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Entretiens sur le livre des Juges
Table des matières :
1 Premiers pas après la mort de Josué — Chapitre 1
2 Déclin et chute du peuple d’Israël en Canaan — Juges 1:17-36 ; 2
3 Les premiers libérateurs : Othniel, Éhud et Shamgar — Juges 3
4 Barak et Débora — Juges 4 et 5
5 Histoire de Gédéon — Juges 6-8
6 Histoire d’Abimélec — Juges 8: 22-33 ; 9
7 Histoire de Jephté — Juges 10-12
8 Histoire de Samson — Juges 13-16
Bonne Nouvelle 1888 pages 7 à 14.
— D’où vient ce nom de livre des Juges ?
— Il est nommé ainsi parce qu’il renferme l’histoire des juges ou libérateurs qui affranchirent les Israélites de la domination de leurs ennemis. Ensuite, ils les jugeaient, c’est-à-dire qu’ils exerçaient parmi eux l’autorité suprême.
— Comment les Israélites, le peuple de Dieu, pouvaient-ils être ainsi assujettis à des nations étrangères ? C’est donc qu’ils avaient péché ?
— Oui, sans cela l’Éternel n’aurait pas permis que leurs ennemis soient plus forts qu’eux. Aussi longtemps que nos cœurs restent attachés au Seigneur, nous n’avons à craindre aucun ennemi. Tout le temps que vécurent Josué et les anciens qui avaient vu la grande œuvre que l’Éternel avait faite pour eux, les Israélites servirent l’Éternel. Mais ensuite, ils l’abandonnèrent et servirent les faux dieux des nations qui étaient autour d’eux et parmi eux. Pour les châtier, l’Éternel permit qu’ils soient assujettis à l’une ou l’autre de ces nations qui les opprimaient durement. Mais il ne les abandonna pas entièrement et quand, accablés par l’esclavage, ils se repentaient et imploraient son secours, Dieu suscitait un libérateur sous lequel ils secouaient le joug de leurs oppresseurs et jouissaient de quelque temps de repos. Le premier chapitre nous montre ce qui se passa immédiatement après la mort de Josué. C’était encore un temps de fidélité. Lis le premier verset.
— « Et il arriva, après la mort de Josué, que les fils d’Israël interrogèrent l’Éternel, disant : Qui de nous montera le premier contre le Cananéen, pour lui faire la guerre ? » (Juges 1:1).
— Les Israélites étaient décidés à combattre les nations qui n’avaient pas encore été dépossédées, et à se laisser conduire par l’Éternel. La décision du cœur pour Dieu et la dépendance de Lui sont les dispositions qui lui plaisent. Aussi lisons-nous plus loin que l’Éternel fut avec eux. La tribu de Juda fut désignée par l’Éternel pour combattre la première et, aidée par la tribu de Siméon dont le lot était près du sien, ils firent la guerre à Adoni-Bézek.
— Où demeuraient ces Cananéens ?
— Vers le sud de Jérusalem. Bézek était sans doute leur ville principale et Adoni-Bézek leur roi. Son nom signifie « seigneur de Bézek ». Il semble avoir été un puissant guerrier qui avait vaincu soixante-dix rois, et aussi un cruel tyran car, après les avoir faits prisonniers, il leur avait fait couper les pouces des mains et des pieds, et les obligeait, comme des chiens, à manger les restes sous sa table.
— Pourquoi les avait-il mutilés ainsi au lieu de les tuer tout de suite ?
— Peut-être pour les rendre incapables de porter les armes et pour jouir de son triomphe et montrer en eux des trophées de sa puissance.
— Quelle méchanceté !
— Oui, et tel est le cœur de l’homme dominé par Satan. On voit, hélas, bien des exemples semblables dans l’histoire. Rappelle-toi le traitement que Nébucadnetsar fit subir à Sédécias (2 Rois 25:7). Mais, quelle que fût la puissance d’Adoni-Bézek, l’Éternel le livra entre les mains de Juda et de Siméon. Ses armées furent vaincues. En vain voulut-il s’enfuir. Il fut pris et le sort qu’il avait infligé à ses captifs, il le subit à son tour.
— C’était un juste jugement de Dieu.
— Certainement. Et Adoni-Bézek le reconnut. « Comme j’ai fait », dit-il, « ainsi Dieu m’a rendu » (1:7). Cela ne peut-il pas nous faire espérer qu’il se repentît et que Dieu lui fit grâce ? Il mourut à Jérusalem où on l’avait amené.
— Jérusalem existait donc alors ?
— Déjà du temps d’Abraham, elle est mentionnée sous le nom de Salem (Genèse 14:18 ; Ps. 76:2). C’était la ville dont Melchisédec était le roi. Les descendants de Juda s’en étaient aussi emparés, mais ni eux, ni les descendants de Benjamin sur le territoire duquel elle se trouvait, ne purent déposséder les Jébusiens qui y habitaient et qui y occupaient une forteresse.
— S’ils avaient eu une plus grande confiance en l’Éternel, ils seraient parvenus à prendre la plus forte forteresse.
— Je le pense aussi. Il y avait déjà un déclin dans leur foi et, par conséquent, dans leur énergie. Ce qui nous rend forts contre Satan et le monde, c’est notre foi. L’apôtre Jean dit : « C’est ici la victoire qui a vaincu le monde, [savoir] notre foi. Qui est celui qui est victorieux du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ? » (1 Jean 5:4-5). Les descendants de Juda et Benjamin laissèrent donc ces Cananéens au cœur du pays. Ce ne fut que bien longtemps après que David, l’homme selon le cœur de Dieu détruisit cette dernière forteresse de l’ennemi (2 Sam. 5:6-9). Et dès lors Jérusalem devint la capitale du royaume, la ville du grand roi, où l’Éternel eut son temple (Ps. 48:2).
Après avoir pris Jérusalem, les enfants de Juda, Caleb à leur tête, s’emparèrent d’autres portions du pays et en particulier de Hébron, la ville des géants, comme nous l’avons vu. Ce fut à Hébron, ville des sacrificateurs, ville de refuge aussi, que David fut reconnu roi, et il y régna pendant sept ans (2 Sam. 2:1-3 ; 5:4). Ensuite les descendants de Juda prirent Kiriath-Sépher.
— Nous avons lu aussi dans le livre de Josué que Caleb donna sa fille Acsa en mariage à Othniel, son cousin, parce que c’est lui qui avait pris Kiriath-Sépher. Elle demanda à son père une bénédiction parce qu’elle n’avait reçu de lui que des terres exposées aux ardeurs du midi, et elle désirait une terre avec des sources d’eau. Et son père lui donna en abondance ce qu’elle demandait. C’est ainsi que Dieu, dans sa bonté, nous bénit et nous donne au-delà même de ce que nous demandons.
— Nous pouvons voir aussi dans ces sources d’eau jaillissantes, si précieuses après la traversée de l’aride désert, l’accomplissement de la promesse de l’Éternel souvent répétée : « L’Éternel, ton Dieu, te fait entrer dans un bon pays, un pays de ruisseaux d’eau, de sources, et d’eaux profondes, qui sourdent dans les vallées et dans les montagnes » (Deut. 8:7). L’Éternel donnait à son peuple des bénédictions terrestres, mais comment ne pas songer à ces bénédictions infiniment plus précieuses de la Canaan céleste dont parle le Seigneur ? Déjà, pour ici-bas, il dit : « Quiconque boit de cette eau-ci aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai, moi, n’aura plus soif à jamais ; mais l’eau que je lui donnerai, sera en lui une fontaine d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jean 4:13-14). C’est le Saint Esprit en nous qui nous fait jouir de l’amour de Dieu.
— Ces paroles du Seigneur Jésus rafraîchissent le cœur. Il dit également : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jean 7:37), et aussi : « À celui qui a soif, je donnerai, moi, gratuitement, de la fontaine de l’eau de la vie » (Apocalypse 21:6).
— Vois aussi dans ce même livre au chapitre 7 ce qui est promis à la multitude des sauvés de toutes les nations qui auront passé par la grande tribulation.
— « L’Agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux fontaines des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (7:17). Comme cela réjouit le cœur et console ! Mais il y a aussi un verset en Apocalypse 22. C’est au verset 1 : « Il me montra un fleuve d’eau vive, éclatant comme du cristal, sortant du trône de Dieu et de l’Agneau ». C’est dans la Jérusalem céleste que Jean vit cela, n’est-ce pas ?
— Oui. Dans tous ces passages, il est question des bénédictions de paix, de repos dans la sainteté, la lumière, la gloire et l’amour dont le Saint Esprit fait jouir, auprès de Dieu, ceux qui sont sauvés. Maintenant, c’est par la foi sur la terre. Plus tard, ce sera dans le ciel. Continuons maintenant notre chapitre. Les enfants de Juda poursuivirent leurs combats, et comme ils obéissaient à l’Éternel, il fut avec eux de sorte que trois des principales villes des Philistins tombèrent en leur pouvoir. Mais, avant de mentionner cela, la parole de Dieu cite un fait important qui renferme une leçon pour nous. C’est ce qui se rapporte au Kénien. Lis le verset 16.
— « Et les fils du Kénien, beau-père de Moïse, étaient montés de la ville des palmiers, avec les fils de Juda, au désert de Juda, qui est au midi d’Arad ; et ils allèrent et habitèrent avec le peuple ». Mais le beau-père de Moïse était Jéthro, et il était sacrificateur de Madian.
— C’est vrai. Il se nommait aussi Rehuel, et il était de la tribu des Kéniens qui habitaient au pays des Madianites. Te rappelles-tu comment Moïse fit connaissance avec Jéthro ?
— Oui. Il vint en aide aux filles de Jéthro en abreuvant leurs troupeaux, et Jéthro lui donna l’hospitalité. Plus tard, Moïse épousa une de ses filles (Exode 2:15-22).
— Ce fut une bénédiction pour Jéthro d’avoir ainsi exercé l’hospitalité envers celui qui devait être un grand serviteur de Dieu, Hébreux 13:2. Dieu montra sa grâce envers ce gentil qui ne faisait pas partie du peuple de Dieu, car nous pouvons bien supposer que Moïse lui parla du vrai Dieu. Te rappelles-tu encore quelque chose de Jéthro et de sa famille ?
— Oui, il vint trouver Moïse au désert après avoir appris les grandes choses que l’Éternel avait faites à son peuple.
— En les entendant de la bouche de Moïse, Jéthro dit : « Maintenant je connais que l’Éternel est plus grand que tous les dieux » (Exode 18:11). Et il offrit des sacrifices à ce Dieu puissant. Jéthro apprit donc à connaître l’Éternel. Mais il y a encore un fait qui se rapporte à sa famille et qui nous apprend comment ses fils se trouvaient en Canaan avec les Israélites. En Nombres 10:29-32, nous voyons que Hobab, fils de Jéthro, se trouve avec les Israélites au moment où ils vont partir pour leur voyage à travers le désert. Moïse lui demande de venir avec eux parce que Hobab connaissait le désert et les lieux favorables pour les campements, et il lui promit qu’Israël lui ferait du bien.
— Comment connaissait-il si bien le désert ?
— Les Madianites étaient un peuple commerçant. Nous les voyons du temps de Joseph joints à une caravane d’Ismaélites, porter en Égypte des épices, du baume et de la myrrhe (Gen. 37:25-30) ; voyez Ésaïe 60:6. Hobab, qui avait vécu au milieu des Madianites, avait sans doute fait partie de ces caravanes. Il refusa d’abord à Moïse, mais celui-ci insista, lui promettant, s’il venait, qu’il participerait aux biens que l’Éternel ferait à Israël. Et nous voyons, par le passage de notre chapitre, qu’il céda aux instances de Moïse et accompagna les Israélites. Ses descendants, si ce n’est pas lui-même, montèrent avec les fils de Juda de la ville des palmiers, c’est-à-dire Jéricho, et ils habitèrent avec Israël. Les Kéniens eurent part à ses bénédictions, et nous les retrouvons à plusieurs reprises dans l’histoire du peuple de Dieu, et toujours dans des circonstances d’un grand intérêt. Ainsi, le bien fait à Moïse par le Kénien ne perdit pas sa récompense, et nous voyons la faveur de Dieu accompagner ses descendants. Une autre fois nous continuerons ce chapitre.
Bonne Nouvelle 1888 pages 23 à 28.
— Je suis étonnée de voir qu’un chapitre nous donne tant de leçons.
— C’est vrai. La parole de l’Éternel est d’une grande étendue et un trésor d’où l’on tire des choses nouvelles et des choses vieilles (Ps. 119:96, Matthieu 13:52). Nous trouverons d’autres leçons dans la suite de notre chapitre, mais elles sont humiliantes. Nous y voyons combien rapidement les Israélites se lassèrent de combattre, et comme leur foi défaillit. Déjà Juda n’avait pas dépossédé les habitants de la vallée parce qu’ils avaient des chariots de fer, et Benjamin n’avait pas chassé le Jébusien, ainsi que nous l’avons vu.
— Mais la maison de Joseph se montra courageuse et l’Éternel fut avec eux. Ils s’emparèrent de la ville de Béthel. Était-ce le même endroit où Jacob avait eu son songe ?
