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Notes sur le livre de l’EXODE

 

 

par Adrien Ladrierre

ME 1906-1907 ; texte revu par Bibliquest

Note : Les deux premiers chapitres seuls ont été rédigés par l’auteur. Le reste consiste en une série de notes prises lors de ses méditations, mais n’ont pas été rédigées par lui, d’où leur état quelque peu fragmentaire.

 

1     CHAPITRE 1

2     CHAPITRE 2

3     CHAPITRE 3

4     CHAPITRE 4

5     CHAPITRE 5

6     CHAPITRE 6

7     CHAPITRE 7

8     CHAPITRE 8

9     CHAPITRE 9

10      CHAPITRE 10

11      CHAPITRE 11

12      CHAPITRE 12

13      CHAPITRE 13

14      CHAPITRE 14

15      CHAPITRE 15

16      CHAPITRE 16

17      CHAPITRE 17

18      CHAPITRE 18

 

1                    CHAPITRE 1

Comme nous le savons, le mot Exode, nom donné au second des livres de Moïse, signifie sortie. Toutefois ce nom ne fait pas partie du texte inspiré. Ce livre, en effet, renferme bien le récit de la sortie des Israélites du pays d’Égypte, mais ce n’est qu’un événement historique qui se rattache à quelque chose de bien plus élevé, savoir aux conseils et aux voies de Dieu envers un peuple choisi d’entre les nations de la terre, et à une hauteur plus grande encore, aux desseins éternels de Dieu envers l’homme. En effet, c’était dans le sein de ce peuple élu que devait naître le Libérateur annoncé dans la Genèse et promis à Abraham, souche d’Israël et père des croyants.

Ce livre traite tout d’abord de la rédemption, du rachat et de la délivrance du peuple d’Israël tombé sous l’esclavage des Égyptiens. Or la rédemption nous parle du péché, ainsi qu’il est dit : «Nous avons la rédemption, la rémission des péchés» (Col. 1:14). Israël, afin de pouvoir quitter l’Égypte, avait besoin d’être mis à l’abri du jugement dont il était passible comme pécheur, puis d’être affranchi par la mort de la puissance du Pharaon, figure de Satan. En cela consistait sa rédemption, type de la nôtre. Une fois racheté, conduit hors d’Égypte dans le désert et se dirigeant vers Canaan, le pays de la promesse, il était sous la garde et les soins de Dieu. La grâce qui l’avait délivré le conduisait, le protégeait, pourvoyait à tout. C’est là ce que nous trouvons dans les dix-huit premiers chapitres de ce livre.

D’autres faits, sources de précieux enseignements, se trouvent relatés dans la suite du livre ; mais nous nous bornerons pour le présent à étudier les chapitres indiqués ci-dessus.

Le commencement du livre de l’Exode se rattache directement à la fin de la Genèse. On voit aisément qu’il est la suite de ce dernier livre, et qu’il est sorti de la plume du même écrivain, inspiré de Dieu, je n’ai pas besoin de le dire.

Les sept premiers versets du livre, tout en rappelant les noms des fils d’Israël, pères des douze tribus, présentent deux faits intéressants par le contraste qu’ils offrent. Le v. 5 rappelle la faible origine du peuple. Soixante-dix âmes, c’était bien peu de gens, étaient entrées en Égypte. Mais, au v. 7, nous les voyons se multiplier d’une manière extraordinaire, de sorte qu’au bout des deux cent quinze années qui s’écoulèrent entre l’arrivée de Jacob en Égypte, et la sortie de ses descendants, ceux-ci formaient un peuple de deux à trois millions de personnes.

Les soixante-dix années du règne de Joseph avaient été, dans la main de Dieu, favorables à la prospérité des enfants d’Israël. Soixante-quatre ans s’étaient écoulés entre sa mort et la naissance de Moïse. D’une part, l’Éternel voulait que son peuple se rappelât ses chétifs commencements. Lorsqu’il serait entré en Canaan et qu’il apporterait à l’autel de son Dieu les prémices de ses biens, il devait faire cette confession : «Mon père était un Araméen qui périssait, et il descendit en Égypte avec peu de gens» (Deut. 26:5) ; d’un autre côté, selon la promesse faite aux patriarches et spécialement à Abraham (Gen. 15:5), le peuple avait crû merveilleusement en nombre, et il devait se souvenir des soins de l’Éternel et de sa fidélité. C’est ainsi que nous avons à nous souvenir que nous n’étions rien, et que c’est par la grâce seule que nous avons été comblés de toutes sortes de bénédictions en Christ.

On peut se demander ce qu’était devenue la foi des Israélites durant leur séjour en Égypte, entourés qu’ils étaient de l’idolâtrie sous ses formes multiples et avec ses fêtes et ses cérémonies pompeuses. Toujours le penchant aux idoles, depuis le séjour de Jacob chez Laban, s’était conservé dans sa famille, à partir de Rachel, sa femme préférée. L’idolâtrie s’y était perpétuée, puisque Jacob, au moment d’obéir à l’ordre que Dieu lui donne de monter à Béthel, après la violence exercée par Siméon et Lévi sur les Sichémites, dit à sa maison et à tous ceux qui étaient avec lui : «Ôtez les dieux étrangers qui sont au milieu de vous». Il avait donc toléré cette idolâtrie qui était dans leur coeur, et qu’ils pratiquaient devant lui. Quoi d’étonnant si, en Égypte, ils se soient laissés aller à leur penchant naturel, et aient oublié l’Éternel, le Dieu de leurs pères. C’est ce que nous confirme le prophète Ézéchiel (chap. 20:7-8), et nous le voyons aussi par la question que fait Moïse à l’Éternel : «Quand je viendrai vers eux et que je leur dirai : Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous et qu’ils me diront : Quel est son nom ?» (Exode 3:13). Toutefois, au milieu d’eux, il y avait, comme cela a toujours été le cas, un résidu qui avait conservé, avec le culte du vrai Dieu, la promesse et l’espérance de la délivrance.

(v. 8). «Un nouveau roi se leva sur l’Égypte, qui n’avait point connu Joseph». C’était une soixantaine d’années après la mort de Joseph. Était-il d’une autre dynastie que le Pharaon ou les Pharaons, sous lesquels Joseph avait été premier ministre honoré de tous ? Nous ne le savons point. En tout cas, ignorait-il ce que Joseph avait fait pour l’Égypte ? Cela semble difficile à croire. C’étaient des faits trop notoires et dont les résultats subsistaient (Gen. 47:26). Mais ce nouveau roi, devant un danger qui lui semblait imminent, ne reconnaissait point ce que l’Égypte avait dû à Joseph. Quel était ce danger ? C’était l’accroissement extraordinaire du peuple d’Israël.

Cet accroissement n’aurait pas été un danger, si ce peuple se fût assimilé aux Égyptiens. Il aurait contribué ainsi à la force du pays. Mais c’était un peuple à part au milieu des Égyptiens, comme l’indiquent les paroles du Pharaon. Il était à part sur le plan de la race : c’étaient des Sémites, alors que les Égyptiens descendaient de Cham. Ils étaient aussi à part, groupés ensemble, dans le territoire du fertile pays de Goshen ; bien qu’ils se soient peut-être répandus dans d’autres parties de l’Égypte, cependant c’était leur terre. Ils étaient aussi à part quant à leur occupation : ils étaient bergers, et ainsi en abomination aux Égyptiens (Gen. 46:34). Cette position justifiait humainement parlant les craintes du Pharaon. Ils auraient pu en effet se joindre aux ennemis qui feraient la guerre aux Égyptiens. En même temps, il craignait que les Israélites ne sortissent de l’Égypte à la prospérité de laquelle ils contribuaient cependant. On comprend donc que la politique prudente du Pharaon lui commandât de prendre des mesures contre ce peuple étranger établi au coeur du pays. C’était déjà l’antisémitisme.

Le premier acte de la politique du Pharaon est de réduire le peuple d’Israël en esclavage. Les Israélites jusqu’alors protégés par la faveur royale, ne s’étaient pas formés au métier des armes. Comment résister à la puissance du Pharaon soutenu par son armée ? Ils ne peuvent que courber la tête. Les voilà d’hommes libres devenus esclaves, abaissés, soumis aux plus durs travaux, et perdant l’énergie qui leur reste, selon l’effet habituel de l’esclavage. Et c’est une chose remarquable qu’il n’y ait pas un mot qui nous indique qu’ils pensent au Dieu de leurs pères, ni qu’ils aient recours à Lui. Ainsi Satan a réduit l’homme en esclavage, le faisant souffrir sous sa dure servitude ; et l’homme, ignorant de Dieu, courbe la tête et se soumet à ce maître impitoyable qui emploie ses esclaves, mais ne leur donne rien (Luc 15:16). Ils n’ont plus d’énergie que pour obéir à celui qui les accable de maux. «Les Égyptiens firent servir les fils d’Israël avec dureté, et ils leur rendirent la vie amère par un dur service, en argile, et en briques, et par toute sorte de service aux champs». «Et ils établirent sur lui des chefs de corvées pour l’opprimer par leurs fardeaux. Et il bâtit pour le Pharaon des villes à greniers, Pithom et Ramsès». Quelle image frappante des peines, des travaux, des fatigues, des amertumes que le prince de ce monde inflige à ceux qui sont sous son autorité ! Se croyant libres, ils sont ses esclaves, et ne travaillent que pour lui.

En réduisant les Israélites en esclavage, le Pharaon pensait les maintenir sous sa domination, et espérait arrêter leur multiplication prodigieuse. Mais ces Israélites étaient sous les soins de Dieu, objets de ses promesses, bien qu’ils l’ignorassent (le Pharaon ne le savait pas davantage) : il s’ensuivait que le peuple était bien loin de s’amoindrir, et plus les Égyptiens l’opprimaient, plus il croissait et se multipliait. Mais en même temps, la crainte que les Égyptiens avaient d’Israël augmentait aussi, et ainsi que l’aversion qu’ils éprouvaient à son égard. Quelle grâce d’appartenir à Dieu ; il fait travailler toutes choses au bien de ses élus, — même la méchanceté des hommes — souvent à leur insu.

Qu’allait faire le Pharaon ? Le premier moyen d’abattre la force du peuple qu’il redoute ayant échoué, comment s’y prendre ? Les tyrans ne craignent pas d’employer la force brutale non seulement en asservissant, mais en tuant ceux qui leur portent ombrage. Et c’est à ce moyen que le Pharaon va recourir. Il fera périr les enfants mâles qui naîtront à Israël. Mais ici, il nous faut entrer plus avant dans les ressorts qui le font agir. Au point de vue humain, il agissait selon une politique prudente, même si elle était cruelle. D’autres tyrans ont montré, et montrent encore aujourd’hui la même cruauté. Mais ici le caractère du peuple qu’il veut anéantir, fait voir d’une manière évidente que le Pharaon, sans le savoir, n’était que l’instrument d’une puissance invisible, celle de Satan. Sans doute Satan, meurtrier dès le commencement, est l’instigateur de tous les meurtres et de toutes les guerres (*), mais il y avait un motif spécial pour lui à se servir du Pharaon pour anéantir Israël. En effet, Israël était le peuple choisi de Dieu pour accomplir la grande promesse du Libérateur. Or Satan, son nom l’indique, est l’adversaire qui toujours s’oppose à Dieu, et fait tout pour mettre obstacle à ses desseins. Ne perdons pas de vue cette grande et importante vérité que Satan est un être réel, une personne, et non pas une simple influence (si ce n’était qu’un influence, quelle en serait l’origine ?) La parole de Dieu d’un bout à l’autre rend témoignage à sa personnalité, hautement malfaisante, douée d’une énergie, d’une volonté et d’une activité incessantes, puissantes, tout entières dirigées contre Dieu, et n’agissant donc que pour accomplir le mal. Nous le voyons à l’oeuvre dès la création de l’homme, cet être privilégié, formé à l’image et à la ressemblance de Dieu, pour connaître, aimer et servir son Créateur, pour être heureux dans sa dépendance comme roi et dominateur sur la création inférieure. Satan s’insinue par la ruse et le mensonge dans l’esprit et le coeur d’Ève, la convoitise entre en elle, avec l’esprit d’indépendance ; Adam la suit dans cette voie ; le péché, les souffrances, les ténèbres morales, la ruine, sont introduits dans le monde — Satan semble avoir triomphé. Mais Dieu a ses desseins éternels qui ne peuvent être anéantis, et du sein de cette scène douloureuse, nous entendons sortir la voix de l’Éternel Dieu annonçant à la fois à Satan la sentence de sa destruction finale, et la parole d’espérance pour l’homme : «La semence de la femme te brisera la tête, et toi tu lui briseras le talon» (Gen. 3:15).

(*) Nous, exceptons celles que Dieu commanda pour l’extermination des abominables habitants de Canaan. Les Israélites n’étaient que les exécuteurs du jugement de Dieu.

Et c’est là le thème poursuivi dans son exécution dans tous les siècles et qui fait le sujet de toute la parole de Dieu. Elle ne peut être anéantie ; la sentence prononcée s’est déjà accomplie à la croix et aura à la fin son plein et entier accomplissement en résultat définitif. Satan a continué la lutte. Il a entraîné l’homme au meurtre : Caïn tue Abel. Il conduit les hommes dans la corruption et la violence, et Dieu se voit obligé de les détruire. Mais son dessein subsiste : Noé trouve grâce devant l’Éternel. Sur la terre nouvelle, sortie des eaux, les hommes se multiplient. Satan les pousse à l’orgueil, à l’esprit d’indépendance, à la révolte et à l’idolâtrie. Mais Dieu se choisit un homme, Abraham, qui sera le dépositaire de ses promesses, et le père d’un peuple qui, au milieu des nations, mis à part, conservera la connaissance d’un Dieu unique et sera le gardien de sa parole. En même temps, ce sera dans son sein que naîtra le Libérateur promis, et que Jacob à la fin de ses jours annonce prophétiquement comme le Shilo. C’est donc contre ce peuple que Satan dirigera désormais tous ses efforts, et nous le voyons dans le dessein qu’il inspire au Pharaon de faire périr tous les enfants mâles, et par suite tout le peuple d’Israël. Plus d’une fois, Satan renouvelle ses tentatives. Balaam poussé par lui, mais ne pouvant maudire Israël, invite Balak à le faire tomber dans le péché pour attirer sur lui les châtiments de l’Éternel. Mais Dieu, tout en châtiant son peuple, le conserve. Plus tard, la promesse se précise. Elle s’accomplira dans la famille et descendance de David, l’homme selon le coeur de Dieu. Mais à un moment critique de l’histoire des rois de Juda, Satan pousse Athalie à détruire tout ce qui est du sang royal. Dieu préserve Joas. Au temps d’Esther, Satan incite Haman à faire exterminer tous les Juifs qui étaient alors sous la domination du roi de Perse. Dieu intervient par ses voies providentielles et les sauve.

L’Ennemi fait encore un effort quand le Seigneur vient sur la terre. Hérode, derrière lequel est Satan (voyez Apoc. 12), cherche à faire mourir le petit enfant. Son dernier effort est de faire clouer Jésus sur la croix (c’était l’heure et la puissance des ténèbres), mais s’il brise le talon du Libérateur, lui-même est vaincu. La promesse est accomplie, Satan reste le prince de ce monde et l’adversaire de Dieu et des saints qu’il cherche à faire tomber, ne pouvant les ravir des mains du Sauveur. Il les fait persécuter, les engage dans l’erreur, conduit la chrétienté dans des voies qui déshonorent Christ, mais toujours Dieu a un résidu fidèle, et finalement l’Église est prise dans le ciel. Satan poursuit ses desseins, anime la bête et le faux prophète, fait persécuter les saints des temps apocalyptiques, séduit et égare les hommes et les conduit au combat contre Dieu et l’Agneau. Mais l’Agneau est vainqueur et règne avec ses saints sur la terre. Après avoir été lié pendant mille ans, Satan sort de l’abîme et excite les hommes à une dernière révolte, mais il est finalement jeté dans l’étang de feu et de soufre. Ainsi jusqu’au bout il se montre l’Adversaire. Pour nous, qu’il ne peut ravir des mains du Père, il cherche à nous faire tomber, et nous avons à veiller et à prier pour être à l’abri de ses ruses, à tenir ferme, ayant revêtu toute l’armure de Dieu, et nous savons que «le Dieu de paix brisera bientôt Satan sous nos pieds». Nous triompherons de la victoire de Jésus.

Reprenons l’histoire d’Israël en Égypte, sous la cruelle tyrannie du Pharaon, type de celui dont il accomplissait les volontés. Satan régnait sur la terre et plus particulièrement en Égypte par l’idolâtrie, Dans ce pays, à côté de notions plus pures et plus élevées, que gardaient pour eux les prêtres renommés par leur sagesse, il existait une idolâtrie qui avait pour objets les astres, des hommes déifiés et tous les animaux, même les plus vils, les plus immondes. L’Égypte avec ses richesses, ses sciences, sa sagesse, sa haute civilisation et ses idoles, n’est-elle pas la figure du monde qui nous entoure, mais auquel nous n’appartenons pas, que nous avons quitté et qui s’est transformé pour nous en un désert ? Satan régnait dans cette Égypte, et il y avait aussi la puissance de la mort (Hébr. 2:14). Le Pharaon, conduit par lui, comme le bras est dirigé par la tête, maniait cette puissance et s’en servait contre les pauvres Israélites sans force et sans défense. La mort règne dans ce pauvre monde par suite du péché, et ses terreurs viennent s’ajouter à l’esclavage sous lequel Satan tient les hommes. Quelle grâce de connaître Celui qui a passé par la mort et rendu impuissant le diable qui avait ce pouvoir terrible !

(v. 17). Le Pharaon voulait avoir des exécuteurs de la sentence de mort qu’il avait prononcée, et il s’adresse à celles qui étaient le mieux placées pour l’exécuter, sans que les malheureuses mères, victimes de cet ordre barbare, pussent s’y opposer. Exterminer les hommes faits d’Israël aurait été difficile, aurait pu provoquer une révolte, et d’ailleurs ils pouvaient encore servir longtemps comme esclaves. L’intérêt parlait haut ; mais faire périr les enfants mâles à leur naissance s’opérait sans bruit, sauf les larmes des pauvres mères ; or ceci n’était pas dangereux pour le Pharaon. On pouvait dire que les enfants étaient mort-nés. Oh ! comme Satan est habile, et rend l’homme habile à accomplir ses cruelles visées ! Mais le Pharaon rencontre ici une opposition inattendue. Ce sont des Hébreues à qui il s’est adressé. Seront-elles assez dépourvues d’humanité et surtout du sentiment qui les lie à leur peuple, pour obéir à cet ordre barbare ? Non ; et ce qui les guide est un sentiment plus élevé que l’humanité et la nationalité ; c’est la crainte de Dieu. «Elles craignirent Dieu, et ne tirent pas comme le roi d’Égypte leur avait dit : elles laissèrent vivre les enfants mâles». La crainte de Dieu ôte de leurs coeurs la crainte qu’elles auraient pu avoir du Pharaon. Elles craignent Dieu et elles aiment son peuple, deux choses précieuses que nous avons à réaliser. Elles aiment mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. C’est ce qui caractérise la vraie crainte de Dieu (Actes 4). La crainte de Dieu fait que l’on désire lui plaire ; elle introduit dans les voies de la sagesse, la sagesse qui vient de Dieu et qui élève au-dessus de toutes les circonstances humaines. Dieu n’oublie pas ce qui a été fait dans sa crainte. Il bénit ces femmes fidèles qui s’exposèrent à la colère du roi. Il fit prospérer leurs maisons. La bénédiction se trouve toujours dans le chemin de Dieu. Il bénit l’habitation des justes (Prov. 3:33).

(v. 22). Mais la décision du Pharaon n’en fut pas changée. Il saura trouver d’autres exécuteurs. Il donne l’ordre à tout son peuple d’arracher aux mains des mères les fils qui naîtront. Il sait qu’il sera obéi avec empressement à cause de la haine que l’on porte aux Israélites. Partout où un vagissement d’enfant nouveau-né se fera entendre, un Égyptien pourra pénétrer et porter le deuil dans le coeur des parents. Inquisition terrible, invention digne de Satan, mais persécution qui a retrouvé des exemples en d’autres siècles, en d’autres lieux, sous d’autres formes, car toujours il a été vrai des hommes sous la puissance de Satan, que «leurs pieds sont rapides pour verser le sang ; la destruction et la misère sont dans leurs voies» (Rom. 3:15-16). Ainsi la puissance de Satan s’exerce par la mort ; mais au-dessus est la puissance divine qui, si elle fait mourir, peut seule faire vivre. Sous l’empire du péché, nous étions morts, moralement, et sujets à la mort physique. Mais Dieu, dans sa grâce toute puissante, nous a vivifiés en Christ et donné une vie sur laquelle la mort n’a pas de puissance, et même nos corps mortels auront part à cette puissance de vie. «Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts, vivifiera aussi vos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en vous» (Rom. 8:11). Glorieux contraste entre la puissance de Satan qui ne peut que détruire (Jean 10:10), et celle de Christ qui donne la vie ! Quelle grâce d’avoir affaire à un Dieu Sauveur ; il délivre les captifs, il rachète de la mort. Il a détruit par la mort celui qui avait l’empire de la mort, et nous tenait en servitude. Nous connaissons ce grand salut, nous en jouissons. Israël va bientôt le connaître. Dieu interviendra. Il y aura encore des années de souffrance, mais le libérateur va naître. «S’il tarde, attends-le, car il viendra sûrement». Cela n’est-il pas vrai aussi pour l’Israël d’aujourd’hui ?

2                    CHAPITRE 2

Il y avait, nous l’avons dit, au milieu des Israélites, un petit résidu fidèle qui n’avait pas oublié les promesses faites à Abraham, à Isaac et à Jacob, et qui était soutenu par ces promesses. Il savait que le temps fixé pour la délivrance approchait. Dieu l’avait dit à Abraham : «Ta semence séjournera dans un pays qui n’est pas le sien, et ils l’asserviront, et l’opprimeront pendant quatre cents ans. Mais aussi je jugerai, moi, la nation qui les aura asservis, et après cela, ils sortiront avec de grands biens» (Gen. 15:13, 14). Encore quelques années et le terme indiqué par l’Éternel était là ; l’asservissement et l’oppression étaient grands, le peuple était courbé sous ce poids vers la terre, mais Dieu ne trompe pas, et les jours de son esclavage étant comptés, le résidu attendait avec confiance. Combien est frappante la similitude entre ce temps-là et celui où, près de seize cents ans plus tard, le résidu d’Israël attendait un plus grand Libérateur, l’espérance et la consolation du peuple, le Messie promis. Israël, à ce moment-là, était aussi dans la servitude, et de la même manière, ceux qui croyaient à la parole infaillible de Dieu, savaient que le temps fixé par Daniel était venu, et que le Christ allait paraître. Ces espérances étaient pour le peuple terrestre. Pour nous, peuple céleste, nous attendons aussi un Sauveur déjà venu sur la terre, mais qui va revenir des cieux pour nous conduire dans notre demeure céleste. Mais appartenant au ciel et à l’éternité, où le temps ne se compte point, nulle date n’est fixée, nous attendons à tout instant Celui qui a dit : «Je viens promptement». Ce n’est pas pour des espérances terrestres, mais pour nous mettre en possession de l’héritage incorruptible conservé dans les cieux pour nous, et dont, par l’Esprit Saint, nous avons les avant-goûts.

(v. 1-10). C’est une chose frappante de voir que comme le grand libérateur à venir, Moïse qui en est un type, est exposé dès sa naissance à la mort. Hérode cherche le petit enfant Jésus pour le faire mourir ; Moïse, enfant, est condamné à la mort même avant sa naissance. Le chap. 6:20, nous apprend que l’homme de la maison de Lévi, qui fut père de Moïse, se nommait Amram, et que sa mère était Jokébed, fille de Lévi (Nomb. 26:59). Amram était donc petit-fils de Lévi. Nous voyons dans la longueur de vie de ces chefs de famille une nouvelle raison de la multiplication si prodigieuse des Israélites, et nous pouvons y voir aussi comment les faits relatifs à l’histoire des patriarches pouvaient s’être conservés dans les familles où se trouvait la foi, comme c’est le cas chez les parents de Moïse. Amram avait vécu plus de quarante ans avec Lévi son aïeul, et vécut plus de quarante ans en même temps que Moïse, son fils. Lévi à son tour avait connu son grand-père Isaac, et Sem, spectateur du déluge, vivait encore lorsque Isaac avait près de cinquante ans, et avait été, on peut le croire, connu d’Abraham, né cent cinquante ans avant la mort de ce fils de Noé. On voit combien peu de générations séparaient Moïse du temps de Sem.

Notre v. 2 nous dit que Jokébed, voyant que le fils qui lui était né, était beau, le cacha trois mois ; on peut bien croire que son coeur maternel fut ému particulièrement par cette beauté de l’enfant, et qu’elle ne pouvait se résoudre à se le voir enlevé et jeté en pâture aux crocodiles du fleuve. D’autres mères avaient subi cette douleur, mais elle, plus énergique peut-être, essaya de soustraire son enfant à la mort. C’est tout ce que nous pourrions conclure de notre récit. Mais ici, comme en d’autres cas, le Nouveau Testament vient jeter de la lumière sur les mobiles secrets des coeurs des saints dont l’Ancien Testament ne nous donne que l’histoire extérieure. Lorsqu’Étienne, devant le sanhédrin, fait passer devant ces chefs du peuple, l’histoire d’Israël constamment rebelle envers Dieu et envers les envoyés de Dieu, il fait mention de Moïse et dit qu’il était divinement beau. Ce n’était pas une beauté ordinaire, comme aurait pu être celle d’un autre enfant, mais une beauté sur laquelle Dieu avait imprimé son sceau, comme pour dire d’une manière spéciale : «Il est à moi». Mais l’épître aux Hébreux nous fait descendre plus profond dans le coeur des parents de l’enfant, et nous fournit le secret de l’énergie qu’ils manifestent et qui leur fait braver Pharaon lui-même. «Par la foi», dit l’apôtre inspiré, «Moïse, étant né, fut caché trois mois par ses parents, parce qu’ils virent que l’enfant était beau ; et ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi» (Hébr. 11:23). Remarquons que trois fois la Parole présente ce caractère de beauté de l’enfant, comme étant ce qui attire leur attention. Toute mère israélite trouvait sans doute son enfant beau, et son coeur était déchiré quand un barbare Égyptien l’arrachait de son sein. Mais aucune n’avait l’idée que cette beauté signifiât quelque chose de la part de Dieu, et nous ne voyons pas qu’aucune ait tenté de sauver son enfant. Il fallait une autre vue que celle de la chair pour discerner une beauté divine, le sceau de Dieu. Il fallait cette vue de l’âme qui est la foi, qui rappelle les promesses, qui croit Celui qui les a faites, et compte sur leur accomplissement. Ceux qui ont la foi, savent «discerner les signes des temps» (Matth. 16:3). Le signe pour Amram et Jokébed était la beauté de l’enfant et l’époque promise pour la délivrance. Leur foi voit dans cet enfant l’instrument dont Dieu se servira pour sauver son peuple, selon Sa parole donnée à Abraham. Mais la foi présente chez eux un autre caractère. Elle est agissante et énergique. Il faut dérober l’enfant aux recherches des Égyptiens, et ils le cachent durant trois mois. Eussent-ils été découverts, ils pouvaient être passibles d’une peine sévère, de la mort peut-être, mais qu’importe, «ils ne craignirent pas l’ordonnance du roi». Ainsi la foi ne craint pas les menaces des hommes ; elle les brave ; c’est elle qui a donné du courage aux faibles, qui a rendu forts les impuissants, qui a soutenu les martyrs, comme nous le montre le même chap. 11 des Hébreux, et c’est elle qui, seule, mettant en avant Dieu et sa Parole, nous fait passer à travers les difficultés, et nous rend vainqueurs du monde et de toute la puissance de l’ennemi (1 Jean 5:4, 5).

Arrêtons nos regards sur le Chef et le consommateur de la foi, et soutenus par Lui, courons avec patience la course qui est devant nous. Comme Paul au milieu de toutes ses tribulations, sachons dire : «Je sais qui j’ai cru».

(v. 3). L’énergie de la foi avait fait faire aux parents de Moïse ce premier pas. Il leur en fallait faire un autre, et plus douloureux, et qui exigeait une confiance plus implicite en Dieu. Les détails de ce qui est arrivé ne nous sont pas donnés, mais l’Écriture nous dit qu’elle «ne pouvait plus le cacher». Il allait être découvert et c’était la mort certaine. Dieu avait ses desseins. D’un côté, il voulait faire de Moïse l’instrument de la délivrance du peuple d’Israël et le médiateur entre Lui et ce peuple. Moïse était ainsi un type merveilleux de Jésus, le Libérateur. Après Jésus, dont le nom est au-dessus de tout autre, il n’y en a pas eu de plus grand que celui de Moïse (Deut. 34:10-12), lui qui mourut dans les bras de Dieu, et dont Dieu prit soin d’ensevelir le corps, Moïse qui apparut en gloire avec le Fils de Dieu sur la sainte montagne. L’enfant d’une beauté divine et prédestiné à de si grandes choses, ne pouvait périr ; Dieu veillait sur lui. Mais d’un autre côté, la foi des parents de Moïse devait être mise à l’épreuve. Pour cela, il faut que la mort intervienne. Que pouvaient-ils faire ? Dieu ne permet pas qu’ils puissent le garder. Eh bien, ce qu’eux ne peuvent pas faire, Dieu le fera. Dieu leur dit : «Pouvez-vous m’abandonner, me livrer sans réserve votre enfant ?» N’est-ce pas aussi ce qu’il nous dit ? Il en fut ainsi d’Abraham, «le père de ceux qui croient». Dieu lui dit : «Donne-moi ton Isaac, ton unique, celui que tu aimes, sacrifie-le toi-même à moi», et Abraham, par la foi, cette foi plus précieuse aux yeux de Dieu que l’or qui, toutefois est éprouvé par le feu, par la foi, Abraham «qui avait reçu les promesses, offrit son fils unique». Et après avoir ainsi su ce que c’était que la mort, il le recouvre par une sorte de résurrection. C’est ce qui eut lieu pour les parents de Moïse. La mort de leur enfant était inévitable à vues humaines, mais il était à Dieu ; ils le remettront à Dieu. Il ne tombera pas entre les mains des hommes. Dieu est puissant pour le garder. Il faut donc qu’ils s’abandonnent à Dieu avec une confiance sans réserve. C’est être mort à ce qui est de la chair, mais alors on jouit de la vie de l’Esprit. Il y a un déchirement sans doute, mais on voit au delà la puissance du Dieu qui vivifie. Oh ! sachons ainsi remettre entre ses mains ce que nous avons de plus cher et, comme Marthe et Marie, nous verrons la gloire de Dieu.

Que vont donc faire les parents de l’enfant ? Laisseront-ils aller les choses ? Négligeront-ils toute précaution pour garantir la vie de l’enfant ? Non ; ils savent à qui ils le confient ; ainsi ils ont la certitude qu’il ne périra pas, mais ils lui donneront jusqu’au bout leurs soins. La mère place son enfant dans un coffret de joncs qu’elle enduit de bitume et de poix, afin que l’eau n’y pénètre pas. Ainsi avait fait Noé, sur l’ordre de Dieu, quand il construisit l’arche. En cela, il avait agi «par la foi» ; et la mère de Moïse fait de même. Dieu veut assurément que nous nous confiions entièrement en Lui, mais non en restant passifs, en nous croisant les bras (il y a d’autres circonstances où nous devons rester tranquilles). Mais avec l’oeil de la foi, nous avons à chercher sa volonté pour savoir quels moyens employer, et nous avons à Lui demander de nous diriger. Jokébed ferme le coffret, le dépose parmi les roseaux qui croissent en abondance sur les bords du Nil, afin qu’il ne soit pas emporté par les eaux. Puis, elle s’en va, pauvre mère, le cœur déchiré, mais ayant une foi sans réserve au Dieu d’Abraham qui avait autrefois rendu son fils à ce dernier. «Par la foi», elle avait tenu caché son enfant durant trois mois ; «par la foi», pour un danger exigeant une puissance d’intervention encore plus haute, elle remet cet enfant entre les mains de Dieu. La foi s’élève au-dessus de tout ce qui est de la chair, et c’est cet abandon de tout à Dieu, qui le glorifie. Dieu a une réponse à cette confiance. «Tu m’as remis ton enfant», semble-t-il dire à cette fille d’Abraham, «tu verras comme je saurai le garder». Jésus disait : «Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu». Qui peut nuire à celui qui repose dans les bras du Dieu tout-puissant ?

(v. 4). Il est beau de pénétrer dans l’intimité d’une famille où la foi en un Dieu tout-puissant et fidèle domine. Amram et Jokébed avaient appris à leurs enfants ce qu’ils connaissaient du Dieu de leurs pères Abraham, Isaac et Jacob. Ils leur avaient fait part des promesses et de leur esperance. Ils les avaient associés à leurs douleurs. Heureuse une telle famille. Puissent les familles chrétiennes être aussi formées sur ce modèle, elles qui possèdent la pleine lumière de la révélation, les promesses en Christ et la glorieuse et bienheureuse espérance. La soeur de l’enfant, celle qui plus tard sera Marie, la prophétesse, associée à Moïse dans son oeuvre , se tient à distance et veille pour savoir ce qui arrivera à l’enfant. Il a été confié à Dieu, Dieu l’abandonnera-t-il ; trompera-t-il la confiance de la mère ? C’est impossible. Si elle a été obligée de l’abandonner, «l’Éternel le recueillera» (Ps. 27:10). Ainsi ce qui arrivera à l’enfant, ce qu’on «lui fera», sera bien, et à la gloire du Dieu fidèle, car c’est Lui qui conduit tout ; il fait travailler toutes choses pour le bien de ceux qui l’aiment (Rom. 8:28). Comme nous savons peu que c’est Lui qui dirige tous les événements, même ceux qui semblent les plus insignifiants. Un passereau ne tombe pas en terre sans sa volonté (Matth. 10:29) ; que sera-ce à notre égard, nous dont les âmes immortelles lui sont chères ? Remettons donc avec confiance tout entre ses mains.

(v. 5). Nous voyons ici clairement cette direction souveraine de toutes choses par la main du Dieu tout-puissant. Assuérus, une nuit, ne peut dormir et se fait apporter le livre des annales de son règne. Ce fait si insignifiant en lui-même, est amené par Dieu pour procurer la délivrance des Juifs. C’est le même Dieu qui conduit la fille du Pharaon ce jour-là vers le fleuve, et précisément à l’endroit où se trouve l’enfant qui doit être le libérateur d’Israël. «Le coeur de l’homme se propose se voie, mais l’Éternel dispose ses pas» (Prov. 16:9). La princesse d’Égypte s’était proposé sa voie ; elle pensait n’agir que selon sa volonté, et, à son insu, l’Éternel disposait ses pas vers l’endroit où il allait donner à la foi de Jokébed la plus merveilleuse réponse, et préparer la délivrance de son peuple en en plaçant l’instrument dans l’abri le plus sûr, en attendant le moment où il se servirait de lui. Que les voies de Dieu sont simples et admirables ! Une autre Égyptienne, si elle eût trouvé l’enfant, aurait peut-être désiré l’arracher à la mort, mais cela lui aurait-il été possible ? N’aurait-elle pas craint l’édit du roi ? Mais si la fille du Pharaon s’intéresse à lui, qui pourra le lui ôter ?

(v. 6). Dieu qui a conduit les pas de la fille du Pharaon, lui fait aussi porter ses regards vers l’endroit où le coffret se trouve et excite ainsi sa curiosité. Elle veut savoir ce qu’il recèle ; elle l’ouvre, elle voit l’enfant, «un petit garçon qui pleurait». Quelle vérité et quelle simplicité divines dans ce récit ! Les pleurs sont l’apanage de l’homme pécheur. Il pleure dès son entrée dans la vie ; son chemin est semé de larmes, larmes de douleurs, larmes de deuil, larmes de regrets, larmes de repentance. Bienheureux s’il a versé ces larmes-là aux pieds du Sauveur (Luc 7:38), car il échappera à ce lieu de larmes éternelles, là où il y a des pleurs et des grincements de dents (Matth. 22:13), et il sera dans le sein du Dieu qui essuiera toute larme de ses yeux (Apoc. 21:4). D’où viennent ces pleurs de l’enfant, d’un enfant de trois mois ? Inconsciemment, il appelle sa mère, il a besoin d’elle, et celle qu’il voit n’est point elle. Quel sentiment s’éveillera dans le coeur de la fille du Pharaon ? Partagera-t-elle la haine de son père contre le peuple esclave, et enverra-t-elle sa servante jeter dans le fleuve ce rejeton d’Israël ? Non ; Dieu a dirigé ses pas vers l’enfant, et maintenant Dieu incline son coeur vers lui. Celui qui dispose les pas de l’homme est aussi Celui qui tient dans ses mains le coeur d’un roi et «l’incline à tout ce qui lui plaît» (Prov. 21:1). «Elle eut compassion de l’enfant», bien qu’elle eût reconnu en lui un des enfants des Hébreux. Elle eût pu le laisser là, avec indifférence, mais Dieu a créé en elle la compassion ; la tendresse naturelle au coeur de la femme s’est éveillée en elle sous l’action divine, et elle ne le laissera pas périr. Ainsi, tandis que le Pharaon, sous l’impulsion de Satan, répand la mort, la fille du Pharaon, sous l’impulsion de Dieu, conserve la vie. Le diable, «le voleur ne vient que pour voler, et tuer, et détruire ; mais moi», dit Jésus, «je suis venu afin qu’elles aient la vie» (Jean 10:10). L’un est meurtrier dès le commencement, Christ est le Prince de la vie, qui possède, donne et conserve la vie.

«Elle eut compassion de lui» ; sa haute position n’a pas desséché son coeur ; il est ému envers cet enfant d’un peuple esclave. Comme la pensée se porte vers Celui qui est le Dieu des compassions, et qui donne au coeur de l’homme d’être compatissant ! Dieu a manifesté en Jésus tout ce qu’il est ; aussi voyons-nous la compassion divine déborder du coeur du Sauveur (Marc 1:41 ; 8:2 ; Matth. 9:36 ; Luc 7:13, etc.). De cette source découlait la compassion qui remplissait le coeur de la fille du Pharaon pour ce pauvre petit enfant hébreu.

(v. 7). Attentive à ce qui se passait, lisant dans les traits et les gestes de la princesse les sentiments qui l’animaient, voyant que son petit frère n’avait rien à craindre, Marie qui, quatre-vingts ans plus tard, célébrera la victoire de Dieu sur les Égyptiens, s’aperçoit que la beauté divine du petit enfant a remporté une victoire pacifique sur le coeur de la fille des Pharaons, et qu’une réponse a été donnée à la foi de ses parents. Elle partageait cette foi — elle prend courage et ose s’approcher ; Dieu qui la réservait à de grandes choses, l’emploie déjà, quoique toute jeune, comme un instrument de ses desseins, et lui donne la sagesse pour agir. Heureux les jeunes gens qui, de bonne heure, ayant appris à connaître Dieu, sont prompts à le servir ! Ils peuvent, comme le petit garçon de Jean 6:9, n’être que les porteurs d’un peu de nourriture pour les affamés, ou comme la jeune servante de la femme de Naaman (2 Rois 5), ne pouvoir qu’indiquer où l’on peut entendre la parole de salut ; la grandeur de l’œuvre, aux yeux de Dieu, consiste dans le dévouement du coeur chez celui qui l’accomplit. Ici, de toute manière, c’est le coeur qui parle et fait agir la soeur de l’enfant. Qui le nourrira ? Une mère égyptienne voudra-t-elle faire partager le lait de son propre enfant avec un Hébreu ? Ah ! mais parmi les Hébreux, il en est beaucoup qui pleurent leurs enfants et seraient heureuses de nourrir celui-ci sauvé de la mort. Mais entre elles toutes il y en a une, inconnue de la fille du Pharaon, qui tient au coeur de Marie, et qui recevra l’enfant et le nourrira avec une tendresse maternelle. C’est la mère elle-même. Comme tout ici est délicat et digne de Celui dont le coeur est celui d’un père (Ps. 103:13), et qui en même temps veut couronner la foi de Jokébed d’une couronne de joie et de bonheur. «Irai-je et appellerai-je auprès de toi une nourrice d’entre les Hébreues, et elle t’allaitera l’enfant ?» Elle a deviné que la fille du souverain de l’Égypte a, dans son coeur, adopté le bel enfant, qu’elle le tient pour sien : «elle t’allaitera l’enfant». Quelles merveilles Dieu accomplit dans les coeurs ! «La fille du Pharaon dit : Va. Et la jeune fille alla et appela la mère de l’enfant». Quel transport dans le coeur de la mère ! Son enfant vit, et non seulement il vit, mais elle le nourrira. Elle pourra le serrer sur son sein sans crainte qu’on le lui ravisse. N’appartient-il pas à la fille du Pharaon ? Comme Abraham, elle recouvra son fils par une sorte de résurrection. La foi fait sortir la vie de la mort, elle goûte la douce récompense de sa confiance en l’Éternel. Oui, vraiment il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent en s’approchant de Lui par la foi (Hébr. 11:6). Puissions-nous en faire l’expérience !

(v. 9, 10). Quel abri plus sûr pouvait-il y avoir pour le futur libérateur d’Israël que le palais du Pharaon ? Quelle préparation à la grande oeuvre qu’il devait accomplir, que de connaître d’avance de près, ceux en face de qui il aurait à se trouver ? Aussi lisons-nous : «La fille du Pharaon dit à la mère : Emporte cet enfant, et allaite-le pour moi, et je te donnerai ton salaire. Et la femme prit l’enfant, et l’allaita. Et l’enfant grandit, et elle l’amena à la fille du Pharaon, et il fut son fils ; et elle appela son nom Moïse, et dit : Car je l’ai tiré des eaux». L’enfant, aux yeux du monde, n’a plus sa véritable mère ; c’est la fille du Pharaon qui l’est. Jokébed allaite bien son propre enfant, mais c’est pour la princesse d’Égypte ; c’est à elle qu’elle l’amène, et il est son fils destiné à être élevé sur les marches du trône. Jokébed n’est que la nourrice à qui l’on donne un salaire, mais que lui importe ? L’enfant d’Israël est allaité par une fille d’Israël. Rien dans ses veines du sang égyptien ; il était à part ainsi dès sa naissance. Elle n’avait pas besoin du salaire ; elle a son enfant, la réponse à sa foi, la plus grande récompense. Son salaire, c’était Dieu lui-même. Comme son grand ancêtre Abraham, à qui Dieu dit : «Ne crains pas ; je suis ton bouclier et ta grande récompense», elle aussi a vu la protection de l’Éternel s’étendre sur son enfant, et il lui a été rendu ; Dieu remplit son coeur d’une sainte joie.

(v. 10). L’enfant grandit sous les soins maternels, et il faut de nouveau s’en séparer. Mais ce n’est plus pour l’exposer, pauvre et chétif sur les eaux du Nil, abandonné de tous, sauf de l’Éternel. C’est pour le conduire dans le palais, sous les riches lambris de la demeure du Pharaon. La foi en sera-t-elle moins en exercice ? Non, Jokébed sait que cet enfant divinement beau sera un instrument de bénédiction pour son peuple. Comment ? elle l’ignore, mais elle a confiance, et bien qu’il lui en coûte de se séparer de lui, elle fait encore ce sacrifice à Dieu pour le bien de son peuple. Elle ne doute pas que celui qui est adopté pour fils par la fille du Pharaon, n’emploie son rang et son influence en faveur de ses malheureux frères. A-t-elle vu de ses yeux la réponse à sa foi ? C’est peu probable. Nous n’avons pas besoin de voir ici-bas accompli ce que nous avons demandé. Ce qui honore Dieu, c’est une confiance absolue, «croire sans avoir vu». N’en a-t-il pas été toujours ainsi ? «Tous ceux-là, ayant reçu témoignage par la foi, n’ont pas reçu ce qui avait été promis». Il y a quelque chose de meilleur que de voir ici-bas ; ce sera de voir dans la splendeur de la gloire le magnifique exaucement de tout ce que notre foi aura confié à Dieu.

«Elle l’amena à la fille du Pharaon, et il fut son fils ; et elle appela son nom Moïse, et dit : Car je l’ai tiré des eaux». L’adoption était complète. Elle lui donne un nom, et ce fait indique bien qu’elle le considère comme sien. Elle a une bonne raison pour se regarder comme sa mère : c’est elle qui l’a sauvé, tiré de la mort, rendu à la vie. Ainsi il est bien à elle, et cher à son coeur. Telles sont les voies de Dieu. Satan l’avait destiné à la mort, mais Dieu le sauve, pour qu’à son tour il soit sauveur.

Le discours d’Étienne, au chap. 7 des Actes, et le chap. 11 de l’épître aux Hébreux, nous donnent quelques détails d’un grand intérêt et de précieux enseignements sur cette portion de la vie de Moïse, je veux dire le temps qu’il passa auprès de la fille du Pharaon.

À ce propos, il ne sera pas inutile de remarquer que l’Ancien Testament donne simplement le récit des faits, et que le Nouveau Testament, dans plusieurs cas, fournit comme un commentaire qui nous fait pénétrer dans les sentiments et les motifs qui faisaient agir ceux dont il est question. C’est ce que nous voyons dans l’histoire de Moïse. Et nous pouvons voir aussi que, s’il s’agit de la foi des hommes de Dieu, l’Esprit Saint, en la rappelant, passe sous silence leurs fautes et leurs défaillances, pour ne relever que les choses qui font briller cette foi.

