu’eux (1 Jean 3:12, Genèse 37:3-4).

— Oui, « les patriarches étant pleins d’envie contre Joseph, le vendirent pour être mené en Égypte » (Actes 7:9). Combien nous avons à veiller pour que ce mauvais fruit de notre cœur naturel — la jalousie — ne se produise pas. Bien des gens s’y laissent aller. Mais revenons à Saül. La jalousie qu’il avait laissé entrer dans son cœur se montra bientôt au grand jour. Le lendemain du jour où les femmes avaient célébré la gloire du jeune vainqueur, le « mauvais esprit » saisit Saül. Comme les autres jours, David vint jouer de la harpe pour calmer le pauvre roi. Mais cette fois le mauvais esprit ne céda pas, Saül ne fut point apaisé. Pourquoi ? Parce qu’il y avait de la haine dans son cœur. Quand on laisse un mauvais sentiment entrer en soi au lieu de le repousser, le diable s’en sert pour nous dominer. Judas aimait l’argent. Il ne résista pas à ce penchant, il devint voleur, puis Satan entra dans son cœur et il vendit Jésus (Jean 12:6 ; 13:26 ; Luc 22:3). C’est ainsi que Saül, dominé par la jalousie et par le mauvais esprit, saisit sa lance et la jeta contre David pour le clouer à la paroi et ainsi le tuer. Deux fois il renouvela sa tentative, mais David se détourna de devant le coup. L’Éternel qui l’aimait ne permit pas que Saül consommât son crime. Mais depuis ce moment, Saül n’eut qu’une pensée, celle de se débarrasser de David. « Saül eut peur de David ; car l’Éternel était avec lui, et il s’était retiré de Saül ». Sais-tu qui cela nous rappelle ?

— Le Seigneur Jésus, n’est-ce pas ?

— Oui. Les Juifs haïssaient le Seigneur, ils cherchèrent plus d’une fois à le faire mourir et enfin le tuèrent. Pourquoi cela ? Parce que leurs œuvres étaient mauvaises et que la présence de Jésus, qui était saint et juste, le leur faisait sentir. Les méchants sont toujours mal à l’aise devant ceux qui aiment Dieu et le servent. C’est pourquoi le monde a toujours haï les vrais chrétiens.

— David quitta-t-il Saül qui voulait le tuer ?

— Non. David était un serviteur fidèle qui restait à la place que Dieu lui avait assignée. Mais ce fut Saül qui l’éloigna d’auprès de lui. Il l’envoya combattre les Philistins en lui promettant de lui donner en mariage sa fille aînée Mérab. Ce fut avec de belles paroles qu’il le congédia : « Voici ma fille aînée, Mérab ; je te la donnerai pour femme ; seulement, sois-moi un homme vaillant, et combats les combats de l’Éternel ». Mais c’étaient des paroles trompeuses. Au fond de son cœur Saül disait : Je ne veux pas le tuer moi-même, mais il perdra la vie dans quelque combat contre les Philistins. Ainsi Saül n’en était pas moins un meurtrier car la Parole dit : « Quiconque hait son frère est un meurtrier » (1 Jean 3:15). Et il oubliait que l’Éternel était avec David et que par conséquent celui-ci n’avait rien à craindre. David pouvait dire : « L’Éternel est ma lumière et mon salut : de qui aurai-je peur ? L’Éternel est la force de ma vie : de qui aurai-je frayeur ? … Quand une armée camperait contre moi, mon cœur ne craindrait pas ; si la guerre s’élève contre moi, en ceci j’aurai confiance » (Ps. 27:1, 3). Celui qui marche avec Dieu est en parfaite sécurité.

— David était bien heureux.

— Certainement, mais ce bonheur d’être avec Dieu, gardé par Lui, nous appartient aussi si nous sommes humbles et obéissants.

 

 

3.6   Mical devient femme de David. Intervention de Jonathan pour David — 1 Samuel 18:20 à 19:10

Bonne Nouvelle  1891 n°11

David était donc persécuté par Saül. Mais si Saül avait peur de David, s’il était jaloux de lui au point de vouloir le faire mourir, sa famille ne partageait point ses sentiments. Jonathan aimait tendrement David, sa sœur Mical, la seconde fille de Saül, l’aimait aussi. Saül l’apprit et en fut bien aise.

— Puisque Saül haïssait David, comment pouvait-il être content que sa fille l’aimât ?

— Saül espérait faire servir cette affection à ses désirs de vengeance. C’est ainsi que, quand nous avons laissé un mauvais sentiment contre quelqu’un s’emparer de nos cœurs, nous voulons tout faire servir à lui nuire. Saül imagina ceci pour faire périr David. D’abord, il lui fit dire par ses serviteurs : « Voici, le roi prend plaisir en toi », ce qui était totalement faux, « et tous ses serviteurs t’aiment ; maintenant donc sois gendre du roi ».

— Ainsi il voulait lui faire épouser sa seconde fille après l’avoir trompé en ne lui donnant pas l’aînée. David ne devait plus avoir confiance en Saül.

— David ne se plaint pas d’avoir été trompé. Il pensait que ce n’était pas à lui de juger la conduite du roi, son maître. Et quand les serviteurs de Saül vinrent insinuer qu’il pourrait cependant devenir gendre du roi en épousant Mical, il ne pense pas à s’enorgueillir, mais reste dans l’humilité en disant : « Est-ce peu de chose à vos yeux que de devenir gendre du roi ? et moi, je suis un homme pauvre et peu considérable ». Il ne pense point aux grands services qu’il a rendus au roi et au peuple d’Israël. C’est un caractère généreux et désintéressé.

— Mais pourquoi le roi lui fait-il dire cela ?

— Saül pensait que ce serait un piège pour lui et qu’il périrait de la main des Philistins. Pour cela il fit dire à David par ses serviteurs que le roi ne désirait point de dot, mais qu’il tue cent Philistins. Saül couvrait son méchant dessein du prétexte de combattre les ennemis de Dieu. Mais il ignorait que l’Éternel gardait David et qu’il l’entourait de sa puissance comme d’un bouclier (Ps. 5:12). David consentit à devenir gendre du roi et à épouser la sœur de son ami Jonathan. Il accepta aussi la condition que Saül avait mise à son mariage et comme l’on était toujours en guerre contre les Philistins, il se mit en campagne avec ses guerriers et tua deux cents hommes. Alors Saül lui donna sa fille Mical pour femme, et il devint gendre du roi.

— Ainsi Dieu élevait David toujours plus haut malgré les méchants desseins de Saül.

— Oui. L’Éternel montrait aux yeux de tous qu’il était avec l’homme selon son cœur, celui qu’il avait choisi pour être le roi de son peuple. Combien l’on est heureux quand on a Dieu pour soi ! Quand même le monde entier serait contre nous, avec Dieu nous n’avons rien à craindre.

— Saül ne cessa-t-il pas de chercher à tuer David maintenant qu’il était le mari de sa fille ?

— Non, il voyait que Mical l’aimait, et il eut encore plus peur de lui et fut son ennemi tous ses jours. David cependant se montrait un fidèle serviteur, ne craignant pas d’exposer sa vie en combattant les Philistins qui avaient recommencé leurs attaques contre le peuple d’Israël. Et toujours Dieu donnait la victoire à David.

— Cela ne touchait-il pas le cœur de Saül et ne voyait-il pas là bien clairement que l’Éternel protégeait David ? Il aurait dû craindre de s’opposer à Dieu.

— Quand on a laissé le péché s’emparer du cœur, que l’on a nourri un mauvais sentiment, que l’on ne s’est pas humilié devant Dieu, le diable conserve son empire. Saül n’avait jamais reconnu véritablement son péché de désobéissance qui l’avait fait rejeter de Dieu. Et lorsque Dieu l’eut délivré de la main des Philistins par le moyen de David, il ne montra pas de reconnaissance envers l’Éternel, mais fut jaloux du serviteur de Dieu ; et son cœur devint ainsi la proie de ses passions et du mauvais esprit. Voyant que David était sorti sain et sauf et vainqueur dans ses combats contre les Philistins, il parla à ses serviteurs et même à Jonathan son fils de faire mourir David.

— Mais Jonathan aimait trop David pour faire ce que Saül demandait, n’est-ce pas ?

— Sans doute. Il lui était très affectionné et il avertit David des desseins de son père.

— David devait regretter le temps où il était berger, gardant paisiblement les troupeaux de son père. Il était alors bien plus heureux.

— David connaissait Dieu, et il était heureux d’accomplir la volonté de Dieu, soit en gardant les troupeaux soit en combattant les Philistins, soit en étant exposé au mauvais vouloir et à la haine de Saül. Le Seigneur fut aussi exposé à la haine de ceux qu’Il venait sauver, et ses serviteurs le furent également. L’un d’eux, l’apôtre Paul, disait dans sa prison qu’il avait appris à être content dans les circonstances où il se trouvait. Nous aussi, nous devons l’apprendre. L’important n’est pas d’avoir une vie tranquille où l’on a toutes ses aises, point de luttes ni de combats, mais d’être dans le chemin de Dieu. Et le Seigneur Jésus a dit à ses disciples : « Vous avez de la tribulation dans le monde ; mais ayez bon courage, moi j’ai vaincu le monde » (Jean 16:33).

— Et que fit Jonathan pour son ami David ?

— Il lui dit : « Saül, mon père, cherche à te faire mourir … Cache-toi. Et moi, je sortirai, et je me tiendrai à côté de mon père, dans la campagne où tu seras ; et je parlerai de toi à mon père, et je verrai ce qu’il en est, et te le ferai savoir ». C’est ce qu’il fit en effet. Il rappela à Saül les services que David avait rendus à Saül et à Israël, comment il avait exposé sa vie en combattant les Philistins. « Il n’a point péché contre toi », dit Jonathan au roi ; « pourquoi donc pécherais-tu contre le sang innocent, en faisant mourir David sans cause ? ». Cette fois, pour un moment, Saül fut touché et il jura en disant : « L’Éternel est vivant, si on le fait mourir ! »

— Quelle belle conduite que celle de Jonathan. Il ne craint pas de dire la vérité pour défendre son ami.

— Certainement. Il s’empressa d’aller annoncer cette bonne nouvelle à son ami et l’amena à Saül. Et David fut auprès du roi comme auparavant. Mais ce bon sentiment du cœur de Saül ne fut que « comme la rosée qui s’en va de bonne heure » (Osée 6:4). David remporta de nouveaux succès sur les Philistins et, étant revenu auprès du roi, celui-ci était de nouveau troublé par le mauvais esprit. Alors David prit sa harpe afin de dissiper par ses accords les souffrances du roi. Mais Saül, qui n’avait pas cessé d’être jaloux de David et sur qui, par conséquent, le mauvais esprit avait tout son empire, prit sa lance et voulut en percer David. Nos bons sentiments, nos bonnes résolutions ne tiennent pas si nous ne cherchons pas le secours de Dieu. Sans Lui, Satan est toujours plus fort que nous.

— David ne devait plus savoir que faire.

— En effet. Mais c’était un homme qui le poursuivait, et Dieu le défendait. Qu’avait-il à craindre ? Mais qui poussait ainsi Saül ?

— C’était Satan, n’est-ce pas ?

— Tu as raison. Satan est l’adversaire de Dieu et des serviteurs de Dieu. . Il s’efforce toujours de traverser les desseins de Dieu. L’Éternel voulait opérer le bien de son peuple Israël par le moyen de son serviteur David, et Satan voulait l’empêcher en se servant du pauvre Saül. N’est-ce pas terrible d’être un instrument de Satan ? Eh bien, il n’y a pas de milieu. Ou bien on est un enfant de Dieu et Dieu veut employer ses enfants pour son service ; ou bien on est un enfant du diable qui se sert aussi des siens pour faire le mal (1 Jean 3:10). Et l’évangile est annoncé pour faire passer ceux qui le reçoivent des ténèbres à la lumière, et de la puissance de Satan à Dieu (Actes 26:18). Pauvre Saül, il restait dans les liens de l’ennemi et il continua à persécuter David.

 

 

3.7   Saül cherche à tuer David chez lui — 1 Samuel 19:10-18

Bonne Nouvelle  1892 n° 1

Malgré le serment qu’il avait fait à Jonathan de ne point faire mourir David, Saül essaya encore de le percer de sa lance. Le malheureux roi était sans force contre le mauvais esprit qui le dominait par la passion de la jalousie. Quelle terrible chose d’être dans les liens de Satan ! Après la tentative de Saül, David s’enfuit chez lui. C’était le soir, et Saül envoya aussitôt des hommes pour surveiller la maison et saisir David dès le lendemain afin de le faire mourir.

— Pauvre David ! Il n’avait ni trêve ni repos.

— C’est vrai, mais il avait l’Éternel avec lui pour le délivrer. Il dit dans un psaume : « Les maux du juste sont en grand nombre ; mais l’Éternel le délivre de tous » (Ps. 34:19). Et il en fit la précieuse expérience. David avait pour femme Mical, la fille de Saül, et elle aimait David. Elle avait appris le méchant dessein de son père, et s’était aperçue que des hommes surveillaient la maison. Elle en avertit David et lui dit : « Si tu ne sauves pas ta vie cette nuit, demain tu seras mis à mort ». Et ayant vu que les hommes gardaient seulement la porte, elle aida David à descendre par la fenêtre. C’était le moyen de salut que Dieu laissait à David.

— Un autre serviteur de Dieu échappa de la même manière à ses ennemis. C’est l’apôtre Paul. Les Juifs voulaient le tuer et on gardait les portes de la ville afin qu’il ne sortît pas. Alors les disciples le firent descendre dans une corbeille par une fenêtre qui donnait sur la muraille de la ville (Actes 9:24 ; 2 Cor. 11:32-33).

— Oui, et l’apôtre dit à ce sujet : « Je me glorifierai dans ce qui est de mon infirmité » (2 Corinthiens 11:30). Ce n’était pas bien glorieux, en effet, pour un grand apôtre ni pour le vainqueur de Goliath d’échapper à leurs ennemis par un moyen aussi vulgaire. Mais Dieu veut que nous restions humbles et petits. Voilà pourquoi il fait passer ses serviteurs par des circonstances humiliantes aux yeux des hommes, même pour les délivrer. Il n’emploie pas toujours des moyens éclatants, comme lorsqu’il ébranla les murailles et ouvrit les portes de la prison où Paul et Silas étaient enfermés (Actes 16:25-26). Mais nous pouvons toujours compter sur Lui pour nous tirer de l’épreuve (2 Pierre 2:9), par un moyen ou par un autre. Il y a, à cet égard, un grand contraste entre le Seigneur Jésus quand il était sur le terre et les plus éminents serviteurs de Dieu. Il se délivrait par sa vertu divine. Quand les hommes de Nazareth le conduisent hors de leur ville pour le précipiter du haut de la colline escarpée, il passe au milieu d’eux, dans sa calme majesté, sans que personne le touche (Luc 4:29-30).

— Dans le jardin de Gethsémané, quand on vient pour le prendre, Il dit : « C’est moi », et tous tombent par terre (Jean 18:4-6).

— Oui. Personne ne pouvait le saisir, personne ne pouvait lui ôter la vie à moins qu’il ne se livrât lui-même. Et il l’a fait pour nous sauver et glorifier son Père. « C’est pour cela », dit-il, « que le Père m’aime » (Jean 10:15-18). Quel précieux Sauveur nous avons !

— Saül fut sans doute très fâché de voir que David s’était sauvé.

— Il ne le sut pas tout de suite. Mical voulait donner à David le temps de s’enfuir aussi loin que possible, et voici ce qu’elle imagina. Elle « prit le théraphim et le mit dans le lit, et mit à son chevet un tissu de poils de chèvre, et le couvrit d’un tapis ». Et quand Saül envoya des hommes pour prendre David, Mical, en leur montrant le lit, leur dit : « Il est malade ».

— C’était bien imaginé, en effet. Mais qu’est-ce que c’est qu’un théraphim ?

— Plusieurs passages de l’Ancien Testament nous l’apprennent. Ainsi, lorsque Jacob quitta Laban, Rachel emporta les théraphim de son père. Quand Laban eut rattrapé Jacob, il lui dit entre autres reproches : « Pourquoi m’as-tu volé mes dieux ? ». Dans le livre des Juges, nous lisons qu’un certain Michée fit une image taillée et une de fonte, et ainsi il eut, est-il dit, « une maison de dieux, et il fit un éphod et des théraphim » (Juges 17:4-5).

— C’étaient donc des idoles.

— Oui, c’étaient des images représentant des divinités qui étaient censées protéger la maison, la famille. Mais c’était une idolâtrie que Dieu condamnait (1 Sam. 15:23), d’autant plus qu’on voulait l’associer à son culte. On donnait une certaine place à Dieu, mais on gardait tout de même des idoles, (lisez à ce sujet Juges 17:1-5), où le nom de l’Éternel est employé par la mère de Michée, en même temps qu’elle parle de son dessein de faire des idoles). C’est comme de nos jours les chrétiens qui veulent en même temps servir Dieu et le monde, ce qui n’est pas possible (2 Cor. 6:16 ; Jacq. 4:4 ; 1 Jean 2:15).

— Comment donc David pouvait-il avoir une idole dans sa maison, lui un fidèle serviteur de l’Éternel ?

— C’était Mical qui avait apporté et vénérait cette idole. David, au milieu de ses préoccupations et de ses épreuves sans nombre, n’en avait peut-être pas eu connaissance quand Mical lui fut donnée pour femme, ou alors il n’avait pas encore pu y mettre ordre. Il y a plus tard, dans la vie de David, un fait qui montre que Mical n’avait guère la connaissance de ce qui est dû à l’Éternel (2 Samuel 6:16, 20). Mais de nos jours et au milieu de la chrétienté, on trouve une idolâtrie semblable à celle des théraphim ou dieux domestiques.

— Que veux-tu dire ?

— Les catholiques romains n’ont-ils pas leurs saints patrons qu’ils croient en train de les protéger, eux et leur maison, et dont ils ont les images ? N’est-il pas bien meilleur d’avoir l’Éternel comme celui qui nous garde (Ps. 121) ?

— Certainement. Mais Mical dit un mensonge en faisant croire que David était malade.

— Sans doute, et nous ne pouvons l’excuser bien qu’elle pût donner, selon le monde, de bonnes raisons. On peut dire que Mical n’avait pas la connaissance que nous avons. Mais pour nous, l’Écriture dit : « Ayant dépouillé le mensonge, parlez la vérité chacun à son prochain », et dans l’Ancien Testament même, nous lisons : « Le juste hait la parole mensongère » (Éphésiens 4:25 ; Proverbes 13:5). Le diable est le père du mensonge (Jean 8:44).