— Oui, cette ville s’appelait autrefois Luz, mais Jacob lui donna le nom de Béthel, ce qui veut dire : « maison de Dieu » (Gen. 28:19). C’est là que l’Éternel avait fait à Jacob la promesse de lui donner la terre où il était couché, et il l’accomplissait alors en livrant Béthel aux descendants de Joseph, car Dieu est fidèle. Mais du verset 27 jusqu’à la fin du chapitre, nous avons un tableau court mais bien triste du manque d’énergie des enfants d’Israël de quelque tribu que ce fût.
— En effet, Manassé ne dépossède pas les habitants du pays qui lui était échu, et les Cananéens voulurent y habiter et continuèrent d’y habiter au milieu de ceux des tribus d’Éphraïm, de Zabulon, d’Aser et de Nephtali. Et même les Amorrhéens repoussèrent ceux de la tribu de Dan dans les montagnes.
— Cela n’était pas selon la volonté de l’Éternel et provenait de ce que les Israélites oubliaient que l’Éternel était présent au milieu d’eux. S’ils y avaient pensé, cela les auraient rendus forts et, en même temps, leur aurait fait comprendre que la présence des Cananéens était une souillure dans la terre de l’Éternel. C’était un déshonneur jeté sur le nom de l’Éternel. Les conséquences de leur manque d’énergie furent désastreuses pour eux. Ces ennemis laissés au milieu d’eux furent un piège et les enfants d’Israël ne tardèrent pas à y tomber et à être entraînés dans le mal comme le montre le chapitre 2. Ils attirèrent ainsi sur eux la colère de l’Éternel. C’est un avertissement pour nous. Nous ne devons pas pactiser avec le mal, mais nous en séparer et prendre au sérieux les paroles de l’apôtre : « Ne vous mettez pas sous un joug mal assorti avec les incrédules ; car quelle participation y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? Ou quelle communion entre la lumière et les ténèbres ? Et quel accord de Christ avec Bélial ? Ou quelle part a le croyant avec l’incrédule ? Et quelle convenance y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ? » (2 Corinthiens 6:14-18).
— C’est très sérieux, mais on comprend bien que si Dieu ne peut tolérer le mal, nous devons aussi nous en tenir séparés.
— Comme je te l’ai dit, le chapitre 2 fait voir les conséquences du manque de foi, d’énergie et de fidélité des Israélites. Relis les cinq premiers versets.
— « Et l’Ange de l’Éternel monta de Guilgal à Bokim ; et il dit : Je vous ai fait monter d’Égypte, et je vous ai introduits dans le pays que j’avais promis par serment à vos pères, et j’ai dit : Je ne romprai jamais mon alliance avec vous ; et vous, vous ne traiterez point alliance avec les habitants de ce pays, vous démolirez leurs autels. Et vous n’avez pas écouté ma voix. Pourquoi avez-vous fait cela ? Et aussi j’ai dit : Je ne les chasserai pas de devant vous, et ils seront à vos côtés, et leurs dieux vous seront en piège. Et il arriva que, comme l’Ange de l’Éternel disait ces paroles à tous les fils d’Israël, le peuple éleva sa voix et pleura. Et ils appelèrent le nom de ce lieu-là Bokim ; et ils sacrifièrent là à l’Éternel ». Pourquoi l’Ange de l’Éternel monta-t-il de Guilgal à Bokim ?
— La présence de l’Éternel s’était manifestée à Guilgal. Là le peuple lui avait été consacré. Il y revenait après chaque victoire pour y reprendre de nouvelles forces dans leur consécration à Dieu. C’était le lieu du triomphe. Mais maintenant, les Israélites n’avaient pas été fidèles. Ils avaient laissé subsister au milieu d’eux les habitants du pays avec leurs idoles. Guilgal n’était plus le lieu qui leur convenait, mais bien Bokim qui veut dire : « ceux qui pleurent ». L’Éternel ne les abandonne pas. Dans sa grâce il les avertit et il va avec eux au lieu de l’humiliation.
— L’Éternel se montre bien miséricordieux avec eux. Il les avertit avec une grande douceur en disant : « Pourquoi avez-vous fait cela ? » On comprend bien que leur cœur fut touché et qu’ils pleurèrent.
— En effet, Dieu est rempli de bonté et de patience. Il ne se lasse pas d’avertir le pécheur afin qu’il se détourne du mal, et il accepte la repentance de celui qui s’humilie (1 Rois 21:27-29). Aussi voyons-nous que les Israélites, après avoir pleuré, peuvent offrir un sacrifice. Mais les conséquences de leurs fautes demeurent, selon le juste gouvernement de Dieu. Ils n’ont pas détruit les Cananéens et leurs idoles, ils les auront constamment à leurs côtés, comme une épreuve perpétuelle.
— Mais ils n’étaient pas obligés de les imiter.
— Assurément non. Au contraire ils devaient se tenir tout à fait séparés d’eux. Mais cela demandait de leur part beaucoup de vigilance et de dépendance de Dieu. En ayant constamment sous leurs yeux la conduite des Cananéens, leurs idoles et leurs fêtes, il y avait grand danger qu’ils ne fussent entraînés dans le mal. Ce danger existe pour le chrétien s’il ne se tient pas à l’écart du monde : « Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs » (1 Cor. 15:33). Si les Israélites avaient été d’abord obéissants et fidèles, ils n’auraient pas été exposés à ce piège. Ce qui nous garantit des pièges du monde et du diable, c’est l’obéissance entière, implicite à Dieu. Nous allons voir si les Israélites surent se garantir du mal qui les entourait. Relis pour toi les versets 6 à 10.
— D’après ces versets, les enfants d’Israël servirent l’Éternel tout le temps que vécurent Josué et les anciens qui avaient vu les grandes œuvres que l’Éternel avait faites pour son peuple. C’étaient, je pense, ceux qui, comme Caleb, Éléazar et Phinées, avaient été dans le désert, avait pris part au passage du Jourdain, à la prise de Jéricho et à toutes les grandes victoires remportées par l’armée de l’Éternel.
— Tu as raison. Bien que, dans les jours qui suivirent immédiatement Josué, les Israélites aient commis la faute de ne pas déposséder entièrement les Cananéens, cependant ils servirent l’Éternel et n’allèrent point après des idoles. Mais bientôt se fit sentir, pour la génération qui les suivit, le fruit amer de leur négligence comme le montre la fin du chapitre.
— Que veut dire le verset 10 : « Et après eux, se leva une autre génération qui ne connaissait pas l’Éternel » ?
— Je pense que cela signifie que cette génération n’avait pas expérimenté, au milieu des difficultés et des combats, la puissance et la fidélité de l’Éternel. Il en était d’eux comme des enfants de chrétiens qui savent bien qu’il y a un Dieu et un Sauveur, mais qui ne l’ont pas reçu dans le cœur et la conscience. Vivant au milieu des Cananéens et de leur impuretés, et ne connaissant pas l’Éternel dans leur cœur et dans leur conscience, les Israélites se mirent à imiter le mal qui était sous leur yeux ; puis ils abandonnèrent le culte du vrai Dieu, de l’Éternel, le Dieu de leurs pères, qui les avait comblés de tant de grâces, et se mirent à servir les dieux abominables des peuples qui les entouraient.
— Quelle triste chute ! L’Éternel ne pouvait pas continuer à les bénir assurément.
— Non. Toutefois il n’abandonna pas son peuple. Il le châtia parce qu’Il s’occupait de lui. Les Israélites furent laissés à leurs propres forces, et firent l’expérience qu’ils ne pouvaient rien contre leurs ennemis qui les pillèrent, les assujettirent et leur firent éprouver toutes sortes de maux. Accablés sous cette cruelle oppression, ils sentaient qu’ils avaient eu tort d’abandonner l’Éternel, et criaient à Lui dans leur détresse. À maintes reprises, Dieu fut touché de leur douleur et leur suscita des libérateurs appelés juges qui, se mettant à leur tête, au nom de l’Éternel, les délivrèrent de leurs oppresseurs. C’est l’histoire de ces chutes, de ces repentirs et de ces délivrances, suivies de nouvelles chutes, que nous verrons dans les chapitres suivants. C’est l’histoire du misérable et méchant cœur de l’homme, toujours prêt à abandonner Dieu, en même temps que celle de la patience et de la fidélité de Dieu. Mais ce livre des Juges rappelle encore une autre histoire dans laquelle nous voyons la fidélité de Dieu. C’est l’histoire de l’Église. D’abord eurent lieu les beaux jours de la Pentecôte (Actes 2:42-47 ; 4:32-37), puis ceux qui suivirent tandis que vivaient les apôtres, bien que le mal tendît à s’y introduire (Actes 20: 28-30). Mais bientôt l’Église perdit son premier amour, Apoc. 2:4, de faux docteurs s’y élevèrent, des doctrines corrompues s’y introduisirent, 2 Pierre 2:1, Apoc. 3:14-16, et la chute de l’Église devint complète, bien qu’il y eût toujours des chrétiens fidèles isolés (Apoc. 2:20, 24). Mais Christ, le Chef de l’Église, suscita aussi à certaines périodes de saints hommes dont il se servit pour réveiller les âmes (tels furent Calvin, Luther, Farel, et d’autres à l’époque de la Réformation). Les juges ne rétablirent pas Israël dans sa splendeur primitive, les réformateurs ne rétablirent pas l’Église, mais ils délivrèrent les âmes qui, par eux, crurent en Christ et s’attachèrent à la parole de Dieu. Depuis il y a eu bien des réveils partiels, comme par exemple celui qui eut lieu en Angleterre par le moyen de Whitefield et de Wesley). Ainsi, jusqu’à la fin, jusqu’à ce qu’Il vienne, Christ s’occupe de l’Église, comme l’Éternel s’occupa d’Israël.
Bonne Nouvelle 1888 pages 46 à 53
— L’Éternel avait laissé subsister dans le pays des nations pour éprouver son peuple et voir s’il serait fidèle. C’étaient les Philistins au midi, et des Cananéens au nord. Qu’auraient dû faire les Israélites ?
— Combattre ces nations et les chasser.
— En effet, il ne devait pas y avoir d’alliance entre eux. Dieu permet que nous soyons laissés dans un monde méchant. Mais ce n’est pas pour nous associer à lui. Au contraire, c’est pour en rester séparés et lutter pour que ses mauvais principes n’envahissent pas nos cœurs. Le Seigneur a dit au Père en priant pour ses disciples : « Je ne fais pas la demande que tu les ôtes du monde, mais que tu les gardes du mal ». Et l’apôtre Jean exhorte les jeunes chrétiens par ces paroles : « N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde ». « L’amitié du monde est inimitié contre Dieu », dit Jacques. « Quiconque donc voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu » (Jean 17:15 ; 1 Jean 2:15, Jacques 4:4). Les enfants d’Israël auraient donc dû rester séparés des Cananéens, leur faire la guerre, les chasser peu à peu, et l’Éternel aurait été avec eux. C’est ce qu’ils ne firent pas. Ils s’allièrent par mariage avec des Cananéens et furent entraînés à servir les dieux abominables de ces peuples impies. Tu peux lire le résultat de cette infidélité au verset 8 de notre chapitre.
— « Et la colère de l’Éternel s’embrasa contre Israël, et il les vendit en la main de Cushan-Rishhathaïm, roi d’Aram-Naharaïm. Et les fils d’Israël servirent Cushan-Rishhathaïm huit ans ». Où était le pays de ce roi ?
— Le mot « Aram-Naharaïm » veut dire la Syrie des deux fleuves. C’est le pays situé entre le Tigre et l’Euphrate et nommé à cause de cela Mésopotamie, ce qui veut dire « Au milieu des fleuves ».
— Sait-on quelque chose sur le roi dont il est parlé ici ?
— Non, il n’apparaît que comme un instrument dont Dieu se servit pour châtier son peuple infidèle, comme ce fut le cas plus tard par le moyen des rois d’Assyrie et de Babylone qui venaient de ces mêmes contrées. L’Éternel châtiait son peuple pour le ramener à Lui. C’est ainsi que Dieu agit aussi à notre égard. « Il nous discipline pour notre profit, afin que nous participions à sa sainteté » (Hébreux 12:10). La servitude fut sans doute rude mais salutaire. Les enfants d’Israël, opprimés et malheureux, se souvinrent du Dieu qui les avait autrefois délivrés et bénis, et ils crièrent à l’Éternel.
— Et Dieu vint à leur secours, n’est-ce pas ?
— Oui, il leur suscita un libérateur dans la personne d’Othniel.
— Est-ce le même qui avait pris Hébron et épousé la fille de Caleb ?
— Oui, c’est le même. C’était donc dans un temps encore bien rapproché de Josué, et cela nous montre avec quelle rapidité les enfants d’Israël s’étaient détournés de l’Éternel.
— Pourquoi Othniel n’avait-il pas empêché les Israélites de se détourner de Dieu ?
— Je ne doute pas que lui et d’autres ne soient restés fidèles au milieu de l’infidélité générale et qu’ils n’aient exhorté les autres à ne pas se laisser aller au mal. Mais est-ce que l’on est toujours docile à écouter la voix des serviteurs de Dieu qui nous avertissent ?
— Non, on aime mieux suivre ses propres désirs et son méchant cœur.