Moïse fut fils de la fille du Pharaon, nous dit l’Exode. Étienne nous dit qu’il fut élevé pour elle, afin qu’il fût son fils, et il nous apprend ce que ce titre comportait. Il fut, comme tel, instruit dans toute la sagesse des Égyptiens, cette sagesse si renommée partout dans le monde ancien, et qui embrassait non seulement les sciences vulgaires et les règles de la vie, mais aussi des vérités religieuses plus élevées (quoique mêlées d’idolâtrie), qui étaient l’apanage des prêtres et restaient cachées au peuple. Mais toute cette sagesse était humaine et ne conduisait pas à la connaissance du vrai Dieu. Toutefois, dans la sagesse de Dieu, il était bon qu’il eût reçu cet enseignement qui même, humainement parlant, le mettait au niveau des sages de ce pays, et lui donnait une autorité aux yeux des Égyptiens. Nous lisons plus loin dans l’Exode : «Moïse aussi était très grand dans le pays d’Égypte, aux yeux des serviteurs du Pharaon et aux yeux du peuple». Sans doute, ce furent les signes qu’il opéra au nom de l’Éternel qui l’avaient grandi ainsi devant tous, mais nous ne pouvons douter que les connaissances qu’il avait acquises dans sa jeunesse ne lui servissent aussi. Dieu sait comment préparer les instruments qu’il emploiera à ses desseins. Paul appelé à combattre les subtilités rabbiniques, les avait étudiées avant sa conversion aux pieds de Gamaliel ; d’un autre côté, apôtre des nations, devant être témoin devant les gouverneurs et les rois gentils, il avait acquis la connaissance de ce que nous appellerions la littérature grecque, comme le prouvent les citations qu’il fait. Dans notre temps, le puissant réformateur Luther, que Dieu appela a remettre en lumière sa Parole et la vraie voie du salut, avait appris ce qu’étaient Rome et ses mortelles erreurs, pour avoir étudié dans ses écoles, rendu capable ainsi de combattre ce système abominable. Nous pourrions en citer d’autres exemples. Sans doute, il fallait avant tout, pour ces hommes éminents, la conversion dont nous avons tous besoin, même pour le plus humble service, et, comme nous le verrons, Moïse eut aussi à passer par les exercices qui conduisent à la révélation de Dieu à l’âme, à la conversion. Il fallait, pour accomplir l’oeuvre que Dieu leur donnait à faire, plus que la science acquise ; l’Esprit Saint devait être leur lumière et leur force, mais Dieu les préparait par ce qu’ils avaient acquis, à l’oeuvre spéciale que chacun avait à accomplir.

Mais le chap. 11 des Hébreux nous apprend autre chose. Comme fils de la fille du Pharaon, les richesses et les plaisirs pouvaient être son partage. Les honneurs lui étaient rendus. Il n’y avait rien à quoi il ne pût aspirer, même le trône. Il occupait la place la plus élevée dans le royaume. Pourquoi, comme son ancêtre Joseph, n’aurait-il pas pu être le second après le Pharaon ? Si Moïse, dans les voies de Dieu, avait été amené à occuper cette haute position, afin d’être protégé et gardé pour devenir le libérateur, d’un autre côté, cette élévation nous fait apprécier le motif qui le fait renoncer à tous ces avantages, quand le moment est venu. Y avait-il rien de plus propre pour éprouver ce qu’il était ? Saura-t-il renoncer à tout cela ? Comme Paul qui, avec tous ses avantages nationaux et religieux, pouvant aspirer à la plus haute place dans la synagogue, estima tout cela, quand il a connu Christ, comme un néant et y renonça, Moïse saura-t-il descendre des marches du trône et reconnaître comme étant son peuple, les misérables Hébreux ?

«Et il arriva, en ces jours-là, que Moïse, étant devenu grand, sortit vers ses frères». Le récit d’Étienne nous dit que, parvenu à l’âge de quarante ans, il lui vint au coeur de visiter ses frères. Durant ces quarante années, il avait joui des délices et des richesses d’Égypte, de sa position comme fils de la fille du Pharaon, son intelligence s’était développée, son esprit s’était enrichi de toutes les connaissances et de toute la sagesse des Égyptiens. Rien ne lui manquait quant au monde. Mais il n’ignorait pas à quelle race il appartenait. Il savait de quel sang il était, et il lui vint au coeur de voir de ses yeux la condition de ses frères, que sans doute il ne connaissait qu’en partie.

Et que vit-il ? «Il vit leurs fardeaux». Qu’aurait-il pu se dire ? Plus d’un aurait pensé : Je suis bien aise de me trouver dans une autre position. Quel bonheur d’y avoir échappé. «Je rends grâces à Dieu de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes», comme ces misérables esclaves, et il fût rentré dans son palais. C’eût été de l’égoïsme. Ne connaissons-nous pas ce sentiment ; qui fait que nous nous retirons dans nos privilèges, sans penser à ces misérables esclaves de Satan, de la race desquels nous sommes pourtant aussi ? Moïse aurait encore pu se dire : Je vais profiter de ma position auprès de ce Pharaon et de sa fille, pour obtenir la libération de mes frères, ou tout au moins un adoucissement à leurs travaux et à leurs peines. Mais alors d’où serait venue la délivrance ? De Pharaon et de Moïse, et non pas de Dieu par Moïse. Et à quoi cela eût-il abouti ? À conserver le peuple là où il ne devait pas être, loin de la terre promise. Cela ne se pouvait. Il en est de même pour la délivrance des âmes. Tout moyen humain pour alléger l’esclavage du péché, pour apaiser la conscience, pour donner l’espérance et pour conduire au ciel, manque son but. «Le salut est et doit être de l’Éternel», et ne peut être que de Lui.

Moïse voit plus que les fardeaux de ses frères. Il voit aussi sous quel joug oppresseur et barbare ils se trouvent. «Il vit un homme égyptien qui frappait un Hébreu d’entre ses frères». Remarquons le soin avec lequel la Parole insiste sur le fait qu’ils sont ses frères. Que fera-t-il ? Dès ce moment son coeur est avec eux dans leurs souffrances. Il descend des marches du trône pour s’identifier avec eux, coûte que coûte. Son choix est fait, il renonce à son titre glorieux , il jette loin les délices du péché et les richesses d’Égypte. Il préfère d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, qui est son peuple ; il partagera l’opprobre dont celui-ci est couvert et qui, au fond, est l’opprobre de Christ, puisque c’est le peuple d’où doit sortir Christ. C’est, on peut le dire, le premier pas de l’oeuvre de Dieu en Moïse, le premier moment dans sa conversion. Il a encore beaucoup à apprendre, Dieu l’enseignera. Bien des leçons ressortent de ces passages rapprochés de l’Exode et des Hébreux. En premier lieu, si nous regardons Moïse comme type du Seigneur, ne sommes-nous pas amenés à contempler cette glorieuse portion de la Parole qui nous montre l’abaissement volontaire du Seigneur ? Il a vu nos souffrances, et Lui, qui ne regardait pas comme un objet à ravir d’être égal à Dieu, s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave, afin de nous délivrer.

Quel mobile a fait agir Moïse ? «Par la foi», répond l’épître aux Hébreux. Nous avons dit qu’il n’ignorait pas d’où il était issu. Il avait sans doute connaissance des promesses faites à ses ancêtres. Maintenant la réalité se présente à son âme. Il saisit pour lui-même ces promesses ; c’est le peuple de Dieu, que Dieu a choisi, qui se trouve dans cette position misérable ; il croit ce qu’il ne faisait que connaître, et la foi est le levier puissant qui le fait agir et renoncer à tout : il regardait à la rémunération, au plein accomplissement de ce que Dieu avait dit.

N’en est-il pas ainsi de nous ? Qu’est-ce qui a donné à Paul de renoncer à tout, de regarder toutes choses comme des ordures en comparaison de l’excellence de Christ ? La foi, «la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est donné pour moi», dit-il. Et n’est-ce pas la foi aussi, la foi qui nous rend victorieux du monde, nous fait choisir l’opprobre de Christ, nous identifier avec son peuple, et dire : Ton peuple sera mon peuple ? Oui, la foi seule nous fait sortir du monde, nous en rend victorieux, annule pour nous ses attraits, et nous en détache, nous faisant voir la rémunération, Christ et la gloire céleste. Puissions-nous à cet égard, marcher sur les traces du Sauveur qui a repoussé Satan quand ce dernier lui montrait et lui offrait toutes les richesses et la gloire du monde ; puissions-nous marcher et sur ces traces, et sur celles de Moïse, et de Paul. Ce qui cause tant de langueur, tant de faiblesse et tant de chutes parmi les enfants de Dieu, c’est assurément le manque de foi, de cette foi qui réalise les choses de Dieu, et qui nous donne une ferme résolution d’être tout à Christ et pour sa gloire, de nous séparer du monde, d’en être victorieux.

Le coeur de Moïse était pour Dieu et pour son peuple, mais dans la pratique, il manque, parce qu’il suit l’impulsion de son coeur naturel et non l’ordre divin. Voyant «un Hébreu d’entre ses frères», maltraité par un Égyptien, son coeur généreux s’émeut, mais c’est le mouvement de la nature ; «il regarda çà et là, et vit qu’il n’y avait personne, et il frappa l’Égyptien et le cacha dans le sable». Avait-il un ordre de la part de Dieu d’agir ainsi, de se poser en défenseur de son peuple ? Non, il agit de son chef. Et comme le récit nous le montre bien, «il regarda çà et là, et vit qu’il n’y avait personne». Quand on agit par l’ordre de Dieu, on n’a rien à craindre, ni personne. On va droit de l’avant sans s’inquiéter de personne. On est sous le regard et la main de Dieu, et l’on peut dire : «Que me fera l’homme ?» On a la conscience que Dieu nous garde. Moise est Moïse en agissant ainsi. C’est le bras et la volonté de la chair ; l’acte est généreux selon le monde, il ne peut être approuvé de Dieu. C’est comme Pierre, lorsque tirant l’épée, sans doute pour son Maître, mais sans son Maître, il frappe le serviteur du souverain sacrificateur. Nous avons à attendre la volonté de Dieu pour agir, et une fois la connaissant, agir sans regarder çà et là, sans consulter la chair ni le sang.

D’un autre côté, les paroles d’Étienne nous font voir un motif dans l’acte de Moïse : «Il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main, mais ils ne le comprirent point». Ainsi Moïse avait bien la pensée de se poser en libérateur, il croyait que c’était la volonté de Dieu. Il ne se trompait point quant au fait. Il pouvait voir dans sa délivrance miraculeuse et la position qui lui avait été faite, des signes de sa vocation pour cette oeuvre, mais il errait en ce qu’il eût dû attendre le mot d’ordre de Dieu, et, par conséquent, se trompait quant au moment et à la manière de la délivrance. C’était Dieu lui-même qui devait déployer d’une manière ostensible sa grande puissance, non par l’épée d’un homme, mais par les manifestations de ses jugements. Et cependant ici encore, selon les paroles d’Étienne, nous pouvons voir en Moïse un type de Christ. Le Fils de Dieu vint chez les siens, non en faisant mourir les hommes, mais en détruisant les oeuvres du diable, et les siens ne l’ont pas reçu. Ils ne comprirent pas qu’il venait pour les sauver de leurs péchés, pour les affranchir véritablement. Ils refusèrent l’intervention de sa grâce qui apportait paix, vie, lumière et amour.

Et comment Moïse vit-il qu’il était ainsi rejeté par son peuple ? Par un fait bien simple. «Le jour suivant, il vit deux hommes hébreux qui se querellaient. Et il les engagea à la paix disant : Vous êtes frères ; pourquoi vous faites-vous tort l’un à l’autre ?» Quelle triste chose lorsque des frères, ceux qui ont même Seigneur, même foi, même espérance, se querellent, au lieu de vivre en bonne harmonie. Hélas ! cela n’arrive que trop souvent entre chrétiens ; de là les exhortations nombreuses et pressantes de la Parole. L’orgueil, la propre volonté et l’égoïsme sont les sources de ces dissensions. «Que vous ayez une même pensée, ayant un même amour, étant d’un même sentiment, pensant à une seule et même chose. Que rien ne se fasse par esprit de parti, ou par vaine gloire, mais que, dans l’humilité, l’un estime l’autre supérieur à lui-même, chacun ne regardant pas à ce qui est à lui, mais chacun aussi à ce qui est aux autres» (Phil. 2:2-4). Voilà ce qui écartera les querelles, et rendra capable d’obéir à cette autre parole de l’apôtre : «Pourquoi (si ton frère manque et te fait tort) ne supportez-vous pas plutôt des injustices ? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt faire tort ?» (1 Cor. 6:7). Alors aussi : «Votre douceur sera connue de tous les hommes» (Phil. 4:5). «Mais si vous vous mordez, et vous dévorez l’un l’autre, prenez garde que vous ne soyez consumés l’un par l’autre» (Gal. 5:15).

Dans cette intervention de Moïse, nous pouvons voir percer cet amour pour son peuple qui se manifestera d’une manière si intense dans la suite de sa carrière. Mais cet amour fut méconnu. «Celui qui faisait tort à son prochain, le repoussa, disant : Qui t’a établi chef et juge sur nous ? Veux-tu me tuer, comme tu tuas hier l’Égyptien ?» Ainsi à toute leur misère de la part de leurs oppresseurs, ils veulent encore ajouter celle qui résulte de leurs passions. Ils se donnent en spectacle aux Égyptiens, et ils repoussent celui qui veut les ramener au calme et aux sentiments qui conviennent à des frères. Cela n’a-t-il pas aussi une voix pour nous ? S’il n’y a point harmonie entre nous, chrétiens, mais des querelles, des luttes, des envies, que dira le monde ? Est-ce glorifier Christ ? N’est-ce pas le repousser ?

Moïse, avec les meilleures intentions, n’avait pas agi au commandement de Dieu ; il avait anticipé le moment de se montrer aux siens comme libérateur. Marchant avec sa propre force, selon ses pensées et les impulsions de son coeur, il échoue. Même s’il s’agit de l’oeuvre de Dieu, le serviteur de Dieu échouera aussi, s’il n’attend pas l’ordre de Dieu, le moment de Dieu.

Que fera Moïse maintenant ? D’une part, il s’est rendu coupable d’un meurtre qui est connu et qui le rend passible du jugement de Pharaon, d’autre part, ses frères le repoussent. Ici se montre la faiblesse de la chair de l’homme qui a agi de lui-même. Moïse a peur. S’il avait eu la conscience qu’il agissait selon l’ordre de Dieu, que par conséquent Dieu était avec lui, soutenu par cette force puissante, aurait-il eu peur ? A-t-il eu peur plus tard quand, envoyé de Dieu, il somme le Pharaon de laisser aller le peuple ? Non, il reste ferme, comme voyant Celui qui est invisible ; il ne craint pas la colère du roi, et il quitte l’Égypte avec le peuple que Dieu a délivré. Ici, il a peur, et il quitte l’Égypte seul. Il fuit, craignant la colère du roi. N’ayons pas confiance en nous-mêmes, nous tomberions ; mais fortifions-nous dans le Seigneur et dans la puissance de sa force, et avec Christ nous serons plus que vainqueurs.

Il fallait pour Moïse cette expérience de sa faiblesse, de même que plus tard il fallut que Pierre la fit aussi. La volonté, la propre volonté, qui déjà se manifeste si clairement chez le petit enfant, est au fond ce qui constitue l’homme. Cette faculté est bonne, mais elle doit être soumise à celle de Dieu, et ne pas être une volonté indépendante. La propre volonté doit être brisée. Le Seigneur Jésus était venu pour faire la volonté de Dieu, et dans toute sa vie il manifesta qu’il n’avait d’autre volonté que celle de son Père. C’était sa viande, son bonheur et sa joie. Il n’avait pas eu besoin que sa volonté fût brisée, il n’avait pas de volonté propre. Toutes ses pensées, tous ses désirs, tous les mouvements de son coeur, toutes ses paroles et tous les actes de sa vie étaient en harmonie avec la volonté de son Père. Il n’en est pas ainsi de nous. Nous avons une volonté propre, rebelle à celle de Dieu. Il faut que la mort passe sur elle, et que dans une nouvelle vie, celle de Christ, nous manifestions que c’est la volonté de Dieu, bonne, agréable et parfaite, que nous avons discernée et que nous suivons.

Moïse a agi selon sa volonté, et il se trouve sans force ; il s’enfuit au pays de Madian, et là, durant de longues années, il devra apprendre à l’école de Dieu.

Le Pharaon avait appris le fait, et, quelle que fût la position que Moïse avait occupée dans son palais, il devait subir la peine de mort que la loi égyptienne prononçait contre le meurtrier. Ce n’était pas une condamnation arbitraire ; elle était juste. Moïse n’avait pas agi sur un ordre de Dieu, mais en suivant sa propre impulsion. Il agissait comme un homme, d’après son sentiment naturel, quel que fût au fond son motif. Il voulait être un libérateur humain, soulever les Israélites contre leurs oppresseurs à la manière de certains héros antiques et modernes, les appeler à la liberté. Au point de vue humain, c’était généreux ; mais pas selon Dieu qui veut que l’on soit soumis à l’autorité qu’il a établie. Dieu n’est pas révolutionnaire, il ne saurait approuver la révolte, mais son autorité est au-dessus de toute autre, et le cas échéant, «il faut lui obéir plutôt qu’aux hommes». Tel n’était pas le cas de Moïse ; il était passible de la peine de mort. Mais Dieu qui l’avait choisi pour être le libérateur d’Israël, ne permet pas que le Pharaon accomplisse son dessein ;  Moïse peut s’enfuir, et se réfugie au pays de Madian. La situation exacte de ce pays n’est guère connue et n’a pas d’importance pour l’histoire de Moïse ; toutefois on peut penser qu’à cette époque les Madianites, ou au moins une de leurs tribus, habitaient l’est de l’Arabie Pétrée, séparée de l’Égypte par le désert de Paran, et que c’est là que Moïse se rendit.

Quoi qu’il en soit, nous voyons celui qui avait occupé un rang si élevé en Égypte, et qui y avait renoncé pour délivrer ses frères, rejeté par eux, et venir en fugitif dans un pays lointain. Il est là, seul, inconnu, étranger ; que va-t-il faire ? «Il s’assit près d’un puits». Comment ces simples paroles ne reporteraient-elles pas nos pensées vers ce qui se passa quinze siècles plus tard, quand Celui qui était plus grand que Moïse, le Fils de Dieu, seul aussi et étranger, lassé du chemin, s’assit près du puits à Sichar ? Moïse était sans doute aussi fatigué du chemin, et auprès du puits se demandait ce qu’il allait faire. Notre précieux Seigneur savait bien, Lui, pourquoi il était là. «Il fallait qu’il passât par la Samarie». La volonté de son Père et son amour l’avaient conduit là pour apporter à une pauvre femme misérable à cause de ses péchés, le don gratuit de Dieu, pour lui ouvrir la fontaine rafraîchissante de la grâce jaillissant dans le coeur en vie éternelle. Dieu, nous n’en pouvons douter, avait conduit Moïse en cet endroit, et lui fournit l’occasion de manifester cette générosité, et ce dévouement de coeur qui l’avaient porté à défendre ses frères. Les filles de Rehuel viennent abreuver le bétail de leur père. Elles ont travaillé pour puiser l’eau et remplir les auges. Mais leur travail risque d’être vain. De méchants bergers veulent s’emparer pour eux-mêmes de cette eau, et elles sont sans force pour leur résister. C’est alors que Moïse se montre comme libérateur. Il se lève, écarte les bergers et secourt celles qui sont impuissantes ; puis il abreuve lui-même leur bétail, bien que ce soient des étrangères. Type encore du Sauveur qui, rejeté par les siens, se tourne vers les nations et leur fait annoncer la bonne nouvelle du salut ; type du Sauveur encore en ceci : après nous avoir délivré, il ne cesse de nous bénir, pourvoyant lui-même à nos besoins.

Les filles de Rehuel sont retournées vers leur père, laissant là Moïse. Elles ont éprouvé les effets de sa générosité, et cela leur a suffi. Combien souvent il arrive que des âmes, heureuses d’avoir trouvé le salut, ne cherchent pas à connaître plus intimement leur Sauveur ! Elles rapportent fidèlement à leur père ce qui s’est passé, et louent la peine que Moïse s’est donnée : «Un homme égyptien nous a délivrées de la main des bergers, et il a aussi puisé abondamment pour nous et a abreuvé le bétail». Le Seigneur délivre de la puissance de Satan, il fait couler abondamment pour nous les richesses de sa grâce, il nous donne du soulagement et du repos.

Moïse ne peut plus rester un étranger. Rehuel fait comprendre à ses filles qu’elles n’auraient pas dû le laisser là, que c’était de l’ingratitude. Il veut l’avoir dans sa maison, reconnaître ce qu’il a fait et apprendre à le connaître. «Qu’il mange du pain» signe de l’hospitalité. Ainsi nous avons à recevoir Jésus, et Lui veut bien entrer dans notre intimité et nous faire jouir de sa communion. «Moïse consentit à habiter avec lui».

Moïse est là comme étranger, méconnu et rejeté par ses frères, et abaissé ; obligé de fuir dans un pays éloigné. Mais là il trouve une épouse. Rehuel a appris à le connaître et à l’apprécier ; il lui donne Séphora, sa fille, l’une de celles que Moïse avait délivrées de la main des bergers. Ainsi le Seigneur, rejeté par les siens, s’est tourné vers les nations ; sa gloire est cachée sauf aux yeux de la foi, et il rassemble par l’Esprit Saint ceux qu’il a sauvés, et fait d’eux, réunis en un, son Épouse, l’Église. Mais le coeur de Moïse est avec les siens, avec l’Israël dont il est éloigné. C’est ce que nous montre le nom qu’il donne à son fils, Guershom, qui rappelle qu’il n’est là qu’en séjour. Le coeur de Jésus-Jéhovah n’est-il pas tourné vers Israël qu’il délivrera quand le temps sera venu, le temps que le Père a réservé à sa propre autorité (Act. 1:7) ; les temps de rafraîchissement ? (Act. 3:19)

(v. 23-25). Moïse, en Madian, pensait à son peuple qui était en Égypte, et c’est là que l’Esprit Saint nous ramène. «Et il arriva en ces jours, qui furent nombreux, que le roi d’Égypte mourut». Il est question de ce Pharaon cruel qui asservit Israël, et qui eut la pensée de le détruire. Mais la servitude n’est point allégée par le fait de cette mort. Les successeurs du Pharaon continuent sa politique à l’égard des Hébreux, au moins quant à la question d’esclavage. Et les Israélites, accablés sous leur dur service, «soupirèrent et crièrent». Hélas ! vers qui crièrent-ils ? Ils s’étaient abandonnés à l’idolâtrie d’Égypte, comme nous le voyons en Ézéch. 20:7-8 ; ce n’est pas à l’Éternel qu’ils crièrent, et les dieux de l’Égypte auraient-ils pu les entendre, s’ils avaient crié à eux ? Est-ce à cause de leur état de péché qu’ils crient ? Non, c’est l’excès de leur souffrance qui les fait soupirer. Combien n’y a-t-il pas de ces souffrances, de ces douleurs, qui font soupirer tant de coeurs ignorants de Dieu ! Y serait-il insensible ? Nos versets répondent pour ce qui concerne Israël. Bien qu’ils ne se fussent pas tournés vers Dieu, leur cri monta vers Lui, il ouït leur gémissement ; il se souvint de son alliance avec leurs pères Abraham, Isaac et Jacob ; il les regarda et connut leur état. Combien toutes ces expressions sont touchantes et comme elles nous montrent bien le coeur de Dieu. Ah ! il n’oublie pas sa pauvre créature souffrante, misérable à cause du péché, asservie à Satan. Il fit attention aux fils d’Israël pour lesquels il y avait des promesses ; il s’en souvint, car le temps était venu de les accomplir. Quel que fût leur état, et même s’ils ne se souvenaient pas de Lui, il entendait leurs gémissements et était prêt à les délivrer. Ainsi, quand Ismaël était mourant de soif sous l’arbrisseau où sa mère l’avait jeté par désespoir, ne pouvant le secouri, alors qu’elle ne se souvenait plus de sa rencontre avec Dieu au puits du Vivant qui se révèle ni des promesses faites au sujet de ce fils, Dieu, lui, se souvient et entend le cri de l’enfant inconscient (Gen. 16 et 21). Et n’y a-t-il rien pour nous, là ? Si, Dieu entend les soupirs qu’exhale un état de souffrance, même si nous ne savons pas exprimer ce que nous ressentons. Quand un pécheur accablé par son état de péché et les conséquences dont il souffre, soupire et ne sait que faire pour que son fardeau soit allégé, son cri monte vers Dieu, qui l’entend, qui connaît son état, qui se souvient, pour ainsi dire, de l’oeuvre accomplie par son Fils bien-aimé pour le salut et la délivrance du pécheur, et Dieu répond en faisant connaître à ce pécheur sa grâce parfaite et son Libérateur : c’est ce que fit l’Éternel pour Israël.

«En ces jours, qui furent nombreux», nous est-il dit. Ils furent nombreux, en effet, les jours qui s’écoulèrent depuis le moment où Israël rejeta Moïse. Quarante ans passèrent encore dans ce douloureux servage. Mais si nombreux qu’ils fussent, Dieu les comptait. Il avait annoncé à Abraham le temps où sa postérité sortirait du pays de l’oppression (Gen. 15:13 ; comp. Ex. 12:40-41). Pas un jour de plus que ceux que Dieu avait comptés ne devait les retenir en Égypte. Dieu compte aussi pour nous les jours d’épreuve par lesquels sa sagesse et son amour jugent bon de nous faire passer, «afin de nous rendre participants de sa sainteté, et nous faire porter un fruit de justice». L’épreuve, dont il donnera l’issue, ne durera pas une heure, pas une minute de plus que ce qui est nécessaire. Dieu a tout mesuré pour arriver à son dessein de grâce. Quelle consolation ! Rien d’arbitraire dans ses voies envers nous. Il fait travailler toutes choses en notre faveur ; les épreuves aussi. Remarquons que si Smyrne doit passer par la persécution, c’est pendant dix jours, pas un de plus, quelle que soit la haine de Satan et de l’homme. Si, compté en vue de l’homme, le temps où la sainte cité est foulée aux pieds est de quarante-deux mois, si le temps où la femme, le vrai Israël est au désert trois ans et demi, en vue du témoignage du résidu persécuté et souffrant, Dieu compte mille deux cent soixante jours (Apoc. 11-12). Nos temps sont en sa main, quels qu’ils soient.

3                    CHAPITRE 3

Depuis quarante ans, Moïse suivait son chemin solitaire, dans l’humiliation ; de prince, il était devenu serviteur. Que de pensées devaient s’agiter dans son coeur ! À quoi lui servait toute la sagesse recueillie auprès des savants de l’Égypte ? Tout avait disparu pour lui : gloire, honneur, richesse, science. Il fallait que Moïse fût dépouillé de Moïse. Sans doute, ces quarante années avaient agi, par la grâce de Dieu, sur lui, pour lui faire dépouiller ce qu’il était et l’amener à ce que Dieu voulait qu’il fût. Dieu brise l’instrument, l’abaisse dans la poussière, et c’est alors qu’il s’en sert. L’énergie naturelle de Moïse devait être subordonnée à Dieu.

Nous n’avons pas le droit de prendre quelque chose et de nous en servir pour nous. Tout appartient à Dieu, et il n’y a de service intelligent que lorsque nous Lui offrons tout.

Moïse est amené à cela, et maintenant il a besoin d’un ordre de Dieu pour agir. Le Seigneur Jésus, lorsqu’il vint sur la terre pour faire la volonté de son Père, était soumis à cette volonté. Lui aussi passa des jours nombreux dans l’obscurité, non qu’il en eût besoin, mais nous voyons que Dieu tient tous ses serviteurs, Moïse, Paul, dans la dépendance et l’obscurité, pendant un temps, avant de se servir d’eux. Lorsque leurs facultés sont mises en mouvement par Dieu, alors tout va bien.

Moïse doit apprendre une chose essentielle, c’est qu’il a besoin de connaître personnellement Dieu ; alors le service est dépouillé du moi. Nous ne devons pas nous contenter d’être sauvés ; il nous faut entrer dans la connaissance intime de Dieu. Alors, nous sommes remplis d’intelligence spirituelle pour faire sa volonté ; c’est ainsi que nous pouvons marcher dans son service.

(v. 1). Moïse conduit son troupeau bien loin, derrière le désert, à Horeb, une des pointes de la chaîne du Sinaï. Sinaï représente la loi, et Horeb plutôt la grâce.

Élie doit aller à Horeb, quand il est irrité de ce que Dieu n’a pas châtié Israël comme il le voudrait, et là il apprend que Dieu n’est pas dans l’orage, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais dans le son doux et subtil de la grâce. Horeb est appelé ici «la montagne de Dieu», la montagne où Dieu va se manifester en grâce à son serviteur pour le peuple d’Israël. C’est merveilleux de voir comment Dieu se fait connaître à ses serviteurs selon ce qu’ils sont. Remarquons comment il appelle l’attention de Moïse. Pour un homme versé dans les sciences, il fallait quelque chose de frappant. Moïse voit un buisson en feu qui ne se consume pas. Une chose semblable était étrange, et il désire voir de près ce phénomène extraordinaire.

«L’Ange de l’Éternel apparaît à Moïse dans une flamme de feu». L’Ange de l’Éternel !... C’est cette personne qui vint visiter Abraham sous sa tente, qui se présenta comme Chef de l’armée de l’Éternel devant Jéricho, qui apparut à Gédéon, qui, plus tard, apparut à la femme de Manoah pour lui annoncer la naissance de Samson. Celui qui est appelé l’Ange de l’Éternel, c’est l’Éternel lui-même dans son représentant, c’est Jéhova, le Seigneur Jésus. Cela nous est confirmé en Jean 12:41 : «Ésaïe dit ces choses, parce qu’il vit sa gloire», et nous trouvons, au chap. 6 du prophète, qu’il vit le Seigneur, l’Éternel des armées.

L’Éternel venait visiter son peuple dans l’affliction sur la terre, avant de lui apporter le salut.

Que c’est beau de rencontrer tout du long cette même personne dans l’Écriture !

Pourquoi ce buisson ? C’est pauvre, misérable d’aspect, un buisson, sans utilité, fait pour être coupé et jeté au feu. N’est-ce pas l’image de ce pauvre peuple esclave ? Il est là comme un buisson, en Égypte ; et le feu, n’est-ce pas cette fournaise d’Égypte au milieu de laquelle se trouvait ce peuple, sans que rien pût le consumer ? Il ne peut l’être, parce que l’Éternel est là, au milieu. Le peuple ne le savait pas, il gémissait, mais l’Éternel est là, et, quelles que soient les flammes, Israël ne peut être détruit.

(v. 5). Qu’est- ce qui rendait ce lieu une terre sainte ? La présence de Dieu. — Dieu est saint ; il est un feu consumant pour le péché ; il est le feu du jugement pour ses ennemis, mais non pour son peuple. S’il se présente à nous en grâce, n’oublions pas qu’il est saint. Moïse reçoit l’ordre d’ôter ses sandales de ses pieds. Rien de la poussière du désert ne pouvait trouver place devant Dieu. Rien du monde ne peut venir en sa présence. Il faut que les sandales soient ôtées et que les coeurs soient débarrassés des choses de la terre.

Dieu dit : «Soyez saints, car je suis saint». Mais c’est Lui qui, dans sa grâce, nous purifie.

(v. 6). Moïse obéit, mais maintenant il a peur, il n’ose lever les yeux. Le respect convient à celui qui s’approche de Dieu. Nous nous approchons comme d’un Père, avec confiance, mais n’oublions pas qu’en même temps nous nous approchons d’un Dieu saint, trop pur pour voir le mal, et, nous rappelant notre indignité, approchons-nous avec respect, avec révérence. C’est bien de tels sentiments qui doivent remplir le chrétien lorsqu’il s’agenouille devant Dieu.

Lorsque, le visage caché, Moïse est là, craignant de regarder, Dieu lui fait cette déclaration précieuse, qui devait porter le calme dans son coeur et bannir toute crainte : «Je suis le Dieu de ton père». Moïse, par la foi de ses parents, avait été conservé, exposé, délivré. Cette foi de son père avait appelé sur lui les bénédictions de Dieu, et il est beau d’entendre Dieu lui dire : «Je suis le Dieu de ton père», Celui qu’il a servi, Celui en qui il a mis sa confiance ; et maintenant Je viens vers toi. L’Éternel dit aussi : «Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob». Il fait remonter Moïse à ces temps reculés où il voulait bien être appelé le Dieu des patriarches.

Dès qu’il y a eu une alliance formée entre un homme et Dieu, Dieu est devenu son Dieu, le Dieu d’Abraham. Avant ce moment, il n’est jamais appelé le Dieu d’un de ses serviteurs, le Dieu de Noé, par exemple.

Nous avons aussi notre Dieu, et Celui qui nous a introduits dans la communion de notre Dieu et nous l’a fait connaître comme Père, c’est Jésus.

Moïse fait la connaissance de Dieu, il a entendu sa déclaration, et maintenant il est préparé pour entendre ce que l’Éternel a à lui dire.

Nous avons vu que ce n’est qu’après avoir laissé Moïse longtemps au pays de Madian, après l’avoir fait passer, pour ainsi dire, par une école de quarante ans, que Dieu commence à se révéler à lui. Le temps était venu, la mesure était comble pour les souffrances du peuple que Dieu voulait délivrer ; il choisit l’homme dont il veut se servir dans ce but, et, au moment de l’envoyer, il se révèle à lui, au milieu de ce buisson d’épines, symbole du peuple dans son état de misère et de réjection ; mais Dieu y est, un feu consumant pour les ennemis, mais plein de grâce pour son peuple. Dieu se révèle à Moïse (v. 6) comme «le Dieu de son père» et comme «le Dieu d’Abraham» ; c’est-à-dire comme le Dieu de la foi et le Dieu de la promesse. Le père de Moïse avait montré sa foi en ne voulant pas livrer son fils aux meurtriers égyptiens, et Abraham avait été le dépositaire des promesses.

Dieu se révèle donc à Moïse avant de l’envoyer ; c’est toujours ainsi que fait Dieu. Il se présente premièrement, se révèle à celui dont il veut se servir pour une mission spéciale ; nous le voyons dans le cas de Paul ; c’est premièrement : «Je suis Jésus», puis : «Je t’enverrai...». Une autre chose encore digne de remarque, c’est que Dieu ne dit pas tout de suite à Moïse : «Je t’enverrai» ; il s’occupe d’abord de l’état du peuple ; il rappelle au coeur de Moïse, qui, lorsqu’il était chez le Pharaon, était allé voir le peuple affligé, ce que Lui ressent pour le peuple : «J’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple... j’ai entendu... je connais ses douleurs». C’est son peuple, quoi qu’il en soit de son état actuel, bien qu’il ait oublié son Dieu et se soit associé à l’idolâtrie, un résidu excepté, mais il n’en est pas moins son peuple. Abraham avait été choisi, il avait reçu les promesses, et Dieu s’en souvient ; c’était son peuple. Que le peuple ne méritât pas une telle grâce, ce livre même nous le montre un peu plus loin ; au temps de la Pâque, il fallut le sang sur le linteau et les poteaux des portes pour que l’ange destructeur n’entrât pas chez les Israélites aussi bien que chez les Égyptiens. Le peuple ne méritait donc absolument rien, mais il était le peuple de Dieu, et cela grâce aux promesses, à l’élection et à la fidélité de Dieu. Si nous faisons l’application de tout ceci à nous-mêmes, nous aussi nous Lui appartenons en propre ; mais souvenons-nous que, si nous sommes au Seigneur, si nous en avons la conscience, c’est pour nous un motif de vivre dans la sainteté.

Donc, premièrement, Dieu a vu, du haut du ciel, son pauvre peuple ; ce n’est pas qu’il eût jamais cessé de s’en occuper, mais maintenant le moment était venu d’intervenir d’une manière spéciale. Il a vu, son oreille a été attentive. Pour nous de même, Dieu nous voit, nous suit ; dans l’épreuve nous nous demandons peut-être s’il nous oublie ; mais non, dans l’épreuve même, et là surtout, quand l’Esprit en nous crie, il voit, il entend nos soupirs, il comprend nos douleurs. Ceci nous conduit à nous rappeler que c’est pour cela même que le Seigneur est venu dans ce monde ; que de fois nous lisons dans les évangiles : «Il vit ; son coeur fut ému de compassion», etc., etc. Nous, nous pouvons entendre et voir la douleur sans pouvoir y porter remède ; Lui, ne peut rester impassible, et dans son amour il intervient. Son coeur ! qui peut le sonder, qui peut décrire l’immensité de son amour ?

Pour Israël, Dieu était descendu ; sa présence était véritable et se manifestait d’une manière spéciale. Il est venu là où l’on avait besoin de Lui, où Lui seul pouvait intervenir, où le bras de la chair était impuissant, ainsi que Moïse en avait fait l’expérience. Il était venu pour délivrer son peuple, pour le soustraire au joug qui l’opprimait. Jésus est venu pour briser notre joug, pour nous délivrer et nous sauver. Tout pour Israël s’accomplissait en vue de la terre ; c’était un peuple terrestre. Nous, nous avons été délivrés du joug de Satan, de la servitude du péché. Pour le peuple, Dieu avait en vue, non seulement la délivrance, mais encore la bénédiction. Il était venu, il voulait les délivrer, les bénir, les introduire dans un pays ruisselant de lait et de miel. Nous, nous sommes bénis de toute bénédiction spirituelle, et nous entrerons dans cette Canaan céleste dont celle d’ici-bas n’était qu’une bien faible image, et, en attendant, déjà maintenant, par la foi, nous jouissons de toutes ces bénédictions.

Dans le v. 9, Dieu résume. «Voici, le cri des fils d’Israël est venu jusqu’à moi ; et j’ai aussi vu l’oppression dont les Égyptiens les oppriment». Là, comme toujours, il n’y a que deux classes de personnes : ceux qui sont les objets de son amour, ceux qu’il délivre, d’un côté ; de l’autre, les méchants, qui oppriment et que le jugement attend. Nous, les objets de la grâce divine, nous ne méritions rien, pas plus que d’autres, mais il veut nous bénir et nous séparer de ce monde que le jugement va atteindre.

Remarquons aussi que Dieu, parlant à Moïse de l’état du peuple, le fait de manière à toucher son coeur, à émouvoir ses affections ; Moïse avait une vraie affection pour Israël. Nous le voyons plus loin, lorsqu’il demande à Dieu d’être effacé de son livre, plutôt que de voir Dieu abandonner le peuple. Il en est de même pour tout serviteur de Dieu ; il faut qu’il entre quelque peu dans les pensées de Dieu, qu’il porte dans son coeur les affections de Dieu envers ce monde et envers les siens.

Dieu appelle donc Moïse : «Viens, tu sais qui je suis, qui te parle. Tu as voulu, autrefois, agir par ta propre force, tu as passé ces quarante ans d’école au pays de Madian ; maintenant, voici le moment, viens !»

Moïse connaissait bien la puissance du Pharaon, il connaissait sa volonté de détruire le peuple, il savait que derrière le Pharaon se tenaient encore les magiciens et les prêtres. C’est là, dit Dieu, que je t’enverrai. Mais le coeur de Moïse se trouve bien petit, son courage a faibli, sa confiance est perdue. Alors qu’il était à la cour du Pharaon, il aurait voulu agir ; maintenant, il n’est qu’un pauvre berger. Mais Dieu l’appelle, Dieu l’envoie ; pourquoi douter ? Il semble que Moïse aurait dû répondre comme Samuel, comme Paul : «Me voici, Seigneur». Il aurait pu sentir sa faiblesse, sa promptitude passée, sans, pour cela, regarder en arrière et hésiter ; mais son obéissance fait défaut. Nous aussi, quand nous sommes mis à l’épreuve, nous apprenons bien souvent à nous connaître, à voir ce que nous sommes, et nous pouvons en même temps admirer ce que Dieu est et sa puissance qui s’exerce en notre faveur. Lui, il est toujours prêt à répondre. Nous en trouvons un exemple dans le cas d’Abraham intercédant pour Sodome. Abraham n’ose pas parler de moins de dix justes, mais voyez la patience de Dieu, sa condescendance. Dans notre chapitre encore, Dieu parle à sa créature ; si elle est sans force, Lui sera sa force et sa ressource. Moïse objecte qu’il n’est rien. Dieu lui fait sentir qu’avec Lui, il peut aller : «Je serai avec toi». De même Paul, à Corinthe, ou même dans la prison, ne devait rien craindre : «Ne crains point, car je suis avec toi». Il se peut, que nous aussi, dans notre petite vie, nous ayons une tâche difficile à remplir, des épreuves à traverser. Nous laisserons-nous abattre et dirons-nous : C’est impossible ! jetant le manche après la cognée ? Non, car il est avec nous. Comme à Josué, il nous dit : «Je serai avec toi», de sorte que, même dans la vallée de l’ombre de la mort, nous pouvons répéter : «Je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi».

Après cela, Moïse demande un signe, et Dieu lui en accorde un qui ne peut être réalisé que quand la délivrance est accomplie : «Vous servirez Dieu sur cette montagne», la montagne de Dieu, là où Dieu lui parlait. Moïse n’aurait pas dû hésiter, mais avoir la foi, cette foi par laquelle nous pouvons honorer Dieu, cette confiance simple et enfantine en ce que Dieu est et dans ce qu’il dit. Mais Moïse soulève de nouvelles objections, et, de fait, comme nous le voyons par cinq fois dans les chap. 3 et 4, Moïse va d’objection en objection, pour ne pas obéir. Dieu se révèle d’une manière positive et Moïse recule toujours. Combien souvent nous sommes dans le même cas ! Souvenons-nous que, quand nous connaissons sa volonté, il nous faut obéir, sans faire d’objection. Il semble que Moïse veuille montrer les difficultés à Dieu, et chaque fois ce n’est qu’une nouvelle occasion pour que Dieu fasse ressortir sa puissance. Dans sa grâce, il l’instruit. Pendant quarante ans déjà, il l’avait eu à son école, mais maintenant le moment de l’épreuve est là, et comment se montrera-t-il ? Le peuple dira : «Quel est son nom ? Comment le connaîtrons-nous ?» Dieu n’est pas à court pour répondre, et c’est l’occasion de révéler, non pas seulement à Moïse, non pas seulement au peuple, mais à nous aussi, ce qu’il est dans son essence, Celui qui est, qui ne change pas, qui est immuable : «Je suis celui qui suis». Ce nom se retrouve encore dans la Parole ; le Seigneur Jésus, venu sur cette terre, prend ce nom : «Avant qu’Abraham fût, je suis». Dans l’Apocalypse encore : «Celui qui est». C’est Lui seul qui possède l’existence immuable et de qui découle toute existence, le seul qui existe par Lui-même et qui, seul aussi, soutient toutes choses par sa puissance. Mais il dit, de plus : «Je suis le Dieu de vos pères». Il se fait connaître aux enfants d’Israël comme étant leur Dieu, leur Dieu pour toujours ; et ce qu’il a promis aux pères, il le tiendra. Actuellement, Israël est perdu parmi les nations, dispersé aux quatre vents, mais il n’en est pas moins son peuple, et toutes les promesses à son égard s’accompliront. Dieu est leur Dieu, de génération en génération.

Voyez la magnifique prophétie d’Ézéchiel 37, où les os secs reprendront vie, où le peuple d’Israël ressuscitera pour fleurir à nouveau sous le règne de paix du Seigneur Jésus, fils de David. Pour nous aussi, combien il est précieux de savoir qu’il est notre Dieu, de toute éternité, et qu’il s’est révélé à nous sous un autre caractère encore ; nous l’appelons Père, et c’est une relation qui n’aura pas de fin.

Quand les temps seront accomplis, l’Église prendra la place d’Israël, mais aussi longtemps que la terre existe, Israël sera son peuple, et Dieu sera leur Dieu de génération en génération. Il est un Dieu fidèle, sur lequel Israël pouvait compter, et nous, de même, nous pouvons compter sur sa puissance et son amour ; sur la puissance de notre Dieu, sur l’amour de notre Père. Jésus a dit : «Je monte vers mon Père et votre Père, et vers mon Dieu et votre Dieu». Puissions-nous apprendre toujours plus à le connaître dans sa puissance et dans son amour.

(v. 16-17). Après avoir révélé ses noms à Moïse, Dieu continue de lui parler ; il lui a d’abord dit : «Viens», et maintenant, après ce qu’il lui a fait connaître, il lui dit : «Va». Le serviteur est appelé par son maître, et le maître lui donne l’ordre d’aller. Dieu rappelle encore une fois, dans ces versets, qu’il est le Dieu des promesses ; les promesses faites aux pères, s’étaient obscurcies aux yeux des Israélites durant leur captivité, mais elles étaient devant les yeux de l’Éternel. Combien il insiste sur ce fait qu’il a vu la souffrance de son peuple, entendu son cri et qu’il vient pour le délivrer. Quand nous sommes accablés, nous savons bien crier, mais nous adressons-nous d’une manière consciente à Celui qui sait délivrer ? Nous devrions toujours nous rappeler qu’il place devant nous, non pas un héritage terrestre comme pour Israël, mais la maison de son Père.

(v. 18). «Ils écouteront ta voix». Lorsque Dieu envoie ses serviteurs, il faut qu’ils aillent avec la confiance que leur voix sera entendue, et il y a alors bénédiction. Moïse ne sera pas seul, il aura, pour le soutenir dans sa mission auprès du roi, toute l’assemblée des anciens d’Israël, et c’est de la part du Dieu des Hébreux qu’il doit se présenter au Pharaon. Pour les Égyptiens, le peuple hébreu était le peuple esclave ; il ignorait la relation intime d’Israël avec Dieu. Le monde ne nous comprend pas davantage, lorsque nous réclamons le nom d’enfants de Dieu.