— Mais si Mical n’avait pas raconté cela, peut-être que l’on aurait rattrapé David ?

— L’Éternel était là pour le délivrer. Devons-nous mal agir pour qu’il en arrive du bien ? Non, jamais. Nous avons à agir droitement en tout et laisser le reste à Dieu. L’Éternel aurait délivré David sans les mensonges de Mical.

— Oui. Mais que dit Saül quand on lui rapporta que David était malade ?

— Il dit : « Apportez-le-moi dans le lit, pour le mettre à mort ».

— Quelle horrible méchanceté !

— Tel est le mauvais cœur de l’homme livré à ses passions. Dieu dit de lui qu’il est : « Sans miséricorde », avec des « pieds rapides pour verser le sang » (Romains 1:31 ; 3:15), comme le diable qui est « meurtrier dès le commencement » (Jean 8:44). De même que Saül poursuivit David jusqu’à la mort, ainsi le Seigneur Jésus fut aussi poursuivi par ses ennemis. Quand les messagers de Saül vinrent pour prendre David, ils furent bien surpris de ne trouver dans le lit que le théraphim, et Saül fut irrité contre Mical. Et Saül dit à Mical : Pourquoi m’as-tu ainsi trompé et as-tu laissé aller mon ennemi, de sorte qu’il s’est échappé ?

— Mais David n’était pas l’ennemi de Saül. Il l’avait servi fidèlement.

— Tu as bien raison, mais les méchants considèrent comme leurs ennemis ceux dont la conduite les condamne. Ainsi Caïn regardait sans doute Abel comme son ennemi. Mical répond à son père par un nouveau mensonge. Elle prétendit que David avait menacé de la tuer si elle ne le laissait pas aller. Elle eut tort. Elle aurait dû avoir le courage de dire : Comment aurais-je exposé à la mort celui que j’aime ? Quand nous faisons le bien, nous devons avoir le courage de ce que nous faisons.

 

 

3.8   Saül prophétisant. David et Jonathan se quittent — 1 Samuel 19:19 à ch. 20

Bonne Nouvelle  1892 n°2

— Où David s’enfuit-il quand il fut descendu par la fenêtre pour se sauver ?

— Il se réfugia auprès du vieux prophète Samuel qui demeurait toujours à Rama.

— Il ne pouvait pas trouver mieux.

— En effet. Il croyait, sans doute, que Saül n’oserait pas le faire prendre auprès de l’homme de Dieu, et il avait bien besoin des consolations et des encouragements du prophète. Ils allèrent ensemble en un lieu nommé Naïoth, près de Rama. Là se trouvait une assemblée de prophètes que Samuel présidait. Combien David, après ces épreuves, devait être heureux au milieu de ces serviteurs de Dieu ! C’est ce qu’il exprime en disant : « Voici, qu’il est bon et qu’il est agréable que des frères habitent unis ensemble ! » (Ps. 133:1). Mais Saül apprit que David était là.

— Est-ce qu’il osa le faire prendre ?

— Il essaya au moins, car « l’inique ne connaît pas la honte » (Sophonie 3:5) et en vient à ne plus rien respecter. Saül envoya des hommes pour prendre David. Mais la puissance de Dieu était là pour le protéger et montrer à Saül sa folie. Et cette puissance se manifesta d’une manière bien étrange et merveilleuse. Ce ne fut pas en consumant les messagers de Saül comme plus tard ceux que le roi Achazia avait envoyés à Élie (2 Rois 1). Non ! Quand les hommes qui devaient prendre David arrivèrent à Naïoth, l’Esprit de Dieu se saisit d’eux et ils se mirent à prophétiser. On le rapporta à Saül qui, insensible aux manifestations divines, poursuivit son méchant dessein en envoyant une seconde puis une troisième fois d’autres messagers qui, les uns et les autres, prophétisèrent.

— Saül aurait pourtant dû voir que Dieu ne voulait pas qu’il fasse du mal à David.

— Sans doute. Mais son cœur était tellement possédé par sa haine contre David qu’il partit lui-même pour Rama.

— Pauvre Saül ! Il croyait donc être plus fort que Dieu ?

— Dieu lui montra le contraire. Il n’était pas encore arrivé que l’Esprit de Dieu le saisit en chemin, et il fut contraint de prophétiser jusqu’à ce qu’il fût arrivé à Naïoth. Et là, se dépouillant de ses vêtements devant Samuel, il continua à prophétiser et tomba nu par terre, et resta là tout un jour et toute une nuit.

— Quelle chose extraordinaire ! Ainsi il ne put rien faire à David ?

— Non, le bras de l’Éternel protégeait « l’homme selon son cœur ». Et son adversaire gisait à terre, abattu, humilié, dépouillé, sous la puissante main de Dieu qu’il avait bravé. Qu’il est bon d’être sous la garde de Dieu ! L’étonnement de tous ceux qui virent Saül dans cet état fut grand et l’on disait : « Saül aussi est-il parmi les prophètes ? »

— Au commencement, il avait déjà prophétisé, et on avait dit de lui la même chose (1 Sam. 10:11).

— C’est vrai, mais alors la puissance de Dieu était en lui pour l’encourager au début de son règne, tandis que maintenant c’était pour arrêter sa méchanceté.

— Il prophétisait comme le prophète Balaam qui voulait maudire le peuple de Dieu et qui fut forcé de le bénir (Nom. 23).

— En effet, et comme Balaam aussi, Saül ne fut pas détourné de sa mauvaise voie et continua à persécuter David.

— Et que fit David ensuite ?

— Il comprit que sa place n’était plus auprès de Saül qui n’avait pas craint de chercher sa vie même auprès du prophète de Dieu, et chez lequel il n’y avait plus de crainte de Dieu. Son cœur en était sans doute bien affligé et il alla trouver son ami Jonathan pour lui confier ses peines, et lui raconta comment Saül cherchait à le faire mourir. Jonathan ne pouvait pas croire cela de son père puisqu’il avait juré de ne pas faire mourir David. Mais David insista et dit : « Il n’y a qu’un pas entre moi et la mort ! » (1 Samuel 20:3).

— Je trouve très beau de Jonathan de ne pas vouloir croire du mal de son père.

— Tu as raison. Il l’aimait et l’honorait, et il agissait comme Sem et Japhet qui refusaient de voir la honte de leur père (Genèse 9:23). Alors David voulut éprouver si, en effet, Saül était peut-être revenu à d’autres sentiments à son égard après avoir été sous la main de Dieu. Il dit donc à Jonathan : « Voici, c’est demain la nouvelle lune (*), et je devrai m’asseoir auprès du roi pour manger ; laisse-moi donc aller, et je me cacherai dans les champs jusqu’au troisième soir. Si ton père s’aperçoit de mon absence, tu diras : David m’a demandé instamment de courir à Bethléhem, sa ville, car il y a là un sacrifice annuel pour toute la famille. S’il dit ainsi : C’est bon ! il y a paix pour ton serviteur. Mais s’il se met dans une grande colère, sache que le mal est décidé de sa part » (1 Samuel 20:5-7).

 

(*) Voyez Nombres 28:11 ; 1 Chroniques 23:31 ; 2 Chroniques 2:4 ;  Néhémie 10:33 ; Ézéchiel 45:17 et Colossiens 2:16.

 

— C’était un bon moyen de connaître les pensées de Saül, mais David n’engageait-il pas Jonathan à dire un mensonge ?

— Nous ne savons pas si, à l’occasion de cette fête de la nouvelle lune, la famille de David ne se réunissait pas à Bethléhem pour offrir un sacrifice. Quoiqu’il en soit, David supplia Jonathan d’user de sa bonté envers lui, de se rappeler l’alliance qu’ils avaient faite ensemble et de le faire mourir lui-même plutôt que de le conduire à Saül.

— Oh ! Jonathan n’aurait jamais voulu faire du mal à David.

— Certainement non. Mais pour que tu voies la tendre affection de ces deux amis, je veux te lire le touchant entretien qu’ils eurent ensemble. « Et Jonathan dit : Loin de toi [une telle pensée] ; car si je savais certainement que mon père fût décidé à faire venir le mal sur toi, ne t’en informerais-je pas ? Et David dit à Jonathan : Qui m’en informera ? Et si ton père te fait une réponse dure... ?Et Jonathan dit à David : Viens, et sortons aux champs ».

— Pourquoi lui dit-il cela ?

— C’était afin d’être plus tranquilles. « Et ils sortirent les deux aux champs. Et Jonathan dit à David : Éternel, Dieu d’Israël ! Quand j’aurai sondé mon père demain à cette heure, ou après-demain, s’il y a quelque chose de bon pour David, et qu’alors je n’envoie pas vers toi et ne te le découvre pas, que l’Éternel fasse ainsi à Jonathan, et ainsi y ajoute ! »

— Que voulait dire Jonathan par ces dernières paroles ?

— C’était la forme d’un serment solennel. On appelait sur soi la colère et le châtiment de Dieu si l’on n’accomplissait pas ce que l’on avait dit (voyez 1 Samuel 14:44 ; 25:22 ; 2 Samuel 3:9). Jonathan prenait ainsi l’Éternel à témoin de sa fidélité envers David. Il continua ainsi : « S’il semble bon à mon père de te faire du mal, je te le ferai savoir, et je te laisserai aller, et tu t’en iras en paix. Et que l’Éternel soit avec toi, comme il a été avec mon père ».

— Jonathan devait beaucoup souffrir de voir son père rejeté de Dieu et son ami persécuté par Saül.

— Sans nul doute. C’était un cœur fidèle et aimant, rempli de tendresse. Mais en même temps il avait foi en la parole de Dieu et savait que l’Éternel accomplirait ce qu’il avait dit touchant David, et que David règnerait. Aussi, prévoyant ce moment, ajoute-t-il ces paroles touchantes : « Et n’est-ce pas ? si je suis encore vivant, — n’est-ce pas, tu useras envers moi de la bonté de l’Éternel, et je ne mourrai point ; et tu ne retireras point ta bonté de ma maison, à jamais, non pas même lorsque l’Éternel retranchera chacun des ennemis de David de dessus la face de la terre ? ». Il ne nomme pas son père mais il sait que Dieu qui aime David le délivrera de tous ses ennemis. Et David se souvint plus tard de l’amour de Jonathan (Voyez l’histoire de Méphibosheth en 2 Samuel 9).

— Quelle tendre et fidèle amitié ! C’est bien doux de trouver un ami tel que Jonathan ou David.

— En effet, c’est un vrai trésor qu’un véritable ami. Le roi Salomon a dit : « L’ami aime en tout temps », et aussi : « il est tel ami plus attaché qu’un frère » (Proverbes 17:17 ; 18:24). Mais les plus solides amitiés de la terre peuvent manquer, tandis qu’il existe un Ami qui ne manque jamais et qui nous aime plus tendrement que David et Jonathan ne s’aimaient l’un l’autre.

— C’est Jésus, comme le dit notre beau cantique : « Jésus est notre ami suprême. Oh ! Quel amour ! »

— Oui, que nos cœurs s’attachent toujours plus à Lui qui a donné sa vie pour nous, car ainsi que dit un autre cantique :

 

« Jamais son amour fidèle

À nos vœux ne manquera :

C’est une source éternelle

Qui jamais ne tarira. ».

 

Continuons l’histoire de nos deux amis. « Et Jonathan fit alliance avec la maison de David : Que l’Éternel le redemande de la main des ennemis de David ! Et Jonathan fit encore jurer David par l’amour qu’il lui portait ; car il l’aimait comme il aimait son âme ». Il n’y a pas d’expression plus forte pour exprimer l’affection de ces deux amis, mais l’amour de Jésus est plus grand encore. Il nous a aimés quand nous étions ses ennemis et s’est alors donné pour nous. Après ce que je t’ai raconté, Jonathan convint avec David de le rencontrer le troisième jour en un certain lieu où David se tiendrait caché, et ils se séparèrent.

— Que fit Saül en voyant que David était absent ? Il devait s’y attendre, n’est-ce pas ? Il pouvait bien penser que David aurait peur de venir en sa présence.

— Il croyait, sans doute, que David n’oserait pas manquer à ce que Saül regardait comme un devoir envers lui. Le premier jour, il ne dit rien en voyant que la place de David était vide. Il se dit : « Il n’est pas pur ». Il y avait diverses circonstances selon la loi de Moïse qui rendaient un homme impur pendant un jour (Nombres 19:22 ; Lévitique 11:31), et il devait rester à part. Mais le second jour, voyant que David n’était pas encore là, il dit à Jonathan : « Pourquoi le fils d’Isaï n’est-il venu au repas ni hier ni aujourd’hui ? ». Jonathan répondit comme il en était convenu avec David. Alors Saül entra dans une violente colère et dit en effet à Jonathan les paroles les plus dures : « Ne sais-je pas que tu as choisi le fils d’Isaï à ta honte et à la honte de la nudité de ta mère ? Car tous les jours que le fils d’Isaï sera vivant sur la terre, tu ne seras pas établi, ni toi ni ton règne ; et maintenant, envoie, et amène-le-moi ; car il mourra certainement ».

— Pauvre Jonathan ! Comme il dut être affligé !

— Sans doute, mais il se montra fidèle envers David, comme nous devons l’être à Christ. Il répondit courageusement : « Pourquoi serait-il mis à mort ? Qu’a-t-il fait ? ». Dans une autre occasion Saül avait écouté son fils ; mais comme il ne s’était jamais humilié réellement devant Dieu, son cœur s’était toujours plus endurci et, dans sa colère, il jeta sa lance contre Jonathan pour le frapper. Celui-ci vit bien alors que c’était chez Saül une chose décidée de faire mourir David. Rempli de douleur, il quitta la table du roi et, le lendemain matin, se rendit au lieu convenu avec David. Il lui avait donné pour signe qu’il lancerait trois flèches et enverrait son serviteur les chercher. S’il criait au serviteur : « les flèches sont en deçà de toi », c’était un signe favorable à David ; s’il s’écriait : « les flèches sont au-delà de toi », c’était la marque des dispositions meurtrières de Saül. C’est, hélas, cette dernière chose qu’il eut à faire. Jonathan renvoya son serviteur, David sortit du lieu où il se tenait, et Jonathan et lui se baisèrent l’un l’autre et pleurèrent l’un avec l’autre jusqu’à ce que les pleurs de David deviennent excessifs. Ils devaient se séparer. « Va en paix », dit Jonathan, « selon que nous avons juré, nous deux, au nom de l’Éternel, disant : L’Éternel sera entre moi et toi, et entre ma semence et ta semence, à toujours ! ». Et David commença sa vie errante devant les poursuites acharnées de Saül, et Jonathan retourna auprès de son père, mais toujours attaché à son ami.

 

 

3.9   David persécuté par Saül. Chez Akhimélec — 1 Samuel 21:1-10

Bonne Nouvelle  1892 n° 3

David, dans sa vie errante, poursuivi avec acharnement par Saül, nous offre une figure du Seigneur Jésus dans son humiliation ici-bas, persécuté par les Juifs, ses ennemis. Nous voyons aussi en David un type de ce que sera plus tard le résidu juif fidèle, en butte aux violences du faux roi, l’Antichrist. C’est pourquoi nombre de Psaumes écrits par David et qui rappellent les incidents de sa vie errante ont été inspirés par l’Esprit de Christ en vue des souffrances de ce résidu (Psaumes 11, 59 ; 142, 35, 52, 54, 57, etc). Mais, tandis que Christ, le divin modèle, en butte à la contradiction des pécheurs (Héb. 12:3), n’a jamais manqué, nous voyons plus d’une fois David, dans les circonstances éprouvantes où il se trouvait, montrer qu’il n’était qu’un homme faillible comme nous. Toutefois, il était toujours le bien-aimé de Dieu, et dans ses manquements mêmes nous trouvons des leçons pour nous.

— Pourquoi David, qui était pourtant le vrai roi et qui était aimé du peuple, ne se met-il pas à la tête des guerriers d’Israël pour résister à Saül qui n’était plus roi ? Cela aurait été mieux que de fuir toujours.

— Aux yeux des hommes, peut-être ; mais il y a une raison toute simple à la conduite de David, et elle fait ressortir la beauté de son caractère. L’Éternel ne lui avait pas dit de prendre les armes contre Saül. Le moment n’était pas venu de manifester ouvertement sa royauté. Elle n’existait que pour ceux qui avaient la foi, comme Jonathan et quelques autres. Et cela ne nous rappelle-t-il pas le Seigneur Jésus ? Lorsque la multitude vient pour le prendre et le faire roi, il se retire sur la montagne (Jean 6:15). Pourquoi ? C’est que, bien qu’il fût roi, le moment n’était pas venu pour que sa royauté soit reconnue publiquement. Il devait d’abord souffrir. Quand Pilate lui dit : « Toi, tu es le roi des Juifs ? », Jésus répond : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici » (Jean 18:33-37). Plus tard, la royauté de Jésus, comme le fut celle de David, sera proclamée à la face de l’univers (Ps. 2:6-9, Apocalypse 11:15). David, de même que le Seigneur, devait aller à la gloire par les souffrances, et il en est de même pour nous si nous sommes fidèles (1 Pierre 1:11 ; 2 Tim. 2:12).

— Je comprends pourquoi David, qui avait vaincu Goliath et avait été le libérateur d’Israël, consent à n’être qu’un pauvre fugitif. Cette ressemblance entre David et le Seigneur est bien belle.

— Reprenons notre histoire. Te rappelles-tu où nous avions laissé David ?

— Jonathan et lui se sont séparés. Où alla David ?

— Il se rendit à Nob, ville de la tribu de Benjamin, où se trouvaient le tabernacle et le souverain sacrificateur Akhimélec.

— Mais je croyais que le tabernacle était à Silo (1 Samuel 1:3, Josué 18:1).

— En effet, il y avait été. Mais, à une époque qui ne nous est pas indiquée, il fut transféré à Nob. Peut-être Saül avait-il voulu l’avoir sur le territoire de sa tribu ? Plus tard, sans doute après la destruction de la ville de Nob dont nous parlerons, il fut transporté à Gabaon qui était une des villes données aux sacrificateurs (2 Chron. 1:3 ; 1 Chron. 16:39-40 ; Josué 20:17). Mais l’arche de l’alliance n’était pas dans le tabernacle. Elle était restée dans la maison d’Abinadab depuis qu’elle était revenue du pays des Philistins (1 Sam. 7:1). David vint donc à Nob, peut-être pour consulter l’Éternel. Mais quand Akhimélec le vit, il fut tout effrayé.

— Pourquoi eut-il peur ? Il savait bien que David était un serviteur de Dieu et ne voulait point lui faire de mal.