— C’est sans doute ce qui arriva. Mais lorsque les enfants d’Israël se retournèrent vers l’Éternel, alors Dieu choisit un de ceux qui lui étaient restés attachés. L’Esprit de l’Éternel fut sur Othniel, l’énergie de Dieu l’anima, il se mit à la tête du peuple et l’Éternel livra en sa main le roi de Mésopotamie de sorte qu’Israël fut délivré.
— Les Israélites recommencèrent alors à servir l’Éternel et rejetèrent les idoles.
— Certainement, car sous l’autorité d’Othniel comme juge, le pays fut en repos quarante ans. Cela n’aurait pu avoir lieu s’ils avaient continué à servir les idoles, car on ne peut avoir de vrai repos quand on ne sert pas Dieu (Ésaïe 48:22 ; 57:21).
— Les enfants d’Israël devaient bien voir la différence qu’il y avait pour eux, suivant qu’ils étaient obéissants ou non.
— C’est vrai. Mais leur exemple nous montre que le cœur de l’homme est incorrigible. Dès qu’Othniel fut mort et que son énergie ne soutint plus le peuple, ils se laissèrent de nouveau aller à leurs mauvais penchants et firent ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel, c’est-à-dire qu’ils s’allièrent de nouveau aux Cananéens et retombèrent dans l’idolâtrie.
— Qu’ils étaient insensés ! Mais alors Dieu les châtia encore.
— Sans doute. Il ne les abandonna pas mais les livra de nouveau à des oppresseurs étrangers. Cette fois ce fut Églon, roi de Moab, un de leurs voisins, qui s’unit aux Ammonites et aux Amalékites pour combattre contre Israël. Églon fut vainqueur car Israël n’avait aucune force.
— Ces Amalékites étaient le peuple qui avait attaqué Israël dans le désert, n’est-ce pas ?
— Oui, et l’Éternel avait dit qu’il y aurait toujours la guerre contre Amalek. Dans le désert, Amalek avait été vaincu ; plus tard, le roi de Moab qui avait voulu faire maudire Israël par Balaam avait été vaincu (Ex. 17, Nombres 31). Mais maintenant les Israélites sont sans force et ils deviennent la proie de leurs ennemis, selon ce que Moïse avait déclaré s’ils étaient désobéissants : « L’Éternel fera que tu seras battu devant tes ennemis » (Deut. 28:25). Il est dit d’Églon qu’il frappa Israël et prit possession de la ville des palmiers, c’est-à-dire de Jéricho.
— Mais n’avait-il pas été défendu de rebâtir cette ville ?
— Sans doute, mais Églon s’empara de la portion du pays où avait été située Jéricho et qui continuait d’en porter le nom, et il s’établit là.
— Cela aurait dû rappeler aux Israélites leur péché car c’est là que l’Éternel avait montré, d’une manière remarquable, sa puissance en leur faveur. Églon les opprima-t-il longtemps ?
— Dix-huit ans durant lesquels, eux, le peuple de l’Éternel qu’il avait délivré d’Égypte, furent en servitude.
— Quelle honte pour eux !
— Et quel opprobre pour le nom de l’Éternel, leur Dieu. Quand le peuple de Dieu ne marche pas fidèlement, le monde en jette le blâme sur Dieu même. Il n’y avait plus de différence entre les Israélites et les nations. Mais à la fin, les Israélites ouvrirent les yeux sur la cause de leur misère et crièrent à l’Éternel qui, dans sa miséricorde, leur suscita un libérateur.
— C’était sans doute un de ceux qui étaient restés fidèles.
— Je le pense, bien que rien ne nous soit dit de la vie antérieure de ce libérateur. Il s’appelait Éhud, de la tribu de Benjamin, sur le territoire de laquelle Jéricho était située. L’Éternel avait mis au cœur d’Éhud de délivrer son peuple. Mais Éhud avait un défaut corporel : il était gaucher.
— Pourquoi cela nous est-il dit ?
— La parole de Dieu nous rapporte ce fait pour nous montrer que l’apparence extérieure ou une infirmité n’arrête pas Dieu dans le choix d’un instrument. « Sa puissance s’accomplit dans l’infirmité », dit Paul qui avait une écharde dans sa chair, et dont la présence personnelle était faible et la parole méprisable (2 Cor. 12:9 ; 10:10 ; Gal. 4:13-14). Moïse aussi avait la parole pesante (Ex. 4:10). Quoi qu’il en soit, l’Éternel fournit bientôt à Éhud l’occasion d’exécuter ce qu’il lui avait mis au cœur. Et Éhud devait d’abord être seul à la brèche.
— Combattit-il seul contre les moabites ?
— Non, mais tu vas voir ce qu’il fit. Les enfants d’Israël le choisirent pour porter à Églon un présent, sans doute en signe d’hommage. Éhud sut ainsi que le moment était arrivé pour délivrer Israël de son ennemi. Il se fit faire une courte épée à deux tranchants qu’il cacha sous ses vêtements, sur son côté droit puisqu’il était gaucher.
— Pourquoi prit-il toutes ces précautions ?
— Parce que, venant d’un peuple vaincu, il ne pouvait se présenter devant le roi avec des armes. Ayant fait ce dont il avait été chargé par le peuple, il songea à accomplir l’œuvre que l’Éternel lui avait dit de faire. Pour cela, il s’en retourna d’abord avec ceux qui avaient apporté le présent, mais les quitta ensuite dans le voisinage de Guilgal et revint seul vers Églon.
— Que pouvait-il faire seul contre un roi entouré, sans doute, de ses gardes ?
— C’était le secret d’Éhud entre l’Éternel et lui. Ses compagnons ne le connaissaient pas, et s’il était revenu avec eux, cela aurait pu exciter les soupçons du roi.
— Tu m’as dit que c’est près de Guilgal qu’il laissa ses compagnons. Ne penses-tu pas que le souvenir de Guilgal devait l’encourager ?
— Oui, et sans doute aussi celui de Jéricho dont les murailles étaient tombées sous la seule puissance de l’Éternel. Éhud pouvait se dire : « Je suis seul, je vais contre un roi puissant, mais l’Éternel qui m’envoie et qui a renversé Jéricho, est le Tout-puissant, il est avec moi, je n’aurai donc pas de crainte ». C’est ce qu’exprimait plus tard le roi David qui lui aussi avait marché seul contre un redoutable ennemi (Ps. 27:1-3). Éhud revint donc vers Églon et lui dit : « J’ai pour toi une parole secrète, ô roi ! »
— Le roi ne pouvait donc s’étonner de le voir revenir seul.
— Tu as raison. C’était en effet une parole secrète qu’Éhud seul connaissait. Églon fit donc sortir tout le monde et resta seul avec le messager de l’Éternel. Éhud découvrit alors son secret : « J’ai », dit-il au roi, « une parole de Dieu pour toi ». Quelle parole terrible ! C’était celle du jugement et de la mort prononcée contre tout ennemi de Dieu et de son peuple. Éhud accomplit son message ; il transperça de son épée à deux tranchants l’oppresseur d’Israël, puis s’échappa et se sauva à Séhira, ville d’Éphraïm, dans la montagne.
— Cette épée aiguë à deux tranchants me fait penser à ce qui est dit dans l’Apocalypse, que de la bouche du Seigneur sort une épée à deux tranchants (19:14, 21). Qu’est-ce que cela veut dire ?
— C’est la parole de jugement que prononcera le Seigneur et qui détruira ses ennemis.
— Mais comment Éhud put-il échapper ? Les serviteurs du roi ne le poursuivirent-ils pas ?
— Ils ne s’aperçurent pas immédiatement de ce qui était arrivé car Éhud, en sortant, avait fermé soigneusement les portes. Les serviteurs pensèrent que leur maître se reposait. Éhud eut donc tout le temps de s’enfuir, et quand les Moabites virent que leur chef était mort, ils se trouvèrent sans doute dans la confusion et la perplexité.
— Mais l’armée des Moabites restait encore.
— Éhud ne perdit pas de temps pour en débarrasser le pays. Il rassembla les enfants d’Israël, probablement ceux d’Éphraïm et de Benjamin qui étaient les plus proches, et se mit à leur tête en leur disant : « Suivez-moi, car l’Éternel a livré en votre main vos ennemis, les Moabites ». Les Israélites s’emparèrent des gués du Jourdain par lesquels les Moabites auraient pu essayer de se sauver dans leur pays, et ne laissèrent passer personne. Quatre-vingts ans de repos furent le résultat de l’énergie d’Éhud, repos durant lequel les Israélites servirent l’Éternel qui les délivrait.
— Retournèrent-ils donc encore vers les idoles ?
— Oui, ce fut leur triste histoire durant des siècles. Le chapitre quatre commence par ces mots : « Et les fils d’Israël firent de nouveau ce qui est mauvais aux yeux de l’Éternel ; or Éhud était mort ». Ces derniers mots nous montrent bien que l’énergie du juge, homme de Dieu, ayant autorité sur eux, les maintenait dans le droit chemin. Cette triste histoire des Israélites qui retombent toujours est en même temps la merveilleuse histoire de la patience et de la fidélité de Dieu.
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— Après la mort du vaillant Éhud, les enfants d’Israël recommencèrent à faire ce qui déplaît à l’Éternel et se mirent encore à adorer de faux dieux. Leur penchant continuel était de se conformer aux mauvaises pratiques des nations païennes. Ils retombaient constamment dans le même piège. Mais comme ils étaient le peuple de Dieu, l’Éternel ne pouvait les laisser faire le mal sans les châtier. Cette fois il se servit des Philistins qui habitaient sur les bords de la mer Méditerranée, vers le sud-ouest du pays de Canaan.
— La Bible parle souvent d’eux, n’est-ce pas ? Le géant Goliath était Philistin.
— Oui. Les Philistins furent toujours les ennemis acharnés d’Israël. Le livre des Juges ne nous donne pas beaucoup de détails sur la servitude qu’ils firent subir cette fois aux enfants d’Israël. Nous voyons seulement qu’elle dût être rude. Les grands chemins étaient délaissés, les malheureux Israélites devaient se glisser par des chemins détournés pour éviter leurs ennemis, sans doute toujours prêts à les piller ; le pays était désolé et les chefs sans force (5:6-8). Il semble même que, comme ils le firent plus tard, les Philistins empêchaient les Israélites d’avoir des armes (1 Sam. 13:19-22).
— Comment donc purent-ils être délivrés, sans armes pour combattre ?
— Nous avons vu plus d’une fois que Dieu n’a pas besoin des forces, ressources et armes humaines pour délivrer (Ps. 20:7-8 ; 33:16-117). Il se glorifie toujours dans la faiblesse des siens (2 Cor. 12:9). Éhud, le gaucher, tua Églon ; David, le jeune berger, abattit le géant Goliath d’un coup de fronde. Ici, nous voyons le libérateur Shamgar défaire les Philistins avec un aiguillon dont on se sert pour diriger les bœufs. C’était une arme bien faible, n’est-ce pas, et qui aurait dû se rompre au bout de quelques coups. Mais l’arme ne se rompit pas, et le bras qui la maniait ne se fatigua pas. Dieu était avec Shamgar qui frappa six cents Philistins avec son instrument rustique et délivra Israël. Comme David, Shamgar allait au nom de l’Éternel des armées. C’était là sa force (1 Sam. 17:45, 47).
— C’est bien beau. On est bien heureux d’avoir la force de Dieu avec soi. Que craindrait-on ? Cela me rappelle le premier verset du Psaume 27 : « L’Éternel est ma lumière et mon salut : de qui aurai-je peur ? L’Éternel est la force de ma vie : de qui aurai-je frayeur ? » Mais ne sait-on rien de plus sur Shamgar ?
— Non. Il n’est question de lui qu’à la fin du chapitre 3 des Juges et dans un verset du chapitre 5. Mais n’est-ce pas une chose glorieuse d’avoir son nom écrit dans le livre de Dieu comme libérateur de son peuple ?
— Oui, bien plus glorieuse que si c’était dans les livres des hommes. Mais cela me fait penser que nos noms, à nous, sont écrits dans le livre de vie et dans les cieux. Le Seigneur Jésus disait à ses disciples que c’est ce dont ils devaient se réjouir (Phil. 4:3, Luc 10:20).
— Après cette délivrance dont nous ne connaissons pas la durée, nous retrouvons les Israélites de nouveau livrés entre les mains de leurs ennemis à cause de leurs péchés. Cette fois, c’est un ennemi du nord, un de ces Cananéens que le manque d’énergie du peuple avait laissés subsister dans le pays. C’était Jabin, roi de Hatsor.
— Josué avait pris et brûlé une ville Hatsor dont le roi se nommait Jabin, Josué 11. Était-ce la même ville ?
— Je le pense. Elle avait été sans doute reconstruite par les Cananéens, et le roi qui régnait était peut-être un descendant du Jabin que Josué défit et tua. En tout cas, ce roi était devenu fort puissant. Il avait neuf cents chariots de fer et, à la tête de son armée, un chef sans doute très célèbre et habile puisque son nom nous a été conservé. C’était Sisera qui habitait une ville forte nommée Harosheth des nations, située sur le territoire d’Issacar, assez loin au sud de Hatsor qui appartenait à la tribu de Nephtali. Sisera était là comme en garnison avec l’armée de Jabin, pour tenir en servitude les malheureux Israélites opprimés.