Maintenant il faudra obtenir du roi la permission d’aller le chemin de trois jours au désert, afin de sacrifier à l’Éternel. Il faut être séparé du peuple d’Égypte et de son culte idolâtre pour sacrifier à Dieu. Le culte véritable rendu à Dieu, que ce soit par son peuple ou par ses enfants, ne peut l’être qu’en dehors du monde. Il faut la séparation d’avec le monde pour rendre culte en esprit et en vérité.

(v. 19). L’Éternel ne cache pas à Moïse qu’il rencontrera des difficultés de la part du roi ; il y aura combat à outrance entre les deux adversaires, l’un combattant pour Dieu, l’autre, instrument de Satan. Le combat, nous avons toujours à le rencontrer. Si nous sommes en relation avec Dieu, il est impossible que nous n’entrions pas en conflit avec Satan. Dieu nous le révèle lui-même en Éphés. 6:12. Nous avons à lutter «contre les principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres, contre la puissance spirituelle de méchanceté». Mais Moïse avait Dieu de son côté — nous avons Dieu — et, recouverts de son armure pour combattre, la victoire est assurée à Moïse et à nous aussi. Ce n’est que lorsque nous lâchons la main qui nous tient, que nous défaillons. Pierre nous en offre l’exemple.

(v. 20). Le peuple, qui ne possédait aucune arme, devait abandonner le combat à Dieu. Dieu frapperait l’Égypte par toutes les merveilles qu’il ferait au milieu d’elle.

(v. 21, 22). Ces richesses des Égyptiens n’étaient pas des richesses bien acquises, elles appartenaient à Dieu, et il était libre de les donner à son peuple dépouillé. Il y avait, dans la pensée de Dieu, quelque chose qui nous est révélé plus loin. Israël devait élever un tabernacle dans le désert, et, ne possédant rien, Dieu lui donne, à cet effet, les trésors que les femmes d’Égypte lui apportent. Combien il était nécessaire que Dieu plaçât devant Moïse tout ce que nous venons de lire ! Mais Moïse ne se rend pas encore, et, dans sa patience, Dieu veut que son serviteur prenne courage.

4                    CHAPITRE 4

Moïse fait une nouvelle objection. À la première : «Qui suis-je, moi, pour que j’aille vers le Pharaon ? ...», Dieu avait répondu : «Je serai avec toi». À la seconde : «Quel est son nom ?» (le nom du Dieu de vos pères), Dieu lève cette objection et lui révèle son nom essentiel : «Je suis celui qui suis», et son nom en rapport avec le peuple d’Israël : «l’Éternel, le Dieu de vos pères». Avec Moïse, nous apprenons à connaître l’homme naturel. Combien souvent, par fausse honte, nous agissons comme Moïse ; on se retire de ce qu’on devrait accepter. Lorsque Dieu donne, nous devons accepter. Moïse n’a pas compris cela, et tout n’est pas à sa gloire dans ce combat. Nous arrivons à sa troisième objection.

(v. 1). «Mais voici, ils ne me croiront pas, et n’écouteront pas ma voix, car ils diront : L’Éternel ne t’est point apparu». Cette objection paraît plausible, mais elle ne tient pas quand Dieu donne l’ordre positif d’aller. Puis Dieu avait dit : «Ils écouteront ta voix» ; il y a donc incrédulité. Quelle opposition ! Moïse apprend à connaître Dieu dans sa longue patience. Si les fautes de ce serviteur sont placées devant nous, c’est pour que nous en tirions enseignement ; nous avons besoin d’apprendre à connaître ce qu’est notre coeur, coeur d’incrédulité, mais la patience de Dieu est grande, et il prend occasion de tout pour nous instruire.

(v. 2-4). Moïse avait en sa main une verge, soit pour défendre ses troupeaux, soit pour appuyer ses pas, peu importe, mais en tout cas une verge est une chose fragile et sans apparence, dont Dieu se sert pour faire de grandes choses et pour donner de grandes leçons. Sur l’ordre de Dieu, Moïse jette à terre la verge qu’il tenait, elle devient un serpent, et Moïse fuyait devant lui. Voilà le premier signe, et chacun des trois signes que Dieu donne à Moïse a une signification spéciale. Un serpent ! Ne savons-nous pas que c’est la puissance satanique, contre laquelle la puissance de Dieu peut seule agir ? Moïse s’enfuit, mais sera-t-il vaincu ? Cette puissance de Satan l’obligera-t-elle à se dérober à l’ordre de Dieu ? Dieu dit : «Étends ta main, et saisis-le par la queue...» et cette puissance s’annule, elle est vaincue ; Dieu seul peut la vaincre. Il en est de même pour nous : la puissance de Satan nous entoure ; livrés à nous-mêmes, il nous est impossible de résister, elle se glisse partout et en tout, mais Satan n’a pas de puissance contre Dieu ; il a été vaincu à la croix par le Seigneur Jésus, et lorsque les enfants de Dieu restent à la croix, à l’abri du Seigneur, derrière lui, Satan n’a pas de prise sur eux. Le Seigneur l’a vaincu au désert, à Gethsémané, à la croix. «Résistez au diable, et il s’enfuira de vous», écrivait Jacques ; sa puissance a été annulée. — La verge va rester dans la main de Moïse, et, sur l’ordre de Dieu, accomplira des prodiges en faveur des Israélites. Elle fendra les eaux de la mer Rouge, elle fera jaillir l’eau du rocher, elle sera une verge de bénédiction pour le peuple de Dieu, mais une verge de malédiction pour le monde, représenté par les Égyptiens.

(v. 5). Dieu rappelle encore une fois tout ce qu’il est pour Israël, et cela doit s’imprimer dans le coeur de Moïse. Lorsque le Pharaon s’opposera directement à ces divers signes, Moïse reconnaîtra en lui l’instrument de Satan contre le peuple de Dieu, mais sa puissance sera brisée.

(v. 6-7). Moïse ne demande pas un autre signe, mais dans sa bonté, Dieu lui en donne deux encore. «Mets ta main dans ton sein ; et il la retira, et voici sa main était lépreuse». De quoi la lèpre est-elle le symbole ? Du péché. Nous voyons cela dans toute la Parole. Qu’est-ce que l’homme naturel peut tirer de son sein ? Rien d’autre que le péché, rien d’autre que ce qu’il a en lui-même, or il est pécheur. Nous avons là l’image de ce que l’homme peut tirer de lui-même, et tant que nous ne l’avons pas appris, nous n’avons pas appris la leçon de Dieu, ni la nécessité et la grandeur de la rédemption. Qui peut ôter le péché, rendre la santé et la vie à ce qui était sous l’empire du péché et sous la puissance de la mort ? C’est le second homme, le Seigneur Jésus ; à la croix, il a ôté le péché. En nous, il n’y a que le péché, mais en l’homme Christ Jésus, nous trouvons la guérison, la délivrance. La puissance du péché est abolie, sous la grâce elle a disparu et ne domine plus sur nous.

(v. 8). Dieu affirme à Moïse qu’il sera écouté, et il lui donne le troisième signe au v. 9 : l’eau qui désaltère devient puissance de mort en jugement. Ceci n’est point pour les Israélites, ni pour les enfants de Dieu, mais se rapporte au jugement terrible qui devait frapper les Égyptiens.

(v. 10-11). Il semble que Moïse dût voir qu’il pouvait aller en avant, il était muni d’armes suffisantes maintenant. Eh bien ! non, il a une quatrième objection ! objection qu’il tire de lui-même : «Ah, Seigneur ! je ne suis pas un homme éloquent... j’ai la bouche pesante et la langue pesante». Avait-il besoin d’éloquence ? Ne pouvait-il pas dire tout simplement ce qu’il avait à dire ? Dieu n’était-il pas avec lui ? Pourquoi n’a-il pas fait comme Paul, avec lequel il a bien des rapports ? Paul avait l’éloquence du coeur, celle du Saint-Esprit venant de Dieu ; il n’était pas éloquent en paroles, dit-il lui-même, et cependant que n’a-t-il pas fait ? Le Seigneur était avec lui ; quand il se sent faible, à Corinthe, le Seigneur se tient près de lui et lui dit : «Ne crains point, mais parle et ne te tais point, parce que je suis avec toi ; et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal, parce que j’ai un grand peuple dans cette ville» (Act. 18:9-10). Nous voyons combien les serviteurs de Dieu peuvent différer. Cependant Moïse, malgré ses fautes, fut un grand serviteur. L’éloquence sert souvent à entraîner les âmes dans l’erreur, tandis que de simples chrétiens peuvent amener les âmes au salut, sans éloquence, mais par la puissance de l’Esprit. Le Seigneur disait à ses apôtres — des pécheurs, des publicains : «Ne vous mettez pas en peine de ce que vous direz... car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’Esprit Saint» ; et ils ont remporté de grandes victoires pour le Seigneur.

(v. 13-17). À bout de ressources, Moïse fait une cinquième objection. Il semble positivement dire qu’il ne veut pas aller : «Ah, Seigneur ! envoie, je te prie, par celui que tu enverras». Mais Dieu l’a désigné et veut se servir de l’instrument qu’il a choisi. Moïse a cependant perdu en n’obéissant pas. Dieu lui adjoint un compagnon, qui deviendra peut-être une épine dans sa vie, toutefois il lui laisse, à lui, Moïse, la première place, il ne perdra pas sa place de suprématie.

Que fait Moïse, maintenant ? Il va. Il va, parce qu’il a quelqu’un sur qui s’appuyer, comme si Dieu n’était pas suffisant. Ah ! que c’est bien nous, presque toujours. Nous regardons à des appuis humains, et ce n’est pas ce qui glorifie Dieu. Alors que tout nous manquerait, c’est glorifier Dieu que de dire : «Je ne suis pas seul, tu es avec moi ; cela me suffit». Moïse n’a pas dit cela, il a cherché des appuis, et la Parole a conservé la chose pour notre enseignement. Si, parmi nos frères, nous en rencontrons qui nous soient en aide, nous avons à en être reconnaissants, à profiter de leurs lumières, mais nous ne devons pas chercher en eux des appuis. Lorsque Dieu donne, recevons avec joie et reconnaissance ce qu’il veut bien donner comme aide, comme encouragement, mais ne nous appuyons que sur Lui, il est pleinement suffisant.

(v. 18). Il ne nous est rien dit des relations de Jéthro et de Moïse pendant les quarante années qui viennent de s’écouler. Il ne nous est raconté que peu de chose de Jéthro, sinon qu’il était sacrificateur de Madian. Nous le retrouverons au chap. 18. Il semble qu’il eût connaissance de l’Éternel, déjà avant que Moïse vînt au pays de Madian, ou peut-être lui fut-elle communiqué par Moïse ; en tout cas, il n’était pas étranger à l’Éternel, et les relations de ces deux hommes devaient être des relations de paix et d’affection. L’un avait été serviteur dans cette maison et devint fils ; il y avait appris à s’abaisser, à s’humilier. Maintenant Moïse s’en va, et l’adieu que son beau-père lui adresse est : «Va en paix». Il pouvait s’en aller en paix, parce qu’il le faisait avec Dieu ; après beaucoup de résistance, il avait cédé, et alors Dieu était avec lui. L’âme n’est tranquille et heureuse que lorsqu’elle est vraiment avec Dieu.

(v. 19). Moïse s’en va donc, et ici, il nous est rappelé, une fois encore, que c’est Dieu qui lui en avait donné l’ordre. Il doit retourner en Égypte, mais c’est en étranger, les choses passées sont dans l’oubli. Il est touchant que Dieu prenne soin de lui dire : «Tous les hommes qui cherchaient ta vie sont morts». Moïse n’avait pas soulevé cette objection, mais Dieu vient au-devant d’elle pour le rassurer. C’est ainsi, quand nous suivons le chemin de Dieu, qu’il prend soin de bannir toute crainte, d’enlever les difficultés.

(v. 20). Moïse emmène sa femme et ses fils, les faisant monter sur un âne. Il tenait dans sa main la verge de Dieu, se conformant à l’ordre reçu (v. 17). C’était la puissance de Dieu qui était attachée à cette verge, l’autorité de Dieu confiée à Moïse.

(v. 21). Ensuite Dieu lui dit : «Vois tous les miracles que j’ai mis dans ta main, et tu les feras devant le Pharaon». Les miracles destinés à persuader le peuple d’Israël étaient au nombre de trois, mais Moïse n’en fit que deux devant le Pharaon : la verge changée en serpent et l’eau en sang. Celui de la lèpre ne concernait qu’Israël. Aussi, lorsque dans ce verset, Dieu lui dit : «Tous les miracles…» il parle des neuf plaies contenues dans le chapitre suivant, et plus spécialement de la dixième, dont il va être question ici, v. 23.

On s’arrête souvent à cette expression : «Moi, j’endurcirai son coeur». Cela semble étrange au premier abord : Dieu endurcir un coeur ! Oui, Dieu endurcit judiciairement un coeur qui n’a pas voulu se soumettre à Lui. Lorsque Moïse présente au Pharaon les premiers miracles, celui-ci endurcit son coeur ; malgré tous les signes, son coeur reste fermé, et ce n’est qu’à la fin que Dieu l’abandonne à cet endurcissement. Nous voyons une chose analogue en És. 6:9-10 : «Dis à ce peuple : En entendant vous entendrez et vous ne comprendrez pas, et en voyant vous verrez et vous ne connaîtrez pas. Engraisse le coeur de ce peuple, et rends ses oreilles pesantes, et bouche ses yeux, de peur qu’il ne voie des yeux, et n’entende de ses oreilles, et ne comprenne de son coeur, et ne se convertisse, et qu’il ne soit guéri». Ces paroles rappelées en Matth. 13:14-15, sont proférées, lorsque Jésus est rejeté et que les chefs du peuple ont prononcé son jugement. Alors, c’est l’abandon par Dieu, de coeurs durs. Dieu vient pour briser notre méchant coeur, mais si nous résistons, il l’abandonne, et c’est là ce que signifie cette parole : «J’endurcirai son cœur».

(v. 22-23). Moïse est averti d’avance de l’opposition acharnée qu’il rencontrerait et du jugement de mort que Dieu devrait faire passer sur l’Égypte, avant que le peuple fût rendu à la liberté. L’Éternel résume, en quelque sorte, dans ces trois versets, 21-23, tout ce qui s’accomplira.

«Israël est mon fils, mon premier-né». C’était le peuple choisi au milieu de toutes les nations, le peuple privilégié, ayant la prééminence sur tous. Chez les Juifs, le premier-né héritait de tout. De Jésus, il est écrit : «Le premier-né des rois de la terre... le premier-né de toute création». Nous pouvons comprendre combien cet Israël que Dieu appelle son fils, son premier-né, était cher à son coeur. Israël a manqué, maintenant il a perdu ses privilèges, perdu ses bénédictions, mais les promesses de Dieu ne peuvent manquer, et Israël, dans un glorieux avenir, reprendra sa place.

Osée 11:1, rappelle ce titre donné par Dieu à Israël : «Mon fils». «J’ai appelé mon fils hors d’Égypte», et cela nous reporte au Seigneur Jésus (Matth. 2:20). Le Seigneur dit à Joseph : «Lève-toi et prends le petit enfant et sa mère, et va dans la terre d’Israël ; car ceux qui cherchaient la vie du petit enfant sont morts». Il est aussi appelé hors d’Égypte. Israël avait perdu sa place, mais le Seigneur Jésus vient et prend cette place. Ce que le prophète Osée dit, est appliqué par l’évangéliste à Jésus, qui est le vrai Israël en perfection.

«Laisse aller mon fils pour qu’il me serve». Il est beau de voir que ce peuple qui a oublié sa merveilleuse origine, est toujours précieux aux yeux de l’Éternel. Ce que Dieu a donné reste toujours le même à ses yeux. Nos manquements, nos fautes peuvent nous entraîner bien loin, mais ce que Dieu a fait de nous, reste et demeure ; tout est immuable dans son coeur. Oh ! restons Lui fidèlement attachés !

Dans l’histoire de cette lutte du Pharaon contre l’Éternel, Moïse vient sept fois, de la part de Dieu, faire appel au coeur du roi, et, par sept fois, Pharaon endurcit son coeur.

(v. 24-26). Nous arrivons à un épisode mystérieux, mais cependant compréhensible. Moïse, parti avec les membres de sa famille déjà indiqués, arrive à un caravansérail, et s’arrête pour prendre du repos. Pendant qu’il est là, l’Éternel vient contre lui et cherche à le faire mourir. Moïse a longtemps résisté à l’appel qui lui était fait de partir, et maintenant qu’il est en marche, Celui qui l’a appelé, cherche à le faire mourir ! Il y avait donc quelque chose qui n’était pas en règle, il y avait un obstacle à cet appel, et il faut que Moïse descende en lui-même pour voir pourquoi Dieu lui envoie cette épreuve si mystérieuse. Nous avons aussi des épreuves de divers genres à traverser ; Dieu veut nous amener par elles à considérer s’il existe en nous quelque chose qui ne soit pas en règle. Tel était bien le cas pour Moïse. Il avait sans doute cédé aux prières de Séphora, et négligé de faire ce qui était nécessaire pour que son fils fît partie d’Israël. Dieu avait établi le rite de la circoncision (Gen. 17), comme signe de l’alliance qu’il traitait avec son peuple et personne ne pouvait être Israélite sans passer par cette cérémonie. La circoncision était aussi le signe de la séparation d’avec les nations qui environnaient Israël. Spirituellement elle est aussi un signe pour nous. Nous ne pouvons jouir de la présence de Dieu, si la circoncision de Christ n’existe pas. Elle consiste dans la mort au péché, à la chair, et il faut qu’elle soit appliquée nécessairement. Dieu ne reconnaît pas la chair ; il faut que le corps du péché soit annulé, et cela a été accompli à la croix. Nous avons à nous tenir pour morts au péché. Ce n’est pas une doctrine seulement, une position que nous avons, mais, sachant que c’est une chose effectuée à la croix, nous devons la réaliser dans nos corps mortels ; nous avons à porter la mort de Jésus dans nos corps mortels, afin que sa vie soit manifestée en nous.

Moïse conservait au sein de sa famille quelque chose qui n’était pas en harmonie avec la volonté de Dieu. Séphora n’était point ignorante de cette volonté, mais elle n’avait pas voulu s’y soumettre, et Moïse n’avait pas su vaincre sa résistance. Mais quand elle voit d’où vient la mort qui menace son mari, alors elle accomplit ce qui devait s’accomplir, et par cet acte son enfant fait désormais partie du peuple d’Israël.

Quelle épithète elle applique à Moïse : «époux de sang !» Il fallait que le sang coulât. C’est par le sang de Jésus que nous entrons, que l’Église entre en relation avec Dieu. Notre séparation pour Dieu ne peut avoir lieu qu’en vertu de cette circoncision par Christ. Nous entrons avec Christ dans la mort et nous avons puissance de vie en Lui, pour marcher d’une manière qui plaise à Dieu. Est-ce que nous réalisons cette mort au péché ? Ne laissons-nous pas agir la chair ? Lorsque le péché s’approche, pouvons-nous dire avec Paul : «Je suis mort», qu’ai-je à faire avec le péché ? Portant partout, toujours, dans le corps, la mort de Jésus, l’apôtre pouvait appliquer à tout ce : «Je suis mort». La doctrine se trouve en Rom. 6 et dans l’épître aux Col. chap. 3, mais il s’y trouve aussi l’application de ces vérités à notre marche pratique. Cette doctrine implantée dans nos âmes doit se manifester au dehors dans notre vie, et c’est pour cela que Paul écrivait aux Colossiens, après leur avoir exposé la doctrine : «Mortifiez donc vos membres qui sont sur la terre…»

(v. 27-31). L’Éternel parle à Aaron — c’est Lui qui agit en tout ; Moïse n’a pas besoin d’envoyer un message à son frère. Il est beau de voir Dieu tout arranger dans la vie de ses serviteurs. Devrions-nous faire quoi que ce soit sans être certains que c’est Dieu qui nous envoie ? Confions-nous à Lui de tout notre coeur, et il nous dirigera ; nous pouvons en avoir la pleine certitude. Notre propre volonté doit être mise de côté ; qu’en tout ce soit Lui qui conduise.

Aaron va à la rencontre de Moïse, et où se rejoignent-ils ? En la montagne de Dieu, en Horeb, où l’Éternel était apparu à Moïse dans le buisson ardent. Quel lieu plus propice, plus favorable ! C’est là, en la montagne de Dieu, que nous devrions toujours nous rencontrer, lorsque nous nous voyons les uns les autres ; combien de choses fâcheuses seraient ainsi évitées ! Trop souvent nous nous rencontrons sur le terrain de nos propres pensées.

«Il le baisa». En la montagne de Dieu, il ne peut se trouver autre chose qu’affection et amour : on y est heureux. Sur un tel terrain de quoi peut-on s’entretenir ? Moïse raconte à Aaron tout ce que l’Éternel lui a dit, tout ce qu’il lui a montré. Le monde ne trouve pas sa place là, les choses de la terre ne peuvent y être traitées, et, désirant voir Dieu, c’est de Lui et de son amour que nous avons à parler.

Quand les deux frères se trouvent ainsi sous le regard de Dieu, alors ils s’en vont ensemble pour annoncer au peuple la bonne nouvelle de la délivrance. Ils réunissent tous les anciens des fils d’Israël, et Aaron, qui est le porte-parole, expose les desseins de Dieu. Quelle belle assemblée ! quelle joie doit remplir tous ces coeurs !

«Le peuple crut». Moïse a un démenti à son incrédulité. Lorsque nous recevons dans nos coeurs la bonne nouvelle de la délivrance de nos péchés, lorsque nous avons cru, notre premier sentiment, c’est de bénir. Les Israélites s’inclinèrent et se prosternèrent, le coeur rempli de reconnaissance. Nos coeurs devraient toujours être pleins de reconnaissance pour la grande délivrance dont nous avons été les objets, et nous devrions marcher d’une manière digne du Seigneur pour Lui plaire à tous égards.

5                    CHAPITRE 5

Après la rencontre des deux frères, tout était pur, tout était en harmonie. Pendant les 40 ans au désert, Aaron suscitera des difficultés à Moïse, il sera quelquefois une épine dans sa vie ; comme Barnabas en devint une pour Paul, après avoir été son compagnon, son aide, mais maintenant ils sont heureux d’être ensemble. Moïse est heureux de posséder son frère, et lorsque Aaron devra se rendre sur la montagne de Hor pour mourir, Moïse sera près de lui et l’accompagnera à son dernier moment.

Une seconde chose était bien propre à affermir le courage de Moïse, c’est que, lorsqu’il était venu vers les anciens d’Israël de la part de l’Éternel, le peuple avait cru. Quel encouragement de voir ce peuple écouter et croire la parole de Dieu — la parole reçue était mêlée avec la foi. C’est ainsi que Moïse est soutenu pour accomplir sa mission difficile. Dieu prend toujours soin, lorsque ses serviteurs vont entreprendre une tâche, une mission, de leur donner quelque chose de palpable qui les encourage à aller en avant.

(v. 1). «Après cela», est-il écrit, «ils allèrent...» Ils s’en vont comme voyant Celui qui est invisible, comme ayant Dieu avec eux, munis de sa Parole qui est une arme invincible ; quoiqu’elle semble parfois n’avoir pas d’effet, elle doit remporter la victoire. Tous les chrétiens ont à marcher contre l’ennemi, comme Moïse et Aaron contre Pharaon, munis de la parole de Dieu. Ils se présentent devant le Pharaon et donnent à Dieu le nom par lequel il s’était fait connaître : «Ainsi dit l’Éternel, le Dieu d’Israël». C’est en ce nom-là qu’ils viennent, et c’est la parole de l’Éternel qu’ils apportent. Le serviteur de Dieu n’a jamais à apporter sa propre parole, rien ne serait plus triste, mais il a à se retrancher derrière la parole de Dieu, à être bien fondé en elle.

Ils sont admis auprès du roi. Dieu a ouvert le chemin : «Laisse aller mon peuple». Combien ces paroles devaient résonner étrangement aux oreilles du Pharaon. Comment, ce peuple de misérables a un Dieu ! Un Dieu qui l’appelle «Son peuple», auquel il appartient ! Pharaon, comme tous les Égyptiens, avait ses dieux, son idolâtrie, ses objets d’adoration dans les lieux élevés, comme dans les choses les plus basses, et il existait un Dieu qu’il ne connaissait pas, un Dieu qui voulait commander, lui commander à lui !

(v. 2). Sa réponse n’a rien d’étonnant, elle est toute simple : Qui est l’Éternel pour que j’écoute sa voix et que je laisse aller Israël ? Je ne connais pas l’Éternel, et je ne laisserai pas non plus aller Israël». Qu’aurait-il dû faire, quelle attitude aurait-il dû prendre devant cette autorité de Moïse et d’Aaron ? Il aurait dû s’informer, leur demander : Quel est ce Dieu qui domine sur Israël et qui veut dominer sur moi ? Sa première culpabilité est de ne pas s’être enquis de ce qu’était ce Dieu, et maintenant il est responsable. Son devoir était de demander : «Qui est-il ? Comment a-t-il une puissance supérieure à la mienne et à celle de mes dieux ?» C’est parce qu’il n’a pas fait ce pas, qu’il va tomber dans une voie fatale et s’opposera à ce Dieu sous la conduite de Satan.

Que doit faire une âme lorsque la Parole lui est présentée ? N’est-ce pas de s’enquérir, de questionner, de s’informer ; si elle refuse, si elle rejette la Parole présentée, quelle sera sa fin ? Par exemple, Paul devant Festus ; Festus, au lieu de demander à être instruit, à entendre davantage, interrompt l’apôtre par ces paroles : «Tu es hors de sens, Paul ; ton grand savoir te met hors de sens». Qu’est-il arrivé, quelle a été la fin de Festus ? nous ne le savons pas, mais rien ne nous dit qu’il ait appris à connaître Celui qui sauve.

Le point de départ de la lutte du Pharaon contre Dieu est là ; il ne s’est pas informé, il n’a pas voulu apprendre à connaître le Dieu tout puissant qui s’était choisi un peuple, mais qui n’oubliait pas les nations de la terre, et il a dû apprendre, par un jugement terrible, qui était l’Éternel. Et cela arrive à tous ceux qui agissent comme le roi d’Égypte ; à ceux qui refusent de connaître Dieu, Dieu se fait connaître à eux dans le jugement.

(v. 3-5). La première tentative est repoussée ; Moïse et Aaron ont présenté leur demande, elle est rejetée, sans que celui à qui elle s’adresse s’informe de rien. Combien elle a dû être sensible à leur coeur, et Moïse savait cependant qu’il y aurait à lutter, à combattre.

Lorsque nous entrons dans la vie chrétienne, c’est un moment plein de douceur, plein de charme : nous apprenons que nous sommes les enfants de Dieu ; mais peu après nous découvrons qu’il faut lutter ; si, du côté de Dieu, c’est une vie de paix, de joie, de bonheur, du côté du monde, nous engageons la lutte, mais pour cette lutte nous sommes armés des armes de Dieu. Moïse et Aaron entrent en conflit avec la puissance de Satan, prince de ce monde ; ils sont renvoyés par le Pharaon.

Si les Israélites n’avaient pas obéi, il serait résulté du mal pour eux, mais retenus par la volonté du roi, ils ne pouvaient s’y soustraire, ils devaient s’attendre à Dieu. Moïse essaie de persuader Pharaon que son intérêt est de laisser aller le peuple ; Dieu a commandé, et ne pas Lui obéir c’est attirer le mal sur le pays. Il veut que son peuple mette l’espace de trois jours de marche entre lui et le monde, afin d’être séparé du monde pour Lui rendre culte. Pharaon ne tient aucun compte de cette seconde injonction et les renvoie ignominieusement à leurs corvées ; ce sont des troubleurs, qui agitent le peuple, et maintenant il faut chasser de l’esprit du peuple ces pensées de liberté que l’on a cherché à leur suggérer et leur imposer, à cet effet, un joug d’autant plus pesant.

Nous, chrétiens, nous sommes affranchis de ces luttes qui troublent et agitent les hommes ; nous sommes soumis aux autorités quelles qu’elles soient, quoique n’ayant rien à faire avec leur conduite. Mais notre privilège, c’est d’être dans une liberté parfaite qui nous place au-dessus de tout et nous permet d’agir en dehors de toutes les conventions des hommes. Heureuse liberté, que celle dans laquelle nous met la loi de l’Esprit. Les premiers chrétiens étaient soumis aux autorités les plus cruelles, jusqu’au moment où ils avaient à choisir entre elles et Christ ; alors plutôt que de renier leur Sauveur, ils subissaient le martyre. Moïse et Aaron sont soumis, mais ils doivent éprouver un sentiment d’abattement en voyant quel était, pour le peuple, le résultat immédiat de leur première démarche.

(v. 6-14). Les Israélites sont accablés de travail, on leur rend la vie beaucoup plus dure ; ils doivent aller au loin dans la campagne récolter eux-mêmes la paille laissée sur pied lors des moissons. Les Égyptiens avaient coutume de couper l’épi à mi-hauteur de la tige. Quelle aggravation de leur servitude, et les coups pleuvaient sur les commissaires des fils d’Israël lorsque le nombre de briques était incomplet ! Quelle douleur dut ressentir Moïse, combien la joie du peuple fut changée en tristesse ! N’est-ce pas l’image de ce qui arrive dans la vie chrétienne ? On saisit le salut avec joie, puis après on découvre que le péché est encore là, expérience douloureuse, mais nécessaire. On est saisi, ... le péché domine : «Ce n’est pas ce que je veux, que je fais, mais ce que je hais, je le pratique... Je sais qu’en moi, c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien ; car le vouloir est avec moi, mais, accomplir le bien, cela je ne le trouve pas. Car le bien que je veux, je ne le pratique pas ; mais le mal que je ne veux pas, je le fais. Or si ce que je ne veux pas, moi, je le pratique, ce n’est plus moi qui l’accomplis, mais c’est le péché qui habite en moi. Je trouve donc cette loi pour moi qui veux pratiquer le bien, que le mal est avec moi». C’est la lutte de l’homme régénéré qui a reçu la vie, mais n’est pas affranchi et n’a pas saisi en Christ la pleine délivrance.

Il fallait que les Israélites apprissent à connaître les ressources infinies de Dieu ; cette épreuve leur était salutaire pour leur montrer Sa puissance. Les épreuves sont bonnes, parce qu’elles nous rejettent sur Christ seul : «Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? Je rends grâces à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur». Mais les Israélites n’en sont pas là.

(v. 15-23). Les commissaires vont auprès du roi et ne se réclament pas de Dieu ; ils se disent «serviteurs du Pharaon». Courbés sous sa servitude, ils en appellent à lui, mais leur appel est repoussé, alors qu’arrive-t-il ? Ils rencontrent Moïse et Aaron, et leur colère tombe sur eux. Au lieu de porter leurs difficultés à Dieu, de s’attendre à Lui, ils éclatent en reproches contre les deux frères, qui se tenaient là, nous est-il dit, pour les rencontrer, quand ils sortiraient de devant le Pharaon. Le ressentiment déborde de leurs coeurs ; et que devait éprouver Moïse qui avait donné à Dieu tant d’arguments pour ne pas aller où Dieu voulait l’envoyer, et qui voit maintenant que l’Éternel n’intervient pas pour briser la raideur de fer du Pharaon ?

Moïse fait ce qu’il avait à faire, quoique en y mêlant, comme toujours, quelque chose d’humain. Il retourne vers l’Éternel. Il était en relation avec l’Éternel, en relation intime. Dieu lui parlait comme un ami à son ami ; Moïse avait appris à compter sur l’Éternel. Il était pour lui un Dieu vivant. Nous oublions souvent, lorsque nous prions, que nous avons affaire à un Dieu vivant, à une Personne divine qui est notre Père, et nous avons besoin pour adresser nos prières, d’avoir devant nous la personne à laquelle nous parlons.

Retourner vers l’Éternel était la seule ressource de Moïse, il n’en avait pas d’autre. C’est la bonne place ; Dieu est, et il est le rémunérateur de ceux qui le recherchent. Il a son oreille inclinée vers nous pour entendre nos prières, et cela amène le calme parfait qui réalise que Dieu est, et que nous sommes devant Lui. Moïse s’adresse à Dieu d’une manière qui étonne, la chair reparaît, le voilà qui fait des reproches : «Seigneur, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi donc m’as-tu envoyé ? Depuis que je suis entré vers le Pharaon pour parler en ton nom, il a fait du mal à ce peuple, et tu n’as pas du tout délivré ton peuple». Mais quel support de la part de Dieu. Il permet une intimité si grande que Moïse peut lui dire tout ce qu’il a sur le coeur.

Nous avons à aller à Dieu avec une entière confiance, dans cette intimité qui Lui plaît. Nous ne pouvons approuver Moïse, il a eu tort de parler ainsi, mais il va à Dieu et lui dit tout ce qu’il a à dire : «Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de grâces», alors la paix règne dans le coeur. Disons-lui nos défaillances, notre faiblesse, notre misère ; c’est cette confiance du coeur qui connaît son amour, sa miséricorde, qui Lui plaît.

6                    CHAPITRE 6

Nous avons vu comment Moïse, repoussé par Pharaon, devant essuyer les reproches des Israélites, retourna vers l’Éternel lui exposer son mécontentement de ce que la délivrance ne s’était pas faite tout de suite. Maintenant, au chap. 6, nous avons la réponse à ces questions de Moïse : «Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m’as-tu envoyé ?…»

(v. 1). Pharaon avait déployé beaucoup d’incrédulité et d’insolence, et Dieu ne l’avait pas frappé immédiatement : Dieu a patience ; il avertit à diverses reprises le méchant, il ne rejette pas d’emblée son pauvre peuple qui murmure, et avec lui son serviteur mécontent ; il est un Dieu de patience envers l’incrédule, envers le pécheur, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant laisser à chacun le temps de se repentir. Il parle à Moïse de manière à remplir son coeur d’une pleine certitude d’assurance. Il ne lui reproche rien, il ne frappe ni son peuple, ni le roi, il se contente de confirmer ce qu’il a déjà dit. Il expose ce qu’il fera au Pharaon ; aucune plaie ne l’a encore frappé, mais l’Éternel sera le plus fort, il aura le dessus ; Pharaon sera contraint par la main puissante de Dieu de laisser aller le peuple, sans que ses dieux lui soient d’aucun secours. Non seulement il laissera aller Israël, mais sous la force de la souffrance infligée par Dieu, il le chassera de son pays.

(v. 2-8). Ensuite l’Éternel parle à Moïse de sa grâce envers son peuple. Il dit : «Je suis l’Éternel, Jéhovah». Quand il s’agit des patriarches, il est «le Dieu fort, Tout-puissant». Lorsque Abraham, Isaac et Jacob vivaient seuls, isolés, au milieu de peuples idolâtres qui pouvaient les accabler sous leur nombre, ils avaient besoin de la protection toute puissante du Dieu fort ; mais pour ce peuple descendu d’Abrabam il se présente sous ce nom : l’Éternel, Jéhovah. Tout le long du livre de la Genèse, cependant, nous rencontrons le nom de l’Éternel, même dans la bouche d’Abraham. Voici pourquoi : lorsque Dieu est en relation avec l’homme, et plus particulièrement avec son peuple, il est Jéhovah. Abraham ne le connaissait pas dans cette relation, et c’est pour cela que Dieu dit à Moïse : «Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob comme le Dieu Tout-puissant ; mais je n’ai pas été connu d’eux par mon nom d’Éternel (Jéhovah)». Maintenant, il veut entrer en relation avec son peuple et prend ce nom qui signifie non seulement, le Dieu qui est à jamais, qui n’aura pas de fin, mais aussi le Dieu qui ne change pas, le Dieu fidèle à ses promesses, le Dieu qui accomplit ce qu’il a dit. Il prend en grâce ce peuple méchant, rebelle, petit parmi les nations, mais ce que Dieu établit dure à jamais, sa bonté demeure à toujours. Aussi longtemps que le soleil réchauffe et illumine la terre, que la lune l’éclaire de ses doux rayons, Dieu a les yeux sur son peuple, et il est «Son Dieu». Il y a éclipse, il est vrai, en ce moment, mais de même que la lune, reprend sa clarté après un temps d’obscurité, de même Israël reprendra sa place. La fête des nouvelles lunes que le peuple aura à célébrer lorsqu’il sera délivré de la servitude, devra lui rappeler les phases de son histoire. Rien ne peut empêcher Dieu de poursuivre ses desseins à l’égard de son peuple.

Quant à nous, le Dieu fort, Tout-puissant, est notre Dieu, le Dieu Éternel, mais le Fils est venu qui nous a révélé le Père et nous a donné la relation d’enfants. Nous avons plus qu’Israël, Israël avait plus qu’Abraham. Nous sommes un peuple céleste, nous sommes enfants du Père. Nous devons nous souvenir de tout ce que Dieu a voulu être pour nous, nous rappeler qu’il s’est révélé à nous comme Dieu fort, Tout-puissant, Dieu éternel et Père.

Au 1er chap. de la Genèse, nous voyons Dieu ; au 2°, lorsqu’il établit sa relation avec l’homme, il est l’Éternel Dieu, Jéhovah Élohim, et dans le cours de l’Ancien Testament, nous trouvons habituellement qu’il prend le nom d’Éternel dans ses rapports avec l’homme, sans citer celui de Dieu. Dans le Nouveau Testament, il est appelé ou Dieu, ou Père, et ce mot de Père est toujours en rapport avec la grâce. Dans les versets qui nous occupent, l’Éternel établit une alliance que rien ne pourra détruire, et il attache ce nom à cette alliance.

Il y a plusieurs choses à remarquer dans ces paroles adressées à Moïse pour le peuple. D’abord la fidélité de Dieu. Le peuple est étranger, voyageur, il ne possède pas un pouce de terrain, il est sujet aux manquements, au découragement, mais il est sous la garde fidèle de Dieu ; Dieu a entendu le gémissement des descendants d’Abraham, gémissement parti de coeurs qui souffrent, et il s’est souvenu de son alliance. «Se souvenir» signifie que le moment de la délivrance est venu pour le peuple opprimé. Le temps fixé à Abraham, les 430 ans sont écoulés ; la délivrance arrive aujourd’hui, pas un jour plus tôt, mais pas un plus tard. Après cela, Dieu donne un message à Moïse pour les fils d’Israël ; et il est à remarquer que ce message commence et se termine par cette déclaration faite déjà à Moïse au v. 2 : «Je suis l’Éternel».

Le Dieu plein de grâce, de bonté, est en même temps le Dieu fidèle. Les Israélites sont toujours ramenés vers le Dieu de la Genèse qui est l’Éternel, et nous, la Parole nous ramène toujours vers le Dieu de grâce qui est notre Père. Ce Dieu m’aime, il est amour, et quand je m’approche de Lui, et que je réalise ce qu’il est, il est mon Père, je suis son enfant. L’Éternel insiste sur ce point, ce qu’il est pour le peuple d’Israël, il semble vouloir le lui mettre dans l’esprit. Puis il accentue tout ce qu’il va faire : «Je vous délivrerai... je vous rachèterai... je vous ferai entrer dans le pays... je vous le donnerai en possession…» Comme cela est précieux ; l’homme est mis de côté, Dieu seul agit ; il délivre Israël, il le prend pour son peuple, il l’arrache à la puissance de l’ennemi. Toutes ces vérités s’appliquent à nous ; Dieu les plaçait devant les Israélites, afin qu’ils crussent sa Parole ; pour nous, elles sont des réalités, nous sommes dans une relation connue et consciente avec lui. Avons-nous vraiment conscience que nous sommes enfants de Dieu ? alors nous avons à marcher comme tels et, lorsque nous présentons nos prières à Dieu, à être pénétrés de la douceur de ce mot de Père. Lorsqu’Israël délivré s’approchera, trois fois par année, du lieu où Dieu aura mis son nom, ce nom lui rappellera ce que Dieu a fait pour lui, que c’est Lui qui l’a délivré, et il apportera son offrande, sa corbeille pleine, et rendra grâce. Nous pouvons tout dire, tout apporter au Dieu qui est notre Père, souvent nous n’avons que nos faiblesses à Lui présenter, mais que c’est doux de pouvoir les verser dans son sein. Comme elle devait être aussi douce et précieuse pour les Israélites cette déclaration : «Je vous serai Dieu». Vous m’aurez, moi, le Dieu puissant et fort, pour veiller sur vous, pour vous soutenir, vous porter à travers le feu et l’eau.

«Je vous ferai sortir de dessous les fardeaux des Égyptiens». Les Israélites voyaient cela en expectative, tandis que pour nous le fardeau est tombé, et s’il pèse encore sur nous, nous sommes invités à le rejeter, à le déposer sur Christ. Dieu nous fait sortir de tout ce qui peut entraver notre marche ; rien ne peut nous empêcher de courir avec patience la course qui est devant nous. Nous possédons le salut parfait, toutefois nous ne sommes pas mis en possession de l’héritage, nous attendons pour cela d’être à ce foyer paternel dans lequel nous entrons déjà par la foi ; mais nous savons avec certitude que là où est le Seigneur Jésus, nous, nous serons aussi. Dieu accomplira aussi sa promesse a Israël, il lui donnera en possession le pays de la promesse, il accomplira tout ce qui comprend ses promesses à Abraham, à Isaac et à Jacob ; il prend le peuple à sa charge et d’une manière parfaite il fera ce qu’il a dit,

Dieu nous a pris à sa charge, et nous avons à nous reposer sur Lui, à marcher sous son regard, et ainsi nous pouvons être en pleine sécurité.

(v. 9). Moïse, tout réjoui, le coeur dilaté de bonheur, à l’ouïe de toutes ces paroles, va vers les Israélites, et, en fidèle serviteur, leur rapporte tout ce que Dieu lui a fait entendre. C’est ainsi que le serviteur de Dieu nous apporte, nous présente les promesses pour affermir nos coeurs. Comment les Israélites reçoivent-ils Moïse ? Hélas ! ils ne le reçoivent pas, ils ne l’écoutent pas. Leur angoisse d’esprit, à cause de leur dure servitude, est si grande qu’ils ne veulent rien entendre ; ils ne voient qu’une chose, c’est que Dieu n’intervient pas, même quand leurs fardeaux sont si lourds, leurs épreuves si cuisantes. Avaient-ils raison de gémir encore, de ne pas écouter, de se laisser accabler, quand Dieu dit : «Je vais vous délivrer» ? Avons-nous raison, quand nous fermons l’oreille aux consolations de la parole de Dieu ? Dieu veut que nous comptions sur Lui et que nous recevions avec douceur, avec docilité, la Parole qui est implantée en nous, et que nous marchions dans la confiance, le calme et le repos. C’est ce qui l’honore.

(v. 10-13 et 28-30). Moïse, encore rejeté, ne manque pas de foi : il reste devant l’Éternel ; mais il a une défaillance qui se révèle dans cette question : «Comment le Pharaon m’écoutera-t-il, moi qui suis incirconcis de lèvres ?» Mais, béni soit Dieu, l’envoyé est fortifié par la puissance de Dieu qui ne délaisse jamais ses instruments. Ainsi, lorsque Paul voulait quitter Corinthe pour aller vers les nations, le Seigneur lui dit dans une vision : «Ne crains point, mais parle et ne te tais point, parce que je suis avec toi ; et personne ne mettra les mains sur toi pour te faire du mal, parce que j’ai un grand peuple dans cette ville».

(v. 13). «L’Éternel donna des ordres à Moïse et à Aaron pour les fils d’Israël et pour le Pharaon, roi d’Égypte, pour faire sortir les fils d’Israël du pays d’Égypte». Moïse reçoit cette consolation et va maintenant hardiment en avant.

Si nous avons la foi, nous verrons toujours cette puissance de Dieu. Ayons Dieu devant nous, tenons-nous devant Lui, et alors, nous verrons sa délivrance.

(v. 14-27). Les v. 14-27 nous donnent la généalogie des trois fils aînés de Jacob, Ruben, Siméon et Lévi. Elle ne va pas au delà, parce que le but est de nous amener à Moïse et Aaron qui étaient descendants de Lévi. Leur père Amram avait pris pour femme Jokébed, sa tante.

7                    CHAPITRE 7

Moïse a donc fait quelques objections : «Je suis incirconcis de lèvres ; comment le Pharaon m’écoutera-t-il ?» mais Dieu ne s’arrête pas aux craintes de son serviteur au sujet de sa faiblesse, et, sans plus attendre, il l’envoie résolument engager la lutte contre le Pharaon.

Moïse et Aaron n’avaient encore fait aucun miracle. Pharaon, mis en demeure d’obéir à l’injonction de l’Éternel, n’a pas obéi, et, maintenant, la véritable lutte s’engage entre la puissance de l’Éternel et celle de Satan, caché derrière Pharaon, comme il s’était déjà caché derrière le prédécesseur du souverain actuel, pour l’inciter à faire jeter dans le Nil tous les enfants mâles des Israélites. Dans la lutte Pharaon sera vaincu, parce que les Israélites n’étaient pas pour l’Égypte, ni l’Égypte pour les Israélites, pas plus que nous, chrétiens, nous ne sommes pour le monde, ou le monde pour nous. Il faut que le peuple soit délivré.

(v. 1-5). Moïse et Aaron font ce qui leur est commandé ; ils ont, comme nous avons à le faire, cherché la force auprès de Dieu, où elle se trouve toujours, et elle ne leur a pas manqué ; c’est la réponse que Dieu donne à Moïse qui, dans son angoisse, est venu déposer tout son fardeau dans le coeur de Dieu. Lorsque Paul aurait pu être découragé, le Seigneur lui dit : «Ma grâce te suffit», et il va en avant courageusement contre la puissance de Satan.