— Akhimélec avait sans doute entendu parler des mauvais desseins de Saül contre David et en le voyant venir seul, sans escorte, il pensa que David s’enfuyait pour échapper à son ennemi. « Pourquoi es-tu seul », lui dit-il, « et n’y a-t-il personne avec toi ? ». David, pour rassurer le souverain sacrificateur et, en même temps, ne rien dire qui pût attirer sur lui la colère de Saül, répondit : « Le roi m’a commandé quelque chose, et m’a dit : Que personne ne sache rien de l’affaire pour laquelle je t’envoie, ni de ce que je t’ai commandé. Et j’ai indiqué à mes jeunes hommes (mes serviteurs) un certain lieu ».

— Mais ces paroles de David me semblent encore un affreux mensonge.

— Pour ce qui est des jeunes hommes, David disait vrai, car le Seigneur Jésus, rappelant ce fait de la vie de David, dit : « Lui et ceux qui étaient avec lui » (Marc 2:25). Mais, pour ne point attirer l’attention, David était venu seul auprès du sacrificateur. Quant au reste, tu as raison : c’était un mensonge. Pourquoi le proféra-t-il ? En voici, je pense, la raison. David avait vu auprès d’Akhimélec un serviteur de Saül, Doëg, et il craignait que cet homme n’allât rapporter à son maître qu’il était venu chez le sacrificateur, et que cela nuisît à Akhimélec. C’est pourquoi, pour qu’on eût rien à reprocher à ce dernier, il feint d’être envoyé par le roi. Mais rien n’excuse le mensonge. La loi le défendait, Dieu le hait, le diable est menteur et le père du mensonge et l’Esprit Saint, dans le Nouveau Testament, l’interdit aux chrétiens (Lév. 19:11 ; Prov. 12:22 ; Jean 8:44 ; Éph. 4:25 ; Col. 3:9). Et nous verrons plus loin que cette précaution de David ne servit à rien.

— Pour quelle raison David s’était-il rendu auprès d’Akhimélec ?

— Peut-être était-ce pour consulter l’Éternel, mais, outre cela, David dans sa fuite précipitée n’avait pas eu le temps de prendre des armes ni des vivres. Puisqu’il faisait semblant d’être venu de la part du roi, il pouvait demander à Akhimélec de lui donner ce qui lui manquait. Il lui dit donc : « Et maintenant, qu’as-tu sous la main ? Donne-moi dans la main cinq pains, ou ce qui se trouvera ». Mais le sacrificateur lui répondit : « Je n’ai point sous la main de pain commun, il n’y a que du pain sacré ».

— Qu’était-ce que ce pain sacré ?

— On appelait ainsi les pains de proposition, au nombre de douze, cuits sans levain et placés sur la table d’or dans le lieu saint. On les remplaçait tous les jours de sabbat. Ceux qu’on ôtait ne pouvaient être mangés que par les sacrificateurs dans un lieu saint.

— Le sacrificateur ne pouvait donc pas les donner à David.

— Il le fit cependant. Dieu le permettait dans cette occasion car c’était pour le roi qu’il avait oint et que les méchants rejetaient, et la grâce de Dieu envers ce roi s’élevait au-dessus des ordonnances de la loi. La vie de David était plus précieuse que le pain. Le Seigneur Jésus nous enseigne que c’était bien la pensée de Dieu, lorsqu’il cite cet exemple pour défendre ses disciples contre les Pharisiens et qu’il dit à ceux-ci : « Le Fils de l’homme est seigneur du sabbat » (Matth. 12:8). David dit aussi à Akhimélec : « N’as-tu pas ici sous la main une lance ou une épée ? Car je n’ai pris dans ma main ni mon épée ni mes armes, parce que l’affaire du roi était pressante ».

— Je me figure qu’il ne devait point y en avoir. Les sacrificateurs ne faisaient point la guerre.

— En effet, Akhimélec n’avait point d’armes dont il se servît. Mais il dit à David : « L’épée de Goliath, le Philistin, que tu as frappé dans la vallée d’Éla, la voilà, enveloppée dans un manteau derrière l’éphod : si tu veux la prendre, prends-la ; car il n’y en a point d’autre ici que celle-là ».

— Comment se trouvait-elle là ?

— Cela ne nous est pas dit. Nous savons seulement que les anciens peuples consacraient souvent dans leurs temples les armes de leurs ennemis vaincus (1 Sam. 31:10). Nous pouvons supposer que David en avait fait de même de l’épée qui avait ôté la vie à l’ennemi d’Israël. Et maintenant, elle va servir à défendre le roi fugitif contre Israël devenu son ennemi. Quelle chose étrange ! « Il n’y en a point de pareille », dit David, « donne-la-moi ». Il en avait éprouvé la puissance, mais nous ne voyons nulle part qu’il s’en soit servi ni contre Saül ni contre les Israélites. Seulement errant çà et là, il pouvait avoir à tirer l’épée contre d’autres que ceux de sa nation, et nous verrons que cela arriva (1 Sam. 23:1-5). Ainsi David était nourri du pain du sanctuaire et armé de l’épée qui avait été consacrée à Dieu après avoir vaincu l’ennemi. Nous aussi, en traversant la terre, nous sommes nourris dans nos âmes du pain de Dieu, de Christ (Jean 6:32-35, 48-51), et nous sommes armés pour la lutte contre Satan de l’épée de la parole de Dieu (Éph. 6:17).

— Un serviteur de Saül se trouvait là auprès d’Akhimélec. Qui était-il et que faisait-il là ?

— Doëg était un Édomite, c’est-à-dire un descendant d’Ésaü, frère de Jacob. Bien qu’ils soient proches parents des Israélites, les Édomites s’étaient toujours montrés leurs pires ennemis (Nombres 20:14-21 ; Abdias 7-14). Et c’est une chose tristement frappante de voir Saül, devenu ennemi de David, être associé à un homme de cette race qui se montra, comme nous le verrons, l’adversaire impitoyable des amis de David. Doëg était le chef des bergers de Saül, car Saül était devenu riche. Ce n’était plus comme au temps où il labourait lui-même ses terres (1 Sam. 11:5). Il avait prospéré extérieurement, sans doute, par le butin fait sur ses ennemis. Il était un roi entouré de ses gardes, distribuant des honneurs, des champs et des vignes à ceux qui s’attachaient à lui (1 Sam. 22:7). Il n’en était pas plus heureux, car comment pourrait-on l’être quand on est loin de Dieu. Saül avait peut-être envoyé Doëg porter un message à Akhimélec, et c’est ainsi qu’il se trouvait « retenu devant l’Éternel », c’est-à-dire devant le tabernacle. Nous verrons plus tard le triste résultat de la présence de Doëg à l’entrevue de David et d’Akhimélec.

 

3.10                      La caverne d’Adullam — 1 Samuel 21:10 à 22:2

Bonne Nouvelle  1892 n° 4

Lorsque David quitte le sacrificateur Akhimélec après avoir pris l’épée de Goliath, il se réfugia auprès d’Akish, roi de Gath.

— Mais ce n’était pas du tout sa place d’aller chez les ennemis de son peuple !

— Non, et Dieu le lui fit bientôt sentir. Ce fut de la part de David un manque de confiance en son Dieu. Il agit comme autrefois Abraham qui, craignant la famine, descendit en Égypte (Genèse 12:9-20). Nous ne devons jamais, pour éviter un danger ou pour sortir d’une difficulté, faire quelque chose que Dieu n’approuve pas.

— Comment Akish reçut-il David ?

— Akish aurait, peut-être, bien accueilli le pauvre fugitif, mais ses serviteurs ne furent pas de cet avis. Ils se souvenaient trop bien des défaites réitérées que David avait infligées aux Philistins. « N’est-ce pas là David, le roi du pays ? », dirent-ils. « N’est-ce pas au sujet de celui-ci qu’on s’entre-répondait dans les danses, en disant : Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille ? ». Et ils auraient sans doute été tout disposés à faire payer cher à David ses exploits, comme ils l’avaient fait à Samson (Juges 16:21-24). En entendant cela, David eut peur. Il n’avait échappé à Saül que pour tomber entre les mains d’autres ennemis. Comment sortir de ce mauvais pas ? Ce ne fut pas d’une manière bien honorable. Il contrefit l’insensé. Il avait été bien insensé, en effet, d’aller chez les Philistins. Mais quelle humiliation pour le roi d’Israël d’être réduit à faire le fou devant les ennemis du peuple de Dieu !

— Qu’est-ce que lui fit Akish en le voyant dans cet état ?

— David, au fond de son cœur, dans l’opprobre et l’angoisse où il se trouvait, cria à son Dieu, comme nous le montre le Psaume 56. Nous y lisons ces paroles touchantes : « Use de grâce envers moi, ô Dieu ! car l’homme voudrait m’engloutir … Tu comptes mes allées et mes venues ; mets mes larmes dans tes vaisseaux … Alors mes ennemis retourneront en arrière, au jour où je crierai ; je sais cela, car Dieu est pour moi ». Dieu en effet le délivra. Akish le chassa de devant lui, et David échappa. Il put dire alors : « Car tu as délivré mon âme de la mort ». C’est alors aussi qu’il exprima par le beau Psaume 34 les sentiments de reconnaissance, de confiance et d’adoration qui remplissaient son cœur après la délivrance : « J’ai cherché l’Éternel ; et il m’a répondu, et m’a délivré de toutes mes frayeurs … Cet affligé a crié ; et l’Éternel l’a entendu, et l’a sauvé de toutes ses détresses. L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et les délivre. Goûtez et voyez que l’Éternel est bon ! Bienheureux l’homme qui se confie en lui ! »

— C’est bien beau, et on le comprend surtout en pensant aux circonstances où David se trouvait quand il disait ces paroles. Pauvre David ! Il était chassé de partout. Il me fait penser au Seigneur Jésus qui n’avait pas un lieu pour reposer sa tête (Matthieu 8:20).

— Oui. À part ses manquements, David persécuté est un type du Seigneur « qui a enduré une telle contradiction de la part des pécheurs contre lui-même » (Hébreux 12:3). David quitta le pays des Philistins et vint chercher refuge dans la caverne d’Adullam. Elle se trouve dans une gorge très sauvage à environ deux heures au sud-est de Bethléhem. Un voyageur la décrit ainsi : « Nous partîmes pour la caverne, ayant au-dessous de nous une terrible gorge, et au-dessus des rochers gigantesques. Le sentier court en serpentant le long d’une corniche de rochers, et il est étroit à faire frissonner ceux d’entre nous dont la tête n’aurait pas été solide. À la fin, depuis un quartier de roc suspendu au bord de la corniche, nous fîmes un grand saut pour entrer sous une porte basse s’ouvrant dans la face perpendiculaire du rocher. Nous étions dans le lieu fort de David. Après avoir rampé courbés en deux à travers un étroit couloir de quelques mètres de longueur, nous nous trouvâmes sous la sombre voûte de la première chambre de cette mystérieuse caverne, dans un air étouffant. Toutes nos lumières ne faisaient guère que rendre plus visible l’humide obscurité. Nous revînmes à la lumière du jour pleinement convaincus que Saül, à la tête de toutes les troupes d’Israël, n’aurait jamais pu se frayer un passage dans un tel lieu défendu par David et ses guerriers au cœur de lion … David, quand il était berger et qu’il conduisait ses troupeaux sur ces collines, avait sans doute appris à connaître dès son enfance tous les recoins de cette caverne, familière aussi aux bergers d’aujourd’hui » (The land and the book, par W. M. Thomson).

Un autre voyageur dit : « La caverne a cent vingt pieds de long et quarante de large, mais elle est d’une forme irrégulière. Elle pourrait aisément donner asile à sept cents hommes ». Ces détails nous font mieux comprendre pourquoi David choisit cet endroit pour s’y réfugier. Ses frères et toute la maison de son père, ayant appris qu’il était là, se rendirent auprès de lui. Ils craignaient peut-être que le méchant Saül ne voulût se venger sur eux. Comme la caverne d’Adullam n’était pas loin de Bethléhem, il leur fut facile de s’y rendre. Même son vieux père et sa mère y vinrent.

— Ce devait être une grande consolation pour David de les avoir auprès de lui. Mais cela me fait penser à ce verset : « Eux desquels le monde n’était pas digne, errant dans les déserts et les montagnes, et les cavernes et les trous de la terre » (Hébreux 11:38). Ne penses-tu pas que cela s’applique bien à David ?

— Certainement, et depuis David à beaucoup d’autres qui, parce qu’ils étaient fidèles au Seigneur, ont dû fuir et se cacher de devant leurs persécuteurs. Outre la famille de David, d’autres hommes d’Israël se joignirent à David dans la caverne d’Adullam. Ils vinrent là, sans doute, avec leurs familles (1 Sam. 30:2, 3, 6, 18, 19, 22).

— Qui étaient ces hommes ? Ils devaient aimer David et voulaient le défendre, n’est-ce pas ?

— Ils étaient attachés à David, mais ce qui les conduisit d’abord auprès de lui, ce fut leur condition misérable. C’étaient « tout homme qui était dans la détresse, et tout homme qui était dans les dettes, et tout homme qui avait de l’amertume dans l’âme », qui s’assemblèrent « vers lui, et il fut leur chef ; et il y eut avec lui environ quatre cents hommes ».

— Il semble que ce n’étaient pas des gens très estimables.

— Ceux qui soutenaient Saül, le roi rejeté de Dieu, pouvaient penser ainsi et les traiter de vagabonds et de gens de rien, mais rien ne dit qu’on eût quelque chose à leur reprocher, au contraire (1 Sam. 25:10-11, 15). Mais Saül faisait peser sa tyrannie sur le pays, comme Samuel l’avait annoncé aux Israélites, (comparez 1 Sam. 8:14-16 et 22:7), et rien d’étonnant à ce que, pour satisfaire aux exigences du roi, aux impôts qu’il levait, il y eût des hommes ruinés, dans les dettes, la détresse et l’amertume. Ils se réfugiaient donc vers David pour échapper à l’oppression qui pesait sur eux, et leur cœur s’attacha au vrai roi persécuté. Nous voyons par un exemple quel était leur dévouement à sa personne. Lis 2 Samuel 23:13-17.

— « Et trois des trente chefs descendirent et vinrent au temps de la moisson vers David, dans la caverne d’Adullam, comme une troupe de Philistins était campée dans la vallée des Rephaïm. Et David était alors dans le lieu fort, et il y avait alors un poste des Philistins à Bethléhem. Et David convoita, et dit : Qui me fera boire de l’eau du puits de Bethléhem, qui est près de la porte ? Et les trois hommes forts forcèrent le passage à travers le camp des Philistins, et puisèrent de l’eau du puits de Bethléhem, qui est près de la porte, et la prirent et l’apportèrent à David ; et il ne voulut pas la boire, mais il en fit une libation à l’Éternel. Et il dit : Loin de moi, Éternel, que je fasse cela ! N’est-ce pas le sang des hommes qui sont allés au péril de leur vie ? Et il ne voulut pas la boire ». Cela me fait penser à Jésus, auprès duquel venaient les pauvres pécheurs et les affligés, et il les sauvait, les délivrait et les consolait. Et alors ils l’aimaient de tout leur cœur.

— Tu as raison. C’est ainsi que la grande pécheresse qui vint à Lui dans la maison de Simon, reçut le pardon de ses péchés et aima beaucoup le Seigneur. Marie de Magdala aussi, ayant été délivrée par Lui de la puissance de sept démons, s’attacha à Lui de tout son cœur (Luc 7:47-50 ; 8:2). Et maintenant encore, c’est auprès de Lui seul que les cœurs brisés à la vue de leurs péchés, que les âmes troublées et affligées, peuvent trouver le repos et le pardon. Et ce précieux Sauveur, dont le cœur est rempli d’amour, leur dit : « Venez à moi, …et moi, je vous donnerai du repos » (Matthieu 11:28). Et lorsqu’une fois on a trouvé le repos près de Lui, comment ne l’aimerait-on pas ? « Nous L’aimons, parce que Lui nous a aimés le premier » (1 Jean 4:19). Mais comme au temps de David, ceux qui se réfugiaient auprès de lui, qui se rangeaient sous sa bannière étaient méprisés, ainsi de nos jours les fidèles serviteurs de Jésus ne sont pas bien vus du monde. « Le monde ne nous connaît pas parce qu’il ne l’a pas connu » (1 Jean 3:1). Mais que valait-il mieux, être avec Saül ou avec David ? Que vaut-il mieux, être avec le monde qui passe ainsi que sa vanité, ou avec Jésus qui demeure éternellement ?

— Oh ! Avec Jésus ! Jésus nous aime et nous a ouvert le ciel, et Il nous y conduit. Il vaut bien mieux que le monde ne nous connaisse pas et que nous soyons une des brebis de Jésus.

 

3.11                      David persécuté par Saül. Doëg et le massacre des sacrificateurs — 1 Samuel 22:3-23

Bonne Nouvelle  1892 n° 5

David resta-t-il longtemps dans la caverne d’Adullam ?

— Nous ne le savons pas. Mais pendant qu’il y était, voulant mettre en sûreté ses vieux parents et leur épargner les privations inhérentes à sa position, il les conduisit chez le roi de Moab auquel il dit : « Je te prie, que mon père et ma mère se retirent chez vous jusqu’à ce que je sache ce que Dieu fera de moi » (1 Samuel 22:3). Ils demeurèrent là tout le temps que David fut dans la caverne.

— David prend bien soin de son père et de sa mère au milieu de ses propres épreuves. Le Seigneur Jésus aussi, sur la croix pensait à sa mère (Jean 19:25-27).

— Tu as raison. Et il est aussi très touchant de voir la confiance que David a en Dieu. Il ne dit pas : jusqu’à ce que j’aie échappé à Saül, mais « jusqu’à ce que je sache ce que Dieu fera de moi ». Il attend tout de Dieu à qui il disait : « Garde ma vie de la crainte de l’ennemi », Psaume 64:1. Après un certain temps, le prophète Gad dit à David : « Ne demeure pas dans ce lieu fort ; va, et entre dans le pays de Juda ».

— Pourquoi Gad dit-il cela à David ? N’était-il pas beaucoup plus en sûreté dans cette caverne ? David lui obéit-il ?

— Sans doute. Gad était prophète. L’Éternel parlait à David par sa bouche, et David ne devait-il pas obéir sans raisonner ?

— Oh ! Certainement. Il faut toujours faire ce que Dieu nous dit. Il sait mieux que nous où il est bon que nous allions, et ce qu’il est utile que nous fassions.