— Pourquoi nommait-on cette ville Harosheth des nations ?
— C’est peut-être parce qu’elle n’avait pas cessé d’appartenir aux nations païennes. En tout cas, nous voyons que Jabin étendait sa domination très loin, car la tribu de Nephtali avait son territoire au nord-ouest de la mer de Kinnéreth, appelée plus tard le lac de Tibériade, tandis que la tribu d’Issacar habitait au sud-ouest de ce lac. Entre ces deux tribus se trouvait encore celle de Zabulon. Les enfants d’Israël auraient dû chasser les Cananéens, n’en pas souffrir un seul dans le pays de l’Éternel. Au lieu de cela, leur courage défaillit ; ils préférèrent jouir du repos, et pendant ce temps, les Cananéens se fortifièrent et s’étendirent. Ensuite, les Israélites devinrent infidèles à leur Dieu, et ils furent livrés entre les mains de Jabin qui les opprima fortement pendant vingt ans.
— Comme c’est triste et humiliant !
— Sans doute. Mais cela nous apprend, à nous aussi, que si nous ne sommes pas vigilants et tolérons quelque mal en nous, si nous caressons quelque mauvais penchant, Satan en prendra avantage, nous poussera dans le mal, et il faudra alors que Dieu nous châtie (Jacques 4:1-10).
— Les Israélites devaient pourtant se souvenir qu’autrefois ils avaient été vainqueurs d’un autre Jabin.
— C’est vrai, mais tant qu’ils étaient infidèles, ils n’avaient aucune force et ne pouvaient se délivrer eux-mêmes. Dieu seul donne la puissance contre nos ennemis, mais pour jouir de son secours, il faut renoncer au mal. Il y avait sans doute parmi les Israélites, des hommes de foi qui priaient pour eux, et qui les exhortaient à se détourner du péché et à revenir à l’Éternel. Mais ce ne fut que lorsque, accablés sous leurs maux, ils se tournèrent vers leur Dieu et crièrent à Lui, qu’Il vint encore une fois à leur aide, car il est un Dieu miséricordieux, toujours prêt à pardonner (Ex. 34:6-7, Ézé. 18:31-32 ; 33:11).
— Comment furent-ils délivrés de Jabin ?
— En ce temps si triste où la force manquait aux chefs du peuple, Dieu intervint encore par un instrument bien faible, afin de montrer d’autant plus sa puissance et sa souveraineté. C’est à une femme qu’il confia le soin de relever le courage et l’énergie de son peuple. Elle se nommait Débora et était prophétesse, c’est-à-dire que Dieu parlait par sa bouche. Elle-même se disait une mère en Israël, pour avoir compassion et prendre soin de ce pauvre peuple. Débora habitait entre Béthel et Rama, à environ douze à seize kilomètres au nord de Jérusalem et, par conséquent, loin de la résidence de Jabin. Là elle jugeait Israël avec la sagesse et le discernement que l’Esprit de Dieu lui donnait : « Les fils d’Israël montaient vers elle pour être jugés » (Jug. 4:5).
— Y a-t-il eu d’autres femmes qui étaient des prophétesses ?
— L’Ancien Testament en nomme trois. D’abord Marie, la sœur d’Aaron. Dieu parlait par sa bouche, mais elle s’enorgueillit de cette grâce et l’Éternel la châtia (Ex. 15:20, Nom. 12). Ensuite au temps du roi Josias, vivait la prophétesse Hulda (2 Rois 22:14). Et enfin Néhémie parle d’une prophétesse nommée Noadia qui voulait détourner Néhémie du service qu’il accomplissait pour l’Éternel (Néh. 6:14).
— Celle-ci n’était pas une vraie prophétesse, n’est-ce pas ?
— Dans cette occasion, au moins, elle ne parlait pas selon Dieu.
— Y a-t-il encore des prophétesses ?
— Non, dans le sens des prophétesses de l’ancien Testament, il n’y en a assurément pas car l’apôtre Paul dit que la femme ne doit pas prendre autorité sur l’homme (1 Tim. 2:12). Or Débora, par exemple, avait cette autorité. Dans le Nouveau Testament, le nom de prophétesse n’est donné qu’à une femme de l’assemblée de Thyatire, nommée Jésabel, qui se disait prophétesse (Apoc. 2:20), qui prétendait l’être mais qui faisait égarer les serviteurs du Seigneur.
— Mais Philippe l’évangéliste avait quatre filles qui prophétisaient (Act. 21:9).
— C’est très vrai, mais elles ne sont pas appelées des prophétesses. Elles avaient le don de prophétie, c’est-à-dire qu’elles recevaient de Dieu des révélations qu’elles communiquaient afin d’enseigner, d’exhorter et d’édifier les saints (1 Cor. 14:3, 25, 29-31). Mais elles n’étaient pas, comme Débora et Hulda, revêtues d’une charge qu’elles auraient exercée constamment et publiquement. C’est pourquoi elles ne sont pas nommées des prophétesses.
— Et ce don de prophétie, l’a-t-on encore maintenant ?
— Pas dans le sens de recevoir des révélations de la part de Dieu pour les communiquer à l’église, car maintenant la parole de Dieu, c’est-à-dire l’ensemble de ce que Dieu voulait révéler, a été complétée (Col. 1:25-26). Au commencement l’église n’avait pas tous les livres du Nouveau Testament. Le Seigneur les donna peu à peu. Pour instruire les saints des pensées de Dieu, il y avait donc des prophètes, ou bien des saints qui prophétisaient ; maintenant, ce n’est plus nécessaire. Nous avons toute la Parole de Dieu. Mais le Seigneur donne des serviteurs capables de l’expliquer aux intelligences et de l’appliquer au cœur et à la conscience des auditeurs, afin qu’ils soient instruits et édifiés. L’apôtre Paul donne à Timothée des directions à cet égard. Il lui dit de s’attacher à la lecture, d’avoir un modèle des saines paroles qu’il a entendues de lui, d’exposer justement la parole de la vérité, de demeurer dans les choses qu’il a apprises (1 Tim. 4:3, 2 Tim. 1:13 ; 2:15 ; 3:14-17).
— Où les filles de Philippe prophétisaient-elles ? Est-ce qu’elles prêchaient dans les réunions ?
— D’abord, prophétiser n’est pas prêcher. L’un est faire part d’une révélation donnée de Dieu, l’autre est exposer en public les vérités de la parole de Dieu. Ensuite nous pouvons être sûrs que les filles de Philippe ne prophétisaient pas en public dans l’assemblée, car l’apôtre Paul dit que les femmes doivent se taire dans l’assemblée. Autre part il dit aussi qu’il ne permet pas à la femme d’enseigner et de prendre de l’autorité sur l’homme (1 Cor. 14:34-35 ; 1 Tim. 2:11-12). Les femmes donc qui voudraient s’autoriser de l’exemple de Débora ou de Hulda, ou de ce qui est dit des filles de Philippe, pour prêcher, diriger les âmes, ou agir en public d’une manière quelconque, se trompent et ne suivent pas la parole de Dieu. La place de la femme est dans la soumission, la modestie et le silence, accomplissant sa belle tâche pour le Seigneur, dans le cercle intime de la famille et le soulagement des pauvres.
— C’est une bonne et heureuse place, comme celle de Marie aux pieds du Seigneur.
— Oui. Mais tout cela nous a conduits loin de Débora.
— Les enfants d’Israël opprimés par Jabin, roi de Hatsor crièrent à L’Éternel pour qu’il vînt à leur secours. Et il leur répondit par la bouche de Débora, la prophétesse qui jugeait Israël. Elle fit appeler Barak.
— Qui était-il ?
— La parole de Dieu ne nous dit, sur sa famille et sa vie, rien de plus que ce qui se trouve ici dans le livre des Juges. Il était fils d’Abinoam, de la ville de Kédesh dans la tribu de Nephtali. Kédesh était un peu au nord de Hatsor. Il demeurait donc tout près du cruel tyran qui opprimait les enfants d’Israël, et sentait ainsi plus durement le poids de la servitude. Nul doute aussi qu’il ne fut un Israélite pieux, car il est mentionné parmi les héros de la foi dans Hébreux 11 verset 32. Il attendait certainement que Dieu intervînt en faveur de son peuple, mais ne pensait pas que ce fût lui qui dût marcher à la tête d’Israël pour le délivrer de ses ennemis.
— Qu’est-ce que Débora lui dit de faire pour cela ? Il ne devait pas y aller seul comme le brave Éhud.
— Non. Débora lui commanda, au nom de l’Éternel, de lever dix mille hommes de Nephtali et de Zabulon, et de se rendre avec cette armée au mont Tabor qui était sur le territoire de cette dernière tribu. « Et j’attirerai vers toi », lui dit l’Éternel par la voix de Débora, « vers le torrent de Kison, Sisera, chef de l’armée de Jabin, et ses chars, et sa multitude, et je le livrerai en ta main » (Jug. 4:7).
— C’était bien positif. Barak s’empressa d’obéir à ce que l’Éternel lui disait, n’est-ce pas ? Bien que son armée fût petite devant la multitude des ennemis, il pouvait marcher sans crainte puisque Dieu lui avait assuré qu’il livrerait Sisera en sa main.
— Barak ne semble pas avoir eu de crainte en mesurant les forces de ses ennemis et la faiblesse de sa propre armée. Ce n’était pas ce qui le préoccupait, mais il voulait avoir avec lui un appui bien visible, l’instrument dont Dieu se servait pour lui parler. Il dit à Débora : « Si tu vas avec moi, j’irai ; mais si tu ne vas pas avec moi, je n’irai pas » (Jug. 4:8). C’était un défaut dans sa foi. La parole de Dieu ne lui suffisait pas pleinement, il ne savait pas s’appuyer directement sur l’Éternel. Cela me rappelle que l’apôtre met en garde les Philippiens contre ce danger de rechercher l’appui d’un homme, quelque excellent et approuvé de Dieu qu’il soit. Il dit : « Vous avez toujours obéi, non seulement comme en ma présence, mais beaucoup plus maintenant en mon absence » (Phil. 2:12). Nous devons certainement écouter ceux qui nous parlent de la part de Dieu, mais pour obéir, il nous faut rechercher notre force et notre motif en Dieu seul.
— Débora alla-t-elle avec Barak ?
— Oui, mais ce ne fut pas à son honneur, comme elle le lui dit. Elle lui annonça que Sisera ne tomberait pas sous ses coups mais sous la main d’une femme. Au lieu d’honorer l’Éternel en s’appuyant par la foi sur Lui seul, il voulait l’appui d’une femme ; eh bien, une femme, et non pas lui, serait l’instrument dont Dieu se servirait pour délivrer Israël du chef des ennemis.
— C’est très parlant. Cela montre à quel degré de faiblesse les hommes d’Israël étaient arrivés.
— Tu as raison, mais cela n’arrête pas le dessein de Dieu. L’homme faillit et manque, Dieu reste le même et se glorifie dans la faiblesse même des instruments qu’il emploie.
— Sisera ne s’était-il pas aperçu que Barak rassemblait une armée ?
— Sans doute, mais Barak avait eu le temps de le faire parce que Harosheth était assez loin de Kédesh. Cependant, dès que Sisera eut appris que Barak s’était établi sur le mont Tabor, il rassembla ses neuf cents chars de fer et son immense armée, et s’avança contre Barak.
— Les autres tribus d’Israël n’étaient-elles pas venues au secours des tribus de Nephtali et de Zabulon ?
— Quelques unes s’étaient mises en mouvement dans ce but : Éphraïm, Manassé, Benjamin, Issacar sont nommées au chapitre 5. Mais ce fut aux dix mille hommes de Nephtali et de Zabulon que revint le principal honneur. Ils étaient les plus rapprochés de l’ennemi. Il leur avait été dangereux de se réunir dans le pays qu’habitait l’oppresseur, aussi est-il dit d’eux : « Zabulon est un peuple qui a exposé son âme à la mort, Nephtali aussi, sur les hauteurs des champs ». Ce fut Débora qui, après la victoire exalta ainsi leur courage dans son chant de triomphe (5:14, 15, 18). Mais d’autres tribus, Ruben, Aser, Dan, restèrent impassibles devant le danger auquel s’exposaient leurs frères.
— C’était bien égoïste.
— Sans doute, aussi Débora flétrit-elle leur conduite (5:16-17). Il y eut même une ville nommée Méroz, de la tribu de Zabulon, dont les habitants se tinrent à l’écart du combat par prudence ou bien par lâcheté, et Débora les maudit. Dans les combats pour l’Éternel, personne ne pouvait rester neutre. Et il en est de même pour Christ (5:23 ; Luc 11:23).
— Comment s’accomplit ce que Débora avait dit à Barak, que Sisera serait tué par une femme ?
— Nous allons le voir. Débora dit à Barak : « Lève-toi, car c’est ici le jour où l’Éternel livrera Sisera en ta main. L’Éternel n’est-il pas sorti devant toi ? » Et à cet ordre, la petite armée israélite, sur les pas de son chef, fondit sur l’armée de Sisera.
— Que veulent dire ces paroles : « L’Éternel n’est-il pas sorti devant toi ? » Était-ce simplement pour assurer Barak que Dieu était avec lui ?
