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QUESTIONS ACTUELLES À PROPOS DE

 

PHILADELPHIE

 

André Gibert

 

Table des matières :

1     Les sept Églises

1.1      Le déclin et sa phase finale

1.2      Des caractéristiques actuelles

1.3      Où est Philadelphie ?

2     Dans quelle mesure gardons-nous la réalité des caractères de Philadelphie ?

2.1      Ce qui est précieux dans Philadelphie

2.2      Une position qui est une profession

2.3      Retrouver le chemin et y marcher

 

 

 

Les sous-titres ont été ajoutés par Bibliquest ; ME 1940 p. 285 = ME 1996 p. 343

 

1                    Les sept Églises

Il paraît opportun de rappeler quelques notions relatives au témoignage de Christ dans le jour actuel, tirées des épîtres aux sept églises (Apoc. 2, 3), sans avoir aucunement la pensée d’ajouter quelque chose aux multiples et précieuses études que le Seigneur nous a données sur ce sujet d’importance capitale.

Dans chacune de cas épîtres, le Seigneur exhorte, avertit ou (à Smyrne et à Philadelphie) encourage l’assemblée comme telle. La récompense est promise ensuite à titre individuel «à celui qui vaincra», mais il y a d’abord le message adressé collectivement à l’assemblée. Si l’église qui reçoit un avertissement n’en tient pas compte, le jugement viendra sur elle, le vainqueur gardant sa récompense, qui est en rapport avec les conditions particulières du combat.

 

1.1   Le déclin et sa phase finale

On sait, d’autre part, que l’injonction à écouter ce que l’Esprit dit aux assemblées précède la promesse au vainqueur dans les trois premières épîtres et la suit dans les quatre autres. Cela fait deux groupes d’églises. Le premier permet de suivre les étapes, historiquement révolues, d’une décadence morale qui a débuté à Éphèse avec l’abandon du premier amour, a été ralentie par la tribulation à Smyrne, puis s’est accentuée à Pergame qui, s’associant au monde, habite «là où est le trône de Satan». Nul remède n’est possible désormais. La promesse ne peut plus intéresser l’ensemble de l’Église chrétienne mêlée au monde, mais seulement des témoins appelés à se retirer de l’iniquité pour obéir au Seigneur. Au sein de cette chrétienté mondanisée, quatre formes de l’Église responsable, représentées par Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée, apparaissent successivement, chacune naissant au sein des précédentes sans arrêter leur histoire propre, pour coexister jusqu’à la fin de la carrière de cette Église responsable. Sardes procède d’un démembrement de Thyatire, mais elle n’interrompt ni n’affaiblit celle-ci. Philadelphie parait, vit et se maintient, sans force propre, en opposition avec l’une et l’autre, et son témoignage force pour ainsi dire Laodicée à manifester le terme final de la longue expérience morale poursuivie à travers les états représentés par toute la série des assemblées. Ce terme est une Église sans Christ, une Église apostate. Voilà à quoi aboutit l’homme, plus prétentieux et plus orgueilleux que jamais dans sa religion factice, quand la chrétienté a épuisé toutes les possibilités de l’améliorer. Avec quel repos le coeur se tourne alors vers Celui qui se présente comme «le commencement de la création de Dieu» !

 