Nous voyons l’ordre dans lequel Dieu place ses deux serviteurs. Moïse est le représentant de Dieu ; c’est à lui que l’Éternel donne ses commandements, et Aaron est son prophète ; c’est-à-dire qu’il est la bouche de Dieu. C’est ce que signifie ce mot de prophète. C’est ce que les prophètes ont toujours été ; dans l’Assemblée ils étaient la bouche de Dieu, et on ne peut l’être qu’en apportant les communications de Dieu. Nous n’avons pas maintenant de révélations qui nous soient données directement, parce que tout ce dont nous avons besoin nous est révélé dans la Parole.

Moïse est à la tête ; il reçoit les communications, il les transmet à Aaron, et Aaron les porte devant le Pharaon ; mais tout vient directement de l’Éternel. C’est ainsi que marchait le Seigneur, pendant son passage ici-bas ; venu pour être serviteur, il ne parlait pas de lui-même, et Lui, la Parole incarnée, il en référait aux Écritures.

Moïse est un instrument, un instrument intelligent, qui comprend et qui met de côté ses pensées propres. Moins nous apporterons les nôtres en étudiant la Parole, plus nos âmes seront éclairées par elle. Quelle est la mission des deux frères ? Quel est leur thème continuel ? «Laisse aller mon peuple». Ce peuple n’est pas fait pour le Pharaon ; Pharaon ne doit pas le retenir. Le prince de ce monde n’est pas fait pour dominer sur les chrétiens, puisque les chrétiens ont été tirés hors du monde. «Laisse aller mon peuple», est le résumé de tout ce que Moïse doit dire au roi. Si tu te rebelles contre l’Éternel, il multipliera les signes pour te forcer, et tu seras obligé de céder. Mais Dieu insiste sur ce point : c’est son peuple ; ce sont ses fils. Quel beau titre il donne à ce pauvre peuple d’esclaves : «les armées de l’Éternel». Et, en faveur de ces misérables, il agira, il opérera, de même qu’il a déployé sa puissance pour nous délivrer du joug de l’ennemi.

(v. 6-7). Dieu avertit ses serviteurs que leur mission est pleine de difficultés, et ces deux vieillards, dont l’âge nous est à dessein conservé, 80 et 83 ans, ont besoin de beaucoup de courage pour aller devant ce grand monarque entouré de toute son armée, lui dire les décrets de l’Éternel. Ils allaient avec la force qui leur était donnée. Dieu se sert toujours d’instruments faibles pour abattre les grandes choses de ce monde.

(v. 8-13). Avant qu’un jugement judiciaire tombe sur le Pharaon, à cause de son endurcissement volontaire, Dieu lui donne des avertissements. Comme nous sommes heureux de connaître Celui qui, pour nous, a subi le jugement, mais combien ce sera terrible d’apprendre à connaître Dieu en jugement pour ceux qui l’ont rejeté, ou pour ceux qui seront laissés, lorsque, les saints ayant été retirés, de terribles jugements, dont les plaies d’Égypte ne sont qu’une faible image, tomberont sur la terre ! (Apoc. 16).

Ainsi, il y a deux manières de connaître la puissance de Dieu :

1° En rédemption ; rédemption parfaite accomplie par Jésus, qui est descendu dans la mort, a vaincu la mort et Satan, est ressuscité. Cela est développé d’une manière merveilleuse dans les chap. 1 et 6 de l’épître aux Éphésiens.

2° En jugement, pour ceux qui n’ont pas voulu de la rédemption, et la Parole abonde en textes qui le montrent, entre autres 2 Thess. 2. Voici maintenant les préliminaires de la lutte qui va s’engager. Moïse et Aaron obéissants, se reposent sur Dieu ; il n’y a plus de défaillances, ils ne parlent plus de plaintes, ils agissent et deviennent des instruments puissants dans la main de Dieu, et ils ont avec eux la verge de Dieu.

Ils entrent en la présence du Pharaon, et celui-ci leur demande un signe. Vous venez de la part de l’Éternel ! comment me prouverez-vous sa puissance ? Aaron jette la verge, qui devient un serpent. Ce fait prouve que la puissance de Satan se trouve dans la main de Dieu. Mais Pharaon a des ressources : il appelle ses devins, les magiciens, qui, par leurs enchantements, obtiennent le même miracle. Nous n’avons pas à donner d’explications sur ces enchantements, puisque la Parole se tait. Qui me dira, maintenant, que l’Éternel est plus puissant, puisque mes dieux agissent avec la même puissance ? — Quelle ruse de l’ennemi ! Mais il y a cependant un signe bien positif : la verge d’Aaron engloutit toutes celles des magiciens ; la puissance de Dieu est plus forte.

Le coeur du Pharaon s’endurcit. Le premier assaut est inutile, la conscience et le coeur dur roi ne sont pas atteints, il a trouvé un appui dans ses devins, Satan l’a soutenu ; mais Dieu a autre chose en réserve.

(v. 14-25). Aaron, sur l’ordre de Dieu, étendit la verge sur les fleuves, sur les rivières et sur les étangs, et l’eau fut changée en sang.

La puissance de Satan est dans la main de Dieu, qui se sert de lui pour opérer certaines choses. Sans doute, il le laisse exercer son pouvoir, comme dans l’histoire de Job, par exemple ; mais il tient tout dans Sa main. Cette fois, c’est la puissance de la mort qui est là, elle cerne le pays. Combien cela devait atteindre les Égyptiens ! Ils vénéraient le Nil. Son eau leur était sacrée, ils ne la buvaient qu’avec respect ; maintenant elle est devenue «la mort», et cette mort pèse sur eux de tout son poids, puisque dans leurs demeures toute l’eau renfermée dans leurs vases de bois et de pierre est changée aussi en sang. Combien ce devait être terrible, ce fleuve contenant des ondes de sang !

En voyant la puissance qu’avait l’Éternel d’infliger la mort, Pharaon devait être saisi de crainte ; mais les devins sont là, et par leurs enchantements ils réussissent à transformer de l’eau en sang. Sur quelle échelle le font-ils ? Sur une très petite, sans doute. Les Égyptiens avaient creusé autour du fleuve des trous, pour avoir un peu d’eau. Peut-être est-ce dans un de ces creux qu’ils ont opéré ; mais cela suffit pour le coeur du Pharaon. Ils auraient autrement montré leur puissance, en faisant l’inverse du miracle d’Aaron, en rendant à l’Égypte la vie par l’eau ; mais cela ils ne le pouvaient, l’Éternel ne l’aurait pas permis. Pendant sept jours, pendant un cycle complet de temps, les Égyptiens sont en présence de la mort.

Les influences mortelles ne sont-elles pas autour de nous ? La puissance de la mort ne se manifeste-t-elle pas partout ? Pour le chrétien, il n’y a pas d’aiguillon dans la mort, il déloge pour être avec le Seigneur. Mais, pour le monde, la mort physique, la mort de l’âme, l’enveloppent ; tout est changé en sang, la mort règne. Elle régnera plus frappante encore dans ces temps dont parle le chap. 16 de l’Apocalypse. Si cette puissance de mort qui frappait l’Égypte devait parler aux coeurs et aux consciences des habitants, combien plus nous devrions être attentifs aux influences mortelles qui se glissent dans tel discours, telle conférence, ou telle lecture. Partout , en tout, le venin mortel s’introduit subtilement.

Les Israélites ne burent pas ces eaux empoisonnées ; toujours nous les voyons épargnés, mis à part. Pas plus qu’eux, nous n’avons à puiser à ces sources mortelles, mais bien aux eaux rafraîchissantes de la parole de Dieu.

Le Pharaon ne laisse pas aller le peuple.

8                    CHAPITRE 8

(v. 1-15). — Avec le chap. 8, nous avons la troisième plaie, et quelque chose de bien extraordinaire à relever. L’Éternel aurait pu dire : «Puisque vous refusez de laisser aller mon peuple, je vais faire venir sur votre pays les animaux féroces du désert, pour tout dévaster. Au lieu de cela, il se sert de ce qu’il y a de plus faible, de plus impur : des grenouilles. Les grenouilles peuvent être appelées impures, parce que nous lisons en Apoc. 16:13, que de la bouche du dragon, de la bouche de la bête et de la bouche du faux prophète, sortirent trois esprits immondes, comme des grenouilles. Cette plaie, exercée par des êtres vils, devenait donc une plaie impure. Par milliers, millions et myriades, les grenouilles remplissent tout, pénètrent dans les demeures, dans les lits, jusque sur le Pharaon et sur ses serviteurs. Quelle chose horrible, épouvantable ! Et il est impossible de s’en débarrasser. Dieu montre sa puissance par des choses tout à fait faibles, et rien de ce qui fait partie de l’Égypte, ni ses grands et beaux monuments, ni ses habitants, n’est épargné. Les magiciens sont appelés, Satan leur prête son pouvoir, ils font le même miracle ; mais sur quelle échelle, cela ne nous est pas dit. Ce que nous voyons, c’est que Pharaon commence à comprendre qu’il y a quelque chose de supérieur ; il se tourne vers Moïse, supplie pour être délivré, et promet de laisser aller le peuple. Il reconnaît une puissance supérieure à celle de ses magiciens. Que n’ont-ils purgé l’Égypte du fléau ! Leur pouvoir aurait été alors démontré ! Moïse n’étend pas la verge, parce qu’elle est une verge de jugement, destinée à amener le jugement, mais non pas à exercer la grâce. Elle reste telle lorsque, au désert, elle frappe le rocher qui représente Christ frappé à la croix. Que fait Moïse ? Il supplie. Pour que la grâce intervienne, il faut aller à l’Éternel par la prière. Lorsque Élie, au temps du roi Achab, demanda la pluie, c’est par la prière qu’il leva le jugement. Pour que la grâce écarte le jugement, il faut une intercession, et pour nous, c’est l’intercession du Seigneur qui nous délivre.

Quand Pharaon a reçu l’effet des prières adressées par Moïse à Dieu, son coeur s’endurcit encore. Le troisième assaut est livré et repoussé. Satan veut retenir le peuple dans l’esclavage. Pourquoi ? Parce qu’il sait que de ce peuple doit naître Celui qui lui brisera la tête.

Dans la 2° épître à Timothée, ceux qui résistent à la vérité sont comparés aux magiciens de l’Égypte.

(v. 16-32). Nous avons vu précédemment trois occasions dans lesquelles les devins purent faire par leurs enchantements, la même chose que le serviteur de Dieu. Remarquez que dans la 2° épître à Timothée, où il est parlé des mauvais jours, l’apôtre fait mention de ces magiciens, et même qu’il les nomme (2 Tim. 3:1-9). Ainsi, dans ce passage, nous voyons caractérisée l’action de ces magiciens ; leur action était de résister à Moïse en contrefaisant l’oeuvre de Dieu. Dans quel but l’ennemi donnait-il cette puissance aux magiciens ? C’était afin d’empêcher que ce que le Pharaon voyait, n’atteignît son coeur et sa conscience. Il voulait détruire l’effet de la vérité dans le coeur du Pharaon et de ses serviteurs. Nous voyons, dans l’épître à Timothée, dans quel temps des hommes tels que Jannès et Jambrès agissent : c’est dans les derniers jours. Ce passage ne nous fait pas le tableau des païens (cela, nous le trouvons dans le chapitre 1er de l’épître aux Romains) ; mais en comparant ces deux tableaux, nous y trouvons nombre de traits qui sont à peu près les mêmes. Ici, c’est au milieu de ceux qui connaissent la parole de Dieu, qui portent le nom de chrétiens ; et ce qui rend leur état plus affreux et plus coupable, c’est qu’ils revêtent le manteau de la piété, et que, sous ce manteau s’abritent toutes ces choses horribles. On lit la Parole, on l’entend lire, on assiste à des services religieux, on s’occupe de certaines oeuvres, et sous cette apparence, sous cette forme de piété, la conscience ne parle plus, et l’on se contente de cette forme, comme si elle pouvait satisfaire Dieu. Alors vient l’ennemi, avec ses contrefaçons, pour empêcher les âmes de se ranger du côté des choses divines. La forme de la piété a pour effet d’amortir l’action de Dieu dans les consciences.

Revenons à l’Exode. La troisième plaie (v. 16-19) est comme un avertissement donné au Pharaon. On peut se demander pourquoi l’Éternel ne manifeste pas sa puissance en étendant immédiatement sa main pour anéantir le Pharaon, ses serviteurs et toute son armée ? Il aurait pu le faire, et cela d’une parole ! Mais l’Éternel veut exercer son peuple ; puis il veut avertir le Pharaon, et non le frapper immédiatement. Dieu veut nous exercer à la patience ; et l’avertissement qu’il donne au Pharaon est une image de ce qu’il fera à la fin : quand Dieu agira envers les empires, il ne les détruira pas immédiatement, mais il leur enverra d’abord des jugements terribles afin de les avertir. Enfin, comme nous le verrons au chapitre suivant, Dieu veut encore manifester sa gloire, aussi bien que sa puissance et son support.

De ce qui est purement matière, de la poussière, Dieu fait sortir la vie par sa puissance. Toute cette poussière de la terre d’Égypte s’anime, prend vie, devient des insectes, une plaie intolérable. La puissance divine produit la vie, et devant cette puissance créatrice les devins essayent de faire de même, mais ils échouent complètement.

D’aucune manière, l’homme ne peut produire la vie, il peut seulement l’ôter. Cela nous ramène à l’épître à Timothée, car, dans le domaine spirituel, rien non plus, ni pratiques religieuses, ni efforts de l’esprit, rien ne peut produire la vie, ni la conquérir. Maintenant, les devins avertissent le Pharaon que c’est la puissance de Dieu qui s’est manifestée, et il aurait dû écouter ; mais il n’en est rien ; cette marque de la puissance n’atteint pas son coeur, et Dieu doit frapper de nouveau. Mais encore il avertit : «Laisse aller mon peuple». C’est si beau, toujours mon peuple, les miens, ceux qui m’appartiennent, et j’emploierai toute ma puissance pour les délivrer. Cette parole est pour nous, nous sommes à Lui, et il n’oublie jamais aucun des siens. Si le Pharaon ne veut pas écouter, l’Éternel remplira son pays de mouches venimeuses ; mais, en frappant, il distinguera le pays de Goshen : d’un côté, le Pharaon, son peuple et Satan ; de l’autre, le peuple de Dieu ; et, entre les deux, une barrière qu’aucune mouche venimeuse ne saurait traverser (et qui peut arrêter une mouche ?). Les uns sont le peuple de l’Éternel, et rien ne peut leur nuire, tandis que les Égyptiens sont frappés. N’oublions pas qu’il y a une séparation entre le monde et le peuple de Dieu. Dans le monde, Satan habite ; mais il y a une séparation. Les enfants de Dieu, trop souvent, pactisent avec le monde ; mais nous devrions toujours observer la séparation avec soin. Il y avait la présence bénie de l’Éternel au milieu du pays qu’habitait Israël ; de même, nous avons ce privilège d’avoir le Seigneur au milieu de nous : serrons-nous autour de Celui qui est avec nous ; ce que nous avons à faire, c’est de maintenir la séparation. Le pays sera ruiné par la mouche venimeuse ; aucune maison ne sera épargnée... Mais il y a encore un répit ; Dieu dit : «Demain». Il en est ainsi de nos jours. Quelle parole solennelle : «Ce signe sera pour demain». Solennelle pour les âmes individuellement. Dieu dit : «Aujourd’hui, n’endurcissez pas vos coeurs» ; «demain», c’est le jour du châtiment et du jugement. «Demain» arriva pour le Pharaon, avant qu’il eût fait un seul pas vers la repentance. Ces mouches ne sont que de petits animaux, mais Dieu les emploie pour rendre insupportable l’existence à ceux qui sont sous son châtiment. Le Pharaon, atteint dans sa personne, dit : «Allez, sacrifiez à votre Dieu dans le pays». Il est important de se rappeler que l’Égypte est un pays rempli d’un bout à l’autre d’idoles de tous genres, et le Pharaon pense que l’on peut sacrifier là, et servir là l’Éternel. Impossible ! Moïse donne au Pharaon une raison, mais il en connaît une autre : sacrifier en Égypte, c’eût été ravaler le vrai Dieu au rang des idoles, allier le culte de l’Éternel au culte des idoles, s’associer au monde. C’est une leçon extrêmement sérieuse pour nous. Nous ne pouvons pas rendre culte, si nous nous associons au monde. Écoutons Moïse et comment il repousse la première tentation qui lui est présentée, de servir l’Éternel au milieu du monde : cela est impossible ! Pour que le peuple puisse rendre culte, il faut qu’il soit séparé complètement de l’Égypte, qu’il soit dans le désert, qu’il ait mis la mer Rouge entre deux ; il faut, en réalité, une vaste séparation entre le monde et ceux qui rendent culte. Il faut sortir hors du camp, vers Jésus, en portant son opprobre, et alors nous sommes rendus capables d’offrir un sacrifice de louanges. Il faut que la mort et la résurrection de Christ soient réalisées dans nos âmes, pour que nos coeurs s’élèvent vers Dieu.

Dans l’Apocalypse, la troisième église, celle de Pergame (qui représente l’état de l’Église en général), au lieu d’écouter l’exhortation adressée à Éphèse, descend où Satan a son trône, et s’allie au monde ; voilà ce qui existe de nos jours. Que faire alors ? et comment peut-on vaincre ?Voyez dans 2 Timothée 2:20-22 : il faut se séparer des vases à déshonneur ; il faut poursuivre la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un coeur pur. Individuellement, il faut se séparer de l’iniquité, sous quelque forme qu’elle se trouve ; et l’iniquité est ce qui est opposé à la vérité de Dieu, à sa Parole ; c’est le devoir individuel du chrétien, et alors il en trouve d’autres qui poursuivent le même chemin.

Moïse a bien compris cela. Comment, dit-il, nous ferions descendre notre Dieu au rang des idoles de l’Égypte ! Impossible ! Il faut sortir de l’atmosphère impure de l’Égypte, et aller sacrifier dans l’air pur du désert. À la seconde concession du Pharaon, Moïse ne réplique même pas ; sa première réponse suffit. Il ne faut pas se séparer à moitié. Il faut toute la distance que Dieu mesure dans sa Parole. Toute convoitise — celle de la chair, celle des yeux, l’orgueil de la vie — n’est pas du Père, mais du monde. On n’est jamais assez séparé pour le Seigneur. Les Corinthiens étaient exposés à toute sorte de mal, et entourés d’idoles.... Nous aussi, nous ne pouvons pas nous en aller, nous sommes dans le monde ; mais soyons séparés, car nous ne sommes pas du monde. Le Seigneur nous l’a dit : ne le faisons pas mentir, en nous mêlant au monde. «Sortez du milieu d’eux et soyez séparés», dit le Seigneur, «et ne touchez pas à ce qui est impur, et moi je vous recevrai, et je vous serai pour Père, et vous, vous me serez pour fils et pour filles, dit le Seigneur, le Tout-Puissant». Mais qu’aurai-je ? Je l’aurai Lui, je serai son fils, je serai sa fille, je serai avec Lui dans cette atmosphère pure, dans cette atmosphère d’amour, qui n’est pas de ce monde. C’est seulement dans le désert qu’Israël pouvait trouver l’Éternel ; et il est bien remarquable que ce n’est qu’après avoir traversé la mer Rouge, qu’il peut entonner le cantique de la délivrance.

De même Abraham, autrefois, n’a pas adoré dans le pays d’Égypte, mais après en être revenu. Tout cela doit nous parler. Nous ne sommes pas du monde, mais nous en sommes séparés pour Dieu ; il nous faut rompre visiblement avec ce monde qui nous entoure, qui ne nous comprend pas, qui est même scandalisé par notre séparation.

Mais ton Seigneur, ô racheté, te donnera le caillou blanc, le nouveau nom ; tu seras consolé, soutenu ; le monde ne te donnera rien, mais le Seigneur te donnera tout.

Il est important de se souvenir de ce compromis que propose le Pharaon, demandant qu’Israël sacrifie à l’Éternel en Égypte. Moïse ne saurait y accéder, car ce n’était pas un lieu où il fût possible d’offrir des sacrifices à Dieu. L’application de cela à nous-mêmes, est que nous ne pouvons rendre culte à Dieu dans le monde ; il faut sortir du monde et rester séparés. Moïse dit : «Nous irons le chemin de trois jours dans le désert», et ne répond même pas à la proposition du Pharaon. Il faut une séparation entière et complète. Rien de plus triste que quelqu’un qui a cru se séparer un peu, et puis qui retourne en arrière, entraîné par la ruse de Satan. Quand le coeur n’est pas très décidé, Satan conserve toujours l’espoir de le ramener au monde. Nous ne devons pas en sortir à moitié, mais tout entiers, complètement. La mer Rouge est le type de la mort et de la résurrection ; c’est ce qui nous met complètement à part. Tout chrétien jouit de ce privilège ; mais beaucoup s’arrêtent à la joie du pardon des péchés, tandis que, dans les épîtres aux Romains, aux Colossiens, aux Éphésiens, on voit que nous sommes morts avec Christ, au monde, au péché, que nous sommes ressuscités, placés sur un tout nouveau terrain, et nous devons réaliser cela. L’apôtre Paul voit que le monde lui est crucifié, et lui au monde. Ce sont des leçons très importantes. Si nous désirons glorifier le Seigneur, nous ne le pouvons qu’en nous séparant du monde. Comment pourrions-nous aimer le monde, avoir affaire avec lui, quand nous savons que c’est lui qui a crucifié notre Seigneur ? Impossible ! Il y a même un abîme profond entre nous et lui ; quant à nous personnellement, nous sommes sortis d’Égypte, et nous respirons l’air pur et vivifiant du ciel.

Le Pharaon se moquait de l’Éternel, tandis que la Parole nous apprend que «on ne se moque pas de Dieu». «Le Pharaon endurcit son coeur aussi cette fois», et s’il le fait, ce n’est pas que Dieu ait manqué de patience. Aujourd’hui de même, les pécheurs sont sommés de se tourner vers Dieu ; il est plein de miséricorde et de patience, et fait annoncer son Évangile en tous lieux.

9                    CHAPITRE 9

(v. 1-7). Dans les trois plaies précédentes, c’étaient les personnes qui étaient frappées dans leurs circonstances ; maintenant, elles le sont dans leurs biens, dans ce qui constitue une partie de leurs richesses. Les Égyptiens connaissaient bien les maladies contagieuses du bétail, comment elles commencent insensiblement et s’étendent de plus en plus ; mais celle-ci était envoyée directement par l’Éternel, et, ce qui est frappant, c’est que, d’emblée, elle sévit en plein, et aussi que l’Éternel assigne un jour : tout le mal surgit en un jour, et non graduellement. Ce qui est très frappant aussi, c’est que les troupeaux des enfants d’Israël ne sont pas atteints. Ce n’est pas un cordon sanitaire établi par les hommes, mais c’est la main de l’Éternel. Le Pharaon fait constater le fait ; il n’est ni accidentel, ni habituel, mais c’est que l’Éternel est «au milieu du pays», frappant de jugement l’Égypte et préservant Israël. Il est aussi avec nous pour nous garder et nous préserver. C’est l’Éternel qui agit, non pas Moïse et Aaron , c’est Lui dont la main «sera sur les troupeaux», et le Pharaon s’endurcit encore ! Il s’assure de ce qui en est du bétail des Israélites, comptant, sans doute, mettre la main dessus... mais Dieu ne le permettra pas. Il ne faut pas se représenter les plaies tombant sur l’Égypte coup sur coup, sans trêve ; quand on lit attentivement le récit, on est amené à penser qu’elles ont duré plusieurs mois. Dieu usait de patience et avertissait toujours, et c’est ce qu’il fait avec le monde, encore aujourd’hui.

(v. 8-12). Il y a encore quelque chose de frappant dans ces plaies sur les Égyptiens : c’est qu’ils avaient une déesse spéciale pour les grenouilles ; mais toutes les supplications qu’on lui adresse ne servent point à les écarter ; dans d’autres parties de l’Égypte, on les adorait, et voilà que l’objet de leur culte devient un fléau : tout cela devait leur parler. Puis, le boeuf qu’ils adorent est frappé de la peste. Ils doivent voir que leurs divinités sont sans puissance, tandis que Jéhovah tient tout entre ses mains. Maintenant, les devins mêmes sont frappés, malgré tous leurs enchantements.

(v. 13-15). Nous n’avons jamais vu jusqu’ici que le Pharaon lui-même soit frappé ; mais, ici, il lui est dit : «J’envoie toutes mes plaies dans ton coeur». Quoiqu’il l’eût, sans doute, peu manifesté, il devait sentir tous ces fléaux, pour ses serviteurs, pour son peuple, pour tout ce qui lui appartenait. Nous voyons quelquefois que Dieu frappe des pécheurs pour les amener à Lui, — il les frappe dans leurs liens, dans ceux qui leur sont chers ; et, s’il en est qui se soumettent, d’autres se raidissent pour ne pas se convertir. À ces derniers, il est bon de présenter l’exemple du Pharaon, pour leur montrer à quels dangers ils s’exposent : «Afin que tu saches que nul n’est comme moi, sur toute la terre» ; Dieu affirme sa gloire et sa majesté, et fait tout passer devant le Pharaon. Quant à nous, combien nous sommes heureux ! Devant la gloire, la majesté, la puissance de Dieu, je dis : «C’est mon Père», et je suis sans crainte devant Lui ; et tout m’appartient par la foi. Non pas que nous nous réjouissions quand le monde est frappé ; au contraire, nous prions pour lui ; mais nous jouissons de ce que Dieu est ; et déjà comme les anciens de l’Apocalypse (représentants des saints glorifiés), nous sommes à l’abri, sans frayeur des tonnerres du jugement. Il est bon que nous en jouissions ! «Tu seras exterminé de dessus la terre», — en effet, il n’aurait fallu qu’une parole de Dieu pour tout détruire. —  «Mais je t’ai fait subsister pour ceci... pour que mon nom soit publié dans toute la terre». Nous en avons un exemple : quand Israël eut passé le Jourdain, et qu’il eut envoyé des espions, Rahab leur dit : «Nous avons entendu comment l’Éternel a mis à sec les eaux de la mer Rouge devant vous», et c’est ce qui l’avait amenée, elle seule, à se soumettre à Dieu. La rédemption, cette délivrance merveilleuse, n’est pas restée cachée non plus : la nouvelle en a été répandue au loin, partout, dans toute la création qui est sous le ciel. Mais, comme alors Rahab seule a cru, au milieu de tous ces peuples demeurés incrédules, de même aujourd’hui combien peu de Rahab voyons-nous dans ce monde, dans cette Jéricho qui va être frappée ! Il nous faut nous placer en face de la réalité : tout converge vers la fin, elle est proche, et tous les principes de la fin sont à l’oeuvre ; mais le Seigneur va venir ! Nous devrions être saisis par cette pensée, saisis de joie, et nous tenir prêts ; puis penser à ceux qui ne le sont pas. Quand une fois la porte sera fermée, il y aura une énergie d’erreur pour se ranger sous le joug de l’Antichrist, de celui qui vient en son propre nom. Combien cela est solennel ! Dieu, donc, assigne un jour : «demain», c’est toujours le jugement ; «aujourd’hui», le salut. «Aujourd’hui», le Pharaon pouvait se repentir et laisser aller le peuple ; «demain» il serait frappé.

(v. 19-35). Pour bien saisir combien était effrayante cette plaie de la grêle, il faut se rappeler que la pluie et les orages sont très rares en Égypte. Une vie d’homme pouvait se passer sans en voir. Dans l’Apocalypse, la grêle annonce toujours de terribles jugements de Dieu ; c’est l’expression, à un haut degré, de sa colère et de son indignation contre les méchants. «Et maintenant envoie, fais mettre en sûreté». Il semble qu’au milieu de ce peuple qui, dans la personne de son roi, se rebellait et s’endurcissait, il y en avait quelques-uns qui craignaient l’Éternel. Il nous est dit de nous soumettre aux autorités mais aussi quelle responsabilité pour l’autorité !

Il y avait donc quelques âmes qui n’étaient pas endurcies, qui craignirent et se mirent à l’abri. L’on est toujours à l’abri, quand on se réfugie, selon la parole de Dieu, auprès de Lui. D’autres sont insouciants et incrédules, et en porteront la peine. Il y a un lieu de refuge, et il faut s’y rendre, car «Dieu ne veut pas qu’aucun périsse, mais que tous viennent à la repentance».

(v. 22). Combien ce devait être saisissant de voir la main de l’homme de Dieu étendue vers les cieux ! Quelques instants auparavant, un soleil brillant et radieux resplendissait sur ce beau pays d’Égypte, dont l’aspect promettait d’abondantes récoltes (v. 31). et, en un moment, les nuages s’amoncellent et l’orage éclate.

Le monde, aujourd’hui, s’occupe de ses plaisirs, recherche le gain, etc., tandis que le chrétien voit à l’horizon l’orage qui monte, qui gagne et qui va éclater pour frapper ceux qui «habitent sur la terre», qui ont leurs pensées et leurs affections aux choses de la terre. Nous, nous voyons quelquefois des éclairs ; mais là, «le feu se promenait sur la terre», et les plus affreux cyclones ne peuvent donner qu’une faible idée du fléau qui, alors, dévasta l’Égypte ; les prêtres pouvaient consulter les annales et constater que jamais auparavant on n’avait vu pareille calamité. Mais il y avait une ligne de démarcation tracée par le doigt de Dieu, pour protéger ses enfants. Plus tard, le résidu d’Israël, comme Noé, traversera le jugement, et sera gardé à travers (tandis que nous serons en dehors des jugements, dans le ciel) ; il y aura des croyants qui seront gardés, qui ne seront pas atteints quand ils en verront tomber mille à leur côté, et dix mille à leur droite (Ps. 91). Ainsi il y avait un soleil radieux, un ciel pur en Goshen, où aucun mal n’atteignait le peuple de Dieu. Comme ceux qui appartiennent à Dieu sont heureux et bien gardés ! Ils jouissent d’un ciel d’azur que rien ne peut troubler, toujours pur, toujours serein, à moins que, par leur faute, il n’y ait quelque nuage. L’orage est à l’horizon pour le monde ; mais nous, nous appartenons au ciel, où nous serons bientôt enlevés pour jamais.

Que Dieu nous donne de profiter des réflexions suggérées à nos coeurs par la lecture de ce beau chapitre, qui nous enseigne à l’égard des choses actuelles et des choses à venir. Et que nos coeurs soient en dehors du monde ! Toutes les raisons possibles nous sont données dans la Parole, pour que nous nous tenions tout à fait à part du monde, afin que nous ne buvions d’aucune manière à sa coupe impure. Que Jésus, que le ciel où nous allons entrer, occupent nos pensées ! Tout va passer comme un éclair, et il ne restera que les choses immuables, maintenant invisibles ; que ces réalités invisibles nous occupent, que nos coeurs y soient tout entiers, qu’ils soient attachés à ce précieux Sauveur.

Dans ce qui précède, nous avons vu les jugements se succéder en Égypte, pendant que les Israélites étaient épargnés, que les élus de Dieu étaient à l’abri. Pour nous aussi, comme il est précieux de savoir que nous sommes gardés par Dieu, par la puissance de Dieu (1 Pierre 1:5).

Dans le v. 27 de notre chapitre, le Pharaon reconnaît qu’il a péché, cette fois, comme s’il n’avait pas péché jusque-là ; on voit que c’est l’intensité du mal pesant sur lui qui le fait parler, et que sa conscience n’est point atteinte du tout. On peut se courber sous le coup d’un jugement de Dieu, sans que ni le coeur, ni la conscience soient touchés.

Frappé comme il l’est, le Pharaon dit : «L’Éternel est juste, et moi et mon peuple, nous sommes méchants». C’est le même homme qui avait dit : «Qui est l’Éternel ?» Cette fois, il est amené à le reconnaître dans sa puissance et dans ses jugements. De nos jours, combien méprisent Dieu, l’ignorent ! mais le moment viendra où ils devront se courber devant Lui et le reconnaître.

Il semble, cette fois, que tout ira bien pour le peuple d’Israël ; mais, comme nous l’avons dit, le coeur et la conscience du Pharaon n’avaient pas été atteints ; il fait la promesse de laisser aller le peuple, et il semble qu’on pourrait compter sur sa parole. Moïse lui dit (v. 29) : «J’étendrai mes mains vers l’Éternel ; les tonnerres cesseront, et il n’y aura plus de grêle ; afin que tu saches que la terre est à l’Éternel». Qu’il est beau de voir la puissance de l’intercession d’un seul homme. À sa parole, l’Éternel déverse ses fléaux sur l’Égypte ; à sa parole, il les arrête. De même, Élie pria, et il ne plut pas pendant trois ans et six mois ; il pria, et la pluie vint arroser la terre desséchée. Jacques nous dit : «La fervente supplication du juste peut beaucoup». Nous oublions beaucoup trop cela. Nous prions certainement ; nous ne serions pas chrétiens sans cela, la prière est comme la respiration du chrétien ; mais le faisons-nous avec foi ? La prière suppose la dépendance, la confiance, la connaissance de Dieu, de sa puissance, de son amour. Il nous faut croire, avoir la foi, voir la main de Dieu en toutes choses. Nous voyons des calamités partout, chaque jour, tout autour de nous. Savons-nous y discerner la main de Dieu, et non pas, comme le fait le monde, un effet naturel ? Dans ce que nous voyons, rapportons-nous tout à Dieu, voyons-nous sa main partout, Dieu au-dessus de tout ? C’est ce que Moïse faisait («afin que tu saches que la terre est à l’Éternel»), c’est ce que le Pharaon fit pour un moment, puis il l’oublia ; il vit, que la pluie, et la grêle, et les tonnerres avaient cessé, et il continua de pécher ; c’était volontairement, maintenant ; il endurcit son coeur, lui et ses serviteurs. Peut-être, ces derniers le poussèrent-ils même dans ce mépris de Dieu ; peut-être, lui dit-on qu’au fond la pluie, la grêle, le tonnerre sont des phénomènes naturels, que l’intensité du fléau avait été plus grande que d’habitude, mais qu’après tout, c’étaient des phénomènes naturels. Quelle image de ce monde en tout temps, et comme de nos jours encore, le coeur incrédule de l’homme veut toujours échapper à Dieu ! Le Pharaon endurcit son coeur, lui et ses serviteurs ; on peut bien penser que l’opposition des prêtres n’avait point diminué et que le Pharaon se trouvait appuyé quand il résistait à Moïse et au Dieu de Moïse. Le roi donc oublia sa promesse, et manqua à sa parole ; il ne laissa point aller les fils d’Israël.

10               CHAPITRE 10

Là encore se montre la patience de Dieu qui avertit le Pharaon. Il est beau aussi de voir Moïse, autrefois si hésitant, si craintif, aller avec assurance où Dieu l’envoie. Cette fois, ce serviteur de Dieu ne craint rien. Quel tableau ! d’un côté, un roi tout puissant, une armée nombreuse, qui s’opposent ; de l’autre, un peuple opprimé, abattu, qui craint ; entre deux, ces deux hommes placés devant cette puissance formidable de l’Égypte, et qui ne fléchissent pas, parce qu’ils connaissent Dieu et sa puissance. Nous aussi, nous sommes en présence d’un ennemi redoutable, d’un ennemi agissant par ses ruses et voulant nous conduire où nous ne devrions pas aller. Mais ne fléchissons pas ; souvenons-nous que Dieu est pour nous, et si sa puissance est pour nous, que pourra l’ennemi contre nous ? Toutes choses sont possibles pour celui qui croit. Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Si Dieu est pour nous, qui pourra tenir contre cette puissance ? Combien il nous est précieux de le savoir ! Il est pour nous, Lui, le Dieu puissant. Il nous en a fourni la preuve en ce qu’il a donné pour nous son Fils bien-aimé. Le Dieu qui est contre le péché, n’est pas contre le pécheur, de sorte que le chrétien peut s’écrier : «Qui nous séparera de l’amour de Christ ?» Le pauvre peuple d’Israël avait un héraut pour lui, Dieu ; il voit sa protection, et n’a rien à faire qu’à se reposer en Lui. Il en est de même pour nous, nous n’avons rien à faire pour notre salut. Christ a tout fait, et cela au prix de ses souffrances et de sa mort.

(v. 2). «Vous saurez que moi je suis l’Éternel». Il fallait que non seulement les ennemis le sachent, mais aussi ceux en faveur de qui Dieu opérait, et ils devaient s’en souvenir dans la suite, et en parler à leurs enfants. Nous aussi, nous ne devons jamais oublier la grande délivrance dont nous avons été les objets, nous pour qui la puissance du péché et de la mort a été annulée. Paul nous y exhorte, comme Timothée, auquel il écrit dans des jours mauvais : «Souviens-toi de Jésus-Christ». Puissions-nous vraiment nous souvenir de Lui, en tout temps.

(v. 6). Au v. 6, il est frappant de voir la hardiesse et le courage de Moïse en présence du Pharaon. Sa hardiesse augmente à mesure que l’opposition du roi s’accentue ; ayant délivré son message, il se tourna et sortit. Sans doute, les Égyptiens connaissaient les sauterelles, et les dégâts qu’elles occasionnent ; mais l’Égypte venait d’être frappée coup sur coup dans ses bestiaux et dans une partie de ses récoltes ; elle devait l’être d’une manière plus sensible encore par la dévastation des sauterelles, et il n’est pas étonnant d’entendre les serviteurs du Pharaon le prier de laisser partir les Israélites, non pas qu’ils craignissent l’Éternel, non pas par vrai sentiment d’humilité ou par conscience, mais ils voyaient le fléau s’approcher et craignaient leur propre ruine. Le Pharaon essaye de céder au désir de ses serviteurs, et il fait revenir Moïse : «Qui sont ceux qui iront ?»

(v. 8-10). Ici, il y a quelque chose de bien sérieux à méditer : le fait que Moïse veuille que rien de tout ce qui appartient aux Israélites ne reste dans la terre d’Égypte. L’Égypte n’était pas le lieu pour servir l’Éternel, pas plus que les confins du pays ; il fallait une séparation complète. Le Pharaon aurait voulu leur faire laisser ce qu’ils avaient de plus précieux, que les hommes aillent, mais qu’ils laissent leurs femmes et leurs enfants à la merci des Égyptiens. Cela ne nous dit-il rien ? Nous, chrétiens, qui avons été retirés du monde, laisserions-nous nos enfants exposés dans le monde aux attaques de l’ennemi ? N’avons-nous pas à prendre avec nous, dans notre séparation, ce que nous avons de plus cher ? Si nous sommes séparés du monde, nos enfants doivent l’être aussi. C’est ce que nous voyons dans l’enseignement de la Parole. L’apôtre Paul les traite comme étant placés sur le même terrain que les parents ; il ne les considère pas comme étant en dehors de la maison de Dieu ; ne le faisons pas non plus. Nous devons considérer nos enfants comme étant sur le terrain où nous sommes nous-mêmes, et non pas comme étant du monde. C’est bien sérieux ; peut-être s’en trouve-t-il parmi nous qui voient la séparation pour eux-mêmes et qui ne la voient pas pour leurs enfants. Sans doute, nous ne sommes pas maîtres de convertir nos enfants, mais qu’au moins nous ne mettions pas obstacle à leur conversion, en les exposant à toutes sortes de dangers ou de pièges ! l’Écriture est positive sur ce point : «Toi et ta maison». Quand l’enfant sera arrivé à l’âge de conduire ses pas, peut-être s’égarera-t-il, mais il n’oubliera pas les exemples de ses parents, et un jour viendra où Dieu agira en lui. Il aura égard à la fidélité des parents et il lui parlera. Ce que nous avons à faire, c’est d’être fidèles et de laisser les conséquences, l’avenir, entre les mains de Dieu.

Moïse parlait au point de vue des droits de Dieu, sans doute, mais aussi au point de vue de ce qu’il y a de plus précieux, de plus sacré ici-bas : les    affections. Si les objets des affections des Israélites étaient restés en Épypte, leur coeur y serait resté et les y aurait fait retourner, et il n’est pas rare le cas où les enfants élevés en  vue du monde et dans le monde, y ont entraîné des parents qui semblaient avoir compris la séparation pour eux-mêmes. Nous voyons donc quelle haute portée avait ce que Moïse dit au Pharaon, et qu’il nous soit donné de prêter attention à ces leçons de la Parole. On ne peut pas servir l’Éternel en Égypte, on ne peut pas pactiser avec le Pharaon et rester sur ses frontières ; et on ne peut pas non plus laisser en Égypte ce qui est le plus cher à nos coeurs.

Le Pharaon ne voulut rien écouter et il endurcit son coeur. Dieu lui avait laissé du répit, il l’avait averti : Demain je ferai venir des sauterelles... Le roi aurait eu le temps de se repentir, de donner l’ordre de laisser partir les Israélites, mais non ; et le fléau survint, terrible : des sauterelles comme il n’y en avait point eu de semblables et comme il n’y en aura point de pareilles. Quand nous lisons dans Apoc. 9, nous voyons aussi un fléau de sauterelles, mais là les sauterelles sont symboliques, elles s’étendent sur la terre pour le jugement. Aujourd’hui le mal est encore retenu, l’Église est encore sur la terre ; mais, une fois qu’elle sera auprès du Seigneur, les jugements se précipiteront sur la terre ; il y aura des jugements pour avertir les hommes, mais les hommes n’écouteront pas. Une fois l’Église enlevée, les saints retirés du monde, plus rien ne sera là pour retenir le mal. Ce qui est un germe de nos jours, aura son plein développement, et, malgré les jugements, les hommes se montreront insensibles. Les sauterelles d’Apoc. 9 sont donc symboliques, nous le voyons en ce que leur description diffère de celle des sauterelles d’Égypte.

Maintenant qu’il était trop tard, le Pharaon croyait ce qu’il aurait dû croire auparavant, et il se hâta d’appeler Moïse et Aaron (v. 16-17). C’est qu’en effet, cette plaie était la mort de toute la prospérité du Pharaon et de l’Égypte. De nouveau Dieu répondit à son serviteur, et le vent emporta les sauterelles qu’il avait apportées. Le Pharaon avait bien reconnu son péché (v. 16), mais, sitôt qu’il eut du répit, son incrédulité reparut, et il endurcit son coeur. Sans doute que lui et les prêtres cherchèrent à expliquer la plaie ; le fléau avait été très intense, mais enfin il était naturel : un vent avait amené des sauterelles, et les avait emportées de nouveau jusque dans la mer, et ils ignoraient volontairement que c’était à la parole de l’Éternel. Le Pharaon endurci et l’Égypte allaient être plongés dans ces ténèbres épaisses qui figuraient si bien les ténèbres morales qui les recouvraient. Mais la lumière était dans toutes les demeure des Israélites. Nous aussi, au milieu des ténèbres de ce monde, nous possédons la lumière de la Parole, de la présence de Dieu. Autour de nous les ténèbres s’épaississent, mais nous sommes de la lumière et du jour, reluisant comme des luminaires dans le monde. Veillons donc à ce que notre lumière brille pure !

Représentons-nous un peu ce qu’étaient ces ténèbres pour l’Égypte, ce pays si ensoleillé, où le soleil était même une des divinités dont le Pharaon portait le nom. Voilà le Pharaon arrêté, ne pouvant pas même sortir pour prier son dieu ! Et la lumière était chez tous les Israélites.

 

Dans l’Apocalypse aussi, nous voyons que lorsque l’ange verse sa coupe sur le trône de la Bête, son royaume devient ténébreux, et les ténèbres iront s’épaississant de plus en plus, mais pour le résidu d’Israël se lèvera le Soleil de justice. Nous sommes donc, nous chrétiens, lumière dans ce monde ; «nous ne sommes pas de la nuit, ni des ténèbres», s’écrie Paul comme en triomphe ; ne soyons donc pas comme ceux qui dorment, mais veillons. Jouissons de nos privilèges, et pensons à ceux qui nous entourent et qui ne connaissent pas le Seigneur. Nous devons être des flambeaux, reluire comme des luminaires dans le monde, au milieu d’une génération tortue et perverse, présentant la Parole de vie. La parole de Dieu est notre lumière ; est-ce elle qui règle toute notre conduite, comme cela doit être ? Puissions-nous tirer profit de toutes ces leçons que la parole de Dieu nous présente.

 

Nous en sommes restés au moment solennel où l’Égypte, ce pays du soleil et de la lumière, avait été plongée dans des ténèbres si profondes que personne ne pouvait bouger de trois jours du lieu où il était. Les divinités égyptiennes avaient été impuissantes à dissiper ces ténèbres ; le soleil même, que les Égyptiens adoraient, s’était voilé. Et dans les ténèbres morales où le monde est plongé, que peuvent la science et tous les efforts de l’homme ? Mais Dieu distingue entre son peuple et ceux qui n’en sont pas. Le peuple de Dieu était dans la lumière ; pour les fils d’Israël il y eut de la lumière dans leurs habitations. Une maison égyptienne pouvait se trouver à côté de celle d’un Israélite ; l’une était dans les ténèbres, tandis que la lumière resplendissait dans l’autre. De nos jours, ne voyons-nous pas, côte à côte, les ténèbres et la lumière ? Souvenons-nous que nous sommes dans la lumière, et veillons à ce que rien ne vienne l’obscurcir.

Les ténèbres devinrent si insupportables au Pharaon et à son peuple, qu’il appela Moïse (chap. 10:24) : «Allez», leur dit-il, «servez l’Éternel ; seulement...» toujours une restriction. L’ennemi, agissant dans le coeur du Pharaon, obscurcissant l’horizon de ses pensées, lui suggère un nouveau moyen de retenir le peuple. Nous avons déjà vu ses objections précédentes : «Servez l’Éternel dans le pays ; votre divinité est comme l’une des nôtres ; vous pouvez lui sacrifier au milieu de nous».