— Nous avons aussi un guide divin. C’est la parole de Dieu dont David disait : « Ta parole est une lampe à mon pied, une lumière dans mon sentier » (Ps. 119:105). Mais David était en effet très heureux, tout fugitif qu’il fût, d’avoir près de lui le prophète Gad. Le pauvre Saül, désobéissant à Dieu, n’avait pas cet avantage. Pour se diriger, il n’avait que les pensées de son méchant cœur conduit pas Satan, aussi nous allons voir jusqu’où il se laissa entraîner.

— Dans quel endroit David se rendit-il en quittant la caverne d’Adullam ?

— Il alla dans la forêt de Héreth, et Saül apprit que David et ses hommes étaient sortis de leur lieu fort. Cela réveilla, pour ainsi dire, les mauvais sentiments de Saül à l’égard de David. Il pensa qu’il pourrait aisément se saisir de lui. Mais l’Éternel veillait sur David et toute la haine de Saül ne pouvait empêcher Dieu d’accomplir ses desseins envers l’homme qu’il avait choisi, « l’homme selon son cœur. Mais aux yeux du monde, quelle différence entre le vrai roi et le roi rejeté ! Tandis que David était obligé de fuir et de se cacher comme un malfaiteur, « Saül était assis à Guibha sous un tamarisc, sur la hauteur, sa lance à la main, et tous ses serviteurs se tenaient auprès de lui », comme un prince puissant. Mais qui était le plus heureux ?

— David à coup sûr car Dieu était avec lui.

— Oui, David pouvait dire malgré la haine de son ennemi : « Sur Dieu seul mon âme se repose paisiblement ; de lui vient mon salut. Lui seul est mon rocher et mon salut, ma haute retraite ; je ne serai pas beaucoup ébranlé…Mais toi, mon âme, repose-toi paisiblement sur Dieu ; car mon attente est en lui…Le rocher de ma force, mon refuge, est en Dieu » (Psaume 62:1-7). Tandis que le malheureux Saül agité, inquiet, ne trouvait aucun repos car « Il n’y a pas de paix pour les méchants » (Ésaïe 57:21). Son esprit était toujours possédé du désir de saisir David et de le faire mourir, comme plus tard les Juifs complotaient sans cesse contre le Seigneur Jésus (Jean 5:16 ; 11:53 ; Matthieu 27:1 ; 12:14). Plein de ces pensées, Saül disait avec reproche à ses serviteurs : « Vous ayez tous conspiré contre moi, et personne ne m’avertit quand mon fils fait alliance avec le fils d’Isaï, et que personne d’entre vous n’est peiné pour moi et ne m’avertit que mon fils a soulevé contre moi mon serviteur pour me dresser des embûches, comme [il le fait] aujourd’hui ?  » (1 Samuel 22:8).

— Mais c’était très injuste ! Jonathan n’avait pas excité David contre son père, et David ne voulait point faire de mal à Saül.

— Tu as bien raison, mais la jalousie et la haine sont toujours injustes, et accusent les autres de ce qu’elles désirent faire elles-mêmes. Les paroles insensées de Saül tombèrent dans des oreilles trop bien disposées à saisir l’occasion de faire du mal afin d’en tirer quelque avantage. Doëg, l’Édomite dont tu te souviens, était là parmi les serviteurs de Saül, le premier d’entre eux. Voulant sans doute se faire bien voir de Saül, il lui dit : « J’ai vu le fils d’Isaï venir à Nob vers Akhimélec, fils d’Akhitub ; et il a interrogé l’Éternel pour lui, et il lui a donné des provisions, et il lui a donné l’épée de Goliath, le Philistin ».

— Ah ! Pauvre Akhimélec ! Et cependant il n’avait voulu rien faire contre Saül puisque David lui avait dit qu’il était envoyé par le roi.

— La haine rend aveugle et injuste. Saül était bien aise de décharger sa colère sur quelqu’un à défaut de David. Il fit donc venir Akhimélec, et toute sa famille, et tous les sacrificateurs qui étaient à Nob. « Pourquoi », dit-il à Akhimélec, « avez-vous conspiré contre moi, toi et le fils d’Isaï, que tu lui aies donné du pain et une épée, et que tu aies interrogé Dieu pour lui, afin qu’il s’élevât contre moi pour me dresser des embûches ? »

— C’était vrai que David avait reçu du sacrificateur du pain et une épée, mais non pas qu’il aie conspiré contre Saül, n’est-ce pas ?

— Non, sans doute ; mais c’est ainsi que font toujours les méchants pour nuire aux justes. Ils mêlent la vérité avec le mensonge. Quand les sacrificateurs et les anciens accusent Jésus devant Pilate, ils disent : « Il soulève le peuple, enseignant par toute la Judée, ayant commencé depuis la Galilée jusqu’ici » (Luc 23:5). Jésus enseignait, c’était vrai, mais il ne soulevait pas le peuple.

— Et que répondit Akhimélec à Saül ?

— La vérité. « Qui, parmi tous tes serviteurs, est comme David, fidèle, et gendre du roi, et ayant accès à tes audiences privées, et honoré dans ta maison ? ». Mais Saül ne voulut rien écouter, et poussé par Satan qui est « meurtrier dès le commencement », il donna ordre à ses serviteurs de tuer tous les sacrificateurs. Les serviteurs du roi refusèrent, en effet, de mettre la main sur les sacrificateurs de l’Éternel, ayant sans doute horreur d’un tel sacrilège. Ce refus aurait dû faire rentrer Saül en lui-même. Mais son cœur s’endurcissait toujours plus, et il commanda à Doëg, l’Édomite, d’exécuter son ordre cruel. Doëg, d’une race ennemie du peuple de Dieu comme nous le lisons en plusieurs endroits, obéit sans scrupules à Saül, et tua quatre-vingt cinq sacrificateurs.

— C’est affreux ! Comment un homme peut-il commettre un tel crime ?

— Saül fit plus, tant est vraie cette parole que Dieu a dite en traçant le portrait du cœur de l’homme : « Leurs pieds courent au mal, et se hâtent pour verser le sang innocent » (Ésaïe 59:7, Rom. 3:15). Il ordonna dans sa rage de mettre à mort tous ceux qui étaient dans la ville de Nob, hommes, femmes, enfants et même les tout petits enfants. Il fit même tuer les bêtes.

— Il ne resta donc plus de sacrificateurs ?

— Oui. D’abord il y avait les descendants d’Éléazar, le fils aîné d’Aaron. Akhimélec, lui, descendait d’Ithamar, son second fils. Mais outre cela, un fils d’Akhimélec nommé Abiathar échappa au massacre et s’enfuit auprès de David. Il fut souverain sacrificateur jusqu’au début du règne de Salomon. Abiathar rapporta à David le crime de Saül. David en fut bien attristé et dit à Abiathar : « Je le savais, ce jour-là, lorsque Doëg, l’Édomite, était là, qu’il ne manquerait pas de le rapporter à Saül ; moi je suis cause [de la mort] de tous ceux de la maison de ton père. Demeure avec moi, ne crains point ; car celui qui cherche ma vie, cherche ta vie, et près de moi tu seras bien gardé » (1 Samuel 22:23).

— Cela me fait penser au Seigneur Jésus et à ceux qui lui appartiennent. Quand on s’est réfugié auprès de Lui, on est bien gardé car il a dit de ses brebis qu’elles ne périraient pas (Jean 10:28).

— Tu as raison, et tu vois aussi quelle étroite union il y avait entre David et ceux qui venaient auprès de lui. Ils partageaient les mêmes dangers et les mêmes travaux que lui, pour avoir ensuite part à la gloire de son royaume. Il en est de même des chrétiens. Ils sont si étroitement unis à Christ que, quand Saul de Tarse les persécutaient, Jésus lui dit : « Pourquoi me persécutes-tu ? » (Actes 9:4-5). Et après avoir souffert, ils règneront plus tard avec Lui (2 Tim. 2:12).

— Sait-on ce que devint Doëg ?

— Il n’est plus parlé de lui dans l’histoire de David, mais à cette occasion celui-ci prononça les paroles du Psaume 52: « Pourquoi te glorifies-tu du mal, homme fort ? La bonté de Dieu subsiste de jour en jour. Ta langue trame des malheurs, pratiquant la fausseté, comme un rasoir affilé. Tu as aimé le mal plus que le bien, le mensonge plus que la parole de justice. Tu as aimé toutes les paroles de destruction, langue trompeuse ! » (Psaume 52:1-4). Comme cela s’applique bien aux sentiments méchants de Doëg mis en contraste avec la bonté constante de Dieu ! Et comme on voit dans ces paroles le mal que fait une langue trompeuse qui répand des calomnies contre l’innocent. Mais ce que David ajoute est bien terrible, et nous apprend quel a dû être, tôt ou tard, le sort du malheureux Doëg : « Aussi Dieu te détruira pour toujours ; il te saisira et t’arrachera de ta tente, et il te déracinera de la terre des vivants. Sélah. Et les justes verront, et craindront, et ils se riront de lui : Voilà l’homme qui n’a pas pris Dieu pour sa force, mais qui s’est confié en la multitude de ses richesses, et qui se fortifiait dans son avidité ! » (Psaume 52:5-7). Doëg a pu recevoir de Saül de grandes récompenses pour sa méchante action. Il se confiait dans sa puissance et ses richesses, son cœur y était attaché, y avait pris racine et ne pensait pas à Dieu dont la crainte n’était plus devant ses yeux. Et voilà que la puissance irrésistible de Dieu l’arrache de sa tente et le précipite dans la mort. À quoi lui auront servi ses grands biens ? Quelle différence avec le fidèle qui, bien que persécuté comme David, peut dire avec lui : « Mais moi, je suis dans la maison de Dieu comme un olivier vert. Je me confierai en la bonté de Dieu, pour toujours et à perpétuité » (Psaume 52:8).

— Cela me rappelle les paroles d’un psaume qui montre le bonheur de ceux qui aiment Dieu. C’est au Psaume 84 versets 11 et 12: « Car l’Éternel Dieu est un soleil et un bouclier ; l’Éternel donnera la grâce et la gloire ; il ne refusera aucun bien à ceux qui marchent dans l’intégrité. Éternel des armées ! Bienheureux l’homme qui se confie en toi ! » (Psaume 84:12).

 

 

3.12                      David persécuté par Saül. Kehila et les Ziphiens — 1 Samuel 23

Bonne Nouvelle  1892 n° 6

— Bien que David fût poursuivi avec tant d’acharnement par Saül, il n’oubliait pas qu’il était le vrai roi d’Israël et qu’il devait défendre son peuple. Il apprit que les Philistins avaient attaqué une ville nommée Kehila et pillaient les aires où se trouvaient les blés, et il voulut aller délivrer cette ville. Mais avant tout, il consulta l’Éternel, il ne voulait rien faire sans l’ordre de Dieu. L’Éternel lui répondit : « Va, et tu frapperas les Philistins, et tu sauveras Kehila » (1 Samuel 23:2).

— C’était bien beau de David d’oublier ainsi ses propres souffrances pour aider son peuple. Mais c’est ce que Jésus a fait, n’est-ce pas ? Bien que haï et persécuté, il ne cessait pas de faire du bien en guérissant ceux qui étaient opprimés par le diable (Actes 10:38).

— Tu as raison. David était bien un type du Seigneur. Mais il rencontra un obstacle à son dessein de délivrer Kehila. Cela ne vint pas des Philistins mais de ceux qui étaient avec lui. « Et les hommes de David lui dirent : Voici, [même] ici en Juda, nous avons peur, et comment irions-nous à Kehila, contre les troupes rangées des Philistins ? ». Le Seigneur Jésus lui-même rencontra plus d’une fois chez ses disciples, de l’opposition à son dessein de sauver les hommes. Par exemple, quand Pierre l’entendit parler de ses souffrances et de sa mort, il se mit à le reprendre et dit : « Seigneur, Dieu t’en préserve ; cela ne t’arrivera point » (Matthieu 16:22). Que devait faire David ?

— Obéir à l’Éternel et ne pas tenir compte de ce que ses hommes disaient.

— C’est vrai. Pour lui-même, il était bien persuadé, mais il voulait que ses hommes soient pleinement rassurés. C’est pourquoi il consulta encore une fois l’Éternel qui répondit d’une manière encore plus affirmative. Le Seigneur Jésus a aussi supporté ses pauvres disciples et, après être ressuscité d’entre les morts, il leur a fait comprendre la nécessité de ses souffrances et de sa mort (Hébreux 2:10).

— Je pense qu’après la réponse de l’Éternel, les hommes de David le suivirent.

— Oui, et comme ils marchaient au commandement de l’Éternel, ils remportèrent une victoire complète sur les Philistins, s’emparèrent de leurs troupeaux, et ainsi David sauva Kehila. Il entra alors dans cette ville et y demeura. On est toujours vainqueur quand on marche avec le Seigneur (Rom. 8:37 ; Phil. 4:13).

— Saül pensa-t-il encore à poursuivre David ? Il aurait dû voir que Dieu était avec lui.

— Saül ne vit en cela qu’un moyen de satisfaire sa haine. Il se dit : « Dieu l’a rejeté et livré en ma main ; car il s’est enfermé en entrant dans une ville qui a des portes et des barres », et il pensait qu’il ne pourrait pas lui échapper cette fois. Il convoqua donc tout le peuple pour marcher contre David. Celui-ci, ayant appris le dessein de Saül et n’ayant pas une entière confiance en ceux qui étaient chefs à Kehila, il consulta l’Éternel. David s’attendait à l’Éternel, et c’est une heureuse disposition de cœur. Quel bonheur pour David, dans tous ses maux, d’avoir avec lui le sacrificateur qui interrogeait l’Éternel. David supplia donc l’Éternel de lui faire savoir si les gens de Kehila le livreraient à Saül. Dieu ne répondit pas immédiatement à son serviteur. Il se contenta de lui dire : « Saül descendra ». Mais David désirait une réponse à sa requête concernant les gens de Kehila. Il pria donc encore à ce sujet. Il persévérait dans la prière, sans se lasser, Luc 18:1. Et l’Éternel lui répondit que les habitants de Kehila le livreraient.

— Quelle ingratitude envers celui qui avait exposé sa vie pour les sauver !

— Il ne faut pas nous en étonner. C’est encore là le fond du cœur de l’homme. Le Seigneur Jésus est venu du ciel pour sauver les pécheurs, et il n’a rencontré en retour qu’ingratitude et haine. Les Juifs, son peuple, l’ont livré pour être crucifié (Jean 1:11 ; 15:24 ; Actes 2:23). Et maintenant encore, combien ne voyons-nous pas de personnes ingrates envers le Sauveur ?

— C’est vrai. Nous ne valons pas mieux, mais il a eu pitié de nous et, malgré notre méchanceté, il nous a sauvés dans sa grâce. Que fit David après cela ?

— Il quitta Kehila avec ses hommes et s’en alla où il put. Il errait dans le désert de Ziph, cherchant des lieux forts dans la montagne, afin de s’abriter.

— Pauvre David ! Il était comme le Seigneur, sans un lieu pour reposer sa tête.

— Saül cependant le cherchait tous les jours. Alors l’Éternel envoya à son serviteur une douce consolation. Comme il se tenait caché dans un bois, son ami Jonathan vint le trouver et le consola et « fortifia sa main en Dieu. Et il lui dit : Ne crains pas, car la main de Saül, mon père, ne te trouvera pas ; et tu régneras sur Israël » (1 Sam. 23:17). Jonathan rappela ainsi à David que, puisqu’il était l’élu de Dieu, il ne pouvait pas périr. C’est aussi notre consolation quand nous sommes les brebis du Seigneur : nous ne pouvons pas périr, nous n’avons rien à craindre (Jean 10:28 ; Romains 8:31 ; Ésaïe 43:1-2).

— Le Seigneur Jésus, au milieu de ses peines, avait des amis qui l’accueillaient avec amour. C’étaient Marthe, Marie et Lazare. N’est-ce pas que c’était une consolation pour son cœur ?

— Assurément. Le tendre cœur du Sauveur était sensible à l’affection que Lui témoignaient ceux qui l’aimaient. Plus d’un passage le montre. Quant à David, après ce rafraîchissement que l’Éternel lui accorda, il se trouva de nouveau en présence de la haine de ses ennemis. Les Ziphiens vinrent trouver Saül et lui proposèrent de lui livrer David.

— C’est comme Judas quand il proposa aux sacrificateurs de leur livrer Jésus (Matth. 26:14-15).

— David apprit que Saül, conduit par les Ziphiens, était venu pour s’emparer de lui. Que faire dans cette détresse ? Il éleva son cœur à Dieu, Celui qui jusqu’alors l’avait délivré. « Ô Dieu ! », dit-il, « sauve-moi par ton nom, et fais-moi justice par ta puissance. Ô Dieu ! Écoute ma prière, prête l’oreille aux paroles de ma bouche. Car des étrangers se sont levés contre moi, et des hommes violents cherchent ma vie ; ils n’ont pas mis Dieu devant eux. Sélah. Voici, Dieu est mon secours ; le Seigneur est entre ceux qui soutiennent mon âme » (Psaume 54:1-4). Et Dieu, qui tient toutes choses en ses mains, l’exauça d’une manière remarquable. Saül et ses hommes allaient d’un côté de la montagne qui les séparait de David, cherchant à l’envelopper, et David fuyait de devant Saül, lorsqu’un messager arriva, annonçant à Saül que les Philistins avaient fait irruption dans le pays. Il cessa de poursuivre David et marcha à la rencontre des envahisseurs. Alors David put dire avec reconnaissance : « Je célébrerai ton nom, ô Éternel ! Car cela est bon. Car il m’a délivré de toute détresse » (Psaume 54:6-7). Ainsi Dieu fait travailler toutes choses au bien de ceux qui l’aiment.

 

 

3.13                      David épargne la vie de son ennemi — 1 Samuel 24 et 26

Bonne Nouvelle  1892 n°7

David se montra généreux envers Saül et ne lui fit aucun mal quand il l’aurait pu. En deux occasions David épargna la vie de Saül, et cela nous est rapporté en 1 Samuel 24 et 26. David s’était réfugié dans les lieux forts d’En-Guédi. C’est une localité non loin des bords de la mer Morte. Là se trouvait une petite vallée étroite et fertile arrosée par de nombreuses sources et renommée pour les arbres odoriférants qui y croissaient. Nous y avons une allusion dans le Cantique des Cantiques : « Mon bien-aimé est pour moi une grappe de henné dans les vignes d’En-Guédi » (Cant. 1:14). (Le henné est un arbrisseau qui porte des fleurs en grappe, très odoriférantes). De chaque côté de la vallée s’élèvent des rochers dans lesquels il y a de nombreuses et profondes cavernes propres à servir de refuge. Devant ces cavernes, les bergers construisent avec des pierres sèches des enclos pour les brebis. Si le mauvais temps survient, et durant la nuit, on les fait mettre à l’abri dans les cavernes. Les choses se passaient sans doute ainsi du temps de David car il nous est dit que Saül, ayant pris 3000 hommes d’élite d’Israël, « s’en alla pour chercher David et ses hommes sur les rochers des bouquetins. Et il vint aux parcs du menu bétail, sur le chemin ; et là il y avait une caverne, et Saül y entra pour se couvrir les pieds », c’est-à-dire pour se reposer en dormant. Mais David et ses hommes étaient au fond de la caverne.