— L’Éternel venait de donner un signe manifeste de sa présence en faisant lever un violent orage qui jeta la confusion dans l’armée cananéenne.
— Qu’est-ce qui te fait penser cela ?
— Plusieurs passages du chapitre 5 où Débora, dans son cantique, décrit ce que l’Éternel fit et ce qui arriva à l’armée ennemie. Ces passages sont exprimés dans un style magnifiquement poétique : « Éternel ! Quand tu sortis de Séhir, quand tu t’avanças des champs d’Édom, la terre trembla, et les cieux distillèrent, et les nuées distillèrent des eaux ». On voit un orage qui monte, la voix de l’Éternel, le tonnerre, qui fait trembler la terre, et les torrents d’eau qui descendent des cieux. Il y a plus ; au verset 20 nous lisons : « On a combattu des cieux ; du chemin qu’elles parcourent, les étoiles ont combattu contre Sisera ». Ne semble-t-il pas que ce soit comme dans une autre occasion où, en Josué 10:10-11, une grêle violente frappa l’armée ennemie ? Et enfin : « Le torrent de Kison les a emportés » (Jug. 5:21). Dans son cours naturel, ce torrent peut être passé à gué, mais par une pluie abondante, il grossit ; et dans cette occasion, il avait sans doute enflé d’une manière extraordinaire. L’Éternel était donc sorti devant Barak et sa petite armée, et avait mis en déroute Sisera, et tous ses chars, et toute l’armée. Les Israélites se précipitèrent sur les fuyards et les passèrent tous au fil de l’épée. Ils cherchaient bien à regagner Harosheth, leur forteresse ; mais il fallait passer par des plaines marécageuses et inondées par la pluie, ou par des défilés étroits où coule le Kison, de sorte qu’aucun n’échappa, malgré leurs chars et leurs chevaux.
— Et Sisera, que lui arriva-t-il ?
— L’orgueilleux chef des Cananéens dut descendre de son char qui s’embourbait sans doute dans les champs détrempés, et s’enfuit à pied. Il arriva ainsi près de la tente de Jaël, femme de Héber le Kénien.
— Les Kéniens étaient les descendants de Hobab, le beau-frère de Moïse, n’est-ce pas ? Ils avaient accompagné les enfants d’Israël dans le désert et étaient entrés avec eux en Canaan. Mais je croyais qu’ils s’étaient établis près de la tribu de Juda.
— C’est vrai. Mais l’un d’eux, nommé Héber, s’était séparé de ses frères et était venu dresser sa tente près de Kédesh, car les Kéniens n’habitaient point les villes (Comparez 1 Chron. 2:55, Jér. 35:6-10). Il y avait paix entre Jabin, roi de Hatsor, et la famille de Héber. C’est pourquoi Sisera vint chercher asile dans la tente de Jaël, femme de Héber. Jaël connaissait sans doute le chef des armées de Jabin, car elle vint à sa rencontre et l’invita à entrer dans sa tente. Sisera, fatigué et assoiffé, lui demanda à boire ; elle lui donna du lait, puis il s’étendit dans la tente pour se reposer, et elle plaça sur lui une couverture.
— Alors, Jaël était pour les ennemis du peuple d’Israël ? Je croyais que les Kéniens étaient des amis puisque Dieu leur avait fait du bien.
— Tu vas voir quels étaient les sentiments des Kéniens. Sisera recommanda à Jaël de se tenir à l’entrée de la tente pendant qu’il se reposerait et lui dit : « S’il arrive qu’on vienne et qu’on t’interroge et dise : Y a-t-il quelqu’un ici ? Tu diras : Non ». Puis il s’endormit profondément. Alors Jaël prit un de ces grands piquets qui servaient à fixer les cordages des tentes, puis le marteau ou maillet avec lequel on plantait les piquets en terre, et s’avançant doucement vers Sisera endormi, elle lui enfonça le piquet dans la tempe, de sorte qu’il pénétrait dans la terre. Ainsi mourut Sisera.
— C’est terrible à entendre ! Comment a-t-elle eu le courage de faire cela ? On voit bien l’accomplissement de la parole de Débora à Barak que ce serait à une femme que l’Éternel livrerait Sisera. Mais n’était-ce pas mal de la part de Jaël d’avoir invité Sisera à entrer chez elle pour le tuer ensuite ?
— Tu vois par cette action que Jaël et sans doute les autres Kéniens avec elle étaient pour les enfants d’Israël. Tout en étant à l’abri de la main tyrannique de Jabin, ils souffraient sans doute de voir les Israélites opprimés par lui. Maintenant Jaël voit que l’Éternel se déclare ouvertement pour son peuple repentant et l’Éternel livre en sa main le plus redoutable de ses ennemis, et elle agit en harmonie avec la pensée de l’Éternel qu’elle servait et qui, sans doute, lui avait mis au cœur de concourir à la délivrance de son peuple. C’est ainsi que Rahab autrefois avait reçu les espions, et sa foi est louée dans la parole de Dieu. Et nous voyons que Débora, la prophétesse inspirée de Dieu, loue et exalte Jaël. Elle venait de maudire Méroz dont les habitants n’étaient pas venus au secours de l’Éternel en combattant avec son peuple, et maintenant elle s’écrie : « Bénie soit, au-dessus des femmes, Jaël, femme de Héber, le Kénien ! Qu’elle soit bénie au-dessus des femmes qui se tiennent dans les tentes ! » Ainsi l’Éternel lui-même par la bouche de Débora met son sceau à l’acte de Jaël, si terrible qu’il nous semble. Elle avait exécuté le jugement de Dieu.
— Je trouve que nous sommes bien heureux de ne pas vivre dans des temps semblables.
— La grâce règne maintenant, et non le jugement (Rom. 5:21). Ce n’est pas contre les hommes que nous avons à combattre, mais contre les puissances spirituelles de méchanceté (Éph. 6). Que Dieu nous donne d’être fidèles dans ces combats, comme les vrais Israélites l’étaient dans les combats qu’ils devaient livrer aux peuples cananéens.
— Nous est-il dit quelque chose de plus sur Barak et Débora ?
— Oui. Barak poursuivait Sisera, mais arrivé près de le tente de Jaël, celle-ci vint à sa rencontre et lui dit : « Viens, et je te montrerai l’homme que tu cherches ». Et il entra et vit Sisera mort. Par son manque de foi, Barak avait été privé de l’honneur d’abattre l’ennemi de l’Éternel. Une femme l’avait fait. Arès cette victoire Débora chanta un hymne magnifique à l’Éternel, le Dieu d’Israël, et Barak se joignit à elle. Ce cantique se termine ainsi : « Qu’ainsi périssent tous tes ennemis, ô Éternel ! Mais que ceux qui t’aiment soient comme le soleil quand il sort dans sa force ! » Ce n’était pas contre les ennemis de Barak ou de Débora, ni même d’Israël, qu’on avait combattu, mais contre les ennemis de l’Éternel. Quand Israël était fidèle, ceux qui l’attaquaient étaient les ennemis de l’Éternel.
— Jabin fut-il aussi détruit ?
— Sa puissance avait été brisée, et les Israélites le combattant toujours finirent par l’exterminer complètement. Alors le pays fut en repos durant quarante ans.
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— Après la délivrance accordée à Israël par le moyen de Débora et de Barak, le pays fut en repos durant quarante ans. Mais quand ils ne furent plus là, les fils d’Israël recommencèrent à faire ce qui déplaît à l’Éternel.
— Quelle folie ! Ne se souvenaient-ils donc pas que, toutes les fois qu’ils avaient abandonné Dieu, ils avaient été malheureux ?
— C’est la folie du cœur naturel. Il est, dit Jérémie, trompeur et incurable (Jér. 17:9). Toute l’histoire d’Israël est là pour nous l’apprendre. Nous portons ce même cœur en nous, et c’est pourquoi le Seigneur dit : « Il vous faut être nés de nouveau » (Jean 3:7). Sans cela, d’une manière ou d’une autre, notre mauvaise nature a toujours le dessus.
— Mais n’y eut-il donc aucun des Israélites qui fut « né de nouveau » ?
— Tous les saints hommes de Dieu ont eu et auront la vie divine, sans cela on ne peut « entrer dans le royaume de Dieu » (Jean3:3, 5). Mais comme peuple, Israël placé sous l’obligation d’obéir à la loi, s’est montré constamment rebelle car « la chair », notre mauvaise nature, « est inimitié contre Dieu, car elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, car aussi elle ne le peut pas » (Rom. 8:7). Le temps viendra où le peuple d’Israël sera, par grâce, ramené à Dieu. Alors l’Éternel mettra sa crainte dans leurs cœurs pour qu’ils ne se retirent pas de Lui. C’est quand une nouvelle alliance basée, non sur l’obéissance, mais sur le sang de Christ aura été établie par l’Éternel avec les maisons d’Israël et de Juda, et que l’Éternel mettra sa loi au-dedans d’eux et l’écrira sur leurs cœurs (Jér. 32:39-40 ; 31:31-34).
— Sommes-nous sous cette nouvelle alliance ?
— Non. Nous avons part, pour notre rédemption, au sang précieux de la nouvelle alliance (Matt. 26:28 ; Éph. 1:7), car le sang de Christ est le seul fondement de toute bénédiction pour tout homme, mais les chrétiens ont bien plus qu’une alliance. Ils sont bénis en Christ de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes, et sont ainsi un peuple céleste. Ils sont enfants de Dieu, membres du corps de Christ et appartiennent à l’assemblée, l’épouse de Christ (Éph. 1:3 ; 1 Jean 3:1-3 ; Éph. 5:30, 25). Tout cela est bien au-dessus de l’alliance de Dieu avec son peuple terrestre, mais nous ne possédons ces bénédictions qu’en vertu du sang de Christ.
— C’est vrai, ce sont de grandes grâces que Dieu nous a accordées. Nous ne méritions rien, pas plus qu’Israël. Mais je pense que ce qui déplaisait à l’Éternel, c’est que les enfants d’Israël avaient recommencé à adorer des idoles, n’est-ce pas ?
— Sans doute, car l’Éternel était leur Dieu, et il leur avait expressément défendu l’idolâtrie en leur disant qu’il est un Dieu jaloux qui ne peut donner sa gloire à un autre. Il a droit à l’hommage de toutes ses créatures, et combien plus à celui du peuple qu’il avait choisi, délivré et béni (Ex. 20:4-5 ; És. 42:8). Adorer des idoles, c’était le mépriser, jeter le déshonneur sur son nom.
— Ils étaient bien coupables, en effet, d’abandonner Dieu après tout ce qu’il leur avait dit et tout ce qu’il avait fait.
— C’est pourquoi, selon son juste gouvernement, l’Éternel ne pouvait pas laisser ce mal impuni. Il ne les rejette pas, mais il les châtie pour les ramener à Lui.
— Dieu les assujettit-il de nouveau à un roi Cananéen comme Jabin ?
— Non. La verge dont l’Éternel se servit pour châtier son peuple fut un ennemi de dehors qui habitait de l’autre côté du Jourdain. C’étaient les Madianites qui, autrefois, s’étaient unis aux Moabites avant que les Israélites ne passent le Jourdain, et qui avaient été vaincus (Nom. 31).
— C’est quand Balak, roi de Moab, fit venir Balaam pour maudire les enfants d’Israël, et qu’au contraire il fut obligé de les bénir.
— C’est cela. Cette fois les Madianites ne s’étaient pas alliés aux Moabites mais à d’autres ennemis d’Israël, les Amalékites, ceux qui avaient attaqué les Israélites au désert peu après leur sortie d’Égypte. Josué les avait vaincus à cette époque, et l’Éternel avait déclaré qu’il y aurait toujours guerre contre Amalek.
— Et lors de ce combat, Moïse était sur la colline, et quand il élevait les mains, Israël était vainqueur (Exode 17:8-16).
— Oui. Avec Madian et Amalek, il y avait encore des peuplades appelées « fils de l’Orient », sans doute des tribus nomades d’Arabie.
— Tous ces peuples étaient-ils venus s’établir en Canaan pour dominer sur les enfants d’Israël ?
— Non, mais leurs hordes passaient le Jourdain au temps de la moisson, se répandaient partout, ravissant et emportant tout. Les malheureux Israélites, pour échapper à ces rapaces ennemis et sauver quelque chose de leurs mains, étaient obligés de se creuser des antres et des cavernes dans les montagnes, et de se réfugier dans les lieux forts, c’est-à-dire des rochers d’accès difficile.
— Ces ennemis d’Israël étaient donc bien nombreux.