1.2   Des caractéristiques actuelles

C’est donc une sorte de Tableau à quatre faces que la chrétienté offrira au moment du retour du Seigneur. Nous sommes à la veille de ce retour, et tous les traits de ce tableau sont maintenant en place. La corruption et l’idolâtrie, en dépit d’une activité plus grande qu’au début, caractérisent depuis longtemps Thyatire, qui a laissé Jésabel supplanter Christ ; le jugement de la fausse prophétesse et de ceux qui lui sont liés aura lieu en son temps et sera terrible, mais le Seigneur, dès longtemps aussi, a séparé de la masse un résidu fidèle, encouragé par la promesse de Sa venue, dont il n’est parlé qu’à ces «autres qui sont à Thyatire». Cette venue est placée ensuite devant Sardes dans son ensemble, mais cette fois comme une menace de jugement, car si cette église a rompu avec l’idolâtrie de Thyatire et si elle a le nom de vivre, elle est tombée dans un formalisme sans âme ; elle est morte. Elle devrait attendre le Seigneur et ne le fait pas : un mort veillerait-il ? Le Seigneur viendra sur elle de la même manière que sur le monde, comme un voleur» (1 Thess. 5:2). Toutefois, au milieu d’elle, des témoins individuels n’ont point souillé leurs vêtements ; ils marcheront avec le Seigneur en vêtements blancs. Mais ils ne sont que «quelques noms». Philadelphie, elle, attend tout entière le Seigneur, gardant la parole de sa patience, et tout entière elle sera enlevée pour être gardée non seulement du jugement, mais même de «l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée» ; elle est tout entière reconnue par le Seigneur, tout entière elle rend témoignage dans sa faiblesse et sa fidélité ; c’est l’ensemble de cette église qu’Il encourage en proclamant que sa venue est proche ; et s’il y a danger pour elle de se voir ravir sa couronne, l’exhortation qui lui est adressée (3:11) est un stimulant à se défendre et non une menace de son Seigneur. En contraste, Laodicée est installée ici-bas et satisfaite d’elle-même, comment se soucierait-elle de la venue imminente du Seigneur ? Elle est sur le point d’être entièrement rejetée comme ensemble, vomie de la bouche de Christ qui ne peut plus supporter ce qui s’appelle encore, mais indignement, son Église. Il est déjà dehors, témoin fidèle et véritable en face de l’abandon de tout témoignage chrétien par cette masse prétentieuse et tiède. Il n’a rien à faire dans un tel milieu, Il entrera à titre individuel chez celui qui lui ouvre.

Ainsi, le Seigneur à sa venue, reconnaîtra bien comme siens un grand nombre de vrais croyants dispersés dans les divers corps professants qui répondent aux caractères de Thyatire, Sardes, Laodicée et qui doivent être jugés. Mais Il reconnaîtra Philadelphie, elle seule, comme un tout, un corps de témoins. C’est là le témoignage collectif qui répond à sa pensée. Malgré ses oeuvres sans éclat et son peu de force, elle est la seule expression dans ce monde de l’Assemblée chère à son coeur, et on connaîtra qu’Il l’a aimée. En dehors d’elle, des collectivités peuvent avoir l’apparence, le nombre, la richesse, les oeuvres, le bruit, la plus brillante profession religieuse, elles sont en réalité les produits de la corruption de l’Église primitive. Le Seigneur s’en occupe parce qu’Il revendique les droits de son nom dont elles se parent et Il jugera cette usurpation. Assurément tous les vrais enfants de Dieu, où qu’ils soient, retenus ou égarés parmi elles, font partie de la vraie Église, que Christ se présentera complète et parfaite (Éph. 5:27), mais, on ne saurait trop le souligner, Philadelphie est la seule expression reconnue de cette Église sur la terre au moment où les saints de cette dispensation vont être enlevés pour être avec Lui.

 

1.3   Où est Philadelphie ?

Tout chrétien désireux de se conformer à la pensée du Seigneur quant au témoignage collectif est donc amené à se poser la question : Où est Philadelphie aujourd’hui ?

Rappelons ses caractères : peu d’apparence, peu de force, attachement à la parole et au nom du Saint et du Véritable, fidélité à la «parole de sa patience», attention tournée vers la promesse de sa venue. D’autre part, selon le nom même que porte cette assemblée, l’»amour des frères» unit ces témoins qu’étreint l’amour de Christ.