— Saül ne les vit-il pas en entrant ?

— Non, évidemment. Dans ces cavernes, dit un voyageur, il fait aussi sombre que dans la nuit la plus obscure. En y entrant, les yeux accoutumés au jour ne peuvent voir à cinq pas devant eux ; tandis que ceux qui sont dedans depuis un certain temps voient distinctement ce qui se passe à l’entrée. Donc, tandis que Saül n’apercevait rien, David et ses hommes pouvaient observer tous ses mouvements.

— Saül se trouvait dans un grand danger, pris comme dans un piège, et David aurait pu le tuer.

— Oui, sans doute, et les hommes de David l’y encourageaient. Ils lui dirent : « Voici le jour dont l’Éternel t’a dit : Voici, je livre ton ennemi en ta main ». Alors David se leva et vint tout doucement couper le pan du vêtement de Saül. Mais aussitôt il se sentit repris en son cœur et dit à ses hommes : « Loin de moi, de par l’Éternel, que je fasse une telle chose à mon seigneur, à l’oint de l’Éternel que d’étendre ma main sur lui ; car il est l’oint de l’Éternel ». Et il ne permit pas à ses gens de s’en prendre à Saül.

— C’est bien beau de sa part. Il n’avait point de haine pour Saül ni de désir de vengeance.

— Non, et durant toute la vie de Saül, et même après sa mort, David le respecta comme l’oint de l’Éternel. Il laissait à Dieu le soin d’agir à l’égard de Saül et, quant à lui, il mettait en pratique ce que plus tard recommandait l’apôtre : « Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés ; mais laissez agir la colère, car il est écrit : « À moi la vengeance ; moi je rendrai », dit le Seigneur. Si donc ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; car en faisant cela tu entasseras des charbons de feu sur sa tête » (Romains 12:19-20).

— Que veulent dire ces dernières paroles ?

— Elles signifient qu’en rendant le bien pour le mal, on vainc les mauvais sentiments de celui qui nous veut du mal ; et c’est ce que nous montre la suite de notre histoire. Saül, réveillé, sortit de la caverne sans se douter du péril de mort auquel il avait été exposé. Lorsqu’il fut à une certaine distance, David sortit aussi et l’appela : « Ô roi, mon seigneur ! » dit-il. Saül se retourna et David se prosterna pour lui rendre honneur. Puis il lui dit : « Pourquoi écouterais-tu les paroles des hommes qui disent : Voici, David cherche à te faire du mal ? Voici, tes yeux ont vu en ce jour que l’Éternel t’a livré aujourd’hui en ma main, dans la caverne. Et on m’a dit de te tuer ; et [mon œil] t’a épargné, et j’ai dit : je n’étendrai point ma main sur mon seigneur, car il est l’oint de l’Éternel. Et regarde, mon père, regarde le pan de ta robe dans ma main ; car en ce que j’ai coupé le pan de ta robe et ne t’ai point tué sache et vois qu’il n’y a pas de mal en ma main, ni de transgression, et que je n’ai pas péché contre toi ; et toi, tu fais la chasse à mon âme pour la prendre. L’Éternel jugera entre moi et toi, et l’Éternel me vengera de toi ; mais ma main ne sera pas sur toi ».

— Saül dut être bien profondément saisi en entendant David.

— En effet. Cette générosité de David remua son cœur et toucha sa conscience. « Est-ce là ta voix, mon fils David ? » dit-il, et son émotion fut si grande qu’il pleura. Et il dit à David : « Tu es plus juste que moi, car toi tu m’as rendu le bien, et moi je t’ai rendu le mal … Que l’Éternel te fasse du bien, en récompense de ce que tu as fait aujourd’hui à mon égard ! Et maintenant, voici, je sais que certainement tu régneras, et que le royaume d’Israël sera établi en ta main. Et maintenant, jure-moi par l’Éternel que tu ne retrancheras point ma semence après moi, et que tu n’ôteras point mon nom de la maison de mon père ». Et David le jura à Saül qui, pour le moment, cessa de le poursuivre et s’en retourna chez lui. Quant à David et ses hommes, ils remontèrent au lieu fort.

— Tu as dit que Saül cessa de le poursuivre pour le moment. Mais il n’aurait jamais dû commencer !

— C’est vrai, mais l’exemple de Saül nous montre, de manière bien frappante, que l’homme n’a en lui-même aucune force pour exécuter les bonnes résolutions qu’il prend. Saül ne s’était jamais vraiment repenti d’avoir désobéi à l’Éternel. Dieu l’avait abandonné à sa propre volonté, et l’homme ne peut rien sans Dieu. Et Dieu n’est qu’avec ceux qui ont un cœur humble, brisé et obéissant (Ésaïe 66:2). Ce n’était pas le cas pour Saül. Il pouvait être touché un moment, mais le mauvais esprit reprenait bientôt le dessus, et ses bons sentiments étaient « comme la nuée du matin et comme la rosée qui s’en va de bonne heure » (Osée 6:4).

— Saül poursuivit-il encore David ?

— Oui. Les Ziphiens, qui semblent avoir été des ennemis acharnés de David, vinrent de nouveau dire à Saül que David était caché dans leur pays, au désert. Saül rassembla ses trois mille hommes et se mit à la recherche de David. Celui-ci apprit par des espions que Saül était près de lui, et il se leva et vint à l’endroit où Saül dormait au milieu d’une enceinte formée avec les chars, et Abner, le chef de son armée, était auprès de lui tandis que le reste de la troupe était couché à l’entour. Au chevet de Saül, sa lance était fichée en terre. Il est intéressant de savoir que, quand un parti d’Arabes était en campagne, l’endroit où se trouvait le chef était désigné par une grande lance fichée en terre. David retourna vers ses hommes sur la colline et dit à Akhimélec et Abishaï, deux de ses compagnons : « Qui descendra avec moi vers Saül, au camp ? ». Et Abishaï, parent de David, répondit : « Moi, je descendrai avec toi ».

— Il fallait bien du courage à David pour aller ainsi au milieu de tous ces gens armés et près de son ennemi. Saül pouvait se réveiller, et David aurait été perdu. Et Abishaï courait le même danger.

— C’est vrai, mais l’Éternel était avec eux. David ne voulait pas faire de mal à Saül mais lui montrer une fois de plus qu’il n’avait à son égard que des sentiments de bienveillance. Et l’Éternel l’approuvait. Quant à Abishaï, c’était un homme vaillant, d’un courage éprouvé et d’un cœur tout dévoué à David, l’un de ceux qui persévérèrent avec lui dans toutes ses épreuves, un type du fidèle disciple de Christ (Luc 22:28-29). [Pour l’histoire d’Abishaï, voyez 2 Samuel 10:10, 14 ; 16:9 ; 21:17 ; 23:18 ; 1 Chroniques 18:12. Partout on voit en lui quelqu’un qui est tout de cœur pour David. Il était le fils de la sœur de David, 1 Chroniques 2:16]. Ils se rendirent donc au camp de Saül.

— Que firent-ils là ? David fit-il comme dans la caverne ? Coupa-t-il encore un pan du vêtement de Saül ?

— Non, mais de nouveau la générosité de David se montra. Abishaï lui dit : « Dieu a livré aujourd’hui ton ennemi en ta main ; et maintenant, je te prie, que je le frappe de la lance jusqu’en terre, une seule fois, et je ne le referai pas ».

— Cela me fait penser à Jean et Jacques qui voulaient faire descendre le feu du ciel sur les Samaritains qui ne voulaient pas recevoir Jésus (Luc 9:51-56).

— C’est bien le même esprit qui animait Abishaï, un vrai zèle pour son maître, mais pas de connaissances des pensées de Dieu. Comme le Seigneur censura les deux disciples, ainsi David reprit Abishaï : « Ne le détruis pas ! car qui étendra sa main sur l’oint de l’Éternel et sera innocent ? … Loin de moi, de par l’Éternel, que j’étende ma main sur l’oint de l’Éternel ! ». Puis il commanda à Abishaï de prendre la lance et la cruche à eau qui étaient au chevet du roi, et ils s’en allèrent (Personne ne s’aventurerait dans ces déserts sans sa cruche à eau et sa place ordinaire était au chevet du lit afin qu’on ait qu’à étendre la main pour la trouver la nuit). Personne ne les vit et personne ne le sut, et personne ne s’éveilla.

— C’est vraiment très étonnant que personne ne se soit réveillé.

— L’Écriture nous en donne la raison. « Ils dormaient tous, car un profond sommeil [envoyé] par l’Éternel était tombé sur eux ». Dieu gardait David et son compagnon, et voulait par leur moyen donner encore un avertissement à Saül. David passa de l’autre côté de la vallée et se tint sur la montagne, de loin, et appela Abner. « N’es-tu pas un homme ? » lui cria-t-il. « Pourquoi n’as-tu pas gardé le roi, ton seigneur ? car quelqu’un du peuple est venu pour tuer le roi, ton seigneur … L’Éternel est vivant, que vous êtes dignes de mort, vous qui n’avez pas gardé votre seigneur, l’oint de l’Éternel ! Et maintenant, regarde où est la lance du roi, et la cruche à eau qui était à son chevet ».

— Comment David pouvait-il se faire entendre de si loin, et ne craignait-il pas que les gens de Saül ne s’emparent de lui ?

— Les vallées, dans ces lieux déserts, sont étroites, ce sont des ravines aux flancs escarpés. David était donc en sûreté, et au milieu des solitudes, la voix porte loin. Saül reconnut celle de David, et encore une fois son cœur fut touché. « Est-ce là ta voix, mon fils David ? » dit-il. « C’est ma voix, ô roi, mon seigneur ! » répondit David. « Pourquoi mon seigneur poursuit-il son serviteur ? car qu’ai-je fait, et quel mal y a-t-il dans ma main ». Alors Saül dit : « J’ai péché ; reviens, mon fils David ; car je ne te ferai plus de mal, puisque aujourd’hui mon âme a été précieuse à tes yeux. Voici, j’ai agi follement et j’ai commis une très grande erreur ».

— Désormais laissa-t-il David tranquille ?

— Nous ne savons pas ce qu’il aurait encore fait. Mais il allait avoir à faire directement avec Dieu, et il ne tenta plus rien contre David. Le moment du jugement arrivait pour lui. David lui répondit : « Voici la lance du roi ; qu’un des jeunes hommes passe ici, et la prenne. Et l’Éternel rendra à chacun sa justice et sa fidélité, puisque l’Éternel t’avait livré aujourd’hui en [ma] main, et que je n’ai pas voulu étendre ma main sur l’oint de l’Éternel. Et voici, comme ton âme a été aujourd’hui précieuse à mes yeux, que de même aussi mon âme soit précieuse aux yeux de l’Éternel, et qu’il me délivre de toute détresse ! ». Alors Saül dit : « Béni sois-tu, mon fils David ! Certainement tu feras de grandes choses et tu en viendras à bout ». Telle fut la dernière entrevue de David et de Saül. David, type du Seigneur, avait usé de grâce envers son ennemi, comme Jésus qui disait : « Père, pardonne-leur ». David alla son chemin, mais ne retourna pas avec Saül qui s’en alla chez lui.

 

 

3.14                      Histoire d’Abigaïl — 1 Samuel 25

Bonne Nouvelle  1892 n° 8 et 9

 

— Dans la vie de David, il y eut un évènement très intéressant qui eut lieu avant sa dernière rencontre avec Saül. À cette même époque, le vieux prophète Samuel mourut, « et tout Israël s’assembla, et se lamenta sur lui ; et on l’enterra dans sa maison, à Rama ».

— David dût être bien affligé de cette mort.

— Sans doute, d’autant plus qu’il n’avait pu se joindre à ce deuil public autrement que de cœur, puisqu’il était errant dans les déserts. Samuel, après Moïse, avait été le premier et le plus grand des prophètes. Il avait rétabli en Israël l’autorité et le culte de l’Éternel, aussi est-il cité parmi les hommes de foi qui ont accompli de grandes choses (Hébreux 11:32-33). Quant à David, il avait quitté les lieux forts d’En-Guédi et était allé avec ses hommes au désert de Paran, au sud de la tribu de Juda. Non loin de là, au nord, se trouvaient deux villes de cette tribu, voisines l’une de l’autre, Maon et Carmel (voir Josué 15:55). À Maon vivait un homme nommé Nabal qui avait ses affaires à Carmel. Il était très riche et possédait trois mille moutons et mille chèvres. Sa femme Abigaïl était belle et pleine de bon sens ; mais Nabal était un homme dur de cœur et méchant dans sa manière d’agir. Il était, dit l’Écriture, de la race de Caleb.

— Mais Caleb n’était pas un méchant homme. Il s’était montré plein de foi et de courage quand les autres espions décourageaient le peuple (Nombres 13:31 ; 14:6-9).

— Tu as raison. Caleb joignait à une grande énergie de caractère la foi qui le faisait agir pour l’Éternel. Ses descendants, comme Nabal, pouvaient avoir hérité de son énergie naturelle, mais non de sa foi. Et alors cette énergie, n’étant pas dirigée par l’Esprit de Dieu, avait dégénéré en rudesse et dureté. Nabal ne croyait pas les déclarations de l’Éternel et ne pensait qu’à ses jouissances et à ses intérêts matériels.

— Nabal connaissait-il David ?

— Oui, mais il n’avait que du mépris pour lui comme le montre la suite de son histoire. Et pourtant, pendant que ses bergers paissaient ses troupeaux au désert, ils avaient été avec David et ses gens. Et non seulement David n’avait pas permis que ses hommes touchent à ce qui appartenait à Nabal, mais il avait protégé les bergers et les troupeaux contre les voleurs et les bêtes féroces. Ils avaient été autour d’eux, disait un serviteur de Nabal, comme une muraille de jour et de nuit (1 Sam. 25:16).

— C’était bien beau de la part de David, ne trouves-tu pas ?

— Certainement. Bien que fugitif, David se montrait vrai roi d’Israël en défendant et protégeant son peuple. Il apprit que Nabal était venu à Carmel pour la tonte des brebis. C’était une occasion de réjouissances, (voyez 2 Sam. 13:23), et David pensait qu’en un jour semblable le riche Nabal aurait le cœur incliné à faire part d’un peu de son bien à lui et à ses hommes toujours errants dans les déserts et les rochers. Il lui envoya donc dix de ses serviteurs pour le saluer en son nom et lui dire : « Vis longtemps ! et paix te soit, et paix à ta maison, et paix à tout ce qui t’appartient ! Et maintenant j’ai entendu dire que tu as les tondeurs ; or tes bergers ont été avec nous, et nous ne les avons pas molestés, et rien n’a manqué du leur, tous les jours qu’ils ont été à Carmel. Demande-le à tes jeunes gens et ils t’en informeront. Que les jeunes hommes trouvent donc grâce à tes yeux, car nous sommes venus dans un bon jour. Donne, je te prie, à tes serviteurs et à ton fils David ce que ta main trouvera ». Les serviteurs de David transmirent à Nabal le message de David et attendirent sa réponse.

— David demandait bien humblement, lui qui était le roi d’Israël et qui avait avec lui une troupe d’hommes aguerris et courageux.

— C’est vrai, mais David n’était roi que pour ceux qui croyaient ce que l’Éternel avait dit à son égard. Pour le moment il passait par l’humiliation. Il en était ainsi pour Jésus ici-bas. La foi seule le reconnaissait pour ce qu’Il était réellement (Jean 1:50).

— La demande de David à Nabal me fait penser au Seigneur Jésus quand il demandait à boire à la femme samaritaine (Jean 4:6-7). Lui, Jésus, le Seigneur de gloire qui avait tout créé et possédait toutes choses, s’abaisse jusqu’à demander un peu d’eau à une pauvre femme pécheresse. Mais que fit Nabal ?

— Sa réponse montra toute sa méchanceté. « Qui est David ? Et qui est le fils d’Isaï ? » dit-il. C’était jeter le mépris sur David car Nabal, comme tout le monde en Israël, savait très bien que Saül avait été rejeté de Dieu et que David, le vainqueur de Goliath, avait été oint comme roi par Samuel. S’il était un pauvre fugitif, c’était à cause de la haine que Saül lui avait vouée. David était en cela le type du Seigneur Jésus. Tous les Juifs pouvaient savoir qu’en Jésus s’accomplissaient les prophéties. Le Seigneur leur disait : « Sondez les Écritures, car ce sont elles qui rendent témoignage de moi » (Jean 5:39), mais sauf le petit nombre de ses disciples, ils ne voulaient pas croire et le haïssaient (Jean 15:22-24). Nabal continua à parler de David avec le plus profond mépris : « Aujourd’hui ils sont nombreux », disait-il, « les serviteurs qui se sauvent chacun de son maître. Et je prendrais mon pain et mon eau, et ma viande que j’ai tuée pour mes tondeurs, et je les donnerais à des hommes dont je ne sais d’où ils sont ? »

— David avait été obligé de s’enfuir pour sauver sa vie. Mais ce mépris de Nabal pour David ressemble à celui des Juifs pour Jésus lorsqu’ils disaient : « Celui-ci n’est-il pas le fils du charpentier ? »

— Oui, certainement. En tout temps, les impies ont à l’égard des justes les mêmes sentiments.

— Comment réagit David ?

— Il se sentit très blessé et céda à ce que le monde aurait appelé une juste colère. Mais, « la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu » (Jacques 1:20). David, à cette occasion, ne ressembla point à Christ « qui, lorsqu’on l’outrageait, ne rendait pas d’outrage, quand il souffrait, ne menaçait pas, mais se remettait à celui qui juge justement » (1 Pierre 2:23). David agit en homme offensé qui veut venger une insulte personnelle. Il oublia que Dieu a dit : « À moi la vengeance ; moi, je rendrai » (Romains 12:19). Il ne consulta pas l’Éternel, mais son propre cœur. Oh ! Comme nous avons besoin que Dieu nous donne un cœur humble et débonnaire comme celui de Jésus, l’amour qui « supporte tout » (1 Cor. 13:7). Car nous sommes aussi enclins à nous irriter contre ceux qui nous ont fait quelque tort, au lieu de leur pardonner. David dit donc à ses hommes : « Ceignez chacun votre épée » ; lui aussi prit ses armes, laissa deux cents hommes à la garde du bagage, et se mit en route contre Nabal avec environ quatre cents autres, en disant : « Certainement c’est en vain que j’ai gardé tout ce que cet [homme] avait au désert, et que rien n’a manqué de tout ce qui était à lui : il m’a rendu le mal pour le bien. Que Dieu fasse ainsi aux ennemis de David, et ainsi y ajoute, si, de tout ce qui est à lui, je laisse jusqu’à la lumière du matin un seul homme de reste ».