— « Nombreux comme des sauterelles », dit l’Écriture, pour nous faire comprendre en même temps leurs terribles ravages. Quand les sauterelles, ce fléau redoutable de l’Orient, s’abattent par millions sur une contrée, elles ne laissent rien. L’herbe, les grains, les feuilles et même l’écorce des arbres, tout est dévoré (Lisez Joël 1:4-12 ; 2:1-11 ; le prophète annonce l’invasion d’un peuple du nord dans la terre d’Israël, sous la figure d’une invasion de sauterelles). De même, ces tribus venaient dans le pays d’Israël avec leurs chameaux « sans nombre ». Elles remplissaient le pays, plantant leurs tentes, établissant leurs troupeaux dans les pâturages, ravissant les vivres, les grains, les troupeaux, les ânes des Israélites, et en se retirant, elles ne laissaient derrière elles qu’un pays ravagé et appauvri. Et quelle force aurait pu avoir les Israélites, même si leurs ennemis avaient été moins nombreux ? L’Éternel leur avait déclaré d’avance : « Si tu n’écoutes pas la voix de l’Éternel, ton Dieu, … Ton bœuf sera tué devant tes yeux, et tu n’en mangeras pas ; ton âne sera enlevé devant toi, et ne reviendra pas à toi ; ton menu bétail sera livré à tes ennemis, et tu n’auras personne qui sauve … Tu n’auras aucune force en ta main. Un peuple que tu ne connaissais pas, mangera le fruit de ta terre et tout ton labeur » (Deut. 28:15, 31-33). Ils goûtaient les fruits amers de leur désobéissance.
— Combien leur condition devait, en effet, être triste ! Cela dura-t-il longtemps ?
— Sept années de suite la main de Madian s’appesantit sur Israël. Pense un peu quelle angoisse devait remplir leur âme en voyant revenir chaque année ces insatiables ennemis. Ils avaient labouré, semé, travaillé, et tout cela en vain. Peut-être crurent-ils, la première année, que c’était un fait isolé, une incursion accidentelle. Les Madianites n’étaient pas restés dans le pays. Les Israélites se dirent peut-être : Les voilà partis, nous en sommes délivrés. Mais la seconde année arrive, les moissons sont mûres, et tout à coup le bruit se répand : les Madianites ont passé le Jourdain, les voilà de nouveau. Tout est perdu. Cependant, ils s’en vont et l’on respire. On espère qu’ils ne reviendront pas. Et le troisième printemps arrive et les ramène. Ah ! Pour cette fois, le découragement s’empare du cœur des Israélites.
— Dieu continuait à les frapper pour qu’ils se demandent d’où venait leur malheur et afin de les ramener vers Lui.
— Tu as raison. Sept années de misère croissante se passèrent ainsi, et enfin ils se souvinrent de l’Éternel, leur Dieu, et ils crièrent à Lui pour qu’il les délivrât.
— Et Dieu les exauça, n’est-ce pas ?
— Oui, Dieu est toujours prêt à écouter celui qui l’invoque. Il a dit : « Invoque-moi au jour de la détresse : je te délivrerai, et tu me glorifieras » (Ps. 50:15). Mais il ne suffisait pas que les Israélites crient à l’Éternel parce qu’ils souffrent. Dieu veut que le pécheur malheureux à cause de ses péchés remonte à la source de sa misère (Jac. 4:9, 10). Il veut que la conscience soit exercée. La première chose par laquelle l’Éternel montra qu’il avait entendu les Israélites, ce ne fut pas en les délivrant, mais en plaçant devant eux leur péché.
— Comment Dieu leur fit-il connaître la cause de leur péché ? Leur conscience ne le leur disait-elle pas ?
— Elle aurait dû leur parler, mais Dieu se sert souvent de sa parole, ou directement apportée à l’âme, ou appliquée par un de ses serviteurs, pour montrer à un pécheur son état. Cette fois l’Éternel envoya un prophète aux Israélites, non pour leur susciter un libérateur comme Débora lorsqu’elle fit appeler Barak, mais pour les reprendre. Lis les versets 8 à 10 du chapitre 6.
— « L’Éternel envoya aux fils d’Israël un prophète qui leur dit : Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Je vous ai fait monter d’Égypte, et je vous ai fait sortir de la maison de servitude, et je vous ai délivrés de la main des Égyptiens et de la main de tous vos oppresseurs ; et je les ai chassés de devant vous, et je vous ai donné leur pays. Et je vous ai dit : Moi, je suis l’Éternel, votre Dieu ; vous ne craindrez point les dieux de l’Amoréen, dans le pays duquel vous habitez. Et vous n’avez pas écouté ma voix ».
— L’Éternel leur rappelle donc toute sa bonté envers eux et leur ingratitude. Il leur fait ainsi toucher du doigt la cause de leur misère : « Vous n’avez pas écouté ma voix ». Ne pas écouter Dieu, le Dieu qui nous aime, c’est choisir le malheur ; au contraire, écouter la voix de Dieu et la suivre, c’est le secret du bonheur. Pour le moment, l’Éternel laisse les Israélites avec le sentiment amer de leur péché et dans l’attente d’une nouvelle invasion, car c’était le temps de la moisson.
— Mais il ne les laissa pas ; il leur envoya un libérateur, n’est-ce pas ?
— Oui, quand Dieu a commencé une œuvre dans le cœur du pécheur et lui a donné la conviction de son état de péché, il ne le laisse pas, il achève son œuvre et lui fait voir la délivrance.
Dieu leur avait préparé un libérateur ; car, tandis qu’il ne nous est rien dit sur l’appel d’Éhud, et très peu sur celui de Barak, la parole de Dieu s’étend au contraire sur l’appel, les sentiments et les exercices de cœur de Gédéon.
— C’était donc le nom de celui qui allait être juge d’Israël.
— Oui, et ce nom lui convenait bien car il signifie « destructeur ». Gédéon était de la tribu de Manassé et son père se nommait Joas l’Abiézérite parce qu’Il descendait d’Abiézer, l’un des fils ou petit-fils de Manassé (Josué 17:2). Il demeurait dans un endroit nommé Ophra, qu’il faut distinguer de la ville du même nom dans la tribu de Benjamin (1 Sam. 13: 17). Joas semble avoir occupé un certain rang parmi ses concitoyens mais, comme eux, il était adonné à l’idolâtrie. L’autel de Baal était chez lui ; c’était là que les gens de la ville venaient adorer la fausse divinité.
— Qu’est-ce que c’était que Baal ? Il en est souvent question dans la Bible.
— Baal veut dire seigneur ou maître (Osée 2:16). C’était le nom que les peuples de l’Orient donnaient à leur faux dieux. Chez les Phéniciens et peut-être les autres Cananéens, c’était le soleil que l’on adorait sous ce nom. Ashtoreth, ou Astarté, était le nom des divinités féminines ; sous ce nom, les Phéniciens adoraient la lune. Le culte de ces divinités était accompagné d’abominations de toutes sortes, souvent avec des sacrifices humains, par exemple d’enfants qu’on brûlait (Ps. 106:37, 38).
— Est-ce que ce fut un prophète qui vint lui parler de la part de Dieu ?
— Non, c’était quelqu’un de plus grand qu’un prophète. « Et un ange de l’Éternel vint, et s’assit sous le térébinthe qui est à Ophra, lequel était à Joas, l’Abiézerite » (Juges 6:11).
— Mais qui était cet Ange de l’Éternel ? Tous les bons anges sont des anges de Dieu, n’est-ce pas ?
— Sans doute, mais Celui qui est nommé Ange de l’Éternel est à part des autres. Il est le représentant de l’Éternel lui-même et est appelé l’Éternel comme on le voit dans différents cas où il apparaît et dans l’histoire même de Gédéon (Gen. 16:7-14 ; 18:1, 17, 20, 22, 33 ; 22:11 ; Ex. 3 ; Juges 6:12, 14, 16). L’Éternel apparaissait sous une forme d’homme (Gen. 18:1-2 ; 32:24, 29-30 ; Juges 13:3, 6, 10-11, 16, 18, 21-22) ; c’était là l’Ange de Dieu, l’Ange de l’Éternel, Dieu lui-même se manifestant à quelqu’un de ses serviteurs, ou en faveur de son peuple, ou même pour châtier Israël (Nom. 22:22, 28, 31, 35 ; 1Chron. 21:15-18). C’était donc l’Éternel, le Dieu d’Israël lui-même qui était assis sous le térébinthe.
— Gédéon était-il là ?
— Gédéon ne le vit pas d’abord. Il était occupé à battre du froment dans le pressoir.
— Était-ce la coutume de battre le blé dans les pressoirs ? N’est-ce pas là qu’on fait le vin ?
— Tu as raison. Mais Gédéon et, sans doute, d’autres Israélites étaient obligés de se cacher pour battre leur blé afin de le dérober aux recherches des Madianites. Le battage du blé se faisait au moyen de bœufs traînant sur les épis, soit une espèce de plateau, soit des rouleaux, avec des dents qui hachaient la paille (Voir Ésaïe 41: 15:16). On choisissait pour les aires des endroits ouverts et élevés, de sorte que le vent pût emporter la balle (Ps. 1:4 ; 35: 5 ; Osée13:3 — La balle est le symbole des méchants emportés par le jugement de Dieu). Mais il aurait été dangereux pour les Israélites de battre ainsi leur froment tandis que les Madianites occupaient le pays. Les pressoirs, au contraire, se trouvaient au pied des vignobles situés sur le flanc des collines et étaient ainsi moins visibles. Gédéon était rempli d’humiliation et de douleur en pensant à la triste condition de son peuple. Mais quand le cœur est occupé de ce qui entre dans les pensées de Dieu, quand on est humilié devant Lui, alors Il s’approche de nous (Jacques 4:10). L’Ange de l’Éternel, qui s’était d’abord assis sous le térébinthe, entra dans le pressoir et apparut à Gédéon.
— Combien il dut être surpris !
— Oui, et plus encore par la salutation que lui adressa l’Ange de l’Éternel : « L’Éternel est avec toi, fort et vaillant homme », lui dit-il. Et c’était bien vrai ; l’Éternel était là, devant lui et avec lui parce que son cœur était occupé de ce qui occupait aussi le cœur de Dieu. Ce qui occupait Gédéon, c’était la condition du peuple de Dieu, et c’était aussi ce à quoi l’Éternel pensait. Gédéon était en communion avec Dieu. Dieu était avec lui (Voyez à l’égard de cette communion Jean 14:23 pour ce qui nous concerne).
— Gédéon savait-il qui était Celui qui lui parlait ?
— Non. Peut-être croyait-il que c’était un prophète. Ce n’est que plus tard qu’il reconnaît que c’était l’Éternel lui-même qui lui apparaissait sous la figure d’un homme. Mais il est tout surpris de cette salutation. Comment pouvait-on dire à un homme qui se cachait pour battre son blé : « fort et vaillant homme » ? Tout ne montrait-il pas sa faiblesse ?
—Oui, mais il était fort parce que l’Éternel était avec lui.
— Tu as raison, c’est le seul moyen d’être fort contre l’ennemi. L’apôtre Paul le savait bien. Le Seigneur lui avait dit les mêmes paroles : « Je suis avec toi » (Actes 18:9, 10 ; Phil. 4:13 ; 2 Cor. 12:10). Mais Gédéon avait le cœur tout rempli de l’état misérable du peuple d’Israël, il ne pense pas à lui-même et ne se plaint pas pour lui-même ; il pense aux autres et dit : « Si l’Éternel est avec nous, pourquoi donc toutes ces choses nous sont-elles arrivées ? Et où sont toutes ces merveilles que nos pères nous ont racontées, en disant : L’Éternel ne nous a-t-il pas fait monter hors d’Égypte ? Et maintenant l’Éternel nous a abandonnés, et nous a livrés en la main de Madian ».
— Gédéon semble tout à fait abattu et découragé.
— Oui, en comparant les merveilles que Dieu avait opérées autrefois en faveur de son peuple, et en le voyant maintenant abandonné et livré par l’Éternel entre les mains d’ennemis impitoyables, le cœur de Gédéon est accablé de tristesse. Il ne savait pas où trouver le secours et la délivrance puisque, dit-il, « L’Éternel nous a abandonnés ». Il ignorait que l’Éternel avait entendu le cri de son peuple. Dieu lui montre alors qu’il n’a pas abandonné Israël pour toujours et quel est le libérateur qu’il a choisi. Lis le verset 14.
— « Et l’Éternel le regarda, et [lui] dit : Va avec cette force que tu as, et tu sauveras Israël de la main de Madian. Ne t’ai-je pas envoyé ? » Quel beau verset ! Comme cette parole a dû encourager Gédéon. Il voyait que c’était bien l’Éternel qui lui parlait, n’est-ce pas ?
— Oui. Ce regard a dû pénétrer jusqu’au fond de l’âme du pauvre Israélite et y répandre la consolation. « Ses yeux [sont] comme une flamme de feu » (Apoc. 2:18). La force de Gédéon n’était pas la sienne mais celle que Dieu lui donnait, et l’Éternel lui-même l’envoyait pour délivrer Israël. Tout cela était bien propre à donner de l’assurance à son cœur ! Il voyait bien maintenant que l’Éternel pensait à son peuple repentant.
— Gédéon s’occupa-t-il tout de suite de ce qu’il fallait faire pour délivrer Israël ?
— Non, l’Éternel ne le lui avait pas dit. Gédéon avait encore à apprendre plusieurs choses auprès de l’Éternel. Et à côté de son tendre intérêt pour son peuple et de sa foi en l’Éternel, un autre trait touchant de son caractère nous est manifesté. C’est son humilité. Il exprime devant Dieu, le sentiment qu’il a de sa petitesse et de son indignité. Lis le verset 15.
— « Et il lui dit : Ah ! Seigneur, avec quoi sauverai-je Israël ? Voici, mon millier est le plus pauvre en Manassé, et moi je suis le plus petit dans la maison de mon père ». Je suis frappée de voir que Dieu se sert toujours d’instruments si faibles.