Pas moyen ; peut-on servir Dieu, sans qu’il y ait séparation d’avec le monde ? Puis, le Pharaon veut les contraindre à rester sur les confins du pays ; mais non, il faut une séparation complète. Il ne peut y avoir d’accord entre Christ et Bélial, point de communion entre la lumière et les ténèbres. Lisons, à cet égard, 2 Cor. 6, qui nous instruira et nous montrera combien cette séparation doit être complète. N’ayant pas réussi dans ses plans, le Pharaon voulait forcer le peuple à laisser en otage ce qu’ils avaient de plus cher, de plus précieux. Tirons encore un enseignement pour nous-mêmes de la réponse de Moïse, et souvenons-nous que nous avons à séparer du monde, autant que possible, les nôtres, ceux qui nous sont chers.

Mais le Pharaon ne s’en tient pas là, il cherche un nouveau moyen de s’opposer à Dieu. Qu’il est triste de voir cet homme, conduit par l’adversaire, voulant s’opposer à Dieu, ôter aux Israélites le moyen de Le servir, et retenir ce qui leur appartenait ! Le v. 25 nous donne la réponse magnifique de Moïse. Dans sa fidélité inflexible, il ne permettra pas que quoi que ce soit de ce qu’ils ont reçu de Dieu reste en Égypte, Il veut offrir un sacrifice entier à Dieu, et empêcher que le coeur des Israélites ne retourne en Égypte, à ce qu’ils pourraient laisser. Et nous, qui sommes entièrement à Dieu, nous ne devons rien laisser au service du monde, de ce qui nous appartient. On dira : Mais nous sommes dans le monde. — Sans doute ; mais nous devons nous souvenir que rien de ce que nous avons ne nous appartient, que nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes, mais à Celui qui nous a achetés à prix, et que tout en nous doit être au service de Dieu. Présentons donc, nos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu. Que tout soit au Seigneur, aussi bien l’instrument par lequel l’âme se manifeste, que notre être tout entier ; que rien en nous, ne soit au service du monde ! Les Israélites devaient s’éloigner de l’Égypte, et ne pouvaient y laisser quoi que ce soit qui appartînt à Dieu. —Puissions-nous avoir la fidélité de Moïse ! Le monde nous sollicite de toute part, mais nous pouvons y échapper et nous soustraire à son influence, en étant fidèles.

(v. 27). «Et l’Éternel endurcit le coeur du Pharaon, et il ne voulut pas les laisser aller, comme Moïse avait dit», c’est-à-dire avec tout ce qui leur appartenait, personnes, familles et biens. Rien de ce que Dieu leur avait dispensé ne devait rester en arrière ; ils étaient de Canaan et non pas d’Égypte, et rien ne devait rester en Égypte. Le chrétien aussi n’est pas de ce monde, mais du ciel. Vivons donc comme étant du ciel : «Quoi que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus». Dieu endurcit le coeur du Pharaon ; il y eut un endurcissement judiciaire qui s’appesantit sur celui qui avait refusé de croire. Le Pharaon avait vu la puissance de Dieu se déployer ; il avait reconnu que rien en Égypte, ni enchantements, ni magiciens, ni faux dieux n’avaient pu s’y opposer ; il aurait eu toute raison pour croire, mais il n’avait pas voulu. Combien d’exemples n’avons-nous pas d’hommes ne voulant pas croire, et pour qui l’endurcissement devient un jugement ! En Rom. 1, les hommes auxquels la création aurait dû manifester Dieu, ou qui auraient dû le connaître par ce qui leur avait été transmis à travers les siècles, n’ont pas eu le sens moral pour garder la connaissance de Dieu ; et c’est pourquoi Dieu les a livrés à un esprit réprouvé ; ils n’ont pas voulu se soumettre à Dieu, et Dieu les a livrés au mal. Et si nous pensons aux derniers temps, combien c’est solennel encore ! À ceux qui n’ont pas reçu l’amour de la vérité pour être sauvés, Dieu envoie une énergie d’erreur pour qu’ils croient au mensonge. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas entendu, mais qu’ils n’ont pas reçu, qu’ils n’ont fait aucun cas de l’Évangile ; et alors Dieu les abandonne, et ces âmes qui n’ont rien voulu de Christ auront Satan. Voilà ce qui attend le monde, et comment nous y associerions-nous ? Le monde va à sa fin ; bientôt sera révélé l’inique ; ceux qui refusent de croire à la vérité croiront au mensonge, et la fin est la perdition. Quel avenir terrible pour ce monde ! Nous avons ainsi bien des exemples d’hommes livrés à eux-mêmes, à l’endurcissement, pour avoir refusé de se soumettre : le Pharaon, les hommes dont parle Rom. 1, les hommes dans l’avenir. Pour le Pharaon, la conséquence en fut qu’il chassa Moïse d’auprès de lui ; c’était une dernière marque de son opposition, l’expression d’un coeur qui ne veut pas se soumettre à Dieu : «Va-t’en !» Cela nous rappelle ces paroles : «Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous». Combien il est sérieux de penser que ceux qui n’ont pas voulu Christ, qui n’ont pas répondu à sa voix, aujourd’hui pleine d’amour, entendront ces paroles terribles : «Allez-vous-en loin de moi, maudits !»

Les v. 28-29 nous montrent la rupture finale des relations de Moïse et du Pharaon, qui n’a rien voulu entendre des sollicitations de Dieu ; et pourtant quelle patience Dieu avait eue envers lui, lui envoyant avertissement sur avertissement, retirant, à sa demande, à mainte reprise, sa main étendue en jugement. Mais la patience avait son terme avec le Pharaon, comme elle l’aura avec le monde qui s’avance au-devant du jugement. Et quelle belle figure, que celle de Moïse, se tenant là, devant le Pharaon et, selon qu’Hébr. 11 nous l’apprend, ne craignant pas la colère du roi, mais tenant ferme, comme voyant Celui qui est invisible. Ce n’est plus Moïse hésitant et agissant par l’énergie de la chair, mais Moise, vrai serviteur de Dieu, qui dit au Pharaon : «Tu ne verras plus ma face». Là encore, le Pharaon aurait pu écouter, aurait pu croire, mais il ne l’a pas voulu.

11               CHAPITRE 11

«Et l’Éternel dit à Moïse :... Lorsqu’il vous laissera aller complètement, il vous chassera tout à fait d’ici» (v. 1). Ce mot «complètement» marque que tout ce que Moïse a dit au Pharaon aura son accomplissement, qu’il faudra que le Pharaon laisse aller le peuple avec tout ce qui lui appartient, les biens, les richesses, aussi bien que les personnes. C’est en vain que l’adversaire s’opposerait ; encore une plaie allait fondre sur le Pharaon et sur l’Égypte. Jusque-là, Dieu avait frappé un peu partout : les Égyptiens avaient été touchés dans leurs biens, dans leurs possessions, des fléaux extrêmement désagréables et pénibles étaient venus sur eux, mais leurs personnes avaient été épargnées. Cette fois, Celui qui tient en sa main la vie de tout homme, allait les frapper dans leurs personnes et faisait intervenir la mort, la mort flétrissant la vigueur de l’Égypte et emportant tous les premiers-nés.

(v. 2). Nous pouvons remarquer qu’Israël n’a pas volé les Égyptiens ; ils agissaient selon l’ordre de Dieu, et Dieu leur fit trouver faveur aux yeux des Égyptiens. Au fond, c’était bien une chose juste. Pendant les centaines d’années que la dure servitude d’Égypte avait pesé sur le peuple, les Israélites n’avaient rien pu amasser pour eux-mêmes, et Dieu voulait qu’ils fussent comblés de biens, qu’ils sortissent riches, que le salaire qui leur était dû leur fût donné. Nous voyons plus loin à quoi servirent toutes ces choses, et que l’argent, l’or et les choses précieuses étaient nécessaires dans le désert pour le service de l’Éternel. Nous voyons aussi, plus loin, qu’à leur sortie, les Égyptiens les comblèrent de présents, à cause de la crainte qui était tombée sur eux, et que Dieu disposa de ces richesses injustes acquises en partie au prix du dur travail des Israélites.

Les v. 4-8 rapportent les paroles de Moïse au Pharaon. La dernière plaie devait être encore dénoncée au Pharaon, Dieu donnant un dernier avertissement à cet homme inique. Et combien il est solennel que Dieu annonce l’heure à laquelle le jugement fondrait sur l’Égypte ! Il ne dit pas le jour, mais c’est l’heure pendant laquelle tout est plongé dans les ténèbres et le sommeil. Les Égyptiens devaient vivre dans une crainte perpétuelle après ces paroles de Moïse, tandis que pour les Israélites, il y avait confiance et assurance. Pour le monde, c’est quand ils diront paix et sûreté, qu’une subite destruction viendra sur eux ; le Seigneur viendra contre ce monde comme un larron au milieu des ténèbres de la nuit, mais personne ne sait le jour. Nous, chrétiens, nous ignorons aussi quand le Seigneur viendra pour nous ; mais quelle différence entre le monde et nous. Nous ne sommes pas de la nuit, ni des ténèbres, mais du jour ; l’Étoile du matin s’est déjà levée pour nous et bientôt nous serons introduits dans la pleine lumière. L’Église attend le Seigneur Jésus qui va la ravir, et quel bonheur ce sera pour nous. Mais quel sort terrible attend ce monde incrédule, rempli de moqueurs, qui disent : «Où est la promesse de sa venue ? le monde ne subit aucun changement, tout est dans le même état qu’au commencement», et ils ignorent volontairement le jugement du déluge, ils oublient le jugement tombé sur Sodome et d’autres jugements encore. Il est vrai que, grâce à Dieu, quelques-uns écoutent ; mais pensons à notre responsabilité à l’égard de ceux qui nous entourent ; faisons briller notre lumière ; que notre lampe soit pleine d’huile, de l’Esprit Saint, et ne nous lassons pas.

(v. 4). «Je sortirai au milieu de l’Égypte» ; c’est la puissance de destruction s’attaquant à la vie de tous les premiers-nés, frappant l’Égypte dans toute sa vigueur et dans ce qu’elle avait de plus précieux. Les Pharaons, au coeur insensible, avaient fait jeter les petits Israélites dans le fleuve, et maintenant le premier-né du Pharaon, ce qui lui tenait le plus à coeur, allait être frappé, et la plaie devait s’étendre sur toute l’Égypte. Quelle juste rétribution ! Dieu, qui avait montré sa patience merveilleuse, allait exercer son jugement et faire son oeuvre inaccoutumée ; il allait frapper et il frappa ce qui était le plus cher au coeur des Égyptiens, les premiers-nés.

Dans cette plaie, comme dans les autres, Dieu faisait la différence entre son peuple et l’Égypte ; et de même, il y a une barrière entre nous et le monde. Ici, la différence entre Israël et les Égyptiens était encore plus marquée qu’auparavant. S’il y avait eu des morts parmi les Israélites, on aurait pu dire que c’était une plaie ; mais, comme ce n’était pas le cas, on devait voir la main de Dieu ; il y avait la mort du côté des Égyptiens, mais la vie du côté d’Israël. Quel contraste aussi entre le croyant et ce monde, quelle barrière entre les deux. D’un côté, la mort, non pas du corps, mais de l’âme, de l’autre, la vie, la vie éternelle. Combien on devrait y faire attention, car il n’y a que deux classes : on est sous la colère de Dieu, ou bien délivrés par Lui.

Il est dit que Moïse sortit dans une ardente colère, de voir que le Pharaon foulait aux pieds la parole de l’Éternel ; c’était une sainte colère. Rien n’émeut plus le croyant que de voir l’incrédulité des hommes, les droits de Dieu méprisés, foulés aux pieds. Sans doute, il s’y mêle de la compassion envers ce monde, mais il est impossible de ne pas nous sentir indignés quand nous voyons l’incrédulité qui nous entoure ; nous devons avoir à coeur les droits de Dieu, et les voir méprisés ne peut nous laisser insensibles.

Israël devait attendre la délivrance de l’Éternel. Il n’y avait pas de différence entre les Égyptiens et les Israélites, si l’on regarde à leur état, tous étaient pécheurs. Mais Dieu faisait la différence. Il n’aurait pas pu les épargner s’il n’avait trouvé une rançon.

Pour nous, il n’y a pas de différence quant à notre état entre nous et le monde, mais le sang de Christ est sur nous, nous avons été délivrés de la puissance de l’ennemi et sortis de l’état de mort dans lequel nous gisions. Demandons qu’il y ait encore un grand nombre d’âmes amenées à la connaissance du Sauveur ; que Dieu agisse par le moyen de ses messagers, avant qu’arrive le grand jour de sa venue, où il sera trop tard pour le recevoir. Mais nous, nous attendons la délivrance, la rédemption de notre corps, le retour du Seigneur Jésus-Christ.

12               CHAPITRE 12

On peut dire que ce chapitre ouvre une nouvelle section dans le livre qui nous occupe ; il parle d’une nouvelle action, d’une nouvelle intervention de la part de l’Éternel. Les v. 1-29 et 43-51 nous présentent tout ce qui se rapporte à la Pâque, à ses statuts, à la manière dont elle devait se célébrer en Égypte et dans la suite. Mais avant d’entamer ce beau chapitre, revenons un peu au 11°.

C’est l’Éternel qui dit aux Israélites de demander des objets d’or et d’argent à leurs voisins, et c’est Dieu qui leur fit trouver faveur aux yeux des Égyptiens, de sorte qu’ils recevaient ces objets comme dons volontaires ; ce n’était pas qu’ils les extorquaient. Il nous est dit aussi que l’homme Moïse était très grand aux yeux des serviteurs du Pharaon et aux yeux du peuple. Toutes ces merveilles, qu’il avait accomplies à la parole de Dieu aux yeux de tous, avaient élevé très haut l’homme Moïse. Mais il est frappant que, quoiqu’ils reconnussent la puissance de Dieu, les Égyptiens ne s’y soumettaient pas. Unis à leur roi, d’accord avec lui, ils retinrent le peuple. Ils admiraient Moïse et la puissance qu’il déployait, mais ils ne se soumettaient pas au Dieu de Moïse. De nos jours, nous voyons souvent la même chose. Si quelque éminent serviteur de Dieu est envoyé par Lui, combien le reconnaîtront comme tel, sans prêter aucune attention aux appels que Dieu leur adresse par son moyen. Comme nous l’avons déjà vu, les v. 4-8 du chap. 11 nous rapportent ce que Moïse dit au Pharaon avant de sortir d’auprès de lui ; ils se rattachent donc au v. 28 du chap. 10. Quand Moïse dénonce ainsi au Pharaon ce dernier et terrible jugement qui va frapper les Égyptiens et qui leur sera bien plus sensible que la perte de tous leurs biens, il a soin d’ajouter qu’Israël serait entièrement épargné, pas un chien ne remuera sa langue, «afin que vous sachiez que l’Éternel distingue entre les Égyptiens et Israël». Il y a une distinction profonde entre les deux peuples. Ce n’est pas que les Israélites fussent meilleurs que les Égyptiens ; s’il s’agit de la justice et de l’exercice de la justice de Dieu, tous sont au même rang, et si Dieu n’eût pourvu, dans sa sagesse et sa puissance infinies, à ce qui était nécessaire, il n’y aurait point eu de différence. Tous sont pécheurs. Rom. 3 pose le même principe : «Il n’y a pas de différence, car tous ont péché et n’atteignent pas à la gloire de Dieu». Quant aux mérites, il n’y a pas de différence entre le monde et le peuple de Dieu. C’est la grâce qui met de la différence entre les deux, et la grâce est offerte à tous. Les Égyptiens auraient pu être épargnés s’ils avaient écouté, mais Dieu connaît son peuple et a des desseins d’amour à son égard. Nous le répétons, quant à l’état naturel, il n’y a pas de différence, mais sa grâce met de la différence et non pas les oeuvres.

Le chap. 12 renferme des enseignements très divers, importants et précieux. Les deux premiers versets déjà sont très frappants : «Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois». Pour Dieu, tout ce qui s’était passé avant ce moment, était comme nul et non avenu ; cette longue série d’années qui s’étaient écoulées était maintenant mise de côté ; l’esclavage avait pris fin, le peuple d’Israël était délivré pour entrer dans une vie toute nouvelle. N’est-ce pas le cas aussi pour tous ceux qui ont été rachetés par Christ ? Et n’y a-t-il pas deux manières de compter notre naissance ? D’abord celle qui nous fait entrer dans cette vie de péché, cette vie périssable, puis cette nouvelle naissance qui nous introduit dans cette vie qui n’a pas de fin, commencée ici-bas et continuée dans la gloire. Comme pour Israël, ce qui précède est aux yeux de Dieu comme nul et non avenu. Il faut un commencement nouveau, et combien il est précieux d’entrer dans cette vie où Dieu lui-même illumine notre sentier. Puissions-nous tous avoir eu ce commencement nouveau, avoir enregistré cette nouvelle date ; car ceux qui sont en Christ sont une nouvelle création. Nous avons vécu plus ou moins longtemps de la vie de ce monde, alors que nous étions asservis à Satan, mais tout ce laps de temps n’a pas de valeur devant Dieu, et nous ne commençons à vivre vraiment, à vivre de cette vie nouvelle, que quand nous reconnaissons Christ comme notre Sauveur. Combien il est humiliant de penser que jusque-là tout est en blanc dans notre carrière, un temps perdu ; mais quelle grâce que, pour beaucoup d’entre nous, il y ait eu un commencement de vie nouvelle, une date à enregistrer, comme entrée dans cette vie éternelle.

Les Israélites, donc, étaient coupables comme les Égyptiens, et s’ils avaient été livrés à eux-mêmes, à leurs forces, à leurs ressources, ils n’auraient jamais trouvé un moyen d’échapper à l’épée du destructeur. Mais il faut que le caractère moral de Dieu soit manifesté. Sa justice et sa sainteté doivent être mises en évidence. Dieu ne peut supporter le péché, ses yeux sont trop purs pour voir le mal, et sa justice doit frapper. Mais il y a autre chose en Dieu : Dieu est amour. Sa pauvre créature était coupable devant Lui, mais son amour est intervenu, et ce problème de savoir comment concilier sa justice, sa sainteté, avec le salut du pécheur, Dieu l’a résolu. Nous trouvons exposé dans ce chap. 12, le moyen dont Dieu se sert pour sauver le coupable ; ce qui nous y est rapporté, tout en présentant les faits tels qu’ils se sont passés, est le type de quelque chose de bien plus grand, d’une délivrance bien plus merveilleuse encore. Le chrétien est heureux de savoir qu’il a affaire à un Dieu juste et saint, parce qu’il connaît en même temps qu’il est un Dieu d’amour.

(v. 3-6). Nous savons tous que cet agneau, dont le sang devait être répandu, préfigure Celui qui est appelé l’Agneau de Dieu, sans défaut et sans tache. L’agneau devait être gardé du dixième au quatorzième jour. De même, Christ, notre Pâque, avait été préordonné, préconnu dès avant la fondation du monde. Ce n’est pas au moment de la chute de l’homme, que Dieu a trouvé le moyen de le sauver. Non, ce n’était que plus tard qu’il devait être manifesté, mais comme Pierre nous le dit, dès avant la fondation du monde, Christ était l’Agneau préconnu. Tout était connu de Dieu à l’avance ; tout était dans les conseils de Dieu dès avant la fondation du monde, et voilà pourquoi le type devait attendre au quatorzième jour avant d’être égorgé. Ces quatre jours nous préfigurent tout ce temps si long qui s’est écoulé depuis la fondation du monde jusqu’au moment où Christ a donné sa vie pour notre salut. «Nous avons été rachetés par le sang précieux de Christ, comme d’un Agneau sans défaut et sans tache». Dieu avait pourvu d’avance à tout, et quand le temps est venu, Jésus s’est présenté, Lui, l’Agneau sans défaut et sans tache. Comme cela nous parle de la vie de Jésus dans ce monde : quelle perfection dans sa vie, dans tous les mouvements de son coeur et de son âme ! Il était l’homme obéissant : «Je viens, ô Dieu, pour faire ta volonté». Il n’avait pas d’autre volonté que celle de son Père. Pas un mouvement de son coeur, pas une pensée de son âme qui ne fût l’expression de la volonté de son Père. Et cette volonté se montrait dans cet amour merveilleux qui éclatait à chacun de ses pas et qui cherchait le pauvre pécheur. Il manifestait cet amour parfait dont la source se trouvait dans l’accomplissement de la volonté de son Père. Quelle perfection dans cet Agneau sans défaut et sans tache ! Il était venu pour accomplir cette grande oeuvre, d’ôter le péché du monde. Ce péché, qui souillait le monde, un seul pouvait l’ôter, et il a tout accompli. Il fallait pour cela être plus qu’un homme, il fallait être plus qu’un ange, il fallait être Dieu pour pouvoir devenir l’Agneau de Dieu.

 

Considérons un moment Jean 1 : «Au commencement était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était Dieu» ; nous voyons là l’éternité de la Parole, son existence personnelle et sa divinité ; et cette Parole devint chair. Plus loin, Jean, le précurseur du Seigneur Jésus, le voyant, s’écrie : «Voilà l’Agneau de Dieu !» C’était la Parole incarnée, le Fils de Dieu, venu pour être l’Agneau de Dieu et accomplir d’un bout à l’autre la volonté du Père. D’une part, il était préordonné, préconnu de Dieu ; de l’autre, au temps voulu, nous le voyons paraître sur la scène de ce monde comme l’Agneau sans défaut et sans tache. Pour pouvoir être offert à Dieu, il fallait bien qu’il fût sans tache, et par l’Esprit éternel, il s’est offert lui-même à Dieu sans tache, comme nous le dit Hébr. 9:14. En sa personne se trouvait tout ce qu’il fallait pour plaire à Dieu. Arrêtons nos regards sur cette personne bénie, sur cette perfection. Il a été l’holocauste, la victime offerte tout entière à Dieu et parfaite en tout et partout.

Nous trouvons plus loin la manière dont la Pâque devait être sacrifiée. Toute la congrégation de l’assemblée d’Israël l’égorgera entre les deux soirs. Il était bien question que chaque maison eût son agneau, et il y avait donc plusieurs agneaux. Mais quand Israël est considéré comme congrégation, tous les agneaux sont considérés comme un. Cela ne nous parle-t-il pas de l’unité de tous ceux qui appartiennent à Dieu ?

Il y a un seul corps et un seul Esprit, une seule espérance, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême (Éph. 4:4-5). Il y a un seul Agneau pour tous, le Seigneur Jésus-Christ. «Toute la Congrégation» est donc une expression qui renferme tous les Israélites en un tout, et tous les agneaux sont considérés comme n’en étant qu’un. Il devait être égorgé entre les deux soirs, c’est-à-dire entre trois et six heures du soir. Si nous nous reportons au Nouveau Testament, le Seigneur Jésus-Christ expira entre les deux soirs. De midi à trois heures, il portait sur la croix le fardeau de tous nos péchés, et c’est au bout de ces trois heures de ténèbres que, remettant son esprit entre les mains de son Père, il expira. C’était donc bien entre les deux soirs.

Une fois la victime immolée dans chaque maison, que fallait-il faire ? Le sang, symbole de la vie donnée, devait être mis sur les poteaux et sur le linteau de la porte ; il devait être bien en vue, et alors il ne s’agissait pas de rester en dehors. L’Israélite qui serait resté en dehors de la porte serait tombé sous le coup de l’ange destructeur. Tous étaient pécheurs, mais Dieu avait fourni un substitut, le sang était sur les poteaux et le linteau, le substitut était bien mort, et Israël était à l’abri s’il restait à l’intérieur. Le type est bien frappant pour nous, et nous y reviendrons plus tard, Dieu voulant, car il est de toute importance d’être bien au clair sur ce sujet. Il importe de savoir que le sang a été répandu et que notre sécurité ne repose pas sur des sentiments ou sur notre appréciation ; mais elle repose sur le fait que Dieu a été satisfait, et que Dieu voit le sang. Il est bon, certainement, d’avoir des sentiments fervents, mais ce ne sont pas nos sentiments qui nous sauvent et qui affermissent notre foi.

Il ne suffit pas non plus, pour jouir de la paix, de savoir que le sang de Christ a été versé, mais il faut nous souvenir que Dieu le voit, que Dieu le sait, qu’il a été pleinement satisfait, et voilà ce qui donne de l’assurance à nos coeurs. Si nos yeux se portent sur l’acceptation que Dieu a faite de ce sang, alors nous jouirons de la paix, nous aurons une assurance entière.

Rappelons que l’agneau sans défaut et sans tache représente l’Agneau de Dieu prédestiné, par le sang précieux duquel nous avons été rachetés. Le sang versé est le signe d’une vie donnée ; là, c’était la vie d’un agneau livré comme substitut des Israélites. Il y avait plusieurs agneaux, comme il y avait plusieurs maisons ; cependant , les Israélites étaient représentés comme une congrégation ; il est parlé des agneaux comme d’un seul agneau ; il fallait que dans le type aussi, on pût retrouver l’idée de l’unité, de l’union des enfants de Dieu, et du seul sacrifice de l’Agneau de Dieu. Le sang devait être placé sur les poteaux et sur le linteau de la porte. C’était le signe qu’une vie avait été donnée à la place de celle des Israélites. Leur vie aurait dû être livrée, puisque le jugement s’exerçait et qu’eux étaient pécheurs tout aussi bien que les Égyptiens. Il n’y avait quant à leur condition de pécheurs, point de différence entre les deux peuples ; de même qu’actuellement, quant à notre état, il n’y a pas de différence entre le monde et nous. Mais le sang versé est pour ceux qui croient, ce sont ceux-là qui sont mis au bénéfice de l’oeuvre de Christ. Dans la maison, les Israélites étaient abrités par le sang ; le destructeur ne pouvait pas entrer là où se trouvait le sang de la part de l’Éternel. La justice de Dieu devait bien avoir son cours, son jugement devait bien s’exercer, mais ils n’avaient plus rien à faire là où se trouvait le sang versé. Et pour nous, plus de jugement non plus ! Jésus a donné sa vie, son sang a été versé, et pour tous ceux qui sont à l’abri de son sang versé, il n’est plus de jugement ; le jugement est passé, puisque Lui l’a subi à notre place.

Le sang était en dehors des maisons ; les Israélites ne le voyaient pas, mais Dieu le voyait, et Dieu avait dit : «Je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous». Pour les Israélites, il suffisait de savoir que le sang était là, mais il n’était pas besoin qu’ils le vissent ou le sentissent. Ceci nous fait entrevoir une grande vérité. Il n’est pas besoin, pour nous, que nous sentions ou que nous voyions ; mais il suffit que nous croyions la parole de Dieu. Sa parole est là et il est fidèle. Le repos pour nous, c’est de savoir que Dieu sait, qu’il voit, qu’il a dit. Souvent nous voudrions voir ou sentir, et voilà pourquoi nous jouissons si peu d’une paix stable. Mais nos sentiments, pas plus que nos oeuvres, ne peuvent satisfaire Dieu, et ce ne sont pas eux qui peuvent nous donner l’assurance. Mais nos coeurs peuvent se reposer sur ce qu’il a dit que Lui est satisfait, et puissent-ils le faire toujours plus. Les Israélites n’avaient donc rien à craindre, puisque la parole de Dieu était là. Ils n’avaient rien à faire pour leur salut, mais seulement à en jouir. Ils devaient manger l’agneau, s’approprier ce sacrifice, s’en nourrir. La première chose pour nous est de savoir que Dieu a été pleinement satisfait, que notre paix a été faite. «Ayant été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu». (Rom. 5). Ensuite, nous devons nous nourrir de Christ, de Celui qui s’est livré pour nous, nous manifestant tout l’amour de Dieu ; nous devons nous nourrir de Lui, de tout ce qu’il est.

Les v. 8 et suivants nous montrent la manière dont l’agneau devait être mangé. Pourquoi rôti au feu ? C’est qu’il était la figure de Christ, et que le feu est le signe du jugement. En pensant à Christ, l’Agneau de Dieu immolé, en nous nourrissant de Lui, en goûtant sa paix et son amour, nous devons nous souvenir qu’il a passé tout entier par le feu du jugement. Tout ce qui était en Christ a été passé au feu. Rien dans son esprit, dans sa marche, ou dans les sentiments ou les pensées de son coeur, qui n’ait été éprouvé. Le feu de l’épreuve et du jugement a passé sur tout, quand il fut offert en holocauste pour le péché. Ensuite nous devons nous nourrir de Lui dans la perfection de son être, de sa vie. Qu’il est nécessaire que sa pensée soit plus présente à nos coeurs, et combien nous avons besoin de découvrir sa perfection dans sa vie et dans son sacrifice qui nous prouvent son amour !

 

Des choses accessoires étaient jointes à la manière dont il fallait manger la pâque et elles ont leur importance aussi, tout en laissant la première place à l’agneau. Il fallait des pains sans levain. Nous savons que le levain représente toujours un principe mauvais de corruption. Il est souvent parlé du levain dans les Écritures et toujours dans le même sens. «Soyez en garde contre le levain des pharisiens et des sadducéens», contre la propre justice et la mondanité. «Un peu de levain fait lever toute la pâte», etc. Pour célébrer la pâque, il ne fallait aucun levain. Pas une miette de levain ne devait être tolérée dans la maison des Israélites ; il ne devait s’en rencontrer ni sous leurs yeux, ni sous ceux de Dieu. N’est-ce pas ainsi que Dieu doit voir nos maisons, notre intérieur ? «Notre pâque, Christ, a été sacrifiée, et nous avons à célébrer la fête avec des pains sans levain de sincérité et de vérité». Pendant sept jours, les Israélites devaient manger des pains sans levain. Nous savons que ce nombre de sept jours représente un cycle complet. En sept jours, Dieu créa les cieux et la terre, et dès lors sept jours désignent une période complète. Pour nous, le cycle complet de notre vie sur la terre doit être pour Celui à qui nous appartenons ; et pour toute âme qui se nourrit de Christ, tout levain doit être écarté ; nous devons marcher pendant le cycle complet de notre vie dans la sincérité et la vérité. N’abaissons pas ce niveau. Nous devons avoir horreur de tout ce qui est mauvais aux yeux de Dieu. Débarrassés de tout levain, nous devons nous nourrir de Christ. Il ne peut en être autrement ; pourrions-nous jouir de Lui avec du levain ? Nous avons à demeurer dans la communion bénie avec Dieu, nous ne pouvons donc avoir du levain. Nous avons été mis à part pour Christ, et nous devons vivre pour Lui.

Il fallait aussi des herbes amères. Qu’est-ce que cette amertume avec laquelle nous devons manger ce qui pourtant est précieux au-dessus de tout ? C’est une chose à laquelle peut-être nous ne prêtons pas suffisamment attention, c’est la repentance. Nous jouissons de l’Agneau immolé, mais nous souvenons-nous toujours pourquoi sa mort fut nécessaire, pourquoi il a tant souffert ? C’est à cause de nos péchés ; nos péchés ont cloué Christ sur la croix et lui ont fait pousser ce cri : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» et nous ne le sentirions pas profondément ! Nous devons, en communion avec Christ, sentir ce qu’est le péché et juger le mal, haïr nos péchés qui sont cause que Jésus a été cloué sur la croix. Cette pensée est bien humiliante pour nous, et nous devons en sentir l’amertume, manger ces herbes amères de la repentance.

Ce qui restait de l’agneau devait être brûlé au feu. Les Israélites devaient manger l’agneau en communion entre eux et avec l’Éternel, mais la fête une fois terminée, rien ne devait rester.

Considérons encore l’attitude qui convenait à ceux qui mangeaient la pâque en Égypte. Ils étaient à l’abri du sang et dans une paix parfaite, ils pouvaient se nourrir de l’agneau, le mangeant avec des herbes amères qui leur rappelaient aussi leur dur esclavage ; ils le faisaient en communion les uns avec les autres et avec l’Éternel, mais ils étaient encore en Égypte, n’ayant pas encore traversé la mer Rouge, ni atteint le pays de Canaan.

(v. 11). «Vous le mangerez ainsi : vos reins ceints, vos sandales à vos pieds, et votre bâton en votre main ; et vous le mangerez à la hâte». Comme des voyageurs qui ne veulent se laisser embarrasser par rien, ils devaient ceindre leurs reins, avoir les sandales pour faciliter leur marche au milieu de la poussière du désert, le bâton du pèlerin devait être leur appui, et ils devaient se hâter de manger, car ils ne savaient pas le moment du départ. Quelle image de notre attitude ! Il nous est recommandé d’avoir nos reins ceints, car les robes flottantes ne conviennent pas à des voyageurs : «Ayant vos reins ceints de la vérité» (Éph. 6:14). «Ayant ceint les reins de votre entendement» (1 Pierre 1:13). Nos pensées doivent être rassemblées comme en un faisceau autour de nous, nous ne devons pas les laisser vagabonder et errer çà et là ; si nos reins ne sont pas ceints, si nous laissons flotter nos pensées, elles seront attirées par mille et mille choses que le monde nous présente, et comment alors serions-nous prêts pour le moment où Jésus reviendra ? Lui-même a dit à ses disciples et à nous : «Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées ; et soyez vous-mêmes semblables à des hommes qui attendent leur maître, à quelque moment qu’il revienne...». Nous devons l’attendre et être prêts pour son service. Il nous faut aussi être chaussés. «Ayant chaussé vos pieds de la préparation de l’Évangile de paix». Rien ne doit entraver notre marche au désert ; nous devons apporter la paix avec nous, et ne pas nous enfoncer dans les sables et la poussière du désert. Et quant au bâton, où est notre secours, notre sentier, notre appui en tout temps et toujours, si ce n’est la grâce excellente de Dieu. Mais si notre confiance chancelle, nos pieds chancelleront aussi et notre marche ne sera pas assurée. Lui-même a dit : «Je ne te laisserai pas» ; ayons confiance en Lui, et nous marcherons d’un pas ferme. Ne laissons pas alanguir nos âmes par les choses qui nous entourent. Nous avons à nous hâter au-devant de Celui qui vient, à ne pas nous attarder, car nous n’avons pas de temps à perdre dans ce monde.

(v. 12). C’était la pâque de l’Éternel, le passage de l’Éternel au travers de l’Égypte pour frapper ceux qui ne Lui appartenaient pas et pour épargner ceux qui étaient à Lui. Nous avons été tournés du monde vers Dieu pour servir le Dieu vivant et vrai. Il y a eu la repentance et le salut. Nous avons été convertis, sauvés, délivrés, mis en paix, non pas pour rester les bras croisés, mais pour servir Dieu ; nous devons être ses témoins, le servir. Sans doute, dans le culte que nous Lui rendons, nous reconnaissons ses droits, mais cela ne suffit pas : il faut le servir chaque jour, présenter nos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu. Quand vous étiez dans vos péchés, vous ne pouviez le servir, mais maintenant que vous êtes à Lui, vous n’avez pas le droit de prendre un instant de votre vie pour vous-mêmes, pour votre jouissance, pour vos intérêts propres. Il nous a rachetés et a purifié pour lui-même un peuple acquis, zélé pour les bonnes oeuvres ; il nous a délivrés pour que nous le servions et que nous attendions des cieux son Fils, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient. Quant au monde, l’épée du jugement est suspendue sur lui ; tout se prépare pour l’heure du jugement ; il suffit, pour le voir, d’examiner les événements qui se passent autour de nous. Parmi ces choses terribles qui se préparent, bientôt se montreront l’homme de péché et le débordement de l’iniquité. Nous ne verrons pas toutes ces choses, nous serons à l’abri, tranquilles. Le Seigneur lui-même a dit à ceux qui n’ont pas renié son nom : «Je te garderai de l’heure de l’épreuve qui va venir». De même, les Israélites étaient en paix, ils allaient partir pour Canaan, et en cela nous pouvons encore voir que, quand nous serons loin, un résidu sera gardé, comme Noé le fut en son temps, au milieu du jugement qui s’exerçait. Les Israélites étaient gardés pendant que le destructeur, passant en Égypte, frappait tous les premiers-nés, l’élite pour ainsi dire de la nation. Les Égyptiens étaient frappés parce qu’ils n’avaient pas cru, parce qu’ils n’avaient pas voulu reconnaître la main de Dieu. De même, c’est à ceux qui n’ont pas cru que Dieu envoie une énergie d’erreur pour croire au mensonge. Mais pour nous, quelle grâce de pouvoir nous souvenir de l’Agneau immolé ; notre Pâque a été sacrifiée, et de dimanche en dimanche nous pouvons nous rappeler notre délivrance et comment nous sommes mis à l’abri du jugement. Mais combien refusent la grâce ! «Vous ne voulez pas venir à moi pour être sauvés», a dit Jésus. Tous sont appelés, conviés au salut et à la vie, et si une distinction existe, c’est parce que tous ne veulent pas venir.

(v. 13). «Je suis l’Éternel». Il fallait reconnaître l’Éternel, la main de Dieu. Pour l’Égypte, toute cette idolâtrie, tous ces dieux, n’étaient d’aucun secours, tous étaient jetés à bas. Le jugement avait été annoncé, les Égyptiens en savaient même l’heure, mais non pas le jour. Ils pouvaient se dire : «Voilà bien des jours que ce Moïse nous prédit le mal, et tout reste dans le même état». Les Israélites savaient bien le jour, mais non pas les Égyptiens. Et pour le monde incrédule, c’est quand ils diront paix et sûreté qu’une subite destruction tombera sur eux.

(v. 24-51 ). Nous avons vu précédemment que l’Éternel avait donné aux Israélites l’assurance que le destructeur n’entrerait pas dans leurs maisons — une figure pour nous, qui sommes aussi mis à l’abri du jugement — et Israël pouvait compter sur la parole de l’Éternel.

La première chose qui apparaît dans cette portion de l’Écriture, c’est l’établissement de la pâque comme un statut qui devait être gardé à toujours. Il devait y avoir un mémorial de cette nuit où l’Éternel avait épargné Israël en frappant les Égyptiens ; le mémorial qui rappelait que le sang, placé sur les poteaux et le linteau des portes, avait arrêté le destructeur, devait être conservé dans toute famille des Israélites, jusqu’à la fin. Nous en comprenons l’application pour nous. Christ, notre Pâque, a été immolé, l’Agneau de Dieu a été sacrifié ; nous, chrétiens, nous sommes à l’abri de ce sang versé pour nous ; nous n’avons plus de jugement à craindre, car nous avons été rachetés par le sang de l’Agneau sans défaut et sans tache. Notre délivrance est d’autant plus grande que celle des Israélites, que le ciel est plus élevé que la terre. Pour eux, c’était une délivrance temporelle et terrestre, nos bénédictions sont éternelles et spirituelles. Eux devaient garder le mémorial de cette nuit où ils avaient été délivrés, et pour nous aussi, Christ a institué un mémorial de ses souffrances et de sa mort. Quelle chose précieuse c’est, pour des enfants de Dieu, de pouvoir se joindre à d’autres enfants de Dieu, pour célébrer ce mémorial et se souvenir de sa mort qui nous a délivrés. Rappelons-nous que ce n’est pas la table de l’homme, mais celle du Seigneur ; tout chrétien y a sa place, et c’est une perte pour tout enfant de Dieu qui néglige ce privilège. Pour les Israélites, ne pas célébrer la pâque était une perte, et celui d’entre eux qui négligeait de le faire, devait être retranché. C’est dans la nuit même où le Seigneur a été livré qu’il a institué ce mémorial que nous célébrons le jour de sa résurrection ; tout comme les Israélites célébraient la nuit où ils avaient été délivrés de l’Égypte et de sa dure servitude, nous nous souvenons des souffrances du Seigneur et de sa mort, et nous célébrons cette nuit jusqu’à ce qu’il vienne, nous célébrons ce qu’il a fait pour notre entière délivrance, et, comme c’était le cas pour les Israélites, si nos enfants nous le demandent, il faut que nous soyons prêts à leur expliquer ce que signifie cette fête, et comment nous avons été délivrés par le sang précieux de l’Agneau de Dieu. Nous devons participer à cette fête avec une intelligence spirituelle de ce qu’elle est, et nous souvenir que c’est une chose précieuse aux yeux du Seigneur, si précieuse qu’il ne Lui a pas suffi d’en parler aux apôtres qui l’entouraient alors qu’il était dans ce monde, mais qu’il l’a encore répété du ciel à l’apôtre Paul. Prenons donc part à ce repas avec reconnaissance envers Celui qui nous a sauvés et qui apprécie cet acte, car son coeur désire que nous nous souvenions de Lui, de Lui qui nous a délivrés.

 

En suivant l’ordre des choses, nous voyons que quand Dieu a institué le mémorial de la pâque, il prévoyait qu’une fois délivrés, les Israélites le célèbreraient dans le pays ; mais arrêtons-nous un peu au v. 29 : «Il arriva, au milieu de la nuit» ; la nuit n’était pas écoulée, l’Égypte entière reposait en sécurité quand l’Éternel frappa. Il y a deux sécurités, la sécurité divine, donnée par Dieu, par sa Parole, et la sécurité terrible de ceux qui dorment dans leurs péchés. Moïse avait averti les Égyptiens, mais ne leur avait pas dit le jour, et l’Égypte incrédule reposait en assurance. Peut-être faisaient-ils de beaux raisonnements : Comment ! les premiers-nés seraient frappés et personne autre ! Bien du temps s’est écoulé depuis la menace de Moïse, rien n’est arrivé, nous pouvons donc être tranquilles ! Quelle image de ce monde qui nie le jugement, et vit dans une paix et une sécurité imaginaires, quand il n’y a pas d’autre paix que celle qui se trouve en Jésus. Le monde est sous la colère, le Seigneur va venir, et alors plus rien ne retiendra le cours de cette colère, et c’est quand ils diront paix et sûreté qu’une subite destruction tombera sur eux. L’Égypte en est un exemple bien frappant. Mais Dieu ne laisse pas sans avertissement ceux qu’il va frapper. Au temps du déluge, c’est pendant cent vingt ans que Noé, construisant l’arche, parlait du jugement qui allait fondre sur le monde. Sans doute, on se moquait de lui ; quoi qu’il en soit, on ne prêta pas attention à ses avertissements, et le déluge les surprit subitement. Dans Sodome et Gomorrhe, Lot averti, fit en vain entendre sa voix : ils se couchèrent en sécurité, et, au matin, la destruction fondit sur eux. De même l’Égypte dormait en sécurité, quand l’ange destructeur, allant de maison en maison, frappa tous les premiers-nés, l’élite de la nation, ce qui tenait le plus au coeur des pères et des mères. On peut se demander pourquoi les bêtes aussi furent frappées ; qu’on se souvienne que les Égyptiens avaient plusieurs bêtes parmi leurs dieux ; Dieu voulait montrer tout le néant de ces dieux égyptiens. — Pas moyen de dire ici qu’il s’agissait d’une épidémie, car dans ce cas, la mort n’aurait pas fait de distinction, mais aurait atteint les uns comme les autres. Ici, ce ne sont que les premiers-nés. Dieu montre qu’il agit lui-même, qu’il frappe lui-même, qu’il choisit. Quel deuil, quels cris, quelles larmes, dans cette Égypte où l’on avait dit paix et sûreté ! Peut-être avait-on vu des Israélites mettre le sang sur leurs portes, et s’était-on moqué d’eux ; le soir, la moquerie, au matin, les cris, le deuil. Aujourd’hui, les enfants de Dieu sont ignorés, méprisés ; s’ils confessent leur foi, on se moque d’eux. Mais le Seigneur va les prendre auprès de Lui, puis le jugement fondra sur ce monde. Quelle perspective terrible ! Mais le coeur du chrétien est dans une sécurité parfaite, au moins cela devrait être, car c’est bien une question qu’il faut se poser : Mon coeur est-il tranquille ? est-ce que je sais qu’il y a sécurité pour moi ? Si je suis sauvé, ma sécurité vient, non pas de ce qui est dans ce monde, mais de ce que Dieu a dit. La mort donc était entrée dans toute maison égyptienne, et les dieux mêmes avaient été frappés. La mort avait pénétré partout, dans les prisons, dans les chaumières, dans le palais du Pharaon, tellement que le Pharaon fut obligé de laisser aller le peuple. Il est remarquable de voir comme il entre dans tout ce que Moïse avait dit : «Allez-vous-en, servez l’Éternel, comme vous l’avez dit ; prenez votre menu et votre gros bétail, comme vous l’avez dit, et allez-vous-en, et bénissez-moi aussi». Il est vrai qu’il y était contraint. Chacun disait : la mort va nous frapper, il n’y a de repos pour nous qu’en laissant partir le peuple. — Les incrédules de même, vont être frappés. Que ceux qui ne sont pas en sûreté courent se mettre à l’abri du sang de Christ, et que ceux qui ont à coeur le salut des pécheurs, tâchent, par la prière, par la parole, d’en amener a Christ.