— Mais Nabal seul était coupable ; ses serviteurs n’avaient rien fait à David. Pourquoi voulait-il les tuer ?

— La colère est aveugle, elle ne raisonne pas, et c’est ce qui nous montre le danger de s’y livrer. David donnait en cela un bien mauvais exemple à ses hommes. Il les entraînait au meurtre et au pillage pour satisfaire sa vengeance. Il avait autrefois épargné Saül, son persécuteur acharné, et maintenant il voulait tuer les serviteurs de Nabal et prendre son bien parce que celui-ci lui avait répondu grossièrement. Ce n’était pas du tout selon Dieu. Mais Dieu eut compassion de lui et l’arrêta dans son mauvais dessein. Il se servit pour cela d’Abigaïl, la femme sensée et vertueuse du méchant Nabal. Ne te rappelles-tu pas une circonstance où le Seigneur empêcha ses disciples de le venger lorsqu’on lui avait fait injure ?

— Oui, c’est quand les Samaritains refusèrent de le recevoir et que Jean et Jacques voulaient faire descendre sur eux le feu du ciel (Luc 9:52-55).

— C’est bien cela. Le Seigneur n’était pas venu pour juger et faire périr les hommes. Dans sa douceur, sa patience et son amour, comme en toutes choses, il nous a laissé un modèle pour que nous suivions ses traces (1 Pierre 2:21).

 

 

— Comment Abigaïl empêcha-t-elle David de se venger de Nabal ?

— Un serviteur de Nabal qui avait entendu la manière grossière dont celui-ci avait répondu aux envoyés de David, vint le rapporter à Abigaïl. En même temps, il lui dit combien les hommes de David avaient été bons pour eux. Ce serviteur de Nabal craignait que David ne pût souffrir une telle injure et, connaissant la sagesse d’Abigaïl, il espérait qu’elle trouverait un moyen de détourner l’orage qui les menaçait. « Maintenant, sache et vois », lui dit-il, « ce que tu as à faire ; car le mal est décidé contre notre maître et contre toute sa maison ; et il est trop fils de Bélial pour qu’on parle avec lui ».

— Abigaïl devait être bien embarrassée.

— Je le pense, mais Dieu lui mit au cœur ce qu’elle devait faire pour écarter le danger et empêcher David de commettre un péché. Elle se hâta de faire mettre sur des ânes deux cents pains, deux outres de vin, cinq moutons tout apprêtés, cinq mesures de grain rôti, cent gâteaux de raisins secs et deux cents gâteaux de figues sèches. Puis elle monta sur son âne, fit passer ses serviteurs avec les provisions devant elle, et alla avec eux à la rencontre de David.

— N’avait-elle pas peur de se trouver devant cette troupe de gens armés ?

—Non. Il ne faut jamais avoir peur quand on fait le bien. D’ailleurs, Abigaïl avait confiance en David. Dès qu’elle le vit, elle descendit de son âne, se prosterna devant lui et dit : « À moi l’iniquité, mon seigneur ! Mais je te prie, que ta servante parle à tes oreilles ; et écoute les paroles de ta servante ».

— Elle prend sur elle la faute de son mari, n’est-ce pas ? Oh ! C’est beau de sa part ! Jésus a ainsi pris nos fautes sur Lui. C’est du dévouement cela, n’est-ce pas ?

— Oui, c’est bien cela. Abigaïl continua en disant : « Que mon seigneur, je te prie, ne fasse pas attention à cet homme de Bélial, à Nabal ; car il est tel que son nom : son nom est Nabal, et la folie est avec lui ».

— Ce n’était pas bien de sa part de parler ainsi de son mari.

— Elle ne voulait certainement pas l’injurier. C’est comme si elle avait dit à David qu’il ne devait pas s’irriter des paroles d’un homme qui n’était pas dans son bon sens. « Je n’ai pas vu », dit-elle, « les jeunes hommes de mon seigneur que tu as envoyés ». Sa pensée était que, si elle les avait vus, elle ne les aurait pas renvoyés à vide, et elle le regrette. Puis elle ajoute ces belles paroles : « L’Éternel est vivant et ton âme est vivante, que l’Éternel t’a empêché d’en venir au sang et de te faire justice par ta main ». Elle ne s’attribue pas la gloire d’avoir arrêté David ; non, c’est l’Éternel qui l’a fait. Elle n’a été que l’instrument dont l’Éternel s’est servi. C’est à cela que l’on reconnaît le vrai serviteur et la vraie servante de Dieu : ils sont humbles. Abigaïl n’était pas seulement une personne de bon sens, dévouée et humble, mais elle avait aussi foi en ce que Dieu avait dit à l’égard de David. Tout d’abord elle offre son présent, puis elle dit en s’humiliant de nouveau : « Pardonne, je te prie, la transgression de ta servante ». Mais ensuite elle ajoute : « L’Éternel fera certainement une maison stable à mon seigneur ; car mon seigneur combat les combats de l’Éternel, et la méchanceté n’a jamais été trouvée en toi. Et un homme s’est levé pour te poursuivre et pour chercher ta vie, mais la vie de mon seigneur est liée dans le faisceau des vivants par devers l’Éternel, ton Dieu ; et l’âme de tes ennemis, il la lancera du creux de la fronde ». Abigaïl reconnaissait David pour le vrai roi d’Israël dont Saül — un homme, dit-elle — était le persécuteur. Elle avait la certitude que Dieu l’établirait d’une manière stable comme roi, que l’Éternel gardait la vie de son serviteur et que, quant à ses ennemis, ils périraient. C’était la foi d’Abigaïl, bien grande car David était alors pauvre et persécuté, mais elle croyait Dieu et apportait à « l’homme selon le cœur de Dieu » l’hommage de ses biens et sa personne.

— Il me semble que telle était la foi des disciples du Seigneur Jésus. Il était pauvre et méprisé, et cependant ils croyaient qu’Il était le Christ, le Fils de Dieu, et qu’il règnerait un jour. Et c’est aussi notre foi. La Parole de Dieu nous dit qu’après avoir souffert et être mort pour nos péchés, Jésus est ressuscité et Il est maintenant au ciel dans la gloire d’où nous l’attendons. Nous croyons cela parce que Dieu nous le dit dans sa parole, et nous en sommes heureux. Mais dans ce que tu as dit, Abigaïl dit que la méchanceté n’a jamais été trouvée en David. Pourtant il avait commis bien des fautes.

— C’est vrai. Il a commis de grandes fautes et nous ne devons ni ne pouvons les excuser. Mais son cœur a toujours été pour l’Éternel, et c’est dans ce sens que la méchanceté n’était pas trouvée en lui. S’il avait commis une faute, il s’en humiliait et la confessait (Ps. 32 et 51 ; 2 Samuel 12:13). L’apôtre Pierre lui aussi aimait certes le Seigneur Jésus, et pourtant il le renia. Mais il pleura amèrement et Jésus le restaura (Matthieu 26:69-75). Il faut bien nous souvenir que, quand même nous sommes des enfants de Dieu, si comme David et Pierre nous écoutons notre propre cœur, nous tomberons. Il n’y a de force pour nous qu’en restant attachés au Seigneur.

— Je comprends. David n’était pas un homme comme Nabal. Il ne vivait pas dans la méchanceté, il ne suivait pas habituellement les pensées, les désirs et les convoitises de son cœur.

— Abigaïl continua à exprimer sa confiance dans l’accomplissement des promesses de Dieu à l’égard de David : « Il arrivera », dit-elle, « que, lorsque l’Éternel aura fait à mon seigneur selon tout le bien dont il a parlé à ton sujet, et qu’il t’aura établi prince sur Israël, ceci ne sera point pour toi une occasion de chute, ni un achoppement pour le cœur de mon seigneur, d’avoir sans cause versé le sang, et que mon seigneur se soit fait justice à lui-même ». Abigaïl était bien certaine que David règnerait, mais elle ne voulait pas qu’il eût alors ce grand remords d’avoir versé le sang et de n’avoir pas remis sa cause à Dieu. Dieu se servait ainsi d’Abigaïl pour parler à la conscience de David. Elle était fidèle pour accomplir sa mission. Elle le faisait humblement mais courageusement.

— Paul aussi parlait fidèlement et courageusement à Félix.

— C’est vrai. Le serviteur de Dieu ne fait pas acception de personnes. Écoute maintenant les dernières paroles d’Abigaïl à David : « Et quand l’Éternel aura fait du bien à mon seigneur, souviens-toi de ta servante ».

— C’est comme les paroles du brigand crucifié avec Jésus. Il disait : « Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans ton royaume ». Il avait la même foi et la même espérance qu’Abigaïl. Bien que Jésus fût crucifié, il croyait en Lui comme au Roi à venir.

— David eut son cœur touché et dit : « Béni soit l’Éternel, le Dieu d’Israël, qui en ce jour, t’a envoyée à ma rencontre ! Et bénie soit ta sagesse, et bénie sois-tu, toi qui en ce jour m’as empêché d’en venir au sang et de me faire justice par ma main ! ». Puis il accepta le présent d’Abigaïl et comme un roi lui dit : « Monte en paix dans ta maison ; regarde, j’ai écouté ta voix, et je t’ai accueillie avec faveur ».

— À la pauvre pécheresse qui était venue Lui apporter un vase de parfum, Jésus dit : « Tes péchés sont pardonnés ; ta foi t’a sauvée, va-t-en en paix » (Luc 7:48, 50). David agit ici comme le Seigneur, n’est-ce pas ?

— Il était en effet un type du Seigneur, mais David était un homme pécheur, et Jésus était le Fils de Dieu. David épargne à Nabal et Abigaïl la mort du corps, mais Jésus, en pardonnant, donne la vie éternelle.

— Abigaïl dit-elle à Nabal ce qu’elle avait fait ?

— Pas tout de suite, car lorsqu’elle rentra, elle trouva Nabal faisant un festin de roi et ivre à l’excès. Mais le lendemain matin, quand il fut sobre, elle lui raconta tout.

— Fut-il touché par la bonté de David ?

— Non. Ni la pensée du grand danger qu’il avait couru, ni le dévouement de sa femme, ni la générosité de David, ne parlèrent à sa conscience et à son cœur ni ne l’amenèrent à reconnaître le roi choisi de Dieu. « Son cœur mourut au dedans de lui, et il devint comme une pierre », dit l’Écriture ; c’est-à-dire qu’il s’endurcit dans ses mauvais sentiments. Alors, comme autrefois au Pharaon, l’Éternel Lui-même frappa Nabal, dix jours après ces évènements, et il mourut. Tel sera le sort de tous les pécheurs qui s’endurcissent et ne veulent pas recevoir Jésus : ils tomberont sous le coup du jugement divin (2 Thess. 1:8-9). Comme Dieu prit en main la cause de David, ainsi Dieu vengera aussi un jour Son Fils bien-aimé des injures et du mépris des hommes.

— Que devint Abigaïl ?

— David, qui avait été touché par sa sagesse, son dévouement et sa foi, envoya des serviteurs pour lui demander d’être sa femme. Et bien que David fut encore pauvre et fugitif, Abigaïl n’hésita pas un moment à accepter la proposition de David. Elle se prosterna et dit : Voici, ta servante sera une esclave pour laver les pieds des serviteurs de mon seigneur » (1 Sam. 25:41). Elle préféra, comme Moïse (Héb. 11:24-26), l’opprobre avec David aux aises et aux richesses du monde. Elle se donna tout entière à son seigneur pour lui être soumise en tout, même dans les choses les plus humbles. Et c’est ainsi qu’Abigaïl est un type de l’église du Seigneur, de l’assemblée qui est soumise à Christ (Éph. 5:24). Et elle nous est en exemple afin que nous préférions Christ à tout et que nous aimions le servir dans les plus petites et humbles circonstances de la vie.

 

 

3.15                      David chez les Philistins — 1 Samuel 27, 29, 30

Bonne Nouvelle  1892 n° 10 et 11.

David a épousé Abigaïl et il a trouvé en elle une femme sage et dévouée. Mais David n’avait-il pas déjà pour femme Mical, la fille de Saül ?

Oui, mais Saül avait ôté sa fille à David et l’avait donnée à un autre mari. C’était une grande injure qu’il lui avait faite.

— Et Mical aimait David.

— Sans doute, mais Saül ne regardait à rien, pourvu qu’il fît du mal à David. Rien n’est terrible comme d’avoir la haine dans le cœur. David avait pris une autre femme nommée Akhinoam. Abigaïl était ainsi sa seconde femme.

— Crois-tu que c’était bien ?

— Non, ce n’était certainement pas selon l’ordre établi de Dieu qui n’a donné à Adam qu’une seule femme. Nous voyons en Genèse 4:19 que ce désordre a commencé dans la race de Caïn. La loi de Moïse tolérait cette chose, mais comme le Seigneur le dit à propos d’une autre question, c’était à cause de la dureté de cœur du peuple d’Israël (Matthieu 19:8). C’est vrai que nous voyons des hommes de Dieu comme Abraham, Jacob, Elkana, avoir plus d’une femme, mais nous pouvons remarquer que ce fut toujours une source de chagrins dans les familles.

— Que fit David après sa dernière rencontre avec Saül ? Il ne devait plus avoir aussi peur de lui.

— David ne se fiait pas à Saül. Il resta d’abord dans son lieu fort. Mais c’est bien triste, David tomba dans une grande faute.

— Cela vint de son cœur naturel, n’est-ce pas ? C’est notre cœur qui nous fait toujours faire de mauvaises choses quand nous l’écoutons (Matthieu 15:19 ; Jérémie 17:9).

— Tu as raison. David avait fait l’expérience que l’Éternel l’avait toujours merveilleusement gardé contre tous les efforts de Saül, et il aurait dû avoir la confiance que Dieu le protègerait jusqu’au bout. Mais tout d’un coup, il oublie ce que Dieu avait fait pour lui et il dit en son cœur : « Maintenant, je périrai un jour par la main de Saül ; il n’y a rien de bon pour moi que de me sauver en hâte dans le pays des Philistins » (1 Sam. 27:1). Il perd confiance en Dieu et en ses promesses. Pouvait-il périr, lui, l’oint de Dieu ? Pas plus que les disciples quand ils étaient dans la barque avec le Seigneur et qu’ils eurent peur (Matt. 8:23-27) et ce manque de foi et de confiance en Dieu l’entraîne tout de suite dans une autre faute, celle de chercher du secours et une retraite chez les ennemis de Dieu, comme autrefois Abraham quand il descendit en Égypte (Gen. 12:10). « Saül », dit encore David, « renoncera à me chercher encore dans tous les confins d’Israël, et j’échapperai à sa main ». Pauvre David ! Il agit comme si le bras de l’Éternel avait perdu de sa puissance et n’était pas plus fort que Saül. Il a plus de confiance dans les Philistins. Quand on cesse de regarder au Seigneur, il vous arrive comme à Pierre qui se mit à penser aux vents et aux vagues, perdit de vue Jésus et commença à enfoncer (Matt. 14:30).

— David se sauva-t-il tout seul chez les Philistins comme la première fois ?

— Non, et ce qu’il fit fut une nouvelle faute. Il emmena avec lui ses deux femmes et tous ses gens, six cents hommes avec leurs familles. Ils vinrent tous à Gath auprès d’Akish, roi des Philistins. C’est ainsi que David, le vrai roi d’Israël, l’homme choisi de Dieu, oublie sa dignité, ses privilèges, et s’abaisse jusqu’à se placer avec tous les siens dans la dépendance d’un roi païen. Quelle honte et quel exemple funeste David donna à ces gens ! Oui, c’est une bien triste chose de voir un enfant de Dieu manquer de confiance envers son Père céleste, se placer dans la servitude du monde et y entraîner les siens. Et quand on est entré dans une voie de péché, on va toujours plus loin si Dieu ne nous arrête. Voilà il faut bien prendre garde à ne pas entrer dans le chemin des pécheurs (Prov. 4:14, 26-27). Un premier pas mène au-delà de ce qu’on aurait pensé. Dieu agit pour délivrer les siens du piège, mais c’est souvent par des châtiments sévères. Il les traite comme un père qui fouette son enfant pour le corriger (Héb. 12:6). David en fit l’expérience comme nous le verrons plus tard.

— Comment David pouvait-il servir Dieu au milieu des Philistins ?

— Je pense que David faisait comme font souvent des enfants désobéissants qui cherchent à s’étourdir et à se tromper eux-mêmes. Il sentait bien que sa place n’était pas auprès d’un roi philistin. Mais au lieu de retourner au pays d’Israël, il demanda à Akish de lui assigner une demeure dans une autre ville que Gath, « car pourquoi ton serviteur habiterait-il dans la ville royale avec toi ? ». David prenait une apparence d’humilité, comme s’il n’eût pas été digne d’être auprès d’Akish, et il se met en même temps, pour ainsi dire, à son service. Combien cela convenait peu au roi d’Israël ! Mais c’est ainsi que le péché nous dégrade. Quand le fils prodigue eut quitté son père et la maison paternelle, il descendit toujours plus bas jusqu’à devenir un misérable gardien de pourceaux (Luc 15:15).

— Pauvre David ! Akish lui accorda-t-il sa demande ?

— Oui, il lui donna pour demeure la ville de Tsiklag, loin au sud de Gath. C’est là que David, ses hommes et leurs familles allèrent habiter. Mais David revenait de temps à autre auprès d’Akish qui le considérait, semble-t-il, comme un de ses capitaines (1 Sam. 27:12).

— David resta-t-il longtemps dans cette fâcheuse position ?

— « Un an et quatre mois », nous dit la parole de Dieu, comme pour nous faire sentir la longue durée du péché de David et la patience de Dieu. La fausse position où il était lui fit commettre de nouvelles fautes. Il se mit à faire avec ses hommes des incursions chez des peuples voisins et amis des Philistins : « les Gueshuriens, et les Guirziens, et les Amalékites ». Peut-être voulait-il tranquilliser sa conscience en se disant qu’il faisait la guerre à des ennemis d’Israël. Cela arrive souvent, même à des enfants, de chercher à s’excuser d’une faute en faisant quelque chose qu’ils estiment bonne. Mais Dieu veut d’abord que l’on confesse ses péchés et qu’on les abandonne. Après cela on doit bien faire (Lisez à ce sujet Ésaïe 1:11-17 où nous voyons les Israélites vouloir cacher leur méchanceté sous des apparences religieuses). Dans ces incursions David n’était pas tranquille et cela le conduisit à être cruel. Il ne se contentait pas de piller les biens et les troupeaux de ces peuples qu’il combattait. Il faisait mettre à mort tous les habitants, hommes et femmes, de peur qu’ils ne racontent quelque chose contre eux.