Où trouver ces caractères-là ? Où est-elle, la lettre apostolique connue et lue de tous les hommes et manifestée comme la lettre de Christ ? (2 Cor. 3:2). Nous pourrions hésiter et nous tromper si nous regardions aux hommes, infidèles porteurs du témoignage, mais nous ne nous égarerons pas si nous considérons l’oeuvre de Dieu.

Il est hors de doute, pour tout esprit non prévenu, que Dieu a opéré, il y a un peu plus d’un siècle, au sein de la chrétienté dont la plus grande partie demeurait égarée dans la grossière corruption de Thyatire et dont le reste s’endormait dans la léthargie de Sardes, un mouvement profond.

C’est selon les principes mêmes de Philadelphie qu’en divers lieux Il amena des chrétiens réveillés par le cri de minuit à se séparer du monde christianisé, dans une grande faiblesse, mais avec les secours de l’Esprit et la confiance que le Seigneur tiendrait la porte ouverte devant eux. La grâce de Dieu les rassembla en dehors des systèmes religieux établis sur la base d’une hiérarchie traditionnelle humaine («ceux qui se disent être Juifs»). L’Esprit Saint opéra parmi eux et les employa autour d’eux d’une manière remarquable. Or la porte que le Seigneur a ouverte, nul ne pourra la fermer, jusqu’à son retour, et il n’en sera pas ouvert d’autre (3:8). Philadelphie ne peut se trouver ailleurs que dans la voie où Dieu engagea alors les témoins dont nous parlons. Disons bien que Lui seul connaît tous ceux qui, inconnus du monde et parfois de leurs frères, ont le coeur philadelphien et suivent cette voie. D’un autre côté, loin de nier ou de sous-estimer ce que la grâce a produit de dévouement et de zèle dans les diverses portions de la chrétienté, reconnaissons hautement que nombre de chers enfants de Dieu ont montré individuellement plus de fidélité en dehors de cette voie que beaucoup de ceux qui professent y marcher. Mais seule cette voie est celle de Philadelphie.

 

2                    Dans quelle mesure gardons-nous la réalité des caractères de Philadelphie ?

Et cela pose une seconde question, profondément sérieuse, à nous tous, frères et soeurs que Dieu invite à rendre ce même témoignage et que sa grâce veut séparer pareillement du monde pour nous rassembler encore autour du Seigneur sous la direction du Saint Esprit : Dans quelle mesure gardons-nous la réalité des caractères de Philadelphie ?

 

2.1   Ce qui est précieux dans Philadelphie

Cette question nous sonde et nous humilie, et nous baissons la tête en présence de nos inconséquences. N’oublions pas la fidélité miséricordieuse avec laquelle le Seigneur nous a mis à même, tant de fois, de connaître quelque chose de la saveur des privilèges philadelphiens : les douceurs de l’amour fraternel, le bonheur calme et profond du petit troupeau méprisé du monde, mais groupé par le bon Berger et aimé du Père, la joie qui fait tressaillir le coeur à la pensée de la venue prochaine du Seigneur. Nous ne pourrions être assez reconnaissants envers Celui qui veut nous faire goûter à ces faveurs sans égales. C’est son bonheur à Lui que de voir les siens en jouir. Or combien peu nous savons «tenir ferme» ce que nous avons, et avec quelle facilité, perdant de vue le Donateur qui nous a acquis cette part ineffable par sa mort et par sa vie, nous perdons de vue en même temps que c’est pour l’honorer qu’Il nous mit à part ! Que devient dès lors notre témoignage ? Comment parler d’amour fraternel ? Et au lieu du «peu de force» qui est à la base même du témoignage philadelphien, que de fois se fait jour notre prétention à la connaissance ! Hélas ! notre faiblesse est souvent moins celle d’un résidu pieux et abaissé que celle d’un peuple infidèle.