Le départ des Israélites se fit à la hâte. Ils étaient prêts, puisque Dieu leur avait dit de l’être, ils avaient le bâton en main, les sandales aux pieds, ils étaient ceints. Peut-être leur repas resta-t-il inachevé. Quoiqu’il en soit, les Égyptiens les chassèrent selon la parole de l’Éternel. Ses promesses devaient s’accomplir envers eux, et elles s’accompliront envers nous. Et ses menaces s’accompliront aussi ! Dieu inclina le coeur des Égyptiens, qui, de leur plein gré, donnèrent de leurs richesses aux Israélites, les objets que ceux-ci leur demandaient. Sous le joug écrasant de l’Égypte, les Israélites avaient été réduits à la pauvreté, le fruit de leur travail avait été pour leurs oppresseurs ; maintenant, ils en recueillaient quelque chose. Aujourd’hui, les Juifs sont dans l’opprobre, et, dans la suite, ils souffriront plus encore ; le résidu, rentré dans son pays, souffrira, mais le temps viendra où ce pauvre résidu sera délivré et où les richesses des nations abonderont à Jérusalem. Nous avons ainsi de ces aperçus qui nous montrent l’avenir, et nous ne devons pas négliger d’y prêter attention. Dieu avait pourvu à ce qu’il fallait pour le Tabernacle que son peuple devait Lui dresser dans le désert, mais ils y allaient sans provisions. Ils n’avaient besoin de rien ; Dieu les conduisait et pourvoyait à leurs besoins ; il leur envoyait des provisions du ciel ; ils étaient partis sous la garde de l’Éternel. Cela n’a-t-il pas une voix pour nous ? Nous sommes en voyage, nous avons saisi le bâton du pèlerin, quand nous avons été convertis, nous avons nos sandales à nos pieds, et pourrions-nous croire que Dieu nous laissera pendant la traversée ? Non, il pourvoira à tout. Nous sommes enclins à dire : que mangerons-nous et que boirons-nous ? Mais il pourvoit à tout. Sans doute, il faut travailler, mais le Seigneur bénit le travail ; puis il y a d’autres provisions que celles pour la vie terrestre, des provisions que nous ne pouvons faire nous-mêmes, des provisions célestes (Ps. 63). À celui qui a besoin, il donne abondance de provisions. Il veille à ce que nous puissions être nourris, fortifiés, réjouis, encouragés jusqu’au bout.

(v. 37). Les Israélites partirent de Ramsès, dans le pays de Goshen, sur les limites N.-E. de l’Égypte ; il ne fallait donc pas un long voyage pour sortir du pays. La ville de Ramsès aussi, devait leur rappeler leur dure servitude, car ils l’avaient élevée sous les coups de fouet de leurs exacteurs. Maintenant, la délivrance était venue pour eux. Nous sommes aussi en route pour nous rendre à la cité céleste. Nous avons quitté le monde par l’Esprit, par la foi ; notre coeur n’est pas là.

Quand le peuple partit, un grand amas de gens partirent avec eux, et ce fut un lourd fardeau pour eux, comme le livre des Nombres nous le montre. Nous ne nous arrêterons pas à cela, mais nous remarquerons que l’habitation des enfants d’Israël en Égypte fut de 430 ans. Dieu avait mis un terme, avait compté les années. Il est précieux de penser que Dieu compte les jours des épreuves. L’église de Smyrne devait avoir une persécution de dix jours, ni plus ni moins, le temps nécessaire pour que l’épreuve produisit son fruit. Pour nous aussi, Dieu a compté les heures, les minutes de l’épreuve, et nous devons avoir cette confiance, quand nous passons par l’épreuve, que Dieu y a assigné un terme. Remarquons comme dans Apoc. 12, Dieu parle pour le résidu d’Israël d’une tribulation de 1260 jours ; ailleurs, où il est question de la même époque, mais au point de vue du monde, le temps est compté en années et en mois, 3,5 ans, 42 mois ; mais pour le résidu, Dieu compte les jours. Les Israélites séjournèrent 430 ans en Égypte ; nous voyons, dans le chap. 15 de la Genèse, que Dieu dit à Abraham que sa postérité, serait opprimée en Égypte pendant 400 ans. Mais Dieu avait fait des promesses, et il ne les oublie pas. Pour nous, ses promesses sont oui et amen, positives ; soit quant à notre pèlerinage, soit quant à notre entrée au ciel, ses promesses s’accompliront.

Le peuple est appelé «les armées de l’Éternel» ; quelles armées étaient-ce ? une troupe avec femmes et enfants, sans armes. Mais l’Éternel est leur chef, et qui sera contre eux ? Ils appartiennent à l’Éternel, ils sont son peuple, et qu’on ne s’avise pas de faire quoi que ce soit contre eux. Qu’il est précieux pour nous de savoir que nous appartenons au Seigneur. C’est dans le temps de la persécution, au commencement, alors que tous les chrétiens étaient dispersés, que Saul ravageait l’Assemblée, faisant mettre en prison ceux qu’il pouvait, que le peuple de Dieu semblait le plus vil de la terre, c’est alors que le Seigneur, arrêtant Saul, lui dit : «Pourquoi Me persécutes-tu ?» Ce pauvre peuple persécuté, c’était lui-même ; les chrétiens sont tellement unis à Christ dans la gloire, que si Lui est renié, méprisé, Christ l’est. Nous sommes aussi bien sous les yeux du Seigneur, qu’Israël l’était sous ceux de l’Éternel. Pour eux, le jour de la pâque devait être le plus grand jour de la fête, comme pour nous aussi, le jour le plus précieux est celui où nous nous souvenons du Seigneur dans ses souffrances et dans sa mort.

(v. 43). Il est ajouté un mot quant aux étrangers. Il n’était pas possible qu’un étranger célébrât la pâque, s’il n’avait passé par la circoncision. La circoncision était le signe de la séparation pour l’Éternel, elle rappelait la mort. De même, si Christ est mort pour nous, nous sommes morts avec Christ ; pour célébrer notre pâque, il nous faut être morts. Pour célébrer la fête et jouir de la communion du sang du Christ versé pour les péchés, pour notre salut, il faut avoir passé par cette circoncision. Comment participerions-nous à ce festin, si nous n’avons pas été dépouillés des péchés de la chair par la mort de Christ, si nous n’avons pas été rachetés par Lui, si nous ne sommes pas en communion avec Lui ? Ceci montre qu’à la table du Seigneur, il ne peut y avoir des inconvertis, ce serait une profanation. Puissions-nous profiter des enseignements que le Seigneur nous donne dans sa Parole !

(v. 50). «Et tous les fils d’Israël firent comme l’Éternel avait commandé». Que cela puisse être vrai de nous aussi, que tous nous fassions en toutes choses selon les commandements du Seigneur.

13               CHAPITRE 13

Quand nous lisons cette portion de l’Ancien Testament, ce que l’apôtre Paul écrivait aux Corinthiens (1 Cor. 10:11), se présente à notre esprit : «Toutes ces choses ont été écrites pour nous servir d’avertissement, à nous que les fins des siècles ont atteints». Aussi devons-nous les lire en pensant «qu’elles leur arrivèrent comme types».

Ce chap. 13 fait suite au v. 51 du précédent : «Et il arriva, en ce même jour, que l’Éternel fit sortir les fils d’Israël du pays d’Égypte, selon leurs armées». Par conséquent, la délivrance était en train de s’opérer ; elle ne le fut complètement qu’après le passage de la mer Rouge, mais il y avait délivrance cependant, en ce qu’ils étaient délivrés du jugement, mis à l’abri par le sang.

Dans le chapitre précédent, nous avons déjà vu l’institution de la fête des pains sans levain mise en rapport avec la délivrance ; nous voyons en plus, ici, le rachat des premiers-nés. Les Israélites ne devaient pas avoir chez eux quelque chose qui symbolisât le péché, il ne devait donc pas y avoir trace de levain. La signification pour nous, c’est la sainteté personnelle — non la sainteté extérieure, mais celle de l’âme, des pensées, des paroles, des actions — c’est l’absence des péchés. Les sept jours signifient, comme nous l’avons dit, le cycle complet de notre vie ; quand cette vie sera passée, quand elle se sera écoulée dans cette marche pure aux yeux de Dieu, alors paraîtra le grand jour, alors viendra la fête qui se célébrera dans le ciel. Nous avons à faire attention à la chose avec laquelle la sainteté est mise en rapport ; Dieu est un Dieu saint, et nous devons répondre à la nature de ce Dieu, en sorte que la première chose qu’il nous faut, c’est d’être débarrassés du péché. Nous sommes des pécheurs, l’épître aux Romains nous parle des péchés et du péché dont nous devons être débarrassés. Nous ne pouvons pas plus nous en dépouiller, que nous ne pouvons nous justifier. Même avec des efforts soutenus, la racine du péché serait toujours en l’homme, et, quant aux péchés intérieurs, la chair est là. Il faut donc qu’il intervienne quelque chose qui ne soit pas de nous : la délivrance vient de Dieu, de Dieu uniquement.

Comment a-t-il opéré cette délivrance ?

Pour Israël, rien de plus simple que cette délivrance. Aucun homme n’aurait pensé que le sang pût écarter l’ange destructeur. Et personne non plus n’aurait trouvé le moyen de sauver des pécheurs comme nous. Mais, dans son amour, Dieu a pu nous justifier des péchés et en même temps nous délivrer du péché. Cette double délivrance est par Jésus-Christ et dans son sacrifice sur la croix ; il a été notre substitut, il a tout pris sur Lui, et Dieu, en vertu de ce sang, nous a justifiés gratuitement dans sa grâce. «Le sang de Jésus-Christ nous purifie de tout péché». À la croix, il y a aussi la délivrance du péché, il a été condamné dans la personne de Christ. Christ a été offert en sacrifice pour le péché, et ainsi, à la croix, le vieil homme a trouvé sa condamnation et sa fin, et maintenant, le péché est là, mais moi, je suis mort au péché, j’ai échappé à ce maître cruel.

 

Une autre chose se rattache aussi à ces vérités précieuses, la voici : Un pauvre pécheur, incapable de résister à sa mauvaise nature — et c’est notre histoire à tous — trouve, et nous trouvons, dans la mort du Seigneur, la vie ; elle nous est communiquée par l’Esprit Saint, elle est en dehors du jugement, de la puissance du péché, de l’ennemi. Or, c’est dans la possession de cette vie en Christ que nous avons à marcher d’une manière digne du Seigneur, pour Lui plaire à tous égards, portant du fruit en toute bonne oeuvre et croissant par la connaissance de Dieu. C’est là la marche représentée par les pains sans levain. Est-ce que nous ne tombons plus ?... Mais, en tous cas, nous avons tout ce qu’il faut pour marcher sur les traces du Seigneur Jésus ; si nous laissons entrer du levain dans nos pensées, c’est pour nous la perte de la communion.

Quand une âme a saisi cet amour du Seigneur, quand elle en est pénétrée, quand elle contemple son amour à la croix, ses souffrances, son abandon, quand elle voit tout ce qui s’est opéré à cette croix, comment pourrait-elle ne pas désirer marcher d’une manière digne de ce précieux Sauveur ?

Lorsque les Israélites célébraient la fête, ils devaient se dire : Dieu a agi et nous a délivrés de la fournaise de l’Égypte.

(v. 12,13). Tous les premiers-nés des Israélites appartenaient à l’Éternel et, par conséquent, ils devaient être rachetés, mais ce qui est étonnant, c’est que, dans les versets qui nous occupent, le rachat du premier-né de l’homme est mis là, à côté du rachat d’un âne. Les enseignements de la Parole sont simples. Les ânes étaient des animaux considérés comme impurs, et ils devaient être rachetés, sinon, mis à mort, parce que ce qui est impur doit passer par la mort. Pour les fils d’Israël, c’est la même chose. Dieu ne voulait pas la mort du pécheur, il fallait donc qu’ils fussent rachetés. Nous sommes placés au même rang, sur la même ligne qu’un animal impur.

Qu’est-ce qui fait qu’Israël est là, comme une chose souillée ? C’est le péché ; le péché le rend impur et le salaire du péché, c’est la mort. Il a été épargné, mais il aurait dû mourir, et il fallait qu’un agneau fût offert pour lui. Dieu a aussi pourvu à notre rachat : «Vous avez été rachetés... par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache» (1 Pierre 1:18-19). Nous répétons donc qu’en rapport avec la délivrance, se trouve la sainteté personnelle et le rachat.

(v. 14-16). L’Israélite devait enseigner ces choses à ses enfants. Sachons-le faire aussi ; enseignons-leur ce qu’ils sont par nature — des pécheurs — ce qu’ils ont mérité. C’est la conscience que l’on a du péché qui conduit à l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. Le premier pas vers le salut, c’est la connaissance du péché, la connaissance de ce que l’on est par nature. La pauvre pécheresse connaissait ses nombreux péchés, et c’est pour cela qu’elle va au Seigneur. Il n’y a pas de paix, pas de joie, pas de bonheur, pour celui qui ne sait pas qu’il est en règle avec le Seigneur Jésus. Les premiers-nés des Israélites étaient consacrés à l’Éternel : le Seigneur petit enfant l’a été également. Les premiers-nés représentaient la nation entière ; le peuple céleste, les chrétiens, est consacré à Dieu. «Vous n’êtes point à vous-mêmes ; car vous avez été achetés a prix» (1 Cor. 6:20). Voici maintenant une troisième chose : Si nous possédons une nouvelle vie en Christ, sommes-nous à nous-mêmes ; nos personnes ici-bas nous appartiennent-elles ? Si nous disons être à nous-mêmes, c’est un vol que nous faisons à Dieu ; pas une action, pas une parole ne nous appartient, et nous avons à réaliser cela dans la pratique.

Soit dans le tabernacle, soit dans le temple, tout était consacré solennellement pour ne servir qu’à l’usage de Dieu et devant Lui. Nous sommes comparés à ces vases, vases remplis de l’Esprit ; que tout en nous se rapporte à Dieu : «Quelque chose que vous fassiez, en parole ou en oeuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus» (Col. 3:17). Nous avons à vivre d’une vie de consécration au service de Dieu et du Seigneur. Paul l’avait compris. «Je ne vis plus moi» ; le Paul, enfant d’Adam, avait disparu, pour laisser place à un autre : «C’est Christ qui vit en moi et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi» (Gal. 2:20). Si Christ vit en moi, tout en moi sera saint et pur.

(v. 17-22). La fin du chapitre nous montre les soins merveilleux de Dieu pour son peuple. Il le conduit ; Il nous conduit aussi. Il nous donne ce qu’il nous faut pour que nous soyons en état de supporter les difficultés, les épreuves ; il porte dans ses bras les faibles et les impuissants. Non seulement il conduit sur le chemin, mais il est la lumière qui éclaire le chemin. Le chemin que Dieu choisit pour nous est toujours le bon chemin. Bienheureux celui qui regarde en haut et voit la lumière divine.

Au v. 17, le mot «conduisit» est à remarquer ; c’est Dieu qui s’est mis à la tête des Israélites, il est leur conducteur ; leur marche est son affaire, il a pris charge d’eux. Nous voyons là quelle est sa tendre sollicitude, nous n’avons pas à chercher notre chemin, mais à suivre les directions de sa Parole pour marcher dans son chemin ; Jésus est le Berger de ses brebis, et elles suivent sa voix. Dieu conduit les Israélites par un chemin qui ne doit pas les décourager dès le début. Il en est ainsi dans la vie du chrétien, parce que Dieu connaît notre faiblesse, c’est peu à peu qu’il nous fait entrer dans le combat : «Par son bras, il rassemblera les agneaux et les portera dans son sein ; il conduira doucement celles qui allaitent». (Ésaïe 40:11). C’est Dieu qui mesure le chemin et nous pouvons marcher tranquillement sur celui qu’il trace pour nous.

(v. 19). C’est une chose intéressante que renferme ce verset : «Et Moïse prit les os de Joseph avec lui». Joseph, au comble des honneurs, le premier après le souverain, tout puissant en Égypte, n’avait pas son coeur à ces choses ; son coeur était au pays de la promesse, et c’est pour cela qu’il fait jurer aux fils d’Israël de monter ses os hors d’Égypte. C’est un bel exemple de foi ; il avait la pleine assurance de l’accomplissement des promesses : «Certainement Dieu vous visitera», et pour lui, être enseveli au pays promis à ses pères, était le premier de tous les honneurs. Puisque Dieu a pris en main son peuple, il faut qu’il dirige tout ; ils n’ont qu’à suivre, et il se tient là, devant eux. Ce n’est pas un ange, ce n’est pas un prophète : «L’Éternel allait devant eux, de jour dans une colonne de nuée pour les conduire par le chemin, et de nuit dans une colonne de feu pour les éclairer» ; ils avaient ainsi le signe visible de sa présence. Quelles que soient les circonstances dans lesquelles nous sommes, lumineuses ou sombres, si nous regardons à Dieu, nous sommes conduits au travers de tout.

(v. 21). «Afin qu’ils marchassent jour et nuit». Ils ne pouvaient se reposer durant la nuit, il fallait mettre la plus grande distance possible entre eux et le pays de l’esclavage, ils ne seront affranchis que hors de l’Égypte, et c’est pour cela qu’ils avaient à marcher jour et nuit. L’Égypte, c’est le monde, et nous avons à nous débarrasser de tout ce qui est du monde et qui entraverait notre marche vers le pays de la promesse.

14               CHAPITRE 14

(v. 1-4). Maintenant, l’Éternel parle à Moïse, il a des ordres à lui donner. Il faut qu’il conduise Israël dans un lieu d’épreuves ; sa foi doit être éprouvée. Lorsque nous traversons l’épreuve, c’est Dieu qui le permet, et son but est d’éprouver notre foi et de manifester sa puissance pour nous délivrer. C’est à tort que l’on attribuerait les épreuves à Satan, quoique, dans l’histoire de Job, Dieu lui ait permis d’éprouver son serviteur, mais c’est toujours vers Dieu qu’il faut regarder quant à l’origine de l’épreuve. L’épreuve nous fait connaître ce qui nous sauve ; elle est destinée à nous jeter dans les bras de Dieu, et nous apprend à dire au Seigneur Jésus : «Je veux me confier en toi».

L’Éternel fait connaître ses voies à Moïse ; Moïse est son confident ; il pénètre dans le secret de l’Éternel, comme son intime ami. Nous pouvons être dans cette même position ; en vivant dans la communion du Seigneur, il faut que nous apprenions les secrets de Dieu, ce qu’il veut de nous. Le Ps.73 nous montre qu’à celui qui regarde des yeux de la chair tout parait obscur ; «il est stupide, et n’a pas de connaissance» (v. 22) ; mais, quand «il entre dans le sanctuaire de Dieu», alors tout est clair ; «il comprend» (v.17). Nous devons voir avec un œil spirituel éclairé par l’Esprit Saint et la parole de Dieu.

Moïse conduit donc le peuple, sachant où il le conduit et pourquoi. Que se passe-t-il en Égypte ? Le coeur du Pharaon, qui a cédé à la force, revient maintenant à sa dureté première. Ah ! comme cette histoire nous montre bien le coeur naturel de tant de personnes ! La mort d’un être chéri parait un moment les avoir touchées, avoir secoué leur torpeur, leur indifférence, leur endurcissement ; puis la vie reprend, la douleur s’atténue et s’efface, et le coeur s’endurcit plus fortement.

(v. 5-9). Le Pharaon, la première douleur de la mort de son fils passée, va faire tout son possible pour retrouver ses esclaves. Lui et ses serviteurs ne peuvent comprendre comment ils ont pu les laisser aller, quelle perte ils ont faite là ; il faut les retrouver et les ramener bien vite. C’est Dieu qui permet cela, pour manifester sa gloire d’une manière plus éclatante. On est étonné de voir le Pharaon agir ainsi ; mais n’oublions pas qu’il était sous la puissance de Satan, et qu’il y était volontairement, après avoir repoussé tous les appels que Dieu lui avait adressés par la voix de Moïse. En considérant les temps où nous sommes, le rapprochement s’impose. Lorsque les chrétiens auront quitté la terre, ceux qui resteront finiront par marcher audacieusement contre Dieu ; les plaies augmenteront d’intensité, mais rien ne pourra fléchir ces coeurs durs qui combattront contre l’Agneau, le Fils de Dieu lui-même. Déjà maintenant, combien ne se soumettent pas à Dieu ; mais, alors, ce sera universel : tous marcheront contre Dieu. Nous nous approchons de ce temps, et non pas, comme beaucoup le prétendent, d’un temps d’amélioration. Il viendra un règne de justice, mais non d’amélioration. L’Évangile est prêché aujourd’hui ; mais le règne de Dieu, le royaume du Seigneur Jésus-Christ, s’établira, non par l’Évangile, mais par les jugements. Le monde ira de mal en pis, et, par un dernier acte de jugement, le Seigneur Jésus établira son règne de paix. Les chrétiens ne seront plus sur la terre. Notre coeur doit être rempli du désir que les âmes entendent l’Évangile.

Ainsi le Pharaon s’endurcit et met tout en oeuvre pour ressaisir ses esclaves. Si nous avons été délivrés de l’esclavage de Satan, si le sang précieux de l’Agneau nous a lavés, si la puissance de Dieu nous a tirés des ténèbres, Satan ne peut plus river ses chaînes sur nous ; celui qui retenait captif — la captivité — a été vaincu. Un chrétien peut manquer, trébucher, aller loin dans le déshonneur qu’il fait au Seigneur, se laisser enlacer dans les pièges, dans les ruses, de manière à déshonorer le Seigneur : c’est très sérieux. Si pour nous il est le premier entre tous, le premier dans nos affections, comment porterions-nous le moindre déshonneur à son nom ? C’est une chose terrible. Nous avons péché, le sang est versé pour nous sauver ; nous avons cru, nous sommes sauvés. Comprenons-nous ses souffrances ? Voilà ce qu’il a enduré pour moi.

Pécher, après avoir connu l’amour de Christ, est affreux. Le Seigneur a dit de ses brebis que personne ne peut les Lui ravir, mais cela ne signifie pas que nous puissions nous laisser aller à l’indifférence ; c’est un motif, au contraire, de prier, de veiller, de demander que nos coeurs soient gardés, une raison de nous attacher à Celui qui est venu pour nous sauver, pour nous racheter. Nous ne devons pas pécher afin que la grâce abonde ; nous devons nous garder d’abuser de la grâce.

(v. 10-14). Il est impossible que le Pharaon réussisse dans sa poursuite, et nous allons le voir tomber dans le piège qu’il se dresse à lui-même. Les Israélites sont atteints ; l’armée du Pharaon va les entourer : armée habituée au maniement des armes, tandis qu’eux, pauvre troupeau, ne possèdent aucune arme, et du reste ne sauraient s’en servir. Il n’y a aucun espoir pour ce peuple : s’il résiste, c’est un carnage épouvantable ; sinon, le voici de nouveau esclave. Les Israélites savent cela, ils connaissent la puissance de l’Égypte, et alors, levant les yeux vers l’ennemi qui s’approche, ils ont un moment de désespoir indescriptible. Qu’auraient-ils dû faire ? Ils auraient dû connaître Dieu ; ils avaient vu ses merveilles opérées en Égypte, ils s’étaient vus mis à l’abri des plaies par Lui, ils avaient la preuve visible de sa présence — ils voyaient. Nous marchons par la foi, et non par la vue, et nous raisonnons facilement, disant : ils auraient dû avoir confiance. Voir sans croire ne suffit pas ; or les Israélites voyaient, mais ne croyaient pas ; ils s’épouvantent, ils oublient Dieu. Ne faisons jamais comme eux ; nous avons la parole de Dieu, ses directions, et cependant nous sommes des gens de petite foi. C’est lorsque les difficultés s’accumulent que nous avons à nous tenir tranquilles, à attendre, à voir la délivrance de l’Éternel. Ne l’avons-nous pas vue ? Nous étions perdus, et le Seigneur s’est placé entre nous et nos péchés, afin de nous délivrer du jugement. Dieu est entre nous et la difficulté. Il y a telle position où Dieu veut que nous soyons tranquilles, et c’est justement ce que nous n’aimons pas. Les Israélites n’avaient rien à faire qu’à rester tranquilles. «L’Éternel combattra pour vous, et vous, vous demeurerez tranquilles». Nous sommes appelés à marcher avec foi et confiance dans l’amour et la miséricorde de Dieu. Ce qui glorifie Dieu le plus, c’est la ferme et tranquille confiance en Lui ; et ainsi, nous avons à marcher dans les bonnes oeuvres qu’il a placées devant nous.

Les pauvres Israélites qui s’étaient montrés incrédules en Égypte, quand Moïse s’était présenté à eux comme envoyé de Dieu, préfèrent maintenant les souffrances de la captivité à l’anxiété du moment ; mais l’Éternel était près de les délivrer. Il avait amené le Pharaon jusque-là pour se glorifier et pour que sa puissance éclatât aux yeux de toutes les nations.

Un jour la gloire de l’Éternel couvrira toutes les nations ; nous verrons cette gloire magnifique ; nous y serons associés.

Dieu est notre lumière. Il permet, pour notre bien, que nous soyons au milieu des difficultés ; mais nous devons, dans ces difficultés, rester tranquilles : «Ne vous inquiétez de rien, mais en toutes choses exposez vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces ; et la paix de Dieu, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs et vos pensées dans le Christ Jésus» (Phil. 4:6-7). Bannissons toute crainte, tout souci, tout trouble ; cela ne convient pas aux enfants de Dieu. Nous avons une ressource : plaçons tout devant Dieu, et faisons comme Moïse, qui crut à l’Éternel. Présentons nos requêtes et toutes nos circonstances, laissant Dieu agir, et la paix de Dieu remplira nos coeurs. Aucun orage ne saurait l’atteindre, et, nous reposant sur son sein, nous jouirons de cette paix et de la personne adorable du Seigneur Jésus.

 

Tandis qu’au ciel ma place est prête,

Ici-bas j’ai la paix du coeur.

Loin des flots et de la tempête,

J’ai, pour y reposer ma tête,

Le sein béni de mon Sauveur

 

Il y avait bien de quoi s’effrayer, de quoi trembler pour ces pauvres Israélites, en voyant cette armée du Pharaon rassemblée et prête à les poursuivre ; c’était la puissance de Satan qui agissait pour réduire le peuple de Dieu en esclavage. Nous sommes faibles contre les ruses et les efforts de Satan ; qui peut résister à sa puissance ? Un seul : le Fils bien-aimé de Dieu a pu rencontrer Satan, et l’a vaincu. Béni soit-il, parce que, Lui appartenant, «nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés» (Rom. 8:37).

Pour le moment, les Israélites sont saisis de crainte. Ils avaient été délivrés de l’ange destructeur qui les aurait frappés, si Dieu n’était intervenu ; ils avaient été les objets des soins de Dieu qui leur avait enseigné à mettre le sang sur les poteaux et le linteau des portes, de sorte que le destructeur les épargnât. Ils n’auraient pas dû oublier cette délivrance merveilleuse et, en retour, avoir confiance en l’Éternel, qui s’était mis lui-même à leur tête pour les faire sortir d’Égypte. Le jugement était passé pour eux, et ainsi ils étaient délivrés de l’ennemi. Pour nous non plus il n’y a plus de jugement ; nous sommes délivrés de la puissance de l’ennemi ; Satan, le monde, le péché, ont trouvé leur fin à la croix du Seigneur Jésus-Christ.

«Ils crièrent à l’Éternel», est-il écrit ; et aussitôt après ils murmurent. Il semble qu’il y ait contradiction : s’ils crient à l’Éternel, ne doivent-ils pas attendre sa réponse ? Ils sont dans la détresse, et c’est inconsciemment que leurs regards se tournent vers l’Éternel. L’Éternel entend les cris, même les cris non exprimés ; il entend les soupirs. Lorsque la mère désolée d’Ismaël jeta son fils sous un buisson, pour ne plus voir sa souffrance, Dieu entendit la voix de l’enfant. Il vit son besoin, et il y eut réponse dans son coeur. Dieu voit nos circonstances, nos besoins. Il entend nos soupirs. Il voit et il entend.

Les Israélites maintenant désirent retourner en Égypte ; ils regrettent la servitude dont ils ont tant souffert. N’est-il pas vrai que, quelquefois, dans la vie du chrétien, lorsqu’il se trouve serré de près dans les difficultés, il lui arrive de dire : Oh ! si j’étais resté dans le monde, toutes ces épreuves ne m’arriveraient pas ? Nous avons été appelés dans le chemin de la séparation, et là nous rencontrons souvent, au lieu des bénédictions attendues, des épreuves ; et le monde juge que, si nous avions continué de marcher avec lui, cela ne serait pas ainsi. Ce sont là les moyens de Satan pour ébranler le coeur. Les Israélites qui éprouvent ces sentiments, ne peuvent heureusement pas retourner en Égypte.

Quel contraste entre l’ensemble du peuple et Moïse ! Sa foi n’est pas ébranlée ; il tient ferme, comme voyant Celui qui est invisible ; il sait que Dieu agira. «Ne craignez point». Quelle bonne et précieuse parole ! Et cette parole, Moïse la dit de la part de l’Éternel, il la goûte et l’expérimente. Combien de fois ne l’entendons-nous pas, nous aussi ? D’abord, quand nous avons eu la conscience de nos péchés et nous sommes sentis sous la condamnation, la grâce est venue et a dit : Ne crains point. Puis, c’est la voix de l’amour : «Il n’y a pas de crainte dans l’amour, mais l’amour parfait chasse la crainte» (1 Jean 4:18). Le Seigneur dit à ses disciples : «Que votre coeur ne soit pas troublé». Ils étaient dans une position difficile, et ils pouvaient craindre avec raison ; l’un allait trahir son Maître, un autre le renier ! «Que votre coeur ne soit pas troublé». C’est cette confiance implicite dans l’amour qui chasse la crainte du coeur de Moïse et lui donne de pouvoir encourager le peuple, malgré la position difficile où il se trouve, pris entre la mer devant lui et l’armée du Pharaon derrière : «Ne craignez point ; tenez-vous là, et voyez la délivrance de l’Éternel, qu’il opérera pour vous aujourd’hui ; car les Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne les verrez plus, à jamais. L’Éternel combattra pour vous, et vous, vous demeurerez tranquilles».

La Parole nous dit qu’ «il n’y a aucune condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus» (Rom. 8:1), et pour tout le cours de notre vie, la délivrance est là. Si la délivrance tarde, nous avons à la voir en Dieu — c’est ce qui honore Dieu. Je ne vois pas l’issue, mais je vois la délivrance en mon Dieu. Il opère pour nous aujourd’hui. Il s’est chargé de nous, et mène toutes choses à bonne fin. Nous Lui appartenons, nous sommes ses enfants bien-aimés, et il agira selon tout ce qu’il y aura de plus excellent pour nous. «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? (Rom. 8:31).

Dieu était pour les enfants d’Israël, et le Pharaon, comme un fétu, va être enlevé en un instant par le souffle de l’Éternel. Le Dieu fort se range de leur côté, ils sont sous la protection de Celui qui a fait toutes choses, et les ennemis vont être engloutis : «Vous ne les verrez plus à jamais». Quel bonheur de connaître un tel Dieu, qui se met entre nous et nos ennemis ! Que peut Satan, que peut le monde contre celui qui est ainsi gardé ? Là est la sécurité, là seulement est la jouissance de cette paix de Dieu qui surpasse toute intelligence, et c’est notre part bénie.

L’excès de l’angoisse du peuple monte à Dieu, inconsciemment, nous l’avons dit, mais pour Moïse c’est quelque chose de conscient ; il sait que la délivrance va leur venir de Dieu, mais il ignore de quelle manière, et dans l’intelligence de la puissance de Dieu il s’approche de Lui. Dans les circonstances difficiles, nous devons crier à Dieu, mais avec l’intelligence de ce qu’il est — c’est-à-dire avec l’intelligence de son amour, parce que nous savons que son coeur est incliné vers nous ; avec l’intelligence de sa sagesse, parce que nous savons qu’il agira ; et avec l’intelligence de sa puissance, parce que nous savons que rien ne peut Lui résister. Ainsi nous trouvons la paix, le fardeau est ôté. Nous devons encore avoir l’intelligence de nos besoins ; il ne faut pas que ce soit quelque chose de vague ; nous devons savoir saisir et présenter à Dieu nos besoins réels pour marcher d’une manière qui soit à sa gloire, et plus encore lorsque nous nous trouvons dans les difficultés. C’est ainsi que Moïse crie à l’Éternel, aussi la réponse ne se fait pas attendre.

(v. 15). «Parle aux fils d’Israël, et qu’ils marchent». Marcher ! Où veux-tu que nous marchions ? aurait-il pu dire ; la mer est devant nous et l’armée du Pharaon nous enserre ! Marche ! Il y a eu un temps pour demeurer tranquille, maintenant il faut marcher. Dieu veut l’obéissance en tout, et c’est Lui qui écartera les difficultés. Il faut marcher.

(v. 16-25). «Lève ta verge, et étends ta main sur la mer, et fends-la». C’est la verge du jugement qui maintenant ouvre le chemin de la délivrance — chemin merveilleux, chemin à travers la mort ! Les enfants d’Israël eussent-ils essayé d’y entrer d’eux-mêmes, ils auraient été engloutis, mais c’est Dieu qui ouvre ce chemin à travers la mort. C’est ainsi qu’il opère, et ils peuvent entrer sans crainte. À peine un pied s’est-il avancé que les eaux se retirent, formant comme deux murs, et Israël passe, l’Éternel agissant en sa faveur.

Dieu nous trace aussi le chemin, et il est bon de Lui appartenir. Non seulement notre âme est sauvée, mais il est avec nous dans toutes nos détresses. «Il est à ma droite, je ne serai pas ébranlé» (Ps. 16:8). «Tu es avec moi : ta houlette et ton bâton, ce sont eux qui me consolent» (Ps. 23:4). «Qui nous séparera de l’amour du Christ ?» (Rom. 8:35). «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?» (Rom. 8:31).

Ce qui était délivrance pour Israël devient mort pour le Pharaon et son armée. La puissance qui opprimait Israël va être détruite. L’Ange de Dieu, l’Éternel lui-même était là, dans la colonne de nuée, accompagnant le peuple, habitant toujours avec lui, ne devant le laisser ni maintenant, ni plus tard ; mais les enfants d’Israël le chasseront un jour de Canaan par leur incrédulité, et alors ils seront emmenés en captivité à Babylone. Cependant, Dieu ne les abandonnera pas.

Comme c’est précieux de savoir qu’il est avec nous dans tout le cours de notre voyage !

(v. 19). «L’Ange de Dieu, qui allait devant le camp d’Israël, partit, et s’en alla derrière eux ; et la colonne de nuée partit de devant eux, et se tint derrière eux».

Le chemin est tracé devant eux, ils n’ont pas à le chercher, mais à y marcher. Il y a, à travers le monde, un chemin de Dieu, et nous avons à le suivre. Derrière eux est le péril, et Dieu s’y rend. Il passe en arrière, pour les protéger. Il se tourne du côté du péril pour les délivrer, et place les Égyptiens dans les ténèbres. La puissance de l’Éternel est entre l’Égypte et Israël ; il aurait fallu que les Égyptiens traversassent cette puissance de Dieu, et ils ne le pouvaient sans être frappés de mort.

La croix de Christ est pour le monde quelque chose d’obscur ; pour nous, elle est délivrance et lumière, et remplit le coeur de joie et de paix.

Qui faisait souffler ce vent d’orient ? «Celui qui fait ses anges des esprits, et ses serviteurs des flammes de feu» (Ps. 104:4). Celui qui tient toutes les puissances de la nature entre ses mains, Celui auquel elles obéissent, et qui, plus tard, viendra avec les anges de sa puissance en flammes de feu, pour exercer la vengeance contre ceux qui ne croient pas. Le vent d’orient fend la mer devant Israël qui passe à pied sec. Dieu qui a créé la mer, la fait mouvoir à son gré. Quelle sécurité pour le chrétien de connaître cette puissance ! Que craindrait-il, quand il peut dire en toutes circonstances : «C’est mon Dieu qui agit. Quand les mers viendraient à bruire, quand les montagnes seraient jetées au coeur des mers... nous ne craindrons point... car il est notre haute retraite» (Ps. 46).

(v. 26-31). Les Égyptiens ne savaient pas que ce chemin de délivrance pour Israël était un chemin de destruction pour eux. Il y a, devant les pécheurs, un chemin de destruction au bout duquel se trouve le jugement inexorable de Dieu ; mais celui qui croit suit un chemin qui aboutit, comme celui des Israélites, au rivage béni du bonheur.

(v. 24). «L’Éternel regarda». C’est terrible lorsque Dieu regarde et voit l’iniquité devant Lui. Il exerce alors le jugement sur ce qu’il voit. Il regarde avec faveur le peuple qui Lui appartient, et pour Israël c’est la délivrance ; il regarde les Égyptiens, et met en désordre leur armée. Son regard, arrêté sur le pécheur, jette le trouble dans ses pensées. Pour les Égyptiens, le trouble est sans remède. Quand les saints seront avec le Seigneur, Dieu regardera ce monde, et alors quel trouble, quelle angoisse, quel bouleversement pour lui ! Actuellement déjà, on a comme un pressentiment de ces choses terribles qui vont arriver. Mais, Dieu soit béni, nous serons de l’autre côté, avec le Seigneur pour l’éternité. Les Égyptiens troublés ne peuvent accomplir leur mauvais dessein. Les hommes, un jour, dans leur audace, oseront marcher contre l’Agneau, et l’Agneau les vaincra, parce qu’il est Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Nous avons dans la Parole bien des exemples de ce qui arrivera : le déluge est venu balayer un monde d’iniquités, après des avertissements donnés par Noé ; Sodome et Gomorrhe ont été détruites, après avoir été averties ; le Pharaon et son armée sont engloutis, parce qu’ils n’ont pas pris garde aux avertissements. Le Seigneur lui-même rappelle ces faits pour que les hommes se détournent du mal, et il les presse de venir à Lui. Sa grâce règne encore ; si le pécheur vient à Lui, il est sauvé. Les Égyptiens veulent fuir, mais est-ce possible ? Le temps du salut est passé, il n’y a plus pour eux que la destruction. Quelle image de ce qui aura lieu, quand les hommes seront livrés à l’énergie du mensonge ! La porte sera fermée ; une destruction subite tombera sur eux, quand ils diront : paix et sûreté. Les Égyptiens ont beau vouloir fuir ; ils ne peuvent échapper, et les Israélites sont ainsi délivrés par la puissance merveilleuse de Dieu. La puissance de Dieu nous délivre parfaitement de la puissance de Satan, du monde et du péché. Que le nom du Seigneur soit béni !

15               CHAPITRE 15

Il faut nous souvenir de tout ce qui est arrivé précédemment, car c’est ce qui motive ce magnifique chant de louanges à l’Éternel. Il y avait eu deux jugements : 1° L’ange destructeur avait frappé les premiers-nés des Égyptiens ; 2° l’Éternel avait détruit les ennemis de son peuple, et dans les deux jugements Israël avait été épargné. Lorsque, dans sa justice, Dieu a frappé les Égyptiens, quoique son peuple fût aussi pécheur, il a trouvé le moyen de le sauver, en lui faisant mettre du sang sur les poteaux et le linteau des portes ; ce sang détournait le jugement de dessus leurs têtes, et satisfaisait parfaitement à la justice et à la sainteté de Dieu.

Nous sommes mis à l’abri du jugement par le sang de Christ : la croix nous parle de notre état de culpabilité devant Dieu ; pourquoi le Prince de la vie a-t-il passé par la mort ? À cette question il est une seule réponse : Nos péchés ont cloué Christ à la croix. Il fallait ce sang précieux, et cela ne nous montre-t-il pas l’horreur du péché aux yeux de Dieu ? Il nous a aimés jusqu’à donner son Fils bien-aimé. Il ne l’a pas épargné. Mais quand nous sommes mis à l’abri du jugement, tout n’est pas fini. Israël ne pouvait rester tranquille ; l’armée du Pharaon le poursuivant justifiait ses craintes ; le fait qu’avoir été mis à l’abri de la mort ne le rassurait pas ; il tremblait, et cela parce qu’il n’était pas hors d’Égypte.

Ainsi, quand on a connu son état de péché, on cherche le moyen d’échapper à la condamnation, et on ne le trouve qu’à la croix ; mais un autre élément est encore nécessaire : il faut avoir la certitude, il faut ne pas douter, car Satan nous harcèle et cherche à mettre en nos âmes le doute et le trouble. Lorsque les Israélites, arrivés sur l’autre rive, regardèrent en arrière, ils virent les corps morts de leurs ennemis, et ils purent dire, dans la joie de la délivrance : «Nous sommes sur le rivage de la vie». Nous, nous avons cette délivrance en Christ.

Il y a le sang de l’expiation, puis, par la mort et par la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ, nous sommes complètement délivrés de tous nos ennemis ; la mort de Christ met fin à notre esclavage, à l’esclavage de Satan, et, dans sa résurrection, nous nous trouvons transportés dans la vie et affranchis de la puissance de Satan et du péché. Cela est nécessaire pour que nous soyons devant Dieu dans une position parfaite. Dieu achève ce qu’il a commencé, et nous donne cette position bénie. Loué soit ce précieux Sauveur qui est descendu dans la mort, et béni soit Dieu qui l’a ressuscité, en sorte que nous soyons saints et irréprochables devant Lui.

Nous comprenons maintenant le cantique de louanges des Israélites. Délivrés, sur le rivage de la vie, après avoir traversé la mort, l’Éternel étant avec eux. Ils avaient été baptisés, comme le dit Paul : «Nos pères ont tous été sous la nuée, et tous ils ont passé à travers la mer, et tous ils ont été baptisés pour Moïse dans la nuée et dans la mer» (1 Cor. 10:1). Le cantique s’élève sans crainte ni tremblement. Lorsqu’ils étaient en Égypte, entourés d’ennemis, ils ne pouvaient chanter, mais avec la délivrance éclatent les cantiques à l’Éternel.

Pour que nous puissions louer véritablement et rendre par conséquent un culte vrai, il est nécessaire que notre âme soit bien établie devant Dieu, que nous soyons agréables dans le Bien-Aimé. Après ses salutations aux Éphésiens, Paul écrivait : «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ» (Éphés. 1:3). Ce qui fait monter la louange du coeur de l’apôtre, c’est qu’il connaît Dieu ; il n’y a pas de trouble, pas d’agitation, mais une paix parfaite. Nous avons cette même position en vertu de la délivrance qui a été opérée ; nos bénédictions sont fondées sur la rédemption ; la justice de Dieu est satisfaite, et il nous délivre parfaitement. S’il y a un doute, si la paix n’est pas bien établie, s’il n’y a pas d’affranchissement réel, le coeur ne peut louer complètement.

Remarquons ensuite que Dieu seul est l’objet de ce cantique. Il remplit tout ; c’est toujours l’Éternel. Il a tout fait, tout accompli, et à Lui revient tout l’honneur, toute la gloire. Les Israélites n’exposent pas leurs besoins, leurs sentiments, non, mais il y a dans leurs coeurs un sentiment qui fait qu’ils louent Dieu purement et simplement. Nous devons avoir devant les yeux Celui qui a donné son Fils, et si notre coeur est plein de Lui et de notre Libérateur, la louange aura son vrai caractère.

(v. 1-2). «Je chanterai à l’Éternel... Jah est ma force et mon cantique». Jah, c’est-à-dire Jéhovah, Dieu, est chanté ; toute la gloire Lui est rendue. Comme il est précieux de pouvoir louer avec un coeur libre, dégagé, qui sait que ses péchés sont ôtés, et qui, placé devant Dieu, peut chanter : «Il a été mon salut». Moïse avait dit aux Israélites : «Voyez la délivrance de l’Éternel», et ils ont vu, et Dieu a étendu son bras, et maintenant ils peuvent regarder en arrière et voir la délivrance.

Comme c’est précieux pour nous de réunir ces deux choses : la mort et la résurrection du Seigneur ! «Il a été notre salut». Lorsque nous regardons en arrière vers cette croix bénie, vers ce sépulcre ouvert, nous disons : Voilà notre salut !

Quel cri sort du coeur des Israélites : «Il est notre Dieu». Ah ! ils pouvaient bien le dire, et remarquons que c’est la première fois qu’ils le disent. En Égypte ils ne le pouvaient pas, mais maintenant c’est un peuple racheté, délivré, qui aimait son Dieu. Jésus a dit : «Je vais vers mon Dieu et votre Dieu». Il est notre Dieu, le Dieu de notre salut ; autrefois, nous étions sans Dieu, lorsque nous ne connaissions pas Jésus ; mais, délivrés en appartenant au Seigneur, nous disons avec délices : «Il est mon Dieu, qui m’a délivré de la puissance de Satan et du péché», et le coeur se repose avec bonheur sur Lui.

«Je lui préparerai une habitation». C’est la première fois qu’il est fait mention d’une habitation de Dieu, quoique cela ait toujours été dans la pensée de Dieu. Il n’a point habité avec Adam dans le paradis terrestre, ni avec Abraham ; Abraham était cependant son ami et Il le visitait sous sa tente ; des autels avaient été dressés, mais aucune habitation ; maintenant, le peuple qu’il a racheté et acquis, va Lui élever une habitation. C’était un peuple terrestre, aujourd’hui rejeté ; mais le moment viendra où il jouira de son Dieu ici-bas, quand son Dieu aura une habitation sur la terre.

«Nous sommes une nation sainte, un peuple acquis» (1 Pierre 2:9). Que cela est précieux !

Dieu a voulu avoir une habitation, et au désert Israël a dressé le tabernacle, et la gloire de l’Éternel y est descendue. Au pays de Canaan, Salomon a élevé le temple, et la gloire de l’Éternel y est descendue. Maintenant, Dieu a une habitation spirituelle : «Vous êtes édifiés ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit» (Éph. 2:22). Voilà ce qu’est l’ensemble de ceux qui croient au Seigneur Jésus : ce n’est pas individuel, mais nous sommes édifiés «ensemble, pour être une habitation de Dieu par l’Esprit». Et dans le temps à venir descendra du ciel la sainte Jérusalem, dont les pierres sont les rachetés du Seigneur et les hommes sauvés seront autour de cette habitation divine.

«Le Dieu de mon père». Les Israélites, sortis de l’esclavage, pensent aux promesses faites à leurs pères ; ils voient l’accomplissement des promesses du Dieu fidèle.

(v. 3-12). Nous voyons, par ces versets, qu’ils avaient contemplé et vu de leurs yeux que l’homme n’était rien devant Dieu, qu’un souffle de l’Éternel remue les mers et engloutit au fond des eaux toute une armée puissante. Il est beau d’apprendre à reconnaître cette puissance de notre Dieu, qui dispose de toutes les forces de la nature. Le Dieu Puissant, c’est «mon Dieu», et qui plus est, c’est «mon Père». Pour nous, il a déployé sa puissance dans la résurrection du Seigneur et en nous appelant à la vie, nous qui étions morts dans nos fautes et dans nos péchés. Nous savons la puissance qu’il déploiera plus tard, quand le Seigneur viendra avec les anges de sa puissance pour détruire l’ennemi — moment dont nous approchons — mais, pour nous, nous pouvons le bénir de ce que nous serons mis à couvert.