— Tout cela était mal. Dieu ne lui ordonnait pas d’agir ainsi.

— Certainement non. À tout cela, David ajouta un péché encore plus grave, le mensonge. Lorsqu’il allait voir Akish et que le roi lui demandait : « N’avez-vous pas fait d’incursion aujourd’hui ? ». David lui répondait : « Vers le midi de Juda, et vers le midi des Jerakhmeélites, et vers le midi des Kéniens ». Il faisait ainsi croire à Akish qu’il avait fait ses incursions chez les Israélites. Voilà pourquoi il ne laissait vivre ni homme ni femme. Être cruel et menteur, c’est agir comme Satan, et David ne voyait pas comme il s’enfonçait toujours plus dans le mal. Combien nous devons être sur nos gardes contre cet ennemi rusé et demander à Dieu de nous préserver du mal en nous tenant près de Lui. Akish croyait David, il était tout satisfait et disait : « Il s’est mis en mauvaise odeur auprès de son peuple, auprès d’Israël, et il sera mon serviteur à toujours ».

— Tout cela est bien affligeant. On a peine à croire que ce soit le même David, le vainqueur de Goliath.

— En effet. Nous avons là un sérieux exemple qui nous fait voir où l’on peut arriver si l’on écoute son propre cœur et que l’on manque de confiance en Dieu. David alla encore plus loin dans cette triste voie. Il en vint jusqu’à être prêt à combattre pour un roi philistin contre son propre peuple. Car « en ces jours-là, les Philistins rassemblèrent leurs armées pour la guerre, pour combattre contre Israël ; et Akish dit à David : Sache bien que tu sortiras avec moi [pour aller] au camp, toi et tes hommes. Et David dit à Akish : Aussi tu sauras ce que ton serviteur fera. Et Akish dit à David : Aussi je t’établirai, pour toujours, gardien de ma personne » (1 Samuel 28:2).

— David avait peut-être la pensée que, dans la bataille, il se mettrait tout d’un coup contre les Philistins et ainsi procurerait la victoire aux Israélites.

— Et crois-tu qu’un tel acte de trahison aurait été une bonne chose aux yeux de Dieu ? Non ! Dieu hait la tromperie et aime la droiture. Il ne veut pas que l’on fasse du mal pour produire le bien. David s’était placé dans une position telle que Dieu seul pouvait le délivrer. Il le fit, mais ce fut en le faisant passer par une terrible épreuve. Dieu était aussi sur le point de le délivrer aussi de son cruel ennemi, Saül. Mais il eut mieux valu que David ait attendu paisiblement et humblement cette délivrance sur la terre d’Israël. Mais Dieu accomplit ses desseins malgré nos fautes. Il se montre toujours fidèle (2 Timothée 2:13). Les Philistins s’étaient donc assemblés pour faire la guerre à Israël dont jusqu’à la fin ils restèrent les ennemis irréconciliables. Ils avaient réuni toutes leurs armées, c’est-à-dire que tous les princes qui commandaient dans les principales villes des Philistins, Asdod, Askélon, Gaza, Gath et Ékron, avaient amené leurs guerriers. Akish, roi de Gath, était aussi venu et avait pris avec lui David et ses hommes qui devaient être ses gardes du corps et occuper un poste de confiance.

— Quelle triste chose de voir le vainqueur de Goliath marcher avec les ennemis du peuple de Dieu ! Comment David n’en avait-il pas honte ?

— David, sans doute, n’était pas heureux. Quelqu’un qui connaît Dieu ne saurait être à l’aise dans un état de désobéissance. David avait manqué de confiance en Dieu, il avait cherché du secours auprès du monde, et maintenant il est obligé de marcher avec le monde. Dieu seul pouvait le délivrer de cette fâcheuse position, et il le fit par le moyen des princes des Philistins. Lorsqu’ils virent David et ses hommes avec Akish, ils furent tout surpris. « Que sont ces Hébreux ? » dirent-ils au roi de Gath. Et Akish leur répondit : « N’est-ce pas David, serviteur de Saül, roi d’Israël, qui a été avec moi tant de jours [déjà], ou tant d’années ? et je n’ai rien trouvé [de mal] en lui ». Mais les princes philistins n’eurent pas une aussi grande confiance en celui qui avait si souvent défait leurs armées. Ils se mirent en colère contre Akish et lui dirent : « Renvoie cet homme, et qu’il retourne en son lieu, là où tu l’as établi, et qu’il ne descende pas avec nous à la bataille, afin qu’il ne soit pas notre adversaire dans la bataille ; car comment celui-là se rendrait-il agréable à son seigneur, sinon avec les têtes de ces hommes-ci ? »

— Ne penses-tu pas qu’ils avaient raison ?

— En tout cas, ils raisonnaient en hommes prudents. David n’était pas fidèle à son peuple, pourquoi le serait-il envers des étrangers ? Et c’est ainsi que si un chrétien ne se conduit pas en chrétien, mais veut marcher avec le monde, le monde n’a pas une grande confiance en lui.

— Et que fit Akish ?

— Il dit à David : « L’Éternel est vivant, que tu es [un homme] droit … mais tu n’es pas agréable aux yeux des princes. Et maintenant, retourne-t’en et va en paix ».

— David devait rougir d’embarras d’entendre Akish dire de lui qu’il était un homme droit, car il l’avait toujours trompé.

— La conscience et le cœur de David n’étaient pas encore atteints. Aussi insista-t-il auprès d’Akish pour rester et « combattre », disait-il, « contre les ennemis du roi, mon seigneur ». Mais c’était assez. Dieu ne voulait pas que son pauvre serviteur allât plus loin dans cette terrible voie de péché et qu’il parût sur le champ de bataille, uni aux Philistins contre Israël. Akish refusa de consentir à la demande de David. « Les chefs des Philistins ont dit : Il ne montera point avec nous à la bataille », fut la raison qu’il donna, et David dut retourner à Tsiklag. C’est là que Dieu l’attendait.

— David est obligé de se séparer des Philistins, n’est-ce pas ?

— Oui, c’était une grande marque de la bonté de Dieu. Mais David n’était pas encore rentré en lui-même pour voir sa faute. Il fallait qu’il sentît combien il est amer de quitter le chemin de Dieu pour s’associer au monde. S’il était resté en Juda, Dieu n’aurait pas cessé d’entourer David et les siens de sa protection comme une muraille de feu. Il n’en était pas de même au pays des Philistins où son cœur l’avait conduit. Loin de Dieu, l’ennemi est plus fort que nous. Lorsque David et ses hommes arrivèrent à Tsiklag, ils ne trouvèrent de la ville que des ruines fumantes.

— Qu’était-il arrivé ? Et les femmes et les enfants, qu’étaient-ils devenus ?

— David et ses guerriers avaient été absents trois jours. Pendant ce temps, les Amalékites avaient fait une incursion et, ayant trouvé Tsiklag sans défenseurs, ils s’en étaient emparés, avaient pillé les biens, brûlé la ville et emmené captifs les femmes et les enfants, mais sans faire mourir personne. Dieu ne l’avait pas permis.

— Comme David et ses hommes durent être désolés ! Et comme David surtout dut regretter de s’être mis sous la dépendance d’Akish !

— La douleur la plus vive étreignit les cœurs de ces fiers guerriers. « Et David et le peuple qui était avec lui élevèrent leurs voix et pleurèrent, jusqu’à ce qu’il n’y eut plus en eux de force pour pleurer ». Et ce ne fut pas tout. Le peuple se mit à accuser David et parlait de le lapider, de sorte qu’il fut dans une grande détresse.

— Était-ce juste ? David aussi avait tout perdu. Ses deux femmes étaient captives comme les autres.

— C’est vrai. Mais David, comme chef, était responsable et c’est ce que Dieu voulait lui faire sentir. Ses hommes l’avaient suivi avec confiance, et maintenant ils avaient tout perdu par sa folie. Rien d’étonnant qu’ils s’en prennent à lui. C’est une grande leçon pour ceux qui ont une place d’autorité. Dieu seul pouvait délivrer David, et la détresse où il se trouvait lui fit tourner les yeux vers Dieu. C’est à cela que Dieu voulait l’amener. Quand Dieu nous châtie, c’est pour notre profit afin de nous rapprocher de Lui (Héb. 12:10). David, voyant que toute ressource du côté des hommes lui faisait défaut, « se fortifia en l’Éternel, son Dieu ».

— Et Dieu l’exauça, n’est-ce pas ?

— Oui. Dieu est plein de miséricorde, et si nous nous sommes égarés et que nous revenions à Lui, il pardonne, nous reçoit et nous délivre. « Cet affligé a crié ; et l’Éternel l’a entendu, et l’a sauvé de toutes ses détresses » (Ps. 34:6). C’est David qui écrit cela, et il en fit l’expérience. Il ne voulut plus suivre ce que son cœur lui disait, mais il chercha auprès de Dieu ce qu’il avait à faire. Le sacrificateur Abiathar était venu avec lui. Par son moyen, David interrogea L’Éternel. « Poursuivrai-je cette troupe ? L’atteindrai-je ? » demanda-t-il. C’était bien naturel, n’est-ce pas, de se mettre à la poursuite des ravisseurs. Mais David ne veut plus rien faire de lui-même, il veut savoir qu’elle est la volonté de Dieu. Et l’Éternel lui répond : « Poursuis, car tu l’atteindras certainement », et pour leur encouragement et leur consolation, Dieu ajoute : « et tu recouvreras tout ».

— David et ses hommes durent être bien heureux d’aller ainsi avec l’assurance que Dieu était avec eux.

— Certainement, si Dieu est avec nous, qui pourra nous résister ? (Romains 8:31). Ils se mirent donc courageusement en route, bien qu’en petit nombre, et ce nombre fut encore diminué. Deux cents hommes, trop fatigués pour continuer une marche si rapide et incessante, s’arrêtèrent près du torrent de Besçor qui est près de la frontière sud du pays de Canaan. On leur laissa la garde des bagages, et David et les quatre cents qui lui restaient continuèrent à poursuivre une armée victorieuse.

— Cela me rappelle quand Abraham avec trois cent dix-huit de ses serviteurs alla délivrer Lot (Genèse 14).

— En effet. Dans les deux cas nous voyons une poignée d’hommes attaquer et vaincre des ennemis nombreux. Nous voyons la même chose quand Gédéon défait les Madianites. « L’Éternel est un vaillant guerrier » ; quand il combat pour les siens, qui tiendra contre Lui ?

— Comment David put-il savoir quel chemin suivre pour trouver les Amalékites, car il ne savait pas même que ce fût eux qui avaient brûlé Tsiklag ?

— Dieu y pourvut aussi. Les hommes de David trouvèrent dans les champs un homme égyptien presque mort de faim, de soif et de fatigue. Durant trois jours et trois nuits, il était resté sans boire ni manger. On lui donna de l’eau à boire, et à manger du pain, des figues et des raisins secs, et quand il eut repris des forces, on le conduisit à David qui lui demanda : « À qui es-tu ? Et d’où es-tu ? ». « Je suis », répondit-il, « un garçon égyptien, serviteur d’un homme amalékite ; et mon maître m’a abandonné, il y a trois jours, car j’étais malade ».

— Quelle cruauté !

— Le cœur de l’homme est sans pitié (Romains 3:15-16). Les Amalékites avaient hâte de rentrer avec leur butin. Un malade à soigner les aurait embarrassés. Ils laissèrent donc là ce pauvre garçon. Mais dans les voies de Dieu, ce fut pour leur perte. Il continua ainsi son histoire : « Nous avons fait une incursion au midi des Keréthiens, et sur ce qui est à Juda, et sur le midi de Caleb, et nous avons brûlé Tsiklag par le feu ». David a trouvé un guide, c’est Dieu qui le lui a envoyé. « Me ferais-tu descendre vers cette troupe ? » demanda-t-il au garçon. « Jure-moi par Dieu que tu ne me feras pas mourir, et que tu ne me livreras pas en la main de mon maître, et je te ferai descendre vers cette troupe », répondit le jeune garçon.

— Cette belle histoire me rappelle celle du bon samaritain et de l’homme tombé entre les mains des voleurs (Luc 10:30-37).

— Tu as raison. Et une fois que Jésus nous a sauvés de la mort, il ne nous laisse ni périr ni redevenir la proie de Satan, notre ancien maître (Jean 10:28). Dès ce moment, nous sommes affranchis du péché et serviteurs de Dieu (Rom. 6:14, 18). L’homme égyptien conduisit David et ses hommes à l’endroit où se trouvaient les Amalékites. Ceux-ci, se croyant à l’abri de tout danger, joyeux du butin qu’ils avaient fait, s’étaient répandus çà et là, mangeant, buvant et dansant. C’était le soir. David tomba sur eux à l’improviste et les tailla en pièces. Quatre cents jeunes hommes seuls échappèrent. Comme l’Éternel l’avait dit, David recouvra tout ce qui avait été enlevé, et de plus il prit le butin que les Amalékites avaient fait en d’autres endroits que Tsiklag.

— Comme David et ses hommes durent être heureux de retrouver leurs femmes et leurs enfants, et quelle joie pour tous ces captifs et captives d’échapper à l’esclavage !

— Dieu, comme toujours, s’était montré fidèle. Du moment que David marchait avec Lui, tout allait bien. Mais bientôt, nous avons un nouvel exemple de ce qu’est le cœur naturel de l’homme, dur et égoïste. Comme David et ses hommes revenaient triomphants, les deux cents restés à la garde du bagage vinrent à leur rencontre pour partager leur joie. Alors quelques hommes de ceux qui étaient allés avec David, des hommes méchants et sans pitié, dirent : « Puisqu’ils ne sont pas venus avec nous, nous ne leur donnerons pas du butin que nous avons recouvré, sauf à chacun sa femme et ses fils ; et qu’ils les emmènent et s’en aillent ».

— C’était bien méchant !

— Ils oubliaient que leur délivrance venait de Dieu seul, et que ceux qui étaient restés étaient leurs frères. Si Dieu nous accorde quelque bien, ne devons-nous pas être heureux de le partager avec nos frères ? David, qui maintenant vivait près de Dieu, sentit cela et leur dit : « Vous ne ferez pas ainsi mes frères, avec ce que nous a donné l’Éternel, qui nous a gardés et a livré entre nos mains la troupe qui était venue contre nous ... Car telle qu’est la part de celui qui descend à la bataille, telle sera la part de celui qui demeure auprès du bagage : ils partageront ensemble ». Et ce fut dès lors une loi en Israël. David se montra ainsi un roi juste et équitable.

— On voit comme tout va bien maintenant que son cœur est à l’aise avec Dieu.

— Il se montra aussi généreux envers ses amis, et reconnaissant envers ceux qui l’avaient secouru pendant les jours où il avait été fugitif au pays de Juda. Il leur envoya une part du butin avec ces paroles : « Voici un présent pour vous, sur le butin des ennemis de l’Éternel ». Il allait bientôt revenir au milieu d’eux, non plus comme fugitif mais comme roi. Ses jours d’épreuve étaient passés, et Saül allait terminer misérablement sa vie.

 

 

3.16                      Mort de Saül et de ses fils — 1 Samuel 28 et 31

Bonne Nouvelle  1892 n° 12:1893 n° 1.

Les Philistins avaient rassemblé leurs armées pour faire la guerre à Israël, et ils ne voulurent pas que David vînt avec eux, et ce fut très heureux pour lui. Les Philistins campèrent à Sunem et Saül, ayant rassemblé tout Israël, vint camper en face d’eux à Guilboa. Ces deux endroits sont loin au nord de Jérusalem, près du torrent du Kison et de la plaine de Jizréel. C’est aussi près de là qu’autrefois Barak et Déborah vainquirent Sisera (Juges 4). Mais quand « Saül vit le camp des Philistins, il eut peur, et son cœur trembla très fort » (1 Samuel 28:5).

— Il sentait que Dieu n’était pas avec lui, n’est-ce pas ?

— Sans doute. Il ne s’était jamais repenti de sa désobéissance. Il avait déjà eu très peur quand Goliath s’était présenté à la tête des Philistins (17:11). Mais alors l’Éternel avait envoyé David pour délivrer son peuple. Mais maintenant Saül avait ajouté à son péché. Il avait chassé et persécuté David, et Israël l’avait suivi dans cette mauvaise voie ; L’Éternel ne pouvait pas être avec eux et le jugement allait les atteindre. Saül en acquit bientôt la certitude. Dans son angoisse, il voulut interroger l’Éternel mais « l’Éternel ne lui répondit pas, ni par les songes, ni par l’urim, ni par les prophètes » (28:6).

— Qu’est-ce que cela veut dire ?

— C’étaient les trois moyens par lesquels l’Éternel faisait connaître sa pensée. Ou bien Il envoyait des songes à quelqu’un, comme nous en avons bien des exemples (Gen. 28:12 ; 37:5-11 ; 40:5 ; 41:1 ; Dan. 7:1 ; Matth. 1:20 ; 2:12) ; ou bien Il parlait en vision à des prophètes et mettait sa parole en leur bouche (Gen. 15:1 ; Ex. 3:3 ; Nomb. 12:6 ; És. 1:1 ; Ézéch. 1:1 ; Actes 18:9) ; ou bien c’était par des lumières qu’Il donnait au sacrificateur quand celui-ci l’interrogeait après avoir revêtu l’éphod, (urim veut dire lumière, Ex. 28:30). Par aucune de ces choses, l’Éternel ne répondit à Saül. Que pouvait-il faire ?

— Il aurait dû s’humilier et reconnaître son péché. Alors l’Éternel aurait eu pitié de lui.

— C’est sûr, mais son cœur était endurci et, au lieu de cela, il ajouta encore un péché à tous ceux qu’il avait commis. Autrefois, on ne sait à quelle époque de son règne, il avait montré un grand zèle pour Dieu, bien que parfois ce fut un zèle sans connaissance (2 Sam. 21:1-2). Selon ce qui est écrit dans la loi de Moïse (Deut. 18:10-12 ; Ex. 22:18), Saül avait ôté les évocateurs d’esprits et les diseurs de bonne aventure, tous ceux qui prétendaient, par des moyens diaboliques, connaître l’avenir. Et maintenant Saül oublie la parole de Dieu et ce qu’il a fait selon cette parole. Dans son trouble, il dit à ses serviteurs : « Cherchez-moi une femme qui évoque les esprits, et j’irai vers elle, et je la consulterai ». Et ses serviteurs lui dirent : « Voici, il y a à En-Dor une femme qui évoque les esprits ». Nous voyons par là combien ces mauvaises pratiques étaient répandues parmi le peuple d’Israël puisque ses serviteurs savent tout de suite lui indiquer cette femme.