 

2.2   Une position qui est une profession

Non, certes, nous n’oserions pas nous dire Philadelphie. Et cependant, pensons-y, la position que nous avons prise, ou dont nous avons hérité, est celle d’une profession philadelphienne. Cela est si vrai que nous n’hésitons pas à nous approprier d’emblée les promesses faites à Philadelphie. Nous affirmons volontiers, en parlant de l’heure de l’épreuve qui va venir sur la terre habitée tout entière : «Nous en serons gardés, le Seigneur, l’a promis». Oui, Il l’a promis, et Il est fidèle à ses promesses, mais Il l’a promis à celui qui a gardé la parole de sa patience, «parce que...», dit-il (3:10). Les promesses sont pour la foi seule, la foi vivante et exercée, non pour la profession sans réalité.

Une belle profession, non seulement n’a pas de valeur et ne donne aucun droit aux promesses, mais range immédiatement dans Laodicée ceux qui s’en prévalent. C’est celle du tiède qui dit : «Je suis riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien» (3:17). Elle sera vomie de la bouche du Témoin fidèle. Chers frères et soeurs, c’est un tel danger qui menace notre manière d’être collective.

 

2.3   Retrouver le chemin et y marcher

Enquérons-nous touchant les sentiers anciens et marchons-y. «Tenez-vous sur les chemins, et regardez, et enquérez-vous touchant les sentiers anciens, quelle est la bonne voie ; et marchez-y, et vous trouverez du repos pour vos âmes.» (Jér. 6:16). Prenons garde à nous-mêmes, et, menant deuil sur nos manquements, retrouvons, avec la communion, le secret de la fermeté nécessaire pour conserver la couronne. Le Seigneur dans son amour nous parle avec solennité dans les temps que nous traversons. Il nous reprend et nous châtie pour que, enseignés par Lui-même, nous portions les caractères de Philadelphie, seul témoignage collectif qu’Il approuve, mais qu’Il approuve sans réserve. Recherchons cette approbation. Nous n’avons à nous préoccuper ni de l’étendue, ni du nombre de ce témoignage. Le Seigneur seul en est au fait, de même qu’Il connaît seul ceux qui sont siens. Il le manifestera au jour fixé par Lui (3:9). Jusque-là Il veillera sur ce témoignage qui lui est précieux. Il a permis que les saints soient plus ou moins empêchés de se réunir en des pays où ils jouissaient de ce privilège depuis de longues années, Il peut permettre qu’il en soit de même ailleurs. Mais quelles que soient les circonstances, Il assure «une porte ouverte» aux fidèles animés de l’esprit de Philadelphie. Il leur demande seulement de tenir ferme là où Il les place, rendant un témoignage positif au milieu de la ruine générale, tandis que les sept mille hommes que l’Éternel s’était réservés au temps d’Élie restaient cachés, inconnus du monde et du prophète. Il est consolant de penser qu’Il reconnaît leur témoignage comme un ensemble. Même s’il ne peut s’exprimer par le rassemblement effectif, le témoignage philadelphien, sans force, gardant la Parole et ne reniant pas le Nom, heureux dans l’espérance de voir bientôt le Maître, séparé du monde, chaud de l’amour des frères, gagnant des âmes par des oeuvres connues du Seigneur seul, peut être maintenu sous l’oppression et dans l’adversité par les coeurs dévoués et humbles. Ils auront, n’en doutons pas, des occasions infiniment douces de «parler l’un à l’autre». L’épreuve peut être bien douloureuse, jugement de Dieu commençant par sa propre maison aussi bien qu’épreuve de la foi, plus précieuse que celle de l’or, mais elle ne saurait être, pour ces bourgeois des cieux, «l’heure de l’épreuve» qui va atteindre «ceux qui habitent sur la terre». Le Seigneur leur donne lui-même, souverain réconfort, la promesse de délivrance : «Je viens bientôt».

 

Frères et soeurs en Christ, le Seigneur vient. Il trouvera des témoins individuels, mais aussi un corps de témoins, celui de Philadelphie, pour l’attendre comme son Épouse et dire avec l’Esprit : «Viens». Prions pour être de ceux-là.