— C’est bien vrai. Dieu choisit ce qu’il y a de faible dans le monde pour accomplir ses desseins et renverser les choses fortes, afin que toute la gloire lui en revienne (1 Cor. 1:27-29, 31). Gédéon était peut-être le plus jeune fils de Joas, peut-être était-il méprisé à cause de sa foi et le chargeait-on de travaux pénibles comme ce fut le cas plus tard pour David (1 Sam. 16:7, 11-13 ; 17:28). Quoi qu’il en soit, Gédéon ne s’enorgueillit pas du choix que Dieu fait de lui comme libérateur d’Israël, au contraire il reconnaît toute sa petitesse. Or, « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles » (Jac. 4:6). L’Éternel, dans sa bonté, prend soin d’encourager celui qu’il a choisi pour délivrer son peuple.
Dans sa condescendance, Il lui dit des paroles bien propres à l’encourager et à le fortifier. Ce n’est plus seulement : « Va avec cette force que tu as » mais : « Moi je serai avec toi ; et tu frapperas Madian comme un seul homme ». Cette immense multitude d’hommes armés ne devait pas être plus forte qu’un seul homme devant Gédéon soutenu par l’Éternel. Il pouvait dire comme plus tard David : « L’Éternel est la force de ma vie : de qui aurai-je frayeur ? … Quand une armée camperait contre moi, mon cœur ne craindrait pas » (Ps. 27:1-3).
— Je pense qu’après cela Gédéon n’hésita plus. Que pouvait-il craindre si l’Éternel était avec lui ?
— Rien, assurément. Et il est bien touchant de voir que c’est toujours ainsi que le Seigneur fortifie ses serviteurs quand il les charge d’une mission. Il leur donne l’assurance que Lui, le Dieu tout-puissant, est avec eux. Il dit à Moïse et à Josué : « Je serai avec toi », et quand Jésus envoie ses disciples dans le monde pour y annoncer l’évangile, il leur dit aussi : « Voici, moi je suis avec vous jusqu’à la consommation du siècle » (Ex. 3:12 ; Jos. 1:5, 9 ; Mat. 28:20 ; voyez aussi Actes 18:10).
— Mais nous qui n’avons pas à remplir des missions aussi grandes que Josué et les apôtres, pouvons-nous être assurés comme eux que Dieu est avec nous ?
— Certainement. Nous sommes aussi impuissants pour servir Dieu dans les moindres choses de notre vie journalière, pour résister aux tentations de l’ennemi et pour le combattre, que ces grands serviteurs de Dieu l’étaient pour accomplir l’œuvre dont Dieu les chargeait. Mais Dieu est avec nous aussi. Le Seigneur dit : « Je ne te laisserai point et je ne t’abandonnerai point ; en sorte que, pleins de confiance, nous disions : « Le Seigneur est mon aide et je ne craindrai point » (Héb. 13:5-6). Mais revenons à Gédéon. Il ne se rendit pas tout de suite à l’appel de Dieu. Il sentait bien dans son cœur que Celui qui lui parlait était plus qu’un prophète, mais il désirait en avoir la certitude, hésitant à penser que lui, le pauvre Abiézérite, avait devant lui l’Éternel lui-même. Il demande donc un signe qui lève tous ses doutes : « Je te prie », dit-il, « donne-moi un signe que c’est toi qui parles avec moi ». Et il prie l’Ange de l’Éternel d’attendre jusqu’à ce qu’il ait été chercher un présent pour le déposer devant Lui. Et l’Éternel condescend encore au désir de sa faible créature.
— Quelle bonté et quelle patience !
— Il en use de même avec nous. Gédéon rentra et apprêta un chevreau et des pains sans levain, les apporta avec le bouillon dans lequel le chevreau avait cuit, et les présenta à l’Ange. Mais celui-ci, au lieu de manger, ordonna à Gédéon de poser les mets sur un rocher qui se trouvait là et de verser le bouillon dessus. Puis il étendit le bâton qu’il avait en main et en toucha la viande et les pains, et aussitôt le feu monta du rocher et consuma le tout.
— C’était là le signe. Gédéon savait maintenant que c’était l’Éternel qui était là.
— Oui. L’Éternel avait agréé l’offrande de son serviteur, en se manifestant en même temps à lui. L’Ange de l’Éternel disparut de devant ses yeux ; mais le sentiment d’avoir été en la présence immédiate de Dieu remplit de crainte le cœur de Gédéon. Pourra-t-il vivre, lui un pécheur, après avoir vu le Saint ? C’est toujours l’effet produit quand une âme est amenée devant Dieu (És. 6:1-7). Le sentiment de son indignité anéantit Gédéon et lui fait oublier tout autre chose, même le grand service auquel Dieu l’appelle. Mais l’Éternel ne le laisse pas sous cette impression profonde de crainte. Dieu a toujours la parole de paix pour un pécheur qui sent son indignité en sa présence. Il dit à Gédéon : « Paix te soit ; ne crains point, tu ne mourras pas ».
— Cela me rappelle Pierre dans la barque avec Jésus, disant : « Retire-toi de moi, Seigneur ; car je suis un homme pécheur. Jésus ne se retira pas, mais il lui dit : « Ne crains pas » (Luc 5:1-11). Jésus ne se retire pas de nous, pauvres pécheurs. Il nous aime, nous sauve, et nous n’avons plus rien à craindre. Aussi je comprends bien qu’après cela, Pierre laisse tout pour suivre Jésus.
— Gédéon sentit aussi toute crainte disparaître de son cœur et, en signe de reconnaissance et d’adoration, ainsi que pour perpétuer le souvenir de cette scène mémorable dans sa vie, il bâtit un autel à l’Éternel et le nomma : « l’Éternel de paix » (Jéhovah-Shalom). Longtemps après, ce monument de sa reconnaissance subsistait encore à Ophra. C’est ainsi que, quand nous avons trouvé la paix avec Dieu par Jésus, le besoin de notre cœur est d’adorer et de servir le Seigneur. Maintenant que Gédéon est rassuré et en paix, sachant que l’Éternel est avec lui, il peut commencer son service. Mais la première chose à faire n’est pas de chasser les Madianites. Il y avait dans la maison même du père de Gédéon et, par conséquent, en Israël, une chose qui ne s’accordait pas avec l’autel de l’Éternel que Gédéon venait d’élever. C’était l’autel de Baal. « Quelle convenance y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ? » (2 Cor. 6:16). La gloire de l’Éternel passait avant la délivrance d’Israël. La souillure des idoles devait être ôtée de la maison de Gédéon et de la terre de l’Éternel pour que Dieu puisse agir en faveur de son peuple. En même temps, il fallait que l’impuissance de Baal soit publiquement manifestée. L’Éternel commanda donc à Gédéon de démolir l’autel de Baal et de bâtir un autel à l’Éternel au sommet du haut lieu, puis de mettre en pièces l’ashère, c’est-à-dire l’idole de bois qui était près de l’autel de Baal, d’en placer les débris sur l’autel de l’Éternel, et d’offrir sur ce bois, en holocauste, un taureau que l’Éternel lui désigna parmi ceux qui appartenaient à son père. L’Éternel indiquait ainsi minutieusement à Gédéon tout ce qu’il avait à faire. C’est ainsi que les serviteurs de Dieu doivent en tout se laisser guider par Lui dans leur service.
— Mais Joas, le père de Gédéon, le laissa-t-il faire sans rien dire ?
— C’était de nuit que l’Éternel avait donné ses ordres à Gédéon, et ce fut aussi de nuit que celui-ci fit ce que Dieu lui avait commandé. De jour, il aurait craint la maison de son père et les gens de la ville. Et comme il n’aurait pu accomplir seul cette entreprise dans un court espace de temps, il se fit aider par dix de ses serviteurs.
— Les gens de la ville durent être bien surpris de ne plus retrouver leur autel et leur idole.
— Ils vinrent de bonne heure le matin, sans doute pour offrir leurs hommages au faux dieu, mais ils trouvèrent l’autel démoli, l’idole coupée et, sur un autel où fumaient les débris de l’ashère, un taureau offert en holocauste. Leur irritation fut grande. Qui avait pu commettre un tel acte ? De quelle peine n’était-il pas digne ? Ils cherchèrent le coupable et parvinrent à découvrir que ce n’était autre que Gédéon, le fil de Joas, celui-là même à qui l’autel appartenait. Ils ne doutèrent pas un moment que Joas qui, depuis si longtemps, abritait l’idolâtrie dans sa maison, ne se joindrait à eux pour venger l’injure faite à Baal. Et le seul châtiment qui leur sembla convenir, c’était la mort. Mais la fidélité de Gédéon et son courageux témoignage avaient déjà porté leurs fruits dans la maison. Dieu avait ouvert les yeux de Joas sur l’inanité des idoles et leur impuissance, en même temps que sur la puissance de l’Éternel. Il prit en main avec hardiesse la cause du vrai Dieu, et répondit : « Est-ce vous qui plaiderez pour Baal ? Est-ce vous qui le sauverez ? Celui qui plaide pour lui, qu’il soit mis à mort, d’ici au matin. S’il est dieu, qu’il plaide pour lui-même, car on a démoli son autel ». Et en effet, ce n’était pas celui qui détruisait les idoles qui devait mourir, mais, selon la loi de Moïse, c’était celui qui les soutenait (Deut. 13:6-11). Et quelle preuve plus grande de l’impuissance de Baal que d’avoir laissé, sans agir, démolir son autel.
— C’est beau de la part de Joas d’avoir agi ainsi. Il était converti tout à coup des idoles au Dieu vivant et vrai, et il ne craint pas de le confesser.
— En effet. Maintenant Gédéon pourra rassembler Israël, au nom de l’Éternel, pour combattre Madian. En souvenir de ce débat entre Joas les gens d’Ophra, on donna à Gédéon le surnom de Jérubbaal, ce qui veut dire : Que Baal plaide.
Nous avons parlé longuement de l’appel de Gédéon et de ce qu’il eut d’abord à faire pour purifier de l’idolâtrie la maison de son père. Maintenant il a une mission à accomplir, délivrer Israël de ses ennemis. Les Madianites, les Amalékites et les tribus nomades passèrent encore cette année-là le Jourdain à l’époque accoutumée pour opérer leurs razzias habituelles. Mais ils ignoraient ce qui s’était passé entre l’Éternel et son peuple.
— Les Israélites avaient crié à l’Éternel qui avait préparé Gédéon comme libérateur, n’est-ce pas ?
— Les ennemis d’Israël croyaient donc pouvoir accomplir leurs méfaits comme auparavant. Mais quand ils se furent répandus dans la vallée de Jizréel et eurent planté leurs tentes, l’Esprit de l’Éternel revêtit Gédéon. Tu vois que le serviteur de Dieu attendit l’ordre de Dieu pour agir. C’est ce que nous voyons aussi dans les Actes quand Paul et Barnabas sont envoyés prêcher l’évangile aux nations (Act. 13:2, 4). Gédéon ayant donc appris que le moment de l’action était venu, sonna de la trompette, et les Abiézérites s’assemblèrent autour de lui. En même temps il envoya des messagers par toute la tribu de Manassé dont il faisait lui-même partie, et aux tribus d’Aser, de Nephtali et de Zabulon qui demeuraient au nord de Manassé, de l’autre côté de la plaine de Jizréel, et de toutes ces tribus des gens de guerre vinrent vers lui.
— Cela devait faire une grande armée.
— Trente-deux mille hommes, mais nous verrons que ce n’est pas par cette grande armée que l’Éternel délivra Israël. En la voyant autour de lui, Gédéon se sentait encore faible, sa foi avait besoin d’être soutenue et, malgré les assurances que l’Éternel lui avait données qu’il était avec lui, il demanda à Dieu de lui donner un signe, et Dieu condescendit à la demande de son serviteur.
— Mais n’était-ce pas un manque de foi ?
— Gédéon avait une grande œuvre devant lui ; il sentait toute sa faiblesse, il avait besoin d’une entière assurance en Dieu, et il valait mieux que, dans son infirmité et se sentant chanceler, il eût recours à Dieu plutôt que d’être présomptueux et de se glorifier de son armée. Pierre aussi, quand il voit les vagues et le vent, qu’il a peur et qu’il enfonce, s’écrie : « Seigneur, sauve-moi ! », et Jésus étend la main et le sauve (Matt. 14:29-31). De même Dieu a toujours compassion de notre faiblesse quand nous nous tournons vers lui. « Approchons-nous donc avec confiance du trône de la grâce, afin que nous recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour [avoir du] secours au moment opportun » (Héb. 4:16).
— Quel signe l’Éternel donna-t-il à Gédéon ?
— Lis les versets 36-40 du chapitre 6.
— « Et Gédéon dit à Dieu : Si tu veux sauver Israël par ma main, comme tu l’as dit, voici, je mets une toison de laine dans l’aire : si la rosée est sur la toison seule, et que la sécheresse soit sur toute la terre, alors je connaîtrai que tu sauveras Israël par ma main, comme tu l’as dit. Et il arriva ainsi. Et il se leva de bonne heure le lendemain, et il pressa la toison et exprima la rosée de la toison, plein une coupe d’eau. Et Gédéon dit à Dieu : Que ta colère ne s’embrase pas contre moi, et je parlerai seulement cette fois : encore une seule fois, je te prie, je ferai un essai avec la toison ; je te prie qu’il n’y ait de la sécheresse que sur la toison, et que sur toute la terre il y ait de la rosée. Et Dieu fit ainsi cette nuit-là : et la sécheresse fut sur la toison seule, et sur toute la terre il y eut de la rosée ». Ainsi, Gédéon demanda deux signes à Dieu, et Dieu les lui donna : quelle bonté de sa part, et quelle patience !