— Qu’est-ce que cela veut dire : « évoquer les esprits » ?

— C’était rappeler sur la terre et faire paraître et parler l’esprit d’une personne décédée.

— Crois-tu que ce soit possible ?

— Ces évocateurs d’esprits le prétendaient ; comme de nos jours, il y en a aussi qui le disent. Mais du moment que l’Éternel défendait sévèrement cette pratique, nous devons juger que c’était une œuvre de mensonge et de tromperie, et certainement en rapport avec les puissances diaboliques, ainsi que nous le voyons dans l’histoire de la fille possédée d’un esprit de python (Actes 16:16-18). Les évocateurs d’esprits, les sorciers et autres personnes de cette sorte, sont abusés par Satan qui se sert d’eux pour tromper d’autres personnes.

— Où était En-Dor ?

— Un peu au nord de Sunem. C’est un endroit où il y a beaucoup de cavernes creusées dans les rochers. Cette femme qui évoquait les esprits se cachait peut-être dans une de ces cavernes pour exercer son coupable métier. Saül se déguisa et se rendit de nuit auprès de cette femme avec deux de ses serviteurs. « Devine pour moi par un esprit », lui dit-il, « et fais-moi monter celui que je te dirai ».

— Pourquoi Saül dit-il de faire monter ?

— Parce que l’on supposait que l’esprit sortait de la terre, hors du sépulcre. La femme répondit à Saül : « Voici, tu sais ce que Saül a fait, qu’il a retranché du pays les évocateurs d’esprits et les diseurs de bonne aventure ; et pourquoi dresses-tu un piège à mon âme pour me faire mourir ? ». Cette misérable femme craignait que ce ne fût quelque espion envoyé pour la surprendre. On n’est jamais tranquille lorsqu’on a une mauvaise conscience.

— Saül aurait dû rentrer en lui-même en entendant cette femme et se dire : Oh ! Je commets un péché contre Dieu en consultant une telle femme.

— Saül s’était endurci. Il errait maintenant en aveugle, malheureux et angoissé. C’est le sort affreux de ceux que Dieu abandonne. Pour rassurer la femme, Saül ne craignit pas de prendre l’Éternel à témoin qu’il ne lui arriverait aucun mal. « L’Éternel est vivant, s’il t’arrive aucun mal pour cette affaire ! ». Jusqu’à présent nous n’avons vu sur la scène que Saül, le roi désobéissant, et celle qui évoquait les esprits, les deux esclaves de Satan, mais maintenant l’Éternel va se manifester pour la confusion et la terreur de tous deux. Ce fut une nuit solennelle et terrible dans la triste demeure de cette femme. « Qui te ferai-je monter ? », dit-elle au roi. « Fais-moi monter Samuel », répondit-il. Et l’Éternel, et non pas la femme, fit monter Samuel et la femme le vit. Sans doute que, dans d’autres cas, elle cherchait à faire croire à ses dupes qu’elle voyait et entendait celui qu’on lui avait demandé. Mais cette fois, par la puissance de l’Éternel et non la sienne, celui qu’elle a évoqué paraît. Elle voit Samuel et, terrifiée, elle pousse un grand cri. En même temps, Dieu lui ouvre les yeux et elle reconnaît que celui qui est venu la consulter est Saül, le roi d’Israël. « Pourquoi m’as-tu trompée ? Et tu es Saül ! » s’écria-t-elle.

— Comme Saül et ceux qui étaient là durent être saisis !

— Oui, Dieu montrait sa présence. Mais le roi, au lieu de s’humilier, continua dans sa voie de péché. « Ne crains point », dit-il à la femme, « mais que vois-tu ? ». Et elle répondit : « Je vois un dieu qui monte de la terre ». Elle exprimait ainsi l’apparence majestueuse de la vision. « Quelle est sa forme ? » demanda Saül. Et elle dit : « C’est un vieillard qui monte, et il est enveloppé d’un manteau ». Le manteau était le vêtement spécial des prophètes (Zacharie 13:4 ; 1 Rois 19:18 ; 2 Rois 2:8 et 13). Et Saül à ces traits reconnut que c’était Samuel qu’il n’avait jamais revu depuis le jour où le prophète lui avait annoncé sa déchéance comme roi d’Israël à cause de sa désobéissance (1 Samuel 15:28-35). Et Saül « se baissa le visage contre terre et se prosterna ».

— C’était bien effrayant pour Saül, n’est-ce pas ?

— Ce fut encore plus solennel lorsque Saül entendit la voix de Samuel lui dire : « Pourquoi as-tu troublé mon repos en me faisant monter ? ». Dieu avait donné du repos à son serviteur après tout le labeur et les peines de sa longue vie, après le deuil qu’il avait mené sur Saül, et maintenant, pour Saül encore, ce repos était troublé. Mais Dieu le permettait pour que, du sein des morts, son fidèle prophète vînt apporter un dernier message au roi désobéissant. Saül dit à Samuel : « Je suis dans une grande détresse ; car les Philistins me font la guerre, et Dieu s’est retiré de moi, et ne me répond plus, ni par les prophètes, ni par les songes ; et je t’ai appelé pour me faire savoir ce que j’ai à faire ». Samuel lui répondit : « Et pourquoi m’interroges-tu, quand l’Éternel s’est retiré de toi et qu’il est devenu ton ennemi ? Et l’Éternel a fait pour lui-même comme il l’a dit par moi ; et l’Éternel a déchiré le royaume d’entre tes mains et l’a donné à ton prochain, à David ; parce que tu n’as pas écouté la voix de l’Éternel et que tu n’as pas exécuté l’ardeur de sa colère contre Amalek : à cause de cela, l’Éternel t’a fait ceci aujourd’hui ». Samuel remontait à la source du mal : la désobéissance première dont jamais Saül ne s’était humilié et repenti, et qui l’avait conduit de péché en péché, de misère en misère, en le séparant de Dieu.

— C’est terrible d’avoir Dieu contre soi ! C’est frappant de voir que Samuel dit : « L’Éternel est devenu ton ennemi ».

— Ce qui suit est aussi bien terrible. Samuel prononce la sentence de l’Éternel contre le malheureux Saül, ses fils et le peuple qui l’a suivi : « Et l’Éternel livrera aussi Israël avec toi en la main des Philistins ». Ainsi il n’y avait plus d’espoir de délivrance. Saül ne s’était pas repenti de son péché, et ses fils, Jonathan lui-même, étaient restés avec lui ; ils tombaient tous sous le même jugement. « Demain, toi et tes fils, vous serez avec moi », c’est-à-dire, vous serez dans le séjour des morts.

— Cela me semble bien étrange pour Jonathan qui avait toujours aimé David.

— C’est vrai, mais il avait préféré rester avec Saül plutôt que de se joindre à David persécuté, et il partagea le sort de Saül. Il savait que David était le vrai roi, et que sa place était avec lui. Il en est de même pour le chrétien, il doit renoncer à tout pour Christ quand il y est appelé. Le Seigneur, dont David était le type, a dit : « Celui qui aime père ou mère plus que moi, n’est pas digne de moi » (Matthieu 10:37). Israël subit aussi le châtiment pour être resté attaché au roi que Dieu avait rejeté.

— Saül dut être profondément saisi en entendant ces paroles.

— Ah ! Sans doute, il en fut extrêmement effrayé. Lui, l’homme fort, l’homme de guerre, tomba à terre de toute sa hauteur. Il était déjà très affaibli car, dans son angoisse, il n’avait rien mangé de tout le jour précédent, et cette terrible sentence acheva de le briser.

— Il est vraiment très étonnant de voir que Saül, ainsi frappé, ne se tourna pas vers Dieu. Dieu l’aurait reçu, n’est-ce pas ?

— Il y a plus d’un exemple qui nous montre que, quand un pécheur s’est obstiné dans son péché, il y a un moment où il est trop tard pour se tourner vers Dieu. La parole de Dieu nous le dit en plus d’un endroit (Proverbes 1:24-33 ; Matthieu 25:10-12), et c’est bien sérieux. Aussi est-il écrit : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs » (Hébreux 3:8). Pour reprendre notre récit, « la femme vint à Saül, et elle vit qu’il était très troublé, et elle lui dit : Voici, ta servante a écouté ta voix, et j’ai mis ma vie dans ma main … Maintenant, je te prie, écoute, toi aussi, la voix de ta servante, et je mettrai devant toi une bouchée de pain, et mange, et tu auras de la force pour aller ton chemin ». Mais Saül refusa, disant : « Je ne mangerai point ». Cependant, sur les instances de la femme et de ses serviteurs, il prit avec ceux-ci la nourriture que la femme leur apprêta, et ils s’en retournèrent cette même nuit.

 

 

— Qu’arriva-t-il au malheureux Saül après sa visite à la femme qui évoquait les morts ?

— Il lui arriva ce que Samuel lui avait annoncé. Le lendemain, le combat s’engagea. Mais l’Éternel n’était pas avec Saül et son peuple, et les Israélites furent défaits, un grand nombre fut tué et les autres s’enfuirent. Saül combattit sans doute vaillamment, ainsi que ses trois fils et les gens de sa maison ; mais tous ceux-là furent tués.

— Jonathan était-il là ?

— Oui, il périt avec les autres.

— Pauvre Jonathan ! Il avait espéré voir son ami David régner sur Israël et être le second après lui (1 Samuel 23:7), et maintenant le voilà tué par les Philistins. Que c’est triste !

— Bien triste, en effet. Les hommes estimeraient, sans doute, que Jonathan mourut avec gloire, sacrifiant sa vie pour son père et pour son peuple. Mais si nous jugeons selon le point de vue de Dieu, Jonathan, en restant avec Saül au lieu de suivre David qui était le vrai roi d’Israël, s’associait à la désobéissance de son père, et c’est pourquoi il est compris dans sa ruine.

— Je comprends bien. Il faut aimer le Seigneur plus même que ses parents. L’homme que Jésus appelait à le suivre ne devait pas même aller ensevelir son père (Luc 9:59-60). Parle-moi encore de Saül.

— La fin de sa vie est aussi très triste. Il ne mourut pas comme ses fils, en combattant. Les Philistins voulaient peut-être le prendre vivant et l’emmener captif, comme autrefois Samson (Juges 16:21-24). Quoi qu’il en soit, la bataille se renforça contre lui après la mort de ses fils. Il se vit serré de près et lui, autrefois si vaillant guerrier, eut une très grande peur. Et, en effet, lorsqu’on est abandonné de Dieu, on peut bien avoir peur de tout , et c’est une chose remarquable de voir Saül, après sa désobéissance, être si souvent dans la crainte (1 Samuel 17:11 ; 18:12 ; 28:5). Mais, si l’on a Dieu avec soi, rien ne saurait effrayer. Redoutant de tomber vivant entre les mains des Philistins, Saül dit à celui qui portait ses armes : « Tire ton épée et perce-m’en, de peur que ces incirconcis ne viennent et ne me percent, et ne m’outragent ». Oh ! Si Saül avait eu recours à l’Éternel, comme plus tard le roi Josaphat qui, pressé aussi par des ennemis, cria à l’Éternel et fut secouru ! (2 Chroniques 18:31) mais Saül ne voyait de refuge que dans la mort.

— Et que fit son porteur d’armes ?

— Il refusa de porter les mains sur son roi. Alors Saül tira son épée et se jeta dessus. Il périt ainsi de sa propre main, et l’homme qui portait ses armes suivit son exemple.

— Mais cela était aussi un grand péché.

— Sans doute. Dieu, qui a donné la vie, a aussi seul le droit de la reprendre. Dieu a dit : « Tu ne tueras point » (Exode 20:13), et celui qui s’ôte la vie désobéit à ce commandement tout autant que celui qui tue un autre homme. Nous ne trouvons que trois exemples de suicide dans la Bible. Le premier est celui de Saül, le roi désobéissant ; le second, celui d’Akhitophel, le conseiller perfide ; et le troisième, celui du traître Judas (2 Samuel 17:23 ; Matthieu 27:5). Ces trois exemples nous montrent clairement qu’un tel acte ne peut être commis que par ceux qui sont loin de Dieu, qui n’ont point la vie éternelle demeurant en eux (1 Jean 3:15). De nos jours, hélas, dans les pays qui se disent chrétiens, les suicides sont nombreux. Les uns s’ôtent la vie parce qu’ils ne peuvent supporter la perte de leur fortune ou de quelqu’un qu’ils aiment ; d’autres pour échapper à des souffrances ou à ce qu’ils appellent la perte de leur honneur ; d’autres encore, pour une simple contrariété. On a vu même des enfants irrités par un reproche mérité ou non se donner la mort. Et tous ceux-là ne pensent pas qu’ils se précipitent au devant d’un jugement terrible ! Quelle folie, quelle lâcheté et quel oubli de Dieu !

— David apprit-il ces tristes nouvelles ?

— Oui, et nous verrons plus tard comment. Pour le moment, terminons ce qui a trait à Saül. Le lendemain de la bataille, les Philistins vinrent pour dépouiller les tués et ils trouvèrent Saül et ses trois fils morts sur la montagne de Guilboa. Ils dépouillèrent Saül de ses armes, lui coupèrent la tête et les envoyèrent partout dans le pays des Philistins pour annoncer la nouvelle de leur victoire dans les maisons de leurs idoles et au peuple. Puis, comme trophée, ils placèrent ses armes dans un de leurs temples et clouèrent sa tête dans la maison de leur grand dieu Dagon (1 Chr. 10:10). Ils attribuaient leur victoire à leurs dieux et pensaient que ceux-ci avaient triomphé de l’Éternel, le Dieu d’Israël. Ainsi la désobéissance de ceux qui professent être le peuple de Dieu jette du déshonneur sur le nom du Seigneur.

— Et il n’est plus rien dit de Jonathan ?

— Une seule chose que je te dirai. Quant à leur esprit, lui, ses frères et son père étaient avec Samuel comme le prophète l’avait dit. Ils étaient retranchés de la terre des vivants. Mais quant à leurs corps, les Philistins les prirent et les clouèrent à la muraille de Beth-Shan.

— Pourquoi firent-ils cela ?

— C’est une dernière insulte faite à leurs ennemis vaincus. Beth-Shan, dont les ruines subsistent encore et que les Arabes nomment Beisan, était une ville située entre Guilboa et le Jourdain. Elle était bâtie sur une sorte de plateau rocheux qui s’élève au dessus de la plaine et est coupé de profondes ravines au fond desquelles coulent des ruisseaux rapides. La ville se trouvait ainsi coupée en plusieurs quartiers. Sur le plateau se trouve une éminence escarpée dont le flanc qui regarde le Jourdain tombe presque à pic. Sur cette hauteur était bâtie une forteresse entourée d’une muraille. C’est là sans doute que furent attachés les corps du malheureux roi et de ses fils, de sorte qu’on pût les voir de loin, comme pour annoncer à Israël le triomphe des Philistins et lui jeter un défi.

— Mais comment les Philistins se trouvaient-ils dans cette ville si bien fortifiée ?

— Quand la déroute des Israélites et la mort de Saül et de ses fils furent connues, les hommes d’Israël abandonnèrent leurs villes et s’enfuirent. Ils portèrent ainsi la nouvelle de ce désastre de l’autre côté du Jourdain, et cela donna lieu aux hommes de Jabès de Galaad d’accomplir une bien belle action.

— Où est cette ville dont tu parles ?

— de l’autre côté du Jourdain, juste en face de Beth-Shan. Il faut se souvenir qu’au début du règne de Saül, les habitants de Jabès étaient assiégés par le roi des Ammonites. La ville était près de succomber quand elle fut délivrée par l’énergique intervention de Saül à la tête des Israélites (1 Samuel 11:1-11). Les habitants de Jabès conservèrent dans leurs cœurs une profonde reconnaissance envers leur libérateur. Lorsqu’ils eurent appris la manière indigne dont les Philistins avaient traité les restes de Saül et de ses fils, les vaillants hommes de Jabès, sans craindre le péril auquel ils s’exposaient, se levèrent, marchèrent toute la nuit vers Beth-Shan, détachèrent les corps et les rapportèrent à Jabès.

— Les Philistins ne les empêchèrent-ils pas de faire cela ?

— Ils ne s’en aperçurent pas. Ils ne pensaient sans doute pas, à cause de la terreur produite par leur victoire, qu’aucun Israélite n’oserait s’aventurer près d’eux. Ensuite, il faut remarquer que les hommes de Jabès arrivèrent de nuit et qu’abrités par l’escarpement du rocher, ils purent monter sans être vus et qu’enfin le bruit du torrent qui coulait au pied du rocher empêchait de les entendre.

— C’était bien courageux et montrait leur reconnaissance.

— Oui, et c’est un sentiment qui plaît à Dieu. Mais si les habitants de Jabès avaient lieu d’être reconnaissants envers Saül qui les avait délivrés seulement d’une affliction terrestre, combien n’avons-nous pas plus lieu d’être reconnaissants envers Jésus qui nous a sauvés de la colère qui vient (1 Thessaloniciens 1:10).

— Que firent les habitants de Jabès des corps de Saül et de ses fils ?

— Ils les brûlèrent puis enterrèrent les os qui restaient sous un tamaris près de leur ville, et jeûnèrent sept jours en signe de deuil.

— C’est surprenant qu’ils brûlent les corps. Je croyais que les Israélites enterraient leurs corps.

— C’est vrai. Ils rendaient à la terre ce qui a été tiré de la terre, et en cela ils agissaient selon la pensée de Dieu dans sa parole (Genèse 3:19). Brûler les corps est une coutume païenne. Ce que font les habitants de Jabès est un fait exceptionnel, motivé peut-être par la mutilation exercée sur les corps de Saül et de ses fils, peut-être aussi par leur état de décomposition. Brûler les corps semble se rattacher à un temps de calamité, comme on le voit par une passage du prophète Amos annonçant la destruction de la capitale de royaume d’Israël, à cause des péchés du peuple. « Il arrivera », dit-il, « que, s’il reste dix hommes dans une maison, ils mourront ; et le parent de [l’un d’eux], celui qui doit le brûler, prendra le mort pour sortir de la maison les os » (Amos 6:9-10). Nous verrons une autre fois comment David apprit ce qui était arrivé à Saül et à ses fils.