(v. 13-19). Après cette explosion du coeur, nous voyons, au v. 13, une seconde chose : «Tu as conduit par la bonté ce peuple que tu as racheté ; tu l’as guidé par ta force jusqu’à la demeure de ta sainteté». Le peuple vient d’entrer ; il a encore bien du chemin à faire, mais il anticipe ; il se voit déjà là, comme Paul, en Rom. 8, anticipe et voit les desseins de Dieu. Le but de Dieu était de les conduire dans ce pays promis à leurs pères ; ils saisissent ce dessein, le comprennent, et réalisent ce qui aura lieu. L’apôtre considère déjà ceux qui sont les objets des soins de Dieu comme étant dans la gloire. Nous savons que nous sommes conduits par la bonté de Dieu ; il. nous prend par la main, sa force nous guide, sa grâce nous délivre parfaitement. Nous sommes sous l’égide de notre Dieu pour arriver à cet héritage qui nous est réservé dans les cieux. Sans une espérance certaine fondée sur Dieu, je ne puis anticiper. Étant dès ici-bas bourgeois du ciel, je me vois déjà dans la demeure de la sainteté.

Pendant que nous avons à traverser le désert pour nous rendre à cette demeure de la sainteté, nous devons manifester la sainteté dans notre vie en nous séparant du mal. «Soyez saints, car je suis saint». «Poursuivez la sainteté». Le peuple de Dieu était un peuple saint et avait à marcher dans la sainteté, parce que son Dieu était saint. Puisqu’il avait été racheté par Lui, il lui appartenait. Rachetés par Christ, nous Lui appartenons. Combien nous sommes chers au coeur de Dieu, puisqu’il nous a rachetés par le sang de son Bien-aimé ! Et maintenant, comment pourrions-nous choisir nous-mêmes notre chemin, ou nous égarer dans les sentiers du monde ? La nuée n’a cessé de conduire Israël ; la grâce, la force, la bonté de l’Éternel le guident ; la grâce, la force, la bonté de Dieu nous conduisent, nous, son peuple racheté.

Les v. 14-17 expriment la confiance des enfants d’Israël ; ils ignoraient les pensées des peuples de Canaan, aucun messager n’était venu leur dire la crainte qui s’était emparée d’eux ; mais, comme nous l’avons déjà dit, ils anticipent. Ils vont traverser le désert et rencontreront des ennemis : à la fin de leur course, Édom se dressera devant eux, pour les empêcher de passer. Nous voyons, d’après la Genèse, qu’Édom fut toujours l’ennemi acharné d’Israël, se réjouissant des afflictions du peuple, bien qu’il fût son frère. Nous savons encore que Moab appella sur Israël la malédiction de Dieu ; son roi Balak soudoya le faux prophète Balaam pour maudire les Israélites (Nomb. 22). Quant à la Philistie, elle fut, en tout temps, une nation ennemie. Les enfants d’Israël voient tout cela d’avance, mais ils sont remplis du sentiment de la puissance de l’Éternel, qui vient de jeter les Égyptiens dans la mer, et ils n’éprouvent point de crainte en voyant par anticipation leurs ennemis saisis de frayeur. Ces versets sont confirmés par les paroles que prononce Rahab, quarante ans plus tard : «La terreur de votre nom est tombée sur nous, et tous les habitants du pays se fondent devant vous» (Josué 2:9).

Après cette énumération des ennemis d’Israël, nous lisons au v. 17 : «Tu les introduiras». Rien n’empêchera la réalisation des desseins de Dieu, tous les obstacles sont néant, et rien ne pourra s’opposer à la volonté de l’Éternel. Cela est consolant pour nous. Paul écrivait : «Que dirons-nous donc à ces choses ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?» Et, après avoir énuméré les difficultés, les obstacles que nous pouvons rencontrer, il s’écrie : «Dans toutes ces choses, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés» (Rom. 8:31-37). Nous serons introduits dans cette Canaan ; par la foi, nous y sommes. Ce n’est pas une habitation passagère, mais bien une habitation permanente : «Tu les planteras sur la montagne de ton héritage, le lieu que tu as préparé pour ton habitation, ô Éternel ! le sanctuaire, ô Seigneur ! que tes mains ont établi». L’Esprit de Dieu fait voir aux Israélites le moment où le temple sera élevé par les soins de David et de Salomon. L’heure vient où, introduits par Jésus dans la Canaan céleste, nous serons «plantés» dans cette habitation de Dieu.

Faisons attention à l’histoire d’Israël : nous voyons que Dieu a conduit les Israélites, leur a donné la victoire, les a établis dans le pays ; que l’habitation de l’Éternel a été dressée. Nous savons aussi quelle a été leur reconnaissance. Depuis le livre de Josué jusqu’à la fin des Rois ce n’est que l’histoire des chutes, des abominations du peuple ; de sorte que Dieu quitte sa demeure, comme le dit Ézéchiel ; et alors le temple est brûlé, la ville détruite, le peuple emmené en captivité. Est-ce que cela annule les desseins de Dieu ? Non, les dons de Dieu sont sans repentir, et ce qu’il a dit, il l’accomplira. Ce que David a accompli n’est que le type de ce que le Fils de David accomplira. Nous avons, au Ps. 60, le chant de triomphe de David, après avoir remporté la victoire.

Au retour de la captivité, une nouvelle demeure a été élevée à l’Éternel, mais l’arche n’y était pas, et l’Éternel n’y est pas entré.

 

Nous arrivons à l’histoire prophétique d’Israël. Quand les temps seront venus, ce peuple, foulé aux pieds, mais qui cherche, par l’accumulation des richesses, à avoir maintenant la prééminence, aura un résidu établi dans cette terre de Canaan. De la racine d’Isaï, qui est la souche de David, sortira aux derniers jours un rejeton, devant lequel se présenteront les mêmes ennemis, qui, alors, seront vaincus définitivement (Lire Ésaïe 11:1-10).

Dans ce rejeton ne reconnaissons-nous pas tous les traits de notre précieux Seigneur ? Il établira la paix dans toute la création qui soupire maintenant et attend la délivrance. Le peuple d’Israël sera ramené de tous les bouts de la terre (És. 11:11-14). La réunion de ceux qui ont été séparés si longtemps se fera ; il n’y aura qu’un peuple, et ce sera l’accomplissement de toutes les prophéties relatives à Israël.

Nous voyons, dans ce chapitre, tout ce que Dieu fera ; rien ne manque. Ses desseins irrévocables s’accompliront en dépit des fautes des hommes. Ne sommes-nous pas heureux de savoir que ce temps de paix viendra pour Israël, que cette délivrance merveilleuse est devant eux, qu’ils seront rétablis et soupireront d’allégresse ? Alors, ils chanteront de nouveau un cantique de délivrance, comme après le passage de la mer Rouge. Lire És. 12:1-6 : «Ta colère s’est détournée». Pour nous, elle est détournée, cette colère de Dieu, en vertu du sang de Christ ; nous étions des enfants de colère ; mais le sacrifice de Jésus a détourné de nous l’épée du jugement.

Quel rapport nous constatons entre le premier et le dernier cantique des Israélites ! En Ex. 15:2, ils chantent : «Jah a été mon salut» ; en És. 12:2, ils chantent : «Dieu est mon salut». C’est ainsi que toute la parole de Dieu présente une harmonie parfaite. Nous qui sommes les objets d’un salut grand et précieux, nous pouvons puiser avec joie, avec bonheur, à la source même du salut, parce que cette source nous est ouverte.

Dieu nous fait une grande grâce en nous révélant ses desseins.

(v. 18). Les enfants d’Israël ne sont pas encore entrés au pays de la promesse, mais ils savent que leur Dieu règne et régnera à perpétuité. Zacharie dit : «L’Éternel sera roi sur toute la terre» (14:9). Nous verrons ces choses merveilleuses s’accomplir, le peuple rentré dans la terre de Canaan, à la gloire de son Dieu, les nations bénies ;.... mais tout cela, nous le verrons du haut du ciel ; et quels transports, quelle joie, quelle allégresse, quand, dans le ciel, nous contemplerons la gloire du Seigneur et tous les siens bénis en Lui ! Notre bourgeoisie à nous est dans les cieux, et nous avons à marcher ici-bas comme un peuple céleste.

Qu’est-ce que le désert pour nous ? Le monde. L’Égypte est aussi le monde, mais le monde avec tous ses attraits, ses richesses, tout ce qui peut attirer la convoitise de la chair. Nous y sommes, dans ce monde, mais Dieu nous délivre du mal qui y règne. «Grâce et paix à vous, de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nos péchés, en sorte qu’il nous retirât du présent siècle mauvais» (Gal. 1:3-4). C’est la délivrance pour nous, et elle nous vient de ce que Jésus s’est livré pour nos péchés, qu’il est mort pour nos fautes, et nous passons avec Lui à travers la mort, et nous avons la vie par sa résurrection. Trop souvent, les chrétiens ont le coeur attaché aux attraits de l’Égypte, oubliant que Jésus a dit : «Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde» (Jean 17:14). Par Lui, nous sommes délivrés du monde. Voudrions-nous y retourner ? Non, mais alors nous devons, pendant que nous traversons le désert, réaliser ce que David disait : «Ô Dieu ! tu es mon Dieu ; je te cherche au point du jour ; mon âme a soif de toi, ma chair languit après toi, dans une terre aride et altérée, sans eau, pour voir ta force et ta gloire, comme je t’ai contemplé dans le lieu saint» (Ps. 63) Voilà ce qu’est le monde pour une âme chrétienne et fidèle : «Tu es mon Dieu», alors qu’ai-je à faire avec ce qui est conduit par le prince de ce monde ?

Le chrétien qui réalise sa position et qui a lu cette déclaration du Seigneur : «Vous n’êtes pas du monde», voit le monde comme un désert, ne présentant rien qui puisse satisfaire son âme, ni répondre aux désirs profonds de cette âme. Il ne veut que Dieu, parce que Lui seul répond à ses besoins spirituels. Rien du monde ne peut ni le nourrir, ni le désaltérer, il lui faut le pain du ciel et la source qui coule du trône de Dieu.

«N’aimez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde : si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui» (1 Jean 2:15). «Quiconque voudra être ami du monde, se constitue ennemi de Dieu» (Jacq. 4:4).

Il était bon de considérer ces points avant de suivre Israël au désert. C’est dans le désert que nous tournons les yeux vers la Canaan céleste, où nous sommes appelés à habiter. Dans l’Apocalypse, il est question de ceux qui habitent sur la terre, qui s’y plaisent, et de ceux qui habitent dans le ciel. C’est là que Dieu nous a préparé notre place. Vivons-y, tout en le servant ici-bas.

(v. 20-27). Il n’est pas dit grand’chose sur Marie, mais le peu que nous en savons par la Parole est intéressant. C’est cette jeune fille qui, sur les bords du Nil, surveillait le coffret caché dans les roseaux, et dans lequel reposait Moïse ; c’est elle qui s’approcha de la fille du Pharaon et lui offrit, avec un à-propos remarquable, une nourrice pour l’enfant ; puis, la fille du Pharaon ayant accepté, la jeune fille alla chercher sa mère. Dieu la dirigeait et lui montrait comment elle devait agir. Ces souvenirs rappelés nous prouvent qu’à l’époque où nous sommes arrivés, cette jeune fille n’en était plus une, car elle devait avoir au moins 90 ans, puisque Moïse en avait 80. Elle est appelée, dans ce v. 20 : «Marie la prophétesse». Prophète, ne signifie pas toujours celui qui annonce les choses à venir, le prophète était aussi celui qui parlait de la part de Dieu — la bouche de Dieu. Il n’est pas fait mention des paroles que Marie a pu dire au peuple, mais elle devait avoir sur lui une certaine autorité, car, en Michée 6:4, son nom est associé à celui de ses frères : «J’ai envoyé devant toi Moïse, Aaron et Marie». Elle est aussi mentionnée au chap. 12 des Nombres, mais non pas à son honneur ; dans cette position élevée, soeur du législateur, soeur du sacrificateur, l’orgueil s’est peut-être glissé dans son coeur, et nous la voyons s’élever contre Moïse, contre celui dont l’Éternel dit : «Mon serviteur Moïse est fidèle dans toute ma maison ; je parle avec lui bouche à bouche» (v. 7-8). Le châtiment ne tarde pas ; pendant sept jours, elle est lépreuse. Enfin, au terme de la traversée du désert, elle meurt, âgée peut-être de 130 ans.

On a cru pouvoir s’appuyer sur ce qu’elle était prophétesse pour justifier le ministère public de la femme, mais ce n’est pas selon la Parole. Que fait-elle, dans ces versets qui nous occupent ? Elle chante les louanges de Dieu, elle se joint au cantique d’Israël. C’est ce que les soeurs font dans l’assemblée, s’associer aux chants de louanges mais cela ne veut pas dire qu’elles aient à agir.

Marie prit un tambourin en sa main, et toutes les femmes firent de même. Il faut bien remarquer que Marie vivait dans une dispensation différente de la nôtre ; elle appartenait à un peuple terrestre, tandis que notre position est celle d’un peuple céleste ; l’apôtre Paul dit que «nous avons à nous exhorter l’un l’autre, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantant de nos coeurs à Dieu, dans un esprit de grâce» (Col. 3:16). Quand le Seigneur aura établi son règne sur la terre, on entendra des chants semblables à celui qui s’élève ici, sur les bords de la mer Rouge. Le peuple terrestre restauré servira son Dieu comme au temps de David, avec des instruments de musique qui s’entre-répondront. Mais pour le temps de la grâce, le Nouveau Testament ne dit rien qui puisse justifier un service analogue : nous servons Dieu en Esprit et en vérité.

(v. 22 et suiv). Nous avons vu ce qu’est le désert, ce qu’est l’Égypte ; le monde est le désert pour le chrétien, quant à sa position de séparation pour Dieu. Moïse conduit le peuple au désert : ils marchent pendant trois jours, et ne trouvent point d’eau. Moïse avait demandé au Pharaon que le peuple pût aller le chemin de trois jours au désert ; il fallait cette distance pour qu’il fût entièrement séparé de l’Égypte. Il l’était, maintenant ; séparé par la mer, séparé par l’espace franchi. C’est ainsi que, pour nous aussi, il y a séparation complète d’avec le monde et délivrance parfaite de nos ennemis détruits par la mort.

L’Éternel marchait toujours à la tête des Israélites. Il était toujours là, il ne voulait pas les laisser. Il en est de même pour nous que Dieu a sauvés : le chemin à travers le désert, c’est son chemin, et nous avons à le suivre, les yeux fixés sur Lui, trouvant toutes les directions dans sa Parole. Il nous a pris à sa charge, et, par la foi, nous pouvons contempler Celui qui nous dirige, nous garde et nous protège. Si nous nous écartons, il faut que Dieu nous ramène, et cela est douloureux. «Ils ne trouvent pas d’eau», ce sont les épreuves qui commencent. Altérés par la marche, c’était bien, en effet, une épreuve que de ne pouvoir se désaltérer ; mais Dieu qui les avait déjà conduits et tirés d’une position inextricable, les conduit de même dans cette difficulté. Pour nous, le chemin a deux faces : il est uni et facile, parce que nous sommes conduits par le bon Berger : «Jésus est mon Berger ; il me fait reposer dans de verts pâturages, il me mène à des eaux paisibles,… il me conduit dans des sentiers de justice, à cause de son nom... et, passant par la vallée de la mort»,... je ne suis pas seul, il est là ; mon Berger me garde. L’autre face, c’est qu’il y a des difficultés. Si nous y échappons, nous ne serons plus sous la discipline de notre Père, et ce ne serait pas bon pour nous. Le chap. 12 des Hébreux traite des peines du désert et montre que la discipline et les épreuves sont la preuve que Dieu nous conduit ; il nous éprouve pour que nous participions à sa sainteté.

L’épreuve dut être très grande pour les Israélites : après trois jours de marche, représentons-nous ce qu’ils éprouvent en découvrant des eaux abondantes ; ils s’approchent, ils goûtent... mais ces eaux sont inbuvables, elles donneraient la mort ! Quelle déception ! Que c’est pénible, cette eau qui a, en quelque sorte, excité davantage leur soif ; c’est la mort. Cette première épreuve du désert est terrible. «Le peuple murmura». Ont-ils raison de murmurer ? Ils viennent d’être l’objet d’une délivrance magnifique, n’auraient-ils pas mieux fait de regarder à Celui qui les avait délivrés, plutôt que de se tourner vers Moïse ? Non, ils n’ont pas raison, ils ont bien tort ; c’est un peuple ingrat, disons-nous, dans notre paisible position. Faisons-nous autrement qu’eux ? Dans les épreuves, si nous n’avons pas murmuré des lèvres, n’y avait-il pas de murmures dans nos coeurs ? Que de choses tristes dans la vie, pires même que la mort. Si un enfant est enlevé... quelle amertume ! Si la maladie vient clouer sur un lit de douleurs, rendre infirme... quelle amertume ! Si, placé dans une position élevée, tout nous est enlevé... quelle amertume ! Et alors, dans nos coeurs s’élève cette pensée : Pourquoi Dieu fait-il cela ? C’est le désert, il est nécessaire que l’épreuve nous soit appliquée, mais nous ne devons pas murmurer ; tout murmure, si faible soit-il, dénote un coeur qui n’est pas satisfait, qui ne trouve pas la volonté de Dieu bonne, agréable et parfaite ; et c’est de l’incrédulité, parce que si nous nous souvenons que Dieu a dit qu’ «il est pour nous», nous avons tort de douter dès que nous sommes dans les difficultés qu’il envoie pour notre profit. Il sait mieux que moi ce qui m’est nécessaire, pourquoi j’ai à passer par cette mort : c’est pour apprendre à le connaître et à me connaître. Pourquoi il me faut l’épreuve : c’est pour apprendre à m’appuyer sur Lui.

Moïse est pris à partie par le peuple : «Que boirons-nous ?» Dieu avait mis, en un certain sens, la charge du peuple sur Moïse ; celui-ci, aux prises avec les difficultés, devait se rappeler qu’il avait refusé à Dieu, en son temps, d’aller vers les Israélites retenus captifs, et il devait être tenté de se dire : Pourquoi ai-je pris cette charge sur moi ? Deux apôtres, Paul et Silas, partis pour évangéliser, arrivèrent à Philippes et là, furent persécutés et jetés en prison. Ne devaient-ils pas se dire : Pourquoi avons-nous persévéré ? Peut-être aurions-nous parlé ainsi, mais Paul et son compagnon savaient ce que c’est que la mort appliquée à eux, et la vie de Dieu, et dans la prison, ils chantaient et priaient. C’est quelque chose de semblable que nous voyons en Moïse. Il voit Celui qui est invisible, il croit l’Éternel, il sait où trouver la ressource, il a confiance dans Celui qui a délivré, et plein de ce sentiment, il verse dans le sein de l’Éternel sa difficulté. L’Éternel sait aplanir toutes les difficultés quand il est visible pour les yeux de l’âme et qu’on s’approche de Lui en croyant qu’il est tout, en puissance, en amour, en compassion, et qu’il est le rémunérateur de ceux qui le recherchent.

La difficulté est donc là, dans ces eaux d’amertume, et l’Éternel leur enseigne un bois... En cette occasion, comme en tant d’autres, nous voyons Dieu manifester sa puissance merveilleuse par les choses les plus simples. Que pensèrent les Israélites ? Peut-être se trouva-t-il quelque incrédule comme ceux d’aujourd’hui, qui raisonna, mais Moïse fait ce que Dieu lui a dit, en simplicité de coeur, avec foi, et la réponse est là. Ce qui était mort devient vie et rafraîchissement, rafraîchissement pour tous ces pauvres êtres épuisés.

La Parole nous enseigne quel est ce bois merveilleux, ce moyen bien simple mis devant nous : Jésus, sa croix, ses souffrances. C’est là ce qui peut adoucir toutes les amertumes, toutes les douleurs. Il dit : «Viens sur mon sein, viens, ne pleure pas». Il est le Consolateur suprême, divin ; par sa mort, par sa croix, il nous a acquis pour lui-même, et il peut seul verser dans nos coeurs la consolation. C’est Jésus, dans sa mort et dans sa vie, qui rend douces toutes les eaux amères, et il veut attirer nos âmes, nos affections pour les porter sur Lui. Tout ce que Christ a été, tout ce qu’il a fait, tout ce qu’il a accompli, tout ce qu’il est maintenant, voilà ce qui rend douces toutes les épreuves qu’il envoie. Cela ne veut pas dire que nous ne devions pas pleurer, ni que nos coeurs doivent être durs, insensibles à l’épreuve ; mais si nous pleurons sur la mort ou la maladie d’un de nos bien-aimés, Jésus nous fait entendre cette consolation suprême : «Ne pleure pas. Je suis à toi, tu es à moi. Oui, je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi».

À un moment ou l’autre de notre vie, nous arrivons à des Mara, à une amertume très grande, mais Jésus est là pour tout adoucir. Arrêtons nos regards sur Lui, écoutons cette parole qu’il nous dit : Je suis près de toi, je ne te quitte pas. Puissions-nous réaliser ces choses.

Le chrétien, parfois, ne veut pas adoucir ses eaux de Mara, il retourne sans cesse sa douleur. Cela n’est pas selon Dieu. Il est des chrétiens qui persévèrent à vouloir rendre les eaux amères, ils sont incrédules et désobéissants. Nous voyons que Moïse dit aux enfants d’Israël de prêter l’oreille à la voix de l’Éternel ; l’Éternel leur propose l’obéissance. Paul écrivait aux Thessaloniciens (1 Thess. 4:13) : «Je ne veux pas que vous soyez affligés comme les autres qui n’ont pas d’espérance», et il dirige leurs regards sur Christ.

Ici, ce qui est proposé, c’est l’obéissance, la soumission à la volonté de Dieu. Ceux du monde sont sans espérance, ils pleurent ; c’est un Mara continuel ; pour le chrétien, il ne peut pas en être ainsi, s’il pleure — et il peut pleurer, puisque Jésus a pleuré, a été ému de compassion — il sait que Jésus est là pour adoucir, et alors, quand il se soumet à cette voix de grâce et d’amour, il est obéissant, il garde la parole du Seigneur, il est en communion avec Lui. «Celui qui m’aime gardera ma parole, et mon Père l’aimera ; et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui» (Jean 14:23). Il est préservé des plaies de l’Égypte comme Israël, restauré, dans l’obéissance, gardé et en communion avec le Père et avec le Fils. L’épreuve, adoucie par l’amour de Christ, lui est salutaire en lui faisant goûter les douceurs de la grâce et de la paix de Dieu. Les épreuves sont des bénédictions, et Paul a dit : «Nous nous glorifions dans les tribulations, sachant que la tribulation produit la patience, et la patience l’expérience, et l’expérience l’espérance ; et l’espérance ne rend point honteux, parce que l’amour de Dieu est versé dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Rom. 5:3-5). Quelle place bénie que celle du chrétien.

Il y a, dans le désert, quelques instants de repos pour les Israélites. Ils voient, dans le lointain, une oasis délicieuse, un bosquet verdoyant, des eaux, 70 palmiers, à l’ombre desquels ils peuvent se reposer. On a fait remarquer que les chiffres d’Élim sont les mêmes que ceux des apôtres : douze fontaines d’eau — douze apôtres — 70 palmiers — 70 envoyés du Seigneur pour prêcher dans les villes où il devait aller lui-même (Luc 10:1).

Dans sa grâce et dans sa bonté, Dieu nous conduit aussi dans des lieux tranquilles, où nous pouvons nous reposer à l’ombre des bénédictions dont il nous comble. Qu’il ne s’échappe de notre coeur que des actions de grâces, rendons grâces en toutes choses — et jamais de murmures.

16               CHAPITRE 16

(v.1-8). Maintenant la course dans le désert se poursuit ; voici un mois que les Israélites marchent, partis d’Élim pour arriver au Sinaï. On a fait remarquer combien cette position est frappante : ils sont là, entre le lieu où la grâce s’est manifestée et Sinaï qui représente ce qu’il y a de terrible, de terrifiant, lorsque Dieu paraît pour donner la loi à un peuple qui a rejeté la grâce. Étant encore sous la grâce, comment pouvaient-ils se mettre sous la loi ? Comment une âme qui a connu la grâce de Jésus peut-elle se remettre sous le joug de la loi ? Les Galates, après avoir reçu la bonne nouvelle du salut, se laissèrent enseigner par de faux docteurs et retournèrent sous ce joug. La loi parle de malédiction : «Maudit est quiconque ne persévère pas dans toutes les choses qui sont écrites dans le livre de la loi pour les faire» (Gal. 3:10). Dieu nous a placés sous le régime de la grâce qui règne par la justice, et nous ne sommes pas obligés de nous mettre sous le joug. D’un autre côté, gardons-nous de croire que, parce que nous sommes sous la grâce, nous avons la liberté de faire ce qui n’est pas selon Dieu. Celui qui a été tiré des ténèbres, qui connaît la grâce, est libre, affranchi, mais affranchi pour être à Celui qui est mort et ressuscité, il a l’heureuse liberté de se placer sous le joug de Christ.

«Le quinzième jour du second mois après leur sortie du pays d’Égypte». La sortie du pays d’Égypte, c’était la délivrance parfaite donnée par Dieu, la première et grande délivrance, et les autres en dépendaient. Il en est ainsi pour nous ; la délivrance que nous avons en Christ nous est le sûr garant de toutes les délivrances que Dieu nous accorde sur la terre. Remarquons comme les dates sont indiquées avec précision dans la parole de Dieu. Un mois s’est écoulé et une grâce nouvelle va être accordée à Israël — c’est bien une grâce, car il n’a rien fait pour la mériter. Et cependant il a vu la puissance de l’Éternel se déployer pour le faire sortir d’Égypte, pour lui faire traverser la mer Rouge, pour le délivrer de l’ennemi qui le poursuivait ; il s’est reposé à l’ombre des palmiers d’Élim, et s’est désaltéré à ses douze fontaines rafraîchissantes, et maintenant des murmures s’élèvent dans le coeur de ces Israélites.

Cela nous apprend ce qu’est notre coeur : nous avons vu les délivrances que Dieu nous accorde, et combien de fois ne s’élève-t-il pas des murmures, alors qu’il ne devrait y avoir que des actions de grâces ! «En toutes choses rendez grâces», disait Paul (1 Thess. 5:18). «En toutes choses», c’est-à-dire aussi dans l’épreuve ; l’épreuve est pour notre bien, notre bénédiction, elle nous ramène à Dieu qui donne l’issue, et pas un murmure ne doit naître en nos coeurs, parce que Dieu qui nous a pris à sa charge ne nous laissera pas — la vie de Dieu en nous ne peut murmurer, le murmure est de la vieille nature.

Les enfants d’Israël regrettent l’Égypte, ils oublient la fournaise de laquelle leurs cris s’élevaient ; il leur faut du pain, il leur faut la satisfaction de la chair, et au lieu de s’attendre à Dieu, ils murmurent contre Moïse et Aaron, non pas contre l’Éternel, mais contre Moïse et Aaron. Dans notre vie chrétienne, nous ne murmurons pas ouvertement contre Dieu, mais contre les instruments de l’épreuve, contre les circonstances, et nous faisons comme les Israélites — Les deux serviteurs répondent : «Que sommes-nous, que vous murmuriez contre nous ?... Vos murmures ne sont pas contre nous, mais contre l’Éternel». Nous avons à bien comprendre cela ; si dans nos affaires, dans nos familles, les choses ne vont pas selon nos désirs et que nous murmurions contre choses ou personnes, ces murmures montent jusqu’à Dieu, c’est Lui que nous offensons. Ce qui l’honore, au contraire, c’est une confiance entière, implicite.

Que les Israélites étaient heureux de se trouver encore sous le régime de la grâce ! Quelle différence quand ils seront sous la loi ! Ici, l’Éternel vient pourvoir à leurs besoins, il ne leur fait pas entendre un mot de reproche, mais dans sa tendre compassion, il répond en leur donnant la nourriture. Plus tard, lorsqu’ils seront placés sous le gouvernement de Dieu, sous la loi, nous verrons la colère de Dieu s’enflammer et une plaie fondre sur eux, parce qu’ils auront murmuré (Nombres 11). Placés sous la loi, ils seront régis par la loi. Dieu est miséricordieux, mais son gouvernement a son effet. «La loi a été donnée par Moïse», l’homme est impuissant pour observer ce que Dieu commande, «la grâce et la vérité vinrent par Jésus-Christ» (Jean 1:17).

Dieu répond aux murmures d’Israël par la grâce et la bénédiction, mais pour nous qui connaissons mieux la grâce que ce peuple, nous avons à nous humilier, si le murmure naît en nos coeurs. «Humiliez-vous sous la puissante main de Dieu, afin qu’il vous élève quand le temps sera venu, rejetant sur lui tout votre souci, car il a soin de vous» (1 Pierre 5:6-7).

Israël ne se rappelle plus sous quel régime barbare il a vécu en Égypte, quand il oublie les soins de Dieu. Quelle ingratitude de croire que Dieu va le laisser mourir de faim ! S’il prend soin de nous quant aux besoins corporels, combien plus quant aux besoins de nos âmes ; si nous désirons le connaître, nous approcher de Lui, Dieu répond ; il répond à ces soupirs d’une âme qui le cherche. David cherchait Dieu, son âme avait soif de Lui, et dans le désert, «dans une terre aride et altérée et sans eau «son âme a été rassasiée» (Ps. 63:1, 5).

En Égypte, Dieu est descendu aux cris de son peuple, mais ici, au désert, il est au milieu d’eux. Comme il est précieux de l’avoir avec soi dans le désert ! Quand nous avons connu la délivrance de Jésus, quand nous sommes sauvés, notre privilège est de pouvoir dire : «Le Sauveur est avec moi», et d’avoir la certitude qu’en traversant ce monde, dont nous ne sommes pas et ne devons pas être, Dieu est avec nous et nous tient par la main. Le chrétien soupire quelquefois après les choses du monde, il voudrait en jouir, en tâter, s’y livrer ; pauvre chrétien ! il est impossible de goûter à ces choses et de jouir des choses de Dieu. «N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu» (Éph. 4:30). Les Israélites avaient avec eux le Dieu de toutes grâces — nous l’avons de même. — Ne l’attristons pas en quittant le désert pour les choses du monde ; dans le désert, n’avons-nous pas Christ, ce qui est de beaucoup meilleur ?

Dieu passe par-dessus les murmures d’Israël et n’exerce pas le jugement ; il dit : «Voici, je vais vous faire pleuvoir des cieux du pain». Vous regrettez les choses de l’Égypte ! Vous allez recevoir une nourriture préparée par moi-même et qui descendra du ciel. Le chrétien doit attendre tout du ciel ; dans la détresse, il prie : Dieu répond. Il donne jour après jour et pourvoit à ses besoins. Le chrétien doit tout recevoir comme venant du ciel, et alors quelle saveur ont ces aliments reçus de la main de Dieu, et qui, assaisonnés par la prière, sont bons à prendre. Qu’ils sont malheureux ceux qui ne savent pas que nous avons tout à recevoir de la main de Dieu !

Il nous faut aussi considérer le côté spirituel : des centaines d’années plus tard, le même peuple dira au Seigneur : «Moïse nous a donné à manger du pain venant du ciel» (Jean 6:34). La foule avait suivi Jésus dans la solitude pour l’écouter, et, connaissant leurs besoins, il les nourrit ; devaient-ils conclure de cela qu’ils n’avaient plus rien à faire qu’à attendre les aliments ? Le Seigneur les détourne de cette pensée grossière et charnelle et les ramène à la vraie question : le vrai pain de vie, c’est celui qui est descendu du ciel. «Moi, je suis le pain de vie» (Jean 6:35). «Travaillez, non point pour la viande qui périt, mais pour la viande qui demeure jusque dans la vie éternelle» (Jean 6:9-7). «Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle» (Jean 6:54).

Nous avons à manger journellement cette nourriture que Jésus place devant nous ; mais nous devons aussi considérer un Christ céleste et nous nourrir de ce qui nous est présenté de lui dans l’Évangile : douceur, obéissance, dévouement. Ce vrai pain du ciel est une nourriture fortifiante pour notre âme.

 

Le peuple devait sortir et recueillir la portion d’un jour — non pas de deux — Il n’avait pas à faire de provision, mais à compter, jour après jour, sur le déploiement des richesses de bonté de l’Éternel ; il ne devait pas se défier de Dieu. Quelle grande leçon pour nous ; chaque jour il nous faut nous attendre à Dieu pour le nécessaire. Il nous nourrit chaque jour de notre vie ; et bien plus encore que l’Israélite, il nous convient d’avoir cette attitude d’attente, parce que nous attendons le Seigneur qui vient nous prendre et nous introduire dans la maison du Père. Mettre notre confiance en Dieu ne signifie pas que nous ayons à agir sans prévoyance, mais nos coeurs ne doivent pas s’attacher aux choses qui périssent. Le travail est une chose nécessaire : «Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus» (2 Thess. 3:10). Nourrissons-nous de Christ jour après jour, et pensons à cette parole du Seigneur : «À chaque jour suffit sa peine» (Matt. 6:34).

L’Éternel dit, en parlant du peuple : «Afin que je l’éprouve, pour voir s’il marchera dans ma loi ou non».

Dieu veut que nous joignions à la connaissance, l’obéissance, et que nous marchions dans l’obéissance. Apprenons à nous reposer sur ce Dieu fidèle. Les Israélites devaient manifester leur obéissance en recueillant chaque matin la provision d’un jour, et le sixième jour celle de deux jours, parce que Dieu voulait, au septième jour, donner du repos à son peuple. Dans toute la Parole, nous trouvons cette pensée du repos, figure du repos excellent que Dieu veut donner à l’âme. «Venez à moi, vous tous qui vous fatiguez et qui êtes chargés, et moi, je vous donnerai du repos» (Matt. 11:28).

Dieu connaissait notre coeur, nos besoins ; Dieu a donné ce repos tellement nécessaire à l’homme inquiet, agité, soucieux, travaillant et se fatiguant. Dès le commencement, le septième jour est un jour de repos ; le péché a détruit ce repos, mais le Seigneur est venu nous apporter le repos de la conscience, du coeur. Le repos est uni à la connaissance et à la jouissance du Seigneur. Lorsque nous nous tenons à ses pieds, comme Marie, écoutant sa parole, goûtant son amour, nous avons ce repos que le monde ne peut ravir ; ce divin repos est le prélude du repos éternel, réservé par Dieu à son peuple : c’est ce qui nous attend.

(v. 9-12). «La gloire de l’Éternel parut dans la nuée» mais non pour exercer le jugement sur ce peuple qui était sous le régime de la grâce ; plus lard, nous verrons Dieu ordonner à Moïse et à Aaron de se séparer d’Israël qu’il va consumer en un instant, à cause de son péché — il n’était plus sous la grâce — mais ici, en dépit de sa faiblesse, de ses murmures, l’Éternel exerce sa grâce envers Israël.

(v. 12-31). Il lui envoie des cailles à manger. Une autre fois, pour répondre de nouveau aux murmures du peuple, Dieu envoie des cailles, mais «la chair était encore entre leurs dents, avant qu’elle fût mâchée, que la colère de l’Éternel s’embrasa contre le peuple, et que l’Éternel frappa le peuple d’un fort grand coup» (Nombres 11:33). Il était alors sous la loi.

Lorsque la gloire de l’Éternel apparaît, elle n’apparaît pas en arrière, du côté de l’Égypte, dont les Israélites regrettaient les «pots de chair» et le pain, mais du côté du désert ; ils voient cette gloire, ils voient que l’Éternel voulait toujours les conduire. Malgré ce que nous faisons, Dieu ne nous laisse pas retourner vers le monde ; Jésus nous conduit, et, si nous avons les yeux fixés sur Lui, nous ne pourrons retourner en arrière ; le grand secret, c’est d’avoir les yeux sur lui ; entre lui et le monde il n’y a pas de compromis. C’est par la foi que nous contemplons la gloire du Seigneur Jésus, et, arrêtant nos regards sur lui, «nous sommes transformés en la même image» (2 Cor. 3:18).

 

Lorsque la manne parut, au grand étonnement des Israélites, ils avaient déjà des directions de Dieu quant à la quantité que chaque individu devait recueillir ; elle devait être recueillie chaque jour, et il fallait se lever de bon matin, parce que, à la chaleur du soleil, elle fondait. Il ne fallait pas être paresseux pour recueillir le pain de chaque jour ! Remarquons bien que c’est «le pain de chaque jour» ; il y en avait assez pour le jour présent et il n’y avait pas à s’inquiéter pour le jour suivant. Qu’est-ce que le Seigneur recommandait à ses disciples ? «Ne soyez pas en souci pour le lendemain, car le lendemain sera en souci de lui-même : à chaque jour suffit sa peine» (Matt. 6:34). Dieu peut donner le nécessaire chaque jour sans que nous ayons à nous tourmenter. Pour apprendre cette leçon, il est indispensable d’avoir confiance en Dieu, de croire Dieu, de savoir ce qu’il veut et peut faire pour nous ; c’est le fondement de la paix pour marcher dans le désert. Dieu s’était fait connaître à son peuple dans sa puissance en le délivrant, dans sa miséricorde en l’épargnant ; combien il a fait plus pour nous sauver d’un salut éternel ! Dans les épreuves et les difficultés présentes, nous avons à nous confier en Lui, et à repousser tout ce qui agite et éloigne de lui. Ce qu’il nous donne sera suffisant ; la manne est mesurée à chacun, à chaque famille, et il y a égalité pour tous. Paul se sert de ce passage pour montrer que celui qui est dans l’abondance, comme celui qui a moins ou qui est dans la pauvreté, a à donner selon ce qu’il possède, sur un principe d’égalité (2 Cor. 8:11-15). L’apôtre dit cela à propos de l’exercice de la charité dont il faut user les uns envers les autres. C’est une grâce que de pouvoir subvenir aux besoins de nos frères.

Ainsi, ce que l’Éternel prescrit était ce qu’il jugeait nécessaire pour un jour ; les Israélites n’avaient pas besoin d’avoir davantage ; ils devaient apprendre à être satisfaits de ce que Dieu donnait, dans les circonstances où il les plaçait. Dieu éprouvait son peuple ; il voulait voir son obéissance en lui prescrivant de ne pas amasser pour le lendemain, et il éprouvait sa foi en lui donnant l’ordre de recueillir au sixième jour, la portion du septième.

Cette manne se conservant deux jours est un miracle, que l’on a cherché à atténuer, mais qui reste un miracle. Au matin du septième jour, quelques-uns du peuple sortirent pour en recueillir, mais rien n’était descendu du ciel sur la terre.

Le travail des enfants d’Israël, au désert, était de se lever de bonne heure, et de récolter leur nourriture. Nous avons à travailler, à être actifs d’une manière ou l’autre, mais Dieu ne veut pas l’oisiveté ; nous avons confiance qu’il bénit notre travail. Comme il est précieux pour ceux qui travaillent et ont un gain modeste, d’avoir la certitude que Dieu pourvoira.

Dans sa bonté, l’Éternel veut que son peuple se repose. Dieu avait travaillé six jours afin de créer toutes choses : la terre pour servir de séjour à l’homme ; les animaux pour être les serviteurs de l’homme ; l’homme lui-même qu’il établit roi sur la création. Et quand il eut achevé de créer, il déclara que tout était très bon. Comme elle devait être belle, en effet, cette terre dans toute sa fraîcheur ! Et Dieu se reposa après avoir fini son oeuvre. Ce repos, la méchanceté de l’homme l’a troublé ; le mal est entré, et Dieu a dû recommencer le travail, non de création, mais afin de tirer l’homme de l’abîme dans lequel il s’était plongé. C’est pourquoi Jésus dit : «Mon Père travaille jusqu’à maintenant, et moi je travaille» (Jean 5:17). Dieu travaille et Jésus est son collaborateur dans ce travail béni ; il a accompli l’oeuvre parfaite de la rédemption, mais le travail continue ; Dieu travaille, dans son amour pour amener les âmes au salut par Christ ; l’homme lui est cher. Quelle grâce de le savoir, de savoir que «ses délices étaient dans les fils des hommes» (Prov. 8:31). Que notre Dieu soit béni ! Quand nous écoutons sa voix, que nous sommes amenés à Lui par Jésus, il n’y a de repos pour nous que près de Lui ; nous aurons à traverser des troubles, des difficultés, mais rien, dans cette position, ne peut altérer le repos de la conscience et du cœur ; bientôt nous jouirons du repos parfait quand le Seigneur Jésus sera venu et nous aura pris avec Lui.

Voici maintenant les voies de Dieu : Israël, peuple terrestre, représente l’homme ; Dieu veut un repos pour l’homme, et Dieu voulait que son peuple goûtât ce repos après les six jours de travail, c’est pourquoi il lui ordonna de ne rien faire au septième jour, jour du sabbat. Sans doute, nous avons besoin du repos matériel, l’homme qui viole cette toi en souffre — mais nous n’avons pas à considérer la chose seulement à ce point de vue — Dieu a voulu que nos occupations fussent suspendues pour goûter le repos près de lui. Le septième jour est remplacé pour nous par le premier ; le sabbat, par le dimanche, jour de la résurrection, jour où Christ a triomphé de la puissance de Satan. C’est l’image du repos éternel. La fête des tabernacles, qui durait pendant sept jours, représentait un cycle complet, figure du millénium, pendant la durée duquel la justice et la paix régneront. Mais au septième jour, succédait le huitième — le premier de la semaine pour les chrétiens — et ce jour-là est la figure du repos éternel. Pour nous, la première création a trouvé sa fin à la mort de Jésus ; nous appartenons à la nouvelle création, et le jour de la résurrection devient naturellement notre jour de repos. Le Seigneur est ressuscité le premier jour de la semaine (Matth. 28:1-10) ; le premier jour de la semaine, il apparaît deux fois à ses disciples (Jean 20:19, 26). L’apôtre Paul recommande «que chaque premier jour de la semaine, chacun mette à part chez lui... pour la collecte pour les saints» (1 Cor. 16:1-2). Jean fut ravi en Esprit, «dans la journée dominicale» (Apoc. 1:10). Le sabbat a fini son temps ; il reprendra son cours pour les Juifs du millénium ; mais pour nous, qui vivons dans l’intervalle, nous nous rassemblons au nom du Seigneur Jésus dans le précieux jour de la résurrection, nous souvenant de tout l’amour qu’il nous a manifesté. Dieu voulait que son peuple se reposât auprès de lui et jouît de sa bonté. Ne jouissons-nous pas d’une manière spéciale de la présence du Seigneur au milieu de nous ? Quelle grâce d’appartenir à cette nouvelle création, où il n’y a que vie, lumière, amour, où Jésus apparaît dans toute sa beauté. Réalisons-nous assez qu’il est là, présent, prenant son plaisir avec nous ?

Dieu prenait soin des Israélites, il y avait abondance dans leurs maisons pour le jour du sabbat. Peut-être, quelques chrétiens pensent-ils pouvoir gagner de l’argent le dimanche ?... Ils doivent compter sur la puissance de Dieu, et mettre ce jour-là à part, pour être entièrement au Seigneur.

Tous ne furent pas obéissants, mais il n’y eut aucun profit pour eux à se lever de bon matin ; peut-être cherchèrent-ils longuement : ils ne trouvèrent rien. Ah ! restons dans le chemin de Dieu, dans l’obéissance et la soumission du coeur.

Il y a autre chose encore à examiner. En Jean 6, Jésus dirige nos pensées vers un point plus élevé. La foule suit le Seigneur qui l’a nourrie, et elle lui demande un miracle (v. 30), en rappelant celui opéré au désert pour leurs pères (v. 31). Mais le Seigneur détourne leurs regards des choses matérielles. L’important, c’est de nous occuper de ce qui subsiste en vie éternelle : «Travaillez, non point pour la viande qui périt, mais pour la viande qui demeure jusque dans la vie éternelle» (v. 27). Il ne faut pas oublier cette nourriture céleste, car ce qui peut nous faire traverser le désert avec un coeur affermi, c’est d’être occupés des choses d’en haut. Jésus se présente comme le pain de vie (v. 35), et celui qui mange de ce pain-là, ne mourra point à jamais, «il vivra éternellement» (v. 51). «Je le ressusciterai» (v. 44), dit le Seigneur. Celui qui se nourrit du pain de vie reçoit une puissance de vie telle que son corps y participe et ressuscitera. Le Fils de Dieu est descendu du ciel. Il est devenu un homme parfait, parfait en obéissance, et dans sa vie il a manifesté ce qu’est la vie céleste.

Venir à Christ, c’est croire en lui. Se nourrir du pain de vie, c’est croire en lui ; en contemplant ce qu’il a été sur la terre, nos coeurs sont nourris et nous n’avons pas besoin d’une autre nourriture que celle que nous trouvons en lui. Il faut croire de coeur au Fils pour avoir la vie éternelle. Nous avons, chaque matin, à recueillir la manne céleste, dans la prière, dans la lecture de la Parole. Une âme qui négligerait cela se dessécherait et ne pourrait jouir des choses d’en haut. Pour jouir des choses spirituelles, l’âme a besoin d’être nourrie de Christ, objet divin qui occupe nos coeurs. Après avoir dit : «Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement», Jésus ajoute : «Ce pain... c’est ma chair» (v. 51). Nous avons à nous nourrir d’un Christ mis à mort, qui a expié nos péchés, et à vivre dans la communion de Celui qui est maintenant dans la gloire ; l’Esprit Saint dirige nos pensées vers les choses qui sont au-dessus de la terre, vers les choses qui ne passent point.