— Oui, il est précieux de connaître un tel Dieu et de se confier en Lui. Maintenant Gédéon part avec son armée et s’établit sur les collines au sud des Madianites qui campaient dans la vallée et qui, sans doute, avaient eu connaissance du mouvement des Israélites et se tenaient sur leurs gardes. Gédéon attendait que l’Éternel lui donnât ordre d’attaquer. Mais l’Éternel lui dit : « Le peuple qui est avec toi est trop nombreux, pour que je livre Madian en leur main, de peur qu’Israël ne se glorifie contre moi, disant : Ma main m’a sauvé. Et maintenant, crie aux oreilles du peuple, disant : Quiconque est peureux et tremble, qu’il s’en retourne et s’éloigne ». C’est ce que Moïse aussi avait ordonné avant le combat (Deut. 20:8).
— Y en eut-il beaucoup qui craignirent les ennemis ?
— Le cœur d’un très grand nombre fut ainsi mis à découvert. Vingt-deux mille hommes quittèrent Gédéon. Ces hommes au cœur craintif auraient été une entrave dans le combat. Pour résister à l’ennemi, il faut être fort dans le Seigneur (Éph. 6:10) ; alors on n’a pas peur. Mais les dix mille restants étaient encore trop nombreux. Dieu comme toujours voulait montrer sa puissance à Lui dans la faiblesse extrême de l’homme (2 Cor. 12:9, 10). Dans le premier cas, les craintifs s’étaient manifestés eux-mêmes, sans que Dieu les nommât. Maintenant d’entre les dix mille, l’Éternel choisira lui-même ceux dont il veut se servir.
— Dieu les nomma-t-il à Gédéon ?
— Non, mais il les lui fait connaître par un moyen qui révélait le caractère qui convenait à l’œuvre qu’ils devaient faire. L’Éternel commanda qu’ils descendent tous vers l’eau pour boire, et dit à Gédéon de mettre à part ceux qui prendraient l’eau dans leur main et la porteraient à leur bouche pour la laper avec leur langue. Trois cents seulement se rafraîchirent ainsi ; tous les autres se mirent à leur aise sur leurs genoux afin de boire plus commodément à longs traits. L’Éternel dit alors à Gédéon : « Par les trois cents hommes qui ont lapé [l’eau] je vous sauverai, et je livrerai Madian en ta main ».
— Pourquoi l’Éternel a-t-il choisi ceux-là ?
— Il n’y a aucun mal à se désaltérer commodément. Mais, s’il veut être entièrement propre pour le service de Dieu, un homme ne doit pas rechercher ses aises. L’apôtre Paul disait : « Je mortifie mon corps et je l’asservis » (1 Cor. 9:27). Celui qui cherche ce qui plaît à ses sens ne sera pas prêt à être content, comme Paul, dans les circonstances où il se trouve (Phil. 4:11-12), et sera en danger de murmurer ou de faiblir quand les difficultés viendront. Ces hommes que l’Éternel mit à part montraient, par un simple acte, qu’ils ne se souciaient pas de leur confort, et étaient prêts à affronter les dangers. Comme dit encore l’apôtre : « Nul homme qui va à la guerre ne s’embarrasse dans les affaires de la vie » (2 Tim. 2:4). Tels étaient les trois cents, et tels nous devrions être pour le service de notre maître, ne nous inquiétant que d’une seule chose : Lui plaire.
— C’est bien difficile de s’oublier soi-même.
— C’est en étant occupé du Seigneur que nous nous oublions. L’Éternel connaissait bien le cœur de son serviteur Gédéon qui était facilement envahi par la crainte comme, je pense, plus tard celui de Timothée que Paul devait encourager à ne pas avoir honte du témoignage du Seigneur quand l’apôtre était prisonnier et que tous l’abandonnaient (2 Tim. 1:6-8, 15). Gédéon se demandait sans doute comment combattre cette multitude innombrable avec trois cents hommes. Mais la nuit même du jour où il avait mis à part cette petite troupe, l’Éternel lui dit de descendre vers le camp des Madianites pour écouter ce qu’ils disaient, et qu’alors il serait fortifié. Et Dieu ajouta même : « Si tu crains d’y descendre, descends vers le camp, toi et Pura, ton jeune homme ». Gédéon et Pura descendirent donc jusqu’aux avant-postes des Madianites.
— Ils devaient avoir peur d’aller seuls si près des ennemis. Mais l’Éternel les gardait puisque c’était sur son ordre qu’ils étaient descendus. Qu’est-ce qu’ils entendirent ?
— Tu peux le lire au chapitre 7 versets 13 et 14.
— « Et Gédéon arriva, et voici, un homme racontait un songe à son compagnon ; et il disait : Voici, j’ai songé un songe ; et voici, un gâteau de pain d’orge roulait dans le camp de Madian, et il arriva jusqu’à la tente et la heurta, et elle tomba ; et il la retourna sens dessus dessous, et la tente était là renversée. Et son compagnon répondit et dit : Ce n’est pas autre chose que l’épée de Gédéon, fils de Joas, homme d’Israël : Dieu a livré Madian et tout le camp en sa main ». Cela dut singulièrement fortifier Gédéon. L’Éternel avait envoyé le songe à un Madianite et avait mis au cœur de l’autre l’interprétation.
— Aussi l’émotion et la reconnaissance de Gédéon furent-elles grandes. Devant cette nouvelle preuve que Dieu était avec lui, chose que même ses ennemis reconnaissaient, il sentit son âme remplie d’adoration et il se prosterna devant l’Éternel. Il comprit aussi que le moment d’agir était venu.
— Pourquoi Gédéon et son épée sont-ils représentés par un pain d’orge ?
— L’orge était une nourriture grossière. C’étaient les pauvres qui s’en nourrissaient, et encore maintenant en ces contrées, « mangeur de pain d’orge » est un terme de mépris. Gédéon avait dit de lui : « Mon millier est le plus pauvre en Manassé, et moi je suis le plus petit dans la maison de mon père » (6:15). Le pain d’orge était donc une image bien choisie pour montrer la petitesse et la faiblesse de Gédéon aux yeux des hommes. Mais ce pain d’orge renverse le camp puissant des Madianites. La puissance de Dieu agissait par ce faible instrument. Et cela nous rappelle les paroles de Paul aux Corinthiens quand il leur parle de la croix de Christ qui, pour le monde, était un opprobre et une folie, mais qui était la puissance et la sagesse de Dieu pour sauver ceux qui croient : « Dieu a choisi les choses viles du monde, et celles qui sont méprisées, et celles qui ne sont pas, pour annuler celles qui sont ; en sorte que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1:28-29).
L’Éternel avait encouragé Gédéon. Maintenant le moment d’agir était venu, et Gédéon, revenu vers ses trois cents hommes leur dit : « Levez-vous, car l’Éternel a livré le camp de Madian en votre main ».
— Comment, avec une si petite armée, osa-t-il attaquer une si grande armée ?
— « Rien n’empêche l’Éternel de sauver, avec beaucoup ou avec peu de gens », disait plus tard Jonathan au jeune homme qui portait ses armes (1 Samuel 14:6), et Gédéon comprenait cela aussi. Il n’attaqua pas immédiatement les Madianites mais, dirigé par la sagesse que Dieu lui donna et confiant dans l’intervention puissante de l’Éternel, voici ce qu’il fit. Il divisa ses hommes en trois corps de cent hommes chacun, puis il donna à tous des trompettes, des cruches vides et des torches allumées dans les cruches.
— Était-ce là leurs armes ?
— Ils avaient aussi, sans doute, leurs épées à leur côté, mais ce n’était pas de leurs épées qu’ils avaient d’abord à se servir ; c’était de ces instruments en apparence très inoffensifs, mais propres à produire l’effet que se proposait Gédéon. Dieu se sert des choses viles du monde pour annuler les choses fortes. Nous voyons cela partout et toujours dans ses voies. Gédéon plaça ses trois bandes autour du camp endormi, lui-même resta avec l’une d’elles, et il leur dit : « Regardez ce que je vais faire, et faites de même ; voici, quand j’arriverai au bout du camp, alors ce que je ferai, vous le ferez de même ; et quand je sonnerai de la trompette, moi et tous ceux qui sont avec moi, vous aussi vous sonnerez des trompettes autour de tout le camp, et vous direz : Pour l’Éternel et pour Gédéon ! ».
— Cela me fait penser que nous devons aussi regarder ce que Jésus a fait, et agir comme Lui.
— Et tu as raison. Il nous a laissé un modèle afin que nous suivions ses traces (1 Pi. 2:21). Et en particulier il nous faut combattre Satan comme Lui l’a fait, par la parole de Dieu et par la prière. Voyons donc ce que fit Gédéon. Un peu après le milieu de la nuit, lorsque tout le camp était plongé dans un profond sommeil, Gédéon et ses cent hommes avancèrent en silence près de l’extrémité du camp et, tout d’un coup, sonnèrent de la trompette et, brisant les cruches qu’ils tenaient dans leurs mains gauches, firent briller dans les ténèbres de la nuit la lumière des torches. Au même instant, les deux autres troupes placées de chaque côté du camp les imitèrent, et tous ensemble crièrent dans la nuit : « L’épée de l’Éternel et de Gédéon ! »
— Quel effroi dut saisir les pauvres Madianites soudainement réveillés par le son éclatant des trompettes et les cris des Israélites !
— Oui. Le cœur de ceux qui ne connaissent pas Dieu est facilement rempli de frayeur. L’éclat de trois cents torches et le son éclatant de trompettes pouvait faire croire aux Madianites qu’ils avaient affaire à une armée considérable. Aussi, dans le désordre des pensées d’un réveil brutal, dans la confusion produite par les ténèbres, sans pouvoir distinguer les ordres de leurs chefs, tous se mirent à courir, à pousser des cris de détresse et à fuir. Mais, empêchés les uns par les autres, se prenant mutuellement pour des ennemis, toujours poursuivis et excités par le son incessant des trompettes, ils tournèrent les armes les uns contre les autres, et un grand nombre s’entretuèrent. Tous ceux qui restèrent s’enfuirent vers le Jourdain dans une déroute complète.
— Gédéon les poursuivit-ils ?
— Sans doute, mais non pas seul avec les trois cents hommes. Les troupes qu’il avait d’abord renvoyées se joignirent à lui. Maintenant que la foi de Gédéon et de sa petite bande avait remporté la victoire, les timides prirent courage. Gédéon envoya aussi des messagers aux Éphraïmites pour leur dire de garder les passages du Jourdain par où les Madianites auraient pu s’enfuir. C’est ce qu’ils firent. Ils s’emparèrent de deux des principaux chefs des Madianites, nommés Oreb et Zeëb, qu’ils tuèrent et dont ils firent apporter les têtes à Gédéon. Mais en même temps, ils lui adressèrent des reproches.
— Que leur avait-il fait ?
— Ils se plaignirent de ce que Gédéon ne les avait pas appelés à se joindre à lui quand il avait commencé la guerre contre Madian. C’était facile à dire maintenant que la victoire était remportée ; mais, si au commencement ils avaient eu vraiment à cœur la gloire de l’Éternel et le bien de son peuple, ils n’auraient pas eu besoin que Gédéon les invitât à se joindre à lui.
— Gédéon fut-il fâché contre eux ?
— Non, Gédéon, conduit par l’Esprit de Dieu, comprenait qu’il ne doit pas y avoir de dissensions entre ceux qui font partie du peuple de Dieu. Et c’est à quoi nous devons nous appliquer aussi. Si quelqu’un nous dit une parole blessante, ou nous accuse injustement, nous devons répondre avec douceur. C’est ce que fit Gédéon. Il fit ressortir devant les Éphraïmites le grand service qu’ils avaient rendu à Israël et l’excellence de leur tribu. « Qu’ai-je fait maintenant en comparaison de vous ? Les grappillages d’Éphraïm ne sont-ils pas meilleurs que la vendange d’Abiézer ? » leur dit-il, « Dieu a livré en votre main les princes de Madian, Oreb et Zeëb ; et qu’ai-je pu faire en comparaison de vous ? » « La réponse douce apaise la fureur » est-il écrit (Prov. 15:1), et ainsi les Éphraïmites furent-ils apaisés. L’apôtre nous dit : « Que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même, chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres » (Phil. 2:3-4). C’est ainsi que les querelles seront évitées.
— Est-ce que tous les Madianites furent détruits ?
— Cent vingt mille hommes étaient tombés ; il en restait quinze mille qui, avec leurs deux rois Zébath et Tsalmunna avaient réussi à passer le Jourdain. Gédéon suivi de ses trois cents hommes continuait à les poursuivre. Nous voyons comme l’Éternel les avait bien choisis. Quoique fatigués, ils ne s’arrêtaient pas. Il y avait en eux, comme en G