(v. 32-36). D’après l’ordre de l’Éternel, il faut recueillir un omer de manne et le garder devant Dieu en témoignage que le peuple a passé à travers le désert et a été, tout le temps, nourri par Dieu. Le Seigneur Jésus dit à ceux de l’assemblée à Pergame, qui, au milieu des désordres sont demeurés fidèles, se sont séparés du mal : «À celui qui vaincra, je lui donnerai de la manne cachée» (Apoc. 2:17).

Dans cet omer, dans cette manne cachée devant Dieu, nous avons l’image «d’une vie cachée avec Christ en Dieu». Pendant que nous traversons le désert, notre Seigneur est dans le ciel, caché à ceux qui ne le connaissent pas ; mais Il demeure toujours ce pain de vie dont nous avons à nous nourrir. Nous ne saisirons le dessein de Dieu que lorsque nous verrons Christ partout ; et en traversant le désert, nous serons heureux de le contempler dans son amour divin, dans son obéissance parfaite. Nourrissons-nous de Lui, tout en pensant qu’il est dans le ciel ; marchons dans le chemin, les yeux arrêtés sur le Bien-Aimé du Père, et puissions-nous répondre de tout notre coeur à son amour.

17               CHAPITRE 17

Dans ce chapitre, il y a deux sujets bien distincts : les eaux jaillissant du rocher et le combat des fils d’Israël contre Amalek. Nous y trouvons pour nous-mêmes des leçons diverses : leçons morales à tirer de la conduite d’Israël, leçons spirituelles : ce qui leur arrive est pour nous des types, des figures.

(v. 1-7). Remarquons que l’assemblée d’Israël, dirigée par la nuée, part, sur le commandement de l’Éternel, de l’endroit où Dieu lui a donné la manne. L’Éternel est le guide et le protecteur de son peuple ; heureux peuple ! Par l’histoire d’Israël, et les circonstances où il est passé, nous apprenons et comprenons ce qu’est l’homme naturel.

Le peuple arrive à Rephidim et ne trouve pas d’eau ; s’il avait été un peuple comme les autres, rien n’aurait pu lui en procurer ; mais le peuple de Dieu murmure, alors que c’est lui qui a été délivré du joug de l’Égypte, qui a traversé à pieds secs la mer Rouge, qui a vu l’armée du Pharaon engloutie dans les eaux, qui a été conduit, nourri, désaltéré, — et tout cela par la bonté de Dieu ! Pour l’homme, il y avait là une difficulté insurmontable ; mais pour Dieu, la difficulté n’était pas plus grande que de donner la manne en quantité énorme pour nourrir tant de personnes. Celui qui l’avait donnée pouvait aussi procurer l’eau dont Israël avait besoin. Quel aurait dû être le sentiment du peuple en face de ce besoin pressant auquel nul homme ne pouvait subvenir ? Il avait avec lui quelqu’un de puissant qui ne l’avait pas délivré pour le laisser mourir de soif ; pourtant, c’est Lui qu’il oublie... il murmure et conteste avec Moïse. N’est-ce pas l’image de notre coeur ? Ne sommes-nous pas l’objet des délivrances de Dieu, et cependant combien nous sommes prompts à douter, à dire : Que mangerons-nous, que boirons-nous, de quoi serons-nous vêtus ? prompts à nous mettre en souci. Qu’est-ce qui produit cela ? L’incrédulité. Dès qu’il y a quelque difficulté, l’incrédulité s’étale. Les Israélites s’élèvent contre le conducteur que Dieu leur avait donné ; et ils manifestent une grande irritation. Comme eux, nous nous agitons, nous nous tourmentons, nous nous irritons, dès que tout ne va pas selon nos désirs ; à quoi cela sert-il ?... tous nos murmures, nos raisonnements, notre irritation ne changeront nullement notre chemin. Si Israël murmure, quelle grâce se déploie de la part de l’Éternel !

Moïse a confiance, et fait ce qu’auraient dû faire les enfants d’Israël ; il croit l’Éternel, il s’adresse à Celui qui est capable de faire couler les eaux en abondance. Il a bien le sentiment de son impuissance : «Ils me lapideront», mais il croit. Oh ! ayons une telle confiance ? Celui qui a donné son Fils, ne nous fera-t-il pas don de toutes choses avec Lui ? Portons tout devant lui avec une confiance absolue. Il a pris notre cause en mains et ne veut pas nous laisser ; connaissons-le tel qu’il s’est révélé à nous. Malgré son incrédulité, Israël a, comme nous l’avons dit, le bonheur d’être sous le régime de la grâce agissante, et non sous la loi qui condamne. En grâce, Dieu vient vers lui pour subvenir à ce qu’il lui faut ; en grâce, Jésus vint à Pierre, et étendant sa main, le tira des eaux où il allait être englouti, parce que sa foi défaillait.

L’Éternel parle à Moïse, à celui qui est en communion avec lui. Il vient lui-même rassurer nos coeurs dès que nous sommes près de lui ; il nous parle pour fortifier nos âmes et nous montrer des ressources que l’homme du monde ne connaît pas, des ressources en Lui, qui seul est notre aide. Moïse peut passer hardiment devant ce peuple qui veut le lapider. Dieu est avec lui. Il doit prendre avec lui des anciens d’Israël, parce que Dieu veut des témoins. Il a en sa main la verge qu’il portait dans sa première entrevue avec l’Éternel, auprès du buisson en feu, cette verge qui se transformait en serpent, et qui étendue, faisait tomber des plaies sur l’Égypte ; cette verge, signe d’autorité, de gouvernement et de jugement. Moïse peut passer devant le peuple avec toute la majesté dont l’Éternel le revêtait, ayant en sa main le signe de la puissance de Dieu. Jésus revêtait de puissance, de grâce, ses apôtres, afin qu’ils pussent agir en puissance et en grâce à l’égard des âmes, et lorsqu’une âme a des besoins, c’est toujours cette puissante volonté de Dieu qui opère.

Pourquoi Dieu choisit-il ce miracle ? Lorsque la verge avait frappé les eaux, elle avait produit la mort, et maintenant la verge fait couler l’eau, et c’est la vie pour le peuple ; combien cela est frappant.

Sinaï, où la loi est donnée, est par conséquent un lieu de jugement, tandis que Horeb est presque partout le lieu de la grâce. Dans ce lieu, Dieu va agir en grâce. Nous avons dans le ciel le trône de la grâce, devant lequel nous pouvons tout apporter ; nous y trouverons le soulagement dont nous avons besoin. Dieu dit à Moïse : «Va». Le peuple attend, la verge frappe le rocher, la grâce divine descend en puissance ; les eaux coulent en abondance, les eaux pures, vives et jaillissantes ; c’est la vie !

Tous ceux qui appartiennent à Jésus peuvent compter sur l’intervention de Dieu en grâce pour tout ce qu’il leur faut.

N’oublions pas que ce que l’Éternel accomplit ici est un miracle. Les Israélites s’abreuvèrent, et désormais les eaux ne manqueront plus jusqu’à ce qu’ils atteignent les confins de Canaan (Nombres 20:1-13). Pendant quarante ans, Dieu les nourrira de la manne, et leur fournira l’eau rafraîchissante qui leur est nécessaire.

Moïse veut qu’il y ait un souvenir de ce qui a amené ce miracle de la grâce, et il nomme ce lieu «Massa et Mériba» (tentation, contestation), parce qu’Israël a contesté et a mis en doute la puissance de l’Éternel. Quel péché ! Il n’y avait pas plus de deux mois que le peuple était sorti d’Égypte et avait vu se dérouler toute la puissance merveilleuse de son Dieu ! Gardons-nous de l’imiter et ne doutons jamais qu’Il est avec nous ; Jésus a dit : «Je suis avec vous jusqu’à la consommation du siècle» (Matth. 28:20).

L’homme a péché, et s’est séparé de Dieu ; incrédule et méchant, comment Dieu lui a-t-il répondu ? Il a chassé l’homme du paradis... mais l’a-t-il abandonné ? Il lui a ouvert son coeur : tu as péché, eh bien, vois comme je t’aime : «Je donne mon Fils unique, pour toi, pour le monde, afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas, mais ait la vie éternelle».

Nous avons besoin de toutes ces leçons que nous donnent les Israélites, non pour les imiter, mais pour les éviter. Si je rencontre sur mon chemin une ornière profonde, je n’ai pas besoin d’y aller, il me suffit de voir quelqu’un en sortir souillé. Les fautes d’Israël sont là, pour nous avertir ; tout ceci s’applique à ceux qui appartiennent au Seigneur, et qui passent par le chemin tracé par Dieu. Les autres peuples, les Amalékites, ceux qui franchissaient le désert, n’étaient pas «le peuple de Dieu» et ne pouvaient compter sur des ressources semblables. Nous sommes sous la garde de Jésus, et entourés de ses soins ; nous sommes son troupeau, et l’on ne peut entrer dans ce troupeau que par la foi en Christ.

 

Voyons maintenant les choses au point de vue spirituel :

Le sang de l’agneau pascal est le type de l’expiation que Jésus opérée sur la croix. Les Israélites étaient aussi coupables que les Égyptiens, mais le sang mis sur les portes les a sauvés. Le sang précieux du Seigneur, le sang mis sur nos coeurs, nous sauve de la condamnation ; il n’y a point de condamnation pour nous. Les Israélites furent délivrés de Pharaon en passant la mer Rouge. Dans la mort et la résurrection du Seigneur, le chrétien se trouve délivré de Satan et du péché.

Les eaux de Mara donnent la mort, et pour écarter cette mort, Dieu enseigne un bois qui enlève l’amertume. Qui est-ce qui adoucit et écarte toutes nos amertumes ? C’est Jésus lui-même.

Israël manque de pain ; Dieu lui donne la manne. Il nous donne à nous, comme nourriture spirituelle, Jésus, le pain de vie. Celui qui mange ce pain-là, a la vie à jamais. Notre nourriture, dans la traversée du désert, c’est Christ dans son humanité ; nos coeurs sont ainsi nourris et fortifiés. Voici maintenant une autre chose, dont nous avons besoin, sans laquelle nous ne pouvons jouir de celles que nous venons d’énumérer : c’est l’Esprit Saint. C’est ce dont les eaux qui sortent du rocher sont la figure, eaux rafraîchissantes, bues avec avidité par les fils d’Israël, et qui leur communiquèrent la force et la vie.

Il y a, dans le Nouveau Testament, tout un enseignement de l’Esprit Saint. Nous y apprenons de quoi le rocher est la figure : «Nos pères buvaient d’un rocher spirituel qui les suivait, et le rocher était le Christ» (1 Cor. 10:4). Ce rocher typifie donc Christ ; mais pour pouvoir participer aux grâces qui découlent de lui, et en jouir, une chose est nécessaire : «À moins que le grain de blé, tombant en terre, ne meure, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit» (Jean 12:24). Pour porter du fruit, il fallait que Jésus passe par la mort, et subisse le jugement de Dieu contre le péché ; il fallait que la verge du jugement de Dieu tombât sur lui. Il n’est pas mort seulement comme martyr, mais comme victime, comme notre substitut devant Dieu. Dieu n’a pas épargné son propre Fils ; ce Fils s’est présenté pour porter tous nos péchés, il les a accumulés sur sa tête, et Dieu l’a frappé : dans son agonie il s’est écrié : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» (Matth. 28:46). Il a été frappé de Dieu et affligé (És. 53:4), et c’est par cela que le rocher s’est ouvert et que les eaux de la grâce ont coulé pour nous. Dans la journée de la fête des tabernacles, Jésus s’est écrié : «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive» (Jean 7:37). Soif d’espérance, soif de paix : «Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de lui. Or, il disait cela de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui croyaient en lui ; car l’Esprit n’était pas encore» (v. 38-39).

Nous avons devant nous Celui qui a été frappé : de Lui découlent ces eaux rafraîchissantes qui apportent la paix, le bonheur, la joie : «Venez à moi et buvez». Quel étrange spectacle eussent présenté les Israélites, s’ils s’étaient tenus à distance du rocher d’où s’échappait l’eau désirée ; leurs compagnons n’auraient manqué de les appeler. N’est-ce pas ce que nous voyons ? L’Évangile est annoncé, tous les hommes sont appelés, et combien, hélas ! restent à l’écart, ne voulant pas venir s’abreuver à la source de la vie. La fontaine est ouverte, et l’eau qui en jaillit, c’est la vie éternelle. Israël reçoit la vie pour le corps, mais ce que Dieu donne aujourd’hui, c’est la vie éternelle, vie de bonheur, de félicité, qui ne finira point. Dieu nous a donné Christ ; combien cela est précieux, et Christ nous dit : «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive».

(v. 8-16). Il est intéressant de voir que Dieu, après s’être montré en faveur d’Israël, d’une manière si remarquable, veut maintenant qu’Israël agisse. L’ennemi se présente et il faut le combattre. Ce n’est plus le temps où il fallait faire sortir les Israélites d’Égypte, ou les soustraire à la poursuite du Pharaon ; ils n’étaient point alors un peuple capable de lutter ; maintenant, ils sont délivrés, leur position est changée : ils sont l’objet des soins de Dieu, et il faut qu’ils marchent. Un ennemi se rencontre sur leur chemin ; Dieu aurait pu les en délivrer, mais tel n’est pas son dessein ; la victoire remportée par Israël sur Amalek n’anéantit pas ce dernier : nous le verrons reparaître à différentes phases de l’histoire du peuple de Dieu. Il est déjà mentionné en Genèse 14:7. Dans ses dernières visions, Balaam prévoit sa complète destruction (Nombres 24:20). Voici donc Israël aux prises avec cet ennemi qui se jette sur lui avec violence et avec ruse, l’attaquant par derrière, alors qu’il est las et harassé (Deut. 25:17-19). C’est bien la violence et la ruse qui caractérisent Amalek.

Que va-t-il se passer ? Qui va donner des ordres ? C’est Dieu qui dira ce qu’il y a à faire. Moïse apparaît, dirigé par l’Éternel ; il parle à Josué. Josué, fils de Nun, est nommé ici pour la première fois ; Moïse lui ordonne de choisir des hommes pour combattre Amalek. Ce ne sera pas tout le peuple qui combattra, mais l’ordre est donné, selon les pensées de Dieu, de choisir des hommes ; Dieu lui-même préside à ce choix et à celui du capitaine. Israël pourra-t-il résister à cette attaque impétueuse ? Laissé à ses propres forces, il lui aurait été impossible de tenir ; mais, conduit par l’Esprit de Dieu, il sait ce qu’il doit faire. Moïse prend en sa main la verge de Dieu, par laquelle tant de prodiges ont été accomplis ; il monte sur la colline, vers Dieu, afin de remplir son rôle ; rôle bien important, celui d’intercesseur. Mais il ne va pas seul : la sacrificature (avec Aaron), la lumière (avec Hur — Hur signifie lumière), accompagnent le législateur jusqu’au sommet de la colline ; là, Moïse élève les mains — signe extérieur de l’intercession. L’apôtre Paul écrivait à Timothée : «Je veux que les hommes prient en tout lieu, élevant des mains pures» (1 Tim. 2:8), c’est-à-dire prient Dieu, intercèdent auprès de Dieu. Cette intercession est puissante, elle monte vers Dieu, et l’Éternel écoute ; mais si elle cesse, le peuple faiblit et cède devant l’ennemi ; lorsqu’elle recommence, le peuple reprend vigueur. Un homme, même un Moïse, ne peut soutenir longtemps cette position ; il faut que Aaron et Hur le fassent asseoir et soutiennent ses mains devenues pesantes ; ainsi, l’intercession ne s’interrompt point, et Amalek est vaincu, il s’enfuit, la victoire pour Israël est complète. Nous voyons les soins de Dieu en faveur de son peuple, pour le rendre capable de résister à l’ennemi.

Amalek n’a pas attaqué Israël seulement, mais Dieu même ; il a porté sa main sur le trône de l’Éternel (*). Le trône de l’Éternel était là, l’arche était dans la pensée de Dieu ; mais Dieu était là, et c’était bien à Lui qu’Amalek faisait la guerre. Cela ne rappelle-t-il pas quelque chose de précieux pour le chrétien. Lorsque Saul fut arrêté sur le chemin de Damas par une vision, le Seigneur lui dit : «Pourquoi me persécutes-tu ?» (Actes 9:5). Saul touchait à ceux qui étaient les membres du corps, et notre union est telle que toucher à un membre, même au plus petit, c’est toucher au Seigneur.

(*) (note Bibliquest) cette expression correspond à une variante de traduction du texte d’Exode 17 :16 (version anglaise King James)

Le crime d’Amalek était grand et devait avoir un mémorial. Son nom devait être effacé de dessous les cieux ; de génération en génération, l’Éternel aurait la guerre contre lui. Quand nous suivons son histoire dans la Parole, nous voyons cette guerre se continuer, et Deut. 25:17-19, enseigne qu’Israël doit se souvenir de ce que lui a fait Amalek : lorsqu’il sera en repos dans le pays que Dieu lui donne, il devra effacer sa mémoire de dessous les cieux. Israël ne s’est pas soumis à cet ordre, et Amalek est devenu un instrument pour châtier l’idolâtrie des enfants d’Israël. Dans 1 Samuel 15, Israël ayant voulu avoir un roi, Dieu a voulu éprouver ce qu’il y a dans le coeur de Saül, lui a ordonné, par la bouche de Samuel, de détruire entièrement Amalek ; l’obéissance n’a pas été complète, car le roi a été épargné.

Il faut qu’il y ait obéissance entière dans nos coeurs, même si Dieu veut qu’un œil ou qu’un bras soit arraché.

Au temps d’Ézéchias, il existait des «réchappés d’Amalek» (1 Chron. 4:43). Nous retrouvons encore ce peuple dans la personne de Haman, alors que les Juifs étaient dispersés parmi les nations. Ce favori d’Assuérus, toujours animé du même esprit, use de ruse, Satan agissant derrière lui, pour anéantir le peuple et, en lui, les promesses de Dieu. Mais Dieu renverse ses plans, et Amalek prend fin dans la personne d’Haman et de ses fils.

C’est l’histoire littérale, matérielle, d’Amalek, cet adversaire, cet ennemi de Dieu. Amalek ignorait cela, sans doute, mais Satan agissait par son moyen ; Israël est vainqueur parce que l’Éternel est son enseigne, parce qu’il a arboré comme drapeau la force de l’Éternel. La faiblesse d’Israël devient sa force par l’intercession de Moïse.

Il faut maintenant chercher la signification spirituelle, typique, de ce récit, et considérer en première ligne, combien la Parole est remplie d’enseignements.

Quand Jésus, après trente ans d’obscurité, commence son ministère, la première chose qu’il fait, c’est de venir à Jean pour être baptisé dans le Jourdain, prenant sa place avec les humbles, les petits ; Dieu déclare alors qu’il est son Fils bien-aimé, et après ce baptême d’Esprit Saint, il est conduit au désert. Là, Satan vient pour le combattre et l’anéantir, lui, et les desseins de grâce.

Ah ! nous avons été sauvés par grâce, introduits dans une vie nouvelle ; nous avons pour nourriture la manne céleste, pour nous désaltérer, les eaux de la grâce, et nous voilà entrés dans une vie active. Nous ne pouvons nous attendre à ce que, dans le désert, il n’y ait pas à combattre. Écartons la pensée des peines et des épreuves — il n’en est pas question ici ; le combat est contre un être personnel, contre celui qu’Amalek représente, contre l’ennemi de Jésus au désert, contre celui qui s’est précipité sur les enfants de Dieu, dès que l’Évangile a été annoncé et que l’Église ou l’Assemblée, a été formée. L’opposition de Satan s’est manifestée aussitôt par les sacrificateurs qui voulaient empêcher que la Parole fût prêchée ; et Satan réussit à faire arrêter Pierre et Jean, lapider Étienne et jeter Paul en prison. C’est toujours lui qui s’oppose à la marche des enfants de Dieu, dans le désert. Est-ce seulement contre l’ensemble qu’il agit ? Non, c’est aussi individuellement que nous sommes appelés à combattre ; nous avons été parfaitement délivrés, et nous devons lutter, sachant que le péché ne domine plus sur nous (Lire Éph. 6:10-12). Amalek, c’était la chair et le sang pour Israël. La chair et le sang désignent ici l’homme, les hommes qui marchent sous les drapeaux de Satan.

Notre position et nos privilèges sont célestes, nos bénédictions sont dans le ciel. Le grand effort de Satan est de nous empêcher de jouir de cela ; pour y arriver, il fait appel aux convoitises, et se sert de tout ce qui agit sur le coeur et sur l’imagination, pour détourner nos pensées. S’il réussit, c’est pour nous la perte de la communion, l’arrêt de notre marche spirituelle. Il se sert du monde, des convoitises, de la chair, et celle-ci devrait être tenue dans la mort. S’agit-il de marcher contre l’Église, il a les hommes à son service. S’agit-il de nous, il trouve en nous-mêmes les éléments voulus. C’est un ennemi réel, vivant, personnel, qui a une énergie, une puissance, une intelligence, du discernement. C’est redoutable, quand on pense à cette autorité, à cette domination des ténèbres, qui a osé marcher contre le Fils de Dieu, s’attaquer à lui.

Pour résister à l’ennemi, nous avons toute une armure de Dieu, armure complète pour nous couvrir et pour attaquer (Éph. 6:13-18). Cette portion de l’armure, c’est l’épée de l’Esprit, qui est la parole de Dieu. La Parole est mise en nos coeurs et l’Esprit est là pour la manier, pour diriger notre main ; nous ne devons négliger aucune partie de l’armure. Jésus a donné l’exemple. Si tu es le Fils de Dieu, lui dit Satan, change ces pierres en pain ; jette-toi en bas du temple ; prosterne-toi devant moi ; et le Seigneur se tient devant Satan, l’épée de l’Esprit dans sa main, et dit : «Il est écrit... il est écrit... il est écrit…» Il ne suffit pas d’avoir la Parole à la maison, de l’entendre aux réunions, de la lire en famille, quoique cela soit bien nécessaire ; mais il la faut dans le coeur, il faut la lire avec attention, en demandant à Dieu de la faire pénétrer dans nos coeurs, de nous la faire comprendre, afin que nous n’ayons qu’à la tirer, quand vient la tentation. Nous sommes impuissants à combattre contre l’ennemi, si nous ne nous fortifions dans le Seigneur et dans la puissance de sa force. Cherchons la force auprès de lui, et cela par la prière, par elle seule nous trouvons la force, elle est jointe à l’épée de l’Esprit (Éph. 6:18).

Il y a pour nous un intercesseur, qui connaît notre faiblesse, notre impuissance. Moïse n’était qu’un homme sujet à la fatigue ; les bras de notre intercesseur ne fléchissent jamais, il élève ses mains pour bénir ; c’est dans cette attitude qu’il demeure toujours ; et alors, tous les ennemis peuvent venir, Satan peut déployer tous ses efforts, «nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés» (Rom. 8:37). Aussi longtemps que nous levons les yeux vers lui, que nos coeurs, nos pensées, sont attachés à lui, «nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés».

Les efforts de Satan ne cesseront pas quand l’Église sera enlevée ; il y aura des saints sur la terre, et il s’attaquera à ce résidu fidèle ; mais pour nous, nous avons cette promesse que Dieu brisera Satan sous nos pieds. Il y a plus : à la fin, il sera jeté dans l’étang de feu, il sera anéanti ; pour nous, il l’est par l’épée de l’Esprit. Il n’y a pas de trêve entre Dieu et lui, mais Jésus triomphera.

18               CHAPITRE 18

(v. 1-12). Nous arrivons ici à une scène de famille qui est en même temps une scène de bénédiction, de repos, de calme, de paix ; cela vient après qu’Israël ait été éprouvé d’une manière si forte dans les combats dont nous avons parlé. Combien cette entrevue de Moïse et de son beau-père est reposante ; c’est une sorte d’oasis non seulement pour le peuple, mais surtout pour son chef. Il est des détails que nous aimerions sans doute connaître, mais la Parole nous donne ce qui nous est nécessaire, et non ce qui ne serait que pour satisfaire notre curiosité. Ainsi, jusqu’à ces versets, nous ignorions que Moïse eût renvoyé Séphora et ses enfants ; depuis l’instant où elle a dit à Moïse : «Tu m’es un époux de sang» (chap. 4:26), il n’a plus été question d’elle. Une fois que Moïse eut accepté la tâche que Dieu lui donnait, qu’il fut entré pleinement, entièrement, dans son ministère, il se sépara de tout, de sa femme, de ses enfants ; il laissa ses liens de famille, liens si doux et qui devaient lui être précieux, car toute son histoire nous montre un homme doux et ardent dans ses affections. Mais il est tout entier au service de Dieu et ne veut aucune entrave ; il n’y a plus que deux objets qui remplissent sa vie et son coeur : la gloire de Dieu et le bien de son peuple ; il n’avait que cela dans ses pensées. Nous ne sommes pas des Moïse, nous ne sommes pas appelés à une tâche si belle où Moïse fait songer à Paul ; mais pour nous, deux objets aussi devraient remplir nos coeurs : la gloire du Seigneur et le bien de son peuple, si, comme Moïse, nous entrions dans les pensées de Dieu. Moïse avait jugé qu’il devait renoncer à ses liens de famille, et nous avons à mettre au-dessus des affections les plus légitimes, le Seigneur, sa gloire, son nom. Moïse s’était séparé, mis à part. Ne trouvons-nous pas quelque chose de semblable dans le ministère du Seigneur ? Au moment où il y entre, après trente ans d’obéissance, de soumission envers Joseph et Marie, il dit à sa mère : «Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ?» (Jean 2:4), et ailleurs : «Qui est ma mère, et qui sont mes frères ?» (Matt. 12:48). Il n’avait alors devant lui que l’oeuvre qu’il venait accomplir ; quand cette oeuvre s’accomplit sur la croix, il voit sa mère, pour laquelle son affection est toujours la même, et il la remet à son disciple bien-aimé. Voilà comment sa perfection se révèle en tout.

Il n’est pas dit que Moïse a fait venir les siens. Qui a dit à Jéthro d’aller ? Pourquoi est-il venu ? Dieu a dirigé sa conduite ; le temps est venu où Moïse va retrouver sa famille et jouir de cette réunion. Dieu donne toujours au coeur des sujets de consolation ; il demande de nous des coeurs soumis et occupés de lui.

S’il ne nous est pas dit quel messager apprit à Jéthro «tout ce que Dieu avait fait à Moïse et à Israël, son peuple, — que l’Éternel avait fait sortir Israël d’Égypte», nous voyons que Jéthro amena les fils de Moïse ; leurs noms : Guershom et Éliézer nous sont donnés, ainsi que leur signification : Séjournant-là — Dieu une aide. Le premier rappelle que Moïse a été rejeté de son peuple, mais délivré du Pharaon, et qu’il a trouvé un refuge en Madian ; le second témoigne de sa reconnaissance. Le sentiment qui devait remplir son coeur était de vivre en étranger : chassé d’Égypte, il était venu au pays de Madian, seul, loin des siens, et il en souffrait douloureusement. Le Seigneur aussi souffrit douloureusement d’être seul, étranger, mais il peut dire : «Garde-moi, ô Dieu ! car je me confie en toi» (Ps. 16:1). Étranger sur la terre, il était en communion avec son Père dans le ciel. Ces choses sont rappelées à Moïse, c’est-à-dire la signification du nom de ses fils ; ce rappel est fait à présent qu’il n’est plus un étranger, mais à la tête de son peuple, et qu’il est délivré d’une délivrance bien plus grande, puisqu’au lieu de lui seul, elle comprend tout son peuple.

En quel lieu Jéthro vint-il rejoindre Moïse ? Tout est significatif. À la montagne de Dieu, à cet Horeb, où Moïse, menant paître les troupeaux de Jéthro, avait reçu de l’Éternel sa mission. En Horeb, il se passe toujours des choses qui rappellent la grâce. Au chap. 3:12, l’Éternel avait dit à Moïse : «Lorsque tu auras fait sortir le peuple hors d’Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne». Israël est donc arrivé au but, non de son voyage, puisqu’il doit atteindre Canaan, mais à l’endroit où il peut servir son Dieu et lui offrir des sacrifices.

Jéthro arrive à la montagne de Dieu ; il fait communiquer la nouvelle à Moïse, qui, aussitôt, sort au-devant de lui. Quelle entrevue ! Quelle reconnaissance dut s’élever dans le coeur de Moïse à la vue de son beau-père, avec lequel il avait vécu dans une certaine intimité, à la vue de sa compagne et de ses enfants ! Ils s’enquirent touchant leur bien-être et entrèrent dans la tente, le lieu de l’intimité. Ah ! quelle conversation, et que cela devrait nous rendre honteux ! Là, rien d’oiseux et d’inutile, ils ne parlent pas de la pluie et du beau temps, ils s’informent de leur bien-être, sans doute, et c’est naturel. Jean écrivait à Gaïus : «Bien-aimé, je souhaite qu’à tous égards tu prospères et que tu sois en bonne santé, comme ton âme prospère». (3 Jean 2). Mais le sujet qui les occupe, c’est ce que Dieu a opéré, les grands faits de l’Éternel à l’égard de son peuple, l’un racontant, l’autre écoutant, recevant ces choses merveilleuses. Jéthro avait appris qu’Israël était sorti d’Égypte, mais il ignorait encore les détails ; Moïse le met au courant de toutes les merveilles que la puissance de Dieu a opérées en Égypte, en jugement ; le bras de l’Éternel n’était pas raccourci ; sa puissance divine avait anéanti l’ennemi, mais sa bonté divine s’était étendue sur Israël : Israël était maintenant son peuple. Aujourd’hui, c’est un peuple dispersé, mais les événements qui ont lieu et auront encore lieu dans l’avenir se rapportent à lui, sont et seront à cause de lui. Les pensées de Dieu convergent vers Israël : il est le centre de ses pensées. Il faut qu’Israël, peuple terrestre, soit à la tête des nations. Si nous ignorons l’issue des événements actuels, nous savons quelle sera l’issue finale : tout arrivera à point pour accomplir les desseins de Dieu à l’égard de son peuple. Le chrétien est dans la position d’Abraham, lorsque l’Éternel lui dit : «Cacherai-je à Abraham, ce que je vais faire» à Sodome et à Gomorrhe ? (Gen. 18:17). Nous pouvons discerner dans la parole de Dieu ce qu’il va faire ; Dieu nous avertit de ce qu’est le monde, il nous montre où il va, et il nous éclaire sur les choses étranges qui se passent.

Moïse parle à sa famille des peines, des fatigues endurées par Israël, du passage de la mer Rouge, des eaux amères de Mara, du manque de pain, du manque d’eau, du combat contre Amalek ; il parle de tout cela, non pour se plaindre, ni murmurer, mais pour d’autant plus exalter l’Éternel. Son coeur devait brûler, quand il racontait la fidélité de l’Éternel pour soutenir, délivrer, diriger, conduire son peuple.

Nous qui sommes délivrés de tout, qui, pour tout, pouvons compter sur le Seigneur, faisons-nous de ces choses merveilleuses le sujet de nos conversations ? Lorsque nous sommes ensemble, parlons-nous de la délivrance de la servitude, de la manière dont Dieu intervient en toutes choses pour notre bien ; cela encourage de pouvoir nous dire les uns aux autres ce que le Seigneur a fait à notre égard, et de toujours placer devant nos coeurs la délivrance finale. «De l’abondance du coeur la bouche parle» (Matt. 12:34). Le coeur étant engagé avec le Seigneur, c’est lui qui occupe la pensée, et, pensant à lui, nous parlerons de lui ; ainsi, les apôtres, devant le sanhédrin, portaient la bonne odeur de Christ.

 

Nous allons voir le résultat de cette conversation, dont nous avons sinon les détails, du moins les traits principaux. Nous pouvons nous représenter Moïse décrivant leur arrivée au bord de la mer Rouge, leur passage au travers des eaux, et l’engloutissement dans ces mêmes eaux de toute l’armée du Pharaon — combien cela devait frapper ceux qui écoutaient — puis l’entrée dans le désert, le miracle opéré à Mara, le délicieux repos d’Élim, le pain du ciel… Toutes les merveilles admirables de la puissance, de la bonté, de l’amour, de la fidélité de Dieu, sortent du coeur de Moïse et entrent dans celui de Jéthro. De tels récits réjouissent, soutiennent, encouragent, et le coeur de Jéthro se réjouit. Ce n’est pas pour lui que ces choses ont été faites, mais il est un homme de bien, qui a le coeur ouvert, qui connaît déjà l’Éternel quoique imparfaitement ; et il se réjouit de ce que l’Éternel a fait pour Israël, et de ce qu’il l’a délivré des Égyptiens.

Lorsque nous rencontrons quelqu’un qui connaît le Seigneur, mais n’est pas affranchi, rapportons-lui ce que nous trouvons dans la Parole, parlons-lui de ce que le Seigneur est et fait sans cesse pour nous, parlons-en comme vivant de lui, et ce quelqu’un sera réjoui.

Maintenant Jéthro est entré plus avant dans la connaissance de l’Éternel, et il le bénit : «Béni soit l’Éternel, qui vous a délivrés de la main des Égyptiens et de la main du Pharaon… » Jusque-là il n’avait pas connu la puissance qui délivre. L’aveugle-né n’entra dans la connaissance de la puissance du Seigneur qu’après avoir reçu la vue de lui. C’est la grandeur de la puissance divine qui saisit l’âme de Jéthro, et il confesse que l’Éternel est au-dessus de tous les dieux ; il en a peut-être connu et servi plusieurs ; mais maintenant ils sont à ses yeux, anéantis, jetés dans la poussière. Il trouve le vrai Dieu et l’adore, et il confesse cela en offrant des sacrifices.

Combien il est précieux d’être des instruments dans la main de Dieu pour le faire connaître ; qu’il est important que nos conversations soient empreintes de l’Esprit Saint, afin que les âmes le reconnaissent, qu’elles arrivent à jouir de la paix, du repos, à comprendre la mort et la résurrection de Christ. Le coeur adore quand il reconnaît Jésus pour Sauveur puissant, pour Rédempteur parfait.

Dieu voulait que Jéthro apprît à le connaître, de la bouche de Moïse ; en venant, cet homme ne se doutait pas de tout de ce qui allait lui être révélé. Maintenant il entre en communion avec le peuple de Dieu en offrant des sacrifices et des holocaustes. Aaron et les anciens d’Israël viennent et mangent avec lui, c’est-à-dire entrent en communion avec lui, et le voici pleinement introduit dans la bénédiction.

C’est la figure de ce qui s’accomplira quand le Seigneur aura établi son règne dans les temps millénaires. Actuellement, il n’y a «ni Grec, ni Juif, ni barbare, ni Scythe» (Col. 3:11), mais simplement «ceux qui croient» ; il n’y a pas de nations, mais un peuple céleste dans le ciel. La Parole classe les hommes en trois catégories : l’Église, les Juifs et les gentils. Les Juifs, autrefois séparés des gentils, ont rejeté Jésus, et lui s’est tourné vers les gentils pour faire connaître que le mur de séparation est renversé, et que les croyants constituent l’Église, le Corps, qu’il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni nation. Mais le temps va venir où l’Église étant introduite dans le ciel, Dieu reprendra ses voies envers les Juifs. Le monde passera par un temps terrible, le résidu juif sera persécuté, mais il n’y aura pas Juifs et gentils réunis en un même corps. Les Juifs seront des missionnaires annonçant aux gentils le salut ; dans l’Apocalypse nous voyons ces derniers, mis à part des Juifs, racontant les grandes choses faites pour eux, et ils se réjouissent. «Louez l’Éternel, vous, toutes les nations ; célébrez-le, vous, tous les peuples» (Ps. 117:1), parole que Paul cite à la fin de son épître aux Romains (15:11).

Jéthro, Aaron, Moïse, les anciens du peuple, adorent, sont en communion en la présence de Dieu. C’est ce dont nous avons bien besoin ; il faut que nous puissions dire : «L’Éternel devant lequel je me tiens» ; il est là, près de nous, à chaque instant nous pouvons vivre dans sa présence. C’est ce qui adoucit, soutient, soulage, fortifie, garde du mal ; et nous avons accès dans le sanctuaire, nous pouvons nous tenir dans la présence du Seigneur, nous pouvons venir à lui sans crainte, sans voile. Puissions-nous dire : «Je me suis toujours proposé l’Éternel devant moi» (Ps 16:8). Nous avons à suivre toujours et en toutes choses, le Seigneur, notre parfait modèle.

 

Avant d’aller plus loin et de chercher les enseignements que contient la fin de notre chapitre, il est encore une chose sur laquelle nous ne nous sommes pas beaucoup arrêtés, c’est ce qui se rapporte à Séphora. Cette femme, que Moïse épouse en pays étranger, est une figure de l’Église, Épouse de Christ. Nous ne voyons pas dans l’Ancien Testament, l’Église présentée — c’est l’histoire d’Israël — quoique d’anciennes Bibles la mentionnent dans des entêtes de chapitres, mais, c’est une erreur. L’Église était un mystère caché en Dieu, et c’est à Paul qu’il a été donné de le faire connaître. Le caractère de l’Église est céleste, celui d’Israël est terrestre. L’Israélite entre dans ses privilèges d’une manière terrestre : il doit naître d’un fils d’Israël, être circoncis le huitième jour. L’Église se compose, non des membres d’une même nation, mais de tous ceux qui croient en Christ, ils forment le corps de Christ, ils seront son Épouse. Quand il est question de «gloire», de «gloire merveilleuse», dans l’Ancien Testament, cela ne s’applique pas, comme dans l’Apocalypse, à l’Église. Cela posé, bien établi, nous pouvons, à la lumière du Nouveau Testament, voir dans l’Ancien, des types de l’Église. D’abord, dans Ève donnée à Adam. Adam n’était pas complet sans elle. L’Église est le complément de Christ, comme nous le lisons dans l’épître aux Éphésiens. Puis, au 24° chap. de la Genèse, dans cette merveilleuse histoire d’Abraham, envoyant son serviteur chercher une épouse pour Isaac. L’appel est adressé à Rebecca pour savoir si elle veut venir afin d’être unie au fils d’Abraham. Nous avons là l’appel de l’Église, de l’Épouse, pour être unie à son Chef. Nous trouvons encore un type dans Asnath, la femme de Joseph, prise d’entre les nations et donnée à Joseph, alors qu’il était gouverneur d’Égypte, le premier après le roi. Ici, nous avons l’Épouse de Christ dans la gloire. Ces différentes personnes représentent donc l’Église sous différents aspects. Et Séphora ? C’est lorsque Moïse, rejeté par ses frères, est obligé de s’enfuir en pays étranger, qu’il trouve une épouse. Le Seigneur, rejeté par les siens, est monté au ciel, et rassemble de là une Épouse bien-aimée. Séphora reparaît sur la scène à un moment tout particulier, après qu’Israël a livré ses combats, qu’Amalek, son ennemi, a été voué à la destruction. Jéthro, qui représente les nations, l’amène à son Époux glorieux. Nous avons trois classes : l’Église tirée hors du monde, les nations et les Juifs.

Comme il est beau de voir cette unité de pensées, ce plan dont l’expression se dévoile à nos regards en bien des endroits ; la pensée de ce que Dieu devait accomplir était dans ses desseins éternels.

Par la prédication de l’Évangile et la puissance de l’Esprit Saint, nous avons cru et nous sommes scellés du Saint-Esprit, le Saint-Esprit habitant dans nos âmes et nous unissant à Christ, en haut ; nous avons cru et nous sommes des pécheurs lavés, purifiés, baptisés du Saint-Esprit, unis à Christ en un seul corps ; l’ensemble béni, bienheureux de tout ce rassemblement, c’est l’Église de Christ. Elle se forme tant que nous sommes sur la terre et ne sera complète que lorsque «Jésus viendra avec un cri de commandement, avec une voix d’archange et avec la trompette de Dieu ; il descendra du ciel ; et les morts en Christ ressusciteront premièrement ; puis nous, les vivants qui demeurons, nous serons ravis ensemble avec eux dans les nuées à la rencontre du Seigneur en l’air» (1 Thess. 4:16, 17). Mais l’Église n’est pas encore présentée publiquement comme Épouse de Christ.

Ceux qui ressuscitent à la venue du Seigneur, ne sont pas seulement ceux qui ont cru en lui, depuis sa résurrection, mais tous ceux qui se sont endormis en lui auparavant, les Abel, les Noé, les Abraham, les Isaac, les Jacob ; tous ceux qui ont espéré en cette promesse du Libérateur, ressusciteront à son appel.

Quand donc l’Épouse de Christ sera-t-elle reconnue ? Il faut lire, au 18° chap. de l’Apocalypse, le jugement de Babylone la grande, — représentant tout à la fois le système religieux et politique, — le jugement de la fausse église qui n’est pas vêtue «de fin lin éclatant et pur qui sont les justices des saints» ; elle tombe, et c’est alors que le Tout-puissant viendra dans son règne près de s’établir ; alors retentiront tous les «Alléluia» (19:1-10). Les noces de l’Agneau sont venues, l’Épouse préparée par Christ lui-même, est là, dans sa pureté parfaite, lavée par la Parole (Éph. 5:25-27). Le moment est arrivé et la table du banquet éternel est dressée. L’Église était la fiancée de Christ, mais maintenant elle est déclarée comme étant son Épouse, et cela se passe dans le ciel.

Le Seigneur vient ensuite pour juger ceux qui marchent ouvertement, le front levé contre lui. Il sort du ciel, et les armées qui sont dans le ciel, c’est-à-dire son Épouse, le suivent. Elles l’accompagnent dans ce combat dernier, où la Bête et le faux prophète, qui sont les chefs des associations de la terre, sont tous deux jetés vifs dans l’étang de feu embrasé par le soufre» (Apoc. 19:11-21).

Quel moment solennel quand Jésus prendra sa grande puissance en main pour anéantir Satan, et le jettera dans l’abîme pour mille ans ! Alors il y aura sur la terre un règne de paix et de justice. Le résidu fidèle d’Israël, qui a attendu la délivrance d’en haut, reconnaissant pour Messie, Jésus que ses pères ont fait mourir, et menant deuil avec larmes, sera rétabli par Jésus, dans son pays. Quelle allégresse quand Jérusalem se relèvera de ses ruines, que le temple sera rebâti, et que la gloire de l’Éternel y reviendra ! Ce sera le millénium. Les Juifs rétablis deviennent des missionnaires, les nations sont rassemblées, le nom de l’Éternel est connu par toute la terre ; les Juifs en tête, les gentils après, ne forment pas un tout comme l’Église, mais adorent ensemble l’Éternel, dans son temple ; et toutes les bénédictions annoncées prophétiquement s’accomplissent. Ainsi Jéthro, l’homme des nations, mange du pain avec Israël, en la présence de Dieu, et entre en communion avec Dieu et avec son peuple.

Lorsque nous lisons la Parole, ne pensons pas seulement à nous, à ce que nous y trouvons pour nous, mais occupons-nous aussi de ce qui concerne la gloire de Jésus ; cette gloire qui, une fois, sera manifestée sur la terre. Actuellement, c’est la grâce qui nous occupe surtout, la grâce envers ce monde qui l’a crucifié ; mais le monde le verra, quand il viendra avec gloire, qu’il sera proclamé «Roi des rois, et Seigneur des seigneurs», et que tous l’adoreront. Quelle joie pour l’Église, de le voir honoré, glorifié ! Ève devait partager avec Adam, la domination sur la terre ; l’Épouse partagera avec Jésus son règne sur la terre. Quel temps merveilleux, quand cette pauvre terre couverte d’iniquités, où le mal prévaut, sera purifiée, et verra la paix régner, la justice établie ! Nous verrons cela du ciel, où nous serons avec Jésus, dans cette gloire qui est sienne, et qui lui sera rendue sur la terre, et nous nous réjouirons de ce que cette gloire s’étendra sur l’univers entier.

(v. 13-27). Moïse est assis là comme juge et législateur, réglant les querelles, établissant des lois, veillant à ce que les statuts ne fussent pas violés. La tâche est grande, mais il ne se plaint pas. Jusqu’au chap. 19, nous sommes dans l’atmosphère de la grâce, et nous ne voyons pas Moïse murmurer de la lourdeur du fardeau. Il n’en sera plus ainsi en Nombres 11:11-15. Mais Dieu savait que Moïse avait confiance en lui, qu’il lui parlait comme à un ami ; c’est pour cela qu’il supporte ses plaintes. Ici, rien de semblable n’a lieu, c’est Jéthro qui intervient avec sagesse. La sagesse non-créée, c’est Jésus ; mais elle a son application dans nos voies sur la terre. Dieu a établi un sentier de sagesse pour nous, ici-bas. Nous devons le prendre dans l’obéissance, et le suivre, conduits par Dieu. Jéthro donne à Moïse un conseil de sagesse, mais il ajoute : «Écoute ma voix, je te conseillerai, et Dieu sera avec toi» (v. 19), et plus loin : «Si tu fais cela, et que Dieu te le commande, tu pourras subsister, et tout ce peuple aussi arrivera en paix en son lieu» (v. 23).

Les hommes à choisir doivent avoir certains caractères particuliers : «Choisis d’entre tout le peuple des hommes capables, craignant Dieu, des hommes de vérité, haïssant le gain déshonnête, et établis les sur eux» (v. 21), mais Jéthro s’en remet à Dieu : «Je te conseillerai, et Dieu sera avec toi» (v. 19). Dans le Nouveau Testament, les hommes qui sont appelés à veiller sur l’Église, ont les mêmes caractères. Mais il est nécessaire aussi que nous ayons, tous, ces caractères, que nous aimions le Seigneur Jésus en vérité ; et cela se manifestera dans tous les détails de notre conduite.